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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 1 (of 2) - -Author: Maxime de La Rocheterie - -Release Date: November 12, 2016 [EBook #53502] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 1 *** - - - - -Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ - │ Note de transcription: │ - │ │ - │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │ - │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │ - │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │ - │ │ - │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │ - │ │ - │ Voir la note plus détaillée à la fin de ce livre. │ - │ │ - │ La Table des Matières se trouve en fin de livre. │ - └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘ - - - - - HISTOIRE - - DE - - MARIE-ANTOINETTE - - - - -ÉMILE COLIN.—IMPRIMERIE DE LAGNY - - - - -[Illustration: Héliog. & Imp. Lemercier & Cie - -MARIE ANTOINETTE - -d'après un portrait inédit légué à M. H. de Lacombe par Mgr Dupanloup.] - - - - - HISTOIRE - - DE - - MARIE-ANTOINETTE - - PAR - - MAXIME DE LA ROCHETERIE - - OUVRAGE COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE - - DEUXIÈME ÉDITION - - TOME PREMIER - - [Illustration] - - PARIS - - LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER - PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS - - 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35 - - 1892 - - Tous droits réservés - - - - -PRÉFACE - - -Chargé de rendre compte, dans la _Revue des questions historiques_, de -la _Correspondance du comte de Mercy avec Marie-Thérèse_, qui venait de -paraître, nous écrivions, il y a quelques années, les lignes suivantes: - -«La vérité historique est là, dans ces rapports de Mercy, entre -«le vague des partiales assertions de Mme Campan, de Weber et de -Montjoye» et les «calomnies, les erreurs grossières de Besenval, de -Lauzun et de Soulavie»; entre le dénigrement systématique des uns et -l'«enthousiasme superstitieux» des autres; entre le pamphlet et la -légende, mais pourtant plus près de la légende. Marie-Antoinette n'est -pas une coupable, ce n'est pas une sainte; c'est une femme honnête et -charmante, un peu étourdie, un peu vive, mais toujours pure; c'est une -reine, parfois ardente dans ses protections et irréfléchie dans sa -politique, mais fière et énergique: vraiment reine par la dignité de -son attitude et l'éclat de sa majesté; vraiment femme par la séduction -de ses manières et la tendresse de son cœur, en attendant qu'elle -devînt martyre par la torture de ses épreuves et le triomphe sanglant -de sa mort[1].» - -Quinze ans de recherches consciencieuses, l'examen de documents -nouveaux et de premier ordre, comme les Papiers du comte de Fersen, la -Correspondance du baron de Staël, celle du comte de Goltz, celle du -comte de Mercy avec Joseph II et Kaunitz, les Mémoires de la duchesse -de Tourzel, etc., n'ont pas modifié notre opinion, et nous écririons -encore en 1889 ce que nous pensions déjà en 1874. - -Les qualités qui paraissent pendant ces dix premières années de -l'existence de Marie-Antoinette en France, nous les retrouvons pendant -les treize dernières, jusqu'à la date fatale du 16 octobre 1793, avec -les seuls changements que l'âge, l'expérience, la maternité, le malheur -surtout y devaient apporter. - -Nous nous sommes efforcé de les retracer, telles qu'elles résultent, -à nos yeux, de la lecture et de la comparaison des textes, en tenant -compte, autant que possible, des causes premières et des causes -secondes qui ont pu influer sur elles. - -Nous n'avons pas dissimulé davantage les défauts et les fautes, n'ayant -eu d'autre souci que de chercher la vérité et d'autre ambition que de -la dire. - -Avons-nous réussi? Ce sera à nos lecteurs de répondre[2]. - - Orléans, 22 décembre 1889. - - - - -INTRODUCTION - - -«Si jamais événement a eu des droits à l'étonnement public, c'est celui -de l'union du Roi et de l'Impératrice-Reine, conclue en 1756[3].» - -C'est en ces termes que, dans les instructions remises en 1759 au comte -de Choiseul, nommé ambassadeur à Vienne, l'un des principaux promoteurs -du grand changement survenu au XVIIIe siècle dans la politique de -la France, le duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères, -appréciait ce grave événement, et sa conviction était si profonde qu'il -répétait la même pensée, sous la même forme, deux fois encore dans ses -instructions diplomatiques, en 1761, pour le comte du Châtelet, en -1766, pour le marquis de Durfort[4]. - -Le changement avait été radical en effet, et l'étonnement public -avait dû être grand. Depuis plus de deux siècles, la France s'était -habituée à regarder l'Autriche comme son éternelle rivale. Libre -du côté de l'Angleterre qui, pendant tout le Moyen âge, avait été -l'ennemie héréditaire, mais que la glorieuse épopée de Jeanne d'Arc -et, plus tard, la prise de Calais par François de Guise avaient -définitivement rejetée de l'autre côté de la Manche, elle avait eu, -depuis le commencement des temps modernes, à défendre non pas seulement -sa puissance, mais son existence même contre la double étreinte des -Habsbourg, qui, par leurs deux branches, d'Espagne et d'Autriche, -la resserraient au Nord, au Midi et à l'Est. Briser cette ceinture -qui nous étouffait, repousser au delà de nos frontières naturelles -les postes avancés que le roi d'Espagne d'un côté, l'Empereur de -l'autre avaient sur le territoire national, reprendre la liberté de -nos mouvements et assurer à la couronne de France «le rôle supérieur -qui convenait à son ancienneté, à sa dignité et à sa grandeur[5]», -tel avait été le but poursuivi, avec une patiente obstination et -une habileté patriotique, par les princes qui, depuis François Ier, -s'étaient succédé sur le trône et les grands ministres qui les avaient -servis. Un moment dissimulée plutôt que suspendue par les troubles -religieux sous les derniers Valois, la lutte avait repris avec plus -d'éclat et de force sous les Bourbons. Ce combat pour la vie avait été -l'origine d'alliances qui avaient dû coûter au Roi Très Chrétien, mais -que la nécessité avait imposées: l'alliance avec le sultan et avec les -protestants d'Allemagne et de Hollande qui, ennemis de l'Espagne et -de l'Autriche, étaient naturellement pour nous d'utiles auxiliaires. -Et c'est ainsi que, sous la protection de la France, s'était fondée -et développée la grandeur des Hohenzollern, qui, d'électeurs de -Brandebourg, étaient devenus rois de Prusse. - -Mais la situation s'était modifiée. Les conquêtes de Richelieu et de -Mazarin, consacrées par les traités de Westphalie et des Pyrénées, -les victoires de Louis XIV, ses défaites même, aboutissant à la -paix d'Utrecht, avaient bouleversé la carte de l'Europe. La Maison -d'Autriche avait été à tout jamais chassée d'Espagne, où les Bourbons -l'avaient remplacée, et si elle était demeurée d'abord un danger par -ses possessions d'Italie, par ses domaines des Pays-Bas surtout, -où la coalition l'avait manifestement placée comme une avant-garde -contre nous, et par l'alliance de l'Angleterre, qui, sympathique à -Louis XIV, sous les Stuarts, avait repris, avec Guillaume III et la -Maison de Hanovre, toutes ses traditions antifrançaises, les traités -de Vienne et d'Aix-la-Chapelle, qui l'avaient évincée de Naples et de -Parme, en même temps que le traité de Belgrade la refoulait du côté de -l'Orient[6], avaient bien affaibli son prestige, tandis que grandissait -parallèlement celui de la Prusse. - -Convenait-il de pousser jusqu'au bout nos revendications, de poursuivre -jusqu'à l'épuisement l'abaissement d'un adversaire vieilli et humilié, -pour élever sur ses ruines une puissance jeune, remuante, belliqueuse, -dont le chef, sans autre règle que ses convoitises, sans autre frein -que ses intérêts, sans autres scrupules que ceux de son ambition, -venait de montrer, dès ses débuts, qu'il n'était ni un client docile, -ni un allié fidèle? Fallait-il, par un prétendu respect pour une -politique traditionnelle et de famille, mais en réalité par esprit de -routine, s'obstiner dans un système dont les effets utiles étaient -produits, et ne valait-il pas mieux, en mettant fin à une lutte -désormais sans objet, garantir les résultats acquis et consolider -l'équilibre obtenu en assurant la paix? - -Depuis quelque temps, du reste, les observateurs attentifs auraient pu -saisir des symptômes de détente dans la haine séculaire des Maisons -de France et d'Autriche. L'empereur Charles VI, guéri de ses idées de -conquête et éclairé par ses derniers échecs, songeait à se rapprocher -de la France, et le cardinal de Fleury n'était nullement éloigné -d'accepter ses ouvertures. «Il pensait, a-t-on écrit justement, que la -France et l'Autriche, parvenues toutes deux à leur plein développement, -devaient chercher à assurer leur pouvoir plutôt qu'à l'étendre et -qu'elles feraient œuvre de sagesse en s'unissant pour exercer sur le -reste de l'Europe une action modératrice[7].» L'adhésion de Versailles -à la Pragmatique Sanction, qui assurait la succession des Habsbourg, -semblait la consécration de cette politique d'apaisement, et le traité -même de Belgrade, où l'influence française, s'exerçant au profit de -la Turquie, avait déjoué les projets de l'Empereur, ne l'avait point -altérée; une correspondance active s'était établie entre Charles VI et -Fleury, et, s'il faut en croire un témoin non suspect, Frédéric II, -ces relations intimes avaient été sur le point d'aboutir à la cession -pacifique du grand-duché de Luxembourg au Roi[8]. On assure même -qu'avant de mourir l'Empereur avait recommandé à sa fille de s'unir à -la France[9]. - -Quant à Louis XV, dont l'esprit, naturellement juste, voyait souvent -avec beaucoup de perspicacité le parti à prendre, sans avoir toujours -l'énergie de le suivre, il partageait sur ce point les sentiments -de son ministre et penchait visiblement vers un rapprochement avec -la Cour de Vienne. «Le Roi gémissait depuis longtemps, lit-on dans -les instructions données au comte d'Estrées, que les préjugés de la -politique s'opposassent à l'établissement d'un système qui satisfaisait -son cœur et qui lui paraissait plus propre qu'aucun autre à maintenir -la vraie religion et la paix générale, et à resserrer dans les bornes -de leur État et de leur puissance l'ambition de chaque prince[10].» - -La malheureuse guerre de la succession d'Autriche, où le cabinet de -Versailles, poussé par Frédéric II, excité par le parti militaire et -son chef, le maréchal de Belle-Isle, entraîné par l'opinion publique, -toujours imbue de ses vieux préjugés, se laissa aller à manquer à la -parole jurée, cette guerre, qui semblait constituer un grief de plus -contre la France, ne ralentit pas un désir de rapprochement qui se -faisait jour malgré tout. Il l'augmenta au contraire en quelque sorte, -de toute la passion de vengeance que Marie-Thérèse ressentait contre -le Roi de Prusse. La perte de la Silésie, enlevée brutalement sans -déclaration préalable d'hostilités, lui était infiniment plus sensible -que la cession de Parme et de Plaisance. Pendant la guerre même, -elle avait, à diverses reprises, soit directement, soit par le canal -de la Cour de Dresde, fait à la Cour de Versailles des propositions -de paix particulières, offrant même de livrer quelques places des -Pays-Bas, pourvu que le Roi voulût seulement rester neutre entre elle -et le Roi de Prusse[11]. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, les avances -continuèrent, et, il faut le dire, elles furent réciproques. - -Tandis que le comte de Kaunitz, qui fut, de 1751 à 1753, ambassadeur à -Paris, avant de devenir pour quarante ans le directeur de la politique -autrichienne, cherchait à nouer avec le cabinet de Versailles des -relations cordiales[12] et y réussissait dans une certaine mesure, -les instructions données aux ministres de France partant pour Vienne -étaient empreintes de cette même cordialité. «Le marquis d'Hautefort, -écrivait le secrétaire d'État aux affaires étrangères, M. de Puysieux, -en 1750, aura soin de jeter dans ses conversations avec les ministres -impériaux, lorsqu'il en trouvera des occasions naturelles, que le Roi -n'est nullement affecté des anciennes défiances qui, depuis le règne -de Charles-Quint, avaient fait regarder la Maison d'Autriche comme -rivale dangereuse et implacable de la Maison de France, que l'inimitié -entre ces deux principales puissances ne doit plus être une raison -d'État, et que Sa Majesté est au contraire très persuadée qu'elles -trouveraient leurs sûreté et convenance réciproques dans une alliance -sincère et dans un parfait concert qu'elles cimenteraient entre elles; -que cette intelligence, solidement établie, préviendrait nécessairement -à l'avenir les guerres qui, en épuisant les finances des souverains, -sont toujours si funestes aux peuples qui en sont les victimes; que -les engagements que le Roi pourrait prendre dans la suite avec la Cour -de Vienne, n'ayant pour motif et pour but que le repos public, ne -devraient pas être incompatibles avec ceux que les deux Cours auraient -déjà pris avec d'autres puissances[13].» - -Même langage trois ans plus tard au marquis d'Aubeterre, qui, en 1753, -succéda au marquis d'Hautefort. - -«Il n'est plus question aujourd'hui de ces fameux démêlés de -François Ier et de Charles-Quint. Les circonstances ont bien changé; -le Roi ne songe qu'à vivre dans la meilleure intelligence avec -l'Impératrice-Reine. Il ne reste aucune trace de ces griefs surannés -dans le cœur de Sa Majesté; Elle est disposée à contribuer aux -avantages de Leurs Majestés Impériales[14].» - -Toutefois, cette pensée de rapprochement avec l'Autriche,—les -instructions de M. d'Hautefort l'attestent,—n'allait pas jusqu'à une -rupture des anciennes alliances. Le Roi de France demeurait ce qu'il -était depuis le traité de Westphalie, le protecteur de la Confédération -germanique; ami de l'Autriche, il n'entendait pas lui sacrifier la -Prusse. C'était un client qui avait grandi sous son patronage; il ne -l'abandonnait pas. Mais il trouvait que l'enfant avait assez grandi, -qu'il était remuant, indocile, frondeur, trop disposé à braver son -tuteur, au besoin même à le supplanter; il était temps d'arrêter un -développement qui, avec le tempérament connu du jeune successeur de -Frédéric-Guillaume, pouvait devenir menaçant. Il était utile à la -France d'avoir en Allemagne un auxiliaire dévoué: il ne pouvait lui -convenir d'y élever de ses mains une nouvelle rivale. «S'il n'était -ni de sa gloire ni de son intérêt de livrer le Roi de Prusse aux -ressentiments de la Cour de Vienne[15]», elle ne pouvait admettre que -«l'électeur de Brandebourg remplît en Europe la place qu'y occupait un -Roi de France[16]». - -Les choses en étaient là, les deux gouvernements devançant -manifestement l'opinion de leurs pays, mais s'étant bornés, en somme, -à des coquetteries et à des politesses, lorsque, au commencement -de septembre 1755, le comte de Stahremberg, ambassadeur d'Autriche -à Paris, demanda un rendez-vous à Mme de Pompadour, afin de lui -faire part, disait-il, de propositions secrètes dont il était chargé -par l'Impératrice. On a raconté que Marie-Thérèse, désireuse avant -tout de voir aboutir ces négociations et connaissant l'influence -prépondérante de la favorite, n'avait pas hésité à lui écrire un -billet où elle aurait poussé la condescendance jusqu'à la traiter de -«chère amie». C'est une légende, et Marie-Thérèse elle-même a pris -soin de la démentir dans une lettre à l'électrice de Saxe[17]. Mais ce -que l'Impératrice n'avait pas fait, l'ambassadeur n'hésita pas à le -faire, et c'est par l'entremise de Mme de Pompadour qu'il fit passer -ses propositions[18]. Il demandait en même temps que le Roi désignât -un de ses ministres pour assister à cette première conférence et -servir ensuite d'intermédiaire[19]. Le Roi désigna l'abbé de Bernis, -et quoique la favorite ait affirmé que ce choix avait été spontané, il -est bien difficile d'admettre qu'elle n'ait pas au moins indiqué le nom -d'un homme qui n'avait point encore ses entrées au Conseil, mais qu'en -revanche elle savait lui être absolument dévoué. C'était d'ailleurs -un moyen de cacher aux ministres, dont on n'ignorait pas l'hostilité -contre l'Autriche, une ouverture qui répondait au vœu secret du Roi. - -Après quelques objections, Bernis accepta la mission qui lui était -confiée, et les entrevues commencèrent dès le lendemain avec -l'ambassadeur d'Autriche. Elles avaient lieu dans une petite maison -située au bas de la terrasse de Bellevue, et dont le nom de _Babiole_ -a servi de thème aux plaisanteries des amis de Frédéric II. Mme de -Pompadour assista à la première; les autres eurent lieu entre Bernis -et Stahremberg seuls; il n'y avait même pas de secrétaire pour les -écritures. «L'intention de l'Impératrice était de négocier comme -tête à tête avec le Roi[20].» A Vienne, Marie-Thérèse, Joseph II et -Kaunitz; à Versailles, le Roi et Mme de Pompadour étaient seuls dans -la confidence. Ce ne fut qu'au bout de près de trois mois que les -ministres français, ou du moins quelques-uns d'entre eux, y furent -admis. Quant aux ministres étrangers, le secret, dit Bernis, fut si -bien gardé que, «pendant plus de six mois, ils ne soupçonnèrent rien de -notre intelligence[21].» Chaque soir, Bernis rendait compte directement -au Roi des résultats de la journée et faisait approuver par lui toutes -les réponses et mémoires qu'il remettait à Stahremberg[22]. - -Quelque désir passionné d'arriver à une solution qu'il vit chez le -souverain, le négociateur français ne s'avançait qu'avec la plus -extrême prudence: il redoutait toujours un piège. La franchise même, -l'abandon avec lequel le gouvernement impérial exposait ses projets et -découvrait ses vues, le mettait en garde contre leur sincérité. Les -propositions de Marie-Thérèse offraient des avantages réels pour la -France, pour la Maison de Bourbon, pour la paix de l'Europe; mais elles -entraînaient un tel changement dans le système politique que Bernis -hésitait à y acquiescer. Le Roi les eût acceptées plus résolûment; -mais il comprit les motifs de son plénipotentiaire et lui laissa carte -blanche. La réponse faite aux premières ouvertures de Stahremberg fut -réservée, presque froide; on se retranchait derrière les stipulations -d'Aix-la-Chapelle, et les négociations traînaient en longueur, -lorsqu'une découverte inattendue vint changer la face des choses et -presser la solution. - -Dès le premier jour,—et c'était une des bases principales sur -lesquelles il appuyait ses raisonnements—l'ambassadeur avait révélé -que, depuis le mois d'août[23], le Roi de Prusse préparait, par -l'intermédiaire du duc de Brunswick, un traité avec l'Angleterre. Mais -comment croire à cette défection? Notre diplomatie n'en avait rien su. -N'était-ce pas un piège qu'on nous tendait, en excitant notre légitime -susceptibilité? Le Roi de Prusse était lié à nous, depuis quatorze -ans, par un traité qui n'expirait que dans quelques mois. Comment -supposer qu'au moment de le renouveler,—car rien n'indiquait de la part -d'aucune des parties des intentions de rupture,—il allait contracter -avec l'Angleterre, jusque-là fidèle alliée de l'Autriche et notre -traditionnelle ennemie? Comment le supposer, surtout à l'heure où un -conflit nouveau venait d'éclater entre les deux vieilles rivales? Le 8 -juin 1755 en effet, en pleine paix, sans déclaration d'hostilité, la -flotte anglaise avait enlevé deux bâtiments français, l'_Alcide_ et le -_Lys_. L'injure avait été vivement ressentie en France, et le ministre -de Prusse à Paris, le baron de Knyphausen, renchérissant encore sur la -légitime indignation du public, s'en allait répétant tout haut qu'une -pareille agression était intolérable, qu'il fallait la punir sans -retard, en attaquant à la fois l'Angleterre et son amie l'Autriche, -offrant même l'appui de son maître, prêt à entrer en Bohême avec cent -quarante mille hommes[24]. Le Conseil du Roi, qui n'était pas prêt, -avait résisté à ces excitations; il s'était contenté d'adresser des -réclamations au cabinet de Londres, s'abstenant de toutes représailles, -mais préparant néanmoins la guerre qui paraissait chaque jour plus -inévitable. Comment croire que c'était précisément le moment que -Frédéric allait choisir pour abandonner sa fidèle alliée, brutalement -insultée, et se rapprocher de l'agresseur, contre lequel il manifestait -si bruyamment sa réprobation? - -Quelque étrange et quelque invraisemblable que fût cette révélation -de Stahremberg, il était urgent de l'éclaircir. Un ambassadeur -extraordinaire, le duc de Nivernais, fut envoyé à Berlin, sous prétexte -d'examiner avec le Roi de Prusse la manière de renouveler le traité -de 1741, en réalité pour démêler ses vrais sentiments et lui «tâter -le pouls», en quelque sorte, dans une conjoncture si grave. Grand -seigneur dans toute la force du terme, mais grand seigneur libéral, -homme du monde et du meilleur monde, esprit ouvert et éclairé, poète à -ses heures et membre de l'Académie française, partisan de la Prusse, -comme la plupart des courtisans à cette époque, le duc de Nivernais ne -pouvait être à Berlin que _persona grata_. Le Roi lui fit le meilleur -accueil, le reçut à la fois en plénipotentiaire et en académicien, -écouta ses vues, écouta ses propositions, le combla de prévenances, -protesta de son attachement pour la France, endormit sa confiance, -aveugla sa perspicacité, et, un beau jour, lui déclara cyniquement -que son ministre à Londres venait de signer un traité d'alliance avec -l'Angleterre[25]. Quelques instances que fît le duc pour l'empêcher -de confirmer un acte qui, à cette heure, était vis-à-vis de nous une -vraie trahison, il le ratifia sous ses yeux en quelque sorte, le 16 -février 1756, offrant en revanche de traiter aussi avec nous, «ce -qui, dit Bernis, avait l'air d'une véritable dérision[26],» et à -toutes les plaintes légitimes du plénipotentiaire ne répondant que -par des plaisanteries. «Vous voilà bien fâché, dit-il en riant; que -ne faites-vous un traité avec l'Impératrice? Je ne le trouverai pas -mauvais[27].» - -Pendant ce temps, les conférences de Bellevue, refroidies par la -première réponse de Bernis, ne continuaient que lentement. Il n'était -d'ailleurs question, entre la France et l'Autriche, que d'un simple -traité de garantie, dans lequel le négociateur français insistait pour -faire comprendre le Roi de Prusse[28]. La nouvelle de la trahison -de Frédéric précipita les choses. «La France ne pouvait rester sans -alliances; abandonnée par la Prusse, il fallait ou qu'elle s'unît à -la Cour de Vienne, ou qu'elle demeurât exposée à la ligue des grandes -puissances de l'Europe[29].» Les négociations, un moment interrompues -par une maladie de Bernis, aboutirent enfin, le 1er mai 1756, à un -traité d'alliance défensive et de neutralité. - -Cet acte a donné lieu à de vives controverses et à d'ardentes -critiques, et lorsqu'il a été conclu, et plus tard. Les auteurs de -mémoires dévoués au Roi de Prusse, les philosophes pensionnés par lui, -les diplomates de la vieille école dérangés dans leurs traditions, -ne se sont pas fait faute d'attaquer le profond changement de la -politique française. Frédéric lui-même, dans ses _Œuvres_, s'est -posé en victime. L'histoire, mieux connue, a réduit à leur véritable -valeur les récriminations de cet étrange champion de la justice et -du droit des gens. Il est bien démontré que c'est lui qui le premier -a trahi l'alliance française, et que le traité de Versailles n'a été -que la réponse parfaitement légitime au traité de Londres. Quant aux -conséquences de cet acte, si elles n'ont pas été telles qu'on eût pu -les prévoir et les désirer, si elles ont tourné parfois au détriment de -la France et au profit de l'Autriche, si elles ont abouti aux désastres -de la guerre de Sept ans, et au partage de la Pologne, la faute n'en -est pas aux négociateurs du traité de 1756, mais aux continuateurs -de leur œuvre, qui n'ont pas su lui faire porter ses fruits naturels -et équitables, et comme l'a très bien dit Bernis, «à notre mauvaise -conduite, au mauvais emploi de nos forces et à l'intrigue qui a présidé -au choix de nos généraux[30].» - -Mais à l'époque où ce traité a été conclu, il tranchait de la façon -la plus satisfaisante une situation difficile et délicate. Lorsqu'une -guerre nouvelle s'engageait avec l'Angleterre, il enlevait à cette -implacable ennemie son auxiliaire le plus puissant. Il maintenait le -traité de Westphalie, base de notre influence en Allemagne[31]. Il -ne nous entraînait pas forcément dans les différends de l'Autriche -et de la Prusse, puisque par un dernier ménagement pour un ancien -client, Louis XV avait formellement déclaré qu'aucune mesure ne serait -prise contre le Roi de Prusse, qu'au cas où ce prince violerait les -stipulations d'Aix-la-Chapelle. En détruisant ainsi ou du moins en -diminuant sensiblement les chances de conflit sur le continent, -en assurant notre frontière du Nord, en unissant les deux grandes -puissances territoriales, il nous donnait les moyens de refaire nos -forces navales et de nous livrer tout entiers à la lutte maritime -contre notre éternelle rivale. Il permettait même de rétablir plus -promptement la paix et de la fonder sur des bases durables. Et ainsi, -dit Bernis, «le Roi aurait joué en Europe le plus grand rôle politique -et militaire sans s'écarter de la droiture et de la justice[32].» A -l'amitié douteuse du Roi de Prusse, client ombrageux, allié suspect, -fort surtout par les ressources de son génie, mais toujours prêt -à changer de parti dans l'intérêt de son ambition, se substituait -l'alliance d'une puissance de premier ordre qui, désabusée de ses -prétentions à la monarchie universelle, ramenée à de justes limites, -n'était plus un danger et était un appui. C'était un acte de sagesse -et, dans les circonstances données, un acte nécessaire. A vrai dire -même, c'était moins l'abandon de la politique de Richelieu et de -Louis XIV, que ce n'en était le couronnement et la consécration. «Le -plus grand hommage que Louis XV put rendre à ses prédécesseurs, a dit -un éminent homme d'État, c'était de reconnaître comme doit le faire -aujourd'hui l'histoire, qu'ils avaient conduit les revendications de -la France contre l'Autriche à ce point où l'œuvre étant consommée, -il n'était ni nécessaire ni même prudent de vouloir les pousser plus -avant[33].» - -Et, comme pour cimenter cette politique nouvelle, tandis que, en -France, se poursuivaient les négociations qui aboutissaient au traité -de Versailles, en Autriche l'Impératrice donnait le jour à l'enfant qui -devait être un jour le lien le plus cher et comme le symbole vivant de -l'alliance des deux pays. - - - - -HISTOIRE - -DE - -MARIE-ANTOINETTE - - - - -CHAPITRE PREMIER - - Naissance de Marie-Antoinette.—Le duc de Tarouka.—Le poète - Métastase.—Education.—La comtesse de Brandeiss.—La comtesse - de Lerchenfeld.—Mort de François Ier.—Ses instructions à ses - enfants.—L'abbé de Vermond.—Fêtes des fiançailles.—Départ de - Marie-Antoinette.—Instructions de l'Impératrice à sa fille. - - -Le 2 novembre 1755, jour des Morts, naissait à Vienne -Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne de Lorraine d'Autriche. - -Le même jour, comme si le malheur devait, dès le début, marquer de -son ineffaçable empreinte cette vie, qui s'annonçait si brillante et -qui allait connaître tant de tristesses, un épouvantable tremblement -de terre ravageait le Midi de l'Europe, détruisait Lisbonne, chassait -de leur palais en ruines le futur parrain et la future marraine de -l'enfant[34], ensevelissait trente mille hommes sous les décombres et -faisait périr sur la plage de Cadix l'héritier d'un des noms les plus -glorieux de la littérature française, le petit-fils du grand Racine. - -La nouvelle archiduchesse était la sixième fille et le neuvième -enfant de François de Lorraine, empereur d'Allemagne et de l'illustre -Marie-Thérèse. On raconte qu'au commencement de l'automne 1755, -l'Impératrice, tenant son cercle à Schœnbrunn, demanda en riant au duc -de Tarouka: «Aurai-je un fils ou une fille?»—«Un prince, assurément, -Madame, répondit le courtisan.»—«Eh bien! reprit Marie-Thérèse, je gage -deux ducats que je mettrai au monde une fille.» Quelque temps après, la -fille naquit. Le duc de Tarouka avait perdu: il envoya à l'Impératrice -le prix du pari, enveloppé dans cet ingénieux quatrain du poète -Métastase: - - Ho perduto: l'augusta figlia - A pagar m'ha condamnato, - Ma s'e vero ch'a voi simiglia, - Tutto l'mundo ha guadagnato. - -J'ai perdu: l'auguste fille m'a condamné à payer. Mais s'il est vrai -qu'elle vous ressemble, tout le monde a gagné. - -Le 3 novembre, la nouvelle princesse fut baptisée par l'archevêque -de Vienne. Le parrain et la marraine furent le roi et la reine -de Portugal, remplacés par l'archiduc Joseph et l'archiduchesse -Marie-Anne. Un _Te Deum_ solennel fut chanté à la suite; la Cour fut -pendant deux jours en grande tenue, pendant un jour en petite; mais -l'Empereur,—était-ce quelque vague pressentiment de l'avenir?—ne put -se décider à donner un grand dîner public. En revanche, il y eut deux -jours de fête, les 5 et 6 novembre, spectacle gratis et passage libre -aux portes de la ville. L'Impératrice, sérieusement indisposée à la -suite de ses couches, ne célébra son rétablissement que le 14 décembre, -dans la chapelle de la Cour[35]. - -Des mains de sa nourrice, Marie-Constance Hoffmann, femme d'un -conseiller de magistrature, Jean-Georges Weber, la jeune Archiduchesse -ne tarda pas à passer dans celles de sa gouvernante, la comtesse de -Brandeiss. La vie était simple à Vienne. «La famille impériale, dit -Gœthe, n'est qu'une grande bourgeoisie allemande.» L'étiquette y était -inconnue. L'Empereur et l'Impératrice aimaient à vivre au milieu des -leurs, bons et familiers avec tous, mais tempérant la familiarité par -le respect. Malheureusement, absorbés par les soucis de la politique et -l'administration de leur vaste empire, ils n'avaient guère le temps de -s'occuper de l'éducation de leurs nombreux enfants. Ils les confiaient -à des gouverneurs et des gouvernantes, choisis avec soin, mais il -semble qu'ils leur aient plutôt tracé des instructions qu'ils n'en -aient surveillé eux-mêmes l'application. - -Caractère ardent et enjoué, cœur tendre et sensible, esprit vif et -plein de finesse, mais difficile à fixer, à la fois opiniâtre dans -ses volontés et adroite à éluder les remontrances[36], assez portée -à la raillerie et encouragée dans ce penchant par sa sœur Caroline, -avec laquelle elle fut élevée jusqu'en 1767[37], montrant plus de goût -pour les plaisirs que pour les études sérieuses, Marie-Antoinette ne -trouvait pas chez sa gouvernante cette fermeté grave et immuable qui -eût pu à la fois contenir sa mobilité et vaincre son obstination. -Mme de Brandeiss aimait beaucoup son élève, qui le lui rendait bien -d'ailleurs; mais elle ne la gâtait pas moins; si parfois elle voulait -se montrer sévère, si elle adressait des réprimandes, une saillie de -l'enfant, un trait d'esprit, une caresse venait facilement à bout de -son fugitif mécontentement. Jusqu'à l'âge de 12 ans, elle ne s'était -guère inquiétée d'imposer à son élève cette application de l'esprit, -cette régularité du travail, cet empire sur elle-même, sans lesquels -les plus heureuses dispositions restent stériles; l'éducation ne -fécondait pas suffisamment une nature, pourtant si richement douée[38]. - -La comtesse de Lerchenfeld, qui succéda, en 1768, à Mme de Brandeiss, -avait plus de suite dans les idées, plus de fermeté dans le caractère; -mais d'une humeur difficile, d'une santé chancelante, il semble -qu'elle ait peu sympathisé avec l'enfant vive et enjouée dont elle -était chargée. Marie-Antoinette s'élevait, indépendante et joyeuse, -spirituelle et charmante, séduisant ceux qui l'approchaient par je ne -sais quel mélange de pétulance française et de simplicité allemande, -mais ayant plus de qualités naturelles que de talents acquis. Messmer, -directeur des écoles de Vienne, lui apprenait à écrire[39]. Métastase -lui enseignait l'italien; Aufresne et Sainville, la prononciation -française et la déclamation; Noverre, la danse[40]: d'autres encore, -la musique et le dessin; mais Marie-Thérèse se plaignait qu'elle ne -profitât pas assez des leçons de ses maîtres[41]. - -Si la jeune princesse manifestait pour la musique un goût, qu'elle -conserva toute sa vie[42], si elle apprenait le latin sans répugnance, -et l'italien avec plaisir[43], si elle s'intéressait à l'histoire -pourvu qu'on la lui présentât comme un amusement plutôt que comme -un travail[44], elle ne faisait pas en tout les mêmes progrès. Son -écriture était défectueuse[45]; elle ne se forma qu'en France. Ses -dessins avaient souvent besoin d'être retouchés. Quant à l'orthographe, -elle prenait avec elle certaines libertés qui lui étaient d'ailleurs, -il faut bien le dire, communes avec la plupart des femmes distinguées -de l'époque. - -En revanche, son jugement était juste[46]; sa bonne grâce, exquise; -sa sensibilité, toujours disposée à rendre service[47]. Un jour que -l'Impératrice était malade, des officiers hongrois attendaient, -dans son antichambre, le moment de lui présenter une requête. -Marie-Antoinette les vit en entrant chez sa mère: «Maman, dit-elle, vos -amis sont inquiets de votre santé et désirent vous voir.»—«Eh! quels -sont ces amis?»—«Des Hongrois.» On sait quel avait été le dévouement -chevaleresque des Hongrois pour leur _roi_ Marie-Thérèse. L'Impératrice -comprit ce qu'avait délicatement insinué l'Archiduchesse et la demande -des pétitionnaires fut accordée[48]. - -Une autre fois, l'hiver sévissait rudement à Vienne; les travaux -avaient été suspendus: la misère était grande. Comme on en parlait -un soir au palais, dans le salon de la famille, Marie-Antoinette -s'approcha de sa mère et, lui remettant une petite boîte: «Voilà -cinquante-cinq ducats, dit-elle; c'est tout ce que j'ai; permettez -qu'on les distribue parmi ces infortunés.» - -Marie-Thérèse accepta, joignit aux économies de sa fille une somme -plus importante et laissa la charitable enfant distribuer le tout -elle-même[49]. - -Avec ces dons charmants du cœur et de l'esprit, avec cette sensibilité -délicate que relevait une spontanéité toute piquante, avec cette -expansion de l'enfance, que n'avaient point comprimée les rigidités de -l'étiquette, et cette naïveté sincère, que n'avait pas altérée l'air -empoisonné des cours, Marie-Antoinette, ou plutôt Madame Antoine, -comme on l'appelait au palais de Schœnbrunn, exerçait sur ceux qui la -voyaient un attrait en quelque sorte irrésistible. Lorsqu'en 1766 Mme -Geoffrin traversa l'Autriche pour aller visiter, à Varsovie le roi de -Pologne, celui qu'elle nommait son «cher fils», elle s'arrêta à Vienne -et y reçut le plus gracieux accueil. Marie-Thérèse voulut lui présenter -ses filles et particulièrement la dernière. Mme Geoffrin fut séduite: -«Voilà, dit-elle, une enfant que j'aimerais bien emporter.»—«Emportez, -emportez,» répondit gaiement l'Impératrice, et elle recommanda à sa -visiteuse d'écrire en France «qu'elle avait vu cette petite et qu'elle -la trouvait belle[50]. Mme Geoffrin se garda bien d'y manquer: elle -raconta son séjour à Vienne à son ami le financier Bautin et les -salons de Paris commencèrent à s'entretenir de la beauté et de la grâce -de celle qui ne devait pas tarder à devenir Dauphine de France. - -Parfois, cependant, au milieu de ses effusions de tendresse et de ses -rêves glorieux d'avenir pour sa fille, l'Impératrice se sentait envahie -par je ne sais quel sombre pressentiment. Alors elle l'attirait dans -ses bras, la serrait sur son cœur: «Ma fille, lui disait-elle d'une -voix émue, dans le malheur, souvenez-vous de moi[51].» - -Dans sa longue existence, si agitée et si glorieuse, Marie-Thérèse -avait bien des fois subi la rude étreinte de la douleur, et l'enfant, -vive et gaie, dont elle baisait les cheveux blonds, devait savoir, -elle aussi, à un degré inouï, ce que peut sentir de déchirements le -cœur d'une reine. Elle en avait fait, toute jeune encore, la cruelle -expérience: Marie-Antoinette n'avait pas dix ans, lorsque son père -partit pour Inspruck, où il allait assister au mariage de son second -fils Léopold, grand-duc de Toscane. Avant de se mettre en route, il -demanda sa fille, «la prit sur ses genoux, l'embrassa à plusieurs -reprises, et, toujours les larmes aux yeux, paraissant avoir une peine -extrême à la quitter[52]»: «J'avais besoin, dit-il, d'embrasser cette -enfant.» Quelques jours après, le 18 août 1765, François de Lorraine -était frappé d'apoplexie, à la table même du festin de noce. - -Mais, en mourant, il laissait à ses enfants sous ce titre: _Instruction -pour mes enfants tant pour la vie spirituelle que pour la temporelle_, -d'admirables conseils empreints d'une haute sagesse et d'un véritable -esprit chrétien, mais où, peut-être, fidèle aux habitudes patriarcales -de la maison d'Autriche, il parlait plus en particulier qu'en -souverain, en chef de famille qu'en chef d'empire. - -«C'est pour vous montrer encore, après ma mort, que je vous aimais -de mon vivant, que je vous laisse cette instruction, comme règle sur -laquelle vous devez vous conduire et comme des principes dont je me -suis toujours bien trouvé[53].» - -Et il les exhorte avant tout à rester sincèrement attachés à la -religion catholique, fidèles à Dieu «qui seul peut procurer, outre -le bien éternel, seul unique bonheur, une vraie satisfaction dans ce -monde». - -«C'est un point essentiel que je ne saurais trop vous recommander, dans -toutes les occasions quelconques, de ne vous jamais étourdir sur ce qui -vous paraît mal ou chercher à le trouver innocent[54].» - -... «Le monde où vous devez passer votre vie n'a rien que de passager, -n'y ayant que l'éternité qui est sans fin; ainsi que cette réflexion -doit empêcher de s'y trop attacher; mais Dieu même ayant permis les -divertissements et que nous jouissons de tout ce que sa bonté nous -fournit sans nombre pour l'amusement de nos sens, nous en devons jouir -suivant sa permission.» - -... «C'est avec innocence que nous devons jouir des plaisirs de la vie; -car dès qu'ils peuvent nous mener à du mal, de quelle espèce qu'il -puisse être, ils cessent d'être plaisirs et deviennent une source de -remords, de chagrin.» - -«Nous ne sommes pas en ce monde pour nous divertir seulement, et Dieu -n'a donné tous ces amusements que comme un délassement de l'esprit[55].» - -... «Quand on doit ordonner, il ne le faut jamais faire sans être -auparavant bien au fait de ce que l'on ordonne et des raisons pour -et contre, et alors il faut le faire avec douceur.... Il ne faut -avoir d'attachement particulier pour rien, et surtout n'avoir aucune -passion et ne jamais s'abandonner à aucune, car toutes nous rendent -malheureux[56].» - -Puis, après avoir recommandé à ses enfants «la retenue et la -discrétion, qualités bien nécessaires», car «il n'y a que faire de dire -tout ce que l'on pense», et la charité pour les pauvres, qui est «une -bonne œuvre envers Dieu et fait aimer dans le monde», il ajoutait: - -«Les soins d'un souverain doivent être principalement de ne pas -surcharger ses sujets pour soutenir un luxe non nécessaire au maintien -et tranquillité de ces mêmes sujets ou à la conservation ou au bien de -ses États... - -«Mais je ne veux pas dire pour cela que l'on ne doit vivre -convenablement à l'état où Dieu nous a mis et où il veut que nous -vivions suivant celui-là: mais l'un et l'autre se combinent fort -aisément.» - -... «Une chose que je crois aussi bien nécessaire de vous recommander, -c'est d'éviter d'être jamais oisifs. Les compagnies que l'on fréquente -sont aussi une matière délicate; car souvent elles nous entraînent -malgré nous dans bien des choses, dans lesquelles nous ne tomberions -pas comme elles; ainsi que l'on doit être aussi à cet égard sur ses -gardes, surtout des personnes comme vous autres, mes enfants, qui -souvent sont entourées de foule de gens qui ne cherchent qu'à flatter -leur goût et à les entraîner là où ils croient qu'ils inclinent pour là -faire leur cour et se mettre en crédit ou faveur, sans considérer ni -le salut ni le monde; il suffit que cela leur puisse ajouter ou de la -faveur ou de l'argent[57].» - -... «L'amitié est une douceur de la vie: il faut seulement prendre -garde en qui on met cette même amitié et n'en pas être trop prodigue; -car tout le monde n'en fait pas bon usage, et souvent il se trouve de -faux amis qui ne cherchent qu'à profiter de la confiance qu'on leur -accorde pour en abuser, soit à leur profit, soit à en abuser autrement, -et par là nous faire beaucoup de tort; c'est pourquoi je vous -recommande, mes chers enfants, de ne vous jamais précipiter à mettre -votre amitié et confiance en quelqu'un que vous ne soïez bien sûrs -et cela depuis longtemps; car les gens de ce monde savent dissimuler -longtemps[58].» - -Enfin, après avoir recommandé à ses enfants l'ordre, une sage économie, -l'horreur du gros jeu, la concorde entre eux tous et un attachement -inviolable au chef de leur Maison, il leur traçait un véritable -règlement de vie, année par année, semaine par semaine, jour par jour, -heure par heure, et il ajoutait ces graves paroles: - -«Je vous recommande _de prendre sur vous deux jours tous les ans pour -vous préparer à la mort comme si vous étiez sûrs que ce sont là les -deux derniers jours de votre vie_, et par là vous vous habituerez -à savoir ce que vous aurez à faire en pareil cas, et lorsque votre -dernier moment viendra, vous ne serez pas si surpris et saurez ce que -vous avez à faire... Vous en reconnaîtrez l'utilité par l'usage, et -cela fait un bien infini, sans que cela fasse aucun mal, sinon que l'on -fait de sang-froid ce que peut-être la maladie ou le manque de temps -nous empêcherait de faire[59].» - -«C'est ici que je vous ordonne, disait-il en terminant, de lire deux -fois par an cette instruction, laquelle part d'un père qui vous -aime au-dessus de tout, et qui a cru nécessaire de vous laisser ce -témoignage de sa tendre amitié, laquelle vous ne pourrez mieux lui -témoigner qu'en vous aimant tous de la même tendresse qu'il vous laisse -à tous[60].» - -Ces austères prescriptions furent-elles suivies? Au milieu -des splendeurs de Versailles et des entraînements de la Cour, -Marie-Antoinette s'arrêta-t-elle parfois, et se recueillit-elle dans -la pensée de la mort? Nous ne savons; mais ne semble-t-il pas qu'il y -ait dans cet avis suprême du père comme une mystérieuse divination de -l'avenir de la fille, et cette image de la mort, et d'une mort atroce, -n'apparaît-elle pas à l'historien, menaçante et railleuse, presque -à chaque pas qu'il fait dans la vie de la gracieuse et infortunée -souveraine? - -«Sur quel peuple désirerais-tu régner?» avait dit un jour Marie-Thérèse -à Marie-Antoinette.—«Sur les Français, avait répondu vivement l'enfant, -c'est sur eux qu'ont régné Henri IV et Louis XIV, la bonté et la -grandeur[61].» Le mot était heureux, et l'Impératrice en avait été si -enchantée qu'elle avait prié l'ambassadeur de France de le transmettre -immédiatement au Roi son maître. Les vœux de la fille étaient donc -d'accord avec la politique de la mère pour une union que ne souhaitait -pas moins le Roi de France. - -L'engagement était conclu bien avant d'être déclaré. Louis XV se -faisait rendre compte par son ministre à Vienne, le marquis de Durfort, -des progrès et de l'éducation de l'Archiduchesse. Il envoyait de -France le peintre Ducreux pour faire son portrait et, le portrait -achevé, il avait une telle hâte de le voir que l'ambassadeur était -obligé d'envoyer son fils le porter à Versailles. En Allemagne, on -donnait l'ordre de réparer les chemins qui devaient conduire en France -la future Dauphine. A Vienne même, Marie-Thérèse entourait sa fille -de tout ce qui pouvait lui rappeler la France: elle lui donnait une -coiffure française; elle voulait surtout lui donner une éducation -française, et dans ce but elle pria Choiseul de lui indiquer un -instituteur habile et dévoué qui pût mettre la jeune princesse au -courant des usages et des traditions de la Cour de France. Choiseul -hésitait, quand l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, lui parla -de l'abbé de Vermond, bibliothécaire du collège des Quatre-Nations. -L'éloge que le prélat fit de son protégé fixa le choix du ministre, -et quelques jours après l'abbé de Vermond partait pour Vienne, où il -prenait officiellement possession de son poste. - -Caractère sérieux et appliqué, manquant peut-être un peu de -désintéressement, mais sincèrement dévoué, quoi qu'en ait pu dire Mme -Campan, qui l'a dénigré dans ses _Mémoires_, par jalousie de métier -sans doute et rivalité de position, l'abbé de Vermond ne joua pas, près -de son impériale élève, le rôle odieux que lui prête la première femme -de chambre. Il ne chercha pas, «par un calcul adroit et coupable, à -la laisser dans l'ignorance[62]». Ses lettres, aujourd'hui connues, -prouvent qu'il remplit consciencieusement sa mission et qu'il s'occupa, -sans arrière-pensée, de combler les lacunes que la tendresse mal -entendue de la comtesse de Brandeiss avait laissées dans l'éducation de -l'Archiduchesse. - -Dès son arrivée à Vienne, il rédigea un plan d'instruction qu'approuva -l'Impératrice. Il y comprenait la religion, l'histoire de France, -en insistant spécialement sur tout ce qui caractérise les mœurs -et les usages, la connaissance des grandes familles, et surtout -de celles qui ont des charges à la Cour, une teinture générale de -littérature française, et une attention particulière sur la langue -et l'orthographe. Afin de diminuer l'ennui de ces études pour une -jeune fille peu habituée à se contraindre, il les ramenait, autant -qu'il pouvait, au tour de la conversation[63]. Système séduisant, -qui avait l'avantage peut-être de faire pénétrer plus aisément les -connaissances dans un esprit si difficile à fixer, mais qui avait -l'inconvénient grave de laisser subsister sans correction le défaut -même d'application, si nuisible à tout progrès sérieux. - -Parfois, en exposant dans ses grandes lignes l'histoire de la monarchie -française, l'instituteur s'arrêtait pour pressentir le jugement de -son élève sur la conduite des rois et surtout des reines, et il avait -la jouissance de constater que presque toujours ce jugement était -juste. Il y avait chez la jeune princesse une remarquable rectitude -d'esprit, mais malheureusement une certaine indolence à exercer -cet esprit d'une manière suivie. «Je ne pouvais, disait l'abbé, -l'accoutumer à approfondir un objet, quoique je sentisse qu'elle -en était très capable.» Qu'on ajoute à cela les plaisanteries des -gens qui trouvaient que l'éducation de l'Archiduchesse devenait trop -française, l'instinctive jalousie des nationaux contre les étrangers, -le peu de temps dont disposait Vermond,—une heure par jour seulement -à Vienne,—les distractions forcées d'une existence qui commençait à -être moins renfermée, et l'on s'expliquera que les progrès de l'élève -n'aient point été aussi rapides que l'aurait désiré le maître. - -Les progrès existaient cependant. A Schœnbrunn, où l'on était moins -avare de temps pour l'étude, on regagnait par la conversation ce -qu'on n'obtenait pas par les leçons régulières[64], et, à l'automne -1769, Marie-Thérèse étant descendue un jour chez sa fille et l'ayant -interrogée elle-même pendant près de deux heures, s'en était déclarée -satisfaite: elle l'avait trouvée «fort capable de raisonnement et de -jugement, surtout dans les choses de conduite[65]». A la Cour, où -l'Archiduchesse faisait de plus fréquentes apparitions, à mesure que le -moment de son mariage approchait, l'impression n'était pas moins bonne. -On était surpris et ravi à la fois «du ton de bonté, d'affabilité et de -gaieté qui était peint sur cette charmante figure[66]». - -Dans une fête qui lui était offerte à Laxembourg, la veille de la -Saint-Antoine, la jeune princesse enchantait tout le monde par son -maintien et ses propos. Kaunitz lui-même, si blasé qu'il fût, en était -émerveillé. Mercy, qui venait en Autriche au commencement de 1770, -n'était pas moins flatté de voir que la future Dauphine l'écoutait -et profitait de ses avis[67]. Peu à peu, on l'initiait à la vie -publique et à la représentation. Deux fois par semaine, le cavagnol se -tenait chez elle; les autres jours c'était une loterie. Les princes -de la famille impériale et les ambassadeurs étaient admis; la soirée -se prolongeait jusqu'à dix heures. Marie-Antoinette, ou plutôt Mme -Antoine,—c'est le nom qu'on lui donnait encore,—s'ingéniait à marquer -de l'intérêt à chacun, et, ajoute un témoin oculaire, elle en venait -à bout. «Cette grande compagnie lui donnait le meilleur maintien -et le meilleur ton possible; tout le monde en était enchanté, et -l'Impératrice plus que tout autre[68].» - -Tout se préparait donc pour une union prochaine et ces préparatifs ne -se faisaient pas à la légère. La mère et la fille envisageaient ce -grand avenir, qu'elles désiraient toutes deux, avec une religieuse -gravité. Il avait été décidé que l'Archiduchesse ferait, sous la -direction de l'abbé de Vermond, une retraite de trois jours pendant la -Semaine Sainte. - -Si mobile qu'elle parût, la jeune fille entendait faire sérieusement -cette retraite: elle regrettait même qu'elle fût si courte. «Il me -faudrait peut-être plus de temps pour vous exposer toutes mes idées,» -disait-elle à son précepteur[69]. - -Le départ approchait. Dès le 1er juillet 1769, le marquis de Durfort -avait réglé avec le prince de Kaunitz les détails du mariage. Le projet -de contrat était soumis au Roi, à son retour de Compiègne, et, le 13 -janvier 1770, la dernière note de la Cour de Vienne était transmise -à Versailles. Dans les premiers jours d'avril, les félicitations -officielles commençaient: le 2, les gardes-nobles allemandes -et hongroises étaient admises à l'honneur de baiser la main de -l'Archiduchesse; le même jour, le recteur de l'Université la haranguait -en latin et elle lui répondait dans la même langue; le 3, c'était le -tour des officiers de la garnison et des magistrats[70]. - -Le 14 avril, l'Impératrice annonça solennellement à ses ministres le -mariage de sa fille avec le Dauphin de France. «Le 16, raconte la -_Gazette de France_, vers les six heures du soir, la Cour étant en -grand gala, l'ambassadeur de France a eu de LL. Majestés Impériales et -Royales une audience solennelle dans laquelle il a fait, au nom du Roi -son maître, la demande de Mme l'Archiduchesse Antoinette pour future -épouse de Monseigneur le Dauphin.» - -«Après cette cérémonie, il y a eu grand appartement au palais. Lorsque -l'ambassadeur s'y est rendu, il a été reçu par les grands officiers -de LL. Majestés; les gardes du palais bordaient le grand escalier; -les gardes du corps à pied étaient dans la première des antichambres; -les gardes-nobles allemandes et hongroises formaient dans les autres -une double haie et la Cour était aussi nombreuse que brillante. -L'ambassadeur s'est d'abord rendu à l'audience de l'Empereur et ensuite -à celle de l'Impératrice-Reine, à qui il a fait, au nom du Roi Très -Chrétien, la demande de Madame l'Archiduchesse. Sa Majesté Impériale -et Royale y ayant donné son consentement, Son Altesse Royale a été -appelée dans la salle d'audience et, après avoir fait une profonde -révérence à l'Impératrice et reçu les marques de son aveu, elle a pris -des mains de l'ambassadeur une lettre de Monseigneur le Dauphin et le -portrait de ce prince[71], lequel a ensuite été attaché sur la poitrine -de l'Archiduchesse par la comtesse de Trautmansdorff, grande-maîtresse -de la maison de Son Altesse Royale. Vers les 8 heures 1/2 du soir, la -Cour s'est rendue à la salle des spectacles, qui était magnifiquement -ornée et illuminée. On y a représenté _la Mère confidente_, comédie de -Marivaux; après quoi on a exécuté un ballet nouveau de la composition -du sieur Noverre, intitulé: _les Bergers de Tempè_[72].» - -Le lendemain, 17, suivant l'usage observé en pareille occurrence par -la Maison d'Autriche, l'Archiduchesse fit, dans la salle du Conseil, -devant l'ambassadeur de France et en présence de l'Empereur, de -l'Impératrice, des ministres et des conseillers d'État, sa renonciation -à la succession héréditaire, tant paternelle que maternelle. Le prince -de Kaunitz lut la formule de renonciation; Marie-Antoinette la signa -et prêta serment sur l'Évangile, que tenait le comte de Herberstein, -coadjuteur du prince-évêque de Laybach[73]. Le même jour, l'Empereur -donna au Belvédère une fête magnifique, aux préparatifs de laquelle -cent ouvriers travaillaient depuis plus de deux mois: souper de quinze -cents personnes, bal masqué, feu d'artifice, rien ne manqua à l'éclat -de cette solennité. - -Le 18, ce fut le tour de l'ambassadeur de France. Les rues qui -aboutissaient au palais Lichtenstein, où logeait l'ambassade, étaient -brillamment illuminées; les avenues, l'entrée, l'intérieur étaient -décorés avec un goût exquis, et dans le fond du jardin s'élevait un -élégant édifice, représentant le temple de l'Hymen, d'où, la nuit -venue, s'élancèrent dans les airs des gerbes étincelantes de fusées. - -Le 19, à six heures du soir, toute la Cour se rendit à l'église des -Augustins, par la galerie du palais, bordée d'une double haie de -grenadiers. L'Impératrice conduisait sa fille, magnifiquement vêtue -d'une robe de drap d'argent, dont la comtesse de Trautmansdorff -portait la queue. L'archiduc Ferdinand représentait le Dauphin. -Lorsque l'Empereur et l'Impératrice furent sous le dais, l'Archiduc -et l'Archiduchesse s'agenouillèrent aux places qui leur étaient -réservées. Le nonce du Pape, Visconti, bénit les anneaux et donna -à l'auguste couple la bénédiction nuptiale. Puis il entonna le _Te -Deum_, qui fut chanté par la musique de la Cour, au bruit du canon -et de la mousqueterie. Le mariage par procuration était accompli; -l'Archiduchesse était Dauphine et le comte de Lorge, fils de -l'ambassadeur marquis de Durfort, partait immédiatement pour en -transmettre la nouvelle à Versailles. - -Le lendemain, la Cour dînait en public: il y avait le soir grand -appartement, et l'on frappait une médaille où l'Hymen et la Concorde -tressaient des couronnes de myrte et portaient des cornes d'abondance -avec cette devise: _Concordia novo sanguinis nexu firmata_[74]. - -Et cependant, au milieu de ces fêtes enivrantes et de ces éclatantes -perspectives, je ne sais quelle tristesse pesait sur les cœurs et -oppressait les poitrines. Était-ce le simple déchirement de la -séparation? Était-ce ce mystérieux tressaillement qui, aux heures -solennelles, trouble les âmes les plus fermes? Quelque brillant -que parût le destin de la nouvelle épouse, c'était, dans l'avenir, -l'inconnu; dans le présent, l'éloignement. - -Clairvoyante comme elle l'était, exactement informée, par son fidèle -ambassadeur Mercy, de tout ce qui se passait à la Cour de France, -Marie-Thérèse ne pouvait se laisser éblouir par le grand établissement -réservé à sa fille; elle ne pouvait ignorer combien était miné et -chancelant le trône sur lequel l'Archiduchesse devait s'asseoir un -jour. On raconte qu'avant le départ de Marie-Antoinette elle voulut -interroger sur son avenir un thaumaturge célèbre, le docteur Gasser. Le -docteur regarda longuement la jeune princesse, hésita un instant, et -finit par répondre d'un air grave qu'il y a des croix pour toutes les -épaules. - -Quoi qu'il en soit de cette anecdote, qui n'est peut-être qu'une -légende, à Vienne on s'affligeait du départ de cette jeune princesse, -qui ne s'était fait connaître que par sa grâce et sa bonté. Tout le -monde, hommes et femmes, était abîmé de douleur. Les avenues et les -rues de la ville étaient remplies d'une foule attristée. «La capitale -de l'Autriche, a dit un témoin oculaire, présentait l'image d'un -deuil[75].» - -Le 21 avril, à neuf heures et demie du matin, la nouvelle Dauphine prit -congé de sa mère, quitta cette ville de Vienne, qu'elle ne devait plus -revoir, et partit pour la France. L'Empereur l'accompagna jusqu'à -Molek[76]: il ne pouvait se décider à se séparer de cette sœur qu'il -grondait souvent, mais qu'il aimait plus encore. Quand le lendemain, à -midi, il rentra à Vienne, il trouva la ville toujours plongée dans la -tristesse, et Marie-Thérèse baignée de larmes. - -Mais le jour même du départ, le 21, l'Impératrice s'était arrachée un -moment à ses chagrins pour tracer, elle aussi, à sa fille, un règlement -de vie, où l'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, la sagacité -de la grande politique, la clairvoyance de la mère, ou la foi de la -chrétienne[77]. - -Comme l'Empereur François, elle s'attachait à prémunir la jeune -princesse contre les écueils qui allaient être semés sous ses pas; -mais s'adressant à Marie-Antoinette seule, ses instructions avaient -un caractère plus personnel et plus précis. Comme l'Empereur, elle -recommandait avant tout la piété, cette vertu maîtresse et fondement -de toutes les autres; elle en rappelait à grands traits les préceptes, -ceux de cette piété large et indulgente, qui est une force pour -celui qui la pratique, sans être jamais une singularité ni une gêne -pour autrui; mais elle n'oubliait pas les devoirs propres à la haute -situation destinée à sa fille, et les règles de conduite particulières -à la Cour de France. - -«Ne vous chargez d'aucune recommandation, disait-elle; n'écoutez -personne, si vous voulez être tranquille. N'ayez pas de curiosité: -c'est un point dont je crains beaucoup à votre égard. Évitez toute -sorte de familiarité avec des petites gens. Demandez à M. et Mme de -Noailles, en l'exigeant même, sur tous les cas, ce que, comme étrangère -et voulant absolument plaire à la nation, vous devriez faire, et -qu'ils vous disent sincèrement s'il y a quelque chose à corriger -dans votre maintien, dans vos discours ou autres points. Répondez -agréablement à tout le monde, avec grâce et dignité. Vous le pouvez, -si vous le voulez. Il faut aussi savoir refuser... Depuis Strasbourg, -vous n'accepterez plus rien sans en demander l'avis de M. ou Mme de -Noailles, et vous renverrez à eux tous ceux qui vous parleront de leurs -affaires, en leur disant honnêtement qu'étant vous-même étrangère, vous -ne sauriez vous charger de recommander quelqu'un auprès du Roi. Si -vous voulez, vous pouvez ajouter, pour rendre la chose plus énergique: -«L'Impératrice, ma mère, m'a expressément défendu de me charger -d'aucune recommandation.» N'ayez point de honte de demander conseil à -tout le monde et ne faites rien de votre propre tête[78].» - -Quinze jours après, le 4 mai, le cortège déjà près d'entrer en France, -l'Impératrice, qui ne se consolait du départ de sa fille qu'en songeant -à elle et qui la suivait par la pensée dans toutes les étapes de sa -route, lui écrivait encore, pour ajouter de nouveaux conseils au -règlement de vie: - -«Vous trouverez, lui disait-elle, un père tendre qui sera en même temps -votre ami, si vous le méritez. Ayez en lui toute confiance, vous ne -risquerez rien. Aimez-le; soyez-lui soumise; tâchez de deviner ses -pensées; vous ne sauriez faire assez dans le moment où je vous perds. - -«..... Du Dauphin, je ne vous dis rien; vous connaissez ma délicatesse -sur ce point. La femme est soumise en tout à son mari et ne doit avoir -aucune occupation que de lui plaire et de faire ses volontés. - -«Le seul vrai bonheur dans ce monde est un heureux mariage, j'en peux -parler. Tout dépend de la femme, si elle est complaisante, douce et -amusante. - -«..... Je vous recommande, ma chère fille, tous les 21, de relire mon -papier. Je vous prie, soyez-moi fidèle sur ce point: je ne crains chez -vous que la négligence dans vos prières et lectures, et la tiédeur -et négligence suivront. Luttez contre; car cela est plus dangereux -qu'un état plus imparfait et même plus mauvais; on en revient plutôt. -Aimez votre famille, soyez-leur attachée, à vos tantes comme à vos -beaux-frères et belles-sœurs. Ne souffrez aucune tracasserie; vous -êtes à même de faire taire les gens, au moins de les éviter, ou en -vous éloignant d'eux. Si vous aimez votre tranquillité, évitez dès le -commencement ce point que je crains, connaissant votre curiosité[79].» - -Pendant ce temps, la Dauphine s'avançait à travers l'Allemagne. -Le 25 avril, elle arrivait à Munich; le 29, à Augsbourg; le 30, à -Gunzbourg[80]. Partout sur son passage les populations se pressaient: -elles accouraient, désireuses de voir une Archiduchesse d'Autriche, et -une Dauphine de France; elles s'en retournaient, ravies de sa bonne -grâce, de sa beauté, de ses attentions, de son air de douceur[81]. -Pendant la route, les dames qui l'accompagnaient cherchaient à -la distraire. L'une d'elles ayant eu l'indiscrétion de lui dire: -«Êtes-vous bien empressée de voir Monseigneur le Dauphin?»—«Madame», -répondit avec un ton plein de dignité la jeune princesse, «je serai -dans cinq jours à Versailles; le sixième, je pourrai plus aisément vous -répondre.» La leçon donnée, elle reprit son air d'enjouement et de -bienveillance; mais sa pensée se portait obstinément vers son pays et -vers ceux qu'elle y avait laissés. Lorsqu'elle eut franchi les limites -des provinces placées sous la domination de l'impératrice, «Hélas! -dit-elle, en fondant en larmes, je ne la verrai plus[82]». - -C'était le dernier cri de son cœur, le suprême adieu envoyé à tous ses -souvenirs d'enfance, à tous ses liens de famille, à tout ce qu'elle -avait chéri dans sa patrie allemande. Du jour où elle mit le pied sur -le sol de France, elle se sentit toute Française. - - - - -CHAPITRE II - - La Dauphine en France.—Strasbourg.—Nancy.—Reims.—Compiègne.—Portrait - de la Dauphine.—Marie-Antoinette à Saint-Denys.—Souper à la Muette, - avec Mme du Barry.—Fêtes du mariage à Versailles.—Prétentions des - princesses de la Maison de Lorraine.—Fêtes de Paris.—Catastrophe - de la place Louis XV.—Lettre du Dauphin au lieutenant de police. - - -Le 3 mai, le comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire pour aller -au-devant de la Dauphine, entrait à Strasbourg. C'est dans cette ville, -conquise à la France par Louis XIV, qu'il devait saluer, au nom de la -France, l'épouse du petit-fils de Louis XIV. Le 5 mai, la comtesse de -Noailles, dame d'honneur, le comte de Tessé, premier écuyer, le comte -de Saulx, chevalier d'honneur, arrivaient à leur tour avec la maison -de la Dauphine. Enfin le 7, vers midi, Marie-Antoinette elle-même -paraissait sur la rive du Rhin. - -Dans une île, au milieu du fleuve, s'élevait un pavillon, destiné à -ce qu'on nommait la cérémonie de la _remise_. C'est là que la jeune -princesse devait passer des mains de sa Maison allemande dans celles -de sa Maison française. Par une étrange distraction, les tapisseries, -choisies dans le garde-meuble de la couronne pour décorer la grande -salle qui devait abriter pour la première fois sous un toit français -cette jeune femme allant rejoindre son époux, représentaient les -amours malheureuses et les querelles sanglantes de Jason et de Médée, -c'est-à-dire «l'exemple de l'union la plus infortunée qui fût -jamais[83].» Étranges tableaux et plus étrange bienvenue! Gœthe, alors -étudiant à Strasbourg, avait été frappé, à la vue de ces tentures, -comme d'un sombre présage, et l'on assure qu'en les apercevant -l'Archiduchesse ne put retenir un mouvement d'effroi: «Ah! dit-elle, -quel pronostic[84]!» - -Le pavillon du Rhin était divisé en trois pièces: au milieu un vaste -salon, où devait se faire la remise, à droite et à gauche, deux -appartements: dans l'un se tenait la Maison française, dans l'autre la -Maison autrichienne. C'est dans cette dernière que la Dauphine dut se -prêter à la fastidieuse cérémonie de la toilette. L'étiquette voulait -qu'elle quittât tout ce qui, dans son costume, pouvait rappeler son -pays d'origine, jusqu'à ses bas, jusqu'à son linge. Quand elle eut subi -cette ennuyeuse opération et qu'elle eut revêtu son costume envoyé de -Paris, sous cette mode française, dit un témoin, «elle parut mille -fois plus charmante[85]». Les portes s'ouvrirent; la Dauphine passa -dans le salon central: elle y fut reçue par le comte de Noailles, -Bouret, secrétaire du cabinet du Roi, et Gérard, premier commis des -affaires étrangères. Dès que les pleins pouvoirs eurent été échangés, -et les actes de remise et de réception signés par les commissaires -respectifs, la pièce où se tenait la Maison française fut ouverte; la -Dauphine, légère et gracieuse, s'avança vers la comtesse de Noailles -et se jeta dans ses bras en lui demandant d'être son guide, son appui -et sa consolation. A ce moment, les dames de la Maison allemande -s'approchèrent de leur jeune maîtresse pour lui baiser les mains une -dernière fois et se retirer ensuite; elle les serra sur son cœur en -pleurant beaucoup, les chargea de tendresses pour sa mère, ses sœurs, -ses amies de Vienne[86], et se retournant vers ses dames françaises: -«Pardonnez-moi» dit-elle en souriant à travers ses larmes, «c'est pour -la famille et la patrie que je quitte; désormais je n'oublierai plus -que je suis française.» - -La ville de Strasbourg était en fête. Elle avait préparé pour la -Dauphine les splendeurs qu'elle avait déployées, vingt-cinq ans -auparavant, pour le voyage de Louis le Bien-Aimé. Douze ans plus tard, -Marie-Antoinette en conservait encore pieusement le souvenir: «C'était -là, disait-elle, qu'elle avait reçu les premiers vœux des Français -et compris le bonheur de devenir leur Reine[87].» Trois compagnies -de jeunes enfants de douze à quinze ans, habillés en Cent-Suisses, -formaient la haie sur le passage de la princesse. Vingt-quatre jeunes -filles des familles les plus distinguées de Strasbourg, en costume -national, répandaient des fleurs devant elle, et dix-huit bergers et -bergères lui présentaient des corbeilles de fleurs. Lorsqu'elle mit le -pied sur le territoire de la cité, le chef du Magistrat, M. d'Antigny, -la harangua en allemand: «Ne parlez point allemand, Monsieur,» -dit-elle; «à dater d'aujourd'hui, je n'entends plus d'autre langue que -le français[88].» - -Quand elle entra en ville dans les carrosses du Roi, une triple -décharge d'artillerie la salua: les cloches sonnèrent à toute volée, -et le maréchal de Contades, gouverneur de Strasbourg, la reçut sous -un magnifique arc de triomphe. Sur la place de l'hôtel de ville, des -fontaines de vin coulaient pour le peuple: dans les rues, des bœufs -entiers rôtissaient, et les distributions de pain étaient si abondantes -qu'on ne se donnait même plus la peine d'en ramasser les morceaux[89]. - -La Dauphine traversa la ville entre deux haies de soldats et mit -pied à terre au palais épiscopal, où le cardinal de Rohan, évêque -de Strasbourg, lui présenta son chapitre. Le soir, il y eut grand -couvert, présentation des dames de la noblesse, jeux donnés par les -corps de métiers, danse exécutée par les tonneliers, spectacle à la -Comédie-Française[90]. Lorsque la nuit vint, la cité entière parut -embrasée: les maisons, les édifices publics étaient illuminés; des -courants de feu serpentaient du haut en bas de la cathédrale, dessinant -avec des reliefs lumineux les gracieux détails du chef-d'œuvre d'Erwin -de Steinbach. En face de l'évêché, de l'autre côté de la rivière, une -vaste colonnade, dont les arcades laissaient entrevoir des jardins -dans la perspective; un parterre factice, élevé sur des bateaux, -glissait sur l'eau et venait rejoindre les jardins, et le soir les -arbres étincelaient de verres de couleur. En même temps, un magnifique -feu d'artifice, reflétant dans l'Ill mille figures mythologiques, des -écussons, des chars, des dieux marins, et le chiffre entrelacé du -Dauphin et de la Dauphine, transformait la rivière en une nappe de -feu[91]. - -Le lendemain, 8, Marie-Antoinette visitait la cathédrale. Par -une étrange rencontre, le prélat qui l'attendait à la porte avec -le chapitre pour la complimenter et qui saluait en elle «l'âme de -Marie-Thérèse qui va s'unir à l'âme des Bourbons[92]» était le neveu de -l'évêque, ce prince Louis de Rohan qui devait infliger plus tard à la -Dauphine, devenue Reine, la plus mortelle injure. Mais alors, en cet -horizon si brillant, qui eût pu deviner des points noirs? - -De Strasbourg la Dauphine se rendit à Saverne, où elle logea dans le -château des évêques. Le cardinal de Rohan lui présenta une vieille -femme de cent cinq ans qui n'avait jamais été malade. «Princesse,» dit -cette femme en allemand, «je fais des vœux au ciel pour que vous viviez -aussi longtemps que moi et aussi exempte d'infirmités.»—«Je le désire, -répondit la Dauphine, si c'est pour le bonheur de la France.» Et après -lui avoir donné sa main à baiser, elle ordonna qu'on lui remît une -somme d'argent[93]. - -Le soir, il y eut bal; après le bal, feu d'artifice; après le feu -d'artifice, souper, où, pour la dernière fois, les dames de la Maison -allemande de Marie-Antoinette furent réunies aux dames de la Maison -française. Le 9, elles prirent définitivement congé de l'Archiduchesse; -le prince de Stahremberg seul resta pour l'accompagner. - -La Dauphine quittait l'Alsace, enchantée de l'accueil qu'elle y -avait reçu. Sur sa route, les paysans accouraient de toutes parts; -les chemins étaient jonchés de fleurs; les jeunes filles, dans leurs -plus belles parures, apportaient des bouquets. Les populations des -campagnes, si avides de spectacles et si ardentes alors dans leur -amour pour leurs princes, se pressaient autour du carrosse, et, -apercevant à travers les stores le frais et gracieux visage de la jeune -femme: «Qu'elle est jolie, notre Dauphine!» disaient-elles. Une dame -de la suite, qui entendit ce propos, le fit remarquer à la princesse: -«Madame,» répondit Marie-Antoinette, «les Français ont pour moi les -yeux de l'indulgence[94].» - -Le 9 au soir, la Dauphine arriva à Nancy, illuminé comme Strasbourg. -Nancy, c'était le berceau de la Maison de Lorraine, le lieu de -naissance de l'Empereur François; c'était un dernier trait d'union -entre sa famille d'origine et sa famille d'adoption, entre l'Autriche -et la France. Le lendemain, après les cérémonies officielles elle se -rendit au couvent des Cordeliers, pour s'agenouiller sur le tombeau de -ses pères. La pensée grave de la mort se mêlait à l'éblouissement des -fêtes. - -Le soir, Marie-Antoinette couchait à Bar; à Lunéville, la gendarmerie, -aux ordres du marquis de Castries et du marquis d'Autichamp, lui -rendait les honneurs militaires; à Commercy, l'Archiduchesse recevait -un hommage qui lui allait peut-être plus droit au cœur: une blonde -enfant de dix ans lui offrait un bouquet de fleurs et saluait en elle -«la descendante d'une famille qui, depuis près de mille ans, n'avait -cessé de régner sur les cœurs des Lorrains[95]». - -A quelques lieues de Châlons, un vieux curé de campagne, entouré de -toute sa paroisse, s'approcha du carrosse de la Dauphine pour la -complimenter. Il avait pris pour texte de son discours ces paroles du -Cantique des Cantiques: «_Pulchra es et formosa._» Mais à la vue de la -princesse, le respect, l'émotion, la surprise le troublèrent tellement -qu'il lui fut impossible d'aller plus loin que son texte. Il avait -beau chercher dans sa tête; la mémoire lui faisait obstinément défaut. -Marie-Antoinette s'en aperçut, et, pour mettre un terme à l'embarras -de ce brave homme, elle prit de sa main, avec un charmant sourire de -remerciement, le bouquet qu'il lui présentait. «Ah! Madame,» s'écria le -bon curé, retrouvant sinon son discours, du moins sa présence d'esprit, -«ne soyez pas étonnée de mon peu de mémoire; à votre aspect, Salomon -eût oublié sa harangue et n'eût plus pensé à sa belle Égyptienne[96].» - -Le 11, la Dauphine descendit à Châlons, à l'hôtel de l'Intendance. Six -jeunes filles, dotées par la ville à l'occasion de son mariage, vinrent -lui réciter des vers: - - Princesse dont l'esprit, les grâces, les appas - Viennent embellir nos climats, - En ce jour glorieux, quel bonheur est le nôtre! - Nous devons notre hymen à la splendeur du vôtre. - Le ciel fait à l'État deux faveurs à la fois - Dans cette auguste et pompeuse alliance: - Nous donnerons des sujets à la France. - Et vous lui donnerez des Rois[97]. - -Le soir il y eut spectacle où l'on joua _la Partie de chasse de Henri -IV_, souper en public, illumination qui représentait le temple de -l'Hymen, inauguration de la nouvelle porte de ville, dont la Dauphine -accepta la dédicace, distribution de pain, de vin et de viande, -acclamations réitérées de _Vive le Roi! Vive Madame la Dauphine!_ - -Le 12, Marie-Antoinette passa à Reims, la cité du sacre: «Voilà, -dit-elle galamment, la ville de France que je désire revoir le plus -tard possible.» - -Le soir, elle arriva à Soissons, entourée des gardes du corps qui -l'escortaient depuis Fismes[98]. Les bourgeois et les compagnies -de l'arquebuse l'attendaient aux portes de la ville. Les rues qui -conduisaient à l'évêché, où devait loger la princesse, étaient garnies -d'une singulière et pittoresque décoration: un double rang d'arbres -fruitiers, de vingt-cinq pieds de haut, entre lesquels couraient des -guirlandes de lierre, de fleurs, de gaze d'or et d'argent, entremêlées -de lanternes. Reçue par l'évêque duc de Soissons, au bas du perron de -son palais, la Dauphine fut conduite à son appartement par une galerie -éclairée de mille candélabres. Des distributions furent faites au -peuple et, le soir, un merveilleux feu d'artifice montra à la foule -enthousiasmée un temple surmonté d'un double groupe: la Renommée -annonçant la Dauphine à la France, et un Génie lui présentant son -portrait. - -Le lendemain, fidèle aux leçons de sa mère, Marie-Antoinette communia -des mains de l'évêque dans la chapelle de l'évêché, et le soir -assista, dans la cathédrale, à un _Te Deum_ solennel[99]. Le 14, dans -l'après-midi, elle prit la route de Compiègne. - -Dans une des villes qu'elle traversa, des professeurs et des écoliers -vinrent la complimenter en latin; elle se retrouva assez savante pour -répondre à ces jeunes Cicérons dans la même langue[100]. - -Tout ce voyage, de Strasbourg à Compiègne, n'avait été pour la -princesse qu'un long et éclatant triomphe. Partout, sur son passage, -les populations étaient accourues en habits de fête; partout elle les -avait séduites par la bonne grâce de son maintien, par la fraîcheur de -son sourire, par la bienveillance de son accueil, par la justesse de -ses propos, par «sa gaîté douce et par son affabilité majestueuse», -disait la _Gazette_: «spectacle bien touchant, ajoutait le rédacteur, -pour une nation dont le premier sentiment est l'amour de ses -maîtres[101].» On voyait la Dauphine et l'on s'en retournait charmé; on -l'entendait et l'on était transporté. «Notre Archiduchesse Dauphine a -surpassé toutes mes espérances,» écrivait Mercy[102]. - -La famille royale était tout entière réunie à Compiègne. Déjà le Roi -avait envoyé le marquis de Chauvelin à Châlons, le duc d'Aumont à -Soissons, le duc de Choiseul à quelques lieues de Compiègne, au-devant -de la Dauphine. Lui-même était parti de Versailles, le 13, avec le -Dauphin et Mesdames, avait couché à la Muette et était arrivé le -14, à Compiègne, pour attendre l'épouse de son petit-fils. C'est au -milieu de la forêt, au pont de Berne, qu'eut lieu l'entrevue. A peine -la jeune princesse eut-elle aperçu le Roi, que, se précipitant à -bas de sa voiture, elle alla se jeter à ses pieds. Ravi de cet élan -d'abandon, Louis XV la releva, l'embrassa avec beaucoup de tendresse -et la présenta au Dauphin, qui, suivant l'étiquette, la salua à la -joue. On revint au Château, le Roi dans le fond du carrosse, avec la -Dauphine à ses côtés[103]; le Dauphin sur le devant, avec la comtesse -de Noailles[104]. Le Roi et le Dauphin conduisirent eux-mêmes -l'Archiduchesse à son appartement et lui présentèrent successivement -les membres de la famille royale: le duc d'Orléans, le duc et la -duchesse de Chartres, le prince de Condé, le duc et la duchesse de -Bourbon, le prince de Conti, le comte et la comtesse de la Marche, le -duc de Penthièvre, la princesse de Lamballe. Le Roi fut enchanté de -cette première entrevue; il trouvait la Dauphine charmante[105]. - -Elle était charmante en effet, et les portraits que tracent d'elle à -cette date les auteurs du temps expliquent bien l'impression produite -par cette jeune et fraîche apparition sur ce vieux monarque qui n'était -pas habitué à trouver réunies tant de grâce et tant de pudeur. - -«La Dauphine, dit un chroniqueur, était très bien faite, bien -proportionnée dans tous ses membres[106].» Sa taille, mince et élancée, -avait à la fois la souplesse de la jeune fille et la dignité de la -femme. Ses traits n'avaient peut-être pas une régularité mathématique, -ils étaient plutôt jolis que beaux; l'ovale de son visage était un -peu allongé; sa lèvre, l'inférieure surtout, avait cette épaisseur -qui caractérisait la lèvre autrichienne. Mais sa bouche était petite -et bien arquée; ses bras, superbes; ses mains, d'une forme parfaite; -ses pieds, charmants; son nez, aquilin, fin et joli[107]. Ses cheveux -d'un blond cendré, d'une nuance toute particulière, couronnaient un -front d'une merveilleuse pureté. Ses yeux, bleus sans être fades, doux -sans être languissants, surmontés de sourcils bien plantés pour une -blonde, jouaient avec une vivacité pleine d'esprit, et s'illuminaient -d'un sourire enchanteur[108]. Son teint avait un éclat éblouissant, -une blancheur incomparable, rehaussée par des couleurs naturelles qui -pouvaient la dispenser de mettre du rouge[109]; sa peau était d'une -transparence telle qu'elle ne prenait point d'ombre et désespérait les -peintres[110]. Elle n'était pas belle, a dit une contemporaine, elle -était mieux que belle[111]. Sa démarche tenait à la fois du maintien -imposant des princesses de sa maison et des grâces françaises[112]. -Tous ses mouvements étaient marqués au coin de la souplesse et de -l'élégance: elle ne marchait pas, elle glissait[113]. Quand elle -s'avançait dans les galeries du château, sa tête, qu'elle avait une -façon particulière et toute charmante d'incliner[114] et qu'elle -relevait plus fièrement, quand elle se croyait seule[115], sa tête -portée par son beau cou grec, lui donnait tant de majesté qu'on croyait -voir une déesse au milieu de ses nymphes[116]. «La vit-on, sous le plus -humble vêtement, écrivait d'elle un voyageur qui s'était trouvé un -moment sur son passage, qu'il serait aisé de deviner qu'elle est née -sur le trône[117]»; et un Anglais célèbre, Horace Walpole, s'écriait -en l'apercevant: «C'est la grâce en personne[118].» - -Un peintre, ayant à faire son portrait, croyait ne pouvoir mieux le -placer que dans le cœur d'une rose épanouie[119], et un poète ajoutait: - - C'est la tige d'une rose - Qui vient s'unir à nos lys[120]. - -Le soir de son arrivée à Compiègne, les dames qui présidaient à son -coucher lui ayant dit: «Madame, vous enchantez tout le monde.»—«On me -voit avec trop d'intérêt, répondit-elle; mon cœur contracte des dettes -qu'il ne pourra jamais acquitter; on me tiendra compte, j'espère, du -désir que j'en ai[121].» - -Le 15 mai, la Cour quitta Compiègne. A Saint-Denys, le cortège -s'arrêta. Marie-Antoinette alla voir la fille de Louis XV, Madame -Louise, retirée depuis peu aux Carmélites. Elle y resta environ une -demi-heure et plut à tout le monde. «C'est, ma chère mère, écrivait -une religieuse de Saint-Denys à une Carmélite de la rue Saint-Jacques, -c'est une princesse accomplie pour la figure, la taille et les -façons, et ce qui est beaucoup plus précieux, on la dit d'une piété -ravissante. Sa physionomie a tout à la fois un air de grandeur, de -modestie et de douceur. Le Roi, Mesdames, et surtout Monseigneur le -Dauphin en paraissent enchantés; ils disaient à l'envi: «Elle est -incomparable[122].» - -Sur tout le parcours du cortège, les spectateurs n'étaient pas moins -ravis. Le bruit du passage de la Dauphine s'étant répandu, les -habitants de Paris s'étaient portés en masse entre Versailles et la -porte Maillot; les carrosses formaient une double haie; le peuple -applaudissait; la foule était si compacte que l'équipage royal fut -obligé d'aller au petit pas. On fit remarquer à la princesse cette -immense affluence; elle, avec sa bonne grâce parfaite et son tact plein -de finesse, fit semblant de croire que tous ces hommages s'adressaient -au vieux monarque: «Les Français ne voient jamais assez leur Roi, -dit-elle; ils ne peuvent me traiter avec plus de bonté qu'en me -prouvant qu'ils savent aimer celui que j'ai déjà l'habitude de regarder -comme un second père[123].» - -Le soir, à 7 heures, Marie-Antoinette arriva à la Muette. Le Roi l'y -attendait, et, avec lui, le comte de Provence, le comte d'Artois, -Madame Clotilde, et aussi, hélas! cette triste femme aux pieds de -laquelle Louis XV abaissait la plus belle couronne du monde et qui -avait, ce jour-là, arraché à sa coupable condescendance la permission -de souper avec la Dauphine. La jeune princesse en fut profondément -froissée; sa fière pudeur se révoltait contre le contact impur que lui -imposait la despotique faiblesse du vieux Roi; mais elle eut assez -d'empire sur elle-même pour ne rien laisser paraître en public de -son légitime mécontentement. Après le souper, un de ces courtisans, -qui épiaient sa jeunesse, lui demanda comment elle avait trouvé la -comtesse du Barry. Elle devina le piège: «Charmante,» répondit-elle -simplement[124]. - -Était-ce pour prévenir ou atténuer l'impression mauvaise produite par -cette étrange société que Louis XV apportait à sa petite-fille, à la -Muette, une parure de diamants magnifique et que, le lendemain, après -le mariage, il faisait déposer chez elle un coffret plein de bijoux, -délicieusement ciselé par Bocciardi[125]? Toujours est-il qu'il la -comblait de cadeaux. Il lui donnait tous les diamants et toutes les -perles de la feue Dauphine et il y ajoutait le collier de perles -apporté jadis par Anne d'Autriche, et substitué par elle aux Reines et -Dauphines de France; la plus petite de ces perles avait la grosseur -d'une noisette[126]. - -Le mercredi, 16 mai, à 9 heures, Marie-Antoinette partit de la Muette -pour Versailles, où devait se faire la toilette. Le Roi et le Dauphin -l'avaient précédée la veille au soir. Quand elle arriva au Château, le -Roi vint la recevoir au rez-de-chaussée, s'entretint longuement avec -elle et lui présenta Madame Élisabeth, la comtesse de Clermont, et la -princesse de Conti. A une heure, elle passa à l'appartement du Roi, -d'où le cortège partit pour la chapelle. - -Le Dauphin et la Dauphine, suivis du vieux monarque, s'avancèrent vers -l'autel et s'agenouillèrent sur un carreau placé sur les marches du -sanctuaire[127]. L'archevêque de Reims, Mgr de la Roche-Aymon, grand -aumônier, offrit l'eau bénite; puis, après avoir harangué le jeune -couple, il bénit les treize pièces d'or et l'anneau[128]. Le Dauphin -prit l'anneau, le passa au quatrième doigt de la Dauphine et lui remit -les pièces d'or. L'archevêque donna la bénédiction nuptiale et, dès -que le Roi fut retourné à son prie-Dieu, commença là messe. La musique -royale exécuta un motet de l'abbé de Gauzargue: après l'offertoire, le -Dauphin et la Dauphine allèrent à l'offrande; au _Pater_, un poèle en -brocard d'argent fut étendu sur leurs têtes; l'évêque de Senlis, Mgr -de Roquelaure, premier aumônier du Roi, le tenait du côté du Dauphin; -l'évêque de Chartres, premier aumônier de la Dauphine, le tenait du -côté de cette princesse. - -La messe finie, le grand aumônier s'approcha du prie-Dieu du Roi et lui -présenta le registre des mariages de la paroisse royale que le curé -avait apporté. Puis le cortège retourna à l'appartement du Roi dans le -même ordre, et la Dauphine, rentrée chez elle, reçut les officiers de -sa Maison et les ambassadeurs des Cours étrangères. - -Une foule immense se pressait dans la ville royale. Paris était -désert: les boutiques étaient fermées[129]; la population entière -s'était portée à Versailles pour assister aux fêtes qui se préparaient -et au feu d'artifice qui devait terminer la journée. - -Mais à trois heures le ciel se couvrit de nuages: un violent orage -éclata; le feu d'artifice ne put être tiré; les illuminations furent -noyées par la pluie, et la masse de curieux, qui remplissait les -jardins et les rues, fut réduite à fuir en désordre, sous les coups de -tonnerre et les torrents d'eau[130]. - -Au Château, cependant, la journée s'achevait avec éclat. Les -courtisans, en habits somptueux, avides de voir et surtout d'être vus, -s'entassaient dans les appartements; un superbe souper fut servi dans -la salle de spectacle transformée en salle de festin, et éclairée d'une -«quantité prodigieuse de bougies». «Toutes les dames, sur le devant des -loges, en grandes parures, formaient un spectacle aussi surprenant que -magnifique.» Jamais la Cour n'avait paru si brillante[131]. - -A 6 heures, il y eut appartement, jeu de lansquenet et grand couvert. -Le soir, le Roi conduisit les nouveaux mariés dans leur chambre. -L'archevêque de Reims bénit le lit. Le Roi donna la chemise au Dauphin, -la duchesse de Chartres à la Dauphine. Mais quelle qu'eût été la -splendeur de cette fête, et quelles que fussent à cette heure les -promesses de l'avenir, d'obstinés pessimistes ne pouvaient s'empêcher -de remarquer, comme une menace du Ciel, ces grondements de la tempête, -et les superstitieux rappelaient qu'en signant sur le registre de -mariage, la jeune épouse avait laissé tomber une tache d'encre et -effacé ainsi la moitié de son nom. - -Le lendemain, commençait à Versailles toute une série de fêtes -splendides: grands appartements; bals parés dans la nouvelle salle -de spectacle, construite par l'architecte Gabriel; représentation -de l'opéra de _Persée_, dont certains détails amusèrent beaucoup la -Dauphine[132]; feu d'artifice, grandes eaux, illuminations du grand -canal, de la terrassé et des jardins[133]. - -Mais avec les fêtes commençaient aussi les orages de la Cour, non -moins violents et plus perfides que les orages du ciel. Au bal du 19, -le menuet dansé par Mlle de Lorraine «troublait bien des têtes[134]». -L'ambassadeur d'Autriche, le comte de Mercy, avait demandé au Roi, -à l'occasion du mariage de la Dauphine, de donner quelque marque -particulière de distinction à Mlle de Lorraine, fille de la comtesse -de Brionne, et parente de l'Empereur. Louis XV, désireux de manifester -à l'Impératrice «sa reconnaissance du présent qu'elle lui avait -fait[135],» avait décidé que Mlle de Lorraine danserait son menuet -immédiatement après les princes et princesses du sang. «Le choix des -danseurs et danseuses ne dépendant que de la volonté du Roi, sans -distinction de places, rang, ni dignité[136]», cet honneur accordé à -la fille de la comtesse de Brionne ne pouvait tirer à conséquence ni -engager l'avenir. Il n'en mit pas moins en rumeur toute la noblesse. -Les seigneurs de la Cour, les plus minces même, s'assemblèrent chez -l'évêque de Noyon, second pair ecclésiastique, en l'absence du premier -pair, l'archevêque de Reims, empêché, et rédigèrent un long mémoire -pour protester qu'il ne pouvait y avoir de rang intermédiaire entre les -princes du sang et la haute noblesse. Le public s'amusa beaucoup de -cette querelle et de cette réunion de courtisans, sous la présidence -d'un évêque, pour délibérer gravement sur la grave question d'un -menuet. On parodia le mémoire de la noblesse dans des vers spirituels -qui coururent tout Paris: - - Sire, les grands de vos États - Verront avec beaucoup de peine - Une princesse de Lorraine - Sur eux au bal prendre le pas. - Si Votre Majesté projette - De les flétrir d'un tel affront, - Ils quitteront la cadenette - Et laisseront le violon. - Avisez-y: la ligue est faite. - Signé: l'évêque de Noyon, - La Vaupalière, Bauffremont, - Clermont, Laval et de Villette. - -Louis XV tint bon. Le jour du bal, les dames désignées pour danser -affectèrent de traverser les appartements de Versailles en négligé; le -soir, à l'heure fixée, à 5 heures, trois dames seulement étaient dans -la salle. - -Il fallut un commandement formel du Roi pour forcer les autres à -venir[137]. La soirée s'acheva ainsi dans l'ordre fixé, mais non sans -un profond mécontentement, et de toutes ces magnificences déployées, à -Versailles pour célébrer le mariage de la Dauphine[138], il ne resta -que des vanités froissées et un bon mot: «Comment trouvez-vous mes -fêtes?» avait dit Louis XV à l'abbé Terray.—«Ah! Sire, _impayables_,» -avait répondu le contrôleur général[139]. - -Mais qu'étaient-ce que ces intrigues de Cour à côté de la catastrophe -qui, quinze jours plus tard, allait plonger la capitale dans le deuil? - -Le 30 mai, la ville de Paris célébrait à son tour, par des -réjouissances publiques, le mariage de la Dauphine. La fête devait être -couronnée par un feu d'artifice tiré sur la place Louis XV, à l'entrée -de la rue Royale, et par l'illumination des colonnades de la place. -Les préparatifs étaient séduisants. La principale décoration, adossée -à la statue de Louis XV, représentait le temple de l'Hymen; aux quatre -angles, quatre dauphins devaient vomir des tourbillons de feu, et sur -les quatre façades, quatre fleuves répandre des cascades enflammées. -Un bâtiment, placé derrière la statue, renfermait la réserve du feu -d'artifice[140]. - -Malheureusement, par suite d'un conflit de juridiction, la surveillance -de la fête avait été confiée, non pas au lieutenant de police, -Sartines, mais au prévôt des marchands, Bignon. Inexpérimenté ou peu -capable, Bignon ne prit pas les précautions nécessaires. La façade du -feu d'artifice, au lieu de regarder la place Louis XV, qui aurait pu -contenir un grand nombre de spectateurs, était tournée vers la rue -Royale, alors en construction, et où des débris de matériaux et des -fossés creusés pour l'écoulement des eaux obstruaient le passage. Aucun -règlement n'avait été publié pour la circulation des voitures; enfin le -jardin des Tuileries, par lequel la foule aurait pu s'écouler, avait -été fermé à l'heure habituelle. - -Le feu d'artifice ne réussit pas; était-ce un présage? Une fusée -mal dirigée mit le feu au bouquet qui partit avant l'heure: les -pièces principales manquèrent. Quand tout fut fini, le peuple, qui -encombrait la place Louis XV et la rue Royale, s'ébranla. Deux -courants se formèrent: l'un cherchant à gagner la place pour jouir de -l'illumination des colonnades et des fontaines de vin qui n'avaient -cessé d'y couler depuis 7 heures[141]; l'autre s'enfonçant dans la rue -Royale pour visiter la foire qui se tenait sur les boulevards. Ces -deux courants, s'avançant en sens inverse, se heurtèrent, sans vouloir -ni pouvoir céder; les flots, qui venaient par derrière, poussaient et -étouffaient ceux qui étaient en avant: la confusion fut indescriptible. - -La police était absente: des gardes de la ville, en nombre insuffisant, -faisaient de vains efforts pour rétablir l'ordre; que pouvait une -poignée d'hommes contre ces masses compactes qui se pressaient sans -rien entendre? Les cris de quelques personnes, serrées ou volées -par les escrocs qui pullulaient dans cette cohue, augmentèrent le -tumulte[142]. Pour comble de malheur, le feu vint à prendre à la -réserve des pièces d'artifice et à l'échafaudage qui entourait la -statue du Roi. Les pompiers, avec leurs vigoureux chevaux et leurs -lourdes machines, s'élançèrent pour éteindre l'incendie et refoulèrent -violemment le peuple qui s'entassait dans la rue Royale, disposée -en entonnoir et déjà obstruée; des carrosses, en quête de leurs -maîtres, cherchèrent à passer dans la trouée faite par les pompiers. -Quelques spectateurs, à moitié écrasés, mirent l'épée à la main pour -se dégager; des filous se jetèrent dans la bagarre pour en tirer -parti et propagèrent la panique. Les cris des femmes et des enfants, -qu'on étouffait, le bruit des chevaux, les jurements des cochers, la -lueur rouge de l'incendie, tout contribuait à semer dans ces masses, -qui se sentaient mourir, sans pouvoir rien faire pour se sauver, -une insurmontable terreur. Malheur à qui tombait à terre: il était -immédiatement piétiné et assommé. La foule, affolée de peur, incapable -de résister au flot qui la poussait par derrière, essaya de se jeter de -côté; elle tomba dans les fossés qu'on avait négligé de combler. Elle -s'entassa dans ces sépulcres béants; chaque vague humaine qui survenait -ensevelissait celle qui l'avait précédée et était ensevelie à son tour, -au milieu des râlements des mourants et des plaintes des blessés. Ce -fut un horrible spectacle. - -Quand un renfort du guet, appelé à la dernière heure, parvint enfin -à rétablir un peu d'ordre, il était trop tard. On relevait cent -trente-deux cadavres, cinq ou six fois autant de blessés et parmi eux -des personnages de distinction et des ministres étrangers[143]. Ces -cadavres, rangés le long du boulevard comme une décoration funèbre, -furent, le lendemain, inhumés dans le cimetière de la Madeleine. Qui -eût pu prévoir alors qu'ils allaient y attendre les princes dont le -mariage avait été l'occasion involontaire de leur mort? - -La Dauphine arrivait de Versailles avec Mesdames pour voir -l'illumination de la place, quand elle apprit en route le malheur qui -venait d'arriver. Elle rebroussa chemin, le cœur gonflé, les yeux -humides[144]. Quelque soin qu'on prît pour lui cacher l'étendue du -désastre, elle ne put retenir ses larmes. «On ne nous dit pas tout, -répétait-elle. Que de victimes!» Et comme, pour atténuer ses regrets, -on affectait de lui dire qu'on avait relevé parmi les cadavres -des escrocs dont les poches étaient pleines d'objets volés: «Oui, -reprit-elle; mais ils sont morts à côté d'honnêtes gens[145].» - -Elle envoya immédiatement sa bourse à M. de Sartines, pour secourir les -familles des victimes. Le Dauphin en fit autant. Il attendait, avec -une impatience qui ne lui était pas habituelle, le moment où son mois -devait lui être payé: dès qu'il l'eut touché, il s'empressa d'adresser -les six mille livres, qui en formaient le montant, au lieutenant de -police, avec le billet suivant: - - «J'ai appris le malheur arrivé à Paris, à mon occasion; j'en suis - pénétré. On m'apporte ce que le Roi m'envoie tous les mois pour - mes menus plaisirs; je ne peux disposer que de cela, je vous - l'envoie. Secourez les plus malheureux. - - «J'ai, Monsieur, beaucoup d'estime pour vous[146]. - - «LOUIS-AUGUSTE. - - «A Versailles, 1er juin 1771» - - - - -CHAPITRE III - - La famille royale en 1770.—Le Roi.—Mesdames.—Le comte de - Provence.—Le comte d'Artois.—Mesdames Clotilde et Elisabeth.—Le - Dauphin. - - -Quelle était donc cette famille royale, la première du monde, au moment -où Marie-Antoinette y entrait sous des auspices à la fois si brillants -et si sombres? - -Le chef de la famille, le Roi, Louis XV, valait mieux que sa réputation -et surtout que sa conduite[147]. Sa correspondance secrète, aujourd'hui -connue, montre qu'il prenait, au fond, de l'honneur et de la grandeur -de la France, plus de souci qu'il n'en laissait paraître. Il avait eu -même, à un certain moment, la velléité de gouverner lui-même[148]; mais -cette noble et trop passagère inspiration n'avait pas tardé à être -étouffée par la paresse d'esprit, la défiance de soi-même, le goût de -la frivolité et la domination des maîtresses. - -Caractère tout de contrastes, il avait à la fois des qualités élevées -et des instincts vulgaires, des aspirations généreuses et des -résolutions égoïstes. Dans son jeune âge, il avait montré d'heureuses -dispositions: une vive intelligence, un esprit attentif, une mémoire -extraordinaire, une raison précoce, un discernement juste et prompt, -un cœur facile à toucher[149]. La mauvaise éducation de Villeroy, au -lieu de développer ces germes précieux, les avait desséchés: l'enfant, -aimable et bon, était devenu un enfant volontaire, timide, embarrassé, -et bientôt un adolescent dissimulé et ennuyé. L'ennui, ce fut le ver -rongeur qui, pendant cinquante ans, dévora le cœur de Louis XV; ce -fut souvent aussi l'explication de ses excès. Il aurait pu y échapper -par la noble passion des affaires publiques; le cardinal de Fleury ne -le lui permit pas. Le vieux ministre, pour mieux assurer son propre -pouvoir, entretint chez son royal élève le goût des choses frivoles et -des distractions futiles. Il en fit ce qu'il resta toute sa vie, «un -enfant des pieds à la tête[150], toujours de dix ans au-dessous de son -âge,» suivant le mot du Régent[151]. Dès lors, le jeune Prince ne fut -plus lui-même: il appartint à celui ou plutôt à celle qui sut le mieux -l'amuser. - -Louis XV avait hérité de sa race une beauté physique[152], où la -majesté de son bisaïeul Louis XIV était tempérée par la grâce de sa -mère, la charmante et vive duchesse de Bourgogne. Malgré cette beauté, -malgré une précocité dangereuse, malgré les agaceries des dames de la -Cour, dont la vertu facile se fût volontiers accommodée d'une chute -brillante et profitable, il était resté chaste jusqu'à vingt ans. A -défaut de qualités fortes et de gouvernement, son précepteur lui avait -du moins inculqué des principes religieux qui mirent pendant quelque -temps un frein à l'ardeur de ses sens. Malheureusement, les tentations -furent plus opiniâtres que sa constance, et, le premier pas une fois -fait dans la voie des plaisirs coupables, malgré quelques velléités de -retour, Louis XV ne s'arrêta plus. De Mme de Mailly il passa à Mme de -Vintimille, de Mme de Vintimille à la duchesse de Châteauroux, de la -duchesse de Châteauroux à Mme de Pompadour et aux fugitives beautés du -Parc-aux-Cerfs. Après la mort du Dauphin et de la Dauphine, frappé par -ce double coup du ciel, il avait voulu rentrer en lui-même et rompre -les chaînes honteuses qui le retenaient. Plus tard même il songea, un -instant, à se remarier avec la princesse de Lamballe, dit-on, puis -avec une des filles de Marie-Thérèse, l'Archiduchesse Élisabeth[153]. -Une odieuse intrigue de Cour fit évanouir ces bonnes intentions et -jeta le vieux Roi, à demi repentant, dans les bras d'une courtisane -de bas étage, «vils restes de la licence publique,» osait dire l'abbé -de Beauvais en pleine chaire de Versailles. Dans ce commerce honteux, -tout ce qui restait de virilité au faible monarque avait disparu. Le -brillant vainqueur de Fontenay n'était plus que l'humble esclave de la -du Barry, subissant sans murmurer ses plaisanteries grossières et ses -sobriquets grotesques, se prêtant à ses plus ridicules caprices et trop -heureux de satisfaire à ses plus luxueuses fantaisies. Le prince chez -qui d'Argenson avait salué de véritables aptitudes au gouvernement: -l'humanité, la justice, le bon sens, le souci des affaires, le goût de -l'économie[154], s'était transformé en un vieillard blasé, nonchalant, -ennemi de tout travail et de toute contrainte, roi fainéant dans toute -la force du terme; traînant sa vie entre la chasse, les petits soupers -et les petites maisons, n'ayant de goût que pour les petits cancans -de la Cour, les anecdotes graveleuses et les conversations grivoises; -prodiguant follement l'argent à sa maîtresse; ne s'inquiétant plus -ni de l'avenir de son royaume, ni des plaintes de ses sujets; assez -perspicace pour voir les abus, trop insouciant pour chercher à y porter -remède et disant cyniquement à un de ses courtisans: «Les choses, comme -elles sont, dureront autant que moi[155].» - -Et comme par un juste retour des choses, à mesure que le Roi -s'éloignait davantage de ses sujets, le peuple s'éloignait -davantage de lui, les acclamations qui avaient salué sa jeunesse -s'étaient promptement changées en murmures et en «fanatiques -mécontentements[156]». La France qui, dit Michelet, avait eu pour -l'enfant «tous les amours, mère, amante et nourrice[157]», n'avait plus -pour lui que de la colère et de la désaffection, colère et désaffection -d'autant plus vives que les espérances avaient été plus grandes et la -tendresse plus obstinée. Louis XV le _Bien Aimé_ était devenu Louis XV -le _Bien haï_[158]. - -Près du Roi, vivaient ses filles: Mme Adélaïde; Mme Victoire, Mme -Sophie, princesses sincèrement pieuses, mais d'une dévotion un peu -mesquine et qui ne savait pas se rendre aimable. Leur extérieur était -sans grâce. Walpole, qui les vit lors de sa présentation à la Cour de -France, les montre «dodues et massives», gauches dans leur maintien, -gênées dans leur démarche, ne sachant que dire et que faire[159]. Se -tenant strictement à l'écart, embarrassées quand il fallait paraître -en public, timides même avec leur père, qui cependant les voyait -familièrement, délaissant la Cour et délaissées par elle, elles -n'avaient jamais su acquérir une influence que leur naissance semblait -devoir leur assurer, et que Louis XV, à leur retour de Fontevrault, -où s'était faite leur éducation, d'ailleurs assez négligée, avait un -instant paru disposé à leur laisser prendre. Depuis l'avènement de -la du Barry, elles vivaient plus retirées que jamais, s'occupant de -musique et d'horlogerie, résolûment hostiles à la favorite, qu'elles -méprisaient profondément et à juste titre, mêlées secrètement à de -sourdes intrigues, et d'autant plus jalouses des apparences de crédit -qu'elles en avaient moins la réalité. - -Ce n'étaient point encore de vieilles femmes,—l'aînée n'avait que -trente-huit ans;—c'étaient déjà de vieilles filles, et elles en -avaient les susceptibilités ombrageuses, les étroitesses d'esprit, les -instincts dominateurs, les timidités effarouchées, la marche oblique, -les petites roueries, les jalousies et les médisances. - -Mme Adélaïde, la plus âgée des trois sœurs et aussi la plus capable, -avait des manières brusques, une voix dure, une prononciation brève, -quelque chose de masculin répandu dans toute sa personne et qui -n'attirait pas. Très infatuée des prérogatives de son rang, elle -souffrait extrêmement de la nullité où elle se trouvait réduite. -Son esprit actif, absolu et hautain, eût volontiers aspiré à un -rôle prédominant; mais le talent n'ayant pu soutenir ces hautes -prétentions, elle se vengeait d'un effacement qui l'humiliait par de -petites manœuvres et de petites méchancetés. Hostile à toute alliance -avec les Habsbourg, elle ne pardonnait pas à sa nouvelle nièce le sang -qui coulait dans ses veines. M. Campan, au moment de partir avec la -Maison de la Dauphine pour aller la recevoir à la frontière, s'étant -présenté chez la vieille princesse pour prendre ses ordres: «Si j'avais -des ordres à donner, répondit-elle sèchement, ce ne serait pas pour -envoyer chercher une Autrichienne[160].» - -Plus douce que sa sœur, Mme Victoire était aussi plus sympathique: sa -Maison l'adorait. Tous ceux qui l'approchaient étaient séduits par -une bonté habituelle, plus instinctive peut-être que raisonnée, mais -profonde: elle aimait à faire plaisir. Son embonpoint précoce lui -avait valu, de la part du Roi qui, à force de vivre avec des gens de -basse condition, avait fini par en prendre quelquefois le langage, un -surnom grotesque[161]; et les méchantes langues prétendaient que cet -embonpoint de la princesse pourrait bien être dû aux plats succulents -que lui servait son maître d'hôtel. Elle-même d'ailleurs n'en faisait -pas mystère: elle avouait, avec une aimable simplicité, son goût -pour la bonne chère et pour les aises de la vie. «Voilà un fauteuil -qui me perdra,» disait-elle un jour à Mme Campan. Nature un peu -apathique, elle subissait l'ascendant de sa sœur aînée et se laissait -entraîner par elle dans de mesquines rancunes, que souvent son cœur -désavouait, mais contre lesquelles sa bonté trop faible ne savait pas -se prémunir[162]. - -Entre les deux sœurs, sans esprit comme sans grâce, toujours craintive, -toujours ahurie, silencieuse et farouche, n'ouvrant la bouche que les -jours d'orage, n'ouvrant les yeux que pour regarder de côté, comme les -lièvres[163], Mme Sophie ne comptait point à la Cour: elle n'était -qu'un satellite sans importance, gravitant docilement et aveuglément -dans l'orbite de Mme Adélaïde. - -Enfin, Madame Louise, _Madame dernière_, comme l'avait appelée Louis XV -à sa naissance, Madame Louise, après avoir pendant vingt ans partagé -la vie de ses sœurs, avait depuis un mois renoncé subitement à toutes -les pompes de la Cour et à toutes les délicatesses de l'existence, -auxquelles pourtant elle n'était nullement insensible[164]. Un jour, -le 11 avril 1770, à sept heures du matin, sans avoir prévenu personne -que son père, mais mettant à exécution, par une détermination soudaine, -des aspirations de dix-huit ans, elle était partie de Versailles et -s'était rendue, seule avec une dame et un écuyer, au couvent des -Carmélites de Saint-Denys, le plus pauvre de l'ordre. La grille s'était -refermée sur elle: la fille de France était devenue la mère Thérèse de -Saint-Augustin. La Cour avait été stupéfaite, Mesdames consternées. -Le Roi, chez qui l'héroïque et inattendue résolution de Madame Louise -avait réveillé, trop peu de temps, hélas! la foi de son enfance, et -qui lui avait écrit des lettres où il s'était montré père affectueux -et chrétien convaincu, le Roi, un moment dérangé dans ses habitudes -en ne trouvant plus _Madame dernière_ avec ses sœurs, à l'heure où il -descendait faire son café chez elles, n'avait pas tardé à reprendre -une vie que sa fille expiait dans les austérités du cloître. Décidée -à pousser son sacrifice jusqu'au bout, la princesse n'admettait aucun -tempérament avec la règle, acceptant les mortifications les plus dures -et les travaux les plus humiliants, comme la dernière des novices. -Malheureusement, les bruits du monde n'expirèrent pas toujours à la -porte du monastère de Saint-Denys. La mère Thérèse de Saint-Augustin se -souvint plus d'une fois qu'elle était fille et tante de roi et prêta -l'autorité de sa parole respectée et de sa vie sainte aux passions -politiques de ses sœurs et à leurs récriminations contre la jeune -nièce, des mains de laquelle pourtant elle avait reçu l'habit. - -Quant aux frères et aux sœurs du Dauphin: le comte de Provence, esprit -fin et cultivé, mais caractère douteux; le comte d'Artois, brillant -étourdi, qui ne songeait qu'au plaisir; Mesdames Clotilde et Elisabeth, -encore entre les mains de leur gouvernante, la comtesse de Marsan, tous -trop jeunes pour avoir un passé, presque incertains s'ils auraient un -avenir, ils ne comptaient guère à la Cour, et nous ne les retrouverons -que plus tard. - -Mais ce Dauphin lui-même, dont Marie-Antoinette devait partager à tout -jamais la destinée, qui était-il? Quel était son caractère? Qu'en avait -fait l'éducation? Qu'en fallait-il augurer, à cette heure solennelle -où, du premier contact de deux cœurs qui se rapprochent et s'unissent -par le plus indissoluble des liens, peut dépendre l'avenir de toute une -vie? - -Louis-Auguste, duc de Berry, troisième fils du Dauphin, fils de Louis -XV et de Marie-Josèphe de Saxe, était né le 23 août 1754. Sa naissance, -arrivée subitement à Versailles, tandis que la Cour était à Choisy, -n'avait pas été entourée de l'appareil solennel ordinaire aux Enfants -de France, et le courrier chargé d'aller en porter la nouvelle au Roi -était tombé de cheval et s'était tué. Les «imaginations ombrageuses» -avaient été frappées de cette triste coïncidence, et le bruit s'était -répandu dans le peuple que «le nouveau prince ne naissait pas pour le -bonheur[165]». - -La santé du duc de Berry était délicate. Sa gouvernante, la comtesse -de Marsan, née Rohan-Soubise, le conduisit à la campagne, à Bellevue. -Là, le grand air, l'exercice, des soins intelligents ne tardèrent pas à -triompher de cette faiblesse native. Sous leur fortifiante influence, -le tempérament du jeune prince acquit une vigueur qui ne devait plus se -démentir, et lorsque, au mois de septembre 1760, il fut remis entre les -mains des hommes, la Dauphine pouvait célébrer sa bonne mine, dans la -même lettre où, hélas! elle était réduite à constater le dépérissement -croissant de son fils aîné, le duc de Bourgogne[166]. Six mois après, -en effet, le 22 mars 1761, le duc de Bourgogne mourait, et le duc de -Berry devenait l'héritier présomptif du trône. - -Le gouverneur des Enfants de France était le duc de la Vauguyon, -vaillant soldat, mais esprit vaniteux et étroit[167], qui, n'ayant -pas su comprendre que le Dauphin une fois marié était hors de page, -voulut imposer sa surveillance à l'intimité des jeunes époux et qui, -déjoué dans ses calculs par la fermeté de Marie-Antoinette, chercha -méchamment à désunir ceux qu'il n'avait pu dominer. Le sous-gouverneur -était le marquis de Sinéty; le précepteur, Mgr de Coétlosquet, évêque -de Limoges; le sous-précepteur, celui dont la mission peut-être -était la plus importante, puisqu'il était en contact journalier avec -l'élève, celui dont l'influence fut la plus durable, puisque, plus -de vingt ans après, Necker l'accusait de gouverner la France[168], -était l'abbé de Radonvilliers, «esprit fin et délié,» disait de lui -le chargé d'affaires de Prusse[169]. Mais le Dauphin et la Dauphine -s'étaient réservé la haute main sur l'éducation de leurs enfants. -Malheureusement, cette direction éclairée ne subsista pas longtemps. Le -Dauphin fut emporté le 20 décembre 1765; la Dauphine le suivit dans la -tombe le 13 mars 1767. Le duc de la Vauguyon resta seul chargé d'élever -l'héritier de la Couronne. - -L'instruction du jeune prince fut sérieuse et solide: son père avait -tenu à ce qu'il n'apprît pas en se jouant, comme le recommandaient -alors certains philosophes, mais par un travail opiniâtre et soutenu. -Même après la mort du Dauphin, ces principes sévères furent observés. -Grâce à eux, la mémoire du duc de Berry se meubla promptement de -connaissances utiles et variées. Il possédait à fond la littérature -latine, au point de pouvoir discuter, dans une heure tristement -solennelle, sur le mérite respectif de Tite-Live et de Tacite[170], -savait l'italien, parlait l'allemand suffisamment, l'anglais avec assez -de perfection pour en traduire divers ouvrages. Par une singulière -préférence, où l'on pourrait voir comme un pressentiment, sa première -traduction fut celle de l'_Histoire de Charles I_er, par Hume. - -Là aussi se révélait ce goût de l'histoire, qui fut une des préférences -de son esprit et qui n'eut d'égal que son goût pour la géographie. En -cette dernière science il était maître. Dessiner des cartes, tracer -une mappemonde, construire une sphère terrestre était pour lui un -plaisir, et l'on sait que plus tard ce fut lui qui rédigea de sa main -les instructions destinées à l'illustre et malheureux La Pérouse, quand -il partit pour ce grand voyage autour du monde, dont il ne devait pas -revenir. - -Les soins de l'éducation marchaient de pair avec ceux de l'étude. Mais -là, la direction n'était plus aussi heureuse, ni les résultats aussi -satisfaisants. Si les précepteurs du jeune prince lui avaient inspiré -une piété vraie et profonde, un attachement inébranlable à la religion -catholique, une pureté de mœurs qui résista aux séductions d'une Cour -corrompue, ils n'avaient pas su joindre à ces vertus, qui conviennent -à tous, les vertus plus spécialement propres à un souverain: ils ne -lui avaient pas appris qu'un monarque ne doit pas seulement tenir la -main de justice, qu'il doit porter aussi le bâton de commandement, et -au besoin savoir tirer l'épée; ils en avaient fait un saint, ils n'en -avaient point fait un roi. - -Nature vigoureuse, mais un peu molle et engourdie, caractère irrésolu, -concentré en lui-même, le duc de Berry avait beaucoup de qualités -sérieuses, mais malheureusement peu de qualités aimables ou fortes. Son -honnêteté naturelle, son admirable droiture, son goût réfléchi pour -la justice, son amour ardent du peuple manquaient de la fermeté qui -impose, du charme extérieur et de l'esprit d'à-propos qui attirent. -Quoiqu'il eût dans toute sa personne cet air de dignité que n'abdiquent -jamais les Bourbons et que révèlent ses portraits, quoique dans les -circonstances solennelles et aux jours de représentation on fût frappé -de la majesté de son regard[171], néanmoins, dans l'habitude de la vie, -sa démarche était lourde, sa taille épaisse, sa parole rude. Sa bonté -dégénérait trop souvent en faiblesse; sa franchise, en brusquerie; ses -railleries, en «coups de boutoir». Il aurait eu besoin du contact du -monde pour donner au fond solide qu'il tenait de Dieu, la forme qui -lui manquait, ce vernis de bonne grâce et d'affabilité si nécessaire -à un prince destiné à vivre au milieu de la société la plus brillante -et sur le plus beau trône du monde, pour acquérir en même temps cette -connaissance des hommes et des choses, sans laquelle un roi ne peut -conduire ni lui-même, ni son royaume. - -Au lieu de cela, on l'enferma dans l'isolement le plus absolu. Son père -et sa mère, légitimement froissés des scandales de la Cour, s'étaient -fait comme une loi de vivre à part et d'y élever leurs enfants. Après -leur mort, cette tradition fut trop religieusement respectée. Elle -développa chez le jeune prince une disposition excellente, quand elle -est contenue dans certaines limites, mais qui, poussée à l'excès, -devint un défaut. Elle le rendit timide, embarrassé, défiant de -lui-même, «sauvage,» comme disait Louis XV[172]. «Son caractère, a dit -un historien, contracta insensiblement l'habitude de cette modestie -exagérée qui lui fit tant de fois sacrifier ses propres lumières aux -avis les plus médiocres[173].» Entouré de frères dont les qualités, -moins réelles peut-être, étaient plus brillantes, le duc de Berry, -devenu Dauphin, voyait les courtisans s'éloigner de lui et les hommages -s'adresser au comte de Provence et au comte d'Artois. Il en concevait -un trouble qui le rendait plus irrésolu encore. Son cœur, meurtri de -ces marques de dédain, ou tout au moins d'indifférence, ne pouvait se -défendre en secret d'une certaine amertume, et un jour qu'un harangueur -de province le complimentait sur ses qualités précoces: «Vous vous -trompez, Monsieur, répondit-il, ce n'est pas moi qui ai de l'esprit, -c'est mon frère de Provence[174].» - -Délaissé par les courtisans, négligé par le Roi, le Dauphin se -concentrait dans des études solitaires et des travaux manuels. Son -robuste tempérament avait besoin d'exercices physiques: il fit monter -un tour et organiser des ateliers de menuiserie et de serrurerie. -C'est à des occupations de ce genre qu'il consacrait les heures que -n'absorbaient point les lectures et la chasse. La chasse et la forge, -c'étaient pour lui deux passe-temps favoris, on pourrait presque dire -deux passions. Il en avait une troisième qui dépassait tout: la passion -de faire le bien; par malheur, il n'en avait pas la science. Sa vie, -isolée et réfléchie, avait bien pu lui faire prendre en horreur les -abus qu'il apercevait dans le gouvernement et lui inspirer l'ardent -désir de les corriger[175]; elle n'avait pu lui donner ni cette -expérience du monde, sans laquelle on marche à l'aventure, ni cette -énergie de décision, sans laquelle on va aux abîmes. - -Avec ces habitudes de retraite, cette nature froide et repliée sur -elle-même, cette réserve peu expansive, le Dauphin ne pouvait être pour -la jeune femme qui lui était confiée ni un directeur bien éclairé ni un -époux bien empressé: «Ce n'est pas un homme comme un autre,» disait de -lui son grand-père[176]. Quelques jours seulement après son mariage, -le 23 mai, entrant le matin dans la chambre de la Dauphine: «Avez-vous -bien dormi?» lui disait-il.—«Oui,» répondait Marie-Antoinette[177]. Et -c'est à ce court échange de brèves paroles que se bornait, en pleine -lune de miel, l'entretien des deux époux. - -La pauvre Dauphine, dont le cœur tendre et ardent ne demandait qu'à -être payé de retour, était toute chagrinée de cette froideur qu'elle -ne s'expliquait pas. Son mari avait bien déclaré à ses tantes qu'il -la trouvait très aimable et qu'il en était bien content[178]; elle -eût voulu qu'il renfermât moins cette satisfaction en lui-même; elle -se sentait triste et dépaysée à cette Cour, où elle ne rencontrait ni -affection expansive comme la sienne, ni appui pour ses premiers pas. -Elle s'efforçait vainement de secouer cette mélancolie qui envahissait -tout son être; son esprit, un moment distrait, ne tardait pas à -retourner à ses affligeantes pensées et à retomber dans ses rêveries: -«J'en ai le cœur navré,» écrivait Vermond[179]. - - - - -CHAPITRE IV - - Intrigues de la Cour.—Les partis en présence.—Espionnage - du duc de la Vauguyon.—Débuts heureux de la Dauphine.—La - comtesse de Grammont.—Une journée de Marie-Antoinette.—La - lecture.—Représentations de Marie-Thérèse.—Après quelque - résistance la Dauphine s'y soumet. - - -Rarement, croyons-nous, Cour fut plus divisée, plus livrée aux -factions, aux manœuvres souterraines, aux convoitises et aux -rancunes que la Cour de France en 1770. Deux partis s'y disputaient -le pouvoir: l'un, le parti dominant à cette époque, celui qu'on -appelait le parti Choiseul, avait à sa tête le ministre qui avait -resserré l'alliance autrichienne et conclu le mariage du Dauphin avec -Marie-Antoinette. Il avait pour lui l'opinion, les Parlements, ou du -moins les Parlementaires. L'autre, celui qu'on nommait le parti des -_dévots_,—quoique au fond la plupart de ceux qui le composaient se -souciassent assez peu de religion, mais ils avaient rallié autour -d'eux tous ceux qui ne pardonnaient pas à Choiseul l'expulsion des -Jésuites,—avait pour chefs le chancelier Maupeou; la comtesse de -Marsan, gouvernante des Enfants de France, qui,—il faut lui rendre -cette justice,—avait su inspirer à ses élèves, Mesdames Clotilde et -Élisabeth, des sentiments de piété solides, mais femme intrigante -et vindicative, qui entraînait avec elle la puissante famille des -Rohan; le duc d'Aiguillon, l'ennemi de la Chalotais, le despotique -et maladroit gouverneur de la Bretagne, soutenu de tout le crédit -des Richelieu; et le duc de la Vauguyon, le prétentieux et médiocre -gouverneur dont nous avons parlé, mais auquel ce titre faisait une -situation considérable à la Cour. Mesdames, en souvenir de leur -frère, et en haine de Choiseul, penchaient vers ce second parti, et -l'ambitieux Maupeou avait réussi à y entraîner Mme du Barry, qui ne -pardonnait pas au ministre la fière indépendance qu'il avait gardée -devant elle. - -Entre ces deux factions principales, qui se partageaient la Cour, -s'agitaient une foule de petites ambitions, de rancunes mesquines, de -passions vulgaires et parfois honteuses. Nous n'avons pas à refaire -ici le tableau de la société française à la fin du règne de Louis -XV; ce tableau est connu et l'on en retrouve les traits dans tous -les chroniqueurs du temps. Mais on conviendra que c'était un triste -monde, pour une enfant de quinze ans, chaste et pure, que ce monde de -Versailles, où trop souvent, à l'exemple du maître et de la favorite, -les hommes n'avaient une femme que pour la délaisser, les femmes un -mari que pour le trahir. Sur ce terrain glissant, la marche était -difficile, et tout faux pas singulièrement dangereux. Quel que pût être -le désir de Marie-Antoinette de vivre en dehors des partis politiques, -il lui était impossible de s'y soustraire. Dès son apparition, elle -était forcément classée dans l'une ou l'autre des coteries rivales. La -reconnaissance et les recommandations de sa mère la rangeaient dans le -parti Choiseul. C'était assez pour la désigner aux préventions, aux -haines, aux manœuvres de tous les adversaires de Choiseul. Les uns -cherchaient à tuer son crédit, avant même qu'il fût né; les autres, -plus habiles, s'efforçaient de la dominer. Il n'y avait pas un mois -que Marie-Antoinette était à Versailles, et déjà elle était enlacée -dans un réseau d'intrigues presque inextricable. Tout était matière -à tracasserie, à complot, à conflit. C'était l'abbé de Vermond, -qu'on tentait d'éloigner. C'était la comtesse de Noailles, qu'on -essayait de dégoûter par mille ennuis. C'était une femme de chambre, -de fidélité douteuse, qu'on voulait introduire dans la Maison de la -Dauphine. C'était un confesseur suspect qu'on prétendait lui donner. On -s'efforçait d'indisposer le Roi contre elle en faisant courir le bruit -qu'elle refusait de l'accompagner dans ses voyages[180]. On travaillait -par tous les moyens à éloigner d'elle son mari. - -C'est au duc de la Vauguyon qu'était dévolue cette dernière tâche. -Jaloux de conserver son ascendant sur le prince qu'il voulait dominer, -n'ayant pas su l'élever, inquiet de l'influence que pouvait prendre -sur cette nature, neuve et vierge encore, une fraîche et charmante -jeune femme, l'ancien gouverneur n'épargnait rien pour diviser les -deux époux. En dépit de toute convenance, et malgré l'opposition de -la comtesse de Noailles, il avait prétendu avoir, à toute heure et -par des voies détournées, ses entrées non seulement chez le Dauphin, -mais encore chez la Dauphine[181]. Il allait même plus loin. Un jour, -Marie-Antoinette et son mari étaient ensemble dans leur appartement. -Un valet de chambre, «ou sot, ou honnête homme,» ouvre brusquement -la porte, et l'on aperçoit M. de la Vauguyon, qui s'était approché à -pas de loup pour écouter, et qui restait là, planté comme un piquet. -Confus d'être ainsi découvert sans pouvoir reculer, le duc ne trouva -rien à dire pour sa défense. La Dauphine en profita pour représenter -vivement à son mari les inconvénients de «l'indécente conduite» de -son gouverneur, et le Dauphin prit fort bien ces remontrances dont il -sentait trop la justesse[182]. - -Malgré toutes ces cabales et tout ces écueils, les débuts de -Marie-Antoinette furent heureux[183]; c'est un témoin peu suspect, -c'est un pamphlétaire qui le dit. Le Roi se sentait comme rajeuni à la -vue de cette belle et pure enfant dont l'apparition à Versailles, où -trop souvent la vertu était maussade et la beauté libertine, avait un -moment rafraîchi l'atmosphère de la Cour. Il remarquait bien qu'elle -était un peu vive, un peu enfant; mais, ajoutait-il aussitôt, «cela est -bien de son âge[184].» - -Au fond, il la trouvait charmante. «J'ai ma duchesse de Bourgogne,» -répétait-il souvent. Le public était ravi de l'affabilité de la jeune -princesse; les plus vieux courtisans même étaient séduits. Choiseul -s'entretenait avec elle et sortait enthousiasmé: «On n'a jamais rien vu -de pareil à son âge,» disait-il[185]. Et le duc de Noailles, «l'homme -de France qui avait peut-être le plus d'esprit et qui connaissait -le mieux son souverain et la Cour,» déclarait à Mercy que très -certainement, «d'après les qualités qu'il voyait dans cette princesse,» -ses charmes acquerraient un jour sur le Roi un empire tout-puissant. - -Les dames de la Dauphine n'étaient pas moins flattées des égards -qu'elle leur témoignait et de la protection qu'elle leur accordait. -Un exemple remarqué avait montré dès le début avec quelle vivacité -et quelle fermeté elle savait les défendre au besoin. A Choisy, -pendant une représentation, les dames du palais s'étaient emparées -des premiers bancs et avaient refusé d'y faire place à la comtesse -du Barry et à deux de ses amies intimes. Il y avait eu des propos -piquants échangés; la favorite s'était plainte et le Roi, cédant à -ses plaintes, avait exilé à quinze lieues de la Cour une des dames -de la Dauphine, la comtesse de Grammont, qui s'était montrée l'une -des plus vives contre Mme du Barry[186]. Quelques mois plus tard, Mme -de Grammont, étant tombée malade, demanda la permission de revenir à -Paris et pria Marie-Antoinette d'intercéder en sa faveur. La jeune -princesse alla aussitôt trouver son grand-père et lui exposa, d'une -façon pleine de grâce et de douceur, la requête de sa dame du palais. -Le Roi, embarrassé, comme toujours en pareille occurrence, ajourna sa -réponse. La Dauphine insista: «Madame,» répliqua Louis XV, avec une -certaine sécheresse, «je crois vous avoir dit que je vous donnerai une -réponse.»—«Mais, papa, reprit vivement la princesse, indépendamment -des raisons d'humanité et de justice, songez donc quel chagrin ce -serait pour moi, si une femme attachée à mon service venait à mourir -dans votre disgrâce.» Le Roi sourit et promit à sa petite-fille de lui -donner satisfaction. Il chargea aussitôt le duc de la Vrillière de -s'informer de l'état de Mme de Grammont, et deux jours après, malgré -une première opposition de Mme du Barry, il ordonnait d'envoyer à la -malade une permission de revenir à Paris. La Vrillière, intimement -lié avec la favorite, n'expédia la permission qu'en rechignant; soit -mauvaise volonté, soit oubli, il négligea d'en avertir la Dauphine. -La Dauphine le fit venir: «Monsieur,» lui dit-elle d'un ton plein -de dignité, «s'agissant d'une demande dont je vous avais chargé, et -qui concerne une dame de mon service, j'aurais dû être informée la -première, et par vous, de la résolution que le Roi prendrait à son -égard; mais je vois, Monsieur, que vous m'avez traitée en enfant, et je -suis bien aise de vous dire que je ne l'oublierai pas.» - -La Vrillière, confus, balbutia quelques mauvaises excuses. La Cour fut -surprise de ce fier langage et Madame Adélaïde, admirant une fermeté -dont elle n'eût pas été capable, ne put s'empêcher de dire à sa nièce, -non peut-être sans une secrète envie: «On voit bien que vous n'êtes pas -de notre sang[187].» - -Malgré cette divergence d'idées et cette différence d'attitude, -Mesdames elles-mêmes, à cette heure, étaient sous le charme, et -Madame Adélaïde oubliait un instant ses préventions pour donner à -Marie-Antoinette une clef de ses appartements, où elle pourrait ainsi -aller sans suite et sans être vue[188]. Il n'était pas jusqu'au Dauphin -qui ne subit l'ascendant de sa jeune femme; son caractère, un peu -fermé et concentré, s'épanouissait presque au contact de cette grâce -et de cette bonne humeur: «Puisque nous devons vivre dans une amitié -intime,» lui disait un jour la jeune princesse, «il faut que nous -parlions de tout avec confiance.» Et l'entretien commençait en effet, -confiant et intime, sur les sujets les plus délicats, sur Mme du Barry -et sur le duc de Choiseul[189]. - -Un tel triomphe était trop éclatant pour durer, et le fidèle Mercy, qui -connaissait bien la Cour de Versailles et le caractère français, ne -s'aveuglait pas sur les suites de ce flatteur début. «Sans me laisser -éblouir par le succès très mérité de Madame la Dauphine», écrivait-il -dès le 15 juin 1770, je «réfléchis que parmi une nation vive et légère -et dans une Cour fort orageuse, il est plus facile, dans le début, d'y -remporter les suffrages que de les y conserver à la longue[190].» Trop -de gens avaient intérêt à détruire ce crédit naissant, et d'ailleurs -les qualités de la jeune princesse étaient trop brillantes pour n'être -pas dangereuses. Toute de premier mouvement, sans calcul et sans -arrière-pensée, elle savait rarement dissimuler son sentiment, et -cette spontanéité, qui était un de ses charmes, était aussi un de ses -écueils. Sa facile confiance la livrait désarmée aux intrigues de son -entourage, de même que son bon cœur la laissait sans défense contre -les sollicitations et les importunités. Vive, ardente, pleine de gaîté -et d'entrain, amie des plaisirs, un peu moqueuse, elle se pliait mal à -la réflexion et à la contrainte. Il y avait d'ailleurs tant de sujets -de distraction à la Cour, tant d'obligations de société et de famille, -qu'on n'avait guère le temps de songer à une instruction un peu suivie. - -Veut-on savoir quel était l'emploi du temps de Marie-Antoinette dans -les premiers mois de son séjour en France? Le voici, tel qu'elle le -décrit à sa mère, dans une lettre du 12 juillet 1770: - -«Je me lève à dix heures, ou à neuf, ou à neuf et demie, et m'ayant -habillée, je dis ma prière du matin; ensuite, je déjeune et de là -je vais chez mes tantes, où je trouve ordinairement le Roi. Cela -dure jusqu'à dix heures et demie; ensuite, à onze heures, je vais me -coiffer. A midi, on appelle la Chambre et là tout le monde peut entrer -qui n'est point des communes gens. Je mets mon rouge et lave mes mains -devant tout le monde; ensuite, les hommes sortent et les dames restent, -et je m'habille devant elles. A midi est la messe. Si le Roi est à -Versailles, je vais avec lui et mon mari et mes tantes à la messe; s'il -n'y est pas, je vais seule avec M. le Dauphin, mais toujours à la même -heure. Après la messe, nous dînons à nous deux devant tout le monde; -mais cela est fini à une heure et demie; car nous mangeons fort vite -tous les deux. De là, je vais chez M. le Dauphin et, s'il a affaire, -je reviens chez moi. Je lis, j'écris, ou je travaille; car je fais une -veste pour le Roi, qui n'avance guère; mais j'espère qu'avec la grâce -de Dieu elle sera finie dans quelques années. A trois heures, je vais -encore chez mes tantes, où le Roi vient à cette heure-là.» - -«A quatre heures, l'abbé vient chez moi; à cinq heures, tous les jours, -le maître de clavecin ou à chanter jusqu'à six heures. A six heures et -demie, je vais presque toujours chez mes tantes, quand je ne vais point -me promener; il faut savoir que mon mari va presque toujours avec moi -chez mes tantes. A sept heures, on joue jusqu'à neuf heures; mais quand -il fait beau, je m'en vais promener, et alors il n'y a point de jeu -chez moi, mais chez mes tantes. A neuf heures, nous soupons, et, quand -le Roi n'y est point, mes tantes viennent souper chez nous; mais quand -le Roi y est, nous allons souper chez elles. Nous attendons le Roi, qui -vient ordinairement à dix heures trois quarts; mais moi, en attendant, -je me place sur un grand canapé et dors jusqu'à l'arrivée du Roi; mais -quand il n'y est pas, nous allons coucher à onze heures[191].» - -A Choisy, la journée était plus complète encore et le jeu se -prolongeait parfois jusqu'à une heure et demie du matin[192]. - -Dans ce programme, à la fois si rempli et si vide, dans cette vie si -affairée sans affaires réelles, où trouver place pour des occupations -sérieuses, nous ne disons pas pour des études, mais simplement pour des -lectures? Marie-Antoinette avait à peine le temps d'écrire à sa mère; -elle était souvent obligée de le faire à sa toilette, et l'on sait -cependant combien elle aimait sa mère. Si les instants lui manquaient -pour l'accomplissement d'un devoir si pressant et si cher à son cœur, -comment en aurait-elle trouvé chaque jour pour un travail assidu, très -utile sans doute, mais qui eût dû précéder le mariage et pour lequel, -il faut bien le dire, elle n'avait jamais eu que fort peu de goût[193]? -«Elle a,» écrivait Mercy, «une conception heureuse et facile, au moyen -de laquelle elle saisit et retient ce qu'elle lit; mais elle y emploie -trop peu de temps[194].» - -C'était un des grands soucis de Marie-Thérèse: elle sentait que -l'éducation de sa fille n'avait pas été suffisamment soignée à Vienne; -elle eût voulu qu'elle la perfectionnât à Versailles et que, dans -ce tourbillon frivole de la Cour, il y eût place pour de solides -lectures qui eussent été un complément d'instruction. Elle y revenait -sans cesse, dans ses lettres, demandant qu'on lui rendît compte des -lectures et même qu'on lui en fît un journal[195]. Marie-Antoinette fut -embarrassée de cette demande; sa vivacité naturelle, la pétulance même -de son âge, sa répugnance à appliquer un esprit facile à distraire, -la fréquence de ses visites à ses tantes, la promenade pendant la -belle saison, le besoin de causer de mille objets «que leur beauté -ou leur nouveauté rendait intéressants[196],» ne lui avaient pas -toujours permis d'employer bien exactement l'heure réservée à la -lecture dans le programme si chargé de la journée. Non pas qu'elle -fût demeurée oisive. A plusieurs reprises, Mercy s'était loué de sa -fidélité au travail, et Vermond remarquait que son langage s'était -amélioré et qu'elle s'exprimait «aisément, agréablement et très -noblement dans les occasions et sur les choses remarquables[197]». -Mais il lui arrivait parfois de s'intéresser plus aux jeux du fils -de sa première femme de chambre, Mme de Misery[198], ou aux gambades -de son petit chien Mops[199], qu'aux _Lettres du comte de Tessin_ ou -_aux Bagatelles morales_ de l'abbé Coyer[200]. Elle ne savait donc -que répondre à sa mère. Trop franche pour dissimuler la vérité, il -lui en coûtait pourtant de l'avouer. D'ailleurs, ce compte rendu que -réclamait l'Impératrice n'était pas aussi simple à faire qu'il semblait -au premier abord. La jeune princesse, et cela était assez naturel, -ne voulait pas écrire d'une manière ostensible; son très légitime -amour-propre eût rougi, aux yeux de son mari et de ses tantes, de -paraître encore en éducation. Mais comment écrire sans qu'on vît ses -lettres et ses résumés? - -A tort ou à raison, Marie-Antoinette ne croyait aucun papier en sûreté -chez elle; elle avait peur des doubles clefs[201]. Ne sachant donc à -quoi se résoudre, elle s'en tirait, comme s'en tirent trop souvent -les gens dans l'embarras, en ne se décidant à rien. Quelle que fût -sa docilité vis-à-vis de ses conseillers[202], quels que fussent sa -soumission, son respect et sa confiance pour sa mère[203], elle ne -répondait pas à ses pressantes questions. L'Impératrice s'irritait; -elle revenait à la charge avec une sévérité qui allait parfois -jusqu'à l'injustice, et une insistance qui finissait par agacer -Marie-Antoinette. - -«Tâchez de tapisser un peu votre tête de bonnes lectures... Ne négligez -pas cette ressource, qui vous est plus nécessaire qu'à une autre, -n'ayant aucun autre acquis, ni la musique, ni le dessin, ni la danse, -peinture et autres sciences agréables. Je reviens donc toujours à la -lecture, et vous chargerez l'abbé de m'envoyer tous les mois ce que -vous aurez achevé et ce que vous comptez commencer[204].» - -Cette fois, la leçon était trop forte: elle dépassait le but. -Marie-Antoinette fut non pas aigrie, mais piquée au vif: «Voyez, -Monsieur l'abbé, dit-elle à Vermond, si l'on savait cela, cela me -ferait un bel honneur.» Et après avoir lu le passage que nous venons -de citer: «Vraiment, reprit-elle avec humeur, elle me ferait passer -pour un animal.» Puis, se calmant un peu: «Eh bien,» ajouta-t-elle, «je -répondrai qu'il ne me sera guère possible de faire des lectures réglées -pendant le carnaval, mais en carême. N'est-ce pas bon?»—«Oui, Madame, -pourvu que cela soit sincère[205].» - -Nous avons cité cette petite scène, parce qu'elle peint bien le -caractère de Marie-Antoinette à cette époque et la nature de ses -relations avec Marie-Thérèse: une direction incessante, et, la plupart -du temps, impérieuse de la part de la mère; de la part de la fille, un -peu d'impatience de cette surveillance occulte et de ces perpétuelles -gronderies, parfois une fugitive velléité de s'y soustraire et, ce qui -est bien humain, quelques tentatives pour ajourner, peut-être pour -éluder une obligation ennuyeuse, mais au fond un respect véritable et -une docilité réelle, auxquels faisaient seuls obstacle les mille tracas -de la journée et l'extrême vivacité de l'esprit. - -Mais Marie-Thérèse ne se tint pas pour satisfaite de cette promesse qui -lui semblait une échappatoire. Dans la lettre suivante, elle insiste de -nouveau: - -«J'attends avec impatience, en retour de ce courrier, vos lectures et -application: il est permis, surtout à votre âge, de s'amuser; mais d'en -faire toute son occupation, et de ne rien faire de solide ni d'utile -et de tuer le temps entre promenades et visites, à la longue vous en -reconnaîtrez le vide et serez bien aux regrets de n'avoir mieux employé -votre temps. Je dois même vous relever que le caractère de vos lettres -est tous les jours plus mauvais et moins correct. Depuis dix mois, vous -auriez dû vous perfectionner. J'étais un peu humiliée en voyant courir -par plusieurs mains celles des dames que vous leur avez écrites; il -faudrait s'exercer avec l'abbé ou quelque autre de vous former mieux la -main, pour avoir un caractère plus égal[206].» - -Marie-Antoinette aurait pu répondre qu'il lui eût été bien difficile -de faire en dix mois à Versailles, au milieu de distractions sans -nombre, ce qu'on n'avait pas su lui apprendre en dix ans à Vienne, -dans le calme de l'éducation. Mais elle était trop respectueuse pour -le dire. Elle était d'ailleurs sincère dans sa promesse de s'occuper -plus sérieusement pendant le carême, et elle y fut fidèle. Dès le -mois de mars, elle envoya le journal de ses lectures[207], et elle les -fit avec plus de régularité. L'abbé de Vermond lui-même constata que -les idées de la Dauphine «s'arrangeaient avec plus d'ordre et que son -langage devenait plus suivi[208]». Sans doute, avec la vivacité de son -caractère, il était difficile qu'il n'y eût pas des rechutes. Tantôt le -goût que Marie-Antoinette montrait pour le fils de sa première femme -de chambre[209], tantôt les courses à cheval[210] ou à âne[211], les -promenades pendant la belle saison[212], les amusements du carnaval -pendant l'hiver amenaient un peu d'interruption dans l'étude. Mais il -est certain,—et les impartiaux rapports de Mercy l'établissent,—que -la jeune femme fit de réels efforts pour tenir l'engagement pris avec -sa mère. Le fidèle ambassadeur remarquait chez son auguste pupille -des changements avantageux[213]. Les conversations avec l'abbé de -Vermond étaient plus longues, plus sérieuses, plus instructives[214]. -La musique, la danse, les travaux d'aiguille alternaient avec -l'étude[215]. La lecture durait même quelquefois plusieurs heures[216], -soit que la Dauphine lût elle-même, soit qu'elle fît lire par l'abbé -de Vermond[217], tandis qu'elle était occupée à un de ces ouvrages -manuels pour lesquels elle eut toujours le plus grand goût[218]. Et -le choix portait sur des œuvres d'un genre propre à former l'esprit, -des lettres bien écrites, des sermonnaires, des traités ou des -mémoires historiques surtout, parfois des pièces de théâtre, mais -jamais de romans ou d'autres livres frivoles, pour lesquels elle ne -manifestait aucune curiosité[219]. C'étaient les _Anecdotes de la Cour -de Philippe-Auguste_[220], les _Mémoires de l'Estoile_, les _Lettres -d'une mère à sa fille_, le _Livre de Tobie_[221], le _Petit-Carême_ -de Massillon[222], les _Œuvres de Bossuet_[223], l'_Histoire -d'Angleterre_, de Hume[224]. En sorte qu'elle se trouva bientôt plus -instruite en fait d'histoire, et particulièrement d'Histoire de France, -que les princes ou princesses de la famille royale[225]. Elle fit -mieux: d'élève, elle devint mentor et fit lire au Dauphin les _Mémoires -de Sully_[226]. - -Quant à elle, elle se traça tout un plan d'études, et pour rendre en -quelque sorte plus solennel l'engagement qu'elle prenait vis-à-vis -d'elle-même, elle l'inscrivit de sa main sur un agenda: - -«Il semble, écrivait Mercy, que Son Altesse Royale a voulu s'astreindre -elle-même à une forme constante et invariable en mettant par écrit une -sorte d'agenda qu'elle a eu la bonté de me lire et qui comprend la -distribution des heures de la journée. Il y est dit qu'en se levant -Madame l'Archiduchesse emploiera les premiers moments à la prière, -qu'ensuite elle s'occupera de la musique, de la danse et d'une heure -de _lecture raisonnable_; c'est l'expression que porte l'agenda. La -toilette, une visite chez le Roi, la messe et le dîner remplissent -le reste de la matinée. Après midi, il se trouve une heure et demie -assignée à la continuation des lectures raisonnables; les promenades ou -la chasse et les conversations avec Monsieur le Dauphin ainsi qu'avec -le reste de la famille royale trouvent lieu successivement. J'ai -respectueusement exhorté Madame la Dauphine à ne point s'écarter d'un -plan si sage et si bien arrangé. Elle m'a répondu avec sa bonne foi -ordinaire: «Je ne sais si je remplirai tout cela bien exactement, mais -je m'y tiendrai le plus qu'il me sera possible[227].» - -Qu'on compare ce programme avec celui du 12 juillet 1770 et qu'on -juge les progrès réalisés en deux ans. Et, de fait, malgré un -peu de dissipation l'été suivant, surtout pendant un voyage à -Compiègne, où les promenades et la chasse ne permettaient guère plus -d'assiduité[228], Marie-Antoinette fut fidèle à ce plan. La répugnance, -qu'elle avait montrée, au début, pour les occupations sérieuses, -avait cessé; elle s'y livrait désormais sans dégoût et même avec -plaisir[229]. Dans le mois de novembre, malgré les distractions de -l'automne, elle y consacrait deux heures par jour[230]. Au milieu -même des fêtes du mariage du comte d'Artois, elle se réservait une -heure de recueillement[231]. Et lorsque l'hiver ramena un peu plus de -calme et de liberté, ce ne fut plus une heure seulement, mais deux, -que la Dauphine consacra aux lectures et aux commentaires dont les -accompagnait l'abbé de Vermond, avec deux autres heures pour la musique -et la danse. «Au moyen de tout cela, écrivait Mercy, les journées se -trouvent assez bien remplies, et je crois que Votre Majesté a tout -sujet d'en être satisfaite[232].» - - - - -CHAPITRE V - - Ce qu'il faut penser des reproches de Marie-Thérèse à sa - fille.—Les conseillers de Marie-Antoinette.—Le comte de - Mercy.—Ses moyens d'informations.—L'abbé de Vermond.—Goût - de Marie-Antoinette pour l'équitation.—Influence de - Mesdames.—Comment cette influence s'établit.—La Maison de la - Dauphine.—La comtesse de Noailles.—Madame _l'Etiquette_.—Les - comtesses de Cossé et de Mailly.—Prise d'habit de Madame - Louise.—Inconvénients de l'influence de Mesdames sur - leur nièce.—La comtesse de Narbonne et la marquise de - Durfort.—Rapports du Roi et de Marie-Antoinette.—Diminution de - l'influence de Mesdames.—Mécontentement de Mme Adélaïde.—Sa - rancune. - - -L'absence d'occupations sérieuses était le principal, mais non le seul -reproche que Marie-Thérèse adressât à Marie-Antoinette. Sa sollicitude -maternelle était sans cesse en éveil et se portait sur tout[233], et il -est vraiment permis de penser que si elle avait appliqué à l'éducation -de sa fille la surveillance inquiète qu'elle exerçait sur sa conduite -à Versailles, bien des défauts, dont elle fut plus tard le censeur -impitoyable, auraient pu être corrigés. Il ne faut pas d'ailleurs -toujours prendre ces reproches à la lettre. L'Impératrice exagère -souvent les griefs, afin de piquer plus vivement l'amour-propre de -la Dauphine, et de «donner une secousse à son âme[234]». Elle-même -avoue qu'elle lui écrit parfois des choses un peu trop fortes pour -la réveiller de sa «léthargie[235]». Elle était exactement avertie de -tout ce qui se passait à Versailles par son fidèle ministre le comte -de Mercy-Argenteau, une des figures les plus originales peut-être de -cette époque: Mercy, qui, représentant depuis plusieurs années déjà -l'Autriche à Paris, savait sa Cour de France par cœur, en avait étudié -tous les personnages, en connaissait à fond tous les ressorts et toutes -les intrigues, et qui, chargé par sa souveraine d'appuyer et de diriger -les pas de l'Archiduchesse sur ce terrain glissant, remplit jusqu'au -bout sa mission avec un dévouement, une perspicacité, une vigilance, -une sincérité au-dessus de tout éloge. - -Il est curieux de pénétrer le système compliqué au moyen duquel -l'habile diplomate était, jour par jour, et presque heure par heure, -au courant des actions de sa pupille: «Je suis assuré, écrivait-il, de -trois personnes du service en sous-ordre de Madame l'Archiduchesse: -c'est une de ses femmes et deux garçons de chambre qui me rendent un -compte exact de ce qui se passe dans l'intérieur. Je suis informé, jour -par jour, des conversations de l'Archiduchesse avec l'abbé de Vermond, -auquel elle ne cache rien; j'apprends, par la marquise de Durfort, -jusqu'au moindre propos de ce qui se dit chez Mesdames, et j'ai plus de -monde et de moyens encore à savoir ce qui se passe chez le Roi, quand -Mme la Dauphine s'y trouve. A cela, je joins mes propres observations, -de façon qu'il n'est pas d'heure dans la journée de laquelle je ne -fusse en état de rendre compte sur ce que Madame l'Archiduchesse peut -avoir dit, ou fait, ou entendu....., et j'ai donné à mes recherches -toute cette étendue, parce que je sais combien le repos de Votre -Majesté y est intéressé[236].» - -Il faut dire, à l'honneur du fidèle ambassadeur, qu'il ne dissimula -rien à l'Impératrice. Jamais il n'avança un fait dont il n'eût la -certitude la plus entière[237]; jamais non plus il n'eût voulu en -cacher un dont il fût assuré; jamais,—il en avait pris l'engagement et -il le tint,—jamais il ne chercha à tranquilliser son auguste souveraine -aux dépens de la vérité[238]; il lui dit tout, aussi bien les fautes -légères que les inconvénients plus graves. - -Et ce qu'il importe de remarquer encore, il déploya tant de tact dans -l'accomplissement de sa délicate mission, il sut si bien déguiser ce -qu'elle pouvait sembler avoir d'odieux et tempérer par un dévouement -à toute épreuve et une affection quasi-paternelle ce qu'elle avait de -dur, que jamais Marie-Antoinette, surveillée, espionnée, si l'on veut, -grondée par lui, respectueusement mais impitoyablement, ne lui en sut -mauvais gré: elle ne se rendit pas toujours à ses représentations; -jamais elle ne lui en manifesta d'humeur; jamais sa confiance en lui -n'en fut ébranlée. «Ce qu'il y a d'heureux, écrivait Mercy, c'est que -Madame la Dauphine nous accorde, à l'abbé et à moi, sa confiance, et -qu'elle nous marque plus de bonté à mesure que nous lui exposons la -vérité sans détours et sans flatterie[239].» Un tel accord, dans de si -difficiles conditions, ne fait pas moins d'honneur à la pupille qu'au -mentor. - -Le second de Mercy dans cette délicate mission, nous l'avons vu déjà, -ce fut l'abbé de Vermond, qui, de précepteur de l'Archiduchesse -en Autriche, était devenu lecteur de la Dauphine en France, pour -«continuer les fonctions dont il avait été chargé à Vienne, suivre -et perfectionner les connaissances que Madame la Dauphine témoigne -tant de désir de cultiver[240]», et qui, malgré bien des tracasseries -et quelques instants de découragement, demeura ferme au poste qui -lui était confié. Ses yeux, il l'a dit lui-même, étaient toujours -ouverts, alternativement par l'inquiétude et par l'enchantement[241]. -Des jalousies de métier ou des haines de Cour l'avaient calomnié. Mme -Campan l'avait représenté comme le mauvais génie de Marie-Antoinette, -comme un intrigant dominateur et ambitieux[242]. L'histoire, -aujourd'hui mieux connue, a pleinement réhabilité l'abbé de Vermond; -elle lui a restitué son véritable rôle. Si elle est en droit de -lui reprocher d'avoir parfois manqué de désintéressement,—et -encore les abbayes qu'il demanda, suivant l'usage du temps, ne -représentaient-elles qu'un revenu assez médiocre pour un homme -obligé de vivre à la Cour et dont les appointements n'étaient pas -régulièrement payés[243],—si elle peut regretter que sa direction -n'ait pas toujours été très éclairée, elle doit reconnaître en lui un -collaborateur zélé et intelligent du comte de Mercy dans l'œuvre de -protection et de préservation que lui avait confiée Marie-Thérèse, -un observateur perspicace, un serviteur dévoué de Marie-Antoinette, -le seul de sa Maison, disait l'ambassadeur, qui lui rendît vraiment -service par sa «façon de lui exposer la vérité et de la lui faire -sentir[244]». - -Grâce à cette double surveillance, si bien organisée par un double -attachement, Marie-Thérèse pouvait, de Vienne, suivre pas à pas, -pour ainsi dire, toutes les démarches de sa fille: elle la suivait à -Versailles, à Fontainebleau, à Compiègne: elle la suivait au bal, à -la chasse, dans ses appartements. Dès qu'un inconvénient lui était -signalé, vite une lettre partait de Schoënbrunn ou de Laxembourg, -lettre de reproches ou de recommandations. Voyait-elle le maintien -de la Dauphine se négliger, sa taille se déformer, aussitôt elle -lui écrivait de porter un corps de baleine[245], et, après quelques -hésitations, Marie-Antoinette s'y résignait[246]. Mais elle n'était pas -toujours aussi docile et, dans certaines circonstances, une influence -nouvelle combattait et parfois dominait celle de la mère. - -Dès son arrivée en France, l'Archiduchesse avait manifesté le désir -de monter à cheval. L'Impératrice s'en effrayait: à quinze ans, en -pleine croissance, il lui semblait qu'il y avait là un danger dont -les conséquences pouvaient être graves pour l'avenir[247]. On fit agir -Choiseul; le Roi, prévenu par le ministre, ne donna pas l'autorisation -que sollicitait la Dauphine, il ne permit que de monter à âne. On en -choisit de très doux, et ce divertissement, nouveau pour elle, plut -beaucoup à la jeune princesse[248]. Mais bientôt l'âne ne lui suffit -plus; elle avait de si bonnes raisons de préférer une plus noble -monture. Ses tantes l'y encourageaient; le Roi et le Dauphin, qui -aimaient la chasse à courre, seraient heureux d'y être accompagnés -par elle; on était à Fontainebleau, l'occasion était propice. -Madame Adélaïde se chargea d'aplanir les difficultés et d'obtenir -la permission du Roi. Un cheval fut secrètement conduit avec les -ânes à un endroit marqué de la forêt, et quand la Dauphine arriva au -rendez-vous, elle renvoya les ânes et sauta sur le cheval[249]. Elle -était toute fière, mais aussi tout embarrassée de son petit triomphe. -Que répondre aux objections de Mercy? Comment surtout échapper aux -reproches de sa mère? Elle s'en tira en promettant de ne jamais suivre -de chasses à cheval[250]; mais l'occasion, le plaisir, une foule de -prétextes bons et mauvais firent qu'elle ne fut pas très fidèle à cet -engagement. Marie-Thérèse revint plus d'une fois sur ce délicat sujet: -ne réussissant pas à entraver un goût très vif chez sa fille, elle se -résigna et se borna à des recommandations, qui, il faut le dire, furent -habituellement observées[251]. - -C'étaient Mesdames, on vient de le voir, qui avaient conseillé à la -Dauphine ce genre d'amusement et l'avaient entraînée à désobéir pour la -première fois aux avis de sa mère. Leur influence, à ce moment, était -prépondérante, et Marie-Thérèse s'en alarmait justement. Lorsque sa -fille était partie pour la France, elle n'avait pu s'empêcher de lui -dire: «Soyez-leur attachée (à vos tantes); ces princesses sont pleines -de vertus et de talents, c'est un bonheur pour vous: j'espère que vous -mériterez leur amitié[252].» Quel autre guide, en effet, pouvait-elle -lui recommander dans la famille royale? Le Dauphin était bien jeune et -bien inexpérimenté lui-même pour diriger la jeunesse et l'inexpérience -de sa femme. - -Quant au Roi, il n'avait jamais manifesté une volonté à ses enfants. -Jamais il n'avait attribué sur eux la moindre autorité à qui que ce -fût[253]; jamais il n'avait pu prendre sur lui de les avertir ou -corriger en quoi que ce soit[254]. Il aimait sa famille, mais de cet -amour égoïste qui ne veut ni gêner ni être gêné[255]. Pourvu qu'on le -laissât libre dans ses plaisirs, il laissait lui-même toute liberté aux -autres dans leurs amusements. - -Il y avait bien sans doute Mercy, qui avait l'entière confiance de -l'Impératrice et qui la méritait. «Voyez souvent Mercy[256],» répétait -sans cesse Marie-Thérèse à sa fille; «suivez tous les conseils qu'il -vous donnera[257].» «Mercy est chargé de vous parler clair[258].» Et -à côté de Mercy, il y avait Vermond. Mais Vermond n'occupait qu'un -poste subalterne et Mercy, ministre étranger, suspect par conséquent -à la Cour de France, était tenu à une réserve extrême et ne pouvait -pas avoir d'audience plus d'une ou deux fois par semaine[259]. En tout -cas, ni l'un ni l'autre ne pouvait être pour la jeune princesse une -_société_. - -Si de la famille royale nous descendons à la Maison de la Dauphine, -nous trouvons en première ligne la dame d'honneur, la comtesse -de Noailles, _Madame l'Etiquette_, comme l'appelait plaisamment -Marie-Antoinette[260]: femme de mœurs irréprochables, mais d'une -gravité un peu empesée et d'un esprit assez mince, associant à un -maintien raide et à un air austère de petits moyens de flatterie -sur lesquels la clairvoyante finesse de sa jeune maîtresse ne se -méprenait pas. L'importance exagérée qu'elle attachait à des règles -gênantes, dont beaucoup avaient leur raison d'être, mais dont plusieurs -étaient des puérilités et dont d'ailleurs elle n'expliquait pas le -motif, exaspérait la Dauphine, en même temps que ses complaisances -obséquieuses l'agaçaient. Malgré ces inconvénients, Mme de Noailles -était peut-être celle des femmes de la Cour qui convenait le mieux à -ses hautes fonctions[261]. La grande situation de sa famille l'y avait -préparée et sa vertu incontestable l'en rendait digne. Mercy l'opposa -plus d'une fois à l'influence prédominante de Mesdames. - -Au-dessous d'elle, la dame d'atours, la duchesse de Cossé, fille du duc -de Nivernais, jeune femme réservée et pleine de tact, qui «réunissait -tout le charme de la raison et de l'à-propos[262]» et de qui l'Empereur -devait dire un jour que «dans sa tête un esprit anglais se trouvait -logé avec une imagination française»[263]; véritablement attachée -d'ailleurs et véritablement aimée, et qui, lorsque, plus tard, la -maladie de son fils la força de quitter sa place, devait laisser à -la Reine, en guise de «testament de fidélité», de sages avis sur les -intrigues de la Cour et les pièges qu'on lui tendait[264]. - -Parmi les autres dames de la maison de la Dauphine, les unes, douces -et sensibles, comme la marquise de Mailly, fort honnête, mais un peu -nonchalante, n'avaient pas d'inconvénients, mais n'offraient pas de -secours[265]. Les autres, comme Mme de Chimay, d'une vertu reconnue, -n'inspiraient cependant pleine confiance ni à l'ambassadeur ni à -la princesse[266]. D'autres, enfin, n'avaient pas une réputation -intacte, comme cette duchesse de Chaulnes, spirituelle mais méchante, -qui couronna par un mariage ridicule une série d'aventures et -d'extravagances[267]. - -A tout prendre, et dans la situation que nous venons de peindre, -il était donc naturel que Marie-Antoinette se rapprochât de ses -tantes, surtout au début, et que sa mère l'y encourageât. Mercy -lui-même, qui connaissait bien la Cour, convenait des avantages de -ces relations[268]; mais il ajoutait aussitôt qu'il ne fallait pas -s'y livrer sans une certaine circonspection[269]. Ce qui paraît -plus surprenant, au premier abord, c'est que Mesdames, avec leurs -préventions contre l'alliance autrichienne, se soient prêtées si -facilement à cette intimité. Virent-elles là l'accomplissement d'un -devoir envers une jeune nièce, jetée sans pilote et sans gouvernail -sur la mer orageuse de Versailles? Subirent-elles, elles aussi, -l'ascendant de cette grâce qui tenait tout le monde sous le charme? Y -eut-il chez elles un calcul et, jalouses de cette influence nouvelle, -qui se levait à l'horizon de la Cour, embrassèrent-elles leur rivale, -afin de mieux l'étouffer? Nous ne voudrions pas affirmer que cette -dernière considération ne soit pas entrée quelque peu dans les motifs -qui guidèrent, sinon les trois sœurs,—nous ferions volontiers exception -pour l'excellente Mme Victoire,—du moins Mme Adélaïde, la politique de -la famille, et le chef reconnu de cette auguste trinité qui trônait -dans les petits appartements du Château. - -L'arrivée de la Dauphine dérangeait tous leurs projets et les rejetait -au second plan. Depuis la mort de Marie-Josèphe de Saxe, Mesdames -occupaient, après leur père, le premier rang à la Cour: c'était chez -elles que se tenait le jeu du Roi. Désormais, ce rôle passait à la -Dauphine. Que Mme Adélaïde ait vu ce changement avec dépit, cela ne -paraît pas douteux. De là à cacher le dépit sous des dehors aimables, -à essayer d'annuler, en la dominant et en l'absorbant, une influence -contre laquelle il eût peut-être été malaisé de lutter, il y avait -une transition naturelle, une combinaison qui devait tenter un esprit -politique comme celui de la fille de Louis XV. - -Quoi qu'il en soit, l'intimité s'établit dès le début entre la nièce et -les tantes. Séduite par leurs avances, sentant d'ailleurs la nécessité -d'un appui, la jeune princesse se livra avec cette spontanéité et cette -franchise qui étaient le fond et le charme de son caractère. - -Une cérémonie touchante vint servir encore, en quelque sorte, comme -d'un nouveau trait d'union. Le 10 octobre 1770, au bout de cinq -mois d'attente exigés par son père, Mme Louise prit l'habit de -carmélite à Saint-Denys, et ce fut des mains de la Dauphine qu'elle -le reçut. Quelles que fussent les répugnances de l'humble religieuse, -la cérémonie se fit avec un grand éclat. Le nonce du Pape y fut, -vingt-deux évêques y assistèrent, et la fille de France reprit pour ce -jour-là le costume et le cortège d'une puissante princesse. Mais quand, -après les interrogations accoutumées, elle reparut dans le chœur, -dépouillée de ses riches parures et couverte d'une bure grossière, pour -s'agenouiller aux pieds de sa nièce, des pleurs coulèrent de tous les -yeux, et la Dauphine elle-même arrosa de ses larmes le scapulaire et -le manteau dont elle revêtit l'humble postulante[270]. - -Mesdames, comme le Roi, ne s'étaient pas senties assez fortes pour -assister à ce grand sacrifice: il en eût trop coûté à leur cœur, dit -une lettre du Carmel; elles en recueillirent avidement l'écho des -lèvres de leur nièce, et il semble que l'amitié de Marie-Antoinette et -de ses tantes ait été resserrée par ce grand exemple et cette grande -leçon. - -Les effets ne tardèrent pas à s'en faire sentir. Mesdames étaient -timides, même avec leur père: elles n'aimaient pas le monde, -craignaient la représentation, vivaient dans un petit cercle d'intimes -qui se transformait trop souvent en petit cercle d'intrigues; elles -s'y permettaient des propos au moins indiscrets et des critiques -malveillantes[271]. La Dauphine se laissait aller à prendre part à ces -critiques; son penchant à la moquerie, ainsi encouragé et se croyant -enfermé dans les limites étroites d'une société restreinte, se donnait -libre carrière, et ses mots spirituels, aussitôt colportés à la Cour -et méchamment commentés, froissaient ceux qui en étaient l'objet et -indisposaient le Roi[272]. On prétendit même qu'elle tournait les -travers de certaines personnes en ridicule et leur éclatait de rire au -nez[273]. - -Puis soudain on vit la jeune princesse devenir timide, comme ses -tantes, sauvage, effarouchée, malgré le succès qu'elle avait dans -le monde[274]. Elle n'adressait pas la parole aux personnages de -distinction[275]; elle n'osait pas parler au Roi; elle ne tenait -plus le jeu chez elle[276]; elle s'affranchissait le plus possible -des devoirs de la représentation, ou, quand elle se voyait dans la -nécessité de les remplir, elle était dans une agitation terrible[277]. - -Un jour, c'était le 4 septembre 1770, le Corps de ville de Paris et les -États du Languedoc devaient être présentés à la Dauphine, le premier -par le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris, les seconds par le comte -d'Eu, gouverneur de la province. Mesdames, toujours embarrassées de -leur maintien quand il fallait paraître en public, voulurent persuader -à leur nièce de recevoir les compliments sans y répondre; «elles-mêmes, -disaient-elles, n'avaient jamais fait autrement.» Heureusement Mercy -fut averti. Il combattit énergiquement les conseils de Mesdames: -Marie-Antoinette l'écouta: elle fit au Corps de Ville et aux États une -réponse pleine de grâce: les députés et le public furent enchantés[278]. - -Mais le fidèle ambassadeur n'était pas toujours là pour lutter contre -l'influence prépondérante des tantes. Il avait bien de la peine, dans -ses visites bi-hebdomadaires à corriger l'impression mauvaise produite -par des conversations et des exemples de chaque jour. Les insinuations -des vieilles princesses, tombant périodiquement sur l'esprit de la -jeune femme, finissaient par y pénétrer, quelles que fussent d'ailleurs -ses répugnances et les protestations de son bon sens, comme l'eau qui -coule goutte à goutte vient à bout d'user le roc le plus dur[279]. Ce -déplorable ascendant s'étendait à tout, se mêlait de tout, touchait à -tout. «Mesdames ne se bornent pas à gouverner Madame la Dauphine dans -les choses qui lui sont personnelles, écrivait Mercy; elles veulent -aussi étendre leur pouvoir sur les gens attachés au service de Son -Altesse Royale, porter atteinte à leurs prérogatives, confondre leurs -rangs et diminuer ainsi la différence très marquée qui doit exister -entre l'état d'une Dauphine et celui de Mesdames de France[280].» -Confondre l'état de la Dauphine et celui de Mesdames, c'était bien là, -au fond, le but des filles de Louis XV. - -Malgré tout, entraînée par cette absence de calcul et ce besoin -d'expansion, qui était le signe de son caractère, Marie-Antoinette ne -savait dissimuler à ses tantes ni ses joies ni ses espérances. Un jour -elle avait reçu du Dauphin une promesse d'intimité, longtemps attendue -et ardemment souhaitée: tout heureuse de cette perspective, elle ne -voulut pas garder son bonheur pour elle et courut en faire part à Mme -Adélaïde et à Mme Sophie. Bavardes comme des vieilles filles, Mesdames -n'eurent pas la discrétion de respecter cette confidence de la jeune -femme: elles la racontèrent à tant de monde que cela devint la nouvelle -du jour. Effarouché et mécontent, le Dauphin manqua à sa parole et le -ménage fut quelque temps en froid[281]. - -Derrière Mme Adélaïde, et la dirigeant, il y avait sa dame d'atours, -la comtesse de Narbonne, femme de peu de moyens[282], suivant Mercy, -mais très versée dans l'intrigue, à une Cour où il fallait moins de -talent que de brigues pour réussir, et qui avait su prendre sur sa -maîtresse un ascendant dominateur. Mme de Narbonne ne négligeait rien -pour attirer la Dauphine et acquérir sur elle le même crédit qu'elle -avait sur Mme Adélaïde. Soit paresse d'esprit, soit besoin d'amusement -et facilité de se les procurer chez la dame d'atours, Marie-Antoinette -avait fini par subir cette influence[283]. On en vit un jour un -singulier exemple. - -Lorsque l'Archiduchesse avait quitté Vienne, sa mère lui avait -recommandé d'obtenir comme faveur spéciale pour le marquis de Durfort, -qui avait négocié son mariage, le titre de duc. A plusieurs reprises, -soit dans ses lettres à sa fille, soit dans sa correspondance avec -Mercy, Marie-Thérèse, qui avait le don de la reconnaissance, était -revenue sur ce sujet, s'étonnant qu'une grâce, si souvent accordée à -des gens qui ne valaient pas le marquis de Durfort, fût si longtemps -différée[284]. Il y avait là cependant un intérêt direct pour -Marie-Antoinette à montrer qu'elle protégeait ceux qui lui avaient -rendu service et qu'elle avait assez de crédit pour les protéger -efficacement. Mais, à chaque ouverture, la jeune princesse ajournait la -question: il fallait attendre, l'occasion n'était pas favorable, etc. -Elle en avait bien parlé à Choiseul, mais elle n'osait pas en parler au -Roi[285]. La vérité est que Mme Adélaïde s'opposait à ce que le marquis -de Durfort fût créé duc, parce que l'éclat de ce titre eût rejailli -en quelque sorte sur sa sœur cadette, Mme Victoire, dont la marquise -de Durfort était dame d'atours. C'était d'ailleurs le moment où Mmes -Adélaïde et Sophie s'efforçaient[286] d'éloigner la Dauphine de leur -sœur, dont l'affection et l'humeur plus douce les offusquaient[287]. - -Tout changea cependant, par un de ces coups de théâtre, ou plutôt de -ces compromis dont on voit plus d'un exemple dans les cours, mais qui -ne sont point, que nous sachions, particuliers aux États monarchiques. -L'évêque de Gap, beau-frère de la comtesse de Narbonne, désirait -vivement être nommé premier aumônier de Mme Victoire; la marquise -de Durfort, aussi puissante sur l'esprit de cette princesse que la -comtesse de Narbonne l'était sur celui de Mme Adélaïde, l'engagea -à refuser la nomination de l'évêque, tant qu'on ne lui aurait pas -donné satisfaction à elle-même. «Mme Victoire s'étant prêtée à cette -insinuation, il en résulta que les deux dames d'atours se trouvèrent -réciproquement dans le cas d'avoir besoin l'une de l'autre. Elles -capitulèrent par l'entremise de leurs amis communs, et il fut -convenu que la comtesse de Narbonne ferait parler Mme Adélaïde à Mme -la Dauphine en faveur de la marquise de Durfort, et que celle-ci -déciderait Mme Victoire à prendre l'évêque de Gap pour premier -aumônier. Cette convention fut religieusement observée et produisit -d'abord son effet, en ce que l'évêque de Gap fut demandé et nommé -premier aumônier de Mmes Victoire et Sophie. Immédiatement après, -Mme Adélaïde, ayant fait connaître quelle consentait à ce que Mme la -Dauphine employât ses bons offices en faveur du marquis de Durfort, Son -Altesse Royale s'en acquitta immédiatement et en parla au Roi le 6 de -ce mois. Le Roi reçut très bien la demande de Mme la Dauphine; il lui -répondit, sans la moindre résistance, que, l'objet étant juste et Mme -la Dauphine le désirant, il y consentait volontiers, et allait ordonner -au duc de la Vrillière d'expédier au marquis de Durfort une assurance -par écrit, et au moyen de laquelle il jouira, lui et sa postérité, de -la dignité de duc et pair, à l'extinction très prochaine de la branche -de Lorge: ce qui remplissait la demande du marquis de Durfort[288].» - -Louis XV aimait sincèrement la Dauphine, dont la bonne humeur, la -grâce, la pétulance même, parfois audacieuse, lui plaisaient; à -plusieurs reprises, on avait remarqué ses soins pour elle. Un jour, -à la chasse, il était monté dans sa voiture, et l'avait fait asseoir -affectueusement sur ses genoux[289]. - -Une autre fois, à Fontainebleau, il s'était rendu chez elle le matin, -en robe de chambre, par une porte de communication jusque-là fermée; -il y avait fait son café et était resté deux heures, paraissant gai -et plus content que de coutume[290]. Blasé sur tout, dégoûté des -plaisirs coupables, on eût dit qu'il cherchait dans cette pure et -fraîche atmosphère un refuge contre lui-même, et il semblait aisé à -Marie-Antoinette d'habituer son grand-père à venir ainsi régulièrement -dans ses appartements et de s'assurer par là, sur cet esprit facile à -conquérir, à force de lassitude, un empire inébranlable. Il eût suffi -pour cela de se montrer elle-même et de se laisser aller à son premier -mouvement. - -Malheureusement, Mesdames s'ingéniaient à lui inspirer vis-à-vis de -leur père la frayeur et la taciturnité qu'elles avaient elles-mêmes. -Sous cette influence néfaste, la jeune femme se sentait embarrassée en -présence du Roi, et, dans cet embarras, elle restait bouche close. -Avait-elle quelque faveur à demander, elle aimait mieux écrire, et -Louis XV, qui, timide lui-même vis-à-vis de ses enfants, n'eût pas -osé dire non en face, refusait par lettre ce qu'il eût accordé de -vive voix. Voyant qu'on ne répondait pas à ses avances, il avait -fini par se blesser: il ne disait rien, ce qui eût trop coûté à sa -paresse; mais il marquait son mécontentement par des bouderies et des -froideurs[291]. Les choses n'en allaient pas mieux. Mercy avait beau -représenter à la Dauphine combien il lui eût été facile de profiter -des bonnes dispositions de son grand-père qui ne demandait qu'à se -livrer à ses enfants, pourvu qu'ils voulussent, de leur côté, chercher -à soulager son ennui. La Dauphine convenait de tout, mais finissait par -dire que le courage lui manquait et qu'elle ne se sentait pas la force -de parler au Roi: «J'ai cru ne devoir rien omettre, écrivait Mercy en -rendant compte de cette conversation à l'Impératrice, afin que Votre -Majesté soit à même d'apercevoir jusqu'à quel point les conseils de Mme -Adélaïde tendent à _énerver_ Madame la Dauphine[292].» - -Marie-Thérèse s'alarma de cette influence persistante dont les -résultats, néfastes pour sa fille, compromettaient à la fois ses -espérances de mère et ses plans de souveraine: «Toutes les lettres, -écrivit-elle, disent que vous n'agissez que par vos tantes. Je les -estime, je les aime, mais elles n'ont jamais su se faire estimer, ni de -la famille, ni du public, et vous voulez prendre le même chemin[293]!» - -Et faisant fièrement le parallèle entre ce qu'étaient Mesdames et ce -qu'elle avait été elle-même: - -«Est-ce que mes conseils, ma tendresse méritent moins de retour que -les leurs? J'avoue, cette réflexion me perce le cœur. Comparez quel -rôle, quelle approbation ont-elles eus dans le monde? Et, cela me -coûte à dire, quel est-ce que j'ai joué? Vous devez donc me croire -de préférence, quand je vous préviens ou conseille le contraire de -ce qu'elles font. Je ne me compare nullement avec ces princesses -respectables, que j'estime sur leur intérieur et qualités solides; -mais je dois répéter toujours qu'elles ne se sont, fait ni estimer du -public, ni aimer dans le particulier. A force de bonté et coutume de -se laisser gouverner par quelqu'un, elles se sont rendues odieuses, -désagréables et ennuyées pour elles-mêmes et l'objet de cabales et -tracasseries. Je vous vois prendre le même train et je dois me taire! -Je vous aime trop pour le pouvoir et le vouloir, et votre silence -affecté sur ce point m'a fait bien de la peine et peu d'espérance de -changement[294].» - -Le changement vint pourtant. Peu à peu, Marie-Antoinette, éclairée par -les avertissements de Mercy et les gronderies de sa mère, apprécia plus -sainement les conseils de ses tantes. Elle ne rompit cependant pas tout -de suite, elle ne pouvait pas rompre brusquement des liens que son âge -et son isolement l'avaient déterminée à former et que des rapports de -chaque jour avaient resserrés. Mais la confiance disparut. - -Par respect et par un reste d'habitude elle écouta quelque temps encore -les avis de ses anciennes conseillères. Mais, dès le milieu de 1772, il -est facile de remarquer chez les vieilles princesses une diminution -sensible de crédit. Si Marie-Antoinette leur cède parfois, ce n'est -plus par persuasion, c'est par complaisance ou par crainte[295]. - -Trois mois après, Mercy constate qu'elles ne sont plus consultées -sur rien, pas même sur les petits arrangements de la journée, dont -précédemment elles étaient les arbitres[296]. Au commencement de 1773, -les relations de la Dauphine avec ses tantes sont ce qu'elles doivent -être, une simple forme de bienséance: elle leur manifeste tous les -égards justes et convenables; mais elle n'a plus avec elles d'intimité. -L'influence de Mesdames a vécu. - -Les vieilles princesses ne supportèrent pas de gaîté de cœur la perte -du petit despotisme qu'elles s'étaient habituées à exercer sur leur -nièce et, par elle, sur le reste de la famille. Leur mécontentement se -traduisit par des critiques, des médisances, des propos aigres[297], -des efforts secrets pour exalter, aux dépens de la Dauphine, sa -nouvelle belle-sœur, la comtesse de Provence; elles ne réussirent -pas. Changeant alors de tactique, elles cherchèrent à se rapprocher -de nouveau de Marie-Antoinette, lui firent des avances, devinrent -complaisantes, après avoir été impérieuses[298], quêtèrent même l'appui -de l'abbé de Vermond[299]. Repoussées encore dans cette tentative et -tenues à distance par la conduite sagement soutenue de la Dauphine, -elles finirent, après quelques moments d'humeur et quelques discussions -semi-aigres, où elles n'eurent pas le dessus[300], par se résigner à -l'ascendant incontesté de leur nièce; mais elles rongèrent leur frein, -et leur haine concentrée, s'échappant sans cesse, comme les jets d'une -vapeur morbide, en traits mordants et en insinuations malveillantes, -devint un redoutable péril pour la fille de Marie-Thérèse. Leurs mains, -inhabiles aux grandes choses, mais habiles aux mesquines intrigues, se -retrouvent dans tous les complots ourdis contre la jeune princesse. -N'ayant pu dominer la Dauphine, elles résolurent de perdre la Reine, -et malheureusement elles réussirent. Leur influence avait été néfaste, -leur rancune fut mortelle. Et pour n'en citer qu'un exemple, c'est -Mme Adélaïde qui infligea à sa nièce ce surnom d'_Autrichienne_, -dont l'impopularité pesa sur la vie entière de Marie-Antoinette et, -après l'avoir menée à l'échafaud, pesa sur sa mémoire jusqu'à ce que -l'histoire, mieux connue, eût fait justice et des méchancetés des -vieilles filles et des pamphlets des gazettiers. - - - - -CHAPITRE VI - - Disgrâce du duc de Choiseul.—Son exil triomphant.—Son - caractère.—Chute des Parlements.—Mécontentement du public.—Le duc - d'Aiguillon.—La comtesse du Barry.—Attitude fière de la Dauphine - en face de la favorite.—Le Roi en est mécontent.—Remontrances de - Marie-Thérèse.—Lettre de Kaunitz à Mercy.—Intervention directe de - Louis XV.—Insistance de l'Impératrice.—Lettres vives échangées - entre la mère et la fille.—Mme du Barry cherche à se rapprocher - de la Dauphine.—Elle échoue.—L'histoire, dans ce conflit, donne - pleinement raison à Marie-Antoinette. - - -Le 24 décembre 1770, M. le duc de Choiseul, premier ministre de France, -sinon en titre, du moins en fait, recevait du Roi le billet suivant: - -«J'ordonne à mon cousin le duc de Choiseul de remettre la démission de -sa charge de secrétaire d'État et de surintendant des Postes entre les -mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup, jusqu'à -nouvel ordre de ma part. - - «A Versailles, ce 24 décembre 1770.» - - «<sc>Louis.</sc>[301]» - -Le duc apprit sa disgrâce avec un imperturbable sang-froid: il partit -sur-le-champ pour Paris, où il trouva la duchesse, qui venait de se -mettre à table. En le voyant entrer: «Vous avez bien la mine d'un homme -exilé, lui dit-elle; mais asseyez-vous: notre dîner n'en sera pas moins -bon[302].» Ils dînèrent en effet fort tranquillement et, le lendemain, -le duc de Choiseul partit, avec sa femme et sa sœur, la duchesse de -Gramont, pour ses terres de Touraine. «Le peuple de Paris, raconte un -contemporain, bordait les rues depuis son hôtel jusqu'à la barrière -d'Enfer, le comblant d'acclamations honorables, ce qui fit à ce -ministre, qui n'avait jamais été populaire, une impression si sensible -qu'il dit, les larmes aux yeux: «Voilà ce que je n'ai pas mérité[303].» - -Son départ de Paris et de Versailles avait été une ovation; son séjour -à Chanteloup fut un triomphe. La Cour et la Ville, comme on disait -alors, s'y donnèrent rendez-vous; il n'y eut guère de grand seigneur, -de femme à la mode, d'homme bien placé, qui ne tînt à honneur d'aller -porter ses devoirs aux exilés, et le Roi qui, au fond, regrettait -peut-être son ministre[304], ferma les yeux sur cette éclatante -protestation qui se déguisait mal sous la forme d'un hommage au malheur. - -Esprit léger, mais étendu et perspicace, politique inconsistant, mais -à larges vues, spirituel, élégant, magnifique jusqu'à la prodigalité, -confiant jusqu'à la présomption, hardi jusqu'à l'audace, fier jusqu'à -la hauteur, ennemi généreux, ami dévoué[305], bien vu des femmes, -redouté des diplomates, portant haut l'honneur de la France, le duc -de Choiseul avait de grandes qualités et de grands défauts[306], -et peut-être est-il vrai de dire qu'il plaisait plus encore par -ses défauts que par ses qualités. On a écrit de lui qu'il élevait -«l'indiscrétion jusqu'à la franchise, l'insolence jusqu'à la dignité, -la légèreté jusqu'à l'indépendance[307].» Quelque regrettables qu'aient -pu être certains actes de son administration, il n'en est pas moins -sûr que, dans cette société amollie du règne de Louis XV, Choiseul -était un caractère, et qu'il déploya, en diverses circonstances, de -réels talents d'homme d'État. En plein dix-huitième siècle, à une -époque où l'opinion dominante n'avait d'éloges que pour Frédéric II, sa -prévoyance avait discerné le danger de cette puissance prussienne si -jeune encore et déjà si envahissante, et trouvé, dans l'alliance avec -l'Autriche le moyen de mettre obstacle à des empiétements dont l'avenir -ne nous a que trop démontré les menaces. - -Il avait sur les Cours étrangères, sur la Cour d'Espagne en -particulier, un ascendant tel qu'il se disait lui-même plus sûr -de sa prépondérance dans le cabinet de Madrid que dans celui de -Versailles[308]. Mais sa hauteur même le laissait sans défense contre -les intrigues qui s'ourdissaient contre lui. «Jamais, a dit un -contemporain, on ne l'a vu s'abaisser à de viles intrigues de Cour, -ménager ou caresser les valets[309].» Il dédaignait ses ennemis par -orgueil, il les épargnait par générosité. Ce fut ce qui le perdit. Sa -fierté avait refusé de fléchir le genou devant l'idole du jour, Mme du -Barry. Il en était résulté d'abord «de petits dégoûts, des grimaces, -des moqueries, des haussements d'épaules, enfin de petites vengeances -de pensionnaire[310].» - -Choiseul en avait ri, et ses amis en avaient ri avec lui. Sa position -semblait solide; le Roi l'estimait et l'aimait: «Vous faites bien mes -affaires; je suis content de vous,» lui avait-il écrit[311]. Le mariage -du Dauphin et l'arrivée de Marie-Antoinette en France venaient encore -de consacrer l'influence du ministre. La favorite même n'avait pas -contre lui d'inimitié personnelle. «Elle n'a nulle haine contre vous, -ajoutait Louis XV; elle connaît votre esprit et ne vous veut point -de mal[312].» Cette lettre du royal amant, évidemment dictée par la -maîtresse, exprimait, à n'en pas douter, de la part de celle-ci, le -désir d'un accommodement. Choiseul, toujours hautain, repoussa les -avances; il se contenta de répondre qu'il accorderait à Mme du Barry -les demandes qu'il trouverait justes[313]. - -Mais il ne sut pas interdire à ses entours, ni s'interdire à lui-même -des plaisanteries publiques et piquantes sur le compte de la favorite: -il osa même tenir au Roi des propos hardis sur elle[314]. - -Le Roi fut blessé; il prêta l'oreille aux ennemis de son ministre. On -lui représenta Choiseul comme s'entendant avec les Parlements, alors en -lutte contre le chancelier, et cherchant à s'imposer en impliquant la -France dans une guerre entre l'Espagne et l'Angleterre. Le prince de -Condé et Maupeou intervinrent, et Mme du Barry jeta dans la balance le -poids prépondérant de sa toute puissance[315]. - -Louis XV céda et envoya au ministre, par le duc de la Vrillière, le -billet que nous avons cité plus haut. Choiseul partit: une maîtresse -l'avait élevé; une autre maîtresse le renversait. - -A l'extérieur, sa chute ne modifiait rien. Quoiqu'il fût dans le -cabinet de Versailles la personnification la plus éclatante de -l'alliance autrichienne, le Roi n'était pas moins que lui partisan -de cette alliance[316]. C'était, suivant le mot du comte de Broglie, -son «ouvrage favori[317]» et il n'entendait pas l'abandonner. -Mais, à l'intérieur, c'était le triomphe de la cabale opposée à -Marie-Antoinette. Marie-Thérèse, qui ne redoutait rien pour l'alliance, -était extrêmement inquiète pour sa fille[318]. N'essaierait-on pas -d'éloigner d'elle ses fidèles conseillers, Mercy et Vermond? La jeune -princesse, avec sa vivacité qui ne se prêtait guère à la réflexion, -n'afficherait-elle pas trop ouvertement ses sympathies pour le ministre -déchu? Ou, au contraire, livrée à elle-même et manquant de discrétion, -ne se laisserait-elle pas gâter par cette «abominable clique[319]»? -Ces craintes de l'Impératrice furent vaines; gardée par Mercy, la -jeune Dauphine sut tenir, en cette délicate circonstance, une conduite -irréprochable; mais les dangers n'en subsistaient pas moins. - -La chute du Parlement n'avait pas tardé à suivre la chute de Choiseul. -Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1771, cent soixante-neuf présidents -ou conseillers furent exilés; le 14 avril, un lit de justice, -solennellement tenu à Versailles, supprima le Parlement et le remplaça -par une nouvelle assemblée, composée en majeure partie de membres du -Grand Conseil. La rumeur fut grande dans tout le royaume; à Paris -comme à Versailles, on prenait ouvertement parti pour les proscrits; -les princes du sang, sauf le comte de la Marche, refusèrent d'assister -au lit de justice. Les femmes elles-mêmes s'en mêlaient et le public -ne gardait nulle mesure dans ses propos. A la Cour, les intrigues et -la fermentation n'étaient pas moindres: «Il est presque impossible, -écrivait Mercy à Marie-Thérèse, que Votre Majesté se forme une idée -bien exacte de l'horrible confusion qui règne ici en tout. Le trône y -est avili par l'indécence et l'extension du crédit de la favorite et la -méchanceté de ses partisans. La nation s'exhale en propos séditieux, en -écrits incendiaires, où la personne du monarque n'est point épargnée. -Versailles est devenu le séjour des perfidies, des haines et des -vengeances; tout s'y opère par des intrigues et des vues personnelles, -et il semble qu'on y ait renoncé à tout sentiment d'honnêteté[320].» - -Choiseul était renversé; il n'était pas remplacé. Les chefs du -parti adverse étaient divisés sur le choix de son successeur[321]. -La favorite voulait le duc d'Aiguillon, le prince de Condé s'y -opposait[322]; le chancelier ne s'en souciait guère et le Roi -hésitait. D'Aiguillon n'était connu que par de longs et violents -démêlés avec le Parlement de Bretagne, d'où sa réputation de probité -et de bravoure n'était pas sortie intacte. C'était une calomnie[323]; -elle n'en courait pas moins et jetait sur le protégé de Mme du Barry -un regrettable discrédit. Personnellement, Louis XV ne l'estimait -pas et avait même plutôt pour lui une sorte d'éloignement[324]. -«Comment pouvez-vous croire qu'il puisse vous remplacer, écrivait-il à -Choiseul un an auparavant? Haï comme il l'est, quel bien pourrait-il -faire[325]?» Cette fois encore, la volonté de la favorite l'emporta sur -celle du monarque; le 5 juin 1771, le duc d'Aiguillon fut nommé[326]. - -La toute-puissance de Mme du Barry éclatait ainsi à tous les yeux, et -cette alliance déclarée du premier ministre et de la maîtresse devenait -pour Marie-Antoinette le premier écueil de sa marche sur ce terrain -glissant de la Cour de Versailles. - -Ce n'était pas cependant, au fond, une femme méchante[327] que -cette comtesse du Barry. Elle n'était pas vindicative; mais elle -était vaniteuse[328] et se montrait d'autant plus avide d'égards -et d'honneurs qu'elle sentait qu'on lui en devait moins. Elle avait -voulu être présentée, et elle l'avait été, par des femmes du meilleur -monde. Elle avait voulu souper avec la Dauphine à son arrivée, et son -royal amant avait eu la lâche complaisance de la faire souper avec la -Dauphine, la veille même du mariage. Dès ses premiers pas sur la terre -de France, Marie-Antoinette avait trouvé en face d'elle, ou plutôt à -côté d'elle, cette «sotte et impertinente créature[329]». Elle l'avait -trouvée à la Muette; elle la retrouvait à Marly[330], à Choisy[331], -à Compiègne, à Versailles, partout. Sa virginale pudeur se révoltait -à ce contact impur, et elle ne pouvait se résoudre, non seulement à -témoigner quelque faveur à la comtesse, mais même à lui adresser la -parole. Le Dauphin partageait sa répugnance et ne la dissimulait pas. -Un instant, on avait cherché à l'attirer à de petits soupers à Saint -Hubert[332] ou à l'Ermitage[333]; il n'avait pas tardé à s'en retirer, -sur le conseil même de sa femme[334]. La favorite fut froissée de -cette attitude du jeune ménage, et ses amis, n'espérant plus rien de -la Dauphine, essayèrent de détruire son crédit par des insinuations -malveillantes, des critiques mordantes et d'habiles mensonges[335]. Le -Roi lui-même, excité par sa maîtresse, prit de l'humeur; mais comme -il avait horreur des explications avec ses enfants, il fit appeler la -comtesse de Noailles et, tout en rendant hommage au caractère et à -la grâce de sa petite fille, il se plaignit que «Mme la Dauphine se -permit de parler trop librement de ce qu'elle voyait ou croyait voir, -ajoutant que ses remarques un peu hasardées pourraient produire de -mauvais effets dans l'intérieur de la famille[336]». - -Cette fois, Marie-Antoinette sut vaincre son habituelle timidité; elle -alla parler à son grand-père, et Louis XV qui n'osait ni résister en -face ni faire une représentation directe, ne sut pas soutenir son -mécontentement. Il assura sa petite-fille qu'il la trouvait charmante, -qu'il l'aimait de tout son cœur; il lui baisa la main, l'embrassa et -approuva tout ce qu'elle lui avait dit. Pour cette fois, le danger -était conjuré, la cabale déjouée, et il paraît certain que si la jeune -princesse, triomphant de son embarras, avait pris le parti de porter -chaque fois l'affaire devant le Roi lui-même, elle eût eu vite raison -de ces tracasseries. - -Mais c'était l'heure où Mesdames, pour mieux absorber leur nièce, -s'efforçaient de l'éloigner de leur père, et cette attitude, qui -indisposait le vieux monarque, laissait le champ libre à toutes les -intrigues. Mme du Barry et le duc d'Aiguillon associaient leurs -rancunes[337], et le Roi, pris entre son ministre et sa maîtresse, -entre les petites plaintes respectueuses de l'une et les plaintes -aigres de l'autre, prêtait l'oreille aux récriminations. C'étaient -sans cesse insinuations nouvelles contre la Dauphine, nouveaux assauts -pour ébranler sa situation. La comtesse de Provence venait d'arriver -à la Cour: la «cabale» l'entourait de prévenances et cherchait à -opposer son crédit naissant à celui de sa belle-sœur. Savoie contre -Autriche, il y avait là un danger personnel pour Marie-Antoinette; il -y avait aussi un péril politique. Marie-Thérèse s'en émut, et, à son -instigation, le prince de Kaunitz écrivit au comte de Mercy une lettre -que l'ambassadeur était autorisé ou, pour mieux dire, invité à mettre -sous les yeux de la jeune princesse. - -«Manquer d'égards à des gens que le Roi a mis en place ou dans sa -société, c'est lui manquer à lui-même. Ce serait bien pire, si on se -permettait sur leur compte des propos offensants. On ne doit voir -dans ces sortes de personnes que la circonstance d'être gens que le -souverain a jugés dignes de sa confiance et de ses bontés, et on ne -doit point se permettre d'examiner si c'est à tort ou à raison; le -choix seul du prince doit être respecté: moyennant cela et par respect -pour lui, on doit des égards à ces sortes de gens. La prudence veut -même que l'on en ait pour eux parce qu'ils peuvent nuire[338].» Et le -vieux diplomate finissait en donnant le plan et en dictant presque les -termes du discours que «Mme l'Archiduchesse» devait tenir au Roi. - -Mais Kaunitz se heurtait à la fois aux suggestions de Mesdames et aux -répugnances de la Dauphine; ses conseils n'étaient pas suivis et les -intrigues continuaient. - -Un jour, le 28 juillet 1771, à un souper chez la comtesse de -Valentinois, le duc d'Aiguillon prend le comte de Mercy à part et -l'avertit que le Roi désire lui parler le surlendemain chez sa -maîtresse. «Vous savez, a dit le prince à son ministre, que je ne -suis pas logé ici de façon à pouvoir le voir en bonne fortune; ainsi, -engagez-le à venir me trouver chez Mme du Barry.» Quoique un peu -surpris de cette ouverture, qui ne lui semble qu'un prétexte pour -l'attirer chez la favorite, Mercy n'a garde de manquer, le 30, au -rendez-vous. Il rencontre d'abord la comtesse qui, avec de grandes -protestations d'amitié, lui confie un sujet de peine, dont elle est, -dit-elle, profondément affligée: «On a eu recours aux calomnies les -plus atroces pour la perdre dans l'esprit de Mme la Dauphine, jusqu'à -lui prêter sur son compte des propos peu respectueux[339]. Loin d'avoir -à se reprocher une faute aussi énorme, elle s'est toujours jointe à -ceux qui font un juste éloge des charmes de Mme l'Archiduchesse et n'a -jamais usé de son crédit près du Roi que pour l'engager à se prêter aux -demandes raisonnables de Mme la Dauphine. Cependant, cette princesse -n'a cessé de lui montrer une sorte de mépris.» Mercy, un peu ennuyé -de ces déclarations, prétextait ignorance, traitait d'exagérées les -récriminations de la comtesse, lorsque Louis XV lui-même arriva par un -escalier dérobé: «Jusqu'à présent, dit-il, vous avez été l'ambassadeur -de l'Impératrice; je vous prie d'être maintenant mon ambassadeur, au -moins pour quelque temps.» Puis il revint en détail, mais non sans un -certain embarras, sur ses plaintes contre la Dauphine. Il la trouvait -charmante; mais jeune et vive comme elle l'était, ayant un mari qui -n'était pas en état de la conduire, il était impossible qu'elle évitât -les pièges qu'on lui tendait; elle se livrait à des préventions, à -des haines qui lui étaient suggérées; elle traitait mal, même avec -affectation, les personnes qu'il admettait dans son cercle particulier. -Une pareille conduite occasionnait des scènes à la Cour, y échauffait -l'esprit d'intrigue et de parti. «Voyez souvent Mme la Dauphine, -continua le Roi; je vous autorise à lui dire tout ce que vous voudrez -de ma part; on lui donne de mauvais conseils; il ne faut pas qu'elle -les suive.» Et comme Mercy objectait que de pareilles observations -dans la bouche du Roi auraient bien plus d'autorité vis-à-vis de sa -petite-fille, qui montrerait certainement le plus tendre empressement à -lui obéir, le prince allégua sa répugnance à avoir une explication avec -ses enfants et pria l'ambassadeur de se charger de ce soin. «Vous voyez -ma confiance, ajouta-t-il en terminant, puisque je vous dis ce que je -pense sur l'intérieur de ma famille.» - -Étrange et instructif tableau que celui-là! Que penser de ce vieux -monarque absolu, qui avait le triste courage de se faire vis-à vis de -ses enfants l'exécuteur des caprices et des rancunes de sa maîtresse, -qui n'osait pourtant pas le leur déclarer en face et qui s'en -remettait, pour signifier ses volontés à sa famille, à la complaisance -d'un ministre étranger? - -Quoi qu'il en soit, Mercy était trop dévoué à la Dauphine, il voyait -trop bien l'intrigue qui se nouait contre elle, pour ne pas l'avertir -immédiatement. Il alla la trouver dès le 31, lui raconta la scène de -la veille et insista sur la nécessité de prendre promptement un parti. -«Si Mme l'Archiduchesse voulait annoncer par sa conduite publique -qu'elle connaissait le rôle que jouait à la Cour la comtesse du Barry, -sa dignité exigeait qu'elle demandât au Roi d'interdire à cette femme -de paraître désormais au cercle. Si, au contraire, elle voulait sembler -ignorer le vrai état de la favorite, et c'est ce que recommandait -Kaunitz, il fallait la traiter sans affectation, comme toute femme -présentée, et lorsque l'occasion s'offrirait, lui adresser, ne fût-ce -qu'une fois, la parole, ce qui ferait cesser tout prétexte spécieux de -récriminations. Il n'était pas moins urgent de parler au Roi et de se -plaindre avec douceur de ce qu'au lieu de dire lui-même ses intentions -à sa petite-fille, il les lui faisait parvenir par la voie d'un tiers. -Une telle démarche mettrait certainement le prince dans l'embarras et, -pour en éviter de pareilles à l'avenir, il serait moins facile à se -prêter aux impulsions du parti dominant. Il convenait d'ailleurs de -consulter là-dessus le Dauphin; mais il ne fallait à aucun prix suivre -les avis de Mesdames.» - -Grand émoi, dans le petit cercle de la Dauphine, à cette nouvelle: le -Dauphin approuvait les conseils de Mercy, mais Mesdames se récrièrent, -et Marie-Antoinette qui, en dépit des avertissements de l'ambassadeur, -obéissait alors aveuglément à ses tantes, et qui d'ailleurs avait -une extrême répugnance aux démarches qu'on demandait d'elle, -Marie-Antoinette fit ce que font, en pareille occurrence, les personnes -embarrassées: elle n'adopta que la moitié du plan qui lui était -proposé: elle consentit à dire un mot à Mme du Barry, mais se refusa -obstinément à parler au Roi: «Mes tantes, dit-elle, ne le veulent pas.» - -La favorite devait venir, le 11 août, au cercle de la Cour; il avait -été décidé qu'à la fin du jeu l'ambassadeur engagerait la conversation -avec elle; la Dauphine s'approcherait et, par occasion, adresserait -la parole à la comtesse. Au jour dit, les choses semblèrent devoir se -passer comme il avait été convenu. La jeune princesse avait un peu -peur, mais elle était déterminée. Tout alla bien au début. Mercy, après -le jeu, s'aboucha avec Mme du Barry, et la Dauphine commença à faire -le tour du cercle. Déjà, elle approchait de la favorite, lorsque Mme -Adélaïde, qui ne la perdait pas de vue, éleva la voix et dit: «Il est -temps de s'en aller; partons: nous irons attendre le Roi chez ma sœur -Victoire.» A ce mot, la Dauphine perdit courage; elle s'éloigna toute -troublée, et l'arrangement fut manqué. La favorite fut froissée, Louis -XV fut mécontent; impatient de savoir quel accueil avait été fait à sa -maîtresse, il était venu le lui demander, au sortir du Conseil d'État: -«Hé bien, Monsieur de Mercy, dit-il à l'ambassadeur, vos avis ne -fructifient guère, il faudra que je vienne à votre secours[340].» - -L'ambassadeur fut effrayé de cette mauvaise humeur visible du Roi; il -craignit que le ressentiment ne l'entraînât à quelque démarche fâcheuse -contre ses enfants et, pour prévenir un éclat, il fit un appel pressant -à l'autorité suprême de Marie-Thérèse. L'Impératrice, qui jusque-là -n'avait jamais abordé ce sujet délicat dans sa correspondance avec sa -fille[341], se répandit en reproches sévères: «Avouez cet embarras, -cette crainte de dire seulement le bonjour; un mot sur un habit, sur -une bagatelle, vous coûte tant de grimaces, pures grimaces, ou c'est -pire. Vous vous êtes donc laissé entraîner dans un tel esclavage que -la raison, votre devoir même n'ont plus de force de vous persuader. Je -ne puis plus me taire; après la conversation de Mercy et tout ce qu'il -vous a dit que le Roi souhaitait, que votre devoir exigeait, vous avez -osé lui manquer! Quelle bonne raison pouvez-vous alléguer? Aucune. -Vous ne devez connaître ni voir la Barry d'un autre œil que d'être une -dame admise à la Cour et à la société du Roi. Vous êtes la première -sujette de lui: vous lui devez obéissance et soumission; vous devez -l'exemple à la Cour, aux courtisans que les volontés de votre maître -s'exécutent. Si on exigeait de vous des bassesses, des familiarités, -ni moi, ni personne ne pourrait vous les conseiller, mais une parole -indifférente, de certains regards, non pour la dame, mais pour votre -grand-père, votre maître, votre bienfaiteur! Et vous lui manquez si -sensiblement, dans la première occasion où vous pouvez l'obliger et lui -marquer un attachement, qui ne reviendra plus de sitôt!... Vous avez -peur de parler au Roi et vous n'avez pas peur de lui désobéir et de le -désobliger. Je pense pour un peu de temps vous permettre d'éviter les -explications verbales avec lui, mais j'exige que vous le convainquiez -par toutes vos actions de votre respect et de votre tendresse, en -imaginant en toute occasion ce qui peut lui plaire; qu'il ne lui -reste sur cela rien à désirer, aucun exemple ou discours contraire. -Dussiez-vous même vous brouiller avec tous autres, je ne puis vous le -passer; vous n'avez qu'un seul but, c'est de plaire et de faire la -volonté du Roi; en agissant ainsi, je vous tiens quitte pendant quelque -temps des explications verbales avec le Roi[342].» - -Il est difficile de ne pas remarquer que ces grandes considérations -sur le respect dû à la majesté royale étaient assez étranges dans une -occasion où la majesté royale se respectait si peu elle-même. Sous -quelques périphrases que se voilât la pensée, tout aboutissait en -somme,—et Marie-Thérèse sacrifiait à cet objet pressant la nécessité -d'avoir avec le Roi des explications verbales,—tout cela aboutissait -à parler à une femme dont la présence à la Cour était un scandale -public; car séparer la maîtresse de la dame présentée, c'était -singulièrement subtil et peu pratique. Encore si un mot avait suffi: -mais non! «Si vous étiez à portée de voir, comme moi, tout ce qui se -passe ici, répondait Marie-Antoinette, vous croiriez que cette femme et -sa clique ne seraient pas contents d'une parole et ce serait toujours à -recommencer..... Je ne dis pas que je lui parlerai jamais, mais je ne -puis convenir de lui parler à jour et heure marqués, pour qu'elle le -dise d'avance et en fasse triomphe[343].» - -Marie-Antoinette avait raison. Mme du Barry avait toutes les audaces -et tous les appétits de la classe d'où elle était sortie: des exemples -nouveaux l'affirmaient sans cesse. Aux soupers du petit Château, -auxquels elle présidait, elle avait poussé l'insolence jusqu'à -projeter de s'asseoir à côté du Dauphin; elle avait voulu multiplier -ses visites chez la Dauphine[344]; elle faisait bâtir un pavillon qui -empiétait sur un jardin réservé jusque-là à la famille royale[345]; -elle s'arrogeait le droit de disposer de toutes les places dans la -formation de la maison des princes[346]. Au mariage du comte d'Artois, -elle renouvelait le scandale donné au mariage de la Dauphine: elle -dînait en public avec la famille royale, et portait sur elle, à ce -dîner, cinq millions de pierreries[347]! On allait plus loin encore: -le duc d'Aiguillon, de concert avec Mme Louise, qu'on est étonné de -trouver mêlée à cette intrigue, travaillait pour obtenir du Pape la -rupture du mariage de Mme du Barry, afin de la mettre à même d'épouser -le Roi: c'eût été l'étrange Maintenon de cet étrange Louis XIV[348]. -«Si l'Impératrice voyait ce qui se passe ici, disait Marie-Antoinette, -elle me pardonnerait, il n'y a pas de patience qui puisse y tenir[349].» - -Mais ces empiétements même, cet ascendant tout-puissant de la -favorite constituaient un péril permanent. Mme du Barry avait trop -peu d'esprit et de conduite pour être dangereuse par elle-même. Elle -l'était par ses entours, dont elle répétait les propos,—c'est Mercy -qui le dit,—avec la docilité et l'intelligence d'un perroquet[350]. -D'ailleurs, sa vanité la portait à se prévaloir de ses avantages -momentanés et de son empire incontesté sur le faible monarque. Attester -par des marques publiques son ressentiment, n'était-ce pas affirmer -son pouvoir aux yeux de tous? Mercy craignait tout de gens «atroces» -qui, n'espérant rien de l'avenir, croiraient n'avoir rien à ménager -dans le présent[351]. Il avait peur surtout du duc d'Aiguillon qui, -disait-il, «s'annonce de plus en plus sous des traits d'une noirceur -qui fait trembler[352]». Il ne cessait d'insister près de la Dauphine -pour qu'elle adoptât vis-à-vis du parti dominant une conduite plus -politique; il y réussissait peu: il y avait au fond du cœur de la jeune -princesse de virginales révoltes contre tout ce qui eût paru une marque -de condescendance pour la «créature». Un jour pourtant, le 1er janvier -1772, en passant devant la favorite, elle laissa échapper un mot qui -pouvait sembler lui être adressé. Mercy triompha; mais son triomphe -fut de peu de durée: «J'ai parlé une fois, lui dit le lendemain -Marie-Antoinette; mais je suis bien décidée à en rester là, et cette -femme n'entendra plus le son de ma voix[353].» - -Pour elle, parler une fois à cette femme, qu'elle méprisait -souverainement, c'était déjà un sacrifice immense, et il lui semblait -que sa mère et l'ambassadeur devaient s'en déclarer satisfaits. - -«Je ne doute point, écrivit-elle à Marie-Thérèse, que Mercy ne vous ait -mandé ma conduite du jour de l'an, et j'espère que vous en aurez été -contente. Vous pouvez bien croire que je sacrifie toujours tous mes -préjugés et répugnances, tant qu'on ne me propose rien d'affiché et -contre l'honneur[354].» - -Au coup, l'Impératrice bondit. - -«Vous m'avez fait rire, riposta-t-elle, de vous imaginer que moi ou mon -ministre pourrions jamais vous donner des conseils _contre l'honneur_; -pas même contre la moindre décence. Voyez par ces traits combien -les préjugés, les mauvais conseils ont pris sur votre esprit. Votre -agitation après ce peu de paroles, le propos de n'en plus y venir font -trembler pour vous. Quel intérêt aurais-je que votre bien et celui -même de votre état, le bonheur du Dauphin et le vôtre, la situation -critique où vous et tout le royaume se trouvent, les intrigues, les -factions? Qui peut vous conseiller mieux, mériter votre confiance que -mon ministre, qui connaît à fond tout l'État et les instruments qui y -travaillent?...» - -«Le Roi est âgé; les indigestions dont il souffre ne sont pas -indifférentes; il peut arriver des changements en bien et en mal avec -la du Barry, avec les ministres. Je vous le répète, ma chère fille, si -vous m'aimez, de suivre mon conseil; c'est de suivre _sans hésiter_ et -_avec confiance_, tout ce que Mercy vous dira ou exigera; s'il souhaite -que vous répétiez vos attentions vis-à-vis de la dame ou d'autres, de -le faire[355].» - -Si l'on veut l'explication de cette extrême vivacité de langage, il -faut la demander aux circonstances. Cette lettre est du 13 février -1772; c'était le moment où se négociait, entre la Prusse, la Russie -et l'Autriche, la grande iniquité du premier partage de la Pologne. -Marie-Thérèse, dont cet odieux marché révoltait la conscience[356] -et qui en conserva toute sa vie le remords, avait cherché un moment -à l'entraver de la seule manière possible: par un resserrement -de l'alliance austro-française, un peu ébranlée par la chute de -Choiseul; mais d'Aiguillon avait refusé d'entendre les ouvertures -demi-mystérieuses de Mercy et il n'y avait pas même, à cet instant -si grave, d'ambassadeur de France à Vienne[357]. Repoussée dans ses -avances, isolée du côté de Versailles, l'Impératrice, «pour ne pas, -dit-elle, rester seule exposée à une guerre contre les Russes et -les Prussiens,» avait fini par prendre son parti de la combinaison -proposée, «qui mettait une tache à tout son règne[358]», et son fils, -Joseph II, qui n'avait pas les mêmes scrupules, s'accommodait fort bien -d'un arrangement qui ajoutait à ses États deux provinces de plus. - -L'affaire une fois en train, il importait que rien ne vînt se mettre à -la traverse; pouvait-on être tranquille du côté de la France? Choiseul -n'était plus là, sans doute, Choiseul qui, en pareille occurrence, -aurait menacé de se jeter sur les Pays-Bas et n'eut jamais consenti au -partage[359]. Le nouvel ambassadeur à Vienne, dont quelques historiens -mal informés ont voulu faire un diplomate habile, le prince de Rohan, -«n'incommodait» guère Kaunitz et se contentait d'amuser l'Empereur par -ses «turlupinades[360]». D'Aiguillon, sans génie, sans crédit, sans -talent, et qui n'avait pas su comprendre à demi-mot les ouvertures -de Mercy, semblait peu en mesure de susciter des embarras sérieux. -Qu'arriverait-il, cependant, si piqué du triste rôle qu'il avait joué -en tout cela pour ses débuts au ministère, froissé de l'accueil -hautain de la Dauphine, il unissait ses efforts à ceux de la favorite, -également froissée, pour contrecarrer, par vengeance, les projets de -la Cour de Vienne? Il fallait de toute façon éviter un pareil danger, -et le meilleur moyen, c'était que Marie-Antoinette consentît à traiter -avec plus de ménagement le ministre et la favorite. - -«Nous savons pour certain, écrivait Marie-Thérèse à Mercy, que -l'Angleterre et le roi de Prusse veulent gagner la Barry. La France -pateline avec la Prusse. Le Roi est faible; ses alentours ne lui -laissent pas le temps de réfléchir et de suivre son propre sentiment. -Vous voyez par ce tableau combien il importe à la conservation de -l'alliance qu'on emploie tout pour ne pas se détacher dans ce moment de -crise. Pour empêcher ces maux, il n'y a que ma fille: il faut qu'elle -cultive, par ses assiduités et tendresses, les bonnes grâces du Roi et -qu'elle traite bien la favorite. Je n'exige pas des bassesses, encore -moins des intimités, mais des attentions pour son grand-père et maître, -en considération du bien qui peut en rejaillir à nous et aux deux -Cours; peut-être l'alliance en dépend[361].» - -En recevant de si pressantes instructions, Mercy redoubla d'attentions -pour «le parti dominant». A son instigation, Marie-Antoinette, qui ne -connaissait rien des complications de la diplomatie européenne, mais -qui, naturellement, redoutait avant tout une rupture de l'alliance -austro-française, consentit à adresser un mot insignifiant à la -comtesse; mais cette concession une fois faite, elle reprit son -attitude dédaigneuse. - -Mercy avait beau insister sur les inconvénients qui pourraient en -résulter pour les affaires; il avait beau observer qu'il n'était ni -juste ni décent que la famille royale semblât, par son maintien, -vouloir faire la critique de la conduite du Roi; «que si le monarque -était dans la voie de l'erreur, ce n'était pas à ses enfants à le faire -remarquer; que les Saintes Écritures nous rappelaient à cet égard un -trait bien frappant dans la malédiction du Seigneur sur celui des -fils de Noé qui avait ri de l'ivresse de son père, tandis que Dieu -avait béni les enfants de ce patriarche qui l'avaient couvert de leur -manteau[362].» - -La Dauphine, un instant touchée, non pas par les raisonnements -théologiques de l'ambassadeur, mais par le désir de satisfaire sa mère, -même en sacrifiant ses plus légitimes répugnances, ne tardait pas à -revenir à ses résistances premières, encouragée d'ailleurs par son -mari, qui avait Mme du Barry «en horreur[363]». - -Vainement le duc d'Aiguillon ourdissait-il de nouvelles trames avec -Mme de Narbonne, pour déterminer Marie-Antoinette à mieux traiter -la favorite; vainement Mme Adélaïde, rapprochée de la comtesse par -politique[364], s'efforçait-elle de rapprocher d'elle sa nièce. -L'influence de la vieille tante avait cessé, et le Dauphin répondait -sèchement à ses insinuations: «Ma tante, je vous conseille de ne point -vous mêler dans les intrigues de M. d'Aiguillon, car c'est un mauvais -sujet[365].» Lorsque Mme du Barry présenta à la Dauphine sa nièce -nouvellement mariée, elle ne put obtenir une parole ni pour elle ni -pour la présentée[366]. Trois mois plus tard, elle ne recevait pas -meilleur accueil pour sa belle-sœur, la comtesse d'Argicourt[367]. -Marie-Thérèse grondait; mais Marie-Antoinette se contentait de répondre -que, si elle avait agi autrement, le Dauphin l'aurait trouvé mauvais. -Et elle ajoutait ces mots, qui ne laissaient guère d'espoir de -changement à sa mère: «Lorsqu'on a adopté un système de conduite, il ne -faut pas en changer[368].» - -La favorite, d'ailleurs, ne se plaignait plus[369]. Mercy lui avait -fait un jour, «sur le présent et sur l'avenir[370],» sur l'utilité de -ménager la famille royale[371], des réflexions qui finissaient par -produire leur effet. L'avenir s'assombrissait pour Mme du Barry. Une -fois déjà on avait parlé de son renvoi[372]. Le Roi vieillissait, -divers symptômes l'avaient averti que les infirmités étaient venues -avec les années; il pouvait se souvenir des sentiments de foi de -sa jeunesse. Déjà la mort subite de quelques-uns de ses familiers, -frappés presque sous ses yeux, avait produit sur cet esprit léger une -impression très vive. Il commençait à tenir des propos sur son âge, sur -l'état de sa santé, sur le compte effrayant que tout homme doit rendre -à Dieu de l'emploi de sa vie. Une intrigue, habilement conduite et dans -laquelle on avait eu le talent de mêler Mme Louise, pour éloigner le -confesseur du Roi, l'abbé Maudoux, prêtre pieux et éclairé, qui était -en même temps le confesseur de Marie-Antoinette[373], avait échoué -devant la fermeté de la jeune princesse[374]. Toutes ces considérations -déterminèrent-elles Mme du Barry à changer de conduite vis-à-vis de -celle qui n'était que Dauphine aujourd'hui, qui pouvait être Reine -demain? Toujours est-il qu'à partir des derniers mois de 1773, on -voit la favorite et ses amis déployer des efforts inouïs pour se -rapprocher de Marie-Antoinette[375]. Mme du Barry lui fait sans cesse -des avances; elle offre d'obtenir du Roi le rappel de la comtesse de -Grammont, si la Dauphine exprime qu'elle lui en saura gré[376]. Elle -va même jusqu'à lui proposer de faire acheter pour elle, par le vieux -monarque, de magnifiques pendants d'oreilles en brillants, estimés -sept cent mille livres. Quel que fût son goût pour les pierreries, la -Dauphine répondit simplement qu'elle ne souhaitait pas en augmenter le -nombre[377]. Battue comme ennemie, repoussée comme alliée, Mme du Barry -adopta le seul parti qui lui convînt, celui dont elle n'aurait jamais -dû s'écarter: elle se tint tranquille et ne récrimina plus[378]. - -Ainsi se terminait, par une solution juste et qu'il eût été d'ailleurs -aisé de prévoir, ce long et scandaleux débat, où, au mépris de tout -ordre naturel et divin, une maîtresse, tirée de la boue, avait tenu -en échec, pendant quatre ans, une princesse de sang impérial, femme -de l'héritier de la couronne de France; débat qui avait donné lieu -à tant de tracasseries de tout genre à la Cour, à tant de légitimes -répugnances de la part de Marie-Antoinette, à tant de savantes -manœuvres de Mercy, à tant de gronderies sévères et injustes de -Marie-Thérèse. Assurément, pour qui raisonne froidement, avec cette -indifférence quelque peu hautaine, au point de vue moral, ce souci -presque exclusif des intérêts matériels, qui sont une des traditions -de la diplomatie moderne, il est facile de s'expliquer les inquiétudes -de l'Impératrice, ses recommandations incessantes, ses exigences -même; mais il est plus facile encore de comprendre, nous dirons -volontiers de partager, les virginales révoltes de Marie-Antoinette. -Peut-être les intentions de l'Impératrice sont-elles plus prudentes; -mais celles de la Dauphine sont incontestablement plus généreuses. On -aime à sentir vibrer, dans le cœur de cette jeune femme, cette fibre -délicate de la pudeur blessée, et l'on contemple avec émotion cette -«chasteté de l'honneur», comme dit Burke[379], qui craint de souiller -la blancheur de ses ailes par un contact indigne. Marie-Antoinette sort -de ce conflit plus grande et plus pure. Si la politique la condamne, -l'honnêteté publique l'absout. - - - - -CHAPITRE VII - - Popularité de la Dauphine.—Traits de bonté.—Le paysan - d'Achères.—Incendie de l'Hôtel-Dieu.—Entrée du Dauphin et - de la Dauphine à Paris.—Enthousiasme universel.—Lettre - de Marie-Antoinette à sa mère.—Représentations à la - Comédie-Française et à la Comédie-Italienne.—Le comte de - Provence et le comte d'Artois.—Leurs mariages.—Leurs relations - avec la Dauphine.—Amusements des jeunes ménages.—La comédie - dans les appartements intérieurs.—Intimité du Dauphin et de la - Dauphine.—Le Dauphin devient moins timide, la Dauphine plus - réfléchie.—Position solide de Marie-Antoinette à la Cour, au - commencement de mai 1774. - - -Toutes ces tracasseries d'ailleurs ne nuisaient en rien à la popularité -de la Dauphine. A part quelques courtisans dont elles intéressaient la -fortune et quelques chroniqueurs dont elles alimentaient les gazettes, -le public s'occupait peu de ces petites intrigues, resserrées dans -les étroites limites des palais royaux. Il avait été comme ébloui de -la fraîche et gracieuse apparition qui avait traversé la France, de -Strasbourg à Versailles, comme un brillant et bienfaisant météore; il -croyait toujours à son éclat et à sa bonté. «L'inclination naturelle -des Français est d'aimer leurs princes,» écrivait, en 1753, le maréchal -de Noailles[380]. Le peuple ne s'inquiétait guère d'un sourire échappé -à cette enfant de quinze ans, à la vue de la tournure surannée de -quelques vieilles douairières ou de quelques manquements à l'étiquette, -qui scandalisaient Mme de Noailles. Le peuple aimait sa Dauphine, -et il ne regardait qu'au frais épanouissement de son visage et à la -tendresse de son cœur. Malheureusement, il en jouissait trop peu. De -mesquines jalousies avaient fait ajourner l'entrée solennelle du jeune -ménage dans sa bonne ville de Paris. Mais dans le lointain où était -retenue Marie-Antoinette, le public la voyait toujours charmante, comme -à l'heure de son arrivée, bonne et sensible, comme au jour où elle -envoyait tout l'argent de sa cassette aux blessés de la place Louis -XV. «Sa jeunesse, dit Montbarrey, sa figure, sa taille, séduisirent -tous les cœurs et décidèrent l'enthousiasme[381].» Il semblait -qu'on l'acclamât comme la fiancée de tout un peuple; elle était -vraiment,—c'est un pamphlétaire non suspect qui l'a écrit,—«l'idole de -la nation[382].» Cette France, qui ne savait que faire de son amour -traditionnel pour ses princes, le donnait à plein cœur à la Dauphine. -Elle était le phare lumineux vers lequel se portaient tous les regards, -la source féconde d'où découlaient toutes les grâces. On ne comprenait -même pas qu'une mesure populaire pût être prise, sans venir d'elle ou -passer par elle. - -«Mme la Dauphine se fait adorer ici, écrivait, à la fin de 1770, -l'impartial Mercy, et l'opinion publique est tellement décidée à cet -égard que, passé quelques jours et à l'occasion d'une diminution du -prix du pain, le peuple de Paris disait hautement dans les rues et dans -les marchés que sûrement c'était Mme la Dauphine qui avait sollicité et -obtenu cette diminution en faveur des pauvres gens[383].» - -Des traits charmants, échappés de son cœur comme de naturelles -saillies, et colportés par les mille voix de la renommée, entretenaient -et augmentaient l'enthousiasme populaire. On se disait que le duc de -Duras, gentilhomme de la chambre, ayant proposé à la jeune princesse -de donner des bals pendant le séjour de Fontainebleau, elle avait -répondu que «cet arrangement lui agréerait beaucoup, mais que, comme -il en résulterait une augmentation de dépenses, elle ne voulait pas -qu'il fût dit qu'on trouvait de l'argent pour ses amusements, et qu'on -n'en trouvait pas pour payer les appointements des gens de sa maison; -qu'ainsi elle renonçait par cette raison aux divertissements qui lui -étaient proposés[384].» On savait qu'elle avait usé de son influence en -faveur de soldats trop sévèrement punis[385]. On racontait qu'un jour, -à la chasse, l'animal, étant sur ses fins, s'était jeté à la rivière; -les chasseurs se hâtaient, afin d'arriver à l'hallali; mais il fallait -pour cela traverser un champ de blé. La Dauphine avait aussitôt ordonné -de faire un détour, «aimant mieux, disait-elle, manquer ce spectacle -que de se le procurer en faisant du tort aux cultivateurs qui sont -toujours peu et mal dédommagés dans de semblables occasions[386].» - -Une autre fois, à la chasse encore, en passant sur un pont, le -postillon de son carrosse était tombé et si malheureusement que -quatre des chevaux de l'attelage lui avaient passé sur le corps; on -l'avait relevé sanglant et sans connaissance. La Dauphine s'arrêta -immédiatement et voulut que le blessé fût pansé devant elle: «Mon ami, -disait-elle à un page avec une vivacité toute spontanée, va chercher -le chirurgien.»—«Cours vite pour un brancard, disait-elle à un autre; -vois s'il parle, s'il est présent.» Et elle ne quitta la place que -lorsqu'elle se fut assurée que le blessé serait bien soigné et porté -bien doucement à Versailles, où elle le fit traiter par son premier -chirurgien. La Cour et le public furent ravis et le propos général à -Paris et à Versailles fut qu'en cette conjecture «Marie-Thérèse aurait -bien reconnu sa fille, et Henri IV, son héritière[387]». - -La jeune princesse avait pour ses gens des attentions charmantes et des -délicatesses exquises. Un jour, le cheval de son écuyer la frappait -au pied d'une ruade; elle surmontait sa douleur et continuait sa -promenade, quoiqu'elle eût le pied fort enflé, pour épargner à cet -homme le chagrin d'avoir été l'auteur involontaire de l'accident[388]. -Un autre jour, le valet de service s'étant blessé en voulant approcher -un meuble un peu lourd, elle se mettait à laver elle-même sa blessure -et à lui faire des compresses avec son mouchoir[389]. Une autre fois -encore, elle renonçait à des promenades à cheval, pour lesquelles on -connaît sa passion, afin de permettre à son écuyer de retourner près de -sa femme souffrante[390]. - -Et ce n'était pas seulement aux gens de son service qu'elle témoignait -ces égards et cette sensibilité, c'était à tous les pauvres et à tous -les malheureux. Un an après les incidents que nous venons de raconter, -à Compiègne, un palefrenier de la comtesse de Provence, en traversant -la ville, tombait de cheval et se blessait grièvement. La princesse -passait froidement, sans plus s'inquiéter de l'accident; mais la -Dauphine, qui suivait à une petite distance, fit arrêter sa voiture, -donna des ordres pour que le blessé fût secouru, et ne s'éloigna pas -avant que ses ordres n'eussent été exécutés. Le public ne manqua pas -de comparer la conduite des deux belles-sœurs, et l'on devine que la -comparaison ne fut pas à l'avantage de la comtesse de Provence[391]. - -Mais le fait le plus connu, celui qui fit le plus de sensation, fut -ce qu'on appelle l'événement d'Achères[392]. C'était à Fontainebleau, -à la chasse encore, le 16 octobre 1773. Le cerf aux abois, faisant -tête, s'était réfugié dans un petit enclos du village d'Achères. Là, -ne trouvant pas d'issue, rendu furieux par le désespoir, il s'était -jeté sur un paysan qui cultivait l'enclos, et l'avait frappé de deux -coups de ses bois, l'un à la cuisse, l'autre au corps. L'homme avait -été renversé, mortellement blessé. Sa femme, folle de douleur, s'était -précipitée vers les chasseurs et était tombée évanouie. Le Roi, après -avoir ordonné qu'on prît soin d'elle, s'était éloigné. La Dauphine -descendit de sa calèche, fit respirer des sels à cette malheureuse, et, -après l'avoir tirée de son évanouissement, profondément émue elle-même, -lui prodigua son argent, ses consolations et ses larmes. Elle la fit -ensuite monter dans sa voiture, donna l'ordre qu'on la reconduisît chez -elle, et ne regagna la chasse qu'après s'être assurée que les deux -malades recevraient les soins nécessaires. - -La Cour entière, entraînée par ce noble exemple, parti de si haut, -voulut venir en aide aux infortunés. Le Dauphin vida sa bourse -entre leurs mains, la comtesse de Provence en fit autant[393]. Les -jours suivants, Marie-Antoinette ne manqua pas d'envoyer prendre -des nouvelles du blessé dont l'état avait d'abord paru désespéré et -qui guérit cependant, grâce aux soins que, sur l'ordre de la jeune -princesse, lui donnèrent les chirurgiens de la Cour[394]. Le public, -instruit de ces détails, et ravi des larmes d'attendrissement qu'il -avait vu verser à la Dauphine, ne tarit pas en éloges sur son compte; -il n'y avait pour elle qu'un cri d'admiration. A Fontainebleau, le -peuple s'attroupait, partout où il pouvait espérer la rencontrer[395]. -A Marly, à Versailles, on se portait sur son passage avec un -empressement et des acclamations qui effarouchaient presque sa -timidité. Les gazettes du temps étaient remplies de vers en son -honneur, et une femme d'esprit, la princesse de Beauvau, disait ce -mot, qui était trop dans le goût du jour, pour ne pas faire fureur: -«Mme la Dauphine suivait la nature, et Mr le Dauphin suivait Mme la -Dauphine[396].» - -Nous pourrions multiplier ces exemples, qui surabondent dans les -Mémoires contemporains et dans les rapports de Mercy[397]. Nous n'en -citerons plus qu'un. Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1772, un -épouvantable incendie éclata à l'Hôtel-Dieu de Paris. Le feu, après -avoir couvé dans les souterrains, se développa vers une heure du matin -avec une telle violence que la lueur se voyait jusqu'aux extrémités -de la ville. Malgré la promptitude des secours, malgré l'activité du -corps des pompiers récemment organisé et le dévouement des travailleurs -à la tête desquels étaient l'archevêque de Paris, Mgr de Beaumont, -les principaux magistrats et les religieux de la cité, la plupart -des bâtiments furent détruits; on évaluait la perte à deux millions. -Dix malades furent brûlés; les autres furent transportés à la hâte à -l'archevêché, à Notre-Dame et dans les églises; mais plusieurs de ceux -qui étaient accourus pour porter secours périrent dans les flammes ou -furent blessés. - -Consterné par cet effroyable sinistre, l'archevêque de Paris fit un -chaleureux appel à la charité publique et ordonna des quêtes. Dès que -Marie-Antoinette en fut informée, elle s'empressa d'envoyer mille écus, -et avec une modestie qui l'honore encore plus que sa compassion elle -s'entoura des précautions les plus minutieuses pour que personne n'en -sût rien, poussant même le mystère jusqu'à n'en rien dire à Mercy et à -Vermond[398]. - -Malgré tout, le secret transpira et le public sut d'autant meilleur -gré à la jeune princesse de cette généreuse charité que l'initiative -venait d'elle-même et que personne, dans la famille royale, ne lui en -avait donné l'exemple[399]. Mais ces compliments même embarrassaient sa -pudeur, et elle ne savait comment s'y soustraire[400]. - -Aussi, lorsque, le 8 juin 1773, précédée de ces souvenirs et portant -au front l'auréole de toutes ces espérances, Marie-Antoinette fit -enfin son entrée dans la capitale, l'enthousiasme de la population -parisienne fut indescriptible. Il était d'usage que cette cérémonie -de _l'entrée_ suivît de près, pour le Dauphin, la célébration du -mariage[401]; mais la cabale qui redoutait la popularité de la jeune -princesse et ne voulait pas la grandir par l'éclat d'un triomphe public -avait réussi à éveiller l'ombrageuse susceptibilité du vieux monarque, -qui, depuis longtemps, n'était plus habitué aux acclamations[402]. -Docile aux inspirations de sa maîtresse et de son ministre, Louis XV -s'était toujours opposé à ce que la cérémonie officielle eût lieu, -et Marie-Antoinette n'avait jamais eu, malgré son ardent désir, -la jouissance de voir Paris et de s'y faire voir; elle n'avait -pas même pu, comme elle l'avait projeté un jour, en parcourir les -boulevards[403]. Enfin, au mois de mai 1773, elle se décida à parler -au Roi de son désir, et ce prince, qui ne savait rien refuser en face, -lui répondit qu'il ne demandait pas mieux, et qu'elle était libre de -choisir le jour qui lui conviendrait[404]. La date fut fixée au 8 -juin; les préparatifs furent poussés avec vigueur, et la cérémonie fut -magnifique. Depuis longtemps on n'avait rien vu de pareil. Le peuple -de Paris avait soif de contempler cette jeune princesse, dont tous les -échos de la renommée célébraient la grâce et les vertus, et qu'il ne -connaissait pas encore. - -A la porte de la Conférence, les deux époux furent reçus par M. le -duc de Brissac, gouverneur de Paris, le lieutenant de police, M. de -Sartines, le Corps de ville et le prévôt des marchands. Là, pendant -qu'on leur présentait sur un plat d'argent les clefs de la bonne -ville, les Dames de la halle leur offraient les prémices des marchés, -des fleurs et des fruits. L'auguste couple prit place avec sa suite -dans un carrosse de gala, et, traversant le quai des Tuileries, le -Pont-Royal, le quai Conti, où le prévôt de de la Monnaie avait rangé sa -compagnie à cheval, le Pont-Neuf, où le lieutenant criminel attendait -au pied de la statue de Henri IV, avec les gardes de robe courte, le -quai des Orfèvres, la rue Saint-Louis, passant devant l'Hôtel-Dieu, -où la mère-prieure se tenait avec ses religieuses, il arrivait à -Notre-Dame. Salués à la porte par l'archevêque et le chapitre, le -Dauphin et la Dauphine allaient s'agenouiller dans le chœur et de là -à la chapelle de la Sainte Vierge, où un chapelain du Roi célébrait -une messe basse, pendant que la musique de la cathédrale exécutait un -motet. Après la messe, ils visitaient le trésor, se rendaient ensuite -à Sainte-Geneviève, faisaient le tour de la châsse de la Sainte, et -revenaient enfin aux Tuileries. Au collège Louis-le-Grand, le recteur -de l'Université, à la tête des quatre Facultés, les haranguait; au -collège Montaigu, les étudiants leur récitaient des vers. - -C'étaient là les cérémonies officielles, mais ce qui n'était pas -dans le programme, c'était l'enthousiasme vraiment extraordinaire du -public. Sur tout le parcours du cortège, la foule était si compacte -qu'il était presque impossible à la voiture d'avancer. Partout des -décorations, des arcs de triomphe, le pavé jonché de fleurs, partout -des vivats frénétiques. La Dauphine avait un sourire pour chacun, un -salut pour les personnes de distinction, un rayonnement pour tout ce -peuple. «Il est impossible, écrivait Mercy, de se montrer avec plus de -grâce, plus de charme et plus de présence d'esprit que n'en a marqué -Mme l'Archiduchesse dans cette conjoncture[405].» Son sourire allait -au cœur. Les mains applaudissaient, les mouchoirs s'agitaient, les -chapeaux volaient en l'air, c'était une ivresse universelle. Avec -sa bonté habituelle, la jeune princesse avait ordonné à sa garde de -laisser tout le monde approcher; il semblait que, pour ce jour-là, -la vieille étiquette avait été abolie. Aux Tuileries, les femmes de -la halle dînaient dans la salle des Concerts; palais et jardin, tout -était plein de monde. Lorsque la Dauphine parut au balcon, elle ne put -s'empêcher de s'écrier, effrayée de ces vagues humaines: «Mon Dieu! que -de monde!»—«Madame, répliqua galamment le duc de Brissac, n'en déplaise -à M. le Dauphin, ce sont deux cent mille amoureux de votre personne.» - -Mais le Dauphin n'était point jaloux: il était heureux. L'enthousiasme -de cette foule, le charme de sa compagne avaient réagi sur lui, et, -triomphant de sa timidité naturelle, il avait répondu avec aisance aux -harangues qui lui avaient été adressées[406]. Son habituelle froideur -s'était comme illuminée d'un reflet de la grâce de sa jeune femme, et -le peuple, remarquant avec bonheur cette transformation inattendue, en -faisait remonter l'honneur à la Dauphine: «Qu'elle est belle! Qu'elle -est charmante!» répétait-on partout. - -Après le dîner en public, les deux époux, au bras l'un de l'autre, -descendirent dans le jardin des Tuileries et s'y promenèrent. Cinquante -mille personnes étaient entassées dans les allées, sur les bancs, sur -les balustrades, jusque sur les arbres. Les masses étaient si compactes -que le couple royal resta près de trois quarts d'heure sans pouvoir ni -avancer ni reculer; un moment même, il fut séparé de sa suite[407]. -Mais cet empressement les ravissait tous deux; ils se sentaient en -sûreté au milieu de ce peuple, jouissaient de son ivresse, écoutaient -avec attendrissement les acclamations naïvement enthousiastes qui -s'échappaient de toutes ces poitrines, et la seule recommandation que -la Dauphine faisait à ses gardes, c'était de n'écarter personne et de -laisser approcher autant qu'on le voudrait. - -Lorsque, au retour de cette enivrante promenade, et avant de partir, -les deux princes remontèrent au château pour contempler une dernière -fois ce spectacle, et restèrent une demi-heure sur la terrasse, malgré -les rayons d'un soleil ardent, saluant de la main, à droite et à -gauche, la foule qui se pressait au pied des Tuileries, il n'y eût dans -toute cette foule qu'un immense cri de joie et de ravissement. On a -dit que la France avait eu pour Louis XV enfant des tendresses de mère -et d'amante; il semble que, le 8 juin 1773, la capitale avait retrouvé -pour Marie-Antoinette quelque chose de ces tendresses-là. - -Quant à la Dauphine, elle avait peine à retenir les larmes de bonheur -qui lui montaient aux yeux: «Ah! le bon peuple!» répétait-elle sans -cesse[408]. - -«J'ai eu mardi dernier, écrivait-elle quelques jours plus tard à sa -mère, une (fête) que je n'oublierai de ma vie: nous avons fait notre -entrée à Paris. Pour les honneurs, nous avons reçu tous ceux qu'on a pu -imaginer; tout cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a touché le -plus; mais c'est la tendresse et l'empressement de ce pauvre peuple, -qui, malgré les impôts dont il était accablé, était transporté de joie -de nous voir. Lorsque nous avons été nous promener aux Tuileries, il y -avait une si grande foule que nous avons été trois quarts d'heure sans -pouvoir ni avancer ni reculer. M. le Dauphin et moi avons recommandé -plusieurs fois aux gardes de ne frapper personne, ce qui a fait un -très bon effet. Il y a eu si bon ordre dans cette journée que, malgré -le monde énorme qui nous a suivis partout, il n'y a eu personne de -blessé. Au retour de la promenade, nous sommes montés sur une terrasse -découverte et y sommes restés une demi-heure. Je ne puis vous dire, ma -chère maman, les transports de joie, d'affection qu'on nous a témoignés -dans ce moment. Avant de nous retirer nous avons salué avec la main -le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu'on est heureux, dans notre -état, de gagner l'amitié de tout un peuple à si bon marché! Il n'y a -pourtant rien de plus précieux; je l'ai bien senti et ne l'oublierai -jamais[409].» - -Louis XV attendait à Versailles, avec une certaine impatience, le -retour de ses petits-enfants: «Mes enfants, leur dit-il quand ils -revinrent, j'étais presque inquiet. Vous devez être bien fatigués -de votre journée.»—«C'est la plus douce de notre vie,» répondit la -Dauphine[410], et, associant par une délicate flatterie le nom du -Roi à celui de ses enfants dans les démonstrations populaires dont -ils avaient été l'objet: «Il faut, dit-elle au vieux monarque, que -Votre Majesté soit bien aimée des Parisiens, car ils nous ont bien -fêtés[411].» - -Ravie d'une réception si enthousiaste, la jeune princesse n'avait qu'un -désir: revenir souvent dans une ville qui la saluait par de pareilles -acclamations. Elle obtint du Roi la permission d'y retourner toutes -les semaines au spectacle, d'abord dans un appareil tout royal, au son -du canon de la Bastille et des Invalides, avec un grand déploiement -de gardes françaises et suisses aux abords du théâtre et sur la scène -même[412], bientôt avec la plus grande simplicité, en petite robe -et avec une suite peu nombreuse[413]. Voyages d'apparat ou voyages -intimes, le succès ne fut pas moins grand. «Il y aurait un volume, -écrivait Mercy, de tous les propos attendrissants qui se tenaient, des -remarques qui se faisaient sur la figure, sur les grâces, sur l'air -d'affabilité et de bonté de Mme l'Archiduchesse[414].» - -Un jour, le 23 juin, à la Comédie-Française, on donnait _le Siège de -Calais_. Au troisième acte, au moment où Mlle Vestris prononça ces deux -vers: - - Le Français dans son prince aime à trouver un frère, - Qui, né fils de l'État, en devienne le père, - -elle se tourna vers le Dauphin; la salle entière applaudit avec -transport. - -Un peu plus loin, quand on récita ce passage: - - Quelle leçon pour vous, superbes potentats! - Veillez sur vos sujets dans le rang le plus bas. - Tel, loin de vos regards, dans la misère expire. - Qui, quelque jour peut-être, eût sauvé votre empire. - -Ce furent le Dauphin et la Dauphine qui applaudirent à leur tour, et -cette marque de sensibilité fut accueillie par de nouveaux transports -de tendresse et de reconnaissance[415]. - -Un autre jour, à la Comédie-Italienne, on jouait _le Déserteur_. Le -refrain d'un couplet amenait le cri de _Vive le Roi!_ La Dauphine -applaudit. On répéta le cri. L'acteur Clairval ajouta: «Et ses chers -enfants!» Le parterre tout entier, ne faisant qu'un avec les acteurs, -battit des mains, et la soirée se termina par le chant de cinq couplets -improvisés en l'honneur du jeune ménage[416]. - -A chaque visite, à la foire Sainte-Ovide, au Salon de peinture[417], où -le Dauphin s'arrêtait devant le tableau de Marchy, qui le représentait -se promenant dans le jardin des Tuileries, au bras de son épouse[418], -au jardin du maréchal de Biron[419], c'était le même enthousiasme, les -mêmes acclamations, et lorsque la Cour partit pour Compiègne, ce ne fut -pas sans regret que Marie-Antoinette s'éloigna de cette «bonne ville» -de Paris[420]. - -Quelque peine qu'on prît pour éveiller sa jalousie, Louis XV jouissait -du triomphe éclatant de ses petits-enfants[421]. Mesdames, il est vrai, -en concevaient de l'humeur et la cabale redoublait de haine et de -rage, mais elle s'épuisait en vains efforts. L'entrée du comte et de la -comtesse de Provence, à laquelle on avait voulu donner une splendeur -royale, pour contrebalancer l'impression produite par celle du Dauphin, -n'aboutissait qu'à un pitoyable échec[422]. Ce pompeux appareil -laissait le public indifférent; le comte et la comtesse de Provence -étaient complètement éclipsés par la Dauphine; c'était d'elle seule -qu'on parlait, c'était elle seule qu'on voulait voir[423]. - -On conçoit qu'entourée de ce brillant cortège de sympathies populaires, -la Dauphine n'avait pas grand'chose à redouter des brigues de palais -et des rivalités de Cour. Le comte de Provence, qui devait, quarante -ans plus tard, inaugurer le régime constitutionnel en France et panser -d'une main si sage les blessures faites au pays par la Révolution -et l'Empire, n'annonçait pas encore, à cette époque, les qualités -qu'il déploya sur le trône. Plus jeune d'un an que le Dauphin, il -avait montré, dès son enfance, une ambition précoce, un caractère -réfléchi, mais suspect et porté à l'intrigue. Esprit fin et cultivé, -ayant à la fois le goût des lettres et celui de la politique, très -exalté par son entourage et habituellement aux dépens de son frère -aîné[424], il dissimulait mal son dépit de n'être qu'au second rang -quand il se croyait appelé au premier. Avec de pareilles aspirations -et de pareils froissements, il semblait un instrument tout préparé -entre les mains de la cabale hostile à Marie-Antoinette. On avait -cherché à l'opposer à son frère, surtout lorsque son mariage avec une -princesse de Savoie eut assuré sa situation à la Cour: on affecta, à -cette occasion, de lui constituer un état de maison égal à celui du -Dauphin. Sa femme, sans esprit et sans grâce[425], avec un caractère -italien[426], se prêtait volontiers à ces petits manèges ambitieux. -A plusieurs reprises, Marie-Antoinette avait eu à se plaindre de -l'attitude que le jeune couple avait prise vis-à-vis d'elle. Puis il -y avait eu un revirement complet. Était-ce sentiment d'impuissance en -face du crédit croissant de la Dauphine? Était-ce regret de s'être -laissé entraîner par le duc de la Vauguyon? Était-ce simple changement -de front dans un plan persévéramment ambitieux? Toujours est-il -qu'après la mort de son gouverneur, le jeune prince chercha à se -rapprocher de sa belle-sœur[427], lui faisant l'aveu de ses torts et -les rejetant tous sur M. de la Vauguyon[428]. Bonne et sans rancune, -Marie-Antoinette ne demandait qu'à oublier les tracasseries; les -relations s'établirent promptement sur le pied de l'intimité. Chaque -matin, le comte de Provence venait chez la Dauphine[429], lui apportant -les nouvelles de la Cour, les chansons et les bons mots du jour[430]; -il combinait avec elle des projets d'amusements[431], lui remettait -même des plans de conduite[432], proposait de former bande à part à -la Cour[433]. Toujours confiante et sans calcul, Marie-Antoinette se -laissait aller au charme d'une amitié qui, grâce aux sages conseils -de Mercy, n'offrait que de l'agrément sans inconvénient: le besoin -de société, le désir d'échapper au despotisme de Mesdames, l'attrait -d'une conversation spirituelle, la disposaient à cet abandon. Mais -un jour les rapports qu'elle surprit entre son beau-frère et le duc -d'Aiguillon lui montrèrent que tout n'était pas parfaitement sincère -dans la conduite du jeune prince[434]. Dès lors elle se tint sur ses -gardes; les visites du comte de Provence devinrent moins fréquentes et -les relations, tout en restant bonnes, cessèrent d'être confiantes. - -Le second frère du Dauphin, le comte d'Artois, n'avait pas des visées -si hautes. D'une figure charmante, d'une taille bien prise, de manières -vives et dégagées, habile à tous les exercices du corps, brave et -galant comme un Bourbon, le seul prince élégant de la famille royale -aux yeux des contemporains[435], il s'occupait moins d'affaires que -de plaisirs; il ne voulait pas dominer, mais amuser et s'amuser. Son -caractère était tout l'opposé de celui du comte de Provence. Autant -l'un était froid et dissimulé, ne laissant rien au hasard, autant -l'autre se montrait gai et ouvert, aimable et plein d'entrain, mais -vaniteux et léger, inconsidéré dans ses propos, inconséquent dans sa -conduite. Narguant les ministres, se moquant de l'opinion, n écoutant -personne, il s'était attiré maintes fois le mécontentement et les -remontrances de son frère aîné. La Dauphine affectait de ne pas le -prendre au sérieux et de tourner en plaisanterie ce qu'il pouvait dire -ou faire de «déraisonnable[436]». Cette conduite, tout en mortifiant le -jeune prince, lui en imposait[437]; mais il était facile de prévoir que -cette impression durerait peu et qu'un jour viendrait où la société de -ce beau-frère, spirituel et agréable, mais étourdi, turbulent, «hardi à -l'excès[438]», pourrait devenir un péril. - -Quant à la comtesse d'Artois, disgraciée de la nature, petite, -médiocrement prise dans sa taille, avec un nez très allongé, des yeux -mal tournés, une bouche trop large, une physionomie irrégulière[439], -non moins disgraciée du côté de l'esprit et des moyens, nulle et -peu aimée de son mari, elle ne pouvait être pour Marie-Antoinette -une rivale, quoique la cabale, un moment aidée par le ministre de -Sardaigne, comte de la Marmora[440], eût essayé d'opposer les deux -sœurs piémontaises à l'Archiduchesse autrichienne. - -Mais Marie-Antoinette ne se montrait pas jalouse. Forte de sa -supériorité et guidée par l'inspiration de son cœur, elle ne -s'inquiétait pas de ces manœuvres qui ne pouvaient plus l'atteindre -et ne songeait qu'à établir l'harmonie dans la famille royale. Elle -réussit dans cette délicate entreprise[441]. Sans former un parti, -comme l'avait demandé le comte de Provence, ce qui n'eût pas été sans -danger, on formait une réunion des jeunes ménages. On organisait des -divertissements en commun; on avait des bals, des soirées, des soupers -en famille[442]; on allait ensemble aux bals de l'Opéra. On fit plus: -on joua la comédie. Dans un cabinet de l'entresol de Versailles, -où personne ne pénétrait, on dressa en cachette un théâtre, dont -les diverses parties pouvaient se détacher et se renfermer dans une -armoire. On résolut d'apprendre et de jouer les meilleures pièces du -répertoire français. Les trois princesses, le comte de Provence et le -comte d'Artois, faisaient les acteurs; M. Campan était le régisseur -de cette petite troupe improvisée; le Dauphin formait l'Assemblée. Le -comte de Provence savait imperturbablement ses rôles; le comte d'Artois -les disait avec grâce, la Dauphine avec finesse; les autres princesses -jouaient mal. De temps à autre on entendait le gros rire du Dauphin -saluant l'entrée en scène des acteurs. Cela dura ainsi quelque temps; -on s'amusait beaucoup: le mystère même dont s'entourait la royale -troupe donnait plus de piquant encore et plus de saveur à ce fruit -défendu. Malheureusement, un jour, M. Campan, déjà en costume, étant -descendu pour aller chercher dans le cabinet de toilette un objet -oublié, rencontra sur son passage un valet de garde-robe. Le secret -était découvert, on eut peur qu'il fût trahi. Qu'aurait dit le Roi, -qu'auraient dit Mesdames de ces amusements d'écoliers en vacances? On -redouta leurs reproches et l'on renonça à un divertissement qui jetait -un peu de variété dans la monotonie de la Cour et auquel le Dauphin -lui-même avait pris un véritable goût[443]. - -L'intimité d'ailleurs grandissait chaque jour entre les deux époux. -Le Dauphin subissait le charme de sa jeune femme, et elle, de son -côté, sentait tout ce qu'il y avait en lui de qualités sérieuses, de -loyauté, de vraie tendresse même, sous cet extérieur un peu brusque, -sous cette enveloppe un peu épaisse. Quels que fussent l'esprit du -comte de Provence, l'élégance du comte d'Artois, elle n'hésitait pas -à reconnaître que, pour la sûreté des relations, son mari leur était -très supérieur. Un jour, irritée des manœuvres tortueuses du comte de -Provence, blessée des légèretés du comte d'Artois, elle s'était jetée -dans les bras du Dauphin en s'écriant: «Je sens, mon cher mari, que -je vous aime tous les jours davantage. Votre caractère d'honnêteté et -de franchise me charme; plus je vous compare avec d'autres, plus je -connais combien vous valez mieux qu'eux[444].» - -Sans doute, il y avait encore chez le jeune prince des points -qui laissaient à désirer, des traits même qui choquaient parfois -la délicatesse toute féminine, la distinction innée, la nature -primesautière de Marie-Antoinette. Il eût été difficile peut-être de -rencontrer deux caractères offrant plus de contrastes que ceux de ces -deux époux. C'était la vivacité unie à la froideur, l'expansion à la -taciturnité, la grâce incarnée à une sorte d'inélégance native; en -un mot, si je puis m'exprimer ainsi, c'était le diamant poli à côté -du diamant brut. Le Dauphin avait certains goûts dont s'accommodait -mal l'élégance suprême de sa femme; passionné pour la chasse, les -exercices violents, les travaux manuels, il s'y livrait avec une ardeur -immodérée qui compromettait sa santé et lui faisait contracter un air -de négligence et de rudesse toujours fâcheux chez un futur souverain, -plus fâcheux encore à cette Cour de Versailles qui donnait le ton à -l'Europe. La Dauphine le comprenait; elle en adressait à son mari des -reproches, un peu vifs peut-être; le Dauphin, d'abord piqué, se mettait -à pleurer; la jeune femme, émue, mêlait ses larmes à celles de son -mari, et le raccommodement était fort tendre. Et le comte de Provence, -témoin de cette scène, ayant demandé en plaisantant si la paix était -faite, le Dauphin répondait galamment «que les querelles des amants -n'étaient jamais de longue durée[445]». - -Sous la douce influence de cette gracieuse Égérie, un revirement -heureux s'opérait dans les manières du jeune prince. Cette «matière -en globe[446]», comme l'appelait Joseph II, commençait à livrer -ses trésors. Le Dauphin parvenait à vaincre sa timidité, parlait -davantage, avait plus d'aisance dans le monde[447], prenait plus de -goût à la danse[448] et aux plaisirs de société, tout en donnant plus -de temps aux choses sérieuses et en particulier à la lecture[449]; -car, cette jeune femme, à laquelle on avait si longtemps reproché de -ne pas s'occuper assez de travaux intellectuels, était maintenant la -première à prêcher l'étude à son mari. Elle jouissait en silence de ces -progrès, ne s'attachant qu'à les mettre en relief, sans songer à en -tirer vanité[450]; mais le public lui en reportait l'honneur[451] et le -jeune prince lui en témoignait en toute occasion sa reconnaissance. «Il -faut convenir, lui disait-il un jour, que vous m'avertissez toujours -bien à propos[452].»—«M'aimez-vous bien?» lui demandait-il une autre -fois?—«Oui, répondait la princesse avec une spontanéité pleine de -franchise, et vous ne pouvez en douter; je vous aime sincèrement et je -vous estime encore davantage[453].» - -Le Dauphin était touché de cet aveu naïf: il devenait tendre et presque -galant avec sa femme[454]; sa confiance en elle augmentait de jour -en jour, et il lui témoignait en mainte occasion une «condescendance -sans bornes[455]». «Sa déférence pour Mme l'Archiduchesse, écrivait -Mercy trois semaines à peine avant la mort de Louis XV, prouve le cas -qu'il fait de ses avis, et on voit qu'il en a une reconnaissance qui -l'attache de plus en plus à son auguste épouse[456].» - -A cette date, la situation de Marie-Antoinette avait pris une -consistance que rien ne semblait plus pouvoir ébranler. Depuis un -an, et en particulier depuis la triomphante entrée à Paris, son -crédit, à travers les fluctuations inévitables de la vie de la Cour, -n'avait cessé de grandir. La cabale qui avait cherché à l'ébranler -avait dû s'avouer vaincue[457]. Mesdames, âpres le premier moment -d'humeur, s'étaient résignées, en apparence du moins, à voir dans la -Dauphine la future maîtresse de l'État; le comte et la comtesse de -Provence se faisaient une étude de lui plaire[458]; le duc d'Aiguillon -imposait silence à sa rancune et cherchait les occasions de lui -être agréable[459]; le contrôleur général prenait ses ordres[460]; -la favorite elle-même faisait des avances, et tous ceux qui, à la -Cour, songeaient à leur avenir, sentaient qu'ils n'avaient d'autre -parti à prendre que de tâcher de trouver un appui dans l'amitié et la -bienveillance de la Dauphine[461]. Elle désarmait toutes les jalousies, -décourageait toutes les intrigues. - -Quant à son succès dans le public, il était trop brillant et nous en -avons trop parlé plus haut pour qu'il soit besoin d'y revenir ici. - -Mais ce qu'il importe de remarquer, parce que cela a été contesté, -c'est que ce succès, Marie-Antoinette le devait à elle-même et au -développement croissant de ses qualités. Quoi qu'on en ait pu dire, et -malgré des rechutes inévitables à son âge, elle avait fait, pendant ces -quatre années, des efforts sincères pour se corriger des défauts que -lui signalaient avec une persévérante vigilance sa mère et le comte -de Mercy. «Je ferai le moins de fautes que je pourrai, disait-elle -un jour; quand il m'arrivera d'en commettre, j'en conviendrai -toujours[462].» Elle avait tenu parole, et, sur bien des points, -elle avait réussi à mieux faire. L'enfant vive, irréfléchie, un peu -volontaire, qui avait franchi le Rhin le 7 mai 1770, était devenue une -jeune femme posée, ardente encore parfois et toujours candide et naïve, -mais ne se laissant plus autant entraîner par le premier mouvement, -calculant mieux la portée de ses paroles et de ses actes, et ajoutant à -l'attrait de saillies naturelles et d'une tendresse de cœur spontanée -le charme plus durable d'une conduite soutenue et d'une attitude -réfléchie. Et c'est avec un légitime orgueil qu'elle pouvait dire un -jour à son fidèle conseiller, sans que celui-ci eût aucune objection à -lui faire: «Convenez que je me suis réformée sur bien des choses[463].» - -Son esprit, d'abord nonchalant et distrait, cherchait sincèrement -à s'appliquer et à s'intéresser aux choses sérieuses[464]. Son -intelligence, qui comprenait merveilleusement les affaires, mais qui -les redoutait à l'excès[465], commençait à se plier un peu plus aux -combinaisons multiples de la politique[466]. Et sa piété se maintenait -intacte et pure, sous la direction éclairée d'un prêtre vertueux et -modeste, l'abbé Maudoux[467]. Un jugement toujours droit, quand il ne -subissait pas une influence étrangère, une perspicacité qui déroutait -souvent Mercy[468], une sagacité merveilleuse à apprécier les hommes -et les choses[469], telles étaient les qualités maîtresses qui -semblaient devoir assurer à la Dauphine un avenir brillant et un empire -irrésistible, si elle savait s'affranchir d'un reste de timidité[470], -d'un goût encore trop vif pour les plaisirs[471], si elle savait -surtout se soustraire aux importunités et aux insinuations de son -entourage[472]. Et cet empire empruntait une force de plus à l'art -dans lequel elle excellait, de tenir la Cour, de présider un cercle, -de dire à chacun un mot aimable, à la bonne grâce innée en elle et que -rehaussait maintenant, avec l'assurance que donne un âge plus mûr, le -charme d'une sereine dignité. - -Tous ceux qui l'avaient connue dans son enfance et qui la revoyaient à -la fin de 1773 ou au commencement de cette année 1774, qui devait être -décisive pour elle, le baron de Neny[473], le feld-maréchal Lascy[474], -étaient frappés de cette transformation heureuse. Mercy écrivait: «Du -côté des principes, du caractère et du jugement, Mme la Dauphine est -douée d'une façon si heureuse qu'il est moralement impossible quelle -tombe jamais dans des erreurs de quelque conséquence, soit pour le -présent, soit pour l'avenir[475].» - -Et Marie-Thérèse elle-même, si sévère pour sa fille, sévère parfois -jusqu'à l'injustice, ne pouvait s'empêcher de répondre à son fidèle -ambassadeur, le 5 avril 1774: - -«Je suis rassurée sur les nouvelles que vous me mandez sur la conduite -de ma fille[476].» - -Et c'est ainsi qu'au milieu des intrigues et des cabales, mais -n'ayant plus rien à en redouter, aimée du public, jalousée peut-être, -mais respectée à la Cour, dominant tout par la supériorité de son -rang, éclipsant tout par l'éclat de ses qualités personnelles[477], -Marie-Antoinette s'avançait, souriante et légère, non pas, hélas! sans -ennemis, mais sans rivales, non pas sans écueils, mais avec confiance -et d'un pas ferme, vers l'heure prochaine où la Dauphine allait devenir -Reine de France. - - - - -CHAPITRE VIII - -Mort de Louis XV. - - -Le mercredi 27 avril 1774, à Trianon, Louis XV fut saisi d'un frisson -subit, qui fut suivi de fièvre et d'un mal de tête violent[478]; le -28, il se décida à revenir à Versailles; le 29, il fut saigné deux -fois; dans la nuit du 29 au 30, la petite vérole se déclara avec les -plus mauvais symptômes[479]. Elle était d'une si dangereuse nature, -que l'air du palais même en semblait infecté; cinquante personnes la -gagnèrent pour avoir seulement traversé les galeries de Versailles; dix -en moururent, et le marquis de Létorière, qui n'avait qu'entr'ouvert -deux minutes la porte de la chambre royale, fut atteint et emporté en -quelques heures[480]. - -Dès le début de la maladie, Mesdames, avec un dévouement admirable, -et malgré les plus fortes représentations, n'hésitèrent pas à braver -la contagion pour s'enfermer avec leur père, demeurant jour et nuit à -son chevet et sous ses rideaux même[481]. Marie-Antoinette avait voulu -en faire autant[482]; le vieux monarque ne le permit pas et interdit -toute communication entre lui et la jeune famille royale[483], qui se -retira dans l'isolement le plus absolu, le Dauphin refusant de donner -aucun ordre et de parler même aux ministres tant que son grand-père -vivait[484]. - -D'effrayantes intrigues s'agitaient autour de ce lit de malade. -Les partis _barrien_ et _antibarrien_, _aiguilloniste_ et -_antiaiguilloniste_[485] se livraient une bataille furieuse, dont le -prix était l'âme de ce pauvre prince[486]. Des efforts inouïs étaient -faits pour empêcher d'arriver jusqu'à lui un prêtre qui lui parlât de -l'éternité et le déterminât ainsi à mettre un terme aux scandales de -sa vie. Mme du Barry, bravant la contagion pour sauver son crédit, -venait chaque jour s'asseoir près du malade[487], mais on remarquait -que le Roi, soit qu'il fût absorbé par l'accablement du mal, soit qu'il -fît un retour sur lui-même, ne parlait plus à sa maîtresse qu'avec -une certaine indifférence[488]. La surveillance redoubla. Le duc -d'Aiguillon, le duc de Richelieu, le duc d'Aumont, le valet de chambre -Laborde[489] défendaient avec une rigueur jalouse l'entrée de la -chambre à tout personnage suspect. Le 2 mai, l'archevêque de Paris vint -à Versailles; il eut peine à voir le moribond, à la porte duquel le duc -de Richelieu s'efforça longtemps de le retenir[490]. L'entrevue ne dura -qu'un quart d'heure et n'amena aucun résultat. Les médecins, gagnés, -déclarèrent qu'il ne fallait pas parler au Roi d'administration, sous -peine de le tuer, dans l'état de suppuration où il était. Devant -cette affirmation menaçante, le grand aumônier de France lui-même, le -cardinal de la Roche-Aymon, n'osait pas proposer les sacrements, se -réservant seulement d'intervenir à la première occasion. - -Tout d'un coup, par un de ces brusques revirements où Dieu déjoue -tous les calculs des hommes, l'événement si redouté par les uns, si -souhaité par les autres, se produisit. Le mercredi 4 mai, sentant les -progrès du mal[491], le Roi fit appeler le cardinal de la Roche-Aymon -et lui demanda quelle était sa maladie, dont on lui avait jusque-là -caché le nom[492]. Quand il apprit que c'était la petite vérole: «On -n'en revient pas à mon âge, dit-il; il faut que je mette ordre à mes -affaires.» - -Il fit venir Mme du Barry: «Madame, lui dit-il, comme je pense à -demander les sacrements, il ne convient pas que vous restiez ici, -attendu que je ne veux point qu'il arrive la même chose qu'à Metz et -que je veux éviter toute esclandre. Arrangez votre retraite avec le -duc d'Aiguillon; je lui ai donné des ordres pour que vous ne manquiez -de rien.» Le même jour, en effet, à quatre heures, la favorite partit -dans la voiture de la duchesse d'Aiguillon, qui la conduisit dans une -maison de campagne du duc, à Rueil[493]. Elle se tint là, à deux lieues -de Versailles, instruite de tous les détails par le ministre et prête à -revenir, si le Roi allait mieux. - -Mais le Roi n'allait pas mieux. Les médecins avaient beau donner des -bulletins satisfaisants; ces déclarations rassurantes ne trompaient -personne. Le public, qui n'avait plus que du mépris pour ce monarque -jadis si tendrement aimé, accueillait ces nouvelles avec indifférence, -quand ce n'était pas avec joie; les courtisans escomptaient l'avenir. -«Tous ceux qui pouvaient entrer dans la chambre y étaient comme à -un spectacle curieux et quelquefois ridicule. On observait tout -ce qui se passait pour l'écrire ou le redire; on en faisait des -plaisanteries[494].» Dans certains cercles, on formait presque -ouvertement des vœux pour la mort du Roi. La fermentation à la Cour -était extrême; les bruits, les manœuvres, les brigues redoublaient de -tous côtés: les différents partis cherchaient le moyen d'aborder le -confesseur, qui demeurait inaccessible[495]. Quelques courtisans, se -tournant vers le soleil levant, s'efforçaient de pénétrer près de la -jeune famille royale; ils étaient impitoyablement repoussés. - -Au milieu de toutes ces intrigues, et malgré le progrès croissant de la -maladie ou quelques absences momentanées[496], le Roi conservait son -sang-froid et son courage[497]. A plusieurs reprises, il demanda son -confesseur. Dans la nuit du 6 au 7, à deux heures et demie du matin, -il dit au duc de Duras, qui le veillait: «Mais voici la troisième fois -que je demande à me confesser; est-ce que l'abbé Maudoux n'est pas -ici?» Il s'assoupit un instant, et, s'étant réveillé au bout d'une -demi-heure, il s'informa de nouveau si l'abbé Maudoux était arrivé. -Celui-ci entra et les courtisans, toujours aux aguets, comptèrent qu'il -était resté seize minutes, montre en main, avec l'auguste malade[498]. -Quand le prêtre sortit, le Roi déclara qu'il recevrait les sacrements -le lendemain; mais, sur l'observation de son chirurgien, La Martinière, -qu'il valait mieux en finir tout de suite, il se résolut à les recevoir -le jour même. - -A cinq heures, Louis XV manda le duc d'Aiguillon et lui parla à -voix basse. On supposa aussitôt qu'il lui donnait des ordres pour -l'éloignement de la favorite et le bruit se répandit que le confesseur -avait fait de cet éloignement une condition de l'absolution[499]. Qu'y -avait-il de vrai dans cette rumeur? C'est le secret de Dieu et des -âmes. On remarqua seulement qu'à trois reprises différentes le Roi -rappela l'abbé Maudoux[500], et qu'il attendait les sacrements avec la -plus grande impatience, envoyant plusieurs fois le prince de Beauvau à -la fenêtre, pour voir si le grand aumônier n'arrivait point[501]. - -A sept heures[502], le cardinal de la Roche-Aymon parut, apportant le -Saint-Viatique. Les troupes étaient sous les armes; sur la défense -formelle de leur grand-père, le Dauphin et ses frères n'avaient suivi -le Saint Sacrement que jusqu'à la première marche de l'escalier; -Mesdames l'accompagnèrent jusqu'à la chambre, où se trouvaient réunis -les princes du sang et les ministres[503]. Dès qu'il aperçut le grand -aumônier, le malade, sentant se réveiller toute la vivacité d'une foi -que quarante ans de désordres n'avaient pu éteindre, rejeta brusquement -ses couvertures, se découvrit et chercha à se mettre à genoux joignant -les mains «avec une piété qui faisait fondre en larmes[504]». Comme -on voulait l'en empêcher: «Quand mon grand Dieu, s'écria-t-il, fait à -un misérable comme moi l'honneur de venir le trouver, c'est le moins -qu'il soit reçu avec respect[505].» Lorsqu'il eut communié, il fit -signe au grand aumônier, et celui-ci, s'adressant aux courtisans qui -se trouvaient là: «Messieurs, dit-il, le Roi m'ordonne de vous dire, -ne pouvant pas parler lui-même, qu'il se repent de ses péchés, et que, -s'il a scandalisé son peuple, il en est bien fâché; qu'il est dans la -ferme résolution de rentrer dans les voies de sa jeunesse et d'employer -tout ce qui lui reste de vie à défendre la religion[506].» Quand le -grand aumônier parla du repentir que le Roi avait des scandales de sa -vie: «Monsieur le cardinal», interrompit le mourant en se retournant -péniblement sur son oreiller, «Monsieur «le cardinal, répétez ces mots, -répétez-les[507].» - -Ainsi s'achevait, dans la manifestation de regrets tardifs mais réels -et dans l'exercice d'une piété édifiante et sincère, cette existence -royale si coupable devant Dieu et devant les hommes. Les contemporains, -même les moins religieux, furent frappés de ce retour, de la fermeté -avec laquelle le Roi avait soutenu cette émouvante cérémonie[508], -de «la tranquillité, de la patience, de la douceur, du courage avec -lesquels il s'était déterminé à remplir ses devoirs[509]»; et Mme -Louise écrivait à l'abbé Bertin: «Je suis si consolée, quand je pense -aux grâces singulières que le Roi a reçues dans ses derniers moments, -et dont il paraît avoir si bien profité, que, s'il dépendait de moi de -le rappeler à la vie, j'avoue que je ne voudrais pas le replonger au -milieu des dangers et risquer son âme une seconde fois[510].» - -A partir du 7, le mal alla toujours en s'aggravant. Le 9, tout espoir -était perdu; le Dauphin demanda des prières à l'archevêque de Paris et -donna l'ordre au contrôleur général d'envoyer deux cent mille francs -pour les pauvres de la capitale, enjoignant de prendre cette somme sur -sa pension et celle de la Dauphine[511]. Le soir, l'évêque de Senlis, -premier aumônier, administra l'extrême-onction. Le lendemain, à onze -heures, l'agonie commença. Le grand aumônier récita les dernières -prières[512], et ce même jour, 10 mai, entre trois et quatre heures -du soir, au moment où le cardinal venait de prononcer ces mots: -_Proficiscere, anima christiana_[513], rongé par l'infection, le -corps tombant en pourriture, mais l'âme encore ferme, conservant -jusqu'au bout sa présence d'esprit et donnant jusqu'à la dernière -heure des marques d'une pénitence vraiment chrétienne[514], Louis XV -expirait, au milieu de l'indifférence universelle. Une bougie, placée -sur une fenêtre du Château, apprenait à la France que ce long régne -de soixante ans venait de finir, et tout se préparait à la hâte pour -un départ précipité. A ce moment, rapporte un témoin oculaire, «un -bruit terrible, et absolument semblable à celui du tonnerre, se fit -entendre dans la première pièce de l'appartement: c'était la foule des -courtisans, qui désertait l'antichambre du souverain expiré pour venir -saluer la nouvelle puissance de Louis XVI[515].» - - - - -CHAPITRE IX - - Commencements du règne de Louis XVI.—Difficultés de la - situation.—Espérances du public.—Popularité des nouveaux - souverains.—Maurepas appelé au ministère.—Chute des anciens - ministres.—Retour de Choiseul.—Attitude politique de la - Reine.—Sa répugnance pour les affaires.—Marie-Thérèse, Mercy - et Vermond l'engagent à s'en occuper.—Marie-Antoinette - résiste à ces conseils.—Soupers de la Cour.—L'étiquette.—La - Reine s'en affranchit.—Inconvénients qui résultent de cet - abandon.—Inoculation du Roi. - - -On raconte qu'au moment où la comtesse de Noailles, pénétrant la -première dans l'appartement du Dauphin et de la Dauphine, les salua -Roi et Reine de France, Louis XVI et Marie-Antoinette tombèrent à -genoux en versant des larmes et en s'écriant: «Mon Dieu, gardez-nous! -protégez-nous! Nous régnons trop jeunes[516]!» - -C'était le cri du cœur et le cri de la raison. - -La situation en effet était critique. Un roi de vingt ans, qui avait -toujours été systématiquement éloigné des affaires[517]; une reine de -dix-neuf, qui n'en avait pas le goût; une Cour divisée; des finances -ruinées[518]; à l'extérieur, nul prestige; à l'intérieur, des -difficultés inextricables, aggravées chaque jour par l'insouciance de -Louis XV, et, avec cela, une opinion publique d'autant plus exigeante -que les réformes étaient plus nécessaires et les espérances plus -impatientes; ah! Marie-Thérèse n'avait que trop raison de dire: «Je -suis en peine et vraiment en peine... le fardeau est grand[519].» - -Dans le public, on était tout à la joie et à l'épanouissement. On -attendait beaucoup de ce jeune prince qu'on savait sérieux, appliqué, -bienfaisant, sous son enveloppe timide; on attendait plus encore de -cette jeune princesse, qu'on avait vue si belle et si bonne. Les -premiers actes des nouveaux souverains ne faisaient qu'accroître cette -confiance et exalter cet enthousiasme. Le Roi faisait remise de son -droit de joyeux avènement; la Reine renonçait à son droit de ceinture, -et elle accompagnait cette renonciation d'un mot charmant: «On ne -porte plus de ceinture,» disait-elle[520]. On traçait sur la statue de -Henri IV: _Resurrexit_. A toutes les vitrines, on plaçait le portrait -du jeune monarque entre ceux de Henri IV et de Louis XII, avec ces -mots: XII et IV font XVI. Voltaire écrivait à Frédéric II: «Nous avons -un jeune Roi qui, à la vérité, ne fait pas de vers, mais qui fait -d'excellente prose[521].» Et Gresset, complimentant la Reine, au nom de -l'Académie, célébrait «les enchantements universels, les acclamations -attendrissantes, qui précédaient, accompagnaient et suivaient tous ses -pas[522].» - -Avec cette exquise délicatesse de cœur, qui était un de ses charmes, -une des premières visites de Marie-Antoinette avait été pour Mme -Louise, si cruellement frappée par la mort de son père et la maladie -de ses sœurs[523]. «La Reine, en embrassant la carmélite, raconte -un témoin oculaire, la tint longtemps dans ses bras, sans pouvoir -lui parler autrement que par ses larmes. Elles étaient si abondantes -qu'elles firent couler les nôtres et celles de tous ceux qui en furent -les témoins; notre auguste Mère[524], dont le cœur était navré, ne -pouvait qu'à peine prononcer quelques mots entrecoupés. Sa nièce s'en -aperçut et fit pour ainsi dire tous les frais de l'entretien. Elle -sut avec adresse lui parler des sentiments de tendresse que son neveu -avait pour elle, sans jamais lui donner le titre de Roi, attention -que notre auguste Mère remarqua avec consolation. «Ma tante, lui dit -Marie-Antoinette, dans tout ce que vous demandez, adressez-vous à moi. -Je le lui dirai, je le prierai, je l'engagerai; je le connais, il vous -aime et fera tout pour vous plaire. Quand vous aurez assez de courage -pour le recevoir, mandez-le-moi; je vous l'amènerai[525].» - -Ce qu'elle était pour sa tante, elle l'était pour tous. «Les revenants -de Choisy disent merveille du Roi et de la Reine,» écrivait un -chroniqueur[526]. A la Muette, où la Cour se transportait après un -premier séjour à Choisy, la Reine accueillait tout le monde avec sa -bonne grâce accoutumée: bien des gens, qui avaient à se reprocher des -torts vis-à-vis d'elle, sous le règne précédent, ne l'abordaient -qu'avec crainte; elle ne leur manifestait ni humeur ni ressentiment: -la Reine ne vengeait pas les injures de la Dauphine[527]. De la -Muette, elle allait souvent se promener au bois de Boulogne. Un jour, -apercevant un vieillard qui travaillait, elle s'approcha de lui et -l'interrogea avec bonté. Mme de Noailles ayant voulu lui faire quelques -observations sur les inconvénients d'une pareille familiarité, la Reine -lui tourna brusquement le dos, et le Roi, auquel la dame d'honneur, -disait-on, avait porté plainte, se contenta de répondre sèchement: -«Qu'on laisse la Reine faire ce qu'il lui plaît, et qu'elle parle à -qui elle veut[528].» Lui-même avait voulu qu'on ouvrît les portes -du bois de Boulogne, habituellement fermées, et il s'y promenait à -pied comme sa femme, au milieu d'un concours immense de peuple, qui -ne se lassait pas de voir et de bénir celui qu'on nommait Louis le -Désiré[529]. On racontait qu'il observait en tout la plus stricte -économie, qu'il allait réformer le département des Menus plaisirs, et, -ce qui devait coûter davantage à ses goûts, deux équipages de chasse: -ceux de daim et de sanglier; qu'il avait donné au lieutenant de police, -Sartines, l'ordre de payer les mois de nourrice en retard[530]; qu'il -ne souhaitait qu'une chose: être informé du mal qu'on disait de lui -pour s'en corriger[531]; enfin qu'il avait fait dresser la liste des -plus honnêtes gens de son royaume et qu'il l'avait toujours sous les -yeux pour les choix qu'il avait à faire. «Il se barricade d'honnêtes -gens,» écrivait énergiquement l'ambassadeur de Suède[532]. Et le prince -lui-même disait au duc de Noailles, qui voulait se retirer, alléguant -son âge: «Ne me quittez pas; j'ai besoin d'être entouré d'honnêtes -gens, qui m'avertissent de mon devoir[533].» - -De premières et importantes satisfactions étaient données à la -conscience publique. Dès le lendemain de la mort de Louis XV, la -favorite avait été exilée au couvent des Bernardines de Pont-aux-Dames, -près de Mâcon. Son beau-frère, le comte Jean du Barry, le principal -auteur de toutes les intrigues, avait été décrété de prise de corps -et n'avait évité Vincennes qu'en se réfugiant précipitamment en -Angleterre[534]. La froideur marquée publiquement par la Reine au duc -d'Aiguillon faisait présager sa chute prochaine[535], et l'on répétait -avec joie un mot attribué à la jeune souveraine. Quelqu'un ayant dit -devant elle: «Voici l'heure où le Roi doit entrer au Conseil avec ses -ministres.»—«Avec ceux du feu Roi,» avait-elle repris vivement[536]. - -«Tout est en extase, tout est fou de vous autres, écrivait -l'Impératrice à Marie-Antoinette; on se promet le plus grand bonheur. -Vous faites revivre une nation qui était aux abois et que son affection -pour ses princes soutenait seule[537].» - -Mais avec son fidèle ambassadeur elle était moins confiante: son coup -d'œil politique ne lui permettait pas de s'illusionner sur les périls -du moment: «La situation du Roi, des ministres et de l'État même n'a -rien qui me calme, disait-elle; et, avec ce pressentiment mystérieux -qui parfois illumine un cœur de mère, elle ajoutait sur l'avenir de sa -fille cette phrase caractéristique que les événements ne devaient que -trop justifier: «Je compte ses beaux jours finis[538].» - -Les intrigues et les manœuvres, en effet, qui avaient entouré jusqu'à -la dernière heure la couche funèbre de Louis XV, se retrouvaient non -moins ardentes et non moins opiniâtres, au pied du jeune trône de Louis -XVI. Tandis que le cadavre gangrené du vieux Roi était porté, la nuit, -sans pompe et sans suite à Saint-Denys, au milieu des malédictions et -des insultes de la foule[539], à Versailles on se disputait le pouvoir -et les places avec acharnement. «Les brigues sont abominables à cette -nouvelle Cour, écrivait l'abbé Baudeau, et il faudrait être pis qu'un -archange pour s'en démêler[540].» - -Qui allait prendre l'influence? Qui serait premier ministre? Tel était -le terrain sur lequel s'engageait la lutte des partis. Mesdames qui, -malgré les règles de la prudence, avaient suivi la famille royale à -Choisy, Mesdames, dont Mercy redoutait l'ascendant sur leur faible -neveu, venaient, il est vrai, d'être séparées de la Cour par la -petite vérole qu'elles avaient gagnée au chevet de leur père; mais, -avant d'être atteinte par la maladie, Mme Adélaïde avait eu le temps -de lancer un dernier trait qui devait frapper le règne entier d'une -blessure mortelle: à Choiseul, que désirait la Reine, à Machault, -auquel on avait songé d'abord[541], à Sartines, que le Roi avait mandé -dès la première heure[542], elle avait fait préférer un oncle du duc -d'Aiguillon, le comte de Maurepas. Et, par une habileté fatale, usant -des restes d'une influence qui allait disparaître, mais à laquelle son -dévouement pendant la maladie de Louis XV avait donné comme un suprême -regain, c'est par Marie-Antoinette, ignorante et trop confiante, -qu'elle avait fait proposer ce choix à Louis XVI[543]. Appelé dans le -cabinet du jeune monarque comme simple conseiller, Maurepas en sortit -premier ministre, sinon en titre, du moins en fait. - -Né en 1701, secrétaire d'État à 24 ans, puis disgracié en 1749 -pour avoir offensé Mme de Pompadour, Maurepas avait, depuis cette -époque, vécu loin du gouvernement. Il en reprenait la suite au bout -de vingt-cinq ans, sans se douter beaucoup ou sans s'inquiéter des -difficultés qui s'étaient amassées depuis sa chute. Spirituel et -perspicace, mais insouciant et frivole, plus habitué aux chansons -qu'aux choses sérieuses, si peu sérieux lui-même qu'il fallait, pour -réussir avec lui en affaires, prendre «un ton de gaîté[544]», homme -d'expédients plutôt qu'homme de principes, moins habile à résoudre les -difficultés qu'à les esquiver, il n'avait qu'un souci: assurer son -repos et celui du Roi, en évitant tout ce qui aurait pu effaroucher la -bonne volonté timide du jeune prince. On assure que Louis XVI l'avait -appelé simplement pour le consulter; sa naïve confiance fut surprise -par la rouerie du vieux courtisan, qui s'insinua d'abord et ne tarda -pas à s'imposer. «Votre Majesté me fait donc premier ministre?» avait -dit Maurepas.—«Non, avait répliqué le Roi, ce n'est pas du tout mon -intention.»—«J'entends, avait repris le vieillard, Votre Majesté veut -que je lui apprenne à s'en passer[545].» Et il était entré au Conseil. - -L'opinion était impatiente; avec l'ardeur trop souvent irréfléchie -qui caractérise notre nation, il lui eût fallu, dans les vingt-quatre -heures, le renvoi des puissants de la veille, le rappel des exilés, -l'accomplissement des reformes. «Je suis inquiète de cet enthousiasme -français, écrivait avec un grand sens Marie-Antoinette à sa mère... Il -sera impossible de contenter tout le monde dans un pays où la vivacité -voudrait que tout fût fait en un moment[546].» Si les gens sages et -politiques pensaient qu'il était bon de conserver encore quelque temps -les ministres du feu Roi pour terminer les affaires commencées, et de -bien réfléchir avant d'opérer les changements nécessaires[547], le -public, surexcité par les pamphlets et les chansons, ne voulait rien -entendre à ces délais et à ces ménagements. Il ne parlait que de pendre -le contrôleur général, et le refrain populaire envoyait le chancelier -Maupeou - - Sur la roue - Sur la roue - Sur la route de Chatou[548]. - -Quinze jours seulement après l'avènement de Louis XVI, un chroniqueur, -traduisant ces impatiences fébriles de la capitale, écrivait que «les -grandes espérances commençaient à se refroidir singulièrement[549]». -Le 2 juin, cependant, le duc d'Aiguillon donnait sa démission de -secrétaire d'État aux affaires étrangères[550]; mais, grâce à son oncle -Maurepas, il trouvait moyen de se faire allouer une gratification de -cinq cent mille francs qui excitait de graves murmures. Par un acte -de clémence qui était une dérogation aux traditions ministérielles, -d'Aiguillon, disgracié, n'était point exilé; il restait à la Cour, et, -tournant contre les souverains l'indulgence dont il avait été l'objet, -devenait l'un des ennemis les plus acharnés, l'un des calomniateurs les -plus habiles de Marie-Antoinette[551]. - -C'était la Reine qui, malgré Mercy[552], avait voulu le renvoi du duc -d'Aiguillon; mais là s'était borné son crédit: elle n'avait pu le faire -remplacer par Choiseul. Tout au plus avait-elle obtenu la fin de l'exil -de l'ancien adversaire de Mme du Barry. Encore avait-elle dû user de -tous ses moyens pour y arriver. Le Roi ne paraissait pas beaucoup plus -disposé à rappeler Choiseul à la Cour qu'à le rappeler au ministère. -Sans croire aux bruits absurdes d'empoisonnement qu'on avait fait -jadis courir, il ne pouvait pardonner à l'ancien ministre les longs et -violents démêlés qu'il avait eus avec le Dauphin, son père. Peut-être -aussi, comme on l'a justement remarqué, le jeune prince timide, croyant -et chaste, avait-il de l'éloignement pour l'esprit brillant, mais -prompt et aventureux, et pour les mœurs légères de l'expulseur des -Jésuites[553]. Mais la Reine insista, exigea même, alléguant qu'il -était humiliant pour elle de ne pouvoir obtenir la grâce de l'homme qui -avait négocié son mariage[554]. «Si vous invoquez une telle raison, -répondit Louis XVI, je n'ai rien à vous refuser.» Choiseul reçut la -permission de quitter la Touraine et de revenir à Paris. - -Il y arriva le 12 juin, au soir, et, dès le 13, se rendit à la Muette, -où se trouvait la famille royale. Mais si l'ancien ministre se -flattait de reprendre le pouvoir, sa déception fut prompte. Le Roi -parut embarrassé de le revoir. «Vous avez bien engraissé, Monsieur de -Choiseul, lui dit-il; vous perdez vos cheveux...; vous devenez chauve.» -La Reine eut beau multiplier les sourires et les paroles aimables -pour effacer l'impression produite par un pareil accueil[555]. Malgré -sa bienveillance, malgré l'empressement des princes du sang et des -ambassadeurs, malgré les acclamations du peuple, le coup était porté: -le mardi 14, à 8 heures du matin, Choiseul retournait à Chanteloup..., -pour faire ses foins[556]. - -Au surplus ce rappel avait été pour Marie-Antoinette une question -de sentiment, ce n'était point une question politique. Elle voulait -Choiseul ministre par reconnaissance, malgré sa mère qui ne se -souciait pas de voir un homme aussi actif et aussi vigilant à la tête -des affaires étrangères[557]. Choiseul écarté, elle s'inquiétait peu -quel serait le successeur du duc d'Aiguillon[558]. Elle éprouvait -toujours une extrême répugnance à se mêler d'affaires. «Elle en est, -disait quelqu'un qui la connaissait bien, éloignée par principe et par -goût[559].» Était-ce chez elle paresse d'esprit, vivacité de caractère, -antipathie pour les choses sérieuses? Avait-elle comme un instinct -secret du danger qu'il y a toujours pour une femme, jeune encore, -étrangère d'origine et mal préparée par son éducation à une pareille -mission, dans une Cour divisée comme celle de Versailles, chez un -peuple frondeur et ombrageux comme le peuple français, à se mêler de -politique? Se disait-elle qu'à moins de circonstances exceptionnelles -ou d'un de ces rares génies comme l'avait sa mère, mais comme il n'en -est donné qu'à bien peu de personnes, le rôle d'une Reine consiste -plutôt à tenir la Cour qu'à diriger les affaires et qu'après tout ce -rôle est encore assez beau et assez délicat? - -Mais les circonstances n'étaient-elles pas exceptionnelles? Une -abstention absolue serait-elle possible? Était-elle désirable? Parmi -les conseillers de la Reine, les avis étaient partagés. - -Si Joseph II, dont le jugement était souvent très sûr dans les affaires -des autres, écrivait non sans inquiétude à Léopold: «Je souhaite -que tout tourne à bien et que surtout notre sœur ne se mêle pas des -intrigues de Cour. Je lui ai écrit en conséquence.[560]» il ajoutait -aussitôt: «Dieu veuille que cela serve et fructifie! Mais vous observez -très bien que de tenir fermement le propos de ne se mêler de rien ne -sera pas facile et exigera une constance et une exactitude dans toutes -ses démarches, dont une jeune personne comme elle n'est presque pas -susceptible. Je lui en ai bien prêché la nécessité, et peut-être que je -suis seul à le lui dire. Je ne garantis pas que des personnes, que nous -respectons, dans leurs lettres écrivent de même[561].» - -Joseph II ne se trompait pas: Marie-Thérèse, qui avait eu d'abord -le sentiment des dangers qui entouraient la jeune Reine et qui avait -écrit à Mercy: «Je n'écris à ma fille qu'en général, en lui conseillant -toujours de vous écouter, de suivre vos conseils et de se garder à se -mêler des affaires; qu'elle soit la confidente et amie du Roi, mais ne -paraisse point vouloir gouverner avec lui; qu'elle évite qu'à force -d'applaudissements on n'excite l'envie et la jalousie contre elle. -Sa situation est bien délicate, et à dix-neuf ans! Mon espoir n'est -qu'en vous[562]»; Marie-Thérèse, le jour même où elle adressait à -l'ambassadeur ces réflexions si sages, parlait à sa fille d'un tout -autre ton: elle lui traçait un plan de conduite politique, y joignant -les plus vives instances sur la nécessité de resserrer l'alliance -austro-française, et cela dans les termes les plus propres à émouvoir -le cœur et à saisir l'imagination de la jeune souveraine. - -«Nos intérêts, non seulement de cœur, mais de nos États, sont liés -si intimement que, pour les bien faire, il faut les faire avec une -intimité comme feu le Roi a bien voulu y mettre la première base et la -continuer, nonobstant les divers changements arrivés, toujours de même.» - -«De mes chers enfants, j'attends bien autant; _une diminution me -donnerait la mort_. Il ne faut à nos deux monarchies que du repos pour -ranger nos affaires. Si nous agissons bien étroitement liés ensemble, -personne ne troublera nos travaux et l'Europe jouira du bonheur de -la tranquillité. Non seulement nos peuples seront heureux, mais même -tous les autres qui ne cherchent qu'à troubler par leurs intérêts -particuliers. Les premiers vingt ans de mon règne en font preuve et -depuis notre heureuse alliance, qui est cimentée par tant de liens -les plus tendres, ce repos commence à s'établir, qui est à souhaiter -pour de longues années. Mercy pourra vous informer de tout ce qui -peut avoir connexion aux affaires générales; je ne lui laisserai rien -ignorer[563].» - -N'était-ce pas avouer clairement que de Vienne on comptait indiquer -la direction sur tous les points importants, et que l'Impératrice se -proposait de faire de sa fille son premier agent à Versailles? Qui en -eût douté, lorsque, deux jours après, Marie-Thérèse faisait remettre à -Marie-Antoinette un mémoire du prince de Kaunitz, qui devait lui servir -de guide pour inspirer son mari dans les diverses questions politiques -du jour[564]? L'Impératrice ignorait-elle donc quelles préventions -soulevait encore en France l'alliance contractée par Choiseul, et -ne se souvenait-elle déjà plus qu'après la mort de Louis XV son -fidèle ambassadeur avait dû s'abstenir quelque temps de paraître à la -Cour, par crainte «des propos très déplacés et encore plus dangereux -sur les vues du cabinet de Vienne de vouloir gouverner celui de -Versailles[565]»? - -Quant à Mercy, sans se dissimuler les écueils qu'allait rencontrer -son auguste pupille, sans se placer peut-être, comme Marie-Thérèse, -sur le terrain un peu exclusif de la politique autrichienne, il -avait toujours pensé que la Reine devait avoir l'œil ouvert sur les -affaires de France[566]. Plus il observait le caractère faible, timide, -hésitant, du Dauphin devenu Roi, plus il demeurait convaincu que -ce caractère avait besoin d'être dirigé, qu'il n'avait point assez -d'initiative pour se décider seul et qu'il subirait nécessairement une -influence; à tout prendre, et s'il en devait être ainsi, mieux valait -que cette influence fût celle de sa femme que celle de ses tantes ou -de tout autre. «Si, dans ce premier temps, le Roi se laisse gouverner, -écrivait l'ambassadeur dès le 17 mai, et que le public s'aperçoive que -Mesdames jouissent de cet avantage, le crédit de la Reine en recevrait -un choc mortel. Je l'ai suppliée d'être très circonspecte à se mêler -d'affaires, mais il ne faut pas qu'elle souffre que personne de sa -famille s'ingère en pareille matière.» - -«Le Roi, auquel je suppose réellement des qualités solides, n'en a que -bien peu d'aimables. Son extérieur est rude; les affaires pourraient -même lui donner des moments d'humeur. Il faut que la Reine apprenne à -les supporter; son bonheur en dépend. Elle est aimée par son époux; -avec de la modération, de la complaisance et des caresses, elle -acquerra un pouvoir absolu sur le Roi; mais il faut qu'elle le gouverne -sans paraître vouloir le gouverner[567].» - -Un mois après il écrivait encore: - -«Tout dépend que cette princesse,—la Reine,—veuille bien surmonter -un peu sa répugnance pour tout objet sérieux; qu'elle daigne écouter -avec attention et méditer un peu sur ce qu'on lui expose en ce genre. -Son esprit et son discernement naturel la feront toujours agir avec -justesse, soit relativement aux choses ou aux circonstances.» - -«Mais il faut qu'elle s'occupe de cette grande vérité: 1o que le Roi -est d'un caractère un peu faible; 2o que par conséquent quelqu'un -s'emparera de lui; 3o que, dans tous les cas, il faut que la Reine -ne perde jamais un instant de vue tous les moyens quelconques qui -lui assureront un ascendant entier et exclusif sur l'esprit de son -époux[568].» - -Le second conseiller intime de Marie-Antoinette, Vermond, ne pensait -pas, sur ce point délicat, autrement que Mercy: - -«Je désire, plus que je n'espère, que la Reine entende et s'occupe -assez d'affaires pour entretenir et augmenter la confiance de son -auguste époux. Depuis qu'il est monté sur le trône, il s'en occupe -réellement beaucoup; il est impossible qu'il ait grande confiance -dans la Reine sans lui en parler, et il ne continuera pas, à moins -qu'elle s'accoutume à les comprendre et à en raisonner. La Reine me -faisait elle-même une observation précieuse; elle sent qu'elle serait -malheureuse, si jamais il arrivait brouillerie entre les deux Cours. -«Comment l'empêcherais-je, me disait-elle, si je ne dois jamais me -mêler d'affaires?» - -«Je sais bien qu'elle ne doit jamais entrer dans les intrigues des -particuliers; mais je crois qu'il est bon qu'elle en connaisse les -principaux ressorts. Je sais encore qu'il serait fort dangereux pour -elle de vouloir influer journellement sur le détail; mais pour l'amener -à ce point, il faudrait la changer des pieds à la tête, et qui en -viendrait à bout[569]?» - -Ainsi tout poussait Marie-Antoinette, malgré son instinctive répulsion, -à s'occuper d'affaires; tout, depuis le caractère de son mari, qui -demandait à être gouverné, jusqu'à sa mère, qui l'insinuait, en ayant -l'air de prêcher le contraire, jusqu'à ses conseillers de chaque jour, -Mercy et Vermond, qui, eux du moins, le disaient franchement. Malgré -cet avis et ces instances, malgré même le mot qu'elle avait dit à -Vermond, la répugnance était la plus forte. Elle redoutait les embarras -qui pouvaient «résulter des circonstances présentes et à venir[570]», -et, pour les éviter, elle était résolue, au début du moins, à se -tenir à l'écart. Son mari, qui subissait sans le vouloir, sans s'en -apercevoir peut-être, l'ascendant de cette nature charmante, de ce -caractère plus ferme que le sien, lui parlait volontiers d'affaires, -la consultait même; elle l'entendait avec complaisance et avec -attention[571]; mais c'était tout. Lorsque Maupeou et Terray tombèrent -sous le coup de l'animadversion publique, le Roi ne voulut rien décider -sur le choix de leurs successeurs, sans avoir prévenu sa femme. Il -vint la trouver dans son cabinet et lui confia toutes les raisons qui -existaient pour et contre le chancelier et le contrôleur général. La -Reine écouta tout, mais ne se permit aucune remarque. Elle eût pu faire -des ministres, comme sa mère le souhaitait[572]; elle ne le voulut -pas[573]. - -Un objet, qui n'était pas moins important pour elle et qui rentrait -mieux dans son rôle, appelait à ce moment son attention. - -L'étiquette de la Cour ne permettait pas à la Reine et aux princesses -du sang de manger avec des hommes. Lorsque le couple royal dînait en -public, il était servi par des femmes[574]. De même, lorsque le Roi -allait à la chasse, il y avait, au retour, des soupers de chasseurs, -dont la Reine était exclue. Des réunions de ce genre n'avaient pas -peu contribué, disait-on, à plonger et à retenir Louis XV dans les -désordres de ses dernières années. Seraient-elles sans inconvénient -pour un prince, vertueux assurément, mais jeune et faible, et la pureté -de ses mœurs résisterait-elle à la liberté de langage et d'action -que semblaient autoriser ces assemblées nocturnes? Il y avait là un -danger, et Marie-Antoinette résolut d'y parer en réalisant un projet -qu'elle caressait depuis plus d'un an[575], en substituant aux soupers -de chasseurs des soupers de société, qu'elle présiderait elle-même -et auxquels elle inviterait la famille royale et les principaux -personnages de la Cour. Mercy l'y encourageait[576], et toutes les -personnes raisonnables voyaient là le moyen le plus sûr d'éloigner -le Roi des mauvaises compagnies[577]. Mais il fallait prévoir les -objections. Mesdames, attachées, par esprit de routine et de jalousie, -aux vieilles traditions, et très puissantes encore sur l'esprit de leur -neveu, ne traverseraient-elles point un projet qui serait, à leurs -yeux, un grave manquement à l'étiquette et une preuve nouvelle du -crédit de leur nièce? Aux premières ouvertures que lui fit sa femme, -le Roi ne répondit que par des paroles vagues, alléguant la nécessité -de consulter Mme Victoire, pour ne pas dire Mme Adélaïde. Surprise et -mécontente de ces faux-fuyants, Marie-Antoinette insista, eut avec son -mari une explication fort vive et finalement y mit une telle énergie -et une telle force de raisonnement qu'elle l'emporta. Séance tenante, -le premier souper fut fixé au samedi suivant, 22 octobre. Mesdames -étaient absentes; lorsqu'elles revinrent, l'institution était établie, -et les vieilles princesses n'eurent d'autre ressource que de demander à -assister à ces réunions, qu'elles avaient d'abord blâmées[578]. - -L'innovation fut favorablement accueillie: le public applaudit; il -comprit, comme le dit un chroniqueur, que «ce n'était point pour -le plaisir de souper en grande compagnie», mais «par une prudence -politique bien entendue[579]» que la Reine l'avait provoquée. A la -Cour, le succès ne fut pas moins grand. On fut bientôt obligé, au -lieu d'un souper par semaine, d'en avoir deux: le mardi et le jeudi. -Le Roi nommait les hommes, la Reine les femmes invitées. Chacun -briguait l'honneur d'y être admis et en sortait ravi. La Reine traitait -tous les convives avec son affabilité ordinaire, et chaque jour les -conversations de Paris relevaient d'elle quelque trait de bonté ou -de bonne grâce. Le Roi lui-même prenait plaisir à ces réunions, et -sa brusque nature y devenait plus aimable. Attentif sans galanterie -avec les femmes, bienveillant sans familiarité avec les hommes, il -étonnait la Cour par sa tournure sociable et polie, par son aisance -inaccoutumée. Et, comme toujours, c'était à la Reine qu'on attribuait -cet heureux développement des qualités de son mari[580]. - -La jeune princesse jouissait de ce triomphe, et qui sait si elle ne -vit pas, dans le succès de cette première innovation, un encouragement -à en poursuivre d'autres et à s'affranchir des exigences odieuses -de l'étiquette? L'étiquette, c'était son ennemie intime: elle la -rencontrait partout devant elle, à chaque heure du jour, gênant sa -marche, comprimant son essor, entravant ses plaisirs, s'imposant à ses -amitiés. Un tableau rapide de la journée de Marie-Antoinette à cette -époque montrera bien quels étaient les ennuis insupportables de cette -réglementation à outrance, qui ne laissait la liberté à aucun mouvement. - -La Reine se réveillait habituellement vers huit heures. Une femme de -garde-robe entrait alors, apportant une corbeille qui contenait deux ou -trois chemises, des mouchoirs, des frottoirs: c'est ce qu'on nommait le -_prêt_ du matin. La première femme de chambre présentait un livre sur -lequel étaient attachés des échantillons de robes, grand habit, robe -déshabillée, etc.; il y avait ordinairement, pour chaque saison, douze -grands habits, douze petites robes de fantaisie, douze robes riches -sur paniers. La Reine marquait avec une épingle les vêtements qu'elle -choisissait pour la journée: un grand habit, une robe déshabillée pour -l'après-midi, une robe parée pour le jeu et le souper. On emportait -aussitôt le livre d'échantillons et l'on rapportait dans de grands -taffetas les vêtements choisis. - -La Reine se baignait presque tous les jours; on roulait un _sabot_ -dans sa chambre, et les baigneuses étaient introduites avec tous les -accessoires du bain. La Reine s'enveloppait d'une longue chemise de -flanelle anglaise, boutonnée jusqu'au bas, et lorsqu'elle sortait du -bain, on tenait un drap très élevé devant elle pour la soustraire -entièrement à la vue de ses femmes. Puis elle se remettait au lit, -vêtue d'un manteau de taffetas blanc et prenait un livre ou un ouvrage -de tapisserie. A neuf heures, elle déjeunait: les jours de bain, dans -son bain même, sur un plateau posé sur le couvercle de la baignoire; -les autres jours, dans son lit, ou quelquefois debout, sur une petite -table, placée en face de son canapé. On admettait alors les petites -entrées. Le déjeuner était très simple, un peu de café ou de chocolat. - -A midi, avait lieu la toilette de représentation. C'était l'heure -des grandes entrées. Des pliants étaient avancés en cercle pour la -surintendante, les dames d'honneur et d'atours, la gouvernante des -Enfants de France; les princes du sang, les capitaines des gardes, -toutes les grandes charges ayant les entrées venaient faire leur cour; -les dames du palais ne venaient qu'après la toilette. La Reine saluait -de la tête ou en s'inclinant légèrement, si c'était un prince du sang; -elle s'appuyait sur la toilette pour indiquer le mouvement de se lever. -Les frères du Roi venaient ordinairement pendant qu'on la coiffait. - -La toilette, habituellement très ornée et très riche, était tirée -au milieu de la chambre. C'est là que se faisait la toilette de -corps. La dame d'honneur passait la chemise et versait l'eau pour le -lavement des mains; la dame d'atours passait le jupon de la robe -ou du grand habit, posait le fichu et nouait le collier. C'est à ce -moment que, le premier de chaque mois, M. Randon de la Tour remettait -à la Reine, dans une bourse de peau blanche, doublée de taffetas et -brodée d'argent, les fonds destinés à ses aumônes et à son jeu[581]. -Plus tard, Marie-Antoinette abolit ce cérémonial; lorsque la coiffure -était terminée, elle saluait les dames qui étaient dans sa chambre, et, -suivie de ses seules femmes, rentrait pour s'habiller dans son cabinet, -où elle trouvait sa marchande de modes, Mlle Bertin, l'arbitre suprême -de la parure et du goût à cette époque[582]. - -La toilette achevée, la Reine, accompagnée de la surintendante, -des dames d'honneur et d'atours, des dames du palais, du chevalier -d'honneur, du premier écuyer, de son clergé, des princesses de la -famille royale, sortait par le salon de la Paix[583] et traversait la -galerie pour se rendre à la messe. Elle l'entendait avec le Roi, dans -la tribune en face du maître-autel, sauf les jours de grande chapelle, -où elle y assistait en bas, sur des tapis de velours frangés d'or. - -Après la messe venait le dîner. Le maître d'hôtel entrait dans la -chambre de la Reine, lui annonçait qu'elle était servie, et lui -remettait le menu. - -Tous les dimanches, le dîner se faisait en public dans le cabinet des -Nobles. Les dames titrées, ayant les honneurs, s'asseyaient sur des -pliants, aux deux côtés de la table; les dames non titrées, restaient -debout. La Reine dînait seule avec le Roi; derrière le fauteuil du -Roi étaient le capitaine des gardes et le premier gentilhomme de la -Chambre; derrière le fauteuil de la Reine se tenaient son chevalier -d'honneur, son premier écuyer, son maître d'hôtel, qui, sans quitter -sa place, surveillait le service. Le prince le plus près de la couronne -présentait à laver les mains au Roi, au moment où il allait se mettre à -table; une princesse rendait les mêmes devoirs à la Reine. - -Marie-Antoinette mangeait fort peu, de la viande blanche seulement, -et ne buvait jamais de vin. Au souper, elle se contentait d'un peu de -bouillon, d'une aile de volaille et d'un verre d'eau, dans lequel elle -trempait de petits biscuits. A la sortie du dîner, elle rentrait seule -dans ses appartements avec ses femmes, ôtait son panier et son bas de -robe et se préparait aux représentations du soir. - -Chaque détail de la vie, même le plus intime, chaque détail de la -toilette, même la forme d'un nœud de rubans, était ainsi réglé: chaque -serviteur avait sa place marquée, son office désigné à l'avance. Si la -Reine, par exemple, demandait un verre d'eau, le garçon de la chambre -présentait à la première femme une soucoupe de vermeil, sur laquelle -étaient posés un gobelet couvert et une petite carafe, mais la dame -d'honneur survenant, c'était elle qui devait prendre la soucoupe, et si -Madame ou la comtesse d'Artois entrait à ce moment, la soucoupe passait -encore des mains de la dame d'honneur dans celles de la princesse avant -d'arriver à la Reine. Rien n'était remis directement à la souveraine: -son mouchoir, ses gants étaient placés sur un long plateau d'or ou de -vermeil appelé _gantière_. C'était la première femme qui présentait -ainsi à la Reine tout ce dont elle avait besoin, à moins que ce ne fût -la dame d'atours, la dame d'honneur, ou une princesse, et toujours en -suivant la gradation observée pour le verre d'eau. - -Une anecdote, racontée par Mme Campan, donnera, mieux que tous les -détails, une idée de cette insupportable tyrannie de l'étiquette: - -«Un jour d'hiver, il arriva que la Reine, déjà toute déshabillée, -était au moment de passer sa chemise; je la tenais toute dépliée; la -dame d'honneur entre, se hâte d'ôter ses gants et prend la chemise. -On gratte à la porte; on ouvre, c'est Mme la duchesse d'Orléans; ses -gants sont ôtés; elle s'avance pour prendre la chemise; mais la dame -d'honneur ne doit pas la lui présenter; elle me la rend; je la donne à -la princesse. On gratte de nouveau, c'est Madame, comtesse de Provence; -la duchesse d'Orléans lui présente la chemise. La Reine tenait ses bras -croisés sur sa poitrine et paraissait avoir froid. Madame voit son -attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants -et, en passant la chemise, décoiffe la Reine, qui se met à rire pour -déguiser son impatience, mais après avoir dit plusieurs fois entre ses -dents: «C'est odieux, quelle importunité![584]» - -C'est là un exemple entre mille; mais il n'y avait pas un acte de la -vie des princes qui ne fût soumis à cette règle inflexible. Elle les -poursuivait jusque dans leur intérieur le plus secret, jusque dans -leurs plaisirs, jusque dans leurs souffrances, jusque dans leurs -infirmités[585]. La vanité et l'intérêt humain, qui trouvent leur -compte partout, s'accommodaient de ces usages qui transformaient -en honorables et souvent fructueuses prérogatives les fonctions -domestiques, même les moins relevées, et les plus grands seigneurs -savaient faire servir à leur fortune le droit reconnu «de donner un -verre d'eau, de passer une chemise, de retirer un bassin[586]».—«Je -n'en finirais pas, dit le comte d'Hésecques, si je rapportais toutes -les petites choses qu'il fallait savoir, non pour être un courtisan -parfait, mais pour ne pas faire de gaucheries[587].» La dame d'honneur -de la Reine, la comtesse de Noailles, élevée dans le respect et la -science de l'étiquette, en exagérait encore les minuties. Pour elle, un -sourire, en dehors de la règle, était un crime; une barbe de bonnet, -mal placée, la faisait presque tomber en syncope. Il semblait qu'elle -fût comme la personnification de l'étiquette, et dans un jour de bonne, -ou peut-être de mauvaise humeur, sa royale maîtresse lui en avait -donné le nom à la grande joie de la jeune Cour et du public, au grand -scandale de quelques vénérables douairières, intraitables sur les -antiques traditions. - -Mais comment la Reine, avec sa nature vive et indépendante, se fût-elle -soumise à ces entraves perpétuelles, dont elle n'avait pas connu -les ennuis dans son enfance? Sa mère ne l'avait-elle pas plus d'une -fois engagée à s'en affranchir? Et son mari n'encourageait-il pas -une simplicité de manières vers laquelle lui-même était entraîné par -ses goûts? Tout la poussait donc à secouer le joug de l'étiquette; -elle le fit, et peut-être le fit-elle trop. Débarrassée de certaines -puérilités qui n'en étaient que l'exagération ridicule, avec un peuple -indiscret et frondeur comme le peuple français, l'étiquette avait sa -raison d'être; l'espèce de mystère dont elle entourait les souverains -semblait les grandir et leur conservait un prestige nécessaire, plus -nécessaire encore, a remarqué un contemporain, à l'époque même où l'on -y renonça[588]. L'infortuné Louis XVI l'a reconnu plus tard, à une -heure douloureusement solennelle, quelques jours avant de monter à -l'échafaud, dans un de ces entretiens avec ses défenseurs, où il aimait -à faire un retour vers un passé plus heureux. - -«Vivre dans la société de la favorite, a-t-il dit, était indigne -de la Dauphine. Forcée d'embrasser une sorte de retraite, elle -adopta un genre de vie exempt d'étiquette et de contrainte: elle en -porta l'habitude sur le trône. Ces manières, nouvelles à la Cour, -se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les -contrarier. J'ignorais alors de quel danger il est pour les souverains -de se laisser voir de trop près. La familiarité éloigne le respect, -dont il est nécessaire que ceux qui gouvernent soient environnés. -D'abord, le public applaudissait à l'abandon des anciens usages; -ensuite il en a fait un crime[589].» - -Déjà, quelques premiers murmures, précurseurs de tant d'autres, -s'étaient fait entendre, quand le Roi et ses frères avaient été -inoculés. C'était le prince lui-même qui l'avait voulu[590], mais -c'était une innovation: le public en attribuait la pensée à la Reine -et lui en savait mauvais gré[591]. L'inoculation, répandue déjà dans -les pays du Nord, mais peu connue alors en France, n'inspirait pas -confiance: on trouvait la famille royale bien imprudente de se prêter -tout entière à une expérience dont le temps n'avait point encore -consacré sans conteste l'efficacité. On remarquait que la saison chaude -n'était guère favorable; on rappelait que la petite vérole avait -toujours été funeste aux Bourbons. - -Marie-Thérèse elle-même se faisait près de sa fille l'écho de ces -plaintes et de ces appréhensions[592]. Heureusement rien ne vint -justifier l'inquiétude populaire. Inoculé le samedi 18 juin, le Roi ne -changea rien à son genre de vie: l'éruption se fit dans les meilleures -conditions[593]; au bout de deux jours, la fièvre passait et, dès le -1er juillet, Louis XVI pouvait écrire gaiement à sa belle-mère: - -«Je vous assure aussi avec ma femme, ma chère maman, que je suis très -bien rétabli de mon inoculation et que j'ai très peu souffert. Je vous -demanderais la permission de vous embrasser, si mon visage était plus -propre[594]». - - - - -CHAPITRE X - - Nouveau ministère.—Du Muy.—Turgot.—Vergennes.—Rappel des - Parlements.—Marie-Antoinette reine de la mode et du goût.—Mlle - Bertin.—La coiffure.—Plaisirs de la Cour.—Enthousiasme - d'Horace Walpole.—Modération de la Reine dans ses goûts.—Sa - popularité.—Représentation de l'_Iphigénie_ de Gluck.—Bonté - de la Reine.—MM. d'Assas, de Bellegarde, de Castelnau, de - Pontécoulant.—Tiraillements dans la famille royale.—Premières - calomnies.—Beaumarchais et le juif Angelucci.—Voyage de - l'archiduc Maximilien.—Questions de préséance.—Maladresses de - l'archiduc.—Le surnom d'_Autrichienne_.—Marie-Antoinette ne sait - plus l'allemand. - - -Les soins de l'inoculation n'avaient pas distrait Louis XVI des soucis -du gouvernement. C'était à grande peine que, même pendant les jours -de fièvre, sa femme avait pu obtenir qu'il ne tînt pas conseil et -s'abstînt de travailler[595]. Mais dès que le succès de l'opération -avait été assuré, il avait repris ses habitudes laborieuses. Désireux -de compléter son éducation, il étudiait avec persévérance, l'histoire -de France surtout, méditant sur la législation et les coutumes du -royaume, comparant la marche des différents règnes, s'enfermant parfois -pour parcourir, dans le silence du cabinet, les papiers que son père -lui avait laissés sur les diverses matières du gouvernement[596], -lisant les meilleurs livres qui paraissaient sur l'administration et -la politique et les couvrant de notes de sa main[597]. Jamais il ne -perdait une minute; son lever et sa toilette ne duraient qu'un instant; -chaque matin, il travaillait trois ou quatre heures, et, le soir, au -retour de la chasse, qui demeurait un de ses plaisirs favoris, il -passait encore un certain temps à son bureau ou à s'entretenir avec -ses ministres[598], gardant souvent leur portefeuille et ne le leur -renvoyant que le lendemain avec ses observations[599]. - -Le ministère avait fini par se constituer. Le 5 juin, le maréchal -du Muy et le comte de Vergennes avaient pris la succession du duc -d'Aiguillon, le premier à la guerre, le second aux affaires étrangères. -Le 14 juillet, Turgot remplaçait de Boynes à la marine. Le 24 août, -enfin, Maupeou et Terray furent disgraciés. Hue de Miromesnil, ancien -premier président du Parlement de Rouen, eut les sceaux, Turgot prit -le contrôle général et laissa la marine à Sartines. De tout l'ancien -cabinet il ne resta que le duc de la Vrillière, sauvé de la déroute -générale par la protection de son neveu Maurepas: «Voilà une belle -Saint-Barthélemy de ministres,» dit quelqu'un en apprenant la chute -désirée de Maupeou et de Terray.»—«Oui, répondit l'ambassadeur -d'Espagne, le comte d'Aranda; mais ce n'est pas le massacre des -Innocents.» - -Et le lendemain, les poissardes de la halle allant, suivant l'usage, -complimenter le Roi à l'occasion de la Saint-Louis, et faisant allusion -à son goût bien connu pour la chasse: «Sire, dirent-elles, je venons -faire compliment à Votre Majesté de la chasse qu'elle a faite hier; -jamais votre grand-père n'en a fait une si bonne[600].» - -Les nouveaux choix donnaient satisfaction à l'opinion; ils étaient une -réparation et une promesse. Le maréchal du Muy avait été l'ami le plus -intime du Dauphin, père du Roi; après la chute de Choiseul, il avait -refusé le portefeuille de la guerre, pour ne pas plier le genou devant -Mme du Barry[601]. Sartines s'était fait un nom comme lieutenant de -police, et quoique ces fonctions ne semblassent point le désigner pour -le nouveau poste qui lui était confié, il sut, par son intelligence, -par son activité, donner à la marine française un essor dont on sentit -les effets dans la guerre d'Amérique[602]. Turgot avait, parmi les -économistes, une réputation incontestée. Intendant du Limousin, il y -avait réalisé d'importants progrès, et l'on raconte que, lorsqu'il -quitta cette province, où il avait su se faire adorer[603], les curés -annoncèrent publiquement qu'ils diraient la messe à son intention, et -les paysans quittèrent leurs travaux pour assister à cette messe[604]. -«Il est honnête homme et éclairé, cela me suffit,» avait dit le Roi -quand on le lui avait proposé. Honnête homme, c'était l'épithète que -tout le monde accolait au nom de Turgot. «On lui connaît un grand fonds -de probité et d'honnêteté,» écrivait Mercy au baron de Neny[605]. «Il -a la réputation d'un honnête homme,» écrivait de son côté la Reine[606]. - -Le comte de Vergennes avait été ambassadeur à Constantinople, puis en -Suède, lors du récent coup d'État de Gustave III. C'était un diplomate -de la vieille école, un peu gourmé peut-être, mais travailleur assidu -et qui s'était comporté avec distinction dans les missions qu'il avait -eu à remplir; esprit modéré, d'ailleurs, ennemi des aventures, tel en -un mot qu'il convenait à un prince timoré comme Louis XVI. Quoiqu'il -eût au fond d'assez fortes préventions contre l'alliance autrichienne, -la Reine lui témoignait beaucoup de bonté, et dans une question qui le -touchait de très près, puisqu'il s'agissait de sa femme, elle s'était -employée à aplanir les difficultés relatives à la présentation de la -comtesse de Vergennes[607]. - -Une affaire, autrement grave que celle-là, s'imposait aux délibérations -du ministère et à la décision de Louis XVI. Les Parlements, exilés par -Louis XV, seraient-ils rappelés et rétablis? Ou maintiendrait-on une -réforme, violemment accomplie sans doute, mais dont certains côtés, -tant au point de vue de la politique que de la justice, offraient de -réels avantages? Avec le désir qu'avait Louis XVI de conquérir l'amour -de son peuple, avec le souci qu'avait Maurepas de calmer l'impatience -publique, avec le discrédit que les pamphlets de Beaumarchais avaient -jeté sur le nouveau Parlement et les exigences manifestes de l'opinion, -l'hésitation du Roi et des ministres ne dut pas être bien longue. -La disgrâce de Maupeou était et devait être le signal du rappel des -Parlements. Malgré Vergennes et Turgot, ils furent rétablis, avec -certaines restrictions qui paraissaient habiles et qui n'étaient -qu'irritantes, par un lit de justice du 12 novembre 1774. Aux yeux -de beaucoup de bons esprits, ce fut une faute[608], et le grand sens -de Marie-Thérèse ne s'y trompait pas. «Il est incompréhensible, -disait-elle, que le Roi et ses ministres détruisent l'ouvrage de -Maupeou[609].» Il lui semblait possible de rappeler les membres sans -reconstituer le corps, de remettre l'ordre dans l'administration de -la justice, sans rétablir une autorité politique qui avait si souvent -ébranlé l'autorité royale. Grisés par la popularité qui salua leur -retour, les Parlements ne tardèrent pas à reprendre leurs habitudes -tracassières, et leur opposition systématique fut un des principaux -obstacles contre lesquels vinrent se briser les sages réformes de -Turgot et la généreuse volonté de Louis XVI. - -Quant a la Reine, tout en n'ayant voulu se mêler de rien[610], elle se -laissait aller au bruit flatteur des applaudissements, et au bonheur -de faire des heureux. «J'ai bien de la joie, écrivait-elle, de ce -qu'il n'y a plus personne dans l'exil et dans le malheur[611].» Dès le -lendemain, en effet, les princes du sang reparaissaient au Château; -le deuil royal allait prendre fin, et la Reine, désormais assurée de -l'éclat de la Cour, s'apprêtait à la rendre plus brillante que jamais. -Louis XVI, peu expert en fait de plaisirs du monde, s'en remettait à -sa femme du soin d'organiser les fêtes de l'hiver[612]; c'était le -département dont il lui abandonnait la gestion, et Marie-Antoinette -l'acceptait avec reconnaissance. Laissant au monarque et à ses -ministres le souci des affaires, elle bornait ses efforts à bien tenir -la Cour; c'était le seul empire qu'elle ambitionnât; elle le gouvernait -avec aisance et ses arrêts étaient souverains. Elle était reine du -goût et elle en tenait le sceptre avec un éclat et une sûreté qui ne -permettaient pas de rivale. - -N'ayant pas la même beauté, les femmes de la Cour veulent au moins -avoir la même parure. Tout ce qu'adopte la jeune princesse devient à -la mode; dès qu'elle arbore une couleur, on n'en veut plus d'autres. -Un jour, elle choisit une robe de taffetas brun foncé. «C'est couleur -puce,» dit le Roi; et les teinturiers ne sont plus occupés qu'à faire -des étoffes puce, en variant les nuances; vieille puce, jeune puce, -ventre, dos, tête, cuisse de puce. Une autre fois, la Reine prend -un satin d'un gracieux gris cendré. «Couleur cheveux de la Reine,» -s'écrie galamment Monsieur; et aussitôt la Cour entière veut se parer -à l'unisson[613]; et l'on envoie à Lyon et aux Gobelins des cheveux -de l'aimable souveraine[614], afin d'en copier la nuance exacte. La -mode s'en mêle, et, comme toujours en France, la mode exagère, surtout -lorsqu'elle a pris pour organe Mlle Bertin, que la duchesse de Chartres -a donnée à la Reine[615], et qui, infatuée de la bienveillance de son -auguste cliente, se croit un ministre et s'oublie un jour jusqu'à -dire à une dame qui vient la consulter: «Présentez à Madame les -échantillons de mon dernier travail avec Sa Majesté[616].» C'est elle -qui développa pendant quelques années chez Marie-Antoinette le goût de -la toilette, qui était resté jusqu'alors très modéré et qui disparut -plus tard sous les ombrages de Trianon. - -Avec la marchande de modes, il y a le dessinateur d'habits, Bocquet, -dont la couturière exécute les modèles pour les bals de la Cour[617]; -il y a aussi le coiffeur; à côté de Mlle Bertin et de Bocquet, Léonard. -Celui-ci n'est pas le coiffeur en titre; le coiffeur en titre se nomme -Larseneur; mais il n'a ni goût ni délicatesse, et dès qu'il est parti, -Marie-Antoinette qui, par bonté d'âme, n'a pas voulu le congédier, -appelle Léonard, et lui fait bouleverser tout l'édifice maladroitement -élevé. Avec un si haut patronage, Léonard ne tarde pas à devenir le -coiffeur à la mode; mais lui du moins paie sa dette de reconnaissance -par un dévouement sans bornes et une fidélité que le malheur n'altère -point. - -Sous son influence et sous celle de Mlle Bertin, les coiffures -atteignent des proportions colossales. C'est tout un échaffaudage de -gaze, de fleurs et de plumes[618], de plumes surtout, entrelacées avec -des cheveux crêpés, bouclés, tressés, hérissés[619]; vrai chef-d'œuvre -d'imagination et de patience. On porte sur la tête tout un paysage, -une montagne, une prairie émaillée de fleurs, un ruisseau, un jardin à -l'anglaise, un vaisseau sur une mer agitée[620], etc. Les dessins et -les dénominations varient à l'infini, depuis l'aigrette qui emprunte -aux mémoires de Beaumarchais son nom de _quésaco_, jusqu'à la coiffure -à l'_inoculation_ et au _lever de la Reine_, en passant par la coiffure -au _chien couchant_, à «l'_hérisson_», à la _baigneuse_, au _bandeau -de l'Amour_, à la _frivolité_, à la _Belle Poule_, sans oublier les -bonnets au _Colisée_ ou à la _candeur_, les chapeaux à l'anglaise ou -à la _Henri IV_, les toques à l'_espagnolette_[621], sans oublier -surtout le pouff au _sentiment_, dans lequel la duchesse de Chartres -est parvenue à représenter son fils, le duc de Valois, dans les bras -de sa nourrice, avec un petit nègre et un perroquet becquetant des -cerises[622]. Les dimensions deviennent si prodigieuses que la figure -d'une femme atteint, dit-on, jusqu'à soixante-douze pouces de hauteur, -et qu'il faut relever les portes pour permettre aux dames en grande -toilette d'y passer[623]. - -Le bruit de ces extravagances arrivait jusqu'à Vienne, commenté et -exagéré encore[624], et Marie-Thérèse s'en alarmait pour sa fille: -«Je ne puis m'empêcher, lui écrivait-elle, de vous toucher un point -que bien des gazettes me répètent trop souvent. C'est la parure dont -vous vous servez; on la dit, depuis la racine des cheveux, trente-six -pouces de haut, et avec tant de plumes et de rubans qui relèvent tout -cela! Vous savez que j'ai toujours été d'opinion de suivre les modes -modérément, mais de ne jamais les outrer. Une jeune, jolie Reine, -pleine d'agrément, n'a pas besoin de toutes ces folies; au contraire, -la simplicité de la parure fait mieux paraître et est plus adaptable -au rang de Reine. Celle-ci doit donner le ton et tout le monde -s'empressera, de cœur, à suivre même ses petits travers; mais moi, qui -aime et suis ma petite Reine à chaque pas, je ne puis m'empêcher de -l'avertir sur cette petite frivolité, ayant au reste tant de raisons -d'être satisfaite et même glorieuse de tout ce que vous faites[625].» - -Et la Reine répondait aussitôt: «Il est vrai que je m'occupe un peu -de ma parure; et, pour les plumes, tout le monde en porte, et il -paraîtrait extraordinaire de n'en pas porter[626].» - -Quoi qu'en pussent raconter les gazettes et penser Marie-Thérèse, -la vérité est que, cette mode, Marie-Antoinette n'avait fait que -la suivre[627] et qu'elle s'était même efforcée parfois de la -modérer[628]. De fait, le public ne se scandalisait pas tant que -voulaient bien le dire les chroniqueurs, et dans un recueil de -coiffures, publié un peu plus tard, on imprimait ces vers sous une -jolie gravure qui représentait la Reine dans sa toilette du matin: - - De la Reine, c'est la coiffure; - Sans doute elle est de très bon goût. - C'est bien d'adopter sa parure; - Prenez-la pour modèle en tout. - En imitant sa bienfaisance, - Faites-vous aimer, respecter; - Et comme elle sachez porter - Un prompt secours à l'indigence[629]. - -Malgré tout, à Versailles ou à Fontainebleau, le succès de la jeune -souveraine était éclatant. L'appartement où elle tenait son jeu, si -vaste qu'il fût, était toujours rempli[630]; là, comme aux soupers -dont nous avons raconté l'établissement, la Reine voulait que «tout le -monde fût content de l'accueil qu'il recevrait», et elle y réussissait -admirablement. «A cet égard, écrivait le scrupuleux Mercy, Sa Majesté -a atteint le point de perfection[631].» Le 1er janvier 1775, une -affluence considérable, les ministres, les grands officiers, plus de -deux cents femmes se transportaient à Versailles, pour y faire leur -cour, et chacun en sortait pénétré de respect et de reconnaissance. -Dans l'hiver suivant, il y eut à Versailles trois spectacles par -semaine, deux français et un italien[632]; tous les lundis, bal chez -la Reine, quadrilles de masques et contredanses[633]. C'étaient pour -la séduisante princesse autant d'occasions nouvelles de déployer ses -grâces; étrangers ou Français, tous étaient sous le charme; c'était de -l'exaltation, de l'éblouissement. - -«On ne pouvait avoir d'yeux que pour la Reine, écrivait Walpole, qui -la vit au mois d'août 1775, aux fêtes du mariage de Mme Clotilde. Les -Hébé et les Flore, les Hélène et les Grâces ne sont que des coureuses -de rues à côté d'elle. Quand elle est debout, ou assise, c'est la -statue de la beauté; quand elle se meut, c'est la grâce en personne. -Elle avait une robe d'argent semée de lauriers-roses, peu de diamants -et des plumes. On dit qu'elle ne danse pas en mesure, mais alors c'est -la mesure qui a tort... En fait de beauté, je n'en ai vu aucune, ou la -Reine les effaçait toutes[634].» - -Trois ans après, l'ambassadeur du Maroc assistant au bal de la Cour, -et interrogé par le comte d'Artois quelle était celle des dames -présentes qui lui paraissait la plus belle, la Reine exceptée, répondit -galamment que la restriction ajoutée par le prince le mettait dans -l'impossibilité de répondre, ce qu'on trouva bien tourné pour un -barbare[635]. - -Ce qui semblait plus merveilleux encore, ces fêtes n'entraînaient -que des dépenses modérées. Turgot lui-même n'y trouvait rien à -redire[636]. La Reine avait voulu que les bals se donnassent dans son -appartement, affectant ainsi un caractère à demi privé, afin d'éviter -les frais qu'eussent nécessités des bals plus solennels. Elle avait, -de même, renoncé à faire transporter l'Opéra à Versailles, et décidé -que lorsqu'elle voudrait y assister, elle irait à Paris[637]. C'était -le moment où le contrôleur général, fidèle à son célèbre programme: -point de banqueroute, point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts, -commençait ses réformes économiques. La Reine s'y prêtait avec la plus -grande bonne volonté et elle n'hésitait pas à renoncer à tout amusement -qu'elle eût craint de voir devenir dispendieux ou embarrassant[638]. -Si, plus tard, elle se laissa entraîner à certaines prodigalités, -il importe d'autant plus de remarquer qu'au début de son règne ces -prodigalités n'étaient ni dans ses principes ni dans ses goûts. - -Le public le savait: il voyait avec satisfaction les souverains donner -les premiers l'exemple de la réserve dans leurs dépenses et restreindre -eux-mêmes les frais de leurs plaisirs. Il savait aussi que la jeune -princesse s'était opposée au renouvellement du monopole du commerce -des grains établi par l'abbé Terray et que l'opinion avait flétri -du nom de Pacte de famine[639]. Il l'adorait, et Mercy pouvait dire -avec vérité que, si les auteurs des calomnies qui commençaient à se -répandre venaient à être connus à Paris, rien ne pourrait les sauver de -la colère du peuple: «Vengeons notre charmante Reine, contre laquelle -ce misérable a osé dire du mal et écrire des libelles,» criait-on, en -brûlant le mannequin qui représentait le chancelier Maupeou[640]. - -Aussi les apparitions de Marie-Antoinette dans la capitale -étaient-elles de véritables triomphes et lorsque, le vendredi 13 -janvier 1775, elle alla sans appareil à l'Opéra, assister à la -représentation de l'_Iphigénie_ de Gluck, le peuple se porta en foule -sur son passage et l'applaudit avec enthousiasme. Au second acte de la -pièce, l'acteur chargé du rôle d'Achille, au lieu de réciter exactement -ce vers: - - Chantez, célébrez votre Reine, - -s'avança vers le parterre et les loges et chanta: - - Chantons, célébrons notre Reine! - L'hymen, qui sous ses lois l'enchaîne, - Va nous rendre à jamais heureux. - -L'assistance entière s'associa à ce délicat hommage: ce ne furent -partout que battements de mains et acclamations; on fit répéter le -chœur, et les cris de _Vive la Reine!_ furent si bruyants qu'il -fallut suspendre le spectacle pendant plus d'un demi-quart d'heure. -Monsieur, Madame et le comte d'Artois, qui étaient dans la loge royale, -furent des premiers à applaudir. La Reine fut si émue de ces marques -éclatantes des sympathies populaires qu'elle ne put retenir ses pleurs, -et, lorsqu'elle sortit, les yeux rayonnants et encore humides de ces -larmes, elle salua le peuple avec un air si touché et une affabilité si -pénétrante que les cris de joie redoublèrent[641]. - -Ce n'était pas seulement par la grâce que régnait Marie-Antoinette, -c'était aussi par la bonté. Elle envoyait des secours aux indigents, -aux blessés, aux victimes des incendies[642]. Elle apprenait que la -famille du chevalier d'Assas, malgré le dévouement légendaire du -capitaine au régiment d'Auvergne, végétait au fond de sa province, -dans l'oubli et l'obscurité. Aussitôt elle appelait à la Cour le frère -du héros et lui faisait donner une compagnie de cavalerie[643]. Elle -obtenait la révision du procès de MM. de Bellegarde et de Moustiers, -poursuivis par la rancune du duc d'Aiguillon, et lorsque, leur -innocence prouvée, les deux prisonniers, rendus à la liberté, venaient -avec leurs femmes et leurs enfants remercier leur bienfaitrice, elle -leur répondait modestement que «justice seule avait été rendue et -qu'on ne devait que la féliciter du bonheur le plus réel attaché -à sa position, celui de faire parvenir jusqu'au Roi de justes -réclamations[644].» En reconnaissance, Mme de Bellegarde faisait -faire, sous forme d'ex-voto, un tableau où elle était représentée avec -son mari aux genoux de la Reine et portant dans ses bras son enfant, de -la tête duquel la princesse écartait un glaive suspendu. Et la Reine, -touchée, plaçait ce tableau dans son appartement[645]. Elle protégeait -de même Lally Tolendal, l'appelait son petit martyr, et l'aidait dans -ses efforts pour la réhabilitation de son père. - -Le marquis de Pontécoulant, major général des gardes du corps[646], -avait, du vivant de Louis XV, déplu à la Dauphine, nous ne savons -pourquoi. La jeune princesse, fort irritée contre lui, avait même -déclaré qu'elle n'oublierait jamais sa conduite. Lorsque Louis XVI -monta sur le trône, M. de Pontécoulant, se rappelant qu'il avait -encouru la disgrâce de la nouvelle souveraine, remit sa démission entre -les mains du prince de Beauvau, capitaine des gardes. Marie-Antoinette -l'apprit. «La Reine, dit-elle, ne se souvient point des querelles de la -Dauphine, et c'est moi qui prie M. de Pontécoulant de ne plus songer à -ce que j'ai oublié.» Devant une si gracieuse insistance, la démission -fut retirée[647]. - -Enfin, un conseiller au Parlement de Bordeaux, M. de Castelnau, était -devenu amoureux fou de Marie-Antoinette; il la poursuivait en tous -lieux de ses déclarations et de ses importunités; ordre avait été -donné de l'enfermer. La Reine, bien qu'excédée par ce malheureux homme, -s'y opposa. «Qu'il m'ennuie,» dit-elle; «mais qu'on ne lui ravisse pas -le bonheur d'être libre[648]». - -Elle avait d'autres ennuis. Au lendemain même de son avènement, et -dans sa famille elle-même, elle rencontrait des contradictions et des -jalousies. Le comte et la comtesse de Provence, le comte et la comtesse -d'Artois, excités sous mains par Mesdames, se refusaient à aller chaque -matin faire leur cour au Roi et à la Reine, ainsi que l'exigeait -l'étiquette[649]. Louis XVI, avec sa bonté excessive, n'avait pas voulu -que ses frères l'appelassent _Majesté_[650]; Marie-Antoinette, toujours -bonne aussi, souvent trop bonne, avait permis la même simplicité de -relations à ses beaux-frères et à ses belles-sœurs. Marie-Thérèse s'en -était inquiétée et, avec sa rudesse germanique, elle avait repris -vivement sa fille de cette condescendance: «Il faut rester à sa place, -lui avait-elle écrit, savoir jouer son rôle; par là on se met et tout -le monde à son aise. Toutes les complaisances et attentions pour tous; -mais point de familiarité ni jouer la commère; vous éviterez par là -les tracasseries[651].» Les craintes de l'Impératrice n'avaient pas -tardé à se réaliser. Dans les occasions publiques, où la famille -royale se trouvait réunie, il régnait entre les trois princes une -telle apparence d'égalité qu'un étranger n'eût pu distinguer le Roi -de ses frères. Le comte d'Artois surtout, toujours plus pétulant, -affectait une familiarité «choquante[652]». Le comte de Provence, plus -diplomate, ne s'affichait pas tant; mais il agissait en dessous. Plus -ambitieux que jamais, en voyant, au bout de quatre années, le trône -sans héritier présomptif, il aspirait à entrer au Conseil d'État, -où il comptait jouer un grand rôle, et s'en prenait à la Reine de -l'échec de ses prétentions. Mme Adélaïde, toujours aigre et toujours -envieuse, ne pardonnait pas davantage à sa nièce la diminution de son -crédit. Maurepas et sa femme, jaloux d'une influence qui leur portait -ombrage[653], se coalisaient avec leur neveu d'Aiguillon, encore ulcéré -de sa chute, et qui mettait au service de ses rancunes personnelles sa -connaissance de la Cour et les relations qu'il y avait conservées[654]. -De là des manœuvres sourdes, des chansons injurieuses, des pièces de -vers cyniques, comme si le but caché des ennemis de la Reine était de -la perdre dans l'opinion du public et dans le cœur de son mari, et -par là peut-être d'arriver à faire renvoyer en Allemagne cette jeune -femme dont la beauté était un contraste, dont la vertu semblait une -critique[655]. - -Aux révérences de deuil faites par les dames de la Cour, après la mort -de Louis XV, la Reine se permet de sourire, non pas du costume suranné -de quelques vénérables douairières, mais d'une plaisanterie de la -marquise de Clermont-Tonnerre. Aussitôt les faiseurs de couplets se -mettent à l'œuvre, et le lendemain les échos de Versailles répètent -cet insultant refrain qui ne trahit que trop la pensée intime de ses -inspirateurs: - - Petite Reine de vingt ans, - Vous qui traitez si mal les gens, - Vous repasserez la barrière, - Laire laire laire lan laire[656]. - -Lorsque, après l'inoculation du Roi et de ses frères, la Cour se -transporte pour la première fois à Marly, Marie-Antoinette, désireuse -de profiter de l'air pur d'une belle nuit d'été, veut se donner le -plaisir d'assister au lever du soleil. Elle en parle au Roi qui y -consent volontiers, mais qui, habitué à se coucher à heure fixe, ne -se soucie pas de sacrifier son sommeil à un pareil spectacle. La -Reine se rend, à trois heures du matin, sur les hauteurs du jardin de -Marly; une nombreuse société la suit et ses femmes l'accompagnent. -Mais les diffamateurs attitrés n'ont garde de manquer une si belle -occasion, et, quelques jours après, un petit pamphlet «plat, obscur -et méprisable», dit un auteur qui s'y connaissait[657], «exécré de -tous les bons Français,» mais avidement recherché par les courtisans -amateurs de scandales et les femmes trop brouillées avec la vertu pour -croire à celle des autres, transformait en orgie infâme cette innocente -fantaisie de la jeune souveraine[658]. - -Presque en même temps, à Londres, ce réceptacle des gazettiers -cuirassés et des calomniateurs anonymes, un libelle odieux, prélude -et modèle de bien d'autres, paraissait dans des circonstances -mystérieuses, qu'il n'est pas sans intérêt de rappeler ici. - -L'un des esprits les plus brillants, mais aussi l'un des caractères -les plus suspects de ce siècle, toujours prêt à se mêler d'intrigues -équivoques ou à se lancer dans des affaires véreuses, Beaumarchais, -avait été chargé, dans les derniers jours du règne de Louis XV, -d'acheter et de détruire une brochure contre Mme du Barry. Il revenait -à Paris, après avoir réussi dans cette délicate entreprise, lorsqu'il -trouva Louis XV à Saint-Denys et Louis XVI sur le trône. Il ne pouvait -guère espérer que le nouveau Roi le récompensât d'un service rendu à la -femme qu'il venait d'exiler à Pont-aux-Dames. Se retournant aussitôt, -avec cette rare souplesse dont il devait plus tard immortaliser -la personnification dans _Figaro_, il offrit ses services pour la -suppression d'un nouveau pamphlet qu'il avait, disait-il, découvert -à Londres, et cette fois contre Marie-Antoinette. Le lieutenant de -police, Sartines, accepta l'offre. - -Beaumarchais part aussitôt, parvient à acquérir de l'agent des ennemis -de la Reine, le juif Angelucci, l'édition publiée en Angleterre, la -fait brûler, achète et détruit de même une nouvelle édition imprimée -en Hollande et s'apprête à revenir à Paris, quand il apprend,—nous -suivons toujours son récit,—qu'Angelucci l'a trompé, et a conservé un -exemplaire du pamphlet. Il s'élance après lui, le poursuit à travers -l'Allemagne, l'atteint dans un bois, près de Nuremberg, et après des -péripéties, des périls, des batailles contre les voleurs, dont le -détail semble faire plus d'honneur à son imagination qu'à sa véracité, -il reprend l'exemplaire soustrait. - -Alors, au lieu de rentrer en France, il va à Vienne, où il veut, -assure-t-il, faire imprimer une édition expurgée du libelle dont le -véritable texte pourrait produire sur le jeune Roi une impression trop -pénible, mais où, en réalité, il se propose d'exploiter le service, -vrai ou feint, rendu à la fille de Marie-Thérèse. Il pousse l'audace -jusqu'à se faire présenter à l'Impératrice et à lui lire le pamphlet. -Mais là commencent ses déceptions. Marie-Thérèse est indignée des -horreurs publiées contre la vertu de sa fille; elle a le cœur navré -de ces calomnies immondes, qui ne vont à rien moins qu'à alléguer -que, le Roi ne pouvant avoir d'enfants, la Reine se prêterait à une -criminelle intrigue pour lui en supposer[659]. Mais elle ne sait -aucun gré à Beaumarchais de sa découverte: elle le regarde comme un -misérable imposteur[660], et le prince de Kaunitz le suppose d'être -l'auteur même du libelle. On le jette en prison; puis, sur la demande -de la France, on le relâche; on lui fait même donner mille ducats, -mais en signifiant à ce «drôle», dit Kaunitz[661], à «cet intrigant», -dit l'Impératrice[662], d'avoir à déguerpir le plus tôt possible. -Beaumarchais part au plus vite; mais cette déconvenue n'altère en -rien son audace; il revient à Versailles demander le prix de ses -aventures[663]. - -Quel que fût d'ailleurs l'auteur du libelle; que ce fût Beaumarchais, -comme le croyait Kaunitz, quelque ami de Mme de Marsan, comme le -soupçonnait Marie-Thérèse, ou le duc d'Aiguillon, comme semble -l'insinuer Mercy[664], l'historien a le devoir de constater cette -première et machiavélique tentative de la calomnie contre les mœurs de -la Reine. C'est le début tortueux de cette puissance occulte, qui ne -désarma jamais devant la bonté de Marie-Antoinette, qui avait juré de -la détruire et qui tint parole. - -Le Roi d'ailleurs, avec cette candeur qui répugnait à croire à -la fausseté et à la méchanceté humaines, ne fit que rire de ce -qu'il appelait lui-même «l'équipée» de cet «impudent et ce fol» -de Beaumarchais[665]. Mais la Reine ne prit pas la chose avec la -tranquillité de son mari; elle se montra profondément affectée de cette -attaque dirigée contre sa réputation[666]. Mais, forte du témoignage -de sa conscience et de la pureté de sa vie et de ses intentions, elle -ne tarda pas à oublier cette mystérieuse aventure, et, avec une bonté -qui fut de l'imprudence, elle devint même la protectrice de l'homme -qui avait été si activement, et d'une façon si louche, mêlé à cette -misérable intrigue. - -Un incident mieux connu et un grief plus sensible allaient, dans cette -Cour où tout était matière à tracasseries, donner un motif ou tout au -moins un prétexte plus spécieux aux récriminations de ses ennemis. -Depuis quelque temps il était question d'un voyage des frères de la -Reine en France. Joseph II, d'abord, en avait manifesté la pensée, -puis le plus jeune des fils de l'Impératrice, Maximilien. Ce dernier -visitait alors, sous la direction du comte de Rosemberg et pour -compléter son éducation, l'Allemagne et les Pays-Bas. - -C'était un prince de dix-huit ans, d'une réelle bonté de caractère, -mais de manières gauches, d'un esprit très mince et d'une instruction -assez peu soignée. Marie-Thérèse le reconnaissait elle-même, -lorsqu'elle lui recommandait de s'efforcer d'acquérir cette amabilité -dans le monde et cette politesse aisée «qui, disait-elle, vous manquent -entièrement[667]».—«Il ne brillera pas après son frère,» écrivait-elle -encore à un moment où la venue de Joseph II devait précéder celle de -Maximilien[668]. - -Mais la Reine qui, depuis plus de quatre ans, n'avait vu personne de sa -famille, n'avait pu savoir son frère si près d'elle, sans souhaiter de -le voir en France; le Roi appuya la demande de sa femme et le voyage -fut résolu. - -Le mardi 7 février 1775, l'archiduc Maximilien arrivait à la Muette, -où sa sœur l'attendait. L'accueil de la famille royale fut plein de -cordialité. Le Roi avait voulu qu'on prît tous les moyens d'amuser son -jeune beau-frère et la Reine s'était chargée de ce soin[669]; avec -l'autorité que lui donnait sur lui la différence de situation, elle -traitait son frère comme «son enfant[670]»; elle tenait à ce qu'il -emportât un bon souvenir de la France et y laissât de lui-même une -bonne impression. Il n'en fut malheureusement pas ainsi. - -Afin d'éviter toute dispute sur la préséance et l'étiquette, l'archiduc -voyageait sous le nom de comte de Burgau[671]. Mais cette précaution -même devint la source de mille ennuis. Sous le prétexte de l'incognito -de Maximilien, les princes des maisons d'Orléans, de Condé et de Conti -prétendirent qu'il leur devait la première visite; l'archiduc s'y -refusa. La Reine prit avec chaleur le parti de son frère et eut une -explication très vive avec le duc d'Orléans. «Le Roi et ses frères, lui -dit-elle, n'y ont pas regardé de si près... Laissant de côté la qualité -d'archiduc, vous auriez pu remarquer que le Roi l'a traité en frère et -qu'il l'a fait souper en particulier dans l'intérieur de la famille -royale, honneur auquel je suppose que vous n'avez jamais prétendu. Au -reste, mon frère sera fâché de ne pas voir les princes; mais il est -pour peu de temps à Paris, il a beaucoup de choses à voir; il s'en -passera[672].» - -Pour effacer cette impression fâcheuse, la Reine redoubla de -prévenances pour Maximilien, et les jeunes gens les plus à la mode, -les Ségur, les Durfort, les la Marck, les Noailles, désireux de -plaire à la souveraine, se réunirent pour offrir à l'archiduc une -fête splendide aux grandes écuries du Roi. Par une aimable attention, -les comtes de Provence et d'Artois voulurent se mettre à la tête des -organisateurs et prendre tous les frais à leur charge. La fête eut -lieu le 27 février, elle coûta cent mille livres[673]. Le manège avait -été brillamment décoré; on avait donné à la salle de bal l'apparence -d'une foire, en y traçant sept rues couvertes et bordées de boutiques, -de cafés et de spectacles; on y joua un opéra comique de Gluck, _le -Poirier ou l'arbre enchanté_[674]. Il y eut bal paré, quadrille de -Hongrois et de Flamands, souper, jeu et «tout ce qu'il fallait pour -occuper et amuser pendant huit heures[675]». - -Mais toutes ces splendeurs ne réussirent pas à effacer l'impression -mauvaise produite sur le public. Quoi que dise Mercy, les princes -français,—c'est un ami de la Reine qui l'affirme,—étaient dans leur -droit[676], et bien que Marie-Antoinette n'ait eu aucune intention de -les blesser[677], bien qu'avec cette indulgente bonté, qui était le -fond même de son caractère, elle leur eût fait quelques jours après -le meilleur accueil[678], on lui sut mauvais gré de l'appui qu'elle -avait donné aux prétentions de son frère. On soulignait, on commentait -malignement les gaucheries que ce frère avait commises; on remarquait -qu'il semblait indifférent à toutes les merveilles scientifiques ou -artistiques qu'on lui montrait[679]. On rappelait notamment que, -visitant, à Paris, le Jardin du Roi, et Buffon, qui lui en faisait les -honneurs, lui ayant fait hommage de ses œuvres, il s'était contenté -de répondre le plus poliment du monde: «Je serais bien fâché de vous -en priver[680].» On affecta d'applaudir à outrance le duc de Chartres, -qui, préludant à cette opposition tracassière et systématique contre -la Cour, qui devait le conduire si loin, affectait de son côté de se -produire en public à Paris pendant les fêtes de Versailles, dont il -était exclus. Les plaisanteries contre le frère se transformèrent en -murmures contre la sœur. On lui fit un crime de lèse-nation de la -vivacité, peut-être imprudente, d'une affection bien naturelle, et -le nom d'_Autrichienne_, inventé par la jalousie de Mme Adélaïde, -circula de bouche en bouche, résumant, dans un mot propre à frapper -l'imagination populaire, l'accusation lancée contre la Reine de tout -sacrifier à son pays et à sa famille. - -Et cependant jamais accusation ne fut plus injuste. Sans entrer ici -dans des détails que nous retrouverons plus tard, qu'il suffise de -rappeler qu'en vingt circonstances différentes, Marie-Thérèse reproche -à Marie-Antoinette d'oublier son pays et sa famille, d'en perdre -les traditions et les habitudes, même les gaucheries[681], d'avoir -presque honte d'être Allemande, de négliger les Allemands[682], de -montrer pour eux «peu d'empressement et de protection[683]». Le sang -allemand coule dans vos veines, s'écrie-t-elle dans son langage -à demi-tudesque; n'ayez pas de honte de l'être[684].» Joseph II -adressait à sa sœur les mêmes reproches que sa mère; il la trouvait -trop Française. Lorsque Maximilien et Rosemberg vinrent à Versailles, -il voulait leur recommander de ne lui parler qu'allemand[685]. Arrêté -dans ce projet, dont la réalisation, il faut bien le dire, eût été une -suprême inconvenance, il avait du moins écrit à la Reine une lettre -en allemand[686]. Et cette femme, qu'on accuse de n'avoir eu de cœur -et de pensée que pour son pays d'origine, avait tellement oublié sa -langue maternelle qu'elle était obligée de faire traduire par Mercy la -lettre de l'Empereur[687]; tant elle avait perdu l'usage, non seulement -de parler l'allemand, mais même de le lire, de l'écrire et presque de -le comprendre! Mais tout cela n'empêchait pas la calomnie de faire -son chemin, et les courtisans d'appeler méchamment Trianon le _Petit -Vienne_. - - - - -CHAPITRE XI - - Sacre du Roi.—Fêtes à Reims.—Emotion de la Reine.—Sa lettre - à l'Impératrice.—Mariage de Mme Clotilde.—Nouvelle et vaine - tentative pour rappeler Choiseul.—Procès du comte de Guines.—Exil - du duc d'Aiguillon.—Nomination de Malesherbes.—Réformes de - Turgot.—Murmures qu'elles soulèvent.—Chute de Turgot.—Part qu'y - prend la Reine.—Lettre de Mercy à Marie-Thérèse. - - -Le 5 juin 1775, Louis XVI quittait Versailles[688], accompagné de la -Reine, de Monsieur, de Madame et du comte d'Artois, pour se rendre à -Compiègne, où il arrivait à dix heures du soir. Le 8, il partit de -Compiègne, pour aller coucher à Fismes; le 9, il prit la route de -Reims. Il allait y chercher, avec la bénédiction de sa couronne, la -consécration solennelle du titre qu'il tenait de ses ancêtres, et le -signe visible de cette grâce de Dieu au nom de laquelle il régnait. Le -sacré était en France une tradition nationale; le peuple y trouvait, -dans le serment que prêtait le monarque, une reconnaissance de ses -droits; et si certains philosophes, emportés par leurs passions -irréligieuses comme d'Alembert et Condorcet, ne voyaient là qu'«une -cérémonie bizarre et absurde[689]» ou «la plus inutile comme la plus -ridicule des dépenses inutiles[690]», des personnages non moins -célèbres et qu'on ne peut pas accuser de superstition, comme Mirabeau, -écrivaient: «Le plus grand de tous les événements pour un peuple, c'est -sans doute l'inauguration de son Roi. C'est alors que le ciel consacre -nos monarques et resserre en quelque sorte les liens qui nous unissent -à eux[691].» - -Mercy aurait voulu que la Reine fût sacrée en même temps que le Roi. Il -lui semblait que, dans les circonstances actuelles, Marie-Antoinette -n'étant point encore mère, l'onction divine lui donnerait, vis-à-vis de -la nation, l'auréole que ne lui donnait point la maternité. - -Une brochure, faite par un prêtre de l'Oratoire, établissait que le -sacre des reines avait été un usage constant jusqu'à Marie de Médicis, -et que, s'il était tombé en désuétude, c'était uniquement parce que -ni Louis XIII, ni ses successeurs, n'étaient mariés lors de leur -sacre. Mercy, qui, s'il ne fut pas l'inspirateur de cette brochure, -en fut du moins l'ardent propagateur, en fit parler par Vermond à -la Reine et eut soin que le manuscrit fût remis au duc de Duras et -par le duc de Duras au Roi. Mais la Reine demeura assez indifférente -à cette ouverture[692], et le Roi n'en parut pas touché[693]. Son -affection pour sa femme se heurta-t-elle aux considérations d'économie -qui avaient déjà fait différer d'un an la cérémonie traditionnelle? -Fut-il circonvenu par Maurepas, sans cesse en garde contre ce qui -pouvait affermir le crédit de la jeune souveraine? Toujours est-il que -Marie-Antoinette n'assista que comme spectatrice au sacre de son mari. -Tandis que le Roi faisait son entrée dans un carrosse de dix-huit pieds -de haut, recevait des mains du duc de Bourbon, gouverneur de Champagne, -les clefs de la ville, et était lui-même reçu par l'archevêque de Reims -à la porte de la cathédrale, où l'on chantait solennellement le _Te -Deum_, la Reine, partie le 8 au soir de Compiègne avec Monsieur, Madame -et le comte d'Artois, arrivait incognito dans la ville du sacre, à une -heure du matin. Mais, à défaut des compliments officiels, elle avait -les acclamations populaires. Par un de ces beaux clairs de lune dont -la lumière argentée a quelque chose de si transparent et de si suave, -une foule immense se pressait sur les grands chemins et aux portes de -la cité pour voir arriver la femme du Roi. Des vivats enthousiastes -saluaient son passage, troublant seuls ce silence de la nuit, pendant -lequel l'âme s'ouvre avec tant de bonheur aux douces et pures émotions. -Le lendemain matin, en dépit de l'incognito, toute la noblesse de la -ville et des environs remplissait les appartements de l'archevêché, -où était descendue la Reine, et en sortait ravie de la grâce et de la -bienveillance de la jeune souveraine. Dans l'après-midi, même ovation; -c'est aux cris de _Vive la Reine!_ qu'elle traversait les rues de Reims -pour aller, à l'Intendance, assister à l'entrée du Roi, et, le soir, le -clergé et le Corps de ville venaient lui adresser des discours auxquels -elle répondait avec justesse et bonté[694]. - -Le dimanche, 11, à six heures du matin, les chanoines en chape vinrent -occuper leurs stalles dans le chœur de la basilique, bientôt suivis -de l'archevêque, des cardinaux, des ministres, etc. A six heures et -demie, les pairs laïques prirent place à leur tour. A sept heures, le -Roi, conduit par l'évêque duc de Laon et l'évêque comte de Beauvais, -arriva à la cathédrale. Harangué sur le seuil par le cardinal de -la Roche-Aymon, qui le félicitait d'avoir toutes les vertus et en -particulier l'amour de l'ordre[695], il pénétrait dans le vieil édifice -au bruit des acclamations populaires, et l'archevêque, après lui avoir -fait prêter serment sur le livre des Évangiles, versait sur sa tête, -sur sa poitrine et sur ses épaules quelques gouttes de la sainte -ampoule, solennellement apportée de l'abbaye de Saint-Rémy par le grand -prieur, en chape de drap d'or, monté sur un cheval blanc, couvert d'une -housse d'étoffe d'argent richement brodée! Le Roi fut alors revêtu -du manteau royal et reçut des mains de l'archevêque la couronne, le -sceptre, la main de justice et l'épée de Charlemagne. Puis, suivi des -pairs et des grands officiers, il fut conduit au trône élevé sur le -jubé; après quoi l'archevêque et les pairs lui donnèrent le baiser de -paix en disant: _Vivat rex in æternum._ La multitude qui remplissait -les galeries répéta ces paroles. Aussitôt les portes s'ouvrirent, et le -peuple se précipita dans la basilique, avec des cris de joie. - -La Reine suivait, du haut d'une tribune, toutes les phases de la -cérémonie. Au moment du couronnement et de l'intronisation, touchée -jusqu'au fond du cœur par la beauté des rites de l'Église et plus -encore par les acclamations populaires qui en interrompaient -l'ordre et en soulignaient les détails, elle n'y put tenir et versa -d'abondantes larmes[696]. L'émotion fut si forte qu'un instant elle dut -quitter sa place. Quand elle y reparut, quelques minutes après, les -yeux encore humides de pleurs, le Roi la regarda avec empressement, et -un air visible de contentement se répandit sur toute sa physionomie. -Malgré la sainteté du lieu, l'église retentit de cris et de battements -de mains. L'assistance tout entière fut attendrie et des larmes -coulèrent de bien des yeux, redoublant celles de la Reine[697]. - -Louis XVI avait interdit de tapisser les rues sur son passage, afin, -disait-il, de mieux voir son peuple et d'en être vu[698]. Le jour -même du sacre, à sept heures du soir, le Roi, ayant la Reine à son -bras, alla, en habit ordinaire et sans autre suite qu'un capitaine des -gardes et quelques exempts, se promener le long de la grande galerie -de bois qui servait de passage entre l'archevêché et l'église. Il -y avait beaucoup de monde dans cette galerie, beaucoup en dehors. -Le prince défendit qu'on fît sortir qui ce fût et qu'on empêchât -personne d'approcher. La population, heureuse et reconnaissante, se -pressait autour du couple royal, dont elle n'était séparée que par -une balustrade à hauteur d'appui. Pendant plus d'une heure, le Roi -et la Reine restèrent ainsi confondus dans la foule, répondant avec -la meilleure grâce à cet empressement, se laissant aborder et voir, -donnant à chacun des marques de bienveillance. C'était la Reine qui -avait eu la première pensée de cette promenade; le public ne l'ignorait -pas et l'en récompensait par ses vivats[699]. - -Quand on pense que ces acclamations populaires se manifestaient au -milieu de germes de mécontentement universellement répandus, que le -pain était cher, que les mesures réformatrices de Turgot, habilement -exploitées par ses ennemis, avaient excité partout l'inquiétude, -et que, deux mois auparavant, des émeutes avaient éclaté à Dijon, -à Versailles, à Paris, on se demande ce qu'il faut le plus admirer -en cette circonstance, ou cet attachement obstiné de la nation à -ses princes, qui pouvait être une si grande force entre les mains -de ministres habiles, ou cette incroyable mobilité du caractère -français, qui passe si facilement de l'enthousiasme à la colère et -qui, avec des souverains jeunes et inexpérimentés comme Louis XVI et -Marie-Antoinette, des ministres légers comme Maurepas, dédaigneux des -obstacles comme Turgot, devenait le plus formidable des dangers. La -Reine ne se le dissimulait pas, et, si son bonheur était complet, sa -confiance n'était point sans mélange. - -«C'est une chose étonnante et bien heureuse en même temps, -écrivait-elle à sa mère, d'être si bien reçu deux mois après la révolte -et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue. C'est une -chose prodigieuse dans le caractère français de se laisser emporter -aux mauvaises suggestions et de revenir tout de suite au bien. Il est -sûr qu'en voyant des gens qui, dans le malheur, nous traitent aussi -bien, nous sommes encore plus obligés de travailler à leur bonheur. -Le Roi m'a paru pénétré de cette vérité. Pour moi, je sais bien que je -n'oublierai jamais de ma vie, dût-elle durer deux cents ans, la journée -du sacre. Ma chère maman, qui est si bonne, aurait bien partagé notre -bonheur[700].» - -Les cérémonies durèrent quatre jours encore. Le 12, le régiment de -hussards du comte Esterhazy exécuta à quelque distance de la ville des -manœuvres auxquelles assistèrent la Reine et Madame[701]. Le 13, le Roi -fut reçu solennellement grand-maître de son ordre, et en tint ensuite -le chapitre[702]. Le 14, suivant l'antique usage, il se rendit à -cheval à l'abbaye de Saint-Rémy, y entendit la messe, et, au sortir de -l'église, toucha dans le parc plus de deux mille malades, auxquels il -fit distribuer des aumônes[703]. La Reine alla voir passer le cortège -dans une maison particulière. Le soir, les deux époux parcoururent -en voiture, au milieu des vivats du peuple, la belle promenade qui -entourait la ville. Mais, c'était la Reine surtout qui attirait -l'attention. «Elle a paru dans tous les instants, écrivait Mercy, avec -dignité, bonté et grâce, et si les hommages qu'on lui a rendus ont été -extraordinaires et universels, il est bien certain aussi que jamais -hommages n'ont été mieux mérités[704].» - -Le 16, la Cour retourna à Compiègne; le 19, elle rentra à Versailles. - -De nouvelles fêtes l'y attendaient. Le 12 février, le Roi avait déclaré -le mariage de sa sœur Clotilde avec Charles-Emmanuel de Savoie, prince -de Piémont, fils aîné du roi de Sardaigne. Le 21 août, le mariage fut -célébré dans la chapelle du château. Il y eut grand couvert, jeu, bal -à la Cour, bal chez le comte de Viry, ambassadeur de Sardaigne. Avec -quel éclat la Reine parut à ces fêtes, Walpole l'a dit dans une lettre -que nous avons citée plus haut. Il y avait, en la voyant, comme un cri -général d'admiration. - -Le 28, Mme Clotilde dit adieu à sa famille française et prit la -route de Turin. Ce départ ne fut pas une tristesse pour la Reine; -un instant, lorsqu'elle était encore Dauphine, elle avait été assez -liée avec sa jeune belle-sœur, dont elle appréciait le caractère -doux et bienveillant; elle avait assisté à des bals chez elle ou -à des représentations de petites pièces qui étaient à la fois un -divertissement et un complément d'éducation[705]. Mais cette intimité -dura peu. Bientôt, sous l'influence de sa gouvernante, Mme de Marsan, -dont elle avait fait de nom et de cœur sa «petite chère amie[706]», -la jeune princesse s'éloigna de sa royale belle-sœur. Depuis la mort -de Louis XV surtout, Mme Clotilde vivait à l'écart, et son mariage ne -laissait pas de vide à la Cour. Nous dirions presque que ce fut pour -Marie-Antoinette un soulagement; en mettant fin à la mission de Mme -de Marsan, il diminuait l'importance d'une femme qui s'était toujours -montrée et se montrait encore une de ses plus acharnées et plus -dangereuses ennemies. - -La Reine avait alors d'autres préoccupations. A l'instigation des amis -de Choiseul, dont elle était entourée, et en dépit de sa mère, qui -redoutait pour la politique autrichienne l'activité et la clairvoyance -de l'ancien ministre[707], elle songeait toujours à rappeler à la -Cour l'homme auquel elle devait la couronne de France. Au moment du -sacre, Choiseul, en sa qualité de chevalier des ordres du Roi, était -venu à Reims et la Reine lui avait accordé une audience. Elle avait -fait plus, et par une diplomatie féminine, dont elle se vanta dans une -lettre regrettable au comte de Rosemberg[708] mais qui lui attira les -justes reproches de Marie-Thérèse, elle avait trouvé moyen de faire -fixer par Louis XVI lui-même l'heure de cette audience[709]. La chose -fut vite connue du public et l'on en inféra aussitôt la rentrée de -Choiseul au Conseil; lui-même affectait un air plein de confiance; -il avait, disait un chroniqueur, «ce nez au vent qui caractérise son -génie audacieux[710].»—Je ne répondrais pas, écrivait de son côté -Marie-Antoinette, que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se -reposer chez lui[711]. Mais était-ce bien là l'intention de la jeune -souveraine? - -N'avait-elle pas voulu simplement donner une marque publique d'intérêt -au négociateur de son mariage? Songeait-elle à demander quelques avis -à un homme dont nul ne contestait l'intelligence, ou poussait-elle la -confiance en lui jusqu'à vouloir entrer dans toutes ses vues? Si cela -était, le but fut manqué. Le Roi persista dans sa froideur et dans ses -répugnances; la Reine elle-même, assez peu satisfaite d'une entrevue où -Choiseul s'était montré plus personnel que vraiment dévoué, refusa de -se prêter à certaines de ses insinuations, et le ministre déchu rentra -dans la retraite pour n'en plus sortir[712]. - -La Reine n'en demeurait pas moins entourée des amis de Choiseul, et -très portée à subir leur influence et à épouser leurs querelles; -il semblait qu'il y eût là pour elle une dette de reconnaissance. -Elle en avait donné récemment une preuve éclatante aux yeux de tous, -dans le procès du comte de Guines. Ambassadeur à Londres, après -l'avoir été à Berlin, homme d'esprit, aimable[713], mais ambitieux et -léger, très lié avec Choiseul, le comte de Guines avait été accusé -d'avoir fait de la contrebande en Angleterre, sous le couvert de ses -franchises d'ambassadeur, et d'avoir spéculé à la Bourse, à l'aide -des informations qu'il devait à sa place. Il rejetait tout sur son -secrétaire Tort de la Sonde; mais celui-ci soutenait n'avoir agi que -d'accord avec son chef. Le procès fut porté au Parlement de Paris: -ce fut un événement. «Tout le monde s'intéresse à cette affaire, -écrivait Mme du Deffand, qui ne s'y intéressait pas moins que tout -le monde, les uns par amitié, les autres par curiosité[714].» Le duc -d'Aiguillon, incidemment impliqué dans le débat, agissait de toutes -ses forces contre M. de Guines, que soutenaient en revanche tous les -amis de Choiseul. C'étaient correspondances contre correspondances, -requêtes contre requêtes, mémoires contre mémoires[715]. La Reine, -circonvenue par son entourage, se déclara pour l'ambassadeur, et elle -le fit avec l'ardeur passionnée qu'elle apportait dans ses amitiés. -Le comte de Guines avait cru nécessaire à sa justification d'insérer, -dans les mémoires écrits en sa faveur, certains passages de ses -anciennes correspondances ministérielles. M. de Vergennes s'y était -refusé, alléguant que, si l'on admettait une telle demande, le secret -nécessaire aux affaires de l'État serait violé et qu'aucun ministre -étranger n'oserait plus faire de communications confidentielles aux -ministres de France. Le Conseil avait approuvé unanimement la décision -de Vergennes; mais la Reine, poussée par sa société, fit de tels -efforts près du Roi que, malgré ce vote, la permission sollicitée -fut accordée[716]. Un peu plus tard, un mémoire du comte de Guines -ayant été supprimé par un arrêt du Conseil d'État comme diffamatoire -contre le duc d'Aiguillon, le Roi, à l'instigation de la Reine, fit -néanmoins écrire à l'ambassadeur qu'il pourrait faire usage du mémoire -supprimé et aux juges qu'ils pourraient y avoir égard[717]. Enfin, au -commencement de juin 1775, le procès fut jugé: Tort de la Sonde fut -condamné, comme calomniateur, à faire réparation d'honneur à son ancien -chef, devant douze témoins, et l'ambassadeur triomphant alla reprendre -possession de son poste. - -En même temps, le duc d'Aiguillon, qui avait fait de grands préparatifs -pour se rendre à Reims comme capitaine des chevau-légers[718], recevait -défense d'assister au sacre et ordre de se retirer dans ses terres -de Guyenne[719]. «Ce départ est tout à fait mon ouvrage, écrivait -Marie-Antoinette au comte de Rosemberg. La mesure était à son comble; -ce vilain homme entretenait toute sorte d'espionnage et de mauvais -propos. Il avait cherché à me braver plus d'une fois dans l'affaire -de M. de Guines; aussitôt après le jugement, j'ai demandé au Roi son -éloignement. Il est vrai que je n'ai pas voulu de lettre de cachet, -mais il n'y a rien perdu; car au lieu de rester en Touraine, comme il -le voulait, on l'a prié de continuer sa route jusqu'à Aiguillon, qui -est en Gascogne[720].» - -Le Roi n'avait manifesté aucune répugnance pour l'exil du duc -d'Aiguillon, qui était, à ses yeux, la dernière personnification de la -cabale odieuse de Mme du Barry. Cette immixtion de la Reine dans les -querelles de la Cour n'en était pas moins regrettable; elle la faisait -descendre de ce trône serein, du haut duquel une souveraine doit -planer au-dessus de toutes les compétitions de parti, pour jeter son -nom et sa personne dans les luttes de chaque jour; elle lui faisait -des adversaires de tous les ennemis de ses amis. Ce premier pas devait -la mener plus loin, à une démarche plus grave et plus fâcheuse; après -s'être donné le tort de prendre parti dans un procès, elle allait se -donner le tort plus sérieux d'intervenir entre le Roi et ses ministres. - -Le cabinet réformateur dont le choix de Turgot avait été le signal et -le premier fondement venait de se compléter par la nomination du comte -de Saint-Germain à la place du maréchal du Muy, mort dans d'atroces -souffrances[721], et de Malesherbes, en remplacement du détesté duc de -la Vrillière. «Quoiqu'il ait l'oreille dure, écrivait plaisamment de ce -dernier Marie-Antoinette, il a pourtant entendu qu'il était temps qu'il -partît, de peur qu'on ne lui fermât la porte au nez[722].» - -Le public avait applaudi à ces choix, et la Reine, ou ne s'en était -point mêlée, ou les avait approuvés elle-même. Elle eût souhaité -Sartines plutôt que Malesherbes, et il est certain que les aptitudes -de l'ancien lieutenant de police semblaient le désigner pour cette -place de la Maison du Roi. Mais après un premier mouvement d'humeur, -elle en avait pris son parti et fait au nouveau ministre un gracieux -accueil[723]. Elle s'était prêtée avec la meilleure volonté aux -réformes de Turgot. Elle-même, au début de son règne, avait exigé -de l'économie dans la tenue de la Cour[724], interdit les ornements -d'or et d'argent dans les toilettes[725] et consenti, sans la -moindre difficulté, aux réductions opérées dans sa maison. Elle avait -même, dit-on, quoique sur ce point sa compétence ne fût pas bien -grande, approuvé les changements faits dans l'armée par le comte de -Saint-Germain[726]. - -Mais ces réformes ne pouvaient s'opérer sans froisser bien des vanités -et léser bien des intérêts. L'ordonnance du comte de Saint-Germain[727] -sur les coups de plat de sabre avait mis l'armée en rumeur. «Mon -colonel», répondait un grenadier à un officier qui voulait lui -persuader qu'une telle punition n'avait rien de déshonorant, «en fait -de sabre, je ne reconnais que la pointe.» Le système de Turgot pour -la liberté de circulation des grains amenait des révoltes sur divers -points de la France; on était obligé d'employer la force contre ces -émeutes, et le public, mécontent, s'en vengeait en chansonnant le -contrôleur général et son général Jean Farine[728]. Les autres réformes -de Turgot n'excitaient pas moins de murmures. L'abolition des corvées, -la suppression des jurandes et maîtrises n'avaient été enregistrées -par le Parlement qu'avec l'appareil solennel et menaçant d'un lit de -justice: le premier président d'Aligre avait protesté contre elles -avec la plus sombre énergie. L'opinion se montrait de plus en plus -hostile aux mesures du ministre. On les critiquait dans les salons; -on les attaquait dans les pamphlets; on les plaisantait dans des -chansons[729]. «Plus philosophe que politique[730]», Turgot, avec sa -nature droite et un peu naïve, avec son caractère raide et cassant, -ne s'inquiétait ni des critiques, ni des attaques, ni des chansons. -«Il voyait tout en abstraction, dédaignant de porter ses regards -sur les faits, a écrit un homme qui l'aimait beaucoup, ne faisait -aucune attention au pays qu'il régissait, au siècle où il vivait, aux -institutions établies, aux usages admis, aux préjugés, aux intérêts... -Il voulait gouverner par des démonstrations, ne considérant l'homme -que comme un être intelligent, et non comme un être sensible et mené -par son intérêt[731].» Il ne brisait pas les obstacles, comme l'eût -fait Richelieu; il ne les tournait pas, comme l'eût fait Mazarin; il -les négligeait et semblait ne pas les voir. «L'engouement passager -pour les nouveautés de Turgot, a dit un juge compétent[732], avait -promptement fait place à l'irritation, parce que Turgot était, comme -on dit aujourd'hui, un _intransigeant_. Il heurtait de front les -préjugés de son temps, ne ménageant personne, le Roi pas plus que les -autres, et avait fini par mettre tout le monde contre lui.» C'est ce -que constatait l'ambassadeur de Suède, le comte de Creutz, lorsqu'il -écrivait à Gustave III, le 14 mars 1776, deux jours après le lit de -justice qui avait paru consacrer le triomphe du ministre: «M. Turgot -se trouve en butte à la ligue la plus formidable, composée de tous les -grands du royaume, de tous les Parlements, de tous les financiers, de -toutes les femmes de la Cour et de tous les dévots[733].» - -Il n'est pas étonnant qu'en entendant autour d'elle ce concert -croissant de murmures, la Reine ait pensé, de bonne foi, obéir au -mouvement de l'opinion, en se prononçant contre un ministre, objet -d'une défaveur si universelle. Elle croyait d'ailleurs avoir contre lui -des griefs personnels. Le comte de Guines avait gagné son procès devant -le Parlement; il ne l'avait pas gagné complètement devant le ministère. -Au commencement de 1776, il fut rappelé de l'ambassade de Londres. -Ses amis jetèrent feu et flamme; la Reine, froissée de cette disgrâce -d'un homme qu'elle honorait de sa protection, en accusa Vergennes, -Malesherbes, Turgot surtout, dont elle connaissait les démarches -hostiles à l'ambassadeur[734]. Elle résolut d'en tirer vengeance et -d'obtenir une double et éclatante réparation. Excitée par ses amis, -soutenue par Maurepas qui, au fond, commençait à s'effrayer de l'orage -amoncelé de toutes parts contre Turgot, et n'était pas fâché de se -délivrer d'un collègue devenu embarrassant, elle réussit à entraîner le -Roi dans sa querelle. Le 10 mai, le comte de Guines recevait le billet -suivant: - -«Lorsque je vous ai fait dire, Monsieur, que le temps que j'avais -réglé pour votre ambassade était fini, je vous ai fait marquer en même -temps que je me réservais de vous accorder les grâces dont vous étiez -susceptible. Je rends justice à votre conduite, et je vous accorde les -honneurs du Louvre, avec la permission de porter le titre de duc. Je ne -doute pas, Monsieur, que ces grâces ne servent à redoubler, s'il est -possible, le zèle que je vous connais pour mon service. Vous pouvez -montrer cette lettre[735].» - -C'était la Reine qui avait voulu ce billet; c'était même elle, -assure-t-on, qui l'avait dicté[736]. Dans l'emportement de sa colère, -elle eût souhaité que cette réhabilitation officielle de l'ambassadeur -coïncidât avec la chute de ses adversaires et que Turgot fût mis à la -Bastille[737]. Mercy parvint à empêcher ces excès; mais, le 12 mai, -Maurepas signifia au contrôleur général son congé. - -Le public avait été, assure-t-on, moins choqué de cette intervention -de la Reine que frappé de l'habileté dont elle avait fait preuve dans -cette affaire. Il admirait sa diplomatie et ne doutait plus de son -crédit[738]. Cette chute néanmoins était fâcheuse, et la part que -Marie-Antoinette y avait prise, malgré le mouvement d'opinion qui -semblait l'y pousser, plus fâcheuse encore. Peut être en eut-elle -regret: du moins en éprouva-t-elle quelque confusion; car, dans sa -correspondance avec sa mère, elle cherche à nier toute connivence dans -le renvoi de Turgot et de Malesherbes[739]. Mais elle n'avait pas su -résister aux insinuations de son entourage. - -«Votre Majesté sera sans doute surprise, écrivait Mercy a -Marie-Thérèse, que ce comte de Guines, pour lequel la Reine n'a ni ne -peut avoir aucune affection personnelle, soit cependant la cause de si -grands mouvements; mais le mot de l'énigme consiste dans les entours -de la Reine, qui se réunissent tous en faveur du comte de Guines. Sa -Majesté est obsédée; elle veut se débarrasser; on parvient à piquer -son amour-propre, à l'irriter, à noircir ceux qui, pour le bien de -la chose, peuvent résister à ses volontés; tout cela s'opère pendant -des courses ou autres parties de plaisirs, dans les conversations de -la soirée chez la princesse de Guéménée; enfin, on réussit tellement -à tenir la Reine hors d'elle-même, à l'enivrer de dissipation que, -cela joint à l'extrême condescendance du Roi, il n'y a, dans certains -moments, aucun moyen de faire percer la raison[740].» - -Ces lignes de Mercy sont graves: elles sont la peinture, assombrie sans -doute, mais avec un fond de vérité trop réel, d'une période fâcheuse de -la vie de la Reine, ce que nous appellerons volontiers la période de -dissipation. Il semble que, éblouie de l'éclat du trône sur lequel elle -venait de monter, enivrée peut-être par les applaudissements du public, -obsédée,—c'est le mot de Mercy,—par des entours qui exploitaient sa -jeunesse, Marie-Antoinette n'ait vu que le côté facile de l'existence -qui s'était ouverte prématurément devant elle. Marie-Thérèse avait -raison de le dire: il eût fallu six ans encore[741] pour affermir chez -la Reine la réserve et les goûts réfléchis dont nous avons constaté -les progrès naissants dans les derniers mois de sa vie de Dauphine, -pour que la maturité de l'âge amenât celle de la raison. Cette prise -de possession trop précoce de la toute-puissance par des souverains, -si jeunes et «si neufs» encore, vint tout gâter et tout mettre en -question. Il y eut là, pendant quelques années, des entraînements -irréfléchis, une ardeur de plaisirs «licites», sans doute, mais -«hazardeux», suivant le mot de l'Empereur[742], des imprudences même, -si l'on veut, qui furent regrettables, mais dont il importe de ne pas -exagérer l'importance et dont nous aurons à rechercher les causes. - - - - -CHAPITRE XII - - Période de dissipation.—Courses de chevaux.—Chasses au bois - de Boulogne.—Courses en traîneau.—Voyages à Paris.—Bals de - l'Opéra.—Aventure de Monsieur.—La Reine en fiacre.—Oubli de - l'étiquette.—Condescendance fâcheuse du Roi.—Dépenses de la - Reine.—Les bijoux.—Le jeu.—Les banquiers à Fontainebleau.—Malgré - tout, la Reine reste fidèle aux habitudes de piété.—Ce que pense - Mercy du caractère et de la conduite de Marie-Antoinette pendant - cette période.—Jugement du prince de Ligne.—Jugement du comte de - Goltz.—Une page du comte d'Haussonville. - - -Les derniers jours du règne de Louis XV avaient été tristes. -Éloignée des plaisirs du Roi par son antipathie pour Mme du Barry; -osant à peine organiser, avec la jeune famille royale, quelques -amusements particuliers, qui eussent pu paraître une condamnation -de ceux du vieux monarque; vivant à l'écart entre de vieilles -filles ombrageuses et maussades et une dame d'honneur entichée de -l'étiquette, Marie-Antoinette avait dû concentrer et contraindre ses -vives et juvéniles aspirations. Lorsque, à dix-neuf ans, elle monta -sur le trône, devenue tout à coup libre de ses actes, ne trouvant ni -direction ni expérience chez un mari à peu près aussi jeune et aussi -inexpérimenté qu'elle, et d'un caractère moins ferme, il semble qu'il -y ait eu, chez cette nature comprimée, comme une spontanée réaction; -la sève refoulée de la jeunesse s'épanouit et s'emporta dans toute son -exubérance. Condamnée depuis quatre ans à un ennui officiel, la Reine -parut comme affamée de plaisirs et de distractions. Il ne manquait -pas, à la Cour, de gens qui partageaient avec Marie-Antoinette ce goût -des amusements, et parmi eux, tout le premier, son beau-frère, le comte -d'Artois. Le «prince de la jeunesse», comme on l'appelait[743], se fit -en quelque sorte l'organisateur des fêtes de sa jeune belle-sœur. - -Ce furent d'abord les courses de chevaux, plaisir nouveau récemment -importé d'Angleterre. L'anglomanie était alors à la mode. Malgré la -sanglante réponse de Louis XV au comte de Lauraguais[744], les jeunes -seigneurs, comme le comte d'Artois, le duc de Chartres, le duc de -Lauzun, le marquis de Conflans, ne rêvaient que de faire adopter en -France les habitudes anglaises. La première course eut lieu le 9 mars -1775, dans la plaine des Sablons[745]; ce fut un cheval du duc de -Lauzun qui remporta le prix. La Reine y vint, «belle comme le jour,» -dit Métra, et le jour était superbe; elle y vint avec Monsieur, -Madame, et la comtesse d'Artois. A cette course en succédèrent -d'autres; puis ce devint un amusement régulier, qui eut lieu chaque -semaine aux environs de Paris, et auquel la jeune souveraine prit -un goût «extraordinaire[746]»; mais cet amusement n'était pas sans -inconvénient. La liberté des courses autorisait une confusion fâcheuse. -On avait élevé pour la Reine une sorte d'estrade d'où elle dominait la -piste; c'était là que se réunissaient les principaux amateurs, et ces -amateurs, emportés par leur ardeur, n'avaient pas toujours la tenue -qui eût convenu. On entrait dans le pavillon en bottes et en chenille, -et les gens graves en étaient scandalisés. Il y avait là toute une -troupe de jeunes gens, «indignement vêtus, dit Mercy, faisant une -cohue et un bruit à ne pas s'entendre[747],» et, au milieu d'eux, la -famille royale, perdue en quelque sorte dans la foule sans distinction -aucune; le comte d'Artois, courant de haut en bas, pariant, se désolant -bruyamment quand il perdait, se livrant à une joie non moins bruyante -quand il gagnait, s'élançant dans le peuple pour aller encourager ses -postillons ou «jaquets» et revenant présenter à la Reine celui qui -lui avait gagné un prix. La Reine avait beau conserver, au milieu de -ce pêle-mêle, un air de dignité qui en diminuait les inconvénients; -le public, ne pouvant saisir cette nuance, voyait là une familiarité -qui semblait exclure le respect[748]. Le Roi n'avait pu se résoudre -qu'une seule fois à assister à un de ces divertissements[749]; il ne -dissimulait pas son mécontentement et la Reine elle-même sentait le -peu de convenance de ces imitations anglaises; mais, entraînée par son -ardeur, elle ne mettait pas toujours sa conduite d'accord avec ses -sentiments[750]. - -D'autres fois, c'étaient des courses en cabriolet[751] ou des chasses -au daim dans le bois de Boulogne, avec le comte d'Artois. La chasse se -terminait par un dîner dans une maison du bois. La Reine sans doute -n'assistait jamais à ces repas, auxquels le bruit public reprochait -d'être trop gais. Mais cependant, à Paris, on la voyait avec peine -monter avec son beau-frère dans de petites voitures ouvertes que -le comte conduisait lui-même, et l'on regrettait qu'elle semblât -s'associer si complètement aux parties de plaisir d'un prince que sa -légèreté faisait juger sévèrement[752]. - -L'année 1776 amena d'autres divertissements. L'hiver était -exceptionnellement rude; la neige couvrit la terre plus de six semaines -de suite. Marie-Antoinette, qui se souvenait encore du charme qu'elle -avait goûté dans son enfance à des courses en traîneau, voulut s'en -donner l'amusement. Ce n'était point une nouveauté à la Cour de -France: on retrouva dans le dépôt des écuries de Versailles de vieux -traîneaux qui avaient servi au Dauphin, père de Louis XVI; mais on en -fit faire des neufs, plus appropriés à la mode du jour, et la Reine, -accompagnée de la princesse de Lamballe, charmantes toutes deux dans -les fourrures qui les enveloppaient, se mit à courir sur la glace, avec -les principaux seigneurs et les principales dames de la Cour. Elle -hésitait à venir à Paris dans la crainte, disait-elle, «d'être ennuyée -par de nouvelles histoires[753].» Les premières parties se firent -dans le parc de Versailles; le bruit des grelots dont les harnais des -chevaux étaient garnis, l'élégance et la blancheur de leurs panaches, -la variété de forme des diverses voitures, l'or dont elles étaient -rehaussées, tout cela constituait un coup d'œil charmant pour les -spectateurs[754]. Le succès encouragea; on poussa jusqu'au bois de -Boulogne[755]; une fois même on vint à Paris, et l'on parcourut les -boulevards et quelques rues. Par bonté, et comme le terrain glissant et -couvert de frimas pouvait rendre les chutes fréquentes et dangereuses, -la Reine n'avait pas voulu être escortée de ses gardes. Mais le public -ne comprit pas ce motif d'humanité et, accoutumé à voir les souverains -entourés d'une pompe fastueuse, il fit un crime à Marie-Antoinette -de cet appareil trop simple[756]. La Reine le sut: dans les années -suivantes, elle ne fit plus que de rares courses en traîneau, et -lorsque, en 1778, elle revint à Paris, une seule fois d'ailleurs, ce -fut avec une suite nombreuse, en très bon ordre, et accompagnée de -toute la Cour dans vingt et un traîneaux[757]. - -La Reine aimait Paris; elle en aimait les spectacles; elle en aimait -les divertissements; elle se plaisait à y prendre part, et les -Parisiens, au début du moins, étaient heureux de ces apparitions -fréquentes qui tenaient les acteurs en haleine et les forçaient de -perfectionner leur jeu[758]. La Reine allait au Colisée, avec Monsieur, -sans diamants ni coiffure, se laissant approcher par tout le monde, -et le public applaudissait[759]. Elle allait au Palais-Royal, à un -bal paré que donnait le duc de Chartres; mais cette fois le public -murmurait: ce n'était point l'usage que la Reine acceptât un bal -chez le duc d'Orléans. Le Roi l'avait permis pourtant; mais il -n'était pas venu lui-même[760]. La Reine allait surtout aux bals de -l'Opéra. C'était alors le rendez-vous de la bonne compagnie; les -grands seigneurs et les dames de la Cour se réunissaient là en domino -et s'amusaient à y intriguer. Marie-Antoinette y prenait plaisir -elle-même. «Pour n'être pas reconnue, raconte le prince de Ligne,—ce -qu'elle était toujours pour nous et même pour les Français qui la -voyaient le moins,—elle s'adressait aux étrangers pour les intriguer; -de là mille histoires et mille amants anglais, russes, suédois et -polonais[761].» - -La Reine n'allait jamais seule à ces bals; elle était toujours -accompagnée, soit de quelqu'un de sa suite, soit le plus habituellement -des princes ou princesses de la famille royale. Un officier de garde -se tenait à quelques pas d'elle; une de ses dames était à ses côtés, -et, s'il lui arrivait de se promener un instant avec des hommes, ce -n'était jamais qu'avec des personnages connus et de distinction[762]. -Mais le Roi n'y paraissait que rarement, et, tout en encourageant sa -femme à user de ces sortes d'amusements, il s'abstenait ordinairement -d'y prendre part[763]. Quelquefois même, Madame, avec sa politique -«italienne», prétextait au dernier moment une indisposition, afin de -ne point accompagner sa belle-sœur[764]. La Reine allait donc avec -Monsieur, et le public en glosait; on n'épargnait à la jeune princesse -ni les critiques malveillantes ni même les apostrophes directes. Une -fois, un masque s'était enhardi jusqu'à s'approcher d'elle et à lui -reprocher gaîment de manquer aux devoirs d'une bonne femme qui devrait -rester près de son mari et ne pas courir les bals sans lui. La liberté -de ces sortes de réunions faisait naître des inconvénients qui fussent -passés inaperçus dans d'autres pays, mais que Mercy déclarait justement -redouter avec l'étourderie et la légèreté françaises[765]. - -Un jour, à l'Opéra, la Reine avait voulu circuler dans le bal; pour -ne pas trahir son incognito, elle avait ordonné au chef de ses gardes -de ne la suivre qu'à dix pas et elle s'avançait avec Monsieur et -la duchesse de Luynes. Un masque en domino noir vint heurter assez -rudement Monsieur, qui le repoussa d'un coup de poing. Le masque -se plaignit à un sergent qui s'apprêtait à arrêter le prince, -lorsque l'officier le fit reconnaître. Cet incident, fort simple en -lui-même, donna naissance aux histoires les plus ridicules[766]. Les -circonstances les plus ordinaires étaient aussitôt travesties, et -rarement avec bienveillance. - -«L'absurdité et l'invraisemblance des mensonges qui se débitent ici -à tout propos n'ont point de bornes,» écrivait Mercy[767]. Les gens, -qui n'avaient pour vivre d'autre métier que d'écrire des gazettins, -les remplissaient d'une foule d'anecdotes, inventées à plaisir pour -la plupart, mais qui, trouvant prétexte dans ces excursions à Paris -et ces apparitions aux bals, rencontraient crédit dans les salons et -assuraient le débit de ces feuilles à l'étranger. Les amateurs de -scandales s'en délectaient, et ainsi se formait autour du nom de -Marie-Antoinette une légende malveillante qu'entretenaient les haines -de cour, qu'ont alimentée les pamphlets, qui, reproduite dans les -mémoires d'ennemis acharnés, exploitée par les passions de parti, est -arrivée jusqu'à nous et que, malgré l'éclat de la vérité, l'histoire, -exactement informée aujourd'hui, a souvent encore bien de la peine à -dissiper; tant il est difficile, en France, de détruire une calomnie! - -Que n'a-t-on pas dit, par exemple, de ce qu'on a nommé l'aventure du -fiacre? Cette aventure, la voici dans toute sa simplicité: - -C'était en 1779, trois ans après l'incident que nous venons de -raconter: la Reine avait conservé le goût des bals de l'Opéra, et le -Roi avait fini par le prendre. Tous deux y étaient venus ensemble, -le soir du dimanche gras, et, après être restés jusqu'au matin -dans la salle sans être reconnus, étaient revenus à Versailles -en tête-à-tête[768]. Ils avaient formé le projet de retourner à -l'Opéra le mardi suivant. Puis, au dernier moment, le Roi avait -changé d'avis et engagé la Reine à aller seule à ce bal, avec une de -ses dames d'honneur. La Reine partit donc seule avec la princesse -d'Hénin. A Paris, elle se rendit chez le premier écuyer, le duc de -Coigny, pour prendre une voiture particulière, qui sauvegardât son -incognito, et c'est dans cet équipage qu'elle s'achemina vers l'Opéra. -Malheureusement, la voiture était mauvaise: elle se brisa à quelque -distance du théâtre. La Reine descendit avec sa dame d'honneur, -entra, sans se démasquer, dans la maison d'un marchand de soieries, -pendant qu'on cherchait une autre voiture, et, comme on ne pouvait en -trouver, monta dans un fiacre qui passait et arriva ainsi à l'Opéra. -Quelques personnes de sa suite, qui s'y étaient rendues séparément, -l'entourèrent et ne la quittèrent plus, tout le temps qu'elle resta au -bal, et sans qu'elle eût été reconnue. Telle fut l'histoire du fiacre, -d'après les témoins les mieux informés[769]. La Reine cependant en -fut un peu peinée; mais le Roi ne fit qu'en rire et y trouva matière -à plaisanterie; les gazettiers seuls, amateurs et inventeurs de -scandales, la travestirent en calomnies. - -Il n'en est pas moins vrai que ces courses à Paris, ces apparitions -aux bals de l'Opéra avaient de réels inconvénients. La Reine, forte -du témoignage de sa conscience et de la pureté de ses intentions, -n'apercevait là qu'un plaisir innocent et une distraction sans -conséquence. Mercy voyait plus juste, quand il faisait à la jeune -princesse, sur ces passe-temps frivoles, des observations sérieuses: -ce n'étaient que de petites fautes, mais qui produisaient une -impression fâcheuse. La Reine, avec sa bonté naturelle et son accueil -facile, parlait à tout le monde, et il en résultait une apparence -de laisser-aller qui compromettait un peu sa dignité et froissait -le public, mal habitué à cette manière d'être. On s'accoutumait peu -à peu, même dans les actions les plus solennelles, même avec les -meilleures intentions, à oublier le haut rang d'une souveraine, qui -semblait ne pas vouloir s'en souvenir elle-même; la familiarité tuait -le respect[770]. «Toujours plus près de son sexe que de son rang, a dit -justement Rivarol, elle oubliait qu'elle était faite pour vivre et -mourir sur un trône réel; elle voulut trop jouir de cet empire fictif -et passager que la beauté donne aux femmes ordinaires et qui en fait -des reines d'un moment[771].» - -Il ne faudrait pas cependant imputer à la Reine seule ces imprudences: -Louis XVI en doit porter avec elle, et peut-être plus qu'elle, la -responsabilité. Chef de famille et chef d'État, c'était à lui à -comprendre le tort que ces courses à Paris pouvaient faire à sa -femme; c'était à lui à l'en avertir et, au besoin, à lui interdire -des distractions, innocentes en elles-mêmes, sans contredit, mais qui -prêtaient le flanc à la critique. Il ne le faisait pas: loin de là, -non seulement il autorisait ces plaisirs, mais il était le premier à -engager Marie-Antoinette à s'y livrer[772]; et lorsque Marie-Thérèse, -alarmée, pour le crédit de sa fille, des bruits qui lui arrivaient -de Paris, et se faisant, de Vienne, l'écho sévère des observations -de Mercy, écrivait que ces amusements «où la chère Reine se trouvait -sans ses belles-sœurs et le Roi, lui avaient causé bien de tristes -moments[773]», la jeune femme avait le droit de répondre que, ces -amusements, le Roi les connaissait et les approuvait, et qu'elle ne -pouvait mal faire en cédant aux instances de son mari[774]. - -«Parmi les bruits qui s'élèvent contre la gloire et la considération -essentielles à une Reine de France, écrivait Mercy le 17 décembre 1776, -il en est un qui paraît plus dangereux et plus fâcheux que les autres. -Il est dangereux, parce que, de sa nature, il doit faire impression -sur tous les ordres de l'État, et particulièrement sur le peuple; il -est fâcheux, parce qu'en retranchant les mensonges et les exagérations -inséparables des bruits publics, il reste néanmoins un nombre de faits -très authentiques auxquels il serait à désirer que la Reine ne se -fût jamais prêtée. On se plaint assez publiquement que la Reine fait -et occasionne des dépenses considérables. Ce cri ne peut aller qu'en -augmentant, si la Reine n'adopte bientôt quelque principe de modération -sur cet article. Il n'a commencé que depuis la mort du feu Roi; mais il -est déjà bien considérable[775].» - -Chose étrange, Marie-Antoinette, Dauphine, n'avait jamais eu aucun -goût de dépense. Elle avait même semblé plutôt «pencher vers une -économie un peu stricte».—«Il n'y a pas d'exemple,» écrivait -l'ambassadeur, que Mme la Dauphine ait fait de son propre mouvement -quelque libéralité marquée[776].» Un an plus tard, il observait encore -avec chagrin que «Mme l'Archiduchesse n'avait donné que bien rarement -des marques de disposition aux largesses[777]», et il se demandait, -non sans inquiétude, quel usage il pourrait faire des mille louis -que l'Impératrice l'avait autorisé à mettre à la disposition de sa -fille[778]. En montant sur le trône, Marie-Antoinette pouvait, en -toute justice, se vanter de n'avoir jamais fait de dettes[779]. Au -début même de son règne, elle s'était montrée résolue à éviter toute -dépense «inutile ou superflue», et elle avait renoncé sans regret à des -amusements susceptibles de devenir dispendieux et embarrassants[780]. -Puis, bientôt, éblouie par l'éclat de sa grandeur nouvelle, entraînée -par ses amies, elle se lança dans le tourbillon des plaisirs et du -luxe. Dauphine, elle dépensait peu pour sa toilette[781]; quoiqu'elle -aimât beaucoup les bijoux, on l'avait vue refuser des pendants -d'oreilles en brillants que Mme du Barry offrait de lui faire donner -par Louis XV[782]. Une fois sur le trône, son goût pour les pierreries -s'affirma avec plus de force et elle ne sut plus y résister. En janvier -1776, c'étaient des girandoles d'une valeur de 400.000 francs qu'elle -achetait, et il fallait demander au marchand un délai de quatre ans -pour en acquitter le prix[783]. Six mois après, c'étaient des bracelets -de 250.000 livres. «Cette emplette, disait Mercy, s'est décidée par -tentation des entours de la Reine et par protection accordée à quelques -joailliers[784].» Mais, cette fois, la cassette de la jeune femme, -largement entamée par l'acquisition des girandoles, se trouva tout -à fait insuffisante. Il fallait pourvoir au déficit: on vendit des -bijoux; puis la Reine, «avec une répugnance extrême,» se décida à -demander deux mille louis à son mari. Le Roi fit quelques observations -et versa la somme[785]. Marie-Thérèse fut moins patiente; elle adressa -à sa fille de vifs reproches. - -«Ces sortes d'anecdotes percent mon cœur, surtout pour l'avenir, lui -écrivit-elle, avec son style vif et incorrect: celle des diamants m'a -humiliée. Cette légèreté française, avec toutes ces extraordinaires -parures! Ma fille, ma chère fille, la première reine, le deviendrait -elle-même! Cette idée m'est insupportable[786]!» - -La Reine fut piquée de ces reproches: «Voilà que mes bracelets sont -arrivés à Vienne,» dit-elle avec humeur en lisant cette lettre de sa -mère; «je gage que cet article vient de ma sœur Marie[787]!» Ne sachant -que répondre, elle affecta de tourner la chose en plaisanterie et -traita l'achat des bracelets de «bagatelle[788]». L'Impératrice reprit -vivement: - -«Vous passez fort légèrement sur les bracelets, dit-elle; mais cela -n'est pas tel que vous voulez l'envisager. Une souveraine s'avilit -en se parant, et encore plus si elle pousse cela à des sommes si -considérables, et en quel temps! Je ne vois que trop cet esprit de -dissipation; je ne puis me taire, vous aimant pour votre bien, non pour -vous flatter[789].» - -Marie-Thérèse avait raison; son langage était sévère, mais cette -sévérité était légitime et ces craintes n'étaient que trop fondées. -Derrière ces dépenses excessives, on voit apparaître, dans l'avenir, -comme un menaçant fantôme, le procès du Collier. - -Après les achats de diamants[790], le jeu. Là aussi, la Reine subissait -des entraînements. Dauphine, elle avait manifesté une assez vive -répulsion pour ce genre de plaisir[791]; Reine même, elle avait -longtemps refusé de jouer[792]. Puis le goût était né avec la société -des favorites et l'exemple du comte d'Artois, et n'avait pas tardé à -être très vif. «Son jeu est devenu fort cher, écrivait Mercy; elle -ne joue plus aux jeux de commerce, dont la perte est nécessairement -bornée; le lansquenet est devenu son jeu ordinaire, et parfois le -pharaon, lorsque son jeu n'est pas entièrement public[793].» Le Roi -désapprouvait ce gros jeu; mais on se cachait de lui. Lorsqu'il venait -chez la princesse de Guéménée, on enlevait les cartes un quart d'heure -avant son arrivée; puis on les reprenait après son départ. On jouait -aussi chez la princesse de Lamballe. Louis XVI lui-même, avec sa trop -facile bonté, se prêtait parfois à ces fantaisies de la société de la -Reine; il se contentait d'en plaisanter au lieu de les interdire; le -public murmurait, et les dames de la Cour se plaignaient. - -Une fois, pendant un séjour à Fontainebleau, la Reine eut envie de -jouer au pharaon; elle demanda à son mari la permission de faire venir -des banquiers de Paris. Le Roi fit quelques objections, représenta -le danger d'autoriser, par l'exemple de la Cour, des jeux interdits -par les ordonnances de police, même chez les princes du sang; puis il -céda et accorda la permission demandée, ajoutant que cela ne tirerait -pas à conséquence, pourvu qu'on ne jouât qu'une soirée. Les banquiers -arrivèrent le 30 octobre et taillèrent toute la nuit et la matinée du -31, chez la princesse de Lamballe, où la Reine resta jusqu'à 5 heures -du matin; après quoi Sa Majesté fit encore tailler le soir et bien -avant dans la matinée du 1er novembre, jour de la Toussaint. La Reine -joua elle-même jusqu'à près de trois heures du matin. Le grand mal de -cela était qu'une pareille veillée tombait dans la matinée d'une fête -solennelle, et il en est résulté des propos dans le public. La Reine se -tira de là par une plaisanterie, en disant au Roi qu'il avait permis -une séance de jeu, sans en déterminer la durée, qu'ainsi on avait -été en droit de la prolonger pendant 36 heures. Le Roi se mit à rire -et répondit gaiement: «Allez, vous ne valez rien, tous tant que vous -êtes[794].» Il fit plus, il poussa la faiblesse jusqu'à faire revenir -lui-même les banquiers, le 11 novembre[795]. Était-ce avec une pareille -condescendance qu'on pouvait mettre un frein à cette passion de jeu qui -dérangeait les finances de la Reine et compromettait son crédit[796]? - -Hâtons-nous de dire pourtant qu'au milieu de ces entraînements et -de cette société encore infestée de la corruption de Louis XV, -parmi cette jeunesse un peu mêlée et parfois entreprenante que de -pareils amusements attiraient à Versailles ou à Fontainebleau, -Marie-Antoinette savait toujours garder une contenance qui commandait -le respect et retenait la liberté des propos[797]. L'ardeur même avec -laquelle elle se livrait aux frivolités ne changeait ni son esprit ni -le fond de son caractère, et Mercy demeurait convaincu que «l'un et -l'autre, naturellement enclins au bien, l'effectueraient de préférence, -dans des temps tranquilles et recueillis, et qu'enfin l'effet de -toutes les grandes qualités de la Reine n'était que suspendu par une -dissipation démesurée, sans rien ôter à l'espoir d'un retour plus -favorable à ses intérêts et à sa gloire[798]».—«Dans l'exacte vérité, -disait-il, il y a moins à se plaindre du mal qui existe que du défaut -de tout le bien qui pourrait exister[799].» - -Chose plus extraordinaire, cette passion de plaisirs n'altérait pas -sensiblement le fond de piété que la Reine devait aux principes -de sa mère et aux instructions de son père; en dépit de torts que -l'ambassadeur ne cessait de signaler à l'Impératrice, la plupart du -temps en les grossissant[800], Marie-Antoinette continuait à donner -à la Cour l'exemple de la régularité dans les pratiques religieuses; -et elles amenaient souvent des temps d'arrêt dans le tourbillon de -frivolités que nous avons dépeint[801], mais dont il ne faudrait pas -exagérer le caractère. - -On a voulu abuser, contre la jeune femme, de quelques imprudences, et -surtout de prétendues révélations dues à la fatuité de certains hommes -admis dans son intimité; on a parlé des _amours_ de Marie-Antoinette. -L'histoire vraie a fait justice de ces calomnies. Pendant cette période -de dissipation, au point de vue moral, il n'y eut pas une seule faute -de commise. «En tout ce qui concerne les mœurs, il n'y a pas eu, dans -la conduite de la Reine, la moindre nuance qui n'ait porté l'empreinte -de l'âme la plus vertueuse, la plus droite, la plus rigide sur tous -les principes qui tiennent à l'honnêteté du caractère... Personne -n'est plus intimement convaincu de cette vérité que le Roi[802].» Tel -est le témoignage que Mercy a rendu à la princesse, dès le début de -son règne, et que confirment toutes ses correspondances ultérieures; -tel est celui que lui rendit un peu plus tard, après l'avoir observée -de près avec une rigueur presque malveillante, un frère sévère et mal -disposé pour elle, Joseph II. Et, après avoir étudié scrupuleusement -les rapports de l'ambassadeur, de ce fidèle et loyal serviteur, de ce -témoin consciencieux, qui dit tout, qui force même le tableau, afin -de provoquer de vives remontrances de la part de l'Impératrice et des -réflexions sérieuses de la part de la Reine[803], qui ne cache pas les -imprudences et qui, s'il y en avait eu, n'eût pas davantage dissimulé -les fautes[804], mais qui n'en a pas trouvé une seule à signaler à la -sollicitude de Marie-Thérèse; après avoir étudié ces rapports, il n'y a -pas un historien impartial qui ne s'associe aux paroles de Mercy et de -Joseph II, et qui ne dise, avec l'éminent éditeur de la correspondance -de Mercy, qu'on ne peut désormais descendre «à répéter les médisances, -les calomnies, les erreurs grossières de Besenval, de Lauzun et de -Soulavie[805]»; pas un qui ne souscrive à ces lignes d'un des hommes -qui ont approché le plus près et le mieux connu Marie-Antoinette. «Sa -prétendue galanterie ne fut jamais qu'un sentiment profond d'amitié, -et peut-être distingué pour une ou deux personnes, et une coquetterie -générale de femme ou de reine pour plaire à tout le monde. Dans le -temps même où la jeunesse, le défaut d'expérience pouvaient engager à -se mettre trop à son aise vis-à-vis d'elle, il n'y eut jamais aucun -de nous, qui avions le bonheur de la voir tous les jours, qui osât en -abuser par la plus petite inconvenance; elle faisait la reine sans s'en -douter, on l'adorait sans songer à l'aimer[806].» - -Un homme qui a vu Marie-Antoinette de près, comme le prince de -Ligue, sans être pourtant de sa société, mais qui l'a vue jusqu'à la -fin, le baron d'Aubier, ne pense pas sur ce point autrement que le -spirituel écrivain: «Toujours sur le trône, dit-il dans un langage -un peu alambiqué, on lui eût plus aisément pardonné de tout effacer; -descendue dans les salons de l'amitié, la meilleure des amies, avec -toutes les prétentions d'une Française, n'y vit plus que la rivale qui -lui arrachait le sceptre du salon. Antoinette y fut un peu coquette, -sans être galante; mais tout ce qui lui eût pardonné d'être galante -à l'excès ne lui pardonna pas de plaire excessivement; les fats, -détrompés avec autant de dignité que d'indulgence, au premier mot -qu'ils glissèrent, devinrent les chevaliers de la haine de leurs -consolatrices, uniquement parce qu'Antoinette n'avait pas été ce qu'ils -disaient[807].» - -Le ministre de Prusse lui-même, le comte de Goltz, si hostile à la -Reine, toujours à l'affût des moyens de ruiner son crédit et qui -déclarait qu'_avec de la malignité_ la conduite de Marie-Antoinette -pourrait être interprétée défavorablement, était obligé de convenir -«qu'on ne pouvait s'arrêter à personne en particulier et qu'il n'y -avait là qu'un désir de plaire à tout le monde[808]». - -Récemment encore, un historien distingué, publiant et résumant les -souvenirs de son père, jeune encore sous le règne de Louis XVI, mais -déjà observateur pénétrant et sagace, et, à cause de sa jeunesse même, -plus à portée de bien voir les choses, parce qu'on ne se fût pas méfié -de lui, a écrit la page suivante, qui complète et confirme le jugement -du prince de Ligne. - -«J'ai toujours entendu dire à mon père, dont les souvenirs d'enfance -étaient très précis, que l'aspect de ces réunions,—à Trianon—était -des plus innocents; que la Reine s'y comportait avec une grâce et -une convenance exquises; qu'entre ces femmes, la plupart si jeunes, -quelques-unes si belles, et le petit nombre d'hommes admis dans leur -intimité, le ton le plus parfait ne cessait de régner. On affectait -de s'affranchir de l'étiquette, parce que la Reine le voulait. On -faisait mine de la traiter comme toute autre femme, parce que c'était -une manière détournée de lui faire sa cour; mais le respect demeurait -entier, à travers cette familiarité de convention, et la retenue se -faisait encore sentir, sous ce feint abandon. La Reine seule parvenait -à se faire illusion. Elle se félicitait, avec une entière bonne foi, -d'avoir introduit à la Cour de France les usages de la débonnaire -Autriche. Suivant mon père, dans ce cercle si réduit, composé de ses -intimes les plus privés et les plus à sa dévotion, son attitude était -celle d'une femme soigneuse de ses devoirs, attachée à son mari, que -son intérieur très grave incommodait un peu, et qui allait chercher au -plus près, et au moindre risque possible, les distractions naturelles -à son âge. Des hommes, qui passaient pour aimables et qui étaient à la -mode, y furent peu à peu introduits. Ils étaient bien accueillis de la -Reine; mais aucun ne parut jamais avoir été particulièrement distingué -par elle. Ainsi, beaucoup de laisser-aller, pas mal d'étourderie, -peut-être un peu de coquetterie, mais une coquetterie générale et -sans but; nulle apparence de manège, aucune ombre d'intrigue: voilà -ce qui apparut à mon père. C'est dire qu'il n'a jamais ajouté foi -aux attachements ou sérieux ou frivoles qu'on a prêtés à la reine -Marie-Antoinette. Il traitait ces bruits de folies ou de sottises; on -le mettait de mauvaise humeur quand on paraissait y croire[809].» - -Cette page de M. d'Haussonville nous amène tout naturellement à -l'indication des causes véritables de cette période de dissipation -que nous avons signalée dans la vie de la Reine. Si la jeune et vive -souveraine s'est laissé, pendant quelques années, emporter à un goût -de frivolités et de plaisirs que ses vrais amis s'efforçaient, trop -souvent en vain, de modérer, il importe de savoir par qui elle y fut -entraînée et pourquoi. - - - - -CHAPITRE XIII - - Société de la Reine.—La princesse de Lamballe.—Sa nomination - comme surintendante de la Maison de la Reine.—La comtesse - de Dillon.—La princesse de Guéménée.—La comtesse Jules de - Polignac.—Faveurs accordées à la famille de Polignac.—La - Société Polignac.—Le comte de Vaudreuil.—Le comte d'Adhémar.—Le - baron de Besenval.—Le duc de Guines.—Le duc de Lauzun.—Les - étrangers.—La Marck.—Esterhazy.—Stedingk.—Fersen.—Rivalité - des favorites.—Déclin du crédit de la princesse de - Lamballe.—Influence croissante de Mme de Polignac.—Inconvénients - de cette influence.—La Reine ne sait pas résister aux - sollicitations de ses amis.—Causes vraies de la dissipation de - Marie-Antoinette. - - -«Cette auguste princesse, écrivait Mercy, si intéressante par les -qualités uniques de son esprit et de son caractère, serait sans -reproche, si on la laissait à elle-même; c'est à ses indignes entours -qu'il faut s'en prendre, et je les combattrai jusqu'au dernier moment, -avec la même fermeté que je leur ai toujours montrée[810].» - -Cette société de la Reine, que l'ambassadeur jugeait si sévèrement et -qui a fait tant de tort à l'infortunée souveraine, il est temps de la -présenter à nos lecteurs. - -N'étant encore que Dauphine, Marie-Antoinette avait remarqué, aux bals -de sa dame d'honneur, la comtesse de Noailles[811], une jeune femme -aux grands yeux tranquilles, aux longs cheveux bouclés, au teint -éblouissant, à la taille ondoyante et souple[812], avec une physionomie -douce, que rehaussait encore l'auréole du malheur. Épouse à 18 ans, -veuve à 19 de l'indigne fils du duc de Penthièvre[813], Marie-Thérèse -de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, n'avait connu du mariage -que les désillusions et les tristesses. C'était un cœur délicat et -tendre, qui n'eut que deux attachements: celui de son beau-père, dont -elle soutenait la vieillesse et partageait la bienfaisance; celui de -la Reine, à laquelle, dans les jours d'épreuve, elle apporta le plus -décisif témoignage d'affection, le témoignage du sang. Marie-Antoinette -la vit; elle l'aima de prime abord, séduite peut-être par l'élégance -de sa démarche, véritable type de la grâce,—car la Reine était comme -naturellement attirée vers tout ce qui était gracieux[814],—séduite -plus encore par la limpidité de son regard, la sensibilité de son âme, -et ce je ne sais quoi de mélancolique et de rêveur qu'une vie, déjà si -éprouvée dans un âge si tendre, avait jeté sur cette jeune italienne, -blonde comme une femme du Nord. Avec l'affection naquit la confiance, -avec la confiance, l'intimité. L'avènement de la Reine ne fit que -resserrer ces liens, et, dans l'hiver de 1776, nous retrouvons les deux -amies, associées dans ces promenades en traîneau, qui d'abord amusèrent -Paris, puis bientôt le firent murmurer; toutes deux l'une près de -l'autre, confondant leur fraîcheur et leurs sourires, mêlant en quelque -sorte les boucles de leurs cheveux et l'éclat de leur gaieté; toutes -deux abritant sous d'épaisses fourrures la souplesse de leur taille et -les roses de leur visage; belles et radieuses comme «le printemps, sous -la martre et l'hermine[815]». - -Mme de Lamballe fut la seule liaison de la Dauphine[816], la première -et la plus longue liaison de la Reine. Pendant plusieurs années, -son influence fut prépondérante, et, quelque respect qu'inspire -un dévouement, dont l'héroïsme fut poussé jusqu'au martyre, cette -influence ne fut pas toujours heureuse. Esprit un peu étroit[817], -caractère honnête mais ombrageux[818], Mme de Lamballe, par certaines -prétentions inusitées, par des ambitions qui semblaient peu -désintéressées, soit pour elle, soit pour les siens, mit plus d'une -fois la Cour en rumeur, et le public en courroux[819]. Son frère, le -prince de Carignan, obtenait, grâce à elle, trente mille francs de -pension et un régiment d'infanterie[820], au grand mécontentement -du ministre, qui n'avait pas été consulté, et des officiers, qui -aspiraient au grade de colonel. Elle-même, six mois après, était nommée -surintendante de la maison de la Reine[821]. La comtesse de Noailles, -devenue maréchale de Mouchy, ayant donné sa démission sous prétexte -d'accompagner son mari dans son gouvernement de Guyenne[822], mais -au fond par jalousie contre l'influence croissante de la favorite, -Marie-Antoinette, qui voyait sans regret s'éloigner une dame d'honneur -qu'elle n'avait jamais aimée, s'empressa de profiter de son départ -pour obtenir du Roi le rétablissement de la place de surintendante, en -faveur de Mme de Lamballe[823]. «Jugez de mon bonheur, écrivait-elle -au comte de Rosemberg; je rendrai mon amie heureuse, et j'en jouirai -encore plus qu'elle[824].» Mais le rétablissement d'un poste, supprimé -depuis plus de trente ans, ne laissait pas que de présenter de graves -inconvénients, au moment même où l'on entrait dans la voie des réformes -et de l'économie. Le traitement de la surintendante était primitivement -de quinze mille livres, et trente mille d'extraordinaire pour tenir une -table à la Cour. La dernière titulaire, Mlle de Bourbon, avait trouvé -moyen, par le crédit de son père et sous différentes dénominations, de -faire porter ce chiffre à cinquante mille écus, soit cent cinquante -mille livres. La princesse de Lamballe émit de pareilles prétentions, -et Maurepas, qui vit là un moyen de se faire bien voir de la Reine, -décida le Roi à agréer la demande de Mme de Lamballe; le traitement de -la nouvelle surintendante fut arrêté à cinquante mille écus[825]. - -La fixation des attributions de la charge rétablie n'offrit pas moins -de difficultés. Certaines de ces prérogatives étaient exorbitantes. -Pour n'en citer qu'une, aucune dame de la Reine ne pouvait exécuter un -ordre donné par elle, sans avoir été prendre préalablement l'attache -de la surintendante. On voulut réformer cet abus; un nouveau règlement -fut fait par l'abbé de Vermond; mais Mme de Lamballe refusa de s'y -soumettre, alléguant que son beau-père ne consentait pas à ce qu'elle -acceptât un poste déchu de son antique splendeur. La Reine céda aux -sollicitations de son amie, et toute sa Maison fut en rumeur. La -princesse de Chimay hésitait à prendre la place de dame d'honneur, la -comtesse de Mailly, celle de dame d'atours, parce qu'il leur semblait -que le rétablissement de la surintendance ne laissait plus à leurs -fonctions qu'une importance subalterne. Marie-Antoinette s'irrita de -voir ainsi marchander ses faveurs; elle ordonna. Mesdames de Chimay et -de Mailly s'inclinèrent; mais le mécontentement subsista. - -Les inconvénients ne tardèrent pas à se faire sentir. La princesse -de Lamballe, très attachée au cérémonial[826] et d'autant plus raide -sur ses prérogatives qu'elle les sentait plus contestées, froissait -souvent quelqu'une des dames de la Reine; c'étaient spécialement des -disputes continuelles avec la dame d'honneur et la dame d'atours. Ces -discussions incessantes, dont le bruit parvenait jusqu'à la Reine, -finirent par l'agacer; elle sut mauvais gré à Mme de Lamballe d'être -l'occasion et la cause de ces querelles, et, son affection en étant -refroidie[827], elle se mit en quête d'autres amies. Un instant, son -goût la porta vers une jeune femme, d'origine irlandaise, la comtesse -de Dillon[828]. Grande et bien faite, quoique un peu maigre, Mme de -Dillon avait un visage charmant, une voix sympathique où se reflétait -la douceur de son âme[829]. Marie-Antoinette fut attirée par cette -douceur; mais bientôt les demandes indiscrètes de la nouvelle favorite, -que poussait une mère intrigante, Mme de Roth, blessèrent la Reine, et -elle ne traita plus Mme de Dillon qu'avec la bonté ordinaire qu'elle -témoignait aux femmes de la Cour[830]. - -Le crédit de la princesse de Guéménée fut plus durable. Par sa -naissance,—elle était fille du prince de Soubise;—par sa place,—elle -était, quoique la Reine ne fût pas encore mère, gouvernante des Enfants -de France, en survivance de sa tante la comtesse de Marsan,—Mme de -Guéménée tenait un grand état à la Cour. Elle réunissait chez elle une -société brillante, et Marie-Antoinette se plaisait à y aller passer -des soirées. Mercy avait, au début, encouragé cette intimité; lié avec -la princesse, il surveillait plus facilement ce qui se passait chez -elle[831], et il voyait là, d'ailleurs, un contrepoids à l'influence -de Mme de Lamballe. Les affections de sa royale pupille l'inquiétaient -moins en se divisant; elles perdaient en profondeur ce qu'elles -gagnaient en étendue[832]. Mais la société de Mme de Guéménée ne -présentait pas moins d'inconvénients que celle de la surintendante. Si -ce qu'on appelait le _Palais-Royal_, c'est-à-dire le duc de Chartres -et son entourage, se réunissait chez Mme de Lamballe, le salon de -la gouvernante des Enfants de France était le rendez-vous de tous -les partisans de Choiseul. Ses bals étaient bruyants[833]; son jeu, -effréné, et, qui pis est, suspect; ses amis, intrigants et indiscrets. -Cette société était composée presque exclusivement de jeunes gens, -habitués aux conversations libres, disposés à ce défaut, si grave -chez les personnages haut placés, et auquel la Reine était inclinée -elle-même, de jeter le ridicule sur les hommes et les institutions. -Quoique, par son maintien, elle imposât respect à ceux qui -l'entouraient, et contînt les écarts de langage[834], Marie-Antoinette -sentit le danger de cette intimité, et, sans y renoncer complètement, -elle modéra ses visites chez la gouvernante[835]. - -A vrai dire, c'était plus le goût des plaisirs que le goût pour la -personne qui entraînait la Reine chez la fille du prince de Soubise, -c'était la politique qui l'y retenait. Ce fut le cœur seul qui présida -à une nouvelle liaison, plus durable que celle de Mme de Lamballe, -puisqu'elle ne connut guère d'éclipse; aussi profonde, puisque, comme -elle, elle ne fut brisée que par la mort, la liaison avec Mme de -Polignac. - -Mariée, à 17 ans, au comte Jules de Polignac, Gabrielle-Yolande de -Polastron avait vécu longtemps à Claye, dans une demi-retraite, assez -conforme à ses goûts et commandée par sa situation de fortune. Ce fut à -25 ans seulement, après la mort de Louis XV, qu'elle vint à Versailles, -où l'attirait sa belle-sœur, la comtesse Diane de Polignac, nommée dame -de la comtesse d'Artois; elle parut à la Cour et y fut tout d'abord -remarquée. Son visage d'un ovale parfait, sauf la forme défectueuse et -la couleur trop foncée du front[836], ses traits angéliques[837], ses -grands yeux bleus[838], ses longs cheveux bruns, sa bouche charmante, -ses dents superbes, son cou bien détaché, ses épaules bien prises, sa -taille moyenne, mais qui paraissait plus grande qu'elle n'était en -réalité, lui donnaient l'aspect de la grâce, plutôt que de la beauté. -Un nez un peu en l'air, sans être retroussé[839], un regard profond, où -se reflétaient de grands étonnements naïfs, un sourire enchanteur[840], -je ne sait quelle langueur nonchalante, je ne sais quelle attitude -négligée, qui rappelait la _morbidezza_ italienne, une simplicité -pleine de naturel et qui contrastait avec les prétentions bruyantes -des autres femmes de la Cour, ajoutait à sa physionomie quelque chose -d'attrayant, et de piquant à la fois[841]. «Jamais figure n'avait -annoncé plus de charme et de douceur que celle de Mme de Polignac, dit -le comte de la Marck; jamais maintien n'avait annoncé, plus que le -sien, la modestie, la décence et la réserve[842].»—«Elle avait, dit de -son côté le duc de Lévis, une de ces têtes où Raphaël savait joindre -une expression spirituelle à une douceur infinie. D'autres pouvaient -exciter plus de surprise et plus d'admiration; mais on ne se lassait -pas de la regarder[843].» Ce n'était point une femme d'esprit; ce -n'était pas davantage une femme instruite: c'était une femme du monde, -parlant peu, maîtresse d'elle-même[844], d'une fidélité constante à -ses amis, et cachant peut-être, sous une candeur apparente, plus de -ténacité et de finesse qu'il ne semblait. - -Marie-Antoinette vit la comtesse Jules de Polignac à ses bals, et -s'étonna de ne l'y avoir point encore vue. La comtesse répondit que -la médiocrité de sa fortune ne lui permettait pas de résider à la -Cour. Cet aveu naïf et habile augmenta l'intérêt de la Reine: douce et -gracieuse, Mme de Polignac lui plaisait; pauvre, elle lui plut bien -davantage. Il lui semblait qu'il y avait là une injustice du sort à -réparer: la tenue réservée, les goûts modestes, la candeur de la jeune -femme l'attiraient; elle crut avoir trouvé ce qu'elle cherchait depuis -longtemps, un cœur qui sympathisait pleinement avec le sien, ennemi, -comme elle, du faste et de la représentation, ouvert aux seuls charmes -de l'amitié. Elle résolut de s'attacher la nouvelle venue par le plus -indissoluble des liens, par le lien des bienfaits, et de goûter avec -elle la suprême jouissance qu'elle rêvait, le calme et la simplicité de -la vie privée au milieu des splendeurs et des tracas de la vie publique. - -S'il faut en croire Mme Campan, Mme de Polignac, sur le conseil de ses -amis, aurait eu recours à un ingénieux stratagème pour enflammer et -fixer, en l'irritant, l'affection naissante de la jeune souveraine. -Une lettre adroitement combinée, un faux départ, semblable à celui -de la nymphe de Virgile, qui se laisse voir avant de s'enfuir, une -explication touchante, rejetant sur la seule exiguité d'une fortune -incapable de subvenir aux dépenses de la vie de Versailles toute la -responsabilité de ce départ qui affligeait Marie-Antoinette, aurait -attendri le cœur de la Reine, et, en y assurant la prédominance de -la comtesse, retenu définitivement les Polignac à la Cour[845]. Quoi -qu'il en soit de l'authenticité de cette anecdote, ce qui est certain, -c'est que les grâces de toute sorte ne tardèrent pas à pleuvoir sur -les nouveaux favoris. Le grand reproche que l'histoire a le droit -d'adresser à Mme de Polignac, c'est d'avoir manqué de désintéressement, -sinon pour elle-même, du moins pour sa famille et pour ses amis. - -Assurément, comme l'a fait remarquer justement le comte de la Marck, -la haute position que la comtesse occupa bientôt à la Cour, les fêtes -qu'elle dut donner, l'obligation de tenir une maison, devenue pendant -quelque temps celle de la Reine, et où le Roi lui-même se montra -quelquefois, nécessitaient des dépenses auxquelles il lui eût été -impossible de subvenir sans de larges avantages pécuniaires[846]. -Un ministre, honnête homme et économe des deniers de l'État, le -contrôleur général d'Ormesson, convenait même que, vu les grands frais -auxquels ils étaient forcés, les demandes des Polignac n'étaient pas -excessives[847]. Mais quand on leur voyait donner 400.000 livres pour -payer leurs dettes[848], 800.000 pour la dot de leur fille[849], -avec la place de capitaine des gardes pour leur futur gendre, le -duc de Guiche[850]; quand on les voyait, non contents de pareils -dons, solliciter encore l'octroi d'un domaine royal, le comté de -Bitche, qui valait cent mille livres de rente[851], et, à défaut du -comté de Bitche, obtenir, le 2 juin 1782, la terre de Fénestrange, -qui rapportait encore soixante ou soixante-dix mille livres[852], -puis, quinze mois après, une pension de 80.000 livres sur le trésor -royal[853], et enfin, le 1er janvier 1786, la Direction générale des -postes et haras[854], on commençait à trouver les faveurs exagérées et -les prétentions exorbitantes. - -Ce n'était pas tout: avec les pensions, il y avait les places. Le -vicomte de Polignac, père du comte Jules, homme d'une capacité -médiocre, était pourvu d'un des postes les plus recherchés, l'ambassade -de Suisse, au détriment du propre frère du ministre des affaires -étrangères, le président de Vergennes[855]. Le comte lui-même avait la -survivance de la charge de premier écuyer de la Reine, avec douze mille -livres de pension et l'usage des chevaux et équipages. C'était une -augmentation de dépenses de près de 80.000 livres, à une époque ou l'on -avait pris la résolution, par économie, de supprimer les survivances. -C'était, en outre, une déception et un froissement pour le titulaire -en exercice, le comte de Tessé, qui, suivant la tradition, avait le -droit de présenter lui-même son survivancier, et pour la puissante -famille des Noailles, alliée de Tessé, en même temps que la place de -capitaine des gardes, promise au duc de Guiche, gendre de la comtesse, -mécontentait les Civrac[856]. - -Maurepas, qui, en vieux courtisan, adorait le soleil levant, prêtait -son concours, par politique, aux exigences des Polignac; la Reine s'y -intéressait, par affection, et quoique elle allât souvent moins loin -que Maurepas, quoique, en diverses circonstances, ce fût le ministre -qui, malgré Marie-Antoinette, eût forcé la main au Roi pour les plus -exorbitantes de ces grâces[857], ce n'était point au ministre que -l'opinion s'en prenait, c'était à la Reine. Tant de biens prodigués -à une seule famille,—Mercy prétendait qu'en quatre ans les Polignac -s'étaient procuré, tant en grandes charges qu'en autres dons, pour près -de 500.000 livres de revenus annuels[858],—tant de biens prodigués -à une seule famille ne mécontentaient pas seulement la Cour, ils -indisposaient le public. «Sa Majesté croit avoir sacrifié à l'amitié, -écrivait l'ambassadeur, et le public ne veut voir qu'engouement et -aveuglement pour la comtesse de Polignac[859].» - -Si Mme de Polignac eût été laissée à elle-même, son influence n'eût -pas été dangereuse[860]. Douce et indolente, sincèrement attachée à -Marie-Antoinette, elle eût joui, sans arrière-pensée, d'une amitié -qu'elle partageait, et ne se fût point livrée à des sollicitations -qui dérangeaient sa tranquillité et coûtaient peut-être à son cœur. -Mais il s'était formé autour d'elle une société de jeunes hommes et -de jeunes femmes qui se servaient de sa faveur et exploitaient son -crédit. C'était d'abord sa propre belle-sœur, la comtesse Diane de -Polignac, celle qui avait été l'instrument de sa fortune, en l'appelant -à la Cour; femme d'esprit, mais intrigante et fausse[861], qui, -malgré une réputation équivoque, se fit nommer dame d'honneur de Mme -Élisabeth[862]. - -C'était le comte de Vaudreuil, que la malignité publique accusait -d'être trop intimement lié avec la favorite[863], et qui exerçait sur -elle un empire absolu. D'une jolie figure, de manières élégantes, bon -musicien, protecteur des arts, qu'il cultivait lui-même[864], un des -rares hommes qui, suivant le mot du prince Henri, savaient parler aux -femmes[865], mais emporté jusqu'à briser, un jour, dans un accès de -colère, pour une bille bloquée, la queue de billard d'ivoire de la -Reine[866], M. de Vaudreuil gâtait des dons réels par un caractère -violent et avide[867]. D'une personnalité absorbante, prétendant -intervenir en toutes choses, rien ne lui coûtait pour arriver à ses -fins, et ses fins se rapportaient ordinairement à son propre intérêt. -Grâce à son influence sur la favorite, c'était lui qui composait à son -gré ce qu'on nommait la société Polignac, et qui y disposait des places -et des honneurs[868]. - -Ami intime du comte de Vaudreuil, le comte d'Adhémar était doué de -ces qualités superficielles, mais brillantes, qui réussissent dans -le monde: de l'esprit, un visage charmant, d'agréables talents de -société. Il chantait avec méthode, jouait bien la comédie, composait -de jolis couplets. Avec cela, une ambition ardente, de l'audace, une -grande aptitude à l'intrigue. Son mariage avec une veuve déjà âgée, -mais follement éprise de lui, la comtesse de Valbelle, dame du palais, -lui avait donné la fortune pécuniaire; l'amitié de Mme de Polignac fit -sa fortune politique. Ministre de France à Bruxelles, il voulut être -ambassadeur à Constantinople[869], puis à Vienne; mais Marie-Thérèse -s'opposa à ce dernier choix et la Reine refusa de s'y prêter[870]. -Repoussé de ce côté, il ne se tint pas pour battu: officier subalterne -pendant la guerre de Sept ans, il éleva ses prétentions jusqu'au -ministère de la guerre[871]. Cette fois encore, Marie-Antoinette -déclara à Mme de Polignac, qui plaidait la cause de son ami, qu'il -fallait renoncer à un objet que toutes les raisons réunies rendaient -impossible. Elle ne retira pas cependant sa faveur à M. d'Adhémar, qui, -trois ans plus tard, finit par être ambassadeur à Londres[872]. - -Le baron de Besenval n'était pas moins ambitieux que le comte -d'Adhémar; mais son ambition était différente: il n'aspirait pas à -être ministre, il voulait faire des ministres. Tel il se montre dans -ses _Mémoires_, tel il était en réalité: fat, vaniteux, intrigant, -tenant à posséder et plus encore à paraître posséder un grand crédit, -indiscret, sceptique à l'égard du désintéressement des hommes et -de la vertu des femmes, spirituel d'ailleurs et jusqu'à un certain -point séduisant. Lieutenant-colonel des Suisses, le baron de Besenval -avait plus de cinquante ans, lorsqu'il fut admis dans la société de -Marie-Antoinette. Son air de bonhomie, son affectation de simplicité, -sa conversation aimable et souvent piquante, sa connaissance de la -Cour, ses prétentions politiques même, sa fidélité à Choiseul, qu'il ne -cessait d'exalter, des flatteries adroites déguisées sous une apparence -de rondeur et d'indépendance, l'habileté et l'entrain, avec lesquels, -encourageant les inclinations secrètes de Marie-Antoinette, il lui -prêchait le mépris de l'étiquette et les douceurs de la vie privée, -lui concilièrent promptement les sympathies de la jeune souveraine, -que rassuraient d'ailleurs ses cheveux blancs. Elle crut à son mérite -et à son dévouement, et pendant quelque temps Besenval fut l'homme à -la mode, le roi de la société Polignac; il était l'artisan de tous -les projets, l'organisateur de toutes les parties[873]. Peu s'en -fallut que la Reine ne vît en lui un guide pour sa jeunesse; elle se -laissa même aller à lui faire un jour une confidence, dont, avec sa -présomption habituelle, Besenval s'empressa d'abuser[874]. Mais quoi! -la Reine ne se méfiait pas de ce vieillard de cinquante-cinq ans, qui -aurait pu être son père, et qu'elle traitait, dit Mme Campan, «comme un -brave Suisse, poli et sans conséquence[875].» Mais un jour vint où le -vieillard, se croyant tout permis, voulut se targuer de la confiance -qu'on lui témoignait pour arracher à la Reine un secret d'État. La -Reine, justement froissée d'une insistance qui devenait, selon le mot -de Mercy, «une persécution indécente[876],» ne put s'empêcher de lui -témoigner une froideur qui fut remarquée; sans le bannir complètement -de sa présence, elle l'éloigna pour un temps de son intimité[877]. -L'indiscret éconduit s'est vengé de cette disgrâce méritée par une -triste vengeance, par l'insertion, dans ses _Mémoires posthumes_, -d'insinuations calomnieuses qu'heureusement la réputation seule de leur -auteur suffit à démentir. - -MM. de Vaudreuil, d'Adhémar et de Besenval étaient les trois principaux -meneurs de la société Polignac; ils n'étaient pas les seuls. Autour -de ces astres dominants s'agitaient de nombreux satellites, dont -quelques-uns aspiraient à dominer à leur tour. C'était d'abord le duc -de Guines, dont nous avons raconté le procès: ambitieux, intrigant, -avide, qui, en pleine guerre d'Amérique, malgré l'opposition du -ministre des finances, trouvait moyen d'obtenir cent mille écus de -dot pour sa fille et le titre de duc héréditaire pour son gendre, le -marquis de Castries[878]; personnage d'assez mince talent, d'ailleurs, -mais qui, à une époque où les génies étaient rares, soutenu, d'autre -part, par une faction remuante et bruyante, put passer un instant pour -un homme d'État et aspirer au poste de premier ministre. Ses plans -étaient vastes; son aplomb, imperturbable; sa chaleur à défendre ses -idées, entraînante. Pendant quelque temps, la Reine s'y laissa prendre. -Une lettre de Marie-Thérèse, appuyant les observations répétées de -Mercy, vint lui ouvrir les yeux: elle connut la valeur de son protégé, -et, sans afficher une disgrâce qui eût semblé un désaveu, elle le -traita désormais avec plus de froideur. Le duc s'en aperçut et -s'éloigna de la Cour[879]. - -Puis c'étaient encore: le duc de Polignac, «le mari de sa femme,» qui, -lui, n'aspirait pas à dominer;—le duc de Coigny, nommé, à la fin de -1774, premier écuyer du Roi[880], et, comme le duc de Guines, grand -partisan de Choiseul: caractère fier et loyal, auquel la Reine savait -gré de n'avoir pas voulu fléchir le genou devant Mme du Barry[881]; -d'un ton exquis, d'une discrétion à toute épreuve, mais avide de -crédit jusqu'à prendre ombrage de celui de Mme de Polignac et se -mettre un moment en hostilité avec elle[882];—le marquis de Coigny, -fils du duc;—le marquis de Conflans, fils du maréchal d'Armentières -et beau-frère du marquis de Coigny[883], un des anglomanes des plus -décidés et des caractères les plus singuliers de l'époque, un des rares -courtisans que le Roi avait pris en affection, parce qu'il était bon -cavalier et hardi chasseur[884];—le comte et le chevalier de Coigny, -frères du duc: le premier, gros garçon de bonne humeur, le second, -joli homme, très fêté des femmes qui l'appelaient _Mimi_[885];—le -bailli de Crussol, sérieux jusqu'en plaisantant;—le chevalier de -Lille, ami des Coigny, et renommé pour son amabilité, son esprit et sa -facilité à tourner d'agréables couplets ou des noëls satiriques;—le -chevalier de Luxembourg, ambitieux et mauvaise tête, suivant Mercy, -mais dont la faveur fut bien éphémère[886];—le comte de Polastron, -frère de Mme de Polignac, grand amateur de violon;—sa femme, d'une -beauté accomplie, d'une grâce un peu négligée, la tête languissamment -penchée sur l'épaule, faite pour inspirer la passion et qui l'inspira -en effet[887];—la comtesse de Châlons, née d'Andlau, cousine de la -favorite et amie du duc de Coigny[888];—la fille de Mme de Polignac, -la duchesse de Guiche, à laquelle Grimm appliquait galamment ce vers -d'Horace: - - Matre pulchra filia pulchrior[889]; - -—la belle et spirituelle marquise de Coigny, qui ne resta pas longtemps -fidèle; - -—Enfin, le plus brillant et le plus dangereux de tous, l'impétueux duc -de Lauzun, neveu et émule du maréchal de Richelieu; brave comme son -épée, chevaleresque comme sa race; plus fier de ses exploits galants -que de ses exploits militaires; plein d'esprit, mais sans jugement, -libertin et criblé de dettes[890], et dont le meilleur titre près -de la postérité est d'avoir été le mari de cette douce et charmante -Amélie de Boufflers, qui, dans cette société corrompue et avec un époux -marié—il le disait lui-même—si peu que ce n'était pas la peine d'en -parler, sut garder une attitude irréprochable et digne, et laissa une -réputation intacte de fidélité et de vertu; Lauzun qui jouit pendant -quelque temps de la faveur de Marie-Antoinette, qui prétendit la -diriger et lui donner des conseils[891]; qui, après avoir osé, dans son -outrecuidante vanité, poser en amoureux de la Reine, et lui offrir une -plume de héron qu'il avait portée, poussa la fatuité jusqu'à lui faire -une déclaration, et qui, foudroyé par un énergique: _Sortez, Monsieur_, -jeté d'une voix indignée[892], quitta le palais la tête basse et la -rage dans le cœur; Lauzun, qui, devenu plus tard duc de Biron, furieux -de cette déconvenue, blessé de la constante froideur de la souveraine, -justement offensée, et attribuant à ce légitime courroux l'échec de -sa prétention assez naturelle à succéder à son oncle comme colonel -des gardes françaises, se jeta, par vengeance, à corps perdu dans la -Révolution et, après avoir été pendant sa vie l'un des ennemis les plus -acharnés de Marie-Antoinette, se fit encore, après sa mort, le plus -odieux et le plus faux de ses diffamateurs. - -Puis encore, mêlés à ces grands seigneurs français, mais se groupant -plus peut-être encore autour de Marie-Antoinette que de Mme de -Polignac, c'étaient des gentilshommes étrangers, vaillants jeunes gens -qui, fascinés par cet irrésistible attrait que la France, au XVIIIe -siècle, exerçait sur toutes les sociétés polies, accouraient, de tous -les coins de l'Europe, chercher des plaisirs, et beaucoup une carrière, -dans les armées du Roi et à la cour de la Reine: le prince de Ligne, -l'un des hommes les plus aimables et les plus spirituels de ce temps, -où il y avait tant d'hommes spirituels et aimables; l'un de ceux qui -ont le mieux apprécié Marie-Antoinette et qui, suivant son expression, -l'ont «adorée sans songer à l'aimer». - -Le comte de la Marck, Auguste d'Aremberg, Belge comme le prince de -Ligne, appartenant, comme lui, à une de ces familles princières qui -servaient indifféremment la France, l'Empire et l'Espagne; Français -de cœur, sinon de naissance, un des plus respectueusement dévoués -dans la bonne fortune, un des plus fidèles dans le malheur;—le -comte Valentin Esterhazy, dont le crédit alarma Mercy et mécontenta -Marie-Thérèse[893]; caractère honnête[894], qui ne plaisait pas pour -sa figure,—car il était fort laid,—mais pour ses qualités solides, sa -franchise, son zèle et son désintéressement[895]; qui eut l'honneur -d'être un des correspondants de Marie-Antoinette[896] et l'honneur plus -grand d'être un de ses plus actifs défenseurs à l'heure du danger;—le -comte de Stedingk, qui dut aux recommandations personnelles du roi -de Suède, Gustave III, son introduction à la Cour de France, et à sa -brillante conduite en Amérique, son admission aux petits soupers de -la Reine[897]; comblé de bontés par cette princesse[898], mais qui ne -fut pas ingrat. Rappelé, en 1781, par le roi de Suède qui venait de -déclarer la guerre à la Russie, Stedingk quitta Versailles avec de -vifs regrets, devenus plus vifs encore lorsque, retenu par le service -de son maître, sur les confins de l'Europe, à l'heure où éclatait la -Révolution, il ne put voler au secours de cette Reine, qu'il sentait -menacée plus que tout autre, et de cette France, qu'il aimait assez, -disait-il, pour «aller se noyer avec elle[899]». - -Fersen enfin, la plus attachante peut-être de toutes ces figures, -et qui n'allait guère dans le salon des Polignac, comme si sa -chevaleresque nature répugnait aux petites intrigues qu'y ourdissaient -MM. de Besenval et de Vaudreuil. Le comte Axel de Fersen, d'une noble -famille suédoise, et dont le père était, à Stockholm, le chef du parti -des _Chapeaux_ ou parti français, avait fait, dès le printemps de -1774, une apparition à Versailles. D'une haute taille, d'une tournure -distinguée, d'une belle figure, régulière sans être expressive, avec -des yeux profonds et quelque peu mélancoliques[900], d'un caractère -sérieux, ayant, dit M. de Lévis, plus de jugement que d'esprit[901], -mais cachant «une âme brûlante sous une écorce de glace[902]», et -possédant à un suprême degré des qualités peu communes à la Cour: une -extrême circonspection avec les hommes et une rare réserve avec les -femmes, Fersen avait été remarqué dès son premier voyage. «Il n'est pas -possible, écrivait l'ambassadeur de Suède, le comte de Creutz, d'avoir -une conduite plus sage et plus décente que celle qu'il a tenue[903].» -La Dauphine l'avait admis à ses réceptions et s'était entretenue avec -lui au bal de l'Opéra; les amies de Gustave III, Mmes de Brionne, de la -Marck et d'Anville, l'avaient accueilli à bras ouverts[904]. - -Un second voyage, en 1778 et 1779, soutint cette réputation. Reçu avec -empressement dans les principaux salons, bien traité par la famille -royale, Fersen vit sa faveur grandir au point que les courtisans en -prirent ombrage et que la calomnie s'en empara. On raconta que la -Reine avait un penchant particulier pour le jeune Suédois, qu'elle -le recherchait aux bals de l'Opéra et dans les réunions intimes, -échangeant avec lui des regards attendris[905], qu'elle lui adressait -chaque fois quelque parole gracieuse, qu'elle avait voulu le voir -dans son uniforme national, et qu'en apprenant son départ pour la -guerre d'Amérique, elle n'avait pu retenir ses larmes. La vérité est -que Fersen, reconnaissant de l'accueil bienveillant et protecteur de -la Reine, de ses attentions charmantes, de ce souvenir obligeant, -si remarqué par les contemporains, qui l'avait fait s'écrier dès la -première visite en 1778: «Ah! c'est une ancienne connaissance[906],» -avait écrit à son père: «C'est la princesse la plus aimable que je -connaisse[907]», et en avait conçu un dévouement respectueux pour -la souveraine, rehaussé peut-être d'un sentiment discret pour la -femme[908]; que, de son côté, Marie-Antoinette, ayant rencontré chez -ce jeune homme un caractère solide, une délicate réserve, un zèle -désintéressé[909], qu'elle trouvait trop rarement dans son entourage, -en avait été touchée. Jusqu'à quel point? Fersen a pris soin de le -déterminer dans la réponse qu'il fit à la duchesse de Fitz-James, au -moment de son départ: «Quoi, Monsieur, vous abandonnez ainsi votre -conquête?»—«Si j'en avais fait, je ne l'abandonnerais pas; je pars -libre et malheureusement sans laisser de regrets[910].» La Reine -elle-même a, sans y songer, donné un démenti à ces bruits injurieux, -lorsque, quatre ans plus tard, elle recommandait chaudement mais -simplement Fersen au roi de Suède, en faisant publiquement son éloge, -au lieu de garder sur son compte, dit un historien, «une réserve qu'on -aurait pu tenir dès lors pour significative[911]». - -Quelques personnes murmuraient de cette préférence accordée par -Marie-Antoinette à des étrangers, et le comte de la Marck se permit un -jour de lui observer que cela pourrait lui nuire près des Français: -«Que voulez-vous?» répondit-elle avec tristesse, «c'est que ceux-là ne -me demandent rien[912].» - -Tels étaient les principaux membres de ce qu'on appela d'abord la -société Polignac, de ce qu'on nomma plus tard la société de la Reine, -lorsque le salon de la favorite fut devenu le salon de la souveraine; -société un peu exclusive qui n'admettait guère de partage de crédit, et -qui, pour éloigner toute intrusion dangereuse, déchirait à belles dents -ceux et celles qui lui portaient ombrage. «En tout,» écrivait une dame -de la Cour, qui ne passait pas cependant pour mauvaise langue, mais -qui avait eu à se plaindre de ces attaques, «cette fameuse société se -compose de personnes bien méchantes et montées sur un ton de morgue et -de médisance incroyable. Ils se croient faits pour juger le reste de -la terre.... Ils ont si peur que quelqu'un puisse s'insinuer dans la -faveur qu'ils ne font guère d'éloges, mais ils déchirent bien à leur -aise. Il faut cependant voir tout cela et ne rien dire[913].» - -Mme de Lamballe avait aussi sa société. Elle se composait, dit Mercy, -«d'intrigants d'un genre un peu plus illustre, mais c'était presque la -seule différence[914].» On y voyait surtout, avec le comte d'Artois -et le duc de Chartres, les fidèles du Palais-Royal et de la Maison -d'Orléans. Mais les habitués du salon de Mme de Lamballe étaient les -moins nombreux; les courtisans s'étaient promptement aperçus que le -vent ne soufflait pas de son côté. - -La rivalité ne tarda pas à s'établir entre les deux favorites, et la -Reine se vit l'objet d'obsessions et d'insinuations de tout genre; -mais l'issue de la lutte ne pouvait être douteuse. Naïve et timide, -n'ayant pas, pour appuyer les grâces de sa personne et la tendresse de -son cœur, les ressources de l'esprit, ombrageuse et le laissant trop -voir, que pouvait Mme de Lamballe contre Mme de Polignac, dans tout -l'éclat d'un début, joignant à ses séductions naturelles l'expérience -d'amis vieillis dans le métier? C'étaient, de la part de la comtesse, -de petites plaintes respectueuses et tendres, des démonstrations -d'inquiétude, de chagrin, de petits ridicules adroitement jetés sur -sa rivale[915] et qui, tombant dans un esprit naturellement enclin à -la moquerie, y produisaient presque toujours bon effet. Peu à peu, -Marie-Antoinette s'habituait à rire de sa première amie. Plus ouverte -et moins habile, Mme de Lamballe se plaignait tout haut, quelquefois -avec aigreur, et ses plaintes importunaient la Reine. L'excès de -franchise et la grande lumière ne plaisent guère à la Cour; il y -faut les demi-jours et les sous-entendus. C'est ce que savaient bien -les partisans de Mme de Polignac; ils n'abordaient guère la Reine de -front, ils l'entouraient d'un réseau presque imperceptible, dans lequel -elle finissait par se trouver captive. Ils profitaient de toutes les -fautes de la surintendante, exagérant ses torts, se récriant contre -ses prétentions qui mettaient la Cour en rumeur, contre sa jalousie, -qui n'admettait pas de partage, faisant ressortir ses gaucheries et -ce qu'ils appelaient sa «bêtise»[916]. Petit à petit, la Reine se -dégoûtait de Mme de Lamballe, et, sans qu'elle s'en aperçût peut-être -elle-même[917], s'accoutumait à se passer d'elle. - -La situation devenait tendue entre les deux amies[918]. Mme de -Lamballe, mécontente, prenait un prétexte pour se dispenser de tenir -une maison; on lui signifiait qu'elle eût à donner à souper, au moins -les jours de bal[919]. Elle céda, mais avec une irritation concentrée, -et, dès qu'elle en trouva l'occasion, chercha quelque autre motif de -rester à l'écart[920]. La froideur de la Reine s'augmentait de ce qui -lui semblait une ingratitude de son amie, et un jour vint où Mme de -Lamballe, sentant qu'elle n'était plus que tolérée[921] et qu'elle -devenait un objet d'embarras et d'ennui[922], se décida à quitter la -Cour, où l'on ne tenta pas de la retenir[923]. Elle se retira près -de son beau-père le duc de Penthièvre, dont elle partagea la vie -solitaire et la bienfaisance, et ne fit plus que de rares apparitions à -Versailles. Mais si elle avait manqué d'esprit, son cœur resta toujours -le même; le malheur la dégagea de ce que son affection avait pu avoir -d'exigeant et de personnel pendant la prospérité. A l'heure du danger, -elle se retrouva tout entière. - -Le crédit de Mme de Polignac grandissait du déclin de sa rivale. Son -astre montait seul et sans nuage à l'horizon de Versailles. La Cour -affluait chez elle et le comte d'Artois lui-même, assez longtemps -fidèle à la surintendante, se rangeait dans le parti vainqueur. A vrai -dire, le comte d'Artois allait partout où il trouvait à s'amuser, et -les réunions que Mme de Lamballe avait répugné à tenir, et qui, à son -défaut, s'étaient tenues chez la princesse de Guéménée, commençaient à -se faire dans le salon de Mme de Polignac. La Reine prenait l'habitude -d'aller, le soir, chez son amie, et elle avait réussi à y entraîner le -Roi[924]. La Cour s'y précipitait à leur suite. On se rassemblait dans -une grande salle de bois, construite à l'extrémité de l'aile du palais -qui regarde l'orangerie; au fond, il y avait un billard; à droite, un -piano; à gauche, une table de quinze. Le dimanche, c'était une cohue. -«Mme de Polignac recevra-t-elle toute la France?» écrivait le prince -de Ligne au chevalier de Lille.—«Oui, répondait le chevalier, trois -jours par semaine: mardi, mercredi, jeudi, depuis le matin jusqu'au -soir. Pendant ces soixante-douze heures, ballet général; entre qui -veut, soupe qui veut. Il faut voir comme la racaille des courtisans y -foisonne. On habite, durant ces trois jours, outre le salon, toujours -comble, la serre chaude, dont on a fait une galerie, au bout de -laquelle est un billard. Les quatre jours qui ne sont pas ci-dessus -dénommés, la porte n'est ouverte qu'à nous autres, favoris[925].» - -Le prestige de Mme de Polignac ne faisait que s'accroître; la Reine ne -pouvait plus se passer de son amie; c'était, de tout son entourage, -disait Mercy, la seule personne sur laquelle il fût impossible de lui -ouvrir les yeux[926]. Elle lui prodiguait en tous lieux, en tous temps, -des marques de faveur. Le soir, elle prenait son bras, traversait avec -elle les antichambres remplies de monde, sans autre suite qu'un garçon -de chambre et deux valets de pied[927], et cette familiarité inusitée, -indice d'une tendresse sans précédent, faisait murmurer l'assistance. -Mme de Polignac allait-elle passer quelque temps à la campagne? la -Reine lui écrivait pour lui donner des nouvelles de Versailles[928]. -Était-elle malade? la Reine allait la voir chaque semaine[929]. Il -se trouvait que la maladie prétendue était le commencement d'une -grossesse. On décidait qu'au moment des couches de la favorite, la -Cour irait s'établir pendant neuf jours à la Muette[930]. Cette fois, -ce n'était plus seulement la Cour, c'était Paris qui regardait de -telles démonstrations comme exorbitantes. Le bruit se répandait que Mme -de Polignac faisait de son crédit un usage immodéré pour s'enrichir -ainsi que toute sa famille, et bien qu'il entrât beaucoup d'envie et -une certaine exagération dans ce reproche, les détails que nous avons -donnés plus haut prouvent qu'il n'était pas dénué de fondement[931]. -Pour couronner toutes ces grâces, six mois après ses couches, Mme de -Polignac recevait les honneurs du tabouret, et son mari le titre de duc -héréditaire[932]. «Il est peu d'exemples», écrivait à ce propos Mercy, -«d'une faveur qui, en si peu de temps, soit devenue aussi utile à une -famille.» - -La Cour murmurait; le public était mécontent. La Reine, tout entière -à son affection, ne voyait pas ces froissements de la Cour et du -public. La bonté de son cœur, le désir de faire plaisir à ceux qu'elle -aimait, je ne sais quelle timidité étrange chez une grande princesse, -une invincible répugnance à dire non, «une facilité infinie à céder -aux conseils de ceux qu'elle croyait lui être attachés[933],» la -laissaient sans défense contre les obsessions des solliciteurs. Il -suffisait d'insister avec quelque opiniâtreté pour qu'elle cédât. Mercy -se plaignait, dès 1772, de cette regrettable faiblesse. «Ceux qui -ont assez de hardiesse pour oser la fatiguer de leur importunité», -écrivait-il, «sont presque sûrs de prendre de l'ascendant [sur -elle], et sans qu'elle fasse cas de leur personne, connaissant même -l'injustice de leur demande, elle s'y prête souvent, uniquement -par crainte[934]». L'âge n'avait point corrigé cette disposition -malheureuse, et ce qu'il y avait de non moins fâcheux, c'est qu'autant -la Reine était timide en face des sollicitations, autant elle était -ardente à solliciter pour ses amis. Vive et impétueuse, elle partait -toujours de l'exposé de la demande, sans se préoccuper suffisamment de -son étendue et des titres du demandeur, et, lorsqu'elle avait pris une -chose à cœur, ses instances étaient si pressantes, l'idée de son crédit -si grande, que non seulement les ministres n'osaient pas refuser, mais -qu'il leur arrivait même parfois d'outre-passer ses intentions[935]. - -Mme de Polignac et surtout ses amis n'avaient pas tardé à s'apercevoir -de cette faiblesse et à l'exploiter à leur profit. Si la Reine ne -savait pas résister aux instances, elle résistait encore bien moins aux -larmes, et c'était le dernier moyen auquel la favorite avait recours, -quand elle rencontrait chez sa royale amie une fermeté sur laquelle -elle n'avait pas compté. Devant ce suprême assaut la Reine se rendait. -Il lui arrivait bien parfois d'éprouver quelque impatience; dans ses -conversations avec les fidèles conseillers que sa mère avait placés -près d'elle, elle convenait des inconvénients de son entourage. Sa -tendresse pour ses amis n'enlevait rien à sa perspicacité; avec sa -vive intelligence et son jugement droit, elle voyait aussi vite les -défauts qu'elle avait été séduite par les qualités; mais les qualités -lui faisaient trop facilement négliger des défauts dont elle ne -calculait pas assez les conséquences. «Elle passe tout,» écrivait Mercy -en 1776, à l'époque de la plus grande dissipation, «elle passe tout à -ceux qui se rendent utiles à ses amusements[936].» Elle se plaisait -dans ces salons où l'on ne parlait que d'objets à sa portée, où l'on -n'était occupé qu'à l'amuser et à la distraire, où l'on flattait ses -goûts et surtout ses faiblesses, où elle se dédommageait de l'ennui -qu'elle «croyait avoir pris dans le reste de la journée[937]». Elle -s'en éloignait parfois; elle y revenait toujours. Et ainsi, le -temps se passait en conversations inutiles, quand elles n'étaient -pas dangereuses, en jeux, en courses, en railleries piquantes, et -quelquefois blessantes, sans qu'il en restât pour les occupations -sérieuses, pour les lectures, pour les réflexions, pour ce travail -d'âme, en un mot, qui enfante les grandes pensées et prépare aux -grandes choses. - -Était-ce donc seulement le goût du plaisir qui attirait ainsi -Marie-Antoinette chez ses favorites et la poussait à former et à -resserrer sans cesse de tels liens? Assurément il y avait cela; il y -avait cette ardeur de mouvement, bien naturelle chez une princesse de -dix-neuf ans, cette sève de jeunesse comprimée pendant les dernières -années du règne de Louis XV et qui, tout d'un coup livrée à elle-même, -s'épanouissait dans toute sa force. Mais il y avait aussi un sentiment -plus noble: le besoin d'aimer et d'être aimée pour elle-même, une soif -d'affection qui ne trouvait pas à se satisfaire dans son intérieur. -Le Roi était plein de bonté, souvent de prévenances pour sa femme; -Mercy l'avait même un jour déclaré amoureux d'elle. Mais c'était un -amour froid, timide, embarrassé, qui répondait mal aux élans d'un -cœur de vingt ans, fait de flamme et de tendresse. Cette chaleur de -sentiments, ces épanchements intimes, qu'elle ne trouvait pas chez son -mari, Marie-Antoinette les cherchait chez ses amies, et n'obtenant pas -l'amour tel qu'elle le comprenait, elle voulait au moins l'amitié dans -toute son étendue. - -A cette raison, d'ailleurs, s'en joignait une autre, d'une nature -plus intime. Il y avait, dans la vie de la Reine, un vide douloureux -qu'elle n'envisageait pas sans d'insondables frémissements. La passion -d'amusements, qui l'emportait, n'était la plupart du temps qu'un besoin -extrême de distraction, un désir irrésistible d'échapper à l'ennui qui -la rongeait. Ces plaisirs n'étaient qu'un voile jeté sur une tristesse -qu'elle ne voulait pas avouer et ces sourires cachaient des larmes -amères. On sait aujourd'hui,—les rapports de Mercy l'établissent -à chaque page,—quelle fut, pendant plus de sept ans, la situation -délicate créée à Marie-Antoinette par l'étrange froideur de son mari. -Elle portait la couronne de France, mais elle soupirait en vain après -cette couronne de la maternité, qui ajoute un éclat si pur et une -dignité si haute à un front de vingt ans. C'était pour la jeune femme -le plus subtil des dangers, en même temps que le plus poignant des -chagrins[938]. La sollicitude vigilante de Marie-Thérèse s'en alarmait. -Le public savait mauvais gré à la Reine de cette situation, si pénible -pour elle, et dont elle n'avait pas la responsabilité; il ne lui -pardonnait pas de s'être laissé devancer par la comtesse d'Artois dans -la mission toute royale de donner des héritiers au trône. - -«La grossesse presque certaine de la comtesse d'Artois, écrivait Mercy, -ne donne que trop de sujets à des réflexions désagréables, _et je suis -dans une vraie inquiétude sur les effets qu'elle pourra produire à -la longue dans l'âme de la Reine_. Quelque brillante que soit, dans -ce moment, sa position, elle ne peut acquérir de consistance solide -que quand cette auguste princesse aura donné un héritier à l'État. -Jusqu'à cette époque si désirable, les avantages même dont la Reine -jouit entraînent certains inconvénients; son influence, son pouvoir -inquiètent quelquefois une nation pétulante et légère, qui craint -d'être gouvernée par une princesse, _à laquelle il manque la qualité de -mère pour être regardée comme Française_[939].» - -Cette situation si périlleuse et si fausse était vivement sentie par -Marie-Antoinette, et c'est pour s'en distraire,—elle-même l'a avoué un -jour à Mercy[940],—qu'elle se lançait dans le tourbillon des plaisirs. -Ne trouvant ni dans la vie de la Cour, ni surtout dans sa vie intime la -satisfaction qu'elle rêvait, elle reportait sur des amies de son choix -l'affection ardente et communicative qui lui manquait du côté de son -mari, et qu'elle ne pouvait épancher sur de blondes têtes d'enfants, -elle qui les aimait tant[941]. Telle est l'explication vraie de la -dissipation, en apparence inexplicable, de Marie-Antoinette pendant -les premières années de son règne, et de son engouement pour ses -favorites. Et s'il en resta quelque chose encore, après la naissance -de son premier enfant, c'est qu'on ne rompt pas en un jour avec des -habitudes et des liaisons de plusieurs années. Mais, à mesure que le -flot de l'amour maternel montera davantage dans son cœur, les heures -dissipées feront place aux heures sérieuses, les préoccupations de -l'éducation succéderont au souci des plaisirs et, quittant peu à peu -le salon de ses amies pour le berceau de ses enfants, la Reine se -préparera, par les joies de la maternité, aux vaillances de la lutte et -aux austérités du sacrifice. - - - - -CHAPITRE XIV - - Trianon.—Le Roi donne à la Reine le Petit Trianon.—Le - château.—Les jardins.—Les arbres exotiques.—La rivière.—La - salle de spectacle.—Le temple de l'Amour.—Le belvédère.—La - grotte.—Le hameau.—La laiterie.—Opinion des voyageurs sur - Trianon.—Arthur Young.—Le Russe Karamsine.—La baronne - d'Oberkirck.—Le prince de Ligne.—Les appartements.—La salle - à manger.—Le petit salon.—La salle de bains.—Le boudoir.—La - chambre de la Reine.—Marie-Antoinette et les arts.—Le style - Marie-Antoinette.—L'appartement de la Reine à Fontainebleau.—Vie - de la Reine à Trianon.—Fêtes en l'honneur de visiteurs - illustres.—Marie-Antoinette et les lettres.—La musique.—Gluck et - Piccini.—Grétry.—Saliéri.—Le théâtre.—La troupe de la Reine.—La - comédie à Trianon.—Les dépenses de Trianon.—Inconvénients de - Trianon. - - -A cette société choisie et un peu exclusive, que nous venons de -décrire, il faut un théâtre à part. A cette jeune souveraine, ennemie -de la représentation et de l'étiquette, affamée de simplicité et de -solitude, il faut un palais en harmonie avec ses goûts. - -Versailles est trop grand; Marly trop froid; Fontainebleau et Compiègne -trop loin. Cette demeure nouvelle, où la Reine sera chez elle et sera -elle-même, ce sera Trianon. - -«Sa Majesté devient galante,» écrivait l'abbé Baudeau, le 31 mai 1774; -il a dit à la Reine: «Vous aimez les fleurs: eh bien! j'ai un bouquet -à vous donner, c'est le Petit Trianon.[942]» C'est en ces termes -qu'un chroniqueur du temps annonce le don aimable fait par Louis XVI à -Marie-Antoinette. On sait aujourd'hui que les choses ne se passèrent -pas ainsi, et que ce fut la Reine qui, désireuse, depuis quelque temps -déjà, d'avoir «une maison de campagne à elle» fit à son mari la demande -du petit Trianon. Mais le Roi se prêta de la meilleure grâce à la -demande de sa femme. Au premier mot qu'elle prononça, «il répondit avec -un vrai empressement que cette maison de campagne était à la Reine, et -qu'il était charmé de lui en faire don[943].» - -Commencé en 1753, achevé en 1766 par l'architecte Gabriel, le -Petit Trianon avait été pour Louis XV ce qu'il devait être pour -Marie-Antoinette, une retraite où le souverain allait oublier le faste -de Versailles et les intrigues de la Cour. C'était un petit pavillon -carré, d'ordre corinthien, construit à l'italienne, avec un seul étage -principal, un sous-sol et un second étage très bas, cinq fenêtres de -chaque côté, que séparaient quatre belles colonnes à feuilles d'acanthe -sur la façade; quatre pilastres du même ordre sur les autres faces: -simple, mais élégante construction, placée au milieu d'un parc qui -devait servir à la fois d'école de jardinage et d'école de botanique, -et réunir, comme dans un musée champêtre, les diverses variétés -de jardins alors connus: jardins français, italien et anglais. Un -horticulteur émérite, Claude Richard, y avait rassemblé, par ordre du -Roi, les plus belles espèces d'arbres exotiques, construit des serres -chaudes, tracé des parterres, et le vieux monarque, qui aimait les -sciences physiques, y venait souvent herboriser avec son capitaine -des gardes, le duc d'Ayen, ou causer plantes avec celui que Linné -appelait «le plus habile jardinier de l'Europe[944]». De 1771 à 1774, -les voyages à Trianon furent fréquents, et ce fut là même que le Roi -ressentit, le 26 avril 1774, les premiers symptômes du mal qui devait -l'emporter. - -Marie-Antoinette n'avait pas, comme son grand-père, le goût de -l'histoire naturelle; mais elle avait comme lui et plus que lui, le -goût de la retraite et la passion des belles choses. A peine eut-elle, -le 6 juin, par un dîner offert à son mari, pris possession de son -nouveau domaine, qu'elle songea à le transformer et à le façonner à son -image. Le jardin botanique l'intéressait peu. Le jardin français ne lui -plaisait pas: ses grandes lignes droites, ses allées tirées au cordeau, -ses arbres taillés, c'était toujours Versailles et l'étiquette. Le -jardin anglais, avec son imitation de la nature, ses arbres poussant -sans contrainte, ses courbes harmonieuses, ses prairies, son imprévu, -lui plaisait davantage: c'était l'image de la liberté, qu'elle venait -chercher à Trianon. C'était en outre le genre à la mode: Horace -Walpole en Angleterre, le prince de Ligne en Belgique, en France de -riches financiers ou de grands personnages, Boutin à Tivoli, Laborde à -Méréville, le duc d'Orléans à Monceau, M. de Girardin à Ermenonville, -s'étaient créé des parcs anglais d'une réputation universelle; la Reine -résolut d'avoir le sien à Trianon. Le jardin botanique fut sacrifié, -les plantes et les simples furent transportés au Jardin du Roi, et la -place resta libre pour la nouvelle création de la jeune souveraine. -Son Le Nôtre fut un grand seigneur, amateur distingué et dessinateur -habile, le marquis de Caraman. La Reine vint, le 23 juillet 1774, -visiter le jardin de l'hôtel Caraman, rue Saint-Dominique[945]; elle y -resta une heure et demie, le trouva charmant, charma elle-même tout le -monde, et demanda à l'heureux propriétaire ses conseils pour Trianon. -Sous son inspiration, l'architecte Mique traça le plan[946]; Antoine -Richard, fils et successeur de Claude, l'exécuta. Avec un rare talent, -il tira parti des richesses végétales qui existaient déjà, et, tout en -imaginant des groupements nouveaux, parvint à conserver les plus beaux -spécimens d'essences étrangères. - -Mais la Reine ne se contente pas des plantations de Louis XV: chaque -jour elle en fait de nouvelles; elle augmente ses collections; elle -fait appel à tous les pays connus; les explorateurs d'outre-mer ont -mission de lui rapporter des plantes de leurs voyages[947]: huit -cents espèces se pressent dans le parc. «La gloire du Petit Trianon, -dit Arthur Young, ce sont les arbres et arbrisseaux exotiques. Le -monde entier a été mis à contribution pour l'orner[948].» L'Italie y -envoie ses yeuses; la Louisiane, ses taxodiums; l'Arabie, ses sapins -baumiers; la Virginie, ses robinias; la Chine, ses acacias roses; -le Nouveau-Monde, ses innombrables variétés de chênes et de noyers. -L'abbé Nolet, Williams, Moreau de la Rochette décrivent deux cent -trente-neuf sortes d'arbres et d'arbustes que la seule Amérique du -Nord fournit à Trianon. Les essences à feuilles persistantes abondent; -la Reine veut de la verdure, même en hiver. Pins de Corse, chênes -verts de Provence, cyprès de Crète, arbousiers des Pyrénées, marient -leur feuillage sombre aux tons plus chauds des hêtres pourpres ou aux -masses plus claires des sophoras et des tulipiers. Jussieu en dresse -la liste; Bonnefoy du Plan en surveille la plantation; la Reine vient -les voir pousser et fleurir; elle fait arroser devant elle le cèdre -du Liban que Jussieu a planté, et c'est sous ses yeux, à Trianon, -que le robinia ouvre pour la première fois en France ses grappes -parfumées[949]. Partout et toujours, des fleurs: au printemps, les -lilas, ces favoris du comte d'Artois, qui les cultive à Bagatelle, -les seringats, les boules de neige, les tubéreuses. Les parterres se -remplissent des plus merveilleuses variétés d'iris, de tulipes, de -jacinthes de Hollande[950]. Puis les orangers, qui embaument l'air de -leurs pénétrantes odeurs; les jardiniers en gardent les fleurs pendant -la nuit avec un soin jaloux; la Reine en vend la récolte, trente livres -dans les mauvaises années, soixante dans les bonnes, soixante-dix-huit -en 1780. - -Dès le début, le parc est agrandi[951]; on y ajoute la prairie dans -laquelle Louis XV s'était amusé à faire lui-même des essais de culture -avec une charrue qui fut longtemps conservée. Là on simule des -accidents de terrain; on creuse des ravins, on élève des collines, -on jette de gros quartiers de grès; on dessine une rivière, dont les -eaux, suintant d'un rocher à pic que surmonte une ruine, traversent la -pelouse en face du château, tantôt se montrant, tantôt se dissimulant -sous le feuillage des massifs, pour reparaître un peu plus loin. C'est -une vraie rivière celle-là, quoique plus de deux mille toises de tuyaux -l'amènent de Marly; non pas une pièce d'eau droite et solennelle, comme -à Versailles, mais une rivière avec son cours naturel, ses gracieux -méandres, son lit de cailloux, ses cascades harmonieuses, son onde -murmurante, traversée par de vrais ponts en pierre de Vergelay[952], -ou en bois rustique comme ceux de la Suisse[953], coulant entre deux -rives de vrai gazon, dont «les bords fleuris, dit un voyageur, semblent -n'attendre que l'apparition d'un berger[954]». - -Au milieu de ces jardins, de charmantes constructions s'élèvent, -jaillissant de terre comme sous le coup de la baguette d'une fée: -ruines simulées, fabriques élégantes, maisons rustiques, pavillons -chinois, réunissant dans ce petit coin du monde des spécimens de l'art -et de l'architecture de tous les temps et de tous les pays. - -De quelque côté du château que l'on se tourne, l'aspect est différent. -A droite de la façade, c'est le parc anglais, avec ses massifs, ses -nappes d'eau, ses pelouses aboutissant à une partie rocailleuse et -sauvage, plantée d'ifs, de thuyas et de sapins. Devant la façade même, -à l'ouest, s'étendant au bas du perron et séparé du Grand Trianon par -une double grille, c'est le jardin français, dans le goût de Le Nôtre, -avec son parterre tracé à angles droits, ses allées d'orangers, ses -berceaux de verdure, ses statues placées dans des niches de feuillage, -ses vases remplis de fleurs rares, et, à l'extrémité, le pavillon qui -servait de salle à manger à Louis XV. Puis, sur le côté, la salle de -spectacle, construite en 1778[955], avec son portique formé par deux -colonnes ioniques; son fronton parsemé d'instruments de musique, au -milieu desquels est couché un Apollon enfant, qui tient une lyre de la -main gauche, une couronne de la main droite; ses peintures blanc et or, -ses sièges de velours bleu; ses trois étages de galeries appuyées sur -des consoles à têtes et dépouilles de lion, devise de Louis XVI[956]; -ses branches de chêne et ses guirlandes de fleurs, soutenues par des -Amours; son plafond, où Lagrenée a peint Apollon, les Grâces, Thalie et -Melpomène; ses nymphes aux cornes d'abondance, qui bordent les côtés de -la scène ou en soulèvent le rideau; ses groupes de femmes qui portent -des torchères; ses Muses, qui encadrent, de leurs bras mollement -arrondis, le chiffre de la Reine[957]. - -Sur la troisième face du château, par derrière, c'est encore le jardin -anglais, où la rivière serpente avec mille sinuosités, parmi les -peupliers et les érables planes. Du sein des eaux s'élance, légère et -gracieuse comme une naïade, une île aux élégants contours, et, sur -l'île, la plus ravissante merveille peut-être de ce ravissant éden, -un temple en rotonde, aux proportions parfaites, dont la colonnade -corinthienne, délicieusement ciselée, abrite, sous des rosaces de -feuilles d'acanthe, la statue de l'Amour, de Bouchardon: le Dieu, dans -toute la beauté et toute la force de l'adolescence, se taille un arc -dans la massue d'Hercule[958]. Et plus loin encore, le lac aux bords -moelleusement découpés, avec ses ondes tranquilles, sur lesquelles -glissent en cadence des gondoles dorées et fleurdelysées, avec leur -pavillon aux couleurs de la Reine, rayé bleu et blanc[959], qui vont du -_Port du Départ_ au _Port du Retour_. - -Chaque année apporte son contingent dans cette création féerique[960]. -En 1776, à quelques pas du palais, c'est le pavillon chinois, et, sous -le pavillon, un jeu de bagues, mû par des mécanismes invisibles, cachés -dans un souterrain[961], et dont les joueurs, en guise de montures, -enfourchent des dragons et des paons, ciselés par Bocciardi[962]. En -1778, le belvédère surgit sur la colline, parmi des buissons de roses, -de myrtes et de jasmins[963]. Mique en a donné le plan; la Reine y -vient, chaque matin, prendre son déjeuner dressé sur une table de -marbre gris, qui repose sur trois pieds de bronze doré. De là, par -quatre ouvertures, tournées vers les quatre points cardinaux, elle peut -embrasser d'un coup d'œil tout son domaine, et son regard plonge sur -la rivière qui, sortie, tout à côté, d'une masse de roches sauvages, -vient dormir paresseusement au pied du pavillon, comme si elle ne -s'éloignait qu'à regret de ce site enchanteur. Huit sphinx, à tête de -femme, en gardent l'entrée; au-dessus des fenêtres, quatre groupes, dus -au ciseau de Deschamps, symbolisent les quatre saisons; au-dessus des -portes, des attributs de chasse et de jardinage, taillés de la même -main. A l'intérieur, le dallage est en marbre blanc, bleu et rose, et -sur les murs de stuc courent de légères arabesques, gracieux mélange -de trépieds fumants, de carquois, de vases et de bouquets de fleurs. -Ici, un chardonneret boit dans une coupe d'onyx; là, deux colombes -se poursuivent; ailleurs, un écureuil ronge un fruit, ou un canari -s'échappe d'une cage dorée. - -Puis, non loin du belvédère, à demi cachée dans un ravin étroit -qu'ombragent d'épaisses masses d'arbres, c'est une grotte, à laquelle -on n'arrive qu'après mille détours, par un escalier sombre, creusé dans -le roc. Le ruisseau qui la traverse y répand une délicieuse fraîcheur; -la lumière y pénètre à peine par une crevasse de la voûte: un bocage -touffu en interdit la vue aux regards indiscrets; la mousse qui en -tapisse les parois et en garnit le fond empêche les bruits du dehors -d'y parvenir. C'est le lieu de la retraite et du repos, jusqu'au jour -où la Reine y entendra les premiers grondements du 5 octobre[964]. - -Et maintenant suivez la rivière: dépassez le Temple de l'Amour, -poussez jusqu'au lac. Vous ne tarderez pas à apercevoir la création -favorite de la Reine, celle qui symbolise le mieux son génie, celle -qui est sortie de toutes pièces de son imagination et de son cœur: une -création pour laquelle elle a eu deux auxiliaires: son architecte Mique -et son peintre Hubert Robert. Ce n'est plus la solitude, comme dans la -grotte, c'est la vie, ou du moins l'apparence de la vie, et de la vie -pratique et laborieuse. Voici tout un hameau, huit maisonnettes, dont -chacune, disposée comme pour loger une famille de paysans, est entourée -d'un petit jardin planté de légumes et d'arbres fruitiers[965]. Les -toits sont en chaume; les fenêtres, garnies de carreaux à petits -plombs; les galeries, en planches découpées sur lesquelles grimpent -des chèvrefeuilles et de la vigne vierge[966]. Il y a des hangars pour -serrer les récoltes, des escaliers de bois pour monter aux greniers, -des bancs de pierre pour s'asseoir. La maison de la Reine, qui -communique par une galerie avec la maison du billard, est naturellement -la plus belle de toutes; elle a des vases de faïence de Saint-Clément, -remplis de fleurs et des treilles en berceau. Non loin, se dresse la -tour de Marlborough, qu'a baptisée une vieille chanson, fredonnée par -Mme Poitrine, la nourrice du Dauphin[967], et qui reflète dans le lac -ses escaliers en spirale, garnis de géraniums et de giroflées[968]. - -Le hameau est complet; rien n'y manque de ce qui constitue un hameau -véritable, ni la ferme, ni la grange, ni le poulailler, ni la maison -du jardinier, ni celle du garde, ni le moulin avec sa roue qui -tourne. «La Reine et Hubert Robert ont pensé à tout,» disent ceux des -historiens de Marie-Antoinette qui ont peut-être le mieux décrit, avec -leur style chatoyant, cette ravissante création, «la Reine et Hubert -Robert ont pensé à tout, même à peindre des fissures dans les pierres, -des déchirures de plâtre, des saillies de poutres et de briques dans -les murs, comme si le temps ne ruinait pas assez vite les jeux d'une -Reine[969].» - -Il y a une vraie ferme, couverte en paille, avec des animaux vivants, -de belles vaches suisses, des lapins, des moutons qui bêlent, des -pigeons qui roucoulent, des poules qui gloussent. Il y a un fermier -nommé Valy, un garde nommé Bercy, un petit garçon qui garde les vaches, -une servante qui porte le lait[970]. La laiterie est bâtie au bord du -lac qui sert de rafraîchissoir, et si l'eau du lac ne convient pas, -on va en puiser d'autre dans sept fontaines, surmontées de figures -d'enfants, qui tiennent des cygnes aux ailes déployées. Les tablettes -sont en marbre blanc; on y dépose le lait dans des vases de porcelaine, -fabriqués à la manufacture de la Reine, dans des moules brisés -ensuite[971]. Au hameau, s'il faut en croire un voyageur[972],—mais le -témoignage paraît suspect,—le Roi est meunier; la Reine, fermière; -Monsieur, maître d'école. C'est la vie de village, comme on l'entendait -au XVIIIe siècle[973], telle que Florian l'avait mise à la mode; -un poème d'Homère, une églogue de Virgile commentée par un conte de -Berquin, où des Nausicaa, parfumées et poudrées à la maréchale, lavent -du linge bordé de dentelles avec des battoirs d'ébène, où des Tityres -en talon rouge tondent des moutons, enguirlandés de roses, avec des -ciseaux d'or. «C'est une bergerie,» dit le chevalier de Boufflers, «où -il ne manque que le loup.» - -Le hameau est commencé en 1782 et achevé en 1788. Malgré les -changements de plans et les obstacles, il s'élève vite[974]; car la -Reine est vive dans ses désirs: «Vous connaissez notre maîtresse, -écrit le garde du mobilier Fontanieu à l'architecte Mique, elle aime -bien à jouir promptement.» Puis, après son achèvement, survient une -transformation nouvelle; car, dans la bergerie, pour parler comme -Boufflers, le loup est venu, et aux calomnies qui l'assaillent -déjà, Marie-Antoinette répond par la charité: dans ce village -d'opéra-comique, elle installe douze pauvres ménages, qu'elle -entretient sur ses économies[975]. - -Toutes ces créations de Trianon sont délicieuses. Rien ne peut donner -une idée de leur charme enchanteur, qui survit à cent ans de distance, -avec une nuance mélancolique, qui est un attrait de plus. Aussi la -réputation de ces jardins devient-elle promptement universelle; les -poètes les chantent[976], et les amateurs du beau les admirent. Mais, -dès le premier jour, la méchanceté des chroniqueurs s'attaque à cette -gracieuse fantaisie de la souveraine, qu'elle accuse d'avoir changé le -nom de son domaine pour lui donner un nom allemand[977]. La Reine s'en -indigne, et à ceux qui ont la simplicité ou l'impudence de lui demander -à visiter son _Petit Vienne_, elle répond par un refus qui est une -leçon[978]. Aux autres, Trianon est ouvert, et l'on y afflue de tous -côtés, de Paris, de Versailles, de la province, de l'étranger. Pas un -voyageur ne traverse la France, sans vouloir pénétrer dans ces jardins -d'Armide; pas un n'en sort sans en être ébloui. Arthur Young, qui n'est -pas suspect de partialité pour les œuvres de l'ancienne monarchie, et -qui examine tout avec le flegme d'un Anglais et le sens pratique d'un -agriculteur, reste en extase devant cette végétation puissante et ces -merveilleuses collections; il reproche bien à toutes ces charmantes -choses un peu d'entassement; mais il convient que «plusieurs parties -sont très jolies et très bien exécutées», et que le Temple de l'Amour -est «vraiment élégant[979]». - -Plus sensible, comme on disait alors, le Russe Karamsine déclare que -«le jardin de Trianon est ce qu'il y a de plus beau en fait de jardin -anglais»: - -«J'avance, dit-il, et je vois des collines, des champs des prés, des -troupeaux, une grotte. Fatigué des splendeurs de l'art, je retrouve la -nature; je me retrouve moi-même, mon cœur, mon imagination; je respire, -humant l'air embaumé du soir, contemplant le coucher du soleil...; je -voudrais pouvoir l'arrêter dans sa course, pour rester plus longtemps à -Trianon[980].» - -La baronne d'Oberkirch qui accompagna en France la comtesse du Nord, -n'est pas moins enthousiaste: - -«Je fus, le matin, de bonne heure, visiter le Petit Trianon de la -Reine. Mon Dieu! la charmante promenade! Que ces bosquets, parfumés de -lilas, peuplés de rossignols, étaient délicieux! Il faisait un temps -magnifique; l'air était plein de vapeurs embaumées; des papillons -étalaient leurs ailes d'or aux rayons d'un soleil printanier. Je n'ai -de ma vie passé des moments plus enchanteurs que les trois heures -employées à visiter cette retraite[981].» - -Enfin, après ces témoignages, de l'Anglais un peu sceptique, du Russe -sentimental et de l'Alsacienne femme de goût, veut-on le jugement d'un -connaisseur émérite, d'un maître dans l'art difficile de la décoration -des jardins? Voici ce qu'écrit, en 1781, le prince de Ligne, le -créateur de Belœil et l'un des habitués de Trianon: - -«Je ne connais rien de plus beau et de mieux travaillé que le Temple -et le pavillon. La colonnade de l'un et l'intérieur de l'autre sont le -comble de la perfection du goût et de la ciselure. Le rocher et les -chutes d'eau feront un superbe effet dans quelque temps, car je pense -que les arbres vont se presser de grandir pour faire valoir tous les -contrastes de bâtisse, d'eau et de gazon. La rivière se présente à -merveille dans un petit mouvement de ligne droite vers le Temple; le -reste de son cours est caché ou vu à propos. Les massifs sont bien -distribués et séparent les objets qui seraient trop rapprochés. Il y -a une grotte parfaite, bien placée et bien naturelle. Les montagnes -ne sont pas des pains de sucre ou de ridicules amphithéâtres. Il n'y -en a pas une qu'on ne croirait avoir été là du temps de Pharamond. -Les plates-bandes de fleurs y sont placées partout agréablement. Il -y en avait une à laquelle je trouvais l'air un peu trop ruban; on -doit, je crois, la changer. C'était là le seul défaut que j'eusse -remarqué, et cela prouve que, quoique le Petit Trianon soit fait pour -l'enthousiasme, ce n'est pas lui qui m'échauffe sur son compte. Il n'y -a rien de colifichet, de contourné; rien de bizarre. Toutes les formes -sont agréables. Tout est d'un ton parfait et juste. Apparemment que les -Grâces ont aussi beaucoup de justesse et réunissent encore cet avantage -à tous ceux qui les feront toujours admirer.» - -Dans le palais, même élégance, et, pour parler comme le prince de -Ligne, même justesse. On y monte par un ample perron, à double rampant, -que couronnent des terrasses, garnies de pilastres. Quand on a soulevé -le marteau de la porte, on pénètre dans le vestibule où des guirlandes -de chêne courent le long des murs[982]. Une tête de Méduse semble en -interdire l'accès aux fâcheux. Pour les autres, pour les privilégiés, -s'ouvre un vaste escalier aux larges marches de pierres, à la rampe -dorée, où des branches de laurier s'entrelacent au chiffre de la déesse -du lieu. Au centre se balance une merveilleuse lanterne, formée par des -faisceaux de flèches et des attributs champêtres, éclairée par douze -lumières que portent de petits satyres assis. - -De l'antichambre, qui se présente au haut de l'escalier, on passe dans -la salle à manger, dont les boiseries, admirablement fouillées, offrent -de tous côtés une succession de fines arabesques, carquois, flèches, -guirlandes de fleurs, rameaux de lauriers, sphinx, corbeilles de -fruits; les boucs de Pan, à la barbe hérissée de pampres, soutiennent -la cheminée de marbre bleu[983]. Au milieu de la pièce, la table faite -par Loriot pour Louis XV, qui monte toute dressée par une trappe -pratiquée dans le parquet, avec ses quatre _servants_, auxiliaires -discrets qui remplacent et évitent les soins empressés et les regards -importuns des valets. - -Après la salle à manger, le petit salon orné partout de grappes de -raisin, de masques de comédie, de guitares et de tambours de basque. -Dans le grand salon, des Amours, souriants et joufflus, se jouent -aux angles de la corniche, tandis que sur les murs des branches de -lys s'épanouissent dans des couronnes de lauriers[984]. Le meuble -est de soie cramoisie galonnée d'or[985]. A la rosace, si délicate -et si légère que ses grappes de fleurs et de fruits semblent à peine -posées sur le plafond, est suspendu un lustre de cristal, étincelant -de mille feux. Dans le cabinet de toilette, deux glaces mobiles, -surgissant du parquet à volonté, interceptent la lumière et masquent -les fenêtres[986]; au-dessus, une petite bibliothèque, taillée dans -l'entresol, en 1780[987]; à côté, la salle de bains, où l'eau s'épanche -dans une baignoire en marbre blanc. - -Un petit boudoir, délicieusement sculpté, avec ses trépieds fumants, -ses cornes d'abondance, ses colombes posées sur des nids de roses, -ses écussons fleurdelysés, ses chiffres M A, que traversent des -flèches inoffensives et qu'encadrent des marguerites, conduit à la -chambre de la Reine, dont le meuble de poult de soie bleue—cette -couleur qui va si bien aux blondes—est confortablement rembourré de -duvet d'eider, dont le lit est enfoui sous la dentelle, dont les -rideaux sont retenus par des écharpes de satin, frangées de perles et -d'argent. Une guirlande de myosotis et de pavots entoure le plafond, -et, sur la cheminée, une pendule, où les aigles d'Autriche s'allient -à la houlette et au chapeau de bergère, marque les heures fortunées -de la souveraine de ces lieux.[988] Le long des murs, quelques toiles -de Pater et de Watteau, et surtout deux charmants tableaux, envoyés -par Marie-Thérèse[989], où Wertmüller a figuré deux scènes qui sont -des souvenirs d'enfance, l'opéra et le ballet exécutés par les jeunes -archiducs et archiduchesses au mariage de Joseph II. Dans l'un, les -sœurs de la Reine représentent une scène d'opéra; dans l'autre, celle -qu'on nommait alors Mme Antoine, vêtue d'un corsage rouge et d'une jupe -de satin blanc sur laquelle courent des branches de roses, danse un -menuet avec ses frères Ferdinand et Maximilien. Un contemporain prétend -qu'il y avait aussi à Trianon, dans la chambre même de la Reine, -plusieurs portraits de la famille impériale, où, par je ne sais quelle -lugubre fantaisie, les augustes personnages s'étaient fait peindre en -religieux creusant leur tombeau[990]. Était-ce pour mêler une pensée -grave à ces pensées souriantes, et l'image de la mort à ces emblèmes de -plaisir? Était-ce la philosophie de ce poème? - -Partout ailleurs, dans le palais, la vie déborde; partout apparaissent -ces attributs gracieux qui symbolisent le génie de la Reine pendant ses -jours de bonheur: la simplicité et le charme. C'est là que s'épanouit, -dans toute sa perfection, ce style qu'on a appelé le _style Louis XVI_, -mais qu'on devrait plutôt appeler le _style Marie-Antoinette_, car -c'est elle qui en a été l'inspiratrice: style exquis qui est resté, -depuis un siècle, le type de l'élégance et de la grâce. C'est là que se -montre l'influence du goût de la Reine sur le goût et les arts de son -temps. Ce n'est plus la sévère grandeur de Louis XIV, ni la mignardise -un peu tourmentée de Louis XV; c'est quelque chose qui tient le milieu -entre les deux, unissant la pureté des lignes à la délicatesse du -décor: solide avec les apparences de la fragilité, gracieux et digne à -la fois, harmonieux sans être provocant, arrondi sans être contourné, -confortable sans être voluptueux. Souvenirs mythologiques, attributs de -l'art et de la nature, scènes champêtres, arabesques de la Renaissance, -emblèmes et symboles, fleurs, fruits et feuillage, tout se réunit dans -une ornementation qui brille avant tout par l'abondance et la finesse -des détails. Les calomniateurs de Marie-Antoinette l'ont accusée d'être -restée allemande: jamais elle n'a été plus française qu'à Trianon. - -A sa voix, toutes les imaginations sont en travail; tous les arts -se donnent rendez-vous pour enfanter des chefs-d'œuvre. Deschamps -sculpte les frontons du belvédère et les chapiteaux du temple; Féret et -Lagrenée peignent le plafond et les parois de la salle de spectacle et -du palais; Dutemps et Leriche les couvrent de dorures. Pour la Reine, -Gouttière, le célèbre Gouttière, comme on l'appelle déjà de son vivant, -cisèle ses bronzes merveilleux[991]; Houdon taille le marbre; Clodion -pétrit ses statuettes. Sous son patronage, Lebœuf fonde une fabrique -de porcelaine dans la rue de Bondy[992]. David Roetgers compose des -meubles d'une perfection telle que Louis XVI, l'économe Louis XVI, se -laisse entraîner à acheter un secrétaire de marqueterie quatre-vingt -mille francs[993]. Les bois de rose et de palissandre se marient aux -panneaux et aux plaques de Sèvres; les consoles et les tables se -surchargent d'une foule de petits objets rares et élégants: groupes -en pâte tendre ou dure, potiches de Chine en porcelaine bleu céleste, -vases de Vienne en bois pétrifié, coffrets en sardoine brune ou en -jaspe sanguin, boîtes en laque du Japon ou en vernis Martin[994]. Tout -est souriant, tout est exquis. - -Ce n'est pas seulement à Trianon que les fantaisies de la jeune -souveraine se donnent carrière, c'est aussi à Fontainebleau. Rien n'est -plus gracieux que la série de pièces qui, dans le vieux palais des -Valois, constitue l'appartement de la Reine. Mercy, qui en voit les -débuts, déclare que «les artistes en différents genres ont épuisé là -tout ce que la magnificence, la recherche et le goût peuvent produire -de plus curieux et de plus agréable[995]». Tout concourt pour les -orner: Lyon envoie pour la chambre à coucher une merveilleuse soierie, -couverte d'attributs rustiques: trébuchets et pipeaux, perdrix rouges -courant dans les champs, chardonnerets chantant sur une branche de -fleurs, paniers de jardinière et ruines de temple. L'architecte -Rousseau dirige les travaux[996]; Gouttière plaque sur la commode en -bois des îles des bronzes ravissants: grappes de raisin, têtes de -lion, enroulements de toutes sortes. Sèvres y ajoute ses transparents -médaillons. Au lit, deux génies dorés supportent une couronne au-dessus -du chiffre entrelacé de Marie-Antoinette. Dans le salon, un élève de -Boucher, Barthélemy, peint la musique et les arts. Dans la salle de -bains, il exécute sur glaces de ravissants décors. De joyeux amours, -frais et roses, lutinent ensemble, se roulent, se poursuivent, courent -après des papillons, saisissent des oiseaux, jonglent avec des fleurs, -grimpent le long des roseaux. - -Mais la merveille de Fontainebleau, c'est le boudoir, et Mme de Staël -n'a pas tort, quand elle écrit à Gustave III que «le cabinet de la -Reine est beau dans tous les détails, au delà de tout ce que l'on -peut imaginer[997]». Là encore, le décorateur, c'est Barthélemy. Au -plafond, il place Flore entourée d'amours et jetant à profusion les -produits parfumés de ses riches parterres. Sur les murs, il prodigue -les plus charmantes créations de son pinceau; c'est un mélange de -génies, d'animaux et de fleurs, de rameaux de lierre et de têtes de -lion, de sphinx accroupis et de branches de bluets et de marguerites, -de violettes et de lauriers. Sur les portes, Cupidon tend un miroir -à sa mère et des groupes de jeunes filles dansent devant un satyre -ou retiennent par les ailes un amour prêt à s'échapper. La cheminée -en marbre blanc est soutenue par des faisceaux de flèches formant -colonnes, et, sur le linteau, un arc, ciselé par Gouttière, est -entrelacé de guirlandes de feuillage et de fleurs. S'il faut en -croire la tradition, Louis XVI a forgé lui-même les espagnolettes des -fenêtres, sur les montants desquelles grimpent des tiges de lierre: -Vulcain cette fois a travaillé pour Vénus[998]. Le parquet est tout en -acajou moucheté, bois rare alors, qui fait aujourd'hui une impression -sinistre: les mouchetures ont l'air de taches de sang. - -Mais revenons à Trianon. - -Le royaume de Marie-Antoinette est petit: une soixantaine d'arpents -environ composent le jardin[999]. L'habitation est plus petite encore: -elle n'a guère que douze toises de côté. A l'intérieur, outre les -appartements de la maîtresse du lieu, que nous avons décrits, il ne -reste plus au second que quelques pièces étroites et basses, presque -des chambres de serviteurs. C'est vraiment la maison du sage, qui ne -peut contenir qu'un nombre restreint d'amis, et c'est là justement ce -que demande la Reine. Elle a créé Trianon pour échapper à Versailles -et à Marly; elle y veut être seule avec quelques invités de son choix. -Elle n'y est plus la souveraine d'un vaste empire, mais la propriétaire -d'un étroit domaine: c'est le charme de la vie privée après les tracas -de la vie publique. Là, elle est maîtresse absolue, et aussi haute -justicière; mais sa justice, elle ne l'exerce qu'avec clémence: «Quant -à l'homme que vous tenez en prison pour le dégât commis, écrit-elle un -jour, je vous demande de le faire relâcher, et puisque le Roi a dit que -c'est mon coupable, je lui fais grâce[1000].» - -Cette simplicité qu'elle a rêvée, cette vie du cœur, à laquelle -elle aspire depuis son enfance, cette existence champêtre, dont les -emblèmes s'étalent partout autour d'elle, elle veut la réaliser à -Trianon. C'est là qu'elle peut dire, à l'exemple de Henri IV: «Je -ne suis plus la Reine, je suis moi[1001].» Le matin, elle part de -Versailles, accompagnée par un seul valet de pied[1002], elle parcourt -son jardin, elle visite ses fleurs, elle fait des bouquets de roses -et de chèvrefeuille, et lorsque, le soir, elle reste à coucher dans -son petit château, c'est la femme du concierge qui lui sert de femme -de chambre[1003]. Le dimanche, elle laisse entrer dans le parc toutes -les personnes honnêtement vêtues, principalement les bonnes et les -enfants. Là un bal s'organise, un bal rustique, parfois sous une tente, -comme au village[1004], parfois dans la grange du hameau[1005]; la -Reine y prend part, danse une contredanse pour mettre tout le monde -en train; puis elle appelle les bonnes, elle se fait présenter les -enfants, elle s'informe de leur famille, elle les comble de bonbons -et de caresses[1006]. Les enfants, elle les aime tant, elle voudrait -tant en avoir à elle qu'à la fin de 1776 elle adopte un petit paysan -dont la joyeuse figure et la bonne humeur l'ont frappée. Puis elle -donne des fêtes, et un jour le parc est transformé en une sorte de -champ de foire, où les dames de la Cour sont marchandes, où la Reine -est limonadière, avec théâtres, parades et boutiques bordant les -avenues[1007]. Elle organise des voyages à Trianon, non pas des voyages -comme ceux de Marly, qui sont si guindés et qui coûtent si cher, -mais des voyages où elle s'installe chez elle avec quelques intimes -seulement; car, nous l'avons dit, sa maison est petite et ne se prête -pas à une nombreuse compagnie. Mme Élisabeth en est toujours, puis -Mme de Polignac et sa société, plus rarement Mme de Lamballe. Le Roi -y vient à pied, sans capitaine des gardes, mais n'y couche jamais. -Monsieur y apparaît quelquefois, le comte d'Artois souvent. Les invités -arrivent à deux heures pour dîner et retournent à Versailles pour -minuit[1008]. - -Là, point d'apparat, point d'étiquette. Pas de _Maison_, mais des -amies. La Reine entre dans son salon, sans que les dames quittent -leur métier, sans que les hommes interrompent leur partie de billard -ou de trictrac. C'est la vie de château, dans toute sa liberté -aimable, telle que Marie-Antoinette l'a toujours rêvée, telle qu'on -la pratique dans cette patriarcale famille des Habsbourg, qui n'est, -a dit Gœthe, que la première famille bourgeoise de son empire. On se -rassemble pour le déjeuner, qui tient lieu de dîner; puis on joue, on -cause, on se promène et l'on se réunit de nouveau pour le souper, qui -a lieu de bonne heure[1009]. Plus de costumes luxueux, plus de ces -coiffures compliquées, dont la hauteur exagérée force les architectes -à grandir les dimensions des portes et provoque les gronderies de -Marie-Thérèse. Une robe de percale blanche, un fichu de gaze, un -chapeau de paille, voilà la toilette de Trianon: toilette fraîche et -charmante, qui fait admirablement ressortir la taille souple et le -teint éblouissant de la déesse du lieu, mais dont l'extrême simplicité -met en rumeur les fabricants de soieries de Lyon, délaissées pour -les toiles d'Alsace[1010]. Là, plus d'amusements bruyants, plus de -pharaons ruineux qui compromettent la cassette de la Reine, plus de ces -petits jeux dont on avait pris le goût chez la duchesse de Duras, la -guerre-pampan, le colin-maillard, le descampativos[1011], dont avait -médit la chronique. A Versailles et à Marly, ce sont les plaisirs de -la Cour; à Trianon, ce sont les plaisirs de la campagne, les bals -champêtres, comme ceux dont nous venons de parler, la danse sur -l'herbe, le billard, le jeu de bagues, les courses sur le gazon. - -La Reine prend au sérieux son rôle de fermière: elle a ses vaches, -Brunette et Blanchette, qu'elle trait elle-même dans des vases de -porcelaine; elle a un beau bouc blanc à quatre cornes et des chèvres -blanches qu'on a fait venir de Fribourg[1012]; elle a ses pigeons et -ses poules aux quels elle donne à manger; elle a ses parterres qu'elle -arrose. On passe de la laiterie à la grange, de la grange au moulin; on -va manger des œufs frais à la ferme, boire du lait chaud à l'étable; -on pêche dans la rivière, on traverse le lac en gondole, et, quand -on est las de tout ce mouvement, on revient s'asseoir à l'ombre, en -respirant le parfum des fleurs et en travaillant; car on ne reste pas -inactif à Trianon. Les femmes brodent, font de la tapisserie ou filent -leur quenouille; les hommes tressent du filet, lisent ou se promènent -en causant. Vie charmante, où le temps s'écoule sans qu'on s'en -aperçoive, où l'on oublie les intrigues et les soucis de Versailles, où -l'on se regarde et s'écoute vivre. Vie plus charmante encore, lorsque -Dieu a exaucé les vœux les plus ardents de la Reine et que le premier -rayon de la maternité a brillé sur son front. Car alors ce n'est plus -seulement le calme et l'amitié qu'elle vient chercher à Trianon, c'est -la santé de ses enfants qui s'ébattent joyeusement sur les pelouses, -lutinant leurs chèvres, cherchant des nids, bêchant leur jardin[1013], -respirant le grand air, se développant en toute liberté et puisant -dans cette liberté et ce grand air la vigueur et la bonne mine. Et, à -partir de cette époque, Trianon est plus en vogue que jamais, et il -n'y a guère de jour où la Reine ne s'y rende de Versailles, soit le -matin, soit dans l'après-midi[1014]. C'est là qu'elle vient achever son -rétablissement après les rudes et dramatiques couches auxquelles elle -doit Madame Royale; c'est là qu'elle voit grandir dans les bras de Mme -Poitrine ce Dauphin tant souhaité, dont la naissance adoucit le chagrin -de la mort de Marie-Thérèse, et dont les poètes, par une délicate -flatterie qui va droit au cœur maternel, associent le nom à l'éloge des -bosquets qui ombragent ses premiers pas[1015]. - -Voilà les jouissances intimes; mais, à côté, il y a les réjouissances -officielles, celles qu'on destine aux têtes couronnées. Pas un -souverain, pas un grand personnage ne voyage en France, sans que la -Reine veuille lui faire elle-même les honneurs de son domaine. Que -ce soit Joseph II, le prince de Hesse-Darmstadt, le comte du Nord, -le roi de Suède, il y a fête à Trianon. Cela fait partie en quelque -sorte du programme ordinaire des plaisirs qu'on offre aux étrangers -de distinction. Puis il y a les fêtes moins bruyantes, celles qu'on -donne au Roi, qui les apprécie beaucoup; car, pas plus que sa femme, -il n'aime le faste et la représentation. Trianon, pour lui, comme pour -la Reine, c'est la simplicité, c'est aussi l'économie en comparaison -de Fontainebleau et de Marly. Parfois on invite quelques seigneurs, ou -quelques dames de la Cour, comme le maréchal de Noailles, la duchesse -de Cossé[1016], la marquise de Sabran, souvent même des femmes de -Paris[1017]. Il y a alors illumination des bosquets «avec ces lampions -couverts qui donnent une lumière si douce et des ombres si légères, -que, dit un témoin oculaire, l'eau, les arbres, les personnes, tout -paraît aérien[1018].» - -Après l'illumination, souper, spectacle, ballet, promenades dans le -jardin, qui se prolongent assez tard dans la nuit[1019]. Mais ce qui -rend ces réunions plus attrayantes, c'est l'affabilité de la Reine. -Elle s'ingénie à marquer à ses invités des attentions particulières, -et chacun sort séduit de ce lieu de délices, plus séduit encore -par la bonté et la grâce de la propriétaire. Mercy lui-même, qui -voyait avec méfiance certaines innovations introduites à ces fêtes, -convenait qu'elles étaient «charmantes par l'agrément que la Reine y -apportait».—«Pourvu qu'elles ne deviennent ni trop fréquentes ni trop -coûteuses, ajoutait-il, elles ne peuvent contribuer qu'à faire régner à -la Cour le ton et le genre d'amusement qui lui est convenable[1020].» - -On ne se promène pas seulement à Trianon, on y cause et on y lit. -Quoique Mme Campan prétende que Marie-Antoinette a peu fait pour les -lettres et les arts, il est certain qu'elle avait du goût pour les -jouissances de l'esprit; elle se plaisait à encourager les auteurs. -Elle protégeait la Harpe[1021] et lui faisait donner une pension -de douze cents livres[1022]; elle patronnait Delille[1023], et, en -reconnaissance, le poète chantait les jardins de Trianon; elle riait -à la lecture des vers badins de Gresset[1024], disait un mot charmant -au peintre Vernet: «Monsieur Vernet, c'est toujours vous qui faites -la pluie et le beau temps,» obtenait une gratification de douze cents -livres pour un petit-neveu du grand Corneille, que lui recommandait -la Comédie-Française[1025], faisait faire à ses frais, à l'imprimerie -Royale, une magnifique édition du poète favori de son enfance, -Métastase, et en envoyait un exemplaire à l'illustre écrivain[1026]. -Elle applaudissait à _l'École des Pères_, et, après la représentation, -ordonnait au maréchal de Duras de féliciter le compositeur du drame du -ton de décence et de morale qui se remarquait dans son œuvre[1027]. -Elle faisait jouer par la Comédie-Française le _Méléagre_ de Lemercier, -assistait à la première représentation et voulait avoir le jeune -auteur près d'elle dans sa loge «pour mieux jouir d'un succès dont -elle ne doutait pas et qui, en effet, répondit à ses vœux[1028].» Elle -accordait une pension à Chamfort et le lui annonçait avec des paroles -si flatteuses que l'auteur de _Mustapha et Zéangir_, dans l'élan de -son enthousiasme, jurait—serment bien fugitif—qu'il ne pourrait jamais -l'oublier[1029]. - -Mais elle ne pardonnait pas à Voltaire ses attaques contre la -vieille foi de la France, et si elle n'allait pas jusqu'à le traiter -d'_extravagant_, comme sa mère[1030], elle lui manifestait peu de -sympathie. Lorsqu'au printemps de 1778 le philosophe fit, à Paris, -ce voyage qui ne fut qu'un long triomphe, elle refusa nettement de -le recevoir à Versailles. Quoi que pût dire le public, quoi qu'aient -pu affirmer les chroniqueurs, quelles que fussent d'ailleurs les -sollicitations des amis de Voltaire, elle déclara «qu'elle ne voulait -en aucune façon d'un homme dont la morale avait occasionné tant de -troubles et d'inconvénients[1031]». Le fait a été contesté; il est -positif aujourd'hui. - -Ses jugements, toutefois, n'étaient pas toujours aussi fermes, ni -ses affections, comme ses répugnances littéraires, aussi motivées. -Si un jour, en lisant le _Numa Pompilius_ de Florian, le peintre -pourtant de ses bergeries, elle laissait échapper ce mot piquant et -vrai: «Je crois manger de la soupe au lait[1032]», d'autres fois, ses -appréciations étaient moins heureuses, comme il arriva pour cette -pièce de Dorat-Cubières, qui, trouvée charmante, lorsque Molé l'avait -lue dans le cabinet de la Reine, fut estimée si mauvaise, lors de sa -représentation à Fontainebleau, que le Roi, pour la première fois, -fit baisser le rideau avant la fin de la comédie[1033], ou pour _le -Connétable de Bourbon_, du comte de Guibert, qui, malgré la protection -royale, échoua complètement, au mariage de Mme Clotilde[1034]. Mais la -Reine n'avait pas de prétentions, et elle était la première à rire de -ses mécomptes[1035]. - -Parmi tant d'amusements, où se jouait une fantaisie, parfois un peu -mobile, il était un goût qui persistait malgré tout, c'était le goût -de la musique. Marie-Antoinette l'avait eu dès sa jeunesse. Enfant, -elle avait joué avec Mozart, et reçu les leçons de Gluck[1036]. -Dauphine, à son arrivée en France, elle étudiait le clavecin tous les -jours[1037], donnait chez elle de petits concerts[1038], chantait chez -Mme Clotilde[1039], et se plaisait à jouer de la harpe[1040]. Reine, -au milieu même des entraînements que lui reprochait sa mère, elle -continuait ses leçons de musique et ses concerts. Les leçons duraient -parfois deux heures, et le concert du soir servait de répétition à la -leçon du matin. Ses progrès étaient réels, et son plaisir si vif que -Mercy craignait qu'il ne nuisît à des occupations plus sérieuses[1041]. -Même à Fontainebleau qui,—la jeune femme l'avouait elle-même,—était le -moment de la plus grande dissipation, elle avait deux professeurs de -musique, l'un de harpe et l'autre de chant[1042]. A Paris, elle allait -de préférence à l'Opéra et à la Comédie-Italienne, et c'est aussi -pour lui plaire que l'Opéra avait consenti à faire venir de Vienne le -célèbre maître de chapelle, Gluck. - -Gluck était pour Marie-Antoinette plus qu'un grand compositeur, c'était -un souvenir, un souvenir de son enfance et de son pays; c'était aussi -l'espoir d'une réforme dans l'art français, qu'elle trouvait monotone. -Aussi, dès le début, l'encourage-t-elle de toutes ses forces; elle -le prend sous sa haute protection; elle fait mettre à l'étude son -_Iphigénie en Aulide_[1043], et le jour où la pièce est enfin jouée, -le 19 avril 1774, elle l'applaudit jusqu'à avoir «l'air de faire -une cabale[1044]». Elle fait donner à l'illustre auteur une pension -de six mille francs[1045]; elle le protège contre ses ennemis; elle -soutient de ses bravos, malgré la froideur des spectateurs, la première -représentation d'_Alceste_, et lorsqu'une coterie hostile appelle -Piccini pour l'opposer à Gluck, lorsque le public volage et frondeur -semble abandonner le compositeur allemand pour le maëstro italien, -elle prend parti pour le maître de sa jeunesse. Dès son arrivée, elle -lui a accordé les entrées à sa toilette, et tout le temps qu'il y -reste, elle ne cesse de lui adresser la parole; elle l'interroge avec -bonté sur ses travaux, et le grand musicien, chez qui la malveillance -des critiques ne peut ébranler la foi en son génie, lui répond avec -un imperturbable aplomb: «Madame, _Armide_ sera bientôt fini, et -vraiment ce sera _superbe_.» Malgré un premier accueil indécis, les -applaudissements du public ne tardèrent pas à justifier la confiance de -Gluck et la protection de la Reine[1046]. - -Le prince d'Hénin, celui qu'on appelle le _Nain des princes_, se -permet-il d'interpeller cavalièrement Gluck chez Sophie Arnould; le duc -de Nivernais relève le gant pour se faire bien venir de la souveraine, -et si l'affaire s'arrange, c'est que le prince, auquel Marie-Antoinette -a fait dire qu'elle sait d'où viennent les torts et insinue qu'il ait -à les réparer, consent à faire au compositeur une visite qui est une -excuse[1047]. Et quand le duc de Noailles, plus capable mais non moins -vif que le prince d'Hénin, s'écrie que l'_Électre_ de Lemoyne ne vaut -pas le diable, puisque l'auteur est un élève de Gluck, c'est la Reine -elle-même qui prend contre le vieux courtisan la défense du professeur -et de son disciple[1048]. - -Enfin, lorsque, au bout de cinq ans, le grand homme, aigri et -découragé, après l'insuccès d'_Écho et Narcisse_, s'apprête à quitter -Paris, sa royale élève lui fait promettre de revenir et lui décerne, -comme cadeau d'adieu, le titre de maître de musique des Enfants de -France[1049]. - -Mais la Reine n'est pas exclusive; elle ne protège pas seulement -Gluck, elle accueille aussi son rival, Piccini, auquel elle pardonne -même d'avoir eu un instant l'appui de Mme du Barry[1050]. Elle ne se -sert de la lutte des deux compositeurs que pour imprimer au goût de la -musique en France un nouvel essor; tout en conservant ses préférences, -elle distribue à l'un et à l'autre ses faveurs. A peine Piccini est-il -arrivé en France, qu'elle le reçoit; elle prend de lui des leçons de -chant deux fois par semaine[1051], et lui assure, avec le titre de -compositeur de ses spectacles lyriques, un traitement de quatre mille -livres qu'il touchait encore au commencement de la Révolution[1052]. -Elle tient à avoir la primeur des deux premiers actes de _Roland_, -qu'elle lui fait répéter en sa présence. Le prince de Ligne a raconté -que, voulant alors chanter devant le maître italien qu'elle avait -prié de l'accompagner, elle choisit par inadvertance un morceau de -l'_Alceste_ de Gluck. «Mais, ajoute le prince, la grâce qu'elle mettait -à réparer ces petits malheurs, qui lui arrivaient souvent, par une -sorte d'ingénuité qui lui allait si bien, peignait la bonté et la -sensibilité de la plus belle des âmes, qui ajoutaient des charmes à sa -figure, sur laquelle on voyait se développer en rougissant ses jolis -regrets, ses excuses et souvent ses bienfaits[1053].» - -Avec Gluck et Piccini, c'est Grétry, dont la musique légère lui plaît -infiniment. Elle accepte d'être marraine de la fille du compositeur; -elle lui donne son nom; elle la fait venir tous les mois à Versailles -pour la combler de présents et de caresses, et, lorsqu'elle va au -théâtre, après les trois révérences d'étiquette au public, elle cherche -des yeux sa filleule et lui envoie un baiser, aux applaudissements des -spectateurs[1054]. - -Plus tard, lorsque Gluck aura définitivement quitté Paris pour Vienne, -sans que les instances royales les plus pressantes puissent l'en -rappeler[1055], ce sera Sacchini que la Reine soutiendra énergiquement -à la fois contre l'opposition sourde du comité de l'Opéra et la -malveillance de l'intendant des Menus-Plaisirs, Papillon de la Ferté; -Sacchini, dont le _Dardanus_ sera représenté pour la première fois sur -le théâtre de Trianon[1056]. - -Ce sera Lemoyne, qu'elle honorera de ses faveurs, en même temps que -Sacchini. Ce sera l'élève de Gluck, Salieri, dont les _Danaïdes_, -attribuées à la collaboration du maître, ramènent à l'Opéra la -Reine, avide d'applaudir un nouveau chef-d'œuvre de son vieux -professeur[1057]. Mme Campan exagère sans doute quand elle attribue -à Marie-Antoinette le degré de perfection qu'atteignit alors la -musique française. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle y a beaucoup -contribué par son patronage et tiré notre scène lyrique de sa vieille -routine, pour y introduire un nouveau genre. Son goût n'a pas toujours -eu le mérite infaillible que ses amis lui accordaient; il n'en est pas -moins vrai,—un critique compétent l'a reconnu,—que, parmi les ouvrages -qu'elle a couverts de sa protection, «elle n'a généralement ni mal -choisi ni mal jugé[1058].» - -Après les compositeurs, les artistes. La Reine est pleine de -bienveillance pour la Saint-Huberty, qui le mérite, sinon par son -caractère, du moins par son talent. Elle fait accorder à Mlle Trial -1500 livres de gratification annuelle[1059]. Lorsque Garat débarque de -Bordeaux à seize ans, et fait sensation à Paris, elle veut aussitôt -l'entendre; elle l'envoie prendre dans un carrosse à six chevaux[1060]; -elle lui obtient, sur la cassette du Roi, une pension de six mille -francs pour payer ses dettes; elle pousse même la complaisance,—elle -s'en repentit plus tard,—jusqu'à chanter avec lui. Elle accueille de -même Michu, de la Comédie-Française; elle l'admet dans son intimité -et manifeste un plaisir extrême à l'écouter; elle ne l'écoute pas -seulement, elle lui demande des leçons[1061], et c'est grâce à ces -leçons qu'elle passe de la musique à un nouvel amusement, où nous -devons la suivre, et qui nous ramène à Trianon: le théâtre. - -Marie-Antoinette, toute jeune encore, avait montré un goût très vif -pour le théâtre. Quand elle n'était encore que Dauphine, elle avait, -on s'en souvient, organisé avec ses beaux-frères et belles-sœurs de -petites représentations dans ses appartements particuliers, et la seule -crainte du vieux Roi avait mis un terme à ce genre de plaisir qui -divertissait fort les jeunes ménages. Devenue Reine, elle renonça pour -quelque temps à ses velléités de monter elle-même sur la scène, mais -elle conserva son amour du théâtre. A Marly, on improvisait une salle -de comédie dans une grange, et la Montansier venait y jouer[1062]. A -Trianon, lorsque le théâtre eut été construit, en 1778, il n'y avait -pas de fête sans spectacle. A Choisy, dans les petits voyages, il y -avait aussi presque toujours spectacle et souvent deux fois par jour: -le matin, opéra, comédie française ou italienne à l'heure ordinaire; le -soir, à onze heures, représentation de parodies, où les premiers sujets -de l'Opéra paraissaient sous les traits et dans les costumes les plus -bizarres. Une danseuse célèbre, la Guimard, était chargée des premiers -rôles; sa maigreur extrême et sa petite voix rauque ajoutaient encore -au grotesque des personnages qu'elle jouait[1063]. - -Mais la Reine appréciait peu ces sortes de divertissements que Louis -XVI en revanche aimait beaucoup[1064]. Sa nature fine et distinguée -s'accommodait mal de ces parades, parfois grossières[1065]. «N'est-ce -que cela?» disait-elle en bâillant, à la représentation sur le théâtre -de Versailles d'une facétie intitulée: _Les battus paient l'amende_, -qui avait eu un grand succès à Paris[1066]. - -La comédie de société était alors plus que jamais en vogue. Dans tous -les hôtels, dans tous les châteaux, il y avait un théâtre et une -troupe d'amateurs, organisée comme une vraie troupe, s'exerçant comme -elle, répétant comme elle et prenant des leçons d'acteurs en renom. -De la Cour, la contagion avait gagné l'armée, et il avait fallu une -ordonnance du ministre de la guerre pour arrêter un entraînement auquel -bien des officiers sacrifiaient leur métier[1067]. - -Certains grands seigneurs avaient même, en dehors de leur habitation -ordinaire, une petite maison de campagne, située au milieu des jardins -et spécialement destinée aux exercices dramatiques. Le duc d'Orléans, -petit-fils du Régent, avait un théâtre de ce genre à Bagnolet et au -faubourg du Roule[1068], et c'est là qu'avaient été représentées la -plupart des comédies de Collé, dans lesquelles le pieux époux de Mme -de Montesson ne dédaignait pas d'accepter un rôle. Le prince de Condé -en faisait autant à Chantilly[1069] et Mme Élisabeth elle-même jouait -_Nanine_ avec ses amies[1070]. - -Ce que les princes du sang faisaient, ce que le grand Roi avait -autorisé par son exemple, Marie-Antoinette voulut le faire aussi. -La guerre, à cette époque, retenait loin de Versailles tous les -militaires; l'été rappelait un grand nombre de courtisans dans les -châteaux[1071]; les amusements devenaient rares à la Cour. La Reine -songea à ce moyen nouveau pour rompre la monotonie d'une existence qui -se traînait péniblement. Comme le duc d'Orléans, elle résolut d'avoir -et elle eut son théâtre et sa troupe. Le théâtre, nous l'avons décrit -plus haut; la troupe, c'étaient les familiers de la société Polignac: -la favorite d'abord; sa fille, la duchesse de Guiche; sa cousine, -Mme de Châlons; ses belles-sœurs, la comtesse Diane et la comtesse -de Polastron. Mme Campan raconte qu'il fut convenu qu'à l'exception -du comte d'Artois, aucun homme ne serait admis dans la troupe[1072]. -Si cette résolution fut prise, elle ne tint pas; car, dès le premier -jour, nous trouvons parmi les acteurs le comte d'Adhémar, le comte -Esterhazy, M. de Polignac[1073], auxquels vinrent se joindre presque -aussitôt le comte de Vaudreuil, le duc de Guiche, le bailli de Crussol. -L'ordonnateur pour tous les détails du spectacle fut le secrétaire -des commandements de la Reine, M. Campan, au grand mécontentement du -duc de Fronsac, qui, voyant là une atteinte à ses prérogatives de -premier gentilhomme de la Chambre, fit des représentations par écrit -et ne s'attira que cette réponse sans réplique: «Vous ne pouvez être -premier gentilhomme, lorsque nous sommes les acteurs; je vous ai fait -connaître mes volontés sur Trianon; je n'y tiens point de cour; j'y vis -en particulière et M. Campan sera toujours chargé des ordres relatifs -aux fêtes intérieures que je veux y donner.» Le duc ne se tint pas pour -battu, et, toutes les fois qu'il venait à la toilette de la Reine, -il ne manquait pas de lancer quelque pointe contre son «_collègue_» -Campan. La Reine haussait les épaules, et quand il était parti: «Il est -affligeant, disait-elle, de trouver un si petit homme dans le fils du -maréchal de Richelieu[1074].» - -Les professeurs furent Dazincourt, Caillot, acteur célèbre -alors mais depuis longtemps retiré du théâtre, et Michu, de la -Comédie-Italienne[1075]; le premier pour la comédie, les deux autres -pour l'opéra-comique. - -Quand l'auguste troupe se crut suffisamment exercée, elle fit ses -débuts le 1er août 1780, et tout d'abord elle s'attaqua à deux -des pièces les plus en renom de cette époque, où par conséquent -la comparaison était le plus dangereuse avec les acteurs de -profession: _le Roi et le Fermier_, de Sedaine et Monsigny, et _la -Gageure imprévue_, de Sedaine. «La Reine, dit Grimm, qui, dans sa -_Correspondance_, parle de cette première représentation, la Reine, à -qui aucune grâce n'est étrangère, et qui sait les adopter toutes, sans -perdre jamais celle qui lui est propre, jouait dans la première pièce -le rôle de Jenny et dans la seconde celui de la soubrette[1076].» Il -n'y eut d'autres spectateurs que le Roi, les princes et les princesses -de la famille royale, sans aucune suite; dans le parterre, les gens -de service en sous-ordre, comme femmes de chambre, valets de chambre -et huissiers, qui se trouvaient à Trianon, en raison de leur service -momentané[1077], en tout une quarantaine de personnes. A travers -les louanges un peu emphatiques de Grimm, et malgré l'inexpérience -des artistes, il est facile de voir que le succès de cette première -soirée fut satisfaisant. Le Roi s'amusa beaucoup, les acteurs furent -enchantés. Dix jours après, on recommença dans l'opéra-comique de -Sedaine et Monsigny: _On ne s'avise jamais de tout, et la comédie de -Barthe, les Fausses infidélités_, puis, le 6 septembre, dans _l'Anglais -à Bordeaux_ et _le Sorcier_. Cette fois la Reine aurait voulu, pour -autoriser plus encore aux yeux du public des amusements dont elle était -vivement éprise, que sa belle-sœur, Madame, se mêlât à la troupe. -Madame ne demandait pas mieux, plus peut-être par politique que par -goût; mais Monsieur s'y opposa formellement. En revanche, le Roi ne -dissimulait pas le plaisir qu'il prenait à ces divertissements; il y -prolongeait ses soirées, ne paraissant nullement pressé de se retirer -à son heure ordinaire[1078], assistait même aux répétitions, et, quand -la Reine exécutait des morceaux de son rôle, il donnait le signal des -applaudissements[1079]. Le spectacle durait jusqu'à neuf heures et -était suivi d'un souper, restreint à la famille royale et aux acteurs -et actrices. Au sortir de table, la Cour se séparait et il n'y avait -point de veillée[1080]. - -Encouragé par cette approbation, on tenta une nouvelle épreuve le -19 septembre. Au dernier moment, la Reine avait voulu remettre la -représentation, à cause d'une indisposition de sa fille. Ce fut -le Roi qui déclara que l'état de la jeune princesse n'avait rien -de grave et qu'il ne fallait rien changer aux amusements de la -journée[1081]. Cette fois, on avait choisi deux pièces qui avaient -fait fureur à la Comédie-Italienne et à l'Opéra: _Rose et Colas_, -de Sedaine et Monsigny, et _le Devin du village_ de Rousseau. Dans -cette dernière pièce surtout, on ne s'exposait pas seulement à un -rapprochement avec les premiers artistes de l'Opéra, on évoquait le -souvenir dangereux de l'excellente troupe de Mme de Pompadour. La -comparaison toutefois ne semble pas avoir été trop défavorable. Le -comte d'Adhémar provoquait bien quelques sourires ironiques avec sa -voix chevrotante et ses cheveux blancs un peu déplacés dans le rôle -du berger Colin, et la Reine avait le droit de dire qu'il était bien -difficile que la malveillance pût trouver à reprendre dans le choix -d'un pareil amoureux[1082]. Mais le comte de Vaudreuil, le meilleur -acteur de société qu'il y eût à Paris, suivant Grimm, rendait bien le -rôle du devin, et Mercy, qui, sur le désir formel de Marie-Antoinette, -assistait à cette représentation dans une loge grillée, et qui -cependant blâmait au fond ce genre de divertissement, Mercy écrivait à -Marie-Thérèse, alarmée comme lui de ce nouveau plaisir de sa fille: - -«La Reine a une voix très agréable et fort juste; sa manière de jouer -est noble et remplie de grâce. En total, ce spectacle a été aussi bien -rendu que peut l'être un spectacle de société. J'observai que le Roi -s'en occupait avec une attention et un plaisir qui se manifestaient -dans toute sa contenance; pendant les entr'actes, il montait sur le -théâtre et allait à la toilette de la Reine[1083].» - -Le public était moins facile que le Roi et plus exigeant que Mercy; -blessé de n'être pas admis à ces représentations intimes, il les -critiquait avec aigreur et la chronique, toujours mal disposée, -s'emparait avidement de mille anecdotes suspectes, inventées par les -mécontents. On racontait que le Roi, qui, disait-on, n'assistait à ces -spectacles que par complaisance, n'avait pas craint de siffler son -auguste compagne[1084]. On prétendait que la Reine, ennuyée de n'avoir -pas plus de spectateurs, avait fait entrer les gardes du corps et qu'à -la fin de la soirée, s'avançant sur le devant de la scène, elle avait -poussé l'oubli de sa dignité jusqu'à dire: «Messieurs, j'ai fait ce que -j'ai pu pour vous amuser; j'aurais voulu mieux jouer pour vous donner -plus de plaisir[1085].» Ces anecdotes étaient fausses; les documents -les plus sérieux permettent de l'affirmer aujourd'hui[1086]; elles n'en -circulaient pas moins dans le public, d'autant plus acceptées qu'elles -étaient plus méchantes, et nuisant à la considération de la souveraine. - -Interrompus en 1781 par une indisposition de Marie-Antoinette ou -peut-être par suite des observations de Mercy, les spectacles de -Trianon furent repris en 1782 avec _le Sage étourdi_, de Boissy, et la -_Veillée villageoise_, de Piis et Barré; en 1783, avec _le Tonnelier_, -d'Audinot, et _les Sabots_, de Sedaine, puis avec _Isabelle et -Gertrude_, de Favart, et _les Deux chasseurs et la Laitière_ d'Anseaume -et Duni. La Reine s'occupait de tous les détails; elle surveillait les -moindres apprêts et faisait elle-même repeindre les décors qui lui -semblaient insuffisants ou passés. Elle était en un mot le directeur -suprême de sa troupe et se montrait jalouse de son autorité. «Mon petit -spectacle de Trianon, écrivait-elle, me paraît devoir être excepté -des règles du service ordinaire[1087].» Mais la rigueur salutaire des -premières représentations s'était relâchée. L'assistance qui s'était -d'abord strictement bornée à la famille royale, et dans le parterre à -quelques femmes de service, s'était étendue peu à peu. La porte qui, en -1780, s'était fermée même devant la princesse de Lamballe[1088], avait -fini par s'ouvrir devant quelques dames de la Cour, puis devant les -officiers des gardes du corps, et les écuyers du Roi et de ses frères. -On avait commencé par quarante spectateurs, on finissait par deux cents. - -Quelle était, au fond, la valeur artistique de cette troupe de Trianon? -Au milieu de tant d'appréciations contradictoires, les unes sévères -par méchanceté, les autres peut-être laudatives par flatterie, il est -difficile de porter un jugement. Il semble pourtant que celui de Mercy -est le plus impartial: la troupe de Trianon ne valait ni plus ni moins -que les troupes ordinaires d'amateurs. Le comte d'Artois déployait un -talent assez agréable, le comte de Vaudreuil se montrait bon acteur. -Quant à la Reine, si un spectateur, au témoignage de Bachaumont—et -l'anecdote nous paraît très suspecte—disait d'elle que c'était -royalement mal joué[1089], le chevalier de Lille, fin connaisseur, -qui la voyait dans _la Veillée villageoise_, écrivait qu'elle jouait -à ravir son rôle de Babet[1090]. Il paraît certain toutefois que les -augustes acteurs avaient plus de succès dans la comédie que dans -l'opéra-comique et qu'ils ne se faisaient pas d'illusions sur leurs -aptitudes lyriques. - -Est-ce cette confiance dans leurs talents de comédiens qui les engagea -à aborder, en 1785, la fameuse comédie de Beaumarchais, _le Barbier -de Séville_? _Le Barbier de Séville_ sera le dernier essai de la -royale troupe; c'est la clôture du théâtre de Trianon. Mais cette -représentation, qui fut une imprudence, appartient déjà aux jours -sombres et nous n'en sommes qu'aux jours joyeux. Nous n'en parlerons -donc que plus tard et, pour aujourd'hui, nous nous contenterons -d'écouter les grondements, encore sourds, de l'orage qui s'amoncelle -dans le lointain. - -La malveillance qui n'a cessé de poursuivre Marie-Antoinette depuis -son entrée sur le sol de France, qui s'est acharnée après tous ses -actes et toutes ses paroles, s'est plus spécialement attaquée à Trianon -parce que, plus que tout le reste, Trianon c'était elle-même. On a -affecté de voir dans les embellissements apportés par la Reine à sa -résidence favorite une des causes, la cause principale même, du déficit -du trésor, et cette rumeur, née à Versailles dans un petit cercle de -mécontents, propagée à Paris et dans la province, a prolongé ses échos -jusque dans le réquisitoire de Fouquier-Tinville, jusque dans les -questions de Dumas, qui, au tribunal révolutionnaire, a interrogé la -Reine sur les _millions_ engloutis à Trianon. Ces millions se réduisent -à un et demi ou deux au plus, répartis sur une quinzaine d'années, de -1776 à 1790. Il a été prouvé que la dépense moyenne, nécessitée par -la création ou la conservation de tant de fantaisies charmantes, n'a -guère dépassé par an cent ou cent vingt mille livres[1091]. Le gros -œuvre des bâtiments n'a pas atteint un total de cinq cent mille livres; -la décoration ne peut être évaluée à plus de deux cent cinquante -mille. Le compte du sculpteur Deschamps, par exemple, qui couvrit de -ses arabesques les murs et les frontons de ces ravissantes fabriques, -ne s'est élevé, du 6 octobre 1777 au 15 septembre 1786 qu'à 113.665 -livres 12 sous et n'a été achevé de régler que le 31 août 1791. Mercy -lui-même qui, dans ses rapports à Marie-Thérèse, se montrait alarmé de -ce que pourrait coûter à la Reine son nouveau domaine, n'estime les -frais du parc anglais qu'à cent cinquante mille livres[1092]. Une note -de M. d'Angivilliers, conservée aux Archives, constate qu'en 1777 le -devis total de l'établissement du jardin de Trianon, «dont, dit-il, la -Reine a le plus grand empressement de jouir,» s'élève à 352.275 livres -10 sous 10 deniers[1093]. Si l'on veut entrer dans quelques détails, -l'entretien des jardins qui, sous Louis XV, dépassait trente mille -livres, n'était, en 1775, que de douze mille, en 1777 que de quinze -mille et n'arrivait plus, à la fin, qu'à 6476 livres 12 sous[1094]. Le -pavillon chinois et le jeu de bagues coûtaient quarante et une mille -livres[1095]; le rocher d'où sort la rivière, neuf mille; le belvédère, -cette exquise merveille, soixante-cinq mille environ[1096]. Qu'était-ce -à côté des dépenses des financiers du temps, de Boutin à Tivoli, ou de -Laborde à Méréville? Le théâtre même de la Reine, qui a excité tant de -critiques, et quelques-unes peut-être avec raison, ce théâtre, avec -sa troupe peu nombreuse, son orchestre restreint, sans chœurs, sans -représentations suivies, qu'était-il à côté de celui de la duchesse -du Maine à Sceaux, et surtout de celui des _Petits-cabinets_ de Mme -de Pompadour[1097], monté avec le plus grand luxe et qui en six ans -n'avait pas donné moins de soixante ouvrages, dont plusieurs avaient -été joués jusqu'à cinq et six fois[1098]? - -Il faut avouer cependant que, si la méchanceté a singulièrement -grossi les prétendues prodigalités de la Reine dans son gracieux -domaine, Trianon ne fut pas pour elle sans inconvénients. Les amis -les plus dévoués de Marie-Antoinette regrettaient, et elle regretta -elle-même plus tard[1099], ce goût pour le théâtre qui l'entraînai à -fréquenter des comédiens, à recevoir leurs conseils, à jouer leurs -rôles. Il semblait peu compatible avec la majesté du trône qu'une -reine se travestît en soubrette. Dans le public, c'était pis encore. -Le peuple, qui pardonne facilement les dépenses, même folles, dont il -jouit, est toujours disposé à exagérer celles dont il ne jouit pas. -Exclu des fêtes de Trianon, il y voyait des prodigalités ruineuses -et comme une insulte à sa misère. De là, ces légendes malveillantes -qui incriminaient tous les actes de Marie-Antoinette, ses promenades, -ses paroles, ses affections, qui lui imputaient des légèretés et -des ridicules imaginaires et qui trouvaient si facilement accès -dans les esprits prévenus. On brûlait quelques paquets de branches -sèches pour illuminer le parc lors du voyage de Joseph II; aussitôt -l'opinion s'élevait contre ces excès inouïs et les trois mille fagots -se transformaient, dans l'imagination populaire, en une forêt tout -entière[1100]. - -La Cour n'était pas moins en rumeur. Ceux qui n'étaient point invités -à Trianon étaient jaloux de ceux qui y étaient admis. La faveur -exclusive, manifestée à quelques personnes, froissait celles qui n'y -avaient point part. Les dames du palais, dont le service se réduisait -à ne plus paraître que les dimanches et les jours de fête à la toilette -de la Reine et aux offices d'église, se répandaient en propos, non -seulement contre les privilégiées qui avaient les entrées de Trianon, -mais encore contre la princesse, qui répartissait si inégalement ses -grâces[1101]. La jalousie exaltait les têtes et faisait naître une -sorte «d'aliénation», comme disait Mercy[1102]. On n'allait pas à -Trianon; mais on n'allait plus à Versailles. - -La Cour ne se tint guère, le palais devint désert. Versailles, ce -théâtre de la magnificence de Louis XIV, où l'on accourait avec tant -d'empressement de toute l'Europe pour prendre des leçons de politesse -et de bon goût, n'était plus, dit un contemporain, qu'une petite -ville de province, où l'on n'allait qu'avec répugnance et d'où l'on -s'enfuyait au plus vite[1103]. L'ambition et la cupidité n'étaient pas -moins actives, mais on cherchait à se faire des protecteurs parmi les -personnages en crédit et les grâces s'obtenaient de seconde main[1104]. -Ainsi l'autorité s'affaiblissait, en même temps que la désaffection -commençait et que se perdait le respect. Quand le Roi, cédant à son -amour de la simplicité et de la solitude, s'accommodait des amusements -de Trianon et de cette forme de société trop restreinte pour une nation -vive, empressée, amoureuse de l'éclat comme la nation française[1105], -il ne voyait pas qu'en affectant ces habitudes et cette existence -d'homme privé, il faisait dire à son peuple, accoutumé à l'étiquette -fastueuse et aux majestueuses traditions non seulement de Louis XIV, -mais même de Louis XV, que leur successeur n'avait ni les goûts ni -les vertus d'un monarque. Quand la Reine, «qui semblait destinée par -la nature à tenir la première cour du monde[1106]», se dérobait aux -devoirs de la représentation pour ouvrir son âme à Mme de Polignac et -s'enfermer avec elle à Trianon, les courtisans, envieux d'un crédit qui -leur paraissait exclusif, épiaient les moindres grâces accordées à la -favorite, attribuaient à son influence les démarches de la Reine, et à -l'influence de la Reine les résolutions du gouvernement; ils rendaient -Marie-Antoinette responsable de l'élévation des uns, des déconvenues -des autres, du déficit du trésor, de l'accroissement des impôts, et -accumulaient sur sa tête des tempêtes d'impopularité et des orages de -colères dont les premiers éclairs inquiétaient Mercy, arrachaient à -Marie-Thérèse des larmes sur son lit de mort et attiraient à la jeune -et imprudente souveraine les remontrances sévères et parfois mêmes -brutales de son frère Joseph II. - - - - -CHAPITRE XV - - Voyage de Joseph II en France.—Caractère de l'Empereur.—Son - projet de voyage formé, abandonné, repris.—Joie de la Reine - de revoir son frère.—Premières entrevues.—Gronderies souvent - maladroites.—L'Empereur et la Reine à l'Opéra.—Visites aux - monuments et aux principales institutions de la ville de - Paris.—Affectation de simplicité.—Engouement du public.—Départ de - l'Empereur.—Son jugement sur la Reine.—Conseils qu'il lui laisse - par écrit.—La Reine s'y conforme quelque temps, puis retombe dans - la dissipation.—Pourquoi? - - -Il y avait longtemps déjà que Joseph II avait formé le projet de venir -en France. Dès l'année même du mariage de la Dauphine, il en avait -manifesté l'intention à son ambassadeur, le comte de Mercy[1107]. - -Esprit curieux, mais mal équilibré, entêté plutôt que ferme, ayant plus -de vivacité que de bon sens, concevant de vastes plans, mais ne les -mûrissant pas, passionné pour les petites choses et se noyant dans les -détails, gouvernant trop, disait le prince de Ligne, mais ne régnant -pas assez[1108], parlant en libéral, mais agissant en souverain absolu, -ce prince philosophe gâtait de réelles qualités par de fâcheux travers. -Avec le désir d'apprendre, il n'avait pas la patience de s'instruire. -«Ses questions, dit Gleichen, avaient l'air de chercher un conseil, -mais il ne cherchait ordinairement que d'en trouver un qui s'accordât -avec son avis[1109].» Devenu empereur à la mort de son père, en 1765, -il désolait sa mère par son activité brouillonne, par sa précipitation -inquiète, par sa manie de changements, par ses utopies philosophiques, -par une ambition fiévreuse, que ne soutenaient pas suffisamment la -vigueur des moyens, la netteté des vues et la force du caractère[1110]. -Voulant sincèrement le bonheur de ses peuples, mais le voulant en -théoricien plutôt qu'en homme pratique, il ne réussit qu'à les soulever -par des réformes tracassières que repoussaient leurs traditions, -leurs mœurs et même leurs croyances. Plus âgé que Marie-Antoinette de -quatorze ans, prenant vis-à-vis d'elle l'attitude d'un père et lui -parlant avec l'autorité de l'expérience, il compromettait trop souvent -la sagesse de ses avis par la sécheresse du ton et la brusquerie -de la forme[1111]. Il oubliait trop facilement que l'enfant, qu'il -avait morigénée à Vienne, avait grandi, que la Dauphine était devenue -Reine[1112]. La jeune princesse, habituellement docile et déférente -pour un frère qu'elle aimait beaucoup, s'irritait parfois des airs -dominateurs et des leçons mordantes de ce mentor, qui affectait de lui -écrire en allemand et de la traiter en petite fille[1113]. Ce n'étaient -pourtant que des nuages passagers; la correspondance reprenait vite ses -allures affectueuses, et ce fut en grande partie le désir de retrouver -Marie-Antoinette qui détermina l'Empereur à venir visiter la France, -qu'il n'aimait pas[1114], et contre laquelle il nourrissait, comme les -principaux seigneurs de sa Cour, d'invincibles préjugés[1115]. Voir -la Reine, étudier son caractère et apprécier sa conduite, faire la -connaissance personnelle du Roi, juger la situation de la Cour pour le -présent et pour l'avenir, observer ce qu'une grande monarchie pouvait -présenter d'intéressant en matière de ressources, d'administration, -d'agriculture, de finances, de commerce, de marine et de militaire, -tels étaient les objets principaux que, de son propre aveu, se -proposait l'Empereur, tels étaient les fruits qu'il comptait retirer de -son voyage[1116]. - -Marie-Antoinette était tout heureuse de la pensée de revoir son -frère; c'était pour elle comme une émanation de son pays, comme un -portrait vivant de sa mère. Mais cette joie, il faut bien le dire, -n'était pas sans être tempérée par quelque inquiétude[1117]. Que -penserait Joseph II de la Cour de France? Que penserait-il du Roi? -Que penserait-il surtout de la société de la Reine et du genre de vie -qu'elle avait adopté[1118]? Quel serait son jugement? Quels pourraient -être ses reproches, lui qui avait écrit un jour à sa sœur une lettre -tellement vive que Marie-Thérèse avait dû en empêcher l'envoi[1119]? -Ne résulterait-il pas de là des aigreurs, un refroidissement, -peut-être une brouillerie décidée? Telles étaient les appréhensions de -Marie-Antoinette[1120] et les craintes de Mercy. - -Abandonné et repris plusieurs fois[1121], suspendu au dernier moment -par la rigueur de l'hiver et par les événements politiques de Bohême -et d'Allemagne[1122], mal vu de Marie-Thérèse qui n'en fut informée -qu'après tous les autres[1123], le voyage de Joseph II ne s'effectua -qu'au printemps de 1777. Au grand chagrin de la Reine, qui eût -voulu que son frère fût reçu suivant son rang de haut et puissant -souverain[1124], à la vive contrariété de l'Impératrice, qui n'aimait -pas cette affectation de simplicité, plus apparente que réelle[1125], -l'Empereur avait résolu de garder en France le plus strict incognito. -Sa décision à cet égard avait été formelle. Pas de logement au palais -de Versailles ni à Trianon; à Paris, un appartement chez l'ambassadeur, -au Petit-Luxembourg, mais en évitant soigneusement toute apparence -de réception officielle[1126]; à Versailles, deux chambres dans un -hôtel garni, l'_Hôtel du Juste_, convenablement meublées, mais sans -recherche[1127]; au Château, mais seulement pour y prendre quelques -instants de repos dans la journée, un petit cabinet à l'entresol de -la Reine[1128]. Pas de carrosse de la Cour, une simple voiture de -louage[1129]. - -Ce fut le vendredi 18 avril, à sept heures et demie du soir, que Joseph -II arriva à Paris, sous le nom de comte de Falkenstein. Le lendemain, -dès huit heures du matin, il partit pour Versailles. A défaut de -Mercy, retenu au lit par une indisposition, ce fut l'abbé de Vermond -qui reçut l'Empereur à sa descente de carrosse et le conduisit seul, -par un escalier dérobé, jusque dans la pièce où se trouvait la Reine: -«Je désire, avait écrit Joseph II, qu'elle m'attende dans son cabinet -sans venir à ma rencontre, et que là, pour ne point jouer la comédie -aux autres, nous soyons seuls à nous donner les marques du plaisir que -nous avons de nous revoir[1130]». Le plaisir était vif; l'entrevue fut -touchante. Le frère et la sœur s'embrassèrent tendrement et restèrent -un moment sans parler. Puis leur cœur s'épanouit et l'entretien devint -animé et confiant. L'Empereur, contre toute prévision, fut tendre et -presque flatteur. Il dit à la Reine que si elle n'était point sa sœur -et qu'il pût être uni à elle, il ne balancerait point à se remarier -pour se donner une si charmante compagne. La jeune femme, d'autant plus -touchée de ce compliment qu'elle n'y comptait guère, ouvrit son âme et, -avec un abandon inespéré, parla en toute franchise de sa situation, -de ses goûts, de sa société, ne faisant quelques réserves que sur le -chapitre des favorites. La glace était rompue; tout embarras avait -cessé de part et d'autre; la conversation se prolongea, intime et -confiante de la part de Marie-Antoinette, affectueuse et discrète de la -part de Joseph II. La Reine conduisit ensuite son frère chez le Roi; -les deux monarques s'embrassèrent; le Roi tint quelques propos qui -montrèrent son désir de paraître cordial et honnête; l'Empereur s'en -contenta et dès le premier moment sut mettre le Roi à son aise[1131]. -Puis, après des visites aux princes et princesses, à la famille -royale et aux ministres, après un souper chez la Reine, le comte de -Falkenstein revint coucher à Paris. Ainsi se passa cette première -journée. - -Pendant les jours suivants, les entretiens se renouvelèrent entre -l'Empereur et la Reine. Tantôt à Trianon, dans l'intimité d'une -promenade solitaire, tantôt à Versailles, Joseph II reprenait en détail -les sujets qu'il avait déjà abordés avec sa sœur. Il lui montrait les -dangers de la situation, faisait un tableau frappant de la facilité -avec laquelle elle se laissait entraîner par l'attrait des dissipations -et des conséquences regrettables que ces entraînements amèneraient -infailliblement dans l'avenir, insistant sur la nécessité de s'arrêter -sur cette pente, de montrer plus de déférence pour le Roi, de renoncer -au jeu et de s'appliquer enfin d'une manière suivie à des occupations -sérieuses, mettant surtout en pleine lumière les inconvénients de la -société de la Reine. Seul de cette société, le duc de Coigny avait -trouvé grâce devant l'Empereur; mais en revanche, le prince jugeait -sévèrement, trop sévèrement même, Mme de Lamballe[1132], Mme de -Polignac, la princesse de Guéménée, dont il qualifiait durement la -maison de «tripot»[1133]. La Reine ne défendait pas Mme de Lamballe, -dont elle était alors désenchantée; mais elle cherchait à ramener son -frère sur le compte de Mme de Guéménée et surtout sur celui de Mme -de Polignac[1134]. Elle convenait d'ailleurs sans difficulté de la -justesse des raisons de l'Empereur, dont le langage l'avait réellement -émue, et, disposée aux réflexions sérieuses, ajoutait qu'«un jour -viendrait où elle suivrait de si bons avis[1135]». Mais, par un reste -de respect humain, elle répugnait à modifier immédiatement sa manière -d'agir: elle avait peur de paraître céder à une pression[1136]. Il ne -fallait pas qu'on pût dire dans le public que l'Empereur était venu -d'Autriche pour régenter et corriger sa petite sœur. - -L'attitude de Joseph II n'autorisait malheureusement que trop ces -craintes de la Reine. Caractère absolu et dominateur, plus porté à -la critique qu'à l'indulgence, l'auguste aristarque n'avait pas su -conserver toujours le ton cordial et affectueux que lui recommandait -Mercy, et auquel il s'était d'abord astreint. Il oubliait trop -facilement qu'il avait affaire à une souveraine ardente et fière, -à laquelle il fallait parler le langage de la raison et de la -douceur[1137], au lieu d'apporter la sévérité et la rudesse qui étaient -dans son propre tempérament, et la Reine, qui reconnaissait la vérité -des observations de son frère, pour le fond, était justement blessée -par la forme. Il arrivait par exemple à l'Empereur de donner à sa sœur -une leçon publique devant plusieurs courtisans[1138], ou de dire que -si le Roi se déterminait à visiter son royaume, il ne devrait pas être -accompagné de sa femme, qui «ne lui était bonne à rien[1139]». Une -autre fois, il lui déclarait devant Mercy et d'un ton singulièrement -dur, que s'il était le mari de la Reine, il saurait bien «diriger -ses volontés et les faire naître dans la forme où il les aurait -voulues[1140]». De pareils propos n'étaient pas de nature à plaire à la -princesse; sa légitime susceptibilité se révoltait contre ce ton pédant -et cette pression maladroite: «De ma mère, disait-elle, je recevrais -tout avec respect; mais, quant à mon frère, je saurai lui répondre.» -De là des froideurs, des aigreurs, des brouilleries momentanées, et -cette déclaration que la Reine faisait à l'Empereur d'un air moitié -riant, moitié fâché, que, si son séjour en France se prolongeait, «ils -auraient souvent de grandes disputes ensemble[1141].» - -Au fond, cependant, elle eût souhaité qu'il restât; car elle l'aimait -malgré ses brusqueries et ne se dissimulait pas que ses conseils lui -avaient été utiles. Elle faisait tout pour le retenir. Tantôt elle -lui donnait une montre ornée de son portrait; tantôt elle lui offrait -une fête à Trianon: fête «très bien ordonnée, raconte Mercy, et qui -devint charmante par les grâces que la Reine déploya envers un chacun. -Le Roi y mit de la gaîté et, autant que le comporte sa tournure, il -parut attentif envers l'Empereur[1142].» Le parc anglais avait été -éclairé par des terrines de feu cachées dans les fleurs, et des fagots, -allumés derrière le Temple de l'Amour, l'avaient transformé en un -foyer lumineux, dont l'éclat rejaillissait sur tout le jardin[1143]. - -D'autres fois, Marie-Antoinette conduisait son frère à la -Comédie-Française et à l'Opéra. A ce dernier théâtre,—c'était le -25 avril,—on jouait _Iphigénie en Aulide_, de Gluck. L'Empereur -aurait voulu rester caché dans le fond de sa loge; mais la Reine, -le saisissant par la main, l'attira sur le devant, et le parterre -éclata en acclamations telles que le spectacle fut interrompu -quelques instants. Quand il reprit, on exécuta le chœur: _Chantons, -célébrons notre Reine!_ Ce fut le tour de Joseph II de s'associer -aux applaudissements qui saluaient sa sœur, et le public de dire que -«si l'archiduc[1144] avait un peu aliéné les cœurs français de cette -souveraine, l'Empereur les lui avait rendus[1145]». - -La Reine jouissait de ce triomphe et de la croissante popularité de -son frère. Quelque soin que l'auguste voyageur prît de sauvegarder -son incognito, c'était partout sur son passage des démonstrations -bruyantes. Son hôtel était environné d'une foule nombreuse et, en -quelque lieu qu'il allât, il se formait autour de lui un cortège qui -l'accompagnait, mais aussi qui l'importunait[1146]. Le peuple était -séduit par cette simplicité d'un prince qui, s'affranchissant de toute -étiquette, se promenait à pied dans les rues, sans appareil et sans -suite, vêtu d'un modeste habit de drap vert ou brun uni[1147]; il -lui savait gré, disait-il, de donner un si bon exemple à la Cour de -France[1148]. Par une de ces inconséquences familières au caractère -français, on admirait chez le frère ce dont on faisait un crime à la -sœur! - -Les économistes et les savants ne tarissaient pas en éloges sur -le compte de cet empereur qui partageait leurs principes et les -traitait en égaux, de ce souverain d'un immense empire qui voyageait -en philosophe et demandait à ses voyages moins un plaisir qu'un -enseignement. Joseph II entretenait avec soin ces dispositions, et si -ses plaisanteries mordantes sur les modes mécontentaient quelques dames -du palais, si ses critiques acerbes et publiques sur les institutions -et le gouvernement paraissaient un manque de tact aux esprits sages, -si ses sarcasmes sur l'étiquette et les usages de la Cour ne pouvaient -qu'encourager sa sœur dans une voie où elle n'avait déjà que trop de -propension à marcher[1149], railleries et critiques flattaient le goût -naturellement frondeur du public, tandis que ses visites aux monuments -et ses études des rouages de l'administration plaisaient aux esprits -cultivés qui donnaient le ton à l'opinion. - -Les soirées de l'Empereur étaient consacrées à la famille royale; ses -journées étaient réservées à lui-même et à son instruction. Personnages -illustres, lieux célèbres, établissements publics, il n'oubliait -rien, visitant Necker et Mme Geoffrin, la comtesse de Brionne et Mme -du Barry; allant de l'Imprimerie Royale aux Gobelins, de Sèvres à -Ermenonville, de l'école d'Alfort aux cabinets de physique de Passy, -du jardin du maréchal de Biron à la maison de la Guimard. A Buffon -malade, il disait gracieusement qu'il venait chercher l'exemplaire de -ses œuvres oublié par Maximilien[1150]. A l'Institut des Sourds-Muets, -il s'étonnait que le gouvernement n'eût encore rien fait pour un -bienfaiteur de l'humanité comme l'abbé de l'Épée[1151]. Tantôt il -se rendait à l'Académie Française où, sous forme de lecture ou de -synonymie, d'Alembert lui adressait d'ingénieuses flatteries[1152]; -tantôt il assistait en simple curieux à la séance de l'Académie des -Inscriptions et Belles-Lettres ou à celle de l'Académie des Sciences. -Commerce, industrie, gouvernement, finances, rien n'échappait à -ses investigations. Bertier de Sauvigny lui expliquait en détails -l'organisation des intendances[1153]; Laborde, celle du trésor -royal[1154]; Trudaine, les ponts et chaussées[1155]; Vergennes, les -affaires étrangères; Sartines, la marine[1156]. Le prince formulait des -critiques sur certains points[1157], reprochait aux ministres d'être -trop maîtres, chacun dans son département, en sorte que le Roi, en -changeant de ministre, ne faisait que changer d'esclavage, prétendait -que dans les constructions on sacrifiait la réalité à l'apparence, -l'utilité au luxe; mais en somme il était revenu de bien des -préventions. Paris l'avait séduit[1158]; la nation ne lui déplaisait -pas, malgré sa légèreté[1159], et s'il avait une mince opinion de ceux -qui gouvernaient, il concevait une haute idée des ressources et des -moyens de la monarchie, dès que ces ressources et ces moyens seraient -placés entre des mains habiles[1160]. - -Malheureusement, ces mains habiles, il ne les avait pas aperçues. Les -ministres du jour, malgré les choses obligeantes qu'il leur avait -dites[1161], lui inspiraient peu de confiance et il redoutait le -retour de Choiseul au pouvoir. «Si le duc de Choiseul avait été en -place, disait-il,—à la satisfaction du Roi et au vif déplaisir de la -Reine,—«sa tête inquiète et turbulente aurait pu jeter le royaume dans -de grands embarras[1162].» L'archevêque de Toulouse seul, Loménie de -Brienne,—et cela faisait peu d'honneur à la sagacité impériale,—lui -avait laissé une haute idée de sa capacité[1163]. Quant à la famille -royale, le caustique voyageur la jugeait avec une excessive sévérité: -le comte de Provence lui avait paru un «être indéfinissable»; le comte -d'Artois, un «petit-maître»; Mesdames, de «bonnes personnes», mais -«nulles»[1164]. Le Roi lui plaisait davantage; il avait eu avec lui -de longues conversations, où le jeune monarque, après l'embarras du -premier moment, s'était ouvert à lui en toute confiance, même sur les -points les plus délicats[1165], et avait fait preuve de connaissances -sérieuses. Néanmoins, dans ses lettres intimes, il s'exprimait sur -le compte de son beau-frère en termes extrêmement durs: «Cet homme, -écrivait-il à Léopold, est un peu faible, mais point imbécile; il a -des notions, il a du jugement; mais c'est une apathie de corps comme -d'esprit. Il fait des conversations raisonnables et n'a aucun goût de -s'instruire ni de curiosité; enfin, le _fiat lux_ n'est pas encore venu -et la matière est encore en globe[1166].» Ce jugement était plus que -dur, il était injuste. Si les qualités du Roi étaient paralysées par la -timidité, elles n'en étaient pas moins réelles et son instruction, pour -être moins brillante que celle de Joseph II, était aussi étendue et -vraisemblablement plus solide. - -L'Empereur d'ailleurs n'avait pas plu au même degré à tous les membres -de la famille royale. Tandis que Mme Adélaïde, à laquelle il trouvait -de l'esprit[1167], l'entraînait dans un cabinet, sous prétexte de voir -des tableaux, et, là, l'embrassait en lui disant que cette marque -d'amitié devait bien être permise à une vieille tante[1168], le comte -de Provence n'éprouvait pour le frère de la Reine qu'un médiocre -attrait: «L'Empereur, écrivait-il à Gustave III, est fort cajolant, -grand faiseur de protestations et de serments d'amitié; mais, à -l'examiner de près, ses protestations et son air ouvert cachent le -désir de faire ce qui s'appelle tirer les vers du nez et de dissimuler -ses sentiments propres.., mais en maladroit; car, avec un peu d'encens, -dont il est fort friand, loin d'être pénétré par lui, on le pénètre -facilement. Ses connaissances sont très superficielles[1169]». - -Au fond, c'était peut-être Monsieur qui avait le mieux jugé: il avait -deviné l'homme sous le masque. Joseph II lui-même, dans une lettre -intime où il parlait à cœur ouvert, dévoilait naïvement son procédé: -«Vous valez mieux que moi, écrivait-il à son frère Léopold; mais je -suis plus _charlatan_, et, dans ce pays-ci, il faut l'être. Moi, je le -suis de raison, de modestie; j'outre un peu là-dessus, en paraissant -simple, naturel, réfléchi, même à l'excès. Voilà ce qui a excité un -enthousiasme qui vraiment m'embarrasse[1170].» - -Il était difficile d'avouer plus franchement qu'on s'était moqué du -public. Mais le public, qui juge sur les apparences, s'était laissé -prendre à tous ces faux-semblants. Ce n'était pas seulement de la -sympathie, c'était, comme le disait Joseph II, de l'enthousiasme. -Sauf chez les amis de Choiseul, qui ne pardonnaient pas au voyageur -de n'avoir dit qu'un mot insignifiant à l'ancien ministre, lors de la -procession des chevaliers du Saint-Esprit[1171], et d'avoir traversé la -Touraine sans s'arrêter à Chanteloup, tandis qu'il était allé voir la -du Barry à Luciennes[1172], l'impression était partout la même. Tout le -monde courait après l'Empereur; toutes ses actions étaient des traits -de sagesse; toutes ses paroles, des traits de génie. On rappelait «les -lieux communs qu'il disait avec une emphase à mourir de rire, écrivait -une contemporaine; la tête en tournait à tout Paris[1173]». De -Paris, l'engouement gagnait la France et cet engouement laissait dans -l'ombre le comte de Provence et le comte d'Artois qui, à cette même -époque, parcouraient le midi et l'est du royaume[1174]. On raffolait -littéralement de l'héritier des Habsbourg. Qui donc alors songeait à -reprocher à la Reine d'être Autrichienne? - -Il fallait partir, cependant: l'Empereur commençait à avoir assez -de son rôle[1175], et quoique Paris lui plût beaucoup, et qu'il -fût fier de son succès, il finissait par se lasser de ces ovations -perpétuelles. Une seule chose le retenait, celle à laquelle il pensait -peut-être le moins en venant en France: le charme qu'il trouvait dans -la société de la Reine. Ce charlatan de simplicité, qui affectait si -haut l'indifférence, s'était laissé prendre à l'attrait de la vie -intime et du commerce de Marie-Antoinette[1176]. Ce censeur inflexible -avait été désarmé par la grâce enchanteresse de cette jeune sœur -qu'il gourmandait et raillait si impitoyablement, mais sur laquelle -ses impressions se modifiaient chaque jour: avec la tendresse de cœur -qu'il lui connaissait, il découvrait chez elle plus de sagacité et -d'esprit qu'il n'avait supposé[1177]. Au dernier moment, il hésitait à -la quitter, et plus l'heure du départ approchait, plus il y sentait de -répugnance. - -La Reine, de son côté, ne voyait pas s'éloigner sans regret ce frère -qu'elle chérissait en dépit de ses gronderies, et dont elle appréciait -les avis, malgré leur rudesse; il semblait qu'il y eût là comme un -dernier brisement des liens de famille. Ce fut le 30 mai au soir, -après une journée passée ensemble et de longs et graves entretiens, -que se firent les adieux. Joseph II était attendri; Marie-Antoinette -se faisait violence pour cacher son trouble, mais elle suffoquait. -En embrassant le Roi, l'Empereur lui dit d'une voix émue «qu'il lui -recommandait instamment une sœur qu'il aimait si tendrement que -jamais il ne serait tranquille qu'autant qu'il la saurait heureuse». -A minuit, il quitta le Château pour rentrer à son hôtel garni. Le -lendemain, à six heures du matin, il partait de Versailles pour -Saint-Germain-en-Laye, où il retrouvait sa suite. La Reine était -brisée; elle avait voulu prendre sur elle devant son frère; lui parti, -elle ne sut plus se contenir et eut, le soir même, une violente crise -de nerfs. Le lendemain, elle alla cacher sa douleur à Trianon, avec ses -deux amies, Mme de Polignac et Mme de Lamballe[1178]; au retour, elle -assista au salut et se promena seule à pied, avec la comtesse Jules, -jusqu'à Rocquencourt[1179]; elle avait besoin de se recueillir et de se -distraire. - -Pendant ce temps, Joseph II poursuivait sa route à travers les -provinces, qu'il allait visiter à leur tour; mais il n'était pas moins -ému que Marie-Antoinette, et il écrivait à sa mère, avec une effusion -qui révélait bien sa pensée intime: «J'ai quitté Versailles avec peine, -attaché vraiment à ma sœur; j'ai trouvé une espèce de douceur de vie -à laquelle j'avais renoncé, mais dont je vois que le goût ne m'avait -pas quitté. Elle est aimable et charmante; j'ai passé des heures et -des heures avec elle, sans m'apercevoir comment elles s'écoulaient. Sa -sensibilité au départ était grande; sa contenance, bonne; il m'a fallu -toute ma force pour trouver des jambes pour m'en aller[1180].» - -Marie-Thérèse l'avait bien prévu: l'Empereur avait subi le charme de la -Reine[1181]. Il avait voulu du moins, en partant, prolonger en quelque -sorte les graves entretiens qu'ils avaient eus ensemble pendant ces six -semaines de séjour et d'abandon intime: il avait rédigé, à la demande -de sa sœur et malgré les observations de Mercy qui eût préféré une -forme plus simple[1182], des conseils ou plutôt une longue instruction -qu'il lui avait laissée par écrit, sous ce titre: _Réflexions données à -la Reine de France_. - -Cette instruction, véritable examen de conscience, présentait à la -jeune princesse ses devoirs sous deux aspects: 1o comme épouse; 2o -comme reine. L'Empereur avait évité avec soin tout reproche direct; il -établissait des principes et posait des questions. C'était à sa sœur -d'y répondre et de voir si elle avait rempli, comme il convenait, les -devoirs de son état. Mais, sous cette forme indirecte, il était facile -de saisir les personnalités. Ce n'était pas un questionnaire à l'usage -de toutes les femmes, ni même de toutes les reines; il était à l'usage -exclusif de Marie-Antoinette, et Joseph II s'y montrait juge éclairé -sans doute, mais sévère à l'excès, pour ne pas dire injuste. Quelques -citations des passages les plus importants suffiront pour s'en rendre -compte: - -«A quoi tenez-vous, disait l'Empereur, dans le cœur du Roi et surtout -à son estime? Examinez-vous: employez-vous tous les soins à lui -plaire? Étudiez-vous ses désirs, son caractère, pour vous y conformer? -Tâchez-vous de lui faire goûter, préférablement à tout autre objet -ou amusement, votre compagnie et les plaisirs que vous lui procurez, -et auxquels, sans vous, il devrait trouver du vide? Voit-il votre -attachement uniquement occupé de lui, de le faire briller, sans le -moindre égard à vous-même? Modérez-vous votre gloriole de briller à ses -dépens, d'être affable quand il ne l'est pas?» - -«Mettez-vous du liant, du tendre, quand vous êtes avec lui? -Recherchez-vous des occasions, correspondez-vous aux sentiments qu'il -vous fait apercevoir?... Le rendez-vous bien confiant, n'abusez-vous -jamais ou ne le rebutez-vous pas des confidences qu'il vous fait? -Agissez-vous de même et est-ce que vous lui dites tout, au moins assez -pour qu'il n'apprenne les choses qui vous regardent ou l'intéressent -de personne autre avant vous?... Cédez-vous aux choses que vous voyez -qu'il désire beaucoup? Ne commettez-vous jamais mal à propos votre -crédit?... Tout votre crédit doit être caché; on doit le soupçonner -agissant et influant en tout, mais ne le voir paraître nulle part. Le -Roi seul, votre mari, doit, par état, agir, et il ne faut jamais que -vous paraissiez en rien.» - -«Étudiez-vous assez son caractère? Vous appliquez-vous à savoir ce -qu'il fait, quand il est seul? Savez-vous les gens et les objets qu'il -préfère? Évitez-vous de le gêner, et surtout que votre présence ne -le dérange pas?... Tâchez de procurer au Roi les sociétés qui lui -conviennent; elles doivent être les vôtres et, s'il y a quelque préjugé -contre quelqu'un, même de vos amis, il faut le sacrifier. Enfin, votre -seul objet... doit être l'amitié, la confiance du Roi...» - -«Comme reine, vous avez un emploi lumineux; il faut en remplir les -fonctions. La décence, la consistance de la Cour et l'apparence surtout -doivent beaucoup être mises en considération. Le respect qu'imprime -l'intérieur et la décence sont importants: ils forment les deux tiers -du jugement du public... Votre façon n'est-elle pas un peu trop leste? -N'avez-vous pas peur la Cour adopté un peu des façons du moment -auquel vous êtes venue ici, ou celui de plusieurs dames qui, quoique -très aimables et très respectables, ne peuvent point vous servir de -modèle, car vous n'en pouvez trouver hors de votre état? Plus le Roi -est sérieux, plus votre cour doit avoir l'air de se calquer après lui. -Avez-vous pesé les suites des visites chez les dames, surtout chez -celles où toute sorte de compagnie se rassemble, et dont le caractère -n'est pas estimé? Avez-vous pensé à l'effet que vos liaisons et -amitiés, si elles ne sont pas placées en des personnes de tout point -irréprochables et sûres, peuvent avoir dans le public?.... Le choix -des amis et des amies est bien difficile, surtout dans votre position; -il vous faudrait tâcher de vous attacher des hommes aussi instruits que -sûrs et qui soient éloignés de toute ambition ou désir......» - -«Avez-vous pesé les conséquences affreuses des jeux de hasard, la -compagnie qu'ils rassemblent, le ton qu'ils y mettent, le dérangement, -enfin, qu'en tout genre ils entraînent après soi, tant dans la fortune -que les mœurs de toute une nation?.....» - -«De même daignez penser un moment aux inconvénients que vous avez déjà -rencontrés aux bals de l'Opéra.... Je dois vous avouer que c'est le -point sur lequel j'ai vu le plus se scandaliser tous ceux qui vous -aiment et qui pensent honnêtement. Le Roi, abandonné toute une nuit -à Versailles, et vous mêlée en société et confondue avec toute la -canaille de Paris......» - -«Mais, vous dégoûtant de plusieurs soi-disant amusements, oserai-je, ma -chère sœur, vous en substituer un autre, qui les vaut richement tous? -C'est la lecture.» - -«Regardez cet objet comme ce qu'il y a de plus important, et choisissez -des livres qui vous fassent penser et qui vous instruisent.... La -lecture vous tiendra lieu de tout, et ces deux heures de calme vous -donneront le temps de réfléchir et de trouver dans votre pénétration -tout ce que vous avez à faire ou ne pas faire, le reste des vingt-deux -heures.... Lecture et société raisonnable, voilà le bonheur de la -vie......» - -... «Gardez-vous, ma sœur, des propos contre le prochain, dont on fait -tout l'amusement... Par des méchancetés dites sur le prochain...., on -éloigne les honnêtes gens... Évitez, je vous en supplie, ces discours -et surtout la curiosité de vouloir tout savoir...» - -«De grâce, ménagez vos recommandations; c'est un point bien délicat. -Vous pouvez faire les injustices les plus criantes sans y penser, -et pour un, souvent, dont peu vous importe qu'on oblige, vous -dégoûtez des honnêtes gens... Que votre crédit soit ménagé pour les -grandes occasions, et, dans les petites, résistez courageusement aux -sollicitations qu'on vous ferait, et enfin ne prenez avec chaleur parti -pour personne....» - -«La politesse et l'affabilité, ma chère sœur, ont des bornes, et elles -ne sont d'une valeur qu'autant qu'on les partage et ménage à propos. -Il faut bien de la distinction là-dessus et il faut penser à votre -situation et à votre nation, qui est trop encline à se familiariser et -à manger dans la main.» - -Il ne seyait pas beaucoup, on en conviendra, à ce prince, qui venait de -se poser en apôtre de la simplicité, de se plaindre de la familiarité -de la nation française, de reprocher à la Reine son dédain de -l'étiquette, et ses courses seule, en petite compagnie, sans l'appareil -de sa dignité[1183], de même qu'il semblait étrange de voir l'Empereur -philosophe recommander à sa sœur de se montrer «dévote et recueillie -à l'Église», ajoutant que «le plus grand impie devrait l'être par -politique». Il était mieux dans son rôle et plus dans le vrai, quand -il signalait les inconvénients de la société des jeunes gens et du -trop facile accueil fait aux étrangers, surtout aux Anglais, dont les -usages et les mœurs étaient alors à la mode, au grand mécontentement du -Roi[1184]: - -«Cela doit choquer la nation, disait-il, cela fait le plus -mauvais effet dans l'étranger.... On attribue cette facilité à de -la coquetterie, qui veut plaire à tout le monde et courir après -l'applaudissement de la foule, en manquant l'approbation des gens -sensés, au sentiment desquels la foule revient pourtant toujours à la -fin». - -Il terminait enfin en ces termes: - -«Entretenez l'union, l'amitié dans toute la famille; mais gardez-vous -de la trop grande familiarité, et surtout de la séduction des étourdis -qui veulent vous avoir pour compagne de leur vie et couvrir leurs -folies de votre autorité. Telles sont les courses de chevaux, les -fréquentes allures à Paris, les bals de l'Opéra, les chasses du bois de -Boulogne, toutes ces parties fines dont le Roi n'est point et qui, de -science certaine, ne lui font, et à juste titre, point de plaisir.» - -«Pensez que vous êtes son épouse, que vous êtes Reine, et n'oubliez pas -un tendre frère et ami, qui vous dit tout cela, éloigné de trois cents -lieues, sans presque avoir d'espérance de vous revoir, mais qui vous -aime et aimera toute la vie plus que soi-même.» - -«Voilà les observations que j'ai faites. Vous êtes faite pour être -heureuse, vertueuse et parfaite; mais il est temps et plus que temps de -réfléchir et de poser un système qui soit soutenu. L'âge avance: vous -n'avez plus l'excuse de l'enfance. Que deviendrez-vous si vous tardez -plus longtemps? Une malheureuse femme et plus malheureuse princesse, -et celui qui vous aime le plus dans toute la terre, vous lui percerez -l'âme. C'est moi qui ne m'accoutumerai jamais à ne vous pas savoir -heureuse[1185].» - -Jamais peut-être réquisitoire plus vif, sous une apparence -affectueuse, n'a été dressé contre la Cour de France et contre -Marie-Antoinette dans cette période de sa vie que nous avons nommée -la période de dissipation. Jamais arsenal plus complet n'a fourni aux -ennemis de la Reine des armes contre elle. Il ne faudrait pas cependant -prendre au pied de la lettre tous les reproches de Joseph II, déguisés -sous la forme transparente de conseils. Tous les inconvénients qu'il -signale n'ont pas existé, surtout dans la proportion que semblerait -indiquer la tournure acerbe qu'il a souvent donnée à sa critique. - -Au moment de quitter la France, désireux d'arrêter sa sœur sur la pente -fâcheuse où il la voyait s'engager, il a cru que, pour l'émouvoir plus -profondément, il fallait faire un tableau plus effrayant des abus qui -l'avaient choqué, et, dans cette pensée, qui s'accordait avec la nature -d'un esprit enclin à dépasser les bornes, il a forcé la couleur du -tableau, jusqu'à parler de l'avancement de l'âge qui ne laissait pas -d'excuses..., l'âge de vingt-deux ans! Il écrivait _ab irato_ sous le -coup des impressions qui venaient de le frapper. Telle page a dû être -tracée après une conversation avec Mercy, telle autre au retour d'une -soirée de jeu chez la princesse de Guéménée[1186], ou d'une course de -chevaux organisée par le comte d'Artois[1187]. Il voulait frapper fort, -et il n'a pas toujours frappé juste. - -Si l'on veut avoir l'appréciation vraie de Joseph II sur -Marie-Antoinette à cette époque, ce n'est pas dans ces instructions -qu'il faut la chercher, ce n'est pas même dans les premières lettres -à Léopold, où, tout en reconnaissant que la Reine est une «très -jolie et aimable femme d'une vertu intacte et même austère», il lui -reproche de ne pas «remplir comme elle le devrait ses fonctions de -femme et de reine[1188]» et de courir de dissipations en dissipations -parmi lesquelles il n'y en a que de «très licites, mais néanmoins -dangereuses[1189]»; c'est dans celles qu'il écrit lorsque, sans avoir -quitté la France, il a déjà quitté Versailles, lorsque, éloigné du -bruit de la Cour et du tourbillon de la société de la Reine, il peut -juger avec calme dans le silence de la réflexion et de la solitude, -lorsqu'enfin l'éloignement du point de vue en rectifie la justesse. Or, -voici ce qu'il mande de Brest, le 9 juin, à Léopold, à ce frère auquel -il ne dissimule rien: - -«J'ai quitté Paris sans grands regrets, quoique l'on m'y ait traité à -merveille.... Pour Versailles, il m'en a plus coûté; car je m'étais -véritablement attaché à ma sœur et je voyais sa peine de notre -séparation, qui augmentait la mienne. C'est une aimable et honnête -femme, un peu jeune, peu réfléchie, mais qui a un fonds d'honnêteté -et de vertu dans son âge, vraiment respectable. Avec cela, de -l'esprit et une justesse de pénétration, qui m'a souvent étonné. Son -premier mouvement est toujours le vrai; si elle s'y laissait aller, -réfléchissait un peu plus, et écoutait un peu moins les gens qui la -soufflent, dont il y a des armées et de différentes façons, _elle -serait parfaite_[1190].» - -«J'ai quitté la Reine avec bien de la peine, écrivait-il le même -jour à sa sœur Marie-Christine; c'est une femme charmante en vérité, -et, sans sa figure, elle devrait plaire par sa façon de s'expliquer -et l'assaisonnement qu'elle sait donner à toutes les choses qu'elle -dit[1191].» - -Et, six semaines plus tard, en rentrant à Vienne, l'Empereur redisait -encore à Marie-Thérèse combien il était content de sa «chère et belle -Reine», et que s'il trouvait une femme pareille, il passerait d'abord -aux troisièmes noces[1192]. Nous voilà loin des critiques mordantes des -_Réflexions données à la Reine de France_. - -En recevant ces instructions de son frère, le premier mouvement de -Marie-Antoinette fut un mouvement de mauvaise humeur: elle s'écria -qu'elle répondrait à tout et que sa conduite avait toujours été -raisonnée et raisonnable. Puis bientôt la réflexion vint, l'aigreur -disparut et les meilleures résolutions furent prises. La Reine se -décida à cesser peu à peu de fréquenter le salon de la princesse de -Guéménée, à s'abstenir du gros jeu, à s'occuper quelques heures de -la journée chez elle, enfin à être avec le Roi plus assidûment que -par le passé[1193]. Et, de fait, dans les premières semaines, elle -fit de réels efforts pour se réformer: presque plus de promenades à -Paris, plus de jeux de hasard, des attentions visibles et délicates -pour le Roi[1194], qu'elle accompagne à la chasse et dans les voyages -à Saint-Hubert; la princesse de Guéménée est délaissée, au point d'en -concevoir du dépit; dans la tenue de la Cour, une plus grande dignité, -et des marques de déférence pour les personnes d'âge et de rang[1195]. -Il y a mieux: la Reine semble avoir pris goût à la lecture: elle -étudie l'histoire d'Angleterre, et, à la suite, elle a des entretiens -sérieux de plus de deux heures avec l'abbé de Vermond[1196]. Au voyage -de Choisy, on remarque l'affabilité de la jeune souveraine: plus -d'attention dans le choix des personnes admises à faire leur cour, plus -de mesure dans la manière de leur marquer ses bontés, plus de soins à -éviter les faveurs exclusives. Et le règlement, laissé par l'Empereur, -était relu de temps en temps. - -Mais ces bonnes résolutions ne tinrent pas; les tentations revinrent. -Marie-Antoinette résista d'abord, puis succomba. Le comte d'Artois, -de retour de son voyage dans l'Est, avait repris faveur, et son -influence entraînait la Reine, qui la subissait, quoique à regret. Il -était l'organisateur des plaisirs de la Cour, et n'était pas toujours -prudent. Dans l'été de 1777, la chaleur était accablante. Pour y -échapper, on sortait le soir sur la terrasse de Versailles, où venait -jouer, à dix heures, la musique des gardes françaises et suisses. La -famille royale se mêlait à la foule que ces concerts attiraient autour -du Château; la Reine et les princesses se promenaient là, sans suite, -tantôt ensemble, tantôt avec une de leurs dames sous le bras. Le Roi y -était venu quelquefois: il s'était plu à ces promenades solitaires et -son exemple les avait autorisées. Il n'en est pas moins vrai qu'elles -pouvaient offrir des inconvénients. Dans une nation «où la jeunesse -est si étourdie et si inconsidérée, faisait justement observer -Mercy, on ne saurait être trop en garde contre les occasions d'être -méconnu[1197]». Marie-Antoinette en a fait, à ses dépens, la cruelle -expérience: ces promenades sur la terrasse de Versailles, si innocentes -qu'elles fussent, ont servi de prétexte à des imputations odieuses -contre l'honneur de la Reine; elles ont rendu possible et peut-être -inspiré la scène jouée plus tard dans l'affaire du Collier. - -Il y avait des griefs plus sérieux. Six mois à peine après le départ de -l'Empereur, les choses n'allaient guère mieux qu'avant sa venue[1198]. -Il avait beau écrire à sa sœur pour lui rappeler les engagements pris; -ses lettres restaient sans réponse, ou l'on n'y répondait que par des -échappatoires[1199]. Le voyage de Fontainebleau, qui était toujours une -époque critique[1200], ne présentait pas en 1777 moins d'inconvénients -que les années précédentes: recommandations près des ministres[1201], -crédit des favorites, affluence de jeunes Anglais, courses de chevaux, -veilles prolongées, tout avait repris son ancien cours. Le jeu surtout -avait atteint des proportions fâcheuses; il n'était question dans Paris -que des pertes considérables faites au pharaon par certains courtisans, -par le duc de Chartres[1202], par la souveraine elle-même[1203]. Ce -n'est pas qu'il n'y eût, de temps à autre, des retours de sagesse et -des intermittences dans la dissipation; mais ces temps d'arrêt étaient -comme autant de points de départ d'où le courant, qui emportait la -jeune princesse, s'élançait de nouveau, d'autant plus impétueux, -semblait-il, qu'il avait été retardé un moment. Les conseillers de -la Reine étaient désolés; Mercy se consumait en représentations -inutiles[1204]; l'abbé de Vermond prenait un prétexte pour ne point -aller à Fontainebleau[1205] et Marie-Thérèse, navrée, écrivait à son -ambassadeur: «Il n'y a peut-être qu'un revers sensible qui l'engageât -à changer de conduite, mais n'est-il pas à craindre que ce changement -n'arrive trop tard[1206]?». - -Et cependant, pour ce voyage même de Fontainebleau, Marie-Antoinette -avait pris, et de la meilleure foi du monde, les plus sages -résolutions[1207]. Au fond, elle n'aimait pas le jeu[1208]; elle était -dégoûtée des courses de chevaux[1209]; elle était lasse de tous ces -plaisirs[1210]; elle n'avait pas de penchant personnel pour le comte -d'Artois, qui en était le promoteur[1211], et ce n'était pas sans un -vrai chagrin qu'elle se laissait entraîner par ses entours. Mais elle -était jeune, elle était vive, elle portait toujours au cœur la plaie -qui la rongeait depuis sept ans. Un instant, elle avait cru avoir des -espérances de grossesse, et elle avait aussitôt rappelé elle-même à -Mercy tous les plans de réforme, toutes les résolutions raisonnables et -fermes qu'elle était décidée à adopter en pareille occurrence[1212]. -Frustrée dans ses espérances, elle s'était lancée plus que jamais dans -le tourbillon des plaisirs, afin d'échapper à l'ennui[1213], et surtout -afin d'échapper à elle-même. Irritée contre son mari, dont l'apathie -et la froideur trompaient sans cesse ses désirs, elle en était venue -à le regarder comme un caractère sans ressort et un personnage sans -conséquence, pour lequel il était inutile de se gêner, puisqu'on -pouvait le dominer par la crainte. Erreur de l'imagination plutôt que -du cœur; emportement irréfléchi d'une jeune femme, agacée et nerveuse, -poussée à bout par des déceptions successives; état d'esprit maladif -que nous n'entreprenons pas de justifier, mais qui s'explique peut-être -par l'humeur concentrée où la jetait cette situation douloureuse qui -était la sienne, comparée à la fécondité de la comtesse d'Artois, alors -enceinte pour la troisième fois[1214]. Telle était bien l'opinion -de Mercy, lorsqu'après avoir énuméré les inconvénients du séjour de -Fontainebleau, il écrivait à Marie-Thérèse: - -«C'est toujours à l'avènement d'une grossesse que je rapporte l'espoir -d'un changement heureux et ce sera alors que la Reine sera ramenée -d'elle-même à des idées qui jusqu'à présent ne lui sont pas présentées -avec tout le succès désirable[1215].» - - - - -CHAPITRE XVI - - Guerre de la succession de Bavière.—Mort de l'Electeur.—Joseph - II occupe la Basse-Bavière.—Répugnances de sa mère.—Armements - de Frédéric II.—Emotion en France.—Marie-Thérèse - réclame l'intervention de sa fille.—Négociations - infructueuses.—Déclaration de guerre.—Marie-Antoinette - demande la médiation de la France.—Diminution subite de ses - instances.—Entrevue avec Maurepas.—Récits du comte de la Marck - et du comte de Goltz.—Proportions vraies de l'intervention de la - Reine dans cette affaire de Bavière.—Paix de Teschen. - - -Ce n'était pas seulement pour jouir du plaisir de voir son «auguste -sœur[1216],» ni même pour visiter les villes et les établissements -publics, que Joseph II avait fait en France ce séjour qui, comme -l'écrivait Louis XVI à Vergennes, «devait donner une furieuse jalousie -au roi de Prusse[1217].» Il y avait à ce voyage un but secret et -plus politique: l'Empereur voulait se rendre compte par lui-même -des dispositions et des ressources de son allié et resserrer pour -des éventualités prochaines l'union des cabinets de Vienne et de -Versailles. Si, un jour, comme le prétendait cette mauvaise langue de -Frédéric II[1218], et comme nous avons peine à le croire, il s'était -laissé aller à dire que le roi de France était un «imbécile» ou un -«enfant», il ne sentait pas moins que cet «imbécile» et cet «enfant» -était le chef d'une des premières puissances de l'Europe et qu'il était -essentiel de gagner sa confiance. Aussi n'avait-il rien négligé pour y -parvenir: et il semblait y avoir à peu près réussi. Louis XVI s'était -ouvert en toute cordialité et franchise à son impérial beau-frère, tant -sur la Reine, dont il s'était plu à relever les «charmantes qualités», -que sur les matières de gouvernement, qu'il avait traitées avec une -justesse et une précision inattendues[1219]. «Si je m'y étais prêté, -disait l'illustre voyageur au sortir d'une de ces conférences, le Roi -m'aurait montré ses papiers et tout ce que j'aurais voulu savoir de -ses affaires[1220].» Mais il y avait un sujet sur lequel le monarque -français était demeuré obstinément silencieux: c'étaient précisément -les affaires d'Allemagne[1221], et le point noir était là. - -L'Autriche avait toujours médité un agrandissement du côté de la -Bavière[1222], et la mort, qui semblait prochaine, de l'électeur -Maximilien Joseph paraissait devoir ouvrir une porte à la réalisation -de ce rêve. Maximilien n'avait pas d'héritier direct; son futur -successeur, l'électeur Palatin, Charles Théodore, était éloigné et -sans puissance; Joseph II comptait profiter de cette situation pour -s'emparer de certains districts sur lesquels il faisait valoir des -droits, dont l'origine remontait au XVe siècle. Dans le courant de -1777, des négociations avaient été entamées avec Charles-Théodore -pour obtenir cette cession à l'amiable, et le Palatin, content de -s'assurer la tranquille possession du reste des États de Bavière, -moyennant ce sacrifice partiel, était sur le point d'y consentir, -lorsque, le 30 décembre 1777, Maximilien mourut. Cette mort brusqua -les choses: l'Empereur se hâta de signer, dès le 3 janvier 1778, son -traité avec Charles-Théodore[1223], et, le 15, douze mille hommes -de troupes autrichiennes prirent possession des districts cédés -de la Basse-Bavière. «La mort de l'Electeur nous donne beaucoup -d'occupations, mandait le 5 janvier Joseph II à Mercy; c'est une de -ces époques qui ne viennent que dans des siècles et qu'il ne faut -pas négliger[1224].» Et il écrivait quelques jours après à son frère -Léopold: «C'est un vrai coup d'État, et un arrondissement pour la -monarchie d'un prix inappréciable[1225].» - -C'était Joseph II seul qui avait voulu entamer cette affaire, dont -il était, suivant son expression, la «cheville ouvrière[1226]». Le -prince de Kaunitz ne s'y prêtait qu'avec répugnance, et Marie-Thérèse, -forte de son expérience et de sa sagesse, désapprouvait formellement -l'ambition de son fils. Elle ne concevait pas qu'on s'exposât à une -guerre pour soutenir des prétentions incertaines et surannées[1227]. -Une négociation amiable, passe encore; mais une occupation armée, elle -ne s'en souciait pas. - -«La situation présente, écrivait-elle à l'Empereur dès le 2 janvier, -bien loin de m'offrir une perspective heureuse, grande et équitable, -m'accable d'un tas de réflexions, dont je ne saurais me débarrasser -et que je me reprocherais toute ma vie de ne pas communiquer. Il -s'agit du bonheur et de la tranquillité, non seulement des peuples -commis à mes soins, mais encore de celle qui pourrait intéresser -toute l'Allemagne... Si même nos prétentions sur la Bavière étaient -plus constatées et plus solides qu'elles ne sont, on devrait hésiter -d'exciter un incendie universel pour une convenance particulière. Jugez -combien des droits peu constatés et surannés, au dire même du ministre, -comme vous le savez aussi bien que moi, doivent être mesurés pour ne -pas causer des troubles, dont tant de malheurs suivront... Je ne parle -que selon mon expérience en politique et en bonne mère de famille. -Je ne m'oppose pas d'arranger ces affaires par la voie conciliante -de négociation et convenance, mais jamais par la voie des armes ou -de la force, voie qui révolterait à juste titre tout le monde contre -nous dès le premier pas et nous ferait même perdre ceux qui seraient -restés neutres. Je n'ai pas vu prospérer aucune entreprise pareille, -hors celle contre moi, en 1741, par la perte de la Silésie... Je ne -vois donc aucun inconvénient de différer la marche des troupes; mais -beaucoup de grands malheurs en la précipitant[1228].» - -C'était le langage de la raison; mais Joseph II était trop impétueux -pour l'écouter. Il lui semblait que ses désirs ne devaient pas -rencontrer d'obstacles, que, les circonstances étant favorables, toute -l'Europe occupée, ce coup réussirait sans guerre, et que l'acquisition, -quoique encore incomplète, serait «toujours belle pour n'avoir rien -coûté[1229]». - -Illusion étrange, que les événements n'allaient pas tarder à démentir. -A la première nouvelle de l'invasion de la Basse-Bavière, Frédéric II -réunissait une armée sur les frontières de Bohême, prêt à les franchir -si l'Empereur persistait dans ses projets d'agrandissement. L'Électeur -de Saxe, qui avait des prétentions, lui aussi, du chef de sa mère, à -la succession de Maximilien, joignait ses troupes à celles du roi de -Prusse[1230]: le duc des Deux-Ponts, autre héritier de l'Électeur, -protestait, de son côté, contre les arrangements pris[1231], et -les Bavarois eux-mêmes, fidèles à leur antipathie séculaire contre -l'Autriche, refusaient d'accepter un changement de domination: «Le -dernier paysan bavarois a de l'aversion pour l'Autrichien et de la -bonne volonté pour le Français,» écrivait le marquis de Bombelles, -ministre de France près la diète de Ratisbonne, au baron de Breteuil, -ambassadeur à Vienne[1232]. Sous l'inspiration de la Prusse, -l'Allemagne s'agitait. - -En France, l'émotion n'avait pas été moins profonde. Les vieilles -préventions contre l'avidité impériale subsistaient toujours, -soigneusement entretenues par Frédéric II et son ambassadeur, le comte -de Goltz; et Joseph II ne l'ignorait pas, puisque, dès le 5 janvier -1778, il écrivait à Mercy, en lui annonçant ses projets: «Cela ne -plaira pas trop là où vous êtes[1233].» Les propos étaient vifs et -les plus ardents parlaient déjà de fourbir leur équipage de guerre. -La Reine elle-même, à la première nouvelle de la mort de l'Electeur, -avait écrit à Mme de Polignac qu'elle craignait bien que son frère «ne -fît des siennes[1234]». Le Roi ne dissimulait pas son mécontentement: -«C'est l'ambition de vos parents qui va tout bouleverser, disait-il à -sa femme; ils ont commencé par la Pologne; maintenant la Bavière fait -le second tome; j'en suis fâché par rapport à vous.» Et les ministres -français recevaient l'ordre de déclarer aux Cours près desquelles ils -étaient accrédités que le démembrement de la Bavière se faisait contre -le gré du cabinet de Versailles, qui le désapprouvait hautement[1235]. - -Ce n'était d'ailleurs que le commentaire, autorisé par les -circonstances, des instructions données dès le 10 avril 1775 par M. de -Vergennes au marquis de Bombelles, qui allait résider à Ratisbonne, -en qualité de ministre français. «Le Roi, y était-il dit, fidèle aux -principes qui ont déterminé LL. Majestés impériales, ne négligera rien -pour resserrer et rendre plus inviolables des liens qui assurent le -repos de l'Allemagne; mais en remplissant ses engagements à cet égard, -_Elle_ (_sic_) ne se croit pas déchargée de ceux qu'elle a formés bien -plus anciennement avec le Corps germanique, par la garantie du traité -de Westphalie. - -«Sa Majesté n'a cessé de recommander à son ministre auprès de la Diète, -aussi bien qu'à tous ses autres ministres résidant près des princes -de l'Empire, de déclarer que son alliance avec la maison d'Autriche -était fondée sur les traités de Westphalie et sur les constitutions -germaniques; qu'Elle regardait comme une de ses premières maximes de ne -pas permettre d'y porter atteinte; que, bien loin de vouloir servir -d'instrument aux projets d'oppression que la Cour impériale pourrait -former, Sa Majesté se prévaudrait plutôt de l'alliance comme d'un moyen -de plus pour servir la cause des États[1236].» - -Dans ces conjectures critiques, la vieille activité de Marie-Thérèse -reparut tout entière. Elle avait toujours déploré que son fils soulevât -la question; maintenant que l'affaire était engagée, elle s'efforçait, -avec toute la vivacité de son amour maternel et de son patriotisme, -d'en conjurer les conséquences. C'est du côté de la France qu'elle se -tourna d'abord. Elle avait mis tous ses soins à former et à resserrer -l'alliance, et il lui semblait juste que la jeune princesse, qui -en avait été le nœud, servît à la consolider, ou tout au moins à -l'empêcher de se rompre. Si, au début, elle avait eu quelques scrupules -à mêler ainsi sa fille à la politique, si elle avait craint que, par -une ingérence indiscrète, elle ne se rendît importune et même suspecte -au Roi[1237], ses scrupules furent promptement levés, et elle mit -à peser sur Marie-Antoinette toute l'ardeur d'une souveraine qui -tremble pour ses peuples, d'une mère qui tremble pour ses fils, toute -l'habileté d'une femme de génie qui, vieillie dans la politique et -connaissant jusque dans leurs plus intimes replis l'esprit et le cœur -de sa fille, savait merveilleusement quelle corde il fallait toucher, -quels sentiments invoquer, pour faire de cette fille une auxiliaire -dévouée et un instrument docile. Ce ne sont plus des sévérités et des -gronderies, comme en contient ordinairement sa correspondance: ce sont -les caresses les plus tendres, les prières les plus touchantes, les -instances les plus pathétiques; ses lettres sont de vrais chefs d'œuvre -de diplomatie féminine et maternelle; elle met tout en jeu: l'amour -propre de Marie-Antoinette, son affection pour sa mère, son antipathie -naturelle pour le roi de Prusse, tout, jusqu'aux espérances de -grossesse qui, pour la première fois, à cette époque, font tressaillir -son cœur. - -L'affaire n'est encore qu'au début; mais un conflit est menaçant; Mercy -est malade; la Reine seule peut déjouer les manœuvres de Frédéric -qui ne craint qu'elle, et prévenir, entre la France et l'Autriche, -une rupture qui serait un coup mortel pour l'Impératrice[1238]. -Marie-Antoinette qui, jusque là, a toujours répugné à se mêler -d'affaires[1239], s'intéresse chaleureusement à celle-ci, et elle -s'y intéresse uniquement par tendresse pour sa mère[1240]. C'est son -cœur,—elle le dit elle-même,—c'est son cœur seul qui agit[1241]. -Elle est troublée, inquiète; elle a pâli en lisant cette phrase: «Un -changement dans notre alliance me donnerait la mort[1242].» - -Marie-Thérèse le sait et elle profite de cette affection de sa fille. -Voyez quelle mise en scène: l'Impératrice écrit à cinq heures du matin; -le courrier attend à sa porte; il n'y a pas un moment à perdre pour -déjouer les noires machinations de la Prusse. Elle ne compte que sur la -justice du Roi et sur sa tendresse pour «sa chère petite femme». Jamais -il n'y a eu occasion plus importante de «tenir fermement» l'intérêt -des deux Maisons et des deux États; l'existence de l'Empereur et de -ses frères, la santé de l'Impératrice en dépend. Il faut avant tout -conjurer une guerre dont l'idée seule «la fait succomber[1243]». Que -peut-on craindre d'ailleurs? Marie-Thérèse aime bien trop son gendre -pour vouloir l'entraîner dans une entreprise «contraire à ses intérêts -ou à sa gloire[1244]». - -Marie-Antoinette parle à son mari, mais avec une certaine mollesse; -elle ne se prête à ce qu'on lui demande,—c'est le ministre de Prusse -qui le dit,—que quand elle est tourmentée à l'excès[1245]. Et alors -même ses démarches, au gré de Mercy, ne sont ni assez précises, ni -assez suivies, ni assez promptes[1246]. Est-ce bien là cette volonté -ferme qu'on était en droit d'attendre d'elle? Quel éternel remords -pourtant, si, par sa négligence, elle perdait un seul des moyens -qu'elle a de concourir à la satisfaction et au repos de son auguste -mère! Pourquoi se contenter de ce que le Roi a fait dire au comte de -Goltz, qu'il ne voulait pas se mêler des affaires de son maître? Il ne -suffit point de ne pas se mêler des affaires de la Prusse: il faut se -mêler de celles de l'Autriche, dans le sens qui convient à un bon et -fidèle allié[1247]. - -Ce n'est pas tout: Joseph II entre en scène à son tour; il envoie à -sa sœur lettres sur lettres: «Puisque vous ne voulez pas empêcher la -guerre, lui écrit-il d'un ton tragique, nous nous battrons en braves -gens et, dans toutes circonstances, ma chère sœur, vous n'aurez point -à rougir d'un frère qui méritera toujours votre estime[1248].» - -La Reine est émue jusqu'aux larmes en lisant ces lignes; sa vive -imagination lui représente son frère en danger, sa mère en pleurs. -Agitée, tremblante, elle va trouver le Roi; elle fait venir les -ministres; elle leur parle fortement[1249]; elle demande une -déclaration nette, qui seule peut prévenir un conflit. Mais, en somme, -à quoi tendent, à quoi aboutissent ces démarches? A réclamer pour les -Pays-Bas une garantie qu'avaient déjà résolue à l'avance et le Roi et -les ministres[1250]. - -De son côté, Frédéric II ne reste pas inactif; dès le mois d'août 1777, -il a fait des ouvertures au marquis de Jaucourt, envoyé extraordinaire -de France[1251]. Il a ses amis à la Cour de Versailles; il a ses -espions; il a son ministre, le comte de Goltz, qui surveille la -Reine, qui cherche à surprendre jusqu'aux plus intimes secrets du -ménage royal, jusqu'aux mystères de l'alcôve; Goltz, qui est «tout -yeux et tout oreilles[1252]», qui répand et exploite habilement les -propos, plus ou moins authentiques, attribués à Joseph II sur la -nullité de Louis XVI[1253]. «C'est ici le moment de vous évertuer de -toutes vos forces, lui écrit Frédéric le 11 février 1778. Il faut que -les sourds entendent, que les aveugles voient, que les léthargiques -ressuscitent[1254].» Goltz redouble d'efforts, et il arrache à -Vergennes une dépêche, que Maurepas lui-même qualifie de «dure et -de mauvaise[1255]», où la France décline toute application du _casus -fœderis_ avec l'Autriche. La Reine l'apprend, elle en est outrée; elle -presse les ministres, et elle obtient d'eux, avec l'assentiment du Roi, -une nouvelle dépêche plus amicale dans la forme, mais peu différente -quant au fond, et qui ne stipule guère que cette garantie des Pays-Bas, -dont nous avons parlé plus haut. - -Rien n'avance cependant. Sur les instances de sa mère, Joseph II a -beau écrire de sa main au Roi de Prusse; cette correspondance ne sert -qu'à redoubler la méfiance et l'aigreur des deux adversaires, et la -situation est toujours aussi tendue. La diplomatie européenne est en -mouvement. La Russie voit là un moyen de s'ingérer dans les affaires de -l'Allemagne, et de diriger vers Saint-Pétersbourg les regards jusque-là -tournés du côté de Versailles[1256]. Cette puissance, tard venue dans -le concert européen, penche visiblement vers la Prusse. Marie-Thérèse -en est alarmée; elle a peur que la France, qu'elle trouve bien froide, -ne se laisse séduire à son tour par Frédéric. - -«Il fait toutes les cajoleries et avances possibles, dit-elle; on -connaît cela quand il veut venir à son but; mais y étant, il fait -tout le contraire, ne tenant jamais sa parole. La France en a fait -quelque expérience, et tous les peuples de l'Europe, hors la Russie, -qu'il craint. Qu'on ne se flatte pas sur cette dernière; elle suit les -mêmes errements que le Roi, et le successeur est plus Prussien que son -soi-disant père l'était, et sa mère qui en est un peu revenue, mais -jamais autant pour rien espérer contre le Roi de Prusse, pas même des -ostentations: très généreuse en belles paroles qui ne disent rien, ou -selon la foi grecque, _græca fides_.» - -«Voilà les deux puissances qu'on veut substituer à nous, bons et -honnêtes Allemands? Nous avons les mêmes intérêts de famille et -d'État... Il serait bien malheureux que le repos (de l'Europe) dépendît -de deux puissances, si connues dans leurs maximes et principes, même en -gouvernant leurs propres sujets; et notre sainte religion recevrait le -dernier coup, et les mœurs et la bonne foi devraient alors se chercher -chez les Barbares[1256a].» - -Après ce tableau qui «n'est pas outré», l'Impératrice insinue -adroitement qu'en fin de compte la Cour de Versailles gagne en ce -moment à l'alliance autant que celle de Vienne, et que l'Autriche, si -elle est poussée à bout, si elle est abandonnée de ses amis, pourra -bien se retourner du côté de ses adversaires et se «mettre de la -partie pour avoir sa part du gâteau». En même temps, et cela est plus -menaçant, l'Angleterre envoie à ses ministres en Allemagne l'ordre de -se rapprocher le plus possible de l'Autriche[1257]. Grave danger, au -moment où la guerre d'Amérique vient d'éclater. Qu'arriverait-il, si -Joseph II, irrité et naturellement peu sympathique à la France, poussé -par les propos qui se tenaient journellement dans son armée contre les -Français[1258], cédait à ces suggestions, si l'union s'établissait -entre Vienne et Londres, et si à la guerre maritime qui absorbait -toute l'attention du cabinet de Versailles, il fallait joindre les -préoccupations d'une guerre continentale? Marie-Antoinette, en -s'efforçant de maintenir l'alliance austro-française dans les termes -modérés que nous avons indiqués, servait donc à la fois les intérêts -de son pays d'adoption et ceux de son pays d'origine. Et en somme quel -était le but que poursuivait à ce moment la diplomatie française? -Le voici, tel qu'il est consigné dans une dépêche de Vergennes à -Bombelles, du 29 juin 1778: «Le Roi continue d'employer tous ses soins -pour que l'esprit de justice et de modération prévale et pour que la -tranquillité de l'Allemagne soit maintenue[1259].» - -Ces efforts échouent: la guerre éclate. Le 5 juillet, Frédéric II entre -brusquement à Nachod, en Bohême[1260], et, le 7, les premiers coups -de feu sont tirés[1261]. Marie-Thérèse est folle d'inquiétude; elle -sait que l'armée prussienne est plus forte de quarante mille hommes -que l'armée autrichienne[1262], et qu'en face d'un homme de guerre -comme Frédéric les talents militaires de Joseph II comptent bien peu. -«Cela est plus fort que moi, écrit-elle à son fils Ferdinand, je suis -désolée. Chaque porte que le vent ferme, chaque voiture qui va un peu -plus vite, des femmes qui marchent plus vite, me font tressaillir. Je -prêche à moi-même; je cherche moi-même ce que j'étais, il y a trente -six ans; mais j'étais jeune, j'avais un époux qui me tenait lieu de -tout. Affaiblie par mes années, par mes traverses, le physique ne se -soutient plus; l'âme seule, par la religion, se soumet et s'exécute, -mais ne se ranime pas[1263]. - -Mercy est immédiatement avisé de la grosse nouvelle. «Je n'ose trop -insister auprès de la Reine, lui écrit l'Impératrice, par crainte de -la commettre et de l'attendrir[1264].» Mais l'ambassadeur n'a pas les -mêmes scrupules; il envoie à Marie-Antoinette le billet désespéré de sa -mère. La Reine, toute troublée, éclate en sanglots; elle contremande -une fête quelle doit donner à Trianon[1265], et il faut une haute -intervention pour qu'elle ne renonce pas à des distractions que rendent -nécessaires l'état de sa santé et le commencement de sa grossesse. Le -Roi alarmé vient la trouver, lui-même baigné de pleurs, et l'assure -qu'il veut tout faire pour apaiser sa douleur. Ainsi encouragée par -son époux, la jeune femme fait venir Maurepas; elle lui parle ferme, -et le vieux ministre cherchant à se réfugier dans ses échappatoires -ordinaires: «Voilà, Monsieur, la quatrième ou cinquième fois que je -vous parle d'affaires,» riposte impérieusement Marie-Antoinette; «vous -n'avez jamais su me faire d'autre réponse; jusqu'à présent j'ai pris -patience; mais les choses deviennent trop sérieuses et je ne veux -plus supporter de pareilles défaites.» Et reprenant toute la suite de -l'affaire de Bavière, elle montre que la condescendance de la France -a seule encouragé la Prusse. Maurepas, surpris d'une vigueur et d'une -netteté qu'il n'était pas habitué à rencontrer, se confond en excuses -et en protestations de dévouement[1266]. - -Cependant, Marie-Thérèse fait une nouvelle tentative. Décidée à tout, -même à l'avilissement de son nom, dit-elle, pour conjurer les dangers -qui menacent l'Empire et l'Europe[1267], sans prévenir son fils, -mais assumant sur sa «vieille tête grise» toute la charge et tout le -blâme[1268], elle envoie, le 13 juillet, Thugut à Frédéric pour traiter -de la paix; elle offre d'abandonner toute prétention sur la Bavière, -si la Prusse, de son côté, renonce à la succession des margraviats -de Bayreuth et d'Anspach[1269]. Mais ces démarches même, qui lui -coûtent tant, sont inutiles: Joseph II les désavoue avec colère[1270] -et Frédéric les repousse dédaigneusement. Au bout d'un mois, les -négociations sont rompues; la guerre continue et elle est défavorable à -l'Autriche: le maréchal Loudon est forcé de se replier devant le prince -Henri[1271]. Marie-Thérèse se retourne vers la France: «Sauvez votre -Maison et votre frère, écrit-elle à Marie-Antoinette. Je ne demanderai -jamais rien au Roi qui puisse l'attirer dans cette malheureuse guerre; -mais des ostentations, de nommer ou rassembler des régiments et -généraux pour venir nous secourir. Il ne convient pas à la France que -nous soyons subjugués à notre cruel ennemi. Elle ne trouvera jamais un -ami et un allié plus sincèrement attaché pour le fond que nous[1272].» - -En recevant cette lettre, Marie-Antoinette, que l'absence de nouvelles -a plongée depuis quinze jours dans les plus pénibles incertitudes, -va trouver le Roi, au moment où il est en conférence avec Maurepas -et Vergennes, et lui demande... quoi? Une intervention armée? Non, -simplement la médiation de la France pour rétablir la paix et arrêter -l'effusion du sang. La prétention, il faut en convenir, est modeste. -Les ministres n'y font point d'objections; cette pensée d'une -médiation, qui ne compromet pas la France, est conforme à la politique -qu'ils ont suivie depuis le commencement de l'affaire[1273], et leur -bonne volonté devient plus ferme encore lorsqu'ils apprennent d'une -façon positive la rupture des négociations. Vergennes ne dissimule -pas le déplaisir que le refus du Roi de Prusse a causé au cabinet de -Versailles[1274]. - -Mais Marie-Thérèse est impatiente: elle a hâte de voir se terminer une -guerre ruineuse, elle reprend la plume pour tracer à sa fille le plus -sombre et le plus émouvant tableau de la situation: Le temps devient -mauvais; la neige couvre déjà les montagnes; les armées souffrent; -Maximilien est malade; on peut tout craindre, tant que ces malheureuses -circonstances dureront: «Tâchez, ma chère fille, de les faire finir -au plus tôt; vous sauverez une mère qui n'en peut plus et deux frères -qui, à la longue, doivent succomber, votre patrie, toute une nation -qui vous est si attachée. La gloire et l'intérêt même du Roi et de -l'alliance y est attachée..... Nous n'exigeons que de parler un langage -ferme partout... Mais il faut beaucoup de fermeté et égalité de langage -et ne pas perdre un instant... Quel bonheur si vous pouvez faire vos -couches en paix et de nous l'avoir procurée si glorieuse pour le Roi, -en serrant de plus en plus les nœuds de notre alliance, la seule -nécessaire et convenable pour notre sainte religion, pour le bonheur -de l'Europe et de nos Maisons[1275]!»—«Non seulement le bien de la -monarchie, mais ma propre conservation en dépend[1276].» - -Que peut faire Marie-Antoinette, ainsi harcelée par sa mère, harcelée -par Mercy? Que peut-elle faire dans une question où l'on met tout en -œuvre pour l'émouvoir: ses préférences politiques, ses sentiments -religieux, tout, jusqu'à cet amour maternel qui s'éveille en elle avec -les premiers mouvements de son enfant? Que peut-elle faire, elle à -qui Goltz lui-même a pourtant rendu cette justice qu'elle n'a fait, -en cette occurrence, que céder aux sollicitations réitérées de la -Cour de Vienne[1277]? Les circonstances sont favorables; les armées -ennemies, qui sont restées en présence, mais à peu près inactives, -tout l'été, vont être forcées par le mauvais temps qui approche de -suspendre les hostilités[1278]; déjà deux corps prussiens ont dû -se retirer en arrière. C'est le moment ou jamais d'intervenir pour -amener une paix que l'Impératrice désire si ardemment, que le Roi ne -souhaite pas moins et à laquelle l'Empereur lui-même se rallie. De -nouveau, Marie-Antoinette entretient son mari de cette affaire qui la -préoccupe sans cesse; elle lui représente la nécessité de hâter la -conclusion de la paix et d'une paix convenable, l'Autriche ne pouvant -point en accepter d'autre. C'est le seul moyen d'éviter une guerre -européenne, dans laquelle la France finirait, bon gré mal gré, par être -engagée. Elle insiste de même près de Maurepas, dont les variations -la désolent; elle lui parle un langage net et précis, mais elle se -contient, afin, dit-elle, de «ne pas mettre le Roi dans l'embarras -entre son ministre et sa femme[1279]». Elle veut la pacification de -l'Allemagne, mais elle la veut parce qu'elle est convaincue «qu'il y -va de la gloire du Roi et du bien de la France», non moins que «du -bien-être de sa chère patrie[1280]». - -Puis, tout d'un coup, il semble que l'intervention de la Reine devient -moins active, ses instances moins pressantes. Elle parle bien encore -au Roi, mais elle se hâte de traiter le point en litige, et n'y -revient plus[1281]. Marie-Thérèse se plaint d'être abandonnée, dans -le moment le plus intéressant pour sa fille, dans le moment d'une -grossesse[1282]. La Russie appuie la Prusse: la France ne fait rien -pour l'Autriche. Mercy insiste de son côté; il représente à sa royale -pupille qu'elle doit se tenir, «vis-à-vis d'elle-même et vis-à-vis de -sa famille, hors de tout reproche d'avoir remis ou négligé la moindre -chose qui puisse remédier au mal présent.» L'ambassadeur devient -pressant, grondeur presque; il semble que ce soit moins un conseil -qu'il donne qu'une réprimande qu'il adresse. - -Que s'est-il donc passé? La Reine est-elle moins touchée des embarras -de son frère et des angoisses de sa mère? Assurément non; mais l'époque -de ses couches approche, et cet événement, si longtemps attendu, que -la Cour de Vienne saluait comme le point de départ d'un redoublement -d'influence pour elle, est précisément celui qui marque le déclin de -cette influence. Marie-Antoinette sent l'impérieux devoir que lui -impose cette dignité nouvelle qui la fait vraiment Reine de France, -et, ce premier tressaillement de la maternité venant se joindre au -tressaillement du patriotisme, elle garde vis-à-vis du Roi et de ses -ministres une attitude, non pas indifférente, mais réservée. - -Le comte de la Marck raconte que, l'Empereur ayant réclamé de la France -le secours de vingt-quatre mille hommes, stipulé par le traité de -1756, avait écrit à sa sœur pour qu'elle pressât instamment Louis XVI -d'accorder ce secours. - -«Avant d'en parler au Roi, la Reine fit venir chez elle le comte de -Maurepas et lui exprima l'intérêt qu'elle prenait à la demande de son -frère et le désir qu'à l'égard de cette demande, lui, M. de Maurepas, -disposât favorablement le Roi.» - -«Dans ce moment-là même, et après plusieurs années d'attente, la Reine -était enceinte pour la première fois. M. de Maurepas saisit à propos -cette circonstance et, après avoir exposé à la Reine les raisons qui -s'opposaient à ce que la France prît part à une guerre qui n'était -d'accord ni avec ses intérêts, ni peut-être même avec la justice, il -ajouta: «_Que les intérêts de la France devaient être, s'il était -possible, plus chers que jamais à la Reine, dans les circonstances -heureuses qui lui promettaient de donner un héritier au trône._» - -«La Reine répondit aussitôt à M. de Maurepas qu'il rendait justice à -ses sentiments pour la France, et qu'après la conversation qu'elle -venait d'avoir avec lui, elle ne se mêlerait plus de cette affaire et -qu'elle n'en parlerait même pas au Roi. _Elle tint parole_[1283].» - -Il y a, dans le récit de La Marck, quelques inexactitudes de détails; -l'incident qu'il raconte doit être reporté un peu plus tard que -l'époque indiquée par lui, et nous ne voyons pas que la Reine ait -jamais réclamé une intervention armée; mais le fait lui-même est vrai, -quoiqu'il ait été révoqué en doute, et nous le retrouvons attesté, -presque dans les mêmes termes, dans la correspondance officielle d'un -homme qui n'était pas un ami de Marie-Antoinette, mais qui était -presque aussi bien instruit de ses faits et gestes que Mercy; car si -Mercy était éclairé par le dévouement, lui l'était par la méfiance et -la haine; nous voulons parler du ministre de Prusse à Paris, le comte -de Goltz. Rendant compte à son maître d'une conversation qu'il avait -eue avec le premier ministre de France, le comte de Goltz écrivait: - -«Il—Maurepas—devait rendre la justice à cette princesse—la -Reine—qu'elle entendait raison sur ces objets, que nommément dans -l'affaire de Bavière il l'avait trouvée ainsi; qu'alors lui, ministre, -avait fait sentir à cette princesse que l'enfant qu'elle portait ne -cessait pas de lui crier qu'elle était Reine de France avant tout; -qu'il avait ajouté que, prêt à descendre dans la tombe et ne pouvant -ainsi servir ce fruit dans la suite du temps, il lui rendait, dans ce -moment même, le service le plus essentiel, en plaidant sa cause près -de la Reine-mère; que cette princesse, émue, lui avait protesté des -remerciements de ce qu'il lui rappelait si bien ses vrais devoirs, et -qu'en effet, dans tout le cours de cette affaire, _la Reine n'avait -plus paru_[1284].» - -Après un témoignage si formel, émanant d'une bouche si peu suspecte, -il ne nous semble plus possible de contester le fait. - -Au fond, d'ailleurs, et malgré la vivacité de ses premières instances, -à quoi avait tendu l'intervention de Marie-Antoinette en cette affaire? -Au maintien de l'alliance austro-française et à une médiation pour -assurer une paix honorable. Sur le premier point, il y avait bien -sans doute des divergences chez quelques vieux diplomates, fidèles à -d'anciennes et surannées traditions, ou chez quelques jeunes novateurs, -partisans fanatiques de Frédéric II; mais, en somme, le Roi, les -ministres même, pensaient comme la Reine, et en face du développement -prodigieux et déjà menaçant de la Prusse, c'était la seule politique -à suivre. Il ne pouvait pas être bon pour la France de se prêter à -l'accroissement indéfini de cette puissance nouvelle, sa protégée -d'hier, sa rivale de demain, et un diplomate qui appartenait cependant -à la vieille école et qui nourrissait de vives préventions contre -l'Autriche, le marquis de Bombelles, écrivait au baron de Breteuil: -«Nous ne pouvons plus, comme autrefois, revenir systématiquement à -l'alliance du Roi de Prusse. Ce prince et ses successeurs seront trop -puissants pour porter dans cet accord l'esprit de déférence qu'il nous -convient de trouver[1285].» Au bout d'un siècle, n'avons-nous pas trop -lieu de sentir toute la justesse des prévisions du marquis de Bombelles? - -Qui donc aujourd'hui pourrait faire un reproche à Choiseul d'avoir -fondé l'alliance de la France et de l'Autriche; à Marie-Antoinette, -d'avoir voulu la maintenir? - -Quant à la médiation, M. de Bombelles y voyait encore un moyen -de rétablir notre influence en Allemagne et de montrer au Roi de -Prusse «ce qu'un mot de nous met dans la balance de l'Europe[1286]». -L'Empereur seul ne la désirait pas; mais il fallait «ramener à la -modération un prince qui s'en était écarté, contre le vœu de son -auguste mère et de tous les gens sensés de son empire[1287]». Et -de fait, Joseph II se montra mécontent de l'attitude de la France -et particulièrement de sa sœur en cette circonstance: «La conduite -politique du Roi en cette occasion, dit-il au comte de la Marck, est -bien éloignée de celle que j'aurais dû attendre d'une Cour alliée _et -qui se disait amie_[1288].» - -Les négociations furent longues. Si Marie-Thérèse désirait la paix -ardemment et avec une sorte d'impatience fébrile, Joseph II, dont -cette paix humiliait l'orgueil, ne s'y prêtait qu'avec une extrême -répugnance[1289]; et la Prusse, se sentant la plus forte, soutenue -qu'elle était en secret par la Russie, ouvertement par la Saxe et -le Hanovre, ajournait tout arrangement. Enfin, après de pénibles -pourparlers, un congrès se réunit à Teschen et, le 13 mai 1779, -sans que la Reine s'en fût mêlée, sans même que Mercy lui en eût -parlé[1290], la paix fut signée, au vif déplaisir de l'Empereur, qui -avait dû renoncer à la presque totalité de ses prétentions sur la -Bavière, au grand soulagement de l'Impératrice, qui en marqua au Roi -et à la Reine toute sa reconnaissance[1291], et, devenue plus juste par -la cessation de ses inquiétudes, convint que la France avait fait tout -ce qu'on était en droit d'attendre d'elle pour la pacification[1292]. - - - - -CHAPITRE XVII - - Première grossesse de la Reine.—Son bonheur.—Ses rêves - pour l'éducation de son enfant.—Joie du Roi.—Sentiments - divers de la famille royale et de la Cour.—Propos - malveillants.—Couches dramatiques de la Reine.—Danger qu'elle - court.—Naissance de Madame Royale.—Joie du public, mélangée - de désappointement.—Paroles de la Reine à sa fille.—_Te - Deum_ à Notre-Dame.—Amélioration de la conduite de la Reine, - malgré quelques inconvénients encore inévitables.—Intimité - des deux époux.—Affection de Marie-Antoinette pour Mme - Élisabeth.—Impatience de Marie-Thérèse et du public - d'avoir un Dauphin.—Fausse couche de la Reine.—Mort de - Marie-Thérèse.—Douleur de Marie-Antoinette.—Second voyage de - Joseph II en France.—Naissance du Dauphin.—Bonheur universel. - - -«Vers les derniers mois de 1777, raconte Mme Campan, la Reine étant -seule dans ses cabinets, nous fit appeler, mon beau-père et moi, et, -nous présentant sa main à baiser, nous dit que nous regardant l'un -et l'autre comme des gens bien occupés de son bonheur, elle voulait -recevoir nos compliments, qu'enfin elle était Reine de France, et -qu'elle espérait bientôt avoir des enfants; qu'elle avait jusqu'à ce -moment su cacher ses peines, mais qu'en secret elle avait versé bien -des pleurs[1293]». - -Ces espérances pourtant furent encore ajournées; mais au bout de -quelques mois elles s'affirmèrent de nouveau, et cette fois ce ne fut -pas à Mme Campan, ce fut à sa mère que la Reine en fit part. «Madame ma -chère mère, lui écrivait-elle le 19 avril 1778, mon premier mouvement, -et que je me repens de n'avoir pas suivi, il y a huit jours, c'était -d'écrire mes espérances à ma chère maman. J'ai été arrêtée par la -crainte de causer trop de chagrin, si mes grandes espérances venaient -à s'évanouir; elles ne sont pas encore entièrement assurées et je n'y -compterai entièrement que dans les premiers jours du mois prochain... -En attendant, je crois avoir de bonnes raisons pour y prendre -confiance; du reste je me porte à merveille; mon appétit et mon sommeil -sont augmentés[1294].» - -De quel tressaillement de joie ces premières espérances, si longtemps -et si impatiemment attendues, firent-elles battre le cœur de la -Reine, il est facile de le comprendre. Elle avait si souvent envié -la fécondité de la comtesse d'Artois! Elle sentait si bien que tant -qu'elle ne serait pas mère, elle ne serait en quelque sorte considérée -que comme étrangère! Aussi, que de précautions prises pour ne pas faire -évanouir ce rêve! Elle renonce aux courses à cheval, aux excursions -à Paris[1295], même au billard[1296]; elle ne fait plus que des -promenades à pied[1297], après quoi elle s'assied dans ses cabinets -à de petits ouvrages d'aiguille[1298]. Quand vient le printemps, -elle s'installe à Marly, où les promenades sont plus belles et plus -commodes, où elle sort dès son lever, où le grand air du matin et un -exercice modéré épanouissent l'esprit et fortifient le corps[1299]. -Si parfois elle monte en voiture, ce n'est qu'avec l'autorisation -expresse de l'accoucheur qu'elle a choisi, Vermond, frère de -l'abbé[1300]. Plus de veilles, plus de jeux[1301]. Sa vie devient plus -sérieuse, sa volonté plus ferme, son esprit plus réfléchi[1302]. Sa -pensée est tout entière absorbée par cet enfant qu'elle porte dans son -sein. Elle suit pas à pas les diverses évolutions d'un état dont la -nouveauté l'enchante, dont elle salue chaque progrès par une explosion -de joie[1303]; elle s'y intéresse jusqu'à mesurer sa taille pour en -constater le développement[1304]. - -Elle se plaît à songer aux soins dont elle entourera ce petit être qui -est dès à présent l'objet de sa tendresse; elle se plonge avec délices -dans tous ces doux et souriants détails de la maternité. L'enfant ne -sera point emmailloté; on l'élèvera en liberté dans une barcelonnette -ou sur les bras; il logera au rez-de-chaussée, séparé seulement par -une petite grille de la terrasse du Château sur laquelle il fera ses -premiers pas plus facilement que sur le parquet[1305]. Si c'est un -Dauphin,—et ce doit en être un, tout le monde le prédit—on ne lui -nommera pas de gouverneur avant l'âge de cinq ans; ce sera un moyen -d'éviter les intrigues et de faire un choix avec plus de maturité[1306]. - -Et pour constater publiquement son bonheur et l'inaugurer par un acte -de charité, elle envoie douze mille livres à Paris, quatre mille à -Versailles pour la délivrance des pauvres gens détenus pour dettes de -nourrices. Le cri de la reconnaissance populaire répondra au cri de -joie des parents, et ces enfants qui retrouveront leurs pères béniront -cette mère qui va enfin pouvoir embrasser son enfant[1307]. - -Le Roi est dans l'ivresse; il est tout à l'épanouissement et comme -à la fierté de sa dignité nouvelle; il entoure des plus délicates -attentions et d'une affection enfin expansive celle qui lui promet -ce grand bonheur si longtemps souhaité en vain[1308]; il l'annonce -officiellement à l'Impératrice. - -Tout va bien d'ailleurs et, malgré les alarmes que causent à la Reine -la guerre de Bavière, le danger de ses frères et les angoisses de sa -mère, elle supporte merveilleusement les fatigues de sa grossesse. -«Ma santé est toujours très bonne, écrit-elle le 14 août. Mon enfant -a donné le premier mouvement le vendredi 31 juillet, à dix heures et -demie du soir; depuis ce moment il remue fréquemment, ce qui me cause -une grande joie. Je ne puis pas dire à ma chère maman combien chaque -mouvement ajoute à mon bonheur[1309].» Le lendemain, elle va trouver -son mari: «Je viens, Sire, lui dit-elle gaiement, me plaindre d'un de -vos sujets assez audacieux pour me donner des coups de pied dans le -ventre[1310].» Le Roi rit de son bon gros rire et embrasse tendrement -sa femme. - -Mais tout le monde ne riait pas. Si Mesdames tantes semblaient -s'associer franchement au bonheur de leur neveu et se rapprocher même -un instant de leur nièce,—ce qui d'ailleurs ne dura guère[1311];—si le -comte d'Artois, uniquement occupé de ses plaisirs, ne paraissait pas -s'inquiéter de cette situation nouvelle, les deux sœurs piémontaises, -Madame et la comtesse d'Artois, tout en conservant en apparence -l'attitude la plus convenable, n'en faisaient pas moins, dans leur -particulier, de pénibles et désagréables réflexions[1312]. Monsieur -gardait sa tournure ordinaire, mais il écrivait à Gustave III: «Vous -avez su le changement survenu dans ma fortune... Je me suis rendu -maître de moi à l'extérieur fort vite et j'ai toujours tenu la même -conduite qu'avant, sans témoigner de joie, ce qui aurait passé pour -fausseté et ce qui l'aurait été, car franchement, et vous pouvez -aisément le croire, je n'en ressentais pas du tout;—ni de tristesse, -qu'on aurait pu attribuer à de la faiblesse d'âme. L'intérieur a été -plus difficile à vaincre; il se soulève encore quelquefois[1313].» - -Et puis les ministres,—Maurepas surtout,—qui voyaient dans la -grossesse de la Reine, dans sa vie plus sérieuse, dans l'affection -plus tendre que lui témoignait le Roi, comme l'affermissement d'un -crédit qui leur portait ombrage et qu'ils avaient voulu étouffer -dans la dissipation[1314]. Et les courtisans, mécontents de n'avoir -point été invités à Marly où la Reine était allée chercher le repos -et la solitude[1315]. Et les envieux de Mme de Polignac, dont la -faveur était plus forte que jamais, au point que Louis XVI l'avait -fait revenir précipitamment à la Cour, pour consoler sa royale amie, -profondément troublée par les lettres désespérées et pressantes de -Marie-Thérèse[1316]. Et cette vindicative comtesse de Marsan, toujours -ulcérée contre Marie-Antoinette, à qui elle ne pardonnait pas son peu -de sympathie pour les Rohan et son goût pour Choiseul, Mme de Marsan, -trop bien secondée dans ses manœuvres par l'homme de confiance de son -neveu, l'abbé Georgel, intrigant subalterne, mais des plus dangereux, -dont les propos indignaient tellement l'honnête monarque qu'il avait -voulu le chasser de Versailles[1317]. - -Tous ces mécontentements se coalisaient contre la Reine pour saper -son crédit au moment même où il semblait devenir plus solide et la -perdre elle-même, sinon près du Roi, alors dans la fraîcheur de son -nouvel amour, du moins près du public, rendu plus méfiant, dans les -circonstances présentes, par l'ambition intempestive de Joseph II, qui -avait réveillé les vieux préjugés contre la Maison d'Autriche. - -Des couplets odieux, des propos infâmes, inventés par le dépit et -propagés par l'envie, circulaient à Versailles et dans Paris, et -quelques jours avant les couches de Marie-Antoinette, on jetait dans -l'Œil-de-Bœuf un volume entier de chansons contre elle et contre les -principales femmes de la Cour. Louis XVI, indigné, voulut qu'on en -recherchât l'auteur; on le découvrit[1318]; il ne fut pas même inquiété. - -Quoi qu'il en soit, plus le moment des couches approchait, plus -l'anxiété était vive; on priait dans toutes les églises[1319]. A la -Cour, mille intrigues se nouaient, qui avaient pour objet la naissance -prochaine de l'enfant royal. Chacun était aux aguets. Plus de cent -personnes de qualité, qui habitaient ordinairement Paris, étaient -venues s'installer à Versailles, pour connaître plus tôt l'issue -du grand événement, et être plus à portée d'en profiter. La ville -regorgeait de monde; on ne trouvait plus de logement et le prix des -vivres avait triplé[1320]. - -Le 18 décembre, la Reine s'était couchée à onze heures, sans ressentir -aucune souffrance. A une heure et demie, on sonna vivement: les -douleurs commençaient. Mme de Lamballe et les _honneurs_, avertis, -entrent dans la chambre. A trois heures, Mme de Chimay va chercher -le Roi; une demi-heure après, on introduit les princes et princesses -qui sont à Versailles, tandis que des pages courent à bride abattue -prévenir ceux qui sont à Paris et à Saint-Cloud[1321]. La famille -royale, les princes et les princesses du sang, les _honneurs_ et Mme -de Polignac se tiennent dans la chambre même de la Reine, autour du -lit dressé en face de la cheminée; la Maison du Roi, celle de la -Reine, les grandes entrées, dans les petits cabinets; le reste des -assistants, dans le salon de jeu et la galerie. Un usage bizarre veut -que l'accouchement des Reines de France soit public; on s'y conforme -jusqu'à l'abus. Au moment où Vermond s'écrie: «La Reine va accoucher!», -un tel flot se précipite dans la chambre royale qu'en un instant -l'appartement est rempli; il est impossible d'y remuer; on se croirait -sur une place publique, un jour de grande fête; deux Savoyards montent -même sur un meuble pour mieux voir. - -A onze heures et demie, l'enfant vient au monde: c'est une fille. On -la porte immédiatement dans le grand cabinet pour l'emmailloter et -la remettre à la gouvernante, princesse de Guéménée. Le Roi, joyeux -et ému, suit le porteur pour jouir de la vue de son premier-né et la -foule, presque tout entière, se précipite à la suite du Roi et de -l'enfant[1322]. - -Tout à coup, ce cri retentit, anxieux et pressant: «De l'air, de -l'eau chaude; il faut une saignée au pied!» La chaleur, le bruit, le -manque d'air, la contrainte qu'elle s'est imposée pour dissimuler ses -souffrances; le saisissement qui s'empare d'elle, quand, au premier -instant, l'enfant ne crie pas; le mouvement de joie qui l'agite, quand -l'enfant se met à crier, toutes ces émotions contraires provoquent chez -l'auguste accouchée une effrayante révolution[1323]. Le sang se porte à -la tête avec violence; la bouche se tourne; la Reine perd connaissance. -Un indicible frissonnement court dans la foule; la princesse de -Lamballe s'évanouit[1324]. On se précipite à la fenêtre, on l'ouvre -vivement[1325]; les huissiers chassent les curieux indiscrets qui sont -encore dans la chambre. Mais l'eau chaude n'arrive pas. Avec une rare -présence d'esprit, Vermond ordonne au premier chirurgien de piquer -à sec; le sang jaillit avec force; la Reine ouvre les yeux; elle -est sauvée! Tout cela a été si rapide, que le Roi n'a pas même été -témoin de l'accident[1326]. Mais pendant ces quelques instants, quelle -angoisse parmi les spectateurs! Si la Reine avait été saignée deux -minutes plus tard, elle était morte[1327]. Aussi, quelle explosion de -bonheur quand le danger est passé! On se félicite, on s'embrasse, on -pleure de joie[1328]. - -Le jour même, tandis que le marquis de Béon, lieutenant des gardes, -va faire part de la naissance au Corps de ville de Paris, assemblé -depuis le matin[1329], et que des courriers extraordinaires partent -pour Vienne et pour Madrid, l'enfant est baptisée dans la chapelle du -Château, en présence du Roi, par le cardinal de Rohan, grand aumônier, -et reçoit les noms de Marie-Thérèse-Charlotte; Monsieur remplace le roi -d'Espagne, parrain; Madame représente l'Impératrice, marraine; toute -la famille royale assiste à la cérémonie; un _Te Deum_ solennel est -chanté dans la chapelle[1330] et, le soir, un magnifique feu d'artifice -est tiré sur la place d'Armes[1331]. La Cour et la ville, Paris et -Versailles, toute la France est dans l'ivresse. Dans la capitale, les -deux premiers échevins se transportent aux prisons et en font sortir -les détenus pour dettes de nourrices. Un feu de joie est allumé sur la -place de l'Hôtel-de-Ville, et les principales maisons de la grande cité -sont illuminées[1332]. Mais un assez vif désappointement se mêle à ces -transports. L'enfant royal annonce des traits réguliers et charmants, -de grands yeux, une tournure de bouche agréable, et un teint de la -meilleure santé; mais ce n'est qu'une fille et l'on comptait sur un -Dauphin. «Pauvre petite,» dit la Reine à sa fille quand elle la pressa -pour la première fois sur son cœur, «vous n'étiez pas désirée; mais -vous ne m'en serez pas moins chère. Un fils eut plus particulièrement -appartenu à l'État. Vous serez à moi; vous aurez tous mes soins; vous -partagerez mon bonheur et vous adoucirez mes peines.» - -Le Roi se livrait à la joie sans arrière-pensée; il était tout à -la fierté de sa dignité nouvelle; il ne savait comment marquer sa -tendresse à sa femme. Il renonçait même à la promenade et à l'exercice, -qui lui étaient nécessaires, pour ne pas s'éloigner d'elle. Le matin, -il était le premier à son chevet, il y passait une partie de la -matinée, y revenait dans l'après-midi, y restait toute la soirée[1333]. -Quant à sa fille, il ne se lassait pas de la contempler; il allait à -chaque instant la voir, et un jour l'enfant lui ayant serré le doigt, -il en fut dans un ravissement qui ne se pouvait rendre[1334]. Cette -nature en globe s'ouvrait et se développait; ce cœur, si longtemps -froid et presque fermé, s'échauffait et s'épanouissait sous l'action -vivifiante de la paternité. - -Le 26, la Reine reçut pour la première fois son ancienne dame -d'honneur, la maréchale de Mouchy, et son ancienne dame d'atours, -la duchesse de Cossé. Le 27, ce fut le tour des dames du palais; le -28, celui des grandes entrées[1335]. Le 31, l'auguste accouchée se -leva sur une chaise longue[1336]. Le 18 janvier, elle faisait ses -relevailles dans la sacristie de la chapelle de Versailles[1337] et -reprenait la tenue de la Cour dans sa forme ordinaire[1338]. Le 8 -février, accompagnée du Roi, de Monsieur, de Madame, du comte et de la -comtesse d'Artois, elle allait à Paris, rendre grâces à Dieu de son -heureuse délivrance. Comme elle l'avait fait au moment de sa grossesse, -c'était par la bienfaisance qu'elle voulait inaugurer sa maternité. A -Versailles, six mille francs étaient donnés à chacun des deux curés de -la ville, douze mille livres répandues en aumônes particulières[1339]. -A Paris, cent jeunes ménages étaient unis par l'archevêque, le jour -même de l'entrée de la Reine, habillés et dotés à ses frais. Chacun -d'eux recevait cinq cents livres de dot, deux cents pour le trousseau, -douze pour la noce[1340], avec la promesse de quinze francs par mois -pour le premier enfant, si la mère le nourrissait elle-même, de dix, -si elle le confiait à une nourrice étrangère[1341]. Lorsque le cortège -royal parut dans la cathédrale, ces cent jeunes hommes et ces cent -jeunes filles, que le lieutenant de police, Lenoir, avait recommandé -de choisir parmi les plus jolies[1342], étaient rangés dans l'église -pour saluer la Reine au passage. Les prisonniers pour dettes étaient -délivrés, des aumônes considérables confiées aux soins des curés -de diverses paroisses[1343]. Le soir, il y avait feux de joie, feu -d'artifice, illuminations, fontaines de vin, distributions de pain et -de cervelas[1344], spectacles gratuits à la Comédie-Française, où les -charbonniers occupaient la loge du Roi, les poissardes celles de la -Reine[1345]. Mais le pain était cher, la guerre imposait de lourdes -charges; les acclamations furent moins nombreuses et moins bruyantes -qu'on ne l'avait espéré[1346]. - -La Reine cependant avait eu soin de s'abstenir en ce jour de tout -plaisir profane. Elle avait voulu prouver que sa présence dans la -capitale n'était déterminée que par de pieux motifs et nullement par le -désir de ces divertissements qu'elle y était venue souvent chercher. -Après le service de Notre-Dame et celui de Sainte-Geneviève, elle avait -été souper à la Muette, puis était rentrée à Versailles. Comme si elle -sentait que sa maternité lui imposait des devoirs nouveaux, elle se -prêtait davantage aux réflexions sérieuses et renonçait en partie aux -plaisirs bruyants. Le carnaval était plus modéré[1347], le carême était -tranquilles[1348], le jeu devenait plus rare[1349], la complaisance -pour les favoris, moins facile[1350]. - -Les prétentions du comte d'Adhémar rencontraient une résistance -invincible[1351]; la société de la Reine tout entière était astreinte -à plus d'ordre et de réserve[1352]. L'harmonie était soigneusement -entretenue dans la famille royale[1353]; Monsieur[1354] et Madame[1355] -étaient mieux traités; le comte d'Artois, avec plus de froideur[1356]. -La Reine était bien revenue sur le compte de ce pétulant beau-frère et -refusait de s'associer à ses rancunes contre Necker[1357]. - -Non pas assurément qu'il n'y eût encore quelques imprudences. -Marie-Antoinette, convalescente de la rougeole, se retirait à Trianon -avec quatre seigneurs de son intimité, les ducs de Coigny et de Guines, -le comte Esterhazy et le baron de Besenval. Le Roi y avait consenti, -et la présence constante de Madame, de la princesse de Lamballe -et de Mme Élisabeth[1358], atténuait un peu les mauvais effets de -cette préférence. Néanmoins, la Cour glosait; les méchantes langues -baptisaient les quatre privilégiés les quatre garde-malades de la -Reine et s'amusaient à désigner les quatre dames qui devaient être -à leur tour les quatre garde-malades du Roi[1359]. Il y avait bien -aussi l'aventure du fiacre, que nous avons racontée plus haut, en la -réduisant à ses vraies proportions[1360], et une reprise des promenades -à cheval qui alarmait le premier médecin Lassone. Et puis quelques -divertissements bruyants pendant le printemps de 1780, et un retour -aux jeux de hasard, celui de tous les points sur lequel la jeune femme -paraissait le plus difficile à ramener[1361]. - -Mais, malgré ces rechutes inévitables, le progrès était évident. «Si -j'ai eu anciennement des torts, écrivait-elle elle-même, c'était -enfance et légèreté; mais, à cette heure, ma tête est bien plus -posée[1362].» Mercy, l'impitoyable critique, constatait que le séjour -de Trianon, au printemps de 1779, s'était passé tranquillement[1363]. -Le séjour de Marly, qui suivait, n'était pas moins satisfaisant[1364], -et il se renouvelait en 1780 au contentement universel de ceux qui y -étaient admis[1365]. L'ordre y était parfait; la tenue excellente. -Les autres voyages ne se faisaient pas; on avait renoncé à Compiègne -par économie, à Fontainebleau pour la prompte expédition des -affaires[1366]. On avait cessé les promenades du soir[1367], bientôt -après les promenades à cheval. Le jeu même s'était ralenti; la Reine -n'avait pas dissimulé son mécontentement de quelques grosses pertes -faites chez Mme de Lamballe[1368] et elle-même avouait qu'elle jouait -plutôt par complaisance que par goût[1369]. - -Elle supprimait le spectacle de Choisy, par crainte de la -dépense[1370], et se prêtait de la meilleure grâce aux réformes que -le ministre des finances faisait dans sa maison[1371]. Le Roi ayant -voulu doubler sa cassette, elle n'en acceptait que la moitié pendant -la guerre[1372], et Marie-Thérèse, toujours cependant si sévère pour -sa fille, lui écrivait, le 30 juin 1780, que «la charmante Reine de -France ne contribuait pas peu aux seuls moments heureux de sa vie -pénible[1373]». - -Louis XVI, qui avait dû se séparer de sa femme pendant sa rougeole -et sa convalescence, Louis XVI, après un moment de froideur causé -par des insinuations malveillantes, était revenu à ses sentiments -de tendresse empressée[1374]. Vainement, des misérables, profitant -de la maladie de la Reine, avaient-ils voulu le travailler du côté -de la galanterie: sa pure et loyale nature s'était révoltée contre -ces tentatives indignes[1375] et l'intimité entre les deux époux en -avait été resserrée[1376]. C'était de part et d'autre comme un assaut -d'attentions et de complaisances mutuelles: la Reine accompagnait son -mari à Saint-Hubert; le Roi accompagnait sa femme à Trianon et allait -passer la soirée avec elle chez Mme de Polignac[1377]. - -La comtesse était toujours des amies de Marie-Antoinette celle dont la -faveur était la plus inébranlable. La Reine pouvait juger sévèrement -et généralement avec justesse d'esprit les autres personnes de sa -société[1378]; sur celle-là, elle ne voulait rien entendre. Elle -passait des heures et des journées entières en sa compagnie[1379]. Le -crédit de Mme de Polignac, qu'on avait cru un instant, sinon ébranlé, -du moins partagé par la princesse Charlotte de Lorraine, fille de -la comtesse de Brionne[1380], se maintenait toujours, bravant toute -critique et défiant toute attaque. - -Une autre amitié naissait, moins vive que celle-là, plus profonde -peut-être, et qui, après quelques éclipses momentanées, dues aux -perfides suggestions des vieilles tantes, devait se retrouver à l'heure -de l'adversité: c'était celle de la sœur de Louis XVI, l'aimable et -sainte Mme Élisabeth. Au départ de Mme Clotilde, la jeune princesse -avait manifesté une sensibilité qui avait touché Marie-Antoinette. -«C'est une charmante enfant, disait-elle, qui a de l'esprit, du -caractère et beaucoup de grâce[1381].» L'enfant avait grandi; c'était -maintenant une agréable jeune fille, pleine d'entrain et de gaîté. La -Reine l'avait prise avec elle à Trianon; elle en avait été enchantée -et, au retour, elle disait à tout le monde «qu'il n'y avait rien de si -aimable que sa petite belle-sœur, qu'elle ne la connaissait pas encore -bien, mais qu'elle en avait fait son amie et, que ce serait pour la -vie[1382]». Elle tint parole, et depuis cette époque, Mme Élisabeth fut -de tous les voyages de Trianon. - -Mais ce qui attire surtout la Reine, c'est sa fille. Elle jouit -de cette enfant avec toute l'ardeur et toute la vivacité d'une -première affection. Elle va chez elle à toute heure du jour[1383], -surveillant les soins qui lui sont donnés, suivant d'un œil attentif -son développement physique, ravie de la voir grandir, souriant à ses -premiers pas et à ses premières paroles, joyeuse qu'elle balbutie -d'abord «papa»; car, dit-elle, «c'est pour le Roi une attache de -plus[1384];» plus joyeuse encore, peut-être, quand l'enfant, qui -commence à marcher, vient à elle en lui tendant les bras[1385], ne se -lassant pas de parler de sa fille dans ses lettres à l'Impératrice -et, un peu plus tard, lorsque le travail de la dentition provoque des -accès de fièvre chez la jeune princesse[1386], s'asseyant à son chevet -des heures entières et ne consentant à prendre part aux plaisirs de -la Cour que sur l'assurance positive du médecin et le désir formel du -Roi[1387]; mère enfin dans toute l'acception du mot, avec toutes les -tendresses, toutes les alarmes, tous les petits bonheurs, toutes les -prévoyances des mères. L'éducation de sa fille est l'objet constant -de sa pensée. Cette femme, qu'on croyait emportée dans le tourbillon -des plaisirs et seulement occupée de frivolités, avait médité sur les -difficultés et les délicatesses infinies de l'éducation des enfants de -race royale. - -Si des traditions inexorables ne lui avaient pas permis de changer -une gouvernante[1388] qui ne lui paraissait pas à la hauteur de sa -grave mission, du moins la Reine se promettait-elle bien de suppléer -elle-même à l'insuffisance de cette gouvernante, et, dès le début, -elle s'était tracé un plan que Mercy qualifiait de «très sage et -très réfléchi[1389]». Elle tenait avant tout à ce qu'aucune idée de -grandeur ne germât prématurément dans l'esprit de l'enfant[1390]. Sans -supprimer absolument l'étiquette, elle était résolue à retrancher toute -mollesse nuisible, toute affluence inutile de gens de service, toute -image propre à faire naître des sentiments d'orgueil[1391]. Ce plan, -Marie-Antoinette y fut fidèle, et sous l'œil de son père et de sa -mère, Marie-Thérèse-Charlotte grandit dans la pratique des fortes et -chrétiennes vertus. - -Mais il fallait un Dauphin. «Nous espérons que la Reine se conduira -mieux l'année prochaine,» écrivait une femme de la Cour, le lendemain -même de la naissance de Madame Royale[1392]. Les poètes s'exerçaient -sur ce sujet. La comtesse Fanny de Beauharnais qui, paraît-il, avait -prédit à la jeune souveraine la naissance d'un fils, réparait son -erreur par ce quatrain: - - Oui, pour fée étourdie à vos traits je me livre; - Mais si ma prophétie a manqué son effet, - Il faut vous l'avouer, c'est qu'en tournant le livre, - J'avais pour le premier pris le second feuillet[1393]. - -Et le poète Imbert, reprenant la même pensée, composait les quatre vers -suivants, qui couraient tout Paris: - - Pour toi, France, un Dauphin doit naître. - Une princesse vient pour en être témoin; - Sitôt que vous voyez une Grâce paraître, - Croyez que l'Amour n'est pas loin. - -Ces espérances furent encore une fois trompées. - -Quelques mois après la naissance de Madame, la Reine devint grosse; -mais en levant avec force une glace de sa voiture, elle se blessa et -huit jours après fit une fausse couche. Elle en fut vivement peinée et -pleura beaucoup; le Roi passa la matinée entière près de son lit, lui -témoignant la plus touchante affection, la prenant dans ses bras, et -mêlant ses larmes aux siennes[1394]. - -Marie-Thérèse ne fut pas moins désolée que Marie-Antoinette; elle était -impatiente d'avoir un petit-fils. Mère, elle souhaitait ardemment un -événement qui eût couronné le bonheur de sa fille; politique, elle -sentait que la naissance d'un Dauphin, en donnant satisfaction au pays -et en comblant les désirs du Roi, eût définitivement consolidé le -crédit de la Reine. Elle y revenait constamment, jusqu'à l'importunité, -dans ses lettres soit à Mercy, soit à Marie-Antoinette. C'était le -sujet de ses recommandations réitérées; c'était son premier vœu de -bonne année[1395]; on eût dit une idée fixe. L'Impératrice en était -venue à gourmander la Reine et à la rendre en quelque sorte responsable -de l'ajournement de ses espérances[1396]. «Il nous faut absolument un -Dauphin,» répétait-elle sans cesse, avec cette insistance et cette hâte -de jouir des vieillards qui sentent que leur vie s'écoule. - -«L'impatience me prend, mon âge ne laisse guère -attendre[1397].»—«Jusqu'à cette heure j'étais discrète; mais à la -longue je deviendrai importune; ce serait un meurtre de ne pas donner -plus d'enfants de cette race[1398].» Et un mois plus tard, lasse -d'être déçue dans ses désirs, elle écrit encore: «Point d'apparence de -grossesse; cela me désole; il nous faut absolument un Dauphin.... Pour -constater votre bonheur et celui de la France, _il faut cela_[1399].» - -Il fallait cela; mais Marie-Thérèse ne devait pas le voir. Sa santé, -épuisée par tant de fatigues, tant de préoccupations maternelles et -politiques, tant de soins et de soucis de toute sorte, s'altérait -visiblement. Depuis longtemps elle souffrait d'un catarrhe; il semblait -qu'un feu intérieur la dévorait. Le 24 novembre 1780, elle tomba -tout à fait malade. De violentes crises de toux, des suffocations -continuelles la forcèrent à quitter son lit. Le médecin, appelé, -ne se fit pas d'illusions: il engagea l'Impératrice à recevoir les -derniers sacrements. Sur les instances de l'Empereur, on ajourna -l'extrême-onction; mais, le 25, la malade se confessa; le 26, le -nonce lui apporta le viatique. Marie-Thérèse le reçut agenouillée -sur son prie-Dieu, la tête couverte d'un voile de deuil, comme le -vendredi-saint. Cette femme vraiment forte ne voulait pas que la -mort la trouvât couchée. Le 28, après l'extrême-onction, elle resta -seule avec l'Empereur, lui donna sa bénédiction pour ses frères et -sœurs absents, écrivit beaucoup, trancha diverses questions, fit ses -recommandations pour son enterrement, s'occupa de tout pendant ces -dernières heures: de ses enfants, de ses sujets, de ses affaires, -réglant jusqu'aux moindres détails, donnant à Joseph II des conseils -pour l'administration de son vaste empire, entretenant Maximilien -de son avenir, l'archiduchesse Marianne de sa vocation, conservant -jusqu'au bout la lucidité de son esprit et la vigueur de son caractère, -et suivant d'un œil calme et d'un cœur tranquille les progrès de la -mort qui venait: «J'ai toujours désiré mourir ainsi, dit-elle; mais je -craignais que cela ne me fût pas accordé. Je vois à présent qu'on peut -tout, avec la grâce de Dieu.» La nuit fut affreuse; la malade avait -des étouffements terribles, où l'on s'attendait à chaque instant à -la voir passer. Après une de ces crises, elle sembla vouloir dormir, -mais résista au sommeil. Ses enfants l'engageaient à y céder: «Comment -voulez-vous que je m'endorme, dit-elle, lorsque, à chaque instant, je -puis être appelée devant mon juge? Je crains de m'endormir; je ne veux -pas être surprise; je veux voir venir la mort.» Quand elle sentit que -la dernière heure approchait, elle fit sortir ses filles, ne voulant -pas qu'elles la vissent mourir. Puis, tout à coup, elle se leva de son -fauteuil, fit quelques pas vers sa chaise-longue, et s'y affaissa; on -l'y étendit aussi bien que possible. L'Empereur lui dit: «Vous êtes -mal.....»—«Assez bien pour mourir,» répondit-elle. Puis, s'adressant -au médecin; «Allumez le cierge mortuaire, dit-elle, et fermez-moi -«les yeux; car ce serait trop demander à l'Empereur.» Joseph II, -Maximilien, le prince Albert de Saxe s'agenouillèrent près d'elle. Tout -était fini[1400]. - -Ainsi mourut, le 29 novembre 1780, à l'âge de 63 ans, dans toute -la plénitude de ses facultés, en grande souveraine et en grande -chrétienne, Marie-Thérèse d'Autriche, Impératrice d'Allemagne, dernière -héritière des Habsbourg. - -On raconte que, dans la bénédiction suprême qu'elle donna à tous -ses enfants, présents et absents, lorsqu'elle prononça le nom de -Marie-Antoinette, sa voix s'attendrit et ses yeux se remplirent de -larmes. Eut-elle, à cette heure dernière, comme une intuition soudaine -de l'avenir sanglant réservé à une princesse alors si enviée? Ou -revit-elle, en un instant rapide, les dix ans qui s'étaient écoulés -depuis le jour où l'Archiduchesse quittait Vienne, gracieuse et -souriant à la vie, et, en contemplant, avec cette claire vue que donne -l'approche de la mort, tout le mal que des influences successives, la -sienne même parfois, trop facilement acceptées, avaient fait à cette -jeune femme, comprit-elle les dangers qui allaient l'assaillir encore? -Chercha-t-elle à conjurer ces dangers dans la lettre suprême que, s'il -faut en croire Weber et le comte de Goltz[1401], elle dicta, le jour -même de sa mort, pour la Reine de France? Ce sont les mystères de la -tombe; mais il semble bien qu'il y ait eu là pour la grande souveraine, -comme un nuage menaçant qui voilait l'horizon radieux de son éternité. - -Il n'y eut qu'un cri dans le monde, à la nouvelle de la mort de -Marie-Thérèse, un cri de vénération et d'éloge pour la grande âme -qui quittait la terre. A Paris, malgré les préventions contre la -Maison d'Autriche, ce fut une impression générale de respect et de -regret[1402]. Marie-Thérèse aimait la France, et au fond elle y était -admirée et aimée. Le Roi, qui n'avait pour son beau-frère qu'une -médiocre sympathie, avait pour sa belle-mère une considération profonde -et une filiale déférence[1403]. En Allemagne, l'émotion fut extrême; -Frédéric II lui-même, l'adversaire acharné de l'Impératrice, s'associa -à l'hommage universel: «J'ai donné des larmes bien sincères à sa mort, -écrivait-il à d'Alembert; elle a fait honneur à son sexe et au trône. -Je lui ai fait la guerre et n'ai jamais été son ennemi.» - -La terrible nouvelle arriva à Versailles dans la soirée du mercredi 6 -décembre; mais Louis XVI n'eut pas le courage de l'annoncer lui-même -à Marie-Antoinette; il confia ce triste soin à l'abbé de Vermond -et ne parut chez sa femme qu'un quart d'heure après le funèbre -messager. L'affliction de la Reine fut affreuse; la violence du coup -provoqua même un crachement de sang, qui ne laissa pas de donner de -l'inquiétude[1404]. La jeune femme prit immédiatement le deuil de -respect, en attendant que la Cour prît le deuil officiel. Retirée dans -ses cabinets pour y donner un plus libre cours à ses larmes, elle s'y -renferma pendant douze jours, n'en sortant que pour aller à la messe, -n'admettant dans son intérieur que la famille royale, la princesse de -Lamballe et la duchesse de Polignac, n'aimant à s'entretenir que de -sa mère, de ses vertus, de ses conseils et de ses exemples[1405], et -jetant comme le cri de sa douleur dans cette lettre, adressée le 10 -décembre à Joseph II: - -«Accablée du plus affreux malheur, ce n'est qu'en fondant en larmes -que je vous écris. Oh! mon frère, oh! mon ami, il ne me reste donc que -vous dans un pays qui m'est et me sera toujours cher! Ménagez-vous, -conservez-vous; vous le devez à tous. Il ne me reste qu'à vous -recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi; elles -seront bien malheureuses! Adieu, je ne vois plus ce que j'écris. -Souvenez-vous que nous sommes vos amis, vos alliés, aimez-moi. Je vous -embrasse[1406].» - -Ce frère chéri revint encore une fois en France pendant l'été de -1781; mais il n'y fit qu'un très court séjour, dans le plus strict -incognito[1407]. La Reine n'en fut pas moins bien heureuse de le -revoir. N'était-il pas comme l'écho des dernières paroles, l'expression -des dernières volontés d'une mère qu'elle pleurait toujours? Quand il -repartit, au bout de quelques jours seulement, le 5 août, très content -d'ailleurs de sa visite, et constatant chez le Roi et la Reine «un -changement en mieux considérable»[1408], elle ne put dissimuler sa -tristesse, et les courtisans la virent se cacher sous son chapeau pour -pleurer[1409]. - -La maternité seule pouvait la consoler de ces brisements de cœur si -souvent répétés. Dieu allait enfin lui envoyer ce Dauphin, si ardemment -et si longtemps souhaité. Dès le mois d'avril, la grossesse de la Reine -avait été déclarée[1410]. Sa santé s'était maintenue excellente pendant -tout l'été[1411], et cette fois elle comptait bien sur un fils: «Ma -santé est parfaite; je grossis beaucoup, écrivait-elle à son amie la -princesse Louise de Hesse-Darmstadt. Votre sorcellerie est bien aimable -de me promettre un garçon. J'y ai beaucoup de foi et je n'en doute -nullement[1412].» - -Ce fut le 22 octobre que ce bonheur lui fut donné. La nuit précédente -s'était bien passée. Le 22, en s'éveillant, la Reine ressentit quelques -douleurs; elle n'en prit pas moins un bain; mais le Roi, qui devait -partir pour aller tirer à Saclé, contremanda la chasse. Entre midi -et midi et demi, les douleurs augmentèrent; à une heure et quart, le -Dauphin était né[1413]. Pour prévenir le retour des accidents qui -s'étaient produits à la naissance de Madame, il avait été décidé -qu'on ne laisserait pas la foule envahir l'appartement royal, et que -la mère ne connaîtrait le sexe de l'enfant que lorsque tout danger -serait passé. Avertie à onze heures et demie, Mme de Polignac avait -couru chez la Reine; mais les autres personnes qui y avaient couru -aussi précipitamment, les dames dans le plus grand négligé, les hommes -tels qu'ils étaient, avaient trouvé la porte fermée[1414]. Seuls, -Monsieur, M. le comte d'Artois, Mesdames tantes, Mmes de Lamballe, -de Chimay, de Mailly, d'Ossun, de Tavannes et de Guéménée, étaient -là, passant alternativement de la chambre de l'accouchée au salon de -la Paix. Lorsque l'enfant fut né, on l'emporta silencieusement dans -le grand cabinet où le Roi le vit laver et habiller et le remit à la -gouvernante, princesse de Guéménée. - -La Reine était dans son lit, anxieuse et ne sachant rien; tous ceux qui -l'entouraient composaient si bien leur visage que la pauvre femme, leur -voyant à tous l'air contraint, crut qu'elle avait une seconde fille. -«Vous voyez comme je suis raisonnable, dit-elle doucement; je ne vous -demande rien.» Mais le Roi n'y tint plus; s'approchant du chevet de sa -femme: «Monsieur le Dauphin, dit-il les larmes aux yeux, Monsieur le -Dauphin demande d'entrer.» On apporta l'enfant; la Reine l'embrassa -avec un effusion que rien ne saurait peindre; puis le rendant à Mme de -Guéménée: «Prenez-le, dit-elle; il est à l'État; mais aussi je reprends -ma fille[1415].» - -Ce fut une scène indescriptible; toute contrainte avait cessé; la joie -éclatait en pleine liberté; elle était si vive et si vraie qu'elle -faisait taire même la jalousie et la haine. «L'antichambre de la Reine -était charmante à voir, écrit un témoin oculaire. La joie était au -comble; toutes les têtes en étaient tournées. On voyait rire, pleurer -alternativement. Des gens qui ne se connaissaient pas, hommes et -femmes, sautaient au cou les uns des autres et les gens les moins -attachés à la Reine étaient entraînés par la joie générale; mais ce fut -bien autre chose quand, une demi-heure après la naissance, les deux -battants de la chambre de la Reine s'ouvrirent et que l'on annonça -Monsieur le Dauphin. Mme de Guéménée, toute rayonnante de joie, le -tint dans ses bras et traversa dans son fauteuil les appartements pour -le porter chez elle. Ce furent des acclamations et des battements de -mains qui pénétrèrent dans la chambre de la Reine et certainement -jusque dans son cœur. On l'adorait, on le suivait en foule. Arrivé -dans son appartement, un archevêque voulut qu'on le décorât d'abord -du cordon bleu; mais le Roi dit qu'il fallait qu'il fût chrétien -premièrement[1416].» - -Madame apprit d'une façon piquante cette nouvelle qui devait à jamais -l'éloigner du trône. Elle courait chez la Reine «au grand galop», -lorsqu'elle rencontra un de ces vaillants Suédois, alors attachés à la -fortune de la France, le comte de Stedingk, qui ne pouvait contenir sa -joie: «Un Dauphin, Madame, lui cria-t-il étourdiment, un Dauphin, quel -bonheur[1417]!» La princesse ne répondit rien; mais elle eut le tact de -cacher ses sentiments et de manifester, en apparence du moins, la plus -grande satisfaction, plus habile que Mme de Balbi, qui montrait «une -humeur de chien[1418]». - -Monsieur dissimulait, comme sa femme; Mme Elisabeth était en proie -à un tel ravissement qu'elle ne pouvait pas le croire; elle riait, -pleurait, se trouvait presque mal d'émotion[1419]. Seul de la famille -royale, le comte d'Artois laissait échapper un mot qui trahissait son -désappointement. Son fils, le jeune duc d'Angoulême, était allé voir -le Dauphin: «Mon Dieu, papa, dit-il en sortant de la chambre, qu'il est -petit, mon cousin!»—«Il viendra un jour, mon fils, ne put s'empêcher de -répondre le prince, où vous le trouverez bien assez grand[1420].» - -Quant au Roi, il était ivre de bonheur; il ne cessait pas de regarder -son fils et de lui sourire; des pleurs coulaient de ses yeux; il -présentait indistinctement sa main à tout le monde; la joie l'avait -fait sortir de sa réserve habituelle. Gai, affable, il cherchait toutes -les occasions de placer ces mots: «Mon fils, le Dauphin[1421],» et -prenant l'enfant dans ses bras, il le montrait aux fenêtres avec une -expression de contentement qui touchait tout le monde. - -A trois heures, le nouveau né fut baptisé dans la chapelle de -Versailles, par le cardinal de Rohan, grand aumônier. Il était tenu -sur les fonts par Monsieur au nom de l'Empereur, par Mme Élisabeth, au -nom de la princesse de Piémont, et nommé Louis-Joseph-Xavier-François. -Après la cérémonie, le comte de Vergennes, grand trésorier du -Saint-Esprit, lui porta le cordon bleu; le marquis de Ségur, ministre -de la guerre, la croix de Saint-Louis[1422]. Le _Te Deum_ succéda au -baptême et, le soir, il y eut feu d'artifice sur la place d'Armes[1423]. - -C'était au surplus un bel enfant, que ce Dauphin, d'une force -surprenante, disait-on[1424], et quand on le voyait, frais et rose, -dans son petit lit, bercé par sa nourrice, Mme Poitrine,—un nom -prédestiné,—robuste paysanne des environs de Sceaux, qui jurait -comme un grenadier, ne s'étonnait de rien, pas même des dentelles et -des bonnets de six cents livres dont on l'affublait, mais déclarait -qu'elle ne mettrait pas de poudre parce qu'elle ne s'en était jamais -servie[1425], on asseyait sur cette jeune tête les plus beaux rêves -d'avenir. Les dames de la Cour, admises à contempler l'enfant royal, le -trouvaient beau comme un ange[1426]; les courtisans se disputaient déjà -sur le choix du futur gouverneur et l'on remarquait, non sans malice, -la mine désappointée du duc de Guines qui s'était flatté d'avoir cette -place et à qui sa récente disgrâce enlevait tout espoir[1427]. Puis -venait le compliment du premier président de la Cour des comptes et -celui de l'avocat général de la Cour des aides, qui disait au Dauphin: -«Votre naissance fait notre joie; votre éducation fera notre espérance; -vos vertus, notre bonheur[1428].» - -A Paris, les transports ne furent pas moins vifs, lorsque M. de -Croismare, lieutenant des gardes du corps, fut venu annoncer la grande -nouvelle à l'Hôtel-de-Ville. On riait, on s'embrassait dans les rues. -Le soir même, à la Comédie italienne, Mme Billioni, qui remplissait un -rôle de fée, chanta le couplet suivant composé par Imbert: - - Je suis fée et veux vous conter - Une grande nouvelle: - Un fils de roi vient enchanter - Tout un peuple fidèle. - Ce Dauphin, que l'on va fêter, - Au trône peut prétendre; - Qu'il soit tardif pour y monter, - Tardif pour en descendre[1429]. - -Et un poète, peu connu aujourd'hui, la Chabeaussière, publiait -l'allégorie suivante, qui était bien dans le goût du jour et qui eut du -succès: - - Un jardinier, connu par son discernement, - Qui ne laissait jamais un bon terrain en friche, - Avait un jour enté, dans un jardin charmant, - Sur un laurier de France, un beau rosier d'Autriche. - Son travail fut suivi du plus heureux succès: - L'arbuste, tout joyeux de sa métamorphose, - Fit d'abord galamment les honneurs à la Rose; - Mais le propriétaire eut, peu de temps après, - La Rose autrichienne et le Laurier français[1430]. - -Les fêtes furent aussi splendides qu'ingénieuses. Les Arts et Métiers -de Paris dépensèrent des sommes considérables pour se rendre en corps -à Versailles, offrir leurs hommages à la Reine et défiler devant elle, -musique en tête, dans la cour de marbre. Le défilé fut charmant; il -se continua pendant neuf jours[1431]. Chaque corporation avait les -insignes de sa profession; les ramoneurs portaient une cheminée, du -haut de laquelle un de leurs plus petits compagnons chantait d'une voix -claire une chanson appropriée aux circonstances[1432]. Les bouchers -conduisaient un bœuf gras; les porteurs de chaise, une chaise dorée -qui contenait une nourrice avec un Dauphin; les serruriers frappaient -sur une enclume; les cordonniers achevaient une paire de bottes pour -le nouveau-né; les tailleurs, un petit uniforme de son régiment[1433]. -La Cour tout entière s'amusa de ce spectacle; le Roi demeura longtemps -à le contempler et fit distribuer douze mille livres à ces braves -gens[1434]. - -Les serruriers de Versailles n'avaient pas voulu être en reste avec -leurs confrères de Paris; ils offrirent une serrure à secret. Louis -XVI, en sa qualité d'homme du métier, voulut découvrir le secret -lui-même; au moment où il pressait un ressort, un Dauphin d'acier, -admirablement travaillé, s'élança du milieu de la serrure. Le prince -fut ravi: il dit tout haut que le cadeau de ces bonnes gens lui avait -fait un plaisir extrême et il leur fit donner trente livres de plus -qu'aux autres corps de métier[1435]. - -Les Dames de la Halle vinrent à leur tour, le 4 novembre, complimenter -l'heureuse mère; elles étaient cent vingt[1436], vêtues de robes de -soie noire et la plupart couvertes de diamants. Trois de ces Dames -furent admises près du lit de l'accouchée; l'une d'elles, fort jolie et -qui avait une belle voix, prononça une harangue, composée par La Harpe, -et qu'elle avait écrite dans son éventail: «Madame,» dit-elle à la -mère, il y a si longtemps que nous vous aimons sans oser vous le dire, -que nous avons besoin de tout notre respect pour ne pas abuser de la -permission de vous l'exprimer.» - -Et se retournant vers le Dauphin: «Vous ne pouvez entendre encore les -vœux que nous faisons autour de votre berceau; on vous les expliquera -quelque jour. Ils se réduisent tous à voir en vous l'image de ceux de -qui vous tenez la vie[1437].» - -La Reine répondit avec la plus grande affabilité à ce discours, et -le Roi, enchanté, fit servir à ces femmes un copieux repas[1438]. On -l'entendit fredonner d'un air joyeux un couplet chanté par les Dames -de la Halle, dont la vive facture et le ton populaire l'avaient frappé: - - Ne craignez pas, cher papa, - De voir z'augmenter votre famille; - Le bon Dieu z'y pourvoira. - Fait's en tant que Versailles en fourmille. - Y eut-il cent Bourbons cheux nous; - Il y a du pain, des lauriers pour tous. - -Le vendredi 26, le Roi alla en grande pompe à Paris, assister au _Te -Deum_ chanté à Notre-Dame; l'archevêque vint le complimenter à la -porte[1439] et, le soir, les illuminations furent superbes[1440]. - -Le lendemain 27, l'Opéra, récemment reconstruit, inaugurait sa nouvelle -salle par une représentation gratuite au milieu des cris populaires de -_Vive le Roi!_ _Vive la Reine!_ _Vive le Dauphin!_ - -Pendant un mois, ce fut chaque jour quelque réjouissance nouvelle, -cérémonies religieuses d'actions de grâces, ou spectacles amusants: -procession des paroisses de Paris à Notre-Dame, où l'on remarquait -le curé de Saint-Nicolas, suivi de cinq cents pauvres[1441]; -représentations gratuites dans les théâtres[1442]; couplets, -concerts, etc. Chacun voulait se signaler par son zèle, jusqu'à la -bouquetière du Roi, Mme Médard, qui faisait chanter un _Te Deum_ à -Saint-Germain-l'Auxerrois[1443]. - -La charité eut sa place habituelle dans ces solennités: quatre cent -soixante quatorze mille livres furent consacrées à délivrer les -prisonniers pour dettes[1444]. - -Les grandes fêtes officielles, suspendues quelque temps par les -événements de la guerre, puis par une maladie grave de la comtesse -d'Artois[1445], furent définitivement fixées au lundi 21 janvier 1782. -Ce jour-là, la Reine partit de la Muette à neuf heures et demie, prit -son carrosse de cérémonie au rond du Cours et alla au pas à Notre-Dame, -puis à Sainte-Geneviève pour remercier Dieu de l'heureuse naissance -du Dauphin. A une heure et quart, elle se rendit à l'Hôtel-de-Ville, -où le Roi vint la rejoindre et où l'attendaient les princes, les -seigneurs et les dames de la Cour, en grand costume. L'architecte -Moreau avait couvert la cour de l'Hôtel et en avait fait ainsi une -magnifique galerie; les arcades formaient des loges décorées de -colonnes corinthiennes et surmontées de cartels et écussons aux armes -de France. La loge royale occupait les trois entre-colonnements du -milieu, avec rotonde et coupole, ornées de vases d'or d'où s'élevaient -des lys. Le dessus de la loge était recouvert d'une étoffe cramoisie et -couronné par un Dauphin. Lorsque, avant le dîner, le Roi et la Reine -se montrèrent au balcon, les applaudissements éclatèrent dans toute la -foule qui remplissait la place et le quai. - -Un somptueux festin de soixante-dix couverts avait été préparé. Le Roi -y fut servi par le prévôt des marchands, M. de Caumartin; la Reine, -par la nièce du prévôt, Mme de la Porte. Après le dîner il y eut -appartement et jeu dans la grande salle, d'où l'on revint dans celle -du banquet pour voir le feu d'artifice tiré sur le nouveau quai. Il -représentait le temple de l'Hymen au seuil duquel la France recevait -l'auguste enfant qui venait de naître. Le plan était beau; l'exécution -fut médiocre; le service du banquet lui-même laissa à désirer; s'il -faut en croire un chroniqueur, les ducs et pairs, notamment, n'eurent à -manger que du beurre et des raves[1446]. - -A sept heures et quart, le Roi reprit le chemin de la Muette; une -demi-heure après, la Reine partit à son tour. Tous deux parcoururent, -en s'en allant, les principales rues et les places brillamment -illuminées, et en particulier la place Vendôme et la place Louis -XV[1447]. Des acclamations enthousiastes les saluaient sur leur -passage, plus bruyantes toutefois pour le Roi que pour la Reine[1448]. -Comme si quelque amertume devait toujours être mêlée aux joies les plus -pures et les plus légitimes de cette princesse, Louis XVI, de mauvaise -humeur, ce jour-là, nous ne savons pourquoi, avait repoussé, avec une -raideur inaccoutumée, les demandes qu'elle lui avait adressées. Il -n'avait pas consenti à ce que, à son entrée à Notre-Dame, on lui fît -hommage des drapeaux pris à Saint-Eustache, avant de les suspendre aux -voûtes de la basilique. Et le soir, malgré les instances de sa femme, -il avait tenu à retourner seul à la Muette, afin de ne pas confondre -les deux cortèges dans un même éclat. Ce qui était plus grave, un -pamphlet effroyable, odieusement injurieux pour la Reine, avait été -affiché le matin à la porte même de la cathédrale[1449], et le bruit -avait couru qu'un grave danger la menacerait à l'Hôtel-de-Ville, en -sorte que l'infortunée souveraine, imprudemment avertie par le comte -d'Artois de ces bruits et de ces menaces, avait passé toute la journée -dans des transes qui avaient empoisonné son bonheur[1450]. - -Le 23, le Roi et la Reine revenaient à Paris pour le bal de -l'Hôtel-de-Ville et s'y montraient fort gais, en dépit de la cohue qui -emplissait la salle au point de les étouffer à moitié[1451]. - -En province, l'enthousiasme était sans mélange; c'était un «délire -patriotique», disait un chroniqueur. Les États de Bourgogne dotaient -douze jeunes filles; l'archevêque de Vienne en faisait autant; le -Parlement de Rennes envoyait six mille livres aux pauvres[1452]. A -Soissons, l'intendant Le Pelletier offrait une fête aux laboureurs de -sa généralité et distribuait du vin à trois mille personnes[1453]. A -Limoges, on élevait une fontaine et on créait une place Dauphine[1454]; -à Orléans, on baptisait une rue du même nom[1455]. A Rouen, un comédien -de passage, obscur encore mais destiné à une grande et sinistre -célébrité, Collot d'Herbois, faisait jouer, sur le théâtre de la ville, -une pièce de sa composition, et chanter un couplet qui, s'il n'était -qu'une œuvre poétique au-dessous du médiocre, était du moins une -ardente profession de foi monarchique, et un hommage de dévouement à -l'auguste princesse «dont la bonté et les vertus ont conquis tous les -cœurs»: - - Pour le bonheur des Français, - Notre bon Louis seize - S'est allié pour jamais - Au sang de Thérèse. - De cette heureuse union - Il sort un beau rejeton. - Pour répandre en notre cœur - Félicité parfaite, - Conserve, ô ciel protecteur, - Les jours d'Antoinette[1456]. - -L'histoire s'arrête avec une mélancolique jouissance sur ces détails -qui remplissent toutes les gazettes et toutes les chroniques du -temps. C'est le dernier éclat d'un ordre de choses sur le point de -disparaître. L'œil contemple avec complaisance cette intime alliance -d'un peuple[1457] et d'une dynastie, qui confondaient leurs joies, -leurs douleurs et leurs espérances et qui, à vrai dire, ne formaient -ensemble qu'une grande famille, dont le Roi était le père. - -«La folie du peuple est toujours la même, écrivait une dame de la Cour, -huit jours après la naissance du Dauphin. On ne rencontre dans les -rues que violons, chansons et danses; je trouve cela touchant et je ne -connais pas, en vérité, de nation plus aimable que la nôtre[1458].» - - - - -CHAPITRE XVIII - - Guerre d'Amérique.—Mission de Franklin.—La guerre déclarée.—La - Reine favorable aux Américains, protectrice de Lafayette.—Ses - préoccupations pendant la guerre.—Elle ne veut que d'une - paix honorable.—Paix de 1783.—Ses conséquences.—Visites - princières.—Les princesses de Hesse-Darmstadt.—Le comte et - la comtesse du Nord.—Fêtes à Trianon et à Chantilly.—Le roi - de Suède.—Le prince Henri de Prusse.—Naissance du duc de - Normandie.—Faillite du prince de Guéménée.—La duchesse de - Polignac, gouvernante des Enfants de France. - - -A ce moment même, la dynastie et le peuple se retrempaient dans -ces ondes vivifiantes de la gloire militaire, toujours si chères -à l'orgueil national. Depuis trois ans, on était en guerre avec -l'Angleterre, et le pavillon français avait reparu sur les mers avec -un éclat incontesté. Le 4 juillet 1776, le Congrès de Philadelphie -avait proclamé l'indépendance des États-Unis et décidé l'envoi au-delà -de l'Océan de trois délégués, chargés de ménager à l'Amérique les -sympathies et l'appui des puissances européennes. Le 2 décembre, le -docteur Franklin débarquait à Auray, du vaisseau qui, à travers les -croisières anglaises, avait porté sa fortune; il se mettait en marche à -petites journées, et le 21 décembre entrait à Versailles. - -Le choix de l'ambassadeur était heureux. Faux bonhomme, cachant, -sous une apparence de simplicité alors à la mode, un esprit plein -de finesse; affectant des airs de rondeur et d'indépendance qui -séduisaient par leur contraste même avec les formules solennelles de -l'étiquette; ayant la patience et le flegme des races anglo-saxonnes; -sachant attendre sans se presser, mais aussi sans jamais se décourager -ni perdre de vue le but qu'il se proposait, Franklin, par ses qualités -comme par ses défauts, devait plaire à une nation qui se paye de mots, -se leurre d'apparences, s'engoue volontiers pour les étrangers et -s'enthousiasme facilement pour des innovations. Il comprit vite que -le vrai souverain de la France, à ce moment, n'était ni le Roi, ni la -Reine, ni le ministère, mais l'opinion, et c'est sur l'opinion qu'il -résolut d'agir. Tout chez lui fut donné à l'_apparence_[1459]. Sans -préjugés qui le gênassent, allant à la messe, quoique protestant, -faisant l'éloge des rois, quoique républicain; courtisant à la fois -son curé et Voltaire, offrant le pain bénit au premier, sollicitant la -bénédiction du second pour son petit-fils dans une scène qu'a racontée -Bachaumont et dont le charlatanisme a révolté jusqu'au sceptique -chroniqueur[1460]; flattant les évêques et les francs-maçons, les -salons et les loges, les hommes de lettres et les hommes d'affaires, -les philosophes et les jolies femmes, qui l'embrassaient malgré -ses lunettes[1461]; frondant les usages reçus pour mieux se faire -remarquer, paraissant au théâtre avec un habit de drap brun uni et des -cheveux plats au milieu des perruques poudrées et des habits brodés; -tranquille et inactif en apparence, mais «employant beaucoup de gens -en sous-ordre[1462]»; mettant tout en œuvre, les arts, les sciences, -les lettres, pour se faire connaître et célébrer, le _bonhomme_ -Franklin, comme l'appelaient les uns, le _bon et vénérable docteur_, -comme l'appelaient les autres, ne tarda pas à devenir l'idole, ou, -comme il le disait lui-même, «la poupée» des Parisiens, en même temps -qu'il rendait son pays et sa cause populaires. On ne parlait plus que -de l'Amérique; on ne rêvait que des États-Unis; on se coiffait aux -«insurgents»; on jouait au «boston[1463]»; on se passionnait pour les -idées républicaines et leur représentant. - -La jeune noblesse s'enthousiasmait pour la cause des colonies -insurgées: le marquis de la Fayette s'embarquait pour l'Amérique -malgré l'opposition de sa famille, malgré même la défense du Roi; le -vicomte de Noailles, beau-frère de la Fayette, les comtes de Ségur, -de Pontgibault, de Gouvion[1464], les cousins mêmes du prince de -Montbarrey, ministre de la guerre[1465], allaient s'enrôler sous les -drapeaux de Washington. C'était un véritable délire. - -Joseph II, pendant son voyage en France essaya vainement de jeter -un peu d'eau froide sur cet enthousiasme: «Mon métier, à moi, est -d'être royaliste[1466],» répondait-il sèchement à une dame qui lui -vantait les Américains, ces «athlètes de la liberté[1467]» comme les -appelait Frédéric II. Mais il était impuissant à arrêter l'entraînement -populaire, qui allait finir par gagner la Cour. Là, les insurgents -trouvaient un auxiliaire ardent dans le ministre de Prusse, le comte -de Goltz, dont le maître n'était pas fâché de brouiller la France -avec l'Angleterre, afin d'avoir les mains libres du côté de Dantzick -et, au besoin, du côté de la Bavière[1468]. Par l'ordre de son -souverain, Goltz ne cessait d'insinuer que la France trouvait là une -occasion favorable de venger ses échecs et peut-être de recouvrer ses -colonies perdues[1469]. Et de fait, la tentation était forte. Prendre -une éclatante revanche des défaites de la Guerre de Sept ans et de -l'humiliant traité de 1763, abaisser à notre tour notre éternelle -rivale, infliger à sa puissance un coup décisif et peut-être sans -remède, prouver que nous n'avions pas dégénéré des vainqueurs de -Fontenoy et surtout montrer ce que valait notre marine, si décimée dans -la lutte contre l'Angleterre, mais à la restauration de laquelle on -travaillait énergiquement depuis l'avènement de Louis XVI, quelle belle -et séduisante perspective! Sans doute il y avait la question financière -qui pouvait arrêter. Turgot, lorsqu'il était ministre, s'était -vivement opposé à toute intervention dans les affaires d'Amérique; -il avait rédigé un long mémoire pour établir qu'il fallait «éviter -une guerre comme le plus grand des malheurs, puisqu'elle rendait -impossible pour bien longtemps, et peut-être pour toujours, une réforme -absolument nécessaire à la prospérité de l'État et au soulagement -des peuples[1470]». Necker, qui avait succédé à Turgot, n'était pas -plus favorable à une entreprise aussi coûteuse. Mais qu'était-ce que -l'argent à côté de la gloire? Vergennes penchait visiblement pour une -alliance avec les États-Unis[1471]; Maurepas ne dissimulait pas sa joie -des échecs infligés à l'orgueil britannique[1472]. Louis XVI hésitait -encore: profondément pénétré de l'idée monarchique et de la nécessité -du principe d'autorité, il lui répugnait d'appuyer une insurrection; -homme de paix, il ne se souciait pas de se jeter dans une guerre; -fidèle observateur de la foi jurée, il se faisait scrupule de rompre -sans motif un traité, solennellement accepté, et que l'Angleterre -n'avait pas violé. - -La Reine n'avait pas ces hésitations: elle s'était laissé gagner -par l'enthousiasme général. Sa nature ardente ne voyait que le côté -chevaleresque de l'entreprise, des opprimés à défendre, de la gloire à -gagner, le prestige de la France à restaurer. Elle n'aimait pas cette -conduite ambiguë, et, il faut le dire, plus politique que loyale, du -ministère qui, tout en ne rompant pas avec les Anglais, fournissait -sous main et laissait fournir des armes et des munitions aux insurgés. -Elle servait de tout son pouvoir et de tout son crédit les partisans de -la guerre, et ce fut elle qui se chargea de vaincre les résistances de -son mari. Elle remit au Roi un mémoire du comte d'Estaing et du comte -de Maillebois, qui concluait énergiquement à la guerre, et taxait de -pusillanimité la conduite du cabinet. «Les Puissances de l'Europe, -disait ce mémoire, apprécieront le règne de Louis XVI à la manière -dont ce prince saura saisir les circonstances présentes pour rabaisser -l'orgueil et les prétentions d'une puissance rivale[1473]». - -La capitulation du général anglais Burgoyne, à Saratoga, le 13 octobre -1777, vint apporter un argument de plus. Ce grand événement, augmentant -la force des Colonies, rendait les chances de succès presque certaines. -«Les chances sont cent contre une en faveur de la France» écrivait -Frédéric II[1474]. - -La joie de la victoire des Américains fut vive à Paris; le Roi lui-même -ne put dissimuler la sienne[1475], et le 6 décembre, deux jours après -la nouvelle de la captivité de Burgoyne, M. de Vergennes informait -Franklin et ses collègues que «les circonstances semblaient favorables -à l'établissement d'une alliance étroite entre la Couronne et les -Provinces unies de l'Amérique septentrionale». Les négociations furent -activement menées, et le 21 janvier 1778, au bal de la Reine, le comte -de Provence, qui sortait du Conseil, put annoncer qu'un traité allait -se conclure avec les États-Unis et que l'ordre était donné de mettre -en commission un certain nombre de vaisseaux. «Il y eut alors dans la -salle, raconte l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stormont, une émotion -générale et beaucoup de chuchottements entre les jeunes gens, tous -ardents pour la guerre, beaucoup de marques d'émotion satisfaite. Le -comte d'Artois laissait échapper des transports de joie[1476].» - -Le 6 février, le traité était effectivement signé, et le 15 mars, lord -Stormont demandait ses passeports. - -La lutte était engagée. Avec son goût des batailles et son insouciance -de l'avenir, la France se lançait dans une aventure où elle allait se -couvrir de gloire, mais en même temps épuiser ses finances, et dont les -conséquences politiques devaient être incalculables. On s'y lançait -avec une gaîté qui fait mal à ceux qui peuvent aujourd'hui contempler -les résultats: «Louis XVI et Marie-Antoinette, a dit le dernier -historien de la guerre de l'Indépendance, lorsqu'ils s'embarquèrent -pour délivrer l'Amérique, le plaisir souriant à la proue du navire et -la main de la jeunesse inexpérimentée au gouvernail, auraient pu crier -à la jeune République, dont ils protégeaient les débuts: «_Morituri te -salutant_[1477].» - -Les débuts furent heureux: dès le premier jour, notre marine soutenait -à armes égales le feu de la marine anglaise; le 17 juin, le premier -engagement sur mer se terminait brillamment à l'avantage de la France. -Après un combat corps à corps, le capitaine de la Clochetière forçait -le capitaine Marshall à la retraite, et le nom du bâtiment français, -la _Belle Poule_, devenait immédiatement populaire. Le 27 juillet, -la flotte de l'amiral d'Orvilliers remportait sur l'amiral Keppel -un avantage réel, qui eût pu devenir un triomphe décisif, si le duc -de Chartres, commandant d'une des escadres, eut mieux compris et -exécuté les signaux de l'amiral. La guerre se poursuivait en Europe, -en Amérique, aux Indes, avec des vicissitudes diverses, mais avec un -vif éclat pour nos armes. Sur terre, Lafayette et Rochambeau étaient -les lieutenants et les émules de Washington, et, le 19 octobre 1781, -forçaient glorieusement Cornwallis à capituler dans Yorktown, avec huit -mille hommes[1478]. Sur mer, d'Estaing enlevait la Grenade; Bouillé, la -Dominique; La Motte-Picquet, de Grasse, Bougainville, Suffren surtout, -tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, toujours intrépides, maintenaient -haut l'honneur du drapeau national. - -La Reine suivait avec une ardeur anxieuse tous ces mouvements de nos -flottes et de nos armées. «Ils sont donc dans la Manche!» écrivait-elle -à sa mère le 16 août 1779, lorsque la réunion des flottes espagnole -et française préparait un débarquement en Angleterre, et faisait -concevoir au public des espérances qui malheureusement furent déçues. -«Ils sont donc dans la Manche! et je ne pense pas sans frémir que, d'un -moment à l'autre, tout le sort sera décidé. Je suis effrayée, aussi, -de l'approche du mois de septembre, où la mer n'est plus praticable; -enfin, c'est dans le sein de ma chère maman que je dépose toutes mes -inquiétudes. Dieu veuille qu'elles soient nulles[1479]!» L'échec de -cette campagne, montée à si grands frais, la rentrée de d'Orvilliers à -Brest sans avoir rien fait ne justifièrent que trop les prévisions de -Marie-Antoinette[1480]. - -Mais la Reine ne se décourageait pas; en toute circonstance, elle -affirmait hautement ses sympathies pour les Américains et sa protection -pour Lafayette, le promoteur de l'alliance. Lorsqu'au commencement -de février 1779, le jeune général revint en France, Louis XVI, pour -le punir de sa désobéissance, lui enjoignit de rester une semaine à -Paris sans aller ailleurs que chez son beau-père. Mais dès que la -consigne fut levée, Lafayette reparut à Versailles, où il fut l'objet -d'une ovation enthousiaste; le Roi, lui-même, ne lui adressa qu'une -affectueuse réprimande; la Reine le reçut avec une curiosité empressée: -«Donnez-moi, lui dit-elle, des nouvelles de nos bons Américains, de nos -chers républicains[1481].» A sa demande, elle envoyait son portrait en -pied à Washington[1482]; elle copiait de sa main des vers de la pièce -de _Gaston et Bayard_, où le public avait voulu voir des allusions au -«héros des deux mondes»: - - ..... Eh! que fait la jeunesse, - Lorsque de l'âge mûr je lui vois la sagesse? - - * * * * * - - Je me plais à le suivre et même à l'imiter; - J'admire sa prudence et j'aime son courage: - Avec ces deux vertus, un guerrier n'a point d'âge[1483]. - -Elle employait tout son crédit pour lui faire donner un commandement -supérieur dans le corps d'armée qui devait être envoyé au secours des -États-Unis[1484]. Elle assurait Rochambeau de sa bienveillance[1485], -et lorsque le comte d'Estaing, l'heureux vainqueur de la Grenade, était -présenté au Roi, au retour de la brillante expédition qui avait excité, -en France, un extraordinaire enthousiasme, elle daignait lui apporter -elle-même un tabouret pour qu'il pût y reposer sa jambe blessée[1486]; -attention gracieuse, dont elle devait être si tristement payée. - -La sollicitude de la Reine est sans cesse éveillée sur les affaires -d'Amérique, sur les péripéties de la guerre, surtout sur les opérations -de la marine, et son cœur, qu'on a accusé de n'être ému que des -intérêts de l'Autriche, bat avec une force incomparable pour tout ce -qui touche à l'honneur et à la grandeur de la France. - -Lorsqu'au mois de mars 1780, on se dispose à envoyer, sous le -commandement de Rochambeau, un corps de troupes en Amérique, -Marie-Antoinette est toute à l'inquiétude: «Nous ne pouvons pas, -dit-elle, risquer ce grand convoi, sans être bien sûrs de la mer; il -serait affreux d'essuyer encore des malheurs par là; j'avoue que je -ne pense pas à cela de sang-froid[1487].»—«Les troupes destinées pour -les îles sont embarquées et n'attendent plus qu'un vent favorable pour -sortir du port,» écrit-elle un mois plus tard. «Dieu veuille qu'elles -arrivent heureusement![1488]» Sa pensée suit à travers les mers ces -vaisseaux qui portent les soldats et la fortune de la France, et comme -pour couronner ces patriotiques angoisses, c'est dans l'appartement de -la Reine, le 19 novembre 1781, quelques jours après la naissance du -Dauphin, que le Roi apprend, de la bouche du duc de Lauzun, la bonne et -grande nouvelle de la capitulation de Cornwallis, réduit à se rendre -par la flotte du comte de Grasse et les troupes réunies de Washington -et de Rochambeau[1489]. - -L'opinion publique se lassa plus vite que la Reine des efforts de la -France et des incertitudes de la guerre. Dès le commencement de 1779, -les esprits inclinaient à la paix; le mouvement fut bien plus vif -encore après l'échec du projet de descente en Angleterre. L'Autriche et -la Russie proposèrent leur médiation. «Cela serait un grand bonheur,» -répondait Marie-Antoinette, «et mon cœur le désire plus que tout au -monde[1490].» Mais elle ajoutait fièrement: «La nullité de cette -campagne exclut toute idée d'une paix[1491].» Dans le conseil, Necker, -peu sympathique à l'Amérique et préoccupé de la situation financière, -insistait pour une prompte cessation des hostilités; Maurepas, toujours -fatigué de ce qui nécessitait une contention d'esprit et causait un -embarras, Maurepas faisait des ouvertures à un ancien secrétaire de -l'ambassade anglaise à Paris. Le Roi lui-même était las de la guerre -et voulait qu'on y mît un terme avant la fin de l'année[1492]. D'autre -part, l'Espagne cherchait à faire un arrangement séparé[1493]; les -Américains ne se battaient que mollement, depuis que l'Angleterre -offrait de reconnaître leur indépendance, et, au fond, les deux -nations coalisées ne s'aimaient pas. «Nos alliés, écrivait le comte -de Fersen, ne se sont pas toujours bien conduits vis-à-vis de nous, -et le temps que nous avons passé avec eux nous a appris à ne pas -les aimer ni les estimer[1494].» L'Autriche renouvelait ses offres -de médiation. La Reine ne souhaitait pas moins que le Roi et ses -ministres un accommodement; mais elle le voulait glorieux et protestait -énergiquement contre toute transaction humiliante: «La paix serait un -grand bien; mais si nos ennemis ne la demandent pas, je serais bien -affligée qu'on en fît une humiliante[1495].» - -Cette paix, objet de tant de vœux, vint enfin en 1783; elle combla de -joie Marie-Antoinette, qui n'en parlait jamais «qu'avec la fierté et -le sentiment d'une reine, et d'une reine française[1496]»; car elle -était telle qu'elle l'avait voulue, glorieuse. Elle consacrait à tout -jamais l'indépendance des alliés pour lesquels nous avions soutenu -cette guerre lointaine. La France, toujours généreuse, nous dirions -volontiers trop généreuse, ne réclamait rien pour elle et ne retirait -de ses campagnes qu'un éclat incontesté, une reconnaissance qui fut -légère et une dette qui fut lourde. - -Marie-Antoinette, heureuse du prestige qui rejaillissait sur son -royaume et sur le règne de son mari, ne cessait d'en témoigner sa -satisfaction à tous ceux dont la vaillance avait contribué à ces -succès. Lorsque, le 21 janvier 1782, Lafayette revint inopinément en -France, la Reine, qui assistait, à l'Hôtel-de-Ville, à la fête donnée -en l'honneur de ses couches récentes, voulut ramener dans sa propre -voiture Mme de Lafayette à l'hôtel de Noailles, où venait de descendre -son époux[1497] et quand Suffren, vainqueur, parut à Versailles: «Mon -fils, dit-elle au jeune Dauphin, apprenez de bonne heure à entendre -prononcer, et prononcez vous-même le nom des héros défenseurs de la -patrie. Vous lisiez l'histoire des grands hommes de Plutarque, en -voici un; il faut apprendre son nom et ne plus l'oublier[1498].» -Éprise, comme la nation, du côté chevaleresque et brillant de cette -guerre, la généreuse souveraine n'avait pas songé au déficit que les -dépenses énormes, nécessitées par tant d'armements, devaient amener -dans nos finances, non plus qu'aux germes de mécontentement vague et -d'indépendance frondeuse que la contagion de l'exemple, le spectacle -d'institutions mal comprises, l'attrait de la nouveauté, la formation -d'une école américaine se substituant à l'école anglaise, allait faire -éclore dans les têtes. On avait cru soutenir une révolte, on avait -préparé une révolution. - -Les préoccupations de la guerre et de la politique n'empêchaient pas -les visites princières. La France était toujours le centre de la -société polie; la Cour de Versailles donnait le ton à l'Europe; on -y accourait de tous côtés. C'étaient d'abord, en 1780, les princes -de Hesse-Darmstadt et surtout les deux jeunes princesses, Louise et -Charlotte, qui avaient été élevées avec Marie-Antoinette, à Vienne. -La Reine jouissait de retrouver ces amies d'enfance, qu'elle n'avait -pas revues depuis dix ans et qu'elle aimait beaucoup[1499]. Elle -leur faisait les honneurs de Trianon[1500], les conduisait au bal de -l'Opéra[1501], leur donnait place dans sa loge au spectacle[1502], les -promenait en calèche dans les bois de Marly et de Saint-Germain[1503], -les accompagnait elle-même dans les boutiques, et, avec l'affectueuse -expérience de la femme de cœur et de la femme de goût qui craint, chez -ces Allemandes fraîchement débarquées en France, quelques excentricités -de toilette, elle leur recommandait de ne pas «trop se parer» pour -venir à Trianon ou dans sa loge[1504], de ne pas mettre de «grands -chapeaux» en voiture[1505], de ne porter aux bals de la comtesse Diane -de Polignac, où elle les avait fait inviter, que de petites robes ou -polonaises[1506]. Elle les recevait à sa table[1507], leur donnait son -portrait[1508], les comblait de cadeaux[1509], épuisait pour elles -toutes les délicatesses de l'amitié[1510], et lorsque les princesses -quittèrent la France, elles emportèrent, avec l'ineffaçable souvenir -d'une des plus affables réceptions qui se puissent voir, la promesse -d'une correspondance qui fut fidèle et se poursuivit jusque dans les -jours d'angoisse et de deuil[1511]. - -Marie-Antoinette ne mit pas le même intérêt de cœur, mais un intérêt -plus politique[1512] au voyage du comte et de la comtesse du Nord. Au -premier abord, la grande duchesse, d'une belle taille, mais trop grasse -pour son âge,—«homasse,» disait un chroniqueur[1513],—raide dans son -maintien et faisant montre de son instruction, lui avait déplu. Par un -accident inaccoutumé, la Reine, dont l'abord était plein d'aisance, et -qui avait toujours un mot aimable à dire, s'était sentie gênée devant -ces impériaux visiteurs; elle s'était retirée dans sa chambre comme -prise de faiblesse, et avait dit, en demandant un verre d'eau, «qu'elle -venait d'éprouver que le rôle de reine était plus difficile à jouer -en présence d'autres souverains ou de princes appelés à le devenir, -qu'avec des courtisans[1514]». Cet embarras d'ailleurs ne fut que -momentané et l'accueil fait à ces nouveaux hôtes fut, en définitive, -affable et gracieux comme toujours. - -Joseph II avait mis l'incognito à la mode. Le grand duc Paul de -Russie, fils de Catherine II, voyageait avec sa femme, née princesse -de Wurtemberg, sous le nom de comte et de comtesse du Nord. Le prince -avait quitté tous ses ordres; les gardes du corps ne prenaient pas les -armes pour lui, et, chez le Roi, on ne lui ouvrait point les portes -à deux battants. Pourtant il avait consenti à loger au Château, où -l'appartement du prince de Condé avait été disposé pour le recevoir. -Arrivés à Paris le 18 mai, les voyageurs furent à Versailles le 20. -La première entrevue fut froide; la Reine, nous l'avons dit, avait -été troublée; le Roi s'était montré timide, comme à son ordinaire. -Le soir, au dîner, dans les grands cabinets, l'embarras disparut: la -grande-duchesse montra de l'esprit; le grand-duc, fort laid, avec une -figure à la tartare, rachetait cette laideur par la vivacité de ses -yeux et de sa conversation. «La Reine, belle comme le jour, animait -tout de sa présence[1515].» - -La glace était rompue. Trois jours après, le comte et la comtesse du -Nord assistaient au spectacle à Versailles, dans la loge royale[1516]. -La Reine, qui tenait à plaire à ses visiteurs[1517], profita de cette -occasion pour offrir à la comtesse un magnifique éventail, enrichi de -diamants et renfermant une lorgnette: «Je sais, dit-elle gracieusement, -que vous avez comme moi la vue un peu basse; permettez-moi d'y remédier -et gardez ce simple bijou en mémoire de moi.» —Je le garderai toute ma -vie, répondit la princesse; car je lui devrai le bonheur de mieux voir -Votre Majesté[1518].» - -Marie-Antoinette ne pouvait manquer de faire à ses hôtes les honneurs -de Trianon[1519]. On joua sur le théâtre _Zémire et Azor_, de Grétry, -et _Jean Fracasse au Sérail_, ballet de Gardet; les danses furent -gaies, les costumes très riches, les acteurs excellents. Après le -spectacle, il y eut souper; après le souper, illumination. Le coup -d'œil du jardin était féerique; la Reine jouissait de ces splendeurs -«qui étaient bien à elle», et sa grâce, sa bonté, ses délicates -prévenances en relevaient encore l'éclat. «Combien j'aimerais à vivre -avec elle!» disait la comtesse du Nord, le lendemain de cette fête. -«Combien je serais charmée que Monsieur le comte du Nord fût Dauphin de -France[1520]!» - -Puis, le samedi 8 juin, il y eut bal paré à Versailles. Les salons, la -galerie surtout, étaient magnifiquement décorés, avec une profusion -de bougies et de girandoles. Toute la Cour était en grand habit: le -Roi ayant déclaré que chacun devrait se montrer dans tout l'éclat -possible ou ne pas paraître[1521]. Les femmes qui dansaient portaient -des dominos de satin blanc avec de petits paniers et de petites -queues[1522]. Mais la Reine éblouissait tout: «elle avait en marchant, -dit un témoin oculaire, des airs de tête d'une majesté gracieuse, qui -n'appartenaient qu'à elle[1523].» La foule, avide de voir, se pressait -avec tant d'indiscrétion qu'à un moment le Roi, se sentant poussé, se -plaignit; le grand-duc, qui était près de lui, s'éloigna un instant: -«Sire, dit-il, pardonnez-moi; je suis devenu tellement Français que -je crois, _comme eux_, ne pas pouvoir m'approcher trop près de Votre -Majesté.» - -Une amie d'enfance de la grande duchesse, qui l'accompagnait pendant le -voyage, la baronne d'Oberkirch, raconte qu'à cette fête elle se trouva -un moment derrière Marie-Antoinette. - -«Madame d'Oberkirch me dit la Reine, parlez-moi un peu allemand, que je -sache si je m'en souviens. Je ne sais plus que la langue de ma nouvelle -patrie.» - -«Je lui dis quelques mots allemands; elle resta quelques secondes -rêveuse et sans répondre. «Ah! reprit-elle enfin, je suis pourtant -charmée d'entendre ce vieux tudesque; vous parlez comme une Saxonne, -sans accent alsacien, ce qui m'étonne. C'est une belle langue que -l'allemand; mais le français! il me semble, dans la bouche de mes -enfants, l'idiome le plus doux de l'univers.» - -Après le bal, qui finit de bonne heure, il y eut souper chez la -princesse de Lamballe; la Reine y vint. Le cercle était peu nombreux, -mais bien choisi. On joua au loto, puis on dansa. Ce petit bal -improvisé fut bien plus gai que l'autre. Le Roi, suivant son habitude, -ne fit qu'y paraître. Après son départ, le respect ne gêna plus le -plaisir et «l'on fut extrêmement content de cette sorte d'intimité que -la Reine n'écartait pas[1524]». - -A l'exemple du souverain, la famille royale offrit des fêtes splendides -aux augustes visiteurs. Plus habiles et plus prévenants que l'archiduc -Maximilien, le comte et la comtesse du Nord avaient eu soin d'envoyer, -dès le lendemain de leur arrivée, des cartes à la porte des princes -et princesses du sang[1525]. Ceux-ci, flattés de cette attention du -futur empereur de toutes les Russies, rivalisèrent de prodigalités pour -les recevoir. Le duc d'Orléans leur donna à dîner au Raincy[1526]; le -comte d'Artois, à Bagatelle, leur offrit un concert magnifique et une -collation des plus galantes[1527]. A Sceaux, chez l'excellent et vénéré -duc de Penthièvre, ce fut un déjeuner exquis, suivi d'une promenade en -voiture à travers le parc, dont le prince tint à faire lui-même les -honneurs[1528]. - -Mais, de toutes ces fêtes, aucune ne pouvait atteindre à l'éclat de -celles de Chantilly. L'hospitalité des Condé était proverbiale, et la -réception du 10 juin 1782 ne démentit pas cette réputation. Le comte -et la comtesse du Nord restèrent trois jours à Chantilly; ce furent -trois jours d'enchantement. Il y eut illumination générale du château -et du parc, chasse aux étangs, concert dans un pavillon mystérieux où, -mollement assis sur des sofas, on écoutait des musiciens invisibles; on -croyait entendre chanter les anges du ciel; puis bals dans la salle de -verdure; souper dans l'île d'amour ou au hameau; car Mademoiselle de -Condé avait son hameau à Chantilly comme la Reine à Trianon; et enfin -nouvelle chasse aux flambeaux; la chasse était aussi un des plaisirs -traditionnels des Condé. Lorsqu'on se sépara enfin: - -«Nous serons bien éloignés l'un de l'autre, dit le prince au grand-duc; -mais si Votre Altesse le permet et que le Roi ne s'y oppose pas, je -pourrai un jour aller lui rendre, à Saint-Pétersbourg, la visite -qu'elle a bien voulu me faire.» - -—«Nous vous recevrons avec enthousiasme. Monsieur, et l'Impératrice -sera trop heureuse de vous voir dans notre pays sauvage.» - -—«Hélas! ce sont des rêves,» reprit le prince de Condé en -soupirant[1529]. - -Pouvait-il imaginer alors que ce voyage de Russie, qu'il saluait comme -un rêve, il le ferait, quinze ans plus tard, en proscrit, tandis que ce -Chantilly éblouissant, dont il faisait, avec une si noble prodigalité, -les honneurs au fils de Catherine, ne serait plus qu'une ruine, ouverte -aux vents du ciel? - -Mais à cette heure il n'entendait que des murmures flatteurs à son -oreille; le bruit des magnificences de Chantilly se répandait dans -toute l'Europe, et l'on faisait circuler ce mot glorieux pour les -Condé: «Le Roi a reçu M. le comte du Nord en ami, M. le duc d'Orléans -l'a reçu en bourgeois et M. le prince de Condé en souverain[1530].» - -Dans le public, le succès du comte et de la comtesse du Nord n'était -pas moindre qu'à la Cour. Paris se passionnait pour le futur tzar et la -future tzarine de toutes les Russies, comme il s'était passionné pour -l'empereur d'Allemagne. Savants et gens de lettres leur prodiguaient -l'encens à l'envi. La Harpe leur lisait sa traduction de Lucain[1531]; -Beaumarchais, _le Mariage de Figaro_; à l'Académie des sciences, -Condorcet leur adressait un discours[1532]; au Théâtre-Français, on -récitait des vers en leur honneur[1533]. Avant leur départ, le Roi -leur donnait de splendides tapisseries des Gobelins[1534]; la Reine -leur faisait offrir de la manière la plus délicate une magnifique -toilette en porcelaine de Sèvres, bleu lapis, ornée de peintures et -d'émaux, et montée en or[1535]: «Mon Dieu! que c'est beau! avait -dit la grande-duchesse, en voyant ce bijou; «c'est sans doute -pour la Reine?»—«Madame, avait répondu le surintendant, le comte -d'Angivilliers, la Reine l'offre à Mme la comtesse du Nord; elle espère -qu'il lui sera agréable et qu'elle le conservera en mémoire de Sa -Majesté.» Et en regardant l'objet de plus près, la princesse remarqua -qu'il était à ses armes. - -Le 19 juin, le comte et la comtesse du Nord quittèrent Paris, et, après -avoir déjeuné à Choisy avec la famille royale, partirent pour parcourir -la France et rentrer en Russie[1536]. - -Deux ans après, ce fut le tour du Roi de Suède. Mais à quoi bon -raconter toutes ces visites princières? Ce sont toujours les mêmes -détails, surtout le même goût de l'incognito. Le Roi de Suède, sous le -nom de comte de Haga, arriva tellement à l'improviste le 7 juin 1784, -que Louis XVI, prévenu à la hâte à Rambouillet, revint précipitamment à -Versailles et, la clef de son appartement étant égarée, ne put paraître -devant son hôte que dans l'accoutrement le plus incroyable: un soulier -à talon rouge et un autre à talon noir, une boucle d'or et une boucle -d'argent[1537]. Sauf cet épisode inattendu, il semble qu'il y ait pour -tous ces augustes voyageurs un programme invariable, auquel tous se -conforment scrupuleusement: souper à Versailles dans les cabinets, -représentation à l'Opéra, au Théâtre-Français, à la Comédie-Italienne, -avec applaudissements du public, audience du Parlement, séance de -l'Académie, visite aux personnages en renom ou aux lieux célèbres et, -pour couronner le tout, fête à Trianon. - -C'était la coquetterie de Marie-Antoinette, qui ne dansait plus, «se -trouvant trop vieille[1538],» de faire elle-même les honneurs de son -château aux têtes couronnées; ce n'était plus la politesse officielle -de la souveraine, c'était la cordialité charmante de la femme du -monde; elle n'était plus la Reine, elle était maîtresse de maison. -Ce jour-là, il y eut spectacle: on joua _le Dormeur éveillé_, de -Marmontel et Grétry, avec brillants décors et ballet; puis souper dans -les bosquets et illumination du jardin anglais. De nombreux invités se -pressaient dans le parc; toutes les dames étaient en blanc. «C'était, a -écrit Gustave III lui-même, une vraie féerie, un coup d'œil digne des -Champs-Élysées[1539].» Au souper, la Reine ne voulut pas se mettre à -table; elle fut tout entière occupée à faire les honneurs[1540]. Avec -ce tact exquis et cette séduisante bonne grâce qui était un de ses -charmes, elle s'entretenait de préférence avec les Suédois et affectait -de leur faire le plus sympathique accueil[1541]. Mme Campan prétend que -Marie-Antoinette était prévenue contre Gustave III et qu'elle le reçut -froidement[1542]. Tout ce qu'on sait de ce voyage et des relations -des deux souverains semble démentir l'assertion de Mme Campan, et si -la petite scène qu'elle raconte, où la Reine aurait voulu donner une -leçon au comte de Haga, a réellement eu lieu dans les termes qu'elle -rapporte, ce ne fut qu'un petit mouvement d'humeur vite oublié. La -correspondance de Marie-Antoinette et du Roi de Suède est empreinte, au -contraire, de la plus grande cordialité[1543]. - -L'année précédente, lorsque la jeune femme avait fait une fausse -couche, Gustave lui avait témoigné la plus touchante sympathie, «comme -d'un bon gentilhomme qui prend sincèrement part à ce qui arrive à -un ami.» Et il semble que la Reine n'ait pas été moins attachée au -Roi de Suède que le Roi de Suède l'était à la Reine[1544]. Le prince -ayant manifesté le désir que le neveu du cardinal de Bernis, auquel il -portait intérêt, fût nommé coadjuteur d'Alby, ce fut Marie-Antoinette -qui se chargea de lever les obstacles qui s'opposaient à la réalisation -de ce désir, et, la grâce obtenue, ce fut elle encore qui s'empressa -de l'annoncer à son royal correspondant[1545]. Gustave III n'avait-il -pas raison, quand il écrivait, quelques années auparavant, au comte de -Stedingk: «Il est naturel d'être attaché à la Reine[1546]?» - -La nouveauté à la mode alors, c'étaient les ballons. «On en perdait, -disait spirituellement un chroniqueur, non pas le boire et le manger, -mais le loto[1547]». Le 5 juin 1783, Montgolfier avait fait à Annonay -la première expérience; il l'avait répétée le 19 septembre de la même -année, sur la Place d'Armes de Versailles, devant le Roi et la Reine, -au milieu d'une foule immense[1548]. On voulut offrir ce divertissement -au comte de Haga, et le 23 juin 1784, en sa présence, Pilâtre des -Rosiers, qui devait périr si malheureusement l'année suivante, et -le professeur de chimie Proust, partirent de la Cour des Ministres, -s'élevèrent à une grande hauteur et allèrent, trois quarts d'heure -après, tomber dans la forêt de Chantilly. Le ballon, orné des chiffres -des deux Rois et d'un brassard blanc en l'honneur du Roi de Suède, -portait un nom alors encore bien cher à la France: il s'appelait -_Marie-Antoinette_[1549]. - -Enfin, cette même année 1784, au mois d'août[1550], le frère de -Frédéric II, le prince Henri, fit un voyage en France, autant par -politique peut-être que par agrément[1551]. Mais la Reine aimait -peu tout ce qui touchait à la Prusse, et, malgré «l'admiration des -enthousiastes Prussiens» qui préféraient de beaucoup ce nouveau -visiteur à celui du mois de juin[1552], elle ne voyait le prince -que deux ou trois fois et si passagèrement qu'elle ne pouvait s'en -faire qu'une idée fort vague[1553]. «Je n'ai pas eu encore beaucoup -d'occasions de voir le prince Henry, écrivait-elle au Roi de Suède, -le 1er octobre, parce que, depuis son arrivée ici, j'ai passé la plus -grande partie du temps à Trianon, n'y recevant que les personnes que je -connais le plus, et toujours en petit nombre à la fois..... Au reste, -M. le comte de Haga doit être bien assuré que les compliments et les -politesses du prince Henry ne me feront jamais oublier ni lui, ni le -temps qu'il a bien voulu passer ici[1554].» - -Et elle ajoutait, en parlant de son séjour à Trianon: «Ce genre de vie -convenait à ma santé et au commencement de ma grossesse, qui continue -fort heureusement[1555].» Pour la quatrième fois, la Reine était -grosse. A l'automne précédent, elle avait éprouvé à Fontainebleau[1556] -un accident qui l'avait désolée[1557]; mais heureusement sa santé -n'en avait pas été altérée, et, au bout d'un an, Louis XVI annonçait -joyeusement à son beau-frère Joseph II qu'il attendait un «second -garçon[1558]». - -Ce second garçon naquit le 27 mars 1785, jour de Pâques. Cette fois, -quoique la grossesse eût été pénible et que, dans les derniers temps -surtout, la Reine eût conçu des craintes qui l'avaient déterminée à -mettre sa conscience en règle et à redoubler de dévotion[1559], on -n'eut pas à redouter les accidents qui avaient signalé la naissance -de Madame Royale; les couches furent heureuses et si promptes qu'à -Paris on apprit en même temps les premières douleurs et la délivrance. -L'enfant, comme son frère et sa sœur, fut baptisé le jour même, dans la -chapelle du Château. sous le nom de Louis-Charles, duc de Normandie. Il -eut pour parrain Monsieur, comte de Provence, pour marraine la reine -des Deux-Siciles, Marie-Caroline de Lorraine, représentée par Mme -Élisabeth. - -Le lendemain, Paris célébra par des réjouissances publiques ce grand -événement; des distributions de vivres furent faites au peuple; quinze -fontaines versèrent du vin à profusion; un feu de joie fut allumé sur -la place de Grève et le soir la ville entière illumina. Ce qui valait -mieux encore, tous les débiteurs de mois de nourrice, retenus à la -Force, furent délivrés. Le 1er avril, un _Te Deum_ solennel fut chanté -à Notre-Dame. Le 24 mai, la Reine vint à son tour dans la vieille -basilique rendre grâces à Dieu de sa troisième maternité. - -La cérémonie eut l'éclat accoutumé. Dès le matin, le Corps de ville, -en robes de velours, s'assembla à l'Hôtel-de-Ville et alla prendre -le duc de Brissac, gouverneur de Paris; puis tous ensemble, escortés -des gardes de Paris et des Suisses, se rendirent, en carrosse de -gala, à la porte de la Conférence pour attendre la Reine; les -gardes-françaises et les gardes-suisses formaient la haie. A neuf -heures, le canon des Invalides annonça l'arrivée du cortège royal. -Le Corps de ville s'avança à sa rencontre, mit genou en terre, et le -prévôt des marchands, présenté par le gouverneur, adressa un compliment -à Marie-Antoinette. Celle-ci y répondit avec sa grâce habituelle; puis -la portière du carrosse fut refermée et le cortège prit le chemin de -la cathédrale. La Reine y fit ses dévotions; elle s'agenouilla ensuite -à Sainte-Geneviève, s'unit aux prières pour la fin de l'effroyable -sécheresse qui désolait la France[1560] et vint dîner aux Tuileries. De -là, elle se rendit à l'Opéra, avec sa belle-sœur Mme Élisabeth[1561], -puis au Temple, pour souper chez le comte d'Artois. Le souper fini, -elle remonta en voiture et, suivant le boulevard, se fit conduire à -la place Louis XV pour voir tirer le feu d'artifice et assister à -l'illumination de la colonnade[1562]. - -Le lendemain, Marie-Antoinette dînait chez son amie la princesse -de Lamballe, et, après avoir été à la Comédie-Italienne, repartait -pour Versailles. Les acclamations, rares dans la ville, avaient -été chaleureuses à l'Opéra, et la Reine y avait répondu, disait un -chroniqueur, «par des révérences plus multipliées et plus gracieuses -encore que de coutume[1563].» - -Le jeune prince avait reçu, le jour même de sa naissance, le cordon du -Saint-Esprit, puis il avait été remis, avec son frère et sa sœur, entre -les mains de la gouvernante des Enfants de France. - -Ce n'était plus, comme aux précédentes couches de la Reine, la -princesse de Guéménée: une épouvantable catastrophe l'avait forcée -de quitter Versailles. Au mois de septembre 1782, après avoir été -annoncée déjà deux ou trois fois[1564], la faillite du prince de -Guéménée avait été déclarée; c'était une faillite de souverain, -disait-on, par allusion aux prétentions des Rohan d'être traités -en maison souveraine[1565]: le déficit ne s'élevait pas à moins de -vingt-huit millions. Il y eut dans tout Paris, dans la France entière, -peut-on dire, un _tolle_ général. Toutes les classes de la société -étaient frappées: à côté de grands seigneurs, comme le duc de Lauzun -et le comte de Coislin[1566], d'hommes de lettres, comme Thomas et -l'abbé Delille, on trouvait parmi les créanciers,—et c'étaient les -plus atteints,—des domestiques, des petits marchands, des portiers, -des matelots bretons qui avaient porté leurs épargnes au descendant -des ducs de Bretagne[1567]. Le prince, par ses prodigalités, la -princesse, par les dépenses auxquelles l'obligeait sa charge, avaient -tout gaspillé. Les Rohan firent des efforts inouïs pour étouffer cette -triste affaire: Mme de Guéménée donna ses diamants; Mme de Marsan -vendit ses chevaux; la duchesse de Montbazon renvoya ses bijoux au -joaillier qui les avait fournis. Mais, après un tel éclat, Mme de -Guéménée ne pouvait plus rester à la Cour; elle donna sa démission de -gouvernante des Enfants de France. - -Par qui la remplacer? Plusieurs noms se présentaient à la pensée de -la Reine. Mais la princesse de Chimay lui semblait trop austère; la -duchesse de Duras, trop savante et trop spirituelle[1568]. - -La rumeur publique désignait la duchesse de Polignac; mais, elle, -le voudrait-elle? «Je la connais,» disait la Reine. «Cette place -ne convient nullement à ses goûts simples et paisibles, et à -l'espèce d'indolence de son caractère; ce sera la plus grande -preuve de dévouement qu'elle puisse me donner, si elle se rend à mes -désirs[1569].» Lorsque M. de Besenval, député par les amis et les -parents de la duchesse, toujours avides d'augmenter un crédit où ils -trouvaient leur compte, vint parler à Marie-Antoinette du bruit qui -courait: «Madame de Polignac? répondit-elle, je croyais que vous la -connaissiez mieux; elle ne voudrait pas de cette place[1570].» Et de -fait, Mme de Polignac, née calme, un peu paresseuse même, répugnait à -un titre dont la chaîne était pesante. Mais ses amis enviaient pour -elle le prestige que lui donneraient ces fonctions, l'une des grandes -charges inamovibles. Ils la pressèrent, la Reine insista, et la -favorite, touchée du désir de sa royale protectrice, habituée, grâce à -son indolence même, à céder aux obsessions de son entourage, finit par -accepter. Elle fut nommée, et la Reine fut heureuse[1571]. Au fond, ce -que Marie-Antoinette voulait, c'était d'être, sous le couvert de son -amie, la véritable gouvernante de ses enfants. Grâce à ce choix, il lui -était possible, sans souci de l'étiquette, ni froissement de vanité, de -diriger, comme elle le voulait, leur éducation et d'oublier près d'eux, -à toute heure du jour, les chagrins qui commençaient à l'assaillir et -les soucis de la politique auxquels la fatalité des temps et des choses -la contraignait de se mêler[1572]. - - - - -CHAPITRE XIX - - La Reine et la politique.—Son éloignement naturel pour les - affaires.—Méfiance de Maurepas.—Lettre de la Reine à Joseph - II.—Nomination de MM. de Ségur et de Castries.—Sympathie de - la Reine pour Necker; elle l'appuie dans la publication du - compte-rendu.—Chute de Necker.—Mort de Maurepas.—Joly de - Fleury.—D'Ormesson.—Calonne.—Faible part que Marie-Antoinette - prend à la nomination de ce dernier. Sa répugnance pour - lui.—La politique autrichienne.—Election de Maximilien à - Cologne.—Différend de Joseph II avec la Hollande.—_Le Mariage de - Figaro._—La Reine joue _le Barbier de Séville_ à Trianon. - - -La Reine n'avait jamais aimé la politique et tout conspirait à l'en -éloigner: sa propre répugnance, dont les obsessions de sa mère et les -conseils de Mercy ne parvenaient pas toujours à triompher[1573]; son -éducation qui n'avait jamais porté que sur des objets d'agrément ou -d'intérieur; les traditions d'une Cour où, depuis Anne d'Autriche, -jamais femme de roi ne s'était mêlée d'affaires; la méfiance des -ministres qui redoutaient l'ascendant irrésistible que ne saurait -manquer de prendre Marie-Antoinette, le jour où elle voudrait -appliquer aux complications de la politique toute la force d'un esprit -prompt[1574], juste, ferme et séduisant. - -«Plus j'ai le bonheur de voir la Reine, écrivait le baron de Staël, -plus je suis fort dans l'opinion que j'ai toujours eue de l'excellence -de son caractère. Elle aime la vérité, et on peut la lui dire, si -elle est persuadée de la probité et du désintéressement de celui -qui parle. En traitant avec noblesse et franchise, on est sûr de lui -plaire, serait-on même d'une opinion contraire à la sienne; aussitôt -qu'elle peut démêler la fausseté et la flatterie, elle les prend en -horreur[1575].» - -C'était cette excellence même de caractère que redoutaient les -ministres. Vergennes, et Maurepas surtout, s'appliquaient à tenir le -Roi en garde contre toute ingérence de la Reine dans les affaires. -Poussé par sa femme, qui le menait complètement, et qui, en sa qualité -de tante du duc d'Aiguillon, n'aimait pas Marie-Antoinette[1576], -le vieux ministre, sous les dehors du respect et de la déférence, -combattait avec une persévérance opiniâtre et l'expérience d'un roué -l'influence possible de la jeune souveraine[1577]. Mme Campan l'accuse -même d'avoir cherché à la compromettre. Lors de ces promenades sur la -terrasse de Versailles, que la méchanceté des courtisans exploitait -contre Marie-Antoinette, Maurepas aurait eu «la cruelle politique -de répondre au Roi qu'il fallait la laisser faire; qu'elle avait de -l'esprit; que ses amis avaient beaucoup d'ambition et désiraient la -voir se mêler aux affaires, et qu'il n'y avait pas de mal de lui -laisser prendre un caractère de légèreté[1578].» Il ne paraît pas -probable que l'astucieux vieillard ait osé tenir ouvertement un -pareil langage à son maître; Louis XVI ne l'aurait pas supporté. -Mais qu'il ait été intérieurement enchanté du goût de la Reine pour -les frivolités; qu'il ait insinué doucement ces mêmes pensées qu'il -n'a pas dû exprimer publiquement; qu'il ait encouragé sous main -la jeune femme à ne s'occuper que de plaisirs, le Roi à ne pas lui -parler d'affaires ou à lui en dissimuler la plus grande partie; qu'il -ait même redoublé d'efforts, lorsque la première grossesse de la -Reine eut resserré l'intimité des deux époux, pour empêcher que «la -sensibilité de son maître n'influât sur les affaires générales[1579]», -le fait ne paraît pas douteux. Les documents les plus authentiques, -les rapports secrets de l'ambassadeur d'Autriche[1580] et du ministre -de Prusse[1581] l'établissent d'une façon irréfutable, et la Reine -elle-même se rendait parfaitement compte de la situation qui lui était -faite: Il,—le Roi—est de son naturel très peu galant, écrivait-elle -à son frère, et il lui arrive souvent de ne me parler de grandes -affaires, lors même qu'il n'a pas envie de me les cacher. Il me -répond quand je lui en parle, mais il ne m'en prévient guère, et -quand j'apprends le quart d'une affaire, j'ai besoin d'adresse pour -me faire dire le reste par les ministres, en leur laissant croire -que le Roi m'a tout dit. Quand je reproche au Roi de ne m'avoir pas -parlé de certaines affaires, il ne se fâche pas; il a l'air un peu -embarrassé et quelquefois il me répond naturellement qu'il n'y a pas -pensé. Je vous avouerai bien que les affaires politiques sont celles -sur lesquelles j'ai le moins de prise. La méfiance naturelle du Roi a -été fortifiée d'abord par son gouverneur; dès avant son mariage, M. de -la Vauguyon l'avait effrayé sur l'empire que sa femme voudrait prendre -sur lui, et son âme noire s'était plu à effrayer son élève par tous -les fantômes inventés contre la Maison d'Autriche. M. de Maurepas, -quoique avec moins de caractère et de méchanceté, a cru utile pour -son crédit d'entretenir le Roi dans les mêmes idées. M. de Vergennes -suit le même plan et peut-être se sert-il de sa correspondance des -affaires étrangères pour employer la fausseté et le mensonge. J'en ai -parlé clairement au Roi, et plus d'une fois. Il m'a quelquefois répondu -avec humeur, et comme il est incapable de discussion, je n'ai pu lui -persuader que son ministre était trompé ou le trompait. Je ne m'aveugle -pas sur mon crédit; je sais que, surtout pour la politique, je n'ai pas -grand ascendant sur le Roi[1582].» - -A plusieurs reprises, on avait conseillé à la Reine de se rapprocher -de Maurepas, de le gagner par des faveurs ou de l'intimider par son -ascendant, surtout de ne pas l'effaroucher en affectant de se passer de -lui; de s'en faire un allié et non un adversaire[1583]; le Roi lui-même -l'y avait engagée[1584]. Elle n'y avait jamais consenti et n'avait -voulu réduire le premier ministre ni par la force, ni par les bons -traitements[1585]. Était-ce impulsion de son entourage, insinuations -du parti Choiseul, comme le croyaient Goltz et Mercy? Était-ce simple -fierté naturelle ou insouciance des affaires? Quoi qu'il en soit, -pendant les premières années de son règne, sauf la part qu'elle avait -prise au renvoi de Turgot, part regrettable, mais où elle était -pleinement d'accord avec l'opinion, soulevée contre les réformes du -ministre, et l'intérêt qu'elle avait mis aux négociations dans les -affaires de Bavière, intérêt dont nous avons déterminé les vraies -proportions, elle s'était tenue à l'écart de la politique[1586]. Ce -fut en 1780 seulement qu'elle parut disposée à s'en occuper, et, comme -le disait Mercy, à prendre part aux grandes affaires[1587]; encore son -intervention se borna-t-elle à influer sur la nomination d'un ministre, -celui de la guerre. - -Lorsqu'en septembre 1777 le comte de Saint-Germain tomba, devant -les orages soulevés par ses innovations, le prince de Montbarrey, -directeur adjoint, resta seul chargé de ce département. Mais ses -talents n'étaient point à la hauteur de la lourde charge qu'il avait -assumée. Brave et spirituel, mais n'aimant point le travail, ne sachant -pas résister aux sollicitations des femmes et aux importunités des -courtisans, il avait laissé peu à peu la discipline se relâcher et le -désordre s'introduire dans son administration[1588]. Maurepas seul et -sa femme, parente de Mme de Montbarrey, le soutenaient[1589]; mais -la clameur de l'armée fut la plus forte. On permit au ministre de -donner sa démission, mais il dut se retirer et l'opinion publique -approuva sa disgrâce. La société Polignac aurait voulu faire nommer -à sa place le comte d'Adhémar; la Reine s'y refusa[1590], et malgré -Maurepas, qui proposait M. de Puységur[1591] ou son neveu, le duc -d'Aiguillon[1592], fit donner le portefeuille de la guerre à M. de -Ségur, lieutenant-général, brave officier qui avait fait brillamment la -campagne de Flandre et perdu un bras à la bataille de Laufeld. Le jour -où il fut présenté: «Vous venez de voir un ministre de ma façon,» dit -la Reine à Mme Campan. «J'en suis bien aise pour le service du Roi; car -le choix est fort bon; mais je suis presque fâchée de la part que j'ai -à cette nomination; je m'attire une responsabilité! J'étais heureuse -de n'en point avoir, et pour m'en alléger autant que possible, je -viens de promettre à M. de Ségur, et cela sur ma parole d'honneur, de -n'apostiller aucun placet et de n'entraver aucune de ses opérations par -des demandes pour mes protégés[1593].» - -Si l'on s'en rapporte aux Mémoires du comte de Ségur, Marie-Antoinette -n'aurait pas toujours été fidèle à cet engagement, et un jour elle -aurait mis tant d'insistance dans ses demandes, que le vieil officier -impatienté aurait offert sa démission. La Reine en fut mécontente, mais -après un long entretien avec le fils du ministre, elle comprit ses -raisons: Dites à votre père, lui dit-elle, que nous sommes raccommodés -et que je lui en veux seulement de l'humeur avec laquelle il a offert -sa démission[1594].» - -Au reste, Marie-Antoinette n'eut pas lieu de se repentir de son choix. -M. de Ségur, qui fut fait maréchal en 1783, était bien supérieur à son -prédécesseur par le talent et le caractère, et la plupart des mesures -qu'il prit[1595] honorèrent son ministère et sa protectrice. - -On a cru longtemps que la Reine avait fait pour la marine ce qu'elle -avait fait pour la guerre et qu'elle avait contribué au renvoi de -Sartines et à l'élévation du marquis de Castries. La vérité est que -cette nomination, qui d'ailleurs ne surprit pas, fut due uniquement à -une intrigue de Mme de Polignac, du comte de Vaudreuil et du contrôleur -général, ami de M. de Castries. Marie-Antoinette n'y eut aucune part: -elle avait toujours protégé Sartines, elle le protégea jusqu'au bout et -contribua à lui obtenir une bonne retraite[1596]. - -C'était Maurepas qui, abusé par de faux avis et croyant faire acte de -haute politique, avait donné lui-même la main à la combinaison ourdie -par Necker[1597]. Il s'en vengea en faisant renvoyer Necker à son tour, -au moyen d'une petite perfidie, analogue à celle dont il avait été -dupe[1598]. - -La Reine fut affligée de cette disgrâce. Malgré le manque de -savoir-vivre du Génevois qui, lors de sa présentation, lui avait pris -familièrement la main et l'avait baisée sans sa permission[1599], -elle avait du goût pour Necker et partagea longtemps à son égard -l'engouement populaire[1600]. C'était elle, en grande partie, -qui, malgré Maurepas, avait déterminé Louis XVI à autoriser la -publication de ce fameux Compte-rendu[1601], qui fut le premier -appel à l'intervention de l'opinion dans le maniement des finances -et l'administration de l'État. Mais le vieux ministre redoubla ses -attaques; ses railleries mordantes contre le Compte-rendu qu'il -traitait plaisamment de _Conte bleu_[1602], les critiques soulevées par -des innovations que beaucoup jugeaient dangereuses, des prétentions -parfois indiscrètes[1603] finirent, au bout de peu de temps, par -ébranler le crédit du contrôleur général, et le 19 mai 1781 il donna sa -démission, malgré les efforts de la Reine pour prévenir sa chute et le -déterminer à rester[1604]. - -Le retentissement de cette chute fut immense[1605]. «Toutes les -personnes impartiales sont affligées,» écrivait une dame de la -Cour[1606]. A Paris, en province, l'opinion s'alarmait: on voyait -presque dans cet événement la ruine du crédit de la France[1607]. -Le système de Necker, qui suppléait aux impôts par des emprunts, -flattait une nation légère et frivole, qui ne voyait que le soulagement -momentané du présent, sans songer aux charges inévitables de l'avenir, -et qui ne calculait pas que des emprunts, dont les revenus actuels ne -suffisaient pas à payer les intérêts, conduisaient fatalement et à bref -délai à des impôts écrasants ou à une banqueroute désastreuse[1608]. -Les murmures furent grands dans le public; les plus modérés, ceux mêmes -qui blâmaient certains plans de Necker, disaient qu'on eût pu contenir -son imagination et profiter de ses talents financiers. Quant à la -Reine, elle avouait hautement ses regrets; elle s'enfermait une journée -entière dans sa chambre pour pleurer[1609] et se hâtait d'écrire à son -frère qu'elle n'avait participé en rien à ce changement de ministère et -qu'elle en était très fâchée[1610]. - -Maurepas ne jouit pas longtemps de sa victoire. Le vieux ministre -s'affaiblissait visiblement: de violents accès d'un mal auquel il -était sujet, la goutte, le tourmentaient sans cesse[1611]. Au mois de -novembre 1781, le mal devint plus grave; la gangrène se déclara et -l'on perdit tout espoir. Lorsque le duc de Lauzun apporta à Paris la -brillante nouvelle de la capitulation de Cornwallis, on fut l'annoncer -au premier ministre: «Je ne suis plus de ce monde,» répondit-il. Il fit -néanmoins entrer le messager; mais l'entrevue fut courte; le vieillard -se mourait. Le 16, on lui administra les derniers sacrements; le 21, à -onze heures du soir, il rendit l'esprit. - -Il s'éteignait dans une heure de triomphe, triomphe trop fugitif, -hélas! et qui ne pouvait ni dissimuler ni conjurer les périls de -l'avenir. Maurepas avait hérité des ministres de Louis XV d'une -France épuisée, mécontente, agitée de ces tressaillements intérieurs -qui précèdent et présagent les révolutions. Après sept ans et demi -d'un pouvoir que le Roi lui avait laissé absolu pour le bien, il -disparaissait de la scène, laissant une situation aussi troublée qu'au -début, les finances obérées, une politique incertaine, l'autorité -moins respectée que jamais, battue en brèche à chaque instant par ces -pamphlets qu'il aimait tant et ces chansons où il était passé maître; -dans le peuple, mille ferments de révolte, une opinion publique irritée -de ses déceptions et d'autant plus exigeante qu'elle avait été trompée. -L'incurable frivolité du vieux ministre avait laissé tous les ressorts -se détendre, les ressources se dissiper en pure perte; il abandonnait -sans gouvernail, exposé à toutes les tempêtes, ce vaisseau de l'État -sur lequel, suivant le mot d'un contemporain, il avait été passager -plutôt que pilote[1612]. - -Louis XVI n'en regretta pas moins ce ministre qu'il s'était accoutumé à -considérer comme un mentor et à l'égard duquel les liens de l'habitude -étaient devenus ceux de l'amitié. «Ah! dit-il, les larmes aux yeux, -quand il apprit sa mort, je n'entendrai plus chaque matin mon ami -au-dessus de ma tête.» Il l'avait entouré de prévenances pendant -sa dernière maladie, et lui avait annoncé lui-même la naissance du -Dauphin[1613]. «Quand la Reine cherchait à le consoler, il répondait -qu'il n'oublierait jamais les sacrifices que lui avait faits M. de -Maurepas en quittant ses terres et la vie agréable qu'il aurait pu y -mener pour venir lui servir de père[1614].» - -Qui recueillerait ce difficile héritage? On s'en préoccupait depuis -quelque temps déjà, l'âge du premier ministre n'autorisant ni les -longs espoirs, ni les longues années. Les uns nommaient le duc de -Nivernais[1615], que le roi de Prusse favorisait, dit-on[1616]; -d'autres penchaient pour Sartines[1617], pour Machault, pour -d'Ossun[1618]; on reparlait de Choiseul, ou de Necker, des deux -peut-être, la recette et la dépense, disait une épigramme[1619]. Mme -Adélaïde, encore en faveur, poussait le cardinal de Bernis[1620]. La -Reine, qui portait sur ce point une vigilante attention et qui, dit un -chroniqueur, «avait la délicatesse de ne vouloir partager avec personne -une intimité quelle se flattait de mériter exclusivement et par son -zèle pour l'État, et par son attachement pour le Roi, et par la pureté -de ses vues[1621],» la Reine eût préféré l'archevêque de Toulouse, -Loménie de Brienne, ami de Vermond, et qui avait la réputation d'un -administrateur éminent[1622]; mais elle n'osait le proposer, sachant -que son mari avait une répugnance absolue à investir quelqu'un d'un -titre aussi important, et qu'il éprouvait une peur extrême d'être -gouverné[1623]. Elle ne se trompait pas: Louis XVI ne prit pas de -premier ministre, et Maurepas n'eut pas de remplaçant; Vergennes, le -principal personnage du cabinet, devint ministre dirigeant, mais sans -en avoir le titre[1624]. - -Joly de Fleury avait succédé à Necker aux finances; mais n'ayant -ni l'habileté ni le crédit de son prédécesseur, il ne tarda pas à -succomber sous le poids de fautes accumulées[1625]. D'Ormesson, qui -prit sa place, par la volonté expresse du Roi[1626], avec le titre -rétabli pour lui de contrôleur général, joignait à un nom illustre dans -les fastes du Parlement une réputation d'intégrité à toute épreuve. Il -n'avait que trente et un ans; comme il s'excusait sur son âge et sur -son inexpérience pour refuser le poste périlleux qu'on lui offrait: -«Je suis plus jeune que vous,» répondit Louis XVI, «et ma place est -plus difficile que celle que je vous confie.» Marie-Antoinette goûta -ce choix, et l'approbation qu'elle lui donna hautement était d'autant -plus méritoire que d'Ormesson n'avait pas craint de s'exposer à lui -déplaire. «Avant son entrée au contrôle général, raconte un historien, -il avait déjà un travail direct avec le Roi en qualité de conseiller -d'État, chargé de la direction de Saint-Cyr. La Reine lui ayant -recommandé des jeunes personnes qu'elle voulait placer dans cette -maison, il mit sous les yeux du Roi un état qui contenait leurs noms et -en marge celui de leur protectrice; mais sur le même état, il présenta -d'autres jeunes personnes, sans appui, dont il faisait valoir les -droits, et Louis XVI choisit ces dernières[1627].» - -Au contrôle général, d'Ormesson porta la même rigidité de principes -et le même désintéressement que dans le gouvernement de Saint-Cyr. -Malheureusement, en matière si délicate, l'honnêteté et le travail -même opiniâtre ne suppléent pas aux connaissances acquises. D'Ormesson -fit des fautes; ses opérations mal combinées mécontentaient les hommes -d'affaires; sa probité irritait les courtisans. On tourna son honnêteté -en ridicule, et, au bout de sept mois, il dut se retirer. - -Les intrigues recommencèrent; bien des noms furent mis en avant: Sénac -de Meilhan, intendant du Hainaut; Foulon, ancien intendant de Paris; -Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse. Ce fut l'intendant de -Flandre, M. de Calonne, qui l'emporta; il fut nommé contrôleur général -le 3 novembre 1783. - -Vingt ans auparavant, un ministre de Louis XV, M. de Boynes, écrivait -sur ce personnage les lignes suivantes: - -«Quoy que l'on dise sur M. de Calonne, je suspens encore sur luy mon -jugement, mais quant à présent, il me paraît avoir plus de brillant que -de solidité, plus de facilité que de capacité. Je crains qu'il ne doive -sa réputation à l'aisance avec laquelle il s'exprime et à un certain -air avantageux qui réussit surtout auprès des femmes[1628].» - -M. de Boynes ne s'était pas trompé. Léger, brillant, spirituel, aimable -dans toute la force du terme, d'une figure agréable avec un regard fin -et perçant, d'une taille bien prise, d'une politesse noble et aisée, -sans hauteur et sans importance, sans cette espèce de tenue empesée -qui sent l'homme de robe, avec un esprit vif, fécond en expédients -plus qu'en ressources, habile aux intrigues plus qu'aux grandes -entreprises, plus soucieux de l'élégance que de la gravité, avec une -extrême facilité pour le travail, mais une insurmontable horreur des -chiffres et une incurable frivolité, M. de Calonne avait toutes les -qualités d'un homme du monde, mais bien peu de celles d'un homme -d'État, encore moins d'un homme de finances[1629]; génie d'ailleurs -éminemment dangereux parce qu'on se laissait volontiers prendre à ses -inductions et que, partant de fausses bases et de données hasardeuses, -«son imagination enfantait et son éloquence faisait adopter des mesures -que le bon sens ni la raison ne pouvaient admettre[1630].» Distingué -jadis par Choiseul[1631], successivement intendant de Rennes, de Metz -et de Lille, mais perdu de dettes, devant à Dieu, au diable et aux -hommes, il «flairait» depuis longtemps le contrôle général[1632]. A la -chute de Necker, à laquelle il avait contribué par de petits pamphlets, -dont quelques-uns, les _Comment_, la _Lettre du marquis Caraccioli_, -avaient eu un vrai succès de persiflage, il avait espéré arriver à son -but; il jouait le piquet avec Mme de Maurepas, faisait la cour à M. de -Maurepas; mais le vieux ministre avait répondu vivement à quelqu'un -qui lui parlait de Calonne comme successeur de Necker: «Fi donc! c'est -un fou, un panier percé. Mettre les finances dans ses mains! Le trésor -royal serait bientôt aussi sec que sa bourse[1633]!» Joly de Fleury -puis d'Ormesson avaient été préférés. - -Calonne ne se découragea pas. Rebuté par le premier ministre, repoussé -par le Roi, mal vu par la Reine[1634], il se retourna du côté des -capitalistes, des courtisans et des princes. Il dit ou fit dire que -lui seul connaissait les moyens de diriger les finances d'une grande -monarchie, qu'il saurait ramener l'abondance au trésor, sans descendre -aux projets d'économie mesquine qui avaient sottement attristé la -Cour, en un mot qu'on le verrait concilier l'intérêt de la fortune -publique avec celui des fortunes particulières[1635]. «On lui crut des -talents supérieurs, parce qu'il traitait légèrement les choses les -plus sérieuses[1636]». Le comte d'Artois fut séduit; Mme de Polignac -et le comte de Vaudreuil, enthousiasmés; le lieutenant de police, -Lenoir, s'en mêla[1637]; le banquier de la Cour, M. d'Harvelay, dont -la femme était la maîtresse de Calonne, se chargea de gagner Vergennes -et lorsque d'Ormesson donna sa démission, toutes les batteries étaient -prêtes. Mme de Polignac, secondée par le baron de Breteuil, se rendit -chez la Reine, pour lui demander de patronner son protégé. La Reine -résista longtemps; mais enfin, tourmentée par sa favorite, pressée par -un homme en qui elle avait confiance, Breteuil[1638], elle promit, -non pas d'appuyer le choix de M. de Calonne, mais d'en conférer -le lendemain avec le Roi, et, ce jour-là, les instances de Mme de -Polignac, les obsessions de M. de Vaudreuil, du duc de Coigny[1639], -du comte d'Artois, les complaisances, et, dit-on, l'appui secret de M. -de Vergennes[1640], arrachèrent aux deux souverains la nomination d'un -homme pour lequel ils n'avaient ni goût ni estime[1641], mais qui avait -les sympathies des «belles dames[1642]». - -La Reine ne tarda pas à s'en repentir; elle sut mauvais gré à Mme de -Polignac de son intervention en cette affaire et ne dissimula pas son -mécontentement. Un jour même, elle se laissa entraîner à dire, chez -la duchesse, que les finances de la France passaient alternativement -des mains d'un honnête homme sans talent dans celles d'un habile -intrigant[1643]. Calonne le sut: il fit tout pour vaincre les -répugnances de la souveraine et regagner ses bonnes grâces, cherchant -à deviner ses moindres désirs, allant au-devant de tout ce qu'elle -pouvait demander[1644], flattant même ses goûts de bienfaisance et -s'efforçant d'exploiter sa charité. Dans l'hiver très rude de 1783 à -1784, le Roi avait donné trois millions pour les pauvres; Calonne vint -offrir à la Reine de lui en remettre un, afin qu'elle le fit distribuer -sous son nom et selon sa volonté. La Reine refusa et répondit que -la somme entière devait être distribuée au nom du Roi; que, quant à -elle, elle s'imposerait des privations pour ajouter au soulagement -des malheureux ce que son épargne lui permettrait de leur offrir. -Lorsque Calonne sortit, elle fit appeler Mme Campan: «Faites-moi votre -compliment, dit-elle, je viens d'éviter un piège ou tout au moins -une chose qui, par la suite, m'aurait donné de grands chagrins.» Et -elle ajouta: «Cet homme achèvera de perdre les finances de l'État. On -dit qu'il est placé par moi; on a fait croire au peuple que je suis -prodigue; je n'ai pas voulu qu'une somme du trésor royal, même pour -l'usage le plus respectable, ait jamais passé entre mes mains[1645].» - -Quoi que pût faire le contrôleur général, la Reine fut inflexible; les -prévenances même qu'il affectait vis-à-vis d'elle redoublaient son -aversion pour lui[1646]; et Calonne à son tour, obstinément repoussé -par Marie-Antoinette, devint un de ses ennemis les plus acharnés. Nous -en trouverons la preuve plus tard. - -En ce moment, l'attention de la jeune souveraine était absorbée par un -objet plus important. - -L'ambition inquiète et brouillonne de Joseph II cherchait partout des -agrandissements ou un accroissement d'influence pour l'Autriche. Déjà, -en 1780, un des archiducs, Maximilien, avait été élu coadjuteur de -Cologne. Marie-Thérèse, qui vivait encore, avait fait appel, avec cette -insistance onctueuse et pressante dont elle avait si bien le secret, -à l'affection de sa fille; elle lui avait représenté que, pour son -propre bien et _celui de la France_, il fallait prévenir les méchantes -intentions de Frédéric II, ce «mauvais voisin», dangereux pour «notre -sainte religion», dangereux pour la France et l'Autriche, dont les -intérêts étaient les mêmes[1647]. Marie-Antoinette, qui conservait une -grande sensibilité pour tout ce qui touchait personnellement ses frères -et sœurs, en particulier Maximilien[1648]; Marie-Antoinette, qui avait -le Roi de Prusse «en horreur[1649]», avait pris en main avec chaleur la -cause de son frère. Elle avait parlé à Maurepas, et Vergennes n'ayant -pas fait d'objection sérieuse[1650], le Roi ayant approuvé[1651], le -ministre de France à Cologne, le comte de Châlons, avait agi en faveur -de l'Archiduc[1652], qui avait été élu coadjuteur de Cologne et de -Munster, avec future succession. - -Quatre ans après, l'affaire menaçait de devenir plus grave; au lieu -d'une question d'Empire, c'était une question européenne. Marie-Thérèse -était morte, et Joseph II n'avait ni la sagesse de sa mère, ni la -haute considération dont elle jouissait dans le monde entier. Il avait -même froissé le sentiment français pendant la guerre d'Amérique, en ne -dissimulant pas assez son goût pour l'Angleterre[1653], et en annonçant -un projet de voyage dans ce pays, qui, à pareille date, avait vivement -blessé Marie-Antoinette[1654]. Néanmoins, ce fut encore du côté de sa -sœur qu'il se tourna, lorsque ses affaires furent embrouillées. - -Les traités de 1648 avaient fermé les bouches de l'Escaut et en avaient -confié la garde à la Hollande. L'Empereur supportait impatiemment cette -disposition si gênante pour le commerce des Pays-Bas, et surtout pour -celui d'Anvers. Déjà, lors de la guerre d'Amérique, il avait entamé -la question et avait même fait des ouvertures à la France, qui, sans -opposer, disait-il, d'objection sérieuse, avait demandé d'attendre -jusqu'à la paix[1655]. La paix faite, il reprit l'affaire, réclama la -libre navigation du fleuve, et, sur le refus des États généraux, donna -l'ordre à un de ses bâtiments de forcer le passage; les Hollandais -canonnèrent le bâtiment et le prirent[1656]. Aussitôt une armée -autrichienne se réunit sur la frontière et les États généraux, alarmés, -sollicitent le secours de la France. A Paris et à Versailles, les -esprits, toujours prévenus contre l'ambition séculaire de la maison -de Habsbourg, se prononcent avec énergie en faveur des Hollandais. -Les ministres s'assemblent et demandent une action prompte contre -l'Autriche. Et les plus ardents contre les projets de Joseph II sont -ceux-là même que l'opinion publique regarde comme les protégés de -Marie-Antoinette: le ministre de la guerre, Ségur, le ministre de la -marine, Castries, et l'ancien ambassadeur de France à Vienne, le baron -de Breteuil[1657]. - -Pour conjurer l'explosion, l'Empereur écrivit à sa sœur. Déjà, en -1783, il s'était plaint des mauvaises dispositions de la France, -qui, disait-il, oubliant trop facilement les avantages qu'elle avait -retirés de l'alliance autrichienne, voulait s'en réserver à elle -seule les bénéfices[1658]. En 1784, il renouvela ses plaintes et sa -demande. La Reine n'opposa à ces récriminations qu'une sorte de fin -de non-recevoir: son crédit, disait-elle, était bien loin d'avoir la -consistance et la force qu'on s'imaginait. Serait-il prudent à elle -d'avoir avec les ministres des scènes sur des objets pour lesquels -il était presque sûr que le Roi ne la soutiendrait pas[1659]? Louis -XVI, interpellé à son tour, offrit sa médiation et rien de plus[1660]. -L'Empereur fut mécontent de cette réserve et ne cacha pas l'humeur -qu'elle lui causait. «Aussi longtemps que la France a été engagée dans -la guerre d'Amérique, dit-il à la Marck, je me suis abstenu de faire -valoir mes droits sur la Hollande, quoique alors il eût été difficile -à la France de s'y opposer. On doit donc, à Versailles, me tenir -compte de la confiance et de la modération que j'ai montrées dans ce -temps-là[1661].» - -Toutefois, dans la lettre qu'il adressa à sa sœur, il protesta qu'il -ne prétendait aucun agrandissement territorial du côté des Pays-Bas, -mais simplement une réparation de l'insulte faite à son pavillon[1662]. -Avec le Roi, il était plus explicite: il réclamait la cession de la -place forte de Maestricht et de son territoire[1663] et, quelques jours -après, il faisait communiquer par Mercy au cabinet de Versailles une -note dans laquelle il amalgamait l'accommodement de la Hollande avec -un projet d'échange des Pays-Bas contre la Bavière, projet auquel, -disait-il, ni l'électeur Palatin, ni le duc des Deux-Ponts ne se -montraient hostiles[1664]. - -C'était revenir sur les stipulations de la paix de Teschen. Le Roi le -fit sentir à l'Empereur qui renonça à cette nouvelle prétention[1665]. - -Mais la question hollandaise n'avançait pas. Les esprits s'aigrissaient -de part et d'autre. La Reine avait beau faire tout ce qu'elle pouvait -pour les calmer[1666]; elle avait beau parler au Roi, à Vergennes, -retarder même[1667] l'envoi d'une note avec l'espérance que dans -l'intervalle une réponse plus conciliante arriverait de Vienne[1668]; -la situation se tendait. Les États généraux atermoyaient. Joseph II, -excité par Léopold, leur adressait un ultimatum[1669], et, en réponse, -ordre était donné de réunir deux corps français, l'un sur les bords du -Rhin, l'autre sur la frontière de Flandre, sous les ordres du prince de -Condé[1670]. - -La Reine était alarmée au dernier degré; ses affections, ses intérêts -étaient en jeu; son cœur et sa raison répugnaient à une guerre, qui -eût été, à ses yeux, _fratricide_; elle ne pouvait envisager sans -frémir la rupture d'une alliance dans laquelle une mère adorée, qu'elle -pleurait encore, l'avait habituée à voir la sauvegarde de la paix du -monde, la plus sûre garantie du bonheur des peuples et l'appui de -«notre sainte religion». Sa dissolution lui enlèverait à tout jamais -«le bonheur et la tranquillité[1671]». Elle se méfiait de Vergennes, -et elle n'avait pas tort. Les sympathies de Vergennes étaient pour -la Prusse, au point d'écrire cette phrase, dont la réalisation en ce -siècle a produit les tristes résultats que nous savons: «S'il fallait -opter entre la conservation des branches de la Maison de Bourbon -en Italie et celle de la puissance prussienne en Allemagne, il n'y -aurait pas à hésiter entre l'abandon des premiers et le maintien de la -seconde[1672].» La Reine remarquait que le langage du Roi, lorsqu'elle -le voyait seule et la première, était tout différent de celui qu'il -tenait lorsqu'il avait conféré avec son ministre[1673]. Ne devait-elle -pas penser qu'au fond les opinions de son mari se rapprochaient des -siennes propres et que Vergennes seul l'en détournait? Et si elle se -trompait dans ses jugements, cette duplicité apparente était-elle -bien de nature à l'éclairer? Aussi ne voulait-elle voir le Roi et le -ministre qu'en présence l'un de l'autre[1674] et multipliait-elle les -démarches pour arriver à une solution; elle avait hâte d'en finir, afin -de prévenir un conflit près d'éclater[1675]; elle pressait le Roi, les -ministres, aussi bien que l'Empereur, de ne pas élever des difficultés -et des prétentions nouvelles[1676]. Mais quelle que pût être sa -confiance,—nous pourrions dire ses illusions,—dans le désintéressement -de son frère, elle ne perdait jamais de vue les intérêts supérieurs du -pays dont elle était souveraine, et un jour que l'ambassadeur de Suède, -dans une audience particulière, avait amené l'entretien sur cette grave -question de la Hollande qui préoccupait toutes les Cours, la Reine, -après s'être exprimée en toute franchise dans le laisser-aller d'une -conversation privée, ajouta vivement: «Au reste, vous pouvez être très -persuadé que je ne me mêlerai de rien quand on aura pris un parti, et, -dans tous les cas, que je n'oublierai jamais, malgré mon amitié pour -l'Empereur, que je suis reine de France et mère du Dauphin[1677].» -Et malgré son peu de sympathie pour Vergennes, elle refusait par -deux fois de recevoir le duc de Choiseul et sa sœur la duchesse de -Gramont, ennemis acharnés du ministre[1678]. D'autre part, elle -suppliait Joseph II de mettre le Roi à même d'amener les Hollandais -à la réparation qu'ils lui devaient, en les rassurant sur toute vue -de conquête ou d'agrandissement, et lors même qu'elle engageait son -frère à parler un langage ferme, c'était pour arriver plus vite à une -solution, tant elle avait hâte de voir évanouir ce fantôme de guerre -qui l'obsédait[1679]. - -A force de négociations, d'échange de lettres et de dépêches, on -parvint enfin à formuler les propositions suivantes: L'Empereur -renoncerait à l'ouverture de l'Escaut[1680]; les Hollandais offriraient -pour l'insulte faite au pavillon autrichien une réparation verbale et -céderaient Maestricht, mais cette place étant considérée par eux comme -un boulevard nécessaire du côté de l'Allemagne, l'Empereur la leur -rétrocéderait aussitôt, moyennant une indemnité financière[1681]. Les -États généraux acceptèrent; ils consentirent aux excuses et les firent -faire aussitôt à Vienne par deux députés, le comte de Wassenaer et le -baron de Leyden[1682]. Mais, avec leurs instincts de commerçants, ils -marchandaient sur le prix à payer[1683]; Joseph II demandait 9.500.000 -florins, la République ne voulait donner que cinq millions. L'affaire -traînait en longueur; l'arrangement, fixé au 1er[1684], puis au 15 -mars, était reporté au 15 septembre; les esprits s'aigrissaient; -l'Empereur s'impatientait de ces délais successifs; la Reine s'en -impatientait plus encore, moins, disait-elle, par ressentiment que -dans le désir d'arriver le plus promptement possible à une bonne -solution[1685] et pour éviter la guerre[1686]. - -Il fallait en finir. La France se chargea de la partie de la dette -que ne voulaient point assumer les États généraux; mais, dit un -historien, «en s'assurant des avantages qui dépassaient beaucoup ce -sacrifice[1687]; et les préliminaires de paix furent enfin signés le -20 septembre 1785[1688], suivis, six mois après, d'un traité entre la -France et la Hollande. Une générosité pareille était de l'habileté, -et les gens sages estimèrent que ce n'était point payer trop cher la -conservation de la paix européenne et le maintien de deux alliances, -dont l'une nous garantissait pour longtemps d'une guerre continentale, -dont l'autre nous avait tout récemment rendu d'importants services dans -la guerre maritime contre l'Angleterre. - -Mais le public, dont les vues sont courtes en politique, blâma ce qui -lui semblait une prodigalité. Il en rendit Marie-Antoinette responsable -et prétendit qu'elle envoyait à son frère les millions de la France; -mensonge indigne que réfute le simple exposé des faits et que Joseph -II lui-même a pris soin de démentir, lorsqu'il disait à son lit de mort: - -«Je n'ignore pas que les ennemis de ma sœur Antoinette ont osé -l'accuser de m'avoir fait passer des sommes considérables. Je déclare, -prêt à paraître devant Dieu, que c'est une horrible calomnie[1689].» - -Ce n'était plus une affaire politique que celle qui, à peu près vers la -même époque, préoccupait tous les esprits en France, et cependant cette -affaire, qui semblait purement littéraire, prit toutes les proportions -d'une grosse question politique et fit verser plus d'encre, répandre -plus de propos, dépenser plus de diplomatie, nouer plus d'intrigues -que s'il se fût agi d'un traité entre deux puissances. A vrai dire, -c'étaient bien deux puissances qui étaient en jeu: l'antique puissance -de la monarchie, la puissance plus jeune de l'opinion publique. La -nouvelle comédie de Beaumarchais, _le Mariage de Figaro_, serait-elle -ou ne serait-elle pas jouée? Tel était le problème qui passionnait les -salons et les académies. La pièce avait été reçue au Théâtre-Français -dès la fin de 1781; mais la censure s'opposait à sa représentation, -et, au commencement de 1784, cette représentation n'avait point eu -lieu encore. Le Roi s'était fait lire le manuscrit par Mme Campan, -en présence de la Reine; il avait été profondément froissé du ton -libertin qui y régnait et des attaques sans nombre que contenait la -pièce contre l'administration et les institutions du pays, contre la -plupart des idées reçues qui formaient la base de l'ordre national -d'alors. Son bon sens comprenait le péril de semblables insinuations, -soulignées et commentées par l'esprit frondeur de l'époque. A la tirade -contre les prisons d'État, il se leva brusquement: «C'est détestable, -s'écria-t-il; cela ne sera jamais joué. Il faudrait détruire la -Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une -inconséquence dangereuse. Cet homme se joue de toutes les choses qu'il -faut respecter dans un gouvernement.»—«La pièce ne sera donc pas -jouée?» demanda la Reine.—«Non, certainement, répondit Louis XVI; vous -pouvez en être sûre[1690].» - -Mais Beaumarchais avait dit: la pièce sera jouée, et ce fut -Beaumarchais qui l'emporta. Il avait contre lui le Roi et le garde des -sceaux; mais il avait pour lui le public et une partie de la Cour. -Intrigant habile et roué, il avait sous main, par de petites rumeurs -adroitement répandues, grâce à la complicité des uns, à la sottise et -à la vanité des autres, surexcité l'opinion et éveillé la curiosité. -Chacun voulait connaître cette œuvre, dont les ministres prenaient -ombrage, qu'il était interdit de représenter mais qu'il n'était pas -défendu de lire. Beaumarchais, tout en ayant l'air de se dérober, comme -la nymphe de Virgile, et de refuser, par considération pour la volonté -du Roi, était enchanté de céder à des désirs si vivement manifestés; il -lisait lui-même et c'était à qui obtiendrait la faveur de l'écouter, -soit chez lui, soit dans les plus brillants salons. Des évêques, des -archevêques ne dédaignaient pas de figurer dans l'auditoire[1691]. -«Chaque jour, raconte Mme Campan, on entendait dire: «J'ai assisté ou -j'assisterai à la lecture de la pièce de Beaumarchais[1692].» En homme -qui ne néglige aucun moyen, l'auteur avait préparé pour ces séances -un manuscrit élégant, lié avec des faveurs roses et sur lequel était -écrit en gros caractères: _Opuscule comique_. «Singulier titre, dit -justement M. de Loménie, pour une volumineuse comédie en cinq actes, -sorte de levier qui a contribué à faire sauter l'ancien régime[1693].» -Mais alors tout était affolé. Les grands seigneurs étaient les premiers -à applaudir à la satire de leurs mœurs, à une machine de guerre dirigée -non seulement contre leurs privilèges, mais même contre leur légitime -influence. «Il n'y a que les petits esprits qui craignent les petits -écrits,» disait Figaro dans la pièce. Personne ne voulait passer pour -un petit esprit. Le baron de Breteuil, le comte de Vaudreuil, Mme -de Polignac se rangeaient parmi les partisans de Beaumarchais. La -princesse de Lamballe lui dépêchait le duc de Fronsac pour solliciter -la grâce d'une lecture chez elle, et l'habile comédien n'y consentait -qu'après s'être fait longtemps prier. Quand le comte et la comtesse du -Nord vinrent en France, ils voulurent connaître _le Mariage de Figaro_. -«La pièce nous intéressa beaucoup,» dit la baronne d'Oberkirch[1694]. -Fort de toutes ces approbations, Beaumarchais écrivit au lieutenant -de police pour réclamer de nouveau l'autorisation de faire jouer son -œuvre, en affirmant qu'il y avait fait de grands changements[1695]. -Le lieutenant de police, ou plutôt le garde des sceaux, fit la sourde -oreille; mais en juin 1783 les sollicitations devinrent plus pressantes -et la permission fut accordée. Les acteurs de la Comédie-Française -reçurent ordre d'apprendre la pièce, et le premier gentilhomme de la -chambre autorisa M. de la Ferté à prêter pour ce spectacle l'hôtel des -Menus Plaisirs. Les billets étaient distribués à toute la Cour; déjà -les équipages se pressaient à la porte du théâtre; la salle était à -demi garnie; à la dernière minute, la représentation fut interdite -par lettre de cachet. On juge de la rumeur. «Cette défense du Roi, -dit Mme Campan, parut une atteinte à la liberté publique. Toutes les -espérances déçues excitèrent le mécontentement à tel point que les mots -d'_oppression_, de _tyrannie_, ne furent jamais prononcés, dans les -jours qui précédèrent la chute du Trône, avec plus de véhémence[1696].» - -Louis XVI avait cru faire un acte de vigueur; il ne le soutint pas, -et ce fut un acte de faiblesse. Lui-même se méfiait de sa fermeté: -«Vous verrez, dit-il un jour, que M. de Beaumarchais aura plus de -crédit que M. le garde des sceaux.» Singulier signe du temps et plus -étrange signe de caractère que ce mot d'un souverain qui faisait si -bon marché de son autorité et de celle de ses ministres. Il ne se -trompait pas d'ailleurs: trois mois après cette interdiction, la pièce -était représentée, non pas encore en public, mais devant une partie -de la Cour et en présence d'un frère du Roi. C'était M. de Vaudreuil -qui, voulant offrir dans sa maison de Gennevilliers un divertissement -nouveau et piquant, s'était chargé d'obtenir la levée de la défense. -Comment l'obtint-il? Nous ne savons. La seule chose certaine, c'est -la vivacité des désirs de cette société frivole. «Hors du _Mariage -de Figaro_ point de salut,» écrivait Vaudreuil au duc de Fronsac, et -celui-ci dépêchait en toute hâte un courrier à Beaumarchais, alors en -Angleterre, afin d'obtenir prompte satisfaction pour l'impatience de -son ami, de «ces dames», et du comte d'Artois[1697]. - -La brèche était faite. «La présence de Mgr le comte d'Artois et le -mérite réel de cette charmante pièce détruisaient enfin tous les -obstacles qui avaient retardé la représentation et conséquemment le -succès,» écrivait M. de Vaudreuil à l'auteur[1698]. Il ne s'agissait -plus que de trouver un biais pour achever de démanteler la place. -Le biais fut trouvé. Le Roi, assailli de sollicitations, répondit -qu'il y avait encore des choses qui ne devaient pas rester dans -l'ouvrage; qu'il fallait nommer de nouveaux censeurs et que l'auteur -ferait d'autant plus facilement des coupures que la pièce était -longue. C'était capituler. Les nouveaux censeurs ne s'y trompèrent -pas: ils demandèrent quelques modifications sans importance et, le -27 avril 1784, _le Mariage de Figaro_ fut joué au Théâtre-Français. -Louis XVI croyait à un échec; convaincu que les suppressions exigées -retrancheraient tout l'intérêt et par là enlèveraient toute la saveur -de la pièce, il demanda à M. de Montesquiou: «Eh bien, qu'augurez-vous -du succès?»—«Sire, j'espère que la pièce tombera.»—«Et moi aussi,» -répliqua le Roi[1699],—«Oui, disait de son côté Sophie Arnould, c'est -un ouvrage à tomber cinquante fois de suite.» - -On sait qui eut raison, de Louis XVI ou de Mlle Arnould. «Il y -a quelque chose de plus fou que ma pièce,» disait Beaumarchais -lui-même, «c'est le succès.» Qui ne connaît le tableau de la première -représentation? Tout Paris s'étouffant aux abords du théâtre; «les -cordons bleus confondus dans la foule et se coudoyant avec les -Savoyards; les gardes dispersés, les portes enfoncées, les grilles de -fer brisées sous les efforts des assaillants[1700];» la salle comble; -Monsieur lui-même venu en grand équipage; le parterre et les loges, -agressifs ou frivoles, saluant d'acclamations bruyantes toutes ces -tirades spirituelles ou cyniques, qui minent audacieusement l'ordre -de choses établi; et, au fond d'une loge grillée, trois hommes, dont -le nom personnifie trois des puissances du temps, la littérature, le -Parlement, le gouvernement: Beaumarchais, l'abbé Sabattier, l'abbé de -Calonne, réunis après un joyeux dîner, jouissant ensemble de ce succès -tant attendu, ou plutôt assistant gaiement à ce tumulte, qui est comme -le prélude et l'image de l'assaut livré à la monarchie. - -Quelle fut la part de la Reine dans toute cette affaire? Il est -assez difficile de l'établir. Mme Campan prétend qu'elle «témoigna -son mécontentement à toutes les personnes qui avaient aidé l'auteur -du _Mariage de Figaro_ à surprendre le consentement du Roi pour la -représentation de sa comédie[1701]». D'un autre côté, le regretté -historien de Beaumarchais, M. de Loménie, cite une lettre du duc de -Fronsac à Papillon de la Ferté, qui contient cette phrase: «La Reine -m'a dit que le Roi consentait à ce que _le Mariage de Figaro_ fût joué -à Gennevilliers[1702].» Marie-Antoinette fut-elle simplement chargée de -redire à MM. de Fronsac et de Vaudreuil la parole du Roi? Se fit-elle -près de son mari l'interprète des désirs de son beau-frère et de son -amie? M. de Loménie penche vers la dernière hypothèse et il part de là -pour démentir Mme Campan. Nous pensons que les deux opinions ne sont -pas inconciliables. Il se pourrait,—quoique cela ne soit nullement -établi,—que, cédant aux obsessions de sa société, la Reine ait aidé M. -de Vaudreuil à obtenir de Louis XVI l'autorisation qu'il sollicitait. -Mais il est fort probable aussi qu'elle ait cru, comme l'affirme Mme -Campan, que Beaumarchais avait fait, dans son œuvre, les «grands -changements» dont il se vantait dans sa lettre au lieutenant de police; -que ce soit dans cette pensée, et pour «juger les sacrifices faits -par l'auteur», qu'elle ait appuyé la demande que faisait, sous _ce -prétexte même_[1703], M. de Vaudreuil, et qu'ensuite, désabusée sur -l'étendue de ces _sacrifices_ de Beaumarchais, elle n'ait pas dissimulé -son mécontentement à ceux qui s'étaient ainsi prêtés à la tromper et -à tromper le Roi[1704]. Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'elle -n'assista pas à la représentation de Gennevilliers, et qu'on ne la voit -plus paraître, à aucun titre, dans les négociations qui suivirent pour -obtenir une permission de représentation publique, pour laquelle Louis -XVI, nous l'avons dit, exigea l'examen de deux nouveaux censeurs. - -Mais la Reine était femme; elle était vive; elle oubliait vite, trop -vite même, les offenses surtout. Le Roi, dans un moment d'humeur, -provoqué, dit-on, par une plainte de Monsieur, avait envoyé -Beaumarchais non pas à la Bastille, mais, ce qui était plus humiliant, -à Saint-Lazare. La Reine, comme le public, et le Roi lui-même, quand -il fut plus calme, vit là une injustice; elle voulut la réparer -délicatement: elle entreprit de jouer elle-même, sur son petit théâtre -de Trianon, non pas sans doute _le Mariage de Figaro_, mais _le -Barbier de Séville_, et par une distinction inusitée, elle y invita -l'auteur. Les répétitions se firent sous la direction de Dazincourt, -qui venait de remporter un éclatant succès dans _le Mariage de Figaro_; -la représentation eut lieu le 19 août 1785. La Reine jouait Rosine; -elle affectionnait ces rôles de jeune femme, moitié naïve, moitié -rusée, simple et coquette à la fois. Le comte d'Artois faisait Figaro; -M. de Vaudreuil, Almaviva; le duc de Guiche, Bartholo; le bailli de -Crussol, Basile. C'était un spectacle en tout petit comité; au dire de -Grimm, ce fut un succès. «Le petit nombre de spectateurs admis à cette -représentation, écrit-il, y a trouvé un accord, un ensemble qu'il est -bien rare de voir dans des pièces jouées par des acteurs de société; -on a remarqué surtout que la Reine avait répandu, dans la scène du -4me acte, une grâce et une vérité qui n'auraient pu manquer de faire -applaudir avec transport l'actrice même la plus obscure.» - -«Nous tenons ces détails, ajoute-t-il, d'un juge sévère et délicat, -qu'aucune prévention de cour n'aveugle jamais sur rien[1705].» - -Pour l'artiste, c'était un triomphe; pour la souveraine, une -imprudence. Si petit que fût le nombre des spectateurs, le bruit -d'une pareille représentation dépassa vite les bornes de l'étroite -enceinte où elle était renfermée, et il devait paraître étrange de -voir un prince du sang lancer,—le fît-il avec talent,—sur le théâtre -particulier de la Reine, ces vives ironies de Figaro, qui n'étaient, -sous une forme plus gaie, que l'éternelle et envieuse protestation de -tout ce qui est petit contre ce qui est grand. - -Était-ce donc, de la part de Marie-Antoinette, fantaisie irréfléchie, -entraînement du plaisir, vanité d'artiste, simple entêtement féminin? - -Nous croyons qu'il y eut plus et mieux que cela. - -Peut-être cette entreprise, née d'une pensée de bienveillance et de -réparation,—c'est l'opinion de Grimm,—pour un auteur injurieusement -traité, poursuivie d'abord par l'attrait d'un divertissement aimé, ne -fut-elle poussée jusqu'au bout que dans un sentiment délicat de respect -de soi-même. Peut-être la Reine craignit-elle que, si elle renonçait -à un projet préparé et annoncé à l'avance, elle ne parût plus émue -qu'il ne convenait à son honneur et à sa dignité du grave événement qui -mettait le palais en rumeur et que la méchanceté populaire était prête -à exploiter contre elle. Quatre jours auparavant, en effet, un violent -coup de tonnerre avait éclaté dans ce ciel de Versailles, qui, depuis -quelque temps, se chargeait de tant de nuages. - -On était en plein procès du Collier. - - - - -CHAPITRE XX - - Procès du Collier[1706]. - - -Une intrigante, un faussaire et une dupe: tels sont les auteurs -principaux, tel est en trois mots le résumé du drame étrange, ou plutôt -de l'immense escroquerie, qui porte dans l'histoire le nom de _Procès -du Collier_. - -L'intrigante, ce fut la comtesse de la Motte-Valois; le faussaire, -Rétaux de Villette; la dupe, le prince Louis de Rohan, archevêque de -Strasbourg, grand aumônier de France et cardinal; la victime vraie, la -Reine. - -Ce n'était cependant pas la première fois que des fripons abusaient du -nom de Marie-Antoinette. Dès 1777, la femme d'un trésorier de France, -nommé Cahouet de Villiers, jadis mêlée aux intrigues qui avaient porté -à la Cour Mme du Barry[1707], avait donné l'exemple et en quelque sorte -tracé la voie à Mme de la Motte. Intimement liée avec un intendant -des finances de la Reine, M. de Saint-Charles, elle avait réussi, par -l'intermédiaire de ce dernier, à se procurer un registre aux armes de -Marie-Antoinette et des ordonnances à brevet, signées d'avance; puis, -en contrefaisant habilement l'écriture royale, elle avait fabriqué de -fausses lettres, où la jeune princesse dans le style le plus familier -et le plus tendre, la priait de faire pour elle l'acquisition de -divers objets de fantaisie[1708]. Ces billets et ce registre, montrés -avec un certain mystère; des confidences, habilement semées sur de -prétendues audiences obtenues à Versailles, avaient accrédité l'opinion -que Mme de Villiers jouissait en effet d'une auguste confiance. -Poussant alors l'audace plus loin, elle inventa de nouvelles lettres, -où la Reine la chargeait de lui procurer des sommes relativement -considérables, dont elle avait, disait-elle, un pressant besoin, et -qu'elle n'osait pas demander au Roi. Dupes de ce crédit supposé, et -jaloux de faire ainsi leur cour à leur souveraine, un trésorier du -duc d'Orléans, Béranger, et un banquier, nommé de Lafosse, remirent à -l'intrigante, le premier cent mille écus, le second cent mille francs. - -Mais Béranger eut des doutes; il les communiqua à M. de Sartines; la -fraude fut découverte; Mme de Villiers arrêtée. Mercy aurait voulu -que la connaissance de cette ténébreuse machination fût renvoyée à -la justice ordinaire. «Tout ce qui tient à la gloire de la Reine, -disait-il, doit être mis dans le plus grand jour[1709].» Mais le -comte de Maurepas s'opposa à un jugement public. Craignit-il l'éclat -du scandale? Eut-il peur, comme l'insinuaient quelques-uns, que son -neveu d'Aiguillon fût impliqué dans l'affaire[1710]? Toujours est-il -qu'une commission spéciale fut saisie du procès. M. de Villiers, mis -personnellement hors de cause, mais condamné au remboursement des -sommes volées, fut ruiné par cette restitution; sa femme fut enfermée -à Sainte-Pélagie, et l'affaire, après avoir fait un peu de bruit, ne -tarda pas à être oubliée[1711]. - -Mais si hardie que fût l'entreprise, qu'était-ce que ce misérable -larcin de quatre cent mille francs, à côté du coup de main gigantesque, -rêvé et exécuté par Mme de la Motte? - -Jeanne de Saint-Rémy-Valois, comtesse de la Motte, descendait d'un -baron de Saint-Rémy, fils naturel de Henri II. Dernier représentant -de cette branche d'origine royale, jadis propriétaire des importants -domaines d'Essoye, de Fontette et de Vazelle, mais depuis longtemps -tombé dans la misère, son père, après avoir vécu de chasse et de -maraudage[1712], était mort à l'hôpital; sa mère avait suivi un -soldat. Restée sans ressources, avec un frère plus jeune qu'elle, -Mlle de Saint-Rémy avait d'abord vécu de la charité publique. Le -curé de sa paroisse, ému de compassion pour ces tristes débris d'une -race déchue, les avait recommandés à l'évêque de Langres, Mgr de la -Luzerne, et à la marquise de Boulainvilliers, femme du prévôt de Paris, -qui habitait aux environs de Fontette. Le prélat et la grande dame -s'intéressèrent aux enfants, mirent le fils dans une maison d'éducation -à Bar-sur-Seine[1713] et les filles en pension à Passy[1714], où Mme de -Boulainvilliers les prit sous sa protection. - -«Ainsi, dit le comte Beugnot, qui les avait beaucoup connus, les -derniers descendants de Valois passèrent de l'état presque sauvage à -l'état civilisé[1715].» Six ans après, Jeanne de Saint-Rémy sortit de -la pension de Passy et fut placée chez une maîtresse, où elle resta -trois années pour apprendre l'état de couturière[1716]. - -D'un autre côté, Mgr de la Luzerne avait fait remettre à Chérin les -papiers des orphelins. Chérin vérifia la généalogie, en reconnut -l'authenticité, et, sur un certificat délivré par lui, le Roi accorda -au fils du baron de Valois une pension de huit cents francs et son -admission gratuite dans la marine, où il se conduisit bien et parvint -au grade de lieutenant de vaisseau; à chacune des filles, une pension -égale à celle de leur frère «à titre de subsistance[1717]», et, au -bout de deux années passées chez Mme de Boulainvilliers, une place à -l'abbaye d'Yerres, près Montgeron d'abord[1718], puis à l'abbaye de -Longchamps, avec l'espérance secrète que le fils prononcerait ses vœux -dans l'ordre de Malte, et que les filles, une fois entrées au couvent, -n'en sortiraient plus[1719]. - -Mais ce n'était pas l'affaire de Mlle de Valois, qui ne se sentait -aucun goût pour la vie religieuse. Un beau matin, les deux sœurs -s'évadèrent de Longchamps et, après un voyage accidenté, vinrent -échouer à Bar-sur-Aube, à l'auberge de la _Tête-rouge_, avec six francs -dans leur poche. Une dame du pays, Mme de Surmont, touchée de pitié, -les reçut chez elle et les mit momentanément à l'abri du besoin[1720]. - -Jeanne de Saint-Rémy, sans être précisément belle, avait cette grâce -piquante qui séduit souvent plus que la beauté. Sa taille était -médiocre, mais svelte et bien prise; sa bouche trop grande mais bien -garnie; ses yeux bleus, cachés sous des sourcils noirs; sa main bien -faite; son pied très petit; son teint d'une blancheur remarquable; -son sourire enchanteur. Sans instruction, mais d'un esprit vif et -pénétrant, d'un caractère entreprenant et hardi, affectant au besoin -la timidité et la douceur, mais résolue à arriver à son but, sans -principes d'ailleurs qui la gênassent, elle voulut plaire et elle -plut. Un neveu de Mme de Surmont, le comte de la Motte, qui servait -dans la gendarmerie, était venu en congé de semestre dans sa famille; -au bout de peu de mois, le 6 juin 1780, un mariage nécessaire faisait -de lui l'époux de la descendante de Henri II. Il apportait à sa femme -un beau nom, une expression de figure assez aimable, malgré un visage -laid, beaucoup de dettes et peu de scrupules, une grande habileté -aux exercices du corps, et un esprit tourné vers les aventures -subalternes[1721]. - -Il fallait vivre, et l'on n'avait rien qu'une pension de huit cents -livres. Mme de Surmont avait mis le jeune ménage à la porte de chez -elle. Une sœur de M. de la Motte, Mme de Latour, chez qui l'on se -retira dans le premier moment, «n'ayant elle-même qu'un peu moins -qu'il lui fallait pour vivre, ne pouvait pas longtemps supporter -la survenance des deux nouveau venus[1722].» Le mari rejoignit son -régiment à Lunéville et Nancy. Mais la misère venait: on résolut -d'exploiter le certificat de Chérin et le souvenir des Valois. On eut -recours à Mme de Boulainvilliers, qui, toujours bienveillante pour -sa protégée, la présenta, au mois de septembre 1781[1723], au grand -aumônier de France, le cardinal de Rohan, en ce moment à son château -de Saverne. - -C'était un premier pas; mais Mme de la Motte rêvait mieux. Au mois -de novembre de la même année, M. de la Motte donna sa démission, et -les deux époux partirent pour Paris, ce grand refuge de tous les -intrigants et tous les déclassés. Le malheur les y poursuivit; à peine -y étaient-ils arrivés que leur protectrice, Mme de Boulainvilliers, -mourut de la petite vérole[1724]. Mme de la Motte ne se découragea -pas: elle s'installa avec son mari dans un mauvais hôtel garni de la -rue de la Verrerie, l'hôtel de Reims[1725], y vécut de privations et -d'expédients, multiplia ses démarches, obtint pour M. de la Motte -une place de surnuméraire dans les gardes du corps de M. le comte -d'Artois, eut une audience du maréchal de Richelieu[1726], se fit -voir à Versailles, y prit une chambre garnie, pénétra jusqu'au salon -de service de Madame, feignit d'y tomber en défaillance, et reçut de -la princesse, émue de pitié, un secours de quelques louis, s'adressa -de tous côtés, à M. d'Ormesson, à M. de Calonne, à la duchesse -d'Orléans, en obtint des sommes peu considérables, aumônes plutôt -que présents[1727], échoua près de la comtesse d'Artois[1728], rêva -dès lors, et malgré ces échecs, de s'élever plus haut, jusqu'à la -Reine[1729]; alla, en attendant, à Luciennes, solliciter de Mme du -Barry une place de dame de compagnie, ou tout au moins la remise d'un -placet au Roi[1730]; puis enfin, criblée de dettes, ne recevant que -des paroles vagues ou de maigres secours, ne sachant à quel saint se -vouer, se retourna vers le grand seigneur auquel l'avait recommandée sa -protectrice, et, au mois de juin 1782, demanda une audience au cardinal -de Rohan. Elle le vit, lui plut, le toucha par le tableau de sa misère, -revint le voir; avec son esprit vif et pénétrant, ne tarda pas à le -juger, et, sentant qu'elle avait trouvé là, dans ce prélat vaniteux, -prodigue et libertin, une mine aussi abondante que facile, s'y attacha -et ne le quitta plus. - -Louis-René-Edouard, prince et cardinal de Rohan, grand aumônier de -France, n'étant encore que coadjuteur de son oncle, l'évêque de -Strasbourg, et connu alors sous le nom de prince Louis, avait été -nommé, en 1771, grâce à l'influence de deux membres de sa puissante -maison, la comtesse de Marsan et le prince de Soubise, ambassadeur -à Vienne. Une assez mauvaise réputation l'y avait précédé, et -Marie-Thérèse avait été tentée un moment de refuser ce «mauvais -sujet[1731]», «plus soldat que coadjuteur[1732],» disait la Reine. -Léger, peu sûr, d'un caractère porté à l'intrigue, libéral et fastueux -jusqu'à la prodigalité, sans jugement et sans mœurs, mais avec une -tournure noble[1733], les dehors séduisants d'un homme du monde et les -grandes manières d'un homme de race, le prince de Rohan était à la fois -l'idole des dames et un sujet de scandale pour les gens sérieux. Sa -conduite en Autriche ne démentit pas l'opinion qu'on s'était formée sur -son compte. Il avait cherché d'abord à se concilier les bonnes grâces -de l'Impératrice, en affichant une réserve presque puritaine; mais la -contrainte qu'il s'était imposée ne put durer, et, au bout de deux -mois à peine, Marie-Thérèse écrivait: - -«Je ne saurais donner mon approbation à l'ambassadeur Rohan; c'est -un gros volume, farci de bien mauvais propos, peu conformes à son -état d'ecclésiastique et de ministre, et qu'il débite avec impudence -en toute rencontre; sans connaissance d'affaires et sans talents -suffisants, avec un fonds de légèreté, présomption et inconséquences. -On ne saurait faire compte ni sur ses explications, ni sur ses -rapports. La cohue de sa suite est de même, sans mérite et sans -mœurs. Je ne vous le dis pas dans le but de vous faire demander son -rappel; mais si sa Cour prenait elle-même ce parti, je serais très -contente[1734].» - -Pendant deux ans, ce furent les mêmes plaintes contre «ce mauvais -original d'extravagances et d'étourderies[1735]», qui ne respectait -rien, pas même son caractère sacré, et se qualifiait cyniquement -lui-même de «prêtraille[1736]». La conduite des gens de l'ambassade -n'était pas mieux réglée que celle de l'ambassadeur; valets et maître -étaient à l'unisson. - -Tandis que les premiers maltraitaient les secrétaires de la Cour, -foulaient aux pieds de leurs chevaux les sentinelles du palais, -rouaient de coups les paysans des environs, se faisaient rosser à -leur tour, et, par leurs provocations perpétuelles, réveillaient, -chez le peuple de Vienne, les vieilles antipathies nationales contre -les Français, le second usait de ses privilèges d'ambassadeur pour se -livrer à la contrebande, ce qui ne l'empêchait pas d'être perdu de -dettes, malgré sa grande fortune et ses riches abbayes, traversait -en équipage de chasse une procession de la Fête-Dieu, bravait -l'opinion, narguait l'Impératrice, supposait de fausses lettres de -Marie-Thérèse[1737], inondait la Cour de Versailles et les salons de -Paris, voire même ceux de Vienne, de propos méchants et mensongers -contre la mère et la fille, et réussissait même à soulever contre -la Dauphine la mauvaise humeur de l'Empereur[1738]. Son secrétaire, -l'abbé Georgel, ancien Jésuite, intrigant, vindicatif, l'aidait -puissamment dans cette honnête besogne de calomnies et de fabrications -de lettres[1739]. - -Les choses en étaient venues à ce point que Marie-Thérèse redoutait -pour sa fille la rancune du prince Louis[1740] et que l'ardeur avec -laquelle elle souhaitait son départ la laissait même indifférente -au choix de son successeur[1741]. En revanche, la société de -Vienne ne déguisait pas ses sympathies pour un personnage dont -les larges dépenses, le grand train de maison, les manières -galantes l'éblouissaient; toutes les dames, jeunes ou vieilles, -laides ou belles, raffolaient de lui[1742]. Joseph II, tout en le -méprisant[1743], s'amusait de ses «bavardages et turlupinades», et -Kaunitz, plus soucieux des intérêts de la politique que de ceux -de la morale, s'arrangeait fort d'un ministre dont la légèreté ne -«l'incommodait pas[1744]». - -On a voulu faire du prince de Rohan une victime des ressentiments -de l'Autriche, sacrifiée par Marie-Antoinette, parce qu'il avait -habilement découvert les secrets de la diplomatie impériale. La -réponse à cette assertion de quelques historiens se trouve dans cette -phrase de Marie-Thérèse: «L'ambassadeur Rohan est toujours le même; -l'Empereur et Kaunitz le goûtent assez; l'un s'amuse à lui faire dire -des misères et l'autre est content de son peu de capacité[1745].» La -vérité est que le futur héros du procès du Collier n'était pas meilleur -diplomate qu'il n'était prélat régulier, et que Marie-Antoinette, en -lui témoignant en toute circonstance une invincible antipathie, n'a -pas eu à servir les rancunes de sa famille; elle n'a fait que céder à -la répugnance naturelle d'une âme honnête pour un prêtre si peu digne -de son état. Le duc d'Aiguillon lui-même appréciait son agent à sa -juste valeur[1746], et si le prince Louis conservait un poste qu'il -remplissait si mal, il le devait aux mêmes causes qui l'y avaient -élevé, au crédit de sa famille et aux intrigues du prince de Soubise et -de la comtesse de Marsan. - -Ce crédit baissa avec l'avènement de Louis XVI, et un des premiers -actes du nouveau souverain fut le rappel d'un ambassadeur qui, disait -la Reine, «déshonorait la France plus encore qu'il ne scandalisait -l'Autriche[1747].» Les dames de Vienne furent au désespoir et ne -se consolèrent qu'en portant, monté en bague, le portrait de leur -favori[1748]. - -Joseph II et Kaunitz avaient leurs motifs de regrets. On fit des -démarches à Versailles afin d'obtenir le maintien de l'ambassadeur, -ou tout au moins pour lui un témoignage éclatant de faveur. Le Roi -fut inflexible: il refusa de recevoir le prince de Rohan; la Reine -ne voulut pas lui parler[1749]. Une pension de cinquante mille livres -pour payer ses dettes, jusqu'à ce qu'il fût en possession de l'évêché -de Strasbourg, fut le seul dédommagement de sa disgrâce[1750]. Mais les -Rohan ne se décourageaient pas: leur ambition, toujours en éveil pour -celui sur lequel reposaient, pensaient-ils, les meilleures espérances -de leur race[1751], ne négligeait aucun moyen d'influence: le prince -de Soubise, la princesse de Guéménée, sa fille, alors particulièrement -bien vue de la Reine, la comtesse de Marsan surtout, l'âme de toutes -ces intrigues et qui, malgré la diminution de sa faveur, conservait -toujours, aux yeux de Louis XVI, le bénéfice de son ancien titre de -gouvernante des Enfants de France, réunissaient leurs efforts, soit en -France, soit à l'étranger, pour accumuler sur la tête du prince Louis -dignités et richesses. - -Tant de persévérance réussit: le roi de Pologne, «digne protecteur d'un -tel protégé[1752],» disait Marie-Thérèse, obtint, à défaut du Roi de -France qui se refusait à en faire la demande, le chapeau de cardinal -pour le coadjuteur de Strasbourg. La Sorbonne le nomma son proviseur, -le 31 janvier 1782, quoique, pour parler le langage du temps, il ne fût -pas «de la maison», et qu'on lui reprochât les scandales de sa jeunesse -et le peu de sûreté de sa doctrine[1753]; et Louis XVI lui-même, -harcelé par son ancienne gouvernante, lié d'ailleurs par un engagement -écrit de son aïeul, se laissa aller, dans un moment de faiblesse, à -assurer au prince la survivance de la charge de grand aumônier. - -La Reine eut beau insister auprès de son mari pour annuler ou détourner -l'effet de cette imprudente promesse; elle eut beau lui faire donner -sa parole d'honneur que le coadjuteur de Strasbourg n'aurait jamais la -grande aumônerie de France. Le lendemain même de la mort du titulaire -de la place, cardinal de la Roche-Aymon, la comtesse de Marsan, -avertie par Maurepas, était chez le Roi à son réveil, et, malgré -ses tergiversations et ses répugnances, lui arrachait la nomination -du prince Louis au poste vacant depuis quelques heures, avec cette -condition illusoire qu'il donnerait sa démission au bout d'un an. -C'était le compromis qu'avait imaginé le faible Louis XVI, pour tenir -sa promesse aux Rohan, sans manquer de parole à la Reine. - -Les vœux de l'ambitieuse gouvernante étaient comblés: son favori était -grand aumônier et cardinal, membre de l'Académie française, proviseur -de la Sorbonne, supérieur général de l'Hospice des Quinze-Vingts, -commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, en attendant qu'il fût évêque -de Strasbourg, abbé de Saint-Waast, de la Chaise-Dieu, de Marmoutiers, -possesseur de huit cent mille livres de rentes en biens d'église, et, -s'il se pouvait,—c'était là le couronnement de ses rêves,—premier -ministre[1754]! - -«Je regarde comme un très grand mal que le prince de Rohan occupe cette -place,—de grand aumônier,—disait Mercy; son audace en intrigue peut -devenir dangereuse à la Reine[1755].» Et Marie-Thérèse de son côté -écrivait à sa fille: - -«La place que Rohan doit occuper m'afflige; c'est un cruel ennemi, tant -pour vous que pour ses principes, qui sont des plus pervers. Sous un -dehors affable, facile, prévenant, il a fait beaucoup de mal à Vienne, -et je dois le voir à côté du Roi et de vous! Il ne fera guère non plus -honneur à sa place comme évêque[1756].» - -Les pressentiments de Mercy et de Marie-Thérèse ne les trompaient pas; -mais ce fut moins peut-être l'audace du prince que sa vanité qui devint -dangereuse. Traité par Marie-Antoinette avec une froideur marquée, -mal reçu même quand il vint faire les remerciements d'usage[1757], -irrité, humilié, froissé dans son amour-propre de grand seigneur, -alarmé dans son ambition de courtisan, sentant que le crédit de la -Reine grandissait chaque jour et que l'avoir pour ennemie c'était se -condamner à l'impuissance, le cardinal, sans que ses amis renonçassent -pour lui à leur guerre de menées secrètes, de propos malveillants -et d'attaques anonymes[1758], se donnait personnellement et -ostensiblement tout le mal possible, écrivait lettres sur lettres pour -rentrer en grâce et se procurer un accès favorable près de la jeune -souveraine[1759]. Il n'aboutissait qu'à l'importuner, sans réussir à la -faire changer d'avis sur son compte[1760]. - -L'inutilité de ses démarches ne le rebutait pas, et son désir aveugle, -irrité par l'insuccès, le rendait capable de toutes les extravagances. -S'il faut en croire Mme Campan, il se serait laisser duper une -première fois par une femme Goupil, intrigante consommée, échappée de -la Salpêtrière, qui lui avait laissé croire qu'elle le raccommoderait -avec la Reine[1761]. Plus tard, lorsque Marie-Antoinette donna au comte -et à la comtesse du Nord un souper et une fête à Trianon, le cardinal -avait eu la présomptueuse fantaisie de s'introduire dans le jardin; -n'osant en demander la permission à la Reine, qui l'aurait refusée, -il avait gagné le concierge en lui promettant de rester dans sa loge; -mais il n'avait pas su tenir son engagement, s'était placé par deux -fois sur le passage de la famille royale, et, malgré la redingote -dont il avait affublé son incognito, ses bas rouges l'avaient trahi. -La Reine, courroucée de l'audace du prélat et de la complaisance du -concierge, avait, le lendemain même, renvoyé ce dernier, et il avait -fallu les sollicitations pressantes de Mme Campan, touchée de la misère -d'un père de famille, pour que l'infidèle employé fût réintégré dans -ses fonctions[1762]. Mais si la souveraine consentait à pardonner -au suborné, elle ne négligeait aucune occasion de manifester son -indignation et son mépris au suborneur. Elle n'était pas seulement -inflexible, elle était inaccessible[1763]. Malgré les démarches de sa -famille, malgré ses propres efforts, l'infortuné cardinal ne pouvait -obtenir d'elle ni une parole, ni même un regard. Tous les mémoires -du temps, comme les pièces du procès l'attestent[1764]: jamais, -croyons-nous, fait historique n'a été mieux établi que cette antipathie -profonde, réfléchie, persévérante de Marie-Antoinette contre le prince -de Rohan, et, se développant parallèlement, le désir immodéré de ce -dernier de fléchir une rigueur, si préjudiciable à son ambition, si -mortifiante pour sa vanité. - -Les choses en étaient là, et le cardinal était tout meurtri encore de -sa récente escapade de Trianon[1765], lorsque, le 24 juin 1782, il -entra en relations avec Mme de la Motte. Quelle fut l'importance des -secours accordés par le grand aumônier à la descendante des Valois? Se -bornèrent-ils à quelques louis octroyés de distance en distance, comme -le prétendit le cardinal[1766]? S'élevèrent-ils à la somme considérable -de quatre-vingt mille livres, comme l'affirma Mme de la Motte[1767]? - -Malgré le mystère qui règne sur ce point, la situation, longtemps -précaire, des époux la Motte, leurs expédients, tels que: engagements -d'effets, vente de brevet de pension, emprunts, etc., ce mélange même -de faste apparent et de gêne réelle, qui est le luxe et le signe des -besogneux, semblent donner raison au cardinal. Mais en même temps il -ne paraît pas moins certain que, pendant deux ans, les rapports de Mme -de la Motte avec l'évêque de Strasbourg furent assez fréquents, plus -fréquents que le prince ne consentit à l'avouer plus tard[1768]. Touché -par la situation malheureuse de cette femme, séduit par son esprit, -captivé par sa grâce, enlacé par son habileté, il ne tarda pas à subir -son charme et à le montrer. Dès 1783, il la cautionnait d'une somme -de cinq mille cinq cents livres, empruntée à un Juif de Nancy[1769], -l'appuyait près du contrôleur général[1770], lui donnait des conseils -pour la rédaction des mémoires qu'elle présentait au Roi et aux -ministres[1771], la recevait à Strasbourg, écoutait ses confidences, et -vraisemblablement lui faisait les siennes. - -Au bout de deux ans, l'intérêt que le grand aumônier portait à Mme de -la Motte et sa confiance en elle étaient assez établis pour qu'un beau -jour, au mois de mars 1784, elle ait osé lui faire le récit suivant: - -«Elle était enfin arrivée, ou du moins près de toucher à son but. Grâce -à une haute faveur, les terres, la fortune, le rang de sa famille -allaient lui être rendus. Et la protectrice qui la patronnait n'était -autre que.... la Reine. Cette princesse, émue de l'infortune imméritée -de la petite-fille de Henri II, ne pouvait souffrir que le sang des -Valois fût réduit à une position aussi précaire. Elle en soutenait les -restes de son appui; elle faisait plus: elle les honorait de son amitié -et leur accordait sa confiance[1772], et ne dédaignait pas, dans les -entrevues secrètes qu'elle avait avec Mme de la Motte, de la charger -des plus délicates missions.» - -Rien n'était vrai dans ce récit, et, dix-huit mois plus tard, -Marie-Antoinette pouvait affirmer hautement que «cette intrigante du -plus bas étage n'avait nulle place à Versailles et n'avait jamais -eu d'accès près d'elle[1773]». Mme de la Motte elle-même, dans son -interrogatoire du 20 janvier 1786, fut contrainte d'avouer «_qu'elle -n'avait jamais eu occasion ni prétexte de parler à la Reine_[1774]». -Une seule fois, le 2 février 1783, elle lui avait présenté un placet; -Marie-Antoinette avait passé outre, sans faire attention à la -solliciteuse et sans garder de sa personne aucun souvenir[1775]. Seule -de la famille royale, Madame s'était un instant intéressée à la petite -fille des Valois et avait fait porter sa pension de huit cents livres à -quinze cents[1776]. Mais à cela s'étaient bornées les hautes relations -de Mme de la Motte à Versailles. Le cardinal n'eût pas dû l'ignorer, et -quoiqu'il ait prétendu que sa disgrâce ne le mettait pas «à portée de -connaître ces détails[1777]», le crédit des Rohan était assez puissant -et ses rapports avec la Cour assez fréquents pour qu'il eût pu vérifier -les faits, s'il l'avait voulu. Mais il ne semble pas y avoir songé -sérieusement. Fasciné par Mme de la Motte, il la crut sur parole. Pour -achever de le captiver, elle lui montra, avec des apparences de mystère -qui doublaient l'importance de la communication, des lettres qu'elle -prétendait lui avoir été écrites par la Reine; «elle commettait des -faux pour accréditer des mensonges[1778].» Ces lettres contenaient -des mots de bonté à son adresse, des expressions familières et -affectueuses: «ma chère comtesse», «mon cher cœur.» Le cardinal eût pu -contrôler l'écriture; il ne s'en inquiéta même pas. - -De solliciteuse, l'habile intrigante se posa en protectrice: pleine de -gratitude pour les bontés de M. de Rohan, elle était prête à employer -en sa faveur le crédit que lui assurait la bonté de Marie-Antoinette. -Mieux encore, elle avait commencé déjà, et les premiers indices qu'il -lui avait été donné de recueillir étaient de nature à lui inspirer les -plus sérieuses espérances[1779]. Il n'y avait plus qu'à achever une -œuvre en si bonne voie, et c'est à quoi elle ne manquerait pas. - -On croit aisément ce qu'on désire: le cardinal fut séduit. Rentrer dans -les bonnes grâces de la Reine, c'était le plus cher de ses rêves. -Comment douter de la parole d'une femme qui s'apprêtait à lui rendre -un tel service, d'une femme, d'ailleurs, il faut le dire, à laquelle -lui-même n'avait jamais fait que du bien[1780]? En rouée consommée, -Mme de la Motte avait soin de tenir le crédule prélat sans cesse en -haleine: «les préventions de la Reine se dissipaient peu à peu; sa -sévérité fléchissait; elle consentait même à ce que M. de Rohan lui -exposât par écrit sa justification.» Aussitôt le cardinal s'empresse -de rédiger un mémoire où il accumule tout ce qui lui paraît propre à -dissiper le mécontentement de la souveraine. Le mémoire est confié à -Mme de la Motte, et, quelques jours après, l'aventurière rapporte une -prétendue réponse de la Reine, ainsi conçue: - -«J'ai lu votre lettre; je suis charmée de ne plus vous trouver -coupable. Je ne puis encore vous accorder l'audience que vous désirez. -Quand les circonstances le permettront, je vous ferai prévenir. Soyez -discret[1781].» - -Le cardinal est transporté; il répond à ce billet quelques lignes, -où il se confond en remercîments. Et dès lors s'établit, entre -lui et Marie-Antoinette, par l'intermédiaire de la comtesse, une -correspondance supposée, qui achève l'aveuglement du malheureux prélat: -correspondance remplie, de la part du cardinal, d'une exagération de -reconnaissance dont rien ne saurait donner l'idée, et en même temps -des plus incroyables rêves d'ambition; pleine, dans les lettres de -la Reine, de sentiments d'intérêt et de confiance. Ces prétendues -lettres, écrites sur du petit papier bleu à vignettes et à tranches -dorées[1782], étaient tout simplement fabriquées, sous la direction -de Mme de la Motte, par un ami de son mari, qui n'avait pas tardé -à devenir le sien, et même un peu plus, sous le nom de secrétaire, -Rétaux de Villette: ancien gendarme, criblé de dettes, habitué à -vivre d'expédients, comme les la Motte, et, comme eux, fort peu -délicat sur le choix des expédients; esprit souple et insinuant; -bon enfant, d'ailleurs, qui avait une certaine teinte d'arts et de -littérature[1783], et qui se jetait assez étourdiment dans cette -affaire; car il ne prenait pas même soin de déguiser son écriture et -d'imiter celle de la Reine[1784]. Mais le cardinal n'y regardait pas de -si près. Tout entier à ses espérances, il ne voyait rien. - -Une seule chose lui manquait. Cette assurance de pardon, qu'on lui -donnait par lettres, il eût voulu l'avoir de vive voix; il lui tardait -de l'entendre de la bouche même de la souveraine. Cette audience, -qu'on lui promettait, mais qu'on reculait toujours, n'aurait-elle -donc pas lieu? Mme de la Motte, embarrassée, hésitait, ajournait, -éludait. Mais le prélat devenait pressant, et la comtesse, poussée -à bout, finit par annoncer que la Reine consentait à voir le grand -aumônier. Toutefois, comme il ne lui convenait pas encore de donner -un éclat prématuré à un changement de conduite, qui ne manquerait pas -d'avoir à la Cour un vif retentissement, ce n'était pas en public, -mais le soir, dans les jardins de Versailles, qu'elle lui parlerait. -L'aveugle prélat crut tout: un charlatan célèbre, qui vivait dans son -intimité, et dans lequel il avait une absolue confiance, Cagliostro, ne -venait-il pas de lui prédire que son heureuse correspondance pondance -le placerait au plus haut point de sa fortune, et que son influence -dans le gouvernement allait devenir prépondérante[1785]? A partir de -ce jour, haletant, anxieux, si heureux qu'il se demandait parfois s'il -n'était pas le jouet d'un rêve, l'oreille tendue, l'œil aux aguets, le -cardinal, vêtu d'une longue lévite bleue, le chapeau en clabaud, se -promenait dans le parc du Château, accompagné d'un des gentilshommes -de sa maison, le baron de Planta, attendant l'instant béni qui devait -décider de sa fortune et couronner ses espérances[1786]. - -Un soir, le 24 juillet, à onze heures, Mme de la Motte vient à lui: -«Vite! dit-elle, la Reine permet que vous approchiez d'elle.» Il court, -il vole, il précipite sa marche, quoique avec un certain mystère; il -arrive dans une allée, près d'une charmille[1787]; il aperçoit une -femme vêtue de blanc, qui lui tend une rose et murmure ces mots: «Vous -savez ce que cela veut dire.» Puis, tout à coup, un homme paraît: -«Voici, dit-il à mi-voix, Madame et Mme la comtesse d'Artois qui -s'avancent.»—«Vite, vite!» s'écrie Mme de la Motte. La femme rentre -brusquement dans la charmille, et le cardinal se retire, convaincu -qu'il a vu la Reine et rêvant les plus brillantes destinées. L'entrevue -n'a duré qu'une minute[1788]; mais cette minute l'a payé de bien des -peines. - -Que s'était-il donc passé? Que signifiait cette scène? Et quelle était -cette femme? - -Dans les premiers jours de juillet, M. de la Motte avait rencontré -au Palais-Royal une jeune femme, dont la ressemblance avec la Reine -l'avait frappé. C'était une demoiselle Le Guay, «fille du monde,» -comme on disait alors, «barboteuse des rues,» écrivait plus tard -Marie-Antoinette; connue, dans la société équivoque où elle vivait, -sous le nom de Mlle d'Oliva. Il l'avait suivie à son domicile et -avait lié connaissance avec elle. Sept ou huit jours après[1789], il -lui annonçait qu'une personne de très grande distinction désirait la -voir et qu'il la lui amènerait le soir même. Le soir en effet, la -dame en question, qui n'était autre que Mme de la Motte, venait à son -tour. «Mon cher cœur, dit-elle, vous ne me connaissez pas; mais ayez -confiance dans ce que je vais vous dire. Je suis femme attachée à la -Cour.» Et elle ajouta: «Je suis les deux doigts de la main avec la -Reine; elle m'a mise dans toute sa confiance et elle m'a chargée de -trouver une personne qui soit disposée à faire quelque chose pour elle, -quand il sera temps. J'ai jeté les yeux sur vous. Si vous y consentez, -je vous ferai présent d'une somme de quinze mille francs, et le cadeau -de la Reine vaudra bien davantage[1790].» Comme preuve à l'appui de -son dire, elle exhibait la fameuse lettre fausse qui avait déjà séduit -et convaincu le cardinal de Rohan. Surprise d'une proposition de cette -nature, mais éblouie par le nom de la Reine et par la perspective d'une -protection qu'elle n'avait jamais rêvée, Mlle d'Oliva accepta. Il fut -convenu que le lendemain M. de la Motte la prendrait en voiture pour -la conduire à Versailles. Ce qui fut dit fut fait: à l'heure fixée, M. -de la Motte vint chercher sa nouvelle amie avec son compère Rétaux -de Villette, et tous trois prirent la route de Versailles; Mme de la -Motte les y avait devancés, avec sa femme de chambre, Rosalie Briffaut. -On descendit place Dauphine, à l'_Hôtel de la Belle-Image_, résidence -habituelle de la comtesse. - -Les deux intrigants feignirent de sortir un moment; puis ils rentrèrent -et annoncèrent à Mlle d'Oliva que la Reine était entièrement satisfaite -et attendait avec impatience la journée du lendemain. - -«Qu'aurai-je donc à faire?» demanda Mlle d'Oliva.—«Vous le saurez -demain,» répondit mystérieusement Mme de la Motte. - -Le lendemain, en effet, était le jour fixé pour la scène de haute -comédie qui devait se jouer. Quand vint le soir, on procéda à la -toilette de l'acteur principal. Mme de la Motte ne dédaigna pas d'y -présider en personne: aidée de sa femme de chambre, elle fit revêtir à -Mlle d'Oliva, devenue pour la circonstance baronne d'Oliva, une chemise -blanche, garnie d'un dessous rose[1791], lui jeta sur les épaules un -mantelet blanc[1792], la coiffa d'une thérèse blanche[1793], puis lui -remit une lettre et ajouta: «Je vous conduirai, ce soir, dans le parc; -un très grand seigneur s'approchera de vous; vous lui donnerez cette -lettre et cette rose en lui disant: «Vous savez ce que cela veut dire.» -C'est tout ce que vous aurez à faire.» - -Les choses se passèrent comme il avait été convenu et comme nous -l'avons raconté. Le très grand seigneur, il est inutile de le dire, -n'était autre que le cardinal de Rohan. Troublée par le rôle inattendu -qu'elle avait à jouer, Mlle d'Oliva oublia bien de remettre la lettre; -mais le cardinal n'en avait pas besoin. Il avait reçu la rose; il avait -entendu de la bouche de celle qu'il prenait pour la Reine, des mots qui -lui semblaient la garantie de son pardon; il n'était plus seulement -confiant et crédule: il était aveugle. Sa reconnaissance pour Mme de la -Motte était désormais sans bornes; sa foi en elle, inébranlable. - -«Une ardente ambition, dit le comte Beugnot, se confondait chez -lui avec une affection très tendre. Chacun de ces deux sentiments -s'exaltait l'un par l'autre, et ce malheureux homme était livré à une -sorte de délire...» - -«J'ai pu lire en courant quelques-unes des lettres qu'il écrivait alors -à Mme de la Motte: elles étaient toutes de feu; le choc, ou plutôt le -mouvement des deux passions était effrayant[1794].» - -Le temps des travaux est passé; Mme de la Motte n'a plus qu'à -recueillir les profits[1795] et elle n'est pas d'humeur à attendre -longtemps. Dès la fin du mois d'août, une lettre, fabriquée par Rétaux, -demande au cardinal une somme de soixante mille livres pour des gens -auxquels la Reine s'intéresse. Le prélat n'a pas un instant de doute ni -d'hésitation. Tout désir de la Reine est un ordre pour lui; le baron -de Planta porte la somme indiquée à Mme de la Motte, qui, en cette -circonstance, comme dans toutes les autres, est l'intermédiaire obligée -entre M. de Rohan et Marie-Antoinette[1796]. Sur ces soixante mille -francs, quatre mille,—au lieu des quinze mille promis,—sont versés à -Mlle d'Oliva, qui continue à ne rien comprendre au rôle qu'on lui a -fait jouer, et qui, au bout de quelque temps, est complètement laissée -de côté; le reste va subvenir aux dépenses du ménage de la Motte. - -Trois mois après, en novembre, nouvelle lettre, sortie, comme la -précédente, des mains de Rétaux; nouvelle demande, non plus de -soixante, mais de cent mille francs. Comme la première fois, le -cardinal paie sans compter; les cent mille livres sont remises par le -baron de Planta[1797]. Comme la première fois, la somme passe dans la -caisse des la Motte, et va apaiser leurs créanciers ou solder leurs -prodigalités. - -Leur maison[1798] se monte sur un grand pied: on prend trois -nouveaux domestiques; on achète une voiture, des chevaux[1799], des -pendules[1800], des bracelets, des diamants[1801], des pierres de toute -sorte[1802], une magnifique vaisselle plate[1803]. On n'emprunte plus, -on prête[1804]. Et, pour mieux accentuer la métamorphose, M. et Mme de -la Motte se rendent à Bar-sur-Aube, en grand équipage; tant ils sont -empressés de reparaître, dans tout l'éclat de leur fortune, aux yeux -de ceux qui les ont vus jadis si misérables. Un fourgon les précède; -deux courriers les annoncent; un maître d'hôtel de grand air retient -pour leur dîner les approvisionnements les plus chers. Après ces -préparatifs, qui ont surexcité la curiosité des Barois, le ménage fait -lui-même son entrée dans une élégante berline. Seul, le beau-frère -de M. de la Motte, M. de la Tour, qu'une antipathie mal dissimulée -rend plus clairvoyant, soupçonne la vérité et qualifie durement son -beau-frère de «fat», sa belle-sœur de «drôlesse[1805]». - -Cependant, le bruit du crédit de Mme de la Motte se répand de tous -côtés; on en parle à Paris; on en parle à Versailles; elle-même, par -des réticences habiles, par des exhibitions de prétendues lettres -royales, toujours écrites par Rétaux, sur le fameux papier bleu à -vignettes[1806], entretient soigneusement la légende, et le grand -train qu'elle mène donne plus de créance à ses dires. C'est le miroir -trompeur qui attire les naïfs, le piège auquel viennent se prendre les -niais. Le cardinal de Rohan n'est pas le seul qui se laisse séduire -par tout cet artifice, et l'escroquerie de cent soixante mille livres, -dont il a été victime, n'est qu'un jeu d'enfant à côté du coup de filet -inouï que le hasard va mettre sur le chemin de Mme de la Motte. - -Deux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassange avaient fait monter -en collier une magnifique collection de diamants, réunie à grands -frais et grâce à de longues recherches. Étonnés eux-mêmes du prix -qu'atteignait ce bijou, désespérant de le vendre à d'autres qu'à des -souverains, sachant d'ailleurs le goût que la Reine avait, à diverses -reprises, manifesté pour les pierreries, ils l'avaient fait proposer -au Roi par l'intermédiaire du premier gentilhomme de la Chambre. Louis -XVI, émerveillé de la beauté du collier, passionnément épris de sa -femme, qui venait de lui donner son premier enfant, avait songé à -lui offrir cette éclatante parure comme cadeau de relevailles: il -avait porté l'écrin chez elle. On était alors au début de la guerre -d'Amérique. La Reine vit le joyau, l'admira, mais refusa de l'accepter: -«Nous avons plus besoin d'un vaisseau que d'un bijou,» répondit-elle -simplement[1807]. - -Boehmer fut désolé. Conserver entre ses mains un objet d'une telle -valeur, immobiliser un capital de seize cent mille francs,—c'est le -prix auquel les experts, Doigny et Maillard, avaient estimé cette riche -parure[1808],—c'était la ruine. Il fit proposer le collier à divers -souverains; tous furent effrayés du prix. Il revint à Marie-Antoinette; -elle refusa comme la première fois. Repoussé de partout, le joaillier -sollicita une audience, et là, comme saisi de délire, se jeta aux -pieds de la princesse, joignit les mains, fondit en larmes: «Madame, -s'écria-t-il, je suis ruiné, déshonoré, si vous ne m'achetez mon -collier. Je ne veux pas survivre à tant de malheurs. D'ici, Madame, je -pars pour aller me précipiter dans la rivière.»—«Levez-vous, Boehmer,» -lui dit la Reine d'un ton sévère; «je ne vous ai point commandé ce -collier; je l'ai refusé. Le Roi a voulu me le donner, je l'ai refusé de -même; ne m'en parlez donc jamais. Tâchez de le diviser et de le vendre, -et ne vous noyez pas. Je vous sais très mauvais gré de vous être permis -cette scène de désespoir en ma présence et devant cette enfant;»—elle -avait près d'elle sa fille, Madame Royale;—«qu'il ne vous arrive jamais -de choses semblables. Sortez.» Boehmer se retira navré, et pendant un -certain temps on ne le vit plus[1809]. - -Vers le mois de décembre 1784, l'associé de Boehmer, Bassange, entendit -parler à un de ses amis, le sieur Achet, du crédit de Mme de la Motte. -C'était une dernière ressource: il songea à en profiter. A sa demande, -Achet alla trouver la comtesse et la pria d'user de son influence -pour déterminer la Reine à acheter un bijou qui ne pouvait convenir -qu'à elle. L'aventurière répondit d'une manière évasive, mais exprima -le désir de voir l'objet de la négociation. Le joaillier s'empressa -d'accéder à ce vœu d'une personne si bien en cour, et, le 29 décembre, -Bassange et Achet portèrent le collier chez Mme de la Motte. Celle-ci -regarda les diamants, les admira, et, sans donner d'assurances -positives, laissa cependant des espérances. - -Trois semaines s'écoulèrent, et les joailliers commençaient à craindre -d'échouer cette fois encore, lorsque, le 21 janvier, Mme de la Motte -leur annonça que décidément la Reine s'était résolue à faire l'emplette -du collier, mais que, ne voulant pas traiter directement cette -acquisition, elle en chargeait un grand seigneur, qui jouissait de -sa confiance. Trois jours plus tard, le comte et la comtesse vinrent -trouver Bassange, dès sept heures du matin, et lui dirent que le grand -seigneur en question ne tarderait pas à paraître. Un quart d'heure -après, en effet, le négociateur annoncé se présenta: c'était, on le -devine, le cardinal de Rohan[1810]. Il examina le collier en détail, -demanda le prix, puis se retira, en déclarant qu'il rendrait compte de -la conversation qu'il venait d'avoir à la personne qui l'avait envoyé, -qu'il ignorait encore s'il lui serait permis de la nommer, mais qu'en -tout cas il espérait que les joailliers accepteraient ses conditions. - -Ces conditions, il les fit connaître le 29 janvier: le prix du collier -était fixé à seize cent mille francs; le paiement aurait lieu en quatre -termes, de six mois en six mois, le premier devant échoir au 1er août. -La livraison du bijou serait faite le mardi 1er février; l'acquéreur -restait encore inconnu et exigeait le plus grand secret sur toute -l'affaire. Boehmer et Bassange acceptèrent et apposèrent leur signature -au bas du traité écrit tout entier de la main du prince de Rohan[1811]. - -Le 1er février, de bon matin, ils se rendaient à l'hôtel de Strasbourg, -rue Vieille-du-Temple. Le cardinal leur avoua alors que l'acquéreur -du précieux bijou n'était autre que la Reine, et leur montra l'acte -d'acquisition, revêtu de l'approbation de cette princesse. Chaque -article portait le mot: _Approuvé_, et, au bas de la dernière ligne, -était tracée la signature suivante: _Marie-Antoinette de France_[1812]. -En même temps, le cardinal exhibait aux heureux vendeurs une prétendue -lettre de la Reine, qu'il pliait en deux pour ne laisser voir que -ces mots: «Je n'ai pas coutume de traiter de cette manière avec mes -joailliers; vous garderez ce papier chez vous et arrangerez le reste, -comme vous le jugerez convenable[1813].» - -Lettre, approbation, signature étaient fabriquées par Rétaux[1814]. -Mais les joailliers ne connaissaient pas l'écriture de la Reine, -qui ne leur avait jamais donné d'ordres que de vive voix ou par -l'intermédiaire d'une de ses femmes. Plus au courant de la raison -commerciale que de la signature royale, ils ne réfléchirent pas à ce -qu'avaient d'insolite ces mots: _Marie-Antoinette de France_; ils -se retirèrent, convaincus,—et qui ne l'eût été à leur place?—que -l'acquéreur du collier était bien la brillante souveraine dont ils -savaient le goût pour les parures. - -Le soir même, le cardinal partit pour Versailles. Suivi d'un valet de -chambre, Schreiber, qui portait le précieux écrin, il alla directement -chez Mme de la Motte, à l'_Hôtel de la Belle-Image_. A peine y était-il -arrivé qu'un homme se présenta, porteur d'une lettre. Mme de la Motte -la prit, la décacheta, la lut et dit à haute voix que c'était un billet -de la Reine et que le porteur était un garçon de la Chambre, nommé -Desclaux. Peu d'instants après, cet homme rentra; M. de Rohan n'eut -que le temps de se cacher derrière une alcôve de papier, dont la porte -était entr'ouverte, et, de là, il vit Mme de la Motte remettre le -collier au prétendu garçon qui n'était autre que Rétaux. Le cardinal le -reconnut positivement pour l'homme qui avait assisté l'année précédente -à la scène du bosquet[1815]. - -Dès le lendemain, 2 février, jour de fête, Bassange est dans la galerie -de Versailles, et se place sur le passage de la famille royale pour -jouir le premier du spectacle de ses fameux diamants, dont les mille -feux vont sans doute étinceler sur le cou de la Reine, quand elle se -rendra à la chapelle. Le prince de Rohan est en observation de son -côté. Déception complète: la Reine passe; elle n'a que ses bijoux -ordinaires. Bassange s'en étonne; mais le cardinal, quoique surpris -lui-même, le tranquillise en lui disant que la Reine ne veut pas -sans doute se parer du collier avant d'avoir averti le Roi de son -acquisition et que le temps lui a manqué pour le prévenir. Les jours -se succèdent, les mois s'écoulent, ramenant les occasions de grande -toilette, et la Reine persiste à ne pas porter son nouveau joyau. Elle -vient à Paris, après la naissance du duc de Normandie; dans cette -circonstance solennelle, pas de collier. La Pentecôte arrive; rien -encore. Elle voit le cardinal et lui témoigne toujours le même dédain. -Étrange mystère! Que signifie un pareil caprice? - -Une si extraordinaire obstination ne va-t-elle pas ouvrir les yeux -de l'aveugle prélat? Pas encore. Mme de la Motte est là, qui pare au -danger. Afin d'effacer les traces d'une froideur qui pourrait alarmer -et éclairer sa dupe, elle a soin de lui remettre, plus fréquemment que -jamais, les fameux billets sur papier bleu à vignettes, qui, par des -protestations de secrète sympathie, endorment sa méfiance. Pour mieux -achever de l'abuser encore, elle affecte de lui emprunter quelques -louis[1816]; quand il vient la voir rue Neuve-Saint-Gilles, elle le -reçoit dans une petite chambre haute, mal meublée[1817]. Comment le -cardinal, rassuré sur le compte de la Reine par les fausses lettres, et -sur celui de Mme de la Motte par sa gêne apparente, concevrait-il des -soupçons? Pendant ce temps-là, le collier avait été dépecé: Rétaux, à -Paris, M. de la Motte, à Londres, en vendaient les débris, et le comte -à son retour d'Angleterre, le 3 juin, présentait au banquier Perregaux -des lettres de crédit pour cent vingt mille livres[1818], qui servaient -à alimenter le luxe des maisons de Paris et de Bar-sur-Aube. - -Cependant, l'époque du premier paiement approchait; la fraude allait -être découverte. Il s'agissait pour Mme de la Motte de gagner du -temps. Rétaux fabrique une nouvelle lettre: la Reine écrit au cardinal -que décidément elle trouve le collier trop cher, qu'elle demande une -réduction de deux cent mille francs sur le prix et qu'au lieu de payer, -au 1er août, quatre cent mille francs, elle en paiera sept cent mille. -Le prélat va trouver les joailliers pour leur communiquer les désirs -nouveaux de leur auguste cliente. Les deux associés font quelques -difficultés d'abord, puis ils cèdent et, sur le conseil de M. de Rohan, -écrivent à Marie-Antoinette la lettre suivante: - -«Madame, nous sommes au comble du bonheur d'oser penser que les -derniers arrangements qui nous ont été proposes, et auxquels nous nous -sommes soumis avec zèle et respect, sont une nouvelle preuve de notre -soumission et dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une -vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants qui -existe servira à la plus grande et à la meilleure des Reines.» - -Le 12 juillet, Boehmer partit pour Versailles; il devait y porter -le nœud, la boucle et l'épée destinés au jeune duc d'Angoulême, à -l'occasion de son baptême. En remettant ces objets à la Reine, à -l'heure où elle revenait de la messe, il lui donna en même temps la -lettre que nous venons de citer. Marie-Antoinette lut la lettre, n'y -comprit rien, et la brûla. Il lui était d'autant plus impossible de -deviner le sens de ce langage énigmatique que, peu de temps auparavant, -le joaillier, interrogé par Mme Campan sur le sort du fameux collier, -avait affirmé qu'il l'avait vendu à Constantinople pour la sultane -favorite[1819]. Quelques jours après, cependant, le baron de Breteuil, -ministre de la Maison du Roi, manda chez lui Boehmer et lui demanda -ce que signifiait l'incompréhensible billet du 12 juillet. Fidèle à -son système de mystère, et se conformant aux instructions du cardinal, -Boehmer se contenta de répondre qu'il s'agissait de quelques bijoux -qu'il désirait vendre à la Reine[1820]. En face de ces tergiversations -étranges, de ces réticences calculées, Marie-Antoinette pouvait-elle -supposer qu'il y avait là quelque chose de sérieux? Elle crut que la -raison de son joaillier, ébranlée par les angoisses que lui avait -causées le souci de se défaire de son collier, n'avait pas résisté à -ces secousses; elle le regarda comme un monomane dont la folie n'était -pas dangereuse et méritait plus de pitié que de courroux. - -Le moment arrivait cependant où tout allait se découvrir. A la fin de -juillet, Mme de la Motte produit un billet où la Reine avoue qu'elle -ne pourra payer avant le 1er octobre. Le cardinal est consterné; il -commence à concevoir des soupçons sur l'authenticité des lettres[1821]; -mais soit orgueil, soit compassion pour Mme de la Motte, qu'il ne -veut pas perdre, soit reste d'aveuglement, il refuse d'éclaircir la -chose[1822]. L'aventurière, pour rétablir un crédit qu'elle sent -chanceler, s'empresse de lui remettre une somme de trente mille -francs, sous prétexte de dédommager le joaillier du retard apporté au -paiement. La méfiance du cardinal ne résiste pas à ce versement de -trente mille francs; il donne la somme à Boehmer le 30 juillet, et ne -doute plus[1823]. Mais ce sont les vendeurs qui s'alarment à leur tour -de tous ces délais et de tous ces mystères, du silence de la Reine et -des poursuites de leurs créanciers. Et cette inquiétude se change en -désespoir, lorsque, le 2 ou le 3 août, Mme de la Motte leur déclare -effrontément que le marché qu'ils ont conclu n'est pas valable et que -la signature _Marie-Antoinette_ est fausse: «Au surplus, ajoute-t-elle, -le cardinal est riche; vous pouvez vous en tenir à lui[1824].» - -Bassange court à l'hôtel de Strasbourg. M. de Rohan, qui commence à -voir clair, mais ne veut pas l'avouer, et désire avant tout étouffer -une affaire humiliante pour son amour-propre, affirme avec serment -l'authenticité du marché[1825]. Le lendemain, Mme de la Motte, qui -veut le compromettre davantage encore, arrive chez lui, tout effarée, -se donne comme une victime des intrigues de la Cour, en butte aux -persécutions de la police, et le cardinal, qui ne peut se soustraire à -l'étrange prestige de l'aventurière, consent à lui donner asile chez -lui, avec son mari et sa femme de chambre[1826]. - -Pendant ce temps-là, l'associé de Bassange, Boehmer, qui n'est qu'à -moitié rassuré, va à Crespy trouver la première femme de chambre, Mme -Campan, qu'il connaît, et lui demande si la Reine ne l'a pas chargée de -quelque commission pour lui. Sur sa réponse négative: «Mais, dit-il, -la réponse à la lettre que je lui ai remise, à qui dois-je m'adresser -pour l'obtenir?»—«A personne. Sa Majesté a brûlé votre lettre, sans -même avoir compris ce que vous vouliez dire.»—«Mais, Madame, cela -n'est pas possible; la Reine sait bien qu'elle a de l'argent à me -donner.»—«De l'argent! Monsieur Boehmer, il y a longtemps que nous -avons soldé vos derniers comptes avec la Reine.»—«Ah! Madame, vous êtes -bien dans l'erreur; on me doit une bien grosse somme.»—«Que voulez-vous -dire?»—«Il faut bien tout vous avouer; la Reine vous fait un mystère; -elle a acheté mon grand collier.»—«La Reine! elle vous l'a refusé; -elle l'a refusé au Roi, qui voulait le lui donner!»—«Elle a changé -d'idée...»—«Dans quel temps la Reine vous a-t-elle annoncé qu'elle -s'était décidée à l'acquisition de votre collier?»—«Elle ne m'a jamais -parlé elle-même à ce sujet.»—«Qui donc a été son intermédiaire»?—«Le -cardinal de Rohan[1827].»—«Le cardinal de Rohan!» s'écrie Mme Campan -stupéfaite; «mais la Reine ne lui a pas adressé la parole depuis son -retour de Vienne; il n'y a pas d'homme plus en défaveur à la Cour. -Vous êtes volé, mon pauvre Boehmer[1828]!»—«La Reine fait semblant -d'être mal avec Son Éminence; mais il est très bien avec elle.»—«... -Mais, enfin, comment les ordres de Sa Majesté vous ont-ils été -transmis?»—«Par des écrits signés de sa main, et depuis quelque temps -je suis forcé de les faire voir aux gens qui m'ont prêté de l'argent, -sans parvenir à les calmer.»—«Ah! quelle odieuse intrigue!» s'écrie Mme -Campan, et de plus en plus stupéfaite, ne sachant si elle a affaire à -un insensé ou à un escroc, mais sentant qu'il y a là quelque infernale -machination à éclaircir, elle presse Boehmer d'aller au plus tôt à -Versailles s'expliquer avec le baron de Breteuil. Mais Boehmer, ne se -souciant vraisemblablement pas d'avouer au ministre qu'il a menti, au -lieu de s'adresser à lui, s'en va à Trianon solliciter une audience -de la Reine. Celle-ci, impatientée de ces obsessions, refuse de le -recevoir: «Il est fou, répond-elle; je ne veux pas le voir.» - -Quelques jours après, Mme Campan revient de Crespy: la Reine l'avait -mandée pour répéter avec elle le rôle de Rosine, qu'elle allait jouer -dans _le Barbier de Séville_[1829]. «Savez-vous, lui dit-elle, que cet -imbécile de Boehmer est venu demander à me parler? J'ai refusé de le -recevoir. Que me veut-il? Le savez-vous[1830]?» Mise ainsi en demeure -de s'expliquer, Mme Campan raconte tout au long sa conversation avec -Boehmer et les étranges révélations de cet homme. Émue de surprise et -d'indignation, Marie-Antoinette fait appeler le joaillier; il vient le -9 août[1831], insiste pour être payé, et, pressé de questions, finit -par avouer ce qui s'est passé ou du moins ce qu'il suppose. La Reine -écoute avec un étonnement croissant et une colère concentrée: elle ne -sait que penser de tant de sottise ou de tant d'infamie. - -Mais avant de prendre une résolution, elle veut éclaircir l'affaire, -et, ne sachant comment démêler la vérité dans les déclarations -incohérentes du joaillier, elle réclame un mémoire explicatif, qui lui -est remis le 12 août. - -«A la sortie de Boehmer, dit Mme Campan, je la trouvai dans un état -alarmant: l'idée que l'on avait pu croire qu'un homme tel que le -cardinal avait sa confiance intime; qu'elle s'était servie de lui vis -à-vis d'un marchand, pour se procurer, à l'insu du Roi, une chose -qu'elle avait refusée du Roi lui-même, la mettait au désespoir[1832].» -Mais elle ne songea pas un instant à étouffer l'affaire. Forte du -témoignage de sa conscience et cédant aux exigences de sa juste -indignation, elle voulut que cette odieuse intrigue fût éclaircie au -grand jour[1833]. «Il faut, dit-elle, que les vices hideux soient -démasqués; quand la pourpre romaine et le titre de prince ne cachent -qu'un besogneux et un escroc qui ose compromettre l'épouse de son -souverain, il faut que la France entière et l'Europe le sachent[1834].» -Cette résolution fut-elle spontanée chez elle? Fut-elle due, comme -l'insinue Mme Campan[1835], à l'influence de l'abbé de Vermond et du -baron de Breteuil, ennemis acharnés de l'évêque de Strasbourg et qui -voulaient un éclat pour le perdre? Ici, la première femme de chambré se -trompe. La Reine ne consulta personne que son mari. Le Roi vint passer -la journée du dimanche 14 à Trianon, et c'est avec lui seul que la -Reine, éclairée tant par les révélations de Boehmer que par le mémoire -remis par les joailliers, le 12 août, combina la conduite à tenir et -les mesures à prendre. Elle en a revendiqué l'initiative dans une -lettre du 22 août à Joseph II: - -«Tout avait été concerté entre le Roi et moi, dit-elle; les ministres -n'en ont rien su qu'au moment où le Roi a fait venir le cardinal -et l'a interrogé en présence du garde des sceaux et du baron de -Breteuil[1836].» - -Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à ce moment, après l'étude -attentive des faits connus et des pièces qu'ils avaient entre les -mains, le Roi et la Reine devaient croire à la culpabilité du cardinal. -Ses folles prodigalités, ses dettes immenses, malgré ses immenses -revenus, sa triste réputation, le mécontentement qu'il avait soulevé -dans son diocèse même, où on lui reprochait de dépenser en fêtes, en -galanteries, en embellissements inutiles et fastueux à son château -de Saverne ses huit cent mille livres de rente[1837], tout semblait -l'inculper. Soit dans leur récit verbal, soit dans leur mémoire, les -joailliers ne nommaient, n'incriminaient que lui; à trois reprises -différentes, et tout récemment encore, au mois de mars, le Parlement -l'avait accusé de dilapidation dans l'administration de l'hôpital -des Quinze-Vingts, dont il était supérieur général[1838]. Quelque -monstrueux que cela pût paraître, en présence de ces inductions et -de ces témoignages réunis, on était conduit, comme le disait le Roi -et comme l'écrivait la Reine, à penser que, «pressé par le besoin -d'argent,» il avait cherché à s'en procurer en s'appropriant le -collier, croyant d'ailleurs «pouvoir payer les bijoutiers, à l'époque -qu'il avait marquée, sans que rien fût découvert[1839]». On devait le -regarder comme escroc; car rien n'autorisait encore à le supposer dupe. - -Le lundi 15 août, à midi, le grand aumônier, revêtu de ses habits -pontificaux, allait se rendre à la chapelle, lorsque Chanlau, premier -valet de chambre de service, vint l'avertir que le Roi le mandait dans -son cabinet[1840]. La Reine était là, avec le garde des sceaux et le -baron de Breteuil: - -«Vous avez acheté des diamants à Boehmer,» dit le Roi au cardinal. - -—«Oui, Sire.» - -—«Qu'en avez-vous fait?» - -—«Je croyais qu'ils avaient été remis à la Reine.» - -—«Qui vous avait chargé de cette commission?» - -—«Une dame, nommée la comtesse de la Motte-Valois, qui m'a présenté une -lettre de la Reine, et j'ai cru faire une chose agréable à Sa Majesté -en me chargeant de cette négociation[1841].» - -La Reine l'interrompit vivement: - -«Comment, Monsieur, avez-vous pu croire, vous à qui je n'ai pas adressé -la parole depuis huit ans, que je vous choisirais pour conduire cette -négociation et par l'entremise d'une pareille femme?» - -—«Je vois bien, répondit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé; -je paierai le collier. L'envie que j'avais de plaire à Votre Majesté -m'a fermé les yeux: je n'ai vu nulle supercherie et j'en suis fâché.» - -Alors il sortit de sa poche un portefeuille et en tira la lettre -soi-disant écrite par la Reine à Mme de la Motte pour lui donner cette -commission. Le Roi la prit et la montrant au cardinal: - -«Ce n'est ni l'écriture de la Reine, ni sa signature. Comment un prince -de la Maison de Rohan, comment un grand aumônier a-t-il pu croire que -la Reine signait: «_Marie-Antoinette de France»?_ Personne n'ignore que -les Reines ne signent que leur nom de baptême.» - -Le cardinal balbutiait. Le Roi reprit: - -«Expliquez-moi toute cette énigme. Je ne veux pas vous trouver -coupable. Je désire votre justification.» - -De plus en plus troublé, le cardinal pâlissait à vue d'œil et -s'appuyait contre la table: - -«Remettez-vous, Monsieur le cardinal, et passez dans mon cabinet; vous -y trouverez du papier, des plumes et de l'encre; écrivez ce que vous -avez à me dire.» - -Le cardinal passa dans le cabinet et revint au bout d'un quart d'heure -avec un écrit aussi peu clair que l'avaient été ses réponses verbales. -Le Roi, convaincu de sa culpabilité par cet embarras même, lui dit -vivement: «Retirez-vous, Monsieur,» et ordre fut donné de l'arrêter. Ni -les représentations de certains ministres[1842], ni les supplications -du prélat, qui demandait grâce, ne purent fléchir la volonté de -Louis XVI et le déterminer à laisser l'accusé en liberté. «Je ne -puis, dit-il, y consentir, ni comme roi, ni comme mari[1843]».—«Il -faut en finir,» écrivait-il à Vergennes, qui l'engageait à étouffer -l'affaire[1844], «il faut en finir avec l'intrigue d'un besogneux qui a -compromis si scandaleusement la Reine et qui, pour se laver, n'a rien -de mieux à faire que d'alléguer sa liaison avec une aventurière de la -dernière espèce. Il déshonore son caractère ecclésiastique. Pour être -devenu cardinal, il n'en est pas moins sujet de ma couronne[1845].» - -Quant à la Reine, elle voulait une réparation publique. «Je désire, -écrivait-elle à Joseph II, que cette horreur et tous ses détails soient -bien éclaircis aux yeux de tout le monde[1846].» - -Le cardinal sortit de la chambre royale avec le baron de Breteuil. Un -jeune sous-lieutenant des gardes du corps, M. de Jouffroy, était là: -«Monsieur», lui dit le baron, «le Roi vous ordonne de ne pas quitter M. -le Cardinal, et de le conduire chez lui. Vous répondez de sa personne, -Monsieur[1847].» - -Troublé par un événement si inattendu, effrayé de sa responsabilité, -craignant peut-être pour lui-même,—car il était criblé de dettes,—le -jeune homme perdit la tête et négligea les plus vulgaires précautions: -il permit à son prisonnier d'écrire un mot au crayon. Le mot, remis à -l'heiduque du cardinal, fut immédiatement porté à Paris, et, tandis -que le major des gardes du corps, M. d'Agoult, conduisait M. de Rohan -à l'hôtel de Strasbourg d'abord, puis à la Bastille, où d'ailleurs il -jouit, au début, de la plus grande liberté, tenant sa cour comme à son -hôtel, et continuant sinon à exercer les fonctions, du moins à user -des pouvoirs de grand aumônier, l'abbé Georgel, prévenu par le billet, -se hâtait de détruire les lettres de Mme de la Motte et tout ce qui -pouvait compromettre son maître. Quand le baron de Breteuil arriva -pour mettre les scellés sur les papiers du cardinal, il était trop -tard[1848], et lorsque, le 17, les scellés furent levés en présence de -tous les ministres, sauf le maréchal de Ségur[1849], on ne trouva plus -rien. - -Trois jours après cet éclat, le 18 août, à quatre heures du -matin[1850], Mme de la Motte était arrêtée à Bar-sur-Aube, comme elle -revenait d'une fête chez le duc de Penthièvre, à Château-Villain, -où elle avait déployé toutes les splendeurs de sa nouvelle fortune. -Deux mois plus tard, Mlle d'Oliva était prise à Bruxelles[1851], et -au printemps suivant, l'agent de police Quidor découvrait Rétaux de -Villette à Genève, où il se cachait sous un nom supposé[1852]. Quant à -M. de la Motte il réussit à passer en Angleterre. - -Louis XVI avait laissé le choix au cardinal, ou de reconnaître sa -faute et de s'en remettre à la clémence du souverain, ou d'être jugé -par le Parlement[1853]. Le cardinal s'arrêta à ce dernier parti, et, -le 5 septembre, le Roi, pénétré d'indignation, disait-il, «de voir -qu'on ait osé emprunter un nom auguste et qui nous est cher à tant de -titres, et violer avec une témérité aussi inouïe le respect dû à la -majesté royale[1854]», attribuait par lettres patentes au Parlement la -connaissance de l'affaire. - -On devine facilement quel fut l'éclat d'un procès entamé dans de -pareilles conditions. Un Rohan, grand aumônier de France, arrêté en -plein palais, comme un vulgaire malfaiteur! Un cardinal traduit devant -la justice séculière! La stupeur fut grande, et le mécontentement ne -le fut pas moins. Au Parlement, avant même l'attribution de la cause, -le président de Corberon, à l'instigation de d'Épréménil, fit une -sortie violente contre ce qu'il appelait l'enlèvement du cardinal, -et il fallut toute l'autorité du président d'Ormesson pour faire -ajourner la discussion sur ce sujet brûlant[1855]. A Versailles, la -Cour entra en rumeur; la haute noblesse s'indignait de l'outrage fait -à un de ses membres; le clergé se plaignait de l'emprisonnement d'un -prince de l'Église; réuni en assemblée générale, dès le lendemain -de l'enregistrement des lettres patentes, il protesta contre ces -lettres et demanda des juges ecclésiastiques. L'archevêque de Mayence, -métropolitain de l'évêque de Strasbourg, n'allait-il pas, de son -côté, évoquer l'affaire, et l'Empereur tolèrerait-il la violation -des privilèges d'un prince de l'Empire[1856]? On se le demandait -dans le public et l'on se disait, non sans un secret contentement, -que l'autorité serait probablement obligée de reculer[1857]. La Cour -de Rome elle-même s'émut, blâma le cardinal d'avoir accepté une -juridiction laïque[1858] et le menaça de le suspendre de ses honneurs -et fonctions[1859]. - -La clameur fut générale. On vit des membres de la famille royale, -comme Mesdames, censurer hautement la conduite de leur neveu et de -leur nièce, coupables d'avoir voulu porter la lumière dans cette -ténébreuse affaire. Des intimes même de la société de la Reine, s'il -faut en croire Staël, les Polignac, les Vaudreuil, prirent parti -contre elle[1860]. La maison de Condé, les Rohan, les Soubise, les -Guéménée se mirent en deuil, et, dans ce costume, se placèrent sur le -passage des conseillers de la Grande Chambre, quand ils allaient au -palais. Des princes du sang sollicitèrent ostensiblement en faveur de -l'accusé. Tout ce qui était hostile à la royauté, tous les mécontents, -tous les jaloux, tous les amis du cardinal et tous les ennemis de -Marie-Antoinette, tous les vieux restes des cabales d'Aiguillon et -de Marsan, tous ceux qu'importunaient la grâce, la beauté, le crédit -ou le bonheur de la jeune souveraine, se coalisèrent contre elle. Le -Parlement lui-même, ce dépositaire séculaire des lois, ce gardien de -la majesté et de l'impartialité de la justice, ne sut pas garder, dans -ce grave débat, l'immuable sérénité d'un juge: il en fit une question -politique, un instrument d'opposition. «Ce grand corps, dit Beugnot, -commençait à perdre de son aplomb[1861].» Il se laissa corrompre en -grande partie, et l'on put faire parvenir à la Reine la liste des -membres de la Grande Chambre gagnés par les Rohan et la désignation des -moyens dont on s'était servi pour les gagner. - -«Les femmes, dit Mme Campan, y jouaient un rôle affligeant pour les -mœurs: c'était par elles, et à raison des sommes considérables qu'elles -avaient reçues, que les plus vieilles et les plus respectables têtes -avaient été séduites[1862].» Un maître des requêtes, qui assistait -aux séances où étaient lues les pièces de procédure, tenait note de -ce qui s'y disait, et faisait passer aux avocats de l'accusé un plan -de défense[1863]. Et l'abbé Georgel avoue que le fougueux adversaire -de la royauté, qui devait la défendre plus tard avec la même violence -et expier sur l'échafaud ses emportements aveugles, d'Éprémesnil, -instruisait les amis des Rohan de toutes les particularités -intéressantes qui pouvaient leur être utiles[1864]. - -«Je suis charmée que nous n'ayons plus à entendre parler de cette -horreur,» écrivait la Reine à son frère, peu après l'attribution de la -cause au Parlement[1865]. La Reine se trompait: rien n'était fini. Le -public était trop agité pour se taire, et les partisans du cardinal, -son secrétaire surtout, ne négligeaient rien pour entretenir l'émotion. -Ce triste personnage, que, dans une heure de légitime indignation, -Louis XVI avait voulu mettre à la porte de Versailles, dont il avait -écrit à Vergennes: «Celui qui peut mentir une fois peut mentir -vingt[1866],» et que le Parlement lui-même avait accusé de faux[1867], -se vengeait du juste mépris de son souverain, en redoublant d'intrigues -et d'outrages contre sa souveraine. Usant de son privilège de vicaire -général du grand aumônier, il fit imprimer et afficher aux portes des -sacristies et des églises qui dépendaient de la grande aumônerie, à -la porte même de la chapelle du Roi, un mandement où il comparait Mr -de Rohan à saint Paul dans les fers et lui-même à Timothée[1868]. Une -lettre de cachet l'exila à Mortagne; ce fut la seule mesure de rigueur -prise contre cet insulteur éhonté. On a accusé l'ancienne monarchie de -despotisme; si jamais gouvernement fit preuve d'une patience poussée -jusqu'à la faiblesse, ce fut le gouvernement de Louis XVI. - -Par une de ces inconséquences chères au caractère français, l'opinion -publique, jusque-là sévère à bon droit pour le cardinal qu'elle avait -été jusqu'à déclarer «digne de plus de mépris que de haine[1869],» -lui rendait ses sympathies, sinon son estime, le jour même où il le -méritait le moins. Elle en faisait une victime, quand elle n'eut dû -voir en lui qu'un malheureux et un niais. Mais il avait compromis le -nom de sa souveraine dans une basse intrigue; il l'avait outragée -elle-même par des espérances insensées. C'était assez pour le rendre -populaire. «Le cardinal a aujourd'hui pour défenseurs, écrivait -spirituellement une dame de la Cour, tous ceux qui n'ont jamais eu -affaire à lui[1870]». Les clients de la Maison de Rohan partout -répandus, faisaient pénétrer l'intérêt pour l'accusé dans la classe -moyenne et dans le peuple[1871]. La mode même s'en mêlait; les femmes -portaient à Longchamps des chapeaux «au cardinal[1872]», et se paraient -de rubans jaunes et rouges, couleur «cardinal sur la paille[1873]»; -les hommes avaient des tabatières en ivoire avec un tout petit point -noir, «au cardinal blanchi[1874].» On chantait dans les rues le couplet -suivant: - - Notre Saint Père l'a rougi; - Le Roi, la Reine l'ont noirci; - Le Parlement le blanchira. - Alleluia[1875]! - -Le chansonnier populaire ne se trompait pas: il avait vu clair dans les -intrigues des ennemis de la Reine et deviné l'issue du procès. - -L'instruction de cette longue et ténébreuse affaire dura plus de -neuf mois. Enfin, dans la nuit du 29 au 30 mai 1786, le prisonnier -fut transféré de la Bastille à la Conciergerie; le 30, il comparut -devant le Parlement. Tous les Rohan étaient rangés à la porte de -la Grande Chambre, attendant les juges. Dès que ceux-ci parurent: -«Messieurs, leur dit la comtesse de Marsan, vous allez nous juger -tous[1876].» Lorsque le cardinal entra dans la salle d'audience, il -fut reçu avec les plus grands honneurs; on lui permit de s'asseoir, et -les conseillers le saluèrent. Quand il sortit, le grand banc se leva -tout entier, «ce qui, dit une correspondance du temps, est une grande -distinction[1877].» On ne le traitait pas en accusé; mais en prince, -presque en souverain. - -Il chercha d'ailleurs à s'excuser; sentant qu'il avait en face de lui -des juges déjà prévenus en sa faveur et qu'il ne, fallait que bien -peu de chose pour achever de les séduire, il se fit humble, allégua -sa bonne foi et sa crédulité. «J'ai été complètement aveuglé, dit-il, -par le désir immense que j'avais de regagner les bonnes grâces de la -Reine[1878].» Mme de la Motte fut plus audacieuse: elle nia tout. - -Le procureur général, Joly de Fleury, posa ses conclusions: il -requérait que le cardinal fût tenu de déclarer qu'il avait agi -témérairement, en se permettant de croire à un rendez-vous nocturne -et supposé sur la terrasse de Versailles et en entamant, à l'insu du -Roi et de la Reine, une négociation pour l'achat du collier[1879]; -qu'il leur en demandât pardon en présence de la justice; enfin, qu'il -fût condamné à donner sa démission de grand-aumônier et à n'approcher -d'aucun lieu où serait la famille royale. - -A peine eut-il fini: «Fi donc! Monsieur, s'écria le conseiller Séguier, -ces conclusions sont d'un ministre et non d'un procureur général.»—«Ce -sont des conclusions sauvages,» reprit Montgodefroy[1880]. Un violent -tumulte s'éleva dans l'assemblée; de scandaleuses interpellations -s'échangèrent entre les magistrats[1881]. Les rapporteurs de l'affaire, -Titon de Villotran et Dupuis de Marcé, adoptèrent les conclusions -du procureur général, et quinze conseillers, parmi lesquels M. -d'Amécourt firent comme eux. Le président d'Ormesson ouvrit un moyen -terme: il proposa de laisser au cardinal ses places et dignités, en -le condamnant à demander pardon à la Reine. Mais les membres opposés -à la Cour, les Fréteau, les Hérault de Séchelles, les Barillon, les -Robert de Saint-Vincent, opinèrent que le prélat fût déchargé de toute -accusation; le dernier osa même blâmer sans réserves la conduite du -Roi et de la Reine et le procès public intenté au grand-aumônier. Le -Parlement, qui eût dû donner l'exemple du respect de l'autorité, en -affichait le mépris. Malgré l'avis du premier Président, et quoique -les meilleures têtes appuyassent les conclusions du procureur général, -l'avis des opposants l'emporta[1882]. - -Le chroniqueur, qui n'est pas suspect, ajoute: «Il est certain qu'il -a fallu une forte cabale pour cela.... Plus on réfléchit sur les -conclusions du Procureur général, et plus on les trouve entièrement -sages, malgré les fureurs de M. Séguier et les huées du public, qui -n'était presque composé que des partisans des Rohan[1883].» - -Le 31 mai, à neuf heures du soir, après dix-huit heures de -délibération, l'arrêt fut rendu. A la majorité de 26 voix contre -23[1884], Mme de la Motte était condamnée au fouet et à la détention -à la Salpêtrière; M. de la Motte, aux galères par contumace; Rétaux -de Villette au bannissement; Mlle d'Oliva était mise hors de cause; le -cardinal, renvoyé purement et simplement des fins de la plainte. - -Dès que l'arrêt fut connu, des applaudissements bruyants s'élevèrent -parmi les dix mille personnes qui, depuis sept heures du matin[1885], -remplissaient la salle des Pas-Perdus. Des acclamations enthousiastes -saluèrent les juges à leur sortie, comme si, dit justement un -historien, il se fût agi «d'un grand citoyen sauvé par des magistrats -courageux[1886]». Sans un adroit subterfuge de M. de Launay, qui fit -sortir son prisonnier par une voie détournée, le peuple eût dételé -les chevaux du cardinal, et traîné sa voiture jusqu'à l'hôtel de -Soubise[1887]. Lorsque, le lendemain, le grand-aumônier, innocent du -délit d'escroquerie, mais coupable au premier chef de lèse-majesté, -sortit de la Bastille, ce fut au bruit des battements de mains et des -cris de _Vive M. le cardinal!_ On illumina son hôtel avec une telle -profusion de lumières qu'il fut embarrassé lui-même d'un éclat qui, -disait spirituellement Mme de Sabran, «mettait si bien sa honte dans -tout son jour[1888].» Les poissardes vinrent le féliciter et la foule -le contraignit de paraître sur le balcon, quoique souffrant, en costume -de malade, bonnet blanc et veste blanche[1889]. L'accusé devenait -triomphateur. Le vrai condamné, c'était la Reine, ou plutôt c'était la -monarchie: quand un peuple en est arrivé à manquer à un tel point de -respect pour ses princes, l'heure des révolutions est bien près de -sonner. - -Plus sévère, à juste titre, que le Parlement, le Roi dépouilla le -cardinal de tous ses ordres et de ses charges, et l'exila à son -abbaye de la Chaise-Dieu, où il ne tarda pas à être oublié des siens. -«Faites-moi compliment, il est parti,» disait Mme de Marsan[1890]. -Un peu plus tard, il eut la permission de résider à Marmoutiers, où, -rentré en lui-même, on l'entendit déplorer son aveuglement et ses -folles espérances[1891]. Mais si Louis XVI pouvait, avec le temps, user -d'indulgence, au lendemain de ce jugement si inattendu il ne pouvait -pas ne pas sévir rigoureusement. Avec sa loyale nature et la haute idée -qu'il avait de la majesté du trône, il lui était impossible d'admettre -que l'homme qui avait infligé à sa souveraine un mortel outrage, en -la supposant capable de donner, la nuit, un rendez-vous secret et -d'acheter, à l'insu de son mari, un collier de seize cent mille francs, -restât impuni. «Quoique absous de l'escamotage du collier qui était -l'objet soumis à la justice, écrivait Vergennes, il—Rohan,—ne l'est -pas de son imbécile crédulité de s'être cru l'agent de la Reine pour -le marché clandestin[1892].» Le Roi, d'ailleurs, ne croyait pas le -cardinal aussi innocent du chef d'escroquerie que le Parlement l'avait -déclaré, et il faut avouer qu'à cette époque bien des gens partageaient -cette opinion[1893]. L'arrêt du 31 mai n'était, aux yeux de l'honnête -monarque, qu'une œuvre de parti. «Ils n'ont voulu voir dans cette -affaire que le prince de Rohan et le prince de l'Église, disait-il, -tandis que ce n'est qu'un besogneux d'argent et que tout ceci n'était -qu'une ressource pour faire de la terre le fossé et dans laquelle le -cardinal a été escroqué à son tour. Rien n'est plus aisé à juger et il -ne faut pas être Alexandre pour couper ce nœud gordien[1894].» - -Quant à la Reine, elle fut indignée de l'issue, si outrageante pour -elle, de ce procès. - -«Faites-moi votre compliment de condoléance,» dit-elle à Mme Campan; -«l'intrigant qui a voulu me perdre ou se procurer de l'argent en -abusant de mon nom et en prenant ma signature vient d'être pleinement -acquitté.... Mais,» ajouta-t-elle avec force, «comme Française, recevez -mon compliment de condoléance. Un peuple est bien malheureux d'avoir -pour tribunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs -passions et dont les uns sont susceptibles de corruption, et les autres -d'une audace qu'ils ont toujours manifestée contre l'autorité et qu'ils -viennent de faire éclater contre ceux «qui en sont revêtus[1895].» Et -le son de sa voix, son ton saccadé, sa parole entrecoupée, l'amertume -de son accent, l'ironie de son langage, la contraction de ses traits, -le plissement de ses lèvres, tout, dans son attitude, disait la -profondeur d'une blessure que rien né devait cicatriser. Douleur -trop naturelle! Indignation trop légitime! C'était la première fois -que la Reine faisait hardiment appel à la justice et s'adressait -courageusement à la publicité. La justice lui répondait par une -insulte, la publicité par une calomnie. - -Et cependant, cette publicité même, devons-nous la regretter? Nous ne -le pensons pas. Si l'affaire eût été étouffée, comme le voulait M. de -Vergennes, les conséquences, au point de vue de l'émotion populaire, -eussent été presque les mêmes. On n'était plus à l'époque où une lettre -de cachet pouvait ensevelir à tout jamais un prisonnier à la Bastille, -sans que le public sût même son nom. Un grand-aumônier de France n'eût -pas été exilé, sans que l'opinion s'en fût préoccupée et eût recherché -les causes de ce châtiment subit. Quelque précaution qu'on eût prise, -il eût toujours transpiré quelque chose, et ce quelque chose, grossi, -commenté, colporté par les mille voix de la renommée, fût devenu une -calomnie nouvelle, qu'en l'absence de documents authentiques il eût été -à tout jamais impossible de réfuter. - -Aujourd'hui, on sait du moins, grâce aux pièces du procès, à quoi -s'en tenir sur cette ténébreuse affaire. L'intrigue est dévoilée dans -tous ses détails; on connaît les coupables, les dupes, les complices, -les victimes. L'innocence absolue de la Reine a été démontrée avec -la plus lumineuse évidence, et si les contemporains, malveillants et -passionnés, ont voulu trouver une arme contre son honneur dans cette -odieuse machination, la postérité, mieux éclairée et plus juste, a -proclamé hautement que tout a été fait à son insu et contre elle. - - - - -CHAPITRE XXI - - Derniers jours de bonheur.—Voyage de Cherbourg.—La Cour à - Fontainebleau en 1786.—Bonté de la Reine.—Marie-Antoinette - et ses enfants.—Les fils de la marquise de Bombelles et de - la marquise de Sabran.—Les jours de tristesse.—Scène de - Trianon racontée par Mme Campan.—La calomnie.—Pamphlets et - chansons.—Voyages de l'archiduc Ferdinand et de la duchesse de - Saxe-Teschen.—Acquisition de Saint-Cloud.—Mme Déficit.—Calonne - et la Reine.—Représentation d'_Athalie_.—Le portrait de la Reine - n'est pas exposé.—Refroidissement avec les Polignac.—Mort de - Sophie-Béatrix. - - -Trois semaines après le dénouement du procès du Collier, Louis XVI -partait pour la Normandie: il allait visiter les immenses travaux qui, -sous la direction de Dumouriez, devaient faire de Cherbourg un grand -port militaire, poste avancé de surveillance et au besoin de menace en -face de l'Angleterre. C'était ordinairement une chose solennelle et -dispendieuse qu'un voyage royal. Louis XVI le fit sans faste et presque -sans suite, n'emmenant avec lui que son premier écuyer, son capitaine -des gardes, le premier gentilhomme de la Chambre, quatre officiers -des gardes du corps et huit gardes, et refusant les représentations -officielles[1896]. Il visita tout à Cherbourg, assista, dès le -lendemain de son arrivée, à trois heures du matin, à l'immersion d'un -des cônes de la digue qui fermait le port, inspecta les travaux de la -citadelle, fit manœuvrer devant lui l'escadre de M. de Rioms, étonnant -les gens du métier par la variété et l'étendue de ses connaissances, -et séduisant chacun par sa bonté et sa simplicité. On racontait de lui -des traits charmants à la Henri IV. En passant à Houdan, il était entré -un instant dans la maison d'une paysanne. Cette femme, toute joyeuse de -recevoir son Roi, se jeta à ses pieds et le supplia de lui accorder une -faveur: «Laquelle?» dit le prince.—«Sire, c'est de «vous embrasser.» -Il y consentit de bonne grâce[1897]. Puis: «A mon tour,» dit-il, et, -raconte un chroniqueur, le baiser royal fut appliqué de manière à faire -penser que cette circonstance n'avait pas déplu à Sa Majesté[1898]. - -Ce ne fut pas tout. Le Roi demanda ensuite à la paysanne si elle ne -désirait plus rien. «Non, Sire, répondit la femme; je n'ai nul besoin. -Je suis maintenant plus heureuse qu'une Reine; mais j'ai une voisine -bien pauvre, qui a onze enfants et que ses créanciers menacent de -saisir.» Louis XVI fit venir la voisine, lui promit d'arranger ses -affaires et tint parole[1899]. - -De pareilles anecdotes, bientôt connues, attiraient la foule sur les -pas du monarque. Ce voyage de huit jours fut une ovation perpétuelle. -A Caen, où on lui présentait les clefs de la ville avec ces mots: -_Cordibus apertis inutiles_, et où il ordonnait aux gardes de -laisser approcher tout le monde, «mes enfants», disait-il[1900]; -à Rouen, où, pour satisfaire le peuple, il descendait à pied la -rue du pont[1901]; à Honfleur, où il voyait pour la dernière fois -l'escadre d'évolution[1902]; au Havre, où il arrivait par mer malgré -une traversée orageuse[1903]; partout, dans l'armée, dans la marine, -dans les villes, dans les campagnes, retentissait bruyamment ce cri -alors si français de: _Vive le Roi!_ Le prince était heureux de ces -acclamations qui devenaient rares autour du trône. Aux cris de: _Vive -le Roi!_ il répondait par le cri de: _Vive mon peuple[1904]!_ «Vous -serez, j'espère, contente de moi,» écrivait-il gaiement à la Reine, à -laquelle il envoyait tous les jours des nouvelles; «car je ne crois -pas avoir fait une seule fois ma grosse voix[1905].» Il était enchanté -de son voyagé et tout le monde était enchanté de lui[1906]. C'était -comme un rajeunissement de ce lien antique qui, depuis tant de siècles, -unissait la dynastie à la France, comme un serment nouveau de fidélité -de la part du peuple, d'amour et de bonté de la part du Roi. Quand, -le 29 juin, Louis XVI rentra à Versailles, tout ému encore de ces -applaudissements d'une province entière, il prit dans ses bras son -second fils, le duc de Normandie. «Viens, mon gros «Normand, lui dit-il -en souriant, ton nom te portera bonheur!» - -La Reine n'était pas moins heureuse que le Roi de cet enthousiasme -populaire; elle l'enviait peut-être, car elle non plus n'y était -plus accoutumée. Il y eut cependant, cette année encore, pour elle -un regain, sinon de popularité, du moins d'éclat. Ce fut pendant -l'automne, à Fontainebleau. - -«Il y avait une telle foule à Fontainebleau, écrivait Mme de Staël -à Gustave III, qu'on ne pouvait parler qu'à deux ou trois personnes -qui jouaient avec vous, et l'on ne retirait de plaisir d'être dans le -monde que l'agrément d'être étouffé: mais c'était surtout autour de -la Reine que les flots de la foule se précipitaient. L'expression du -visage de tous ceux qui attendaient un mot d'elle pouvait être assez -piquante pour les observateurs. Les uns voulaient attirer l'attention -par des ris extraordinaires sur ce que leur voisin leur disait, tandis -que, dans toute autre circonstance, les mêmes propos ne les auraient -pas fait sourire. D'autres prenaient un air dégagé, distrait, pour -n'avoir pas l'air de penser à ce qui les occupait tout entiers; ils -tournaient la tête du côté opposé; mais, malgré eux, leurs yeux -prenaient une marché contraire et les attachaient à tous les pas de la -Reine. D'autres, quand la Reine leur demandait quel temps il faisait, -ne croyaient pas devoir laisser échapper une semblable occasion de se -faire connaître et répondaient bien au long à cette question; mais -d'autres aussi montraient du respect sans crainte et de l'empressement -sans avidité[1907].» - -Ainsi, à la fin de 1786, et même au commencement de 1787[1908], -Marie-Antoinette est toujours l'astre vers lequel se tournent les -regards. Sa lumière est radieuse encore, mais déjà plus tempérée et -comme voilée de je ne sais quel nuage de mélancolie. La Reine se sent -vieillir et dès l'hiver de 1785, elle a déclaré à Mlle Bertin qu'elle -va avoir trente ans et qu'en conséquence, décidée à retrancher de ses -parures tous les ornements qui ne conviennent qu'à l'extrême jeunesse, -elle ne portera plus ni plumes ni fleurs[1909]. Ce n'est plus la -jeune femme vive et gaie, à la taille élancée, au rire perlé, parfois -moqueur, ardente au plaisir et facile aux entraînements, aimant les -bals, les courses et le jeu. C'est la femme de trente ans, à l'aspect -plus imposant, à l'embonpoint naissant[1910], avec cette ampleur de -formes qui ajoute, sans lourdeur, la majesté à l'élégance; au sourire -toujours enchanteur, mais plus grave; sentant le poids de la couronne -et mûrie par l'expérience. Si Mercy avait eu encore à adresser à -l'Impératrice ses rapports secrets, il ne les eût plus remplis de ses -plaintes contre la dissipation et le laisser-aller de l'Archiduchesse, -car c'est au moment où Marie-Antoinette commence à être le plus en -butte à la calomnie qu'elle y donne le moins de prise. - -La Cour est bien tenue; les bals sont brillants, comme s'ils -voulaient rayonner d'une dernière splendeur[1911]. Les jeux de -hasard sont sévèrement exclus. La Reine bannit de sa table les -gros joueurs, renonce aux émotions du pharaon pour le plaisir plus -calme du billard[1912], fait des représentations au comte d'Artois, -toujours impétueux et léger, éloigne de sa personne les jeunes gens -pour rechercher de préférence les hommes graves et sérieux, et, dit -un témoin oculaire, «montre clairement par son attitude et par ses -discours qu'elle entend conserver les principes d'honneur et de -probité parmi ceux qui l'entourent[1913]». Elle encourage les arts -et l'industrie, prend sous sa protection la manufacture de cristaux -de Saint-Cloud et, pour soutenir l'atelier de filature de soie -établi à Paris par un sieur Villiers, déclare qu'elle ne portera -plus désormais que des gazes françaises[1914]. Elle économise sur sa -toilette et,—qu'on nous passe ce détail, il est un peu vulgaire, mais -il est décisif,—cette femme, arbitre de l'élégance et du goût, fait -raccommoder ses robes, regarnir ses jupons, reborder ses souliers[1915]! - -Son esprit est vif, sans être étendu, et il est toujours bienveillant; -elle possède au suprême degré cette mémoire obligeante dont on sait -un gré infini aux princes, et qui leur gagne plus de cœurs que des -bienfaits[1916]. Sa démarche est fière[1917]. Son œil, toujours -limpide, devient plus pénétrant. Son accueil est imposant, sans cesser -d'être affable. Sa familiarité se tempère de noblesse, sa grâce -s'illumine de majesté. On admire la femme, mais on sent la Reine. Sa -beauté attire les regards; sa bonté attache les cœurs; sa dignité -naturelle commande le respect. «Il est, je crois, difficile de mettre -plus de grâce et de bonté dans la politesse, écrit encore Mme de Staël; -elle a même un genre d'affabilité qui ne permet pas d'oublier qu'elle -est Reine et persuade toujours qu'elle l'oublie[1918].» - -Et puis, sous le diadème de la souveraine, voyez poindre le sourire -de la mère, elle est là avec ses quatre enfants; car, le 9 juillet -1786, une seconde princesse est née, Sophie-Béatrix; elle est là, à -Fontainebleau comme à Versailles, penchée sur leur berceau, attentive -à tous leurs mouvements, contemplant leur sommeil avec amour, alarmée -à la moindre souffrance, tressaillant à un accès de toux, tremblant à -un mouvement de fièvre, veillant à leur chevet quand on les inocule -et, à ce moment, poussant la précaution jusqu'à s'enfermer avec eux au -Château, pour qu'ils ne communiquent pas la contagion aux enfants qui -peuvent venir jouer dans le parc[1919]; suivant d'un œil vigilant et -avec une sollicitude éclairée leur développement physique, intellectuel -et moral. Elle réprime leurs petites impatiences et ne leur permet -aucune hauteur[1920]; elle ne veut pas laisser plus de quatre femmes -à sa fille[1921]; elle l'emmène avec elle à Fontainebleau pour ne -pas perdre de vue son éducation[1922]; et pendant ce temps-là, le -Dauphin, tout jeune, reste à la Muette, habillé simplement en matelot, -accessible à tous et enchantant chacun par sa bonne grâce[1923]. Pas -une lettre à ses amis, pas une lettre à ses frères, qui n'abonde -en détails sur la santé et les mille incidents de la vie des chers -petits. Elle va chez eux à toute heure du jour et de la nuit, et -une fois qu'elle pénètre à l'improviste chez le duc de Normandie, -auquel on vient de mettre des sangsues sans la prévenir, elle tombe -sans connaissance, de saisissement et d'effroi. Comme elle suit avec -angoisse les premiers symptômes du mal qui emportera le Dauphin[1924]! -Mais aussi comme elle jouit de la belle santé de son second fils, -si sain, si frais, si fort, «vrai enfant de paysan,» ajoute-t-elle -gaiement[1925]. - -Et comme en même temps elle s'efforce de former leur esprit, leur -cœur surtout! Une année, aux approches du premier janvier, elle fait -apporter à Versailles les plus beaux jouets de Paris; elle les montre à -ses enfants, et, quand ils ont bien vu, bien admiré, elle leur dit que -tout cela est bien beau, sans doute, mais qu'il est plus beau encore de -répandre l'aumône; et le prix des étrennes est envoyé aux pauvres[1926]. - -Ainsi, elle fait faire à ses enfants l'apprentissage de la charité. -Tandis que l'abbé d'Avaux enseigne à Madame Royale la grammaire et -l'histoire, la Reine donne à sa fille des leçons de travail manuel; -elle lui apprend elle-même à composer des ouvrages d'aiguille et elle -habitue ses petites mains à coudre des chemises et des layettes qu'elle -fait distribuer aux indigents par les curés de Versailles[1927]. Ce ne -sont pas aux plus protégés, mais aux plus dignes qu'elle confie le soin -de ses enfants. Quand le Dauphin est en âge d'avoir un gouverneur, on -ne prend ni M. de Vaudreuil, malgré l'appui des Polignac, ni le duc de -Guines, si en faveur jadis, ni le duc de la Vauguyon, quoiqu'il ait été -élevé avec le Roi; on va chercher, dans son gouvernement de Normandie, -le duc d'Harcourt, dont «la réputation d'honnêteté est extrêmement -établie[1928].» La Reine ne préside pas seulement à l'éducation, elle -se mêle aux jeux de sa jeune famille. Pour l'amuser, elle réunit -autour d'elle, à Trianon ou à Versailles, les fils et les filles des -principaux personnages de la Cour; elle danse avec eux; elle leur fait -jouer la comédie[1929], et souvent elle y prend part elle-même. - -Cet amour des enfants est si vif chez Marie-Antoinette, qu'il rejaillit -même sur les enfants des autres. Les correspondances et les mémoires -du temps sont remplis de traits charmants de cette douce et pure -passion. Pas un bel enfant ne paraît à la Cour sans que la Reine -le voie, l'admire et le caresse. Un jour, c'est le petit garçon de -Mme de Bombelles, qu'elle aperçoit sortant de l'appartement de Mme -Elisabeth; elle s'arrête pour le voir, le fait jouer avec son éventail -et affirme à l'heureuse mère qu'elle le trouve charmant[1930]. Une -autre fois, c'est Elzéar de Sabran qu'elle rencontre sur son passage; -elle l'embrasse sur les deux joues. Et, le lendemain, elle dit à Mme -de Sabran: «Savez-vous que j'ai embrassé un Monsieur, hier?»—«Madame, -je le sais; car il s'en est vanté.» Et la Reine de rire, et de faire -compliment à la mère sur son fils, sur le développement de sa taille, -sur sa bonne mine, sur son talent à jouer la comédie[1931]. Et la -mère de sourire à son tour, et d'être ravie, et de déclarer la Reine -«adorable». Et, cinquante ans après, l'enfant, devenu vieillard, -conservait toujours et rappelait avec une indicible émotion et un naïf -orgueil le souvenir de ce baiser de la Reine[1932]. - -Qui ne l'eût proclamée alors, comme le prince de Ligne, toujours reine -par la grâce et la charité[1933], et ne se fut écrié comme lui: - -«Il n'y a que des méchants qui aient pu en dire du mal, et des sots qui -aient pu le croire[1934].» - -Et cependant ces sots et ces méchants se sont rencontrés, et parmi ces -courtisans qui se pressaient sur son passage pour implorer un de ses -regards, combien peut-être ont grossi le nombre de ces méchants et de -ces sots! - -Un jour, à Trianon, le 13 septembre 1786[1935], entrant le matin -dans la chambre de sa royale maîtresse, Mme Campan la trouva couchée -encore, froissant entre ses doigts des lettres jetées sur son lit, le -visage baigné de pleurs, la voix entrecoupée par des sanglots. «Ah! -les méchants! les monstres!» s'écriait l'infortunée princesse... «Que -leur ai-je fait?... Ah! je voudrais mourir.» Et comme Mme Campan lui -offrait de l'eau de fleurs d'oranger, de l'éther: «Non,» reprit-elle -avec une navrante amertume; «non, si vous m'aimez, laissez-moi; il -vaudrait mieux me donner la mort!» Et, jetant son bras sur l'épaule de -sa première femme de chambre, elle se mit à fondre en larmes[1936]. - -Mme Campan ne sut jamais quelle avait été la causé de ce violent -chagrin, que l'amitié seule de la duchesse de Polignac parvint à -calmer. C'était un de ces nuages noirs qui menacent de fondre sur la -campagne et qu'une brise plus pure emporte. Mais combien d'autres -nuages allaient suivre, que le souffle de l'amitié ne dissiperait plus! - -Depuis longtemps déjà, la calomnie avait fait son apparition dans -l'horizon de la Reine, et celui-là même qui l'avait si bien peinte dans -la dernière pièce jouée à Trianon[1937], n'était pas pur du soupçon -d'en avoir aidé la naissance. Marie-Antoinette en avait ri d'abord et -elle s'était amusée à chanter elle-même des couplets où le chevalier -de Boufflers avait spirituellement transformé en qualités les défauts -que lui reprochaient les libelles[1938]. Mais depuis l'histoire, vraie -ou fausse, du juif Angelucci, que de chemin parcouru! - -Ce sont les mœurs de la Reine qu'on incrimine, puis ses amitiés, -puis ses dépenses, sa simplicité même. On veut lui aliéner le cœur -de son mari, et le cœur de la nation. D'immondes pamphlets sortent -de ténébreuses officines; ils inondent la Cour et la ville; ils -s'affichent à la porte de Notre-Dame; ils sont distribués par des -employés du palais, fabriqués par des inspecteurs de police[1939]; -ils se glissent sous la serviette du Roi. Ils s'appellent le -_Lever de l'Aurore_; les _Amours de Notre Reine_; la _Coquette et -l'Impuissant_[1940]; le _Procès des Trois-Rois_, «ouvrage détestable -pour tout bon Français,» dit le chroniqueur[1941]; l'_Almanach -royal_[1942]; la _Vie d'Antoinette_, que sais-je encore? le -_Portefeuille d'un talon-rouge_, et bientôt les _Essais sur la vie de -Marie-Antoinette_, et les infâmes _Mémoires de Mme de la Motte_. Il -serait impossible de les énumérer tous, et plus impossible encore d'en -citer des fragments. Le procès du Collier est le signal d'un véritable -débordement de calomnies. - -Les auteurs, on les ignore la plupart du temps; on nomme Champcenetz, -le marquis de Louvois, Thévenot de Morande. Les instigateurs, on les -connaît mieux; ce sont les ennemis de Choiseul, les d'Aiguillon, les -Marsan, des membres mêmes de la famille royale, Mme Adélaïde, le duc -d'Orléans, les Condé, peut-être le comte de Provence, tous ceux -que le crédit de la Reine offusque, que sa préférence pour d'autres -froisse, que sa bonté même distingue; car les ingrats s'ajoutent aux -envieux. Jamais plus infernale conspiration n'a été ourdie avec plus -d'habileté par des conjurés plus divers. Jamais, hélas! complot n'a -abouti à plus de succès. Pas un acte, pas une démarche, pas une parole -qui n'ait été travestie. La Reine, après la paix de 1783, accueille -avec distinction quelques seigneurs anglais qui viennent, à Versailles -ou à Fontainebleau, oublier la vieille rivalité des deux pays. Lord -Strathavon, le duc de Dorset, lord Fitzgerald sont les amants de -la Reine. Elle manifeste des sympathies pour de jeunes Suédois ou -Autrichiens qui sont accourus du fond de leur patrie verser leur sang -au service de la France; Fersen, Stedingk, Esterhazy, autant d'amants -encore, sans compter les Français, Arthur Dillon, surnommé le beau -Dillon; Édouard Dillon, à la vue duquel le visage de Marie-Antoinette -«se reprintanise[1943]»; et ce misérable fat de Lauzun; et le chevalier -de Coigny; et le comte d'Artois; et le duc de Chartres. Et des chansons -obscènes circulent, avidement accueillies dans les salons, bien peu -délicats en fait de bon goût et en fait de bonnes mœurs, recueillies -avec soin par Maurepas, qui a toujours aimé les polissonneries[1944], -surtout lorsqu'il peut s'en faire une arme contre un crédit qui -l'offusque. Et l'on voit des courtisans courir en poste de Versailles -au foyer de l'Opéra pour s'amuser avec les chanteurs des prétendues -bonnes fortunes du beau Dillon ou de M. de Coigny[1945]. - -En 1786[1946], l'archiduc Ferdinand fait avec sa femme, à l'exemple -de ses deux frères, un voyage en France, où son affabilité plaît -beaucoup[1947]; mais la présence de l'archiduc, comme celle de -Maximilien, soulève des questions de préséance, et ce sont de nouveaux -germes de discorde dans la famille royale[1948]. Le duc et la duchesse -de Saxe-Teschen, qui viennent à Versailles quelques mois plus -tard[1949], exécutant enfin un projet ajourné pendant deux ans[1950], -évitent cet inconvénient; mais s'ils sont charmés de l'affabilité -de la Reine et des agréments de sa conversation, ils entendent déjà -dans Paris, «ce séjour des plaisirs et des inconséquences[1951]», les -murmures de la calomnie et comme les premiers grondements de l'orage. - -Marie-Antoinette, pour se rapprocher de la capitale et procurer à -ses enfants, au Dauphin surtout[1952], déjà souffrant, un air plus -pur et plus libre pendant l'été[1953], manifeste le désir d'avoir le -palais de Saint-Cloud; le Roi l'achète au duc d'Orléans et le donne à -sa femme. Ce sera une résidence pour la famille royale, pendant les -longues réparations que nécessite Versailles[1954]. La dépense n'est ni -aussi considérable qu'on le suppose, ni en désaccord avec les revenus -du monarque[1955], puisqu'elle est couverte en grande partie par des -ventes opérées à la même époque[1956]. N'importe. C'est l'acquisition -de Saint-Cloud qui ruine les finances de la France. Messieurs des -Enquêtes fulminent contre Messieurs de la Grande Chambre, qui ont -enregistré les lettres patentes du Roi donnant six millions à la Reine -pour jouir en toute propriété et disposer à sa guise des terres et -domaines qu'elle voudra acquérir au moyen de cette somme[1957]. Et la -voix des salons, et le bruit de la rue, qui vient s'y joindre, jettent -à Marie-Antoinette le nom injurieux et mortel de _Mme Déficit_[1958]. -Quatre mots mis en tête des imprimés collés sur les grilles du parc: -_De par la Reine_, mots bien naturels, puisque la Reine est chez elle -à Saint-Cloud comme à Trianon, augmentent les murmures, en soulevant -je ne sais quelle ombrageuse susceptibilité. On y voit un empiétement -sur les privilèges du Roi, une atteinte aux droits de la Maison de -France qu'on veut dépouiller au profit de la Maison d'Autriche, et -d'Éprémesnil s'écrie en plein Parlement qu'il est _impolitique_ et -_immoral_ de voir des palais appartenir à la Reine de France[1959]. - -Marie-Antoinette éprouve pour Calonne, dont elle a bien vite jugé la -valeur[1960], une insurmontable antipathie. Non seulement elle ne -lui demande pas d'argent, mais elle refuse celui qu'il lui offre; -les récits du temps l'affirment, et les documents authentiques -l'établissent. Mais la malveillance populaire s'inquiète-t-elle de -la vérité? On fredonne dans les rues ce couplet d'un pot-pourri, -d'ailleurs plat et sans esprit: - - Calonne n'est pas ce que j'aime; - Mais c'est l'or qu'il n'épargne pas. - Quand je suis dans quelque embarras, - Alors je m'adresse à lui-même. - Ma favorite en fait de même, - Et puis nous en rions tout bas, tout bas[1961]. - -Lorsqu'à la chute du contrôleur général la populace s'amuse à le brûler -en effigie, l'écriteau pendu au mannequin qui le représente accuse la -Reine d'avoir envoyé à son frère cent millions en trois ans[1962]. - -Et cela, au moment où ce frère lui reproche de s'être trop «francisée» -et de n'avoir plus d'allemand que la figure[1963]! - -Ainsi, la calomnie descend des marches du trône dans le palais, -du palais dans les salons, des salons dans la rue, et ses traits -empoisonnés s'enfoncent dans le cœur de la malheureuse femme, en -attendant qu'ils la frappent à la tête. En 1783, Mme Lebrun peint -Marie-Antoinette dans le gracieux costume de Trianon, avec un chapeau -de paille et une robe de mousseline blanche; on raconte aussitôt que -la Reine s'est fait peindre en chemise[1964]. Quatre ans plus tard, en -1787, même insulte pour le beau tableau où la même artiste a représenté -Marie-Antoinette entourée de ses enfants. Le cadre ayant été d'abord -apporté seul: «Ah! voilà _Mme Déficit_!» s'écrie quelqu'un, et cette -méchanceté, où l'on associe perfidement un incident vulgaire à une -calomnie odieuse, trouve aussitôt crédit dans le public[1965]. A -l'Opéra, la Reine est sifflée[1966]. Au Théâtre-Français, on lui fait -une outrageante application des menaçantes prophéties de Joad contre -Athalie[1967]. On vend ouvertement une caricature qui montre Louis XVI -et Marie-Antoinette assis à une table succulente qu'entoure une foule -d'affamés avec cette légende: «Le Roi boit, la Reine mange, le peuple -crie[1968]!» Et un jour vient où le lieutenant de police fait avertir -l'infortunée princesse de ne plus se montrer dans Paris, où elle ne -serait pas en sûreté[1969]! - -Le comte de la Marck a eu bien raison de dire: «C'est dans les -méchancetés et les mensonges répandus contre la Reine qu'il faut aller -chercher les prétextes des accusations du tribunal révolutionnaire en -1793 contre Marie-Antoinette[1970].» - -Comme si tous les chagrins devaient fondre à la fois sur cette tête, -si longtemps radieuse, l'amitié même se relâchait. Les favoris, si -empressés au temps de la bonne fortune, devenaient plus froids à -l'heure de l'épreuve. - -Entre la Reine et le contrôleur général, les Polignac optaient pour -Calonne. La Reine en était mécontente; elle ne se rendait plus chez -son amie sans avoir fait demander auparavant quelles personnes s'y -trouvaient, et souvent, après la réponse, elle s'abstenait d'y aller. -Mme de Polignac, au lieu d'en être touchée, s'en froissait, et un jour -que sa royale maîtresse lui en faisait d'affectueuses observations: -«Je pense, répliqua-t-elle d'un ton piqué, que parce que Votre Majesté -veut bien venir dans mon salon, ce n'est pas une raison pour qu'elle -prétende en exclure mes amis.» - -La Reine, obstinée dans ses affections, ne se montre pas blessée de -cette impertinente réponse. Elle fait plus, elle l'excuse: «Je n'en -veux pas à Mme de Polignac, dit-elle; au fond, elle est bonne et elle -m'aime; mais ses alentours l'ont subjuguée?.» Elle se contente de -délaisser le salon de la favorite, d'écarter les jeunes gens de sa -société[1971] et de reporter ses préférences sur une femme plus douce, -plus dévouée sans arrière-pensée, la comtesse d'Ossun. Et, à l'exemple -de la Reine, ses vrais amis, Mercy et Fersen, quittent à leur tour le -cercle des Polignac[1972]. - -Mais la société de la favorite, mécontente d'un éloignement qui semble -devoir éloigner en même temps les faveurs, et jalouse du crédit -naissant de Mme d'Ossun, ne dissimule pas son irritation. Mme de -Polignac part pour les eaux et menace de donner sa démission[1973]. Et -ses amis font cause commune avec les ennemis de Marie-Antoinette dans -leur guerre de chansons et d'insinuations perfides. On y parle avec -malignité d'une _Écossaise_ dansée par la Reine avec lord Strathavon -chez Mme d'Ossun. Un des habitués du salon Polignac, qui devait plus -que tout autre une profonde reconnaissance et de respectueux égards -à la Reine, fait contre elle un couplet des plus méchants, et ce -couplet, fondé sur un odieux mensonge, va alimenter ces échos de Paris -et de Versailles qui, depuis quelque temps, ne répètent plus que la -calomnie[1974]. - -Aux déboires de l'amie viennent se joindre les déchirements de la -mère. Le vendredi 15 juin 1787, la dernière fille de Marie-Antoinette, -Sophie-Béatrix, âgée de 11 mois seulement, est prise d'un vague -malaise; le 19, elle meurt, charmante en son agonie, blanche et rose, -douce et jolie comme l'ange de la mort[1975], mais infligeant au cœur -de la pauvre mère cette inguérissable blessure que fait la perte d'un -premier enfant. La Reine, profondément affligée[1976], s'enferme -à Trianon sans appareil et sans suite, seule avec le Roi et Mme -Elisabeth: «Venez, écrit-elle à sa belle-sœur, nous pleurerons sur la -mort de ma pauvre petite ange... J'ai besoin de tout votre cœur pour -consoler le mien[1977].» - -Et comme quelques personnes de son intimité, pour alléger sa douleur, -lui représentent le bas âge de la jeune princesse: «Oubliez-vous, -répond-elle, que c'eût été une amie[1978]?» - -Une amie, elle en a besoin plus que jamais, et n'en trouvant plus -sur la terre, elle en cherche plus haut: «Depuis quelque temps, écrit -l'ambassadeur de Suède, la Reine paraît tournée à la dévotion[1979].» - -Atteinte comme femme, comme amie, comme mère, elle cède, ainsi qu'elle -le dit elle-même, à sa mauvaise destinée. Malgré ses répugnances à -s'occuper d'affaires, elle se jette, contrainte, dans la lutte, mais -non sans avoir poussé ce cri de désespoir que recueille Mme Campan: - -«Ah! il n'y a plus de bonheur pour moi, depuis qu'ils m'ont faite -intrigante[1980].» - - - - -CHAPITRE XXII - - Les Notables.—Chute de Calonne.—Brienne.—Ses réformes.—Son - impopularité rejaillit sur la Reine.—Rappel de - Necker.—Convocation des États généraux.—Flots de - brochures.—Doublement du Tiers.—Situation de Marie-Antoinette - en 1789, vis à vis de la famille royale.—Le comte et la - comtesse de Provence.—Le comte et la comtesse d'Artois.—Madame - Elisabeth.—Mesdames.—Les Condé.—Le duc d'Orléans. - - -Quelle que fût sa présomption, Calonne n'avait pas réussi à combler le -déficit du Trésor[1981]. Il avait fait pis: il l'avait sensiblement -accru. Le Parlement était hostile; le public s'alarmait; les -combinaisons financières avaient échoué. Le contrôleur général résolut -de frapper un grand coup: il proposa au Roi de réunir une assemblée -de Notables. Louis XVI adopta cette idée avec enthousiasme: la pensée -d'imiter Henri IV, de se rapprocher de son peuple, ou du moins de ses -principaux représentants, de leur parler face à face et en quelque -sorte à cœur ouvert, plaisait à son esprit généreux et passionné pour -le bien public. Le lendemain du jour où il avait déclaré à son Conseil -son intention de convoquer les Notables[1982], il écrivait à Calonne: - -«Je n'ai pas dormi cette nuit; mais c'était de plaisir.» - -La Reine avait ignoré ce projet; elle fut, dit-on, froissée de ce -silence et restait parfois plusieurs heures pensive et sans mot -dire[1983]. Quoiqu'elle se mêlât beaucoup moins d'affaires qu'on ne le -croyait à l'étranger et dans le public[1984], la réalité commençait -à lui apparaître: le présent avec ses difficultés, l'avenir avec -ses périls[1985]. Le Roi ne s'était ouvert de sa pensée qu'au garde -des sceaux, Miroménil, et à Vergennes qui, depuis la mort du comte -de Maurepas, remplissait, sans en avoir le titre, les fonctions de -premier ministre. Malheureusement, neuf jours avant l'ouverture de -l'assemblée, le 13 février 1787, Vergennes mourut. A ce moment surtout, -ce fut une grande perte. La raison calme et froide de ce ministre, sa -vieille expérience des hommes et des choses, la confiance que le Roi -avait en lui, la considération dont il jouissait auraient donné du -poids aux plans de Calonne et en auraient peut-être assuré le succès. -Lui mort, il n'y eut plus dans le ministère personne qui eût assez -de prépondérance pour diriger l'opinion. Montmorin, qui lui succéda, -n'avait ni les mêmes talents ni la même autorité, et Breteuil, esprit -assez médiocre, peu aimé d'ailleurs à cause de sa brusquerie, était en -outre l'ennemi acharné du contrôleur général. - -Le retard même apporté à l'ouverture de l'assemblée, successivement -fixée au 29 janvier, puis au 22 février, était une faute; les Notables, -arrivés depuis un mois à Paris, où ils ne savaient que faire, ennuyés -de ces délais et du temps qu'on leur faisait perdre, n'avaient d'autre -occupation que d'écouter les critiques et de recevoir les plaintes -des mécontents[1986]. Le public s'impatientait de son côté. Déjà l'on -riait, l'on chansonnait et l'on annonçait que la grande troupe de -M. de Calonne allait donner la première représentation des _Fausses -apparences des Dettes et des Méprises_[1987]. - -Les plans du ministre étaient vastes. Ils comprenaient la suppression -ou l'adoucissement de certains impôts, comme la capitation et la -gabelle, une répartition plus égale de l'impôt foncier, qui devait -frapper à la fois tous les propriétaires, privilégiés ou non, et -l'établissement dans toute l'étendue du royaume d'assemblées de -paroisses, de districts et de provinces. C'était une réforme politique -en même temps qu'une réforme financière, réforme sage, en somme, dont -la réalisation pacifique eût peut-être prévenu bien des désastres. -Mais, en politique, ce sont souvent moins les idées que les hommes qui -se font accepter, et malheureusement le contrôleur général était si -honni que son nom seul suffisait à décrier les plus utiles mesures. -En même temps, sa légèreté l'empêchait de prévoir les obstacles ou de -s'occuper des moyens de les surmonter. Il eût été facile, puisque le -Roi s'était réservé le choix des Notables, de composer l'assemblée -d'hommes éclairés et dévoués à la fois, décidés à voter une réforme -qui, pour la plupart d'entre eux, eût été un sacrifice, en un mot de -se ménager une majorité. Calonne négligea même ce soin, et, dès le -début, il fut aisé de voir qu'il y aurait une opposition formidable, -plus encore peut-être contre la personne du ministre que contre ses -projets. Se sentant attaqué, Calonne eut le tort d'attaquer à son tour: -son discours aux Notables, avec une apologie de son propre système, -contenait une critique, déguisée mais transparente, de l'administration -de Necker. Necker riposta, ses amis prirent parti dans la lutte; les -privilégiés, menacés, défendirent leurs droits; les Notables, froissés -de certaines publications[1988], exigèrent des états de dépenses -et de recettes. Ce fut un déluge de récriminations et de plaintes, -les unes justes, les autres passionnées, contre un ministre dont -l'administration laissait tant de prises à la critique et dont la -réputation répondait mal à ses protestations de désintéressement et -d'économie. - -Au bout de six semaines, le 8 avril, Calonne tomba. Exilé à sa terre -d'Allouville en Lorraine, il partit, furieux contre la Reine à laquelle -il attribuait, avec l'opinion publique, sa disgrâce et son exil[1989]; -puis, bientôt, décrété de prise de corps par le Parlement, il perdit -la tête et sans essayer même de sauver les apparences[1990], s'enfuit -à Londres où, s'il faut en croire Mme Campan, la rancune le rendit -complice de Mme de la Motte dans la rédaction de ses infâmes _Mémoires_ -contre Marie-Antoinette[1991]. - -Quel serait son remplaçant au contrôle général? Choiseul était mort le -dimanche 9 mai 1785[1992], emportant dans la tombe comme un dernier -souvenir de la jeunesse et de la vie heureuse de la Reine. Deux -noms étaient en présence pour la succession de Calonne: Necker et -l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne. Le Roi avait une égale -répugnance pour tous les deux: «Je ne veux, aurait-il dit un jour, ni -Neckraille, ni prêtraille[1993].» Il ne disconvenait pas des talents -de Necker; mais il redoutait les défauts[1994] de son caractère, et, -tout récemment encore, vivement froissé de la publication de son livre -sur l'_Administration des finances_, il l'avait, à l'instigation de -Calonne, exilé à quarante lieues de la capitale[1995]. - -Le rappeler en ce moment; bien plus, lui rendre un portefeuille, -c'était se donner trop manifestement un démenti à soi-même et ébranler, -de ses propres mains, le prestige déjà trop affaibli de l'autorité -royale. Si quelques fidèles, comme Montmorin, prononçaient encore -le nom de Necker, la situation elle-même semblait indiquer celui de -l'archevêque de Toulouse. Son influence sur les Notables, son titre -de chef avoué de l'opposition contre Calonne, ce qu'on nommerait -aujourd'hui le jeu régulier des institutions parlementaires, le -désignaient naturellement comme le successeur du ministre dont il avait -déterminé la chute. - -Ambitieux de vieille date, résolu dès son enfance à jouer un grand -rôle, et poursuivant son but par tous les moyens, mais patient et -résolu à attendre, insinuant et souple, sachant à la fois applaudir -les philosophes et regretter les Jésuites, accueilli par les femmes, -bien vu par les économistes, montrant des connaissances superficielles, -mais variées, Brienne jouissait, dans tout le royaume, d'une réputation -d'habileté incontestée[1996]. - -Le Roi seul avait pour ce prêtre, sans mœurs et peut-être sans foi, -l'aversion qu'avec ses fortes convictions religieuses il éprouvait pour -tous les prêtres philosophes. Comme, à la mort de Mgr de Beaumont, -archevêque de Paris, on parlait de M. de Brienne pour lui succéder: -«Il faut au moins que l'archevêque de Paris croie en Dieu,» avait-il -répondu brusquement[1997]. Il avait d'ailleurs une extrême répugnance -à admettre un prêtre dans ses conseils, et plus d'une fois on l'avait -entendu déclarer qu'il ne placerait jamais un ecclésiastique à la tête -des affaires[1998]. - -En revanche, la Reine avait une haute opinion de l'archevêque de -Toulouse et s'était habituée dès longtemps à le regarder comme -le premier ministre de l'avenir. On a attribué cette opinion de -Marie-Antoinette à l'influence exclusive de l'abbé de Vermond, jaloux -de témoigner sa reconnaissance à l'homme auquel il devait sa fortune. -Si la Reine eut pour les talents de Brienne une estime qui la -détermina à se prêter à son élévation, ce n'est pas l'abbé de Vermond -seul qu'il faut en rendre responsable, c'est tout le monde. C'est -Choiseul, qui a jadis recommandé à Louis XV le jeune Loménie[1999]. -C'est le financier d'Invaux, qui le consulte et lui écrit: «Je devrais -vous céder le contrôle général[2000].» C'est Mercy, qui, dès 1775, -proclame la supériorité des talents de l'archevêque et se porte -presque garant de sa conduite en religion et en morale[2001]. C'est -Joseph II, qui, deux ans plus tard, après une conversation qui lui «a -plu infiniment[2002]», va le visiter à Toulouse et prend de lui une -si haute idée qu'il écrit à sa sœur pour le lui recommander, comme -un des sujets les plus capables d'entrer au ministère[2003]. Ce sont -Turgot et Malesherbes, qui veulent lui confier un portefeuille et -n'y renoncent que sur l'opposition de Maurepas[2004]. C'est Maurepas -lui-même, qui tient à l'écarter du Conseil comme un rival dont la -supériorité lui porte ombrage[2005]. Ce sont les États de Languedoc, -où, disait-on, laissant la partie brillante à l'archevêque de Narbonne, -il se chargeait de la partie laborieuse[2006], qui ne cessent de rendre -hommage à ses mérites et à ses lumières, à l'intérêt qu'il prend aux -affaires de la province, au talent avec lequel il traite les diverses -matières d'utilité publique et de bienfaisance. C'est, en un mot, le -sentiment général, qui voit en Brienne un des premiers personnages de -France[2007], et le désigne pour le premier rôle. - -Avec de pareils appuis, et avec un tel mouvement d'opinion, Vermond -n'avait pas besoin d'un grand effort pour persuader à son ancienne -élève qu'elle faisait une œuvre sage et patriotique en portant au -pouvoir un homme que la voix publique y appelait. Si la suite ne -répondit pas à ce brillant début, si l'on s'aperçut trop tôt qu'il -y avait là plus de surface que de profondeur, et d'apparence que de -réalité, au moins faut-il reconnaître que la Reine ne fut pas seule à -se tromper, et que son illusion fut celle de toute, ou presque toute la -nation. La renommée de Brienne était brillante; on la crut solide. - -Les amis de Necker rendaient si bien hommage à la réputation de celui -qu'ils devaient plus tard attaquer violemment que les plus influents -d'entre eux n'hésitaient pas à entamer une négociation pour que les -deux rivaux entrassent ensemble au ministère. Ce fut le maréchal de -Beauvau qui mena l'affaire; il fut convenu que l'archevêque entrerait -le premier et trois mois après donnerait à Necker la direction des -finances. Le Roi, circonvenu à la fois par les deux partis, finit, -malgré sa répugnance personnelle, par croire que l'opinion demandait la -nomination de M. de Brienne; il s'en ouvrit à la Reine: «J'ai toujours -entendu parler de M. de Brienne comme d'un homme très distingué,» -répondit cette princesse; «je le verrai avec plaisir entrer au -ministère[2008].» - -Le 1er mai 1787, l'archevêque de Toulouse fut nommé chef du conseil des -finances. M. de Fourqueux, qui faisait l'intérim depuis la chute de -Calonne, honnête homme mais sans valeur[2009], fut remplacé par M. de -Villedeuil, et Necker fut encore une fois écarté. Le duc de Nivernais -entra au conseil; M. de Malesherbes y fut rappelé. Mais Brienne était -de ces hommes qui, suivant le mot du poète, brillent au second rang -et s'éclipsent au premier. Une fois arrivé au but de ses convoitises, -il se révéla bientôt tel qu'il était, sans grandes vues et sans -connaissances sérieuses, sans idées et sans plan. Incapable d'innover, -il ne sut que reprendre, avec de légères modifications, les projets -de Calonne[2010], et, au bout d'un mois, l'assemblée des Notables -fut dissoute, sans avoir rien fait[2011], laissant les finances en -désarroi, le public au courant de ce désarroi, l'autorité royale -affaiblie, puisqu'elle avait dû céder, et leur propre prestige perdu, -puisqu'ils n'avaient rien réalisé de ce qu'ils avaient solennellement -promis, emportant et semant dans leurs provinces des germes de -mécontentement et de révolte. - -Il semblait que, demeuré seul, n'ayant plus en face de lui les -Notables, qui d'ailleurs, avant de partir, lui avaient donné une -sorte de blanc-seing, Brienne allait agir avec promptitude et -vigueur. Il n'en fut rien; il perdit un temps précieux, prit des -mesures insuffisantes, et lorsqu'il se décida enfin à envoyer à -l'enregistrement les édits qui décrétaient les principales réformes -financières, la résistance qu'il n'avait plus à redouter des Notables, -il la trouva, acharnée et opiniâtre, dans le Parlement. - -Jaloux de la popularité qui avait un moment environné les Notables, -lorsqu'ils avaient combattu Calonne, mécontent de la Cour, depuis qu'il -l'avait offensée dans l'affaire du Collier, le Parlement s'enfonçait -de plus en plus dans la voie de l'opposition. Cet ardent défenseur des -droits du peuple se faisait le champion des privilégiés, parce que les -privilégiés, à cette heure, étaient en lutte avec le gouvernement. -Quelques conseillers, d'Éprémesnil, Fréteau, Duport, soufflaient le -feu et attisaient l'incendie. Ils déclarèrent qu'avant de consentir un -nouvel impôt, ils avaient besoin de connaître la situation du Trésor; -on repoussa cette prétention: «Vous demandiez l'état des recettes et -des dépenses,» s'écria l'abbé Sabattier. «Ce sont les États généraux -qu'il nous faut[2012]...» La redoutable question était posée et, avec -une légèreté toute française, elle était posée dans un jeu de mots. -D'Éprémesnil développa avec chaleur l'idée de l'abbé Sabattier; et le -Parlement, entraîné par sa fougueuse éloquence, fit la déclaration -suivante: «La nation, représentée par les États généraux, est seule en -droit d'octroyer au Roi les subsides dont le besoin sera évidemment -démontré.» - -L'émoi fut grand chez les hommes graves et les vieux conseillers. Le -président d'Ormesson, s'adressant à l'ardent adversaire de la Cour, -prononça d'une voix attristée ces prophétiques paroles: «Prenez garde, -Monsieur, que la Providence ne punisse vos funestes conseils en -exauçant vos vœux[2013].» - -Le 6 août, un lit de justice fut tenu à Versailles pour faire -enregistrer les édits par voie d'autorité. Dès le lendemain, le -Parlement protesta et déclara nulle la transcription faite sur ses -registres: il fut exilé à Troyes. - -Un mois après, il était rappelé. Oscillant sans cesse, comme un homme -qui va tomber, le gouvernement ne savait marcher d'un pas ferme ni dans -la voie de la résistance, ni dans Celle des transactions; il sévissait -un jour pour faiblir et reculer le lendemain. La lutte recommença -bientôt; le duc d'Orléans, qui avait pris chaudement parti pour le -Parlement, fut exilé à Villers-Cotteret; deux conseillers, l'abbé -Sabattier et Fréteau, furent emprisonnés, puis bannis; bientôt, deux -autres, d'Éprémesnil et Montsabert, furent arrêtés avec un appareil -militaire et dans des circonstances dramatiques qui frappèrent vivement -l'imagination et soulevèrent les esprits. Enfin, le 8 mai 1788, dans un -nouveau lit de justice, le Roi ordonna l'enregistrement de plusieurs -édits, dont l'un, en établissant quarante-sept grands bailliages, -modifiait sensiblement la juridiction des Parlements, dont l'autre leur -retirait l'enregistrement des lois pour le confier à une Cour plénière. - -L'opinion, violemment surexcitée par toutes ces mesures, se prononçait -contre le ministère; le duc d'Orléans, jusque-là décrié et honni, -devint un héros populaire; les conseillers emprisonnés furent vénérés -comme des martyrs de la liberté. Des troubles éclatèrent de tous côtés, -en Bretagne, en Dauphiné, en Provence, en Béarn, dans le Languedoc. -L'agitation descendit dans la rue; la France était en feu. - -De toutes les réformes faites par Brienne et l'Assemblée des Notables -avant sa séparation, une seule peut-être était populaire, c'était -celle des changements et des économies dans les Maisons du Roi et de -la Reine. Ces changements furent opérés le 19 avril 1787. Les gardes -du corps furent réduits à quatre escadrons de deux cent cinquante -hommes; le corps de la gendarmerie, les chevau-légers, les gardes de -la porte[2014] furent supprimés[2015]. La Reine fut la plus ardente à -prêcher l'économie[2016]; elle avait vivement regretté qu'on lui eût -caché la véritable situation du Trésor: «Si je l'eusse su, disait-elle, -je n'aurais pas fait autant d'acquisitions et j'aurais la première -donné l'exemple d'une réforme dans ma Maison; mais je ne pouvais me -former une idée de cette gêne, puisque, lorsque je demandais trente -mille livres, on m'en envoyait soixante[2017].» Dès le commencement -de l'assemblée des Notables, elle avait renoncé à son jeu et congédié -les banquiers qui le tenaient[2018]; trois jeunes gens, qui avaient -joué malgré sa défense, avaient été renvoyés à leur régiment. Au mois -d'août, les économies furent plus considérables et portèrent plus -profondément. La Reine fit des retranchements sur ses chevaux[2019], -sur sa table, sur sa toilette. Elle congédia Mlle Bertin, suspendit -les travaux de Saint-Cloud[2020], supprima ses bals[2021], et demanda -au duc de Polignac sa démission de directeur général de la poste aux -chevaux qu'on lui avait donnée quelques années auparavant et qu'on -voulait réunir à la poste aux lettres, confiée à M. d'Ogny[2022]. -Le Roi mit bas ses équipages de loup et de sanglier, supprima la -fauconnerie et tout ce qu'on appelait le vol[2023], réunit la petite -écurie à la grande[2024], décida la vente de plusieurs maisons royales, -comme la Muette et Choisy[2025]. - -Mais toutes ces réformes semblaient insuffisantes encore à l'opinion -et, par contre, elles mécontentaient au dernier degré ceux qu'elles -atteignaient et dont quelques-uns ne savaient plus comment payer leurs -dettes[2026]. Le duc de Polignac n'avait pas perdu sans amertume un -revenu de cinquante mille livres de rente, ni M. de Vaudreuil sa place -de grand fauconnier[2027]. Le duc de Coigny, premier écuyer, avait -fait au Roi lui-même une scène violente[2028], et le baron de Besenval -protestait qu'il était affreux de vivre dans un pays où l'on n'était -pas sûr de posséder le lendemain ce qu'on avait la veille. «Cela ne se -voit qu'en Turquie,» disait-il avec colère[2029]. - -Ce qui augmentait la rumeur, c'est que, au milieu de ces -retranchements, Brienne concentrait sur sa tête et sur celle des -siens les honneurs et les richesses. Sous prétexte que la situation -troublée du pays exigeait dans le gouvernement une direction unique, il -s'était fait nommer principal ministre et les maréchaux de Ségur et de -Castries ayant refusé d'accepter sa prédominance, il avait donné le -portefeuille de la guerre à son frère, le comte de Brienne, personnage -assez médiocre. A la mort de l'archevêque de Sens, il avait échangé le -siège de Toulouse contre celui de Sens, dont les revenus étaient bien -plus considérables, et l'on racontait qu'une seule coupe de bois, dans -une de ses abbayes, lui avait rapporté neuf cent mille livres: faveurs -exorbitantes qui exaspéraient l'opinion. - -En même temps, par un amour exagéré de la paix, ou plutôt par suite du -désarroi des finances, le ministère, malgré les instances du maréchal -de Ségur, laissait écraser les patriotes Hollandais, amis et alliés -de la France, par le stathouder, qui nous avait toujours été hostile -et que soutenaient l'Angleterre et la Prusse[2030]: faute grave, qui -ébranlait singulièrement notre influence en Europe, et qui, en France, -ajoutait les justes plaintes des hommes d'État et des hommes de guerre -aux récriminations passionnées des hommes de cour et des hommes de -robe. L'éclat de l'ambassade envoyée par Tippoo-Saïb et l'espoir d'une -alliance utile dans l'Inde ne suffisaient pas à effacer la honte d'un -pareil abandon. - -Le mécontentement était donc universel contre Brienne, et une partie -de ce mécontentement rejaillissait contre la Reine. C'était elle -qui avait porté l'archevêque au ministère; c'était elle qui l'y -maintenait. Elle avait, disait-on, grâce à lui, entrée au Conseil; -on la rendait responsable des résolutions qui y étaient prises. La -vérité est que, en présence de la fermentation générale, de l'attitude -provocante du Parlement et du vent de révolte qui soufflait dans -toutes les provinces, la Reine pensait qu'il fallait apporter à la -défense de l'autorité une grande suite d'idées et une grande fermeté -de principes[2031]. Sa fierté naturelle la poussait de préférence vers -les déterminations énergiques; mais elle ne s'y décidait pas sans -une certaine hésitation. Tout en les croyant utiles, elle regrettait -les changements apportés dans l'organisation du Parlement, et elle -avait une extrême répugnance pour la sévérité; sa raison la jugeait -nécessaire, mais sa bonté s'en alarmait. «Il est triste, écrivait-elle, -d'être obligé d'en venir à des voies de rigueur dont on ne peut -d'avance calculer l'étendue[2032].» - -Au surplus, sans expérience du gouvernement, forcée à l'improviste, par -les tristesses de sa vie et les nécessités de la défense, à s'occuper -d'affaires dont les ministres l'avaient jusque-là systématiquement -exclue, ayant de la force d'âme, mais ne sachant pas faire usage de -cette force, elle ne donnait pas l'impulsion, elle la suivait; tout -au plus, s'y associait-elle par son assentiment. Mais une infernale -malveillance s'acharnait à la représenter comme l'auteur de tous les -maux; on l'avait accusée de prodigalité avec Calonne; on l'accusait -de despotisme avec Brienne. Des caricatures odieuses et d'abominables -placards accolaient son nom à celui de Frédégonde, d'Isabeau de -Bavière, de Catherine de Médicis. Une correspondante de l'archevêque -de Lyon la dénonçait comme la «puissance invisible cachée derrière le -rideau[2033]», et le Parlement lui-même osait dire au Roi dans ses -remontrances: «De tels moyens, Sire, ne sont pas dans votre cœur; -de tels exemples ne sont pas les principes de Votre Majesté; ils -viennent d'une autre source[2034].» Il était difficile de désigner -plus clairement la Reine. Lorsque, le 10 mars 1792, Vergniaud prononça -contre Marie-Antoinette cette diatribe violente qui la dénonçait aux -fureurs populaires, il ne faisait que suivre l'exemple donné quatre ans -plus tôt par des magistrats siégeant sur les fleurs de lys. - -Ainsi la politique dont elle s'était si longtemps et comme -instinctivement défendue, malgré les objurgations de Marie-Thérèse, de -Mercy et de Joseph II, lui portait malheur dès qu'elle y mettait la -main. Combien eût-elle été plus heureuse de rester dans son appartement -à faire du filet, comme le lui disait un jour brutalement un des -musiciens de sa chapelle[2035]! Mais dans la voie où la nécessité -l'avait contrainte d'entrer malgré elle, il n'y avait pas moyen de -reculer. - -Cependant le mot échappé à l'abbé Sabattier et relevé par d'Éprémesnil -était repris par le pays tout entier. Les États généraux! Il semblait -que ce mot magique devait, à lui seul, rendre à la France affaiblie -et divisée la paix, la richesse et le prestige. La Cour des Aides -déclarait à son tour qu'elle était plus fondée qu'aucune autre à -demander les États généraux, elle qui avait été créée sur leur -initiative[2036]. L'assemblée du clergé réclamait leur convocation à -bref délai et, empruntant pour la circonstance un langage tout nouveau, -disait au Roi: «La gloire de Votre Majesté n'est pas d'être roi de -France, mais d'être roi des Français[2037].» - -Le mouvement était si vif et si universel que Brienne crut devoir y -céder. Un arrêt du Conseil, du 5 juillet[2038], annonça la prochaine -réunion des États généraux, mais sans en indiquer la date; un arrêt -du 8 août la fixa au 1er mai 1789[2039]. Cette concession n'apaisa -pas l'opinion, unanimement soulevée contre le principal ministre; on -acceptait les États généraux; on ne voulait pas les recevoir de la -main de Brienne. Un arrêt du 16 août, qui décidait que jusqu'à la fin -de l'année les paiements de l'État se feraient moitié en argent et -moitié en billets du Trésor, acheva d'exaspérer le public; on vit là -une banqueroute déguisée. L'archevêque ne sachant plus que résoudre, -mais se cramponnant désespérément au pouvoir, fit proposer à Necker -la place de contrôleur général. Ce fut Mercy qui, à la demande du Roi -et de la Reine, fut l'intermédiaire dans cette négociation. Necker -répondit, comme la Reine l'avait prévu[2040], qu'il serait sans force -et sans moyens, s'il était associé avec une personne «malheureusement -perdue dans l'opinion, et à qui l'on croit néanmoins encore, disait-il, -le plus grand crédit[2041]». Il refusa d'unir sa fortune à celle de -l'archevêque. - -Que faire? Le Roi avait toujours une extrême répugnance à rappeler -Necker au pouvoir; la Reine ne pouvait se résoudre à sacrifier Brienne, -sur le compte duquel ses yeux n'étaient point encore complètement -ouverts[2042]. Il le fallait cependant, sous peine de rendre impossible -toute réforme et irrésistible toute révolte. Le cri public montait, -toujours plus pressant. La Reine manda le ministre, et quoiqu'il en -coûtât à ses propres préférences, lui déclara qu'il était nécessaire -de céder à l'orage. Toujours avide, Brienne réclama et obtint pour lui -le chapeau de cardinal, pour sa nièce une place de dame du palais[2043]. - -Le lendemain, Marie-Antoinette écrivait à Necker pour le prier de -passer dans son cabinet[2044]; là, elle lui peignit avec chaleur les -dangers de la situation, l'embarras du Roi, sa propre tristesse; elle -fit appel à son dévouement, et Necker, se laissant séduire sans trop -de peine par l'éloquence de la Reine, dès qu'il était assuré d'être -seul ministre, accepta un poste qu'au fond il n'était pas fâché -d'occuper[2045]. - -Quelques jours après, le garde des sceaux, Lamoignon, que l'opinion -associait à Brienne dans une même malédiction, se retirait à son tour. - -La joie fut immense et universelle. Necker, en sortant de l'appartement -de la Reine, fut accueilli par des transports et des acclamations; les -galeries du Château, les cours, les rues de Versailles retentissaient -des cris de: _Vive le Roi! Vive M. Necker!_ La popularité du souverain -se retrempait au contact de la popularité du ministre. Brienne et -Lamoignon renvoyés, Necker rappelé, il semblait que tout fût sauvé; -c'était plus que de la joie, c'était du délire. Et comme les Français -savent rarement manifester leurs sentiments avec calme et mesure, des -scènes tumultueuses éclatèrent dans Paris. L'archevêque et le garde -des sceaux furent brûlés en effigie, au pied de la statue de Henri -IV. Il y eut des passants arrêtés, des femmes insultées, des maisons -pillées, du sang versé; des figures étranges et menaçantes se mêlaient -à la foule. Ce n'était plus l'explosion du bonheur du pays, c'était -la manifestation bruyante d'une populace qui sent sa force et qui la -montre. - -La Reine ne se faisait pas illusion; seule peut-être dans son -entourage, elle ne partageait pas la confiance générale; elle -était agitée de sombres pressentiments: «Je tremble, écrivait-elle -tristement, de ce que c'est moi qui le fais revenir,—Necker.—Mon sort -est de porter malheur, et si des machinations infernales le font encore -manquer ou qu'il fasse reculer l'autorité du Roi, on m'en détestera -davantage[2046].» - -La Reine avait raison. Financier habile, mais politique médiocre, -Necker n'était pas à la hauteur de la tâche qu'il avait acceptée. -Eût-il mieux réussi à conjurer le péril, s'il eût pris le pouvoir -quinze mois plus tôt? Il le dit, sa fille l'a écrit[2047]; mais il est -permis d'en douter. Necker pouvait être un bon contrôleur général; -il était incapable de faire un premier ministre. C'était un homme -de finances, ce n'était pas un homme d'État. Toujours préoccupé de -sa popularité, il cherchait plutôt ce qui pouvait plaire que ce qui -pouvait sauver. Sans grandes vues d'ensemble, sans plan fixe, sans -idées précises sur la redoutable question dont la solution s'imposait -à lui, il ne savait rien prévoir ni rien prévenir. Plus le Roi était -décidé à céder de ses prérogatives, plus il importait que son autorité -apparût forte et incontestée. Necker ne montra jamais l'initiative -qui donne l'impulsion, la vigueur de conception et d'action qui ne la -laisse pas dévier; au lieu de diriger le mouvement, il se contenta -de le suivre. Ce médecin qui, suivant Joseph II, devait sauver la -France[2048], n'avait aucun remède à proposer. - -Brienne, dans l'édit qui promettait les États généraux, avait engagé -non seulement les municipalités et les tribunaux, mais aussi tous -les savants, toutes les personnes instruites à faire des recherches -et à donner leur avis sur l'organisation et la tenue de cette grande -assemblée. Des flots de brochures virent le jour[2049], développant -les idées de quiconque tenait une plume, préconisant les théories -les plus abstraites, les systèmes souvent les plus étranges, avec un -absolu dédain de l'histoire et une complète ignorance des nécessités -du gouvernement, comme si la France était une terre neuve, où l'on -n'avait à compter ni avec les traditions ni avec les mœurs. Ce n'était -pas la liberté, c'était la licence de la presse. Le comte d'Entraigues, -qui devait être un des plus fougueux agents de la contre-révolution, -le comte d'Entraigues, dans son _Mémoire sur les États généraux_, -attaquait la monarchie, glorifiait la république, représentait les -Français comme un troupeau d'esclaves et écrivait cette phrase qui -était un appel à l'insurrection: «Il n'est aucune sorte de désordre qui -ne soit préférable à la tranquillité funeste que procure le pouvoir -absolu[2050].» Sieyès, dans une brochure qui est restée célèbre, -proclamait que le Tiers-État n'était rien en France et qu'il devait -être tout: sophisme hardi, démenti par l'histoire,—car le Tiers-État -avait toujours eu et avait encore un rôle considérable[2051],—mais -qui comme tous les sophismes condensés dans une formule simple et -spécieuse, fut accepté comme révélation et s'imposa comme une vérité. - -Toutes les questions étaient abordées; toutes les idées remuées; -toutes les utopies trouvaient des apôtres. «La fermentation des -esprits est générale, écrivait un observateur attentif; on ne parle -que de constitution; les femmes surtout s'en mêlent, et vous savez, -comme moi, l'influence qu'elles ont dans ce pays-ci. C'est un délire; -tout le monde est administrateur et ne parle que de progrès; dans -les antichambres, les laquais sont occupés à lire les brochures qui -paraissent; tous les jours il y en a dix ou douze et je ne comprends -pas comment les imprimeurs y suffisent; c'est, dans ce moment, une -affaire de mode, et vous savez, comme moi, l'empire qu'elle a[2052].» - -Au milieu de ce débordement, qui menaçait de tout submerger, le bon -sens public flottait incertain et réclamait un guide: il ne le trouva -pas. Necker n'était ni moins incertain ni moins flottant que le public. -Vingt problèmes se posaient qui réclamaient une solution prompte et -nette. Les États généraux devaient se réunir, c'était un fait acquis. -Mais où se réuniraient-ils? Quelle serait leur composition? Quelles -questions leur seraient soumises? Quels seraient leurs droits? Quelle -serait leur durée? Pouvait-on, sur des sujets si graves, s'en remettre -à des écrivains sans mission, à des législateurs sans expérience? Le -premier devoir du ministre n'était-il pas d'examiner lui-même avec -soin et calme la situation, de s'entourer de lumières, d'écouter les -vœux de l'opinion, mais sans se laisser entraîner par des impatiences -aveugles, de se faire à lui-même sur chaque point en litige une -conviction, et, cette conviction une fois formée, de prendre une -décision énergique, irrévocable, en un mot d'avoir un but déterminé et -d'y marcher d'un pas ferme? Necker ne le sut pas. Pendant toute la fin -de l'année 1788, il laissa la discussion se poursuivre, les esprits -s'agiter, les têtes s'enflammer. Puis, ne sachant à quoi se résoudre, -au milieu de tant d'avis contradictoires, il eut l'étrange idée, après -la triste expérience qu'on venait d'en faire, de rappeler les Notables, -pour leur soumettre toutes ces questions. C'était avouer qu'il n'avait -lui-même aucun plan, et, qui pis est, aucune volonté. Comme la première -fois, les Notables se séparèrent, après avoir augmenté la confusion. - -Il fallait prendre un parti cependant, et le premier point à régler -était celui de la ville où s'assembleraient les États généraux. Necker -proposait Paris[2053], ou Versailles, qui n'offrait guère moins -d'inconvénients que Paris; la Reine eût voulu une ville distante de -quarante ou cinquante lieues de la capitale: Orléans ou Tours, par -exemple, ou même Reims, Lyon ou Bordeaux. Elle sentait combien il -importait qu'une pareille assemblée, pour être libre, fût éloignée -d'un centre d'agitation et de révolution comme Paris, toujours prêt -à l'émeute, toujours disposé à imposer sa volonté par la force à une -réunion nombreuse et, par cela même, facile à influencer. Mais Necker -fit valoir la dépense que nécessiterait le déplacement de la Cour; son -avis prévalut. Le Roi, afin d'être plus près des États généraux, décida -qu'ils se tiendraient à Versailles. - -Mais une question plus grave et qui avait plus fortement passionné -l'opinion se présentait: c'était celle de la représentation du Tiers. -Cette représentation serait-elle double de celle des deux autres -Ordres? Le Parlement, lorsqu'il avait enregistré l'édit de convocation -des États généraux, avait ajouté la clause qu'ils seraient tenus avec -toutes les formes observées en 1614. Mais, depuis 1614, les choses -avaient bien changé. L'importance des deux premiers Ordres avait déchu, -celle du Tiers avait en revanche singulièrement augmenté. Déjà, dans -les Assemblées provinciales, le nombre des députés du Tiers égalait -celui des députés du Clergé et de la Noblesse réunis. La plupart des -publicistes demandaient qu'on agît pour les États généraux comme pour -les Assemblées provinciales, et la déclaration du Parlement fit perdre -immédiatement à ce grand corps la popularité que lui avait value sa -résistance souvent factieuse à l'autorité royale. Ce fut le 27 décembre -1788 que le gouvernement se prononça. Marie-Antoinette assistait au -Conseil; la double représentation du Tiers fut résolue. Le Roi, par -esprit de justice, la Reine, par ce même sentiment et aussi un peu par -méfiance des deux premiers Ordres, dont l'opposition avait plus d'une -fois créé tant d'embarras au gouvernement pendant les deux dernières -années, Necker, par amour de la popularité, s'étaient mis d'accord -pour cette décision; mais Necker s'en attribua tout le mérite. Par un -étrange oubli des convenances, un acte de cette importance fut publié -sans préambule; on se bornait à dire que le Roi, après avoir étudié -le rapport de son ministre des finances, en avait adopté le principe. -Necker avait ainsi, aux yeux du public, toute le mérite et tout le -bénéfice de cette mesure populaire; le monarque était rejeté dans -l'ombre pour ne laisser voir que l'éclat du tout puissant ministre. -Singulière manière de relever dans l'esprit des populations la majesté -et l'autorité du trône. Mais Necker n'avait écouté que cette extrême -vanité qui voilait aux yeux des masses et à ses propres yeux sa réelle -insuffisance. Suivant le mot d'un des historiens qui ont le mieux et -le plus impartialement apprécié la conduite du financier génevois à -cette époque, «il jouait le rôle de Roi par impuissance de remplir le -personnage de ministre[2054].» - -Une autre question d'une importance capitale, celle du vote par ordre -ou par tête, fut laissée à la décision des États, chargés, par une -fatale incurie ou une aveugle imprévoyance, de faire eux-mêmes leur -règlement et de diriger leurs travaux. - -La Noblesse sut mauvais gré à la Reine du parti qu'elle avait pris -en cette circonstance. Il était dans sa destinée qu'on la rendît -responsable de tout. Les princes du sang firent remettre au Roi par -le comte d'Artois un mémoire contre le doublement du Tiers, et le -prince fit à sa belle-sœur les représentations les plus vives sur ses -préférences pour le Tiers et sur la nécessité de soutenir la Noblesse. -La Reine l'écouta sans l'interrompre, mais ses sentiments n'en furent -pas changés[2055]. Ce fut le signal, entre Marie-Antoinette et son -beau-frère, d'un refroidissement qui se préparait déjà depuis quelque -temps[2056], et qu'accentuèrent davantage les années qui suivirent. -Les Polignac prirent parti pour le comte d'Artois, et les liens de -l'amitié, déjà très relâchés, tendirent à se dénouer, comme les liens -de famille[2057]. - -Hélas! il y avait longtemps que la malheureuse femme ne trouvait plus -guère que des ennemis dans la famille royale, et les plus acharnés -étaient sur les marches du trône. Esprit froid et calculateur, le comte -de Provence avait toujours été suspect à Marie-Antoinette. A plusieurs -reprises, il avait cherché à se rapprocher d'elle par politique[2058]. -On l'avait vu lui donner, dans sa maison de Brunoy, une fête splendide -avec les divertissements les plus ingénieux et les plus galants[2059]. -Il l'accompagnait aux bals de l'Opéra; il avait même été jusqu'à faire -des vers en son honneur et, un jour, ayant brisé un éventail auquel la -Reine tenait beaucoup, il s'était empressé de lui en envoyer un autre, -avec ce quatrain: - - Au milieu des chaleurs extrêmes, - Heureux d'amuser vos loisirs, - J'aurai soin près de vous d'attirer les Zéphirs; - Les Amours y viendront d'eux-mêmes. - -Mais cette intimité n'était qu'apparente et, de la part de Monsieur, -toute de calcul. Ambitieux et avide de jouer un rôle, habile et -distingué, d'ailleurs se sentant supérieur à Louis XVI, il regardait -comme une erreur et presque comme une offense de la nature de ne -l'avoir pas fait naître l'aîné. «Sa douleur, écrivait la Reine, a été -toute sa vie de n'être pas né le maître[2060].» Pendant le voyage -qu'il avait fait dans le midi de la France en 1787, il avait affiché -un faste et un appareil royal, se posant presque en prétendant, comme -s'il cherchait à éclipser le Roi et à s'attirer, au détriment du -souverain, les regards et l'affection du peuple. «A moins que M. de -Maurepas ne soit une pomme cuite, disait énergiquement Joseph II, on -ne conçoit pas qu'il souffre des choses pareilles[2061].» Le crédit -de la Reine avait «atterré» son beau-frère[2062]. Il l'accusait de -l'avoir empêché d'entrer au Conseil et ne le lui pardonnait pas[2063]. -Il lui pardonnait moins encore sa tardive maternité, qui lui avait -fermé l'accès du trône au moment où il se croyait assuré d'y monter. -Publiquement et en face, il lui faisait bonne mine; par derrière -et en dessous, il la déchirait. Critiques, persiflage, épigrammes, -calomnies, médisances, petits vers et petites brochures, il n'épargnait -rien, et son palais du Luxembourg, à l'abri des recherches de la -police par ses privilèges, devenait l'entrepôt des libelles et des -pamphlets qui inondaient Paris et Versailles[2064]. Dans les démêlés -du ministère avec le Parlement, le prince s'était hautement déclaré -pour le Parlement, cherchant à fonder sa réputation de libéralisme -en opposition avec la Cour et aux dépens de l'autorité du Roi, et à -écraser de sa popularité l'impopularité de sa belle-sœur et la nullité -de son frère. L'homme d'État chez lui n'était encore qu'en germe; il -fallut pour le mûrir la dure épreuve de l'exil. - -Dissimulée comme son époux, italienne de corps et d'âme[2065], esprit -médiocre, caractère faux et difficile[2066], Madame n'était, pas plus -que Monsieur, sympathique à la Reine. Les deux belles-sœurs avaient -vécu d'abord ensemble, honnêtement, mais froidement, sans division ni -confiance; puis, bientôt, la méfiance était venue. Il n'y avait pas -eu rupture éclatante, il y avait hostilité sourde. Sans crédit à la -Cour[2067], sans influence sur son mari, qui la délaissait pour Mme de -Balbi[2068], mal vue du Roi[2069], peu aimée de son entourage, manquant -souvent de tact, vivant à l'écart, s'occupant presque exclusivement de -sa ferme et de sa cuisine[2070], Madame n'était pas redoutable pour la -Reine; mais c'était une voix de plus dans le concert de récriminations -et de rumeurs malveillantes qui s'élevait contre elle. - -Gai, vif, bien fait, ami du plaisir, le comte d'Artois avait été -longtemps un des intimes de Marie-Antoinette. Il était le grand -organisateur de ses divertissements, l'hôte habituel de Trianon, -le favori de la société Polignac. A ce titre, il est un de ceux -sur qui l'histoire doit faire peser une des plus lourdes parts de -responsabilité dans le goût de dissipation et de frivolités qui emporta -quelque temps la Reine; les courses, le jeu, les bals, tous les -entraînements, dont nous avons signalé plus haut les inconvénients, -avaient presque toujours le comte d'Artois comme instigateur. Cette -communauté d'amusements n'avait pas peu contribué à faire rejaillir -sur la jeune souveraine, qui cependant n'avait qu'un médiocre penchant -pour son beau-frère[2071], une partie de l'impopularité qui frappait -un prince aimable, sans doute, mais pétulant, hautain, prodigue, -dédaigneux de l'opinion. L'âge, la réflexion, l'expérience, les -joies plus pures et les soins plus austères de la maternité avaient -diminué une intimité qui ne reposait, au fond, que sur le besoin de -distractions et la crainte de l'ennui[2072]. L'opposition que le comte -d'Artois avait faite aux réformes de Necker[2073], l'appui qu'il avait -donné à Calonne, la part qu'il avait prise à la chute de Brienne, le -mémoire qu'il avait remis au Roi sur le doublement du Tiers avaient -achevé d'éloigner de lui sa belle-sœur. Le goût du plaisir les avait un -instant réunis; le souci d'occupations plus graves les avait séparés; -la politique les divisait, elle devait les diviser plus encore. - -De la comtesse d'Artois, bonne, douce, mais absolument nulle, nous -n'avons rien à dire. Personne ne s'en occupait à la Cour, et son mari -moins que personne. Au début, ses grossesses répétées en face de la -stérilité de la Reine et de Madame, lui avaient donné une certaine -importance. La naissance du Dauphin l'avait replongée dans son -obscurité. «Il fallait que cette pauvre petite princesse mourût pour -qu'on s'occupât d'elle,» écrivait Mme de Bombelles, dans un moment -où la comtesse était au plus mal d'une fièvre maligne[2074]. C'était -l'opinion de la Cour, celle du public, et si la princesse eût succombé -alors, c'eût été vraisemblablement son oraison funèbre. - -La seule de ses belles-sœurs pour laquelle Marie-Antoinette eût une -réelle sympathie, c'était Mme Elisabeth. Elle avait de bonne heure -apprécié cette jeune fille dont l'esprit enjoué, le caractère décidé, -la grâce naïve, l'exquise sensibilité l'avaient touchée. «Je crains, -écrivait-elle à sa mère, de m'y trop attacher[2075].» Les années -n'avaient rendu cet attachement que plus fort en faisant succéder -à l'affection presque instinctive qu'inspire une aimable enfant -l'affection plus réfléchie qui naît de l'estime de qualités sérieuses -et profondes. Le goût de la jeune princesse pour la vie tranquille -et les épanchements de l'amitié, sa répugnance pour l'éclat et la -représentation avaient peut-être aussi contribué à augmenter l'amitié -de la Reine, qui partageait ces inclinations et ces répugnances. -Quand Marie-Antoinette allait à Trianon, elle y emmenait toujours sa -jeune belle-sœur[2076]; et là, elle l'entourait des attentions les -plus délicates, lui ménageait les plus charmantes surprises[2077], -l'associait à ses plaisirs, lui faisait jouer un rôle dans _la Gageure -imprévue_[2078], la conduisait à Saint-Cyr, à Rambouillet, à la -Muette[2079], à Bellevue[2080], à Saint-Cloud[2081], à la chasse, -à la comédie[2082], l'associait plus encore à ses inquiétudes et -à ses chagrins, et réclamait son secours pour soigner ses enfants -malades[2083]. Pendant quelque temps, en 1781 notamment, on dirait que -les deux belles-sœurs sont inséparables. La Reine avait voulu que Mme -Elisabeth eût aussi sa maison. Elle avait fait acheter par le Roi, à -Montreuil, l'habitation du prince de Guéménée, et un jour, sans rien -dire, elle y avait conduit sa jeune belle-sœur: «Vous êtes chez vous,» -lui avait-elle dit: «ce sera votre Trianon. Le Roi, qui se fait un -plaisir de vous l'offrir, m'a laissé celui de vous le dire.» - -Chose étrange, cependant, l'affection n'était pas complètement -réciproque; où la Reine se donnait pleinement, Mme Elisabeth ne se -livrait pas tout entière; elle gardait vis-à-vis de Marie-Antoinette je -ne sais quelle réserve qui ressemblait à de la méfiance, et dans une -lettre, elle s'était laissée aller à écrire: «Nos opinions diffèrent, -elle est Autrichienne et moi je suis Bourbon[2084].» Il fallut l'école -du malheur pour lui ouvrir les yeux et lui montrer la Reine sous son -vrai jour! Elle comprit alors ce qu'elle valait et se reprocha de -l'avoir un instant méconnue; l'amie hésitante de Trianon devint la -compagne dévouée du Temple. - -Autrichienne! Ce mot seul révèle l'inspirateur des préventions qui -refroidirent pendant quelque temps les sentiments de Mme Elisabeth -pour la Reine. Entre les deux belles-sœurs, si bien faites pour -s'entendre, s'était dressée, comme un malfaisant génie, l'influence -néfaste de Mme Adélaïde. Aux dernières heures de la monarchie, comme -au début du règne, la vieille princesse conservait contre la Reine, -déjà malheureuse, la malveillance obstinée dont elle l'avait poursuivie -Dauphine et souveraine adulée. Retirée à Bellevue, dont elle ne sortait -guère, aigrie par l'âge et par l'isolement, elle accueillait avec -une joie maligne toutes les insinuations contre Marie-Antoinette, -les pamphlets, les satires, les complots, les anecdotes équivoques -qu'on s'empressait de lui apporter, certain de lui faire ainsi sa -cour. Champcenetz et le marquis de Louvois étaient les pourvoyeurs -habituels de cette honnête coterie. Et de là pamphlets, chansons, -anecdotes, revus, corrigés, commentés, repartaient pour amuser la -Cour, scandaliser la ville, ameuter l'opinion, et, s'il se pouvait, -indisposer le Roi contre sa femme. Mme Adélaïde avait osé même un -jour, le 12 juillet 1778, aller trouver son neveu et développer devant -lui, avec une acrimonieuse passion, ses griefs contre la Reine; le -complot avait échoué malgré l'appui que, du fond de sa retraite de -Saint-Denys, lui avait prêté Mme Louise[2085], et le Roi avait prié -sèchement sa tante de ne plus quitter Bellevue. Mais on conçoit que cet -échec n'avait point apaisé la rancunière vieille fille; pendant la fin -du règne, Bellevue, que Mesdames devaient à une délicate prévenance -de leur nièce[2086], resta le foyer de toutes les intrigues contre -Marie-Antoinette. - -C'est à Bellevue que le prince de Condé venait s'inspirer, avant -d'accompagner Mme Adélaïde quand elle allait dénoncer la Reine à son -mari[2087]. C'est à Bellevue aussi qu'il venait se retremper dans ses -haines contre la jeune souveraine. Vaillant homme de guerre, magnifique -par goût et par tradition de race, mais esprit étroit, caractère -emporté et violent, assez triste chef de famille d'ailleurs, le prince -de Condé était excessif en tout, dans ses passions comme dans ses -rancunes. Aveuglément attaché à l'ancienne politique française, il ne -pardonnait pas à Marie-Antoinette son origine autrichienne. Il lui -pardonnait moins encore de s'être opposée à ce qu'il fût nommé grand -maître de l'artillerie[2088] et d'avoir refusé de laisser paraître -devant elle Mme de Monaco, son amie, en déclarant qu'elle ne voulait -pas recevoir les femmes séparées de leur mari[2089]. Le procès du -cardinal de Rohan était venu ajouter un prétexte de plus à ses plaintes -et, à partir de cette date, le prince s'était rangé parmi les ennemis -les plus acharnés de la Reine. - -Son fils, le duc de Bourbon, n'avait aucun grief personnel contre -Marie-Antoinette: dans l'affaire qui fit tant de bruit, de son duel -avec le comte d'Artois, la Reine n'avait manifesté nulle préférence; -mais l'_amoureux de quinze ans_, si promptement infidèle, oubliait ses -incessants dissentiments avec son père pour en partager les préventions. - -Honni à la Cour, honni dans le public, le beau-frère du duc de Bourbon, -le duc d'Orléans, n'avait regagné quelque faveur qu'en se déclarant -l'ennemi de la Reine. Qui l'avait conduit là? Était-ce ambition -déçue, vanité froissée, rêves de grandeur illégitime? Un peu de tout -cela peut-être. On a voulu voir en lui un conspirateur persévérant -et habile, se poussant au trône par des manœuvres ténébreuses: c'est -une erreur. D'un port plein de noblesse, d'une tournure distinguée, -conservant, au milieu de désordres grossiers, un abord prévenant et -une toilette élégante[2090], mais tête légère, caractère faible, -esprit frivole, incapable d'une attention soutenue dans les choses -sérieuses, paresseux et indolent à l'excès[2091], le duc d'Orléans -n'avait rien de ce qu'il fallait pour faire un chef de parti. Sa vie -dissolue qu'attestait trop visiblement un visage couvert de pustules, -ses infidélités à sa femme, la sainte fille du duc de Penthièvre[2092], -ses orgies de Monceaux, son ton cynique lui enlevaient tout crédit. -Mais son titre de premier prince du sang et son immense fortune en -faisaient un instrument dangereux entre les mains d'intrigants habiles. -N'étant encore que duc de Chartres, il avait commencé par faire sa cour -à la Reine; il lui donnait des bals au Palais-Royal[2093], organisait -en son honneur des courses de chevaux avec le comte d'Artois, alors -son compagnon de plaisir, se montrait assidûment dans le salon de sa -belle-sœur, la princesse de Lamballe, la favorite de la Reine. Celle-ci -couvrait son jeune cousin d'une protection marquée; elle avait obtenu -pour lui le gouvernement du Poitou[2094]; deux ans après, elle l'avait -fait nommer colonel général des hussards et avait même mis dans la -poursuite de cette nomination une chaleur qui avait mécontenté le -public, en ce moment fort indisposé contre le prince[2095]. - -C'était peu après le combat d'Ouessant; la conduite du duc de Chartres -en cette affaire avait donné lieu à de vives récriminations, à des -soupçons fâcheux même; aujourd'hui, que l'on peut juger cette conduite -avec plus de connaissance de cause et moins de passion, il est certain -que si la bravoure du prince ne peut être mise en doute, sa capacité -de marin est moins établie[2096]. La Reine avait donc cherché un moyen -honorable de le retirer du service de mer[2097]; mais ce n'était pas -ce que voulait le duc, qui prétendait à la place de grand-amiral. -Mécontent du nouveau titre qu'on lui donnait, froissé déjà dans ses -prétentions de prince du sang lors du voyage de l'archiduc Maximilien, -il s'éloigna de la Cour et pencha dès lors vers la cabale hostile -à la Reine. Celle-ci se vengea-t-elle d'une susceptibilité si peu -justifiée en accueillant quelques-unes des railleries mordantes, -auxquelles la conduite du chef de l'escadre bleue avait donné -prétexte? Les chroniqueurs du temps l'affirment, et la chose n'a rien -d'invraisemblable. Malgré son extrême bienveillance, Marie-Antoinette -ne savait pas toujours résister assez fermement à la tentation de dire -ou d'écouter un bon mot. Ce fut alors une guerre d'intrigues sourdes et -de manœuvres perfides de la part du prince, de plaisanteries piquantes -de la part de la Reine: guerre qui semblait inoffensive au début,—car -quel danger à redouter d'un homme que ses mœurs décriaient et dont -Paris et la Cour tournaient en ridicule les exploits guerriers et les -entreprises industrielles?—jusqu'au jour où le duc, piqué au vif par -un mot sur ses instincts plus mercantiles que princiers, irrité de -voir manquer le mariage rêvé de son fils avec Madame Royale, excité -d'ailleurs par les dignes compagnons de ses plaisirs, les Laclos, -les Lauzun, les Sillery, éclata tout d'un coup en plein Parlement: le -19 novembre 1787, le Roi tenant une séance solennelle pour demander -l'enregistrement d'un emprunt de quatre cent vingt millions: «Cet -enregistrement est illégal,» s'écria le duc d'Orléans. Cette violente -sortie, plus inspirée que spontanée, lui valut la disgrâce du Roi, -d'autant plus justement irrité qu'il venait de lui accorder une -permission vivement souhaitée[2098]; et comme compensation, la faveur -du public, d'abord un peu étonné de cet acte de vigueur[2099], et -les bonnes grâces de Mme Adélaïde. La prude et dévote princesse prit -ouvertement parti pour le prince libertin qui mettait au service de -ses rancunes de vieille fille le nom des d'Orléans et la fortune des -Penthièvre[2100]. - -Exilé à Villers-Cotteret, le duc ne soutint pas avec une grande -constance son rôle de chef de parti; il en avait l'audace, il n'en -avait pas le courage. Au bout de quelques mois, las de son exil, -regrettant ses plaisirs de Monceau, désireux de revoir Mme de Buffon, -il fit solliciter la Reine pour obtenir l'autorisation de rentrer -à Paris ou tout au moins de s'en rapprocher. A ce moment, où les -circonstances étaient solennelles, la Reine, toujours disposée à la -clémence et priée par Mme de Lamballe, se prêta, malgré sa répugnance, -aux vœux de son amie[2101]: le duc eut la permission de s'établir -dans son château de Raincy et ajouta ainsi à ses anciens griefs -contre Marie-Antoinette un grief de plus, celui de la reconnaissance. -L'opposition à la Cour et les ennemis de la Reine avaient désormais un -chef nominal, et ce chef était le premier prince du sang. - -Une famille royale divisée; un Roi ami du bien, mais faible, indécis, -découragé; une Reine vaillante, mais sans expérience, objet des -haines populaires; un ministre plein de suffisance, sans plan et sans -direction; une opinion publique, enfiévrée, aussi dangereuse par ses -espérances irréfléchies que par ses méfiances injustes; le trésor -épuisé; la capitale malveillante; la province mal remise encore de ses -récentes secousses; une armée dans laquelle perçaient des germes de -désorganisation; des moyens d'attaque partout; des moyens de défense -nulle part; et comme si la nature même conspirait avec les hommes -pour battre en brèche le vieil édifice monarchique, un hiver terrible -succédant à un mauvais été; les rivières prises; les routes encombrées -de neige, rendant les approvisionnements de Paris difficiles; les -moulins à eau ne tournant plus et arrêtant la mouture des grains[2102]; -la disette ajoutant aux inquiétudes vagues des souffrances trop -réelles;la faim fournissant d'étonnantes facilités à toutes les -intrigues, de spécieux prétextes à toutes les colères: c'est dans de -telles conditions et avec de tels guides que la France abordait la plus -redoutable crise qu'elle eût eu encore à traverser dans son histoire. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - CHAPITRE PREMIER.—Naissance de Marie-Antoinette.—Le duc - de Tarouka et le poète Métastase.—Education.—La comtesse - de Brandeiss.—La comtesse de Lerchenfeld.—Mort de - François Ier.—Ses instructions à ses enfants.—L'abbé de - Vermond.—Fêtes des fiançailles.—Départ de - Marie-Antoinette.—Instructions de l'Impératrice à sa fille. 1 - - CHAPITRE II.—La Dauphine en France.—Strasbourg.—Nancy.—Reims.— - Compiègne.—Portrait de la Dauphine.—Marie-Antoinette - à Saint-Denys.—Souper à la Muette avec Mme du - Barry.—Fêtes du mariage à Versailles.—Prétentions des - princesses de la maison de Lorraine.—Fêtes de Paris.—Catastrophe - de la place Louis XV.—Lettre du Dauphin au lieutenant de police. 24 - - CHAPITRE III.—La famille royale en 1770.—Le Roi.—Mesdames.—Le - comte de Provence.—Le comte d'Artois.—Mesdames Clotilde et - Elisabeth.—Le Dauphin. 47 - - CHAPITRE IV.—Intrigues de la Cour.—Les partis en - présence.—Espionnage du duc de la Vauguyon.—Débuts heureux de - la Dauphine.—La comtesse de Grammont.—Une journée - de Marie-Antoinette.—La lecture.—Représentations de - Marie-Thérèse.—Après quelque résistance, la Dauphine s'y soumet. 61 - - CHAPITRE V.—Ce qu'il faut penser des reproches de Marie-Thérèse - à sa fille.—Les conseillers de Marie-Antoinette.—Le comte de - Mercy.—Ses moyens d'information.—L'abbé de Vermond.—Goût de - Marie-Antoinette pour l'équitation.—Influence de Mesdames.—Comment - cette influence s'établit.—La maison de la Dauphine.—La comtesse - de Noailles.—Madame l'Etiquette.—Les comtesses de Cossé et de - Mailly.—Prise d'habit de Madame Louise.—Inconvénients de - l'influence de Mesdames sur leur nièce.—La comtesse de Narbonne et - la marquise de Durfort.—Rapports du Roi et de - Marie-Antoinette.—Diminution de l'influence de - Mesdames.—Mécontentement de Madame Adélaïde.—Sa rancune. 78 - - CHAPITRE VI.—Disgrâce du duc de Choiseul.—Son exil triomphant.—Son - caractère.—Chute des Parlements.—Mécontentement du public.—Le duc - d'Aiguillon.—La comtesse du Barry.—Attitude fière de la Dauphine - en face de la favorite.—Le Roi en est mécontent.—Remontrances de - Marie-Thérèse.—Lettre de Kaunitz à Mercy.—Intervention directe de - Louis XV.—Insistance de l'Impératrice.—Lettres vives entre la mère - et la fille.—Mme du Barry cherche à se rapprocher de la - Dauphine.—Elle échoue.—L'histoire dans ce conflit donne pleinement - raison à Marie-Antoinette. 99 - - CHAPITRE VII.—Popularité de la Dauphine.—Traits de bonté.—Le - paysan d'Achères.—Incendie de l'Hôtel-Dieu.—Entrée du Dauphin et - de la Dauphine à Paris.—Enthousiasme universel.—Lettre de - Marie-Antoinette à sa mère.—Représentation à la Comédie-Française - et à la Comédie-Italienne.—Le comte de Provence et le comte - d'Artois.—Leurs mariages.—Leurs relations avec la - Dauphine.—Amusements des jeunes ménages.—La comédie dans les - appartements intérieurs.—Intimité du Dauphin et de la Dauphine.—Le - Dauphin devient moins timide, la Dauphine plus - réfléchie.—Position solide de Marie-Antoinette à la Cour au - commencement de mai 1774. 124 - - CHAPITRE VIII.—Mort de Louis XV. 149 - - CHAPITRE IX.—Commencements du règne de Louis XVI.—Difficultés - de la situation.—Espérances du public.—Popularité des nouveaux - souverains.—Maurepas appelé au ministère.—Chute des anciens - ministres.—Rappel de Choiseul.—Attitude politique de la Reine.—Sa - répugnance pour les affaires.—Marie-Thérèse, Mercy et Vermond - l'engagent à s'en occuper.—Marie-Antoinette résiste à ces - conseils.—Soupers de la Cour.—L'étiquette.—La Reine s'en - affranchit.—Inconvénients qui résultent de cet - abandon.—Inoculation du Roi. 157 - - CHAPITRE X.—Nouveau ministère.—Du Muy.—Sartines.—Turgot.— - Vergennes.—Rappel des Parlements.—Marie-Antoinette reine de la - mode et du goût.—Mlle Bertin.—La coiffure.—Plaisirs de la - Cour.—Enthousiasme d'Horace Walpole.—Modération de la Reine dans - ses goûts.—Sa popularité.—Représentation de l'_Iphigénie_, de - Gluck.—Bonté de la Reine.—MM. d'Assas, de Bellegarde, de - Castelnau, de Pontécoulant.—Tiraillements dans la famille - royale.—Premières calomnies.—Beaumarchais et le juif - Angelucci.—Voyage de l'archiduc Maximilien.—Questions de - préséance.—Maladresses de l'Archiduc.—Le surnom - d'Autrichienne.—Marie-Antoinette ne sait plus l'allemand. 184 - - CHAPITRE XI.—Sacre du Roi.—Fêtes à Reims.—Emotion de la Reine.—Sa - lettre à l'Impératrice.—Mariage de Mme Clotilde.—Nouvelle et - vaine tentative pour rappeler Choiseul.—Procès du comte de - Guines.—Exil du duc d'Aiguillon.—Nomination de - Malesherbes.—Réformes de Turgot.—Murmures qu'elles - soulèvent.—Chute de Turgot.—Part qu'y prend la Reine.—Lettre de - Mercy à Marie-Thérèse. 210 - - CHAPITRE XII.—Période de dissipation.—Courses de chevaux.—Chasses - au bois de Boulogne.—Courses en traîneau.—Voyages à Paris.—Bals - de l'Opéra.—Aventure de Monsieur.—La Reine en fiacre.—Oubli de - l'étiquette.—Condescendance fâcheuse du Roi.—Dépenses de la - Reine.—Les bijoux.—Le jeu.—Les banquiers à Fontainebleau.—Malgré - tout, la Reine reste fidèle aux habitudes de piété.—Ce que pense - Mercy du caractère et de la conduite de Marie-Antoinette pendant - cette période.—Jugement du prince de Ligne.—Jugement du comte de - Goltz.—Une page du comte d'Haussonville. 229 - - CHAPITRE XIII.—Société de la Reine.—La princesse de Lamballe.—Sa - nomination comme surintendante de la Maison de la Reine.—La - comtesse de Dillon.—La princesse de Guéménée.—La comtesse Jules - de Polignac.—Faveurs accordées à la famille de Polignac.—La - société Polignac.—Le comte de Vaudreuil.—Le comte d'Adhémar.—Le - baron de Besenval.—Le duc de Guines.—Le duc de Lauzun.—Les - étrangers.—La Marck.—Esterhazy.—Stedingk.—Fersen.—Rivalité des - favorites.—Déclin du crédit de la princesse de - Lamballe.—Influence croissante de Mme de Polignac.—Inconvénients - de cette influence.—La Reine ne sait pas résister aux - sollicitations de ses amis.—Causes vraies de la dissipation de - Marie-Antoinette. 250 - - CHAPITRE XIV.—Trianon.—Le Roi donne à la Reine le Petit - Trianon.—Le château.—Les jardins.—Les arbres exotiques.—La - rivière.—La salle de spectacle.—Le temple de l'Amour.—Le - belvédère.—La grotte.—Le hameau.—La laiterie.—Opinion des - voyageurs sur Trianon.—Arthur Young.—Le Russe Karamsine.—La - baronne d'Oberkirch.—Le prince de Ligne.—Les appartements.—La - salle à manger.—Le petit salon.—La salle de bains.—Le - boudoir.—La chambre de la Reine.—Marie-Antoinette et les - arts.—Le style Marie-Antoinette.—L'appartement de la Reine à - Fontainebleau.—Vie de la Reine à Trianon.—Fêtes en l'honneur de - visiteurs illustres.—Marie-Antoinette et les lettres.—La - musique.—Gluck et Piccini.—Grétry.—Salieri.—Le théâtre.—Troupe - de la Reine.—La comédie à Trianon.—Les dépenses de - Trianon.—Inconvénients de Trianon. 285 - - CHAPITRE XV.—Voyage de Joseph II en France.—Caractère de - l'Empereur.—Son projet de voyage formé, abandonné, repris.—Joie - de la Reine de revoir son frère.—Premières entrevues.—Gronderies - souvent maladroites.—L'Empereur et la Reine à l'Opéra.—Visites - aux monuments et aux principales institutions de - Paris.—Affectation de simplicité.—Engouement du public.—Départ - de l'Empereur.—Son jugement sur la Reine.—Conseils qu'il lui - laisse par écrit.—La Reine s'y conforme quelque temps, puis - retombe dans la dissipation.—Pourquoi. 334 - - CHAPITRE XVI.—Guerre de la succession de Bavière.—Mort de - l'Electeur.—Joseph II occupe la Basse-Bavière.—Répugnances de - sa mère.—Armements de Frédéric II.—Emotion en - France.—Marie-Thérèse réclame l'intervention de sa - fille.—Négociations infructueuses.—Déclaration de - guerre.—Marie-Antoinette demande la médiation de la - France.—Diminution subite de ses instances.—Entrevue avec - Maurepas.—Récits du comte de la Marck et du comte de - Goltz.—Proportions vraies de l'intervention de la Reine dans - cette affaire de Bavière.—Paix de Teschen. 363 - - CHAPITRE XVII.—Première grossesse de la Reine.—Son bonheur.—Ses - rêves pour l'éducation de son enfant.—Joie du Roi.—Sentiments - divers de la famille royale et de la Cour.—Propos - malveillants.—Couches dramatiques de la Reine.—Danger qu'elle - court.—Naissance de Madame Royale.—Joie du public, mêlée de - désappointement.—Paroles de la Reine à sa fille.—_Te Deum_ à - Notre-Dame.—Amélioration de la conduite de la Reine, malgré - quelques inconvénients encore inévitables.—Intimité des deux - époux.—Affection de Marie-Antoinette pour Mme - Elisabeth.—Impatience de Marie-Thérèse et du public d'avoir un - Dauphin.—Fausse couche de la Reine.—Mort de - Marie-Thérèse.—Douleur de Marie-Antoinette.—Second voyage de - Joseph II en France.—Naissance du Dauphin.—Bonheur universel. 386 - - CHAPITRE XVIII.—Guerre d'Amérique.—Mission de Franklin.—La guerre - déclarée.—La Reine favorable aux Américains, protectrice de - Lafayette.—Ses préoccupations pendant la guerre.—Elle ne veut que - d'une paix honorable.—Paix de 1783.— Ses conséquences.—Visites - princières.—Les princesses de Hesse-Darmstadt.—Le comte et la - comtesse du Nord.—Fêtes à Trianon et à Chantilly.—Le Roi de - Suède.—Le prince Henri de Prusse.—Naissance du duc de - Normandie.—Faillite du prince de Guéménée.—La duchesse de - Polignac, gouvernante des Enfants de France. 422 - - CHAPITRE XIX.—La Reine et la politique.—Son éloignement naturel - pour les affaires.—Méfiance de Maurepas.—Lettre de la Reine à - Joseph II.—Nomination de MM. de Ségur et de Castries.—Sympathie - de la Reine pour Necker; elle l'appuie dans la publication du - Compte-rendu.—Chute de Necker.—Mort de Maurepas.—Joly de - Fleury.—D'Ormesson.—Calonne.—Faible part que Marie-Antoinette - prend à la nomination de ce dernier.—Sa répugnance pour lui.—La - politique autrichienne.—Election de Maximilien à - Cologne.—Différend de Joseph II avec la Hollande.—_Le Mariage de - Figaro._—La Reine joue le _Barbier de Séville_ à Trianon. 450 - - CHAPITRE XX.—Procès du Collier. 484 - - CHAPITRE XXI.—Derniers jours de bonheur.—Voyage de Cherbourg.—La - Cour à Fontainebleau en 1786.—Bonté de la Reine.—Marie-Antoinette - et les enfants.—Les fils de la marquise de Bombelles et de la - marquise de Sabran.—Les jours de tristesse.—Scène de Trianon, - racontée par Mme Campan.—La calomnie.—Pamphlets et - chansons.—Voyages de l'archiduc Ferdinand et de la duchesse de - Saxe-Teschen.—Acquisition de Saint-Cloud.—Madame - Déficit.—Calonne et la Reine.—Représentation d'_Athalie_.—Le - portrait de la Reine n'est pas exposé.—Refroidissement avec les - Polignac.—Mort de Sophie Béatrix. 536 - - CHAPITRE XXII.—Les Notables.—Chute de Calonne.—Brienne.—Ses - réformes.—Son impopularité rejaillit sur la Reine.—Rappel de - Necker.—Convocation des États généraux.—Flots de - brochures.—Doublement du Tiers.—Situation de Marie-Antoinette, - en 1789, vis-à-vis de la famille royale.—Le comte et la - comtesse de Provence.—Le comte et la comtesse d'Artois.—Mme - Elisabeth.—Mesdames.—Les Condé.—Le duc d'Orléans. 556 - - - - -FIN DU TOME PREMIER - - - - -ÉMILE COLIN.—IMPRIMERIE DE LAGNY. - - - - -NOTES: - -[1] _Revue des questions historiques_, avril 1874, p. 594. - -[2] L'original du portrait placé en tête du 1er volume appartenait -au duc de Choiseul, ministre de Louis XV et négociateur du mariage -de Marie-Antoinette. Après lui, le tableau a passé à son neveu, le -duc Gabriel de Choiseul, puis à la fille et à la petite-fille de ce -dernier, Mme la duchesse de Marmier et Mme la duchesse de Fitz-James. -C'est Mme la duchesse de Fitz-James qui a fait faire, pour Mgr -Dupanloup, la copie que M. H. de Lacombe, à qui Mgr Dupanloup l'a -léguée, a bien voulu nous autoriser à reproduire. - -[3] _Recueil des Instructions données aux ambassadeurs et ministres de -France, Autriche_, p. 382. - -[4] _Ibid._, p. 394. - -[5] Instructions données au comte de Stainville.—_Recueil des -Instructions données aux ambassadeurs et ministres de France, -Autriche_, p. 351. - -[6] _Voir_ le remarquable livre de M. A. Vandal: _Une ambassade -française en Orient sous Louis XV_. - -[7] _Une ambassade française en Orient sous Louis XV_, par Albert -Vandal, 323. - -[8] _Considérations sur l'état présent du corps politique de l'Europe._ -Œuvres complètes, VIII, p. 16. - -[9] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 225. - -[10] _Recueil des Instructions données aux ambassadeurs de France, -Autriche_, p. 345.—Louis XV a toujours revendiqué l'alliance -austro-française comme son œuvre personnelle. «Ayez toujours en -vue l'union intime avec Vienne; _c'est mon ouvrage_; je le crois -bon et le veux soutenir.»—Louis XV au comte de Broglie, 22 janvier -1759.—_Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique -étrangère_, publiée par M. Boutaric, I, 216.—«On savait l'attachement -que Sa Majesté Louis XV avait réellement pour le système d'alliance -avec la Cour de Vienne; on n'ignorait pas que ce monarque pacifique le -regardait comme son ouvrage favori et qu'il s'en applaudissait comme du -gage le plus précieux de la tranquillité publique.»—Mémoire du comte de -Broglie aux comtes du Muy et de Vergennes, 1er mars 1775.—_Ibid._, II, -274. - -[11] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des -Instructions_, 316.—_Voir_ sur ces ouvertures de la Cour de Vienne le -beau livre M. le duc de Broglie, _Marie-Thérèse Impératrice_, t. II. - -[12] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 227. - -[13] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des -Instructions_, 315. - -[14] Instructions données au marquis d'Aubeterre, 1753.—_Ibid._, 330. - -[15] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des -Instructions_, 316. - -[16] Instructions données au comte de Stainville, 1759.—_Ibid._, 359. - -[17] _Corresp. secrète du comte de Mercy._ Introduction, XXXII, note. - -[18] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 222.—Instructions -au comte de Choiseul, 1759; _Recueil des Instructions_, 384.—C'était -déjà à Mme de Pompadour que Kaunitz, pendant son ambassade, s'était -adressé pour engager le Roi à s'allier à l'Impératrice. - -[19] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 222, 223. - -[20] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 226. - -[21] _Ibid._, I, 228. - -[22] _Ibid._, I, 226. - -[23] _Voir_ _Le Secret du Roi_, par le duc de Broglie, I, 118. - -[24] _Mémoires du cardinal de Bernis_, I, 210. - -[25] Le 16 janvier 1756. - -[26] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 242. - -[27] _Ibid._, I, 243. - -[28] _Ibid._, I, 243. - -[29] _Ibid._, I, 234. - -[30] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 270. - -[31] _Ibid._ - -[32] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 274. - -[33] Duc de Broglie, _Le Secret du Roi_, I, 152. - -[34] Le roi et la reine de Portugal. - -[35] _Mémoires du comte de Kevenhuller_, publiés par Wolf, cités par le -comte de Reiset.—_Lettres de la reine Marie-Antoinette à la landgrave -Louise de Hesse-Darmstadt._ Paris, Plon, 1865. pp. 48 et 49. - -[36] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 472. - -[37] Marie-Thérèse à Caroline, reine de Naples, 9 août 1767.—_Lettres -de l'impératrice Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, publiées -par le chevalier d'Arneth. Vienne, 1881, III, p. 31. - -[38] L'abbé de Vermond au comte de Mercy, 21 janvier -1769.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette, leur correspondance_, -publiée par le chevalier d'Arneth. Vienne, 1866, p. 354. - -Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 359. - -[39] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1776.—_Corresp. secrète -du comte de Mercy_, II, 449. - -[40] Marie-Thérèse à Mercy, 17 juin 1776.—_Ibid._, II, 460. - -[41] Marie-Thérèse à Mercy, 17 juin 1776.—_Corresp. secrète du comte de -Mercy_, II, 460. - -[42] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mars 1776.—_Ibid._, II, 449. - -[43] _Mémoires de Weber._ Didot, Paris, 1860, p. 11. - -[44] Vermond à Mercy, 14 oct. 1769.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 359. - -[45] _Ibid._ - -[46] _Ibid._ - -[47] Marie-Thérèse à Mercy, 1er août 1770.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, I, 28. - -[48] _Mémoires de Weber_, p. 12. - -[49] _Mémoires de Weber_, p. 12. - -[50] Lettre de Mme Geoffrin au financier Bautin, 12 juin -1766.—_Mémoires du baron de Gleichen._ Paris, 1868, p. 110. - -[51] _Mémoires de Weber_, p. 2. - -[52] Récit fait par Marie-Antoinette à la marquise de -Tourzel.—_Mémoires inédits de Mme la duchesse de Tourzel, gouvernante -des Enfants de France, pendant les années 1789, 1790, 1791, 1792, 1793, -1795_, publiés par le duc des Cars, ouvrage enrichi du dernier portrait -de la Reine. Paris, Plon, 1883, I, 14. - -[53] _Instruction pour mes enfants_, publiée pour la première fois, -par le comte H. de Vielcastel—_Marie-Antoinette et la Révolution -française_. Paris, Techener, 1859, p. III. - -[54] _Ibid._, p. XXII. - -[55] _Instruction pour mes enfants_, p. XXIX, XXX. - -[56] _Ibid._, p. XXXIV. - -[57] _Instr. pour mes enfants_, p. LXXVIII. - -[58] _Ibid._ - -[59] _Instr. pour mes enfants_, p. LXXIV. - -[60] _Ibid._ - -[61] _Mémoires de Weber_, p. 11. - -[62] _Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette, reine de France et -de_ _Navarre, suivis de souvenirs et anecdotes historiques, sur -les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI_, par Mme Campan, -lectrice de Mesdames, première femme de chambre de la Reine, et depuis -surintendante de la maison d'Ecouen, avec une notice et des notes par -M. F. Barrière. Paris, Didot, 1858, p. 66. - -[63] L'abbé de Vermond au comte de Mercy, 21 janvier -1769.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 353. - -[64] Vermond à Mercy, 21 juin 1769.—_Maria-Theresia und Marie -Antoinette_, p. 357. - -[65] Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 359. - -[66] Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 358. - -[67] _Gazette de France_, no 23. - -[68] Vermond à Mercy, 14 mars 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 362. - -[69] _Ibid._ - -[70] _Gazette de France_ de l'année 1770, no 32. - -[71] Le Roi avait envoyé à sa future petite-fille un splendide cadeau. -«C'était une grande boite d'or, surmontée du portrait du Dauphin, peint -par Hall, et entourée d'un cercle de soixante-dix gros diamants. Elle -coûtait le prix incroyable de 75,678 livres, sans le portrait payé en -dehors 2,664 livres.» _Le Livre des collectionneurs_, par Alph. Maze -Sencier. Paris, Renouard, 1885, p. 109. - -[72] _Gazette de France_, année 1770, no 36. Correspondance de Vienne, -du 18 avril. - -[73] _Gazette de France_, année 1770, no 36. - -[74] _Gazette de France_, année 1770, no 38. - -[75] _Mémoires de Weber_, p. 13. - -[76] _Gazette de France_, année 1770, no 38. - -[77] On a publié une prétendue lettre de Marie-Thérèse au Dauphin. -Cette lettre, qui d'ailleurs n'est nullement du style de l'Impératrice, -n'est, suivant Grimm, qu'une fantaisie de bel esprit, qui n'a aucune -authenticité.—_Correspondance littéraire, philosophique et critique, -adressée à un souverain d'Allemagne, depuis 1770 jusqu'en 1782_, par le -baron de Grimm et par Diderot. Paris, Buisson, 1812, tome I, p. 160. - -[78] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 21 avril 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, p. 3-5.—C'était l'habitude de -Marie-Thérèse, lorsqu'elle se séparait d'un de ses enfants, de lui -tracer ainsi un règlement de vie détaillé et minutieux. On en trouve de -semblables adressés à ses fils Ferdinand et Maximilien et à sa fille -Caroline, dans la correspondance publiée par M. d'Arneth. - -[79] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 7. - -[80] _Gazette de France_, année 1770, nos 38 et 39. - -[81] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 6. - -[82] _Mémoires de Weber_, pp. 13 et 14. - -[83] Gœthe, _Mémoires de ma vie_, p. 366. - -[84] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, publiés par le comte Léonce -de Montbrison, son petit-fils, et dédiés à Sa Majesté Nicolas Ier, -empereur de toutes les Russies. Paris, Charpentier, 1869, I, 32. - -[85] _Ibid._, p. 33. - -[86] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, p. 33. On peut voir dans -le _Livre des collectionneurs_, 109, la liste des magnifiques cadeaux -faits au nom du Roi de France à la Maison allemande de Marie-Antoinette. - -[87] _Ibid._, I, p. 200. - -[88] _Ibid._, I, p. 33. - -[89] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 31. - -[90] _Gazette de France_, année 1770, no 41. - -[91] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 31. - -[92] _Les quatre cardinaux de Rohan, évêques de Strasbourg, en Alsace_, -par le Roy de Sainte-Croix. Hagermann, 1881, p. 73. - -[93] _Gazette de France_, année 1770, no 42. - -[94] _Mémoires de Weber_, p. 14. - -[95] Compliment de l'abbé Lambert, vicaire de Commercy, récité par Mlle -Doublot. _Mercure de France_, juin 1770, p. 164. - -[96] _Mémoires de Weber_, p. 15. - -[97] _Mercure de France_, juin 1770, p. 165. - -[98] _Mercure de France_, juin 1770, p. 165. - -[99] _Gazette de France_, année 1770, no 42. - -[100] _Mémoires de Weber_, p. 15. - -[101] _Gazette de France_, année 1770, no 41. - -[102] Le comte de Mercy au baron de Neny, 14 mai 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 10 (note). - -[103] _Gazette de France_, 1770, no 41. - -[104] _Ibid._, no 42. - -[105] Pendant ces présentations officielles, il y avait dans la ville -des fêtes populaires. La foule se pressait autour de deux tables de six -cents couverts, servies avec profusion, et l'on dansait jusqu'à cinq -heures du matin, au son de deux orchestres. Les pauvres de l'hôpital et -les prisonniers avaient leur part de la fête: le Corps de ville leur -envoyait à souper. _Gazette de France_, année 1770, no 43. - -[106] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 23 mai 1770, t. V, p. 136, 137. - -[107] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, Paris, Charpentier, 1869, I, 44. - -[108] _La Vie parisienne sous Louis XVI._ Paris, Calmann Lévy, 1882, p. -59. - -[109] _Mémoires secrets_, V, 136. - -[110] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, I, 45. - -[111] _Mémoires de Mme Campan_, p. 72. - -[112] _Ibid._ - -[113] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 84. - -[114] _Ibid._, p. 159. - -[115] _Ibid._, p. 84. - -[116] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, I, p. 48. - -[117] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 59. - -[118] Walpole à la comtesse d'Ossory, 23 août 1775. _Lettres d'Horace -Walpole, écrites à ses amis pendant ses voyages en France_ (1739-1775), -traduites et précédées d'une introduction par le comte de Baillon, 2e -édition. Paris, Didier, 1873, p. 281. - -[119] Le peintre s'appelait Vincent de Montpetit; il avait représenté -la Dauphine «dans une rose accompagnée d'une fleur de lys, -d'immortelles et d'autres fleurs qui formaient un bouquet sortant d'un -vase de lapis, enrichi d'ornements avec différents attributs relatifs à -l'alliance des augustes maisons de France et d'Autriche.»—_Gazette de -France_, année 1770, no 78. - -[120] _Mercure de France_, juin 1770, p. 181. - -[121] _Mémoires de Weber_, p. 16. - -[122] Lettre écrite par une carmélite de Saint-Denys au monastère -de la rue Saint-Jacques, 23 mai 1770.—Archives du Carmel de -Saint-Denys.—Citée par M. l'abbé Gillet dans son livre: _La vénérable -Louise de France, fille de Louis XV, en religion Marie-Thérèse de -Saint-Augustin, avec portrait gravé et fac-simile d'autographe_. -Orléans, Herluison, 1881. Pièces justificatives, p. 543. - -[123] _Mémoires de Weber_, pp. 16 et 17. - -[124] _Mémoires de Weber_, p. 17. - -[125] «La boîte d'or réservée à la Dauphine, ornée de son chiffre -en diamants, coûtait 20.746 livres et le coffret à bijoux plus de -22.000. C'était un cabinet de six pieds de long sur trois pieds et -demi de haut, couvert en partie de velours cramoisi, magnifiquement -brodé. La broderie des cinq panneaux se montait à 8.000 livres et la -sculpture faite par Bocciardi à 4.445 livres. L'ébéniste Evalde en -avait fourni le corps, et Gouthière les cuivres ciselés. Le plus riche -des éventails offrait, sur le montant, des brillants et des émeraudes. -La montre en émail bleu et la chaîne garnies de diamants valaient 1.000 -livres.—_Le Livre des collectionneurs_, 108. C'est le duc d'Aumont qui -présenta à la Dauphine la clef de ce cabinet placé dans la chambre à -coucher.—_Journal de Papillon de la Ferté_, p. 272. - -[126] _Mémoires de Mme Campan_, p. 74. - -[127] _Gazette de France_, année 1770, no 42. - -[128] _Ibid._, no 41.—Les deux anneaux avaient été fournis par le -célèbre Rœttiers; Guédon, brodeur, avait fait les deux poignées des -cierges, brodées en argent sur velours blanc, Delanoue et Buffault, -chacun un poèle de drap d'argent «les deux bouts très beaux».—_Le Livre -des collectionneurs_, 111. - -[129] _Gazette de France_, année 1770, no 40. Il y avait plus de -deux ans déjà qu'on travaillait au programme des fêtes du mariage du -Dauphin. _Voir_ pour tous ces préparatifs le _Journal de Papillon de la -Ferté_, intendant des Menus, publié en 1888. - -[130] _Mémoires de Weber_, p. 17. - -[131] _Voir_ tous les détails de ces fêtes dans le _Journal de Papillon -de la Ferté_, pp. 273 et suiv.—_Mémoires de Weber_, p. 17,—La marquise -du Deffand à H. Walpole, 19 mai 1770.—_Correspondance complète de la -marquise du Deffand avec ses amis, suivie de ses œuvres diverses et -éclairées de nombreuses notes_, par M. de Lescure. Paris, Plon, 1865, -t. II, p. 60. - -[132] On peut consulter, sur cette représentation, _la Correspondance -littéraire_ de Grimm. Papillon de la Ferté prétend cependant que «Mme -la Dauphine n'a pas paru y prendre goût».—_Journal de Papillon de la -Ferté_, p. 274. - -[133] Ces illuminations étaient si brillantes qu'un spectateur -s'écriait: «O nuit plus belle qu'un beau jour!» _Mercure de France_, -juin 1770, p. 177.—«Les gens même du peuple, dit de son côté Papillon -de la Ferté, se servaient des termes de féerie et d'enchantement pour -exprimer leur étonnement.» - -[134] La marquise du Deffand à H. Walpole, 19 mai 1770.—_Correspondance -de la marquise du Deffand_, II, 60. - -[135] Réponse du Roi au Mémoire de la noblesse.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 62, 63. - -[136] Réponse du Roi au Mémoire de la noblesse.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 62, 63. - -[137] _Correspondance de la marquise du Deffand_, II, 60, -61.—_Correspondance littéraire de Grimm_, I, 144 et suiv. - -[138] _Voir_ le détail de toutes ces fêtes dans le _Mercure de France_, -octobre 1770, pp. 127 et suiv. - -[139] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 24 mai 1770. - -[140] _Ibid._, V. pp. 137, 138. - -[141] _Gazette de France_, année 1770, no 45. - -[142] _Mémoires autographes de M. le prince de Montbarrey, ministre -secrétaire d'État au département de la guerre, sous Louis XVI, avec -fac-simile de son écriture._ Paris, Eymery, 1826, I, II, p. 6. - -[143] On trouvera des détails sur cette horrible catastrophe, dans les -_Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 6 et suiv.—Montbarre faillit -lui-même en être victime. Tombé dans un fossé avec le maréchal de -Biron, colonel général des gardes françaises, il ne put s'en tirer et -en tirer son compagnon que grâce à un vigoureux effort. - -[144] _Correspondance littéraire de Grimm._ - -[145] _Mémoires de Mme Campan_, p. 72. - -[146] _Mémoires de Weber_, pp. 19 et 20.—_Correspondance littéraire de -Grimm_, I, 197-203. - -[147] _Voir_, sur le caractère de Louis XV, deux remarquables articles -de M. le marquis de Beaucourt, publiés dans la _Revue des questions -historiques_, 1er juillet 1867, 1er janvier 1868. - -[148] _Voir_ la _Correspondance de Louis XV_ et _du maréchal de -Noailles_, publiée par M. C. Rousset. - -[149] Portraits historiques de Louis XV et de Mme de Pompadour faisant -partie des _Œuvres posthumes de Ch.-Georges Leroy_, p. 3. - -[150] _Mémoires du Marquis d'Argenson_, II, 212. - -[151] Il (M. d'Aguesseau) m'a rapporté que M. le duc d'Orléans, Régent, -peu de temps avant sa mort avait dit en parlant du Roy: «Ce prince sera -toujours de dix ans au-dessous de son âge.—_Journal inédit de M. de -Boynes, ancien ministre de la marine_, 17 mars 1765. - -[152] Dans un pamphlet du temps, le Roy loge à la _Beauté -couronnée_.—Manuscrits français, 15362, p. 323, cité par M. de -Beaucourt. - -[153] Louis XV au comte de Broglie, 6 juin 1770. _Correspondance de -Louis XV et du comte de Broglie_, publiée par M. Boutaric, I, 409. - -[154] _Journal et mémoires du Mle d'Argenson_, t. I et II, _passim_. - -[155] _Mémoires de Mme du Hausset._ - -[156] _Mémoires du marquis d'Argenson_, V, 371. - -[157] Michelet, _Louis XV_, p. 19. - -[158] _Mémoires du marquis d'Argenson._ - -[159] Walpole à John Chute, 3 octobre 1765.—_Lettres d'Horace Walpole_, -p. 43. - -[160] _Mémoires de Mme Campan_, p. 60. - -[161] Le Roi l'appelait _Coche_.—_Mémoires de Mme Campan_, p. 49. - -[162] _Ibid._, pp. 57 et 58. - -[163] _Mémoires de Mme Campan_, p. 53. - -[164] L'abbé Proyart. - -[165] L'abbé Proyart: _Louis XVI et ses vertus_. - -[166] Lettre du 4 septembre 1760, citée dans la _Dauphine Marie-Josèphe -de Saxe, mère de Louis XVI_, par le père Emile Régnault, de la -compagnie de Jésus. Paris, Lecoffre, 1875, p. 200. - -[167] On peut lire dans la _Correspondance de Grimm_, t. VII, le -pompeux billet de mort du duc de la Vauguyon. La Cour et la ville en -firent des gorges chaudes. - -[168] Lettre de M. de Sandoz-Rollin à Frédéric II, 25 avril -1782.—_Histoire de l'action commune de la France et de l'Amérique -pour l'indépendance des États-Unis_, par Georges Bancroft, traduit -et annoté par le comte de Circourt. Paris, Vieweg, 1876, t. III, p. -160.—_Documents originaux inédits._ - -[169] _Ibid._ - -[170] Le 26 décembre 1792, en se rendant à la Convention qui devait -le juger ce jour-là, Louis XVI «prit part à la conversation qui a été -assez soutenue sur la littérature et spécialement sur les auteurs -latins, en particulier Tite-Live et Tacite». _Rapport fait à la Commune -sur la seconde translation de Louis XVI à la Convention nationale._ -_Procès des Bourbons_, I, 263, 264. - -[171] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 59. - -[172] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 12. - -[173] _Louis XVI_, par le comte de Falloux. Paris, Sagnier et Bray, -1852, p. 7. - -[174] _Mémoires de M. le prince de Montbarrey_, II, 30.—_Voir_, sur -tout ce caractère et cette jeunesse du Dauphin, la belle _Histoire de -Louis XVI_, par M. le comte de Falloux. - -[175] Pour connaître les idées de Louis XVI sur le gouvernement, lire -les _Réflexions sur mes entretiens avec M. le duc de la Vauguyon_, par -Louis-Auguste, Dauphin (Louis XVI); précédées d'une introduction par M. -le comte de Falloux, accompagnées d'un fac-simile du manuscrit. Paris, -Aillaud, 1851. - -[176] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 12. - -[177] Vermond à Mercy, 23 mai 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 365. - -[178] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 14. - -[179] Vermond à Mercy, 23 mai 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 365. - -[180] Voir sur toutes ces intrigues la lettre de Mercy à Marie-Thérèse -en date du 25 juin 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, -pp. 11 et suiv. - -[181] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 22. - -[182] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 9 juillet 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 17.—_Voir_ encore sur le rôle du duc -de la Vauguyon les lettres de Mercy à Marie-Thérèse, des 15 juin, 14 -juillet et 4 août 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, -11, 21, 32. - -[183] _Essais historiques sur la vie de Marie-Antoinette d'Autriche_, -1re partie, p. 11 et 12. - -[184] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 14. - -[185] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 39. - -[186] Le même à la même, 4 août 1770. _Ibid._, I, p. 29. - -[187] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 87, 89. - -[188] _Mémoires de Mme Campan_, p. 74. - -[189] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 26. - -[190] Le même à la même, 15 juin 1773.—_Ibid._, I, 14. - -[191] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 12 juillet -1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy._ I, 19, 20. - -[192] _Ibid._ - -[193] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770;—Marie-Thérèse à Mercy, -24 mai 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 15, -9.—Marie-Antoinette avait cependant, dans les premiers mois, été fidèle -aux lectures que lui recommandait sa mère. _Voir_ les lettres de Mercy, -des 14 juillet et 4 août 1770.—_Correspondance secrète du comte de -Mercy_, I, 22, 31. - -[194] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 65. - -[195] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 55. - -[196] Vermond à Mercy, octobre 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 366. - -[197] _Ibid._, p. 367. - -[198] Mercy à Marie-Thérèse, 20 août 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 36. - -[199] Le même à la même, 19 sept. 1770.—_Ibid._, I, 50. - -[200] Vermond à Mercy, 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und_ -_Marie-Antoinette_, p. 367.—C'est par erreur que dans cet ouvrage cette -lettre est datée _novembre_ 1770. La lettre de Mercy à Marie-Thérèse, -du 20 octobre 1770, permet de lui rendre sa vraie date, celle du 25 -octobre.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 67. - -[201] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 67.—La Dauphine craignait même qu'on ne prît ses -lettres dans ses poches pendant la nuit.—Vermond à Mercy, 15 octobre -1770.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 369. - -[202] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 22.—Vermond à Mercy, 15 oct. -1770.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 370. - -[203] Vermond à Mercy, 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, pp. 367, 368. - -[204] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 6 janvier 1771.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 116, 117. - -[205] Vermond à Mercy, janvier 1771.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, 271, 272. Le peu de goût pour la lecture était -commun à plusieurs autres enfants de Marie-Thérèse. On peut lire dans -la _Correspondance de Marie-Thérèse avec ses enfants et ses amis_, -publiée par M. d'Arneth, les mêmes conseils et les mêmes reproches -adressés par l'Impératrice à Ferdinand, à Caroline de Naples, à Amélie -de Parme, à Maximilien. - -[206] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 10 février -1771.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, 129, 130.—Cette -mauvaise écriture de la Dauphine étonne moins quand on sait quelle -difficulté elle avait pour écrire ses lettres. Elle ne les écrivait -qu'à sa toilette, «par sauts et par bonds» et à la dernière heure, -dans la crainte qu'elles ne fussent lues.—_Voir_ la lettre déjà -citée de Vermond à Mercy du 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 369. - -[207] Marie-Thérèse à Mercy, 15 avril 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 144. - -[208] Mercy à Marie-Thérèse, 22 mai 1771.—_Ibid._, I, 163. - -[209] Le même à la même, 22 juin 1771.—_Ibid._, I, 176. - -[210] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 91. - -[211] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 49. - -[212] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 311. - -[213] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 238. - -[214] Mercy à Marie-Thérèse, 19 déc. 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 255. - -[215] Mercy à Marie-Thérèse, 15 mai 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 301. - -[216] Le même à la même, 15 avril 1772.—_Ibid._, I, 292. - -[217] Mercy à Marie-Thérèse, 15 mai 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 301. - -[218] _Récit des événements arrivés au Temple, depuis le 13 août -1792, jusqu'à la mort du Dauphin Louis XVII_ (par Mme la duchesse -d'Angoulême). Paris, Audot, 1823, p. 50. - -[219] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1772.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 265.—Le même à la même, 18 mars 1773.—_Ibid._, -I, 554. - -[220] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 octobre -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 315. - -[221] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1772.—_Ibid._, I, 322. - -[222] Le même à la même, 15 mars 1773.—_Ibid._, I. 428. - -[223] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er novembre 1770.—_Ibid._, I, -84. - -[224] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—_Ibid._, I, -397. - -[225] Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1772.—_Ibid._, I, 349. - -[226] Le même à la même, même date. _Ibid._, I, 349. - -[227] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 453, 454. - -[228] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 26.—Les lectures, cependant, même à ce moment, -n'avaient pas complètement cessé; la Dauphine consacrait chaque jour -une heure le matin à une lecture instructive, et un quart d'heure le -soir à une lecture spirituelle.—Même lettre, même page.—_Voir_ aussi: -Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1773.—_Correspondance secrète du comte -de Mercy_, II, 43. - -[229] Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 43. - -[230] Le même à la même, 12 nov. 1773.—_Ibid._, II, 70, 74. - -[231] Le même à la même, 18 déc. 1773.—_Ibid._, II, 81. - -[232] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 98. - -[233] Il en était de même d'ailleurs pour tous ses autres enfants.—Ses -correspondances diverses publiées par M. d'Arneth le montrent -pleinement.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis._ - -[234] Mercy à Marie-Thérèse, 7 février 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 422. - -[235] Marie-Thérèse à Mercy, 1er octobre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 220.—Marie-Thérèse elle-même trouvait cette -lettre tellement forte qu'elle laissait Mercy libre de ne pas la -remettre. - -[236] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770, 16 décembre -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 98, 390. - -[237] Le même à la même, 16 décembre 1772.—_Ibid._, I, 390. - -[238] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 135. - -[239] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 45. - -[240] Termes du brevet expédié par le Roi à l'abbé de Vermond, avant -son départ de Vienne.—Vermond à Mercy, 1774.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, p. 380. - -[241] Vermond à Mercy, janvier 1771.—_Ibid._, p. 372. - -[242] _Mémoires de Mme Campan_, pp. 65-66.—Des reproches analogues sont -formulés dans une des lettres saisies chez Fersen après le départ pour -Varennes: «Le lord Dorcet est venu me voir. Il m'a parlé de la personne -à qui vous êtes attaché (la Reine), avec attachement et respect, me -disant que la seule chose qu'il lui reprochait et qu'il ne lui avait -pas cachée à elle-même était son entier dévouement à l'abbé de Vermond, -dont il ne m'a pas fait l'éloge. Il m'a assuré que lui seul avait -du crédit sur son esprit et la gouvernait despotiquement.»—Lettres -adressées d'Angleterre à M. le comte de Fersen.—_Fuite de Louis XVI -à Varennes_, par Eug. Bimbenet, 2e édition. Pièces justificatives, -p. 131.—On sait aujourd'hui que ces reproches, échos des bruits de la -Cour, n'étaient pas fondés. - -[243] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juillet 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 24. _Voir_ aussi le même à la même, 20 août -1770.—_Ibid._, I, 43. - -[244] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 24. - -[245] Marie-Thérèse à Mercy, 1er septembre 1770.—_Ibid._, I, 46. - -[246] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770, 17 décembre 1770, 28 -février 1771.—_Ibid._, I, 65, 111, 137. - -[247] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 décembre -1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 104. - -[248] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 49, 50. - -[249] Le même à la même, 16 novembre 1770.—_Ibid._, I, 91. - -[250] Le même à la même, 16 novembre 1770.—_Ibid._, I, 91. - -[251] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 241, 243. - -[252] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 7.—Marie-Thérèse avait même poussé la -déférence jusqu'à envoyer à Mme Louise, par une ingénieuse flatterie, -son propre portrait en habit de carmélite avec ces mots tracés de sa -main: «Lorsqu'au pied des autels vous goûterez l'avantage du calme que -vos vertus vous ont fait préférer au bruyant éclat de la Cour, jetez un -regard sur ce portrait; il vous demandera, en mon nom, un souvenir de -tendresse pour ma fille et pour moi.»—Et Mme Louise avait répondu en -assurant l'Impératrice de «sa vive reconnaissance» et de «ses vœux pour -la famille impériale et en particulier pour la Dauphine, sa très chère -nièce».—_La vénérable Louise de France_, p. 340. - -[253] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 54. - -[254] Le même à la même, 4 août 1770.—_Ibid._, I, 33. - -[255] Le comte de Creutz à Gustave III, 12 août 1773.—Cité dans la -_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 463 (note). - -[256] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 9 juin 1771.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 171. - -[257] La même à la même, 13 février 1772.—_Ibid._, I, 272. - -[258] La même à la même, 17 août 1771.—_Ibid._, I, 197. - -[259] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy._, I, 152. - -[260] _Mémoires de Mme Campan_, p. 71. - -[261] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—Marie-Thérèse à -Marie-Antoinette, 5 mai 1771.—_Correspondance secrète du comte de -Mercy_, I, 151, 158. - -[262] _Portefeuille d'un talon-rouge contenant des anecdotes galantes -et secrètes de la Cour de France._—A Paris, de l'imprimerie du comte de -Paradès, page 10. - -[263] _Portefeuille d'un talon-rouge_, p. 12. - -[264] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 354. - -[265] Le même à la même, 19 oct. 1775.—_Ibid._, II, 391. - -[266] Mercy à Marie-Thérèse, 15 septembre 1775, 19 octobre -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 375 (note), 391. - -[267] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Ibid._, II, 66.—_Voir_ -sur la duchesse de Chaulnes, née Bonnier de la Mosson, _Les Bonnier -ou une famille de financiers au_ XVIIIe _siècle_, par Grasset-Morel, -Paris, Dentu, 1886. - -[268] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 55. - -[269] Le même à la même, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 24. - -[270] Cérémonies observées à la prise d'habit de Mme Louise de France -chez les Carmélites de Saint-Denys, en 1776.—Archives du Carmel.—_La -vénérable Louise de France_, pp. 544-548. - -[271] Mercy à Marie-Thérèse, 4 août 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 30. - -[272] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 151. - -[273] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 17 août 1771.—_Ibid._, I, 197. - -[274] Mercy à Marie-Thérèse, 25 février 1771.—_Ibid._, I, 135. - -[275] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 23. - -[276] Le même à la même, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 50, 53. - -[277] Le même à la même, 14 juillet 1770—_Ibid._, I, 26. - -[278] Le même à la même, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 56. - -[279] Mercy à Marie-Thérèse, 22 mai 1771.—_Corresp. secrète du comte de -Mercy_, p. 162. - -[280] Le même à la même, 25 février 1771.—_Ibid._, I, 132. - -[281] Le même à la même, 20 octobre 1770.—_Ibid._, 77, 78. - -[282] Le même à la même, 22 juin 1771.—_Ibid._, I, 174. - -[283] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771. _Corresp. secrète du comte -de Mercy_, I, 174. - -[284] Marie-Thérèse à Mercy, 23 janvier 1771.—_Ibid._, I, 119. - -[285] _Ibid._ - -[286] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 68. - -[287] Le même à la même, 14 août 1772.—_Ibid._, I, 237. - -[288] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Corresp. secrète du -Comte de Mercy_, I, 121, 122. - -[289] Le même à la même, 2 septembre 1771.—_Ibid._, I, 206. - -[290] Le même à la même, 22 mars 1771.—_Ibid._, I, 165. - -[291] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 211. - -[292] _Ibid._, I, 208. - -[293] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 septembre 1771.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, I, 217.—Marie-Thérèse avait déjà écrit le -17 août 1771: «Ne copiez pas des originaux qui n'ont jamais réussi dans -le public.» _Ibid._, I, 198. - -[294] Marie-Thérèse a Marie-Antoinette, 30 septembre -1774.—_Correspondance secrète du comte du Mercy_, I, 217. - -[295] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juillet 1772.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 327. - -[296] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, 369. - -[297] Le même à la même, 16 décembre 1772.—_Ibid._, I, 387. - -[298] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 18. - -[299] Le même à la même, 16 juin 1773.—_Ibid._, I, 462. - -[300] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773, 12 novembre -1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 5, 65. - -[301] Un texte, tout différent de celui-ci, donné par Pidansat de -Mayrobert, a été adopté par un grand nombre d'historiens. Le billet -que nous reproduisons ici a été communiqué par M. le duc Gabriel de -Choiseul à la _Revue de Paris_, en 1829. On peut donc regarder cette -version comme authentique. - -[302] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 125. - -[303] _Souvenirs du baron de Gleichen_, 40. - -[304] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 125. - -[305] _Souvenirs du baron de Gleichen_, p. 20. - -[306] _Mémoires du baron de Besenval, avec avant-propos et notice_ par -M. F. Barrière. Paris, Didot, 1857, p. 104. - -[307] _Histoire de la chute des Jésuites_, par le vicomte de Saint -Priest, p. 67. - -[308] _Mémoires du baron de Besenval_, p. 124. - -[309] _Ibid._, p. 123. - -[310] Mme du Deffand à Horace Walpole, 2 novembre 1769.—_Correspondance -de la marquise du Deffand_, II, 9. - -[311] Lettre de Louis XV au duc de Choiseul, publiée par M. le duc -G. de Choiseul en 1829. _Revue de Paris_, IV, 57.—Citée déjà mais -incomplètement dans les _Souvenirs du baron de Gleichen_, p. 38. - -[312] _Ibid._ - -[313] Sénac de Meilhan.—_Portraits et caractères de personnages -distingués de la fin du_ XVIIIe _siècle_. - -[314] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 135. - -[315] _Voir_, sur les intrigues qui amenèrent la chute de Choiseul, les -_Mémoires du baron de Besenval_, pp. 126, 127. - -[316] Marie-Thérèse à Mercy, 11 février 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 131. - -[317] Mémoire du Comte de Broglie aux comtes du Muy et de -Vergennes.—_Correspondance secrète inédite de Louis XV_, II, 274. - -[318] Marie-Thérèse à Mercy, 8 janvier 1771.—Mercy à Marie-Thérèse, 23 -janvier 1771.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 116, 125. - -[319] Marie-Thérèse à Mercy, 4 janvier 1771.—_Ibid._, I, 116. - -[320] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, I, 154. - -[321] _Voir_ les lettres de Mme du Deffand à Walpole, des 9 janvier et -17 mars 1771.—_Corresp. de la marquise du Deffand_, II, 121, 151, 152. - -[322] _Ibid._, II, 151. - -[323] On avait prétendu qu'à la bataille de Saint-Cast contre les -Anglais il s'était caché dans un moulin. «Si notre général ne s'est -pas couvert de gloire, il s'est couvert de farine,» avait-on dit. -Et, poursuivi par la Bretagne après sa révocation de gouverneur, il -avait été déclaré, par le Parlement de Paris, «prévenu de faits qui -entachaient son honneur». Il semble bien, d'après les recherches de -M. Vatel, dans son curieux livre sur Mme du Barry—_Histoire de Mme du -Barry d'après les papiers personnels et les documents des archives -publiques, précédé d'une introduction sur Mme de Pompadour, le -Parc-au-Cerfs, et Mlle de Romans_, par Ch. Vatel, Versailles, Bernard, -1883, 3 vol. in-12—que c'étaient là des calomnies. - -[324] Mercy à Marie-Thérèse, 1 septembre 1771.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 215. - -[325] Lettre du Roi à Choiseul, déjà citée. - -[326] Madame du Deffand à H. Walpole, 26 juin 1771.—_Corresp. de la -marquise du Deffand_, II, 175. - -[327] Mercy à Marie-Thérèse, 14 novembre 1772.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 373. - -[328] Le même à la même, 2 septembre 1771.—_Ibid._, I, 215. - -[329] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 9 juillet 1770.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, I, 17. - -[330] _Ibid._ - -[331] Mercy à Marie-Thérèse, 4 août 1770.—_Ibid._, I, 29. - -[332] Le même à la même, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 21. - -[333] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 35. - -[334] Le même à la même, 17 mars 1771.—_Ibid._, I, 143. - -[335] Le même à la même, 20 octobre 1770.—_Ibid._, I, 91. - -[336] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 143. - -[337] Le duc d'Aiguillon ne pardonnait pas à la Dauphine de l'avoir -accueilli froidement, quand il lui avait été présenté en qualité de -ministre. - -[338] Kaunitz à Mercy, annexe à la lettre de Mercy à Marie-Thérèse, du -24 juillet 1771.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, I, 192. - -[339] Les chroniqueurs prétendaient que Mme du Barry, parlant de la -Dauphine, l'avait appelée la _petite rousse_. - -[340] _Voir_ sur cette affaire la dépêche de Mercy du 2 septembre -1771.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, I, 200, 214. - -[341] Sauf une allusion dans la lettre du 9 juillet 1771, -Marie-Thérèse, dans sa correspondance avec Marie-Antoinette, n'avait -jamais nommé Mme du Barry. - -[342] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 septembre 1771.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, I, 217, 218. - -[343] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 octobre 1771.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, I, 221, 223. - -[344] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1772.—_Ibid._., I, 346, 347. - -[345] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 368. - -[346] Le même à la même, 20 avril 1773.—_Ibid._, I, 440. - -[347] _Le gouvernement de la Normandie aux_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_.—_Documents inédits tirés des archives du château d'Harcourt, -publiés par_ C. Hippeau, IV, 87. - -[348] Pichler à Mercy, 4 décembre 1771; note de la dépêche de Mercy du -29 février 1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 283. - -[349] Mercy à Marie-Thérèse, 19 décembre 1771.—_Ibid._, I, 250. - -[350] _Ibid._ - -[351] Mercy à Marie-Thérèse, 19 décembre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 256. - -[352] _Ibid._, I, 252. - -[353] Mercy à Marie-Thérèse, 28 janvier 1772.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 264. - -[354] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 21 janvier 1772.—_Ibid._, I, -261. - -[355] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 13 février -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 272. - -[356] «Je ne comprends pas la politique qui permet qu'en cas que -deux se servent de leur supériorité pour opprimer un innocent, le -troisième peut et doit, à titre de pure précaution pour l'avenir, -et de convénience (sic) pour le présent, imiter et faire la même -injustice, ce qui me paraît insoutenable. Un prince n'a d'autres droits -que tout autre particulier, la grandeur et le soutien de son état -n'entrera pas en ligne de compte, quand nous devrons tous comparaître -à les rendre.» Opinion de S. M. l'Impératrice Reine, sur le parti à -prendre en conséquence de la note du baron Van Swieten, du 5 février -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy._ Introduction, XXVIII. -Pourquoi Marie-Thérèse ne persévéra-t-elle pas jusqu'au bout dans ces -nobles et religieux sentiments et céda-t-elle aux suggestions de son -fils Joseph, qui fut en cette circonstance et en bien d'autres son -mauvais génie? - -[357] _Voir Correspondance secrète de Louis XV_, publiée par M. -Boutaric. Introduction, I, 163 et suiv,. et II, 486. Mémoire du comte -de Broglie aux comtes du Muy et de Vergennes. - -[358] Marie-Thérèse à Ferdinand, 17 septembre 1772.—_Lettres de -Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, I, 151.—Tout ce passage sur -«ce malheureux partage de la Pologne, qui me coûte dix ans de ma vie», -est très curieux et peint bien l'état d'âme tourmenté de l'Impératrice. - -[359] Seconde note de l'Impératrice.—_Correspondance secrète du comte -de Mercy._ Introduction, I, XXIX et Marie-Thérèse à Mercy, 2 août -1773.—_Ibid._, II, 15. - -[360] Marie-Thérèse à Mercy, 18 mars 1772.—_Ibid._, I, 289, 290. - -[361] Marie-Thérèse à Mercy, 2 juillet 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 321. - -[362] Mercy à Marie-Thérèse, 17 février 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 414. - -[363] Le même à la même, 16 juillet 1773.—_Ibid._, I, 399. - -[364] Mercy avait plus d'une fois soupçonné Mesdames d'avoir sous -mains «de petits ménagements pour Mme du Barry et de vouloir toujours -mettre Mme la Dauphine à la brèche et la faire servir d'instrument à -manifester une haine qu'on n'osait faire paraître soi-même». Mercy à -Marie-Thérèse, 24 juillet 1771.—_Correspondance, secrète du comte de -Mercy_, I, 192. En 1773 le rapprochement était tout à fait opéré. - -[365] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 5. - -[366] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 27. - -[367] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, I, 56. - -[368] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 septembre 1773.—_Ibid._, II, -37. - -[369] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 56. - -[370] Le même à la même, 15 octobre 1771.—_Ibid._, I, 226. - -[371] Le même à la même, 14 août 1772.—_Ibid._, I, 336. - -[372] Le même à la même, 18 mai 1773.—_Ibid._, I, 452. - -[373] _Voir_ sur l'abbé Maudoux une très intéressante brochure -faite d'après les papiers de l'abbé conservés au Grand séminaire de -Saint-Sulpice à Paris: _L'abbé Maudoux, confesseur de Louis XV_, notice -par Ant. de Lantenay, membre correspondant des Académies de Metz et de -Dijon, Paris, Jules Vic, 1881. - -[374] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 111. - -[375] Le même à la même, 12 novembre 1773, 18 décembre 1773,—_Ibid._, -II, 68, 80. - -[376] Le même à la même, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II, 42. - -[377] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 95. - -[378] Le même à la même, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 129. - -[379] _Réflexions sur la Révolution de France_, par Burke, traduit de -l'anglais sur la 8e édition par Laurent fils; Londres, 1er novembre -1790, page 157. - -[380] _Mémoires historiques et militaires du Maréchal de Noailles_, VI, -317. - -[381] _Mémoires du prince de Montbarrey_, I, 376. - -[382] _Essais historiques sur la vie de Marie-Antoinette d'Autriche_, -1re partie, p. 12. - -[383] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1770.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 108. - -[384] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, I, 176. - -[385] Archives de la guerre.—_La vie militaire sous l'ancien régime_, -par A. Babeau. Paris, Didot, 1889. - -[386] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 206. - -[387] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1770.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 107. - -[388] Le même à la même, 22 mai 1771.—_Ibid._, II, 163. - -[389] _Mémoires de Mme Campan_, p. 75. - -[390] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 212. - -[391] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1772.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, I, 345. - -[392] _Voir_ la _Gazette de France_, 22 octobre 1773, no 85, p. 785. - -[393] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Ibid._, II, 64. - -[394] _Ibid._, 68. - -[395] _Ibid._, 64. - -[396] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 64, note. - -[397] Il s'est trouvé cependant des écrivains de l'école -révolutionnaire pour accuser Marie-Antoinette de n'avoir pas eu de -_cœur_! - -[398] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—Mercy à -Marie-Thérèse, 17 février 1773.—_Correspondance secrète du comte de -Mercy_, I, 397, 416. - -[399] Mercy à Marie-Thérèse, 17 février 1771.—_Ibid._, I, 416. - -[400] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—_Ibid._, I, -397. - -[401] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 455. - -[402] Le même à la même, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 313. - -[403] _Ibid._, I, 312. - -[404] Le même à la même, 18 mai 1773.—_Ibid._, I, 455. - -[405] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773. _Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 465. - -[406] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin 1773.—_Ibid._, I, 459. - -[407] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 466. - -[408] _Mémoires de Weber_, p. 21. - -[409] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin 1773.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 459. - -[410] _Mémoires de Weber_, pp. 21, 22. - -[411] _Histoire de Marie-Antoinette Joséphe Jeanne de Lorraine, -archiduchesse d'Autriche_, par l'auteur de l'éloge de Louis XVI -(Montjoye). Paris, Perronneau, 1797, p. 63.—_Mémoires secrets pour -servir à l'histoire de la République des lettres_, VII, 11, 12. - -[412] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 3. - -[413] Le même à la même, 17 octobre 1773. _Ibid._, II, 54. - -[414] Le même à la même, 17 juillet 1773.—_Ibid._, II, 3, 4. - -[415] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 86.—_Mémoires secrets pour -servir à l'histoire de la République des lettres_, VII, 16, 17. - -[416] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 juillet -1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 8.—_Mémoires -secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, VII, -24, 25. - -[417] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 44. - -[418] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, VII, 63. - -[419] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 53. - -[420] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Ibid._, II, 8. - -[421] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773, 18 décembre -1773.—_Ibid._, II, 4, 82. - -[422] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 45. - -[423] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 55. - -[424] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 29. - -[425] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 173. - -[426] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II, -37. - -[427] Mercy à Marie-Thérèse, 18 avril 1772.—_Ibid._, I, 293. - -[428] Le même à la même, 16 octobre 1772.—_Ibid._, I, 359. - -[429] Le même à la même, 14 novembre 1772, 17 février 1773.—_Ibid._, -368, 415. - -[430] Le même à la même, 17 février 1773.—_Ibid._, I, 415. - -[431] Le même à la même, 17 février 1773.—_Ibid._, I, 415. - -[432] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 365. - -[433] Le même à la même, 16 octobre 1772.—_Ibid._, I, 359. - -[434] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 461. - -[435] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 32. - -[436] Mercy à Marie-Thérèse, 19 janvier 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 94. - -[437] _Ibid._ - -[438] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet -1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 205. - -[439] Mercy à Marie-Thérèse, 15 décembre 1773.—_Ibid._, II, 78. - -[440] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 82. - -[441] Il y eut bien encore de temps à autre quelques «piquanteries» -comme disait Mercy, et même des discussions très vives. L'ambassadeur -parle d'une dispute violente où les frères en vinrent jusqu'aux mains; -mais cette scène était antérieure à l'époque à laquelle nous sommes -arrivés. - -[442] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 311. - -[443] _Mémoires de Mme Campan_, p. 83. - -[444] Mercy à Marie-Thérèse, 10 décembre 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 254. - -[445] Mercy à Marie-Thérèse, 24 juillet 1771.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 189. - -[446] Joseph II à Léopold, 9 juin 1771.—_Maria-Theresia und Joseph II_, -II, 139. - -[447] Mercy à Marie-Thérèse, 16 décembre 1772.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 384. - -[448] Le même à la même, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 311. - -[449] Le même à la même, 4 novembre 1772, 16 décembre 1772, 17 février -1773.—_Ibid._, I, 374, 388, 417. - -[450] Le même à la même, 19 janvier 1774, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, -97, 128. - -[451] Le même à la même, 19 février 1774.—_Ibid._, II, 108. - -[452] Le même à la même, 17 mai 1774.—_Ibid._, II, 142. - -[453] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 75. - -[454] Le même à la même, 7 mai 1774.—_Ibid._, II, 43. - -[455] Le même à la même, 12 janvier 1774.—_Ibid._, II, 97. - -[456] Le même à la même, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 128, 129. - -[457] Le même à la même, 16 juin 1773.—_Ibid._, I, 464. - -[458] Le même â la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II. 94, 95. - -[459] Le même a la même, 22 mars 1774.—_Ibid._, II, 117. - -[460] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 80. - -[461] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 79. - -[462] Le même à la même, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II, 41. - -[463] Le même à la même, 20 août 1773.—_Ibid._, I, 443. - -[464] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1773, 17 octobre -1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 445, II, 75. - -[465] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 31. - -[466] Le même à la même, 17 mars, 20 avril 1773.—_Ibid._, I, 435, 442. - -[467] «Son Altesse Royale remplit toujours ses devoirs de piété avec -toute l'édification possible, et elle ne s'est jamais oubliée en -rien sur cet article si essentiel.» Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars -1773.—_Ibid._, I, 434.—Voir encore le même à la même, 15 juin 1770, 15 -décembre 1772, 12 novembre 1773, etc.—_Ibid._, I, 13, 383, II, 72. - -[468] Le même à la même, 17 mars 1773.—_Ibid._, I, 431. - -[469] Le même à la même, 21 avril 1773.—_Ibid._, I, 445. - -[470] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 31. - -[471] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 57. - -[472] Le même à la même, 18 juillet 1772.—_Ibid._, I, 424. - -[473] Marie-Thérèse à Mercy, 6 novembre 1753.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 59. - -[474] Mercy à Marie-Thérèse, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 131, 132. - -[475] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 57. - -[476] Marie-Thérèse à Mercy, 5 avril 1774.—_Ibid._, II, 124. - -[477] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 79. - -[478] _Registres des gentilshommes de la chambre du Roi._ - -[479] Mercy au baron de Neny, note du rapport du 1er mai -1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 134. - -[480] _Mémoires de Mme Campan_, p. 85. - -[481] _Souvenirs de Félicie._ - -[482] _Ibid._ - -[483] Mercy à Marie-Thérèse, 1er mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 134. - -[484] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des -lettres_, 21 mai 1774. - -[485] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 144, 145. - -[486] _Mémoires du baron de Besenval_, 144, 146. - -[487] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour -de France_, par Geffroy, I, 270. - -[488] Elle avait failli un jour s'y rencontrer avec l'archevêque de -Paris.—Même lettre.—_Ibid._, I, 270. - -[489] _Mémoires du baron de Besenval_, p. 147. - -[490] _Ibid._ - -[491] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 144. - -[492] _Ibid._ - -[493] _Ibid._ - -[494] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour -de France_, I, 270. - -[495] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 144. - -[496] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour -de France_, I, 270. - -[497] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 mai 1774.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 139. - -[498] Mercy à Marie-Thérèse, 8 mai 1774.—_Ibid._, II, 137. - -[499] Le même à la même, 8 mai 1774.—_Ibid._, II, 135.—_Mémoires du -baron de Besenval_, 152. - -[500] Mercy à Marie-Thérèse, 8 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 135. - -[501] _Mémoires du baron de Besenval_, 103. - -[502] Mme du Deffand à Horace Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de -la marquise du Deffand_, II, 403. - -[503] Lettre de l'abbé Maudoux, citée par M. A. de Lantenay: _L'abbé_ -_Maudoux, confesseur de Louis XV_. Paris, Jules Vic, tiré à 100 -exemplaires. - -[504] _Journal de Hardy._ - -[505] _Récit inédit des derniers moments de Louis XV_, par M. du -Buisson de la Boulaye, attaché à la personne du Roi, récit recueilli -par sa fille Mme de Riancey.—Cité par M. de Beaucourt: _Le caractère de -Louis XV_.—_Revue des questions historiques_, IV, 243. - -[506] Mme du Deffand à H. Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 403. - -[507] _Récit de M. du Buisson de la Boulaye_. - -[508] Mme du Deffand à H. Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 403. - -[509] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour -de France_, I, 269. - -[510] _Vie de la mère Marie-Thérèse de Saint-Augustin_, II, 20, citée -par M. de Beaucourt. - -[511] Mercy à Marie-Thérèse, 10 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 138.—Voici le texte du billet du Dauphin: - -«Je vous prie, Monsieur, de distribuer dans la minute deux cent mille -livres aux pauvres, afin qu'ils prient pour la conservation du Roi. Et, -si vous trouvez que la distribution de cette somme puisse nuire à vos -arrangements, vous la retiendrez sur mes pensions.» - - LOUIS, Dauphin. - - -[512] _Lettre de l'abbé Maudoux._ - -[513] _Ibid._ - -[514] Mercy à Marie-Thérèse, 10 mai 1770.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 138. - -[515] _Mémoires de Mme Campan_, p. 87. - -[516] _Mémoires de Mme Campan_, p. 87. - -[517] «Il n'y a que quatre mois encore qu'on m'avait excommunié,» -disait Louis XVI à Maurepas, quelque temps après son avènement; «on -avait peur, quand je parlais à un ministre.» Cité par M. de Larcy dans -sa remarquable étude sur _Louis XVI et Turgot_.—_Correspondant_, 25 -août 1866. - -[518] On avait répandu le bruit dans le public et Marie-Thérèse -croyait elle-même que Louis XV avait laissé une fortune personnelle -considérable. La vérité est qu'on ne trouva dans un tiroir que «44.000 -livres d'argent et des bijoux de médiocre valeur».—_Journal de Papillon -de la Ferté_, 367. - -[519] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 18 mai 1774.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 150. - -[520] La même à le même, 16 juin 1774.—_Ibid._, II, 180. - -[521] Cité par M. de Falloux, _Louis XVI_. - -[522] Cité par M. de Beauchesne, _Mme Elisabeth_, I, 72. - -[523] Mesdames, en soignant leur père, avaient pris elles-mêmes la -petite vérole. - -[524] Madame Louise était prieure. - -[525] _La vénérable Mme Louise de France_, p. 408. - -[526] _Chronique secrète de Paris_, par l'abbé Baudeau.—_Revue -rétrospective_, 1re série, III, p. 36. - -[527] Mercy à Marie-Thérèse, 7 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 162. - -[528] _Chronique secrète de Paris_, par l'abbé Baudeau.—_Revue -rétrospective_, III, p. 56. - -[529] Le comte de Creutz à Gustave III, 15 mai 1774.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 299. - -[530] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, p. 37. - -[531] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet -1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 206.—C'était la -_Gazette de Cologne_, qui avait mis ce mot du Roi en circulation. «Ce -que dit la _Gazette de Cologne_ est bien dans son cœur» (de Louis XVI), -répondait Marie-Antoinette à sa mère, le 30 juillet, «mais je ne crois -pas qu'il l'ait dit.»—_Ibid._, II, 207.—C'était du moins un symptôme de -l'opinion. - -[532] Le comte de Creutz à Gustave III, 15 mai 1774.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 299.—«Notre nouveau maître, écrivait de son côté un -témoin qu'on ne peut soupçonner de partialité, le duc d'Aiguillon, se -conduit à merveille. Il travaille du matin au soir avec une patience -admirable. Il cherche à s'instruire... paraît inaccessible à l'intrigue -et montre beaucoup de bon sens, de justesse dans l'esprit et de désir -de rendre ses sujets heureux.»—Le duc d'Aiguillon au cardinal de -Bernis, 23 mai 1774.—Archives Bernis, cité par M. Masson.—_Le cardinal -de Bernis depuis son ministère_, 266. - -[533] _Gustave III et la Cour de France._ - -[534] Mme du Deffand à H. Walpole, 15 mai 1774,—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 407. - -[535] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 162. - -[536] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, p. 56. - -[537] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet -1774.—_Correspondance secrète du comté de Mercy_, II, 204. - -[538] Marie-Thérèse à Mercy, 18 mai 1774.—_Ibid._, II, 149.—Elle -écrivait de même, le 17 mai 1774, à son fils Ferdinand: «Je crains que -voilà la fin des jours paisibles et agréables de votre sœur.»—_Lettres -de l'Impératrice Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, I, 277. - -[539] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour -de France_, I, 271. - -[540] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, 30 juin 1774. - -[541] «M. de Machault l'emporta pendant deux heures.»—_Mémoires de -Dufort de Cheverny_, I, 406. - -[542] M. de Cheverny tenait ses renseignements de M. de Sartines -lui-même, qui les lui raconta le soir même de son entrevue avec le Roi. - -[543] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 146, 147.—De plus longs détails sont donnés -dans une dépêche de Mercy à Kaunitz, de la même date, citée par M. -Flammermont dans une _Etude critique sur les mémoires de Mme Campan_: -_Bulletin mensuel de la Faculté des Lettres de Poitiers_, mars 1886, -pp. 111 à 113. - -[544] Le comte de Goltz à Frédéric II, 21 septembre 1777.—_Histoire de -l'action commune de la France et de l'Amérique_, par Bancroft, III, 107. - -[545] _Mémoires de Mme Campan_, p. 88, note. - -[546] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 30 juillet -1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 207. - -[547] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 18 mai 1774.—_Ibid._, II, 150, -197. - -[548] _Le gouvernement de Normandie_, IV, 94. - -[549] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, 28 mai 1774.—_Revue -rétrospective_, t. III, p. 61. - -[550] Mme du Deffand à H. Walpole, 5 juin 1774.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 411. - -[551] _Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 163, note. - -[552] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 197. - -[553] Le même à la même, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 198, note. - -[554] Le même à la même, 15 juin 1774, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, -172, 198. - -[555] «Je suis bien aise de m'acquitter envers vous d'une des -obligations que je vous ai, avait dit la Reine à Choiseul; je vous -dois mon bonheur et m'estime heureuse d'avoir pu contribuer à votre -retour.»—Le comte de Creutz à Gustave III, 16 juin 1774.—_Gustave III -et la Cour de France_, I, 301. - -[556] Mme du Deffand à Voltaire, 16 juin 1774.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 414. - -[557] Marie-Thérèse à Mercy, 25 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 153. - -[558] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 197. - -[559] Vermond à Mercy, 7 juin 1774.—_Ibid._, II, 171. - -[560] Joseph II à Léopold, 24 mai 1774, 9 juin 1774.—_Maria-Theresia -und Joseph II_, II, 34, 35. - -[561] Le même au même, 9 juin 1774.—_Ibid._, II, 35.—Joseph II lui-même -ne se conforma pas toujours au conseil qu'il donnait à sa sœur. -Lorsque ses intérêts furent en jeu, dans les affaires de Bavière et de -Hollande, par exemple, il fut le premier à engager la Reine à agir près -des ministres. - -[562] Marie-Thérèse à Mercy, 30 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 153. - -[563] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1774.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 156. - -[564] Marie-Thérèse à Mercy, 1er juin 1774.—_Ibid._, II, 158. - -[565] Mercy au baron de Neny, note de la dépêche du 17 mai -1774.—_Ibid._, II, 147. - -[566] Voir notamment la dépêche du 14 août 1773, alors que la Reine -était encore Dauphine.—_Ibid._, II, 31. - -[567] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 147. - -[568] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 174, 175. - -[569] Vermond à Mercy, 4 juin 1774.—_Ibid._, II, 171. - -[570] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 194. - -[571] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 237. - -[572] Marie-Thérèse à Mercy, 16 juillet 1774.—_Ibid._, II, 203. - -[573] Mercy à Marie-Thérèse, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 237.—La -Reine avait même poussé le scrupule jusqu'à ne faire aucune observation -sur le choix de Sartines pour la marine, choix qu'elle désapprouvait, -pensant avec raison que ce ministre, qu'elle aimait d'ailleurs -beaucoup, ayant été lieutenant de police, convenait mieux pour la place -du duc de la Vrillière, ministre de la Maison du Roi.—_Ibid._ - -[574] C'étaient la dame d'honneur, à genoux sur un pliant très bas, une -serviette sur le bras, et quatre femmes de la Reine en grand habit, qui -portaient les assiettes et versaient à boire: aucun homme ne paraissait -pour le service, ni ne s'asseyait à la table royale.—_Mémoires de Mme -Campan_, p. 100. - -[575] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 260. - -[576] Le même à la même, 7 juin 1774.—_Ibid._, II, 164. - -[577] Le même à la même, 17 novembre 1774.—_Ibid._, II. 260. - -[578] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 262. On avait choisi le samedi, quoique ce fut -un jour maigre, parce que le dimanche il y avait grand couvert et que -Mesdames arrivaient le lundi. La Reine tenait à ce qu'à leur retour -elles se trouvassent en face d'un fait accompli. - -[579] _Chronique secrète de Métra_, I, 105. - -[580] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 271, 272. - -[581] _Mémoires de Mme Campan._ - -[582] _Ibid._, 99. - -[583] _Souvenirs d'un page_, 178. - -[584] _Mémoires de Mme Campan_, 97, 98. - -[585] _Ibid._, 98. - -[586] _Mémoires de Mme Campan_, 98. - -[587] _Souvenirs d'un page_, 173. - -[588] «Par une étrange fatalité, a dit le duc de Lévis, l'appareil de -la Cour, l'étiquette, qui paraît si puérile aux esprits superficiels -et qui est cependant le seul moyen de prévenir la confusion des -rangs, ne furent jamais plus nécessaires que sous le prince qui les -abolit.»—_Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 144. - -[589] _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, par -François Hue, Paris, Plon, 1860, 436. - -[590] _Mémoires de Mme Campan_, 94. - -[591] La Reine n'avait eu cependant aucune part à cette résolution -du Roi.—Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1774, 15 juillet -1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 175, 195. - -[592] Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 189. - -[593] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 27 juin 1774.—_Ibid._, II, 182. - -[594] Post-scriptum de Louis XVI à sa lettre du 1er juillet 1774, de -Marie-Antoinette à Marie-Thérèse. _Ibid._, II, 192. - -[595] Mercy à Marie-Thérèse, 28 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 183. - -[596] _Ibid._—_Dernières années du règne de Louis XVI_, 423. - -[597] Le comte de Creutz à Gustave III.—_Gustave III et la cour de -France_, I, 300. - -[598] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 223. - -[599] Le comte de Creutz à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de -France_, I, 300. - -[600] Mlle de Lespinasse au comte de Guibert, 27 août 1774. - -[601] Voir _Le fils de Louis XV, Louis, Dauphin de France, 1729-1735_, -par Emmanuel de Broglie. Paris, Plon, 1877, pp. 188 et suiv. - -[602] Voir l'_Histoire de la marine française pendant la guerre de -l'indépendance américaine_, par C. Chevalier, capitaine de vaisseau. -Paris, Hachette, 1877. - -[603] _Chronique secrète de Métra_, I, 67. - -[604] _Mémoires de Dupont de Nemours_, II, 253-254. Cité par M. Foncin. -_Essai sur le ministère de Turgot._ Paris, Germer-Baillière, 1877. - -[605] Note de la lettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, du 30 -juillet 1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 207. - -[606] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 30 juillet 1774.—_Ibid._, II, -205. - -[607] La même à la même, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II, 258. - -[608] _Voir_ Droz, _Histoire du règne de Louis XVI_, I, 151 et suiv. - -[609] Marie-Thérèse à Mercy, 11 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 252. - -[610] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II, -253. - -[611] La même à la même, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II. 253. - -[612] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 270. - -[613] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 13 novembre 1775, VIII, 275, 276. - -[614] _Ibid._, 21 novembre 1775, VIII, 289. - -[615] _Mémoires de Mme Campan_, 96. - -[616] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 4 janvier 1781, XVII, 10. - -[617] _Les bals de Marie-Antoinette d'après des documents inédits_, par -Henry de Chennevières. _Gazette des beaux-arts_, 1er juin 1886. - -[618] _Mémoires de Mme Campan_, 97. On en était venu à épuiser tout -le stock de plumes de la ville de Lyon et à payer une plume cinquante -louis.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 19 août 1775, VIII, 161.—_Le XVIIIe siècle_, par P. Lacroix, -499. - -[619] _Le XVIIIe siècle, mœurs, institutions_, par Paul Lacroix. -Paris, Didot, p. 502.—_Voir_ aussi les _Souvenirs du marquis de -Valfons_. Paris, Dentu, 1860, p. 415. - -[620] _Chronique secrète de Métra_, I, 158. - -[621] _Recueil général des coiffures de différents goûts, à commencer -de 1589 à 1778._ Paris, Desnos, cité par M. le comte de Reiset. -_Lettres inédites de Marie-Antoinette._ Paris, Didot, p. 12. - -[622] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République -des lettres_, 26 avril 1774, VII, 184. On peut voir dans les -_Souvenirs du marquis de Valfons_ (p. 415, 416) des détails curieux -sur l'extravagance de ces toilettes et les noms étranges qu'elles -portaient. Le trait suivant en donnera une idée: «Mademoiselle Duthé -était dernièrement à l'Opéra avec une robe _soupirs étouffés_, ornée de -_regrets superflus_, un point au milieu de _candeur parfaite_, garnie -en _plaintes indiscrètes_ de rubans en _attentions marquées_, des -souliers _cheveux de la Reine_, brodés en diamants en _coups perfides_, -et le _venez-y voir_ en émeraudes; frisée en _sentiments soutenus_, -avec un bonnet de _conquête assurée_, garni de _plumes volages_ et -de rubans d'_œil abattu_; un _chat_ sur le col, couleur de _gueux -nouvellement arrivé_; et sur les épaules, une _Médicis_ montée en -_bienséance_ et son manchon en _agitation momentanée_. - -[623] _Mémoires de Mme Campan_, 97. - -[624] On avait raconté, par exemple, que le Roi avait fait cadeau d'une -aigrette à la Reine en la priant de s'en servir au lieu des nouvelles -coiffures, et en ajoutant qu'elle n'avait que faire de ces parures pour -relever ses grâces. Cette anecdote rapportée par Métra (I, 58), et dont -parle Marie-Thérèse (lettre à Mercy, 2 février 1775,—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 293), est démentie catégoriquement par -Mercy.—Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775,—_Ibid._, II, 298. - -[625] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 mars 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 306. - -[626] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 mars 1775.—_Ibid._, 307, 308. - -[627] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 298. - -[628] Le même à la même, 18 mars 1775.—_Ibid._, II, 43. - -[629] _Recueil général de coiffures de différents goûts, à commencer -de 1589 à 1778_; cité par le comte de Reiset. _Lettres inédites de -Marie-Antoinette_, p. 12. - -[630] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 255.—En revanche, les appartements de Madame et -de la comtesse d'Artois étaient presque vides. - -[631] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 255. - -[632] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 270. - -[633] Le même à la même, 15 janvier 1774. _Ibid._, II, 280.—«Les -spectacles des bals chez la Reine furent des plus magnifiques tout -ce mois de janvier (1775); les Bocquet ont été sur les dents; car la -Reine imaginait toujours des habits, au moment qu'on s'y attendait le -moins, à quoi les Bocquet devaient suffire, ce qui les occupait fort, -et tous les habits auraient été trouvés merveilleux si la demoiselle -Bertin s'était toujours conformée aux dessins de MM. Bocquet.»—_Lettre -de Papillon de la Ferté_, citée par M. Henry de Chennevières. _Les -bals de Marie-Antoinette d'après des documents inédits._ _Gazette des -Beaux-Arts_, 1er juin 1886. _Voir_ aussi le _Journal de Papillon de la -Ferté_, pp. 378 et suiv. Papillon se plaignait que la Reine employait -trop de «plumes et dorures fines», ce qui augmentait la dépense. Il -estimait cette dépense a cent mille livres. Il ajoute d'ailleurs que -le contrôleur général,—c'était Turgot,—auquel il en avait envoyé le -bordereau, n'avait point trouvé «cette dépense très considérable pour -avoir amusé toute la Cour pendant l'hiver entier.»—_Ibid._, 380. - -[634] Walpole à la comtesse d'Ossory, 23 août 1775.—_Lettres d'H. -Walpole_, 281, 282. - -[635] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 4 février 1778. XI, 95. - -[636] _Journal de Papillon de la Ferté_, 380. - -[637] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 270. - -[638] Le même à la même, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 271. - -[639] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 221.—_Voir_, sur ce nom, le _Pacte de famine_, par -G. Bord. - -[640] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 232. - -[641] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 14 janvier 1775, VII, 292, 293.—Mercy à Marie-Thérèse, 15 -janvier 1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 283, 284. - -[642] _Mémoires secrets pour servir_, etc., 14 janvier 1776, IX, 23. - -[643] Le baron d'Assas au patriote Palloy, 12 février 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, par Feuillet de Conches, I, 468, -469. - -[644] _Mémoires de Mme Campan_, 191, 192. - -[645] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la Ville_, de 1777 à 1792, publiée d'après les manuscrits de -la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, avec une préface, des -notes, et un index alphabétique par M. de Lescure. Paris, Plon, 1866,—9 -mai 1777, I, 84.—_Mémoires secrets pour servir_, etc., 10 février 1778, -XI, 103, 104. - -[646] Et père du futur Conventionnel. - -[647] _Souvenirs historiques et parlementaires du comte de -Pontécoulant, ancien pair de France_, extraits de ses papiers et de sa -correspondance, Paris, Lévy, 1861, I, 45, 47. - -[648] _Mémoires de Mme Campan_, 188, 189. - -[649] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 216. - -[650] Marie-Thérèse à Mercy, 16 juin 1774.—_Ibid._, II, 177. - -[651] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet 1774.—_Ibid._, II, -205. - -[652] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 217. - -[653] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 239. - -[654] Le même à la même, 20 avril 1775.—_Ibid._, II, 322. - -[655] _Mémoires de Mme Campan_, 95, note. - -[656] _Mémoires de Mme Campan_, 93, 94. Bachaumont raconte qu'un peu -plus tard ce furent de nouvelles rumeurs à la Cour et de nouvelles -chansons parce que la Reine s'était avisée un jour de dire en riant -qu'elle ne savait pas comment on pouvoit paraître à la Cour, passé -trente ans, et parce qu'au bal elle préférait les danseurs qui -dansaient bien à ceux qui dansaient mal.—_Mémoires secrets pour servir -à l'histoire de la République des lettres_, 14 novembre 1775, 13 -janvier 1777, VIII, 278, X, 12. - -[657] _Portefeuille d'un talon rouge_, 11. - -[658] _Mémoires de Mme Campan_, p. 95. La chanson calomniatrice -s'appelait le _Lever de l'aurore_. - -[659] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance sécrète -du comte de Mercy_, II, 233, note. - -[660] Marie-Thérèse à Mercy, 28 août 1774.—_Ibid._, II, 225. - -[661] Kaunitz à Mercy, 3 octobre 1774.—_Ibid._, II, 235, note. - -[662] Marie-Thérèse à Mercy, 20 septembre 1774.—_Ibid._, II, 235. - -[663] On trouvera des détails sur cette aventure dans le beau livre -de M. de Loménie: _Beaumarchais et son temps_. Mais M. de Loménie, ne -connaissant pas les documents conservés en Autriche, ajoute foi au -récit de Beaumarchais. Ce récit a été battu en brèche, à l'aide des -archives de Vienne, par M. d'Arneth, _Beaumarchais und Sonnenfels_, -et l'ouvrage de M. d'Arneth a été résumé en français par un magistrat -distingué, M. Paul Huot. - -[664] Marie-Thérèse à Mercy, 28 août 1774.—Mercy à Marie-Thérèse, 11 et -21 septembre 1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 226, -233, 239. - -[665] Mercy à Marie-Thérèse, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 241. - -[666] _Ibid._, 240. - -[667] Instructions données à Maximilien pour son voyage.—_Lettres de -Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, II, 327. L'Impératrice -était même dure pour son fils: «C'est l'indifférence, lui disait-elle, -la source de tous ces oublis volontaires, de ces réponses gauches, -qui vous donnent souvent l'air d'un imbécile, de ces propos communs, -de cet extérieur morne, qui ne peut rassurer ceux qui s'intéressent à -vous.»—_Ibid._, 335. Prévoyait-elle la réponse à Buffon? - -[668] Marie-Thérèse à Mercy, 5 février 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 105. - -[669] Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775.—_Ibid._, II, 299. - -[670] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 mars 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 305. - -[671] Marie-Thérèse à Mercy, 4 février 1775.—_Ibid._, II, 291. - -[672] Dépêche d'office du 18 mars 1775.—Archives de Vienne: citée en -note de la lettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, du 19 mars -1775.—_Ibid._, II, 307. - -[673] Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 300. - -[674] Le même à la même, 20 février 1775.—_Ibid._, II, 300, note. - -[675] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -publiée par M. de Bacourt, I, 79. - -[676] _Ibid._, I, 77. - -[677] _Ibid._ - -[678] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 mars 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 307. - -[679] _Ibid._ - -[680] _Mémoires de Mme Campan_, 107.—_Mémoires secrets pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 27 mars 1775, VII, 351. - -[681] «Croyez-moi, les Français vous estimeront plus et feront plus -de compte de vous, s'ils vous trouvent la solidité et la franchise -allemandes, et ne soyez pas honteuse d'être Allemande jusqu'aux -gaucheries. Faites un accueil distingué aux premiers et dos bontés -à tous les Allemands, surtout ceux de vos sujets et des premières -maisons; aux moindres, c'est-à-dire qui n'ont point d'entrée à la Cour -chez nous, de bonté, d'affection et de protection.» Marie-Thérèse à -Marie-Antoinette, 8 mai 1771.—_Correspondance secrète du comte de -Mercy_, I, 159. - -[682] _Ibid._ - -[683] _Ibid._, et 30 novembre 1772, I, 362. - -[684] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 novembre -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 381. - -[685] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279. - -[686] _Ibid._ - -[687] Mercy à Marie-Thérèse, 19 janvier 1775.—_Ibid._, II, 289, -290.—Cette lettre de l'Empereur était caustique et sévère. La Reine en -fut un peu froissée, mais prit le parti d'en plaisanter: «Il y aurait -ici matière à brouillerie, dit-elle, mais je ne me brouillerai jamais -avec mon frère, je vais lui répondre en plaisantant.» - -[688] _Voir_ sur toutes ces cérémonies: _Le sacre et couronnement de -Louis XVI, roi de France et de Navarre, dans l'église de Reims, le 11 -juin 1775, enrichi d'un très grand nombre de figures en taille-douce_. -Paris, Vente, 1775. - -[689] D'Alembert à Frédéric II, cité par M. de Falloux, _Louis XVI_, 57. - -[690] Condorcet à Turgot, 22 septembre 1774.—_Correspondance inédite -de Condorcet et de Turgot, 1770-1779_, publiée avec des notes et une -introduction, d'après les autographes de la collection Minoret et les -manuscrits de l'Institut, par Charles Henry. Paris, Charavay, 1882. - -[691] Mirabeau, brochure sur le sacre, 1775, cité par M. de Falloux, -_Louis XVI_, 55. - -[692] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars, 20 avril 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 313, 325. - -[693] Le même à la même, 20 avril 1775.—_Ibid._, II, 325. - -[694] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 346. - -[695] _Voir_, sur toute cette cérémonie du sacre, _Louis XVI_, par M. -de Falloux, 57-63. - -[696] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 342.—_Journal historique du sacre et du -couronnement de Louis XVI_, 64.—_Journal de Papillon de la Ferté_, 384. - -[697] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 346, 347. - -[698] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 17 juin 1775, VIII, 72. - -[699] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 347. - -[700] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 343. - -[701] _Gazette de France_, année 1775, p. 446. - -[702] La Reine y assista dans sa tribune. - -[703] _Gazette de France_, année 1775, p. 447. - -[704] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 348. - -[705] Un de nos amis, bibliophile et historien distingué, M. Louis -Jarry, possède le manuscrit d'une de ces pièces, _la Reine des vertus_, -dans l'exemplaire même destiné à la Dauphine. - -[706] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 374. - -[707] Pickler à Mercy, note de la dépêche du 23 juin -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 319. - -[708] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet 1775.—_Ibid._, -II, 362. - -[709] _Ibid._ Comp. avec la lettre de Mercy à Marie-Thérèse, du 17 -juillet 1775.—_Ibid._, II, 356, 357. - -[710] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 9 juin 1775, VIII, 82. - -[711] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 362. - -[712] Certaines insinuations de Choiseul dans cette entrevue -laissèrent, dans l'esprit de la Reine, une impression fâcheuse. Ainsi -il avait tourné en ridicule les gens de robe; ces plaisanteries étaient -peut-être encore dans la mémoire de la Reine lorsqu'elle contribua -à la chute de Turgot et de Malesherbes. Choiseul avait aussi engagé -Marie-Antoinette à dominer son mari par la crainte, et Mercy raconte -que ce mauvais conseil avait fait une assez vive impression sur -l'esprit de la jeune femme. - -[713] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 159. - -[714] Mme du Deffand à H. Walpole, 12 mars 1775.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 478. - -[715] _Correspondance de M. le duc d'Aiguillon, au sujet de l'affaire -du comte de Guines, du sieur Tort, et autres intéressés pendant -les années 1771, 1772, 1773, 1774, 1775._—_Mémoire de Tort de la -Sonde._—_Mémoire sur la nature, l'origine et les progrès de l'affaire -de M. le comte de Guines, ambassadeur du Roi, contre le mémoire de -Tort, ci-devant son secrétaire._—La correspondance de Mme du Deffand, à -partir du 12 février, est remplie de cette affaire. - -[716] Dépêche d'office du comte de Mercy, citée en note de la lettre du -18 mars 1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 313. - -[717] Mme du Deffand à H. Walpole, 28 mai 1775.—_Correspondance de la -marquise du Deffand_, II, 497. - -[718] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 8 juin 1773, VIII, 80. - -[719] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 344. - -[720] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet 1775.—_Ibid._, -II, 362.—Ajoutons que cette rigueur ne dura pas et que le duc -d'Aiguillon ne tarda pas à revenir à la Cour intriguer contre la Reine. - -[721] Le maréchal du Muy était mort des suites de l'opération de la -pierre. - -[722] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 362. - -[723] Dépêche d'office du comte de Mercy, citée en note de la lettre du -16 août 1775.—_Ibid._, II, 366. - -[724] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 270. - -[725] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 405. - -[726] _Mémoires de M_me _Campan_, 134. - -[727] Le comte de Saint-Germain avait décidé que les soldats, comme -punition, recevraient des coups de plat de sabre. - -[728] Le maréchal de Biron.—Mme du Deffand à H. Walpole, 20 mai -1775.—_Correspondance de la marquise du Deffand_, II, 495. - -[729] Voir notamment la _Prophétie Turgotine_. - -[730] Opinion de M. de Parieu.—Discussion à l'Académie des sciences -morales et politique sur le livre de M. Foncin: _Essai sur le ministère -de Turgot_. Paris 1877, Germer-Baillière.—Séance du 20 janvier -1877.—_Journal officiel_ du 24 janvier 1877. - -[731] _Particularités et observations sur les contrôleurs généraux des -finances_ par M. de Montyon.—Cité par M. Fernand Labour, _M. de Montyon -d'après des documents inédits_. Paris, Hachette, 1880, p. 121. - -[732] M. Léonce de Lavergne.—Discussion déjà citée de l'Académie des -sciences morales et politiques, séance du 20 janvier 1877.—_Journal -officiel_ du 20 janvier 1877.—La même opinion avait été émise par -M. Fustel de Coulanges, séances du 23 décembre 1876 et 13 janvier -1877.—_Journal officiel_ des 28 décembre 1876 et 20 janvier 1877. - -[733] Le comte de Creutz à Gustave III, 14 mars 1776.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, introduction, I, II. - -[734] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mai 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 446, 447. - -[735] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mars 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, Introduction, I. 11. - -[736] Le même à la même, rapport officiel du 16 mai 1776, note de la -lettre de la même date.—_Ibid._, II, 442. - -[737] Le même à la même, 16 mai 1776.—_Ibid._, II, 446. - -[738] Le comte de Creutz à Gustave III, 12 mai 1786.—Cité en note de la -dépêche de Mercy, du 16 mai 1776.—_Ibid._, II, 447. - -[739] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 mai 1776.—_Ibid._, II, 441. - -[740] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mai 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 447. - -[741] «Je suis bien fâchée que le jeune Roi et la Reine sont si neufs: -six ans leur auraient convenu de plus.»—Marie-Thérèse à Léopold, 19 mai -1770. _Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, I, 277. - -[742] Joseph II à Léopold, 29 avril 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 134. - -[743] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 221. - -[744] Louis XV n'aimait ni l'esprit, ni les goûts anglais.—Lorsque le -comte de Lauraguais vint lui faire sa cour, à son retour de Londres: -«Qu'êtes-vous allé faire en Angleterre, Monsieur le comte?» dit le -vieux monarque.—«Sire, apprendre à penser.»—«Les chevaux?» riposta -brusquement le Roi, en tournant le dos au jeune anglomane. - -[745] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 10 mars 1775, VII, 337. - -[746] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 434. - -[747] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 525. - -[748] _Ibid._, II, 525, 526. - -[749] Lors de la course du cheval du comte d'Artois, _King-Pépin_, -pressé par son frère de parier, Louis XVI avait répondu qu'il ne -parierait pas plus d'un écu. On prétendait même qu'il faisait parodier, -à la Comédie-Française, les allures et les attitudes du comte -d'Artois.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République -des lettres_, 14 novembre 1776, 23 février 1777. - -[750] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 536. - -[751] Le même à la même, 13 juillet 1774.—_Ibid._, II, 208. - -[752] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 332, 333. - -[753] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 1er janvier 1776.—_Ibid._, II, -415. - -[754] _Mémoires de Mme Campan_, 117, 118. - -[755] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 6. - -[756] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 426. - -[757] Le même à la même, 17 janvier 1778.—_Ibid._, III, 160. - -[758] _Mémoires secrets pour servir à l'hist. de la République des -lettres_, 29 novembre 1775, VIII, 302. - -[759] _Ibid._, 1er août 1776, IX, 246. - -[760] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 427, 430. - -[761] _Souvenirs du prince de Ligne._ - -[762] Mercy à Marie-Thérèse, 15 février 1777, 20 mars -1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 19, 176. - -[763] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776, Marie-Antoinette à -Marie-Thérèse, 17 février 1777.—_Ibid._, II, 130, III, 21. - -[764] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776,—_Ibid._, II, 430. - -[765] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 431. - -[766] _Voir_ Métra, II, 405. - -[767] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776,—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 438. - -[768] Le comte de Goltz à Frédéric II, 19 février 1779.—Bancroft, III, -135. - -[769] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 298, 299. - -[770] Le même à la même, 19 février 1777.—_Ibid._, III, 25. - -[771] _Journal politique et national._—_Œuvres choisies de Rivarol_, -publiées par M. de Lescure, collection Jouaust, II, 341. - -[772] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 25. - -[773] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 février 1777.—_Ibid._, III, -17. - -[774] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1776, Marie-Antoinette à -Marie-Thérèse, 17 février 1777.—_Ibid._, II, 450, III, 21. - -[775] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 493.—C'est dans ce rapport, dont la date -correspond au moment de la plus grande dissipation chez la Reine, que -sont résumés les principaux griefs de Mercy contre Marie-Antoinette. - -[776] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 364. - -[777] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 81. - -[778] Le même à la même, 20 octobre 1770, 29 février 1772.—_Ibid._, I, -70, 278. - -[779] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 254. - -[780] Le même à la même, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 270. - -[781] Le même à la même, 29 février 1772.—_Ibid._, I, 277. - -[782] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 81. - -[783] Le même à la même, 19 janvier 1776.—_Ibid._, II, 418. - -[784] Le même à la même, 16 juillet 1776.—_Ibid._, II., 469, 470. - -[785] _Ibid._, 470. - -[786] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 21 septembre -1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 485. - -[787] Vermond à Mercy, septembre 1776.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, 387. - -[788] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 septembre -1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 487. - -[789] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er octobre 1776.—_Ibid._, II, -500. - -[790] _Voir_ encore la dépêche du 17 janvier 1777.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 7.—Il importe de remarquer que, -lorsque le Roi payait les dettes de la Reine, ce n'était point aux -dépens du trésor, mais sur sa propre cassette, «ce dont, disait Mercy, -il n'y a pas eu un exemple ici pendant tout le règne passé.» - -[791] Mercy à Marie-Thérèse, 29 octobre 1770, 26 février -1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 69, 278. - -[792] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 427. - -[793] Le même à la même, 17 septembre 1776.—_Ibid._, II, 497. - -[794] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 525. - -[795] _Ibid._, 527. - -[796] «Le gros jeu, qui rapproche toutes les conditions, qui fait -oublier, dans la vivacité des passions, la mesure du langage et -la circonspection dans les manières, ajoute encore à l'égalité -inséparable d'une société intime. La Cour cessa alors de donner le -ton à la ville, puisqu'elle adoptait les sentiments, les modes et les -habitudes des sociétés qui y dominaient.»—Rivarol, _Journal politique -national_.—Œuvres choisies, II, 341. - -[797] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 520. - -[798] Le même à la même, 15 novembre 1776.—_Ibid._, II, 622. Ce rapport -par sa date appartient précisément à l'époque de la plus grande -dissipation. - -[799] Le même à la même, 18 septembre 1775.—_Ibid._, II, 381. - -[800] _Ibid._, 381. - -[801] _Voir_ notamment, après bien d'autres, le rapport du 15 juin -1776.—_Ibid._, II, 454. En cette même année 1776, la Reine refusa -d'aller au spectacle, même pour une première représentation, dont elle -était très friande, avant d'avoir fait son jubilé.—_Mémoires secrets -pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 9 juin 1776, -IX, 86. - -[802] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 232. - -[803] Le même à la même, 18 septembre 1775.—_Ibid._, II, 381. - -[804] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 135. - -[805] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy._ Introduction, I. - -[806] _Mémoires du prince de Ligne._ Edition Didot, p. 27. - -[807] Lettre inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, -bienveillamment communiquée par le savant directeur de la _Revue de la -Révolution_, M. Gustave Bord. - -[808] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1777.—Bancroft, III, -113. - -[809] _Souvenirs et mélanges_, par M. le comte d'Haussonville, de -l'Académie française. Paris, Calmann Lévy, 1878, un vol. in-8, p. 19-21. - -[810] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 42. - -[811] Le même à la même, 17 mars 1771.—_Ibid._, I, 140.—_Correspondance -du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 30 et 31. - -[812] _Souvenirs de Mme Vigée le Brun._ - -[813] Le prince de Lamballe était mort au bout d'un an de mariage, -épuisé par ses excès. - -[814] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -31. - -[815] _Mémoires de Mme Campan_, 118. - -[816] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -31. - -[817] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 280. - -[818] Mercy à Marie-Thérèse, 9 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 161. - -[819] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 238. - -[820] Le même à la même, 15 janvier 1775.—_Ibid._, II, 281. - -[821] Elle prêta serment le 18 septembre 1775.—_Mémoires secrets pour -servir à l'histoire de la République des lettres_, 20 septembre 1775, -VIII, 209. La princesse de Chimay devint alors dame d'honneur, la -comtesse de Mailly, dame d'atours. - -[822] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 259. - -[823] Il est curieux que, dès l'avènement de Marie-Antoinette, le -bruit courait à Paris que Mme de Lamballe serait nommée surintendante. -Voici ce qu'on lit dans l'abbé Baudeau à la date du 28 juin 1774 -(_Revue rétrospective_, 3e série, tome III): «Il (Richelieu) aura -pour successeur (à Bordeaux) Monseigneur le comte de Noailles. -Madame sa pédante épouse se retire parce que Mme de Lamballe va être -surintendante de la Maison de la Reine.» - -[824] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 363. - -[825] Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre 1775, 15 novembre -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 387, 399. Mercy -fait remarquer à cette occasion que le crédit de la Reine était alors -tout-puissant à la Cour et que tout le monde s'inclinait devant ses -désirs. - -[826] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 427. - -[827] Le même à la même, 16 mai 1776, 15 juin 1776.—_Ibid._, II, 445, -456. - -[828] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 367. - -[829] _Mémoires du baron de Besenval._ - -[830] Il y eut cependant un retour momentané de faveur en 1780.—Mercy à -Marie-Thérèse 15 et 18 février 1780.—_Correspondance secrète du comte -de Mercy_, III, 400, 401. - -[831] Le même à la même, 19 octobre 1775.—_Ibid._, II, 390. - -[832] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 427. - -[833] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 427. - -[834] Le même à la même, 19 octobre 1775.—_Ibid._, II, 520. - -[835] Le même à la même, 15 juin 1776, 15 juillet 1780.—_Ibid._, II, -456, III, 446. - -[836] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 284. - -[837] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 132. - -[838] Mme Campan dit: _bruns_.—_Mémoires_, p. 124.—Mais la comtesse -Diane de Polignac dit positivement: _bleus_.—_Mémoires sur la vie de la -duchesse de Polignac._ Hambourg, 1796. - -[839] _Ibid._, p. 1. - -[840] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 284. - -[841] _Mémoires de Mme Campan_, 124.—_Mémoires sur la vie de la -duchesse de Polignac._ - -[842] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -32. - -[843] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 132. - -[844] _Mémoires sur la vie de la duchesse de Polignac_, p. 8. - -[845] _Mémoires de Mme Campan_, 123. - -[846] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -37. - -[847] Rapport du contrôleur général d'Ormesson. Archives nationales, -O', 268.—_Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France_, -année 1876, p. 166. - -[848] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 391. - -[849] Le même à la même, 28 mars 1780.—_Ibid._, III, 412. - -[850] Le même à la même, 17 juin 1779.—_Ibid._, III, 321. - -[851] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 381. - -[852] Lettre du duc de Polignac à M. de Calonne, 14 mars 1791.—_Mémoire -de M. de Calonne, ministre d'État, contre le décret rendu le 14 février -1791 par l'Assemblée se disant nationale._ Venise, 1791, p. 49. - -[853] Cette pension de 80.000 livres n'était en réalité qu'une -augmentation de 48.000: elle faisait cesser deux autres pensions -s'élevant ensemble à 32.000 livres.—Pensions et dons aux Polignac, -rapport d'Ormesson, 28 septembre 1783.—Archives nationales, O', -268.—_Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France_, année -1876, p. 166. - -[854] Lettre du duc de Polignac à M. de Calonne, _op. citato_, p. 52. - -[855] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775, 19 janvier -1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 409, 419.—Le -vicomte de Polignac ne fut nommé qu'en 1777. - -[856] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1779.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, III, 321. - -[857] La Reine ne voulait donner aux Polignac que 200.000 livres pour -payer leurs dettes et 25.000 livres de rente pour la dot de leur fille. -Ce fut Maurepas qui, faisant valoir un prétendu désir de la Reine, -obtint du Roi les sommes indiquées plus haut.—Mercy à Marie-Thérèse, 17 -janvier 1780.—_Ibid._, III, 391. - -[858] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 382.—Une -tante des Polignac, la comtesse d'Andlau, jadis renvoyée de la -Cour pour avoir prêté des mauvais livres à Mme Adélaïde, reçut de -même une pension de 6000 livres.—Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre -1775.—_Ibid._, II, 391.—Mercy écrivait plus tard: «Il n'y a pas -d'exemple d'une faveur qui, en si peu de temps, soit devenue si utile à -une famille.»—Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 475. - -[859] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1776.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 494. - -[860] Le même à la même, 19 octobre 1778.—_Ibid._, III, 260. - -[861] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 7 janvier -1778.—Archives de Versailles, E. 430. - -[862] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -37. - -[863] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1780, 17 avril -1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 412, 426. - -[864] La galerie de tableaux du comte de Vaudreuil était -renommée.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République -des lettres_, 15 décembre 1784, XXVII, 71. Après la prise de la -Bastille, le comte de Vaudreuil partit pour l'étranger où il rejoignit -les Polignac. Sa correspondance pendant l'émigration vient d'être -publiée par M. Pingaud. - -[865] _Souvenirs de Félicie_, cités dans les _Mémoires de Mme Campan_, -127. - -[866] _Mémoires de Mme Campan_, 206. - -[867] M. de Vaudreuil possédait des propriétés aux colonies. Privé de -leur jouissance pendant la guerre d'Amérique, il se fit donner comme -dédommagement par le Roi une pension de 30.000 livres et par le comte -d'Artois un domaine d'égale valeur. La révolution de Saint-Domingue lui -fit perdre toute sa fortune.—Mercy à Marie-Thérèse, 16 octobre 1779, 18 -mars 1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 362, 412. - -[868] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -35. - -[869] Mercy à Marie-Thérèse, 3 novembre 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 127. - -[870] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 363. - -[871] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 468. - -[872] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 17 février 1783, XXII, 102. - -[873] Dépêche du comte de Creutz, citée en note dans la _Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 389. - -[874] Marie-Thérèse à Mercy, 5 octobre 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 383. - -[875] _Mémoires de Mme Campan_, 151. - -[876] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 396. - -[877] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775, 19 janvier 1776, 13 -avril 1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 407, -431, 436. On trouve un retour de faveur très momentané pour Besenval -lorsque la Reine eut la rougeole à Trianon, en 1779.—_Ibid._, 10, -15 avril 1779, III, 404, 406, et lors du duel du comte d'Artois et -du duc de Bourbon, en 1778. Encore doit-on se défier du récit de -Besenval.—_Mémoires du baron de Besenval_, 243 et suiv.—Mme Campan -donne de la disgrâce de Besenval une autre explication; suivant elle, -Besenval aurait osé faire une déclaration d'amour à la Reine, et la -Reine aurait laissé tomber sur la tête de l'audacieux, à genoux devant -elle, ces paroles sévères: «Levez-vous, Monsieur, le Roi ignorera -toujours un tort qui vous ferait disgracier pour toujours.» Comme -le fait justement remarquer M. Flammermont—_Bulletin mensuel de la -Faculté des lettres de Poitiers_, mars 1886—si Besenval avait eu cette -impudence, Marie-Antoinette ne l'eût pas appelé près d'elle lors de -sa rougeole à Trianon. Le récit de Mercy explique suffisamment le -mécontentement de la Reine et la disgrâce du vieux courtisan. - -[878] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778, 17 août -1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 222, 237. - -[879] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 369. - -[880] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 décembre 1774.—_Ibid._, II, -269. - -[881] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 18 (note). - -[882] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 94. - -[883] Le même à la même, 17 août 1776.—_Ibid._, II, 479, 480. - -[884] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 164, 165. - -[885] _Portefeuille d'un talon rouge_, 23. - -[886] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 398. - -[887] _Mémoires du comte de Tilly_, 262.—On sait quelle passion elle -inspira jusqu'à sa mort au comte d'Artois. - -[888] On avait prétendu que la comtesse de Châlons avait attiré les -regards du Roi; le fait était faux.—Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet -1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 329. - -[889] _Correspondance littéraire de Grimm._ - -[890] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 32.—Les dettes de Lauzun durèrent longtemps. On -peut lire dans la très intéressante publication de M. G. Pallain sur -la _Mission de Talleyrand à Londres_—Plon, 1889—le curieux récit de -la piquante mésaventure qu'elles lui valurent lorsqu'il accompagna -l'évêque d'Autun en Angleterre en 1792. - -[891] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 539, 540. - -[892] _Mémoires de Mme Campan_, 139, 140. - -[893] Mercy à Marie-Thérèse, 4 janvier 1776, 30 juin -1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 413, 461. - -[894] Le même à la même, 13 avril 1776.—_Ibid._, II, 437. - -[895] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 11 novembre -1778.—Archives de Versailles, E. 430.—Le marquis de Bombelles à la -marquise de Bombelles, 8 et 22 novembre 1778.—Archives de Versailles, -E. 423. - -[896] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 456. - -[897] Marie-Antoinette à Gustave III, 3 novembre 1780.—_Gustave III et -la Cour de France_, I, 349, 350. - -[898] Gustave III à Stedingk, 10 décembre 1781.—_Ibid._, 353. - -[899] Stedingk à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de France_, I, -356. - -[900] On peut voir un beau portrait de Fersen, à 20 ans, en tête du 1er -volume de la curieuse publication de M. de Klinckowstrom.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France._ - -[901] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 130.—Le duc de -Lévis est en général peu bienveillant pour Fersen. - -[902] «Mme de Korff me mande que vous êtes parfait pour elle et que -vous avez _une âme brûlante sous une écorce de glace_; je le pense -comme elle.»—Lettre du 18 juin 1791, saisie chez M. de Fersen, après -la fuite de Varennes.—_La fuite de Louis XVI à Varennes_, par Eug. -Bimbenet.—Pièces justificatives, cotée 5, p. 140. - -[903] Le comte de Creutz à Gustave III, 29 mai 1774.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 350. - -[904] Fersen à son père, 10 et 30 janvier 1774.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, Introduction, tome Ier, p. XV-XIX. - -[905] Fersen à son père, 19 novembre 1778.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, Introduction, XXXIII. - -On a même ajouté qu'en chantant au piano l'air de Didon: - - Ah que je fus bien inspirée - Quand je vous reçus dans ma Cour, - -la Reine avait jeté les regards sur Fersen sans pouvoir dissimuler son -trouble. - -M. Geffroy, qui raconte cette anecdote,—_Gustave III et la Cour de -France_, I, 360,—a commis là une erreur, bien rare chez un critique -aussi distingué et aussi scrupuleux. L'opéra de Didon a été représenté -pour la première fois le 16 octobre 1783, cinq ans après l'époque où -l'on place cette anecdote.—_Voir_ G. Desjardins, _Le Petit Trianon_, -Versailles, Bernard, 1885, p. 125. - -[906] Fersen à son père, 26 août 1778.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, Introduction, XXXII. - -[907] Fersen à son père, 19 novembre 1778.—_Ibid._, Introduction, -XXXIII. - -[908] «Il est difficile en voyant cette princesse,—la Dauphine,—de se -refuser à un respect mêlé de tendresse.»—_Mémoires secrets pour servir -à l'histoire de la République des lettres._ - -[909] On lit dans une lettre du 14 juin 1791, saisie chez Fersen après -le départ pour Varennes, cette phrase significative: «Le lord Dorcet -est venu me voir. Il m'a parlé de la personne à laquelle vous êtes -attaché,—la Reine,—avec attachement et respect... Il m'a assuré... que -vous n'aviez aucun pouvoir sur elle, mais que vous ne vous occupiez que -de vos intérêts et de votre régiment.» _Fuite de Louis XVI à Varennes_, -par Eug. Bimbenet.—Pièces justificatives, p. 131. - -[910] Le comte de Creutz à Gustave III, 10 avril 1779.—_Gustave III -et la Cour de France_, I, 360, 361.—«Son départ,—de Fersen,—dit M. -Geffroy, fit taire les bruits injurieux; il fallait bien qu'ils -n'eussent guère de consistance.» _Ibid._, I, 362. - -[911] M de Klinckowstrom apporte une nouvelle preuve de la parfaite -innocence des relations de Marie-Antoinette et de Fersen: au moment -où on les disait si épris l'un de l'autre, Fersen négociait un projet -de mariage avec une jeune et noble suédoise, Mme de Leizel.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, Introduction, XXXVI.—Nous ajouterons -nous-même un argument qui nous paraît décisif: nous avons, pendant tout -le temps du séjour de Fersen en France, les rapports si consciencieux -et si minutieux du comte de Mercy, or, dans aucun de ces rapports, -l'ambassadeur ne fait même allusion à ces prétendus soupirs de la Reine -pour le jeune Suédois. - -[912] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -14. - -[913] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 18 décembre -1781.—Archives de Versailles. - -[914] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 521. - -[915] _Ibid._, II, 520. - -[916] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 520. - -[917] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 115. - -[918] Il y eut bien quelques retours de faveur, comme en 1776, lorsque -Mme de Lamballe fut malade de la rougeole à Plombières; et l'année -suivante, lorsqu'elle revint de cette ville où les médecins l'avaient -renvoyée une seconde fois.—Mercy à Marie-Thérèse, 16 juillet 1776, -12 septembre 1777.—_Ibid._, II, 466, III, 115.—Mais ces retours -duraient peu et devenaient de plus en plus rares. Il faut signaler -néanmoins encore de vives marques d'affection données par la Reine à la -surintendante lors de la mort de son père et de son frère.—_Madame de -Lamballe, d'après des documents inédits_, par Georges Bertin, 94, 173. - -[919] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 537, 538. - -[920] Le même à la même, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 165. - -[921] Le même à la même, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 223. - -[922] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 360. - -[923] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 495.—«La princesse de Lamballe paraît avoir -extrêmement perdu les bonnes grâces de la Reine,» écrivait, le 8 -septembre 1780, M. de Kageneck.—_Lettres de M. de Kageneck au baron -Alströmer_, 180. - -[924] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 321. - -[925] Introduction des _Mémoires de Lauzun_, p. 7. _Voir_, sur les -divers appartements occupés par les Polignac, la très savante étude -de M. Pierre de Nolhac sur _Le château de Versailles au temps de -Marie-Antoinette_. Versailles, Aubert. 1889. - -[926] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 290. - -[927] Le même à la même, 15 novembre 1776.—_Ibid._, II, 526. - -[928] Le même à la même, 15 juin 1776.—_Ibid._, II, 456. - -[929] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 379. - -[930] Le même à la même, 17 mai 1780.—_Ibid._, III, 427.—On allait en -effet à la Muette; aux premiers symptômes de l'accouchement, la Reine -accourait chez son amie, et, après ses couches, allait la voir tous -les jours.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 10 mai, 21 mai 1780, XV, 170, 183. - -[931] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 390. - -[932] Le même à la même, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 475.—Suivant M. -de Kageneck, ces grâces auraient été le prix d'un raccommodement entre -la Reine et son amie.—_Lettres de M. de Kageneck au Baron Alströmer_, -188.—Mercy, toujours bien informé, ne parle pas de cette brouille -passagère. - -[933] Lettre inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, -communiquée par M. G. Bord. - -[934] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juillet 1772.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, I, 324. - -[935] Le même à la même, 17 décembre 1776.—_Ibid._, II, 497. - -[936] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 435. - -[937] Vermond à Mercy, 1776.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, 395. - -[938] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—Marie-Antoinette à -Marie-Thérèse, 12 août 1775.—_Correspondance secrète du comte de -Mercy_, II, 274, 366. - -[939] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 409. - -[940] Le même à la même, 18 mars 1775.—_Ibid._, II, 310. - -[941] _Voir_ sur cet amour de Marie-Antoinette pour les enfants -les rapports de Mercy des 20 août 1770, 22 juin 1771, 17 août -1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 36, 176, II, -477. «Elle a toujours aimé beaucoup à s'entretenir avec des enfants,» -écrivait Marie-Thérèse le 1er septembre 1770.—_Ibid._, I, 46.—_Voir_ -aussi _Mémoires de Mme Campan_, 109 et suiv. - -[942] _Chronique secrète_ de l'abbé Baudeau.—_Revue rétrospective_, 1re -série, tome III, p. 66. - -[943] Mercy à Marie-Thérèse, 7 juin 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 162. - -[944] Lettre de Linné à Claude Richard, citée par M. Le Roy.—_Histoire -de Versailles_, II, 235.—_Voir_, sur les Richard, _Le Petit Trianon_, -par Desjardins, 10 et suiv. - -[945] _Voir_ le récit de cette visite dans la _Correspondance de Mme -du Deffand_, publiée par M. de Saint-Aulaire, II, 319, 320: «La Reine, -dit la marquise, combla le père, la mère, et les enfants de toutes les -marques de bonté et de toutes les grâces imaginables. Elle y resta une -heure et demie, y fit la collation et charma tout le monde.» - -[946] Le Roy, _Histoire de Versailles_, II, 288.—Un premier plan avait -été demandé à Richard et n'avait point été accepté, il est encore -conservé aux Archives, O' 1879.—_Le Petit Trianon_, 63 et suiv. Les -travaux marchèrent lentement au début, faute d'argent.—_Ibid._, 69 et -suiv. - -[947] _Le Petit Trianon_, 314. - -[948] _Voyages d'Arthur Young en France._ - -[949] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 17 août 1779. XIV, 174. - -[950] La Reine aimait beaucoup les jacinthes. On trouve dans le -compte général de Mique un mémoire de 1554 livres pour jacinthes de -Hollande.—_Le Petit Trianon_, pièces justificatives, 407.—On comptait -cent variétés de jacinthes à Trianon.—_Ibid._, 240. - -[951] Mercy à Marie-Thérèse, 31 juillet 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy._, II, 209.—«Le 26 juillet, l'architecte Gabriel -dressa un plan pour l'agrandissement du jardin botanique dont la -suppression fut décidée.» Archives nationales O', 1876-1877, 1880, cité -dans Le _Petit-Trianon_, 61. - -[952] De Lescure, _Les Palais de Trianon_, p. 107. - -[953] _Souvenirs d'un page_, 242. - -[954] Le Russe Karamsine, cité par Lescure, p. 155. - -[955] G. Desjardins. _Le Petit Trianon_, 107 et suiv.—Il y avait eu -un premier théâtre provisoire dans la galerie du Grand Trianon en -1775.—_Ibid._, 73.—Puis une nouvelle salle également provisoire dans -l'orangerie, en 1756. - -[956] C'était une aimable attention de la Reine, qui, par une allusion -du même genre, avait fait placer dans le Temple l'Amour dérobant la -massue d'Hercule.—_Le Petit Trianon_, 109. - -[957] Cette salle, suivant M. Desjardins, coûta 141.200 livres 4 sous 8 -deniers.—_Le Petit Trianon_, 107. - -[958] Le temple fut bâti en 1778. Il coûta, suivant M. Desjardins, -51.593 livres 7 deniers.—_Le Petit Trianon_, 106. - -[959] _Le Petit Trianon_, 202. - -[960] Le plan de Mique pour le jardin anglais, dressé le 26 février -1777, comprenait un bien plus grand nombre de bâtiments et de -fabriques. La Reine eut le bon goût d'en écarter plusieurs, comme le -cabinet de treillage, le salon hydraulique et le temple en ruines.—_Le -Petit Trianon_, 89-91. - -[961] _Souvenirs d'un page_, 245.—_Voir_ la description du jeu de -bagues, dans M. Desjardins.—_Le Petit Trianon_, 76 et suiv. - -[962] Quelques auteurs disent des autruches, mais les mémoires des -ouvriers disent des paons.—_Ibid._, 78. - -[963] Il fut achevé seulement en 1781, après avoir donné lieu à cinq -modèles différents.—_Ibid._, 197. - -[964] La Reine était dans cette grotte, le 5 octobre 1789, lorsqu'on -vint la prévenir que les bandes dirigées par Maillard arrivaient à -Versailles. - -[965] Il y avait des choux de Milan, choux-fleurs, haricots, etc.—On -avait acheté 800 touffes de fraisiers en 1784, avec 100 groseilliers -et 100 framboisiers. On avait planté 50 noyers, 40 cerisiers, 200 -pommiers, 500 poiriers, 100 pêchers, 200 abricotiers.—_Le Petit -Trianon_, 287. - -[966] On avait acheté 300 pieds de vigne vierge.—_Ibid._ - -[967] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 9 mars 1783, XXII, 149. - -[968] _Souvenirs d'un page_, 248. - -[969] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Edmond et Jules de Goncourt, -nouvelle édition. Paris, Charpentier, 1878, p. 161. Les peintures -exécutées par les peintres Tolède et Dardignac, coûtèrent près de -vingt-deux mille livres.—_Le Petit Trianon_, 246, note. - -[970] _Le Petit Trianon_, 289.—Du 1er juillet 1785 au 1er octobre 1791, -le produit de la ferme fut de 30.170 livres, la dépense de 36.523 -livres 14 sous 6 deniers.—_Ibid._, 290. - -[971] _Le Petit Trianon_, 313. - -[972] _Fragments_ sur Paris, par Meyer, traduits par Dumouriez. -Hambourg, 1778. - -[973] Cette fantaisie de la Reine ne lui fut pas personnelle; il y -avait aussi un hameau à Chantilly. «Les Princesses s'amusaient à y -faire la cuisine, après s'être revêtues de déshabillés de villageoises; -elles aimaient aussi à y faire le beurre.» _La vie parisienne sous -Louis XVI_, p. 110.—A Bellevue, Mesdames eurent également un hameau, -des fermes, un lac, etc.—_Ibid._, 100. - -[974] Les maisons furent faites pendant l'été 1783.—_Le Petit Trianon_, -245. Le hameau fut tout à fait achevé en 1788. - -[975] _Mémoires de Weber_, 42.—M. Desjardins, dans son beau volume sur -le Petit Trianon, conteste ce fait qu'il traite de légende.—Les raisons -qu'il donne, basées surtout sur le silence de Mme Campan et de l'auteur -d'un _Cicerone de Versailles_, publié en 1805, ne nous semblent pas -détruire l'affirmation positive de Weber.—_Le Petit Trianon_, 291 et -suiv. - -[976] Delille, _Les Jardins_, chant 1er. - -[977] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau._ - -[978] _Mémoires de Mme Campan_, 106 - -[979] _Voyages d'Arthur Young_, I, 199, 200. - -[980] Karamsine, _Lettres d'un voyageur russe en France, en Allemagne -et en Suisse_ (1789-1790), traduites par M de Porochine. Paris, E. -Mellier, 1867.—Cité par Lescure, les _Palais de Trianon_, 155. - -[981] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 202, 203. - -[982] Il paraît qu'en 1787 les murs étaient tapissés d'ouvrages de -paille, relevés par des broderies en laine; les planchers étaient -également couverts de paillassons imitant la marqueterie.—_La vie -parisienne sous Louis XVI_, 83. - -[983] Ces sculptures sont de Guibert.—_Le Petit Trianon_, par G. -Desjardins, 41, note. - -[984] Toute cette admirable menuiserie a été exécutée par Guesnon et -Chicot.—_Le Petit Trianon_, par G. Desjardins, 41, note. - -[985] _Ibid._, 191. - -[986] _Souvenirs d'un page_, 241. - -[987] «La bibliothèque du Petit Trianon, dit M. Desjardins, est une -bibliothèque de campagne, où les sujets amusants dominent. Elle compte -2930 volumes: 1158 de sciences et arts, 1328 de belles lettres, 444 -d'histoire. Il y a surtout des romans (536 volumes) et des pièces -de théâtre (408 volumes).»—_Le Petit Trianon_, 136.—On a parlé de -scandale à propos de cette bibliothèque et de celle du boudoir de -Versailles. «Quel scandale, y a-t-il, dit encore M. Desjardins, à ce -qu'une femme de trente ans, peu dévote, très mondaine, feuillette sans -grand scrupule pour se distraire les livres à la mode, en prenant la -précaution de les faire enfermer à part? Au XVIIIe siècle les allures -de la société, le ton de la conversation, et par conséquent de la -littérature courante, étaient plus légers, plus libres même que ne le -comporte la pruderie moderne. En valait-on moins alors? sommes-nous -meilleurs aujourd'hui? Je laisse aux moralistes le soin de décider. On -aurait trouvé en ce temps-là dans toutes les bibliothèques des gens du -monde, les livres du boudoir.» _Le Petit Trianon_, 136. - -[988] Les dernières ornementations du boudoir et de la chambre à -coucher datent de 1787.—_La vie parisienne sous Louis XVI_, 83. - -[989] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 janvier 1778.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III. 152.—Ces deux toiles étaient dans la -salle à manger.—_Le Petit Trianon_, 191. - -[990] _Souvenirs d'un page_, 241.—_Le Petit Trianon_, 192. - -[991] M. Paul Lacroix raconte qu'un jour Gouttière présenta à la Reine -une rose de bronze doré si brillante et si admirablement belle qu'on la -prit pour de l'or.—_Le_ XVIIIe _siècle_, p. 472. - -[992] _Ibid._, 496. - -[993] _Ibid._, 471. - -[994] _Voir_, pour plus de détails, l'_Inventaire et description des -objets curieux qui sont déposés dans la maison des citoyens Laguerre et -Lignereux, marchands bijoutiers, rue Saint-Honoré, 85, par les ordres -de la ci-devant Reine, le 10 octobre 1780_.—_Gazette des Beaux-Arts_, -1er novembre 1879. - -[995] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 130. - -[996] _Ibid._ - -[997] Lettre de novembre 1787.—_Gustave III et la Cour de France_, par -M. Geffroy, I, 407. - -[998] «Vous conviendrez que j'aurais assez mauvaise grâce auprès -d'une forge: je n'y serais pas Vulcain, et le rôle de Vénus pourrait -lui déplaire (au Roi) beaucoup plus que mes goûts, qu'il ne -désapprouve pas.»—Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 17 avril -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 361. - -[999] Sept pour le jardin français, deux pour le potager et les -pépinières, cinquante-six pour le jardin anglais.—Etat des superficies -des différentes natures de cultures des jardins français et anglais de -la Reine au Petit Trianon.—_Le Petit Trianon_, documents, 369. - -[1000] Catalogue de lettres autographes appartenant au comte George -Esterhazy. Paris, 1857. - -[1001] _Mémoires de Weber_, 184.—_Mémoires sur la vie et le caractère -de Mme la duchesse de Polignac_, par la comtesse Diane de Polignac, p. -14. - -[1002] _Mémoires de Mme Campan_, 106. - -[1003] _Ibid._ - -[1004] _Le Petit Trianon_, 273, 319. - -[1005] _Ibid_., 319, 339. - -[1006] _Souvenirs du comte de Vaublanc_, p. 231. - -[1007] _Correspondance secrète inédite_, 5 septembre 1777, I, 93.—Cette -fête eut lieu le 8 septembre. - -[1008] _Mémoires de Besenval._ - -[1009] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 212. - -[1010] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 12 décembre 1779, XIV, 339. - -[1011] _Mémoires de Mme Campan_, 128. - -[1012] _Le Petit Trianon_, 301. - -[1013] La Reine avait fait réunir pour ses enfants une petite troupe -de chèvres à Trianon, et tracer un petit jardin par Richard.—_Le Petit -Trianon_, 263. Elle fit peindre à plusieurs reprises, par Mme Lebrun, -Madame Royale et le premier Dauphin dans les bosquets de Trianon. Les -enfants logeaient dans le château, au 2e étage, sous la garde de Mme -de Polignac.—_Ibid._, 264. - -[1014] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 446. - -[1015] Delille, _Les Jardins_, chant 1er. - -[1016] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 313. - -[1017] Le même à la même, 18 juin 1780.—_Ibid._, III, 438. - -[1018] _Journal de la marquise de Sabran_, 1er août 1787, 291. - -[1019] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juin 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 438. - -[1020] Le même à la même, 18 octobre 1776.—_Ibid._, II, 502. - -[1021] _Mémoires de Weber_, 178. - -[1022] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 26 avril 1775, VIII, 14. - -[1023] Métra, XI. - -[1024] _Mémoires secrets, etc._, 22 juillet 1777, X, 237. - -[1025] 13 février 1778.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, -I, 105. - -[1026] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 434.—_Mémoires de Mme Campan_, 133. - -[1027] _Mémoires de Weber_, 179. - -[1028] Discours de M. de Salvandy, en réponse au discours de réception -de V. Hugo à l'Académie française.—_Méléagre_ fut représenté le 29 -février 1788.—L'auteur, Népomucène Lemercier, fils d'un secrétaire -des commandements du duc de Penthièvre, avait alors 15 ans.—_Mme de -Lamballe, d'après des documents inédits_, par Georges Bertin, 186, 187. - -[1029] _Mémoires de Weber_, 178.—_Mémoires de Mme Campan_, -131.—_Journal de Papillon de la Ferté_, 401. - -[1030] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 89. - -[1031] Mercy à Marie-Thérèse, 20 mars 1778.—_Ibid._, III, 181. - -[1032] _Mémoires de Weber_, 178. - -[1033] _Mémoires de Mme Campan_, 130, 131. - -[1034] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 28, 29 août, 1775, VII, 178, 179. - -[1035] _Ibid._, 10 décembre 1782, XXI, 113. - -[1036] _Mémoires de Weber_, 177. - -[1037] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 12 juillet -1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 19. - -[1038] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 312. - -[1039] _Ibid._ - -[1040] Le même à la même, 13 mars 1773.—_Ibid._, I, 433. - -[1041] Le même à la même, 17 novembre 1774.—_Ibid._, II, 258. - -[1042] Ce professeur de harpe se nommait Hinner. La Reine, après lui -avoir fait donner 6000 livres pour payer ses dettes, ordonnait encore -aux Menus de lui remettre 4800 livres pour «aller se perfectionner dans -son art en Italie».—_Journal de Papillon de la Ferté_, 405, 409. - -[1043] _La musique française au_ XVIIIe _siècle, Gluck et Piccini, -1774-1780_, par Gust. Desnoiresterres. Paris, Didier, 1875, p. 92. - -[1044] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, VII, 163.—On sait qu'un an après, ce fut à une représentation -d'_Iphigénie en Aulide_ que la Reine reçut du public, à l'Opéra, cet -accueil enthousiaste qui fit couler ses larmes. - -[1045] Archives nationales: Dépêches 01-416, fol. 556. Lettre du -ministère à MM. les administrateurs et directeur de l'Opéra, 2 -septembre 1776. - -[1046] _Armide_ fut représentée pour la première fois le 23 septembre -1777. - -[1047] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres, 12 août 1774_, VII, 222.—_Correspondance secrète de Métra_, 7 -août 1774. - -[1048] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 2 juillet 1782, XXI, 4. - -[1049] _Ibid._, 9 octobre 1779, XV, 228. - -[1050] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 avril 1774. - -[1051] _Gluck et Piccini_, par Desnoiresterres, p. 235. - -[1052] _Ibid._, p. 397.—Piccini touchait encore ce traitement le 4 -juillet 1791. - -[1053] _Pensées et lettres du prince de Ligne_, 25. - -[1054] _Mes récapitulations_, par Bouilly, première entrevue avec -Grétry, p. 153.—Mme Campan rapporte, au sujet de Grétry, une piquante -anecdote. Après son succès de _Zémire et Azor_, Marie-Antoinette le -félicita avec tant de bonne grâce, que le compositeur saisit le bras -de son collaborateur Marmontel, en s'écriant: «Ah! mon ami, voilà de -quoi faire d'excellente musique!»—«Et de détestables paroles,» riposta -Marmontel, à qui la Reine n'avait rien dit.—_Mémoires de Mme Campan_, -132. - -[1055] _La Cour et l'Opéra sous Louis XVI; Marie-Antoinette et -Sacchini, Salieri, Favart et Gluck, d'après des documents inédits -conservés aux Archives de l'État et de l'Opéra_, par Adolphe Jullien. -Paris, Didot, 1877, p. 56. - -[1056] _Ibid._, 74. - -[1057] _La Cour et l'Opéra sous Louis XVI_, par A. Jullien, p. 178. - -[1058] A. Jullien, _Marie-Antoinette musicienne_. _Correspondant du_ 10 -novembre 1887, p. 435. - -[1059] _Journal de Papillon de la Ferté_, 417. - -[1060] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 13 janvier 1783, XXII, 33. - -[1061] _Correspondance secrète de Métra_, 5 février 1784. - -[1062] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 5 juin 1778. - -[1063] _Mémoires de Mme Campan_, 135. - -[1064] _Ibid._ - -[1065] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 12 octobre 1777, X, 322. - -[1066] _Ibid._, 27 septembre 1779, XIV.—De même, à la représentation de -_Makoco_.—_Ibid._, 26 avril 1778, XI, 134. - -[1067] _La comédie à la Cour de Louis XVI_, par A. Jullien, p. -11.—_Voir_ aussi les détails donnés par M. Ph. Le Duc, dans son -_Histoire de la Révolution dans l'Ain_, sur le théâtre du comte de -Montrevel à Challes et à Mâcon, t. I, p. 348, 354. - -[1068] Collé, _La Vérité dans le vin_, avertissement. Edition Barrière, -390, 391. - -[1069] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 3 décembre -1781. Archives de Versailles, E, 432. Le prince de Condé faisait -Francollin, dans _la Métromanie_. - -[1070] _Ibid._, 9 novembre 1778. Archives de Versailles, E, 430.—Mme -Elisabeth, toute jeune encore, avait figuré dans une petite pièce -composée probablement à la demande de Mme de Marsan pour l'amusement -et l'instruction de Mme Clotilde, et intitulée: _la Reine des -Vertus_.—Nous en avons parlé plus haut. - -[1071] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 486. - -[1072] _Mémoires de Mme Campan_, p. 174. - -[1073] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 456. - -[1074] _Mémoires de Mme Campan_, 175. - -[1075] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 20 novembre 1780, XVI, 32. - -[1076] _Correspondance littéraire de Grimm_, XII, 427. - -[1077] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 456.—La Reine tenait beaucoup à ce qu'il n'y -eût pas d'autres spectateurs que ces quelques invités. «La Reine, -écrit Bonnefoy à Mique, défendant très expressément que qui que ce -soit, entre mardi prochain à son spectacle, S. M. m'ordonne d'assurer -l'exécution de ses volontés en faisant mettre des cadenas à toutes les -portes quelconques, autre que celle de la conciergerie.» 31 juillet -1780.—Archives nationales, O', 1883.—Cité par M. Desjardins, _Le Petit -Trianon_, 156, 157; note. - -[1078] Mercy à Marie-Thérèse, 17 août 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 456. - -[1079] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III, 463. - -[1080] _Ibid._ - -[1081] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 478. - -[1082] _Mémoires de Mme Campan_, 174. - -[1083] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 478. - -[1084] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 20 septembre 1780. - -[1085] _Ibid._, 5 octobre 1780, XVI, 16. - -[1086] Ces anecdotes, insérées dans Bachaumont, ne peuvent évidemment, -par la date même qu'elles portent, s'appliquer qu'aux représentations -des 1er et 19 septembre. Or, les rapports si exacts de Mercy, qui -assistait lui-même au dernier de ces spectacles et qui disait à -Marie-Thérèse _toute_ la vérité, n'en font aucune mention. Ils -constatent au contraire l'empressement du Roi pour ce genre de -divertissement et la fidélité de la Reine, à cette époque, à n'admettre -que les princes et princesses de la famille royale. - -[1087] _Catalogue d'autographes_ du comte George Esterhazy. - -[1088] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 465. - -[1089] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 novembre 1780, XVI, 48.—Comment concilier cette anecdote, -qui ne peut se rapporter qu'à la représentation du 19 septembre, avec -l'opinion de Mercy qui y assistait et qui s'y connaissait en fait de -théâtre? - -[1090] _Tableaux de genre et d'histoire_, morceaux inédits, recueillis -par Barrière, p. 257. - -[1091] _Voir_ sur toute cette question le livre si intéressant de -M. de Lescure: _Les Palais de Trianon_. Paris, Plon, 1867.—_Voir_ -surtout M. G. Desjardins: _Le Petit Trianon_. Le compte total -dressé par Mique, et arrêté le 31 août 1791, s'élève à 1.649,529 -livres 13 sous 2 deniers, et comprend même quelques dépenses pour -des fêtes et des représentations théâtrales. En y ajoutant encore -quelques comptes liquidés pour des artistes et des entrepreneurs, M. -Desjardins estime que le total ne dépasse certainement pas, en quinze -ans, deux millions.—_Le Petit Trianon_, 351.—Le compte de Mique, -aujourd'hui conservé aux Archives, O', 1886, est reproduit aux pièces -justificatives, 405, 407. - -[1092] Mercy à Marie-Thérèse, 17 septembre 1776.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, II, 495. - -[1093] Archives nationales, 01,267.211.—_Annuaire-bulletin de la -Société de l'Histoire de France_, année 1879, p. 156.—Sous ce titre -Jardin de Trianon, M. d'Angivillier comprend non seulement le parc -proprement dit, mais les nombreuses fabriques qui s'élèvent dans le -parc, c'est-à-dire, à cette époque, au moins le pavillon chinois, le -belvédère, le théâtre, etc. - -[1094] Jardin de Trianon, état des superficies des différentes natures -de culture des jardins français et anglais de la Reine au _Petit -Trianon_, pour servir à fixer l'entretien desdits jardins.—Archives -nationales, O', 1886.—Reproduit dans le _Petit Trianon_ par G. -Desjardins. Pièces justificatives, 369-372.—Les ouvriers étaient payés -28 sous par jour. - -[1095] _Le Petit Trianon_, 224, note. - -[1096] _Ibid._, 199. - -[1097] Voir le beau livre de M. A. Jullien: _La comédie à la Cour_. - -[1098] Papillon de la Ferté remarque qu'après avoir fait le relevé -de toutes les dépenses des fêtes de la Cour pendant seize ans, il a -constaté que «les spectacles, tant de Versailles que de Fontainebleau, -ont coûté, année commune, environ 250.000 livres; ce qui, ajoute-t-il, -est très éloigné de tous les millions qu'on se plaît à mettre en -avant.» _Journal de Papillon de la Ferté_, 421. - -[1099] _Mémoires de Mme Campan._ - -[1100] _Ibid._, p. 148.—M. Desjardins dit qu'on brûla en réalité 3.600 -fagots et que cela coûta 522 livres.—_Le Petit Trianon_, 212. - -[1101] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 465. - -[1102] Le même à la même, 14 novembre 1780.—_Ibid._, III, 479. - -[1103] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis. Paris, Beaupré, 1815, -p. 139. - -[1104] _Ibid._ - -[1105] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 466. - -[1106] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, p. 140. - -[1107] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 85. - -[1108] _Mémoires de Weber_, 75. - -[1109] _Souvenirs du baron de Gleichen_, 74. - -[1110] _Voir_ la lettre de Marie-Thérèse à Mercy, du 4 mars -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 329. - -[1111] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 30. - -[1112] Il y avait même eu un moment où, cédant aux suggestions -du prince de Rohan, ambassadeur de France à Vienne et ennemi -personnel de Marie-Antoinette, l'Empereur avait pris sa sœur «en -guignon».—Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279. - -[1113] _Ibid._ - -[1114] Marie-Thérèse à Mercy, 1er septembre 1770.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 48. - -[1115] La même au même, 3 février 1774.—_Ibid._, II, 104. - -[1116] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 84. - -[1117] «Elle (Marie-Antoinette) en avait peur et sans raison: mais -elle est devenue toute frivole, peureuse, grimacière.»—Marie-Thérèse à -Ferdinand, 16 janvier 1777.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, -II, 66. - -[1118] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 542. - -[1119] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1775.—_Ibid._, II, 360, 363. - -[1120] Mercy à Marie-Thérèse, 18 octobre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 504. - -[1121] Le même à la même, 18 décembre 1773; Marie-Thérèse à Mercy, 5 -avril 1774, 4 mars 1774, 1er avril 1775, 31 octobre 1776.—_Ibid._, -II, 85, 125, 126, 305, 316, 509.—Marie-Thérèse à Ferdinand, 13 mars -1777.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 74. - -[1122] Marie-Thérèse à Ferdinand, 9 janvier 1777.—_Ibid._, II, -64.—Mercy à Marie-Thérèse, 24 janvier 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 11. - -[1123] Marie-Thérèse à Ferdinand, 27 mars, 3 avril 1777.—_Lettres de -Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 78. - -[1124] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 janvier -1777.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 3. - -[1125] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 janvier 1777.—_Ibid._, III, -2. - -[1126] Joseph II à Mercy, 30 décembre 1776.—_Ibid._, II, 541. - -[1127] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Ibid._, III, 6 et 7. - -[1128] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 52. - -[1129] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1777.—_Ibid._, III, 2. - -[1130] Joseph II à Mercy, 30 décembre 1776, cité en note de Mercy à -Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Ibid._, III, 7. - -[1131] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 50, 51. - -[1132] _Ibid._, 53. - -[1133] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 56. - -[1134] _Ibid._, 56. - -[1135] _Ibid._, 53. - -[1136] _Ibid._, 67, 70 - -[1137] _Ibid._, 83. - -[1138] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 79, 81. - -[1139] _Ibid._, 79. - -[1140] _Ibid._, 81. - -[1141] _Ibid._, 71. - -[1142] _Ibid._, 65. - -[1143] _Mémoires de Mme Campan_, 148. - -[1144] Maximilien, dont on se rappelle la gaucherie. - -[1145] _Mémoires pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 20 avril 1777, X, 146. - -[1146] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 77. - -[1147] L'_Espion Anglais_, cité par Le Roi, _Histoire de Versailles_, -II, 276.—_Correspondance secrète inédite_, I, 50. - -[1148] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 77. - -[1149] _Mémoires de Mme Campan_, 144-146. - -[1150] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 23 mai 1777, X, 178. - -[1151] _Ibid._, 17 mai 1777, X, 176. - -[1152] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 68. - -[1153] _Ibid._, 73. - -[1154] _Ibid._, 58. - -[1155] _Ibid._, 57. - -[1156] _Ibid._, 72. - -[1157] Certaines de ces critiques étaient étranges. Ainsi l'Empereur -reprochait au gouvernement français d'avoir dépensé un argent immense -pour mettre sa marine en état. Et cela au moment de la guerre -d'Amérique! - -[1158] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 77. - -[1159] _Ibid._, 77, 83. - -[1160] _Ibid._, 83. - -[1161] _Ibid._, 51. - -[1162] _Ibid._, 69. - -[1163] _Ibid._, 70. - -[1164] Joseph II à Léopold, 11 mars 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 134, 135. - -[1165] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 57, 69. - -[1166] Joseph II à Léopold, 9 juin 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 139. - -[1167] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 78. - -[1168] _Ibid._, 58. - -[1169] _Gustave III et la Cour de France_, II, 390. - -[1170] Joseph II à Léopold, 11 juillet 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 148, 149. - -[1171] _Correspondance secrète inédite_, 26 mars 1777, I, 59. - -[1172] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 97. - -[1173] La comtesse de la Marck à Gustave III, 7 août -1777.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 91, note. - -[1174] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1777.—_Ibid._, III, 101, 102. - -[1175] Joseph II, à Léopold, 11 juillet 1777.—_Maria Theresia und -Joseph II_, II, 149. - -[1176] Le même à la même, 17 mai 1777.—_Ibid._, II, 146. - -[1177] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 62. - -[1178] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 76. - -[1179] Vermond à Mercy, 1er juin 1777.—_Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, 389. - -[1180] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 29 juin 1777.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 86.—Pendant tout ce séjour, il -n'avait cessé de faire à sa mère les plus vifs éloges de sa sœur, -car Marie-Thérèse écrivait le 8 mai 1777 à Ferdinand: «Les nouvelles -de France sont toujours les plus consolantes et les plus brillantes. -L'Empereur paraît très content de sa sœur.»—_Lettres de Marie-Thérèse à -ses enfants_, II, 84.—Il fallait que ce contentement fût bien fort, car -quelque temps auparavant, le 10 avril, elle écrivait: «Breteuil revient -de France, il m'a bien rassuré sur les bruits qui depuis quelque temps -courent sur la Reine.»—_Ibid._, 80. - -[1181] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 2. - -[1182] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 57.—«Le -départ de l'Empereur, écrivait de son côté la Reine, m'a laissé un vide -dont je ne puis revenir; j'étais si heureuse, pendant ce peu de temps, -que tout cela me paraît un songe dans ce moment-ci. Mais ce qui n'en -sera jamais un pour moi, c'est tous les bons conseils et avis qu'il m'a -donnés et qui sont à jamais gravés dans mon cœur.» - -«J'avouerai à ma chère maman qu'il m'a donné une chose que je lui -ai bien demandée et qui m'a fait le plus grand plaisir: c'est des -conseils par écrit qu'il m'a laissés. Cela fait ma lecture principale -dans le moment présent.»—Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin -1777.—_Ibid._, III, 48. - -[1183] Joseph II à Léopold, 11 mai 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 134. - -[1184] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 74. - -[1185] Réflexions données à la Reine de France.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 4-18. - -[1186] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 56. - -[1187] _Ibid._, III, 53. - -[1188] Joseph II à Léopold, 11 mai 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 133. - -[1189] Le même au même, 29 avril 1777.—_Ibid._, II, 131.—Déjà -cependant, à cette époque, Joseph II avait écrit à sa mère -des nouvelles «plus consolantes» et plus rassurantes sur -Marie-Antoinette.—_Voir_ la lettre de Marie-Thérèse à Ferdinand, du 8 -mai 1777, citée plus haut. - -[1190] Joseph II à Léopold, 9 juin 1777.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 139. - -[1191] Joseph II à Marie-Christine, 9 juin 1777.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 17. - -[1192] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 août 1777.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 111. - -[1193] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 82, 83. - -[1194] Le même à la même, 15 juin, 1er juillet 1777.—_Ibid._, III, 84, -89. - -[1195] Mercy à Marie-Thérèse, 1er juillet 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 90. - -[1196] Le même à la même, 15 juillet 1777.—_Ibid._, III, 92. - -[1197] Mercy à Marie-Thérèse, 12 septembre 1777.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 114. - -[1198] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 121. - -[1199] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 116. - -[1200] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, octobre 1777.—_Ibid._, III, -125. - -[1201] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 119. - -[1202] _Correspondance secrète de Métra_, V, 278. - -[1203] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 139. - -[1204] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 130. - -[1205] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 120. - -[1206] Marie-Thérèse à Mercy, 5 décembre 1777.—_Ibid._, III, 143. - -[1207] Mercy à Marie-Thérèse, 1777.—_Ibid._, III, 120, 132. - -[1208] Joseph II à Mercy, 2 novembre 1777.—_Ibid._, III, 132 (note). - -[1209] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Ibid._, III, 133. - -[1210] _Ibid._, 134. - -[1211] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 123. - -[1212] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 115. - -[1213] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 132. - -[1214] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 juin 1777.—_Ibid._, III, 85. - -[1215] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Ibid._, III, 142. - -[1216] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 9. - -[1217] Louis XVI au comte de Vergennes, 13 juillet 1777.—_Archives -nationales._—Carton des rois R, 167. - -[1218] Frédéric II au comte de Goltz, 26 décembre 1776, 22 août -1777.—_Histoire de l'action commune de l'Amérique et de la France_, par -Bancroft, III, 72, 100. - -[1219] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 74. - -[1220] _Ibid._ - -[1221] _Ibid._, 71. - -[1222] Lors du traité de Versailles, il avait été question un instant -d'assurer l'annexion de la Bavière à l'Autriche en échange de la -cession des Pays-Bas à la France. - -[1223] Joseph II, à Léopold, 3 janvier 1778.—_Maria-Theresia und Joseph -II_, II, 173. - -[1224] Joseph II, à Mercy, 5 janvier 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 158, note. - -[1225] Joseph II, à Léopold, 12 janvier 1778.—_Maria Theresia und -Joseph II_, II, 175. - -[1226] _Ibid._ - -[1227] Marie-Thérèse à Joseph II, 2 janvier 1778.—_Ibid._, II, 171. - -[1228] Marie-Thérèse à Joseph II, 2 janvier 1778.—_Maria-Theresia und -Joseph II_, II, 170-172. - -[1229] Joseph II à Léopold, 5 janvier 1778.—_Ibid._, II, 174. - -[1230] Marie-Thérèse à Mercy, 4 janvier 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 151. - -[1231] Correspondance diplomatique entre le comte de Vergennes et le -marquis de Bombelles, 16 mars 1778.—Bibliothèque Nationale. - -[1232] Le marquis de Bombelles au baron de Breteuil, 26 novembre -1778.—Archives de Versailles, E. 449. - -[1233] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 138, note. - -[1234] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 138. - -[1235] Le même à la même, 18 avril 1778.—_Ibid._, III, 168, 169.—Le -comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 9 février 1778. - -[1236] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 10 avril -1775.—Archives de Versailles, E. 453. - -[1237] Marie-Thérèse à Mercy, 3 mars 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 171. - -[1238] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er février 1778. -—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 162, 163. - -[1239] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 164. - -[1240] _Ibid._, 167. - -[1241] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mai 1778.—_Ibid._, III, 200. - -[1242] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 170. - -[1243] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 19 février 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 170, 171. - -[1244] Le même à la même, 6 mars 1778.—_Ibid._, III, 173. - -[1245] Le comte de Goltz à Frédéric, II, 19 février 1779.—Bancroft, -III, 135. - -[1246] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, III, 135. - -[1247] Le même à la même, 20 mars 1778.—_Ibid._, III, 182. - -[1248] Joseph II à Marie-Antoinette, cité par Mercy dans sa dépêche du -20 avril 1778.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III, 191. - -[1249] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 19 avril 1778.—_Ibid._, III, -186. - -[1250] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 189. - -[1251] Frédéric II au comte de Goltz, 31 août 1777.—Bancroft, III, 120. - -[1252] Le même au même, 12 janvier 1778.—_Ibid._, III, 131. - -[1253] Le comte de Goltz à Frédéric II, 26 décembre 1776.—_Ibid._, III, -3. - -[1254] Frédéric II au comte de Goltz, 11 février 1778.—_Ibid._, III, -133. - -[1255] Mercy à Marie-Thérèse, 5 mai 1778.—_Corresp. secrète du comte de -Mercy_, III, 197, note. - -[1256] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 6 juin 1778, -_Archives de Versailles._ - -[1256a] 1Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er juin -1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 211, 212. - -[1257] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 14 juillet -1778.—_Archives de Versailles._ - -[1258] Marie-Thérèse à Joseph II, 4 juillet 1778.—_Maria-Theresia und -Joseph II_, II, 314.—Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1779.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 326. - -[1259] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 29 juin -1878.—_Archives de Versailles._ - -[1260] Joseph II à Marie-Thérèse, 5 juillet 1878.—_Maria-Theresia und -Joseph II_, II, 320. - -[1261] Le même à la même, 7 juillet 1778.—_Ibid._, II, 325. - -[1262] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1778.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 231. - -[1263] Marie-Thérèse à Ferdinand, 2 juillet 1778.—_Lettres de -Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 126. - -[1264] Marie-Thérèse à Mercy, 7 juillet 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 220. - -[1265] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 228. - -[1266] Le même à la même, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 227, 228, note. - -[1267] Marie-Thérèse à Joseph II, 14 mars 1778.—_Maria-Theresia und -Joseph II_, II, 187. - -[1268] La même au même, 13 juillet 1778.—_Ibid._, II, 338. - -[1269] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 août 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 231, note.—Le comte de Vergennes au -marquis de Bombelles, 7 octobre 1778.—_Archives de Versailles._ - -[1270] «C'est la plus flétrissante démarche qu'on ait imaginée.»—Joseph -II à Marie-Thérèse, 16 juillet 1778.—_Maria-Theresia und Joseph II_, -II, 345. - -[1271] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 6 août 1778.—_Corresp. secrète -du comte de Mercy_, III, 234. - -[1272] _Ibid._ - -[1273] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 20 septembre, 7 -octobre 1778.—_Archives de Versailles._ - -[1274] Le même au même, 7 octobre 1778.—_Ibid._ - -[1275] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 9 septembre 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 252, 253. - -[1276] La même à la même, 17 septembre 1778.—_Ibid._, III, 254, note de -Pichler. - -[1277] Le comte de Goltz à Frédéric II, 19 février 1779, 15 mai -1780.—Bancroft, III, 135, 147, 148. - -[1278] Note de la page 258.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III. - -[1279] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 octobre 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 258. - -[1280] _Ibid._ - -[1281] Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre 1778.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 260. - -[1282] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 novembre 1778.—_Ibid._, III, -262. - -[1283] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -Introduction, I, 42, 43. - -[1284] Le comte de Goltz à Frédéric II, 8 septembre 1780.—Bancroft, -III, 150, 151. - -[1285] Le marquis de Bombelles au baron de Breteuil, 21 décembre -1778.—Archives de Versailles, E, 449. - -[1286] Le marquis de Bombelles au comte Esterhazy, 26 décembre -1778.—_Archives de Versailles_ E, 449. - -[1287] _Ibid._ - -[1288] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -Introduction, I, 43. - -[1289] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 2 décembre -1778.—_Archives de Versailles._ - -[1290] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février, 17 mars 1779.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 296, 301. - -[1291] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er mai 1779.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 309, 310. - -[1292] Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1779.—_Ibid._, III, 326. - -[1293] _Mémoires de Mme Campan_, 149. - -[1294] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 19 avril 1778.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 186. - -[1295] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 188. - -[1296] Marie-Thérèse à Ferdinand, 30 avril 1778.—_Lettres de -Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 115. - -[1297] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 188. - -[1298] Le même à la même, 18 mai 1778.—_Ibid._, III, 204. - -[1299] Le même à la même, 17 juin 1778.—_Ibid._, III, 214. - -[1300] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 200. - -[1301] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 189. - -[1302] Le même à la même, 19 septembre 1778.—_Ibid._, III, 256. - -[1303] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1778.—_Ibid._, III, -200. - -[1304] La même à la même, 12 juin 1778.—_Ibid._, III, 213. - -[1305] _Ibid._, III, 213, 213. - -[1306] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Ibid._, III, 207. - -[1307] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mai 1778.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 200. - -[1308] _Ibid._, 201. - -[1309] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 août 1778.—_Ibid._, III, -236. - -[1310] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 126.—_Mémoires pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 21 août 1778, XII, 89. - -[1311] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 265. - -[1312] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 208. - -[1313] _Gustave III et la Cour de France_, I, 194. - -[1314] _Mémoires de Mme Campan_, 158.—Le comte de Goltz à Frédéric II, -19 février 1779, 15 mai 1780.—Bancroft, III, 135, 147. - -[1315] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1778.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 215. - -[1316] Le même à la même, 17 août 1778.—_Ibid._, III, 237. - -[1317] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 226. - -[1318] C'était Champcenetz.—_Mémoires de Mme Campan_, 155, 157. - -[1319] Le chapitre de Loches envoyait â l'évêque de Chartres pour être -remise à la Reine une «ceinture brodée en or, faite d'après la vraie -ceinture de la Vierge que possède le chapitre», et faisait chanter -des messes chaque jour à l'autel de Marie jusqu'à la délivrance de la -Reine.—Inventaire des Archives d'Indre-et-Loire, série G., p. 91.—Note -communiquée par un de nos amis, M. Louis Jarry. - -[1320] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 276. - -[1321] _Journal du Roi: Couches de la Reine._ - -[1322] _Journal du Roi: Couches de la Reine._—Mercy à Marie-Thérèse, 24 -décembre 1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 279. - -[1323] Mme Campan prétend que le désappointement d'avoir une fille -entra pour beaucoup dans cette crise. C'est une erreur. Mercy, qui -écrit à Marie-Thérèse, le 19 à _midi trois quarts_, affirme qu'à cette -heure la Reine ignorait encore le sexe de l'enfant. Voir aussi Mercy à -Marie-Thérèse, 24 décembre.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, -III, 279. - -[1324] _Mémoires de Mme Campan_, 159. - -[1325] Mme Campan dit que ce fut le Roi qui ouvrit la fenêtre: Mercy, -présent à l'accouchement, dit au contraire que le Roi n'assistait pas à -l'accident, parce qu'il avait suivi sa fille.—Mercy à Marie-Thérèse, 24 -décembre 1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 279. - -[1326] Mercy à Marie-Thérèse, 24 décembre 1778.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 279.—Le Roi dans son journal dit que -l'accident dura trois quarts d'heure, mais il n'était pas là. Mercy, -qui était présent, dit: quatre minutes—24 décembre 1778.—_Ibid._, III, -279, et une autre fois, quelques secondes.—Mercy à Marie-Thérèse, 15 -juillet 1780.—_Ibid._, III, 450. - -[1327] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 décembre -1778.—_Archives de Versailles_, E. 430. - -[1328] _Mémoires de Mme Campan_, 159. - -[1329] _Journal du Roi: Couches de la Reine._ - -[1330] _Ibid._ - -[1331] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 décembre -1778.—_Archives de Versailles_, E. 430. Le bruit courait que les -dépenses faites à l'occasion des couches de la Reine s'étaient élevées -à plus de 200.000 livres. L'ordonnateur de ces dépenses, Papillon de -La Ferté, démontra à Necker qu'elles n'avaient été en réalité que -de _quinze mille_ livres, somme allouée par le Roi pour le seul feu -d'artifice, lequel, tout brillant qu'il avait été, n'avait couté que -_cinq mille_ livres.—_Journal de Papillon de La Ferté_, 421 et suiv. - -[1332] _Gazette de France_, du mardi 22 décembre 1778. - -[1333] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 295. - -[1334] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 décembre -1778.—_Archives de Versailles_, E. 430. - -[1335] Mercy à Marie-Thérèse, 29 décembre 1778, 25 janvier -1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 281, 286. - -[1336] Pour diminuer la fatigue des femmes qui la veillaient, elle -avait fait faire de grands fauteuils, dont les dos se renversaient -et pouvaient servir de lit.—Comte de Reiset. _Lettres inédites de -Marie-Antoinette_, p. 67. - -[1337] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 288. - -[1338] Le même à la même, 16 février 1779.—_Ibid._, III, 293. - -[1339] Le même à la même, 25 janvier 1779.—_Ibid._, III, 288. - -[1340] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 130. - -[1341] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 228. - -[1342] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 130. - -[1343] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 294.—A Notre-Dame, quatre cents oiseaux furent -lâchés en signe de réjouissance par les syndics de la ville.—_Le -Gouvernement de Normandie_, IV, 131. - -[1344] _Mémoires de Mme Campan_, 161. - -[1345] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République -des lettres_, 24 décembre 1778, XII, 227, 228.—Les spectateurs en -masse entonnèrent avec les acteurs le chœur: Chantons, célébrons notre -Reine.—_Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 126. - -[1346] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février 1779.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 296. - -[1347] Le même à la même, 16 février 1779.—_Ibid._, III, 294.—De même -pour le carnaval de 1780.—Le même à la même, 18 février 1780.—_Ibid._, -III, 399. - -[1348] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 300. - -[1349] Le même à la même, 17 mars 1779, 18 février 1780, 18 mars -1780.—_Ibid._, III, 300, 401, 410. - -[1350] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 300. - -[1351] Le même à la même, 17 avril 1780.—_Ibid._, III, 324. - -[1352] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._ III, 300. - -[1353] Le même à la même, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 476. - -[1354] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 301. - -[1355] Le même à la même, 18 novembre 1780.—_Ibid._, III, 487. - -[1356] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 301. - -[1357] Le même à la même, 17 avril 1780.—_Ibid._, III, 422. - -[1358] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 et 22 avril -1779.—_Archives de Versailles_, E. 431. - -[1359] Mercy à Marie-Thérèse, 15 avril 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 306. - -[1360] _Voir_ pages 236, 237. - -[1361] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 312. - -[1362] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Ibid._, III, -339. - -[1363] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 312. - -[1364] _Ibid._, III, 313. - -[1365] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Ibid._, III, 486. - -[1366] Le même à la même, 14 juillet 1779.—_Ibid._, III, 328. - -[1367] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 358. - -[1368] Le même à la même, 17 novembre 1779.—_Ibid._, III, 379.—Le Roi, -qui n'aimait pas le gros jeu, remarquait avec plaisir que la Reine -avait changé un louis pour ponter aux petits écus.—_Lettres de M. de -Kageneck au baron Alströmer_, 259, 20 février 1781. - -[1369] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1779.—_Corresp. secrète -du comte de Mercy_, III, 380.—Dix-huit mois après, on supprimait -les banquiers du jeu de la Reine.—_Mémoires secrets pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 21 février 1781, XVII, 76. - -[1370] Mercy à Marie-Thérèse, 16 octobre 1779.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 359. - -[1371] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 février 1780.—_Ibid._, III, -398. - -[1372] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Ibid._, III, 372. - -[1373] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 juin 1780.—_Ibid._, III, -444. - -[1374] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 313, 314. - -[1375] Le même à la même, 17 juin 1779.—_Ibid._, III, 323. - -[1376] _Ibid._, III, 320. - -[1377] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 320. - -[1378] _Ibid._, 322. - -[1379] Le même à la même, 25 janvier, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 289, -316. - -[1380] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 379. - -[1381] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre 1775.—_Ibid._, -II, 375. - -[1382] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 avril -1779.—_Archives de Versailles_, E. 431. - -[1383] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars, 17 juin 1779.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 299, 320. - -[1384] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Ibid._, III, -339. - -[1385] La même à la même, 16 mars 1780.—_Ibid._, III, 407. - -[1386] La même à la même, 11 octobre 1780.—_Ibid._, III, 473. - -[1387] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1770.—_Ibid._, III, 474. - -[1388] La princesse de Guéménée. - -[1389] Mercy à Marie-Thérèse, 29 décembre 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, _Ibid._, III, 282. - -[1390] _Ibid._ - -[1391] Mercy à Marie-Thérèse, 29 janvier 1779.—_Ibid._, III, 292. - -[1392] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 décembre -1778.—_Archives de Versailles_, E. 430. - -[1393] _Mémoires de Weber_, 36 (note). - -[1394] _Mémoires de Mme Campan_, 163. - -[1395] Marie-Thérèse à Mercy, 1er janvier 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 385. Elle allait jusqu'à dire de sa petite -fille. «Cette Thérèse est un peu de trop.»—La même au même, 13 janvier -1779.—_Ibid._, 284. - -[1396] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 avril 1780.—_Ibid._, III, -417. - -[1397] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er avril -1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 415.—Du reste, -l'Impératrice manifestait également à ses autres enfants cette même -impatience d'avoir des rejetons de sa race.—_Voir_ notamment ses -lettres à Ferdinand dans les _Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, -publiées par M. d'Arneth. - -[1398] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 juin 1780.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 444. - -[1399] La même à la même, 2 août 1780.—_Ibid._, III, 454. - -[1400] _Relation de la dernière maladie de Marie-Thérèse par sa fille -l'archiduchesse Marie-Anne_, conservée au couvent de Sainte-Ursule de -Klagenfurth, et reproduite à la fin de la _Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 492, 495. - -[1401] _Mémoires de Weber_, 36.—Le comte de Goltz à Frédéric II, 15 -décembre 1780.—Bancroft, III, 152.—Cette lettre n'a point été retrouvée. - -[1402] Marie-Antoinette à Joseph II, 20 décembre -1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 25. - -[1403] Le comte de Goltz à Frédéric II, 20 décembre 1780.—Bancroft, -III, 152. - -[1404] _Mémoires de Weber_, 37.—_Lettres de M. de Kageneck au baron -Alströmer_, 227, 10 décembre 1780. - -[1405] _Mémoires de Mme Campan_, 164. - -[1406] Marie-Antoinette à Joseph II, 10 décembre -1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, p. 22. - -[1407] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 11 juillet, -6 août 1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.—_Lettres de M. de -Kageneck_, 323, 2 août 1781.—L'Empereur et la Reine allèrent ensemble -à Trianon dans le plus modeste appareil, sans gardes et sans suite, -la Reine en lévite de mousseline, avec une ceinture bleue, les -cheveux relevés par un simple ruban. L'Empereur, dit à ce propos M. -de Kageneck, «est venu recevoir les embrassements d'une sœur digne de -toute sa tendresse et qui a de commun avec lui _le bonheur de jouir -de l'amour de ses sujets_.»—_Ibid._, 323, 324. C'était le 31 juillet; -l'Empereur était arrivé la surveille, le 29 juillet. Il y eut un second -voyage et souper à Trianon le 1er août.—Voir _le Petit Trianon_ 210, -211. - -[1408] Joseph II à Marie Christine, 8 août 1781.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 47. - -[1409] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 août -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1410] _Mémoires de Mme Campan_, 165. - -[1411] Elle avait fait cependant une chute au mois de juin, mais cette -chute n'avait pas eu de suites.—_Lettres de M. de Kageneck au baron -Alströmer_, 304, 12 juin 1781. - -[1412] Marie-Antoinette à Louise de Hesse-Darmstadt, 7 mai -1781.—_Lettres de Marie-Antoinette à la landgravine de -Hesse-Darmstadt_, 21, 22.—Dans le public on comptait aussi sur un -garçon et on lui donnait à l'avance le nom de _Consolateur_.—_Lettres -de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 268, 12 mars 1781. - -[1413] _Journal de Louis XVI._—_Revue rétrospective_, V. - -[1414] Récit du comte de Stedingk, 22 octobre 1781.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 351. - -[1415] _Ibid._, I, 353. - -[1416] Récit du comte de Stedingk, 22 octobre 1781.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 353. - -[1417] _Ibid._, I, 352. - -[1418] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1419] _Ibid._ - -[1420] _Mémoires de Mme Campan_, 166. - -[1421] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1422] _Mémoires de Mme Campan_, 166. - -[1423] _Journal du Roi._ - -[1424] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1425] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1426] La même au même, 29 octobre 1781.—_Ibid._ - -[1427] _Ibid._ - -[1428] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 189. - -[1429] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 22 octobre 1781, XVIII, 105. - -[1430] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 novembre 1781, XVIII, 132. - -[1431] _Journal du Roi._ - -[1432] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 16 novembre 1781, XVIII, 159. - -[1433] _Mémoires de Mme Campan_, 167. - -[1434] _Journal du Roi._ - -[1435] _Mémoires de Weber_, 38 (note).—_Mémoires secrets pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 29 octobre, 16 novembre 1781, -XVII, 120, 159. - -[1436] _Ibid._, 16 novembre 1781, XVIII, 159. - -[1437] _Ibid._ - -[1438] _Journal du Roi._ - -[1439] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 27 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E, 432. - -[1440] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 31 octobre 1781, XVIII, 123. - -[1441] _Ibid._, 124. - -[1442] _Ibid._, 4 novembre 1781, XVIII, 133. - -[1443] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 135.—_Mémoires de -Weber_, 38. - -[1444] _Lettres de M. de Kageneck_, 28, 29 décembre 1781, 379, 380. - -[1445] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 15 janvier 1782, XX, 33.—Il avait été question de remettre -ces fêtes à la conclusion de la paix.—_Le Gouvernement de Normandie_, -IV, 188; mais la Reine ayant demandé plaisamment s'il fallait attendre -que le nouveau né pût y danser, on les fixa au 21 janvier.—_Histoire de -Marie-Antoinette_, par Montjoye, 134. - -[1446] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 22 janvier 1782, XX, 51. - -[1447] _Supplément à la Gazette de France_ du 29 janvier 1782. - -[1448] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 janvier 1782.—Bancroft, III, -156. - -[1449] On y disait que, le 21 janvier, le Roi et la Reine, «conduits -sous bonne escorte en place de Grève,» iraient à l'Hôtel-de-Ville -confesser leurs crimes, et qu'ensuite ils monteraient sur un échafaud -pour être «brûlés vifs».—_Journal de Hardy_, V, 88.—Le 21 janvier, -quelle date et quel rapprochement! - -[1450] Le comte de Goltz à Frédéric II, 27 janvier 1782.—Bancroft, III, -156, 157. - -[1451] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 24 janvier 1782, XX, 52. - -[1452] _Ibid._, 26 novembre 1781, XVIII, 179. - -[1453] _Ibid._, 29 novembre 1781, XVIII, 183. - -[1454] _Ibid._, 17 décembre 1781, XVIII, 216. - -[1455] Lottin. _Recherches historiques sur la ville d'Orléans_, II, -338, 339. - -[1456] _Le Gouvernement de Normandie_. Introduction, I, XIX.—Douze -ans plus tard, Collot d'Herbois votait la mort du «bon Louis XVI» et -faisait verser «le sang de Thérèse» sur l'échafaud. - -[1457] «Une nation qui idolâtre ses maîtres,» écrivait à ce propos M. -de Kageneck au baron Alströmer.—_Lettres de M. de Kageneck_, 23 octobre -1781, 386. - -[1458] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 29 octobre -1781.—_Archives de Versailles_, E. 432. - -[1459] Il disait au jeune Fitz-Maurice: «Démosthène, à qui l'on -demandait quelle était la principale qualité de l'orateur, répondait: -«D'abord l'action, ensuite l'action, et encore l'action.» Je dis -que pour l'homme public, c'est l'apparence, l'apparence, et encore -l'apparence.» - -[1460] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 22 février 1778, XI, 123, 124. - -[1461] _Ibid._, 25 février 1778, XI, 132, 133. - -[1462] Le comte de Goltz à Frédéric II. - -[1463] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 51. - -[1464] _Ibid._, I, 73, 74. - -[1465] Bancroft, I, 9. - -[1466] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 122. - -[1467] Frédéric II au comte de Maltzan, 10 juillet 1775.—Bancroft, III, -174. - -[1468] Frédéric II au comte de Maltzan, 9 janvier 1775, 27 janvier, 7 -avril 1777.—Bancroft, III, 165, 206, 209. - -[1469] Frédéric II au comte de Goltz, 31 août, 8 septembre, 11 -septembre, 16 octobre 1777.—_Ibid._, III, 103, 104, 105, 111. - -[1470] Mémoire de Turgot. - -[1471] Le comte de Goltz à Frédéric II, 13 mars 1777.—Bancroft, III, 80. - -[1472] Le comte de Goltz à Frédéric II, 20 nov. 1777.—Bancroft, III, -118. - -[1473] Le même au même, 8 octobre 1777.—_Ibid._, III, 110. - -[1474] Frédéric II au comte de Goltz, 25 décembre 1777.—Bancroft, I, -91. Il faut ajouter qu'en Angleterre, à ce moment, beaucoup de bons -esprits inclinaient à la paix avec les colonies, et il était à craindre -que la paix une fois faite, les Anglais, irrités des encouragements -secrets donnés par le cabinet de Versailles aux insurgents, et les -Américains mécontents de n'avoir pas été plus ouvertement soutenus, se -réunissent pour déclarer à la France, une guerre qui eût été pour nous -un désastre. Franklin exploitait habilement ces bruits. - -[1475] _Ibid._, 91. - -[1476] _Le centenaire de l'indépendance américaine_, par F. -Beslay.—_Correspondant_, 25 juillet 1876. - -[1477] Bancroft, I, 15. - -[1478] _Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 6. - -[1479] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 338. - -[1480] Consulter sur toute cette campagne: _Histoire de la marine -française pendant la guerre de l'indépendance américaine_, par C. -Chevalier, capitaine de vaisseau. Paris, Hachette, 1877. - -[1481] Bancroft, I, 171.—Anecdote racontée à l'auteur par A. Thierry, -qui la tenait de Lafayette. - -[1482] _Mémoires de Weber_, 80. - -[1483] _Mémoires de Mme Campan_, 178. - -[1484] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1780.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, III, 409. - -[1485] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 1er avril 1881, XVII, 122. - -[1486] _Ibid._, 11 janvier 1780, XV, 27. - -[1487] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1780.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 407. - -[1488] La même à la même, 13 avril 1780.—_Ibid._, III, 417. - -[1489] Bancroft, II, 168. - -[1490] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 338. - -[1491] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 novembre -1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 366. - -[1492] Bancroft, II, 86, 87. - -[1493] _Ibid._, II, 83.—_Voir_ aussi _Lettres de M. de Kageneck au -baron Alströmer_, 123, 15 mai 1780. - -[1494] Le comte de Fersen à son père, 30 novembre 1782.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, I, 71. - -[1495] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 11 octobre 1780.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, III, 474.—Elle cherchait à amener -une médiation de l'Autriche.—_Lettres de M. de Kageneck au baron -Alströmer_, 123. - -[1496] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 254. - -[1497] _Ibid._ La _Correspondance secrète du comte de Mercy avec -l'empereur Joseph II et le prince de Kaunitz_, que viennent de publier -MM. d'Arneth et Flammermont, est remplie d'un projet de médiation de -l'Autriche et de la Russie pour la paix, qu'avait conçu l'Empereur, et -auquel la Reine s'était vivement intéressée. Ce projet échoua. - -[1498] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 13 avril 1784, XXV, 126, 127. - -[1499] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 408. - -[1500] _Lettres de Marie-Antoinette à la landgrave Louise de -Hesse-Darmstadt_, publiées par le comte de Reiset. - -[1501] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 399. - -[1502] Marie-Antoinette à la princesse de Hesse-Darmstadt, février -1780.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette._ - -[1503] _Ibid._, mai 1780, p. 26. - -[1504] _Ibid._, février 1780, p. 10. - -[1505] _Ibid._, mai 1780, p. 26. - -[1506] Billet de la Reine au comte de Mercy, conservé dans les Archives -de Vienne.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette_, p. 48. - -[1507] _Ibid._, p. 28. - -[1508] _Ibid._, mai 1780, p. 46. - -[1509] _Ibid._, p. 28. - -[1510] _Ibid._, juin 1780, p. 49. - -[1511] On sait que la Reine conserva jusque dans sa prison les -portraits des deux princesses de Hesse. Ils lui furent confisqués lors -de sa sortie du Temple et lui furent représentés pendant son procès. - -[1512] _Voir_ la _Correspondance du comte de Mercy avec l'Empereur -Joseph II et le prince de Kaunitz_. - -[1513] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 21 mai 1782, XX, 301. - -[1514] _Mémoires de Mme Campan_, 181. - -[1515] _Mémoire de la baronne d'Oberkirch_, I, 199. Voir aussi la -_Correspondance secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II et -le prince de Kaunitz_. - -[1516] On jouait _la Reine de Golconde_, qui ne réussit que -médiocrement.—_Le Gouvernement de Normandie_, IV, 198. - -[1517] Marie-Antoinette au comte de Mercy, sans -date.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 27. - -[1518] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 213, 214. - -[1519] Cette fête eut lieu le 6 juin. - -[1520] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 260, 262.—_Mémoires -de Mme Campan_, 182. Le grand duc de son côté était si charmé de la -réception de la Reine qu'il lui faisait les confidences les plus -délicates sur sa propre situation vis-à-vis de sa mère.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II et le prince de -Kaunitz_, I, 111. - -[1521] _Lettres du chevalier de Lille_, 16 mai 1782. - -[1522] _Notes sur le voyage de M. le comte et Mme la comtesse du Nord -en France au mois de mai 1782,_ par le duc de Penthièvre, citées par -M. de Beauchesne, _Hist. de Mme Elisabeth, notes, documents et pièces -justificatives_, I, 533. - -[1523] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 266. - -[1524] _Ibid._, I, 264-267. - -[1525] _Notes du duc de Penthièvre_.—_Hist. de Mme Elisabeth_, I, 527. - -[1526] _Ibid._, 529, 532. - -[1527] _Mémoire de la baronne d'Oberkirch_, I, 239. - -[1528] _Ibid._, I, 249. - -[1529] _Voir_ sur toutes ces fêtes de Chantilly les _Mémoires de la -baronne d'Oberkirch_, I, 269-278. - -[1530] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 280. - -[1531] _Ibid._, 209. - -[1532] _Ibid._, 255. - -[1533] _Ibid._, 223. - -[1534] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 234. - -[1535] Ce service était estimé plus d'un million.—_Lettres de M. de -Kageneck_, 1er juin 1782, 438. - -[1536] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 301. - -[1537] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -Lettres_, 15 juin 1784, XXVI, 47. - -[1538] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 11 juillet 1784, XXVI, 90. - -[1539] Gustave III avait été si enchanté de Trianon qu'il en avait -demandé à la Reine les dessins et les plans, et la Reine lui en fit -faire un album par son architecte Mique. - -[1540] On a conservé le menu de ce souper. Il comprend cent -quatre-vingts plats de boucheries, volaille et gibiers différents.—_Le -Petit-Trianon_, Pièces justificatives, 383 et suiv.—Le menu de la table -spéciale du Roi, de la Reine et du comte de Haga est plus modeste, il -ne comprend que quatre entrées, un rôti et quatre entremets.—_Ibid._ - -[1541] _Gustave III et la Cour de France_, II, 25, 26. - -[1542] _Mémoires de Mme Campan_, 183. - -[1543] Gustave III au baron de Staël, 7 novembre 1783.—_Gustave III et -la Cour de France_, II, 412. - -[1544] Marie-Antoinette à Gustave III, 15 octobre 1783.—Gustave III au -baron de Staël, 7 novembre 1783.—Marie-Antoinette à Gustave III, 24 mai -1784.—_Ibid._, 411, 412, 414. - -[1545] Marie-Antoinette à Gustave III, juillet, 13 juillet -1784.—_Ibid._, II, 415, 416. - -[1546] Gustave III au comte de Stedingk, 10 décembre 1781.—_Ibid._, I, -354. - -[1547] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 229. - -[1548] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 19 septembre 1783, XXIII, 189, 190. - -[1549] _Gustave III à la Cour de France_, II, 33.—La Reine -s'intéressait beaucoup aux ballons. Lorsque, quelques mois plus tard, -l'aéronaute Blanchard traversa la Manche, en apprenant son succès, -la Reine qui jouait déclara que c'était pour lui qu'elle mettait sur -telle carte: la carte gagna une assez grosse somme qui fut remise à -Blanchard.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 10 février 1785, XXVIII, 127. - -[1550] _Ibid._, 19 août 1784, XXVI, 153.—Le prince repartit le 9 -novembre.—_Ibid._, 20 novembre 1784, XXVII, 23. - -[1551] C'était le moment de la querelle des Hollandais avec Joseph -II, et le prince Henri s'occupait surtout à Paris, disait la Reine, -«d'intrigues et d'agitation des esprits.»—Dépêches de l'ambassadeur -russe à Berlin, le prince Dolgorouki, novembre 1784.—_Archives de -Moscou_, cité par M. Tratchevsky, _La France et l'Allemagne sous Louis -XVI._ Revue historique, janvier-février 1881, p. 10. - -[1552] Marie-Antoinette à Joseph II, 23 septembre -1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 40. - -[1553] Marie-Antoinette à Joseph II, 23 septembre -1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 40. - -[1554] Marie-Antoinette à Gustave III, 1er octobre 1784.—_Gustave III -et la Cour de France_, II, 419. - -[1555] _Ibid._ - -[1556] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 222. - -[1557] Marie-Antoinette à Gustave III, 15 octobre 1783.—_Gustave III et -la Cour de France_, II, 411. - -[1558] Louis XVI à Joseph II, 26 octobre 1784.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 41. - -[1559] La Reine s'était confessée et avait communié deux -fois.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 27 février 1785, XXVIII, 176. - -[1560] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 26 mai 1785, XXIX, 54. - -[1561] _Ibid._ - -[1562] _Ibid._ - -[1563] _Ibid._, 56.—_Confér._ avec le compte-rendu officiel dressé -par le prévôt des marchands et des échevins.—_Louis XVII_, par M. de -Beauchesne, I. _Documents et pièces justificatives._ - -[1564] _Mémoires secrets, etc._, 30 septembre 1782, XXI, 155. - -[1565] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 10 novembre 1782, XXI, 215. - -[1566] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 204. - -[1567] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 5 octobre 1782, XXI, 161. - -[1568] _Mémoires de Mme Campan_, 169. - -[1569] _Mémoires de Mme Campan_, 169.—Lors de la naissance du Dauphin, -on avait déjà dit que Mme de Polignac serait nommée gouvernante de -Madame, afin que la princesse de Guéménée pût consacrer tous ses soins -au Dauphin.—_Lettre de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 25 octobre -1781, 359. - -[1570] _Mémoires du baron de Besenval_, 236. - -[1571] «Il est de toute justice, écrivait à ce propos M. de Kageneck, -que la mère choisisse la bonne de ses enfants.»—_Lettres de M. de -Kageneck_, 9 Octobre 1782, 485.—_Voir_ aussi 19 novembre 1782.—_Ibid._, -501. - -[1572] _Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 46. - -[1573] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, II, 31.—La _Correspondance secrète de Mercy avec Joseph II -et Kaunitz_, qui vient de paraître, est pleine aussi de plaintes de -l'Empereur et de son ministre sur le peu de goût de la Reine pour les -affaires. Il est à remarquer que ces plaintes sont d'autant plus vives -que les affaires intéressent l'Autriche. - -[1574] Le même à la même, 15 juin 1774.—_Ibid._, II, 174. - -[1575] Le baron de Staël à Gustave III, 19 février 1785.—_Corresp. du -baron de Staël_, 13. - -[1576] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1775.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 315. - -[1577] Le comte de Goltz à Frédéric II, 27 juillet 1777.—Bancroft, III, -97. - -[1578] _Mémoires de Mme Campan_, 158. - -[1579] Le comte de Goltz à Frédéric, II, 19 février 1779.—Bancroft, -III, 135. - -[1580] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 315. - -[1581] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1777, 19 février -1779, 15 mai 1780, 26 juin 1780.—Bancroft, 111, 113, 135, 147, 149. - -[1582] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 septembre -1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 39. - -[1583] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 225.—Le comte de Goltz à Frédéric II, 25 -décembre 1780.—Bancroft, III, 153. - -[1584] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 décembre 1780.—Bancroft, -III, 154. - -[1585] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 225. - -[1586] On avait dit aussi, et les Mémoires de Besenval laissent -croire que la Reine était intervenue dans la nomination du comte -de Saint-Germain au ministère de la guerre. Cette intervention -de Marie-Antoinette avait été purement platonique, et si je puis -m'exprimer ainsi, _négative_. Elle s'était bornée à ne pas s'opposer au -choix que Maurepas et Malesherbes avaient fait de M. de Saint-Germain, -comme ministre de la guerre; elle s'était au contraire absolument -refusée à appuyer pour ce poste le marquis de Castries, comme le lui -demandait Besenval.—Dépêche inédite de Mercy à Kaunitz, 19 octobre -1775, citée par M. Flammermont. _Étude critique sur les Mémoires de Mme -Campan_, Bulletin mensuel de la Faculté des lettres de Poitiers, mars -1886, pp. 118, 119. - -[1587] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 490. - -[1588] Marie-Antoinette à Joseph II, 20 décembre -1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 26.—_Mémoires du -comte de Ségur_, I, 140. - -[1589] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1780.—Bancroft, III, -151. - -[1590] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 486. - -[1591] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 143. - -[1592] _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 191, 8 -octobre 1780.—La Reine avait cependant fort bien reçu, quelques mois -auparavant, le comte d'Agenois, fils du duc d'Aiguillon, lorsqu'on le -lui avait présenté comme capitaine des chevau-légers.—_Ibid._, 150, 9 -juillet 1780. - -[1593] _Mémoires de Mme Campan_, 193. - -[1594] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 155.—Dans cet entretien, la -Reine donna à M. de Ségur une curieuse explication de la facilité avec -laquelle elle se prêtait aux recommandations. «J'aime, lui dit-elle, -qu'on ne me quitte jamais mécontent.» - -[1595] On a beaucoup attaqué, et justement, l'ordonnance de 1781, qui -réservait aux seuls nobles le grade d'officier. Le comte de Ségur, fils -du maréchal, a tenté, dans ses _Mémoires_, de justifier son père de la -responsabilité de cette mesure. - -[1596] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 489, 491. - -[1597] Necker et Sartines étaient en hostilité pour les dépenses de la -marine.—Voir _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer, passim_. - -[1598] _Mémoires de Mme Campan_, 193, 194. - -[1599] Particularités et observations sur les contrôleurs généraux, -par Montyon.—Cité par M. Labour, _M. de Montyon d'après des documents -inédits_. Paris, Hachette, 1880, p. 12. - -[1600] Mercy à Marie-Thérèse, 17 avril, 17 mai 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 422, 433.—«La Reine protège -fortement le directeur général,» écrivait le 30 octobre 1780 M. de -Kageneck.—_Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 205.—Voir -aussi la _Corresp. secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II -et le prince de Kaunitz_. - -[1601] Le comte de Goltz à Frédéric II, 2 mai 1781.—Bancroft, III, -154.—La Reine était partisan des réformes économiques de Necker. Elle -manifesta vivement son mécontentement au duc de Coigny, qui faisait -partie pourtant de sa société, mais avait fait opposition aux réformes -de la petite écurie.—_Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, -215, 19 nov. 1780. - -[1602] Le Compte-rendu était recouvert d'un papier bleu. - -[1603] Necker avait sollicité un arrêt du Conseil pour étouffer la -polémique soulevée parle Compte-rendu; on le lui refusa. - -[1604] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 mai -1781.—_Archives de Versailles._—_Mémoires secrets pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 27 avril 1781, XVII, 157. - -[1605] _Voir_ aussi _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 24, -25, 30 mai, 1er et 5 juin 1781, 295, 302. - -[1606] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 mai -1781.—_Archives de Versailles._ - -[1607] La même au même, 24 mai 1781.—_Ibid._ - -[1608] _Mémoires de Mirabeau_, IV, 398, cité par M. de Falloux.—_Louis -XVI_, 97. - -[1609] Mme Necker écrivait à un curé de Paris: «Une consolation pour -nous dans le monde, s'il en peut exister, c'est que la Reine partage -notre patriotisme; elle a pleuré samedi toute la journée.» _Le -salon de Mme Necker d'après des documents inédits_, par le vicomte -d'Haussonville.—Cfr. Sénac de Meilhan, _Du gouvernement, des mœurs et -des conditions en France avant la Révolution_, p. 41. - -[1610] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -I, 46. - -[1611] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 octobre 1781.—Bancroft, III, -155. - -[1612] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 18. - -[1613] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 187. - -[1614] La comtesse de Coislin au duc d'Harcourt.—_Ibid._, 191, 192.—La -Reine n'avait pas ces mêmes regrets.—Voir _Correspondance secrète de -Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 39. - -[1615] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 19 novembre -1781.—_Archives de Versailles._ - -[1616] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 452. - -[1617] La même au même, 3 novembre 1780.—_Ibid._, III, 483. - -[1618] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 25 novembre 1781, XVIII, 178. - -[1619] _Ibid._, 30 décembre 1781, XVIII, 243. - -[1620] _Ibid._, 25 novembre 1781, XVIII, 178. - -[1621] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 4 janvier 1782, XX, 10.—On voit combien les chroniqueurs -étaient alors favorables à la Reine. - -[1622] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 480.—Voir aussi _Corresp. de Mercy avec Joseph -II et Kaunitz_, I, 73, 78, 84. - -[1623] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III, -468.—Maurepas, suivant un chroniqueur, aurait cherché à faire -agréer d'Aiguillon pour son successeur, et la Reine s'y serait -opposée.—_Lettres de M. de Kageneck_, 9 novembre 1781, 363.—Kageneck -ajoute quelques jours plus tard: «L'enthousiasme qu'inspire une Reine -adorée, la ferait souhaiter pour premier ministre.» _Ibid._, 24 -novembre 1781, 368. - -[1624] Il eut le titre de _Chef du Conseil royal des finances_. - -[1625] La Reine contribua beaucoup à sa chute.—_Correspondance de Mercy -avec Joseph II et Kaunitz_, I, 166, 178, note. - -[1626] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 19 avril 1783, XXII, 253. - -[1627] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 393, 394.—Weber raconte -que, lorsque d'Ormesson fut nommé, quelqu'un dit à la Reine: «Nos -finances vont trouver à qui parler. M. d'Ormesson est un magistrat -intègre; c'est dommage qu'il soit presque aveugle.»—«Pourquoi cela» -demanda-t-elle?—«Madame, c'est que la fortune l'est aussi, et que -deux aveugles ensemble font toujours fausse route.»—«En tout cas -répliqua-t-elle, si M. d'Ormesson n'y voit pas, sa probité le guidera.» -_Mémoires de Weber_, 91, note. - -[1628] _Journal manuscrit de M. de Boynes_, dimanche 1er décembre -1765.—Même opinion le lundi 12 août.—Nous devons la communication de -cet intéressant manuscrit à la bienveillance de M. le vicomte de La -Servière, arrière-petit fils du comte de Boynes. - -[1629] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 76, -77.—_Particularités et observations sur les contrôleurs généraux_, par -M. de Montyon.—Labour, 137 et suiv. Tout ce portrait de M. de Calonne -par M. de Montyon est tracé de main de maître. - -[1630] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 13 janvier -1791.—_Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt._ - -[1631] _Journal manuscrit de M. de Boynes_, 17 octobre, 1765. - -[1632] _Mémoires d'Augeard_, 106. - -[1633] _Ibid._, 107. - -[1634] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I, -90.—_Mémoires de Mme Campan_, 194. - -[1635] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 398. - -[1636] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I, -90. - -[1637] _Mémoires d'Augeard_, 121. - -[1638] _Ibid._—La Reine était d'ailleurs mal portante, elle fit une -fausse couche le surlendemain. - -[1639] _Mémoires de Mme Campan_, 214. - -[1640] Droz. _Histoire de Louis XVI_, I, 400.—_Mémoires d'Augeard_, 121. - -[1641] _Ibid._, 121. - -[1642] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 223, 225.—Mercy prétend même -que la Reine n'y fut pour rien.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II -et Kaunitz_, I, 227. - -[1643] _Mémoires de Mme Campan_, 196, 197. - -[1644] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -I, 87. - -[1645] _Mémoires de Mme Campan_, 197, 198. - -[1646] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -I, 57.—_Mémoires de Besenval_, 287.—_Voir_ aussi _Correspondance du -comte de Salmour, envoyé de Saxe à Paris._—_Revue de la Révolution_, -décembre 1886, p. 166. - -[1647] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 août 1780.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 452, 453. - -[1648] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juin 1780.—_Ibid._, III, 441. - -[1649] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III, 469. - -[1650] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 juillet 1780.—_Ibid._, III, -446. - -[1651] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 août 1780.—_Ibid._, III, 452. - -[1652] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 août 1780.—_Ibid._, III, -454. - -[1653] Marie-Thérèse à Mercy, 3 mars 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 405. L'Empereur protesta plus tard contre ces -tendances qu'on lui attribuait.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II -et Kaunitz_, I, 27. - -[1654] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 juillet 1780.—_Ibid._, III, -443. - -[1655] Joseph II à Léopold II, 3 décembre 1784.—_Joseph II und Léopold -II_, I, 239.—Kaunitz consulté alors s'était nettement prononcé contre -le projet de l'Empereur.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II et -Kaunitz_, I. 127, note. - -[1656] Le 4 octobre 1784. - -[1657] Tratchevsky, _La France et l'Allemagne sous Louis XVI_.—_Revue -historique_, janvier-février, 1881, p. 8. - -[1658] Joseph II à Marie-Antoinette, 9 septembre -1783.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 30, 34. - -[1659] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 septembre 1784.—_Ibid._, 39. - -[1660] Louis XVI à Joseph II, 26 octobre 1784.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 150. - -[1661] _Correspondance du comte de Mirabeau, et du comte de la Marck_, -I, 44, 45. - -[1662] Joseph II à Marie-Antoinette, 29 octobre, 19 novembre -1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 43, 47. - -[1663] Joseph II à Louis XVI, 20 novembre 1784.—_Ibid._, 49. - -[1664] Louis XVI à Joseph II, sans date; Joseph II à Louis XVI, 17 -décembre 1784.—_Ibid._, II, 55, 58. - -[1665] Le duc des Deux-Ponts, d'ailleurs, avait fait une réponse -négative à cette proposition, «et d'une encre plus prussienne que -française.»—_Joseph II und Léopold II_, I, 261.—Joseph II à Léopold II, -24 décembre 1784.—_Ibid._, I, 253.—Louis XVI à Joseph II, 6 janvier -1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 75.—Voir aussi la -_Correspondance du comte de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_. - -[1666] Joseph à Léopold, 13 janvier 1785.—Léopold à Joseph, 24 -janvier.—_Joseph II und Léopold II_, 261, 265. - -[1667] Une fois sept jours, une autre fois cinq jours.—Marie-Antoinette -à Joseph II, 26 novembre 1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold -II_, 51. - -[1668] Marie-Antoinette à Joseph II, 4 février 1785.—_Ibid._, 73. - -[1669] Léopold à Joseph, 10 décembre 1784.—_Joseph II und Léopold II_, -247, 249. - -[1670] Marie-Antoinette à Joseph II, 4 février 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 73. - -[1671] La même au même, 17 octobre 1785.—_Ibid._, 98. - -[1672] Vergennes à Louis XVI, 29 mars 1784.—_Gustave III et la Cour de -France_, II, 223. - -[1673] Marie-Antoinette à Joseph II, 1 février 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 72, 73. - -[1674] Marie-Antoinette à Joseph II, 31 décembre -1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 64. - -[1675] La même au même, 16 mai 1785.—_Ibid._, 87.—Voir aussi -_Correspondance de Mercy avec l'Empereur Joseph II et Kaunitz_, I. 398. - -[1676] La même au même, 5 mai 1785.—_Ibid._, 83. - -[1677] Staël à Gustave III, 7 novembre 1784.—_Correspondance du -baron de Staël-Holstein_, 5. La Reine déclarait de même à Vergennes -que «toutes les fois que les intérêts de la France seraient en -opposition avec ceux de l'Empereur, elle balancerait d'autant moins -à embrasser le parti de la France que son mariage avait été béni de -Dieu.»—_Correspondance de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 280, -note. - -[1678] Staël à Gustave III, 26 décembre 1784.—_Corresp. du baron de -Staël-Holstein_, 8. - -[1679] Marie-Antoinette à Joseph II, 5 novembre 1784, 8 août -1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 45, 89.—«Le -mécontentement de la Reine contre M. de Vergennes, écrivait Staël, ne -peut être occasionné que par les accusations que lui font ses ennemis -d'avoir entretenu en temporisant l'esprit de conquête de l'Empereur et -ses vues dangereuses pour la tranquillité de l'Europe. En examinant le -caractère de ce ministre, on est disposé à convenir qu'il a commis une -pareille faute, et je suis persuadé que, si la Reine veut le perdre, -c'est plutôt à cause de sa conduite passée que de celle qu'il tient à -présent. En même temps, je ne doute point que Sa Majesté ne permit, -quelque douloureux que cela pourrait lui être, au successeur de M. -de Vergennes de prendre les mesures nécessaires à la gloire et au -bien-être de la France sans qu'Elle s'y opposât.» Staël à Gustave III, -17 février 1785.—_Correspondance du baron de Staël_, 12. Malgré une -scène très vive avec Vergennes, la Reine au fond ne désirait pas son -renvoi. - -[1680] Joseph II à Marie-Antoinette, 20 février 1785, -_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 78. - -[1681] Louis XVI à Joseph II, sans date.—_Ibid._, 55, 56. - -[1682] Joseph II à Louis XVI, 26 juillet 1785.—_Ibid._, 88.—Détail -curieux, ces deux députés, ne voulant pas perdre leur temps à Vienne, -s'étaient mis à faire la contrebande d'étoffes pour dames.—Joseph II à -Léopold, 22 juillet 1785.—_Joseph II und Léopold II_, I, 291. - -[1683] Marie-Antoinette à Joseph II, 16 mai 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 87. - -[1684] Joseph II à Louis XVI, 21 février 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 80. - -[1685] Marie-Antoinette à Joseph II, 8 août 1785.—_Ibid._, 89. - -[1686] La même au même, 19 septembre 1785.—_Ibid._, 94. - -[1687] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 435. - -[1688] Joseph II à Léopold II, 24 septembre 1785.—_Joseph II und -Léopold II_, I, 302. - -[1689] _Mémoires du comte de Tilly_, 348.—«Cette fausseté, dit la -Marck, a d'ailleurs été suffisamment prouvée, quelques années plus -tard, par les comptes des finances du royaume, remis à l'Assemblée -Constituante, qui les soumit à l'examen le plus rigoureux et -le plus malveillant, spécialement en ce qui concernait cette -affaire.»—_Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, -45.—Voir également sur ce sujet une conversation de Louis XVI avec -Malesherbes, dans Hue.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, 437. - -[1690] _Mémoires de Mme Campan_, 203. - -[1691] De Loménie.—_Beaumarchais et son temps_, II, 304. - -[1692] _Mémoires de Mme Campan_, 202. - -[1693] _Beaumarchais et son temps_, II, 295. - -[1694] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 219. - -[1695] _Beaumarchais et son temps_, II, 304. - -[1696] _Mémoires de Mme Campan_, 204. - -[1697] _Beaumarchais et son temps_, II, 310, 311. - -[1698] _Ibid._, II, 316. - -[1699] _Correspondance littéraire de Grimm._ - -[1700] _Beaumarchais et son temps_, II, 325. - -[1701] _Mémoires de Mme Campan_, 205. - -[1702] _Beaumarchais et son temps_, II, 308. - -[1703] _Mémoires de Mme Campan_, 204. - -[1704] Notamment à M. de Vaudreuil.—_Ibid._, 205, 206. - -[1705] Grimm, _Correspondance littéraire_, septembre 1785. - -[1706] Ch. Chaix-d'Est-Ange vient de publier chez Quantin la très -intéressante étude de son regretté père sur le _Procès du Collier_; on -la consultera avec fruit. - -[1707] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 41. - -[1708] _Mémoires de Mme Campan_, 121. - -[1709] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 41. - -[1710] _Ibid._ - -[1711] Le comte Beugnot raconte qu'il y eut comme une seconde édition -de l'affaire. Une dame L..., femme de la Reine, aurait, par des moyens -analogues à ceux qu'avait employés Mme de Villiers, escroqué quatre -cent mille francs au sieur Béranger.—Nous croyons, malgré les détails -précis que donne Beugnot, qu'il y a erreur. Il nous semble bien -difficile d'admettre que Béranger, déjà dupé par Mme de Villiers, se -soit laissé prendre une seconde fois. - -[1712] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 9. - -[1713] _Ibid._ - -[1714] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, par E. -Campardon, 272. - -[1715] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 10. - -[1716] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 272. - -[1717] Brevet de la pension, 9 décembre 1776. - -[1718] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 272. - -[1719] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 12 et 13. - -[1720] _Ibid._, 13 et 14. - -[1721] Les différents traits de ces deux portraits sont empruntés aux -_Mémoires du comte Beugnot_, tome Ier, chapitre Ier. - -[1722] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 20. - -[1723] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207. - -[1724] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 274. - -[1725] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 21. - -[1726] _Ibid._, 30. - -[1727] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 14. - -[1728] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 34. - -[1729] _Mémoires du comte Beugnot._—Sur tout le premier séjour de Mme -de la Motte à Paris, voir Beugnot qui abonde en détails piquants. - -[1730] _Procès du Collier_, 57. - -[1731] Marie-Thérèse au comte de Mercy, 8 juillet 1771.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, I, 184. - -[1732] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 21 juin 1771.—_Ibid._, I, 172. - -[1733] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 152. - -[1734] Marie-Thérèse à Mercy, 1er mars 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 284, 285.—Rohan était arrivé à Vienne le 6 janvier -1772.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, I, 251, 253. - -[1735] La même au même, 1er septembre 1772.—_Ibid._, I, 345. - -[1736] Lettre du prince de Rohan à un de ses confidents, citée en note -de la lettre du 9 janvier 1774.—_Ibid._, II, 92. - -[1737] Marie-Thérèse à Mercy, 3 février 1774.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 104. - -[1738] La même au même, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279. - -[1739] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777, 17 juillet -1778.—_Ibid._, III, 24, 225. - -[1740] Marie-Thérèse à Mercy, 1er décembre 1773.—_Ibid._, II, 77. - -[1741] La même au même, juillet 1773, 3 octobre 1773.—_Ibid._, II, 2, -51. - -[1742] La même au même, 1er décembre 1772.—_Ibid._, I, 345. - -[1743] La même au même, 31 janvier 1777.—_Ibid._, III, 13. - -[1744] La même au même, 18 mars 1772.—_Ibid._, I, 290. - -[1745] Marie-Thérèse à Mercy, 31 mars 1772.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, I, 291. - -[1746] Mercy à Marie-Thérèse, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 378. - -[1747] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 août 1773.—_Ibid._, II, 17. - -[1748] Marie-Thérèse à Mercy, 14 avril 1775.—_Ibid._, II, 317. - -[1749] Mercy à Marie-Thérèse, 10 août 1774.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, II, 222. - -[1750] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 2 septembre 1774.—_Ibid._, II, -229. - -[1751] Marie-Thérèse à Mercy, 3 avril 1773.—_Ibid._, I, 438. - -[1752] La même au même, 3 novembre 1777.—_Ibid._, III, 127. - -[1753] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 1er février 1782, XX, 78, 79. - -[1754] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 23, 24.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 18. - -[1755] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 24. - -[1756] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mars 1777.—_Correspondance -secrète du comte de Mercy_, III, 30. - -[1757] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19. - -[1758] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Corresp. secrète du -Comte de Mercy_, III, 226. - -[1759] _Ibid._, III, 226.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19. - -[1760] La Reine refusait même d'ouvrir ses lettres.—_Mémoires de l'abbé -Georgel._ - -[1761] _Mémoires de Mme Campan_, 120. - -[1762] _Ibid._, 182, 183. - -[1763] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19. - -[1764] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207. - -[1765] Le fait s'était passé le 16 juin 1782. - -[1766] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 245. - -[1767] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Ibid._, 276. - -[1768] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 249. - -[1769] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 145. - -[1770] _Ibid._, 249. - -[1771] _Ibid._, 246. - -[1772] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207, -208.—_Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 16. - -[1773] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 93. - -[1774] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 277. - -[1775] Interrogatoire du cardinal de Rohan, interrogatoire de Mme de la -Motte.—_Procès du Collier_, 246, 277. - -[1776] _Mémoire pour Mme de la Motte._ - -[1777] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 246. - -[1778] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 17. - -[1779] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 208. - -[1780] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 19. - -[1781] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 41. - -[1782] Confrontation du cardinal avec Mme de la Motte.—_Mémoires de -l'abbé Georgel_, II, 55. - -[1783] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 38. - -[1784] Ce fut plus tard un de ses moyens de défense.—Interrogatoire de -Rétaux de Villette.—_Procès du Collier_, 383 et suiv. - -[1785] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 51. - -[1786] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 20. - -[1787] _Second mémoire pour Mlle d'Oliva_, 25.—D'après les mémoires -manuscrits du comte de la Motte, conservés aux Archives nationales -(F 7), cette scène se serait passée dans le bosquet des bains -d'Apollon.—_Le château de Versailles, histoire et description_, par -L. Dussieux, professeur honoraire à l'Ecole militaire de Saint-Cyr. -Versailles, Bernard, 1881, II, 47, note. - -[1788] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_, 356. - -[1789] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_, 352. - -[1790] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_, -353.—_Mémoire pour Mlle d'Oliva_, 14. - -[1791] Interrogatoire de Rétaux de Villette.—_Procès du Collier_, -362.—_Second mémoire pour Mlle d'Oliva_, 20. - -[1792] _Mémoire pour Mlle d'Oliva_, 17. - -[1793] _Ibid._ - -[1794] _Mémoires du comte de Beugnot_, I, 56. - -[1795] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 25, 26. - -[1796] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 26.—Interrogatoire du -cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 210. - -[1797] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 26. - -[1798] Rue Neuve-Saint-Gilles, no 13, au Marais.—_Mémoires secrets -pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 24 février -1786, XXI, 132. - -[1799] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 28. - -[1800] Déposition Furet.—_Procès du Collier_, 70. - -[1801] Déposition Régnier.—_Ibid._, 70. - -[1802] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 50. - -[1803] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 54. - -[1804] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 28. - -[1805] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 48, 49.—Sur tout cet épisode du -séjour à Bar, ces mémoires sont très curieux. - -[1806] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 32. - -[1807] _Mémoires de Mme Campan_, 208, 209. - -[1808] _Mémoire remis à la Reine._ - -[1809] _Mémoires de Mme Campan_, 210. - -[1810] _Mémoire instructif sur la connaissance de Mme la comtesse de -Valois avec les sieurs Boehmer et Bassange_, 22. - -[1811] _Mémoire remis à la Reine par les joailliers._ - -[1812] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 38.—Marie-Antoinette à -Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, -93. - -[1813] Déposition de Bassange. - -[1814] Interrogatoire de Rétaux.—_Procès du Collier_, 369. - -[1815] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 214, -215. - -[1816] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 217. - -[1817] _Ibid._, 219. - -[1818] Déposition de Perregaux. - -[1819] _Mémoires de Mme Campan_, 210. - -[1820] Déposition de Bassange.—_Procès du Collier_, 102.—Interrogatoire -du cardinal de Rohan.—_Ibid._, 239. - -[1821] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 239. - -[1822] Interrogatoire de Cagliostro.—_Ibid._, 342, 343. - -[1823] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Ibid._, 239. - -[1824] Déposition de Bassange.—_Procès du Collier_, 105. - -[1825] «Si je vous disais que j'ai traité directement, seriez-vous -tranquille? Eh bien! je vous affirme que j'ai traité directement et je -vous l'assure en levant le bras en signe d'affirmation. Allez-vous-en -rassurer votre associé.»—Confrontation de Bassange et de Boehmer avec -la dame de la Motte.—_Ibid._, 106. - -[1826] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 224. - -[1827] _Mémoires de Mme Campan_, 426.—_Éclaircissements._ - -[1828] _Ibid._, 212, 456. - -[1829] _Mémoires de Mme Campan_, 457.—_Éclaircissements._ - -[1830] _Ibid._, 213. - -[1831] _Mémoire instructif sur la connaissance de Mme la comtesse -de Valois avec les sieurs Boehmer et Bassange._—D'après Mme Campan -ce serait le 14 août seulement que Boehmer serait venu à Trianon, -et elle ajoute: «Le jour même de la représentation de la comédie de -Beaumarchais.» Il y a là une double erreur. Le _Barbier de Séville_ a -été représenté à Trianon le 19 août, quatre jours après l'arrestation -du cardinal de Rohan, et Boehmer n'y est venu ni le 19 ni même le 14, -mais le 9, comme il le déclare lui-même. Le 12 août, lui et son associé -remirent à la Reine un mémoire explicatif. Ces erreurs de date ne nous -semblent pas cependant devoir faire rejeter en entier le récit de Mme -Campan, comme le demande M. Flammermont. Certains détails de ce récit -sont en effet confirmés par des documents authentiques. Ainsi, les -joailliers racontent que «n'ayant point été assez heureux pour obtenir -une audience à cette époque,—le 3 août,—ils ne purent rendre compte de -l'affaire que le 9 du même mois qu'il plut à S. M. la Reine de faire -demander le sieur Boehmer pour se rendre à Trianon». - -[1832] _Mémoires de Mme Campan_, 458. - -[1833] On se souvient que tel avait été déjà l'avis de Mercy, lors de -l'escroquerie de la dame de Villiers. - -[1834] _Mémoires de Mme Campan_, 458. - -[1835] _Ibid._ - -[1836] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1786.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 94.—Plusieurs lettres de Vergennes, -conservées dans les archives de la maison de Bernis, confirment cette -assertion de la Reine.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, -par F. Masson, 436, note. - -[1837] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 28 novembre, 1785, XXX, 95. - -[1838] _Troisièmes et itératives remontrances de la Cour sur la -réponse faite au nom de Sa Majesté aux précédentes remontrances -sur les Quinze-Vingts_ (mars 1785).—Le cardinal fut déchargé de -cette accusation au printemps de 1786, sur le rapport même du -baron de Breteuil.—_Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, -Marie-Antoinette, la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 28. - -[1839] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre -1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95. - -[1840] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XXVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 258. - -[1841] _Mémoires de Mme Campan_, 459. - -[1842] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre -1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 96. - -[1843] La même au même, 22 août 1785.—_Ibid._, 94. - -[1844] On accusait Vergennes de partialité pour le cardinal de -Rohan.—Mercy à Joseph II, 27 décembre 1785.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy avec L'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz_, I, -473. - -[1845] Louis XVI à Vergennes, samedi 19 août 1785.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 152. - -[1846] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 94. Vergennes lui-même partagea plus tard -cette opinion: «L'affaire de M. de Rohan, écrivait-il au cardinal de -Bernis, le 22 novembre, ne peut finir sans jugement. La nature de -cette affaire, l'éclat qu'elle a eu, la manière même dont elle a été -entamée, de l'aveu même de M. le cardinal, exigent qu'il n'y reste -aucune obscurité et que le cours de la justice ait son plein effet.» -_Archives étrangères. Vergennes à Bernis, 22 novembre 1785_, cité par -F. Masson.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 440. - -[1847] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 258. - -[1848] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 256. - -[1849] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 18 août 1785, XXIX, 209, 210. - -[1850] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 97. - -[1851] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 23 mars 1786, XXXI, 200. - -[1852] _Ibid._, 5 avril 1786, XXXI, 237. - -[1853] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre -1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95. - -[1854] Lettres patentes, etc.—_Procès du Collier_, 47. - -[1855] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 29 août 1785, XXIX, 235-236. - -[1856] L'Empereur fut un moment tenté d'intervenir.—_Le cardinal de -Bernis depuis son ministère_, 440. - -[1857] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 13 et 18 septembre 1785, XXIX, 262, 266. - -[1858] _Ibid._, 6 avril 1786, XX, 240. - -[1859] _Ibid._—_Voir_, sur l'émotion excitée à Rome par l'arrestation -du cardinal, M. F. Masson.—_Le cardinal de Bernis depuis son -ministère_, 436 et suiv.—Bernis eut beaucoup de peine à empêcher une -protestation publique du Pape et du Sacré-Collège. - -[1860] Staël à Gustave III, 19 juin 1786.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 30.—Staël ajoute: «En général je ne trouve -pas qu'on ait pour la Reine le sentiment qu'elle devrait inspirer. Sou -désir de plaire ne lui a pas réussi même autant que cela aurait l'ait à -une particulière.» - -[1861] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 117. - -[1862] _Mémoires de Mme Campan_, 464.—_Éclaircissements._ - -[1863] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 195, 196. - -[1864] _Ibid._, II, 179. - -[1865] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre -1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95. - -[1866] Louis XVI à Vergennes, 3 mars 1775.—_Corresp. secrète inédite de -Louis XV sur la politique étrangère_, publiée par M. Boutarie, II, 482. - -[1867] _Troisièmes et itératives remontrances de la Cour sur la réponse -faite au nom de Sa Majesté aux précédentes remontrances sur les -Quinze-Vingts._ - -[1868] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 269.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la -République des lettres_, 11 mars 1786, XXXI, 170. - -[1869] Lettre du marquis de Villette au maréchal de Soubise.—_Mémoires -secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 10 -janvier 1784, XXV, 24. - -[1870] Lettre de la comtesse de Coislin au duc d'Harcourt.—_Le -Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe _siècles_, -IV, 238. - -[1871] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 116. - -[1872] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la -Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 31. - -[1873] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 mars 1786, XXXI, 155. - -[1874] _Ibid._ - -[1875] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 265.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la -République des lettres_, 13 janvier 1786, XXXI, 30, 31.—On chantait -encore cet autre couplet, peu flatteur pour le cardinal, et qui faisait -allusion à ses moyens de défense: - - Oliva dit qu'il est dindon; - La Motte dit qu'il est fripon; - Lui se proclame un vrai bêta. - Alleluia! - - -[1876] _Corresp. de la marquise de Sabran avec le chevalier de -Boufflers_, 12. - -[1877] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 275. - -[1878] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 198. - -[1879] _Procès du Collier_, 148. - -[1880] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 14 juillet 1786, XXXII, 192. - -[1881] _Correspondance de la marquise de Sabran avec le chevalier de -Boufflers_, 122, 123. - -[1882] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 5 juin 1786, XXXII, 95. - -[1883] _Ibid._, même date, XXXII, 95, 96, - -[1884] _Ibid._, 96. - -[1885] _Correspond. de la marquise de Sabran avec le chevalier de -Boufflers_, 124. - -[1886] Droz, _Histoire du règne de Louis XVI_, I, 449. - -[1887] _Corresp. de la marquise de Sabran avec le chevalier de -Boufflers_, 124. - -[1888] _Ibid._, 133. - -[1889] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République de -lettres_, 2 juin 1786, XXXII, 91. - -[1890] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la -Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 48. - -[1891] _Procès du Collier_, 156, note. A la Révolution, le cardinal, -après avoir un instant hésité, fut de ceux qui restèrent fidèles. Il se -retira dans la partie allemande de son diocèse et racheta en partie, -par sa conduite, les torts de sa vie passée. - -[1892] Vergennes à Bernis, 5 juin 1786.—Archives Bernis.—Cité par M. -Fr. Masson, _Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 444, note. - -[1893] Voir _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 21. - -[1894] _Mémoires de Mme Campan_, 221. - -[1895] _Ibid._, 462. - -[1896] Le duc d'Harcourt à M. de Villedeuil, 11 juin 1786.—_Le -Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe _siècles_, -III, 316, 317. - -[1897] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 151. - -[1898] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 52. - -[1899] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 151, 152. - -[1900] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 juillet 1786, XXXII, 166. - -[1901] _Ibid._, 7 juillet 1786, XXXII, 176. - -[1902] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 7 juillet 1786, XXXII, 174. - -[1903] _Ibid._, 15 juillet 1786, XXXII, 193, 194. - -[1904] _Ibid._, 9 juillet 1786, XXXII, 183. - -[1905] _Correspondance littéraire de Grimm_, juillet 1786, 3e partie, -IV, 8. - -[1906] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 55. - -[1907] Mme de Staël à Gustave III, novembre 1786.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 404, 405. - -[1908] Lettré du comte de Salmour, envoyé de Saxe, à M. de Stutterheim, -avril 1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 165: «Quoique, -depuis quelque temps, elle—la Reine—ne se mêle pas aussi directement -des affaires qu'on le croit à l'étranger, malgré que quelques personnes -aient l'air de dédaigner sa faveur, après avoir vu l'impossibilité -de l'obtenir, il n'en est pas moins vrai que son influence procurera -toujours dans ce pays une existence majeure à ceux qu'elle voudra -protéger.» - -[1909] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 27 février 1785, XXVIII, 176. - -[1910] Dans les commentaires si curieux et si intéressants dont il a -accompagné la publication du _Livre-Journal_ de la couturière de la -Reine, Mme Eloffe, le comte de Reiset a donné la reproduction d'un -corsage de Marie-Antoinette, conservé avec le journal. D'après les -mesures prises sur ce corsage par des couturières en renom, le tour de -taille de la Reine à cette époque, vers 1787—ou 1788—devait être de 54 -à 58 centimètres. - -[1911] En 1785, suivant Métra, il n'y eut pas moins de 363 -gentilshommes et 241 dames qui sollicitèrent l'honneur d'être présentés -à la famille royale. Versailles reprit son ancien éclat: la Reine donna -des bals dans l'ancien théâtre de la Cour des Princes et des spectacles -où fut admise toute la Cour, dans une salle disposée à l'extrémité -de l'aile droite du château.—_Le Petit Trianon_, 271. Dans l'hiver -de 1786, les bals eurent un éclat particulier. La salle de bal était -arrangée comme un palais de fée; on y avait représenté le jardin de -Trianon avec jets d'eau, bosquets de verdure, statues, buissons de -roses; la salle de billard était illuminée; une énorme glace sans tain -séparait la salle de bal de la salle de jeu.—Mme de Staël à Gustave -III, _Gustave III et la Cour de France_, I, 393.—C'était une sorte -d'adieu; les bals devaient finir en 1787. - -[1912] Mme de Staël à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de -France_, I, 407.—«Sa Majesté joue beaucoup plus petit jeu, au -quinze, au billard, au trictrac.»—Lettre du comte de Salmour à M. de -Stutterheim.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 165. - -[1913] Mme de Staël à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de France_, -I, 407. - -[1914] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 2 septembre 1785, XXIX, 242, 243. - -[1915] Voir sur ces économies de la Reine pour sa toilette la belle -publication du comte de Reiset. _Livre-journal de Mme Eloffe_, II, -507 et suiv. Tous les détails sont donnés avec les dates. Pendant les -cinq années et demie auxquelles s'applique le journal de Mme Eloffe, -la Reine dépensa moins chez sa couturière que Mme Adelaïde. Sa dépense -annuelle n'excède guère douze à treize mille francs. - -[1916] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 140. - -[1917] _Souvenirs d'un page_, par le comte d'Hésecques, 15.—M. -d'Hésecques, qui vit précisément la Reine à cette époque, prétend -qu'elle prit cette démarche fière pour se raidir contre les calomnies. - -[1918] Mme de Staël à Gustave III, novembre 1786.—_Gustave III et la -Cour de France_, I, 407.—Voir aussi _Souvenirs d'émigration_, par la -marquise de Lâge, lettre du 14 mai 1789, LXXI. «Malgré sa bonté et -quelquefois sa bienveillance, il n'y a pas d'esprit et dignité qui -tiennent vis-à-vis de cet air si grand et si digne.» - -[1919] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 19 septembre 1782, XXI, 128.—Voir aussi la _Correspondance de -Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 126, 132. - -[1920] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 3 mai 1783, XXII, 301. - -[1921] _Ibid._, 302. - -[1922] _Ibid._, 26 octobre 1783, XXIII, 263. - -[1923] _Ibid._—Voir aussi _Corresp. de Mercy avec Joseph II et -Kaunitz_, I, 138, 151. - -[1924] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 février -1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 112. - -[1925] _Ibid._, 113. - -[1926] _Mémoires de Mme Campan_, 198. - -[1927] _Marie-Thérèse de France_, par Alfred Nettement, 38, 39. - -[1928] Mme de Staël à Gustave III, 11 novembre 1786.—_Gustave III et la -Cour de France_, II, 243. - -[1929] _Souvenirs et Mélanges_, par le comte d'Haussonville. - -[1930] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 12 mai -1781.—_Archives de Versailles_, E, 432. - -[1931] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 5 juin 1786, 127. - -[1932] «J'ai joué, encore enfant, la comédie devant elle -(Marie-Antoinette), disait M. de Sabran au comte de Reiset et -elle m'a si bien embrassé que je me rappelle encore le sentiment -d'orgueil que produisit sur moi cette marque de tendresse. Il faut -avoir vu Marie-Antoinette pour bien se rendre compte de la grâce -et du charme dont Dieu l'avait comblée. Pauvre Reine! elle a été -calomniée!»—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde -de France_, publiées par le comte de Reiset, 119. - -[1933] Dans le rude hiver de 1784, elle envoie cinq cents louis -au lieutenant de police pour les pauvres et douze mille livres à -l'archevêque de Paris, en déclarant que «jamais dépense ne fut plus -agréable à son cœur».—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la -République des lettres_, 30 janvier,—6 février 1784, XXV, 74, 84.—C'est -à cette occasion qu'on éleva dans les rues de Paris des pyramides de -glace en l'honneur du Roi et de la Reine, avec ces vers: - - Reine, dont la bonté surpasse les appas, - Près d'un Roi bienfaisant occupe ici ta place. - Si ce monument frêle est de neige et de glace, - Nos cœurs pour toi ne le sont pas. - -_Ibid._, 24 février 1784, XXV, 120. - -[1934] _Souvenirs et mémoires du prince de Ligne._ - -[1935] _Journal de Louis XVI_, cité dans le _Petit Trianon_, 318. - -[1936] _Mémoires de Mme Campan_, 185, 186. - -[1937] _Le Barbier de Séville_, acte II, scène VIII. - -[1938] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 29 mars 1784, XXV, 201. - -[1939] _Mémoires de Mme Campan_, 119. - -[1940] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 26 janvier 1782, XX, 56. - -[1941] _Ibid._, 9 février 1781, XVII, 63. - -[1942] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe -_siècles_, IV, 113. - -[1943] _Portefeuille d'un talon-rouge_, 20. - -[1944] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, X, 239. - -[1945] _Portefeuille d'un talon-rouge_, 23. - -[1946] Ils voyagent sous le nom de comte et comtesse de Nellembourg et -restent en France du 11 mai au 17 juin 1786. - -[1947] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 41. - -[1948] _Ibid._, II, 41. - -[1949] Du 26 juillet au 28 août 1786, sous le nom de comte et comtesse -de Bély. - -[1950] Le comte de Mercy au duc de Saxe-Teschen, 2 mars 1784.—_Louis -XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 82. - -[1951] Fragments des Mémoires du duc de Saxe-Teschen.—_Ibid._, 139. - -[1952] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 29 octobre 1784, XXVI, 267. - -[1953] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 16 octobre -1784.—_Archives de Versailles._ - -[1954] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 10 mars 1783, XXII, 153. - -[1955] _Mémoires d'Augeard_, 135. - -[1956] Sénac de Meilhan. _Mœurs et portraits de ce temps_, 43, note.—La -vente du château Trompette à Bordeaux a produit précisément six -millions.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République -des lettres_, 20 février 1785, XXVIII, 152, 153. - -[1957] _Ibid._, 153. - -[1958] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 168. - -[1959] _Mémoires de Mme Campan_, 200. - -[1960] _Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 8 -mars 1787, 46.—Lettre du comte de Salmour à M. de Stutterheim, avril -1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 166. - -[1961] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 13 avril 1787, XXXIV, 394. - -[1962] _Ibid._, XXXVI. 91. - -[1963] Joseph II à Marie-Christine, 31 août 1786.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 411. - -[1964] _Mémoires de Mme Vigée-Lebrun_, I, 46. - -[1965] _Mémoires de Mme Vigée-Lebrun_, I, 49.—_Le Petit Trianon_, 336. - -[1966] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la -Cour et la ville_, de 1777 à 1792, 9 février 1787, II, 109. - -[1967] _Ibid._, 28 septembre 1787, II, 186. - -[1968] _Anecdotes du règne de Louis XVI_, citées en note dans les -_Mémoires de Mme Campan_, 226. - -[1969] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, XXXV, 101, 102. - -[1970] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, -61. - -[1971] Staël à Gustave III, 8 février 1787.—_Corresp. diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 39.—Toutes les correspondances du temps -signalent ce refroidissement de la Reine et de Mme de Polignac. «Elles -ne tiennent plus l'une à l'autre, écrit l'envoyé de Saxe, le comte de -Salmour, que par les liens d'une longue habitude.»—Le comte de Salmour -à M. de Stutterheim, avril 1787.—_Revue de la Révolution_, décembre -1886, p. 166. - -[1972] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, -56, 59. - -[1973] Staël à Gustave III, 2 et 8 février 1787.—_Corresp. diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 37, 39. - -[1974] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, -I, 60. - -[1975] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme -Elisabeth_, 98. - -[1976] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 24 juin 1787, 249. - -[1977] Marie-Antoinette à Mme Elisabeth, 22 juin 1787.—_Vie de Mme -Elisabeth_ par M. de Beauchesne, I, 267. - -[1978] _Mémoires de Weber_, 210. - -[1979] Staël à Gustave III, 13 janvier 1788.—_Corresp. diplomatique du -baron de Staël-Holstein_, 81.—Staël ajoute; «Quelques-uns attribuent -ce changement aux ennuis et aux chagrins qui, depuis l'année dernière, -ont altéré sa gaîté, à la dureté avec laquelle ses actions ont été -blâmées, à la crainte que lui a souvent inspirée la turbulence des -basses classes, enfin à ce penchant naturel à l'humanité de se jeter -d'un extrême dans l'autre.» _Ibid._ - -[1980] _Mémoires de Mme Campan_, 224, 225. - -[1981] Un fait curieux, relevé par Necker et consigné par Bachaumont, -c'est que les dépenses de la Maison du Roi avaient diminué depuis -Louis XVI. «Malgré l'énorme différence d'un siècle et des valeurs, dit -le chroniqueur, la dépense actuelle ordinaire et regardée jusqu'ici -comme essentielle pour la dignité royale était moindre en 1780 qu'en -1699.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 23 septembre 1780, XVI, 4. - -[1982] Le vendredi 29 décembre 1786.—_Ibid._, 1er janvier 1787, XXXIV, -1. - -[1983] Lettre de Mme Elisabeth, 15 mars 1787, citée par M. de -Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth_. - -[1984] Lettre du comte de Salmour, envoyé de Saxe, à M. de Stutterheim, -ministre des affaires étrangères de l'électeur de Saxe, avril -1787.»—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, 165. - -[1985] Certains hommes d'Etat étaient moins confiants que le Roi -et partageaient les craintes de la Reine. De Rome, le cardinal de -Bernis écrivait à Vergennes, le 13 février, le jour même où Vergennes -mourait: «Je suis bien vieux, mais je voudrais l'être davantage. -L'avenir me fait peur.» Bernis à Vergennes, 13 février 1787. Archives -de Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 448.—La -convocation des États généraux ne calma point les pressentiments -sinistres du vieux cardinal. - -[1986] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, 17 février 1787, XXXIV, 156, 157. - -[1987] _Corresp. littéraire de Grimm_, 3e partie, IV, 157. - -[1988] Notamment de la publication de l'_Avertissement_, où Calonne, -par la plume de Gerbier, les accusait de sacrifier les intérêts publics -à leurs intérêts propres. - -[1989] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la -Cour et la ville_, II, 131, 133, 138.—La Reine, suivant Staël, aurait -porté les derniers coups, en ouvrant les yeux du Roi que fascinait -encore l'esprit du contrôleur général.—_Corresp. diplomatique du baron -de Staël-Holstein_, 8 mars 1787, p. 46. - -[1990] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, Journal, 12 juillet 1787, p. 268. - -[1991] _Mémoires de Mme Campan._ - -[1992] Pendant sa dernière maladie, la Reine, fidèle à ses souvenirs et -à ses affections, envoyait demander des nouvelles tous les jours et à -la fin quatre fois par jour.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire -de La République des lettres_, 8 et 13 mai 1785, XXIX, 20, 28. - -[1993] _Du gouvernement, des mœurs, et des conditions en France avant -la Révolution_, par Sénac de Meilhan, 109. - -[1994] Note de Montmorin, citée par Droz, I, 105. - -[1995] Mme de Staël.—_Considérations sur la Révolution française_, I, -95. - -[1996] Voir notamment les lettres de Staël, des 3 mars 1785, 8 février, -6 mai 1787. _Corresp. diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 14, 39, -55.—Staël, gendre de Necker, n'est évidemment pas suspect ici. - -[1997] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 130.—Voir aussi -_Corresp. de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 81. - -[1998] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, -I, 5. - -[1999] _Mémoires de Weber_, 105. - -[2000] _Ibid._ - -[2001] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 411. - -[2002] Le même à la même, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 70. - -[2003] Le même à la même, 15 juillet 1777.—_Ibid._, III, 95. Cette -bonne opinion de Joseph II et de Mercy sur Brienne persista jusqu'au -bout. Voir la _Corresp. de Mercy avec Joseph. II et Kaunitz_, I, 73, -80, 81, 84, 87, etc. - -[2004] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1775.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 401. - -[2005] _Ibid._ - -[2006] _Mémoires de Weber_, 105. - -[2007] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète -du comte de Mercy_, III, 491.—«C'est un des meilleurs prélats -administrateurs de la nouvelle école,» dit Bachaumont.—_Mémoires -secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 3 -février 1783, XXIII, 73. - -[2008] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, -I, 50. - -[2009] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 8 mai 1787, 230.—«C'est la plus pauvre tête du Conseil -d'État,» disait Mme Staël.—_Considérations sur la Révolution -française_, I, 98.—_Voir_ aussi _Particularités et observations sur les -contrôleurs généraux des finances_, par M. de Montyon. - -[2010] Staël à Gustave III, 31 mars 1787.—_Corresp. diplomatique du -baron de Staël-Holstein_, 59. - -[2011] Le 25 mai 1787. - -[2012] _Considérations sur la Révolution française_, par Mme de Staël, -I, 101, 102. - -[2013] Droz, _Histoire de Louis XVI_, II, 6, 7. - -[2014] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 299. - -[2015] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 février -1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 113. - -[2016] _Correspondance secrète inédite sur Marie-Antoinette, Louis XVI, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 147. - -[2017] _Ibid._, 15 avril 1787, II, 125.—_Mémoires secrets pour servir à -l'histoire de la République des lettres_, 5 avril 1787, XXXIV, 356. - -[2018] _Ibid._, 7 février 1787, XXXIV, 113. - -[2019] La réforme seule de l'écurie atteignait cent mille écus.—Fersen -à son père, 25 mai 1787.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, -Introduction, XLV. - -[2020] _Correspondance secrète sur Marie-Antoinette, Louis XVI, la Cour -et la ville_, II, 182. - -[2021] _Souvenirs d'un page_, 223, 224. - -[2022] _Mémoires de Besenval_, 306. - -[2023] Fersen à son père, 25 mai 1787.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France._ Introduction, XLII. - -[2024] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de -Boufflers_, 300. - -[2025] _Ibid._ - -[2026] Notamment Vaudreuil et Coigny.—_Ibid._, 300. - -[2027] _Ibid._ - -[2028] _Mémoires du baron de Besenval_, 305. - -[2029] _Ibid._, 306. - -[2030] Voir sur ces affaires de Hollande le curieux ouvrage de M. -Pierre de Witt. - -[2031] Marie-Antoinette à Joseph II, 24 avril 1788.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 115. - -[2032] La même au même, 16 juillet 1788.—_Ibid._, 117. - -[2033] _Mémoires de Weber._ - -[2034] _Mémoires de Mme Campan_, 223, note. - -[2035] _Ibid._, 225. Cette répugnance de la Reine pour les affaires -est comme attestée à chaque page par la _Correspondance de Mercy avec -Joseph II et Kaunitz_. - -[2036] _Mémoires de Weber_, 112. - -[2037] Droz: _Histoire de Louis XVI_, II, 78. - -[2038] _Mémoires de Weber_, 145. - -[2039] _Ibid._ - -[2040] Marie-Antoinette à Mercy, 19 août 1788.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 197. - -[2041] Necker à Mercy, 21 août 1788.—_Ibid._, 204. - -[2042] Marie-Antoinette à Mercy, 17 août 1788.—_Ibid._, 198. - -[2043] 25 août 1788.—_Mémoires de Weber_, 154. - -[2044] Marie-Antoinette à Mercy, 25 août 1788.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 216.—_Voir_ aussi: _Mémoires -de Weber_, 154. Sénac de Meilhan, _Du gouvernement des mœurs et des -caractères de ce temps_, 213.—«M. Necker est arrivé au ministère par le -choix de la Reine,» écrivait Staël qui devait être bien informé.—Staël -à Gustave III, 31 août 1788.—_Correspondance diplomatique du baron de -Staël-Holstein_, 88. - -[2045] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, -I, 53. - -[2046] Marie-Antoinette à Mercy, 23 août 1783.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 216. - -[2047] «Ah! que ne m'a-t-on donné ses quinze mois!—de l'archevêque de -Sens.—A présent, c'est trop tard,» s'écria, dit-on, Necker.—Mme de -Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I, 128. - -[2048] Le prince de Ligne à Joseph II, mai 1788, cité par M. de -Falloux. _Louis XVI_, p. 132. - -[2049] Il en paraissait de dix à douze par jour.—Le comte de Fersen, à -son père, 10 décembre 1788.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, -Introduction, XLV. - -[2050] _Mémoires de Weber_, 160-163. - -[2051] _Voir_ sur ce rôle grandissant du Tiers-État, le bel ouvrage de -M. Babeau: _Les Bourgeois d'autrefois_, Paris, Didot, 1886. - -[2052] Fersen, à son père, 10 décembre 1788. _Le comte de Fersen et la -Cour de France_, Introduction, XLIV, XLV. - -[2053] Sénac de Meilhan. _Du gouvernement, des mœurs et des conditions -en France avant la Révolution_, 190.—_Mémoires de Mme Campan_, 226. - -[2054] _Histoire du règne de Louis XVI_, par Droz, 128. - -[2055] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, lettre du 17 -avril 1789, p. LXXIII. - -[2056] «Il y a plus de politique entre eux,—la Reine et le comte -d'Artois,—que de cordialité,» écrivait, dès le commencement de 1787, le -comte de Salmour.—Lettre du comte de Salmour à M. de Stutterheim, avril -1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 166. - -[2057] _Mémoires de Mme Campan_, 227. - -[2058] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 décembre 1777.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, II, 404. - -[2059] Mercy à Marie-Thérèse, 18 octobre 1776.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, II, 503.—_Voir_, pour les détails de cette fête de -Brunoy, les _Mémoires de Mme Campan_, 135, 136. - -[2060] Marie-Antoinette à la princesse de Lamballe, juillet -1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 148. - -[2061] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1777.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 97. - -[2062] Le même à la même, 15 novembre 1775.—_Ibid._, II, 399. - -[2063] Le même à la même, 15 août 1774.—_Ibid._, II, 217. - -[2064] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des -lettres_, XXXVI. - -[2065] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 juillet -1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 352. - -[2066] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Ibid._, III, -447.—_Souvenirs d'un page_, 57. - -[2067] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Correspondance secrète -du comte de Mercy_, III, 447. - -[2068] Chose curieuse, un des griefs de Madame contre sa belle-sœur, -était précisément la froideur que la Reine avait montrée à Mme de -Balbi, lorsqu'elle la lui avait présentée comme survivancière de la -duchesse de Lesparre, sa dame d'atours. _Voir_ les lettres de Mercy à -Marie-Thérèse des 15 juillet, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 447, 557.—Confér.: _Mémoires secrets pour servir -à l'histoire de la République des lettres_, 15 septembre 1780, XV, 303. - -[2069] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du -comte de Mercy_, III, 457. - -[2070] _Souvenirs d'un page_, 58. - -[2071] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1777.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, III, 123. - -[2072] Le même à la même, 29 mai 1778.—_Ibid._, 208.—Lettre du comte -de Salmour à M. de Stutterheim, avril 1787.—_Revue de la Révolution_, -décembre 1886, p. 166. - -[2073] Mercy à Marie-Thérèse, 17 avril 1780.—_Corresp. secrète du comte -de Mercy_, III, 422. - -[2074] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 27 décembre -1781.—_Archives de Versailles_, E, 432. - -[2075] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre 1778.—_Corresp. -secrète du comte de Mercy_, II, 374. - -[2076] _Voir_ notamment les lettres de la marquise de Bombelles à son -mari des 23 juin et 14 juillet 1781.—_Archives de Versailles_, E. - -[2077] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme -Elisabeth_, 10. - -[2078] _Histoire de Mme Elisabeth_, par M. de Beauchesne, I, 261. - -[2079] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 8 septembre -1781.—_Archives de Versailles_, E. - -[2080] La même au même, 9 septembre 1781.—_Ibid._ - -[2081] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 9 septembre -1781.—_Archives de Versailles._ - -[2082] La même au même, 31 août 1781.—_Ibid._ - -[2083] La même au même, 12 décembre 1781.—_Ibid._—Mme Elisabeth à Mme -de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme Elisabeth_, 98. - -[2084] Lettre du 15 mars 1787, citée par M. de Beauchesne. _Histoire de -Mme Elisabeth_, I, 257. - -[2085] _Mesdames de France_, par M. A. de Barthélemy, 364. - -[2086] _Ibid._, 363. - -[2087] _Ibid._, 364. - -[2088] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1774.—_Corresp. secrète du -comte de Mercy_, II, 111. - -[2089] _Correspondance secrète de Métra._ - -[2090] _Souvenirs d'un page_, 79. - -[2091] _Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 68. - -[2092] Louis XV s'était vainement opposé à ce mariage.—_Mémoires de la -baronne d'Oberkirch_, I, 218, 219. - -[2093] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776, 15 et 19 février -1777.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, II, 427; III, 19, 25. - -[2094] Le même à la même, 17 août 1776.—_Ibid._, II, 476. - -[2095] Le même à la même, 17 novembre 1778.—_Ibid._, III, 264. - -[2096] _Voir_ Chevallier, _Histoire de la marine française_. - -[2097] La Reine avait fait créer tout exprès pour lui la charge de -colonel général des hussards et troupes légères.—Mercy à Marie-Thérèse, -17 novembre 1778.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III, 264. - -[2098] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la -Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 204. - -[2099] _Ibid._, II, 203. - -[2100] _Ibid._, II, 204. - -[2101] _Mémoires de Besenval_, 323. - -[2102] Par suite de la sécheresse de l'été.—Fersen à son père, 10 -décembre 1788.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, Introduction, -XLV. - - - - - ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ - │ Note de transcription: │ - │ │ - │ Corrections: │ - │ p. 27: halangua ⟶ harangua. «...la harangua en allemand. » │ - │ p. 183: Post-scriptum de Louis XVI à a ttre.... ⟶ Post-scriptum │ - │ de Louis XVI à sa lettre.... │ - │ p. 194: ... ses grâces étrangers u Français,.... ⟶ ... ses │ - │ grâces; étrangers ou Français,.... │ - │ p. 253: ... de se faire bien venir...⟶ ... de se faire bien │ - │ voir.... │ - │ p. 376: ... crainte de la commettre.... ⟶ ...par crainte de la │ - │ commettre.... │ - │ p. 590: ... le 19 novembre 1887.... ⟶ ... le 19 novembre 1787....│ - │ │ - │ Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été │ - │ rajoutés: p. 165 note 547, p. 301 note 988, p 429 note 1479, │ - │ p. 506 note 2095. │ - │ │ - │ Variantes non corrigées: │ - │ Envi et envie. │ - │ Gaieté et gaîté. │ - │ Règne et régne, règner et régner. │ - └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘ - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 1 -(of 2), by Maxime de La Rocheterie - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 1 *** - -***** This file should be named 53502-0.txt or 53502-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/5/0/53502/ - -Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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