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-The Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 1 (of
-2), by Maxime de La Rocheterie
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 1 (of 2)
-
-Author: Maxime de La Rocheterie
-
-Release Date: November 12, 2016 [EBook #53502]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 1 ***
-
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-
-Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │
- │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │
- │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │
- │ │
- │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │
- │ │
- │ Voir la note plus détaillée à la fin de ce livre. │
- │ │
- │ La Table des Matières se trouve en fin de livre. │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
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- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
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-
-ÉMILE COLIN.—IMPRIMERIE DE LAGNY
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-[Illustration: Héliog. & Imp. Lemercier & Cie
-
-MARIE ANTOINETTE
-
-d'après un portrait inédit légué à M. H. de Lacombe par Mgr Dupanloup.]
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-
- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
- PAR
-
- MAXIME DE LA ROCHETERIE
-
- OUVRAGE COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE
-
- DEUXIÈME ÉDITION
-
- TOME PREMIER
-
- [Illustration]
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER
- PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
-
- 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35
-
- 1892
-
- Tous droits réservés
-
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-
-PRÉFACE
-
-
-Chargé de rendre compte, dans la _Revue des questions historiques_, de
-la _Correspondance du comte de Mercy avec Marie-Thérèse_, qui venait de
-paraître, nous écrivions, il y a quelques années, les lignes suivantes:
-
-«La vérité historique est là, dans ces rapports de Mercy, entre
-«le vague des partiales assertions de Mme Campan, de Weber et de
-Montjoye» et les «calomnies, les erreurs grossières de Besenval, de
-Lauzun et de Soulavie»; entre le dénigrement systématique des uns et
-l'«enthousiasme superstitieux» des autres; entre le pamphlet et la
-légende, mais pourtant plus près de la légende. Marie-Antoinette n'est
-pas une coupable, ce n'est pas une sainte; c'est une femme honnête et
-charmante, un peu étourdie, un peu vive, mais toujours pure; c'est une
-reine, parfois ardente dans ses protections et irréfléchie dans sa
-politique, mais fière et énergique: vraiment reine par la dignité de
-son attitude et l'éclat de sa majesté; vraiment femme par la séduction
-de ses manières et la tendresse de son cœur, en attendant qu'elle
-devînt martyre par la torture de ses épreuves et le triomphe sanglant
-de sa mort[1].»
-
-Quinze ans de recherches consciencieuses, l'examen de documents
-nouveaux et de premier ordre, comme les Papiers du comte de Fersen, la
-Correspondance du baron de Staël, celle du comte de Goltz, celle du
-comte de Mercy avec Joseph II et Kaunitz, les Mémoires de la duchesse
-de Tourzel, etc., n'ont pas modifié notre opinion, et nous écririons
-encore en 1889 ce que nous pensions déjà en 1874.
-
-Les qualités qui paraissent pendant ces dix premières années de
-l'existence de Marie-Antoinette en France, nous les retrouvons pendant
-les treize dernières, jusqu'à la date fatale du 16 octobre 1793, avec
-les seuls changements que l'âge, l'expérience, la maternité, le malheur
-surtout y devaient apporter.
-
-Nous nous sommes efforcé de les retracer, telles qu'elles résultent,
-à nos yeux, de la lecture et de la comparaison des textes, en tenant
-compte, autant que possible, des causes premières et des causes
-secondes qui ont pu influer sur elles.
-
-Nous n'avons pas dissimulé davantage les défauts et les fautes, n'ayant
-eu d'autre souci que de chercher la vérité et d'autre ambition que de
-la dire.
-
-Avons-nous réussi? Ce sera à nos lecteurs de répondre[2].
-
- Orléans, 22 décembre 1889.
-
-
-
-
-INTRODUCTION
-
-
-«Si jamais événement a eu des droits à l'étonnement public, c'est celui
-de l'union du Roi et de l'Impératrice-Reine, conclue en 1756[3].»
-
-C'est en ces termes que, dans les instructions remises en 1759 au comte
-de Choiseul, nommé ambassadeur à Vienne, l'un des principaux promoteurs
-du grand changement survenu au XVIIIe siècle dans la politique de
-la France, le duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères,
-appréciait ce grave événement, et sa conviction était si profonde qu'il
-répétait la même pensée, sous la même forme, deux fois encore dans ses
-instructions diplomatiques, en 1761, pour le comte du Châtelet, en
-1766, pour le marquis de Durfort[4].
-
-Le changement avait été radical en effet, et l'étonnement public
-avait dû être grand. Depuis plus de deux siècles, la France s'était
-habituée à regarder l'Autriche comme son éternelle rivale. Libre
-du côté de l'Angleterre qui, pendant tout le Moyen âge, avait été
-l'ennemie héréditaire, mais que la glorieuse épopée de Jeanne d'Arc
-et, plus tard, la prise de Calais par François de Guise avaient
-définitivement rejetée de l'autre côté de la Manche, elle avait eu,
-depuis le commencement des temps modernes, à défendre non pas seulement
-sa puissance, mais son existence même contre la double étreinte des
-Habsbourg, qui, par leurs deux branches, d'Espagne et d'Autriche,
-la resserraient au Nord, au Midi et à l'Est. Briser cette ceinture
-qui nous étouffait, repousser au delà de nos frontières naturelles
-les postes avancés que le roi d'Espagne d'un côté, l'Empereur de
-l'autre avaient sur le territoire national, reprendre la liberté de
-nos mouvements et assurer à la couronne de France «le rôle supérieur
-qui convenait à son ancienneté, à sa dignité et à sa grandeur[5]»,
-tel avait été le but poursuivi, avec une patiente obstination et
-une habileté patriotique, par les princes qui, depuis François Ier,
-s'étaient succédé sur le trône et les grands ministres qui les avaient
-servis. Un moment dissimulée plutôt que suspendue par les troubles
-religieux sous les derniers Valois, la lutte avait repris avec plus
-d'éclat et de force sous les Bourbons. Ce combat pour la vie avait été
-l'origine d'alliances qui avaient dû coûter au Roi Très Chrétien, mais
-que la nécessité avait imposées: l'alliance avec le sultan et avec les
-protestants d'Allemagne et de Hollande qui, ennemis de l'Espagne et
-de l'Autriche, étaient naturellement pour nous d'utiles auxiliaires.
-Et c'est ainsi que, sous la protection de la France, s'était fondée
-et développée la grandeur des Hohenzollern, qui, d'électeurs de
-Brandebourg, étaient devenus rois de Prusse.
-
-Mais la situation s'était modifiée. Les conquêtes de Richelieu et de
-Mazarin, consacrées par les traités de Westphalie et des Pyrénées,
-les victoires de Louis XIV, ses défaites même, aboutissant à la
-paix d'Utrecht, avaient bouleversé la carte de l'Europe. La Maison
-d'Autriche avait été à tout jamais chassée d'Espagne, où les Bourbons
-l'avaient remplacée, et si elle était demeurée d'abord un danger par
-ses possessions d'Italie, par ses domaines des Pays-Bas surtout,
-où la coalition l'avait manifestement placée comme une avant-garde
-contre nous, et par l'alliance de l'Angleterre, qui, sympathique à
-Louis XIV, sous les Stuarts, avait repris, avec Guillaume III et la
-Maison de Hanovre, toutes ses traditions antifrançaises, les traités
-de Vienne et d'Aix-la-Chapelle, qui l'avaient évincée de Naples et de
-Parme, en même temps que le traité de Belgrade la refoulait du côté de
-l'Orient[6], avaient bien affaibli son prestige, tandis que grandissait
-parallèlement celui de la Prusse.
-
-Convenait-il de pousser jusqu'au bout nos revendications, de poursuivre
-jusqu'à l'épuisement l'abaissement d'un adversaire vieilli et humilié,
-pour élever sur ses ruines une puissance jeune, remuante, belliqueuse,
-dont le chef, sans autre règle que ses convoitises, sans autre frein
-que ses intérêts, sans autres scrupules que ceux de son ambition,
-venait de montrer, dès ses débuts, qu'il n'était ni un client docile,
-ni un allié fidèle? Fallait-il, par un prétendu respect pour une
-politique traditionnelle et de famille, mais en réalité par esprit de
-routine, s'obstiner dans un système dont les effets utiles étaient
-produits, et ne valait-il pas mieux, en mettant fin à une lutte
-désormais sans objet, garantir les résultats acquis et consolider
-l'équilibre obtenu en assurant la paix?
-
-Depuis quelque temps, du reste, les observateurs attentifs auraient pu
-saisir des symptômes de détente dans la haine séculaire des Maisons
-de France et d'Autriche. L'empereur Charles VI, guéri de ses idées de
-conquête et éclairé par ses derniers échecs, songeait à se rapprocher
-de la France, et le cardinal de Fleury n'était nullement éloigné
-d'accepter ses ouvertures. «Il pensait, a-t-on écrit justement, que la
-France et l'Autriche, parvenues toutes deux à leur plein développement,
-devaient chercher à assurer leur pouvoir plutôt qu'à l'étendre et
-qu'elles feraient œuvre de sagesse en s'unissant pour exercer sur le
-reste de l'Europe une action modératrice[7].» L'adhésion de Versailles
-à la Pragmatique Sanction, qui assurait la succession des Habsbourg,
-semblait la consécration de cette politique d'apaisement, et le traité
-même de Belgrade, où l'influence française, s'exerçant au profit de
-la Turquie, avait déjoué les projets de l'Empereur, ne l'avait point
-altérée; une correspondance active s'était établie entre Charles VI et
-Fleury, et, s'il faut en croire un témoin non suspect, Frédéric II,
-ces relations intimes avaient été sur le point d'aboutir à la cession
-pacifique du grand-duché de Luxembourg au Roi[8]. On assure même
-qu'avant de mourir l'Empereur avait recommandé à sa fille de s'unir à
-la France[9].
-
-Quant à Louis XV, dont l'esprit, naturellement juste, voyait souvent
-avec beaucoup de perspicacité le parti à prendre, sans avoir toujours
-l'énergie de le suivre, il partageait sur ce point les sentiments
-de son ministre et penchait visiblement vers un rapprochement avec
-la Cour de Vienne. «Le Roi gémissait depuis longtemps, lit-on dans
-les instructions données au comte d'Estrées, que les préjugés de la
-politique s'opposassent à l'établissement d'un système qui satisfaisait
-son cœur et qui lui paraissait plus propre qu'aucun autre à maintenir
-la vraie religion et la paix générale, et à resserrer dans les bornes
-de leur État et de leur puissance l'ambition de chaque prince[10].»
-
-La malheureuse guerre de la succession d'Autriche, où le cabinet de
-Versailles, poussé par Frédéric II, excité par le parti militaire et
-son chef, le maréchal de Belle-Isle, entraîné par l'opinion publique,
-toujours imbue de ses vieux préjugés, se laissa aller à manquer à la
-parole jurée, cette guerre, qui semblait constituer un grief de plus
-contre la France, ne ralentit pas un désir de rapprochement qui se
-faisait jour malgré tout. Il l'augmenta au contraire en quelque sorte,
-de toute la passion de vengeance que Marie-Thérèse ressentait contre
-le Roi de Prusse. La perte de la Silésie, enlevée brutalement sans
-déclaration préalable d'hostilités, lui était infiniment plus sensible
-que la cession de Parme et de Plaisance. Pendant la guerre même,
-elle avait, à diverses reprises, soit directement, soit par le canal
-de la Cour de Dresde, fait à la Cour de Versailles des propositions
-de paix particulières, offrant même de livrer quelques places des
-Pays-Bas, pourvu que le Roi voulût seulement rester neutre entre elle
-et le Roi de Prusse[11]. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, les avances
-continuèrent, et, il faut le dire, elles furent réciproques.
-
-Tandis que le comte de Kaunitz, qui fut, de 1751 à 1753, ambassadeur à
-Paris, avant de devenir pour quarante ans le directeur de la politique
-autrichienne, cherchait à nouer avec le cabinet de Versailles des
-relations cordiales[12] et y réussissait dans une certaine mesure,
-les instructions données aux ministres de France partant pour Vienne
-étaient empreintes de cette même cordialité. «Le marquis d'Hautefort,
-écrivait le secrétaire d'État aux affaires étrangères, M. de Puysieux,
-en 1750, aura soin de jeter dans ses conversations avec les ministres
-impériaux, lorsqu'il en trouvera des occasions naturelles, que le Roi
-n'est nullement affecté des anciennes défiances qui, depuis le règne
-de Charles-Quint, avaient fait regarder la Maison d'Autriche comme
-rivale dangereuse et implacable de la Maison de France, que l'inimitié
-entre ces deux principales puissances ne doit plus être une raison
-d'État, et que Sa Majesté est au contraire très persuadée qu'elles
-trouveraient leurs sûreté et convenance réciproques dans une alliance
-sincère et dans un parfait concert qu'elles cimenteraient entre elles;
-que cette intelligence, solidement établie, préviendrait nécessairement
-à l'avenir les guerres qui, en épuisant les finances des souverains,
-sont toujours si funestes aux peuples qui en sont les victimes; que
-les engagements que le Roi pourrait prendre dans la suite avec la Cour
-de Vienne, n'ayant pour motif et pour but que le repos public, ne
-devraient pas être incompatibles avec ceux que les deux Cours auraient
-déjà pris avec d'autres puissances[13].»
-
-Même langage trois ans plus tard au marquis d'Aubeterre, qui, en 1753,
-succéda au marquis d'Hautefort.
-
-«Il n'est plus question aujourd'hui de ces fameux démêlés de
-François Ier et de Charles-Quint. Les circonstances ont bien changé;
-le Roi ne songe qu'à vivre dans la meilleure intelligence avec
-l'Impératrice-Reine. Il ne reste aucune trace de ces griefs surannés
-dans le cœur de Sa Majesté; Elle est disposée à contribuer aux
-avantages de Leurs Majestés Impériales[14].»
-
-Toutefois, cette pensée de rapprochement avec l'Autriche,—les
-instructions de M. d'Hautefort l'attestent,—n'allait pas jusqu'à une
-rupture des anciennes alliances. Le Roi de France demeurait ce qu'il
-était depuis le traité de Westphalie, le protecteur de la Confédération
-germanique; ami de l'Autriche, il n'entendait pas lui sacrifier la
-Prusse. C'était un client qui avait grandi sous son patronage; il ne
-l'abandonnait pas. Mais il trouvait que l'enfant avait assez grandi,
-qu'il était remuant, indocile, frondeur, trop disposé à braver son
-tuteur, au besoin même à le supplanter; il était temps d'arrêter un
-développement qui, avec le tempérament connu du jeune successeur de
-Frédéric-Guillaume, pouvait devenir menaçant. Il était utile à la
-France d'avoir en Allemagne un auxiliaire dévoué: il ne pouvait lui
-convenir d'y élever de ses mains une nouvelle rivale. «S'il n'était
-ni de sa gloire ni de son intérêt de livrer le Roi de Prusse aux
-ressentiments de la Cour de Vienne[15]», elle ne pouvait admettre que
-«l'électeur de Brandebourg remplît en Europe la place qu'y occupait un
-Roi de France[16]».
-
-Les choses en étaient là, les deux gouvernements devançant
-manifestement l'opinion de leurs pays, mais s'étant bornés, en somme,
-à des coquetteries et à des politesses, lorsque, au commencement
-de septembre 1755, le comte de Stahremberg, ambassadeur d'Autriche
-à Paris, demanda un rendez-vous à Mme de Pompadour, afin de lui
-faire part, disait-il, de propositions secrètes dont il était chargé
-par l'Impératrice. On a raconté que Marie-Thérèse, désireuse avant
-tout de voir aboutir ces négociations et connaissant l'influence
-prépondérante de la favorite, n'avait pas hésité à lui écrire un
-billet où elle aurait poussé la condescendance jusqu'à la traiter de
-«chère amie». C'est une légende, et Marie-Thérèse elle-même a pris
-soin de la démentir dans une lettre à l'électrice de Saxe[17]. Mais ce
-que l'Impératrice n'avait pas fait, l'ambassadeur n'hésita pas à le
-faire, et c'est par l'entremise de Mme de Pompadour qu'il fit passer
-ses propositions[18]. Il demandait en même temps que le Roi désignât
-un de ses ministres pour assister à cette première conférence et
-servir ensuite d'intermédiaire[19]. Le Roi désigna l'abbé de Bernis,
-et quoique la favorite ait affirmé que ce choix avait été spontané, il
-est bien difficile d'admettre qu'elle n'ait pas au moins indiqué le nom
-d'un homme qui n'avait point encore ses entrées au Conseil, mais qu'en
-revanche elle savait lui être absolument dévoué. C'était d'ailleurs
-un moyen de cacher aux ministres, dont on n'ignorait pas l'hostilité
-contre l'Autriche, une ouverture qui répondait au vœu secret du Roi.
-
-Après quelques objections, Bernis accepta la mission qui lui était
-confiée, et les entrevues commencèrent dès le lendemain avec
-l'ambassadeur d'Autriche. Elles avaient lieu dans une petite maison
-située au bas de la terrasse de Bellevue, et dont le nom de _Babiole_
-a servi de thème aux plaisanteries des amis de Frédéric II. Mme de
-Pompadour assista à la première; les autres eurent lieu entre Bernis
-et Stahremberg seuls; il n'y avait même pas de secrétaire pour les
-écritures. «L'intention de l'Impératrice était de négocier comme
-tête à tête avec le Roi[20].» A Vienne, Marie-Thérèse, Joseph II et
-Kaunitz; à Versailles, le Roi et Mme de Pompadour étaient seuls dans
-la confidence. Ce ne fut qu'au bout de près de trois mois que les
-ministres français, ou du moins quelques-uns d'entre eux, y furent
-admis. Quant aux ministres étrangers, le secret, dit Bernis, fut si
-bien gardé que, «pendant plus de six mois, ils ne soupçonnèrent rien de
-notre intelligence[21].» Chaque soir, Bernis rendait compte directement
-au Roi des résultats de la journée et faisait approuver par lui toutes
-les réponses et mémoires qu'il remettait à Stahremberg[22].
-
-Quelque désir passionné d'arriver à une solution qu'il vit chez le
-souverain, le négociateur français ne s'avançait qu'avec la plus
-extrême prudence: il redoutait toujours un piège. La franchise même,
-l'abandon avec lequel le gouvernement impérial exposait ses projets et
-découvrait ses vues, le mettait en garde contre leur sincérité. Les
-propositions de Marie-Thérèse offraient des avantages réels pour la
-France, pour la Maison de Bourbon, pour la paix de l'Europe; mais elles
-entraînaient un tel changement dans le système politique que Bernis
-hésitait à y acquiescer. Le Roi les eût acceptées plus résolûment;
-mais il comprit les motifs de son plénipotentiaire et lui laissa carte
-blanche. La réponse faite aux premières ouvertures de Stahremberg fut
-réservée, presque froide; on se retranchait derrière les stipulations
-d'Aix-la-Chapelle, et les négociations traînaient en longueur,
-lorsqu'une découverte inattendue vint changer la face des choses et
-presser la solution.
-
-Dès le premier jour,—et c'était une des bases principales sur
-lesquelles il appuyait ses raisonnements—l'ambassadeur avait révélé
-que, depuis le mois d'août[23], le Roi de Prusse préparait, par
-l'intermédiaire du duc de Brunswick, un traité avec l'Angleterre. Mais
-comment croire à cette défection? Notre diplomatie n'en avait rien su.
-N'était-ce pas un piège qu'on nous tendait, en excitant notre légitime
-susceptibilité? Le Roi de Prusse était lié à nous, depuis quatorze
-ans, par un traité qui n'expirait que dans quelques mois. Comment
-supposer qu'au moment de le renouveler,—car rien n'indiquait de la part
-d'aucune des parties des intentions de rupture,—il allait contracter
-avec l'Angleterre, jusque-là fidèle alliée de l'Autriche et notre
-traditionnelle ennemie? Comment le supposer, surtout à l'heure où un
-conflit nouveau venait d'éclater entre les deux vieilles rivales? Le 8
-juin 1755 en effet, en pleine paix, sans déclaration d'hostilité, la
-flotte anglaise avait enlevé deux bâtiments français, l'_Alcide_ et le
-_Lys_. L'injure avait été vivement ressentie en France, et le ministre
-de Prusse à Paris, le baron de Knyphausen, renchérissant encore sur la
-légitime indignation du public, s'en allait répétant tout haut qu'une
-pareille agression était intolérable, qu'il fallait la punir sans
-retard, en attaquant à la fois l'Angleterre et son amie l'Autriche,
-offrant même l'appui de son maître, prêt à entrer en Bohême avec cent
-quarante mille hommes[24]. Le Conseil du Roi, qui n'était pas prêt,
-avait résisté à ces excitations; il s'était contenté d'adresser des
-réclamations au cabinet de Londres, s'abstenant de toutes représailles,
-mais préparant néanmoins la guerre qui paraissait chaque jour plus
-inévitable. Comment croire que c'était précisément le moment que
-Frédéric allait choisir pour abandonner sa fidèle alliée, brutalement
-insultée, et se rapprocher de l'agresseur, contre lequel il manifestait
-si bruyamment sa réprobation?
-
-Quelque étrange et quelque invraisemblable que fût cette révélation
-de Stahremberg, il était urgent de l'éclaircir. Un ambassadeur
-extraordinaire, le duc de Nivernais, fut envoyé à Berlin, sous prétexte
-d'examiner avec le Roi de Prusse la manière de renouveler le traité
-de 1741, en réalité pour démêler ses vrais sentiments et lui «tâter
-le pouls», en quelque sorte, dans une conjoncture si grave. Grand
-seigneur dans toute la force du terme, mais grand seigneur libéral,
-homme du monde et du meilleur monde, esprit ouvert et éclairé, poète à
-ses heures et membre de l'Académie française, partisan de la Prusse,
-comme la plupart des courtisans à cette époque, le duc de Nivernais ne
-pouvait être à Berlin que _persona grata_. Le Roi lui fit le meilleur
-accueil, le reçut à la fois en plénipotentiaire et en académicien,
-écouta ses vues, écouta ses propositions, le combla de prévenances,
-protesta de son attachement pour la France, endormit sa confiance,
-aveugla sa perspicacité, et, un beau jour, lui déclara cyniquement
-que son ministre à Londres venait de signer un traité d'alliance avec
-l'Angleterre[25]. Quelques instances que fît le duc pour l'empêcher
-de confirmer un acte qui, à cette heure, était vis-à-vis de nous une
-vraie trahison, il le ratifia sous ses yeux en quelque sorte, le 16
-février 1756, offrant en revanche de traiter aussi avec nous, «ce
-qui, dit Bernis, avait l'air d'une véritable dérision[26],» et à
-toutes les plaintes légitimes du plénipotentiaire ne répondant que
-par des plaisanteries. «Vous voilà bien fâché, dit-il en riant; que
-ne faites-vous un traité avec l'Impératrice? Je ne le trouverai pas
-mauvais[27].»
-
-Pendant ce temps, les conférences de Bellevue, refroidies par la
-première réponse de Bernis, ne continuaient que lentement. Il n'était
-d'ailleurs question, entre la France et l'Autriche, que d'un simple
-traité de garantie, dans lequel le négociateur français insistait pour
-faire comprendre le Roi de Prusse[28]. La nouvelle de la trahison
-de Frédéric précipita les choses. «La France ne pouvait rester sans
-alliances; abandonnée par la Prusse, il fallait ou qu'elle s'unît à
-la Cour de Vienne, ou qu'elle demeurât exposée à la ligue des grandes
-puissances de l'Europe[29].» Les négociations, un moment interrompues
-par une maladie de Bernis, aboutirent enfin, le 1er mai 1756, à un
-traité d'alliance défensive et de neutralité.
-
-Cet acte a donné lieu à de vives controverses et à d'ardentes
-critiques, et lorsqu'il a été conclu, et plus tard. Les auteurs de
-mémoires dévoués au Roi de Prusse, les philosophes pensionnés par lui,
-les diplomates de la vieille école dérangés dans leurs traditions,
-ne se sont pas fait faute d'attaquer le profond changement de la
-politique française. Frédéric lui-même, dans ses _Œuvres_, s'est
-posé en victime. L'histoire, mieux connue, a réduit à leur véritable
-valeur les récriminations de cet étrange champion de la justice et
-du droit des gens. Il est bien démontré que c'est lui qui le premier
-a trahi l'alliance française, et que le traité de Versailles n'a été
-que la réponse parfaitement légitime au traité de Londres. Quant aux
-conséquences de cet acte, si elles n'ont pas été telles qu'on eût pu
-les prévoir et les désirer, si elles ont tourné parfois au détriment de
-la France et au profit de l'Autriche, si elles ont abouti aux désastres
-de la guerre de Sept ans, et au partage de la Pologne, la faute n'en
-est pas aux négociateurs du traité de 1756, mais aux continuateurs
-de leur œuvre, qui n'ont pas su lui faire porter ses fruits naturels
-et équitables, et comme l'a très bien dit Bernis, «à notre mauvaise
-conduite, au mauvais emploi de nos forces et à l'intrigue qui a présidé
-au choix de nos généraux[30].»
-
-Mais à l'époque où ce traité a été conclu, il tranchait de la façon
-la plus satisfaisante une situation difficile et délicate. Lorsqu'une
-guerre nouvelle s'engageait avec l'Angleterre, il enlevait à cette
-implacable ennemie son auxiliaire le plus puissant. Il maintenait le
-traité de Westphalie, base de notre influence en Allemagne[31]. Il
-ne nous entraînait pas forcément dans les différends de l'Autriche
-et de la Prusse, puisque par un dernier ménagement pour un ancien
-client, Louis XV avait formellement déclaré qu'aucune mesure ne serait
-prise contre le Roi de Prusse, qu'au cas où ce prince violerait les
-stipulations d'Aix-la-Chapelle. En détruisant ainsi ou du moins en
-diminuant sensiblement les chances de conflit sur le continent,
-en assurant notre frontière du Nord, en unissant les deux grandes
-puissances territoriales, il nous donnait les moyens de refaire nos
-forces navales et de nous livrer tout entiers à la lutte maritime
-contre notre éternelle rivale. Il permettait même de rétablir plus
-promptement la paix et de la fonder sur des bases durables. Et ainsi,
-dit Bernis, «le Roi aurait joué en Europe le plus grand rôle politique
-et militaire sans s'écarter de la droiture et de la justice[32].» A
-l'amitié douteuse du Roi de Prusse, client ombrageux, allié suspect,
-fort surtout par les ressources de son génie, mais toujours prêt
-à changer de parti dans l'intérêt de son ambition, se substituait
-l'alliance d'une puissance de premier ordre qui, désabusée de ses
-prétentions à la monarchie universelle, ramenée à de justes limites,
-n'était plus un danger et était un appui. C'était un acte de sagesse
-et, dans les circonstances données, un acte nécessaire. A vrai dire
-même, c'était moins l'abandon de la politique de Richelieu et de
-Louis XIV, que ce n'en était le couronnement et la consécration. «Le
-plus grand hommage que Louis XV put rendre à ses prédécesseurs, a dit
-un éminent homme d'État, c'était de reconnaître comme doit le faire
-aujourd'hui l'histoire, qu'ils avaient conduit les revendications de
-la France contre l'Autriche à ce point où l'œuvre étant consommée,
-il n'était ni nécessaire ni même prudent de vouloir les pousser plus
-avant[33].»
-
-Et, comme pour cimenter cette politique nouvelle, tandis que, en
-France, se poursuivaient les négociations qui aboutissaient au traité
-de Versailles, en Autriche l'Impératrice donnait le jour à l'enfant qui
-devait être un jour le lien le plus cher et comme le symbole vivant de
-l'alliance des deux pays.
-
-
-
-
-HISTOIRE
-
-DE
-
-MARIE-ANTOINETTE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
- Naissance de Marie-Antoinette.—Le duc de Tarouka.—Le poète
- Métastase.—Education.—La comtesse de Brandeiss.—La comtesse
- de Lerchenfeld.—Mort de François Ier.—Ses instructions à ses
- enfants.—L'abbé de Vermond.—Fêtes des fiançailles.—Départ de
- Marie-Antoinette.—Instructions de l'Impératrice à sa fille.
-
-
-Le 2 novembre 1755, jour des Morts, naissait à Vienne
-Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne de Lorraine d'Autriche.
-
-Le même jour, comme si le malheur devait, dès le début, marquer de
-son ineffaçable empreinte cette vie, qui s'annonçait si brillante et
-qui allait connaître tant de tristesses, un épouvantable tremblement
-de terre ravageait le Midi de l'Europe, détruisait Lisbonne, chassait
-de leur palais en ruines le futur parrain et la future marraine de
-l'enfant[34], ensevelissait trente mille hommes sous les décombres et
-faisait périr sur la plage de Cadix l'héritier d'un des noms les plus
-glorieux de la littérature française, le petit-fils du grand Racine.
-
-La nouvelle archiduchesse était la sixième fille et le neuvième
-enfant de François de Lorraine, empereur d'Allemagne et de l'illustre
-Marie-Thérèse. On raconte qu'au commencement de l'automne 1755,
-l'Impératrice, tenant son cercle à Schœnbrunn, demanda en riant au duc
-de Tarouka: «Aurai-je un fils ou une fille?»—«Un prince, assurément,
-Madame, répondit le courtisan.»—«Eh bien! reprit Marie-Thérèse, je gage
-deux ducats que je mettrai au monde une fille.» Quelque temps après, la
-fille naquit. Le duc de Tarouka avait perdu: il envoya à l'Impératrice
-le prix du pari, enveloppé dans cet ingénieux quatrain du poète
-Métastase:
-
- Ho perduto: l'augusta figlia
- A pagar m'ha condamnato,
- Ma s'e vero ch'a voi simiglia,
- Tutto l'mundo ha guadagnato.
-
-J'ai perdu: l'auguste fille m'a condamné à payer. Mais s'il est vrai
-qu'elle vous ressemble, tout le monde a gagné.
-
-Le 3 novembre, la nouvelle princesse fut baptisée par l'archevêque
-de Vienne. Le parrain et la marraine furent le roi et la reine
-de Portugal, remplacés par l'archiduc Joseph et l'archiduchesse
-Marie-Anne. Un _Te Deum_ solennel fut chanté à la suite; la Cour fut
-pendant deux jours en grande tenue, pendant un jour en petite; mais
-l'Empereur,—était-ce quelque vague pressentiment de l'avenir?—ne put
-se décider à donner un grand dîner public. En revanche, il y eut deux
-jours de fête, les 5 et 6 novembre, spectacle gratis et passage libre
-aux portes de la ville. L'Impératrice, sérieusement indisposée à la
-suite de ses couches, ne célébra son rétablissement que le 14 décembre,
-dans la chapelle de la Cour[35].
-
-Des mains de sa nourrice, Marie-Constance Hoffmann, femme d'un
-conseiller de magistrature, Jean-Georges Weber, la jeune Archiduchesse
-ne tarda pas à passer dans celles de sa gouvernante, la comtesse de
-Brandeiss. La vie était simple à Vienne. «La famille impériale, dit
-Gœthe, n'est qu'une grande bourgeoisie allemande.» L'étiquette y était
-inconnue. L'Empereur et l'Impératrice aimaient à vivre au milieu des
-leurs, bons et familiers avec tous, mais tempérant la familiarité par
-le respect. Malheureusement, absorbés par les soucis de la politique et
-l'administration de leur vaste empire, ils n'avaient guère le temps de
-s'occuper de l'éducation de leurs nombreux enfants. Ils les confiaient
-à des gouverneurs et des gouvernantes, choisis avec soin, mais il
-semble qu'ils leur aient plutôt tracé des instructions qu'ils n'en
-aient surveillé eux-mêmes l'application.
-
-Caractère ardent et enjoué, cœur tendre et sensible, esprit vif et
-plein de finesse, mais difficile à fixer, à la fois opiniâtre dans
-ses volontés et adroite à éluder les remontrances[36], assez portée
-à la raillerie et encouragée dans ce penchant par sa sœur Caroline,
-avec laquelle elle fut élevée jusqu'en 1767[37], montrant plus de goût
-pour les plaisirs que pour les études sérieuses, Marie-Antoinette ne
-trouvait pas chez sa gouvernante cette fermeté grave et immuable qui
-eût pu à la fois contenir sa mobilité et vaincre son obstination.
-Mme de Brandeiss aimait beaucoup son élève, qui le lui rendait bien
-d'ailleurs; mais elle ne la gâtait pas moins; si parfois elle voulait
-se montrer sévère, si elle adressait des réprimandes, une saillie de
-l'enfant, un trait d'esprit, une caresse venait facilement à bout de
-son fugitif mécontentement. Jusqu'à l'âge de 12 ans, elle ne s'était
-guère inquiétée d'imposer à son élève cette application de l'esprit,
-cette régularité du travail, cet empire sur elle-même, sans lesquels
-les plus heureuses dispositions restent stériles; l'éducation ne
-fécondait pas suffisamment une nature, pourtant si richement douée[38].
-
-La comtesse de Lerchenfeld, qui succéda, en 1768, à Mme de Brandeiss,
-avait plus de suite dans les idées, plus de fermeté dans le caractère;
-mais d'une humeur difficile, d'une santé chancelante, il semble
-qu'elle ait peu sympathisé avec l'enfant vive et enjouée dont elle
-était chargée. Marie-Antoinette s'élevait, indépendante et joyeuse,
-spirituelle et charmante, séduisant ceux qui l'approchaient par je ne
-sais quel mélange de pétulance française et de simplicité allemande,
-mais ayant plus de qualités naturelles que de talents acquis. Messmer,
-directeur des écoles de Vienne, lui apprenait à écrire[39]. Métastase
-lui enseignait l'italien; Aufresne et Sainville, la prononciation
-française et la déclamation; Noverre, la danse[40]: d'autres encore,
-la musique et le dessin; mais Marie-Thérèse se plaignait qu'elle ne
-profitât pas assez des leçons de ses maîtres[41].
-
-Si la jeune princesse manifestait pour la musique un goût, qu'elle
-conserva toute sa vie[42], si elle apprenait le latin sans répugnance,
-et l'italien avec plaisir[43], si elle s'intéressait à l'histoire
-pourvu qu'on la lui présentât comme un amusement plutôt que comme
-un travail[44], elle ne faisait pas en tout les mêmes progrès. Son
-écriture était défectueuse[45]; elle ne se forma qu'en France. Ses
-dessins avaient souvent besoin d'être retouchés. Quant à l'orthographe,
-elle prenait avec elle certaines libertés qui lui étaient d'ailleurs,
-il faut bien le dire, communes avec la plupart des femmes distinguées
-de l'époque.
-
-En revanche, son jugement était juste[46]; sa bonne grâce, exquise;
-sa sensibilité, toujours disposée à rendre service[47]. Un jour que
-l'Impératrice était malade, des officiers hongrois attendaient,
-dans son antichambre, le moment de lui présenter une requête.
-Marie-Antoinette les vit en entrant chez sa mère: «Maman, dit-elle, vos
-amis sont inquiets de votre santé et désirent vous voir.»—«Eh! quels
-sont ces amis?»—«Des Hongrois.» On sait quel avait été le dévouement
-chevaleresque des Hongrois pour leur _roi_ Marie-Thérèse. L'Impératrice
-comprit ce qu'avait délicatement insinué l'Archiduchesse et la demande
-des pétitionnaires fut accordée[48].
-
-Une autre fois, l'hiver sévissait rudement à Vienne; les travaux
-avaient été suspendus: la misère était grande. Comme on en parlait
-un soir au palais, dans le salon de la famille, Marie-Antoinette
-s'approcha de sa mère et, lui remettant une petite boîte: «Voilà
-cinquante-cinq ducats, dit-elle; c'est tout ce que j'ai; permettez
-qu'on les distribue parmi ces infortunés.»
-
-Marie-Thérèse accepta, joignit aux économies de sa fille une somme
-plus importante et laissa la charitable enfant distribuer le tout
-elle-même[49].
-
-Avec ces dons charmants du cœur et de l'esprit, avec cette sensibilité
-délicate que relevait une spontanéité toute piquante, avec cette
-expansion de l'enfance, que n'avaient point comprimée les rigidités de
-l'étiquette, et cette naïveté sincère, que n'avait pas altérée l'air
-empoisonné des cours, Marie-Antoinette, ou plutôt Madame Antoine,
-comme on l'appelait au palais de Schœnbrunn, exerçait sur ceux qui la
-voyaient un attrait en quelque sorte irrésistible. Lorsqu'en 1766 Mme
-Geoffrin traversa l'Autriche pour aller visiter, à Varsovie le roi de
-Pologne, celui qu'elle nommait son «cher fils», elle s'arrêta à Vienne
-et y reçut le plus gracieux accueil. Marie-Thérèse voulut lui présenter
-ses filles et particulièrement la dernière. Mme Geoffrin fut séduite:
-«Voilà, dit-elle, une enfant que j'aimerais bien emporter.»—«Emportez,
-emportez,» répondit gaiement l'Impératrice, et elle recommanda à sa
-visiteuse d'écrire en France «qu'elle avait vu cette petite et qu'elle
-la trouvait belle[50]. Mme Geoffrin se garda bien d'y manquer: elle
-raconta son séjour à Vienne à son ami le financier Bautin et les
-salons de Paris commencèrent à s'entretenir de la beauté et de la grâce
-de celle qui ne devait pas tarder à devenir Dauphine de France.
-
-Parfois, cependant, au milieu de ses effusions de tendresse et de ses
-rêves glorieux d'avenir pour sa fille, l'Impératrice se sentait envahie
-par je ne sais quel sombre pressentiment. Alors elle l'attirait dans
-ses bras, la serrait sur son cœur: «Ma fille, lui disait-elle d'une
-voix émue, dans le malheur, souvenez-vous de moi[51].»
-
-Dans sa longue existence, si agitée et si glorieuse, Marie-Thérèse
-avait bien des fois subi la rude étreinte de la douleur, et l'enfant,
-vive et gaie, dont elle baisait les cheveux blonds, devait savoir,
-elle aussi, à un degré inouï, ce que peut sentir de déchirements le
-cœur d'une reine. Elle en avait fait, toute jeune encore, la cruelle
-expérience: Marie-Antoinette n'avait pas dix ans, lorsque son père
-partit pour Inspruck, où il allait assister au mariage de son second
-fils Léopold, grand-duc de Toscane. Avant de se mettre en route, il
-demanda sa fille, «la prit sur ses genoux, l'embrassa à plusieurs
-reprises, et, toujours les larmes aux yeux, paraissant avoir une peine
-extrême à la quitter[52]»: «J'avais besoin, dit-il, d'embrasser cette
-enfant.» Quelques jours après, le 18 août 1765, François de Lorraine
-était frappé d'apoplexie, à la table même du festin de noce.
-
-Mais, en mourant, il laissait à ses enfants sous ce titre: _Instruction
-pour mes enfants tant pour la vie spirituelle que pour la temporelle_,
-d'admirables conseils empreints d'une haute sagesse et d'un véritable
-esprit chrétien, mais où, peut-être, fidèle aux habitudes patriarcales
-de la maison d'Autriche, il parlait plus en particulier qu'en
-souverain, en chef de famille qu'en chef d'empire.
-
-«C'est pour vous montrer encore, après ma mort, que je vous aimais
-de mon vivant, que je vous laisse cette instruction, comme règle sur
-laquelle vous devez vous conduire et comme des principes dont je me
-suis toujours bien trouvé[53].»
-
-Et il les exhorte avant tout à rester sincèrement attachés à la
-religion catholique, fidèles à Dieu «qui seul peut procurer, outre
-le bien éternel, seul unique bonheur, une vraie satisfaction dans ce
-monde».
-
-«C'est un point essentiel que je ne saurais trop vous recommander, dans
-toutes les occasions quelconques, de ne vous jamais étourdir sur ce qui
-vous paraît mal ou chercher à le trouver innocent[54].»
-
-... «Le monde où vous devez passer votre vie n'a rien que de passager,
-n'y ayant que l'éternité qui est sans fin; ainsi que cette réflexion
-doit empêcher de s'y trop attacher; mais Dieu même ayant permis les
-divertissements et que nous jouissons de tout ce que sa bonté nous
-fournit sans nombre pour l'amusement de nos sens, nous en devons jouir
-suivant sa permission.»
-
-... «C'est avec innocence que nous devons jouir des plaisirs de la vie;
-car dès qu'ils peuvent nous mener à du mal, de quelle espèce qu'il
-puisse être, ils cessent d'être plaisirs et deviennent une source de
-remords, de chagrin.»
-
-«Nous ne sommes pas en ce monde pour nous divertir seulement, et Dieu
-n'a donné tous ces amusements que comme un délassement de l'esprit[55].»
-
-... «Quand on doit ordonner, il ne le faut jamais faire sans être
-auparavant bien au fait de ce que l'on ordonne et des raisons pour
-et contre, et alors il faut le faire avec douceur.... Il ne faut
-avoir d'attachement particulier pour rien, et surtout n'avoir aucune
-passion et ne jamais s'abandonner à aucune, car toutes nous rendent
-malheureux[56].»
-
-Puis, après avoir recommandé à ses enfants «la retenue et la
-discrétion, qualités bien nécessaires», car «il n'y a que faire de dire
-tout ce que l'on pense», et la charité pour les pauvres, qui est «une
-bonne œuvre envers Dieu et fait aimer dans le monde», il ajoutait:
-
-«Les soins d'un souverain doivent être principalement de ne pas
-surcharger ses sujets pour soutenir un luxe non nécessaire au maintien
-et tranquillité de ces mêmes sujets ou à la conservation ou au bien de
-ses États...
-
-«Mais je ne veux pas dire pour cela que l'on ne doit vivre
-convenablement à l'état où Dieu nous a mis et où il veut que nous
-vivions suivant celui-là: mais l'un et l'autre se combinent fort
-aisément.»
-
-... «Une chose que je crois aussi bien nécessaire de vous recommander,
-c'est d'éviter d'être jamais oisifs. Les compagnies que l'on fréquente
-sont aussi une matière délicate; car souvent elles nous entraînent
-malgré nous dans bien des choses, dans lesquelles nous ne tomberions
-pas comme elles; ainsi que l'on doit être aussi à cet égard sur ses
-gardes, surtout des personnes comme vous autres, mes enfants, qui
-souvent sont entourées de foule de gens qui ne cherchent qu'à flatter
-leur goût et à les entraîner là où ils croient qu'ils inclinent pour là
-faire leur cour et se mettre en crédit ou faveur, sans considérer ni
-le salut ni le monde; il suffit que cela leur puisse ajouter ou de la
-faveur ou de l'argent[57].»
-
-... «L'amitié est une douceur de la vie: il faut seulement prendre
-garde en qui on met cette même amitié et n'en pas être trop prodigue;
-car tout le monde n'en fait pas bon usage, et souvent il se trouve de
-faux amis qui ne cherchent qu'à profiter de la confiance qu'on leur
-accorde pour en abuser, soit à leur profit, soit à en abuser autrement,
-et par là nous faire beaucoup de tort; c'est pourquoi je vous
-recommande, mes chers enfants, de ne vous jamais précipiter à mettre
-votre amitié et confiance en quelqu'un que vous ne soïez bien sûrs
-et cela depuis longtemps; car les gens de ce monde savent dissimuler
-longtemps[58].»
-
-Enfin, après avoir recommandé à ses enfants l'ordre, une sage économie,
-l'horreur du gros jeu, la concorde entre eux tous et un attachement
-inviolable au chef de leur Maison, il leur traçait un véritable
-règlement de vie, année par année, semaine par semaine, jour par jour,
-heure par heure, et il ajoutait ces graves paroles:
-
-«Je vous recommande _de prendre sur vous deux jours tous les ans pour
-vous préparer à la mort comme si vous étiez sûrs que ce sont là les
-deux derniers jours de votre vie_, et par là vous vous habituerez
-à savoir ce que vous aurez à faire en pareil cas, et lorsque votre
-dernier moment viendra, vous ne serez pas si surpris et saurez ce que
-vous avez à faire... Vous en reconnaîtrez l'utilité par l'usage, et
-cela fait un bien infini, sans que cela fasse aucun mal, sinon que l'on
-fait de sang-froid ce que peut-être la maladie ou le manque de temps
-nous empêcherait de faire[59].»
-
-«C'est ici que je vous ordonne, disait-il en terminant, de lire deux
-fois par an cette instruction, laquelle part d'un père qui vous
-aime au-dessus de tout, et qui a cru nécessaire de vous laisser ce
-témoignage de sa tendre amitié, laquelle vous ne pourrez mieux lui
-témoigner qu'en vous aimant tous de la même tendresse qu'il vous laisse
-à tous[60].»
-
-Ces austères prescriptions furent-elles suivies? Au milieu
-des splendeurs de Versailles et des entraînements de la Cour,
-Marie-Antoinette s'arrêta-t-elle parfois, et se recueillit-elle dans
-la pensée de la mort? Nous ne savons; mais ne semble-t-il pas qu'il y
-ait dans cet avis suprême du père comme une mystérieuse divination de
-l'avenir de la fille, et cette image de la mort, et d'une mort atroce,
-n'apparaît-elle pas à l'historien, menaçante et railleuse, presque
-à chaque pas qu'il fait dans la vie de la gracieuse et infortunée
-souveraine?
-
-«Sur quel peuple désirerais-tu régner?» avait dit un jour Marie-Thérèse
-à Marie-Antoinette.—«Sur les Français, avait répondu vivement l'enfant,
-c'est sur eux qu'ont régné Henri IV et Louis XIV, la bonté et la
-grandeur[61].» Le mot était heureux, et l'Impératrice en avait été si
-enchantée qu'elle avait prié l'ambassadeur de France de le transmettre
-immédiatement au Roi son maître. Les vœux de la fille étaient donc
-d'accord avec la politique de la mère pour une union que ne souhaitait
-pas moins le Roi de France.
-
-L'engagement était conclu bien avant d'être déclaré. Louis XV se
-faisait rendre compte par son ministre à Vienne, le marquis de Durfort,
-des progrès et de l'éducation de l'Archiduchesse. Il envoyait de
-France le peintre Ducreux pour faire son portrait et, le portrait
-achevé, il avait une telle hâte de le voir que l'ambassadeur était
-obligé d'envoyer son fils le porter à Versailles. En Allemagne, on
-donnait l'ordre de réparer les chemins qui devaient conduire en France
-la future Dauphine. A Vienne même, Marie-Thérèse entourait sa fille
-de tout ce qui pouvait lui rappeler la France: elle lui donnait une
-coiffure française; elle voulait surtout lui donner une éducation
-française, et dans ce but elle pria Choiseul de lui indiquer un
-instituteur habile et dévoué qui pût mettre la jeune princesse au
-courant des usages et des traditions de la Cour de France. Choiseul
-hésitait, quand l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, lui parla
-de l'abbé de Vermond, bibliothécaire du collège des Quatre-Nations.
-L'éloge que le prélat fit de son protégé fixa le choix du ministre,
-et quelques jours après l'abbé de Vermond partait pour Vienne, où il
-prenait officiellement possession de son poste.
-
-Caractère sérieux et appliqué, manquant peut-être un peu de
-désintéressement, mais sincèrement dévoué, quoi qu'en ait pu dire Mme
-Campan, qui l'a dénigré dans ses _Mémoires_, par jalousie de métier
-sans doute et rivalité de position, l'abbé de Vermond ne joua pas, près
-de son impériale élève, le rôle odieux que lui prête la première femme
-de chambre. Il ne chercha pas, «par un calcul adroit et coupable, à
-la laisser dans l'ignorance[62]». Ses lettres, aujourd'hui connues,
-prouvent qu'il remplit consciencieusement sa mission et qu'il s'occupa,
-sans arrière-pensée, de combler les lacunes que la tendresse mal
-entendue de la comtesse de Brandeiss avait laissées dans l'éducation de
-l'Archiduchesse.
-
-Dès son arrivée à Vienne, il rédigea un plan d'instruction qu'approuva
-l'Impératrice. Il y comprenait la religion, l'histoire de France,
-en insistant spécialement sur tout ce qui caractérise les mœurs
-et les usages, la connaissance des grandes familles, et surtout
-de celles qui ont des charges à la Cour, une teinture générale de
-littérature française, et une attention particulière sur la langue
-et l'orthographe. Afin de diminuer l'ennui de ces études pour une
-jeune fille peu habituée à se contraindre, il les ramenait, autant
-qu'il pouvait, au tour de la conversation[63]. Système séduisant,
-qui avait l'avantage peut-être de faire pénétrer plus aisément les
-connaissances dans un esprit si difficile à fixer, mais qui avait
-l'inconvénient grave de laisser subsister sans correction le défaut
-même d'application, si nuisible à tout progrès sérieux.
-
-Parfois, en exposant dans ses grandes lignes l'histoire de la monarchie
-française, l'instituteur s'arrêtait pour pressentir le jugement de
-son élève sur la conduite des rois et surtout des reines, et il avait
-la jouissance de constater que presque toujours ce jugement était
-juste. Il y avait chez la jeune princesse une remarquable rectitude
-d'esprit, mais malheureusement une certaine indolence à exercer
-cet esprit d'une manière suivie. «Je ne pouvais, disait l'abbé,
-l'accoutumer à approfondir un objet, quoique je sentisse qu'elle
-en était très capable.» Qu'on ajoute à cela les plaisanteries des
-gens qui trouvaient que l'éducation de l'Archiduchesse devenait trop
-française, l'instinctive jalousie des nationaux contre les étrangers,
-le peu de temps dont disposait Vermond,—une heure par jour seulement
-à Vienne,—les distractions forcées d'une existence qui commençait à
-être moins renfermée, et l'on s'expliquera que les progrès de l'élève
-n'aient point été aussi rapides que l'aurait désiré le maître.
-
-Les progrès existaient cependant. A Schœnbrunn, où l'on était moins
-avare de temps pour l'étude, on regagnait par la conversation ce
-qu'on n'obtenait pas par les leçons régulières[64], et, à l'automne
-1769, Marie-Thérèse étant descendue un jour chez sa fille et l'ayant
-interrogée elle-même pendant près de deux heures, s'en était déclarée
-satisfaite: elle l'avait trouvée «fort capable de raisonnement et de
-jugement, surtout dans les choses de conduite[65]». A la Cour, où
-l'Archiduchesse faisait de plus fréquentes apparitions, à mesure que le
-moment de son mariage approchait, l'impression n'était pas moins bonne.
-On était surpris et ravi à la fois «du ton de bonté, d'affabilité et de
-gaieté qui était peint sur cette charmante figure[66]».
-
-Dans une fête qui lui était offerte à Laxembourg, la veille de la
-Saint-Antoine, la jeune princesse enchantait tout le monde par son
-maintien et ses propos. Kaunitz lui-même, si blasé qu'il fût, en était
-émerveillé. Mercy, qui venait en Autriche au commencement de 1770,
-n'était pas moins flatté de voir que la future Dauphine l'écoutait
-et profitait de ses avis[67]. Peu à peu, on l'initiait à la vie
-publique et à la représentation. Deux fois par semaine, le cavagnol se
-tenait chez elle; les autres jours c'était une loterie. Les princes
-de la famille impériale et les ambassadeurs étaient admis; la soirée
-se prolongeait jusqu'à dix heures. Marie-Antoinette, ou plutôt Mme
-Antoine,—c'est le nom qu'on lui donnait encore,—s'ingéniait à marquer
-de l'intérêt à chacun, et, ajoute un témoin oculaire, elle en venait
-à bout. «Cette grande compagnie lui donnait le meilleur maintien
-et le meilleur ton possible; tout le monde en était enchanté, et
-l'Impératrice plus que tout autre[68].»
-
-Tout se préparait donc pour une union prochaine et ces préparatifs ne
-se faisaient pas à la légère. La mère et la fille envisageaient ce
-grand avenir, qu'elles désiraient toutes deux, avec une religieuse
-gravité. Il avait été décidé que l'Archiduchesse ferait, sous la
-direction de l'abbé de Vermond, une retraite de trois jours pendant la
-Semaine Sainte.
-
-Si mobile qu'elle parût, la jeune fille entendait faire sérieusement
-cette retraite: elle regrettait même qu'elle fût si courte. «Il me
-faudrait peut-être plus de temps pour vous exposer toutes mes idées,»
-disait-elle à son précepteur[69].
-
-Le départ approchait. Dès le 1er juillet 1769, le marquis de Durfort
-avait réglé avec le prince de Kaunitz les détails du mariage. Le projet
-de contrat était soumis au Roi, à son retour de Compiègne, et, le 13
-janvier 1770, la dernière note de la Cour de Vienne était transmise
-à Versailles. Dans les premiers jours d'avril, les félicitations
-officielles commençaient: le 2, les gardes-nobles allemandes
-et hongroises étaient admises à l'honneur de baiser la main de
-l'Archiduchesse; le même jour, le recteur de l'Université la haranguait
-en latin et elle lui répondait dans la même langue; le 3, c'était le
-tour des officiers de la garnison et des magistrats[70].
-
-Le 14 avril, l'Impératrice annonça solennellement à ses ministres le
-mariage de sa fille avec le Dauphin de France. «Le 16, raconte la
-_Gazette de France_, vers les six heures du soir, la Cour étant en
-grand gala, l'ambassadeur de France a eu de LL. Majestés Impériales et
-Royales une audience solennelle dans laquelle il a fait, au nom du Roi
-son maître, la demande de Mme l'Archiduchesse Antoinette pour future
-épouse de Monseigneur le Dauphin.»
-
-«Après cette cérémonie, il y a eu grand appartement au palais. Lorsque
-l'ambassadeur s'y est rendu, il a été reçu par les grands officiers
-de LL. Majestés; les gardes du palais bordaient le grand escalier;
-les gardes du corps à pied étaient dans la première des antichambres;
-les gardes-nobles allemandes et hongroises formaient dans les autres
-une double haie et la Cour était aussi nombreuse que brillante.
-L'ambassadeur s'est d'abord rendu à l'audience de l'Empereur et ensuite
-à celle de l'Impératrice-Reine, à qui il a fait, au nom du Roi Très
-Chrétien, la demande de Madame l'Archiduchesse. Sa Majesté Impériale
-et Royale y ayant donné son consentement, Son Altesse Royale a été
-appelée dans la salle d'audience et, après avoir fait une profonde
-révérence à l'Impératrice et reçu les marques de son aveu, elle a pris
-des mains de l'ambassadeur une lettre de Monseigneur le Dauphin et le
-portrait de ce prince[71], lequel a ensuite été attaché sur la poitrine
-de l'Archiduchesse par la comtesse de Trautmansdorff, grande-maîtresse
-de la maison de Son Altesse Royale. Vers les 8 heures 1/2 du soir, la
-Cour s'est rendue à la salle des spectacles, qui était magnifiquement
-ornée et illuminée. On y a représenté _la Mère confidente_, comédie de
-Marivaux; après quoi on a exécuté un ballet nouveau de la composition
-du sieur Noverre, intitulé: _les Bergers de Tempè_[72].»
-
-Le lendemain, 17, suivant l'usage observé en pareille occurrence par
-la Maison d'Autriche, l'Archiduchesse fit, dans la salle du Conseil,
-devant l'ambassadeur de France et en présence de l'Empereur, de
-l'Impératrice, des ministres et des conseillers d'État, sa renonciation
-à la succession héréditaire, tant paternelle que maternelle. Le prince
-de Kaunitz lut la formule de renonciation; Marie-Antoinette la signa
-et prêta serment sur l'Évangile, que tenait le comte de Herberstein,
-coadjuteur du prince-évêque de Laybach[73]. Le même jour, l'Empereur
-donna au Belvédère une fête magnifique, aux préparatifs de laquelle
-cent ouvriers travaillaient depuis plus de deux mois: souper de quinze
-cents personnes, bal masqué, feu d'artifice, rien ne manqua à l'éclat
-de cette solennité.
-
-Le 18, ce fut le tour de l'ambassadeur de France. Les rues qui
-aboutissaient au palais Lichtenstein, où logeait l'ambassade, étaient
-brillamment illuminées; les avenues, l'entrée, l'intérieur étaient
-décorés avec un goût exquis, et dans le fond du jardin s'élevait un
-élégant édifice, représentant le temple de l'Hymen, d'où, la nuit
-venue, s'élancèrent dans les airs des gerbes étincelantes de fusées.
-
-Le 19, à six heures du soir, toute la Cour se rendit à l'église des
-Augustins, par la galerie du palais, bordée d'une double haie de
-grenadiers. L'Impératrice conduisait sa fille, magnifiquement vêtue
-d'une robe de drap d'argent, dont la comtesse de Trautmansdorff
-portait la queue. L'archiduc Ferdinand représentait le Dauphin.
-Lorsque l'Empereur et l'Impératrice furent sous le dais, l'Archiduc
-et l'Archiduchesse s'agenouillèrent aux places qui leur étaient
-réservées. Le nonce du Pape, Visconti, bénit les anneaux et donna
-à l'auguste couple la bénédiction nuptiale. Puis il entonna le _Te
-Deum_, qui fut chanté par la musique de la Cour, au bruit du canon
-et de la mousqueterie. Le mariage par procuration était accompli;
-l'Archiduchesse était Dauphine et le comte de Lorge, fils de
-l'ambassadeur marquis de Durfort, partait immédiatement pour en
-transmettre la nouvelle à Versailles.
-
-Le lendemain, la Cour dînait en public: il y avait le soir grand
-appartement, et l'on frappait une médaille où l'Hymen et la Concorde
-tressaient des couronnes de myrte et portaient des cornes d'abondance
-avec cette devise: _Concordia novo sanguinis nexu firmata_[74].
-
-Et cependant, au milieu de ces fêtes enivrantes et de ces éclatantes
-perspectives, je ne sais quelle tristesse pesait sur les cœurs et
-oppressait les poitrines. Était-ce le simple déchirement de la
-séparation? Était-ce ce mystérieux tressaillement qui, aux heures
-solennelles, trouble les âmes les plus fermes? Quelque brillant
-que parût le destin de la nouvelle épouse, c'était, dans l'avenir,
-l'inconnu; dans le présent, l'éloignement.
-
-Clairvoyante comme elle l'était, exactement informée, par son fidèle
-ambassadeur Mercy, de tout ce qui se passait à la Cour de France,
-Marie-Thérèse ne pouvait se laisser éblouir par le grand établissement
-réservé à sa fille; elle ne pouvait ignorer combien était miné et
-chancelant le trône sur lequel l'Archiduchesse devait s'asseoir un
-jour. On raconte qu'avant le départ de Marie-Antoinette elle voulut
-interroger sur son avenir un thaumaturge célèbre, le docteur Gasser. Le
-docteur regarda longuement la jeune princesse, hésita un instant, et
-finit par répondre d'un air grave qu'il y a des croix pour toutes les
-épaules.
-
-Quoi qu'il en soit de cette anecdote, qui n'est peut-être qu'une
-légende, à Vienne on s'affligeait du départ de cette jeune princesse,
-qui ne s'était fait connaître que par sa grâce et sa bonté. Tout le
-monde, hommes et femmes, était abîmé de douleur. Les avenues et les
-rues de la ville étaient remplies d'une foule attristée. «La capitale
-de l'Autriche, a dit un témoin oculaire, présentait l'image d'un
-deuil[75].»
-
-Le 21 avril, à neuf heures et demie du matin, la nouvelle Dauphine prit
-congé de sa mère, quitta cette ville de Vienne, qu'elle ne devait plus
-revoir, et partit pour la France. L'Empereur l'accompagna jusqu'à
-Molek[76]: il ne pouvait se décider à se séparer de cette sœur qu'il
-grondait souvent, mais qu'il aimait plus encore. Quand le lendemain, à
-midi, il rentra à Vienne, il trouva la ville toujours plongée dans la
-tristesse, et Marie-Thérèse baignée de larmes.
-
-Mais le jour même du départ, le 21, l'Impératrice s'était arrachée un
-moment à ses chagrins pour tracer, elle aussi, à sa fille, un règlement
-de vie, où l'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, la sagacité
-de la grande politique, la clairvoyance de la mère, ou la foi de la
-chrétienne[77].
-
-Comme l'Empereur François, elle s'attachait à prémunir la jeune
-princesse contre les écueils qui allaient être semés sous ses pas;
-mais s'adressant à Marie-Antoinette seule, ses instructions avaient
-un caractère plus personnel et plus précis. Comme l'Empereur, elle
-recommandait avant tout la piété, cette vertu maîtresse et fondement
-de toutes les autres; elle en rappelait à grands traits les préceptes,
-ceux de cette piété large et indulgente, qui est une force pour
-celui qui la pratique, sans être jamais une singularité ni une gêne
-pour autrui; mais elle n'oubliait pas les devoirs propres à la haute
-situation destinée à sa fille, et les règles de conduite particulières
-à la Cour de France.
-
-«Ne vous chargez d'aucune recommandation, disait-elle; n'écoutez
-personne, si vous voulez être tranquille. N'ayez pas de curiosité:
-c'est un point dont je crains beaucoup à votre égard. Évitez toute
-sorte de familiarité avec des petites gens. Demandez à M. et Mme de
-Noailles, en l'exigeant même, sur tous les cas, ce que, comme étrangère
-et voulant absolument plaire à la nation, vous devriez faire, et
-qu'ils vous disent sincèrement s'il y a quelque chose à corriger
-dans votre maintien, dans vos discours ou autres points. Répondez
-agréablement à tout le monde, avec grâce et dignité. Vous le pouvez,
-si vous le voulez. Il faut aussi savoir refuser... Depuis Strasbourg,
-vous n'accepterez plus rien sans en demander l'avis de M. ou Mme de
-Noailles, et vous renverrez à eux tous ceux qui vous parleront de leurs
-affaires, en leur disant honnêtement qu'étant vous-même étrangère, vous
-ne sauriez vous charger de recommander quelqu'un auprès du Roi. Si
-vous voulez, vous pouvez ajouter, pour rendre la chose plus énergique:
-«L'Impératrice, ma mère, m'a expressément défendu de me charger
-d'aucune recommandation.» N'ayez point de honte de demander conseil à
-tout le monde et ne faites rien de votre propre tête[78].»
-
-Quinze jours après, le 4 mai, le cortège déjà près d'entrer en France,
-l'Impératrice, qui ne se consolait du départ de sa fille qu'en songeant
-à elle et qui la suivait par la pensée dans toutes les étapes de sa
-route, lui écrivait encore, pour ajouter de nouveaux conseils au
-règlement de vie:
-
-«Vous trouverez, lui disait-elle, un père tendre qui sera en même temps
-votre ami, si vous le méritez. Ayez en lui toute confiance, vous ne
-risquerez rien. Aimez-le; soyez-lui soumise; tâchez de deviner ses
-pensées; vous ne sauriez faire assez dans le moment où je vous perds.
-
-«..... Du Dauphin, je ne vous dis rien; vous connaissez ma délicatesse
-sur ce point. La femme est soumise en tout à son mari et ne doit avoir
-aucune occupation que de lui plaire et de faire ses volontés.
-
-«Le seul vrai bonheur dans ce monde est un heureux mariage, j'en peux
-parler. Tout dépend de la femme, si elle est complaisante, douce et
-amusante.
-
-«..... Je vous recommande, ma chère fille, tous les 21, de relire mon
-papier. Je vous prie, soyez-moi fidèle sur ce point: je ne crains chez
-vous que la négligence dans vos prières et lectures, et la tiédeur
-et négligence suivront. Luttez contre; car cela est plus dangereux
-qu'un état plus imparfait et même plus mauvais; on en revient plutôt.
-Aimez votre famille, soyez-leur attachée, à vos tantes comme à vos
-beaux-frères et belles-sœurs. Ne souffrez aucune tracasserie; vous
-êtes à même de faire taire les gens, au moins de les éviter, ou en
-vous éloignant d'eux. Si vous aimez votre tranquillité, évitez dès le
-commencement ce point que je crains, connaissant votre curiosité[79].»
-
-Pendant ce temps, la Dauphine s'avançait à travers l'Allemagne.
-Le 25 avril, elle arrivait à Munich; le 29, à Augsbourg; le 30, à
-Gunzbourg[80]. Partout sur son passage les populations se pressaient:
-elles accouraient, désireuses de voir une Archiduchesse d'Autriche, et
-une Dauphine de France; elles s'en retournaient, ravies de sa bonne
-grâce, de sa beauté, de ses attentions, de son air de douceur[81].
-Pendant la route, les dames qui l'accompagnaient cherchaient à
-la distraire. L'une d'elles ayant eu l'indiscrétion de lui dire:
-«Êtes-vous bien empressée de voir Monseigneur le Dauphin?»—«Madame»,
-répondit avec un ton plein de dignité la jeune princesse, «je serai
-dans cinq jours à Versailles; le sixième, je pourrai plus aisément vous
-répondre.» La leçon donnée, elle reprit son air d'enjouement et de
-bienveillance; mais sa pensée se portait obstinément vers son pays et
-vers ceux qu'elle y avait laissés. Lorsqu'elle eut franchi les limites
-des provinces placées sous la domination de l'impératrice, «Hélas!
-dit-elle, en fondant en larmes, je ne la verrai plus[82]».
-
-C'était le dernier cri de son cœur, le suprême adieu envoyé à tous ses
-souvenirs d'enfance, à tous ses liens de famille, à tout ce qu'elle
-avait chéri dans sa patrie allemande. Du jour où elle mit le pied sur
-le sol de France, elle se sentit toute Française.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
- La Dauphine en France.—Strasbourg.—Nancy.—Reims.—Compiègne.—Portrait
- de la Dauphine.—Marie-Antoinette à Saint-Denys.—Souper à la Muette,
- avec Mme du Barry.—Fêtes du mariage à Versailles.—Prétentions des
- princesses de la Maison de Lorraine.—Fêtes de Paris.—Catastrophe
- de la place Louis XV.—Lettre du Dauphin au lieutenant de police.
-
-
-Le 3 mai, le comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire pour aller
-au-devant de la Dauphine, entrait à Strasbourg. C'est dans cette ville,
-conquise à la France par Louis XIV, qu'il devait saluer, au nom de la
-France, l'épouse du petit-fils de Louis XIV. Le 5 mai, la comtesse de
-Noailles, dame d'honneur, le comte de Tessé, premier écuyer, le comte
-de Saulx, chevalier d'honneur, arrivaient à leur tour avec la maison
-de la Dauphine. Enfin le 7, vers midi, Marie-Antoinette elle-même
-paraissait sur la rive du Rhin.
-
-Dans une île, au milieu du fleuve, s'élevait un pavillon, destiné à
-ce qu'on nommait la cérémonie de la _remise_. C'est là que la jeune
-princesse devait passer des mains de sa Maison allemande dans celles
-de sa Maison française. Par une étrange distraction, les tapisseries,
-choisies dans le garde-meuble de la couronne pour décorer la grande
-salle qui devait abriter pour la première fois sous un toit français
-cette jeune femme allant rejoindre son époux, représentaient les
-amours malheureuses et les querelles sanglantes de Jason et de Médée,
-c'est-à-dire «l'exemple de l'union la plus infortunée qui fût
-jamais[83].» Étranges tableaux et plus étrange bienvenue! Gœthe, alors
-étudiant à Strasbourg, avait été frappé, à la vue de ces tentures,
-comme d'un sombre présage, et l'on assure qu'en les apercevant
-l'Archiduchesse ne put retenir un mouvement d'effroi: «Ah! dit-elle,
-quel pronostic[84]!»
-
-Le pavillon du Rhin était divisé en trois pièces: au milieu un vaste
-salon, où devait se faire la remise, à droite et à gauche, deux
-appartements: dans l'un se tenait la Maison française, dans l'autre la
-Maison autrichienne. C'est dans cette dernière que la Dauphine dut se
-prêter à la fastidieuse cérémonie de la toilette. L'étiquette voulait
-qu'elle quittât tout ce qui, dans son costume, pouvait rappeler son
-pays d'origine, jusqu'à ses bas, jusqu'à son linge. Quand elle eut subi
-cette ennuyeuse opération et qu'elle eut revêtu son costume envoyé de
-Paris, sous cette mode française, dit un témoin, «elle parut mille
-fois plus charmante[85]». Les portes s'ouvrirent; la Dauphine passa
-dans le salon central: elle y fut reçue par le comte de Noailles,
-Bouret, secrétaire du cabinet du Roi, et Gérard, premier commis des
-affaires étrangères. Dès que les pleins pouvoirs eurent été échangés,
-et les actes de remise et de réception signés par les commissaires
-respectifs, la pièce où se tenait la Maison française fut ouverte; la
-Dauphine, légère et gracieuse, s'avança vers la comtesse de Noailles
-et se jeta dans ses bras en lui demandant d'être son guide, son appui
-et sa consolation. A ce moment, les dames de la Maison allemande
-s'approchèrent de leur jeune maîtresse pour lui baiser les mains une
-dernière fois et se retirer ensuite; elle les serra sur son cœur en
-pleurant beaucoup, les chargea de tendresses pour sa mère, ses sœurs,
-ses amies de Vienne[86], et se retournant vers ses dames françaises:
-«Pardonnez-moi» dit-elle en souriant à travers ses larmes, «c'est pour
-la famille et la patrie que je quitte; désormais je n'oublierai plus
-que je suis française.»
-
-La ville de Strasbourg était en fête. Elle avait préparé pour la
-Dauphine les splendeurs qu'elle avait déployées, vingt-cinq ans
-auparavant, pour le voyage de Louis le Bien-Aimé. Douze ans plus tard,
-Marie-Antoinette en conservait encore pieusement le souvenir: «C'était
-là, disait-elle, qu'elle avait reçu les premiers vœux des Français
-et compris le bonheur de devenir leur Reine[87].» Trois compagnies
-de jeunes enfants de douze à quinze ans, habillés en Cent-Suisses,
-formaient la haie sur le passage de la princesse. Vingt-quatre jeunes
-filles des familles les plus distinguées de Strasbourg, en costume
-national, répandaient des fleurs devant elle, et dix-huit bergers et
-bergères lui présentaient des corbeilles de fleurs. Lorsqu'elle mit le
-pied sur le territoire de la cité, le chef du Magistrat, M. d'Antigny,
-la harangua en allemand: «Ne parlez point allemand, Monsieur,»
-dit-elle; «à dater d'aujourd'hui, je n'entends plus d'autre langue que
-le français[88].»
-
-Quand elle entra en ville dans les carrosses du Roi, une triple
-décharge d'artillerie la salua: les cloches sonnèrent à toute volée,
-et le maréchal de Contades, gouverneur de Strasbourg, la reçut sous
-un magnifique arc de triomphe. Sur la place de l'hôtel de ville, des
-fontaines de vin coulaient pour le peuple: dans les rues, des bœufs
-entiers rôtissaient, et les distributions de pain étaient si abondantes
-qu'on ne se donnait même plus la peine d'en ramasser les morceaux[89].
-
-La Dauphine traversa la ville entre deux haies de soldats et mit
-pied à terre au palais épiscopal, où le cardinal de Rohan, évêque
-de Strasbourg, lui présenta son chapitre. Le soir, il y eut grand
-couvert, présentation des dames de la noblesse, jeux donnés par les
-corps de métiers, danse exécutée par les tonneliers, spectacle à la
-Comédie-Française[90]. Lorsque la nuit vint, la cité entière parut
-embrasée: les maisons, les édifices publics étaient illuminés; des
-courants de feu serpentaient du haut en bas de la cathédrale, dessinant
-avec des reliefs lumineux les gracieux détails du chef-d'œuvre d'Erwin
-de Steinbach. En face de l'évêché, de l'autre côté de la rivière, une
-vaste colonnade, dont les arcades laissaient entrevoir des jardins
-dans la perspective; un parterre factice, élevé sur des bateaux,
-glissait sur l'eau et venait rejoindre les jardins, et le soir les
-arbres étincelaient de verres de couleur. En même temps, un magnifique
-feu d'artifice, reflétant dans l'Ill mille figures mythologiques, des
-écussons, des chars, des dieux marins, et le chiffre entrelacé du
-Dauphin et de la Dauphine, transformait la rivière en une nappe de
-feu[91].
-
-Le lendemain, 8, Marie-Antoinette visitait la cathédrale. Par
-une étrange rencontre, le prélat qui l'attendait à la porte avec
-le chapitre pour la complimenter et qui saluait en elle «l'âme de
-Marie-Thérèse qui va s'unir à l'âme des Bourbons[92]» était le neveu de
-l'évêque, ce prince Louis de Rohan qui devait infliger plus tard à la
-Dauphine, devenue Reine, la plus mortelle injure. Mais alors, en cet
-horizon si brillant, qui eût pu deviner des points noirs?
-
-De Strasbourg la Dauphine se rendit à Saverne, où elle logea dans le
-château des évêques. Le cardinal de Rohan lui présenta une vieille
-femme de cent cinq ans qui n'avait jamais été malade. «Princesse,» dit
-cette femme en allemand, «je fais des vœux au ciel pour que vous viviez
-aussi longtemps que moi et aussi exempte d'infirmités.»—«Je le désire,
-répondit la Dauphine, si c'est pour le bonheur de la France.» Et après
-lui avoir donné sa main à baiser, elle ordonna qu'on lui remît une
-somme d'argent[93].
-
-Le soir, il y eut bal; après le bal, feu d'artifice; après le feu
-d'artifice, souper, où, pour la dernière fois, les dames de la Maison
-allemande de Marie-Antoinette furent réunies aux dames de la Maison
-française. Le 9, elles prirent définitivement congé de l'Archiduchesse;
-le prince de Stahremberg seul resta pour l'accompagner.
-
-La Dauphine quittait l'Alsace, enchantée de l'accueil qu'elle y
-avait reçu. Sur sa route, les paysans accouraient de toutes parts;
-les chemins étaient jonchés de fleurs; les jeunes filles, dans leurs
-plus belles parures, apportaient des bouquets. Les populations des
-campagnes, si avides de spectacles et si ardentes alors dans leur
-amour pour leurs princes, se pressaient autour du carrosse, et,
-apercevant à travers les stores le frais et gracieux visage de la jeune
-femme: «Qu'elle est jolie, notre Dauphine!» disaient-elles. Une dame
-de la suite, qui entendit ce propos, le fit remarquer à la princesse:
-«Madame,» répondit Marie-Antoinette, «les Français ont pour moi les
-yeux de l'indulgence[94].»
-
-Le 9 au soir, la Dauphine arriva à Nancy, illuminé comme Strasbourg.
-Nancy, c'était le berceau de la Maison de Lorraine, le lieu de
-naissance de l'Empereur François; c'était un dernier trait d'union
-entre sa famille d'origine et sa famille d'adoption, entre l'Autriche
-et la France. Le lendemain, après les cérémonies officielles elle se
-rendit au couvent des Cordeliers, pour s'agenouiller sur le tombeau de
-ses pères. La pensée grave de la mort se mêlait à l'éblouissement des
-fêtes.
-
-Le soir, Marie-Antoinette couchait à Bar; à Lunéville, la gendarmerie,
-aux ordres du marquis de Castries et du marquis d'Autichamp, lui
-rendait les honneurs militaires; à Commercy, l'Archiduchesse recevait
-un hommage qui lui allait peut-être plus droit au cœur: une blonde
-enfant de dix ans lui offrait un bouquet de fleurs et saluait en elle
-«la descendante d'une famille qui, depuis près de mille ans, n'avait
-cessé de régner sur les cœurs des Lorrains[95]».
-
-A quelques lieues de Châlons, un vieux curé de campagne, entouré de
-toute sa paroisse, s'approcha du carrosse de la Dauphine pour la
-complimenter. Il avait pris pour texte de son discours ces paroles du
-Cantique des Cantiques: «_Pulchra es et formosa._» Mais à la vue de la
-princesse, le respect, l'émotion, la surprise le troublèrent tellement
-qu'il lui fut impossible d'aller plus loin que son texte. Il avait
-beau chercher dans sa tête; la mémoire lui faisait obstinément défaut.
-Marie-Antoinette s'en aperçut, et, pour mettre un terme à l'embarras
-de ce brave homme, elle prit de sa main, avec un charmant sourire de
-remerciement, le bouquet qu'il lui présentait. «Ah! Madame,» s'écria le
-bon curé, retrouvant sinon son discours, du moins sa présence d'esprit,
-«ne soyez pas étonnée de mon peu de mémoire; à votre aspect, Salomon
-eût oublié sa harangue et n'eût plus pensé à sa belle Égyptienne[96].»
-
-Le 11, la Dauphine descendit à Châlons, à l'hôtel de l'Intendance. Six
-jeunes filles, dotées par la ville à l'occasion de son mariage, vinrent
-lui réciter des vers:
-
- Princesse dont l'esprit, les grâces, les appas
- Viennent embellir nos climats,
- En ce jour glorieux, quel bonheur est le nôtre!
- Nous devons notre hymen à la splendeur du vôtre.
- Le ciel fait à l'État deux faveurs à la fois
- Dans cette auguste et pompeuse alliance:
- Nous donnerons des sujets à la France.
- Et vous lui donnerez des Rois[97].
-
-Le soir il y eut spectacle où l'on joua _la Partie de chasse de Henri
-IV_, souper en public, illumination qui représentait le temple de
-l'Hymen, inauguration de la nouvelle porte de ville, dont la Dauphine
-accepta la dédicace, distribution de pain, de vin et de viande,
-acclamations réitérées de _Vive le Roi! Vive Madame la Dauphine!_
-
-Le 12, Marie-Antoinette passa à Reims, la cité du sacre: «Voilà,
-dit-elle galamment, la ville de France que je désire revoir le plus
-tard possible.»
-
-Le soir, elle arriva à Soissons, entourée des gardes du corps qui
-l'escortaient depuis Fismes[98]. Les bourgeois et les compagnies
-de l'arquebuse l'attendaient aux portes de la ville. Les rues qui
-conduisaient à l'évêché, où devait loger la princesse, étaient garnies
-d'une singulière et pittoresque décoration: un double rang d'arbres
-fruitiers, de vingt-cinq pieds de haut, entre lesquels couraient des
-guirlandes de lierre, de fleurs, de gaze d'or et d'argent, entremêlées
-de lanternes. Reçue par l'évêque duc de Soissons, au bas du perron de
-son palais, la Dauphine fut conduite à son appartement par une galerie
-éclairée de mille candélabres. Des distributions furent faites au
-peuple et, le soir, un merveilleux feu d'artifice montra à la foule
-enthousiasmée un temple surmonté d'un double groupe: la Renommée
-annonçant la Dauphine à la France, et un Génie lui présentant son
-portrait.
-
-Le lendemain, fidèle aux leçons de sa mère, Marie-Antoinette communia
-des mains de l'évêque dans la chapelle de l'évêché, et le soir
-assista, dans la cathédrale, à un _Te Deum_ solennel[99]. Le 14, dans
-l'après-midi, elle prit la route de Compiègne.
-
-Dans une des villes qu'elle traversa, des professeurs et des écoliers
-vinrent la complimenter en latin; elle se retrouva assez savante pour
-répondre à ces jeunes Cicérons dans la même langue[100].
-
-Tout ce voyage, de Strasbourg à Compiègne, n'avait été pour la
-princesse qu'un long et éclatant triomphe. Partout, sur son passage,
-les populations étaient accourues en habits de fête; partout elle les
-avait séduites par la bonne grâce de son maintien, par la fraîcheur de
-son sourire, par la bienveillance de son accueil, par la justesse de
-ses propos, par «sa gaîté douce et par son affabilité majestueuse»,
-disait la _Gazette_: «spectacle bien touchant, ajoutait le rédacteur,
-pour une nation dont le premier sentiment est l'amour de ses
-maîtres[101].» On voyait la Dauphine et l'on s'en retournait charmé; on
-l'entendait et l'on était transporté. «Notre Archiduchesse Dauphine a
-surpassé toutes mes espérances,» écrivait Mercy[102].
-
-La famille royale était tout entière réunie à Compiègne. Déjà le Roi
-avait envoyé le marquis de Chauvelin à Châlons, le duc d'Aumont à
-Soissons, le duc de Choiseul à quelques lieues de Compiègne, au-devant
-de la Dauphine. Lui-même était parti de Versailles, le 13, avec le
-Dauphin et Mesdames, avait couché à la Muette et était arrivé le
-14, à Compiègne, pour attendre l'épouse de son petit-fils. C'est au
-milieu de la forêt, au pont de Berne, qu'eut lieu l'entrevue. A peine
-la jeune princesse eut-elle aperçu le Roi, que, se précipitant à
-bas de sa voiture, elle alla se jeter à ses pieds. Ravi de cet élan
-d'abandon, Louis XV la releva, l'embrassa avec beaucoup de tendresse
-et la présenta au Dauphin, qui, suivant l'étiquette, la salua à la
-joue. On revint au Château, le Roi dans le fond du carrosse, avec la
-Dauphine à ses côtés[103]; le Dauphin sur le devant, avec la comtesse
-de Noailles[104]. Le Roi et le Dauphin conduisirent eux-mêmes
-l'Archiduchesse à son appartement et lui présentèrent successivement
-les membres de la famille royale: le duc d'Orléans, le duc et la
-duchesse de Chartres, le prince de Condé, le duc et la duchesse de
-Bourbon, le prince de Conti, le comte et la comtesse de la Marche, le
-duc de Penthièvre, la princesse de Lamballe. Le Roi fut enchanté de
-cette première entrevue; il trouvait la Dauphine charmante[105].
-
-Elle était charmante en effet, et les portraits que tracent d'elle à
-cette date les auteurs du temps expliquent bien l'impression produite
-par cette jeune et fraîche apparition sur ce vieux monarque qui n'était
-pas habitué à trouver réunies tant de grâce et tant de pudeur.
-
-«La Dauphine, dit un chroniqueur, était très bien faite, bien
-proportionnée dans tous ses membres[106].» Sa taille, mince et élancée,
-avait à la fois la souplesse de la jeune fille et la dignité de la
-femme. Ses traits n'avaient peut-être pas une régularité mathématique,
-ils étaient plutôt jolis que beaux; l'ovale de son visage était un
-peu allongé; sa lèvre, l'inférieure surtout, avait cette épaisseur
-qui caractérisait la lèvre autrichienne. Mais sa bouche était petite
-et bien arquée; ses bras, superbes; ses mains, d'une forme parfaite;
-ses pieds, charmants; son nez, aquilin, fin et joli[107]. Ses cheveux
-d'un blond cendré, d'une nuance toute particulière, couronnaient un
-front d'une merveilleuse pureté. Ses yeux, bleus sans être fades, doux
-sans être languissants, surmontés de sourcils bien plantés pour une
-blonde, jouaient avec une vivacité pleine d'esprit, et s'illuminaient
-d'un sourire enchanteur[108]. Son teint avait un éclat éblouissant,
-une blancheur incomparable, rehaussée par des couleurs naturelles qui
-pouvaient la dispenser de mettre du rouge[109]; sa peau était d'une
-transparence telle qu'elle ne prenait point d'ombre et désespérait les
-peintres[110]. Elle n'était pas belle, a dit une contemporaine, elle
-était mieux que belle[111]. Sa démarche tenait à la fois du maintien
-imposant des princesses de sa maison et des grâces françaises[112].
-Tous ses mouvements étaient marqués au coin de la souplesse et de
-l'élégance: elle ne marchait pas, elle glissait[113]. Quand elle
-s'avançait dans les galeries du château, sa tête, qu'elle avait une
-façon particulière et toute charmante d'incliner[114] et qu'elle
-relevait plus fièrement, quand elle se croyait seule[115], sa tête
-portée par son beau cou grec, lui donnait tant de majesté qu'on croyait
-voir une déesse au milieu de ses nymphes[116]. «La vit-on, sous le plus
-humble vêtement, écrivait d'elle un voyageur qui s'était trouvé un
-moment sur son passage, qu'il serait aisé de deviner qu'elle est née
-sur le trône[117]»; et un Anglais célèbre, Horace Walpole, s'écriait
-en l'apercevant: «C'est la grâce en personne[118].»
-
-Un peintre, ayant à faire son portrait, croyait ne pouvoir mieux le
-placer que dans le cœur d'une rose épanouie[119], et un poète ajoutait:
-
- C'est la tige d'une rose
- Qui vient s'unir à nos lys[120].
-
-Le soir de son arrivée à Compiègne, les dames qui présidaient à son
-coucher lui ayant dit: «Madame, vous enchantez tout le monde.»—«On me
-voit avec trop d'intérêt, répondit-elle; mon cœur contracte des dettes
-qu'il ne pourra jamais acquitter; on me tiendra compte, j'espère, du
-désir que j'en ai[121].»
-
-Le 15 mai, la Cour quitta Compiègne. A Saint-Denys, le cortège
-s'arrêta. Marie-Antoinette alla voir la fille de Louis XV, Madame
-Louise, retirée depuis peu aux Carmélites. Elle y resta environ une
-demi-heure et plut à tout le monde. «C'est, ma chère mère, écrivait
-une religieuse de Saint-Denys à une Carmélite de la rue Saint-Jacques,
-c'est une princesse accomplie pour la figure, la taille et les
-façons, et ce qui est beaucoup plus précieux, on la dit d'une piété
-ravissante. Sa physionomie a tout à la fois un air de grandeur, de
-modestie et de douceur. Le Roi, Mesdames, et surtout Monseigneur le
-Dauphin en paraissent enchantés; ils disaient à l'envi: «Elle est
-incomparable[122].»
-
-Sur tout le parcours du cortège, les spectateurs n'étaient pas moins
-ravis. Le bruit du passage de la Dauphine s'étant répandu, les
-habitants de Paris s'étaient portés en masse entre Versailles et la
-porte Maillot; les carrosses formaient une double haie; le peuple
-applaudissait; la foule était si compacte que l'équipage royal fut
-obligé d'aller au petit pas. On fit remarquer à la princesse cette
-immense affluence; elle, avec sa bonne grâce parfaite et son tact plein
-de finesse, fit semblant de croire que tous ces hommages s'adressaient
-au vieux monarque: «Les Français ne voient jamais assez leur Roi,
-dit-elle; ils ne peuvent me traiter avec plus de bonté qu'en me
-prouvant qu'ils savent aimer celui que j'ai déjà l'habitude de regarder
-comme un second père[123].»
-
-Le soir, à 7 heures, Marie-Antoinette arriva à la Muette. Le Roi l'y
-attendait, et, avec lui, le comte de Provence, le comte d'Artois,
-Madame Clotilde, et aussi, hélas! cette triste femme aux pieds de
-laquelle Louis XV abaissait la plus belle couronne du monde et qui
-avait, ce jour-là, arraché à sa coupable condescendance la permission
-de souper avec la Dauphine. La jeune princesse en fut profondément
-froissée; sa fière pudeur se révoltait contre le contact impur que lui
-imposait la despotique faiblesse du vieux Roi; mais elle eut assez
-d'empire sur elle-même pour ne rien laisser paraître en public de
-son légitime mécontentement. Après le souper, un de ces courtisans,
-qui épiaient sa jeunesse, lui demanda comment elle avait trouvé la
-comtesse du Barry. Elle devina le piège: «Charmante,» répondit-elle
-simplement[124].
-
-Était-ce pour prévenir ou atténuer l'impression mauvaise produite par
-cette étrange société que Louis XV apportait à sa petite-fille, à la
-Muette, une parure de diamants magnifique et que, le lendemain, après
-le mariage, il faisait déposer chez elle un coffret plein de bijoux,
-délicieusement ciselé par Bocciardi[125]? Toujours est-il qu'il la
-comblait de cadeaux. Il lui donnait tous les diamants et toutes les
-perles de la feue Dauphine et il y ajoutait le collier de perles
-apporté jadis par Anne d'Autriche, et substitué par elle aux Reines et
-Dauphines de France; la plus petite de ces perles avait la grosseur
-d'une noisette[126].
-
-Le mercredi, 16 mai, à 9 heures, Marie-Antoinette partit de la Muette
-pour Versailles, où devait se faire la toilette. Le Roi et le Dauphin
-l'avaient précédée la veille au soir. Quand elle arriva au Château, le
-Roi vint la recevoir au rez-de-chaussée, s'entretint longuement avec
-elle et lui présenta Madame Élisabeth, la comtesse de Clermont, et la
-princesse de Conti. A une heure, elle passa à l'appartement du Roi,
-d'où le cortège partit pour la chapelle.
-
-Le Dauphin et la Dauphine, suivis du vieux monarque, s'avancèrent vers
-l'autel et s'agenouillèrent sur un carreau placé sur les marches du
-sanctuaire[127]. L'archevêque de Reims, Mgr de la Roche-Aymon, grand
-aumônier, offrit l'eau bénite; puis, après avoir harangué le jeune
-couple, il bénit les treize pièces d'or et l'anneau[128]. Le Dauphin
-prit l'anneau, le passa au quatrième doigt de la Dauphine et lui remit
-les pièces d'or. L'archevêque donna la bénédiction nuptiale et, dès
-que le Roi fut retourné à son prie-Dieu, commença là messe. La musique
-royale exécuta un motet de l'abbé de Gauzargue: après l'offertoire, le
-Dauphin et la Dauphine allèrent à l'offrande; au _Pater_, un poèle en
-brocard d'argent fut étendu sur leurs têtes; l'évêque de Senlis, Mgr
-de Roquelaure, premier aumônier du Roi, le tenait du côté du Dauphin;
-l'évêque de Chartres, premier aumônier de la Dauphine, le tenait du
-côté de cette princesse.
-
-La messe finie, le grand aumônier s'approcha du prie-Dieu du Roi et lui
-présenta le registre des mariages de la paroisse royale que le curé
-avait apporté. Puis le cortège retourna à l'appartement du Roi dans le
-même ordre, et la Dauphine, rentrée chez elle, reçut les officiers de
-sa Maison et les ambassadeurs des Cours étrangères.
-
-Une foule immense se pressait dans la ville royale. Paris était
-désert: les boutiques étaient fermées[129]; la population entière
-s'était portée à Versailles pour assister aux fêtes qui se préparaient
-et au feu d'artifice qui devait terminer la journée.
-
-Mais à trois heures le ciel se couvrit de nuages: un violent orage
-éclata; le feu d'artifice ne put être tiré; les illuminations furent
-noyées par la pluie, et la masse de curieux, qui remplissait les
-jardins et les rues, fut réduite à fuir en désordre, sous les coups de
-tonnerre et les torrents d'eau[130].
-
-Au Château, cependant, la journée s'achevait avec éclat. Les
-courtisans, en habits somptueux, avides de voir et surtout d'être vus,
-s'entassaient dans les appartements; un superbe souper fut servi dans
-la salle de spectacle transformée en salle de festin, et éclairée d'une
-«quantité prodigieuse de bougies». «Toutes les dames, sur le devant des
-loges, en grandes parures, formaient un spectacle aussi surprenant que
-magnifique.» Jamais la Cour n'avait paru si brillante[131].
-
-A 6 heures, il y eut appartement, jeu de lansquenet et grand couvert.
-Le soir, le Roi conduisit les nouveaux mariés dans leur chambre.
-L'archevêque de Reims bénit le lit. Le Roi donna la chemise au Dauphin,
-la duchesse de Chartres à la Dauphine. Mais quelle qu'eût été la
-splendeur de cette fête, et quelles que fussent à cette heure les
-promesses de l'avenir, d'obstinés pessimistes ne pouvaient s'empêcher
-de remarquer, comme une menace du Ciel, ces grondements de la tempête,
-et les superstitieux rappelaient qu'en signant sur le registre de
-mariage, la jeune épouse avait laissé tomber une tache d'encre et
-effacé ainsi la moitié de son nom.
-
-Le lendemain, commençait à Versailles toute une série de fêtes
-splendides: grands appartements; bals parés dans la nouvelle salle
-de spectacle, construite par l'architecte Gabriel; représentation
-de l'opéra de _Persée_, dont certains détails amusèrent beaucoup la
-Dauphine[132]; feu d'artifice, grandes eaux, illuminations du grand
-canal, de la terrassé et des jardins[133].
-
-Mais avec les fêtes commençaient aussi les orages de la Cour, non
-moins violents et plus perfides que les orages du ciel. Au bal du 19,
-le menuet dansé par Mlle de Lorraine «troublait bien des têtes[134]».
-L'ambassadeur d'Autriche, le comte de Mercy, avait demandé au Roi,
-à l'occasion du mariage de la Dauphine, de donner quelque marque
-particulière de distinction à Mlle de Lorraine, fille de la comtesse
-de Brionne, et parente de l'Empereur. Louis XV, désireux de manifester
-à l'Impératrice «sa reconnaissance du présent qu'elle lui avait
-fait[135],» avait décidé que Mlle de Lorraine danserait son menuet
-immédiatement après les princes et princesses du sang. «Le choix des
-danseurs et danseuses ne dépendant que de la volonté du Roi, sans
-distinction de places, rang, ni dignité[136]», cet honneur accordé à
-la fille de la comtesse de Brionne ne pouvait tirer à conséquence ni
-engager l'avenir. Il n'en mit pas moins en rumeur toute la noblesse.
-Les seigneurs de la Cour, les plus minces même, s'assemblèrent chez
-l'évêque de Noyon, second pair ecclésiastique, en l'absence du premier
-pair, l'archevêque de Reims, empêché, et rédigèrent un long mémoire
-pour protester qu'il ne pouvait y avoir de rang intermédiaire entre les
-princes du sang et la haute noblesse. Le public s'amusa beaucoup de
-cette querelle et de cette réunion de courtisans, sous la présidence
-d'un évêque, pour délibérer gravement sur la grave question d'un
-menuet. On parodia le mémoire de la noblesse dans des vers spirituels
-qui coururent tout Paris:
-
- Sire, les grands de vos États
- Verront avec beaucoup de peine
- Une princesse de Lorraine
- Sur eux au bal prendre le pas.
- Si Votre Majesté projette
- De les flétrir d'un tel affront,
- Ils quitteront la cadenette
- Et laisseront le violon.
- Avisez-y: la ligue est faite.
- Signé: l'évêque de Noyon,
- La Vaupalière, Bauffremont,
- Clermont, Laval et de Villette.
-
-Louis XV tint bon. Le jour du bal, les dames désignées pour danser
-affectèrent de traverser les appartements de Versailles en négligé; le
-soir, à l'heure fixée, à 5 heures, trois dames seulement étaient dans
-la salle.
-
-Il fallut un commandement formel du Roi pour forcer les autres à
-venir[137]. La soirée s'acheva ainsi dans l'ordre fixé, mais non sans
-un profond mécontentement, et de toutes ces magnificences déployées, à
-Versailles pour célébrer le mariage de la Dauphine[138], il ne resta
-que des vanités froissées et un bon mot: «Comment trouvez-vous mes
-fêtes?» avait dit Louis XV à l'abbé Terray.—«Ah! Sire, _impayables_,»
-avait répondu le contrôleur général[139].
-
-Mais qu'étaient-ce que ces intrigues de Cour à côté de la catastrophe
-qui, quinze jours plus tard, allait plonger la capitale dans le deuil?
-
-Le 30 mai, la ville de Paris célébrait à son tour, par des
-réjouissances publiques, le mariage de la Dauphine. La fête devait être
-couronnée par un feu d'artifice tiré sur la place Louis XV, à l'entrée
-de la rue Royale, et par l'illumination des colonnades de la place.
-Les préparatifs étaient séduisants. La principale décoration, adossée
-à la statue de Louis XV, représentait le temple de l'Hymen; aux quatre
-angles, quatre dauphins devaient vomir des tourbillons de feu, et sur
-les quatre façades, quatre fleuves répandre des cascades enflammées.
-Un bâtiment, placé derrière la statue, renfermait la réserve du feu
-d'artifice[140].
-
-Malheureusement, par suite d'un conflit de juridiction, la surveillance
-de la fête avait été confiée, non pas au lieutenant de police,
-Sartines, mais au prévôt des marchands, Bignon. Inexpérimenté ou peu
-capable, Bignon ne prit pas les précautions nécessaires. La façade du
-feu d'artifice, au lieu de regarder la place Louis XV, qui aurait pu
-contenir un grand nombre de spectateurs, était tournée vers la rue
-Royale, alors en construction, et où des débris de matériaux et des
-fossés creusés pour l'écoulement des eaux obstruaient le passage. Aucun
-règlement n'avait été publié pour la circulation des voitures; enfin le
-jardin des Tuileries, par lequel la foule aurait pu s'écouler, avait
-été fermé à l'heure habituelle.
-
-Le feu d'artifice ne réussit pas; était-ce un présage? Une fusée
-mal dirigée mit le feu au bouquet qui partit avant l'heure: les
-pièces principales manquèrent. Quand tout fut fini, le peuple, qui
-encombrait la place Louis XV et la rue Royale, s'ébranla. Deux
-courants se formèrent: l'un cherchant à gagner la place pour jouir de
-l'illumination des colonnades et des fontaines de vin qui n'avaient
-cessé d'y couler depuis 7 heures[141]; l'autre s'enfonçant dans la rue
-Royale pour visiter la foire qui se tenait sur les boulevards. Ces
-deux courants, s'avançant en sens inverse, se heurtèrent, sans vouloir
-ni pouvoir céder; les flots, qui venaient par derrière, poussaient et
-étouffaient ceux qui étaient en avant: la confusion fut indescriptible.
-
-La police était absente: des gardes de la ville, en nombre insuffisant,
-faisaient de vains efforts pour rétablir l'ordre; que pouvait une
-poignée d'hommes contre ces masses compactes qui se pressaient sans
-rien entendre? Les cris de quelques personnes, serrées ou volées
-par les escrocs qui pullulaient dans cette cohue, augmentèrent le
-tumulte[142]. Pour comble de malheur, le feu vint à prendre à la
-réserve des pièces d'artifice et à l'échafaudage qui entourait la
-statue du Roi. Les pompiers, avec leurs vigoureux chevaux et leurs
-lourdes machines, s'élançèrent pour éteindre l'incendie et refoulèrent
-violemment le peuple qui s'entassait dans la rue Royale, disposée
-en entonnoir et déjà obstruée; des carrosses, en quête de leurs
-maîtres, cherchèrent à passer dans la trouée faite par les pompiers.
-Quelques spectateurs, à moitié écrasés, mirent l'épée à la main pour
-se dégager; des filous se jetèrent dans la bagarre pour en tirer
-parti et propagèrent la panique. Les cris des femmes et des enfants,
-qu'on étouffait, le bruit des chevaux, les jurements des cochers, la
-lueur rouge de l'incendie, tout contribuait à semer dans ces masses,
-qui se sentaient mourir, sans pouvoir rien faire pour se sauver,
-une insurmontable terreur. Malheur à qui tombait à terre: il était
-immédiatement piétiné et assommé. La foule, affolée de peur, incapable
-de résister au flot qui la poussait par derrière, essaya de se jeter de
-côté; elle tomba dans les fossés qu'on avait négligé de combler. Elle
-s'entassa dans ces sépulcres béants; chaque vague humaine qui survenait
-ensevelissait celle qui l'avait précédée et était ensevelie à son tour,
-au milieu des râlements des mourants et des plaintes des blessés. Ce
-fut un horrible spectacle.
-
-Quand un renfort du guet, appelé à la dernière heure, parvint enfin
-à rétablir un peu d'ordre, il était trop tard. On relevait cent
-trente-deux cadavres, cinq ou six fois autant de blessés et parmi eux
-des personnages de distinction et des ministres étrangers[143]. Ces
-cadavres, rangés le long du boulevard comme une décoration funèbre,
-furent, le lendemain, inhumés dans le cimetière de la Madeleine. Qui
-eût pu prévoir alors qu'ils allaient y attendre les princes dont le
-mariage avait été l'occasion involontaire de leur mort?
-
-La Dauphine arrivait de Versailles avec Mesdames pour voir
-l'illumination de la place, quand elle apprit en route le malheur qui
-venait d'arriver. Elle rebroussa chemin, le cœur gonflé, les yeux
-humides[144]. Quelque soin qu'on prît pour lui cacher l'étendue du
-désastre, elle ne put retenir ses larmes. «On ne nous dit pas tout,
-répétait-elle. Que de victimes!» Et comme, pour atténuer ses regrets,
-on affectait de lui dire qu'on avait relevé parmi les cadavres
-des escrocs dont les poches étaient pleines d'objets volés: «Oui,
-reprit-elle; mais ils sont morts à côté d'honnêtes gens[145].»
-
-Elle envoya immédiatement sa bourse à M. de Sartines, pour secourir les
-familles des victimes. Le Dauphin en fit autant. Il attendait, avec
-une impatience qui ne lui était pas habituelle, le moment où son mois
-devait lui être payé: dès qu'il l'eut touché, il s'empressa d'adresser
-les six mille livres, qui en formaient le montant, au lieutenant de
-police, avec le billet suivant:
-
- «J'ai appris le malheur arrivé à Paris, à mon occasion; j'en suis
- pénétré. On m'apporte ce que le Roi m'envoie tous les mois pour
- mes menus plaisirs; je ne peux disposer que de cela, je vous
- l'envoie. Secourez les plus malheureux.
-
- «J'ai, Monsieur, beaucoup d'estime pour vous[146].
-
- «LOUIS-AUGUSTE.
-
- «A Versailles, 1er juin 1771»
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
- La famille royale en 1770.—Le Roi.—Mesdames.—Le comte de
- Provence.—Le comte d'Artois.—Mesdames Clotilde et Elisabeth.—Le
- Dauphin.
-
-
-Quelle était donc cette famille royale, la première du monde, au moment
-où Marie-Antoinette y entrait sous des auspices à la fois si brillants
-et si sombres?
-
-Le chef de la famille, le Roi, Louis XV, valait mieux que sa réputation
-et surtout que sa conduite[147]. Sa correspondance secrète, aujourd'hui
-connue, montre qu'il prenait, au fond, de l'honneur et de la grandeur
-de la France, plus de souci qu'il n'en laissait paraître. Il avait eu
-même, à un certain moment, la velléité de gouverner lui-même[148]; mais
-cette noble et trop passagère inspiration n'avait pas tardé à être
-étouffée par la paresse d'esprit, la défiance de soi-même, le goût de
-la frivolité et la domination des maîtresses.
-
-Caractère tout de contrastes, il avait à la fois des qualités élevées
-et des instincts vulgaires, des aspirations généreuses et des
-résolutions égoïstes. Dans son jeune âge, il avait montré d'heureuses
-dispositions: une vive intelligence, un esprit attentif, une mémoire
-extraordinaire, une raison précoce, un discernement juste et prompt,
-un cœur facile à toucher[149]. La mauvaise éducation de Villeroy, au
-lieu de développer ces germes précieux, les avait desséchés: l'enfant,
-aimable et bon, était devenu un enfant volontaire, timide, embarrassé,
-et bientôt un adolescent dissimulé et ennuyé. L'ennui, ce fut le ver
-rongeur qui, pendant cinquante ans, dévora le cœur de Louis XV; ce
-fut souvent aussi l'explication de ses excès. Il aurait pu y échapper
-par la noble passion des affaires publiques; le cardinal de Fleury ne
-le lui permit pas. Le vieux ministre, pour mieux assurer son propre
-pouvoir, entretint chez son royal élève le goût des choses frivoles et
-des distractions futiles. Il en fit ce qu'il resta toute sa vie, «un
-enfant des pieds à la tête[150], toujours de dix ans au-dessous de son
-âge,» suivant le mot du Régent[151]. Dès lors, le jeune Prince ne fut
-plus lui-même: il appartint à celui ou plutôt à celle qui sut le mieux
-l'amuser.
-
-Louis XV avait hérité de sa race une beauté physique[152], où la
-majesté de son bisaïeul Louis XIV était tempérée par la grâce de sa
-mère, la charmante et vive duchesse de Bourgogne. Malgré cette beauté,
-malgré une précocité dangereuse, malgré les agaceries des dames de la
-Cour, dont la vertu facile se fût volontiers accommodée d'une chute
-brillante et profitable, il était resté chaste jusqu'à vingt ans. A
-défaut de qualités fortes et de gouvernement, son précepteur lui avait
-du moins inculqué des principes religieux qui mirent pendant quelque
-temps un frein à l'ardeur de ses sens. Malheureusement, les tentations
-furent plus opiniâtres que sa constance, et, le premier pas une fois
-fait dans la voie des plaisirs coupables, malgré quelques velléités de
-retour, Louis XV ne s'arrêta plus. De Mme de Mailly il passa à Mme de
-Vintimille, de Mme de Vintimille à la duchesse de Châteauroux, de la
-duchesse de Châteauroux à Mme de Pompadour et aux fugitives beautés du
-Parc-aux-Cerfs. Après la mort du Dauphin et de la Dauphine, frappé par
-ce double coup du ciel, il avait voulu rentrer en lui-même et rompre
-les chaînes honteuses qui le retenaient. Plus tard même il songea, un
-instant, à se remarier avec la princesse de Lamballe, dit-on, puis
-avec une des filles de Marie-Thérèse, l'Archiduchesse Élisabeth[153].
-Une odieuse intrigue de Cour fit évanouir ces bonnes intentions et
-jeta le vieux Roi, à demi repentant, dans les bras d'une courtisane
-de bas étage, «vils restes de la licence publique,» osait dire l'abbé
-de Beauvais en pleine chaire de Versailles. Dans ce commerce honteux,
-tout ce qui restait de virilité au faible monarque avait disparu. Le
-brillant vainqueur de Fontenay n'était plus que l'humble esclave de la
-du Barry, subissant sans murmurer ses plaisanteries grossières et ses
-sobriquets grotesques, se prêtant à ses plus ridicules caprices et trop
-heureux de satisfaire à ses plus luxueuses fantaisies. Le prince chez
-qui d'Argenson avait salué de véritables aptitudes au gouvernement:
-l'humanité, la justice, le bon sens, le souci des affaires, le goût de
-l'économie[154], s'était transformé en un vieillard blasé, nonchalant,
-ennemi de tout travail et de toute contrainte, roi fainéant dans toute
-la force du terme; traînant sa vie entre la chasse, les petits soupers
-et les petites maisons, n'ayant de goût que pour les petits cancans
-de la Cour, les anecdotes graveleuses et les conversations grivoises;
-prodiguant follement l'argent à sa maîtresse; ne s'inquiétant plus
-ni de l'avenir de son royaume, ni des plaintes de ses sujets; assez
-perspicace pour voir les abus, trop insouciant pour chercher à y porter
-remède et disant cyniquement à un de ses courtisans: «Les choses, comme
-elles sont, dureront autant que moi[155].»
-
-Et comme par un juste retour des choses, à mesure que le Roi
-s'éloignait davantage de ses sujets, le peuple s'éloignait
-davantage de lui, les acclamations qui avaient salué sa jeunesse
-s'étaient promptement changées en murmures et en «fanatiques
-mécontentements[156]». La France qui, dit Michelet, avait eu pour
-l'enfant «tous les amours, mère, amante et nourrice[157]», n'avait plus
-pour lui que de la colère et de la désaffection, colère et désaffection
-d'autant plus vives que les espérances avaient été plus grandes et la
-tendresse plus obstinée. Louis XV le _Bien Aimé_ était devenu Louis XV
-le _Bien haï_[158].
-
-Près du Roi, vivaient ses filles: Mme Adélaïde; Mme Victoire, Mme
-Sophie, princesses sincèrement pieuses, mais d'une dévotion un peu
-mesquine et qui ne savait pas se rendre aimable. Leur extérieur était
-sans grâce. Walpole, qui les vit lors de sa présentation à la Cour de
-France, les montre «dodues et massives», gauches dans leur maintien,
-gênées dans leur démarche, ne sachant que dire et que faire[159]. Se
-tenant strictement à l'écart, embarrassées quand il fallait paraître
-en public, timides même avec leur père, qui cependant les voyait
-familièrement, délaissant la Cour et délaissées par elle, elles
-n'avaient jamais su acquérir une influence que leur naissance semblait
-devoir leur assurer, et que Louis XV, à leur retour de Fontevrault,
-où s'était faite leur éducation, d'ailleurs assez négligée, avait un
-instant paru disposé à leur laisser prendre. Depuis l'avènement de
-la du Barry, elles vivaient plus retirées que jamais, s'occupant de
-musique et d'horlogerie, résolûment hostiles à la favorite, qu'elles
-méprisaient profondément et à juste titre, mêlées secrètement à de
-sourdes intrigues, et d'autant plus jalouses des apparences de crédit
-qu'elles en avaient moins la réalité.
-
-Ce n'étaient point encore de vieilles femmes,—l'aînée n'avait que
-trente-huit ans;—c'étaient déjà de vieilles filles, et elles en
-avaient les susceptibilités ombrageuses, les étroitesses d'esprit, les
-instincts dominateurs, les timidités effarouchées, la marche oblique,
-les petites roueries, les jalousies et les médisances.
-
-Mme Adélaïde, la plus âgée des trois sœurs et aussi la plus capable,
-avait des manières brusques, une voix dure, une prononciation brève,
-quelque chose de masculin répandu dans toute sa personne et qui
-n'attirait pas. Très infatuée des prérogatives de son rang, elle
-souffrait extrêmement de la nullité où elle se trouvait réduite.
-Son esprit actif, absolu et hautain, eût volontiers aspiré à un
-rôle prédominant; mais le talent n'ayant pu soutenir ces hautes
-prétentions, elle se vengeait d'un effacement qui l'humiliait par de
-petites manœuvres et de petites méchancetés. Hostile à toute alliance
-avec les Habsbourg, elle ne pardonnait pas à sa nouvelle nièce le sang
-qui coulait dans ses veines. M. Campan, au moment de partir avec la
-Maison de la Dauphine pour aller la recevoir à la frontière, s'étant
-présenté chez la vieille princesse pour prendre ses ordres: «Si j'avais
-des ordres à donner, répondit-elle sèchement, ce ne serait pas pour
-envoyer chercher une Autrichienne[160].»
-
-Plus douce que sa sœur, Mme Victoire était aussi plus sympathique: sa
-Maison l'adorait. Tous ceux qui l'approchaient étaient séduits par
-une bonté habituelle, plus instinctive peut-être que raisonnée, mais
-profonde: elle aimait à faire plaisir. Son embonpoint précoce lui
-avait valu, de la part du Roi qui, à force de vivre avec des gens de
-basse condition, avait fini par en prendre quelquefois le langage, un
-surnom grotesque[161]; et les méchantes langues prétendaient que cet
-embonpoint de la princesse pourrait bien être dû aux plats succulents
-que lui servait son maître d'hôtel. Elle-même d'ailleurs n'en faisait
-pas mystère: elle avouait, avec une aimable simplicité, son goût
-pour la bonne chère et pour les aises de la vie. «Voilà un fauteuil
-qui me perdra,» disait-elle un jour à Mme Campan. Nature un peu
-apathique, elle subissait l'ascendant de sa sœur aînée et se laissait
-entraîner par elle dans de mesquines rancunes, que souvent son cœur
-désavouait, mais contre lesquelles sa bonté trop faible ne savait pas
-se prémunir[162].
-
-Entre les deux sœurs, sans esprit comme sans grâce, toujours craintive,
-toujours ahurie, silencieuse et farouche, n'ouvrant la bouche que les
-jours d'orage, n'ouvrant les yeux que pour regarder de côté, comme les
-lièvres[163], Mme Sophie ne comptait point à la Cour: elle n'était
-qu'un satellite sans importance, gravitant docilement et aveuglément
-dans l'orbite de Mme Adélaïde.
-
-Enfin, Madame Louise, _Madame dernière_, comme l'avait appelée Louis XV
-à sa naissance, Madame Louise, après avoir pendant vingt ans partagé
-la vie de ses sœurs, avait depuis un mois renoncé subitement à toutes
-les pompes de la Cour et à toutes les délicatesses de l'existence,
-auxquelles pourtant elle n'était nullement insensible[164]. Un jour,
-le 11 avril 1770, à sept heures du matin, sans avoir prévenu personne
-que son père, mais mettant à exécution, par une détermination soudaine,
-des aspirations de dix-huit ans, elle était partie de Versailles et
-s'était rendue, seule avec une dame et un écuyer, au couvent des
-Carmélites de Saint-Denys, le plus pauvre de l'ordre. La grille s'était
-refermée sur elle: la fille de France était devenue la mère Thérèse de
-Saint-Augustin. La Cour avait été stupéfaite, Mesdames consternées.
-Le Roi, chez qui l'héroïque et inattendue résolution de Madame Louise
-avait réveillé, trop peu de temps, hélas! la foi de son enfance, et
-qui lui avait écrit des lettres où il s'était montré père affectueux
-et chrétien convaincu, le Roi, un moment dérangé dans ses habitudes
-en ne trouvant plus _Madame dernière_ avec ses sœurs, à l'heure où il
-descendait faire son café chez elles, n'avait pas tardé à reprendre
-une vie que sa fille expiait dans les austérités du cloître. Décidée
-à pousser son sacrifice jusqu'au bout, la princesse n'admettait aucun
-tempérament avec la règle, acceptant les mortifications les plus dures
-et les travaux les plus humiliants, comme la dernière des novices.
-Malheureusement, les bruits du monde n'expirèrent pas toujours à la
-porte du monastère de Saint-Denys. La mère Thérèse de Saint-Augustin se
-souvint plus d'une fois qu'elle était fille et tante de roi et prêta
-l'autorité de sa parole respectée et de sa vie sainte aux passions
-politiques de ses sœurs et à leurs récriminations contre la jeune
-nièce, des mains de laquelle pourtant elle avait reçu l'habit.
-
-Quant aux frères et aux sœurs du Dauphin: le comte de Provence, esprit
-fin et cultivé, mais caractère douteux; le comte d'Artois, brillant
-étourdi, qui ne songeait qu'au plaisir; Mesdames Clotilde et Elisabeth,
-encore entre les mains de leur gouvernante, la comtesse de Marsan, tous
-trop jeunes pour avoir un passé, presque incertains s'ils auraient un
-avenir, ils ne comptaient guère à la Cour, et nous ne les retrouverons
-que plus tard.
-
-Mais ce Dauphin lui-même, dont Marie-Antoinette devait partager à tout
-jamais la destinée, qui était-il? Quel était son caractère? Qu'en avait
-fait l'éducation? Qu'en fallait-il augurer, à cette heure solennelle
-où, du premier contact de deux cœurs qui se rapprochent et s'unissent
-par le plus indissoluble des liens, peut dépendre l'avenir de toute une
-vie?
-
-Louis-Auguste, duc de Berry, troisième fils du Dauphin, fils de Louis
-XV et de Marie-Josèphe de Saxe, était né le 23 août 1754. Sa naissance,
-arrivée subitement à Versailles, tandis que la Cour était à Choisy,
-n'avait pas été entourée de l'appareil solennel ordinaire aux Enfants
-de France, et le courrier chargé d'aller en porter la nouvelle au Roi
-était tombé de cheval et s'était tué. Les «imaginations ombrageuses»
-avaient été frappées de cette triste coïncidence, et le bruit s'était
-répandu dans le peuple que «le nouveau prince ne naissait pas pour le
-bonheur[165]».
-
-La santé du duc de Berry était délicate. Sa gouvernante, la comtesse
-de Marsan, née Rohan-Soubise, le conduisit à la campagne, à Bellevue.
-Là, le grand air, l'exercice, des soins intelligents ne tardèrent pas à
-triompher de cette faiblesse native. Sous leur fortifiante influence,
-le tempérament du jeune prince acquit une vigueur qui ne devait plus se
-démentir, et lorsque, au mois de septembre 1760, il fut remis entre les
-mains des hommes, la Dauphine pouvait célébrer sa bonne mine, dans la
-même lettre où, hélas! elle était réduite à constater le dépérissement
-croissant de son fils aîné, le duc de Bourgogne[166]. Six mois après,
-en effet, le 22 mars 1761, le duc de Bourgogne mourait, et le duc de
-Berry devenait l'héritier présomptif du trône.
-
-Le gouverneur des Enfants de France était le duc de la Vauguyon,
-vaillant soldat, mais esprit vaniteux et étroit[167], qui, n'ayant
-pas su comprendre que le Dauphin une fois marié était hors de page,
-voulut imposer sa surveillance à l'intimité des jeunes époux et qui,
-déjoué dans ses calculs par la fermeté de Marie-Antoinette, chercha
-méchamment à désunir ceux qu'il n'avait pu dominer. Le sous-gouverneur
-était le marquis de Sinéty; le précepteur, Mgr de Coétlosquet, évêque
-de Limoges; le sous-précepteur, celui dont la mission peut-être
-était la plus importante, puisqu'il était en contact journalier avec
-l'élève, celui dont l'influence fut la plus durable, puisque, plus
-de vingt ans après, Necker l'accusait de gouverner la France[168],
-était l'abbé de Radonvilliers, «esprit fin et délié,» disait de lui
-le chargé d'affaires de Prusse[169]. Mais le Dauphin et la Dauphine
-s'étaient réservé la haute main sur l'éducation de leurs enfants.
-Malheureusement, cette direction éclairée ne subsista pas longtemps. Le
-Dauphin fut emporté le 20 décembre 1765; la Dauphine le suivit dans la
-tombe le 13 mars 1767. Le duc de la Vauguyon resta seul chargé d'élever
-l'héritier de la Couronne.
-
-L'instruction du jeune prince fut sérieuse et solide: son père avait
-tenu à ce qu'il n'apprît pas en se jouant, comme le recommandaient
-alors certains philosophes, mais par un travail opiniâtre et soutenu.
-Même après la mort du Dauphin, ces principes sévères furent observés.
-Grâce à eux, la mémoire du duc de Berry se meubla promptement de
-connaissances utiles et variées. Il possédait à fond la littérature
-latine, au point de pouvoir discuter, dans une heure tristement
-solennelle, sur le mérite respectif de Tite-Live et de Tacite[170],
-savait l'italien, parlait l'allemand suffisamment, l'anglais avec assez
-de perfection pour en traduire divers ouvrages. Par une singulière
-préférence, où l'on pourrait voir comme un pressentiment, sa première
-traduction fut celle de l'_Histoire de Charles I_er, par Hume.
-
-Là aussi se révélait ce goût de l'histoire, qui fut une des préférences
-de son esprit et qui n'eut d'égal que son goût pour la géographie. En
-cette dernière science il était maître. Dessiner des cartes, tracer
-une mappemonde, construire une sphère terrestre était pour lui un
-plaisir, et l'on sait que plus tard ce fut lui qui rédigea de sa main
-les instructions destinées à l'illustre et malheureux La Pérouse, quand
-il partit pour ce grand voyage autour du monde, dont il ne devait pas
-revenir.
-
-Les soins de l'éducation marchaient de pair avec ceux de l'étude. Mais
-là, la direction n'était plus aussi heureuse, ni les résultats aussi
-satisfaisants. Si les précepteurs du jeune prince lui avaient inspiré
-une piété vraie et profonde, un attachement inébranlable à la religion
-catholique, une pureté de mœurs qui résista aux séductions d'une Cour
-corrompue, ils n'avaient pas su joindre à ces vertus, qui conviennent
-à tous, les vertus plus spécialement propres à un souverain: ils ne
-lui avaient pas appris qu'un monarque ne doit pas seulement tenir la
-main de justice, qu'il doit porter aussi le bâton de commandement, et
-au besoin savoir tirer l'épée; ils en avaient fait un saint, ils n'en
-avaient point fait un roi.
-
-Nature vigoureuse, mais un peu molle et engourdie, caractère irrésolu,
-concentré en lui-même, le duc de Berry avait beaucoup de qualités
-sérieuses, mais malheureusement peu de qualités aimables ou fortes. Son
-honnêteté naturelle, son admirable droiture, son goût réfléchi pour
-la justice, son amour ardent du peuple manquaient de la fermeté qui
-impose, du charme extérieur et de l'esprit d'à-propos qui attirent.
-Quoiqu'il eût dans toute sa personne cet air de dignité que n'abdiquent
-jamais les Bourbons et que révèlent ses portraits, quoique dans les
-circonstances solennelles et aux jours de représentation on fût frappé
-de la majesté de son regard[171], néanmoins, dans l'habitude de la vie,
-sa démarche était lourde, sa taille épaisse, sa parole rude. Sa bonté
-dégénérait trop souvent en faiblesse; sa franchise, en brusquerie; ses
-railleries, en «coups de boutoir». Il aurait eu besoin du contact du
-monde pour donner au fond solide qu'il tenait de Dieu, la forme qui
-lui manquait, ce vernis de bonne grâce et d'affabilité si nécessaire
-à un prince destiné à vivre au milieu de la société la plus brillante
-et sur le plus beau trône du monde, pour acquérir en même temps cette
-connaissance des hommes et des choses, sans laquelle un roi ne peut
-conduire ni lui-même, ni son royaume.
-
-Au lieu de cela, on l'enferma dans l'isolement le plus absolu. Son père
-et sa mère, légitimement froissés des scandales de la Cour, s'étaient
-fait comme une loi de vivre à part et d'y élever leurs enfants. Après
-leur mort, cette tradition fut trop religieusement respectée. Elle
-développa chez le jeune prince une disposition excellente, quand elle
-est contenue dans certaines limites, mais qui, poussée à l'excès,
-devint un défaut. Elle le rendit timide, embarrassé, défiant de
-lui-même, «sauvage,» comme disait Louis XV[172]. «Son caractère, a dit
-un historien, contracta insensiblement l'habitude de cette modestie
-exagérée qui lui fit tant de fois sacrifier ses propres lumières aux
-avis les plus médiocres[173].» Entouré de frères dont les qualités,
-moins réelles peut-être, étaient plus brillantes, le duc de Berry,
-devenu Dauphin, voyait les courtisans s'éloigner de lui et les hommages
-s'adresser au comte de Provence et au comte d'Artois. Il en concevait
-un trouble qui le rendait plus irrésolu encore. Son cœur, meurtri de
-ces marques de dédain, ou tout au moins d'indifférence, ne pouvait se
-défendre en secret d'une certaine amertume, et un jour qu'un harangueur
-de province le complimentait sur ses qualités précoces: «Vous vous
-trompez, Monsieur, répondit-il, ce n'est pas moi qui ai de l'esprit,
-c'est mon frère de Provence[174].»
-
-Délaissé par les courtisans, négligé par le Roi, le Dauphin se
-concentrait dans des études solitaires et des travaux manuels. Son
-robuste tempérament avait besoin d'exercices physiques: il fit monter
-un tour et organiser des ateliers de menuiserie et de serrurerie.
-C'est à des occupations de ce genre qu'il consacrait les heures que
-n'absorbaient point les lectures et la chasse. La chasse et la forge,
-c'étaient pour lui deux passe-temps favoris, on pourrait presque dire
-deux passions. Il en avait une troisième qui dépassait tout: la passion
-de faire le bien; par malheur, il n'en avait pas la science. Sa vie,
-isolée et réfléchie, avait bien pu lui faire prendre en horreur les
-abus qu'il apercevait dans le gouvernement et lui inspirer l'ardent
-désir de les corriger[175]; elle n'avait pu lui donner ni cette
-expérience du monde, sans laquelle on marche à l'aventure, ni cette
-énergie de décision, sans laquelle on va aux abîmes.
-
-Avec ces habitudes de retraite, cette nature froide et repliée sur
-elle-même, cette réserve peu expansive, le Dauphin ne pouvait être pour
-la jeune femme qui lui était confiée ni un directeur bien éclairé ni un
-époux bien empressé: «Ce n'est pas un homme comme un autre,» disait de
-lui son grand-père[176]. Quelques jours seulement après son mariage,
-le 23 mai, entrant le matin dans la chambre de la Dauphine: «Avez-vous
-bien dormi?» lui disait-il.—«Oui,» répondait Marie-Antoinette[177]. Et
-c'est à ce court échange de brèves paroles que se bornait, en pleine
-lune de miel, l'entretien des deux époux.
-
-La pauvre Dauphine, dont le cœur tendre et ardent ne demandait qu'à
-être payé de retour, était toute chagrinée de cette froideur qu'elle
-ne s'expliquait pas. Son mari avait bien déclaré à ses tantes qu'il
-la trouvait très aimable et qu'il en était bien content[178]; elle
-eût voulu qu'il renfermât moins cette satisfaction en lui-même; elle
-se sentait triste et dépaysée à cette Cour, où elle ne rencontrait ni
-affection expansive comme la sienne, ni appui pour ses premiers pas.
-Elle s'efforçait vainement de secouer cette mélancolie qui envahissait
-tout son être; son esprit, un moment distrait, ne tardait pas à
-retourner à ses affligeantes pensées et à retomber dans ses rêveries:
-«J'en ai le cœur navré,» écrivait Vermond[179].
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
- Intrigues de la Cour.—Les partis en présence.—Espionnage
- du duc de la Vauguyon.—Débuts heureux de la Dauphine.—La
- comtesse de Grammont.—Une journée de Marie-Antoinette.—La
- lecture.—Représentations de Marie-Thérèse.—Après quelque
- résistance la Dauphine s'y soumet.
-
-
-Rarement, croyons-nous, Cour fut plus divisée, plus livrée aux
-factions, aux manœuvres souterraines, aux convoitises et aux
-rancunes que la Cour de France en 1770. Deux partis s'y disputaient
-le pouvoir: l'un, le parti dominant à cette époque, celui qu'on
-appelait le parti Choiseul, avait à sa tête le ministre qui avait
-resserré l'alliance autrichienne et conclu le mariage du Dauphin avec
-Marie-Antoinette. Il avait pour lui l'opinion, les Parlements, ou du
-moins les Parlementaires. L'autre, celui qu'on nommait le parti des
-_dévots_,—quoique au fond la plupart de ceux qui le composaient se
-souciassent assez peu de religion, mais ils avaient rallié autour
-d'eux tous ceux qui ne pardonnaient pas à Choiseul l'expulsion des
-Jésuites,—avait pour chefs le chancelier Maupeou; la comtesse de
-Marsan, gouvernante des Enfants de France, qui,—il faut lui rendre
-cette justice,—avait su inspirer à ses élèves, Mesdames Clotilde et
-Élisabeth, des sentiments de piété solides, mais femme intrigante
-et vindicative, qui entraînait avec elle la puissante famille des
-Rohan; le duc d'Aiguillon, l'ennemi de la Chalotais, le despotique
-et maladroit gouverneur de la Bretagne, soutenu de tout le crédit
-des Richelieu; et le duc de la Vauguyon, le prétentieux et médiocre
-gouverneur dont nous avons parlé, mais auquel ce titre faisait une
-situation considérable à la Cour. Mesdames, en souvenir de leur
-frère, et en haine de Choiseul, penchaient vers ce second parti, et
-l'ambitieux Maupeou avait réussi à y entraîner Mme du Barry, qui ne
-pardonnait pas au ministre la fière indépendance qu'il avait gardée
-devant elle.
-
-Entre ces deux factions principales, qui se partageaient la Cour,
-s'agitaient une foule de petites ambitions, de rancunes mesquines, de
-passions vulgaires et parfois honteuses. Nous n'avons pas à refaire
-ici le tableau de la société française à la fin du règne de Louis
-XV; ce tableau est connu et l'on en retrouve les traits dans tous
-les chroniqueurs du temps. Mais on conviendra que c'était un triste
-monde, pour une enfant de quinze ans, chaste et pure, que ce monde de
-Versailles, où trop souvent, à l'exemple du maître et de la favorite,
-les hommes n'avaient une femme que pour la délaisser, les femmes un
-mari que pour le trahir. Sur ce terrain glissant, la marche était
-difficile, et tout faux pas singulièrement dangereux. Quel que pût être
-le désir de Marie-Antoinette de vivre en dehors des partis politiques,
-il lui était impossible de s'y soustraire. Dès son apparition, elle
-était forcément classée dans l'une ou l'autre des coteries rivales. La
-reconnaissance et les recommandations de sa mère la rangeaient dans le
-parti Choiseul. C'était assez pour la désigner aux préventions, aux
-haines, aux manœuvres de tous les adversaires de Choiseul. Les uns
-cherchaient à tuer son crédit, avant même qu'il fût né; les autres,
-plus habiles, s'efforçaient de la dominer. Il n'y avait pas un mois
-que Marie-Antoinette était à Versailles, et déjà elle était enlacée
-dans un réseau d'intrigues presque inextricable. Tout était matière
-à tracasserie, à complot, à conflit. C'était l'abbé de Vermond,
-qu'on tentait d'éloigner. C'était la comtesse de Noailles, qu'on
-essayait de dégoûter par mille ennuis. C'était une femme de chambre,
-de fidélité douteuse, qu'on voulait introduire dans la Maison de la
-Dauphine. C'était un confesseur suspect qu'on prétendait lui donner. On
-s'efforçait d'indisposer le Roi contre elle en faisant courir le bruit
-qu'elle refusait de l'accompagner dans ses voyages[180]. On travaillait
-par tous les moyens à éloigner d'elle son mari.
-
-C'est au duc de la Vauguyon qu'était dévolue cette dernière tâche.
-Jaloux de conserver son ascendant sur le prince qu'il voulait dominer,
-n'ayant pas su l'élever, inquiet de l'influence que pouvait prendre
-sur cette nature, neuve et vierge encore, une fraîche et charmante
-jeune femme, l'ancien gouverneur n'épargnait rien pour diviser les
-deux époux. En dépit de toute convenance, et malgré l'opposition de
-la comtesse de Noailles, il avait prétendu avoir, à toute heure et
-par des voies détournées, ses entrées non seulement chez le Dauphin,
-mais encore chez la Dauphine[181]. Il allait même plus loin. Un jour,
-Marie-Antoinette et son mari étaient ensemble dans leur appartement.
-Un valet de chambre, «ou sot, ou honnête homme,» ouvre brusquement
-la porte, et l'on aperçoit M. de la Vauguyon, qui s'était approché à
-pas de loup pour écouter, et qui restait là, planté comme un piquet.
-Confus d'être ainsi découvert sans pouvoir reculer, le duc ne trouva
-rien à dire pour sa défense. La Dauphine en profita pour représenter
-vivement à son mari les inconvénients de «l'indécente conduite» de
-son gouverneur, et le Dauphin prit fort bien ces remontrances dont il
-sentait trop la justesse[182].
-
-Malgré toutes ces cabales et tout ces écueils, les débuts de
-Marie-Antoinette furent heureux[183]; c'est un témoin peu suspect,
-c'est un pamphlétaire qui le dit. Le Roi se sentait comme rajeuni à la
-vue de cette belle et pure enfant dont l'apparition à Versailles, où
-trop souvent la vertu était maussade et la beauté libertine, avait un
-moment rafraîchi l'atmosphère de la Cour. Il remarquait bien qu'elle
-était un peu vive, un peu enfant; mais, ajoutait-il aussitôt, «cela est
-bien de son âge[184].»
-
-Au fond, il la trouvait charmante. «J'ai ma duchesse de Bourgogne,»
-répétait-il souvent. Le public était ravi de l'affabilité de la jeune
-princesse; les plus vieux courtisans même étaient séduits. Choiseul
-s'entretenait avec elle et sortait enthousiasmé: «On n'a jamais rien vu
-de pareil à son âge,» disait-il[185]. Et le duc de Noailles, «l'homme
-de France qui avait peut-être le plus d'esprit et qui connaissait
-le mieux son souverain et la Cour,» déclarait à Mercy que très
-certainement, «d'après les qualités qu'il voyait dans cette princesse,»
-ses charmes acquerraient un jour sur le Roi un empire tout-puissant.
-
-Les dames de la Dauphine n'étaient pas moins flattées des égards
-qu'elle leur témoignait et de la protection qu'elle leur accordait.
-Un exemple remarqué avait montré dès le début avec quelle vivacité
-et quelle fermeté elle savait les défendre au besoin. A Choisy,
-pendant une représentation, les dames du palais s'étaient emparées
-des premiers bancs et avaient refusé d'y faire place à la comtesse
-du Barry et à deux de ses amies intimes. Il y avait eu des propos
-piquants échangés; la favorite s'était plainte et le Roi, cédant à
-ses plaintes, avait exilé à quinze lieues de la Cour une des dames
-de la Dauphine, la comtesse de Grammont, qui s'était montrée l'une
-des plus vives contre Mme du Barry[186]. Quelques mois plus tard, Mme
-de Grammont, étant tombée malade, demanda la permission de revenir à
-Paris et pria Marie-Antoinette d'intercéder en sa faveur. La jeune
-princesse alla aussitôt trouver son grand-père et lui exposa, d'une
-façon pleine de grâce et de douceur, la requête de sa dame du palais.
-Le Roi, embarrassé, comme toujours en pareille occurrence, ajourna sa
-réponse. La Dauphine insista: «Madame,» répliqua Louis XV, avec une
-certaine sécheresse, «je crois vous avoir dit que je vous donnerai une
-réponse.»—«Mais, papa, reprit vivement la princesse, indépendamment
-des raisons d'humanité et de justice, songez donc quel chagrin ce
-serait pour moi, si une femme attachée à mon service venait à mourir
-dans votre disgrâce.» Le Roi sourit et promit à sa petite-fille de lui
-donner satisfaction. Il chargea aussitôt le duc de la Vrillière de
-s'informer de l'état de Mme de Grammont, et deux jours après, malgré
-une première opposition de Mme du Barry, il ordonnait d'envoyer à la
-malade une permission de revenir à Paris. La Vrillière, intimement
-lié avec la favorite, n'expédia la permission qu'en rechignant; soit
-mauvaise volonté, soit oubli, il négligea d'en avertir la Dauphine.
-La Dauphine le fit venir: «Monsieur,» lui dit-elle d'un ton plein
-de dignité, «s'agissant d'une demande dont je vous avais chargé, et
-qui concerne une dame de mon service, j'aurais dû être informée la
-première, et par vous, de la résolution que le Roi prendrait à son
-égard; mais je vois, Monsieur, que vous m'avez traitée en enfant, et je
-suis bien aise de vous dire que je ne l'oublierai pas.»
-
-La Vrillière, confus, balbutia quelques mauvaises excuses. La Cour fut
-surprise de ce fier langage et Madame Adélaïde, admirant une fermeté
-dont elle n'eût pas été capable, ne put s'empêcher de dire à sa nièce,
-non peut-être sans une secrète envie: «On voit bien que vous n'êtes pas
-de notre sang[187].»
-
-Malgré cette divergence d'idées et cette différence d'attitude,
-Mesdames elles-mêmes, à cette heure, étaient sous le charme, et
-Madame Adélaïde oubliait un instant ses préventions pour donner à
-Marie-Antoinette une clef de ses appartements, où elle pourrait ainsi
-aller sans suite et sans être vue[188]. Il n'était pas jusqu'au Dauphin
-qui ne subit l'ascendant de sa jeune femme; son caractère, un peu
-fermé et concentré, s'épanouissait presque au contact de cette grâce
-et de cette bonne humeur: «Puisque nous devons vivre dans une amitié
-intime,» lui disait un jour la jeune princesse, «il faut que nous
-parlions de tout avec confiance.» Et l'entretien commençait en effet,
-confiant et intime, sur les sujets les plus délicats, sur Mme du Barry
-et sur le duc de Choiseul[189].
-
-Un tel triomphe était trop éclatant pour durer, et le fidèle Mercy, qui
-connaissait bien la Cour de Versailles et le caractère français, ne
-s'aveuglait pas sur les suites de ce flatteur début. «Sans me laisser
-éblouir par le succès très mérité de Madame la Dauphine», écrivait-il
-dès le 15 juin 1770, je «réfléchis que parmi une nation vive et légère
-et dans une Cour fort orageuse, il est plus facile, dans le début, d'y
-remporter les suffrages que de les y conserver à la longue[190].» Trop
-de gens avaient intérêt à détruire ce crédit naissant, et d'ailleurs
-les qualités de la jeune princesse étaient trop brillantes pour n'être
-pas dangereuses. Toute de premier mouvement, sans calcul et sans
-arrière-pensée, elle savait rarement dissimuler son sentiment, et
-cette spontanéité, qui était un de ses charmes, était aussi un de ses
-écueils. Sa facile confiance la livrait désarmée aux intrigues de son
-entourage, de même que son bon cœur la laissait sans défense contre
-les sollicitations et les importunités. Vive, ardente, pleine de gaîté
-et d'entrain, amie des plaisirs, un peu moqueuse, elle se pliait mal à
-la réflexion et à la contrainte. Il y avait d'ailleurs tant de sujets
-de distraction à la Cour, tant d'obligations de société et de famille,
-qu'on n'avait guère le temps de songer à une instruction un peu suivie.
-
-Veut-on savoir quel était l'emploi du temps de Marie-Antoinette dans
-les premiers mois de son séjour en France? Le voici, tel qu'elle le
-décrit à sa mère, dans une lettre du 12 juillet 1770:
-
-«Je me lève à dix heures, ou à neuf, ou à neuf et demie, et m'ayant
-habillée, je dis ma prière du matin; ensuite, je déjeune et de là
-je vais chez mes tantes, où je trouve ordinairement le Roi. Cela
-dure jusqu'à dix heures et demie; ensuite, à onze heures, je vais me
-coiffer. A midi, on appelle la Chambre et là tout le monde peut entrer
-qui n'est point des communes gens. Je mets mon rouge et lave mes mains
-devant tout le monde; ensuite, les hommes sortent et les dames restent,
-et je m'habille devant elles. A midi est la messe. Si le Roi est à
-Versailles, je vais avec lui et mon mari et mes tantes à la messe; s'il
-n'y est pas, je vais seule avec M. le Dauphin, mais toujours à la même
-heure. Après la messe, nous dînons à nous deux devant tout le monde;
-mais cela est fini à une heure et demie; car nous mangeons fort vite
-tous les deux. De là, je vais chez M. le Dauphin et, s'il a affaire,
-je reviens chez moi. Je lis, j'écris, ou je travaille; car je fais une
-veste pour le Roi, qui n'avance guère; mais j'espère qu'avec la grâce
-de Dieu elle sera finie dans quelques années. A trois heures, je vais
-encore chez mes tantes, où le Roi vient à cette heure-là.»
-
-«A quatre heures, l'abbé vient chez moi; à cinq heures, tous les jours,
-le maître de clavecin ou à chanter jusqu'à six heures. A six heures et
-demie, je vais presque toujours chez mes tantes, quand je ne vais point
-me promener; il faut savoir que mon mari va presque toujours avec moi
-chez mes tantes. A sept heures, on joue jusqu'à neuf heures; mais quand
-il fait beau, je m'en vais promener, et alors il n'y a point de jeu
-chez moi, mais chez mes tantes. A neuf heures, nous soupons, et, quand
-le Roi n'y est point, mes tantes viennent souper chez nous; mais quand
-le Roi y est, nous allons souper chez elles. Nous attendons le Roi, qui
-vient ordinairement à dix heures trois quarts; mais moi, en attendant,
-je me place sur un grand canapé et dors jusqu'à l'arrivée du Roi; mais
-quand il n'y est pas, nous allons coucher à onze heures[191].»
-
-A Choisy, la journée était plus complète encore et le jeu se
-prolongeait parfois jusqu'à une heure et demie du matin[192].
-
-Dans ce programme, à la fois si rempli et si vide, dans cette vie si
-affairée sans affaires réelles, où trouver place pour des occupations
-sérieuses, nous ne disons pas pour des études, mais simplement pour des
-lectures? Marie-Antoinette avait à peine le temps d'écrire à sa mère;
-elle était souvent obligée de le faire à sa toilette, et l'on sait
-cependant combien elle aimait sa mère. Si les instants lui manquaient
-pour l'accomplissement d'un devoir si pressant et si cher à son cœur,
-comment en aurait-elle trouvé chaque jour pour un travail assidu, très
-utile sans doute, mais qui eût dû précéder le mariage et pour lequel,
-il faut bien le dire, elle n'avait jamais eu que fort peu de goût[193]?
-«Elle a,» écrivait Mercy, «une conception heureuse et facile, au moyen
-de laquelle elle saisit et retient ce qu'elle lit; mais elle y emploie
-trop peu de temps[194].»
-
-C'était un des grands soucis de Marie-Thérèse: elle sentait que
-l'éducation de sa fille n'avait pas été suffisamment soignée à Vienne;
-elle eût voulu qu'elle la perfectionnât à Versailles et que, dans
-ce tourbillon frivole de la Cour, il y eût place pour de solides
-lectures qui eussent été un complément d'instruction. Elle y revenait
-sans cesse, dans ses lettres, demandant qu'on lui rendît compte des
-lectures et même qu'on lui en fît un journal[195]. Marie-Antoinette fut
-embarrassée de cette demande; sa vivacité naturelle, la pétulance même
-de son âge, sa répugnance à appliquer un esprit facile à distraire,
-la fréquence de ses visites à ses tantes, la promenade pendant la
-belle saison, le besoin de causer de mille objets «que leur beauté
-ou leur nouveauté rendait intéressants[196],» ne lui avaient pas
-toujours permis d'employer bien exactement l'heure réservée à la
-lecture dans le programme si chargé de la journée. Non pas qu'elle
-fût demeurée oisive. A plusieurs reprises, Mercy s'était loué de sa
-fidélité au travail, et Vermond remarquait que son langage s'était
-amélioré et qu'elle s'exprimait «aisément, agréablement et très
-noblement dans les occasions et sur les choses remarquables[197]».
-Mais il lui arrivait parfois de s'intéresser plus aux jeux du fils
-de sa première femme de chambre, Mme de Misery[198], ou aux gambades
-de son petit chien Mops[199], qu'aux _Lettres du comte de Tessin_ ou
-_aux Bagatelles morales_ de l'abbé Coyer[200]. Elle ne savait donc
-que répondre à sa mère. Trop franche pour dissimuler la vérité, il
-lui en coûtait pourtant de l'avouer. D'ailleurs, ce compte rendu que
-réclamait l'Impératrice n'était pas aussi simple à faire qu'il semblait
-au premier abord. La jeune princesse, et cela était assez naturel,
-ne voulait pas écrire d'une manière ostensible; son très légitime
-amour-propre eût rougi, aux yeux de son mari et de ses tantes, de
-paraître encore en éducation. Mais comment écrire sans qu'on vît ses
-lettres et ses résumés?
-
-A tort ou à raison, Marie-Antoinette ne croyait aucun papier en sûreté
-chez elle; elle avait peur des doubles clefs[201]. Ne sachant donc à
-quoi se résoudre, elle s'en tirait, comme s'en tirent trop souvent
-les gens dans l'embarras, en ne se décidant à rien. Quelle que fût
-sa docilité vis-à-vis de ses conseillers[202], quels que fussent sa
-soumission, son respect et sa confiance pour sa mère[203], elle ne
-répondait pas à ses pressantes questions. L'Impératrice s'irritait;
-elle revenait à la charge avec une sévérité qui allait parfois
-jusqu'à l'injustice, et une insistance qui finissait par agacer
-Marie-Antoinette.
-
-«Tâchez de tapisser un peu votre tête de bonnes lectures... Ne négligez
-pas cette ressource, qui vous est plus nécessaire qu'à une autre,
-n'ayant aucun autre acquis, ni la musique, ni le dessin, ni la danse,
-peinture et autres sciences agréables. Je reviens donc toujours à la
-lecture, et vous chargerez l'abbé de m'envoyer tous les mois ce que
-vous aurez achevé et ce que vous comptez commencer[204].»
-
-Cette fois, la leçon était trop forte: elle dépassait le but.
-Marie-Antoinette fut non pas aigrie, mais piquée au vif: «Voyez,
-Monsieur l'abbé, dit-elle à Vermond, si l'on savait cela, cela me
-ferait un bel honneur.» Et après avoir lu le passage que nous venons
-de citer: «Vraiment, reprit-elle avec humeur, elle me ferait passer
-pour un animal.» Puis, se calmant un peu: «Eh bien,» ajouta-t-elle, «je
-répondrai qu'il ne me sera guère possible de faire des lectures réglées
-pendant le carnaval, mais en carême. N'est-ce pas bon?»—«Oui, Madame,
-pourvu que cela soit sincère[205].»
-
-Nous avons cité cette petite scène, parce qu'elle peint bien le
-caractère de Marie-Antoinette à cette époque et la nature de ses
-relations avec Marie-Thérèse: une direction incessante, et, la plupart
-du temps, impérieuse de la part de la mère; de la part de la fille, un
-peu d'impatience de cette surveillance occulte et de ces perpétuelles
-gronderies, parfois une fugitive velléité de s'y soustraire et, ce qui
-est bien humain, quelques tentatives pour ajourner, peut-être pour
-éluder une obligation ennuyeuse, mais au fond un respect véritable et
-une docilité réelle, auxquels faisaient seuls obstacle les mille tracas
-de la journée et l'extrême vivacité de l'esprit.
-
-Mais Marie-Thérèse ne se tint pas pour satisfaite de cette promesse qui
-lui semblait une échappatoire. Dans la lettre suivante, elle insiste de
-nouveau:
-
-«J'attends avec impatience, en retour de ce courrier, vos lectures et
-application: il est permis, surtout à votre âge, de s'amuser; mais d'en
-faire toute son occupation, et de ne rien faire de solide ni d'utile
-et de tuer le temps entre promenades et visites, à la longue vous en
-reconnaîtrez le vide et serez bien aux regrets de n'avoir mieux employé
-votre temps. Je dois même vous relever que le caractère de vos lettres
-est tous les jours plus mauvais et moins correct. Depuis dix mois, vous
-auriez dû vous perfectionner. J'étais un peu humiliée en voyant courir
-par plusieurs mains celles des dames que vous leur avez écrites; il
-faudrait s'exercer avec l'abbé ou quelque autre de vous former mieux la
-main, pour avoir un caractère plus égal[206].»
-
-Marie-Antoinette aurait pu répondre qu'il lui eût été bien difficile
-de faire en dix mois à Versailles, au milieu de distractions sans
-nombre, ce qu'on n'avait pas su lui apprendre en dix ans à Vienne,
-dans le calme de l'éducation. Mais elle était trop respectueuse pour
-le dire. Elle était d'ailleurs sincère dans sa promesse de s'occuper
-plus sérieusement pendant le carême, et elle y fut fidèle. Dès le
-mois de mars, elle envoya le journal de ses lectures[207], et elle les
-fit avec plus de régularité. L'abbé de Vermond lui-même constata que
-les idées de la Dauphine «s'arrangeaient avec plus d'ordre et que son
-langage devenait plus suivi[208]». Sans doute, avec la vivacité de son
-caractère, il était difficile qu'il n'y eût pas des rechutes. Tantôt le
-goût que Marie-Antoinette montrait pour le fils de sa première femme
-de chambre[209], tantôt les courses à cheval[210] ou à âne[211], les
-promenades pendant la belle saison[212], les amusements du carnaval
-pendant l'hiver amenaient un peu d'interruption dans l'étude. Mais il
-est certain,—et les impartiaux rapports de Mercy l'établissent,—que
-la jeune femme fit de réels efforts pour tenir l'engagement pris avec
-sa mère. Le fidèle ambassadeur remarquait chez son auguste pupille
-des changements avantageux[213]. Les conversations avec l'abbé de
-Vermond étaient plus longues, plus sérieuses, plus instructives[214].
-La musique, la danse, les travaux d'aiguille alternaient avec
-l'étude[215]. La lecture durait même quelquefois plusieurs heures[216],
-soit que la Dauphine lût elle-même, soit qu'elle fît lire par l'abbé
-de Vermond[217], tandis qu'elle était occupée à un de ces ouvrages
-manuels pour lesquels elle eut toujours le plus grand goût[218]. Et
-le choix portait sur des œuvres d'un genre propre à former l'esprit,
-des lettres bien écrites, des sermonnaires, des traités ou des
-mémoires historiques surtout, parfois des pièces de théâtre, mais
-jamais de romans ou d'autres livres frivoles, pour lesquels elle ne
-manifestait aucune curiosité[219]. C'étaient les _Anecdotes de la Cour
-de Philippe-Auguste_[220], les _Mémoires de l'Estoile_, les _Lettres
-d'une mère à sa fille_, le _Livre de Tobie_[221], le _Petit-Carême_
-de Massillon[222], les _Œuvres de Bossuet_[223], l'_Histoire
-d'Angleterre_, de Hume[224]. En sorte qu'elle se trouva bientôt plus
-instruite en fait d'histoire, et particulièrement d'Histoire de France,
-que les princes ou princesses de la famille royale[225]. Elle fit
-mieux: d'élève, elle devint mentor et fit lire au Dauphin les _Mémoires
-de Sully_[226].
-
-Quant à elle, elle se traça tout un plan d'études, et pour rendre en
-quelque sorte plus solennel l'engagement qu'elle prenait vis-à-vis
-d'elle-même, elle l'inscrivit de sa main sur un agenda:
-
-«Il semble, écrivait Mercy, que Son Altesse Royale a voulu s'astreindre
-elle-même à une forme constante et invariable en mettant par écrit une
-sorte d'agenda qu'elle a eu la bonté de me lire et qui comprend la
-distribution des heures de la journée. Il y est dit qu'en se levant
-Madame l'Archiduchesse emploiera les premiers moments à la prière,
-qu'ensuite elle s'occupera de la musique, de la danse et d'une heure
-de _lecture raisonnable_; c'est l'expression que porte l'agenda. La
-toilette, une visite chez le Roi, la messe et le dîner remplissent
-le reste de la matinée. Après midi, il se trouve une heure et demie
-assignée à la continuation des lectures raisonnables; les promenades ou
-la chasse et les conversations avec Monsieur le Dauphin ainsi qu'avec
-le reste de la famille royale trouvent lieu successivement. J'ai
-respectueusement exhorté Madame la Dauphine à ne point s'écarter d'un
-plan si sage et si bien arrangé. Elle m'a répondu avec sa bonne foi
-ordinaire: «Je ne sais si je remplirai tout cela bien exactement, mais
-je m'y tiendrai le plus qu'il me sera possible[227].»
-
-Qu'on compare ce programme avec celui du 12 juillet 1770 et qu'on
-juge les progrès réalisés en deux ans. Et, de fait, malgré un
-peu de dissipation l'été suivant, surtout pendant un voyage à
-Compiègne, où les promenades et la chasse ne permettaient guère plus
-d'assiduité[228], Marie-Antoinette fut fidèle à ce plan. La répugnance,
-qu'elle avait montrée, au début, pour les occupations sérieuses,
-avait cessé; elle s'y livrait désormais sans dégoût et même avec
-plaisir[229]. Dans le mois de novembre, malgré les distractions de
-l'automne, elle y consacrait deux heures par jour[230]. Au milieu
-même des fêtes du mariage du comte d'Artois, elle se réservait une
-heure de recueillement[231]. Et lorsque l'hiver ramena un peu plus de
-calme et de liberté, ce ne fut plus une heure seulement, mais deux,
-que la Dauphine consacra aux lectures et aux commentaires dont les
-accompagnait l'abbé de Vermond, avec deux autres heures pour la musique
-et la danse. «Au moyen de tout cela, écrivait Mercy, les journées se
-trouvent assez bien remplies, et je crois que Votre Majesté a tout
-sujet d'en être satisfaite[232].»
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
- Ce qu'il faut penser des reproches de Marie-Thérèse à sa
- fille.—Les conseillers de Marie-Antoinette.—Le comte de
- Mercy.—Ses moyens d'informations.—L'abbé de Vermond.—Goût
- de Marie-Antoinette pour l'équitation.—Influence de
- Mesdames.—Comment cette influence s'établit.—La Maison de la
- Dauphine.—La comtesse de Noailles.—Madame _l'Etiquette_.—Les
- comtesses de Cossé et de Mailly.—Prise d'habit de Madame
- Louise.—Inconvénients de l'influence de Mesdames sur
- leur nièce.—La comtesse de Narbonne et la marquise de
- Durfort.—Rapports du Roi et de Marie-Antoinette.—Diminution de
- l'influence de Mesdames.—Mécontentement de Mme Adélaïde.—Sa
- rancune.
-
-
-L'absence d'occupations sérieuses était le principal, mais non le seul
-reproche que Marie-Thérèse adressât à Marie-Antoinette. Sa sollicitude
-maternelle était sans cesse en éveil et se portait sur tout[233], et il
-est vraiment permis de penser que si elle avait appliqué à l'éducation
-de sa fille la surveillance inquiète qu'elle exerçait sur sa conduite
-à Versailles, bien des défauts, dont elle fut plus tard le censeur
-impitoyable, auraient pu être corrigés. Il ne faut pas d'ailleurs
-toujours prendre ces reproches à la lettre. L'Impératrice exagère
-souvent les griefs, afin de piquer plus vivement l'amour-propre de
-la Dauphine, et de «donner une secousse à son âme[234]». Elle-même
-avoue qu'elle lui écrit parfois des choses un peu trop fortes pour
-la réveiller de sa «léthargie[235]». Elle était exactement avertie de
-tout ce qui se passait à Versailles par son fidèle ministre le comte
-de Mercy-Argenteau, une des figures les plus originales peut-être de
-cette époque: Mercy, qui, représentant depuis plusieurs années déjà
-l'Autriche à Paris, savait sa Cour de France par cœur, en avait étudié
-tous les personnages, en connaissait à fond tous les ressorts et toutes
-les intrigues, et qui, chargé par sa souveraine d'appuyer et de diriger
-les pas de l'Archiduchesse sur ce terrain glissant, remplit jusqu'au
-bout sa mission avec un dévouement, une perspicacité, une vigilance,
-une sincérité au-dessus de tout éloge.
-
-Il est curieux de pénétrer le système compliqué au moyen duquel
-l'habile diplomate était, jour par jour, et presque heure par heure,
-au courant des actions de sa pupille: «Je suis assuré, écrivait-il, de
-trois personnes du service en sous-ordre de Madame l'Archiduchesse:
-c'est une de ses femmes et deux garçons de chambre qui me rendent un
-compte exact de ce qui se passe dans l'intérieur. Je suis informé, jour
-par jour, des conversations de l'Archiduchesse avec l'abbé de Vermond,
-auquel elle ne cache rien; j'apprends, par la marquise de Durfort,
-jusqu'au moindre propos de ce qui se dit chez Mesdames, et j'ai plus de
-monde et de moyens encore à savoir ce qui se passe chez le Roi, quand
-Mme la Dauphine s'y trouve. A cela, je joins mes propres observations,
-de façon qu'il n'est pas d'heure dans la journée de laquelle je ne
-fusse en état de rendre compte sur ce que Madame l'Archiduchesse peut
-avoir dit, ou fait, ou entendu....., et j'ai donné à mes recherches
-toute cette étendue, parce que je sais combien le repos de Votre
-Majesté y est intéressé[236].»
-
-Il faut dire, à l'honneur du fidèle ambassadeur, qu'il ne dissimula
-rien à l'Impératrice. Jamais il n'avança un fait dont il n'eût la
-certitude la plus entière[237]; jamais non plus il n'eût voulu en
-cacher un dont il fût assuré; jamais,—il en avait pris l'engagement et
-il le tint,—jamais il ne chercha à tranquilliser son auguste souveraine
-aux dépens de la vérité[238]; il lui dit tout, aussi bien les fautes
-légères que les inconvénients plus graves.
-
-Et ce qu'il importe de remarquer encore, il déploya tant de tact dans
-l'accomplissement de sa délicate mission, il sut si bien déguiser ce
-qu'elle pouvait sembler avoir d'odieux et tempérer par un dévouement
-à toute épreuve et une affection quasi-paternelle ce qu'elle avait de
-dur, que jamais Marie-Antoinette, surveillée, espionnée, si l'on veut,
-grondée par lui, respectueusement mais impitoyablement, ne lui en sut
-mauvais gré: elle ne se rendit pas toujours à ses représentations;
-jamais elle ne lui en manifesta d'humeur; jamais sa confiance en lui
-n'en fut ébranlée. «Ce qu'il y a d'heureux, écrivait Mercy, c'est que
-Madame la Dauphine nous accorde, à l'abbé et à moi, sa confiance, et
-qu'elle nous marque plus de bonté à mesure que nous lui exposons la
-vérité sans détours et sans flatterie[239].» Un tel accord, dans de si
-difficiles conditions, ne fait pas moins d'honneur à la pupille qu'au
-mentor.
-
-Le second de Mercy dans cette délicate mission, nous l'avons vu déjà,
-ce fut l'abbé de Vermond, qui, de précepteur de l'Archiduchesse
-en Autriche, était devenu lecteur de la Dauphine en France, pour
-«continuer les fonctions dont il avait été chargé à Vienne, suivre
-et perfectionner les connaissances que Madame la Dauphine témoigne
-tant de désir de cultiver[240]», et qui, malgré bien des tracasseries
-et quelques instants de découragement, demeura ferme au poste qui
-lui était confié. Ses yeux, il l'a dit lui-même, étaient toujours
-ouverts, alternativement par l'inquiétude et par l'enchantement[241].
-Des jalousies de métier ou des haines de Cour l'avaient calomnié. Mme
-Campan l'avait représenté comme le mauvais génie de Marie-Antoinette,
-comme un intrigant dominateur et ambitieux[242]. L'histoire,
-aujourd'hui mieux connue, a pleinement réhabilité l'abbé de Vermond;
-elle lui a restitué son véritable rôle. Si elle est en droit de
-lui reprocher d'avoir parfois manqué de désintéressement,—et
-encore les abbayes qu'il demanda, suivant l'usage du temps, ne
-représentaient-elles qu'un revenu assez médiocre pour un homme
-obligé de vivre à la Cour et dont les appointements n'étaient pas
-régulièrement payés[243],—si elle peut regretter que sa direction
-n'ait pas toujours été très éclairée, elle doit reconnaître en lui un
-collaborateur zélé et intelligent du comte de Mercy dans l'œuvre de
-protection et de préservation que lui avait confiée Marie-Thérèse,
-un observateur perspicace, un serviteur dévoué de Marie-Antoinette,
-le seul de sa Maison, disait l'ambassadeur, qui lui rendît vraiment
-service par sa «façon de lui exposer la vérité et de la lui faire
-sentir[244]».
-
-Grâce à cette double surveillance, si bien organisée par un double
-attachement, Marie-Thérèse pouvait, de Vienne, suivre pas à pas,
-pour ainsi dire, toutes les démarches de sa fille: elle la suivait à
-Versailles, à Fontainebleau, à Compiègne: elle la suivait au bal, à
-la chasse, dans ses appartements. Dès qu'un inconvénient lui était
-signalé, vite une lettre partait de Schoënbrunn ou de Laxembourg,
-lettre de reproches ou de recommandations. Voyait-elle le maintien
-de la Dauphine se négliger, sa taille se déformer, aussitôt elle
-lui écrivait de porter un corps de baleine[245], et, après quelques
-hésitations, Marie-Antoinette s'y résignait[246]. Mais elle n'était pas
-toujours aussi docile et, dans certaines circonstances, une influence
-nouvelle combattait et parfois dominait celle de la mère.
-
-Dès son arrivée en France, l'Archiduchesse avait manifesté le désir
-de monter à cheval. L'Impératrice s'en effrayait: à quinze ans, en
-pleine croissance, il lui semblait qu'il y avait là un danger dont
-les conséquences pouvaient être graves pour l'avenir[247]. On fit agir
-Choiseul; le Roi, prévenu par le ministre, ne donna pas l'autorisation
-que sollicitait la Dauphine, il ne permit que de monter à âne. On en
-choisit de très doux, et ce divertissement, nouveau pour elle, plut
-beaucoup à la jeune princesse[248]. Mais bientôt l'âne ne lui suffit
-plus; elle avait de si bonnes raisons de préférer une plus noble
-monture. Ses tantes l'y encourageaient; le Roi et le Dauphin, qui
-aimaient la chasse à courre, seraient heureux d'y être accompagnés
-par elle; on était à Fontainebleau, l'occasion était propice.
-Madame Adélaïde se chargea d'aplanir les difficultés et d'obtenir
-la permission du Roi. Un cheval fut secrètement conduit avec les
-ânes à un endroit marqué de la forêt, et quand la Dauphine arriva au
-rendez-vous, elle renvoya les ânes et sauta sur le cheval[249]. Elle
-était toute fière, mais aussi tout embarrassée de son petit triomphe.
-Que répondre aux objections de Mercy? Comment surtout échapper aux
-reproches de sa mère? Elle s'en tira en promettant de ne jamais suivre
-de chasses à cheval[250]; mais l'occasion, le plaisir, une foule de
-prétextes bons et mauvais firent qu'elle ne fut pas très fidèle à cet
-engagement. Marie-Thérèse revint plus d'une fois sur ce délicat sujet:
-ne réussissant pas à entraver un goût très vif chez sa fille, elle se
-résigna et se borna à des recommandations, qui, il faut le dire, furent
-habituellement observées[251].
-
-C'étaient Mesdames, on vient de le voir, qui avaient conseillé à la
-Dauphine ce genre d'amusement et l'avaient entraînée à désobéir pour la
-première fois aux avis de sa mère. Leur influence, à ce moment, était
-prépondérante, et Marie-Thérèse s'en alarmait justement. Lorsque sa
-fille était partie pour la France, elle n'avait pu s'empêcher de lui
-dire: «Soyez-leur attachée (à vos tantes); ces princesses sont pleines
-de vertus et de talents, c'est un bonheur pour vous: j'espère que vous
-mériterez leur amitié[252].» Quel autre guide, en effet, pouvait-elle
-lui recommander dans la famille royale? Le Dauphin était bien jeune et
-bien inexpérimenté lui-même pour diriger la jeunesse et l'inexpérience
-de sa femme.
-
-Quant au Roi, il n'avait jamais manifesté une volonté à ses enfants.
-Jamais il n'avait attribué sur eux la moindre autorité à qui que ce
-fût[253]; jamais il n'avait pu prendre sur lui de les avertir ou
-corriger en quoi que ce soit[254]. Il aimait sa famille, mais de cet
-amour égoïste qui ne veut ni gêner ni être gêné[255]. Pourvu qu'on le
-laissât libre dans ses plaisirs, il laissait lui-même toute liberté aux
-autres dans leurs amusements.
-
-Il y avait bien sans doute Mercy, qui avait l'entière confiance de
-l'Impératrice et qui la méritait. «Voyez souvent Mercy[256],» répétait
-sans cesse Marie-Thérèse à sa fille; «suivez tous les conseils qu'il
-vous donnera[257].» «Mercy est chargé de vous parler clair[258].» Et
-à côté de Mercy, il y avait Vermond. Mais Vermond n'occupait qu'un
-poste subalterne et Mercy, ministre étranger, suspect par conséquent
-à la Cour de France, était tenu à une réserve extrême et ne pouvait
-pas avoir d'audience plus d'une ou deux fois par semaine[259]. En tout
-cas, ni l'un ni l'autre ne pouvait être pour la jeune princesse une
-_société_.
-
-Si de la famille royale nous descendons à la Maison de la Dauphine,
-nous trouvons en première ligne la dame d'honneur, la comtesse
-de Noailles, _Madame l'Etiquette_, comme l'appelait plaisamment
-Marie-Antoinette[260]: femme de mœurs irréprochables, mais d'une
-gravité un peu empesée et d'un esprit assez mince, associant à un
-maintien raide et à un air austère de petits moyens de flatterie
-sur lesquels la clairvoyante finesse de sa jeune maîtresse ne se
-méprenait pas. L'importance exagérée qu'elle attachait à des règles
-gênantes, dont beaucoup avaient leur raison d'être, mais dont plusieurs
-étaient des puérilités et dont d'ailleurs elle n'expliquait pas le
-motif, exaspérait la Dauphine, en même temps que ses complaisances
-obséquieuses l'agaçaient. Malgré ces inconvénients, Mme de Noailles
-était peut-être celle des femmes de la Cour qui convenait le mieux à
-ses hautes fonctions[261]. La grande situation de sa famille l'y avait
-préparée et sa vertu incontestable l'en rendait digne. Mercy l'opposa
-plus d'une fois à l'influence prédominante de Mesdames.
-
-Au-dessous d'elle, la dame d'atours, la duchesse de Cossé, fille du duc
-de Nivernais, jeune femme réservée et pleine de tact, qui «réunissait
-tout le charme de la raison et de l'à-propos[262]» et de qui l'Empereur
-devait dire un jour que «dans sa tête un esprit anglais se trouvait
-logé avec une imagination française»[263]; véritablement attachée
-d'ailleurs et véritablement aimée, et qui, lorsque, plus tard, la
-maladie de son fils la força de quitter sa place, devait laisser à
-la Reine, en guise de «testament de fidélité», de sages avis sur les
-intrigues de la Cour et les pièges qu'on lui tendait[264].
-
-Parmi les autres dames de la maison de la Dauphine, les unes, douces
-et sensibles, comme la marquise de Mailly, fort honnête, mais un peu
-nonchalante, n'avaient pas d'inconvénients, mais n'offraient pas de
-secours[265]. Les autres, comme Mme de Chimay, d'une vertu reconnue,
-n'inspiraient cependant pleine confiance ni à l'ambassadeur ni à
-la princesse[266]. D'autres, enfin, n'avaient pas une réputation
-intacte, comme cette duchesse de Chaulnes, spirituelle mais méchante,
-qui couronna par un mariage ridicule une série d'aventures et
-d'extravagances[267].
-
-A tout prendre, et dans la situation que nous venons de peindre,
-il était donc naturel que Marie-Antoinette se rapprochât de ses
-tantes, surtout au début, et que sa mère l'y encourageât. Mercy
-lui-même, qui connaissait bien la Cour, convenait des avantages de
-ces relations[268]; mais il ajoutait aussitôt qu'il ne fallait pas
-s'y livrer sans une certaine circonspection[269]. Ce qui paraît
-plus surprenant, au premier abord, c'est que Mesdames, avec leurs
-préventions contre l'alliance autrichienne, se soient prêtées si
-facilement à cette intimité. Virent-elles là l'accomplissement d'un
-devoir envers une jeune nièce, jetée sans pilote et sans gouvernail
-sur la mer orageuse de Versailles? Subirent-elles, elles aussi,
-l'ascendant de cette grâce qui tenait tout le monde sous le charme? Y
-eut-il chez elles un calcul et, jalouses de cette influence nouvelle,
-qui se levait à l'horizon de la Cour, embrassèrent-elles leur rivale,
-afin de mieux l'étouffer? Nous ne voudrions pas affirmer que cette
-dernière considération ne soit pas entrée quelque peu dans les motifs
-qui guidèrent, sinon les trois sœurs,—nous ferions volontiers exception
-pour l'excellente Mme Victoire,—du moins Mme Adélaïde, la politique de
-la famille, et le chef reconnu de cette auguste trinité qui trônait
-dans les petits appartements du Château.
-
-L'arrivée de la Dauphine dérangeait tous leurs projets et les rejetait
-au second plan. Depuis la mort de Marie-Josèphe de Saxe, Mesdames
-occupaient, après leur père, le premier rang à la Cour: c'était chez
-elles que se tenait le jeu du Roi. Désormais, ce rôle passait à la
-Dauphine. Que Mme Adélaïde ait vu ce changement avec dépit, cela ne
-paraît pas douteux. De là à cacher le dépit sous des dehors aimables,
-à essayer d'annuler, en la dominant et en l'absorbant, une influence
-contre laquelle il eût peut-être été malaisé de lutter, il y avait
-une transition naturelle, une combinaison qui devait tenter un esprit
-politique comme celui de la fille de Louis XV.
-
-Quoi qu'il en soit, l'intimité s'établit dès le début entre la nièce et
-les tantes. Séduite par leurs avances, sentant d'ailleurs la nécessité
-d'un appui, la jeune princesse se livra avec cette spontanéité et cette
-franchise qui étaient le fond et le charme de son caractère.
-
-Une cérémonie touchante vint servir encore, en quelque sorte, comme
-d'un nouveau trait d'union. Le 10 octobre 1770, au bout de cinq
-mois d'attente exigés par son père, Mme Louise prit l'habit de
-carmélite à Saint-Denys, et ce fut des mains de la Dauphine qu'elle
-le reçut. Quelles que fussent les répugnances de l'humble religieuse,
-la cérémonie se fit avec un grand éclat. Le nonce du Pape y fut,
-vingt-deux évêques y assistèrent, et la fille de France reprit pour ce
-jour-là le costume et le cortège d'une puissante princesse. Mais quand,
-après les interrogations accoutumées, elle reparut dans le chœur,
-dépouillée de ses riches parures et couverte d'une bure grossière, pour
-s'agenouiller aux pieds de sa nièce, des pleurs coulèrent de tous les
-yeux, et la Dauphine elle-même arrosa de ses larmes le scapulaire et
-le manteau dont elle revêtit l'humble postulante[270].
-
-Mesdames, comme le Roi, ne s'étaient pas senties assez fortes pour
-assister à ce grand sacrifice: il en eût trop coûté à leur cœur, dit
-une lettre du Carmel; elles en recueillirent avidement l'écho des
-lèvres de leur nièce, et il semble que l'amitié de Marie-Antoinette et
-de ses tantes ait été resserrée par ce grand exemple et cette grande
-leçon.
-
-Les effets ne tardèrent pas à s'en faire sentir. Mesdames étaient
-timides, même avec leur père: elles n'aimaient pas le monde,
-craignaient la représentation, vivaient dans un petit cercle d'intimes
-qui se transformait trop souvent en petit cercle d'intrigues; elles
-s'y permettaient des propos au moins indiscrets et des critiques
-malveillantes[271]. La Dauphine se laissait aller à prendre part à ces
-critiques; son penchant à la moquerie, ainsi encouragé et se croyant
-enfermé dans les limites étroites d'une société restreinte, se donnait
-libre carrière, et ses mots spirituels, aussitôt colportés à la Cour
-et méchamment commentés, froissaient ceux qui en étaient l'objet et
-indisposaient le Roi[272]. On prétendit même qu'elle tournait les
-travers de certaines personnes en ridicule et leur éclatait de rire au
-nez[273].
-
-Puis soudain on vit la jeune princesse devenir timide, comme ses
-tantes, sauvage, effarouchée, malgré le succès qu'elle avait dans
-le monde[274]. Elle n'adressait pas la parole aux personnages de
-distinction[275]; elle n'osait pas parler au Roi; elle ne tenait
-plus le jeu chez elle[276]; elle s'affranchissait le plus possible
-des devoirs de la représentation, ou, quand elle se voyait dans la
-nécessité de les remplir, elle était dans une agitation terrible[277].
-
-Un jour, c'était le 4 septembre 1770, le Corps de ville de Paris et les
-États du Languedoc devaient être présentés à la Dauphine, le premier
-par le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris, les seconds par le comte
-d'Eu, gouverneur de la province. Mesdames, toujours embarrassées de
-leur maintien quand il fallait paraître en public, voulurent persuader
-à leur nièce de recevoir les compliments sans y répondre; «elles-mêmes,
-disaient-elles, n'avaient jamais fait autrement.» Heureusement Mercy
-fut averti. Il combattit énergiquement les conseils de Mesdames:
-Marie-Antoinette l'écouta: elle fit au Corps de Ville et aux États une
-réponse pleine de grâce: les députés et le public furent enchantés[278].
-
-Mais le fidèle ambassadeur n'était pas toujours là pour lutter contre
-l'influence prépondérante des tantes. Il avait bien de la peine, dans
-ses visites bi-hebdomadaires à corriger l'impression mauvaise produite
-par des conversations et des exemples de chaque jour. Les insinuations
-des vieilles princesses, tombant périodiquement sur l'esprit de la
-jeune femme, finissaient par y pénétrer, quelles que fussent d'ailleurs
-ses répugnances et les protestations de son bon sens, comme l'eau qui
-coule goutte à goutte vient à bout d'user le roc le plus dur[279]. Ce
-déplorable ascendant s'étendait à tout, se mêlait de tout, touchait à
-tout. «Mesdames ne se bornent pas à gouverner Madame la Dauphine dans
-les choses qui lui sont personnelles, écrivait Mercy; elles veulent
-aussi étendre leur pouvoir sur les gens attachés au service de Son
-Altesse Royale, porter atteinte à leurs prérogatives, confondre leurs
-rangs et diminuer ainsi la différence très marquée qui doit exister
-entre l'état d'une Dauphine et celui de Mesdames de France[280].»
-Confondre l'état de la Dauphine et celui de Mesdames, c'était bien là,
-au fond, le but des filles de Louis XV.
-
-Malgré tout, entraînée par cette absence de calcul et ce besoin
-d'expansion, qui était le signe de son caractère, Marie-Antoinette ne
-savait dissimuler à ses tantes ni ses joies ni ses espérances. Un jour
-elle avait reçu du Dauphin une promesse d'intimité, longtemps attendue
-et ardemment souhaitée: tout heureuse de cette perspective, elle ne
-voulut pas garder son bonheur pour elle et courut en faire part à Mme
-Adélaïde et à Mme Sophie. Bavardes comme des vieilles filles, Mesdames
-n'eurent pas la discrétion de respecter cette confidence de la jeune
-femme: elles la racontèrent à tant de monde que cela devint la nouvelle
-du jour. Effarouché et mécontent, le Dauphin manqua à sa parole et le
-ménage fut quelque temps en froid[281].
-
-Derrière Mme Adélaïde, et la dirigeant, il y avait sa dame d'atours,
-la comtesse de Narbonne, femme de peu de moyens[282], suivant Mercy,
-mais très versée dans l'intrigue, à une Cour où il fallait moins de
-talent que de brigues pour réussir, et qui avait su prendre sur sa
-maîtresse un ascendant dominateur. Mme de Narbonne ne négligeait rien
-pour attirer la Dauphine et acquérir sur elle le même crédit qu'elle
-avait sur Mme Adélaïde. Soit paresse d'esprit, soit besoin d'amusement
-et facilité de se les procurer chez la dame d'atours, Marie-Antoinette
-avait fini par subir cette influence[283]. On en vit un jour un
-singulier exemple.
-
-Lorsque l'Archiduchesse avait quitté Vienne, sa mère lui avait
-recommandé d'obtenir comme faveur spéciale pour le marquis de Durfort,
-qui avait négocié son mariage, le titre de duc. A plusieurs reprises,
-soit dans ses lettres à sa fille, soit dans sa correspondance avec
-Mercy, Marie-Thérèse, qui avait le don de la reconnaissance, était
-revenue sur ce sujet, s'étonnant qu'une grâce, si souvent accordée à
-des gens qui ne valaient pas le marquis de Durfort, fût si longtemps
-différée[284]. Il y avait là cependant un intérêt direct pour
-Marie-Antoinette à montrer qu'elle protégeait ceux qui lui avaient
-rendu service et qu'elle avait assez de crédit pour les protéger
-efficacement. Mais, à chaque ouverture, la jeune princesse ajournait la
-question: il fallait attendre, l'occasion n'était pas favorable, etc.
-Elle en avait bien parlé à Choiseul, mais elle n'osait pas en parler au
-Roi[285]. La vérité est que Mme Adélaïde s'opposait à ce que le marquis
-de Durfort fût créé duc, parce que l'éclat de ce titre eût rejailli
-en quelque sorte sur sa sœur cadette, Mme Victoire, dont la marquise
-de Durfort était dame d'atours. C'était d'ailleurs le moment où Mmes
-Adélaïde et Sophie s'efforçaient[286] d'éloigner la Dauphine de leur
-sœur, dont l'affection et l'humeur plus douce les offusquaient[287].
-
-Tout changea cependant, par un de ces coups de théâtre, ou plutôt de
-ces compromis dont on voit plus d'un exemple dans les cours, mais qui
-ne sont point, que nous sachions, particuliers aux États monarchiques.
-L'évêque de Gap, beau-frère de la comtesse de Narbonne, désirait
-vivement être nommé premier aumônier de Mme Victoire; la marquise
-de Durfort, aussi puissante sur l'esprit de cette princesse que la
-comtesse de Narbonne l'était sur celui de Mme Adélaïde, l'engagea
-à refuser la nomination de l'évêque, tant qu'on ne lui aurait pas
-donné satisfaction à elle-même. «Mme Victoire s'étant prêtée à cette
-insinuation, il en résulta que les deux dames d'atours se trouvèrent
-réciproquement dans le cas d'avoir besoin l'une de l'autre. Elles
-capitulèrent par l'entremise de leurs amis communs, et il fut
-convenu que la comtesse de Narbonne ferait parler Mme Adélaïde à Mme
-la Dauphine en faveur de la marquise de Durfort, et que celle-ci
-déciderait Mme Victoire à prendre l'évêque de Gap pour premier
-aumônier. Cette convention fut religieusement observée et produisit
-d'abord son effet, en ce que l'évêque de Gap fut demandé et nommé
-premier aumônier de Mmes Victoire et Sophie. Immédiatement après,
-Mme Adélaïde, ayant fait connaître quelle consentait à ce que Mme la
-Dauphine employât ses bons offices en faveur du marquis de Durfort, Son
-Altesse Royale s'en acquitta immédiatement et en parla au Roi le 6 de
-ce mois. Le Roi reçut très bien la demande de Mme la Dauphine; il lui
-répondit, sans la moindre résistance, que, l'objet étant juste et Mme
-la Dauphine le désirant, il y consentait volontiers, et allait ordonner
-au duc de la Vrillière d'expédier au marquis de Durfort une assurance
-par écrit, et au moyen de laquelle il jouira, lui et sa postérité, de
-la dignité de duc et pair, à l'extinction très prochaine de la branche
-de Lorge: ce qui remplissait la demande du marquis de Durfort[288].»
-
-Louis XV aimait sincèrement la Dauphine, dont la bonne humeur, la
-grâce, la pétulance même, parfois audacieuse, lui plaisaient; à
-plusieurs reprises, on avait remarqué ses soins pour elle. Un jour,
-à la chasse, il était monté dans sa voiture, et l'avait fait asseoir
-affectueusement sur ses genoux[289].
-
-Une autre fois, à Fontainebleau, il s'était rendu chez elle le matin,
-en robe de chambre, par une porte de communication jusque-là fermée;
-il y avait fait son café et était resté deux heures, paraissant gai
-et plus content que de coutume[290]. Blasé sur tout, dégoûté des
-plaisirs coupables, on eût dit qu'il cherchait dans cette pure et
-fraîche atmosphère un refuge contre lui-même, et il semblait aisé à
-Marie-Antoinette d'habituer son grand-père à venir ainsi régulièrement
-dans ses appartements et de s'assurer par là, sur cet esprit facile à
-conquérir, à force de lassitude, un empire inébranlable. Il eût suffi
-pour cela de se montrer elle-même et de se laisser aller à son premier
-mouvement.
-
-Malheureusement, Mesdames s'ingéniaient à lui inspirer vis-à-vis de
-leur père la frayeur et la taciturnité qu'elles avaient elles-mêmes.
-Sous cette influence néfaste, la jeune femme se sentait embarrassée en
-présence du Roi, et, dans cet embarras, elle restait bouche close.
-Avait-elle quelque faveur à demander, elle aimait mieux écrire, et
-Louis XV, qui, timide lui-même vis-à-vis de ses enfants, n'eût pas
-osé dire non en face, refusait par lettre ce qu'il eût accordé de
-vive voix. Voyant qu'on ne répondait pas à ses avances, il avait
-fini par se blesser: il ne disait rien, ce qui eût trop coûté à sa
-paresse; mais il marquait son mécontentement par des bouderies et des
-froideurs[291]. Les choses n'en allaient pas mieux. Mercy avait beau
-représenter à la Dauphine combien il lui eût été facile de profiter
-des bonnes dispositions de son grand-père qui ne demandait qu'à se
-livrer à ses enfants, pourvu qu'ils voulussent, de leur côté, chercher
-à soulager son ennui. La Dauphine convenait de tout, mais finissait par
-dire que le courage lui manquait et qu'elle ne se sentait pas la force
-de parler au Roi: «J'ai cru ne devoir rien omettre, écrivait Mercy en
-rendant compte de cette conversation à l'Impératrice, afin que Votre
-Majesté soit à même d'apercevoir jusqu'à quel point les conseils de Mme
-Adélaïde tendent à _énerver_ Madame la Dauphine[292].»
-
-Marie-Thérèse s'alarma de cette influence persistante dont les
-résultats, néfastes pour sa fille, compromettaient à la fois ses
-espérances de mère et ses plans de souveraine: «Toutes les lettres,
-écrivit-elle, disent que vous n'agissez que par vos tantes. Je les
-estime, je les aime, mais elles n'ont jamais su se faire estimer, ni de
-la famille, ni du public, et vous voulez prendre le même chemin[293]!»
-
-Et faisant fièrement le parallèle entre ce qu'étaient Mesdames et ce
-qu'elle avait été elle-même:
-
-«Est-ce que mes conseils, ma tendresse méritent moins de retour que
-les leurs? J'avoue, cette réflexion me perce le cœur. Comparez quel
-rôle, quelle approbation ont-elles eus dans le monde? Et, cela me
-coûte à dire, quel est-ce que j'ai joué? Vous devez donc me croire
-de préférence, quand je vous préviens ou conseille le contraire de
-ce qu'elles font. Je ne me compare nullement avec ces princesses
-respectables, que j'estime sur leur intérieur et qualités solides;
-mais je dois répéter toujours qu'elles ne se sont, fait ni estimer du
-public, ni aimer dans le particulier. A force de bonté et coutume de
-se laisser gouverner par quelqu'un, elles se sont rendues odieuses,
-désagréables et ennuyées pour elles-mêmes et l'objet de cabales et
-tracasseries. Je vous vois prendre le même train et je dois me taire!
-Je vous aime trop pour le pouvoir et le vouloir, et votre silence
-affecté sur ce point m'a fait bien de la peine et peu d'espérance de
-changement[294].»
-
-Le changement vint pourtant. Peu à peu, Marie-Antoinette, éclairée par
-les avertissements de Mercy et les gronderies de sa mère, apprécia plus
-sainement les conseils de ses tantes. Elle ne rompit cependant pas tout
-de suite, elle ne pouvait pas rompre brusquement des liens que son âge
-et son isolement l'avaient déterminée à former et que des rapports de
-chaque jour avaient resserrés. Mais la confiance disparut.
-
-Par respect et par un reste d'habitude elle écouta quelque temps encore
-les avis de ses anciennes conseillères. Mais, dès le milieu de 1772, il
-est facile de remarquer chez les vieilles princesses une diminution
-sensible de crédit. Si Marie-Antoinette leur cède parfois, ce n'est
-plus par persuasion, c'est par complaisance ou par crainte[295].
-
-Trois mois après, Mercy constate qu'elles ne sont plus consultées
-sur rien, pas même sur les petits arrangements de la journée, dont
-précédemment elles étaient les arbitres[296]. Au commencement de 1773,
-les relations de la Dauphine avec ses tantes sont ce qu'elles doivent
-être, une simple forme de bienséance: elle leur manifeste tous les
-égards justes et convenables; mais elle n'a plus avec elles d'intimité.
-L'influence de Mesdames a vécu.
-
-Les vieilles princesses ne supportèrent pas de gaîté de cœur la perte
-du petit despotisme qu'elles s'étaient habituées à exercer sur leur
-nièce et, par elle, sur le reste de la famille. Leur mécontentement se
-traduisit par des critiques, des médisances, des propos aigres[297],
-des efforts secrets pour exalter, aux dépens de la Dauphine, sa
-nouvelle belle-sœur, la comtesse de Provence; elles ne réussirent
-pas. Changeant alors de tactique, elles cherchèrent à se rapprocher
-de nouveau de Marie-Antoinette, lui firent des avances, devinrent
-complaisantes, après avoir été impérieuses[298], quêtèrent même l'appui
-de l'abbé de Vermond[299]. Repoussées encore dans cette tentative et
-tenues à distance par la conduite sagement soutenue de la Dauphine,
-elles finirent, après quelques moments d'humeur et quelques discussions
-semi-aigres, où elles n'eurent pas le dessus[300], par se résigner à
-l'ascendant incontesté de leur nièce; mais elles rongèrent leur frein,
-et leur haine concentrée, s'échappant sans cesse, comme les jets d'une
-vapeur morbide, en traits mordants et en insinuations malveillantes,
-devint un redoutable péril pour la fille de Marie-Thérèse. Leurs mains,
-inhabiles aux grandes choses, mais habiles aux mesquines intrigues, se
-retrouvent dans tous les complots ourdis contre la jeune princesse.
-N'ayant pu dominer la Dauphine, elles résolurent de perdre la Reine,
-et malheureusement elles réussirent. Leur influence avait été néfaste,
-leur rancune fut mortelle. Et pour n'en citer qu'un exemple, c'est
-Mme Adélaïde qui infligea à sa nièce ce surnom d'_Autrichienne_,
-dont l'impopularité pesa sur la vie entière de Marie-Antoinette et,
-après l'avoir menée à l'échafaud, pesa sur sa mémoire jusqu'à ce que
-l'histoire, mieux connue, eût fait justice et des méchancetés des
-vieilles filles et des pamphlets des gazettiers.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
- Disgrâce du duc de Choiseul.—Son exil triomphant.—Son
- caractère.—Chute des Parlements.—Mécontentement du public.—Le duc
- d'Aiguillon.—La comtesse du Barry.—Attitude fière de la Dauphine
- en face de la favorite.—Le Roi en est mécontent.—Remontrances de
- Marie-Thérèse.—Lettre de Kaunitz à Mercy.—Intervention directe de
- Louis XV.—Insistance de l'Impératrice.—Lettres vives échangées
- entre la mère et la fille.—Mme du Barry cherche à se rapprocher
- de la Dauphine.—Elle échoue.—L'histoire, dans ce conflit, donne
- pleinement raison à Marie-Antoinette.
-
-
-Le 24 décembre 1770, M. le duc de Choiseul, premier ministre de France,
-sinon en titre, du moins en fait, recevait du Roi le billet suivant:
-
-«J'ordonne à mon cousin le duc de Choiseul de remettre la démission de
-sa charge de secrétaire d'État et de surintendant des Postes entre les
-mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup, jusqu'à
-nouvel ordre de ma part.
-
- «A Versailles, ce 24 décembre 1770.»
-
- «<sc>Louis.</sc>[301]»
-
-Le duc apprit sa disgrâce avec un imperturbable sang-froid: il partit
-sur-le-champ pour Paris, où il trouva la duchesse, qui venait de se
-mettre à table. En le voyant entrer: «Vous avez bien la mine d'un homme
-exilé, lui dit-elle; mais asseyez-vous: notre dîner n'en sera pas moins
-bon[302].» Ils dînèrent en effet fort tranquillement et, le lendemain,
-le duc de Choiseul partit, avec sa femme et sa sœur, la duchesse de
-Gramont, pour ses terres de Touraine. «Le peuple de Paris, raconte un
-contemporain, bordait les rues depuis son hôtel jusqu'à la barrière
-d'Enfer, le comblant d'acclamations honorables, ce qui fit à ce
-ministre, qui n'avait jamais été populaire, une impression si sensible
-qu'il dit, les larmes aux yeux: «Voilà ce que je n'ai pas mérité[303].»
-
-Son départ de Paris et de Versailles avait été une ovation; son séjour
-à Chanteloup fut un triomphe. La Cour et la Ville, comme on disait
-alors, s'y donnèrent rendez-vous; il n'y eut guère de grand seigneur,
-de femme à la mode, d'homme bien placé, qui ne tînt à honneur d'aller
-porter ses devoirs aux exilés, et le Roi qui, au fond, regrettait
-peut-être son ministre[304], ferma les yeux sur cette éclatante
-protestation qui se déguisait mal sous la forme d'un hommage au malheur.
-
-Esprit léger, mais étendu et perspicace, politique inconsistant, mais
-à larges vues, spirituel, élégant, magnifique jusqu'à la prodigalité,
-confiant jusqu'à la présomption, hardi jusqu'à l'audace, fier jusqu'à
-la hauteur, ennemi généreux, ami dévoué[305], bien vu des femmes,
-redouté des diplomates, portant haut l'honneur de la France, le duc
-de Choiseul avait de grandes qualités et de grands défauts[306],
-et peut-être est-il vrai de dire qu'il plaisait plus encore par
-ses défauts que par ses qualités. On a écrit de lui qu'il élevait
-«l'indiscrétion jusqu'à la franchise, l'insolence jusqu'à la dignité,
-la légèreté jusqu'à l'indépendance[307].» Quelque regrettables qu'aient
-pu être certains actes de son administration, il n'en est pas moins
-sûr que, dans cette société amollie du règne de Louis XV, Choiseul
-était un caractère, et qu'il déploya, en diverses circonstances, de
-réels talents d'homme d'État. En plein dix-huitième siècle, à une
-époque où l'opinion dominante n'avait d'éloges que pour Frédéric II, sa
-prévoyance avait discerné le danger de cette puissance prussienne si
-jeune encore et déjà si envahissante, et trouvé, dans l'alliance avec
-l'Autriche le moyen de mettre obstacle à des empiétements dont l'avenir
-ne nous a que trop démontré les menaces.
-
-Il avait sur les Cours étrangères, sur la Cour d'Espagne en
-particulier, un ascendant tel qu'il se disait lui-même plus sûr
-de sa prépondérance dans le cabinet de Madrid que dans celui de
-Versailles[308]. Mais sa hauteur même le laissait sans défense contre
-les intrigues qui s'ourdissaient contre lui. «Jamais, a dit un
-contemporain, on ne l'a vu s'abaisser à de viles intrigues de Cour,
-ménager ou caresser les valets[309].» Il dédaignait ses ennemis par
-orgueil, il les épargnait par générosité. Ce fut ce qui le perdit. Sa
-fierté avait refusé de fléchir le genou devant l'idole du jour, Mme du
-Barry. Il en était résulté d'abord «de petits dégoûts, des grimaces,
-des moqueries, des haussements d'épaules, enfin de petites vengeances
-de pensionnaire[310].»
-
-Choiseul en avait ri, et ses amis en avaient ri avec lui. Sa position
-semblait solide; le Roi l'estimait et l'aimait: «Vous faites bien mes
-affaires; je suis content de vous,» lui avait-il écrit[311]. Le mariage
-du Dauphin et l'arrivée de Marie-Antoinette en France venaient encore
-de consacrer l'influence du ministre. La favorite même n'avait pas
-contre lui d'inimitié personnelle. «Elle n'a nulle haine contre vous,
-ajoutait Louis XV; elle connaît votre esprit et ne vous veut point
-de mal[312].» Cette lettre du royal amant, évidemment dictée par la
-maîtresse, exprimait, à n'en pas douter, de la part de celle-ci, le
-désir d'un accommodement. Choiseul, toujours hautain, repoussa les
-avances; il se contenta de répondre qu'il accorderait à Mme du Barry
-les demandes qu'il trouverait justes[313].
-
-Mais il ne sut pas interdire à ses entours, ni s'interdire à lui-même
-des plaisanteries publiques et piquantes sur le compte de la favorite:
-il osa même tenir au Roi des propos hardis sur elle[314].
-
-Le Roi fut blessé; il prêta l'oreille aux ennemis de son ministre. On
-lui représenta Choiseul comme s'entendant avec les Parlements, alors en
-lutte contre le chancelier, et cherchant à s'imposer en impliquant la
-France dans une guerre entre l'Espagne et l'Angleterre. Le prince de
-Condé et Maupeou intervinrent, et Mme du Barry jeta dans la balance le
-poids prépondérant de sa toute puissance[315].
-
-Louis XV céda et envoya au ministre, par le duc de la Vrillière, le
-billet que nous avons cité plus haut. Choiseul partit: une maîtresse
-l'avait élevé; une autre maîtresse le renversait.
-
-A l'extérieur, sa chute ne modifiait rien. Quoiqu'il fût dans le
-cabinet de Versailles la personnification la plus éclatante de
-l'alliance autrichienne, le Roi n'était pas moins que lui partisan
-de cette alliance[316]. C'était, suivant le mot du comte de Broglie,
-son «ouvrage favori[317]» et il n'entendait pas l'abandonner.
-Mais, à l'intérieur, c'était le triomphe de la cabale opposée à
-Marie-Antoinette. Marie-Thérèse, qui ne redoutait rien pour l'alliance,
-était extrêmement inquiète pour sa fille[318]. N'essaierait-on pas
-d'éloigner d'elle ses fidèles conseillers, Mercy et Vermond? La jeune
-princesse, avec sa vivacité qui ne se prêtait guère à la réflexion,
-n'afficherait-elle pas trop ouvertement ses sympathies pour le ministre
-déchu? Ou, au contraire, livrée à elle-même et manquant de discrétion,
-ne se laisserait-elle pas gâter par cette «abominable clique[319]»?
-Ces craintes de l'Impératrice furent vaines; gardée par Mercy, la
-jeune Dauphine sut tenir, en cette délicate circonstance, une conduite
-irréprochable; mais les dangers n'en subsistaient pas moins.
-
-La chute du Parlement n'avait pas tardé à suivre la chute de Choiseul.
-Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1771, cent soixante-neuf présidents
-ou conseillers furent exilés; le 14 avril, un lit de justice,
-solennellement tenu à Versailles, supprima le Parlement et le remplaça
-par une nouvelle assemblée, composée en majeure partie de membres du
-Grand Conseil. La rumeur fut grande dans tout le royaume; à Paris
-comme à Versailles, on prenait ouvertement parti pour les proscrits;
-les princes du sang, sauf le comte de la Marche, refusèrent d'assister
-au lit de justice. Les femmes elles-mêmes s'en mêlaient et le public
-ne gardait nulle mesure dans ses propos. A la Cour, les intrigues et
-la fermentation n'étaient pas moindres: «Il est presque impossible,
-écrivait Mercy à Marie-Thérèse, que Votre Majesté se forme une idée
-bien exacte de l'horrible confusion qui règne ici en tout. Le trône y
-est avili par l'indécence et l'extension du crédit de la favorite et la
-méchanceté de ses partisans. La nation s'exhale en propos séditieux, en
-écrits incendiaires, où la personne du monarque n'est point épargnée.
-Versailles est devenu le séjour des perfidies, des haines et des
-vengeances; tout s'y opère par des intrigues et des vues personnelles,
-et il semble qu'on y ait renoncé à tout sentiment d'honnêteté[320].»
-
-Choiseul était renversé; il n'était pas remplacé. Les chefs du
-parti adverse étaient divisés sur le choix de son successeur[321].
-La favorite voulait le duc d'Aiguillon, le prince de Condé s'y
-opposait[322]; le chancelier ne s'en souciait guère et le Roi
-hésitait. D'Aiguillon n'était connu que par de longs et violents
-démêlés avec le Parlement de Bretagne, d'où sa réputation de probité
-et de bravoure n'était pas sortie intacte. C'était une calomnie[323];
-elle n'en courait pas moins et jetait sur le protégé de Mme du Barry
-un regrettable discrédit. Personnellement, Louis XV ne l'estimait
-pas et avait même plutôt pour lui une sorte d'éloignement[324].
-«Comment pouvez-vous croire qu'il puisse vous remplacer, écrivait-il à
-Choiseul un an auparavant? Haï comme il l'est, quel bien pourrait-il
-faire[325]?» Cette fois encore, la volonté de la favorite l'emporta sur
-celle du monarque; le 5 juin 1771, le duc d'Aiguillon fut nommé[326].
-
-La toute-puissance de Mme du Barry éclatait ainsi à tous les yeux, et
-cette alliance déclarée du premier ministre et de la maîtresse devenait
-pour Marie-Antoinette le premier écueil de sa marche sur ce terrain
-glissant de la Cour de Versailles.
-
-Ce n'était pas cependant, au fond, une femme méchante[327] que
-cette comtesse du Barry. Elle n'était pas vindicative; mais elle
-était vaniteuse[328] et se montrait d'autant plus avide d'égards
-et d'honneurs qu'elle sentait qu'on lui en devait moins. Elle avait
-voulu être présentée, et elle l'avait été, par des femmes du meilleur
-monde. Elle avait voulu souper avec la Dauphine à son arrivée, et son
-royal amant avait eu la lâche complaisance de la faire souper avec la
-Dauphine, la veille même du mariage. Dès ses premiers pas sur la terre
-de France, Marie-Antoinette avait trouvé en face d'elle, ou plutôt à
-côté d'elle, cette «sotte et impertinente créature[329]». Elle l'avait
-trouvée à la Muette; elle la retrouvait à Marly[330], à Choisy[331],
-à Compiègne, à Versailles, partout. Sa virginale pudeur se révoltait
-à ce contact impur, et elle ne pouvait se résoudre, non seulement à
-témoigner quelque faveur à la comtesse, mais même à lui adresser la
-parole. Le Dauphin partageait sa répugnance et ne la dissimulait pas.
-Un instant, on avait cherché à l'attirer à de petits soupers à Saint
-Hubert[332] ou à l'Ermitage[333]; il n'avait pas tardé à s'en retirer,
-sur le conseil même de sa femme[334]. La favorite fut froissée de
-cette attitude du jeune ménage, et ses amis, n'espérant plus rien de
-la Dauphine, essayèrent de détruire son crédit par des insinuations
-malveillantes, des critiques mordantes et d'habiles mensonges[335]. Le
-Roi lui-même, excité par sa maîtresse, prit de l'humeur; mais comme
-il avait horreur des explications avec ses enfants, il fit appeler la
-comtesse de Noailles et, tout en rendant hommage au caractère et à
-la grâce de sa petite fille, il se plaignit que «Mme la Dauphine se
-permit de parler trop librement de ce qu'elle voyait ou croyait voir,
-ajoutant que ses remarques un peu hasardées pourraient produire de
-mauvais effets dans l'intérieur de la famille[336]».
-
-Cette fois, Marie-Antoinette sut vaincre son habituelle timidité; elle
-alla parler à son grand-père, et Louis XV qui n'osait ni résister en
-face ni faire une représentation directe, ne sut pas soutenir son
-mécontentement. Il assura sa petite-fille qu'il la trouvait charmante,
-qu'il l'aimait de tout son cœur; il lui baisa la main, l'embrassa et
-approuva tout ce qu'elle lui avait dit. Pour cette fois, le danger
-était conjuré, la cabale déjouée, et il paraît certain que si la jeune
-princesse, triomphant de son embarras, avait pris le parti de porter
-chaque fois l'affaire devant le Roi lui-même, elle eût eu vite raison
-de ces tracasseries.
-
-Mais c'était l'heure où Mesdames, pour mieux absorber leur nièce,
-s'efforçaient de l'éloigner de leur père, et cette attitude, qui
-indisposait le vieux monarque, laissait le champ libre à toutes les
-intrigues. Mme du Barry et le duc d'Aiguillon associaient leurs
-rancunes[337], et le Roi, pris entre son ministre et sa maîtresse,
-entre les petites plaintes respectueuses de l'une et les plaintes
-aigres de l'autre, prêtait l'oreille aux récriminations. C'étaient
-sans cesse insinuations nouvelles contre la Dauphine, nouveaux assauts
-pour ébranler sa situation. La comtesse de Provence venait d'arriver
-à la Cour: la «cabale» l'entourait de prévenances et cherchait à
-opposer son crédit naissant à celui de sa belle-sœur. Savoie contre
-Autriche, il y avait là un danger personnel pour Marie-Antoinette; il
-y avait aussi un péril politique. Marie-Thérèse s'en émut, et, à son
-instigation, le prince de Kaunitz écrivit au comte de Mercy une lettre
-que l'ambassadeur était autorisé ou, pour mieux dire, invité à mettre
-sous les yeux de la jeune princesse.
-
-«Manquer d'égards à des gens que le Roi a mis en place ou dans sa
-société, c'est lui manquer à lui-même. Ce serait bien pire, si on se
-permettait sur leur compte des propos offensants. On ne doit voir
-dans ces sortes de personnes que la circonstance d'être gens que le
-souverain a jugés dignes de sa confiance et de ses bontés, et on ne
-doit point se permettre d'examiner si c'est à tort ou à raison; le
-choix seul du prince doit être respecté: moyennant cela et par respect
-pour lui, on doit des égards à ces sortes de gens. La prudence veut
-même que l'on en ait pour eux parce qu'ils peuvent nuire[338].» Et le
-vieux diplomate finissait en donnant le plan et en dictant presque les
-termes du discours que «Mme l'Archiduchesse» devait tenir au Roi.
-
-Mais Kaunitz se heurtait à la fois aux suggestions de Mesdames et aux
-répugnances de la Dauphine; ses conseils n'étaient pas suivis et les
-intrigues continuaient.
-
-Un jour, le 28 juillet 1771, à un souper chez la comtesse de
-Valentinois, le duc d'Aiguillon prend le comte de Mercy à part et
-l'avertit que le Roi désire lui parler le surlendemain chez sa
-maîtresse. «Vous savez, a dit le prince à son ministre, que je ne
-suis pas logé ici de façon à pouvoir le voir en bonne fortune; ainsi,
-engagez-le à venir me trouver chez Mme du Barry.» Quoique un peu
-surpris de cette ouverture, qui ne lui semble qu'un prétexte pour
-l'attirer chez la favorite, Mercy n'a garde de manquer, le 30, au
-rendez-vous. Il rencontre d'abord la comtesse qui, avec de grandes
-protestations d'amitié, lui confie un sujet de peine, dont elle est,
-dit-elle, profondément affligée: «On a eu recours aux calomnies les
-plus atroces pour la perdre dans l'esprit de Mme la Dauphine, jusqu'à
-lui prêter sur son compte des propos peu respectueux[339]. Loin d'avoir
-à se reprocher une faute aussi énorme, elle s'est toujours jointe à
-ceux qui font un juste éloge des charmes de Mme l'Archiduchesse et n'a
-jamais usé de son crédit près du Roi que pour l'engager à se prêter aux
-demandes raisonnables de Mme la Dauphine. Cependant, cette princesse
-n'a cessé de lui montrer une sorte de mépris.» Mercy, un peu ennuyé
-de ces déclarations, prétextait ignorance, traitait d'exagérées les
-récriminations de la comtesse, lorsque Louis XV lui-même arriva par un
-escalier dérobé: «Jusqu'à présent, dit-il, vous avez été l'ambassadeur
-de l'Impératrice; je vous prie d'être maintenant mon ambassadeur, au
-moins pour quelque temps.» Puis il revint en détail, mais non sans un
-certain embarras, sur ses plaintes contre la Dauphine. Il la trouvait
-charmante; mais jeune et vive comme elle l'était, ayant un mari qui
-n'était pas en état de la conduire, il était impossible qu'elle évitât
-les pièges qu'on lui tendait; elle se livrait à des préventions, à
-des haines qui lui étaient suggérées; elle traitait mal, même avec
-affectation, les personnes qu'il admettait dans son cercle particulier.
-Une pareille conduite occasionnait des scènes à la Cour, y échauffait
-l'esprit d'intrigue et de parti. «Voyez souvent Mme la Dauphine,
-continua le Roi; je vous autorise à lui dire tout ce que vous voudrez
-de ma part; on lui donne de mauvais conseils; il ne faut pas qu'elle
-les suive.» Et comme Mercy objectait que de pareilles observations
-dans la bouche du Roi auraient bien plus d'autorité vis-à-vis de sa
-petite-fille, qui montrerait certainement le plus tendre empressement à
-lui obéir, le prince allégua sa répugnance à avoir une explication avec
-ses enfants et pria l'ambassadeur de se charger de ce soin. «Vous voyez
-ma confiance, ajouta-t-il en terminant, puisque je vous dis ce que je
-pense sur l'intérieur de ma famille.»
-
-Étrange et instructif tableau que celui-là! Que penser de ce vieux
-monarque absolu, qui avait le triste courage de se faire vis-à vis de
-ses enfants l'exécuteur des caprices et des rancunes de sa maîtresse,
-qui n'osait pourtant pas le leur déclarer en face et qui s'en
-remettait, pour signifier ses volontés à sa famille, à la complaisance
-d'un ministre étranger?
-
-Quoi qu'il en soit, Mercy était trop dévoué à la Dauphine, il voyait
-trop bien l'intrigue qui se nouait contre elle, pour ne pas l'avertir
-immédiatement. Il alla la trouver dès le 31, lui raconta la scène de
-la veille et insista sur la nécessité de prendre promptement un parti.
-«Si Mme l'Archiduchesse voulait annoncer par sa conduite publique
-qu'elle connaissait le rôle que jouait à la Cour la comtesse du Barry,
-sa dignité exigeait qu'elle demandât au Roi d'interdire à cette femme
-de paraître désormais au cercle. Si, au contraire, elle voulait sembler
-ignorer le vrai état de la favorite, et c'est ce que recommandait
-Kaunitz, il fallait la traiter sans affectation, comme toute femme
-présentée, et lorsque l'occasion s'offrirait, lui adresser, ne fût-ce
-qu'une fois, la parole, ce qui ferait cesser tout prétexte spécieux de
-récriminations. Il n'était pas moins urgent de parler au Roi et de se
-plaindre avec douceur de ce qu'au lieu de dire lui-même ses intentions
-à sa petite-fille, il les lui faisait parvenir par la voie d'un tiers.
-Une telle démarche mettrait certainement le prince dans l'embarras et,
-pour en éviter de pareilles à l'avenir, il serait moins facile à se
-prêter aux impulsions du parti dominant. Il convenait d'ailleurs de
-consulter là-dessus le Dauphin; mais il ne fallait à aucun prix suivre
-les avis de Mesdames.»
-
-Grand émoi, dans le petit cercle de la Dauphine, à cette nouvelle: le
-Dauphin approuvait les conseils de Mercy, mais Mesdames se récrièrent,
-et Marie-Antoinette qui, en dépit des avertissements de l'ambassadeur,
-obéissait alors aveuglément à ses tantes, et qui d'ailleurs avait
-une extrême répugnance aux démarches qu'on demandait d'elle,
-Marie-Antoinette fit ce que font, en pareille occurrence, les personnes
-embarrassées: elle n'adopta que la moitié du plan qui lui était
-proposé: elle consentit à dire un mot à Mme du Barry, mais se refusa
-obstinément à parler au Roi: «Mes tantes, dit-elle, ne le veulent pas.»
-
-La favorite devait venir, le 11 août, au cercle de la Cour; il avait
-été décidé qu'à la fin du jeu l'ambassadeur engagerait la conversation
-avec elle; la Dauphine s'approcherait et, par occasion, adresserait
-la parole à la comtesse. Au jour dit, les choses semblèrent devoir se
-passer comme il avait été convenu. La jeune princesse avait un peu
-peur, mais elle était déterminée. Tout alla bien au début. Mercy, après
-le jeu, s'aboucha avec Mme du Barry, et la Dauphine commença à faire
-le tour du cercle. Déjà, elle approchait de la favorite, lorsque Mme
-Adélaïde, qui ne la perdait pas de vue, éleva la voix et dit: «Il est
-temps de s'en aller; partons: nous irons attendre le Roi chez ma sœur
-Victoire.» A ce mot, la Dauphine perdit courage; elle s'éloigna toute
-troublée, et l'arrangement fut manqué. La favorite fut froissée, Louis
-XV fut mécontent; impatient de savoir quel accueil avait été fait à sa
-maîtresse, il était venu le lui demander, au sortir du Conseil d'État:
-«Hé bien, Monsieur de Mercy, dit-il à l'ambassadeur, vos avis ne
-fructifient guère, il faudra que je vienne à votre secours[340].»
-
-L'ambassadeur fut effrayé de cette mauvaise humeur visible du Roi; il
-craignit que le ressentiment ne l'entraînât à quelque démarche fâcheuse
-contre ses enfants et, pour prévenir un éclat, il fit un appel pressant
-à l'autorité suprême de Marie-Thérèse. L'Impératrice, qui jusque-là
-n'avait jamais abordé ce sujet délicat dans sa correspondance avec sa
-fille[341], se répandit en reproches sévères: «Avouez cet embarras,
-cette crainte de dire seulement le bonjour; un mot sur un habit, sur
-une bagatelle, vous coûte tant de grimaces, pures grimaces, ou c'est
-pire. Vous vous êtes donc laissé entraîner dans un tel esclavage que
-la raison, votre devoir même n'ont plus de force de vous persuader. Je
-ne puis plus me taire; après la conversation de Mercy et tout ce qu'il
-vous a dit que le Roi souhaitait, que votre devoir exigeait, vous avez
-osé lui manquer! Quelle bonne raison pouvez-vous alléguer? Aucune.
-Vous ne devez connaître ni voir la Barry d'un autre œil que d'être une
-dame admise à la Cour et à la société du Roi. Vous êtes la première
-sujette de lui: vous lui devez obéissance et soumission; vous devez
-l'exemple à la Cour, aux courtisans que les volontés de votre maître
-s'exécutent. Si on exigeait de vous des bassesses, des familiarités,
-ni moi, ni personne ne pourrait vous les conseiller, mais une parole
-indifférente, de certains regards, non pour la dame, mais pour votre
-grand-père, votre maître, votre bienfaiteur! Et vous lui manquez si
-sensiblement, dans la première occasion où vous pouvez l'obliger et lui
-marquer un attachement, qui ne reviendra plus de sitôt!... Vous avez
-peur de parler au Roi et vous n'avez pas peur de lui désobéir et de le
-désobliger. Je pense pour un peu de temps vous permettre d'éviter les
-explications verbales avec lui, mais j'exige que vous le convainquiez
-par toutes vos actions de votre respect et de votre tendresse, en
-imaginant en toute occasion ce qui peut lui plaire; qu'il ne lui
-reste sur cela rien à désirer, aucun exemple ou discours contraire.
-Dussiez-vous même vous brouiller avec tous autres, je ne puis vous le
-passer; vous n'avez qu'un seul but, c'est de plaire et de faire la
-volonté du Roi; en agissant ainsi, je vous tiens quitte pendant quelque
-temps des explications verbales avec le Roi[342].»
-
-Il est difficile de ne pas remarquer que ces grandes considérations
-sur le respect dû à la majesté royale étaient assez étranges dans une
-occasion où la majesté royale se respectait si peu elle-même. Sous
-quelques périphrases que se voilât la pensée, tout aboutissait en
-somme,—et Marie-Thérèse sacrifiait à cet objet pressant la nécessité
-d'avoir avec le Roi des explications verbales,—tout cela aboutissait
-à parler à une femme dont la présence à la Cour était un scandale
-public; car séparer la maîtresse de la dame présentée, c'était
-singulièrement subtil et peu pratique. Encore si un mot avait suffi:
-mais non! «Si vous étiez à portée de voir, comme moi, tout ce qui se
-passe ici, répondait Marie-Antoinette, vous croiriez que cette femme et
-sa clique ne seraient pas contents d'une parole et ce serait toujours à
-recommencer..... Je ne dis pas que je lui parlerai jamais, mais je ne
-puis convenir de lui parler à jour et heure marqués, pour qu'elle le
-dise d'avance et en fasse triomphe[343].»
-
-Marie-Antoinette avait raison. Mme du Barry avait toutes les audaces
-et tous les appétits de la classe d'où elle était sortie: des exemples
-nouveaux l'affirmaient sans cesse. Aux soupers du petit Château,
-auxquels elle présidait, elle avait poussé l'insolence jusqu'à
-projeter de s'asseoir à côté du Dauphin; elle avait voulu multiplier
-ses visites chez la Dauphine[344]; elle faisait bâtir un pavillon qui
-empiétait sur un jardin réservé jusque-là à la famille royale[345];
-elle s'arrogeait le droit de disposer de toutes les places dans la
-formation de la maison des princes[346]. Au mariage du comte d'Artois,
-elle renouvelait le scandale donné au mariage de la Dauphine: elle
-dînait en public avec la famille royale, et portait sur elle, à ce
-dîner, cinq millions de pierreries[347]! On allait plus loin encore:
-le duc d'Aiguillon, de concert avec Mme Louise, qu'on est étonné de
-trouver mêlée à cette intrigue, travaillait pour obtenir du Pape la
-rupture du mariage de Mme du Barry, afin de la mettre à même d'épouser
-le Roi: c'eût été l'étrange Maintenon de cet étrange Louis XIV[348].
-«Si l'Impératrice voyait ce qui se passe ici, disait Marie-Antoinette,
-elle me pardonnerait, il n'y a pas de patience qui puisse y tenir[349].»
-
-Mais ces empiétements même, cet ascendant tout-puissant de la
-favorite constituaient un péril permanent. Mme du Barry avait trop
-peu d'esprit et de conduite pour être dangereuse par elle-même. Elle
-l'était par ses entours, dont elle répétait les propos,—c'est Mercy
-qui le dit,—avec la docilité et l'intelligence d'un perroquet[350].
-D'ailleurs, sa vanité la portait à se prévaloir de ses avantages
-momentanés et de son empire incontesté sur le faible monarque. Attester
-par des marques publiques son ressentiment, n'était-ce pas affirmer
-son pouvoir aux yeux de tous? Mercy craignait tout de gens «atroces»
-qui, n'espérant rien de l'avenir, croiraient n'avoir rien à ménager
-dans le présent[351]. Il avait peur surtout du duc d'Aiguillon qui,
-disait-il, «s'annonce de plus en plus sous des traits d'une noirceur
-qui fait trembler[352]». Il ne cessait d'insister près de la Dauphine
-pour qu'elle adoptât vis-à-vis du parti dominant une conduite plus
-politique; il y réussissait peu: il y avait au fond du cœur de la jeune
-princesse de virginales révoltes contre tout ce qui eût paru une marque
-de condescendance pour la «créature». Un jour pourtant, le 1er janvier
-1772, en passant devant la favorite, elle laissa échapper un mot qui
-pouvait sembler lui être adressé. Mercy triompha; mais son triomphe
-fut de peu de durée: «J'ai parlé une fois, lui dit le lendemain
-Marie-Antoinette; mais je suis bien décidée à en rester là, et cette
-femme n'entendra plus le son de ma voix[353].»
-
-Pour elle, parler une fois à cette femme, qu'elle méprisait
-souverainement, c'était déjà un sacrifice immense, et il lui semblait
-que sa mère et l'ambassadeur devaient s'en déclarer satisfaits.
-
-«Je ne doute point, écrivit-elle à Marie-Thérèse, que Mercy ne vous ait
-mandé ma conduite du jour de l'an, et j'espère que vous en aurez été
-contente. Vous pouvez bien croire que je sacrifie toujours tous mes
-préjugés et répugnances, tant qu'on ne me propose rien d'affiché et
-contre l'honneur[354].»
-
-Au coup, l'Impératrice bondit.
-
-«Vous m'avez fait rire, riposta-t-elle, de vous imaginer que moi ou mon
-ministre pourrions jamais vous donner des conseils _contre l'honneur_;
-pas même contre la moindre décence. Voyez par ces traits combien
-les préjugés, les mauvais conseils ont pris sur votre esprit. Votre
-agitation après ce peu de paroles, le propos de n'en plus y venir font
-trembler pour vous. Quel intérêt aurais-je que votre bien et celui
-même de votre état, le bonheur du Dauphin et le vôtre, la situation
-critique où vous et tout le royaume se trouvent, les intrigues, les
-factions? Qui peut vous conseiller mieux, mériter votre confiance que
-mon ministre, qui connaît à fond tout l'État et les instruments qui y
-travaillent?...»
-
-«Le Roi est âgé; les indigestions dont il souffre ne sont pas
-indifférentes; il peut arriver des changements en bien et en mal avec
-la du Barry, avec les ministres. Je vous le répète, ma chère fille, si
-vous m'aimez, de suivre mon conseil; c'est de suivre _sans hésiter_ et
-_avec confiance_, tout ce que Mercy vous dira ou exigera; s'il souhaite
-que vous répétiez vos attentions vis-à-vis de la dame ou d'autres, de
-le faire[355].»
-
-Si l'on veut l'explication de cette extrême vivacité de langage, il
-faut la demander aux circonstances. Cette lettre est du 13 février
-1772; c'était le moment où se négociait, entre la Prusse, la Russie
-et l'Autriche, la grande iniquité du premier partage de la Pologne.
-Marie-Thérèse, dont cet odieux marché révoltait la conscience[356]
-et qui en conserva toute sa vie le remords, avait cherché un moment
-à l'entraver de la seule manière possible: par un resserrement
-de l'alliance austro-française, un peu ébranlée par la chute de
-Choiseul; mais d'Aiguillon avait refusé d'entendre les ouvertures
-demi-mystérieuses de Mercy et il n'y avait pas même, à cet instant
-si grave, d'ambassadeur de France à Vienne[357]. Repoussée dans ses
-avances, isolée du côté de Versailles, l'Impératrice, «pour ne pas,
-dit-elle, rester seule exposée à une guerre contre les Russes et
-les Prussiens,» avait fini par prendre son parti de la combinaison
-proposée, «qui mettait une tache à tout son règne[358]», et son fils,
-Joseph II, qui n'avait pas les mêmes scrupules, s'accommodait fort bien
-d'un arrangement qui ajoutait à ses États deux provinces de plus.
-
-L'affaire une fois en train, il importait que rien ne vînt se mettre à
-la traverse; pouvait-on être tranquille du côté de la France? Choiseul
-n'était plus là, sans doute, Choiseul qui, en pareille occurrence,
-aurait menacé de se jeter sur les Pays-Bas et n'eut jamais consenti au
-partage[359]. Le nouvel ambassadeur à Vienne, dont quelques historiens
-mal informés ont voulu faire un diplomate habile, le prince de Rohan,
-«n'incommodait» guère Kaunitz et se contentait d'amuser l'Empereur par
-ses «turlupinades[360]». D'Aiguillon, sans génie, sans crédit, sans
-talent, et qui n'avait pas su comprendre à demi-mot les ouvertures
-de Mercy, semblait peu en mesure de susciter des embarras sérieux.
-Qu'arriverait-il, cependant, si piqué du triste rôle qu'il avait joué
-en tout cela pour ses débuts au ministère, froissé de l'accueil
-hautain de la Dauphine, il unissait ses efforts à ceux de la favorite,
-également froissée, pour contrecarrer, par vengeance, les projets de
-la Cour de Vienne? Il fallait de toute façon éviter un pareil danger,
-et le meilleur moyen, c'était que Marie-Antoinette consentît à traiter
-avec plus de ménagement le ministre et la favorite.
-
-«Nous savons pour certain, écrivait Marie-Thérèse à Mercy, que
-l'Angleterre et le roi de Prusse veulent gagner la Barry. La France
-pateline avec la Prusse. Le Roi est faible; ses alentours ne lui
-laissent pas le temps de réfléchir et de suivre son propre sentiment.
-Vous voyez par ce tableau combien il importe à la conservation de
-l'alliance qu'on emploie tout pour ne pas se détacher dans ce moment de
-crise. Pour empêcher ces maux, il n'y a que ma fille: il faut qu'elle
-cultive, par ses assiduités et tendresses, les bonnes grâces du Roi et
-qu'elle traite bien la favorite. Je n'exige pas des bassesses, encore
-moins des intimités, mais des attentions pour son grand-père et maître,
-en considération du bien qui peut en rejaillir à nous et aux deux
-Cours; peut-être l'alliance en dépend[361].»
-
-En recevant de si pressantes instructions, Mercy redoubla d'attentions
-pour «le parti dominant». A son instigation, Marie-Antoinette, qui ne
-connaissait rien des complications de la diplomatie européenne, mais
-qui, naturellement, redoutait avant tout une rupture de l'alliance
-austro-française, consentit à adresser un mot insignifiant à la
-comtesse; mais cette concession une fois faite, elle reprit son
-attitude dédaigneuse.
-
-Mercy avait beau insister sur les inconvénients qui pourraient en
-résulter pour les affaires; il avait beau observer qu'il n'était ni
-juste ni décent que la famille royale semblât, par son maintien,
-vouloir faire la critique de la conduite du Roi; «que si le monarque
-était dans la voie de l'erreur, ce n'était pas à ses enfants à le faire
-remarquer; que les Saintes Écritures nous rappelaient à cet égard un
-trait bien frappant dans la malédiction du Seigneur sur celui des
-fils de Noé qui avait ri de l'ivresse de son père, tandis que Dieu
-avait béni les enfants de ce patriarche qui l'avaient couvert de leur
-manteau[362].»
-
-La Dauphine, un instant touchée, non pas par les raisonnements
-théologiques de l'ambassadeur, mais par le désir de satisfaire sa mère,
-même en sacrifiant ses plus légitimes répugnances, ne tardait pas à
-revenir à ses résistances premières, encouragée d'ailleurs par son
-mari, qui avait Mme du Barry «en horreur[363]».
-
-Vainement le duc d'Aiguillon ourdissait-il de nouvelles trames avec
-Mme de Narbonne, pour déterminer Marie-Antoinette à mieux traiter
-la favorite; vainement Mme Adélaïde, rapprochée de la comtesse par
-politique[364], s'efforçait-elle de rapprocher d'elle sa nièce.
-L'influence de la vieille tante avait cessé, et le Dauphin répondait
-sèchement à ses insinuations: «Ma tante, je vous conseille de ne point
-vous mêler dans les intrigues de M. d'Aiguillon, car c'est un mauvais
-sujet[365].» Lorsque Mme du Barry présenta à la Dauphine sa nièce
-nouvellement mariée, elle ne put obtenir une parole ni pour elle ni
-pour la présentée[366]. Trois mois plus tard, elle ne recevait pas
-meilleur accueil pour sa belle-sœur, la comtesse d'Argicourt[367].
-Marie-Thérèse grondait; mais Marie-Antoinette se contentait de répondre
-que, si elle avait agi autrement, le Dauphin l'aurait trouvé mauvais.
-Et elle ajoutait ces mots, qui ne laissaient guère d'espoir de
-changement à sa mère: «Lorsqu'on a adopté un système de conduite, il ne
-faut pas en changer[368].»
-
-La favorite, d'ailleurs, ne se plaignait plus[369]. Mercy lui avait
-fait un jour, «sur le présent et sur l'avenir[370],» sur l'utilité de
-ménager la famille royale[371], des réflexions qui finissaient par
-produire leur effet. L'avenir s'assombrissait pour Mme du Barry. Une
-fois déjà on avait parlé de son renvoi[372]. Le Roi vieillissait,
-divers symptômes l'avaient averti que les infirmités étaient venues
-avec les années; il pouvait se souvenir des sentiments de foi de
-sa jeunesse. Déjà la mort subite de quelques-uns de ses familiers,
-frappés presque sous ses yeux, avait produit sur cet esprit léger une
-impression très vive. Il commençait à tenir des propos sur son âge, sur
-l'état de sa santé, sur le compte effrayant que tout homme doit rendre
-à Dieu de l'emploi de sa vie. Une intrigue, habilement conduite et dans
-laquelle on avait eu le talent de mêler Mme Louise, pour éloigner le
-confesseur du Roi, l'abbé Maudoux, prêtre pieux et éclairé, qui était
-en même temps le confesseur de Marie-Antoinette[373], avait échoué
-devant la fermeté de la jeune princesse[374]. Toutes ces considérations
-déterminèrent-elles Mme du Barry à changer de conduite vis-à-vis de
-celle qui n'était que Dauphine aujourd'hui, qui pouvait être Reine
-demain? Toujours est-il qu'à partir des derniers mois de 1773, on
-voit la favorite et ses amis déployer des efforts inouïs pour se
-rapprocher de Marie-Antoinette[375]. Mme du Barry lui fait sans cesse
-des avances; elle offre d'obtenir du Roi le rappel de la comtesse de
-Grammont, si la Dauphine exprime qu'elle lui en saura gré[376]. Elle
-va même jusqu'à lui proposer de faire acheter pour elle, par le vieux
-monarque, de magnifiques pendants d'oreilles en brillants, estimés
-sept cent mille livres. Quel que fût son goût pour les pierreries, la
-Dauphine répondit simplement qu'elle ne souhaitait pas en augmenter le
-nombre[377]. Battue comme ennemie, repoussée comme alliée, Mme du Barry
-adopta le seul parti qui lui convînt, celui dont elle n'aurait jamais
-dû s'écarter: elle se tint tranquille et ne récrimina plus[378].
-
-Ainsi se terminait, par une solution juste et qu'il eût été d'ailleurs
-aisé de prévoir, ce long et scandaleux débat, où, au mépris de tout
-ordre naturel et divin, une maîtresse, tirée de la boue, avait tenu
-en échec, pendant quatre ans, une princesse de sang impérial, femme
-de l'héritier de la couronne de France; débat qui avait donné lieu
-à tant de tracasseries de tout genre à la Cour, à tant de légitimes
-répugnances de la part de Marie-Antoinette, à tant de savantes
-manœuvres de Mercy, à tant de gronderies sévères et injustes de
-Marie-Thérèse. Assurément, pour qui raisonne froidement, avec cette
-indifférence quelque peu hautaine, au point de vue moral, ce souci
-presque exclusif des intérêts matériels, qui sont une des traditions
-de la diplomatie moderne, il est facile de s'expliquer les inquiétudes
-de l'Impératrice, ses recommandations incessantes, ses exigences
-même; mais il est plus facile encore de comprendre, nous dirons
-volontiers de partager, les virginales révoltes de Marie-Antoinette.
-Peut-être les intentions de l'Impératrice sont-elles plus prudentes;
-mais celles de la Dauphine sont incontestablement plus généreuses. On
-aime à sentir vibrer, dans le cœur de cette jeune femme, cette fibre
-délicate de la pudeur blessée, et l'on contemple avec émotion cette
-«chasteté de l'honneur», comme dit Burke[379], qui craint de souiller
-la blancheur de ses ailes par un contact indigne. Marie-Antoinette sort
-de ce conflit plus grande et plus pure. Si la politique la condamne,
-l'honnêteté publique l'absout.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
- Popularité de la Dauphine.—Traits de bonté.—Le paysan
- d'Achères.—Incendie de l'Hôtel-Dieu.—Entrée du Dauphin et
- de la Dauphine à Paris.—Enthousiasme universel.—Lettre
- de Marie-Antoinette à sa mère.—Représentations à la
- Comédie-Française et à la Comédie-Italienne.—Le comte de
- Provence et le comte d'Artois.—Leurs mariages.—Leurs relations
- avec la Dauphine.—Amusements des jeunes ménages.—La comédie
- dans les appartements intérieurs.—Intimité du Dauphin et de la
- Dauphine.—Le Dauphin devient moins timide, la Dauphine plus
- réfléchie.—Position solide de Marie-Antoinette à la Cour, au
- commencement de mai 1774.
-
-
-Toutes ces tracasseries d'ailleurs ne nuisaient en rien à la popularité
-de la Dauphine. A part quelques courtisans dont elles intéressaient la
-fortune et quelques chroniqueurs dont elles alimentaient les gazettes,
-le public s'occupait peu de ces petites intrigues, resserrées dans
-les étroites limites des palais royaux. Il avait été comme ébloui de
-la fraîche et gracieuse apparition qui avait traversé la France, de
-Strasbourg à Versailles, comme un brillant et bienfaisant météore; il
-croyait toujours à son éclat et à sa bonté. «L'inclination naturelle
-des Français est d'aimer leurs princes,» écrivait, en 1753, le maréchal
-de Noailles[380]. Le peuple ne s'inquiétait guère d'un sourire échappé
-à cette enfant de quinze ans, à la vue de la tournure surannée de
-quelques vieilles douairières ou de quelques manquements à l'étiquette,
-qui scandalisaient Mme de Noailles. Le peuple aimait sa Dauphine,
-et il ne regardait qu'au frais épanouissement de son visage et à la
-tendresse de son cœur. Malheureusement, il en jouissait trop peu. De
-mesquines jalousies avaient fait ajourner l'entrée solennelle du jeune
-ménage dans sa bonne ville de Paris. Mais dans le lointain où était
-retenue Marie-Antoinette, le public la voyait toujours charmante, comme
-à l'heure de son arrivée, bonne et sensible, comme au jour où elle
-envoyait tout l'argent de sa cassette aux blessés de la place Louis
-XV. «Sa jeunesse, dit Montbarrey, sa figure, sa taille, séduisirent
-tous les cœurs et décidèrent l'enthousiasme[381].» Il semblait
-qu'on l'acclamât comme la fiancée de tout un peuple; elle était
-vraiment,—c'est un pamphlétaire non suspect qui l'a écrit,—«l'idole de
-la nation[382].» Cette France, qui ne savait que faire de son amour
-traditionnel pour ses princes, le donnait à plein cœur à la Dauphine.
-Elle était le phare lumineux vers lequel se portaient tous les regards,
-la source féconde d'où découlaient toutes les grâces. On ne comprenait
-même pas qu'une mesure populaire pût être prise, sans venir d'elle ou
-passer par elle.
-
-«Mme la Dauphine se fait adorer ici, écrivait, à la fin de 1770,
-l'impartial Mercy, et l'opinion publique est tellement décidée à cet
-égard que, passé quelques jours et à l'occasion d'une diminution du
-prix du pain, le peuple de Paris disait hautement dans les rues et dans
-les marchés que sûrement c'était Mme la Dauphine qui avait sollicité et
-obtenu cette diminution en faveur des pauvres gens[383].»
-
-Des traits charmants, échappés de son cœur comme de naturelles
-saillies, et colportés par les mille voix de la renommée, entretenaient
-et augmentaient l'enthousiasme populaire. On se disait que le duc de
-Duras, gentilhomme de la chambre, ayant proposé à la jeune princesse
-de donner des bals pendant le séjour de Fontainebleau, elle avait
-répondu que «cet arrangement lui agréerait beaucoup, mais que, comme
-il en résulterait une augmentation de dépenses, elle ne voulait pas
-qu'il fût dit qu'on trouvait de l'argent pour ses amusements, et qu'on
-n'en trouvait pas pour payer les appointements des gens de sa maison;
-qu'ainsi elle renonçait par cette raison aux divertissements qui lui
-étaient proposés[384].» On savait qu'elle avait usé de son influence en
-faveur de soldats trop sévèrement punis[385]. On racontait qu'un jour,
-à la chasse, l'animal, étant sur ses fins, s'était jeté à la rivière;
-les chasseurs se hâtaient, afin d'arriver à l'hallali; mais il fallait
-pour cela traverser un champ de blé. La Dauphine avait aussitôt ordonné
-de faire un détour, «aimant mieux, disait-elle, manquer ce spectacle
-que de se le procurer en faisant du tort aux cultivateurs qui sont
-toujours peu et mal dédommagés dans de semblables occasions[386].»
-
-Une autre fois, à la chasse encore, en passant sur un pont, le
-postillon de son carrosse était tombé et si malheureusement que
-quatre des chevaux de l'attelage lui avaient passé sur le corps; on
-l'avait relevé sanglant et sans connaissance. La Dauphine s'arrêta
-immédiatement et voulut que le blessé fût pansé devant elle: «Mon ami,
-disait-elle à un page avec une vivacité toute spontanée, va chercher
-le chirurgien.»—«Cours vite pour un brancard, disait-elle à un autre;
-vois s'il parle, s'il est présent.» Et elle ne quitta la place que
-lorsqu'elle se fut assurée que le blessé serait bien soigné et porté
-bien doucement à Versailles, où elle le fit traiter par son premier
-chirurgien. La Cour et le public furent ravis et le propos général à
-Paris et à Versailles fut qu'en cette conjecture «Marie-Thérèse aurait
-bien reconnu sa fille, et Henri IV, son héritière[387]».
-
-La jeune princesse avait pour ses gens des attentions charmantes et des
-délicatesses exquises. Un jour, le cheval de son écuyer la frappait
-au pied d'une ruade; elle surmontait sa douleur et continuait sa
-promenade, quoiqu'elle eût le pied fort enflé, pour épargner à cet
-homme le chagrin d'avoir été l'auteur involontaire de l'accident[388].
-Un autre jour, le valet de service s'étant blessé en voulant approcher
-un meuble un peu lourd, elle se mettait à laver elle-même sa blessure
-et à lui faire des compresses avec son mouchoir[389]. Une autre fois
-encore, elle renonçait à des promenades à cheval, pour lesquelles on
-connaît sa passion, afin de permettre à son écuyer de retourner près de
-sa femme souffrante[390].
-
-Et ce n'était pas seulement aux gens de son service qu'elle témoignait
-ces égards et cette sensibilité, c'était à tous les pauvres et à tous
-les malheureux. Un an après les incidents que nous venons de raconter,
-à Compiègne, un palefrenier de la comtesse de Provence, en traversant
-la ville, tombait de cheval et se blessait grièvement. La princesse
-passait froidement, sans plus s'inquiéter de l'accident; mais la
-Dauphine, qui suivait à une petite distance, fit arrêter sa voiture,
-donna des ordres pour que le blessé fût secouru, et ne s'éloigna pas
-avant que ses ordres n'eussent été exécutés. Le public ne manqua pas
-de comparer la conduite des deux belles-sœurs, et l'on devine que la
-comparaison ne fut pas à l'avantage de la comtesse de Provence[391].
-
-Mais le fait le plus connu, celui qui fit le plus de sensation, fut
-ce qu'on appelle l'événement d'Achères[392]. C'était à Fontainebleau,
-à la chasse encore, le 16 octobre 1773. Le cerf aux abois, faisant
-tête, s'était réfugié dans un petit enclos du village d'Achères. Là,
-ne trouvant pas d'issue, rendu furieux par le désespoir, il s'était
-jeté sur un paysan qui cultivait l'enclos, et l'avait frappé de deux
-coups de ses bois, l'un à la cuisse, l'autre au corps. L'homme avait
-été renversé, mortellement blessé. Sa femme, folle de douleur, s'était
-précipitée vers les chasseurs et était tombée évanouie. Le Roi, après
-avoir ordonné qu'on prît soin d'elle, s'était éloigné. La Dauphine
-descendit de sa calèche, fit respirer des sels à cette malheureuse, et,
-après l'avoir tirée de son évanouissement, profondément émue elle-même,
-lui prodigua son argent, ses consolations et ses larmes. Elle la fit
-ensuite monter dans sa voiture, donna l'ordre qu'on la reconduisît chez
-elle, et ne regagna la chasse qu'après s'être assurée que les deux
-malades recevraient les soins nécessaires.
-
-La Cour entière, entraînée par ce noble exemple, parti de si haut,
-voulut venir en aide aux infortunés. Le Dauphin vida sa bourse
-entre leurs mains, la comtesse de Provence en fit autant[393]. Les
-jours suivants, Marie-Antoinette ne manqua pas d'envoyer prendre
-des nouvelles du blessé dont l'état avait d'abord paru désespéré et
-qui guérit cependant, grâce aux soins que, sur l'ordre de la jeune
-princesse, lui donnèrent les chirurgiens de la Cour[394]. Le public,
-instruit de ces détails, et ravi des larmes d'attendrissement qu'il
-avait vu verser à la Dauphine, ne tarit pas en éloges sur son compte;
-il n'y avait pour elle qu'un cri d'admiration. A Fontainebleau, le
-peuple s'attroupait, partout où il pouvait espérer la rencontrer[395].
-A Marly, à Versailles, on se portait sur son passage avec un
-empressement et des acclamations qui effarouchaient presque sa
-timidité. Les gazettes du temps étaient remplies de vers en son
-honneur, et une femme d'esprit, la princesse de Beauvau, disait ce
-mot, qui était trop dans le goût du jour, pour ne pas faire fureur:
-«Mme la Dauphine suivait la nature, et Mr le Dauphin suivait Mme la
-Dauphine[396].»
-
-Nous pourrions multiplier ces exemples, qui surabondent dans les
-Mémoires contemporains et dans les rapports de Mercy[397]. Nous n'en
-citerons plus qu'un. Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1772, un
-épouvantable incendie éclata à l'Hôtel-Dieu de Paris. Le feu, après
-avoir couvé dans les souterrains, se développa vers une heure du matin
-avec une telle violence que la lueur se voyait jusqu'aux extrémités
-de la ville. Malgré la promptitude des secours, malgré l'activité du
-corps des pompiers récemment organisé et le dévouement des travailleurs
-à la tête desquels étaient l'archevêque de Paris, Mgr de Beaumont,
-les principaux magistrats et les religieux de la cité, la plupart
-des bâtiments furent détruits; on évaluait la perte à deux millions.
-Dix malades furent brûlés; les autres furent transportés à la hâte à
-l'archevêché, à Notre-Dame et dans les églises; mais plusieurs de ceux
-qui étaient accourus pour porter secours périrent dans les flammes ou
-furent blessés.
-
-Consterné par cet effroyable sinistre, l'archevêque de Paris fit un
-chaleureux appel à la charité publique et ordonna des quêtes. Dès que
-Marie-Antoinette en fut informée, elle s'empressa d'envoyer mille écus,
-et avec une modestie qui l'honore encore plus que sa compassion elle
-s'entoura des précautions les plus minutieuses pour que personne n'en
-sût rien, poussant même le mystère jusqu'à n'en rien dire à Mercy et à
-Vermond[398].
-
-Malgré tout, le secret transpira et le public sut d'autant meilleur
-gré à la jeune princesse de cette généreuse charité que l'initiative
-venait d'elle-même et que personne, dans la famille royale, ne lui en
-avait donné l'exemple[399]. Mais ces compliments même embarrassaient sa
-pudeur, et elle ne savait comment s'y soustraire[400].
-
-Aussi, lorsque, le 8 juin 1773, précédée de ces souvenirs et portant
-au front l'auréole de toutes ces espérances, Marie-Antoinette fit
-enfin son entrée dans la capitale, l'enthousiasme de la population
-parisienne fut indescriptible. Il était d'usage que cette cérémonie
-de _l'entrée_ suivît de près, pour le Dauphin, la célébration du
-mariage[401]; mais la cabale qui redoutait la popularité de la jeune
-princesse et ne voulait pas la grandir par l'éclat d'un triomphe public
-avait réussi à éveiller l'ombrageuse susceptibilité du vieux monarque,
-qui, depuis longtemps, n'était plus habitué aux acclamations[402].
-Docile aux inspirations de sa maîtresse et de son ministre, Louis XV
-s'était toujours opposé à ce que la cérémonie officielle eût lieu,
-et Marie-Antoinette n'avait jamais eu, malgré son ardent désir,
-la jouissance de voir Paris et de s'y faire voir; elle n'avait
-pas même pu, comme elle l'avait projeté un jour, en parcourir les
-boulevards[403]. Enfin, au mois de mai 1773, elle se décida à parler
-au Roi de son désir, et ce prince, qui ne savait rien refuser en face,
-lui répondit qu'il ne demandait pas mieux, et qu'elle était libre de
-choisir le jour qui lui conviendrait[404]. La date fut fixée au 8
-juin; les préparatifs furent poussés avec vigueur, et la cérémonie fut
-magnifique. Depuis longtemps on n'avait rien vu de pareil. Le peuple
-de Paris avait soif de contempler cette jeune princesse, dont tous les
-échos de la renommée célébraient la grâce et les vertus, et qu'il ne
-connaissait pas encore.
-
-A la porte de la Conférence, les deux époux furent reçus par M. le
-duc de Brissac, gouverneur de Paris, le lieutenant de police, M. de
-Sartines, le Corps de ville et le prévôt des marchands. Là, pendant
-qu'on leur présentait sur un plat d'argent les clefs de la bonne
-ville, les Dames de la halle leur offraient les prémices des marchés,
-des fleurs et des fruits. L'auguste couple prit place avec sa suite
-dans un carrosse de gala, et, traversant le quai des Tuileries, le
-Pont-Royal, le quai Conti, où le prévôt de de la Monnaie avait rangé sa
-compagnie à cheval, le Pont-Neuf, où le lieutenant criminel attendait
-au pied de la statue de Henri IV, avec les gardes de robe courte, le
-quai des Orfèvres, la rue Saint-Louis, passant devant l'Hôtel-Dieu,
-où la mère-prieure se tenait avec ses religieuses, il arrivait à
-Notre-Dame. Salués à la porte par l'archevêque et le chapitre, le
-Dauphin et la Dauphine allaient s'agenouiller dans le chœur et de là
-à la chapelle de la Sainte Vierge, où un chapelain du Roi célébrait
-une messe basse, pendant que la musique de la cathédrale exécutait un
-motet. Après la messe, ils visitaient le trésor, se rendaient ensuite
-à Sainte-Geneviève, faisaient le tour de la châsse de la Sainte, et
-revenaient enfin aux Tuileries. Au collège Louis-le-Grand, le recteur
-de l'Université, à la tête des quatre Facultés, les haranguait; au
-collège Montaigu, les étudiants leur récitaient des vers.
-
-C'étaient là les cérémonies officielles, mais ce qui n'était pas
-dans le programme, c'était l'enthousiasme vraiment extraordinaire du
-public. Sur tout le parcours du cortège, la foule était si compacte
-qu'il était presque impossible à la voiture d'avancer. Partout des
-décorations, des arcs de triomphe, le pavé jonché de fleurs, partout
-des vivats frénétiques. La Dauphine avait un sourire pour chacun, un
-salut pour les personnes de distinction, un rayonnement pour tout ce
-peuple. «Il est impossible, écrivait Mercy, de se montrer avec plus de
-grâce, plus de charme et plus de présence d'esprit que n'en a marqué
-Mme l'Archiduchesse dans cette conjoncture[405].» Son sourire allait
-au cœur. Les mains applaudissaient, les mouchoirs s'agitaient, les
-chapeaux volaient en l'air, c'était une ivresse universelle. Avec
-sa bonté habituelle, la jeune princesse avait ordonné à sa garde de
-laisser tout le monde approcher; il semblait que, pour ce jour-là,
-la vieille étiquette avait été abolie. Aux Tuileries, les femmes de
-la halle dînaient dans la salle des Concerts; palais et jardin, tout
-était plein de monde. Lorsque la Dauphine parut au balcon, elle ne put
-s'empêcher de s'écrier, effrayée de ces vagues humaines: «Mon Dieu! que
-de monde!»—«Madame, répliqua galamment le duc de Brissac, n'en déplaise
-à M. le Dauphin, ce sont deux cent mille amoureux de votre personne.»
-
-Mais le Dauphin n'était point jaloux: il était heureux. L'enthousiasme
-de cette foule, le charme de sa compagne avaient réagi sur lui, et,
-triomphant de sa timidité naturelle, il avait répondu avec aisance aux
-harangues qui lui avaient été adressées[406]. Son habituelle froideur
-s'était comme illuminée d'un reflet de la grâce de sa jeune femme, et
-le peuple, remarquant avec bonheur cette transformation inattendue, en
-faisait remonter l'honneur à la Dauphine: «Qu'elle est belle! Qu'elle
-est charmante!» répétait-on partout.
-
-Après le dîner en public, les deux époux, au bras l'un de l'autre,
-descendirent dans le jardin des Tuileries et s'y promenèrent. Cinquante
-mille personnes étaient entassées dans les allées, sur les bancs, sur
-les balustrades, jusque sur les arbres. Les masses étaient si compactes
-que le couple royal resta près de trois quarts d'heure sans pouvoir ni
-avancer ni reculer; un moment même, il fut séparé de sa suite[407].
-Mais cet empressement les ravissait tous deux; ils se sentaient en
-sûreté au milieu de ce peuple, jouissaient de son ivresse, écoutaient
-avec attendrissement les acclamations naïvement enthousiastes qui
-s'échappaient de toutes ces poitrines, et la seule recommandation que
-la Dauphine faisait à ses gardes, c'était de n'écarter personne et de
-laisser approcher autant qu'on le voudrait.
-
-Lorsque, au retour de cette enivrante promenade, et avant de partir,
-les deux princes remontèrent au château pour contempler une dernière
-fois ce spectacle, et restèrent une demi-heure sur la terrasse, malgré
-les rayons d'un soleil ardent, saluant de la main, à droite et à
-gauche, la foule qui se pressait au pied des Tuileries, il n'y eût dans
-toute cette foule qu'un immense cri de joie et de ravissement. On a
-dit que la France avait eu pour Louis XV enfant des tendresses de mère
-et d'amante; il semble que, le 8 juin 1773, la capitale avait retrouvé
-pour Marie-Antoinette quelque chose de ces tendresses-là.
-
-Quant à la Dauphine, elle avait peine à retenir les larmes de bonheur
-qui lui montaient aux yeux: «Ah! le bon peuple!» répétait-elle sans
-cesse[408].
-
-«J'ai eu mardi dernier, écrivait-elle quelques jours plus tard à sa
-mère, une (fête) que je n'oublierai de ma vie: nous avons fait notre
-entrée à Paris. Pour les honneurs, nous avons reçu tous ceux qu'on a pu
-imaginer; tout cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a touché le
-plus; mais c'est la tendresse et l'empressement de ce pauvre peuple,
-qui, malgré les impôts dont il était accablé, était transporté de joie
-de nous voir. Lorsque nous avons été nous promener aux Tuileries, il y
-avait une si grande foule que nous avons été trois quarts d'heure sans
-pouvoir ni avancer ni reculer. M. le Dauphin et moi avons recommandé
-plusieurs fois aux gardes de ne frapper personne, ce qui a fait un
-très bon effet. Il y a eu si bon ordre dans cette journée que, malgré
-le monde énorme qui nous a suivis partout, il n'y a eu personne de
-blessé. Au retour de la promenade, nous sommes montés sur une terrasse
-découverte et y sommes restés une demi-heure. Je ne puis vous dire, ma
-chère maman, les transports de joie, d'affection qu'on nous a témoignés
-dans ce moment. Avant de nous retirer nous avons salué avec la main
-le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu'on est heureux, dans notre
-état, de gagner l'amitié de tout un peuple à si bon marché! Il n'y a
-pourtant rien de plus précieux; je l'ai bien senti et ne l'oublierai
-jamais[409].»
-
-Louis XV attendait à Versailles, avec une certaine impatience, le
-retour de ses petits-enfants: «Mes enfants, leur dit-il quand ils
-revinrent, j'étais presque inquiet. Vous devez être bien fatigués
-de votre journée.»—«C'est la plus douce de notre vie,» répondit la
-Dauphine[410], et, associant par une délicate flatterie le nom du
-Roi à celui de ses enfants dans les démonstrations populaires dont
-ils avaient été l'objet: «Il faut, dit-elle au vieux monarque, que
-Votre Majesté soit bien aimée des Parisiens, car ils nous ont bien
-fêtés[411].»
-
-Ravie d'une réception si enthousiaste, la jeune princesse n'avait qu'un
-désir: revenir souvent dans une ville qui la saluait par de pareilles
-acclamations. Elle obtint du Roi la permission d'y retourner toutes
-les semaines au spectacle, d'abord dans un appareil tout royal, au son
-du canon de la Bastille et des Invalides, avec un grand déploiement
-de gardes françaises et suisses aux abords du théâtre et sur la scène
-même[412], bientôt avec la plus grande simplicité, en petite robe
-et avec une suite peu nombreuse[413]. Voyages d'apparat ou voyages
-intimes, le succès ne fut pas moins grand. «Il y aurait un volume,
-écrivait Mercy, de tous les propos attendrissants qui se tenaient, des
-remarques qui se faisaient sur la figure, sur les grâces, sur l'air
-d'affabilité et de bonté de Mme l'Archiduchesse[414].»
-
-Un jour, le 23 juin, à la Comédie-Française, on donnait _le Siège de
-Calais_. Au troisième acte, au moment où Mlle Vestris prononça ces deux
-vers:
-
- Le Français dans son prince aime à trouver un frère,
- Qui, né fils de l'État, en devienne le père,
-
-elle se tourna vers le Dauphin; la salle entière applaudit avec
-transport.
-
-Un peu plus loin, quand on récita ce passage:
-
- Quelle leçon pour vous, superbes potentats!
- Veillez sur vos sujets dans le rang le plus bas.
- Tel, loin de vos regards, dans la misère expire.
- Qui, quelque jour peut-être, eût sauvé votre empire.
-
-Ce furent le Dauphin et la Dauphine qui applaudirent à leur tour, et
-cette marque de sensibilité fut accueillie par de nouveaux transports
-de tendresse et de reconnaissance[415].
-
-Un autre jour, à la Comédie-Italienne, on jouait _le Déserteur_. Le
-refrain d'un couplet amenait le cri de _Vive le Roi!_ La Dauphine
-applaudit. On répéta le cri. L'acteur Clairval ajouta: «Et ses chers
-enfants!» Le parterre tout entier, ne faisant qu'un avec les acteurs,
-battit des mains, et la soirée se termina par le chant de cinq couplets
-improvisés en l'honneur du jeune ménage[416].
-
-A chaque visite, à la foire Sainte-Ovide, au Salon de peinture[417], où
-le Dauphin s'arrêtait devant le tableau de Marchy, qui le représentait
-se promenant dans le jardin des Tuileries, au bras de son épouse[418],
-au jardin du maréchal de Biron[419], c'était le même enthousiasme, les
-mêmes acclamations, et lorsque la Cour partit pour Compiègne, ce ne fut
-pas sans regret que Marie-Antoinette s'éloigna de cette «bonne ville»
-de Paris[420].
-
-Quelque peine qu'on prît pour éveiller sa jalousie, Louis XV jouissait
-du triomphe éclatant de ses petits-enfants[421]. Mesdames, il est vrai,
-en concevaient de l'humeur et la cabale redoublait de haine et de
-rage, mais elle s'épuisait en vains efforts. L'entrée du comte et de la
-comtesse de Provence, à laquelle on avait voulu donner une splendeur
-royale, pour contrebalancer l'impression produite par celle du Dauphin,
-n'aboutissait qu'à un pitoyable échec[422]. Ce pompeux appareil
-laissait le public indifférent; le comte et la comtesse de Provence
-étaient complètement éclipsés par la Dauphine; c'était d'elle seule
-qu'on parlait, c'était elle seule qu'on voulait voir[423].
-
-On conçoit qu'entourée de ce brillant cortège de sympathies populaires,
-la Dauphine n'avait pas grand'chose à redouter des brigues de palais
-et des rivalités de Cour. Le comte de Provence, qui devait, quarante
-ans plus tard, inaugurer le régime constitutionnel en France et panser
-d'une main si sage les blessures faites au pays par la Révolution
-et l'Empire, n'annonçait pas encore, à cette époque, les qualités
-qu'il déploya sur le trône. Plus jeune d'un an que le Dauphin, il
-avait montré, dès son enfance, une ambition précoce, un caractère
-réfléchi, mais suspect et porté à l'intrigue. Esprit fin et cultivé,
-ayant à la fois le goût des lettres et celui de la politique, très
-exalté par son entourage et habituellement aux dépens de son frère
-aîné[424], il dissimulait mal son dépit de n'être qu'au second rang
-quand il se croyait appelé au premier. Avec de pareilles aspirations
-et de pareils froissements, il semblait un instrument tout préparé
-entre les mains de la cabale hostile à Marie-Antoinette. On avait
-cherché à l'opposer à son frère, surtout lorsque son mariage avec une
-princesse de Savoie eut assuré sa situation à la Cour: on affecta, à
-cette occasion, de lui constituer un état de maison égal à celui du
-Dauphin. Sa femme, sans esprit et sans grâce[425], avec un caractère
-italien[426], se prêtait volontiers à ces petits manèges ambitieux.
-A plusieurs reprises, Marie-Antoinette avait eu à se plaindre de
-l'attitude que le jeune couple avait prise vis-à-vis d'elle. Puis il
-y avait eu un revirement complet. Était-ce sentiment d'impuissance en
-face du crédit croissant de la Dauphine? Était-ce regret de s'être
-laissé entraîner par le duc de la Vauguyon? Était-ce simple changement
-de front dans un plan persévéramment ambitieux? Toujours est-il
-qu'après la mort de son gouverneur, le jeune prince chercha à se
-rapprocher de sa belle-sœur[427], lui faisant l'aveu de ses torts et
-les rejetant tous sur M. de la Vauguyon[428]. Bonne et sans rancune,
-Marie-Antoinette ne demandait qu'à oublier les tracasseries; les
-relations s'établirent promptement sur le pied de l'intimité. Chaque
-matin, le comte de Provence venait chez la Dauphine[429], lui apportant
-les nouvelles de la Cour, les chansons et les bons mots du jour[430];
-il combinait avec elle des projets d'amusements[431], lui remettait
-même des plans de conduite[432], proposait de former bande à part à
-la Cour[433]. Toujours confiante et sans calcul, Marie-Antoinette se
-laissait aller au charme d'une amitié qui, grâce aux sages conseils
-de Mercy, n'offrait que de l'agrément sans inconvénient: le besoin
-de société, le désir d'échapper au despotisme de Mesdames, l'attrait
-d'une conversation spirituelle, la disposaient à cet abandon. Mais
-un jour les rapports qu'elle surprit entre son beau-frère et le duc
-d'Aiguillon lui montrèrent que tout n'était pas parfaitement sincère
-dans la conduite du jeune prince[434]. Dès lors elle se tint sur ses
-gardes; les visites du comte de Provence devinrent moins fréquentes et
-les relations, tout en restant bonnes, cessèrent d'être confiantes.
-
-Le second frère du Dauphin, le comte d'Artois, n'avait pas des visées
-si hautes. D'une figure charmante, d'une taille bien prise, de manières
-vives et dégagées, habile à tous les exercices du corps, brave et
-galant comme un Bourbon, le seul prince élégant de la famille royale
-aux yeux des contemporains[435], il s'occupait moins d'affaires que
-de plaisirs; il ne voulait pas dominer, mais amuser et s'amuser. Son
-caractère était tout l'opposé de celui du comte de Provence. Autant
-l'un était froid et dissimulé, ne laissant rien au hasard, autant
-l'autre se montrait gai et ouvert, aimable et plein d'entrain, mais
-vaniteux et léger, inconsidéré dans ses propos, inconséquent dans sa
-conduite. Narguant les ministres, se moquant de l'opinion, n écoutant
-personne, il s'était attiré maintes fois le mécontentement et les
-remontrances de son frère aîné. La Dauphine affectait de ne pas le
-prendre au sérieux et de tourner en plaisanterie ce qu'il pouvait dire
-ou faire de «déraisonnable[436]». Cette conduite, tout en mortifiant le
-jeune prince, lui en imposait[437]; mais il était facile de prévoir que
-cette impression durerait peu et qu'un jour viendrait où la société de
-ce beau-frère, spirituel et agréable, mais étourdi, turbulent, «hardi à
-l'excès[438]», pourrait devenir un péril.
-
-Quant à la comtesse d'Artois, disgraciée de la nature, petite,
-médiocrement prise dans sa taille, avec un nez très allongé, des yeux
-mal tournés, une bouche trop large, une physionomie irrégulière[439],
-non moins disgraciée du côté de l'esprit et des moyens, nulle et
-peu aimée de son mari, elle ne pouvait être pour Marie-Antoinette
-une rivale, quoique la cabale, un moment aidée par le ministre de
-Sardaigne, comte de la Marmora[440], eût essayé d'opposer les deux
-sœurs piémontaises à l'Archiduchesse autrichienne.
-
-Mais Marie-Antoinette ne se montrait pas jalouse. Forte de sa
-supériorité et guidée par l'inspiration de son cœur, elle ne
-s'inquiétait pas de ces manœuvres qui ne pouvaient plus l'atteindre
-et ne songeait qu'à établir l'harmonie dans la famille royale. Elle
-réussit dans cette délicate entreprise[441]. Sans former un parti,
-comme l'avait demandé le comte de Provence, ce qui n'eût pas été sans
-danger, on formait une réunion des jeunes ménages. On organisait des
-divertissements en commun; on avait des bals, des soirées, des soupers
-en famille[442]; on allait ensemble aux bals de l'Opéra. On fit plus:
-on joua la comédie. Dans un cabinet de l'entresol de Versailles,
-où personne ne pénétrait, on dressa en cachette un théâtre, dont
-les diverses parties pouvaient se détacher et se renfermer dans une
-armoire. On résolut d'apprendre et de jouer les meilleures pièces du
-répertoire français. Les trois princesses, le comte de Provence et le
-comte d'Artois, faisaient les acteurs; M. Campan était le régisseur
-de cette petite troupe improvisée; le Dauphin formait l'Assemblée. Le
-comte de Provence savait imperturbablement ses rôles; le comte d'Artois
-les disait avec grâce, la Dauphine avec finesse; les autres princesses
-jouaient mal. De temps à autre on entendait le gros rire du Dauphin
-saluant l'entrée en scène des acteurs. Cela dura ainsi quelque temps;
-on s'amusait beaucoup: le mystère même dont s'entourait la royale
-troupe donnait plus de piquant encore et plus de saveur à ce fruit
-défendu. Malheureusement, un jour, M. Campan, déjà en costume, étant
-descendu pour aller chercher dans le cabinet de toilette un objet
-oublié, rencontra sur son passage un valet de garde-robe. Le secret
-était découvert, on eut peur qu'il fût trahi. Qu'aurait dit le Roi,
-qu'auraient dit Mesdames de ces amusements d'écoliers en vacances? On
-redouta leurs reproches et l'on renonça à un divertissement qui jetait
-un peu de variété dans la monotonie de la Cour et auquel le Dauphin
-lui-même avait pris un véritable goût[443].
-
-L'intimité d'ailleurs grandissait chaque jour entre les deux époux.
-Le Dauphin subissait le charme de sa jeune femme, et elle, de son
-côté, sentait tout ce qu'il y avait en lui de qualités sérieuses, de
-loyauté, de vraie tendresse même, sous cet extérieur un peu brusque,
-sous cette enveloppe un peu épaisse. Quels que fussent l'esprit du
-comte de Provence, l'élégance du comte d'Artois, elle n'hésitait pas
-à reconnaître que, pour la sûreté des relations, son mari leur était
-très supérieur. Un jour, irritée des manœuvres tortueuses du comte de
-Provence, blessée des légèretés du comte d'Artois, elle s'était jetée
-dans les bras du Dauphin en s'écriant: «Je sens, mon cher mari, que
-je vous aime tous les jours davantage. Votre caractère d'honnêteté et
-de franchise me charme; plus je vous compare avec d'autres, plus je
-connais combien vous valez mieux qu'eux[444].»
-
-Sans doute, il y avait encore chez le jeune prince des points
-qui laissaient à désirer, des traits même qui choquaient parfois
-la délicatesse toute féminine, la distinction innée, la nature
-primesautière de Marie-Antoinette. Il eût été difficile peut-être de
-rencontrer deux caractères offrant plus de contrastes que ceux de ces
-deux époux. C'était la vivacité unie à la froideur, l'expansion à la
-taciturnité, la grâce incarnée à une sorte d'inélégance native; en
-un mot, si je puis m'exprimer ainsi, c'était le diamant poli à côté
-du diamant brut. Le Dauphin avait certains goûts dont s'accommodait
-mal l'élégance suprême de sa femme; passionné pour la chasse, les
-exercices violents, les travaux manuels, il s'y livrait avec une ardeur
-immodérée qui compromettait sa santé et lui faisait contracter un air
-de négligence et de rudesse toujours fâcheux chez un futur souverain,
-plus fâcheux encore à cette Cour de Versailles qui donnait le ton à
-l'Europe. La Dauphine le comprenait; elle en adressait à son mari des
-reproches, un peu vifs peut-être; le Dauphin, d'abord piqué, se mettait
-à pleurer; la jeune femme, émue, mêlait ses larmes à celles de son
-mari, et le raccommodement était fort tendre. Et le comte de Provence,
-témoin de cette scène, ayant demandé en plaisantant si la paix était
-faite, le Dauphin répondait galamment «que les querelles des amants
-n'étaient jamais de longue durée[445]».
-
-Sous la douce influence de cette gracieuse Égérie, un revirement
-heureux s'opérait dans les manières du jeune prince. Cette «matière
-en globe[446]», comme l'appelait Joseph II, commençait à livrer
-ses trésors. Le Dauphin parvenait à vaincre sa timidité, parlait
-davantage, avait plus d'aisance dans le monde[447], prenait plus de
-goût à la danse[448] et aux plaisirs de société, tout en donnant plus
-de temps aux choses sérieuses et en particulier à la lecture[449];
-car, cette jeune femme, à laquelle on avait si longtemps reproché de
-ne pas s'occuper assez de travaux intellectuels, était maintenant la
-première à prêcher l'étude à son mari. Elle jouissait en silence de ces
-progrès, ne s'attachant qu'à les mettre en relief, sans songer à en
-tirer vanité[450]; mais le public lui en reportait l'honneur[451] et le
-jeune prince lui en témoignait en toute occasion sa reconnaissance. «Il
-faut convenir, lui disait-il un jour, que vous m'avertissez toujours
-bien à propos[452].»—«M'aimez-vous bien?» lui demandait-il une autre
-fois?—«Oui, répondait la princesse avec une spontanéité pleine de
-franchise, et vous ne pouvez en douter; je vous aime sincèrement et je
-vous estime encore davantage[453].»
-
-Le Dauphin était touché de cet aveu naïf: il devenait tendre et presque
-galant avec sa femme[454]; sa confiance en elle augmentait de jour
-en jour, et il lui témoignait en mainte occasion une «condescendance
-sans bornes[455]». «Sa déférence pour Mme l'Archiduchesse, écrivait
-Mercy trois semaines à peine avant la mort de Louis XV, prouve le cas
-qu'il fait de ses avis, et on voit qu'il en a une reconnaissance qui
-l'attache de plus en plus à son auguste épouse[456].»
-
-A cette date, la situation de Marie-Antoinette avait pris une
-consistance que rien ne semblait plus pouvoir ébranler. Depuis un
-an, et en particulier depuis la triomphante entrée à Paris, son
-crédit, à travers les fluctuations inévitables de la vie de la Cour,
-n'avait cessé de grandir. La cabale qui avait cherché à l'ébranler
-avait dû s'avouer vaincue[457]. Mesdames, âpres le premier moment
-d'humeur, s'étaient résignées, en apparence du moins, à voir dans la
-Dauphine la future maîtresse de l'État; le comte et la comtesse de
-Provence se faisaient une étude de lui plaire[458]; le duc d'Aiguillon
-imposait silence à sa rancune et cherchait les occasions de lui
-être agréable[459]; le contrôleur général prenait ses ordres[460];
-la favorite elle-même faisait des avances, et tous ceux qui, à la
-Cour, songeaient à leur avenir, sentaient qu'ils n'avaient d'autre
-parti à prendre que de tâcher de trouver un appui dans l'amitié et la
-bienveillance de la Dauphine[461]. Elle désarmait toutes les jalousies,
-décourageait toutes les intrigues.
-
-Quant à son succès dans le public, il était trop brillant et nous en
-avons trop parlé plus haut pour qu'il soit besoin d'y revenir ici.
-
-Mais ce qu'il importe de remarquer, parce que cela a été contesté,
-c'est que ce succès, Marie-Antoinette le devait à elle-même et au
-développement croissant de ses qualités. Quoi qu'on en ait pu dire, et
-malgré des rechutes inévitables à son âge, elle avait fait, pendant ces
-quatre années, des efforts sincères pour se corriger des défauts que
-lui signalaient avec une persévérante vigilance sa mère et le comte
-de Mercy. «Je ferai le moins de fautes que je pourrai, disait-elle
-un jour; quand il m'arrivera d'en commettre, j'en conviendrai
-toujours[462].» Elle avait tenu parole, et, sur bien des points,
-elle avait réussi à mieux faire. L'enfant vive, irréfléchie, un peu
-volontaire, qui avait franchi le Rhin le 7 mai 1770, était devenue une
-jeune femme posée, ardente encore parfois et toujours candide et naïve,
-mais ne se laissant plus autant entraîner par le premier mouvement,
-calculant mieux la portée de ses paroles et de ses actes, et ajoutant à
-l'attrait de saillies naturelles et d'une tendresse de cœur spontanée
-le charme plus durable d'une conduite soutenue et d'une attitude
-réfléchie. Et c'est avec un légitime orgueil qu'elle pouvait dire un
-jour à son fidèle conseiller, sans que celui-ci eût aucune objection à
-lui faire: «Convenez que je me suis réformée sur bien des choses[463].»
-
-Son esprit, d'abord nonchalant et distrait, cherchait sincèrement
-à s'appliquer et à s'intéresser aux choses sérieuses[464]. Son
-intelligence, qui comprenait merveilleusement les affaires, mais qui
-les redoutait à l'excès[465], commençait à se plier un peu plus aux
-combinaisons multiples de la politique[466]. Et sa piété se maintenait
-intacte et pure, sous la direction éclairée d'un prêtre vertueux et
-modeste, l'abbé Maudoux[467]. Un jugement toujours droit, quand il ne
-subissait pas une influence étrangère, une perspicacité qui déroutait
-souvent Mercy[468], une sagacité merveilleuse à apprécier les hommes
-et les choses[469], telles étaient les qualités maîtresses qui
-semblaient devoir assurer à la Dauphine un avenir brillant et un empire
-irrésistible, si elle savait s'affranchir d'un reste de timidité[470],
-d'un goût encore trop vif pour les plaisirs[471], si elle savait
-surtout se soustraire aux importunités et aux insinuations de son
-entourage[472]. Et cet empire empruntait une force de plus à l'art
-dans lequel elle excellait, de tenir la Cour, de présider un cercle,
-de dire à chacun un mot aimable, à la bonne grâce innée en elle et que
-rehaussait maintenant, avec l'assurance que donne un âge plus mûr, le
-charme d'une sereine dignité.
-
-Tous ceux qui l'avaient connue dans son enfance et qui la revoyaient à
-la fin de 1773 ou au commencement de cette année 1774, qui devait être
-décisive pour elle, le baron de Neny[473], le feld-maréchal Lascy[474],
-étaient frappés de cette transformation heureuse. Mercy écrivait: «Du
-côté des principes, du caractère et du jugement, Mme la Dauphine est
-douée d'une façon si heureuse qu'il est moralement impossible quelle
-tombe jamais dans des erreurs de quelque conséquence, soit pour le
-présent, soit pour l'avenir[475].»
-
-Et Marie-Thérèse elle-même, si sévère pour sa fille, sévère parfois
-jusqu'à l'injustice, ne pouvait s'empêcher de répondre à son fidèle
-ambassadeur, le 5 avril 1774:
-
-«Je suis rassurée sur les nouvelles que vous me mandez sur la conduite
-de ma fille[476].»
-
-Et c'est ainsi qu'au milieu des intrigues et des cabales, mais
-n'ayant plus rien à en redouter, aimée du public, jalousée peut-être,
-mais respectée à la Cour, dominant tout par la supériorité de son
-rang, éclipsant tout par l'éclat de ses qualités personnelles[477],
-Marie-Antoinette s'avançait, souriante et légère, non pas, hélas! sans
-ennemis, mais sans rivales, non pas sans écueils, mais avec confiance
-et d'un pas ferme, vers l'heure prochaine où la Dauphine allait devenir
-Reine de France.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-Mort de Louis XV.
-
-
-Le mercredi 27 avril 1774, à Trianon, Louis XV fut saisi d'un frisson
-subit, qui fut suivi de fièvre et d'un mal de tête violent[478]; le
-28, il se décida à revenir à Versailles; le 29, il fut saigné deux
-fois; dans la nuit du 29 au 30, la petite vérole se déclara avec les
-plus mauvais symptômes[479]. Elle était d'une si dangereuse nature,
-que l'air du palais même en semblait infecté; cinquante personnes la
-gagnèrent pour avoir seulement traversé les galeries de Versailles; dix
-en moururent, et le marquis de Létorière, qui n'avait qu'entr'ouvert
-deux minutes la porte de la chambre royale, fut atteint et emporté en
-quelques heures[480].
-
-Dès le début de la maladie, Mesdames, avec un dévouement admirable,
-et malgré les plus fortes représentations, n'hésitèrent pas à braver
-la contagion pour s'enfermer avec leur père, demeurant jour et nuit à
-son chevet et sous ses rideaux même[481]. Marie-Antoinette avait voulu
-en faire autant[482]; le vieux monarque ne le permit pas et interdit
-toute communication entre lui et la jeune famille royale[483], qui se
-retira dans l'isolement le plus absolu, le Dauphin refusant de donner
-aucun ordre et de parler même aux ministres tant que son grand-père
-vivait[484].
-
-D'effrayantes intrigues s'agitaient autour de ce lit de malade.
-Les partis _barrien_ et _antibarrien_, _aiguilloniste_ et
-_antiaiguilloniste_[485] se livraient une bataille furieuse, dont le
-prix était l'âme de ce pauvre prince[486]. Des efforts inouïs étaient
-faits pour empêcher d'arriver jusqu'à lui un prêtre qui lui parlât de
-l'éternité et le déterminât ainsi à mettre un terme aux scandales de
-sa vie. Mme du Barry, bravant la contagion pour sauver son crédit,
-venait chaque jour s'asseoir près du malade[487], mais on remarquait
-que le Roi, soit qu'il fût absorbé par l'accablement du mal, soit qu'il
-fît un retour sur lui-même, ne parlait plus à sa maîtresse qu'avec
-une certaine indifférence[488]. La surveillance redoubla. Le duc
-d'Aiguillon, le duc de Richelieu, le duc d'Aumont, le valet de chambre
-Laborde[489] défendaient avec une rigueur jalouse l'entrée de la
-chambre à tout personnage suspect. Le 2 mai, l'archevêque de Paris vint
-à Versailles; il eut peine à voir le moribond, à la porte duquel le duc
-de Richelieu s'efforça longtemps de le retenir[490]. L'entrevue ne dura
-qu'un quart d'heure et n'amena aucun résultat. Les médecins, gagnés,
-déclarèrent qu'il ne fallait pas parler au Roi d'administration, sous
-peine de le tuer, dans l'état de suppuration où il était. Devant
-cette affirmation menaçante, le grand aumônier de France lui-même, le
-cardinal de la Roche-Aymon, n'osait pas proposer les sacrements, se
-réservant seulement d'intervenir à la première occasion.
-
-Tout d'un coup, par un de ces brusques revirements où Dieu déjoue
-tous les calculs des hommes, l'événement si redouté par les uns, si
-souhaité par les autres, se produisit. Le mercredi 4 mai, sentant les
-progrès du mal[491], le Roi fit appeler le cardinal de la Roche-Aymon
-et lui demanda quelle était sa maladie, dont on lui avait jusque-là
-caché le nom[492]. Quand il apprit que c'était la petite vérole: «On
-n'en revient pas à mon âge, dit-il; il faut que je mette ordre à mes
-affaires.»
-
-Il fit venir Mme du Barry: «Madame, lui dit-il, comme je pense à
-demander les sacrements, il ne convient pas que vous restiez ici,
-attendu que je ne veux point qu'il arrive la même chose qu'à Metz et
-que je veux éviter toute esclandre. Arrangez votre retraite avec le
-duc d'Aiguillon; je lui ai donné des ordres pour que vous ne manquiez
-de rien.» Le même jour, en effet, à quatre heures, la favorite partit
-dans la voiture de la duchesse d'Aiguillon, qui la conduisit dans une
-maison de campagne du duc, à Rueil[493]. Elle se tint là, à deux lieues
-de Versailles, instruite de tous les détails par le ministre et prête à
-revenir, si le Roi allait mieux.
-
-Mais le Roi n'allait pas mieux. Les médecins avaient beau donner des
-bulletins satisfaisants; ces déclarations rassurantes ne trompaient
-personne. Le public, qui n'avait plus que du mépris pour ce monarque
-jadis si tendrement aimé, accueillait ces nouvelles avec indifférence,
-quand ce n'était pas avec joie; les courtisans escomptaient l'avenir.
-«Tous ceux qui pouvaient entrer dans la chambre y étaient comme à
-un spectacle curieux et quelquefois ridicule. On observait tout
-ce qui se passait pour l'écrire ou le redire; on en faisait des
-plaisanteries[494].» Dans certains cercles, on formait presque
-ouvertement des vœux pour la mort du Roi. La fermentation à la Cour
-était extrême; les bruits, les manœuvres, les brigues redoublaient de
-tous côtés: les différents partis cherchaient le moyen d'aborder le
-confesseur, qui demeurait inaccessible[495]. Quelques courtisans, se
-tournant vers le soleil levant, s'efforçaient de pénétrer près de la
-jeune famille royale; ils étaient impitoyablement repoussés.
-
-Au milieu de toutes ces intrigues, et malgré le progrès croissant de la
-maladie ou quelques absences momentanées[496], le Roi conservait son
-sang-froid et son courage[497]. A plusieurs reprises, il demanda son
-confesseur. Dans la nuit du 6 au 7, à deux heures et demie du matin,
-il dit au duc de Duras, qui le veillait: «Mais voici la troisième fois
-que je demande à me confesser; est-ce que l'abbé Maudoux n'est pas
-ici?» Il s'assoupit un instant, et, s'étant réveillé au bout d'une
-demi-heure, il s'informa de nouveau si l'abbé Maudoux était arrivé.
-Celui-ci entra et les courtisans, toujours aux aguets, comptèrent qu'il
-était resté seize minutes, montre en main, avec l'auguste malade[498].
-Quand le prêtre sortit, le Roi déclara qu'il recevrait les sacrements
-le lendemain; mais, sur l'observation de son chirurgien, La Martinière,
-qu'il valait mieux en finir tout de suite, il se résolut à les recevoir
-le jour même.
-
-A cinq heures, Louis XV manda le duc d'Aiguillon et lui parla à
-voix basse. On supposa aussitôt qu'il lui donnait des ordres pour
-l'éloignement de la favorite et le bruit se répandit que le confesseur
-avait fait de cet éloignement une condition de l'absolution[499]. Qu'y
-avait-il de vrai dans cette rumeur? C'est le secret de Dieu et des
-âmes. On remarqua seulement qu'à trois reprises différentes le Roi
-rappela l'abbé Maudoux[500], et qu'il attendait les sacrements avec la
-plus grande impatience, envoyant plusieurs fois le prince de Beauvau à
-la fenêtre, pour voir si le grand aumônier n'arrivait point[501].
-
-A sept heures[502], le cardinal de la Roche-Aymon parut, apportant le
-Saint-Viatique. Les troupes étaient sous les armes; sur la défense
-formelle de leur grand-père, le Dauphin et ses frères n'avaient suivi
-le Saint Sacrement que jusqu'à la première marche de l'escalier;
-Mesdames l'accompagnèrent jusqu'à la chambre, où se trouvaient réunis
-les princes du sang et les ministres[503]. Dès qu'il aperçut le grand
-aumônier, le malade, sentant se réveiller toute la vivacité d'une foi
-que quarante ans de désordres n'avaient pu éteindre, rejeta brusquement
-ses couvertures, se découvrit et chercha à se mettre à genoux joignant
-les mains «avec une piété qui faisait fondre en larmes[504]». Comme
-on voulait l'en empêcher: «Quand mon grand Dieu, s'écria-t-il, fait à
-un misérable comme moi l'honneur de venir le trouver, c'est le moins
-qu'il soit reçu avec respect[505].» Lorsqu'il eut communié, il fit
-signe au grand aumônier, et celui-ci, s'adressant aux courtisans qui
-se trouvaient là: «Messieurs, dit-il, le Roi m'ordonne de vous dire,
-ne pouvant pas parler lui-même, qu'il se repent de ses péchés, et que,
-s'il a scandalisé son peuple, il en est bien fâché; qu'il est dans la
-ferme résolution de rentrer dans les voies de sa jeunesse et d'employer
-tout ce qui lui reste de vie à défendre la religion[506].» Quand le
-grand aumônier parla du repentir que le Roi avait des scandales de sa
-vie: «Monsieur le cardinal», interrompit le mourant en se retournant
-péniblement sur son oreiller, «Monsieur «le cardinal, répétez ces mots,
-répétez-les[507].»
-
-Ainsi s'achevait, dans la manifestation de regrets tardifs mais réels
-et dans l'exercice d'une piété édifiante et sincère, cette existence
-royale si coupable devant Dieu et devant les hommes. Les contemporains,
-même les moins religieux, furent frappés de ce retour, de la fermeté
-avec laquelle le Roi avait soutenu cette émouvante cérémonie[508],
-de «la tranquillité, de la patience, de la douceur, du courage avec
-lesquels il s'était déterminé à remplir ses devoirs[509]»; et Mme
-Louise écrivait à l'abbé Bertin: «Je suis si consolée, quand je pense
-aux grâces singulières que le Roi a reçues dans ses derniers moments,
-et dont il paraît avoir si bien profité, que, s'il dépendait de moi de
-le rappeler à la vie, j'avoue que je ne voudrais pas le replonger au
-milieu des dangers et risquer son âme une seconde fois[510].»
-
-A partir du 7, le mal alla toujours en s'aggravant. Le 9, tout espoir
-était perdu; le Dauphin demanda des prières à l'archevêque de Paris et
-donna l'ordre au contrôleur général d'envoyer deux cent mille francs
-pour les pauvres de la capitale, enjoignant de prendre cette somme sur
-sa pension et celle de la Dauphine[511]. Le soir, l'évêque de Senlis,
-premier aumônier, administra l'extrême-onction. Le lendemain, à onze
-heures, l'agonie commença. Le grand aumônier récita les dernières
-prières[512], et ce même jour, 10 mai, entre trois et quatre heures
-du soir, au moment où le cardinal venait de prononcer ces mots:
-_Proficiscere, anima christiana_[513], rongé par l'infection, le
-corps tombant en pourriture, mais l'âme encore ferme, conservant
-jusqu'au bout sa présence d'esprit et donnant jusqu'à la dernière
-heure des marques d'une pénitence vraiment chrétienne[514], Louis XV
-expirait, au milieu de l'indifférence universelle. Une bougie, placée
-sur une fenêtre du Château, apprenait à la France que ce long régne
-de soixante ans venait de finir, et tout se préparait à la hâte pour
-un départ précipité. A ce moment, rapporte un témoin oculaire, «un
-bruit terrible, et absolument semblable à celui du tonnerre, se fit
-entendre dans la première pièce de l'appartement: c'était la foule des
-courtisans, qui désertait l'antichambre du souverain expiré pour venir
-saluer la nouvelle puissance de Louis XVI[515].»
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- Commencements du règne de Louis XVI.—Difficultés de la
- situation.—Espérances du public.—Popularité des nouveaux
- souverains.—Maurepas appelé au ministère.—Chute des anciens
- ministres.—Retour de Choiseul.—Attitude politique de la
- Reine.—Sa répugnance pour les affaires.—Marie-Thérèse, Mercy
- et Vermond l'engagent à s'en occuper.—Marie-Antoinette
- résiste à ces conseils.—Soupers de la Cour.—L'étiquette.—La
- Reine s'en affranchit.—Inconvénients qui résultent de cet
- abandon.—Inoculation du Roi.
-
-
-On raconte qu'au moment où la comtesse de Noailles, pénétrant la
-première dans l'appartement du Dauphin et de la Dauphine, les salua
-Roi et Reine de France, Louis XVI et Marie-Antoinette tombèrent à
-genoux en versant des larmes et en s'écriant: «Mon Dieu, gardez-nous!
-protégez-nous! Nous régnons trop jeunes[516]!»
-
-C'était le cri du cœur et le cri de la raison.
-
-La situation en effet était critique. Un roi de vingt ans, qui avait
-toujours été systématiquement éloigné des affaires[517]; une reine de
-dix-neuf, qui n'en avait pas le goût; une Cour divisée; des finances
-ruinées[518]; à l'extérieur, nul prestige; à l'intérieur, des
-difficultés inextricables, aggravées chaque jour par l'insouciance de
-Louis XV, et, avec cela, une opinion publique d'autant plus exigeante
-que les réformes étaient plus nécessaires et les espérances plus
-impatientes; ah! Marie-Thérèse n'avait que trop raison de dire: «Je
-suis en peine et vraiment en peine... le fardeau est grand[519].»
-
-Dans le public, on était tout à la joie et à l'épanouissement. On
-attendait beaucoup de ce jeune prince qu'on savait sérieux, appliqué,
-bienfaisant, sous son enveloppe timide; on attendait plus encore de
-cette jeune princesse, qu'on avait vue si belle et si bonne. Les
-premiers actes des nouveaux souverains ne faisaient qu'accroître cette
-confiance et exalter cet enthousiasme. Le Roi faisait remise de son
-droit de joyeux avènement; la Reine renonçait à son droit de ceinture,
-et elle accompagnait cette renonciation d'un mot charmant: «On ne
-porte plus de ceinture,» disait-elle[520]. On traçait sur la statue de
-Henri IV: _Resurrexit_. A toutes les vitrines, on plaçait le portrait
-du jeune monarque entre ceux de Henri IV et de Louis XII, avec ces
-mots: XII et IV font XVI. Voltaire écrivait à Frédéric II: «Nous avons
-un jeune Roi qui, à la vérité, ne fait pas de vers, mais qui fait
-d'excellente prose[521].» Et Gresset, complimentant la Reine, au nom de
-l'Académie, célébrait «les enchantements universels, les acclamations
-attendrissantes, qui précédaient, accompagnaient et suivaient tous ses
-pas[522].»
-
-Avec cette exquise délicatesse de cœur, qui était un de ses charmes,
-une des premières visites de Marie-Antoinette avait été pour Mme
-Louise, si cruellement frappée par la mort de son père et la maladie
-de ses sœurs[523]. «La Reine, en embrassant la carmélite, raconte
-un témoin oculaire, la tint longtemps dans ses bras, sans pouvoir
-lui parler autrement que par ses larmes. Elles étaient si abondantes
-qu'elles firent couler les nôtres et celles de tous ceux qui en furent
-les témoins; notre auguste Mère[524], dont le cœur était navré, ne
-pouvait qu'à peine prononcer quelques mots entrecoupés. Sa nièce s'en
-aperçut et fit pour ainsi dire tous les frais de l'entretien. Elle
-sut avec adresse lui parler des sentiments de tendresse que son neveu
-avait pour elle, sans jamais lui donner le titre de Roi, attention
-que notre auguste Mère remarqua avec consolation. «Ma tante, lui dit
-Marie-Antoinette, dans tout ce que vous demandez, adressez-vous à moi.
-Je le lui dirai, je le prierai, je l'engagerai; je le connais, il vous
-aime et fera tout pour vous plaire. Quand vous aurez assez de courage
-pour le recevoir, mandez-le-moi; je vous l'amènerai[525].»
-
-Ce qu'elle était pour sa tante, elle l'était pour tous. «Les revenants
-de Choisy disent merveille du Roi et de la Reine,» écrivait un
-chroniqueur[526]. A la Muette, où la Cour se transportait après un
-premier séjour à Choisy, la Reine accueillait tout le monde avec sa
-bonne grâce accoutumée: bien des gens, qui avaient à se reprocher des
-torts vis-à-vis d'elle, sous le règne précédent, ne l'abordaient
-qu'avec crainte; elle ne leur manifestait ni humeur ni ressentiment:
-la Reine ne vengeait pas les injures de la Dauphine[527]. De la
-Muette, elle allait souvent se promener au bois de Boulogne. Un jour,
-apercevant un vieillard qui travaillait, elle s'approcha de lui et
-l'interrogea avec bonté. Mme de Noailles ayant voulu lui faire quelques
-observations sur les inconvénients d'une pareille familiarité, la Reine
-lui tourna brusquement le dos, et le Roi, auquel la dame d'honneur,
-disait-on, avait porté plainte, se contenta de répondre sèchement:
-«Qu'on laisse la Reine faire ce qu'il lui plaît, et qu'elle parle à
-qui elle veut[528].» Lui-même avait voulu qu'on ouvrît les portes
-du bois de Boulogne, habituellement fermées, et il s'y promenait à
-pied comme sa femme, au milieu d'un concours immense de peuple, qui
-ne se lassait pas de voir et de bénir celui qu'on nommait Louis le
-Désiré[529]. On racontait qu'il observait en tout la plus stricte
-économie, qu'il allait réformer le département des Menus plaisirs, et,
-ce qui devait coûter davantage à ses goûts, deux équipages de chasse:
-ceux de daim et de sanglier; qu'il avait donné au lieutenant de police,
-Sartines, l'ordre de payer les mois de nourrice en retard[530]; qu'il
-ne souhaitait qu'une chose: être informé du mal qu'on disait de lui
-pour s'en corriger[531]; enfin qu'il avait fait dresser la liste des
-plus honnêtes gens de son royaume et qu'il l'avait toujours sous les
-yeux pour les choix qu'il avait à faire. «Il se barricade d'honnêtes
-gens,» écrivait énergiquement l'ambassadeur de Suède[532]. Et le prince
-lui-même disait au duc de Noailles, qui voulait se retirer, alléguant
-son âge: «Ne me quittez pas; j'ai besoin d'être entouré d'honnêtes
-gens, qui m'avertissent de mon devoir[533].»
-
-De premières et importantes satisfactions étaient données à la
-conscience publique. Dès le lendemain de la mort de Louis XV, la
-favorite avait été exilée au couvent des Bernardines de Pont-aux-Dames,
-près de Mâcon. Son beau-frère, le comte Jean du Barry, le principal
-auteur de toutes les intrigues, avait été décrété de prise de corps
-et n'avait évité Vincennes qu'en se réfugiant précipitamment en
-Angleterre[534]. La froideur marquée publiquement par la Reine au duc
-d'Aiguillon faisait présager sa chute prochaine[535], et l'on répétait
-avec joie un mot attribué à la jeune souveraine. Quelqu'un ayant dit
-devant elle: «Voici l'heure où le Roi doit entrer au Conseil avec ses
-ministres.»—«Avec ceux du feu Roi,» avait-elle repris vivement[536].
-
-«Tout est en extase, tout est fou de vous autres, écrivait
-l'Impératrice à Marie-Antoinette; on se promet le plus grand bonheur.
-Vous faites revivre une nation qui était aux abois et que son affection
-pour ses princes soutenait seule[537].»
-
-Mais avec son fidèle ambassadeur elle était moins confiante: son coup
-d'œil politique ne lui permettait pas de s'illusionner sur les périls
-du moment: «La situation du Roi, des ministres et de l'État même n'a
-rien qui me calme, disait-elle; et, avec ce pressentiment mystérieux
-qui parfois illumine un cœur de mère, elle ajoutait sur l'avenir de sa
-fille cette phrase caractéristique que les événements ne devaient que
-trop justifier: «Je compte ses beaux jours finis[538].»
-
-Les intrigues et les manœuvres, en effet, qui avaient entouré jusqu'à
-la dernière heure la couche funèbre de Louis XV, se retrouvaient non
-moins ardentes et non moins opiniâtres, au pied du jeune trône de Louis
-XVI. Tandis que le cadavre gangrené du vieux Roi était porté, la nuit,
-sans pompe et sans suite à Saint-Denys, au milieu des malédictions et
-des insultes de la foule[539], à Versailles on se disputait le pouvoir
-et les places avec acharnement. «Les brigues sont abominables à cette
-nouvelle Cour, écrivait l'abbé Baudeau, et il faudrait être pis qu'un
-archange pour s'en démêler[540].»
-
-Qui allait prendre l'influence? Qui serait premier ministre? Tel était
-le terrain sur lequel s'engageait la lutte des partis. Mesdames qui,
-malgré les règles de la prudence, avaient suivi la famille royale à
-Choisy, Mesdames, dont Mercy redoutait l'ascendant sur leur faible
-neveu, venaient, il est vrai, d'être séparées de la Cour par la
-petite vérole qu'elles avaient gagnée au chevet de leur père; mais,
-avant d'être atteinte par la maladie, Mme Adélaïde avait eu le temps
-de lancer un dernier trait qui devait frapper le règne entier d'une
-blessure mortelle: à Choiseul, que désirait la Reine, à Machault,
-auquel on avait songé d'abord[541], à Sartines, que le Roi avait mandé
-dès la première heure[542], elle avait fait préférer un oncle du duc
-d'Aiguillon, le comte de Maurepas. Et, par une habileté fatale, usant
-des restes d'une influence qui allait disparaître, mais à laquelle son
-dévouement pendant la maladie de Louis XV avait donné comme un suprême
-regain, c'est par Marie-Antoinette, ignorante et trop confiante,
-qu'elle avait fait proposer ce choix à Louis XVI[543]. Appelé dans le
-cabinet du jeune monarque comme simple conseiller, Maurepas en sortit
-premier ministre, sinon en titre, du moins en fait.
-
-Né en 1701, secrétaire d'État à 24 ans, puis disgracié en 1749
-pour avoir offensé Mme de Pompadour, Maurepas avait, depuis cette
-époque, vécu loin du gouvernement. Il en reprenait la suite au bout
-de vingt-cinq ans, sans se douter beaucoup ou sans s'inquiéter des
-difficultés qui s'étaient amassées depuis sa chute. Spirituel et
-perspicace, mais insouciant et frivole, plus habitué aux chansons
-qu'aux choses sérieuses, si peu sérieux lui-même qu'il fallait, pour
-réussir avec lui en affaires, prendre «un ton de gaîté[544]», homme
-d'expédients plutôt qu'homme de principes, moins habile à résoudre les
-difficultés qu'à les esquiver, il n'avait qu'un souci: assurer son
-repos et celui du Roi, en évitant tout ce qui aurait pu effaroucher la
-bonne volonté timide du jeune prince. On assure que Louis XVI l'avait
-appelé simplement pour le consulter; sa naïve confiance fut surprise
-par la rouerie du vieux courtisan, qui s'insinua d'abord et ne tarda
-pas à s'imposer. «Votre Majesté me fait donc premier ministre?» avait
-dit Maurepas.—«Non, avait répliqué le Roi, ce n'est pas du tout mon
-intention.»—«J'entends, avait repris le vieillard, Votre Majesté veut
-que je lui apprenne à s'en passer[545].» Et il était entré au Conseil.
-
-L'opinion était impatiente; avec l'ardeur trop souvent irréfléchie
-qui caractérise notre nation, il lui eût fallu, dans les vingt-quatre
-heures, le renvoi des puissants de la veille, le rappel des exilés,
-l'accomplissement des reformes. «Je suis inquiète de cet enthousiasme
-français, écrivait avec un grand sens Marie-Antoinette à sa mère... Il
-sera impossible de contenter tout le monde dans un pays où la vivacité
-voudrait que tout fût fait en un moment[546].» Si les gens sages et
-politiques pensaient qu'il était bon de conserver encore quelque temps
-les ministres du feu Roi pour terminer les affaires commencées, et de
-bien réfléchir avant d'opérer les changements nécessaires[547], le
-public, surexcité par les pamphlets et les chansons, ne voulait rien
-entendre à ces délais et à ces ménagements. Il ne parlait que de pendre
-le contrôleur général, et le refrain populaire envoyait le chancelier
-Maupeou
-
- Sur la roue
- Sur la roue
- Sur la route de Chatou[548].
-
-Quinze jours seulement après l'avènement de Louis XVI, un chroniqueur,
-traduisant ces impatiences fébriles de la capitale, écrivait que «les
-grandes espérances commençaient à se refroidir singulièrement[549]».
-Le 2 juin, cependant, le duc d'Aiguillon donnait sa démission de
-secrétaire d'État aux affaires étrangères[550]; mais, grâce à son oncle
-Maurepas, il trouvait moyen de se faire allouer une gratification de
-cinq cent mille francs qui excitait de graves murmures. Par un acte
-de clémence qui était une dérogation aux traditions ministérielles,
-d'Aiguillon, disgracié, n'était point exilé; il restait à la Cour, et,
-tournant contre les souverains l'indulgence dont il avait été l'objet,
-devenait l'un des ennemis les plus acharnés, l'un des calomniateurs les
-plus habiles de Marie-Antoinette[551].
-
-C'était la Reine qui, malgré Mercy[552], avait voulu le renvoi du duc
-d'Aiguillon; mais là s'était borné son crédit: elle n'avait pu le faire
-remplacer par Choiseul. Tout au plus avait-elle obtenu la fin de l'exil
-de l'ancien adversaire de Mme du Barry. Encore avait-elle dû user de
-tous ses moyens pour y arriver. Le Roi ne paraissait pas beaucoup plus
-disposé à rappeler Choiseul à la Cour qu'à le rappeler au ministère.
-Sans croire aux bruits absurdes d'empoisonnement qu'on avait fait
-jadis courir, il ne pouvait pardonner à l'ancien ministre les longs et
-violents démêlés qu'il avait eus avec le Dauphin, son père. Peut-être
-aussi, comme on l'a justement remarqué, le jeune prince timide, croyant
-et chaste, avait-il de l'éloignement pour l'esprit brillant, mais
-prompt et aventureux, et pour les mœurs légères de l'expulseur des
-Jésuites[553]. Mais la Reine insista, exigea même, alléguant qu'il
-était humiliant pour elle de ne pouvoir obtenir la grâce de l'homme qui
-avait négocié son mariage[554]. «Si vous invoquez une telle raison,
-répondit Louis XVI, je n'ai rien à vous refuser.» Choiseul reçut la
-permission de quitter la Touraine et de revenir à Paris.
-
-Il y arriva le 12 juin, au soir, et, dès le 13, se rendit à la Muette,
-où se trouvait la famille royale. Mais si l'ancien ministre se
-flattait de reprendre le pouvoir, sa déception fut prompte. Le Roi
-parut embarrassé de le revoir. «Vous avez bien engraissé, Monsieur de
-Choiseul, lui dit-il; vous perdez vos cheveux...; vous devenez chauve.»
-La Reine eut beau multiplier les sourires et les paroles aimables
-pour effacer l'impression produite par un pareil accueil[555]. Malgré
-sa bienveillance, malgré l'empressement des princes du sang et des
-ambassadeurs, malgré les acclamations du peuple, le coup était porté:
-le mardi 14, à 8 heures du matin, Choiseul retournait à Chanteloup...,
-pour faire ses foins[556].
-
-Au surplus ce rappel avait été pour Marie-Antoinette une question
-de sentiment, ce n'était point une question politique. Elle voulait
-Choiseul ministre par reconnaissance, malgré sa mère qui ne se
-souciait pas de voir un homme aussi actif et aussi vigilant à la tête
-des affaires étrangères[557]. Choiseul écarté, elle s'inquiétait peu
-quel serait le successeur du duc d'Aiguillon[558]. Elle éprouvait
-toujours une extrême répugnance à se mêler d'affaires. «Elle en est,
-disait quelqu'un qui la connaissait bien, éloignée par principe et par
-goût[559].» Était-ce chez elle paresse d'esprit, vivacité de caractère,
-antipathie pour les choses sérieuses? Avait-elle comme un instinct
-secret du danger qu'il y a toujours pour une femme, jeune encore,
-étrangère d'origine et mal préparée par son éducation à une pareille
-mission, dans une Cour divisée comme celle de Versailles, chez un
-peuple frondeur et ombrageux comme le peuple français, à se mêler de
-politique? Se disait-elle qu'à moins de circonstances exceptionnelles
-ou d'un de ces rares génies comme l'avait sa mère, mais comme il n'en
-est donné qu'à bien peu de personnes, le rôle d'une Reine consiste
-plutôt à tenir la Cour qu'à diriger les affaires et qu'après tout ce
-rôle est encore assez beau et assez délicat?
-
-Mais les circonstances n'étaient-elles pas exceptionnelles? Une
-abstention absolue serait-elle possible? Était-elle désirable? Parmi
-les conseillers de la Reine, les avis étaient partagés.
-
-Si Joseph II, dont le jugement était souvent très sûr dans les affaires
-des autres, écrivait non sans inquiétude à Léopold: «Je souhaite
-que tout tourne à bien et que surtout notre sœur ne se mêle pas des
-intrigues de Cour. Je lui ai écrit en conséquence.[560]» il ajoutait
-aussitôt: «Dieu veuille que cela serve et fructifie! Mais vous observez
-très bien que de tenir fermement le propos de ne se mêler de rien ne
-sera pas facile et exigera une constance et une exactitude dans toutes
-ses démarches, dont une jeune personne comme elle n'est presque pas
-susceptible. Je lui en ai bien prêché la nécessité, et peut-être que je
-suis seul à le lui dire. Je ne garantis pas que des personnes, que nous
-respectons, dans leurs lettres écrivent de même[561].»
-
-Joseph II ne se trompait pas: Marie-Thérèse, qui avait eu d'abord
-le sentiment des dangers qui entouraient la jeune Reine et qui avait
-écrit à Mercy: «Je n'écris à ma fille qu'en général, en lui conseillant
-toujours de vous écouter, de suivre vos conseils et de se garder à se
-mêler des affaires; qu'elle soit la confidente et amie du Roi, mais ne
-paraisse point vouloir gouverner avec lui; qu'elle évite qu'à force
-d'applaudissements on n'excite l'envie et la jalousie contre elle.
-Sa situation est bien délicate, et à dix-neuf ans! Mon espoir n'est
-qu'en vous[562]»; Marie-Thérèse, le jour même où elle adressait à
-l'ambassadeur ces réflexions si sages, parlait à sa fille d'un tout
-autre ton: elle lui traçait un plan de conduite politique, y joignant
-les plus vives instances sur la nécessité de resserrer l'alliance
-austro-française, et cela dans les termes les plus propres à émouvoir
-le cœur et à saisir l'imagination de la jeune souveraine.
-
-«Nos intérêts, non seulement de cœur, mais de nos États, sont liés
-si intimement que, pour les bien faire, il faut les faire avec une
-intimité comme feu le Roi a bien voulu y mettre la première base et la
-continuer, nonobstant les divers changements arrivés, toujours de même.»
-
-«De mes chers enfants, j'attends bien autant; _une diminution me
-donnerait la mort_. Il ne faut à nos deux monarchies que du repos pour
-ranger nos affaires. Si nous agissons bien étroitement liés ensemble,
-personne ne troublera nos travaux et l'Europe jouira du bonheur de
-la tranquillité. Non seulement nos peuples seront heureux, mais même
-tous les autres qui ne cherchent qu'à troubler par leurs intérêts
-particuliers. Les premiers vingt ans de mon règne en font preuve et
-depuis notre heureuse alliance, qui est cimentée par tant de liens
-les plus tendres, ce repos commence à s'établir, qui est à souhaiter
-pour de longues années. Mercy pourra vous informer de tout ce qui
-peut avoir connexion aux affaires générales; je ne lui laisserai rien
-ignorer[563].»
-
-N'était-ce pas avouer clairement que de Vienne on comptait indiquer
-la direction sur tous les points importants, et que l'Impératrice se
-proposait de faire de sa fille son premier agent à Versailles? Qui en
-eût douté, lorsque, deux jours après, Marie-Thérèse faisait remettre à
-Marie-Antoinette un mémoire du prince de Kaunitz, qui devait lui servir
-de guide pour inspirer son mari dans les diverses questions politiques
-du jour[564]? L'Impératrice ignorait-elle donc quelles préventions
-soulevait encore en France l'alliance contractée par Choiseul, et
-ne se souvenait-elle déjà plus qu'après la mort de Louis XV son
-fidèle ambassadeur avait dû s'abstenir quelque temps de paraître à la
-Cour, par crainte «des propos très déplacés et encore plus dangereux
-sur les vues du cabinet de Vienne de vouloir gouverner celui de
-Versailles[565]»?
-
-Quant à Mercy, sans se dissimuler les écueils qu'allait rencontrer
-son auguste pupille, sans se placer peut-être, comme Marie-Thérèse,
-sur le terrain un peu exclusif de la politique autrichienne, il
-avait toujours pensé que la Reine devait avoir l'œil ouvert sur les
-affaires de France[566]. Plus il observait le caractère faible, timide,
-hésitant, du Dauphin devenu Roi, plus il demeurait convaincu que
-ce caractère avait besoin d'être dirigé, qu'il n'avait point assez
-d'initiative pour se décider seul et qu'il subirait nécessairement une
-influence; à tout prendre, et s'il en devait être ainsi, mieux valait
-que cette influence fût celle de sa femme que celle de ses tantes ou
-de tout autre. «Si, dans ce premier temps, le Roi se laisse gouverner,
-écrivait l'ambassadeur dès le 17 mai, et que le public s'aperçoive que
-Mesdames jouissent de cet avantage, le crédit de la Reine en recevrait
-un choc mortel. Je l'ai suppliée d'être très circonspecte à se mêler
-d'affaires, mais il ne faut pas qu'elle souffre que personne de sa
-famille s'ingère en pareille matière.»
-
-«Le Roi, auquel je suppose réellement des qualités solides, n'en a que
-bien peu d'aimables. Son extérieur est rude; les affaires pourraient
-même lui donner des moments d'humeur. Il faut que la Reine apprenne à
-les supporter; son bonheur en dépend. Elle est aimée par son époux;
-avec de la modération, de la complaisance et des caresses, elle
-acquerra un pouvoir absolu sur le Roi; mais il faut qu'elle le gouverne
-sans paraître vouloir le gouverner[567].»
-
-Un mois après il écrivait encore:
-
-«Tout dépend que cette princesse,—la Reine,—veuille bien surmonter
-un peu sa répugnance pour tout objet sérieux; qu'elle daigne écouter
-avec attention et méditer un peu sur ce qu'on lui expose en ce genre.
-Son esprit et son discernement naturel la feront toujours agir avec
-justesse, soit relativement aux choses ou aux circonstances.»
-
-«Mais il faut qu'elle s'occupe de cette grande vérité: 1o que le Roi
-est d'un caractère un peu faible; 2o que par conséquent quelqu'un
-s'emparera de lui; 3o que, dans tous les cas, il faut que la Reine
-ne perde jamais un instant de vue tous les moyens quelconques qui
-lui assureront un ascendant entier et exclusif sur l'esprit de son
-époux[568].»
-
-Le second conseiller intime de Marie-Antoinette, Vermond, ne pensait
-pas, sur ce point délicat, autrement que Mercy:
-
-«Je désire, plus que je n'espère, que la Reine entende et s'occupe
-assez d'affaires pour entretenir et augmenter la confiance de son
-auguste époux. Depuis qu'il est monté sur le trône, il s'en occupe
-réellement beaucoup; il est impossible qu'il ait grande confiance
-dans la Reine sans lui en parler, et il ne continuera pas, à moins
-qu'elle s'accoutume à les comprendre et à en raisonner. La Reine me
-faisait elle-même une observation précieuse; elle sent qu'elle serait
-malheureuse, si jamais il arrivait brouillerie entre les deux Cours.
-«Comment l'empêcherais-je, me disait-elle, si je ne dois jamais me
-mêler d'affaires?»
-
-«Je sais bien qu'elle ne doit jamais entrer dans les intrigues des
-particuliers; mais je crois qu'il est bon qu'elle en connaisse les
-principaux ressorts. Je sais encore qu'il serait fort dangereux pour
-elle de vouloir influer journellement sur le détail; mais pour l'amener
-à ce point, il faudrait la changer des pieds à la tête, et qui en
-viendrait à bout[569]?»
-
-Ainsi tout poussait Marie-Antoinette, malgré son instinctive répulsion,
-à s'occuper d'affaires; tout, depuis le caractère de son mari, qui
-demandait à être gouverné, jusqu'à sa mère, qui l'insinuait, en ayant
-l'air de prêcher le contraire, jusqu'à ses conseillers de chaque jour,
-Mercy et Vermond, qui, eux du moins, le disaient franchement. Malgré
-cet avis et ces instances, malgré même le mot qu'elle avait dit à
-Vermond, la répugnance était la plus forte. Elle redoutait les embarras
-qui pouvaient «résulter des circonstances présentes et à venir[570]»,
-et, pour les éviter, elle était résolue, au début du moins, à se
-tenir à l'écart. Son mari, qui subissait sans le vouloir, sans s'en
-apercevoir peut-être, l'ascendant de cette nature charmante, de ce
-caractère plus ferme que le sien, lui parlait volontiers d'affaires,
-la consultait même; elle l'entendait avec complaisance et avec
-attention[571]; mais c'était tout. Lorsque Maupeou et Terray tombèrent
-sous le coup de l'animadversion publique, le Roi ne voulut rien décider
-sur le choix de leurs successeurs, sans avoir prévenu sa femme. Il
-vint la trouver dans son cabinet et lui confia toutes les raisons qui
-existaient pour et contre le chancelier et le contrôleur général. La
-Reine écouta tout, mais ne se permit aucune remarque. Elle eût pu faire
-des ministres, comme sa mère le souhaitait[572]; elle ne le voulut
-pas[573].
-
-Un objet, qui n'était pas moins important pour elle et qui rentrait
-mieux dans son rôle, appelait à ce moment son attention.
-
-L'étiquette de la Cour ne permettait pas à la Reine et aux princesses
-du sang de manger avec des hommes. Lorsque le couple royal dînait en
-public, il était servi par des femmes[574]. De même, lorsque le Roi
-allait à la chasse, il y avait, au retour, des soupers de chasseurs,
-dont la Reine était exclue. Des réunions de ce genre n'avaient pas
-peu contribué, disait-on, à plonger et à retenir Louis XV dans les
-désordres de ses dernières années. Seraient-elles sans inconvénient
-pour un prince, vertueux assurément, mais jeune et faible, et la pureté
-de ses mœurs résisterait-elle à la liberté de langage et d'action
-que semblaient autoriser ces assemblées nocturnes? Il y avait là un
-danger, et Marie-Antoinette résolut d'y parer en réalisant un projet
-qu'elle caressait depuis plus d'un an[575], en substituant aux soupers
-de chasseurs des soupers de société, qu'elle présiderait elle-même
-et auxquels elle inviterait la famille royale et les principaux
-personnages de la Cour. Mercy l'y encourageait[576], et toutes les
-personnes raisonnables voyaient là le moyen le plus sûr d'éloigner
-le Roi des mauvaises compagnies[577]. Mais il fallait prévoir les
-objections. Mesdames, attachées, par esprit de routine et de jalousie,
-aux vieilles traditions, et très puissantes encore sur l'esprit de leur
-neveu, ne traverseraient-elles point un projet qui serait, à leurs
-yeux, un grave manquement à l'étiquette et une preuve nouvelle du
-crédit de leur nièce? Aux premières ouvertures que lui fit sa femme,
-le Roi ne répondit que par des paroles vagues, alléguant la nécessité
-de consulter Mme Victoire, pour ne pas dire Mme Adélaïde. Surprise et
-mécontente de ces faux-fuyants, Marie-Antoinette insista, eut avec son
-mari une explication fort vive et finalement y mit une telle énergie
-et une telle force de raisonnement qu'elle l'emporta. Séance tenante,
-le premier souper fut fixé au samedi suivant, 22 octobre. Mesdames
-étaient absentes; lorsqu'elles revinrent, l'institution était établie,
-et les vieilles princesses n'eurent d'autre ressource que de demander à
-assister à ces réunions, qu'elles avaient d'abord blâmées[578].
-
-L'innovation fut favorablement accueillie: le public applaudit; il
-comprit, comme le dit un chroniqueur, que «ce n'était point pour
-le plaisir de souper en grande compagnie», mais «par une prudence
-politique bien entendue[579]» que la Reine l'avait provoquée. A la
-Cour, le succès ne fut pas moins grand. On fut bientôt obligé, au
-lieu d'un souper par semaine, d'en avoir deux: le mardi et le jeudi.
-Le Roi nommait les hommes, la Reine les femmes invitées. Chacun
-briguait l'honneur d'y être admis et en sortait ravi. La Reine traitait
-tous les convives avec son affabilité ordinaire, et chaque jour les
-conversations de Paris relevaient d'elle quelque trait de bonté ou
-de bonne grâce. Le Roi lui-même prenait plaisir à ces réunions, et
-sa brusque nature y devenait plus aimable. Attentif sans galanterie
-avec les femmes, bienveillant sans familiarité avec les hommes, il
-étonnait la Cour par sa tournure sociable et polie, par son aisance
-inaccoutumée. Et, comme toujours, c'était à la Reine qu'on attribuait
-cet heureux développement des qualités de son mari[580].
-
-La jeune princesse jouissait de ce triomphe, et qui sait si elle ne
-vit pas, dans le succès de cette première innovation, un encouragement
-à en poursuivre d'autres et à s'affranchir des exigences odieuses
-de l'étiquette? L'étiquette, c'était son ennemie intime: elle la
-rencontrait partout devant elle, à chaque heure du jour, gênant sa
-marche, comprimant son essor, entravant ses plaisirs, s'imposant à ses
-amitiés. Un tableau rapide de la journée de Marie-Antoinette à cette
-époque montrera bien quels étaient les ennuis insupportables de cette
-réglementation à outrance, qui ne laissait la liberté à aucun mouvement.
-
-La Reine se réveillait habituellement vers huit heures. Une femme de
-garde-robe entrait alors, apportant une corbeille qui contenait deux ou
-trois chemises, des mouchoirs, des frottoirs: c'est ce qu'on nommait le
-_prêt_ du matin. La première femme de chambre présentait un livre sur
-lequel étaient attachés des échantillons de robes, grand habit, robe
-déshabillée, etc.; il y avait ordinairement, pour chaque saison, douze
-grands habits, douze petites robes de fantaisie, douze robes riches
-sur paniers. La Reine marquait avec une épingle les vêtements qu'elle
-choisissait pour la journée: un grand habit, une robe déshabillée pour
-l'après-midi, une robe parée pour le jeu et le souper. On emportait
-aussitôt le livre d'échantillons et l'on rapportait dans de grands
-taffetas les vêtements choisis.
-
-La Reine se baignait presque tous les jours; on roulait un _sabot_
-dans sa chambre, et les baigneuses étaient introduites avec tous les
-accessoires du bain. La Reine s'enveloppait d'une longue chemise de
-flanelle anglaise, boutonnée jusqu'au bas, et lorsqu'elle sortait du
-bain, on tenait un drap très élevé devant elle pour la soustraire
-entièrement à la vue de ses femmes. Puis elle se remettait au lit,
-vêtue d'un manteau de taffetas blanc et prenait un livre ou un ouvrage
-de tapisserie. A neuf heures, elle déjeunait: les jours de bain, dans
-son bain même, sur un plateau posé sur le couvercle de la baignoire;
-les autres jours, dans son lit, ou quelquefois debout, sur une petite
-table, placée en face de son canapé. On admettait alors les petites
-entrées. Le déjeuner était très simple, un peu de café ou de chocolat.
-
-A midi, avait lieu la toilette de représentation. C'était l'heure
-des grandes entrées. Des pliants étaient avancés en cercle pour la
-surintendante, les dames d'honneur et d'atours, la gouvernante des
-Enfants de France; les princes du sang, les capitaines des gardes,
-toutes les grandes charges ayant les entrées venaient faire leur cour;
-les dames du palais ne venaient qu'après la toilette. La Reine saluait
-de la tête ou en s'inclinant légèrement, si c'était un prince du sang;
-elle s'appuyait sur la toilette pour indiquer le mouvement de se lever.
-Les frères du Roi venaient ordinairement pendant qu'on la coiffait.
-
-La toilette, habituellement très ornée et très riche, était tirée
-au milieu de la chambre. C'est là que se faisait la toilette de
-corps. La dame d'honneur passait la chemise et versait l'eau pour le
-lavement des mains; la dame d'atours passait le jupon de la robe
-ou du grand habit, posait le fichu et nouait le collier. C'est à ce
-moment que, le premier de chaque mois, M. Randon de la Tour remettait
-à la Reine, dans une bourse de peau blanche, doublée de taffetas et
-brodée d'argent, les fonds destinés à ses aumônes et à son jeu[581].
-Plus tard, Marie-Antoinette abolit ce cérémonial; lorsque la coiffure
-était terminée, elle saluait les dames qui étaient dans sa chambre, et,
-suivie de ses seules femmes, rentrait pour s'habiller dans son cabinet,
-où elle trouvait sa marchande de modes, Mlle Bertin, l'arbitre suprême
-de la parure et du goût à cette époque[582].
-
-La toilette achevée, la Reine, accompagnée de la surintendante,
-des dames d'honneur et d'atours, des dames du palais, du chevalier
-d'honneur, du premier écuyer, de son clergé, des princesses de la
-famille royale, sortait par le salon de la Paix[583] et traversait la
-galerie pour se rendre à la messe. Elle l'entendait avec le Roi, dans
-la tribune en face du maître-autel, sauf les jours de grande chapelle,
-où elle y assistait en bas, sur des tapis de velours frangés d'or.
-
-Après la messe venait le dîner. Le maître d'hôtel entrait dans la
-chambre de la Reine, lui annonçait qu'elle était servie, et lui
-remettait le menu.
-
-Tous les dimanches, le dîner se faisait en public dans le cabinet des
-Nobles. Les dames titrées, ayant les honneurs, s'asseyaient sur des
-pliants, aux deux côtés de la table; les dames non titrées, restaient
-debout. La Reine dînait seule avec le Roi; derrière le fauteuil du
-Roi étaient le capitaine des gardes et le premier gentilhomme de la
-Chambre; derrière le fauteuil de la Reine se tenaient son chevalier
-d'honneur, son premier écuyer, son maître d'hôtel, qui, sans quitter
-sa place, surveillait le service. Le prince le plus près de la couronne
-présentait à laver les mains au Roi, au moment où il allait se mettre à
-table; une princesse rendait les mêmes devoirs à la Reine.
-
-Marie-Antoinette mangeait fort peu, de la viande blanche seulement,
-et ne buvait jamais de vin. Au souper, elle se contentait d'un peu de
-bouillon, d'une aile de volaille et d'un verre d'eau, dans lequel elle
-trempait de petits biscuits. A la sortie du dîner, elle rentrait seule
-dans ses appartements avec ses femmes, ôtait son panier et son bas de
-robe et se préparait aux représentations du soir.
-
-Chaque détail de la vie, même le plus intime, chaque détail de la
-toilette, même la forme d'un nœud de rubans, était ainsi réglé: chaque
-serviteur avait sa place marquée, son office désigné à l'avance. Si la
-Reine, par exemple, demandait un verre d'eau, le garçon de la chambre
-présentait à la première femme une soucoupe de vermeil, sur laquelle
-étaient posés un gobelet couvert et une petite carafe, mais la dame
-d'honneur survenant, c'était elle qui devait prendre la soucoupe, et si
-Madame ou la comtesse d'Artois entrait à ce moment, la soucoupe passait
-encore des mains de la dame d'honneur dans celles de la princesse avant
-d'arriver à la Reine. Rien n'était remis directement à la souveraine:
-son mouchoir, ses gants étaient placés sur un long plateau d'or ou de
-vermeil appelé _gantière_. C'était la première femme qui présentait
-ainsi à la Reine tout ce dont elle avait besoin, à moins que ce ne fût
-la dame d'atours, la dame d'honneur, ou une princesse, et toujours en
-suivant la gradation observée pour le verre d'eau.
-
-Une anecdote, racontée par Mme Campan, donnera, mieux que tous les
-détails, une idée de cette insupportable tyrannie de l'étiquette:
-
-«Un jour d'hiver, il arriva que la Reine, déjà toute déshabillée,
-était au moment de passer sa chemise; je la tenais toute dépliée; la
-dame d'honneur entre, se hâte d'ôter ses gants et prend la chemise.
-On gratte à la porte; on ouvre, c'est Mme la duchesse d'Orléans; ses
-gants sont ôtés; elle s'avance pour prendre la chemise; mais la dame
-d'honneur ne doit pas la lui présenter; elle me la rend; je la donne à
-la princesse. On gratte de nouveau, c'est Madame, comtesse de Provence;
-la duchesse d'Orléans lui présente la chemise. La Reine tenait ses bras
-croisés sur sa poitrine et paraissait avoir froid. Madame voit son
-attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants
-et, en passant la chemise, décoiffe la Reine, qui se met à rire pour
-déguiser son impatience, mais après avoir dit plusieurs fois entre ses
-dents: «C'est odieux, quelle importunité![584]»
-
-C'est là un exemple entre mille; mais il n'y avait pas un acte de la
-vie des princes qui ne fût soumis à cette règle inflexible. Elle les
-poursuivait jusque dans leur intérieur le plus secret, jusque dans
-leurs plaisirs, jusque dans leurs souffrances, jusque dans leurs
-infirmités[585]. La vanité et l'intérêt humain, qui trouvent leur
-compte partout, s'accommodaient de ces usages qui transformaient
-en honorables et souvent fructueuses prérogatives les fonctions
-domestiques, même les moins relevées, et les plus grands seigneurs
-savaient faire servir à leur fortune le droit reconnu «de donner un
-verre d'eau, de passer une chemise, de retirer un bassin[586]».—«Je
-n'en finirais pas, dit le comte d'Hésecques, si je rapportais toutes
-les petites choses qu'il fallait savoir, non pour être un courtisan
-parfait, mais pour ne pas faire de gaucheries[587].» La dame d'honneur
-de la Reine, la comtesse de Noailles, élevée dans le respect et la
-science de l'étiquette, en exagérait encore les minuties. Pour elle, un
-sourire, en dehors de la règle, était un crime; une barbe de bonnet,
-mal placée, la faisait presque tomber en syncope. Il semblait qu'elle
-fût comme la personnification de l'étiquette, et dans un jour de bonne,
-ou peut-être de mauvaise humeur, sa royale maîtresse lui en avait
-donné le nom à la grande joie de la jeune Cour et du public, au grand
-scandale de quelques vénérables douairières, intraitables sur les
-antiques traditions.
-
-Mais comment la Reine, avec sa nature vive et indépendante, se fût-elle
-soumise à ces entraves perpétuelles, dont elle n'avait pas connu
-les ennuis dans son enfance? Sa mère ne l'avait-elle pas plus d'une
-fois engagée à s'en affranchir? Et son mari n'encourageait-il pas
-une simplicité de manières vers laquelle lui-même était entraîné par
-ses goûts? Tout la poussait donc à secouer le joug de l'étiquette;
-elle le fit, et peut-être le fit-elle trop. Débarrassée de certaines
-puérilités qui n'en étaient que l'exagération ridicule, avec un peuple
-indiscret et frondeur comme le peuple français, l'étiquette avait sa
-raison d'être; l'espèce de mystère dont elle entourait les souverains
-semblait les grandir et leur conservait un prestige nécessaire, plus
-nécessaire encore, a remarqué un contemporain, à l'époque même où l'on
-y renonça[588]. L'infortuné Louis XVI l'a reconnu plus tard, à une
-heure douloureusement solennelle, quelques jours avant de monter à
-l'échafaud, dans un de ces entretiens avec ses défenseurs, où il aimait
-à faire un retour vers un passé plus heureux.
-
-«Vivre dans la société de la favorite, a-t-il dit, était indigne
-de la Dauphine. Forcée d'embrasser une sorte de retraite, elle
-adopta un genre de vie exempt d'étiquette et de contrainte: elle en
-porta l'habitude sur le trône. Ces manières, nouvelles à la Cour,
-se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
-contrarier. J'ignorais alors de quel danger il est pour les souverains
-de se laisser voir de trop près. La familiarité éloigne le respect,
-dont il est nécessaire que ceux qui gouvernent soient environnés.
-D'abord, le public applaudissait à l'abandon des anciens usages;
-ensuite il en a fait un crime[589].»
-
-Déjà, quelques premiers murmures, précurseurs de tant d'autres,
-s'étaient fait entendre, quand le Roi et ses frères avaient été
-inoculés. C'était le prince lui-même qui l'avait voulu[590], mais
-c'était une innovation: le public en attribuait la pensée à la Reine
-et lui en savait mauvais gré[591]. L'inoculation, répandue déjà dans
-les pays du Nord, mais peu connue alors en France, n'inspirait pas
-confiance: on trouvait la famille royale bien imprudente de se prêter
-tout entière à une expérience dont le temps n'avait point encore
-consacré sans conteste l'efficacité. On remarquait que la saison chaude
-n'était guère favorable; on rappelait que la petite vérole avait
-toujours été funeste aux Bourbons.
-
-Marie-Thérèse elle-même se faisait près de sa fille l'écho de ces
-plaintes et de ces appréhensions[592]. Heureusement rien ne vint
-justifier l'inquiétude populaire. Inoculé le samedi 18 juin, le Roi ne
-changea rien à son genre de vie: l'éruption se fit dans les meilleures
-conditions[593]; au bout de deux jours, la fièvre passait et, dès le
-1er juillet, Louis XVI pouvait écrire gaiement à sa belle-mère:
-
-«Je vous assure aussi avec ma femme, ma chère maman, que je suis très
-bien rétabli de mon inoculation et que j'ai très peu souffert. Je vous
-demanderais la permission de vous embrasser, si mon visage était plus
-propre[594]».
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
- Nouveau ministère.—Du Muy.—Turgot.—Vergennes.—Rappel des
- Parlements.—Marie-Antoinette reine de la mode et du goût.—Mlle
- Bertin.—La coiffure.—Plaisirs de la Cour.—Enthousiasme
- d'Horace Walpole.—Modération de la Reine dans ses goûts.—Sa
- popularité.—Représentation de l'_Iphigénie_ de Gluck.—Bonté
- de la Reine.—MM. d'Assas, de Bellegarde, de Castelnau, de
- Pontécoulant.—Tiraillements dans la famille royale.—Premières
- calomnies.—Beaumarchais et le juif Angelucci.—Voyage de
- l'archiduc Maximilien.—Questions de préséance.—Maladresses de
- l'archiduc.—Le surnom d'_Autrichienne_.—Marie-Antoinette ne sait
- plus l'allemand.
-
-
-Les soins de l'inoculation n'avaient pas distrait Louis XVI des soucis
-du gouvernement. C'était à grande peine que, même pendant les jours
-de fièvre, sa femme avait pu obtenir qu'il ne tînt pas conseil et
-s'abstînt de travailler[595]. Mais dès que le succès de l'opération
-avait été assuré, il avait repris ses habitudes laborieuses. Désireux
-de compléter son éducation, il étudiait avec persévérance, l'histoire
-de France surtout, méditant sur la législation et les coutumes du
-royaume, comparant la marche des différents règnes, s'enfermant parfois
-pour parcourir, dans le silence du cabinet, les papiers que son père
-lui avait laissés sur les diverses matières du gouvernement[596],
-lisant les meilleurs livres qui paraissaient sur l'administration et
-la politique et les couvrant de notes de sa main[597]. Jamais il ne
-perdait une minute; son lever et sa toilette ne duraient qu'un instant;
-chaque matin, il travaillait trois ou quatre heures, et, le soir, au
-retour de la chasse, qui demeurait un de ses plaisirs favoris, il
-passait encore un certain temps à son bureau ou à s'entretenir avec
-ses ministres[598], gardant souvent leur portefeuille et ne le leur
-renvoyant que le lendemain avec ses observations[599].
-
-Le ministère avait fini par se constituer. Le 5 juin, le maréchal
-du Muy et le comte de Vergennes avaient pris la succession du duc
-d'Aiguillon, le premier à la guerre, le second aux affaires étrangères.
-Le 14 juillet, Turgot remplaçait de Boynes à la marine. Le 24 août,
-enfin, Maupeou et Terray furent disgraciés. Hue de Miromesnil, ancien
-premier président du Parlement de Rouen, eut les sceaux, Turgot prit
-le contrôle général et laissa la marine à Sartines. De tout l'ancien
-cabinet il ne resta que le duc de la Vrillière, sauvé de la déroute
-générale par la protection de son neveu Maurepas: «Voilà une belle
-Saint-Barthélemy de ministres,» dit quelqu'un en apprenant la chute
-désirée de Maupeou et de Terray.»—«Oui, répondit l'ambassadeur
-d'Espagne, le comte d'Aranda; mais ce n'est pas le massacre des
-Innocents.»
-
-Et le lendemain, les poissardes de la halle allant, suivant l'usage,
-complimenter le Roi à l'occasion de la Saint-Louis, et faisant allusion
-à son goût bien connu pour la chasse: «Sire, dirent-elles, je venons
-faire compliment à Votre Majesté de la chasse qu'elle a faite hier;
-jamais votre grand-père n'en a fait une si bonne[600].»
-
-Les nouveaux choix donnaient satisfaction à l'opinion; ils étaient une
-réparation et une promesse. Le maréchal du Muy avait été l'ami le plus
-intime du Dauphin, père du Roi; après la chute de Choiseul, il avait
-refusé le portefeuille de la guerre, pour ne pas plier le genou devant
-Mme du Barry[601]. Sartines s'était fait un nom comme lieutenant de
-police, et quoique ces fonctions ne semblassent point le désigner pour
-le nouveau poste qui lui était confié, il sut, par son intelligence,
-par son activité, donner à la marine française un essor dont on sentit
-les effets dans la guerre d'Amérique[602]. Turgot avait, parmi les
-économistes, une réputation incontestée. Intendant du Limousin, il y
-avait réalisé d'importants progrès, et l'on raconte que, lorsqu'il
-quitta cette province, où il avait su se faire adorer[603], les curés
-annoncèrent publiquement qu'ils diraient la messe à son intention, et
-les paysans quittèrent leurs travaux pour assister à cette messe[604].
-«Il est honnête homme et éclairé, cela me suffit,» avait dit le Roi
-quand on le lui avait proposé. Honnête homme, c'était l'épithète que
-tout le monde accolait au nom de Turgot. «On lui connaît un grand fonds
-de probité et d'honnêteté,» écrivait Mercy au baron de Neny[605]. «Il
-a la réputation d'un honnête homme,» écrivait de son côté la Reine[606].
-
-Le comte de Vergennes avait été ambassadeur à Constantinople, puis en
-Suède, lors du récent coup d'État de Gustave III. C'était un diplomate
-de la vieille école, un peu gourmé peut-être, mais travailleur assidu
-et qui s'était comporté avec distinction dans les missions qu'il avait
-eu à remplir; esprit modéré, d'ailleurs, ennemi des aventures, tel en
-un mot qu'il convenait à un prince timoré comme Louis XVI. Quoiqu'il
-eût au fond d'assez fortes préventions contre l'alliance autrichienne,
-la Reine lui témoignait beaucoup de bonté, et dans une question qui le
-touchait de très près, puisqu'il s'agissait de sa femme, elle s'était
-employée à aplanir les difficultés relatives à la présentation de la
-comtesse de Vergennes[607].
-
-Une affaire, autrement grave que celle-là, s'imposait aux délibérations
-du ministère et à la décision de Louis XVI. Les Parlements, exilés par
-Louis XV, seraient-ils rappelés et rétablis? Ou maintiendrait-on une
-réforme, violemment accomplie sans doute, mais dont certains côtés,
-tant au point de vue de la politique que de la justice, offraient de
-réels avantages? Avec le désir qu'avait Louis XVI de conquérir l'amour
-de son peuple, avec le souci qu'avait Maurepas de calmer l'impatience
-publique, avec le discrédit que les pamphlets de Beaumarchais avaient
-jeté sur le nouveau Parlement et les exigences manifestes de l'opinion,
-l'hésitation du Roi et des ministres ne dut pas être bien longue.
-La disgrâce de Maupeou était et devait être le signal du rappel des
-Parlements. Malgré Vergennes et Turgot, ils furent rétablis, avec
-certaines restrictions qui paraissaient habiles et qui n'étaient
-qu'irritantes, par un lit de justice du 12 novembre 1774. Aux yeux
-de beaucoup de bons esprits, ce fut une faute[608], et le grand sens
-de Marie-Thérèse ne s'y trompait pas. «Il est incompréhensible,
-disait-elle, que le Roi et ses ministres détruisent l'ouvrage de
-Maupeou[609].» Il lui semblait possible de rappeler les membres sans
-reconstituer le corps, de remettre l'ordre dans l'administration de
-la justice, sans rétablir une autorité politique qui avait si souvent
-ébranlé l'autorité royale. Grisés par la popularité qui salua leur
-retour, les Parlements ne tardèrent pas à reprendre leurs habitudes
-tracassières, et leur opposition systématique fut un des principaux
-obstacles contre lesquels vinrent se briser les sages réformes de
-Turgot et la généreuse volonté de Louis XVI.
-
-Quant a la Reine, tout en n'ayant voulu se mêler de rien[610], elle se
-laissait aller au bruit flatteur des applaudissements, et au bonheur
-de faire des heureux. «J'ai bien de la joie, écrivait-elle, de ce
-qu'il n'y a plus personne dans l'exil et dans le malheur[611].» Dès le
-lendemain, en effet, les princes du sang reparaissaient au Château;
-le deuil royal allait prendre fin, et la Reine, désormais assurée de
-l'éclat de la Cour, s'apprêtait à la rendre plus brillante que jamais.
-Louis XVI, peu expert en fait de plaisirs du monde, s'en remettait à
-sa femme du soin d'organiser les fêtes de l'hiver[612]; c'était le
-département dont il lui abandonnait la gestion, et Marie-Antoinette
-l'acceptait avec reconnaissance. Laissant au monarque et à ses
-ministres le souci des affaires, elle bornait ses efforts à bien tenir
-la Cour; c'était le seul empire qu'elle ambitionnât; elle le gouvernait
-avec aisance et ses arrêts étaient souverains. Elle était reine du
-goût et elle en tenait le sceptre avec un éclat et une sûreté qui ne
-permettaient pas de rivale.
-
-N'ayant pas la même beauté, les femmes de la Cour veulent au moins
-avoir la même parure. Tout ce qu'adopte la jeune princesse devient à
-la mode; dès qu'elle arbore une couleur, on n'en veut plus d'autres.
-Un jour, elle choisit une robe de taffetas brun foncé. «C'est couleur
-puce,» dit le Roi; et les teinturiers ne sont plus occupés qu'à faire
-des étoffes puce, en variant les nuances; vieille puce, jeune puce,
-ventre, dos, tête, cuisse de puce. Une autre fois, la Reine prend
-un satin d'un gracieux gris cendré. «Couleur cheveux de la Reine,»
-s'écrie galamment Monsieur; et aussitôt la Cour entière veut se parer
-à l'unisson[613]; et l'on envoie à Lyon et aux Gobelins des cheveux
-de l'aimable souveraine[614], afin d'en copier la nuance exacte. La
-mode s'en mêle, et, comme toujours en France, la mode exagère, surtout
-lorsqu'elle a pris pour organe Mlle Bertin, que la duchesse de Chartres
-a donnée à la Reine[615], et qui, infatuée de la bienveillance de son
-auguste cliente, se croit un ministre et s'oublie un jour jusqu'à
-dire à une dame qui vient la consulter: «Présentez à Madame les
-échantillons de mon dernier travail avec Sa Majesté[616].» C'est elle
-qui développa pendant quelques années chez Marie-Antoinette le goût de
-la toilette, qui était resté jusqu'alors très modéré et qui disparut
-plus tard sous les ombrages de Trianon.
-
-Avec la marchande de modes, il y a le dessinateur d'habits, Bocquet,
-dont la couturière exécute les modèles pour les bals de la Cour[617];
-il y a aussi le coiffeur; à côté de Mlle Bertin et de Bocquet, Léonard.
-Celui-ci n'est pas le coiffeur en titre; le coiffeur en titre se nomme
-Larseneur; mais il n'a ni goût ni délicatesse, et dès qu'il est parti,
-Marie-Antoinette qui, par bonté d'âme, n'a pas voulu le congédier,
-appelle Léonard, et lui fait bouleverser tout l'édifice maladroitement
-élevé. Avec un si haut patronage, Léonard ne tarde pas à devenir le
-coiffeur à la mode; mais lui du moins paie sa dette de reconnaissance
-par un dévouement sans bornes et une fidélité que le malheur n'altère
-point.
-
-Sous son influence et sous celle de Mlle Bertin, les coiffures
-atteignent des proportions colossales. C'est tout un échaffaudage de
-gaze, de fleurs et de plumes[618], de plumes surtout, entrelacées avec
-des cheveux crêpés, bouclés, tressés, hérissés[619]; vrai chef-d'œuvre
-d'imagination et de patience. On porte sur la tête tout un paysage,
-une montagne, une prairie émaillée de fleurs, un ruisseau, un jardin à
-l'anglaise, un vaisseau sur une mer agitée[620], etc. Les dessins et
-les dénominations varient à l'infini, depuis l'aigrette qui emprunte
-aux mémoires de Beaumarchais son nom de _quésaco_, jusqu'à la coiffure
-à l'_inoculation_ et au _lever de la Reine_, en passant par la coiffure
-au _chien couchant_, à «l'_hérisson_», à la _baigneuse_, au _bandeau
-de l'Amour_, à la _frivolité_, à la _Belle Poule_, sans oublier les
-bonnets au _Colisée_ ou à la _candeur_, les chapeaux à l'anglaise ou
-à la _Henri IV_, les toques à l'_espagnolette_[621], sans oublier
-surtout le pouff au _sentiment_, dans lequel la duchesse de Chartres
-est parvenue à représenter son fils, le duc de Valois, dans les bras
-de sa nourrice, avec un petit nègre et un perroquet becquetant des
-cerises[622]. Les dimensions deviennent si prodigieuses que la figure
-d'une femme atteint, dit-on, jusqu'à soixante-douze pouces de hauteur,
-et qu'il faut relever les portes pour permettre aux dames en grande
-toilette d'y passer[623].
-
-Le bruit de ces extravagances arrivait jusqu'à Vienne, commenté et
-exagéré encore[624], et Marie-Thérèse s'en alarmait pour sa fille:
-«Je ne puis m'empêcher, lui écrivait-elle, de vous toucher un point
-que bien des gazettes me répètent trop souvent. C'est la parure dont
-vous vous servez; on la dit, depuis la racine des cheveux, trente-six
-pouces de haut, et avec tant de plumes et de rubans qui relèvent tout
-cela! Vous savez que j'ai toujours été d'opinion de suivre les modes
-modérément, mais de ne jamais les outrer. Une jeune, jolie Reine,
-pleine d'agrément, n'a pas besoin de toutes ces folies; au contraire,
-la simplicité de la parure fait mieux paraître et est plus adaptable
-au rang de Reine. Celle-ci doit donner le ton et tout le monde
-s'empressera, de cœur, à suivre même ses petits travers; mais moi, qui
-aime et suis ma petite Reine à chaque pas, je ne puis m'empêcher de
-l'avertir sur cette petite frivolité, ayant au reste tant de raisons
-d'être satisfaite et même glorieuse de tout ce que vous faites[625].»
-
-Et la Reine répondait aussitôt: «Il est vrai que je m'occupe un peu
-de ma parure; et, pour les plumes, tout le monde en porte, et il
-paraîtrait extraordinaire de n'en pas porter[626].»
-
-Quoi qu'en pussent raconter les gazettes et penser Marie-Thérèse,
-la vérité est que, cette mode, Marie-Antoinette n'avait fait que
-la suivre[627] et qu'elle s'était même efforcée parfois de la
-modérer[628]. De fait, le public ne se scandalisait pas tant que
-voulaient bien le dire les chroniqueurs, et dans un recueil de
-coiffures, publié un peu plus tard, on imprimait ces vers sous une
-jolie gravure qui représentait la Reine dans sa toilette du matin:
-
- De la Reine, c'est la coiffure;
- Sans doute elle est de très bon goût.
- C'est bien d'adopter sa parure;
- Prenez-la pour modèle en tout.
- En imitant sa bienfaisance,
- Faites-vous aimer, respecter;
- Et comme elle sachez porter
- Un prompt secours à l'indigence[629].
-
-Malgré tout, à Versailles ou à Fontainebleau, le succès de la jeune
-souveraine était éclatant. L'appartement où elle tenait son jeu, si
-vaste qu'il fût, était toujours rempli[630]; là, comme aux soupers
-dont nous avons raconté l'établissement, la Reine voulait que «tout le
-monde fût content de l'accueil qu'il recevrait», et elle y réussissait
-admirablement. «A cet égard, écrivait le scrupuleux Mercy, Sa Majesté
-a atteint le point de perfection[631].» Le 1er janvier 1775, une
-affluence considérable, les ministres, les grands officiers, plus de
-deux cents femmes se transportaient à Versailles, pour y faire leur
-cour, et chacun en sortait pénétré de respect et de reconnaissance.
-Dans l'hiver suivant, il y eut à Versailles trois spectacles par
-semaine, deux français et un italien[632]; tous les lundis, bal chez
-la Reine, quadrilles de masques et contredanses[633]. C'étaient pour
-la séduisante princesse autant d'occasions nouvelles de déployer ses
-grâces; étrangers ou Français, tous étaient sous le charme; c'était de
-l'exaltation, de l'éblouissement.
-
-«On ne pouvait avoir d'yeux que pour la Reine, écrivait Walpole, qui
-la vit au mois d'août 1775, aux fêtes du mariage de Mme Clotilde. Les
-Hébé et les Flore, les Hélène et les Grâces ne sont que des coureuses
-de rues à côté d'elle. Quand elle est debout, ou assise, c'est la
-statue de la beauté; quand elle se meut, c'est la grâce en personne.
-Elle avait une robe d'argent semée de lauriers-roses, peu de diamants
-et des plumes. On dit qu'elle ne danse pas en mesure, mais alors c'est
-la mesure qui a tort... En fait de beauté, je n'en ai vu aucune, ou la
-Reine les effaçait toutes[634].»
-
-Trois ans après, l'ambassadeur du Maroc assistant au bal de la Cour,
-et interrogé par le comte d'Artois quelle était celle des dames
-présentes qui lui paraissait la plus belle, la Reine exceptée, répondit
-galamment que la restriction ajoutée par le prince le mettait dans
-l'impossibilité de répondre, ce qu'on trouva bien tourné pour un
-barbare[635].
-
-Ce qui semblait plus merveilleux encore, ces fêtes n'entraînaient
-que des dépenses modérées. Turgot lui-même n'y trouvait rien à
-redire[636]. La Reine avait voulu que les bals se donnassent dans son
-appartement, affectant ainsi un caractère à demi privé, afin d'éviter
-les frais qu'eussent nécessités des bals plus solennels. Elle avait,
-de même, renoncé à faire transporter l'Opéra à Versailles, et décidé
-que lorsqu'elle voudrait y assister, elle irait à Paris[637]. C'était
-le moment où le contrôleur général, fidèle à son célèbre programme:
-point de banqueroute, point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts,
-commençait ses réformes économiques. La Reine s'y prêtait avec la plus
-grande bonne volonté et elle n'hésitait pas à renoncer à tout amusement
-qu'elle eût craint de voir devenir dispendieux ou embarrassant[638].
-Si, plus tard, elle se laissa entraîner à certaines prodigalités,
-il importe d'autant plus de remarquer qu'au début de son règne ces
-prodigalités n'étaient ni dans ses principes ni dans ses goûts.
-
-Le public le savait: il voyait avec satisfaction les souverains donner
-les premiers l'exemple de la réserve dans leurs dépenses et restreindre
-eux-mêmes les frais de leurs plaisirs. Il savait aussi que la jeune
-princesse s'était opposée au renouvellement du monopole du commerce
-des grains établi par l'abbé Terray et que l'opinion avait flétri
-du nom de Pacte de famine[639]. Il l'adorait, et Mercy pouvait dire
-avec vérité que, si les auteurs des calomnies qui commençaient à se
-répandre venaient à être connus à Paris, rien ne pourrait les sauver de
-la colère du peuple: «Vengeons notre charmante Reine, contre laquelle
-ce misérable a osé dire du mal et écrire des libelles,» criait-on, en
-brûlant le mannequin qui représentait le chancelier Maupeou[640].
-
-Aussi les apparitions de Marie-Antoinette dans la capitale
-étaient-elles de véritables triomphes et lorsque, le vendredi 13
-janvier 1775, elle alla sans appareil à l'Opéra, assister à la
-représentation de l'_Iphigénie_ de Gluck, le peuple se porta en foule
-sur son passage et l'applaudit avec enthousiasme. Au second acte de la
-pièce, l'acteur chargé du rôle d'Achille, au lieu de réciter exactement
-ce vers:
-
- Chantez, célébrez votre Reine,
-
-s'avança vers le parterre et les loges et chanta:
-
- Chantons, célébrons notre Reine!
- L'hymen, qui sous ses lois l'enchaîne,
- Va nous rendre à jamais heureux.
-
-L'assistance entière s'associa à ce délicat hommage: ce ne furent
-partout que battements de mains et acclamations; on fit répéter le
-chœur, et les cris de _Vive la Reine!_ furent si bruyants qu'il
-fallut suspendre le spectacle pendant plus d'un demi-quart d'heure.
-Monsieur, Madame et le comte d'Artois, qui étaient dans la loge royale,
-furent des premiers à applaudir. La Reine fut si émue de ces marques
-éclatantes des sympathies populaires qu'elle ne put retenir ses pleurs,
-et, lorsqu'elle sortit, les yeux rayonnants et encore humides de ces
-larmes, elle salua le peuple avec un air si touché et une affabilité si
-pénétrante que les cris de joie redoublèrent[641].
-
-Ce n'était pas seulement par la grâce que régnait Marie-Antoinette,
-c'était aussi par la bonté. Elle envoyait des secours aux indigents,
-aux blessés, aux victimes des incendies[642]. Elle apprenait que la
-famille du chevalier d'Assas, malgré le dévouement légendaire du
-capitaine au régiment d'Auvergne, végétait au fond de sa province,
-dans l'oubli et l'obscurité. Aussitôt elle appelait à la Cour le frère
-du héros et lui faisait donner une compagnie de cavalerie[643]. Elle
-obtenait la révision du procès de MM. de Bellegarde et de Moustiers,
-poursuivis par la rancune du duc d'Aiguillon, et lorsque, leur
-innocence prouvée, les deux prisonniers, rendus à la liberté, venaient
-avec leurs femmes et leurs enfants remercier leur bienfaitrice, elle
-leur répondait modestement que «justice seule avait été rendue et
-qu'on ne devait que la féliciter du bonheur le plus réel attaché
-à sa position, celui de faire parvenir jusqu'au Roi de justes
-réclamations[644].» En reconnaissance, Mme de Bellegarde faisait
-faire, sous forme d'ex-voto, un tableau où elle était représentée avec
-son mari aux genoux de la Reine et portant dans ses bras son enfant, de
-la tête duquel la princesse écartait un glaive suspendu. Et la Reine,
-touchée, plaçait ce tableau dans son appartement[645]. Elle protégeait
-de même Lally Tolendal, l'appelait son petit martyr, et l'aidait dans
-ses efforts pour la réhabilitation de son père.
-
-Le marquis de Pontécoulant, major général des gardes du corps[646],
-avait, du vivant de Louis XV, déplu à la Dauphine, nous ne savons
-pourquoi. La jeune princesse, fort irritée contre lui, avait même
-déclaré qu'elle n'oublierait jamais sa conduite. Lorsque Louis XVI
-monta sur le trône, M. de Pontécoulant, se rappelant qu'il avait
-encouru la disgrâce de la nouvelle souveraine, remit sa démission entre
-les mains du prince de Beauvau, capitaine des gardes. Marie-Antoinette
-l'apprit. «La Reine, dit-elle, ne se souvient point des querelles de la
-Dauphine, et c'est moi qui prie M. de Pontécoulant de ne plus songer à
-ce que j'ai oublié.» Devant une si gracieuse insistance, la démission
-fut retirée[647].
-
-Enfin, un conseiller au Parlement de Bordeaux, M. de Castelnau, était
-devenu amoureux fou de Marie-Antoinette; il la poursuivait en tous
-lieux de ses déclarations et de ses importunités; ordre avait été
-donné de l'enfermer. La Reine, bien qu'excédée par ce malheureux homme,
-s'y opposa. «Qu'il m'ennuie,» dit-elle; «mais qu'on ne lui ravisse pas
-le bonheur d'être libre[648]».
-
-Elle avait d'autres ennuis. Au lendemain même de son avènement, et
-dans sa famille elle-même, elle rencontrait des contradictions et des
-jalousies. Le comte et la comtesse de Provence, le comte et la comtesse
-d'Artois, excités sous mains par Mesdames, se refusaient à aller chaque
-matin faire leur cour au Roi et à la Reine, ainsi que l'exigeait
-l'étiquette[649]. Louis XVI, avec sa bonté excessive, n'avait pas voulu
-que ses frères l'appelassent _Majesté_[650]; Marie-Antoinette, toujours
-bonne aussi, souvent trop bonne, avait permis la même simplicité de
-relations à ses beaux-frères et à ses belles-sœurs. Marie-Thérèse s'en
-était inquiétée et, avec sa rudesse germanique, elle avait repris
-vivement sa fille de cette condescendance: «Il faut rester à sa place,
-lui avait-elle écrit, savoir jouer son rôle; par là on se met et tout
-le monde à son aise. Toutes les complaisances et attentions pour tous;
-mais point de familiarité ni jouer la commère; vous éviterez par là
-les tracasseries[651].» Les craintes de l'Impératrice n'avaient pas
-tardé à se réaliser. Dans les occasions publiques, où la famille
-royale se trouvait réunie, il régnait entre les trois princes une
-telle apparence d'égalité qu'un étranger n'eût pu distinguer le Roi
-de ses frères. Le comte d'Artois surtout, toujours plus pétulant,
-affectait une familiarité «choquante[652]». Le comte de Provence, plus
-diplomate, ne s'affichait pas tant; mais il agissait en dessous. Plus
-ambitieux que jamais, en voyant, au bout de quatre années, le trône
-sans héritier présomptif, il aspirait à entrer au Conseil d'État,
-où il comptait jouer un grand rôle, et s'en prenait à la Reine de
-l'échec de ses prétentions. Mme Adélaïde, toujours aigre et toujours
-envieuse, ne pardonnait pas davantage à sa nièce la diminution de son
-crédit. Maurepas et sa femme, jaloux d'une influence qui leur portait
-ombrage[653], se coalisaient avec leur neveu d'Aiguillon, encore ulcéré
-de sa chute, et qui mettait au service de ses rancunes personnelles sa
-connaissance de la Cour et les relations qu'il y avait conservées[654].
-De là des manœuvres sourdes, des chansons injurieuses, des pièces de
-vers cyniques, comme si le but caché des ennemis de la Reine était de
-la perdre dans l'opinion du public et dans le cœur de son mari, et
-par là peut-être d'arriver à faire renvoyer en Allemagne cette jeune
-femme dont la beauté était un contraste, dont la vertu semblait une
-critique[655].
-
-Aux révérences de deuil faites par les dames de la Cour, après la mort
-de Louis XV, la Reine se permet de sourire, non pas du costume suranné
-de quelques vénérables douairières, mais d'une plaisanterie de la
-marquise de Clermont-Tonnerre. Aussitôt les faiseurs de couplets se
-mettent à l'œuvre, et le lendemain les échos de Versailles répètent
-cet insultant refrain qui ne trahit que trop la pensée intime de ses
-inspirateurs:
-
- Petite Reine de vingt ans,
- Vous qui traitez si mal les gens,
- Vous repasserez la barrière,
- Laire laire laire lan laire[656].
-
-Lorsque, après l'inoculation du Roi et de ses frères, la Cour se
-transporte pour la première fois à Marly, Marie-Antoinette, désireuse
-de profiter de l'air pur d'une belle nuit d'été, veut se donner le
-plaisir d'assister au lever du soleil. Elle en parle au Roi qui y
-consent volontiers, mais qui, habitué à se coucher à heure fixe, ne
-se soucie pas de sacrifier son sommeil à un pareil spectacle. La
-Reine se rend, à trois heures du matin, sur les hauteurs du jardin de
-Marly; une nombreuse société la suit et ses femmes l'accompagnent.
-Mais les diffamateurs attitrés n'ont garde de manquer une si belle
-occasion, et, quelques jours après, un petit pamphlet «plat, obscur
-et méprisable», dit un auteur qui s'y connaissait[657], «exécré de
-tous les bons Français,» mais avidement recherché par les courtisans
-amateurs de scandales et les femmes trop brouillées avec la vertu pour
-croire à celle des autres, transformait en orgie infâme cette innocente
-fantaisie de la jeune souveraine[658].
-
-Presque en même temps, à Londres, ce réceptacle des gazettiers
-cuirassés et des calomniateurs anonymes, un libelle odieux, prélude
-et modèle de bien d'autres, paraissait dans des circonstances
-mystérieuses, qu'il n'est pas sans intérêt de rappeler ici.
-
-L'un des esprits les plus brillants, mais aussi l'un des caractères
-les plus suspects de ce siècle, toujours prêt à se mêler d'intrigues
-équivoques ou à se lancer dans des affaires véreuses, Beaumarchais,
-avait été chargé, dans les derniers jours du règne de Louis XV,
-d'acheter et de détruire une brochure contre Mme du Barry. Il revenait
-à Paris, après avoir réussi dans cette délicate entreprise, lorsqu'il
-trouva Louis XV à Saint-Denys et Louis XVI sur le trône. Il ne pouvait
-guère espérer que le nouveau Roi le récompensât d'un service rendu à la
-femme qu'il venait d'exiler à Pont-aux-Dames. Se retournant aussitôt,
-avec cette rare souplesse dont il devait plus tard immortaliser
-la personnification dans _Figaro_, il offrit ses services pour la
-suppression d'un nouveau pamphlet qu'il avait, disait-il, découvert
-à Londres, et cette fois contre Marie-Antoinette. Le lieutenant de
-police, Sartines, accepta l'offre.
-
-Beaumarchais part aussitôt, parvient à acquérir de l'agent des ennemis
-de la Reine, le juif Angelucci, l'édition publiée en Angleterre, la
-fait brûler, achète et détruit de même une nouvelle édition imprimée
-en Hollande et s'apprête à revenir à Paris, quand il apprend,—nous
-suivons toujours son récit,—qu'Angelucci l'a trompé, et a conservé un
-exemplaire du pamphlet. Il s'élance après lui, le poursuit à travers
-l'Allemagne, l'atteint dans un bois, près de Nuremberg, et après des
-péripéties, des périls, des batailles contre les voleurs, dont le
-détail semble faire plus d'honneur à son imagination qu'à sa véracité,
-il reprend l'exemplaire soustrait.
-
-Alors, au lieu de rentrer en France, il va à Vienne, où il veut,
-assure-t-il, faire imprimer une édition expurgée du libelle dont le
-véritable texte pourrait produire sur le jeune Roi une impression trop
-pénible, mais où, en réalité, il se propose d'exploiter le service,
-vrai ou feint, rendu à la fille de Marie-Thérèse. Il pousse l'audace
-jusqu'à se faire présenter à l'Impératrice et à lui lire le pamphlet.
-Mais là commencent ses déceptions. Marie-Thérèse est indignée des
-horreurs publiées contre la vertu de sa fille; elle a le cœur navré
-de ces calomnies immondes, qui ne vont à rien moins qu'à alléguer
-que, le Roi ne pouvant avoir d'enfants, la Reine se prêterait à une
-criminelle intrigue pour lui en supposer[659]. Mais elle ne sait
-aucun gré à Beaumarchais de sa découverte: elle le regarde comme un
-misérable imposteur[660], et le prince de Kaunitz le suppose d'être
-l'auteur même du libelle. On le jette en prison; puis, sur la demande
-de la France, on le relâche; on lui fait même donner mille ducats,
-mais en signifiant à ce «drôle», dit Kaunitz[661], à «cet intrigant»,
-dit l'Impératrice[662], d'avoir à déguerpir le plus tôt possible.
-Beaumarchais part au plus vite; mais cette déconvenue n'altère en
-rien son audace; il revient à Versailles demander le prix de ses
-aventures[663].
-
-Quel que fût d'ailleurs l'auteur du libelle; que ce fût Beaumarchais,
-comme le croyait Kaunitz, quelque ami de Mme de Marsan, comme le
-soupçonnait Marie-Thérèse, ou le duc d'Aiguillon, comme semble
-l'insinuer Mercy[664], l'historien a le devoir de constater cette
-première et machiavélique tentative de la calomnie contre les mœurs de
-la Reine. C'est le début tortueux de cette puissance occulte, qui ne
-désarma jamais devant la bonté de Marie-Antoinette, qui avait juré de
-la détruire et qui tint parole.
-
-Le Roi d'ailleurs, avec cette candeur qui répugnait à croire à
-la fausseté et à la méchanceté humaines, ne fit que rire de ce
-qu'il appelait lui-même «l'équipée» de cet «impudent et ce fol»
-de Beaumarchais[665]. Mais la Reine ne prit pas la chose avec la
-tranquillité de son mari; elle se montra profondément affectée de cette
-attaque dirigée contre sa réputation[666]. Mais, forte du témoignage
-de sa conscience et de la pureté de sa vie et de ses intentions, elle
-ne tarda pas à oublier cette mystérieuse aventure, et, avec une bonté
-qui fut de l'imprudence, elle devint même la protectrice de l'homme
-qui avait été si activement, et d'une façon si louche, mêlé à cette
-misérable intrigue.
-
-Un incident mieux connu et un grief plus sensible allaient, dans cette
-Cour où tout était matière à tracasseries, donner un motif ou tout au
-moins un prétexte plus spécieux aux récriminations de ses ennemis.
-Depuis quelque temps il était question d'un voyage des frères de la
-Reine en France. Joseph II, d'abord, en avait manifesté la pensée,
-puis le plus jeune des fils de l'Impératrice, Maximilien. Ce dernier
-visitait alors, sous la direction du comte de Rosemberg et pour
-compléter son éducation, l'Allemagne et les Pays-Bas.
-
-C'était un prince de dix-huit ans, d'une réelle bonté de caractère,
-mais de manières gauches, d'un esprit très mince et d'une instruction
-assez peu soignée. Marie-Thérèse le reconnaissait elle-même,
-lorsqu'elle lui recommandait de s'efforcer d'acquérir cette amabilité
-dans le monde et cette politesse aisée «qui, disait-elle, vous manquent
-entièrement[667]».—«Il ne brillera pas après son frère,» écrivait-elle
-encore à un moment où la venue de Joseph II devait précéder celle de
-Maximilien[668].
-
-Mais la Reine qui, depuis plus de quatre ans, n'avait vu personne de sa
-famille, n'avait pu savoir son frère si près d'elle, sans souhaiter de
-le voir en France; le Roi appuya la demande de sa femme et le voyage
-fut résolu.
-
-Le mardi 7 février 1775, l'archiduc Maximilien arrivait à la Muette,
-où sa sœur l'attendait. L'accueil de la famille royale fut plein de
-cordialité. Le Roi avait voulu qu'on prît tous les moyens d'amuser son
-jeune beau-frère et la Reine s'était chargée de ce soin[669]; avec
-l'autorité que lui donnait sur lui la différence de situation, elle
-traitait son frère comme «son enfant[670]»; elle tenait à ce qu'il
-emportât un bon souvenir de la France et y laissât de lui-même une
-bonne impression. Il n'en fut malheureusement pas ainsi.
-
-Afin d'éviter toute dispute sur la préséance et l'étiquette, l'archiduc
-voyageait sous le nom de comte de Burgau[671]. Mais cette précaution
-même devint la source de mille ennuis. Sous le prétexte de l'incognito
-de Maximilien, les princes des maisons d'Orléans, de Condé et de Conti
-prétendirent qu'il leur devait la première visite; l'archiduc s'y
-refusa. La Reine prit avec chaleur le parti de son frère et eut une
-explication très vive avec le duc d'Orléans. «Le Roi et ses frères, lui
-dit-elle, n'y ont pas regardé de si près... Laissant de côté la qualité
-d'archiduc, vous auriez pu remarquer que le Roi l'a traité en frère et
-qu'il l'a fait souper en particulier dans l'intérieur de la famille
-royale, honneur auquel je suppose que vous n'avez jamais prétendu. Au
-reste, mon frère sera fâché de ne pas voir les princes; mais il est
-pour peu de temps à Paris, il a beaucoup de choses à voir; il s'en
-passera[672].»
-
-Pour effacer cette impression fâcheuse, la Reine redoubla de
-prévenances pour Maximilien, et les jeunes gens les plus à la mode,
-les Ségur, les Durfort, les la Marck, les Noailles, désireux de
-plaire à la souveraine, se réunirent pour offrir à l'archiduc une
-fête splendide aux grandes écuries du Roi. Par une aimable attention,
-les comtes de Provence et d'Artois voulurent se mettre à la tête des
-organisateurs et prendre tous les frais à leur charge. La fête eut
-lieu le 27 février, elle coûta cent mille livres[673]. Le manège avait
-été brillamment décoré; on avait donné à la salle de bal l'apparence
-d'une foire, en y traçant sept rues couvertes et bordées de boutiques,
-de cafés et de spectacles; on y joua un opéra comique de Gluck, _le
-Poirier ou l'arbre enchanté_[674]. Il y eut bal paré, quadrille de
-Hongrois et de Flamands, souper, jeu et «tout ce qu'il fallait pour
-occuper et amuser pendant huit heures[675]».
-
-Mais toutes ces splendeurs ne réussirent pas à effacer l'impression
-mauvaise produite sur le public. Quoi que dise Mercy, les princes
-français,—c'est un ami de la Reine qui l'affirme,—étaient dans leur
-droit[676], et bien que Marie-Antoinette n'ait eu aucune intention de
-les blesser[677], bien qu'avec cette indulgente bonté, qui était le
-fond même de son caractère, elle leur eût fait quelques jours après
-le meilleur accueil[678], on lui sut mauvais gré de l'appui qu'elle
-avait donné aux prétentions de son frère. On soulignait, on commentait
-malignement les gaucheries que ce frère avait commises; on remarquait
-qu'il semblait indifférent à toutes les merveilles scientifiques ou
-artistiques qu'on lui montrait[679]. On rappelait notamment que,
-visitant, à Paris, le Jardin du Roi, et Buffon, qui lui en faisait les
-honneurs, lui ayant fait hommage de ses œuvres, il s'était contenté
-de répondre le plus poliment du monde: «Je serais bien fâché de vous
-en priver[680].» On affecta d'applaudir à outrance le duc de Chartres,
-qui, préludant à cette opposition tracassière et systématique contre
-la Cour, qui devait le conduire si loin, affectait de son côté de se
-produire en public à Paris pendant les fêtes de Versailles, dont il
-était exclus. Les plaisanteries contre le frère se transformèrent en
-murmures contre la sœur. On lui fit un crime de lèse-nation de la
-vivacité, peut-être imprudente, d'une affection bien naturelle, et
-le nom d'_Autrichienne_, inventé par la jalousie de Mme Adélaïde,
-circula de bouche en bouche, résumant, dans un mot propre à frapper
-l'imagination populaire, l'accusation lancée contre la Reine de tout
-sacrifier à son pays et à sa famille.
-
-Et cependant jamais accusation ne fut plus injuste. Sans entrer ici
-dans des détails que nous retrouverons plus tard, qu'il suffise de
-rappeler qu'en vingt circonstances différentes, Marie-Thérèse reproche
-à Marie-Antoinette d'oublier son pays et sa famille, d'en perdre
-les traditions et les habitudes, même les gaucheries[681], d'avoir
-presque honte d'être Allemande, de négliger les Allemands[682], de
-montrer pour eux «peu d'empressement et de protection[683]». Le sang
-allemand coule dans vos veines, s'écrie-t-elle dans son langage
-à demi-tudesque; n'ayez pas de honte de l'être[684].» Joseph II
-adressait à sa sœur les mêmes reproches que sa mère; il la trouvait
-trop Française. Lorsque Maximilien et Rosemberg vinrent à Versailles,
-il voulait leur recommander de ne lui parler qu'allemand[685]. Arrêté
-dans ce projet, dont la réalisation, il faut bien le dire, eût été une
-suprême inconvenance, il avait du moins écrit à la Reine une lettre
-en allemand[686]. Et cette femme, qu'on accuse de n'avoir eu de cœur
-et de pensée que pour son pays d'origine, avait tellement oublié sa
-langue maternelle qu'elle était obligée de faire traduire par Mercy la
-lettre de l'Empereur[687]; tant elle avait perdu l'usage, non seulement
-de parler l'allemand, mais même de le lire, de l'écrire et presque de
-le comprendre! Mais tout cela n'empêchait pas la calomnie de faire
-son chemin, et les courtisans d'appeler méchamment Trianon le _Petit
-Vienne_.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- Sacre du Roi.—Fêtes à Reims.—Emotion de la Reine.—Sa lettre
- à l'Impératrice.—Mariage de Mme Clotilde.—Nouvelle et vaine
- tentative pour rappeler Choiseul.—Procès du comte de Guines.—Exil
- du duc d'Aiguillon.—Nomination de Malesherbes.—Réformes de
- Turgot.—Murmures qu'elles soulèvent.—Chute de Turgot.—Part qu'y
- prend la Reine.—Lettre de Mercy à Marie-Thérèse.
-
-
-Le 5 juin 1775, Louis XVI quittait Versailles[688], accompagné de la
-Reine, de Monsieur, de Madame et du comte d'Artois, pour se rendre à
-Compiègne, où il arrivait à dix heures du soir. Le 8, il partit de
-Compiègne, pour aller coucher à Fismes; le 9, il prit la route de
-Reims. Il allait y chercher, avec la bénédiction de sa couronne, la
-consécration solennelle du titre qu'il tenait de ses ancêtres, et le
-signe visible de cette grâce de Dieu au nom de laquelle il régnait. Le
-sacré était en France une tradition nationale; le peuple y trouvait,
-dans le serment que prêtait le monarque, une reconnaissance de ses
-droits; et si certains philosophes, emportés par leurs passions
-irréligieuses comme d'Alembert et Condorcet, ne voyaient là qu'«une
-cérémonie bizarre et absurde[689]» ou «la plus inutile comme la plus
-ridicule des dépenses inutiles[690]», des personnages non moins
-célèbres et qu'on ne peut pas accuser de superstition, comme Mirabeau,
-écrivaient: «Le plus grand de tous les événements pour un peuple, c'est
-sans doute l'inauguration de son Roi. C'est alors que le ciel consacre
-nos monarques et resserre en quelque sorte les liens qui nous unissent
-à eux[691].»
-
-Mercy aurait voulu que la Reine fût sacrée en même temps que le Roi. Il
-lui semblait que, dans les circonstances actuelles, Marie-Antoinette
-n'étant point encore mère, l'onction divine lui donnerait, vis-à-vis de
-la nation, l'auréole que ne lui donnait point la maternité.
-
-Une brochure, faite par un prêtre de l'Oratoire, établissait que le
-sacre des reines avait été un usage constant jusqu'à Marie de Médicis,
-et que, s'il était tombé en désuétude, c'était uniquement parce que
-ni Louis XIII, ni ses successeurs, n'étaient mariés lors de leur
-sacre. Mercy, qui, s'il ne fut pas l'inspirateur de cette brochure,
-en fut du moins l'ardent propagateur, en fit parler par Vermond à
-la Reine et eut soin que le manuscrit fût remis au duc de Duras et
-par le duc de Duras au Roi. Mais la Reine demeura assez indifférente
-à cette ouverture[692], et le Roi n'en parut pas touché[693]. Son
-affection pour sa femme se heurta-t-elle aux considérations d'économie
-qui avaient déjà fait différer d'un an la cérémonie traditionnelle?
-Fut-il circonvenu par Maurepas, sans cesse en garde contre ce qui
-pouvait affermir le crédit de la jeune souveraine? Toujours est-il que
-Marie-Antoinette n'assista que comme spectatrice au sacre de son mari.
-Tandis que le Roi faisait son entrée dans un carrosse de dix-huit pieds
-de haut, recevait des mains du duc de Bourbon, gouverneur de Champagne,
-les clefs de la ville, et était lui-même reçu par l'archevêque de Reims
-à la porte de la cathédrale, où l'on chantait solennellement le _Te
-Deum_, la Reine, partie le 8 au soir de Compiègne avec Monsieur, Madame
-et le comte d'Artois, arrivait incognito dans la ville du sacre, à une
-heure du matin. Mais, à défaut des compliments officiels, elle avait
-les acclamations populaires. Par un de ces beaux clairs de lune dont
-la lumière argentée a quelque chose de si transparent et de si suave,
-une foule immense se pressait sur les grands chemins et aux portes de
-la cité pour voir arriver la femme du Roi. Des vivats enthousiastes
-saluaient son passage, troublant seuls ce silence de la nuit, pendant
-lequel l'âme s'ouvre avec tant de bonheur aux douces et pures émotions.
-Le lendemain matin, en dépit de l'incognito, toute la noblesse de la
-ville et des environs remplissait les appartements de l'archevêché,
-où était descendue la Reine, et en sortait ravie de la grâce et de la
-bienveillance de la jeune souveraine. Dans l'après-midi, même ovation;
-c'est aux cris de _Vive la Reine!_ qu'elle traversait les rues de Reims
-pour aller, à l'Intendance, assister à l'entrée du Roi, et, le soir, le
-clergé et le Corps de ville venaient lui adresser des discours auxquels
-elle répondait avec justesse et bonté[694].
-
-Le dimanche, 11, à six heures du matin, les chanoines en chape vinrent
-occuper leurs stalles dans le chœur de la basilique, bientôt suivis
-de l'archevêque, des cardinaux, des ministres, etc. A six heures et
-demie, les pairs laïques prirent place à leur tour. A sept heures, le
-Roi, conduit par l'évêque duc de Laon et l'évêque comte de Beauvais,
-arriva à la cathédrale. Harangué sur le seuil par le cardinal de
-la Roche-Aymon, qui le félicitait d'avoir toutes les vertus et en
-particulier l'amour de l'ordre[695], il pénétrait dans le vieil édifice
-au bruit des acclamations populaires, et l'archevêque, après lui avoir
-fait prêter serment sur le livre des Évangiles, versait sur sa tête,
-sur sa poitrine et sur ses épaules quelques gouttes de la sainte
-ampoule, solennellement apportée de l'abbaye de Saint-Rémy par le grand
-prieur, en chape de drap d'or, monté sur un cheval blanc, couvert d'une
-housse d'étoffe d'argent richement brodée! Le Roi fut alors revêtu
-du manteau royal et reçut des mains de l'archevêque la couronne, le
-sceptre, la main de justice et l'épée de Charlemagne. Puis, suivi des
-pairs et des grands officiers, il fut conduit au trône élevé sur le
-jubé; après quoi l'archevêque et les pairs lui donnèrent le baiser de
-paix en disant: _Vivat rex in æternum._ La multitude qui remplissait
-les galeries répéta ces paroles. Aussitôt les portes s'ouvrirent, et le
-peuple se précipita dans la basilique, avec des cris de joie.
-
-La Reine suivait, du haut d'une tribune, toutes les phases de la
-cérémonie. Au moment du couronnement et de l'intronisation, touchée
-jusqu'au fond du cœur par la beauté des rites de l'Église et plus
-encore par les acclamations populaires qui en interrompaient
-l'ordre et en soulignaient les détails, elle n'y put tenir et versa
-d'abondantes larmes[696]. L'émotion fut si forte qu'un instant elle dut
-quitter sa place. Quand elle y reparut, quelques minutes après, les
-yeux encore humides de pleurs, le Roi la regarda avec empressement, et
-un air visible de contentement se répandit sur toute sa physionomie.
-Malgré la sainteté du lieu, l'église retentit de cris et de battements
-de mains. L'assistance tout entière fut attendrie et des larmes
-coulèrent de bien des yeux, redoublant celles de la Reine[697].
-
-Louis XVI avait interdit de tapisser les rues sur son passage, afin,
-disait-il, de mieux voir son peuple et d'en être vu[698]. Le jour
-même du sacre, à sept heures du soir, le Roi, ayant la Reine à son
-bras, alla, en habit ordinaire et sans autre suite qu'un capitaine des
-gardes et quelques exempts, se promener le long de la grande galerie
-de bois qui servait de passage entre l'archevêché et l'église. Il
-y avait beaucoup de monde dans cette galerie, beaucoup en dehors.
-Le prince défendit qu'on fît sortir qui ce fût et qu'on empêchât
-personne d'approcher. La population, heureuse et reconnaissante, se
-pressait autour du couple royal, dont elle n'était séparée que par
-une balustrade à hauteur d'appui. Pendant plus d'une heure, le Roi
-et la Reine restèrent ainsi confondus dans la foule, répondant avec
-la meilleure grâce à cet empressement, se laissant aborder et voir,
-donnant à chacun des marques de bienveillance. C'était la Reine qui
-avait eu la première pensée de cette promenade; le public ne l'ignorait
-pas et l'en récompensait par ses vivats[699].
-
-Quand on pense que ces acclamations populaires se manifestaient au
-milieu de germes de mécontentement universellement répandus, que le
-pain était cher, que les mesures réformatrices de Turgot, habilement
-exploitées par ses ennemis, avaient excité partout l'inquiétude,
-et que, deux mois auparavant, des émeutes avaient éclaté à Dijon,
-à Versailles, à Paris, on se demande ce qu'il faut le plus admirer
-en cette circonstance, ou cet attachement obstiné de la nation à
-ses princes, qui pouvait être une si grande force entre les mains
-de ministres habiles, ou cette incroyable mobilité du caractère
-français, qui passe si facilement de l'enthousiasme à la colère et
-qui, avec des souverains jeunes et inexpérimentés comme Louis XVI et
-Marie-Antoinette, des ministres légers comme Maurepas, dédaigneux des
-obstacles comme Turgot, devenait le plus formidable des dangers. La
-Reine ne se le dissimulait pas, et, si son bonheur était complet, sa
-confiance n'était point sans mélange.
-
-«C'est une chose étonnante et bien heureuse en même temps,
-écrivait-elle à sa mère, d'être si bien reçu deux mois après la révolte
-et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue. C'est une
-chose prodigieuse dans le caractère français de se laisser emporter
-aux mauvaises suggestions et de revenir tout de suite au bien. Il est
-sûr qu'en voyant des gens qui, dans le malheur, nous traitent aussi
-bien, nous sommes encore plus obligés de travailler à leur bonheur.
-Le Roi m'a paru pénétré de cette vérité. Pour moi, je sais bien que je
-n'oublierai jamais de ma vie, dût-elle durer deux cents ans, la journée
-du sacre. Ma chère maman, qui est si bonne, aurait bien partagé notre
-bonheur[700].»
-
-Les cérémonies durèrent quatre jours encore. Le 12, le régiment de
-hussards du comte Esterhazy exécuta à quelque distance de la ville des
-manœuvres auxquelles assistèrent la Reine et Madame[701]. Le 13, le Roi
-fut reçu solennellement grand-maître de son ordre, et en tint ensuite
-le chapitre[702]. Le 14, suivant l'antique usage, il se rendit à
-cheval à l'abbaye de Saint-Rémy, y entendit la messe, et, au sortir de
-l'église, toucha dans le parc plus de deux mille malades, auxquels il
-fit distribuer des aumônes[703]. La Reine alla voir passer le cortège
-dans une maison particulière. Le soir, les deux époux parcoururent
-en voiture, au milieu des vivats du peuple, la belle promenade qui
-entourait la ville. Mais, c'était la Reine surtout qui attirait
-l'attention. «Elle a paru dans tous les instants, écrivait Mercy, avec
-dignité, bonté et grâce, et si les hommages qu'on lui a rendus ont été
-extraordinaires et universels, il est bien certain aussi que jamais
-hommages n'ont été mieux mérités[704].»
-
-Le 16, la Cour retourna à Compiègne; le 19, elle rentra à Versailles.
-
-De nouvelles fêtes l'y attendaient. Le 12 février, le Roi avait déclaré
-le mariage de sa sœur Clotilde avec Charles-Emmanuel de Savoie, prince
-de Piémont, fils aîné du roi de Sardaigne. Le 21 août, le mariage fut
-célébré dans la chapelle du château. Il y eut grand couvert, jeu, bal
-à la Cour, bal chez le comte de Viry, ambassadeur de Sardaigne. Avec
-quel éclat la Reine parut à ces fêtes, Walpole l'a dit dans une lettre
-que nous avons citée plus haut. Il y avait, en la voyant, comme un cri
-général d'admiration.
-
-Le 28, Mme Clotilde dit adieu à sa famille française et prit la
-route de Turin. Ce départ ne fut pas une tristesse pour la Reine;
-un instant, lorsqu'elle était encore Dauphine, elle avait été assez
-liée avec sa jeune belle-sœur, dont elle appréciait le caractère
-doux et bienveillant; elle avait assisté à des bals chez elle ou
-à des représentations de petites pièces qui étaient à la fois un
-divertissement et un complément d'éducation[705]. Mais cette intimité
-dura peu. Bientôt, sous l'influence de sa gouvernante, Mme de Marsan,
-dont elle avait fait de nom et de cœur sa «petite chère amie[706]»,
-la jeune princesse s'éloigna de sa royale belle-sœur. Depuis la mort
-de Louis XV surtout, Mme Clotilde vivait à l'écart, et son mariage ne
-laissait pas de vide à la Cour. Nous dirions presque que ce fut pour
-Marie-Antoinette un soulagement; en mettant fin à la mission de Mme
-de Marsan, il diminuait l'importance d'une femme qui s'était toujours
-montrée et se montrait encore une de ses plus acharnées et plus
-dangereuses ennemies.
-
-La Reine avait alors d'autres préoccupations. A l'instigation des amis
-de Choiseul, dont elle était entourée, et en dépit de sa mère, qui
-redoutait pour la politique autrichienne l'activité et la clairvoyance
-de l'ancien ministre[707], elle songeait toujours à rappeler à la
-Cour l'homme auquel elle devait la couronne de France. Au moment du
-sacre, Choiseul, en sa qualité de chevalier des ordres du Roi, était
-venu à Reims et la Reine lui avait accordé une audience. Elle avait
-fait plus, et par une diplomatie féminine, dont elle se vanta dans une
-lettre regrettable au comte de Rosemberg[708] mais qui lui attira les
-justes reproches de Marie-Thérèse, elle avait trouvé moyen de faire
-fixer par Louis XVI lui-même l'heure de cette audience[709]. La chose
-fut vite connue du public et l'on en inféra aussitôt la rentrée de
-Choiseul au Conseil; lui-même affectait un air plein de confiance;
-il avait, disait un chroniqueur, «ce nez au vent qui caractérise son
-génie audacieux[710].»—Je ne répondrais pas, écrivait de son côté
-Marie-Antoinette, que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se
-reposer chez lui[711]. Mais était-ce bien là l'intention de la jeune
-souveraine?
-
-N'avait-elle pas voulu simplement donner une marque publique d'intérêt
-au négociateur de son mariage? Songeait-elle à demander quelques avis
-à un homme dont nul ne contestait l'intelligence, ou poussait-elle la
-confiance en lui jusqu'à vouloir entrer dans toutes ses vues? Si cela
-était, le but fut manqué. Le Roi persista dans sa froideur et dans ses
-répugnances; la Reine elle-même, assez peu satisfaite d'une entrevue où
-Choiseul s'était montré plus personnel que vraiment dévoué, refusa de
-se prêter à certaines de ses insinuations, et le ministre déchu rentra
-dans la retraite pour n'en plus sortir[712].
-
-La Reine n'en demeurait pas moins entourée des amis de Choiseul, et
-très portée à subir leur influence et à épouser leurs querelles;
-il semblait qu'il y eût là pour elle une dette de reconnaissance.
-Elle en avait donné récemment une preuve éclatante aux yeux de tous,
-dans le procès du comte de Guines. Ambassadeur à Londres, après
-l'avoir été à Berlin, homme d'esprit, aimable[713], mais ambitieux et
-léger, très lié avec Choiseul, le comte de Guines avait été accusé
-d'avoir fait de la contrebande en Angleterre, sous le couvert de ses
-franchises d'ambassadeur, et d'avoir spéculé à la Bourse, à l'aide
-des informations qu'il devait à sa place. Il rejetait tout sur son
-secrétaire Tort de la Sonde; mais celui-ci soutenait n'avoir agi que
-d'accord avec son chef. Le procès fut porté au Parlement de Paris:
-ce fut un événement. «Tout le monde s'intéresse à cette affaire,
-écrivait Mme du Deffand, qui ne s'y intéressait pas moins que tout
-le monde, les uns par amitié, les autres par curiosité[714].» Le duc
-d'Aiguillon, incidemment impliqué dans le débat, agissait de toutes
-ses forces contre M. de Guines, que soutenaient en revanche tous les
-amis de Choiseul. C'étaient correspondances contre correspondances,
-requêtes contre requêtes, mémoires contre mémoires[715]. La Reine,
-circonvenue par son entourage, se déclara pour l'ambassadeur, et elle
-le fit avec l'ardeur passionnée qu'elle apportait dans ses amitiés.
-Le comte de Guines avait cru nécessaire à sa justification d'insérer,
-dans les mémoires écrits en sa faveur, certains passages de ses
-anciennes correspondances ministérielles. M. de Vergennes s'y était
-refusé, alléguant que, si l'on admettait une telle demande, le secret
-nécessaire aux affaires de l'État serait violé et qu'aucun ministre
-étranger n'oserait plus faire de communications confidentielles aux
-ministres de France. Le Conseil avait approuvé unanimement la décision
-de Vergennes; mais la Reine, poussée par sa société, fit de tels
-efforts près du Roi que, malgré ce vote, la permission sollicitée
-fut accordée[716]. Un peu plus tard, un mémoire du comte de Guines
-ayant été supprimé par un arrêt du Conseil d'État comme diffamatoire
-contre le duc d'Aiguillon, le Roi, à l'instigation de la Reine, fit
-néanmoins écrire à l'ambassadeur qu'il pourrait faire usage du mémoire
-supprimé et aux juges qu'ils pourraient y avoir égard[717]. Enfin, au
-commencement de juin 1775, le procès fut jugé: Tort de la Sonde fut
-condamné, comme calomniateur, à faire réparation d'honneur à son ancien
-chef, devant douze témoins, et l'ambassadeur triomphant alla reprendre
-possession de son poste.
-
-En même temps, le duc d'Aiguillon, qui avait fait de grands préparatifs
-pour se rendre à Reims comme capitaine des chevau-légers[718], recevait
-défense d'assister au sacre et ordre de se retirer dans ses terres
-de Guyenne[719]. «Ce départ est tout à fait mon ouvrage, écrivait
-Marie-Antoinette au comte de Rosemberg. La mesure était à son comble;
-ce vilain homme entretenait toute sorte d'espionnage et de mauvais
-propos. Il avait cherché à me braver plus d'une fois dans l'affaire
-de M. de Guines; aussitôt après le jugement, j'ai demandé au Roi son
-éloignement. Il est vrai que je n'ai pas voulu de lettre de cachet,
-mais il n'y a rien perdu; car au lieu de rester en Touraine, comme il
-le voulait, on l'a prié de continuer sa route jusqu'à Aiguillon, qui
-est en Gascogne[720].»
-
-Le Roi n'avait manifesté aucune répugnance pour l'exil du duc
-d'Aiguillon, qui était, à ses yeux, la dernière personnification de la
-cabale odieuse de Mme du Barry. Cette immixtion de la Reine dans les
-querelles de la Cour n'en était pas moins regrettable; elle la faisait
-descendre de ce trône serein, du haut duquel une souveraine doit
-planer au-dessus de toutes les compétitions de parti, pour jeter son
-nom et sa personne dans les luttes de chaque jour; elle lui faisait
-des adversaires de tous les ennemis de ses amis. Ce premier pas devait
-la mener plus loin, à une démarche plus grave et plus fâcheuse; après
-s'être donné le tort de prendre parti dans un procès, elle allait se
-donner le tort plus sérieux d'intervenir entre le Roi et ses ministres.
-
-Le cabinet réformateur dont le choix de Turgot avait été le signal et
-le premier fondement venait de se compléter par la nomination du comte
-de Saint-Germain à la place du maréchal du Muy, mort dans d'atroces
-souffrances[721], et de Malesherbes, en remplacement du détesté duc de
-la Vrillière. «Quoiqu'il ait l'oreille dure, écrivait plaisamment de ce
-dernier Marie-Antoinette, il a pourtant entendu qu'il était temps qu'il
-partît, de peur qu'on ne lui fermât la porte au nez[722].»
-
-Le public avait applaudi à ces choix, et la Reine, ou ne s'en était
-point mêlée, ou les avait approuvés elle-même. Elle eût souhaité
-Sartines plutôt que Malesherbes, et il est certain que les aptitudes
-de l'ancien lieutenant de police semblaient le désigner pour cette
-place de la Maison du Roi. Mais après un premier mouvement d'humeur,
-elle en avait pris son parti et fait au nouveau ministre un gracieux
-accueil[723]. Elle s'était prêtée avec la meilleure volonté aux
-réformes de Turgot. Elle-même, au début de son règne, avait exigé
-de l'économie dans la tenue de la Cour[724], interdit les ornements
-d'or et d'argent dans les toilettes[725] et consenti, sans la
-moindre difficulté, aux réductions opérées dans sa maison. Elle avait
-même, dit-on, quoique sur ce point sa compétence ne fût pas bien
-grande, approuvé les changements faits dans l'armée par le comte de
-Saint-Germain[726].
-
-Mais ces réformes ne pouvaient s'opérer sans froisser bien des vanités
-et léser bien des intérêts. L'ordonnance du comte de Saint-Germain[727]
-sur les coups de plat de sabre avait mis l'armée en rumeur. «Mon
-colonel», répondait un grenadier à un officier qui voulait lui
-persuader qu'une telle punition n'avait rien de déshonorant, «en fait
-de sabre, je ne reconnais que la pointe.» Le système de Turgot pour
-la liberté de circulation des grains amenait des révoltes sur divers
-points de la France; on était obligé d'employer la force contre ces
-émeutes, et le public, mécontent, s'en vengeait en chansonnant le
-contrôleur général et son général Jean Farine[728]. Les autres réformes
-de Turgot n'excitaient pas moins de murmures. L'abolition des corvées,
-la suppression des jurandes et maîtrises n'avaient été enregistrées
-par le Parlement qu'avec l'appareil solennel et menaçant d'un lit de
-justice: le premier président d'Aligre avait protesté contre elles
-avec la plus sombre énergie. L'opinion se montrait de plus en plus
-hostile aux mesures du ministre. On les critiquait dans les salons;
-on les attaquait dans les pamphlets; on les plaisantait dans des
-chansons[729]. «Plus philosophe que politique[730]», Turgot, avec sa
-nature droite et un peu naïve, avec son caractère raide et cassant,
-ne s'inquiétait ni des critiques, ni des attaques, ni des chansons.
-«Il voyait tout en abstraction, dédaignant de porter ses regards
-sur les faits, a écrit un homme qui l'aimait beaucoup, ne faisait
-aucune attention au pays qu'il régissait, au siècle où il vivait, aux
-institutions établies, aux usages admis, aux préjugés, aux intérêts...
-Il voulait gouverner par des démonstrations, ne considérant l'homme
-que comme un être intelligent, et non comme un être sensible et mené
-par son intérêt[731].» Il ne brisait pas les obstacles, comme l'eût
-fait Richelieu; il ne les tournait pas, comme l'eût fait Mazarin; il
-les négligeait et semblait ne pas les voir. «L'engouement passager
-pour les nouveautés de Turgot, a dit un juge compétent[732], avait
-promptement fait place à l'irritation, parce que Turgot était, comme
-on dit aujourd'hui, un _intransigeant_. Il heurtait de front les
-préjugés de son temps, ne ménageant personne, le Roi pas plus que les
-autres, et avait fini par mettre tout le monde contre lui.» C'est ce
-que constatait l'ambassadeur de Suède, le comte de Creutz, lorsqu'il
-écrivait à Gustave III, le 14 mars 1776, deux jours après le lit de
-justice qui avait paru consacrer le triomphe du ministre: «M. Turgot
-se trouve en butte à la ligue la plus formidable, composée de tous les
-grands du royaume, de tous les Parlements, de tous les financiers, de
-toutes les femmes de la Cour et de tous les dévots[733].»
-
-Il n'est pas étonnant qu'en entendant autour d'elle ce concert
-croissant de murmures, la Reine ait pensé, de bonne foi, obéir au
-mouvement de l'opinion, en se prononçant contre un ministre, objet
-d'une défaveur si universelle. Elle croyait d'ailleurs avoir contre lui
-des griefs personnels. Le comte de Guines avait gagné son procès devant
-le Parlement; il ne l'avait pas gagné complètement devant le ministère.
-Au commencement de 1776, il fut rappelé de l'ambassade de Londres.
-Ses amis jetèrent feu et flamme; la Reine, froissée de cette disgrâce
-d'un homme qu'elle honorait de sa protection, en accusa Vergennes,
-Malesherbes, Turgot surtout, dont elle connaissait les démarches
-hostiles à l'ambassadeur[734]. Elle résolut d'en tirer vengeance et
-d'obtenir une double et éclatante réparation. Excitée par ses amis,
-soutenue par Maurepas qui, au fond, commençait à s'effrayer de l'orage
-amoncelé de toutes parts contre Turgot, et n'était pas fâché de se
-délivrer d'un collègue devenu embarrassant, elle réussit à entraîner le
-Roi dans sa querelle. Le 10 mai, le comte de Guines recevait le billet
-suivant:
-
-«Lorsque je vous ai fait dire, Monsieur, que le temps que j'avais
-réglé pour votre ambassade était fini, je vous ai fait marquer en même
-temps que je me réservais de vous accorder les grâces dont vous étiez
-susceptible. Je rends justice à votre conduite, et je vous accorde les
-honneurs du Louvre, avec la permission de porter le titre de duc. Je ne
-doute pas, Monsieur, que ces grâces ne servent à redoubler, s'il est
-possible, le zèle que je vous connais pour mon service. Vous pouvez
-montrer cette lettre[735].»
-
-C'était la Reine qui avait voulu ce billet; c'était même elle,
-assure-t-on, qui l'avait dicté[736]. Dans l'emportement de sa colère,
-elle eût souhaité que cette réhabilitation officielle de l'ambassadeur
-coïncidât avec la chute de ses adversaires et que Turgot fût mis à la
-Bastille[737]. Mercy parvint à empêcher ces excès; mais, le 12 mai,
-Maurepas signifia au contrôleur général son congé.
-
-Le public avait été, assure-t-on, moins choqué de cette intervention
-de la Reine que frappé de l'habileté dont elle avait fait preuve dans
-cette affaire. Il admirait sa diplomatie et ne doutait plus de son
-crédit[738]. Cette chute néanmoins était fâcheuse, et la part que
-Marie-Antoinette y avait prise, malgré le mouvement d'opinion qui
-semblait l'y pousser, plus fâcheuse encore. Peut être en eut-elle
-regret: du moins en éprouva-t-elle quelque confusion; car, dans sa
-correspondance avec sa mère, elle cherche à nier toute connivence dans
-le renvoi de Turgot et de Malesherbes[739]. Mais elle n'avait pas su
-résister aux insinuations de son entourage.
-
-«Votre Majesté sera sans doute surprise, écrivait Mercy a
-Marie-Thérèse, que ce comte de Guines, pour lequel la Reine n'a ni ne
-peut avoir aucune affection personnelle, soit cependant la cause de si
-grands mouvements; mais le mot de l'énigme consiste dans les entours
-de la Reine, qui se réunissent tous en faveur du comte de Guines. Sa
-Majesté est obsédée; elle veut se débarrasser; on parvient à piquer
-son amour-propre, à l'irriter, à noircir ceux qui, pour le bien de
-la chose, peuvent résister à ses volontés; tout cela s'opère pendant
-des courses ou autres parties de plaisirs, dans les conversations de
-la soirée chez la princesse de Guéménée; enfin, on réussit tellement
-à tenir la Reine hors d'elle-même, à l'enivrer de dissipation que,
-cela joint à l'extrême condescendance du Roi, il n'y a, dans certains
-moments, aucun moyen de faire percer la raison[740].»
-
-Ces lignes de Mercy sont graves: elles sont la peinture, assombrie sans
-doute, mais avec un fond de vérité trop réel, d'une période fâcheuse de
-la vie de la Reine, ce que nous appellerons volontiers la période de
-dissipation. Il semble que, éblouie de l'éclat du trône sur lequel elle
-venait de monter, enivrée peut-être par les applaudissements du public,
-obsédée,—c'est le mot de Mercy,—par des entours qui exploitaient sa
-jeunesse, Marie-Antoinette n'ait vu que le côté facile de l'existence
-qui s'était ouverte prématurément devant elle. Marie-Thérèse avait
-raison de le dire: il eût fallu six ans encore[741] pour affermir chez
-la Reine la réserve et les goûts réfléchis dont nous avons constaté
-les progrès naissants dans les derniers mois de sa vie de Dauphine,
-pour que la maturité de l'âge amenât celle de la raison. Cette prise
-de possession trop précoce de la toute-puissance par des souverains,
-si jeunes et «si neufs» encore, vint tout gâter et tout mettre en
-question. Il y eut là, pendant quelques années, des entraînements
-irréfléchis, une ardeur de plaisirs «licites», sans doute, mais
-«hazardeux», suivant le mot de l'Empereur[742], des imprudences même,
-si l'on veut, qui furent regrettables, mais dont il importe de ne pas
-exagérer l'importance et dont nous aurons à rechercher les causes.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
- Période de dissipation.—Courses de chevaux.—Chasses au bois
- de Boulogne.—Courses en traîneau.—Voyages à Paris.—Bals de
- l'Opéra.—Aventure de Monsieur.—La Reine en fiacre.—Oubli de
- l'étiquette.—Condescendance fâcheuse du Roi.—Dépenses de la
- Reine.—Les bijoux.—Le jeu.—Les banquiers à Fontainebleau.—Malgré
- tout, la Reine reste fidèle aux habitudes de piété.—Ce que pense
- Mercy du caractère et de la conduite de Marie-Antoinette pendant
- cette période.—Jugement du prince de Ligne.—Jugement du comte de
- Goltz.—Une page du comte d'Haussonville.
-
-
-Les derniers jours du règne de Louis XV avaient été tristes.
-Éloignée des plaisirs du Roi par son antipathie pour Mme du Barry;
-osant à peine organiser, avec la jeune famille royale, quelques
-amusements particuliers, qui eussent pu paraître une condamnation
-de ceux du vieux monarque; vivant à l'écart entre de vieilles
-filles ombrageuses et maussades et une dame d'honneur entichée de
-l'étiquette, Marie-Antoinette avait dû concentrer et contraindre ses
-vives et juvéniles aspirations. Lorsque, à dix-neuf ans, elle monta
-sur le trône, devenue tout à coup libre de ses actes, ne trouvant ni
-direction ni expérience chez un mari à peu près aussi jeune et aussi
-inexpérimenté qu'elle, et d'un caractère moins ferme, il semble qu'il
-y ait eu, chez cette nature comprimée, comme une spontanée réaction;
-la sève refoulée de la jeunesse s'épanouit et s'emporta dans toute son
-exubérance. Condamnée depuis quatre ans à un ennui officiel, la Reine
-parut comme affamée de plaisirs et de distractions. Il ne manquait
-pas, à la Cour, de gens qui partageaient avec Marie-Antoinette ce goût
-des amusements, et parmi eux, tout le premier, son beau-frère, le comte
-d'Artois. Le «prince de la jeunesse», comme on l'appelait[743], se fit
-en quelque sorte l'organisateur des fêtes de sa jeune belle-sœur.
-
-Ce furent d'abord les courses de chevaux, plaisir nouveau récemment
-importé d'Angleterre. L'anglomanie était alors à la mode. Malgré la
-sanglante réponse de Louis XV au comte de Lauraguais[744], les jeunes
-seigneurs, comme le comte d'Artois, le duc de Chartres, le duc de
-Lauzun, le marquis de Conflans, ne rêvaient que de faire adopter en
-France les habitudes anglaises. La première course eut lieu le 9 mars
-1775, dans la plaine des Sablons[745]; ce fut un cheval du duc de
-Lauzun qui remporta le prix. La Reine y vint, «belle comme le jour,»
-dit Métra, et le jour était superbe; elle y vint avec Monsieur,
-Madame, et la comtesse d'Artois. A cette course en succédèrent
-d'autres; puis ce devint un amusement régulier, qui eut lieu chaque
-semaine aux environs de Paris, et auquel la jeune souveraine prit
-un goût «extraordinaire[746]»; mais cet amusement n'était pas sans
-inconvénient. La liberté des courses autorisait une confusion fâcheuse.
-On avait élevé pour la Reine une sorte d'estrade d'où elle dominait la
-piste; c'était là que se réunissaient les principaux amateurs, et ces
-amateurs, emportés par leur ardeur, n'avaient pas toujours la tenue
-qui eût convenu. On entrait dans le pavillon en bottes et en chenille,
-et les gens graves en étaient scandalisés. Il y avait là toute une
-troupe de jeunes gens, «indignement vêtus, dit Mercy, faisant une
-cohue et un bruit à ne pas s'entendre[747],» et, au milieu d'eux, la
-famille royale, perdue en quelque sorte dans la foule sans distinction
-aucune; le comte d'Artois, courant de haut en bas, pariant, se désolant
-bruyamment quand il perdait, se livrant à une joie non moins bruyante
-quand il gagnait, s'élançant dans le peuple pour aller encourager ses
-postillons ou «jaquets» et revenant présenter à la Reine celui qui
-lui avait gagné un prix. La Reine avait beau conserver, au milieu de
-ce pêle-mêle, un air de dignité qui en diminuait les inconvénients;
-le public, ne pouvant saisir cette nuance, voyait là une familiarité
-qui semblait exclure le respect[748]. Le Roi n'avait pu se résoudre
-qu'une seule fois à assister à un de ces divertissements[749]; il ne
-dissimulait pas son mécontentement et la Reine elle-même sentait le
-peu de convenance de ces imitations anglaises; mais, entraînée par son
-ardeur, elle ne mettait pas toujours sa conduite d'accord avec ses
-sentiments[750].
-
-D'autres fois, c'étaient des courses en cabriolet[751] ou des chasses
-au daim dans le bois de Boulogne, avec le comte d'Artois. La chasse se
-terminait par un dîner dans une maison du bois. La Reine sans doute
-n'assistait jamais à ces repas, auxquels le bruit public reprochait
-d'être trop gais. Mais cependant, à Paris, on la voyait avec peine
-monter avec son beau-frère dans de petites voitures ouvertes que
-le comte conduisait lui-même, et l'on regrettait qu'elle semblât
-s'associer si complètement aux parties de plaisir d'un prince que sa
-légèreté faisait juger sévèrement[752].
-
-L'année 1776 amena d'autres divertissements. L'hiver était
-exceptionnellement rude; la neige couvrit la terre plus de six semaines
-de suite. Marie-Antoinette, qui se souvenait encore du charme qu'elle
-avait goûté dans son enfance à des courses en traîneau, voulut s'en
-donner l'amusement. Ce n'était point une nouveauté à la Cour de
-France: on retrouva dans le dépôt des écuries de Versailles de vieux
-traîneaux qui avaient servi au Dauphin, père de Louis XVI; mais on en
-fit faire des neufs, plus appropriés à la mode du jour, et la Reine,
-accompagnée de la princesse de Lamballe, charmantes toutes deux dans
-les fourrures qui les enveloppaient, se mit à courir sur la glace, avec
-les principaux seigneurs et les principales dames de la Cour. Elle
-hésitait à venir à Paris dans la crainte, disait-elle, «d'être ennuyée
-par de nouvelles histoires[753].» Les premières parties se firent
-dans le parc de Versailles; le bruit des grelots dont les harnais des
-chevaux étaient garnis, l'élégance et la blancheur de leurs panaches,
-la variété de forme des diverses voitures, l'or dont elles étaient
-rehaussées, tout cela constituait un coup d'œil charmant pour les
-spectateurs[754]. Le succès encouragea; on poussa jusqu'au bois de
-Boulogne[755]; une fois même on vint à Paris, et l'on parcourut les
-boulevards et quelques rues. Par bonté, et comme le terrain glissant et
-couvert de frimas pouvait rendre les chutes fréquentes et dangereuses,
-la Reine n'avait pas voulu être escortée de ses gardes. Mais le public
-ne comprit pas ce motif d'humanité et, accoutumé à voir les souverains
-entourés d'une pompe fastueuse, il fit un crime à Marie-Antoinette
-de cet appareil trop simple[756]. La Reine le sut: dans les années
-suivantes, elle ne fit plus que de rares courses en traîneau, et
-lorsque, en 1778, elle revint à Paris, une seule fois d'ailleurs, ce
-fut avec une suite nombreuse, en très bon ordre, et accompagnée de
-toute la Cour dans vingt et un traîneaux[757].
-
-La Reine aimait Paris; elle en aimait les spectacles; elle en aimait
-les divertissements; elle se plaisait à y prendre part, et les
-Parisiens, au début du moins, étaient heureux de ces apparitions
-fréquentes qui tenaient les acteurs en haleine et les forçaient de
-perfectionner leur jeu[758]. La Reine allait au Colisée, avec Monsieur,
-sans diamants ni coiffure, se laissant approcher par tout le monde,
-et le public applaudissait[759]. Elle allait au Palais-Royal, à un
-bal paré que donnait le duc de Chartres; mais cette fois le public
-murmurait: ce n'était point l'usage que la Reine acceptât un bal
-chez le duc d'Orléans. Le Roi l'avait permis pourtant; mais il
-n'était pas venu lui-même[760]. La Reine allait surtout aux bals de
-l'Opéra. C'était alors le rendez-vous de la bonne compagnie; les
-grands seigneurs et les dames de la Cour se réunissaient là en domino
-et s'amusaient à y intriguer. Marie-Antoinette y prenait plaisir
-elle-même. «Pour n'être pas reconnue, raconte le prince de Ligne,—ce
-qu'elle était toujours pour nous et même pour les Français qui la
-voyaient le moins,—elle s'adressait aux étrangers pour les intriguer;
-de là mille histoires et mille amants anglais, russes, suédois et
-polonais[761].»
-
-La Reine n'allait jamais seule à ces bals; elle était toujours
-accompagnée, soit de quelqu'un de sa suite, soit le plus habituellement
-des princes ou princesses de la famille royale. Un officier de garde
-se tenait à quelques pas d'elle; une de ses dames était à ses côtés,
-et, s'il lui arrivait de se promener un instant avec des hommes, ce
-n'était jamais qu'avec des personnages connus et de distinction[762].
-Mais le Roi n'y paraissait que rarement, et, tout en encourageant sa
-femme à user de ces sortes d'amusements, il s'abstenait ordinairement
-d'y prendre part[763]. Quelquefois même, Madame, avec sa politique
-«italienne», prétextait au dernier moment une indisposition, afin de
-ne point accompagner sa belle-sœur[764]. La Reine allait donc avec
-Monsieur, et le public en glosait; on n'épargnait à la jeune princesse
-ni les critiques malveillantes ni même les apostrophes directes. Une
-fois, un masque s'était enhardi jusqu'à s'approcher d'elle et à lui
-reprocher gaîment de manquer aux devoirs d'une bonne femme qui devrait
-rester près de son mari et ne pas courir les bals sans lui. La liberté
-de ces sortes de réunions faisait naître des inconvénients qui fussent
-passés inaperçus dans d'autres pays, mais que Mercy déclarait justement
-redouter avec l'étourderie et la légèreté françaises[765].
-
-Un jour, à l'Opéra, la Reine avait voulu circuler dans le bal; pour
-ne pas trahir son incognito, elle avait ordonné au chef de ses gardes
-de ne la suivre qu'à dix pas et elle s'avançait avec Monsieur et
-la duchesse de Luynes. Un masque en domino noir vint heurter assez
-rudement Monsieur, qui le repoussa d'un coup de poing. Le masque
-se plaignit à un sergent qui s'apprêtait à arrêter le prince,
-lorsque l'officier le fit reconnaître. Cet incident, fort simple en
-lui-même, donna naissance aux histoires les plus ridicules[766]. Les
-circonstances les plus ordinaires étaient aussitôt travesties, et
-rarement avec bienveillance.
-
-«L'absurdité et l'invraisemblance des mensonges qui se débitent ici
-à tout propos n'ont point de bornes,» écrivait Mercy[767]. Les gens,
-qui n'avaient pour vivre d'autre métier que d'écrire des gazettins,
-les remplissaient d'une foule d'anecdotes, inventées à plaisir pour
-la plupart, mais qui, trouvant prétexte dans ces excursions à Paris
-et ces apparitions aux bals, rencontraient crédit dans les salons et
-assuraient le débit de ces feuilles à l'étranger. Les amateurs de
-scandales s'en délectaient, et ainsi se formait autour du nom de
-Marie-Antoinette une légende malveillante qu'entretenaient les haines
-de cour, qu'ont alimentée les pamphlets, qui, reproduite dans les
-mémoires d'ennemis acharnés, exploitée par les passions de parti, est
-arrivée jusqu'à nous et que, malgré l'éclat de la vérité, l'histoire,
-exactement informée aujourd'hui, a souvent encore bien de la peine à
-dissiper; tant il est difficile, en France, de détruire une calomnie!
-
-Que n'a-t-on pas dit, par exemple, de ce qu'on a nommé l'aventure du
-fiacre? Cette aventure, la voici dans toute sa simplicité:
-
-C'était en 1779, trois ans après l'incident que nous venons de
-raconter: la Reine avait conservé le goût des bals de l'Opéra, et le
-Roi avait fini par le prendre. Tous deux y étaient venus ensemble,
-le soir du dimanche gras, et, après être restés jusqu'au matin
-dans la salle sans être reconnus, étaient revenus à Versailles
-en tête-à-tête[768]. Ils avaient formé le projet de retourner à
-l'Opéra le mardi suivant. Puis, au dernier moment, le Roi avait
-changé d'avis et engagé la Reine à aller seule à ce bal, avec une de
-ses dames d'honneur. La Reine partit donc seule avec la princesse
-d'Hénin. A Paris, elle se rendit chez le premier écuyer, le duc de
-Coigny, pour prendre une voiture particulière, qui sauvegardât son
-incognito, et c'est dans cet équipage qu'elle s'achemina vers l'Opéra.
-Malheureusement, la voiture était mauvaise: elle se brisa à quelque
-distance du théâtre. La Reine descendit avec sa dame d'honneur,
-entra, sans se démasquer, dans la maison d'un marchand de soieries,
-pendant qu'on cherchait une autre voiture, et, comme on ne pouvait en
-trouver, monta dans un fiacre qui passait et arriva ainsi à l'Opéra.
-Quelques personnes de sa suite, qui s'y étaient rendues séparément,
-l'entourèrent et ne la quittèrent plus, tout le temps qu'elle resta au
-bal, et sans qu'elle eût été reconnue. Telle fut l'histoire du fiacre,
-d'après les témoins les mieux informés[769]. La Reine cependant en
-fut un peu peinée; mais le Roi ne fit qu'en rire et y trouva matière
-à plaisanterie; les gazettiers seuls, amateurs et inventeurs de
-scandales, la travestirent en calomnies.
-
-Il n'en est pas moins vrai que ces courses à Paris, ces apparitions
-aux bals de l'Opéra avaient de réels inconvénients. La Reine, forte
-du témoignage de sa conscience et de la pureté de ses intentions,
-n'apercevait là qu'un plaisir innocent et une distraction sans
-conséquence. Mercy voyait plus juste, quand il faisait à la jeune
-princesse, sur ces passe-temps frivoles, des observations sérieuses:
-ce n'étaient que de petites fautes, mais qui produisaient une
-impression fâcheuse. La Reine, avec sa bonté naturelle et son accueil
-facile, parlait à tout le monde, et il en résultait une apparence
-de laisser-aller qui compromettait un peu sa dignité et froissait
-le public, mal habitué à cette manière d'être. On s'accoutumait peu
-à peu, même dans les actions les plus solennelles, même avec les
-meilleures intentions, à oublier le haut rang d'une souveraine, qui
-semblait ne pas vouloir s'en souvenir elle-même; la familiarité tuait
-le respect[770]. «Toujours plus près de son sexe que de son rang, a dit
-justement Rivarol, elle oubliait qu'elle était faite pour vivre et
-mourir sur un trône réel; elle voulut trop jouir de cet empire fictif
-et passager que la beauté donne aux femmes ordinaires et qui en fait
-des reines d'un moment[771].»
-
-Il ne faudrait pas cependant imputer à la Reine seule ces imprudences:
-Louis XVI en doit porter avec elle, et peut-être plus qu'elle, la
-responsabilité. Chef de famille et chef d'État, c'était à lui à
-comprendre le tort que ces courses à Paris pouvaient faire à sa
-femme; c'était à lui à l'en avertir et, au besoin, à lui interdire
-des distractions, innocentes en elles-mêmes, sans contredit, mais qui
-prêtaient le flanc à la critique. Il ne le faisait pas: loin de là,
-non seulement il autorisait ces plaisirs, mais il était le premier à
-engager Marie-Antoinette à s'y livrer[772]; et lorsque Marie-Thérèse,
-alarmée, pour le crédit de sa fille, des bruits qui lui arrivaient
-de Paris, et se faisant, de Vienne, l'écho sévère des observations
-de Mercy, écrivait que ces amusements «où la chère Reine se trouvait
-sans ses belles-sœurs et le Roi, lui avaient causé bien de tristes
-moments[773]», la jeune femme avait le droit de répondre que, ces
-amusements, le Roi les connaissait et les approuvait, et qu'elle ne
-pouvait mal faire en cédant aux instances de son mari[774].
-
-«Parmi les bruits qui s'élèvent contre la gloire et la considération
-essentielles à une Reine de France, écrivait Mercy le 17 décembre 1776,
-il en est un qui paraît plus dangereux et plus fâcheux que les autres.
-Il est dangereux, parce que, de sa nature, il doit faire impression
-sur tous les ordres de l'État, et particulièrement sur le peuple; il
-est fâcheux, parce qu'en retranchant les mensonges et les exagérations
-inséparables des bruits publics, il reste néanmoins un nombre de faits
-très authentiques auxquels il serait à désirer que la Reine ne se
-fût jamais prêtée. On se plaint assez publiquement que la Reine fait
-et occasionne des dépenses considérables. Ce cri ne peut aller qu'en
-augmentant, si la Reine n'adopte bientôt quelque principe de modération
-sur cet article. Il n'a commencé que depuis la mort du feu Roi; mais il
-est déjà bien considérable[775].»
-
-Chose étrange, Marie-Antoinette, Dauphine, n'avait jamais eu aucun
-goût de dépense. Elle avait même semblé plutôt «pencher vers une
-économie un peu stricte».—«Il n'y a pas d'exemple,» écrivait
-l'ambassadeur, que Mme la Dauphine ait fait de son propre mouvement
-quelque libéralité marquée[776].» Un an plus tard, il observait encore
-avec chagrin que «Mme l'Archiduchesse n'avait donné que bien rarement
-des marques de disposition aux largesses[777]», et il se demandait,
-non sans inquiétude, quel usage il pourrait faire des mille louis
-que l'Impératrice l'avait autorisé à mettre à la disposition de sa
-fille[778]. En montant sur le trône, Marie-Antoinette pouvait, en
-toute justice, se vanter de n'avoir jamais fait de dettes[779]. Au
-début même de son règne, elle s'était montrée résolue à éviter toute
-dépense «inutile ou superflue», et elle avait renoncé sans regret à des
-amusements susceptibles de devenir dispendieux et embarrassants[780].
-Puis, bientôt, éblouie par l'éclat de sa grandeur nouvelle, entraînée
-par ses amies, elle se lança dans le tourbillon des plaisirs et du
-luxe. Dauphine, elle dépensait peu pour sa toilette[781]; quoiqu'elle
-aimât beaucoup les bijoux, on l'avait vue refuser des pendants
-d'oreilles en brillants que Mme du Barry offrait de lui faire donner
-par Louis XV[782]. Une fois sur le trône, son goût pour les pierreries
-s'affirma avec plus de force et elle ne sut plus y résister. En janvier
-1776, c'étaient des girandoles d'une valeur de 400.000 francs qu'elle
-achetait, et il fallait demander au marchand un délai de quatre ans
-pour en acquitter le prix[783]. Six mois après, c'étaient des bracelets
-de 250.000 livres. «Cette emplette, disait Mercy, s'est décidée par
-tentation des entours de la Reine et par protection accordée à quelques
-joailliers[784].» Mais, cette fois, la cassette de la jeune femme,
-largement entamée par l'acquisition des girandoles, se trouva tout
-à fait insuffisante. Il fallait pourvoir au déficit: on vendit des
-bijoux; puis la Reine, «avec une répugnance extrême,» se décida à
-demander deux mille louis à son mari. Le Roi fit quelques observations
-et versa la somme[785]. Marie-Thérèse fut moins patiente; elle adressa
-à sa fille de vifs reproches.
-
-«Ces sortes d'anecdotes percent mon cœur, surtout pour l'avenir, lui
-écrivit-elle, avec son style vif et incorrect: celle des diamants m'a
-humiliée. Cette légèreté française, avec toutes ces extraordinaires
-parures! Ma fille, ma chère fille, la première reine, le deviendrait
-elle-même! Cette idée m'est insupportable[786]!»
-
-La Reine fut piquée de ces reproches: «Voilà que mes bracelets sont
-arrivés à Vienne,» dit-elle avec humeur en lisant cette lettre de sa
-mère; «je gage que cet article vient de ma sœur Marie[787]!» Ne sachant
-que répondre, elle affecta de tourner la chose en plaisanterie et
-traita l'achat des bracelets de «bagatelle[788]». L'Impératrice reprit
-vivement:
-
-«Vous passez fort légèrement sur les bracelets, dit-elle; mais cela
-n'est pas tel que vous voulez l'envisager. Une souveraine s'avilit
-en se parant, et encore plus si elle pousse cela à des sommes si
-considérables, et en quel temps! Je ne vois que trop cet esprit de
-dissipation; je ne puis me taire, vous aimant pour votre bien, non pour
-vous flatter[789].»
-
-Marie-Thérèse avait raison; son langage était sévère, mais cette
-sévérité était légitime et ces craintes n'étaient que trop fondées.
-Derrière ces dépenses excessives, on voit apparaître, dans l'avenir,
-comme un menaçant fantôme, le procès du Collier.
-
-Après les achats de diamants[790], le jeu. Là aussi, la Reine subissait
-des entraînements. Dauphine, elle avait manifesté une assez vive
-répulsion pour ce genre de plaisir[791]; Reine même, elle avait
-longtemps refusé de jouer[792]. Puis le goût était né avec la société
-des favorites et l'exemple du comte d'Artois, et n'avait pas tardé à
-être très vif. «Son jeu est devenu fort cher, écrivait Mercy; elle
-ne joue plus aux jeux de commerce, dont la perte est nécessairement
-bornée; le lansquenet est devenu son jeu ordinaire, et parfois le
-pharaon, lorsque son jeu n'est pas entièrement public[793].» Le Roi
-désapprouvait ce gros jeu; mais on se cachait de lui. Lorsqu'il venait
-chez la princesse de Guéménée, on enlevait les cartes un quart d'heure
-avant son arrivée; puis on les reprenait après son départ. On jouait
-aussi chez la princesse de Lamballe. Louis XVI lui-même, avec sa trop
-facile bonté, se prêtait parfois à ces fantaisies de la société de la
-Reine; il se contentait d'en plaisanter au lieu de les interdire; le
-public murmurait, et les dames de la Cour se plaignaient.
-
-Une fois, pendant un séjour à Fontainebleau, la Reine eut envie de
-jouer au pharaon; elle demanda à son mari la permission de faire venir
-des banquiers de Paris. Le Roi fit quelques objections, représenta
-le danger d'autoriser, par l'exemple de la Cour, des jeux interdits
-par les ordonnances de police, même chez les princes du sang; puis il
-céda et accorda la permission demandée, ajoutant que cela ne tirerait
-pas à conséquence, pourvu qu'on ne jouât qu'une soirée. Les banquiers
-arrivèrent le 30 octobre et taillèrent toute la nuit et la matinée du
-31, chez la princesse de Lamballe, où la Reine resta jusqu'à 5 heures
-du matin; après quoi Sa Majesté fit encore tailler le soir et bien
-avant dans la matinée du 1er novembre, jour de la Toussaint. La Reine
-joua elle-même jusqu'à près de trois heures du matin. Le grand mal de
-cela était qu'une pareille veillée tombait dans la matinée d'une fête
-solennelle, et il en est résulté des propos dans le public. La Reine se
-tira de là par une plaisanterie, en disant au Roi qu'il avait permis
-une séance de jeu, sans en déterminer la durée, qu'ainsi on avait
-été en droit de la prolonger pendant 36 heures. Le Roi se mit à rire
-et répondit gaiement: «Allez, vous ne valez rien, tous tant que vous
-êtes[794].» Il fit plus, il poussa la faiblesse jusqu'à faire revenir
-lui-même les banquiers, le 11 novembre[795]. Était-ce avec une pareille
-condescendance qu'on pouvait mettre un frein à cette passion de jeu qui
-dérangeait les finances de la Reine et compromettait son crédit[796]?
-
-Hâtons-nous de dire pourtant qu'au milieu de ces entraînements et
-de cette société encore infestée de la corruption de Louis XV,
-parmi cette jeunesse un peu mêlée et parfois entreprenante que de
-pareils amusements attiraient à Versailles ou à Fontainebleau,
-Marie-Antoinette savait toujours garder une contenance qui commandait
-le respect et retenait la liberté des propos[797]. L'ardeur même avec
-laquelle elle se livrait aux frivolités ne changeait ni son esprit ni
-le fond de son caractère, et Mercy demeurait convaincu que «l'un et
-l'autre, naturellement enclins au bien, l'effectueraient de préférence,
-dans des temps tranquilles et recueillis, et qu'enfin l'effet de
-toutes les grandes qualités de la Reine n'était que suspendu par une
-dissipation démesurée, sans rien ôter à l'espoir d'un retour plus
-favorable à ses intérêts et à sa gloire[798]».—«Dans l'exacte vérité,
-disait-il, il y a moins à se plaindre du mal qui existe que du défaut
-de tout le bien qui pourrait exister[799].»
-
-Chose plus extraordinaire, cette passion de plaisirs n'altérait pas
-sensiblement le fond de piété que la Reine devait aux principes
-de sa mère et aux instructions de son père; en dépit de torts que
-l'ambassadeur ne cessait de signaler à l'Impératrice, la plupart du
-temps en les grossissant[800], Marie-Antoinette continuait à donner
-à la Cour l'exemple de la régularité dans les pratiques religieuses;
-et elles amenaient souvent des temps d'arrêt dans le tourbillon de
-frivolités que nous avons dépeint[801], mais dont il ne faudrait pas
-exagérer le caractère.
-
-On a voulu abuser, contre la jeune femme, de quelques imprudences, et
-surtout de prétendues révélations dues à la fatuité de certains hommes
-admis dans son intimité; on a parlé des _amours_ de Marie-Antoinette.
-L'histoire vraie a fait justice de ces calomnies. Pendant cette période
-de dissipation, au point de vue moral, il n'y eut pas une seule faute
-de commise. «En tout ce qui concerne les mœurs, il n'y a pas eu, dans
-la conduite de la Reine, la moindre nuance qui n'ait porté l'empreinte
-de l'âme la plus vertueuse, la plus droite, la plus rigide sur tous
-les principes qui tiennent à l'honnêteté du caractère... Personne
-n'est plus intimement convaincu de cette vérité que le Roi[802].» Tel
-est le témoignage que Mercy a rendu à la princesse, dès le début de
-son règne, et que confirment toutes ses correspondances ultérieures;
-tel est celui que lui rendit un peu plus tard, après l'avoir observée
-de près avec une rigueur presque malveillante, un frère sévère et mal
-disposé pour elle, Joseph II. Et, après avoir étudié scrupuleusement
-les rapports de l'ambassadeur, de ce fidèle et loyal serviteur, de ce
-témoin consciencieux, qui dit tout, qui force même le tableau, afin
-de provoquer de vives remontrances de la part de l'Impératrice et des
-réflexions sérieuses de la part de la Reine[803], qui ne cache pas les
-imprudences et qui, s'il y en avait eu, n'eût pas davantage dissimulé
-les fautes[804], mais qui n'en a pas trouvé une seule à signaler à la
-sollicitude de Marie-Thérèse; après avoir étudié ces rapports, il n'y a
-pas un historien impartial qui ne s'associe aux paroles de Mercy et de
-Joseph II, et qui ne dise, avec l'éminent éditeur de la correspondance
-de Mercy, qu'on ne peut désormais descendre «à répéter les médisances,
-les calomnies, les erreurs grossières de Besenval, de Lauzun et de
-Soulavie[805]»; pas un qui ne souscrive à ces lignes d'un des hommes
-qui ont approché le plus près et le mieux connu Marie-Antoinette. «Sa
-prétendue galanterie ne fut jamais qu'un sentiment profond d'amitié,
-et peut-être distingué pour une ou deux personnes, et une coquetterie
-générale de femme ou de reine pour plaire à tout le monde. Dans le
-temps même où la jeunesse, le défaut d'expérience pouvaient engager à
-se mettre trop à son aise vis-à-vis d'elle, il n'y eut jamais aucun
-de nous, qui avions le bonheur de la voir tous les jours, qui osât en
-abuser par la plus petite inconvenance; elle faisait la reine sans s'en
-douter, on l'adorait sans songer à l'aimer[806].»
-
-Un homme qui a vu Marie-Antoinette de près, comme le prince de
-Ligue, sans être pourtant de sa société, mais qui l'a vue jusqu'à la
-fin, le baron d'Aubier, ne pense pas sur ce point autrement que le
-spirituel écrivain: «Toujours sur le trône, dit-il dans un langage
-un peu alambiqué, on lui eût plus aisément pardonné de tout effacer;
-descendue dans les salons de l'amitié, la meilleure des amies, avec
-toutes les prétentions d'une Française, n'y vit plus que la rivale qui
-lui arrachait le sceptre du salon. Antoinette y fut un peu coquette,
-sans être galante; mais tout ce qui lui eût pardonné d'être galante
-à l'excès ne lui pardonna pas de plaire excessivement; les fats,
-détrompés avec autant de dignité que d'indulgence, au premier mot
-qu'ils glissèrent, devinrent les chevaliers de la haine de leurs
-consolatrices, uniquement parce qu'Antoinette n'avait pas été ce qu'ils
-disaient[807].»
-
-Le ministre de Prusse lui-même, le comte de Goltz, si hostile à la
-Reine, toujours à l'affût des moyens de ruiner son crédit et qui
-déclarait qu'_avec de la malignité_ la conduite de Marie-Antoinette
-pourrait être interprétée défavorablement, était obligé de convenir
-«qu'on ne pouvait s'arrêter à personne en particulier et qu'il n'y
-avait là qu'un désir de plaire à tout le monde[808]».
-
-Récemment encore, un historien distingué, publiant et résumant les
-souvenirs de son père, jeune encore sous le règne de Louis XVI, mais
-déjà observateur pénétrant et sagace, et, à cause de sa jeunesse même,
-plus à portée de bien voir les choses, parce qu'on ne se fût pas méfié
-de lui, a écrit la page suivante, qui complète et confirme le jugement
-du prince de Ligne.
-
-«J'ai toujours entendu dire à mon père, dont les souvenirs d'enfance
-étaient très précis, que l'aspect de ces réunions,—à Trianon—était
-des plus innocents; que la Reine s'y comportait avec une grâce et
-une convenance exquises; qu'entre ces femmes, la plupart si jeunes,
-quelques-unes si belles, et le petit nombre d'hommes admis dans leur
-intimité, le ton le plus parfait ne cessait de régner. On affectait
-de s'affranchir de l'étiquette, parce que la Reine le voulait. On
-faisait mine de la traiter comme toute autre femme, parce que c'était
-une manière détournée de lui faire sa cour; mais le respect demeurait
-entier, à travers cette familiarité de convention, et la retenue se
-faisait encore sentir, sous ce feint abandon. La Reine seule parvenait
-à se faire illusion. Elle se félicitait, avec une entière bonne foi,
-d'avoir introduit à la Cour de France les usages de la débonnaire
-Autriche. Suivant mon père, dans ce cercle si réduit, composé de ses
-intimes les plus privés et les plus à sa dévotion, son attitude était
-celle d'une femme soigneuse de ses devoirs, attachée à son mari, que
-son intérieur très grave incommodait un peu, et qui allait chercher au
-plus près, et au moindre risque possible, les distractions naturelles
-à son âge. Des hommes, qui passaient pour aimables et qui étaient à la
-mode, y furent peu à peu introduits. Ils étaient bien accueillis de la
-Reine; mais aucun ne parut jamais avoir été particulièrement distingué
-par elle. Ainsi, beaucoup de laisser-aller, pas mal d'étourderie,
-peut-être un peu de coquetterie, mais une coquetterie générale et
-sans but; nulle apparence de manège, aucune ombre d'intrigue: voilà
-ce qui apparut à mon père. C'est dire qu'il n'a jamais ajouté foi
-aux attachements ou sérieux ou frivoles qu'on a prêtés à la reine
-Marie-Antoinette. Il traitait ces bruits de folies ou de sottises; on
-le mettait de mauvaise humeur quand on paraissait y croire[809].»
-
-Cette page de M. d'Haussonville nous amène tout naturellement à
-l'indication des causes véritables de cette période de dissipation
-que nous avons signalée dans la vie de la Reine. Si la jeune et vive
-souveraine s'est laissé, pendant quelques années, emporter à un goût
-de frivolités et de plaisirs que ses vrais amis s'efforçaient, trop
-souvent en vain, de modérer, il importe de savoir par qui elle y fut
-entraînée et pourquoi.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- Société de la Reine.—La princesse de Lamballe.—Sa nomination
- comme surintendante de la Maison de la Reine.—La comtesse
- de Dillon.—La princesse de Guéménée.—La comtesse Jules de
- Polignac.—Faveurs accordées à la famille de Polignac.—La
- Société Polignac.—Le comte de Vaudreuil.—Le comte d'Adhémar.—Le
- baron de Besenval.—Le duc de Guines.—Le duc de Lauzun.—Les
- étrangers.—La Marck.—Esterhazy.—Stedingk.—Fersen.—Rivalité
- des favorites.—Déclin du crédit de la princesse de
- Lamballe.—Influence croissante de Mme de Polignac.—Inconvénients
- de cette influence.—La Reine ne sait pas résister aux
- sollicitations de ses amis.—Causes vraies de la dissipation de
- Marie-Antoinette.
-
-
-«Cette auguste princesse, écrivait Mercy, si intéressante par les
-qualités uniques de son esprit et de son caractère, serait sans
-reproche, si on la laissait à elle-même; c'est à ses indignes entours
-qu'il faut s'en prendre, et je les combattrai jusqu'au dernier moment,
-avec la même fermeté que je leur ai toujours montrée[810].»
-
-Cette société de la Reine, que l'ambassadeur jugeait si sévèrement et
-qui a fait tant de tort à l'infortunée souveraine, il est temps de la
-présenter à nos lecteurs.
-
-N'étant encore que Dauphine, Marie-Antoinette avait remarqué, aux bals
-de sa dame d'honneur, la comtesse de Noailles[811], une jeune femme
-aux grands yeux tranquilles, aux longs cheveux bouclés, au teint
-éblouissant, à la taille ondoyante et souple[812], avec une physionomie
-douce, que rehaussait encore l'auréole du malheur. Épouse à 18 ans,
-veuve à 19 de l'indigne fils du duc de Penthièvre[813], Marie-Thérèse
-de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, n'avait connu du mariage
-que les désillusions et les tristesses. C'était un cœur délicat et
-tendre, qui n'eut que deux attachements: celui de son beau-père, dont
-elle soutenait la vieillesse et partageait la bienfaisance; celui de
-la Reine, à laquelle, dans les jours d'épreuve, elle apporta le plus
-décisif témoignage d'affection, le témoignage du sang. Marie-Antoinette
-la vit; elle l'aima de prime abord, séduite peut-être par l'élégance
-de sa démarche, véritable type de la grâce,—car la Reine était comme
-naturellement attirée vers tout ce qui était gracieux[814],—séduite
-plus encore par la limpidité de son regard, la sensibilité de son âme,
-et ce je ne sais quoi de mélancolique et de rêveur qu'une vie, déjà si
-éprouvée dans un âge si tendre, avait jeté sur cette jeune italienne,
-blonde comme une femme du Nord. Avec l'affection naquit la confiance,
-avec la confiance, l'intimité. L'avènement de la Reine ne fit que
-resserrer ces liens, et, dans l'hiver de 1776, nous retrouvons les deux
-amies, associées dans ces promenades en traîneau, qui d'abord amusèrent
-Paris, puis bientôt le firent murmurer; toutes deux l'une près de
-l'autre, confondant leur fraîcheur et leurs sourires, mêlant en quelque
-sorte les boucles de leurs cheveux et l'éclat de leur gaieté; toutes
-deux abritant sous d'épaisses fourrures la souplesse de leur taille et
-les roses de leur visage; belles et radieuses comme «le printemps, sous
-la martre et l'hermine[815]».
-
-Mme de Lamballe fut la seule liaison de la Dauphine[816], la première
-et la plus longue liaison de la Reine. Pendant plusieurs années,
-son influence fut prépondérante, et, quelque respect qu'inspire
-un dévouement, dont l'héroïsme fut poussé jusqu'au martyre, cette
-influence ne fut pas toujours heureuse. Esprit un peu étroit[817],
-caractère honnête mais ombrageux[818], Mme de Lamballe, par certaines
-prétentions inusitées, par des ambitions qui semblaient peu
-désintéressées, soit pour elle, soit pour les siens, mit plus d'une
-fois la Cour en rumeur, et le public en courroux[819]. Son frère, le
-prince de Carignan, obtenait, grâce à elle, trente mille francs de
-pension et un régiment d'infanterie[820], au grand mécontentement
-du ministre, qui n'avait pas été consulté, et des officiers, qui
-aspiraient au grade de colonel. Elle-même, six mois après, était nommée
-surintendante de la maison de la Reine[821]. La comtesse de Noailles,
-devenue maréchale de Mouchy, ayant donné sa démission sous prétexte
-d'accompagner son mari dans son gouvernement de Guyenne[822], mais
-au fond par jalousie contre l'influence croissante de la favorite,
-Marie-Antoinette, qui voyait sans regret s'éloigner une dame d'honneur
-qu'elle n'avait jamais aimée, s'empressa de profiter de son départ
-pour obtenir du Roi le rétablissement de la place de surintendante, en
-faveur de Mme de Lamballe[823]. «Jugez de mon bonheur, écrivait-elle
-au comte de Rosemberg; je rendrai mon amie heureuse, et j'en jouirai
-encore plus qu'elle[824].» Mais le rétablissement d'un poste, supprimé
-depuis plus de trente ans, ne laissait pas que de présenter de graves
-inconvénients, au moment même où l'on entrait dans la voie des réformes
-et de l'économie. Le traitement de la surintendante était primitivement
-de quinze mille livres, et trente mille d'extraordinaire pour tenir une
-table à la Cour. La dernière titulaire, Mlle de Bourbon, avait trouvé
-moyen, par le crédit de son père et sous différentes dénominations, de
-faire porter ce chiffre à cinquante mille écus, soit cent cinquante
-mille livres. La princesse de Lamballe émit de pareilles prétentions,
-et Maurepas, qui vit là un moyen de se faire bien voir de la Reine,
-décida le Roi à agréer la demande de Mme de Lamballe; le traitement de
-la nouvelle surintendante fut arrêté à cinquante mille écus[825].
-
-La fixation des attributions de la charge rétablie n'offrit pas moins
-de difficultés. Certaines de ces prérogatives étaient exorbitantes.
-Pour n'en citer qu'une, aucune dame de la Reine ne pouvait exécuter un
-ordre donné par elle, sans avoir été prendre préalablement l'attache
-de la surintendante. On voulut réformer cet abus; un nouveau règlement
-fut fait par l'abbé de Vermond; mais Mme de Lamballe refusa de s'y
-soumettre, alléguant que son beau-père ne consentait pas à ce qu'elle
-acceptât un poste déchu de son antique splendeur. La Reine céda aux
-sollicitations de son amie, et toute sa Maison fut en rumeur. La
-princesse de Chimay hésitait à prendre la place de dame d'honneur, la
-comtesse de Mailly, celle de dame d'atours, parce qu'il leur semblait
-que le rétablissement de la surintendance ne laissait plus à leurs
-fonctions qu'une importance subalterne. Marie-Antoinette s'irrita de
-voir ainsi marchander ses faveurs; elle ordonna. Mesdames de Chimay et
-de Mailly s'inclinèrent; mais le mécontentement subsista.
-
-Les inconvénients ne tardèrent pas à se faire sentir. La princesse
-de Lamballe, très attachée au cérémonial[826] et d'autant plus raide
-sur ses prérogatives qu'elle les sentait plus contestées, froissait
-souvent quelqu'une des dames de la Reine; c'étaient spécialement des
-disputes continuelles avec la dame d'honneur et la dame d'atours. Ces
-discussions incessantes, dont le bruit parvenait jusqu'à la Reine,
-finirent par l'agacer; elle sut mauvais gré à Mme de Lamballe d'être
-l'occasion et la cause de ces querelles, et, son affection en étant
-refroidie[827], elle se mit en quête d'autres amies. Un instant, son
-goût la porta vers une jeune femme, d'origine irlandaise, la comtesse
-de Dillon[828]. Grande et bien faite, quoique un peu maigre, Mme de
-Dillon avait un visage charmant, une voix sympathique où se reflétait
-la douceur de son âme[829]. Marie-Antoinette fut attirée par cette
-douceur; mais bientôt les demandes indiscrètes de la nouvelle favorite,
-que poussait une mère intrigante, Mme de Roth, blessèrent la Reine, et
-elle ne traita plus Mme de Dillon qu'avec la bonté ordinaire qu'elle
-témoignait aux femmes de la Cour[830].
-
-Le crédit de la princesse de Guéménée fut plus durable. Par sa
-naissance,—elle était fille du prince de Soubise;—par sa place,—elle
-était, quoique la Reine ne fût pas encore mère, gouvernante des Enfants
-de France, en survivance de sa tante la comtesse de Marsan,—Mme de
-Guéménée tenait un grand état à la Cour. Elle réunissait chez elle une
-société brillante, et Marie-Antoinette se plaisait à y aller passer
-des soirées. Mercy avait, au début, encouragé cette intimité; lié avec
-la princesse, il surveillait plus facilement ce qui se passait chez
-elle[831], et il voyait là, d'ailleurs, un contrepoids à l'influence
-de Mme de Lamballe. Les affections de sa royale pupille l'inquiétaient
-moins en se divisant; elles perdaient en profondeur ce qu'elles
-gagnaient en étendue[832]. Mais la société de Mme de Guéménée ne
-présentait pas moins d'inconvénients que celle de la surintendante. Si
-ce qu'on appelait le _Palais-Royal_, c'est-à-dire le duc de Chartres
-et son entourage, se réunissait chez Mme de Lamballe, le salon de
-la gouvernante des Enfants de France était le rendez-vous de tous
-les partisans de Choiseul. Ses bals étaient bruyants[833]; son jeu,
-effréné, et, qui pis est, suspect; ses amis, intrigants et indiscrets.
-Cette société était composée presque exclusivement de jeunes gens,
-habitués aux conversations libres, disposés à ce défaut, si grave
-chez les personnages haut placés, et auquel la Reine était inclinée
-elle-même, de jeter le ridicule sur les hommes et les institutions.
-Quoique, par son maintien, elle imposât respect à ceux qui
-l'entouraient, et contînt les écarts de langage[834], Marie-Antoinette
-sentit le danger de cette intimité, et, sans y renoncer complètement,
-elle modéra ses visites chez la gouvernante[835].
-
-A vrai dire, c'était plus le goût des plaisirs que le goût pour la
-personne qui entraînait la Reine chez la fille du prince de Soubise,
-c'était la politique qui l'y retenait. Ce fut le cœur seul qui présida
-à une nouvelle liaison, plus durable que celle de Mme de Lamballe,
-puisqu'elle ne connut guère d'éclipse; aussi profonde, puisque, comme
-elle, elle ne fut brisée que par la mort, la liaison avec Mme de
-Polignac.
-
-Mariée, à 17 ans, au comte Jules de Polignac, Gabrielle-Yolande de
-Polastron avait vécu longtemps à Claye, dans une demi-retraite, assez
-conforme à ses goûts et commandée par sa situation de fortune. Ce fut à
-25 ans seulement, après la mort de Louis XV, qu'elle vint à Versailles,
-où l'attirait sa belle-sœur, la comtesse Diane de Polignac, nommée dame
-de la comtesse d'Artois; elle parut à la Cour et y fut tout d'abord
-remarquée. Son visage d'un ovale parfait, sauf la forme défectueuse et
-la couleur trop foncée du front[836], ses traits angéliques[837], ses
-grands yeux bleus[838], ses longs cheveux bruns, sa bouche charmante,
-ses dents superbes, son cou bien détaché, ses épaules bien prises, sa
-taille moyenne, mais qui paraissait plus grande qu'elle n'était en
-réalité, lui donnaient l'aspect de la grâce, plutôt que de la beauté.
-Un nez un peu en l'air, sans être retroussé[839], un regard profond, où
-se reflétaient de grands étonnements naïfs, un sourire enchanteur[840],
-je ne sait quelle langueur nonchalante, je ne sais quelle attitude
-négligée, qui rappelait la _morbidezza_ italienne, une simplicité
-pleine de naturel et qui contrastait avec les prétentions bruyantes
-des autres femmes de la Cour, ajoutait à sa physionomie quelque chose
-d'attrayant, et de piquant à la fois[841]. «Jamais figure n'avait
-annoncé plus de charme et de douceur que celle de Mme de Polignac, dit
-le comte de la Marck; jamais maintien n'avait annoncé, plus que le
-sien, la modestie, la décence et la réserve[842].»—«Elle avait, dit de
-son côté le duc de Lévis, une de ces têtes où Raphaël savait joindre
-une expression spirituelle à une douceur infinie. D'autres pouvaient
-exciter plus de surprise et plus d'admiration; mais on ne se lassait
-pas de la regarder[843].» Ce n'était point une femme d'esprit; ce
-n'était pas davantage une femme instruite: c'était une femme du monde,
-parlant peu, maîtresse d'elle-même[844], d'une fidélité constante à
-ses amis, et cachant peut-être, sous une candeur apparente, plus de
-ténacité et de finesse qu'il ne semblait.
-
-Marie-Antoinette vit la comtesse Jules de Polignac à ses bals, et
-s'étonna de ne l'y avoir point encore vue. La comtesse répondit que
-la médiocrité de sa fortune ne lui permettait pas de résider à la
-Cour. Cet aveu naïf et habile augmenta l'intérêt de la Reine: douce et
-gracieuse, Mme de Polignac lui plaisait; pauvre, elle lui plut bien
-davantage. Il lui semblait qu'il y avait là une injustice du sort à
-réparer: la tenue réservée, les goûts modestes, la candeur de la jeune
-femme l'attiraient; elle crut avoir trouvé ce qu'elle cherchait depuis
-longtemps, un cœur qui sympathisait pleinement avec le sien, ennemi,
-comme elle, du faste et de la représentation, ouvert aux seuls charmes
-de l'amitié. Elle résolut de s'attacher la nouvelle venue par le plus
-indissoluble des liens, par le lien des bienfaits, et de goûter avec
-elle la suprême jouissance qu'elle rêvait, le calme et la simplicité de
-la vie privée au milieu des splendeurs et des tracas de la vie publique.
-
-S'il faut en croire Mme Campan, Mme de Polignac, sur le conseil de ses
-amis, aurait eu recours à un ingénieux stratagème pour enflammer et
-fixer, en l'irritant, l'affection naissante de la jeune souveraine.
-Une lettre adroitement combinée, un faux départ, semblable à celui
-de la nymphe de Virgile, qui se laisse voir avant de s'enfuir, une
-explication touchante, rejetant sur la seule exiguité d'une fortune
-incapable de subvenir aux dépenses de la vie de Versailles toute la
-responsabilité de ce départ qui affligeait Marie-Antoinette, aurait
-attendri le cœur de la Reine, et, en y assurant la prédominance de
-la comtesse, retenu définitivement les Polignac à la Cour[845]. Quoi
-qu'il en soit de l'authenticité de cette anecdote, ce qui est certain,
-c'est que les grâces de toute sorte ne tardèrent pas à pleuvoir sur
-les nouveaux favoris. Le grand reproche que l'histoire a le droit
-d'adresser à Mme de Polignac, c'est d'avoir manqué de désintéressement,
-sinon pour elle-même, du moins pour sa famille et pour ses amis.
-
-Assurément, comme l'a fait remarquer justement le comte de la Marck,
-la haute position que la comtesse occupa bientôt à la Cour, les fêtes
-qu'elle dut donner, l'obligation de tenir une maison, devenue pendant
-quelque temps celle de la Reine, et où le Roi lui-même se montra
-quelquefois, nécessitaient des dépenses auxquelles il lui eût été
-impossible de subvenir sans de larges avantages pécuniaires[846].
-Un ministre, honnête homme et économe des deniers de l'État, le
-contrôleur général d'Ormesson, convenait même que, vu les grands frais
-auxquels ils étaient forcés, les demandes des Polignac n'étaient pas
-excessives[847]. Mais quand on leur voyait donner 400.000 livres pour
-payer leurs dettes[848], 800.000 pour la dot de leur fille[849],
-avec la place de capitaine des gardes pour leur futur gendre, le
-duc de Guiche[850]; quand on les voyait, non contents de pareils
-dons, solliciter encore l'octroi d'un domaine royal, le comté de
-Bitche, qui valait cent mille livres de rente[851], et, à défaut du
-comté de Bitche, obtenir, le 2 juin 1782, la terre de Fénestrange,
-qui rapportait encore soixante ou soixante-dix mille livres[852],
-puis, quinze mois après, une pension de 80.000 livres sur le trésor
-royal[853], et enfin, le 1er janvier 1786, la Direction générale des
-postes et haras[854], on commençait à trouver les faveurs exagérées et
-les prétentions exorbitantes.
-
-Ce n'était pas tout: avec les pensions, il y avait les places. Le
-vicomte de Polignac, père du comte Jules, homme d'une capacité
-médiocre, était pourvu d'un des postes les plus recherchés, l'ambassade
-de Suisse, au détriment du propre frère du ministre des affaires
-étrangères, le président de Vergennes[855]. Le comte lui-même avait la
-survivance de la charge de premier écuyer de la Reine, avec douze mille
-livres de pension et l'usage des chevaux et équipages. C'était une
-augmentation de dépenses de près de 80.000 livres, à une époque ou l'on
-avait pris la résolution, par économie, de supprimer les survivances.
-C'était, en outre, une déception et un froissement pour le titulaire
-en exercice, le comte de Tessé, qui, suivant la tradition, avait le
-droit de présenter lui-même son survivancier, et pour la puissante
-famille des Noailles, alliée de Tessé, en même temps que la place de
-capitaine des gardes, promise au duc de Guiche, gendre de la comtesse,
-mécontentait les Civrac[856].
-
-Maurepas, qui, en vieux courtisan, adorait le soleil levant, prêtait
-son concours, par politique, aux exigences des Polignac; la Reine s'y
-intéressait, par affection, et quoique elle allât souvent moins loin
-que Maurepas, quoique, en diverses circonstances, ce fût le ministre
-qui, malgré Marie-Antoinette, eût forcé la main au Roi pour les plus
-exorbitantes de ces grâces[857], ce n'était point au ministre que
-l'opinion s'en prenait, c'était à la Reine. Tant de biens prodigués
-à une seule famille,—Mercy prétendait qu'en quatre ans les Polignac
-s'étaient procuré, tant en grandes charges qu'en autres dons, pour près
-de 500.000 livres de revenus annuels[858],—tant de biens prodigués
-à une seule famille ne mécontentaient pas seulement la Cour, ils
-indisposaient le public. «Sa Majesté croit avoir sacrifié à l'amitié,
-écrivait l'ambassadeur, et le public ne veut voir qu'engouement et
-aveuglement pour la comtesse de Polignac[859].»
-
-Si Mme de Polignac eût été laissée à elle-même, son influence n'eût
-pas été dangereuse[860]. Douce et indolente, sincèrement attachée à
-Marie-Antoinette, elle eût joui, sans arrière-pensée, d'une amitié
-qu'elle partageait, et ne se fût point livrée à des sollicitations
-qui dérangeaient sa tranquillité et coûtaient peut-être à son cœur.
-Mais il s'était formé autour d'elle une société de jeunes hommes et
-de jeunes femmes qui se servaient de sa faveur et exploitaient son
-crédit. C'était d'abord sa propre belle-sœur, la comtesse Diane de
-Polignac, celle qui avait été l'instrument de sa fortune, en l'appelant
-à la Cour; femme d'esprit, mais intrigante et fausse[861], qui,
-malgré une réputation équivoque, se fit nommer dame d'honneur de Mme
-Élisabeth[862].
-
-C'était le comte de Vaudreuil, que la malignité publique accusait
-d'être trop intimement lié avec la favorite[863], et qui exerçait sur
-elle un empire absolu. D'une jolie figure, de manières élégantes, bon
-musicien, protecteur des arts, qu'il cultivait lui-même[864], un des
-rares hommes qui, suivant le mot du prince Henri, savaient parler aux
-femmes[865], mais emporté jusqu'à briser, un jour, dans un accès de
-colère, pour une bille bloquée, la queue de billard d'ivoire de la
-Reine[866], M. de Vaudreuil gâtait des dons réels par un caractère
-violent et avide[867]. D'une personnalité absorbante, prétendant
-intervenir en toutes choses, rien ne lui coûtait pour arriver à ses
-fins, et ses fins se rapportaient ordinairement à son propre intérêt.
-Grâce à son influence sur la favorite, c'était lui qui composait à son
-gré ce qu'on nommait la société Polignac, et qui y disposait des places
-et des honneurs[868].
-
-Ami intime du comte de Vaudreuil, le comte d'Adhémar était doué de
-ces qualités superficielles, mais brillantes, qui réussissent dans
-le monde: de l'esprit, un visage charmant, d'agréables talents de
-société. Il chantait avec méthode, jouait bien la comédie, composait
-de jolis couplets. Avec cela, une ambition ardente, de l'audace, une
-grande aptitude à l'intrigue. Son mariage avec une veuve déjà âgée,
-mais follement éprise de lui, la comtesse de Valbelle, dame du palais,
-lui avait donné la fortune pécuniaire; l'amitié de Mme de Polignac fit
-sa fortune politique. Ministre de France à Bruxelles, il voulut être
-ambassadeur à Constantinople[869], puis à Vienne; mais Marie-Thérèse
-s'opposa à ce dernier choix et la Reine refusa de s'y prêter[870].
-Repoussé de ce côté, il ne se tint pas pour battu: officier subalterne
-pendant la guerre de Sept ans, il éleva ses prétentions jusqu'au
-ministère de la guerre[871]. Cette fois encore, Marie-Antoinette
-déclara à Mme de Polignac, qui plaidait la cause de son ami, qu'il
-fallait renoncer à un objet que toutes les raisons réunies rendaient
-impossible. Elle ne retira pas cependant sa faveur à M. d'Adhémar, qui,
-trois ans plus tard, finit par être ambassadeur à Londres[872].
-
-Le baron de Besenval n'était pas moins ambitieux que le comte
-d'Adhémar; mais son ambition était différente: il n'aspirait pas à
-être ministre, il voulait faire des ministres. Tel il se montre dans
-ses _Mémoires_, tel il était en réalité: fat, vaniteux, intrigant,
-tenant à posséder et plus encore à paraître posséder un grand crédit,
-indiscret, sceptique à l'égard du désintéressement des hommes et
-de la vertu des femmes, spirituel d'ailleurs et jusqu'à un certain
-point séduisant. Lieutenant-colonel des Suisses, le baron de Besenval
-avait plus de cinquante ans, lorsqu'il fut admis dans la société de
-Marie-Antoinette. Son air de bonhomie, son affectation de simplicité,
-sa conversation aimable et souvent piquante, sa connaissance de la
-Cour, ses prétentions politiques même, sa fidélité à Choiseul, qu'il ne
-cessait d'exalter, des flatteries adroites déguisées sous une apparence
-de rondeur et d'indépendance, l'habileté et l'entrain, avec lesquels,
-encourageant les inclinations secrètes de Marie-Antoinette, il lui
-prêchait le mépris de l'étiquette et les douceurs de la vie privée,
-lui concilièrent promptement les sympathies de la jeune souveraine,
-que rassuraient d'ailleurs ses cheveux blancs. Elle crut à son mérite
-et à son dévouement, et pendant quelque temps Besenval fut l'homme à
-la mode, le roi de la société Polignac; il était l'artisan de tous
-les projets, l'organisateur de toutes les parties[873]. Peu s'en
-fallut que la Reine ne vît en lui un guide pour sa jeunesse; elle se
-laissa même aller à lui faire un jour une confidence, dont, avec sa
-présomption habituelle, Besenval s'empressa d'abuser[874]. Mais quoi!
-la Reine ne se méfiait pas de ce vieillard de cinquante-cinq ans, qui
-aurait pu être son père, et qu'elle traitait, dit Mme Campan, «comme un
-brave Suisse, poli et sans conséquence[875].» Mais un jour vint où le
-vieillard, se croyant tout permis, voulut se targuer de la confiance
-qu'on lui témoignait pour arracher à la Reine un secret d'État. La
-Reine, justement froissée d'une insistance qui devenait, selon le mot
-de Mercy, «une persécution indécente[876],» ne put s'empêcher de lui
-témoigner une froideur qui fut remarquée; sans le bannir complètement
-de sa présence, elle l'éloigna pour un temps de son intimité[877].
-L'indiscret éconduit s'est vengé de cette disgrâce méritée par une
-triste vengeance, par l'insertion, dans ses _Mémoires posthumes_,
-d'insinuations calomnieuses qu'heureusement la réputation seule de leur
-auteur suffit à démentir.
-
-MM. de Vaudreuil, d'Adhémar et de Besenval étaient les trois principaux
-meneurs de la société Polignac; ils n'étaient pas les seuls. Autour
-de ces astres dominants s'agitaient de nombreux satellites, dont
-quelques-uns aspiraient à dominer à leur tour. C'était d'abord le duc
-de Guines, dont nous avons raconté le procès: ambitieux, intrigant,
-avide, qui, en pleine guerre d'Amérique, malgré l'opposition du
-ministre des finances, trouvait moyen d'obtenir cent mille écus de
-dot pour sa fille et le titre de duc héréditaire pour son gendre, le
-marquis de Castries[878]; personnage d'assez mince talent, d'ailleurs,
-mais qui, à une époque où les génies étaient rares, soutenu, d'autre
-part, par une faction remuante et bruyante, put passer un instant pour
-un homme d'État et aspirer au poste de premier ministre. Ses plans
-étaient vastes; son aplomb, imperturbable; sa chaleur à défendre ses
-idées, entraînante. Pendant quelque temps, la Reine s'y laissa prendre.
-Une lettre de Marie-Thérèse, appuyant les observations répétées de
-Mercy, vint lui ouvrir les yeux: elle connut la valeur de son protégé,
-et, sans afficher une disgrâce qui eût semblé un désaveu, elle le
-traita désormais avec plus de froideur. Le duc s'en aperçut et
-s'éloigna de la Cour[879].
-
-Puis c'étaient encore: le duc de Polignac, «le mari de sa femme,» qui,
-lui, n'aspirait pas à dominer;—le duc de Coigny, nommé, à la fin de
-1774, premier écuyer du Roi[880], et, comme le duc de Guines, grand
-partisan de Choiseul: caractère fier et loyal, auquel la Reine savait
-gré de n'avoir pas voulu fléchir le genou devant Mme du Barry[881];
-d'un ton exquis, d'une discrétion à toute épreuve, mais avide de
-crédit jusqu'à prendre ombrage de celui de Mme de Polignac et se
-mettre un moment en hostilité avec elle[882];—le marquis de Coigny,
-fils du duc;—le marquis de Conflans, fils du maréchal d'Armentières
-et beau-frère du marquis de Coigny[883], un des anglomanes des plus
-décidés et des caractères les plus singuliers de l'époque, un des rares
-courtisans que le Roi avait pris en affection, parce qu'il était bon
-cavalier et hardi chasseur[884];—le comte et le chevalier de Coigny,
-frères du duc: le premier, gros garçon de bonne humeur, le second,
-joli homme, très fêté des femmes qui l'appelaient _Mimi_[885];—le
-bailli de Crussol, sérieux jusqu'en plaisantant;—le chevalier de
-Lille, ami des Coigny, et renommé pour son amabilité, son esprit et sa
-facilité à tourner d'agréables couplets ou des noëls satiriques;—le
-chevalier de Luxembourg, ambitieux et mauvaise tête, suivant Mercy,
-mais dont la faveur fut bien éphémère[886];—le comte de Polastron,
-frère de Mme de Polignac, grand amateur de violon;—sa femme, d'une
-beauté accomplie, d'une grâce un peu négligée, la tête languissamment
-penchée sur l'épaule, faite pour inspirer la passion et qui l'inspira
-en effet[887];—la comtesse de Châlons, née d'Andlau, cousine de la
-favorite et amie du duc de Coigny[888];—la fille de Mme de Polignac,
-la duchesse de Guiche, à laquelle Grimm appliquait galamment ce vers
-d'Horace:
-
- Matre pulchra filia pulchrior[889];
-
-—la belle et spirituelle marquise de Coigny, qui ne resta pas longtemps
-fidèle;
-
-—Enfin, le plus brillant et le plus dangereux de tous, l'impétueux duc
-de Lauzun, neveu et émule du maréchal de Richelieu; brave comme son
-épée, chevaleresque comme sa race; plus fier de ses exploits galants
-que de ses exploits militaires; plein d'esprit, mais sans jugement,
-libertin et criblé de dettes[890], et dont le meilleur titre près
-de la postérité est d'avoir été le mari de cette douce et charmante
-Amélie de Boufflers, qui, dans cette société corrompue et avec un époux
-marié—il le disait lui-même—si peu que ce n'était pas la peine d'en
-parler, sut garder une attitude irréprochable et digne, et laissa une
-réputation intacte de fidélité et de vertu; Lauzun qui jouit pendant
-quelque temps de la faveur de Marie-Antoinette, qui prétendit la
-diriger et lui donner des conseils[891]; qui, après avoir osé, dans son
-outrecuidante vanité, poser en amoureux de la Reine, et lui offrir une
-plume de héron qu'il avait portée, poussa la fatuité jusqu'à lui faire
-une déclaration, et qui, foudroyé par un énergique: _Sortez, Monsieur_,
-jeté d'une voix indignée[892], quitta le palais la tête basse et la
-rage dans le cœur; Lauzun, qui, devenu plus tard duc de Biron, furieux
-de cette déconvenue, blessé de la constante froideur de la souveraine,
-justement offensée, et attribuant à ce légitime courroux l'échec de
-sa prétention assez naturelle à succéder à son oncle comme colonel
-des gardes françaises, se jeta, par vengeance, à corps perdu dans la
-Révolution et, après avoir été pendant sa vie l'un des ennemis les plus
-acharnés de Marie-Antoinette, se fit encore, après sa mort, le plus
-odieux et le plus faux de ses diffamateurs.
-
-Puis encore, mêlés à ces grands seigneurs français, mais se groupant
-plus peut-être encore autour de Marie-Antoinette que de Mme de
-Polignac, c'étaient des gentilshommes étrangers, vaillants jeunes gens
-qui, fascinés par cet irrésistible attrait que la France, au XVIIIe
-siècle, exerçait sur toutes les sociétés polies, accouraient, de tous
-les coins de l'Europe, chercher des plaisirs, et beaucoup une carrière,
-dans les armées du Roi et à la cour de la Reine: le prince de Ligne,
-l'un des hommes les plus aimables et les plus spirituels de ce temps,
-où il y avait tant d'hommes spirituels et aimables; l'un de ceux qui
-ont le mieux apprécié Marie-Antoinette et qui, suivant son expression,
-l'ont «adorée sans songer à l'aimer».
-
-Le comte de la Marck, Auguste d'Aremberg, Belge comme le prince de
-Ligne, appartenant, comme lui, à une de ces familles princières qui
-servaient indifféremment la France, l'Empire et l'Espagne; Français
-de cœur, sinon de naissance, un des plus respectueusement dévoués
-dans la bonne fortune, un des plus fidèles dans le malheur;—le
-comte Valentin Esterhazy, dont le crédit alarma Mercy et mécontenta
-Marie-Thérèse[893]; caractère honnête[894], qui ne plaisait pas pour
-sa figure,—car il était fort laid,—mais pour ses qualités solides, sa
-franchise, son zèle et son désintéressement[895]; qui eut l'honneur
-d'être un des correspondants de Marie-Antoinette[896] et l'honneur plus
-grand d'être un de ses plus actifs défenseurs à l'heure du danger;—le
-comte de Stedingk, qui dut aux recommandations personnelles du roi
-de Suède, Gustave III, son introduction à la Cour de France, et à sa
-brillante conduite en Amérique, son admission aux petits soupers de
-la Reine[897]; comblé de bontés par cette princesse[898], mais qui ne
-fut pas ingrat. Rappelé, en 1781, par le roi de Suède qui venait de
-déclarer la guerre à la Russie, Stedingk quitta Versailles avec de
-vifs regrets, devenus plus vifs encore lorsque, retenu par le service
-de son maître, sur les confins de l'Europe, à l'heure où éclatait la
-Révolution, il ne put voler au secours de cette Reine, qu'il sentait
-menacée plus que tout autre, et de cette France, qu'il aimait assez,
-disait-il, pour «aller se noyer avec elle[899]».
-
-Fersen enfin, la plus attachante peut-être de toutes ces figures,
-et qui n'allait guère dans le salon des Polignac, comme si sa
-chevaleresque nature répugnait aux petites intrigues qu'y ourdissaient
-MM. de Besenval et de Vaudreuil. Le comte Axel de Fersen, d'une noble
-famille suédoise, et dont le père était, à Stockholm, le chef du parti
-des _Chapeaux_ ou parti français, avait fait, dès le printemps de
-1774, une apparition à Versailles. D'une haute taille, d'une tournure
-distinguée, d'une belle figure, régulière sans être expressive, avec
-des yeux profonds et quelque peu mélancoliques[900], d'un caractère
-sérieux, ayant, dit M. de Lévis, plus de jugement que d'esprit[901],
-mais cachant «une âme brûlante sous une écorce de glace[902]», et
-possédant à un suprême degré des qualités peu communes à la Cour: une
-extrême circonspection avec les hommes et une rare réserve avec les
-femmes, Fersen avait été remarqué dès son premier voyage. «Il n'est pas
-possible, écrivait l'ambassadeur de Suède, le comte de Creutz, d'avoir
-une conduite plus sage et plus décente que celle qu'il a tenue[903].»
-La Dauphine l'avait admis à ses réceptions et s'était entretenue avec
-lui au bal de l'Opéra; les amies de Gustave III, Mmes de Brionne, de la
-Marck et d'Anville, l'avaient accueilli à bras ouverts[904].
-
-Un second voyage, en 1778 et 1779, soutint cette réputation. Reçu avec
-empressement dans les principaux salons, bien traité par la famille
-royale, Fersen vit sa faveur grandir au point que les courtisans en
-prirent ombrage et que la calomnie s'en empara. On raconta que la
-Reine avait un penchant particulier pour le jeune Suédois, qu'elle
-le recherchait aux bals de l'Opéra et dans les réunions intimes,
-échangeant avec lui des regards attendris[905], qu'elle lui adressait
-chaque fois quelque parole gracieuse, qu'elle avait voulu le voir
-dans son uniforme national, et qu'en apprenant son départ pour la
-guerre d'Amérique, elle n'avait pu retenir ses larmes. La vérité est
-que Fersen, reconnaissant de l'accueil bienveillant et protecteur de
-la Reine, de ses attentions charmantes, de ce souvenir obligeant,
-si remarqué par les contemporains, qui l'avait fait s'écrier dès la
-première visite en 1778: «Ah! c'est une ancienne connaissance[906],»
-avait écrit à son père: «C'est la princesse la plus aimable que je
-connaisse[907]», et en avait conçu un dévouement respectueux pour
-la souveraine, rehaussé peut-être d'un sentiment discret pour la
-femme[908]; que, de son côté, Marie-Antoinette, ayant rencontré chez
-ce jeune homme un caractère solide, une délicate réserve, un zèle
-désintéressé[909], qu'elle trouvait trop rarement dans son entourage,
-en avait été touchée. Jusqu'à quel point? Fersen a pris soin de le
-déterminer dans la réponse qu'il fit à la duchesse de Fitz-James, au
-moment de son départ: «Quoi, Monsieur, vous abandonnez ainsi votre
-conquête?»—«Si j'en avais fait, je ne l'abandonnerais pas; je pars
-libre et malheureusement sans laisser de regrets[910].» La Reine
-elle-même a, sans y songer, donné un démenti à ces bruits injurieux,
-lorsque, quatre ans plus tard, elle recommandait chaudement mais
-simplement Fersen au roi de Suède, en faisant publiquement son éloge,
-au lieu de garder sur son compte, dit un historien, «une réserve qu'on
-aurait pu tenir dès lors pour significative[911]».
-
-Quelques personnes murmuraient de cette préférence accordée par
-Marie-Antoinette à des étrangers, et le comte de la Marck se permit un
-jour de lui observer que cela pourrait lui nuire près des Français:
-«Que voulez-vous?» répondit-elle avec tristesse, «c'est que ceux-là ne
-me demandent rien[912].»
-
-Tels étaient les principaux membres de ce qu'on appela d'abord la
-société Polignac, de ce qu'on nomma plus tard la société de la Reine,
-lorsque le salon de la favorite fut devenu le salon de la souveraine;
-société un peu exclusive qui n'admettait guère de partage de crédit, et
-qui, pour éloigner toute intrusion dangereuse, déchirait à belles dents
-ceux et celles qui lui portaient ombrage. «En tout,» écrivait une dame
-de la Cour, qui ne passait pas cependant pour mauvaise langue, mais
-qui avait eu à se plaindre de ces attaques, «cette fameuse société se
-compose de personnes bien méchantes et montées sur un ton de morgue et
-de médisance incroyable. Ils se croient faits pour juger le reste de
-la terre.... Ils ont si peur que quelqu'un puisse s'insinuer dans la
-faveur qu'ils ne font guère d'éloges, mais ils déchirent bien à leur
-aise. Il faut cependant voir tout cela et ne rien dire[913].»
-
-Mme de Lamballe avait aussi sa société. Elle se composait, dit Mercy,
-«d'intrigants d'un genre un peu plus illustre, mais c'était presque la
-seule différence[914].» On y voyait surtout, avec le comte d'Artois
-et le duc de Chartres, les fidèles du Palais-Royal et de la Maison
-d'Orléans. Mais les habitués du salon de Mme de Lamballe étaient les
-moins nombreux; les courtisans s'étaient promptement aperçus que le
-vent ne soufflait pas de son côté.
-
-La rivalité ne tarda pas à s'établir entre les deux favorites, et la
-Reine se vit l'objet d'obsessions et d'insinuations de tout genre;
-mais l'issue de la lutte ne pouvait être douteuse. Naïve et timide,
-n'ayant pas, pour appuyer les grâces de sa personne et la tendresse de
-son cœur, les ressources de l'esprit, ombrageuse et le laissant trop
-voir, que pouvait Mme de Lamballe contre Mme de Polignac, dans tout
-l'éclat d'un début, joignant à ses séductions naturelles l'expérience
-d'amis vieillis dans le métier? C'étaient, de la part de la comtesse,
-de petites plaintes respectueuses et tendres, des démonstrations
-d'inquiétude, de chagrin, de petits ridicules adroitement jetés sur
-sa rivale[915] et qui, tombant dans un esprit naturellement enclin à
-la moquerie, y produisaient presque toujours bon effet. Peu à peu,
-Marie-Antoinette s'habituait à rire de sa première amie. Plus ouverte
-et moins habile, Mme de Lamballe se plaignait tout haut, quelquefois
-avec aigreur, et ses plaintes importunaient la Reine. L'excès de
-franchise et la grande lumière ne plaisent guère à la Cour; il y
-faut les demi-jours et les sous-entendus. C'est ce que savaient bien
-les partisans de Mme de Polignac; ils n'abordaient guère la Reine de
-front, ils l'entouraient d'un réseau presque imperceptible, dans lequel
-elle finissait par se trouver captive. Ils profitaient de toutes les
-fautes de la surintendante, exagérant ses torts, se récriant contre
-ses prétentions qui mettaient la Cour en rumeur, contre sa jalousie,
-qui n'admettait pas de partage, faisant ressortir ses gaucheries et
-ce qu'ils appelaient sa «bêtise»[916]. Petit à petit, la Reine se
-dégoûtait de Mme de Lamballe, et, sans qu'elle s'en aperçût peut-être
-elle-même[917], s'accoutumait à se passer d'elle.
-
-La situation devenait tendue entre les deux amies[918]. Mme de
-Lamballe, mécontente, prenait un prétexte pour se dispenser de tenir
-une maison; on lui signifiait qu'elle eût à donner à souper, au moins
-les jours de bal[919]. Elle céda, mais avec une irritation concentrée,
-et, dès qu'elle en trouva l'occasion, chercha quelque autre motif de
-rester à l'écart[920]. La froideur de la Reine s'augmentait de ce qui
-lui semblait une ingratitude de son amie, et un jour vint où Mme de
-Lamballe, sentant qu'elle n'était plus que tolérée[921] et qu'elle
-devenait un objet d'embarras et d'ennui[922], se décida à quitter la
-Cour, où l'on ne tenta pas de la retenir[923]. Elle se retira près
-de son beau-père le duc de Penthièvre, dont elle partagea la vie
-solitaire et la bienfaisance, et ne fit plus que de rares apparitions à
-Versailles. Mais si elle avait manqué d'esprit, son cœur resta toujours
-le même; le malheur la dégagea de ce que son affection avait pu avoir
-d'exigeant et de personnel pendant la prospérité. A l'heure du danger,
-elle se retrouva tout entière.
-
-Le crédit de Mme de Polignac grandissait du déclin de sa rivale. Son
-astre montait seul et sans nuage à l'horizon de Versailles. La Cour
-affluait chez elle et le comte d'Artois lui-même, assez longtemps
-fidèle à la surintendante, se rangeait dans le parti vainqueur. A vrai
-dire, le comte d'Artois allait partout où il trouvait à s'amuser, et
-les réunions que Mme de Lamballe avait répugné à tenir, et qui, à son
-défaut, s'étaient tenues chez la princesse de Guéménée, commençaient à
-se faire dans le salon de Mme de Polignac. La Reine prenait l'habitude
-d'aller, le soir, chez son amie, et elle avait réussi à y entraîner le
-Roi[924]. La Cour s'y précipitait à leur suite. On se rassemblait dans
-une grande salle de bois, construite à l'extrémité de l'aile du palais
-qui regarde l'orangerie; au fond, il y avait un billard; à droite, un
-piano; à gauche, une table de quinze. Le dimanche, c'était une cohue.
-«Mme de Polignac recevra-t-elle toute la France?» écrivait le prince
-de Ligne au chevalier de Lille.—«Oui, répondait le chevalier, trois
-jours par semaine: mardi, mercredi, jeudi, depuis le matin jusqu'au
-soir. Pendant ces soixante-douze heures, ballet général; entre qui
-veut, soupe qui veut. Il faut voir comme la racaille des courtisans y
-foisonne. On habite, durant ces trois jours, outre le salon, toujours
-comble, la serre chaude, dont on a fait une galerie, au bout de
-laquelle est un billard. Les quatre jours qui ne sont pas ci-dessus
-dénommés, la porte n'est ouverte qu'à nous autres, favoris[925].»
-
-Le prestige de Mme de Polignac ne faisait que s'accroître; la Reine ne
-pouvait plus se passer de son amie; c'était, de tout son entourage,
-disait Mercy, la seule personne sur laquelle il fût impossible de lui
-ouvrir les yeux[926]. Elle lui prodiguait en tous lieux, en tous temps,
-des marques de faveur. Le soir, elle prenait son bras, traversait avec
-elle les antichambres remplies de monde, sans autre suite qu'un garçon
-de chambre et deux valets de pied[927], et cette familiarité inusitée,
-indice d'une tendresse sans précédent, faisait murmurer l'assistance.
-Mme de Polignac allait-elle passer quelque temps à la campagne? la
-Reine lui écrivait pour lui donner des nouvelles de Versailles[928].
-Était-elle malade? la Reine allait la voir chaque semaine[929]. Il
-se trouvait que la maladie prétendue était le commencement d'une
-grossesse. On décidait qu'au moment des couches de la favorite, la
-Cour irait s'établir pendant neuf jours à la Muette[930]. Cette fois,
-ce n'était plus seulement la Cour, c'était Paris qui regardait de
-telles démonstrations comme exorbitantes. Le bruit se répandait que Mme
-de Polignac faisait de son crédit un usage immodéré pour s'enrichir
-ainsi que toute sa famille, et bien qu'il entrât beaucoup d'envie et
-une certaine exagération dans ce reproche, les détails que nous avons
-donnés plus haut prouvent qu'il n'était pas dénué de fondement[931].
-Pour couronner toutes ces grâces, six mois après ses couches, Mme de
-Polignac recevait les honneurs du tabouret, et son mari le titre de duc
-héréditaire[932]. «Il est peu d'exemples», écrivait à ce propos Mercy,
-«d'une faveur qui, en si peu de temps, soit devenue aussi utile à une
-famille.»
-
-La Cour murmurait; le public était mécontent. La Reine, tout entière
-à son affection, ne voyait pas ces froissements de la Cour et du
-public. La bonté de son cœur, le désir de faire plaisir à ceux qu'elle
-aimait, je ne sais quelle timidité étrange chez une grande princesse,
-une invincible répugnance à dire non, «une facilité infinie à céder
-aux conseils de ceux qu'elle croyait lui être attachés[933],» la
-laissaient sans défense contre les obsessions des solliciteurs. Il
-suffisait d'insister avec quelque opiniâtreté pour qu'elle cédât. Mercy
-se plaignait, dès 1772, de cette regrettable faiblesse. «Ceux qui
-ont assez de hardiesse pour oser la fatiguer de leur importunité»,
-écrivait-il, «sont presque sûrs de prendre de l'ascendant [sur
-elle], et sans qu'elle fasse cas de leur personne, connaissant même
-l'injustice de leur demande, elle s'y prête souvent, uniquement
-par crainte[934]». L'âge n'avait point corrigé cette disposition
-malheureuse, et ce qu'il y avait de non moins fâcheux, c'est qu'autant
-la Reine était timide en face des sollicitations, autant elle était
-ardente à solliciter pour ses amis. Vive et impétueuse, elle partait
-toujours de l'exposé de la demande, sans se préoccuper suffisamment de
-son étendue et des titres du demandeur, et, lorsqu'elle avait pris une
-chose à cœur, ses instances étaient si pressantes, l'idée de son crédit
-si grande, que non seulement les ministres n'osaient pas refuser, mais
-qu'il leur arrivait même parfois d'outre-passer ses intentions[935].
-
-Mme de Polignac et surtout ses amis n'avaient pas tardé à s'apercevoir
-de cette faiblesse et à l'exploiter à leur profit. Si la Reine ne
-savait pas résister aux instances, elle résistait encore bien moins aux
-larmes, et c'était le dernier moyen auquel la favorite avait recours,
-quand elle rencontrait chez sa royale amie une fermeté sur laquelle
-elle n'avait pas compté. Devant ce suprême assaut la Reine se rendait.
-Il lui arrivait bien parfois d'éprouver quelque impatience; dans ses
-conversations avec les fidèles conseillers que sa mère avait placés
-près d'elle, elle convenait des inconvénients de son entourage. Sa
-tendresse pour ses amis n'enlevait rien à sa perspicacité; avec sa
-vive intelligence et son jugement droit, elle voyait aussi vite les
-défauts qu'elle avait été séduite par les qualités; mais les qualités
-lui faisaient trop facilement négliger des défauts dont elle ne
-calculait pas assez les conséquences. «Elle passe tout,» écrivait Mercy
-en 1776, à l'époque de la plus grande dissipation, «elle passe tout à
-ceux qui se rendent utiles à ses amusements[936].» Elle se plaisait
-dans ces salons où l'on ne parlait que d'objets à sa portée, où l'on
-n'était occupé qu'à l'amuser et à la distraire, où l'on flattait ses
-goûts et surtout ses faiblesses, où elle se dédommageait de l'ennui
-qu'elle «croyait avoir pris dans le reste de la journée[937]». Elle
-s'en éloignait parfois; elle y revenait toujours. Et ainsi, le
-temps se passait en conversations inutiles, quand elles n'étaient
-pas dangereuses, en jeux, en courses, en railleries piquantes, et
-quelquefois blessantes, sans qu'il en restât pour les occupations
-sérieuses, pour les lectures, pour les réflexions, pour ce travail
-d'âme, en un mot, qui enfante les grandes pensées et prépare aux
-grandes choses.
-
-Était-ce donc seulement le goût du plaisir qui attirait ainsi
-Marie-Antoinette chez ses favorites et la poussait à former et à
-resserrer sans cesse de tels liens? Assurément il y avait cela; il y
-avait cette ardeur de mouvement, bien naturelle chez une princesse de
-dix-neuf ans, cette sève de jeunesse comprimée pendant les dernières
-années du règne de Louis XV et qui, tout d'un coup livrée à elle-même,
-s'épanouissait dans toute sa force. Mais il y avait aussi un sentiment
-plus noble: le besoin d'aimer et d'être aimée pour elle-même, une soif
-d'affection qui ne trouvait pas à se satisfaire dans son intérieur.
-Le Roi était plein de bonté, souvent de prévenances pour sa femme;
-Mercy l'avait même un jour déclaré amoureux d'elle. Mais c'était un
-amour froid, timide, embarrassé, qui répondait mal aux élans d'un
-cœur de vingt ans, fait de flamme et de tendresse. Cette chaleur de
-sentiments, ces épanchements intimes, qu'elle ne trouvait pas chez son
-mari, Marie-Antoinette les cherchait chez ses amies, et n'obtenant pas
-l'amour tel qu'elle le comprenait, elle voulait au moins l'amitié dans
-toute son étendue.
-
-A cette raison, d'ailleurs, s'en joignait une autre, d'une nature
-plus intime. Il y avait, dans la vie de la Reine, un vide douloureux
-qu'elle n'envisageait pas sans d'insondables frémissements. La passion
-d'amusements, qui l'emportait, n'était la plupart du temps qu'un besoin
-extrême de distraction, un désir irrésistible d'échapper à l'ennui qui
-la rongeait. Ces plaisirs n'étaient qu'un voile jeté sur une tristesse
-qu'elle ne voulait pas avouer et ces sourires cachaient des larmes
-amères. On sait aujourd'hui,—les rapports de Mercy l'établissent
-à chaque page,—quelle fut, pendant plus de sept ans, la situation
-délicate créée à Marie-Antoinette par l'étrange froideur de son mari.
-Elle portait la couronne de France, mais elle soupirait en vain après
-cette couronne de la maternité, qui ajoute un éclat si pur et une
-dignité si haute à un front de vingt ans. C'était pour la jeune femme
-le plus subtil des dangers, en même temps que le plus poignant des
-chagrins[938]. La sollicitude vigilante de Marie-Thérèse s'en alarmait.
-Le public savait mauvais gré à la Reine de cette situation, si pénible
-pour elle, et dont elle n'avait pas la responsabilité; il ne lui
-pardonnait pas de s'être laissé devancer par la comtesse d'Artois dans
-la mission toute royale de donner des héritiers au trône.
-
-«La grossesse presque certaine de la comtesse d'Artois, écrivait Mercy,
-ne donne que trop de sujets à des réflexions désagréables, _et je suis
-dans une vraie inquiétude sur les effets qu'elle pourra produire à
-la longue dans l'âme de la Reine_. Quelque brillante que soit, dans
-ce moment, sa position, elle ne peut acquérir de consistance solide
-que quand cette auguste princesse aura donné un héritier à l'État.
-Jusqu'à cette époque si désirable, les avantages même dont la Reine
-jouit entraînent certains inconvénients; son influence, son pouvoir
-inquiètent quelquefois une nation pétulante et légère, qui craint
-d'être gouvernée par une princesse, _à laquelle il manque la qualité de
-mère pour être regardée comme Française_[939].»
-
-Cette situation si périlleuse et si fausse était vivement sentie par
-Marie-Antoinette, et c'est pour s'en distraire,—elle-même l'a avoué un
-jour à Mercy[940],—qu'elle se lançait dans le tourbillon des plaisirs.
-Ne trouvant ni dans la vie de la Cour, ni surtout dans sa vie intime la
-satisfaction qu'elle rêvait, elle reportait sur des amies de son choix
-l'affection ardente et communicative qui lui manquait du côté de son
-mari, et qu'elle ne pouvait épancher sur de blondes têtes d'enfants,
-elle qui les aimait tant[941]. Telle est l'explication vraie de la
-dissipation, en apparence inexplicable, de Marie-Antoinette pendant
-les premières années de son règne, et de son engouement pour ses
-favorites. Et s'il en resta quelque chose encore, après la naissance
-de son premier enfant, c'est qu'on ne rompt pas en un jour avec des
-habitudes et des liaisons de plusieurs années. Mais, à mesure que le
-flot de l'amour maternel montera davantage dans son cœur, les heures
-dissipées feront place aux heures sérieuses, les préoccupations de
-l'éducation succéderont au souci des plaisirs et, quittant peu à peu
-le salon de ses amies pour le berceau de ses enfants, la Reine se
-préparera, par les joies de la maternité, aux vaillances de la lutte et
-aux austérités du sacrifice.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- Trianon.—Le Roi donne à la Reine le Petit Trianon.—Le
- château.—Les jardins.—Les arbres exotiques.—La rivière.—La
- salle de spectacle.—Le temple de l'Amour.—Le belvédère.—La
- grotte.—Le hameau.—La laiterie.—Opinion des voyageurs sur
- Trianon.—Arthur Young.—Le Russe Karamsine.—La baronne
- d'Oberkirck.—Le prince de Ligne.—Les appartements.—La salle
- à manger.—Le petit salon.—La salle de bains.—Le boudoir.—La
- chambre de la Reine.—Marie-Antoinette et les arts.—Le style
- Marie-Antoinette.—L'appartement de la Reine à Fontainebleau.—Vie
- de la Reine à Trianon.—Fêtes en l'honneur de visiteurs
- illustres.—Marie-Antoinette et les lettres.—La musique.—Gluck et
- Piccini.—Grétry.—Saliéri.—Le théâtre.—La troupe de la Reine.—La
- comédie à Trianon.—Les dépenses de Trianon.—Inconvénients de
- Trianon.
-
-
-A cette société choisie et un peu exclusive, que nous venons de
-décrire, il faut un théâtre à part. A cette jeune souveraine, ennemie
-de la représentation et de l'étiquette, affamée de simplicité et de
-solitude, il faut un palais en harmonie avec ses goûts.
-
-Versailles est trop grand; Marly trop froid; Fontainebleau et Compiègne
-trop loin. Cette demeure nouvelle, où la Reine sera chez elle et sera
-elle-même, ce sera Trianon.
-
-«Sa Majesté devient galante,» écrivait l'abbé Baudeau, le 31 mai 1774;
-il a dit à la Reine: «Vous aimez les fleurs: eh bien! j'ai un bouquet
-à vous donner, c'est le Petit Trianon.[942]» C'est en ces termes
-qu'un chroniqueur du temps annonce le don aimable fait par Louis XVI à
-Marie-Antoinette. On sait aujourd'hui que les choses ne se passèrent
-pas ainsi, et que ce fut la Reine qui, désireuse, depuis quelque temps
-déjà, d'avoir «une maison de campagne à elle» fit à son mari la demande
-du petit Trianon. Mais le Roi se prêta de la meilleure grâce à la
-demande de sa femme. Au premier mot qu'elle prononça, «il répondit avec
-un vrai empressement que cette maison de campagne était à la Reine, et
-qu'il était charmé de lui en faire don[943].»
-
-Commencé en 1753, achevé en 1766 par l'architecte Gabriel, le
-Petit Trianon avait été pour Louis XV ce qu'il devait être pour
-Marie-Antoinette, une retraite où le souverain allait oublier le faste
-de Versailles et les intrigues de la Cour. C'était un petit pavillon
-carré, d'ordre corinthien, construit à l'italienne, avec un seul étage
-principal, un sous-sol et un second étage très bas, cinq fenêtres de
-chaque côté, que séparaient quatre belles colonnes à feuilles d'acanthe
-sur la façade; quatre pilastres du même ordre sur les autres faces:
-simple, mais élégante construction, placée au milieu d'un parc qui
-devait servir à la fois d'école de jardinage et d'école de botanique,
-et réunir, comme dans un musée champêtre, les diverses variétés
-de jardins alors connus: jardins français, italien et anglais. Un
-horticulteur émérite, Claude Richard, y avait rassemblé, par ordre du
-Roi, les plus belles espèces d'arbres exotiques, construit des serres
-chaudes, tracé des parterres, et le vieux monarque, qui aimait les
-sciences physiques, y venait souvent herboriser avec son capitaine
-des gardes, le duc d'Ayen, ou causer plantes avec celui que Linné
-appelait «le plus habile jardinier de l'Europe[944]». De 1771 à 1774,
-les voyages à Trianon furent fréquents, et ce fut là même que le Roi
-ressentit, le 26 avril 1774, les premiers symptômes du mal qui devait
-l'emporter.
-
-Marie-Antoinette n'avait pas, comme son grand-père, le goût de
-l'histoire naturelle; mais elle avait comme lui et plus que lui, le
-goût de la retraite et la passion des belles choses. A peine eut-elle,
-le 6 juin, par un dîner offert à son mari, pris possession de son
-nouveau domaine, qu'elle songea à le transformer et à le façonner à son
-image. Le jardin botanique l'intéressait peu. Le jardin français ne lui
-plaisait pas: ses grandes lignes droites, ses allées tirées au cordeau,
-ses arbres taillés, c'était toujours Versailles et l'étiquette. Le
-jardin anglais, avec son imitation de la nature, ses arbres poussant
-sans contrainte, ses courbes harmonieuses, ses prairies, son imprévu,
-lui plaisait davantage: c'était l'image de la liberté, qu'elle venait
-chercher à Trianon. C'était en outre le genre à la mode: Horace
-Walpole en Angleterre, le prince de Ligne en Belgique, en France de
-riches financiers ou de grands personnages, Boutin à Tivoli, Laborde à
-Méréville, le duc d'Orléans à Monceau, M. de Girardin à Ermenonville,
-s'étaient créé des parcs anglais d'une réputation universelle; la Reine
-résolut d'avoir le sien à Trianon. Le jardin botanique fut sacrifié,
-les plantes et les simples furent transportés au Jardin du Roi, et la
-place resta libre pour la nouvelle création de la jeune souveraine.
-Son Le Nôtre fut un grand seigneur, amateur distingué et dessinateur
-habile, le marquis de Caraman. La Reine vint, le 23 juillet 1774,
-visiter le jardin de l'hôtel Caraman, rue Saint-Dominique[945]; elle y
-resta une heure et demie, le trouva charmant, charma elle-même tout le
-monde, et demanda à l'heureux propriétaire ses conseils pour Trianon.
-Sous son inspiration, l'architecte Mique traça le plan[946]; Antoine
-Richard, fils et successeur de Claude, l'exécuta. Avec un rare talent,
-il tira parti des richesses végétales qui existaient déjà, et, tout en
-imaginant des groupements nouveaux, parvint à conserver les plus beaux
-spécimens d'essences étrangères.
-
-Mais la Reine ne se contente pas des plantations de Louis XV: chaque
-jour elle en fait de nouvelles; elle augmente ses collections; elle
-fait appel à tous les pays connus; les explorateurs d'outre-mer ont
-mission de lui rapporter des plantes de leurs voyages[947]: huit
-cents espèces se pressent dans le parc. «La gloire du Petit Trianon,
-dit Arthur Young, ce sont les arbres et arbrisseaux exotiques. Le
-monde entier a été mis à contribution pour l'orner[948].» L'Italie y
-envoie ses yeuses; la Louisiane, ses taxodiums; l'Arabie, ses sapins
-baumiers; la Virginie, ses robinias; la Chine, ses acacias roses;
-le Nouveau-Monde, ses innombrables variétés de chênes et de noyers.
-L'abbé Nolet, Williams, Moreau de la Rochette décrivent deux cent
-trente-neuf sortes d'arbres et d'arbustes que la seule Amérique du
-Nord fournit à Trianon. Les essences à feuilles persistantes abondent;
-la Reine veut de la verdure, même en hiver. Pins de Corse, chênes
-verts de Provence, cyprès de Crète, arbousiers des Pyrénées, marient
-leur feuillage sombre aux tons plus chauds des hêtres pourpres ou aux
-masses plus claires des sophoras et des tulipiers. Jussieu en dresse
-la liste; Bonnefoy du Plan en surveille la plantation; la Reine vient
-les voir pousser et fleurir; elle fait arroser devant elle le cèdre
-du Liban que Jussieu a planté, et c'est sous ses yeux, à Trianon,
-que le robinia ouvre pour la première fois en France ses grappes
-parfumées[949]. Partout et toujours, des fleurs: au printemps, les
-lilas, ces favoris du comte d'Artois, qui les cultive à Bagatelle,
-les seringats, les boules de neige, les tubéreuses. Les parterres se
-remplissent des plus merveilleuses variétés d'iris, de tulipes, de
-jacinthes de Hollande[950]. Puis les orangers, qui embaument l'air de
-leurs pénétrantes odeurs; les jardiniers en gardent les fleurs pendant
-la nuit avec un soin jaloux; la Reine en vend la récolte, trente livres
-dans les mauvaises années, soixante dans les bonnes, soixante-dix-huit
-en 1780.
-
-Dès le début, le parc est agrandi[951]; on y ajoute la prairie dans
-laquelle Louis XV s'était amusé à faire lui-même des essais de culture
-avec une charrue qui fut longtemps conservée. Là on simule des
-accidents de terrain; on creuse des ravins, on élève des collines,
-on jette de gros quartiers de grès; on dessine une rivière, dont les
-eaux, suintant d'un rocher à pic que surmonte une ruine, traversent la
-pelouse en face du château, tantôt se montrant, tantôt se dissimulant
-sous le feuillage des massifs, pour reparaître un peu plus loin. C'est
-une vraie rivière celle-là, quoique plus de deux mille toises de tuyaux
-l'amènent de Marly; non pas une pièce d'eau droite et solennelle, comme
-à Versailles, mais une rivière avec son cours naturel, ses gracieux
-méandres, son lit de cailloux, ses cascades harmonieuses, son onde
-murmurante, traversée par de vrais ponts en pierre de Vergelay[952],
-ou en bois rustique comme ceux de la Suisse[953], coulant entre deux
-rives de vrai gazon, dont «les bords fleuris, dit un voyageur, semblent
-n'attendre que l'apparition d'un berger[954]».
-
-Au milieu de ces jardins, de charmantes constructions s'élèvent,
-jaillissant de terre comme sous le coup de la baguette d'une fée:
-ruines simulées, fabriques élégantes, maisons rustiques, pavillons
-chinois, réunissant dans ce petit coin du monde des spécimens de l'art
-et de l'architecture de tous les temps et de tous les pays.
-
-De quelque côté du château que l'on se tourne, l'aspect est différent.
-A droite de la façade, c'est le parc anglais, avec ses massifs, ses
-nappes d'eau, ses pelouses aboutissant à une partie rocailleuse et
-sauvage, plantée d'ifs, de thuyas et de sapins. Devant la façade même,
-à l'ouest, s'étendant au bas du perron et séparé du Grand Trianon par
-une double grille, c'est le jardin français, dans le goût de Le Nôtre,
-avec son parterre tracé à angles droits, ses allées d'orangers, ses
-berceaux de verdure, ses statues placées dans des niches de feuillage,
-ses vases remplis de fleurs rares, et, à l'extrémité, le pavillon qui
-servait de salle à manger à Louis XV. Puis, sur le côté, la salle de
-spectacle, construite en 1778[955], avec son portique formé par deux
-colonnes ioniques; son fronton parsemé d'instruments de musique, au
-milieu desquels est couché un Apollon enfant, qui tient une lyre de la
-main gauche, une couronne de la main droite; ses peintures blanc et or,
-ses sièges de velours bleu; ses trois étages de galeries appuyées sur
-des consoles à têtes et dépouilles de lion, devise de Louis XVI[956];
-ses branches de chêne et ses guirlandes de fleurs, soutenues par des
-Amours; son plafond, où Lagrenée a peint Apollon, les Grâces, Thalie et
-Melpomène; ses nymphes aux cornes d'abondance, qui bordent les côtés de
-la scène ou en soulèvent le rideau; ses groupes de femmes qui portent
-des torchères; ses Muses, qui encadrent, de leurs bras mollement
-arrondis, le chiffre de la Reine[957].
-
-Sur la troisième face du château, par derrière, c'est encore le jardin
-anglais, où la rivière serpente avec mille sinuosités, parmi les
-peupliers et les érables planes. Du sein des eaux s'élance, légère et
-gracieuse comme une naïade, une île aux élégants contours, et, sur
-l'île, la plus ravissante merveille peut-être de ce ravissant éden,
-un temple en rotonde, aux proportions parfaites, dont la colonnade
-corinthienne, délicieusement ciselée, abrite, sous des rosaces de
-feuilles d'acanthe, la statue de l'Amour, de Bouchardon: le Dieu, dans
-toute la beauté et toute la force de l'adolescence, se taille un arc
-dans la massue d'Hercule[958]. Et plus loin encore, le lac aux bords
-moelleusement découpés, avec ses ondes tranquilles, sur lesquelles
-glissent en cadence des gondoles dorées et fleurdelysées, avec leur
-pavillon aux couleurs de la Reine, rayé bleu et blanc[959], qui vont du
-_Port du Départ_ au _Port du Retour_.
-
-Chaque année apporte son contingent dans cette création féerique[960].
-En 1776, à quelques pas du palais, c'est le pavillon chinois, et, sous
-le pavillon, un jeu de bagues, mû par des mécanismes invisibles, cachés
-dans un souterrain[961], et dont les joueurs, en guise de montures,
-enfourchent des dragons et des paons, ciselés par Bocciardi[962]. En
-1778, le belvédère surgit sur la colline, parmi des buissons de roses,
-de myrtes et de jasmins[963]. Mique en a donné le plan; la Reine y
-vient, chaque matin, prendre son déjeuner dressé sur une table de
-marbre gris, qui repose sur trois pieds de bronze doré. De là, par
-quatre ouvertures, tournées vers les quatre points cardinaux, elle peut
-embrasser d'un coup d'œil tout son domaine, et son regard plonge sur
-la rivière qui, sortie, tout à côté, d'une masse de roches sauvages,
-vient dormir paresseusement au pied du pavillon, comme si elle ne
-s'éloignait qu'à regret de ce site enchanteur. Huit sphinx, à tête de
-femme, en gardent l'entrée; au-dessus des fenêtres, quatre groupes, dus
-au ciseau de Deschamps, symbolisent les quatre saisons; au-dessus des
-portes, des attributs de chasse et de jardinage, taillés de la même
-main. A l'intérieur, le dallage est en marbre blanc, bleu et rose, et
-sur les murs de stuc courent de légères arabesques, gracieux mélange
-de trépieds fumants, de carquois, de vases et de bouquets de fleurs.
-Ici, un chardonneret boit dans une coupe d'onyx; là, deux colombes
-se poursuivent; ailleurs, un écureuil ronge un fruit, ou un canari
-s'échappe d'une cage dorée.
-
-Puis, non loin du belvédère, à demi cachée dans un ravin étroit
-qu'ombragent d'épaisses masses d'arbres, c'est une grotte, à laquelle
-on n'arrive qu'après mille détours, par un escalier sombre, creusé dans
-le roc. Le ruisseau qui la traverse y répand une délicieuse fraîcheur;
-la lumière y pénètre à peine par une crevasse de la voûte: un bocage
-touffu en interdit la vue aux regards indiscrets; la mousse qui en
-tapisse les parois et en garnit le fond empêche les bruits du dehors
-d'y parvenir. C'est le lieu de la retraite et du repos, jusqu'au jour
-où la Reine y entendra les premiers grondements du 5 octobre[964].
-
-Et maintenant suivez la rivière: dépassez le Temple de l'Amour,
-poussez jusqu'au lac. Vous ne tarderez pas à apercevoir la création
-favorite de la Reine, celle qui symbolise le mieux son génie, celle
-qui est sortie de toutes pièces de son imagination et de son cœur: une
-création pour laquelle elle a eu deux auxiliaires: son architecte Mique
-et son peintre Hubert Robert. Ce n'est plus la solitude, comme dans la
-grotte, c'est la vie, ou du moins l'apparence de la vie, et de la vie
-pratique et laborieuse. Voici tout un hameau, huit maisonnettes, dont
-chacune, disposée comme pour loger une famille de paysans, est entourée
-d'un petit jardin planté de légumes et d'arbres fruitiers[965]. Les
-toits sont en chaume; les fenêtres, garnies de carreaux à petits
-plombs; les galeries, en planches découpées sur lesquelles grimpent
-des chèvrefeuilles et de la vigne vierge[966]. Il y a des hangars pour
-serrer les récoltes, des escaliers de bois pour monter aux greniers,
-des bancs de pierre pour s'asseoir. La maison de la Reine, qui
-communique par une galerie avec la maison du billard, est naturellement
-la plus belle de toutes; elle a des vases de faïence de Saint-Clément,
-remplis de fleurs et des treilles en berceau. Non loin, se dresse la
-tour de Marlborough, qu'a baptisée une vieille chanson, fredonnée par
-Mme Poitrine, la nourrice du Dauphin[967], et qui reflète dans le lac
-ses escaliers en spirale, garnis de géraniums et de giroflées[968].
-
-Le hameau est complet; rien n'y manque de ce qui constitue un hameau
-véritable, ni la ferme, ni la grange, ni le poulailler, ni la maison
-du jardinier, ni celle du garde, ni le moulin avec sa roue qui
-tourne. «La Reine et Hubert Robert ont pensé à tout,» disent ceux des
-historiens de Marie-Antoinette qui ont peut-être le mieux décrit, avec
-leur style chatoyant, cette ravissante création, «la Reine et Hubert
-Robert ont pensé à tout, même à peindre des fissures dans les pierres,
-des déchirures de plâtre, des saillies de poutres et de briques dans
-les murs, comme si le temps ne ruinait pas assez vite les jeux d'une
-Reine[969].»
-
-Il y a une vraie ferme, couverte en paille, avec des animaux vivants,
-de belles vaches suisses, des lapins, des moutons qui bêlent, des
-pigeons qui roucoulent, des poules qui gloussent. Il y a un fermier
-nommé Valy, un garde nommé Bercy, un petit garçon qui garde les vaches,
-une servante qui porte le lait[970]. La laiterie est bâtie au bord du
-lac qui sert de rafraîchissoir, et si l'eau du lac ne convient pas,
-on va en puiser d'autre dans sept fontaines, surmontées de figures
-d'enfants, qui tiennent des cygnes aux ailes déployées. Les tablettes
-sont en marbre blanc; on y dépose le lait dans des vases de porcelaine,
-fabriqués à la manufacture de la Reine, dans des moules brisés
-ensuite[971]. Au hameau, s'il faut en croire un voyageur[972],—mais le
-témoignage paraît suspect,—le Roi est meunier; la Reine, fermière;
-Monsieur, maître d'école. C'est la vie de village, comme on l'entendait
-au XVIIIe siècle[973], telle que Florian l'avait mise à la mode;
-un poème d'Homère, une églogue de Virgile commentée par un conte de
-Berquin, où des Nausicaa, parfumées et poudrées à la maréchale, lavent
-du linge bordé de dentelles avec des battoirs d'ébène, où des Tityres
-en talon rouge tondent des moutons, enguirlandés de roses, avec des
-ciseaux d'or. «C'est une bergerie,» dit le chevalier de Boufflers, «où
-il ne manque que le loup.»
-
-Le hameau est commencé en 1782 et achevé en 1788. Malgré les
-changements de plans et les obstacles, il s'élève vite[974]; car la
-Reine est vive dans ses désirs: «Vous connaissez notre maîtresse,
-écrit le garde du mobilier Fontanieu à l'architecte Mique, elle aime
-bien à jouir promptement.» Puis, après son achèvement, survient une
-transformation nouvelle; car, dans la bergerie, pour parler comme
-Boufflers, le loup est venu, et aux calomnies qui l'assaillent
-déjà, Marie-Antoinette répond par la charité: dans ce village
-d'opéra-comique, elle installe douze pauvres ménages, qu'elle
-entretient sur ses économies[975].
-
-Toutes ces créations de Trianon sont délicieuses. Rien ne peut donner
-une idée de leur charme enchanteur, qui survit à cent ans de distance,
-avec une nuance mélancolique, qui est un attrait de plus. Aussi la
-réputation de ces jardins devient-elle promptement universelle; les
-poètes les chantent[976], et les amateurs du beau les admirent. Mais,
-dès le premier jour, la méchanceté des chroniqueurs s'attaque à cette
-gracieuse fantaisie de la souveraine, qu'elle accuse d'avoir changé le
-nom de son domaine pour lui donner un nom allemand[977]. La Reine s'en
-indigne, et à ceux qui ont la simplicité ou l'impudence de lui demander
-à visiter son _Petit Vienne_, elle répond par un refus qui est une
-leçon[978]. Aux autres, Trianon est ouvert, et l'on y afflue de tous
-côtés, de Paris, de Versailles, de la province, de l'étranger. Pas un
-voyageur ne traverse la France, sans vouloir pénétrer dans ces jardins
-d'Armide; pas un n'en sort sans en être ébloui. Arthur Young, qui n'est
-pas suspect de partialité pour les œuvres de l'ancienne monarchie, et
-qui examine tout avec le flegme d'un Anglais et le sens pratique d'un
-agriculteur, reste en extase devant cette végétation puissante et ces
-merveilleuses collections; il reproche bien à toutes ces charmantes
-choses un peu d'entassement; mais il convient que «plusieurs parties
-sont très jolies et très bien exécutées», et que le Temple de l'Amour
-est «vraiment élégant[979]».
-
-Plus sensible, comme on disait alors, le Russe Karamsine déclare que
-«le jardin de Trianon est ce qu'il y a de plus beau en fait de jardin
-anglais»:
-
-«J'avance, dit-il, et je vois des collines, des champs des prés, des
-troupeaux, une grotte. Fatigué des splendeurs de l'art, je retrouve la
-nature; je me retrouve moi-même, mon cœur, mon imagination; je respire,
-humant l'air embaumé du soir, contemplant le coucher du soleil...; je
-voudrais pouvoir l'arrêter dans sa course, pour rester plus longtemps à
-Trianon[980].»
-
-La baronne d'Oberkirch qui accompagna en France la comtesse du Nord,
-n'est pas moins enthousiaste:
-
-«Je fus, le matin, de bonne heure, visiter le Petit Trianon de la
-Reine. Mon Dieu! la charmante promenade! Que ces bosquets, parfumés de
-lilas, peuplés de rossignols, étaient délicieux! Il faisait un temps
-magnifique; l'air était plein de vapeurs embaumées; des papillons
-étalaient leurs ailes d'or aux rayons d'un soleil printanier. Je n'ai
-de ma vie passé des moments plus enchanteurs que les trois heures
-employées à visiter cette retraite[981].»
-
-Enfin, après ces témoignages, de l'Anglais un peu sceptique, du Russe
-sentimental et de l'Alsacienne femme de goût, veut-on le jugement d'un
-connaisseur émérite, d'un maître dans l'art difficile de la décoration
-des jardins? Voici ce qu'écrit, en 1781, le prince de Ligne, le
-créateur de Belœil et l'un des habitués de Trianon:
-
-«Je ne connais rien de plus beau et de mieux travaillé que le Temple
-et le pavillon. La colonnade de l'un et l'intérieur de l'autre sont le
-comble de la perfection du goût et de la ciselure. Le rocher et les
-chutes d'eau feront un superbe effet dans quelque temps, car je pense
-que les arbres vont se presser de grandir pour faire valoir tous les
-contrastes de bâtisse, d'eau et de gazon. La rivière se présente à
-merveille dans un petit mouvement de ligne droite vers le Temple; le
-reste de son cours est caché ou vu à propos. Les massifs sont bien
-distribués et séparent les objets qui seraient trop rapprochés. Il y
-a une grotte parfaite, bien placée et bien naturelle. Les montagnes
-ne sont pas des pains de sucre ou de ridicules amphithéâtres. Il n'y
-en a pas une qu'on ne croirait avoir été là du temps de Pharamond.
-Les plates-bandes de fleurs y sont placées partout agréablement. Il
-y en avait une à laquelle je trouvais l'air un peu trop ruban; on
-doit, je crois, la changer. C'était là le seul défaut que j'eusse
-remarqué, et cela prouve que, quoique le Petit Trianon soit fait pour
-l'enthousiasme, ce n'est pas lui qui m'échauffe sur son compte. Il n'y
-a rien de colifichet, de contourné; rien de bizarre. Toutes les formes
-sont agréables. Tout est d'un ton parfait et juste. Apparemment que les
-Grâces ont aussi beaucoup de justesse et réunissent encore cet avantage
-à tous ceux qui les feront toujours admirer.»
-
-Dans le palais, même élégance, et, pour parler comme le prince de
-Ligne, même justesse. On y monte par un ample perron, à double rampant,
-que couronnent des terrasses, garnies de pilastres. Quand on a soulevé
-le marteau de la porte, on pénètre dans le vestibule où des guirlandes
-de chêne courent le long des murs[982]. Une tête de Méduse semble en
-interdire l'accès aux fâcheux. Pour les autres, pour les privilégiés,
-s'ouvre un vaste escalier aux larges marches de pierres, à la rampe
-dorée, où des branches de laurier s'entrelacent au chiffre de la déesse
-du lieu. Au centre se balance une merveilleuse lanterne, formée par des
-faisceaux de flèches et des attributs champêtres, éclairée par douze
-lumières que portent de petits satyres assis.
-
-De l'antichambre, qui se présente au haut de l'escalier, on passe dans
-la salle à manger, dont les boiseries, admirablement fouillées, offrent
-de tous côtés une succession de fines arabesques, carquois, flèches,
-guirlandes de fleurs, rameaux de lauriers, sphinx, corbeilles de
-fruits; les boucs de Pan, à la barbe hérissée de pampres, soutiennent
-la cheminée de marbre bleu[983]. Au milieu de la pièce, la table faite
-par Loriot pour Louis XV, qui monte toute dressée par une trappe
-pratiquée dans le parquet, avec ses quatre _servants_, auxiliaires
-discrets qui remplacent et évitent les soins empressés et les regards
-importuns des valets.
-
-Après la salle à manger, le petit salon orné partout de grappes de
-raisin, de masques de comédie, de guitares et de tambours de basque.
-Dans le grand salon, des Amours, souriants et joufflus, se jouent
-aux angles de la corniche, tandis que sur les murs des branches de
-lys s'épanouissent dans des couronnes de lauriers[984]. Le meuble
-est de soie cramoisie galonnée d'or[985]. A la rosace, si délicate
-et si légère que ses grappes de fleurs et de fruits semblent à peine
-posées sur le plafond, est suspendu un lustre de cristal, étincelant
-de mille feux. Dans le cabinet de toilette, deux glaces mobiles,
-surgissant du parquet à volonté, interceptent la lumière et masquent
-les fenêtres[986]; au-dessus, une petite bibliothèque, taillée dans
-l'entresol, en 1780[987]; à côté, la salle de bains, où l'eau s'épanche
-dans une baignoire en marbre blanc.
-
-Un petit boudoir, délicieusement sculpté, avec ses trépieds fumants,
-ses cornes d'abondance, ses colombes posées sur des nids de roses,
-ses écussons fleurdelysés, ses chiffres M A, que traversent des
-flèches inoffensives et qu'encadrent des marguerites, conduit à la
-chambre de la Reine, dont le meuble de poult de soie bleue—cette
-couleur qui va si bien aux blondes—est confortablement rembourré de
-duvet d'eider, dont le lit est enfoui sous la dentelle, dont les
-rideaux sont retenus par des écharpes de satin, frangées de perles et
-d'argent. Une guirlande de myosotis et de pavots entoure le plafond,
-et, sur la cheminée, une pendule, où les aigles d'Autriche s'allient
-à la houlette et au chapeau de bergère, marque les heures fortunées
-de la souveraine de ces lieux.[988] Le long des murs, quelques toiles
-de Pater et de Watteau, et surtout deux charmants tableaux, envoyés
-par Marie-Thérèse[989], où Wertmüller a figuré deux scènes qui sont
-des souvenirs d'enfance, l'opéra et le ballet exécutés par les jeunes
-archiducs et archiduchesses au mariage de Joseph II. Dans l'un, les
-sœurs de la Reine représentent une scène d'opéra; dans l'autre, celle
-qu'on nommait alors Mme Antoine, vêtue d'un corsage rouge et d'une jupe
-de satin blanc sur laquelle courent des branches de roses, danse un
-menuet avec ses frères Ferdinand et Maximilien. Un contemporain prétend
-qu'il y avait aussi à Trianon, dans la chambre même de la Reine,
-plusieurs portraits de la famille impériale, où, par je ne sais quelle
-lugubre fantaisie, les augustes personnages s'étaient fait peindre en
-religieux creusant leur tombeau[990]. Était-ce pour mêler une pensée
-grave à ces pensées souriantes, et l'image de la mort à ces emblèmes de
-plaisir? Était-ce la philosophie de ce poème?
-
-Partout ailleurs, dans le palais, la vie déborde; partout apparaissent
-ces attributs gracieux qui symbolisent le génie de la Reine pendant ses
-jours de bonheur: la simplicité et le charme. C'est là que s'épanouit,
-dans toute sa perfection, ce style qu'on a appelé le _style Louis XVI_,
-mais qu'on devrait plutôt appeler le _style Marie-Antoinette_, car
-c'est elle qui en a été l'inspiratrice: style exquis qui est resté,
-depuis un siècle, le type de l'élégance et de la grâce. C'est là que se
-montre l'influence du goût de la Reine sur le goût et les arts de son
-temps. Ce n'est plus la sévère grandeur de Louis XIV, ni la mignardise
-un peu tourmentée de Louis XV; c'est quelque chose qui tient le milieu
-entre les deux, unissant la pureté des lignes à la délicatesse du
-décor: solide avec les apparences de la fragilité, gracieux et digne à
-la fois, harmonieux sans être provocant, arrondi sans être contourné,
-confortable sans être voluptueux. Souvenirs mythologiques, attributs de
-l'art et de la nature, scènes champêtres, arabesques de la Renaissance,
-emblèmes et symboles, fleurs, fruits et feuillage, tout se réunit dans
-une ornementation qui brille avant tout par l'abondance et la finesse
-des détails. Les calomniateurs de Marie-Antoinette l'ont accusée d'être
-restée allemande: jamais elle n'a été plus française qu'à Trianon.
-
-A sa voix, toutes les imaginations sont en travail; tous les arts
-se donnent rendez-vous pour enfanter des chefs-d'œuvre. Deschamps
-sculpte les frontons du belvédère et les chapiteaux du temple; Féret et
-Lagrenée peignent le plafond et les parois de la salle de spectacle et
-du palais; Dutemps et Leriche les couvrent de dorures. Pour la Reine,
-Gouttière, le célèbre Gouttière, comme on l'appelle déjà de son vivant,
-cisèle ses bronzes merveilleux[991]; Houdon taille le marbre; Clodion
-pétrit ses statuettes. Sous son patronage, Lebœuf fonde une fabrique
-de porcelaine dans la rue de Bondy[992]. David Roetgers compose des
-meubles d'une perfection telle que Louis XVI, l'économe Louis XVI, se
-laisse entraîner à acheter un secrétaire de marqueterie quatre-vingt
-mille francs[993]. Les bois de rose et de palissandre se marient aux
-panneaux et aux plaques de Sèvres; les consoles et les tables se
-surchargent d'une foule de petits objets rares et élégants: groupes
-en pâte tendre ou dure, potiches de Chine en porcelaine bleu céleste,
-vases de Vienne en bois pétrifié, coffrets en sardoine brune ou en
-jaspe sanguin, boîtes en laque du Japon ou en vernis Martin[994]. Tout
-est souriant, tout est exquis.
-
-Ce n'est pas seulement à Trianon que les fantaisies de la jeune
-souveraine se donnent carrière, c'est aussi à Fontainebleau. Rien n'est
-plus gracieux que la série de pièces qui, dans le vieux palais des
-Valois, constitue l'appartement de la Reine. Mercy, qui en voit les
-débuts, déclare que «les artistes en différents genres ont épuisé là
-tout ce que la magnificence, la recherche et le goût peuvent produire
-de plus curieux et de plus agréable[995]». Tout concourt pour les
-orner: Lyon envoie pour la chambre à coucher une merveilleuse soierie,
-couverte d'attributs rustiques: trébuchets et pipeaux, perdrix rouges
-courant dans les champs, chardonnerets chantant sur une branche de
-fleurs, paniers de jardinière et ruines de temple. L'architecte
-Rousseau dirige les travaux[996]; Gouttière plaque sur la commode en
-bois des îles des bronzes ravissants: grappes de raisin, têtes de
-lion, enroulements de toutes sortes. Sèvres y ajoute ses transparents
-médaillons. Au lit, deux génies dorés supportent une couronne au-dessus
-du chiffre entrelacé de Marie-Antoinette. Dans le salon, un élève de
-Boucher, Barthélemy, peint la musique et les arts. Dans la salle de
-bains, il exécute sur glaces de ravissants décors. De joyeux amours,
-frais et roses, lutinent ensemble, se roulent, se poursuivent, courent
-après des papillons, saisissent des oiseaux, jonglent avec des fleurs,
-grimpent le long des roseaux.
-
-Mais la merveille de Fontainebleau, c'est le boudoir, et Mme de Staël
-n'a pas tort, quand elle écrit à Gustave III que «le cabinet de la
-Reine est beau dans tous les détails, au delà de tout ce que l'on
-peut imaginer[997]». Là encore, le décorateur, c'est Barthélemy. Au
-plafond, il place Flore entourée d'amours et jetant à profusion les
-produits parfumés de ses riches parterres. Sur les murs, il prodigue
-les plus charmantes créations de son pinceau; c'est un mélange de
-génies, d'animaux et de fleurs, de rameaux de lierre et de têtes de
-lion, de sphinx accroupis et de branches de bluets et de marguerites,
-de violettes et de lauriers. Sur les portes, Cupidon tend un miroir
-à sa mère et des groupes de jeunes filles dansent devant un satyre
-ou retiennent par les ailes un amour prêt à s'échapper. La cheminée
-en marbre blanc est soutenue par des faisceaux de flèches formant
-colonnes, et, sur le linteau, un arc, ciselé par Gouttière, est
-entrelacé de guirlandes de feuillage et de fleurs. S'il faut en
-croire la tradition, Louis XVI a forgé lui-même les espagnolettes des
-fenêtres, sur les montants desquelles grimpent des tiges de lierre:
-Vulcain cette fois a travaillé pour Vénus[998]. Le parquet est tout en
-acajou moucheté, bois rare alors, qui fait aujourd'hui une impression
-sinistre: les mouchetures ont l'air de taches de sang.
-
-Mais revenons à Trianon.
-
-Le royaume de Marie-Antoinette est petit: une soixantaine d'arpents
-environ composent le jardin[999]. L'habitation est plus petite encore:
-elle n'a guère que douze toises de côté. A l'intérieur, outre les
-appartements de la maîtresse du lieu, que nous avons décrits, il ne
-reste plus au second que quelques pièces étroites et basses, presque
-des chambres de serviteurs. C'est vraiment la maison du sage, qui ne
-peut contenir qu'un nombre restreint d'amis, et c'est là justement ce
-que demande la Reine. Elle a créé Trianon pour échapper à Versailles
-et à Marly; elle y veut être seule avec quelques invités de son choix.
-Elle n'y est plus la souveraine d'un vaste empire, mais la propriétaire
-d'un étroit domaine: c'est le charme de la vie privée après les tracas
-de la vie publique. Là, elle est maîtresse absolue, et aussi haute
-justicière; mais sa justice, elle ne l'exerce qu'avec clémence: «Quant
-à l'homme que vous tenez en prison pour le dégât commis, écrit-elle un
-jour, je vous demande de le faire relâcher, et puisque le Roi a dit que
-c'est mon coupable, je lui fais grâce[1000].»
-
-Cette simplicité qu'elle a rêvée, cette vie du cœur, à laquelle
-elle aspire depuis son enfance, cette existence champêtre, dont les
-emblèmes s'étalent partout autour d'elle, elle veut la réaliser à
-Trianon. C'est là qu'elle peut dire, à l'exemple de Henri IV: «Je
-ne suis plus la Reine, je suis moi[1001].» Le matin, elle part de
-Versailles, accompagnée par un seul valet de pied[1002], elle parcourt
-son jardin, elle visite ses fleurs, elle fait des bouquets de roses
-et de chèvrefeuille, et lorsque, le soir, elle reste à coucher dans
-son petit château, c'est la femme du concierge qui lui sert de femme
-de chambre[1003]. Le dimanche, elle laisse entrer dans le parc toutes
-les personnes honnêtement vêtues, principalement les bonnes et les
-enfants. Là un bal s'organise, un bal rustique, parfois sous une tente,
-comme au village[1004], parfois dans la grange du hameau[1005]; la
-Reine y prend part, danse une contredanse pour mettre tout le monde
-en train; puis elle appelle les bonnes, elle se fait présenter les
-enfants, elle s'informe de leur famille, elle les comble de bonbons
-et de caresses[1006]. Les enfants, elle les aime tant, elle voudrait
-tant en avoir à elle qu'à la fin de 1776 elle adopte un petit paysan
-dont la joyeuse figure et la bonne humeur l'ont frappée. Puis elle
-donne des fêtes, et un jour le parc est transformé en une sorte de
-champ de foire, où les dames de la Cour sont marchandes, où la Reine
-est limonadière, avec théâtres, parades et boutiques bordant les
-avenues[1007]. Elle organise des voyages à Trianon, non pas des voyages
-comme ceux de Marly, qui sont si guindés et qui coûtent si cher,
-mais des voyages où elle s'installe chez elle avec quelques intimes
-seulement; car, nous l'avons dit, sa maison est petite et ne se prête
-pas à une nombreuse compagnie. Mme Élisabeth en est toujours, puis
-Mme de Polignac et sa société, plus rarement Mme de Lamballe. Le Roi
-y vient à pied, sans capitaine des gardes, mais n'y couche jamais.
-Monsieur y apparaît quelquefois, le comte d'Artois souvent. Les invités
-arrivent à deux heures pour dîner et retournent à Versailles pour
-minuit[1008].
-
-Là, point d'apparat, point d'étiquette. Pas de _Maison_, mais des
-amies. La Reine entre dans son salon, sans que les dames quittent
-leur métier, sans que les hommes interrompent leur partie de billard
-ou de trictrac. C'est la vie de château, dans toute sa liberté
-aimable, telle que Marie-Antoinette l'a toujours rêvée, telle qu'on
-la pratique dans cette patriarcale famille des Habsbourg, qui n'est,
-a dit Gœthe, que la première famille bourgeoise de son empire. On se
-rassemble pour le déjeuner, qui tient lieu de dîner; puis on joue, on
-cause, on se promène et l'on se réunit de nouveau pour le souper, qui
-a lieu de bonne heure[1009]. Plus de costumes luxueux, plus de ces
-coiffures compliquées, dont la hauteur exagérée force les architectes
-à grandir les dimensions des portes et provoque les gronderies de
-Marie-Thérèse. Une robe de percale blanche, un fichu de gaze, un
-chapeau de paille, voilà la toilette de Trianon: toilette fraîche et
-charmante, qui fait admirablement ressortir la taille souple et le
-teint éblouissant de la déesse du lieu, mais dont l'extrême simplicité
-met en rumeur les fabricants de soieries de Lyon, délaissées pour
-les toiles d'Alsace[1010]. Là, plus d'amusements bruyants, plus de
-pharaons ruineux qui compromettent la cassette de la Reine, plus de ces
-petits jeux dont on avait pris le goût chez la duchesse de Duras, la
-guerre-pampan, le colin-maillard, le descampativos[1011], dont avait
-médit la chronique. A Versailles et à Marly, ce sont les plaisirs de
-la Cour; à Trianon, ce sont les plaisirs de la campagne, les bals
-champêtres, comme ceux dont nous venons de parler, la danse sur
-l'herbe, le billard, le jeu de bagues, les courses sur le gazon.
-
-La Reine prend au sérieux son rôle de fermière: elle a ses vaches,
-Brunette et Blanchette, qu'elle trait elle-même dans des vases de
-porcelaine; elle a un beau bouc blanc à quatre cornes et des chèvres
-blanches qu'on a fait venir de Fribourg[1012]; elle a ses pigeons et
-ses poules aux quels elle donne à manger; elle a ses parterres qu'elle
-arrose. On passe de la laiterie à la grange, de la grange au moulin; on
-va manger des œufs frais à la ferme, boire du lait chaud à l'étable;
-on pêche dans la rivière, on traverse le lac en gondole, et, quand
-on est las de tout ce mouvement, on revient s'asseoir à l'ombre, en
-respirant le parfum des fleurs et en travaillant; car on ne reste pas
-inactif à Trianon. Les femmes brodent, font de la tapisserie ou filent
-leur quenouille; les hommes tressent du filet, lisent ou se promènent
-en causant. Vie charmante, où le temps s'écoule sans qu'on s'en
-aperçoive, où l'on oublie les intrigues et les soucis de Versailles, où
-l'on se regarde et s'écoute vivre. Vie plus charmante encore, lorsque
-Dieu a exaucé les vœux les plus ardents de la Reine et que le premier
-rayon de la maternité a brillé sur son front. Car alors ce n'est plus
-seulement le calme et l'amitié qu'elle vient chercher à Trianon, c'est
-la santé de ses enfants qui s'ébattent joyeusement sur les pelouses,
-lutinant leurs chèvres, cherchant des nids, bêchant leur jardin[1013],
-respirant le grand air, se développant en toute liberté et puisant
-dans cette liberté et ce grand air la vigueur et la bonne mine. Et, à
-partir de cette époque, Trianon est plus en vogue que jamais, et il
-n'y a guère de jour où la Reine ne s'y rende de Versailles, soit le
-matin, soit dans l'après-midi[1014]. C'est là qu'elle vient achever son
-rétablissement après les rudes et dramatiques couches auxquelles elle
-doit Madame Royale; c'est là qu'elle voit grandir dans les bras de Mme
-Poitrine ce Dauphin tant souhaité, dont la naissance adoucit le chagrin
-de la mort de Marie-Thérèse, et dont les poètes, par une délicate
-flatterie qui va droit au cœur maternel, associent le nom à l'éloge des
-bosquets qui ombragent ses premiers pas[1015].
-
-Voilà les jouissances intimes; mais, à côté, il y a les réjouissances
-officielles, celles qu'on destine aux têtes couronnées. Pas un
-souverain, pas un grand personnage ne voyage en France, sans que la
-Reine veuille lui faire elle-même les honneurs de son domaine. Que
-ce soit Joseph II, le prince de Hesse-Darmstadt, le comte du Nord,
-le roi de Suède, il y a fête à Trianon. Cela fait partie en quelque
-sorte du programme ordinaire des plaisirs qu'on offre aux étrangers
-de distinction. Puis il y a les fêtes moins bruyantes, celles qu'on
-donne au Roi, qui les apprécie beaucoup; car, pas plus que sa femme,
-il n'aime le faste et la représentation. Trianon, pour lui, comme pour
-la Reine, c'est la simplicité, c'est aussi l'économie en comparaison
-de Fontainebleau et de Marly. Parfois on invite quelques seigneurs, ou
-quelques dames de la Cour, comme le maréchal de Noailles, la duchesse
-de Cossé[1016], la marquise de Sabran, souvent même des femmes de
-Paris[1017]. Il y a alors illumination des bosquets «avec ces lampions
-couverts qui donnent une lumière si douce et des ombres si légères,
-que, dit un témoin oculaire, l'eau, les arbres, les personnes, tout
-paraît aérien[1018].»
-
-Après l'illumination, souper, spectacle, ballet, promenades dans le
-jardin, qui se prolongent assez tard dans la nuit[1019]. Mais ce qui
-rend ces réunions plus attrayantes, c'est l'affabilité de la Reine.
-Elle s'ingénie à marquer à ses invités des attentions particulières,
-et chacun sort séduit de ce lieu de délices, plus séduit encore
-par la bonté et la grâce de la propriétaire. Mercy lui-même, qui
-voyait avec méfiance certaines innovations introduites à ces fêtes,
-convenait qu'elles étaient «charmantes par l'agrément que la Reine y
-apportait».—«Pourvu qu'elles ne deviennent ni trop fréquentes ni trop
-coûteuses, ajoutait-il, elles ne peuvent contribuer qu'à faire régner à
-la Cour le ton et le genre d'amusement qui lui est convenable[1020].»
-
-On ne se promène pas seulement à Trianon, on y cause et on y lit.
-Quoique Mme Campan prétende que Marie-Antoinette a peu fait pour les
-lettres et les arts, il est certain qu'elle avait du goût pour les
-jouissances de l'esprit; elle se plaisait à encourager les auteurs.
-Elle protégeait la Harpe[1021] et lui faisait donner une pension
-de douze cents livres[1022]; elle patronnait Delille[1023], et, en
-reconnaissance, le poète chantait les jardins de Trianon; elle riait
-à la lecture des vers badins de Gresset[1024], disait un mot charmant
-au peintre Vernet: «Monsieur Vernet, c'est toujours vous qui faites
-la pluie et le beau temps,» obtenait une gratification de douze cents
-livres pour un petit-neveu du grand Corneille, que lui recommandait
-la Comédie-Française[1025], faisait faire à ses frais, à l'imprimerie
-Royale, une magnifique édition du poète favori de son enfance,
-Métastase, et en envoyait un exemplaire à l'illustre écrivain[1026].
-Elle applaudissait à _l'École des Pères_, et, après la représentation,
-ordonnait au maréchal de Duras de féliciter le compositeur du drame du
-ton de décence et de morale qui se remarquait dans son œuvre[1027].
-Elle faisait jouer par la Comédie-Française le _Méléagre_ de Lemercier,
-assistait à la première représentation et voulait avoir le jeune
-auteur près d'elle dans sa loge «pour mieux jouir d'un succès dont
-elle ne doutait pas et qui, en effet, répondit à ses vœux[1028].» Elle
-accordait une pension à Chamfort et le lui annonçait avec des paroles
-si flatteuses que l'auteur de _Mustapha et Zéangir_, dans l'élan de
-son enthousiasme, jurait—serment bien fugitif—qu'il ne pourrait jamais
-l'oublier[1029].
-
-Mais elle ne pardonnait pas à Voltaire ses attaques contre la
-vieille foi de la France, et si elle n'allait pas jusqu'à le traiter
-d'_extravagant_, comme sa mère[1030], elle lui manifestait peu de
-sympathie. Lorsqu'au printemps de 1778 le philosophe fit, à Paris,
-ce voyage qui ne fut qu'un long triomphe, elle refusa nettement de
-le recevoir à Versailles. Quoi que pût dire le public, quoi qu'aient
-pu affirmer les chroniqueurs, quelles que fussent d'ailleurs les
-sollicitations des amis de Voltaire, elle déclara «qu'elle ne voulait
-en aucune façon d'un homme dont la morale avait occasionné tant de
-troubles et d'inconvénients[1031]». Le fait a été contesté; il est
-positif aujourd'hui.
-
-Ses jugements, toutefois, n'étaient pas toujours aussi fermes, ni
-ses affections, comme ses répugnances littéraires, aussi motivées.
-Si un jour, en lisant le _Numa Pompilius_ de Florian, le peintre
-pourtant de ses bergeries, elle laissait échapper ce mot piquant et
-vrai: «Je crois manger de la soupe au lait[1032]», d'autres fois, ses
-appréciations étaient moins heureuses, comme il arriva pour cette
-pièce de Dorat-Cubières, qui, trouvée charmante, lorsque Molé l'avait
-lue dans le cabinet de la Reine, fut estimée si mauvaise, lors de sa
-représentation à Fontainebleau, que le Roi, pour la première fois,
-fit baisser le rideau avant la fin de la comédie[1033], ou pour _le
-Connétable de Bourbon_, du comte de Guibert, qui, malgré la protection
-royale, échoua complètement, au mariage de Mme Clotilde[1034]. Mais la
-Reine n'avait pas de prétentions, et elle était la première à rire de
-ses mécomptes[1035].
-
-Parmi tant d'amusements, où se jouait une fantaisie, parfois un peu
-mobile, il était un goût qui persistait malgré tout, c'était le goût
-de la musique. Marie-Antoinette l'avait eu dès sa jeunesse. Enfant,
-elle avait joué avec Mozart, et reçu les leçons de Gluck[1036].
-Dauphine, à son arrivée en France, elle étudiait le clavecin tous les
-jours[1037], donnait chez elle de petits concerts[1038], chantait chez
-Mme Clotilde[1039], et se plaisait à jouer de la harpe[1040]. Reine,
-au milieu même des entraînements que lui reprochait sa mère, elle
-continuait ses leçons de musique et ses concerts. Les leçons duraient
-parfois deux heures, et le concert du soir servait de répétition à la
-leçon du matin. Ses progrès étaient réels, et son plaisir si vif que
-Mercy craignait qu'il ne nuisît à des occupations plus sérieuses[1041].
-Même à Fontainebleau qui,—la jeune femme l'avouait elle-même,—était le
-moment de la plus grande dissipation, elle avait deux professeurs de
-musique, l'un de harpe et l'autre de chant[1042]. A Paris, elle allait
-de préférence à l'Opéra et à la Comédie-Italienne, et c'est aussi
-pour lui plaire que l'Opéra avait consenti à faire venir de Vienne le
-célèbre maître de chapelle, Gluck.
-
-Gluck était pour Marie-Antoinette plus qu'un grand compositeur, c'était
-un souvenir, un souvenir de son enfance et de son pays; c'était aussi
-l'espoir d'une réforme dans l'art français, qu'elle trouvait monotone.
-Aussi, dès le début, l'encourage-t-elle de toutes ses forces; elle
-le prend sous sa haute protection; elle fait mettre à l'étude son
-_Iphigénie en Aulide_[1043], et le jour où la pièce est enfin jouée,
-le 19 avril 1774, elle l'applaudit jusqu'à avoir «l'air de faire
-une cabale[1044]». Elle fait donner à l'illustre auteur une pension
-de six mille francs[1045]; elle le protège contre ses ennemis; elle
-soutient de ses bravos, malgré la froideur des spectateurs, la première
-représentation d'_Alceste_, et lorsqu'une coterie hostile appelle
-Piccini pour l'opposer à Gluck, lorsque le public volage et frondeur
-semble abandonner le compositeur allemand pour le maëstro italien,
-elle prend parti pour le maître de sa jeunesse. Dès son arrivée, elle
-lui a accordé les entrées à sa toilette, et tout le temps qu'il y
-reste, elle ne cesse de lui adresser la parole; elle l'interroge avec
-bonté sur ses travaux, et le grand musicien, chez qui la malveillance
-des critiques ne peut ébranler la foi en son génie, lui répond avec
-un imperturbable aplomb: «Madame, _Armide_ sera bientôt fini, et
-vraiment ce sera _superbe_.» Malgré un premier accueil indécis, les
-applaudissements du public ne tardèrent pas à justifier la confiance de
-Gluck et la protection de la Reine[1046].
-
-Le prince d'Hénin, celui qu'on appelle le _Nain des princes_, se
-permet-il d'interpeller cavalièrement Gluck chez Sophie Arnould; le duc
-de Nivernais relève le gant pour se faire bien venir de la souveraine,
-et si l'affaire s'arrange, c'est que le prince, auquel Marie-Antoinette
-a fait dire qu'elle sait d'où viennent les torts et insinue qu'il ait
-à les réparer, consent à faire au compositeur une visite qui est une
-excuse[1047]. Et quand le duc de Noailles, plus capable mais non moins
-vif que le prince d'Hénin, s'écrie que l'_Électre_ de Lemoyne ne vaut
-pas le diable, puisque l'auteur est un élève de Gluck, c'est la Reine
-elle-même qui prend contre le vieux courtisan la défense du professeur
-et de son disciple[1048].
-
-Enfin, lorsque, au bout de cinq ans, le grand homme, aigri et
-découragé, après l'insuccès d'_Écho et Narcisse_, s'apprête à quitter
-Paris, sa royale élève lui fait promettre de revenir et lui décerne,
-comme cadeau d'adieu, le titre de maître de musique des Enfants de
-France[1049].
-
-Mais la Reine n'est pas exclusive; elle ne protège pas seulement
-Gluck, elle accueille aussi son rival, Piccini, auquel elle pardonne
-même d'avoir eu un instant l'appui de Mme du Barry[1050]. Elle ne se
-sert de la lutte des deux compositeurs que pour imprimer au goût de la
-musique en France un nouvel essor; tout en conservant ses préférences,
-elle distribue à l'un et à l'autre ses faveurs. A peine Piccini est-il
-arrivé en France, qu'elle le reçoit; elle prend de lui des leçons de
-chant deux fois par semaine[1051], et lui assure, avec le titre de
-compositeur de ses spectacles lyriques, un traitement de quatre mille
-livres qu'il touchait encore au commencement de la Révolution[1052].
-Elle tient à avoir la primeur des deux premiers actes de _Roland_,
-qu'elle lui fait répéter en sa présence. Le prince de Ligne a raconté
-que, voulant alors chanter devant le maître italien qu'elle avait
-prié de l'accompagner, elle choisit par inadvertance un morceau de
-l'_Alceste_ de Gluck. «Mais, ajoute le prince, la grâce qu'elle mettait
-à réparer ces petits malheurs, qui lui arrivaient souvent, par une
-sorte d'ingénuité qui lui allait si bien, peignait la bonté et la
-sensibilité de la plus belle des âmes, qui ajoutaient des charmes à sa
-figure, sur laquelle on voyait se développer en rougissant ses jolis
-regrets, ses excuses et souvent ses bienfaits[1053].»
-
-Avec Gluck et Piccini, c'est Grétry, dont la musique légère lui plaît
-infiniment. Elle accepte d'être marraine de la fille du compositeur;
-elle lui donne son nom; elle la fait venir tous les mois à Versailles
-pour la combler de présents et de caresses, et, lorsqu'elle va au
-théâtre, après les trois révérences d'étiquette au public, elle cherche
-des yeux sa filleule et lui envoie un baiser, aux applaudissements des
-spectateurs[1054].
-
-Plus tard, lorsque Gluck aura définitivement quitté Paris pour Vienne,
-sans que les instances royales les plus pressantes puissent l'en
-rappeler[1055], ce sera Sacchini que la Reine soutiendra énergiquement
-à la fois contre l'opposition sourde du comité de l'Opéra et la
-malveillance de l'intendant des Menus-Plaisirs, Papillon de la Ferté;
-Sacchini, dont le _Dardanus_ sera représenté pour la première fois sur
-le théâtre de Trianon[1056].
-
-Ce sera Lemoyne, qu'elle honorera de ses faveurs, en même temps que
-Sacchini. Ce sera l'élève de Gluck, Salieri, dont les _Danaïdes_,
-attribuées à la collaboration du maître, ramènent à l'Opéra la
-Reine, avide d'applaudir un nouveau chef-d'œuvre de son vieux
-professeur[1057]. Mme Campan exagère sans doute quand elle attribue
-à Marie-Antoinette le degré de perfection qu'atteignit alors la
-musique française. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle y a beaucoup
-contribué par son patronage et tiré notre scène lyrique de sa vieille
-routine, pour y introduire un nouveau genre. Son goût n'a pas toujours
-eu le mérite infaillible que ses amis lui accordaient; il n'en est pas
-moins vrai,—un critique compétent l'a reconnu,—que, parmi les ouvrages
-qu'elle a couverts de sa protection, «elle n'a généralement ni mal
-choisi ni mal jugé[1058].»
-
-Après les compositeurs, les artistes. La Reine est pleine de
-bienveillance pour la Saint-Huberty, qui le mérite, sinon par son
-caractère, du moins par son talent. Elle fait accorder à Mlle Trial
-1500 livres de gratification annuelle[1059]. Lorsque Garat débarque de
-Bordeaux à seize ans, et fait sensation à Paris, elle veut aussitôt
-l'entendre; elle l'envoie prendre dans un carrosse à six chevaux[1060];
-elle lui obtient, sur la cassette du Roi, une pension de six mille
-francs pour payer ses dettes; elle pousse même la complaisance,—elle
-s'en repentit plus tard,—jusqu'à chanter avec lui. Elle accueille de
-même Michu, de la Comédie-Française; elle l'admet dans son intimité
-et manifeste un plaisir extrême à l'écouter; elle ne l'écoute pas
-seulement, elle lui demande des leçons[1061], et c'est grâce à ces
-leçons qu'elle passe de la musique à un nouvel amusement, où nous
-devons la suivre, et qui nous ramène à Trianon: le théâtre.
-
-Marie-Antoinette, toute jeune encore, avait montré un goût très vif
-pour le théâtre. Quand elle n'était encore que Dauphine, elle avait,
-on s'en souvient, organisé avec ses beaux-frères et belles-sœurs de
-petites représentations dans ses appartements particuliers, et la seule
-crainte du vieux Roi avait mis un terme à ce genre de plaisir qui
-divertissait fort les jeunes ménages. Devenue Reine, elle renonça pour
-quelque temps à ses velléités de monter elle-même sur la scène, mais
-elle conserva son amour du théâtre. A Marly, on improvisait une salle
-de comédie dans une grange, et la Montansier venait y jouer[1062]. A
-Trianon, lorsque le théâtre eut été construit, en 1778, il n'y avait
-pas de fête sans spectacle. A Choisy, dans les petits voyages, il y
-avait aussi presque toujours spectacle et souvent deux fois par jour:
-le matin, opéra, comédie française ou italienne à l'heure ordinaire; le
-soir, à onze heures, représentation de parodies, où les premiers sujets
-de l'Opéra paraissaient sous les traits et dans les costumes les plus
-bizarres. Une danseuse célèbre, la Guimard, était chargée des premiers
-rôles; sa maigreur extrême et sa petite voix rauque ajoutaient encore
-au grotesque des personnages qu'elle jouait[1063].
-
-Mais la Reine appréciait peu ces sortes de divertissements que Louis
-XVI en revanche aimait beaucoup[1064]. Sa nature fine et distinguée
-s'accommodait mal de ces parades, parfois grossières[1065]. «N'est-ce
-que cela?» disait-elle en bâillant, à la représentation sur le théâtre
-de Versailles d'une facétie intitulée: _Les battus paient l'amende_,
-qui avait eu un grand succès à Paris[1066].
-
-La comédie de société était alors plus que jamais en vogue. Dans tous
-les hôtels, dans tous les châteaux, il y avait un théâtre et une
-troupe d'amateurs, organisée comme une vraie troupe, s'exerçant comme
-elle, répétant comme elle et prenant des leçons d'acteurs en renom.
-De la Cour, la contagion avait gagné l'armée, et il avait fallu une
-ordonnance du ministre de la guerre pour arrêter un entraînement auquel
-bien des officiers sacrifiaient leur métier[1067].
-
-Certains grands seigneurs avaient même, en dehors de leur habitation
-ordinaire, une petite maison de campagne, située au milieu des jardins
-et spécialement destinée aux exercices dramatiques. Le duc d'Orléans,
-petit-fils du Régent, avait un théâtre de ce genre à Bagnolet et au
-faubourg du Roule[1068], et c'est là qu'avaient été représentées la
-plupart des comédies de Collé, dans lesquelles le pieux époux de Mme
-de Montesson ne dédaignait pas d'accepter un rôle. Le prince de Condé
-en faisait autant à Chantilly[1069] et Mme Élisabeth elle-même jouait
-_Nanine_ avec ses amies[1070].
-
-Ce que les princes du sang faisaient, ce que le grand Roi avait
-autorisé par son exemple, Marie-Antoinette voulut le faire aussi.
-La guerre, à cette époque, retenait loin de Versailles tous les
-militaires; l'été rappelait un grand nombre de courtisans dans les
-châteaux[1071]; les amusements devenaient rares à la Cour. La Reine
-songea à ce moyen nouveau pour rompre la monotonie d'une existence qui
-se traînait péniblement. Comme le duc d'Orléans, elle résolut d'avoir
-et elle eut son théâtre et sa troupe. Le théâtre, nous l'avons décrit
-plus haut; la troupe, c'étaient les familiers de la société Polignac:
-la favorite d'abord; sa fille, la duchesse de Guiche; sa cousine,
-Mme de Châlons; ses belles-sœurs, la comtesse Diane et la comtesse
-de Polastron. Mme Campan raconte qu'il fut convenu qu'à l'exception
-du comte d'Artois, aucun homme ne serait admis dans la troupe[1072].
-Si cette résolution fut prise, elle ne tint pas; car, dès le premier
-jour, nous trouvons parmi les acteurs le comte d'Adhémar, le comte
-Esterhazy, M. de Polignac[1073], auxquels vinrent se joindre presque
-aussitôt le comte de Vaudreuil, le duc de Guiche, le bailli de Crussol.
-L'ordonnateur pour tous les détails du spectacle fut le secrétaire
-des commandements de la Reine, M. Campan, au grand mécontentement du
-duc de Fronsac, qui, voyant là une atteinte à ses prérogatives de
-premier gentilhomme de la Chambre, fit des représentations par écrit
-et ne s'attira que cette réponse sans réplique: «Vous ne pouvez être
-premier gentilhomme, lorsque nous sommes les acteurs; je vous ai fait
-connaître mes volontés sur Trianon; je n'y tiens point de cour; j'y vis
-en particulière et M. Campan sera toujours chargé des ordres relatifs
-aux fêtes intérieures que je veux y donner.» Le duc ne se tint pas pour
-battu, et, toutes les fois qu'il venait à la toilette de la Reine,
-il ne manquait pas de lancer quelque pointe contre son «_collègue_»
-Campan. La Reine haussait les épaules, et quand il était parti: «Il est
-affligeant, disait-elle, de trouver un si petit homme dans le fils du
-maréchal de Richelieu[1074].»
-
-Les professeurs furent Dazincourt, Caillot, acteur célèbre
-alors mais depuis longtemps retiré du théâtre, et Michu, de la
-Comédie-Italienne[1075]; le premier pour la comédie, les deux autres
-pour l'opéra-comique.
-
-Quand l'auguste troupe se crut suffisamment exercée, elle fit ses
-débuts le 1er août 1780, et tout d'abord elle s'attaqua à deux
-des pièces les plus en renom de cette époque, où par conséquent
-la comparaison était le plus dangereuse avec les acteurs de
-profession: _le Roi et le Fermier_, de Sedaine et Monsigny, et _la
-Gageure imprévue_, de Sedaine. «La Reine, dit Grimm, qui, dans sa
-_Correspondance_, parle de cette première représentation, la Reine, à
-qui aucune grâce n'est étrangère, et qui sait les adopter toutes, sans
-perdre jamais celle qui lui est propre, jouait dans la première pièce
-le rôle de Jenny et dans la seconde celui de la soubrette[1076].» Il
-n'y eut d'autres spectateurs que le Roi, les princes et les princesses
-de la famille royale, sans aucune suite; dans le parterre, les gens
-de service en sous-ordre, comme femmes de chambre, valets de chambre
-et huissiers, qui se trouvaient à Trianon, en raison de leur service
-momentané[1077], en tout une quarantaine de personnes. A travers
-les louanges un peu emphatiques de Grimm, et malgré l'inexpérience
-des artistes, il est facile de voir que le succès de cette première
-soirée fut satisfaisant. Le Roi s'amusa beaucoup, les acteurs furent
-enchantés. Dix jours après, on recommença dans l'opéra-comique de
-Sedaine et Monsigny: _On ne s'avise jamais de tout, et la comédie de
-Barthe, les Fausses infidélités_, puis, le 6 septembre, dans _l'Anglais
-à Bordeaux_ et _le Sorcier_. Cette fois la Reine aurait voulu, pour
-autoriser plus encore aux yeux du public des amusements dont elle était
-vivement éprise, que sa belle-sœur, Madame, se mêlât à la troupe.
-Madame ne demandait pas mieux, plus peut-être par politique que par
-goût; mais Monsieur s'y opposa formellement. En revanche, le Roi ne
-dissimulait pas le plaisir qu'il prenait à ces divertissements; il y
-prolongeait ses soirées, ne paraissant nullement pressé de se retirer
-à son heure ordinaire[1078], assistait même aux répétitions, et, quand
-la Reine exécutait des morceaux de son rôle, il donnait le signal des
-applaudissements[1079]. Le spectacle durait jusqu'à neuf heures et
-était suivi d'un souper, restreint à la famille royale et aux acteurs
-et actrices. Au sortir de table, la Cour se séparait et il n'y avait
-point de veillée[1080].
-
-Encouragé par cette approbation, on tenta une nouvelle épreuve le
-19 septembre. Au dernier moment, la Reine avait voulu remettre la
-représentation, à cause d'une indisposition de sa fille. Ce fut
-le Roi qui déclara que l'état de la jeune princesse n'avait rien
-de grave et qu'il ne fallait rien changer aux amusements de la
-journée[1081]. Cette fois, on avait choisi deux pièces qui avaient
-fait fureur à la Comédie-Italienne et à l'Opéra: _Rose et Colas_,
-de Sedaine et Monsigny, et _le Devin du village_ de Rousseau. Dans
-cette dernière pièce surtout, on ne s'exposait pas seulement à un
-rapprochement avec les premiers artistes de l'Opéra, on évoquait le
-souvenir dangereux de l'excellente troupe de Mme de Pompadour. La
-comparaison toutefois ne semble pas avoir été trop défavorable. Le
-comte d'Adhémar provoquait bien quelques sourires ironiques avec sa
-voix chevrotante et ses cheveux blancs un peu déplacés dans le rôle
-du berger Colin, et la Reine avait le droit de dire qu'il était bien
-difficile que la malveillance pût trouver à reprendre dans le choix
-d'un pareil amoureux[1082]. Mais le comte de Vaudreuil, le meilleur
-acteur de société qu'il y eût à Paris, suivant Grimm, rendait bien le
-rôle du devin, et Mercy, qui, sur le désir formel de Marie-Antoinette,
-assistait à cette représentation dans une loge grillée, et qui
-cependant blâmait au fond ce genre de divertissement, Mercy écrivait à
-Marie-Thérèse, alarmée comme lui de ce nouveau plaisir de sa fille:
-
-«La Reine a une voix très agréable et fort juste; sa manière de jouer
-est noble et remplie de grâce. En total, ce spectacle a été aussi bien
-rendu que peut l'être un spectacle de société. J'observai que le Roi
-s'en occupait avec une attention et un plaisir qui se manifestaient
-dans toute sa contenance; pendant les entr'actes, il montait sur le
-théâtre et allait à la toilette de la Reine[1083].»
-
-Le public était moins facile que le Roi et plus exigeant que Mercy;
-blessé de n'être pas admis à ces représentations intimes, il les
-critiquait avec aigreur et la chronique, toujours mal disposée,
-s'emparait avidement de mille anecdotes suspectes, inventées par les
-mécontents. On racontait que le Roi, qui, disait-on, n'assistait à ces
-spectacles que par complaisance, n'avait pas craint de siffler son
-auguste compagne[1084]. On prétendait que la Reine, ennuyée de n'avoir
-pas plus de spectateurs, avait fait entrer les gardes du corps et qu'à
-la fin de la soirée, s'avançant sur le devant de la scène, elle avait
-poussé l'oubli de sa dignité jusqu'à dire: «Messieurs, j'ai fait ce que
-j'ai pu pour vous amuser; j'aurais voulu mieux jouer pour vous donner
-plus de plaisir[1085].» Ces anecdotes étaient fausses; les documents
-les plus sérieux permettent de l'affirmer aujourd'hui[1086]; elles n'en
-circulaient pas moins dans le public, d'autant plus acceptées qu'elles
-étaient plus méchantes, et nuisant à la considération de la souveraine.
-
-Interrompus en 1781 par une indisposition de Marie-Antoinette ou
-peut-être par suite des observations de Mercy, les spectacles de
-Trianon furent repris en 1782 avec _le Sage étourdi_, de Boissy, et la
-_Veillée villageoise_, de Piis et Barré; en 1783, avec _le Tonnelier_,
-d'Audinot, et _les Sabots_, de Sedaine, puis avec _Isabelle et
-Gertrude_, de Favart, et _les Deux chasseurs et la Laitière_ d'Anseaume
-et Duni. La Reine s'occupait de tous les détails; elle surveillait les
-moindres apprêts et faisait elle-même repeindre les décors qui lui
-semblaient insuffisants ou passés. Elle était en un mot le directeur
-suprême de sa troupe et se montrait jalouse de son autorité. «Mon petit
-spectacle de Trianon, écrivait-elle, me paraît devoir être excepté
-des règles du service ordinaire[1087].» Mais la rigueur salutaire des
-premières représentations s'était relâchée. L'assistance qui s'était
-d'abord strictement bornée à la famille royale, et dans le parterre à
-quelques femmes de service, s'était étendue peu à peu. La porte qui, en
-1780, s'était fermée même devant la princesse de Lamballe[1088], avait
-fini par s'ouvrir devant quelques dames de la Cour, puis devant les
-officiers des gardes du corps, et les écuyers du Roi et de ses frères.
-On avait commencé par quarante spectateurs, on finissait par deux cents.
-
-Quelle était, au fond, la valeur artistique de cette troupe de Trianon?
-Au milieu de tant d'appréciations contradictoires, les unes sévères
-par méchanceté, les autres peut-être laudatives par flatterie, il est
-difficile de porter un jugement. Il semble pourtant que celui de Mercy
-est le plus impartial: la troupe de Trianon ne valait ni plus ni moins
-que les troupes ordinaires d'amateurs. Le comte d'Artois déployait un
-talent assez agréable, le comte de Vaudreuil se montrait bon acteur.
-Quant à la Reine, si un spectateur, au témoignage de Bachaumont—et
-l'anecdote nous paraît très suspecte—disait d'elle que c'était
-royalement mal joué[1089], le chevalier de Lille, fin connaisseur,
-qui la voyait dans _la Veillée villageoise_, écrivait qu'elle jouait
-à ravir son rôle de Babet[1090]. Il paraît certain toutefois que les
-augustes acteurs avaient plus de succès dans la comédie que dans
-l'opéra-comique et qu'ils ne se faisaient pas d'illusions sur leurs
-aptitudes lyriques.
-
-Est-ce cette confiance dans leurs talents de comédiens qui les engagea
-à aborder, en 1785, la fameuse comédie de Beaumarchais, _le Barbier
-de Séville_? _Le Barbier de Séville_ sera le dernier essai de la
-royale troupe; c'est la clôture du théâtre de Trianon. Mais cette
-représentation, qui fut une imprudence, appartient déjà aux jours
-sombres et nous n'en sommes qu'aux jours joyeux. Nous n'en parlerons
-donc que plus tard et, pour aujourd'hui, nous nous contenterons
-d'écouter les grondements, encore sourds, de l'orage qui s'amoncelle
-dans le lointain.
-
-La malveillance qui n'a cessé de poursuivre Marie-Antoinette depuis
-son entrée sur le sol de France, qui s'est acharnée après tous ses
-actes et toutes ses paroles, s'est plus spécialement attaquée à Trianon
-parce que, plus que tout le reste, Trianon c'était elle-même. On a
-affecté de voir dans les embellissements apportés par la Reine à sa
-résidence favorite une des causes, la cause principale même, du déficit
-du trésor, et cette rumeur, née à Versailles dans un petit cercle de
-mécontents, propagée à Paris et dans la province, a prolongé ses échos
-jusque dans le réquisitoire de Fouquier-Tinville, jusque dans les
-questions de Dumas, qui, au tribunal révolutionnaire, a interrogé la
-Reine sur les _millions_ engloutis à Trianon. Ces millions se réduisent
-à un et demi ou deux au plus, répartis sur une quinzaine d'années, de
-1776 à 1790. Il a été prouvé que la dépense moyenne, nécessitée par
-la création ou la conservation de tant de fantaisies charmantes, n'a
-guère dépassé par an cent ou cent vingt mille livres[1091]. Le gros
-œuvre des bâtiments n'a pas atteint un total de cinq cent mille livres;
-la décoration ne peut être évaluée à plus de deux cent cinquante
-mille. Le compte du sculpteur Deschamps, par exemple, qui couvrit de
-ses arabesques les murs et les frontons de ces ravissantes fabriques,
-ne s'est élevé, du 6 octobre 1777 au 15 septembre 1786 qu'à 113.665
-livres 12 sous et n'a été achevé de régler que le 31 août 1791. Mercy
-lui-même qui, dans ses rapports à Marie-Thérèse, se montrait alarmé de
-ce que pourrait coûter à la Reine son nouveau domaine, n'estime les
-frais du parc anglais qu'à cent cinquante mille livres[1092]. Une note
-de M. d'Angivilliers, conservée aux Archives, constate qu'en 1777 le
-devis total de l'établissement du jardin de Trianon, «dont, dit-il, la
-Reine a le plus grand empressement de jouir,» s'élève à 352.275 livres
-10 sous 10 deniers[1093]. Si l'on veut entrer dans quelques détails,
-l'entretien des jardins qui, sous Louis XV, dépassait trente mille
-livres, n'était, en 1775, que de douze mille, en 1777 que de quinze
-mille et n'arrivait plus, à la fin, qu'à 6476 livres 12 sous[1094]. Le
-pavillon chinois et le jeu de bagues coûtaient quarante et une mille
-livres[1095]; le rocher d'où sort la rivière, neuf mille; le belvédère,
-cette exquise merveille, soixante-cinq mille environ[1096]. Qu'était-ce
-à côté des dépenses des financiers du temps, de Boutin à Tivoli, ou de
-Laborde à Méréville? Le théâtre même de la Reine, qui a excité tant de
-critiques, et quelques-unes peut-être avec raison, ce théâtre, avec
-sa troupe peu nombreuse, son orchestre restreint, sans chœurs, sans
-représentations suivies, qu'était-il à côté de celui de la duchesse
-du Maine à Sceaux, et surtout de celui des _Petits-cabinets_ de Mme
-de Pompadour[1097], monté avec le plus grand luxe et qui en six ans
-n'avait pas donné moins de soixante ouvrages, dont plusieurs avaient
-été joués jusqu'à cinq et six fois[1098]?
-
-Il faut avouer cependant que, si la méchanceté a singulièrement
-grossi les prétendues prodigalités de la Reine dans son gracieux
-domaine, Trianon ne fut pas pour elle sans inconvénients. Les amis
-les plus dévoués de Marie-Antoinette regrettaient, et elle regretta
-elle-même plus tard[1099], ce goût pour le théâtre qui l'entraînai à
-fréquenter des comédiens, à recevoir leurs conseils, à jouer leurs
-rôles. Il semblait peu compatible avec la majesté du trône qu'une
-reine se travestît en soubrette. Dans le public, c'était pis encore.
-Le peuple, qui pardonne facilement les dépenses, même folles, dont il
-jouit, est toujours disposé à exagérer celles dont il ne jouit pas.
-Exclu des fêtes de Trianon, il y voyait des prodigalités ruineuses
-et comme une insulte à sa misère. De là, ces légendes malveillantes
-qui incriminaient tous les actes de Marie-Antoinette, ses promenades,
-ses paroles, ses affections, qui lui imputaient des légèretés et
-des ridicules imaginaires et qui trouvaient si facilement accès
-dans les esprits prévenus. On brûlait quelques paquets de branches
-sèches pour illuminer le parc lors du voyage de Joseph II; aussitôt
-l'opinion s'élevait contre ces excès inouïs et les trois mille fagots
-se transformaient, dans l'imagination populaire, en une forêt tout
-entière[1100].
-
-La Cour n'était pas moins en rumeur. Ceux qui n'étaient point invités
-à Trianon étaient jaloux de ceux qui y étaient admis. La faveur
-exclusive, manifestée à quelques personnes, froissait celles qui n'y
-avaient point part. Les dames du palais, dont le service se réduisait
-à ne plus paraître que les dimanches et les jours de fête à la toilette
-de la Reine et aux offices d'église, se répandaient en propos, non
-seulement contre les privilégiées qui avaient les entrées de Trianon,
-mais encore contre la princesse, qui répartissait si inégalement ses
-grâces[1101]. La jalousie exaltait les têtes et faisait naître une
-sorte «d'aliénation», comme disait Mercy[1102]. On n'allait pas à
-Trianon; mais on n'allait plus à Versailles.
-
-La Cour ne se tint guère, le palais devint désert. Versailles, ce
-théâtre de la magnificence de Louis XIV, où l'on accourait avec tant
-d'empressement de toute l'Europe pour prendre des leçons de politesse
-et de bon goût, n'était plus, dit un contemporain, qu'une petite
-ville de province, où l'on n'allait qu'avec répugnance et d'où l'on
-s'enfuyait au plus vite[1103]. L'ambition et la cupidité n'étaient pas
-moins actives, mais on cherchait à se faire des protecteurs parmi les
-personnages en crédit et les grâces s'obtenaient de seconde main[1104].
-Ainsi l'autorité s'affaiblissait, en même temps que la désaffection
-commençait et que se perdait le respect. Quand le Roi, cédant à son
-amour de la simplicité et de la solitude, s'accommodait des amusements
-de Trianon et de cette forme de société trop restreinte pour une nation
-vive, empressée, amoureuse de l'éclat comme la nation française[1105],
-il ne voyait pas qu'en affectant ces habitudes et cette existence
-d'homme privé, il faisait dire à son peuple, accoutumé à l'étiquette
-fastueuse et aux majestueuses traditions non seulement de Louis XIV,
-mais même de Louis XV, que leur successeur n'avait ni les goûts ni
-les vertus d'un monarque. Quand la Reine, «qui semblait destinée par
-la nature à tenir la première cour du monde[1106]», se dérobait aux
-devoirs de la représentation pour ouvrir son âme à Mme de Polignac et
-s'enfermer avec elle à Trianon, les courtisans, envieux d'un crédit qui
-leur paraissait exclusif, épiaient les moindres grâces accordées à la
-favorite, attribuaient à son influence les démarches de la Reine, et à
-l'influence de la Reine les résolutions du gouvernement; ils rendaient
-Marie-Antoinette responsable de l'élévation des uns, des déconvenues
-des autres, du déficit du trésor, de l'accroissement des impôts, et
-accumulaient sur sa tête des tempêtes d'impopularité et des orages de
-colères dont les premiers éclairs inquiétaient Mercy, arrachaient à
-Marie-Thérèse des larmes sur son lit de mort et attiraient à la jeune
-et imprudente souveraine les remontrances sévères et parfois mêmes
-brutales de son frère Joseph II.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
- Voyage de Joseph II en France.—Caractère de l'Empereur.—Son
- projet de voyage formé, abandonné, repris.—Joie de la Reine
- de revoir son frère.—Premières entrevues.—Gronderies souvent
- maladroites.—L'Empereur et la Reine à l'Opéra.—Visites aux
- monuments et aux principales institutions de la ville de
- Paris.—Affectation de simplicité.—Engouement du public.—Départ de
- l'Empereur.—Son jugement sur la Reine.—Conseils qu'il lui laisse
- par écrit.—La Reine s'y conforme quelque temps, puis retombe dans
- la dissipation.—Pourquoi?
-
-
-Il y avait longtemps déjà que Joseph II avait formé le projet de venir
-en France. Dès l'année même du mariage de la Dauphine, il en avait
-manifesté l'intention à son ambassadeur, le comte de Mercy[1107].
-
-Esprit curieux, mais mal équilibré, entêté plutôt que ferme, ayant plus
-de vivacité que de bon sens, concevant de vastes plans, mais ne les
-mûrissant pas, passionné pour les petites choses et se noyant dans les
-détails, gouvernant trop, disait le prince de Ligne, mais ne régnant
-pas assez[1108], parlant en libéral, mais agissant en souverain absolu,
-ce prince philosophe gâtait de réelles qualités par de fâcheux travers.
-Avec le désir d'apprendre, il n'avait pas la patience de s'instruire.
-«Ses questions, dit Gleichen, avaient l'air de chercher un conseil,
-mais il ne cherchait ordinairement que d'en trouver un qui s'accordât
-avec son avis[1109].» Devenu empereur à la mort de son père, en 1765,
-il désolait sa mère par son activité brouillonne, par sa précipitation
-inquiète, par sa manie de changements, par ses utopies philosophiques,
-par une ambition fiévreuse, que ne soutenaient pas suffisamment la
-vigueur des moyens, la netteté des vues et la force du caractère[1110].
-Voulant sincèrement le bonheur de ses peuples, mais le voulant en
-théoricien plutôt qu'en homme pratique, il ne réussit qu'à les soulever
-par des réformes tracassières que repoussaient leurs traditions,
-leurs mœurs et même leurs croyances. Plus âgé que Marie-Antoinette de
-quatorze ans, prenant vis-à-vis d'elle l'attitude d'un père et lui
-parlant avec l'autorité de l'expérience, il compromettait trop souvent
-la sagesse de ses avis par la sécheresse du ton et la brusquerie
-de la forme[1111]. Il oubliait trop facilement que l'enfant, qu'il
-avait morigénée à Vienne, avait grandi, que la Dauphine était devenue
-Reine[1112]. La jeune princesse, habituellement docile et déférente
-pour un frère qu'elle aimait beaucoup, s'irritait parfois des airs
-dominateurs et des leçons mordantes de ce mentor, qui affectait de lui
-écrire en allemand et de la traiter en petite fille[1113]. Ce n'étaient
-pourtant que des nuages passagers; la correspondance reprenait vite ses
-allures affectueuses, et ce fut en grande partie le désir de retrouver
-Marie-Antoinette qui détermina l'Empereur à venir visiter la France,
-qu'il n'aimait pas[1114], et contre laquelle il nourrissait, comme les
-principaux seigneurs de sa Cour, d'invincibles préjugés[1115]. Voir
-la Reine, étudier son caractère et apprécier sa conduite, faire la
-connaissance personnelle du Roi, juger la situation de la Cour pour le
-présent et pour l'avenir, observer ce qu'une grande monarchie pouvait
-présenter d'intéressant en matière de ressources, d'administration,
-d'agriculture, de finances, de commerce, de marine et de militaire,
-tels étaient les objets principaux que, de son propre aveu, se
-proposait l'Empereur, tels étaient les fruits qu'il comptait retirer de
-son voyage[1116].
-
-Marie-Antoinette était tout heureuse de la pensée de revoir son
-frère; c'était pour elle comme une émanation de son pays, comme un
-portrait vivant de sa mère. Mais cette joie, il faut bien le dire,
-n'était pas sans être tempérée par quelque inquiétude[1117]. Que
-penserait Joseph II de la Cour de France? Que penserait-il du Roi?
-Que penserait-il surtout de la société de la Reine et du genre de vie
-qu'elle avait adopté[1118]? Quel serait son jugement? Quels pourraient
-être ses reproches, lui qui avait écrit un jour à sa sœur une lettre
-tellement vive que Marie-Thérèse avait dû en empêcher l'envoi[1119]?
-Ne résulterait-il pas de là des aigreurs, un refroidissement,
-peut-être une brouillerie décidée? Telles étaient les appréhensions de
-Marie-Antoinette[1120] et les craintes de Mercy.
-
-Abandonné et repris plusieurs fois[1121], suspendu au dernier moment
-par la rigueur de l'hiver et par les événements politiques de Bohême
-et d'Allemagne[1122], mal vu de Marie-Thérèse qui n'en fut informée
-qu'après tous les autres[1123], le voyage de Joseph II ne s'effectua
-qu'au printemps de 1777. Au grand chagrin de la Reine, qui eût
-voulu que son frère fût reçu suivant son rang de haut et puissant
-souverain[1124], à la vive contrariété de l'Impératrice, qui n'aimait
-pas cette affectation de simplicité, plus apparente que réelle[1125],
-l'Empereur avait résolu de garder en France le plus strict incognito.
-Sa décision à cet égard avait été formelle. Pas de logement au palais
-de Versailles ni à Trianon; à Paris, un appartement chez l'ambassadeur,
-au Petit-Luxembourg, mais en évitant soigneusement toute apparence
-de réception officielle[1126]; à Versailles, deux chambres dans un
-hôtel garni, l'_Hôtel du Juste_, convenablement meublées, mais sans
-recherche[1127]; au Château, mais seulement pour y prendre quelques
-instants de repos dans la journée, un petit cabinet à l'entresol de
-la Reine[1128]. Pas de carrosse de la Cour, une simple voiture de
-louage[1129].
-
-Ce fut le vendredi 18 avril, à sept heures et demie du soir, que Joseph
-II arriva à Paris, sous le nom de comte de Falkenstein. Le lendemain,
-dès huit heures du matin, il partit pour Versailles. A défaut de
-Mercy, retenu au lit par une indisposition, ce fut l'abbé de Vermond
-qui reçut l'Empereur à sa descente de carrosse et le conduisit seul,
-par un escalier dérobé, jusque dans la pièce où se trouvait la Reine:
-«Je désire, avait écrit Joseph II, qu'elle m'attende dans son cabinet
-sans venir à ma rencontre, et que là, pour ne point jouer la comédie
-aux autres, nous soyons seuls à nous donner les marques du plaisir que
-nous avons de nous revoir[1130]». Le plaisir était vif; l'entrevue fut
-touchante. Le frère et la sœur s'embrassèrent tendrement et restèrent
-un moment sans parler. Puis leur cœur s'épanouit et l'entretien devint
-animé et confiant. L'Empereur, contre toute prévision, fut tendre et
-presque flatteur. Il dit à la Reine que si elle n'était point sa sœur
-et qu'il pût être uni à elle, il ne balancerait point à se remarier
-pour se donner une si charmante compagne. La jeune femme, d'autant plus
-touchée de ce compliment qu'elle n'y comptait guère, ouvrit son âme et,
-avec un abandon inespéré, parla en toute franchise de sa situation,
-de ses goûts, de sa société, ne faisant quelques réserves que sur le
-chapitre des favorites. La glace était rompue; tout embarras avait
-cessé de part et d'autre; la conversation se prolongea, intime et
-confiante de la part de Marie-Antoinette, affectueuse et discrète de la
-part de Joseph II. La Reine conduisit ensuite son frère chez le Roi;
-les deux monarques s'embrassèrent; le Roi tint quelques propos qui
-montrèrent son désir de paraître cordial et honnête; l'Empereur s'en
-contenta et dès le premier moment sut mettre le Roi à son aise[1131].
-Puis, après des visites aux princes et princesses, à la famille
-royale et aux ministres, après un souper chez la Reine, le comte de
-Falkenstein revint coucher à Paris. Ainsi se passa cette première
-journée.
-
-Pendant les jours suivants, les entretiens se renouvelèrent entre
-l'Empereur et la Reine. Tantôt à Trianon, dans l'intimité d'une
-promenade solitaire, tantôt à Versailles, Joseph II reprenait en détail
-les sujets qu'il avait déjà abordés avec sa sœur. Il lui montrait les
-dangers de la situation, faisait un tableau frappant de la facilité
-avec laquelle elle se laissait entraîner par l'attrait des dissipations
-et des conséquences regrettables que ces entraînements amèneraient
-infailliblement dans l'avenir, insistant sur la nécessité de s'arrêter
-sur cette pente, de montrer plus de déférence pour le Roi, de renoncer
-au jeu et de s'appliquer enfin d'une manière suivie à des occupations
-sérieuses, mettant surtout en pleine lumière les inconvénients de la
-société de la Reine. Seul de cette société, le duc de Coigny avait
-trouvé grâce devant l'Empereur; mais en revanche, le prince jugeait
-sévèrement, trop sévèrement même, Mme de Lamballe[1132], Mme de
-Polignac, la princesse de Guéménée, dont il qualifiait durement la
-maison de «tripot»[1133]. La Reine ne défendait pas Mme de Lamballe,
-dont elle était alors désenchantée; mais elle cherchait à ramener son
-frère sur le compte de Mme de Guéménée et surtout sur celui de Mme
-de Polignac[1134]. Elle convenait d'ailleurs sans difficulté de la
-justesse des raisons de l'Empereur, dont le langage l'avait réellement
-émue, et, disposée aux réflexions sérieuses, ajoutait qu'«un jour
-viendrait où elle suivrait de si bons avis[1135]». Mais, par un reste
-de respect humain, elle répugnait à modifier immédiatement sa manière
-d'agir: elle avait peur de paraître céder à une pression[1136]. Il ne
-fallait pas qu'on pût dire dans le public que l'Empereur était venu
-d'Autriche pour régenter et corriger sa petite sœur.
-
-L'attitude de Joseph II n'autorisait malheureusement que trop ces
-craintes de la Reine. Caractère absolu et dominateur, plus porté à
-la critique qu'à l'indulgence, l'auguste aristarque n'avait pas su
-conserver toujours le ton cordial et affectueux que lui recommandait
-Mercy, et auquel il s'était d'abord astreint. Il oubliait trop
-facilement qu'il avait affaire à une souveraine ardente et fière,
-à laquelle il fallait parler le langage de la raison et de la
-douceur[1137], au lieu d'apporter la sévérité et la rudesse qui étaient
-dans son propre tempérament, et la Reine, qui reconnaissait la vérité
-des observations de son frère, pour le fond, était justement blessée
-par la forme. Il arrivait par exemple à l'Empereur de donner à sa sœur
-une leçon publique devant plusieurs courtisans[1138], ou de dire que
-si le Roi se déterminait à visiter son royaume, il ne devrait pas être
-accompagné de sa femme, qui «ne lui était bonne à rien[1139]». Une
-autre fois, il lui déclarait devant Mercy et d'un ton singulièrement
-dur, que s'il était le mari de la Reine, il saurait bien «diriger
-ses volontés et les faire naître dans la forme où il les aurait
-voulues[1140]». De pareils propos n'étaient pas de nature à plaire à la
-princesse; sa légitime susceptibilité se révoltait contre ce ton pédant
-et cette pression maladroite: «De ma mère, disait-elle, je recevrais
-tout avec respect; mais, quant à mon frère, je saurai lui répondre.»
-De là des froideurs, des aigreurs, des brouilleries momentanées, et
-cette déclaration que la Reine faisait à l'Empereur d'un air moitié
-riant, moitié fâché, que, si son séjour en France se prolongeait, «ils
-auraient souvent de grandes disputes ensemble[1141].»
-
-Au fond, cependant, elle eût souhaité qu'il restât; car elle l'aimait
-malgré ses brusqueries et ne se dissimulait pas que ses conseils lui
-avaient été utiles. Elle faisait tout pour le retenir. Tantôt elle
-lui donnait une montre ornée de son portrait; tantôt elle lui offrait
-une fête à Trianon: fête «très bien ordonnée, raconte Mercy, et qui
-devint charmante par les grâces que la Reine déploya envers un chacun.
-Le Roi y mit de la gaîté et, autant que le comporte sa tournure, il
-parut attentif envers l'Empereur[1142].» Le parc anglais avait été
-éclairé par des terrines de feu cachées dans les fleurs, et des fagots,
-allumés derrière le Temple de l'Amour, l'avaient transformé en un
-foyer lumineux, dont l'éclat rejaillissait sur tout le jardin[1143].
-
-D'autres fois, Marie-Antoinette conduisait son frère à la
-Comédie-Française et à l'Opéra. A ce dernier théâtre,—c'était le
-25 avril,—on jouait _Iphigénie en Aulide_, de Gluck. L'Empereur
-aurait voulu rester caché dans le fond de sa loge; mais la Reine,
-le saisissant par la main, l'attira sur le devant, et le parterre
-éclata en acclamations telles que le spectacle fut interrompu
-quelques instants. Quand il reprit, on exécuta le chœur: _Chantons,
-célébrons notre Reine!_ Ce fut le tour de Joseph II de s'associer
-aux applaudissements qui saluaient sa sœur, et le public de dire que
-«si l'archiduc[1144] avait un peu aliéné les cœurs français de cette
-souveraine, l'Empereur les lui avait rendus[1145]».
-
-La Reine jouissait de ce triomphe et de la croissante popularité de
-son frère. Quelque soin que l'auguste voyageur prît de sauvegarder
-son incognito, c'était partout sur son passage des démonstrations
-bruyantes. Son hôtel était environné d'une foule nombreuse et, en
-quelque lieu qu'il allât, il se formait autour de lui un cortège qui
-l'accompagnait, mais aussi qui l'importunait[1146]. Le peuple était
-séduit par cette simplicité d'un prince qui, s'affranchissant de toute
-étiquette, se promenait à pied dans les rues, sans appareil et sans
-suite, vêtu d'un modeste habit de drap vert ou brun uni[1147]; il
-lui savait gré, disait-il, de donner un si bon exemple à la Cour de
-France[1148]. Par une de ces inconséquences familières au caractère
-français, on admirait chez le frère ce dont on faisait un crime à la
-sœur!
-
-Les économistes et les savants ne tarissaient pas en éloges sur
-le compte de cet empereur qui partageait leurs principes et les
-traitait en égaux, de ce souverain d'un immense empire qui voyageait
-en philosophe et demandait à ses voyages moins un plaisir qu'un
-enseignement. Joseph II entretenait avec soin ces dispositions, et si
-ses plaisanteries mordantes sur les modes mécontentaient quelques dames
-du palais, si ses critiques acerbes et publiques sur les institutions
-et le gouvernement paraissaient un manque de tact aux esprits sages,
-si ses sarcasmes sur l'étiquette et les usages de la Cour ne pouvaient
-qu'encourager sa sœur dans une voie où elle n'avait déjà que trop de
-propension à marcher[1149], railleries et critiques flattaient le goût
-naturellement frondeur du public, tandis que ses visites aux monuments
-et ses études des rouages de l'administration plaisaient aux esprits
-cultivés qui donnaient le ton à l'opinion.
-
-Les soirées de l'Empereur étaient consacrées à la famille royale; ses
-journées étaient réservées à lui-même et à son instruction. Personnages
-illustres, lieux célèbres, établissements publics, il n'oubliait
-rien, visitant Necker et Mme Geoffrin, la comtesse de Brionne et Mme
-du Barry; allant de l'Imprimerie Royale aux Gobelins, de Sèvres à
-Ermenonville, de l'école d'Alfort aux cabinets de physique de Passy,
-du jardin du maréchal de Biron à la maison de la Guimard. A Buffon
-malade, il disait gracieusement qu'il venait chercher l'exemplaire de
-ses œuvres oublié par Maximilien[1150]. A l'Institut des Sourds-Muets,
-il s'étonnait que le gouvernement n'eût encore rien fait pour un
-bienfaiteur de l'humanité comme l'abbé de l'Épée[1151]. Tantôt il
-se rendait à l'Académie Française où, sous forme de lecture ou de
-synonymie, d'Alembert lui adressait d'ingénieuses flatteries[1152];
-tantôt il assistait en simple curieux à la séance de l'Académie des
-Inscriptions et Belles-Lettres ou à celle de l'Académie des Sciences.
-Commerce, industrie, gouvernement, finances, rien n'échappait à
-ses investigations. Bertier de Sauvigny lui expliquait en détails
-l'organisation des intendances[1153]; Laborde, celle du trésor
-royal[1154]; Trudaine, les ponts et chaussées[1155]; Vergennes, les
-affaires étrangères; Sartines, la marine[1156]. Le prince formulait des
-critiques sur certains points[1157], reprochait aux ministres d'être
-trop maîtres, chacun dans son département, en sorte que le Roi, en
-changeant de ministre, ne faisait que changer d'esclavage, prétendait
-que dans les constructions on sacrifiait la réalité à l'apparence,
-l'utilité au luxe; mais en somme il était revenu de bien des
-préventions. Paris l'avait séduit[1158]; la nation ne lui déplaisait
-pas, malgré sa légèreté[1159], et s'il avait une mince opinion de ceux
-qui gouvernaient, il concevait une haute idée des ressources et des
-moyens de la monarchie, dès que ces ressources et ces moyens seraient
-placés entre des mains habiles[1160].
-
-Malheureusement, ces mains habiles, il ne les avait pas aperçues. Les
-ministres du jour, malgré les choses obligeantes qu'il leur avait
-dites[1161], lui inspiraient peu de confiance et il redoutait le
-retour de Choiseul au pouvoir. «Si le duc de Choiseul avait été en
-place, disait-il,—à la satisfaction du Roi et au vif déplaisir de la
-Reine,—«sa tête inquiète et turbulente aurait pu jeter le royaume dans
-de grands embarras[1162].» L'archevêque de Toulouse seul, Loménie de
-Brienne,—et cela faisait peu d'honneur à la sagacité impériale,—lui
-avait laissé une haute idée de sa capacité[1163]. Quant à la famille
-royale, le caustique voyageur la jugeait avec une excessive sévérité:
-le comte de Provence lui avait paru un «être indéfinissable»; le comte
-d'Artois, un «petit-maître»; Mesdames, de «bonnes personnes», mais
-«nulles»[1164]. Le Roi lui plaisait davantage; il avait eu avec lui
-de longues conversations, où le jeune monarque, après l'embarras du
-premier moment, s'était ouvert à lui en toute confiance, même sur les
-points les plus délicats[1165], et avait fait preuve de connaissances
-sérieuses. Néanmoins, dans ses lettres intimes, il s'exprimait sur
-le compte de son beau-frère en termes extrêmement durs: «Cet homme,
-écrivait-il à Léopold, est un peu faible, mais point imbécile; il a
-des notions, il a du jugement; mais c'est une apathie de corps comme
-d'esprit. Il fait des conversations raisonnables et n'a aucun goût de
-s'instruire ni de curiosité; enfin, le _fiat lux_ n'est pas encore venu
-et la matière est encore en globe[1166].» Ce jugement était plus que
-dur, il était injuste. Si les qualités du Roi étaient paralysées par la
-timidité, elles n'en étaient pas moins réelles et son instruction, pour
-être moins brillante que celle de Joseph II, était aussi étendue et
-vraisemblablement plus solide.
-
-L'Empereur d'ailleurs n'avait pas plu au même degré à tous les membres
-de la famille royale. Tandis que Mme Adélaïde, à laquelle il trouvait
-de l'esprit[1167], l'entraînait dans un cabinet, sous prétexte de voir
-des tableaux, et, là, l'embrassait en lui disant que cette marque
-d'amitié devait bien être permise à une vieille tante[1168], le comte
-de Provence n'éprouvait pour le frère de la Reine qu'un médiocre
-attrait: «L'Empereur, écrivait-il à Gustave III, est fort cajolant,
-grand faiseur de protestations et de serments d'amitié; mais, à
-l'examiner de près, ses protestations et son air ouvert cachent le
-désir de faire ce qui s'appelle tirer les vers du nez et de dissimuler
-ses sentiments propres.., mais en maladroit; car, avec un peu d'encens,
-dont il est fort friand, loin d'être pénétré par lui, on le pénètre
-facilement. Ses connaissances sont très superficielles[1169]».
-
-Au fond, c'était peut-être Monsieur qui avait le mieux jugé: il avait
-deviné l'homme sous le masque. Joseph II lui-même, dans une lettre
-intime où il parlait à cœur ouvert, dévoilait naïvement son procédé:
-«Vous valez mieux que moi, écrivait-il à son frère Léopold; mais je
-suis plus _charlatan_, et, dans ce pays-ci, il faut l'être. Moi, je le
-suis de raison, de modestie; j'outre un peu là-dessus, en paraissant
-simple, naturel, réfléchi, même à l'excès. Voilà ce qui a excité un
-enthousiasme qui vraiment m'embarrasse[1170].»
-
-Il était difficile d'avouer plus franchement qu'on s'était moqué du
-public. Mais le public, qui juge sur les apparences, s'était laissé
-prendre à tous ces faux-semblants. Ce n'était pas seulement de la
-sympathie, c'était, comme le disait Joseph II, de l'enthousiasme.
-Sauf chez les amis de Choiseul, qui ne pardonnaient pas au voyageur
-de n'avoir dit qu'un mot insignifiant à l'ancien ministre, lors de la
-procession des chevaliers du Saint-Esprit[1171], et d'avoir traversé la
-Touraine sans s'arrêter à Chanteloup, tandis qu'il était allé voir la
-du Barry à Luciennes[1172], l'impression était partout la même. Tout le
-monde courait après l'Empereur; toutes ses actions étaient des traits
-de sagesse; toutes ses paroles, des traits de génie. On rappelait «les
-lieux communs qu'il disait avec une emphase à mourir de rire, écrivait
-une contemporaine; la tête en tournait à tout Paris[1173]». De
-Paris, l'engouement gagnait la France et cet engouement laissait dans
-l'ombre le comte de Provence et le comte d'Artois qui, à cette même
-époque, parcouraient le midi et l'est du royaume[1174]. On raffolait
-littéralement de l'héritier des Habsbourg. Qui donc alors songeait à
-reprocher à la Reine d'être Autrichienne?
-
-Il fallait partir, cependant: l'Empereur commençait à avoir assez
-de son rôle[1175], et quoique Paris lui plût beaucoup, et qu'il
-fût fier de son succès, il finissait par se lasser de ces ovations
-perpétuelles. Une seule chose le retenait, celle à laquelle il pensait
-peut-être le moins en venant en France: le charme qu'il trouvait dans
-la société de la Reine. Ce charlatan de simplicité, qui affectait si
-haut l'indifférence, s'était laissé prendre à l'attrait de la vie
-intime et du commerce de Marie-Antoinette[1176]. Ce censeur inflexible
-avait été désarmé par la grâce enchanteresse de cette jeune sœur
-qu'il gourmandait et raillait si impitoyablement, mais sur laquelle
-ses impressions se modifiaient chaque jour: avec la tendresse de cœur
-qu'il lui connaissait, il découvrait chez elle plus de sagacité et
-d'esprit qu'il n'avait supposé[1177]. Au dernier moment, il hésitait à
-la quitter, et plus l'heure du départ approchait, plus il y sentait de
-répugnance.
-
-La Reine, de son côté, ne voyait pas s'éloigner sans regret ce frère
-qu'elle chérissait en dépit de ses gronderies, et dont elle appréciait
-les avis, malgré leur rudesse; il semblait qu'il y eût là comme un
-dernier brisement des liens de famille. Ce fut le 30 mai au soir,
-après une journée passée ensemble et de longs et graves entretiens,
-que se firent les adieux. Joseph II était attendri; Marie-Antoinette
-se faisait violence pour cacher son trouble, mais elle suffoquait.
-En embrassant le Roi, l'Empereur lui dit d'une voix émue «qu'il lui
-recommandait instamment une sœur qu'il aimait si tendrement que
-jamais il ne serait tranquille qu'autant qu'il la saurait heureuse».
-A minuit, il quitta le Château pour rentrer à son hôtel garni. Le
-lendemain, à six heures du matin, il partait de Versailles pour
-Saint-Germain-en-Laye, où il retrouvait sa suite. La Reine était
-brisée; elle avait voulu prendre sur elle devant son frère; lui parti,
-elle ne sut plus se contenir et eut, le soir même, une violente crise
-de nerfs. Le lendemain, elle alla cacher sa douleur à Trianon, avec ses
-deux amies, Mme de Polignac et Mme de Lamballe[1178]; au retour, elle
-assista au salut et se promena seule à pied, avec la comtesse Jules,
-jusqu'à Rocquencourt[1179]; elle avait besoin de se recueillir et de se
-distraire.
-
-Pendant ce temps, Joseph II poursuivait sa route à travers les
-provinces, qu'il allait visiter à leur tour; mais il n'était pas moins
-ému que Marie-Antoinette, et il écrivait à sa mère, avec une effusion
-qui révélait bien sa pensée intime: «J'ai quitté Versailles avec peine,
-attaché vraiment à ma sœur; j'ai trouvé une espèce de douceur de vie
-à laquelle j'avais renoncé, mais dont je vois que le goût ne m'avait
-pas quitté. Elle est aimable et charmante; j'ai passé des heures et
-des heures avec elle, sans m'apercevoir comment elles s'écoulaient. Sa
-sensibilité au départ était grande; sa contenance, bonne; il m'a fallu
-toute ma force pour trouver des jambes pour m'en aller[1180].»
-
-Marie-Thérèse l'avait bien prévu: l'Empereur avait subi le charme de la
-Reine[1181]. Il avait voulu du moins, en partant, prolonger en quelque
-sorte les graves entretiens qu'ils avaient eus ensemble pendant ces six
-semaines de séjour et d'abandon intime: il avait rédigé, à la demande
-de sa sœur et malgré les observations de Mercy qui eût préféré une
-forme plus simple[1182], des conseils ou plutôt une longue instruction
-qu'il lui avait laissée par écrit, sous ce titre: _Réflexions données à
-la Reine de France_.
-
-Cette instruction, véritable examen de conscience, présentait à la
-jeune princesse ses devoirs sous deux aspects: 1o comme épouse; 2o
-comme reine. L'Empereur avait évité avec soin tout reproche direct; il
-établissait des principes et posait des questions. C'était à sa sœur
-d'y répondre et de voir si elle avait rempli, comme il convenait, les
-devoirs de son état. Mais, sous cette forme indirecte, il était facile
-de saisir les personnalités. Ce n'était pas un questionnaire à l'usage
-de toutes les femmes, ni même de toutes les reines; il était à l'usage
-exclusif de Marie-Antoinette, et Joseph II s'y montrait juge éclairé
-sans doute, mais sévère à l'excès, pour ne pas dire injuste. Quelques
-citations des passages les plus importants suffiront pour s'en rendre
-compte:
-
-«A quoi tenez-vous, disait l'Empereur, dans le cœur du Roi et surtout
-à son estime? Examinez-vous: employez-vous tous les soins à lui
-plaire? Étudiez-vous ses désirs, son caractère, pour vous y conformer?
-Tâchez-vous de lui faire goûter, préférablement à tout autre objet
-ou amusement, votre compagnie et les plaisirs que vous lui procurez,
-et auxquels, sans vous, il devrait trouver du vide? Voit-il votre
-attachement uniquement occupé de lui, de le faire briller, sans le
-moindre égard à vous-même? Modérez-vous votre gloriole de briller à ses
-dépens, d'être affable quand il ne l'est pas?»
-
-«Mettez-vous du liant, du tendre, quand vous êtes avec lui?
-Recherchez-vous des occasions, correspondez-vous aux sentiments qu'il
-vous fait apercevoir?... Le rendez-vous bien confiant, n'abusez-vous
-jamais ou ne le rebutez-vous pas des confidences qu'il vous fait?
-Agissez-vous de même et est-ce que vous lui dites tout, au moins assez
-pour qu'il n'apprenne les choses qui vous regardent ou l'intéressent
-de personne autre avant vous?... Cédez-vous aux choses que vous voyez
-qu'il désire beaucoup? Ne commettez-vous jamais mal à propos votre
-crédit?... Tout votre crédit doit être caché; on doit le soupçonner
-agissant et influant en tout, mais ne le voir paraître nulle part. Le
-Roi seul, votre mari, doit, par état, agir, et il ne faut jamais que
-vous paraissiez en rien.»
-
-«Étudiez-vous assez son caractère? Vous appliquez-vous à savoir ce
-qu'il fait, quand il est seul? Savez-vous les gens et les objets qu'il
-préfère? Évitez-vous de le gêner, et surtout que votre présence ne
-le dérange pas?... Tâchez de procurer au Roi les sociétés qui lui
-conviennent; elles doivent être les vôtres et, s'il y a quelque préjugé
-contre quelqu'un, même de vos amis, il faut le sacrifier. Enfin, votre
-seul objet... doit être l'amitié, la confiance du Roi...»
-
-«Comme reine, vous avez un emploi lumineux; il faut en remplir les
-fonctions. La décence, la consistance de la Cour et l'apparence surtout
-doivent beaucoup être mises en considération. Le respect qu'imprime
-l'intérieur et la décence sont importants: ils forment les deux tiers
-du jugement du public... Votre façon n'est-elle pas un peu trop leste?
-N'avez-vous pas peur la Cour adopté un peu des façons du moment
-auquel vous êtes venue ici, ou celui de plusieurs dames qui, quoique
-très aimables et très respectables, ne peuvent point vous servir de
-modèle, car vous n'en pouvez trouver hors de votre état? Plus le Roi
-est sérieux, plus votre cour doit avoir l'air de se calquer après lui.
-Avez-vous pesé les suites des visites chez les dames, surtout chez
-celles où toute sorte de compagnie se rassemble, et dont le caractère
-n'est pas estimé? Avez-vous pensé à l'effet que vos liaisons et
-amitiés, si elles ne sont pas placées en des personnes de tout point
-irréprochables et sûres, peuvent avoir dans le public?.... Le choix
-des amis et des amies est bien difficile, surtout dans votre position;
-il vous faudrait tâcher de vous attacher des hommes aussi instruits que
-sûrs et qui soient éloignés de toute ambition ou désir......»
-
-«Avez-vous pesé les conséquences affreuses des jeux de hasard, la
-compagnie qu'ils rassemblent, le ton qu'ils y mettent, le dérangement,
-enfin, qu'en tout genre ils entraînent après soi, tant dans la fortune
-que les mœurs de toute une nation?.....»
-
-«De même daignez penser un moment aux inconvénients que vous avez déjà
-rencontrés aux bals de l'Opéra.... Je dois vous avouer que c'est le
-point sur lequel j'ai vu le plus se scandaliser tous ceux qui vous
-aiment et qui pensent honnêtement. Le Roi, abandonné toute une nuit
-à Versailles, et vous mêlée en société et confondue avec toute la
-canaille de Paris......»
-
-«Mais, vous dégoûtant de plusieurs soi-disant amusements, oserai-je, ma
-chère sœur, vous en substituer un autre, qui les vaut richement tous?
-C'est la lecture.»
-
-«Regardez cet objet comme ce qu'il y a de plus important, et choisissez
-des livres qui vous fassent penser et qui vous instruisent.... La
-lecture vous tiendra lieu de tout, et ces deux heures de calme vous
-donneront le temps de réfléchir et de trouver dans votre pénétration
-tout ce que vous avez à faire ou ne pas faire, le reste des vingt-deux
-heures.... Lecture et société raisonnable, voilà le bonheur de la
-vie......»
-
-... «Gardez-vous, ma sœur, des propos contre le prochain, dont on fait
-tout l'amusement... Par des méchancetés dites sur le prochain...., on
-éloigne les honnêtes gens... Évitez, je vous en supplie, ces discours
-et surtout la curiosité de vouloir tout savoir...»
-
-«De grâce, ménagez vos recommandations; c'est un point bien délicat.
-Vous pouvez faire les injustices les plus criantes sans y penser,
-et pour un, souvent, dont peu vous importe qu'on oblige, vous
-dégoûtez des honnêtes gens... Que votre crédit soit ménagé pour les
-grandes occasions, et, dans les petites, résistez courageusement aux
-sollicitations qu'on vous ferait, et enfin ne prenez avec chaleur parti
-pour personne....»
-
-«La politesse et l'affabilité, ma chère sœur, ont des bornes, et elles
-ne sont d'une valeur qu'autant qu'on les partage et ménage à propos.
-Il faut bien de la distinction là-dessus et il faut penser à votre
-situation et à votre nation, qui est trop encline à se familiariser et
-à manger dans la main.»
-
-Il ne seyait pas beaucoup, on en conviendra, à ce prince, qui venait de
-se poser en apôtre de la simplicité, de se plaindre de la familiarité
-de la nation française, de reprocher à la Reine son dédain de
-l'étiquette, et ses courses seule, en petite compagnie, sans l'appareil
-de sa dignité[1183], de même qu'il semblait étrange de voir l'Empereur
-philosophe recommander à sa sœur de se montrer «dévote et recueillie
-à l'Église», ajoutant que «le plus grand impie devrait l'être par
-politique». Il était mieux dans son rôle et plus dans le vrai, quand
-il signalait les inconvénients de la société des jeunes gens et du
-trop facile accueil fait aux étrangers, surtout aux Anglais, dont les
-usages et les mœurs étaient alors à la mode, au grand mécontentement du
-Roi[1184]:
-
-«Cela doit choquer la nation, disait-il, cela fait le plus
-mauvais effet dans l'étranger.... On attribue cette facilité à de
-la coquetterie, qui veut plaire à tout le monde et courir après
-l'applaudissement de la foule, en manquant l'approbation des gens
-sensés, au sentiment desquels la foule revient pourtant toujours à la
-fin».
-
-Il terminait enfin en ces termes:
-
-«Entretenez l'union, l'amitié dans toute la famille; mais gardez-vous
-de la trop grande familiarité, et surtout de la séduction des étourdis
-qui veulent vous avoir pour compagne de leur vie et couvrir leurs
-folies de votre autorité. Telles sont les courses de chevaux, les
-fréquentes allures à Paris, les bals de l'Opéra, les chasses du bois de
-Boulogne, toutes ces parties fines dont le Roi n'est point et qui, de
-science certaine, ne lui font, et à juste titre, point de plaisir.»
-
-«Pensez que vous êtes son épouse, que vous êtes Reine, et n'oubliez pas
-un tendre frère et ami, qui vous dit tout cela, éloigné de trois cents
-lieues, sans presque avoir d'espérance de vous revoir, mais qui vous
-aime et aimera toute la vie plus que soi-même.»
-
-«Voilà les observations que j'ai faites. Vous êtes faite pour être
-heureuse, vertueuse et parfaite; mais il est temps et plus que temps de
-réfléchir et de poser un système qui soit soutenu. L'âge avance: vous
-n'avez plus l'excuse de l'enfance. Que deviendrez-vous si vous tardez
-plus longtemps? Une malheureuse femme et plus malheureuse princesse,
-et celui qui vous aime le plus dans toute la terre, vous lui percerez
-l'âme. C'est moi qui ne m'accoutumerai jamais à ne vous pas savoir
-heureuse[1185].»
-
-Jamais peut-être réquisitoire plus vif, sous une apparence
-affectueuse, n'a été dressé contre la Cour de France et contre
-Marie-Antoinette dans cette période de sa vie que nous avons nommée
-la période de dissipation. Jamais arsenal plus complet n'a fourni aux
-ennemis de la Reine des armes contre elle. Il ne faudrait pas cependant
-prendre au pied de la lettre tous les reproches de Joseph II, déguisés
-sous la forme transparente de conseils. Tous les inconvénients qu'il
-signale n'ont pas existé, surtout dans la proportion que semblerait
-indiquer la tournure acerbe qu'il a souvent donnée à sa critique.
-
-Au moment de quitter la France, désireux d'arrêter sa sœur sur la pente
-fâcheuse où il la voyait s'engager, il a cru que, pour l'émouvoir plus
-profondément, il fallait faire un tableau plus effrayant des abus qui
-l'avaient choqué, et, dans cette pensée, qui s'accordait avec la nature
-d'un esprit enclin à dépasser les bornes, il a forcé la couleur du
-tableau, jusqu'à parler de l'avancement de l'âge qui ne laissait pas
-d'excuses..., l'âge de vingt-deux ans! Il écrivait _ab irato_ sous le
-coup des impressions qui venaient de le frapper. Telle page a dû être
-tracée après une conversation avec Mercy, telle autre au retour d'une
-soirée de jeu chez la princesse de Guéménée[1186], ou d'une course de
-chevaux organisée par le comte d'Artois[1187]. Il voulait frapper fort,
-et il n'a pas toujours frappé juste.
-
-Si l'on veut avoir l'appréciation vraie de Joseph II sur
-Marie-Antoinette à cette époque, ce n'est pas dans ces instructions
-qu'il faut la chercher, ce n'est pas même dans les premières lettres
-à Léopold, où, tout en reconnaissant que la Reine est une «très
-jolie et aimable femme d'une vertu intacte et même austère», il lui
-reproche de ne pas «remplir comme elle le devrait ses fonctions de
-femme et de reine[1188]» et de courir de dissipations en dissipations
-parmi lesquelles il n'y en a que de «très licites, mais néanmoins
-dangereuses[1189]»; c'est dans celles qu'il écrit lorsque, sans avoir
-quitté la France, il a déjà quitté Versailles, lorsque, éloigné du
-bruit de la Cour et du tourbillon de la société de la Reine, il peut
-juger avec calme dans le silence de la réflexion et de la solitude,
-lorsqu'enfin l'éloignement du point de vue en rectifie la justesse. Or,
-voici ce qu'il mande de Brest, le 9 juin, à Léopold, à ce frère auquel
-il ne dissimule rien:
-
-«J'ai quitté Paris sans grands regrets, quoique l'on m'y ait traité à
-merveille.... Pour Versailles, il m'en a plus coûté; car je m'étais
-véritablement attaché à ma sœur et je voyais sa peine de notre
-séparation, qui augmentait la mienne. C'est une aimable et honnête
-femme, un peu jeune, peu réfléchie, mais qui a un fonds d'honnêteté
-et de vertu dans son âge, vraiment respectable. Avec cela, de
-l'esprit et une justesse de pénétration, qui m'a souvent étonné. Son
-premier mouvement est toujours le vrai; si elle s'y laissait aller,
-réfléchissait un peu plus, et écoutait un peu moins les gens qui la
-soufflent, dont il y a des armées et de différentes façons, _elle
-serait parfaite_[1190].»
-
-«J'ai quitté la Reine avec bien de la peine, écrivait-il le même
-jour à sa sœur Marie-Christine; c'est une femme charmante en vérité,
-et, sans sa figure, elle devrait plaire par sa façon de s'expliquer
-et l'assaisonnement qu'elle sait donner à toutes les choses qu'elle
-dit[1191].»
-
-Et, six semaines plus tard, en rentrant à Vienne, l'Empereur redisait
-encore à Marie-Thérèse combien il était content de sa «chère et belle
-Reine», et que s'il trouvait une femme pareille, il passerait d'abord
-aux troisièmes noces[1192]. Nous voilà loin des critiques mordantes des
-_Réflexions données à la Reine de France_.
-
-En recevant ces instructions de son frère, le premier mouvement de
-Marie-Antoinette fut un mouvement de mauvaise humeur: elle s'écria
-qu'elle répondrait à tout et que sa conduite avait toujours été
-raisonnée et raisonnable. Puis bientôt la réflexion vint, l'aigreur
-disparut et les meilleures résolutions furent prises. La Reine se
-décida à cesser peu à peu de fréquenter le salon de la princesse de
-Guéménée, à s'abstenir du gros jeu, à s'occuper quelques heures de
-la journée chez elle, enfin à être avec le Roi plus assidûment que
-par le passé[1193]. Et, de fait, dans les premières semaines, elle
-fit de réels efforts pour se réformer: presque plus de promenades à
-Paris, plus de jeux de hasard, des attentions visibles et délicates
-pour le Roi[1194], qu'elle accompagne à la chasse et dans les voyages
-à Saint-Hubert; la princesse de Guéménée est délaissée, au point d'en
-concevoir du dépit; dans la tenue de la Cour, une plus grande dignité,
-et des marques de déférence pour les personnes d'âge et de rang[1195].
-Il y a mieux: la Reine semble avoir pris goût à la lecture: elle
-étudie l'histoire d'Angleterre, et, à la suite, elle a des entretiens
-sérieux de plus de deux heures avec l'abbé de Vermond[1196]. Au voyage
-de Choisy, on remarque l'affabilité de la jeune souveraine: plus
-d'attention dans le choix des personnes admises à faire leur cour, plus
-de mesure dans la manière de leur marquer ses bontés, plus de soins à
-éviter les faveurs exclusives. Et le règlement, laissé par l'Empereur,
-était relu de temps en temps.
-
-Mais ces bonnes résolutions ne tinrent pas; les tentations revinrent.
-Marie-Antoinette résista d'abord, puis succomba. Le comte d'Artois,
-de retour de son voyage dans l'Est, avait repris faveur, et son
-influence entraînait la Reine, qui la subissait, quoique à regret. Il
-était l'organisateur des plaisirs de la Cour, et n'était pas toujours
-prudent. Dans l'été de 1777, la chaleur était accablante. Pour y
-échapper, on sortait le soir sur la terrasse de Versailles, où venait
-jouer, à dix heures, la musique des gardes françaises et suisses. La
-famille royale se mêlait à la foule que ces concerts attiraient autour
-du Château; la Reine et les princesses se promenaient là, sans suite,
-tantôt ensemble, tantôt avec une de leurs dames sous le bras. Le Roi y
-était venu quelquefois: il s'était plu à ces promenades solitaires et
-son exemple les avait autorisées. Il n'en est pas moins vrai qu'elles
-pouvaient offrir des inconvénients. Dans une nation «où la jeunesse
-est si étourdie et si inconsidérée, faisait justement observer
-Mercy, on ne saurait être trop en garde contre les occasions d'être
-méconnu[1197]». Marie-Antoinette en a fait, à ses dépens, la cruelle
-expérience: ces promenades sur la terrasse de Versailles, si innocentes
-qu'elles fussent, ont servi de prétexte à des imputations odieuses
-contre l'honneur de la Reine; elles ont rendu possible et peut-être
-inspiré la scène jouée plus tard dans l'affaire du Collier.
-
-Il y avait des griefs plus sérieux. Six mois à peine après le départ de
-l'Empereur, les choses n'allaient guère mieux qu'avant sa venue[1198].
-Il avait beau écrire à sa sœur pour lui rappeler les engagements pris;
-ses lettres restaient sans réponse, ou l'on n'y répondait que par des
-échappatoires[1199]. Le voyage de Fontainebleau, qui était toujours une
-époque critique[1200], ne présentait pas en 1777 moins d'inconvénients
-que les années précédentes: recommandations près des ministres[1201],
-crédit des favorites, affluence de jeunes Anglais, courses de chevaux,
-veilles prolongées, tout avait repris son ancien cours. Le jeu surtout
-avait atteint des proportions fâcheuses; il n'était question dans Paris
-que des pertes considérables faites au pharaon par certains courtisans,
-par le duc de Chartres[1202], par la souveraine elle-même[1203]. Ce
-n'est pas qu'il n'y eût, de temps à autre, des retours de sagesse et
-des intermittences dans la dissipation; mais ces temps d'arrêt étaient
-comme autant de points de départ d'où le courant, qui emportait la
-jeune princesse, s'élançait de nouveau, d'autant plus impétueux,
-semblait-il, qu'il avait été retardé un moment. Les conseillers de
-la Reine étaient désolés; Mercy se consumait en représentations
-inutiles[1204]; l'abbé de Vermond prenait un prétexte pour ne point
-aller à Fontainebleau[1205] et Marie-Thérèse, navrée, écrivait à son
-ambassadeur: «Il n'y a peut-être qu'un revers sensible qui l'engageât
-à changer de conduite, mais n'est-il pas à craindre que ce changement
-n'arrive trop tard[1206]?».
-
-Et cependant, pour ce voyage même de Fontainebleau, Marie-Antoinette
-avait pris, et de la meilleure foi du monde, les plus sages
-résolutions[1207]. Au fond, elle n'aimait pas le jeu[1208]; elle était
-dégoûtée des courses de chevaux[1209]; elle était lasse de tous ces
-plaisirs[1210]; elle n'avait pas de penchant personnel pour le comte
-d'Artois, qui en était le promoteur[1211], et ce n'était pas sans un
-vrai chagrin qu'elle se laissait entraîner par ses entours. Mais elle
-était jeune, elle était vive, elle portait toujours au cœur la plaie
-qui la rongeait depuis sept ans. Un instant, elle avait cru avoir des
-espérances de grossesse, et elle avait aussitôt rappelé elle-même à
-Mercy tous les plans de réforme, toutes les résolutions raisonnables et
-fermes qu'elle était décidée à adopter en pareille occurrence[1212].
-Frustrée dans ses espérances, elle s'était lancée plus que jamais dans
-le tourbillon des plaisirs, afin d'échapper à l'ennui[1213], et surtout
-afin d'échapper à elle-même. Irritée contre son mari, dont l'apathie
-et la froideur trompaient sans cesse ses désirs, elle en était venue
-à le regarder comme un caractère sans ressort et un personnage sans
-conséquence, pour lequel il était inutile de se gêner, puisqu'on
-pouvait le dominer par la crainte. Erreur de l'imagination plutôt que
-du cœur; emportement irréfléchi d'une jeune femme, agacée et nerveuse,
-poussée à bout par des déceptions successives; état d'esprit maladif
-que nous n'entreprenons pas de justifier, mais qui s'explique peut-être
-par l'humeur concentrée où la jetait cette situation douloureuse qui
-était la sienne, comparée à la fécondité de la comtesse d'Artois, alors
-enceinte pour la troisième fois[1214]. Telle était bien l'opinion
-de Mercy, lorsqu'après avoir énuméré les inconvénients du séjour de
-Fontainebleau, il écrivait à Marie-Thérèse:
-
-«C'est toujours à l'avènement d'une grossesse que je rapporte l'espoir
-d'un changement heureux et ce sera alors que la Reine sera ramenée
-d'elle-même à des idées qui jusqu'à présent ne lui sont pas présentées
-avec tout le succès désirable[1215].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- Guerre de la succession de Bavière.—Mort de l'Electeur.—Joseph
- II occupe la Basse-Bavière.—Répugnances de sa mère.—Armements
- de Frédéric II.—Emotion en France.—Marie-Thérèse
- réclame l'intervention de sa fille.—Négociations
- infructueuses.—Déclaration de guerre.—Marie-Antoinette
- demande la médiation de la France.—Diminution subite de ses
- instances.—Entrevue avec Maurepas.—Récits du comte de la Marck
- et du comte de Goltz.—Proportions vraies de l'intervention de la
- Reine dans cette affaire de Bavière.—Paix de Teschen.
-
-
-Ce n'était pas seulement pour jouir du plaisir de voir son «auguste
-sœur[1216],» ni même pour visiter les villes et les établissements
-publics, que Joseph II avait fait en France ce séjour qui, comme
-l'écrivait Louis XVI à Vergennes, «devait donner une furieuse jalousie
-au roi de Prusse[1217].» Il y avait à ce voyage un but secret et
-plus politique: l'Empereur voulait se rendre compte par lui-même
-des dispositions et des ressources de son allié et resserrer pour
-des éventualités prochaines l'union des cabinets de Vienne et de
-Versailles. Si, un jour, comme le prétendait cette mauvaise langue de
-Frédéric II[1218], et comme nous avons peine à le croire, il s'était
-laissé aller à dire que le roi de France était un «imbécile» ou un
-«enfant», il ne sentait pas moins que cet «imbécile» et cet «enfant»
-était le chef d'une des premières puissances de l'Europe et qu'il était
-essentiel de gagner sa confiance. Aussi n'avait-il rien négligé pour y
-parvenir: et il semblait y avoir à peu près réussi. Louis XVI s'était
-ouvert en toute cordialité et franchise à son impérial beau-frère, tant
-sur la Reine, dont il s'était plu à relever les «charmantes qualités»,
-que sur les matières de gouvernement, qu'il avait traitées avec une
-justesse et une précision inattendues[1219]. «Si je m'y étais prêté,
-disait l'illustre voyageur au sortir d'une de ces conférences, le Roi
-m'aurait montré ses papiers et tout ce que j'aurais voulu savoir de
-ses affaires[1220].» Mais il y avait un sujet sur lequel le monarque
-français était demeuré obstinément silencieux: c'étaient précisément
-les affaires d'Allemagne[1221], et le point noir était là.
-
-L'Autriche avait toujours médité un agrandissement du côté de la
-Bavière[1222], et la mort, qui semblait prochaine, de l'électeur
-Maximilien Joseph paraissait devoir ouvrir une porte à la réalisation
-de ce rêve. Maximilien n'avait pas d'héritier direct; son futur
-successeur, l'électeur Palatin, Charles Théodore, était éloigné et
-sans puissance; Joseph II comptait profiter de cette situation pour
-s'emparer de certains districts sur lesquels il faisait valoir des
-droits, dont l'origine remontait au XVe siècle. Dans le courant de
-1777, des négociations avaient été entamées avec Charles-Théodore
-pour obtenir cette cession à l'amiable, et le Palatin, content de
-s'assurer la tranquille possession du reste des États de Bavière,
-moyennant ce sacrifice partiel, était sur le point d'y consentir,
-lorsque, le 30 décembre 1777, Maximilien mourut. Cette mort brusqua
-les choses: l'Empereur se hâta de signer, dès le 3 janvier 1778, son
-traité avec Charles-Théodore[1223], et, le 15, douze mille hommes
-de troupes autrichiennes prirent possession des districts cédés
-de la Basse-Bavière. «La mort de l'Electeur nous donne beaucoup
-d'occupations, mandait le 5 janvier Joseph II à Mercy; c'est une de
-ces époques qui ne viennent que dans des siècles et qu'il ne faut
-pas négliger[1224].» Et il écrivait quelques jours après à son frère
-Léopold: «C'est un vrai coup d'État, et un arrondissement pour la
-monarchie d'un prix inappréciable[1225].»
-
-C'était Joseph II seul qui avait voulu entamer cette affaire, dont
-il était, suivant son expression, la «cheville ouvrière[1226]». Le
-prince de Kaunitz ne s'y prêtait qu'avec répugnance, et Marie-Thérèse,
-forte de son expérience et de sa sagesse, désapprouvait formellement
-l'ambition de son fils. Elle ne concevait pas qu'on s'exposât à une
-guerre pour soutenir des prétentions incertaines et surannées[1227].
-Une négociation amiable, passe encore; mais une occupation armée, elle
-ne s'en souciait pas.
-
-«La situation présente, écrivait-elle à l'Empereur dès le 2 janvier,
-bien loin de m'offrir une perspective heureuse, grande et équitable,
-m'accable d'un tas de réflexions, dont je ne saurais me débarrasser
-et que je me reprocherais toute ma vie de ne pas communiquer. Il
-s'agit du bonheur et de la tranquillité, non seulement des peuples
-commis à mes soins, mais encore de celle qui pourrait intéresser
-toute l'Allemagne... Si même nos prétentions sur la Bavière étaient
-plus constatées et plus solides qu'elles ne sont, on devrait hésiter
-d'exciter un incendie universel pour une convenance particulière. Jugez
-combien des droits peu constatés et surannés, au dire même du ministre,
-comme vous le savez aussi bien que moi, doivent être mesurés pour ne
-pas causer des troubles, dont tant de malheurs suivront... Je ne parle
-que selon mon expérience en politique et en bonne mère de famille.
-Je ne m'oppose pas d'arranger ces affaires par la voie conciliante
-de négociation et convenance, mais jamais par la voie des armes ou
-de la force, voie qui révolterait à juste titre tout le monde contre
-nous dès le premier pas et nous ferait même perdre ceux qui seraient
-restés neutres. Je n'ai pas vu prospérer aucune entreprise pareille,
-hors celle contre moi, en 1741, par la perte de la Silésie... Je ne
-vois donc aucun inconvénient de différer la marche des troupes; mais
-beaucoup de grands malheurs en la précipitant[1228].»
-
-C'était le langage de la raison; mais Joseph II était trop impétueux
-pour l'écouter. Il lui semblait que ses désirs ne devaient pas
-rencontrer d'obstacles, que, les circonstances étant favorables, toute
-l'Europe occupée, ce coup réussirait sans guerre, et que l'acquisition,
-quoique encore incomplète, serait «toujours belle pour n'avoir rien
-coûté[1229]».
-
-Illusion étrange, que les événements n'allaient pas tarder à démentir.
-A la première nouvelle de l'invasion de la Basse-Bavière, Frédéric II
-réunissait une armée sur les frontières de Bohême, prêt à les franchir
-si l'Empereur persistait dans ses projets d'agrandissement. L'Électeur
-de Saxe, qui avait des prétentions, lui aussi, du chef de sa mère, à
-la succession de Maximilien, joignait ses troupes à celles du roi de
-Prusse[1230]: le duc des Deux-Ponts, autre héritier de l'Électeur,
-protestait, de son côté, contre les arrangements pris[1231], et
-les Bavarois eux-mêmes, fidèles à leur antipathie séculaire contre
-l'Autriche, refusaient d'accepter un changement de domination: «Le
-dernier paysan bavarois a de l'aversion pour l'Autrichien et de la
-bonne volonté pour le Français,» écrivait le marquis de Bombelles,
-ministre de France près la diète de Ratisbonne, au baron de Breteuil,
-ambassadeur à Vienne[1232]. Sous l'inspiration de la Prusse,
-l'Allemagne s'agitait.
-
-En France, l'émotion n'avait pas été moins profonde. Les vieilles
-préventions contre l'avidité impériale subsistaient toujours,
-soigneusement entretenues par Frédéric II et son ambassadeur, le comte
-de Goltz; et Joseph II ne l'ignorait pas, puisque, dès le 5 janvier
-1778, il écrivait à Mercy, en lui annonçant ses projets: «Cela ne
-plaira pas trop là où vous êtes[1233].» Les propos étaient vifs et
-les plus ardents parlaient déjà de fourbir leur équipage de guerre.
-La Reine elle-même, à la première nouvelle de la mort de l'Electeur,
-avait écrit à Mme de Polignac qu'elle craignait bien que son frère «ne
-fît des siennes[1234]». Le Roi ne dissimulait pas son mécontentement:
-«C'est l'ambition de vos parents qui va tout bouleverser, disait-il à
-sa femme; ils ont commencé par la Pologne; maintenant la Bavière fait
-le second tome; j'en suis fâché par rapport à vous.» Et les ministres
-français recevaient l'ordre de déclarer aux Cours près desquelles ils
-étaient accrédités que le démembrement de la Bavière se faisait contre
-le gré du cabinet de Versailles, qui le désapprouvait hautement[1235].
-
-Ce n'était d'ailleurs que le commentaire, autorisé par les
-circonstances, des instructions données dès le 10 avril 1775 par M. de
-Vergennes au marquis de Bombelles, qui allait résider à Ratisbonne,
-en qualité de ministre français. «Le Roi, y était-il dit, fidèle aux
-principes qui ont déterminé LL. Majestés impériales, ne négligera rien
-pour resserrer et rendre plus inviolables des liens qui assurent le
-repos de l'Allemagne; mais en remplissant ses engagements à cet égard,
-_Elle_ (_sic_) ne se croit pas déchargée de ceux qu'elle a formés bien
-plus anciennement avec le Corps germanique, par la garantie du traité
-de Westphalie.
-
-«Sa Majesté n'a cessé de recommander à son ministre auprès de la Diète,
-aussi bien qu'à tous ses autres ministres résidant près des princes
-de l'Empire, de déclarer que son alliance avec la maison d'Autriche
-était fondée sur les traités de Westphalie et sur les constitutions
-germaniques; qu'Elle regardait comme une de ses premières maximes de ne
-pas permettre d'y porter atteinte; que, bien loin de vouloir servir
-d'instrument aux projets d'oppression que la Cour impériale pourrait
-former, Sa Majesté se prévaudrait plutôt de l'alliance comme d'un moyen
-de plus pour servir la cause des États[1236].»
-
-Dans ces conjectures critiques, la vieille activité de Marie-Thérèse
-reparut tout entière. Elle avait toujours déploré que son fils soulevât
-la question; maintenant que l'affaire était engagée, elle s'efforçait,
-avec toute la vivacité de son amour maternel et de son patriotisme,
-d'en conjurer les conséquences. C'est du côté de la France qu'elle se
-tourna d'abord. Elle avait mis tous ses soins à former et à resserrer
-l'alliance, et il lui semblait juste que la jeune princesse, qui
-en avait été le nœud, servît à la consolider, ou tout au moins à
-l'empêcher de se rompre. Si, au début, elle avait eu quelques scrupules
-à mêler ainsi sa fille à la politique, si elle avait craint que, par
-une ingérence indiscrète, elle ne se rendît importune et même suspecte
-au Roi[1237], ses scrupules furent promptement levés, et elle mit
-à peser sur Marie-Antoinette toute l'ardeur d'une souveraine qui
-tremble pour ses peuples, d'une mère qui tremble pour ses fils, toute
-l'habileté d'une femme de génie qui, vieillie dans la politique et
-connaissant jusque dans leurs plus intimes replis l'esprit et le cœur
-de sa fille, savait merveilleusement quelle corde il fallait toucher,
-quels sentiments invoquer, pour faire de cette fille une auxiliaire
-dévouée et un instrument docile. Ce ne sont plus des sévérités et des
-gronderies, comme en contient ordinairement sa correspondance: ce sont
-les caresses les plus tendres, les prières les plus touchantes, les
-instances les plus pathétiques; ses lettres sont de vrais chefs d'œuvre
-de diplomatie féminine et maternelle; elle met tout en jeu: l'amour
-propre de Marie-Antoinette, son affection pour sa mère, son antipathie
-naturelle pour le roi de Prusse, tout, jusqu'aux espérances de
-grossesse qui, pour la première fois, à cette époque, font tressaillir
-son cœur.
-
-L'affaire n'est encore qu'au début; mais un conflit est menaçant; Mercy
-est malade; la Reine seule peut déjouer les manœuvres de Frédéric
-qui ne craint qu'elle, et prévenir, entre la France et l'Autriche,
-une rupture qui serait un coup mortel pour l'Impératrice[1238].
-Marie-Antoinette qui, jusque là, a toujours répugné à se mêler
-d'affaires[1239], s'intéresse chaleureusement à celle-ci, et elle
-s'y intéresse uniquement par tendresse pour sa mère[1240]. C'est son
-cœur,—elle le dit elle-même,—c'est son cœur seul qui agit[1241].
-Elle est troublée, inquiète; elle a pâli en lisant cette phrase: «Un
-changement dans notre alliance me donnerait la mort[1242].»
-
-Marie-Thérèse le sait et elle profite de cette affection de sa fille.
-Voyez quelle mise en scène: l'Impératrice écrit à cinq heures du matin;
-le courrier attend à sa porte; il n'y a pas un moment à perdre pour
-déjouer les noires machinations de la Prusse. Elle ne compte que sur la
-justice du Roi et sur sa tendresse pour «sa chère petite femme». Jamais
-il n'y a eu occasion plus importante de «tenir fermement» l'intérêt
-des deux Maisons et des deux États; l'existence de l'Empereur et de
-ses frères, la santé de l'Impératrice en dépend. Il faut avant tout
-conjurer une guerre dont l'idée seule «la fait succomber[1243]». Que
-peut-on craindre d'ailleurs? Marie-Thérèse aime bien trop son gendre
-pour vouloir l'entraîner dans une entreprise «contraire à ses intérêts
-ou à sa gloire[1244]».
-
-Marie-Antoinette parle à son mari, mais avec une certaine mollesse;
-elle ne se prête à ce qu'on lui demande,—c'est le ministre de Prusse
-qui le dit,—que quand elle est tourmentée à l'excès[1245]. Et alors
-même ses démarches, au gré de Mercy, ne sont ni assez précises, ni
-assez suivies, ni assez promptes[1246]. Est-ce bien là cette volonté
-ferme qu'on était en droit d'attendre d'elle? Quel éternel remords
-pourtant, si, par sa négligence, elle perdait un seul des moyens
-qu'elle a de concourir à la satisfaction et au repos de son auguste
-mère! Pourquoi se contenter de ce que le Roi a fait dire au comte de
-Goltz, qu'il ne voulait pas se mêler des affaires de son maître? Il ne
-suffit point de ne pas se mêler des affaires de la Prusse: il faut se
-mêler de celles de l'Autriche, dans le sens qui convient à un bon et
-fidèle allié[1247].
-
-Ce n'est pas tout: Joseph II entre en scène à son tour; il envoie à
-sa sœur lettres sur lettres: «Puisque vous ne voulez pas empêcher la
-guerre, lui écrit-il d'un ton tragique, nous nous battrons en braves
-gens et, dans toutes circonstances, ma chère sœur, vous n'aurez point
-à rougir d'un frère qui méritera toujours votre estime[1248].»
-
-La Reine est émue jusqu'aux larmes en lisant ces lignes; sa vive
-imagination lui représente son frère en danger, sa mère en pleurs.
-Agitée, tremblante, elle va trouver le Roi; elle fait venir les
-ministres; elle leur parle fortement[1249]; elle demande une
-déclaration nette, qui seule peut prévenir un conflit. Mais, en somme,
-à quoi tendent, à quoi aboutissent ces démarches? A réclamer pour les
-Pays-Bas une garantie qu'avaient déjà résolue à l'avance et le Roi et
-les ministres[1250].
-
-De son côté, Frédéric II ne reste pas inactif; dès le mois d'août 1777,
-il a fait des ouvertures au marquis de Jaucourt, envoyé extraordinaire
-de France[1251]. Il a ses amis à la Cour de Versailles; il a ses
-espions; il a son ministre, le comte de Goltz, qui surveille la
-Reine, qui cherche à surprendre jusqu'aux plus intimes secrets du
-ménage royal, jusqu'aux mystères de l'alcôve; Goltz, qui est «tout
-yeux et tout oreilles[1252]», qui répand et exploite habilement les
-propos, plus ou moins authentiques, attribués à Joseph II sur la
-nullité de Louis XVI[1253]. «C'est ici le moment de vous évertuer de
-toutes vos forces, lui écrit Frédéric le 11 février 1778. Il faut que
-les sourds entendent, que les aveugles voient, que les léthargiques
-ressuscitent[1254].» Goltz redouble d'efforts, et il arrache à
-Vergennes une dépêche, que Maurepas lui-même qualifie de «dure et
-de mauvaise[1255]», où la France décline toute application du _casus
-fœderis_ avec l'Autriche. La Reine l'apprend, elle en est outrée; elle
-presse les ministres, et elle obtient d'eux, avec l'assentiment du Roi,
-une nouvelle dépêche plus amicale dans la forme, mais peu différente
-quant au fond, et qui ne stipule guère que cette garantie des Pays-Bas,
-dont nous avons parlé plus haut.
-
-Rien n'avance cependant. Sur les instances de sa mère, Joseph II a
-beau écrire de sa main au Roi de Prusse; cette correspondance ne sert
-qu'à redoubler la méfiance et l'aigreur des deux adversaires, et la
-situation est toujours aussi tendue. La diplomatie européenne est en
-mouvement. La Russie voit là un moyen de s'ingérer dans les affaires de
-l'Allemagne, et de diriger vers Saint-Pétersbourg les regards jusque-là
-tournés du côté de Versailles[1256]. Cette puissance, tard venue dans
-le concert européen, penche visiblement vers la Prusse. Marie-Thérèse
-en est alarmée; elle a peur que la France, qu'elle trouve bien froide,
-ne se laisse séduire à son tour par Frédéric.
-
-«Il fait toutes les cajoleries et avances possibles, dit-elle; on
-connaît cela quand il veut venir à son but; mais y étant, il fait
-tout le contraire, ne tenant jamais sa parole. La France en a fait
-quelque expérience, et tous les peuples de l'Europe, hors la Russie,
-qu'il craint. Qu'on ne se flatte pas sur cette dernière; elle suit les
-mêmes errements que le Roi, et le successeur est plus Prussien que son
-soi-disant père l'était, et sa mère qui en est un peu revenue, mais
-jamais autant pour rien espérer contre le Roi de Prusse, pas même des
-ostentations: très généreuse en belles paroles qui ne disent rien, ou
-selon la foi grecque, _græca fides_.»
-
-«Voilà les deux puissances qu'on veut substituer à nous, bons et
-honnêtes Allemands? Nous avons les mêmes intérêts de famille et
-d'État... Il serait bien malheureux que le repos (de l'Europe) dépendît
-de deux puissances, si connues dans leurs maximes et principes, même en
-gouvernant leurs propres sujets; et notre sainte religion recevrait le
-dernier coup, et les mœurs et la bonne foi devraient alors se chercher
-chez les Barbares[1256a].»
-
-Après ce tableau qui «n'est pas outré», l'Impératrice insinue
-adroitement qu'en fin de compte la Cour de Versailles gagne en ce
-moment à l'alliance autant que celle de Vienne, et que l'Autriche, si
-elle est poussée à bout, si elle est abandonnée de ses amis, pourra
-bien se retourner du côté de ses adversaires et se «mettre de la
-partie pour avoir sa part du gâteau». En même temps, et cela est plus
-menaçant, l'Angleterre envoie à ses ministres en Allemagne l'ordre de
-se rapprocher le plus possible de l'Autriche[1257]. Grave danger, au
-moment où la guerre d'Amérique vient d'éclater. Qu'arriverait-il, si
-Joseph II, irrité et naturellement peu sympathique à la France, poussé
-par les propos qui se tenaient journellement dans son armée contre les
-Français[1258], cédait à ces suggestions, si l'union s'établissait
-entre Vienne et Londres, et si à la guerre maritime qui absorbait
-toute l'attention du cabinet de Versailles, il fallait joindre les
-préoccupations d'une guerre continentale? Marie-Antoinette, en
-s'efforçant de maintenir l'alliance austro-française dans les termes
-modérés que nous avons indiqués, servait donc à la fois les intérêts
-de son pays d'adoption et ceux de son pays d'origine. Et en somme quel
-était le but que poursuivait à ce moment la diplomatie française?
-Le voici, tel qu'il est consigné dans une dépêche de Vergennes à
-Bombelles, du 29 juin 1778: «Le Roi continue d'employer tous ses soins
-pour que l'esprit de justice et de modération prévale et pour que la
-tranquillité de l'Allemagne soit maintenue[1259].»
-
-Ces efforts échouent: la guerre éclate. Le 5 juillet, Frédéric II entre
-brusquement à Nachod, en Bohême[1260], et, le 7, les premiers coups
-de feu sont tirés[1261]. Marie-Thérèse est folle d'inquiétude; elle
-sait que l'armée prussienne est plus forte de quarante mille hommes
-que l'armée autrichienne[1262], et qu'en face d'un homme de guerre
-comme Frédéric les talents militaires de Joseph II comptent bien peu.
-«Cela est plus fort que moi, écrit-elle à son fils Ferdinand, je suis
-désolée. Chaque porte que le vent ferme, chaque voiture qui va un peu
-plus vite, des femmes qui marchent plus vite, me font tressaillir. Je
-prêche à moi-même; je cherche moi-même ce que j'étais, il y a trente
-six ans; mais j'étais jeune, j'avais un époux qui me tenait lieu de
-tout. Affaiblie par mes années, par mes traverses, le physique ne se
-soutient plus; l'âme seule, par la religion, se soumet et s'exécute,
-mais ne se ranime pas[1263].
-
-Mercy est immédiatement avisé de la grosse nouvelle. «Je n'ose trop
-insister auprès de la Reine, lui écrit l'Impératrice, par crainte de
-la commettre et de l'attendrir[1264].» Mais l'ambassadeur n'a pas les
-mêmes scrupules; il envoie à Marie-Antoinette le billet désespéré de sa
-mère. La Reine, toute troublée, éclate en sanglots; elle contremande
-une fête quelle doit donner à Trianon[1265], et il faut une haute
-intervention pour qu'elle ne renonce pas à des distractions que rendent
-nécessaires l'état de sa santé et le commencement de sa grossesse. Le
-Roi alarmé vient la trouver, lui-même baigné de pleurs, et l'assure
-qu'il veut tout faire pour apaiser sa douleur. Ainsi encouragée par
-son époux, la jeune femme fait venir Maurepas; elle lui parle ferme,
-et le vieux ministre cherchant à se réfugier dans ses échappatoires
-ordinaires: «Voilà, Monsieur, la quatrième ou cinquième fois que je
-vous parle d'affaires,» riposte impérieusement Marie-Antoinette; «vous
-n'avez jamais su me faire d'autre réponse; jusqu'à présent j'ai pris
-patience; mais les choses deviennent trop sérieuses et je ne veux
-plus supporter de pareilles défaites.» Et reprenant toute la suite de
-l'affaire de Bavière, elle montre que la condescendance de la France
-a seule encouragé la Prusse. Maurepas, surpris d'une vigueur et d'une
-netteté qu'il n'était pas habitué à rencontrer, se confond en excuses
-et en protestations de dévouement[1266].
-
-Cependant, Marie-Thérèse fait une nouvelle tentative. Décidée à tout,
-même à l'avilissement de son nom, dit-elle, pour conjurer les dangers
-qui menacent l'Empire et l'Europe[1267], sans prévenir son fils,
-mais assumant sur sa «vieille tête grise» toute la charge et tout le
-blâme[1268], elle envoie, le 13 juillet, Thugut à Frédéric pour traiter
-de la paix; elle offre d'abandonner toute prétention sur la Bavière,
-si la Prusse, de son côté, renonce à la succession des margraviats
-de Bayreuth et d'Anspach[1269]. Mais ces démarches même, qui lui
-coûtent tant, sont inutiles: Joseph II les désavoue avec colère[1270]
-et Frédéric les repousse dédaigneusement. Au bout d'un mois, les
-négociations sont rompues; la guerre continue et elle est défavorable à
-l'Autriche: le maréchal Loudon est forcé de se replier devant le prince
-Henri[1271]. Marie-Thérèse se retourne vers la France: «Sauvez votre
-Maison et votre frère, écrit-elle à Marie-Antoinette. Je ne demanderai
-jamais rien au Roi qui puisse l'attirer dans cette malheureuse guerre;
-mais des ostentations, de nommer ou rassembler des régiments et
-généraux pour venir nous secourir. Il ne convient pas à la France que
-nous soyons subjugués à notre cruel ennemi. Elle ne trouvera jamais un
-ami et un allié plus sincèrement attaché pour le fond que nous[1272].»
-
-En recevant cette lettre, Marie-Antoinette, que l'absence de nouvelles
-a plongée depuis quinze jours dans les plus pénibles incertitudes,
-va trouver le Roi, au moment où il est en conférence avec Maurepas
-et Vergennes, et lui demande... quoi? Une intervention armée? Non,
-simplement la médiation de la France pour rétablir la paix et arrêter
-l'effusion du sang. La prétention, il faut en convenir, est modeste.
-Les ministres n'y font point d'objections; cette pensée d'une
-médiation, qui ne compromet pas la France, est conforme à la politique
-qu'ils ont suivie depuis le commencement de l'affaire[1273], et leur
-bonne volonté devient plus ferme encore lorsqu'ils apprennent d'une
-façon positive la rupture des négociations. Vergennes ne dissimule
-pas le déplaisir que le refus du Roi de Prusse a causé au cabinet de
-Versailles[1274].
-
-Mais Marie-Thérèse est impatiente: elle a hâte de voir se terminer une
-guerre ruineuse, elle reprend la plume pour tracer à sa fille le plus
-sombre et le plus émouvant tableau de la situation: Le temps devient
-mauvais; la neige couvre déjà les montagnes; les armées souffrent;
-Maximilien est malade; on peut tout craindre, tant que ces malheureuses
-circonstances dureront: «Tâchez, ma chère fille, de les faire finir
-au plus tôt; vous sauverez une mère qui n'en peut plus et deux frères
-qui, à la longue, doivent succomber, votre patrie, toute une nation
-qui vous est si attachée. La gloire et l'intérêt même du Roi et de
-l'alliance y est attachée..... Nous n'exigeons que de parler un langage
-ferme partout... Mais il faut beaucoup de fermeté et égalité de langage
-et ne pas perdre un instant... Quel bonheur si vous pouvez faire vos
-couches en paix et de nous l'avoir procurée si glorieuse pour le Roi,
-en serrant de plus en plus les nœuds de notre alliance, la seule
-nécessaire et convenable pour notre sainte religion, pour le bonheur
-de l'Europe et de nos Maisons[1275]!»—«Non seulement le bien de la
-monarchie, mais ma propre conservation en dépend[1276].»
-
-Que peut faire Marie-Antoinette, ainsi harcelée par sa mère, harcelée
-par Mercy? Que peut-elle faire dans une question où l'on met tout en
-œuvre pour l'émouvoir: ses préférences politiques, ses sentiments
-religieux, tout, jusqu'à cet amour maternel qui s'éveille en elle avec
-les premiers mouvements de son enfant? Que peut-elle faire, elle à
-qui Goltz lui-même a pourtant rendu cette justice qu'elle n'a fait,
-en cette occurrence, que céder aux sollicitations réitérées de la
-Cour de Vienne[1277]? Les circonstances sont favorables; les armées
-ennemies, qui sont restées en présence, mais à peu près inactives,
-tout l'été, vont être forcées par le mauvais temps qui approche de
-suspendre les hostilités[1278]; déjà deux corps prussiens ont dû
-se retirer en arrière. C'est le moment ou jamais d'intervenir pour
-amener une paix que l'Impératrice désire si ardemment, que le Roi ne
-souhaite pas moins et à laquelle l'Empereur lui-même se rallie. De
-nouveau, Marie-Antoinette entretient son mari de cette affaire qui la
-préoccupe sans cesse; elle lui représente la nécessité de hâter la
-conclusion de la paix et d'une paix convenable, l'Autriche ne pouvant
-point en accepter d'autre. C'est le seul moyen d'éviter une guerre
-européenne, dans laquelle la France finirait, bon gré mal gré, par être
-engagée. Elle insiste de même près de Maurepas, dont les variations
-la désolent; elle lui parle un langage net et précis, mais elle se
-contient, afin, dit-elle, de «ne pas mettre le Roi dans l'embarras
-entre son ministre et sa femme[1279]». Elle veut la pacification de
-l'Allemagne, mais elle la veut parce qu'elle est convaincue «qu'il y
-va de la gloire du Roi et du bien de la France», non moins que «du
-bien-être de sa chère patrie[1280]».
-
-Puis, tout d'un coup, il semble que l'intervention de la Reine devient
-moins active, ses instances moins pressantes. Elle parle bien encore
-au Roi, mais elle se hâte de traiter le point en litige, et n'y
-revient plus[1281]. Marie-Thérèse se plaint d'être abandonnée, dans
-le moment le plus intéressant pour sa fille, dans le moment d'une
-grossesse[1282]. La Russie appuie la Prusse: la France ne fait rien
-pour l'Autriche. Mercy insiste de son côté; il représente à sa royale
-pupille qu'elle doit se tenir, «vis-à-vis d'elle-même et vis-à-vis de
-sa famille, hors de tout reproche d'avoir remis ou négligé la moindre
-chose qui puisse remédier au mal présent.» L'ambassadeur devient
-pressant, grondeur presque; il semble que ce soit moins un conseil
-qu'il donne qu'une réprimande qu'il adresse.
-
-Que s'est-il donc passé? La Reine est-elle moins touchée des embarras
-de son frère et des angoisses de sa mère? Assurément non; mais l'époque
-de ses couches approche, et cet événement, si longtemps attendu, que
-la Cour de Vienne saluait comme le point de départ d'un redoublement
-d'influence pour elle, est précisément celui qui marque le déclin de
-cette influence. Marie-Antoinette sent l'impérieux devoir que lui
-impose cette dignité nouvelle qui la fait vraiment Reine de France,
-et, ce premier tressaillement de la maternité venant se joindre au
-tressaillement du patriotisme, elle garde vis-à-vis du Roi et de ses
-ministres une attitude, non pas indifférente, mais réservée.
-
-Le comte de la Marck raconte que, l'Empereur ayant réclamé de la France
-le secours de vingt-quatre mille hommes, stipulé par le traité de
-1756, avait écrit à sa sœur pour qu'elle pressât instamment Louis XVI
-d'accorder ce secours.
-
-«Avant d'en parler au Roi, la Reine fit venir chez elle le comte de
-Maurepas et lui exprima l'intérêt qu'elle prenait à la demande de son
-frère et le désir qu'à l'égard de cette demande, lui, M. de Maurepas,
-disposât favorablement le Roi.»
-
-«Dans ce moment-là même, et après plusieurs années d'attente, la Reine
-était enceinte pour la première fois. M. de Maurepas saisit à propos
-cette circonstance et, après avoir exposé à la Reine les raisons qui
-s'opposaient à ce que la France prît part à une guerre qui n'était
-d'accord ni avec ses intérêts, ni peut-être même avec la justice, il
-ajouta: «_Que les intérêts de la France devaient être, s'il était
-possible, plus chers que jamais à la Reine, dans les circonstances
-heureuses qui lui promettaient de donner un héritier au trône._»
-
-«La Reine répondit aussitôt à M. de Maurepas qu'il rendait justice à
-ses sentiments pour la France, et qu'après la conversation qu'elle
-venait d'avoir avec lui, elle ne se mêlerait plus de cette affaire et
-qu'elle n'en parlerait même pas au Roi. _Elle tint parole_[1283].»
-
-Il y a, dans le récit de La Marck, quelques inexactitudes de détails;
-l'incident qu'il raconte doit être reporté un peu plus tard que
-l'époque indiquée par lui, et nous ne voyons pas que la Reine ait
-jamais réclamé une intervention armée; mais le fait lui-même est vrai,
-quoiqu'il ait été révoqué en doute, et nous le retrouvons attesté,
-presque dans les mêmes termes, dans la correspondance officielle d'un
-homme qui n'était pas un ami de Marie-Antoinette, mais qui était
-presque aussi bien instruit de ses faits et gestes que Mercy; car si
-Mercy était éclairé par le dévouement, lui l'était par la méfiance et
-la haine; nous voulons parler du ministre de Prusse à Paris, le comte
-de Goltz. Rendant compte à son maître d'une conversation qu'il avait
-eue avec le premier ministre de France, le comte de Goltz écrivait:
-
-«Il—Maurepas—devait rendre la justice à cette princesse—la
-Reine—qu'elle entendait raison sur ces objets, que nommément dans
-l'affaire de Bavière il l'avait trouvée ainsi; qu'alors lui, ministre,
-avait fait sentir à cette princesse que l'enfant qu'elle portait ne
-cessait pas de lui crier qu'elle était Reine de France avant tout;
-qu'il avait ajouté que, prêt à descendre dans la tombe et ne pouvant
-ainsi servir ce fruit dans la suite du temps, il lui rendait, dans ce
-moment même, le service le plus essentiel, en plaidant sa cause près
-de la Reine-mère; que cette princesse, émue, lui avait protesté des
-remerciements de ce qu'il lui rappelait si bien ses vrais devoirs, et
-qu'en effet, dans tout le cours de cette affaire, _la Reine n'avait
-plus paru_[1284].»
-
-Après un témoignage si formel, émanant d'une bouche si peu suspecte,
-il ne nous semble plus possible de contester le fait.
-
-Au fond, d'ailleurs, et malgré la vivacité de ses premières instances,
-à quoi avait tendu l'intervention de Marie-Antoinette en cette affaire?
-Au maintien de l'alliance austro-française et à une médiation pour
-assurer une paix honorable. Sur le premier point, il y avait bien
-sans doute des divergences chez quelques vieux diplomates, fidèles à
-d'anciennes et surannées traditions, ou chez quelques jeunes novateurs,
-partisans fanatiques de Frédéric II; mais, en somme, le Roi, les
-ministres même, pensaient comme la Reine, et en face du développement
-prodigieux et déjà menaçant de la Prusse, c'était la seule politique
-à suivre. Il ne pouvait pas être bon pour la France de se prêter à
-l'accroissement indéfini de cette puissance nouvelle, sa protégée
-d'hier, sa rivale de demain, et un diplomate qui appartenait cependant
-à la vieille école et qui nourrissait de vives préventions contre
-l'Autriche, le marquis de Bombelles, écrivait au baron de Breteuil:
-«Nous ne pouvons plus, comme autrefois, revenir systématiquement à
-l'alliance du Roi de Prusse. Ce prince et ses successeurs seront trop
-puissants pour porter dans cet accord l'esprit de déférence qu'il nous
-convient de trouver[1285].» Au bout d'un siècle, n'avons-nous pas trop
-lieu de sentir toute la justesse des prévisions du marquis de Bombelles?
-
-Qui donc aujourd'hui pourrait faire un reproche à Choiseul d'avoir
-fondé l'alliance de la France et de l'Autriche; à Marie-Antoinette,
-d'avoir voulu la maintenir?
-
-Quant à la médiation, M. de Bombelles y voyait encore un moyen
-de rétablir notre influence en Allemagne et de montrer au Roi de
-Prusse «ce qu'un mot de nous met dans la balance de l'Europe[1286]».
-L'Empereur seul ne la désirait pas; mais il fallait «ramener à la
-modération un prince qui s'en était écarté, contre le vœu de son
-auguste mère et de tous les gens sensés de son empire[1287]». Et
-de fait, Joseph II se montra mécontent de l'attitude de la France
-et particulièrement de sa sœur en cette circonstance: «La conduite
-politique du Roi en cette occasion, dit-il au comte de la Marck, est
-bien éloignée de celle que j'aurais dû attendre d'une Cour alliée _et
-qui se disait amie_[1288].»
-
-Les négociations furent longues. Si Marie-Thérèse désirait la paix
-ardemment et avec une sorte d'impatience fébrile, Joseph II, dont
-cette paix humiliait l'orgueil, ne s'y prêtait qu'avec une extrême
-répugnance[1289]; et la Prusse, se sentant la plus forte, soutenue
-qu'elle était en secret par la Russie, ouvertement par la Saxe et
-le Hanovre, ajournait tout arrangement. Enfin, après de pénibles
-pourparlers, un congrès se réunit à Teschen et, le 13 mai 1779,
-sans que la Reine s'en fût mêlée, sans même que Mercy lui en eût
-parlé[1290], la paix fut signée, au vif déplaisir de l'Empereur, qui
-avait dû renoncer à la presque totalité de ses prétentions sur la
-Bavière, au grand soulagement de l'Impératrice, qui en marqua au Roi
-et à la Reine toute sa reconnaissance[1291], et, devenue plus juste par
-la cessation de ses inquiétudes, convint que la France avait fait tout
-ce qu'on était en droit d'attendre d'elle pour la pacification[1292].
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
- Première grossesse de la Reine.—Son bonheur.—Ses rêves
- pour l'éducation de son enfant.—Joie du Roi.—Sentiments
- divers de la famille royale et de la Cour.—Propos
- malveillants.—Couches dramatiques de la Reine.—Danger qu'elle
- court.—Naissance de Madame Royale.—Joie du public, mélangée
- de désappointement.—Paroles de la Reine à sa fille.—_Te
- Deum_ à Notre-Dame.—Amélioration de la conduite de la Reine,
- malgré quelques inconvénients encore inévitables.—Intimité
- des deux époux.—Affection de Marie-Antoinette pour Mme
- Élisabeth.—Impatience de Marie-Thérèse et du public
- d'avoir un Dauphin.—Fausse couche de la Reine.—Mort de
- Marie-Thérèse.—Douleur de Marie-Antoinette.—Second voyage de
- Joseph II en France.—Naissance du Dauphin.—Bonheur universel.
-
-
-«Vers les derniers mois de 1777, raconte Mme Campan, la Reine étant
-seule dans ses cabinets, nous fit appeler, mon beau-père et moi, et,
-nous présentant sa main à baiser, nous dit que nous regardant l'un
-et l'autre comme des gens bien occupés de son bonheur, elle voulait
-recevoir nos compliments, qu'enfin elle était Reine de France, et
-qu'elle espérait bientôt avoir des enfants; qu'elle avait jusqu'à ce
-moment su cacher ses peines, mais qu'en secret elle avait versé bien
-des pleurs[1293]».
-
-Ces espérances pourtant furent encore ajournées; mais au bout de
-quelques mois elles s'affirmèrent de nouveau, et cette fois ce ne fut
-pas à Mme Campan, ce fut à sa mère que la Reine en fit part. «Madame ma
-chère mère, lui écrivait-elle le 19 avril 1778, mon premier mouvement,
-et que je me repens de n'avoir pas suivi, il y a huit jours, c'était
-d'écrire mes espérances à ma chère maman. J'ai été arrêtée par la
-crainte de causer trop de chagrin, si mes grandes espérances venaient
-à s'évanouir; elles ne sont pas encore entièrement assurées et je n'y
-compterai entièrement que dans les premiers jours du mois prochain...
-En attendant, je crois avoir de bonnes raisons pour y prendre
-confiance; du reste je me porte à merveille; mon appétit et mon sommeil
-sont augmentés[1294].»
-
-De quel tressaillement de joie ces premières espérances, si longtemps
-et si impatiemment attendues, firent-elles battre le cœur de la
-Reine, il est facile de le comprendre. Elle avait si souvent envié
-la fécondité de la comtesse d'Artois! Elle sentait si bien que tant
-qu'elle ne serait pas mère, elle ne serait en quelque sorte considérée
-que comme étrangère! Aussi, que de précautions prises pour ne pas faire
-évanouir ce rêve! Elle renonce aux courses à cheval, aux excursions
-à Paris[1295], même au billard[1296]; elle ne fait plus que des
-promenades à pied[1297], après quoi elle s'assied dans ses cabinets
-à de petits ouvrages d'aiguille[1298]. Quand vient le printemps,
-elle s'installe à Marly, où les promenades sont plus belles et plus
-commodes, où elle sort dès son lever, où le grand air du matin et un
-exercice modéré épanouissent l'esprit et fortifient le corps[1299].
-Si parfois elle monte en voiture, ce n'est qu'avec l'autorisation
-expresse de l'accoucheur qu'elle a choisi, Vermond, frère de
-l'abbé[1300]. Plus de veilles, plus de jeux[1301]. Sa vie devient plus
-sérieuse, sa volonté plus ferme, son esprit plus réfléchi[1302]. Sa
-pensée est tout entière absorbée par cet enfant qu'elle porte dans son
-sein. Elle suit pas à pas les diverses évolutions d'un état dont la
-nouveauté l'enchante, dont elle salue chaque progrès par une explosion
-de joie[1303]; elle s'y intéresse jusqu'à mesurer sa taille pour en
-constater le développement[1304].
-
-Elle se plaît à songer aux soins dont elle entourera ce petit être qui
-est dès à présent l'objet de sa tendresse; elle se plonge avec délices
-dans tous ces doux et souriants détails de la maternité. L'enfant ne
-sera point emmailloté; on l'élèvera en liberté dans une barcelonnette
-ou sur les bras; il logera au rez-de-chaussée, séparé seulement par
-une petite grille de la terrasse du Château sur laquelle il fera ses
-premiers pas plus facilement que sur le parquet[1305]. Si c'est un
-Dauphin,—et ce doit en être un, tout le monde le prédit—on ne lui
-nommera pas de gouverneur avant l'âge de cinq ans; ce sera un moyen
-d'éviter les intrigues et de faire un choix avec plus de maturité[1306].
-
-Et pour constater publiquement son bonheur et l'inaugurer par un acte
-de charité, elle envoie douze mille livres à Paris, quatre mille à
-Versailles pour la délivrance des pauvres gens détenus pour dettes de
-nourrices. Le cri de la reconnaissance populaire répondra au cri de
-joie des parents, et ces enfants qui retrouveront leurs pères béniront
-cette mère qui va enfin pouvoir embrasser son enfant[1307].
-
-Le Roi est dans l'ivresse; il est tout à l'épanouissement et comme
-à la fierté de sa dignité nouvelle; il entoure des plus délicates
-attentions et d'une affection enfin expansive celle qui lui promet
-ce grand bonheur si longtemps souhaité en vain[1308]; il l'annonce
-officiellement à l'Impératrice.
-
-Tout va bien d'ailleurs et, malgré les alarmes que causent à la Reine
-la guerre de Bavière, le danger de ses frères et les angoisses de sa
-mère, elle supporte merveilleusement les fatigues de sa grossesse.
-«Ma santé est toujours très bonne, écrit-elle le 14 août. Mon enfant
-a donné le premier mouvement le vendredi 31 juillet, à dix heures et
-demie du soir; depuis ce moment il remue fréquemment, ce qui me cause
-une grande joie. Je ne puis pas dire à ma chère maman combien chaque
-mouvement ajoute à mon bonheur[1309].» Le lendemain, elle va trouver
-son mari: «Je viens, Sire, lui dit-elle gaiement, me plaindre d'un de
-vos sujets assez audacieux pour me donner des coups de pied dans le
-ventre[1310].» Le Roi rit de son bon gros rire et embrasse tendrement
-sa femme.
-
-Mais tout le monde ne riait pas. Si Mesdames tantes semblaient
-s'associer franchement au bonheur de leur neveu et se rapprocher même
-un instant de leur nièce,—ce qui d'ailleurs ne dura guère[1311];—si le
-comte d'Artois, uniquement occupé de ses plaisirs, ne paraissait pas
-s'inquiéter de cette situation nouvelle, les deux sœurs piémontaises,
-Madame et la comtesse d'Artois, tout en conservant en apparence
-l'attitude la plus convenable, n'en faisaient pas moins, dans leur
-particulier, de pénibles et désagréables réflexions[1312]. Monsieur
-gardait sa tournure ordinaire, mais il écrivait à Gustave III: «Vous
-avez su le changement survenu dans ma fortune... Je me suis rendu
-maître de moi à l'extérieur fort vite et j'ai toujours tenu la même
-conduite qu'avant, sans témoigner de joie, ce qui aurait passé pour
-fausseté et ce qui l'aurait été, car franchement, et vous pouvez
-aisément le croire, je n'en ressentais pas du tout;—ni de tristesse,
-qu'on aurait pu attribuer à de la faiblesse d'âme. L'intérieur a été
-plus difficile à vaincre; il se soulève encore quelquefois[1313].»
-
-Et puis les ministres,—Maurepas surtout,—qui voyaient dans la
-grossesse de la Reine, dans sa vie plus sérieuse, dans l'affection
-plus tendre que lui témoignait le Roi, comme l'affermissement d'un
-crédit qui leur portait ombrage et qu'ils avaient voulu étouffer
-dans la dissipation[1314]. Et les courtisans, mécontents de n'avoir
-point été invités à Marly où la Reine était allée chercher le repos
-et la solitude[1315]. Et les envieux de Mme de Polignac, dont la
-faveur était plus forte que jamais, au point que Louis XVI l'avait
-fait revenir précipitamment à la Cour, pour consoler sa royale amie,
-profondément troublée par les lettres désespérées et pressantes de
-Marie-Thérèse[1316]. Et cette vindicative comtesse de Marsan, toujours
-ulcérée contre Marie-Antoinette, à qui elle ne pardonnait pas son peu
-de sympathie pour les Rohan et son goût pour Choiseul, Mme de Marsan,
-trop bien secondée dans ses manœuvres par l'homme de confiance de son
-neveu, l'abbé Georgel, intrigant subalterne, mais des plus dangereux,
-dont les propos indignaient tellement l'honnête monarque qu'il avait
-voulu le chasser de Versailles[1317].
-
-Tous ces mécontentements se coalisaient contre la Reine pour saper
-son crédit au moment même où il semblait devenir plus solide et la
-perdre elle-même, sinon près du Roi, alors dans la fraîcheur de son
-nouvel amour, du moins près du public, rendu plus méfiant, dans les
-circonstances présentes, par l'ambition intempestive de Joseph II, qui
-avait réveillé les vieux préjugés contre la Maison d'Autriche.
-
-Des couplets odieux, des propos infâmes, inventés par le dépit et
-propagés par l'envie, circulaient à Versailles et dans Paris, et
-quelques jours avant les couches de Marie-Antoinette, on jetait dans
-l'Œil-de-Bœuf un volume entier de chansons contre elle et contre les
-principales femmes de la Cour. Louis XVI, indigné, voulut qu'on en
-recherchât l'auteur; on le découvrit[1318]; il ne fut pas même inquiété.
-
-Quoi qu'il en soit, plus le moment des couches approchait, plus
-l'anxiété était vive; on priait dans toutes les églises[1319]. A la
-Cour, mille intrigues se nouaient, qui avaient pour objet la naissance
-prochaine de l'enfant royal. Chacun était aux aguets. Plus de cent
-personnes de qualité, qui habitaient ordinairement Paris, étaient
-venues s'installer à Versailles, pour connaître plus tôt l'issue
-du grand événement, et être plus à portée d'en profiter. La ville
-regorgeait de monde; on ne trouvait plus de logement et le prix des
-vivres avait triplé[1320].
-
-Le 18 décembre, la Reine s'était couchée à onze heures, sans ressentir
-aucune souffrance. A une heure et demie, on sonna vivement: les
-douleurs commençaient. Mme de Lamballe et les _honneurs_, avertis,
-entrent dans la chambre. A trois heures, Mme de Chimay va chercher
-le Roi; une demi-heure après, on introduit les princes et princesses
-qui sont à Versailles, tandis que des pages courent à bride abattue
-prévenir ceux qui sont à Paris et à Saint-Cloud[1321]. La famille
-royale, les princes et les princesses du sang, les _honneurs_ et Mme
-de Polignac se tiennent dans la chambre même de la Reine, autour du
-lit dressé en face de la cheminée; la Maison du Roi, celle de la
-Reine, les grandes entrées, dans les petits cabinets; le reste des
-assistants, dans le salon de jeu et la galerie. Un usage bizarre veut
-que l'accouchement des Reines de France soit public; on s'y conforme
-jusqu'à l'abus. Au moment où Vermond s'écrie: «La Reine va accoucher!»,
-un tel flot se précipite dans la chambre royale qu'en un instant
-l'appartement est rempli; il est impossible d'y remuer; on se croirait
-sur une place publique, un jour de grande fête; deux Savoyards montent
-même sur un meuble pour mieux voir.
-
-A onze heures et demie, l'enfant vient au monde: c'est une fille. On
-la porte immédiatement dans le grand cabinet pour l'emmailloter et
-la remettre à la gouvernante, princesse de Guéménée. Le Roi, joyeux
-et ému, suit le porteur pour jouir de la vue de son premier-né et la
-foule, presque tout entière, se précipite à la suite du Roi et de
-l'enfant[1322].
-
-Tout à coup, ce cri retentit, anxieux et pressant: «De l'air, de
-l'eau chaude; il faut une saignée au pied!» La chaleur, le bruit, le
-manque d'air, la contrainte qu'elle s'est imposée pour dissimuler ses
-souffrances; le saisissement qui s'empare d'elle, quand, au premier
-instant, l'enfant ne crie pas; le mouvement de joie qui l'agite, quand
-l'enfant se met à crier, toutes ces émotions contraires provoquent chez
-l'auguste accouchée une effrayante révolution[1323]. Le sang se porte à
-la tête avec violence; la bouche se tourne; la Reine perd connaissance.
-Un indicible frissonnement court dans la foule; la princesse de
-Lamballe s'évanouit[1324]. On se précipite à la fenêtre, on l'ouvre
-vivement[1325]; les huissiers chassent les curieux indiscrets qui sont
-encore dans la chambre. Mais l'eau chaude n'arrive pas. Avec une rare
-présence d'esprit, Vermond ordonne au premier chirurgien de piquer
-à sec; le sang jaillit avec force; la Reine ouvre les yeux; elle
-est sauvée! Tout cela a été si rapide, que le Roi n'a pas même été
-témoin de l'accident[1326]. Mais pendant ces quelques instants, quelle
-angoisse parmi les spectateurs! Si la Reine avait été saignée deux
-minutes plus tard, elle était morte[1327]. Aussi, quelle explosion de
-bonheur quand le danger est passé! On se félicite, on s'embrasse, on
-pleure de joie[1328].
-
-Le jour même, tandis que le marquis de Béon, lieutenant des gardes,
-va faire part de la naissance au Corps de ville de Paris, assemblé
-depuis le matin[1329], et que des courriers extraordinaires partent
-pour Vienne et pour Madrid, l'enfant est baptisée dans la chapelle du
-Château, en présence du Roi, par le cardinal de Rohan, grand aumônier,
-et reçoit les noms de Marie-Thérèse-Charlotte; Monsieur remplace le roi
-d'Espagne, parrain; Madame représente l'Impératrice, marraine; toute
-la famille royale assiste à la cérémonie; un _Te Deum_ solennel est
-chanté dans la chapelle[1330] et, le soir, un magnifique feu d'artifice
-est tiré sur la place d'Armes[1331]. La Cour et la ville, Paris et
-Versailles, toute la France est dans l'ivresse. Dans la capitale, les
-deux premiers échevins se transportent aux prisons et en font sortir
-les détenus pour dettes de nourrices. Un feu de joie est allumé sur la
-place de l'Hôtel-de-Ville, et les principales maisons de la grande cité
-sont illuminées[1332]. Mais un assez vif désappointement se mêle à ces
-transports. L'enfant royal annonce des traits réguliers et charmants,
-de grands yeux, une tournure de bouche agréable, et un teint de la
-meilleure santé; mais ce n'est qu'une fille et l'on comptait sur un
-Dauphin. «Pauvre petite,» dit la Reine à sa fille quand elle la pressa
-pour la première fois sur son cœur, «vous n'étiez pas désirée; mais
-vous ne m'en serez pas moins chère. Un fils eut plus particulièrement
-appartenu à l'État. Vous serez à moi; vous aurez tous mes soins; vous
-partagerez mon bonheur et vous adoucirez mes peines.»
-
-Le Roi se livrait à la joie sans arrière-pensée; il était tout à
-la fierté de sa dignité nouvelle; il ne savait comment marquer sa
-tendresse à sa femme. Il renonçait même à la promenade et à l'exercice,
-qui lui étaient nécessaires, pour ne pas s'éloigner d'elle. Le matin,
-il était le premier à son chevet, il y passait une partie de la
-matinée, y revenait dans l'après-midi, y restait toute la soirée[1333].
-Quant à sa fille, il ne se lassait pas de la contempler; il allait à
-chaque instant la voir, et un jour l'enfant lui ayant serré le doigt,
-il en fut dans un ravissement qui ne se pouvait rendre[1334]. Cette
-nature en globe s'ouvrait et se développait; ce cœur, si longtemps
-froid et presque fermé, s'échauffait et s'épanouissait sous l'action
-vivifiante de la paternité.
-
-Le 26, la Reine reçut pour la première fois son ancienne dame
-d'honneur, la maréchale de Mouchy, et son ancienne dame d'atours,
-la duchesse de Cossé. Le 27, ce fut le tour des dames du palais; le
-28, celui des grandes entrées[1335]. Le 31, l'auguste accouchée se
-leva sur une chaise longue[1336]. Le 18 janvier, elle faisait ses
-relevailles dans la sacristie de la chapelle de Versailles[1337] et
-reprenait la tenue de la Cour dans sa forme ordinaire[1338]. Le 8
-février, accompagnée du Roi, de Monsieur, de Madame, du comte et de la
-comtesse d'Artois, elle allait à Paris, rendre grâces à Dieu de son
-heureuse délivrance. Comme elle l'avait fait au moment de sa grossesse,
-c'était par la bienfaisance qu'elle voulait inaugurer sa maternité. A
-Versailles, six mille francs étaient donnés à chacun des deux curés de
-la ville, douze mille livres répandues en aumônes particulières[1339].
-A Paris, cent jeunes ménages étaient unis par l'archevêque, le jour
-même de l'entrée de la Reine, habillés et dotés à ses frais. Chacun
-d'eux recevait cinq cents livres de dot, deux cents pour le trousseau,
-douze pour la noce[1340], avec la promesse de quinze francs par mois
-pour le premier enfant, si la mère le nourrissait elle-même, de dix,
-si elle le confiait à une nourrice étrangère[1341]. Lorsque le cortège
-royal parut dans la cathédrale, ces cent jeunes hommes et ces cent
-jeunes filles, que le lieutenant de police, Lenoir, avait recommandé
-de choisir parmi les plus jolies[1342], étaient rangés dans l'église
-pour saluer la Reine au passage. Les prisonniers pour dettes étaient
-délivrés, des aumônes considérables confiées aux soins des curés
-de diverses paroisses[1343]. Le soir, il y avait feux de joie, feu
-d'artifice, illuminations, fontaines de vin, distributions de pain et
-de cervelas[1344], spectacles gratuits à la Comédie-Française, où les
-charbonniers occupaient la loge du Roi, les poissardes celles de la
-Reine[1345]. Mais le pain était cher, la guerre imposait de lourdes
-charges; les acclamations furent moins nombreuses et moins bruyantes
-qu'on ne l'avait espéré[1346].
-
-La Reine cependant avait eu soin de s'abstenir en ce jour de tout
-plaisir profane. Elle avait voulu prouver que sa présence dans la
-capitale n'était déterminée que par de pieux motifs et nullement par le
-désir de ces divertissements qu'elle y était venue souvent chercher.
-Après le service de Notre-Dame et celui de Sainte-Geneviève, elle avait
-été souper à la Muette, puis était rentrée à Versailles. Comme si elle
-sentait que sa maternité lui imposait des devoirs nouveaux, elle se
-prêtait davantage aux réflexions sérieuses et renonçait en partie aux
-plaisirs bruyants. Le carnaval était plus modéré[1347], le carême était
-tranquilles[1348], le jeu devenait plus rare[1349], la complaisance
-pour les favoris, moins facile[1350].
-
-Les prétentions du comte d'Adhémar rencontraient une résistance
-invincible[1351]; la société de la Reine tout entière était astreinte
-à plus d'ordre et de réserve[1352]. L'harmonie était soigneusement
-entretenue dans la famille royale[1353]; Monsieur[1354] et Madame[1355]
-étaient mieux traités; le comte d'Artois, avec plus de froideur[1356].
-La Reine était bien revenue sur le compte de ce pétulant beau-frère et
-refusait de s'associer à ses rancunes contre Necker[1357].
-
-Non pas assurément qu'il n'y eût encore quelques imprudences.
-Marie-Antoinette, convalescente de la rougeole, se retirait à Trianon
-avec quatre seigneurs de son intimité, les ducs de Coigny et de Guines,
-le comte Esterhazy et le baron de Besenval. Le Roi y avait consenti,
-et la présence constante de Madame, de la princesse de Lamballe
-et de Mme Élisabeth[1358], atténuait un peu les mauvais effets de
-cette préférence. Néanmoins, la Cour glosait; les méchantes langues
-baptisaient les quatre privilégiés les quatre garde-malades de la
-Reine et s'amusaient à désigner les quatre dames qui devaient être
-à leur tour les quatre garde-malades du Roi[1359]. Il y avait bien
-aussi l'aventure du fiacre, que nous avons racontée plus haut, en la
-réduisant à ses vraies proportions[1360], et une reprise des promenades
-à cheval qui alarmait le premier médecin Lassone. Et puis quelques
-divertissements bruyants pendant le printemps de 1780, et un retour
-aux jeux de hasard, celui de tous les points sur lequel la jeune femme
-paraissait le plus difficile à ramener[1361].
-
-Mais, malgré ces rechutes inévitables, le progrès était évident. «Si
-j'ai eu anciennement des torts, écrivait-elle elle-même, c'était
-enfance et légèreté; mais, à cette heure, ma tête est bien plus
-posée[1362].» Mercy, l'impitoyable critique, constatait que le séjour
-de Trianon, au printemps de 1779, s'était passé tranquillement[1363].
-Le séjour de Marly, qui suivait, n'était pas moins satisfaisant[1364],
-et il se renouvelait en 1780 au contentement universel de ceux qui y
-étaient admis[1365]. L'ordre y était parfait; la tenue excellente.
-Les autres voyages ne se faisaient pas; on avait renoncé à Compiègne
-par économie, à Fontainebleau pour la prompte expédition des
-affaires[1366]. On avait cessé les promenades du soir[1367], bientôt
-après les promenades à cheval. Le jeu même s'était ralenti; la Reine
-n'avait pas dissimulé son mécontentement de quelques grosses pertes
-faites chez Mme de Lamballe[1368] et elle-même avouait qu'elle jouait
-plutôt par complaisance que par goût[1369].
-
-Elle supprimait le spectacle de Choisy, par crainte de la
-dépense[1370], et se prêtait de la meilleure grâce aux réformes que
-le ministre des finances faisait dans sa maison[1371]. Le Roi ayant
-voulu doubler sa cassette, elle n'en acceptait que la moitié pendant
-la guerre[1372], et Marie-Thérèse, toujours cependant si sévère pour
-sa fille, lui écrivait, le 30 juin 1780, que «la charmante Reine de
-France ne contribuait pas peu aux seuls moments heureux de sa vie
-pénible[1373]».
-
-Louis XVI, qui avait dû se séparer de sa femme pendant sa rougeole
-et sa convalescence, Louis XVI, après un moment de froideur causé
-par des insinuations malveillantes, était revenu à ses sentiments
-de tendresse empressée[1374]. Vainement, des misérables, profitant
-de la maladie de la Reine, avaient-ils voulu le travailler du côté
-de la galanterie: sa pure et loyale nature s'était révoltée contre
-ces tentatives indignes[1375] et l'intimité entre les deux époux en
-avait été resserrée[1376]. C'était de part et d'autre comme un assaut
-d'attentions et de complaisances mutuelles: la Reine accompagnait son
-mari à Saint-Hubert; le Roi accompagnait sa femme à Trianon et allait
-passer la soirée avec elle chez Mme de Polignac[1377].
-
-La comtesse était toujours des amies de Marie-Antoinette celle dont la
-faveur était la plus inébranlable. La Reine pouvait juger sévèrement
-et généralement avec justesse d'esprit les autres personnes de sa
-société[1378]; sur celle-là, elle ne voulait rien entendre. Elle
-passait des heures et des journées entières en sa compagnie[1379]. Le
-crédit de Mme de Polignac, qu'on avait cru un instant, sinon ébranlé,
-du moins partagé par la princesse Charlotte de Lorraine, fille de
-la comtesse de Brionne[1380], se maintenait toujours, bravant toute
-critique et défiant toute attaque.
-
-Une autre amitié naissait, moins vive que celle-là, plus profonde
-peut-être, et qui, après quelques éclipses momentanées, dues aux
-perfides suggestions des vieilles tantes, devait se retrouver à l'heure
-de l'adversité: c'était celle de la sœur de Louis XVI, l'aimable et
-sainte Mme Élisabeth. Au départ de Mme Clotilde, la jeune princesse
-avait manifesté une sensibilité qui avait touché Marie-Antoinette.
-«C'est une charmante enfant, disait-elle, qui a de l'esprit, du
-caractère et beaucoup de grâce[1381].» L'enfant avait grandi; c'était
-maintenant une agréable jeune fille, pleine d'entrain et de gaîté. La
-Reine l'avait prise avec elle à Trianon; elle en avait été enchantée
-et, au retour, elle disait à tout le monde «qu'il n'y avait rien de si
-aimable que sa petite belle-sœur, qu'elle ne la connaissait pas encore
-bien, mais qu'elle en avait fait son amie et, que ce serait pour la
-vie[1382]». Elle tint parole, et depuis cette époque, Mme Élisabeth fut
-de tous les voyages de Trianon.
-
-Mais ce qui attire surtout la Reine, c'est sa fille. Elle jouit
-de cette enfant avec toute l'ardeur et toute la vivacité d'une
-première affection. Elle va chez elle à toute heure du jour[1383],
-surveillant les soins qui lui sont donnés, suivant d'un œil attentif
-son développement physique, ravie de la voir grandir, souriant à ses
-premiers pas et à ses premières paroles, joyeuse qu'elle balbutie
-d'abord «papa»; car, dit-elle, «c'est pour le Roi une attache de
-plus[1384];» plus joyeuse encore, peut-être, quand l'enfant, qui
-commence à marcher, vient à elle en lui tendant les bras[1385], ne se
-lassant pas de parler de sa fille dans ses lettres à l'Impératrice
-et, un peu plus tard, lorsque le travail de la dentition provoque des
-accès de fièvre chez la jeune princesse[1386], s'asseyant à son chevet
-des heures entières et ne consentant à prendre part aux plaisirs de
-la Cour que sur l'assurance positive du médecin et le désir formel du
-Roi[1387]; mère enfin dans toute l'acception du mot, avec toutes les
-tendresses, toutes les alarmes, tous les petits bonheurs, toutes les
-prévoyances des mères. L'éducation de sa fille est l'objet constant
-de sa pensée. Cette femme, qu'on croyait emportée dans le tourbillon
-des plaisirs et seulement occupée de frivolités, avait médité sur les
-difficultés et les délicatesses infinies de l'éducation des enfants de
-race royale.
-
-Si des traditions inexorables ne lui avaient pas permis de changer
-une gouvernante[1388] qui ne lui paraissait pas à la hauteur de sa
-grave mission, du moins la Reine se promettait-elle bien de suppléer
-elle-même à l'insuffisance de cette gouvernante, et, dès le début,
-elle s'était tracé un plan que Mercy qualifiait de «très sage et
-très réfléchi[1389]». Elle tenait avant tout à ce qu'aucune idée de
-grandeur ne germât prématurément dans l'esprit de l'enfant[1390]. Sans
-supprimer absolument l'étiquette, elle était résolue à retrancher toute
-mollesse nuisible, toute affluence inutile de gens de service, toute
-image propre à faire naître des sentiments d'orgueil[1391]. Ce plan,
-Marie-Antoinette y fut fidèle, et sous l'œil de son père et de sa
-mère, Marie-Thérèse-Charlotte grandit dans la pratique des fortes et
-chrétiennes vertus.
-
-Mais il fallait un Dauphin. «Nous espérons que la Reine se conduira
-mieux l'année prochaine,» écrivait une femme de la Cour, le lendemain
-même de la naissance de Madame Royale[1392]. Les poètes s'exerçaient
-sur ce sujet. La comtesse Fanny de Beauharnais qui, paraît-il, avait
-prédit à la jeune souveraine la naissance d'un fils, réparait son
-erreur par ce quatrain:
-
- Oui, pour fée étourdie à vos traits je me livre;
- Mais si ma prophétie a manqué son effet,
- Il faut vous l'avouer, c'est qu'en tournant le livre,
- J'avais pour le premier pris le second feuillet[1393].
-
-Et le poète Imbert, reprenant la même pensée, composait les quatre vers
-suivants, qui couraient tout Paris:
-
- Pour toi, France, un Dauphin doit naître.
- Une princesse vient pour en être témoin;
- Sitôt que vous voyez une Grâce paraître,
- Croyez que l'Amour n'est pas loin.
-
-Ces espérances furent encore une fois trompées.
-
-Quelques mois après la naissance de Madame, la Reine devint grosse;
-mais en levant avec force une glace de sa voiture, elle se blessa et
-huit jours après fit une fausse couche. Elle en fut vivement peinée et
-pleura beaucoup; le Roi passa la matinée entière près de son lit, lui
-témoignant la plus touchante affection, la prenant dans ses bras, et
-mêlant ses larmes aux siennes[1394].
-
-Marie-Thérèse ne fut pas moins désolée que Marie-Antoinette; elle était
-impatiente d'avoir un petit-fils. Mère, elle souhaitait ardemment un
-événement qui eût couronné le bonheur de sa fille; politique, elle
-sentait que la naissance d'un Dauphin, en donnant satisfaction au pays
-et en comblant les désirs du Roi, eût définitivement consolidé le
-crédit de la Reine. Elle y revenait constamment, jusqu'à l'importunité,
-dans ses lettres soit à Mercy, soit à Marie-Antoinette. C'était le
-sujet de ses recommandations réitérées; c'était son premier vœu de
-bonne année[1395]; on eût dit une idée fixe. L'Impératrice en était
-venue à gourmander la Reine et à la rendre en quelque sorte responsable
-de l'ajournement de ses espérances[1396]. «Il nous faut absolument un
-Dauphin,» répétait-elle sans cesse, avec cette insistance et cette hâte
-de jouir des vieillards qui sentent que leur vie s'écoule.
-
-«L'impatience me prend, mon âge ne laisse guère
-attendre[1397].»—«Jusqu'à cette heure j'étais discrète; mais à la
-longue je deviendrai importune; ce serait un meurtre de ne pas donner
-plus d'enfants de cette race[1398].» Et un mois plus tard, lasse
-d'être déçue dans ses désirs, elle écrit encore: «Point d'apparence de
-grossesse; cela me désole; il nous faut absolument un Dauphin.... Pour
-constater votre bonheur et celui de la France, _il faut cela_[1399].»
-
-Il fallait cela; mais Marie-Thérèse ne devait pas le voir. Sa santé,
-épuisée par tant de fatigues, tant de préoccupations maternelles et
-politiques, tant de soins et de soucis de toute sorte, s'altérait
-visiblement. Depuis longtemps elle souffrait d'un catarrhe; il semblait
-qu'un feu intérieur la dévorait. Le 24 novembre 1780, elle tomba
-tout à fait malade. De violentes crises de toux, des suffocations
-continuelles la forcèrent à quitter son lit. Le médecin, appelé,
-ne se fit pas d'illusions: il engagea l'Impératrice à recevoir les
-derniers sacrements. Sur les instances de l'Empereur, on ajourna
-l'extrême-onction; mais, le 25, la malade se confessa; le 26, le
-nonce lui apporta le viatique. Marie-Thérèse le reçut agenouillée
-sur son prie-Dieu, la tête couverte d'un voile de deuil, comme le
-vendredi-saint. Cette femme vraiment forte ne voulait pas que la
-mort la trouvât couchée. Le 28, après l'extrême-onction, elle resta
-seule avec l'Empereur, lui donna sa bénédiction pour ses frères et
-sœurs absents, écrivit beaucoup, trancha diverses questions, fit ses
-recommandations pour son enterrement, s'occupa de tout pendant ces
-dernières heures: de ses enfants, de ses sujets, de ses affaires,
-réglant jusqu'aux moindres détails, donnant à Joseph II des conseils
-pour l'administration de son vaste empire, entretenant Maximilien
-de son avenir, l'archiduchesse Marianne de sa vocation, conservant
-jusqu'au bout la lucidité de son esprit et la vigueur de son caractère,
-et suivant d'un œil calme et d'un cœur tranquille les progrès de la
-mort qui venait: «J'ai toujours désiré mourir ainsi, dit-elle; mais je
-craignais que cela ne me fût pas accordé. Je vois à présent qu'on peut
-tout, avec la grâce de Dieu.» La nuit fut affreuse; la malade avait
-des étouffements terribles, où l'on s'attendait à chaque instant à
-la voir passer. Après une de ces crises, elle sembla vouloir dormir,
-mais résista au sommeil. Ses enfants l'engageaient à y céder: «Comment
-voulez-vous que je m'endorme, dit-elle, lorsque, à chaque instant, je
-puis être appelée devant mon juge? Je crains de m'endormir; je ne veux
-pas être surprise; je veux voir venir la mort.» Quand elle sentit que
-la dernière heure approchait, elle fit sortir ses filles, ne voulant
-pas qu'elles la vissent mourir. Puis, tout à coup, elle se leva de son
-fauteuil, fit quelques pas vers sa chaise-longue, et s'y affaissa; on
-l'y étendit aussi bien que possible. L'Empereur lui dit: «Vous êtes
-mal.....»—«Assez bien pour mourir,» répondit-elle. Puis, s'adressant
-au médecin; «Allumez le cierge mortuaire, dit-elle, et fermez-moi
-«les yeux; car ce serait trop demander à l'Empereur.» Joseph II,
-Maximilien, le prince Albert de Saxe s'agenouillèrent près d'elle. Tout
-était fini[1400].
-
-Ainsi mourut, le 29 novembre 1780, à l'âge de 63 ans, dans toute
-la plénitude de ses facultés, en grande souveraine et en grande
-chrétienne, Marie-Thérèse d'Autriche, Impératrice d'Allemagne, dernière
-héritière des Habsbourg.
-
-On raconte que, dans la bénédiction suprême qu'elle donna à tous
-ses enfants, présents et absents, lorsqu'elle prononça le nom de
-Marie-Antoinette, sa voix s'attendrit et ses yeux se remplirent de
-larmes. Eut-elle, à cette heure dernière, comme une intuition soudaine
-de l'avenir sanglant réservé à une princesse alors si enviée? Ou
-revit-elle, en un instant rapide, les dix ans qui s'étaient écoulés
-depuis le jour où l'Archiduchesse quittait Vienne, gracieuse et
-souriant à la vie, et, en contemplant, avec cette claire vue que donne
-l'approche de la mort, tout le mal que des influences successives, la
-sienne même parfois, trop facilement acceptées, avaient fait à cette
-jeune femme, comprit-elle les dangers qui allaient l'assaillir encore?
-Chercha-t-elle à conjurer ces dangers dans la lettre suprême que, s'il
-faut en croire Weber et le comte de Goltz[1401], elle dicta, le jour
-même de sa mort, pour la Reine de France? Ce sont les mystères de la
-tombe; mais il semble bien qu'il y ait eu là pour la grande souveraine,
-comme un nuage menaçant qui voilait l'horizon radieux de son éternité.
-
-Il n'y eut qu'un cri dans le monde, à la nouvelle de la mort de
-Marie-Thérèse, un cri de vénération et d'éloge pour la grande âme
-qui quittait la terre. A Paris, malgré les préventions contre la
-Maison d'Autriche, ce fut une impression générale de respect et de
-regret[1402]. Marie-Thérèse aimait la France, et au fond elle y était
-admirée et aimée. Le Roi, qui n'avait pour son beau-frère qu'une
-médiocre sympathie, avait pour sa belle-mère une considération profonde
-et une filiale déférence[1403]. En Allemagne, l'émotion fut extrême;
-Frédéric II lui-même, l'adversaire acharné de l'Impératrice, s'associa
-à l'hommage universel: «J'ai donné des larmes bien sincères à sa mort,
-écrivait-il à d'Alembert; elle a fait honneur à son sexe et au trône.
-Je lui ai fait la guerre et n'ai jamais été son ennemi.»
-
-La terrible nouvelle arriva à Versailles dans la soirée du mercredi 6
-décembre; mais Louis XVI n'eut pas le courage de l'annoncer lui-même
-à Marie-Antoinette; il confia ce triste soin à l'abbé de Vermond
-et ne parut chez sa femme qu'un quart d'heure après le funèbre
-messager. L'affliction de la Reine fut affreuse; la violence du coup
-provoqua même un crachement de sang, qui ne laissa pas de donner de
-l'inquiétude[1404]. La jeune femme prit immédiatement le deuil de
-respect, en attendant que la Cour prît le deuil officiel. Retirée dans
-ses cabinets pour y donner un plus libre cours à ses larmes, elle s'y
-renferma pendant douze jours, n'en sortant que pour aller à la messe,
-n'admettant dans son intérieur que la famille royale, la princesse de
-Lamballe et la duchesse de Polignac, n'aimant à s'entretenir que de
-sa mère, de ses vertus, de ses conseils et de ses exemples[1405], et
-jetant comme le cri de sa douleur dans cette lettre, adressée le 10
-décembre à Joseph II:
-
-«Accablée du plus affreux malheur, ce n'est qu'en fondant en larmes
-que je vous écris. Oh! mon frère, oh! mon ami, il ne me reste donc que
-vous dans un pays qui m'est et me sera toujours cher! Ménagez-vous,
-conservez-vous; vous le devez à tous. Il ne me reste qu'à vous
-recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi; elles
-seront bien malheureuses! Adieu, je ne vois plus ce que j'écris.
-Souvenez-vous que nous sommes vos amis, vos alliés, aimez-moi. Je vous
-embrasse[1406].»
-
-Ce frère chéri revint encore une fois en France pendant l'été de
-1781; mais il n'y fit qu'un très court séjour, dans le plus strict
-incognito[1407]. La Reine n'en fut pas moins bien heureuse de le
-revoir. N'était-il pas comme l'écho des dernières paroles, l'expression
-des dernières volontés d'une mère qu'elle pleurait toujours? Quand il
-repartit, au bout de quelques jours seulement, le 5 août, très content
-d'ailleurs de sa visite, et constatant chez le Roi et la Reine «un
-changement en mieux considérable»[1408], elle ne put dissimuler sa
-tristesse, et les courtisans la virent se cacher sous son chapeau pour
-pleurer[1409].
-
-La maternité seule pouvait la consoler de ces brisements de cœur si
-souvent répétés. Dieu allait enfin lui envoyer ce Dauphin, si ardemment
-et si longtemps souhaité. Dès le mois d'avril, la grossesse de la Reine
-avait été déclarée[1410]. Sa santé s'était maintenue excellente pendant
-tout l'été[1411], et cette fois elle comptait bien sur un fils: «Ma
-santé est parfaite; je grossis beaucoup, écrivait-elle à son amie la
-princesse Louise de Hesse-Darmstadt. Votre sorcellerie est bien aimable
-de me promettre un garçon. J'y ai beaucoup de foi et je n'en doute
-nullement[1412].»
-
-Ce fut le 22 octobre que ce bonheur lui fut donné. La nuit précédente
-s'était bien passée. Le 22, en s'éveillant, la Reine ressentit quelques
-douleurs; elle n'en prit pas moins un bain; mais le Roi, qui devait
-partir pour aller tirer à Saclé, contremanda la chasse. Entre midi
-et midi et demi, les douleurs augmentèrent; à une heure et quart, le
-Dauphin était né[1413]. Pour prévenir le retour des accidents qui
-s'étaient produits à la naissance de Madame, il avait été décidé
-qu'on ne laisserait pas la foule envahir l'appartement royal, et que
-la mère ne connaîtrait le sexe de l'enfant que lorsque tout danger
-serait passé. Avertie à onze heures et demie, Mme de Polignac avait
-couru chez la Reine; mais les autres personnes qui y avaient couru
-aussi précipitamment, les dames dans le plus grand négligé, les hommes
-tels qu'ils étaient, avaient trouvé la porte fermée[1414]. Seuls,
-Monsieur, M. le comte d'Artois, Mesdames tantes, Mmes de Lamballe,
-de Chimay, de Mailly, d'Ossun, de Tavannes et de Guéménée, étaient
-là, passant alternativement de la chambre de l'accouchée au salon de
-la Paix. Lorsque l'enfant fut né, on l'emporta silencieusement dans
-le grand cabinet où le Roi le vit laver et habiller et le remit à la
-gouvernante, princesse de Guéménée.
-
-La Reine était dans son lit, anxieuse et ne sachant rien; tous ceux qui
-l'entouraient composaient si bien leur visage que la pauvre femme, leur
-voyant à tous l'air contraint, crut qu'elle avait une seconde fille.
-«Vous voyez comme je suis raisonnable, dit-elle doucement; je ne vous
-demande rien.» Mais le Roi n'y tint plus; s'approchant du chevet de sa
-femme: «Monsieur le Dauphin, dit-il les larmes aux yeux, Monsieur le
-Dauphin demande d'entrer.» On apporta l'enfant; la Reine l'embrassa
-avec un effusion que rien ne saurait peindre; puis le rendant à Mme de
-Guéménée: «Prenez-le, dit-elle; il est à l'État; mais aussi je reprends
-ma fille[1415].»
-
-Ce fut une scène indescriptible; toute contrainte avait cessé; la joie
-éclatait en pleine liberté; elle était si vive et si vraie qu'elle
-faisait taire même la jalousie et la haine. «L'antichambre de la Reine
-était charmante à voir, écrit un témoin oculaire. La joie était au
-comble; toutes les têtes en étaient tournées. On voyait rire, pleurer
-alternativement. Des gens qui ne se connaissaient pas, hommes et
-femmes, sautaient au cou les uns des autres et les gens les moins
-attachés à la Reine étaient entraînés par la joie générale; mais ce fut
-bien autre chose quand, une demi-heure après la naissance, les deux
-battants de la chambre de la Reine s'ouvrirent et que l'on annonça
-Monsieur le Dauphin. Mme de Guéménée, toute rayonnante de joie, le
-tint dans ses bras et traversa dans son fauteuil les appartements pour
-le porter chez elle. Ce furent des acclamations et des battements de
-mains qui pénétrèrent dans la chambre de la Reine et certainement
-jusque dans son cœur. On l'adorait, on le suivait en foule. Arrivé
-dans son appartement, un archevêque voulut qu'on le décorât d'abord
-du cordon bleu; mais le Roi dit qu'il fallait qu'il fût chrétien
-premièrement[1416].»
-
-Madame apprit d'une façon piquante cette nouvelle qui devait à jamais
-l'éloigner du trône. Elle courait chez la Reine «au grand galop»,
-lorsqu'elle rencontra un de ces vaillants Suédois, alors attachés à la
-fortune de la France, le comte de Stedingk, qui ne pouvait contenir sa
-joie: «Un Dauphin, Madame, lui cria-t-il étourdiment, un Dauphin, quel
-bonheur[1417]!» La princesse ne répondit rien; mais elle eut le tact de
-cacher ses sentiments et de manifester, en apparence du moins, la plus
-grande satisfaction, plus habile que Mme de Balbi, qui montrait «une
-humeur de chien[1418]».
-
-Monsieur dissimulait, comme sa femme; Mme Elisabeth était en proie
-à un tel ravissement qu'elle ne pouvait pas le croire; elle riait,
-pleurait, se trouvait presque mal d'émotion[1419]. Seul de la famille
-royale, le comte d'Artois laissait échapper un mot qui trahissait son
-désappointement. Son fils, le jeune duc d'Angoulême, était allé voir
-le Dauphin: «Mon Dieu, papa, dit-il en sortant de la chambre, qu'il est
-petit, mon cousin!»—«Il viendra un jour, mon fils, ne put s'empêcher de
-répondre le prince, où vous le trouverez bien assez grand[1420].»
-
-Quant au Roi, il était ivre de bonheur; il ne cessait pas de regarder
-son fils et de lui sourire; des pleurs coulaient de ses yeux; il
-présentait indistinctement sa main à tout le monde; la joie l'avait
-fait sortir de sa réserve habituelle. Gai, affable, il cherchait toutes
-les occasions de placer ces mots: «Mon fils, le Dauphin[1421],» et
-prenant l'enfant dans ses bras, il le montrait aux fenêtres avec une
-expression de contentement qui touchait tout le monde.
-
-A trois heures, le nouveau né fut baptisé dans la chapelle de
-Versailles, par le cardinal de Rohan, grand aumônier. Il était tenu
-sur les fonts par Monsieur au nom de l'Empereur, par Mme Élisabeth, au
-nom de la princesse de Piémont, et nommé Louis-Joseph-Xavier-François.
-Après la cérémonie, le comte de Vergennes, grand trésorier du
-Saint-Esprit, lui porta le cordon bleu; le marquis de Ségur, ministre
-de la guerre, la croix de Saint-Louis[1422]. Le _Te Deum_ succéda au
-baptême et, le soir, il y eut feu d'artifice sur la place d'Armes[1423].
-
-C'était au surplus un bel enfant, que ce Dauphin, d'une force
-surprenante, disait-on[1424], et quand on le voyait, frais et rose,
-dans son petit lit, bercé par sa nourrice, Mme Poitrine,—un nom
-prédestiné,—robuste paysanne des environs de Sceaux, qui jurait
-comme un grenadier, ne s'étonnait de rien, pas même des dentelles et
-des bonnets de six cents livres dont on l'affublait, mais déclarait
-qu'elle ne mettrait pas de poudre parce qu'elle ne s'en était jamais
-servie[1425], on asseyait sur cette jeune tête les plus beaux rêves
-d'avenir. Les dames de la Cour, admises à contempler l'enfant royal, le
-trouvaient beau comme un ange[1426]; les courtisans se disputaient déjà
-sur le choix du futur gouverneur et l'on remarquait, non sans malice,
-la mine désappointée du duc de Guines qui s'était flatté d'avoir cette
-place et à qui sa récente disgrâce enlevait tout espoir[1427]. Puis
-venait le compliment du premier président de la Cour des comptes et
-celui de l'avocat général de la Cour des aides, qui disait au Dauphin:
-«Votre naissance fait notre joie; votre éducation fera notre espérance;
-vos vertus, notre bonheur[1428].»
-
-A Paris, les transports ne furent pas moins vifs, lorsque M. de
-Croismare, lieutenant des gardes du corps, fut venu annoncer la grande
-nouvelle à l'Hôtel-de-Ville. On riait, on s'embrassait dans les rues.
-Le soir même, à la Comédie italienne, Mme Billioni, qui remplissait un
-rôle de fée, chanta le couplet suivant composé par Imbert:
-
- Je suis fée et veux vous conter
- Une grande nouvelle:
- Un fils de roi vient enchanter
- Tout un peuple fidèle.
- Ce Dauphin, que l'on va fêter,
- Au trône peut prétendre;
- Qu'il soit tardif pour y monter,
- Tardif pour en descendre[1429].
-
-Et un poète, peu connu aujourd'hui, la Chabeaussière, publiait
-l'allégorie suivante, qui était bien dans le goût du jour et qui eut du
-succès:
-
- Un jardinier, connu par son discernement,
- Qui ne laissait jamais un bon terrain en friche,
- Avait un jour enté, dans un jardin charmant,
- Sur un laurier de France, un beau rosier d'Autriche.
- Son travail fut suivi du plus heureux succès:
- L'arbuste, tout joyeux de sa métamorphose,
- Fit d'abord galamment les honneurs à la Rose;
- Mais le propriétaire eut, peu de temps après,
- La Rose autrichienne et le Laurier français[1430].
-
-Les fêtes furent aussi splendides qu'ingénieuses. Les Arts et Métiers
-de Paris dépensèrent des sommes considérables pour se rendre en corps
-à Versailles, offrir leurs hommages à la Reine et défiler devant elle,
-musique en tête, dans la cour de marbre. Le défilé fut charmant; il
-se continua pendant neuf jours[1431]. Chaque corporation avait les
-insignes de sa profession; les ramoneurs portaient une cheminée, du
-haut de laquelle un de leurs plus petits compagnons chantait d'une voix
-claire une chanson appropriée aux circonstances[1432]. Les bouchers
-conduisaient un bœuf gras; les porteurs de chaise, une chaise dorée
-qui contenait une nourrice avec un Dauphin; les serruriers frappaient
-sur une enclume; les cordonniers achevaient une paire de bottes pour
-le nouveau-né; les tailleurs, un petit uniforme de son régiment[1433].
-La Cour tout entière s'amusa de ce spectacle; le Roi demeura longtemps
-à le contempler et fit distribuer douze mille livres à ces braves
-gens[1434].
-
-Les serruriers de Versailles n'avaient pas voulu être en reste avec
-leurs confrères de Paris; ils offrirent une serrure à secret. Louis
-XVI, en sa qualité d'homme du métier, voulut découvrir le secret
-lui-même; au moment où il pressait un ressort, un Dauphin d'acier,
-admirablement travaillé, s'élança du milieu de la serrure. Le prince
-fut ravi: il dit tout haut que le cadeau de ces bonnes gens lui avait
-fait un plaisir extrême et il leur fit donner trente livres de plus
-qu'aux autres corps de métier[1435].
-
-Les Dames de la Halle vinrent à leur tour, le 4 novembre, complimenter
-l'heureuse mère; elles étaient cent vingt[1436], vêtues de robes de
-soie noire et la plupart couvertes de diamants. Trois de ces Dames
-furent admises près du lit de l'accouchée; l'une d'elles, fort jolie et
-qui avait une belle voix, prononça une harangue, composée par La Harpe,
-et qu'elle avait écrite dans son éventail: «Madame,» dit-elle à la
-mère, il y a si longtemps que nous vous aimons sans oser vous le dire,
-que nous avons besoin de tout notre respect pour ne pas abuser de la
-permission de vous l'exprimer.»
-
-Et se retournant vers le Dauphin: «Vous ne pouvez entendre encore les
-vœux que nous faisons autour de votre berceau; on vous les expliquera
-quelque jour. Ils se réduisent tous à voir en vous l'image de ceux de
-qui vous tenez la vie[1437].»
-
-La Reine répondit avec la plus grande affabilité à ce discours, et
-le Roi, enchanté, fit servir à ces femmes un copieux repas[1438]. On
-l'entendit fredonner d'un air joyeux un couplet chanté par les Dames
-de la Halle, dont la vive facture et le ton populaire l'avaient frappé:
-
- Ne craignez pas, cher papa,
- De voir z'augmenter votre famille;
- Le bon Dieu z'y pourvoira.
- Fait's en tant que Versailles en fourmille.
- Y eut-il cent Bourbons cheux nous;
- Il y a du pain, des lauriers pour tous.
-
-Le vendredi 26, le Roi alla en grande pompe à Paris, assister au _Te
-Deum_ chanté à Notre-Dame; l'archevêque vint le complimenter à la
-porte[1439] et, le soir, les illuminations furent superbes[1440].
-
-Le lendemain 27, l'Opéra, récemment reconstruit, inaugurait sa nouvelle
-salle par une représentation gratuite au milieu des cris populaires de
-_Vive le Roi!_ _Vive la Reine!_ _Vive le Dauphin!_
-
-Pendant un mois, ce fut chaque jour quelque réjouissance nouvelle,
-cérémonies religieuses d'actions de grâces, ou spectacles amusants:
-procession des paroisses de Paris à Notre-Dame, où l'on remarquait
-le curé de Saint-Nicolas, suivi de cinq cents pauvres[1441];
-représentations gratuites dans les théâtres[1442]; couplets,
-concerts, etc. Chacun voulait se signaler par son zèle, jusqu'à la
-bouquetière du Roi, Mme Médard, qui faisait chanter un _Te Deum_ à
-Saint-Germain-l'Auxerrois[1443].
-
-La charité eut sa place habituelle dans ces solennités: quatre cent
-soixante quatorze mille livres furent consacrées à délivrer les
-prisonniers pour dettes[1444].
-
-Les grandes fêtes officielles, suspendues quelque temps par les
-événements de la guerre, puis par une maladie grave de la comtesse
-d'Artois[1445], furent définitivement fixées au lundi 21 janvier 1782.
-Ce jour-là, la Reine partit de la Muette à neuf heures et demie, prit
-son carrosse de cérémonie au rond du Cours et alla au pas à Notre-Dame,
-puis à Sainte-Geneviève pour remercier Dieu de l'heureuse naissance
-du Dauphin. A une heure et quart, elle se rendit à l'Hôtel-de-Ville,
-où le Roi vint la rejoindre et où l'attendaient les princes, les
-seigneurs et les dames de la Cour, en grand costume. L'architecte
-Moreau avait couvert la cour de l'Hôtel et en avait fait ainsi une
-magnifique galerie; les arcades formaient des loges décorées de
-colonnes corinthiennes et surmontées de cartels et écussons aux armes
-de France. La loge royale occupait les trois entre-colonnements du
-milieu, avec rotonde et coupole, ornées de vases d'or d'où s'élevaient
-des lys. Le dessus de la loge était recouvert d'une étoffe cramoisie et
-couronné par un Dauphin. Lorsque, avant le dîner, le Roi et la Reine
-se montrèrent au balcon, les applaudissements éclatèrent dans toute la
-foule qui remplissait la place et le quai.
-
-Un somptueux festin de soixante-dix couverts avait été préparé. Le Roi
-y fut servi par le prévôt des marchands, M. de Caumartin; la Reine,
-par la nièce du prévôt, Mme de la Porte. Après le dîner il y eut
-appartement et jeu dans la grande salle, d'où l'on revint dans celle
-du banquet pour voir le feu d'artifice tiré sur le nouveau quai. Il
-représentait le temple de l'Hymen au seuil duquel la France recevait
-l'auguste enfant qui venait de naître. Le plan était beau; l'exécution
-fut médiocre; le service du banquet lui-même laissa à désirer; s'il
-faut en croire un chroniqueur, les ducs et pairs, notamment, n'eurent à
-manger que du beurre et des raves[1446].
-
-A sept heures et quart, le Roi reprit le chemin de la Muette; une
-demi-heure après, la Reine partit à son tour. Tous deux parcoururent,
-en s'en allant, les principales rues et les places brillamment
-illuminées, et en particulier la place Vendôme et la place Louis
-XV[1447]. Des acclamations enthousiastes les saluaient sur leur
-passage, plus bruyantes toutefois pour le Roi que pour la Reine[1448].
-Comme si quelque amertume devait toujours être mêlée aux joies les plus
-pures et les plus légitimes de cette princesse, Louis XVI, de mauvaise
-humeur, ce jour-là, nous ne savons pourquoi, avait repoussé, avec une
-raideur inaccoutumée, les demandes qu'elle lui avait adressées. Il
-n'avait pas consenti à ce que, à son entrée à Notre-Dame, on lui fît
-hommage des drapeaux pris à Saint-Eustache, avant de les suspendre aux
-voûtes de la basilique. Et le soir, malgré les instances de sa femme,
-il avait tenu à retourner seul à la Muette, afin de ne pas confondre
-les deux cortèges dans un même éclat. Ce qui était plus grave, un
-pamphlet effroyable, odieusement injurieux pour la Reine, avait été
-affiché le matin à la porte même de la cathédrale[1449], et le bruit
-avait couru qu'un grave danger la menacerait à l'Hôtel-de-Ville, en
-sorte que l'infortunée souveraine, imprudemment avertie par le comte
-d'Artois de ces bruits et de ces menaces, avait passé toute la journée
-dans des transes qui avaient empoisonné son bonheur[1450].
-
-Le 23, le Roi et la Reine revenaient à Paris pour le bal de
-l'Hôtel-de-Ville et s'y montraient fort gais, en dépit de la cohue qui
-emplissait la salle au point de les étouffer à moitié[1451].
-
-En province, l'enthousiasme était sans mélange; c'était un «délire
-patriotique», disait un chroniqueur. Les États de Bourgogne dotaient
-douze jeunes filles; l'archevêque de Vienne en faisait autant; le
-Parlement de Rennes envoyait six mille livres aux pauvres[1452]. A
-Soissons, l'intendant Le Pelletier offrait une fête aux laboureurs de
-sa généralité et distribuait du vin à trois mille personnes[1453]. A
-Limoges, on élevait une fontaine et on créait une place Dauphine[1454];
-à Orléans, on baptisait une rue du même nom[1455]. A Rouen, un comédien
-de passage, obscur encore mais destiné à une grande et sinistre
-célébrité, Collot d'Herbois, faisait jouer, sur le théâtre de la ville,
-une pièce de sa composition, et chanter un couplet qui, s'il n'était
-qu'une œuvre poétique au-dessous du médiocre, était du moins une
-ardente profession de foi monarchique, et un hommage de dévouement à
-l'auguste princesse «dont la bonté et les vertus ont conquis tous les
-cœurs»:
-
- Pour le bonheur des Français,
- Notre bon Louis seize
- S'est allié pour jamais
- Au sang de Thérèse.
- De cette heureuse union
- Il sort un beau rejeton.
- Pour répandre en notre cœur
- Félicité parfaite,
- Conserve, ô ciel protecteur,
- Les jours d'Antoinette[1456].
-
-L'histoire s'arrête avec une mélancolique jouissance sur ces détails
-qui remplissent toutes les gazettes et toutes les chroniques du
-temps. C'est le dernier éclat d'un ordre de choses sur le point de
-disparaître. L'œil contemple avec complaisance cette intime alliance
-d'un peuple[1457] et d'une dynastie, qui confondaient leurs joies,
-leurs douleurs et leurs espérances et qui, à vrai dire, ne formaient
-ensemble qu'une grande famille, dont le Roi était le père.
-
-«La folie du peuple est toujours la même, écrivait une dame de la Cour,
-huit jours après la naissance du Dauphin. On ne rencontre dans les
-rues que violons, chansons et danses; je trouve cela touchant et je ne
-connais pas, en vérité, de nation plus aimable que la nôtre[1458].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
- Guerre d'Amérique.—Mission de Franklin.—La guerre déclarée.—La
- Reine favorable aux Américains, protectrice de Lafayette.—Ses
- préoccupations pendant la guerre.—Elle ne veut que d'une
- paix honorable.—Paix de 1783.—Ses conséquences.—Visites
- princières.—Les princesses de Hesse-Darmstadt.—Le comte et
- la comtesse du Nord.—Fêtes à Trianon et à Chantilly.—Le roi
- de Suède.—Le prince Henri de Prusse.—Naissance du duc de
- Normandie.—Faillite du prince de Guéménée.—La duchesse de
- Polignac, gouvernante des Enfants de France.
-
-
-A ce moment même, la dynastie et le peuple se retrempaient dans
-ces ondes vivifiantes de la gloire militaire, toujours si chères
-à l'orgueil national. Depuis trois ans, on était en guerre avec
-l'Angleterre, et le pavillon français avait reparu sur les mers avec
-un éclat incontesté. Le 4 juillet 1776, le Congrès de Philadelphie
-avait proclamé l'indépendance des États-Unis et décidé l'envoi au-delà
-de l'Océan de trois délégués, chargés de ménager à l'Amérique les
-sympathies et l'appui des puissances européennes. Le 2 décembre, le
-docteur Franklin débarquait à Auray, du vaisseau qui, à travers les
-croisières anglaises, avait porté sa fortune; il se mettait en marche à
-petites journées, et le 21 décembre entrait à Versailles.
-
-Le choix de l'ambassadeur était heureux. Faux bonhomme, cachant,
-sous une apparence de simplicité alors à la mode, un esprit plein
-de finesse; affectant des airs de rondeur et d'indépendance qui
-séduisaient par leur contraste même avec les formules solennelles de
-l'étiquette; ayant la patience et le flegme des races anglo-saxonnes;
-sachant attendre sans se presser, mais aussi sans jamais se décourager
-ni perdre de vue le but qu'il se proposait, Franklin, par ses qualités
-comme par ses défauts, devait plaire à une nation qui se paye de mots,
-se leurre d'apparences, s'engoue volontiers pour les étrangers et
-s'enthousiasme facilement pour des innovations. Il comprit vite que
-le vrai souverain de la France, à ce moment, n'était ni le Roi, ni la
-Reine, ni le ministère, mais l'opinion, et c'est sur l'opinion qu'il
-résolut d'agir. Tout chez lui fut donné à l'_apparence_[1459]. Sans
-préjugés qui le gênassent, allant à la messe, quoique protestant,
-faisant l'éloge des rois, quoique républicain; courtisant à la fois
-son curé et Voltaire, offrant le pain bénit au premier, sollicitant la
-bénédiction du second pour son petit-fils dans une scène qu'a racontée
-Bachaumont et dont le charlatanisme a révolté jusqu'au sceptique
-chroniqueur[1460]; flattant les évêques et les francs-maçons, les
-salons et les loges, les hommes de lettres et les hommes d'affaires,
-les philosophes et les jolies femmes, qui l'embrassaient malgré
-ses lunettes[1461]; frondant les usages reçus pour mieux se faire
-remarquer, paraissant au théâtre avec un habit de drap brun uni et des
-cheveux plats au milieu des perruques poudrées et des habits brodés;
-tranquille et inactif en apparence, mais «employant beaucoup de gens
-en sous-ordre[1462]»; mettant tout en œuvre, les arts, les sciences,
-les lettres, pour se faire connaître et célébrer, le _bonhomme_
-Franklin, comme l'appelaient les uns, le _bon et vénérable docteur_,
-comme l'appelaient les autres, ne tarda pas à devenir l'idole, ou,
-comme il le disait lui-même, «la poupée» des Parisiens, en même temps
-qu'il rendait son pays et sa cause populaires. On ne parlait plus que
-de l'Amérique; on ne rêvait que des États-Unis; on se coiffait aux
-«insurgents»; on jouait au «boston[1463]»; on se passionnait pour les
-idées républicaines et leur représentant.
-
-La jeune noblesse s'enthousiasmait pour la cause des colonies
-insurgées: le marquis de la Fayette s'embarquait pour l'Amérique
-malgré l'opposition de sa famille, malgré même la défense du Roi; le
-vicomte de Noailles, beau-frère de la Fayette, les comtes de Ségur,
-de Pontgibault, de Gouvion[1464], les cousins mêmes du prince de
-Montbarrey, ministre de la guerre[1465], allaient s'enrôler sous les
-drapeaux de Washington. C'était un véritable délire.
-
-Joseph II, pendant son voyage en France essaya vainement de jeter
-un peu d'eau froide sur cet enthousiasme: «Mon métier, à moi, est
-d'être royaliste[1466],» répondait-il sèchement à une dame qui lui
-vantait les Américains, ces «athlètes de la liberté[1467]» comme les
-appelait Frédéric II. Mais il était impuissant à arrêter l'entraînement
-populaire, qui allait finir par gagner la Cour. Là, les insurgents
-trouvaient un auxiliaire ardent dans le ministre de Prusse, le comte
-de Goltz, dont le maître n'était pas fâché de brouiller la France
-avec l'Angleterre, afin d'avoir les mains libres du côté de Dantzick
-et, au besoin, du côté de la Bavière[1468]. Par l'ordre de son
-souverain, Goltz ne cessait d'insinuer que la France trouvait là une
-occasion favorable de venger ses échecs et peut-être de recouvrer ses
-colonies perdues[1469]. Et de fait, la tentation était forte. Prendre
-une éclatante revanche des défaites de la Guerre de Sept ans et de
-l'humiliant traité de 1763, abaisser à notre tour notre éternelle
-rivale, infliger à sa puissance un coup décisif et peut-être sans
-remède, prouver que nous n'avions pas dégénéré des vainqueurs de
-Fontenoy et surtout montrer ce que valait notre marine, si décimée dans
-la lutte contre l'Angleterre, mais à la restauration de laquelle on
-travaillait énergiquement depuis l'avènement de Louis XVI, quelle belle
-et séduisante perspective! Sans doute il y avait la question financière
-qui pouvait arrêter. Turgot, lorsqu'il était ministre, s'était
-vivement opposé à toute intervention dans les affaires d'Amérique;
-il avait rédigé un long mémoire pour établir qu'il fallait «éviter
-une guerre comme le plus grand des malheurs, puisqu'elle rendait
-impossible pour bien longtemps, et peut-être pour toujours, une réforme
-absolument nécessaire à la prospérité de l'État et au soulagement
-des peuples[1470]». Necker, qui avait succédé à Turgot, n'était pas
-plus favorable à une entreprise aussi coûteuse. Mais qu'était-ce que
-l'argent à côté de la gloire? Vergennes penchait visiblement pour une
-alliance avec les États-Unis[1471]; Maurepas ne dissimulait pas sa joie
-des échecs infligés à l'orgueil britannique[1472]. Louis XVI hésitait
-encore: profondément pénétré de l'idée monarchique et de la nécessité
-du principe d'autorité, il lui répugnait d'appuyer une insurrection;
-homme de paix, il ne se souciait pas de se jeter dans une guerre;
-fidèle observateur de la foi jurée, il se faisait scrupule de rompre
-sans motif un traité, solennellement accepté, et que l'Angleterre
-n'avait pas violé.
-
-La Reine n'avait pas ces hésitations: elle s'était laissé gagner
-par l'enthousiasme général. Sa nature ardente ne voyait que le côté
-chevaleresque de l'entreprise, des opprimés à défendre, de la gloire à
-gagner, le prestige de la France à restaurer. Elle n'aimait pas cette
-conduite ambiguë, et, il faut le dire, plus politique que loyale, du
-ministère qui, tout en ne rompant pas avec les Anglais, fournissait
-sous main et laissait fournir des armes et des munitions aux insurgés.
-Elle servait de tout son pouvoir et de tout son crédit les partisans de
-la guerre, et ce fut elle qui se chargea de vaincre les résistances de
-son mari. Elle remit au Roi un mémoire du comte d'Estaing et du comte
-de Maillebois, qui concluait énergiquement à la guerre, et taxait de
-pusillanimité la conduite du cabinet. «Les Puissances de l'Europe,
-disait ce mémoire, apprécieront le règne de Louis XVI à la manière
-dont ce prince saura saisir les circonstances présentes pour rabaisser
-l'orgueil et les prétentions d'une puissance rivale[1473]».
-
-La capitulation du général anglais Burgoyne, à Saratoga, le 13 octobre
-1777, vint apporter un argument de plus. Ce grand événement, augmentant
-la force des Colonies, rendait les chances de succès presque certaines.
-«Les chances sont cent contre une en faveur de la France» écrivait
-Frédéric II[1474].
-
-La joie de la victoire des Américains fut vive à Paris; le Roi lui-même
-ne put dissimuler la sienne[1475], et le 6 décembre, deux jours après
-la nouvelle de la captivité de Burgoyne, M. de Vergennes informait
-Franklin et ses collègues que «les circonstances semblaient favorables
-à l'établissement d'une alliance étroite entre la Couronne et les
-Provinces unies de l'Amérique septentrionale». Les négociations furent
-activement menées, et le 21 janvier 1778, au bal de la Reine, le comte
-de Provence, qui sortait du Conseil, put annoncer qu'un traité allait
-se conclure avec les États-Unis et que l'ordre était donné de mettre
-en commission un certain nombre de vaisseaux. «Il y eut alors dans la
-salle, raconte l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stormont, une émotion
-générale et beaucoup de chuchottements entre les jeunes gens, tous
-ardents pour la guerre, beaucoup de marques d'émotion satisfaite. Le
-comte d'Artois laissait échapper des transports de joie[1476].»
-
-Le 6 février, le traité était effectivement signé, et le 15 mars, lord
-Stormont demandait ses passeports.
-
-La lutte était engagée. Avec son goût des batailles et son insouciance
-de l'avenir, la France se lançait dans une aventure où elle allait se
-couvrir de gloire, mais en même temps épuiser ses finances, et dont les
-conséquences politiques devaient être incalculables. On s'y lançait
-avec une gaîté qui fait mal à ceux qui peuvent aujourd'hui contempler
-les résultats: «Louis XVI et Marie-Antoinette, a dit le dernier
-historien de la guerre de l'Indépendance, lorsqu'ils s'embarquèrent
-pour délivrer l'Amérique, le plaisir souriant à la proue du navire et
-la main de la jeunesse inexpérimentée au gouvernail, auraient pu crier
-à la jeune République, dont ils protégeaient les débuts: «_Morituri te
-salutant_[1477].»
-
-Les débuts furent heureux: dès le premier jour, notre marine soutenait
-à armes égales le feu de la marine anglaise; le 17 juin, le premier
-engagement sur mer se terminait brillamment à l'avantage de la France.
-Après un combat corps à corps, le capitaine de la Clochetière forçait
-le capitaine Marshall à la retraite, et le nom du bâtiment français,
-la _Belle Poule_, devenait immédiatement populaire. Le 27 juillet,
-la flotte de l'amiral d'Orvilliers remportait sur l'amiral Keppel
-un avantage réel, qui eût pu devenir un triomphe décisif, si le duc
-de Chartres, commandant d'une des escadres, eut mieux compris et
-exécuté les signaux de l'amiral. La guerre se poursuivait en Europe,
-en Amérique, aux Indes, avec des vicissitudes diverses, mais avec un
-vif éclat pour nos armes. Sur terre, Lafayette et Rochambeau étaient
-les lieutenants et les émules de Washington, et, le 19 octobre 1781,
-forçaient glorieusement Cornwallis à capituler dans Yorktown, avec huit
-mille hommes[1478]. Sur mer, d'Estaing enlevait la Grenade; Bouillé, la
-Dominique; La Motte-Picquet, de Grasse, Bougainville, Suffren surtout,
-tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, toujours intrépides, maintenaient
-haut l'honneur du drapeau national.
-
-La Reine suivait avec une ardeur anxieuse tous ces mouvements de nos
-flottes et de nos armées. «Ils sont donc dans la Manche!» écrivait-elle
-à sa mère le 16 août 1779, lorsque la réunion des flottes espagnole
-et française préparait un débarquement en Angleterre, et faisait
-concevoir au public des espérances qui malheureusement furent déçues.
-«Ils sont donc dans la Manche! et je ne pense pas sans frémir que, d'un
-moment à l'autre, tout le sort sera décidé. Je suis effrayée, aussi,
-de l'approche du mois de septembre, où la mer n'est plus praticable;
-enfin, c'est dans le sein de ma chère maman que je dépose toutes mes
-inquiétudes. Dieu veuille qu'elles soient nulles[1479]!» L'échec de
-cette campagne, montée à si grands frais, la rentrée de d'Orvilliers à
-Brest sans avoir rien fait ne justifièrent que trop les prévisions de
-Marie-Antoinette[1480].
-
-Mais la Reine ne se décourageait pas; en toute circonstance, elle
-affirmait hautement ses sympathies pour les Américains et sa protection
-pour Lafayette, le promoteur de l'alliance. Lorsqu'au commencement
-de février 1779, le jeune général revint en France, Louis XVI, pour
-le punir de sa désobéissance, lui enjoignit de rester une semaine à
-Paris sans aller ailleurs que chez son beau-père. Mais dès que la
-consigne fut levée, Lafayette reparut à Versailles, où il fut l'objet
-d'une ovation enthousiaste; le Roi, lui-même, ne lui adressa qu'une
-affectueuse réprimande; la Reine le reçut avec une curiosité empressée:
-«Donnez-moi, lui dit-elle, des nouvelles de nos bons Américains, de nos
-chers républicains[1481].» A sa demande, elle envoyait son portrait en
-pied à Washington[1482]; elle copiait de sa main des vers de la pièce
-de _Gaston et Bayard_, où le public avait voulu voir des allusions au
-«héros des deux mondes»:
-
- ..... Eh! que fait la jeunesse,
- Lorsque de l'âge mûr je lui vois la sagesse?
-
- * * * * *
-
- Je me plais à le suivre et même à l'imiter;
- J'admire sa prudence et j'aime son courage:
- Avec ces deux vertus, un guerrier n'a point d'âge[1483].
-
-Elle employait tout son crédit pour lui faire donner un commandement
-supérieur dans le corps d'armée qui devait être envoyé au secours des
-États-Unis[1484]. Elle assurait Rochambeau de sa bienveillance[1485],
-et lorsque le comte d'Estaing, l'heureux vainqueur de la Grenade, était
-présenté au Roi, au retour de la brillante expédition qui avait excité,
-en France, un extraordinaire enthousiasme, elle daignait lui apporter
-elle-même un tabouret pour qu'il pût y reposer sa jambe blessée[1486];
-attention gracieuse, dont elle devait être si tristement payée.
-
-La sollicitude de la Reine est sans cesse éveillée sur les affaires
-d'Amérique, sur les péripéties de la guerre, surtout sur les opérations
-de la marine, et son cœur, qu'on a accusé de n'être ému que des
-intérêts de l'Autriche, bat avec une force incomparable pour tout ce
-qui touche à l'honneur et à la grandeur de la France.
-
-Lorsqu'au mois de mars 1780, on se dispose à envoyer, sous le
-commandement de Rochambeau, un corps de troupes en Amérique,
-Marie-Antoinette est toute à l'inquiétude: «Nous ne pouvons pas,
-dit-elle, risquer ce grand convoi, sans être bien sûrs de la mer; il
-serait affreux d'essuyer encore des malheurs par là; j'avoue que je
-ne pense pas à cela de sang-froid[1487].»—«Les troupes destinées pour
-les îles sont embarquées et n'attendent plus qu'un vent favorable pour
-sortir du port,» écrit-elle un mois plus tard. «Dieu veuille qu'elles
-arrivent heureusement![1488]» Sa pensée suit à travers les mers ces
-vaisseaux qui portent les soldats et la fortune de la France, et comme
-pour couronner ces patriotiques angoisses, c'est dans l'appartement de
-la Reine, le 19 novembre 1781, quelques jours après la naissance du
-Dauphin, que le Roi apprend, de la bouche du duc de Lauzun, la bonne et
-grande nouvelle de la capitulation de Cornwallis, réduit à se rendre
-par la flotte du comte de Grasse et les troupes réunies de Washington
-et de Rochambeau[1489].
-
-L'opinion publique se lassa plus vite que la Reine des efforts de la
-France et des incertitudes de la guerre. Dès le commencement de 1779,
-les esprits inclinaient à la paix; le mouvement fut bien plus vif
-encore après l'échec du projet de descente en Angleterre. L'Autriche et
-la Russie proposèrent leur médiation. «Cela serait un grand bonheur,»
-répondait Marie-Antoinette, «et mon cœur le désire plus que tout au
-monde[1490].» Mais elle ajoutait fièrement: «La nullité de cette
-campagne exclut toute idée d'une paix[1491].» Dans le conseil, Necker,
-peu sympathique à l'Amérique et préoccupé de la situation financière,
-insistait pour une prompte cessation des hostilités; Maurepas, toujours
-fatigué de ce qui nécessitait une contention d'esprit et causait un
-embarras, Maurepas faisait des ouvertures à un ancien secrétaire de
-l'ambassade anglaise à Paris. Le Roi lui-même était las de la guerre
-et voulait qu'on y mît un terme avant la fin de l'année[1492]. D'autre
-part, l'Espagne cherchait à faire un arrangement séparé[1493]; les
-Américains ne se battaient que mollement, depuis que l'Angleterre
-offrait de reconnaître leur indépendance, et, au fond, les deux
-nations coalisées ne s'aimaient pas. «Nos alliés, écrivait le comte
-de Fersen, ne se sont pas toujours bien conduits vis-à-vis de nous,
-et le temps que nous avons passé avec eux nous a appris à ne pas
-les aimer ni les estimer[1494].» L'Autriche renouvelait ses offres
-de médiation. La Reine ne souhaitait pas moins que le Roi et ses
-ministres un accommodement; mais elle le voulait glorieux et protestait
-énergiquement contre toute transaction humiliante: «La paix serait un
-grand bien; mais si nos ennemis ne la demandent pas, je serais bien
-affligée qu'on en fît une humiliante[1495].»
-
-Cette paix, objet de tant de vœux, vint enfin en 1783; elle combla de
-joie Marie-Antoinette, qui n'en parlait jamais «qu'avec la fierté et
-le sentiment d'une reine, et d'une reine française[1496]»; car elle
-était telle qu'elle l'avait voulue, glorieuse. Elle consacrait à tout
-jamais l'indépendance des alliés pour lesquels nous avions soutenu
-cette guerre lointaine. La France, toujours généreuse, nous dirions
-volontiers trop généreuse, ne réclamait rien pour elle et ne retirait
-de ses campagnes qu'un éclat incontesté, une reconnaissance qui fut
-légère et une dette qui fut lourde.
-
-Marie-Antoinette, heureuse du prestige qui rejaillissait sur son
-royaume et sur le règne de son mari, ne cessait d'en témoigner sa
-satisfaction à tous ceux dont la vaillance avait contribué à ces
-succès. Lorsque, le 21 janvier 1782, Lafayette revint inopinément en
-France, la Reine, qui assistait, à l'Hôtel-de-Ville, à la fête donnée
-en l'honneur de ses couches récentes, voulut ramener dans sa propre
-voiture Mme de Lafayette à l'hôtel de Noailles, où venait de descendre
-son époux[1497] et quand Suffren, vainqueur, parut à Versailles: «Mon
-fils, dit-elle au jeune Dauphin, apprenez de bonne heure à entendre
-prononcer, et prononcez vous-même le nom des héros défenseurs de la
-patrie. Vous lisiez l'histoire des grands hommes de Plutarque, en
-voici un; il faut apprendre son nom et ne plus l'oublier[1498].»
-Éprise, comme la nation, du côté chevaleresque et brillant de cette
-guerre, la généreuse souveraine n'avait pas songé au déficit que les
-dépenses énormes, nécessitées par tant d'armements, devaient amener
-dans nos finances, non plus qu'aux germes de mécontentement vague et
-d'indépendance frondeuse que la contagion de l'exemple, le spectacle
-d'institutions mal comprises, l'attrait de la nouveauté, la formation
-d'une école américaine se substituant à l'école anglaise, allait faire
-éclore dans les têtes. On avait cru soutenir une révolte, on avait
-préparé une révolution.
-
-Les préoccupations de la guerre et de la politique n'empêchaient pas
-les visites princières. La France était toujours le centre de la
-société polie; la Cour de Versailles donnait le ton à l'Europe; on
-y accourait de tous côtés. C'étaient d'abord, en 1780, les princes
-de Hesse-Darmstadt et surtout les deux jeunes princesses, Louise et
-Charlotte, qui avaient été élevées avec Marie-Antoinette, à Vienne.
-La Reine jouissait de retrouver ces amies d'enfance, qu'elle n'avait
-pas revues depuis dix ans et qu'elle aimait beaucoup[1499]. Elle
-leur faisait les honneurs de Trianon[1500], les conduisait au bal de
-l'Opéra[1501], leur donnait place dans sa loge au spectacle[1502], les
-promenait en calèche dans les bois de Marly et de Saint-Germain[1503],
-les accompagnait elle-même dans les boutiques, et, avec l'affectueuse
-expérience de la femme de cœur et de la femme de goût qui craint, chez
-ces Allemandes fraîchement débarquées en France, quelques excentricités
-de toilette, elle leur recommandait de ne pas «trop se parer» pour
-venir à Trianon ou dans sa loge[1504], de ne pas mettre de «grands
-chapeaux» en voiture[1505], de ne porter aux bals de la comtesse Diane
-de Polignac, où elle les avait fait inviter, que de petites robes ou
-polonaises[1506]. Elle les recevait à sa table[1507], leur donnait son
-portrait[1508], les comblait de cadeaux[1509], épuisait pour elles
-toutes les délicatesses de l'amitié[1510], et lorsque les princesses
-quittèrent la France, elles emportèrent, avec l'ineffaçable souvenir
-d'une des plus affables réceptions qui se puissent voir, la promesse
-d'une correspondance qui fut fidèle et se poursuivit jusque dans les
-jours d'angoisse et de deuil[1511].
-
-Marie-Antoinette ne mit pas le même intérêt de cœur, mais un intérêt
-plus politique[1512] au voyage du comte et de la comtesse du Nord. Au
-premier abord, la grande duchesse, d'une belle taille, mais trop grasse
-pour son âge,—«homasse,» disait un chroniqueur[1513],—raide dans son
-maintien et faisant montre de son instruction, lui avait déplu. Par un
-accident inaccoutumé, la Reine, dont l'abord était plein d'aisance, et
-qui avait toujours un mot aimable à dire, s'était sentie gênée devant
-ces impériaux visiteurs; elle s'était retirée dans sa chambre comme
-prise de faiblesse, et avait dit, en demandant un verre d'eau, «qu'elle
-venait d'éprouver que le rôle de reine était plus difficile à jouer
-en présence d'autres souverains ou de princes appelés à le devenir,
-qu'avec des courtisans[1514]». Cet embarras d'ailleurs ne fut que
-momentané et l'accueil fait à ces nouveaux hôtes fut, en définitive,
-affable et gracieux comme toujours.
-
-Joseph II avait mis l'incognito à la mode. Le grand duc Paul de
-Russie, fils de Catherine II, voyageait avec sa femme, née princesse
-de Wurtemberg, sous le nom de comte et de comtesse du Nord. Le prince
-avait quitté tous ses ordres; les gardes du corps ne prenaient pas les
-armes pour lui, et, chez le Roi, on ne lui ouvrait point les portes
-à deux battants. Pourtant il avait consenti à loger au Château, où
-l'appartement du prince de Condé avait été disposé pour le recevoir.
-Arrivés à Paris le 18 mai, les voyageurs furent à Versailles le 20.
-La première entrevue fut froide; la Reine, nous l'avons dit, avait
-été troublée; le Roi s'était montré timide, comme à son ordinaire.
-Le soir, au dîner, dans les grands cabinets, l'embarras disparut: la
-grande-duchesse montra de l'esprit; le grand-duc, fort laid, avec une
-figure à la tartare, rachetait cette laideur par la vivacité de ses
-yeux et de sa conversation. «La Reine, belle comme le jour, animait
-tout de sa présence[1515].»
-
-La glace était rompue. Trois jours après, le comte et la comtesse du
-Nord assistaient au spectacle à Versailles, dans la loge royale[1516].
-La Reine, qui tenait à plaire à ses visiteurs[1517], profita de cette
-occasion pour offrir à la comtesse un magnifique éventail, enrichi de
-diamants et renfermant une lorgnette: «Je sais, dit-elle gracieusement,
-que vous avez comme moi la vue un peu basse; permettez-moi d'y remédier
-et gardez ce simple bijou en mémoire de moi.» —Je le garderai toute ma
-vie, répondit la princesse; car je lui devrai le bonheur de mieux voir
-Votre Majesté[1518].»
-
-Marie-Antoinette ne pouvait manquer de faire à ses hôtes les honneurs
-de Trianon[1519]. On joua sur le théâtre _Zémire et Azor_, de Grétry,
-et _Jean Fracasse au Sérail_, ballet de Gardet; les danses furent
-gaies, les costumes très riches, les acteurs excellents. Après le
-spectacle, il y eut souper; après le souper, illumination. Le coup
-d'œil du jardin était féerique; la Reine jouissait de ces splendeurs
-«qui étaient bien à elle», et sa grâce, sa bonté, ses délicates
-prévenances en relevaient encore l'éclat. «Combien j'aimerais à vivre
-avec elle!» disait la comtesse du Nord, le lendemain de cette fête.
-«Combien je serais charmée que Monsieur le comte du Nord fût Dauphin de
-France[1520]!»
-
-Puis, le samedi 8 juin, il y eut bal paré à Versailles. Les salons, la
-galerie surtout, étaient magnifiquement décorés, avec une profusion
-de bougies et de girandoles. Toute la Cour était en grand habit: le
-Roi ayant déclaré que chacun devrait se montrer dans tout l'éclat
-possible ou ne pas paraître[1521]. Les femmes qui dansaient portaient
-des dominos de satin blanc avec de petits paniers et de petites
-queues[1522]. Mais la Reine éblouissait tout: «elle avait en marchant,
-dit un témoin oculaire, des airs de tête d'une majesté gracieuse, qui
-n'appartenaient qu'à elle[1523].» La foule, avide de voir, se pressait
-avec tant d'indiscrétion qu'à un moment le Roi, se sentant poussé, se
-plaignit; le grand-duc, qui était près de lui, s'éloigna un instant:
-«Sire, dit-il, pardonnez-moi; je suis devenu tellement Français que
-je crois, _comme eux_, ne pas pouvoir m'approcher trop près de Votre
-Majesté.»
-
-Une amie d'enfance de la grande duchesse, qui l'accompagnait pendant le
-voyage, la baronne d'Oberkirch, raconte qu'à cette fête elle se trouva
-un moment derrière Marie-Antoinette.
-
-«Madame d'Oberkirch me dit la Reine, parlez-moi un peu allemand, que je
-sache si je m'en souviens. Je ne sais plus que la langue de ma nouvelle
-patrie.»
-
-«Je lui dis quelques mots allemands; elle resta quelques secondes
-rêveuse et sans répondre. «Ah! reprit-elle enfin, je suis pourtant
-charmée d'entendre ce vieux tudesque; vous parlez comme une Saxonne,
-sans accent alsacien, ce qui m'étonne. C'est une belle langue que
-l'allemand; mais le français! il me semble, dans la bouche de mes
-enfants, l'idiome le plus doux de l'univers.»
-
-Après le bal, qui finit de bonne heure, il y eut souper chez la
-princesse de Lamballe; la Reine y vint. Le cercle était peu nombreux,
-mais bien choisi. On joua au loto, puis on dansa. Ce petit bal
-improvisé fut bien plus gai que l'autre. Le Roi, suivant son habitude,
-ne fit qu'y paraître. Après son départ, le respect ne gêna plus le
-plaisir et «l'on fut extrêmement content de cette sorte d'intimité que
-la Reine n'écartait pas[1524]».
-
-A l'exemple du souverain, la famille royale offrit des fêtes splendides
-aux augustes visiteurs. Plus habiles et plus prévenants que l'archiduc
-Maximilien, le comte et la comtesse du Nord avaient eu soin d'envoyer,
-dès le lendemain de leur arrivée, des cartes à la porte des princes
-et princesses du sang[1525]. Ceux-ci, flattés de cette attention du
-futur empereur de toutes les Russies, rivalisèrent de prodigalités pour
-les recevoir. Le duc d'Orléans leur donna à dîner au Raincy[1526]; le
-comte d'Artois, à Bagatelle, leur offrit un concert magnifique et une
-collation des plus galantes[1527]. A Sceaux, chez l'excellent et vénéré
-duc de Penthièvre, ce fut un déjeuner exquis, suivi d'une promenade en
-voiture à travers le parc, dont le prince tint à faire lui-même les
-honneurs[1528].
-
-Mais, de toutes ces fêtes, aucune ne pouvait atteindre à l'éclat de
-celles de Chantilly. L'hospitalité des Condé était proverbiale, et la
-réception du 10 juin 1782 ne démentit pas cette réputation. Le comte
-et la comtesse du Nord restèrent trois jours à Chantilly; ce furent
-trois jours d'enchantement. Il y eut illumination générale du château
-et du parc, chasse aux étangs, concert dans un pavillon mystérieux où,
-mollement assis sur des sofas, on écoutait des musiciens invisibles; on
-croyait entendre chanter les anges du ciel; puis bals dans la salle de
-verdure; souper dans l'île d'amour ou au hameau; car Mademoiselle de
-Condé avait son hameau à Chantilly comme la Reine à Trianon; et enfin
-nouvelle chasse aux flambeaux; la chasse était aussi un des plaisirs
-traditionnels des Condé. Lorsqu'on se sépara enfin:
-
-«Nous serons bien éloignés l'un de l'autre, dit le prince au grand-duc;
-mais si Votre Altesse le permet et que le Roi ne s'y oppose pas, je
-pourrai un jour aller lui rendre, à Saint-Pétersbourg, la visite
-qu'elle a bien voulu me faire.»
-
-—«Nous vous recevrons avec enthousiasme. Monsieur, et l'Impératrice
-sera trop heureuse de vous voir dans notre pays sauvage.»
-
-—«Hélas! ce sont des rêves,» reprit le prince de Condé en
-soupirant[1529].
-
-Pouvait-il imaginer alors que ce voyage de Russie, qu'il saluait comme
-un rêve, il le ferait, quinze ans plus tard, en proscrit, tandis que ce
-Chantilly éblouissant, dont il faisait, avec une si noble prodigalité,
-les honneurs au fils de Catherine, ne serait plus qu'une ruine, ouverte
-aux vents du ciel?
-
-Mais à cette heure il n'entendait que des murmures flatteurs à son
-oreille; le bruit des magnificences de Chantilly se répandait dans
-toute l'Europe, et l'on faisait circuler ce mot glorieux pour les
-Condé: «Le Roi a reçu M. le comte du Nord en ami, M. le duc d'Orléans
-l'a reçu en bourgeois et M. le prince de Condé en souverain[1530].»
-
-Dans le public, le succès du comte et de la comtesse du Nord n'était
-pas moindre qu'à la Cour. Paris se passionnait pour le futur tzar et la
-future tzarine de toutes les Russies, comme il s'était passionné pour
-l'empereur d'Allemagne. Savants et gens de lettres leur prodiguaient
-l'encens à l'envi. La Harpe leur lisait sa traduction de Lucain[1531];
-Beaumarchais, _le Mariage de Figaro_; à l'Académie des sciences,
-Condorcet leur adressait un discours[1532]; au Théâtre-Français, on
-récitait des vers en leur honneur[1533]. Avant leur départ, le Roi
-leur donnait de splendides tapisseries des Gobelins[1534]; la Reine
-leur faisait offrir de la manière la plus délicate une magnifique
-toilette en porcelaine de Sèvres, bleu lapis, ornée de peintures et
-d'émaux, et montée en or[1535]: «Mon Dieu! que c'est beau! avait
-dit la grande-duchesse, en voyant ce bijou; «c'est sans doute
-pour la Reine?»—«Madame, avait répondu le surintendant, le comte
-d'Angivilliers, la Reine l'offre à Mme la comtesse du Nord; elle espère
-qu'il lui sera agréable et qu'elle le conservera en mémoire de Sa
-Majesté.» Et en regardant l'objet de plus près, la princesse remarqua
-qu'il était à ses armes.
-
-Le 19 juin, le comte et la comtesse du Nord quittèrent Paris, et, après
-avoir déjeuné à Choisy avec la famille royale, partirent pour parcourir
-la France et rentrer en Russie[1536].
-
-Deux ans après, ce fut le tour du Roi de Suède. Mais à quoi bon
-raconter toutes ces visites princières? Ce sont toujours les mêmes
-détails, surtout le même goût de l'incognito. Le Roi de Suède, sous le
-nom de comte de Haga, arriva tellement à l'improviste le 7 juin 1784,
-que Louis XVI, prévenu à la hâte à Rambouillet, revint précipitamment à
-Versailles et, la clef de son appartement étant égarée, ne put paraître
-devant son hôte que dans l'accoutrement le plus incroyable: un soulier
-à talon rouge et un autre à talon noir, une boucle d'or et une boucle
-d'argent[1537]. Sauf cet épisode inattendu, il semble qu'il y ait pour
-tous ces augustes voyageurs un programme invariable, auquel tous se
-conforment scrupuleusement: souper à Versailles dans les cabinets,
-représentation à l'Opéra, au Théâtre-Français, à la Comédie-Italienne,
-avec applaudissements du public, audience du Parlement, séance de
-l'Académie, visite aux personnages en renom ou aux lieux célèbres et,
-pour couronner le tout, fête à Trianon.
-
-C'était la coquetterie de Marie-Antoinette, qui ne dansait plus, «se
-trouvant trop vieille[1538],» de faire elle-même les honneurs de son
-château aux têtes couronnées; ce n'était plus la politesse officielle
-de la souveraine, c'était la cordialité charmante de la femme du
-monde; elle n'était plus la Reine, elle était maîtresse de maison.
-Ce jour-là, il y eut spectacle: on joua _le Dormeur éveillé_, de
-Marmontel et Grétry, avec brillants décors et ballet; puis souper dans
-les bosquets et illumination du jardin anglais. De nombreux invités se
-pressaient dans le parc; toutes les dames étaient en blanc. «C'était, a
-écrit Gustave III lui-même, une vraie féerie, un coup d'œil digne des
-Champs-Élysées[1539].» Au souper, la Reine ne voulut pas se mettre à
-table; elle fut tout entière occupée à faire les honneurs[1540]. Avec
-ce tact exquis et cette séduisante bonne grâce qui était un de ses
-charmes, elle s'entretenait de préférence avec les Suédois et affectait
-de leur faire le plus sympathique accueil[1541]. Mme Campan prétend que
-Marie-Antoinette était prévenue contre Gustave III et qu'elle le reçut
-froidement[1542]. Tout ce qu'on sait de ce voyage et des relations
-des deux souverains semble démentir l'assertion de Mme Campan, et si
-la petite scène qu'elle raconte, où la Reine aurait voulu donner une
-leçon au comte de Haga, a réellement eu lieu dans les termes qu'elle
-rapporte, ce ne fut qu'un petit mouvement d'humeur vite oublié. La
-correspondance de Marie-Antoinette et du Roi de Suède est empreinte, au
-contraire, de la plus grande cordialité[1543].
-
-L'année précédente, lorsque la jeune femme avait fait une fausse
-couche, Gustave lui avait témoigné la plus touchante sympathie, «comme
-d'un bon gentilhomme qui prend sincèrement part à ce qui arrive à
-un ami.» Et il semble que la Reine n'ait pas été moins attachée au
-Roi de Suède que le Roi de Suède l'était à la Reine[1544]. Le prince
-ayant manifesté le désir que le neveu du cardinal de Bernis, auquel il
-portait intérêt, fût nommé coadjuteur d'Alby, ce fut Marie-Antoinette
-qui se chargea de lever les obstacles qui s'opposaient à la réalisation
-de ce désir, et, la grâce obtenue, ce fut elle encore qui s'empressa
-de l'annoncer à son royal correspondant[1545]. Gustave III n'avait-il
-pas raison, quand il écrivait, quelques années auparavant, au comte de
-Stedingk: «Il est naturel d'être attaché à la Reine[1546]?»
-
-La nouveauté à la mode alors, c'étaient les ballons. «On en perdait,
-disait spirituellement un chroniqueur, non pas le boire et le manger,
-mais le loto[1547]». Le 5 juin 1783, Montgolfier avait fait à Annonay
-la première expérience; il l'avait répétée le 19 septembre de la même
-année, sur la Place d'Armes de Versailles, devant le Roi et la Reine,
-au milieu d'une foule immense[1548]. On voulut offrir ce divertissement
-au comte de Haga, et le 23 juin 1784, en sa présence, Pilâtre des
-Rosiers, qui devait périr si malheureusement l'année suivante, et
-le professeur de chimie Proust, partirent de la Cour des Ministres,
-s'élevèrent à une grande hauteur et allèrent, trois quarts d'heure
-après, tomber dans la forêt de Chantilly. Le ballon, orné des chiffres
-des deux Rois et d'un brassard blanc en l'honneur du Roi de Suède,
-portait un nom alors encore bien cher à la France: il s'appelait
-_Marie-Antoinette_[1549].
-
-Enfin, cette même année 1784, au mois d'août[1550], le frère de
-Frédéric II, le prince Henri, fit un voyage en France, autant par
-politique peut-être que par agrément[1551]. Mais la Reine aimait
-peu tout ce qui touchait à la Prusse, et, malgré «l'admiration des
-enthousiastes Prussiens» qui préféraient de beaucoup ce nouveau
-visiteur à celui du mois de juin[1552], elle ne voyait le prince
-que deux ou trois fois et si passagèrement qu'elle ne pouvait s'en
-faire qu'une idée fort vague[1553]. «Je n'ai pas eu encore beaucoup
-d'occasions de voir le prince Henry, écrivait-elle au Roi de Suède,
-le 1er octobre, parce que, depuis son arrivée ici, j'ai passé la plus
-grande partie du temps à Trianon, n'y recevant que les personnes que je
-connais le plus, et toujours en petit nombre à la fois..... Au reste,
-M. le comte de Haga doit être bien assuré que les compliments et les
-politesses du prince Henry ne me feront jamais oublier ni lui, ni le
-temps qu'il a bien voulu passer ici[1554].»
-
-Et elle ajoutait, en parlant de son séjour à Trianon: «Ce genre de vie
-convenait à ma santé et au commencement de ma grossesse, qui continue
-fort heureusement[1555].» Pour la quatrième fois, la Reine était
-grosse. A l'automne précédent, elle avait éprouvé à Fontainebleau[1556]
-un accident qui l'avait désolée[1557]; mais heureusement sa santé
-n'en avait pas été altérée, et, au bout d'un an, Louis XVI annonçait
-joyeusement à son beau-frère Joseph II qu'il attendait un «second
-garçon[1558]».
-
-Ce second garçon naquit le 27 mars 1785, jour de Pâques. Cette fois,
-quoique la grossesse eût été pénible et que, dans les derniers temps
-surtout, la Reine eût conçu des craintes qui l'avaient déterminée à
-mettre sa conscience en règle et à redoubler de dévotion[1559], on
-n'eut pas à redouter les accidents qui avaient signalé la naissance
-de Madame Royale; les couches furent heureuses et si promptes qu'à
-Paris on apprit en même temps les premières douleurs et la délivrance.
-L'enfant, comme son frère et sa sœur, fut baptisé le jour même, dans la
-chapelle du Château. sous le nom de Louis-Charles, duc de Normandie. Il
-eut pour parrain Monsieur, comte de Provence, pour marraine la reine
-des Deux-Siciles, Marie-Caroline de Lorraine, représentée par Mme
-Élisabeth.
-
-Le lendemain, Paris célébra par des réjouissances publiques ce grand
-événement; des distributions de vivres furent faites au peuple; quinze
-fontaines versèrent du vin à profusion; un feu de joie fut allumé sur
-la place de Grève et le soir la ville entière illumina. Ce qui valait
-mieux encore, tous les débiteurs de mois de nourrice, retenus à la
-Force, furent délivrés. Le 1er avril, un _Te Deum_ solennel fut chanté
-à Notre-Dame. Le 24 mai, la Reine vint à son tour dans la vieille
-basilique rendre grâces à Dieu de sa troisième maternité.
-
-La cérémonie eut l'éclat accoutumé. Dès le matin, le Corps de ville,
-en robes de velours, s'assembla à l'Hôtel-de-Ville et alla prendre
-le duc de Brissac, gouverneur de Paris; puis tous ensemble, escortés
-des gardes de Paris et des Suisses, se rendirent, en carrosse de
-gala, à la porte de la Conférence pour attendre la Reine; les
-gardes-françaises et les gardes-suisses formaient la haie. A neuf
-heures, le canon des Invalides annonça l'arrivée du cortège royal.
-Le Corps de ville s'avança à sa rencontre, mit genou en terre, et le
-prévôt des marchands, présenté par le gouverneur, adressa un compliment
-à Marie-Antoinette. Celle-ci y répondit avec sa grâce habituelle; puis
-la portière du carrosse fut refermée et le cortège prit le chemin de
-la cathédrale. La Reine y fit ses dévotions; elle s'agenouilla ensuite
-à Sainte-Geneviève, s'unit aux prières pour la fin de l'effroyable
-sécheresse qui désolait la France[1560] et vint dîner aux Tuileries. De
-là, elle se rendit à l'Opéra, avec sa belle-sœur Mme Élisabeth[1561],
-puis au Temple, pour souper chez le comte d'Artois. Le souper fini,
-elle remonta en voiture et, suivant le boulevard, se fit conduire à
-la place Louis XV pour voir tirer le feu d'artifice et assister à
-l'illumination de la colonnade[1562].
-
-Le lendemain, Marie-Antoinette dînait chez son amie la princesse
-de Lamballe, et, après avoir été à la Comédie-Italienne, repartait
-pour Versailles. Les acclamations, rares dans la ville, avaient
-été chaleureuses à l'Opéra, et la Reine y avait répondu, disait un
-chroniqueur, «par des révérences plus multipliées et plus gracieuses
-encore que de coutume[1563].»
-
-Le jeune prince avait reçu, le jour même de sa naissance, le cordon du
-Saint-Esprit, puis il avait été remis, avec son frère et sa sœur, entre
-les mains de la gouvernante des Enfants de France.
-
-Ce n'était plus, comme aux précédentes couches de la Reine, la
-princesse de Guéménée: une épouvantable catastrophe l'avait forcée
-de quitter Versailles. Au mois de septembre 1782, après avoir été
-annoncée déjà deux ou trois fois[1564], la faillite du prince de
-Guéménée avait été déclarée; c'était une faillite de souverain,
-disait-on, par allusion aux prétentions des Rohan d'être traités
-en maison souveraine[1565]: le déficit ne s'élevait pas à moins de
-vingt-huit millions. Il y eut dans tout Paris, dans la France entière,
-peut-on dire, un _tolle_ général. Toutes les classes de la société
-étaient frappées: à côté de grands seigneurs, comme le duc de Lauzun
-et le comte de Coislin[1566], d'hommes de lettres, comme Thomas et
-l'abbé Delille, on trouvait parmi les créanciers,—et c'étaient les
-plus atteints,—des domestiques, des petits marchands, des portiers,
-des matelots bretons qui avaient porté leurs épargnes au descendant
-des ducs de Bretagne[1567]. Le prince, par ses prodigalités, la
-princesse, par les dépenses auxquelles l'obligeait sa charge, avaient
-tout gaspillé. Les Rohan firent des efforts inouïs pour étouffer cette
-triste affaire: Mme de Guéménée donna ses diamants; Mme de Marsan
-vendit ses chevaux; la duchesse de Montbazon renvoya ses bijoux au
-joaillier qui les avait fournis. Mais, après un tel éclat, Mme de
-Guéménée ne pouvait plus rester à la Cour; elle donna sa démission de
-gouvernante des Enfants de France.
-
-Par qui la remplacer? Plusieurs noms se présentaient à la pensée de
-la Reine. Mais la princesse de Chimay lui semblait trop austère; la
-duchesse de Duras, trop savante et trop spirituelle[1568].
-
-La rumeur publique désignait la duchesse de Polignac; mais, elle,
-le voudrait-elle? «Je la connais,» disait la Reine. «Cette place
-ne convient nullement à ses goûts simples et paisibles, et à
-l'espèce d'indolence de son caractère; ce sera la plus grande
-preuve de dévouement qu'elle puisse me donner, si elle se rend à mes
-désirs[1569].» Lorsque M. de Besenval, député par les amis et les
-parents de la duchesse, toujours avides d'augmenter un crédit où ils
-trouvaient leur compte, vint parler à Marie-Antoinette du bruit qui
-courait: «Madame de Polignac? répondit-elle, je croyais que vous la
-connaissiez mieux; elle ne voudrait pas de cette place[1570].» Et de
-fait, Mme de Polignac, née calme, un peu paresseuse même, répugnait à
-un titre dont la chaîne était pesante. Mais ses amis enviaient pour
-elle le prestige que lui donneraient ces fonctions, l'une des grandes
-charges inamovibles. Ils la pressèrent, la Reine insista, et la
-favorite, touchée du désir de sa royale protectrice, habituée, grâce à
-son indolence même, à céder aux obsessions de son entourage, finit par
-accepter. Elle fut nommée, et la Reine fut heureuse[1571]. Au fond, ce
-que Marie-Antoinette voulait, c'était d'être, sous le couvert de son
-amie, la véritable gouvernante de ses enfants. Grâce à ce choix, il lui
-était possible, sans souci de l'étiquette, ni froissement de vanité, de
-diriger, comme elle le voulait, leur éducation et d'oublier près d'eux,
-à toute heure du jour, les chagrins qui commençaient à l'assaillir et
-les soucis de la politique auxquels la fatalité des temps et des choses
-la contraignait de se mêler[1572].
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
- La Reine et la politique.—Son éloignement naturel pour les
- affaires.—Méfiance de Maurepas.—Lettre de la Reine à Joseph
- II.—Nomination de MM. de Ségur et de Castries.—Sympathie de
- la Reine pour Necker; elle l'appuie dans la publication du
- compte-rendu.—Chute de Necker.—Mort de Maurepas.—Joly de
- Fleury.—D'Ormesson.—Calonne.—Faible part que Marie-Antoinette
- prend à la nomination de ce dernier. Sa répugnance pour
- lui.—La politique autrichienne.—Election de Maximilien à
- Cologne.—Différend de Joseph II avec la Hollande.—_Le Mariage de
- Figaro._—La Reine joue _le Barbier de Séville_ à Trianon.
-
-
-La Reine n'avait jamais aimé la politique et tout conspirait à l'en
-éloigner: sa propre répugnance, dont les obsessions de sa mère et les
-conseils de Mercy ne parvenaient pas toujours à triompher[1573]; son
-éducation qui n'avait jamais porté que sur des objets d'agrément ou
-d'intérieur; les traditions d'une Cour où, depuis Anne d'Autriche,
-jamais femme de roi ne s'était mêlée d'affaires; la méfiance des
-ministres qui redoutaient l'ascendant irrésistible que ne saurait
-manquer de prendre Marie-Antoinette, le jour où elle voudrait
-appliquer aux complications de la politique toute la force d'un esprit
-prompt[1574], juste, ferme et séduisant.
-
-«Plus j'ai le bonheur de voir la Reine, écrivait le baron de Staël,
-plus je suis fort dans l'opinion que j'ai toujours eue de l'excellence
-de son caractère. Elle aime la vérité, et on peut la lui dire, si
-elle est persuadée de la probité et du désintéressement de celui
-qui parle. En traitant avec noblesse et franchise, on est sûr de lui
-plaire, serait-on même d'une opinion contraire à la sienne; aussitôt
-qu'elle peut démêler la fausseté et la flatterie, elle les prend en
-horreur[1575].»
-
-C'était cette excellence même de caractère que redoutaient les
-ministres. Vergennes, et Maurepas surtout, s'appliquaient à tenir le
-Roi en garde contre toute ingérence de la Reine dans les affaires.
-Poussé par sa femme, qui le menait complètement, et qui, en sa qualité
-de tante du duc d'Aiguillon, n'aimait pas Marie-Antoinette[1576],
-le vieux ministre, sous les dehors du respect et de la déférence,
-combattait avec une persévérance opiniâtre et l'expérience d'un roué
-l'influence possible de la jeune souveraine[1577]. Mme Campan l'accuse
-même d'avoir cherché à la compromettre. Lors de ces promenades sur la
-terrasse de Versailles, que la méchanceté des courtisans exploitait
-contre Marie-Antoinette, Maurepas aurait eu «la cruelle politique
-de répondre au Roi qu'il fallait la laisser faire; qu'elle avait de
-l'esprit; que ses amis avaient beaucoup d'ambition et désiraient la
-voir se mêler aux affaires, et qu'il n'y avait pas de mal de lui
-laisser prendre un caractère de légèreté[1578].» Il ne paraît pas
-probable que l'astucieux vieillard ait osé tenir ouvertement un
-pareil langage à son maître; Louis XVI ne l'aurait pas supporté.
-Mais qu'il ait été intérieurement enchanté du goût de la Reine pour
-les frivolités; qu'il ait insinué doucement ces mêmes pensées qu'il
-n'a pas dû exprimer publiquement; qu'il ait encouragé sous main
-la jeune femme à ne s'occuper que de plaisirs, le Roi à ne pas lui
-parler d'affaires ou à lui en dissimuler la plus grande partie; qu'il
-ait même redoublé d'efforts, lorsque la première grossesse de la
-Reine eut resserré l'intimité des deux époux, pour empêcher que «la
-sensibilité de son maître n'influât sur les affaires générales[1579]»,
-le fait ne paraît pas douteux. Les documents les plus authentiques,
-les rapports secrets de l'ambassadeur d'Autriche[1580] et du ministre
-de Prusse[1581] l'établissent d'une façon irréfutable, et la Reine
-elle-même se rendait parfaitement compte de la situation qui lui était
-faite: Il,—le Roi—est de son naturel très peu galant, écrivait-elle
-à son frère, et il lui arrive souvent de ne me parler de grandes
-affaires, lors même qu'il n'a pas envie de me les cacher. Il me
-répond quand je lui en parle, mais il ne m'en prévient guère, et
-quand j'apprends le quart d'une affaire, j'ai besoin d'adresse pour
-me faire dire le reste par les ministres, en leur laissant croire
-que le Roi m'a tout dit. Quand je reproche au Roi de ne m'avoir pas
-parlé de certaines affaires, il ne se fâche pas; il a l'air un peu
-embarrassé et quelquefois il me répond naturellement qu'il n'y a pas
-pensé. Je vous avouerai bien que les affaires politiques sont celles
-sur lesquelles j'ai le moins de prise. La méfiance naturelle du Roi a
-été fortifiée d'abord par son gouverneur; dès avant son mariage, M. de
-la Vauguyon l'avait effrayé sur l'empire que sa femme voudrait prendre
-sur lui, et son âme noire s'était plu à effrayer son élève par tous
-les fantômes inventés contre la Maison d'Autriche. M. de Maurepas,
-quoique avec moins de caractère et de méchanceté, a cru utile pour
-son crédit d'entretenir le Roi dans les mêmes idées. M. de Vergennes
-suit le même plan et peut-être se sert-il de sa correspondance des
-affaires étrangères pour employer la fausseté et le mensonge. J'en ai
-parlé clairement au Roi, et plus d'une fois. Il m'a quelquefois répondu
-avec humeur, et comme il est incapable de discussion, je n'ai pu lui
-persuader que son ministre était trompé ou le trompait. Je ne m'aveugle
-pas sur mon crédit; je sais que, surtout pour la politique, je n'ai pas
-grand ascendant sur le Roi[1582].»
-
-A plusieurs reprises, on avait conseillé à la Reine de se rapprocher
-de Maurepas, de le gagner par des faveurs ou de l'intimider par son
-ascendant, surtout de ne pas l'effaroucher en affectant de se passer de
-lui; de s'en faire un allié et non un adversaire[1583]; le Roi lui-même
-l'y avait engagée[1584]. Elle n'y avait jamais consenti et n'avait
-voulu réduire le premier ministre ni par la force, ni par les bons
-traitements[1585]. Était-ce impulsion de son entourage, insinuations
-du parti Choiseul, comme le croyaient Goltz et Mercy? Était-ce simple
-fierté naturelle ou insouciance des affaires? Quoi qu'il en soit,
-pendant les premières années de son règne, sauf la part qu'elle avait
-prise au renvoi de Turgot, part regrettable, mais où elle était
-pleinement d'accord avec l'opinion, soulevée contre les réformes du
-ministre, et l'intérêt qu'elle avait mis aux négociations dans les
-affaires de Bavière, intérêt dont nous avons déterminé les vraies
-proportions, elle s'était tenue à l'écart de la politique[1586]. Ce
-fut en 1780 seulement qu'elle parut disposée à s'en occuper, et, comme
-le disait Mercy, à prendre part aux grandes affaires[1587]; encore son
-intervention se borna-t-elle à influer sur la nomination d'un ministre,
-celui de la guerre.
-
-Lorsqu'en septembre 1777 le comte de Saint-Germain tomba, devant
-les orages soulevés par ses innovations, le prince de Montbarrey,
-directeur adjoint, resta seul chargé de ce département. Mais ses
-talents n'étaient point à la hauteur de la lourde charge qu'il avait
-assumée. Brave et spirituel, mais n'aimant point le travail, ne sachant
-pas résister aux sollicitations des femmes et aux importunités des
-courtisans, il avait laissé peu à peu la discipline se relâcher et le
-désordre s'introduire dans son administration[1588]. Maurepas seul et
-sa femme, parente de Mme de Montbarrey, le soutenaient[1589]; mais
-la clameur de l'armée fut la plus forte. On permit au ministre de
-donner sa démission, mais il dut se retirer et l'opinion publique
-approuva sa disgrâce. La société Polignac aurait voulu faire nommer
-à sa place le comte d'Adhémar; la Reine s'y refusa[1590], et malgré
-Maurepas, qui proposait M. de Puységur[1591] ou son neveu, le duc
-d'Aiguillon[1592], fit donner le portefeuille de la guerre à M. de
-Ségur, lieutenant-général, brave officier qui avait fait brillamment la
-campagne de Flandre et perdu un bras à la bataille de Laufeld. Le jour
-où il fut présenté: «Vous venez de voir un ministre de ma façon,» dit
-la Reine à Mme Campan. «J'en suis bien aise pour le service du Roi; car
-le choix est fort bon; mais je suis presque fâchée de la part que j'ai
-à cette nomination; je m'attire une responsabilité! J'étais heureuse
-de n'en point avoir, et pour m'en alléger autant que possible, je
-viens de promettre à M. de Ségur, et cela sur ma parole d'honneur, de
-n'apostiller aucun placet et de n'entraver aucune de ses opérations par
-des demandes pour mes protégés[1593].»
-
-Si l'on s'en rapporte aux Mémoires du comte de Ségur, Marie-Antoinette
-n'aurait pas toujours été fidèle à cet engagement, et un jour elle
-aurait mis tant d'insistance dans ses demandes, que le vieil officier
-impatienté aurait offert sa démission. La Reine en fut mécontente, mais
-après un long entretien avec le fils du ministre, elle comprit ses
-raisons: Dites à votre père, lui dit-elle, que nous sommes raccommodés
-et que je lui en veux seulement de l'humeur avec laquelle il a offert
-sa démission[1594].»
-
-Au reste, Marie-Antoinette n'eut pas lieu de se repentir de son choix.
-M. de Ségur, qui fut fait maréchal en 1783, était bien supérieur à son
-prédécesseur par le talent et le caractère, et la plupart des mesures
-qu'il prit[1595] honorèrent son ministère et sa protectrice.
-
-On a cru longtemps que la Reine avait fait pour la marine ce qu'elle
-avait fait pour la guerre et qu'elle avait contribué au renvoi de
-Sartines et à l'élévation du marquis de Castries. La vérité est que
-cette nomination, qui d'ailleurs ne surprit pas, fut due uniquement à
-une intrigue de Mme de Polignac, du comte de Vaudreuil et du contrôleur
-général, ami de M. de Castries. Marie-Antoinette n'y eut aucune part:
-elle avait toujours protégé Sartines, elle le protégea jusqu'au bout et
-contribua à lui obtenir une bonne retraite[1596].
-
-C'était Maurepas qui, abusé par de faux avis et croyant faire acte de
-haute politique, avait donné lui-même la main à la combinaison ourdie
-par Necker[1597]. Il s'en vengea en faisant renvoyer Necker à son tour,
-au moyen d'une petite perfidie, analogue à celle dont il avait été
-dupe[1598].
-
-La Reine fut affligée de cette disgrâce. Malgré le manque de
-savoir-vivre du Génevois qui, lors de sa présentation, lui avait pris
-familièrement la main et l'avait baisée sans sa permission[1599],
-elle avait du goût pour Necker et partagea longtemps à son égard
-l'engouement populaire[1600]. C'était elle, en grande partie,
-qui, malgré Maurepas, avait déterminé Louis XVI à autoriser la
-publication de ce fameux Compte-rendu[1601], qui fut le premier
-appel à l'intervention de l'opinion dans le maniement des finances
-et l'administration de l'État. Mais le vieux ministre redoubla ses
-attaques; ses railleries mordantes contre le Compte-rendu qu'il
-traitait plaisamment de _Conte bleu_[1602], les critiques soulevées par
-des innovations que beaucoup jugeaient dangereuses, des prétentions
-parfois indiscrètes[1603] finirent, au bout de peu de temps, par
-ébranler le crédit du contrôleur général, et le 19 mai 1781 il donna sa
-démission, malgré les efforts de la Reine pour prévenir sa chute et le
-déterminer à rester[1604].
-
-Le retentissement de cette chute fut immense[1605]. «Toutes les
-personnes impartiales sont affligées,» écrivait une dame de la
-Cour[1606]. A Paris, en province, l'opinion s'alarmait: on voyait
-presque dans cet événement la ruine du crédit de la France[1607].
-Le système de Necker, qui suppléait aux impôts par des emprunts,
-flattait une nation légère et frivole, qui ne voyait que le soulagement
-momentané du présent, sans songer aux charges inévitables de l'avenir,
-et qui ne calculait pas que des emprunts, dont les revenus actuels ne
-suffisaient pas à payer les intérêts, conduisaient fatalement et à bref
-délai à des impôts écrasants ou à une banqueroute désastreuse[1608].
-Les murmures furent grands dans le public; les plus modérés, ceux mêmes
-qui blâmaient certains plans de Necker, disaient qu'on eût pu contenir
-son imagination et profiter de ses talents financiers. Quant à la
-Reine, elle avouait hautement ses regrets; elle s'enfermait une journée
-entière dans sa chambre pour pleurer[1609] et se hâtait d'écrire à son
-frère qu'elle n'avait participé en rien à ce changement de ministère et
-qu'elle en était très fâchée[1610].
-
-Maurepas ne jouit pas longtemps de sa victoire. Le vieux ministre
-s'affaiblissait visiblement: de violents accès d'un mal auquel il
-était sujet, la goutte, le tourmentaient sans cesse[1611]. Au mois de
-novembre 1781, le mal devint plus grave; la gangrène se déclara et
-l'on perdit tout espoir. Lorsque le duc de Lauzun apporta à Paris la
-brillante nouvelle de la capitulation de Cornwallis, on fut l'annoncer
-au premier ministre: «Je ne suis plus de ce monde,» répondit-il. Il fit
-néanmoins entrer le messager; mais l'entrevue fut courte; le vieillard
-se mourait. Le 16, on lui administra les derniers sacrements; le 21, à
-onze heures du soir, il rendit l'esprit.
-
-Il s'éteignait dans une heure de triomphe, triomphe trop fugitif,
-hélas! et qui ne pouvait ni dissimuler ni conjurer les périls de
-l'avenir. Maurepas avait hérité des ministres de Louis XV d'une
-France épuisée, mécontente, agitée de ces tressaillements intérieurs
-qui précèdent et présagent les révolutions. Après sept ans et demi
-d'un pouvoir que le Roi lui avait laissé absolu pour le bien, il
-disparaissait de la scène, laissant une situation aussi troublée qu'au
-début, les finances obérées, une politique incertaine, l'autorité
-moins respectée que jamais, battue en brèche à chaque instant par ces
-pamphlets qu'il aimait tant et ces chansons où il était passé maître;
-dans le peuple, mille ferments de révolte, une opinion publique irritée
-de ses déceptions et d'autant plus exigeante qu'elle avait été trompée.
-L'incurable frivolité du vieux ministre avait laissé tous les ressorts
-se détendre, les ressources se dissiper en pure perte; il abandonnait
-sans gouvernail, exposé à toutes les tempêtes, ce vaisseau de l'État
-sur lequel, suivant le mot d'un contemporain, il avait été passager
-plutôt que pilote[1612].
-
-Louis XVI n'en regretta pas moins ce ministre qu'il s'était accoutumé à
-considérer comme un mentor et à l'égard duquel les liens de l'habitude
-étaient devenus ceux de l'amitié. «Ah! dit-il, les larmes aux yeux,
-quand il apprit sa mort, je n'entendrai plus chaque matin mon ami
-au-dessus de ma tête.» Il l'avait entouré de prévenances pendant
-sa dernière maladie, et lui avait annoncé lui-même la naissance du
-Dauphin[1613]. «Quand la Reine cherchait à le consoler, il répondait
-qu'il n'oublierait jamais les sacrifices que lui avait faits M. de
-Maurepas en quittant ses terres et la vie agréable qu'il aurait pu y
-mener pour venir lui servir de père[1614].»
-
-Qui recueillerait ce difficile héritage? On s'en préoccupait depuis
-quelque temps déjà, l'âge du premier ministre n'autorisant ni les
-longs espoirs, ni les longues années. Les uns nommaient le duc de
-Nivernais[1615], que le roi de Prusse favorisait, dit-on[1616];
-d'autres penchaient pour Sartines[1617], pour Machault, pour
-d'Ossun[1618]; on reparlait de Choiseul, ou de Necker, des deux
-peut-être, la recette et la dépense, disait une épigramme[1619]. Mme
-Adélaïde, encore en faveur, poussait le cardinal de Bernis[1620]. La
-Reine, qui portait sur ce point une vigilante attention et qui, dit un
-chroniqueur, «avait la délicatesse de ne vouloir partager avec personne
-une intimité quelle se flattait de mériter exclusivement et par son
-zèle pour l'État, et par son attachement pour le Roi, et par la pureté
-de ses vues[1621],» la Reine eût préféré l'archevêque de Toulouse,
-Loménie de Brienne, ami de Vermond, et qui avait la réputation d'un
-administrateur éminent[1622]; mais elle n'osait le proposer, sachant
-que son mari avait une répugnance absolue à investir quelqu'un d'un
-titre aussi important, et qu'il éprouvait une peur extrême d'être
-gouverné[1623]. Elle ne se trompait pas: Louis XVI ne prit pas de
-premier ministre, et Maurepas n'eut pas de remplaçant; Vergennes, le
-principal personnage du cabinet, devint ministre dirigeant, mais sans
-en avoir le titre[1624].
-
-Joly de Fleury avait succédé à Necker aux finances; mais n'ayant
-ni l'habileté ni le crédit de son prédécesseur, il ne tarda pas à
-succomber sous le poids de fautes accumulées[1625]. D'Ormesson, qui
-prit sa place, par la volonté expresse du Roi[1626], avec le titre
-rétabli pour lui de contrôleur général, joignait à un nom illustre dans
-les fastes du Parlement une réputation d'intégrité à toute épreuve. Il
-n'avait que trente et un ans; comme il s'excusait sur son âge et sur
-son inexpérience pour refuser le poste périlleux qu'on lui offrait:
-«Je suis plus jeune que vous,» répondit Louis XVI, «et ma place est
-plus difficile que celle que je vous confie.» Marie-Antoinette goûta
-ce choix, et l'approbation qu'elle lui donna hautement était d'autant
-plus méritoire que d'Ormesson n'avait pas craint de s'exposer à lui
-déplaire. «Avant son entrée au contrôle général, raconte un historien,
-il avait déjà un travail direct avec le Roi en qualité de conseiller
-d'État, chargé de la direction de Saint-Cyr. La Reine lui ayant
-recommandé des jeunes personnes qu'elle voulait placer dans cette
-maison, il mit sous les yeux du Roi un état qui contenait leurs noms et
-en marge celui de leur protectrice; mais sur le même état, il présenta
-d'autres jeunes personnes, sans appui, dont il faisait valoir les
-droits, et Louis XVI choisit ces dernières[1627].»
-
-Au contrôle général, d'Ormesson porta la même rigidité de principes
-et le même désintéressement que dans le gouvernement de Saint-Cyr.
-Malheureusement, en matière si délicate, l'honnêteté et le travail
-même opiniâtre ne suppléent pas aux connaissances acquises. D'Ormesson
-fit des fautes; ses opérations mal combinées mécontentaient les hommes
-d'affaires; sa probité irritait les courtisans. On tourna son honnêteté
-en ridicule, et, au bout de sept mois, il dut se retirer.
-
-Les intrigues recommencèrent; bien des noms furent mis en avant: Sénac
-de Meilhan, intendant du Hainaut; Foulon, ancien intendant de Paris;
-Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse. Ce fut l'intendant de
-Flandre, M. de Calonne, qui l'emporta; il fut nommé contrôleur général
-le 3 novembre 1783.
-
-Vingt ans auparavant, un ministre de Louis XV, M. de Boynes, écrivait
-sur ce personnage les lignes suivantes:
-
-«Quoy que l'on dise sur M. de Calonne, je suspens encore sur luy mon
-jugement, mais quant à présent, il me paraît avoir plus de brillant que
-de solidité, plus de facilité que de capacité. Je crains qu'il ne doive
-sa réputation à l'aisance avec laquelle il s'exprime et à un certain
-air avantageux qui réussit surtout auprès des femmes[1628].»
-
-M. de Boynes ne s'était pas trompé. Léger, brillant, spirituel, aimable
-dans toute la force du terme, d'une figure agréable avec un regard fin
-et perçant, d'une taille bien prise, d'une politesse noble et aisée,
-sans hauteur et sans importance, sans cette espèce de tenue empesée
-qui sent l'homme de robe, avec un esprit vif, fécond en expédients
-plus qu'en ressources, habile aux intrigues plus qu'aux grandes
-entreprises, plus soucieux de l'élégance que de la gravité, avec une
-extrême facilité pour le travail, mais une insurmontable horreur des
-chiffres et une incurable frivolité, M. de Calonne avait toutes les
-qualités d'un homme du monde, mais bien peu de celles d'un homme
-d'État, encore moins d'un homme de finances[1629]; génie d'ailleurs
-éminemment dangereux parce qu'on se laissait volontiers prendre à ses
-inductions et que, partant de fausses bases et de données hasardeuses,
-«son imagination enfantait et son éloquence faisait adopter des mesures
-que le bon sens ni la raison ne pouvaient admettre[1630].» Distingué
-jadis par Choiseul[1631], successivement intendant de Rennes, de Metz
-et de Lille, mais perdu de dettes, devant à Dieu, au diable et aux
-hommes, il «flairait» depuis longtemps le contrôle général[1632]. A la
-chute de Necker, à laquelle il avait contribué par de petits pamphlets,
-dont quelques-uns, les _Comment_, la _Lettre du marquis Caraccioli_,
-avaient eu un vrai succès de persiflage, il avait espéré arriver à son
-but; il jouait le piquet avec Mme de Maurepas, faisait la cour à M. de
-Maurepas; mais le vieux ministre avait répondu vivement à quelqu'un
-qui lui parlait de Calonne comme successeur de Necker: «Fi donc! c'est
-un fou, un panier percé. Mettre les finances dans ses mains! Le trésor
-royal serait bientôt aussi sec que sa bourse[1633]!» Joly de Fleury
-puis d'Ormesson avaient été préférés.
-
-Calonne ne se découragea pas. Rebuté par le premier ministre, repoussé
-par le Roi, mal vu par la Reine[1634], il se retourna du côté des
-capitalistes, des courtisans et des princes. Il dit ou fit dire que
-lui seul connaissait les moyens de diriger les finances d'une grande
-monarchie, qu'il saurait ramener l'abondance au trésor, sans descendre
-aux projets d'économie mesquine qui avaient sottement attristé la
-Cour, en un mot qu'on le verrait concilier l'intérêt de la fortune
-publique avec celui des fortunes particulières[1635]. «On lui crut des
-talents supérieurs, parce qu'il traitait légèrement les choses les
-plus sérieuses[1636]». Le comte d'Artois fut séduit; Mme de Polignac
-et le comte de Vaudreuil, enthousiasmés; le lieutenant de police,
-Lenoir, s'en mêla[1637]; le banquier de la Cour, M. d'Harvelay, dont
-la femme était la maîtresse de Calonne, se chargea de gagner Vergennes
-et lorsque d'Ormesson donna sa démission, toutes les batteries étaient
-prêtes. Mme de Polignac, secondée par le baron de Breteuil, se rendit
-chez la Reine, pour lui demander de patronner son protégé. La Reine
-résista longtemps; mais enfin, tourmentée par sa favorite, pressée par
-un homme en qui elle avait confiance, Breteuil[1638], elle promit,
-non pas d'appuyer le choix de M. de Calonne, mais d'en conférer
-le lendemain avec le Roi, et, ce jour-là, les instances de Mme de
-Polignac, les obsessions de M. de Vaudreuil, du duc de Coigny[1639],
-du comte d'Artois, les complaisances, et, dit-on, l'appui secret de M.
-de Vergennes[1640], arrachèrent aux deux souverains la nomination d'un
-homme pour lequel ils n'avaient ni goût ni estime[1641], mais qui avait
-les sympathies des «belles dames[1642]».
-
-La Reine ne tarda pas à s'en repentir; elle sut mauvais gré à Mme de
-Polignac de son intervention en cette affaire et ne dissimula pas son
-mécontentement. Un jour même, elle se laissa entraîner à dire, chez
-la duchesse, que les finances de la France passaient alternativement
-des mains d'un honnête homme sans talent dans celles d'un habile
-intrigant[1643]. Calonne le sut: il fit tout pour vaincre les
-répugnances de la souveraine et regagner ses bonnes grâces, cherchant
-à deviner ses moindres désirs, allant au-devant de tout ce qu'elle
-pouvait demander[1644], flattant même ses goûts de bienfaisance et
-s'efforçant d'exploiter sa charité. Dans l'hiver très rude de 1783 à
-1784, le Roi avait donné trois millions pour les pauvres; Calonne vint
-offrir à la Reine de lui en remettre un, afin qu'elle le fit distribuer
-sous son nom et selon sa volonté. La Reine refusa et répondit que
-la somme entière devait être distribuée au nom du Roi; que, quant à
-elle, elle s'imposerait des privations pour ajouter au soulagement
-des malheureux ce que son épargne lui permettrait de leur offrir.
-Lorsque Calonne sortit, elle fit appeler Mme Campan: «Faites-moi votre
-compliment, dit-elle, je viens d'éviter un piège ou tout au moins
-une chose qui, par la suite, m'aurait donné de grands chagrins.» Et
-elle ajouta: «Cet homme achèvera de perdre les finances de l'État. On
-dit qu'il est placé par moi; on a fait croire au peuple que je suis
-prodigue; je n'ai pas voulu qu'une somme du trésor royal, même pour
-l'usage le plus respectable, ait jamais passé entre mes mains[1645].»
-
-Quoi que pût faire le contrôleur général, la Reine fut inflexible; les
-prévenances même qu'il affectait vis-à-vis d'elle redoublaient son
-aversion pour lui[1646]; et Calonne à son tour, obstinément repoussé
-par Marie-Antoinette, devint un de ses ennemis les plus acharnés. Nous
-en trouverons la preuve plus tard.
-
-En ce moment, l'attention de la jeune souveraine était absorbée par un
-objet plus important.
-
-L'ambition inquiète et brouillonne de Joseph II cherchait partout des
-agrandissements ou un accroissement d'influence pour l'Autriche. Déjà,
-en 1780, un des archiducs, Maximilien, avait été élu coadjuteur de
-Cologne. Marie-Thérèse, qui vivait encore, avait fait appel, avec cette
-insistance onctueuse et pressante dont elle avait si bien le secret,
-à l'affection de sa fille; elle lui avait représenté que, pour son
-propre bien et _celui de la France_, il fallait prévenir les méchantes
-intentions de Frédéric II, ce «mauvais voisin», dangereux pour «notre
-sainte religion», dangereux pour la France et l'Autriche, dont les
-intérêts étaient les mêmes[1647]. Marie-Antoinette, qui conservait une
-grande sensibilité pour tout ce qui touchait personnellement ses frères
-et sœurs, en particulier Maximilien[1648]; Marie-Antoinette, qui avait
-le Roi de Prusse «en horreur[1649]», avait pris en main avec chaleur la
-cause de son frère. Elle avait parlé à Maurepas, et Vergennes n'ayant
-pas fait d'objection sérieuse[1650], le Roi ayant approuvé[1651], le
-ministre de France à Cologne, le comte de Châlons, avait agi en faveur
-de l'Archiduc[1652], qui avait été élu coadjuteur de Cologne et de
-Munster, avec future succession.
-
-Quatre ans après, l'affaire menaçait de devenir plus grave; au lieu
-d'une question d'Empire, c'était une question européenne. Marie-Thérèse
-était morte, et Joseph II n'avait ni la sagesse de sa mère, ni la
-haute considération dont elle jouissait dans le monde entier. Il avait
-même froissé le sentiment français pendant la guerre d'Amérique, en ne
-dissimulant pas assez son goût pour l'Angleterre[1653], et en annonçant
-un projet de voyage dans ce pays, qui, à pareille date, avait vivement
-blessé Marie-Antoinette[1654]. Néanmoins, ce fut encore du côté de sa
-sœur qu'il se tourna, lorsque ses affaires furent embrouillées.
-
-Les traités de 1648 avaient fermé les bouches de l'Escaut et en avaient
-confié la garde à la Hollande. L'Empereur supportait impatiemment cette
-disposition si gênante pour le commerce des Pays-Bas, et surtout pour
-celui d'Anvers. Déjà, lors de la guerre d'Amérique, il avait entamé
-la question et avait même fait des ouvertures à la France, qui, sans
-opposer, disait-il, d'objection sérieuse, avait demandé d'attendre
-jusqu'à la paix[1655]. La paix faite, il reprit l'affaire, réclama la
-libre navigation du fleuve, et, sur le refus des États généraux, donna
-l'ordre à un de ses bâtiments de forcer le passage; les Hollandais
-canonnèrent le bâtiment et le prirent[1656]. Aussitôt une armée
-autrichienne se réunit sur la frontière et les États généraux, alarmés,
-sollicitent le secours de la France. A Paris et à Versailles, les
-esprits, toujours prévenus contre l'ambition séculaire de la maison
-de Habsbourg, se prononcent avec énergie en faveur des Hollandais.
-Les ministres s'assemblent et demandent une action prompte contre
-l'Autriche. Et les plus ardents contre les projets de Joseph II sont
-ceux-là même que l'opinion publique regarde comme les protégés de
-Marie-Antoinette: le ministre de la guerre, Ségur, le ministre de la
-marine, Castries, et l'ancien ambassadeur de France à Vienne, le baron
-de Breteuil[1657].
-
-Pour conjurer l'explosion, l'Empereur écrivit à sa sœur. Déjà, en
-1783, il s'était plaint des mauvaises dispositions de la France,
-qui, disait-il, oubliant trop facilement les avantages qu'elle avait
-retirés de l'alliance autrichienne, voulait s'en réserver à elle
-seule les bénéfices[1658]. En 1784, il renouvela ses plaintes et sa
-demande. La Reine n'opposa à ces récriminations qu'une sorte de fin
-de non-recevoir: son crédit, disait-elle, était bien loin d'avoir la
-consistance et la force qu'on s'imaginait. Serait-il prudent à elle
-d'avoir avec les ministres des scènes sur des objets pour lesquels
-il était presque sûr que le Roi ne la soutiendrait pas[1659]? Louis
-XVI, interpellé à son tour, offrit sa médiation et rien de plus[1660].
-L'Empereur fut mécontent de cette réserve et ne cacha pas l'humeur
-qu'elle lui causait. «Aussi longtemps que la France a été engagée dans
-la guerre d'Amérique, dit-il à la Marck, je me suis abstenu de faire
-valoir mes droits sur la Hollande, quoique alors il eût été difficile
-à la France de s'y opposer. On doit donc, à Versailles, me tenir
-compte de la confiance et de la modération que j'ai montrées dans ce
-temps-là[1661].»
-
-Toutefois, dans la lettre qu'il adressa à sa sœur, il protesta qu'il
-ne prétendait aucun agrandissement territorial du côté des Pays-Bas,
-mais simplement une réparation de l'insulte faite à son pavillon[1662].
-Avec le Roi, il était plus explicite: il réclamait la cession de la
-place forte de Maestricht et de son territoire[1663] et, quelques jours
-après, il faisait communiquer par Mercy au cabinet de Versailles une
-note dans laquelle il amalgamait l'accommodement de la Hollande avec
-un projet d'échange des Pays-Bas contre la Bavière, projet auquel,
-disait-il, ni l'électeur Palatin, ni le duc des Deux-Ponts ne se
-montraient hostiles[1664].
-
-C'était revenir sur les stipulations de la paix de Teschen. Le Roi le
-fit sentir à l'Empereur qui renonça à cette nouvelle prétention[1665].
-
-Mais la question hollandaise n'avançait pas. Les esprits s'aigrissaient
-de part et d'autre. La Reine avait beau faire tout ce qu'elle pouvait
-pour les calmer[1666]; elle avait beau parler au Roi, à Vergennes,
-retarder même[1667] l'envoi d'une note avec l'espérance que dans
-l'intervalle une réponse plus conciliante arriverait de Vienne[1668];
-la situation se tendait. Les États généraux atermoyaient. Joseph II,
-excité par Léopold, leur adressait un ultimatum[1669], et, en réponse,
-ordre était donné de réunir deux corps français, l'un sur les bords du
-Rhin, l'autre sur la frontière de Flandre, sous les ordres du prince de
-Condé[1670].
-
-La Reine était alarmée au dernier degré; ses affections, ses intérêts
-étaient en jeu; son cœur et sa raison répugnaient à une guerre, qui
-eût été, à ses yeux, _fratricide_; elle ne pouvait envisager sans
-frémir la rupture d'une alliance dans laquelle une mère adorée, qu'elle
-pleurait encore, l'avait habituée à voir la sauvegarde de la paix du
-monde, la plus sûre garantie du bonheur des peuples et l'appui de
-«notre sainte religion». Sa dissolution lui enlèverait à tout jamais
-«le bonheur et la tranquillité[1671]». Elle se méfiait de Vergennes,
-et elle n'avait pas tort. Les sympathies de Vergennes étaient pour
-la Prusse, au point d'écrire cette phrase, dont la réalisation en ce
-siècle a produit les tristes résultats que nous savons: «S'il fallait
-opter entre la conservation des branches de la Maison de Bourbon
-en Italie et celle de la puissance prussienne en Allemagne, il n'y
-aurait pas à hésiter entre l'abandon des premiers et le maintien de la
-seconde[1672].» La Reine remarquait que le langage du Roi, lorsqu'elle
-le voyait seule et la première, était tout différent de celui qu'il
-tenait lorsqu'il avait conféré avec son ministre[1673]. Ne devait-elle
-pas penser qu'au fond les opinions de son mari se rapprochaient des
-siennes propres et que Vergennes seul l'en détournait? Et si elle se
-trompait dans ses jugements, cette duplicité apparente était-elle
-bien de nature à l'éclairer? Aussi ne voulait-elle voir le Roi et le
-ministre qu'en présence l'un de l'autre[1674] et multipliait-elle les
-démarches pour arriver à une solution; elle avait hâte d'en finir, afin
-de prévenir un conflit près d'éclater[1675]; elle pressait le Roi, les
-ministres, aussi bien que l'Empereur, de ne pas élever des difficultés
-et des prétentions nouvelles[1676]. Mais quelle que pût être sa
-confiance,—nous pourrions dire ses illusions,—dans le désintéressement
-de son frère, elle ne perdait jamais de vue les intérêts supérieurs du
-pays dont elle était souveraine, et un jour que l'ambassadeur de Suède,
-dans une audience particulière, avait amené l'entretien sur cette grave
-question de la Hollande qui préoccupait toutes les Cours, la Reine,
-après s'être exprimée en toute franchise dans le laisser-aller d'une
-conversation privée, ajouta vivement: «Au reste, vous pouvez être très
-persuadé que je ne me mêlerai de rien quand on aura pris un parti, et,
-dans tous les cas, que je n'oublierai jamais, malgré mon amitié pour
-l'Empereur, que je suis reine de France et mère du Dauphin[1677].»
-Et malgré son peu de sympathie pour Vergennes, elle refusait par
-deux fois de recevoir le duc de Choiseul et sa sœur la duchesse de
-Gramont, ennemis acharnés du ministre[1678]. D'autre part, elle
-suppliait Joseph II de mettre le Roi à même d'amener les Hollandais
-à la réparation qu'ils lui devaient, en les rassurant sur toute vue
-de conquête ou d'agrandissement, et lors même qu'elle engageait son
-frère à parler un langage ferme, c'était pour arriver plus vite à une
-solution, tant elle avait hâte de voir évanouir ce fantôme de guerre
-qui l'obsédait[1679].
-
-A force de négociations, d'échange de lettres et de dépêches, on
-parvint enfin à formuler les propositions suivantes: L'Empereur
-renoncerait à l'ouverture de l'Escaut[1680]; les Hollandais offriraient
-pour l'insulte faite au pavillon autrichien une réparation verbale et
-céderaient Maestricht, mais cette place étant considérée par eux comme
-un boulevard nécessaire du côté de l'Allemagne, l'Empereur la leur
-rétrocéderait aussitôt, moyennant une indemnité financière[1681]. Les
-États généraux acceptèrent; ils consentirent aux excuses et les firent
-faire aussitôt à Vienne par deux députés, le comte de Wassenaer et le
-baron de Leyden[1682]. Mais, avec leurs instincts de commerçants, ils
-marchandaient sur le prix à payer[1683]; Joseph II demandait 9.500.000
-florins, la République ne voulait donner que cinq millions. L'affaire
-traînait en longueur; l'arrangement, fixé au 1er[1684], puis au 15
-mars, était reporté au 15 septembre; les esprits s'aigrissaient;
-l'Empereur s'impatientait de ces délais successifs; la Reine s'en
-impatientait plus encore, moins, disait-elle, par ressentiment que
-dans le désir d'arriver le plus promptement possible à une bonne
-solution[1685] et pour éviter la guerre[1686].
-
-Il fallait en finir. La France se chargea de la partie de la dette
-que ne voulaient point assumer les États généraux; mais, dit un
-historien, «en s'assurant des avantages qui dépassaient beaucoup ce
-sacrifice[1687]; et les préliminaires de paix furent enfin signés le
-20 septembre 1785[1688], suivis, six mois après, d'un traité entre la
-France et la Hollande. Une générosité pareille était de l'habileté,
-et les gens sages estimèrent que ce n'était point payer trop cher la
-conservation de la paix européenne et le maintien de deux alliances,
-dont l'une nous garantissait pour longtemps d'une guerre continentale,
-dont l'autre nous avait tout récemment rendu d'importants services dans
-la guerre maritime contre l'Angleterre.
-
-Mais le public, dont les vues sont courtes en politique, blâma ce qui
-lui semblait une prodigalité. Il en rendit Marie-Antoinette responsable
-et prétendit qu'elle envoyait à son frère les millions de la France;
-mensonge indigne que réfute le simple exposé des faits et que Joseph
-II lui-même a pris soin de démentir, lorsqu'il disait à son lit de mort:
-
-«Je n'ignore pas que les ennemis de ma sœur Antoinette ont osé
-l'accuser de m'avoir fait passer des sommes considérables. Je déclare,
-prêt à paraître devant Dieu, que c'est une horrible calomnie[1689].»
-
-Ce n'était plus une affaire politique que celle qui, à peu près vers la
-même époque, préoccupait tous les esprits en France, et cependant cette
-affaire, qui semblait purement littéraire, prit toutes les proportions
-d'une grosse question politique et fit verser plus d'encre, répandre
-plus de propos, dépenser plus de diplomatie, nouer plus d'intrigues
-que s'il se fût agi d'un traité entre deux puissances. A vrai dire,
-c'étaient bien deux puissances qui étaient en jeu: l'antique puissance
-de la monarchie, la puissance plus jeune de l'opinion publique. La
-nouvelle comédie de Beaumarchais, _le Mariage de Figaro_, serait-elle
-ou ne serait-elle pas jouée? Tel était le problème qui passionnait les
-salons et les académies. La pièce avait été reçue au Théâtre-Français
-dès la fin de 1781; mais la censure s'opposait à sa représentation,
-et, au commencement de 1784, cette représentation n'avait point eu
-lieu encore. Le Roi s'était fait lire le manuscrit par Mme Campan,
-en présence de la Reine; il avait été profondément froissé du ton
-libertin qui y régnait et des attaques sans nombre que contenait la
-pièce contre l'administration et les institutions du pays, contre la
-plupart des idées reçues qui formaient la base de l'ordre national
-d'alors. Son bon sens comprenait le péril de semblables insinuations,
-soulignées et commentées par l'esprit frondeur de l'époque. A la tirade
-contre les prisons d'État, il se leva brusquement: «C'est détestable,
-s'écria-t-il; cela ne sera jamais joué. Il faudrait détruire la
-Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une
-inconséquence dangereuse. Cet homme se joue de toutes les choses qu'il
-faut respecter dans un gouvernement.»—«La pièce ne sera donc pas
-jouée?» demanda la Reine.—«Non, certainement, répondit Louis XVI; vous
-pouvez en être sûre[1690].»
-
-Mais Beaumarchais avait dit: la pièce sera jouée, et ce fut
-Beaumarchais qui l'emporta. Il avait contre lui le Roi et le garde des
-sceaux; mais il avait pour lui le public et une partie de la Cour.
-Intrigant habile et roué, il avait sous main, par de petites rumeurs
-adroitement répandues, grâce à la complicité des uns, à la sottise et
-à la vanité des autres, surexcité l'opinion et éveillé la curiosité.
-Chacun voulait connaître cette œuvre, dont les ministres prenaient
-ombrage, qu'il était interdit de représenter mais qu'il n'était pas
-défendu de lire. Beaumarchais, tout en ayant l'air de se dérober, comme
-la nymphe de Virgile, et de refuser, par considération pour la volonté
-du Roi, était enchanté de céder à des désirs si vivement manifestés; il
-lisait lui-même et c'était à qui obtiendrait la faveur de l'écouter,
-soit chez lui, soit dans les plus brillants salons. Des évêques, des
-archevêques ne dédaignaient pas de figurer dans l'auditoire[1691].
-«Chaque jour, raconte Mme Campan, on entendait dire: «J'ai assisté ou
-j'assisterai à la lecture de la pièce de Beaumarchais[1692].» En homme
-qui ne néglige aucun moyen, l'auteur avait préparé pour ces séances
-un manuscrit élégant, lié avec des faveurs roses et sur lequel était
-écrit en gros caractères: _Opuscule comique_. «Singulier titre, dit
-justement M. de Loménie, pour une volumineuse comédie en cinq actes,
-sorte de levier qui a contribué à faire sauter l'ancien régime[1693].»
-Mais alors tout était affolé. Les grands seigneurs étaient les premiers
-à applaudir à la satire de leurs mœurs, à une machine de guerre dirigée
-non seulement contre leurs privilèges, mais même contre leur légitime
-influence. «Il n'y a que les petits esprits qui craignent les petits
-écrits,» disait Figaro dans la pièce. Personne ne voulait passer pour
-un petit esprit. Le baron de Breteuil, le comte de Vaudreuil, Mme
-de Polignac se rangeaient parmi les partisans de Beaumarchais. La
-princesse de Lamballe lui dépêchait le duc de Fronsac pour solliciter
-la grâce d'une lecture chez elle, et l'habile comédien n'y consentait
-qu'après s'être fait longtemps prier. Quand le comte et la comtesse du
-Nord vinrent en France, ils voulurent connaître _le Mariage de Figaro_.
-«La pièce nous intéressa beaucoup,» dit la baronne d'Oberkirch[1694].
-Fort de toutes ces approbations, Beaumarchais écrivit au lieutenant
-de police pour réclamer de nouveau l'autorisation de faire jouer son
-œuvre, en affirmant qu'il y avait fait de grands changements[1695].
-Le lieutenant de police, ou plutôt le garde des sceaux, fit la sourde
-oreille; mais en juin 1783 les sollicitations devinrent plus pressantes
-et la permission fut accordée. Les acteurs de la Comédie-Française
-reçurent ordre d'apprendre la pièce, et le premier gentilhomme de la
-chambre autorisa M. de la Ferté à prêter pour ce spectacle l'hôtel des
-Menus Plaisirs. Les billets étaient distribués à toute la Cour; déjà
-les équipages se pressaient à la porte du théâtre; la salle était à
-demi garnie; à la dernière minute, la représentation fut interdite
-par lettre de cachet. On juge de la rumeur. «Cette défense du Roi,
-dit Mme Campan, parut une atteinte à la liberté publique. Toutes les
-espérances déçues excitèrent le mécontentement à tel point que les mots
-d'_oppression_, de _tyrannie_, ne furent jamais prononcés, dans les
-jours qui précédèrent la chute du Trône, avec plus de véhémence[1696].»
-
-Louis XVI avait cru faire un acte de vigueur; il ne le soutint pas,
-et ce fut un acte de faiblesse. Lui-même se méfiait de sa fermeté:
-«Vous verrez, dit-il un jour, que M. de Beaumarchais aura plus de
-crédit que M. le garde des sceaux.» Singulier signe du temps et plus
-étrange signe de caractère que ce mot d'un souverain qui faisait si
-bon marché de son autorité et de celle de ses ministres. Il ne se
-trompait pas d'ailleurs: trois mois après cette interdiction, la pièce
-était représentée, non pas encore en public, mais devant une partie
-de la Cour et en présence d'un frère du Roi. C'était M. de Vaudreuil
-qui, voulant offrir dans sa maison de Gennevilliers un divertissement
-nouveau et piquant, s'était chargé d'obtenir la levée de la défense.
-Comment l'obtint-il? Nous ne savons. La seule chose certaine, c'est
-la vivacité des désirs de cette société frivole. «Hors du _Mariage
-de Figaro_ point de salut,» écrivait Vaudreuil au duc de Fronsac, et
-celui-ci dépêchait en toute hâte un courrier à Beaumarchais, alors en
-Angleterre, afin d'obtenir prompte satisfaction pour l'impatience de
-son ami, de «ces dames», et du comte d'Artois[1697].
-
-La brèche était faite. «La présence de Mgr le comte d'Artois et le
-mérite réel de cette charmante pièce détruisaient enfin tous les
-obstacles qui avaient retardé la représentation et conséquemment le
-succès,» écrivait M. de Vaudreuil à l'auteur[1698]. Il ne s'agissait
-plus que de trouver un biais pour achever de démanteler la place.
-Le biais fut trouvé. Le Roi, assailli de sollicitations, répondit
-qu'il y avait encore des choses qui ne devaient pas rester dans
-l'ouvrage; qu'il fallait nommer de nouveaux censeurs et que l'auteur
-ferait d'autant plus facilement des coupures que la pièce était
-longue. C'était capituler. Les nouveaux censeurs ne s'y trompèrent
-pas: ils demandèrent quelques modifications sans importance et, le
-27 avril 1784, _le Mariage de Figaro_ fut joué au Théâtre-Français.
-Louis XVI croyait à un échec; convaincu que les suppressions exigées
-retrancheraient tout l'intérêt et par là enlèveraient toute la saveur
-de la pièce, il demanda à M. de Montesquiou: «Eh bien, qu'augurez-vous
-du succès?»—«Sire, j'espère que la pièce tombera.»—«Et moi aussi,»
-répliqua le Roi[1699],—«Oui, disait de son côté Sophie Arnould, c'est
-un ouvrage à tomber cinquante fois de suite.»
-
-On sait qui eut raison, de Louis XVI ou de Mlle Arnould. «Il y
-a quelque chose de plus fou que ma pièce,» disait Beaumarchais
-lui-même, «c'est le succès.» Qui ne connaît le tableau de la première
-représentation? Tout Paris s'étouffant aux abords du théâtre; «les
-cordons bleus confondus dans la foule et se coudoyant avec les
-Savoyards; les gardes dispersés, les portes enfoncées, les grilles de
-fer brisées sous les efforts des assaillants[1700];» la salle comble;
-Monsieur lui-même venu en grand équipage; le parterre et les loges,
-agressifs ou frivoles, saluant d'acclamations bruyantes toutes ces
-tirades spirituelles ou cyniques, qui minent audacieusement l'ordre
-de choses établi; et, au fond d'une loge grillée, trois hommes, dont
-le nom personnifie trois des puissances du temps, la littérature, le
-Parlement, le gouvernement: Beaumarchais, l'abbé Sabattier, l'abbé de
-Calonne, réunis après un joyeux dîner, jouissant ensemble de ce succès
-tant attendu, ou plutôt assistant gaiement à ce tumulte, qui est comme
-le prélude et l'image de l'assaut livré à la monarchie.
-
-Quelle fut la part de la Reine dans toute cette affaire? Il est
-assez difficile de l'établir. Mme Campan prétend qu'elle «témoigna
-son mécontentement à toutes les personnes qui avaient aidé l'auteur
-du _Mariage de Figaro_ à surprendre le consentement du Roi pour la
-représentation de sa comédie[1701]». D'un autre côté, le regretté
-historien de Beaumarchais, M. de Loménie, cite une lettre du duc de
-Fronsac à Papillon de la Ferté, qui contient cette phrase: «La Reine
-m'a dit que le Roi consentait à ce que _le Mariage de Figaro_ fût joué
-à Gennevilliers[1702].» Marie-Antoinette fut-elle simplement chargée de
-redire à MM. de Fronsac et de Vaudreuil la parole du Roi? Se fit-elle
-près de son mari l'interprète des désirs de son beau-frère et de son
-amie? M. de Loménie penche vers la dernière hypothèse et il part de là
-pour démentir Mme Campan. Nous pensons que les deux opinions ne sont
-pas inconciliables. Il se pourrait,—quoique cela ne soit nullement
-établi,—que, cédant aux obsessions de sa société, la Reine ait aidé M.
-de Vaudreuil à obtenir de Louis XVI l'autorisation qu'il sollicitait.
-Mais il est fort probable aussi qu'elle ait cru, comme l'affirme Mme
-Campan, que Beaumarchais avait fait, dans son œuvre, les «grands
-changements» dont il se vantait dans sa lettre au lieutenant de police;
-que ce soit dans cette pensée, et pour «juger les sacrifices faits
-par l'auteur», qu'elle ait appuyé la demande que faisait, sous _ce
-prétexte même_[1703], M. de Vaudreuil, et qu'ensuite, désabusée sur
-l'étendue de ces _sacrifices_ de Beaumarchais, elle n'ait pas dissimulé
-son mécontentement à ceux qui s'étaient ainsi prêtés à la tromper et
-à tromper le Roi[1704]. Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'elle
-n'assista pas à la représentation de Gennevilliers, et qu'on ne la voit
-plus paraître, à aucun titre, dans les négociations qui suivirent pour
-obtenir une permission de représentation publique, pour laquelle Louis
-XVI, nous l'avons dit, exigea l'examen de deux nouveaux censeurs.
-
-Mais la Reine était femme; elle était vive; elle oubliait vite, trop
-vite même, les offenses surtout. Le Roi, dans un moment d'humeur,
-provoqué, dit-on, par une plainte de Monsieur, avait envoyé
-Beaumarchais non pas à la Bastille, mais, ce qui était plus humiliant,
-à Saint-Lazare. La Reine, comme le public, et le Roi lui-même, quand
-il fut plus calme, vit là une injustice; elle voulut la réparer
-délicatement: elle entreprit de jouer elle-même, sur son petit théâtre
-de Trianon, non pas sans doute _le Mariage de Figaro_, mais _le
-Barbier de Séville_, et par une distinction inusitée, elle y invita
-l'auteur. Les répétitions se firent sous la direction de Dazincourt,
-qui venait de remporter un éclatant succès dans _le Mariage de Figaro_;
-la représentation eut lieu le 19 août 1785. La Reine jouait Rosine;
-elle affectionnait ces rôles de jeune femme, moitié naïve, moitié
-rusée, simple et coquette à la fois. Le comte d'Artois faisait Figaro;
-M. de Vaudreuil, Almaviva; le duc de Guiche, Bartholo; le bailli de
-Crussol, Basile. C'était un spectacle en tout petit comité; au dire de
-Grimm, ce fut un succès. «Le petit nombre de spectateurs admis à cette
-représentation, écrit-il, y a trouvé un accord, un ensemble qu'il est
-bien rare de voir dans des pièces jouées par des acteurs de société;
-on a remarqué surtout que la Reine avait répandu, dans la scène du
-4me acte, une grâce et une vérité qui n'auraient pu manquer de faire
-applaudir avec transport l'actrice même la plus obscure.»
-
-«Nous tenons ces détails, ajoute-t-il, d'un juge sévère et délicat,
-qu'aucune prévention de cour n'aveugle jamais sur rien[1705].»
-
-Pour l'artiste, c'était un triomphe; pour la souveraine, une
-imprudence. Si petit que fût le nombre des spectateurs, le bruit
-d'une pareille représentation dépassa vite les bornes de l'étroite
-enceinte où elle était renfermée, et il devait paraître étrange de
-voir un prince du sang lancer,—le fît-il avec talent,—sur le théâtre
-particulier de la Reine, ces vives ironies de Figaro, qui n'étaient,
-sous une forme plus gaie, que l'éternelle et envieuse protestation de
-tout ce qui est petit contre ce qui est grand.
-
-Était-ce donc, de la part de Marie-Antoinette, fantaisie irréfléchie,
-entraînement du plaisir, vanité d'artiste, simple entêtement féminin?
-
-Nous croyons qu'il y eut plus et mieux que cela.
-
-Peut-être cette entreprise, née d'une pensée de bienveillance et de
-réparation,—c'est l'opinion de Grimm,—pour un auteur injurieusement
-traité, poursuivie d'abord par l'attrait d'un divertissement aimé, ne
-fut-elle poussée jusqu'au bout que dans un sentiment délicat de respect
-de soi-même. Peut-être la Reine craignit-elle que, si elle renonçait
-à un projet préparé et annoncé à l'avance, elle ne parût plus émue
-qu'il ne convenait à son honneur et à sa dignité du grave événement qui
-mettait le palais en rumeur et que la méchanceté populaire était prête
-à exploiter contre elle. Quatre jours auparavant, en effet, un violent
-coup de tonnerre avait éclaté dans ce ciel de Versailles, qui, depuis
-quelque temps, se chargeait de tant de nuages.
-
-On était en plein procès du Collier.
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
- Procès du Collier[1706].
-
-
-Une intrigante, un faussaire et une dupe: tels sont les auteurs
-principaux, tel est en trois mots le résumé du drame étrange, ou plutôt
-de l'immense escroquerie, qui porte dans l'histoire le nom de _Procès
-du Collier_.
-
-L'intrigante, ce fut la comtesse de la Motte-Valois; le faussaire,
-Rétaux de Villette; la dupe, le prince Louis de Rohan, archevêque de
-Strasbourg, grand aumônier de France et cardinal; la victime vraie, la
-Reine.
-
-Ce n'était cependant pas la première fois que des fripons abusaient du
-nom de Marie-Antoinette. Dès 1777, la femme d'un trésorier de France,
-nommé Cahouet de Villiers, jadis mêlée aux intrigues qui avaient porté
-à la Cour Mme du Barry[1707], avait donné l'exemple et en quelque sorte
-tracé la voie à Mme de la Motte. Intimement liée avec un intendant
-des finances de la Reine, M. de Saint-Charles, elle avait réussi, par
-l'intermédiaire de ce dernier, à se procurer un registre aux armes de
-Marie-Antoinette et des ordonnances à brevet, signées d'avance; puis,
-en contrefaisant habilement l'écriture royale, elle avait fabriqué de
-fausses lettres, où la jeune princesse dans le style le plus familier
-et le plus tendre, la priait de faire pour elle l'acquisition de
-divers objets de fantaisie[1708]. Ces billets et ce registre, montrés
-avec un certain mystère; des confidences, habilement semées sur de
-prétendues audiences obtenues à Versailles, avaient accrédité l'opinion
-que Mme de Villiers jouissait en effet d'une auguste confiance.
-Poussant alors l'audace plus loin, elle inventa de nouvelles lettres,
-où la Reine la chargeait de lui procurer des sommes relativement
-considérables, dont elle avait, disait-elle, un pressant besoin, et
-qu'elle n'osait pas demander au Roi. Dupes de ce crédit supposé, et
-jaloux de faire ainsi leur cour à leur souveraine, un trésorier du
-duc d'Orléans, Béranger, et un banquier, nommé de Lafosse, remirent à
-l'intrigante, le premier cent mille écus, le second cent mille francs.
-
-Mais Béranger eut des doutes; il les communiqua à M. de Sartines; la
-fraude fut découverte; Mme de Villiers arrêtée. Mercy aurait voulu
-que la connaissance de cette ténébreuse machination fût renvoyée à
-la justice ordinaire. «Tout ce qui tient à la gloire de la Reine,
-disait-il, doit être mis dans le plus grand jour[1709].» Mais le
-comte de Maurepas s'opposa à un jugement public. Craignit-il l'éclat
-du scandale? Eut-il peur, comme l'insinuaient quelques-uns, que son
-neveu d'Aiguillon fût impliqué dans l'affaire[1710]? Toujours est-il
-qu'une commission spéciale fut saisie du procès. M. de Villiers, mis
-personnellement hors de cause, mais condamné au remboursement des
-sommes volées, fut ruiné par cette restitution; sa femme fut enfermée
-à Sainte-Pélagie, et l'affaire, après avoir fait un peu de bruit, ne
-tarda pas à être oubliée[1711].
-
-Mais si hardie que fût l'entreprise, qu'était-ce que ce misérable
-larcin de quatre cent mille francs, à côté du coup de main gigantesque,
-rêvé et exécuté par Mme de la Motte?
-
-Jeanne de Saint-Rémy-Valois, comtesse de la Motte, descendait d'un
-baron de Saint-Rémy, fils naturel de Henri II. Dernier représentant
-de cette branche d'origine royale, jadis propriétaire des importants
-domaines d'Essoye, de Fontette et de Vazelle, mais depuis longtemps
-tombé dans la misère, son père, après avoir vécu de chasse et de
-maraudage[1712], était mort à l'hôpital; sa mère avait suivi un
-soldat. Restée sans ressources, avec un frère plus jeune qu'elle,
-Mlle de Saint-Rémy avait d'abord vécu de la charité publique. Le
-curé de sa paroisse, ému de compassion pour ces tristes débris d'une
-race déchue, les avait recommandés à l'évêque de Langres, Mgr de la
-Luzerne, et à la marquise de Boulainvilliers, femme du prévôt de Paris,
-qui habitait aux environs de Fontette. Le prélat et la grande dame
-s'intéressèrent aux enfants, mirent le fils dans une maison d'éducation
-à Bar-sur-Seine[1713] et les filles en pension à Passy[1714], où Mme de
-Boulainvilliers les prit sous sa protection.
-
-«Ainsi, dit le comte Beugnot, qui les avait beaucoup connus, les
-derniers descendants de Valois passèrent de l'état presque sauvage à
-l'état civilisé[1715].» Six ans après, Jeanne de Saint-Rémy sortit de
-la pension de Passy et fut placée chez une maîtresse, où elle resta
-trois années pour apprendre l'état de couturière[1716].
-
-D'un autre côté, Mgr de la Luzerne avait fait remettre à Chérin les
-papiers des orphelins. Chérin vérifia la généalogie, en reconnut
-l'authenticité, et, sur un certificat délivré par lui, le Roi accorda
-au fils du baron de Valois une pension de huit cents francs et son
-admission gratuite dans la marine, où il se conduisit bien et parvint
-au grade de lieutenant de vaisseau; à chacune des filles, une pension
-égale à celle de leur frère «à titre de subsistance[1717]», et, au
-bout de deux années passées chez Mme de Boulainvilliers, une place à
-l'abbaye d'Yerres, près Montgeron d'abord[1718], puis à l'abbaye de
-Longchamps, avec l'espérance secrète que le fils prononcerait ses vœux
-dans l'ordre de Malte, et que les filles, une fois entrées au couvent,
-n'en sortiraient plus[1719].
-
-Mais ce n'était pas l'affaire de Mlle de Valois, qui ne se sentait
-aucun goût pour la vie religieuse. Un beau matin, les deux sœurs
-s'évadèrent de Longchamps et, après un voyage accidenté, vinrent
-échouer à Bar-sur-Aube, à l'auberge de la _Tête-rouge_, avec six francs
-dans leur poche. Une dame du pays, Mme de Surmont, touchée de pitié,
-les reçut chez elle et les mit momentanément à l'abri du besoin[1720].
-
-Jeanne de Saint-Rémy, sans être précisément belle, avait cette grâce
-piquante qui séduit souvent plus que la beauté. Sa taille était
-médiocre, mais svelte et bien prise; sa bouche trop grande mais bien
-garnie; ses yeux bleus, cachés sous des sourcils noirs; sa main bien
-faite; son pied très petit; son teint d'une blancheur remarquable;
-son sourire enchanteur. Sans instruction, mais d'un esprit vif et
-pénétrant, d'un caractère entreprenant et hardi, affectant au besoin
-la timidité et la douceur, mais résolue à arriver à son but, sans
-principes d'ailleurs qui la gênassent, elle voulut plaire et elle
-plut. Un neveu de Mme de Surmont, le comte de la Motte, qui servait
-dans la gendarmerie, était venu en congé de semestre dans sa famille;
-au bout de peu de mois, le 6 juin 1780, un mariage nécessaire faisait
-de lui l'époux de la descendante de Henri II. Il apportait à sa femme
-un beau nom, une expression de figure assez aimable, malgré un visage
-laid, beaucoup de dettes et peu de scrupules, une grande habileté
-aux exercices du corps, et un esprit tourné vers les aventures
-subalternes[1721].
-
-Il fallait vivre, et l'on n'avait rien qu'une pension de huit cents
-livres. Mme de Surmont avait mis le jeune ménage à la porte de chez
-elle. Une sœur de M. de la Motte, Mme de Latour, chez qui l'on se
-retira dans le premier moment, «n'ayant elle-même qu'un peu moins
-qu'il lui fallait pour vivre, ne pouvait pas longtemps supporter
-la survenance des deux nouveau venus[1722].» Le mari rejoignit son
-régiment à Lunéville et Nancy. Mais la misère venait: on résolut
-d'exploiter le certificat de Chérin et le souvenir des Valois. On eut
-recours à Mme de Boulainvilliers, qui, toujours bienveillante pour
-sa protégée, la présenta, au mois de septembre 1781[1723], au grand
-aumônier de France, le cardinal de Rohan, en ce moment à son château
-de Saverne.
-
-C'était un premier pas; mais Mme de la Motte rêvait mieux. Au mois
-de novembre de la même année, M. de la Motte donna sa démission, et
-les deux époux partirent pour Paris, ce grand refuge de tous les
-intrigants et tous les déclassés. Le malheur les y poursuivit; à peine
-y étaient-ils arrivés que leur protectrice, Mme de Boulainvilliers,
-mourut de la petite vérole[1724]. Mme de la Motte ne se découragea
-pas: elle s'installa avec son mari dans un mauvais hôtel garni de la
-rue de la Verrerie, l'hôtel de Reims[1725], y vécut de privations et
-d'expédients, multiplia ses démarches, obtint pour M. de la Motte
-une place de surnuméraire dans les gardes du corps de M. le comte
-d'Artois, eut une audience du maréchal de Richelieu[1726], se fit
-voir à Versailles, y prit une chambre garnie, pénétra jusqu'au salon
-de service de Madame, feignit d'y tomber en défaillance, et reçut de
-la princesse, émue de pitié, un secours de quelques louis, s'adressa
-de tous côtés, à M. d'Ormesson, à M. de Calonne, à la duchesse
-d'Orléans, en obtint des sommes peu considérables, aumônes plutôt
-que présents[1727], échoua près de la comtesse d'Artois[1728], rêva
-dès lors, et malgré ces échecs, de s'élever plus haut, jusqu'à la
-Reine[1729]; alla, en attendant, à Luciennes, solliciter de Mme du
-Barry une place de dame de compagnie, ou tout au moins la remise d'un
-placet au Roi[1730]; puis enfin, criblée de dettes, ne recevant que
-des paroles vagues ou de maigres secours, ne sachant à quel saint se
-vouer, se retourna vers le grand seigneur auquel l'avait recommandée sa
-protectrice, et, au mois de juin 1782, demanda une audience au cardinal
-de Rohan. Elle le vit, lui plut, le toucha par le tableau de sa misère,
-revint le voir; avec son esprit vif et pénétrant, ne tarda pas à le
-juger, et, sentant qu'elle avait trouvé là, dans ce prélat vaniteux,
-prodigue et libertin, une mine aussi abondante que facile, s'y attacha
-et ne le quitta plus.
-
-Louis-René-Edouard, prince et cardinal de Rohan, grand aumônier de
-France, n'étant encore que coadjuteur de son oncle, l'évêque de
-Strasbourg, et connu alors sous le nom de prince Louis, avait été
-nommé, en 1771, grâce à l'influence de deux membres de sa puissante
-maison, la comtesse de Marsan et le prince de Soubise, ambassadeur
-à Vienne. Une assez mauvaise réputation l'y avait précédé, et
-Marie-Thérèse avait été tentée un moment de refuser ce «mauvais
-sujet[1731]», «plus soldat que coadjuteur[1732],» disait la Reine.
-Léger, peu sûr, d'un caractère porté à l'intrigue, libéral et fastueux
-jusqu'à la prodigalité, sans jugement et sans mœurs, mais avec une
-tournure noble[1733], les dehors séduisants d'un homme du monde et les
-grandes manières d'un homme de race, le prince de Rohan était à la fois
-l'idole des dames et un sujet de scandale pour les gens sérieux. Sa
-conduite en Autriche ne démentit pas l'opinion qu'on s'était formée sur
-son compte. Il avait cherché d'abord à se concilier les bonnes grâces
-de l'Impératrice, en affichant une réserve presque puritaine; mais la
-contrainte qu'il s'était imposée ne put durer, et, au bout de deux
-mois à peine, Marie-Thérèse écrivait:
-
-«Je ne saurais donner mon approbation à l'ambassadeur Rohan; c'est
-un gros volume, farci de bien mauvais propos, peu conformes à son
-état d'ecclésiastique et de ministre, et qu'il débite avec impudence
-en toute rencontre; sans connaissance d'affaires et sans talents
-suffisants, avec un fonds de légèreté, présomption et inconséquences.
-On ne saurait faire compte ni sur ses explications, ni sur ses
-rapports. La cohue de sa suite est de même, sans mérite et sans
-mœurs. Je ne vous le dis pas dans le but de vous faire demander son
-rappel; mais si sa Cour prenait elle-même ce parti, je serais très
-contente[1734].»
-
-Pendant deux ans, ce furent les mêmes plaintes contre «ce mauvais
-original d'extravagances et d'étourderies[1735]», qui ne respectait
-rien, pas même son caractère sacré, et se qualifiait cyniquement
-lui-même de «prêtraille[1736]». La conduite des gens de l'ambassade
-n'était pas mieux réglée que celle de l'ambassadeur; valets et maître
-étaient à l'unisson.
-
-Tandis que les premiers maltraitaient les secrétaires de la Cour,
-foulaient aux pieds de leurs chevaux les sentinelles du palais,
-rouaient de coups les paysans des environs, se faisaient rosser à
-leur tour, et, par leurs provocations perpétuelles, réveillaient,
-chez le peuple de Vienne, les vieilles antipathies nationales contre
-les Français, le second usait de ses privilèges d'ambassadeur pour se
-livrer à la contrebande, ce qui ne l'empêchait pas d'être perdu de
-dettes, malgré sa grande fortune et ses riches abbayes, traversait
-en équipage de chasse une procession de la Fête-Dieu, bravait
-l'opinion, narguait l'Impératrice, supposait de fausses lettres de
-Marie-Thérèse[1737], inondait la Cour de Versailles et les salons de
-Paris, voire même ceux de Vienne, de propos méchants et mensongers
-contre la mère et la fille, et réussissait même à soulever contre
-la Dauphine la mauvaise humeur de l'Empereur[1738]. Son secrétaire,
-l'abbé Georgel, ancien Jésuite, intrigant, vindicatif, l'aidait
-puissamment dans cette honnête besogne de calomnies et de fabrications
-de lettres[1739].
-
-Les choses en étaient venues à ce point que Marie-Thérèse redoutait
-pour sa fille la rancune du prince Louis[1740] et que l'ardeur avec
-laquelle elle souhaitait son départ la laissait même indifférente
-au choix de son successeur[1741]. En revanche, la société de
-Vienne ne déguisait pas ses sympathies pour un personnage dont
-les larges dépenses, le grand train de maison, les manières
-galantes l'éblouissaient; toutes les dames, jeunes ou vieilles,
-laides ou belles, raffolaient de lui[1742]. Joseph II, tout en le
-méprisant[1743], s'amusait de ses «bavardages et turlupinades», et
-Kaunitz, plus soucieux des intérêts de la politique que de ceux
-de la morale, s'arrangeait fort d'un ministre dont la légèreté ne
-«l'incommodait pas[1744]».
-
-On a voulu faire du prince de Rohan une victime des ressentiments
-de l'Autriche, sacrifiée par Marie-Antoinette, parce qu'il avait
-habilement découvert les secrets de la diplomatie impériale. La
-réponse à cette assertion de quelques historiens se trouve dans cette
-phrase de Marie-Thérèse: «L'ambassadeur Rohan est toujours le même;
-l'Empereur et Kaunitz le goûtent assez; l'un s'amuse à lui faire dire
-des misères et l'autre est content de son peu de capacité[1745].» La
-vérité est que le futur héros du procès du Collier n'était pas meilleur
-diplomate qu'il n'était prélat régulier, et que Marie-Antoinette, en
-lui témoignant en toute circonstance une invincible antipathie, n'a
-pas eu à servir les rancunes de sa famille; elle n'a fait que céder à
-la répugnance naturelle d'une âme honnête pour un prêtre si peu digne
-de son état. Le duc d'Aiguillon lui-même appréciait son agent à sa
-juste valeur[1746], et si le prince Louis conservait un poste qu'il
-remplissait si mal, il le devait aux mêmes causes qui l'y avaient
-élevé, au crédit de sa famille et aux intrigues du prince de Soubise et
-de la comtesse de Marsan.
-
-Ce crédit baissa avec l'avènement de Louis XVI, et un des premiers
-actes du nouveau souverain fut le rappel d'un ambassadeur qui, disait
-la Reine, «déshonorait la France plus encore qu'il ne scandalisait
-l'Autriche[1747].» Les dames de Vienne furent au désespoir et ne
-se consolèrent qu'en portant, monté en bague, le portrait de leur
-favori[1748].
-
-Joseph II et Kaunitz avaient leurs motifs de regrets. On fit des
-démarches à Versailles afin d'obtenir le maintien de l'ambassadeur,
-ou tout au moins pour lui un témoignage éclatant de faveur. Le Roi
-fut inflexible: il refusa de recevoir le prince de Rohan; la Reine
-ne voulut pas lui parler[1749]. Une pension de cinquante mille livres
-pour payer ses dettes, jusqu'à ce qu'il fût en possession de l'évêché
-de Strasbourg, fut le seul dédommagement de sa disgrâce[1750]. Mais les
-Rohan ne se décourageaient pas: leur ambition, toujours en éveil pour
-celui sur lequel reposaient, pensaient-ils, les meilleures espérances
-de leur race[1751], ne négligeait aucun moyen d'influence: le prince
-de Soubise, la princesse de Guéménée, sa fille, alors particulièrement
-bien vue de la Reine, la comtesse de Marsan surtout, l'âme de toutes
-ces intrigues et qui, malgré la diminution de sa faveur, conservait
-toujours, aux yeux de Louis XVI, le bénéfice de son ancien titre de
-gouvernante des Enfants de France, réunissaient leurs efforts, soit en
-France, soit à l'étranger, pour accumuler sur la tête du prince Louis
-dignités et richesses.
-
-Tant de persévérance réussit: le roi de Pologne, «digne protecteur d'un
-tel protégé[1752],» disait Marie-Thérèse, obtint, à défaut du Roi de
-France qui se refusait à en faire la demande, le chapeau de cardinal
-pour le coadjuteur de Strasbourg. La Sorbonne le nomma son proviseur,
-le 31 janvier 1782, quoique, pour parler le langage du temps, il ne fût
-pas «de la maison», et qu'on lui reprochât les scandales de sa jeunesse
-et le peu de sûreté de sa doctrine[1753]; et Louis XVI lui-même,
-harcelé par son ancienne gouvernante, lié d'ailleurs par un engagement
-écrit de son aïeul, se laissa aller, dans un moment de faiblesse, à
-assurer au prince la survivance de la charge de grand aumônier.
-
-La Reine eut beau insister auprès de son mari pour annuler ou détourner
-l'effet de cette imprudente promesse; elle eut beau lui faire donner
-sa parole d'honneur que le coadjuteur de Strasbourg n'aurait jamais la
-grande aumônerie de France. Le lendemain même de la mort du titulaire
-de la place, cardinal de la Roche-Aymon, la comtesse de Marsan,
-avertie par Maurepas, était chez le Roi à son réveil, et, malgré
-ses tergiversations et ses répugnances, lui arrachait la nomination
-du prince Louis au poste vacant depuis quelques heures, avec cette
-condition illusoire qu'il donnerait sa démission au bout d'un an.
-C'était le compromis qu'avait imaginé le faible Louis XVI, pour tenir
-sa promesse aux Rohan, sans manquer de parole à la Reine.
-
-Les vœux de l'ambitieuse gouvernante étaient comblés: son favori était
-grand aumônier et cardinal, membre de l'Académie française, proviseur
-de la Sorbonne, supérieur général de l'Hospice des Quinze-Vingts,
-commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, en attendant qu'il fût évêque
-de Strasbourg, abbé de Saint-Waast, de la Chaise-Dieu, de Marmoutiers,
-possesseur de huit cent mille livres de rentes en biens d'église, et,
-s'il se pouvait,—c'était là le couronnement de ses rêves,—premier
-ministre[1754]!
-
-«Je regarde comme un très grand mal que le prince de Rohan occupe cette
-place,—de grand aumônier,—disait Mercy; son audace en intrigue peut
-devenir dangereuse à la Reine[1755].» Et Marie-Thérèse de son côté
-écrivait à sa fille:
-
-«La place que Rohan doit occuper m'afflige; c'est un cruel ennemi, tant
-pour vous que pour ses principes, qui sont des plus pervers. Sous un
-dehors affable, facile, prévenant, il a fait beaucoup de mal à Vienne,
-et je dois le voir à côté du Roi et de vous! Il ne fera guère non plus
-honneur à sa place comme évêque[1756].»
-
-Les pressentiments de Mercy et de Marie-Thérèse ne les trompaient pas;
-mais ce fut moins peut-être l'audace du prince que sa vanité qui devint
-dangereuse. Traité par Marie-Antoinette avec une froideur marquée,
-mal reçu même quand il vint faire les remerciements d'usage[1757],
-irrité, humilié, froissé dans son amour-propre de grand seigneur,
-alarmé dans son ambition de courtisan, sentant que le crédit de la
-Reine grandissait chaque jour et que l'avoir pour ennemie c'était se
-condamner à l'impuissance, le cardinal, sans que ses amis renonçassent
-pour lui à leur guerre de menées secrètes, de propos malveillants
-et d'attaques anonymes[1758], se donnait personnellement et
-ostensiblement tout le mal possible, écrivait lettres sur lettres pour
-rentrer en grâce et se procurer un accès favorable près de la jeune
-souveraine[1759]. Il n'aboutissait qu'à l'importuner, sans réussir à la
-faire changer d'avis sur son compte[1760].
-
-L'inutilité de ses démarches ne le rebutait pas, et son désir aveugle,
-irrité par l'insuccès, le rendait capable de toutes les extravagances.
-S'il faut en croire Mme Campan, il se serait laisser duper une
-première fois par une femme Goupil, intrigante consommée, échappée de
-la Salpêtrière, qui lui avait laissé croire qu'elle le raccommoderait
-avec la Reine[1761]. Plus tard, lorsque Marie-Antoinette donna au comte
-et à la comtesse du Nord un souper et une fête à Trianon, le cardinal
-avait eu la présomptueuse fantaisie de s'introduire dans le jardin;
-n'osant en demander la permission à la Reine, qui l'aurait refusée,
-il avait gagné le concierge en lui promettant de rester dans sa loge;
-mais il n'avait pas su tenir son engagement, s'était placé par deux
-fois sur le passage de la famille royale, et, malgré la redingote
-dont il avait affublé son incognito, ses bas rouges l'avaient trahi.
-La Reine, courroucée de l'audace du prélat et de la complaisance du
-concierge, avait, le lendemain même, renvoyé ce dernier, et il avait
-fallu les sollicitations pressantes de Mme Campan, touchée de la misère
-d'un père de famille, pour que l'infidèle employé fût réintégré dans
-ses fonctions[1762]. Mais si la souveraine consentait à pardonner
-au suborné, elle ne négligeait aucune occasion de manifester son
-indignation et son mépris au suborneur. Elle n'était pas seulement
-inflexible, elle était inaccessible[1763]. Malgré les démarches de sa
-famille, malgré ses propres efforts, l'infortuné cardinal ne pouvait
-obtenir d'elle ni une parole, ni même un regard. Tous les mémoires
-du temps, comme les pièces du procès l'attestent[1764]: jamais,
-croyons-nous, fait historique n'a été mieux établi que cette antipathie
-profonde, réfléchie, persévérante de Marie-Antoinette contre le prince
-de Rohan, et, se développant parallèlement, le désir immodéré de ce
-dernier de fléchir une rigueur, si préjudiciable à son ambition, si
-mortifiante pour sa vanité.
-
-Les choses en étaient là, et le cardinal était tout meurtri encore de
-sa récente escapade de Trianon[1765], lorsque, le 24 juin 1782, il
-entra en relations avec Mme de la Motte. Quelle fut l'importance des
-secours accordés par le grand aumônier à la descendante des Valois? Se
-bornèrent-ils à quelques louis octroyés de distance en distance, comme
-le prétendit le cardinal[1766]? S'élevèrent-ils à la somme considérable
-de quatre-vingt mille livres, comme l'affirma Mme de la Motte[1767]?
-
-Malgré le mystère qui règne sur ce point, la situation, longtemps
-précaire, des époux la Motte, leurs expédients, tels que: engagements
-d'effets, vente de brevet de pension, emprunts, etc., ce mélange même
-de faste apparent et de gêne réelle, qui est le luxe et le signe des
-besogneux, semblent donner raison au cardinal. Mais en même temps il
-ne paraît pas moins certain que, pendant deux ans, les rapports de Mme
-de la Motte avec l'évêque de Strasbourg furent assez fréquents, plus
-fréquents que le prince ne consentit à l'avouer plus tard[1768]. Touché
-par la situation malheureuse de cette femme, séduit par son esprit,
-captivé par sa grâce, enlacé par son habileté, il ne tarda pas à subir
-son charme et à le montrer. Dès 1783, il la cautionnait d'une somme
-de cinq mille cinq cents livres, empruntée à un Juif de Nancy[1769],
-l'appuyait près du contrôleur général[1770], lui donnait des conseils
-pour la rédaction des mémoires qu'elle présentait au Roi et aux
-ministres[1771], la recevait à Strasbourg, écoutait ses confidences, et
-vraisemblablement lui faisait les siennes.
-
-Au bout de deux ans, l'intérêt que le grand aumônier portait à Mme de
-la Motte et sa confiance en elle étaient assez établis pour qu'un beau
-jour, au mois de mars 1784, elle ait osé lui faire le récit suivant:
-
-«Elle était enfin arrivée, ou du moins près de toucher à son but. Grâce
-à une haute faveur, les terres, la fortune, le rang de sa famille
-allaient lui être rendus. Et la protectrice qui la patronnait n'était
-autre que.... la Reine. Cette princesse, émue de l'infortune imméritée
-de la petite-fille de Henri II, ne pouvait souffrir que le sang des
-Valois fût réduit à une position aussi précaire. Elle en soutenait les
-restes de son appui; elle faisait plus: elle les honorait de son amitié
-et leur accordait sa confiance[1772], et ne dédaignait pas, dans les
-entrevues secrètes qu'elle avait avec Mme de la Motte, de la charger
-des plus délicates missions.»
-
-Rien n'était vrai dans ce récit, et, dix-huit mois plus tard,
-Marie-Antoinette pouvait affirmer hautement que «cette intrigante du
-plus bas étage n'avait nulle place à Versailles et n'avait jamais
-eu d'accès près d'elle[1773]». Mme de la Motte elle-même, dans son
-interrogatoire du 20 janvier 1786, fut contrainte d'avouer «_qu'elle
-n'avait jamais eu occasion ni prétexte de parler à la Reine_[1774]».
-Une seule fois, le 2 février 1783, elle lui avait présenté un placet;
-Marie-Antoinette avait passé outre, sans faire attention à la
-solliciteuse et sans garder de sa personne aucun souvenir[1775]. Seule
-de la famille royale, Madame s'était un instant intéressée à la petite
-fille des Valois et avait fait porter sa pension de huit cents livres à
-quinze cents[1776]. Mais à cela s'étaient bornées les hautes relations
-de Mme de la Motte à Versailles. Le cardinal n'eût pas dû l'ignorer, et
-quoiqu'il ait prétendu que sa disgrâce ne le mettait pas «à portée de
-connaître ces détails[1777]», le crédit des Rohan était assez puissant
-et ses rapports avec la Cour assez fréquents pour qu'il eût pu vérifier
-les faits, s'il l'avait voulu. Mais il ne semble pas y avoir songé
-sérieusement. Fasciné par Mme de la Motte, il la crut sur parole. Pour
-achever de le captiver, elle lui montra, avec des apparences de mystère
-qui doublaient l'importance de la communication, des lettres qu'elle
-prétendait lui avoir été écrites par la Reine; «elle commettait des
-faux pour accréditer des mensonges[1778].» Ces lettres contenaient
-des mots de bonté à son adresse, des expressions familières et
-affectueuses: «ma chère comtesse», «mon cher cœur.» Le cardinal eût pu
-contrôler l'écriture; il ne s'en inquiéta même pas.
-
-De solliciteuse, l'habile intrigante se posa en protectrice: pleine de
-gratitude pour les bontés de M. de Rohan, elle était prête à employer
-en sa faveur le crédit que lui assurait la bonté de Marie-Antoinette.
-Mieux encore, elle avait commencé déjà, et les premiers indices qu'il
-lui avait été donné de recueillir étaient de nature à lui inspirer les
-plus sérieuses espérances[1779]. Il n'y avait plus qu'à achever une
-œuvre en si bonne voie, et c'est à quoi elle ne manquerait pas.
-
-On croit aisément ce qu'on désire: le cardinal fut séduit. Rentrer dans
-les bonnes grâces de la Reine, c'était le plus cher de ses rêves.
-Comment douter de la parole d'une femme qui s'apprêtait à lui rendre
-un tel service, d'une femme, d'ailleurs, il faut le dire, à laquelle
-lui-même n'avait jamais fait que du bien[1780]? En rouée consommée,
-Mme de la Motte avait soin de tenir le crédule prélat sans cesse en
-haleine: «les préventions de la Reine se dissipaient peu à peu; sa
-sévérité fléchissait; elle consentait même à ce que M. de Rohan lui
-exposât par écrit sa justification.» Aussitôt le cardinal s'empresse
-de rédiger un mémoire où il accumule tout ce qui lui paraît propre à
-dissiper le mécontentement de la souveraine. Le mémoire est confié à
-Mme de la Motte, et, quelques jours après, l'aventurière rapporte une
-prétendue réponse de la Reine, ainsi conçue:
-
-«J'ai lu votre lettre; je suis charmée de ne plus vous trouver
-coupable. Je ne puis encore vous accorder l'audience que vous désirez.
-Quand les circonstances le permettront, je vous ferai prévenir. Soyez
-discret[1781].»
-
-Le cardinal est transporté; il répond à ce billet quelques lignes,
-où il se confond en remercîments. Et dès lors s'établit, entre
-lui et Marie-Antoinette, par l'intermédiaire de la comtesse, une
-correspondance supposée, qui achève l'aveuglement du malheureux prélat:
-correspondance remplie, de la part du cardinal, d'une exagération de
-reconnaissance dont rien ne saurait donner l'idée, et en même temps
-des plus incroyables rêves d'ambition; pleine, dans les lettres de
-la Reine, de sentiments d'intérêt et de confiance. Ces prétendues
-lettres, écrites sur du petit papier bleu à vignettes et à tranches
-dorées[1782], étaient tout simplement fabriquées, sous la direction
-de Mme de la Motte, par un ami de son mari, qui n'avait pas tardé
-à devenir le sien, et même un peu plus, sous le nom de secrétaire,
-Rétaux de Villette: ancien gendarme, criblé de dettes, habitué à
-vivre d'expédients, comme les la Motte, et, comme eux, fort peu
-délicat sur le choix des expédients; esprit souple et insinuant;
-bon enfant, d'ailleurs, qui avait une certaine teinte d'arts et de
-littérature[1783], et qui se jetait assez étourdiment dans cette
-affaire; car il ne prenait pas même soin de déguiser son écriture et
-d'imiter celle de la Reine[1784]. Mais le cardinal n'y regardait pas de
-si près. Tout entier à ses espérances, il ne voyait rien.
-
-Une seule chose lui manquait. Cette assurance de pardon, qu'on lui
-donnait par lettres, il eût voulu l'avoir de vive voix; il lui tardait
-de l'entendre de la bouche même de la souveraine. Cette audience,
-qu'on lui promettait, mais qu'on reculait toujours, n'aurait-elle
-donc pas lieu? Mme de la Motte, embarrassée, hésitait, ajournait,
-éludait. Mais le prélat devenait pressant, et la comtesse, poussée
-à bout, finit par annoncer que la Reine consentait à voir le grand
-aumônier. Toutefois, comme il ne lui convenait pas encore de donner
-un éclat prématuré à un changement de conduite, qui ne manquerait pas
-d'avoir à la Cour un vif retentissement, ce n'était pas en public,
-mais le soir, dans les jardins de Versailles, qu'elle lui parlerait.
-L'aveugle prélat crut tout: un charlatan célèbre, qui vivait dans son
-intimité, et dans lequel il avait une absolue confiance, Cagliostro, ne
-venait-il pas de lui prédire que son heureuse correspondance pondance
-le placerait au plus haut point de sa fortune, et que son influence
-dans le gouvernement allait devenir prépondérante[1785]? A partir de
-ce jour, haletant, anxieux, si heureux qu'il se demandait parfois s'il
-n'était pas le jouet d'un rêve, l'oreille tendue, l'œil aux aguets, le
-cardinal, vêtu d'une longue lévite bleue, le chapeau en clabaud, se
-promenait dans le parc du Château, accompagné d'un des gentilshommes
-de sa maison, le baron de Planta, attendant l'instant béni qui devait
-décider de sa fortune et couronner ses espérances[1786].
-
-Un soir, le 24 juillet, à onze heures, Mme de la Motte vient à lui:
-«Vite! dit-elle, la Reine permet que vous approchiez d'elle.» Il court,
-il vole, il précipite sa marche, quoique avec un certain mystère; il
-arrive dans une allée, près d'une charmille[1787]; il aperçoit une
-femme vêtue de blanc, qui lui tend une rose et murmure ces mots: «Vous
-savez ce que cela veut dire.» Puis, tout à coup, un homme paraît:
-«Voici, dit-il à mi-voix, Madame et Mme la comtesse d'Artois qui
-s'avancent.»—«Vite, vite!» s'écrie Mme de la Motte. La femme rentre
-brusquement dans la charmille, et le cardinal se retire, convaincu
-qu'il a vu la Reine et rêvant les plus brillantes destinées. L'entrevue
-n'a duré qu'une minute[1788]; mais cette minute l'a payé de bien des
-peines.
-
-Que s'était-il donc passé? Que signifiait cette scène? Et quelle était
-cette femme?
-
-Dans les premiers jours de juillet, M. de la Motte avait rencontré
-au Palais-Royal une jeune femme, dont la ressemblance avec la Reine
-l'avait frappé. C'était une demoiselle Le Guay, «fille du monde,»
-comme on disait alors, «barboteuse des rues,» écrivait plus tard
-Marie-Antoinette; connue, dans la société équivoque où elle vivait,
-sous le nom de Mlle d'Oliva. Il l'avait suivie à son domicile et
-avait lié connaissance avec elle. Sept ou huit jours après[1789], il
-lui annonçait qu'une personne de très grande distinction désirait la
-voir et qu'il la lui amènerait le soir même. Le soir en effet, la
-dame en question, qui n'était autre que Mme de la Motte, venait à son
-tour. «Mon cher cœur, dit-elle, vous ne me connaissez pas; mais ayez
-confiance dans ce que je vais vous dire. Je suis femme attachée à la
-Cour.» Et elle ajouta: «Je suis les deux doigts de la main avec la
-Reine; elle m'a mise dans toute sa confiance et elle m'a chargée de
-trouver une personne qui soit disposée à faire quelque chose pour elle,
-quand il sera temps. J'ai jeté les yeux sur vous. Si vous y consentez,
-je vous ferai présent d'une somme de quinze mille francs, et le cadeau
-de la Reine vaudra bien davantage[1790].» Comme preuve à l'appui de
-son dire, elle exhibait la fameuse lettre fausse qui avait déjà séduit
-et convaincu le cardinal de Rohan. Surprise d'une proposition de cette
-nature, mais éblouie par le nom de la Reine et par la perspective d'une
-protection qu'elle n'avait jamais rêvée, Mlle d'Oliva accepta. Il fut
-convenu que le lendemain M. de la Motte la prendrait en voiture pour
-la conduire à Versailles. Ce qui fut dit fut fait: à l'heure fixée, M.
-de la Motte vint chercher sa nouvelle amie avec son compère Rétaux
-de Villette, et tous trois prirent la route de Versailles; Mme de la
-Motte les y avait devancés, avec sa femme de chambre, Rosalie Briffaut.
-On descendit place Dauphine, à l'_Hôtel de la Belle-Image_, résidence
-habituelle de la comtesse.
-
-Les deux intrigants feignirent de sortir un moment; puis ils rentrèrent
-et annoncèrent à Mlle d'Oliva que la Reine était entièrement satisfaite
-et attendait avec impatience la journée du lendemain.
-
-«Qu'aurai-je donc à faire?» demanda Mlle d'Oliva.—«Vous le saurez
-demain,» répondit mystérieusement Mme de la Motte.
-
-Le lendemain, en effet, était le jour fixé pour la scène de haute
-comédie qui devait se jouer. Quand vint le soir, on procéda à la
-toilette de l'acteur principal. Mme de la Motte ne dédaigna pas d'y
-présider en personne: aidée de sa femme de chambre, elle fit revêtir à
-Mlle d'Oliva, devenue pour la circonstance baronne d'Oliva, une chemise
-blanche, garnie d'un dessous rose[1791], lui jeta sur les épaules un
-mantelet blanc[1792], la coiffa d'une thérèse blanche[1793], puis lui
-remit une lettre et ajouta: «Je vous conduirai, ce soir, dans le parc;
-un très grand seigneur s'approchera de vous; vous lui donnerez cette
-lettre et cette rose en lui disant: «Vous savez ce que cela veut dire.»
-C'est tout ce que vous aurez à faire.»
-
-Les choses se passèrent comme il avait été convenu et comme nous
-l'avons raconté. Le très grand seigneur, il est inutile de le dire,
-n'était autre que le cardinal de Rohan. Troublée par le rôle inattendu
-qu'elle avait à jouer, Mlle d'Oliva oublia bien de remettre la lettre;
-mais le cardinal n'en avait pas besoin. Il avait reçu la rose; il avait
-entendu de la bouche de celle qu'il prenait pour la Reine, des mots qui
-lui semblaient la garantie de son pardon; il n'était plus seulement
-confiant et crédule: il était aveugle. Sa reconnaissance pour Mme de la
-Motte était désormais sans bornes; sa foi en elle, inébranlable.
-
-«Une ardente ambition, dit le comte Beugnot, se confondait chez
-lui avec une affection très tendre. Chacun de ces deux sentiments
-s'exaltait l'un par l'autre, et ce malheureux homme était livré à une
-sorte de délire...»
-
-«J'ai pu lire en courant quelques-unes des lettres qu'il écrivait alors
-à Mme de la Motte: elles étaient toutes de feu; le choc, ou plutôt le
-mouvement des deux passions était effrayant[1794].»
-
-Le temps des travaux est passé; Mme de la Motte n'a plus qu'à
-recueillir les profits[1795] et elle n'est pas d'humeur à attendre
-longtemps. Dès la fin du mois d'août, une lettre, fabriquée par Rétaux,
-demande au cardinal une somme de soixante mille livres pour des gens
-auxquels la Reine s'intéresse. Le prélat n'a pas un instant de doute ni
-d'hésitation. Tout désir de la Reine est un ordre pour lui; le baron
-de Planta porte la somme indiquée à Mme de la Motte, qui, en cette
-circonstance, comme dans toutes les autres, est l'intermédiaire obligée
-entre M. de Rohan et Marie-Antoinette[1796]. Sur ces soixante mille
-francs, quatre mille,—au lieu des quinze mille promis,—sont versés à
-Mlle d'Oliva, qui continue à ne rien comprendre au rôle qu'on lui a
-fait jouer, et qui, au bout de quelque temps, est complètement laissée
-de côté; le reste va subvenir aux dépenses du ménage de la Motte.
-
-Trois mois après, en novembre, nouvelle lettre, sortie, comme la
-précédente, des mains de Rétaux; nouvelle demande, non plus de
-soixante, mais de cent mille francs. Comme la première fois, le
-cardinal paie sans compter; les cent mille livres sont remises par le
-baron de Planta[1797]. Comme la première fois, la somme passe dans la
-caisse des la Motte, et va apaiser leurs créanciers ou solder leurs
-prodigalités.
-
-Leur maison[1798] se monte sur un grand pied: on prend trois
-nouveaux domestiques; on achète une voiture, des chevaux[1799], des
-pendules[1800], des bracelets, des diamants[1801], des pierres de toute
-sorte[1802], une magnifique vaisselle plate[1803]. On n'emprunte plus,
-on prête[1804]. Et, pour mieux accentuer la métamorphose, M. et Mme de
-la Motte se rendent à Bar-sur-Aube, en grand équipage; tant ils sont
-empressés de reparaître, dans tout l'éclat de leur fortune, aux yeux
-de ceux qui les ont vus jadis si misérables. Un fourgon les précède;
-deux courriers les annoncent; un maître d'hôtel de grand air retient
-pour leur dîner les approvisionnements les plus chers. Après ces
-préparatifs, qui ont surexcité la curiosité des Barois, le ménage fait
-lui-même son entrée dans une élégante berline. Seul, le beau-frère
-de M. de la Motte, M. de la Tour, qu'une antipathie mal dissimulée
-rend plus clairvoyant, soupçonne la vérité et qualifie durement son
-beau-frère de «fat», sa belle-sœur de «drôlesse[1805]».
-
-Cependant, le bruit du crédit de Mme de la Motte se répand de tous
-côtés; on en parle à Paris; on en parle à Versailles; elle-même, par
-des réticences habiles, par des exhibitions de prétendues lettres
-royales, toujours écrites par Rétaux, sur le fameux papier bleu à
-vignettes[1806], entretient soigneusement la légende, et le grand
-train qu'elle mène donne plus de créance à ses dires. C'est le miroir
-trompeur qui attire les naïfs, le piège auquel viennent se prendre les
-niais. Le cardinal de Rohan n'est pas le seul qui se laisse séduire
-par tout cet artifice, et l'escroquerie de cent soixante mille livres,
-dont il a été victime, n'est qu'un jeu d'enfant à côté du coup de filet
-inouï que le hasard va mettre sur le chemin de Mme de la Motte.
-
-Deux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassange avaient fait monter
-en collier une magnifique collection de diamants, réunie à grands
-frais et grâce à de longues recherches. Étonnés eux-mêmes du prix
-qu'atteignait ce bijou, désespérant de le vendre à d'autres qu'à des
-souverains, sachant d'ailleurs le goût que la Reine avait, à diverses
-reprises, manifesté pour les pierreries, ils l'avaient fait proposer
-au Roi par l'intermédiaire du premier gentilhomme de la Chambre. Louis
-XVI, émerveillé de la beauté du collier, passionnément épris de sa
-femme, qui venait de lui donner son premier enfant, avait songé à
-lui offrir cette éclatante parure comme cadeau de relevailles: il
-avait porté l'écrin chez elle. On était alors au début de la guerre
-d'Amérique. La Reine vit le joyau, l'admira, mais refusa de l'accepter:
-«Nous avons plus besoin d'un vaisseau que d'un bijou,» répondit-elle
-simplement[1807].
-
-Boehmer fut désolé. Conserver entre ses mains un objet d'une telle
-valeur, immobiliser un capital de seize cent mille francs,—c'est le
-prix auquel les experts, Doigny et Maillard, avaient estimé cette riche
-parure[1808],—c'était la ruine. Il fit proposer le collier à divers
-souverains; tous furent effrayés du prix. Il revint à Marie-Antoinette;
-elle refusa comme la première fois. Repoussé de partout, le joaillier
-sollicita une audience, et là, comme saisi de délire, se jeta aux
-pieds de la princesse, joignit les mains, fondit en larmes: «Madame,
-s'écria-t-il, je suis ruiné, déshonoré, si vous ne m'achetez mon
-collier. Je ne veux pas survivre à tant de malheurs. D'ici, Madame, je
-pars pour aller me précipiter dans la rivière.»—«Levez-vous, Boehmer,»
-lui dit la Reine d'un ton sévère; «je ne vous ai point commandé ce
-collier; je l'ai refusé. Le Roi a voulu me le donner, je l'ai refusé de
-même; ne m'en parlez donc jamais. Tâchez de le diviser et de le vendre,
-et ne vous noyez pas. Je vous sais très mauvais gré de vous être permis
-cette scène de désespoir en ma présence et devant cette enfant;»—elle
-avait près d'elle sa fille, Madame Royale;—«qu'il ne vous arrive jamais
-de choses semblables. Sortez.» Boehmer se retira navré, et pendant un
-certain temps on ne le vit plus[1809].
-
-Vers le mois de décembre 1784, l'associé de Boehmer, Bassange, entendit
-parler à un de ses amis, le sieur Achet, du crédit de Mme de la Motte.
-C'était une dernière ressource: il songea à en profiter. A sa demande,
-Achet alla trouver la comtesse et la pria d'user de son influence
-pour déterminer la Reine à acheter un bijou qui ne pouvait convenir
-qu'à elle. L'aventurière répondit d'une manière évasive, mais exprima
-le désir de voir l'objet de la négociation. Le joaillier s'empressa
-d'accéder à ce vœu d'une personne si bien en cour, et, le 29 décembre,
-Bassange et Achet portèrent le collier chez Mme de la Motte. Celle-ci
-regarda les diamants, les admira, et, sans donner d'assurances
-positives, laissa cependant des espérances.
-
-Trois semaines s'écoulèrent, et les joailliers commençaient à craindre
-d'échouer cette fois encore, lorsque, le 21 janvier, Mme de la Motte
-leur annonça que décidément la Reine s'était résolue à faire l'emplette
-du collier, mais que, ne voulant pas traiter directement cette
-acquisition, elle en chargeait un grand seigneur, qui jouissait de
-sa confiance. Trois jours plus tard, le comte et la comtesse vinrent
-trouver Bassange, dès sept heures du matin, et lui dirent que le grand
-seigneur en question ne tarderait pas à paraître. Un quart d'heure
-après, en effet, le négociateur annoncé se présenta: c'était, on le
-devine, le cardinal de Rohan[1810]. Il examina le collier en détail,
-demanda le prix, puis se retira, en déclarant qu'il rendrait compte de
-la conversation qu'il venait d'avoir à la personne qui l'avait envoyé,
-qu'il ignorait encore s'il lui serait permis de la nommer, mais qu'en
-tout cas il espérait que les joailliers accepteraient ses conditions.
-
-Ces conditions, il les fit connaître le 29 janvier: le prix du collier
-était fixé à seize cent mille francs; le paiement aurait lieu en quatre
-termes, de six mois en six mois, le premier devant échoir au 1er août.
-La livraison du bijou serait faite le mardi 1er février; l'acquéreur
-restait encore inconnu et exigeait le plus grand secret sur toute
-l'affaire. Boehmer et Bassange acceptèrent et apposèrent leur signature
-au bas du traité écrit tout entier de la main du prince de Rohan[1811].
-
-Le 1er février, de bon matin, ils se rendaient à l'hôtel de Strasbourg,
-rue Vieille-du-Temple. Le cardinal leur avoua alors que l'acquéreur
-du précieux bijou n'était autre que la Reine, et leur montra l'acte
-d'acquisition, revêtu de l'approbation de cette princesse. Chaque
-article portait le mot: _Approuvé_, et, au bas de la dernière ligne,
-était tracée la signature suivante: _Marie-Antoinette de France_[1812].
-En même temps, le cardinal exhibait aux heureux vendeurs une prétendue
-lettre de la Reine, qu'il pliait en deux pour ne laisser voir que
-ces mots: «Je n'ai pas coutume de traiter de cette manière avec mes
-joailliers; vous garderez ce papier chez vous et arrangerez le reste,
-comme vous le jugerez convenable[1813].»
-
-Lettre, approbation, signature étaient fabriquées par Rétaux[1814].
-Mais les joailliers ne connaissaient pas l'écriture de la Reine,
-qui ne leur avait jamais donné d'ordres que de vive voix ou par
-l'intermédiaire d'une de ses femmes. Plus au courant de la raison
-commerciale que de la signature royale, ils ne réfléchirent pas à ce
-qu'avaient d'insolite ces mots: _Marie-Antoinette de France_; ils
-se retirèrent, convaincus,—et qui ne l'eût été à leur place?—que
-l'acquéreur du collier était bien la brillante souveraine dont ils
-savaient le goût pour les parures.
-
-Le soir même, le cardinal partit pour Versailles. Suivi d'un valet de
-chambre, Schreiber, qui portait le précieux écrin, il alla directement
-chez Mme de la Motte, à l'_Hôtel de la Belle-Image_. A peine y était-il
-arrivé qu'un homme se présenta, porteur d'une lettre. Mme de la Motte
-la prit, la décacheta, la lut et dit à haute voix que c'était un billet
-de la Reine et que le porteur était un garçon de la Chambre, nommé
-Desclaux. Peu d'instants après, cet homme rentra; M. de Rohan n'eut
-que le temps de se cacher derrière une alcôve de papier, dont la porte
-était entr'ouverte, et, de là, il vit Mme de la Motte remettre le
-collier au prétendu garçon qui n'était autre que Rétaux. Le cardinal le
-reconnut positivement pour l'homme qui avait assisté l'année précédente
-à la scène du bosquet[1815].
-
-Dès le lendemain, 2 février, jour de fête, Bassange est dans la galerie
-de Versailles, et se place sur le passage de la famille royale pour
-jouir le premier du spectacle de ses fameux diamants, dont les mille
-feux vont sans doute étinceler sur le cou de la Reine, quand elle se
-rendra à la chapelle. Le prince de Rohan est en observation de son
-côté. Déception complète: la Reine passe; elle n'a que ses bijoux
-ordinaires. Bassange s'en étonne; mais le cardinal, quoique surpris
-lui-même, le tranquillise en lui disant que la Reine ne veut pas
-sans doute se parer du collier avant d'avoir averti le Roi de son
-acquisition et que le temps lui a manqué pour le prévenir. Les jours
-se succèdent, les mois s'écoulent, ramenant les occasions de grande
-toilette, et la Reine persiste à ne pas porter son nouveau joyau. Elle
-vient à Paris, après la naissance du duc de Normandie; dans cette
-circonstance solennelle, pas de collier. La Pentecôte arrive; rien
-encore. Elle voit le cardinal et lui témoigne toujours le même dédain.
-Étrange mystère! Que signifie un pareil caprice?
-
-Une si extraordinaire obstination ne va-t-elle pas ouvrir les yeux
-de l'aveugle prélat? Pas encore. Mme de la Motte est là, qui pare au
-danger. Afin d'effacer les traces d'une froideur qui pourrait alarmer
-et éclairer sa dupe, elle a soin de lui remettre, plus fréquemment que
-jamais, les fameux billets sur papier bleu à vignettes, qui, par des
-protestations de secrète sympathie, endorment sa méfiance. Pour mieux
-achever de l'abuser encore, elle affecte de lui emprunter quelques
-louis[1816]; quand il vient la voir rue Neuve-Saint-Gilles, elle le
-reçoit dans une petite chambre haute, mal meublée[1817]. Comment le
-cardinal, rassuré sur le compte de la Reine par les fausses lettres, et
-sur celui de Mme de la Motte par sa gêne apparente, concevrait-il des
-soupçons? Pendant ce temps-là, le collier avait été dépecé: Rétaux, à
-Paris, M. de la Motte, à Londres, en vendaient les débris, et le comte
-à son retour d'Angleterre, le 3 juin, présentait au banquier Perregaux
-des lettres de crédit pour cent vingt mille livres[1818], qui servaient
-à alimenter le luxe des maisons de Paris et de Bar-sur-Aube.
-
-Cependant, l'époque du premier paiement approchait; la fraude allait
-être découverte. Il s'agissait pour Mme de la Motte de gagner du
-temps. Rétaux fabrique une nouvelle lettre: la Reine écrit au cardinal
-que décidément elle trouve le collier trop cher, qu'elle demande une
-réduction de deux cent mille francs sur le prix et qu'au lieu de payer,
-au 1er août, quatre cent mille francs, elle en paiera sept cent mille.
-Le prélat va trouver les joailliers pour leur communiquer les désirs
-nouveaux de leur auguste cliente. Les deux associés font quelques
-difficultés d'abord, puis ils cèdent et, sur le conseil de M. de Rohan,
-écrivent à Marie-Antoinette la lettre suivante:
-
-«Madame, nous sommes au comble du bonheur d'oser penser que les
-derniers arrangements qui nous ont été proposes, et auxquels nous nous
-sommes soumis avec zèle et respect, sont une nouvelle preuve de notre
-soumission et dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une
-vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants qui
-existe servira à la plus grande et à la meilleure des Reines.»
-
-Le 12 juillet, Boehmer partit pour Versailles; il devait y porter
-le nœud, la boucle et l'épée destinés au jeune duc d'Angoulême, à
-l'occasion de son baptême. En remettant ces objets à la Reine, à
-l'heure où elle revenait de la messe, il lui donna en même temps la
-lettre que nous venons de citer. Marie-Antoinette lut la lettre, n'y
-comprit rien, et la brûla. Il lui était d'autant plus impossible de
-deviner le sens de ce langage énigmatique que, peu de temps auparavant,
-le joaillier, interrogé par Mme Campan sur le sort du fameux collier,
-avait affirmé qu'il l'avait vendu à Constantinople pour la sultane
-favorite[1819]. Quelques jours après, cependant, le baron de Breteuil,
-ministre de la Maison du Roi, manda chez lui Boehmer et lui demanda
-ce que signifiait l'incompréhensible billet du 12 juillet. Fidèle à
-son système de mystère, et se conformant aux instructions du cardinal,
-Boehmer se contenta de répondre qu'il s'agissait de quelques bijoux
-qu'il désirait vendre à la Reine[1820]. En face de ces tergiversations
-étranges, de ces réticences calculées, Marie-Antoinette pouvait-elle
-supposer qu'il y avait là quelque chose de sérieux? Elle crut que la
-raison de son joaillier, ébranlée par les angoisses que lui avait
-causées le souci de se défaire de son collier, n'avait pas résisté à
-ces secousses; elle le regarda comme un monomane dont la folie n'était
-pas dangereuse et méritait plus de pitié que de courroux.
-
-Le moment arrivait cependant où tout allait se découvrir. A la fin de
-juillet, Mme de la Motte produit un billet où la Reine avoue qu'elle
-ne pourra payer avant le 1er octobre. Le cardinal est consterné; il
-commence à concevoir des soupçons sur l'authenticité des lettres[1821];
-mais soit orgueil, soit compassion pour Mme de la Motte, qu'il ne
-veut pas perdre, soit reste d'aveuglement, il refuse d'éclaircir la
-chose[1822]. L'aventurière, pour rétablir un crédit qu'elle sent
-chanceler, s'empresse de lui remettre une somme de trente mille
-francs, sous prétexte de dédommager le joaillier du retard apporté au
-paiement. La méfiance du cardinal ne résiste pas à ce versement de
-trente mille francs; il donne la somme à Boehmer le 30 juillet, et ne
-doute plus[1823]. Mais ce sont les vendeurs qui s'alarment à leur tour
-de tous ces délais et de tous ces mystères, du silence de la Reine et
-des poursuites de leurs créanciers. Et cette inquiétude se change en
-désespoir, lorsque, le 2 ou le 3 août, Mme de la Motte leur déclare
-effrontément que le marché qu'ils ont conclu n'est pas valable et que
-la signature _Marie-Antoinette_ est fausse: «Au surplus, ajoute-t-elle,
-le cardinal est riche; vous pouvez vous en tenir à lui[1824].»
-
-Bassange court à l'hôtel de Strasbourg. M. de Rohan, qui commence à
-voir clair, mais ne veut pas l'avouer, et désire avant tout étouffer
-une affaire humiliante pour son amour-propre, affirme avec serment
-l'authenticité du marché[1825]. Le lendemain, Mme de la Motte, qui
-veut le compromettre davantage encore, arrive chez lui, tout effarée,
-se donne comme une victime des intrigues de la Cour, en butte aux
-persécutions de la police, et le cardinal, qui ne peut se soustraire à
-l'étrange prestige de l'aventurière, consent à lui donner asile chez
-lui, avec son mari et sa femme de chambre[1826].
-
-Pendant ce temps-là, l'associé de Bassange, Boehmer, qui n'est qu'à
-moitié rassuré, va à Crespy trouver la première femme de chambre, Mme
-Campan, qu'il connaît, et lui demande si la Reine ne l'a pas chargée de
-quelque commission pour lui. Sur sa réponse négative: «Mais, dit-il,
-la réponse à la lettre que je lui ai remise, à qui dois-je m'adresser
-pour l'obtenir?»—«A personne. Sa Majesté a brûlé votre lettre, sans
-même avoir compris ce que vous vouliez dire.»—«Mais, Madame, cela
-n'est pas possible; la Reine sait bien qu'elle a de l'argent à me
-donner.»—«De l'argent! Monsieur Boehmer, il y a longtemps que nous
-avons soldé vos derniers comptes avec la Reine.»—«Ah! Madame, vous êtes
-bien dans l'erreur; on me doit une bien grosse somme.»—«Que voulez-vous
-dire?»—«Il faut bien tout vous avouer; la Reine vous fait un mystère;
-elle a acheté mon grand collier.»—«La Reine! elle vous l'a refusé;
-elle l'a refusé au Roi, qui voulait le lui donner!»—«Elle a changé
-d'idée...»—«Dans quel temps la Reine vous a-t-elle annoncé qu'elle
-s'était décidée à l'acquisition de votre collier?»—«Elle ne m'a jamais
-parlé elle-même à ce sujet.»—«Qui donc a été son intermédiaire»?—«Le
-cardinal de Rohan[1827].»—«Le cardinal de Rohan!» s'écrie Mme Campan
-stupéfaite; «mais la Reine ne lui a pas adressé la parole depuis son
-retour de Vienne; il n'y a pas d'homme plus en défaveur à la Cour.
-Vous êtes volé, mon pauvre Boehmer[1828]!»—«La Reine fait semblant
-d'être mal avec Son Éminence; mais il est très bien avec elle.»—«...
-Mais, enfin, comment les ordres de Sa Majesté vous ont-ils été
-transmis?»—«Par des écrits signés de sa main, et depuis quelque temps
-je suis forcé de les faire voir aux gens qui m'ont prêté de l'argent,
-sans parvenir à les calmer.»—«Ah! quelle odieuse intrigue!» s'écrie Mme
-Campan, et de plus en plus stupéfaite, ne sachant si elle a affaire à
-un insensé ou à un escroc, mais sentant qu'il y a là quelque infernale
-machination à éclaircir, elle presse Boehmer d'aller au plus tôt à
-Versailles s'expliquer avec le baron de Breteuil. Mais Boehmer, ne se
-souciant vraisemblablement pas d'avouer au ministre qu'il a menti, au
-lieu de s'adresser à lui, s'en va à Trianon solliciter une audience
-de la Reine. Celle-ci, impatientée de ces obsessions, refuse de le
-recevoir: «Il est fou, répond-elle; je ne veux pas le voir.»
-
-Quelques jours après, Mme Campan revient de Crespy: la Reine l'avait
-mandée pour répéter avec elle le rôle de Rosine, qu'elle allait jouer
-dans _le Barbier de Séville_[1829]. «Savez-vous, lui dit-elle, que cet
-imbécile de Boehmer est venu demander à me parler? J'ai refusé de le
-recevoir. Que me veut-il? Le savez-vous[1830]?» Mise ainsi en demeure
-de s'expliquer, Mme Campan raconte tout au long sa conversation avec
-Boehmer et les étranges révélations de cet homme. Émue de surprise et
-d'indignation, Marie-Antoinette fait appeler le joaillier; il vient le
-9 août[1831], insiste pour être payé, et, pressé de questions, finit
-par avouer ce qui s'est passé ou du moins ce qu'il suppose. La Reine
-écoute avec un étonnement croissant et une colère concentrée: elle ne
-sait que penser de tant de sottise ou de tant d'infamie.
-
-Mais avant de prendre une résolution, elle veut éclaircir l'affaire,
-et, ne sachant comment démêler la vérité dans les déclarations
-incohérentes du joaillier, elle réclame un mémoire explicatif, qui lui
-est remis le 12 août.
-
-«A la sortie de Boehmer, dit Mme Campan, je la trouvai dans un état
-alarmant: l'idée que l'on avait pu croire qu'un homme tel que le
-cardinal avait sa confiance intime; qu'elle s'était servie de lui vis
-à-vis d'un marchand, pour se procurer, à l'insu du Roi, une chose
-qu'elle avait refusée du Roi lui-même, la mettait au désespoir[1832].»
-Mais elle ne songea pas un instant à étouffer l'affaire. Forte du
-témoignage de sa conscience et cédant aux exigences de sa juste
-indignation, elle voulut que cette odieuse intrigue fût éclaircie au
-grand jour[1833]. «Il faut, dit-elle, que les vices hideux soient
-démasqués; quand la pourpre romaine et le titre de prince ne cachent
-qu'un besogneux et un escroc qui ose compromettre l'épouse de son
-souverain, il faut que la France entière et l'Europe le sachent[1834].»
-Cette résolution fut-elle spontanée chez elle? Fut-elle due, comme
-l'insinue Mme Campan[1835], à l'influence de l'abbé de Vermond et du
-baron de Breteuil, ennemis acharnés de l'évêque de Strasbourg et qui
-voulaient un éclat pour le perdre? Ici, la première femme de chambré se
-trompe. La Reine ne consulta personne que son mari. Le Roi vint passer
-la journée du dimanche 14 à Trianon, et c'est avec lui seul que la
-Reine, éclairée tant par les révélations de Boehmer que par le mémoire
-remis par les joailliers, le 12 août, combina la conduite à tenir et
-les mesures à prendre. Elle en a revendiqué l'initiative dans une
-lettre du 22 août à Joseph II:
-
-«Tout avait été concerté entre le Roi et moi, dit-elle; les ministres
-n'en ont rien su qu'au moment où le Roi a fait venir le cardinal
-et l'a interrogé en présence du garde des sceaux et du baron de
-Breteuil[1836].»
-
-Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à ce moment, après l'étude
-attentive des faits connus et des pièces qu'ils avaient entre les
-mains, le Roi et la Reine devaient croire à la culpabilité du cardinal.
-Ses folles prodigalités, ses dettes immenses, malgré ses immenses
-revenus, sa triste réputation, le mécontentement qu'il avait soulevé
-dans son diocèse même, où on lui reprochait de dépenser en fêtes, en
-galanteries, en embellissements inutiles et fastueux à son château
-de Saverne ses huit cent mille livres de rente[1837], tout semblait
-l'inculper. Soit dans leur récit verbal, soit dans leur mémoire, les
-joailliers ne nommaient, n'incriminaient que lui; à trois reprises
-différentes, et tout récemment encore, au mois de mars, le Parlement
-l'avait accusé de dilapidation dans l'administration de l'hôpital
-des Quinze-Vingts, dont il était supérieur général[1838]. Quelque
-monstrueux que cela pût paraître, en présence de ces inductions et
-de ces témoignages réunis, on était conduit, comme le disait le Roi
-et comme l'écrivait la Reine, à penser que, «pressé par le besoin
-d'argent,» il avait cherché à s'en procurer en s'appropriant le
-collier, croyant d'ailleurs «pouvoir payer les bijoutiers, à l'époque
-qu'il avait marquée, sans que rien fût découvert[1839]». On devait le
-regarder comme escroc; car rien n'autorisait encore à le supposer dupe.
-
-Le lundi 15 août, à midi, le grand aumônier, revêtu de ses habits
-pontificaux, allait se rendre à la chapelle, lorsque Chanlau, premier
-valet de chambre de service, vint l'avertir que le Roi le mandait dans
-son cabinet[1840]. La Reine était là, avec le garde des sceaux et le
-baron de Breteuil:
-
-«Vous avez acheté des diamants à Boehmer,» dit le Roi au cardinal.
-
-—«Oui, Sire.»
-
-—«Qu'en avez-vous fait?»
-
-—«Je croyais qu'ils avaient été remis à la Reine.»
-
-—«Qui vous avait chargé de cette commission?»
-
-—«Une dame, nommée la comtesse de la Motte-Valois, qui m'a présenté une
-lettre de la Reine, et j'ai cru faire une chose agréable à Sa Majesté
-en me chargeant de cette négociation[1841].»
-
-La Reine l'interrompit vivement:
-
-«Comment, Monsieur, avez-vous pu croire, vous à qui je n'ai pas adressé
-la parole depuis huit ans, que je vous choisirais pour conduire cette
-négociation et par l'entremise d'une pareille femme?»
-
-—«Je vois bien, répondit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé;
-je paierai le collier. L'envie que j'avais de plaire à Votre Majesté
-m'a fermé les yeux: je n'ai vu nulle supercherie et j'en suis fâché.»
-
-Alors il sortit de sa poche un portefeuille et en tira la lettre
-soi-disant écrite par la Reine à Mme de la Motte pour lui donner cette
-commission. Le Roi la prit et la montrant au cardinal:
-
-«Ce n'est ni l'écriture de la Reine, ni sa signature. Comment un prince
-de la Maison de Rohan, comment un grand aumônier a-t-il pu croire que
-la Reine signait: «_Marie-Antoinette de France»?_ Personne n'ignore que
-les Reines ne signent que leur nom de baptême.»
-
-Le cardinal balbutiait. Le Roi reprit:
-
-«Expliquez-moi toute cette énigme. Je ne veux pas vous trouver
-coupable. Je désire votre justification.»
-
-De plus en plus troublé, le cardinal pâlissait à vue d'œil et
-s'appuyait contre la table:
-
-«Remettez-vous, Monsieur le cardinal, et passez dans mon cabinet; vous
-y trouverez du papier, des plumes et de l'encre; écrivez ce que vous
-avez à me dire.»
-
-Le cardinal passa dans le cabinet et revint au bout d'un quart d'heure
-avec un écrit aussi peu clair que l'avaient été ses réponses verbales.
-Le Roi, convaincu de sa culpabilité par cet embarras même, lui dit
-vivement: «Retirez-vous, Monsieur,» et ordre fut donné de l'arrêter. Ni
-les représentations de certains ministres[1842], ni les supplications
-du prélat, qui demandait grâce, ne purent fléchir la volonté de
-Louis XVI et le déterminer à laisser l'accusé en liberté. «Je ne
-puis, dit-il, y consentir, ni comme roi, ni comme mari[1843]».—«Il
-faut en finir,» écrivait-il à Vergennes, qui l'engageait à étouffer
-l'affaire[1844], «il faut en finir avec l'intrigue d'un besogneux qui a
-compromis si scandaleusement la Reine et qui, pour se laver, n'a rien
-de mieux à faire que d'alléguer sa liaison avec une aventurière de la
-dernière espèce. Il déshonore son caractère ecclésiastique. Pour être
-devenu cardinal, il n'en est pas moins sujet de ma couronne[1845].»
-
-Quant à la Reine, elle voulait une réparation publique. «Je désire,
-écrivait-elle à Joseph II, que cette horreur et tous ses détails soient
-bien éclaircis aux yeux de tout le monde[1846].»
-
-Le cardinal sortit de la chambre royale avec le baron de Breteuil. Un
-jeune sous-lieutenant des gardes du corps, M. de Jouffroy, était là:
-«Monsieur», lui dit le baron, «le Roi vous ordonne de ne pas quitter M.
-le Cardinal, et de le conduire chez lui. Vous répondez de sa personne,
-Monsieur[1847].»
-
-Troublé par un événement si inattendu, effrayé de sa responsabilité,
-craignant peut-être pour lui-même,—car il était criblé de dettes,—le
-jeune homme perdit la tête et négligea les plus vulgaires précautions:
-il permit à son prisonnier d'écrire un mot au crayon. Le mot, remis à
-l'heiduque du cardinal, fut immédiatement porté à Paris, et, tandis
-que le major des gardes du corps, M. d'Agoult, conduisait M. de Rohan
-à l'hôtel de Strasbourg d'abord, puis à la Bastille, où d'ailleurs il
-jouit, au début, de la plus grande liberté, tenant sa cour comme à son
-hôtel, et continuant sinon à exercer les fonctions, du moins à user
-des pouvoirs de grand aumônier, l'abbé Georgel, prévenu par le billet,
-se hâtait de détruire les lettres de Mme de la Motte et tout ce qui
-pouvait compromettre son maître. Quand le baron de Breteuil arriva
-pour mettre les scellés sur les papiers du cardinal, il était trop
-tard[1848], et lorsque, le 17, les scellés furent levés en présence de
-tous les ministres, sauf le maréchal de Ségur[1849], on ne trouva plus
-rien.
-
-Trois jours après cet éclat, le 18 août, à quatre heures du
-matin[1850], Mme de la Motte était arrêtée à Bar-sur-Aube, comme elle
-revenait d'une fête chez le duc de Penthièvre, à Château-Villain,
-où elle avait déployé toutes les splendeurs de sa nouvelle fortune.
-Deux mois plus tard, Mlle d'Oliva était prise à Bruxelles[1851], et
-au printemps suivant, l'agent de police Quidor découvrait Rétaux de
-Villette à Genève, où il se cachait sous un nom supposé[1852]. Quant à
-M. de la Motte il réussit à passer en Angleterre.
-
-Louis XVI avait laissé le choix au cardinal, ou de reconnaître sa
-faute et de s'en remettre à la clémence du souverain, ou d'être jugé
-par le Parlement[1853]. Le cardinal s'arrêta à ce dernier parti, et,
-le 5 septembre, le Roi, pénétré d'indignation, disait-il, «de voir
-qu'on ait osé emprunter un nom auguste et qui nous est cher à tant de
-titres, et violer avec une témérité aussi inouïe le respect dû à la
-majesté royale[1854]», attribuait par lettres patentes au Parlement la
-connaissance de l'affaire.
-
-On devine facilement quel fut l'éclat d'un procès entamé dans de
-pareilles conditions. Un Rohan, grand aumônier de France, arrêté en
-plein palais, comme un vulgaire malfaiteur! Un cardinal traduit devant
-la justice séculière! La stupeur fut grande, et le mécontentement ne
-le fut pas moins. Au Parlement, avant même l'attribution de la cause,
-le président de Corberon, à l'instigation de d'Épréménil, fit une
-sortie violente contre ce qu'il appelait l'enlèvement du cardinal,
-et il fallut toute l'autorité du président d'Ormesson pour faire
-ajourner la discussion sur ce sujet brûlant[1855]. A Versailles, la
-Cour entra en rumeur; la haute noblesse s'indignait de l'outrage fait
-à un de ses membres; le clergé se plaignait de l'emprisonnement d'un
-prince de l'Église; réuni en assemblée générale, dès le lendemain
-de l'enregistrement des lettres patentes, il protesta contre ces
-lettres et demanda des juges ecclésiastiques. L'archevêque de Mayence,
-métropolitain de l'évêque de Strasbourg, n'allait-il pas, de son
-côté, évoquer l'affaire, et l'Empereur tolèrerait-il la violation
-des privilèges d'un prince de l'Empire[1856]? On se le demandait
-dans le public et l'on se disait, non sans un secret contentement,
-que l'autorité serait probablement obligée de reculer[1857]. La Cour
-de Rome elle-même s'émut, blâma le cardinal d'avoir accepté une
-juridiction laïque[1858] et le menaça de le suspendre de ses honneurs
-et fonctions[1859].
-
-La clameur fut générale. On vit des membres de la famille royale,
-comme Mesdames, censurer hautement la conduite de leur neveu et de
-leur nièce, coupables d'avoir voulu porter la lumière dans cette
-ténébreuse affaire. Des intimes même de la société de la Reine, s'il
-faut en croire Staël, les Polignac, les Vaudreuil, prirent parti
-contre elle[1860]. La maison de Condé, les Rohan, les Soubise, les
-Guéménée se mirent en deuil, et, dans ce costume, se placèrent sur le
-passage des conseillers de la Grande Chambre, quand ils allaient au
-palais. Des princes du sang sollicitèrent ostensiblement en faveur de
-l'accusé. Tout ce qui était hostile à la royauté, tous les mécontents,
-tous les jaloux, tous les amis du cardinal et tous les ennemis de
-Marie-Antoinette, tous les vieux restes des cabales d'Aiguillon et
-de Marsan, tous ceux qu'importunaient la grâce, la beauté, le crédit
-ou le bonheur de la jeune souveraine, se coalisèrent contre elle. Le
-Parlement lui-même, ce dépositaire séculaire des lois, ce gardien de
-la majesté et de l'impartialité de la justice, ne sut pas garder, dans
-ce grave débat, l'immuable sérénité d'un juge: il en fit une question
-politique, un instrument d'opposition. «Ce grand corps, dit Beugnot,
-commençait à perdre de son aplomb[1861].» Il se laissa corrompre en
-grande partie, et l'on put faire parvenir à la Reine la liste des
-membres de la Grande Chambre gagnés par les Rohan et la désignation des
-moyens dont on s'était servi pour les gagner.
-
-«Les femmes, dit Mme Campan, y jouaient un rôle affligeant pour les
-mœurs: c'était par elles, et à raison des sommes considérables qu'elles
-avaient reçues, que les plus vieilles et les plus respectables têtes
-avaient été séduites[1862].» Un maître des requêtes, qui assistait
-aux séances où étaient lues les pièces de procédure, tenait note de
-ce qui s'y disait, et faisait passer aux avocats de l'accusé un plan
-de défense[1863]. Et l'abbé Georgel avoue que le fougueux adversaire
-de la royauté, qui devait la défendre plus tard avec la même violence
-et expier sur l'échafaud ses emportements aveugles, d'Éprémesnil,
-instruisait les amis des Rohan de toutes les particularités
-intéressantes qui pouvaient leur être utiles[1864].
-
-«Je suis charmée que nous n'ayons plus à entendre parler de cette
-horreur,» écrivait la Reine à son frère, peu après l'attribution de la
-cause au Parlement[1865]. La Reine se trompait: rien n'était fini. Le
-public était trop agité pour se taire, et les partisans du cardinal,
-son secrétaire surtout, ne négligeaient rien pour entretenir l'émotion.
-Ce triste personnage, que, dans une heure de légitime indignation,
-Louis XVI avait voulu mettre à la porte de Versailles, dont il avait
-écrit à Vergennes: «Celui qui peut mentir une fois peut mentir
-vingt[1866],» et que le Parlement lui-même avait accusé de faux[1867],
-se vengeait du juste mépris de son souverain, en redoublant d'intrigues
-et d'outrages contre sa souveraine. Usant de son privilège de vicaire
-général du grand aumônier, il fit imprimer et afficher aux portes des
-sacristies et des églises qui dépendaient de la grande aumônerie, à
-la porte même de la chapelle du Roi, un mandement où il comparait Mr
-de Rohan à saint Paul dans les fers et lui-même à Timothée[1868]. Une
-lettre de cachet l'exila à Mortagne; ce fut la seule mesure de rigueur
-prise contre cet insulteur éhonté. On a accusé l'ancienne monarchie de
-despotisme; si jamais gouvernement fit preuve d'une patience poussée
-jusqu'à la faiblesse, ce fut le gouvernement de Louis XVI.
-
-Par une de ces inconséquences chères au caractère français, l'opinion
-publique, jusque-là sévère à bon droit pour le cardinal qu'elle avait
-été jusqu'à déclarer «digne de plus de mépris que de haine[1869],»
-lui rendait ses sympathies, sinon son estime, le jour même où il le
-méritait le moins. Elle en faisait une victime, quand elle n'eut dû
-voir en lui qu'un malheureux et un niais. Mais il avait compromis le
-nom de sa souveraine dans une basse intrigue; il l'avait outragée
-elle-même par des espérances insensées. C'était assez pour le rendre
-populaire. «Le cardinal a aujourd'hui pour défenseurs, écrivait
-spirituellement une dame de la Cour, tous ceux qui n'ont jamais eu
-affaire à lui[1870]». Les clients de la Maison de Rohan partout
-répandus, faisaient pénétrer l'intérêt pour l'accusé dans la classe
-moyenne et dans le peuple[1871]. La mode même s'en mêlait; les femmes
-portaient à Longchamps des chapeaux «au cardinal[1872]», et se paraient
-de rubans jaunes et rouges, couleur «cardinal sur la paille[1873]»;
-les hommes avaient des tabatières en ivoire avec un tout petit point
-noir, «au cardinal blanchi[1874].» On chantait dans les rues le couplet
-suivant:
-
- Notre Saint Père l'a rougi;
- Le Roi, la Reine l'ont noirci;
- Le Parlement le blanchira.
- Alleluia[1875]!
-
-Le chansonnier populaire ne se trompait pas: il avait vu clair dans les
-intrigues des ennemis de la Reine et deviné l'issue du procès.
-
-L'instruction de cette longue et ténébreuse affaire dura plus de
-neuf mois. Enfin, dans la nuit du 29 au 30 mai 1786, le prisonnier
-fut transféré de la Bastille à la Conciergerie; le 30, il comparut
-devant le Parlement. Tous les Rohan étaient rangés à la porte de
-la Grande Chambre, attendant les juges. Dès que ceux-ci parurent:
-«Messieurs, leur dit la comtesse de Marsan, vous allez nous juger
-tous[1876].» Lorsque le cardinal entra dans la salle d'audience, il
-fut reçu avec les plus grands honneurs; on lui permit de s'asseoir, et
-les conseillers le saluèrent. Quand il sortit, le grand banc se leva
-tout entier, «ce qui, dit une correspondance du temps, est une grande
-distinction[1877].» On ne le traitait pas en accusé; mais en prince,
-presque en souverain.
-
-Il chercha d'ailleurs à s'excuser; sentant qu'il avait en face de lui
-des juges déjà prévenus en sa faveur et qu'il ne, fallait que bien
-peu de chose pour achever de les séduire, il se fit humble, allégua
-sa bonne foi et sa crédulité. «J'ai été complètement aveuglé, dit-il,
-par le désir immense que j'avais de regagner les bonnes grâces de la
-Reine[1878].» Mme de la Motte fut plus audacieuse: elle nia tout.
-
-Le procureur général, Joly de Fleury, posa ses conclusions: il
-requérait que le cardinal fût tenu de déclarer qu'il avait agi
-témérairement, en se permettant de croire à un rendez-vous nocturne
-et supposé sur la terrasse de Versailles et en entamant, à l'insu du
-Roi et de la Reine, une négociation pour l'achat du collier[1879];
-qu'il leur en demandât pardon en présence de la justice; enfin, qu'il
-fût condamné à donner sa démission de grand-aumônier et à n'approcher
-d'aucun lieu où serait la famille royale.
-
-A peine eut-il fini: «Fi donc! Monsieur, s'écria le conseiller Séguier,
-ces conclusions sont d'un ministre et non d'un procureur général.»—«Ce
-sont des conclusions sauvages,» reprit Montgodefroy[1880]. Un violent
-tumulte s'éleva dans l'assemblée; de scandaleuses interpellations
-s'échangèrent entre les magistrats[1881]. Les rapporteurs de l'affaire,
-Titon de Villotran et Dupuis de Marcé, adoptèrent les conclusions
-du procureur général, et quinze conseillers, parmi lesquels M.
-d'Amécourt firent comme eux. Le président d'Ormesson ouvrit un moyen
-terme: il proposa de laisser au cardinal ses places et dignités, en
-le condamnant à demander pardon à la Reine. Mais les membres opposés
-à la Cour, les Fréteau, les Hérault de Séchelles, les Barillon, les
-Robert de Saint-Vincent, opinèrent que le prélat fût déchargé de toute
-accusation; le dernier osa même blâmer sans réserves la conduite du
-Roi et de la Reine et le procès public intenté au grand-aumônier. Le
-Parlement, qui eût dû donner l'exemple du respect de l'autorité, en
-affichait le mépris. Malgré l'avis du premier Président, et quoique
-les meilleures têtes appuyassent les conclusions du procureur général,
-l'avis des opposants l'emporta[1882].
-
-Le chroniqueur, qui n'est pas suspect, ajoute: «Il est certain qu'il
-a fallu une forte cabale pour cela.... Plus on réfléchit sur les
-conclusions du Procureur général, et plus on les trouve entièrement
-sages, malgré les fureurs de M. Séguier et les huées du public, qui
-n'était presque composé que des partisans des Rohan[1883].»
-
-Le 31 mai, à neuf heures du soir, après dix-huit heures de
-délibération, l'arrêt fut rendu. A la majorité de 26 voix contre
-23[1884], Mme de la Motte était condamnée au fouet et à la détention
-à la Salpêtrière; M. de la Motte, aux galères par contumace; Rétaux
-de Villette au bannissement; Mlle d'Oliva était mise hors de cause; le
-cardinal, renvoyé purement et simplement des fins de la plainte.
-
-Dès que l'arrêt fut connu, des applaudissements bruyants s'élevèrent
-parmi les dix mille personnes qui, depuis sept heures du matin[1885],
-remplissaient la salle des Pas-Perdus. Des acclamations enthousiastes
-saluèrent les juges à leur sortie, comme si, dit justement un
-historien, il se fût agi «d'un grand citoyen sauvé par des magistrats
-courageux[1886]». Sans un adroit subterfuge de M. de Launay, qui fit
-sortir son prisonnier par une voie détournée, le peuple eût dételé
-les chevaux du cardinal, et traîné sa voiture jusqu'à l'hôtel de
-Soubise[1887]. Lorsque, le lendemain, le grand-aumônier, innocent du
-délit d'escroquerie, mais coupable au premier chef de lèse-majesté,
-sortit de la Bastille, ce fut au bruit des battements de mains et des
-cris de _Vive M. le cardinal!_ On illumina son hôtel avec une telle
-profusion de lumières qu'il fut embarrassé lui-même d'un éclat qui,
-disait spirituellement Mme de Sabran, «mettait si bien sa honte dans
-tout son jour[1888].» Les poissardes vinrent le féliciter et la foule
-le contraignit de paraître sur le balcon, quoique souffrant, en costume
-de malade, bonnet blanc et veste blanche[1889]. L'accusé devenait
-triomphateur. Le vrai condamné, c'était la Reine, ou plutôt c'était la
-monarchie: quand un peuple en est arrivé à manquer à un tel point de
-respect pour ses princes, l'heure des révolutions est bien près de
-sonner.
-
-Plus sévère, à juste titre, que le Parlement, le Roi dépouilla le
-cardinal de tous ses ordres et de ses charges, et l'exila à son
-abbaye de la Chaise-Dieu, où il ne tarda pas à être oublié des siens.
-«Faites-moi compliment, il est parti,» disait Mme de Marsan[1890].
-Un peu plus tard, il eut la permission de résider à Marmoutiers, où,
-rentré en lui-même, on l'entendit déplorer son aveuglement et ses
-folles espérances[1891]. Mais si Louis XVI pouvait, avec le temps, user
-d'indulgence, au lendemain de ce jugement si inattendu il ne pouvait
-pas ne pas sévir rigoureusement. Avec sa loyale nature et la haute idée
-qu'il avait de la majesté du trône, il lui était impossible d'admettre
-que l'homme qui avait infligé à sa souveraine un mortel outrage, en
-la supposant capable de donner, la nuit, un rendez-vous secret et
-d'acheter, à l'insu de son mari, un collier de seize cent mille francs,
-restât impuni. «Quoique absous de l'escamotage du collier qui était
-l'objet soumis à la justice, écrivait Vergennes, il—Rohan,—ne l'est
-pas de son imbécile crédulité de s'être cru l'agent de la Reine pour
-le marché clandestin[1892].» Le Roi, d'ailleurs, ne croyait pas le
-cardinal aussi innocent du chef d'escroquerie que le Parlement l'avait
-déclaré, et il faut avouer qu'à cette époque bien des gens partageaient
-cette opinion[1893]. L'arrêt du 31 mai n'était, aux yeux de l'honnête
-monarque, qu'une œuvre de parti. «Ils n'ont voulu voir dans cette
-affaire que le prince de Rohan et le prince de l'Église, disait-il,
-tandis que ce n'est qu'un besogneux d'argent et que tout ceci n'était
-qu'une ressource pour faire de la terre le fossé et dans laquelle le
-cardinal a été escroqué à son tour. Rien n'est plus aisé à juger et il
-ne faut pas être Alexandre pour couper ce nœud gordien[1894].»
-
-Quant à la Reine, elle fut indignée de l'issue, si outrageante pour
-elle, de ce procès.
-
-«Faites-moi votre compliment de condoléance,» dit-elle à Mme Campan;
-«l'intrigant qui a voulu me perdre ou se procurer de l'argent en
-abusant de mon nom et en prenant ma signature vient d'être pleinement
-acquitté.... Mais,» ajouta-t-elle avec force, «comme Française, recevez
-mon compliment de condoléance. Un peuple est bien malheureux d'avoir
-pour tribunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs
-passions et dont les uns sont susceptibles de corruption, et les autres
-d'une audace qu'ils ont toujours manifestée contre l'autorité et qu'ils
-viennent de faire éclater contre ceux «qui en sont revêtus[1895].» Et
-le son de sa voix, son ton saccadé, sa parole entrecoupée, l'amertume
-de son accent, l'ironie de son langage, la contraction de ses traits,
-le plissement de ses lèvres, tout, dans son attitude, disait la
-profondeur d'une blessure que rien né devait cicatriser. Douleur
-trop naturelle! Indignation trop légitime! C'était la première fois
-que la Reine faisait hardiment appel à la justice et s'adressait
-courageusement à la publicité. La justice lui répondait par une
-insulte, la publicité par une calomnie.
-
-Et cependant, cette publicité même, devons-nous la regretter? Nous ne
-le pensons pas. Si l'affaire eût été étouffée, comme le voulait M. de
-Vergennes, les conséquences, au point de vue de l'émotion populaire,
-eussent été presque les mêmes. On n'était plus à l'époque où une lettre
-de cachet pouvait ensevelir à tout jamais un prisonnier à la Bastille,
-sans que le public sût même son nom. Un grand-aumônier de France n'eût
-pas été exilé, sans que l'opinion s'en fût préoccupée et eût recherché
-les causes de ce châtiment subit. Quelque précaution qu'on eût prise,
-il eût toujours transpiré quelque chose, et ce quelque chose, grossi,
-commenté, colporté par les mille voix de la renommée, fût devenu une
-calomnie nouvelle, qu'en l'absence de documents authentiques il eût été
-à tout jamais impossible de réfuter.
-
-Aujourd'hui, on sait du moins, grâce aux pièces du procès, à quoi
-s'en tenir sur cette ténébreuse affaire. L'intrigue est dévoilée dans
-tous ses détails; on connaît les coupables, les dupes, les complices,
-les victimes. L'innocence absolue de la Reine a été démontrée avec
-la plus lumineuse évidence, et si les contemporains, malveillants et
-passionnés, ont voulu trouver une arme contre son honneur dans cette
-odieuse machination, la postérité, mieux éclairée et plus juste, a
-proclamé hautement que tout a été fait à son insu et contre elle.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
- Derniers jours de bonheur.—Voyage de Cherbourg.—La Cour à
- Fontainebleau en 1786.—Bonté de la Reine.—Marie-Antoinette
- et ses enfants.—Les fils de la marquise de Bombelles et de
- la marquise de Sabran.—Les jours de tristesse.—Scène de
- Trianon racontée par Mme Campan.—La calomnie.—Pamphlets et
- chansons.—Voyages de l'archiduc Ferdinand et de la duchesse de
- Saxe-Teschen.—Acquisition de Saint-Cloud.—Mme Déficit.—Calonne
- et la Reine.—Représentation d'_Athalie_.—Le portrait de la Reine
- n'est pas exposé.—Refroidissement avec les Polignac.—Mort de
- Sophie-Béatrix.
-
-
-Trois semaines après le dénouement du procès du Collier, Louis XVI
-partait pour la Normandie: il allait visiter les immenses travaux qui,
-sous la direction de Dumouriez, devaient faire de Cherbourg un grand
-port militaire, poste avancé de surveillance et au besoin de menace en
-face de l'Angleterre. C'était ordinairement une chose solennelle et
-dispendieuse qu'un voyage royal. Louis XVI le fit sans faste et presque
-sans suite, n'emmenant avec lui que son premier écuyer, son capitaine
-des gardes, le premier gentilhomme de la Chambre, quatre officiers
-des gardes du corps et huit gardes, et refusant les représentations
-officielles[1896]. Il visita tout à Cherbourg, assista, dès le
-lendemain de son arrivée, à trois heures du matin, à l'immersion d'un
-des cônes de la digue qui fermait le port, inspecta les travaux de la
-citadelle, fit manœuvrer devant lui l'escadre de M. de Rioms, étonnant
-les gens du métier par la variété et l'étendue de ses connaissances,
-et séduisant chacun par sa bonté et sa simplicité. On racontait de lui
-des traits charmants à la Henri IV. En passant à Houdan, il était entré
-un instant dans la maison d'une paysanne. Cette femme, toute joyeuse de
-recevoir son Roi, se jeta à ses pieds et le supplia de lui accorder une
-faveur: «Laquelle?» dit le prince.—«Sire, c'est de «vous embrasser.»
-Il y consentit de bonne grâce[1897]. Puis: «A mon tour,» dit-il, et,
-raconte un chroniqueur, le baiser royal fut appliqué de manière à faire
-penser que cette circonstance n'avait pas déplu à Sa Majesté[1898].
-
-Ce ne fut pas tout. Le Roi demanda ensuite à la paysanne si elle ne
-désirait plus rien. «Non, Sire, répondit la femme; je n'ai nul besoin.
-Je suis maintenant plus heureuse qu'une Reine; mais j'ai une voisine
-bien pauvre, qui a onze enfants et que ses créanciers menacent de
-saisir.» Louis XVI fit venir la voisine, lui promit d'arranger ses
-affaires et tint parole[1899].
-
-De pareilles anecdotes, bientôt connues, attiraient la foule sur les
-pas du monarque. Ce voyage de huit jours fut une ovation perpétuelle.
-A Caen, où on lui présentait les clefs de la ville avec ces mots:
-_Cordibus apertis inutiles_, et où il ordonnait aux gardes de
-laisser approcher tout le monde, «mes enfants», disait-il[1900];
-à Rouen, où, pour satisfaire le peuple, il descendait à pied la
-rue du pont[1901]; à Honfleur, où il voyait pour la dernière fois
-l'escadre d'évolution[1902]; au Havre, où il arrivait par mer malgré
-une traversée orageuse[1903]; partout, dans l'armée, dans la marine,
-dans les villes, dans les campagnes, retentissait bruyamment ce cri
-alors si français de: _Vive le Roi!_ Le prince était heureux de ces
-acclamations qui devenaient rares autour du trône. Aux cris de: _Vive
-le Roi!_ il répondait par le cri de: _Vive mon peuple[1904]!_ «Vous
-serez, j'espère, contente de moi,» écrivait-il gaiement à la Reine, à
-laquelle il envoyait tous les jours des nouvelles; «car je ne crois
-pas avoir fait une seule fois ma grosse voix[1905].» Il était enchanté
-de son voyagé et tout le monde était enchanté de lui[1906]. C'était
-comme un rajeunissement de ce lien antique qui, depuis tant de siècles,
-unissait la dynastie à la France, comme un serment nouveau de fidélité
-de la part du peuple, d'amour et de bonté de la part du Roi. Quand,
-le 29 juin, Louis XVI rentra à Versailles, tout ému encore de ces
-applaudissements d'une province entière, il prit dans ses bras son
-second fils, le duc de Normandie. «Viens, mon gros «Normand, lui dit-il
-en souriant, ton nom te portera bonheur!»
-
-La Reine n'était pas moins heureuse que le Roi de cet enthousiasme
-populaire; elle l'enviait peut-être, car elle non plus n'y était
-plus accoutumée. Il y eut cependant, cette année encore, pour elle
-un regain, sinon de popularité, du moins d'éclat. Ce fut pendant
-l'automne, à Fontainebleau.
-
-«Il y avait une telle foule à Fontainebleau, écrivait Mme de Staël
-à Gustave III, qu'on ne pouvait parler qu'à deux ou trois personnes
-qui jouaient avec vous, et l'on ne retirait de plaisir d'être dans le
-monde que l'agrément d'être étouffé: mais c'était surtout autour de
-la Reine que les flots de la foule se précipitaient. L'expression du
-visage de tous ceux qui attendaient un mot d'elle pouvait être assez
-piquante pour les observateurs. Les uns voulaient attirer l'attention
-par des ris extraordinaires sur ce que leur voisin leur disait, tandis
-que, dans toute autre circonstance, les mêmes propos ne les auraient
-pas fait sourire. D'autres prenaient un air dégagé, distrait, pour
-n'avoir pas l'air de penser à ce qui les occupait tout entiers; ils
-tournaient la tête du côté opposé; mais, malgré eux, leurs yeux
-prenaient une marché contraire et les attachaient à tous les pas de la
-Reine. D'autres, quand la Reine leur demandait quel temps il faisait,
-ne croyaient pas devoir laisser échapper une semblable occasion de se
-faire connaître et répondaient bien au long à cette question; mais
-d'autres aussi montraient du respect sans crainte et de l'empressement
-sans avidité[1907].»
-
-Ainsi, à la fin de 1786, et même au commencement de 1787[1908],
-Marie-Antoinette est toujours l'astre vers lequel se tournent les
-regards. Sa lumière est radieuse encore, mais déjà plus tempérée et
-comme voilée de je ne sais quel nuage de mélancolie. La Reine se sent
-vieillir et dès l'hiver de 1785, elle a déclaré à Mlle Bertin qu'elle
-va avoir trente ans et qu'en conséquence, décidée à retrancher de ses
-parures tous les ornements qui ne conviennent qu'à l'extrême jeunesse,
-elle ne portera plus ni plumes ni fleurs[1909]. Ce n'est plus la
-jeune femme vive et gaie, à la taille élancée, au rire perlé, parfois
-moqueur, ardente au plaisir et facile aux entraînements, aimant les
-bals, les courses et le jeu. C'est la femme de trente ans, à l'aspect
-plus imposant, à l'embonpoint naissant[1910], avec cette ampleur de
-formes qui ajoute, sans lourdeur, la majesté à l'élégance; au sourire
-toujours enchanteur, mais plus grave; sentant le poids de la couronne
-et mûrie par l'expérience. Si Mercy avait eu encore à adresser à
-l'Impératrice ses rapports secrets, il ne les eût plus remplis de ses
-plaintes contre la dissipation et le laisser-aller de l'Archiduchesse,
-car c'est au moment où Marie-Antoinette commence à être le plus en
-butte à la calomnie qu'elle y donne le moins de prise.
-
-La Cour est bien tenue; les bals sont brillants, comme s'ils
-voulaient rayonner d'une dernière splendeur[1911]. Les jeux de
-hasard sont sévèrement exclus. La Reine bannit de sa table les
-gros joueurs, renonce aux émotions du pharaon pour le plaisir plus
-calme du billard[1912], fait des représentations au comte d'Artois,
-toujours impétueux et léger, éloigne de sa personne les jeunes gens
-pour rechercher de préférence les hommes graves et sérieux, et, dit
-un témoin oculaire, «montre clairement par son attitude et par ses
-discours qu'elle entend conserver les principes d'honneur et de
-probité parmi ceux qui l'entourent[1913]». Elle encourage les arts
-et l'industrie, prend sous sa protection la manufacture de cristaux
-de Saint-Cloud et, pour soutenir l'atelier de filature de soie
-établi à Paris par un sieur Villiers, déclare qu'elle ne portera
-plus désormais que des gazes françaises[1914]. Elle économise sur sa
-toilette et,—qu'on nous passe ce détail, il est un peu vulgaire, mais
-il est décisif,—cette femme, arbitre de l'élégance et du goût, fait
-raccommoder ses robes, regarnir ses jupons, reborder ses souliers[1915]!
-
-Son esprit est vif, sans être étendu, et il est toujours bienveillant;
-elle possède au suprême degré cette mémoire obligeante dont on sait
-un gré infini aux princes, et qui leur gagne plus de cœurs que des
-bienfaits[1916]. Sa démarche est fière[1917]. Son œil, toujours
-limpide, devient plus pénétrant. Son accueil est imposant, sans cesser
-d'être affable. Sa familiarité se tempère de noblesse, sa grâce
-s'illumine de majesté. On admire la femme, mais on sent la Reine. Sa
-beauté attire les regards; sa bonté attache les cœurs; sa dignité
-naturelle commande le respect. «Il est, je crois, difficile de mettre
-plus de grâce et de bonté dans la politesse, écrit encore Mme de Staël;
-elle a même un genre d'affabilité qui ne permet pas d'oublier qu'elle
-est Reine et persuade toujours qu'elle l'oublie[1918].»
-
-Et puis, sous le diadème de la souveraine, voyez poindre le sourire
-de la mère, elle est là avec ses quatre enfants; car, le 9 juillet
-1786, une seconde princesse est née, Sophie-Béatrix; elle est là, à
-Fontainebleau comme à Versailles, penchée sur leur berceau, attentive
-à tous leurs mouvements, contemplant leur sommeil avec amour, alarmée
-à la moindre souffrance, tressaillant à un accès de toux, tremblant à
-un mouvement de fièvre, veillant à leur chevet quand on les inocule
-et, à ce moment, poussant la précaution jusqu'à s'enfermer avec eux au
-Château, pour qu'ils ne communiquent pas la contagion aux enfants qui
-peuvent venir jouer dans le parc[1919]; suivant d'un œil vigilant et
-avec une sollicitude éclairée leur développement physique, intellectuel
-et moral. Elle réprime leurs petites impatiences et ne leur permet
-aucune hauteur[1920]; elle ne veut pas laisser plus de quatre femmes
-à sa fille[1921]; elle l'emmène avec elle à Fontainebleau pour ne
-pas perdre de vue son éducation[1922]; et pendant ce temps-là, le
-Dauphin, tout jeune, reste à la Muette, habillé simplement en matelot,
-accessible à tous et enchantant chacun par sa bonne grâce[1923]. Pas
-une lettre à ses amis, pas une lettre à ses frères, qui n'abonde
-en détails sur la santé et les mille incidents de la vie des chers
-petits. Elle va chez eux à toute heure du jour et de la nuit, et
-une fois qu'elle pénètre à l'improviste chez le duc de Normandie,
-auquel on vient de mettre des sangsues sans la prévenir, elle tombe
-sans connaissance, de saisissement et d'effroi. Comme elle suit avec
-angoisse les premiers symptômes du mal qui emportera le Dauphin[1924]!
-Mais aussi comme elle jouit de la belle santé de son second fils,
-si sain, si frais, si fort, «vrai enfant de paysan,» ajoute-t-elle
-gaiement[1925].
-
-Et comme en même temps elle s'efforce de former leur esprit, leur
-cœur surtout! Une année, aux approches du premier janvier, elle fait
-apporter à Versailles les plus beaux jouets de Paris; elle les montre à
-ses enfants, et, quand ils ont bien vu, bien admiré, elle leur dit que
-tout cela est bien beau, sans doute, mais qu'il est plus beau encore de
-répandre l'aumône; et le prix des étrennes est envoyé aux pauvres[1926].
-
-Ainsi, elle fait faire à ses enfants l'apprentissage de la charité.
-Tandis que l'abbé d'Avaux enseigne à Madame Royale la grammaire et
-l'histoire, la Reine donne à sa fille des leçons de travail manuel;
-elle lui apprend elle-même à composer des ouvrages d'aiguille et elle
-habitue ses petites mains à coudre des chemises et des layettes qu'elle
-fait distribuer aux indigents par les curés de Versailles[1927]. Ce ne
-sont pas aux plus protégés, mais aux plus dignes qu'elle confie le soin
-de ses enfants. Quand le Dauphin est en âge d'avoir un gouverneur, on
-ne prend ni M. de Vaudreuil, malgré l'appui des Polignac, ni le duc de
-Guines, si en faveur jadis, ni le duc de la Vauguyon, quoiqu'il ait été
-élevé avec le Roi; on va chercher, dans son gouvernement de Normandie,
-le duc d'Harcourt, dont «la réputation d'honnêteté est extrêmement
-établie[1928].» La Reine ne préside pas seulement à l'éducation, elle
-se mêle aux jeux de sa jeune famille. Pour l'amuser, elle réunit
-autour d'elle, à Trianon ou à Versailles, les fils et les filles des
-principaux personnages de la Cour; elle danse avec eux; elle leur fait
-jouer la comédie[1929], et souvent elle y prend part elle-même.
-
-Cet amour des enfants est si vif chez Marie-Antoinette, qu'il rejaillit
-même sur les enfants des autres. Les correspondances et les mémoires
-du temps sont remplis de traits charmants de cette douce et pure
-passion. Pas un bel enfant ne paraît à la Cour sans que la Reine
-le voie, l'admire et le caresse. Un jour, c'est le petit garçon de
-Mme de Bombelles, qu'elle aperçoit sortant de l'appartement de Mme
-Elisabeth; elle s'arrête pour le voir, le fait jouer avec son éventail
-et affirme à l'heureuse mère qu'elle le trouve charmant[1930]. Une
-autre fois, c'est Elzéar de Sabran qu'elle rencontre sur son passage;
-elle l'embrasse sur les deux joues. Et, le lendemain, elle dit à Mme
-de Sabran: «Savez-vous que j'ai embrassé un Monsieur, hier?»—«Madame,
-je le sais; car il s'en est vanté.» Et la Reine de rire, et de faire
-compliment à la mère sur son fils, sur le développement de sa taille,
-sur sa bonne mine, sur son talent à jouer la comédie[1931]. Et la
-mère de sourire à son tour, et d'être ravie, et de déclarer la Reine
-«adorable». Et, cinquante ans après, l'enfant, devenu vieillard,
-conservait toujours et rappelait avec une indicible émotion et un naïf
-orgueil le souvenir de ce baiser de la Reine[1932].
-
-Qui ne l'eût proclamée alors, comme le prince de Ligne, toujours reine
-par la grâce et la charité[1933], et ne se fut écrié comme lui:
-
-«Il n'y a que des méchants qui aient pu en dire du mal, et des sots qui
-aient pu le croire[1934].»
-
-Et cependant ces sots et ces méchants se sont rencontrés, et parmi ces
-courtisans qui se pressaient sur son passage pour implorer un de ses
-regards, combien peut-être ont grossi le nombre de ces méchants et de
-ces sots!
-
-Un jour, à Trianon, le 13 septembre 1786[1935], entrant le matin
-dans la chambre de sa royale maîtresse, Mme Campan la trouva couchée
-encore, froissant entre ses doigts des lettres jetées sur son lit, le
-visage baigné de pleurs, la voix entrecoupée par des sanglots. «Ah!
-les méchants! les monstres!» s'écriait l'infortunée princesse... «Que
-leur ai-je fait?... Ah! je voudrais mourir.» Et comme Mme Campan lui
-offrait de l'eau de fleurs d'oranger, de l'éther: «Non,» reprit-elle
-avec une navrante amertume; «non, si vous m'aimez, laissez-moi; il
-vaudrait mieux me donner la mort!» Et, jetant son bras sur l'épaule de
-sa première femme de chambre, elle se mit à fondre en larmes[1936].
-
-Mme Campan ne sut jamais quelle avait été la causé de ce violent
-chagrin, que l'amitié seule de la duchesse de Polignac parvint à
-calmer. C'était un de ces nuages noirs qui menacent de fondre sur la
-campagne et qu'une brise plus pure emporte. Mais combien d'autres
-nuages allaient suivre, que le souffle de l'amitié ne dissiperait plus!
-
-Depuis longtemps déjà, la calomnie avait fait son apparition dans
-l'horizon de la Reine, et celui-là même qui l'avait si bien peinte dans
-la dernière pièce jouée à Trianon[1937], n'était pas pur du soupçon
-d'en avoir aidé la naissance. Marie-Antoinette en avait ri d'abord et
-elle s'était amusée à chanter elle-même des couplets où le chevalier
-de Boufflers avait spirituellement transformé en qualités les défauts
-que lui reprochaient les libelles[1938]. Mais depuis l'histoire, vraie
-ou fausse, du juif Angelucci, que de chemin parcouru!
-
-Ce sont les mœurs de la Reine qu'on incrimine, puis ses amitiés,
-puis ses dépenses, sa simplicité même. On veut lui aliéner le cœur
-de son mari, et le cœur de la nation. D'immondes pamphlets sortent
-de ténébreuses officines; ils inondent la Cour et la ville; ils
-s'affichent à la porte de Notre-Dame; ils sont distribués par des
-employés du palais, fabriqués par des inspecteurs de police[1939];
-ils se glissent sous la serviette du Roi. Ils s'appellent le
-_Lever de l'Aurore_; les _Amours de Notre Reine_; la _Coquette et
-l'Impuissant_[1940]; le _Procès des Trois-Rois_, «ouvrage détestable
-pour tout bon Français,» dit le chroniqueur[1941]; l'_Almanach
-royal_[1942]; la _Vie d'Antoinette_, que sais-je encore? le
-_Portefeuille d'un talon-rouge_, et bientôt les _Essais sur la vie de
-Marie-Antoinette_, et les infâmes _Mémoires de Mme de la Motte_. Il
-serait impossible de les énumérer tous, et plus impossible encore d'en
-citer des fragments. Le procès du Collier est le signal d'un véritable
-débordement de calomnies.
-
-Les auteurs, on les ignore la plupart du temps; on nomme Champcenetz,
-le marquis de Louvois, Thévenot de Morande. Les instigateurs, on les
-connaît mieux; ce sont les ennemis de Choiseul, les d'Aiguillon, les
-Marsan, des membres mêmes de la famille royale, Mme Adélaïde, le duc
-d'Orléans, les Condé, peut-être le comte de Provence, tous ceux
-que le crédit de la Reine offusque, que sa préférence pour d'autres
-froisse, que sa bonté même distingue; car les ingrats s'ajoutent aux
-envieux. Jamais plus infernale conspiration n'a été ourdie avec plus
-d'habileté par des conjurés plus divers. Jamais, hélas! complot n'a
-abouti à plus de succès. Pas un acte, pas une démarche, pas une parole
-qui n'ait été travestie. La Reine, après la paix de 1783, accueille
-avec distinction quelques seigneurs anglais qui viennent, à Versailles
-ou à Fontainebleau, oublier la vieille rivalité des deux pays. Lord
-Strathavon, le duc de Dorset, lord Fitzgerald sont les amants de
-la Reine. Elle manifeste des sympathies pour de jeunes Suédois ou
-Autrichiens qui sont accourus du fond de leur patrie verser leur sang
-au service de la France; Fersen, Stedingk, Esterhazy, autant d'amants
-encore, sans compter les Français, Arthur Dillon, surnommé le beau
-Dillon; Édouard Dillon, à la vue duquel le visage de Marie-Antoinette
-«se reprintanise[1943]»; et ce misérable fat de Lauzun; et le chevalier
-de Coigny; et le comte d'Artois; et le duc de Chartres. Et des chansons
-obscènes circulent, avidement accueillies dans les salons, bien peu
-délicats en fait de bon goût et en fait de bonnes mœurs, recueillies
-avec soin par Maurepas, qui a toujours aimé les polissonneries[1944],
-surtout lorsqu'il peut s'en faire une arme contre un crédit qui
-l'offusque. Et l'on voit des courtisans courir en poste de Versailles
-au foyer de l'Opéra pour s'amuser avec les chanteurs des prétendues
-bonnes fortunes du beau Dillon ou de M. de Coigny[1945].
-
-En 1786[1946], l'archiduc Ferdinand fait avec sa femme, à l'exemple
-de ses deux frères, un voyage en France, où son affabilité plaît
-beaucoup[1947]; mais la présence de l'archiduc, comme celle de
-Maximilien, soulève des questions de préséance, et ce sont de nouveaux
-germes de discorde dans la famille royale[1948]. Le duc et la duchesse
-de Saxe-Teschen, qui viennent à Versailles quelques mois plus
-tard[1949], exécutant enfin un projet ajourné pendant deux ans[1950],
-évitent cet inconvénient; mais s'ils sont charmés de l'affabilité
-de la Reine et des agréments de sa conversation, ils entendent déjà
-dans Paris, «ce séjour des plaisirs et des inconséquences[1951]», les
-murmures de la calomnie et comme les premiers grondements de l'orage.
-
-Marie-Antoinette, pour se rapprocher de la capitale et procurer à
-ses enfants, au Dauphin surtout[1952], déjà souffrant, un air plus
-pur et plus libre pendant l'été[1953], manifeste le désir d'avoir le
-palais de Saint-Cloud; le Roi l'achète au duc d'Orléans et le donne à
-sa femme. Ce sera une résidence pour la famille royale, pendant les
-longues réparations que nécessite Versailles[1954]. La dépense n'est ni
-aussi considérable qu'on le suppose, ni en désaccord avec les revenus
-du monarque[1955], puisqu'elle est couverte en grande partie par des
-ventes opérées à la même époque[1956]. N'importe. C'est l'acquisition
-de Saint-Cloud qui ruine les finances de la France. Messieurs des
-Enquêtes fulminent contre Messieurs de la Grande Chambre, qui ont
-enregistré les lettres patentes du Roi donnant six millions à la Reine
-pour jouir en toute propriété et disposer à sa guise des terres et
-domaines qu'elle voudra acquérir au moyen de cette somme[1957]. Et la
-voix des salons, et le bruit de la rue, qui vient s'y joindre, jettent
-à Marie-Antoinette le nom injurieux et mortel de _Mme Déficit_[1958].
-Quatre mots mis en tête des imprimés collés sur les grilles du parc:
-_De par la Reine_, mots bien naturels, puisque la Reine est chez elle
-à Saint-Cloud comme à Trianon, augmentent les murmures, en soulevant
-je ne sais quelle ombrageuse susceptibilité. On y voit un empiétement
-sur les privilèges du Roi, une atteinte aux droits de la Maison de
-France qu'on veut dépouiller au profit de la Maison d'Autriche, et
-d'Éprémesnil s'écrie en plein Parlement qu'il est _impolitique_ et
-_immoral_ de voir des palais appartenir à la Reine de France[1959].
-
-Marie-Antoinette éprouve pour Calonne, dont elle a bien vite jugé la
-valeur[1960], une insurmontable antipathie. Non seulement elle ne
-lui demande pas d'argent, mais elle refuse celui qu'il lui offre;
-les récits du temps l'affirment, et les documents authentiques
-l'établissent. Mais la malveillance populaire s'inquiète-t-elle de
-la vérité? On fredonne dans les rues ce couplet d'un pot-pourri,
-d'ailleurs plat et sans esprit:
-
- Calonne n'est pas ce que j'aime;
- Mais c'est l'or qu'il n'épargne pas.
- Quand je suis dans quelque embarras,
- Alors je m'adresse à lui-même.
- Ma favorite en fait de même,
- Et puis nous en rions tout bas, tout bas[1961].
-
-Lorsqu'à la chute du contrôleur général la populace s'amuse à le brûler
-en effigie, l'écriteau pendu au mannequin qui le représente accuse la
-Reine d'avoir envoyé à son frère cent millions en trois ans[1962].
-
-Et cela, au moment où ce frère lui reproche de s'être trop «francisée»
-et de n'avoir plus d'allemand que la figure[1963]!
-
-Ainsi, la calomnie descend des marches du trône dans le palais,
-du palais dans les salons, des salons dans la rue, et ses traits
-empoisonnés s'enfoncent dans le cœur de la malheureuse femme, en
-attendant qu'ils la frappent à la tête. En 1783, Mme Lebrun peint
-Marie-Antoinette dans le gracieux costume de Trianon, avec un chapeau
-de paille et une robe de mousseline blanche; on raconte aussitôt que
-la Reine s'est fait peindre en chemise[1964]. Quatre ans plus tard, en
-1787, même insulte pour le beau tableau où la même artiste a représenté
-Marie-Antoinette entourée de ses enfants. Le cadre ayant été d'abord
-apporté seul: «Ah! voilà _Mme Déficit_!» s'écrie quelqu'un, et cette
-méchanceté, où l'on associe perfidement un incident vulgaire à une
-calomnie odieuse, trouve aussitôt crédit dans le public[1965]. A
-l'Opéra, la Reine est sifflée[1966]. Au Théâtre-Français, on lui fait
-une outrageante application des menaçantes prophéties de Joad contre
-Athalie[1967]. On vend ouvertement une caricature qui montre Louis XVI
-et Marie-Antoinette assis à une table succulente qu'entoure une foule
-d'affamés avec cette légende: «Le Roi boit, la Reine mange, le peuple
-crie[1968]!» Et un jour vient où le lieutenant de police fait avertir
-l'infortunée princesse de ne plus se montrer dans Paris, où elle ne
-serait pas en sûreté[1969]!
-
-Le comte de la Marck a eu bien raison de dire: «C'est dans les
-méchancetés et les mensonges répandus contre la Reine qu'il faut aller
-chercher les prétextes des accusations du tribunal révolutionnaire en
-1793 contre Marie-Antoinette[1970].»
-
-Comme si tous les chagrins devaient fondre à la fois sur cette tête,
-si longtemps radieuse, l'amitié même se relâchait. Les favoris, si
-empressés au temps de la bonne fortune, devenaient plus froids à
-l'heure de l'épreuve.
-
-Entre la Reine et le contrôleur général, les Polignac optaient pour
-Calonne. La Reine en était mécontente; elle ne se rendait plus chez
-son amie sans avoir fait demander auparavant quelles personnes s'y
-trouvaient, et souvent, après la réponse, elle s'abstenait d'y aller.
-Mme de Polignac, au lieu d'en être touchée, s'en froissait, et un jour
-que sa royale maîtresse lui en faisait d'affectueuses observations:
-«Je pense, répliqua-t-elle d'un ton piqué, que parce que Votre Majesté
-veut bien venir dans mon salon, ce n'est pas une raison pour qu'elle
-prétende en exclure mes amis.»
-
-La Reine, obstinée dans ses affections, ne se montre pas blessée de
-cette impertinente réponse. Elle fait plus, elle l'excuse: «Je n'en
-veux pas à Mme de Polignac, dit-elle; au fond, elle est bonne et elle
-m'aime; mais ses alentours l'ont subjuguée?.» Elle se contente de
-délaisser le salon de la favorite, d'écarter les jeunes gens de sa
-société[1971] et de reporter ses préférences sur une femme plus douce,
-plus dévouée sans arrière-pensée, la comtesse d'Ossun. Et, à l'exemple
-de la Reine, ses vrais amis, Mercy et Fersen, quittent à leur tour le
-cercle des Polignac[1972].
-
-Mais la société de la favorite, mécontente d'un éloignement qui semble
-devoir éloigner en même temps les faveurs, et jalouse du crédit
-naissant de Mme d'Ossun, ne dissimule pas son irritation. Mme de
-Polignac part pour les eaux et menace de donner sa démission[1973]. Et
-ses amis font cause commune avec les ennemis de Marie-Antoinette dans
-leur guerre de chansons et d'insinuations perfides. On y parle avec
-malignité d'une _Écossaise_ dansée par la Reine avec lord Strathavon
-chez Mme d'Ossun. Un des habitués du salon Polignac, qui devait plus
-que tout autre une profonde reconnaissance et de respectueux égards
-à la Reine, fait contre elle un couplet des plus méchants, et ce
-couplet, fondé sur un odieux mensonge, va alimenter ces échos de Paris
-et de Versailles qui, depuis quelque temps, ne répètent plus que la
-calomnie[1974].
-
-Aux déboires de l'amie viennent se joindre les déchirements de la
-mère. Le vendredi 15 juin 1787, la dernière fille de Marie-Antoinette,
-Sophie-Béatrix, âgée de 11 mois seulement, est prise d'un vague
-malaise; le 19, elle meurt, charmante en son agonie, blanche et rose,
-douce et jolie comme l'ange de la mort[1975], mais infligeant au cœur
-de la pauvre mère cette inguérissable blessure que fait la perte d'un
-premier enfant. La Reine, profondément affligée[1976], s'enferme
-à Trianon sans appareil et sans suite, seule avec le Roi et Mme
-Elisabeth: «Venez, écrit-elle à sa belle-sœur, nous pleurerons sur la
-mort de ma pauvre petite ange... J'ai besoin de tout votre cœur pour
-consoler le mien[1977].»
-
-Et comme quelques personnes de son intimité, pour alléger sa douleur,
-lui représentent le bas âge de la jeune princesse: «Oubliez-vous,
-répond-elle, que c'eût été une amie[1978]?»
-
-Une amie, elle en a besoin plus que jamais, et n'en trouvant plus
-sur la terre, elle en cherche plus haut: «Depuis quelque temps, écrit
-l'ambassadeur de Suède, la Reine paraît tournée à la dévotion[1979].»
-
-Atteinte comme femme, comme amie, comme mère, elle cède, ainsi qu'elle
-le dit elle-même, à sa mauvaise destinée. Malgré ses répugnances à
-s'occuper d'affaires, elle se jette, contrainte, dans la lutte, mais
-non sans avoir poussé ce cri de désespoir que recueille Mme Campan:
-
-«Ah! il n'y a plus de bonheur pour moi, depuis qu'ils m'ont faite
-intrigante[1980].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
- Les Notables.—Chute de Calonne.—Brienne.—Ses réformes.—Son
- impopularité rejaillit sur la Reine.—Rappel de
- Necker.—Convocation des États généraux.—Flots de
- brochures.—Doublement du Tiers.—Situation de Marie-Antoinette
- en 1789, vis à vis de la famille royale.—Le comte et la
- comtesse de Provence.—Le comte et la comtesse d'Artois.—Madame
- Elisabeth.—Mesdames.—Les Condé.—Le duc d'Orléans.
-
-
-Quelle que fût sa présomption, Calonne n'avait pas réussi à combler le
-déficit du Trésor[1981]. Il avait fait pis: il l'avait sensiblement
-accru. Le Parlement était hostile; le public s'alarmait; les
-combinaisons financières avaient échoué. Le contrôleur général résolut
-de frapper un grand coup: il proposa au Roi de réunir une assemblée
-de Notables. Louis XVI adopta cette idée avec enthousiasme: la pensée
-d'imiter Henri IV, de se rapprocher de son peuple, ou du moins de ses
-principaux représentants, de leur parler face à face et en quelque
-sorte à cœur ouvert, plaisait à son esprit généreux et passionné pour
-le bien public. Le lendemain du jour où il avait déclaré à son Conseil
-son intention de convoquer les Notables[1982], il écrivait à Calonne:
-
-«Je n'ai pas dormi cette nuit; mais c'était de plaisir.»
-
-La Reine avait ignoré ce projet; elle fut, dit-on, froissée de ce
-silence et restait parfois plusieurs heures pensive et sans mot
-dire[1983]. Quoiqu'elle se mêlât beaucoup moins d'affaires qu'on ne le
-croyait à l'étranger et dans le public[1984], la réalité commençait
-à lui apparaître: le présent avec ses difficultés, l'avenir avec
-ses périls[1985]. Le Roi ne s'était ouvert de sa pensée qu'au garde
-des sceaux, Miroménil, et à Vergennes qui, depuis la mort du comte
-de Maurepas, remplissait, sans en avoir le titre, les fonctions de
-premier ministre. Malheureusement, neuf jours avant l'ouverture de
-l'assemblée, le 13 février 1787, Vergennes mourut. A ce moment surtout,
-ce fut une grande perte. La raison calme et froide de ce ministre, sa
-vieille expérience des hommes et des choses, la confiance que le Roi
-avait en lui, la considération dont il jouissait auraient donné du
-poids aux plans de Calonne et en auraient peut-être assuré le succès.
-Lui mort, il n'y eut plus dans le ministère personne qui eût assez
-de prépondérance pour diriger l'opinion. Montmorin, qui lui succéda,
-n'avait ni les mêmes talents ni la même autorité, et Breteuil, esprit
-assez médiocre, peu aimé d'ailleurs à cause de sa brusquerie, était en
-outre l'ennemi acharné du contrôleur général.
-
-Le retard même apporté à l'ouverture de l'assemblée, successivement
-fixée au 29 janvier, puis au 22 février, était une faute; les Notables,
-arrivés depuis un mois à Paris, où ils ne savaient que faire, ennuyés
-de ces délais et du temps qu'on leur faisait perdre, n'avaient d'autre
-occupation que d'écouter les critiques et de recevoir les plaintes
-des mécontents[1986]. Le public s'impatientait de son côté. Déjà l'on
-riait, l'on chansonnait et l'on annonçait que la grande troupe de
-M. de Calonne allait donner la première représentation des _Fausses
-apparences des Dettes et des Méprises_[1987].
-
-Les plans du ministre étaient vastes. Ils comprenaient la suppression
-ou l'adoucissement de certains impôts, comme la capitation et la
-gabelle, une répartition plus égale de l'impôt foncier, qui devait
-frapper à la fois tous les propriétaires, privilégiés ou non, et
-l'établissement dans toute l'étendue du royaume d'assemblées de
-paroisses, de districts et de provinces. C'était une réforme politique
-en même temps qu'une réforme financière, réforme sage, en somme, dont
-la réalisation pacifique eût peut-être prévenu bien des désastres.
-Mais, en politique, ce sont souvent moins les idées que les hommes qui
-se font accepter, et malheureusement le contrôleur général était si
-honni que son nom seul suffisait à décrier les plus utiles mesures.
-En même temps, sa légèreté l'empêchait de prévoir les obstacles ou de
-s'occuper des moyens de les surmonter. Il eût été facile, puisque le
-Roi s'était réservé le choix des Notables, de composer l'assemblée
-d'hommes éclairés et dévoués à la fois, décidés à voter une réforme
-qui, pour la plupart d'entre eux, eût été un sacrifice, en un mot de
-se ménager une majorité. Calonne négligea même ce soin, et, dès le
-début, il fut aisé de voir qu'il y aurait une opposition formidable,
-plus encore peut-être contre la personne du ministre que contre ses
-projets. Se sentant attaqué, Calonne eut le tort d'attaquer à son tour:
-son discours aux Notables, avec une apologie de son propre système,
-contenait une critique, déguisée mais transparente, de l'administration
-de Necker. Necker riposta, ses amis prirent parti dans la lutte; les
-privilégiés, menacés, défendirent leurs droits; les Notables, froissés
-de certaines publications[1988], exigèrent des états de dépenses
-et de recettes. Ce fut un déluge de récriminations et de plaintes,
-les unes justes, les autres passionnées, contre un ministre dont
-l'administration laissait tant de prises à la critique et dont la
-réputation répondait mal à ses protestations de désintéressement et
-d'économie.
-
-Au bout de six semaines, le 8 avril, Calonne tomba. Exilé à sa terre
-d'Allouville en Lorraine, il partit, furieux contre la Reine à laquelle
-il attribuait, avec l'opinion publique, sa disgrâce et son exil[1989];
-puis, bientôt, décrété de prise de corps par le Parlement, il perdit
-la tête et sans essayer même de sauver les apparences[1990], s'enfuit
-à Londres où, s'il faut en croire Mme Campan, la rancune le rendit
-complice de Mme de la Motte dans la rédaction de ses infâmes _Mémoires_
-contre Marie-Antoinette[1991].
-
-Quel serait son remplaçant au contrôle général? Choiseul était mort le
-dimanche 9 mai 1785[1992], emportant dans la tombe comme un dernier
-souvenir de la jeunesse et de la vie heureuse de la Reine. Deux
-noms étaient en présence pour la succession de Calonne: Necker et
-l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne. Le Roi avait une égale
-répugnance pour tous les deux: «Je ne veux, aurait-il dit un jour, ni
-Neckraille, ni prêtraille[1993].» Il ne disconvenait pas des talents
-de Necker; mais il redoutait les défauts[1994] de son caractère, et,
-tout récemment encore, vivement froissé de la publication de son livre
-sur l'_Administration des finances_, il l'avait, à l'instigation de
-Calonne, exilé à quarante lieues de la capitale[1995].
-
-Le rappeler en ce moment; bien plus, lui rendre un portefeuille,
-c'était se donner trop manifestement un démenti à soi-même et ébranler,
-de ses propres mains, le prestige déjà trop affaibli de l'autorité
-royale. Si quelques fidèles, comme Montmorin, prononçaient encore
-le nom de Necker, la situation elle-même semblait indiquer celui de
-l'archevêque de Toulouse. Son influence sur les Notables, son titre
-de chef avoué de l'opposition contre Calonne, ce qu'on nommerait
-aujourd'hui le jeu régulier des institutions parlementaires, le
-désignaient naturellement comme le successeur du ministre dont il avait
-déterminé la chute.
-
-Ambitieux de vieille date, résolu dès son enfance à jouer un grand
-rôle, et poursuivant son but par tous les moyens, mais patient et
-résolu à attendre, insinuant et souple, sachant à la fois applaudir
-les philosophes et regretter les Jésuites, accueilli par les femmes,
-bien vu par les économistes, montrant des connaissances superficielles,
-mais variées, Brienne jouissait, dans tout le royaume, d'une réputation
-d'habileté incontestée[1996].
-
-Le Roi seul avait pour ce prêtre, sans mœurs et peut-être sans foi,
-l'aversion qu'avec ses fortes convictions religieuses il éprouvait pour
-tous les prêtres philosophes. Comme, à la mort de Mgr de Beaumont,
-archevêque de Paris, on parlait de M. de Brienne pour lui succéder:
-«Il faut au moins que l'archevêque de Paris croie en Dieu,» avait-il
-répondu brusquement[1997]. Il avait d'ailleurs une extrême répugnance
-à admettre un prêtre dans ses conseils, et plus d'une fois on l'avait
-entendu déclarer qu'il ne placerait jamais un ecclésiastique à la tête
-des affaires[1998].
-
-En revanche, la Reine avait une haute opinion de l'archevêque de
-Toulouse et s'était habituée dès longtemps à le regarder comme
-le premier ministre de l'avenir. On a attribué cette opinion de
-Marie-Antoinette à l'influence exclusive de l'abbé de Vermond, jaloux
-de témoigner sa reconnaissance à l'homme auquel il devait sa fortune.
-Si la Reine eut pour les talents de Brienne une estime qui la
-détermina à se prêter à son élévation, ce n'est pas l'abbé de Vermond
-seul qu'il faut en rendre responsable, c'est tout le monde. C'est
-Choiseul, qui a jadis recommandé à Louis XV le jeune Loménie[1999].
-C'est le financier d'Invaux, qui le consulte et lui écrit: «Je devrais
-vous céder le contrôle général[2000].» C'est Mercy, qui, dès 1775,
-proclame la supériorité des talents de l'archevêque et se porte
-presque garant de sa conduite en religion et en morale[2001]. C'est
-Joseph II, qui, deux ans plus tard, après une conversation qui lui «a
-plu infiniment[2002]», va le visiter à Toulouse et prend de lui une
-si haute idée qu'il écrit à sa sœur pour le lui recommander, comme
-un des sujets les plus capables d'entrer au ministère[2003]. Ce sont
-Turgot et Malesherbes, qui veulent lui confier un portefeuille et
-n'y renoncent que sur l'opposition de Maurepas[2004]. C'est Maurepas
-lui-même, qui tient à l'écarter du Conseil comme un rival dont la
-supériorité lui porte ombrage[2005]. Ce sont les États de Languedoc,
-où, disait-on, laissant la partie brillante à l'archevêque de Narbonne,
-il se chargeait de la partie laborieuse[2006], qui ne cessent de rendre
-hommage à ses mérites et à ses lumières, à l'intérêt qu'il prend aux
-affaires de la province, au talent avec lequel il traite les diverses
-matières d'utilité publique et de bienfaisance. C'est, en un mot, le
-sentiment général, qui voit en Brienne un des premiers personnages de
-France[2007], et le désigne pour le premier rôle.
-
-Avec de pareils appuis, et avec un tel mouvement d'opinion, Vermond
-n'avait pas besoin d'un grand effort pour persuader à son ancienne
-élève qu'elle faisait une œuvre sage et patriotique en portant au
-pouvoir un homme que la voix publique y appelait. Si la suite ne
-répondit pas à ce brillant début, si l'on s'aperçut trop tôt qu'il
-y avait là plus de surface que de profondeur, et d'apparence que de
-réalité, au moins faut-il reconnaître que la Reine ne fut pas seule à
-se tromper, et que son illusion fut celle de toute, ou presque toute la
-nation. La renommée de Brienne était brillante; on la crut solide.
-
-Les amis de Necker rendaient si bien hommage à la réputation de celui
-qu'ils devaient plus tard attaquer violemment que les plus influents
-d'entre eux n'hésitaient pas à entamer une négociation pour que les
-deux rivaux entrassent ensemble au ministère. Ce fut le maréchal de
-Beauvau qui mena l'affaire; il fut convenu que l'archevêque entrerait
-le premier et trois mois après donnerait à Necker la direction des
-finances. Le Roi, circonvenu à la fois par les deux partis, finit,
-malgré sa répugnance personnelle, par croire que l'opinion demandait la
-nomination de M. de Brienne; il s'en ouvrit à la Reine: «J'ai toujours
-entendu parler de M. de Brienne comme d'un homme très distingué,»
-répondit cette princesse; «je le verrai avec plaisir entrer au
-ministère[2008].»
-
-Le 1er mai 1787, l'archevêque de Toulouse fut nommé chef du conseil des
-finances. M. de Fourqueux, qui faisait l'intérim depuis la chute de
-Calonne, honnête homme mais sans valeur[2009], fut remplacé par M. de
-Villedeuil, et Necker fut encore une fois écarté. Le duc de Nivernais
-entra au conseil; M. de Malesherbes y fut rappelé. Mais Brienne était
-de ces hommes qui, suivant le mot du poète, brillent au second rang
-et s'éclipsent au premier. Une fois arrivé au but de ses convoitises,
-il se révéla bientôt tel qu'il était, sans grandes vues et sans
-connaissances sérieuses, sans idées et sans plan. Incapable d'innover,
-il ne sut que reprendre, avec de légères modifications, les projets
-de Calonne[2010], et, au bout d'un mois, l'assemblée des Notables
-fut dissoute, sans avoir rien fait[2011], laissant les finances en
-désarroi, le public au courant de ce désarroi, l'autorité royale
-affaiblie, puisqu'elle avait dû céder, et leur propre prestige perdu,
-puisqu'ils n'avaient rien réalisé de ce qu'ils avaient solennellement
-promis, emportant et semant dans leurs provinces des germes de
-mécontentement et de révolte.
-
-Il semblait que, demeuré seul, n'ayant plus en face de lui les
-Notables, qui d'ailleurs, avant de partir, lui avaient donné une
-sorte de blanc-seing, Brienne allait agir avec promptitude et
-vigueur. Il n'en fut rien; il perdit un temps précieux, prit des
-mesures insuffisantes, et lorsqu'il se décida enfin à envoyer à
-l'enregistrement les édits qui décrétaient les principales réformes
-financières, la résistance qu'il n'avait plus à redouter des Notables,
-il la trouva, acharnée et opiniâtre, dans le Parlement.
-
-Jaloux de la popularité qui avait un moment environné les Notables,
-lorsqu'ils avaient combattu Calonne, mécontent de la Cour, depuis qu'il
-l'avait offensée dans l'affaire du Collier, le Parlement s'enfonçait
-de plus en plus dans la voie de l'opposition. Cet ardent défenseur des
-droits du peuple se faisait le champion des privilégiés, parce que les
-privilégiés, à cette heure, étaient en lutte avec le gouvernement.
-Quelques conseillers, d'Éprémesnil, Fréteau, Duport, soufflaient le
-feu et attisaient l'incendie. Ils déclarèrent qu'avant de consentir un
-nouvel impôt, ils avaient besoin de connaître la situation du Trésor;
-on repoussa cette prétention: «Vous demandiez l'état des recettes et
-des dépenses,» s'écria l'abbé Sabattier. «Ce sont les États généraux
-qu'il nous faut[2012]...» La redoutable question était posée et, avec
-une légèreté toute française, elle était posée dans un jeu de mots.
-D'Éprémesnil développa avec chaleur l'idée de l'abbé Sabattier; et le
-Parlement, entraîné par sa fougueuse éloquence, fit la déclaration
-suivante: «La nation, représentée par les États généraux, est seule en
-droit d'octroyer au Roi les subsides dont le besoin sera évidemment
-démontré.»
-
-L'émoi fut grand chez les hommes graves et les vieux conseillers. Le
-président d'Ormesson, s'adressant à l'ardent adversaire de la Cour,
-prononça d'une voix attristée ces prophétiques paroles: «Prenez garde,
-Monsieur, que la Providence ne punisse vos funestes conseils en
-exauçant vos vœux[2013].»
-
-Le 6 août, un lit de justice fut tenu à Versailles pour faire
-enregistrer les édits par voie d'autorité. Dès le lendemain, le
-Parlement protesta et déclara nulle la transcription faite sur ses
-registres: il fut exilé à Troyes.
-
-Un mois après, il était rappelé. Oscillant sans cesse, comme un homme
-qui va tomber, le gouvernement ne savait marcher d'un pas ferme ni dans
-la voie de la résistance, ni dans Celle des transactions; il sévissait
-un jour pour faiblir et reculer le lendemain. La lutte recommença
-bientôt; le duc d'Orléans, qui avait pris chaudement parti pour le
-Parlement, fut exilé à Villers-Cotteret; deux conseillers, l'abbé
-Sabattier et Fréteau, furent emprisonnés, puis bannis; bientôt, deux
-autres, d'Éprémesnil et Montsabert, furent arrêtés avec un appareil
-militaire et dans des circonstances dramatiques qui frappèrent vivement
-l'imagination et soulevèrent les esprits. Enfin, le 8 mai 1788, dans un
-nouveau lit de justice, le Roi ordonna l'enregistrement de plusieurs
-édits, dont l'un, en établissant quarante-sept grands bailliages,
-modifiait sensiblement la juridiction des Parlements, dont l'autre leur
-retirait l'enregistrement des lois pour le confier à une Cour plénière.
-
-L'opinion, violemment surexcitée par toutes ces mesures, se prononçait
-contre le ministère; le duc d'Orléans, jusque-là décrié et honni,
-devint un héros populaire; les conseillers emprisonnés furent vénérés
-comme des martyrs de la liberté. Des troubles éclatèrent de tous côtés,
-en Bretagne, en Dauphiné, en Provence, en Béarn, dans le Languedoc.
-L'agitation descendit dans la rue; la France était en feu.
-
-De toutes les réformes faites par Brienne et l'Assemblée des Notables
-avant sa séparation, une seule peut-être était populaire, c'était
-celle des changements et des économies dans les Maisons du Roi et de
-la Reine. Ces changements furent opérés le 19 avril 1787. Les gardes
-du corps furent réduits à quatre escadrons de deux cent cinquante
-hommes; le corps de la gendarmerie, les chevau-légers, les gardes de
-la porte[2014] furent supprimés[2015]. La Reine fut la plus ardente à
-prêcher l'économie[2016]; elle avait vivement regretté qu'on lui eût
-caché la véritable situation du Trésor: «Si je l'eusse su, disait-elle,
-je n'aurais pas fait autant d'acquisitions et j'aurais la première
-donné l'exemple d'une réforme dans ma Maison; mais je ne pouvais me
-former une idée de cette gêne, puisque, lorsque je demandais trente
-mille livres, on m'en envoyait soixante[2017].» Dès le commencement
-de l'assemblée des Notables, elle avait renoncé à son jeu et congédié
-les banquiers qui le tenaient[2018]; trois jeunes gens, qui avaient
-joué malgré sa défense, avaient été renvoyés à leur régiment. Au mois
-d'août, les économies furent plus considérables et portèrent plus
-profondément. La Reine fit des retranchements sur ses chevaux[2019],
-sur sa table, sur sa toilette. Elle congédia Mlle Bertin, suspendit
-les travaux de Saint-Cloud[2020], supprima ses bals[2021], et demanda
-au duc de Polignac sa démission de directeur général de la poste aux
-chevaux qu'on lui avait donnée quelques années auparavant et qu'on
-voulait réunir à la poste aux lettres, confiée à M. d'Ogny[2022].
-Le Roi mit bas ses équipages de loup et de sanglier, supprima la
-fauconnerie et tout ce qu'on appelait le vol[2023], réunit la petite
-écurie à la grande[2024], décida la vente de plusieurs maisons royales,
-comme la Muette et Choisy[2025].
-
-Mais toutes ces réformes semblaient insuffisantes encore à l'opinion
-et, par contre, elles mécontentaient au dernier degré ceux qu'elles
-atteignaient et dont quelques-uns ne savaient plus comment payer leurs
-dettes[2026]. Le duc de Polignac n'avait pas perdu sans amertume un
-revenu de cinquante mille livres de rente, ni M. de Vaudreuil sa place
-de grand fauconnier[2027]. Le duc de Coigny, premier écuyer, avait
-fait au Roi lui-même une scène violente[2028], et le baron de Besenval
-protestait qu'il était affreux de vivre dans un pays où l'on n'était
-pas sûr de posséder le lendemain ce qu'on avait la veille. «Cela ne se
-voit qu'en Turquie,» disait-il avec colère[2029].
-
-Ce qui augmentait la rumeur, c'est que, au milieu de ces
-retranchements, Brienne concentrait sur sa tête et sur celle des
-siens les honneurs et les richesses. Sous prétexte que la situation
-troublée du pays exigeait dans le gouvernement une direction unique, il
-s'était fait nommer principal ministre et les maréchaux de Ségur et de
-Castries ayant refusé d'accepter sa prédominance, il avait donné le
-portefeuille de la guerre à son frère, le comte de Brienne, personnage
-assez médiocre. A la mort de l'archevêque de Sens, il avait échangé le
-siège de Toulouse contre celui de Sens, dont les revenus étaient bien
-plus considérables, et l'on racontait qu'une seule coupe de bois, dans
-une de ses abbayes, lui avait rapporté neuf cent mille livres: faveurs
-exorbitantes qui exaspéraient l'opinion.
-
-En même temps, par un amour exagéré de la paix, ou plutôt par suite du
-désarroi des finances, le ministère, malgré les instances du maréchal
-de Ségur, laissait écraser les patriotes Hollandais, amis et alliés
-de la France, par le stathouder, qui nous avait toujours été hostile
-et que soutenaient l'Angleterre et la Prusse[2030]: faute grave, qui
-ébranlait singulièrement notre influence en Europe, et qui, en France,
-ajoutait les justes plaintes des hommes d'État et des hommes de guerre
-aux récriminations passionnées des hommes de cour et des hommes de
-robe. L'éclat de l'ambassade envoyée par Tippoo-Saïb et l'espoir d'une
-alliance utile dans l'Inde ne suffisaient pas à effacer la honte d'un
-pareil abandon.
-
-Le mécontentement était donc universel contre Brienne, et une partie
-de ce mécontentement rejaillissait contre la Reine. C'était elle
-qui avait porté l'archevêque au ministère; c'était elle qui l'y
-maintenait. Elle avait, disait-on, grâce à lui, entrée au Conseil;
-on la rendait responsable des résolutions qui y étaient prises. La
-vérité est que, en présence de la fermentation générale, de l'attitude
-provocante du Parlement et du vent de révolte qui soufflait dans
-toutes les provinces, la Reine pensait qu'il fallait apporter à la
-défense de l'autorité une grande suite d'idées et une grande fermeté
-de principes[2031]. Sa fierté naturelle la poussait de préférence vers
-les déterminations énergiques; mais elle ne s'y décidait pas sans
-une certaine hésitation. Tout en les croyant utiles, elle regrettait
-les changements apportés dans l'organisation du Parlement, et elle
-avait une extrême répugnance pour la sévérité; sa raison la jugeait
-nécessaire, mais sa bonté s'en alarmait. «Il est triste, écrivait-elle,
-d'être obligé d'en venir à des voies de rigueur dont on ne peut
-d'avance calculer l'étendue[2032].»
-
-Au surplus, sans expérience du gouvernement, forcée à l'improviste, par
-les tristesses de sa vie et les nécessités de la défense, à s'occuper
-d'affaires dont les ministres l'avaient jusque-là systématiquement
-exclue, ayant de la force d'âme, mais ne sachant pas faire usage de
-cette force, elle ne donnait pas l'impulsion, elle la suivait; tout
-au plus, s'y associait-elle par son assentiment. Mais une infernale
-malveillance s'acharnait à la représenter comme l'auteur de tous les
-maux; on l'avait accusée de prodigalité avec Calonne; on l'accusait
-de despotisme avec Brienne. Des caricatures odieuses et d'abominables
-placards accolaient son nom à celui de Frédégonde, d'Isabeau de
-Bavière, de Catherine de Médicis. Une correspondante de l'archevêque
-de Lyon la dénonçait comme la «puissance invisible cachée derrière le
-rideau[2033]», et le Parlement lui-même osait dire au Roi dans ses
-remontrances: «De tels moyens, Sire, ne sont pas dans votre cœur;
-de tels exemples ne sont pas les principes de Votre Majesté; ils
-viennent d'une autre source[2034].» Il était difficile de désigner
-plus clairement la Reine. Lorsque, le 10 mars 1792, Vergniaud prononça
-contre Marie-Antoinette cette diatribe violente qui la dénonçait aux
-fureurs populaires, il ne faisait que suivre l'exemple donné quatre ans
-plus tôt par des magistrats siégeant sur les fleurs de lys.
-
-Ainsi la politique dont elle s'était si longtemps et comme
-instinctivement défendue, malgré les objurgations de Marie-Thérèse, de
-Mercy et de Joseph II, lui portait malheur dès qu'elle y mettait la
-main. Combien eût-elle été plus heureuse de rester dans son appartement
-à faire du filet, comme le lui disait un jour brutalement un des
-musiciens de sa chapelle[2035]! Mais dans la voie où la nécessité
-l'avait contrainte d'entrer malgré elle, il n'y avait pas moyen de
-reculer.
-
-Cependant le mot échappé à l'abbé Sabattier et relevé par d'Éprémesnil
-était repris par le pays tout entier. Les États généraux! Il semblait
-que ce mot magique devait, à lui seul, rendre à la France affaiblie
-et divisée la paix, la richesse et le prestige. La Cour des Aides
-déclarait à son tour qu'elle était plus fondée qu'aucune autre à
-demander les États généraux, elle qui avait été créée sur leur
-initiative[2036]. L'assemblée du clergé réclamait leur convocation à
-bref délai et, empruntant pour la circonstance un langage tout nouveau,
-disait au Roi: «La gloire de Votre Majesté n'est pas d'être roi de
-France, mais d'être roi des Français[2037].»
-
-Le mouvement était si vif et si universel que Brienne crut devoir y
-céder. Un arrêt du Conseil, du 5 juillet[2038], annonça la prochaine
-réunion des États généraux, mais sans en indiquer la date; un arrêt
-du 8 août la fixa au 1er mai 1789[2039]. Cette concession n'apaisa
-pas l'opinion, unanimement soulevée contre le principal ministre; on
-acceptait les États généraux; on ne voulait pas les recevoir de la
-main de Brienne. Un arrêt du 16 août, qui décidait que jusqu'à la fin
-de l'année les paiements de l'État se feraient moitié en argent et
-moitié en billets du Trésor, acheva d'exaspérer le public; on vit là
-une banqueroute déguisée. L'archevêque ne sachant plus que résoudre,
-mais se cramponnant désespérément au pouvoir, fit proposer à Necker
-la place de contrôleur général. Ce fut Mercy qui, à la demande du Roi
-et de la Reine, fut l'intermédiaire dans cette négociation. Necker
-répondit, comme la Reine l'avait prévu[2040], qu'il serait sans force
-et sans moyens, s'il était associé avec une personne «malheureusement
-perdue dans l'opinion, et à qui l'on croit néanmoins encore, disait-il,
-le plus grand crédit[2041]». Il refusa d'unir sa fortune à celle de
-l'archevêque.
-
-Que faire? Le Roi avait toujours une extrême répugnance à rappeler
-Necker au pouvoir; la Reine ne pouvait se résoudre à sacrifier Brienne,
-sur le compte duquel ses yeux n'étaient point encore complètement
-ouverts[2042]. Il le fallait cependant, sous peine de rendre impossible
-toute réforme et irrésistible toute révolte. Le cri public montait,
-toujours plus pressant. La Reine manda le ministre, et quoiqu'il en
-coûtât à ses propres préférences, lui déclara qu'il était nécessaire
-de céder à l'orage. Toujours avide, Brienne réclama et obtint pour lui
-le chapeau de cardinal, pour sa nièce une place de dame du palais[2043].
-
-Le lendemain, Marie-Antoinette écrivait à Necker pour le prier de
-passer dans son cabinet[2044]; là, elle lui peignit avec chaleur les
-dangers de la situation, l'embarras du Roi, sa propre tristesse; elle
-fit appel à son dévouement, et Necker, se laissant séduire sans trop
-de peine par l'éloquence de la Reine, dès qu'il était assuré d'être
-seul ministre, accepta un poste qu'au fond il n'était pas fâché
-d'occuper[2045].
-
-Quelques jours après, le garde des sceaux, Lamoignon, que l'opinion
-associait à Brienne dans une même malédiction, se retirait à son tour.
-
-La joie fut immense et universelle. Necker, en sortant de l'appartement
-de la Reine, fut accueilli par des transports et des acclamations; les
-galeries du Château, les cours, les rues de Versailles retentissaient
-des cris de: _Vive le Roi! Vive M. Necker!_ La popularité du souverain
-se retrempait au contact de la popularité du ministre. Brienne et
-Lamoignon renvoyés, Necker rappelé, il semblait que tout fût sauvé;
-c'était plus que de la joie, c'était du délire. Et comme les Français
-savent rarement manifester leurs sentiments avec calme et mesure, des
-scènes tumultueuses éclatèrent dans Paris. L'archevêque et le garde
-des sceaux furent brûlés en effigie, au pied de la statue de Henri
-IV. Il y eut des passants arrêtés, des femmes insultées, des maisons
-pillées, du sang versé; des figures étranges et menaçantes se mêlaient
-à la foule. Ce n'était plus l'explosion du bonheur du pays, c'était
-la manifestation bruyante d'une populace qui sent sa force et qui la
-montre.
-
-La Reine ne se faisait pas illusion; seule peut-être dans son
-entourage, elle ne partageait pas la confiance générale; elle
-était agitée de sombres pressentiments: «Je tremble, écrivait-elle
-tristement, de ce que c'est moi qui le fais revenir,—Necker.—Mon sort
-est de porter malheur, et si des machinations infernales le font encore
-manquer ou qu'il fasse reculer l'autorité du Roi, on m'en détestera
-davantage[2046].»
-
-La Reine avait raison. Financier habile, mais politique médiocre,
-Necker n'était pas à la hauteur de la tâche qu'il avait acceptée.
-Eût-il mieux réussi à conjurer le péril, s'il eût pris le pouvoir
-quinze mois plus tôt? Il le dit, sa fille l'a écrit[2047]; mais il est
-permis d'en douter. Necker pouvait être un bon contrôleur général;
-il était incapable de faire un premier ministre. C'était un homme
-de finances, ce n'était pas un homme d'État. Toujours préoccupé de
-sa popularité, il cherchait plutôt ce qui pouvait plaire que ce qui
-pouvait sauver. Sans grandes vues d'ensemble, sans plan fixe, sans
-idées précises sur la redoutable question dont la solution s'imposait
-à lui, il ne savait rien prévoir ni rien prévenir. Plus le Roi était
-décidé à céder de ses prérogatives, plus il importait que son autorité
-apparût forte et incontestée. Necker ne montra jamais l'initiative
-qui donne l'impulsion, la vigueur de conception et d'action qui ne la
-laisse pas dévier; au lieu de diriger le mouvement, il se contenta
-de le suivre. Ce médecin qui, suivant Joseph II, devait sauver la
-France[2048], n'avait aucun remède à proposer.
-
-Brienne, dans l'édit qui promettait les États généraux, avait engagé
-non seulement les municipalités et les tribunaux, mais aussi tous
-les savants, toutes les personnes instruites à faire des recherches
-et à donner leur avis sur l'organisation et la tenue de cette grande
-assemblée. Des flots de brochures virent le jour[2049], développant
-les idées de quiconque tenait une plume, préconisant les théories
-les plus abstraites, les systèmes souvent les plus étranges, avec un
-absolu dédain de l'histoire et une complète ignorance des nécessités
-du gouvernement, comme si la France était une terre neuve, où l'on
-n'avait à compter ni avec les traditions ni avec les mœurs. Ce n'était
-pas la liberté, c'était la licence de la presse. Le comte d'Entraigues,
-qui devait être un des plus fougueux agents de la contre-révolution,
-le comte d'Entraigues, dans son _Mémoire sur les États généraux_,
-attaquait la monarchie, glorifiait la république, représentait les
-Français comme un troupeau d'esclaves et écrivait cette phrase qui
-était un appel à l'insurrection: «Il n'est aucune sorte de désordre qui
-ne soit préférable à la tranquillité funeste que procure le pouvoir
-absolu[2050].» Sieyès, dans une brochure qui est restée célèbre,
-proclamait que le Tiers-État n'était rien en France et qu'il devait
-être tout: sophisme hardi, démenti par l'histoire,—car le Tiers-État
-avait toujours eu et avait encore un rôle considérable[2051],—mais
-qui comme tous les sophismes condensés dans une formule simple et
-spécieuse, fut accepté comme révélation et s'imposa comme une vérité.
-
-Toutes les questions étaient abordées; toutes les idées remuées;
-toutes les utopies trouvaient des apôtres. «La fermentation des
-esprits est générale, écrivait un observateur attentif; on ne parle
-que de constitution; les femmes surtout s'en mêlent, et vous savez,
-comme moi, l'influence qu'elles ont dans ce pays-ci. C'est un délire;
-tout le monde est administrateur et ne parle que de progrès; dans
-les antichambres, les laquais sont occupés à lire les brochures qui
-paraissent; tous les jours il y en a dix ou douze et je ne comprends
-pas comment les imprimeurs y suffisent; c'est, dans ce moment, une
-affaire de mode, et vous savez, comme moi, l'empire qu'elle a[2052].»
-
-Au milieu de ce débordement, qui menaçait de tout submerger, le bon
-sens public flottait incertain et réclamait un guide: il ne le trouva
-pas. Necker n'était ni moins incertain ni moins flottant que le public.
-Vingt problèmes se posaient qui réclamaient une solution prompte et
-nette. Les États généraux devaient se réunir, c'était un fait acquis.
-Mais où se réuniraient-ils? Quelle serait leur composition? Quelles
-questions leur seraient soumises? Quels seraient leurs droits? Quelle
-serait leur durée? Pouvait-on, sur des sujets si graves, s'en remettre
-à des écrivains sans mission, à des législateurs sans expérience? Le
-premier devoir du ministre n'était-il pas d'examiner lui-même avec
-soin et calme la situation, de s'entourer de lumières, d'écouter les
-vœux de l'opinion, mais sans se laisser entraîner par des impatiences
-aveugles, de se faire à lui-même sur chaque point en litige une
-conviction, et, cette conviction une fois formée, de prendre une
-décision énergique, irrévocable, en un mot d'avoir un but déterminé et
-d'y marcher d'un pas ferme? Necker ne le sut pas. Pendant toute la fin
-de l'année 1788, il laissa la discussion se poursuivre, les esprits
-s'agiter, les têtes s'enflammer. Puis, ne sachant à quoi se résoudre,
-au milieu de tant d'avis contradictoires, il eut l'étrange idée, après
-la triste expérience qu'on venait d'en faire, de rappeler les Notables,
-pour leur soumettre toutes ces questions. C'était avouer qu'il n'avait
-lui-même aucun plan, et, qui pis est, aucune volonté. Comme la première
-fois, les Notables se séparèrent, après avoir augmenté la confusion.
-
-Il fallait prendre un parti cependant, et le premier point à régler
-était celui de la ville où s'assembleraient les États généraux. Necker
-proposait Paris[2053], ou Versailles, qui n'offrait guère moins
-d'inconvénients que Paris; la Reine eût voulu une ville distante de
-quarante ou cinquante lieues de la capitale: Orléans ou Tours, par
-exemple, ou même Reims, Lyon ou Bordeaux. Elle sentait combien il
-importait qu'une pareille assemblée, pour être libre, fût éloignée
-d'un centre d'agitation et de révolution comme Paris, toujours prêt
-à l'émeute, toujours disposé à imposer sa volonté par la force à une
-réunion nombreuse et, par cela même, facile à influencer. Mais Necker
-fit valoir la dépense que nécessiterait le déplacement de la Cour; son
-avis prévalut. Le Roi, afin d'être plus près des États généraux, décida
-qu'ils se tiendraient à Versailles.
-
-Mais une question plus grave et qui avait plus fortement passionné
-l'opinion se présentait: c'était celle de la représentation du Tiers.
-Cette représentation serait-elle double de celle des deux autres
-Ordres? Le Parlement, lorsqu'il avait enregistré l'édit de convocation
-des États généraux, avait ajouté la clause qu'ils seraient tenus avec
-toutes les formes observées en 1614. Mais, depuis 1614, les choses
-avaient bien changé. L'importance des deux premiers Ordres avait déchu,
-celle du Tiers avait en revanche singulièrement augmenté. Déjà, dans
-les Assemblées provinciales, le nombre des députés du Tiers égalait
-celui des députés du Clergé et de la Noblesse réunis. La plupart des
-publicistes demandaient qu'on agît pour les États généraux comme pour
-les Assemblées provinciales, et la déclaration du Parlement fit perdre
-immédiatement à ce grand corps la popularité que lui avait value sa
-résistance souvent factieuse à l'autorité royale. Ce fut le 27 décembre
-1788 que le gouvernement se prononça. Marie-Antoinette assistait au
-Conseil; la double représentation du Tiers fut résolue. Le Roi, par
-esprit de justice, la Reine, par ce même sentiment et aussi un peu par
-méfiance des deux premiers Ordres, dont l'opposition avait plus d'une
-fois créé tant d'embarras au gouvernement pendant les deux dernières
-années, Necker, par amour de la popularité, s'étaient mis d'accord
-pour cette décision; mais Necker s'en attribua tout le mérite. Par un
-étrange oubli des convenances, un acte de cette importance fut publié
-sans préambule; on se bornait à dire que le Roi, après avoir étudié
-le rapport de son ministre des finances, en avait adopté le principe.
-Necker avait ainsi, aux yeux du public, toute le mérite et tout le
-bénéfice de cette mesure populaire; le monarque était rejeté dans
-l'ombre pour ne laisser voir que l'éclat du tout puissant ministre.
-Singulière manière de relever dans l'esprit des populations la majesté
-et l'autorité du trône. Mais Necker n'avait écouté que cette extrême
-vanité qui voilait aux yeux des masses et à ses propres yeux sa réelle
-insuffisance. Suivant le mot d'un des historiens qui ont le mieux et
-le plus impartialement apprécié la conduite du financier génevois à
-cette époque, «il jouait le rôle de Roi par impuissance de remplir le
-personnage de ministre[2054].»
-
-Une autre question d'une importance capitale, celle du vote par ordre
-ou par tête, fut laissée à la décision des États, chargés, par une
-fatale incurie ou une aveugle imprévoyance, de faire eux-mêmes leur
-règlement et de diriger leurs travaux.
-
-La Noblesse sut mauvais gré à la Reine du parti qu'elle avait pris
-en cette circonstance. Il était dans sa destinée qu'on la rendît
-responsable de tout. Les princes du sang firent remettre au Roi par
-le comte d'Artois un mémoire contre le doublement du Tiers, et le
-prince fit à sa belle-sœur les représentations les plus vives sur ses
-préférences pour le Tiers et sur la nécessité de soutenir la Noblesse.
-La Reine l'écouta sans l'interrompre, mais ses sentiments n'en furent
-pas changés[2055]. Ce fut le signal, entre Marie-Antoinette et son
-beau-frère, d'un refroidissement qui se préparait déjà depuis quelque
-temps[2056], et qu'accentuèrent davantage les années qui suivirent.
-Les Polignac prirent parti pour le comte d'Artois, et les liens de
-l'amitié, déjà très relâchés, tendirent à se dénouer, comme les liens
-de famille[2057].
-
-Hélas! il y avait longtemps que la malheureuse femme ne trouvait plus
-guère que des ennemis dans la famille royale, et les plus acharnés
-étaient sur les marches du trône. Esprit froid et calculateur, le comte
-de Provence avait toujours été suspect à Marie-Antoinette. A plusieurs
-reprises, il avait cherché à se rapprocher d'elle par politique[2058].
-On l'avait vu lui donner, dans sa maison de Brunoy, une fête splendide
-avec les divertissements les plus ingénieux et les plus galants[2059].
-Il l'accompagnait aux bals de l'Opéra; il avait même été jusqu'à faire
-des vers en son honneur et, un jour, ayant brisé un éventail auquel la
-Reine tenait beaucoup, il s'était empressé de lui en envoyer un autre,
-avec ce quatrain:
-
- Au milieu des chaleurs extrêmes,
- Heureux d'amuser vos loisirs,
- J'aurai soin près de vous d'attirer les Zéphirs;
- Les Amours y viendront d'eux-mêmes.
-
-Mais cette intimité n'était qu'apparente et, de la part de Monsieur,
-toute de calcul. Ambitieux et avide de jouer un rôle, habile et
-distingué, d'ailleurs se sentant supérieur à Louis XVI, il regardait
-comme une erreur et presque comme une offense de la nature de ne
-l'avoir pas fait naître l'aîné. «Sa douleur, écrivait la Reine, a été
-toute sa vie de n'être pas né le maître[2060].» Pendant le voyage
-qu'il avait fait dans le midi de la France en 1787, il avait affiché
-un faste et un appareil royal, se posant presque en prétendant, comme
-s'il cherchait à éclipser le Roi et à s'attirer, au détriment du
-souverain, les regards et l'affection du peuple. «A moins que M. de
-Maurepas ne soit une pomme cuite, disait énergiquement Joseph II, on
-ne conçoit pas qu'il souffre des choses pareilles[2061].» Le crédit
-de la Reine avait «atterré» son beau-frère[2062]. Il l'accusait de
-l'avoir empêché d'entrer au Conseil et ne le lui pardonnait pas[2063].
-Il lui pardonnait moins encore sa tardive maternité, qui lui avait
-fermé l'accès du trône au moment où il se croyait assuré d'y monter.
-Publiquement et en face, il lui faisait bonne mine; par derrière
-et en dessous, il la déchirait. Critiques, persiflage, épigrammes,
-calomnies, médisances, petits vers et petites brochures, il n'épargnait
-rien, et son palais du Luxembourg, à l'abri des recherches de la
-police par ses privilèges, devenait l'entrepôt des libelles et des
-pamphlets qui inondaient Paris et Versailles[2064]. Dans les démêlés
-du ministère avec le Parlement, le prince s'était hautement déclaré
-pour le Parlement, cherchant à fonder sa réputation de libéralisme
-en opposition avec la Cour et aux dépens de l'autorité du Roi, et à
-écraser de sa popularité l'impopularité de sa belle-sœur et la nullité
-de son frère. L'homme d'État chez lui n'était encore qu'en germe; il
-fallut pour le mûrir la dure épreuve de l'exil.
-
-Dissimulée comme son époux, italienne de corps et d'âme[2065], esprit
-médiocre, caractère faux et difficile[2066], Madame n'était, pas plus
-que Monsieur, sympathique à la Reine. Les deux belles-sœurs avaient
-vécu d'abord ensemble, honnêtement, mais froidement, sans division ni
-confiance; puis, bientôt, la méfiance était venue. Il n'y avait pas
-eu rupture éclatante, il y avait hostilité sourde. Sans crédit à la
-Cour[2067], sans influence sur son mari, qui la délaissait pour Mme de
-Balbi[2068], mal vue du Roi[2069], peu aimée de son entourage, manquant
-souvent de tact, vivant à l'écart, s'occupant presque exclusivement de
-sa ferme et de sa cuisine[2070], Madame n'était pas redoutable pour la
-Reine; mais c'était une voix de plus dans le concert de récriminations
-et de rumeurs malveillantes qui s'élevait contre elle.
-
-Gai, vif, bien fait, ami du plaisir, le comte d'Artois avait été
-longtemps un des intimes de Marie-Antoinette. Il était le grand
-organisateur de ses divertissements, l'hôte habituel de Trianon,
-le favori de la société Polignac. A ce titre, il est un de ceux
-sur qui l'histoire doit faire peser une des plus lourdes parts de
-responsabilité dans le goût de dissipation et de frivolités qui emporta
-quelque temps la Reine; les courses, le jeu, les bals, tous les
-entraînements, dont nous avons signalé plus haut les inconvénients,
-avaient presque toujours le comte d'Artois comme instigateur. Cette
-communauté d'amusements n'avait pas peu contribué à faire rejaillir
-sur la jeune souveraine, qui cependant n'avait qu'un médiocre penchant
-pour son beau-frère[2071], une partie de l'impopularité qui frappait
-un prince aimable, sans doute, mais pétulant, hautain, prodigue,
-dédaigneux de l'opinion. L'âge, la réflexion, l'expérience, les
-joies plus pures et les soins plus austères de la maternité avaient
-diminué une intimité qui ne reposait, au fond, que sur le besoin de
-distractions et la crainte de l'ennui[2072]. L'opposition que le comte
-d'Artois avait faite aux réformes de Necker[2073], l'appui qu'il avait
-donné à Calonne, la part qu'il avait prise à la chute de Brienne, le
-mémoire qu'il avait remis au Roi sur le doublement du Tiers avaient
-achevé d'éloigner de lui sa belle-sœur. Le goût du plaisir les avait un
-instant réunis; le souci d'occupations plus graves les avait séparés;
-la politique les divisait, elle devait les diviser plus encore.
-
-De la comtesse d'Artois, bonne, douce, mais absolument nulle, nous
-n'avons rien à dire. Personne ne s'en occupait à la Cour, et son mari
-moins que personne. Au début, ses grossesses répétées en face de la
-stérilité de la Reine et de Madame, lui avaient donné une certaine
-importance. La naissance du Dauphin l'avait replongée dans son
-obscurité. «Il fallait que cette pauvre petite princesse mourût pour
-qu'on s'occupât d'elle,» écrivait Mme de Bombelles, dans un moment
-où la comtesse était au plus mal d'une fièvre maligne[2074]. C'était
-l'opinion de la Cour, celle du public, et si la princesse eût succombé
-alors, c'eût été vraisemblablement son oraison funèbre.
-
-La seule de ses belles-sœurs pour laquelle Marie-Antoinette eût une
-réelle sympathie, c'était Mme Elisabeth. Elle avait de bonne heure
-apprécié cette jeune fille dont l'esprit enjoué, le caractère décidé,
-la grâce naïve, l'exquise sensibilité l'avaient touchée. «Je crains,
-écrivait-elle à sa mère, de m'y trop attacher[2075].» Les années
-n'avaient rendu cet attachement que plus fort en faisant succéder
-à l'affection presque instinctive qu'inspire une aimable enfant
-l'affection plus réfléchie qui naît de l'estime de qualités sérieuses
-et profondes. Le goût de la jeune princesse pour la vie tranquille
-et les épanchements de l'amitié, sa répugnance pour l'éclat et la
-représentation avaient peut-être aussi contribué à augmenter l'amitié
-de la Reine, qui partageait ces inclinations et ces répugnances.
-Quand Marie-Antoinette allait à Trianon, elle y emmenait toujours sa
-jeune belle-sœur[2076]; et là, elle l'entourait des attentions les
-plus délicates, lui ménageait les plus charmantes surprises[2077],
-l'associait à ses plaisirs, lui faisait jouer un rôle dans _la Gageure
-imprévue_[2078], la conduisait à Saint-Cyr, à Rambouillet, à la
-Muette[2079], à Bellevue[2080], à Saint-Cloud[2081], à la chasse,
-à la comédie[2082], l'associait plus encore à ses inquiétudes et
-à ses chagrins, et réclamait son secours pour soigner ses enfants
-malades[2083]. Pendant quelque temps, en 1781 notamment, on dirait que
-les deux belles-sœurs sont inséparables. La Reine avait voulu que Mme
-Elisabeth eût aussi sa maison. Elle avait fait acheter par le Roi, à
-Montreuil, l'habitation du prince de Guéménée, et un jour, sans rien
-dire, elle y avait conduit sa jeune belle-sœur: «Vous êtes chez vous,»
-lui avait-elle dit: «ce sera votre Trianon. Le Roi, qui se fait un
-plaisir de vous l'offrir, m'a laissé celui de vous le dire.»
-
-Chose étrange, cependant, l'affection n'était pas complètement
-réciproque; où la Reine se donnait pleinement, Mme Elisabeth ne se
-livrait pas tout entière; elle gardait vis-à-vis de Marie-Antoinette je
-ne sais quelle réserve qui ressemblait à de la méfiance, et dans une
-lettre, elle s'était laissée aller à écrire: «Nos opinions diffèrent,
-elle est Autrichienne et moi je suis Bourbon[2084].» Il fallut l'école
-du malheur pour lui ouvrir les yeux et lui montrer la Reine sous son
-vrai jour! Elle comprit alors ce qu'elle valait et se reprocha de
-l'avoir un instant méconnue; l'amie hésitante de Trianon devint la
-compagne dévouée du Temple.
-
-Autrichienne! Ce mot seul révèle l'inspirateur des préventions qui
-refroidirent pendant quelque temps les sentiments de Mme Elisabeth
-pour la Reine. Entre les deux belles-sœurs, si bien faites pour
-s'entendre, s'était dressée, comme un malfaisant génie, l'influence
-néfaste de Mme Adélaïde. Aux dernières heures de la monarchie, comme
-au début du règne, la vieille princesse conservait contre la Reine,
-déjà malheureuse, la malveillance obstinée dont elle l'avait poursuivie
-Dauphine et souveraine adulée. Retirée à Bellevue, dont elle ne sortait
-guère, aigrie par l'âge et par l'isolement, elle accueillait avec
-une joie maligne toutes les insinuations contre Marie-Antoinette,
-les pamphlets, les satires, les complots, les anecdotes équivoques
-qu'on s'empressait de lui apporter, certain de lui faire ainsi sa
-cour. Champcenetz et le marquis de Louvois étaient les pourvoyeurs
-habituels de cette honnête coterie. Et de là pamphlets, chansons,
-anecdotes, revus, corrigés, commentés, repartaient pour amuser la
-Cour, scandaliser la ville, ameuter l'opinion, et, s'il se pouvait,
-indisposer le Roi contre sa femme. Mme Adélaïde avait osé même un
-jour, le 12 juillet 1778, aller trouver son neveu et développer devant
-lui, avec une acrimonieuse passion, ses griefs contre la Reine; le
-complot avait échoué malgré l'appui que, du fond de sa retraite de
-Saint-Denys, lui avait prêté Mme Louise[2085], et le Roi avait prié
-sèchement sa tante de ne plus quitter Bellevue. Mais on conçoit que cet
-échec n'avait point apaisé la rancunière vieille fille; pendant la fin
-du règne, Bellevue, que Mesdames devaient à une délicate prévenance
-de leur nièce[2086], resta le foyer de toutes les intrigues contre
-Marie-Antoinette.
-
-C'est à Bellevue que le prince de Condé venait s'inspirer, avant
-d'accompagner Mme Adélaïde quand elle allait dénoncer la Reine à son
-mari[2087]. C'est à Bellevue aussi qu'il venait se retremper dans ses
-haines contre la jeune souveraine. Vaillant homme de guerre, magnifique
-par goût et par tradition de race, mais esprit étroit, caractère
-emporté et violent, assez triste chef de famille d'ailleurs, le prince
-de Condé était excessif en tout, dans ses passions comme dans ses
-rancunes. Aveuglément attaché à l'ancienne politique française, il ne
-pardonnait pas à Marie-Antoinette son origine autrichienne. Il lui
-pardonnait moins encore de s'être opposée à ce qu'il fût nommé grand
-maître de l'artillerie[2088] et d'avoir refusé de laisser paraître
-devant elle Mme de Monaco, son amie, en déclarant qu'elle ne voulait
-pas recevoir les femmes séparées de leur mari[2089]. Le procès du
-cardinal de Rohan était venu ajouter un prétexte de plus à ses plaintes
-et, à partir de cette date, le prince s'était rangé parmi les ennemis
-les plus acharnés de la Reine.
-
-Son fils, le duc de Bourbon, n'avait aucun grief personnel contre
-Marie-Antoinette: dans l'affaire qui fit tant de bruit, de son duel
-avec le comte d'Artois, la Reine n'avait manifesté nulle préférence;
-mais l'_amoureux de quinze ans_, si promptement infidèle, oubliait ses
-incessants dissentiments avec son père pour en partager les préventions.
-
-Honni à la Cour, honni dans le public, le beau-frère du duc de Bourbon,
-le duc d'Orléans, n'avait regagné quelque faveur qu'en se déclarant
-l'ennemi de la Reine. Qui l'avait conduit là? Était-ce ambition
-déçue, vanité froissée, rêves de grandeur illégitime? Un peu de tout
-cela peut-être. On a voulu voir en lui un conspirateur persévérant
-et habile, se poussant au trône par des manœuvres ténébreuses: c'est
-une erreur. D'un port plein de noblesse, d'une tournure distinguée,
-conservant, au milieu de désordres grossiers, un abord prévenant et
-une toilette élégante[2090], mais tête légère, caractère faible,
-esprit frivole, incapable d'une attention soutenue dans les choses
-sérieuses, paresseux et indolent à l'excès[2091], le duc d'Orléans
-n'avait rien de ce qu'il fallait pour faire un chef de parti. Sa vie
-dissolue qu'attestait trop visiblement un visage couvert de pustules,
-ses infidélités à sa femme, la sainte fille du duc de Penthièvre[2092],
-ses orgies de Monceaux, son ton cynique lui enlevaient tout crédit.
-Mais son titre de premier prince du sang et son immense fortune en
-faisaient un instrument dangereux entre les mains d'intrigants habiles.
-N'étant encore que duc de Chartres, il avait commencé par faire sa cour
-à la Reine; il lui donnait des bals au Palais-Royal[2093], organisait
-en son honneur des courses de chevaux avec le comte d'Artois, alors
-son compagnon de plaisir, se montrait assidûment dans le salon de sa
-belle-sœur, la princesse de Lamballe, la favorite de la Reine. Celle-ci
-couvrait son jeune cousin d'une protection marquée; elle avait obtenu
-pour lui le gouvernement du Poitou[2094]; deux ans après, elle l'avait
-fait nommer colonel général des hussards et avait même mis dans la
-poursuite de cette nomination une chaleur qui avait mécontenté le
-public, en ce moment fort indisposé contre le prince[2095].
-
-C'était peu après le combat d'Ouessant; la conduite du duc de Chartres
-en cette affaire avait donné lieu à de vives récriminations, à des
-soupçons fâcheux même; aujourd'hui, que l'on peut juger cette conduite
-avec plus de connaissance de cause et moins de passion, il est certain
-que si la bravoure du prince ne peut être mise en doute, sa capacité
-de marin est moins établie[2096]. La Reine avait donc cherché un moyen
-honorable de le retirer du service de mer[2097]; mais ce n'était pas
-ce que voulait le duc, qui prétendait à la place de grand-amiral.
-Mécontent du nouveau titre qu'on lui donnait, froissé déjà dans ses
-prétentions de prince du sang lors du voyage de l'archiduc Maximilien,
-il s'éloigna de la Cour et pencha dès lors vers la cabale hostile
-à la Reine. Celle-ci se vengea-t-elle d'une susceptibilité si peu
-justifiée en accueillant quelques-unes des railleries mordantes,
-auxquelles la conduite du chef de l'escadre bleue avait donné
-prétexte? Les chroniqueurs du temps l'affirment, et la chose n'a rien
-d'invraisemblable. Malgré son extrême bienveillance, Marie-Antoinette
-ne savait pas toujours résister assez fermement à la tentation de dire
-ou d'écouter un bon mot. Ce fut alors une guerre d'intrigues sourdes et
-de manœuvres perfides de la part du prince, de plaisanteries piquantes
-de la part de la Reine: guerre qui semblait inoffensive au début,—car
-quel danger à redouter d'un homme que ses mœurs décriaient et dont
-Paris et la Cour tournaient en ridicule les exploits guerriers et les
-entreprises industrielles?—jusqu'au jour où le duc, piqué au vif par
-un mot sur ses instincts plus mercantiles que princiers, irrité de
-voir manquer le mariage rêvé de son fils avec Madame Royale, excité
-d'ailleurs par les dignes compagnons de ses plaisirs, les Laclos,
-les Lauzun, les Sillery, éclata tout d'un coup en plein Parlement: le
-19 novembre 1787, le Roi tenant une séance solennelle pour demander
-l'enregistrement d'un emprunt de quatre cent vingt millions: «Cet
-enregistrement est illégal,» s'écria le duc d'Orléans. Cette violente
-sortie, plus inspirée que spontanée, lui valut la disgrâce du Roi,
-d'autant plus justement irrité qu'il venait de lui accorder une
-permission vivement souhaitée[2098]; et comme compensation, la faveur
-du public, d'abord un peu étonné de cet acte de vigueur[2099], et
-les bonnes grâces de Mme Adélaïde. La prude et dévote princesse prit
-ouvertement parti pour le prince libertin qui mettait au service de
-ses rancunes de vieille fille le nom des d'Orléans et la fortune des
-Penthièvre[2100].
-
-Exilé à Villers-Cotteret, le duc ne soutint pas avec une grande
-constance son rôle de chef de parti; il en avait l'audace, il n'en
-avait pas le courage. Au bout de quelques mois, las de son exil,
-regrettant ses plaisirs de Monceau, désireux de revoir Mme de Buffon,
-il fit solliciter la Reine pour obtenir l'autorisation de rentrer
-à Paris ou tout au moins de s'en rapprocher. A ce moment, où les
-circonstances étaient solennelles, la Reine, toujours disposée à la
-clémence et priée par Mme de Lamballe, se prêta, malgré sa répugnance,
-aux vœux de son amie[2101]: le duc eut la permission de s'établir
-dans son château de Raincy et ajouta ainsi à ses anciens griefs
-contre Marie-Antoinette un grief de plus, celui de la reconnaissance.
-L'opposition à la Cour et les ennemis de la Reine avaient désormais un
-chef nominal, et ce chef était le premier prince du sang.
-
-Une famille royale divisée; un Roi ami du bien, mais faible, indécis,
-découragé; une Reine vaillante, mais sans expérience, objet des
-haines populaires; un ministre plein de suffisance, sans plan et sans
-direction; une opinion publique, enfiévrée, aussi dangereuse par ses
-espérances irréfléchies que par ses méfiances injustes; le trésor
-épuisé; la capitale malveillante; la province mal remise encore de ses
-récentes secousses; une armée dans laquelle perçaient des germes de
-désorganisation; des moyens d'attaque partout; des moyens de défense
-nulle part; et comme si la nature même conspirait avec les hommes
-pour battre en brèche le vieil édifice monarchique, un hiver terrible
-succédant à un mauvais été; les rivières prises; les routes encombrées
-de neige, rendant les approvisionnements de Paris difficiles; les
-moulins à eau ne tournant plus et arrêtant la mouture des grains[2102];
-la disette ajoutant aux inquiétudes vagues des souffrances trop
-réelles;la faim fournissant d'étonnantes facilités à toutes les
-intrigues, de spécieux prétextes à toutes les colères: c'est dans de
-telles conditions et avec de tels guides que la France abordait la plus
-redoutable crise qu'elle eût eu encore à traverser dans son histoire.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER.—Naissance de Marie-Antoinette.—Le duc
- de Tarouka et le poète Métastase.—Education.—La comtesse
- de Brandeiss.—La comtesse de Lerchenfeld.—Mort de
- François Ier.—Ses instructions à ses enfants.—L'abbé de
- Vermond.—Fêtes des fiançailles.—Départ de
- Marie-Antoinette.—Instructions de l'Impératrice à sa fille. 1
-
- CHAPITRE II.—La Dauphine en France.—Strasbourg.—Nancy.—Reims.—
- Compiègne.—Portrait de la Dauphine.—Marie-Antoinette
- à Saint-Denys.—Souper à la Muette avec Mme du
- Barry.—Fêtes du mariage à Versailles.—Prétentions des
- princesses de la maison de Lorraine.—Fêtes de Paris.—Catastrophe
- de la place Louis XV.—Lettre du Dauphin au lieutenant de police. 24
-
- CHAPITRE III.—La famille royale en 1770.—Le Roi.—Mesdames.—Le
- comte de Provence.—Le comte d'Artois.—Mesdames Clotilde et
- Elisabeth.—Le Dauphin. 47
-
- CHAPITRE IV.—Intrigues de la Cour.—Les partis en
- présence.—Espionnage du duc de la Vauguyon.—Débuts heureux de
- la Dauphine.—La comtesse de Grammont.—Une journée
- de Marie-Antoinette.—La lecture.—Représentations de
- Marie-Thérèse.—Après quelque résistance, la Dauphine s'y soumet. 61
-
- CHAPITRE V.—Ce qu'il faut penser des reproches de Marie-Thérèse
- à sa fille.—Les conseillers de Marie-Antoinette.—Le comte de
- Mercy.—Ses moyens d'information.—L'abbé de Vermond.—Goût de
- Marie-Antoinette pour l'équitation.—Influence de Mesdames.—Comment
- cette influence s'établit.—La maison de la Dauphine.—La comtesse
- de Noailles.—Madame l'Etiquette.—Les comtesses de Cossé et de
- Mailly.—Prise d'habit de Madame Louise.—Inconvénients de
- l'influence de Mesdames sur leur nièce.—La comtesse de Narbonne et
- la marquise de Durfort.—Rapports du Roi et de
- Marie-Antoinette.—Diminution de l'influence de
- Mesdames.—Mécontentement de Madame Adélaïde.—Sa rancune. 78
-
- CHAPITRE VI.—Disgrâce du duc de Choiseul.—Son exil triomphant.—Son
- caractère.—Chute des Parlements.—Mécontentement du public.—Le duc
- d'Aiguillon.—La comtesse du Barry.—Attitude fière de la Dauphine
- en face de la favorite.—Le Roi en est mécontent.—Remontrances de
- Marie-Thérèse.—Lettre de Kaunitz à Mercy.—Intervention directe de
- Louis XV.—Insistance de l'Impératrice.—Lettres vives entre la mère
- et la fille.—Mme du Barry cherche à se rapprocher de la
- Dauphine.—Elle échoue.—L'histoire dans ce conflit donne pleinement
- raison à Marie-Antoinette. 99
-
- CHAPITRE VII.—Popularité de la Dauphine.—Traits de bonté.—Le
- paysan d'Achères.—Incendie de l'Hôtel-Dieu.—Entrée du Dauphin et
- de la Dauphine à Paris.—Enthousiasme universel.—Lettre de
- Marie-Antoinette à sa mère.—Représentation à la Comédie-Française
- et à la Comédie-Italienne.—Le comte de Provence et le comte
- d'Artois.—Leurs mariages.—Leurs relations avec la
- Dauphine.—Amusements des jeunes ménages.—La comédie dans les
- appartements intérieurs.—Intimité du Dauphin et de la Dauphine.—Le
- Dauphin devient moins timide, la Dauphine plus
- réfléchie.—Position solide de Marie-Antoinette à la Cour au
- commencement de mai 1774. 124
-
- CHAPITRE VIII.—Mort de Louis XV. 149
-
- CHAPITRE IX.—Commencements du règne de Louis XVI.—Difficultés
- de la situation.—Espérances du public.—Popularité des nouveaux
- souverains.—Maurepas appelé au ministère.—Chute des anciens
- ministres.—Rappel de Choiseul.—Attitude politique de la Reine.—Sa
- répugnance pour les affaires.—Marie-Thérèse, Mercy et Vermond
- l'engagent à s'en occuper.—Marie-Antoinette résiste à ces
- conseils.—Soupers de la Cour.—L'étiquette.—La Reine s'en
- affranchit.—Inconvénients qui résultent de cet
- abandon.—Inoculation du Roi. 157
-
- CHAPITRE X.—Nouveau ministère.—Du Muy.—Sartines.—Turgot.—
- Vergennes.—Rappel des Parlements.—Marie-Antoinette reine de la
- mode et du goût.—Mlle Bertin.—La coiffure.—Plaisirs de la
- Cour.—Enthousiasme d'Horace Walpole.—Modération de la Reine dans
- ses goûts.—Sa popularité.—Représentation de l'_Iphigénie_, de
- Gluck.—Bonté de la Reine.—MM. d'Assas, de Bellegarde, de
- Castelnau, de Pontécoulant.—Tiraillements dans la famille
- royale.—Premières calomnies.—Beaumarchais et le juif
- Angelucci.—Voyage de l'archiduc Maximilien.—Questions de
- préséance.—Maladresses de l'Archiduc.—Le surnom
- d'Autrichienne.—Marie-Antoinette ne sait plus l'allemand. 184
-
- CHAPITRE XI.—Sacre du Roi.—Fêtes à Reims.—Emotion de la Reine.—Sa
- lettre à l'Impératrice.—Mariage de Mme Clotilde.—Nouvelle et
- vaine tentative pour rappeler Choiseul.—Procès du comte de
- Guines.—Exil du duc d'Aiguillon.—Nomination de
- Malesherbes.—Réformes de Turgot.—Murmures qu'elles
- soulèvent.—Chute de Turgot.—Part qu'y prend la Reine.—Lettre de
- Mercy à Marie-Thérèse. 210
-
- CHAPITRE XII.—Période de dissipation.—Courses de chevaux.—Chasses
- au bois de Boulogne.—Courses en traîneau.—Voyages à Paris.—Bals
- de l'Opéra.—Aventure de Monsieur.—La Reine en fiacre.—Oubli de
- l'étiquette.—Condescendance fâcheuse du Roi.—Dépenses de la
- Reine.—Les bijoux.—Le jeu.—Les banquiers à Fontainebleau.—Malgré
- tout, la Reine reste fidèle aux habitudes de piété.—Ce que pense
- Mercy du caractère et de la conduite de Marie-Antoinette pendant
- cette période.—Jugement du prince de Ligne.—Jugement du comte de
- Goltz.—Une page du comte d'Haussonville. 229
-
- CHAPITRE XIII.—Société de la Reine.—La princesse de Lamballe.—Sa
- nomination comme surintendante de la Maison de la Reine.—La
- comtesse de Dillon.—La princesse de Guéménée.—La comtesse Jules
- de Polignac.—Faveurs accordées à la famille de Polignac.—La
- société Polignac.—Le comte de Vaudreuil.—Le comte d'Adhémar.—Le
- baron de Besenval.—Le duc de Guines.—Le duc de Lauzun.—Les
- étrangers.—La Marck.—Esterhazy.—Stedingk.—Fersen.—Rivalité des
- favorites.—Déclin du crédit de la princesse de
- Lamballe.—Influence croissante de Mme de Polignac.—Inconvénients
- de cette influence.—La Reine ne sait pas résister aux
- sollicitations de ses amis.—Causes vraies de la dissipation de
- Marie-Antoinette. 250
-
- CHAPITRE XIV.—Trianon.—Le Roi donne à la Reine le Petit
- Trianon.—Le château.—Les jardins.—Les arbres exotiques.—La
- rivière.—La salle de spectacle.—Le temple de l'Amour.—Le
- belvédère.—La grotte.—Le hameau.—La laiterie.—Opinion des
- voyageurs sur Trianon.—Arthur Young.—Le Russe Karamsine.—La
- baronne d'Oberkirch.—Le prince de Ligne.—Les appartements.—La
- salle à manger.—Le petit salon.—La salle de bains.—Le
- boudoir.—La chambre de la Reine.—Marie-Antoinette et les
- arts.—Le style Marie-Antoinette.—L'appartement de la Reine à
- Fontainebleau.—Vie de la Reine à Trianon.—Fêtes en l'honneur de
- visiteurs illustres.—Marie-Antoinette et les lettres.—La
- musique.—Gluck et Piccini.—Grétry.—Salieri.—Le théâtre.—Troupe
- de la Reine.—La comédie à Trianon.—Les dépenses de
- Trianon.—Inconvénients de Trianon. 285
-
- CHAPITRE XV.—Voyage de Joseph II en France.—Caractère de
- l'Empereur.—Son projet de voyage formé, abandonné, repris.—Joie
- de la Reine de revoir son frère.—Premières entrevues.—Gronderies
- souvent maladroites.—L'Empereur et la Reine à l'Opéra.—Visites
- aux monuments et aux principales institutions de
- Paris.—Affectation de simplicité.—Engouement du public.—Départ
- de l'Empereur.—Son jugement sur la Reine.—Conseils qu'il lui
- laisse par écrit.—La Reine s'y conforme quelque temps, puis
- retombe dans la dissipation.—Pourquoi. 334
-
- CHAPITRE XVI.—Guerre de la succession de Bavière.—Mort de
- l'Electeur.—Joseph II occupe la Basse-Bavière.—Répugnances de
- sa mère.—Armements de Frédéric II.—Emotion en
- France.—Marie-Thérèse réclame l'intervention de sa
- fille.—Négociations infructueuses.—Déclaration de
- guerre.—Marie-Antoinette demande la médiation de la
- France.—Diminution subite de ses instances.—Entrevue avec
- Maurepas.—Récits du comte de la Marck et du comte de
- Goltz.—Proportions vraies de l'intervention de la Reine dans
- cette affaire de Bavière.—Paix de Teschen. 363
-
- CHAPITRE XVII.—Première grossesse de la Reine.—Son bonheur.—Ses
- rêves pour l'éducation de son enfant.—Joie du Roi.—Sentiments
- divers de la famille royale et de la Cour.—Propos
- malveillants.—Couches dramatiques de la Reine.—Danger qu'elle
- court.—Naissance de Madame Royale.—Joie du public, mêlée de
- désappointement.—Paroles de la Reine à sa fille.—_Te Deum_ à
- Notre-Dame.—Amélioration de la conduite de la Reine, malgré
- quelques inconvénients encore inévitables.—Intimité des deux
- époux.—Affection de Marie-Antoinette pour Mme
- Elisabeth.—Impatience de Marie-Thérèse et du public d'avoir un
- Dauphin.—Fausse couche de la Reine.—Mort de
- Marie-Thérèse.—Douleur de Marie-Antoinette.—Second voyage de
- Joseph II en France.—Naissance du Dauphin.—Bonheur universel. 386
-
- CHAPITRE XVIII.—Guerre d'Amérique.—Mission de Franklin.—La guerre
- déclarée.—La Reine favorable aux Américains, protectrice de
- Lafayette.—Ses préoccupations pendant la guerre.—Elle ne veut que
- d'une paix honorable.—Paix de 1783.— Ses conséquences.—Visites
- princières.—Les princesses de Hesse-Darmstadt.—Le comte et la
- comtesse du Nord.—Fêtes à Trianon et à Chantilly.—Le Roi de
- Suède.—Le prince Henri de Prusse.—Naissance du duc de
- Normandie.—Faillite du prince de Guéménée.—La duchesse de
- Polignac, gouvernante des Enfants de France. 422
-
- CHAPITRE XIX.—La Reine et la politique.—Son éloignement naturel
- pour les affaires.—Méfiance de Maurepas.—Lettre de la Reine à
- Joseph II.—Nomination de MM. de Ségur et de Castries.—Sympathie
- de la Reine pour Necker; elle l'appuie dans la publication du
- Compte-rendu.—Chute de Necker.—Mort de Maurepas.—Joly de
- Fleury.—D'Ormesson.—Calonne.—Faible part que Marie-Antoinette
- prend à la nomination de ce dernier.—Sa répugnance pour lui.—La
- politique autrichienne.—Election de Maximilien à
- Cologne.—Différend de Joseph II avec la Hollande.—_Le Mariage de
- Figaro._—La Reine joue le _Barbier de Séville_ à Trianon. 450
-
- CHAPITRE XX.—Procès du Collier. 484
-
- CHAPITRE XXI.—Derniers jours de bonheur.—Voyage de Cherbourg.—La
- Cour à Fontainebleau en 1786.—Bonté de la Reine.—Marie-Antoinette
- et les enfants.—Les fils de la marquise de Bombelles et de la
- marquise de Sabran.—Les jours de tristesse.—Scène de Trianon,
- racontée par Mme Campan.—La calomnie.—Pamphlets et
- chansons.—Voyages de l'archiduc Ferdinand et de la duchesse de
- Saxe-Teschen.—Acquisition de Saint-Cloud.—Madame
- Déficit.—Calonne et la Reine.—Représentation d'_Athalie_.—Le
- portrait de la Reine n'est pas exposé.—Refroidissement avec les
- Polignac.—Mort de Sophie Béatrix. 536
-
- CHAPITRE XXII.—Les Notables.—Chute de Calonne.—Brienne.—Ses
- réformes.—Son impopularité rejaillit sur la Reine.—Rappel de
- Necker.—Convocation des États généraux.—Flots de
- brochures.—Doublement du Tiers.—Situation de Marie-Antoinette,
- en 1789, vis-à-vis de la famille royale.—Le comte et la
- comtesse de Provence.—Le comte et la comtesse d'Artois.—Mme
- Elisabeth.—Mesdames.—Les Condé.—Le duc d'Orléans. 556
-
-
-
-
-FIN DU TOME PREMIER
-
-
-
-
-ÉMILE COLIN.—IMPRIMERIE DE LAGNY.
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] _Revue des questions historiques_, avril 1874, p. 594.
-
-[2] L'original du portrait placé en tête du 1er volume appartenait
-au duc de Choiseul, ministre de Louis XV et négociateur du mariage
-de Marie-Antoinette. Après lui, le tableau a passé à son neveu, le
-duc Gabriel de Choiseul, puis à la fille et à la petite-fille de ce
-dernier, Mme la duchesse de Marmier et Mme la duchesse de Fitz-James.
-C'est Mme la duchesse de Fitz-James qui a fait faire, pour Mgr
-Dupanloup, la copie que M. H. de Lacombe, à qui Mgr Dupanloup l'a
-léguée, a bien voulu nous autoriser à reproduire.
-
-[3] _Recueil des Instructions données aux ambassadeurs et ministres de
-France, Autriche_, p. 382.
-
-[4] _Ibid._, p. 394.
-
-[5] Instructions données au comte de Stainville.—_Recueil des
-Instructions données aux ambassadeurs et ministres de France,
-Autriche_, p. 351.
-
-[6] _Voir_ le remarquable livre de M. A. Vandal: _Une ambassade
-française en Orient sous Louis XV_.
-
-[7] _Une ambassade française en Orient sous Louis XV_, par Albert
-Vandal, 323.
-
-[8] _Considérations sur l'état présent du corps politique de l'Europe._
-Œuvres complètes, VIII, p. 16.
-
-[9] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 225.
-
-[10] _Recueil des Instructions données aux ambassadeurs de France,
-Autriche_, p. 345.—Louis XV a toujours revendiqué l'alliance
-austro-française comme son œuvre personnelle. «Ayez toujours en
-vue l'union intime avec Vienne; _c'est mon ouvrage_; je le crois
-bon et le veux soutenir.»—Louis XV au comte de Broglie, 22 janvier
-1759.—_Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique
-étrangère_, publiée par M. Boutaric, I, 216.—«On savait l'attachement
-que Sa Majesté Louis XV avait réellement pour le système d'alliance
-avec la Cour de Vienne; on n'ignorait pas que ce monarque pacifique le
-regardait comme son ouvrage favori et qu'il s'en applaudissait comme du
-gage le plus précieux de la tranquillité publique.»—Mémoire du comte de
-Broglie aux comtes du Muy et de Vergennes, 1er mars 1775.—_Ibid._, II,
-274.
-
-[11] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des
-Instructions_, 316.—_Voir_ sur ces ouvertures de la Cour de Vienne le
-beau livre M. le duc de Broglie, _Marie-Thérèse Impératrice_, t. II.
-
-[12] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 227.
-
-[13] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des
-Instructions_, 315.
-
-[14] Instructions données au marquis d'Aubeterre, 1753.—_Ibid._, 330.
-
-[15] Instructions données au marquis d'Hautefort, 1750.—_Recueil des
-Instructions_, 316.
-
-[16] Instructions données au comte de Stainville, 1759.—_Ibid._, 359.
-
-[17] _Corresp. secrète du comte de Mercy._ Introduction, XXXII, note.
-
-[18] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 222.—Instructions
-au comte de Choiseul, 1759; _Recueil des Instructions_, 384.—C'était
-déjà à Mme de Pompadour que Kaunitz, pendant son ambassade, s'était
-adressé pour engager le Roi à s'allier à l'Impératrice.
-
-[19] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 222, 223.
-
-[20] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 226.
-
-[21] _Ibid._, I, 228.
-
-[22] _Ibid._, I, 226.
-
-[23] _Voir_ _Le Secret du Roi_, par le duc de Broglie, I, 118.
-
-[24] _Mémoires du cardinal de Bernis_, I, 210.
-
-[25] Le 16 janvier 1756.
-
-[26] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 242.
-
-[27] _Ibid._, I, 243.
-
-[28] _Ibid._, I, 243.
-
-[29] _Ibid._, I, 234.
-
-[30] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 270.
-
-[31] _Ibid._
-
-[32] _Mémoires et lettres du cardinal de Bernis_, I, 274.
-
-[33] Duc de Broglie, _Le Secret du Roi_, I, 152.
-
-[34] Le roi et la reine de Portugal.
-
-[35] _Mémoires du comte de Kevenhuller_, publiés par Wolf, cités par le
-comte de Reiset.—_Lettres de la reine Marie-Antoinette à la landgrave
-Louise de Hesse-Darmstadt._ Paris, Plon, 1865. pp. 48 et 49.
-
-[36] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 472.
-
-[37] Marie-Thérèse à Caroline, reine de Naples, 9 août 1767.—_Lettres
-de l'impératrice Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, publiées
-par le chevalier d'Arneth. Vienne, 1881, III, p. 31.
-
-[38] L'abbé de Vermond au comte de Mercy, 21 janvier
-1769.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette, leur correspondance_,
-publiée par le chevalier d'Arneth. Vienne, 1866, p. 354.
-
-Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 359.
-
-[39] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1776.—_Corresp. secrète
-du comte de Mercy_, II, 449.
-
-[40] Marie-Thérèse à Mercy, 17 juin 1776.—_Ibid._, II, 460.
-
-[41] Marie-Thérèse à Mercy, 17 juin 1776.—_Corresp. secrète du comte de
-Mercy_, II, 460.
-
-[42] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mars 1776.—_Ibid._, II, 449.
-
-[43] _Mémoires de Weber._ Didot, Paris, 1860, p. 11.
-
-[44] Vermond à Mercy, 14 oct. 1769.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 359.
-
-[45] _Ibid._
-
-[46] _Ibid._
-
-[47] Marie-Thérèse à Mercy, 1er août 1770.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, I, 28.
-
-[48] _Mémoires de Weber_, p. 12.
-
-[49] _Mémoires de Weber_, p. 12.
-
-[50] Lettre de Mme Geoffrin au financier Bautin, 12 juin
-1766.—_Mémoires du baron de Gleichen._ Paris, 1868, p. 110.
-
-[51] _Mémoires de Weber_, p. 2.
-
-[52] Récit fait par Marie-Antoinette à la marquise de
-Tourzel.—_Mémoires inédits de Mme la duchesse de Tourzel, gouvernante
-des Enfants de France, pendant les années 1789, 1790, 1791, 1792, 1793,
-1795_, publiés par le duc des Cars, ouvrage enrichi du dernier portrait
-de la Reine. Paris, Plon, 1883, I, 14.
-
-[53] _Instruction pour mes enfants_, publiée pour la première fois,
-par le comte H. de Vielcastel—_Marie-Antoinette et la Révolution
-française_. Paris, Techener, 1859, p. III.
-
-[54] _Ibid._, p. XXII.
-
-[55] _Instruction pour mes enfants_, p. XXIX, XXX.
-
-[56] _Ibid._, p. XXXIV.
-
-[57] _Instr. pour mes enfants_, p. LXXVIII.
-
-[58] _Ibid._
-
-[59] _Instr. pour mes enfants_, p. LXXIV.
-
-[60] _Ibid._
-
-[61] _Mémoires de Weber_, p. 11.
-
-[62] _Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette, reine de France et
-de_ _Navarre, suivis de souvenirs et anecdotes historiques, sur
-les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI_, par Mme Campan,
-lectrice de Mesdames, première femme de chambre de la Reine, et depuis
-surintendante de la maison d'Ecouen, avec une notice et des notes par
-M. F. Barrière. Paris, Didot, 1858, p. 66.
-
-[63] L'abbé de Vermond au comte de Mercy, 21 janvier
-1769.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 353.
-
-[64] Vermond à Mercy, 21 juin 1769.—_Maria-Theresia und Marie
-Antoinette_, p. 357.
-
-[65] Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 359.
-
-[66] Le même au même, 14 oct. 1769.—_Ibid._, p. 358.
-
-[67] _Gazette de France_, no 23.
-
-[68] Vermond à Mercy, 14 mars 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 362.
-
-[69] _Ibid._
-
-[70] _Gazette de France_ de l'année 1770, no 32.
-
-[71] Le Roi avait envoyé à sa future petite-fille un splendide cadeau.
-«C'était une grande boite d'or, surmontée du portrait du Dauphin, peint
-par Hall, et entourée d'un cercle de soixante-dix gros diamants. Elle
-coûtait le prix incroyable de 75,678 livres, sans le portrait payé en
-dehors 2,664 livres.» _Le Livre des collectionneurs_, par Alph. Maze
-Sencier. Paris, Renouard, 1885, p. 109.
-
-[72] _Gazette de France_, année 1770, no 36. Correspondance de Vienne,
-du 18 avril.
-
-[73] _Gazette de France_, année 1770, no 36.
-
-[74] _Gazette de France_, année 1770, no 38.
-
-[75] _Mémoires de Weber_, p. 13.
-
-[76] _Gazette de France_, année 1770, no 38.
-
-[77] On a publié une prétendue lettre de Marie-Thérèse au Dauphin.
-Cette lettre, qui d'ailleurs n'est nullement du style de l'Impératrice,
-n'est, suivant Grimm, qu'une fantaisie de bel esprit, qui n'a aucune
-authenticité.—_Correspondance littéraire, philosophique et critique,
-adressée à un souverain d'Allemagne, depuis 1770 jusqu'en 1782_, par le
-baron de Grimm et par Diderot. Paris, Buisson, 1812, tome I, p. 160.
-
-[78] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 21 avril 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, p. 3-5.—C'était l'habitude de
-Marie-Thérèse, lorsqu'elle se séparait d'un de ses enfants, de lui
-tracer ainsi un règlement de vie détaillé et minutieux. On en trouve de
-semblables adressés à ses fils Ferdinand et Maximilien et à sa fille
-Caroline, dans la correspondance publiée par M. d'Arneth.
-
-[79] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 7.
-
-[80] _Gazette de France_, année 1770, nos 38 et 39.
-
-[81] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 6.
-
-[82] _Mémoires de Weber_, pp. 13 et 14.
-
-[83] Gœthe, _Mémoires de ma vie_, p. 366.
-
-[84] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, publiés par le comte Léonce
-de Montbrison, son petit-fils, et dédiés à Sa Majesté Nicolas Ier,
-empereur de toutes les Russies. Paris, Charpentier, 1869, I, 32.
-
-[85] _Ibid._, p. 33.
-
-[86] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, p. 33. On peut voir dans
-le _Livre des collectionneurs_, 109, la liste des magnifiques cadeaux
-faits au nom du Roi de France à la Maison allemande de Marie-Antoinette.
-
-[87] _Ibid._, I, p. 200.
-
-[88] _Ibid._, I, p. 33.
-
-[89] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 31.
-
-[90] _Gazette de France_, année 1770, no 41.
-
-[91] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 31.
-
-[92] _Les quatre cardinaux de Rohan, évêques de Strasbourg, en Alsace_,
-par le Roy de Sainte-Croix. Hagermann, 1881, p. 73.
-
-[93] _Gazette de France_, année 1770, no 42.
-
-[94] _Mémoires de Weber_, p. 14.
-
-[95] Compliment de l'abbé Lambert, vicaire de Commercy, récité par Mlle
-Doublot. _Mercure de France_, juin 1770, p. 164.
-
-[96] _Mémoires de Weber_, p. 15.
-
-[97] _Mercure de France_, juin 1770, p. 165.
-
-[98] _Mercure de France_, juin 1770, p. 165.
-
-[99] _Gazette de France_, année 1770, no 42.
-
-[100] _Mémoires de Weber_, p. 15.
-
-[101] _Gazette de France_, année 1770, no 41.
-
-[102] Le comte de Mercy au baron de Neny, 14 mai 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 10 (note).
-
-[103] _Gazette de France_, 1770, no 41.
-
-[104] _Ibid._, no 42.
-
-[105] Pendant ces présentations officielles, il y avait dans la ville
-des fêtes populaires. La foule se pressait autour de deux tables de six
-cents couverts, servies avec profusion, et l'on dansait jusqu'à cinq
-heures du matin, au son de deux orchestres. Les pauvres de l'hôpital et
-les prisonniers avaient leur part de la fête: le Corps de ville leur
-envoyait à souper. _Gazette de France_, année 1770, no 43.
-
-[106] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 23 mai 1770, t. V, p. 136, 137.
-
-[107] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, Paris, Charpentier, 1869, I, 44.
-
-[108] _La Vie parisienne sous Louis XVI._ Paris, Calmann Lévy, 1882, p.
-59.
-
-[109] _Mémoires secrets_, V, 136.
-
-[110] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, I, 45.
-
-[111] _Mémoires de Mme Campan_, p. 72.
-
-[112] _Ibid._
-
-[113] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 84.
-
-[114] _Ibid._, p. 159.
-
-[115] _Ibid._, p. 84.
-
-[116] _Souvenirs de Mme Vigée Le Brun_, I, p. 48.
-
-[117] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 59.
-
-[118] Walpole à la comtesse d'Ossory, 23 août 1775. _Lettres d'Horace
-Walpole, écrites à ses amis pendant ses voyages en France_ (1739-1775),
-traduites et précédées d'une introduction par le comte de Baillon, 2e
-édition. Paris, Didier, 1873, p. 281.
-
-[119] Le peintre s'appelait Vincent de Montpetit; il avait représenté
-la Dauphine «dans une rose accompagnée d'une fleur de lys,
-d'immortelles et d'autres fleurs qui formaient un bouquet sortant d'un
-vase de lapis, enrichi d'ornements avec différents attributs relatifs à
-l'alliance des augustes maisons de France et d'Autriche.»—_Gazette de
-France_, année 1770, no 78.
-
-[120] _Mercure de France_, juin 1770, p. 181.
-
-[121] _Mémoires de Weber_, p. 16.
-
-[122] Lettre écrite par une carmélite de Saint-Denys au monastère
-de la rue Saint-Jacques, 23 mai 1770.—Archives du Carmel de
-Saint-Denys.—Citée par M. l'abbé Gillet dans son livre: _La vénérable
-Louise de France, fille de Louis XV, en religion Marie-Thérèse de
-Saint-Augustin, avec portrait gravé et fac-simile d'autographe_.
-Orléans, Herluison, 1881. Pièces justificatives, p. 543.
-
-[123] _Mémoires de Weber_, pp. 16 et 17.
-
-[124] _Mémoires de Weber_, p. 17.
-
-[125] «La boîte d'or réservée à la Dauphine, ornée de son chiffre
-en diamants, coûtait 20.746 livres et le coffret à bijoux plus de
-22.000. C'était un cabinet de six pieds de long sur trois pieds et
-demi de haut, couvert en partie de velours cramoisi, magnifiquement
-brodé. La broderie des cinq panneaux se montait à 8.000 livres et la
-sculpture faite par Bocciardi à 4.445 livres. L'ébéniste Evalde en
-avait fourni le corps, et Gouthière les cuivres ciselés. Le plus riche
-des éventails offrait, sur le montant, des brillants et des émeraudes.
-La montre en émail bleu et la chaîne garnies de diamants valaient 1.000
-livres.—_Le Livre des collectionneurs_, 108. C'est le duc d'Aumont qui
-présenta à la Dauphine la clef de ce cabinet placé dans la chambre à
-coucher.—_Journal de Papillon de la Ferté_, p. 272.
-
-[126] _Mémoires de Mme Campan_, p. 74.
-
-[127] _Gazette de France_, année 1770, no 42.
-
-[128] _Ibid._, no 41.—Les deux anneaux avaient été fournis par le
-célèbre Rœttiers; Guédon, brodeur, avait fait les deux poignées des
-cierges, brodées en argent sur velours blanc, Delanoue et Buffault,
-chacun un poèle de drap d'argent «les deux bouts très beaux».—_Le Livre
-des collectionneurs_, 111.
-
-[129] _Gazette de France_, année 1770, no 40. Il y avait plus de
-deux ans déjà qu'on travaillait au programme des fêtes du mariage du
-Dauphin. _Voir_ pour tous ces préparatifs le _Journal de Papillon de la
-Ferté_, intendant des Menus, publié en 1888.
-
-[130] _Mémoires de Weber_, p. 17.
-
-[131] _Voir_ tous les détails de ces fêtes dans le _Journal de Papillon
-de la Ferté_, pp. 273 et suiv.—_Mémoires de Weber_, p. 17,—La marquise
-du Deffand à H. Walpole, 19 mai 1770.—_Correspondance complète de la
-marquise du Deffand avec ses amis, suivie de ses œuvres diverses et
-éclairées de nombreuses notes_, par M. de Lescure. Paris, Plon, 1865,
-t. II, p. 60.
-
-[132] On peut consulter, sur cette représentation, _la Correspondance
-littéraire_ de Grimm. Papillon de la Ferté prétend cependant que «Mme
-la Dauphine n'a pas paru y prendre goût».—_Journal de Papillon de la
-Ferté_, p. 274.
-
-[133] Ces illuminations étaient si brillantes qu'un spectateur
-s'écriait: «O nuit plus belle qu'un beau jour!» _Mercure de France_,
-juin 1770, p. 177.—«Les gens même du peuple, dit de son côté Papillon
-de la Ferté, se servaient des termes de féerie et d'enchantement pour
-exprimer leur étonnement.»
-
-[134] La marquise du Deffand à H. Walpole, 19 mai 1770.—_Correspondance
-de la marquise du Deffand_, II, 60.
-
-[135] Réponse du Roi au Mémoire de la noblesse.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 62, 63.
-
-[136] Réponse du Roi au Mémoire de la noblesse.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 62, 63.
-
-[137] _Correspondance de la marquise du Deffand_, II, 60,
-61.—_Correspondance littéraire de Grimm_, I, 144 et suiv.
-
-[138] _Voir_ le détail de toutes ces fêtes dans le _Mercure de France_,
-octobre 1770, pp. 127 et suiv.
-
-[139] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 24 mai 1770.
-
-[140] _Ibid._, V. pp. 137, 138.
-
-[141] _Gazette de France_, année 1770, no 45.
-
-[142] _Mémoires autographes de M. le prince de Montbarrey, ministre
-secrétaire d'État au département de la guerre, sous Louis XVI, avec
-fac-simile de son écriture._ Paris, Eymery, 1826, I, II, p. 6.
-
-[143] On trouvera des détails sur cette horrible catastrophe, dans les
-_Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 6 et suiv.—Montbarre faillit
-lui-même en être victime. Tombé dans un fossé avec le maréchal de
-Biron, colonel général des gardes françaises, il ne put s'en tirer et
-en tirer son compagnon que grâce à un vigoureux effort.
-
-[144] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[145] _Mémoires de Mme Campan_, p. 72.
-
-[146] _Mémoires de Weber_, pp. 19 et 20.—_Correspondance littéraire de
-Grimm_, I, 197-203.
-
-[147] _Voir_, sur le caractère de Louis XV, deux remarquables articles
-de M. le marquis de Beaucourt, publiés dans la _Revue des questions
-historiques_, 1er juillet 1867, 1er janvier 1868.
-
-[148] _Voir_ la _Correspondance de Louis XV_ et _du maréchal de
-Noailles_, publiée par M. C. Rousset.
-
-[149] Portraits historiques de Louis XV et de Mme de Pompadour faisant
-partie des _Œuvres posthumes de Ch.-Georges Leroy_, p. 3.
-
-[150] _Mémoires du Marquis d'Argenson_, II, 212.
-
-[151] Il (M. d'Aguesseau) m'a rapporté que M. le duc d'Orléans, Régent,
-peu de temps avant sa mort avait dit en parlant du Roy: «Ce prince sera
-toujours de dix ans au-dessous de son âge.—_Journal inédit de M. de
-Boynes, ancien ministre de la marine_, 17 mars 1765.
-
-[152] Dans un pamphlet du temps, le Roy loge à la _Beauté
-couronnée_.—Manuscrits français, 15362, p. 323, cité par M. de
-Beaucourt.
-
-[153] Louis XV au comte de Broglie, 6 juin 1770. _Correspondance de
-Louis XV et du comte de Broglie_, publiée par M. Boutaric, I, 409.
-
-[154] _Journal et mémoires du Mle d'Argenson_, t. I et II, _passim_.
-
-[155] _Mémoires de Mme du Hausset._
-
-[156] _Mémoires du marquis d'Argenson_, V, 371.
-
-[157] Michelet, _Louis XV_, p. 19.
-
-[158] _Mémoires du marquis d'Argenson._
-
-[159] Walpole à John Chute, 3 octobre 1765.—_Lettres d'Horace Walpole_,
-p. 43.
-
-[160] _Mémoires de Mme Campan_, p. 60.
-
-[161] Le Roi l'appelait _Coche_.—_Mémoires de Mme Campan_, p. 49.
-
-[162] _Ibid._, pp. 57 et 58.
-
-[163] _Mémoires de Mme Campan_, p. 53.
-
-[164] L'abbé Proyart.
-
-[165] L'abbé Proyart: _Louis XVI et ses vertus_.
-
-[166] Lettre du 4 septembre 1760, citée dans la _Dauphine Marie-Josèphe
-de Saxe, mère de Louis XVI_, par le père Emile Régnault, de la
-compagnie de Jésus. Paris, Lecoffre, 1875, p. 200.
-
-[167] On peut lire dans la _Correspondance de Grimm_, t. VII, le
-pompeux billet de mort du duc de la Vauguyon. La Cour et la ville en
-firent des gorges chaudes.
-
-[168] Lettre de M. de Sandoz-Rollin à Frédéric II, 25 avril
-1782.—_Histoire de l'action commune de la France et de l'Amérique
-pour l'indépendance des États-Unis_, par Georges Bancroft, traduit
-et annoté par le comte de Circourt. Paris, Vieweg, 1876, t. III, p.
-160.—_Documents originaux inédits._
-
-[169] _Ibid._
-
-[170] Le 26 décembre 1792, en se rendant à la Convention qui devait
-le juger ce jour-là, Louis XVI «prit part à la conversation qui a été
-assez soutenue sur la littérature et spécialement sur les auteurs
-latins, en particulier Tite-Live et Tacite». _Rapport fait à la Commune
-sur la seconde translation de Louis XVI à la Convention nationale._
-_Procès des Bourbons_, I, 263, 264.
-
-[171] _La Vie parisienne sous Louis XVI_, p. 59.
-
-[172] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 12.
-
-[173] _Louis XVI_, par le comte de Falloux. Paris, Sagnier et Bray,
-1852, p. 7.
-
-[174] _Mémoires de M. le prince de Montbarrey_, II, 30.—_Voir_, sur
-tout ce caractère et cette jeunesse du Dauphin, la belle _Histoire de
-Louis XVI_, par M. le comte de Falloux.
-
-[175] Pour connaître les idées de Louis XVI sur le gouvernement, lire
-les _Réflexions sur mes entretiens avec M. le duc de la Vauguyon_, par
-Louis-Auguste, Dauphin (Louis XVI); précédées d'une introduction par M.
-le comte de Falloux, accompagnées d'un fac-simile du manuscrit. Paris,
-Aillaud, 1851.
-
-[176] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 12.
-
-[177] Vermond à Mercy, 23 mai 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 365.
-
-[178] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 14.
-
-[179] Vermond à Mercy, 23 mai 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 365.
-
-[180] Voir sur toutes ces intrigues la lettre de Mercy à Marie-Thérèse
-en date du 25 juin 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I,
-pp. 11 et suiv.
-
-[181] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 22.
-
-[182] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 9 juillet 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 17.—_Voir_ encore sur le rôle du duc
-de la Vauguyon les lettres de Mercy à Marie-Thérèse, des 15 juin, 14
-juillet et 4 août 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I,
-11, 21, 32.
-
-[183] _Essais historiques sur la vie de Marie-Antoinette d'Autriche_,
-1re partie, p. 11 et 12.
-
-[184] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 14.
-
-[185] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 39.
-
-[186] Le même à la même, 4 août 1770. _Ibid._, I, p. 29.
-
-[187] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 87, 89.
-
-[188] _Mémoires de Mme Campan_, p. 74.
-
-[189] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 26.
-
-[190] Le même à la même, 15 juin 1773.—_Ibid._, I, 14.
-
-[191] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 12 juillet
-1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy._ I, 19, 20.
-
-[192] _Ibid._
-
-[193] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1770;—Marie-Thérèse à Mercy,
-24 mai 1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 15,
-9.—Marie-Antoinette avait cependant, dans les premiers mois, été fidèle
-aux lectures que lui recommandait sa mère. _Voir_ les lettres de Mercy,
-des 14 juillet et 4 août 1770.—_Correspondance secrète du comte de
-Mercy_, I, 22, 31.
-
-[194] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 65.
-
-[195] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 55.
-
-[196] Vermond à Mercy, octobre 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 366.
-
-[197] _Ibid._, p. 367.
-
-[198] Mercy à Marie-Thérèse, 20 août 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 36.
-
-[199] Le même à la même, 19 sept. 1770.—_Ibid._, I, 50.
-
-[200] Vermond à Mercy, 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und_
-_Marie-Antoinette_, p. 367.—C'est par erreur que dans cet ouvrage cette
-lettre est datée _novembre_ 1770. La lettre de Mercy à Marie-Thérèse,
-du 20 octobre 1770, permet de lui rendre sa vraie date, celle du 25
-octobre.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 67.
-
-[201] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 67.—La Dauphine craignait même qu'on ne prît ses
-lettres dans ses poches pendant la nuit.—Vermond à Mercy, 15 octobre
-1770.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 369.
-
-[202] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 22.—Vermond à Mercy, 15 oct.
-1770.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, p. 370.
-
-[203] Vermond à Mercy, 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, pp. 367, 368.
-
-[204] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 6 janvier 1771.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 116, 117.
-
-[205] Vermond à Mercy, janvier 1771.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, 271, 272. Le peu de goût pour la lecture était
-commun à plusieurs autres enfants de Marie-Thérèse. On peut lire dans
-la _Correspondance de Marie-Thérèse avec ses enfants et ses amis_,
-publiée par M. d'Arneth, les mêmes conseils et les mêmes reproches
-adressés par l'Impératrice à Ferdinand, à Caroline de Naples, à Amélie
-de Parme, à Maximilien.
-
-[206] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 10 février
-1771.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, 129, 130.—Cette
-mauvaise écriture de la Dauphine étonne moins quand on sait quelle
-difficulté elle avait pour écrire ses lettres. Elle ne les écrivait
-qu'à sa toilette, «par sauts et par bonds» et à la dernière heure,
-dans la crainte qu'elles ne fussent lues.—_Voir_ la lettre déjà
-citée de Vermond à Mercy du 15 octobre 1770.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 369.
-
-[207] Marie-Thérèse à Mercy, 15 avril 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 144.
-
-[208] Mercy à Marie-Thérèse, 22 mai 1771.—_Ibid._, I, 163.
-
-[209] Le même à la même, 22 juin 1771.—_Ibid._, I, 176.
-
-[210] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 91.
-
-[211] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 49.
-
-[212] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 311.
-
-[213] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 238.
-
-[214] Mercy à Marie-Thérèse, 19 déc. 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 255.
-
-[215] Mercy à Marie-Thérèse, 15 mai 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 301.
-
-[216] Le même à la même, 15 avril 1772.—_Ibid._, I, 292.
-
-[217] Mercy à Marie-Thérèse, 15 mai 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 301.
-
-[218] _Récit des événements arrivés au Temple, depuis le 13 août
-1792, jusqu'à la mort du Dauphin Louis XVII_ (par Mme la duchesse
-d'Angoulême). Paris, Audot, 1823, p. 50.
-
-[219] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1772.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 265.—Le même à la même, 18 mars 1773.—_Ibid._,
-I, 554.
-
-[220] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 octobre
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 315.
-
-[221] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1772.—_Ibid._, I, 322.
-
-[222] Le même à la même, 15 mars 1773.—_Ibid._, I. 428.
-
-[223] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er novembre 1770.—_Ibid._, I,
-84.
-
-[224] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—_Ibid._, I,
-397.
-
-[225] Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1772.—_Ibid._, I, 349.
-
-[226] Le même à la même, même date. _Ibid._, I, 349.
-
-[227] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 453, 454.
-
-[228] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 26.—Les lectures, cependant, même à ce moment,
-n'avaient pas complètement cessé; la Dauphine consacrait chaque jour
-une heure le matin à une lecture instructive, et un quart d'heure le
-soir à une lecture spirituelle.—Même lettre, même page.—_Voir_ aussi:
-Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1773.—_Correspondance secrète du comte
-de Mercy_, II, 43.
-
-[229] Mercy à Marie-Thérèse, 16 sept. 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 43.
-
-[230] Le même à la même, 12 nov. 1773.—_Ibid._, II, 70, 74.
-
-[231] Le même à la même, 18 déc. 1773.—_Ibid._, II, 81.
-
-[232] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 98.
-
-[233] Il en était de même d'ailleurs pour tous ses autres enfants.—Ses
-correspondances diverses publiées par M. d'Arneth le montrent
-pleinement.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis._
-
-[234] Mercy à Marie-Thérèse, 7 février 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 422.
-
-[235] Marie-Thérèse à Mercy, 1er octobre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 220.—Marie-Thérèse elle-même trouvait cette
-lettre tellement forte qu'elle laissait Mercy libre de ne pas la
-remettre.
-
-[236] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1770, 16 décembre
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 98, 390.
-
-[237] Le même à la même, 16 décembre 1772.—_Ibid._, I, 390.
-
-[238] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 135.
-
-[239] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 45.
-
-[240] Termes du brevet expédié par le Roi à l'abbé de Vermond, avant
-son départ de Vienne.—Vermond à Mercy, 1774.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, p. 380.
-
-[241] Vermond à Mercy, janvier 1771.—_Ibid._, p. 372.
-
-[242] _Mémoires de Mme Campan_, pp. 65-66.—Des reproches analogues sont
-formulés dans une des lettres saisies chez Fersen après le départ pour
-Varennes: «Le lord Dorcet est venu me voir. Il m'a parlé de la personne
-à qui vous êtes attaché (la Reine), avec attachement et respect, me
-disant que la seule chose qu'il lui reprochait et qu'il ne lui avait
-pas cachée à elle-même était son entier dévouement à l'abbé de Vermond,
-dont il ne m'a pas fait l'éloge. Il m'a assuré que lui seul avait
-du crédit sur son esprit et la gouvernait despotiquement.»—Lettres
-adressées d'Angleterre à M. le comte de Fersen.—_Fuite de Louis XVI
-à Varennes_, par Eug. Bimbenet, 2e édition. Pièces justificatives,
-p. 131.—On sait aujourd'hui que ces reproches, échos des bruits de la
-Cour, n'étaient pas fondés.
-
-[243] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juillet 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 24. _Voir_ aussi le même à la même, 20 août
-1770.—_Ibid._, I, 43.
-
-[244] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 24.
-
-[245] Marie-Thérèse à Mercy, 1er septembre 1770.—_Ibid._, I, 46.
-
-[246] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770, 17 décembre 1770, 28
-février 1771.—_Ibid._, I, 65, 111, 137.
-
-[247] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 décembre
-1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 104.
-
-[248] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 49, 50.
-
-[249] Le même à la même, 16 novembre 1770.—_Ibid._, I, 91.
-
-[250] Le même à la même, 16 novembre 1770.—_Ibid._, I, 91.
-
-[251] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 241, 243.
-
-[252] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mai 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 7.—Marie-Thérèse avait même poussé la
-déférence jusqu'à envoyer à Mme Louise, par une ingénieuse flatterie,
-son propre portrait en habit de carmélite avec ces mots tracés de sa
-main: «Lorsqu'au pied des autels vous goûterez l'avantage du calme que
-vos vertus vous ont fait préférer au bruyant éclat de la Cour, jetez un
-regard sur ce portrait; il vous demandera, en mon nom, un souvenir de
-tendresse pour ma fille et pour moi.»—Et Mme Louise avait répondu en
-assurant l'Impératrice de «sa vive reconnaissance» et de «ses vœux pour
-la famille impériale et en particulier pour la Dauphine, sa très chère
-nièce».—_La vénérable Louise de France_, p. 340.
-
-[253] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 54.
-
-[254] Le même à la même, 4 août 1770.—_Ibid._, I, 33.
-
-[255] Le comte de Creutz à Gustave III, 12 août 1773.—Cité dans la
-_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 463 (note).
-
-[256] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 9 juin 1771.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 171.
-
-[257] La même à la même, 13 février 1772.—_Ibid._, I, 272.
-
-[258] La même à la même, 17 août 1771.—_Ibid._, I, 197.
-
-[259] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy._, I, 152.
-
-[260] _Mémoires de Mme Campan_, p. 71.
-
-[261] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—Marie-Thérèse à
-Marie-Antoinette, 5 mai 1771.—_Correspondance secrète du comte de
-Mercy_, I, 151, 158.
-
-[262] _Portefeuille d'un talon-rouge contenant des anecdotes galantes
-et secrètes de la Cour de France._—A Paris, de l'imprimerie du comte de
-Paradès, page 10.
-
-[263] _Portefeuille d'un talon-rouge_, p. 12.
-
-[264] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 354.
-
-[265] Le même à la même, 19 oct. 1775.—_Ibid._, II, 391.
-
-[266] Mercy à Marie-Thérèse, 15 septembre 1775, 19 octobre
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 375 (note), 391.
-
-[267] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Ibid._, II, 66.—_Voir_
-sur la duchesse de Chaulnes, née Bonnier de la Mosson, _Les Bonnier
-ou une famille de financiers au_ XVIIIe _siècle_, par Grasset-Morel,
-Paris, Dentu, 1886.
-
-[268] Mercy à Marie-Thérèse, 19 septembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 55.
-
-[269] Le même à la même, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 24.
-
-[270] Cérémonies observées à la prise d'habit de Mme Louise de France
-chez les Carmélites de Saint-Denys, en 1776.—Archives du Carmel.—_La
-vénérable Louise de France_, pp. 544-548.
-
-[271] Mercy à Marie-Thérèse, 4 août 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 30.
-
-[272] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 151.
-
-[273] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 17 août 1771.—_Ibid._, I, 197.
-
-[274] Mercy à Marie-Thérèse, 25 février 1771.—_Ibid._, I, 135.
-
-[275] Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet 1770.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 23.
-
-[276] Le même à la même, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 50, 53.
-
-[277] Le même à la même, 14 juillet 1770—_Ibid._, I, 26.
-
-[278] Le même à la même, 19 septembre 1770.—_Ibid._, I, 56.
-
-[279] Mercy à Marie-Thérèse, 22 mai 1771.—_Corresp. secrète du comte de
-Mercy_, p. 162.
-
-[280] Le même à la même, 25 février 1771.—_Ibid._, I, 132.
-
-[281] Le même à la même, 20 octobre 1770.—_Ibid._, 77, 78.
-
-[282] Le même à la même, 22 juin 1771.—_Ibid._, I, 174.
-
-[283] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771. _Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, I, 174.
-
-[284] Marie-Thérèse à Mercy, 23 janvier 1771.—_Ibid._, I, 119.
-
-[285] _Ibid._
-
-[286] Mercy à Marie-Thérèse, 20 octobre 1770.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 68.
-
-[287] Le même à la même, 14 août 1772.—_Ibid._, I, 237.
-
-[288] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Corresp. secrète du
-Comte de Mercy_, I, 121, 122.
-
-[289] Le même à la même, 2 septembre 1771.—_Ibid._, I, 206.
-
-[290] Le même à la même, 22 mars 1771.—_Ibid._, I, 165.
-
-[291] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 211.
-
-[292] _Ibid._, I, 208.
-
-[293] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 septembre 1771.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, I, 217.—Marie-Thérèse avait déjà écrit le
-17 août 1771: «Ne copiez pas des originaux qui n'ont jamais réussi dans
-le public.» _Ibid._, I, 198.
-
-[294] Marie-Thérèse a Marie-Antoinette, 30 septembre
-1774.—_Correspondance secrète du comte du Mercy_, I, 217.
-
-[295] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juillet 1772.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 327.
-
-[296] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, 369.
-
-[297] Le même à la même, 16 décembre 1772.—_Ibid._, I, 387.
-
-[298] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 18.
-
-[299] Le même à la même, 16 juin 1773.—_Ibid._, I, 462.
-
-[300] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773, 12 novembre
-1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 5, 65.
-
-[301] Un texte, tout différent de celui-ci, donné par Pidansat de
-Mayrobert, a été adopté par un grand nombre d'historiens. Le billet
-que nous reproduisons ici a été communiqué par M. le duc Gabriel de
-Choiseul à la _Revue de Paris_, en 1829. On peut donc regarder cette
-version comme authentique.
-
-[302] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 125.
-
-[303] _Souvenirs du baron de Gleichen_, 40.
-
-[304] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 125.
-
-[305] _Souvenirs du baron de Gleichen_, p. 20.
-
-[306] _Mémoires du baron de Besenval, avec avant-propos et notice_ par
-M. F. Barrière. Paris, Didot, 1857, p. 104.
-
-[307] _Histoire de la chute des Jésuites_, par le vicomte de Saint
-Priest, p. 67.
-
-[308] _Mémoires du baron de Besenval_, p. 124.
-
-[309] _Ibid._, p. 123.
-
-[310] Mme du Deffand à Horace Walpole, 2 novembre 1769.—_Correspondance
-de la marquise du Deffand_, II, 9.
-
-[311] Lettre de Louis XV au duc de Choiseul, publiée par M. le duc
-G. de Choiseul en 1829. _Revue de Paris_, IV, 57.—Citée déjà mais
-incomplètement dans les _Souvenirs du baron de Gleichen_, p. 38.
-
-[312] _Ibid._
-
-[313] Sénac de Meilhan.—_Portraits et caractères de personnages
-distingués de la fin du_ XVIIIe _siècle_.
-
-[314] Mercy à Marie-Thérèse, 23 janvier 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 135.
-
-[315] _Voir_, sur les intrigues qui amenèrent la chute de Choiseul, les
-_Mémoires du baron de Besenval_, pp. 126, 127.
-
-[316] Marie-Thérèse à Mercy, 11 février 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 131.
-
-[317] Mémoire du Comte de Broglie aux comtes du Muy et de
-Vergennes.—_Correspondance secrète inédite de Louis XV_, II, 274.
-
-[318] Marie-Thérèse à Mercy, 8 janvier 1771.—Mercy à Marie-Thérèse, 23
-janvier 1771.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 116, 125.
-
-[319] Marie-Thérèse à Mercy, 4 janvier 1771.—_Ibid._, I, 116.
-
-[320] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, I, 154.
-
-[321] _Voir_ les lettres de Mme du Deffand à Walpole, des 9 janvier et
-17 mars 1771.—_Corresp. de la marquise du Deffand_, II, 121, 151, 152.
-
-[322] _Ibid._, II, 151.
-
-[323] On avait prétendu qu'à la bataille de Saint-Cast contre les
-Anglais il s'était caché dans un moulin. «Si notre général ne s'est
-pas couvert de gloire, il s'est couvert de farine,» avait-on dit.
-Et, poursuivi par la Bretagne après sa révocation de gouverneur, il
-avait été déclaré, par le Parlement de Paris, «prévenu de faits qui
-entachaient son honneur». Il semble bien, d'après les recherches de
-M. Vatel, dans son curieux livre sur Mme du Barry—_Histoire de Mme du
-Barry d'après les papiers personnels et les documents des archives
-publiques, précédé d'une introduction sur Mme de Pompadour, le
-Parc-au-Cerfs, et Mlle de Romans_, par Ch. Vatel, Versailles, Bernard,
-1883, 3 vol. in-12—que c'étaient là des calomnies.
-
-[324] Mercy à Marie-Thérèse, 1 septembre 1771.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 215.
-
-[325] Lettre du Roi à Choiseul, déjà citée.
-
-[326] Madame du Deffand à H. Walpole, 26 juin 1771.—_Corresp. de la
-marquise du Deffand_, II, 175.
-
-[327] Mercy à Marie-Thérèse, 14 novembre 1772.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 373.
-
-[328] Le même à la même, 2 septembre 1771.—_Ibid._, I, 215.
-
-[329] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 9 juillet 1770.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, I, 17.
-
-[330] _Ibid._
-
-[331] Mercy à Marie-Thérèse, 4 août 1770.—_Ibid._, I, 29.
-
-[332] Le même à la même, 14 juillet 1770.—_Ibid._, I, 21.
-
-[333] Le même à la même, 20 août 1770.—_Ibid._, I, 35.
-
-[334] Le même à la même, 17 mars 1771.—_Ibid._, I, 143.
-
-[335] Le même à la même, 20 octobre 1770.—_Ibid._, I, 91.
-
-[336] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 143.
-
-[337] Le duc d'Aiguillon ne pardonnait pas à la Dauphine de l'avoir
-accueilli froidement, quand il lui avait été présenté en qualité de
-ministre.
-
-[338] Kaunitz à Mercy, annexe à la lettre de Mercy à Marie-Thérèse, du
-24 juillet 1771.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, I, 192.
-
-[339] Les chroniqueurs prétendaient que Mme du Barry, parlant de la
-Dauphine, l'avait appelée la _petite rousse_.
-
-[340] _Voir_ sur cette affaire la dépêche de Mercy du 2 septembre
-1771.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, I, 200, 214.
-
-[341] Sauf une allusion dans la lettre du 9 juillet 1771,
-Marie-Thérèse, dans sa correspondance avec Marie-Antoinette, n'avait
-jamais nommé Mme du Barry.
-
-[342] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 septembre 1771.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, I, 217, 218.
-
-[343] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 octobre 1771.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, I, 221, 223.
-
-[344] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1772.—_Ibid._., I, 346, 347.
-
-[345] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 368.
-
-[346] Le même à la même, 20 avril 1773.—_Ibid._, I, 440.
-
-[347] _Le gouvernement de la Normandie aux_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_.—_Documents inédits tirés des archives du château d'Harcourt,
-publiés par_ C. Hippeau, IV, 87.
-
-[348] Pichler à Mercy, 4 décembre 1771; note de la dépêche de Mercy du
-29 février 1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 283.
-
-[349] Mercy à Marie-Thérèse, 19 décembre 1771.—_Ibid._, I, 250.
-
-[350] _Ibid._
-
-[351] Mercy à Marie-Thérèse, 19 décembre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 256.
-
-[352] _Ibid._, I, 252.
-
-[353] Mercy à Marie-Thérèse, 28 janvier 1772.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 264.
-
-[354] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 21 janvier 1772.—_Ibid._, I,
-261.
-
-[355] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 13 février
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 272.
-
-[356] «Je ne comprends pas la politique qui permet qu'en cas que
-deux se servent de leur supériorité pour opprimer un innocent, le
-troisième peut et doit, à titre de pure précaution pour l'avenir,
-et de convénience (sic) pour le présent, imiter et faire la même
-injustice, ce qui me paraît insoutenable. Un prince n'a d'autres droits
-que tout autre particulier, la grandeur et le soutien de son état
-n'entrera pas en ligne de compte, quand nous devrons tous comparaître
-à les rendre.» Opinion de S. M. l'Impératrice Reine, sur le parti à
-prendre en conséquence de la note du baron Van Swieten, du 5 février
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy._ Introduction, XXVIII.
-Pourquoi Marie-Thérèse ne persévéra-t-elle pas jusqu'au bout dans ces
-nobles et religieux sentiments et céda-t-elle aux suggestions de son
-fils Joseph, qui fut en cette circonstance et en bien d'autres son
-mauvais génie?
-
-[357] _Voir Correspondance secrète de Louis XV_, publiée par M.
-Boutaric. Introduction, I, 163 et suiv,. et II, 486. Mémoire du comte
-de Broglie aux comtes du Muy et de Vergennes.
-
-[358] Marie-Thérèse à Ferdinand, 17 septembre 1772.—_Lettres de
-Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, I, 151.—Tout ce passage sur
-«ce malheureux partage de la Pologne, qui me coûte dix ans de ma vie»,
-est très curieux et peint bien l'état d'âme tourmenté de l'Impératrice.
-
-[359] Seconde note de l'Impératrice.—_Correspondance secrète du comte
-de Mercy._ Introduction, I, XXIX et Marie-Thérèse à Mercy, 2 août
-1773.—_Ibid._, II, 15.
-
-[360] Marie-Thérèse à Mercy, 18 mars 1772.—_Ibid._, I, 289, 290.
-
-[361] Marie-Thérèse à Mercy, 2 juillet 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 321.
-
-[362] Mercy à Marie-Thérèse, 17 février 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 414.
-
-[363] Le même à la même, 16 juillet 1773.—_Ibid._, I, 399.
-
-[364] Mercy avait plus d'une fois soupçonné Mesdames d'avoir sous
-mains «de petits ménagements pour Mme du Barry et de vouloir toujours
-mettre Mme la Dauphine à la brèche et la faire servir d'instrument à
-manifester une haine qu'on n'osait faire paraître soi-même». Mercy à
-Marie-Thérèse, 24 juillet 1771.—_Correspondance, secrète du comte de
-Mercy_, I, 192. En 1773 le rapprochement était tout à fait opéré.
-
-[365] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 5.
-
-[366] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 27.
-
-[367] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, I, 56.
-
-[368] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 septembre 1773.—_Ibid._, II,
-37.
-
-[369] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 56.
-
-[370] Le même à la même, 15 octobre 1771.—_Ibid._, I, 226.
-
-[371] Le même à la même, 14 août 1772.—_Ibid._, I, 336.
-
-[372] Le même à la même, 18 mai 1773.—_Ibid._, I, 452.
-
-[373] _Voir_ sur l'abbé Maudoux une très intéressante brochure
-faite d'après les papiers de l'abbé conservés au Grand séminaire de
-Saint-Sulpice à Paris: _L'abbé Maudoux, confesseur de Louis XV_, notice
-par Ant. de Lantenay, membre correspondant des Académies de Metz et de
-Dijon, Paris, Jules Vic, 1881.
-
-[374] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 111.
-
-[375] Le même à la même, 12 novembre 1773, 18 décembre 1773,—_Ibid._,
-II, 68, 80.
-
-[376] Le même à la même, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II, 42.
-
-[377] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 95.
-
-[378] Le même à la même, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 129.
-
-[379] _Réflexions sur la Révolution de France_, par Burke, traduit de
-l'anglais sur la 8e édition par Laurent fils; Londres, 1er novembre
-1790, page 157.
-
-[380] _Mémoires historiques et militaires du Maréchal de Noailles_, VI,
-317.
-
-[381] _Mémoires du prince de Montbarrey_, I, 376.
-
-[382] _Essais historiques sur la vie de Marie-Antoinette d'Autriche_,
-1re partie, p. 12.
-
-[383] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1770.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 108.
-
-[384] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, I, 176.
-
-[385] Archives de la guerre.—_La vie militaire sous l'ancien régime_,
-par A. Babeau. Paris, Didot, 1889.
-
-[386] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 206.
-
-[387] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1770.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 107.
-
-[388] Le même à la même, 22 mai 1771.—_Ibid._, II, 163.
-
-[389] _Mémoires de Mme Campan_, p. 75.
-
-[390] Mercy à Marie-Thérèse, 2 septembre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 212.
-
-[391] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1772.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, I, 345.
-
-[392] _Voir_ la _Gazette de France_, 22 octobre 1773, no 85, p. 785.
-
-[393] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Ibid._, II, 64.
-
-[394] _Ibid._, 68.
-
-[395] _Ibid._, 64.
-
-[396] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 64, note.
-
-[397] Il s'est trouvé cependant des écrivains de l'école
-révolutionnaire pour accuser Marie-Antoinette de n'avoir pas eu de
-_cœur_!
-
-[398] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—Mercy à
-Marie-Thérèse, 17 février 1773.—_Correspondance secrète du comte de
-Mercy_, I, 397, 416.
-
-[399] Mercy à Marie-Thérèse, 17 février 1771.—_Ibid._, I, 416.
-
-[400] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 janvier 1773.—_Ibid._, I,
-397.
-
-[401] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 455.
-
-[402] Le même à la même, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 313.
-
-[403] _Ibid._, I, 312.
-
-[404] Le même à la même, 18 mai 1773.—_Ibid._, I, 455.
-
-[405] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773. _Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 465.
-
-[406] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin 1773.—_Ibid._, I, 459.
-
-[407] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 466.
-
-[408] _Mémoires de Weber_, p. 21.
-
-[409] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin 1773.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 459.
-
-[410] _Mémoires de Weber_, pp. 21, 22.
-
-[411] _Histoire de Marie-Antoinette Joséphe Jeanne de Lorraine,
-archiduchesse d'Autriche_, par l'auteur de l'éloge de Louis XVI
-(Montjoye). Paris, Perronneau, 1797, p. 63.—_Mémoires secrets pour
-servir à l'histoire de la République des lettres_, VII, 11, 12.
-
-[412] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 3.
-
-[413] Le même à la même, 17 octobre 1773. _Ibid._, II, 54.
-
-[414] Le même à la même, 17 juillet 1773.—_Ibid._, II, 3, 4.
-
-[415] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 86.—_Mémoires secrets pour
-servir à l'histoire de la République des lettres_, VII, 16, 17.
-
-[416] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 juillet
-1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 8.—_Mémoires
-secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, VII,
-24, 25.
-
-[417] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 44.
-
-[418] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, VII, 63.
-
-[419] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 53.
-
-[420] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773.—_Ibid._, II, 8.
-
-[421] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1773, 18 décembre
-1773.—_Ibid._, II, 4, 82.
-
-[422] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 45.
-
-[423] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 55.
-
-[424] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 29.
-
-[425] Mercy à Marie-Thérèse, 22 juin 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 173.
-
-[426] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II,
-37.
-
-[427] Mercy à Marie-Thérèse, 18 avril 1772.—_Ibid._, I, 293.
-
-[428] Le même à la même, 16 octobre 1772.—_Ibid._, I, 359.
-
-[429] Le même à la même, 14 novembre 1772, 17 février 1773.—_Ibid._,
-368, 415.
-
-[430] Le même à la même, 17 février 1773.—_Ibid._, I, 415.
-
-[431] Le même à la même, 17 février 1773.—_Ibid._, I, 415.
-
-[432] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 365.
-
-[433] Le même à la même, 16 octobre 1772.—_Ibid._, I, 359.
-
-[434] Mercy à Marie-Thérèse, 16 juin 1773.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 461.
-
-[435] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 32.
-
-[436] Mercy à Marie-Thérèse, 19 janvier 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 94.
-
-[437] _Ibid._
-
-[438] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet
-1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 205.
-
-[439] Mercy à Marie-Thérèse, 15 décembre 1773.—_Ibid._, II, 78.
-
-[440] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 82.
-
-[441] Il y eut bien encore de temps à autre quelques «piquanteries»
-comme disait Mercy, et même des discussions très vives. L'ambassadeur
-parle d'une dispute violente où les frères en vinrent jusqu'aux mains;
-mais cette scène était antérieure à l'époque à laquelle nous sommes
-arrivés.
-
-[442] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 311.
-
-[443] _Mémoires de Mme Campan_, p. 83.
-
-[444] Mercy à Marie-Thérèse, 10 décembre 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 254.
-
-[445] Mercy à Marie-Thérèse, 24 juillet 1771.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 189.
-
-[446] Joseph II à Léopold, 9 juin 1771.—_Maria-Theresia und Joseph II_,
-II, 139.
-
-[447] Mercy à Marie-Thérèse, 16 décembre 1772.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 384.
-
-[448] Le même à la même, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 311.
-
-[449] Le même à la même, 4 novembre 1772, 16 décembre 1772, 17 février
-1773.—_Ibid._, I, 374, 388, 417.
-
-[450] Le même à la même, 19 janvier 1774, 19 avril 1774.—_Ibid._, II,
-97, 128.
-
-[451] Le même à la même, 19 février 1774.—_Ibid._, II, 108.
-
-[452] Le même à la même, 17 mai 1774.—_Ibid._, II, 142.
-
-[453] Mercy à Marie-Thérèse, 12 novembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 75.
-
-[454] Le même à la même, 7 mai 1774.—_Ibid._, II, 43.
-
-[455] Le même à la même, 12 janvier 1774.—_Ibid._, II, 97.
-
-[456] Le même à la même, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 128, 129.
-
-[457] Le même à la même, 16 juin 1773.—_Ibid._, I, 464.
-
-[458] Le même â la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II. 94, 95.
-
-[459] Le même a la même, 22 mars 1774.—_Ibid._, II, 117.
-
-[460] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 80.
-
-[461] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 79.
-
-[462] Le même à la même, 16 septembre 1773.—_Ibid._, II, 41.
-
-[463] Le même à la même, 20 août 1773.—_Ibid._, I, 443.
-
-[464] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1773, 17 octobre
-1773.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 445, II, 75.
-
-[465] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 31.
-
-[466] Le même à la même, 17 mars, 20 avril 1773.—_Ibid._, I, 435, 442.
-
-[467] «Son Altesse Royale remplit toujours ses devoirs de piété avec
-toute l'édification possible, et elle ne s'est jamais oubliée en
-rien sur cet article si essentiel.» Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars
-1773.—_Ibid._, I, 434.—Voir encore le même à la même, 15 juin 1770, 15
-décembre 1772, 12 novembre 1773, etc.—_Ibid._, I, 13, 383, II, 72.
-
-[468] Le même à la même, 17 mars 1773.—_Ibid._, I, 431.
-
-[469] Le même à la même, 21 avril 1773.—_Ibid._, I, 445.
-
-[470] Le même à la même, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 31.
-
-[471] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 57.
-
-[472] Le même à la même, 18 juillet 1772.—_Ibid._, I, 424.
-
-[473] Marie-Thérèse à Mercy, 6 novembre 1753.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 59.
-
-[474] Mercy à Marie-Thérèse, 19 avril 1774.—_Ibid._, II, 131, 132.
-
-[475] Le même à la même, 17 octobre 1773.—_Ibid._, II, 57.
-
-[476] Marie-Thérèse à Mercy, 5 avril 1774.—_Ibid._, II, 124.
-
-[477] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 79.
-
-[478] _Registres des gentilshommes de la chambre du Roi._
-
-[479] Mercy au baron de Neny, note du rapport du 1er mai
-1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 134.
-
-[480] _Mémoires de Mme Campan_, p. 85.
-
-[481] _Souvenirs de Félicie._
-
-[482] _Ibid._
-
-[483] Mercy à Marie-Thérèse, 1er mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 134.
-
-[484] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des
-lettres_, 21 mai 1774.
-
-[485] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 144, 145.
-
-[486] _Mémoires du baron de Besenval_, 144, 146.
-
-[487] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour
-de France_, par Geffroy, I, 270.
-
-[488] Elle avait failli un jour s'y rencontrer avec l'archevêque de
-Paris.—Même lettre.—_Ibid._, I, 270.
-
-[489] _Mémoires du baron de Besenval_, p. 147.
-
-[490] _Ibid._
-
-[491] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 144.
-
-[492] _Ibid._
-
-[493] _Ibid._
-
-[494] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour
-de France_, I, 270.
-
-[495] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 144.
-
-[496] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour
-de France_, I, 270.
-
-[497] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 mai 1774.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 139.
-
-[498] Mercy à Marie-Thérèse, 8 mai 1774.—_Ibid._, II, 137.
-
-[499] Le même à la même, 8 mai 1774.—_Ibid._, II, 135.—_Mémoires du
-baron de Besenval_, 152.
-
-[500] Mercy à Marie-Thérèse, 8 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 135.
-
-[501] _Mémoires du baron de Besenval_, 103.
-
-[502] Mme du Deffand à Horace Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de
-la marquise du Deffand_, II, 403.
-
-[503] Lettre de l'abbé Maudoux, citée par M. A. de Lantenay: _L'abbé_
-_Maudoux, confesseur de Louis XV_. Paris, Jules Vic, tiré à 100
-exemplaires.
-
-[504] _Journal de Hardy._
-
-[505] _Récit inédit des derniers moments de Louis XV_, par M. du
-Buisson de la Boulaye, attaché à la personne du Roi, récit recueilli
-par sa fille Mme de Riancey.—Cité par M. de Beaucourt: _Le caractère de
-Louis XV_.—_Revue des questions historiques_, IV, 243.
-
-[506] Mme du Deffand à H. Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 403.
-
-[507] _Récit de M. du Buisson de la Boulaye_.
-
-[508] Mme du Deffand à H. Walpole, 8 mai 1774.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 403.
-
-[509] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour
-de France_, I, 269.
-
-[510] _Vie de la mère Marie-Thérèse de Saint-Augustin_, II, 20, citée
-par M. de Beaucourt.
-
-[511] Mercy à Marie-Thérèse, 10 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 138.—Voici le texte du billet du Dauphin:
-
-«Je vous prie, Monsieur, de distribuer dans la minute deux cent mille
-livres aux pauvres, afin qu'ils prient pour la conservation du Roi. Et,
-si vous trouvez que la distribution de cette somme puisse nuire à vos
-arrangements, vous la retiendrez sur mes pensions.»
-
- LOUIS, Dauphin.
-
-
-[512] _Lettre de l'abbé Maudoux._
-
-[513] _Ibid._
-
-[514] Mercy à Marie-Thérèse, 10 mai 1770.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 138.
-
-[515] _Mémoires de Mme Campan_, p. 87.
-
-[516] _Mémoires de Mme Campan_, p. 87.
-
-[517] «Il n'y a que quatre mois encore qu'on m'avait excommunié,»
-disait Louis XVI à Maurepas, quelque temps après son avènement; «on
-avait peur, quand je parlais à un ministre.» Cité par M. de Larcy dans
-sa remarquable étude sur _Louis XVI et Turgot_.—_Correspondant_, 25
-août 1866.
-
-[518] On avait répandu le bruit dans le public et Marie-Thérèse
-croyait elle-même que Louis XV avait laissé une fortune personnelle
-considérable. La vérité est qu'on ne trouva dans un tiroir que «44.000
-livres d'argent et des bijoux de médiocre valeur».—_Journal de Papillon
-de la Ferté_, 367.
-
-[519] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 18 mai 1774.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 150.
-
-[520] La même à le même, 16 juin 1774.—_Ibid._, II, 180.
-
-[521] Cité par M. de Falloux, _Louis XVI_.
-
-[522] Cité par M. de Beauchesne, _Mme Elisabeth_, I, 72.
-
-[523] Mesdames, en soignant leur père, avaient pris elles-mêmes la
-petite vérole.
-
-[524] Madame Louise était prieure.
-
-[525] _La vénérable Mme Louise de France_, p. 408.
-
-[526] _Chronique secrète de Paris_, par l'abbé Baudeau.—_Revue
-rétrospective_, 1re série, III, p. 36.
-
-[527] Mercy à Marie-Thérèse, 7 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 162.
-
-[528] _Chronique secrète de Paris_, par l'abbé Baudeau.—_Revue
-rétrospective_, III, p. 56.
-
-[529] Le comte de Creutz à Gustave III, 15 mai 1774.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 299.
-
-[530] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, p. 37.
-
-[531] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet
-1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 206.—C'était la
-_Gazette de Cologne_, qui avait mis ce mot du Roi en circulation. «Ce
-que dit la _Gazette de Cologne_ est bien dans son cœur» (de Louis XVI),
-répondait Marie-Antoinette à sa mère, le 30 juillet, «mais je ne crois
-pas qu'il l'ait dit.»—_Ibid._, II, 207.—C'était du moins un symptôme de
-l'opinion.
-
-[532] Le comte de Creutz à Gustave III, 15 mai 1774.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 299.—«Notre nouveau maître, écrivait de son côté un
-témoin qu'on ne peut soupçonner de partialité, le duc d'Aiguillon, se
-conduit à merveille. Il travaille du matin au soir avec une patience
-admirable. Il cherche à s'instruire... paraît inaccessible à l'intrigue
-et montre beaucoup de bon sens, de justesse dans l'esprit et de désir
-de rendre ses sujets heureux.»—Le duc d'Aiguillon au cardinal de
-Bernis, 23 mai 1774.—Archives Bernis, cité par M. Masson.—_Le cardinal
-de Bernis depuis son ministère_, 266.
-
-[533] _Gustave III et la Cour de France._
-
-[534] Mme du Deffand à H. Walpole, 15 mai 1774,—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 407.
-
-[535] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 162.
-
-[536] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, p. 56.
-
-[537] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet
-1774.—_Correspondance secrète du comté de Mercy_, II, 204.
-
-[538] Marie-Thérèse à Mercy, 18 mai 1774.—_Ibid._, II, 149.—Elle
-écrivait de même, le 17 mai 1774, à son fils Ferdinand: «Je crains que
-voilà la fin des jours paisibles et agréables de votre sœur.»—_Lettres
-de l'Impératrice Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, I, 277.
-
-[539] La comtesse de Boufflers à Gustave III.—_Gustave III et la Cour
-de France_, I, 271.
-
-[540] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, 30 juin 1774.
-
-[541] «M. de Machault l'emporta pendant deux heures.»—_Mémoires de
-Dufort de Cheverny_, I, 406.
-
-[542] M. de Cheverny tenait ses renseignements de M. de Sartines
-lui-même, qui les lui raconta le soir même de son entrevue avec le Roi.
-
-[543] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 146, 147.—De plus longs détails sont donnés
-dans une dépêche de Mercy à Kaunitz, de la même date, citée par M.
-Flammermont dans une _Etude critique sur les mémoires de Mme Campan_:
-_Bulletin mensuel de la Faculté des Lettres de Poitiers_, mars 1886,
-pp. 111 à 113.
-
-[544] Le comte de Goltz à Frédéric II, 21 septembre 1777.—_Histoire de
-l'action commune de la France et de l'Amérique_, par Bancroft, III, 107.
-
-[545] _Mémoires de Mme Campan_, p. 88, note.
-
-[546] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 30 juillet
-1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 207.
-
-[547] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 18 mai 1774.—_Ibid._, II, 150,
-197.
-
-[548] _Le gouvernement de Normandie_, IV, 94.
-
-[549] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau_, 28 mai 1774.—_Revue
-rétrospective_, t. III, p. 61.
-
-[550] Mme du Deffand à H. Walpole, 5 juin 1774.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 411.
-
-[551] _Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 163, note.
-
-[552] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 197.
-
-[553] Le même à la même, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 198, note.
-
-[554] Le même à la même, 15 juin 1774, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II,
-172, 198.
-
-[555] «Je suis bien aise de m'acquitter envers vous d'une des
-obligations que je vous ai, avait dit la Reine à Choiseul; je vous
-dois mon bonheur et m'estime heureuse d'avoir pu contribuer à votre
-retour.»—Le comte de Creutz à Gustave III, 16 juin 1774.—_Gustave III
-et la Cour de France_, I, 301.
-
-[556] Mme du Deffand à Voltaire, 16 juin 1774.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 414.
-
-[557] Marie-Thérèse à Mercy, 25 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 153.
-
-[558] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Ibid._, II, 197.
-
-[559] Vermond à Mercy, 7 juin 1774.—_Ibid._, II, 171.
-
-[560] Joseph II à Léopold, 24 mai 1774, 9 juin 1774.—_Maria-Theresia
-und Joseph II_, II, 34, 35.
-
-[561] Le même au même, 9 juin 1774.—_Ibid._, II, 35.—Joseph II lui-même
-ne se conforma pas toujours au conseil qu'il donnait à sa sœur.
-Lorsque ses intérêts furent en jeu, dans les affaires de Bavière et de
-Hollande, par exemple, il fut le premier à engager la Reine à agir près
-des ministres.
-
-[562] Marie-Thérèse à Mercy, 30 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 153.
-
-[563] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1774.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 156.
-
-[564] Marie-Thérèse à Mercy, 1er juin 1774.—_Ibid._, II, 158.
-
-[565] Mercy au baron de Neny, note de la dépêche du 17 mai
-1774.—_Ibid._, II, 147.
-
-[566] Voir notamment la dépêche du 14 août 1773, alors que la Reine
-était encore Dauphine.—_Ibid._, II, 31.
-
-[567] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 147.
-
-[568] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 174, 175.
-
-[569] Vermond à Mercy, 4 juin 1774.—_Ibid._, II, 171.
-
-[570] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 194.
-
-[571] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 237.
-
-[572] Marie-Thérèse à Mercy, 16 juillet 1774.—_Ibid._, II, 203.
-
-[573] Mercy à Marie-Thérèse, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 237.—La
-Reine avait même poussé le scrupule jusqu'à ne faire aucune observation
-sur le choix de Sartines pour la marine, choix qu'elle désapprouvait,
-pensant avec raison que ce ministre, qu'elle aimait d'ailleurs
-beaucoup, ayant été lieutenant de police, convenait mieux pour la place
-du duc de la Vrillière, ministre de la Maison du Roi.—_Ibid._
-
-[574] C'étaient la dame d'honneur, à genoux sur un pliant très bas, une
-serviette sur le bras, et quatre femmes de la Reine en grand habit, qui
-portaient les assiettes et versaient à boire: aucun homme ne paraissait
-pour le service, ni ne s'asseyait à la table royale.—_Mémoires de Mme
-Campan_, p. 100.
-
-[575] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 260.
-
-[576] Le même à la même, 7 juin 1774.—_Ibid._, II, 164.
-
-[577] Le même à la même, 17 novembre 1774.—_Ibid._, II. 260.
-
-[578] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 262. On avait choisi le samedi, quoique ce fut
-un jour maigre, parce que le dimanche il y avait grand couvert et que
-Mesdames arrivaient le lundi. La Reine tenait à ce qu'à leur retour
-elles se trouvassent en face d'un fait accompli.
-
-[579] _Chronique secrète de Métra_, I, 105.
-
-[580] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 271, 272.
-
-[581] _Mémoires de Mme Campan._
-
-[582] _Ibid._, 99.
-
-[583] _Souvenirs d'un page_, 178.
-
-[584] _Mémoires de Mme Campan_, 97, 98.
-
-[585] _Ibid._, 98.
-
-[586] _Mémoires de Mme Campan_, 98.
-
-[587] _Souvenirs d'un page_, 173.
-
-[588] «Par une étrange fatalité, a dit le duc de Lévis, l'appareil de
-la Cour, l'étiquette, qui paraît si puérile aux esprits superficiels
-et qui est cependant le seul moyen de prévenir la confusion des
-rangs, ne furent jamais plus nécessaires que sous le prince qui les
-abolit.»—_Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 144.
-
-[589] _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, par
-François Hue, Paris, Plon, 1860, 436.
-
-[590] _Mémoires de Mme Campan_, 94.
-
-[591] La Reine n'avait eu cependant aucune part à cette résolution
-du Roi.—Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1774, 15 juillet
-1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 175, 195.
-
-[592] Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 189.
-
-[593] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 27 juin 1774.—_Ibid._, II, 182.
-
-[594] Post-scriptum de Louis XVI à sa lettre du 1er juillet 1774, de
-Marie-Antoinette à Marie-Thérèse. _Ibid._, II, 192.
-
-[595] Mercy à Marie-Thérèse, 28 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 183.
-
-[596] _Ibid._—_Dernières années du règne de Louis XVI_, 423.
-
-[597] Le comte de Creutz à Gustave III.—_Gustave III et la cour de
-France_, I, 300.
-
-[598] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 223.
-
-[599] Le comte de Creutz à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de
-France_, I, 300.
-
-[600] Mlle de Lespinasse au comte de Guibert, 27 août 1774.
-
-[601] Voir _Le fils de Louis XV, Louis, Dauphin de France, 1729-1735_,
-par Emmanuel de Broglie. Paris, Plon, 1877, pp. 188 et suiv.
-
-[602] Voir l'_Histoire de la marine française pendant la guerre de
-l'indépendance américaine_, par C. Chevalier, capitaine de vaisseau.
-Paris, Hachette, 1877.
-
-[603] _Chronique secrète de Métra_, I, 67.
-
-[604] _Mémoires de Dupont de Nemours_, II, 253-254. Cité par M. Foncin.
-_Essai sur le ministère de Turgot._ Paris, Germer-Baillière, 1877.
-
-[605] Note de la lettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, du 30
-juillet 1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 207.
-
-[606] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 30 juillet 1774.—_Ibid._, II,
-205.
-
-[607] La même à la même, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II, 258.
-
-[608] _Voir_ Droz, _Histoire du règne de Louis XVI_, I, 151 et suiv.
-
-[609] Marie-Thérèse à Mercy, 11 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 252.
-
-[610] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II,
-253.
-
-[611] La même à la même, 16 novembre 1774.—_Ibid._, II. 253.
-
-[612] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 270.
-
-[613] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 13 novembre 1775, VIII, 275, 276.
-
-[614] _Ibid._, 21 novembre 1775, VIII, 289.
-
-[615] _Mémoires de Mme Campan_, 96.
-
-[616] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 4 janvier 1781, XVII, 10.
-
-[617] _Les bals de Marie-Antoinette d'après des documents inédits_, par
-Henry de Chennevières. _Gazette des beaux-arts_, 1er juin 1886.
-
-[618] _Mémoires de Mme Campan_, 97. On en était venu à épuiser tout
-le stock de plumes de la ville de Lyon et à payer une plume cinquante
-louis.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 19 août 1775, VIII, 161.—_Le XVIIIe siècle_, par P. Lacroix,
-499.
-
-[619] _Le XVIIIe siècle, mœurs, institutions_, par Paul Lacroix.
-Paris, Didot, p. 502.—_Voir_ aussi les _Souvenirs du marquis de
-Valfons_. Paris, Dentu, 1860, p. 415.
-
-[620] _Chronique secrète de Métra_, I, 158.
-
-[621] _Recueil général des coiffures de différents goûts, à commencer
-de 1589 à 1778._ Paris, Desnos, cité par M. le comte de Reiset.
-_Lettres inédites de Marie-Antoinette._ Paris, Didot, p. 12.
-
-[622] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République
-des lettres_, 26 avril 1774, VII, 184. On peut voir dans les
-_Souvenirs du marquis de Valfons_ (p. 415, 416) des détails curieux
-sur l'extravagance de ces toilettes et les noms étranges qu'elles
-portaient. Le trait suivant en donnera une idée: «Mademoiselle Duthé
-était dernièrement à l'Opéra avec une robe _soupirs étouffés_, ornée de
-_regrets superflus_, un point au milieu de _candeur parfaite_, garnie
-en _plaintes indiscrètes_ de rubans en _attentions marquées_, des
-souliers _cheveux de la Reine_, brodés en diamants en _coups perfides_,
-et le _venez-y voir_ en émeraudes; frisée en _sentiments soutenus_,
-avec un bonnet de _conquête assurée_, garni de _plumes volages_ et
-de rubans d'_œil abattu_; un _chat_ sur le col, couleur de _gueux
-nouvellement arrivé_; et sur les épaules, une _Médicis_ montée en
-_bienséance_ et son manchon en _agitation momentanée_.
-
-[623] _Mémoires de Mme Campan_, 97.
-
-[624] On avait raconté, par exemple, que le Roi avait fait cadeau d'une
-aigrette à la Reine en la priant de s'en servir au lieu des nouvelles
-coiffures, et en ajoutant qu'elle n'avait que faire de ces parures pour
-relever ses grâces. Cette anecdote rapportée par Métra (I, 58), et dont
-parle Marie-Thérèse (lettre à Mercy, 2 février 1775,—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 293), est démentie catégoriquement par
-Mercy.—Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775,—_Ibid._, II, 298.
-
-[625] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 mars 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 306.
-
-[626] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 mars 1775.—_Ibid._, 307, 308.
-
-[627] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 298.
-
-[628] Le même à la même, 18 mars 1775.—_Ibid._, II, 43.
-
-[629] _Recueil général de coiffures de différents goûts, à commencer
-de 1589 à 1778_; cité par le comte de Reiset. _Lettres inédites de
-Marie-Antoinette_, p. 12.
-
-[630] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 255.—En revanche, les appartements de Madame et
-de la comtesse d'Artois étaient presque vides.
-
-[631] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 255.
-
-[632] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 270.
-
-[633] Le même à la même, 15 janvier 1774. _Ibid._, II, 280.—«Les
-spectacles des bals chez la Reine furent des plus magnifiques tout
-ce mois de janvier (1775); les Bocquet ont été sur les dents; car la
-Reine imaginait toujours des habits, au moment qu'on s'y attendait le
-moins, à quoi les Bocquet devaient suffire, ce qui les occupait fort,
-et tous les habits auraient été trouvés merveilleux si la demoiselle
-Bertin s'était toujours conformée aux dessins de MM. Bocquet.»—_Lettre
-de Papillon de la Ferté_, citée par M. Henry de Chennevières. _Les
-bals de Marie-Antoinette d'après des documents inédits._ _Gazette des
-Beaux-Arts_, 1er juin 1886. _Voir_ aussi le _Journal de Papillon de la
-Ferté_, pp. 378 et suiv. Papillon se plaignait que la Reine employait
-trop de «plumes et dorures fines», ce qui augmentait la dépense. Il
-estimait cette dépense a cent mille livres. Il ajoute d'ailleurs que
-le contrôleur général,—c'était Turgot,—auquel il en avait envoyé le
-bordereau, n'avait point trouvé «cette dépense très considérable pour
-avoir amusé toute la Cour pendant l'hiver entier.»—_Ibid._, 380.
-
-[634] Walpole à la comtesse d'Ossory, 23 août 1775.—_Lettres d'H.
-Walpole_, 281, 282.
-
-[635] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 4 février 1778. XI, 95.
-
-[636] _Journal de Papillon de la Ferté_, 380.
-
-[637] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 270.
-
-[638] Le même à la même, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 271.
-
-[639] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 221.—_Voir_, sur ce nom, le _Pacte de famine_, par
-G. Bord.
-
-[640] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 232.
-
-[641] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 14 janvier 1775, VII, 292, 293.—Mercy à Marie-Thérèse, 15
-janvier 1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 283, 284.
-
-[642] _Mémoires secrets pour servir_, etc., 14 janvier 1776, IX, 23.
-
-[643] Le baron d'Assas au patriote Palloy, 12 février 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, par Feuillet de Conches, I, 468,
-469.
-
-[644] _Mémoires de Mme Campan_, 191, 192.
-
-[645] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la Ville_, de 1777 à 1792, publiée d'après les manuscrits de
-la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, avec une préface, des
-notes, et un index alphabétique par M. de Lescure. Paris, Plon, 1866,—9
-mai 1777, I, 84.—_Mémoires secrets pour servir_, etc., 10 février 1778,
-XI, 103, 104.
-
-[646] Et père du futur Conventionnel.
-
-[647] _Souvenirs historiques et parlementaires du comte de
-Pontécoulant, ancien pair de France_, extraits de ses papiers et de sa
-correspondance, Paris, Lévy, 1861, I, 45, 47.
-
-[648] _Mémoires de Mme Campan_, 188, 189.
-
-[649] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 216.
-
-[650] Marie-Thérèse à Mercy, 16 juin 1774.—_Ibid._, II, 177.
-
-[651] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 16 juillet 1774.—_Ibid._, II,
-205.
-
-[652] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 217.
-
-[653] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 239.
-
-[654] Le même à la même, 20 avril 1775.—_Ibid._, II, 322.
-
-[655] _Mémoires de Mme Campan_, 95, note.
-
-[656] _Mémoires de Mme Campan_, 93, 94. Bachaumont raconte qu'un peu
-plus tard ce furent de nouvelles rumeurs à la Cour et de nouvelles
-chansons parce que la Reine s'était avisée un jour de dire en riant
-qu'elle ne savait pas comment on pouvoit paraître à la Cour, passé
-trente ans, et parce qu'au bal elle préférait les danseurs qui
-dansaient bien à ceux qui dansaient mal.—_Mémoires secrets pour servir
-à l'histoire de la République des lettres_, 14 novembre 1775, 13
-janvier 1777, VIII, 278, X, 12.
-
-[657] _Portefeuille d'un talon rouge_, 11.
-
-[658] _Mémoires de Mme Campan_, p. 95. La chanson calomniatrice
-s'appelait le _Lever de l'aurore_.
-
-[659] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance sécrète
-du comte de Mercy_, II, 233, note.
-
-[660] Marie-Thérèse à Mercy, 28 août 1774.—_Ibid._, II, 225.
-
-[661] Kaunitz à Mercy, 3 octobre 1774.—_Ibid._, II, 235, note.
-
-[662] Marie-Thérèse à Mercy, 20 septembre 1774.—_Ibid._, II, 235.
-
-[663] On trouvera des détails sur cette aventure dans le beau livre
-de M. de Loménie: _Beaumarchais et son temps_. Mais M. de Loménie, ne
-connaissant pas les documents conservés en Autriche, ajoute foi au
-récit de Beaumarchais. Ce récit a été battu en brèche, à l'aide des
-archives de Vienne, par M. d'Arneth, _Beaumarchais und Sonnenfels_,
-et l'ouvrage de M. d'Arneth a été résumé en français par un magistrat
-distingué, M. Paul Huot.
-
-[664] Marie-Thérèse à Mercy, 28 août 1774.—Mercy à Marie-Thérèse, 11 et
-21 septembre 1774.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 226,
-233, 239.
-
-[665] Mercy à Marie-Thérèse, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 241.
-
-[666] _Ibid._, 240.
-
-[667] Instructions données à Maximilien pour son voyage.—_Lettres de
-Marie-Thérèse à ses enfants et à ses amis_, II, 327. L'Impératrice
-était même dure pour son fils: «C'est l'indifférence, lui disait-elle,
-la source de tous ces oublis volontaires, de ces réponses gauches,
-qui vous donnent souvent l'air d'un imbécile, de ces propos communs,
-de cet extérieur morne, qui ne peut rassurer ceux qui s'intéressent à
-vous.»—_Ibid._, 335. Prévoyait-elle la réponse à Buffon?
-
-[668] Marie-Thérèse à Mercy, 5 février 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 105.
-
-[669] Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775.—_Ibid._, II, 299.
-
-[670] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 mars 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 305.
-
-[671] Marie-Thérèse à Mercy, 4 février 1775.—_Ibid._, II, 291.
-
-[672] Dépêche d'office du 18 mars 1775.—Archives de Vienne: citée en
-note de la lettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, du 19 mars
-1775.—_Ibid._, II, 307.
-
-[673] Mercy à Marie-Thérèse, 20 février 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 300.
-
-[674] Le même à la même, 20 février 1775.—_Ibid._, II, 300, note.
-
-[675] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-publiée par M. de Bacourt, I, 79.
-
-[676] _Ibid._, I, 77.
-
-[677] _Ibid._
-
-[678] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 mars 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 307.
-
-[679] _Ibid._
-
-[680] _Mémoires de Mme Campan_, 107.—_Mémoires secrets pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 27 mars 1775, VII, 351.
-
-[681] «Croyez-moi, les Français vous estimeront plus et feront plus
-de compte de vous, s'ils vous trouvent la solidité et la franchise
-allemandes, et ne soyez pas honteuse d'être Allemande jusqu'aux
-gaucheries. Faites un accueil distingué aux premiers et dos bontés
-à tous les Allemands, surtout ceux de vos sujets et des premières
-maisons; aux moindres, c'est-à-dire qui n'ont point d'entrée à la Cour
-chez nous, de bonté, d'affection et de protection.» Marie-Thérèse à
-Marie-Antoinette, 8 mai 1771.—_Correspondance secrète du comte de
-Mercy_, I, 159.
-
-[682] _Ibid._
-
-[683] _Ibid._, et 30 novembre 1772, I, 362.
-
-[684] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 novembre
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 381.
-
-[685] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279.
-
-[686] _Ibid._
-
-[687] Mercy à Marie-Thérèse, 19 janvier 1775.—_Ibid._, II, 289,
-290.—Cette lettre de l'Empereur était caustique et sévère. La Reine en
-fut un peu froissée, mais prit le parti d'en plaisanter: «Il y aurait
-ici matière à brouillerie, dit-elle, mais je ne me brouillerai jamais
-avec mon frère, je vais lui répondre en plaisantant.»
-
-[688] _Voir_ sur toutes ces cérémonies: _Le sacre et couronnement de
-Louis XVI, roi de France et de Navarre, dans l'église de Reims, le 11
-juin 1775, enrichi d'un très grand nombre de figures en taille-douce_.
-Paris, Vente, 1775.
-
-[689] D'Alembert à Frédéric II, cité par M. de Falloux, _Louis XVI_, 57.
-
-[690] Condorcet à Turgot, 22 septembre 1774.—_Correspondance inédite
-de Condorcet et de Turgot, 1770-1779_, publiée avec des notes et une
-introduction, d'après les autographes de la collection Minoret et les
-manuscrits de l'Institut, par Charles Henry. Paris, Charavay, 1882.
-
-[691] Mirabeau, brochure sur le sacre, 1775, cité par M. de Falloux,
-_Louis XVI_, 55.
-
-[692] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars, 20 avril 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 313, 325.
-
-[693] Le même à la même, 20 avril 1775.—_Ibid._, II, 325.
-
-[694] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 346.
-
-[695] _Voir_, sur toute cette cérémonie du sacre, _Louis XVI_, par M.
-de Falloux, 57-63.
-
-[696] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 342.—_Journal historique du sacre et du
-couronnement de Louis XVI_, 64.—_Journal de Papillon de la Ferté_, 384.
-
-[697] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 346, 347.
-
-[698] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 17 juin 1775, VIII, 72.
-
-[699] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 347.
-
-[700] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 343.
-
-[701] _Gazette de France_, année 1775, p. 446.
-
-[702] La Reine y assista dans sa tribune.
-
-[703] _Gazette de France_, année 1775, p. 447.
-
-[704] Mercy à Marie-Thérèse, 23 juin 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 348.
-
-[705] Un de nos amis, bibliophile et historien distingué, M. Louis
-Jarry, possède le manuscrit d'une de ces pièces, _la Reine des vertus_,
-dans l'exemplaire même destiné à la Dauphine.
-
-[706] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 374.
-
-[707] Pickler à Mercy, note de la dépêche du 23 juin
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 319.
-
-[708] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet 1775.—_Ibid._,
-II, 362.
-
-[709] _Ibid._ Comp. avec la lettre de Mercy à Marie-Thérèse, du 17
-juillet 1775.—_Ibid._, II, 356, 357.
-
-[710] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 9 juin 1775, VIII, 82.
-
-[711] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 362.
-
-[712] Certaines insinuations de Choiseul dans cette entrevue
-laissèrent, dans l'esprit de la Reine, une impression fâcheuse. Ainsi
-il avait tourné en ridicule les gens de robe; ces plaisanteries étaient
-peut-être encore dans la mémoire de la Reine lorsqu'elle contribua
-à la chute de Turgot et de Malesherbes. Choiseul avait aussi engagé
-Marie-Antoinette à dominer son mari par la crainte, et Mercy raconte
-que ce mauvais conseil avait fait une assez vive impression sur
-l'esprit de la jeune femme.
-
-[713] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 159.
-
-[714] Mme du Deffand à H. Walpole, 12 mars 1775.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 478.
-
-[715] _Correspondance de M. le duc d'Aiguillon, au sujet de l'affaire
-du comte de Guines, du sieur Tort, et autres intéressés pendant
-les années 1771, 1772, 1773, 1774, 1775._—_Mémoire de Tort de la
-Sonde._—_Mémoire sur la nature, l'origine et les progrès de l'affaire
-de M. le comte de Guines, ambassadeur du Roi, contre le mémoire de
-Tort, ci-devant son secrétaire._—La correspondance de Mme du Deffand, à
-partir du 12 février, est remplie de cette affaire.
-
-[716] Dépêche d'office du comte de Mercy, citée en note de la lettre du
-18 mars 1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 313.
-
-[717] Mme du Deffand à H. Walpole, 28 mai 1775.—_Correspondance de la
-marquise du Deffand_, II, 497.
-
-[718] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 8 juin 1773, VIII, 80.
-
-[719] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 22 juin 1775.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 344.
-
-[720] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet 1775.—_Ibid._,
-II, 362.—Ajoutons que cette rigueur ne dura pas et que le duc
-d'Aiguillon ne tarda pas à revenir à la Cour intriguer contre la Reine.
-
-[721] Le maréchal du Muy était mort des suites de l'opération de la
-pierre.
-
-[722] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 362.
-
-[723] Dépêche d'office du comte de Mercy, citée en note de la lettre du
-16 août 1775.—_Ibid._, II, 366.
-
-[724] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 270.
-
-[725] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 405.
-
-[726] _Mémoires de M_me _Campan_, 134.
-
-[727] Le comte de Saint-Germain avait décidé que les soldats, comme
-punition, recevraient des coups de plat de sabre.
-
-[728] Le maréchal de Biron.—Mme du Deffand à H. Walpole, 20 mai
-1775.—_Correspondance de la marquise du Deffand_, II, 495.
-
-[729] Voir notamment la _Prophétie Turgotine_.
-
-[730] Opinion de M. de Parieu.—Discussion à l'Académie des sciences
-morales et politique sur le livre de M. Foncin: _Essai sur le ministère
-de Turgot_. Paris 1877, Germer-Baillière.—Séance du 20 janvier
-1877.—_Journal officiel_ du 24 janvier 1877.
-
-[731] _Particularités et observations sur les contrôleurs généraux des
-finances_ par M. de Montyon.—Cité par M. Fernand Labour, _M. de Montyon
-d'après des documents inédits_. Paris, Hachette, 1880, p. 121.
-
-[732] M. Léonce de Lavergne.—Discussion déjà citée de l'Académie des
-sciences morales et politiques, séance du 20 janvier 1877.—_Journal
-officiel_ du 20 janvier 1877.—La même opinion avait été émise par
-M. Fustel de Coulanges, séances du 23 décembre 1876 et 13 janvier
-1877.—_Journal officiel_ des 28 décembre 1876 et 20 janvier 1877.
-
-[733] Le comte de Creutz à Gustave III, 14 mars 1776.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, introduction, I, II.
-
-[734] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mai 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 446, 447.
-
-[735] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mars 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, Introduction, I. 11.
-
-[736] Le même à la même, rapport officiel du 16 mai 1776, note de la
-lettre de la même date.—_Ibid._, II, 442.
-
-[737] Le même à la même, 16 mai 1776.—_Ibid._, II, 446.
-
-[738] Le comte de Creutz à Gustave III, 12 mai 1786.—Cité en note de la
-dépêche de Mercy, du 16 mai 1776.—_Ibid._, II, 447.
-
-[739] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 mai 1776.—_Ibid._, II, 441.
-
-[740] Mercy à Marie-Thérèse, 16 mai 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 447.
-
-[741] «Je suis bien fâchée que le jeune Roi et la Reine sont si neufs:
-six ans leur auraient convenu de plus.»—Marie-Thérèse à Léopold, 19 mai
-1770. _Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, I, 277.
-
-[742] Joseph II à Léopold, 29 avril 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 134.
-
-[743] _Mémoires du prince de Montbarrey_, II, 221.
-
-[744] Louis XV n'aimait ni l'esprit, ni les goûts anglais.—Lorsque le
-comte de Lauraguais vint lui faire sa cour, à son retour de Londres:
-«Qu'êtes-vous allé faire en Angleterre, Monsieur le comte?» dit le
-vieux monarque.—«Sire, apprendre à penser.»—«Les chevaux?» riposta
-brusquement le Roi, en tournant le dos au jeune anglomane.
-
-[745] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 10 mars 1775, VII, 337.
-
-[746] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 434.
-
-[747] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 525.
-
-[748] _Ibid._, II, 525, 526.
-
-[749] Lors de la course du cheval du comte d'Artois, _King-Pépin_,
-pressé par son frère de parier, Louis XVI avait répondu qu'il ne
-parierait pas plus d'un écu. On prétendait même qu'il faisait parodier,
-à la Comédie-Française, les allures et les attitudes du comte
-d'Artois.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République
-des lettres_, 14 novembre 1776, 23 février 1777.
-
-[750] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 536.
-
-[751] Le même à la même, 13 juillet 1774.—_Ibid._, II, 208.
-
-[752] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mai 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 332, 333.
-
-[753] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 1er janvier 1776.—_Ibid._, II,
-415.
-
-[754] _Mémoires de Mme Campan_, 117, 118.
-
-[755] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 6.
-
-[756] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 426.
-
-[757] Le même à la même, 17 janvier 1778.—_Ibid._, III, 160.
-
-[758] _Mémoires secrets pour servir à l'hist. de la République des
-lettres_, 29 novembre 1775, VIII, 302.
-
-[759] _Ibid._, 1er août 1776, IX, 246.
-
-[760] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 427, 430.
-
-[761] _Souvenirs du prince de Ligne._
-
-[762] Mercy à Marie-Thérèse, 15 février 1777, 20 mars
-1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 19, 176.
-
-[763] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776, Marie-Antoinette à
-Marie-Thérèse, 17 février 1777.—_Ibid._, II, 130, III, 21.
-
-[764] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776,—_Ibid._, II, 430.
-
-[765] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 431.
-
-[766] _Voir_ Métra, II, 405.
-
-[767] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776,—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 438.
-
-[768] Le comte de Goltz à Frédéric II, 19 février 1779.—Bancroft, III,
-135.
-
-[769] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 298, 299.
-
-[770] Le même à la même, 19 février 1777.—_Ibid._, III, 25.
-
-[771] _Journal politique et national._—_Œuvres choisies de Rivarol_,
-publiées par M. de Lescure, collection Jouaust, II, 341.
-
-[772] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 25.
-
-[773] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 février 1777.—_Ibid._, III,
-17.
-
-[774] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 mai 1776, Marie-Antoinette à
-Marie-Thérèse, 17 février 1777.—_Ibid._, II, 450, III, 21.
-
-[775] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 493.—C'est dans ce rapport, dont la date
-correspond au moment de la plus grande dissipation chez la Reine, que
-sont résumés les principaux griefs de Mercy contre Marie-Antoinette.
-
-[776] Le même à la même, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 364.
-
-[777] Le même à la même, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 81.
-
-[778] Le même à la même, 20 octobre 1770, 29 février 1772.—_Ibid._, I,
-70, 278.
-
-[779] Mercy à Marie-Thérèse, 16 novembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 254.
-
-[780] Le même à la même, 18 décembre 1774.—_Ibid._, II, 270.
-
-[781] Le même à la même, 29 février 1772.—_Ibid._, I, 277.
-
-[782] Le même à la même, 19 janvier 1774.—_Ibid._, II, 81.
-
-[783] Le même à la même, 19 janvier 1776.—_Ibid._, II, 418.
-
-[784] Le même à la même, 16 juillet 1776.—_Ibid._, II., 469, 470.
-
-[785] _Ibid._, 470.
-
-[786] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 21 septembre
-1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 485.
-
-[787] Vermond à Mercy, septembre 1776.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, 387.
-
-[788] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 septembre
-1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 487.
-
-[789] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er octobre 1776.—_Ibid._, II,
-500.
-
-[790] _Voir_ encore la dépêche du 17 janvier 1777.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 7.—Il importe de remarquer que,
-lorsque le Roi payait les dettes de la Reine, ce n'était point aux
-dépens du trésor, mais sur sa propre cassette, «ce dont, disait Mercy,
-il n'y a pas eu un exemple ici pendant tout le règne passé.»
-
-[791] Mercy à Marie-Thérèse, 29 octobre 1770, 26 février
-1772.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 69, 278.
-
-[792] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 427.
-
-[793] Le même à la même, 17 septembre 1776.—_Ibid._, II, 497.
-
-[794] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 525.
-
-[795] _Ibid._, 527.
-
-[796] «Le gros jeu, qui rapproche toutes les conditions, qui fait
-oublier, dans la vivacité des passions, la mesure du langage et
-la circonspection dans les manières, ajoute encore à l'égalité
-inséparable d'une société intime. La Cour cessa alors de donner le
-ton à la ville, puisqu'elle adoptait les sentiments, les modes et les
-habitudes des sociétés qui y dominaient.»—Rivarol, _Journal politique
-national_.—Œuvres choisies, II, 341.
-
-[797] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 520.
-
-[798] Le même à la même, 15 novembre 1776.—_Ibid._, II, 622. Ce rapport
-par sa date appartient précisément à l'époque de la plus grande
-dissipation.
-
-[799] Le même à la même, 18 septembre 1775.—_Ibid._, II, 381.
-
-[800] _Ibid._, 381.
-
-[801] _Voir_ notamment, après bien d'autres, le rapport du 15 juin
-1776.—_Ibid._, II, 454. En cette même année 1776, la Reine refusa
-d'aller au spectacle, même pour une première représentation, dont elle
-était très friande, avant d'avoir fait son jubilé.—_Mémoires secrets
-pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 9 juin 1776,
-IX, 86.
-
-[802] Mercy à Marie-Thérèse, 11 septembre 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 232.
-
-[803] Le même à la même, 18 septembre 1775.—_Ibid._, II, 381.
-
-[804] Le même à la même, 16 avril 1771.—_Ibid._, I, 135.
-
-[805] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1771.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy._ Introduction, I.
-
-[806] _Mémoires du prince de Ligne._ Edition Didot, p. 27.
-
-[807] Lettre inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil,
-bienveillamment communiquée par le savant directeur de la _Revue de la
-Révolution_, M. Gustave Bord.
-
-[808] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1777.—Bancroft, III,
-113.
-
-[809] _Souvenirs et mélanges_, par M. le comte d'Haussonville, de
-l'Académie française. Paris, Calmann Lévy, 1878, un vol. in-8, p. 19-21.
-
-[810] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 42.
-
-[811] Le même à la même, 17 mars 1771.—_Ibid._, I, 140.—_Correspondance
-du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 30 et 31.
-
-[812] _Souvenirs de Mme Vigée le Brun._
-
-[813] Le prince de Lamballe était mort au bout d'un an de mariage,
-épuisé par ses excès.
-
-[814] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-31.
-
-[815] _Mémoires de Mme Campan_, 118.
-
-[816] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-31.
-
-[817] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 280.
-
-[818] Mercy à Marie-Thérèse, 9 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 161.
-
-[819] Le même à la même, 28 septembre 1774.—_Ibid._, II, 238.
-
-[820] Le même à la même, 15 janvier 1775.—_Ibid._, II, 281.
-
-[821] Elle prêta serment le 18 septembre 1775.—_Mémoires secrets pour
-servir à l'histoire de la République des lettres_, 20 septembre 1775,
-VIII, 209. La princesse de Chimay devint alors dame d'honneur, la
-comtesse de Mailly, dame d'atours.
-
-[822] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 259.
-
-[823] Il est curieux que, dès l'avènement de Marie-Antoinette, le
-bruit courait à Paris que Mme de Lamballe serait nommée surintendante.
-Voici ce qu'on lit dans l'abbé Baudeau à la date du 28 juin 1774
-(_Revue rétrospective_, 3e série, tome III): «Il (Richelieu) aura
-pour successeur (à Bordeaux) Monseigneur le comte de Noailles.
-Madame sa pédante épouse se retire parce que Mme de Lamballe va être
-surintendante de la Maison de la Reine.»
-
-[824] Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 13 juillet
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 363.
-
-[825] Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre 1775, 15 novembre
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 387, 399. Mercy
-fait remarquer à cette occasion que le crédit de la Reine était alors
-tout-puissant à la Cour et que tout le monde s'inclinait devant ses
-désirs.
-
-[826] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 427.
-
-[827] Le même à la même, 16 mai 1776, 15 juin 1776.—_Ibid._, II, 445,
-456.
-
-[828] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 367.
-
-[829] _Mémoires du baron de Besenval._
-
-[830] Il y eut cependant un retour momentané de faveur en 1780.—Mercy à
-Marie-Thérèse 15 et 18 février 1780.—_Correspondance secrète du comte
-de Mercy_, III, 400, 401.
-
-[831] Le même à la même, 19 octobre 1775.—_Ibid._, II, 390.
-
-[832] Le même à la même, 28 février 1776.—_Ibid._, II, 427.
-
-[833] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 427.
-
-[834] Le même à la même, 19 octobre 1775.—_Ibid._, II, 520.
-
-[835] Le même à la même, 15 juin 1776, 15 juillet 1780.—_Ibid._, II,
-456, III, 446.
-
-[836] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 284.
-
-[837] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 132.
-
-[838] Mme Campan dit: _bruns_.—_Mémoires_, p. 124.—Mais la comtesse
-Diane de Polignac dit positivement: _bleus_.—_Mémoires sur la vie de la
-duchesse de Polignac._ Hambourg, 1796.
-
-[839] _Ibid._, p. 1.
-
-[840] _Mémoires de la baronne d'Oberkirck_, I, 284.
-
-[841] _Mémoires de Mme Campan_, 124.—_Mémoires sur la vie de la
-duchesse de Polignac._
-
-[842] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-32.
-
-[843] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 132.
-
-[844] _Mémoires sur la vie de la duchesse de Polignac_, p. 8.
-
-[845] _Mémoires de Mme Campan_, 123.
-
-[846] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-37.
-
-[847] Rapport du contrôleur général d'Ormesson. Archives nationales,
-O', 268.—_Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France_,
-année 1876, p. 166.
-
-[848] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 391.
-
-[849] Le même à la même, 28 mars 1780.—_Ibid._, III, 412.
-
-[850] Le même à la même, 17 juin 1779.—_Ibid._, III, 321.
-
-[851] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 381.
-
-[852] Lettre du duc de Polignac à M. de Calonne, 14 mars 1791.—_Mémoire
-de M. de Calonne, ministre d'État, contre le décret rendu le 14 février
-1791 par l'Assemblée se disant nationale._ Venise, 1791, p. 49.
-
-[853] Cette pension de 80.000 livres n'était en réalité qu'une
-augmentation de 48.000: elle faisait cesser deux autres pensions
-s'élevant ensemble à 32.000 livres.—Pensions et dons aux Polignac,
-rapport d'Ormesson, 28 septembre 1783.—Archives nationales, O',
-268.—_Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France_, année
-1876, p. 166.
-
-[854] Lettre du duc de Polignac à M. de Calonne, _op. citato_, p. 52.
-
-[855] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775, 19 janvier
-1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 409, 419.—Le
-vicomte de Polignac ne fut nommé qu'en 1777.
-
-[856] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1779.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, III, 321.
-
-[857] La Reine ne voulait donner aux Polignac que 200.000 livres pour
-payer leurs dettes et 25.000 livres de rente pour la dot de leur fille.
-Ce fut Maurepas qui, faisant valoir un prétendu désir de la Reine,
-obtint du Roi les sommes indiquées plus haut.—Mercy à Marie-Thérèse, 17
-janvier 1780.—_Ibid._, III, 391.
-
-[858] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 382.—Une
-tante des Polignac, la comtesse d'Andlau, jadis renvoyée de la
-Cour pour avoir prêté des mauvais livres à Mme Adélaïde, reçut de
-même une pension de 6000 livres.—Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre
-1775.—_Ibid._, II, 391.—Mercy écrivait plus tard: «Il n'y a pas
-d'exemple d'une faveur qui, en si peu de temps, soit devenue si utile à
-une famille.»—Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 475.
-
-[859] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1776.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 494.
-
-[860] Le même à la même, 19 octobre 1778.—_Ibid._, III, 260.
-
-[861] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 7 janvier
-1778.—Archives de Versailles, E. 430.
-
-[862] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-37.
-
-[863] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1780, 17 avril
-1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 412, 426.
-
-[864] La galerie de tableaux du comte de Vaudreuil était
-renommée.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République
-des lettres_, 15 décembre 1784, XXVII, 71. Après la prise de la
-Bastille, le comte de Vaudreuil partit pour l'étranger où il rejoignit
-les Polignac. Sa correspondance pendant l'émigration vient d'être
-publiée par M. Pingaud.
-
-[865] _Souvenirs de Félicie_, cités dans les _Mémoires de Mme Campan_,
-127.
-
-[866] _Mémoires de Mme Campan_, 206.
-
-[867] M. de Vaudreuil possédait des propriétés aux colonies. Privé de
-leur jouissance pendant la guerre d'Amérique, il se fit donner comme
-dédommagement par le Roi une pension de 30.000 livres et par le comte
-d'Artois un domaine d'égale valeur. La révolution de Saint-Domingue lui
-fit perdre toute sa fortune.—Mercy à Marie-Thérèse, 16 octobre 1779, 18
-mars 1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 362, 412.
-
-[868] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-35.
-
-[869] Mercy à Marie-Thérèse, 3 novembre 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 127.
-
-[870] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 363.
-
-[871] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 468.
-
-[872] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 17 février 1783, XXII, 102.
-
-[873] Dépêche du comte de Creutz, citée en note dans la _Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 389.
-
-[874] Marie-Thérèse à Mercy, 5 octobre 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 383.
-
-[875] _Mémoires de Mme Campan_, 151.
-
-[876] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 396.
-
-[877] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775, 19 janvier 1776, 13
-avril 1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 407,
-431, 436. On trouve un retour de faveur très momentané pour Besenval
-lorsque la Reine eut la rougeole à Trianon, en 1779.—_Ibid._, 10,
-15 avril 1779, III, 404, 406, et lors du duel du comte d'Artois et
-du duc de Bourbon, en 1778. Encore doit-on se défier du récit de
-Besenval.—_Mémoires du baron de Besenval_, 243 et suiv.—Mme Campan
-donne de la disgrâce de Besenval une autre explication; suivant elle,
-Besenval aurait osé faire une déclaration d'amour à la Reine, et la
-Reine aurait laissé tomber sur la tête de l'audacieux, à genoux devant
-elle, ces paroles sévères: «Levez-vous, Monsieur, le Roi ignorera
-toujours un tort qui vous ferait disgracier pour toujours.» Comme
-le fait justement remarquer M. Flammermont—_Bulletin mensuel de la
-Faculté des lettres de Poitiers_, mars 1886—si Besenval avait eu cette
-impudence, Marie-Antoinette ne l'eût pas appelé près d'elle lors de
-sa rougeole à Trianon. Le récit de Mercy explique suffisamment le
-mécontentement de la Reine et la disgrâce du vieux courtisan.
-
-[878] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778, 17 août
-1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 222, 237.
-
-[879] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 369.
-
-[880] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 décembre 1774.—_Ibid._, II,
-269.
-
-[881] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 18 (note).
-
-[882] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 94.
-
-[883] Le même à la même, 17 août 1776.—_Ibid._, II, 479, 480.
-
-[884] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 164, 165.
-
-[885] _Portefeuille d'un talon rouge_, 23.
-
-[886] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 398.
-
-[887] _Mémoires du comte de Tilly_, 262.—On sait quelle passion elle
-inspira jusqu'à sa mort au comte d'Artois.
-
-[888] On avait prétendu que la comtesse de Châlons avait attiré les
-regards du Roi; le fait était faux.—Mercy à Marie-Thérèse, 14 juillet
-1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 329.
-
-[889] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[890] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 32.—Les dettes de Lauzun durèrent longtemps. On
-peut lire dans la très intéressante publication de M. G. Pallain sur
-la _Mission de Talleyrand à Londres_—Plon, 1889—le curieux récit de
-la piquante mésaventure qu'elles lui valurent lorsqu'il accompagna
-l'évêque d'Autun en Angleterre en 1792.
-
-[891] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 539, 540.
-
-[892] _Mémoires de Mme Campan_, 139, 140.
-
-[893] Mercy à Marie-Thérèse, 4 janvier 1776, 30 juin
-1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 413, 461.
-
-[894] Le même à la même, 13 avril 1776.—_Ibid._, II, 437.
-
-[895] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 11 novembre
-1778.—Archives de Versailles, E. 430.—Le marquis de Bombelles à la
-marquise de Bombelles, 8 et 22 novembre 1778.—Archives de Versailles,
-E. 423.
-
-[896] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 456.
-
-[897] Marie-Antoinette à Gustave III, 3 novembre 1780.—_Gustave III et
-la Cour de France_, I, 349, 350.
-
-[898] Gustave III à Stedingk, 10 décembre 1781.—_Ibid._, 353.
-
-[899] Stedingk à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de France_, I,
-356.
-
-[900] On peut voir un beau portrait de Fersen, à 20 ans, en tête du 1er
-volume de la curieuse publication de M. de Klinckowstrom.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France._
-
-[901] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 130.—Le duc de
-Lévis est en général peu bienveillant pour Fersen.
-
-[902] «Mme de Korff me mande que vous êtes parfait pour elle et que
-vous avez _une âme brûlante sous une écorce de glace_; je le pense
-comme elle.»—Lettre du 18 juin 1791, saisie chez M. de Fersen, après
-la fuite de Varennes.—_La fuite de Louis XVI à Varennes_, par Eug.
-Bimbenet.—Pièces justificatives, cotée 5, p. 140.
-
-[903] Le comte de Creutz à Gustave III, 29 mai 1774.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 350.
-
-[904] Fersen à son père, 10 et 30 janvier 1774.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, Introduction, tome Ier, p. XV-XIX.
-
-[905] Fersen à son père, 19 novembre 1778.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, Introduction, XXXIII.
-
-On a même ajouté qu'en chantant au piano l'air de Didon:
-
- Ah que je fus bien inspirée
- Quand je vous reçus dans ma Cour,
-
-la Reine avait jeté les regards sur Fersen sans pouvoir dissimuler son
-trouble.
-
-M. Geffroy, qui raconte cette anecdote,—_Gustave III et la Cour de
-France_, I, 360,—a commis là une erreur, bien rare chez un critique
-aussi distingué et aussi scrupuleux. L'opéra de Didon a été représenté
-pour la première fois le 16 octobre 1783, cinq ans après l'époque où
-l'on place cette anecdote.—_Voir_ G. Desjardins, _Le Petit Trianon_,
-Versailles, Bernard, 1885, p. 125.
-
-[906] Fersen à son père, 26 août 1778.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, Introduction, XXXII.
-
-[907] Fersen à son père, 19 novembre 1778.—_Ibid._, Introduction,
-XXXIII.
-
-[908] «Il est difficile en voyant cette princesse,—la Dauphine,—de se
-refuser à un respect mêlé de tendresse.»—_Mémoires secrets pour servir
-à l'histoire de la République des lettres._
-
-[909] On lit dans une lettre du 14 juin 1791, saisie chez Fersen après
-le départ pour Varennes, cette phrase significative: «Le lord Dorcet
-est venu me voir. Il m'a parlé de la personne à laquelle vous êtes
-attaché,—la Reine,—avec attachement et respect... Il m'a assuré... que
-vous n'aviez aucun pouvoir sur elle, mais que vous ne vous occupiez que
-de vos intérêts et de votre régiment.» _Fuite de Louis XVI à Varennes_,
-par Eug. Bimbenet.—Pièces justificatives, p. 131.
-
-[910] Le comte de Creutz à Gustave III, 10 avril 1779.—_Gustave III
-et la Cour de France_, I, 360, 361.—«Son départ,—de Fersen,—dit M.
-Geffroy, fit taire les bruits injurieux; il fallait bien qu'ils
-n'eussent guère de consistance.» _Ibid._, I, 362.
-
-[911] M de Klinckowstrom apporte une nouvelle preuve de la parfaite
-innocence des relations de Marie-Antoinette et de Fersen: au moment
-où on les disait si épris l'un de l'autre, Fersen négociait un projet
-de mariage avec une jeune et noble suédoise, Mme de Leizel.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, Introduction, XXXVI.—Nous ajouterons
-nous-même un argument qui nous paraît décisif: nous avons, pendant tout
-le temps du séjour de Fersen en France, les rapports si consciencieux
-et si minutieux du comte de Mercy, or, dans aucun de ces rapports,
-l'ambassadeur ne fait même allusion à ces prétendus soupirs de la Reine
-pour le jeune Suédois.
-
-[912] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-14.
-
-[913] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 18 décembre
-1781.—Archives de Versailles.
-
-[914] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 521.
-
-[915] _Ibid._, II, 520.
-
-[916] Mercy à Marie-Thérèse, 15 novembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 520.
-
-[917] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 115.
-
-[918] Il y eut bien quelques retours de faveur, comme en 1776, lorsque
-Mme de Lamballe fut malade de la rougeole à Plombières; et l'année
-suivante, lorsqu'elle revint de cette ville où les médecins l'avaient
-renvoyée une seconde fois.—Mercy à Marie-Thérèse, 16 juillet 1776,
-12 septembre 1777.—_Ibid._, II, 466, III, 115.—Mais ces retours
-duraient peu et devenaient de plus en plus rares. Il faut signaler
-néanmoins encore de vives marques d'affection données par la Reine à la
-surintendante lors de la mort de son père et de son frère.—_Madame de
-Lamballe, d'après des documents inédits_, par Georges Bertin, 94, 173.
-
-[919] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 537, 538.
-
-[920] Le même à la même, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 165.
-
-[921] Le même à la même, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 223.
-
-[922] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 360.
-
-[923] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 495.—«La princesse de Lamballe paraît avoir
-extrêmement perdu les bonnes grâces de la Reine,» écrivait, le 8
-septembre 1780, M. de Kageneck.—_Lettres de M. de Kageneck au baron
-Alströmer_, 180.
-
-[924] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 321.
-
-[925] Introduction des _Mémoires de Lauzun_, p. 7. _Voir_, sur les
-divers appartements occupés par les Polignac, la très savante étude
-de M. Pierre de Nolhac sur _Le château de Versailles au temps de
-Marie-Antoinette_. Versailles, Aubert. 1889.
-
-[926] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 290.
-
-[927] Le même à la même, 15 novembre 1776.—_Ibid._, II, 526.
-
-[928] Le même à la même, 15 juin 1776.—_Ibid._, II, 456.
-
-[929] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 379.
-
-[930] Le même à la même, 17 mai 1780.—_Ibid._, III, 427.—On allait en
-effet à la Muette; aux premiers symptômes de l'accouchement, la Reine
-accourait chez son amie, et, après ses couches, allait la voir tous
-les jours.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 10 mai, 21 mai 1780, XV, 170, 183.
-
-[931] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 390.
-
-[932] Le même à la même, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 475.—Suivant M.
-de Kageneck, ces grâces auraient été le prix d'un raccommodement entre
-la Reine et son amie.—_Lettres de M. de Kageneck au Baron Alströmer_,
-188.—Mercy, toujours bien informé, ne parle pas de cette brouille
-passagère.
-
-[933] Lettre inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil,
-communiquée par M. G. Bord.
-
-[934] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juillet 1772.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, I, 324.
-
-[935] Le même à la même, 17 décembre 1776.—_Ibid._, II, 497.
-
-[936] Mercy à Marie-Thérèse, 13 avril 1776.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 435.
-
-[937] Vermond à Mercy, 1776.—_Maria-Theresia und Marie-Antoinette_, 395.
-
-[938] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1774.—Marie-Antoinette à
-Marie-Thérèse, 12 août 1775.—_Correspondance secrète du comte de
-Mercy_, II, 274, 366.
-
-[939] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 409.
-
-[940] Le même à la même, 18 mars 1775.—_Ibid._, II, 310.
-
-[941] _Voir_ sur cet amour de Marie-Antoinette pour les enfants
-les rapports de Mercy des 20 août 1770, 22 juin 1771, 17 août
-1776.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 36, 176, II,
-477. «Elle a toujours aimé beaucoup à s'entretenir avec des enfants,»
-écrivait Marie-Thérèse le 1er septembre 1770.—_Ibid._, I, 46.—_Voir_
-aussi _Mémoires de Mme Campan_, 109 et suiv.
-
-[942] _Chronique secrète_ de l'abbé Baudeau.—_Revue rétrospective_, 1re
-série, tome III, p. 66.
-
-[943] Mercy à Marie-Thérèse, 7 juin 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 162.
-
-[944] Lettre de Linné à Claude Richard, citée par M. Le Roy.—_Histoire
-de Versailles_, II, 235.—_Voir_, sur les Richard, _Le Petit Trianon_,
-par Desjardins, 10 et suiv.
-
-[945] _Voir_ le récit de cette visite dans la _Correspondance de Mme
-du Deffand_, publiée par M. de Saint-Aulaire, II, 319, 320: «La Reine,
-dit la marquise, combla le père, la mère, et les enfants de toutes les
-marques de bonté et de toutes les grâces imaginables. Elle y resta une
-heure et demie, y fit la collation et charma tout le monde.»
-
-[946] Le Roy, _Histoire de Versailles_, II, 288.—Un premier plan avait
-été demandé à Richard et n'avait point été accepté, il est encore
-conservé aux Archives, O' 1879.—_Le Petit Trianon_, 63 et suiv. Les
-travaux marchèrent lentement au début, faute d'argent.—_Ibid._, 69 et
-suiv.
-
-[947] _Le Petit Trianon_, 314.
-
-[948] _Voyages d'Arthur Young en France._
-
-[949] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 17 août 1779. XIV, 174.
-
-[950] La Reine aimait beaucoup les jacinthes. On trouve dans le
-compte général de Mique un mémoire de 1554 livres pour jacinthes de
-Hollande.—_Le Petit Trianon_, pièces justificatives, 407.—On comptait
-cent variétés de jacinthes à Trianon.—_Ibid._, 240.
-
-[951] Mercy à Marie-Thérèse, 31 juillet 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy._, II, 209.—«Le 26 juillet, l'architecte Gabriel
-dressa un plan pour l'agrandissement du jardin botanique dont la
-suppression fut décidée.» Archives nationales O', 1876-1877, 1880, cité
-dans Le _Petit-Trianon_, 61.
-
-[952] De Lescure, _Les Palais de Trianon_, p. 107.
-
-[953] _Souvenirs d'un page_, 242.
-
-[954] Le Russe Karamsine, cité par Lescure, p. 155.
-
-[955] G. Desjardins. _Le Petit Trianon_, 107 et suiv.—Il y avait eu
-un premier théâtre provisoire dans la galerie du Grand Trianon en
-1775.—_Ibid._, 73.—Puis une nouvelle salle également provisoire dans
-l'orangerie, en 1756.
-
-[956] C'était une aimable attention de la Reine, qui, par une allusion
-du même genre, avait fait placer dans le Temple l'Amour dérobant la
-massue d'Hercule.—_Le Petit Trianon_, 109.
-
-[957] Cette salle, suivant M. Desjardins, coûta 141.200 livres 4 sous 8
-deniers.—_Le Petit Trianon_, 107.
-
-[958] Le temple fut bâti en 1778. Il coûta, suivant M. Desjardins,
-51.593 livres 7 deniers.—_Le Petit Trianon_, 106.
-
-[959] _Le Petit Trianon_, 202.
-
-[960] Le plan de Mique pour le jardin anglais, dressé le 26 février
-1777, comprenait un bien plus grand nombre de bâtiments et de
-fabriques. La Reine eut le bon goût d'en écarter plusieurs, comme le
-cabinet de treillage, le salon hydraulique et le temple en ruines.—_Le
-Petit Trianon_, 89-91.
-
-[961] _Souvenirs d'un page_, 245.—_Voir_ la description du jeu de
-bagues, dans M. Desjardins.—_Le Petit Trianon_, 76 et suiv.
-
-[962] Quelques auteurs disent des autruches, mais les mémoires des
-ouvriers disent des paons.—_Ibid._, 78.
-
-[963] Il fut achevé seulement en 1781, après avoir donné lieu à cinq
-modèles différents.—_Ibid._, 197.
-
-[964] La Reine était dans cette grotte, le 5 octobre 1789, lorsqu'on
-vint la prévenir que les bandes dirigées par Maillard arrivaient à
-Versailles.
-
-[965] Il y avait des choux de Milan, choux-fleurs, haricots, etc.—On
-avait acheté 800 touffes de fraisiers en 1784, avec 100 groseilliers
-et 100 framboisiers. On avait planté 50 noyers, 40 cerisiers, 200
-pommiers, 500 poiriers, 100 pêchers, 200 abricotiers.—_Le Petit
-Trianon_, 287.
-
-[966] On avait acheté 300 pieds de vigne vierge.—_Ibid._
-
-[967] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 9 mars 1783, XXII, 149.
-
-[968] _Souvenirs d'un page_, 248.
-
-[969] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Edmond et Jules de Goncourt,
-nouvelle édition. Paris, Charpentier, 1878, p. 161. Les peintures
-exécutées par les peintres Tolède et Dardignac, coûtèrent près de
-vingt-deux mille livres.—_Le Petit Trianon_, 246, note.
-
-[970] _Le Petit Trianon_, 289.—Du 1er juillet 1785 au 1er octobre 1791,
-le produit de la ferme fut de 30.170 livres, la dépense de 36.523
-livres 14 sous 6 deniers.—_Ibid._, 290.
-
-[971] _Le Petit Trianon_, 313.
-
-[972] _Fragments_ sur Paris, par Meyer, traduits par Dumouriez.
-Hambourg, 1778.
-
-[973] Cette fantaisie de la Reine ne lui fut pas personnelle; il y
-avait aussi un hameau à Chantilly. «Les Princesses s'amusaient à y
-faire la cuisine, après s'être revêtues de déshabillés de villageoises;
-elles aimaient aussi à y faire le beurre.» _La vie parisienne sous
-Louis XVI_, p. 110.—A Bellevue, Mesdames eurent également un hameau,
-des fermes, un lac, etc.—_Ibid._, 100.
-
-[974] Les maisons furent faites pendant l'été 1783.—_Le Petit Trianon_,
-245. Le hameau fut tout à fait achevé en 1788.
-
-[975] _Mémoires de Weber_, 42.—M. Desjardins, dans son beau volume sur
-le Petit Trianon, conteste ce fait qu'il traite de légende.—Les raisons
-qu'il donne, basées surtout sur le silence de Mme Campan et de l'auteur
-d'un _Cicerone de Versailles_, publié en 1805, ne nous semblent pas
-détruire l'affirmation positive de Weber.—_Le Petit Trianon_, 291 et
-suiv.
-
-[976] Delille, _Les Jardins_, chant 1er.
-
-[977] _Chronique secrète de l'abbé Baudeau._
-
-[978] _Mémoires de Mme Campan_, 106
-
-[979] _Voyages d'Arthur Young_, I, 199, 200.
-
-[980] Karamsine, _Lettres d'un voyageur russe en France, en Allemagne
-et en Suisse_ (1789-1790), traduites par M de Porochine. Paris, E.
-Mellier, 1867.—Cité par Lescure, les _Palais de Trianon_, 155.
-
-[981] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 202, 203.
-
-[982] Il paraît qu'en 1787 les murs étaient tapissés d'ouvrages de
-paille, relevés par des broderies en laine; les planchers étaient
-également couverts de paillassons imitant la marqueterie.—_La vie
-parisienne sous Louis XVI_, 83.
-
-[983] Ces sculptures sont de Guibert.—_Le Petit Trianon_, par G.
-Desjardins, 41, note.
-
-[984] Toute cette admirable menuiserie a été exécutée par Guesnon et
-Chicot.—_Le Petit Trianon_, par G. Desjardins, 41, note.
-
-[985] _Ibid._, 191.
-
-[986] _Souvenirs d'un page_, 241.
-
-[987] «La bibliothèque du Petit Trianon, dit M. Desjardins, est une
-bibliothèque de campagne, où les sujets amusants dominent. Elle compte
-2930 volumes: 1158 de sciences et arts, 1328 de belles lettres, 444
-d'histoire. Il y a surtout des romans (536 volumes) et des pièces
-de théâtre (408 volumes).»—_Le Petit Trianon_, 136.—On a parlé de
-scandale à propos de cette bibliothèque et de celle du boudoir de
-Versailles. «Quel scandale, y a-t-il, dit encore M. Desjardins, à ce
-qu'une femme de trente ans, peu dévote, très mondaine, feuillette sans
-grand scrupule pour se distraire les livres à la mode, en prenant la
-précaution de les faire enfermer à part? Au XVIIIe siècle les allures
-de la société, le ton de la conversation, et par conséquent de la
-littérature courante, étaient plus légers, plus libres même que ne le
-comporte la pruderie moderne. En valait-on moins alors? sommes-nous
-meilleurs aujourd'hui? Je laisse aux moralistes le soin de décider. On
-aurait trouvé en ce temps-là dans toutes les bibliothèques des gens du
-monde, les livres du boudoir.» _Le Petit Trianon_, 136.
-
-[988] Les dernières ornementations du boudoir et de la chambre à
-coucher datent de 1787.—_La vie parisienne sous Louis XVI_, 83.
-
-[989] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 5 janvier 1778.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III. 152.—Ces deux toiles étaient dans la
-salle à manger.—_Le Petit Trianon_, 191.
-
-[990] _Souvenirs d'un page_, 241.—_Le Petit Trianon_, 192.
-
-[991] M. Paul Lacroix raconte qu'un jour Gouttière présenta à la Reine
-une rose de bronze doré si brillante et si admirablement belle qu'on la
-prit pour de l'or.—_Le_ XVIIIe _siècle_, p. 472.
-
-[992] _Ibid._, 496.
-
-[993] _Ibid._, 471.
-
-[994] _Voir_, pour plus de détails, l'_Inventaire et description des
-objets curieux qui sont déposés dans la maison des citoyens Laguerre et
-Lignereux, marchands bijoutiers, rue Saint-Honoré, 85, par les ordres
-de la ci-devant Reine, le 10 octobre 1780_.—_Gazette des Beaux-Arts_,
-1er novembre 1879.
-
-[995] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 130.
-
-[996] _Ibid._
-
-[997] Lettre de novembre 1787.—_Gustave III et la Cour de France_, par
-M. Geffroy, I, 407.
-
-[998] «Vous conviendrez que j'aurais assez mauvaise grâce auprès
-d'une forge: je n'y serais pas Vulcain, et le rôle de Vénus pourrait
-lui déplaire (au Roi) beaucoup plus que mes goûts, qu'il ne
-désapprouve pas.»—Marie-Antoinette au comte de Rosemberg, 17 avril
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 361.
-
-[999] Sept pour le jardin français, deux pour le potager et les
-pépinières, cinquante-six pour le jardin anglais.—Etat des superficies
-des différentes natures de cultures des jardins français et anglais de
-la Reine au Petit Trianon.—_Le Petit Trianon_, documents, 369.
-
-[1000] Catalogue de lettres autographes appartenant au comte George
-Esterhazy. Paris, 1857.
-
-[1001] _Mémoires de Weber_, 184.—_Mémoires sur la vie et le caractère
-de Mme la duchesse de Polignac_, par la comtesse Diane de Polignac, p.
-14.
-
-[1002] _Mémoires de Mme Campan_, 106.
-
-[1003] _Ibid._
-
-[1004] _Le Petit Trianon_, 273, 319.
-
-[1005] _Ibid_., 319, 339.
-
-[1006] _Souvenirs du comte de Vaublanc_, p. 231.
-
-[1007] _Correspondance secrète inédite_, 5 septembre 1777, I, 93.—Cette
-fête eut lieu le 8 septembre.
-
-[1008] _Mémoires de Besenval._
-
-[1009] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 212.
-
-[1010] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 12 décembre 1779, XIV, 339.
-
-[1011] _Mémoires de Mme Campan_, 128.
-
-[1012] _Le Petit Trianon_, 301.
-
-[1013] La Reine avait fait réunir pour ses enfants une petite troupe
-de chèvres à Trianon, et tracer un petit jardin par Richard.—_Le Petit
-Trianon_, 263. Elle fit peindre à plusieurs reprises, par Mme Lebrun,
-Madame Royale et le premier Dauphin dans les bosquets de Trianon. Les
-enfants logeaient dans le château, au 2e étage, sous la garde de Mme
-de Polignac.—_Ibid._, 264.
-
-[1014] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 446.
-
-[1015] Delille, _Les Jardins_, chant 1er.
-
-[1016] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 313.
-
-[1017] Le même à la même, 18 juin 1780.—_Ibid._, III, 438.
-
-[1018] _Journal de la marquise de Sabran_, 1er août 1787, 291.
-
-[1019] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juin 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 438.
-
-[1020] Le même à la même, 18 octobre 1776.—_Ibid._, II, 502.
-
-[1021] _Mémoires de Weber_, 178.
-
-[1022] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 26 avril 1775, VIII, 14.
-
-[1023] Métra, XI.
-
-[1024] _Mémoires secrets, etc._, 22 juillet 1777, X, 237.
-
-[1025] 13 février 1778.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_,
-I, 105.
-
-[1026] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 434.—_Mémoires de Mme Campan_, 133.
-
-[1027] _Mémoires de Weber_, 179.
-
-[1028] Discours de M. de Salvandy, en réponse au discours de réception
-de V. Hugo à l'Académie française.—_Méléagre_ fut représenté le 29
-février 1788.—L'auteur, Népomucène Lemercier, fils d'un secrétaire
-des commandements du duc de Penthièvre, avait alors 15 ans.—_Mme de
-Lamballe, d'après des documents inédits_, par Georges Bertin, 186, 187.
-
-[1029] _Mémoires de Weber_, 178.—_Mémoires de Mme Campan_,
-131.—_Journal de Papillon de la Ferté_, 401.
-
-[1030] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 89.
-
-[1031] Mercy à Marie-Thérèse, 20 mars 1778.—_Ibid._, III, 181.
-
-[1032] _Mémoires de Weber_, 178.
-
-[1033] _Mémoires de Mme Campan_, 130, 131.
-
-[1034] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 28, 29 août, 1775, VII, 178, 179.
-
-[1035] _Ibid._, 10 décembre 1782, XXI, 113.
-
-[1036] _Mémoires de Weber_, 177.
-
-[1037] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 12 juillet
-1770.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, I, 19.
-
-[1038] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1772.—_Ibid._, I, 312.
-
-[1039] _Ibid._
-
-[1040] Le même à la même, 13 mars 1773.—_Ibid._, I, 433.
-
-[1041] Le même à la même, 17 novembre 1774.—_Ibid._, II, 258.
-
-[1042] Ce professeur de harpe se nommait Hinner. La Reine, après lui
-avoir fait donner 6000 livres pour payer ses dettes, ordonnait encore
-aux Menus de lui remettre 4800 livres pour «aller se perfectionner dans
-son art en Italie».—_Journal de Papillon de la Ferté_, 405, 409.
-
-[1043] _La musique française au_ XVIIIe _siècle, Gluck et Piccini,
-1774-1780_, par Gust. Desnoiresterres. Paris, Didier, 1875, p. 92.
-
-[1044] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, VII, 163.—On sait qu'un an après, ce fut à une représentation
-d'_Iphigénie en Aulide_ que la Reine reçut du public, à l'Opéra, cet
-accueil enthousiaste qui fit couler ses larmes.
-
-[1045] Archives nationales: Dépêches 01-416, fol. 556. Lettre du
-ministère à MM. les administrateurs et directeur de l'Opéra, 2
-septembre 1776.
-
-[1046] _Armide_ fut représentée pour la première fois le 23 septembre
-1777.
-
-[1047] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres, 12 août 1774_, VII, 222.—_Correspondance secrète de Métra_, 7
-août 1774.
-
-[1048] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 2 juillet 1782, XXI, 4.
-
-[1049] _Ibid._, 9 octobre 1779, XV, 228.
-
-[1050] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 avril 1774.
-
-[1051] _Gluck et Piccini_, par Desnoiresterres, p. 235.
-
-[1052] _Ibid._, p. 397.—Piccini touchait encore ce traitement le 4
-juillet 1791.
-
-[1053] _Pensées et lettres du prince de Ligne_, 25.
-
-[1054] _Mes récapitulations_, par Bouilly, première entrevue avec
-Grétry, p. 153.—Mme Campan rapporte, au sujet de Grétry, une piquante
-anecdote. Après son succès de _Zémire et Azor_, Marie-Antoinette le
-félicita avec tant de bonne grâce, que le compositeur saisit le bras
-de son collaborateur Marmontel, en s'écriant: «Ah! mon ami, voilà de
-quoi faire d'excellente musique!»—«Et de détestables paroles,» riposta
-Marmontel, à qui la Reine n'avait rien dit.—_Mémoires de Mme Campan_,
-132.
-
-[1055] _La Cour et l'Opéra sous Louis XVI; Marie-Antoinette et
-Sacchini, Salieri, Favart et Gluck, d'après des documents inédits
-conservés aux Archives de l'État et de l'Opéra_, par Adolphe Jullien.
-Paris, Didot, 1877, p. 56.
-
-[1056] _Ibid._, 74.
-
-[1057] _La Cour et l'Opéra sous Louis XVI_, par A. Jullien, p. 178.
-
-[1058] A. Jullien, _Marie-Antoinette musicienne_. _Correspondant du_ 10
-novembre 1887, p. 435.
-
-[1059] _Journal de Papillon de la Ferté_, 417.
-
-[1060] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 13 janvier 1783, XXII, 33.
-
-[1061] _Correspondance secrète de Métra_, 5 février 1784.
-
-[1062] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 5 juin 1778.
-
-[1063] _Mémoires de Mme Campan_, 135.
-
-[1064] _Ibid._
-
-[1065] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 12 octobre 1777, X, 322.
-
-[1066] _Ibid._, 27 septembre 1779, XIV.—De même, à la représentation de
-_Makoco_.—_Ibid._, 26 avril 1778, XI, 134.
-
-[1067] _La comédie à la Cour de Louis XVI_, par A. Jullien, p.
-11.—_Voir_ aussi les détails donnés par M. Ph. Le Duc, dans son
-_Histoire de la Révolution dans l'Ain_, sur le théâtre du comte de
-Montrevel à Challes et à Mâcon, t. I, p. 348, 354.
-
-[1068] Collé, _La Vérité dans le vin_, avertissement. Edition Barrière,
-390, 391.
-
-[1069] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 3 décembre
-1781. Archives de Versailles, E, 432. Le prince de Condé faisait
-Francollin, dans _la Métromanie_.
-
-[1070] _Ibid._, 9 novembre 1778. Archives de Versailles, E, 430.—Mme
-Elisabeth, toute jeune encore, avait figuré dans une petite pièce
-composée probablement à la demande de Mme de Marsan pour l'amusement
-et l'instruction de Mme Clotilde, et intitulée: _la Reine des
-Vertus_.—Nous en avons parlé plus haut.
-
-[1071] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 486.
-
-[1072] _Mémoires de Mme Campan_, p. 174.
-
-[1073] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 456.
-
-[1074] _Mémoires de Mme Campan_, 175.
-
-[1075] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 20 novembre 1780, XVI, 32.
-
-[1076] _Correspondance littéraire de Grimm_, XII, 427.
-
-[1077] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 456.—La Reine tenait beaucoup à ce qu'il n'y
-eût pas d'autres spectateurs que ces quelques invités. «La Reine,
-écrit Bonnefoy à Mique, défendant très expressément que qui que ce
-soit, entre mardi prochain à son spectacle, S. M. m'ordonne d'assurer
-l'exécution de ses volontés en faisant mettre des cadenas à toutes les
-portes quelconques, autre que celle de la conciergerie.» 31 juillet
-1780.—Archives nationales, O', 1883.—Cité par M. Desjardins, _Le Petit
-Trianon_, 156, 157; note.
-
-[1078] Mercy à Marie-Thérèse, 17 août 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 456.
-
-[1079] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III, 463.
-
-[1080] _Ibid._
-
-[1081] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 478.
-
-[1082] _Mémoires de Mme Campan_, 174.
-
-[1083] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 478.
-
-[1084] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 20 septembre 1780.
-
-[1085] _Ibid._, 5 octobre 1780, XVI, 16.
-
-[1086] Ces anecdotes, insérées dans Bachaumont, ne peuvent évidemment,
-par la date même qu'elles portent, s'appliquer qu'aux représentations
-des 1er et 19 septembre. Or, les rapports si exacts de Mercy, qui
-assistait lui-même au dernier de ces spectacles et qui disait à
-Marie-Thérèse _toute_ la vérité, n'en font aucune mention. Ils
-constatent au contraire l'empressement du Roi pour ce genre de
-divertissement et la fidélité de la Reine, à cette époque, à n'admettre
-que les princes et princesses de la famille royale.
-
-[1087] _Catalogue d'autographes_ du comte George Esterhazy.
-
-[1088] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 465.
-
-[1089] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 novembre 1780, XVI, 48.—Comment concilier cette anecdote,
-qui ne peut se rapporter qu'à la représentation du 19 septembre, avec
-l'opinion de Mercy qui y assistait et qui s'y connaissait en fait de
-théâtre?
-
-[1090] _Tableaux de genre et d'histoire_, morceaux inédits, recueillis
-par Barrière, p. 257.
-
-[1091] _Voir_ sur toute cette question le livre si intéressant de
-M. de Lescure: _Les Palais de Trianon_. Paris, Plon, 1867.—_Voir_
-surtout M. G. Desjardins: _Le Petit Trianon_. Le compte total
-dressé par Mique, et arrêté le 31 août 1791, s'élève à 1.649,529
-livres 13 sous 2 deniers, et comprend même quelques dépenses pour
-des fêtes et des représentations théâtrales. En y ajoutant encore
-quelques comptes liquidés pour des artistes et des entrepreneurs, M.
-Desjardins estime que le total ne dépasse certainement pas, en quinze
-ans, deux millions.—_Le Petit Trianon_, 351.—Le compte de Mique,
-aujourd'hui conservé aux Archives, O', 1886, est reproduit aux pièces
-justificatives, 405, 407.
-
-[1092] Mercy à Marie-Thérèse, 17 septembre 1776.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, II, 495.
-
-[1093] Archives nationales, 01,267.211.—_Annuaire-bulletin de la
-Société de l'Histoire de France_, année 1879, p. 156.—Sous ce titre
-Jardin de Trianon, M. d'Angivillier comprend non seulement le parc
-proprement dit, mais les nombreuses fabriques qui s'élèvent dans le
-parc, c'est-à-dire, à cette époque, au moins le pavillon chinois, le
-belvédère, le théâtre, etc.
-
-[1094] Jardin de Trianon, état des superficies des différentes natures
-de culture des jardins français et anglais de la Reine au _Petit
-Trianon_, pour servir à fixer l'entretien desdits jardins.—Archives
-nationales, O', 1886.—Reproduit dans le _Petit Trianon_ par G.
-Desjardins. Pièces justificatives, 369-372.—Les ouvriers étaient payés
-28 sous par jour.
-
-[1095] _Le Petit Trianon_, 224, note.
-
-[1096] _Ibid._, 199.
-
-[1097] Voir le beau livre de M. A. Jullien: _La comédie à la Cour_.
-
-[1098] Papillon de la Ferté remarque qu'après avoir fait le relevé
-de toutes les dépenses des fêtes de la Cour pendant seize ans, il a
-constaté que «les spectacles, tant de Versailles que de Fontainebleau,
-ont coûté, année commune, environ 250.000 livres; ce qui, ajoute-t-il,
-est très éloigné de tous les millions qu'on se plaît à mettre en
-avant.» _Journal de Papillon de la Ferté_, 421.
-
-[1099] _Mémoires de Mme Campan._
-
-[1100] _Ibid._, p. 148.—M. Desjardins dit qu'on brûla en réalité 3.600
-fagots et que cela coûta 522 livres.—_Le Petit Trianon_, 212.
-
-[1101] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 465.
-
-[1102] Le même à la même, 14 novembre 1780.—_Ibid._, III, 479.
-
-[1103] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis. Paris, Beaupré, 1815,
-p. 139.
-
-[1104] _Ibid._
-
-[1105] Mercy à Marie-Thérèse, 16 septembre 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 466.
-
-[1106] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, p. 140.
-
-[1107] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 85.
-
-[1108] _Mémoires de Weber_, 75.
-
-[1109] _Souvenirs du baron de Gleichen_, 74.
-
-[1110] _Voir_ la lettre de Marie-Thérèse à Mercy, du 4 mars
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 329.
-
-[1111] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Ibid._, II, 30.
-
-[1112] Il y avait même eu un moment où, cédant aux suggestions
-du prince de Rohan, ambassadeur de France à Vienne et ennemi
-personnel de Marie-Antoinette, l'Empereur avait pris sa sœur «en
-guignon».—Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279.
-
-[1113] _Ibid._
-
-[1114] Marie-Thérèse à Mercy, 1er septembre 1770.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 48.
-
-[1115] La même au même, 3 février 1774.—_Ibid._, II, 104.
-
-[1116] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1773.—_Ibid._, II, 84.
-
-[1117] «Elle (Marie-Antoinette) en avait peur et sans raison: mais
-elle est devenue toute frivole, peureuse, grimacière.»—Marie-Thérèse à
-Ferdinand, 16 janvier 1777.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_,
-II, 66.
-
-[1118] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 542.
-
-[1119] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1775.—_Ibid._, II, 360, 363.
-
-[1120] Mercy à Marie-Thérèse, 18 octobre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 504.
-
-[1121] Le même à la même, 18 décembre 1773; Marie-Thérèse à Mercy, 5
-avril 1774, 4 mars 1774, 1er avril 1775, 31 octobre 1776.—_Ibid._,
-II, 85, 125, 126, 305, 316, 509.—Marie-Thérèse à Ferdinand, 13 mars
-1777.—_Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 74.
-
-[1122] Marie-Thérèse à Ferdinand, 9 janvier 1777.—_Ibid._, II,
-64.—Mercy à Marie-Thérèse, 24 janvier 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 11.
-
-[1123] Marie-Thérèse à Ferdinand, 27 mars, 3 avril 1777.—_Lettres de
-Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 78.
-
-[1124] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 janvier
-1777.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 3.
-
-[1125] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 janvier 1777.—_Ibid._, III,
-2.
-
-[1126] Joseph II à Mercy, 30 décembre 1776.—_Ibid._, II, 541.
-
-[1127] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Ibid._, III, 6 et 7.
-
-[1128] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 52.
-
-[1129] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1777.—_Ibid._, III, 2.
-
-[1130] Joseph II à Mercy, 30 décembre 1776, cité en note de Mercy à
-Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Ibid._, III, 7.
-
-[1131] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 50, 51.
-
-[1132] _Ibid._, 53.
-
-[1133] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 56.
-
-[1134] _Ibid._, 56.
-
-[1135] _Ibid._, 53.
-
-[1136] _Ibid._, 67, 70
-
-[1137] _Ibid._, 83.
-
-[1138] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 79, 81.
-
-[1139] _Ibid._, 79.
-
-[1140] _Ibid._, 81.
-
-[1141] _Ibid._, 71.
-
-[1142] _Ibid._, 65.
-
-[1143] _Mémoires de Mme Campan_, 148.
-
-[1144] Maximilien, dont on se rappelle la gaucherie.
-
-[1145] _Mémoires pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 20 avril 1777, X, 146.
-
-[1146] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 77.
-
-[1147] L'_Espion Anglais_, cité par Le Roi, _Histoire de Versailles_,
-II, 276.—_Correspondance secrète inédite_, I, 50.
-
-[1148] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 77.
-
-[1149] _Mémoires de Mme Campan_, 144-146.
-
-[1150] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 23 mai 1777, X, 178.
-
-[1151] _Ibid._, 17 mai 1777, X, 176.
-
-[1152] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 68.
-
-[1153] _Ibid._, 73.
-
-[1154] _Ibid._, 58.
-
-[1155] _Ibid._, 57.
-
-[1156] _Ibid._, 72.
-
-[1157] Certaines de ces critiques étaient étranges. Ainsi l'Empereur
-reprochait au gouvernement français d'avoir dépensé un argent immense
-pour mettre sa marine en état. Et cela au moment de la guerre
-d'Amérique!
-
-[1158] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 77.
-
-[1159] _Ibid._, 77, 83.
-
-[1160] _Ibid._, 83.
-
-[1161] _Ibid._, 51.
-
-[1162] _Ibid._, 69.
-
-[1163] _Ibid._, 70.
-
-[1164] Joseph II à Léopold, 11 mars 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 134, 135.
-
-[1165] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 57, 69.
-
-[1166] Joseph II à Léopold, 9 juin 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 139.
-
-[1167] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 78.
-
-[1168] _Ibid._, 58.
-
-[1169] _Gustave III et la Cour de France_, II, 390.
-
-[1170] Joseph II à Léopold, 11 juillet 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 148, 149.
-
-[1171] _Correspondance secrète inédite_, 26 mars 1777, I, 59.
-
-[1172] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 97.
-
-[1173] La comtesse de la Marck à Gustave III, 7 août
-1777.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 91, note.
-
-[1174] Mercy à Marie-Thérèse, 15 août 1777.—_Ibid._, III, 101, 102.
-
-[1175] Joseph II, à Léopold, 11 juillet 1777.—_Maria Theresia und
-Joseph II_, II, 149.
-
-[1176] Le même à la même, 17 mai 1777.—_Ibid._, II, 146.
-
-[1177] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 62.
-
-[1178] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 76.
-
-[1179] Vermond à Mercy, 1er juin 1777.—_Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, 389.
-
-[1180] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 29 juin 1777.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 86.—Pendant tout ce séjour, il
-n'avait cessé de faire à sa mère les plus vifs éloges de sa sœur,
-car Marie-Thérèse écrivait le 8 mai 1777 à Ferdinand: «Les nouvelles
-de France sont toujours les plus consolantes et les plus brillantes.
-L'Empereur paraît très content de sa sœur.»—_Lettres de Marie-Thérèse à
-ses enfants_, II, 84.—Il fallait que ce contentement fût bien fort, car
-quelque temps auparavant, le 10 avril, elle écrivait: «Breteuil revient
-de France, il m'a bien rassuré sur les bruits qui depuis quelque temps
-courent sur la Reine.»—_Ibid._, 80.
-
-[1181] Marie-Thérèse à Mercy, 3 janvier 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 2.
-
-[1182] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 57.—«Le
-départ de l'Empereur, écrivait de son côté la Reine, m'a laissé un vide
-dont je ne puis revenir; j'étais si heureuse, pendant ce peu de temps,
-que tout cela me paraît un songe dans ce moment-ci. Mais ce qui n'en
-sera jamais un pour moi, c'est tous les bons conseils et avis qu'il m'a
-donnés et qui sont à jamais gravés dans mon cœur.»
-
-«J'avouerai à ma chère maman qu'il m'a donné une chose que je lui
-ai bien demandée et qui m'a fait le plus grand plaisir: c'est des
-conseils par écrit qu'il m'a laissés. Cela fait ma lecture principale
-dans le moment présent.»—Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 juin
-1777.—_Ibid._, III, 48.
-
-[1183] Joseph II à Léopold, 11 mai 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 134.
-
-[1184] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 74.
-
-[1185] Réflexions données à la Reine de France.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 4-18.
-
-[1186] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 56.
-
-[1187] _Ibid._, III, 53.
-
-[1188] Joseph II à Léopold, 11 mai 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 133.
-
-[1189] Le même au même, 29 avril 1777.—_Ibid._, II, 131.—Déjà
-cependant, à cette époque, Joseph II avait écrit à sa mère
-des nouvelles «plus consolantes» et plus rassurantes sur
-Marie-Antoinette.—_Voir_ la lettre de Marie-Thérèse à Ferdinand, du 8
-mai 1777, citée plus haut.
-
-[1190] Joseph II à Léopold, 9 juin 1777.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 139.
-
-[1191] Joseph II à Marie-Christine, 9 juin 1777.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 17.
-
-[1192] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 août 1777.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 111.
-
-[1193] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 82, 83.
-
-[1194] Le même à la même, 15 juin, 1er juillet 1777.—_Ibid._, III, 84,
-89.
-
-[1195] Mercy à Marie-Thérèse, 1er juillet 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 90.
-
-[1196] Le même à la même, 15 juillet 1777.—_Ibid._, III, 92.
-
-[1197] Mercy à Marie-Thérèse, 12 septembre 1777.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 114.
-
-[1198] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 121.
-
-[1199] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 116.
-
-[1200] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, octobre 1777.—_Ibid._, III,
-125.
-
-[1201] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 119.
-
-[1202] _Correspondance secrète de Métra_, V, 278.
-
-[1203] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 139.
-
-[1204] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 130.
-
-[1205] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 120.
-
-[1206] Marie-Thérèse à Mercy, 5 décembre 1777.—_Ibid._, III, 143.
-
-[1207] Mercy à Marie-Thérèse, 1777.—_Ibid._, III, 120, 132.
-
-[1208] Joseph II à Mercy, 2 novembre 1777.—_Ibid._, III, 132 (note).
-
-[1209] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Ibid._, III, 133.
-
-[1210] _Ibid._, 134.
-
-[1211] Le même à la même, 17 octobre 1777.—_Ibid._, III, 123.
-
-[1212] Le même à la même, 12 septembre 1777.—_Ibid._, III, 115.
-
-[1213] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 132.
-
-[1214] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 juin 1777.—_Ibid._, III, 85.
-
-[1215] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1777.—_Ibid._, III, 142.
-
-[1216] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 9.
-
-[1217] Louis XVI au comte de Vergennes, 13 juillet 1777.—_Archives
-nationales._—Carton des rois R, 167.
-
-[1218] Frédéric II au comte de Goltz, 26 décembre 1776, 22 août
-1777.—_Histoire de l'action commune de l'Amérique et de la France_, par
-Bancroft, III, 72, 100.
-
-[1219] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juin 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 74.
-
-[1220] _Ibid._
-
-[1221] _Ibid._, 71.
-
-[1222] Lors du traité de Versailles, il avait été question un instant
-d'assurer l'annexion de la Bavière à l'Autriche en échange de la
-cession des Pays-Bas à la France.
-
-[1223] Joseph II, à Léopold, 3 janvier 1778.—_Maria-Theresia und Joseph
-II_, II, 173.
-
-[1224] Joseph II, à Mercy, 5 janvier 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 158, note.
-
-[1225] Joseph II, à Léopold, 12 janvier 1778.—_Maria Theresia und
-Joseph II_, II, 175.
-
-[1226] _Ibid._
-
-[1227] Marie-Thérèse à Joseph II, 2 janvier 1778.—_Ibid._, II, 171.
-
-[1228] Marie-Thérèse à Joseph II, 2 janvier 1778.—_Maria-Theresia und
-Joseph II_, II, 170-172.
-
-[1229] Joseph II à Léopold, 5 janvier 1778.—_Ibid._, II, 174.
-
-[1230] Marie-Thérèse à Mercy, 4 janvier 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 151.
-
-[1231] Correspondance diplomatique entre le comte de Vergennes et le
-marquis de Bombelles, 16 mars 1778.—Bibliothèque Nationale.
-
-[1232] Le marquis de Bombelles au baron de Breteuil, 26 novembre
-1778.—Archives de Versailles, E. 449.
-
-[1233] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 138, note.
-
-[1234] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 138.
-
-[1235] Le même à la même, 18 avril 1778.—_Ibid._, III, 168, 169.—Le
-comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 9 février 1778.
-
-[1236] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 10 avril
-1775.—Archives de Versailles, E. 453.
-
-[1237] Marie-Thérèse à Mercy, 3 mars 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 171.
-
-[1238] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er février 1778.
-—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 162, 163.
-
-[1239] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 164.
-
-[1240] _Ibid._, 167.
-
-[1241] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mai 1778.—_Ibid._, III, 200.
-
-[1242] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1778.—_Ibid._, III, 170.
-
-[1243] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 19 février 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 170, 171.
-
-[1244] Le même à la même, 6 mars 1778.—_Ibid._, III, 173.
-
-[1245] Le comte de Goltz à Frédéric, II, 19 février 1779.—Bancroft,
-III, 135.
-
-[1246] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, III, 135.
-
-[1247] Le même à la même, 20 mars 1778.—_Ibid._, III, 182.
-
-[1248] Joseph II à Marie-Antoinette, cité par Mercy dans sa dépêche du
-20 avril 1778.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III, 191.
-
-[1249] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 19 avril 1778.—_Ibid._, III,
-186.
-
-[1250] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 189.
-
-[1251] Frédéric II au comte de Goltz, 31 août 1777.—Bancroft, III, 120.
-
-[1252] Le même au même, 12 janvier 1778.—_Ibid._, III, 131.
-
-[1253] Le comte de Goltz à Frédéric II, 26 décembre 1776.—_Ibid._, III,
-3.
-
-[1254] Frédéric II au comte de Goltz, 11 février 1778.—_Ibid._, III,
-133.
-
-[1255] Mercy à Marie-Thérèse, 5 mai 1778.—_Corresp. secrète du comte de
-Mercy_, III, 197, note.
-
-[1256] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 6 juin 1778,
-_Archives de Versailles._
-
-[1256a] 1Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er juin
-1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 211, 212.
-
-[1257] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 14 juillet
-1778.—_Archives de Versailles._
-
-[1258] Marie-Thérèse à Joseph II, 4 juillet 1778.—_Maria-Theresia und
-Joseph II_, II, 314.—Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1779.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 326.
-
-[1259] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 29 juin
-1878.—_Archives de Versailles._
-
-[1260] Joseph II à Marie-Thérèse, 5 juillet 1878.—_Maria-Theresia und
-Joseph II_, II, 320.
-
-[1261] Le même à la même, 7 juillet 1778.—_Ibid._, II, 325.
-
-[1262] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1778.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 231.
-
-[1263] Marie-Thérèse à Ferdinand, 2 juillet 1778.—_Lettres de
-Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 126.
-
-[1264] Marie-Thérèse à Mercy, 7 juillet 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 220.
-
-[1265] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 228.
-
-[1266] Le même à la même, 17 juillet 1778.—_Ibid._, III, 227, 228, note.
-
-[1267] Marie-Thérèse à Joseph II, 14 mars 1778.—_Maria-Theresia und
-Joseph II_, II, 187.
-
-[1268] La même au même, 13 juillet 1778.—_Ibid._, II, 338.
-
-[1269] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 août 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 231, note.—Le comte de Vergennes au
-marquis de Bombelles, 7 octobre 1778.—_Archives de Versailles._
-
-[1270] «C'est la plus flétrissante démarche qu'on ait imaginée.»—Joseph
-II à Marie-Thérèse, 16 juillet 1778.—_Maria-Theresia und Joseph II_,
-II, 345.
-
-[1271] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 6 août 1778.—_Corresp. secrète
-du comte de Mercy_, III, 234.
-
-[1272] _Ibid._
-
-[1273] Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 20 septembre, 7
-octobre 1778.—_Archives de Versailles._
-
-[1274] Le même au même, 7 octobre 1778.—_Ibid._
-
-[1275] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 9 septembre 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 252, 253.
-
-[1276] La même à la même, 17 septembre 1778.—_Ibid._, III, 254, note de
-Pichler.
-
-[1277] Le comte de Goltz à Frédéric II, 19 février 1779, 15 mai
-1780.—Bancroft, III, 135, 147, 148.
-
-[1278] Note de la page 258.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III.
-
-[1279] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 17 octobre 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 258.
-
-[1280] _Ibid._
-
-[1281] Mercy à Marie-Thérèse, 19 octobre 1778.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 260.
-
-[1282] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 3 novembre 1778.—_Ibid._, III,
-262.
-
-[1283] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-Introduction, I, 42, 43.
-
-[1284] Le comte de Goltz à Frédéric II, 8 septembre 1780.—Bancroft,
-III, 150, 151.
-
-[1285] Le marquis de Bombelles au baron de Breteuil, 21 décembre
-1778.—Archives de Versailles, E, 449.
-
-[1286] Le marquis de Bombelles au comte Esterhazy, 26 décembre
-1778.—_Archives de Versailles_ E, 449.
-
-[1287] _Ibid._
-
-[1288] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-Introduction, I, 43.
-
-[1289] Le marquis de Bombelles au comte de Vergennes, 2 décembre
-1778.—_Archives de Versailles._
-
-[1290] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février, 17 mars 1779.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 296, 301.
-
-[1291] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er mai 1779.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 309, 310.
-
-[1292] Marie-Thérèse à Mercy, 30 juin 1779.—_Ibid._, III, 326.
-
-[1293] _Mémoires de Mme Campan_, 149.
-
-[1294] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 19 avril 1778.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 186.
-
-[1295] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 188.
-
-[1296] Marie-Thérèse à Ferdinand, 30 avril 1778.—_Lettres de
-Marie-Thérèse à ses enfants_, II, 115.
-
-[1297] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 188.
-
-[1298] Le même à la même, 18 mai 1778.—_Ibid._, III, 204.
-
-[1299] Le même à la même, 17 juin 1778.—_Ibid._, III, 214.
-
-[1300] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 200.
-
-[1301] Mercy à Marie-Thérèse, 20 avril 1778.—_Ibid._, III, 189.
-
-[1302] Le même à la même, 19 septembre 1778.—_Ibid._, III, 256.
-
-[1303] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1778.—_Ibid._, III,
-200.
-
-[1304] La même à la même, 12 juin 1778.—_Ibid._, III, 213.
-
-[1305] _Ibid._, III, 213, 213.
-
-[1306] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Ibid._, III, 207.
-
-[1307] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mai 1778.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 200.
-
-[1308] _Ibid._, 201.
-
-[1309] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 14 août 1778.—_Ibid._, III,
-236.
-
-[1310] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 126.—_Mémoires pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 21 août 1778, XII, 89.
-
-[1311] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 265.
-
-[1312] Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 208.
-
-[1313] _Gustave III et la Cour de France_, I, 194.
-
-[1314] _Mémoires de Mme Campan_, 158.—Le comte de Goltz à Frédéric II,
-19 février 1779, 15 mai 1780.—Bancroft, III, 135, 147.
-
-[1315] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juin 1778.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 215.
-
-[1316] Le même à la même, 17 août 1778.—_Ibid._, III, 237.
-
-[1317] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 226.
-
-[1318] C'était Champcenetz.—_Mémoires de Mme Campan_, 155, 157.
-
-[1319] Le chapitre de Loches envoyait â l'évêque de Chartres pour être
-remise à la Reine une «ceinture brodée en or, faite d'après la vraie
-ceinture de la Vierge que possède le chapitre», et faisait chanter
-des messes chaque jour à l'autel de Marie jusqu'à la délivrance de la
-Reine.—Inventaire des Archives d'Indre-et-Loire, série G., p. 91.—Note
-communiquée par un de nos amis, M. Louis Jarry.
-
-[1320] Mercy à Marie-Thérèse, 18 décembre 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 276.
-
-[1321] _Journal du Roi: Couches de la Reine._
-
-[1322] _Journal du Roi: Couches de la Reine._—Mercy à Marie-Thérèse, 24
-décembre 1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 279.
-
-[1323] Mme Campan prétend que le désappointement d'avoir une fille
-entra pour beaucoup dans cette crise. C'est une erreur. Mercy, qui
-écrit à Marie-Thérèse, le 19 à _midi trois quarts_, affirme qu'à cette
-heure la Reine ignorait encore le sexe de l'enfant. Voir aussi Mercy à
-Marie-Thérèse, 24 décembre.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_,
-III, 279.
-
-[1324] _Mémoires de Mme Campan_, 159.
-
-[1325] Mme Campan dit que ce fut le Roi qui ouvrit la fenêtre: Mercy,
-présent à l'accouchement, dit au contraire que le Roi n'assistait pas à
-l'accident, parce qu'il avait suivi sa fille.—Mercy à Marie-Thérèse, 24
-décembre 1778.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 279.
-
-[1326] Mercy à Marie-Thérèse, 24 décembre 1778.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 279.—Le Roi dans son journal dit que
-l'accident dura trois quarts d'heure, mais il n'était pas là. Mercy,
-qui était présent, dit: quatre minutes—24 décembre 1778.—_Ibid._, III,
-279, et une autre fois, quelques secondes.—Mercy à Marie-Thérèse, 15
-juillet 1780.—_Ibid._, III, 450.
-
-[1327] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 décembre
-1778.—_Archives de Versailles_, E. 430.
-
-[1328] _Mémoires de Mme Campan_, 159.
-
-[1329] _Journal du Roi: Couches de la Reine._
-
-[1330] _Ibid._
-
-[1331] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 décembre
-1778.—_Archives de Versailles_, E. 430. Le bruit courait que les
-dépenses faites à l'occasion des couches de la Reine s'étaient élevées
-à plus de 200.000 livres. L'ordonnateur de ces dépenses, Papillon de
-La Ferté, démontra à Necker qu'elles n'avaient été en réalité que
-de _quinze mille_ livres, somme allouée par le Roi pour le seul feu
-d'artifice, lequel, tout brillant qu'il avait été, n'avait couté que
-_cinq mille_ livres.—_Journal de Papillon de La Ferté_, 421 et suiv.
-
-[1332] _Gazette de France_, du mardi 22 décembre 1778.
-
-[1333] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 295.
-
-[1334] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 décembre
-1778.—_Archives de Versailles_, E. 430.
-
-[1335] Mercy à Marie-Thérèse, 29 décembre 1778, 25 janvier
-1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 281, 286.
-
-[1336] Pour diminuer la fatigue des femmes qui la veillaient, elle
-avait fait faire de grands fauteuils, dont les dos se renversaient
-et pouvaient servir de lit.—Comte de Reiset. _Lettres inédites de
-Marie-Antoinette_, p. 67.
-
-[1337] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 288.
-
-[1338] Le même à la même, 16 février 1779.—_Ibid._, III, 293.
-
-[1339] Le même à la même, 25 janvier 1779.—_Ibid._, III, 288.
-
-[1340] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 130.
-
-[1341] Mercy à Marie-Thérèse, 25 janvier 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 228.
-
-[1342] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 130.
-
-[1343] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 294.—A Notre-Dame, quatre cents oiseaux furent
-lâchés en signe de réjouissance par les syndics de la ville.—_Le
-Gouvernement de Normandie_, IV, 131.
-
-[1344] _Mémoires de Mme Campan_, 161.
-
-[1345] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République
-des lettres_, 24 décembre 1778, XII, 227, 228.—Les spectateurs en
-masse entonnèrent avec les acteurs le chœur: Chantons, célébrons notre
-Reine.—_Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 126.
-
-[1346] Mercy à Marie-Thérèse, 16 février 1779.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 296.
-
-[1347] Le même à la même, 16 février 1779.—_Ibid._, III, 294.—De même
-pour le carnaval de 1780.—Le même à la même, 18 février 1780.—_Ibid._,
-III, 399.
-
-[1348] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 300.
-
-[1349] Le même à la même, 17 mars 1779, 18 février 1780, 18 mars
-1780.—_Ibid._, III, 300, 401, 410.
-
-[1350] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 300.
-
-[1351] Le même à la même, 17 avril 1780.—_Ibid._, III, 324.
-
-[1352] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._ III, 300.
-
-[1353] Le même à la même, 14 octobre 1780.—_Ibid._, III, 476.
-
-[1354] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 301.
-
-[1355] Le même à la même, 18 novembre 1780.—_Ibid._, III, 487.
-
-[1356] Le même à la même, 17 mars 1779.—_Ibid._, III, 301.
-
-[1357] Le même à la même, 17 avril 1780.—_Ibid._, III, 422.
-
-[1358] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 et 22 avril
-1779.—_Archives de Versailles_, E. 431.
-
-[1359] Mercy à Marie-Thérèse, 15 avril 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 306.
-
-[1360] _Voir_ pages 236, 237.
-
-[1361] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 312.
-
-[1362] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Ibid._, III,
-339.
-
-[1363] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 312.
-
-[1364] _Ibid._, III, 313.
-
-[1365] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Ibid._, III, 486.
-
-[1366] Le même à la même, 14 juillet 1779.—_Ibid._, III, 328.
-
-[1367] Le même à la même, 16 octobre 1779.—_Ibid._, III, 358.
-
-[1368] Le même à la même, 17 novembre 1779.—_Ibid._, III, 379.—Le Roi,
-qui n'aimait pas le gros jeu, remarquait avec plaisir que la Reine
-avait changé un louis pour ponter aux petits écus.—_Lettres de M. de
-Kageneck au baron Alströmer_, 259, 20 février 1781.
-
-[1369] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1779.—_Corresp. secrète
-du comte de Mercy_, III, 380.—Dix-huit mois après, on supprimait
-les banquiers du jeu de la Reine.—_Mémoires secrets pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 21 février 1781, XVII, 76.
-
-[1370] Mercy à Marie-Thérèse, 16 octobre 1779.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 359.
-
-[1371] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 février 1780.—_Ibid._, III,
-398.
-
-[1372] Mercy à Marie-Thérèse, 17 novembre 1779.—_Ibid._, III, 372.
-
-[1373] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 juin 1780.—_Ibid._, III,
-444.
-
-[1374] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 313, 314.
-
-[1375] Le même à la même, 17 juin 1779.—_Ibid._, III, 323.
-
-[1376] _Ibid._, III, 320.
-
-[1377] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 320.
-
-[1378] _Ibid._, 322.
-
-[1379] Le même à la même, 25 janvier, 17 mai 1779.—_Ibid._, III, 289,
-316.
-
-[1380] Le même à la même, 17 décembre 1779.—_Ibid._, III, 379.
-
-[1381] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre 1775.—_Ibid._,
-II, 375.
-
-[1382] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 avril
-1779.—_Archives de Versailles_, E. 431.
-
-[1383] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mars, 17 juin 1779.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 299, 320.
-
-[1384] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Ibid._, III,
-339.
-
-[1385] La même à la même, 16 mars 1780.—_Ibid._, III, 407.
-
-[1386] La même à la même, 11 octobre 1780.—_Ibid._, III, 473.
-
-[1387] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1770.—_Ibid._, III, 474.
-
-[1388] La princesse de Guéménée.
-
-[1389] Mercy à Marie-Thérèse, 29 décembre 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, _Ibid._, III, 282.
-
-[1390] _Ibid._
-
-[1391] Mercy à Marie-Thérèse, 29 janvier 1779.—_Ibid._, III, 292.
-
-[1392] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 décembre
-1778.—_Archives de Versailles_, E. 430.
-
-[1393] _Mémoires de Weber_, 36 (note).
-
-[1394] _Mémoires de Mme Campan_, 163.
-
-[1395] Marie-Thérèse à Mercy, 1er janvier 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 385. Elle allait jusqu'à dire de sa petite
-fille. «Cette Thérèse est un peu de trop.»—La même au même, 13 janvier
-1779.—_Ibid._, 284.
-
-[1396] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 avril 1780.—_Ibid._, III,
-417.
-
-[1397] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 1er avril
-1780.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 415.—Du reste,
-l'Impératrice manifestait également à ses autres enfants cette même
-impatience d'avoir des rejetons de sa race.—_Voir_ notamment ses
-lettres à Ferdinand dans les _Lettres de Marie-Thérèse à ses enfants_,
-publiées par M. d'Arneth.
-
-[1398] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 30 juin 1780.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 444.
-
-[1399] La même à la même, 2 août 1780.—_Ibid._, III, 454.
-
-[1400] _Relation de la dernière maladie de Marie-Thérèse par sa fille
-l'archiduchesse Marie-Anne_, conservée au couvent de Sainte-Ursule de
-Klagenfurth, et reproduite à la fin de la _Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 492, 495.
-
-[1401] _Mémoires de Weber_, 36.—Le comte de Goltz à Frédéric II, 15
-décembre 1780.—Bancroft, III, 152.—Cette lettre n'a point été retrouvée.
-
-[1402] Marie-Antoinette à Joseph II, 20 décembre
-1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 25.
-
-[1403] Le comte de Goltz à Frédéric II, 20 décembre 1780.—Bancroft,
-III, 152.
-
-[1404] _Mémoires de Weber_, 37.—_Lettres de M. de Kageneck au baron
-Alströmer_, 227, 10 décembre 1780.
-
-[1405] _Mémoires de Mme Campan_, 164.
-
-[1406] Marie-Antoinette à Joseph II, 10 décembre
-1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, p. 22.
-
-[1407] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 11 juillet,
-6 août 1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.—_Lettres de M. de
-Kageneck_, 323, 2 août 1781.—L'Empereur et la Reine allèrent ensemble
-à Trianon dans le plus modeste appareil, sans gardes et sans suite,
-la Reine en lévite de mousseline, avec une ceinture bleue, les
-cheveux relevés par un simple ruban. L'Empereur, dit à ce propos M.
-de Kageneck, «est venu recevoir les embrassements d'une sœur digne de
-toute sa tendresse et qui a de commun avec lui _le bonheur de jouir
-de l'amour de ses sujets_.»—_Ibid._, 323, 324. C'était le 31 juillet;
-l'Empereur était arrivé la surveille, le 29 juillet. Il y eut un second
-voyage et souper à Trianon le 1er août.—Voir _le Petit Trianon_ 210,
-211.
-
-[1408] Joseph II à Marie Christine, 8 août 1781.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 47.
-
-[1409] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 6 août
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1410] _Mémoires de Mme Campan_, 165.
-
-[1411] Elle avait fait cependant une chute au mois de juin, mais cette
-chute n'avait pas eu de suites.—_Lettres de M. de Kageneck au baron
-Alströmer_, 304, 12 juin 1781.
-
-[1412] Marie-Antoinette à Louise de Hesse-Darmstadt, 7 mai
-1781.—_Lettres de Marie-Antoinette à la landgravine de
-Hesse-Darmstadt_, 21, 22.—Dans le public on comptait aussi sur un
-garçon et on lui donnait à l'avance le nom de _Consolateur_.—_Lettres
-de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 268, 12 mars 1781.
-
-[1413] _Journal de Louis XVI._—_Revue rétrospective_, V.
-
-[1414] Récit du comte de Stedingk, 22 octobre 1781.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 351.
-
-[1415] _Ibid._, I, 353.
-
-[1416] Récit du comte de Stedingk, 22 octobre 1781.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 353.
-
-[1417] _Ibid._, I, 352.
-
-[1418] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1419] _Ibid._
-
-[1420] _Mémoires de Mme Campan_, 166.
-
-[1421] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1422] _Mémoires de Mme Campan_, 166.
-
-[1423] _Journal du Roi._
-
-[1424] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 22 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1425] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 24 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1426] La même au même, 29 octobre 1781.—_Ibid._
-
-[1427] _Ibid._
-
-[1428] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 189.
-
-[1429] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 22 octobre 1781, XVIII, 105.
-
-[1430] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 novembre 1781, XVIII, 132.
-
-[1431] _Journal du Roi._
-
-[1432] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 16 novembre 1781, XVIII, 159.
-
-[1433] _Mémoires de Mme Campan_, 167.
-
-[1434] _Journal du Roi._
-
-[1435] _Mémoires de Weber_, 38 (note).—_Mémoires secrets pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 29 octobre, 16 novembre 1781,
-XVII, 120, 159.
-
-[1436] _Ibid._, 16 novembre 1781, XVIII, 159.
-
-[1437] _Ibid._
-
-[1438] _Journal du Roi._
-
-[1439] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 27 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E, 432.
-
-[1440] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 31 octobre 1781, XVIII, 123.
-
-[1441] _Ibid._, 124.
-
-[1442] _Ibid._, 4 novembre 1781, XVIII, 133.
-
-[1443] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 135.—_Mémoires de
-Weber_, 38.
-
-[1444] _Lettres de M. de Kageneck_, 28, 29 décembre 1781, 379, 380.
-
-[1445] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 15 janvier 1782, XX, 33.—Il avait été question de remettre
-ces fêtes à la conclusion de la paix.—_Le Gouvernement de Normandie_,
-IV, 188; mais la Reine ayant demandé plaisamment s'il fallait attendre
-que le nouveau né pût y danser, on les fixa au 21 janvier.—_Histoire de
-Marie-Antoinette_, par Montjoye, 134.
-
-[1446] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 22 janvier 1782, XX, 51.
-
-[1447] _Supplément à la Gazette de France_ du 29 janvier 1782.
-
-[1448] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 janvier 1782.—Bancroft, III,
-156.
-
-[1449] On y disait que, le 21 janvier, le Roi et la Reine, «conduits
-sous bonne escorte en place de Grève,» iraient à l'Hôtel-de-Ville
-confesser leurs crimes, et qu'ensuite ils monteraient sur un échafaud
-pour être «brûlés vifs».—_Journal de Hardy_, V, 88.—Le 21 janvier,
-quelle date et quel rapprochement!
-
-[1450] Le comte de Goltz à Frédéric II, 27 janvier 1782.—Bancroft, III,
-156, 157.
-
-[1451] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 24 janvier 1782, XX, 52.
-
-[1452] _Ibid._, 26 novembre 1781, XVIII, 179.
-
-[1453] _Ibid._, 29 novembre 1781, XVIII, 183.
-
-[1454] _Ibid._, 17 décembre 1781, XVIII, 216.
-
-[1455] Lottin. _Recherches historiques sur la ville d'Orléans_, II,
-338, 339.
-
-[1456] _Le Gouvernement de Normandie_. Introduction, I, XIX.—Douze
-ans plus tard, Collot d'Herbois votait la mort du «bon Louis XVI» et
-faisait verser «le sang de Thérèse» sur l'échafaud.
-
-[1457] «Une nation qui idolâtre ses maîtres,» écrivait à ce propos M.
-de Kageneck au baron Alströmer.—_Lettres de M. de Kageneck_, 23 octobre
-1781, 386.
-
-[1458] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 29 octobre
-1781.—_Archives de Versailles_, E. 432.
-
-[1459] Il disait au jeune Fitz-Maurice: «Démosthène, à qui l'on
-demandait quelle était la principale qualité de l'orateur, répondait:
-«D'abord l'action, ensuite l'action, et encore l'action.» Je dis
-que pour l'homme public, c'est l'apparence, l'apparence, et encore
-l'apparence.»
-
-[1460] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 22 février 1778, XI, 123, 124.
-
-[1461] _Ibid._, 25 février 1778, XI, 132, 133.
-
-[1462] Le comte de Goltz à Frédéric II.
-
-[1463] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 51.
-
-[1464] _Ibid._, I, 73, 74.
-
-[1465] Bancroft, I, 9.
-
-[1466] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 122.
-
-[1467] Frédéric II au comte de Maltzan, 10 juillet 1775.—Bancroft, III,
-174.
-
-[1468] Frédéric II au comte de Maltzan, 9 janvier 1775, 27 janvier, 7
-avril 1777.—Bancroft, III, 165, 206, 209.
-
-[1469] Frédéric II au comte de Goltz, 31 août, 8 septembre, 11
-septembre, 16 octobre 1777.—_Ibid._, III, 103, 104, 105, 111.
-
-[1470] Mémoire de Turgot.
-
-[1471] Le comte de Goltz à Frédéric II, 13 mars 1777.—Bancroft, III, 80.
-
-[1472] Le comte de Goltz à Frédéric II, 20 nov. 1777.—Bancroft, III,
-118.
-
-[1473] Le même au même, 8 octobre 1777.—_Ibid._, III, 110.
-
-[1474] Frédéric II au comte de Goltz, 25 décembre 1777.—Bancroft, I,
-91. Il faut ajouter qu'en Angleterre, à ce moment, beaucoup de bons
-esprits inclinaient à la paix avec les colonies, et il était à craindre
-que la paix une fois faite, les Anglais, irrités des encouragements
-secrets donnés par le cabinet de Versailles aux insurgents, et les
-Américains mécontents de n'avoir pas été plus ouvertement soutenus, se
-réunissent pour déclarer à la France, une guerre qui eût été pour nous
-un désastre. Franklin exploitait habilement ces bruits.
-
-[1475] _Ibid._, 91.
-
-[1476] _Le centenaire de l'indépendance américaine_, par F.
-Beslay.—_Correspondant_, 25 juillet 1876.
-
-[1477] Bancroft, I, 15.
-
-[1478] _Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 6.
-
-[1479] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 338.
-
-[1480] Consulter sur toute cette campagne: _Histoire de la marine
-française pendant la guerre de l'indépendance américaine_, par C.
-Chevalier, capitaine de vaisseau. Paris, Hachette, 1877.
-
-[1481] Bancroft, I, 171.—Anecdote racontée à l'auteur par A. Thierry,
-qui la tenait de Lafayette.
-
-[1482] _Mémoires de Weber_, 80.
-
-[1483] _Mémoires de Mme Campan_, 178.
-
-[1484] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1780.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, III, 409.
-
-[1485] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 1er avril 1881, XVII, 122.
-
-[1486] _Ibid._, 11 janvier 1780, XV, 27.
-
-[1487] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1780.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 407.
-
-[1488] La même à la même, 13 avril 1780.—_Ibid._, III, 417.
-
-[1489] Bancroft, II, 168.
-
-[1490] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 août 1779.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 338.
-
-[1491] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 novembre
-1779.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, III, 366.
-
-[1492] Bancroft, II, 86, 87.
-
-[1493] _Ibid._, II, 83.—_Voir_ aussi _Lettres de M. de Kageneck au
-baron Alströmer_, 123, 15 mai 1780.
-
-[1494] Le comte de Fersen à son père, 30 novembre 1782.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, I, 71.
-
-[1495] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 11 octobre 1780.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, III, 474.—Elle cherchait à amener
-une médiation de l'Autriche.—_Lettres de M. de Kageneck au baron
-Alströmer_, 123.
-
-[1496] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 254.
-
-[1497] _Ibid._ La _Correspondance secrète du comte de Mercy avec
-l'empereur Joseph II et le prince de Kaunitz_, que viennent de publier
-MM. d'Arneth et Flammermont, est remplie d'un projet de médiation de
-l'Autriche et de la Russie pour la paix, qu'avait conçu l'Empereur, et
-auquel la Reine s'était vivement intéressée. Ce projet échoua.
-
-[1498] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 13 avril 1784, XXV, 126, 127.
-
-[1499] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 mars 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 408.
-
-[1500] _Lettres de Marie-Antoinette à la landgrave Louise de
-Hesse-Darmstadt_, publiées par le comte de Reiset.
-
-[1501] Mercy à Marie-Thérèse, 18 février 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 399.
-
-[1502] Marie-Antoinette à la princesse de Hesse-Darmstadt, février
-1780.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette._
-
-[1503] _Ibid._, mai 1780, p. 26.
-
-[1504] _Ibid._, février 1780, p. 10.
-
-[1505] _Ibid._, mai 1780, p. 26.
-
-[1506] Billet de la Reine au comte de Mercy, conservé dans les Archives
-de Vienne.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette_, p. 48.
-
-[1507] _Ibid._, p. 28.
-
-[1508] _Ibid._, mai 1780, p. 46.
-
-[1509] _Ibid._, p. 28.
-
-[1510] _Ibid._, juin 1780, p. 49.
-
-[1511] On sait que la Reine conserva jusque dans sa prison les
-portraits des deux princesses de Hesse. Ils lui furent confisqués lors
-de sa sortie du Temple et lui furent représentés pendant son procès.
-
-[1512] _Voir_ la _Correspondance du comte de Mercy avec l'Empereur
-Joseph II et le prince de Kaunitz_.
-
-[1513] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 21 mai 1782, XX, 301.
-
-[1514] _Mémoires de Mme Campan_, 181.
-
-[1515] _Mémoire de la baronne d'Oberkirch_, I, 199. Voir aussi la
-_Correspondance secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II et
-le prince de Kaunitz_.
-
-[1516] On jouait _la Reine de Golconde_, qui ne réussit que
-médiocrement.—_Le Gouvernement de Normandie_, IV, 198.
-
-[1517] Marie-Antoinette au comte de Mercy, sans
-date.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 27.
-
-[1518] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 213, 214.
-
-[1519] Cette fête eut lieu le 6 juin.
-
-[1520] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 260, 262.—_Mémoires
-de Mme Campan_, 182. Le grand duc de son côté était si charmé de la
-réception de la Reine qu'il lui faisait les confidences les plus
-délicates sur sa propre situation vis-à-vis de sa mère.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II et le prince de
-Kaunitz_, I, 111.
-
-[1521] _Lettres du chevalier de Lille_, 16 mai 1782.
-
-[1522] _Notes sur le voyage de M. le comte et Mme la comtesse du Nord
-en France au mois de mai 1782,_ par le duc de Penthièvre, citées par
-M. de Beauchesne, _Hist. de Mme Elisabeth, notes, documents et pièces
-justificatives_, I, 533.
-
-[1523] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 266.
-
-[1524] _Ibid._, I, 264-267.
-
-[1525] _Notes du duc de Penthièvre_.—_Hist. de Mme Elisabeth_, I, 527.
-
-[1526] _Ibid._, 529, 532.
-
-[1527] _Mémoire de la baronne d'Oberkirch_, I, 239.
-
-[1528] _Ibid._, I, 249.
-
-[1529] _Voir_ sur toutes ces fêtes de Chantilly les _Mémoires de la
-baronne d'Oberkirch_, I, 269-278.
-
-[1530] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 280.
-
-[1531] _Ibid._, 209.
-
-[1532] _Ibid._, 255.
-
-[1533] _Ibid._, 223.
-
-[1534] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 234.
-
-[1535] Ce service était estimé plus d'un million.—_Lettres de M. de
-Kageneck_, 1er juin 1782, 438.
-
-[1536] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 301.
-
-[1537] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-Lettres_, 15 juin 1784, XXVI, 47.
-
-[1538] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 11 juillet 1784, XXVI, 90.
-
-[1539] Gustave III avait été si enchanté de Trianon qu'il en avait
-demandé à la Reine les dessins et les plans, et la Reine lui en fit
-faire un album par son architecte Mique.
-
-[1540] On a conservé le menu de ce souper. Il comprend cent
-quatre-vingts plats de boucheries, volaille et gibiers différents.—_Le
-Petit-Trianon_, Pièces justificatives, 383 et suiv.—Le menu de la table
-spéciale du Roi, de la Reine et du comte de Haga est plus modeste, il
-ne comprend que quatre entrées, un rôti et quatre entremets.—_Ibid._
-
-[1541] _Gustave III et la Cour de France_, II, 25, 26.
-
-[1542] _Mémoires de Mme Campan_, 183.
-
-[1543] Gustave III au baron de Staël, 7 novembre 1783.—_Gustave III et
-la Cour de France_, II, 412.
-
-[1544] Marie-Antoinette à Gustave III, 15 octobre 1783.—Gustave III au
-baron de Staël, 7 novembre 1783.—Marie-Antoinette à Gustave III, 24 mai
-1784.—_Ibid._, 411, 412, 414.
-
-[1545] Marie-Antoinette à Gustave III, juillet, 13 juillet
-1784.—_Ibid._, II, 415, 416.
-
-[1546] Gustave III au comte de Stedingk, 10 décembre 1781.—_Ibid._, I,
-354.
-
-[1547] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 229.
-
-[1548] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 19 septembre 1783, XXIII, 189, 190.
-
-[1549] _Gustave III à la Cour de France_, II, 33.—La Reine
-s'intéressait beaucoup aux ballons. Lorsque, quelques mois plus tard,
-l'aéronaute Blanchard traversa la Manche, en apprenant son succès,
-la Reine qui jouait déclara que c'était pour lui qu'elle mettait sur
-telle carte: la carte gagna une assez grosse somme qui fut remise à
-Blanchard.—_Mémoires pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 10 février 1785, XXVIII, 127.
-
-[1550] _Ibid._, 19 août 1784, XXVI, 153.—Le prince repartit le 9
-novembre.—_Ibid._, 20 novembre 1784, XXVII, 23.
-
-[1551] C'était le moment de la querelle des Hollandais avec Joseph
-II, et le prince Henri s'occupait surtout à Paris, disait la Reine,
-«d'intrigues et d'agitation des esprits.»—Dépêches de l'ambassadeur
-russe à Berlin, le prince Dolgorouki, novembre 1784.—_Archives de
-Moscou_, cité par M. Tratchevsky, _La France et l'Allemagne sous Louis
-XVI._ Revue historique, janvier-février 1881, p. 10.
-
-[1552] Marie-Antoinette à Joseph II, 23 septembre
-1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 40.
-
-[1553] Marie-Antoinette à Joseph II, 23 septembre
-1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 40.
-
-[1554] Marie-Antoinette à Gustave III, 1er octobre 1784.—_Gustave III
-et la Cour de France_, II, 419.
-
-[1555] _Ibid._
-
-[1556] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 222.
-
-[1557] Marie-Antoinette à Gustave III, 15 octobre 1783.—_Gustave III et
-la Cour de France_, II, 411.
-
-[1558] Louis XVI à Joseph II, 26 octobre 1784.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 41.
-
-[1559] La Reine s'était confessée et avait communié deux
-fois.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 27 février 1785, XXVIII, 176.
-
-[1560] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 26 mai 1785, XXIX, 54.
-
-[1561] _Ibid._
-
-[1562] _Ibid._
-
-[1563] _Ibid._, 56.—_Confér._ avec le compte-rendu officiel dressé
-par le prévôt des marchands et des échevins.—_Louis XVII_, par M. de
-Beauchesne, I. _Documents et pièces justificatives._
-
-[1564] _Mémoires secrets, etc._, 30 septembre 1782, XXI, 155.
-
-[1565] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 10 novembre 1782, XXI, 215.
-
-[1566] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 204.
-
-[1567] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 5 octobre 1782, XXI, 161.
-
-[1568] _Mémoires de Mme Campan_, 169.
-
-[1569] _Mémoires de Mme Campan_, 169.—Lors de la naissance du Dauphin,
-on avait déjà dit que Mme de Polignac serait nommée gouvernante de
-Madame, afin que la princesse de Guéménée pût consacrer tous ses soins
-au Dauphin.—_Lettre de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 25 octobre
-1781, 359.
-
-[1570] _Mémoires du baron de Besenval_, 236.
-
-[1571] «Il est de toute justice, écrivait à ce propos M. de Kageneck,
-que la mère choisisse la bonne de ses enfants.»—_Lettres de M. de
-Kageneck_, 9 Octobre 1782, 485.—_Voir_ aussi 19 novembre 1782.—_Ibid._,
-501.
-
-[1572] _Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 46.
-
-[1573] Mercy à Marie-Thérèse, 14 août 1773.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, II, 31.—La _Correspondance secrète de Mercy avec Joseph II
-et Kaunitz_, qui vient de paraître, est pleine aussi de plaintes de
-l'Empereur et de son ministre sur le peu de goût de la Reine pour les
-affaires. Il est à remarquer que ces plaintes sont d'autant plus vives
-que les affaires intéressent l'Autriche.
-
-[1574] Le même à la même, 15 juin 1774.—_Ibid._, II, 174.
-
-[1575] Le baron de Staël à Gustave III, 19 février 1785.—_Corresp. du
-baron de Staël_, 13.
-
-[1576] Mercy à Marie-Thérèse, 18 mars 1775.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 315.
-
-[1577] Le comte de Goltz à Frédéric II, 27 juillet 1777.—Bancroft, III,
-97.
-
-[1578] _Mémoires de Mme Campan_, 158.
-
-[1579] Le comte de Goltz à Frédéric, II, 19 février 1779.—Bancroft,
-III, 135.
-
-[1580] Mercy à Marie-Thérèse, 17 mai 1779.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 315.
-
-[1581] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1777, 19 février
-1779, 15 mai 1780, 26 juin 1780.—Bancroft, 111, 113, 135, 147, 149.
-
-[1582] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 septembre
-1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 39.
-
-[1583] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 225.—Le comte de Goltz à Frédéric II, 25
-décembre 1780.—Bancroft, III, 153.
-
-[1584] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 décembre 1780.—Bancroft,
-III, 154.
-
-[1585] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 225.
-
-[1586] On avait dit aussi, et les Mémoires de Besenval laissent
-croire que la Reine était intervenue dans la nomination du comte
-de Saint-Germain au ministère de la guerre. Cette intervention
-de Marie-Antoinette avait été purement platonique, et si je puis
-m'exprimer ainsi, _négative_. Elle s'était bornée à ne pas s'opposer au
-choix que Maurepas et Malesherbes avaient fait de M. de Saint-Germain,
-comme ministre de la guerre; elle s'était au contraire absolument
-refusée à appuyer pour ce poste le marquis de Castries, comme le lui
-demandait Besenval.—Dépêche inédite de Mercy à Kaunitz, 19 octobre
-1775, citée par M. Flammermont. _Étude critique sur les Mémoires de Mme
-Campan_, Bulletin mensuel de la Faculté des lettres de Poitiers, mars
-1886, pp. 118, 119.
-
-[1587] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 490.
-
-[1588] Marie-Antoinette à Joseph II, 20 décembre
-1780.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 26.—_Mémoires du
-comte de Ségur_, I, 140.
-
-[1589] Le comte de Goltz à Frédéric II, 23 octobre 1780.—Bancroft, III,
-151.
-
-[1590] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 486.
-
-[1591] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 143.
-
-[1592] _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 191, 8
-octobre 1780.—La Reine avait cependant fort bien reçu, quelques mois
-auparavant, le comte d'Agenois, fils du duc d'Aiguillon, lorsqu'on le
-lui avait présenté comme capitaine des chevau-légers.—_Ibid._, 150, 9
-juillet 1780.
-
-[1593] _Mémoires de Mme Campan_, 193.
-
-[1594] _Mémoires du comte de Ségur_, I, 155.—Dans cet entretien, la
-Reine donna à M. de Ségur une curieuse explication de la facilité avec
-laquelle elle se prêtait aux recommandations. «J'aime, lui dit-elle,
-qu'on ne me quitte jamais mécontent.»
-
-[1595] On a beaucoup attaqué, et justement, l'ordonnance de 1781, qui
-réservait aux seuls nobles le grade d'officier. Le comte de Ségur, fils
-du maréchal, a tenté, dans ses _Mémoires_, de justifier son père de la
-responsabilité de cette mesure.
-
-[1596] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 489, 491.
-
-[1597] Necker et Sartines étaient en hostilité pour les dépenses de la
-marine.—Voir _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer, passim_.
-
-[1598] _Mémoires de Mme Campan_, 193, 194.
-
-[1599] Particularités et observations sur les contrôleurs généraux,
-par Montyon.—Cité par M. Labour, _M. de Montyon d'après des documents
-inédits_. Paris, Hachette, 1880, p. 12.
-
-[1600] Mercy à Marie-Thérèse, 17 avril, 17 mai 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 422, 433.—«La Reine protège
-fortement le directeur général,» écrivait le 30 octobre 1780 M. de
-Kageneck.—_Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 205.—Voir
-aussi la _Corresp. secrète du comte de Mercy avec l'Empereur Joseph II
-et le prince de Kaunitz_.
-
-[1601] Le comte de Goltz à Frédéric II, 2 mai 1781.—Bancroft, III,
-154.—La Reine était partisan des réformes économiques de Necker. Elle
-manifesta vivement son mécontentement au duc de Coigny, qui faisait
-partie pourtant de sa société, mais avait fait opposition aux réformes
-de la petite écurie.—_Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_,
-215, 19 nov. 1780.
-
-[1602] Le Compte-rendu était recouvert d'un papier bleu.
-
-[1603] Necker avait sollicité un arrêt du Conseil pour étouffer la
-polémique soulevée parle Compte-rendu; on le lui refusa.
-
-[1604] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 mai
-1781.—_Archives de Versailles._—_Mémoires secrets pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 27 avril 1781, XVII, 157.
-
-[1605] _Voir_ aussi _Lettres de M. de Kageneck au baron Alströmer_, 24,
-25, 30 mai, 1er et 5 juin 1781, 295, 302.
-
-[1606] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 20 mai
-1781.—_Archives de Versailles._
-
-[1607] La même au même, 24 mai 1781.—_Ibid._
-
-[1608] _Mémoires de Mirabeau_, IV, 398, cité par M. de Falloux.—_Louis
-XVI_, 97.
-
-[1609] Mme Necker écrivait à un curé de Paris: «Une consolation pour
-nous dans le monde, s'il en peut exister, c'est que la Reine partage
-notre patriotisme; elle a pleuré samedi toute la journée.» _Le
-salon de Mme Necker d'après des documents inédits_, par le vicomte
-d'Haussonville.—Cfr. Sénac de Meilhan, _Du gouvernement, des mœurs et
-des conditions en France avant la Révolution_, p. 41.
-
-[1610] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-I, 46.
-
-[1611] Le comte de Goltz à Frédéric II, 29 octobre 1781.—Bancroft, III,
-155.
-
-[1612] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 18.
-
-[1613] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 187.
-
-[1614] La comtesse de Coislin au duc d'Harcourt.—_Ibid._, 191, 192.—La
-Reine n'avait pas ces mêmes regrets.—Voir _Correspondance secrète de
-Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 39.
-
-[1615] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 19 novembre
-1781.—_Archives de Versailles._
-
-[1616] Marie-Thérèse à Mercy, 31 juillet 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 452.
-
-[1617] La même au même, 3 novembre 1780.—_Ibid._, III, 483.
-
-[1618] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 25 novembre 1781, XVIII, 178.
-
-[1619] _Ibid._, 30 décembre 1781, XVIII, 243.
-
-[1620] _Ibid._, 25 novembre 1781, XVIII, 178.
-
-[1621] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 4 janvier 1782, XX, 10.—On voit combien les chroniqueurs
-étaient alors favorables à la Reine.
-
-[1622] Mercy à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 480.—Voir aussi _Corresp. de Mercy avec Joseph
-II et Kaunitz_, I, 73, 78, 84.
-
-[1623] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III,
-468.—Maurepas, suivant un chroniqueur, aurait cherché à faire
-agréer d'Aiguillon pour son successeur, et la Reine s'y serait
-opposée.—_Lettres de M. de Kageneck_, 9 novembre 1781, 363.—Kageneck
-ajoute quelques jours plus tard: «L'enthousiasme qu'inspire une Reine
-adorée, la ferait souhaiter pour premier ministre.» _Ibid._, 24
-novembre 1781, 368.
-
-[1624] Il eut le titre de _Chef du Conseil royal des finances_.
-
-[1625] La Reine contribua beaucoup à sa chute.—_Correspondance de Mercy
-avec Joseph II et Kaunitz_, I, 166, 178, note.
-
-[1626] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 19 avril 1783, XXII, 253.
-
-[1627] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 393, 394.—Weber raconte
-que, lorsque d'Ormesson fut nommé, quelqu'un dit à la Reine: «Nos
-finances vont trouver à qui parler. M. d'Ormesson est un magistrat
-intègre; c'est dommage qu'il soit presque aveugle.»—«Pourquoi cela»
-demanda-t-elle?—«Madame, c'est que la fortune l'est aussi, et que
-deux aveugles ensemble font toujours fausse route.»—«En tout cas
-répliqua-t-elle, si M. d'Ormesson n'y voit pas, sa probité le guidera.»
-_Mémoires de Weber_, 91, note.
-
-[1628] _Journal manuscrit de M. de Boynes_, dimanche 1er décembre
-1765.—Même opinion le lundi 12 août.—Nous devons la communication de
-cet intéressant manuscrit à la bienveillance de M. le vicomte de La
-Servière, arrière-petit fils du comte de Boynes.
-
-[1629] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 76,
-77.—_Particularités et observations sur les contrôleurs généraux_, par
-M. de Montyon.—Labour, 137 et suiv. Tout ce portrait de M. de Calonne
-par M. de Montyon est tracé de main de maître.
-
-[1630] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 13 janvier
-1791.—_Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt._
-
-[1631] _Journal manuscrit de M. de Boynes_, 17 octobre, 1765.
-
-[1632] _Mémoires d'Augeard_, 106.
-
-[1633] _Ibid._, 107.
-
-[1634] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I,
-90.—_Mémoires de Mme Campan_, 194.
-
-[1635] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 398.
-
-[1636] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I,
-90.
-
-[1637] _Mémoires d'Augeard_, 121.
-
-[1638] _Ibid._—La Reine était d'ailleurs mal portante, elle fit une
-fausse couche le surlendemain.
-
-[1639] _Mémoires de Mme Campan_, 214.
-
-[1640] Droz. _Histoire de Louis XVI_, I, 400.—_Mémoires d'Augeard_, 121.
-
-[1641] _Ibid._, 121.
-
-[1642] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 223, 225.—Mercy prétend même
-que la Reine n'y fut pour rien.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II
-et Kaunitz_, I, 227.
-
-[1643] _Mémoires de Mme Campan_, 196, 197.
-
-[1644] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-I, 87.
-
-[1645] _Mémoires de Mme Campan_, 197, 198.
-
-[1646] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-I, 57.—_Mémoires de Besenval_, 287.—_Voir_ aussi _Correspondance du
-comte de Salmour, envoyé de Saxe à Paris._—_Revue de la Révolution_,
-décembre 1886, p. 166.
-
-[1647] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 août 1780.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 452, 453.
-
-[1648] Mercy à Marie-Thérèse, 18 juin 1780.—_Ibid._, III, 441.
-
-[1649] Le même à la même, 16 septembre 1780.—_Ibid._, III, 469.
-
-[1650] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 juillet 1780.—_Ibid._, III,
-446.
-
-[1651] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 2 août 1780.—_Ibid._, III, 452.
-
-[1652] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 août 1780.—_Ibid._, III,
-454.
-
-[1653] Marie-Thérèse à Mercy, 3 mars 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 405. L'Empereur protesta plus tard contre ces
-tendances qu'on lui attribuait.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II
-et Kaunitz_, I, 27.
-
-[1654] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 juillet 1780.—_Ibid._, III,
-443.
-
-[1655] Joseph II à Léopold II, 3 décembre 1784.—_Joseph II und Léopold
-II_, I, 239.—Kaunitz consulté alors s'était nettement prononcé contre
-le projet de l'Empereur.—_Correspondance de Mercy avec Joseph II et
-Kaunitz_, I. 127, note.
-
-[1656] Le 4 octobre 1784.
-
-[1657] Tratchevsky, _La France et l'Allemagne sous Louis XVI_.—_Revue
-historique_, janvier-février, 1881, p. 8.
-
-[1658] Joseph II à Marie-Antoinette, 9 septembre
-1783.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 30, 34.
-
-[1659] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 septembre 1784.—_Ibid._, 39.
-
-[1660] Louis XVI à Joseph II, 26 octobre 1784.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 150.
-
-[1661] _Correspondance du comte de Mirabeau, et du comte de la Marck_,
-I, 44, 45.
-
-[1662] Joseph II à Marie-Antoinette, 29 octobre, 19 novembre
-1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 43, 47.
-
-[1663] Joseph II à Louis XVI, 20 novembre 1784.—_Ibid._, 49.
-
-[1664] Louis XVI à Joseph II, sans date; Joseph II à Louis XVI, 17
-décembre 1784.—_Ibid._, II, 55, 58.
-
-[1665] Le duc des Deux-Ponts, d'ailleurs, avait fait une réponse
-négative à cette proposition, «et d'une encre plus prussienne que
-française.»—_Joseph II und Léopold II_, I, 261.—Joseph II à Léopold II,
-24 décembre 1784.—_Ibid._, I, 253.—Louis XVI à Joseph II, 6 janvier
-1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 75.—Voir aussi la
-_Correspondance du comte de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_.
-
-[1666] Joseph à Léopold, 13 janvier 1785.—Léopold à Joseph, 24
-janvier.—_Joseph II und Léopold II_, 261, 265.
-
-[1667] Une fois sept jours, une autre fois cinq jours.—Marie-Antoinette
-à Joseph II, 26 novembre 1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold
-II_, 51.
-
-[1668] Marie-Antoinette à Joseph II, 4 février 1785.—_Ibid._, 73.
-
-[1669] Léopold à Joseph, 10 décembre 1784.—_Joseph II und Léopold II_,
-247, 249.
-
-[1670] Marie-Antoinette à Joseph II, 4 février 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 73.
-
-[1671] La même au même, 17 octobre 1785.—_Ibid._, 98.
-
-[1672] Vergennes à Louis XVI, 29 mars 1784.—_Gustave III et la Cour de
-France_, II, 223.
-
-[1673] Marie-Antoinette à Joseph II, 1 février 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 72, 73.
-
-[1674] Marie-Antoinette à Joseph II, 31 décembre
-1784.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 64.
-
-[1675] La même au même, 16 mai 1785.—_Ibid._, 87.—Voir aussi
-_Correspondance de Mercy avec l'Empereur Joseph II et Kaunitz_, I. 398.
-
-[1676] La même au même, 5 mai 1785.—_Ibid._, 83.
-
-[1677] Staël à Gustave III, 7 novembre 1784.—_Correspondance du
-baron de Staël-Holstein_, 5. La Reine déclarait de même à Vergennes
-que «toutes les fois que les intérêts de la France seraient en
-opposition avec ceux de l'Empereur, elle balancerait d'autant moins
-à embrasser le parti de la France que son mariage avait été béni de
-Dieu.»—_Correspondance de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 280,
-note.
-
-[1678] Staël à Gustave III, 26 décembre 1784.—_Corresp. du baron de
-Staël-Holstein_, 8.
-
-[1679] Marie-Antoinette à Joseph II, 5 novembre 1784, 8 août
-1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 45, 89.—«Le
-mécontentement de la Reine contre M. de Vergennes, écrivait Staël, ne
-peut être occasionné que par les accusations que lui font ses ennemis
-d'avoir entretenu en temporisant l'esprit de conquête de l'Empereur et
-ses vues dangereuses pour la tranquillité de l'Europe. En examinant le
-caractère de ce ministre, on est disposé à convenir qu'il a commis une
-pareille faute, et je suis persuadé que, si la Reine veut le perdre,
-c'est plutôt à cause de sa conduite passée que de celle qu'il tient à
-présent. En même temps, je ne doute point que Sa Majesté ne permit,
-quelque douloureux que cela pourrait lui être, au successeur de M.
-de Vergennes de prendre les mesures nécessaires à la gloire et au
-bien-être de la France sans qu'Elle s'y opposât.» Staël à Gustave III,
-17 février 1785.—_Correspondance du baron de Staël_, 12. Malgré une
-scène très vive avec Vergennes, la Reine au fond ne désirait pas son
-renvoi.
-
-[1680] Joseph II à Marie-Antoinette, 20 février 1785,
-_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 78.
-
-[1681] Louis XVI à Joseph II, sans date.—_Ibid._, 55, 56.
-
-[1682] Joseph II à Louis XVI, 26 juillet 1785.—_Ibid._, 88.—Détail
-curieux, ces deux députés, ne voulant pas perdre leur temps à Vienne,
-s'étaient mis à faire la contrebande d'étoffes pour dames.—Joseph II à
-Léopold, 22 juillet 1785.—_Joseph II und Léopold II_, I, 291.
-
-[1683] Marie-Antoinette à Joseph II, 16 mai 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 87.
-
-[1684] Joseph II à Louis XVI, 21 février 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 80.
-
-[1685] Marie-Antoinette à Joseph II, 8 août 1785.—_Ibid._, 89.
-
-[1686] La même au même, 19 septembre 1785.—_Ibid._, 94.
-
-[1687] Droz, _Histoire de Louis XVI_, I, 435.
-
-[1688] Joseph II à Léopold II, 24 septembre 1785.—_Joseph II und
-Léopold II_, I, 302.
-
-[1689] _Mémoires du comte de Tilly_, 348.—«Cette fausseté, dit la
-Marck, a d'ailleurs été suffisamment prouvée, quelques années plus
-tard, par les comptes des finances du royaume, remis à l'Assemblée
-Constituante, qui les soumit à l'examen le plus rigoureux et
-le plus malveillant, spécialement en ce qui concernait cette
-affaire.»—_Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I,
-45.—Voir également sur ce sujet une conversation de Louis XVI avec
-Malesherbes, dans Hue.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, 437.
-
-[1690] _Mémoires de Mme Campan_, 203.
-
-[1691] De Loménie.—_Beaumarchais et son temps_, II, 304.
-
-[1692] _Mémoires de Mme Campan_, 202.
-
-[1693] _Beaumarchais et son temps_, II, 295.
-
-[1694] _Mémoires de la baronne d'Oberkirch_, I, 219.
-
-[1695] _Beaumarchais et son temps_, II, 304.
-
-[1696] _Mémoires de Mme Campan_, 204.
-
-[1697] _Beaumarchais et son temps_, II, 310, 311.
-
-[1698] _Ibid._, II, 316.
-
-[1699] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[1700] _Beaumarchais et son temps_, II, 325.
-
-[1701] _Mémoires de Mme Campan_, 205.
-
-[1702] _Beaumarchais et son temps_, II, 308.
-
-[1703] _Mémoires de Mme Campan_, 204.
-
-[1704] Notamment à M. de Vaudreuil.—_Ibid._, 205, 206.
-
-[1705] Grimm, _Correspondance littéraire_, septembre 1785.
-
-[1706] Ch. Chaix-d'Est-Ange vient de publier chez Quantin la très
-intéressante étude de son regretté père sur le _Procès du Collier_; on
-la consultera avec fruit.
-
-[1707] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 41.
-
-[1708] _Mémoires de Mme Campan_, 121.
-
-[1709] Mercy à Marie-Thérèse, 16 avril 1777.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 41.
-
-[1710] _Ibid._
-
-[1711] Le comte Beugnot raconte qu'il y eut comme une seconde édition
-de l'affaire. Une dame L..., femme de la Reine, aurait, par des moyens
-analogues à ceux qu'avait employés Mme de Villiers, escroqué quatre
-cent mille francs au sieur Béranger.—Nous croyons, malgré les détails
-précis que donne Beugnot, qu'il y a erreur. Il nous semble bien
-difficile d'admettre que Béranger, déjà dupé par Mme de Villiers, se
-soit laissé prendre une seconde fois.
-
-[1712] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 9.
-
-[1713] _Ibid._
-
-[1714] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, par E.
-Campardon, 272.
-
-[1715] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 10.
-
-[1716] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 272.
-
-[1717] Brevet de la pension, 9 décembre 1776.
-
-[1718] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 272.
-
-[1719] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 12 et 13.
-
-[1720] _Ibid._, 13 et 14.
-
-[1721] Les différents traits de ces deux portraits sont empruntés aux
-_Mémoires du comte Beugnot_, tome Ier, chapitre Ier.
-
-[1722] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 20.
-
-[1723] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207.
-
-[1724] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 274.
-
-[1725] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 21.
-
-[1726] _Ibid._, 30.
-
-[1727] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 14.
-
-[1728] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 34.
-
-[1729] _Mémoires du comte Beugnot._—Sur tout le premier séjour de Mme
-de la Motte à Paris, voir Beugnot qui abonde en détails piquants.
-
-[1730] _Procès du Collier_, 57.
-
-[1731] Marie-Thérèse au comte de Mercy, 8 juillet 1771.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, I, 184.
-
-[1732] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 21 juin 1771.—_Ibid._, I, 172.
-
-[1733] _Souvenirs et portraits_, par le duc de Lévis, 152.
-
-[1734] Marie-Thérèse à Mercy, 1er mars 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 284, 285.—Rohan était arrivé à Vienne le 6 janvier
-1772.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, I, 251, 253.
-
-[1735] La même au même, 1er septembre 1772.—_Ibid._, I, 345.
-
-[1736] Lettre du prince de Rohan à un de ses confidents, citée en note
-de la lettre du 9 janvier 1774.—_Ibid._, II, 92.
-
-[1737] Marie-Thérèse à Mercy, 3 février 1774.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 104.
-
-[1738] La même au même, 3 janvier 1775.—_Ibid._, II, 279.
-
-[1739] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777, 17 juillet
-1778.—_Ibid._, III, 24, 225.
-
-[1740] Marie-Thérèse à Mercy, 1er décembre 1773.—_Ibid._, II, 77.
-
-[1741] La même au même, juillet 1773, 3 octobre 1773.—_Ibid._, II, 2,
-51.
-
-[1742] La même au même, 1er décembre 1772.—_Ibid._, I, 345.
-
-[1743] La même au même, 31 janvier 1777.—_Ibid._, III, 13.
-
-[1744] La même au même, 18 mars 1772.—_Ibid._, I, 290.
-
-[1745] Marie-Thérèse à Mercy, 31 mars 1772.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, I, 291.
-
-[1746] Mercy à Marie-Thérèse, 14 novembre 1772.—_Ibid._, I, 378.
-
-[1747] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 13 août 1773.—_Ibid._, II, 17.
-
-[1748] Marie-Thérèse à Mercy, 14 avril 1775.—_Ibid._, II, 317.
-
-[1749] Mercy à Marie-Thérèse, 10 août 1774.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, II, 222.
-
-[1750] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 2 septembre 1774.—_Ibid._, II,
-229.
-
-[1751] Marie-Thérèse à Mercy, 3 avril 1773.—_Ibid._, I, 438.
-
-[1752] La même au même, 3 novembre 1777.—_Ibid._, III, 127.
-
-[1753] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 1er février 1782, XX, 78, 79.
-
-[1754] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 23, 24.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 18.
-
-[1755] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1777.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 24.
-
-[1756] Marie-Thérèse à Marie-Antoinette, 4 mars 1777.—_Correspondance
-secrète du comte de Mercy_, III, 30.
-
-[1757] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19.
-
-[1758] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet 1778.—_Corresp. secrète du
-Comte de Mercy_, III, 226.
-
-[1759] _Ibid._, III, 226.—_Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19.
-
-[1760] La Reine refusait même d'ouvrir ses lettres.—_Mémoires de l'abbé
-Georgel._
-
-[1761] _Mémoires de Mme Campan_, 120.
-
-[1762] _Ibid._, 182, 183.
-
-[1763] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 19.
-
-[1764] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207.
-
-[1765] Le fait s'était passé le 16 juin 1782.
-
-[1766] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 245.
-
-[1767] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Ibid._, 276.
-
-[1768] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 249.
-
-[1769] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 145.
-
-[1770] _Ibid._, 249.
-
-[1771] _Ibid._, 246.
-
-[1772] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 207,
-208.—_Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 16.
-
-[1773] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 93.
-
-[1774] Interrogatoire de Mme de la Motte.—_Procès du Collier_, 277.
-
-[1775] Interrogatoire du cardinal de Rohan, interrogatoire de Mme de la
-Motte.—_Procès du Collier_, 246, 277.
-
-[1776] _Mémoire pour Mme de la Motte._
-
-[1777] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 246.
-
-[1778] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 17.
-
-[1779] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 208.
-
-[1780] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 19.
-
-[1781] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 41.
-
-[1782] Confrontation du cardinal avec Mme de la Motte.—_Mémoires de
-l'abbé Georgel_, II, 55.
-
-[1783] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 38.
-
-[1784] Ce fut plus tard un de ses moyens de défense.—Interrogatoire de
-Rétaux de Villette.—_Procès du Collier_, 383 et suiv.
-
-[1785] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 51.
-
-[1786] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 20.
-
-[1787] _Second mémoire pour Mlle d'Oliva_, 25.—D'après les mémoires
-manuscrits du comte de la Motte, conservés aux Archives nationales
-(F 7), cette scène se serait passée dans le bosquet des bains
-d'Apollon.—_Le château de Versailles, histoire et description_, par
-L. Dussieux, professeur honoraire à l'Ecole militaire de Saint-Cyr.
-Versailles, Bernard, 1881, II, 47, note.
-
-[1788] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_, 356.
-
-[1789] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_, 352.
-
-[1790] Interrogatoire de Mlle d'Oliva.—_Procès du Collier_,
-353.—_Mémoire pour Mlle d'Oliva_, 14.
-
-[1791] Interrogatoire de Rétaux de Villette.—_Procès du Collier_,
-362.—_Second mémoire pour Mlle d'Oliva_, 20.
-
-[1792] _Mémoire pour Mlle d'Oliva_, 17.
-
-[1793] _Ibid._
-
-[1794] _Mémoires du comte de Beugnot_, I, 56.
-
-[1795] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 25, 26.
-
-[1796] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 26.—Interrogatoire du
-cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 210.
-
-[1797] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 26.
-
-[1798] Rue Neuve-Saint-Gilles, no 13, au Marais.—_Mémoires secrets
-pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 24 février
-1786, XXI, 132.
-
-[1799] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 28.
-
-[1800] Déposition Furet.—_Procès du Collier_, 70.
-
-[1801] Déposition Régnier.—_Ibid._, 70.
-
-[1802] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 50.
-
-[1803] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 54.
-
-[1804] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 28.
-
-[1805] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 48, 49.—Sur tout cet épisode du
-séjour à Bar, ces mémoires sont très curieux.
-
-[1806] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 32.
-
-[1807] _Mémoires de Mme Campan_, 208, 209.
-
-[1808] _Mémoire remis à la Reine._
-
-[1809] _Mémoires de Mme Campan_, 210.
-
-[1810] _Mémoire instructif sur la connaissance de Mme la comtesse de
-Valois avec les sieurs Boehmer et Bassange_, 22.
-
-[1811] _Mémoire remis à la Reine par les joailliers._
-
-[1812] _Mémoire pour le cardinal de Rohan_, 38.—Marie-Antoinette à
-Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_,
-93.
-
-[1813] Déposition de Bassange.
-
-[1814] Interrogatoire de Rétaux.—_Procès du Collier_, 369.
-
-[1815] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 214,
-215.
-
-[1816] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 217.
-
-[1817] _Ibid._, 219.
-
-[1818] Déposition de Perregaux.
-
-[1819] _Mémoires de Mme Campan_, 210.
-
-[1820] Déposition de Bassange.—_Procès du Collier_, 102.—Interrogatoire
-du cardinal de Rohan.—_Ibid._, 239.
-
-[1821] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 239.
-
-[1822] Interrogatoire de Cagliostro.—_Ibid._, 342, 343.
-
-[1823] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Ibid._, 239.
-
-[1824] Déposition de Bassange.—_Procès du Collier_, 105.
-
-[1825] «Si je vous disais que j'ai traité directement, seriez-vous
-tranquille? Eh bien! je vous affirme que j'ai traité directement et je
-vous l'assure en levant le bras en signe d'affirmation. Allez-vous-en
-rassurer votre associé.»—Confrontation de Bassange et de Boehmer avec
-la dame de la Motte.—_Ibid._, 106.
-
-[1826] Interrogatoire du cardinal de Rohan.—_Procès du Collier_, 224.
-
-[1827] _Mémoires de Mme Campan_, 426.—_Éclaircissements._
-
-[1828] _Ibid._, 212, 456.
-
-[1829] _Mémoires de Mme Campan_, 457.—_Éclaircissements._
-
-[1830] _Ibid._, 213.
-
-[1831] _Mémoire instructif sur la connaissance de Mme la comtesse
-de Valois avec les sieurs Boehmer et Bassange._—D'après Mme Campan
-ce serait le 14 août seulement que Boehmer serait venu à Trianon,
-et elle ajoute: «Le jour même de la représentation de la comédie de
-Beaumarchais.» Il y a là une double erreur. Le _Barbier de Séville_ a
-été représenté à Trianon le 19 août, quatre jours après l'arrestation
-du cardinal de Rohan, et Boehmer n'y est venu ni le 19 ni même le 14,
-mais le 9, comme il le déclare lui-même. Le 12 août, lui et son associé
-remirent à la Reine un mémoire explicatif. Ces erreurs de date ne nous
-semblent pas cependant devoir faire rejeter en entier le récit de Mme
-Campan, comme le demande M. Flammermont. Certains détails de ce récit
-sont en effet confirmés par des documents authentiques. Ainsi, les
-joailliers racontent que «n'ayant point été assez heureux pour obtenir
-une audience à cette époque,—le 3 août,—ils ne purent rendre compte de
-l'affaire que le 9 du même mois qu'il plut à S. M. la Reine de faire
-demander le sieur Boehmer pour se rendre à Trianon».
-
-[1832] _Mémoires de Mme Campan_, 458.
-
-[1833] On se souvient que tel avait été déjà l'avis de Mercy, lors de
-l'escroquerie de la dame de Villiers.
-
-[1834] _Mémoires de Mme Campan_, 458.
-
-[1835] _Ibid._
-
-[1836] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1786.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 94.—Plusieurs lettres de Vergennes,
-conservées dans les archives de la maison de Bernis, confirment cette
-assertion de la Reine.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_,
-par F. Masson, 436, note.
-
-[1837] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 28 novembre, 1785, XXX, 95.
-
-[1838] _Troisièmes et itératives remontrances de la Cour sur la
-réponse faite au nom de Sa Majesté aux précédentes remontrances
-sur les Quinze-Vingts_ (mars 1785).—Le cardinal fut déchargé de
-cette accusation au printemps de 1786, sur le rapport même du
-baron de Breteuil.—_Correspondance secrète inédite sur Louis XVI,
-Marie-Antoinette, la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 28.
-
-[1839] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre
-1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95.
-
-[1840] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XXVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 258.
-
-[1841] _Mémoires de Mme Campan_, 459.
-
-[1842] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre
-1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 96.
-
-[1843] La même au même, 22 août 1785.—_Ibid._, 94.
-
-[1844] On accusait Vergennes de partialité pour le cardinal de
-Rohan.—Mercy à Joseph II, 27 décembre 1785.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy avec L'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz_, I,
-473.
-
-[1845] Louis XVI à Vergennes, samedi 19 août 1785.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 152.
-
-[1846] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 août 1785.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 94. Vergennes lui-même partagea plus tard
-cette opinion: «L'affaire de M. de Rohan, écrivait-il au cardinal de
-Bernis, le 22 novembre, ne peut finir sans jugement. La nature de
-cette affaire, l'éclat qu'elle a eu, la manière même dont elle a été
-entamée, de l'aveu même de M. le cardinal, exigent qu'il n'y reste
-aucune obscurité et que le cours de la justice ait son plein effet.»
-_Archives étrangères. Vergennes à Bernis, 22 novembre 1785_, cité par
-F. Masson.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 440.
-
-[1847] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 258.
-
-[1848] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 256.
-
-[1849] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 18 août 1785, XXIX, 209, 210.
-
-[1850] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 97.
-
-[1851] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 23 mars 1786, XXXI, 200.
-
-[1852] _Ibid._, 5 avril 1786, XXXI, 237.
-
-[1853] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre
-1785.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95.
-
-[1854] Lettres patentes, etc.—_Procès du Collier_, 47.
-
-[1855] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 29 août 1785, XXIX, 235-236.
-
-[1856] L'Empereur fut un moment tenté d'intervenir.—_Le cardinal de
-Bernis depuis son ministère_, 440.
-
-[1857] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 13 et 18 septembre 1785, XXIX, 262, 266.
-
-[1858] _Ibid._, 6 avril 1786, XX, 240.
-
-[1859] _Ibid._—_Voir_, sur l'émotion excitée à Rome par l'arrestation
-du cardinal, M. F. Masson.—_Le cardinal de Bernis depuis son
-ministère_, 436 et suiv.—Bernis eut beaucoup de peine à empêcher une
-protestation publique du Pape et du Sacré-Collège.
-
-[1860] Staël à Gustave III, 19 juin 1786.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 30.—Staël ajoute: «En général je ne trouve
-pas qu'on ait pour la Reine le sentiment qu'elle devrait inspirer. Sou
-désir de plaire ne lui a pas réussi même autant que cela aurait l'ait à
-une particulière.»
-
-[1861] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 117.
-
-[1862] _Mémoires de Mme Campan_, 464.—_Éclaircissements._
-
-[1863] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 195, 196.
-
-[1864] _Ibid._, II, 179.
-
-[1865] Marie-Antoinette à Joseph II, 19 septembre
-1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 95.
-
-[1866] Louis XVI à Vergennes, 3 mars 1775.—_Corresp. secrète inédite de
-Louis XV sur la politique étrangère_, publiée par M. Boutarie, II, 482.
-
-[1867] _Troisièmes et itératives remontrances de la Cour sur la réponse
-faite au nom de Sa Majesté aux précédentes remontrances sur les
-Quinze-Vingts._
-
-[1868] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 269.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la
-République des lettres_, 11 mars 1786, XXXI, 170.
-
-[1869] Lettre du marquis de Villette au maréchal de Soubise.—_Mémoires
-secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 10
-janvier 1784, XXV, 24.
-
-[1870] Lettre de la comtesse de Coislin au duc d'Harcourt.—_Le
-Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe _siècles_,
-IV, 238.
-
-[1871] _Mémoires du comte Beugnot_, I, 116.
-
-[1872] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la
-Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 31.
-
-[1873] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 mars 1786, XXXI, 155.
-
-[1874] _Ibid._
-
-[1875] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 265.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la
-République des lettres_, 13 janvier 1786, XXXI, 30, 31.—On chantait
-encore cet autre couplet, peu flatteur pour le cardinal, et qui faisait
-allusion à ses moyens de défense:
-
- Oliva dit qu'il est dindon;
- La Motte dit qu'il est fripon;
- Lui se proclame un vrai bêta.
- Alleluia!
-
-
-[1876] _Corresp. de la marquise de Sabran avec le chevalier de
-Boufflers_, 12.
-
-[1877] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 275.
-
-[1878] _Mémoires de l'abbé Georgel_, II, 198.
-
-[1879] _Procès du Collier_, 148.
-
-[1880] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 14 juillet 1786, XXXII, 192.
-
-[1881] _Correspondance de la marquise de Sabran avec le chevalier de
-Boufflers_, 122, 123.
-
-[1882] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 5 juin 1786, XXXII, 95.
-
-[1883] _Ibid._, même date, XXXII, 95, 96,
-
-[1884] _Ibid._, 96.
-
-[1885] _Correspond. de la marquise de Sabran avec le chevalier de
-Boufflers_, 124.
-
-[1886] Droz, _Histoire du règne de Louis XVI_, I, 449.
-
-[1887] _Corresp. de la marquise de Sabran avec le chevalier de
-Boufflers_, 124.
-
-[1888] _Ibid._, 133.
-
-[1889] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République de
-lettres_, 2 juin 1786, XXXII, 91.
-
-[1890] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la
-Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 48.
-
-[1891] _Procès du Collier_, 156, note. A la Révolution, le cardinal,
-après avoir un instant hésité, fut de ceux qui restèrent fidèles. Il se
-retira dans la partie allemande de son diocèse et racheta en partie,
-par sa conduite, les torts de sa vie passée.
-
-[1892] Vergennes à Bernis, 5 juin 1786.—Archives Bernis.—Cité par M.
-Fr. Masson, _Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 444, note.
-
-[1893] Voir _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 21.
-
-[1894] _Mémoires de Mme Campan_, 221.
-
-[1895] _Ibid._, 462.
-
-[1896] Le duc d'Harcourt à M. de Villedeuil, 11 juin 1786.—_Le
-Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe _siècles_,
-III, 316, 317.
-
-[1897] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 151.
-
-[1898] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 52.
-
-[1899] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 151, 152.
-
-[1900] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 juillet 1786, XXXII, 166.
-
-[1901] _Ibid._, 7 juillet 1786, XXXII, 176.
-
-[1902] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 7 juillet 1786, XXXII, 174.
-
-[1903] _Ibid._, 15 juillet 1786, XXXII, 193, 194.
-
-[1904] _Ibid._, 9 juillet 1786, XXXII, 183.
-
-[1905] _Correspondance littéraire de Grimm_, juillet 1786, 3e partie,
-IV, 8.
-
-[1906] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 55.
-
-[1907] Mme de Staël à Gustave III, novembre 1786.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 404, 405.
-
-[1908] Lettré du comte de Salmour, envoyé de Saxe, à M. de Stutterheim,
-avril 1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 165: «Quoique,
-depuis quelque temps, elle—la Reine—ne se mêle pas aussi directement
-des affaires qu'on le croit à l'étranger, malgré que quelques personnes
-aient l'air de dédaigner sa faveur, après avoir vu l'impossibilité
-de l'obtenir, il n'en est pas moins vrai que son influence procurera
-toujours dans ce pays une existence majeure à ceux qu'elle voudra
-protéger.»
-
-[1909] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 27 février 1785, XXVIII, 176.
-
-[1910] Dans les commentaires si curieux et si intéressants dont il a
-accompagné la publication du _Livre-Journal_ de la couturière de la
-Reine, Mme Eloffe, le comte de Reiset a donné la reproduction d'un
-corsage de Marie-Antoinette, conservé avec le journal. D'après les
-mesures prises sur ce corsage par des couturières en renom, le tour de
-taille de la Reine à cette époque, vers 1787—ou 1788—devait être de 54
-à 58 centimètres.
-
-[1911] En 1785, suivant Métra, il n'y eut pas moins de 363
-gentilshommes et 241 dames qui sollicitèrent l'honneur d'être présentés
-à la famille royale. Versailles reprit son ancien éclat: la Reine donna
-des bals dans l'ancien théâtre de la Cour des Princes et des spectacles
-où fut admise toute la Cour, dans une salle disposée à l'extrémité
-de l'aile droite du château.—_Le Petit Trianon_, 271. Dans l'hiver
-de 1786, les bals eurent un éclat particulier. La salle de bal était
-arrangée comme un palais de fée; on y avait représenté le jardin de
-Trianon avec jets d'eau, bosquets de verdure, statues, buissons de
-roses; la salle de billard était illuminée; une énorme glace sans tain
-séparait la salle de bal de la salle de jeu.—Mme de Staël à Gustave
-III, _Gustave III et la Cour de France_, I, 393.—C'était une sorte
-d'adieu; les bals devaient finir en 1787.
-
-[1912] Mme de Staël à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de
-France_, I, 407.—«Sa Majesté joue beaucoup plus petit jeu, au
-quinze, au billard, au trictrac.»—Lettre du comte de Salmour à M. de
-Stutterheim.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 165.
-
-[1913] Mme de Staël à Gustave III.—_Gustave III et la Cour de France_,
-I, 407.
-
-[1914] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 2 septembre 1785, XXIX, 242, 243.
-
-[1915] Voir sur ces économies de la Reine pour sa toilette la belle
-publication du comte de Reiset. _Livre-journal de Mme Eloffe_, II,
-507 et suiv. Tous les détails sont donnés avec les dates. Pendant les
-cinq années et demie auxquelles s'applique le journal de Mme Eloffe,
-la Reine dépensa moins chez sa couturière que Mme Adelaïde. Sa dépense
-annuelle n'excède guère douze à treize mille francs.
-
-[1916] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 140.
-
-[1917] _Souvenirs d'un page_, par le comte d'Hésecques, 15.—M.
-d'Hésecques, qui vit précisément la Reine à cette époque, prétend
-qu'elle prit cette démarche fière pour se raidir contre les calomnies.
-
-[1918] Mme de Staël à Gustave III, novembre 1786.—_Gustave III et la
-Cour de France_, I, 407.—Voir aussi _Souvenirs d'émigration_, par la
-marquise de Lâge, lettre du 14 mai 1789, LXXI. «Malgré sa bonté et
-quelquefois sa bienveillance, il n'y a pas d'esprit et dignité qui
-tiennent vis-à-vis de cet air si grand et si digne.»
-
-[1919] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 19 septembre 1782, XXI, 128.—Voir aussi la _Correspondance de
-Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 126, 132.
-
-[1920] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 3 mai 1783, XXII, 301.
-
-[1921] _Ibid._, 302.
-
-[1922] _Ibid._, 26 octobre 1783, XXIII, 263.
-
-[1923] _Ibid._—Voir aussi _Corresp. de Mercy avec Joseph II et
-Kaunitz_, I, 138, 151.
-
-[1924] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 février
-1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 112.
-
-[1925] _Ibid._, 113.
-
-[1926] _Mémoires de Mme Campan_, 198.
-
-[1927] _Marie-Thérèse de France_, par Alfred Nettement, 38, 39.
-
-[1928] Mme de Staël à Gustave III, 11 novembre 1786.—_Gustave III et la
-Cour de France_, II, 243.
-
-[1929] _Souvenirs et Mélanges_, par le comte d'Haussonville.
-
-[1930] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 12 mai
-1781.—_Archives de Versailles_, E, 432.
-
-[1931] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 5 juin 1786, 127.
-
-[1932] «J'ai joué, encore enfant, la comédie devant elle
-(Marie-Antoinette), disait M. de Sabran au comte de Reiset et
-elle m'a si bien embrassé que je me rappelle encore le sentiment
-d'orgueil que produisit sur moi cette marque de tendresse. Il faut
-avoir vu Marie-Antoinette pour bien se rendre compte de la grâce
-et du charme dont Dieu l'avait comblée. Pauvre Reine! elle a été
-calomniée!»—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde
-de France_, publiées par le comte de Reiset, 119.
-
-[1933] Dans le rude hiver de 1784, elle envoie cinq cents louis
-au lieutenant de police pour les pauvres et douze mille livres à
-l'archevêque de Paris, en déclarant que «jamais dépense ne fut plus
-agréable à son cœur».—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la
-République des lettres_, 30 janvier,—6 février 1784, XXV, 74, 84.—C'est
-à cette occasion qu'on éleva dans les rues de Paris des pyramides de
-glace en l'honneur du Roi et de la Reine, avec ces vers:
-
- Reine, dont la bonté surpasse les appas,
- Près d'un Roi bienfaisant occupe ici ta place.
- Si ce monument frêle est de neige et de glace,
- Nos cœurs pour toi ne le sont pas.
-
-_Ibid._, 24 février 1784, XXV, 120.
-
-[1934] _Souvenirs et mémoires du prince de Ligne._
-
-[1935] _Journal de Louis XVI_, cité dans le _Petit Trianon_, 318.
-
-[1936] _Mémoires de Mme Campan_, 185, 186.
-
-[1937] _Le Barbier de Séville_, acte II, scène VIII.
-
-[1938] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 29 mars 1784, XXV, 201.
-
-[1939] _Mémoires de Mme Campan_, 119.
-
-[1940] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 26 janvier 1782, XX, 56.
-
-[1941] _Ibid._, 9 février 1781, XVII, 63.
-
-[1942] _Le Gouvernement de Normandie pendant les_ XVIIe _et_ XVIIIe
-_siècles_, IV, 113.
-
-[1943] _Portefeuille d'un talon-rouge_, 20.
-
-[1944] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, X, 239.
-
-[1945] _Portefeuille d'un talon-rouge_, 23.
-
-[1946] Ils voyagent sous le nom de comte et comtesse de Nellembourg et
-restent en France du 11 mai au 17 juin 1786.
-
-[1947] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 41.
-
-[1948] _Ibid._, II, 41.
-
-[1949] Du 26 juillet au 28 août 1786, sous le nom de comte et comtesse
-de Bély.
-
-[1950] Le comte de Mercy au duc de Saxe-Teschen, 2 mars 1784.—_Louis
-XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 82.
-
-[1951] Fragments des Mémoires du duc de Saxe-Teschen.—_Ibid._, 139.
-
-[1952] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 29 octobre 1784, XXVI, 267.
-
-[1953] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 16 octobre
-1784.—_Archives de Versailles._
-
-[1954] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 10 mars 1783, XXII, 153.
-
-[1955] _Mémoires d'Augeard_, 135.
-
-[1956] Sénac de Meilhan. _Mœurs et portraits de ce temps_, 43, note.—La
-vente du château Trompette à Bordeaux a produit précisément six
-millions.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République
-des lettres_, 20 février 1785, XXVIII, 152, 153.
-
-[1957] _Ibid._, 153.
-
-[1958] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 168.
-
-[1959] _Mémoires de Mme Campan_, 200.
-
-[1960] _Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 8
-mars 1787, 46.—Lettre du comte de Salmour à M. de Stutterheim, avril
-1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 166.
-
-[1961] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 13 avril 1787, XXXIV, 394.
-
-[1962] _Ibid._, XXXVI. 91.
-
-[1963] Joseph II à Marie-Christine, 31 août 1786.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 411.
-
-[1964] _Mémoires de Mme Vigée-Lebrun_, I, 46.
-
-[1965] _Mémoires de Mme Vigée-Lebrun_, I, 49.—_Le Petit Trianon_, 336.
-
-[1966] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la
-Cour et la ville_, de 1777 à 1792, 9 février 1787, II, 109.
-
-[1967] _Ibid._, 28 septembre 1787, II, 186.
-
-[1968] _Anecdotes du règne de Louis XVI_, citées en note dans les
-_Mémoires de Mme Campan_, 226.
-
-[1969] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, XXXV, 101, 102.
-
-[1970] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_,
-61.
-
-[1971] Staël à Gustave III, 8 février 1787.—_Corresp. diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 39.—Toutes les correspondances du temps
-signalent ce refroidissement de la Reine et de Mme de Polignac. «Elles
-ne tiennent plus l'une à l'autre, écrit l'envoyé de Saxe, le comte de
-Salmour, que par les liens d'une longue habitude.»—Le comte de Salmour
-à M. de Stutterheim, avril 1787.—_Revue de la Révolution_, décembre
-1886, p. 166.
-
-[1972] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_,
-56, 59.
-
-[1973] Staël à Gustave III, 2 et 8 février 1787.—_Corresp. diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 37, 39.
-
-[1974] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_,
-I, 60.
-
-[1975] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme
-Elisabeth_, 98.
-
-[1976] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 24 juin 1787, 249.
-
-[1977] Marie-Antoinette à Mme Elisabeth, 22 juin 1787.—_Vie de Mme
-Elisabeth_ par M. de Beauchesne, I, 267.
-
-[1978] _Mémoires de Weber_, 210.
-
-[1979] Staël à Gustave III, 13 janvier 1788.—_Corresp. diplomatique du
-baron de Staël-Holstein_, 81.—Staël ajoute; «Quelques-uns attribuent
-ce changement aux ennuis et aux chagrins qui, depuis l'année dernière,
-ont altéré sa gaîté, à la dureté avec laquelle ses actions ont été
-blâmées, à la crainte que lui a souvent inspirée la turbulence des
-basses classes, enfin à ce penchant naturel à l'humanité de se jeter
-d'un extrême dans l'autre.» _Ibid._
-
-[1980] _Mémoires de Mme Campan_, 224, 225.
-
-[1981] Un fait curieux, relevé par Necker et consigné par Bachaumont,
-c'est que les dépenses de la Maison du Roi avaient diminué depuis
-Louis XVI. «Malgré l'énorme différence d'un siècle et des valeurs, dit
-le chroniqueur, la dépense actuelle ordinaire et regardée jusqu'ici
-comme essentielle pour la dignité royale était moindre en 1780 qu'en
-1699.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 23 septembre 1780, XVI, 4.
-
-[1982] Le vendredi 29 décembre 1786.—_Ibid._, 1er janvier 1787, XXXIV,
-1.
-
-[1983] Lettre de Mme Elisabeth, 15 mars 1787, citée par M. de
-Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth_.
-
-[1984] Lettre du comte de Salmour, envoyé de Saxe, à M. de Stutterheim,
-ministre des affaires étrangères de l'électeur de Saxe, avril
-1787.»—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, 165.
-
-[1985] Certains hommes d'Etat étaient moins confiants que le Roi
-et partageaient les craintes de la Reine. De Rome, le cardinal de
-Bernis écrivait à Vergennes, le 13 février, le jour même où Vergennes
-mourait: «Je suis bien vieux, mais je voudrais l'être davantage.
-L'avenir me fait peur.» Bernis à Vergennes, 13 février 1787. Archives
-de Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 448.—La
-convocation des États généraux ne calma point les pressentiments
-sinistres du vieux cardinal.
-
-[1986] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, 17 février 1787, XXXIV, 156, 157.
-
-[1987] _Corresp. littéraire de Grimm_, 3e partie, IV, 157.
-
-[1988] Notamment de la publication de l'_Avertissement_, où Calonne,
-par la plume de Gerbier, les accusait de sacrifier les intérêts publics
-à leurs intérêts propres.
-
-[1989] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la
-Cour et la ville_, II, 131, 133, 138.—La Reine, suivant Staël, aurait
-porté les derniers coups, en ouvrant les yeux du Roi que fascinait
-encore l'esprit du contrôleur général.—_Corresp. diplomatique du baron
-de Staël-Holstein_, 8 mars 1787, p. 46.
-
-[1990] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, Journal, 12 juillet 1787, p. 268.
-
-[1991] _Mémoires de Mme Campan._
-
-[1992] Pendant sa dernière maladie, la Reine, fidèle à ses souvenirs et
-à ses affections, envoyait demander des nouvelles tous les jours et à
-la fin quatre fois par jour.—_Mémoires secrets pour servir à l'histoire
-de La République des lettres_, 8 et 13 mai 1785, XXIX, 20, 28.
-
-[1993] _Du gouvernement, des mœurs, et des conditions en France avant
-la Révolution_, par Sénac de Meilhan, 109.
-
-[1994] Note de Montmorin, citée par Droz, I, 105.
-
-[1995] Mme de Staël.—_Considérations sur la Révolution française_, I,
-95.
-
-[1996] Voir notamment les lettres de Staël, des 3 mars 1785, 8 février,
-6 mai 1787. _Corresp. diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 14, 39,
-55.—Staël, gendre de Necker, n'est évidemment pas suspect ici.
-
-[1997] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 130.—Voir aussi
-_Corresp. de Mercy avec Joseph II et Kaunitz_, I, 81.
-
-[1998] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_,
-I, 5.
-
-[1999] _Mémoires de Weber_, 105.
-
-[2000] _Ibid._
-
-[2001] Mercy à Marie-Thérèse, 17 décembre 1775.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 411.
-
-[2002] Le même à la même, 15 juin 1777.—_Ibid._, III, 70.
-
-[2003] Le même à la même, 15 juillet 1777.—_Ibid._, III, 95. Cette
-bonne opinion de Joseph II et de Mercy sur Brienne persista jusqu'au
-bout. Voir la _Corresp. de Mercy avec Joseph. II et Kaunitz_, I, 73,
-80, 81, 84, 87, etc.
-
-[2004] Mercy à Marie-Thérèse, 19 novembre 1775.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 401.
-
-[2005] _Ibid._
-
-[2006] _Mémoires de Weber_, 105.
-
-[2007] Mercy à Marie-Thérèse, 18 novembre 1780.—_Corresp. secrète
-du comte de Mercy_, III, 491.—«C'est un des meilleurs prélats
-administrateurs de la nouvelle école,» dit Bachaumont.—_Mémoires
-secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres_, 3
-février 1783, XXIII, 73.
-
-[2008] _Corresp. entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_,
-I, 50.
-
-[2009] _Corresp. de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 8 mai 1787, 230.—«C'est la plus pauvre tête du Conseil
-d'État,» disait Mme Staël.—_Considérations sur la Révolution
-française_, I, 98.—_Voir_ aussi _Particularités et observations sur les
-contrôleurs généraux des finances_, par M. de Montyon.
-
-[2010] Staël à Gustave III, 31 mars 1787.—_Corresp. diplomatique du
-baron de Staël-Holstein_, 59.
-
-[2011] Le 25 mai 1787.
-
-[2012] _Considérations sur la Révolution française_, par Mme de Staël,
-I, 101, 102.
-
-[2013] Droz, _Histoire de Louis XVI_, II, 6, 7.
-
-[2014] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 299.
-
-[2015] Marie-Antoinette à Joseph II, 22 février
-1788.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 113.
-
-[2016] _Correspondance secrète inédite sur Marie-Antoinette, Louis XVI,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 147.
-
-[2017] _Ibid._, 15 avril 1787, II, 125.—_Mémoires secrets pour servir à
-l'histoire de la République des lettres_, 5 avril 1787, XXXIV, 356.
-
-[2018] _Ibid._, 7 février 1787, XXXIV, 113.
-
-[2019] La réforme seule de l'écurie atteignait cent mille écus.—Fersen
-à son père, 25 mai 1787.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_,
-Introduction, XLV.
-
-[2020] _Correspondance secrète sur Marie-Antoinette, Louis XVI, la Cour
-et la ville_, II, 182.
-
-[2021] _Souvenirs d'un page_, 223, 224.
-
-[2022] _Mémoires de Besenval_, 306.
-
-[2023] Fersen à son père, 25 mai 1787.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France._ Introduction, XLII.
-
-[2024] _Correspondance de la marquise de Sabran et du chevalier de
-Boufflers_, 300.
-
-[2025] _Ibid._
-
-[2026] Notamment Vaudreuil et Coigny.—_Ibid._, 300.
-
-[2027] _Ibid._
-
-[2028] _Mémoires du baron de Besenval_, 305.
-
-[2029] _Ibid._, 306.
-
-[2030] Voir sur ces affaires de Hollande le curieux ouvrage de M.
-Pierre de Witt.
-
-[2031] Marie-Antoinette à Joseph II, 24 avril 1788.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 115.
-
-[2032] La même au même, 16 juillet 1788.—_Ibid._, 117.
-
-[2033] _Mémoires de Weber._
-
-[2034] _Mémoires de Mme Campan_, 223, note.
-
-[2035] _Ibid._, 225. Cette répugnance de la Reine pour les affaires
-est comme attestée à chaque page par la _Correspondance de Mercy avec
-Joseph II et Kaunitz_.
-
-[2036] _Mémoires de Weber_, 112.
-
-[2037] Droz: _Histoire de Louis XVI_, II, 78.
-
-[2038] _Mémoires de Weber_, 145.
-
-[2039] _Ibid._
-
-[2040] Marie-Antoinette à Mercy, 19 août 1788.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 197.
-
-[2041] Necker à Mercy, 21 août 1788.—_Ibid._, 204.
-
-[2042] Marie-Antoinette à Mercy, 17 août 1788.—_Ibid._, 198.
-
-[2043] 25 août 1788.—_Mémoires de Weber_, 154.
-
-[2044] Marie-Antoinette à Mercy, 25 août 1788.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 216.—_Voir_ aussi: _Mémoires
-de Weber_, 154. Sénac de Meilhan, _Du gouvernement des mœurs et des
-caractères de ce temps_, 213.—«M. Necker est arrivé au ministère par le
-choix de la Reine,» écrivait Staël qui devait être bien informé.—Staël
-à Gustave III, 31 août 1788.—_Correspondance diplomatique du baron de
-Staël-Holstein_, 88.
-
-[2045] _Correspondance du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_,
-I, 53.
-
-[2046] Marie-Antoinette à Mercy, 23 août 1783.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 216.
-
-[2047] «Ah! que ne m'a-t-on donné ses quinze mois!—de l'archevêque de
-Sens.—A présent, c'est trop tard,» s'écria, dit-on, Necker.—Mme de
-Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I, 128.
-
-[2048] Le prince de Ligne à Joseph II, mai 1788, cité par M. de
-Falloux. _Louis XVI_, p. 132.
-
-[2049] Il en paraissait de dix à douze par jour.—Le comte de Fersen, à
-son père, 10 décembre 1788.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_,
-Introduction, XLV.
-
-[2050] _Mémoires de Weber_, 160-163.
-
-[2051] _Voir_ sur ce rôle grandissant du Tiers-État, le bel ouvrage de
-M. Babeau: _Les Bourgeois d'autrefois_, Paris, Didot, 1886.
-
-[2052] Fersen, à son père, 10 décembre 1788. _Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, Introduction, XLIV, XLV.
-
-[2053] Sénac de Meilhan. _Du gouvernement, des mœurs et des conditions
-en France avant la Révolution_, 190.—_Mémoires de Mme Campan_, 226.
-
-[2054] _Histoire du règne de Louis XVI_, par Droz, 128.
-
-[2055] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, lettre du 17
-avril 1789, p. LXXIII.
-
-[2056] «Il y a plus de politique entre eux,—la Reine et le comte
-d'Artois,—que de cordialité,» écrivait, dès le commencement de 1787, le
-comte de Salmour.—Lettre du comte de Salmour à M. de Stutterheim, avril
-1787.—_Revue de la Révolution_, décembre 1886, p. 166.
-
-[2057] _Mémoires de Mme Campan_, 227.
-
-[2058] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 décembre 1777.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, II, 404.
-
-[2059] Mercy à Marie-Thérèse, 18 octobre 1776.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, II, 503.—_Voir_, pour les détails de cette fête de
-Brunoy, les _Mémoires de Mme Campan_, 135, 136.
-
-[2060] Marie-Antoinette à la princesse de Lamballe, juillet
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 148.
-
-[2061] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1777.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 97.
-
-[2062] Le même à la même, 15 novembre 1775.—_Ibid._, II, 399.
-
-[2063] Le même à la même, 15 août 1774.—_Ibid._, II, 217.
-
-[2064] _Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des
-lettres_, XXXVI.
-
-[2065] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 16 juillet
-1775.—_Correspondance secrète du comte de Mercy_, II, 352.
-
-[2066] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Ibid._, III,
-447.—_Souvenirs d'un page_, 57.
-
-[2067] Mercy à Marie-Thérèse, 15 juillet 1780.—_Correspondance secrète
-du comte de Mercy_, III, 447.
-
-[2068] Chose curieuse, un des griefs de Madame contre sa belle-sœur,
-était précisément la froideur que la Reine avait montrée à Mme de
-Balbi, lorsqu'elle la lui avait présentée comme survivancière de la
-duchesse de Lesparre, sa dame d'atours. _Voir_ les lettres de Mercy à
-Marie-Thérèse des 15 juillet, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 447, 557.—Confér.: _Mémoires secrets pour servir
-à l'histoire de la République des lettres_, 15 septembre 1780, XV, 303.
-
-[2069] Mercy à Marie-Thérèse, 16 août 1780.—_Correspondance secrète du
-comte de Mercy_, III, 457.
-
-[2070] _Souvenirs d'un page_, 58.
-
-[2071] Mercy à Marie-Thérèse, 17 octobre 1777.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, III, 123.
-
-[2072] Le même à la même, 29 mai 1778.—_Ibid._, 208.—Lettre du comte
-de Salmour à M. de Stutterheim, avril 1787.—_Revue de la Révolution_,
-décembre 1886, p. 166.
-
-[2073] Mercy à Marie-Thérèse, 17 avril 1780.—_Corresp. secrète du comte
-de Mercy_, III, 422.
-
-[2074] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 27 décembre
-1781.—_Archives de Versailles_, E, 432.
-
-[2075] Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 15 septembre 1778.—_Corresp.
-secrète du comte de Mercy_, II, 374.
-
-[2076] _Voir_ notamment les lettres de la marquise de Bombelles à son
-mari des 23 juin et 14 juillet 1781.—_Archives de Versailles_, E.
-
-[2077] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme
-Elisabeth_, 10.
-
-[2078] _Histoire de Mme Elisabeth_, par M. de Beauchesne, I, 261.
-
-[2079] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 8 septembre
-1781.—_Archives de Versailles_, E.
-
-[2080] La même au même, 9 septembre 1781.—_Ibid._
-
-[2081] La marquise de Bombelles au marquis de Bombelles, 9 septembre
-1781.—_Archives de Versailles._
-
-[2082] La même au même, 31 août 1781.—_Ibid._
-
-[2083] La même au même, 12 décembre 1781.—_Ibid._—Mme Elisabeth à Mme
-de Bombelles, 25 juin 1787.—_Corresp. de Mme Elisabeth_, 98.
-
-[2084] Lettre du 15 mars 1787, citée par M. de Beauchesne. _Histoire de
-Mme Elisabeth_, I, 257.
-
-[2085] _Mesdames de France_, par M. A. de Barthélemy, 364.
-
-[2086] _Ibid._, 363.
-
-[2087] _Ibid._, 364.
-
-[2088] Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1774.—_Corresp. secrète du
-comte de Mercy_, II, 111.
-
-[2089] _Correspondance secrète de Métra._
-
-[2090] _Souvenirs d'un page_, 79.
-
-[2091] _Corresp. du comte de Mirabeau et du comte de la Marck_, I, 68.
-
-[2092] Louis XV s'était vainement opposé à ce mariage.—_Mémoires de la
-baronne d'Oberkirch_, I, 218, 219.
-
-[2093] Mercy à Marie-Thérèse, 28 février 1776, 15 et 19 février
-1777.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, II, 427; III, 19, 25.
-
-[2094] Le même à la même, 17 août 1776.—_Ibid._, II, 476.
-
-[2095] Le même à la même, 17 novembre 1778.—_Ibid._, III, 264.
-
-[2096] _Voir_ Chevallier, _Histoire de la marine française_.
-
-[2097] La Reine avait fait créer tout exprès pour lui la charge de
-colonel général des hussards et troupes légères.—Mercy à Marie-Thérèse,
-17 novembre 1778.—_Corresp. secrète du comte de Mercy_, III, 264.
-
-[2098] _Corresp. secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la
-Cour et la ville_, de 1777 à 1792, II, 204.
-
-[2099] _Ibid._, II, 203.
-
-[2100] _Ibid._, II, 204.
-
-[2101] _Mémoires de Besenval_, 323.
-
-[2102] Par suite de la sécheresse de l'été.—Fersen à son père, 10
-décembre 1788.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, Introduction,
-XLV.
-
-
-
-
- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ Corrections: │
- │ p. 27: halangua ⟶ harangua. «...la harangua en allemand. » │
- │ p. 183: Post-scriptum de Louis XVI à a ttre.... ⟶ Post-scriptum │
- │ de Louis XVI à sa lettre.... │
- │ p. 194: ... ses grâces étrangers u Français,.... ⟶ ... ses │
- │ grâces; étrangers ou Français,.... │
- │ p. 253: ... de se faire bien venir...⟶ ... de se faire bien │
- │ voir.... │
- │ p. 376: ... crainte de la commettre.... ⟶ ...par crainte de la │
- │ commettre.... │
- │ p. 590: ... le 19 novembre 1887.... ⟶ ... le 19 novembre 1787....│
- │ │
- │ Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été │
- │ rajoutés: p. 165 note 547, p. 301 note 988, p 429 note 1479, │
- │ p. 506 note 2095. │
- │ │
- │ Variantes non corrigées: │
- │ Envi et envie. │
- │ Gaieté et gaîté. │
- │ Règne et régne, règner et régner. │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 1
-(of 2), by Maxime de La Rocheterie
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 1 ***
-
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