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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Les Bourbons bibliophiles - Rois & Princes, Reines & Princesses - -Author: Eugène Asse - -Release Date: November 29, 2016 [EBook #53634] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES BOURBONS BIBLIOPHILES *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. Les mots et phrases imprimés en gras dans le -texte d'origine sont marqués =ainsi=. - - - - - LES - BOURBONS BIBLIOPHILES - - - - - Il a été tiré de cet ouvrage - - TROIS CENT SOIXANTE-QUINZE EXEMPLAIRES: - - - 10 exempl. sur pap. du Japon (A à J). - 5 exempl. sur pap. de Chine (K à O). - 10 exempl. sur pap. de Hollande (P à Y). - 350 exemplaires sur alfa vergé (1 à 350). - - - Droits réservés pour tous pays y compris la - Suède, la Norvège et le Danemark - - - - - COLLECTION DU BIBLIOPHILE PARISIEN - - LES BOURBONS - BIBLIOPHILES - - Rois & Princes - Reines & Princesses - - - PAR - - EUGÈNE ASSE - - Avant-propos - - PAR - - GEORGES VICAIRE - - [Illustration] - - _PARIS_ - - HENRI DARAGON, LIBRAIRE - - 10, rue Notre-Dame de Lorette, 10 - - 1901 - - - - -[Illustration: deco] - - -_Eugène Asse, bibliothécaire à l'Arsenal, décédé il y a quelques mois à -peine, était un passionné du livre. Il l'aimait de toutes les manières, -sous toutes ses formes, pour ce qu'il contenait et pour sa décoration -extérieure. Sa bibliothèque, généreusement léguée par lui à la ville de -Versailles, formait, au point de vue de l'histoire comme à celui des -lettres, un ensemble des plus importants et des mieux choisis. Mais s'il -ne possédait point sur ses rayons des maroquins armoriés, de -provenance célèbre, des reliures des Eve, des Ruette, des Le Gascon, des -Derome et des Padeloup, des manuscrits précieux ou des estampes -rares._--Non licet omnibus adire Corinthum--_du moins professait-il pour -tous ces trésors un culte respectueux qui confinait à la dévotion. Il -fallait voir Asse caresser amoureusement les plats d'une ancienne -reliure, tourner les feuillets d'un volume, en examiner les armes ou -l'ex-libris, son visage s'illuminait aussitôt. Et si, par hasard, quelque -profane s'était permis, en sa présence, de manquer à un livre, vieil ou -jeune, des égards qui lui sont dus, Asse devenait terrible, inexorable et -le mécréant n'avait plus qu'à s'esquiver._ - -_A cet amour du livre, mon regretté confrère joignait une érudition des -plus solides et un goût fort délicat. Rien de notre littérature ou de -notre histoire ne lui était étranger; le dix-huitième siècle surtout -l'avait attiré; il le possédait à fond._ - -_Nul plus qu'Eugène Asse, n'était donc qualifié pour écrire l'étude -bibliophilique que M. H. Daragon vient de faire entrer dans sa -«Collection du bibliophile parisien» et qui y trouve sa place naturelle._ - -_Les_ Bourbons bibliophiles _parurent jadis dans une revue. Depuis, -l'auteur des_ Petits Romantiques, _qui avait projeté de réunir ces -intéressantes pages en volume, revisa, dans cette intention, son premier -travail, le corrigea, le compléta de telle sorte que le livre -d'aujourd'hui apparait, non seulement comme une première édition en -librairie mais presque comme une édition originale. La mort n'a pas -laissé le temps à Eugène Asse de réaliser lui-même son projet et c'est à -moi qu'il appartient d'accomplir le vœu de celui qui fut mon -collaborateur dévoué et mon ami fidèle._ - -_La mission m'est d'autant plus douce à remplir que, tout en honorant la -mémoire du consciencieux écrivain, je livre à ses confrères en -bibliophilie une étude qui, j'en suis persuadé, ne manquera pas de les -intéresser et de recueillir leurs suffrages._ - - GEORGES VICAIRE. - -[Illustration: deco] - - -ROIS ET PRINCES - - -[Illustration: deco] - - -On a compté les grands capitaines, les soldats valeureux que la maison de -Bourbon a donnés à la France, depuis Pierre Ier, arrière-petit-fils de -saint Louis, qui tomba à Poitiers, jusqu'à Jean II qui vengea son aïeul -en battant les Anglais à Formigny; depuis ces deux ducs d'Enghien dont le -jeune front fut illuminé l'un par la gloire de Rocroy, l'autre par celle -de Cérisoles, jusqu'à l'aide de camp de Dumouriez à Valmy et au vainqueur -d'Abd-el-Kader. Nous entreprenons une tâche bien différente, celle -d'énumérer les bibliophiles que la maison de Bourbon posséda parmi ses -princes. Ils sont presque aussi nombreux que les guerriers, et l'on peut -dire que chez eux l'amour des livres le disputa à l'amour des armes, -quand ces deux passions ne se partageaient pas également leur cœur. - - -I - -Il faut remonter jusqu'au XIVe siècle, jusqu'aux anciens ducs de Bourbon, -descendants immédiats de Robert de Clermont, pour trouver la première -trace de l'amour que ces princes eurent de tout temps pour les livres. -Dans la ville de Moulins, capitale de leur duché, ils avaient réuni de -bonne heure une riche collection de livres, qui rivalisait avec celle que -les rois de France de la maison de Valois commençaient, vers la même -époque, à réunir eux-mêmes dans la grosse tour du Louvre. Nous voyons la -femme de Louis Ier, Marie de Hainaut, morte en 1354, posséder déjà de -beaux livres, et son nom se lit sur un manuscrit du roman de _Lancelot_ -que possède la Bibliothèque nationale. Mais le véritable fondateur de la -bibliothèque des ducs de Bourbon à Moulins fut le petit-fils de cette -princesse, Louis II, dit le Bon, qui mourut en 1410, et dont la sœur, -Jeanne de Bourbon, épousa Charles V. - -Si Raoul de Presles, un contemporain, nous représente le roi de France -«estudiant continuelement en divers livres et sciences», le chroniqueur -Jean Cabaret nous montre son beau-frère, le duc de Bourbon, se faisant -«lire à son disner continuelement les gestes des tres renommez princes -jadis roys de France et d'autres dignes d'honneur». Laurent de -Premier-fait, qui traduisit pour lui, et sur son désir, les deux traités -de Cicéron sur la Vieillesse et sur l'Amitié, l'a loué «d'aimer et -hanter les livres» autant que «les hommes raisonnables». D'autres -auraient peut-être demandé au roi de France des fiefs et des seigneuries; -lui, il lui demandait des livres; c'est ainsi, comme le constate M. -Léopold Delisle dans son histoire du _Cabinet des manuscrits de la -Bibliothèque nationale_, qu'il se fit donner par son neveu, Charles VI, -dont il fut l'un des tuteurs, deux beaux volumes de la librairie du -Louvre, un Tite-Live en 1392, et une Bible en 1397. Sous lui, la -«librairie» de Moulins devint «l'une des plus belles et considérables» de -l'époque. Elle était riche en «nombreux velins couverts de velours rouge -et tanné, garnys de fermaux de leton, de boulhons et de carrees.» - -Le petit-fils de Louis II, Charles Ier, qui, bien qu'époux d'Agnès de -Bourgogne, fille de Jean sans Peur, embrassa le parti du roi de France -contre le parti bourguignon, contribua beaucoup à la paix d'Arras et -mourut en 1456, a laissé un magnifique témoignage de son amour pour les -livres. C'est le précieux armorial où sont figurés les blasons et les -châteaux du Bourbonnais, de l'Auvergne et du Forez, et qu'il fit exécuter -par son héraut Guillaume Revel. - -Jean II, son fils (1426-1488) et successeur, ne fut pas seulement célèbre -par ses victoires de Formigny sur les Anglais, et de Gy sur le comte de -Roucy, capitaine de Charles le Téméraire, qui vinrent puissamment en aide -à la politique de Louis XI, dont il avait épousé la sœur, Jeanne de -France; il aima aussi et protégea les savants. - - _Diligit et doctos doctior ipse viros_, - -dit un vers de Paulus Senilis. C'est pour lui que fut copié, vers 1480, -le bel exemplaire de _la Danse des aveugles_ et de _l'Abusé en court_, où -figurent vingt-trois écussons de la famille de Bourbon. N'étant encore -que comte de Clermont, c'est-à-dire très jeune, il possédait déjà un -beau manuscrit italien de _la Divine Comédie_. - -Deux frères du duc Jean II, Charles, cardinal de Bourbon, mort en 1488, -et Louis, bâtard de Bourbon, amiral de France, mort en 1486, ont droit -également au titre de bibliophiles: le premier par _la Complainte de la -ville de Lyon_ et _l'Evangile grec_ qui porte sa devise: N'ESPOIR NE -PEUR; le second, par une traduction des _Stratagèmes de Frontin_, et -surtout par une _Vie de Jésus-Christ_, par Ludolfe, copiée par Gilles -Richard, où se trouve un portrait de ce prince. (Bibl. nat., mss. franç. -ancien fonds 177-179). - -Au duc Jean II, mort sans postérité légitime, succéda son frère Pierre -II, sire de Beaujeu (1439-1503). L'époux un peu effacé de cette Anne de -France, fille de Louis XI, si célèbre dans l'histoire sous le nom de dame -de Beaujeu, fut un très délicat et très passionné bibliophile, s'il ne -fut pas le plus grand politique de sa maison. Il enrichit sa «librairie» -de Moulins de la collection remarquable des ducs de Nemours, qu'il avait -achetée de Jean d'Armagnac, fils du décapité, avec les comtés de Murat et -de Carlat, et, en 1467, à la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, -son oncle maternel, il sut obtenir quelques manuscrits de la fameuse -bibliothèque que ce prince avait formée à Bruges. «Les manuscrits qu'il -faisait exécuter, dit M. Le Roux de Lincy, étaient aussi remarquables par -la beauté des miniatures qui les décorent que par l'habileté des -calligraphes qu'il employait.» Parmi ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, -il faut citer _l'Histoire universelle_, écrite en 1364 par Mathias du -Rivau, et _les Antiquités_, de Joseph, illustrées de douze belles -miniatures de Jehan Fouquet. Ce fut lui aussi qui plaça dans la -«librairie» de Moulins une cinquantaine de volumes imprimés sur vélin «en -molle», comme dit l'inventaire du temps, chefs-d'œuvre de la -typographie naissante. Sur ses livres on voit son écusson aux armes de -Bourbon, brisées d'un lionceau de sable sur la partie supérieure de la -bande. Plusieurs aussi portent la devise: ESPÉRANCE, écrite de la main de -son secrétaire François Robertet. C'est en sa personne que finit la -lignée masculine de ces premiers ducs de Bourbon, dont le titre et les -biens passèrent à la branche des Bourbons-Montpensier par le mariage de -l'héritière de la branche aînée avec Charles III, comte de Montpensier. - -Le fameux connétable de Bourbon ne fut pas lui-même sans donner ses soins -à l'accroissement de la bibliothèque de ses prédécesseurs, malgré les -soucis et les mécomptes d'une politique qui devait lui être fatale. -L'éducation très lettrée que lui fit donner la veuve de Pierre II, Anne -de France, devenue plus tard sa belle-mère, par son mariage, en 1505, -avec la fille de cette princesse, Suzanne de Bourbon, avait contribué -sans doute à développer en lui ce goût délicat. Il fit exécuter pour son -usage et pour celui de sa femme plusieurs manuscrits. C'est à lui que -l'on doit probablement l'idée de ce _Recueil d'emblèmes, de proverbes, -d'adages, d'allégories et de portraits, dessins à la gouache et en -couleur, accompagnés de devises en prose et en vers_, que fit faire pour -lui ce même François Robertet, secrétaire du défunt sire de Beaujeu, -frère du fameux Florimond Robertet, ministre des rois Louis XII et -François Ier, et qui fut lui-même, sous Charles VIII, secrétaire et -bibliothécaire des rois de France. - -Au folio 139 recto de ce volume (Bibl. nat., F. La Vallière 44), on voit -le portrait de Charles de Bourbon à cheval, armé de toutes pièces, -galopant l'épée haute, tel qu'il était à la bataille d'Agnadel. - -Avant d'acquérir par son mariage la bibliothèque des ducs de Bourbon à -Moulins, Charles de Bourbon possédait en propre celle que les comtes de -Montpensier avaient réunie à leur château d'Aigueperse, et qui s'était -elle-même enrichie de plusieurs volumes des comtes de Clermont et de -Sancerre ornés de leurs armes: _au 1 et 4 d'or au dauphin d'azur; au 2 et -3 d'azur à la bande d'argent côtoyée de deux cotices potencées et -contre-potencées d'or, avec un lambel de gueules à trois pendant sur le -tout_. - -L'on sait comment la révolte du connétable de Bourbon amena en 1523 la -confiscation de ses biens. La «librairie» de Moulins fut comprise dans -cette confiscation. Après avoir été soigneusement inventoriée par Pierre -Antoine, commissaire du roi, en présence de Mathieu Espinette, chanoine -de Moulins, garde des livres du duc de Bourbon, elle fut réunie à celle -du roi, déposée alors au château de Fontainebleau. C'est de là que nous -sont parvenus les soixante-seize manuscrits splendides que M. Léopold -Delisle signale parmi ceux de la Bibliothèque nationale comme ayant -appartenu aux anciens ducs de Bourbon. - -Aux Bourbons-Montpensier, descendants de Jean Ier, duc de Bourbon, et de -Marie de Berry, éteints en la personne du connétable de Bourbon, -succédèrent, comme chefs de la maison de Bourbon, les Bourbons-Vendôme, -issus eux-mêmes de la branche des comtes de la Marche dont l'origine -remontait à Louis Ier, premier duc de Bourbon, fils de Robert de -Clermont. C'est de Charles de Bourbon, comte, puis duc de Vendôme en -1515, mort en 1537, et de François d'Alençon, que descendent, par son -fils Antoine de Bourbon, roi de Navarre, toutes les branches de Bourbon -qui subsistent aujourd'hui, et par son autre fils, Louis de Bourbon, -prince de Condé, les branches éteintes de Condé, de Soissons et de Conti. - - -Les Bourbons-Vendôme, eux aussi, aimèrent les livres et en formèrent de -belles collections. Telle fut celle du château de Vendôme, dont le -domaine était entré dans leur maison, dès 1364, par Catherine, comtesse -de Vendôme, femme de Jean Ier de Bourbon, comte de la Marche. Antoine de -Bourbon, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret, -l'enrichit sans doute d'une partie des livres des anciens souverains de -Béarn. Le Père Jacob, dans son _Traité des plus belles bibliothèques_, -affirme en effet, après La Croix du Maine, que la bibliothèque des rois -de Navarre «était autrefois conservée à Vendôme». Ce qui est certain, -c'est que son frère, le célèbre cardinal de Bourbon que les ligueurs -firent roi sous le nom de Charles X, et qui mourut en 1590, fut un des -plus passionnés collectionneurs de livres du XVIe siècle. «Il a laissé, -dit le même Père Jacob, cette mémoire à la postérité d'avoir été le plus -grand amateur des gens de lettres et de livres qui fut en son temps.» - -Ses livres, qui étaient «excellemment reliés en maroquin», furent légués -par lui, vers 1580, à la maison professe des Jésuites de la rue -Saint-Antoine, qu'il avait lui-même établie sur l'emplacement de l'ancien -hôtel d'Anville. Ils furent dispersés lors de la première expulsion des -Jésuites en 1595. Son neveu, Charles III de Bourbon, deuxième cardinal de -Bourbon, fils du premier prince de Condé, qui lui succéda sur le siège -archiépiscopal de Rouen, et mourut en 1594, à trente-deux ans, n'aima pas -moins passionnément les livres. Il fut le restaurateur de la belle -bibliothèque formée au château de Gaillon par le cardinal d'Amboise. Ses -livres étaient uniformément reliés en maroquin bleu ou rouge, la tranche -dorée, sur le dos ses armes: _de France, au bâton péri en bande de -gueules_, et un médaillon représentant un lis au naturel avec la devise: -CANDORE SUPERAT ET ODORE. - - -II - -L'avènement de Henri IV, chef de la maison de Bourbon, au trône de -France, donne un caractère nouveau à l'amour des Bourbons pour les -livres: c'est au profit de la France même que cette passion s'exerce. A -la fin du règne de Charles IX, la bibliothèque formée à Fontainebleau par -François Ier avait été rapportée à Paris, où elle courut de très grands -dangers pendant les troubles de la Ligue. Dès le début de son règne, -Henri IV porta sur elle sa sollicitude et la fit déposer dans le collège -de Clermont, de la rue Saint-Jacques, abandonné par les Jésuites, puis -installer en 1604, lors du rappel de ceux-ci, dans le cloître des -Cordeliers. En 1609, il avait conçu le projet de lui consacrer une -magnifique salle dans le nouveau collège de France qu'il voulait faire -construire. Henri IV accrut beaucoup aussi la bibliothèque du collège des -Jésuites de Lyon, si nous en croyons le Père Jacob. «La plus célèbre -bibliothèque de la ville de Lyon, dit-il, est celle du collège des Pères -Jésuites, qui pour la quantité de ses livres ne cède à beaucoup de -France; car elle se peut vanter d'avoir plusieurs livres qui viennent de -la libéralité du grand roy Henry IV.» Dans sa «librairie» particulière, -Henri IV avait des livres nombreux et choisis, qu'il faisait luxueusement -relier. Ils portaient tous, sur les plats, l'écu de France accolé de -celui de Navarre, et au-dessous, soutenue de deux rinceaux, la lettre H -couronnée; le tout entouré des colliers des ordres de Saint-Michel et du -Saint-Esprit, et souvent surmonté d'une couronne royale. - -Si nous en croyions M. Édouard Fournier, Louis XIII aurait relié des -livres de ses mains royales. Ce qui est certain, c'est qu'il aima les -livres. Ceux qu'il posséda furent presque tous reliés en maroquin vert -fleurdelisé par Clovis Eve, puis par Antoine Ruette. Dans l'écusson royal -dont il sont marqués, l'H de Henri IV est remplacée par un L. Louis XIII, -lorsqu'il rétablit la religion catholique en Béarn, fonda à Pau un -couvent de capucins, auquel il donna «la très magnifique bibliothèque des -roys de Navarre, ses prédécesseurs, qui sert, dit le Père Jacob, d'un -rare ornement à ce couvent». - -Son frère, Gaston, duc d'Orléans, qui mourut à Blois, en 1660, à l'âge de -cinquante-deux ans, après avoir cabalé toute sa vie, soit contre -Richelieu, soit contre la régente, fut un excellent bibliophile tout en -étant un très mauvais politique. Peut-être est-ce par repentir et amende -honorable pour ses conspirations qu'il légua à son neveu, Louis XIV, «son -cabinet plein de raretés de tout genre». Pour un bibliophile, un tel -legs partait du cœur. En conséquence de sa libéralité, cinquante-trois -de ces précieux manuscrits furent portés en 1667 à la Bibliothèque du -roi. - -C'est au palais du Luxembourg, sa demeure, que Gaston avait réuni ce -cabinet qui ne comprenait pas seulement des livres et des manuscrits, -mais encore des médailles, des miniatures, des estampes, etc. Le Père -Jacob en est émerveillé. Ce prince, dit-il, «donne de l'étonnement et de -l'admiration à toute l'Europe, pour la connaissance qu'il a des médailles -anciennes; et je puis dire de ce prince, sans flatterie, que ni Alexandre -Sévère, empereur des Romains, ni Atticus, grand ami de Cicéron, ni le -très docte Varron n'ont eu une connaissance desdites médailles comme lui; -et sa curiosité ne se termine pas en icelles, mais encore dans la -recherche des bons livres, desquels il orne sa très riche et splendide -bibliothèque, qu'il a dressé depuis peu dans son hostel de Luxembourg, au -bout de cette admirable gallerie où toute la vie de la feue reine Marie -de Médicis a été dépeinte par l'excellent ouvrier Rubens. Or cette -bibliothèque n'est pas seulement remarquable pour l'ornement de ses -tablettes, qui sont toutes couvertes de velours verd, avec les bandes de -même étoffe, garnies de passemens d'or, et les crespines de même: pour -toute la menuiserie qui se void, elle est embellie d'or et de riches -peintures. Mais outre cela, les livres sont de toutes les meilleures -éditions qui se peuvent treuver; et quant à leur relieure, elle est toute -d'une même façon, avec les chiffres de Son Altesse Réale[1]. Ce prince -fait tous les jours une grande recherche des meilleurs livres qui se -peuvent treuver dans l'Europe; donnant des mémoires pour ce sujet, par la -sollicitation de M. Brunier, son médecin et bibliothécaire, qui travaille -continuellement à la perfection de ce trésor des livres et des -médailles.» - - [1] On trouve dans l'excellent _Guide du Libraire - antiquaire et du Bibliophile_, Ed. Rouveyre, 1885, in-8, de - remarquables imitations, par Capé, de reliures aux armes royales - de Louis XIII. Il faut aussi signaler, du même éditeur, les - autres publications relatives à l'histoire de la reliure: _la - Reliure ancienne_, avec introduction par G. Brunet, _la Reliure - moderne_, d'Octave Uzanne, rédacteur en chef du _Livre_, _la - Reliure de luxe_, par L. Derôme, et _les Reliures d'art de la - Bibliothèque nationale_, par Henri Bouchot. - -Gaston se plaisait aussi à faire exécuter en miniatures des objets -d'histoire naturelle. Ce sont ces miniatures qui ont formé le fonds de la -collection connue sous le nom de _Vélins du Muséum_, et transférée, en -1793, de la Bibliothèque du Roi au Jardin des Plantes. La plupart de ses -livres étaient reliés en veau, marqués de G couronnés. - -Le goût de Louis XIV pour les livres nous est surtout attesté par -l'impulsion qu'il donna aux acquisitions qui furent faites sous -son règne pour augmenter la Bibliothèque du roi, par les missions -qui furent confiées à Vaillant, Monceaux, Laisné, Dipy, Wansleb, -Lacroix, Cassini, Verjus, à Nointel, notre ambassadeur à -Constantinople, très bien secondé par A. Galland, pour recueillir -des livres et des manuscrits en Orient, en Grèce, en Italie, en -Portugal. Mais pour lui comme pour Louis XV, comme pour Louis XVI, -il est difficile de faire le départ entre le souverain et le -particulier, et d'apprécier le bibliophile autrement que par les -magnifiques reliures à ses armes qui figurent aujourd'hui dans nos -bibliothèques publiques. Avec Louis XIV la reliure prit un -caractère de simplicité majestueuse. Sur les livres marqués aux -armes du roi, c'est-à-dire de France, il faut remarquer la large -dentelle avec un simple filet sur les bords des plats. Son -relieur le plus accrédité fut A. Ruette. Nous possédons cependant -un témoignage de l'intérêt particulier que Louis XV prenait à -orner et à accroître sa bibliothèque particulière. Vers 1766, nous -le voyons acheter du duc de La Vallière plusieurs manuscrits qui -devaient être portés à Trianon. Parmi ces manuscrits figurait le -_Livre des tournois du roi René_ que le duc de La Vallière tenait -du prince de Conti. - -Le grand Dauphin, fils de Louis XIV, posséda aussi, à Meudon, sa -résidence, et à Versailles, une belle bibliothèque, dont Saint-Simon nous -a raconté la vente à l'encan après sa mort, en 1711. Les reliures -portaient les armes du Dauphin sur les plats, avec des L entrelacées et -couronnées aux coins. - -Le père de Louis XV, ce jeune et charmant duc de Bourgogne, l'élève de -Fénelon et l'espoir de la France, avait montré bien jeune encore un vrai -penchant de bibliophile. Il s'intéressait beaucoup aux livres, aux -manuscrits, aux sceaux et aux médailles. Gaignières se plaisait à lui -communiquer ses découvertes, telles que celle d'un sceau de Louis le -Gros, et son cabinet reçut, le 6 avril 1702, la visite de ce jeune -prince. «Je vous félicite, écrivait à ce sujet l'intendant Foucault à -Gaignières, de la visite que vous a rendue M. le duc de Bourgogne, et -suis bien persuadé que le temps lui aura paru court dans votre grand -appartement. Comme c'est un prince qui a du goût pour l'histoire et la -littérature, vous aurés eu plaisir à satisfaire sa curiosité.» - - -III - -C'est surtout dans les branches collatérales de la maison de Bourbon, et -aussi parmi les princes légitimés, que nous allons trouver maintenant des -collections de de livres nombreux, bien choisis, richement reliés. - -A la tête de ces princes bibliophiles se distinguent les membres de la -maison de Condé. Le premier qui a droit à ce titre fut Henri II, prince -de Condé, époux de cette belle et vertueuse Charlotte de Montmorency qui -inspira une si vive passion à Henri IV, et père du vainqueur de Rocroy -(1588-1646). - -Ce prince, qui était gouverneur de la province de Berry, avait fondé, à -Bourges, une très belle bibliothèque, dont le Père Jacob nous parle -ainsi: «Cette opulente bibliothèque a été faite avec de grands soins et -somptueuse dépense par ce prince. La parfaite connaissance qu'il a de -toutes les sciences et des livres rares et curieux le fait estimer pour -un oracle des Muses. Chose admirable en cette Altesse, que nonobstant les -grandes affaires qu'il a pour l'Estat, il ne perd aucun jour sans -s'adonner à l'estude, où il treuve des divertissemens dignes d'un grand -prince; ce qui luy acquiert une gloire immortelle par toute l'Europe, -tant pour surpasser en sciences tous les autres princes, que pour le -grand zèle qu'il a à les faire fleurir.» - -Son fils, le grand Condé, hérita de son goût pour les livres; sous lui -(1621-1686), la bibliothèque de Chantilly devint l'une des plus belles de -France. Un contemporain, Le Gallois, disait de cette bibliothèque, en -1680, dans son _Traité des plus belles bibliothèques_: «Il faut aussi -parler de celle de Monseigneur le prince de Condé, ce Mars de nostre -siècle; mais qui, beaucoup plus illustre que Mars, a si bien joint la -gloire des sciences avec celle des armes, puisque, sans le flatter, on -peut dire que jamais prince n'a esté ny plus belliqueux ny plus sçavant -que luy. Cette bibliothèque est nombreuse et contient grande quantité de -manuscrits rares grecs et latins. Elle fut dressée par feu Monseigneur -le Prince son père, qui était un des plus sçavans hommes de son temps; et -parce que Monseigneur le Prince a hérité d'une si noble qualité, il -continue avec la même passion et les mêmes soins l'agrandissement de -cette bibliothèque.» - -Après le grand Condé, la bibliothèque de Chantilly fut augmentée par son -fils, Henri-Jules, duc de Bourbon, mort en 1709. Elle était devenue une -des plus nombreuses de son temps et contenait une grande quantité de -manuscrits grecs et latins. Tous ces livres des Condé étaient marqués à -leurs armes: _de France, au bâton péri en bande de gueules_. Vers le -milieu du XVIIIe siècle, il en fut dressé par Dupuy un catalogue, dont le -manuscrit existe aujourd'hui à la Bibliothèque nationale sous ce titre: -_Table alphabétique par nom d'auteurs des ouvrages se trouvant dans la -Bibliothèque du prince de Condé_. - -A la Révolution, 1,200 volumes de manuscrits, provenant de la maison de -Condé, furent envoyés à la Bibliothèque nationale. Rendue en 1815 au -prince de Condé, cette collection appartient aujourd'hui à la -Bibliothèque de Chantilly. - -Le petit-fils de cet Henri-Jules, prince de Condé, Louis de Bourbon, -comte de Clermont, né en 1709, mort en 1771, fut l'une des figures les -plus intéressantes du XVIIIe siècle. Frère du duc de Bourbon, qui fut -premier ministre de Louis XV, et de cette belle Mademoiselle de -Vermandois, qui serait devenue reine de France sans Mme de Prie, il fut -tout ensemble abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés, général -d'armée, membre de l'Académie française, et directeur d'une excellente -troupe de comédiens qu'il entretenait pour les plaisirs de ses amis. - -Il avait réuni une très nombreuse et belle bibliothèque, qui fut vendue, -à sa mort, au palais abbatial de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et -dont le catalogue parut sous ce titre: _Catalogue des livres de la -bibliothèque de feu S. A. S. Mgr le comte de Clermont, prince du sang_, -Paris, Prault fils, 1771, in-8º de 111 pages. Ses livres étaient timbrés -de ses armes: _de France, au bâton péri en bande de gueules, chargé à la -pointe supérieure d'un croissant d'argent_. Ce catalogue comprend 2,021 -numéros, dont 229 pour la théologie, 138 pour la jurisprudence, 941 pour -les belles-lettres, et 663 pour l'histoire. - -Le comte de Clermont aimait fort les lettres et les arts, et, à son -château de Berny, il se donnait souvent des comédies ou des concerts. -Nous trouvons la trace de ce goût dans le catalogue de 1771, sur lequel -figurent: «trente-six cartons remplis de musique, pour les concerts et -comédies, tels que simphonies, trios, divertissemens, etc., manuscrits»; -un «paquet de musique instrumentale pour le violon, le clavecin, -violoncelle, etc., gravée et manuscrite»; ainsi que «différents -opéras-comiques, avec leur partition gravée». Sa collection théâtrale -était très complète, et dans son inventaire on remarque encore -«différents paquets de comédies séparées et brochées», plus «plusieurs -cartons remplis de rôles pour jouer des comédies et très proprement -écrits». - -Si le comte de Clermont ne fut pas un grand général, il avait de la -valeur et aimait les choses militaires. On s'en aperçoit également à sa -bibliothèque où la division de «l'art militaire» comprend 90 numéros, -parmi lesquels il faut signaler plusieurs manuscrits: _Guerres des -troupes légères_, in-8º, m. v.; _Remarques sur la cavalerie et -l'infanterie_, in-4º; _Traité des sièges, de l'attaque et défense des -places_, par le maréchal de Vauban, in-folio, «avec des plans très bien -_dessinés et lavés_, m. r., avec fermoir d'argent», vendu 59 livres; -_Traité des fortifications_, in-folio; _Différentes pièces d'artillerie -dessinées et colorées_, in-8º obl., mar. r., dent.; _Etat de la -composition des troupes d'infanterie et de cavalerie française et -étrangère_, in-4º, mar. r., fermoirs d'argent; _Etat des officiers -généraux_, etc., _employés à l'armée commandée par S. A. S. Mgr le comte -de Clermont, en 1758_, 2 vol. in-16, mar. r.; _Etat des troupes de France -sur pied, en 1755_, in-8º; _Etat de la maison du Roi, en 1751_; in-8º, -mar. r.; _Etat des gouvernements généraux, 1751_, in-8º, mar. r. - -L'ami des choses légères, des poètes, des chansonniers, se manifeste, au -contraire, dans les articles suivants: trois _Recueils de chansons_, -mss., l'un en 9 vol. in-8º, l'autre en 8 vol. in-4º, le dernier en 9 vol. -in-folio et 3 vol. de tables; et un _Recueil de poésies_, ms., 8 vol. -in-8º. - -Des deux fils que Louis XIV eut de Mme de Montespan et qui lui -survécurent, le duc du Maine et le comte de Toulouse, celui-ci paraît -avoir eu particulièrement le goût des beaux livres. Il en avait rassemblé -un grand nombre, soit à Paris, dans le magnifique hôtel de Toulouse, près -la place des Victoires, soit au château de Rambouillet, qu'il acheta, en -1705, de l'intendant des finances, Fleuriau d'Armenonville, et où il -mourut en 1736. - -Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, était né le 6 juin 1678. -Lui et sa sœur, la future duchesse d'Orléans, femme du régent, furent -les suites de cette fameuse réconciliation des deux amants que Mme de -Caylus a si joliment racontée. - -Par respect pour le jubilé et sur les exhortations de Bossuet, Louis et -sa maîtresse ne se voyaient plus que sur la cérémonie et en présence des -dames les plus respectables de la cour.--«Le roi, dit Mme de Caylus, vint -donc chez Mme de Montespan, comme il avait été décidé; mais, -insensiblement, il la tira dans une fenêtre; ils se parlèrent bas assez -longtemps, pleurèrent, et se dirent ce qu'on a accoutumé de dire en -pareil cas; ils firent ensuite une profonde révérence à ces vénérables -matrones, passèrent dans une autre chambre; et il en avint Madame la -duchesse d'Orléans et ensuite M. le comte de Toulouse.» Enfant, il avait -été beau comme le jour; quand il parut pour la première fois à -Versailles, sa beauté «surprit et éblouit tous ceux qui le virent». De ce -côté, il avait la supériorité sur son frère, le duc du Maine, son aîné de -huit ans, qui se rattrapait, il est vrai, du côté de l'esprit, ou du -moins d'un certain esprit. Par la droiture, par la délicatesse et la -tendresse de cœur, le comte de Toulouse l'emportait aussi beaucoup sur -son frère. Saint-Simon lui accorde toutes ses préférences. «C'était, -dit-il, l'honneur, la vertu, la droiture, la vérité, l'équité même, avec -un accueil aussi gracieux qu'un froid naturel, mais glacial, le pouvait -permettre; de la valeur et de l'envie de faire, mais par les bonnes -voies, et en qui le sens droit et juste, pour le très-ordinaire, -suppléait à l'esprit; fort appliqué d'ailleurs à servir sa marine de -guerre et de commerce, et l'entendant très bien.» Ailleurs Saint-Simon le -qualifie encore de «sage, silencieux, mesuré». - -Pourvu, dès l'année 1683, de la charge de grand amiral de France, il se -montra plus tard digne de cette faveur, alors prématurée, à la fois par -son courage et sa connaissance des choses navales. Après avoir fait sa -première campagne, à l'âge de treize ans, en Flandre, où il monta à -l'assaut de Mons et fut blessé au siège de Namur, il montra toutes les -qualités d'un homme de mer à la bataille de Malaga, où, le 24 août 1704, -il battit la flotte anglaise et démâta le navire de son chef, l'amiral -Rooke. «On ne saurait, dit Saint-Simon, une valeur plus tranquille, qu'il -fit paraître pendant toute l'action, ni plus de vivacité à tout voir et -de jugement à commander à propos.» Obligé de renoncer à la mer par une -cruelle maladie de la pierre, qui le tourmenta toute sa vie, restant -éloigné de toutes les menées ambitieuses ourdies par son frère, le duc du -Maine, il se contenta de vivre en sage. Il mourut le 1er décembre 1737, à -l'âge de cinquante-neuf ans, laissant une mémoire aimée, que continua -dignement son fils, l'aimable et bienfaisant duc de Penthièvre. - -Le comte de Toulouse avait formé une nombreuse bibliothèque, dont les -livres, très heureusement choisis, portent ses armes: _de France, au -bâton péri en barre de gueules_, et quelquefois une ancre, emblème de -grand amiral. Nous connaissons la composition de cette bibliothèque soit -par les deux volumes du _Catalogue des livres du roi Louis-Philippe_, -vendus en 1852, soit par des catalogues qui en furent publiés du vivant -même de ce prince pour son propre usage. - -Un premier catalogue fut dressé, en 1708, sous ce titre: _Catalogue de la -bibliothèque du château de Rambouillet, appartenant à Son Altesse -Sérénissime Monseigneur le comte de Toulouse_, M DCC VIII, s. l., in-8º -de 216 pages, plus 13 pages de table des auteurs. Il comprend 1,589 -numéros, répartis en cinq divisions: théologie, droit, philosophie, -belles-lettres et histoire. Parmi les manuscrits, l'on remarque: -_Exercice et détail de toutes les manœuvres qui se font à la mer_, par -le chevalier de Tourville, en 1681, sur vélin, in-4º; _Etat de la marine -de l'Empire ottoman_, par M. de La Croix, in-4º; _les Noms, armes et -qualitez des amiraux de France, avec les blasons enluminez_, in-fol. - -Un nouveau catalogue en fut fait dix-huit ans après: _Catalogue de la -bibliothèque du chasteau de Rambouillet, appartenant à Son Altesse -Sérénissime Monseigneur le comte de Toulouse_, à Paris, imprimé par les -soins de Gabriel Martin, libraire de S. A. S., 1726, in-8º de 620 pages, -plus 29 pages de table des auteurs. Les numéros ne se suivent pas, en -sorte qu'il est difficile de se rendre compte de l'importance relative -des divisions autrement que par la pagination. La théologie comprend 31 -pages; la jurisprudence, 11; la philosophie, les mathématiques et les -arts, 33; les belles-lettres, 198; l'histoire, 322. Parmi les manuscrits, -l'on remarque: _Mémoires de J.-B. Colbert sur les ordonnances générales_, -8 vol. in-4º; _Mémoire présenté à M. le duc d'Orléans au commencement de -sa régence_, par M. de Boulainvilliers, in-4º; _Réflexions sur l'histoire -de France_, du même, 2 vol. in-4.; _Origine des parlements_, du même, 2 -vol. in-4º; _Traité de la noblesse_, du même, in-4º; _Journal de la -campagne de Hongrie_, de 1717, in-fol.; _Recueil de pièces et mémoires -concernant l'affaire des princes_ (légitimés), _avec des notes et une -table_, in-fol.; _les Trophées et les disgrâces des princes de la maison -de Vendôme_, par Bonair Stuart, in-8º; _Cérémonial du couronnement des -ducs de Bretagne_, etc. - -Dans l'épître dédicatoire au comte de Toulouse, placée en tête de ce -second catalogue, on lit: - -«Il est heureux pour moy que ma profession me mette en état de servir V. -A. S. dans le genre qui luy est le plus agréable, et j'ose dire le plus -glorieux. Je veux parler des lettres et des beaux-arts que Vous alliez si -parfaitement, Monseigneur, avec la science de la cour et les devoirs de -la société, qu'on remarque à travers l'éclat de votre auguste Naissance, -les qualitez de l'honneste homme, et l'esprit orné de l'homme de lettres. -C'est ce goust qui Vous a porté à former un cabinet de livres choisis -dans votre château de Rambouillet, de tous temps le réduit des Muses.» - - -Huit années plus tard parut un _Supplément du catalogue de la -bibliothèque du château de Rambouillet_, s. l., 1734, in-8 de 140 pages, -plus 8 pages de table des auteurs. La théologie y occupe 7 pages; la -jurisprudence, 3; les sciences, 10; les belles-lettres, 45; l'histoire, -68. - -Le comte de Toulouse avait une très belle bibliothèque musicale, -peut-être la plus riche de son temps, dont il avait confié la garde à un -musicien distingué, Philidor l'aîné. Nous trouvons la preuve de ce goût -du comte de Toulouse dans le _Catalogue des livres du roi -Louis-Philippe_, où figurent les recueils suivants: - -_Collection de partitions et tragédies lyriques ou opéras_, 206 vol. -in-4º obl., v. f. et v. m. Cette collection était en partie manuscrite et -en partie imprimée. Chaque volume manuscrit avait un titre imprimé, au -bas duquel on lisait: _Copiez par ordre exprès de S. A. Mgr le comte de -Toulouse, par Philidor l'aîné, garde de toute sa bibliothèque de -musique_, l'an 1703. Autres collections de _Symphonies des opéras et -vieux ballets de Lully_, manuscrites et imprimées, 11 vol. in-4º; de -_Motets de Lully_, manuscrits, 5 vol. in-fol.; de _Motets à deux chœurs, -pour la chapelle du roy, mis en musique par M. de Lully_, 15 vol. in-4º -obl.; de _Motets de Colasse et de Minoret_, 9 vol. in-4º; de _Motets de -M. de Lalande_, 21 vol. in-4º; de _Motets de Campra_, 13 vol. in-4º; de -_Desmarets_, 17 vol. in-4º obl.; de _Bernier_, 12 vol. in-4º; de -_Legrenzi_, 4 vol.; de _Couperin_, 6 vol.; de _Carissimi_, 3 vol. in-4º; -des _Airs de violon de Matho_, 1733, 3 vol. in-4º. - -Le fils unique que le comte de Toulouse eut de son mariage avec Sophie de -Noailles, veuve du marquis de Gondrin, marcha sur les traces de son père. - -Né à Rambouillet, le 16 novembre 1725, le duc de Penthièvre eut pour -précepteur l'abbé Quénel. Comme son père, il eut la charge de grand -amiral. Il se montra plein de courage à la bataille de Dettinghen--il -avait dix-huit ans--où il se trouva dans le feu le plus vif, et à celle -de Fontenoy, où il chargea, à la tête de Fitz-James cavalerie, la -terrible colonne anglaise. Dans ses études, il avait manifesté du goût -pour les mathématiques, la géométrie, la physique, et suivi les cours -publics du célèbre abbé Nollet, qui, un jour, se félicita publiquement de -l'assiduité de son élève. Le prince, qui fut l'ami de Florian et -sollicita pour lui le titre d'académicien, devait aimer les livres. Il -les aima, en effet, comme le prouve l'achat qu'il fit, à la vente du duc -de La Vallière, d'un fort bel exemplaire du roman de _Perceforest_, -Paris, 1528, 6 vol. in-fol. sur vélin, avec cinq grandes miniatures, et -qui provenait de la collection du château d'Anet vendue en 1724, et des -_Chroniques_ de Guillaume Cretin. - -Le duc de Penthièvre avait aussi une fort belle bibliothèque à -Châteauneuf-sur-Loire, ancienne propriété des Phélyppeaux de la -Vrillière, qu'il avait achetée, après la vente de Rambouillet au roi -Louis XVI. De son vivant, ce prince avait fait dresser les catalogues de -ses diverses bibliothèques: de Louveciennes--où était mort son fils, le -prince de Lamballe, en 1768,--de Châteauneuf (1786), de Sceaux (1787) -qu'il avait hérité de son cousin, le comte d'Eu, en 1775. Ces trois -catalogues manuscrits figuraient à la vente du roi Louis-Philippe, en -1852 (IIe partie, nos 2480-82). - -Le duc du Maine, élève de Mme de Maintenon, et qui, enfant, passa pour un -petit prodige, témoin ces _Œuvres diverses d'un enfant de sept ans_, qui -furent publiées en 1678, ne nous apparaît cependant comme bibliophile que -par les livres à ses armes qui figurent dans les catalogues de la vente -Louis-Philippe. Il en est de même de ses deux fils: le prince de Dombes, -mort en 1755, et le comte d'Eu, mort vingt ans plus tard; le premier à -l'âge de cinquante-cinq ans, le second à l'âge de soixante et onze ans. -Dans ces catalogues, l'on trouve marqués aux armes du duc du Maine les -ouvrages suivants: _Réflexions sur les vérités de la religion_, par -d'Alès, in-4º, ms.; _Code militaire_, Paris, 1707; _Politique tirée de -l'Ecriture sainte_, par Bossuet, Paris, 1709, in-4º (édition originale); -_Polyaeni stratagematum_, 1691; _Onosandri strategeticus_, 1599; -_Observations sur l'art de la guerre_, par Vaultier, 1714; _Pratique de -la guerre_, par Malthus, 1646; les _Œuvres de Molière_, Amsterdam, 1684, -fig. - -Aux armes du comte d'Eu: _Traité de la concupiscence_, de Bossuet, Paris, -1731, in-12; _Paraphrase du Miserere_, par le P. Calabre, 1748, in-24; -_Vegetii de re militari_, 1592; de Traverse, _Extrait du traité de la -guerre par Puysegur_, 1755; _l'Iliade_, par La Motte, 1714; _Antiqua -numisma S. Ducis Cenomanensium_, in-fol., mar. vert, «beau manuscrit -parfaitement exécuté». - - -Nous clorons cette liste des Bourbons bibliophiles de la branche aînée -par le comte d'Artois, qui fut un véritable bibliophile, auquel nous -devons la Bibliothèque de l'Arsenal, qu'il acheta du marquis de Paulmy. - -Malgré la réputation de frivolité qui lui resta longtemps, le comte -d'Artois aimait les lettres et les gens de lettres. Chamfort, le -spirituel et mordant auteur des _Maximes et pensées morales_..., qui le -sont souvent si peu, fut son lecteur. Et ce n'était pas là, quoi qu'on en -ait pu dire, «une sinécure comme celle d'aumônier du régent». La preuve -en est dans la très belle bibliothèque personnelle que ce prince s'était -formée, et dont on possède l'inventaire. Ce _Catalogue des livres du -cabinet de Monseigneur le comte d'Artois_, à Paris, de l'imprimerie de -Didot l'aîné, M DCC LXXXIII, est un fort beau volume in-4º, papier vergé -de Hollande à grandes marges, remarquable spécimen de l'art de -l'imprimerie à cette époque. - -Le comte d'Artois avait alors vingt-six ans, et ce n'était pas le premier -témoignage qu'il donnait de son goût pour les livres. De 1780 à 1783 -avait paru, chez Fr. Ambroise Didot, une «collection de romans et de -poésies» imprimée par les ordres et aux frais de ce prince, qui s'en -était réservé les exemplaires, tirés d'ailleurs à un très petit nombre, -«pour en faire des présents». Cette collection est restée célèbre parmi -les bibliophiles. - -On comprend qu'un prince qui éditait à ses frais toute une collection de -livres possédât lui-même une assez belle bibliothèque et mît quelque -coquetterie à en dresser l'inventaire. Le catalogue que nous venons de -citer comprend 1,313 numéros, formant 136 pages. La partie des -belles-lettres a 542 numéros, tandis que l'histoire n'en a que 385; les -arts, 131; la philosophie et la politique, 101; les sciences, 86; la -théologie, 39; et la jurisprudence, 14. D'ailleurs, aucun étalage de -fausse érudition: ce n'est pas une bibliothèque de parade, mais celle -d'un homme du monde qui n'a de livres que ceux qu'il peut et qu'il veut -lire. Ce catalogue donne l'idée d'une bibliothèque surtout contemporaine, -tenue au courant de ce qui se publie en matière de belles-lettres, et où -les écrivains anciens figurent plutôt dans d'élégantes éditions modernes -que dans les éditions princeps du XVIe siècle. - -La disposition même de ce catalogue a cela d'insolite que la théologie en -forme l'avant-dernière division. Ce classement particulier ne saurait -étonner dans la bibliothèque d'un prince qui était alors presque aussi -voltairien que son frère, le comte de Provence. N'oublions pas que c'est -le moment où les contemporains nous représentent le comte d'Artois comme -un type accompli de cette société élégante, spirituelle et -libre-penseuse. «Le comte d'Artois, dit la baronne d'Oberkirch, est le -prince le plus aimable du monde. Il a infiniment d'esprit, non pas dans -le genre de M. le comte de Provence, c'est-à-dire sérieux et savant, mais -le véritable esprit français, l'esprit de saillie et d'à-propos.»--«Il -est vif, bouillant, décidé; dès l'âge le plus tendre, il a fait parler de -lui», dit l'_Espion anglais_. - -On remarque cependant, dans ce catalogue, l'absence des _Provinciales_ de -Pascal. Le nom du grand adversaire des Jésuites n'y est inscrit que pour -les _Pensées_, édit. de la Haye, 1743, in-12, et pour le _Traité de -l'équilibre des liqueurs_, Paris, 1698, in-12. Par contre, on y trouve un -livre auquel on ne s'attendrait guère dans une bibliothèque composée -comme nous l'avons dit. C'est celui de Marat: _Découvertes sur le feu, -l'électricité et la lumière_, Paris, 1779, in-8º, qui vient immédiatement -avant celui de Pascal. O hasard des catalogues! Il est vrai que Marat -était médecin des gardes du corps du comte d'Artois. Il avait -probablement offert respectueusement son livre à ce prince, qui, pour -faire honneur à l'un de ses serviteurs, l'avait fait mettre dans sa -bibliothèque. Ce fut là un honneur, sinon un bienfait, mal placé. - -Le comte d'Artois, que les mémoires du temps nous montrent comme donnant -dans l'anglomanie, n'appréciait pas les Anglais seulement pour la coupe -de leurs habits et pour leurs jockeys. Parmi ses livres figure un -Shakespeare, de la belle édition annotée de Johnson, _Londres_, 1765, 8 -vol. in-8º; le poème de _Hudibras_, les _Œuvres_ d'Addison, les -_Aventures de Robinson Crusoé_, et l'_Histoire d'Angleterre_, de Hume, -dans le texte original. La langue anglaise lui était familière, comme à -son frère, Louis XVI, qui traduisit l'_Essai d'Horace Walpole sur Richard -III_. La révolution allait bientôt le forcer à s'en servir plus qu'il -n'aurait voulu. - -Les encyclopédistes ne l'effrayaient pas plus que les économistes. Comme -presque tous ses contemporains, il eut même un penchant pour eux: leurs -œuvres étaient si peu pour lui des œuvres de réprouvés, qu'il -possédait, fort richement reliés, les trente-trois volumes in-folio de -l'_Encyclopédie_, les _Pensées_ de Diderot, les _Œuvres_ de La Mettrie, -le livre de _l'Esprit_, d'Helvetius, Paris, 1758, in-12, les _Œuvres -complètes_ de Voltaire, Genève, 1769, 24 vol. in-4º, avec figures, les -_Œuvres_ de J.-J. Rousseau, Paris, 16 vol. in-8º, l'_Histoire -philosophique des deux Indes_, de Raynal. - -Dans sa bibliothèque, les livres galants y sont peu nombreux. Le genre -est représenté par _Félicia ou mes fredaines_, le célèbre roman de -Nerciat; le _Sopha_, de Crébillon fils; _les Bijoux indiscrets_, de -Diderot; _Honny soit qui mal y pense ou Mémoires des filles célèbres du -XVIIIe siècle_, par Desboulmiers, Paris, 1775; _Journées de l'Amour ou -Heures de Cythère_, Gnide, 1776; _les Leçons de la volupté ou la Jeunesse -du chevalier de Moronville_, Paris, 1776. - - -IV - -Les Bourbons-Orléans n'aimèrent pas moins les livres que leurs aînés. -C'est surtout à partir du Régent que nous voyons apparaître chez eux les -goûts du bibliophile. Les livres du régent portent les armes de sa -maison: _de France au lambel à trois pendants d'argent_. C'est pour le -régent que les artistes du temps inventèrent ces ornements pleins -d'originalité et de richesse, mosaïques fleuries, grenades -entr'ouvertes, feuilles, fruits. Ce prince ne se contentait pas d'avoir -de beaux livres, il en faisait, ou du moins il en illustrait, et son -édition du roman de _Daphnis et Chloë_, traduit par Amyot, pour lequel il -composa des dessins que grava Audran, est restée célèbre. A la vente du -roi Louis-Philippe, peu de livres cependant provenaient de lui; nous -citerons un _Homère_, traduction de Dacier, 1719, in-12. Sa fille, la -spirituelle mais bien étrange duchesse de Berry, morte à vingt-quatre -ans, en 1719, eut le temps, dans sa courte existence, de se former une -nombreuse bibliothèque, dont les livres portaient pour armes sur les -plats: _de France, à la bordure engrêlée de gueules qui est de Berry -accolé d'Orléans_, et, sur le dos, M L entrelacées. On rencontre aussi -quelquefois de beaux livres timbrés des armes d'Espagne accolées à celles -d'Orléans. Ils ont appartenu à Marie-Louise d'Orléans, sœur consanguine -du régent, qui avait épousé le roi d'Espagne, le triste et malingre -Charles II, et qui mourut en 1689, à vingt-sept ans, non sans soupçon de -poison. - -Deux fils naturels du régent, qu'il eut, l'un de la Florence, danseuse de -l'Opéra, en 1698, l'autre, en 1702, de Mlle de Sery, comtesse d'Argenton, -peuvent être aussi comptés parmi les bibliophiles. Charles, appelé -d'abord l'abbé de Saint-Albin, et qui fut évêque de Cambrai de 1723 à -1764, avait formé une belle bibliothèque, comme le prouve le _Catalogue_ -qui en fut publié, _Cambray_, 1766, in-8º. Ses armes étaient: _de France, -au bâton péri en barre de gueules, au lambel d'argent à trois pendants_. -Son frère, qui fut grand-prieur de France de l'ordre de Malte et mourut -en 1748, posséda aussi de beaux livres, qui étaient décorés des mêmes -armes, avec cette seule modification: _au chef chargé de la croix de -Malte_. - -Le troisième duc d'Orléans, Louis, que la mort de sa femme, une princesse -de Bade, enlevée en couches à vingt-deux ans, jeta dans la plus grande -dévotion, avait réuni une précieuse bibliothèque religieuse, qu'il légua -à l'abbaye de Sainte-Geneviève, où il s'était retiré depuis 1730 et où il -mourut en 1752. Elle forme une partie de la Bibliothèque Sainte-Geneviève -actuelle. - -Son fils, Louis-Philippe, quatrième duc d'Orléans (1725-1785), fut un -prince débonnaire, qui, soit au Palais-Royal, soit au château de -Sainte-Assise, partageait son temps entre le commerce des lettres et un -petit cercle d'amis. L'aimable Collé fut son lecteur. Comme le comte de -Clermont, il aimait à donner chez lui le spectacle de la comédie; il y -jouait même, fort bien, dit-on, les rôles à manteau. Après la mort de la -duchesse d'Orléans, Louise-Henriette de Bourbon-Conti, en 1759, l'on sait -quelle place tint près de lui Mme de Montesson: ce fut sa marquise de -Maintenon. Il aima certainement les livres et en réunit une riche -collection qui fut vendue après lui. Ce prince, qui mourut le 18 novembre -1785, à soixante ans, laissait deux enfants: le nouveau duc d'Orléans, -Louis-Philippe-Joseph, qui mourut en 1793 sur l'échafaud révolutionnaire, -et alors âgé de quarante ans; et la duchesse de Bourbon, mère de -l'infortuné duc d'Enghien. C'est sans doute au partage qui dut se faire -entre ces deux héritiers qu'il faut attribuer la vente des livres de ce -prince, qui eut lieu à l'hôtel Bullion, seize mois après sa mort, le 3 -mai 1787 et jours suivants. Le catalogue en parut sous ce titre: -_Catalogue des livres de la bibliothèque de Son Altesse Sérénissime -Monseigneur le duc d'Orléans, premier prince du sang_, à Paris, chez -Leclerc et Baudouin, et la veuve Vallat La Chapelle, 1787, in-8º de 333 -pages. Ce catalogue, qui contient une table alphabétique par auteurs, -comprend 1,247 numéros. Il est malheureux qu'il n'indique l'origine -d'aucun des ouvrages décrits. En mettant à part l'histoire, qui forme 633 -numéros, la division la plus considérable est celle des sciences et arts -qui a 189 numéros, tandis que les belles-lettres en ont 172 seulement. La -partie de la musique doit être remarquée comme indice des goûts de ce -prince pour les fêtes. Nous y voyons 100 volumes, in-fol. et in-4º, de -_Symphonies, concertos, trios_ de Vivaldi, Corelli et autres; 27 volumes, -in-fol. et in-4º, de _Recueils d'airs à chanter et autres_; _les Cantates -de Clerambault_, 2 vol. in-fol.; 80 volumes in-4º obl., _Anciens opéras, -tant gravés qu'imprimés, de différents auteurs, dont_ ALCIONE, _par -Marais_; 54 volumes in-fol., _Anciens opéras de Lulli, Campra et autres -auteurs, dont_ $1, _par Rebel et Francœur_. - -Le petit-fils de ce prince, le roi Louis-Philippe, avait, dans sa -jeunesse, connu l'exil; c'est dans le travail et le commerce des lettres -qu'il en avait adouci l'amertume. Soit en Suisse, au milieu des montagnes -sauvages des Grisons, dans le village de Reichenau, où, en 1793, sous le -nom de Chabot, il donna pendant huit mois des leçons de français, de -mathématiques et d'histoire, dans l'institution de M. Jost; soit à -Hambourg, où il fit imprimer sous ses yeux et imprima peut-être lui-même, -un volume en réponse à certaines allégations hasardées de la comtesse de -Genlis, ce prince montra des goûts de savant et de lettré qui devaient le -conduire fatalement à devenir bibliophile. Aussi le fut-il soit au -Palais-Royal, quand il n'était encore que duc d'Orléans, soit aux -Tuileries, quand il fut devenu roi. Non seulement des sommes -considérables de sa liste civile et de sa fortune particulière furent -consacrées à des acquisitions de livres, à des souscriptions aux grandes -publications de l'époque, mais encore des ouvrages très importants furent -publiés par ses ordres, à ses frais et sous sa direction. Telles furent -les _Vues des châteaux royaux_ par l'architecte Fontaine, l'_Histoire des -résidences royales_ par Vatout, et peut-être les _Galeries de Versailles_ -par Gavard, pour lesquelles M. Montalivet avait pris un arrêté par lequel -l'ouvrage ne serait accordé en don que sur un ordre signé du roi. Ces -trésors bibliographiques qu'il avait rassemblés dans ses résidences -privées devaient bientôt être dispersés. - -Quatre ans après la révolution de février, eut lieu, le 8 mars 1852 et -les vingt-six jours suivants, la vente des livres provenant des diverses -bibliothèques du roi Louis-Philippe, mort le 20 août 1850. Un avis placé -en tête du _Catalogue_, Paris, Potier, 1852, 2 vol. in-8º de 349 et 264 -pages, signale «les dégradations et mutilations qu'ont subies un certain -nombre de livres dans des circonstances que, dit l'expert, nous ne -voulons pas rappeler, et qui ont malheureusement atteint quelques-uns des -plus importants et des plus précieux». Le premier volume contient 3,039 -numéros; le second, 2,523. Ces deux volumes sont consacrés aux -«Bibliothèques du Palais-Royal et de Neuilly»; un troisième, qu'on -rencontre plus rarement et dont nous devons la communication au vénérable -et savant M. Louis Barbier, ancien administrateur de la Bibliothèque du -Louvre, est relatif à la bibliothèque du château d'Eu: _Catalogue des -livres provenant de la bibliothèque du château d'Eu_, Paris, Potier, -1853, in-8 de 29 pages. Il comprend 337 numéros seulement. La vente eut -lieu les 5, 6 et 7 avril 1853, à la salle Silvestre, rue des -Bons-Enfants, comme la précédente. - -Ces catalogues ont un grand intérêt historique par l'origine qu'ils -indiquent d'un très grand nombre de volumes ayant appartenu à divers -membres de la famille de Bourbon: le régent; le duc et la duchesse du -Maine, et leur fils, le comte d'Eu; le comte de Toulouse et le duc de -Penthièvre; la duchesse d'Orléans, mère du roi. Nous avons fait le relevé -de ces livres, la crainte seule de trop allonger ce travail nous empêche -d'en donner la liste complète. Nous signalerons seulement les manuscrits -et quelques livres d'une rareté particulière. Voici les manuscrits: - -_Li Romans du castelain de Couci_ (en vers), avec _Li Regret du comte de -Haynnau_, in-4º de 33 et 58 ff., m. r., aux armes du comte de Toulouse; -la _Cronique françoyse_, de Guill. Cretin, 5 vol. in-fol. sur vélin, ms. -provenant du duc de La Vallière; le _Roman d'Yvain_, ms. de la fin du -XIIIe siècle, in-fol. de 55 ff. (armes de Nicolas Foucault et du comte de -Toulouse); les _Lettres spirituelles de la sœur Marceline Pauper, -décédée à Tulle_, en 1706, in-4º; un recueil de _Lettres_ écrites de -1687 à 1692, faussement attribuées à Mme de Sablé, laquelle mourut en -1678 (aux armes de la comtesse de Toulouse); _Instructions de la vie -civile et chrétienne_, (par un père à ses enfants), datées de Tlodosso, -1722, in-4º (armes du duc du Maine); _Recueil d'ouvrages mss._, en partie -autographes du Mis de Mirabeau 6 vol. in-fol.; _Mémoire et instruction -sur les munitions des places, l'artillerie_, par Vauban, in-fol., mar. r. -(aux armes du duc du Maine); _Recueil de chansons, par Blot et autres_, -sous la Fronde, in-4º; _Recueil de poésies_, de Mlle de Caumont de La -Force, in-4º, mar. r., avec cette note: - -«Manuscrit autographe. Ces poésies sont adressées au duc de Vendôme, au -duc d'Estrées, à l'abbé de Chaulieu, à la duchesse du Maine, à -Campistron, à Hamilton, avec des réponses de ce dernier.» - -_Chansons et autres poésies_, de la même, in-4º, mar. r., ms. autographe -de 148 pp.; les pièces sont adressées à Mademoiselle, à la princesse de -Conti, au prince de Turenne, à Mme de Maintenon, etc.; _Adélaïs de -Bourgogne_, par la même, 2 vol. in-4º; _les Jeux ou la Promenade de la -princesse de Conty à Eu_, par la même, 1701, in-4º ms. inédit; _Portrait -de Mlle de La Force, fait par elle-même_, in-4º, mar. r., suivi de -quelques autres écrits, de la même, etc. - - -Parmi les imprimés, l'on remarque: - - _Gyron le Courtoys_, Paris, 1519, in-fol. goth.; _les Quatre filz - Aymon_, Paris, 1508, pet. in-fol., fig. sur bois; _Sensuyt Ogier - le Dannois_, Paris, Trepperel, s. d., in-4º goth.; _le Nouble roy - Ponthus_, et _la Cronique et hystoire de Appollin, roy de Thyr_, - Genesve, in-4º goth., fig. col.; l'_Histoire de Huon de - Bordeaux_, Rouen, s. d., in-8º; _les Neuf preux_, Abbeville, - 1487, in-fol. goth.; _Amadis de Gaule, mis en françois_ par Nic. - de Herberay, Lyon et Paris, 1575-1615, 23 vol. in-16 et 3 vol. - in-8º; l'_Histoire de Palmerin d'Olive_, trad. par Maugin, 1553, - in-fol.; _Histoire de Perceforest_, Paris, 1528, 6 vol. in-fol., - imprimés sur vélin, avec cinq grandes miniatures (cet ex. - provenait de la vente d'Anet en 1724, où il avait été acheté par - le comte d'Hoym, puis racheté à la vente La Vallière par le duc - de Penthièvre, au prix de 1,601 livres.); l'_Historien Josèphe_, - 1534, in-fol. goth. sur vélin, provenant d'Honoré d'Urfé; - l'_Histoire de Guy de Warvich_, Paris, s. d., in-4º goth.; - _l'Amant resuscité_, par Th. Valentinian, Lyon, 1558, in-4º; _Du - vray et parfaict amour, ou les Amours de Théagènes et de Charide_ - (_sic_), par Martin Fumée, Paris, 1599, in-12, vél.; _les Amours - de Théagènes et Chariclée_, trad. d'Amyot, Paris, 1549, in-8, v. - rac. (2e édition de ce livre); _Hypnerotomachie ou discours du - songe de Poliphile_, Paris, 1561, in-fol., fig. sur bois; les - _Cent excellentes nouvelles_, de Giraldy Cynthien, trad. par - Chappuys, Paris, 1584, in-8º; le _Faust_ de Gœthe, trad. de - Stapfer, avec les 17 dessins de Delacroix, Paris, Motte, 1828, - in-fol. dem.-rel. - -Le roi Louis-Philippe avait formé aussi une magnifique collection de -portraits historiques, qui était rassemblée au Palais-Royal. Ils -s'élevaient au nombre de 4,600 et figurent au catalogue de 1852 (IIe -partie), sous le no 777. Indépendamment de cette collection, dont un -_Catalogue_ fut publié, Paris, 1829, 4 vol. in-8º et in-fol., le roi -possédait encore de nombreux portraits de différentes époques et de -différents pays, qui furent vendus sous les nos 780-832: œuvres de -Morin, de M. Lasne, de Van Schuppen, de Nanteuil, de Simon, d'Edelinck, -de Drevet, de Masson, de Carmontelle. - -Le roi Louis-Philippe ne fut pas le dernier Bourbon bibliophile; mais -nous devons nous arrêter au seuil de l'histoire contemporaine, que nous -nous sommes donnés pour limite. - -[Illustration: deco] - - -REINES ET PRINCESSES - - -[Illustration: deco] - - -Si les princes de la maison de Bourbon aimèrent les livres et furent -souvent de véritables bibliophiles, c'est une passion que les femmes de -leur race partagèrent avec eux. Aussi serait-il injuste de ne pas parler -d'elles, et de ne pas inscrire leurs noms sur le livre d'or de la -Bibliophilie. Elles n'eurent pas seulement de précieuses collections de -livres, livres choisis, habillés avec le goût le plus délicat, rangés -dans de beaux corps de bibliothèques; elles firent aussi des livres, -imitant d'ailleurs en cela leurs parents du sexe fort. Henri IV est un -admirable épistolaire, mais Madame Elisabeth n'est pas à dédaigner, et -ses lettres ont une originalité pleine de saveur. C'est à une princesse -de Conti que l'on attribue les _Amours du grand Alcandre_, lisez de Henri -IV. Mademoiselle de Montpensier a écrit des mémoires qui comptent parmi -les meilleurs. Mademoiselle de Nantes, fille de Louis XIV et de Madame de -Montespan, plus tard Madame la duchesse, faisait des vers--souvent par -trop salés--qui réjouissaient fort la cour, tout en la scandalisant un -peu; la duchesse du Maine--une Condé--tenait une véritable cour -littéraire en son château de Sceaux, et n'était pas la dernière à payer -son écot en vers et en prose, en madrigaux et en comédies. Une autre -princesse de Condé, Louise-Adélaïde de Bourbon, tante du duc d'Enghien, -qui mourut en 1824, prieure des Dames Bénédictines établies au Temple de -Paris, a laissé un volume de lettres pleines d'élévation et de -sentiments. Quand on a tant de dispositions pour les choses de l'esprit, -comment ne serait-on pas bibliophile? Aussi beaucoup de ces princesses le -furent-elles. - - -I - -Il est à remarquer que la femme du roi de France qui fut le véritable -fondateur de cette collection incomparable de livres qui s'appelle -aujourd'hui la Bibliothèque nationale, fut une princesse de Bourbon. -Jeanne de Bourbon, arrière-petite-fille de Robert, comte de Clermont, -tige de cette maison, et qui épousa en 1350 le dauphin Charles, qui fut -plus tard Charles V, lui apporta en dot, entre autres trésors, une -vingtaine de manuscrits précieux, richement reliés, qui contribuèrent à -former le premier fonds de la Bibliothèque que ce prince rassembla plus -tard dans la grosse tour du Louvre. Le goût pour les livres, qu'elle -avait puisé dans sa famille, ne fut certainement pas sans influence sur -son royal époux, «dont la belle librairie» devint célèbre dans toute la -chrétienté, et qui aimait à tracer son nom sur ses livres favoris. Quand -elle mourut, en 1377, trois ans avant Charles V, elle laissa la -réputation d'une reine amie des lettres et de ceux qui les cultivent. - -Ce que Jeanne de Bourbon avait été pour le roi Charles V, une nièce de ce -prince le fut pour le duc Jean Ier. Par une heureuse rencontre, les ducs -de Bourbon furent presque toujours heureusement secondés de leurs femmes -dans l'accroissement de leur bibliothèque de Moulins. Ainsi en fut-il de -la duchesse Marie, fille unique et héritière du duc de Berry, frère de -Charles V, mort en 1416, qui apporta à son époux, le duc Jean Ier, -quarante et un des plus beaux manuscrits que son père avait réunis dans -son château de Mehun-sur-Yèvre. Ces livres lui furent comptés pour une -somme de 2,500 livres tournois dans la succession de celui-ci. Les autres -furent malheureusement dispersés par les créanciers de ce prince[2]. L'on -voit encore sur un manuscrit exécuté pour elle par le P. de la Croix, -cette note: «Et apertient ce dit livre à très haulte et poissant dame -Marie, fille de très redoubté prince Jehan, duc de Berry,... et le fist -escripre par grant diligence frère Symon de Coucy, cordelier, confesseur -de laditte Dame.» Cet amour des livres, la duchesse Marie le transmit à -son fils et à son petit-fils, les ducs Charles Ier et Jean II, qui tous -deux, comme nous l'avons vu, furent de grands bibliophiles. - - [2] Voir sur cette librairie de Jean, duc de Berry: Le Laboureur, - _Histoire de Charles V_, p. 75; Barrois, _Bibliothèque - protypographique_, 1830; comte de Bastard, _Librairie de Jean de - France, duc de Berry_; P. Paris, _Bulletin du bibliophile_, 1837; - Douët d'Arcq, _Revue archéologique_, t. VII; Hiver de Beauvoir, - _Trésor de la Sainte Chapelle de Bourges_, 1855, et _la Librairie - de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre_, 1860; - surtout M. Léopold Delisle, _Bibliothèque de l'Ecole des - Chartes_, 4e série, t. II, et le _Cabinet des manuscrits_, t. I, - p. 56.--Beaucoup des manuscrits du duc de Berry étaient ornés de - ses armes: _de France à la bordure engrêlée de gueules_; de sa - devise: _Le Temps venra_, et de son chiffre, formé d'un V et d'un - E enlacés. - -C'est dans la branche des Bourbons-Vendôme, détachée elle-même de celle -des comtes de la Marche éteinte au XVe siècle, et qui succéda, dans le -titre de duc de Bourbon, à la branche aînée et à celle des -Bourbons-Montpensier, que nous rencontrons maintenant la plus illustre -héritière de cet amour pour les livres qui distingua les princes de la -maison de Bourbon. Nous voulons parler d'Antoinette de Bourbon, l'un des -six enfants de François de Bourbon, comte de Vendôme, et de cette Marie -de Luxembourg, fille et héritière du fameux comte de Saint-Pol, le -décapité, qui enrichit si grandement cette branche des Vendôme. Née en -1494, morte à près de quatre-vingt-dix ans, en 1583, sœur de Charles de -Bourbon, créé duc de Vendôme par François Ier en 1515, tante d'Antoine de -Bourbon, roi de Navarre, du comte d'Enghien, le vainqueur de Cérisoles, -du cardinal de Bourbon, qui fut le roi des Ligueurs sous le nom de -Charles X, et du prince de Condé, tige de la maison de Condé, elle occupe -une grande place dans l'histoire de son temps, sous le nom de -douairière de Guise. Elle avait, en effet, épousé, en 1513, Claude -de Lorraine,--fils de René II, le vainqueur de Charles le -Téméraire,--premier duc de Guise, et, fut la mère de toute cette lignée -des Guises qui donnèrent tant de tracas aux derniers Valois. Ses -petits-fils faillirent enlever la couronne à Henri IV, l'héritier -légitime, dont elle était la grand'tante. Elle posséda une bibliothèque -nombreuse, dont les volumes, pour la plupart, avaient été reliés par -Nicolas Ève. Quelques-uns portaient sur les plats son chiffre formé d'un -V et d'un A enlacés (_Antoinette de Vendôme_), accompagné d'un autre -chiffre composé de deux LL (_Lorraine_). L'amour des livres fut -peut-être la seule chose qu'Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise, -hérita de sa maison. A tous autres égards elle devint toute Lorraine, et -ne fut pas la moins dangereuse adversaire d'Antoine de Navarre et de son -fils Henri IV. - - -II - -La conquête d'un trône, les soins d'un gouvernement qui s'était donné -pour mission de fermer les blessures de la France, ne laissèrent pas -beaucoup de temps à Henri IV pour être bibliophile. Sa sœur, Catherine -de Bourbon, duchesse de Bar, eut pour cela plus de loisirs, et elle en -usa largement. Elle a laissé des livres nombreux, tous magnifiquement -reliés, marqués très souvent sur les plats de cet S fermé, qui était un -signe de fidélité conjugale ou amoureuse. L'histoire intime de la sœur -du roi Henri donnerait raison à cette interprétation. Née à Paris en -1559, de six ans plus jeune que son frère, elle reçut les leçons de -Florent Chrestien et de Palma Cayet, pour le grec, le latin et l'hébreu; -de Charles Macrin, père de Salmon Macrin le poète, pour l'histoire et la -poésie; Théodore de Bèze corrigea, dit-on, ses premiers vers. Deux -ministres, Merlin de Vaulx et Espina, l'instruisirent dans les principes -de la religion réformée. Les mémoires contemporains vantent aussi son -habileté à chanter, à toucher du luth, à danser même les pavanes -d'Espagne, les pazzamenos d'Italie, les voltes et les courantes -françaises, et même les danses béarnaises, bien qu'elle fût née un peu -boîteuse, et de santé très délicate. Elle avait treize ans seulement -quand elle perdit sa mère, Jeanne d'Albret, qui, en mourant, l'avait -placée spécialement sous la protection de son frère: «J'engage et je -supplie mon fils, lit-on dans son testament, à prendre sa sœur Catherine -sous sa protection, à être son tuteur et son défenseur.» Henri IV ne -suivit peut-être pas très fidèlement cette dernière recommandation de sa -mère, et dans les divers projets de mariage qu'il forma pour Catherine de -Bourbon, il obéit plutôt aux conseils de la politique qu'il n'écouta les -sentiments d'un frère. Il fut tour à tour question de la marier à Henri -III, au frère de celui-ci, le duc d'Alençon, à Philippe II, au duc de -Savoie Charles-Emmanuel Ier, à son cousin le prince de Condé, veuf de -Marie de Clèves, au duc Charles III de Lorraine, au roi d'Ecosse, fils de -Marie-Stuart. Au milieu de ces projets de la politique, Catherine avait -écouté son cœur, et une promesse de mariage avait été échangée entre -elle et son cousin, le comte de Soissons, frère du prince de Condé. Pour -lui elle refusa positivement l'alliance du roi d'Ecosse, et résista -énergiquement plus tard à son frère qui voulait donner sa main au duc de -Montpensier. Elle resta cependant vaincue dans cette lutte, et finit par -épouser, en 1599, le duc de Bar, fils de ce duc de Lorraine qu'elle avait -autrefois refusé. Cette union tardive devait être bientôt dénouée par la -mort. Catherine mourut le 13 février 1604, laissant le souvenir d'une âme -généreuse et d'un esprit élevé. Ses plus belles années s'étaient écoulées -au château de Pau, dans les fonctions de régente qu'elle avait remplies -en Navarre. La bibliothèque, dont le catalogue existe encore en partie, -avait été notablement augmentée par elle. Poète, elle y occupait ses -loisirs à des traductions de psaumes en langue française, et à des -poésies religieuses, qui eurent alors de la popularité en Béarn. - -L'on remarquait surtout dans sa bibliothèque une belle collection de -classiques grecs et latins, de rares manuscrits, et une grande quantité -de lettres autographes des principaux personnages de son temps. «La -plupart de ses livres, dit M. Guigard, étaient reliés à la manière de -Clovis Eve qui, bien certainement, a dû travailler pour elle. Beaucoup -d'entre eux portaient sur les plats six doubles C entrelacés formant -croix, avec une flamme au centre, le tout dans un ovale feuillé.» - - -III - -L'époque des Précieuses devait avoir plus que toute autre des -bibliophiles parmi ces femmes que passionnaient les choses de l'esprit. A -leur tête il faut placer la fille de Gaston d'Orléans, frère de Louis -XIII, et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, dernière -représentante de la seconde branche des Bourbons-Montpensier, princes de -La Roche-sur-Yon, détachée à la fin du XVe siècle de celle des comtes de -Bourbon-Vendôme. Elle a droit, comme son frère, au titre de bibliophile. -Née en 1627, morte en 1693, après cette fâcheuse aventure d'un mariage -avec Lauzun, qui fit scandale sans faire son bonheur, Mademoiselle de -Montpensier est l'auteur de ces _Mémoires_ qu'on lit toujours avec un si -vif plaisir, d'une _Histoire de la princesse de Paphlagonie_ (1659), -roman qui peut encore piquer aujourd'hui la curiosité, par les allusions -qui s'y trouvent aux personnages du temps, et de _Portraits_, nés de -cette mode qui occupa vers 1660 toute la société polie en France. Au -milieu des Précieuses, elle fut comme une vierge Pallas, à laquelle -poètes et courtisans s'empressaient d'apporter le tribut de leurs vers ou -de leurs hommages. Retirée, un peu forcément, après la Fronde, soit dans -ses châteaux, à Eu par exemple, soit au palais du Luxembourg, c'est -surtout alors qu'elle prit goût aux lettres et au bel esprit. Le poète -Segrais était l'un des gentilshommes de sa maison. C'est par lui qu'elle -connut Huet, qui, jeune alors, lui servait parfois de lecteur pendant sa -toilette. Ses livres timbrés au armes d'Orléans sont excessivement rares. - -A côté de la grande Mademoiselle, comme on appelait de son temps cette -princesse, nous placerons Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, duchesse de -Longueville, la sœur du grand Condé, la galante héroïne de la Fronde. -Ses livres portaient ordinairement sur les plats un semis de fleurs de -lis, et, entouré de deux palmes, l'écusson _de France, au bâton péri en -bande de gueules, au lambel d'argent à trois pendants_ (armes des -Longueville). Ce n'est pas que la duchesse de Longueville ait été une -savante. Loin de là; son éducation avait été assez négligée: mais elle -avait l'esprit de sa race, et un goût inné. Retz insiste -particulièrement sur ce que cet esprit devait tout à la nature, et -presque rien à l'étude. «Mme de Longueville, dit-il, a naturellement bien -du fonds d'esprit, mais elle en a encore plus le fin et le tour.» Plus -tard elle tiendra, dans ce bel hôtel de Longueville qu'elle fit bâtir rue -Saint-Thomas du Louvre, près de celui de Rambouillet, une cour d'esprit, -donnera le ton à ses contemporains, et rendra, avec son frère le grand -Condé, des jugements sur la littérature qui seront sans appel. - - -IV - -Des deux filles que Louis XIV eut de la marquise de Montespan, la plus -remarquable par son esprit--cet esprit des Mortemart, célèbre au -XVIe siècle, esprit caustique, plein de saillies, souvent à -l'emporte-pièce--fut Mademoiselle de Nantes. Née en 1673, mariée en -1685, à Louis III, duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé, sœur de la -duchesse d'Orléans, femme du régent, elle ne mourut qu'en 1743. Survivant -de trente-trois ans à son mari, elle passa son long veuvage dans les -douceurs de l'amitié, peut-être d'un sentiment plus tendre, que lui -inspira le marquis de Lassay, et dans la société des hommes d'esprit et -des gens de lettres. «Dans une taille contrefaite, dit Saint-Simon, mais -qui s'apercevait peu, sa figure était formée par les plus tendres amours, -et son esprit était fait pour se jouer d'eux à son gré sans en être -dominée... Rien en elle qui n'allât naturellement à plaire, avec une -grâce non pareille jusque dans ses moindres actions, avec un esprit tout -aussi naturel qui avait mille charmes... Avec ces qualités, beaucoup -d'esprit, de sens pour la cabale et les affaires... féconde en chansons -les plus cruelles dont elle affublait gaîment les personnes qu'elle -semblait aimer et qui passaient leur vie avec elle. C'était la sirène -des poètes, qui en avait tous les charmes et les périls.» Ailleurs, -Saint-Simon, revenant sur ce talent pour la chanson et l'épigramme, dit: -«Mme la duchesse qui avait bien de la grâce et de l'esprit à l'art des -chansons salées, en fit d'étranges.» Cette verve satirique de la jeune -princesse s'attaquait même à Louis XIV, et aux mœurs sévères que Mme de -Maintenon avait introduites à la cour, comme le prouvent ces vers d'elle -qui coururent en 1691, après le voyage du roi en Flandre: - - Enfin, après un mois je vous vois de retour, - Courtisans surannés, vrais remèdes d'amour, - Je vous revois, vieux fous si chéris de nos mères, - Lorsque restés sur nos frontières, - Nos amans loin de nous sont dans le champ de Mars - Pour livrer leurs beaux jours aux plus cruels hasards. - Ah! qu'une vieille cour à nos yeux est hideuse!! - On n'y parle jamais ni d'amour ni d'amans; - Qu'une princesse est malheureuse - D'y passer ses plus jeunes ans! - Que c'est une chose ennuyeuse - De ne voir que de vieux pédans! - -La bibliothèque qu'elle avait rassemblée dans ce magnifique palais -Bourbon qu'elle avait fait construire, et dont la plus grande partie a -disparu pour être remplacée par le Palais Législatif, était riche et bien -choisie. Ses livres se distinguaient par la magnificence des reliures, la -plupart exécutées par Derôme et Padeloup. Ils étaient timbrés à ses -armes: deux écus accolés, le premier, _de France, au bâton péri en bande -de gueules_; le second, aussi _de France, au bâton péri en barre de -gueules, qui est de Condé_. - - -V - -C'est à une princesse de Bourbon-Condé, sinon par sa naissance, du moins -par son mariage, à Anne de Bavière, femme de Henri-Jules, prince de -Condé, fils du vainqueur de Rocroy, que se rattache le souvenir d'une des -plus belles ventes de livres qui ait eu lieu sous l'ancienne monarchie. -Nous voulons parler de la vente de la bibliothèque du château d'Anet, en -1724, peu après la mort de cette princesse, veuve depuis le 1er avril -1709. Il n'est pas sans intérêt, pour l'histoire de cette admirable -collection de livres, de voir comment la célèbre demeure de Diane de -Poitiers était passée avec toutes ses richesses mobilières aux mains de -la belle-fille du grand Condé. - -Donnée d'abord par Philippe le Long, en 1318, à Louis, comte d'Evreux, -son oncle, la seigneurie d'Anet avait été confisquée par Charles V, sur -Charles le Mauvais, roi de Navarre, puis inféodée, par Charles VIII en -1444, à Pierre de Brezé, en récompense des services de ce seigneur contre -les Anglais qu'il avait chassés de Normandie. C'est par son mari, Louis -de Brezé, dont elle devint veuve en 1531, que Diane de Poitiers se trouva -en possession de la seigneurie d'Anet, dont l'ancien château, reconstruit -sur les plans de Philibert Delorme, orné par Jean Cousin et Jean Goujon, -fut une des merveilles de l'art français au XVIe siècle (1552). A la mort -de Diane, en 1566, Anet devint la propriété de Claude de Lorraine, duc -d'Aumale, qui avait épousé, en 1547, sa seconde fille, Louise de Brezé à -laquelle ce domaine était échu dans un partage fait du vivant même de -Diane, en 1561, entre elle et sa sœur Françoise, duchesse de Bouillon. -Son fils Charles de Lorraine, qui épousa en 1576 sa cousine germaine, -Marie de Lorraine, fille du duc d'Elbeuf, hérita d'Anet, mais il dut le -laisser vendre par ses créanciers, dont le principal était Marie de -Luxembourg, duchesse douairière de Mercœur qui, en 1615, acheta Anet -moyennant 400,000 livres. C'est par cette nouvelle propriétaire d'Anet -que ce domaine passa aux Vendôme: César de Vendôme, fils de Henri IV et -de Gabrielle d'Estrées, ayant épousé en 1609 Françoise de Lorraine, fille -de la duchesse, et héritière de Philippe-Emmanuel de Lorraine, dernier -duc de Mercœur. - -Le dernier rejeton des Vendôme, le célèbre général dont les victoires -affermirent la couronne d'Espagne sur la tête du petit-fils de Louis XIV, -le légua à sa femme, Marie-Anne de Bourbon-Condé, petite-fille du grand -Condé (1712). Cette dernière duchesse de Vendôme, que son mari n'avait -épousée que pour faire sa cour à Louis XIV, et être relevé d'une disgrâce -que ses mœurs trop relâchées lui avaient fait encourir, étant morte sans -enfant, le 11 avril 1718, laissa Anet et son magnifique héritage à sa -mère, Anne de Bavière, princesse douairière de Condé, Madame la -princesse, comme on disait alors, qui mourut elle-même peu après, le 23 -février 1723. L'avocat Barbier, dans son journal, dit à propos de cette -mort: «Mardi 23, Madame la princesse de Condé, palatine en son nom et -cousine de Madame, est morte dans son hôtel au petit Luxembourg, âgée de -soixante-seize ans. Madame la princesse de Conti, sa fille aînée, à qui -on avait refusé la porte la veille, a fait apposer le scellé le même jour -par deux commissaires du Parlement.» Cette mort avait suivi de quelques -semaines seulement celle de la duchesse d'Orléans, mère du régent, -arrivée le 8 décembre 1722. Ces deux princesses, appartenaient toutes -deux à la maison de Bavière, Madame à la branche électorale, la princesse -à la branche palatine du Rhin. - -Le goût que les propriétaires d'Anet, ducs de Vendôme, ou ducs d'Aumale, -avaient pour les livres et pour les lettres, nous est attesté par un -document infiniment précieux. C'est le _Catalogue des manuscrits trouvez -après le décès de Madame la Princesse, dans son Château Royal d'Anet_, -Paris, Gandouin, 1724. Il est impossible d'imaginer une plus rare -collection de livres, et la note suivante, placée en tête de ce -catalogue, reste fort au-dessous de la vérité: - - Ces manuscrits sont sur vélin ornez de très-curieuses miniatures - & autres ornemens, le tout très-bien conservé; et se vendront en - gros ou en détail au commencement du mois de novembre prochain - 1724, chez le sieur Pierre Gandouin, libraire, quay des - Augustins, à la Belle Image. - -Il y avait dix-huit mois qu'Anne de Bavière, princesse douairière de -Condé, était morte, lorsque fut mis en vente ce trésor incomparable du -château d'Anet, par suite du partage des biens des ducs de Vendôme, entre -ses deux petites-filles, la duchesse du Maine et la princesse de Conti, -toutes deux sœurs de la duchesse de Vendôme. Comme la bibliothèque -d'Anet n'avait pu être formée par la princesse de Condé, pas plus que par -sa fille la duchesse de Vendôme, entre les mains desquelles Anet n'avait -existé à titre de propriété que pendant onze ans, de 1712 à 1723, c'est -certainement aux Bourbons-Vendôme, et avant eux aux princes lorrains et à -Diane de Poitiers, que revient l'honneur d'avoir réuni ces richesses -littéraires, pour lesquelles le monument de Philibert Delorme était un si -digne écrin. - -Le catalogue de ces manuscrits forme une petite plaquette in-12 de 37 -pages. L'exemplaire que nous avons eu sous les yeux appartient à la -Bibliothèque Mazarine--no 42884--où il a été désigné à tort, comme le -«Catalogue de la princesse de Conti.» L'on sait que le titre de Madame la -princesse, tout court, ne fut jamais porté sous l'ancienne monarchie que -par la branche aînée de la maison de Condé, dont les Conti étaient la -branche cadette. Il ne saurait y avoir de doute à cet égard, Anet n'ayant -d'ailleurs jamais appartenu aux Conti. Ce catalogue, dont les articles ne -sont pas numérotés, forme trois divisions: des manuscrits sur vélin, au -nombre de cent soixante et onze; des manuscrits sur papier in-folio, au -nombre de quatre-vingt-un; et des livres, la plupart in-folio (149 -articles). - -Des manuscrits sur vélin, il faudrait tout citer; nous nous contenterons -cependant de noter ceux-ci: - - _La Bible Ystoriaux_, translatée du latin en François par - Pierre... doyen du Chapitre de Saint-Pierre d'Aire, remplie de - belles miniatures bien conservées; _la même_, avec des miniatures - très curieuses; _la même_, dont les miniatures surpassent celles - des autres; une _Partie de la Bible en Provençal_, avec - miniatures; _Chronique depuis la création du monde, jusqu'à J. - César_, avec des miniatures très singulières; _les Histoires de - la Terre sainte_, ornées de miniatures; _la Légende dorée_, avec - un grand nombre de miniatures; _Recueil des Miracles de - Notre-Dame_, en vers, deux gros vol. in-fol. remplis de beaucoup - de miniatures; _la Guerre des Juifs de Joseph_, ornée de - miniatures des plus curieuses, d'une grandeur énorme, bien - conservée; _le Bestiaire_, par Richard de Furneval, avec de - belles miniatures; _le Jardin de Paradis_; _l'Horloge de - Sapience_: tous deux avec miniatures; _l'Arbre de Sapience_, avec - quatre-vingt miniatures d'une excellente beauté, in-fol. en 1469; - _Chroniques de France_, par J. Froissart, deux vol. sur vélin, - reliez en velours vert avec des fermoirs dorez d'or moulu; ce ms. - est orné de miniatures très belles qui représentent les modes et - les usages de ce temps; _les Décades de Tite Live_, 3 vol. - in-fol. avec miniatures, couverts de velours rouge; - _Quinte-Curce_, avec de très belles miniatures; _Histoire de - Jules César_, avec de très belles miniatures; _les Métamorphoses - d'Ovide, en vers François_, rempli de beaucoup de miniatures; - _Histoire de la destruction de Troyes_, par Benoist de - Saint-More, en vers françois, avec une grande quantité de - miniatures; _Compilation de l'Histoire Grecque et Romaine_, par - Jehan de Courcy, trois exemplaires, tous avec très belles et - grandes miniatures; _les Histoires d'Orose_, avec des miniatures - singulières; _les Chroniques de Saint-Denis_, deux très gros vol. - in-fol., ornés de miniatures; _les Triomphes de Pétrarque_, - trad. par G. de la Forge, in-fol. dans lequel se trouve une - miniature de la grandeur du volume, qui est d'une très grande - beauté; Petrarcha, _de Remediis_, trad. par N. Oresme, avec de - très belles miniatures; Jean Boccace, _Des faits des nobles - hommes_, ms. de 1409, rempli de plus de 400 miniatures, le volume - est d'une grandeur énorme; _Idem_, avec de très belles - miniatures; _Poésies de G. de Loris_, in-fol. avec des - miniatures; _le Jouvencel_, avec des miniatures d'une beauté - parfaite; _Le Roman de la Rose_, deux exemplaires, chacun avec - d'excellentes miniatures; _le Roman d'Alexandre_; _le Songe du - vieil pélerin_, rempli de grandes et belles miniatures; _Histoire - de Saint-Graal_, trad. par Luces du Chastel, ms. très ancien et - rempli de beaucoup de miniatures; _les Nobles faits du chevalier - Tristan, Ugalaad, Lancelot_, trad. par le même, in-fol. sur vélin - d'une grandeur énorme, orné d'un nombre infini de belles - miniatures très bien conservées; _le Roman de Tristan Le Bret_, - trad. par Robert Boron, orné d'un nombre infini de petites - miniatures très finies pour le temps, in-fol.; _Le Séjour du - deuil pour le trépas de Messire Philippe de Comines, seigneur - d'Argenton_, en vers, avec 17 miniatures en or d'une beauté - achevée; _le Pèlerinage de vie humaine_, en vers, avec - miniatures; _Fables d'Esope_, avec miniatures; _Explication des - Actes des Apôtres, par un Frère prescheur, dédié à Jean de Laval, - sieur de Châteaubriant_, orné de grandes et belles miniatures, - etc. - -Le château d'Anet échut en partage à la duchesse du Maine, et après la -mort du comte d'Eu, son fils, passa à son cousin, le duc de Penthièvre, -mais sa précieuse bibliothèque, formée par Diane de Poitiers, conservée -avec soin et même accrue par la maison de Vendôme, eut une triste -destinée. On ne trouva pas d'acquéreur pour cette admirable collection; -elle fut dispersée. Beaucoup de volumes, dit M. Léopold Delisle, furent -achetés par Denis Guyon de Sardière, dont la bibliothèque fut acquise, -vers 1759, par le duc de La Vallière; plusieurs manuscrits furent -adjugés à Cangé, à Lancelot et à d'autres amateurs, dont les cabinets -contribuèrent dans la suite à l'accroissement de la bibliothèque du roi; -un certain nombre passèrent à l'étranger. - -La duchesse du Maine, qui hérita seulement du château d'Anet, aurait -cependant été digne d'en posséder aussi la précieuse bibliothèque. Elle -aimait, en effet, beaucoup les livres et tint à Sceaux une véritable cour -littéraire. Fontenelle, Malézieux, La Fare, Sainte-Aulaire, Chaulieu et, -plus tard, Voltaire y firent avec elle assaut d'esprit. - - La divinité qui s'amuse - A me demander mon secret, - Si j'étais Apollon ne serait point ma muse - Elle serait Thétis, et le jour finirait, - -répondait un jour Sainte-Aulaire à la duchesse, qui l'appelait Apollon. - -«La contrainte qu'il fallait avoir à la cour l'ennuya, raconte Mme de -Caylus; elle alla à Sceaux jouer la comédie et faire tout ce qu'on a -entendu dire des nuits blanches, et tout le reste. M. le duc, son frère, -pendant un temps prit un très grand goût pour elle: les vers et les -pièces d'éloquence volèrent entre eux; les chansons contre eux volèrent -aussi. L'abbé de Chaulieu et M. de La Fare, Malézieux et l'abbé Genest -secondaient le goût que M. le duc avait pour la poésie.» Ces goûts -littéraires ne l'empêchèrent pas de s'occuper de politique, comme le -prouve cette conspiration de Cellamare dont elle fut l'inspiratrice. -Souvent la littérature fut pour elle le masque de la politique; et -l'emblème dont elle timbrait ses livres était aussi le signe de -ralliement de ses alliés, les chevaliers de la Mouche à miel. Sur ses -livres, en effet, étaient frappées des abeilles d'or, avec cette devise -autour de leur ruche: _Piccola Si Ma Fa Pur Gravi La Ferite_. (Je suis -petite, mais je fais cependant de graves blessures). Allusion à la petite -taille de la princesse et à l'ordre galant de la Mouche à miel, qu'elle -avait fondé en 1703. - -De cette princesse bibliophile, nous rapprocherons deux filles du régent: -cette galante duchesse de Berry d'abord, morte si prématurément en 1719, -à vingt-quatre ans, veuve d'un petit-fils de Louis XIV, (Ses livres -étaient nombreux et portaient pour armes sur les plats: _de France, à la -bordure engrêlée de gueules, qui est de Berry, accolé d'Orléans_, et, sur -le dos, le chiffre ML entrelacées): et Mademoiselle de Beaujolais -(Philippe-Élisabeth d'Orléans), née en 1714, morte en 1734, sans avoir vu -s'accomplir son union avec l'infant don Carlos, auquel elle avait été -promise. Ses livres étaient timbrés d'un écu en losange, aux armes _de -France, au lambel d'argent à trois pendants_, surmonté de la couronne -ducale. - - -VI - -Une autre princesse de la maison de Bourbon, petite-fille de cette -princesse de Condé dont nous avons parlé à propos de la vente d'Anet, -mérite de prendre place parmi les Bourbons bibliophiles. C'est -Louise-Elisabeth de Bourbon, princesse de Conti, née à Versailles le 22 -novembre 1693. Elle était petite-fille du grand Condé, et le troisième -des neuf enfants de Louis III, duc de Bourbon, dit Monsieur le duc, mort -en 1710, et de Mademoiselle de Nantes, la caustique chansonnière. Elle -avait pour frères le duc de Bourbon, premier ministre sous Louis XV, le -comte de Charolais, d'étrange mémoire, et le comte de Clermont, qui fut à -la fois abbé de Saint-Germain des Prés et général d'armée; pour sœurs -cadettes, Mademoiselle de Charolais, Mademoiselle de Clermont, la -touchante héroïne du roman de Mme de Genlis, Mademoiselle de Vermandois, -qui faillit épouser Louis XV, et Mademoiselle de Sens, toutes mortes -avant elle, ainsi que ses trois frères. A l'âge de vingt ans, elle avait -épousé, le 9 juillet 1713, son cousin germain, Louis-Armand de Bourbon, -prince de Conti, fils de ce prince de Conti si bien doué pour la guerre, -élu roi de Pologne en 1697, et de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, sœur -de la duchesse du Maine et de cette dernière duchesse de Vendôme dont -nous avons vu hériter sa grand'mère, la princesse douairière de Condé. - -Restée veuve, en 1727, d'un mari spirituel comme toute sa race, mais -contrefait et peu fidèle, elle avait montré une âme forte, un esprit -élevé et libre, dont avait hérité son fils, ce prince de Conti si cher -aux parlementaires. Lors de sa mort, arrivée le 27 mai 1775, un an avant -celle de son fils, un contemporain la dépeignait ainsi: «J'ai vu avec -vénération la douairière de la maison, la princesse de Conti, plus -qu'octogénaire et le seul reste de la vieille cour. Un air de majesté -imprimé sur sa figure n'a pas besoin d'être relevé par le luxe des -vêtements, par la pompe du cortège. Elle est remarquable dans toutes les -fêtes par sa simplicité; elle a toujours été au-dessus de cet accessoire -frivole: elle a l'âme forte, dégagée de préjugés.» - -D'un autre côté, Mme du Deffand disait, en annonçant sa mort dans une -lettre du 28 mai 1775, à Horace Walpole: «Mme la princesse de Conti -mourut hier, à huit heures du matin; on en prend le deuil demain pour -onze jours... Elle laisse tout son bien à partager selon les coutumes; on -dit que M. le prince de Conti aura cent mille livres de rente; M. le duc -de Chartres aura cinq cent mille francs, et Mme la duchesse de Bourbon, -sa sœur, en aura autant. La maison de Paris était assurée de son vivant -à M. le comte de La Marche, son petits-fils; elle ne fait aucun présent à -personne.» - -Cette princesse possédait une belle bibliothèque. Elle fut vendue, en -1775, à l'hôtel et au petit hôtel de Conti qui s'étendaient entre les -rues Saint-Dominique, de Bourgogne et de l'Université: les mêmes -qu'occupe aujourd'hui le ministère de la guerre. Le catalogue, qui en fut -publié chez Prault fils, «libraire, quai des Augustins, près la rue -Pavée, à l'Immortalité», contenait 1711 numéros, dont 138 pour la -théologie, 27 pour la jurisprudence, 55 pour la philosophie, 35 pour la -politique, 81 pour les sciences, 12 pour l'architecture, la peinture et -les arts du dessin; 740 pour les belles-lettres, parmi lesquels la poésie -française figure pour 54, le théâtre français pour 62; et 622 pour -l'histoire, l'histoire de France en comprenant 223 à elle seule. - -On retrouve la trace du quiétisme dont les doctrines avaient été un -moment fort répandues à la cour et parmi les membres de la famille de -Conti, dans deux ouvrages célèbres: _la Sainte Bible, traduite en -françois, avec des explications et des réflexions qui regardent la vie -intérieure_, Cologne, 1713 et 1714, 20 vol. in-8, et dont Mme Guyon est -l'auteur, et dans le fameux livre du P. Quesnel, _Nouveau Testament en -françois, avec des réflexions morales sur chaque verset, et le texte -latin en marge_, Paris, 1696, 4 tomes en 5 vol. in-12. Dans cette section -de la théologie, il faut encore mentionner: _les Cent cinquante Psalmes -du prophète royal David, traduits en rythme françoise_, par Clément -Marot, Paris, 1555; et les _Heures nouvelles dédiées à Madame la -Princesse_, Paris, 1765, in-12. - -Le premier prince de Conti, frère du grand Condé, après une jeunesse plus -que mondaine, pendant laquelle il avait été très épris de théâtre comme -le prouve la protection qu'il accorda à la troupe de Molière qui porta un -instant son nom, s'était jeté dans la dévotion la plus rigoureuse, avait -embrassé les doctrines de Port-Royal, et écrit, sous l'inspiration de -ces Messieurs, des _Lettres sur la Grâce_, et un _Traité sur la comédie_, -dans lequel il condamnait ce divertissement. Sa femme, Anne Martinozzi, -une nièce de Mazarin, d'une remarquable beauté, avait aussi partagé ce -zèle pour le jansénisme. De là un assez grand nombre de livres -jansénistes dans cette bibliothèque. Ce sont: - - _Le Parallèle de la doctrine des Payens avec celles des Jésuites, - les Principes des Jésuites sur la probabilité, réfutés par les - Payens_, 1726 et 1727, in-8, mar. r.; _de la fréquente - Communion_, par Antoine Arnauld, Paris, 1656; _les Provinciales_, - de Pascal, Francfort, 1716, pet. in-12; les _Pensées_, de Pascal, - Paris, 1683, mar. doub. de mar. r., et enfin un ouvrage du - premier prince de Conti: _Les Devoirs des grands_, par - Monseigneur Armand de Bourbon, prince de Conti, avec son - testament, Paris 1666, in-8, mar. rouge. - -La princesse douairière de Conti ne semble pas d'ailleurs avoir hérité -de ces sentiments jansénistes. Sa dévotion était fort mince, et elle -passait plutôt pour un esprit fort, nous dirions aujourd'hui une -libre-penseuse, auprès de ses contemporains. La façon dont les mémoires -de Bachaumont annoncent sa mort laisse peu de doute sur ce point. «Mme la -princesse de Conti, y lisons-nous, a fini hier. Elle voyait depuis -longtemps approcher la mort avec une fermeté digne de son âme fière, -courageuse et au-dessus des préjugés. Elle chantait peu d'heures -auparavant la chanson faite sur le maréchal de Biron [à l'occasion de -l'émeute sur les grains.]» Sa fille, la jeune duchesse d'Orléans, morte -en 1759, et qui fut mère de Philippe-Egalité, avait fini dans les mêmes -sentiments, qu'elle tenait, disait-on, de sa mère. «C'est sans doute à -son école, dit _l'Observateur anglais_, que sa fille, la feue duchesse -d'Orléans, avait puisé cette philosophie libre et ferme qui la fait -descendre si gaiement au tombeau.» - -Nous ne serons donc pas étonnés de rencontrer sur les rayons de la -bibliothèque de la princesse de Conti: _la Morale d'Epicure_, Paris, -1685, par le baron des Coutures, dont elle a aussi la traduction de -_Lucrèce_, Paris, 1708; l'_Ebauche de la religion naturelle_, traduction -de _Wolaston_, dont Voltaire fit un si grand éloge dans ses _Lettres sur -les Anglais_, en 1734; l'_Essai de philosophie morale_, Paris, 1749, par -Maupertuis; l'_Essai sur les erreurs populaires ou Examen de plusieurs -opinions reçues comme vraies qui sont fausses ou douteuses, traduit de -l'anglois de Th. Brown_, Paris, 1713; _la Philosophie du bon sens_, La -Haye, 1747, par le marquis d'Argens; _Histoire des diables de Loudun_, -Amsterdam, 1694. - -Ce serait pousser trop loin les conjectures que de voir dans chaque livre -d'une bibliothèque une preuve des sentiments ou des opinions personnels -de son possesseur. Cependant, d'après ce que nous connaissons de la -tournure d'esprit, du caractère de la princesse de Conti, il est permis -de croire que ce n'était pas seulement à titre de nouveautés et pour -tenir au courant sa collection de livres qu'elle y avait placé, de -Montesquieu: les _Lettres persanes_, Amsterdam, 1721, 2 vol. in-12; les -_Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur -décadence_, Amsterdam, 1734, in-12; _De l'esprit des lois_, Genève, 2 -vol. in-4; et les _Lettres familières_, Paris, 1762, in-12, dans leurs -éditions originales; Voltaire n'y est représenté que par: _la Ligue ou -Henry le Grand_, par Fr. Arouet de Voltaire, Genève, 1723, in-8; -l'_Histoire de Charles XII_, Basle, 1731, 2 vol. in-12; _le Siècle de -Louis XIV_, par de Francheville, Berlin, 1752, 2 vol. in-12; -_Micromegas_, in-12, v. m., tr. dor.; _Zadig, ou la destinée, histoire -orientale_, 1748, in-12; _les Scythes_, Paris, 1767, in-8; _Tancrède_, -_Charlot_, _l'Orphelin de la Chine_ qui font partie de deux volumes de -recueil factice; _Œdipe_, _Marianne_, _Brutus_, _l'Indiscret_, _Zaïre_, -_Alzire_ et la _Mort de César_, dans le second volume des _Œuvres_, -Amsterdam, 1739, 2 vol. in-8. De Diderot, nous ne trouvons que son drame: -_le Fils naturel_, 1757, in-8; de J.-J. Rousseau: le _Discours sur -l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes_, Amsterdam, -1755, in-8; _J.-J. Rousseau à M. d'Alembert sur l'article_ GENÈVE _dans -l'Encyclopédie_, Amst., 1758, in-8, autrement dit: _la Lettre sur les -spectacles_; _Julie, ou la Nouvelle Héloïse_, Amsterdam, 1761, 6 vol. -in-12; les _Pensées de J.-J. Rousseau_, Paris, 1766, 2 vol. in-12. - -Pour terminer avec les écrivains plus ou moins célèbres du XVIIIe siècle, -il faut citer encore, de Buffon: l'_Histoire naturelle_, Paris, -Imprimerie royale, 1749 et suiv., 17 vol. in-4, v. marb., filets; les -_Œuvres diverses_ de Fontenelle avec figures, Londres, 1710, 2 vol. -in-12; les _Œuvres mêlées_ de Moncrif, Paris, 1751, 3 vol. in-12, mar. -r.; les _Contes moraux_ de Marmontel, La Haye, 1761, 2 vol. in-12; les -_Œuvres diverses_ de Chaulieu et de La Fare, Amsterdam, 1733, 2 vol. -in-8; les _Fables nouvelles_ de La Motte, avec les figures de Gillot, -Paris, 1719, in-4, gr. pap.; les _Œuvres_ de Gresset, Genève, 1743, -in-12, et 1751, 2 vol. in-12. - -Mais c'est surtout en romans, et en histoires et mémoires qu'était riche -la bibliothèque de la princesse de Conti. - -La partie du catalogue relative aux romans comprend 336 numéros. Voici le -dénombrement des plus remarquables par l'édition, par la reliure, ou par -le mérite littéraire: - - _Les Amours de Théagènes et de Chariclée ou l'Histoire - d'Héliodore_, trad. en français par J. de Montlyard, avec les - figures de Michel Lasne, Paris, 1623, in-8, couv. en parch.; _les - Amours pastorales de Daphnis et Chloé_, trad. du grec de Longus - en français par J. Amyot, avec des fig. gravées par Audran sur - les dessins du régent, Amsterdam, mar. citr. doublé de tabis; _la - Métamorphose ou l'âne d'or_, trad. d'Apulée par J. de Montlyard, - Paris, 1623, in-8, fig.; _les Travaux de Persile et de - Sigismonde_, trad. de Michel de Cervantès, par d'Audiguier, - Paris, 1618, in-12; _la Constante Amarillis_, trad. de l'espagnol - de Figueroa par N. Lancelot, Lyon, 1614, in-8, mar. bleu; _la - Célestine_, trad. de Rojas, Rouen, 1634, in-8; _le Colloandre - fidèle_, trad. de Marini, par G. de Scudéry, Paris, 1668, 3 vol. - in-8, mar. bleu; _l'Aventurier Buscon_, trad. de Quevedo, Paris, - 1639; _la Vie de Gusman d'Alfarache_, avec fig., Paris, 1696, 3 - vol. in-12, mar. citr.; _Histoire facétieuse du fameux Lazarille - de Tormes_, Lyon, 1697, in-12; _la Dianée_, trad. de l'italien de - Loredano, Paris, 1642, 2 vol. in-12, parch.; _l'Almorinde_, de L. - Assurino, Paris, 1646, in-8, mar. bleu. - -Beaucoup de ces romans de la première moitié du XVIIe siècle sont reliés -en maroquin bleu ou rouge, et pourraient bien avoir formé la -bibliothèque de la première princesse de Conti, nièce de Mazarin. Ce -sont: - - _La Haine et l'amour d'Arnoult et de Clairemonde_, Paris, 1709, - in-12; _l'Astrée_, d'H. d'Urfé, Paris, 1618, 6 vol. in-8, v. f.; - _les Amans jaloux_, de du Verdier, Paris, 1631, in-8; _Les - Triomphes de la guerre et de l'amour_, par Humbert, Paris, 1631, - in-8; _le Roman véritable_, Paris, 1648, in-8; _Clorinde_, Paris, - 1667, 2 vol. in-8; _L'Amour dans son trône_, trad. de Loredano - par du Breton, Paris, 1646, in-8; _Cassandre_, par La Calprenède, - Paris, 1651, 10 vol. in-8, v. n., fil.; _Mithridate_, Paris, - 1649, 4 vol.; _le Toledan_, Rouen, 1653; _Sapor_, par du Perret, - Paris, 1668, 5 vol. in-12; _le Comte de Dunois_, Paris, 1671, v. - éc., fil.; _La Princesse de Montpensier_, par Mme de la Fayette, - Paris, in-8, mar. cit. doub. de mar. bleu; _La Relation de l'île - imaginaire ou l'Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par - Mlle de Montpensier, 1659, in-8, mar. r. doubl. de mar.; _le - Prince de Condé_, par Boursault, Paris, 1675, in-12; _Oracié_, - (par Mlle de Senectaire), Paris, 1646; _les Amours historiques - des princes_, par Grenaille, Paris, 1642; _La Promenade de - Versailles ou l'Histoire de Celamire_, (par Mlle de Scudéry), - Paris, 1669, in-8; _Don Pelage_ (par de Juvenel), Paris, 1646, 2 - vol. in-8; _le prince de Sicile_, (par Mlle Bernard), Paris, - 1690, 3 vol.; _Elise_, par l'Evêque de Belley, Paris, 1621; - _l'Iphigénie_, Lyon, 1625; _Palombe_, Paris, 1625, et les - _Occurrences remarquables_, Paris, 1626, par le même, ainsi que - tous ses autres romans; _la Maison des jeux_, par Ch. Sorel, - Paris 1657, 2 vol. in-8. - -La princesse de Conti lut-elle beaucoup ces œuvres, qui faisaient les -délices de la société des Précieuses? On en peut douter. Elle se plut, en -tout cas, certainement davantage aux romans du XVIIIe siècle, que nous -trouvons presque tous dans sa bibliothèque, ceux de Le Sage: _le Diable -boiteux_, _Gil Blas_, _le Bachelier de Salamanque_, _Estevanille_; de -l'abbé Prévost: les _Mémoires d'un homme de qualité, avec l'Histoire de -Manon Lescaut_, Paris, 1729; _Cleveland_, _Clarisse_, _Grandisson_; de -Marivaux: _Marianne_, Amsterdam, 1745, _le Paysan parvenu_, Paris, 1734; -comme les _Confessions du comte de ***_, Paris, 1741, et _Acajou et -Zirphile_, 1744, avec les figures de Boucher, par Duclos; _Tanzai et -Néadarné_, Pékin, 1734, par Crébillon fils; comme ceux de La Place, du -chevalier de Mouhy, de Mlle Lambert, de Mme Riccoboni. - -Les manuscrits, sans être nombreux dans la bibliothèque de la princesse -de Conti, n'y faisaient pas cependant défaut et quelques-uns sont -intéressants à signaler. - - C'est d'abord _le Roman de la Rose_, in-fol. ms. du XIIIe siècle, - avec miniatures; puis les _Mémoires de Mlle de Montpensier_, 6 - vol. in-fol. mar. r., dont manque le tome Ier; les _Mémoires de - H.-A. de Lomenie, comte de Brienne_, in-fol.; _le Procès criminel - fait à Louis de Bourbon, prince de Condé_, en 1654, in-fol.; _les - Alliances de la maison de Bourbon_, in-fol.; une relation de - l'ambassadeur vénitien Nic. Tiepolo: _Relatione del Signor - Nic. Tiepolo Ristornato, Ambasciadere di Carolo V et Ferdinande - Re de Romani per la Republica di Venetia l'anno 1532_, in-4. La - partie des sciences occultes contenait aussi trois manuscrits - assez curieux: un _Recueil de nativités, thèmes célestes, ou de - figures d'astrologie qui contiennent l'horoscope de plusieurs - personnes illustres de différentes nations et de différents - tems_, in-4, couv. en parch.; un second _Recueil de quelques - nativités violentes, avec des règles ou aphorismes pour juger de - la mort violente_, in-4, couv. en parch.; et les _Prédictions du - grand et sublime Docteur Théophraste Paracelse, trad. en François - avec des remarques par M. Christallin, commis de la Bibliothèque - de M. le Duc en 1712_, in-4. - -Ce «Monsieur le duc», dont le nom figure sur ce dernier manuscrit, était -Louis-Henri de Bourbon-Condé, arrière-petit-fils du grand Condé, né en -1692, mort en 1740, et qui fut premier ministre après la mort du régent. -Il était le frère aîné de la princesse de Conti dont nous nous occupons. - - -Il ne nous reste plus à signaler que trois traductions manuscrites -d'auteurs anciens: _les Nuées d'Aristophane_, in-4; _les Comédies de -Térence_, 3 vol. in-fol., et _les Géorgiques de Virgile_, trad. en -français par de Martignac, in-4. L'auteur de cette dernière traduction -était Etienne Algay de Martignac, né en 1620, mort en 1698, qui fut -attaché à la personne de Gaston d'Orléans, sur lequel il a écrit des -_Mémoires_. Comme il publia, en 1681, une traduction complète des œuvres -de Virgile en trois volumes, il est probable que nous en avons là une -partie manuscrite. Peut-être aussi faut-il lui attribuer cette traduction -de Térence qui précède, car il en publia plusieurs pièces sous ce titre: -_l'Eunuque_, _l'Hecyre_ et _le Fâcheux à soi-même, de Térence, rendus -très honnêtes en y changeant fort peu de chose_, Paris, 1670, 1700, -in-12. - -Un assez grand nombre d'incunables, quelques belles éditions du XVIe -siècle, et surtout une belle collection de pièces de théâtre dans leurs -éditions originales, doivent être encore mentionnés pour achever la -description de la bibliothèque de la princesse de Conti. Cette dernière -collection, qui serait aujourd'hui si précieuse, formait cinquante -volumes in-4, reliés en maroquin bleu, comme les romans du XVIIe siècle -dont nous avons parlé plus haut. Chacun de ces volumes était composé de -six pièces, sauf quelques-uns qui n'en contenaient que quatre ou cinq. Là -se trouvaient réunies presque toutes les pièces de théâtre de Levert, -Provais, Chapoton, du Cros, Gillet, Meret, Sallebray, des Cinq Auteurs, -de Desmarets, Mareschal, Cadet, Chevreau, Claveret, Cyrano de Bergerac, -Boyer, Puget de la Serre, Gilbert, Baro, Beys, Jodelle (avec les _Œuvres -et mélanges_ poétiques), Rosières de Beaulieu, La Fontaine, La -Calprenède, Magnon, Jobert, Guérin de Bouscal, Grenaille, La Caze, -Benserade, Metel d'Ouville, Le Vayer de Boutigny, Desfontaines, La -Mesnardière, d'Ancour, P. Corneille (18 pièces), Scudéry, Rotrou (29 -pièces), du Ryer (12 pièces), Bois Robert (10 pièces), Tristan, Scarron, -de Prade, Regnault, Dalibray, de l'Etoile, Mlle Cosnard, Colletet, -Monléon, Saint-Germain, Nouvelon, Le Clerc, Marcassus, Raissiguier, -Bigrède, Brosse, Vozelle, Montfleury père, Quinault, Fremiele, J. Michel -(_la Résurrection de Notre-Seigneur par personnages_, goth.). - -Parmi les éditions du XVIe siècle l'on remarque les suivantes: _l'Horloge -des princes_, trad. de Guevara par B. de la Grise et Herberay des Essars, -Lyon, 1592, in-18, mar. bleu; les _Eléments et principes d'astronomie_, -par R. Roussat, Paris, 1552, in-8; _le Roland furieux_, trad. par -Chappuys, Lyon, 1582-1583, 2 vol., fig.; _le Décameron_ de J. Boccace, -trad. par Le Maçon, Paris, 1545, in-fol.; _Histoires tragiques extraites -de l'italien de Bandello_, par Boistuau et Belle-Forest, Lyon, 1582, 8 -vol. in-16; _le Trésor des histoires tragiques_, de F. de Belle-Forest, -Paris, 1581, in-16; _Histoires prodigieuses_, par Boistuau et -Belle-Forest, Paris, 1598, 2 vol. in-16, fig.; _l'Heptaméron_ de -Marguerite de Valois, remis en son vrai ordre par C. Gruget, Paris, 1560, -in-4, mar. r., doub. de mar.; _Histoire du noble Tristan, prince de -Léonois_, trad. par Langevin, Paris, 1586, in-4; _Amadis de Gaule_, trad. -de l'espagnol par Herberay des Essars, avec fig., Paris, 1548, 4 vol. -in-fol., mar. r.; _le Premier livre de la chronique de Dom Floris de -Grèce_, trad. par le même, Paris, 1552, in-fol., fig.; _Histoire de -Palmerin d'Olive_, trad. du Castellan par Maugin, Paris, 1549, in-fol., -fig.; _Histoire palladienne_, mise en françois par C. Colet, Paris, 1555; -_le Premier livre de l'histoire de Gérard d'Euphrate_, Paris, 1549, fig.; -_les grandes Annales de France_, par Belle-Forest, Paris, 1579, 2 vol. -in-fol.; les _Mémoires_ d'Olivier de la Marche, Gand, 1566, in-4. - -Un certain nombre de livres étaient particulièrement remarquables par -leur reliure ou par leur tirage, tels que: _les Statuts de l'ordre du -Saint-Esprit_, Paris, Imprimerie royale, 1703, in-4 grand papier, mar. -bleu doubl. de tabis; _les Triomphes de Louis XIII_, représentés en -figures par J. Valdor, avec les vers de Ch. Beys et de P. Corneille, -Paris, 1649, in-fol., gr. pap., v. br., tr. dor.; _Recueil de lettres -galantes_, Amsterdam, 1706, in-12, mar. bleu, doublé de mar. rouge; -_Fables de La Fontaine_, ornées des figures d'Oudry, Dupuis et Cochin -fils, Paris, 1755 et suiv., 4 vol. in-fol., gr. pap., mar. rouge, dent., -avec cette note de l'expert: «On croit devoir assurer que cet exemplaire -est des premiers de ce livre donné par souscription, en ce que les -volumes ont été reliés au fur et à mesure de leur livraison»; la -magnifique édition des _Œuvres de Boileau_, avec les figures de B. -Picart, Amsterdam, 1718, 2 vol. in-fol., mar. rouge, dent. - -Signalons, en terminant, un _Ronsard_, Paris, 1623, 2 vol. in-fol., v. -f., filets; un _Du Bartas_, Paris, 1611, in-fol.; _la Satyre Ménippée_, -1595, parch.; les _Essais de Montaigne_, Paris, 1640, in-fol.; les -_Œuvres de Molière_, avec figures, Paris, 1697, 8 vol. in-12. - - -VII - -La reine Marie Leczinska ne fut peut-être pas une bibliophile, bien que -cette honnête passion eût pu adoucir les amertumes que lui causèrent les -amours de Louis XV et la faveur de Mesdemoiselles de Nesle et de Mme de -Pompadour; mais elle aimait la lecture, et les lettres n'étaient pas -chose étrangère dans le cercle intime d'amis qu'elle s'était formé, et -où l'on distinguait la duchesse de Luynes, née Marie Brulart, l'aimable -président Hénault, Fontenelle, Moncrif. «Le respect qu'elle inspire, a -dit d'elle Mme du Deffand, tient plus à ses vertus qu'à sa dignité; elle -n'interdit ni ne refroidit point l'âme et les sens. On a toute la liberté -de son esprit avec elle: on le doit à la pénétration et à la délicatesse -du sien; elle entend si promptement et si finement, qu'il est facile de -lui communiquer toutes les idées qu'on veut sans s'écarter de la -circonspection que son rang exige.» La bibliothèque de cette princesse -était peu nombreuse, mais d'un choix sévère. Les livres avaient été -reliés par Padeloup; la plupart sont conservés à la Bibliothèque -nationale. - -Avec Mesdames de France, filles de Louis XV et de Marie Leczinska, nous -sommes au contraire en pleine bibliophilie. Mesdames, et sous ce nom nous -désignons seulement Madame Adélaïde, née le 23 mars 1732, Madame -Victoire, née le 11 mai 1733, Madame Sophie, née le 27 juillet 1734, -laissant de côté Madame Elisabeth, l'aînée, qui devint duchesse de Parme, -Madame Henriette, sa sœur jumelle, morte de bonne heure, en 1752, et -Madame Louise, la dernière des filles de Louis XV, entrée en religion du -vivant même de son père. Mesdames, disons-nous, étaient toutes, comme -leurs autres sœurs, instruites, intelligentes, pieuses, et portées à -aimer le bien. Elles avaient eu pour gouvernante la vieille duchesse de -Ventadour, qui avait rempli les mêmes fonctions près de Louis XV, ou -plutôt la duchesse de Talard, qui eut cette charge en survivance, et Mmes -de La Lande, de Villefort et du Muy pour sous-gouvernantes. L'éducation -de Mesdames Elisabeth, Henriette et Adélaïde seules se fit à la cour; les -autres filles de Louis XV furent élevées à l'abbaye de Fontevrault, où, -en 1738, elles furent envoyées et placées sous la direction de l'abbesse, -Louise de Rochechouart-Mortemart, femme de haute vertu et de grand -mérite. - -Madame Victoire n'en revint qu'en 1748, Mesdames Sophie et Louise en -1750. L'on peut dire que ce fut alors seulement que se fit leur véritable -éducation. Le roi leur donna un excellent précepteur, M. Hardion, de -l'Académie française. «Cet aimable et savant homme passait une heure avec -chacune des trois sœurs, dit M. Ed. de Barthélemy, leur faisant des -cours d'histoire et même de philosophie, d'après lesquels elles -rédigeaient des extraits.» Il leur apprit également plusieurs langues, -même le grec, et les avança assez dans l'étude des belles-lettres. -Grandes liseuses, «elles faisaient, dit le duc de Luynes, des entreprises -de grandes lectures dont elles venaient à bout.» Sur l'invitation de -Madame Adélaïde, M. Hardion composa même pour cette princesse une -_Histoire universelle sacrée et profane_, en 20 vol. in-12. L'on sait que -c'est par elles que Beaumarchais, qui leur fut comme un maître de -musique, se poussa d'abord dans le monde. - -Mme Campan, qui avait été leur lectrice, nous a laissé d'elles, dans ses -_Mémoires_, un portrait qui doit-être vrai, car on n'y remarque aucune -flatterie: «Quand Mesdames encore fort jeunes, dit-elle, furent revenues -à la cour....., elles se livrèrent avec ardeur à l'étude, et y -consacrèrent presque tout leur temps; elles parvinrent à écrire -correctement le français et à savoir très bien l'histoire. Madame -Adélaïde, surtout, eut un désir immodéré d'apprendre; elle apprit à jouer -de tous les instrumens de musique, depuis le cor, (me croira-t-on?), -jusqu'à la guimbarde. L'italien, l'anglais, les hautes mathématiques, le -tour, l'horlogerie, occupèrent successivement les loisirs de ces -princesses. Madame Adélaïde avait eu un moment une figure charmante; -mais jamais beauté n'a disparu si promptement que la sienne. Madame -Victoire était belle et très gracieuse; son accueil, son regard, son -sourire étaient parfaitement d'accord avec la bonté de son âme. Madame -Sophie était d'une rare laideur... On assurait qu'elle montrait de -l'esprit, et même de l'amabilité dans la société de quelques dames -préférées; elle s'instruisait beaucoup, mais elle lisait seule; la -présence d'une lectrice l'eût infiniment gênée.» Madame Louise, celle qui -se fit religieuse à Saint-Denis, était plus passionnée encore que ses -autres sœurs pour la lecture. Mme Campan la lui faisait cinq heures par -jour; et comme ce n'était pas sans fatigue, la princesse lui préparait -elle-même de l'eau sucrée, et s'excusait «de la faire lire si longtemps -sur la nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était prescrit.» - - -Chacune d'elles avait les livres de sa bibliothèque, aux mêmes armes, -c'est-à-dire _de France_, dans un écu en losange surmonté d'une couronne -ducale. Seulement leurs livres différaient ordinairement par la couleur -de la reliure: ceux de Mme Adélaïde étaient en maroquin rouge; ceux de -Mme Sophie, en maroquin citron; ceux de Mme Victoire, en maroquin vert. -Nous possédons les catalogues manuscrits de ces bibliothèques. En tête du -_Catalogue des livres qui forment la bibliothèque de Madame Victoire_, -1789, (Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit no 6274), on lit cet avis: - - Les livres de Madame Victoire occupent deux pièces dans le fond - de son appartement, savoir: une au rez-de-chaussée contient deux - corps d'armoires, dont six à droite, en regardant sur la - terrasse, et seulement cinq à gauche, la sixième étant coupée à - moitié par la porte d'entrée et formant une petite armoire - séparée. Entre les deux corps, au fond de la dite pièce, est une - armoire vitrée en glace au tain, laquelle renferme les livres - Italiens et Espagnols. Les livres sont distribués sur huit rangs - de tablettes, et, autant qu'on l'a pu, suivant l'ordre - alphabétique. Les grands formats, considérés comme base, occupent - les premières tablettes en bas, et les autres en montant de bas - en haut. L'entresolle contient aussi deux corps de tablettes de - huit chacun, et les livres y sont distribués suivant le même - ordre et les lettres correspondantes. - -Ce catalogue forme 274 feuillets in-folio. Un second, rédigé en 1777, -(Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit no 6275), comprend 121 pages. Le -«_Catalogue des livres de la bibliothèque de Madame Adélaïde, 1786_», -forme un volume in-folio, relié en maroquin rouge, dentelle, timbré de -ses armes, de 425 pages, dont 37 pour la philosophie et la jurisprudence, -30 pour les arts et sciences, 36 pour la poésie, et 63 pour l'histoire -(Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit no 6277). En tête se voit un -portrait à l'aquarelle de la princesse représentée en Minerve, assise -devant un bureau. Un quatrième catalogue porte ce titre: _Catalogue de la -bibliothèque de Mesdames à Bellevue_, 1789 (Bibl. de l'Arsenal, ms. no -6276). - - -VIII - -La reine Marie-Antoinette eut plusieurs bibliothèques: une à Trianon, -dont le catalogue a été publié, par Louis Lacour, sous le titre: _Livre -du boudoir de la reine Marie-Antoinette_, Paris, Gay, 1862, in-16. Un -inventaire de cette même bibliothèque, dressé par ordre de la Convention, -a été publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, par -Paul Lacroix sous ce titre: _Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au -petit Trianon_. Les livres en furent déposés, en 1800, à la Bibliothèque -publique de Versailles, et les doubles vendus, en vertu d'une -délibération du Conseil Municipal de cette ville. Un autre catalogue -manuscrit en existe à la Bibliothèque nationale. - -L'autre bibliothèque de Marie-Antoinette était aux Tuileries. Les livres -en portaient, presque tous, soit au dos, soit sur les plats, au bas des -armes, les initiales couronnées C. T. Ils furent transportés, en 1793, à -la Bibliothèque nationale, où ils sont aujourd'hui. - -Le catalogue en avait été dressé. Il forme un volume manuscrit, conservé -à la Bibliothèque nationale, sous le no 13001, du fonds français. Il -comprend 146 pages in-4º, relié en veau brun marbré, fil. Les armes, aux -deux écussons accolés de France et d'Autriche surmontés de la couronne -royale, ont été grattées. Sur le titre intérieur: _Catalogue des livres -de la Reine_, les mots _la Reine_ ont été grattés. Dans une espèce -d'avertissement placé au commencement de ce catalogue, on lit: - - Le catalogue suivant n'a d'autre objet que de procurer [à la - Reine] la facilité de mettre le doigt sur chaque livre sans être - obligé de les chercher. J'en écarterai donc toutes les divisions - et subdivisions qui pourraient l'embarrasser. Il s'agit - simplement de guider ses yeux. - -On y trouve de précieux renseignements sur la manière dont la -bibliothèque de la reine était disposée. - - Son cabinet de livres, y lit-on, est composé de dix armoires - séparées chacune par une cloison, et chaque armoire contient huit - tablettes ou rayons. Chaque armoire est marquée par une lettre de - l'alphabet à commencer par celle que Sa Majesté a à sa main - gauche en passant la porte par laquelle elle va de sa chambre - dans sa bibliothèque. Cette armoire est désignée par la lettre A. - Celle qui se trouve à droite de la même porte est l'armoire B, et - ainsi de suite en faisant le tour jusqu'à la lettre K. - -Ce catalogue est divisé en deux parties, la première où les livres sont -inscrits par ordre de matière, la seconde par ordre alphabétique. Nous -voyons que les divisions de l'ordre par matière avaient été faites par -le roi lui-même. «Pour ces divisions, lisons-nous, on a suivi celles que -le roi a indiquées lui-même, en faisant le premier arrangement des livres -qui a épargné au bibliothécaire plus de la moitié de son travail.» - -Les divisions sont au nombre de quatre: Religion, Histoire, Arts, -Belles-Lettres. - -La division de la Religion comprenait d'abord 53 articles, qui, plus -tard, ont été portés à 69; l'Histoire, 140; les Sciences et Arts, 60; les -Belles-Lettres, 93. Dans cette dernière division nous remarquons: - - _Les Femmes illustres_, de Scudéry, ms. in-fol.; _les Principales - aventures de don Quichotte_, représentées en 31 figures par - Coypel, Picart, in-fol.; _la Princesse de Clèves, Zaïde_, par Mme - de La Fayette; _les Aventures de Télémaque_; _les Mémoires du - chevalier de Grammont_, par Hamilton; _Gil Blas_, de Le Sage; - _les Contes Moraux_, de Marmontel; de l'abbé Prévost, ses - _Mémoires pour servir à l'histoire de la vertu_; presque tous les - romans de Mme Riccoboni: _Fanny Butler_, _Miss Jenny_, _Juliette - Catesby_, _la comtesse de Sancerre_, _Histoire du marquis de - Cressy_; de Richardson, _Clarisse_, _Grandisson_; de Fielding, - _Tomes Jones_, _Amélie_; _Gulliver_, de Swift; _Robinson Crusoé_; - _les Contes de fées_ de Mme d'Aulnoy; tous nos écrivains de - théâtre, et la traduction de Shakespeare par Letourneur. - -Il faut rapprocher de Marie-Antoinette, sa belle sœur, Madame Elisabeth, -unie avec la reine de France dans la même tragique destinée. De dix ans -plus jeune que Louis XVI, dernière des cinq enfants du Dauphin et de la -princesse Josèphe de Saxe, Madame Elisabeth avait reçu une éducation -sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des -Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. -C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu -dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce -fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de -Bourgogne. Et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'en réformant ainsi la -nature, l'éducation n'ait contribué à affaiblir dans les derniers -Bourbons une énergie que les circonstances politiques allaient rendre si -nécessaire. Moins vertueux, Louis XVI eut sans doute été un meilleur roi. -Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Elisabeth, que -si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa -subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère. Elle -reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, -suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le Dr Le -Monnier, médecin des Enfants de France, et le Dr Dassy lui apprirent la -botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la -forêt de Fontainebleau pendant les séjours de la cour dans cette -résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la -Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en -composant pour elle une analyse des _Vies des hommes illustres_. - -Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était -arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute -d'étude et de charité pratique. Elle a pour «secrétaire ordinaire et de -cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso -de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus -tard le roman de _Pierre Schlemihl_ (1814). Madame Elisabeth aima les -livres; ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un -écusson en losange aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. -La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, _l'Office de -Saint-Symphorien_, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune -princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa -paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: -église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une -sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame -Elisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas -de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent -«par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses. -C'est à propos de cette église qu'elle écrivait à Mme de Raigecourt, le -lundi de Pâques: «J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis à -Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont aussi -longues que l'année dernière, et ton cher vicaire chante _O Filii_ d'une -manière aussi agréable. Des Essarts a pensé éclater, et moi de même.» - -Les seules fêtes de la résidence de Montreuil, nous ne voulons pas dire -le château, étaient celles de l'étude et de l'amitié. Entre Mme de Mackau -et son vieux maître Le Monnier, qui tous deux avaient une habitation -voisine, la princesse passait des heures délicieuses. Le Monnier, raconte -Mme d'Armaillé, associait Madame Elisabeth à ses recherches de botanique -dans son jardin, à ses expériences de physique dans son cabinet. Le jeune -Chamisso y assistait souvent à la suite de la princesse, et il en acquit -des connaissances qui, plus tard, ne furent pas inutiles à sa carrière et -à sa réputation. Chez elle nous voyons souvent Madame Elisabeth occupée à -de vrais plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matinées sont -occupées à ranger ses livres. «Ma bibliothèque est presque finie, -écrit-elle à Mme de Raigecourt, les tablettes se placent; tu n'imagines -pas quel joli effet font les livres.» - - -IX - -Caroline de Bourbon, fille du roi François Ier, roi de Naples, qui, en -1816, à dix-huit ans épousa le duc de Berry, clôt dignement cette liste -des princesses de Bourbon bibliophiles. D'un esprit très vif, très -naturel, aimant les lettres et les arts, la duchesse de Berry, même après -l'assassinat de son mari, en 1820, resta la protectrice des artistes et -des gens de lettres. Sa collection de tableaux, et la collection de -livres qu'elle s'était formée au château de Rosny, furent également -célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre. - -La bibliothèque du château de Rosny fut une des mieux choisies, des plus -élégantes, par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait comptées -dans la première moitié de ce siècle. Les livres en étaient presque tous -timbrés sur le plat recto aux armes de la duchesse: _de France à la -bordure engrêlée de gueules qui est de Berry, accolé des Deux-Sicile_; -sur le plat verso, de son chiffre C couronné. La vente en eut lieu du 20 -février au 23 mars 1837, dans la salle de la galerie de Bossange père, -rue de Richelieu 60. Le _Catalogue_[3], où figurent, sur la feuille de -titre, les armes de la Duchesse, très finement gravées en taille douce, -entourées de la cordelière des veuves et de deux branches de lis, -comprend 2,578 numéros pour les livres, et 74 pour les estampes. La -théologie y forme 141 articles, la jurisprudence 36, les sciences et arts -445, les belles-lettres 565, l'histoire 1,163, les manuscrits 86, les -lettres autographes 54. - - [3] Catalogue de la riche bibliothèque de Rosny, dans laquelle se - trouvent les grands et beaux ouvrages à figures, tant anciens que - modernes, publiés en France, en Angleterre, et en Italie, dont - plusieurs sur peau de vélin, avec les dessins originaux - (exemplaires uniques), une collection de quatre-vingt-dix - manuscrits très précieux et de la plus haute antiquité, dont la - vente aura lieu... par le ministère de Me Bataillard. _Paris, - Bossange père, Techener et Bataillard_, in-8º de 264 pages. \# - -L'auteur de la préface considère comme «superflu» l'éloge de cette -bibliothèque, où «chaque article annonce presque toujours le plus bel -exemplaire, enrichi de gravures, de portraits, ou d'une riche et élégante -reliure. Les manuscrits doivent exciter la curiosité à un très haut -degré. Depuis plus de 30 ans, ajoute-il, il ne s'était pas présenté de -collection aussi précieuse, sous le rapport de l'antiquité historique; -une grande partie de ces richesses ont été recueillies par le célèbre -Pithou.» - - Parmi les livres, on remarquait un _Rituel de l'Abbaye royale de - Saint-Germain des Prés_, ms. sur vélin, pet. in-fol., offert à - Anne d'Autriche dont il porte les armes; les _Roses_ représentées - en 170 dessins originaux de Redouté, peintes sur peau vélin, - renfermées en six portefeuilles gr. in-fol., qui avaient coûté - trente mille francs; l'_Herbier de l'amateur_, par Mordant de - Launoy et Loiseleur Des Longchamps, avec 526 dessins originaux - de Bessa, sur beau vélin, en six étuis; la collection d'estampes, - connue sous le nom de _Cabinet du roi_, 24 vol. in-fol., épreuves - de choix et de la plus parfaite conservation; _Peintures Persanes - et Mongoles_, représentant des costumes, rel. orientale; les - _Poésies de Malherbe_, Didot, 1777, in-4º, exemplaire unique, sur - vélin; une curieuse collection de romans du commencement du XIXe - siècle, en éditions originales (330 numéros). - - Des manuscrits, nous mentionnerons seulement le _Code - Théodosien_, ms. du VIe siècle, qu'une note de F. Pithou dit - avoir servi à Cujas pour sa publication des Codes; le _Roman de - la Rose_, ms. sur vélin, du XIIIe siècle; le _Roman de Gaides_, - en vers, ms. de la fin du XIIIe siècle. - -Dans un tome des _Œconomies Royales_ de Sully, édition originale -imprimée à Sully, se trouvait cette note de la main de la duchesse de -Berry: - - Le procédé de la Cour a certainement quelque chose de bien - singulier. Ce serait un mystère absolument incompréhensible si - l'on ne sçavait dans quelles variations est capable de se jetter - un prince livré à l'irrésolution, à la timidité et à la paresse. - En matière d'Etat rien n'est pire que cet esprit d'indécision. Il - ne faut, dans les conjonctures difficiles, tout abandonner ni - tout refuser au hasard, mais après avoir choisi un but par les - réflexions sages et froides, il faut que toutes les démarches - qu'on fait décident à y parvenir. - - Le défaut de tous les esprits qui n'ont jamais embrassé que de - petites et frivoles intrigues et, en général, de tous ceux qui - ont plus de vivacité que de jugement, est de se représenter ce - qui est proche de manière à s'en laisser éblouir, et de ne voir - ce qui est loin qu'au travers d'un nuage. - -Quelques livres, ayant appartenu à sa fille, Louise-Marie-Thérèse -d'Artois, née en 1819, appelée jusqu'en 1830 Mademoiselle, et mariée, en -1845, à Charles III, duc de Parme, étaient timbrés de l'écusson en -losange: _de France, à la bordure crénelée de gueules_. - -Quelques années avant la mort de la duchesse en 1870, eut lieu une -seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu.[4] Cette collection -avait été distraite de la première, et ne comprenait que 35 articles. La -vente produisit 98,075. Un seul _Livre d'heures_ fut adjugé au prix de -60,000 francs pour le Musée des Souverains. - - [4] _Catalogue des manuscrits très précieux des XIIIe et XVIIe - siècles composant la collection de Mme la duchesse de B***_ (par - M. Paul Meyer), _dont la vente aura lieu le mardi 22 mars 1864_; - Paris, in-8, de 36 pp. - - -X - -Le temps et plus encore les révolutions, ont détruit ou dispersé ces -richesses. Ce qui en reste dans nos grands dépôts littéraires est, sauf -un petit nombre, comme noyé et perdu dans la foule des livres vulgaires. -Il est cependant un lieu privilégié, où l'on peut encore se faire une -idée de ces belles collections royales, dont les débris sont aussi -précieux par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que pour -l'histoire de cet art de la reliure qui atteignit en France une si -admirable perfection. Nous voulons parler de Versailles. C'est à la -bibliothèque de la ville de Versailles, si heureusement installée dans -l'ancien Hôtel du Dépôt des papiers de la guerre, de la marine et des -affaires étrangères, bâti de 1761 à 1762 par le père du maréchal -Berthier, qu'il faut aller pour avoir une idée de ce que pouvaient être -les collections littéraires des princes de la maison de France. Cette -Bibliothèque, en effet, est en grande partie composée des bibliothèques -privées du Roi, des princes et princesses de la famille royale, qui se -trouvaient dans les appartements du château à l'époque de la Révolution. - - - [Illustration: deco] - - - [Illustration: deco] - - - AVANT-PROPOS I - ROIS ET PRINCES 1 - REINES ET PRINCESSES 63 - - [Illustration: deco] - - - [Illustration: deco] - - _Achevé d'imprimer_ - Le huit juillet mil neuf-cent-un - PAR - FRÉDÉRIC EMPAYTAZ - _A VENDOME_ - - [Illustration: deco] - - - Collection du Bibliophile Parisien - OUVRAGES PARUS: - Les Mystifications de Caillot-Duval - par =LOREDAN-LARCHEY= - _Choix de ses lettres les plus amusantes avec les réponses de ses - victimes_ - - 1 vol. in-18 tiré à 375 exemplaires numérotés et signés - - 10 ex. Japon imp. de Tokio (A à J) =10= fr. - 5 ex. Chine (K à O) =8= fr. - 10 ex. Hol. de Van Gelder Zonen (P à Y) =6= fr. - 350 ex. sur bel alfa vergé (1 à 350) =4= fr. - - - LA SEINE ET LES QUAIS - _Promenades d'un Bibliophile_ - Par =Gabriel HANOTAUX= de l'Académie Française - 1 vol. in-18 avec une eau-forte de =A. Robida= - Tiré à 375 exemplaires--_Tous les exemplaires de luxe sont - souscrits. - - Il ne reste que quelques exemplaires sur alfa vergé à =5= fr._ - - - Petit Essai de =Bibliothérapeutique= - _ou l'Art de soigner et restaurer les livres vieux ou malades_ - par =R. YVE-PLESSIS= - 1 vol. in-18, tiré à 250 exemplaires numérotés et signés - _L'édition est entièrement épuisée_ - - - Bibliographe raisonnée de l'Argot et de la langue Verte - en France du XVe au XXe siècle - par =R. YVE-PLESSIS= - Préface de =Gaston Esnault= - Illustré de 8 planches hors texte. - 1 vol. in-8º, tiré à 275 exemplaires numérotés et signés - - 10 ex. Jap. imp. de Tokio (A à J) =20= fr. - 5 ex. Chine (K à O) _épuisés_ - 10 ex. Hol. Van Gelder Zonen (P à Y) _épuisés_ - 250 ex. sur alfa vergé (1 à 250) _épuisés_ - - - EN PRÉPARATION dans la même COLLECTION: - Clavel d'Haurimonts - _Un ancêtre des poètes montmartrois_ - par =Virgile JOSZ= - 1 volume in-18, tiré à 375 exemplaires, numérotés et signés =4= fr. - - - Bibliographie de la Presse Parisienne - _A LA FIN DU SECOND EMPIRE_ - par =Maurice TOURNEUX= - _Illustré de 8 planches hors texte_ - 1 vol. in-8°, tiré à 375 exemplaires numérotés et signés - - 10 ex. Jap. imp. de Tokio (A à I) =20= 00 fr. - 5 ex. Chine (K à O) =15= 00 fr. - 10 ex. Hol. Van Gelder Zonen (P à Y) =12= 00 fr. - 350 ex. sur alfa vergé (1 à 350) =7= 50 fr. - - - MONTMARTRE et ses CHANSONS - Poètes et Chansonniers - Cabarets et Théâtricules - par =Léon de BERCY= - _illustré de 4 planches hors texte_ - 1 vol. in-18, tiré à 375 exemplaires numérotés et signés - - 10 ex. Japon impérial (A à S) =10= fr. - 5 ex. Chine (K à O) =8= fr. - 10 ex. Hol. Van Gelder Zonen (P à Y) =6= fr. - 350 ex. sur bel alfa vergé (1 à 350) =4= fr. - - - LE RESPECT DES LIVRES - _MEMENTO DU BIBLIOPHILE_ - par =R. YVE-PLESSIS= - _Avec un frontispice en couleur_ - 1 vol. in-18, tiré à exemplaires numérotés et signés =4= fr. - - - _Pour paraître incessamment, le 1er volume de la_ - Bibliothèque du Vieux Paris - _On peut souscrire à tous les volumes à paraître en ces - collections_ - - Imp. A. Gautherin Paris - - - - - -End of Project Gutenberg's Les Bourbons bibliophiles, by Eugène Asse - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES BOURBONS BIBLIOPHILES *** - -***** This file should be named 53634-0.txt or 53634-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/6/3/53634/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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