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-The Project Gutenberg EBook of La vie privée d'autrefois : Arts et
-métiers : modes, moeurs, usages des, by Alfred Franklin
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
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-Title: La vie privée d'autrefois : Arts et métiers : modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle
- Les soins de toilette -- Le savoir vivre
-
-Author: Alfred Franklin
-
-Release Date: November 28, 2017 [EBook #56072]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS : ***
-
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-
-Produced by Isabelle Kozsuch, Christian Boissonnas and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │
- │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │
- │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │
- │ │
- │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │
- │ │
- │ La Table des Matières se trouve en fin de livre et a été créée par │
- │ le transcripteur. │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
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-
- LA VIE PRIVÉE
-
- D'AUTREFOIS
-
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-
-
-L'auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de traduction
-et de reproduction à l'étranger.
-
-Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (section de la
-librairie) en février 1887.
-
-
-PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
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-
- LA VIE PRIVÉE
- D'AUTREFOIS
-
- ARTS ET MÉTIERS
-
- MODES, MŒURS, USAGES DES PARISIENS
-
- DU XIIe AU XVIIIe SIÈCLE
-
- D'APRÈS DES DOCUMENTS ORIGINAUX OU INÉDITS
-
- PAR
-
- ALFRED FRANKLIN
-
- LES SOINS DE TOILETTE
-
- LE SAVOIR-VIVRE
-
- [Illustration]
-
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE PLON
- E. PLON, NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
- RUE GARANCIÈRE, 10
-
- 1887
-
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-
-LA
-
-VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS
-
-LES SOINS DE TOILETTE.
-
-LE SAVOIR-VIVRE.
-
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-
-
-I
-
-
-Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, tout barbier était en même
-temps chirurgien. Dans sa boutique, obscure et sale, il rasait et
-saignait, coupait les cheveux et posait des ventouses, pansait
-les plaies, ouvrait les anthrax, ne reculait même pas devant les
-opérations les plus compliquées et les plus dangereuses. Un préjugé
-persistant enveloppait dans le même dédain tout travail manuel, qu'il
-s'appliquât à un métier, à un art ou à une science. L'ouvrier maçon et
-l'architecte, le barbouilleur d'enseignes et le peintre qui ornait les
-palais royaux de chefs-d'œuvre, le barbier et le chirurgien enfin,
-appartenaient l'un et l'autre et au même titre à la même corporation
-ouvrière. Je développerai tout cela ailleurs, lorsque j'aurai à
-raconter la lutte soutenue pendant cinq cents ans par les barbiers
-contre les chirurgiens. A vrai dire, il n'y avait guère entre eux de
-différence, et plusieurs de nos meilleurs chirurgiens, Ambroise Paré
-entre autres, n'étaient que des barbiers, et furent associés fort tard
-à la classe des chirurgiens proprement dits.
-
-Ce que l'on reprochait aux barbiers, gens fort serviables et fort
-aimés du petit peuple, qui ne connaissait guère d'autres médecins,
-c'était donc surtout le mélange d'attributions disparates, les
-opérations de chirurgie et les soins de toilette: «Voicy le mal que le
-barbier ne se contente du poil[1]», était déjà une phrase proverbiale
-au seizième siècle. Louis XIII voulut donner satisfaction à un vœu si
-général. En décembre 1637, il autorisa l'établissement d'une nouvelle
-communauté de barbiers, celle des _barbiers-barbants_, à laquelle
-toute pratique chirurgicale était interdite, et qui n'avait dans ses
-attributions que les bains et la coiffure. Les barbiers-chirurgiens
-protestèrent, et l'affaire fut portée au Parlement, qui procéda avec
-une sage lenteur. Au mois de décembre 1659, Louis XIV intervint et
-confirma la création faite par son prédécesseur. L'édit rendu à cette
-occasion ne put encore être exécuté, et fut renouvelé le 23 mars 1673.
-
-En vérité, il n'était que temps, et jamais la nécessité de constituer
-une corporation ne s'était fait plus vivement sentir. Car enfin, il
-faut tout dire, depuis près d'un siècle les Parisiens négligeaient
-fort les soins les plus élémentaires de la toilette; ils avaient perdu
-à peu près complétement l'habitude de se laver. Esquissons à grands
-traits l'histoire de la propreté en France.
-
-Par réaction contre le sensualisme païen, l'Église se montra d'abord
-fort indifférente sur ce point; peu s'en faut même qu'elle ne regardât
-la propreté comme une pratique dangereuse, une vanité coupable, un
-péché. En général, les moines ne prenaient de bains que deux fois par
-an, à Noël et à Pâques. La règle de saint Benoît s'exprime ainsi:
-«On permettra les bains aux malades toutes les fois qu'on le jugera
-nécessaire; mais pour ceux qui se portent bien, surtout s'ils sont
-jeunes, on ne leur en accordera l'usage que rarement[2].» Dom Calmet,
-qui a écrit un très-savant commentaire sur la règle de saint Benoît,
-trouve cette mesure excellente, et montre combien il eût été cruel
-de refuser ces deux bains annuels aux religieux. Ils leur étaient
-nécessaires, dit-il, parce «qu'alors ils n'usoient point de linge,
-comme ils n'en usent point encore aujourd'hui. Couchant tout vêtus
-et changeant peu souvent d'habits de laine qu'ils portoient sur
-la chair, ils contractoient beaucoup de crasse par la sueur et le
-travail, ce qui étoit non-seulement très-incommode aux particuliers
-pour leur personne, mais aussi étoit à charge aux autres à cause de la
-mauvaise odeur et de la malpropreté. Aujourd'hui, ajoute-t-il, on a
-pourvu à ces inconvénients par les chemises de serge qu'on porte, et
-que l'on peut laver aussi fréquemment que le besoin ou la bienséance
-le demandent[3].» La seule concession faite sur ce point s'applique
-donc, non à la personne des religieux, mais à leur chemise, qu'ils
-étaient autorisés à laver tous les quinze jours[4]. Ce qui tendrait
-à faire supposer qu'ils n'abusaient pas de la permission, c'est que
-la règle leur accordant des pédules ou pantalons à pieds, les moines
-en coupaient l'extrémité qui, paraît-il, se salissait trop vite; dom
-Calmet s'exprime ainsi: «A cause de la sueur, ils coupent ce qu'ils
-mettent dans leurs pieds, pour s'épargner la peine de les laver[5].»
-Il y a là amphibologie, mais le commentaire qui suit explique la vraie
-pensée de l'auteur.
-
-La règle de Cluni ordonnait aux moines de se réunir chaque matin dans
-le cloître, afin d'y faire leur toilette. Celle-ci était sans doute
-bien sommaire, car trois serviettes pendues au mur constituaient
-tout le linge mis à la disposition de la communauté; la première
-était exclusivement réservée aux novices, la deuxième aux profès,
-et la troisième aux frères lais[6]. Les Bénédictins avaient chacun
-leur peigne, et, dit dom Calmet, «ils se peignoient et se lavoient
-assez souvent le visage et la tête». Il explique un peu plus loin ce
-qu'il faut entendre par ces mots _assez souvent_: les religieux, qui
-avaient tout le crâne rasé et ne conservaient qu'une étroite couronne
-de cheveux, se lavaient la tête «tous les samedis[7]».
-
-On comptait si peu sur la propreté des séculiers, des évêques même,
-que l'on exigeait qu'ils se peignassent avant de monter à l'autel.
-Comme ils ne se décidaient à subir cette opération qu'au dernier
-moment, «et que l'on étoit bien aise de conserver la chape et la
-chasuble, et d'empêcher que la crasse ne tombât dessus, on mettoit sur
-leurs épaules un linge fait en forme de petit manteau[8]».
-
-[Illustration: PEIGNE EN IVOIRE SCULPTÉ DU SEIZIÈME SIÈCLE.
-
-Musée du Louvre. Collection Sauvageot.]
-
-A l'égard des soins du corps, les couvents de femmes eux-mêmes ne
-jouissaient d'aucun privilége, bien qu'on y autorisât le rouge et
-les mouches. Vers la fin du dix-septième siècle, madame de Mazarin,
-retirée chez les Visitandines de la rue Saint-Antoine, ayant demandé
-un jour à se laver les pieds, la maison entière s'en émut, et la
-duchesse essuya un refus fort net. Comme elle tenait à ses idées, elle
-se procura de l'eau et, faute de mieux, en remplit un grand coffre
-qui était dans le dortoir; de sorte que tout cela finit par une
-inondation générale[9].
-
-Dans son grand _Dictionnaire des sciences ecclésiastiques_ publié
-en 1760, le Dominicain Richard concède que «l'usage du bain est
-permis en soi, pourvu qu'on ne le prenne pas par volupté, mais par
-nécessité[10],» et la récente canonisation de Benoît Labre prouve
-bien que l'Église n'a jamais entendu faire de la propreté même une
-demi-vertu. A en croire les panégyristes de ce saint personnage,
-l'odeur infecte qu'exhalait son corps crasseux et couvert de vermine
-faisait fuir jusqu'aux mendiants les plus sales[11].
-
-En dehors de l'Église, on fut assez propre au moyen âge, surtout dans
-la classe aisée. Les croisés avaient rapporté d'Orient le goût des
-bains, et de bonne heure les étuves s'étaient multipliées à Paris.
-Leur souvenir s'y est conservé, presque jusqu'à nos jours, dans le nom
-de plusieurs rues.
-
-Le _cul-de-sac des Étuves-Saint-Michel_ longeait l'église de ce nom
-et aboutissait dans la rue de la Barillerie[12], aujourd'hui boulevard
-du Palais.
-
-La _rue des Étuves-Saint-Martin_, devenue _rue des Vieilles-Étuves_,
-se nommait au treizième siècle rue Geoffroi-des-Bains ou des Étuves,
-_vicus Gauffridi de Balneolis sive stuffarum_[13].
-
-La rue Sauval actuelle portait, il y a encore peu d'années, le nom de
-rue des _Vieilles-Étuves-Saint-Honoré_.
-
-A gauche de la rue Marivaux, aujourd'hui rue Nicolas-Flamel, s'ouvrait
-le _cul-de-sac des Étuves_, ainsi appelé d'un établissement qui y
-était situé[14], et dont la réputation dura plusieurs siècles.
-
-Le cul-de-sac de la Porte-aux-Peintres, aujourd'hui impasse des
-Peintres, s'est appelé _ruelle sans chef dite des Étuves_[15].
-
-La partie de la rue des Bourdonnais qui aboutit au quai de la
-Mégisserie fut dite d'abord rue de l'Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés, puis
-_ruelle des Étuves_, et enfin rue de l'Arche-Marion, du nom de la
-femme qui y tenait alors des étuves[16].
-
-Un autre _cul-de-sac des Étuves_ aboutissait dans le grand cul-de-sac
-Gloriette[17], qui lui-même débouchait dans la rue de la Huchette.
-
-La rue du Chat-qui-pêche, située tout près de là, a porté aussi le nom
-de _ruelle des Étuves_[18].
-
-On nommait également _rue aux Étuves_ une petite voie qui allait de la
-rue des Cordeliers, aujourd'hui rue de l'École-de-Médecine, à la rue
-Mignon[19].
-
-Il est clair que bien d'autres rues de Paris ont possédé des étuves,
-sans perdre pour cela leur nom primitif. Nous savons, par exemple,
-qu'à l'angle de la rue Beaubourg, des étuves destinées aux femmes
-étaient installées dans une maison qui avait pour enseigne le _Lion
-d'argent_[20].
-
-Les Juifs, dont la loi prescrit aux femmes l'usage du bain au moins
-une fois par mois[21], avaient dès 1248 dans la rue de la Pelleterie,
-une maison d'étuves à leur usage: _domus quæ fuit stuffæ Judæorum_[22].
-
-En somme, la _Taille de 1292_ mentionne vingt-six étuves, réparties à
-peu près dans tous les quartiers, et parmi lesquelles figurent celles
-de la rue des Vieilles-Étuves-Saint-Martin[23], de la rue Sauval[24]
-et de l'impasse Marivaux[25].
-
-Chaque matin, les valets étuveurs parcouraient les rues, annonçant que
-les bains étaient prêts:
-
- Oiez c'on crie au point du jor[26]:
- Seignor, quar vous alez baingnier
- Et estuver sanz delaier[27],
- Li baing sont chaut, c'est sanz mentir[28].
-
-Les statuts des étuveurs sont compris dans le _Livre des métiers_[29],
-mais ils y ont été insérés après la mort d'Étienne Boileau, car
-l'écriture date du quatorzième siècle seulement. Ils offrent,
-d'ailleurs, un grand intérêt comme peinture des mœurs de l'époque.
-
-Le métier était franc, ce qui signifie que chacun pouvait s'établir
-étuveur sans payer aucune redevance. On se bornait à exiger
-l'engagement de respecter les statuts rédigés en commun par les
-membres de la corporation: «Quiconques veut estre Estuveur en la ville
-de Paris, estre le peut franchement, pour tant que il euvre selonc les
-us et les coustumes du mestier, faites par l'acort du commun[30].»
-
-Nul ne devait annoncer ni faire annoncer l'ouverture des étuves avant
-le point du jour, «pour les perilz qui pevent avenir en ceux qui se
-lievent audit cri pour aler aus estuves[31]». Ces périls prouvent le
-peu de sûreté que présentaient les rues pendant l'obscurité.
-
-Il était défendu de recevoir dans les étuves des femmes d'une conduite
-suspecte, des lépreux ou des lépreuses, des vagabonds, des gens mal
-famés, coureurs de nuit: «Que nulz dudit mestier ne soustiengne en
-leurs mesons ou estuves bordiaus de jour ne de nuit, mesiaus ne
-meseles, reveurs, ne autres genz diffamez de nuit.»
-
-Le prix de l'étuvage était fixé à un franc de notre monnaie, celui du
-bain à deux francs: «Et paiera chascunne personne pour soy estuver
-deus deniers, et se il se baigne il paiera quatre deniers[32].» Cette
-distinction montre que parmi les personnes qui fréquentaient les
-étuves, les unes se bornaient à prendre un bain de vapeur, tandis que
-d'autres y faisaient succéder un bain d'eau chaude; c'est encore ce
-qui se pratique dans les bains publics de l'Orient. Au siècle suivant,
-les prix étaient presque doublés: l'étuvage coûtait deux francs,
-l'étuvage et le bain réunis quatre francs. Le peignoir était fourni
-moyennant cinquante centimes[33].
-
-L'habitude des étuves était si générale que l'État prenait de grandes
-précautions pour en prévenir la fermeture. Ainsi, quand un hiver
-rigoureux faisait hausser le prix du bois et du charbon, le prévôt de
-Paris admettait les réclamations des étuveurs, et augmentait le prix
-d'entrée proportionnellement à celui qu'avait atteint le combustible:
-«Et pour ce que en aucun temps buche, charbon sont plus chiers une
-fois que autre», le prévôt de Paris pourra élever le prix des étuves,
-«par le rapport et serement[34] des bones genz dudit mestier[35].»
-
-Un article, sans doute postérieur à ces premiers statuts[36], nous
-apprend qu'on allait aux étuves le soir aussi bien que le matin,
-que souvent on y restait toute la nuit, et que la réputation de ces
-maisons était déjà fort mauvaise: «Que nuls ne chaufe estuves à Paris
-que pour hommes tant seullement ou pour fames, lequel qui li plera,
-car c'est vil chose et honteuse, pour les ordures et pour les perilz
-qui y pevent avenir; car quant les hommes s'estuvent par devers le
-soir, aucune foiz ils demeurent et gisent leens jusques au jour qu'il
-est haute heure. Et les dames viennent au matin es dictes estuves,
-et aucune foiz vont es chambres aus hommes par ignorance; et assés
-d'autres choses qui ne sont pas belles à dire.»
-
-Les étuves étaient fermées les dimanches et jours de fête[37].
-
-Trois «preud'ommes du mestier», élus par leurs confrères et acceptés
-par le prévôt de Paris, prêtaient serment de dénoncer toutes les
-contraventions aux statuts, les «mesprentures», dit le texte[38].
-Chaque contravention de ce genre était punie d'une amende de dix sols
-(soixante francs), dont six allaient au Roi, et les quatre autres aux
-preud'hommes jurés[39].
-
-En dépit de ces sages règlements, les étuves continuèrent à servir
-de lieux de plaisirs, et rien ne paraît avoir été changé pendant
-longtemps à leur organisation. Au commencement du seizième siècle, on
-criait encore l'ouverture des étuves au point du jour:
-
- C'est à l'image Saincte Jame
- Où se vont baigner ces femmes.
- Et baignez et estuvez, allez.
- Bien servies vous y serez
- De varletz, de chambrière,
- De la dame, bonne chère.
- Allez tost, les baings sont prestz[40].
-
-Ces bains se prenaient dans des baquets de bois, car la baignoire de
-métal est d'invention récente. Froissart rapporte[41], il est vrai,
-qu'en 1382, les Gantois pillant les meubles du comte de Flandre,
-brisèrent la «cuvelette où on l'avoit d'enfance baigné, qui étoit
-d'or et d'argent»; mais il s'agit évidemment ici d'une cuvette et non
-d'une baignoire. Isabeau de Bavière paya en 1416 treize sous pour
-faire «desassembler et rassembler, recingler et relier tout de neuf
-deux cuves à baigner» pour son usage[42]. En 1478, Jacques Cadot,
-menuisier, reçoit trente sous pour une «cuve à baigner» le Roi. En
-1481, Mace Pignet, tonnelier, demande vingt-deux sous six deniers,
-«pour avoir habillé et nectoyé les cuves à baigner» Louis XI[43]. Les
-peignoirs ou fonds de bain se nommaient _baignoères_ ou _baignoires_;
-ils étaient ordinairement de toile très-fine, et on employait jusqu'à
-douze aunes pour en faire un seul[44].
-
-[Illustration: UNE BAIGNOIRE AU QUINZIÈME SIÈCLE.
-
- Apres ces motz sans arrester
- Fit neron vng baing apprester
-
- Et fit ens le preudomme mettre
- Et puis saigner ce dit la lettre
- Et tant luy fit de sang espandre
- Qui luy conuint son ame rēdre
-
-Mort de Sénèque, d'après le _Roman de la rose_, édit. s. d. (quinzième
-siècle), fº53.]
-
-Les cuvettes de toilette se nommaient alors _bassins à laver_.
-Ordinairement on les posait à terre sur une natte, et l'on se lavait à
-genoux la tête et le haut du corps, c'est-à-dire tout ce que le bain
-laissait hors de l'eau. Le _pot à laver_ ou _pot à eau_, différait de
-l'aiguière, qui s'employait surtout pour le lavage des mains avant et
-après le repas. On voit dans l'inventaire dressé après la mort de
-Charles V, que ce prince possédait vingt-quatre bassins à laver en or,
-une foule de bassins semblables en argent, et «ung bassin ou vaisseau
-à laver piez» qui pesait quarante-sept marcs d'argent[45]. Mais
-l'inventaire ne fait aucune distinction entre les bassins de toilette
-et ceux qui étaient destinés au service de la table.
-
-Comme chez les Romains, il était d'usage de se baigner avant le
-repas. Pour qu'une réception parût vraiment luxueuse et cordiale,
-il fallait offrir un bain à son hôte, qui passait de la baignoire à
-la salle à manger. Jean de Troyes raconte qu'en septembre 1467 «le
-Roy et la Royne firent de grans chiers[46] en plusieurs des hostels
-de leurs serviteurs et officiers. Et entre les aultres, le jeudy
-dixiesme jour dudit mois, la Royne et plusieurs dames de sa compaignie
-souppèrent en l'ostel de maistre Jehan Dauvet, premier président au
-Parlement, et illec furent receuës et festoyées moult noblement et à
-grant largesse. Et y eut faits quatre moult beaux bains et richement
-aornez, cuidant que la Royne se y deust baigner, dont elle ne fist
-rien, pource qu'elle se sentit ung peu mal disposée, et aussi que le
-temps estoit dangereux. Mais en l'un desdits baings se y baignèrent
-madame de Bourbon, madamoiselle Bonne de Savoye; et en l'autre baing
-se baignèrent madame de Montglat et Perrette de Châlons, bourgoise de
-Paris[47]: et là firent bonne chière.» Le 22 du même mois, Louis XI
-alla souper chez le prévôt des marchands Denis Hesselin; «et audit
-hostel le Roy y fist grande chière, et y trouva trois beaulx baings
-honnestement et richement attintelez, cuidant que le Roy deust illec
-prendre son plaisir et se baigner[48].»
-
-Les bains dont il est ici question paraissent avoir été improvisés en
-vue de la réception des souverains. Cependant, les grandes familles
-avaient souvent des étuves et des salles de bain dans leur hôtel; les
-récits du temps nous en fournissent de nombreuses preuves[49]. Des
-étuves destinées à la maison royale avaient été construites dans le
-jardin du Palais, à l'extrémité de la Cité[50], et ce petit bâtiment
-figure encore sur le plan dit de Ducerceau, qui date du milieu du
-seizième siècle. Il y avait également des étuves et des bains au
-Louvre, à l'hôtel Saint-Paul et à celui du Petit-Musc. Sauval nous dit
-même qu'«ils étoient pavés de pierre de liais, fermés d'une porte de
-fer treillissé, et entourés de lambris de bois d'Irlande; les cuves
-étoient de même bois, ornées tout autour de bossetes dorées et liées
-de cerceaux attachés avec des clous de cuivre doré[51]».
-
-C'est ordinairement aux étuves qu'avait lieu l'épilation, coutume
-adoptée par toutes les classes de la société. Dans les établissements
-publics, le barbier, son valet ou quelque vieille matrone se
-chargeaient de l'opération vis-à-vis des deux sexes. Quand François
-Ier mit à la mode les cheveux courts et la barbe longue, Clément Marot
-peignit en vers railleurs le désespoir des barbiers, réduits au métier
-d'épileurs[52]. Nos anciens poëtes donnent sur ce point des détails
-fort curieux, mais que je ne puis faire figurer ici.
-
-[Illustration: UNE BOUTIQUE DE BARBIER AU SEIZIÈME SIÈCLE.
-
-D'après J. Amman.]
-
-En somme, les étuves rendaient de réels services, bien qu'elles
-n'eussent rien perdu au seizième siècle de la mauvaise réputation
-qu'elles s'étaient légitimement acquise depuis le quatorzième.
-Toutefois leur vogue ne se soutint pas. Endroits de perdition,
-anathématisés à la fois par les prédicateurs catholiques et par les
-ministres huguenots, elles se virent peu à peu abandonnées, et presque
-toutes disparurent. La morale y gagna, cela est certain, mais nous
-allons voir tout ce qu'y perdit la propreté. Les étuves fermées,
-à qui s'adresser pour les soins du corps? Restaient seulement les
-barbiers-chirurgiens, dont les boutiques n'avaient rien d'attrayant.
-Dans un réduit obscur gisaient trois ou quatre baquets destinés
-surtout aux malades; quant au maître barbier, il était là, prêt à
-vous rendre ses petits services, essuyant ses mains qui venaient de
-panser un cautère ou d'ouvrir un abcès. Entre deux maux, il faut
-choisir le moindre. Les Parisiens prirent leur parti, et sans trop
-de peine, semble-t-il. On cessa d'aller au bain; puis, l'habitude de
-l'eau une fois perdue, on finit par ne plus se laver du tout, même
-chez soi. Une charmante et élégante reine, Marguerite de Navarre, dans
-un dialogue amoureux composé par elle[53], trouve tout naturel de
-dire à son amant: «Voyez ces belles mains; encore que je ne les aye
-point descrassées depuis huict jours, gageons qu'elles effacent les
-vostres[54].»
-
-A cette époque, on mangeait encore sans fourchette; aussi
-recommandait-on de ne pas se moucher avec la main qui prenait la
-viande. On était libre, d'ailleurs, de se moucher dans ses doigts,
-pourvu que ce fût de la main gauche:
-
- Enfant, se ton nés est morveux,
- Ne le torche pas à main nue
- De quoy la viande est tenue,
- Le fait est villain et honteux[55].
-
-On constate sur ce point, quelques années plus tard, un progrès
-sensible. Érasme, en 1530, conseille l'emploi du mouchoir. Cependant,
-ajoute-t-il, il n'est pas interdit de se moucher avec deux doigts,
-pourvu que l'on prenne soin de poser aussitôt le pied sur ce qui
-sera tombé à terre[56]. Cent ans après, on pouvait encore, sans
-trop offenser la civilité, faire cette délicate opération avec un
-seul doigt. Un grand seigneur, d'Hauterive de l'Aubespine, recevait
-un jour à dîner la fleur de la galanterie française, l'illustre
-Turenne entre autres, et le marquis de Ruvigny. Au milieu du repas,
-d'Hauterive ayant eu besoin de se moucher, pressa avec le doigt une
-de ses narines, et le contenu de l'autre, partant comme une flèche,
-alla s'aplatir contre la cheminée, «en faisant autant de bruit qu'un
-pistolet». Ruvigny, qui était assis auprès de Turenne, s'écrie en
-entendant cette détonation: «Monsieur, n'êtes-vous pas blessé?»
-Et, ajoute Tallemant des Réaux[57], «ce fut un esclat de rire le
-plus grand du monde». Cette grave question du mouchoir, qui semble
-aujourd'hui à peu près résolue, soulevait encore des controverses peu
-de temps avant la Révolution. De la Mésangère s'exprimait ainsi en
-1797: «On faisait un art de se moucher il y a quelques années. L'un
-imitait le son de la trompette, l'autre le jurement du chat. Le point
-de perfection consistait à ne faire ni trop de bruit ni trop peu[58].»
-
-Revenons à Érasme. Il nous apprend encore qu'il fallait éviter autant
-que possible de conserver dans ses cheveux des lentes et des poux,
-tout au moins qu'il était peu convenable de les faire tomber sur ses
-voisins en se grattant la tête[59]; que les personnes désireuses de
-passer pour très-distinguées, prenaient soin de se peigner avant
-d'aller dîner chez un homme de qualité[60]; enfin, qu'un homme
-soucieux de sa santé devait bien se garder de retenir les flatuosités
-qu'occasionne une digestion difficile, mais que dans le monde il était
-de bon goût d'en dissimuler le bruit en toussant: «tussi crepitum
-dissimulet[61].» Il ne s'agit ici, bien entendu, que des bruits
-intempestifs émis par en bas; ceux d'en haut avaient toute licence de
-se produire, comme le démontre une belle réponse faite par Louis XIII,
-alors âgé de huit ans, à M. de Souvré son gouverneur[62].
-
-Le père de cet éloquent petit bonhomme, Henri IV, souverain sans
-morgue, ne dissimulait pas qu'il «avoit les pieds et le gousset
-fins»; et, s'il faut en croire Tallemant des Réaux[63], ordinairement
-bien informé, madame de Verneuil, dans un moment de colère, lui
-dit «qu'il puoit comme une charogne». Le bourru d'Aubigné voulait
-peut-être se moquer de son maître quand il met en scène[64] ce
-Renardière qui, «à force d'estre noble, dès la première veuë
-connoissoit fort bien un gentilhomme, et au sentir mesme, car il
-vouloit qu'un vrai noble eust un peu l'œsselle surette et les pieds
-fumants».
-
-Ce n'était pourtant pas là, hélas! un privilége exclusif de la
-noblesse, et la propreté outragée se vengeait de son mieux. Elle
-livrait les coupables à une foule de cruels parasites chargés de les
-torturer. Le _Ménagier de Paris_, composé en 1393, enseigne déjà six
-manières de se débarrasser des puces, et l'auteur reconnaît qu'en
-préserver son mari constituait une des sérieuses préoccupations d'une
-tendre épouse: «Et pour ce, chère seur[65], je vous pry que le mari
-que vous arez[66], vous le vueillez ainsi ensorceller, et le gardez
-de maison maucouverte[67] et de cheminée fumeuse; et ne luy soyez pas
-rioteuse[68], mais doulce, aimable et paisible. Gardez en yver qu'il
-ait bon feu sans fumée, et entre vos mamelles bien couchié, bien
-couvert. Et en esté gardez que en vostre chambre ne en vostre lit
-n'ait nulles puces, ce que vous pouvez faire en six manières[69]...»
-
-Dans une pièce publiée vers 1520, une puce parlant en vers déclare
-qu'elle a été créée pour tourmenter la gent animale et se repaître de
-son sang:
-
- Quant l'yver vient, ilz ont quelque esperance
- De se venger tandis que le froit dure,
- Car sus leur chair ne fais plus demourance,
- Je perds vigueur quant sens venir froidure.
- Mais en esté, je ne tiens point mesure
- De tormenter femmes, chiens et chats.
- Beau dire ilz ont que je leur fais nuisure,
- Pour les pincer ne veulx point de compas.
- De leur bon sang je fais tous mes repas,
- Sans espargner damoyselle ou bourgeoyse,
- Leur faisant peine jusques à mon trespas.
-
-Et l'auteur termine en indiquant un procédé nouveau:
-
- Pour toutes pulces faire soubdain mourir[70].
-
-C'était bien, en effet, une guerre incessante et une guerre à mort.
-Aussi tous les manuels de la vie pratique écrits vers cette époque
-se font-ils l'écho de ce grave souci. Le _Traicté nouveau, intitulé
-bastiment de receptes_[71] fournit, avec d'intéressants détails, cinq
-procédés infaillibles:
-
-«Pour faire que les punaises ne te nuysent point la nuyt;
-
-«Pour faire un oignement qui tue les punaises en la couche ou
-couchette;
-
-«Pour faire qu'il n'y aye nulles pusses en une chambre;
-
-«Pour faire un unguent qui tue les punaises ou mortzpions;
-
-«Pour tuer les poulz et lentes.»
-
-Remarquez que, de ce temps, date la fureur des cosmétiques, des
-fards, des essences, des pâtes, des parfums, qui ne se calma qu'au
-commencement du règne de Louis XIV. Il faut donc se rendre à
-l'évidence, et se représenter telle qu'elle était la haute société
-du seizième siècle. S'il y avait, par exemple, gala au Louvre,
-gentilshommes et grandes dames, bardés de crasse, mais couverts de
-parfums, de perles et de pierreries, montaient sur un cheval ou un
-mulet, la femme en croupe derrière son mari[72]. On se mettait à
-table, et les convives, s'aidant un peu du couteau, mangeaient avec
-les doigts, engluant leur serviette, qu'on était forcé de changer
-après chaque plat.
-
-Vers 1640, parurent enfin, les _Loix de la galanterie_[73], code
-du bon ton à l'usage des petits-maîtres; on y voit avec surprise
-quels raffinements de soins la mode imposait alors aux galants du
-grand monde. Lisez: «L'on peut aller quelquefois chez les baigneurs
-pour avoir le corps net, et tous les jours l'on prendra la peine de
-se laver les mains. Il faut aussi se faire laver le visage presque
-aussi souvent, et se faire razer le poil des jouës, et quelquefois
-se faire laver la teste... Vous aurez un valet de chambre instruit à
-ce mestier, ou bien vous vous servirez d'un barbier qui n'ait autre
-fonction, et non pas de ceux qui pansent les playes et les ulcères,
-et qui sentent toujours le puz et l'onguent. Outre l'incommodité que
-vous en recevez, il y a danger mesme que venant de panser quelque
-mauvais mal, ils ne vous le communiquent; tellement que vous ne les
-appellerez que quand vous serez malades. Et en ce qui est de vous
-accommoder le poil, vous aurez recours à leurs compétiteurs, qui sont
-barbiers-barbans[74].» Notre manuel ne parle pas des femmes, mais la
-mode est toujours donnée par elles. Si elles eussent eu soin de leur
-personne, auraient-elles pu souffrir auprès d'elles ces soupirants
-malpropres?
-
-[Illustration: «UN COURTISAN ET SA DEMOISELLE.»
-
- D'après les _Monumens_ de Montfaucon.
- (Seizième siècle.)
-]
-
-Lorsque l'excès de la propreté eut été porté à ce point qu'un raffiné
-dut se laver le visage _presque tous les jours_, on comprit enfin
-ce que présentaient de répugnant les multiples attributions des
-barbiers-chirurgiens, et les barbiers-barbants furent créés. A la
-suite de l'édit de 1637, quelques industriels avisés avaient déjà
-adopté cette spécialité, mais la corporation ne fut définitivement
-instituée que par l'édit du 23 mars 1673. «Nous avons reconnu dès il
-y a longtemps, dit le Roi, que l'usage de faire le poil et de tenir
-des bains et étuves, et les soins que l'on apporte à tenir le corps
-humain dans une propreté honneste, estant autant utile à la santé que
-pour l'ornement et la bienséance, par nostre édit du mois de décembre
-1659, nous aurions ordonné l'établissement d'un corps et communauté de
-_Barbiers-Baigneurs-Étuvistes-Perruquiers_[75], réduits à deux cens,
-pour en faire profession particulière, distincte et séparée de celle
-des maistres chirurgiens-barbiers[76].» Ces deux cents charges étaient
-vendues par le Roi, et déclarées héréditaires.
-
-C'était là, sans nul doute, une utile réforme, mais dans cet ordre
-de faits il n'eût pas fallu s'arrêter en si beau chemin. Soumise à
-un examen même bienveillant, la cour brillante qui entourait Louis
-XIV aurait perdu beaucoup de son prestige. On commençait, il est
-vrai, à comprendre qu'il était bon de se laver de temps en temps, et
-l'on revenait peu à peu à l'idée que l'eau pouvait avoir été faite
-pour cela; on la subissait cependant plus qu'on ne l'aimait. L'usage
-quotidien d'abondantes ablutions telles que nous les pratiquons
-aujourd'hui eût certainement paru alors une singularité. Le plus
-souvent, les gens soigneux se bornaient à promener le matin sur leur
-visage un petit tampon de coton trempé dans de l'alcool très-faible
-et aromatisé. Un manuel des bienséances, imprimé en 1782, prohibe
-encore l'emploi de l'eau pour la toilette: «Il est de la propreté
-de se nettoyer tous les matins le visage avec un linge blanc, pour
-le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de l'eau, car cela
-rend le visage plus susceptible du froid en hiver et du hâle en
-été[77].» On voit que l'auteur, brave docteur en théologie, n'avait
-pas sur la physiologie et l'hygiène des notions bien exactes. Madame
-de Motteville éprouve le besoin de nous dire qu'Anne d'Autriche était
-«propre et fort nette»; elle ne néglige pas non plus de nous apprendre
-que, lors de l'arrivée de la reine Christine à Compiègne, les mains
-de l'auguste souveraine «étoient si crasseuses qu'il étoit impossible
-d'y apercevoir quelque beauté[78]». On sait, du reste, que la fistule
-dont fut atteint Louis XIV est parfois le résultat d'un manque de
-propreté, et que le roi-soleil avait souvent son sommeil troublé par
-des punaises[79].
-
-Vers cette époque commença la vogue des carrosses et des chaises à
-porteur, qui facilitèrent les relations sociales dans ce que l'on
-appelait alors le monde galant. En 1550, il n'y avait guère à Paris
-que trois ou quatre carrosses, et c'était encore un luxe de faire ses
-courses _en housse_, c'est-à-dire sur un cheval de selle couvert d'une
-housse de drap ou de velours. Sully allait au Louvre en housse, et il
-n'eut un carrosse que lorsqu'il fut grand maître de l'artillerie[80].
-La bourgeoisie, la noblesse pauvre allaient à pied; on marchait avec
-précaution dans les rues boueuses, et si l'on rendait une visite de
-cérémonie, on changeait de chaussures dans l'antichambre avant de
-passer au salon. Les _Loix de la galanterie_ nous fournissent sur ce
-point des détails curieux: «Lors que la mode a voulu que les seigneurs
-et hommes de condition allassent à cheval par Paris, il estoit honeste
-d'y estre en bas de soye sur une housse de velours et entouré de pages
-et de laquais. Mais maintenant, veu que les crottes s'augmentent
-tous les jours dans cette grande ville, avec un embarraz inévitable,
-nous ne trouvons plus à propos que nos galands de la haute volée
-soient en cet équipage et aillent autrement qu'en carrosse. Nous
-sçavons qu'autrefois pour parler d'un qui paroissoit dans le monde,
-soit financier ou autre, l'on disoit de luy: _il ne va plus qu'en
-housse_; mais maintenant cela n'est plus guère propre qu'aux médecins
-ou à ceux qui ne sont pas des plus relevez. De quelque condition que
-soit un galand, nous luy enjoignons d'avoir un carrosse s'il en a le
-moyen, d'autant que lors que l'on parle aujourd'huy de quelqu'un qui
-fréquente les bonnes compagnies, l'on demande incontinent: _a-t-il
-carrosse?_ et si l'on respond que oüy, l'on en fait beaucoup plus
-d'estime. Si les galands du plus bas estage veulent visiter des
-dames de condition, ils remarqueront qu'il n'y a rien de si laid
-que d'entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crottez,
-spécialement s'ils en sont logez fort loin; car quelle apparence y
-a-t-il qu'en cet estat ils aillent marcher sur un tapis de pied et
-s'asseoir sur un faut-œil de velours? C'est aussi une chose infâme
-de s'estre coulé de son pied d'un bout de la ville à l'autre, quand
-mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous
-accuse de quelque pauvreté, qui n'est pas moins un vice aujourd'huy
-en France que chez les Chinois, où l'on croid que les pauvres soient
-maudits des Dieux à cause qu'ils ne prospèrent point. Vous pouvez
-aussi vous faire porter en chaize, dernière et nouvelle commodité,
-si utile qu'ayant esté enfermé là dedans sans se gaster le long des
-chemins, l'on peut dire que l'on en sort aussi propre que si l'on
-sortoit de la boiste d'un enchanteur; et comme elles sont de loüage,
-l'on n'en fait la despense que quand l'on veut, au lieu qu'un cheval
-mange jour et nuict[81].»
-
-[Illustration: «DEUX COURTISANS QUI VONT AU LOUVRE.»
-
-D'après les _Monumens_ de Montfaucon. (Seizième siècle.)]
-
-Il s'agissait donc surtout de briller à peu de frais, et pourvu que
-le galant eût sa chaussure et ses vêtements à peu près propres, on ne
-s'inquiétait pas d'autre chose. Un traité de la civilité qui eut un
-immense succès vers la fin du dix-septième siècle[82] résume ainsi
-des recommandations d'ordre plus intime faites aux personnes de la
-cour: «Il faut avoir soin de se tenir la teste nette, les yeux et les
-dents, les mains aussi, et même les pieds, particulièrement l'esté,
-pour ne pas faire mal au cœur à ceux avec qui nous conversons[83].» Le
-même ouvrage mentionne quelques modifications heureuses apportées dans
-les usages depuis le commencement du siècle: «Autrefois, dit-il, il
-estoit permis de cracher à terre devant des personnes de qualité, et
-il suffisoit de mettre le pied dessus: à présent, c'est une indécence.
-Autrefois on pouvoit bâiller, et c'estoit assez pourvû que l'on ne
-parlast pas en bâillant: à présent une personne de qualité s'en
-choqueroit. Autrefois, on pouvoit tremper son pain dans la sauce, et
-il suffisoit pourveu que l'on n'y eust pas encore mordu: maintenant
-ce seroit une espèce de rusticité. Autrefois on pouvoit tirer de
-sa bouche ce que l'on ne pouvoit pas manger, et le jeter à terre
-pourveu que cela se fist adroitement: maintenant ce seroit une grande
-saleté[84].» Mais nous entrons ici dans le cérémonial de la table,
-dont je m'occuperai ailleurs.
-
-Le salut vint de l'hôtel de Rambouillet, qui, en dépit des justes
-railleries de Molière, eut la gloire de généraliser en France le bon
-ton, la politesse, l'urbanité, le savoir-vivre.
-
-
-
-
-II
-
-
-Je ne raconterai pas l'histoire de la coiffure et de la barbe, car
-on la trouve partout. Elle est bien exposée dans l'_Histoire du
-costume_ de M. Quicherat, relativement exacte dans les _Dictionnaires
-de la conversation_ et les _Encyclopédies_[85]; la refaire d'après
-les sources serait donc me donner beaucoup de peine en pure perte.
-D'ailleurs, je tiens à rester fidèle au programme que je me suis
-tracé; il consiste à exclure autant que possible de ces petites
-notices les faits déjà étudiés de l'histoire des mœurs, pour me
-borner à recueillir les détails ignorés ou peu connus, et à relever
-les erreurs accréditées par une longue tradition. Ainsi, des statues
-qui ne peuvent être antérieures à 1150 ont fait jusqu'ici attribuer
-aux mérovingiennes la jolie coiffure que portaient les grandes
-dames du douzième siècle; leurs cheveux, partagés au milieu de la
-tête, descendaient par devant en deux longues tresses nattées et
-galonnées[86].
-
-[Illustration:
-
- REINE DU GRAND PORTAIL LA REINE DE SABA,
-
- DE CHARTRES. PROVENANT DE
- N.-D. DE CORBEIL.
-
-D'après Willemin.]
-
-Au siècle suivant, les nattes ont disparu. Les femmes mariées les
-ont remplacées par un volumineux chignon attaché derrière le crâne;
-les jeunes filles laissent pendre leurs cheveux sur le dos, mode qui
-demeura très-longtemps en France le signe de la virginité, comme en
-témoignent les anciennes représentations de la Vierge. Le quatorzième
-siècle adopte les nattes relevées de chaque côté du front sur les
-tempes. Au quinzième, les cheveux sont sacrifiés à des couvre-chefs
-fantaisistes, dont le hennin est le type. Le seizième siècle découvre
-les fronts et inaugure la coiffure dite _à la Marie Stuart_, dont les
-différentes variétés nous conduisent jusqu'au règne de Louis XIV.
-Celui-ci peut être caractérisé par la coiffure _à la Sévigné_, qui est
-composée d'une multitude de boucles échelonnées sur les joues.
-
-Pour se faire une idée générale de la forme que les hommes donnèrent
-successivement à leur chevelure et à leur barbe, il suffit de passer
-en revue les portraits de nos rois.
-
-La barbe disparaît à partir de Philippe-Auguste; le visage est rasé
-et les cheveux ne dépassent guère le milieu du cou. La barbe fait une
-réapparition timide sous Philippe VI et Jean II, mais Charles V et
-ses successeurs sont imberbes: par derrière, leurs cheveux descendent
-jusqu'au cou; par devant, ils sont coupés très-courts, c'est la
-coiffure dite _aux enfants d'Édouard_. A dater de François Ier, on
-fait peu de cas des cheveux, mais la barbe est en plein triomphe. Elle
-reste taillée en pointe jusqu'à Henri IV, dont la riante figure est
-encadrée de poils touffus et frisés. Richelieu et Louis XIII portent
-la moustache épaisse et la royale à la lèvre inférieure. Un caprice
-changea tout cela.
-
-Louis XIII, forcé d'embrasser la même carrière que son père, y
-réussissait peu. En revanche, il avait des dispositions pour une foule
-d'autres métiers; il cuisinait très-bien, lardait à ravir, s'entendait
-à l'élève des oiseaux et au jardinage, composait en musique, peignait
-un peu, travaillait au besoin le cuir, le bois et le fer. Un jour, il
-lui prit fantaisie de faire concurrence aux barbiers-barbants qu'il
-avait créés; il coupa la barbe à tous les officiers de sa maison,
-ne leur laissant qu'un petit bouquet de poils au menton. Richelieu,
-avec qui on ne plaisantait pas ainsi, conserva seul les moustaches
-retroussées et la royale. La cour et la ville rirent beaucoup de
-l'étrange distraction qu'avait choisie le mélancolique souverain; on
-la mit même en chanson:
-
- Hélas! ma pauvre barbe,
- Qu'est-ce qui t'a faite ainsy?
- C'est le grand roy Louis,
- Treiziesme de ce nom,
- Qui a toute esbarbé sa maison.
-
- Laissons la barbe en pointe
- Au cousin de Richelieu,
- Car, par la vertudieu!
- Qui seroit assez osé
- Pour prétendre la luy raser[87]?
-
-Les cheveux longs avaient repris faveur sous la minorité de ce roi
-ennuyé et ennuyeux. Un homme de goût se reconnaissait alors aux
-_moustaches_ ou _cadenettes_ qui, vite oubliées, furent ressuscitées
-un siècle plus tard. On appelait ainsi de longues mèches de cheveux,
-réunies avec une rosette, et qu'on laissait pendre le long de la
-joue et même de l'épaule sur le côté gauche. La moustache se portait
-rarement seule. L'auteur de _La promenade du cours_[88] nous apprend
-que les gens désireux de se donner un air terrible en exhibaient
-jusqu'à six:
-
- Les braves à l'œil froncé
- D'un air demy courroucé
- Font flotter leurs grands panaches,
- Aux portières s'avançant,
- Et guignent tous les passants
- Au travers de six moustaches.
-
-Au besoin, les perruquiers pouvaient en fournir: «Potel, écrit
-Tallemant[89], avoit trois ou quatre moustaches postiches de chaque
-costé, où il y avoit plus de douze aulnes de ruban noir; car on
-n'avoit pas trouvé encore les coings de cheveux.» Potel était un
-original: la moustache se portait à gauche. Le côté droit de la
-tête ainsi dégagé restait bien visible, et on l'ornait d'une boucle
-d'oreille, perle ou diamant. Le comte Henri d'Harcourt, cadet de
-la maison de Lorraine, en fut surnommé Cadet la Perle, sobriquet
-qu'il garda toute sa vie. Son beau portrait, exécuté par Antoine
-Masson, est connu sous le nom de _Cadet à la perle_; il porte encore
-cet ornement sur celui qui fut gravé par Édelinck pour les _Hommes
-illustres_ de Perrault[90], longtemps après que les cadenettes eurent
-cessé d'être à la mode. Le premier galant qui les mit en faveur fut
-Honoré d'Albret, seigneur de Cadenet, frère du célèbre Luynes[91].
-Quand on fit celui-ci connétable, Cadenet du même coup fut improvisé
-maréchal de France, mais ses exploits se bornèrent à l'importante
-innovation que je viens de rappeler: elle a suffi pour transmettre son
-souvenir à la postérité.
-
-[Illustration: _Le Comte d'harcour_
-
-D'après les _Hommes illustres_ de Perrault.]
-
-Notre moustache actuelle avait aussi ses partisans. On lit dans les
-_Loix de la galanterie_: «Les uns portent les moustaches comme un
-traict de sourcil, et fort peu au menton; les autres ont une moustache
-à coquille[92].» Cette dernière était celle dont on relevait les
-pointes. Au moyen d'un petit instrument appelé _bigotère_, on la
-pinçait de manière à ce qu'elle ne perdît pas son pli pendant la nuit.
-C'est ce qu'explique très-bien une _Mazarinade_ publiée en 1650:
-
- Ensuite voyons la moustache
- Que la bigotère nous cache
- Lorsque le jeune damoiseau
- Le soir en bride son museau.
- Le matin lui-même se l'ôte,
- En frottant un peu le bigote
- Avec quelque chose de chaud[93]!
-
-Sarazin[94], racontant en style burlesque l'enterrement anticipé de
-Voiture, fait figurer parmi les assistants quelques Amours: «L'un,
-dit-il, faisoit des grimaces devant le miroir, l'autre se bridoit de
-la bigotère, l'autre tiroit les poils des sourcils de ses compagnons
-avec des pincettes[95].» La bigotère était encore employée à la fin du
-dix-huitième siècle[96].
-
-Depuis Louis XIII, aucun roi de France ne garda sa barbe. Elle ne
-laissa pas pour cela d'être honorée et cultivée. Louis Guyon[97],
-qui a traité agréablement ce sujet, dit que la barbe est utile,
-non-seulement parce qu'elle protége l'homme contre le froid, mais
-encore parce qu'elle le rend «plus beau. A cause de quoy nature n'a
-voulu couvrir les éminences qui sont à chacun costé des yeux, ny le
-nez, ni autres parties de la face; autrement, l'homme ressembleroit
-une beste sauvage et approcheroit de la semblance des bestes brutes.
-Il ne se cognoistroit quand il seroit joyeux ny fasché. La face
-descouverte de poils appartient à un animal raisonnable, politic,
-familier et sociable, tel qu'est l'homme.» Mais alors, pourquoi la
-nature a-t-elle privé de barbe les femmes? Rien n'est plus simple:
-«La matière de la barbe, aux femmes, monte à la teste, qui leur cause
-de plus grands cheveux qu'aux hommes; et de vray, la chevelure est
-bienséante aux femmes et la barbe à l'homme.»
-
-Louis XIV porta d'abord le semblant de moustache dont j'ai parlé, un
-trait léger sur la lèvre supérieure. Il la fit disparaître en 1680,
-et tout bon courtisan s'empressa de l'imiter; aussi les derniers
-portraits de Corneille et de Molière les représentent-ils sans un poil
-sur la figure[98]. Je ne parle ici que des courtisans, car il faut
-rendre cette justice à Louis XIII et à Louis XIV qu'ils respectèrent
-la tête de leurs sujets (on n'oserait en dire autant de Richelieu);
-ils laissèrent chacun arranger à sa guise barbe et cheveux. Si
-ce fut une faiblesse de la part du roi-soleil, elle ne resta pas
-sans châtiment: la mode, devenue plus impérieuse que l'orgueilleux
-monarque, finit par lui imposer la perruque et la poudre, qui lui
-étaient toutes deux antipathiques.
-
-A défaut d'autres libertés, le dix-septième siècle eut donc celle
-de la barbe. Les beaux portraits gravés par Édelinck et Lubin nous
-révèlent que:
-
- Le Jésuite Jacques Sirmond,
- L'érudit Fabri de Peiresc,
- L'historien Papire Masson,
- Le savant Scévole de Sainte-Marthe,
- Le poëte Malherbe,
- Le jurisconsulte Pithou
- portaient la barbe entière avec les moustaches.
-
- Le cardinal de Bérulle,
- Henri de Sponde, évêque de Pamiers,
- Le secrétaire d'État Pontchartrain,
- Vincent de Paul,
- Joseph Scaliger
- portaient la barbe en pointe avec les moustaches.
-
- Pierre Camus, évêque de Belley,
- Le garde des sceaux du Vair,
- Le premier président A. de Harlay,
- Le président Jeannin
- portaient une magnifique barbe étalée sur la poitrine.
-
- Pierre de Marca, archevêque de Paris,
- Antoine Godeau, évêque de Vence,
- J. F. Senault, général de l'Oratoire,
- Le prince de Condé,
- Turenne,
- Le chancelier Séguier,
- Colbert,
- Le premier président Lamoignon,
- Le président de Thou,
- L'avocat général J. Bignon,
- Le théologien Arnauld d'Andilly,
- Descartes,
- L'avocat Antoine Lemaître,
- Le philosophe Gassendi,
- Balzac,
- Voiture,
- Sarazin,
- Mansart,
- Le peintre Nicolas Poussin,
- Le graveur Callot,
- Le romancier H. d'Urfé,
- Le maréchal de Gassion,
- Le maréchal Fabert,
- L'amiral Duquesne,
- Le chancelier Michel Letellier,
- Le premier président de Bellièvre,
- N. Rigault, garde de la bibliothèque du Roi,
- Simon Vouet, premier peintre du Roi,
- portaient la moustache et la royale.
-
- Le P. Thomassin, hébraïsant,
- L'académicien Pélisson,
- Le savant Ducange,
- La Fontaine,
- L'historien Le Nain de Tillemont,
- Le peintre Ch. Lebrun,
- Le poëte Santeuil,
- Le maréchal de Luxembourg,
- Le musicien Lully,
- Le philologue Ménage,
- Quinault,
- Benserade,
- Racine
- avaient le visage entièrement rasé.
-
-N'oublions pas de faire remarquer que plusieurs de ces personnages
-portent perruque, une perruque superbe, majestueuse, frisée avec art
-et qui parfois descend jusqu'à la ceinture. Tout était grand dans le
-siècle du grand roi.
-
-C'est à ce siècle que revient l'honneur d'avoir ainsi contrefait la
-nature, mais il y avait longtemps qu'on avait cherché à l'imiter.
-
-L'usage des faux cheveux doit être aussi ancien que la coquetterie
-féminine, et c'est remonter bien haut. A l'époque romaine, les femmes
-portaient des nattes postiches, le commerce des cheveux était en
-pleine activité, et on allait en chercher des cargaisons sur la rive
-droite du Rhin. Cependant, les Pères de l'Église d'abord, puis les
-prédicateurs du moyen âge apostrophèrent très durement les femmes
-qui mettaient des chevelures d'emprunt «des cheveux de mortes[99]»,
-disaient-ils, et ce qui est bien pis, des cheveux de personnes
-peut-être impures, peut-être criminelles, peut-être condamnées aux
-peines de l'enfer, _capitis forsan immundi, forsan nocentis et gehennæ
-destinati_[100].
-
-C'est sous Charles V qu'Eustache Deschamps composa la célèbre ballade
-qui a pour refrain:
-
- Rendez l'emprunt des estranges cheveux.
-
-Sous Henri III et Henri IV, toutes les femmes s'affublaient de faux
-chignons. La reine Marguerite, écrit Brantôme, «s'habilloit quelques
-fois avec ses cheveux naturels, sans y adjouster aucun artifice
-de perruque; elle les sçavoit très bien tortiller, frizonner et
-accommoder... et pourtant peu souvent s'en accommodoit, si non de
-perruques bien gentement façonnées[101].» Tallemant des Réaux affirme
-tout crûment qu'elle fut chauve de bonne heure, et qu'«elle avoit de
-grands valets de pied blonds que l'on tondoit de temps en temps[102]».
-
-Dès le règne de Louis XII, les élégants imitaient leurs maîtresses:
-
- De la queue d'un cheval painte,
- Quant leurs cheveux sont trop petiz,
- Ilz ont une perrucque faincte,
-
-disait d'eux Guillaume Coquillart[103].
-
-Les gens qui commençaient à perdre leurs cheveux y suppléaient au
-moyen de _coins_, fragments de perruque qu'on dissimulait le mieux
-possible sous la chevelure naturelle. Louis XIII vit tomber la
-sienne à trente ans, ce qui inaugura le règne de la perruque; «les
-courtisans, les rousseaux et les teigneux en portèrent les premiers:
-les courtisans par délicatesse[104], les rousseaux par vanité et les
-teigneux par nécessité[105].» Comme toutes les modes, celle-ci eut
-ses détracteurs acharnés et ses admirateurs enthousiastes; parmi ces
-derniers, il faut citer l'abbé Legendre, qui s'écrie naïvement: «Il
-est surprenant qu'une coiffure aussi commode qu'est la perruque, n'ait
-esté en usage que depuis le règne de Louis XIII[106].»
-
-C'est sous Louis XIV qu'elle atteignit son apogée. L'année où il créa
-les barbiers-barbants (1673) est précisément celle où il consentit à
-prendre perruque. Il avait trente-cinq ans lorsqu'il se soumit à cette
-mode, que son opulente chevelure lui donnait le droit de mépriser. On
-composa pour lui, dit Pélisson[107], des perruques avec des jours par
-où passaient les mèches de ses cheveux, dont il ne voulait pas faire
-le sacrifice. Son fils, le grand Dauphin, n'y mettait pas tant de
-façons: «Monseigneur, écrit Dangeau, a encore fait raser ses cheveux,
-qui étoient revenus plus beaux que jamais. Il trouve la perruque plus
-commode[108].»
-
-Le _Livre commode pour 1692_[109], nous a conservé les noms de Pascal,
-de Pelé, de Jordanis, de Vincent, «renommez pour faire les perruques
-de bon air»; de La Roze, «renommé pour les perruques abbatiales»;
-de Binet, enfin, le célèbre fournisseur du Roi et le créateur des
-perruques dites _binettes_, expression qui a fini par désigner dans le
-langage populaire la tête elle-même. A Versailles, entre la chambre à
-coucher et la salle du conseil[110], était le cabinet des perruques
-du Roi. Elles reposaient dans des armoires vitrées qui entouraient
-la pièce; de distance en distance se dressaient des têtes d'enfants,
-au nombre de vingt, qui servaient aux essayages, aux remaniements.
-Les formes variaient suivant que Louis XIV allait à la messe ou à la
-chasse, recevait des ambassadeurs ou restait dans ses appartements.
-Quant au barbier, il ne quittait guère la cour[111], et comptait parmi
-les cinq cents personnes distribuées en cinq tables, qui avaient
-le droit de manger à la cour. «Avant que le Roy se lève, dit un
-contemporain, le sieur Quentin, qui est le barbier et qui a soin des
-perruques, se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques
-ou plus, de différente longueur. Le Roy, suffisamment peigné, le sieur
-Quentin lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que
-celle que Sa Majesté porte ordinairement le reste du jour. Sa Majesté
-aïant mis sa perruque, les Officiers de la Garderobe s'approchent pour
-habiller le Roy... Le Roy, dans la journée, change de perruque, comme
-quand il va à la messe, après qu'il a dîné, quand il est de retour de
-la chasse, de la promenade, quand il va soûper, etc. Le garçon qui
-est commis pour peigner les perruques du Roy a deux cens écus sur
-la cassette...» Louis XIV n'était rasé que tous les deux jours: «De
-deux jours l'un, c'est jour de barbe, c'est-à-dire que le Roy se
-fait raser. Les deux barbiers de quartier rasent alternativement de
-deux jours l'un, et celui qui ne rase point apprête les eaux et tient
-le bassin. Celui qui est de jour pour raser Sa Majesté met le linge
-de barbe au Roy, le lave avec la savonnette, le rase, le lave après
-qu'il est rasé, avec une éponge douce, d'eau mêlée d'esprit de vin, et
-enfin avec de l'eau pure. Pendant tout le temps qu'on rase le Roy, le
-premier valet de chambre tient le miroir devant Sa Majesté, et le Roy
-s'essuie lui-même le visage avec le linge de barbe[112].» On rasait
-souvent aussi la tête de Louis XIV, car même après qu'il eut passé
-soixante-dix ans, ses cheveux, triomphant des efforts de la perruque,
-s'obstinaient à repousser[113]. Sous le règne d'un souverain qui, par
-sa chevelure, semblait descendre de la race mérovingienne, la perruque
-poursuivait noblement sa carrière, forçant à l'obéissance jusqu'au
-maître devant qui tous tremblaient.
-
-L'article 63 des statuts de 1718 accorde aux barbiers-perruquiers
-le monopole de «la vente et revente des cheveux»; les marchands en
-gros devaient, avant d'écouler leurs ballots, les apporter au bureau
-de la corporation, où ils étaient examinés. Il se faisait alors une
-incroyable consommation de poil. Les têtes des femmes vivantes et
-mortes étaient mises à contribution dans les quatre parties du monde,
-et le commerce des cheveux avait pris une extension considérable.
-Colbert songea même à en arrêter l'importation qui menaçait,
-disait-il, de devenir aussi ruineuse pour l'État que l'avait été
-naguère celle des ouvrages de fil. Mais les perruquiers se montrèrent
-meilleurs économistes que le ministre. Ils dressèrent des statistiques
-et démontrèrent, chiffres en mains, que la vente des perruques à
-l'étranger faisait rentrer plus d'argent dans le royaume qu'il
-n'en sortait par l'achat des cheveux[114]. En effet, l'Angleterre,
-l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, etc., étaient nos tributaires;
-le perruquier français avait acquis déjà dans toute l'Europe la
-réputation qu'il conserva jusqu'à la fin d'être un artiste inimitable.
-Le commerce en gros était représenté à Paris par les sieurs Pelé,
-Vincent, Potiquet, Rossignol, etc.; ces deux derniers demeuraient
-«sous la galerie des Innocents[115]». Tous ces commerçants avaient
-des coupeurs qui parcouraient la Normandie, la Flandre, la Hollande.
-Certains villages fournissaient jusqu'à dix livres de cheveux, qui
-devaient toujours avoir de vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long.
-Les cheveux des pays chauds étaient réputés mauvais; les plus estimés
-étaient ceux de Normandie, que l'on nommait _cheveux de pays_.
-L'Angleterre en fournissait fort peu, «le peuple, qui est à son aise,
-ne consentant pas aisément à laisser couper les cheveux de leurs
-femmes et de leurs filles». Le prix variait entre quatre francs et
-cinquante écus la livre; les plus chers étaient les blonds et les
-blancs. On appelait _cheveux vifs_, ceux qui avaient été coupés sur
-la tête de leur propriétaire, vivante ou morte; _cheveux morts_, ceux
-qui avaient été arrachés par le peigne ou étaient tombés à la suite de
-quelque maladie; _cheveux naturels_, ceux qui frisaient naturellement.
-Au début du dix-huitième siècle, il y avait à Paris une cinquantaine
-de marchands de cheveux[116].
-
-La rareté des cheveux était devenue telle à la fin du règne de Louis
-XIV, qu'on fut obligé de fabriquer en crin les perruques communes.
-Jean-Paul Marana écrivait vers 1700: «Depuis que la perruque a été
-reçue, les têtes des morts et celles des femmes se vendent cher,
-étant la mode que les sépulcres et les femmes fournissent le plus bel
-ornement à la tête des hommes[117].»
-
-Les premières perruques se composèrent de quelques rangs de cheveux
-échelonnés autour d'une vaste calotte. On leur donna ensuite la forme
-exacte d'un bonnet, et c'est ainsi que fut créée _la bonnette_, dite
-aussi _perruque d'abbé_ ou _perruque ronde_; l'abbé de la Rivière,
-favori de Gaston d'Orléans, fut, dit-on, le premier qui la porta.
-
-Sous Louis XIV paraît enfin _la royale_ ou _l'in-folio_, privilége
-de la haute société, crinière pleine de majesté, faite pour des
-statues plus que pour des vivants. _La brigadière_ fut la coiffure
-habituelle des militaires, _la moutonne bouclée_ ou _bichonne_ celle
-des petites-maîtresses et des bambins. Les gens du Palais portaient
-_la robin_. La perruque, symbole de la monarchie, partage sa fortune,
-s'affaisse avec elle, et, vers la fin du règne, perd beaucoup de
-son prestige. De l'in-folio, on est tombé _à la cavalière_, _à la
-financière_, _à l'espagnole_, _à la carrée_, _à la nouée_, _à la
-naturelle_, etc., vestiges encore imposants d'une splendeur évanouie.
-
-La décadence se précipite sous Louis XV. Les perruques deviennent plus
-basses et plus étroites; puis on les sépare en trois touffes, qui
-composent les _cadenettes_ sur les côtés et la _queue_ par derrière.
-Le dessin, d'ailleurs, varie à l'infini. On peut choisir entre les
-perruques _de chasse_, _à nœuds_, _à deux queues_, _naissante_, _à la
-chancelière_; _à la Sartine_, adoptée par ce magistrat; _à la régence_
-ou _à bourse_, portée par la valetaille.
-
-L'_Encyclopédie perruquière_, que publia en 1757 l'avocat A. H.
-Marchand, contient une suite de quarante-cinq têtes, coiffées chacune
-d'une perruque de forme particulière, et distinguée par un nom spécial.
-
-En voici la liste:
-
- _A l'ordinaire._
- _A la Port-Mahon._
- _A la rinoxerros._
- _A l'adorable._
- _A l'oiseau royal._
- _A la cabriolet._
- _A l'aile de pigeon._
- _A la nouvelle mode._
- _A l'impatient._
- _A l'aventure._
- _A la cavalière._
- _A la paresseuse._
- _A la singulière._
- _Au chasseur._
- _A l'indifférence._
- _A la dragonne._
- _A la comète._
- _A la Tronchin._
- _A la mousquetaire._
- _A la légère._
- _A la Choisy._
- _A la gendarme._
- _Au vieillard._
- _A la Gentilly._
- _A la parisienne._
- _Au_ petit-maître.
- _A la françoise._
- _A l'italienne._
- _A la plus tôt fait._
- _Au favori._
- _A la lunatique._
- _A ravir._
- _A l'éléphant._
- _A l'antiquité._
- _A l'économe._
- _Au combattant._
- _Au conquérant._
- _A la jalousie._
- _A la prudence._
- _A la royale._
- _A l'envieux._
- _A la maître-d'hôtel._
- _A la félicité._
- _A l'inconstance._
- _A la Beaumont._
-
-On eut aussi l'idée de composer des perruques en laine, qui devinrent
-le monopole des matelots, et des perruques de fil de fer, mode
-économique qui permettait de laisser à ses enfants une coiffure à
-jamais héréditaire.
-
-Nous voyons fleurir encore, sous Louis XVI, les perruques _de
-palais_, _à oreilles_, _à la circonstance_, _brisée_, _à la grecque_,
-_en bonnet_, _à rosette_, _à cadogan_ ou _catogan_, gros nœud
-descendant sur la nuque; _à la Panurge_; _à trois marteaux_[118],
-qu'affectionnaient surtout les médecins et les apothicaires. Tout le
-monde alors portait perruque, depuis le vieillard le plus décrépit
-jusqu'à l'enfant à peine sevré; les nobles comme les roturiers,
-les bourgeois, les maîtres des métiers, les ouvriers. Le moindre
-laquais aurait eu honte de se montrer avec ses propres cheveux,
-et la condition des personnes se reconnaissait à la forme de leur
-perruque[119].
-
-[Illustration: PERRUQUES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
-
-D'après l'_Encyclopédie méthodique_.]
-
-Elle s'y reconnaissait d'autant mieux que le poids de ces tresses
-empruntées avait fait presque complétement abandonner l'usage de
-toute autre coiffure. C'est de là qu'est née notre coutume de rester
-la tête nue en société. Avant que la perruque fût devenue d'un usage
-général, on ne se découvrait guère que pour saluer; puis la profusion
-de faux cheveux dont on se chargea modifia si bien cette habitude,
-que le tricorne est souvent désigné sous le nom de _chapeau de bras_,
-place qu'en effet il ne quittait guère. «Le chapeau est une coiffure
-infiniment commode, dit J. F. Sobry[120], mais de peu d'agrément. On
-le porte d'ailleurs fort souvent à la main.»
-
-L'usage de se découvrir dans le monde et pour saluer ne s'introduisit
-en France que fort tard. Pour les gentilshommes emprisonnés dans un
-casque solidement lié à l'armure par des courroies, il n'y fallait
-point songer. La coiffure civile ne s'y prêtait pas beaucoup plus. Le
-chaperon, fouillis d'étoffes qui resta en honneur jusqu'au quinzième
-siècle, était difficile à ôter et plus encore à remettre. On saluait
-alors en repoussant de la main le chaperon, de manière à découvrir
-un peu le front[121]. Monstrelet raconte qu'Isabeau de Bavière,
-exilée à Tours, «avoit en grant haine maistre Laurens du Puis [un de
-ses gardiens], car il parloit à elle irreveremment, sans mectre main
-à son chaperon[122].» Jadis, écrit Saint-Simon[123], on restait en
-toute circonstance la tête couverte, «et quand autour du Roi quelqu'un
-avaloit[124] son chaperon, les plus près du Roi lui faisoient place,
-parce que c'étoit une marque qu'il vouloit parler au Roi.»
-
-La décadence des chaperons, l'avénement des bonnets, des toques et des
-chapeaux modifièrent cet usage, qui semble avoir souvent varié. Il est
-certain que sous Henri IV, on était tenu de se découvrir non-seulement
-en présence du roi, mais même en présence du Dauphin. En voici deux
-preuves irréfutables. Le 6 avril 1606, le petit Louis XIII avait à
-peine six ans: «Il se fait mettre à la fenêtre, dit Héroard[125];
-il passa un nommé Dumesnil sans le saluer, suivi de son laquais,
-qui fit de même. Il demande: Qui est cettui-là qui passe sans ôter
-son chapeau? Bompar, allez arrêter ce laquais! Il y va, l'arrête.
-L'on disoit derrière M. le Dauphin: Voilà un homme mal avisé et son
-laquais aussi. Il crie: Laissez, laissez-le aller Bompar; il est aussi
-sot que son maître.» Au mois d'octobre de la même année, on mène le
-petit roi à la messe: «M. Birat le portoit ayant la tête nue, et M.
-de Belmont marchoit auprès, la tête couverte; il dit à M. Birat:
-Mettez votre chapeau.—Monsieur, je suis bien.—Non, non, mettez votre
-chapeau, vous êtes vieil. Otez votre chapeau, Belmont[126].» D'un
-autre côté, on voit par les gravures d'Abraham Bosse, de Sébastien
-Leclerc, etc., que sous Louis XIV, on restait la tête couverte dans
-les appartements, devant les femmes, au Conseil du Roi et au bal en
-dansant. Mais on n'adressait jamais la parole au souverain sans se
-découvrir, la calotte même des ecclésiastiques n'était pas tolérée en
-cette circonstance[127].
-
-[Illustration: LE CONSEIL DU ROI LOUIS XIV.
-
-D'après Sébastien Leclerc.]
-
-Les courtisans, entrant dans la chambre du Roi, saluaient son lit, et
-sa nef si le couvert était mis[128]. Mais c'eût été une inconvenance
-de paraître tête nue à un repas: «Quand on est à table, dit un manuel
-de civilité imprimé en 1618, c'est assez de faire quelque signe de
-reverence avec la teste, car il n'est pas bienséant de se descouvrir
-à table[129].» Soixante-dix ans après, cette coutume subsistait
-encore, quoique déjà affaiblie: «Il ne faut pas violer la maxime de
-la table, qui est de ne se point découvrir, l'usage l'ayant tellement
-établi que l'on passeroit pour un nouveau venu dans le monde d'en user
-autrement[130].» Un peu plus tard, on put, sans manquer aux lois de la
-politesse, garder ou ôter sa coiffure: «C'étoit autrefois un manque
-de respect et une incivilité grossière d'être à table sans chapeau,
-surtout devant des femmes d'un certain rang et d'un certain caractère,
-pour qui on étoit obligé d'avoir des ménagemens et des égards; il est
-libre maintenant de prendre son chapeau à table ou de le quitter, sans
-que personne s'en formalise[131].» Enfin le duc de Luynes écrivait
-en 1738: «On sait qu'il y a longtemps qu'il est en usage, lorsqu'on a
-l'honneur de manger avec le Roi, d'ôter son chapeau. Ce n'étoit pas
-autrefois le respect, et madame la maréchale de Villars m'a dit que,
-dans le temps qu'elle suivoit M. le maréchal dans ses campagnes, les
-officiers qui mangeoient avec elle et M. le maréchal gardoient leur
-chapeau sur la tête. J'ai vu aussi cet usage, et il n'y a pas grand
-nombre d'années qu'il est supprimé. Cependant, il faut qu'il ait
-varié, car M. de Polastron m'a dit qu'à une des campagnes de M. le duc
-de Bourgogne, à la table de M. le duc de Bourgogne, on mangeoit sans
-chapeau, et quand quelqu'un ignorant cet usage gardoit son chapeau, on
-l'en avertissoit. M. le maréchal de Boufflers, dans la même campagne,
-disoit à ceux qui dînoient chez lui d'ôter leur chapeau, parce qu'il
-faisoit chaud, ce qui prouveroit que la règle étoit de l'avoir[132].»
-La vérité est que l'influence de l'hôtel de Rambouillet commençait
-à se faire sentir, même dans les camps. Néanmoins, jusqu'à la
-Révolution, la politesse exigeait que l'on restât couvert à table; je
-lis, en effet, dans un traité de la civilité imprimé en 1782: «Il est
-contre la bienséance de se découvrir lorsqu'on est à table, à moins
-qu'il n'y survienne quelque personne qui mérite beaucoup d'honneur.
-S'il y a à table quelque personne de haute qualité qui soit sans
-chapeau pour sa commodité, il ne la faut pas imiter, cela seroit trop
-familier, mais on doit toujours demeurer couvert[133].»
-
-C'était là, bien entendu, un cas particulier. Bussy, ami des
-précieuses, voulant peindre le désordre d'esprit où l'amour jette
-Marsillac en présence de madame d'Olonne, s'exprime ainsi: «La
-première chose qu'il fit après s'être assis, ce fut de se couvrir,
-tant il étoit hors de lui; un instant après, s'étant aperçu de sa
-sottise, il ôta son chapeau et ses gants, puis en remit un, et tout
-cela sans dire un mot[134].» Écoutons maintenant Antoine de Courtin,
-qui écrivait vers 1675: «Il est de la civilité d'avoir la teste
-nuë dans les salles et dans les antichambres; et avec cela il faut
-remarquer que celuy qui entre est toujours obligé de saluer le
-premier ceux qui sont dans la chambre. Il y en a même qui ayant appris
-le rafinement de la civilité dans quelque païs étranger, n'osent en
-compagnie ni se couvrir ni s'asseoir le dos tourné au portrait de
-quelque personne de qualité éminente. C'est s'exposer à un affront
-que d'avoir son chapeau sur la teste dans la chambre où l'on a mis le
-couvert du Roy ou de la Reyne, et même il faut se découvrir lorsque
-les officiers portent la nef et le couvert, et passent devant vous.
-Dans la chambre où est le lit, on demeure aussi découvert; et même,
-chez la Reyne, les dames en entrant saluent le lit, et personne n'en
-doit approcher quand il n'y a point de balustre[135].»
-
-Au dix-septième siècle, il était d'usage de saluer une dame en
-l'embrassant. Fitelieu, vers 1642, blâme déjà cette mode, fort
-dangereuse, dit-il, pour «la pudicité des filles[136]»; et Courtin
-recommande de n'embrasser une «dame de haute qualité que si elle-même
-tend la joue, et alors même il faut seulement faire semblant de la
-baiser, et approcher le visage de ses coëffes[137].»
-
-Les gravures du temps nous montrent avec quel respect les hommes se
-saluaient alors; le corps était courbé en deux et la plume du chapeau
-balayait la terre. S'il s'agissait d'un supérieur, la main elle-même
-devait toucher le sol. «Mais surtout, ajoute avec prudence un maître
-en civilité, il faut faire ce salut sans précipitation ni embarras,
-ne se relevant que doucement, de peur que la personne que l'on saluë,
-venant aussi à s'incliner, on ne luy donne quelque coup de teste.»
-Tout salut devait être rendu, même aux personnes de la plus petite
-condition: manquer à cette règle, vous reléguait dans la classe des
-gens «très-incivils et très-mal élevés[138]».
-
-Entre hommes, le salut le plus humble consistait à s'incliner devant
-son supérieur, et à lui baiser la cuisse, qu'on entourait de ses bras.
-Henri IV adorait le melon; son maître-d'hôtel Parfait lui en apporta
-un jour pendant qu'il était à table, «et commença à crier par deux
-fois: Sire, embrassez-moi la cuisse, car j'en ai de fort bons[139]».
-Louis de Brienne raconte que lors des amours de Louis XIV avec
-mademoiselle de La Vallière, ayant avoué au Roi qu'il avait du goût
-pour elle, celui-ci le pria de cesser de la voir: «Ah, mon cher
-maître! dis-je en lui accolant la cuisse, je ne lui parlerai de ma
-vie[140].»
-
-[Illustration: LES SALUTATIONS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
-
-Dessin de J. Marot.]
-
-Pour saluer la Reine ou les princesses, on baisait le bas de leur
-robe[141]. L'ambassadrice de Venise, reçue par la Reine, fit une
-révérence en entrant, une deuxième au milieu de la chambre, une
-troisième auprès de Sa Majesté, baisa le bas de sa robe, fit une
-quatrième révérence et un compliment[142]. La Reine ne saluait que
-Monsieur, frère du Roi, et sa femme: «Lorsque Marie-Thérèse arriva en
-France, et qu'on lui proposa de saluer Monsieur, frère du Roi, elle
-pleura à cette proposition, et dit qu'en Espagne elle n'avoit coutume
-de saluer que le Roi son père et la Reine sa mère[143].» En présence
-du Roi ou des princes du sang, on ne devait saluer personne[144], et
-il était interdit de s'embrasser ou de se tutoyer[145].
-
-Je relève encore dans les _Manuels_ du temps quelques préceptes de
-civilité qui montrent quels progrès s'étaient accomplis sous la double
-influence des raffinements inventés par l'hôtel de Rambouillet et de
-l'étiquette imposée par Louis XIV.
-
-Les convenances exigeaient que l'on ne heurtât pas trop fort à la
-porte d'un grand. Il fallait aussi ne pas frapper plus d'un coup.
-
-Si une dame venait vous rendre visite, vous deviez ceindre votre épée,
-mettre votre manteau, aller jusqu'au carrosse de votre visiteuse, la
-faire descendre, l'introduire dans le lieu le plus honorable de votre
-demeure, lui offrir un fauteuil et vous asseoir sur une chaise ou un
-placet[146]. A son départ, vous étiez tenu de la reconduire à son
-carrosse, de l'aider à y monter, et de ne pas vous retirer avant que
-la voiture se fût éloignée.
-
-Dans l'intérieur des appartements, il était interdit de frapper à
-une porte. On se contentait d'y gratter doucement, et en général
-avec l'ongle du petit doigt; aussi les raffinés le conservaient-ils
-d'une longueur démesurée afin de prouver leur savoir-vivre. Scarron
-dit du prince de Tarente qu'«il étoit propre en sa personne, curieux
-en perruques, se piquoit de belles mains, et s'étoit laissé croître
-l'ongle du petit doigt de la gauche jusqu'à une grandeur étonnante, ce
-qu'il croyoit le plus galant du monde[147].» Molière n'a pas oublié
-ce ridicule, et c'est le Clitandre du _Misanthrope_[148] qu'il en
-gratifie:
-
- Mais au moins, dites-moi, madame, par quel sort
- Votre Clitandre a l'heur de vous plaire si fort.
- Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime
- Appuyez-vous en lui l'honneur de votre estime?
- Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt
- Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit?
-
-Peut-être y avait-il un petit instrument destiné à tenir lieu de
-l'ongle. C'est au moins ce que semblent indiquer ces deux vers:
-
- Grattez du peigne à la porte
- De la chambre du roi[149].
-
-Si un huissier vous demandait votre nom, il ne fallait jamais le faire
-précéder du mot monsieur, mais répondre: _le marquis_ ou _le comte de
-X_.
-
-Se promener dans l'antichambre en attendant qu'on vous introduisît
-était d'un goujat.
-
-On devait, en visite, garder son manteau, mais il était défendu de s'y
-envelopper.
-
-Si l'on vous offrait un objet, vous deviez vous déganter pour le
-prendre, et baiser la main qui vous l'offrait.
-
-Si quelqu'un, fût-ce un laquais, venait vous parler de la part d'un
-supérieur, vous deviez vous lever et recevoir l'envoyé debout et
-découvert.
-
-C'était une incivilité de joindre au mot monsieur le nom ou le
-titre de la personne à qui on s'adressait. Il ne fallait donc pas
-dire: _oui, monsieur Cicerville_, ou _oui, monsieur le duc_; mais
-simplement: _oui, monsieur_.
-
-Un homme parlant de sa femme devait dire seulement: _ma femme_; y
-ajouter son nom ou son titre, l'appeler _madame X_ ou _madame la
-présidente_, etc., était du plus mauvais goût. Une femme devait
-également dire: _mon mari_, jamais _monsieur_ tout court. «C'est une
-faute pourtant, écrit Courtin, qui est assez ordinaire et sur tout
-parmy les bourgeoises.»
-
-Si l'on parlait d'une femme à son mari, il fallait au contraire faire
-suivre le mot madame d'un nom ou d'un titre: _Je suis bien aise que
-madame X soit heureusement accouchée_, ou _Je souhaite que madame la
-maréchale reprenne vite ses forces_.
-
-On voit que la plupart des règles de politesse observées aujourd'hui
-dans la conversation remontent à plus de deux siècles.
-
-Les enfants parlant de leurs parents devaient dire: _mon père_, _ma
-mère_. Seuls les enfants de haute qualité pouvaient dire et écrire:
-_monsieur le comte_, _monsieur le duc_, etc.
-
-Quand une personne éternuait, il ne fallait pas lui dire tout haut:
-_Dieu vous assiste!_ On était tenu de se découvrir et de faire une
-profonde révérence, sans parler.
-
-On avait déjà le droit de quitter une société sans saluer personne, en
-se retirant le plus discrètement possible. Gui Patin écrivait le 8
-juin 1660: «Je fus hier souper chez M. le premier président... Comme
-nous achevions de souper survint le comte d'Albon, puis sa femme, et
-puis d'autre monde, ce qui fut cause que je m'en vins tout doucement,
-sans dire adieu à personne, comme on fait chez les grands[150].»
-
-Dans un carrosse, la place la plus honorable était celle du fond;
-puis, par ordre: le fond à gauche, le devant à droite, le devant à
-gauche.
-
-Si étant en carrosse vous rencontriez un enterrement, un prince,
-un légat, votre cocher devait s'arrêter et vous étiez tenu de vous
-découvrir. Si le Saint-Sacrement venait à passer, vous deviez
-descendre de voiture et vous agenouiller par terre.
-
-Je réserve pour d'autres notices ce qui est relatif aux actes de
-l'état civil, aux repas, aux parfums, aux gants, aux siéges, aux
-formules de politesse à la fin des lettres, etc., etc. Quand on avait
-appris cela et quelques autres petites choses, on avait le droit de
-se dire _honnête homme_. Un honnête homme alors, c'était un homme
-poli, bien élevé, de bonnes manières, possédant les qualités et les
-connaissances nécessaires pour figurer dans la haute société et pour
-s'y rendre agréable. L'académicien Nicolas Faret a publié un petit
-volume assez curieux qui a pour titre: _L'honneste homme ou l'art de
-plaire à la cour_[151]. Antoine de Courtin, dans un _Traité du point
-d'honneur et de ses règles_[152], ne fait pas grande différence entre
-l'honnête homme et l'homme d'honneur. Enfin Hamilton, voulant peindre
-un gentilhomme accompli, lui fait dire: «Tu sais que je suis le plus
-adroit homme de France; j'eus bientôt appris tout ce qu'on y montre;
-et, chemin faisant, j'appris encore ce qui perfectionne la jeunesse
-et rend honnête homme, car j'appris encore toutes sortes de jeux aux
-cartes et aux dés[153].»
-
-Mais nous voici bien loin des perruques. Rappelons que la
-Révolution eut la gloire de détrôner cette mode ridicule. Encore
-lui résista-t-elle longtemps. Les vieillards, que l'usage des faux
-cheveux avait rendus chauves, s'obstinèrent surtout dans les vieilles
-coutumes, et la jeunesse les qualifia fort impertinemment de _têtes à
-perruque_.
-
-On ne sait quelle est la Parisienne au teint bruni qui eut la
-première l'idée de se coller sur la figure des petits morceaux de
-taffetas noir; mais je suis assez fier d'avoir retrouvé dans un livre
-peu connu l'origine de cette coutume. A la fin du seizième siècle, on
-soignait les maux de dents en appliquant sur les tempes de mignons
-emplâtres étendus sur du taffetas ou du velours[154]. Il ne fallut
-pas longtemps à une coquette pour remarquer que ces taches noires
-faisaient ressortir la blancheur de sa peau, et que si le remède
-était inefficace contre l'odontalgie, il jouissait d'une vertu bien
-autrement précieuse, celle de donner de l'éclat au visage le plus
-fané. Les _mouches_ firent ainsi leur entrée dans le monde, réunirent
-tous les suffrages, et triomphèrent des obstacles suscités contre
-elles par de sévères confesseurs et par des moralistes ennemis de la
-beauté.
-
-Sous Henri IV, toutes les femmes en portaient[155], même à l'église,
-car on lit dans un couplet satirique du temps:
-
- Portez-en à l'œil, à la temple[156],
- Ayez-en le front chamarré,
- Et, sans craindre votre curé,
- Portez-en jusque dans le temple[157].
-
-L'austère Fitelieu s'en indigne, et déclare aux coquettes qui
-se couvrent de mouches «qu'il y en a bien davantage dans leurs
-cervelles[158].» Les hommes pouvaient prendre leur part de ce
-compliment, puisque les _Loix de la galanterie_ permettent aux
-«galands de la meilleure mine de porter des mouches rondes et
-longues, ou bien l'emplastre noire assez grande sur la temple, ce
-que l'on appelle l'enseigne du mal de dents[159]». La mode finit par
-gagner jusqu'au clergé: une mazarinade, écrite en 1649, menace de
-la colère de Dieu «les abbés frisez, poudrez, le visage couvert de
-mouches[160].» Parmi les lots de la _Loterie d'amour_, publiée vers
-1654, figure «un traité excellent de la situation des mouches sur le
-visage des dames; avec des observations exactes de leur grandeur et de
-leur figure, selon les lieux où elles sont placées[161].»
-
-On portait des mouches même dans les couvents. Madame de Mazarin,
-plaidant en séparation, s'était réfugiée chez les religieuses de
-Sainte-Marie, dans la rue Saint-Antoine. Son mari étant venu lui
-rendre visite, elle le reçut avec le visage couvert de mouches. Le
-duc, élevé dans les bons principes, déclara «qu'il ne lui parleroit
-point qu'elle ne les ôtât»; et la bonne petite femme ajoute: «Jamais
-homme ne demanda les choses avec une hauteur plus propre à les
-faire refuser, surtout quand il croyoit que la conscience y étoit
-intéressée, comme en cette occasion; et ce fut aussi ce qui me fit
-obstiner à demeurer comme j'étois, pour lui faire bien voir que ce
-n'étoit ni mon intention ni ma croyance d'offenser Dieu par cette
-parure[162].» On sait que la folle duchesse finit par courir le monde
-déguisée en homme.
-
-En 1661, un poëte, peu soucieux de la vérité historique, eut l'idée
-d'écrire l'origine de cette mode, et il n'hésita pas à lui attribuer
-une généalogie tout à fait fantaisiste. Il suppose que, resté un beau
-jour auprès de sa mère:
-
- L'Amour, sans dire un pauvre mot
- Chassoit aux mouches comme un sot.
-
-Vénus, impatientée, se fâche. L'Amour ne fait qu'en rire,
-
- Et pour éviter la colère
- De sa maman sut si Lien faire,
- Qu'il lascha du creux de sa main
- Une mouche dessus son sein.
- Cette mouche à peine fut-elle
- Sur le sein de cette immortelle
- Que l'on vit, dans le même instant,
- Qu'il en parut plus éclatant.
- Comme quand un sombre nuage
- Cache le ciel par son ombrage,
- A l'entour de ce corps obscur
- Le ciel prend un nouvel azur,
- Et, rehaussé par son contraire,
- Brille d'une façon plus claire.
-
-La déesse est ravie. Elle promet à son fils deux tourterelles pour
-récompense, et celui-ci
-
- Lors de ses doigts industrieux
- Découpant une étoffe noire
- Fit, si l'on en croit bien l'histoire,
- Mille mouches sans se lasser;
- Puis aussy tost les vint placer
- Une près de l'œil de sa mère
- (La chose icy n'est pas bien claire
- Si ce fut le gauche et le droit).
- Il en mit encore dans l'endroit
- Où vola la première mouche,
- Sur les temples et sur la bouche,
- A costé du nez, sur le front,
- Sur les joues, sur le menton[163].
-
-Chacune de ces mouches avait un nom.
-
- Placée
- Près de l'œil, elle se nommait _la passionnée_;
- Au coin de la bouche _la baiseuse_;
- Sur les lèvres _la coquette_;
- Sur le nez _l'effrontée_;
- Sur le front _la majestueuse_;
- Au milieu de la joue _la galante_;
- Sur le pli de la joue en riant _l'enjouée_;
- Sous la lèvre inférieure _la discrète_;
- Sur un bouton _la voleuse_.
-
-On comprend que des insectes jusqu'alors méprisés, chassés,
-persécutés, furent remplis d'orgueil en apprenant qu'ils avaient donné
-naissance à un artifice de coquetterie féminine, auquel leur nom
-restait attaché. Ils contèrent tout cela à La Fontaine, qui voulut
-immortaliser tant de gloire, et fit dire fièrement à la fourmi par la
-mouche:
-
- Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle,
- Et la dernière main que met à sa beauté
- Une femme allant en conquête,
- C'est un ajustement des mouches emprunté[164].
-
-En 1692, «la bonne faiseuse de mouches» demeurait rue Saint-Denis,
-_à la perle des mouches_[165]. Sous Louis XV, toutes les femmes
-avaient dans leur poche une boîte à mouches, petit coffret d'or,
-d'argent, d'ivoire ou d'écaille, qui renfermait un miroir, du rouge
-et des mouches. Ces dernières, faites en général de taffetas gommé,
-affectaient toutes les formes: il y en avait de rondes, de carrées,
-d'ovales. On s'amusa même à les découper de manière à imiter les
-étoiles, la lune, le soleil, un croissant, un cœur, des personnages,
-surtout des animaux, ce qui permettait d'avoir toute une ménagerie sur
-la figure. Pendant un moment, la grande mode fut de se coller sur la
-tempe droite une large mouche ronde en velours noir, qui ressemblait à
-un emplâtre[166] et que l'on ornait parfois de petits brillants[167].
-
-L'usage de se poudrer les cheveux date également du seizième siècle.
-Henri III allait par les rues de Paris, fardé comme une vieille
-coquette, le visage empâté de blanc et de rouge, les cheveux couverts
-de poudre[168] de violette musquée. Mais les Parisiens, si faibles
-pourtant en présence de toute mode nouvelle, ne l'imitèrent pas.
-C'est seulement à la toilette des mignons que l'on voyait un valet
-«ayant en ses mains une boiste pleine de poudre semblable à celle de
-Chipre[169], avec une grosse houppe de soye, laquelle il plongeoit
-dans cette boiste, et en saupoudroit la teste du patient[170]».
-Lestoile parle en 1593 de religieuses qui se montrèrent publiquement
-«masquées, fardées et pouldrées[171]». Cette fois, c'en était fait, et
-pour longtemps, en dépit de l'Église et des sermonnaires qui, comme le
-petit Père André[172], reprochaient aux femmes de se présenter dans le
-saint lieu «poudrées comme des meuniers[173]».
-
-Dès 1624, il était entendu qu'
-
- Une dame ne peut jamais estre prisée
- Si sa perruque n'est mignonnement frisée,
- Si elle n'a son chef de poudre parfumé[174].
-
-La poudre la plus recherchée était l'_argentine_. Mais on en faisait
-de toutes les couleurs, et l'engouement était si grand, que les filles
-pauvres, n'osant montrer leurs cheveux tels que les avait faits la
-nature, les «saupoudroient de poudre de bois pourri qu'on trouve parmy
-les vieux bastimens aux poutres et pièces de bois sur lesquels il n'a
-point pleu[175].» Quand un irréparable malheur venait à frapper une
-femme, et qu'elle prétendait renoncer, momentanément au moins, à ce
-que l'existence offre de plus agréable, si elle devenait veuve par
-exemple, elle cessait de se poudrer[176]. Ce sacrifice modifiait tout
-à fait l'aspect d'une toilette, car une élégante ou un petit-maître
-ne se bornaient pas à poudrer leur tête, les vêtements devaient
-participer à la distribution:
-
- Ça qu'on lui donne son manteau,
- Dont le collet sera fort beau,
- Pourvu qu'il ait de la farine
- Jusques au milieu de l'échine,
-
-dit une très-curieuse _mazarinade_[177] que j'ai déjà citée.
-
-Louis XIV avait une répugnance instinctive pour ces cheveux blanchis,
-cette vieillesse anticipée, et il ne se soumit que fort tard à une
-mode, inutilement maltraitée par les poëtes satiriques:
-
- Avec plus de succès je rimeray peut-être
- Auprès de ce blondin aux airs de petit-maître.
- Juste ciel! que de poudre! il en a jusqu'aux yeux.
- De quoy s'avise-t-il? Veut-il paroître vieux?
- Que n'attend-il du moins que l'âge le blanchisse[178]?
-
-[Illustration: LA TOILETTE DU CLERC DE PROCUREUR.
-
-D'après Carle Vernet.]
-
-Le monopole de la fabrication de la poudre ne tarda pas à être accordé
-aux gantiers, qui eurent à ce sujet de fréquents démêlés avec les
-merciers[179], les barbiers[180] et les amidonniers[181]. Sous Louis
-XV et sous Louis XVI, tout le monde, hommes, femmes, enfants[182],
-portait de la poudre; elle faisait même partie de la tenue militaire.
-Afin de ne pas être obligées de se poudrer tous les jours, les femmes
-couchaient avec une coiffe de taffetas blanc qui emprisonnait leur
-chevelure. La fureur pour cette mode inepte et sale était telle
-encore en 1786 que Sobry écrivait très-sérieusement: «L'usage modéré
-de la poudre tient autant à la bienséance qu'à la commodité, et il
-a été regardé comme de première nécessité chez tous les peuples
-policés[183].»
-
-Aussi se fit-il pendant deux siècles une effroyable consommation de
-poudre. Les philantrophes en gémissaient, disant qu'avec la farine
-ainsi employée «on nourriroit dix mille infortunés[184].» M. Paul
-Boiteau, qui a le tort de ne pas citer ses sources, écrit qu'en 1789,
-au moment où la farine était si rare, on transformait chaque année
-en poudre à poudrer vingt-quatre millions de livres d'amidon[185].
-«L'_accommodage_, dit M. Quicherat[186], était devenue une véritable
-opération de meunerie. Elle avait lieu au milieu d'un nuage épais
-que le coiffeur faisait voler sur la tête du patient, enveloppé
-d'un peignoir et le visage fourré dans un cornet de carton, afin de
-n'être point aveuglé.» Et comme les industriels qui distribuaient
-si généreusement la farine à leurs pratiques en prenaient une bonne
-part pour eux-mêmes, ils justifièrent le nom de _merlans_ qui leur
-fut donné par le peuple. Dans l'exercice de leur profession, ils
-ressemblaient en effet à des merlans qu'on va mettre à la poêle.
-
-La Révolution eut grand'peine à détrôner la poudre. L'élégant
-Robespierre était toujours fraîchement poudré, et Bonaparte
-n'abandonna cette mode qu'après sa campagne d'Italie.
-
-
-
-
-III
-
-
-La corporation des Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes ou
-Barbiers-barbants avait reçu, le 14 mars 1674, des statuts qui furent
-renouvelés le 26 avril 1718[187]. Ces derniers sont composés de
-soixante-neuf articles que je vais rapidement analyser.
-
-Comme l'ancienne communauté des barbiers-chirurgiens, la nouvelle
-était placée sous l'autorité du premier chirurgien du Roi, «chef et
-garde des chartes, statuts et priviléges de la barberie du royaume».
-En cette qualité, il avait sur tous les barbiers de France «inspection
-et juridiction». Ne pouvant exercer en personne, il se faisait
-représenter par un mandataire ou _lieutenant_, qu'il était tenu de
-choisir parmi les anciens jurés de la corporation[188].
-
-Celle-ci se composait du premier chirurgien du Roi, de son
-lieutenant, d'un greffier, de six jurés ou prévôts-syndics, des
-anciens syndics retirés du métier et des maîtres[189].
-
-Les jurés étaient élus pour deux ans[190], par une délégation formée
-du premier chirurgien du Roi, de son lieutenant, des six jurés en
-charge, de tous les maîtres anciens et de quinze modernes[191].
-
-Tout le monde sait quel rôle jouaient les jurés dans l'administration
-des communautés; je dirai donc seulement ici un mot des Anciens et
-des Modernes, dont l'origine est moins connue. Les sentiments de
-fraternité qui avaient servi de base aux corporations ouvrières
-s'affaiblirent peu à peu[192], et, vers le commencement du seizième
-siècle, on vit s'introduire parmi les maîtres une hiérarchie que
-finirent par accepter presque toutes les communautés. Les maîtres
-furent alors divisés en trois classes:
-
-Les _Jeunes_, qui comptaient moins de dix ans de maîtrise;
-
-Les _Modernes_, reçus depuis plus de dix ans;
-
-Les _Anciens_, qui exerçaient depuis vingt ans au moins ou avaient
-rempli la charge de juré.
-
-En général, les _Jeunes_ ne prenaient aucune part à l'administration
-de la communauté: ils ne pouvaient être élus jurés, et n'avaient même
-pas en cette circonstance le droit de vote. Ils n'étaient pas admis
-non plus dans les commissions appelées à juger les _chefs-d'œuvre_.
-En réalité, le temps passé parmi les Jeunes était une sorte de stage
-imposé au compagnon après sa réception à la maîtrise.
-
-Comme on le voit ici, les _Modernes_ eux-mêmes, bien qu'éligibles, ne
-figuraient pas tous parmi les électeurs des jurés.
-
-Les _Anciens_ formaient dans la corporation une véritable
-aristocratie, très-jalouse de ses prérogatives. Au reste, chaque
-communauté avait sur ce point ses usages particuliers. En 1680, la
-corporation des couteliers se composait de quatre-vingt-onze maîtres,
-qui étaient ainsi classés[193]:
-
- 22 Anciens,
- 32 Modernes,
- 33 Jeunes,
- 4 veuves, continuant le commerce de leur mari.
-
-Je reviens à nos statuts.
-
-Les jurés avaient droit de visite chez les barbiers-chirurgiens, et
-ces derniers droits de visite chez les barbiers-perruquiers[194].
-Assistés d'un sergent à verge, il devaient faire au moins quatre
-visites par an chez chaque maître, «pour voir si les perruques et
-cheveux qui seront exposés en vente au public sont bons et marchands».
-Il était dû aux jurés quinze sous par visite[195]. D'une manière
-générale, on appelait article _royal_ ou _marchand_ celui qui était de
-bonne qualité, sans tare, sans défaut caché.
-
-Le conseil de la corporation était composé de trente personnes: le
-premier chirurgien du Roi, son greffier, son lieutenant, le doyen, les
-six jurés et vingt anciens[196]. Il se réunissait tous les mardis,
-à deux heures, «pour délibérer sur les affaires communes, police et
-discipline concernant les maîtres, veuves[197], aspirans, locataires,
-apprentifs, garçons, ouvriers, et tous ceux qui sont soumis à la
-communauté[198].»
-
-La profession de barbier-perruquier était non un métier, mais un
-office héréditaire. Payé fort cher par les acquéreurs, il devenait
-leur entière propriété: ils pouvaient le céder et le sous-louer[199],
-quoique le nom seul du titulaire figurât sur l'enseigne de la
-boutique. Pour avoir le droit d'exercer, il ne suffisait pas à
-celui-ci d'obtenir après apprentissage des lettres de maîtrise, il
-lui fallait acheter une charge, et il était mis en possession par le
-premier chirurgien du Roi. Tout cela était bien fait pour remplir
-d'orgueil une communauté, mais ne la mettait pas plus qu'une autre
-à l'abri des créations de maîtrises ordonnées directement et à prix
-d'argent par le Roi. Pour faire face à ses embarras financiers, Louis
-XIV augmentait sans cesse le nombre des offices de barbiers. En
-1689, d'un trait de plume il le double, le porte à quatre cents. La
-communauté, redoutant une pareille concurrence, rachète ces deux cents
-charges moyennant cent dix mille livres versées au Trésor. C'était
-tout ce que demandait le Roi; aussi, encouragé par le succès, il
-crée de nouveau cinquante charges en février 1692. Le prix fut fixé
-au-dessous de trois cents livres, et on eut grand'peine à les vendre,
-ce qui prouve que le besoin ne s'en faisait guère sentir. Pourtant, en
-juillet et en août 1706, on crée d'un seul coup encore quatre cents
-charges: la communauté terrifiée voulut les racheter, et ne le put.
-En somme, le nombre des titulaires était de six cent dix à la fin
-de 1712[200] et de sept cents en 1719[201]. Je raconterai ailleurs
-l'histoire navrante des créations royales de maîtrises et d'offices,
-qui en vinrent à ruiner toutes les corporations.
-
-Aux acquéreurs de charges créées par le Roi, on ne demandait que de
-payer. Mais si l'on voulait acheter ou louer une charge de barbier à
-l'un des titulaires, il fallait avoir été apprenti pendant trois ans
-et compagnon pendant deux ans[202].
-
-Chaque maître ne pouvait avoir à la fois qu'un seul apprenti. Il était
-cependant autorisé à en prendre un second quand le premier avait
-achevé sa deuxième année[203].
-
-Les fils de maître et les compagnons épousant une fille de maître
-étaient tenus seulement de l'_Expérience_, épreuve facile pour
-laquelle on se montrait plus qu'indulgent. Les autres aspirants à la
-maîtrise devaient parfaire le _Chef-d'œuvre_, travail dont la durée
-était limitée à deux jours[204].
-
-Il était interdit à un maître d'avoir plus d'une boutique dans
-Paris[205]. Un apprenti ne pouvait, durant les deux années qui
-suivaient son admission à la maîtrise, ouvrir boutique dans le
-quartier des maîtres chez qui il avait été soit apprenti, soit
-compagnon[206]. Les apprentis ou compagnons changeant de maison ne
-pouvaient, avant une année, se replacer dans le quartier du maître
-qu'ils venaient de quitter[207].
-
-Afin d'établir une distinction bien apparente entre les boutiques des
-barbiers-perruquiers et celle des barbiers-chirurgiens, les premiers
-devaient avoir «des boutiques peintes en bleu, fermées de châssis à
-grands carreaux de verre, et mettre à leurs enseignes des bassins
-blancs pour marque de leur profession et pour faire différence de ceux
-des chirurgiens, qui en ont des jaunes». L'enseigne devait être ainsi
-conçue: _X, Barbier, Perruquier, Baigneur, Étuviste. Céans on fait le
-poil et on tient bains et étuves_[208].
-
-Les barbiers-perruquiers étaient autorisés à «vendre des poudres,
-opiats pour les dents, savonnettes, pommades et autres senteurs et
-essences, pâtes à laver les mains, et généralement tout ce qui est
-propre pour l'ornement, propreté et netteté du corps humain[209]».
-
-A eux seuls appartenait «le droit de faire le poil, bains, perruques,
-étuves et toutes sortes d'ouvrages de cheveux, tant pour hommes que
-pour femmes, sans préjudice du droit que les chirurgiens ont de faire
-le poil et les cheveux, et de tenir bains et étuves pour leurs malades
-seulement[210]». Il était défendu à tous particuliers, ainsi qu'aux
-«soldats servans dans les Gardes Françoise et Suisse, de faire aucuns
-ouvrages de cheveux, mais seulement la barbe aux soldats desdits
-régimens[211]».
-
-La police soumettait à des règlements spéciaux les _perruquiers en
-vieux_. Il leur était interdit de tenir boutique ailleurs que sur le
-quai de l'Horloge. Ils réparaient les vieilles perruques, mais on
-ne leur permettait pas d'en fabriquer de neuves, à moins qu'ils n'y
-fissent entrer du crin, et la coiffe devait porter ces mots: _perruque
-mêlée_. Ils n'avaient point de bassins pour enseigne: leur étalage
-était seulement orné d'une tête de bois appelée _marmot_.
-
-Bien que les anciens étuveurs eussent eu, selon toute apparence, saint
-Michel pour patron[212], la corporation des barbiers-perruquiers fut
-placée sous le patronage de saint Louis[213].
-
-A cette époque, il y avait encore à Paris deux établissements
-installés sur le modèle des anciennes étuves. Ils étaient situés rue
-Marivaux[214] et rue du Cimetière-Saint-Nicolas[215], et les anciennes
-traditions s'y étaient conservées. On pouvait y prendre à la fois des
-bains d'eau chaude et des bains de vapeur, et la séance était souvent
-terminée par l'application d'une ou deux ventouses dans le dos. Voici,
-au reste, d'après un livre devenu rare[216], comment les choses se
-passaient alors:
-
-«Celuy qui veut se baigner dans l'eau froide va à la rivière.
-
-«Nous lavons la crasse dans les bains chauds, soit assis dans la cuve,
-soit en montant en haut aux bancs à suer, et nous nous frottons de la
-pierre ponce ou d'une estamine.
-
-«Nous quittons nos habits dans la garde-robe, et nous prenons des
-caleçons.
-
-«Nous mettons un bonnet sur nostre tête et nos pieds dans le bassin.
-
-«La servante des bains sert de l'eau dans un seau, qu'elle puise dans
-l'auge où elle coule par les tuiaux.
-
-«Le maistre ou valet des estuves scarifie la peau avec sa lancette en
-y appliquant des ventouses, pour en tirer du sang qui est entre chair
-et cuir, et l'essuye avec une éponge.»
-
-Les établissements de ce genre portaient en général le nom de bains,
-et on réservait celui d'étuves pour les maisons où des bains de
-vapeur étaient administrés par ordre du médecin, à titre de remède.
-La mieux organisée était celle de Popincourt: «Les douleurs de la
-sciatique, celles qui sont causées par le mercure qui a été donné
-en panacée, en sublimez et en précipitez, celles de la goutte des
-pieds et des mains, les paralisies universelles et particulières, les
-tumeurs froides et beaucoup d'autres maladies sont infailliblement
-guéries par l'usage des étuves vaporeuses de nouvelle invention qui
-se tiennent au jardin médicinal de Pincourt.» Le _Livre commode_ qui
-nous fournit ces renseignements ajoute: «C'est une sorte de machine
-en laquelle on est baigné sans être dans l'eau, en laquelle on suë
-aussi abondamment que l'on veut sans être à sec, ce qui fait que
-son usage ne cause ni la constipation du ventre et la foiblesse de
-poitrine comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, la chaleur
-intérieure et la difficulté de respirer qui sont les suites ordinaires
-des étuves échauffées par le feu de bois ou d'esprit de vin. Les
-malades y sont couchez sur un lit suspendu, où ils reçoivent une
-vapeur nouvelle, anodine et fortifiante[217].»
-
-Il y avait encore, à l'usage du grand monde, une troisième catégorie
-de bains. Maisons meublées fort suspectes, endroits de luxe et de
-débauche, le bain n'y figurait le plus souvent que comme accessoire.
-L'hôtel de Zamet, devenu hôtel de Lesdiguières, dans la rue de la
-Cerisaie, avait eu cette destination sous Henri IV, qui le fréquentait
-si assidûment qu'on l'appelait sa «maison des menus plaisirs» et
-son «palais d'amour[218]». On se rendait chez le baigneur, dit M.
-Walckenaer[219], «par différents motifs; c'était la que l'on prenait
-les meilleurs bains, les bains épilatoires, les bains mêlés de
-parfums et de cosmétiques. La maison était pourvue d'un grand nombre
-de domestiques soumis, réservés, discrets, adroits. On s'y enfermait
-la veille d'un départ[220] ou le jour même d'un retour, afin de se
-préparer aux fatigues que l'on alloit éprouver, ou pour se remettre
-de celles qu'on avoit essuyées. Voulait-on disparaître un instant du
-monde, fuir les importuns et les ennuyeux, échapper à l'œil curieux
-de ses gens, on allait chez le baigneur. On s'y trouvait chez soi,
-on était servi, choyé, on s'y procurait toutes les jouissances qui
-caractérisent le luxe et la dépravation d'une grande ville. Le maître
-de l'établissement et tous ceux qui étaient sous ses ordres devinaient
-à vos gestes, à vos regards, si vous vouliez garder l'incognito;
-et tous ceux qui vous servaient et dont vous étiez le mieux connu
-paraissaient ignorer jusqu'à votre nom.»
-
-Dans la _Coquette_, comédie jouée vers 1720, Baron nous montre le
-conseiller Durcet sortant de l'audience et venant, encore en robe,
-voir Cidalise. Marton, suivante de la belle, l'accueille par ces mots:
-«Monsieur ne seroit pas de ces gens qui, au retour d'un voyage, vont
-descendre chez le baigneur pour ne pas dégoûter leur maîtresse[221]?»
-
-Prud'homme fonda une maison de ce genre qui devint surtout à la mode
-sous son successeur La Vienne. Saint-Simon[222] raconte que «le Roi,
-du temps de ses amours, s'alloit baigner et parfumer chez lui... On
-prétendoit, ajoute-t-il, que le Roi, qui n'avoit pas de quoi fournir
-à ce qu'il désiroit, avait trouvé chez La Vienne des confortatifs
-qui l'avoient rendu plus content de lui-même.» Louis XIV se montra
-reconnaissant: le père de La Vienne devint, après Prud'homme, son
-premier barbier, et La Vienne fut nommé premier valet de chambre[223].
-Le Roi n'en avait pas moins encore huit barbiers servant par quartier.
-Leurs fonctions étaient «de peigner le Roy, tant le matin qu'à son
-coucher, luy faire le poil, et l'essuyer aux bains et étuves, et après
-qu'il a joué à la paume[224].»
-
-L'établissement de Prud'homme était situé rue Neuve-Montmartre. On en
-trouvait d'autres, célèbres aussi, rue Richelieu, rue d'Orléans, rue
-Vieille-du-Temple et rue des Marmouzets[225].
-
-Les bourgeois qui voulaient prendre des bains à domicile pouvaient
-louer, moyennant vingt sous par jour, une baignoire en cuivre chez
-un chaudronnier, ou moyennant dix sous par jour une baignoire de bois
-chez un tonnelier[226]. L'eau était chauffée à la bouilloire; il y
-avait donc intérêt à construire des baignoires qui n'en exigeassent
-pas un trop grand volume. Celles de cuivre représentaient le plus
-souvent un sabot à tige élevée, disposition aussi économique
-qu'incommode, car le corps y était presque moulé, et l'on dépensait
-ainsi moitié moins de liquide qu'en employant un cuvier oblong. La
-baignoire dans laquelle fut assassiné Marat, et qui vient d'être
-acquise par le musée Grévin, est un sabot de ce genre. Les grands
-seigneurs avaient dans leur hôtel des salles de bain fort luxueuses,
-où les baignoires affectaient la forme de canapés, de chaises longues,
-de lits de repos, etc. Il paraît qu'on s'y baignait parfois de
-compagnie, puisqu'il existait au château de Genlis une baignoire assez
-vaste pour contenir quatre personnes[227].
-
-Au dix-huitième siècle, les dames recevaient volontiers leurs
-visiteurs, femmes ou hommes, pendant qu'elles étaient au bain. Dans
-ces circonstances, on avait soin de blanchir l'eau soit avec «une
-pinte ou deux de lait[228], soit avec de l'essence: c'est ce que
-l'on appelait un _bain de lait_.» M. le comte de Reiset possède une
-baignoire Louis XVI, munie d'un couvercle canné qui empêchait de voir
-la personne dans son bain, tout en permettant l'évaporation[229]. Le
-jour même du retour de Varennes, la Reine dictait à un des huissiers
-de sa chambre une lettre destinée à madame Campan, et qui commence
-ainsi: «Je vous fais écrire de mon bain, où je viens de me mettre
-pour soulager au moins mes forces physiques[230].» Marie-Antoinette,
-élevée dans les sévères principes de la cour de Vienne, se baignait
-vêtue d'une longue robe de flanelle boutonnée jusqu'au cou, et
-tandis que ses deux baigneuses l'aidaient à sortir du bain, elle
-exigeait que l'on tînt devant elle un drap destiné à la cacher à ses
-femmes[231]. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, les grandes
-dames en agissaient souvent encore avec leurs gens comme les
-Romaines vis-à-vis de leurs esclaves, et regardaient un valet comme
-un animal en présence duquel la plus craintive pudeur pouvait tout se
-permettre[232].
-
-Les Parisiens amateurs de bains froids les prenaient dans la Seine,
-sans se préoccuper des exhibitions dont ils gratifiaient les riverains
-et les passants. Une chanson[233] de Coulange nous a décrit l'effroi
-de la Précieuse qui passe en carrosse, par un chaud jour d'été, près
-de la porte Saint-Bernard:
-
- Quel spectacle indécent se présente à mes yeux!
- Des hommes vraiment nuds au bord de la rivière
- Me font évanouir! Ah! de grâce, ma chère,
- Évitons cet objet affreux;
- Allons, viste, cocher, retournons à la ville.
-
-Il y avait aussi au dix-septième siècle des piscines où les femmes, à
-qui «il n'est point permis de se baigner dans la rivière», pouvaient
-aller se plonger dans l'eau froide. Le recueil des _Caquets de
-l'accouchée_[234] nous en fournit la preuve. Le soleil «estant au
-signe du Cancre, je me résolus, avec quelques-unes de mes voisines,
-d'aller aux étuves pour me rafraîchir.... Comme je fus arrivée aux
-baings où d'ordinaire nous avons coustume entre nous autres de
-rafraîchir, je me trouvay au milieu d'une bonne et agréable compagnie
-de bourgeoises et dames de Paris qui estoient venues au mesme lieu
-pour ce subject.»
-
-Au siècle suivant, nous trouvons des bains froids installés sur la
-Seine:
-
- A la Râpée;
- Près de l'archevêché;
- Quai des Morfondus, aujourd'hui quai de l'Horloge;
- Port Saint-Nicolas, en face de la rue des Poulies;
- Quai des Quatre-Nations, aujourd'hui quai Conti;
- Près de la barrière des Invalides[235].
-
-Ces bains, entièrement recouverts d'une toile, avaient douze toises de
-long sur deux de large. Ils étaient formés par une vingtaine de pieux
-enfoncés dans la rivière, et que des planches reliaient ensemble. On
-y descendait au moyen d'une échelle attachée à un bateau dans lequel
-les baigneurs se déshabillaient et laissaient leurs vêtements. Le prix
-du bain était de trois sous. Le linge se payait à part: un sou pour
-une serviette du côté des hommes, trois sous pour une chemise du côté
-des femmes.
-
-Ce n'était pas précisément là que se donnaient les rendez-vous de
-noble compagnie. Pour celle-ci, des bateliers avaient établi dans la
-rivière, au-dessus et au-dessous de Paris, de petites cabanes appelées
-_gores_. Elles se composaient de quatre pieux ombragés par une toile;
-un autre pieu planté au milieu permettait de se soutenir sur l'eau.
-«Les dames, dit le _Journal du citoyen_[236], sont conduites et
-descendues dans ces gores, sûrement, commodément et secrettement. Les
-femmes de mariniers conduisent les baigneuses. On fait marché de gré
-à gré pour se faire conduire. Il en coûte communément vingt-quatre ou
-trente sols par heure du loyer d'un bateau.»
-
-Cette façon de se baigner sans bouger inspira, vers 1781, une idée
-assez étrange à un sieur Turquin. Sur le petit bras du fleuve, près
-du pont de la Tournelle, il plaça dans un bateau plusieurs baignoires
-maintenues par un plancher à une certaine profondeur; leurs parois
-étaient percées de trous qui permettaient au courant de les traverser
-et d'y renouveler l'eau sans cesse. Chaque baignoire, installée dans
-un cabinet, était assez grande pour recevoir jusqu'à trois personnes.
-Cet établissement, qui subsistait encore en 1787[237] reçut le nom de
-_Bains chinois_. Le succès qu'il obtint décida Turquin à en ouvrir un
-autre où les baignoires disparurent, où l'on ne put se montrer sans
-caleçon, et où l'on disposa des cabines pour se déshabiller. Turquin
-fut ainsi le véritable créateur des écoles de natation telles que nous
-les voyons organisées aujourd'hui. La première, située près des Bains
-chinois, fut inaugurée le 16 juillet 1785, en présence de plusieurs
-membres du corps municipal, de l'Académie des sciences et de la
-Société de médecine[238]. Turquin ne tarda pas à établir une seconde
-école de ce genre à la pointe de l'île Saint-Louis; puis une troisième
-au-dessous du Pont-Royal[239], sur l'emplacement qu'occupe
-aujourd'hui l'embarcadère du _Touriste_.
-
-[Illustration: BAINS ÉTABLIS SUR LA SEINE PAR POITEVIN EN 1761.
-
-D'après l'_Encyclopédie méthodique_.]
-
-Paris ne comptait encore qu'une dizaine de bains chauds, possédant
-chacun de douze à quinze baignoires, quand un sieur Poitevin imagina
-d'en établir un sur la Seine même. Ce projet, patronné par la
-municipalité, reçut sa réalisation en 1761. Le bateau organisé par
-Poitevin fut amarré près du Pont-Royal, en face des Tuileries. Long de
-cent quarante et un pieds et large de vingt-huit, il était divisé en
-deux étages. Un côté était réservé aux femmes. Les cabinets ouvraient
-sur un couloir central, et l'eau, puisée dans le fleuve par deux
-pompes à bras, était filtrée avant d'arriver aux baignoires[240].
-Un autre bateau, appartenant au même propriétaire, et disposé de la
-même façon bien qu'il n'eût qu'un rez-de-chaussée, stationnait pendant
-l'été à l'extrémité de l'île Saint-Louis, au bas du quai d'Anjou.
-Poitevin eut pour successeur un sieur Guignard, qui finit par diriger
-plusieurs établissements de ce genre. Dans un d'entre eux, situé à
-l'angle du Pont-Royal et du quai d'Orsay, les pauvres étaient reçus
-gratuitement sur un certificat du médecin ou du curé de leur paroisse.
-
-Des bains plus complets occupaient une maison qui faisait le coin de
-la rue de Bellechasse et du quai. Outre des bains de vapeur et des
-douches, on y trouvait une vaste piscine dans laquelle on pouvait se
-livrer à la natation. Les prix étaient ainsi fixés:
-
- Bain simple 3 livres.
- — — par abonnement 2 —
- — russe 7 — 4 sols.
- — dépilatoire et de propreté 12 —
- Douche composée 12 —
- — simple 9 —
- — ascendante 3 —
-
-Les anciens bains du dix-septième siècle, où l'on venait ordinairement
-chercher tout autre chose que de l'eau, étaient représentés par
-l'_Hôtel des Bains de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans_, situé au
-Palais-Royal, et dont l'entrée était rue de Valois. On y trouvait «des
-appartemens garnis, propres à recevoir des personnes de la première
-distinction[241].»
-
-Tous les établissements de bains chauds étaient tenus par des maîtres
-barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes, dont la corporation
-avait pris d'autant plus d'importance que la communauté des
-barbiers-chirurgiens disparaissait peu à peu. Mais une redoutable
-concurrence vint troubler la quiétude dans laquelle ils vivaient.
-
-Dès le quinzième siècle, il y avait eu des coiffeuses pour les femmes.
-On les trouve nommées _atourneresses_, _atourneuses_, _achemeresses_,
-etc., elles n'étaient guère employées d'ailleurs que dans les
-grandes occasions: bals, mariages, etc. Le soin des chevelures
-féminines restait donc en général réservé aux chambrières, et les
-barbiers-chirurgiens n'avaient jamais élevé aucune prétention à cet
-égard. Un homme de génie en son genre, le sieur Champagne, créa cette
-spécialité. «Ce faquin, dit Tallemant des Réaux[242], par son adresse
-à coiffer et à se faire valoir, se faisoit rechercher et caresser de
-toutes les femmes. Leur foiblesse le rendit si insupportable, qu'il
-leur disoit tous les jours cent insolences: il en a laissé telles
-à demy coiffées; à d'autres, après avoir fait un costé, il disoit
-qu'il n'acheveroit pas si elles ne le baisoient; quelquefois il s'en
-alloit, et disoit qu'il ne reviendroit pas si on ne faisoit retirer
-un tel qui luy desplaisoit, et qu'il ne pouvoit rien faire devant ce
-visage-là. J'ay oüy dire qu'il dit à une femme qui avoit un gros nez:
-«Voys-tu, de quelque façon que je te coiffe, tu ne seras jamais bien
-tant que tu auras ce nez-là.» Avec tout cela, elles le couroient, et
-il a gaigné du bien passablement; car, comme il n'est pas sot, il n'a
-pas voulu prendre d'argent, de sorte que les présens qu'on luy faisoit
-luy valoient beaucoup. Lorsqu'il coiffoit une dame, il disoit ce que
-telle et telle luy avoit donné, et quand il n'estoit pas satisfait,
-il adjoustoit: «Elle a beau m'envoyer quérir, elle ne m'y tient
-plus.» L'idiote qui entendoit cela, trembloit de peur qu'il ne lui en
-fist autant, et luy donnoit deux fois plus qu'elle n'eust fait. Avec
-cela, il estoit mesdisant comme le diable; il n'y avoit personne à sa
-fantaisie. De Pologne, il alla en Suède, et revint icy avec la reyne
-Christine.»
-
-Ce singulier personnage eut une fin tragique. Il fut assassiné au
-cours d'un voyage, et Loret raconta cet événement tout au long dans sa
-gazette rimée:
-
- Un bruit venant de la campagne
- Nous apprend que le sieur Champagne,
- Que deux ou trois Reynes du Nord
- Estimoient et cherissoient fort,
- Et qui d'estre de luy coiffées
- Faisoient autrefois des trophées,
- Dans un rencontre inopiné
- Fut l'autre jour assassiné,
- Entre, dit-on, Vienne et Grasse,
- Par cette detestable race
- Que l'on appelle des bandits,
- Gens sanguinaires, gens maudits[243].
-
-Champagne n'eut pas aussitôt de successeur digne de lui[244], mais
-les dames continuèrent à rechercher des mains plus habiles que celles
-de leurs femmes de chambre, et l'industrie des _Coiffeurs de dames_
-et des _Coiffeuses_ fut fondée. Madame de Sévigné a transmis à la
-postérité le nom de la Martin, qui inventa la coiffure _hurluberlu_
-ou _hurlupée_, dite aujourd'hui coiffure _à la Maintenon_, parce que
-c'est celle que porte la grande favorite sur ses premiers portraits.
-Cette mode date de 1671. Le 18 mars, madame de Sévigné écrit à sa
-fille de s'en garder; elle lui déclare que «c'est la plus ridicule
-chose qu'on puisse s'imaginer», et la supplie de rester fidèle à la
-jolie coiffure que sa femme de chambre Montgobert fait si bien[245].
-
-Quinze jours après, la cour a adopté la nouvelle coiffure, et dès
-lors madame de Sévigné en raffole. Elle mande aussitôt à sa fille
-que, frisée ainsi, elle sera «comme un ange», et que décidément «la
-coiffure que fait Montgobert n'est plus supportable[246]».
-
-Le _Livre commode pour 1692_ cite parmi «les coiffeuses fort
-employées, mesdemoiselles Canilliat, place du Palais-Royal; Poitier,
-près les Quinze-Vingts; le Brun, au Palais; de Gomberville, rue des
-Bons-Enfans; et d'Angerville, devant le Palais-Royal[247]».
-
-Depuis le règne de Louis XV, les coiffeurs l'emportèrent sur les
-coiffeuses. Frison fut mis à la mode par la marquise de Prie;
-Dagé, coiffeur de madame de Châteauroux et de madame de Pompadour,
-avait équipage; Larseneur était le confident de Mesdames, filles
-du Roi[248]; Legros[249] publiait _L'art de la coëffure des dames
-françoises_, qui eut trois éditions en trois ans, et fut suivi de
-plusieurs suppléments.
-
-On trouve dans ces volumes de curieux spécimens de coiffures, précédés
-d'avertissements dans lesquels l'auteur étale naïvement sa bouffonne
-vanité. Il s'exprime ainsi en tête de son deuxième supplément, imprimé
-en 1769: «J'avois autrefois pour passion la pêche, la chasse, la
-cuisine[250], et courir les armées, tant en Flandres qu'en Allemagne,
-changeant souvent d'état, et remarquant toujours le bon d'avec le
-mauvais, faisant ma cour aux vieillards de tout état, afin qu'ils me
-racontassent ce qu'ils sçavoient de leurs anciens temps. Voilà la
-seule étude que j'ai faite pour acquérir de l'expérience et connoître
-à peu près l'esprit et le caractère des hommes. Il s'agissoit donc de
-connoître un peu celui des Dames, chose bien difficile, qui m'a causé
-bien de l'embarras, ne sçachant comment m'y prendre. Enfin, le moyen
-le plus juste selon moi étoit de me mettre Coëffeur, talent où il faut
-sçavoir se taire et parler, être sage et honnête, tout voir et ne rien
-dire, et avec ces bonnes qualités et l'art de la coëffure, on est bien
-reçu des Dames en tout pays. La coëffure des Dames m'a causé bien des
-tourmens; il n'y a que moi qui sçais la peine qu'elle m'a donnée. Ce
-n'est point l'argent qui m'a engagé à suivre cet état au milieu d'un
-champ rempli d'épines pour moi, mais c'est l'ambition et le zèle que
-j'ai de prouver aux Dames que tant que le monde subsistera, elles
-porteront de mes coëffures. C'est avec preuve que je ne ressemble
-point à bien des coëffeurs et perruquiers, qui étalent leurs talents
-avec leur langue, mais moi c'est avec mes doigts que je fais voir à
-tout le monde ce que je sçais. Malgré la contrariété, tant que je
-vivrai je donnerai toujours des preuves que je serai le premier de mon
-état pour la coëffure des Dames en tous genres, comme on le verra par
-mon livre...»
-
-Legros eut la prétention de fonder une académie de coiffure, et il y
-réussit à peu près. Il avait des _prêteuses de tête_ qui permettaient
-à ses élèves d'étudier sur nature et de reproduire les estampes
-publiées par lui. L'élève parvenu à copier les onze premiers modèles,
-recevait un certificat portant le cachet dit _de l'étoile_. Pour
-obtenir le cachet de l'étoile et celui des _trois croissants de la
-lune_, il fallait avoir imité exactement les vingt-huit premières
-estampes. Quant à l'habile homme qui reconstituait sur le vif
-trente-huit planches, son certificat portait à la fois le cachet de
-l'étoile, celui des trois croissants et le _grand cachet du soleil_;
-en outre, on le proclamait «maître professeur et académicien de l'art
-de la coëffure des Dames».
-
-[Illustration]
-
-Legros ne se dissimule pas que son mérite et sa gloire lui ont créé
-bien des ennemis. «Il y aura peut-être, dit-il, des personnes qui
-trouveront mauvais que mon livre ait pour titre _L'art de la coëffure
-des Dames_, et mes classes le nom d'_Académie_. En voici la raison: la
-coëffure des Dames est devenu un Art pour moi, parce que j'ai composé
-et fait les plans de toutes mes Coëffures, et que voilà le quatrième
-goût que je change depuis neuf ans, que j'ai coëffé les Dames de
-cinquante-deux sortes de goûts différents, et que je leur ai fait
-avec des cheveux faux trois cents pièces d'ouvrages tous différens
-pour leurs coëffures... Puisque je suis le seul dans le monde qui ai
-poussé la coëffure des Dames à son dernier degré, et qui ai fait tant
-d'ouvrages en cheveux imitant le naturel, ce que personne ne s'était
-jamais avisé de faire, ainsi que le traité des cheveux naturels qui
-n'a jamais paru, je crois qu'il m'est bien permis de me dire le
-premier des Artistes pour la Coëffure des Dames.»
-
-Tant de soins ne furent pas perdus. Legros nous apprend qu'il reçut
-«les applaudissemens des Reines et Princesses de toutes les Cours et
-de toutes les Dames en général.»
-
-Mais ce succès et celui qu'obtinrent ses nombreux confrères,
-suscitèrent aux coiffeurs de femmes, dont le nombre s'élevait alors
-à douze cents, des jalousies et des haines. La corporation des
-barbiers-perruquiers leur intenta des procès; ces derniers soutenaient
-avec raison qu'ils avaient seuls le droit de vendre des cheveux, et
-il était prouvé que les coiffeurs fournissaient des chignons à leurs
-clientes. L'avocat des coiffeurs publia en faveur de ceux-ci un
-factum fort gai[251] qui, écrit Bachaumont le 8 janvier 1769, «se
-trouve également sur les bureaux poudreux des gens de loix et sur les
-toilettes élégantes des femmes[252].»
-
-L'auteur s'efforce de prouver que ses clients sont, non pas des
-artisans, mais des artistes dont la profession doit rester libre: «Par
-les talents qui nous sont propres, leur fait-il dire, nous donnons
-des grâces nouvelles à la beauté que chante le poëte. C'est souvent
-d'après nous que le peintre et le statuaire la représentent; et si la
-chevelure de Bérénice a été mise au rang des astres, qui nous dira
-que pour parvenir à ce haut degré de gloire elle n'a pas eu besoin
-de notre secours?... Un front plus ou moins grand, un visage plus ou
-moins rond demandent des traitements bien différents: partout il faut
-embellir la nature ou réparer ses disgrâces. Il convient encore de
-concilier avec le ton de chair la couleur sous laquelle l'accommodage
-doit être présenté. C'est ici l'art du peintre; il faut connaître
-les nuances, l'usage du clair-obscur et la distribution des ombres
-pour donner plus de vie au teint et plus d'expression aux grâces.
-Quelquefois la blancheur de la peau sera relevée par la teinte
-rembrunie de la chevelure, et l'éclat trop vif de la blonde sera
-modéré par la couleur cendrée dont nous revêtirons ses cheveux.» Notre
-art, ajoutent-ils, ne se borne pas à disposer avec goût les cheveux et
-les boucles; nous avons aussi la mission de placer les diamants, les
-croissants, les aigrettes; notre habileté assure et étend sans cesse
-l'empire de la beauté. Les coiffeurs ne se dissimulent point qu'on les
-accuse d'encourager le luxe et la coquetterie; mais leur appartient-il
-de s'ériger en censeurs des mœurs et de réformer leur siècle? «Ce
-n'est pas à nous de juger si les mœurs de Sparte étoient préférables à
-celles d'Athènes, et si la bergère qui se mire dans la fontaine, met
-quelques fleurs dans ses cheveux et se pare de ses grâces naturelles,
-mérite plus d'hommage que de brillantes citoyennes qui usent de tous
-les raffinemens de la parure... Il faut prendre le siècle dans l'état
-où il est; c'est au ton des mœurs actuelles que nous devons notre
-existence, et tant qu'elles subsisteront, nous devons subsister avec
-elles.» Cet éloquent plaidoyer ne désarma point les magistrats. Deux
-arrêts, rendus le 27 juillet 1768 et le 7 janvier 1769, enjoignirent
-aux coiffeurs de se faire inscrire dans la corporation des barbiers;
-ils résistèrent longtemps, et ne se soumirent définitivement que
-sous Louis XVI. Au mois de septembre 1777, celui-ci créa six cents
-coiffeurs de femmes, qui payèrent leur privilége six cents livres
-et furent agrégés à la corporation des barbiers[253]. L'_Almanach
-Dauphin_[254] mentionne alors parmi les coiffeurs en vogue: la veuve
-de Legros, établie rue Saint-Honoré, en face de la rue de l'Arbre-Sec;
-Frédérik, rue Thibautodé, qui «tient école de coëffure, place des
-femmes et valets de chambre coëffeurs, et fournit un rouge de Portugal
-accrédité par la finesse et la douceur de ses nuances»; Audis, quai
-de l'École, qui «tient assortiment d'ouvrages méchaniques en cheveux,
-pour faciliter aux dames la commodité de se coëffer elles-mêmes et
-de varier en un instant leur coëffure;» madame Desmares, au coin de
-la rue Saint-Louis du Louvre, coiffait «avec beaucoup de goût et de
-légèreté»; enfin, Durand, dit Legoût, logé quai de la Ferraille,
-vendait «toutes sortes de postiches de différens genres, tocques
-montées en fil de laiton, peignes garnis de cheveux, et généralement
-tout ce qui concerne le talent de la coëffure».
-
-Legros n'avait pas donné de nom aux créations de son génie; ses émules
-furent moins modestes, et les recueils du temps nous signalent les
-coiffures suivantes parmi celles qui se partagèrent, de 1770 à 1780,
-la faveur des plus folles têtes:
-
- _A la Henri IV._
- _A la Minerve._
- _A la Sylphide._
- _A la Harpie._
- _A la Diane._
- _A la Corne d'abondance._
- _A la Glaneuse._
- _Au Levant._
- _A la Frivolité._
- _Au Caprice._
- _Au Haut rang._
- _A la Daphné ou la Demi-conquête._
- _A la Conquête assurée._
- _Le Papillon constant._
- _Le Lever de la Reine ou le Triomphe de l'aurore._
- _Le Témoin discret._
- _La Sapho moderne._
- _En Bandeau d'amour._
- _Au Hérisson._
- _Au Demi-hérisson._
- _Au Hérisson à crochets._
- _Au Chien couchant ou au Mystère._
- _A la Zodiacale._
- _A la Bourgeoise._
- _A la Colombe._
- _A la Conseillère._
- _En Crochets._
- _A l'Ingénue._
- _A la Cérès._
- _A la Recherche._
- _A la Modestie._
- _A la Distinction._
- _A la Candeur._
- _Au Parterre galant._
- _A la Janot._
- _A la Pierrot._
- _En Échelle._
- _En Rouleaux._
- _Au Croissant._
- _Au Vol d'amour._
- _En Corbeille._
- _A la Flore._
- _Au Parc anglais._
- _A l'Anglaise._
- _A l'Irlandaise._
- _A l'Espagnole._
- _A la Circassienne moderne._
- _A la Turque._
- _A la Grecque._
- _A la Persane._
- _A la Phrygienne._
- _En Baigneuse._
- _En Gondole._
- _En Moulin à vent._
- _Au Cerf-volant._
- _Sans redoute._
- _A l'Espoir._
- _A la Nation._
- _Aux Charmes de la liberté[255]. Etc., etc._
-
-[Illustration: COIFFURE FANTAISIE.
-
-COIFFURE EN BANDEAU D'AMOUR.]
-
-Je ne cite ici, bien entendu, que les coiffures. Je triplerais cette
-liste si je voulais y comprendre les noms donnés pendant la même
-période aux bonnets et aux chapeaux.
-
-Dès 1723, l'abbé de Bellegarde écrivait: «Depuis que les femmes se
-sont avisées de se servir de fers pour soutenir la pyramide de leur
-coëffure, qui est une espèce de bâtiment à plusieurs étages, elles
-ont tellement enchéri sur cette mode qu'il n'y a plus de porte assez
-élevée pour leur donner passage sans baisser la tête[256].» On sait
-jusqu'à quelle démence cette mode fut portée sous Louis XVI. Une
-élégante devait avoir alors sur le crâne un échafaudage de chiffons
-et de cheveux qui égalât le tiers de sa taille, et il entrait dans
-cet édifice tant de fil de fer qu'on était en droit de demander à une
-dame quel était l'adroit serrurier qui l'avait coiffée. Je ne crois
-pas qu'en aucun temps et sous aucun ciel, la mode ait jamais imposé
-à ses esclaves rien de plus niaisement prétentieux que le _pouf_.
-Décrire une de ces parures, je n'y pense point, on m'accuserait
-d'exagération, je laisse donc la parole à un contemporain qui écrivait
-au jour le jour et dont le témoignage est inattaquable. Voici, d'après
-les _Mémoires_ dits de Bachaumont[257], comment était composé le
-_pouf au sentiment_. «On l'appelle _pouf_, à raison de la confusion
-d'objets qu'il peut contenir, et _au sentiment_, parce qu'ils doivent
-être relatifs à ce qu'on aime le plus. La description de celui de
-madame la duchesse de Chartres rendra plus sensible cette définition.
-Dans celui de Son Altesse Sérénissime, au fond est une femme assise
-sur un fauteuil et tenant un nourrisson, ce qui désigne M. le duc
-de Valois et sa nourrice. A la droite est un perroquet becquetant
-une cerise, oiseau précieux à la princesse. A gauche est un petit
-nègre, image de celui qu'elle aime beaucoup. Le surplus est garni de
-touffes de cheveux de M. le duc de Chartres, son mari; de M. le duc
-de Penthièvre, son père; de M. le duc d'Orléans, son beau-père, etc.,
-etc. Toutes les femmes veulent avoir un pouf et en raffolent.»
-
-On vit dès lors paraître successivement les poufs:
-
- _A la Turque._
- _A l'Asiatique._
- _A l'Assyrienne._
- _A la Chinoise._
- _A la Sophie._
- _A l'Art de plaire._
- _En Crête._
- _A la Grande prêtresse._
- _A la Puce._
- _En Rocher._
- _En Gueule de loup._
- _Au Globe fixé._
- _A Bandelettes._
- _Etc., etc., etc._
-
-La fortune des poufs fut plus brillante que durable. Dans la fureur
-de nouveauté qui hantait les cerveaux féminins, une coiffure vieille
-de trois mois n'était plus bonne qu'à orner ridiculement quelque
-crâne provincial. Faute de mieux et à bout d'imagination, on s'empara
-des événements du jour et on les figura en cheveux sur la tête des
-élégantes. Les romans, le théâtre, les succès de nos armées, les
-moindres faits divers, tout fut exploité.
-
-En 1778, après le célèbre combat livré aux Anglais par la
-_Belle-Poule_, les femmes surmontèrent leurs cheveux d'une frégate
-avec sa mâture, ses voiles, ses agrès, ses canons, ses pavillons, et
-cette coiffure prit le nom du glorieux bâtiment qu'elle représentait.
-Beaumarchais la fit oublier. La vogue de ses _Mémoires_; le ridicule
-qu'il jetait sur le gazetier Marin, le succès du _Quès-aco, Marin?_
-qui termine le portrait de ce personnage[258], inspirèrent la création
-du _quesaco_, trois panaches plantés derrière un chignon composé de
-huit boucles.
-
-Au même ordre d'idées se rattachent les coiffures suivantes:
-
- _A la Frégate._
- _A la Junon._
- _A la Victoire._
- _A la Philadelphie._
- _A la Voltaire._
- _A la Raucourt._
- _A l'Iphigénie en Tauride._
- _A l'Eurydice._
- _A l'Irène._
- _A la Cléopâtre._
- _A l'Armide_ ou _la Grande prétention_.
- _A la Gabrielle de Vergy._
- _A l'Almaviva._
- _Au Colisée._
- _A la Montgolfier._
-
-C'étaient là les grands soucis des dames de la cour quinze ans avant
-la Révolution; la jeune et belle Dauphine donnait l'exemple, sourde
-aux reproches de son époux[259], insensible aux railleries dont elle
-commençait à être l'objet. Nous possédons un curieux spécimen de
-celles-ci dans une assez plate comédie, que publia en 1778 l'avocat
-Marchand.
-
-Au début, le coiffeur Duppefort et sa femme sont en scène, et le
-dialogue s'établit ainsi:
-
- DUPPEFORT.
-
- Ouf! je suis harassé comme un général d'armée le jour d'une
- action. Les femmes veulent être servies toutes à la fois et
- dans la même minute; l'on ne sait à laquelle entendre. L'une
- veut de la fourrure, l'autre un plumage; celle-ci des fleurs et
- des émaux, celle-là des arbres et des diamants. Il faudroit,
- en vérité, avoir sous la main tous les élémens et les quatre
- parties du monde. Elles veulent apparemment toucher à la lune.
- Elles ne sont occupées que de coëffures, et chacune en veut trois
- pouces de plus que sa voisine. En vérité, je ne sais pas à quoi
- cette manie aboutira à la fin. Si l'émulation augmente, il faudra
- exhausser les lanternes dans les rues... Eh bien, qui est-ce qui
- est venu pendant mon absence?
-
- MADAME DUPPEFORT.
-
- Un monde étonnant. D'abord ce riche banquier qui a fait venir
- des plumes de colibris pour sa filleule; en second lieu, ce
- petit abbé qui a fait un poëme sur la coëffure des odalisques;
- troisièmement, madame la comtesse de Cavecreuse, qui veut
- absolument que vous lui fournissiez sur sa garniture le jardin du
- Palais-Royal, avec le bassin, la forme des maisons et surtout sa
- grande allée avec la grille et le café.
-
- M. DUPPEFORT.
-
- En vérité, elle n'y pense pas. Une autre me demandera bientôt les
- Thuilleries, le Luxembourg, le boulevard; les femmes du Marais
- voudront avoir la place Royale ou l'hôtel de Soubise. Mais
- n'importe, il faut satisfaire les gens pour leur argent.
-
- MADAME DUPPEFORT.
-
- Il est encore venu cette grande marquise sèche, qu'on appelle
- madame de la Brasse, et qui est veuve depuis trois mois. Elle
- vous prie de mettre sur sa garniture un catafalque de goût[260].
-
-Ce court extrait suffira pour donner une idée de la pièce, où l'esprit
-n'abonde pas et qui ne fut jamais représentée.
-
-A la cour et dans l'entourage même de la Reine, les gens sensés
-blâmaient les exagérations qu'ils avaient sous les yeux: «Les
-coiffures, dit madame Campan, parvinrent à un tel degré de hauteur,
-par l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes
-ne trouvoient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et
-qu'on leur voyoit souvent pencher la tête ou la placer à la portière.
-D'autres prirent le parti de s'agenouiller pour ménager d'une
-manière plus certaine encore le ridicule édifice dont elles étaient
-surchargées[261].» En février 1776, Marie-Antoinette honora de sa
-présence un bal donné par la duchesse de Chartres. Les _Mémoires
-secrets_ de Bachaumont racontent qu'à cette occasion «la Reine
-ayant redoublé la hauteur de son panache, il fallut le baisser d'un
-étage pour qu'elle pût entrer dans son carrosse, et le lui remettre
-quand elle en est sortie». Comme on imitait la Reine, même dans la
-bourgeoisie, les théâtres étaient troublés par des querelles sans
-cesse renaissantes, à ce point que de Visme, directeur de l'Opéra, dut
-interdire l'entrée de l'amphithéâtre aux coiffures trop élevées[262].
-
-Ce n'est pas tout. Ces pyramides gonflées de crin, bourrées de
-coussins, chargées de poudre, baignées de pommade, maintenues par
-une forêt d'épingles dont la pointe atteignait la peau, devenaient
-l'origine d'une foule de malaises; en même temps que la vermine
-engendrée par la poudre causait aux malheureuses victimes de la
-coquetterie d'insupportables démangeaisons. La civilité permit d'abord
-de se frapper doucement la tête avec un doigt pour calmer le prurit
-qu'occasionnaient les indiscrètes bestioles[263]. Puis on inventa en
-faveur de ces martyres volontaires le _grattoir_, longue tige terminée
-par un crochet d'ivoire, d'argent ou d'or, secours bien doux, mais
-impuissant contre «la crasse infecte qui séjournait sous les brillants
-diadèmes[264].» Je m'arrête. Ne nous montrons pas trop sévères
-pour nos aïeules; s'il prenait fantaisie à quelque cerveau fêlé de
-ressusciter cette mode aujourd'hui, est-il bien sûr que la tentative
-échouerait?
-
-Rien n'égale la burlesque vanité, le naïf orgueil dont était rempli le
-cœur des hommes qui élevaient ces monuments éphémères. Dutens raconte
-que le prince Lanti, se trouvant à Paris et ayant demandé un coiffeur,
-on introduisit dans sa chambre un personnage bien mis et l'épée au
-côté. Le prince s'assit, en lui recommandant de se dépêcher. «Mon
-prince, lui dit cet homme, je suis le physionomiste, permettez que
-je fasse entrer mon second.» Et il fait entrer un garçon perruquier
-avec tout son appareil. Plaçant ensuite le prince à sa fantaisie, il
-l'observe avec attention, le prenant par le menton pour mieux examiner
-son visage. Puis, s'adressant à son second: «Visage à marrons[265],
-dit-il; marronnez monsieur.» Et il se retira en faisant une humble
-révérence[266].
-
-[Illustration: BOUTIQUE DE BARBIER, d'après Cochin.
-
-Dix-huitième siècle.]
-
-De si grands artistes rougissaient d'appartenir à la corporation des
-barbiers. Ils tentèrent encore une fois de s'en séparer pour former
-une communauté indépendante; mais un arrêt du 25 janvier 1780 repoussa
-cette prétention, et leur interdit de mettre sur leur enseigne les
-mots: _Académie de coiffure_[267]. Il est certain d'ailleurs que les
-boutiques de certains barbiers avaient alors un aspect peu séduisant.
-Voici la description que nous en a conservée Mercier: «Imaginez tout
-ce que la malpropreté peut assembler de plus sale. Les carreaux des
-fenêtres, enduits de poudre et de pommade, interceptent le jour;
-l'eau de savon a rongé et déchaussé le pavé; le plancher et les
-solives sont imprégnés d'une poudre épaisse; les araignées pendent
-mortes à leurs longues toiles blanchies, étouffées en l'air par le
-volcan éternel de la poudrerie[268].»
-
-Un grand événement se produisit en 1780. A la suite d'une couche,
-Marie-Antoinette perdit ses cheveux. Dès lors, disent les _Mémoires
-secrets_, «l'art est continuellement occupé à réparer les vuides
-qui se forment sur cette tête auguste». Cette tête auguste finit
-par adopter une coiffure très-basse, dite _à l'enfant_. Aussitôt,
-les dames de la cour, «empressées de se conformer au goût de leur
-souveraine, ont sacrifié leur superbe chevelure[269].»
-
-La reine de France, reine surtout des poufs et des chiffons, avait
-pour ministres la Bertin, sa marchande de modes, et Léonard Autier,
-son coiffeur, qui avait porté le génie jusqu'à faire entrer quatorze
-aunes d'étoffes dans une coiffure. Elle les comblait de faveurs, ne
-sachant rien refuser à des personnages dont le concours lui était si
-précieux. Il était de règle que tout artisan pourvu d'une charge à
-la cour cessât de servir le public; mais Marie-Antoinette, craignant
-que le goût de son coiffeur se perdît s'il cessait de pratiquer son
-état, voulut qu'il conservât sa clientèle, «ce qui, dit très-bien
-madame Campan[270], multiplia les occasions de connaître les détails
-de l'intérieur de la Reine et souvent de les dénaturer.» Quand
-l'infortunée princesse, décidée à quitter la France, préparait la
-fuite de Varennes, sa folle coquetterie survivait tellement aux
-dangers de sa situation, aux angoisses endurées, aux humiliations
-subies, qu'elle ne put se résoudre à se séparer de Léonard, serviteur
-au reste fidèle et dévoué; elle le fit partir quelques heures avant
-elle, sous la protection de de Choiseul[271].
-
-Léonard ne revint pas à Paris avec sa souveraine; il émigra et alla
-mettre ses talents au service des grandes dames russes. En France, le
-temps des futilités était passé, et plus d'une des belles chevelures
-qu'avait abandonnées Léonard devait être maniée pour la dernière fois
-dans une prison et par un aide du bourreau.
-
-
-
-
-ÉCLAIRCISSEMENTS
-
-
-I
-
-EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ DE JEAN SULPICE,
-
-_traduite en français par_ GUILLAUME DURAND, _en_ 1545[272].
-
-[1483]
-
-
-O enfant de bonne nature, devant que de t'exposer et bâiller mes
-preceptes, je t'admoneste que tu ayes à les garder et que tu faces en
-sorte que tousjours ils te soyent devant les yeux.
-
-Ta robe soit nette et sans ordure.
-
-N'aye point le visage ou les mains ordes.
-
-Donne toy de garde que aucune morve ou roupie ne te sorte du nez et
-y pende, comme ceste glace longue que l'on void pendre en hyver aux
-chevrons et gouttières des maisons.
-
-Tes ongles ne soyent point trop longs, ny pleins d'ordure.
-
-Tes cheveux soyent bien peignez, et que ta perrucque[273] ne soit
-pleine de plumes ou autre ordure.
-
-Tes souliers soyent nets et non boueux ou fangeux.
-
-Que ta langue ne soit point couverte d'ordure et immundicité accumulée
-dessus.
-
-Aye les dents nettes et sans rouille, c'est à dire sans matière jaulne
-attachée contre, par faute de les nettoyer et mundifier souvent.
-
-Estime qu'il est peu seant et peu honneste de soy grater la teste à
-table; et prendre au col ou au doz poulx, ou puces, ou autre vermine,
-et la tuer devant les gens; se grater, ou crever, ou percer sa
-roigne[274] en quelque partie du corps qu'elle soit.
-
-Si tu viens à te moucher, tu ne doibs prendre tel excrement avec les
-doigts, mais les doibs recevoir dedans un mouchoir. Et si tu craches
-ou tousses, il ne fault pas avaller ce que tu as desjà attraict en la
-gorge, mais faut cracher en terre ou en un mouchoir ou serviette.
-
-Si, par contrainte, tu es provoqué à roter, fay le avec le moindre son
-de la bouche que faire se pourra, et tousjours en détournant la face.
-
-Combien que nature te presse fort de peter ou vessir, il te faut du
-tout efforcer de bien serrer les fesses et ne lascher rien de mauvais
-goust. Et en ce, il se faut garder de suyvre l'opinion des stoïciens,
-qui tenoient que les pets et les rots estoient permis et loysibles en
-toutes compagnies et en toutes actions.
-
- * * * * *
-
-II
-
-EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME[275],
-
-_traduite en français par_ PIERRE SALIAT _en_ 1537[276].
-
-[1530]
-
-
-_Des rencontres et entregent._—Si tu rencontres quelqu'un en ton
-chemin, qui à cause de sa vieillesse soit venerable, ou pour sa
-saincteté reverend, ou pour sa dignité grave, ou aultrement digne
-d'honneur, sois souvenant de luy ceder, de te détourner et luy
-faire voie, en descouvrant la teste reveremment et en ployant
-aulcunement[277] le genoil.
-
-Que l'enfant ne dise jamais ainsi: _Que ay-je affaire d'ung que je
-ne cognois point? Que ay-je affaire d'ung qui ne me feit jamais
-bien?_ Cest honneur n'est point faict à ung homme, non aux merites et
-bienfaicts, mais à Dieu... Celluy qui previent à faire honneur à son
-pareil ou à moindre que luy, il n'en est point pourtant fait moindre,
-mais plus civil, et pour ce plus honnorable.
-
-Il fault parler reveremment et en peu de parolles avec ses superieurs,
-avec ses pareils amiablement et affablement. En parlant, la main
-gauche doit tenir le bonnet, la droicte estant doulcement posée sur
-le nombril; ou, ce qui est reputé plus honneste, le bonnet pendant
-aux deux mains joinctes, les deux poulces apparoissans, couvrira le
-dessoubs de la ceincture.
-
-Tenir son livre ou son bonnet dessoubs son aisselle, c'est chose
-rusticque.
-
-Il fault que l'enfant ait une honte qui luy donne grace, non point qui
-le rende estonné. Les yeulx doivent regarder celuy à qui tu parles,
-mais posement et simplement, sans qu'ilz montrent rien de lascif ou de
-meschant. Baisser la veue, ainsi que font les catoblepes[278], porte
-soupson de maulvaise conscience. Regarder de travers semble d'un qui
-veult mal. Tourner la face çà et là, c'est signe de legiereté. Il est
-aussy laid de changer sa face en diverses sortes, tellement que tu
-fronces puis le nez, puis le front, que tu haulses maintenant les
-sourcils, maintenant tu remues les lèvres, et que la bouche soit puis
-estendue, puis serrée.
-
-Il est aussy laid de jecter les cheveulx en secouant la teste, de
-toussir sans necessité, de cracher ou de gratter sa teste, fouiller
-en ses oreilles, moucher son nez, applanir son visaige avec la main,
-car cela semble d'ung qui torche sa honte; frotter le chaisnon du
-col[279], serrer les espaules, laquelle chose nous voyons en d'aulcuns
-italiens; nier en tournant la teste, ou en la hochant appeler
-quelqu'un; et affin que je ne poursuyve tout, parler par signes,
-encores qu'il siée bien quelque fois à l'homme, toutesfois il ne sied
-point bien à l'enfant.
-
-C'est chose laide de jouer des bras, faire singeries des doigts, se
-bercer sur ses pieds, bref non point parler de la langue, mais de tout
-le corps, qui est le propre des tourtereles ou des balaqueues[280], et
-assez approchant des pies.
-
-La voix soit doulce et posée, non haultaine qui appartient aux
-paysans, ne si basse et si sombre qu'elle ne parvienne jusques aux
-oreilles de cestuy à qui tu parles. Que le parler ne soit trop
-hatif et allant devant la pensée, mais tout à loisir, et qu'il soit
-entendible.
-
-En parlant à quelqu'un, c'est civilité de repeter souvent son tiltre
-honorable. Si tu ne sçays point les tiltres particuliers d'ung
-chascun, tous gens savans vans te doivent estre maistres très
-honorés, tous prestres et moynes pères reverends, tous tes semblables
-frères et amys: bref tous hommes incogneus, seigneurs; toutes femmes
-incongneues, dames.
-
-C'est chose villeine et deshonneste d'ouyr ung jurement de la bouche
-de l'enfant, soit par jeu ou à bon escient. Qu'est-il plus villain que
-la coustume dont en d'aulcuns pays à chascun mot, mesmes les filles
-jurent par le pain, par le vin, par la chandelle; bref, qu'est-il
-qu'elles ne jurent?
-
-Que l'enfant ne mesle point sa langue parmy paroles villeines,
-et qu'il n'y preste point l'oreille, finablement à tout ce qui
-se descouvre deshonestement aux yeulx des hommes, et se presente
-indecentement à leurs oreilles. Si le cas requiert qu'il faille nommer
-quelque membre honteux, il le fault signifier par ung desguisement
-modeste.
-
-Davantaige, s'il eschet quelque chose qui puisse faire mal au cueur
-à l'escoutant, comme si quelqu'un parle d'ung vomissement, d'ung
-retret[281] ou de merde[282], qu'il prie premièrement qu'il ne
-desplaise aux oreilles.
-
-S'il veult contredire à quelque chose, qu'il se garde de dire: _Vous
-ne dictes point vray_, specialement s'il parle à personne eagée, mais
-prie avant, qu'il ne luy desplaise, et dise: _Je l'ay aultrement
-entendu d'ung tel._
-
-Rompre le propos d'ung qui parle devant qu'il ait achevé, c'est chose
-incivile.
-
-Ne sois point fort curieux des affaires d'aultruy, et si tu as veu ou
-entendu quelque chose, fais semblant que tu ne saiches point ce que tu
-sçais.
-
-Regarder du coing des yeulx les lettres qui ne te sont point offertes,
-c'est chose peu civile. Si quelqu'un ouvre son coffre et escrin en ta
-presence, retire toy; car il est plus incivil de regarder dedens, et
-est encores plus d'en manier quelque chose.
-
-Si tu apperçois qu'il survienne quelques propos secrets entre quelques
-ungs, retire toy sans en faire semblant, et ne te mesle à tel propos
-sans y estre appellé.
-
- * * * * *
-
-III
-
-EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME,
-
-_imitée en français par_ C. CALVIAC _en_ 1560[283].
-
-[1530]
-
-
-Il faut que l'enfant tourne la face de costé quand il voudra cracher,
-de peur qu'il ne crache sur personne, ou qu'il ne face mal au cueur
-de ceux qui le verront cracher: pour laquelle raison il doit aussi
-effacer ce qu'il a craché en mettant le pied dessus. Que s'il ne luy
-est commode de se tourner ny de cracher en terre ou autre lieu propre
-à cela, il pourra cracher dans son mouchoir plus tost que d'en avaler
-l'ordure, car cela est vilain et ord.
-
-Comme aussi de cracher ou de tousser à tous propos sans necessité,
-mais aussi par une mauvaise coustume; cela est propre aux menteurs,
-qui en parlant songent ce qu'ilz doibvent dire. Toutefois à aucuns
-cela sert de cherche-memoire, car en ce faisant, ilz pensent mieux à
-ce qu'ilz doivent dire, combien qu'en nulle sorte cela n'est point
-honeste.
-
-Il est fort vilain de s'accoustumer à roter, veu que mesme quand cela
-advient par inadvertance, peut estre tenu pour autre.
-
-S'il advient que l'enfant veuille tousser par necessité, qu'il se
-tourne en arrière la face, et qu'il se garde que ce ne soit sur la
-face d'autruy, ou sur la viande s'il est à table.
-
-Le vomir, peter, roter et faire telles ordures, quoy que les autres
-en jugent, il me semble que se doyvent faire si secretement, si on y
-est contrainct, que personne n'en oye rien, ou pour bien faire s'en
-abstenir du tout.
-
-Il faut que les dens soyent nettes et blanches. Que si il demeure
-quelque chose entr'elles après le repas, il les faut nettoyer avec un
-cure-dens de boys propre à cela, ou bien avec un des petits os de ceux
-qu'on tire des ergotz des chappons. Et non point avec le cousteau ou
-avec les ongles, comme les chiens, ne avec la serviette.
-
-Il faut que tous les matins l'enfant lave sa bouche et ses yeux avec
-de l'eau fraische et nette, et qu'il se peigne en menant le peigne du
-devant en arrière de la teste, pour tousjours renvoyer en derrière les
-humeurs qui descendent sur les yeux et le visage.
-
-Il faut que les cheveux d'un enfant ne viennent jamais si grans qu'ilz
-luy tombent jusques aux yeux et aux espaules. Et ne les doit point
-secouer en hochant sa teste, car cela appartient aux chevaux qui se
-pompent. Il ne se doit point grater la teste ne le reste du corps avec
-ses ongles, car cela est vilain et ord, et principalement s'il le fait
-par accoustumance plus que par nécessité.
-
-_Du corps et de sa contenance._—L'enfant ne doyt point baisser la
-teste entre les deux espaules, car c'est signe de paresse; ne se
-renverser aussi, car c'est signe d'arrogance. Mais se doyt tenir
-droict et sans effort, car cela ha bonne grâce. Et ne faut point aussi
-que sa teste penche d'un costé ne d'un autre dessus son corps, à la
-mode des hypocrites, si ce n'est que le propos ou chose semblable
-requiert telles contenances à gester.
-
-Il faut que l'enfant tienne ses espaules avec un juste contrepoix,
-sans en hausser l'une et baisser l'autre sans aucune modestie ny
-honesteté.
-
-Il n'est guière bien seant à un jeune enfant de tenir les bras au sein
-ny en croix l'un sur l'autre, car c'est signe de paresse; ne de les
-tenir derrière le dos, car cela donne à penser qu'il soyt ou larron
-ou paresseux, ou tenant quelque chose en la main qu'il ne veut point
-qu'on voye.
-
-Aucuns trouvent beau de tenir une main au costé et présenter le coude
-à costé, à la mode des souldats, mais cela n'est point bienséant à un
-enfant.
-
-Il est fort honeste à un petit enfant de ne manier point ses parties
-honteuses, mesme quand la necessité le requerra et qu'il sera seul,
-qu'avec honte et comme vergogne: car cela denote grande pudicité et
-honesteté. Et quand il luy faut qu'il rende son urine, il se doict
-separer et tirer à part que nul ne le voye, et pour le moins faut
-qu'il y procede le plus secretement et modestement qu'il pourra, sans
-toutes fois la retenir si longtemps que cela luy puisse engendrer la
-pierre.
-
-Il faut que quand l'enfant sera assis qu'il tienne ses genoux joinctz
-et les pieds aussi, non point ouvers et estallés, car cela n'est point
-modeste. Et quand il sera droyt, il luy sera bien seant de les tenir
-moyennement ouvers. Il n'est point honeste qu'estant assis il tienne
-l'un genoux sur l'autre et les jambes en croix; ne qu'estant debout il
-tienne ses jambes serrées et les bras croysés, car c'est le propre de
-ceux qui sont pensifs.
-
-Il ne fault point que l'enfant bransle les jambes estant assis,
-comme les folz; ne qu'il face un tas de frectillemens des mains, qui
-demonstrent que l'entendement est peu sain et entier.
-
-Il y a plusieurs façons de faire la reverence, selon les pays où on se
-trouve et les coustumes d'iceux. Mais les Françoys ployent seulement
-le genouil droyt, se tenant autrement plus droyctz que enclinés, avec
-un doux contournement et mouvement du corps; et estant le bonet de
-la main droyte, le tenant ouvert par le devant, l'obeissent au mesme
-costé droyt.
-
-Après, s'il fault faire plusieurs reverences tenant tousjours bas le
-bonet, dessous la jambe droicte font la rentrance de la gauche en la
-mesme sorte qu'ilz ont faict de la droicte, et ainsi de l'une puis de
-l'autre, autant qu'il en sera de besoin, et selon que le personnage à
-qui on adressera et le propos ou recueil le requerrent.
-
-Il fault que l'alleure de l'enfant soit asseurée droitte et par pas
-de mediocre grandeur, et non point comme rompue et feinte, car c'est
-le propre des gens effeminés et de nul courage; ne trop hastée, comme
-celle des gens furieux ou impatiens; ne bersante ou chancellante
-d'un costé ou d'autre, car cela donne à penser qu'on soit verollé ou
-infecté de quelque telle maladie; ne par des grans pas, qui signifient
-prodigalité et arrogance; ne par trop petis, qui signifient avarice et
-chifeté; mais mediocres, ou de mesme, poursuivie tousjours d'un mesme
-train.
-
- * * * * *
-
-IV
-
-EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME,
-
-_traduite en français par_ CLAUDE HARDY _en_ 1613[284].
-
-[1530]
-
-
-_Du nez._—Les enfants ne doibvent aucunement laisser de morve en leur
-nez, qui est le propre des ords et salles; duquel vice et salleté
-Socrates a esté blasmé. Mais se moucher à son bonnet ou à sa manche
-appartient aux rustiques; se moucher au bras et au coulde convient
-aux patissiers; et se moucher de la main, si d'aventure au mesme
-instant tu la portes à ta robbe, n'est chose beaucoup plus civile.
-Mais recevoir les excrements du nez avec un mouchoir, en se retournant
-un petit des gens d'honneur, est chose honneste. Et si d'aventure
-quelque chose tomboit à terre en se mouchant de deux doigs, il faut
-incontinent marcher dessus.
-
-_Souffler du nez._—C'est chose indecente de souffler haut du nez, qui
-est un tesmoignage de cholère; et est encores chose plus laide de
-ronfler, car il appartient aux furieux seulement, principallement si
-cela se fait avec accoustumance. Mais il faut pardonner à ceux qui
-ont la courte haleine, et qui ne respirent qu'avec difficulté. C'est
-aussi chose ridicule de parler du nez, qui convient aux corneilles et
-elephans. Froncer le nez appartient aux mocqueurs et gausseurs.
-
-_De l'esternuement._—S'il advient qu'il te faille esternuer en la
-presence d'autruy, c'est chose honneste de se tourner un petit, et
-à l'instant après que la violence est passée, faire le signe de la
-croix, et puis après oster son bonnet et saluer ceux qui t'auront
-salué ou deu saluer: car l'esternuement et le baailler prive l'oreille
-de sentiment. Il te faut aussi prier la compagnie de t'excuser ou la
-remercier.
-
-C'est chose religieuse de saluer celuy qui esternuë. Si plusieurs
-gens eagez saluent quelque homme ou femme d'honneur à qui il soit
-arrivé d'esternuer, le debvoir de l'enfant est d'oster son chappeau.
-Davantage, c'est le propre des fols et glorieux de s'efforcer à
-esternuer hault, et de redoubler pour monstrer ses forces. Retenir le
-son que la nature excite, c'est marque de folie, et attribuer plus à
-la civilité qu'à la santé.
-
-_Des jouës._—Que les jouës de l'enfant soient teintes d'une honte
-naïfve, sans fard et faulse couleur, combien qu'il la faille tellement
-temperer qu'elle ne se tourne en meschanceté et trop grande hardiesse,
-ne qu'elle apporte trop grand estonnement, et comme dit le proverbe,
-le quatriesme degré de folie. Car il y en a qui de leur naturel sont
-tellement timides, qui sont presque semblables à celuy qui radote. Ce
-deffault se peut corriger, si l'enfant s'accoustume à vivre avec gens
-plus eagez que luy, et s'il est exercé à joüer des comedies. Enfler
-les joües est un tesmoignage d'orgueil, et les retirer est un signe de
-meffiance: l'un est pour le glorieux, et l'autre pour le traistre.
-
-_De la bouche._—Que la bouche ne soit serrée, chose qui convient à
-celuy qui craint de prendre l'haleine d'autruy; qu'elle ne soit aussi
-ouverte, comme appartient aux incensez. Mais que les lèvres soient
-conjoinctes, s'entrebaisants doucement l'une-l'autre. C'est aussi
-chose peu decente de faire des lèvres comme si tu applaudissois à un
-cheval en sifflant, combien que cela se doibve pardonner aux grands
-qui marchent en quelque grande foulle: car rien ne leur messiet. Mais
-nous voulons icy dresser seulement les enfants.
-
-_Du baaillement._—Si d'aventure le baailler te presse, et si tu ne
-peux te tourner ou demarcher un petit, il te fault mettre ton mouchoir
-ou ta main devant ta bouche, et faire le signe de la croix.
-
-_Du rire._—C'est le propre des fols de rire à tout propos; et de
-ne rire d'aucune chose appartient aux stupides; de rire de choses
-vilaines et deshonnestes, c'est meschanceté. Outre plus, ceste manière
-et façon de rire qui esmeut tout le corps, que les Grecs appellent
-[Greek: synkrousion], n'est honneste et decente à aucun eage, non
-pas mesme à la jeunesse. C'est aussi chose deshonneste de rire en
-hennissant; comme il n'est pas decent et seant de rire en eslargissant
-la bouche et en retirant les joües et descouvrant les dents, car
-proprement c'est un ris de chien et sardonien; mais il faut que le
-visage soit tellement composé qu'il demonstre une alegresse et non pas
-un esprit dissolu, ny aucune difformité de la bouche. Ce sont propos
-de fols de dire: _je pisse ou crève de rire_; _je pasme de rire_, ou
-_j'ay cuidé mourir de rire_.
-
-Et si le subject qui se presente nous force malgré nous à rire, alors
-il faudra se couvrir le visage ou de la serviette ou de la main. Rire
-tout seul sans aucune apparente raison est un acte de sottise ou de
-pure folie. Et le cas advenant qu'il soit eschappé de rire à l'enfant,
-cela dependera de la civilité de declarer ouvertement la raison
-qui l'aura meu à rire; ou s'il n'est à propos de le dire, il fault
-controuver quelque cassade, afin que nul de la compagnie n'aye quelque
-soupçon que l'on veuille se moquer de luy.
-
-_De ne mordre ses lèvres._—C'est une mauvaise contenance que de mordre
-ses lèvres d'embas avec les dents de dessus, et les lèvres de dessus
-avec les dents d'embas: car c'est le geste d'un homme qui menace
-quelqu'un. C'est aussi chose indecente de lescher le bord de ses
-lèvres avec la langue. Advancer ses lèvres, et comme les preparer à
-un baiser, estoit jadis une coustume bien receuë entre les Alemans,
-comme il se peult remarquer par des tableaux anciens. C'est un tour de
-bouffonnerie en tirant la langue se moquer de quelqu'un.
-
-_Du cracher._—Tourne ton visage quand tu voudras cracher, afin que nul
-de la compagnie ne soit offensé de ton crachement. Si tu as craché
-par terre ou si tu t'y es mouché, il convient marcher dessus, comme
-j'ay cy-devant dit, afin que personne n'en aye mal au cœur. Si tu n'as
-moyen de te tourner, reçoy le crachat en ton mouchouer.
-
-Avaller sa salive est une chose deshonneste; comme pareillement de
-cracher à chacun mot, comme nous en voyons beaucoup ausquels cela
-arrive d'ordinaire, plustost par mauvaise accoustumance que par
-necessité qu'ils en ayent.
-
-D'abondant, il y en a qui toussent en parlant, par une habitude qu'ils
-ont contractée, sans qu'il en soit besoin. Mais telle façon de faire
-est propre à ceux qui se proposent de mentir, et qui se veulent donner
-du temps pour penser à ce qu'ils doivent dire.
-
-Aucuns, encores plus incivils, ne sçauroient dire trois mots sans
-roter. Que si le jeune enfant dès son bas eage prend ceste mauvaise
-coustume, elle luy demeurera. Il en faut autant dire du cracher, dont
-le Clitipho de Terence[285] est blasmé par un serviteur.
-
-Si tu es pressé de la toux, garde toy de tousser en la bouche
-d'autruy, et prens bien garde de commettre ceste ineptie que de
-tousser plus hault que la nature ne le requiert.
-
-_Du vomissement._—Quand tu auras volonté de vomir, tire toy à
-quartier; car le vomissement n'est pas deshonneste, mais bien de le
-provoquer par gourmandise.
-
-_Des dents._—Il faut soigneusement prendre garde d'avoir les dents
-nettes; car de les blanchir avec des poudres, il n'appartient qu'aux
-filles; les frotter de sel ou d'alun est fort dommageable aux
-gencives; et se servir de son urine au mesme effet c'est aux Espagnols
-à ce faire.
-
-S'il te reste entre les dents quelque chose, ne te sers du cousteau
-ou de tes ongles pour les tirer, comme les chiens et les chats; ny
-avec la serviette; mais avec la pointe d'un cure-dent de lentisque,
-ou d'une plume, ou de petits os tirez des pieds de chappons ou des
-poulles bouillies.
-
-_De laver la bouche._—C'est une chose civile et salubre de laver sa
-bouche d'eau nette le matin. Mais de la laver souvent, c'est un acte
-qui est impertinent. De la langue, nous en parlerons en son lieu.
-
-_De nettoyer la teste._—C'est à faire aux gens de village de ne se
-peigner la teste. Il faut que la teste soit tellement nette qu'elle
-ne soit pas pourtant atiffée comme celle d'une fille. C'est chose
-deshonneste d'y voir des pouds et des lentes.
-
-En après, grater sa teste devant quelqu'un et faire tomber l'ordure
-qui en sort sur luy, c'est chose peu decente; tout ainsi que se grater
-avec les ongles les autres parties du corps, c'est chose vilaine,
-principalement s'il le fait avec accoustumance et non par necessité.
-
-Les cheveux ne doivent tomber sur le front, ny couvrir les espaules.
-Esbranler ses cheveux en secouant la teste, c'est le propre des
-chevaux qui se panadent. De relever les cheveux du front en hault avec
-la main gauche, c'est chose peu seante, mais il est plus à propos de
-les demesler avec la main droite.
-
-_Qu'il ne faut retenir son urine, ny le son du ventre._—Se garder
-d'uriner est dommageable à la santé; mais se tirer à part pour rendre
-l'urine est chose digne de la honte requise à un enfant.
-
-Il y en a quelques uns qui commandent que l'enfant retienne la
-ventosité du ventre, serrant les fesses. Mais ce n'est pas chose
-civile de se causer une maladie pour avoir la reputation d'estre
-bien apprins. S'il luy est loisible de s'esloigner de la compagnie,
-qu'il lasche son vent estant ainsi à l'escart, sinon qu'il desguise,
-selon l'ancien proverbe, le son du ventre par un toussement.
-Autrement pourquoy n'ordonnent ils pas, par semblable raison, qu'ils
-s'empeschent d'aller à la garderobbe, veu qu'il est plus dangereux de
-retenir son vent que de s'abstenir des necessitez de nature[286].
-
-_De se tenir droict._—C'est imiter le glorieux Trason de Terence[287]
-que de se seoir les genouils ouverts, et de brandiller ou entortiller
-ses jambes. Quand tu seras assis, prends garde à joindre tes genouils,
-et quand tu seras debout tiens tes pieds proches l'un de l'autre, au
-moins qu'ils ne soient que moyennement esloignez. Aucuns sont assis
-avec ceste mauvaise grace qu'ils font passer la jambe par dessus
-le genouil; les autres sont debout, ayans les bras croisez et les
-jambes joinctes estroictement: desquelles façons de faire, l'une est
-propre aux resveurs et l'autre aux gens grossiers et mal apprins. Se
-seoir ayant la jambe droicte jettée sur la gauche estoit une ancienne
-coustume des Rois, mais maintenant elle est reprouvée. Les Italiens,
-par respect, mettent un pied sur l'autre, et se soustiennent quasi sur
-une jambe, à la mode des cigongnes, mais je ne sçaurois bonnement dire
-si cela est decent à l'enfant.
-
-_Comment il convient faire la reverence._—Pareillement, en un païs
-une façon de fleschir les genouils et faire la reverence est bien
-receuë, laquelle en autre païs donneroit subject de rire et de se
-moquer. Quelques-uns ployent les deux genouils ensemble, et entre
-ceux-là, les uns tiennent le reste du corps droit et les autres le
-panchent aucunement. Il y en a d'autres qui estimans ceste façon
-de faire la reverence n'estre seulement convenable qu'à la femme,
-ployent en premier lieu le genouil droit, et puis le gauche au mesme
-instant, et ceste manière de reverence est recommendable en la
-jeunesse de Bretaigne. Les François, contournant doucement le corps,
-fleschissent seulement le genouil droit. Es choses ou la varieté n'a
-rien de repugnant à la bienséance, il sera en la liberté de chacun de
-practiquer l'usance du païs, ou suivre les façons estrangères, comme
-il s'en trouve aucuns ausquels elles plaisent davantage que celles de
-leur païs[288].
-
- * * * * *
-
-V
-
-EXTRAIT DU _Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France
-parmi les honnestes gens_.
-
-_Par_ ANTOINE DE COURTIN[289].
-
-[1675]
-
-
-_L'audience d'un Grand._—A l'égard d'un Grand, lors que l'on entre
-dans sa chambre ou dans son cabinet, il faut marcher doucement, et
-faire une inclination du corps et une profonde révérence, s'il est
-présent. Que s'il ne paroissoit personne, il ne faut point fureter çà
-et là, mais sortir sur-le-champ, et attendre dans l'antichambre.
-
-Si cette personne est malade et au lit, il faut s'abstenir de la voir,
-si elle ne le demande; et si nous la voyons, il faut faire la visite
-courte, parce que les malades sont inquiets et sujets aux remèdes et
-aux temps. Il faut de plus parler bas, et ne l'obliger que le moins
-qu'il se peut à parler.
-
-Mais sur tout, il faut observer que c'est une très-grande indécence
-de s'asseoir sur le lit, et particulièrement si c'est d'une femme. Et
-même il est en tout temps très-mal séant et d'une familiarité de gens
-de peu, lors que l'on est en compagnie de personnes sur qui on n'a
-point de supériorité, ou avec qui on n'est pas tout à fait familier,
-de se jetter sur un lit, et de faire ainsi conversation.
-
-Si cette personne écrivoit, lisoit, ou étudioit, il ne faut pas la
-détourner, mais attendre qu'elle ait achevé ou qu'elle se détourne
-elle-même, afin que nous luy parlions.
-
-Si elle nous ordonne de nous asseoir, il faut obéir avec quelque
-petite démonstration de la violence que souffre notre respect, et
-observer de se mettre au bas bout, qui est toujours du costé de
-la porte par la quelle nous sommes entrez, comme le haut bout est
-toujours où la personne qualifiée se met.
-
-De même, il faut prendre un siége moins considérable que le sien, s'il
-y en a. Le fauteuil est le plus honorable, la chaise à dos après, et
-ensuite le siége pliant.
-
-C'est une chose tout à fait indécente de se présenter devant des
-personnes au-dessus de nous, et particulièrement devant des Dames, et
-de montrer la peau à travers la chemise et le pourpoint; ou d'avoir
-quelque chose d'entr'ouvert qui doit estre clos par honnesteté, comme
-nous avons déjà dit.
-
-Quand on s'assiet, il ne faut pas se mettre coste à coste de la
-personne qualifiée, mais vis-à-vis, afin qu'elle voye que l'on est
-tout prest à l'écouter. Il faut avec cela se tourner le corps un peu
-de costé et de profil, parce que cette posture est plus respectueuse
-que de se tenir de front.
-
-Il faut luy laisser entamer le discours, quand elle ne diroit qu'un
-mot qui nous donnât lieu de parler. A moins qu'on ne vist cette
-personne en passant, pour l'informer promptement d'une affaire, ou la
-faire ressouvenir de quelque chose qu'elle sçûst déjà.
-
-Il ne faut pas se couvrir si elle ne le commande. Il faut avoir ses
-gands aux mains, et se tenir tranquille sur son siége, ne point
-croiser les genoux, ne point badiner avec ses glands, son chapeau, ses
-gands, etc., ni se fouiller dans le nez, ou se grater autre part.
-
-Il faut éviter de bâiller, de se moucher et de cracher. Et si on y est
-obligé, là et en d'autres lieux que l'on tient proprement, il faut le
-faire dans son mouchoir, en se détournant le visage, et se couvrant de
-sa main gauche, et ne point regarder après dans son mouchoir.
-
-A propos de mouchoir, on doit dire qu'il n'est pas honneste de
-l'offrir à quelqu'un pour quelque chose, quand même il seroit tout
-blanc, si on ne vous y oblige absolument.
-
-Il ne faut point prendre de tabac en poudre, ni en mâcher, ni s'en
-mettre des feuilles dans le nez, si la personne qualifiée, qui est en
-droit d'en prendre devant nous, ne nous en présentoit familièrement.
-Auquel cas il faut en prendre, ou en faire le semblant si on y avoit
-répugnance.
-
-Si on est assis près du feu, il faut bien se donner de garde de
-cracher dans le feu, sur les tisons, ni contre la cheminée; moins
-encore faut-il s'amuser à badiner avec des pincettes, ou tisonner le
-feu. Que si cette personne témoignoit de vouloir accommoder le feu,
-alors il faut se saisir promptement des tenailles ou pincettes pour la
-prévenir, à moins qu'elle ne le voulust faire absolument elle-même
-pour son divertissement. Il ne faut pas aussi se lever de dessus son
-siége pour se tenir debout le dos au feu; mais si cette personne se
-levoit, il faudra se lever aussi.
-
-Que si par avanture il ne se trouvoit qu'un écran chez cette personne,
-et qu'elle vous contraignist de le prendre: après luy avoir témoigné
-la confusion que vous avez de l'accepter, il ne le faut pas refuser.
-Mais incontinent après, sans qu'elle s'en apperçoive, il faut le
-mettre doucement de costé, et ne s'en point servir.
-
-De même, si par quelque occasion cette personne se trouvoit chez vous
-près du feu, il ne faut pas souffrir qu'un laquais luy présente un
-écran, mais vous devez le luy présenter vous-même.
-
-Et pour ce qui est des Dames, c'est une immodestie très-grande de
-trousser leurs jupes près du feu, aussi-bien qu'en marchant par les
-ruës.
-
-Il ne faut pas, quand on parle, faire de grands gestes des mains: cela
-sent d'ordinaire les diseurs de rien, qui ne sont pathétiques qu'en
-mouvemens et en contorsions de corps.
-
-Mais il est ridicule, en parlant à un homme, de luy prendre et tirer
-ses boutons, ses glands, son baudrier, son manteau, ou de luy donner
-des coups dans l'estomac, etc.
-
-Il s'en fait quelquefois un spectacle des plus divertissans, quand
-celuy qui se sent poussé et tiraillé, recule, et que l'autre,
-n'appercevant pas son incivilité, le poursuit et le recogne jusqu'à
-luy faire demander quartier.
-
-Il est mal-séant aussi de faire de certaines grimaces d'habitude,
-comme de rouler la langue dans la bouche, de se mordre les lèvres, de
-se relever la moustache, de s'arracher le poil, de cligner les yeux,
-de se frotter les mains de joye, de se faire craquer les doigts en se
-les tirant l'un après l'autre, de se grater, de hausser les épaules,
-etc. Il ne faut pas avoir non plus une contenance toute d'une pièce,
-fière, arrogante et dédaigneuse.
-
-Il est de même très mal-séant, quand on rit, de faire de grands éclats
-de rire, et encore plus de rire de tout et sans sujet.
-
-Que si par hazard cette personne laissoit tomber quelque chose, il
-faut en cette rencontre comme en toute autre, le ramasser promptement,
-et ne pas souffrir qu'elle ramasse rien de ce qui nous seroit tombé,
-mais il le faut ramasser vistement nous-même.
-
-Que si elle éternuoit, il ne faut pas luy dire tout haut _Dieu vous
-assiste_; mais il faut seulement se découvrir, et faire une profonde
-révérence, faisant ce souhait intérieurement.
-
-Et si la nécessité nous oblige nous-même d'éternuer, il faut tâcher de
-le faire doucement, et non comme certaines gens qui en ébranlent la
-maison par les fondemens: ce qui est très-importun aux personnes qui
-nous entendent.
-
-S'il arrivoit qu'elle se mist en peine d'appeler quelqu'un qui ne fust
-pas proche d'elle, il faut sortir pour l'aller appeller soy-même: ce
-qu'il ne faut pas faire tout haut sur le degré ou par la fenestre,
-mais envoyer quelqu'un le chercher où il sera pour le faire venir:
-autrement c'est pécher contre le respect[290].
-
-Une autre incivilité fort mal-plaisante est de ceux qui ne croyent pas
-qu'on les entende s'ils ne parlent bouche à bouche, crachant au nez
-des gens, et les infectant bien souvent de leur haleine. Les personnes
-qui ont de la civilité en usent autrement, et si elles ont quelque
-rapport à faire ou quelque chose de secret à dire à quelque personne
-qualifiée, elles luy parlent à l'oreille.
-
-Au reste, il faut avoir grand soin de ne pas faire sa visite trop
-longue; mais observer, en cas que la personne qualifiée ne vous
-congédiast point elle-même, de prendre le temps pour sortir lors
-qu'elle demeure dans le silence, lors qu'elle appelle quelqu'un, ou
-lors qu'elle donne quelque autre indice qu'elle a affaire ailleurs. Et
-alors il faut se retirer sans grand appareil, et même sans rien dire
-s'il arrivoit quelque tiers qui prist votre place, ou si la personne
-s'appliquoit à autre chose. Que si votre retraite est apperceuë, et
-que ce grand Seigneur voulust vous faire quelque civilité au sortir
-de sa chambre, il ne faut pas l'en empêcher, parce que ce ne seroit
-pas paroistre assez persuadé qu'il sçait ce qu'il fait, et que souvent
-il arriveroit que nous nous défendrions d'une chose que l'on ne fait
-pas à notre sujet. On peut bien seulement témoigner par quelque
-petite action, qu'en cas que cet honneur s'adressast à nous, nous
-ne nous l'attribuons pas, et cela se fait en poursuivant son chemin
-sans regarder derrière soy, ou même en se tournant ou en s'arrestant,
-comme pour le laisser passer, et montrer par là que l'on croit qu'il a
-affaire autre part.
-
-Que si on ne peut éviter que la civilité ne se manifeste, et que cette
-personne sorte de sa chambre, il faut s'arrester tout court, se tirer
-à costé, et ne point sortir de cette place qu'après qu'elle sera
-rentrée dans sa chambre.
-
-De même, si par rencontre cette personne avoit à aller quelque part
-et que nous nous trouvassions devant, il faut se tirer à costé,
-s'arrester tout court, la saluer, et la laisser passer.
-
-Et même, si c'estoit le Roy, la Reine, Monseigneur le Dauphin,
-Monseigneur le Duc d'Orléans, et autres Enfans de France qui dûssent
-passer, il faut s'arrester d'aussi loin que l'on entend le bruit, pour
-les laisser passer, soit que l'on fust à pied ou à cheval, en chaise
-ou en carrosse.
-
-Que si la personne qualifiée nous menoit à une fenestre, ou que même
-il y eust quelque spectacle à voir de là, il ne faut point prendre
-place, ni s'approcher de cette fenestre, qui nous seroit commune avec
-elle, pour regarder. Il ne faut pas non plus cracher par la fenestre,
-ni en cette rencontre-là, ni en aucune autre.
-
-Que si la personne qualifiée nous reconduisoit jusqu'à la porte de
-la ruë, il ne faut point monter, ni à cheval, ni en chaise, ni en
-carrosse en sa présence, mais la prier de rentrer dans sa maison avant
-que d'y monter. Que si elle s'obstinoit, il faut s'en aller à pied
-et laisser suivre le carrosse, etc., jusqu'à ce que cette personne ne
-paroisse plus.
-
-Que si en présence de cette personne qualifiée, il en arrivoit une
-autre qui fust notre supérieure, mais inférieure à l'autre, il ne faut
-pas quitter la personne qualifiée à qui nous faisons la cour, pour
-aller au nouveau venu, mais il faut faire simplement quelque signe de
-civilité muette. Que si ce dernier estoit supérieur à la personne à
-qui nous rendons visite, alors il faut que comme celle-cy se rangera
-vray-semblablement à son devoir, nous nous y rangions de même, et que
-nous quittions le premier pour honorer le dernier.
-
-Que si avec cela la personne qualifiée parloit à une autre, il ne
-faut pas se servir de ce temps-là pour faire conversation à part avec
-quelqu'un qui seroit près de nous: cette familiarité est mal-séante.
-Outre que si on parle bas, cela est suspect et défendu, et si on parle
-haut, ce bruit l'interrompt et l'importune.
-
-Que si on est obligé d'accompagner cette personne supérieure dans sa
-maison, ou même en la nôtre, il faut, s'il y a lieu de cela, passer
-devant, pour ouvrir les portes et pour relever les tapisseries s'il
-y en a à relever. Même si c'est un homme qui ait de mauvaises jambes
-et qui marche avec peine, il est de la civilité de luy donner la main
-pour l'aider à marcher.
-
-_Pour marcher avec un Grand et pour le salut._—Que si nous sommes
-obligez d'aller dans les ruës à costé de personnes qualifiées, il
-faut leur laisser le haut du pavé, et observer de ne pas se tenir
-directement coste à coste, mais un peu sur le derrière, si ce n'est
-quand elles nous parlent et qu'il faut répondre, et alors il faut
-avoir la teste nuë.
-
-Sur quoy il est bon d'avertir ceux qui ont droit de souffrir
-qu'on leur cède toujours le haut du pavé[291], d'avoir un peu de
-considération pour ceux qui leur rendent cet honneur, et de se
-dispenser le plus qu'ils peuvent de passer et de repasser le ruisseau,
-pour ne pas les incommoder en les obligeant de faire une espèce de
-manége autour d'eux pour leur laisser le lieu d'honneur.
-
-Que si quand nous sommes dans la ruë avec une personne qualifiée,
-il passoit ou s'il se rencontroit quelqu'un de connoissance, ou un
-laquais de quelque amy, il faut bien se garder de les appeler tout
-haut: _Holà, hé? Comment se porte ton maistre? Mes baise-mains à
-Madame_, etc. Il n'y a rien de si mal poli, aussi-bien que de quitter
-la compagnie de cette personne pour aller à eux. Mais si on a affaire
-à ces personnes-là, et que l'on ne soit pas engagé à l'entretien de la
-personne qualifiée, on peut faire signe secrètement, et leur dire à
-l'écart et promptement ce qu'on a à leur dire, ou les saluer de loin
-simplement, sans que la personne qualifiée l'apperçoive trop.
-
-De même, c'est une grande incivilité, rencontrant dans les ruës une
-personne avec qui on n'est pas familier, de luy demander où elle va ou
-d'où elle vient.
-
-Que si on se promène avec cette personne supérieure dans une chambre
-ou dans une allée, il faut observer de se mettre toujours au-dessous.
-Dans une chambre, la place où est le lit marque le dessus, si la
-disposition de la chambre le permet, sinon il faut se régler sur la
-porte.
-
-Que si c'est dans un jardin, il faut se mettre à main gauche de la
-personne, et avoir soin sans affectation de regagner cette place à
-tous les tournans.
-
-Que si on est trois à se promener, le milieu est le lieu d'honneur
-et, partant, celuy de la personne qualifiée; la droite est le second,
-et la gauche est le troisième. De là vient que le haut bout dans un
-jardin, et ailleurs où l'usage n'a rien déterminé, est la droite de la
-personne qualifiée.
-
-Que si, par exemple, deux grands Seigneurs faisoient mettre un
-inférieur au milieu d'eux pour pouvoir mieux écouter quelque récit
-qu'il auroit à leur faire, il faut à chaque retour d'allée que
-l'inférieur se tourne du costé du plus qualifié de ces Seigneurs. Que
-s'ils sont tous deux égaux, il faut qu'il se tourne à un bout d'allée
-du costé de l'un, et à l'autre bout du costé de l'autre; observant de
-quitter luy-même le milieu quand il aura achevé son récit.
-
-Que si la personne qualifiée garde sa place, qui est le milieu, et que
-les deux autres personnes qui sont à ses costez soient d'une assez
-égale condition, il sera de son honnesteté de se tourner à chaque
-retour d'allée tantost vers l'un et tantost vers l'autre.
-
-En général, quand on se promène deux à deux, il faut observer qu'au
-bout de chaque longueur de promenade, on doit tourner en dedans du
-costé de la personne avec laquelle on se promène, et non en dehors, de
-peur de luy tourner le dos.
-
-Que si on se promène trois ensemble, et que l'on soit égaux, on peut
-se quitter le milieu alternativement à chaque retour d'allée, celuy
-qui estoit au milieu se reculant à costé pour laisser entrer au milieu
-un de ceux qui estoient à costé.
-
-Que si la personne qualifiée s'asseoit pour se reposer, il ne
-faudroit point s'asseoir près d'elle qu'elle ne nous y conviast, et
-en ce cas-là on doit prendre le bas bout, c'est-à-dire sa gauche, en
-laissant un espace raisonnable entre deux. Mais si nous nous trouvions
-avec d'autres gens, ce seroit une grande incivilité de se promener en
-la présence et à la veuë de la personne qualifiée pour laquelle on
-doit avoir du respect; comme aussi de se tenir assis devant elle si
-elle se promenoit.
-
-De même, c'est une grande incivilité, quand on est dans le jardin
-d'une personne que l'on doit respecter, d'y cueillir ou des fruits, ou
-des fleurs, ou autre chose. Si on en présente, on peut les accepter,
-sinon il ne faut toucher à rien que des yeux.
-
-Que si on rencontre dans les ruës teste à teste une personne de
-qualité, il faut prendre le bas où est le ruisseau. S'il n'y a point
-de haut ni de bas dans un chemin, il faut se poster en sorte que nous
-passions sous sa main gauche pour luy laisser la main droite libre. Et
-cela se doit aussi observer dans la rencontre des carrosses.
-
-Que s'il s'agit de la saluer comme venant de la campagne, il faut le
-faire en se courbant humblement, ostant son gand et portant la main
-jusqu'à terre. Mais sur tout il faut faire ce salut sans précipitation
-ni embarras, ne se relevant que doucement, de peur que la personne que
-l'on saluë venant aussi à s'incliner, et peut-estre par honnesteté à
-embrasser celuy qui la saluë, on ne luy donne quelque coup de teste.
-
-Que si c'est une Dame de haute qualité, il faut par respect ne la pas
-baiser, si elle-même par honnesteté ne tend la jouë, et alors même il
-faut seulement faire semblant de la baiser, et approcher le visage
-de ses coëffes. Et de quelque façon qu'on la saluë, soit qu'on la
-baise ou non, il faut que toutes les révérences se fassent avec de
-très-profondes inclinations de corps.
-
-Que si, en la compagnie de cette Dame, il s'en rencontre quelques
-autres qui soient d'égale condition ou indépendantes d'elle, alors
-il les faut saluer de même. Que si elles luy sont inférieures ou
-dépendantes, c'est une incivilité de les saluer, parce que c'est faire
-quelque injure à leur supérieure que de les traiter de leur égale.
-
- * * * * *
-
-VI
-
-EXTRAIT DE _La civilité puérile et honneste, dressée par un
-missionnaire_[292].
-
-[1749]
-
-
-_La manière de saluer en se rencontrant._—Si dans le chemin vous
-rencontrez une personne qui vous semble de mérite, ou par son âge
-ou par sa qualité, vous la saluerez honnestement, sans beaucoup
-vous retourner vers elle, si ce n'est que vous la connoissiez
-particulièrement.
-
-Il ne faut pas qu'un jeune enfant fasse de difficulté de saluer les
-personnes qu'il rencontre, particulièrement si ces rencontres ne sont
-pas fréquentes, parce qu'il y a de l'honneur à honorer les autres.
-
-La coutume de Paris est de ne saluer que ceux que l'on connoist, à
-cause du luxe et de la braverie[293] qui règne dans cette ville, où
-la qualité des personnes est méconnoissable. Il ne faut pas néanmoins
-refuser ce devoir aux ecclésiastiques et aux religieux.
-
-Si une personne vous salue et vous arreste dans le chemin, il faut lui
-rendre au moins autant qu'il vous donne, pourveu qu'il ne vous soit
-pas tout à fait inférieur. Il ne faut pas dire à toutes personnes:
-_Comment vous portez-vous?_ mais seulement à ceux qui vous sont à peu
-près semblables, et que vous connoissez particulièrement.
-
-Dans la rencontre d'une personne d'honneur ou qui vous est semblable,
-donnez-lui le haut bout, et vous retirez tant soit peu au milieu de la
-rue pour lui faire honneur[294].
-
-Il est de mauvaise grâce de dire à une personne _Couvrez-vous,
-monsieur_, si ce n'est qu'il soit inférieur. A vos semblables, vous
-pouvez dire _Couvrons-nous_.
-
-Si vous avez besoin de vous couvrir en présence d'une personne à qui
-vous voulez faire de la civilité, vous pouvez lui dire: _Monsieur,
-j'attends votre ordre pour me couvrir._
-
-Si on vous dit de vous couvrir, il le faut faire incontinent, sans
-attendre qu'on vous l'ait dit trois fois; et si la personne qui vous
-parle est aussi découverte, ne vous couvrez pas le premier, mais
-faites-le ensemble.
-
-_Du port ou du maintien extérieur._—Il ne faut point baisser le dos
-comme si vous aviez un gros fardeau sur les épaules; mais tenez-vous
-toujours droit, et accoutumez-vous à cette posture.
-
-Ne mettez pas votre chapeau sur l'oreille, ni trop sur le devant de la
-teste comme si vous vouliez cacher votre visage; voyez comme font les
-honnestes gens.
-
-Portez votre manteau sur les deux épaules, et non pas retroussé sous
-le bras; il est encore plus ridicule de le porter sur le coude.
-
-Ne mettez pas les bras aux costés, comme ces femmes qui sont en colère
-et qui disent des injures à leurs voisines.
-
-Il est incivil de branler les jambes quand on est assis, comme font
-les petits enfans qui ne peuvent s'en empescher.
-
-Il ne faut pas aussi mettre une jambe sur l'autre: cela n'appartient
-qu'aux grands Seigneurs et aux Maistres; mais tenez-les fermes et
-arrestées, les pieds également joints et non croisés l'un sur l'autre.
-
-_La manière de donner ou de recevoir quelque chose._—Si vous
-présentez quelque chose à quelqu'un, il faut baiser la chose si cela
-se peut; et la lui ayant présentée, il faut faire la révérence.
-
-Si on vous présente quelque chose, telle qu'elle puisse estre, il faut
-baiser la main avant que de la recevoir, et puis baiser la chose que
-vous avez reçue. Il ne faut pas néanmoins mettre la main ou la chose
-si près de la bouche: il suffit de faire semblant de la baiser.
-
-Quand vous présentez quelque chose à quelqu'un, il la faut tellement
-tenir qu'il la puisse prendre facilement par où elle doit estre prise.
-Ainsi, lorsque vous présentez un couteau ou une cuillière, il faut
-tourner le manche vers celui qui doit la recevoir.
-
-C'est contre la bienséance de faire des éloges du présent que vous
-faites, comme si vous vouliez que l'on eût plus de reconnoissance.
-Que si d'autres le louoient, il faut répondre que vous souhaiteriez
-qu'il fust plus beau et plus digne du mérite de celui à qui vous le
-présentez.
-
-Il est de la civilité, au contraire, de témoigner de l'estime du
-présent que l'on vous fait, et de ne le point cacher incontinent.
-
-C'est une très-grande faute d'y trouver à redire, particulièrement
-devant celui qui vous l'a fait, parce qu'il ne faut jamais faire honte
-à personne.
-
-_La manière de se moucher, cracher et éternuer sans manquer à
-la civilité._—Bien que toutes les actions soient naturelles et
-quelquefois nécessaires, il y a néanmoins la manière de les faire pour
-ne point pécher contre les règles de la civilité.
-
-Quand vous avez besoin de cracher, tournez-vous tant soit peu le
-visage à costé, en sorte que vous n'incommodiez personne. Mettez
-incontinent le pied dessus, avant qu'il puisse estre apperçu, si le
-phlegme est considérable.
-
-Il est de mauvaise grâce de cracher par la fenestre dans la rue, ou
-sur le feu, et en tout autre lieu où on ne pourroit marcher sur le
-crachat.
-
-Ne crachez point si loin qu'il faille aller chercher le crachat pour
-mettre le pied dessus, et encore moins ne crachez point vis-à-vis de
-personne.
-
-Gardez-vous bien de vous moucher avec les doigts ou sur la manche,
-comme les enfans; mais servez-vous de votre mouchoir, et ne regardez
-pas dedans après vous estre mouché.
-
-Il ne faut pas aussi faire un grand bruit en se mouchant, comme pour
-sonner de la trompette. Mais on doit se comporter tellement qu'à peine
-ceux qui sont présens puissent s'en appercevoir.
-
-Si vous vous sentez disposé à éternuer, tournez-vous tant soit peu
-de costé, couvrez votre visage avec le mouchoir, et remerciez la
-compagnie qui vous aura salué, en lui faisant la révérence.
-
-Il faut s'abstenir de bâiller en compagnie autant que l'on peut, parce
-que c'est une marque d'une personne ennuyée. Que si néanmoins on y
-étoit contraint, il faudroit s'abstenir de parler pour lors, mettre le
-mouchoir ou la main devant la bouche, après avoir tourné la teste.
-
-_Comme l'enfant doit se comporter auprès du feu._—Apprenez à vous
-comporter auprès du feu comme en toute autre rencontre, et que
-l'honnesteté veut que l'on cède toujours la place la plus honorable
-et la plus commode aux personnes de plus grand mérite.
-
-La place d'honneur est celle du milieu, quoique à présent, dans les
-familles, celle du coin qui regarde la porte soit celle d'ordinaire
-que le maistre choisit pour voir ceux qui entrent et qui sortent; mais
-ce doit estre une place de son choix, non pas qu'elle puisse estre
-honnestement présentée à un honneste homme.
-
-Ne vous approchez pas si près du feu, crainte de vous brûler les
-jambes; et encore moins ne mettez pas les mains dans la flamme.
-
-Toucher au feu sans cesse, pour approcher les tisons les uns des
-autres ou pour changer la disposition du feu, c'est la marque d'un
-esprit turbulent et qui ne peut se tenir en repos.
-
-En présence d'honneste compagnie, vous ne devez pas tourner le dos
-au feu; et si quelqu'un se donnoit cette liberté à cause de sa
-prééminence, il ne faudroit pas l'imiter en cela.
-
-La charité, aussi bien que la civilité, veut que l'on fasse place à
-ceux qui viennent de nouveau, et que l'on s'incommode un peu en faveur
-de ceux qui ont plus besoin de se chauffer.
-
-Si quelqu'un jette quelque chose dans le feu, comme lettres, papiers,
-ou autres choses semblables, il est de très-mauvaise grâce de les
-retirer pour quelque raison que ce puisse estre.
-
- * * * * *
-
-VII
-
-EXTRAIT DES _Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne_.
-
-Par DE LA SALLE[295].
-
-[Édition de 1782]
-
-
-_De la tête._—Gratter sa tête lorsqu'on est en compagnie, cela est
-d'une très-grande indécence, et indigne d'une personne bien née. C'est
-aussi l'effet d'une grande négligence et malpropreté, car cela vient
-ordinairement de ce qu'on n'a pas assez de soin de se bien peigner
-et de se tenir la tête nette. C'est à quoi doit prendre garde une
-personne qui n'a point de perruque de ne laisser ni ordure, ni crasse
-sur sa tête, car il n'y a que des personnes mal élevées qui tombent
-dans cette négligence.
-
-La modestie et l'honnêteté demandent qu'on ne laisse pas amasser
-beaucoup d'ordure dans ses oreilles; ainsi il faut de temps en temps
-les nettoyer avec un instrument fait exprès, qu'on nomme pour ce sujet
-_cure-oreille_. Il est d'usage à présent que les oreilles ne soient
-pas entièrement couvertes de cheveux; c'est pourquoi il faut avoir
-grand soin de les tenir fort nettes.
-
-Il n'y a qu'une nécessité indispensable qui puisse obliger un homme à
-pendre des anneaux à ses oreilles. C'est une marque d'esclavage qui
-l'avilit, et qui ne peut convenir qu'aux femmes qui, selon la loi de
-Dieu, doivent être assujetties à leurs maris, et à qui la vanité fait
-croire que c'est un ornement d'avoir des pendants d'oreilles.
-
-Le plus bel ornement des oreilles d'un chrétien est qu'elles soient
-bien disposées et toujours prêtes à écouter avec attention et à
-recevoir avec soumission les instructions qui regardent la religion...
-
-Quoiqu'il ne faille pas facilement mettre de la poudre sur ses
-cheveux, et que cela ressent un homme efféminé, on doit cependant
-prendre garde de ne les pas avoir gras. C'est pourquoi, lorsqu'ils le
-deviennent, on peut les dégraisser avec du son, ou mettre de la poudre
-dans le peigne pour les rendre secs et leur ôter leur humidité, qui
-pourroit gâter le linge et les habits.
-
-On ne doit jamais sortir du logis qu'après avoir peigné et arrangé
-proprement ses cheveux. On y peut mettre de la pommade et de la poudre
-en très-petite quantité.
-
-Il est de la modestie et de l'honnêteté de ne pas toucher ses cheveux
-sans nécessité. C'est pourquoi il n'y faut mettre que très-peu de
-poudre, parce que la trop grande quantité engendre de la vermine,
-qui engage quelquefois les jeunes gens à imiter certaines dames qui
-frappent la tête avec le doigt dans les endroits où cette vermine se
-fait sentir.
-
-Il est de la propreté de se nettoyer tous les matins le visage avec un
-linge blanc pour le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de
-l'eau, car cela rend le visage plus susceptible du froid en hiver et
-du hâle en été.
-
-C'est une chose très-messéante de mettre des mouches sur son visage,
-et de le farder en y mettant du blanc ou du vermillon. Cette vanité
-prouve que ceux qui en usent ainsi n'ont pas de beauté naturelle.
-
-Il n'est pas à propos de se couper les sourcils fort courts: ce seroit
-s'exposer à s'attirer quelque fluxion sur les yeux.
-
-Un homme sage ne doit jamais lever la main pour donner sur la joue
-à quelqu'un. La bienséance et l'honnêteté ne le permettent pas, à
-l'égard même d'un domestique.
-
-Il est de la bienséance de tenir le nez fort net; car il est l'honneur
-et la beauté du visage, et la partie de nous-même la plus apparente.
-
-Il est vilain de se moucher avec la main nue en la passant dessous le
-nez, ou de se moucher sur sa manche ou sur ses habits.
-
-C'est une pratique assez en usage de prendre du tabac en poudre. Il
-est cependant beaucoup mieux de ne le pas faire, particulièrement
-lorsqu'on est en compagnie, et il ne faut jamais le faire lorsqu'on
-est avec des personnes à qui on doit du respect. Mais il est
-très-indécent d'en mâcher, et de s'en mettre des feuilles dans le nez.
-Il ne l'est pas moins de le prendre en pipe, surtout en présence des
-femmes.
-
-Si une personne de haute qualité prend du tabac devant ceux qui sont
-avec elle, et qu'elle leur en présente, le respect qu'ils lui doivent
-les empêche de le refuser, ou du moins faire semblant. Mais de toute
-autre personne on peut le refuser, en la remerciant honnêtement.
-
-Lorsqu'on prend du tabac en compagnie, il faut que cela soit rare, et
-qu'on n'ait pas toujours une tabatière ou un mouchoir entre les mains
-et les doigts pleins de tabac. On doit aussi prendre garde qu'il n'en
-tombe pas sur le linge ni sur les habits, car il est malhonnête qu'on
-y en apperçoive; et afin que cela n'arrive pas, il en faut prendre peu
-à la fois.
-
-Il faut bien prendre garde de ne pas se servir de ses ongles, de
-ses doigts ou d'un couteau pour nettoyer ses dents. Il est de la
-bienséance de le faire avec un instrument fait exprès, qu'on nomme
-_cure-dent_, ou avec un bout de plume taillée à propos pour le faire,
-ou avec un gros linge.
-
-C'est une incivilité très-grande de se prendre une dent avec l'ongle
-du pouce pour exprimer un dédain ou un mépris de quelque personne ou
-de quelque chose; et il est encore plus mal de dire en le faisant: _Je
-m'en soucie non plus que de cela._
-
-Il n'est pas moins incivil de mettre la langue ou la lèvre d'en bas
-sur la lèvre d'en haut pour en tirer de l'eau qui seroit tombée du
-nez, et de la rapporter ensuite dans la bouche.
-
-_Du chapeau et de la manière de s'en servir._—Le chapeau sert à
-l'homme pour orner sa tête, aussi bien que pour la garantir de
-plusieurs incommodités. Le porter sur son oreille, ou sur le derrière
-de la tête, ou le mettre trop fort sur le devant, comme si on vouloit
-cacher son visage, sont toutes manières ridicules et indécentes.
-
-Lorsqu'on salue quelqu'un, il faut prendre son chapeau avec la main
-droite et l'ôter entièrement de dessus sa tête, et d'une manière qui
-soit honnête, en portant le bras jusqu'en bas et en tenant le chapeau
-par le bord, et le côté qui doit couvrir la tête tourné vers la
-cuisse, sans la toucher.
-
-Si on ôte son chapeau dans les rues, ou en passant devant quelque
-personne pour la saluer, on doit le faire un peu avant que d'être
-auprès d'elle, et ne pas se recouvrir qu'on ne soit un peu éloigné de
-cette personne.
-
-Et si on salue quelqu'un en l'abordant, il faut ôter son chapeau cinq
-ou six pas avant que d'en approcher.
-
-Lorsqu'on entre dans une place où il y a une personne de qualité ou
-à qui on doit beaucoup de respect, il faut toujours ôter son chapeau
-avant que d'entrer dans cette place. Si ceux qui sont dans la place
-sont debout et découverts, on est obligé de se tenir dans la même
-posture. Après avoir ôté son chapeau avec bien de l'honnêteté, il faut
-tourner le dedans vers soi, et le mettre sur le bras gauche ou devant
-soi sur l'estomac du côté gauche.
-
-Lorsqu'étant assis, on est obligé d'avoir le chapeau bas, il est de la
-bienséance de le tenir sur ses genoux, le dessus tourné vers soi.
-
-C'est une grande incivilité, lorsqu'on parle à quelqu'un, de tourner
-son chapeau, de gratter dessus avec les doigts, de battre le tambour
-dessus, de toucher la laisse ou le cordon, de regarder dedans ou tout
-autour, de le mettre devant son visage ou sur sa bouche.
-
-Les occasions dans lesquelles il faut se découvrir et ôter son
-chapeau, sont:
-
-1º Lorsqu'on se trouve dans un lieu où il y a des personnes
-considérables;
-
-2º Quand on salue quelqu'un;
-
-3º Quand on donne ou qu'on reçoit quelque chose;
-
-4º En se mettant à table;
-
-5º Quand on entend prononcer le saint nom de Jésus et de Marie[296];
-excepté lorsqu'on est à table, car il faut seulement baisser la tête;
-
-6º Lorsqu'on est devant des personnes à qui on doit beaucoup de
-respect; comme lorsqu'on est avec des ecclésiastiques, des magistrats,
-et d'autres personnes considérables. A l'égard de ces personnes, on
-doit se découvrir d'abord, mais il n'est pas nécessaire de se tenir
-découvert, à moins que l'on ne leur soit beaucoup inférieur.
-
-On doit aussi se découvrir devant toutes les personnes qui sont
-supérieures, et ne pas se recouvrir que par leur ordre. Et aussitôt
-qu'elles le disent, il faut se recouvrir sans différer, parce que
-c'est un ordre; mais, après s'être couvert, il ne faut plus se
-découvrir qu'en les quittant.
-
-Il est contre la bienséance de se découvrir lorsqu'on est à table,
-à moins qu'il ne survienne quelque personne qui mérite beaucoup
-d'honneur.
-
-S'il y a à table quelque personne de haute qualité qui soit sans
-chapeau pour sa commodité, il ne la faut pas imiter, cela serait trop
-familier, mais on doit toujours demeurer couvert.
-
-Lorsque quelqu'un parle le chapeau bas, il faut toujours ordinairement
-le faire couvrir si on lui est supérieur; et on peut alors lui dire:
-_Couvrez-vous, monsieur._ Cette manière de parler n'est cependant
-permise qu'à l'égard des personnes qui sont beaucoup au-dessous de soi.
-
-Faire couvrir quelqu'un qui est au-dessus de soi, c'est une grande
-incivilité. Cela se peut bien faire à l'égard des personnes avec qui
-on est familier et qui sont d'égale condition; mais il ne faut pas que
-ce soit par manière de commandement, ni qu'on se serve de paroles qui
-en expriment aucun. On doit le faire, ou seulement par signe et se
-couvrir en même temps, ou par quelque circonlocution, en disant par
-exemple: _Vous pouvez, monsieur, être incommodé d'être découvert_; ou
-en se servant de paroles familières, comme de celles-ci: _Sans doute,
-monsieur, que vous restez découvert pour votre commodité._
-
-_De la manière dont on doit saluer les personnes qu'on visite ou qu'on
-rencontre._—La première chose qu'on doit faire en entrant dans la
-chambre d'une personne qu'on visite est de la saluer et de lui faire
-la révérence.
-
-On peut saluer quelqu'un de trois manières différentes.
-
-Il y a une manière de saluer qui est fort ordinaire, qui se fait:
-
-Premièrement, en se découvrant de la main droite en portant le chapeau
-jusqu'en bas, étendant tout à fait le bras jusque sur la cuisse droite
-et laissant la main gauche dans sa liberté.
-
-Secondement, en regardant doucement et honnêtement la personne qu'on
-salue.
-
-Troisièmement, baissant la vue et inclinant le corps.
-
-Quatrièmement, en tirant le pied. Si on veut avancer, il faut couler
-le pied droit en avant. Si on veut reculer, en tirant le pied gauche
-en arrière. Si l'on passe à côté, en glissant le pied en avant du
-côté de la personne qu'on veut saluer, et en se courbant et saluant
-la personne quelques pas avant que d'être vis-à-vis d'elle. Si on
-salue une compagnie tout entière, on doit couler le pied en avant pour
-saluer la personne la plus considérable, et tirer le pied gauche en
-arrière pour saluer de côté et d'autre toute la compagnie.
-
-La seconde manière de saluer est de saluer dans la conversation, c'est
-ce qu'on nomme ordinairement une honnêteté. Cela se fait simplement en
-se découvrant, en se courbant tant soit peu, et en glissant le pied en
-avant d'une manière imperceptible.
-
-La troisième manière de saluer, qui est extraordinaire, se fait quand
-quelqu'un vient du dehors, ou lorsqu'on prend congé de quelqu'un avant
-son départ pour un voyage. Cette manière de saluer se fait comme la
-première; mais il faut ôter son gant de là main droite, se courber
-humblement, et après avoir porté la main presque à terre, la rapporter
-ensuite doucement vers sa bouche, comme pour la baiser.
-
-Une autre manière extraordinaire de saluer est d'embrasser la personne
-qu'on aborde. Ce qui se fait en portant la main droite dessus l'épaule
-et la gauche dessous, et en se présentant l'un à l'autre la joue
-gauche, sans se la toucher ni la baiser.
-
-Le baiser est encore une autre manière de saluer, qui ne se fait
-ordinairement que par des personnes qui ont quelque union entre elles
-et quelque amitié particulière.
-
-Dans Paris, on ne salue ordinairement que les personnes qu'on connoît
-ou qui sont d'une qualité éminente et beaucoup élevée au-dessus du
-commun, comme sont les princes et les évêques.
-
-Lorsque dans la rue on rencontre tête à tête quelque personne
-de qualité, il est à propos de se détourner un peu et de passer
-au-dessous d'elle, en se retirant du côté du ruisseau.
-
-S'il n'y a point de haut ni de bas, mais un chemin uni, il faut passer
-à gauche de la personne qu'on rencontre et lui laisser la main droite
-libre. Et quand elle passe, il faut s'arrêter et la saluer avec
-respect, et même avec un profond respect si sa qualité le demande.
-
-Lorsqu'étant en carrosse, on se rencontre en un lieu par où passe
-le Saint-Sacrement, on en doit descendre et se mettre à genoux. Si
-c'est une procession ou un enterrement, ou bien le Roi, la Reine,
-les Princes les plus proches du sang Royal, ou des personnes d'un
-caractère ou d'une dignité éminente, il est du devoir et du respect de
-faire arrêter le carrosse jusqu'à ce qu'elles soient passées, et avoir
-la tête nue.
-
-Il n'est pas de la bienséance de monter en carrosse ou à cheval devant
-une personne pour qui on doit avoir quelque considération, à moins
-qu'elle n'en fasse un commandement; et alors il faut éloigner un peu
-le carrosse ou le cheval, ou bien on peut faire avancer le carrosse ou
-le cheval jusqu'à ce qu'on ne la voie plus, et y monter ensuite.
-
-
-
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE
-
-
- Abbé (perruque d'), 67, 70, 71.
-
- Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés (rue de l'), 10.
-
- Académie de coiffure, 134, 154.
-
- Accommodage (l'), 103, 104, 139.
-
- Achemeresses, 129.
-
- Adorable (perruque à l'), 68.
-
- Aiguière, 19.
-
- Aile de pigeon (perruque à l'), 68.
-
- Albon (comte d'), 90.
-
- Albret (Honoré d'), 53.
-
- Alegiani (J. B.), 9.
-
- Allemands, 177.
-
- Almanach Dauphin, 141.
-
- Almaviva (coiffure à l'), 149.
-
- Amidon, 103.
-
- Amidonniers, 100.
-
- Amman (J.), 22.
-
- Anciens (maîtres), 106, 107, 108.
-
- Angerville (d'), 132.
-
- Anglaise (coiffure à l'), 145.
-
- Angleterre (cheveux d'), 66.
-
- Anne d'Autriche, 37.
-
- Antiquité (perruque à l'), 69.
-
- Apothicaires, 70.
-
- Apprentissage, 108 à 111.
-
- Arche-Marion (rue de l'), 10.
-
- Argentine, _poudre_, 98.
-
- Argonne (Bonav. d'), 74.
-
- Armide (coiffure à l'), 149.
-
- Arnauld d'Andilly, 57.
-
- Asiatique (pouf à l'), 147.
-
- Assyrienne (pouf à l'), 147.
-
- Atourneresses, 129.
-
- Aubigné (A. d'), 29, 97.
-
- Aucunement (sens du mot), 165.
-
- Audis, _coiffeur_, 141.
-
- Aussel-d'Argenteuil (rue), 12.
-
- Autier (Léonard), 158, 159.
-
- Aventure (perruque à l'), 69.
-
-
- Bachaumont (_Mémoires_ dits de), 124, 133, 138, 141, 146, 157.
-
- Baigneuse (coiffure en), 145.
-
- Baignoires, 16, 19, 119, 120, 124.
-
- Bâiller (manière de), 43, 176, 184, 197.
-
- Bain (fond de), 19.
-
- Bains chauds, 3, 4, 9, 11 et s., 114 et s., 116 et s., 122, 127 à
- 129.—Voy. _Étuves_.
-
- Bains chinois, 124.
-
- Bains de lait, 120.
-
- Bains de vapeur, 14, 114 et s., 128.
-
- Bains épilatoires, 116, 128.
-
- Bains froids, 114, 121 et s.
-
- Bains russes, 128.
-
- Baiseuse (la), _mouche_, 96.
-
- Balzac (G. de), 57.
-
- Bandeau d'amour, _coiffure_, 142, 145.
-
- Bandelettes (pouf à), 147.
-
- Baquets, 16, 19, 25.
-
- Barbe, 44 et s., 113.
-
- Barbiers-barbants, 2, 32, 35, 36, 64 et s., 100, 105 et s., 129, 138
- et s., 154.—Voy. _Coiffeurs_.
-
- Barbiers-chirurgiens, 1, 2, 22, 25, 32, 35, 108, 111, 112, 129.
-
- Barbiers du Roi, 63, 118.
-
- Barillerie (rue de la), 10.
-
- Baron (Michel), 117.
-
- Bassins à laver, 19, 20.
-
- Beaubourg (rue), 11.
-
- Beaumarchais, 148.
-
- Beaumont (perruque à la), 69.
-
- Bellechasse (rue de), 128.
-
- Bellegarde (abbé de), 79, 145.
-
- Bellemare (marquis de), 133.
-
- Belle-Poule (coiffure à la), 148.
-
- Bellièvre (président de), 58.
-
- Belmont (de), 77.
-
- Bénédictins, 3 à 6.
-
- Benserade, 58.
-
- Bérénice, 139.
-
- Bertin (mad.), 158.
-
- Bérulle (cardinal de), 56.
-
- Bibliothèque du Roi, 58.
-
- Bibliothèque nationale, 36, 107, 145.
-
- Bichonne, _perruque_, 67.
-
- Bignon (J.), 57.
-
- Bigotère, 53, 54.
-
- Binet, _perruquier du roi_, 62, 63.
-
- Birat, 77.
-
- Blanc, _fard_, 201.
-
- Blegny (Nic. de).—Voy. _Livre commode_.
-
- Boileau (Étienne), 12.
-
- Boileau (Nic.), 86.
-
- Bois à brûler, 14.
-
- Boiteau (Paul), 103.
-
- Boîtes à mouches, 97.
-
- Bompar, 77.
-
- Bonaparte, 104.
-
- Bonne de Savoie, 21.
-
- Bonnet (perruque en), 70, 71.
-
- Bonnette, _perruque_, 67.
-
- Bons-Enfants (rue des), 132.
-
- Bosse (Abraham), 77.
-
- Bouche (propreté de la), 170, 179.
-
- Boufflers (maréchal de), 79.
-
- Boudin _de perruque_, 70, 71.
-
- Boullanger (André), 98.
-
- Bourdonnais (rue des), 10.
-
- Bourgeoise (coiffure à la), 142.
-
- Bourgogne (duc de), 79.
-
- Bourse (perruque à), 68, 70, 71.
-
- Boutiques, 22, 109, 111, 112,
- 154 à 157.
-
- Brantôme, 60.
-
- Bras (tenue des), 167, 171, 172, 195.
-
- Breteuil (baron de), 78.
-
- Bretons, 181.
-
- Brienne (Louis de), 82.
-
- Brigadière (perruque à la), 67, 70, 71.
-
- Brisée (perruque), 70.
-
- Buchon (J.), 16.
-
- Bussy-Rabutin, 80.
-
-
- Cabriolet, _perruque_, 68.
-
- Cadenettes, 49, 68.
-
- Cadet de la Perle, 50, 53.
-
- Cadot (Jacques), _menuisier_, 19.
-
- Caleçons, 114, 124.
-
- Callot (J.), 58.
-
- Calmet (dom), 4 à 6.
-
- Calviac (C.), 169.
-
- Campan (mad.), 120, 151, 158.
-
- Camus (Pierre), 57.
-
- Candeur (coiffure à la), 145.
-
- Canilliat, _coiffeuse_, 132.
-
- Caprice (coiffure au), 142.
-
- Caquets de l'accouchée, 121.
-
- Carrée (perruque), 68.
-
- Carrosses, 38, 41, 86, 90, 188, 192, 207, 208.
-
- Casque, 73.
-
- Catoblepes, 166.
-
- Catogan, 70.
-
- Cavalière, _perruque_, 68, 69.
-
- Cérès (coiffure à la), 142.
-
- Cerf-volant (coiffure au), 145.
-
- Cerisaie (rue de la), 116.
-
- Chaises à porteur, 38, 42.
-
- Chambrières, 129.
-
- Champagne, _coiffeur_, 120 à 131.
-
- Champcenetz, 119.
-
- Chancelière (perruque à la), 68.
-
- Chapeau (tenue du), 195, 202, 203.
-
- Chapeau de bras, 73.
-
- Chaperon, _coiffure_, 73, 74.
-
- Chapon (rue), 113.
-
- Charbon, 14.
-
- Charles V, 20, 48.
-
- Charlotte de Savoie, 20.
-
- Charmes de la liberté (coiffure aux), 145.
-
- Chartres (duchesse de), 147, 152.
-
- Chartres (N. D. de), 47.
-
- Chasse (perruque de), 68.
-
- Chasseur (perruque au), 69.
-
- Châteauroux (duchesse de), 132.
-
- Chat-qui-pêche (rue du), 11.
-
- Chaudronniers, 119.
-
- Chaussures (propreté des), 38, 41, 42, 164.
-
- Chefs-d'œuvre _des métiers_, 107, 111.
-
- Chemises, 4.
-
- Cheveux (commerce des), 59, 65, 66, 138.
-
- Chien couchant (coiffure au), 142.
-
- Chinois, 42.
-
- Chinoise (pouf à la), 147.
-
- Chirurgien du Roi, 105, 106, 108, 109.
-
- Chirurgiens, 1, 2.—Voy. _Barbiers_.
-
- Choiseul (duc de), 158.
-
- Choisy (perruque à la), 69.
-
- Christine _de Suède_, 37, 131.
-
- Chypre (poudre de), 98.
-
- Cimetière-Saint-Nicolas (rue du), 113.
-
- Circassienne moderne (coiffure à la), 145.
-
- Circonstance (perruque à la), 69.
-
- Cité (la), _à Paris_, 21.
-
- Civilité (caractères dits de), 169.
-
- Clément d'Alexandrie, 59.
-
- Cléopâtre (coiffure à la), 149.
-
- Cluni (règle de), 5, 6.
-
- Cochin, 154, 157.
-
- Coiffeurs, 104, 130 et s.
-
- Coiffeuses, 129 et s.
-
- Coiffures, 44 et s., 129 et s.
-
- Coins _de cheveux_, 61.
-
- Colbert (J. B.), 57, 65.
-
- Colisée (coiffure au), 149.
-
- Colombe (coiffure à la), 142.
-
- Combattant (perruque au), 69.
-
- Comète (perruque à la), 69.
-
- Compagnonnage, 110, 111.
-
- Compiègne, 37.
-
- Condé (prince de), 57.
-
- Conquérant, (perruque au), 69.
-
- Conquête assurée (coiffure à la), 142.
-
- Conseillère (coiffure à la), 142.
-
- Conti (quai), 122.
-
- Contredire (ne pas), 168.
-
- Coquette (la), _mouche_, 96.
-
- Coquillart (Guill.), 60.
-
- Coquille (moustache à), 53.
-
- Corbeil (N. D. de), 47.
-
- Corbeille (coiffure en), 145.
-
- Corne d'abondance (coiffure à la), 142.
-
- Corneille (Pierre), 56.
-
- Corrozet (Gilles), 86.
-
- Cosmétiques, 31, 100, 112, 116, 141.—Voy. _Fards_, etc.
-
- Coulange (marquis de), 121.
-
- Courtin (Ant. de), 42, 78, 80, 81, 82, 89, 91, 182.
-
- Courtisans, 32, 42, 55, 61.
-
- Couteliers, 107.
-
- Couvert du Roi, 78, 81.
-
- Cracher (manière de), 43, 164, 167, 169, 170, 177, 184, 197.
-
- Crête (pouf en), 147.
-
- Cretonniers, 100.
-
- Crochets (coiffure en), 142.
-
- Croisades, 9.
-
- Croissant (coiffure au), 145.
-
- Cuisse (embrasser la), 82, 85.
-
- Cure-dent, 170, 178, 202.
-
- Curieux (ne pas être), 169.
-
- Cuves à baigner, 19, 22, 25.
-
- Cuvettes, 19.
-
-
- Dagé, _coiffeur_, 132.
-
- Dangeau (marquis de), 62, 118.
-
- Daphné (coiffure à la), 142.
-
- Dauvet (Jean), _premier président_, 20.
-
- Découvrir (se), 73 et s., 190, 194, 195, 204 et s.—Voy. _Saluer_.
-
- Delamarre (manuscrits), 36, 107.
-
- Demi-conquête, _coiffure_, 142.
-
- Demi-hérisson, _coiffure_, 142.
-
- Dents (propreté des), 42, 112, 164, 170, 178, 202.
-
- Dents (maux de), 92, 93.
-
- Descartes, 57.
-
- Deschamps (Eustache), 60.
-
- Desmares, _coiffeuse_, 141.
-
- Deux queues (perruque à), 68.
-
- Diane (coiffure à la), 142.
-
- Discrète (la), _mouche_, 96.
-
- Distinction (coiffure à la), 145.
-
- Doigts (faire craquer ses), 186.
-
- Domestiques, 68, 70, 121, 129.
-
- Donner (manière de), 196, 204.
-
- Douches, 128.
-
- Douët-d'Arcq, 19.
-
- Dragonne, _perruque_, 69.
-
- Droit (se tenir), 171, 180, 195.
-
- Ducange, 58.
-
- Ducerceau (plan de), 21.
-
- Dumesnil, 74.
-
- Du Puis (Laurent), 74.
-
- Duquesne (amiral), 58.
-
- Durand, _coiffeur_, 141.
-
- Durand (Guillaume), 163.
-
- Dutens (L.), 153.
-
- Du Vair (G.), 57.
-
-
- Échelle (coiffure en), 145.
-
- École (quai de l'), 141.
-
- Économe (perruque à l'), 69.
-
- Écrans, 185.
-
- Édelinck, 53, 56.
-
- Effrontée (l'), _mouche_, 96.
-
- Éléphant (perruque à l'), 69.
-
- Embrasser (manière d'), 81, 85, 193, 206.
-
- _Encyclopédie méthodique_, 65, 71, 127.
-
- _Encyclopédie perruquière_, 68.
-
- Enfant (coiffure à l'), 157.
-
- Enfants d'Édouard (coiffure aux), 48.
-
- Enjouée (l'), _mouche_, 96.
-
- Enseigne du mal de dents, 93.
-
- Envieux (perruque a l'), 69.
-
- Épaules, 171, 179, 195.
-
- Épilation, 22, 116.
-
- Érasme (D.), 26, 28, 165, 169, 173.
-
- Espagnole (coiffure à l'), 145.
-
- Espagnole (perruque à l'), 68.
-
- Espagnols, 178.
-
- Espoir (coiffure à l'), 145.
-
- Éternument, 89, 175, 186, 197.
-
- Étuves, 9, 10 et s., 21 et s., 112 et s., 122.—Voy. _Bains_.
-
- Étuves (cul-de-sac des), 9 à 12.
-
- Étuves (rue des), 10 à 12.
-
- Étuveurs, 12 et s.
-
- Eurydice (coiffure à l'), 149.
-
- Expérience, 111.
-
- Èze (G. d'), 44.
-
-
- Fabert (maréchal), 58.
-
- Faiseuse de mouches (la), 95, 96.
-
- Fards, 6, 31, 97, 98, 141, 201.
-
- Faret (Nicolas), 90.
-
- Favori (perruque au), 69.
-
- Félicité (perruque à la), 69.
-
- Ferraille (quai de la), 141.
-
- Feu (conduite à tenir près du), 184, 197, 198.
-
- Fil de fer (perruques de), 69.
-
- Financière (perruque à la), 68.
-
- Fitelieu, 81, 93.
-
- Flore (coiffure à la), 145.
-
- Forgeais (A.), 113.
-
- Fourchettes, 26.
-
- Fournereau (Jean), 100.
-
- Fournier (Éd.), 50, 78, 98.
-
- Françaises (gardes), 112.
-
- François Ier, 22, 48.
-
- Françoise (perruque à la), 69.
-
- Franqueville (de), 114.
-
- Frédérik, _coiffeur_, 141.
-
- Frégate (coiffure à la), 148.
-
- Frison, _coiffeur_, 132.
-
- Frivolité (coiffure à la), 142.
-
- Froissart, 16.
-
- Furon (Jean), 100.
-
-
- Gabrielle de Vergy (coiffure à la), 149.
-
- Galante (la), _mouche_, 96.
-
- Galanterie (lois de la), 32, 38, 41, 53, 93.
-
- Gallonner, 47.
-
- Gamart, 85.
-
- Gantiers, 100.
-
- Gants, 80, 88, 184, 206.
-
- Gassendi (P.), 57.
-
- Gassion (maréchal de), 58.
-
- Gay (Victor), 14, 19.
-
- Gendarme (perruque à la), 69.
-
- Genlis (château de), 119.
-
- Genlis (mad. de), 85, 97, 99, 119, 133.
-
- Genoux (manière de tenir les), 172, 180, 184.
-
- Gentilly (perruque à la), 69.
-
- Geoffroi-des-Bains (rue), 10.
-
- Gestes, 185.
-
- Glaneuse (coiffure à la), 142.
-
- Globe fixé (pouf au), 147.
-
- Gloriette (cul-de-sac), 11.
-
- Godeau (Ant.), 57.
-
- Gomberville (de), 132.
-
- Gondole (coiffure en), 145.
-
- Gores, 123.
-
- Goutte, _maladie_, 115.
-
- Grævius (J. G.), 77.
-
- Grande prétention (coiffure à la), 149.
-
- Grande prêtresse (pouf à la), 147.
-
- Gratter (se), 164, 167, 171, 179, 184.
-
- Grattoir _pour la tête_, 153.
-
- Grecque (coiffure à la), 145.
-
- Grecque (perruque à la), 70.
-
- Grévin (musée), 119.
-
- Gueule de loup (pouf en), 147.
-
- Guignard, _baigneur_, 128.
-
- Guyon (Louis), 55, 92, 99.
-
-
- Hamilton (Ant. d'), 91.
-
- Harcourt (Henri d'), 52, 53.
-
- Hardy (Claude), 173.
-
- Harlay (A. de), 57.
-
- Harlay (rue de), 22.
-
- Harpie (coiffure à la), 142.
-
- Hauterive de l'Aubespine (d'), 27.
-
- Haut rang (coiffure au), 142.
-
- Hennins, 47.
-
- Henri III, 97.
-
- Henri IV, 28, 29, 48, 82, 116.
-
- Henri IV (coiffure à la), 142.
-
- Hérisson (coiffure au), 142.
-
- Hérisson à crochet, 142.
-
- Hermaphrodites (île des), 54, 60, 98.
-
- _Héroard_ (_Journal d'_), 28, 74, 92.
-
- Hésecques (comte d'), 62.
-
- Hesselin (Denis), 21.
-
- Hochequeue, 167.
-
- Honnête homme, 90, 91.
-
- Honneur (place d'), 90, 183, 191, 194, 198.—Voy. _Pavé_.
-
- Horloge (quai de l'), 113, 122.
-
- Housse (aller en), 38, 341.
-
- Huchette (rue de la), 11.
-
- Hurluberlu, _coiffure_, 131.
-
- Hurlupée, _coiffure_, 131.
-
- Hurtaut (P.), 119.
-
-
- Impatient (perruque à l'), 69.
-
- Inconstance (perruque à l'), 69.
-
- Indifférence (perruque à l'), 69.
-
- In-folio, _perruque_, 67.
-
- Ingénue (coiffure à l'), 142.
-
- Innocents (galerie des), 66.
-
- Interrompre (ne pas), 168.
-
- Iphigénie en Tauride (coiffure à l'), 148.
-
- Irène (coiffure à l'), 149.
-
- Irlandaise (coiffure à l'), 145.
-
- Irlande (bois d'), 22.
-
- Isabeau de Bavière, 19, 74.
-
- Italienne (perruque à l'), 69.
-
- Italiens, 181.
-
-
- Jaillot, 10 à 12.
-
- Jalousie (perruque à la), 69.
-
- Jambes (manière de tenir les), 172, 180, 195.
-
- Janot (coiffure à la), 145.
-
- Jarretières _de perruque_, 70, 71.
-
- Jean II, 48.
-
- Jeannin (P.), 57.
-
- Jeunes (maîtres), 106, 107.
-
- Jèze, 122.
-
- Jordanis, _perruquier_, 62.
-
- _Journal du citoyen_, 123.
-
- Juifs, 11.
-
- Junon (coiffure à la), 148.
-
- Jurements, 168.
-
- Jurés, 15, 16, 105 à 108.
-
-
- Labarte (J.), 20.
-
- Labre (Benoît), 9.
-
- La Fontaine (J. de), 58, 96.
-
- Laine (perruques de), 69.
-
- La Mésangère (de), 27.
-
- Lamoignon (président), 57.
-
- Langue (propreté de la), 164.
-
- Lanti (prince), 153.
-
- Larivey (P. de), 2.
-
- La Rivière (abbé de), 67.
-
- La Roze, _perruquier_, 62.
-
- Larseneur, _coiffeur_, 132.
-
- La Salle (J. B. de), 37, 80, 153, 199, 204.
-
- La Vallière (Mlle de), 85.
-
- La Vienne, _baigneur_, 117.
-
- Le Brun, _coiffeuse_, 132.
-
- Lebrun (Ch.), 58.
-
- Leclerc (Séb.), 77.
-
- L'Écluse (abbé de), 82.
-
- Legendre (abbé), 61.
-
- Légère (perruque à la), 69.
-
- Legoût, _coiffeur_, 141.
-
- Legrain, _barbier_, 63.
-
- Legros, _coiffeur_, 133 et s.
-
- Legros (veuve), 141.
-
- Lemaître (Ant.), 57.
-
- Le Nain de Tillemont, 58.
-
- Lentes, 28, 31.—Voyez _Poux_.
-
- Lépreux, 13.
-
- Lesdiguières (hôtel de), 116.
-
- Lestoile (P. de), 98.
-
- Le Tellier (Michel), 58.
-
- Levant (coiffure au), 142.
-
- Lever de la Reine (coiffure au), 142.
-
- Lèvres, 176, 177, 186.
-
- Lit, 182.
-
- Lit de la Reine, 81.
-
- Lit du Roi, 38, 78.
-
- Littré (E.), 154.
-
- _Livre commode_ (_le_), 62, 66, 97, 115, 118, 132.
-
- _Livre des métiers_, 12, 15.
-
- Longchamp, 121.
-
- Loret (J.), 131.
-
- Loterie d'amour (la), 93.
-
- Louis IX, 113.
-
- Louis XI, 19 à 21.
-
- Louis XIII, 2, 28, 48, 49, 56, 61, 74, 174.
-
- Louis XIV, 3, 28, 31, 37, 56, 61 à 64, 77, 83, 86, 99, 109, 118.
-
- Louvre (musée du), 6.
-
- Louvre (palais du), 22.
-
- Lubin, _graveur_, 56.
-
- Lully (J. B.), 58.
-
- Lunatique, _perruque_, 69.
-
- Luxembourg (maréchal de), 58.
-
- Luynes (connétable de), 53.
-
- Luynes (duc de), 79, 85.
-
-
- _Magasin des modes_, 145.
-
- Magny, 119.
-
- Mains (propreté des), 25, 26, 32, 37, 112, 163.
-
- Maintenon (mad. de), 131.
-
- Maître-d'hôtel (perruque à la), 69.
-
- Maîtrises (créations de), 109, 110.
-
- Majestueuse (la), _mouche_, 96.
-
- Malherbe, 56.
-
- Mansart, 58.
-
- Manteau (tenue du), 195.
-
- Marais (théâtre du), 131.
-
- Marana (J. P.), 67.
-
- Marat, 119.
-
- Marca (P. de), 57.
-
- Marcel (A.), 44.
-
- Marchand (A. H.), 68, 149.
-
- Marchand (article), 108.
-
- Marcher (manière de), 173.
-
- Marconi, 9.
-
- Marguerite de Navarre, 25.
-
- Marguerite de Valois, 60.
-
- Marie-Antoinette, 120, 149, 152, 157, 158.
-
- Marie Stuart (coiffure à la), 47.
-
- Marie-Thérèse, 85.
-
- Marin (F.), 148.
-
- Marmot, _enseigne_, 113.
-
- Marmouzets (rue des), 118.
-
- Marot (Clément), 22.
-
- Marot (J.), 85.
-
- Marron, _boucle de cheveux_, 154.
-
- Marsillac (prince de), 80.
-
- Marteaux (perruques à), 70.
-
- Martin, _coiffeuse_, 131.
-
- Masques, 35, 98.
-
- Masson (Ant.), 53.
-
- Masson (Papire), 56.
-
- Mazarin (duchesse de), 6, 94.
-
- Médecins, 2, 41, 70.
-
- Mêlée (perruque), 113.
-
- Ménage (G.), 53, 58.
-
- _Ménagier de Paris_, 29.
-
- Menuisiers, 19.
-
- Mercier (Séb.), 103, 153, 154.
-
- Merciers, 100.
-
- Mercure, _remède_, 115.
-
- Merlans, _coiffeurs_, 104.
-
- Métra, 149.
-
- Meurisse, 120.
-
- Michaud (J.), 21.
-
- Michel (saint), 113.
-
- Minerve (coiffure à la), 142.
-
- Modernes (maîtres), 106, 107.
-
- Modestie (coiffure à la), 145.
-
- Molière, 43, 56, 87.
-
- Monstrelet (E. de), 74.
-
- Montfaucon (B. de), 32, 35, 42.
-
- Montglat (mad. de), 21.
-
- Montgobert, 132.
-
- Montgolfier (coiffure à la), 149.
-
- Morfondus (quai des), 122.
-
- Morts (cheveux), 66.
-
- Motteville (mad. de), 37.
-
- Moucher (manière de se), 26, 27, 164, 167, 174, 184.
-
- Mouches, 92 et s., 201.
-
- Mouchoir, 184, 202.
-
- Moulin à vent (coiffure en), 145.
-
- Mousquetaire, _perruque_, 69.
-
- Moustaches, 49, 53.
-
- Moutonne, _perruque_, 67.
-
- Mystère (coiffure au), 142.
-
-
- Naissante (perruque), 68, 70, 71.
-
- Natation (écoles de)—Voy. _Bains froids_.
-
- Nation (coiffure à la), 145.
-
- Nattes, 47, 59.
-
- Naturelle (perruque à la), 68.
-
- Néron, 19.
-
- Neuve-Montmartre (rue), 118.
-
- Nez (souffler du), 174.
-
- Nez (propreté du), 26, 164, 173, 201.—Voy. _Moucher_.
-
- Nicolas-Flamel (rue), 10, 113.
-
- Nicot (J.), 86.
-
- Nœuds (perruque à), 68, 70, 71.
-
- Normandie (cheveux de), 66.
-
- Nouée (perruque), 68.
-
- Nouvelle mode (perruque à la), 68.
-
-
- Oiseau royal, _perruque_, 68.
-
- Olonne (mad. d'), 80.
-
- Ongles, 87, 164.
-
- Opéra, 157.
-
- Ordinaire (perruque à l'), 68.
-
- Oreilles (boucles d'), 199, 200.
-
- Oreilles (perruques à), 69.
-
- Oreilles (propreté des), 167, 199.
-
- Orléans (Gaston d'), 67.
-
- Orléans (rue d'), 118.
-
- Orsay (quai d'), 128.
-
-
- Palais (boulevard du), 10.
-
- Palais (perruque de), 69.
-
- Palais de Justice, 21, 22.
-
- Palais-Royal, 63, 129, 132.
-
- Pantalons à pieds, 5.
-
- Panurge (perruque à la), 70.
-
- Papillon constant, _coiffure_, 142.
-
- Parc anglais, _coiffure_, 145.
-
- Paré (Ambroise), 2.
-
- Paralysie, 115.
-
- Paresseuse, _perruque_, 69.
-
- Parfait, _maître-d'hôtel de Henri IV_, 82.
-
- Parfums, 31, 90.—Voy. _Cosmétiques_, _fards_, etc.
-
- Parisienne, _perruque_, 69.
-
- Parler (manière de), 166, 167.
-
- Parterre galant (coiffure au), 145.
-
- Pascal, _perruquier_, 62.
-
- Passionnée (la), _mouche_, 96.
-
- Patin (Gui), 90.
-
- Pâtissiers, 174.
-
- Patron des étuveurs, des perruquiers, 113.
-
- Paul (Vincent de), 57.
-
- Pavé (le haut du), 189, 190, 192, 194, 207.—Voyez _Honneur_.
-
- Pays (cheveux de), 66.
-
- Pédules, 5.
-
- Peignes, 5, 6.
-
- Peignes _pour gratter aux portes_, 88.
-
- Peignoirs de bain, 14, 19.
-
- Peintres (impasse des), 10.
-
- Peiresc (Fabri de), 56.
-
- Pelé, _perruquier_, 62, 65.
-
- Pelleterie (rue de la), 11.
-
- Pellisson (P.), 58, 61.
-
- Penthièvre (duc de), 147.
-
- Perrault (Ch.), 53.
-
- Perrette de Châlons, 21.
-
- Perruques, 56 et s.
-
- Perruquiers, 36, 64 et s.—Voy. _Barbiers_, _coiffeurs_, etc.
-
- Perruquiers en vieux, 113.
-
- Persane (coiffure à la), 145.
-
- Petit-maître (perruque au), 69.
-
- Petit-Musc (hôtel du), 22.
-
- Petitot (C. B.), 37.
-
- Petits-Champs (rue des), 63.
-
- Pets, 28, 164, 170, 180.
-
- Philadelphie (coiffure à la), 148.
-
- Philippe-Auguste, 48.
-
- Philippe VI, 48.
-
- Phrygienne (coiffure à la), 145.
-
- Pieds (propreté des), 5, 6, 20, 29, 43.
-
- Pierrot (coiffure à la), 145.
-
- Pignet (Mace), _tonnelier_, 19.
-
- Pipes, 201.—Voy. _Tabac_.
-
- Pithou (Pierre), 56.
-
- Placet, _siége_, 86.
-
- Pline, 166.
-
- Plus tôt fait (perruque à la), 69.
-
- Poitevin, _baigneur_, 127 à 128.
-
- Poitier, _coiffeuse_, 132.
-
- Polastron (de), 79.
-
- Pompadour (marquise de), 132.
-
- Pontchartrain (L. P. de), 57.
-
- Pont Royal, 124, 127, 128.
-
- Popincourt, 115.
-
- Porte-aux-Peintres (cul-de-sac de la), 10.
-
- Portes (gratter aux), 86, 87.
-
- Port-Mahon (perruque à la), 68.
-
- Portugal (rouge de), 141.
-
- Pot à eau, 19.
-
- Potel, 50.
-
- Potiquet, _perruquier_, 65.
-
- Poudre à poudrer, 56, 97 et s., 153, 200.
-
- Poufs, 146, 147.
-
- Poussin (Nicolas), 58.
-
- Poux, 28, 31, 153, 164.
-
- Prêteuses de têtes, 134.
-
- Prévôt de Paris, 14, 15.
-
- Prie (marquise de), 132.
-
- Propreté, 3 et s.—Voy. _Bouche_, _dents_, _mains_, _nez_, _oreilles_,
- _pieds_, _tête_, _visage_, etc.
-
- Prudence (perruque à la), 69.
-
- Prud'homme, _baigneur_, 117, 118.
-
- Puce (pouf à la), 147.
-
- Puces, 29 et s., 164.
-
- Punaises, 31, 38.
-
-
- Quatre-Nations (quai des), 122.
-
- Quentin, _barbier du roi_, 63.
-
- Quesaco, _coiffure_, 148.
-
- Queue, _de cheveux_, 68.
-
- Quicherat (J.), 44, 59, 104.
-
- Quinault (Phil.), 58.
-
- Quinze-Vingts, 132, 136.
-
-
- Racine (Jean), 58.
-
- Rambouillet (hôtel de), 43, 79, 86.
-
- Rapée (la), 122.
-
- Raucourt (coiffure à la), 148.
-
- Ravir (perruque à), 69.
-
- Raynaud (Th.), 77.
-
- Recevoir (manière de), 196, 204.
-
- Recherche (coiffure à la), 145.
-
- Reconduire, 187.
-
- Régence (perruque à la), 68.
-
- Reiset (comte de), 120.
-
- Renardière, 29.
-
- Renifler, 174.
-
- Repas, 26 à 28, 43, 78 et s.
-
- Rhinocéros (perruque à la), 68.
-
- Richard, _dominicain_, 9.
-
- Richelieu, 48, 49, 56.
-
- Richelieu (rue), 118.
-
- Rigault (Nicolas), 58.
-
- Rire (manière de), 176, 186.
-
- Robespierre, 104.
-
- Robin (perruque à la), 67.
-
- Rocher (pouf en), 147.
-
- Ronde (perruque), 67.
-
- _Rose_ (_roman de la_), 19.
-
- Rosette (perruque à), 70, 71.
-
- Rossignol, _perruquier_, 65.
-
- Rots, 28, 164, 170, 178.
-
- Rouge, _fard_, 6, 97, 141, 201.
-
- Rouleaux (coiffure en), 145.
-
- Royale (perruque), 67.
-
- Ruvigny (marquis de), 27.
-
-
- Saba (reine de), 47.
-
- Saint-Antoine (rue), 6, 94.
-
- Saint-Bernard (porte), 121.
-
- Saint-Denis (rue), 96.
-
- Saint-Germain des Prés (abbaye de), 85.
-
- Saint-Honoré (rue), 141.
-
- Saint-Louis (île), 124, 128.
-
- Saint-Louis (rue), 141.
-
- Sainte-Marthe (Scévole de), 56.
-
- Saint-Nicolas (port), 122.
-
- Saint-Paul (hôtel), 22.
-
- Saint-Réal, 9, 94.
-
- Saint-Simon, 74, 117.
-
- Saint-Sacrement, 90, 207.
-
- Saliat (Pierre), 165.
-
- Saluer (manières de), 73 et s., 77, 80 et s., 90, 172, 181, 193,
- 194, 202 à 207.
-
- Sans redoute, _coiffure_, 145.
-
- Santeuil (J.), 58.
-
- Sapho moderne (coiffure à la), 142.
-
- Sarrazin (J. F.), 54, 58.
-
- Sartine (perruque à la), 68.
-
- Sauvageot (collection), 6.
-
- Sauval (H.), 22, 116.
-
- Sauval (rue), 10, 12.
-
- Savary (J.), 66, 110.
-
- Scaliger (J.), 57.
-
- Scarron, 87.
-
- Sciatique, 115.
-
- Séguier (chancelier), 57.
-
- Senault (J. F.), 57.
-
- Sénèque, 19.
-
- Sentiment (pouf au), 146.
-
- Sergents à verge, 108.
-
- Serviettes, 32, 123.
-
- Sévigné (coiffure à la), 47.
-
- Sévigné (mad. de), 85, 116, 131, 132.
-
- Siéges, 183.
-
- Singulière (perruque à la), 69.
-
- Sirmond (Jacques), 56.
-
- Sobry (J. F.), 73, 103.
-
- Socrate, 174.
-
- Sonnettes, 187.
-
- Sophie (pouf à la), 147.
-
- Soufflet, 201.
-
- Sourcils, 54, 201.
-
- Souvré (de), 28.
-
- Sponde (Henri de), 57.
-
- Stoïciens, 165.
-
- Suisses (gardes), 112.
-
- Sully, 38, 82.
-
- Sulpice (Jean), 163.
-
- Sylphide (coiffure à la), 142.
-
-
- Tabac, 184, 201, 202.
-
- Taille de 1292, 12.
-
- Tallemant des Réaux, 25, 27, 28, 29, 38, 49, 50, 53, 60, 93, 98, 129.
-
- Témoin discret, _coiffure_, 142.
-
- Térence, 178, 180.
-
- Tertullien, 59.
-
- Tête (propreté de la), 5, 6, 28, 31, 32, 42, 164, 171, 179, 199.
-
- Têtes à perruque, 91.
-
- Thibaut-aux-Dés (rue), 141.—Voy. _Abreuvoir_.
-
- Thiers (J. B.), 61.
-
- Thiéry, 124, 129.
-
- Thomassin (L.), 58.
-
- Thou (J. A. de), 57.
-
- Timidité, 175.
-
- Tonneliers, 19, 119.
-
- Tonsure _de perruque_, 70, 71.
-
- _Touriste_ (le), 127.
-
- Tournelle (pont de la), 123.
-
- Tours, 74.
-
- Tousser (manière de), 164, 167, 170, 178.
-
- Trabouillet, 64.
-
- Trévoux (_Dictionnaire_ de), 54, 74, 85.
-
- Tricorne, _chapeau_, 73.
-
- Triomphe de l'aurore, _coiffure_, 142.
-
- Tronchin (perruque à la), 69.
-
- Troyes (Jean de), 20.
-
- Tuileries (palais des), 174.
-
- Tumeurs froides, 115.
-
- Turenne, 27, 57.
-
- Turque (coiffure à la), 145.
-
- Turque (pouf à la), 147.
-
- Turquin, _baigneur_, 123, 124.
-
- Tutoiement, 86.
-
-
- Urfé (H. d'), 58.
-
- Uriner (manière d'), 172, 179.
-
-
- Vagabonds, 13.
-
- Valois (rue de), 129.
-
- Varennes (fuite de), 120, 158.
-
- Ventouses, 114.
-
- Vernet (Carle), 100.
-
- Verneuil (mad. de), 29.
-
- Verneuil (rue de), 12.
-
- Versailles (château de), 62.
-
- Vert (Claude de), 6.
-
- Vesses, 165.
-
- Vêtements (propreté des), 163.
-
- Veuves de maîtres, 108.
-
- Victoire (coiffure à la), 148.
-
- Vieillard (perruque au), 69.
-
- Vieille-du-Temple (rue), 118.
-
- Vieilles-Étuves (rue des), 10, 12
-
- Vierge (la), 47.
-
- Vifs (cheveux), 66.
-
- Villars (maréchal de), 79.
-
- Ville de Paris (biblioth. de la), 145.
-
- Vincent, _perruquier_, 62, 65.
-
- Visage (propreté du), 32, 35, 37, 163, 200.
-
- Visitandines, 6, 94.
-
- Visites, 182, 187.
-
- Visme (de), 157.
-
- Voiture (V.), 54, 57.
-
- Voix, 167.
-
- Vol d'amour, _coiffure_, 145.
-
- Voleuse (la), _mouche_, 96.
-
- Voltaire (coiffure à la), 148.
-
- Vomir, 170, 178.
-
- Vouet (Simon), 58.
-
-
- Wagnière (J. L.), 121.
-
- Walckenaer (baron), 116.
-
- Willemin, 47.
-
-
- Yeux (propreté des), 42, 170, 171.
-
-
- Zamet (hôtel de), 116.
-
- Zodiacale (coiffure à la), 142.
-
-
-
-
-ADDITIONS
-
-
-Page 28, après: _qu'elles effacent les vostres_, la phrase suivante a
-été oubliée:
-
-Rabelais[297] raconte comme chose fort ordinaire que Panurge cueillit
-un pou sur le sein de la belle lingère du Palais. Panurge l'y avait
-mis, c'est vrai; mais la belle lingère ne semble pas s'être étonnée le
-moins du monde de la découverte.
-
-
-Page 82, ajouter le passage suivant, que j'emprunte à
-Saint-Simon. C'est de Louis XIV qu'il est ici question:
-
-«Jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort
-mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite,
-le rang, et dans ses réponses quand elles passoient le _je verrai_, et
-dans ses manières. Ces étages divers se marquoient exactement dans sa
-manière de saluer et de recevoir les révérences, lorsqu'on partoit ou
-qu'on arrivoit. Il étoit admirable à recevoir différemment les saluts
-à la tête des lignes de l'armée ou aux revues. Mais surtout pour les
-femmes, rien n'étoit pareil. Jamais il n'a passé devant la moindre
-coiffe sans soulever son chapeau, je dis aux femmes de chambre, et
-qu'il connoissoit pour telles, comme cela arrivoit souvent à Marly.
-Aux dames, il ôtoit son chapeau tout à fait, mais de plus ou moins
-loin; aux gens titrés, à demi, et le tenoit en l'air on à son oreille
-quelques instants plus ou moins marqués. Aux seigneurs, mais qui
-l'étoient, il se contentoit de mettre la main au chapeau. Il l'ôtoit
-comme aux dames pour les princes du sang. S'il abordoit des dames,
-il ne se couvroit qu'après les avoir quittées. Tout cela n'étoit que
-dehors, car dans la maison il n'étoit jamais couvert. Ses révérences,
-plus ou moins marquées, mais toujours légères, avoient une grâce et
-une majesté incomparables, jusqu'à sa manière de se soulever à demi
-à son souper pour chaque dame assise[298] qui arrivoit, non pour
-aucune autre, ni pour les princes du sang; mais sur les fins cela
-le fatiguoit, quoiqu'il ne l'ait jamais cessé, et les dames assises
-évitoient d'entrer à son souper quand il étoit commencé.» _Mémoires_,
-édit. de 1881, t. XII, p. 75.
-
-
-AJOUTER, p. 60, après la citation de Guillaume Coquillart:
-
-«Les rois de France portaient autrefois une longue chevelure, ce qui
-n'était permis qu'aux princes du sang. Tous les anciens portraits des
-rois sont ainsi chevelus: il y a peu de temps que cette coutume a été
-abandonnée. Le Roi (Henri III), d'après les conseils de ses médecins,
-s'est fait raser tous les cheveux; il porte un béret semblable de
-forme au bonnet polonais, qu'il n'ôte jamais, ni en présence des
-ambassadeurs ni même à l'église. Il a une chevelure postiche très
-riche et très belle[299].» _Voyage de Jérôme Lippomano, ambassadeur en
-France en 1577_, dans les _Relations des ambassadeurs vénitiens_, t.
-II, p. 568.
-
-
-PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-
-AVERTISSEMENT
-
-Mon intention, en écrivant ces petits volumes, a été de pénétrer dans
-la vie privée de nos pères, de les montrer tels qu'ils étaient dans
-l'intimité, de mettre en lumière les petits côtés de leur existence,
-ceux qu'ont systématiquement négligés tous les historiens.
-
-De là, la nécessité d'aborder parfois certains sujets scabreux,
-difficiles à traiter aujourd'hui. Il est clair, par exemple, que,
-recherchant les secrets de la toilette, je ne pouvais passer sous
-silence la coutume de l'épilation; que voulant reconstituer les règles
-du savoir-vivre, j'étais bien forcé de rappeler qu'au seizième siècle
-le meilleur monde autorisait sur beaucoup de points un laisser aller
-qui révolterait notre société actuelle[300].
-
-Afin de concilier le respect des bienséances avec mes devoirs
-d'écrivain consciencieux, j'ai pris le parti de réserver pour un
-Appendice facile à détacher du volume, les renseignements qui
-s'adressent surtout aux érudits. On y trouvera aussi certaines pièces
-que notre pruderie moderne,—pruderie dans les mots, s'entend,—ne m'eût
-pas pardonné de produire au trop grand jour.
-
-A tort ou à raison, nos pères n'y regardaient pas de si près. Ainsi,
-au seizième siècle, les vers de Pierre Broë étaient répandus dans
-toutes les écoles, et on les faisait apprendre par cœur aux enfants;
-ils n'ont même été composés que pour cela. Et qu'on ne suppose pas
-que ce soit là un fait isolé. En veut-on une preuve? Le vertueux
-Mathurin Cordier, le pédagogue le plus accompli du seizième siècle,
-celui qui avait pris pour devise: _Pietas et boni mores cum litterarum
-elegantia_, publia vers 1563 des entretiens destinés à former les
-mœurs des enfants, en même temps qu'à les familiariser avec la
-langue latine. Le livre eut un immense succès, les éditions s'en
-multiplièrent, et deux ou trois amis de la jeunesse se chargèrent de
-le traduire en français.
-
-J'ai sous les yeux une de ces traductions, donnée en 1672 sous ce
-titre: _Nouvelle traduction des colloques de Mathurin Cordier.
-Corrigée d'un grand nombre de fautes, et mise dans la pureté des deux
-langues, pour la plus grande facilité des enfans_. J'en extrait trois
-passages, qui suffiront pour donner une idée de l'ensemble.
-
- LE MAISTRE.—D'où venez-vous?
-
- L'ENFANT.—Je viens d'en bas.
-
- LE MAISTRE.—Quelle affaire aviez-vous en bas?
-
- L'ENFANT.—J'estois allé pour pisser[301].
-
- Livre I, colloque 23, page 33.
-
-
- ROSSET.—Je vous diray encore un autre usage du papier, et
- très-fréquent au collége.
-
- LE MOINE.—Quel?
-
- ROSSET.—Je n'oserois pas le dire sans compliment[302].
-
- LE MOINE.—Qu'est-il besoin de faire des compliments entre amis,
- car les paroles ne puent pas.
-
- ROSSET.—Je le diray donc, puisque vous le voulez.
-
- LE MOINE.—Dites librement.
-
- ROSSET.—Pour torcher son derrière au privé[303].
-
- Livre I, colloque 27, page 41.
-
-
- LE MAISTRE.—A quelle heure vous êtes-vous éveillé ce matin?
-
- L'ENFANT.—Avant le jour; je ne sçay à quelle heure.
-
- LE MAISTRE.—Qui vous a éveillé?
-
- L'ENFANT.—Le réveilleur de la semaine est venu avec sa lanterne,
- il a heurté fort à la porte de ma chambre...
-
- LE MAISTRE.—Dites moy par ordre tout ce que vous avez fait depuis
- ce temps-là. Vous autres, enfans, écoutez avec soin des oreilles
- et de l'esprit, afin que vous appreniez à imiter vostre compagnon.
-
- L'ENFANT.—Estant éveillé, je me suis levé du lit, j'ay mis ma
- camisole avec mon pourpoint... je me suis bien peigné, j'ay
- mis mon chapeau, j'ay mis ma robe; ensuite je suis sorty de
- ma chambre, j'ay descendu en bas, et j'ay pissé contre la
- muraille[304].
-
- Livre II, colloque 54, page 210.
-
-C'est ainsi qu'au seizième siècle, et même à la fin du dix-septième,
-on entendait l'éducation des enfants. Nous en sommes revenus, et un
-peu trop peut-être. A une si grande licence, innocente en somme, a
-succédé une pudeur exagérée qui explique l'oubli dans lequel ont été
-laissés les usages et la vie privée d'autrefois. L'histoire s'est
-faite trop chaste et trop fière pour s'occuper de pareils détails.
-Laissez-moi en citer un curieux exemple. Vers 1828, un homme de
-talent, M. F. Barrière, découvre et publie les très intéressants
-_Mémoires_ de Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne. Il y rencontre
-cette phrase: «Sa Majesté, me voyant entrer si matin dans sa chambre,
-dont toutes les entrées m'étoient permises, même de sa garde-robe, où
-j'entrois à toute heure, sans avoir eu besoin de brevet d'affaires,
-_même quand elle étoit sur sa chaise percée_...» Ces derniers mots
-révoltent M. Barrière, qui les supprime. Il en éprouve pourtant
-quelque remords, et, dans une note perdue à la fin du volume, il
-avoue qu'il n'a pas reproduit cette ligue parce qu'elle «figurait
-assez mal dans une scène d'amour». Mais, barbare, notre littérature
-n'est que trop riche en scènes d'amour; ce qui importait, c'était
-de nous montrer dans quelle position, en dépit de l'étiquette, le
-grand roi consentait à recevoir ses secrétaires d'État. Saint-Simon,
-heureusement, a été moins réservé.
-
-En voici assez, j'espère, pour excuser mon éditeur et moi. Les
-lecteurs sont donc prévenus que je ne reculerai devant aucune des
-exigences de mon sujet. C'est, d'ailleurs, une nécessité que je
-subirai, n'ayant aucune envie de courir au-devant des occasions, et,
-dans les moments difficiles, je m'effacerai autant que possible
-pour laisser parler les documents contemporains. A cet égard, les
-Appendices me seront d'une grande utilité. J'aurai soin, cependant,
-de n'y insérer que des pièces historiques ayant directement trait
-à la question et susceptibles de l'éclaircir. Quant aux gens qui y
-chercheraient autre chose, je les avertis qu'ils chercheront en vain.
-
-
-I
-
-EXTRAIT DE LA _Civilité_ DE JEAN SULPICE[305],
-
-_imitée en français par_ PIERRE BROË _en 1552_.
-
-
- Sur toute chose amonester te veux
- Que tu n'aies point le nez ord ne mourveux,
- Car trop seroys à moquer et reprendre
- S'on te voioyt distiler ou descendre
- Du nez en bas la roupie ou morveau,
- Qui te feroyt estre estimé pour veau.
- D'un autre point aussi je t'amoneste:
- Garde toy bien de te grater la teste
- Devant les gens tant qu'à table seras.
- Puces et poux aussy ne chasseras,
- Ni autre beste ou meschante vermine,
- Quoyqu'en ton doz ou en ton col chemine.
-
- * * * * *
-
- Mais de peter garde qu'il ne t'eschappe,
- Retiens ce vent et en dedans l'atrappe,
- Ferme le trou, joins les fesses ensemble
- Et serre fort, encores qu'il te semble
- Que la douleur te deust tant tormenter
- Comme une femme approchant d'enfanter:
- Car pour un pet ord, puant et infame
- Fait à la table, il n'est homme ne femme
- Qui ne te dist que tu es à outrance
- L'un des plus grands archevilains de France.
- J'en dis autant sur ce propos ici
- Si tu avoys ocultement vessi:
- Car quelque cas que die le stoïque[306],
- Le rot, le pet et la vesse impudique
- Sont reprouvez en bonne compaignie.
- Il n'est celui qui sans honte le nie.
-
-Nous avons vu plus haut[307] qu'Érasme prêchait une doctrine contraire
-à celle qui est si poétiquement exposée ici, et qu'en 1613 encore on
-enseignait aux enfants à NE PAS _retenir la ventosité du ventre_. Il
-faut dire, à la louange de nos mœurs, qu'au milieu du dix-septième
-siècle cette théorie n'était plus en faveur. Je n'en veux pour preuve
-que les vers suivants, attribués à Saint-Évremont, et que j'extrais
-d'un petit volume rare publié en 1661[308].
-
-SUR UN PET QU'UN AMANT FIT EN PRÉSENCE DE SA MAISTRESSE.
-
- Unique objet de mes désirs,
- Philis, faut-il que mes plaisirs
- Pour rien se changent en supplices,
- Et qu'au mépris de vostre foy
- Un pet efface les services
- Que vous avez receu de moy?
-
- Je sçay bien, ô charmant objet,
- Que vous avez quelque sujet
- D'estre pour moy toute de glace;
- Et je confesse ingénûment,
- Puisque mon cul fait ma disgrâce,
- Qu'elle n'est pas sans fondement.
-
- Si pourtant cet extrême amour
- Dont j'eus des preuves chaque jour
- Pour un pet s'est changé en haine,
- Vous ne pouviez jamais songer
- A rompre une si forte chaisne
- Pour aucun sujet plus léger.
-
- Mon cœur outré de déplaisirs
- Estoit gros de tant de soûpirs,
- Voyant votre amour si farouche,
- Que l'un d'eux se trouva réduit,
- Ne pouvant sortir par ma bouche,
- A chercher un autre conduit.
-
- S'il est vray qu'on n'ose nier
- La porte à chaque prisonnier
- Alors que la Princesse passe,
- Ce pet pouvoit avec raison
- Vous demander la mesme grâce,
- Puisqu'il se voyoit en prison.
-
- S'il ne s'est pas fort bien conduit,
- Qu'il ait fait quelque peu de bruit
- Lors qu'il se fraya cette voye,
- C'est qu'il estoit si transporté
- Qu'il fit en l'air un cry de joye
- En recouvrant sa liberté.
-
- Hélas! quand je viens à songer
- A ce sujet foible et léger
- Qui cause mon malheur extrême,
- Je m'écrie en ma vive ardeur:
- Falloit-il me mettre moy-même
- Près de vous en mauvaise odeur?
-
- Si pour un pet fait par hazard,
- Vostre cœur où j'ay tant de part
- Pour jamais de moy se retire,
- Voulez-vous que d'oresnavant
- Vous me donniez sujet de dire
- Que vous changez au moindre vent?
-
-
-II
-
-SUR L'ÉPILATION.
-
-
-Clément Marot raille ainsi les barbiers réduits au rôle d'épileurs:
-
- Povres barbiers, vous estes morfonduz
- De veoir ainsi gentilzhommes tonduz
- Et porter barbe. . . . . . . . . . . .
- . . . . . . . . . Plus comtes ne ducz
- Ne peignerez; mais comme gens perduz
- Vous en irez besongner chaudement
- En quelque estuve, et là gaillardement
- Tondre maujoinct et raser priapus[309].
-
-Parmi les talents variés que prétend posséder le _Varlet à tout faire_
-de Christophe de Bordeaux[310], figure l'art de manier dextrement le
-rasoir:
-
- Je suis fort bon barbier d'estuves
- Pour raser et tondre maujoint.
-
-La _Chambrière à tout faire_[311] est prête à rendre le même service
-aux dames plus réservées. Je suis, dit-elle,
-
- Fort bonne barbière d'estuves
- Pour raser et tondre le cas.
-
-L'auteur du _Banquet des chambrières_[312] nous introduit dans des
-étuves où viennent d'entrer trois jeunes servantes délurées, Perrette,
-Alizon et Ysabeau, conduites par une vieille commère, servante comme
-elles. Les quatre femmes ont apporté de quoi déjeuner, mais on les
-invite à se baigner auparavant:
-
- Filles, montés sans babiller;
- Si vous voulez deshabiller,
- Le baing est désormais trop chaud.
-
-Après le bain, la vieille se rendit dans un petit cabinet où
-
- Quelque chambrière ou varlet
- Luy ratissa d'ung vieil cousteau
- Le ventre jusques à la peau.
-
-Elle fut remplacée par Perrette, puis par Alizon,
-
- Ausquelles on faucha leur prez.
-
-Mais Ysabeau avait peur, et refusait de se laisser raser. Elle finit
-cependant par céder:
-
- La vieille ratissa en sorte
- Que Babeau cuydoit estre morte.
- Mais en fin elle fut moult fière
- D'avoir ung si mignon derrière.
-
-Le poëte, qui n'a pas eu tort de garder l'anonyme, nous apprend
-ensuite que Babeau, ayant remis sa chemise, le repas commença:
-
- La nappe fut près du baing mise,
- Le petit banquet appresté.
-
-Au chapitre des redevances curieuses, Sauval raconte que la comtesse
-d'Auge recevait chaque année de ses vassaux un rasoir[313], dont
-l'usage n'est d'ailleurs pas indiqué. Il est certain que, dans le
-peuple et la bourgeoisie, la mode de l'épilation disparut en même
-temps que l'habitude d'aller aux étuves. Un passage des _Facétieuses
-paradoxes de Bruscambille_[314], passage que je ne veux pas
-reproduire, montre bien qu'au seizième siècle la plupart des femmes
-y avaient renoncé. Mais parmi les recherches de la coquetterie à
-cette époque, il faut mentionner la coutume de s'épiler les sourcils,
-de manière à ne conserver au-dessus des yeux qu'une ligne à peine
-visible[315].
-
-Dans le grand monde, l'épilation resta en honneur jusqu'à la fin du
-dix-huitième siècle. En 1766, quand le duc d'Orléans épousa madame
-de Montesson, l'époux reçut la chemise, le soir des noces, avec le
-cérémonial usité à la cour. Le marquis de Valençay la présenta, et
-le prince, se dépouillant de celle qu'il portait, offrit à tous les
-assistants le spectacle d'une épilation complète, suivant les règles
-de la plus brillante galanterie du temps. «Les princes et les grands,
-ajoute Soulavie[316], ne consommaient des mariages ou ne recevaient
-les premières faveurs d'une maîtresse qu'après cette opération
-préalable.»
-
-
-III
-
-
-Voici le passage auquel je fais allusion, page 121:
-
-«Le lendemain, j'entrai chez elle en même temps que sa femme de
-chambre; elle fit tirer les rideaux et se leva. Tandis que ma sœur
-préparait une chemise, madame, qui se trouvait debout vis à vis de
-moi, laissa subitement couler celle qu'elle avait sur le corps, et
-resta nue comme une statue de marbre. J'étais interdit et n'osais
-lever les yeux sur elle... Quand je fus seul avec ma sœur, je lui
-demandai si madame du Châtelet changeait ainsi de chemise devant tout
-le monde; elle me dit que non, mais que devant ses gens elle ne se
-gênait nullement, et elle m'avertit qu'une autre fois, quand pareille
-chose arriverait, je ne fisse pas semblant de m'en apercevoir.
-
-«Cependant, quelques jours après, au moment où elle était, dans
-son bain, elle sonna. Je m'empressai d'accourir dans sa chambre;
-ma sœur, occupée ailleurs, ne s'y trouvait point alors. Madame du
-Châtelet me dit de prendre une bouilloire qui était devant le feu, et
-de lui verser de l'eau dans son bain, parce qu'il se refroidissait.
-En m'approchant, je vis qu'elle était nue, et qu'on n'avait point
-mis d'essence dans le bain, car l'eau en était parfaitement claire
-et limpide. Madame écartait les jambes, afin que je versasse plus
-commodément et sans lui faire mal l'eau bouillante que j'apportais. En
-commençant cette besogne, ma vue tomba sur ce que je ne cherchais pas
-à voir. Honteux et détournant la tête autant qu'il m'était possible,
-ma main vacillait et versait l'eau au hasard: «Prenez donc garde, me
-dit-elle brusquement d'une voix forte, vous allez me brûler.» Force
-me fut d'avoir l'œil à mon ouvrage, et de l'y tenir, malgré moi, plus
-longtemps que je ne voulais.
-
-«Cette aventure me parut encore plus singulière que le changement de
-chemise. Je n'étais pas encore familiarisé avec une telle aisance de
-la part des maîtresses que je servais... J'ai été à même de juger
-que les grandes dames ne regardaient leurs laquais que comme des
-automates. Je suis convaincu que madame du Châtelet dans son bain,
-en m'ordonnant de la servir, ne voyait pas même en cela une ombre
-d'indécence, et que mon individu n'était alors à ses yeux ni plus ni
-moins que la bouilloire que j'avais à la main[317].»
-
-Soulavie[318], de son côté, raconte le fait suivant, bien
-invraisemblable de toute manière, et qui ne se concilie guère avec ce
-que madame Campan nous dit de la réserve que montra toujours sur ce
-point Marie-Antoinette: «Un ecclésiastique remarquable par son âge,
-ses vertus et sa réputation dans une des parties de l'art de guérir,
-appelé auprès de la Reine, la trouva nue, étendue dans un bain. Le
-vieillard recule, elle le rappelle, et il est obligé de lui répondre
-et de rester dans une situation où il pouvait admirer le plus beau
-corps qu'eût jamais produit la nature.»
-
-
-IV
-
-
-J'ai parlé des colères de l'Église contre l'usage des faux cheveux et
-les autres artifices de la coquetterie féminine. Mais les théologiens
-s'exprimaient alors en tel style qu'il est difficile, même ici, de
-citer la plupart d'entre eux, et en particulier les sermons de Menot
-et de Maillard. J'emprunte l'extrait suivant à un moraliste plus
-réservé, le brave père Arnoux, chanoine de Riez:
-
-«Les filles vaines, les femmes hautaines, les veuves mignardes,
-les damoiselles pompeuses et les dames superbes, pour punition de
-l'ornement débordé qu'elles font à leurs cheveux et déguisement de
-leurs sourcilleuses perruques, elles auront la teste pelée, car là
-on ne verra plus ces belles perruques, ces cheveux blonds en forme
-de casamate sur la teste esparpillez et ondoyans sur ces fronts
-emperlez... Et pour punition du desbordement de vos superbes habits,
-en enfer vous serez toutes nuës à vostre grande honte et confusion, de
-quoy les diables feront de très grandes risées, vous reprochant haut
-et clair devant tous toutes vos lubricitez, crimes et paillardises,
-et tout ce que vous aurez fait de plus voluptueux et deshonneste, et
-découvrant ignominieusement à la veuë de tous tout ce qu'en vostre
-corps vous aurez de plus honteux, vous traînant toutes nuës par tout
-l'enfer, à la veuë d'un chacun.
-
-«Ha femmes! ha filles! ha damoiselles! ha mes dames que ne pensez-vous
-à cela? Hélas, vous estes si vergongneuses et craignez tant la honte,
-que pour rien au monde vous ne voudriez permettre qu'un homme vous
-vist nuës une seule fois, et fut-il celuy que vous estimez qui vous
-ayme le plus; et cependant vous n'avisez pas que pour punition de vos
-vanitez et débordemens, mille et autres mille fois on vous traînera
-nuës par tout l'enfer, non devant un homme, mais devant cent mille qui
-à gorge déployée se mocqueront et riront de vous, voyant vos hontes
-et vergongnes. De quelle confusion serez-vous saisies quand vous vous
-verrez ainsi traînées toutes nuës, monstrant à découvert tout ce que
-vous aurez de plus honteux, et menées en tel équipage par tout l'enfer
-mille et mille fois le jour, avec le fanfare des trompettes que les
-diables sonneront avec grandes risées et mocqueries, et criant:
-Voyez, voyez, voicy la paillarde, voicy la p....n, voicy telle dame de
-tel lieu, la nommant par son propre nom et surnom, laquelle tant et
-tant de fois a paillardé, disant le nombre, avec un tel, et tant avec
-un tel, et plusieurs fois avec beaucoup d'autres; voicy la paillarde,
-voicy la p....n, venez, venez la voir!
-
-«Et alors, cent mille et autres cent mille, qui très bien te
-cognoistront, puis tous tes parens, ton père, ta mère, ton mary, et
-tous tes voisins passionnez d'une haine mortelle à l'encontre de toy,
-accourront te voir pour se rire et se mocquer de toy, disant l'un à
-l'autre, la voilà la p....n! la voilà! Puis, s'accordans avec les
-diables pour entièrement te confondre, tous ensemble crieront: Voicy
-la paillarde, voicy la p....n, qu'elle soit donc tourmentée; sus, sus
-les diables! sus démons, sus! sus furies infernales! jetez-vous sur
-cette p....n, et qu'on luy rende autant de tourmens et de supplices
-qu'elle a eu de plaisirs en sa vie!
-
-«Femmes, ce n'est pas moy, mais c'est sainct Jean l'Évangéliste, qui
-dit en son Apocalypse cela estre très véritable[319].»
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] LARIVEY, _Les tromperies_, scène 4.
-
-[2] «Sanis autem, et maxime juvenibus, tardius concedatur.»
-
-[3] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. I, p.
-563.
-
-[4] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. II, p.
-260.
-
-[5] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. II, p.
-236.
-
-[6] «Lotis manibus et facie, cum tria manutergia pendeant simul
-in claustro, non tergit ad aliud quam quod suis similibus est
-deputatum, quia unum est pueris, alterum cantoribus, tertium idiotis.»
-_Antiquiores consuetudines Cluniacensis monasterii_, lib. II, cap. X,
-p. 62.
-
-[7] _Commentaire_, etc., t. II, p. 275 et 276.
-
-[8] CLAUDE DE VERT, _Explication des cérémonies de l'Église_, t. II,
-p. 370.
-
-[9] Voy. les _Mémoires de la duchesse de Mazarin_, dans les Œuvres de
-SAINT-RÉAL, t. III, p. 578.
-
-[10] Tome I, p. 487.
-
-[11] Voy. J.-B. ALEGIANI, _Abrégé de la vie de B. Labre_, p. 48.—
-MARCONI, _Vie de B. Labre_, p. 127.
-
-[12] JAILLOT, _Recherches sur Paris_, quartier de la Cité, p. 26.
-
-[13] Archives de Saint-Martin des Champs, citées par JAILLOT, quartier
-Saint-Martin, p. 15.
-
-[14] JAILLOT, quartier Saint-Jacques-la-Boucherie, p. 65.
-
-[15] JAILLOT, quartier Saint-Denis, p. 37.
-
-[16] JAILLOT, quartier Sainte-Opportune, p. 10.
-
-[17] JAILLOT, quartier Saint-Benoît, p. 103.
-
-[18] JAILLOT, quartier Saint-André, p. 46.
-
-[19] JAILLOT, quartier Saint-André, p. 48.
-
-[20] JAILLOT, quartier Saint-Martin, p. 15.
-
-[21] _Lévitique_, chap. XV.
-
-[22] Censier, cité par JAILLOT, quartier de la Cité, p. 155.
-
-[23] Alors _rue des Estuves_.
-
-[24] Alors _rue de Vernueil_.
-
-[25] Alors _rue Aussel d'Argenteuil_.
-
-[26] Jour.
-
-[27] Sans différer.
-
-[28] Voy. dans cette collection le volume intitulé: _L'annonce et la
-réclame_.
-
-[29] Titre LXXIII.
-
-[30] Article 1.
-
-[31] Article 2.
-
-[32] Article 4.
-
-[33] Manuscrit du fonds de Saint-Germain, cité par V. GAY, _Glossaire
-archéologique_, p. 105.
-
-[34] Serment.
-
-[35] Article 4.
-
-[36] Il se trouve seulement dans le manuscrit le moins ancien du
-_Livre des métiers_.
-
-[37] Article 4.
-
-[38] Article 6.
-
-[39] Article 5.
-
-[40] _Les cent et sept cris, que l'on crie journellement à Paris_,
-etc., 1545, in-12.
-
-[41] _Chroniques_, liv. II, chap. CLXIII; édit. Buchon, t. II, p. 215.
-
-[42] Voy. le _Glossaire archéologique_ de GAY, p. 104.
-
-[43] DOUËT-D'ARCQ, _Comptes de l'hôtel_, p. 353 et 390.
-
-[44] DOUËT-D'ARCQ, _Comptes de l'argenterie_, p. 230 et 350.
-
-[45] Inventaire publié par J. Labarte, p. 75, 184 et 199.
-
-[46] Firent grande chère.
-
-[47] Maîtresse du Roi.
-
-[48] _Chronique_, édit. MICHAUD, 1re série, t. IV, p. 280 et 281.
-
-[49] Voy. entre autres, dans les _Cent nouvelles nouvelles_, les
-contes I et III.
-
-[50] Il ne faut pas oublier que la Cité finissait alors à peu près à
-l'endroit où s'élève aujourd'hui le grand escalier du Palais, sur la
-rue de Harlay.
-
-[51] _Antiquités de Paris_, t. II, p. 273, 274 et 280.
-
-[52] Édition de 1731, t. VI, p. 257.
-
-[53] Voy. TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. I, p. 147.
-
-[54] _La ruelle mal assortie_, dans le _Nouveau recueil des pièces les
-plus agréables de ce temps_, p. 114.
-
-[55] _La contenance de la table_, in-8º goth. de 8 pages.
-
-[56] «Si quid in solum dejectum est, emuncto duobus digitis naso, mox
-pede proterendum est.» _De civilitate morum_, p. 12.
-
-[57] _Historiettes_, t. I, p. 493.
-
-[58] _Le voyageur à Paris, tableau pittoresque et moral de cette
-capitale_, t. II, p. 95.
-
-[59] «Subinde scabere caput apud alios parum decet.» P. 22.
-
-[60] Page 44.
-
-[61] Page 26.
-
-[62] _Journal de Jean Héroard_, t. I, p. 386.—Sur ce sujet, voy. aussi
-TALLEMANT DES RÉAUX, t. I, p. 37, et le _Journal de la santé de Louis
-XIV_, p. 329.
-
-[63] _Historiettes_, t. I, p. 8.
-
-[64] _Aventures du baron de Fæneste_, liv. IV, chap. VII.
-
-[65] Sœur.
-
-[66] Aurez.
-
-[67] Mal couverte.
-
-[68] Querelleuse.
-
-[69] Tome I, p. 171.
-
-[70] _Le procès des femmes et des pulces_. Paris, in-8º goth.
-
-[71] Paris, 1539, in-32, p. 18.
-
-[72] Voy. B. DE MONTFAUCON, _Monumens de la monarchie françoise_, t.
-V, p. 314.
-
-[73] Dans le _Nouveau recueil des pièces les plus agréables de ce
-temps_, p. 1 et suiv.
-
-[74] Pages 15 à 17.
-
-[75] Les actes officiels les nomment dans la suite _Barbiers_,
-_Perruquiers_, _Baigneurs_, _Étuvistes_.
-
-[76] Bibliothèque nationale, manuscrits Delamarre, Arts et métiers, t.
-II, fº 112.
-
-[77] J. B. DE LA SALLE, _Les règles de la bienséance et de la civilité
-chrétienne_, p. 11.
-
-[78] _Mémoires_, édition PETITOT, t. XXXVI, p. 354, et t. XXXIX, p.
-384.
-
-[79] _Journal de la santé de Louis XIV_, p. 320.
-
-[80] TALLEMANT DES RÉAUX, t. I, p. 112, et t. IX, p. 370.
-
-[81] Pages 10 à 15.
-
-[82] _Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi
-les honnestes gens_, par Ant. DE COURTIN, 1675, in-12. Je cite la
-huitième édition, imprimée en 1695.
-
-[83] Page 75.
-
-[84] Page 263.
-
-[85] Voy. aussi l'_Histoire de la coiffure des dames en France_, par
-G. D'ÈZE et A. MARCEL, qui vient de paraître chez Ollendorff.
-
-[86] _Galonner_ la barbe ou les cheveux, c'était les diviser en
-plusieurs touffes autour desquelles on enroulait des fils d'or ou
-d'argent. Le sens actuel du mot galonner est venu de là. On nommait
-_gallon_ l'instrument employé pour galonner la barbe ou la chevelure.
-
-[87] TALLEMANT DES RÉAUX, t. II, p. 246.
-
-[88] Dans Éd. FOURNIER, _Variétés historiques_, t. X, p. 29.
-
-[89] Tome VII, p. 164.
-
-[90] Tome II, p. 23.
-
-[91] Voy. MÉNAGE, _Dictionnaire étymologique_, édit. de 1750, au mot
-_Cadenette_; et TALLEMANT DES RÉAUX, t. Ier, p. 399.
-
-[92] Page 17.
-
-[93] _Vers à la Fronde sur la mode des hommes._
-
-[94] _La pompe funèbre de Voiture_, dans les _Œuvres_ de Sarazin,
-édit. de 1696, p. 259.
-
-[95] C'était là un usage déjà ancien, car on lit dans la _Description
-de l'isle des Hermaphrodites_: «Quand cela estoit parachevé, il en
-venoit un autre (_un homme_) ayant en la main un petit pinceau de fer,
-duquel il se servoit pour tirer l'abondance des poils des sourcils, et
-n'y laisser qu'un traict fort délié pour faire l'arcade.» Page 10.
-
-[96] _Dictionnaire de Trévoux_, édit. de 1771.
-
-[97] _Diverses leçons_ [1625], liv. Ier, chap. XXI; t. II, p. 141 et
-148.
-
-[98] Voy. _Les hommes illustres_ de PERRAULT, édit. de 1696.
-
-[99] CLÉMENT d'Alexandrie, _Pædagogus_, lib. III, cap. XI.
-
-[100] TERTULLIEN, _De cultu feminarum_, lib. II, cap. VII.—M.
-Quicherat, qui traduit inexactement ce passage, en tire la conclusion
-inexacte que l'exploitation des têtes vivantes n'était pas alors
-pratiquée. Voy. son _Histoire du costume_, p. 189.
-
-[101] Édit. Lalanne, t. VIII, p. 35.
-
-[102] Édit. Téchener, t. I, p. 148.
-
-[103] Edit. elzévirienne, t. II, p. 292.—Voyez aussi la _Description
-de l'isle des Hermaphrodites_, p. 114.
-
-[104] L'auteur n'a pas osé dire: par courtisanerie.
-
-[105] J. B. THIERS, _Histoire des perruques_, p. 28.
-
-[106] _Mœurs des François_, p. 233.
-
-[107] _Lettres historiques_, 13 août 1673, t. I, p. 396.
-
-[108] _Journal_, 27 novembre 1687, t. II, p. 71.
-
-[109] Tome II, p. 40.
-
-[110] Comte D'HÉSECQUES, _Souvenirs d'un page_, p. 152.
-
-[111] Binet demeurait rue des Petits-Champs. Legrain, premier barbier
-de Monsieur, logeait au Palais-Royal.
-
-[112] TRABOUILLET, _État de la France pour 1712_, t. Ier, p. 255, 258,
-262 et 307.
-
-[113] _Journal de la santé de Louis XIV_, p. 261, 304, 311, 331, 335
-et 338.
-
-[114] _Encyclopédie méthodique_, Arts et métiers, t. VI, p. 259.
-
-[115] NICOLAS DE BLEGNY, _Le livre commode pour 1692_, t. II, p. 41.
-
-[116] Voy. SAVARY, _Dictionnaire du commerce_, t. Ier, p. 746.
-
-[117] _Lettre d'un Sicilien_, édit. V. Dufour, p. 42.
-
-[118] Terminée par une longue boucle entre deux nœuds.
-
-[119] Chiffres de renvois de la gravure ci-contre:
-
-Fig. 1-2, intérieur et extérieur d'une perruque en bonnet.
-
-— 3-4, intérieur et extérieur d'une perruque à bourse.—A, la bourse.
-BB, les jarretières.
-
-— 5-6, intérieur et extérieur d'une perruque à nœuds.—AA, les nœuds.
-B, le boudin.
-
-— 7, nœud de la même perruque.
-
-— 8, boudin.
-
-— 9, bourse à rosette.—BB, les cordons.
-
-— 10-11, intérieur et extérieur d'une perruque naissante.
-
-— 12-13, intérieur et extérieur d'une perruque d'abbé.—AA, la tonsure.
-
-— 14-15, intérieur et extérieur d'une perruque à la brigadière.—AA,
-les boudins. B, la rosette.
-
-— 16, boudins de la même perruque.
-
-— 17, rosette.—AA, les cordons.
-
-[120] _Le mode françois_, p. 418.
-
-[121] Voy. BONAV. D'ARGONNE, _Mélanges de littérature_, t. III, p.
-443.—_Dictionnaire de Trévoux_, t. II, p. 444.
-
-[122] _Chronique_, liv. I, année 1417; édit. Douët-d'Arcq, t. III, p.
-228.
-
-[123] Édit. de 1881, tome II, p. 275.
-
-[124] Repoussait.
-
-[125] _Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_, t. I, p.
-181.
-
-[126] _Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_, t. I, p.
-221.
-
-[127] Voy. TH. RAYNAUD, _De pileo_, dans Grævius, _Thesaurus
-antiquitatum_, t. VI, p. 1230.
-
-[128] Voy. _Extrait inédit des mémoires du baron de Breteuil_, dans
-Éd. FOURNIER, _Variétés historiques_, t. X, p. 107.
-
-[129] _Les bienséances de la conversation entre hommes_, p. 10.
-
-[130] Antoine DE COURTIN, édition de 1695, p. 126.
-
-[131] Abbé DE BELLEGARDE, _Modèles de conversations pour les personnes
-polies_ (1723), p. 484.
-
-[132] _Mémoires_, 28 août 1738; t. II, p. 201.
-
-[133] J. B. DE LA SALLE, _Les règles de la bienséance et de la
-civilité chrétienne_, p. 54.
-
-[134] _Histoire amoureuse des Gaules_, édit. elzévir, t. Ier, p. 47.
-
-[135] _Traité de la civilité_, p. 19 et 21.
-
-[136] _La contre-mode_, p. 78 et suiv.
-
-[137] _Traité de la civilité_, p. 104.
-
-[138] Antoine DE COURTIN, p. 14 et 104.
-
-[139] _Mémoires de Sully_, édit. de l'abbé de l'Écluse, t. II, p. 603.
-
-[140] _Mémoires de Loménie de Brienne_, t. II, p. 168.
-
-[141] Voy. le _Dictionnaire de Trévoux_, t. VII, p. 517.
-
-[142] Duc DE LUYNES, _Mémoires_, 27 décembre 1735; t. I, p. 55.
-
-[143] Duc DE LUYNES, _Mémoires_, 18 octobre 1736; t. I, p. 112.
-
-[144] Voy. une lettre de mad. DE SÉVIGNÉ du 26 mai 1683, t. VII, p.
-238.
-
-[145] Mad. DE GENLIS, _Étiquette de la cour_, t. I, p. 187.
-
-[146] Le placet était un large tabouret. J. Nicot le définit ainsi:
-«Façon de petit siége sans dossier ni accoudoir.» (_Thrésor de la
-langue françoise_, édition de 1621, p. 483.) On trouve un de ces
-siéges représenté dans les _Blasons domestiques_ de Gilles CORROZET,
-édit. de 1539. On enviait fort le droit au placet à l'époque où
-l'étiquette de la cour tenait assises par terre les plus grandes
-dames. Le placet est encore cité dans _le Lutrin_:
-
- En achevant ces mots, cette amante enflammée
- Sur un placet voisin tombe demi pâmée.
-
- (CHANT II.)
-
-[147] _Nouvelles tragi-comiques_, édit. de 1727, t. II, p. 96.
-
-[148] Acte II, sc. 1.
-
-[149] MOLIÈRE, _l'Impromptu de Versailles_, remercîment au Roi.
-
-[150] _Lettres_, t. III, p. 219.
-
-[151] Paris, 1639, in-12. Réimprimé en 1681.
-
-[152] Paris, 1675, in-12, p. 352.
-
-[153] _Mémoires de Grammont_, chap. III.
-
-[154] Louis GUYON, _Diverses leçons_ (1625), t. II, p. 138, liv. I,
-ch. XX.
-
-[155] Voir le _Journal d'Héroard_, t. I, p. 49 et 380.
-
-[156] A la tempe.
-
-[157] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 335.
-
-[158] _La contre-mode_ (1642), p. 373.
-
-[159] Page 27.
-
-[160] _Suite des maximes morales et chrestiennes_, p. 22.
-
-[161] _Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps_, p.
-16.
-
-[162] _Mémoires de madame la duchesse de Mazarin_, dans les Œuvres de
-Saint-Réal, t. III, p. 577.
-
-[163] Voy. _La faiseuse de mouches_, dans le recueil cité ci-dessus.
-
-[164] _La mouche et la fourmi_, liv. IV, fable 3.
-
-[165] _Livre commode_, t. II, p. 76.
-
-[166] Madame de GENLIS, _Mémoires_, t. IX, p. 222.
-
-[167] Madame de GENLIS, _Dictionnaire des étiquettes_, t. I, p. 406.
-
-[168] D'AUBIGNÉ, _Tragiques_, liv. II, édit. Réaume et de Caussade, t.
-IV, p. 94.
-
-[169] Poudre parfumée.
-
-[170] _Description de l'isle des Hermaphrodites_, édit. de 1724, p. 10.
-
-[171] _Journal du règne de Henri IV_, 8 décembre 1593.
-
-[172] André Boullanger, religieux Augustin.
-
-[173] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 333.
-
-[174] _Le satyrique de la court_ (1624), dans Éd. FOURNIER, _Variétés
-historiques_, t. III, p. 253.
-
-[175] L. GUYON, _Diverses leçons_, t. II, p. 137.
-
-[176] Madame DE GENLIS, _Dictionnaire des étiquettes_, t. II, p. 68.
-
-[177] _Vers à la Fronde sur la mode des hommes._
-
-[178] _Vengeance des femmes contre les hommes, satyre nouvelle contre
-les petits-maîtres_, 1704, in-8º.
-
-[179] Voir un arrêt du 4 juillet 1689, rendu contre Jean Fournereau
-et Jean Furon, marchands merciers, chez qui on avait saisi «un grand
-mortier et quatre tamis à battre et passer la poudre à poudrer les
-cheveux».—Un autre arrêt, daté du 9 juillet 1715, est plus explicite
-encore.
-
-[180] Voir un arrêt du 18 mai 1726, qui confirme le droit accordé aux
-barbiers par leurs statuts de «faire fabriquer chez eux des poudres,
-savonnettes, opiats, essences, quintessences, pâtes, etc.», mais à la
-condition que tous ces produits seront «pour leur usage particulier et
-consommés dans leurs boutiques et maisons, sans qu'il leur soit permis
-d'en pouvoir vendre et débiter, ni même d'en faire étalage à leur
-boutique.»
-
-[181] L'article 33 des statuts des amidonniers-cretonniers leur
-interdit de vendre l'amidon en poudre, leur défend même d'«avoir aucun
-outil ou ustensile propre à réduire l'amidon en poudre».
-
-[182] MERCIER, _Tableau de Paris_, ch. CVII, t. V, p. 131.
-
-[183] _Le mode françois_, p. 419.
-
-[184] Voir MERCIER, _Tableau de Paris_, t. I, p. 100.—«Tel aristocrate
-dépensait en farine autant pour ses cheveux que pour son estomac.»
-_Nouveau Paris_, t. II, p. 156.
-
-[185] _État de la France en 1789_, p. 510.
-
-[186] _Histoire du costume en France_, p. 619.
-
-[187] _Statuts et règlemens pour la communauté des
-Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes de la ville, fauxbourgs et
-banlieuë de Paris._ In-4º. Souvent réimprimés.
-
-[188] Article 1.
-
-[189] Article 3.
-
-[190] Article 9.
-
-[191] Article 8.
-
-[192] Voy. dans cette collection: _L'annonce et la réclame_.
-
-[193] Bibliothèque nationale, manuscrits DELAMARRE, _Arts et métiers_,
-t. IV, p. 59.
-
-[194] Article 44.
-
-[195] Article 46.
-
-[196] Article 14.
-
-[197] Elles étaient autorisées à continuer le commerce de leur mari.
-
-[198] Article 17.
-
-[199] Article 48.
-
-[200] Arrêt du 29 novembre.
-
-[201] Arrêt du 16 septembre.—C'est encore le chiffre que fournit
-Savary en 1740. Voy. _Dictionnaire du commerce_, t. II, p. 424.
-
-[202] Article 26.
-
-[203] Article 28.
-
-[204] Articles 29, 30, 39.
-
-[205] Article 55.
-
-[206] Article 47.
-
-[207] Article 54.
-
-[208] Article 42.
-
-[209] Article 60.
-
-[210] Article 58.
-
-[211] Article 59.
-
-[212] Voy. FORGEAIS, _Numismatique des corporations_, p. 93.
-
-[213] Article 21.
-
-[214] Aujourd'hui rue Nicolas-Flamel.
-
-[215] Aujourd'hui rue Chapon.
-
-[216] DE FRANQUEVILLE, _Le miroir de l'art et de la nature_, p. 197.
-
-[217] Tome I, p. 183.
-
-[218] SAUVAL, _Antiquitez de Paris_, t. II, p. 146 et 245.
-
-[219] _Mémoires sur la vie de madame de Sévigné_, t. II, p. 39.
-
-[220] «Je suis trop raisonnable pour trouver étrange que, la veille
-d'un départ, on couche chez des baigneurs.» _Lettre de madame de
-Sévigné à Bussy_, 26 juin 1655.
-
-[221] Acte I, scène 5.
-
-[222] _Mémoires_, édition de 1881, t. I, p. 499.
-
-[223] La Vienne, devenu gentilhomme ordinaire de la maison du Roi,
-mourut en 1710, à l'âge de quatre-vingts ans. Il fut remplacé par son
-fils Champcenetz, qui avait depuis longtemps la survivance de cette
-charge. Voy. le _Journal_ de Dangeau, 13 mars 1702, t. VIII, p. 351;
-et 12 août 1710, t. XIII, p. 225.
-
-[224] _État de la France pour 1672_, t. I, p. 92.
-
-[225] _Le livre commode pour 1692_, t. I, p. 182.
-
-[226] HURTAUT et MAGNY, _Dictionnaire historique de Paris_, t. I, p.
-513 et 517.
-
-[227] Madame de GENLIS, _Mémoires_, t. I, p. 256.
-
-[228] MEURISSE, _L'art de saigner_, p. 382.
-
-[229] Comte de REISET, _Livre-Journal de madame Éloffe_, t. I, p. 250.
-
-[230] Madame CAMPAN, _Mémoires_; éclaircissements historiques, t. II,
-p. 323.
-
-[231] Madame CAMPAN, _Mémoires_, ch. IV, t. I, p. 104.
-
-[232] Voir une curieuse anecdote racontée par LONGCHAMP et WAGNIÈRE,
-_Mémoires sur Voltaire_, t. II, p. 119 et suiv.
-
-[233] Tome I, p. 128.
-
-[234] Édit. elzévirienne, p. 196.
-
-[235] JÈZE, _État ou tableau de la ville de Paris_, p. 336.
-
-[236] Paris, 1754, in-8º, p. 187.
-
-[237] THIÉRY, _Guide des amateurs et des étrangers_, t. II, p. 136.
-
-[238] Voy. les _Mémoires secrets_ dits de Bachaumont, 18 juin et 16
-juillet 1785, et 10 septembre 1786; t. XXIX, p. 79 et 121; t. XXXIII,
-p. 19.
-
-[239] THIÉRY, _Guide des amateurs et des étrangers_, t. II, p. 133 et
-suiv.
-
-[240] Voy. _l'Encyclopédie méthodique_, arts et métiers, t. VI, p.
-311.—Voici l'explication des lettres de renvoi qui figurent sur la
-planche ci-contre:
-
- FF passages,
- GG escaliers pour monter au premier,
- H aisances,
- M chambres de bains,
- N chambres à lit,
- O chaudière,
- R fourneau,
- S dessous du fourneau,
- T baignoires,
- V lits,
- XX réservoirs,
- c logement du concierge,
- dd lingerie des hommes,
- gg lingerie des femmes,
- hh fond du bateau.
-
-[241] THIÉRY, _Guide des amateurs_, etc., t. I, p. 286; t. II, p. 593
-et 595.
-
-[242] _Historiettes_, t. V, p. 412.
-
-[243] _Muze historique_ du 12 novembre 1658.
-
-[244] Après sa mort, une comédie, intitulée _Champagne le Coiffeur_,
-fut représentée sur le théâtre du Marais. Elle a été publiée en 1663.
-
-[245] Tome II, p. 117.
-
-[246] _Lettre_ du 4 avril 1671; t. II, p. 143.
-
-[247] Tome II, p. 41.
-
-[248] Voy. madame de GENLIS, _Mémoires_, t. II, p. 224.
-
-[249] Il finit aussi malheureusement que Champagne. Il mourut étouffé,
-en 1770, aux fêtes données à l'occasion du mariage du Dauphin. Voir
-les _Mémoires secrets_ dits de Bachaumont, 4 juin 1770, t. XIX, p. 187.
-
-[250] Il avait été cuisinier chez le marquis de Bellemare; c'est
-Legros lui-même qui nous l'apprend, et il ajoute: «J'ai fait un livre
-de cuisine qui n'est point imprimé, parce que je n'ai point encore eu
-le temps de le finir.»
-
-[251] _Pour les Coëffeurs de dames de Paris contre la communauté des
-maîtres Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes._
-
-[252] _Mémoires secrets_, t. IV, p. 184.
-
-[253] _Mémoires secrets dits de Bachaumont_, 5 septembre 1777, t. X,
-p. 213.—La somme de six cents livres fut réduite à trois cents par
-arrêt du conseil du 9 avril 1778. Voy. _Recueil de règlemens pour les
-corps et communautés d'arts et métiers_, 1779, in-4º, p. 193 et 248.
-
-[254] Paris, 1777, Supplément, p. 15.
-
-[255] Voy. les gravures de modes conservées à la Bibliothèque de la
-Ville de Paris et à la Bibliothèque nationale; et, pour les années
-1785 à 1788, le _Magasin des modes_.
-
-[256] _Modèles de conversations pour les personnes polies_, p. 454.
-
-[257] 26 avril 1774, t. VII, p. 165.
-
-[258] _Quatrième mémoire à consulter_, p. 111.
-
-[259] Voir la _Correspondance secrète_ de Métra, 9 janvier 1775, t. I,
-p. 158.
-
-[260] _Les panaches ou les coëffures à la mode_, comédie en un acte.
-Paris, 1778, in-8º.
-
-[261] _Mémoires_, ch. IV, t. I, p. 96.
-
-[262] BACHAUMONT, 6 novembre 1778, t. XII, p. 154.
-
-[263] «Il est de la modestie et de l'honnêteté de ne pas toucher ses
-cheveux sans nécessité. C'est pourquoi il n'y faut mettre que très-peu
-de poudre, parce que la trop grande quantité engendre de la vermine,
-qui engage quelquefois les jeunes gens à imiter certaines dames qui
-frappent la tête avec le doigt dans les endroits où cette vermine se
-fait sentir.» J. B. DE LA SALLE, _Règles de la bienséance_, p. 8.
-
-[264] MERCIER, _Tableau de Paris_, chap. CCCXXXIX, t. IV, p. 212.
-
-[265] On appelait _marron_ une grosse boucle de cheveux ordinairement
-nouée avec un cordon. _Marronner_, c'était friser à grosses boucles;
-le mot est dans Littré.
-
-[266] _Mémoires d'un voyageur qui se repose_, t. III, p. 42.
-
-[267] MERCIER, _Tableau de Paris_, t. II, p. 192.
-
-[268] _Tableau de Paris_, t. VI, p. 46.
-
-La gravure de Cochin, que nous reproduisons ci-contre, prouve que
-toutes les boutiques de barbiers ne ressemblaient pas à celle décrite
-par Mercier. Voici l'explication des lettres de renvoi:
-
- _a_, garçon occupé à faire la barbe.
- _b_, garçon occupé à accommoder une perruque.
- _c_, une femme occupée à tresser.
- _d_, deux ouvriers occupés à monter des perruques.
- _e_, un ouvrier occupé à faire chauffer des fers à friser.
- _f_, particulier qui ôte la poudre de dessus son visage.
-
-[269] 26 juin 1780, t. XV, p. 210.
-
-[270] _Mémoires_, chap. IV, t. I, p. 100.
-
-[271] Duc DE CHOISEUL, _Relation du départ de Louis XVI_, p. 69 et
-suiv.
-
-[272] _Libellus de moribus in mensa servandis, Joanne Sulpitio
-Verulano authore. Cum familiarissima et rudi juventuti aptissima
-elucidatione gallicolatina Gulielmi Durandi._ Comme tous les traités
-de civilité, celui-ci est d'une extrême rareté. L'édition dont je me
-suis servi est celle de 1577 (Paris, Buon, in-12).
-
-[273] _Coma._
-
-[274] _Scabies._
-
-[275] La première édition de ce livre parut à Bâle en 1530, sous ce
-titre: _De civilitate morum puerilium, per Des. Erasmum nunc primum et
-conditus et æditus._
-
-[276] _Declamation contenant la manière de bien instruire les enfans
-dès leur commencement. Avec un petit traicté de la civilité puérile._
-Le tout translaté nouvellement de latin en françois par Pierre SALIAT.
-Paris, Simon de Colines, 1537, in-12.
-
-[277] Le mot _aucunement_ signifiait alors un peu, en quelque façon,
-etc. C'est la traduction littérale du latin _aliquatenus_.
-
-[278] _Catoblepæ_, petits animaux originaires d'Éthiopie, et dont le
-regard tue; aussi ont-ils soin de tenir toujours la tête baissée.
-C'est Pline qui affirme tout cela (lib. VIII, cap. XXXII).
-
-[279] Le derrière de la tête. Le texte porte _sufficare occipitium_.
-
-[280] _Motacillarum_, des hochequeue.
-
-[281] Lieux d'aisances.
-
-[282] C'est la traduction brutale mais exacte du mot _oletum_.
-
-[283] _La civile honesteté pour les enfans_, par C. CALVIAC. Paris,
-1560, in-12.—Calviac ne cite pas le nom d'Érasme, et on l'a jusqu'ici
-regardé comme l'auteur de cette plaquette très-rare, dont un
-exemplaire a été vendu 505 francs à la vente Pichon. C'est la première
-Civilité qui ait été imprimée avec les caractères dits _de civilité_.
-
-[284] _La civilité morale des enfans, composée en latin par Érasme,
-traduicte en françois par Claude Hardy, parisien, eagé de neuf ans._
-Paris, Jean Sara, 1613, in-8º.—La dédicace au Roi se termine ainsi:
-«Depuis que j'ay eu le bon-heur d'avoir, par un heureux rencontre,
-parlé à vostre Majesté dedans vostre jardin des Thuilleries, par deux
-diverses fois, et après avoir remarqué tant de rares perfections que
-le ciel prodigue a thesaurisé en vostre personne, j'ay mille fois
-pensé combien est heureuse la condition de ceux qui sont proches de
-vous, et sont employez à vostre service, sans esperer jamais de ma
-bonne fortune autre chose, sinon que d'avoir l'heur d'estre recongneu
-de vous comme celuy qui desire estre toute sa vie, Sire, de vostre
-royale Majesté, tres-humble serviteur et subjet, CLAUDE HARDY.»
-
-[285] Voy. l'_Heautontimorumenos_.
-
-[286] «Lotium remorari valetudini perniciosum, secreto reddere
-verecundum. Sunt qui præcipiant ut puer, cumpressis natibus, ventris
-flatum retineat. Atqui civile non est, dum urbanus videri studes,
-morbum accersere. Si licet secedere, solus id faciat; sin minus,
-juxta vetustissimum proverbium tussi crepitum dissimulet. Alioqui cur
-non eadem opera præcipiunt ne alvum dejiciant, quum remorari flatum
-periculosius sit quam alvum stringere?»
-
-[287] Voy. l'_Eunuque_.
-
-[288] Je ne donne aucun extrait de l'ouvrage suivant, qui n'est qu'une
-mauvaise imitation d'Érasme: _La civilité honneste pour l'instruction
-des enfans. En laquelle est mis au commencement la manière d'apprendre
-à bien lire, prononcer et escrire. A Paris, par Pierre Ménier, portier
-de la porte Sainct Victor._ 1625, in-12.
-
-[289] Dès 1685, cet ouvrage avait eu huit éditions. Il n'en est pas
-moins rare.
-
-[290] Les sonnettes mises en mouvement par des fils de fer ne
-remontent pas au delà du règne de Louis XV; mais on avait depuis
-longtemps dans les appartements des timbres et des sonnettes posées
-sur les tables.
-
-[291] Le ruisseau étant au milieu de la rue, la politesse voulait que
-l'on abandonnât la partie de la chaussée qui bordait les maisons.
-C'est ce que l'on appelait _céder le haut du pavé_.
-
-[292] Souvent réimprimée.
-
-[293] Dépense en habits, penchant à se vêtir richement.
-
-[294] Voy. ci-dessus, p. 190.
-
-[295] Ouvrage qui a eu un nombre considérable d'éditions, et qui se
-réimprime encore aujourd'hui.
-
-[296] Il ne faut pas oublier que l'auteur était «prêtre, docteur en
-théologie, et instituteur des Frères des écoles chrétiennes».
-
-[297] _Pantagruel_, liv. II, chap. XVI.
-
-[298] Ayant droit de s'asseoir.
-
-[299] Il y a dans le texte: «Anzi porta una capigliata finta, per il
-più tutta ricca e bella.»
-
-[300] Voyez ci-dessus, p. 26 et suivantes.
-
-[301] Il y a dans le texte: _Iveram redditum urinam_.
-
-[302] _Non ausim dicere sine præfatione honoris._
-
-[303] _Usui est ad tergendum nates in latrina._
-
-[304] _Deinde egressus cubiculo, descendi infra, urinam in aera
-reddidi ad parietem._
-
-[305] Voyez ci-dessus, p. 163.
-
-[306] Quoi qu'en disent les stoïciens.
-
-[307] Pages 28 et 179.
-
-[308] _Recueil de poësies de divers autheurs._ In-18. Deuxième partie,
-p. 4.
-
-[309] Édition de 1731, t. VI, p. 257.
-
-[310] _Anciennes poésies françoises_ (bibliothèque elzévirienne), t.
-I, p. 84.
-
-[311] _Anciennes poésies françoises_, t. I, p. 103.
-
-[312] _Ibid._, t. II, p. 284.
-
-[313] _Antiquitez de Paris_, t. II, p. 465.
-
-[314] Rouen, 1615, in-18, p. 24.
-
-[315] Voy. A. D'EMBRY, _Description de l'isle des hermaphrodites_, p.
-10, et GABRIEL DE MINUT, _De la beauté_, p. 145.
-
-[316] _Mémoires du règne de Louis XVI_, t. II, p. 99.
-
-[317] LONGCHAMP et WAGNIÈRE, _Mémoires sur Voltaire_, t. II, p. 119 et
-suiv.
-
-[318] _Mémoires du règne de Louis XVI_, t. VI, p. 9.
-
-[319] _Les merveilles de l'autre monde_, 1665, in-18, p. 65.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
- Page
-
- I 1
-
- II 44
-
-III 105
-
-ÉCLAIRCISSEMENTS 163
-
- I EXTRAIT DE LA CIVILITÉ DE JEAN SULPICE 163
-
- II EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 165
-
- III EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 169
-
- IV EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 173
-
- V EXTRAIT DU Nouveau Traité de la civilité qui se pratique
- en France parmi les honnestes gens 182
-
- VI EXTRAIT DE La civilité puérile et honneste, dressée par
- un missionaire 193
-
- VII EXTRAIT DES Règles de la bienséance et de la civilité
- chrétienne 199
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE 209
-
-ADDITIONS 221
-
-APPENDICE 1
-
- I EXTRAIT DE LA Civilité DE JEAN SULPICE 6
-
- II SUR L'ÉPILATION 9
-
- III 12
-
- IV 14
-
-
-
-
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