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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: La vie privée d'autrefois : Arts et métiers : modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle - Les soins de toilette -- Le savoir vivre - -Author: Alfred Franklin - -Release Date: November 28, 2017 [EBook #56072] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS : *** - - - - -Produced by Isabelle Kozsuch, Christian Boissonnas and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This file was produced from images generously made -available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ - │ Note de transcription: │ - │ │ - │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │ - │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │ - │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │ - │ │ - │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │ - │ │ - │ La Table des Matières se trouve en fin de livre et a été créée par │ - │ le transcripteur. │ - └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘ - - - - - LA VIE PRIVÉE - - D'AUTREFOIS - - - - -L'auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de traduction -et de reproduction à l'étranger. - -Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (section de la -librairie) en février 1887. - - -PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8. - - - - - LA VIE PRIVÉE - D'AUTREFOIS - - ARTS ET MÉTIERS - - MODES, MŒURS, USAGES DES PARISIENS - - DU XIIe AU XVIIIe SIÈCLE - - D'APRÈS DES DOCUMENTS ORIGINAUX OU INÉDITS - - PAR - - ALFRED FRANKLIN - - LES SOINS DE TOILETTE - - LE SAVOIR-VIVRE - - [Illustration] - - - PARIS - - LIBRAIRIE PLON - E. PLON, NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS - RUE GARANCIÈRE, 10 - - 1887 - - - - -LA - -VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS - -LES SOINS DE TOILETTE. - -LE SAVOIR-VIVRE. - - - - -I - - -Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, tout barbier était en même -temps chirurgien. Dans sa boutique, obscure et sale, il rasait et -saignait, coupait les cheveux et posait des ventouses, pansait -les plaies, ouvrait les anthrax, ne reculait même pas devant les -opérations les plus compliquées et les plus dangereuses. Un préjugé -persistant enveloppait dans le même dédain tout travail manuel, qu'il -s'appliquât à un métier, à un art ou à une science. L'ouvrier maçon et -l'architecte, le barbouilleur d'enseignes et le peintre qui ornait les -palais royaux de chefs-d'œuvre, le barbier et le chirurgien enfin, -appartenaient l'un et l'autre et au même titre à la même corporation -ouvrière. Je développerai tout cela ailleurs, lorsque j'aurai à -raconter la lutte soutenue pendant cinq cents ans par les barbiers -contre les chirurgiens. A vrai dire, il n'y avait guère entre eux de -différence, et plusieurs de nos meilleurs chirurgiens, Ambroise Paré -entre autres, n'étaient que des barbiers, et furent associés fort tard -à la classe des chirurgiens proprement dits. - -Ce que l'on reprochait aux barbiers, gens fort serviables et fort -aimés du petit peuple, qui ne connaissait guère d'autres médecins, -c'était donc surtout le mélange d'attributions disparates, les -opérations de chirurgie et les soins de toilette: «Voicy le mal que le -barbier ne se contente du poil[1]», était déjà une phrase proverbiale -au seizième siècle. Louis XIII voulut donner satisfaction à un vœu si -général. En décembre 1637, il autorisa l'établissement d'une nouvelle -communauté de barbiers, celle des _barbiers-barbants_, à laquelle -toute pratique chirurgicale était interdite, et qui n'avait dans ses -attributions que les bains et la coiffure. Les barbiers-chirurgiens -protestèrent, et l'affaire fut portée au Parlement, qui procéda avec -une sage lenteur. Au mois de décembre 1659, Louis XIV intervint et -confirma la création faite par son prédécesseur. L'édit rendu à cette -occasion ne put encore être exécuté, et fut renouvelé le 23 mars 1673. - -En vérité, il n'était que temps, et jamais la nécessité de constituer -une corporation ne s'était fait plus vivement sentir. Car enfin, il -faut tout dire, depuis près d'un siècle les Parisiens négligeaient -fort les soins les plus élémentaires de la toilette; ils avaient perdu -à peu près complétement l'habitude de se laver. Esquissons à grands -traits l'histoire de la propreté en France. - -Par réaction contre le sensualisme païen, l'Église se montra d'abord -fort indifférente sur ce point; peu s'en faut même qu'elle ne regardât -la propreté comme une pratique dangereuse, une vanité coupable, un -péché. En général, les moines ne prenaient de bains que deux fois par -an, à Noël et à Pâques. La règle de saint Benoît s'exprime ainsi: -«On permettra les bains aux malades toutes les fois qu'on le jugera -nécessaire; mais pour ceux qui se portent bien, surtout s'ils sont -jeunes, on ne leur en accordera l'usage que rarement[2].» Dom Calmet, -qui a écrit un très-savant commentaire sur la règle de saint Benoît, -trouve cette mesure excellente, et montre combien il eût été cruel -de refuser ces deux bains annuels aux religieux. Ils leur étaient -nécessaires, dit-il, parce «qu'alors ils n'usoient point de linge, -comme ils n'en usent point encore aujourd'hui. Couchant tout vêtus -et changeant peu souvent d'habits de laine qu'ils portoient sur -la chair, ils contractoient beaucoup de crasse par la sueur et le -travail, ce qui étoit non-seulement très-incommode aux particuliers -pour leur personne, mais aussi étoit à charge aux autres à cause de la -mauvaise odeur et de la malpropreté. Aujourd'hui, ajoute-t-il, on a -pourvu à ces inconvénients par les chemises de serge qu'on porte, et -que l'on peut laver aussi fréquemment que le besoin ou la bienséance -le demandent[3].» La seule concession faite sur ce point s'applique -donc, non à la personne des religieux, mais à leur chemise, qu'ils -étaient autorisés à laver tous les quinze jours[4]. Ce qui tendrait -à faire supposer qu'ils n'abusaient pas de la permission, c'est que -la règle leur accordant des pédules ou pantalons à pieds, les moines -en coupaient l'extrémité qui, paraît-il, se salissait trop vite; dom -Calmet s'exprime ainsi: «A cause de la sueur, ils coupent ce qu'ils -mettent dans leurs pieds, pour s'épargner la peine de les laver[5].» -Il y a là amphibologie, mais le commentaire qui suit explique la vraie -pensée de l'auteur. - -La règle de Cluni ordonnait aux moines de se réunir chaque matin dans -le cloître, afin d'y faire leur toilette. Celle-ci était sans doute -bien sommaire, car trois serviettes pendues au mur constituaient -tout le linge mis à la disposition de la communauté; la première -était exclusivement réservée aux novices, la deuxième aux profès, -et la troisième aux frères lais[6]. Les Bénédictins avaient chacun -leur peigne, et, dit dom Calmet, «ils se peignoient et se lavoient -assez souvent le visage et la tête». Il explique un peu plus loin ce -qu'il faut entendre par ces mots _assez souvent_: les religieux, qui -avaient tout le crâne rasé et ne conservaient qu'une étroite couronne -de cheveux, se lavaient la tête «tous les samedis[7]». - -On comptait si peu sur la propreté des séculiers, des évêques même, -que l'on exigeait qu'ils se peignassent avant de monter à l'autel. -Comme ils ne se décidaient à subir cette opération qu'au dernier -moment, «et que l'on étoit bien aise de conserver la chape et la -chasuble, et d'empêcher que la crasse ne tombât dessus, on mettoit sur -leurs épaules un linge fait en forme de petit manteau[8]». - -[Illustration: PEIGNE EN IVOIRE SCULPTÉ DU SEIZIÈME SIÈCLE. - -Musée du Louvre. Collection Sauvageot.] - -A l'égard des soins du corps, les couvents de femmes eux-mêmes ne -jouissaient d'aucun privilége, bien qu'on y autorisât le rouge et -les mouches. Vers la fin du dix-septième siècle, madame de Mazarin, -retirée chez les Visitandines de la rue Saint-Antoine, ayant demandé -un jour à se laver les pieds, la maison entière s'en émut, et la -duchesse essuya un refus fort net. Comme elle tenait à ses idées, elle -se procura de l'eau et, faute de mieux, en remplit un grand coffre -qui était dans le dortoir; de sorte que tout cela finit par une -inondation générale[9]. - -Dans son grand _Dictionnaire des sciences ecclésiastiques_ publié -en 1760, le Dominicain Richard concède que «l'usage du bain est -permis en soi, pourvu qu'on ne le prenne pas par volupté, mais par -nécessité[10],» et la récente canonisation de Benoît Labre prouve -bien que l'Église n'a jamais entendu faire de la propreté même une -demi-vertu. A en croire les panégyristes de ce saint personnage, -l'odeur infecte qu'exhalait son corps crasseux et couvert de vermine -faisait fuir jusqu'aux mendiants les plus sales[11]. - -En dehors de l'Église, on fut assez propre au moyen âge, surtout dans -la classe aisée. Les croisés avaient rapporté d'Orient le goût des -bains, et de bonne heure les étuves s'étaient multipliées à Paris. -Leur souvenir s'y est conservé, presque jusqu'à nos jours, dans le nom -de plusieurs rues. - -Le _cul-de-sac des Étuves-Saint-Michel_ longeait l'église de ce nom -et aboutissait dans la rue de la Barillerie[12], aujourd'hui boulevard -du Palais. - -La _rue des Étuves-Saint-Martin_, devenue _rue des Vieilles-Étuves_, -se nommait au treizième siècle rue Geoffroi-des-Bains ou des Étuves, -_vicus Gauffridi de Balneolis sive stuffarum_[13]. - -La rue Sauval actuelle portait, il y a encore peu d'années, le nom de -rue des _Vieilles-Étuves-Saint-Honoré_. - -A gauche de la rue Marivaux, aujourd'hui rue Nicolas-Flamel, s'ouvrait -le _cul-de-sac des Étuves_, ainsi appelé d'un établissement qui y -était situé[14], et dont la réputation dura plusieurs siècles. - -Le cul-de-sac de la Porte-aux-Peintres, aujourd'hui impasse des -Peintres, s'est appelé _ruelle sans chef dite des Étuves_[15]. - -La partie de la rue des Bourdonnais qui aboutit au quai de la -Mégisserie fut dite d'abord rue de l'Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés, puis -_ruelle des Étuves_, et enfin rue de l'Arche-Marion, du nom de la -femme qui y tenait alors des étuves[16]. - -Un autre _cul-de-sac des Étuves_ aboutissait dans le grand cul-de-sac -Gloriette[17], qui lui-même débouchait dans la rue de la Huchette. - -La rue du Chat-qui-pêche, située tout près de là, a porté aussi le nom -de _ruelle des Étuves_[18]. - -On nommait également _rue aux Étuves_ une petite voie qui allait de la -rue des Cordeliers, aujourd'hui rue de l'École-de-Médecine, à la rue -Mignon[19]. - -Il est clair que bien d'autres rues de Paris ont possédé des étuves, -sans perdre pour cela leur nom primitif. Nous savons, par exemple, -qu'à l'angle de la rue Beaubourg, des étuves destinées aux femmes -étaient installées dans une maison qui avait pour enseigne le _Lion -d'argent_[20]. - -Les Juifs, dont la loi prescrit aux femmes l'usage du bain au moins -une fois par mois[21], avaient dès 1248 dans la rue de la Pelleterie, -une maison d'étuves à leur usage: _domus quæ fuit stuffæ Judæorum_[22]. - -En somme, la _Taille de 1292_ mentionne vingt-six étuves, réparties à -peu près dans tous les quartiers, et parmi lesquelles figurent celles -de la rue des Vieilles-Étuves-Saint-Martin[23], de la rue Sauval[24] -et de l'impasse Marivaux[25]. - -Chaque matin, les valets étuveurs parcouraient les rues, annonçant que -les bains étaient prêts: - - Oiez c'on crie au point du jor[26]: - Seignor, quar vous alez baingnier - Et estuver sanz delaier[27], - Li baing sont chaut, c'est sanz mentir[28]. - -Les statuts des étuveurs sont compris dans le _Livre des métiers_[29], -mais ils y ont été insérés après la mort d'Étienne Boileau, car -l'écriture date du quatorzième siècle seulement. Ils offrent, -d'ailleurs, un grand intérêt comme peinture des mœurs de l'époque. - -Le métier était franc, ce qui signifie que chacun pouvait s'établir -étuveur sans payer aucune redevance. On se bornait à exiger -l'engagement de respecter les statuts rédigés en commun par les -membres de la corporation: «Quiconques veut estre Estuveur en la ville -de Paris, estre le peut franchement, pour tant que il euvre selonc les -us et les coustumes du mestier, faites par l'acort du commun[30].» - -Nul ne devait annoncer ni faire annoncer l'ouverture des étuves avant -le point du jour, «pour les perilz qui pevent avenir en ceux qui se -lievent audit cri pour aler aus estuves[31]». Ces périls prouvent le -peu de sûreté que présentaient les rues pendant l'obscurité. - -Il était défendu de recevoir dans les étuves des femmes d'une conduite -suspecte, des lépreux ou des lépreuses, des vagabonds, des gens mal -famés, coureurs de nuit: «Que nulz dudit mestier ne soustiengne en -leurs mesons ou estuves bordiaus de jour ne de nuit, mesiaus ne -meseles, reveurs, ne autres genz diffamez de nuit.» - -Le prix de l'étuvage était fixé à un franc de notre monnaie, celui du -bain à deux francs: «Et paiera chascunne personne pour soy estuver -deus deniers, et se il se baigne il paiera quatre deniers[32].» Cette -distinction montre que parmi les personnes qui fréquentaient les -étuves, les unes se bornaient à prendre un bain de vapeur, tandis que -d'autres y faisaient succéder un bain d'eau chaude; c'est encore ce -qui se pratique dans les bains publics de l'Orient. Au siècle suivant, -les prix étaient presque doublés: l'étuvage coûtait deux francs, -l'étuvage et le bain réunis quatre francs. Le peignoir était fourni -moyennant cinquante centimes[33]. - -L'habitude des étuves était si générale que l'État prenait de grandes -précautions pour en prévenir la fermeture. Ainsi, quand un hiver -rigoureux faisait hausser le prix du bois et du charbon, le prévôt de -Paris admettait les réclamations des étuveurs, et augmentait le prix -d'entrée proportionnellement à celui qu'avait atteint le combustible: -«Et pour ce que en aucun temps buche, charbon sont plus chiers une -fois que autre», le prévôt de Paris pourra élever le prix des étuves, -«par le rapport et serement[34] des bones genz dudit mestier[35].» - -Un article, sans doute postérieur à ces premiers statuts[36], nous -apprend qu'on allait aux étuves le soir aussi bien que le matin, -que souvent on y restait toute la nuit, et que la réputation de ces -maisons était déjà fort mauvaise: «Que nuls ne chaufe estuves à Paris -que pour hommes tant seullement ou pour fames, lequel qui li plera, -car c'est vil chose et honteuse, pour les ordures et pour les perilz -qui y pevent avenir; car quant les hommes s'estuvent par devers le -soir, aucune foiz ils demeurent et gisent leens jusques au jour qu'il -est haute heure. Et les dames viennent au matin es dictes estuves, -et aucune foiz vont es chambres aus hommes par ignorance; et assés -d'autres choses qui ne sont pas belles à dire.» - -Les étuves étaient fermées les dimanches et jours de fête[37]. - -Trois «preud'ommes du mestier», élus par leurs confrères et acceptés -par le prévôt de Paris, prêtaient serment de dénoncer toutes les -contraventions aux statuts, les «mesprentures», dit le texte[38]. -Chaque contravention de ce genre était punie d'une amende de dix sols -(soixante francs), dont six allaient au Roi, et les quatre autres aux -preud'hommes jurés[39]. - -En dépit de ces sages règlements, les étuves continuèrent à servir -de lieux de plaisirs, et rien ne paraît avoir été changé pendant -longtemps à leur organisation. Au commencement du seizième siècle, on -criait encore l'ouverture des étuves au point du jour: - - C'est à l'image Saincte Jame - Où se vont baigner ces femmes. - Et baignez et estuvez, allez. - Bien servies vous y serez - De varletz, de chambrière, - De la dame, bonne chère. - Allez tost, les baings sont prestz[40]. - -Ces bains se prenaient dans des baquets de bois, car la baignoire de -métal est d'invention récente. Froissart rapporte[41], il est vrai, -qu'en 1382, les Gantois pillant les meubles du comte de Flandre, -brisèrent la «cuvelette où on l'avoit d'enfance baigné, qui étoit -d'or et d'argent»; mais il s'agit évidemment ici d'une cuvette et non -d'une baignoire. Isabeau de Bavière paya en 1416 treize sous pour -faire «desassembler et rassembler, recingler et relier tout de neuf -deux cuves à baigner» pour son usage[42]. En 1478, Jacques Cadot, -menuisier, reçoit trente sous pour une «cuve à baigner» le Roi. En -1481, Mace Pignet, tonnelier, demande vingt-deux sous six deniers, -«pour avoir habillé et nectoyé les cuves à baigner» Louis XI[43]. Les -peignoirs ou fonds de bain se nommaient _baignoères_ ou _baignoires_; -ils étaient ordinairement de toile très-fine, et on employait jusqu'à -douze aunes pour en faire un seul[44]. - -[Illustration: UNE BAIGNOIRE AU QUINZIÈME SIÈCLE. - - Apres ces motz sans arrester - Fit neron vng baing apprester - - Et fit ens le preudomme mettre - Et puis saigner ce dit la lettre - Et tant luy fit de sang espandre - Qui luy conuint son ame rēdre - -Mort de Sénèque, d'après le _Roman de la rose_, édit. s. d. (quinzième -siècle), fº53.] - -Les cuvettes de toilette se nommaient alors _bassins à laver_. -Ordinairement on les posait à terre sur une natte, et l'on se lavait à -genoux la tête et le haut du corps, c'est-à-dire tout ce que le bain -laissait hors de l'eau. Le _pot à laver_ ou _pot à eau_, différait de -l'aiguière, qui s'employait surtout pour le lavage des mains avant et -après le repas. On voit dans l'inventaire dressé après la mort de -Charles V, que ce prince possédait vingt-quatre bassins à laver en or, -une foule de bassins semblables en argent, et «ung bassin ou vaisseau -à laver piez» qui pesait quarante-sept marcs d'argent[45]. Mais -l'inventaire ne fait aucune distinction entre les bassins de toilette -et ceux qui étaient destinés au service de la table. - -Comme chez les Romains, il était d'usage de se baigner avant le -repas. Pour qu'une réception parût vraiment luxueuse et cordiale, -il fallait offrir un bain à son hôte, qui passait de la baignoire à -la salle à manger. Jean de Troyes raconte qu'en septembre 1467 «le -Roy et la Royne firent de grans chiers[46] en plusieurs des hostels -de leurs serviteurs et officiers. Et entre les aultres, le jeudy -dixiesme jour dudit mois, la Royne et plusieurs dames de sa compaignie -souppèrent en l'ostel de maistre Jehan Dauvet, premier président au -Parlement, et illec furent receuës et festoyées moult noblement et à -grant largesse. Et y eut faits quatre moult beaux bains et richement -aornez, cuidant que la Royne se y deust baigner, dont elle ne fist -rien, pource qu'elle se sentit ung peu mal disposée, et aussi que le -temps estoit dangereux. Mais en l'un desdits baings se y baignèrent -madame de Bourbon, madamoiselle Bonne de Savoye; et en l'autre baing -se baignèrent madame de Montglat et Perrette de Châlons, bourgoise de -Paris[47]: et là firent bonne chière.» Le 22 du même mois, Louis XI -alla souper chez le prévôt des marchands Denis Hesselin; «et audit -hostel le Roy y fist grande chière, et y trouva trois beaulx baings -honnestement et richement attintelez, cuidant que le Roy deust illec -prendre son plaisir et se baigner[48].» - -Les bains dont il est ici question paraissent avoir été improvisés en -vue de la réception des souverains. Cependant, les grandes familles -avaient souvent des étuves et des salles de bain dans leur hôtel; les -récits du temps nous en fournissent de nombreuses preuves[49]. Des -étuves destinées à la maison royale avaient été construites dans le -jardin du Palais, à l'extrémité de la Cité[50], et ce petit bâtiment -figure encore sur le plan dit de Ducerceau, qui date du milieu du -seizième siècle. Il y avait également des étuves et des bains au -Louvre, à l'hôtel Saint-Paul et à celui du Petit-Musc. Sauval nous dit -même qu'«ils étoient pavés de pierre de liais, fermés d'une porte de -fer treillissé, et entourés de lambris de bois d'Irlande; les cuves -étoient de même bois, ornées tout autour de bossetes dorées et liées -de cerceaux attachés avec des clous de cuivre doré[51]». - -C'est ordinairement aux étuves qu'avait lieu l'épilation, coutume -adoptée par toutes les classes de la société. Dans les établissements -publics, le barbier, son valet ou quelque vieille matrone se -chargeaient de l'opération vis-à-vis des deux sexes. Quand François -Ier mit à la mode les cheveux courts et la barbe longue, Clément Marot -peignit en vers railleurs le désespoir des barbiers, réduits au métier -d'épileurs[52]. Nos anciens poëtes donnent sur ce point des détails -fort curieux, mais que je ne puis faire figurer ici. - -[Illustration: UNE BOUTIQUE DE BARBIER AU SEIZIÈME SIÈCLE. - -D'après J. Amman.] - -En somme, les étuves rendaient de réels services, bien qu'elles -n'eussent rien perdu au seizième siècle de la mauvaise réputation -qu'elles s'étaient légitimement acquise depuis le quatorzième. -Toutefois leur vogue ne se soutint pas. Endroits de perdition, -anathématisés à la fois par les prédicateurs catholiques et par les -ministres huguenots, elles se virent peu à peu abandonnées, et presque -toutes disparurent. La morale y gagna, cela est certain, mais nous -allons voir tout ce qu'y perdit la propreté. Les étuves fermées, -à qui s'adresser pour les soins du corps? Restaient seulement les -barbiers-chirurgiens, dont les boutiques n'avaient rien d'attrayant. -Dans un réduit obscur gisaient trois ou quatre baquets destinés -surtout aux malades; quant au maître barbier, il était là, prêt à -vous rendre ses petits services, essuyant ses mains qui venaient de -panser un cautère ou d'ouvrir un abcès. Entre deux maux, il faut -choisir le moindre. Les Parisiens prirent leur parti, et sans trop -de peine, semble-t-il. On cessa d'aller au bain; puis, l'habitude de -l'eau une fois perdue, on finit par ne plus se laver du tout, même -chez soi. Une charmante et élégante reine, Marguerite de Navarre, dans -un dialogue amoureux composé par elle[53], trouve tout naturel de -dire à son amant: «Voyez ces belles mains; encore que je ne les aye -point descrassées depuis huict jours, gageons qu'elles effacent les -vostres[54].» - -A cette époque, on mangeait encore sans fourchette; aussi -recommandait-on de ne pas se moucher avec la main qui prenait la -viande. On était libre, d'ailleurs, de se moucher dans ses doigts, -pourvu que ce fût de la main gauche: - - Enfant, se ton nés est morveux, - Ne le torche pas à main nue - De quoy la viande est tenue, - Le fait est villain et honteux[55]. - -On constate sur ce point, quelques années plus tard, un progrès -sensible. Érasme, en 1530, conseille l'emploi du mouchoir. Cependant, -ajoute-t-il, il n'est pas interdit de se moucher avec deux doigts, -pourvu que l'on prenne soin de poser aussitôt le pied sur ce qui -sera tombé à terre[56]. Cent ans après, on pouvait encore, sans -trop offenser la civilité, faire cette délicate opération avec un -seul doigt. Un grand seigneur, d'Hauterive de l'Aubespine, recevait -un jour à dîner la fleur de la galanterie française, l'illustre -Turenne entre autres, et le marquis de Ruvigny. Au milieu du repas, -d'Hauterive ayant eu besoin de se moucher, pressa avec le doigt une -de ses narines, et le contenu de l'autre, partant comme une flèche, -alla s'aplatir contre la cheminée, «en faisant autant de bruit qu'un -pistolet». Ruvigny, qui était assis auprès de Turenne, s'écrie en -entendant cette détonation: «Monsieur, n'êtes-vous pas blessé?» -Et, ajoute Tallemant des Réaux[57], «ce fut un esclat de rire le -plus grand du monde». Cette grave question du mouchoir, qui semble -aujourd'hui à peu près résolue, soulevait encore des controverses peu -de temps avant la Révolution. De la Mésangère s'exprimait ainsi en -1797: «On faisait un art de se moucher il y a quelques années. L'un -imitait le son de la trompette, l'autre le jurement du chat. Le point -de perfection consistait à ne faire ni trop de bruit ni trop peu[58].» - -Revenons à Érasme. Il nous apprend encore qu'il fallait éviter autant -que possible de conserver dans ses cheveux des lentes et des poux, -tout au moins qu'il était peu convenable de les faire tomber sur ses -voisins en se grattant la tête[59]; que les personnes désireuses de -passer pour très-distinguées, prenaient soin de se peigner avant -d'aller dîner chez un homme de qualité[60]; enfin, qu'un homme -soucieux de sa santé devait bien se garder de retenir les flatuosités -qu'occasionne une digestion difficile, mais que dans le monde il était -de bon goût d'en dissimuler le bruit en toussant: «tussi crepitum -dissimulet[61].» Il ne s'agit ici, bien entendu, que des bruits -intempestifs émis par en bas; ceux d'en haut avaient toute licence de -se produire, comme le démontre une belle réponse faite par Louis XIII, -alors âgé de huit ans, à M. de Souvré son gouverneur[62]. - -Le père de cet éloquent petit bonhomme, Henri IV, souverain sans -morgue, ne dissimulait pas qu'il «avoit les pieds et le gousset -fins»; et, s'il faut en croire Tallemant des Réaux[63], ordinairement -bien informé, madame de Verneuil, dans un moment de colère, lui -dit «qu'il puoit comme une charogne». Le bourru d'Aubigné voulait -peut-être se moquer de son maître quand il met en scène[64] ce -Renardière qui, «à force d'estre noble, dès la première veuë -connoissoit fort bien un gentilhomme, et au sentir mesme, car il -vouloit qu'un vrai noble eust un peu l'œsselle surette et les pieds -fumants». - -Ce n'était pourtant pas là, hélas! un privilége exclusif de la -noblesse, et la propreté outragée se vengeait de son mieux. Elle -livrait les coupables à une foule de cruels parasites chargés de les -torturer. Le _Ménagier de Paris_, composé en 1393, enseigne déjà six -manières de se débarrasser des puces, et l'auteur reconnaît qu'en -préserver son mari constituait une des sérieuses préoccupations d'une -tendre épouse: «Et pour ce, chère seur[65], je vous pry que le mari -que vous arez[66], vous le vueillez ainsi ensorceller, et le gardez -de maison maucouverte[67] et de cheminée fumeuse; et ne luy soyez pas -rioteuse[68], mais doulce, aimable et paisible. Gardez en yver qu'il -ait bon feu sans fumée, et entre vos mamelles bien couchié, bien -couvert. Et en esté gardez que en vostre chambre ne en vostre lit -n'ait nulles puces, ce que vous pouvez faire en six manières[69]...» - -Dans une pièce publiée vers 1520, une puce parlant en vers déclare -qu'elle a été créée pour tourmenter la gent animale et se repaître de -son sang: - - Quant l'yver vient, ilz ont quelque esperance - De se venger tandis que le froit dure, - Car sus leur chair ne fais plus demourance, - Je perds vigueur quant sens venir froidure. - Mais en esté, je ne tiens point mesure - De tormenter femmes, chiens et chats. - Beau dire ilz ont que je leur fais nuisure, - Pour les pincer ne veulx point de compas. - De leur bon sang je fais tous mes repas, - Sans espargner damoyselle ou bourgeoyse, - Leur faisant peine jusques à mon trespas. - -Et l'auteur termine en indiquant un procédé nouveau: - - Pour toutes pulces faire soubdain mourir[70]. - -C'était bien, en effet, une guerre incessante et une guerre à mort. -Aussi tous les manuels de la vie pratique écrits vers cette époque -se font-ils l'écho de ce grave souci. Le _Traicté nouveau, intitulé -bastiment de receptes_[71] fournit, avec d'intéressants détails, cinq -procédés infaillibles: - -«Pour faire que les punaises ne te nuysent point la nuyt; - -«Pour faire un oignement qui tue les punaises en la couche ou -couchette; - -«Pour faire qu'il n'y aye nulles pusses en une chambre; - -«Pour faire un unguent qui tue les punaises ou mortzpions; - -«Pour tuer les poulz et lentes.» - -Remarquez que, de ce temps, date la fureur des cosmétiques, des -fards, des essences, des pâtes, des parfums, qui ne se calma qu'au -commencement du règne de Louis XIV. Il faut donc se rendre à -l'évidence, et se représenter telle qu'elle était la haute société -du seizième siècle. S'il y avait, par exemple, gala au Louvre, -gentilshommes et grandes dames, bardés de crasse, mais couverts de -parfums, de perles et de pierreries, montaient sur un cheval ou un -mulet, la femme en croupe derrière son mari[72]. On se mettait à -table, et les convives, s'aidant un peu du couteau, mangeaient avec -les doigts, engluant leur serviette, qu'on était forcé de changer -après chaque plat. - -Vers 1640, parurent enfin, les _Loix de la galanterie_[73], code -du bon ton à l'usage des petits-maîtres; on y voit avec surprise -quels raffinements de soins la mode imposait alors aux galants du -grand monde. Lisez: «L'on peut aller quelquefois chez les baigneurs -pour avoir le corps net, et tous les jours l'on prendra la peine de -se laver les mains. Il faut aussi se faire laver le visage presque -aussi souvent, et se faire razer le poil des jouës, et quelquefois -se faire laver la teste... Vous aurez un valet de chambre instruit à -ce mestier, ou bien vous vous servirez d'un barbier qui n'ait autre -fonction, et non pas de ceux qui pansent les playes et les ulcères, -et qui sentent toujours le puz et l'onguent. Outre l'incommodité que -vous en recevez, il y a danger mesme que venant de panser quelque -mauvais mal, ils ne vous le communiquent; tellement que vous ne les -appellerez que quand vous serez malades. Et en ce qui est de vous -accommoder le poil, vous aurez recours à leurs compétiteurs, qui sont -barbiers-barbans[74].» Notre manuel ne parle pas des femmes, mais la -mode est toujours donnée par elles. Si elles eussent eu soin de leur -personne, auraient-elles pu souffrir auprès d'elles ces soupirants -malpropres? - -[Illustration: «UN COURTISAN ET SA DEMOISELLE.» - - D'après les _Monumens_ de Montfaucon. - (Seizième siècle.) -] - -Lorsque l'excès de la propreté eut été porté à ce point qu'un raffiné -dut se laver le visage _presque tous les jours_, on comprit enfin -ce que présentaient de répugnant les multiples attributions des -barbiers-chirurgiens, et les barbiers-barbants furent créés. A la -suite de l'édit de 1637, quelques industriels avisés avaient déjà -adopté cette spécialité, mais la corporation ne fut définitivement -instituée que par l'édit du 23 mars 1673. «Nous avons reconnu dès il -y a longtemps, dit le Roi, que l'usage de faire le poil et de tenir -des bains et étuves, et les soins que l'on apporte à tenir le corps -humain dans une propreté honneste, estant autant utile à la santé que -pour l'ornement et la bienséance, par nostre édit du mois de décembre -1659, nous aurions ordonné l'établissement d'un corps et communauté de -_Barbiers-Baigneurs-Étuvistes-Perruquiers_[75], réduits à deux cens, -pour en faire profession particulière, distincte et séparée de celle -des maistres chirurgiens-barbiers[76].» Ces deux cents charges étaient -vendues par le Roi, et déclarées héréditaires. - -C'était là, sans nul doute, une utile réforme, mais dans cet ordre -de faits il n'eût pas fallu s'arrêter en si beau chemin. Soumise à -un examen même bienveillant, la cour brillante qui entourait Louis -XIV aurait perdu beaucoup de son prestige. On commençait, il est -vrai, à comprendre qu'il était bon de se laver de temps en temps, et -l'on revenait peu à peu à l'idée que l'eau pouvait avoir été faite -pour cela; on la subissait cependant plus qu'on ne l'aimait. L'usage -quotidien d'abondantes ablutions telles que nous les pratiquons -aujourd'hui eût certainement paru alors une singularité. Le plus -souvent, les gens soigneux se bornaient à promener le matin sur leur -visage un petit tampon de coton trempé dans de l'alcool très-faible -et aromatisé. Un manuel des bienséances, imprimé en 1782, prohibe -encore l'emploi de l'eau pour la toilette: «Il est de la propreté -de se nettoyer tous les matins le visage avec un linge blanc, pour -le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de l'eau, car cela -rend le visage plus susceptible du froid en hiver et du hâle en -été[77].» On voit que l'auteur, brave docteur en théologie, n'avait -pas sur la physiologie et l'hygiène des notions bien exactes. Madame -de Motteville éprouve le besoin de nous dire qu'Anne d'Autriche était -«propre et fort nette»; elle ne néglige pas non plus de nous apprendre -que, lors de l'arrivée de la reine Christine à Compiègne, les mains -de l'auguste souveraine «étoient si crasseuses qu'il étoit impossible -d'y apercevoir quelque beauté[78]». On sait, du reste, que la fistule -dont fut atteint Louis XIV est parfois le résultat d'un manque de -propreté, et que le roi-soleil avait souvent son sommeil troublé par -des punaises[79]. - -Vers cette époque commença la vogue des carrosses et des chaises à -porteur, qui facilitèrent les relations sociales dans ce que l'on -appelait alors le monde galant. En 1550, il n'y avait guère à Paris -que trois ou quatre carrosses, et c'était encore un luxe de faire ses -courses _en housse_, c'est-à-dire sur un cheval de selle couvert d'une -housse de drap ou de velours. Sully allait au Louvre en housse, et il -n'eut un carrosse que lorsqu'il fut grand maître de l'artillerie[80]. -La bourgeoisie, la noblesse pauvre allaient à pied; on marchait avec -précaution dans les rues boueuses, et si l'on rendait une visite de -cérémonie, on changeait de chaussures dans l'antichambre avant de -passer au salon. Les _Loix de la galanterie_ nous fournissent sur ce -point des détails curieux: «Lors que la mode a voulu que les seigneurs -et hommes de condition allassent à cheval par Paris, il estoit honeste -d'y estre en bas de soye sur une housse de velours et entouré de pages -et de laquais. Mais maintenant, veu que les crottes s'augmentent -tous les jours dans cette grande ville, avec un embarraz inévitable, -nous ne trouvons plus à propos que nos galands de la haute volée -soient en cet équipage et aillent autrement qu'en carrosse. Nous -sçavons qu'autrefois pour parler d'un qui paroissoit dans le monde, -soit financier ou autre, l'on disoit de luy: _il ne va plus qu'en -housse_; mais maintenant cela n'est plus guère propre qu'aux médecins -ou à ceux qui ne sont pas des plus relevez. De quelque condition que -soit un galand, nous luy enjoignons d'avoir un carrosse s'il en a le -moyen, d'autant que lors que l'on parle aujourd'huy de quelqu'un qui -fréquente les bonnes compagnies, l'on demande incontinent: _a-t-il -carrosse?_ et si l'on respond que oüy, l'on en fait beaucoup plus -d'estime. Si les galands du plus bas estage veulent visiter des -dames de condition, ils remarqueront qu'il n'y a rien de si laid -que d'entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crottez, -spécialement s'ils en sont logez fort loin; car quelle apparence y -a-t-il qu'en cet estat ils aillent marcher sur un tapis de pied et -s'asseoir sur un faut-œil de velours? C'est aussi une chose infâme -de s'estre coulé de son pied d'un bout de la ville à l'autre, quand -mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous -accuse de quelque pauvreté, qui n'est pas moins un vice aujourd'huy -en France que chez les Chinois, où l'on croid que les pauvres soient -maudits des Dieux à cause qu'ils ne prospèrent point. Vous pouvez -aussi vous faire porter en chaize, dernière et nouvelle commodité, -si utile qu'ayant esté enfermé là dedans sans se gaster le long des -chemins, l'on peut dire que l'on en sort aussi propre que si l'on -sortoit de la boiste d'un enchanteur; et comme elles sont de loüage, -l'on n'en fait la despense que quand l'on veut, au lieu qu'un cheval -mange jour et nuict[81].» - -[Illustration: «DEUX COURTISANS QUI VONT AU LOUVRE.» - -D'après les _Monumens_ de Montfaucon. (Seizième siècle.)] - -Il s'agissait donc surtout de briller à peu de frais, et pourvu que -le galant eût sa chaussure et ses vêtements à peu près propres, on ne -s'inquiétait pas d'autre chose. Un traité de la civilité qui eut un -immense succès vers la fin du dix-septième siècle[82] résume ainsi -des recommandations d'ordre plus intime faites aux personnes de la -cour: «Il faut avoir soin de se tenir la teste nette, les yeux et les -dents, les mains aussi, et même les pieds, particulièrement l'esté, -pour ne pas faire mal au cœur à ceux avec qui nous conversons[83].» Le -même ouvrage mentionne quelques modifications heureuses apportées dans -les usages depuis le commencement du siècle: «Autrefois, dit-il, il -estoit permis de cracher à terre devant des personnes de qualité, et -il suffisoit de mettre le pied dessus: à présent, c'est une indécence. -Autrefois on pouvoit bâiller, et c'estoit assez pourvû que l'on ne -parlast pas en bâillant: à présent une personne de qualité s'en -choqueroit. Autrefois, on pouvoit tremper son pain dans la sauce, et -il suffisoit pourveu que l'on n'y eust pas encore mordu: maintenant -ce seroit une espèce de rusticité. Autrefois on pouvoit tirer de -sa bouche ce que l'on ne pouvoit pas manger, et le jeter à terre -pourveu que cela se fist adroitement: maintenant ce seroit une grande -saleté[84].» Mais nous entrons ici dans le cérémonial de la table, -dont je m'occuperai ailleurs. - -Le salut vint de l'hôtel de Rambouillet, qui, en dépit des justes -railleries de Molière, eut la gloire de généraliser en France le bon -ton, la politesse, l'urbanité, le savoir-vivre. - - - - -II - - -Je ne raconterai pas l'histoire de la coiffure et de la barbe, car -on la trouve partout. Elle est bien exposée dans l'_Histoire du -costume_ de M. Quicherat, relativement exacte dans les _Dictionnaires -de la conversation_ et les _Encyclopédies_[85]; la refaire d'après -les sources serait donc me donner beaucoup de peine en pure perte. -D'ailleurs, je tiens à rester fidèle au programme que je me suis -tracé; il consiste à exclure autant que possible de ces petites -notices les faits déjà étudiés de l'histoire des mœurs, pour me -borner à recueillir les détails ignorés ou peu connus, et à relever -les erreurs accréditées par une longue tradition. Ainsi, des statues -qui ne peuvent être antérieures à 1150 ont fait jusqu'ici attribuer -aux mérovingiennes la jolie coiffure que portaient les grandes -dames du douzième siècle; leurs cheveux, partagés au milieu de la -tête, descendaient par devant en deux longues tresses nattées et -galonnées[86]. - -[Illustration: - - REINE DU GRAND PORTAIL LA REINE DE SABA, - - DE CHARTRES. PROVENANT DE - N.-D. DE CORBEIL. - -D'après Willemin.] - -Au siècle suivant, les nattes ont disparu. Les femmes mariées les -ont remplacées par un volumineux chignon attaché derrière le crâne; -les jeunes filles laissent pendre leurs cheveux sur le dos, mode qui -demeura très-longtemps en France le signe de la virginité, comme en -témoignent les anciennes représentations de la Vierge. Le quatorzième -siècle adopte les nattes relevées de chaque côté du front sur les -tempes. Au quinzième, les cheveux sont sacrifiés à des couvre-chefs -fantaisistes, dont le hennin est le type. Le seizième siècle découvre -les fronts et inaugure la coiffure dite _à la Marie Stuart_, dont les -différentes variétés nous conduisent jusqu'au règne de Louis XIV. -Celui-ci peut être caractérisé par la coiffure _à la Sévigné_, qui est -composée d'une multitude de boucles échelonnées sur les joues. - -Pour se faire une idée générale de la forme que les hommes donnèrent -successivement à leur chevelure et à leur barbe, il suffit de passer -en revue les portraits de nos rois. - -La barbe disparaît à partir de Philippe-Auguste; le visage est rasé -et les cheveux ne dépassent guère le milieu du cou. La barbe fait une -réapparition timide sous Philippe VI et Jean II, mais Charles V et -ses successeurs sont imberbes: par derrière, leurs cheveux descendent -jusqu'au cou; par devant, ils sont coupés très-courts, c'est la -coiffure dite _aux enfants d'Édouard_. A dater de François Ier, on -fait peu de cas des cheveux, mais la barbe est en plein triomphe. Elle -reste taillée en pointe jusqu'à Henri IV, dont la riante figure est -encadrée de poils touffus et frisés. Richelieu et Louis XIII portent -la moustache épaisse et la royale à la lèvre inférieure. Un caprice -changea tout cela. - -Louis XIII, forcé d'embrasser la même carrière que son père, y -réussissait peu. En revanche, il avait des dispositions pour une foule -d'autres métiers; il cuisinait très-bien, lardait à ravir, s'entendait -à l'élève des oiseaux et au jardinage, composait en musique, peignait -un peu, travaillait au besoin le cuir, le bois et le fer. Un jour, il -lui prit fantaisie de faire concurrence aux barbiers-barbants qu'il -avait créés; il coupa la barbe à tous les officiers de sa maison, -ne leur laissant qu'un petit bouquet de poils au menton. Richelieu, -avec qui on ne plaisantait pas ainsi, conserva seul les moustaches -retroussées et la royale. La cour et la ville rirent beaucoup de -l'étrange distraction qu'avait choisie le mélancolique souverain; on -la mit même en chanson: - - Hélas! ma pauvre barbe, - Qu'est-ce qui t'a faite ainsy? - C'est le grand roy Louis, - Treiziesme de ce nom, - Qui a toute esbarbé sa maison. - - Laissons la barbe en pointe - Au cousin de Richelieu, - Car, par la vertudieu! - Qui seroit assez osé - Pour prétendre la luy raser[87]? - -Les cheveux longs avaient repris faveur sous la minorité de ce roi -ennuyé et ennuyeux. Un homme de goût se reconnaissait alors aux -_moustaches_ ou _cadenettes_ qui, vite oubliées, furent ressuscitées -un siècle plus tard. On appelait ainsi de longues mèches de cheveux, -réunies avec une rosette, et qu'on laissait pendre le long de la -joue et même de l'épaule sur le côté gauche. La moustache se portait -rarement seule. L'auteur de _La promenade du cours_[88] nous apprend -que les gens désireux de se donner un air terrible en exhibaient -jusqu'à six: - - Les braves à l'œil froncé - D'un air demy courroucé - Font flotter leurs grands panaches, - Aux portières s'avançant, - Et guignent tous les passants - Au travers de six moustaches. - -Au besoin, les perruquiers pouvaient en fournir: «Potel, écrit -Tallemant[89], avoit trois ou quatre moustaches postiches de chaque -costé, où il y avoit plus de douze aulnes de ruban noir; car on -n'avoit pas trouvé encore les coings de cheveux.» Potel était un -original: la moustache se portait à gauche. Le côté droit de la -tête ainsi dégagé restait bien visible, et on l'ornait d'une boucle -d'oreille, perle ou diamant. Le comte Henri d'Harcourt, cadet de -la maison de Lorraine, en fut surnommé Cadet la Perle, sobriquet -qu'il garda toute sa vie. Son beau portrait, exécuté par Antoine -Masson, est connu sous le nom de _Cadet à la perle_; il porte encore -cet ornement sur celui qui fut gravé par Édelinck pour les _Hommes -illustres_ de Perrault[90], longtemps après que les cadenettes eurent -cessé d'être à la mode. Le premier galant qui les mit en faveur fut -Honoré d'Albret, seigneur de Cadenet, frère du célèbre Luynes[91]. -Quand on fit celui-ci connétable, Cadenet du même coup fut improvisé -maréchal de France, mais ses exploits se bornèrent à l'importante -innovation que je viens de rappeler: elle a suffi pour transmettre son -souvenir à la postérité. - -[Illustration: _Le Comte d'harcour_ - -D'après les _Hommes illustres_ de Perrault.] - -Notre moustache actuelle avait aussi ses partisans. On lit dans les -_Loix de la galanterie_: «Les uns portent les moustaches comme un -traict de sourcil, et fort peu au menton; les autres ont une moustache -à coquille[92].» Cette dernière était celle dont on relevait les -pointes. Au moyen d'un petit instrument appelé _bigotère_, on la -pinçait de manière à ce qu'elle ne perdît pas son pli pendant la nuit. -C'est ce qu'explique très-bien une _Mazarinade_ publiée en 1650: - - Ensuite voyons la moustache - Que la bigotère nous cache - Lorsque le jeune damoiseau - Le soir en bride son museau. - Le matin lui-même se l'ôte, - En frottant un peu le bigote - Avec quelque chose de chaud[93]! - -Sarazin[94], racontant en style burlesque l'enterrement anticipé de -Voiture, fait figurer parmi les assistants quelques Amours: «L'un, -dit-il, faisoit des grimaces devant le miroir, l'autre se bridoit de -la bigotère, l'autre tiroit les poils des sourcils de ses compagnons -avec des pincettes[95].» La bigotère était encore employée à la fin du -dix-huitième siècle[96]. - -Depuis Louis XIII, aucun roi de France ne garda sa barbe. Elle ne -laissa pas pour cela d'être honorée et cultivée. Louis Guyon[97], -qui a traité agréablement ce sujet, dit que la barbe est utile, -non-seulement parce qu'elle protége l'homme contre le froid, mais -encore parce qu'elle le rend «plus beau. A cause de quoy nature n'a -voulu couvrir les éminences qui sont à chacun costé des yeux, ny le -nez, ni autres parties de la face; autrement, l'homme ressembleroit -une beste sauvage et approcheroit de la semblance des bestes brutes. -Il ne se cognoistroit quand il seroit joyeux ny fasché. La face -descouverte de poils appartient à un animal raisonnable, politic, -familier et sociable, tel qu'est l'homme.» Mais alors, pourquoi la -nature a-t-elle privé de barbe les femmes? Rien n'est plus simple: -«La matière de la barbe, aux femmes, monte à la teste, qui leur cause -de plus grands cheveux qu'aux hommes; et de vray, la chevelure est -bienséante aux femmes et la barbe à l'homme.» - -Louis XIV porta d'abord le semblant de moustache dont j'ai parlé, un -trait léger sur la lèvre supérieure. Il la fit disparaître en 1680, -et tout bon courtisan s'empressa de l'imiter; aussi les derniers -portraits de Corneille et de Molière les représentent-ils sans un poil -sur la figure[98]. Je ne parle ici que des courtisans, car il faut -rendre cette justice à Louis XIII et à Louis XIV qu'ils respectèrent -la tête de leurs sujets (on n'oserait en dire autant de Richelieu); -ils laissèrent chacun arranger à sa guise barbe et cheveux. Si -ce fut une faiblesse de la part du roi-soleil, elle ne resta pas -sans châtiment: la mode, devenue plus impérieuse que l'orgueilleux -monarque, finit par lui imposer la perruque et la poudre, qui lui -étaient toutes deux antipathiques. - -A défaut d'autres libertés, le dix-septième siècle eut donc celle -de la barbe. Les beaux portraits gravés par Édelinck et Lubin nous -révèlent que: - - Le Jésuite Jacques Sirmond, - L'érudit Fabri de Peiresc, - L'historien Papire Masson, - Le savant Scévole de Sainte-Marthe, - Le poëte Malherbe, - Le jurisconsulte Pithou - portaient la barbe entière avec les moustaches. - - Le cardinal de Bérulle, - Henri de Sponde, évêque de Pamiers, - Le secrétaire d'État Pontchartrain, - Vincent de Paul, - Joseph Scaliger - portaient la barbe en pointe avec les moustaches. - - Pierre Camus, évêque de Belley, - Le garde des sceaux du Vair, - Le premier président A. de Harlay, - Le président Jeannin - portaient une magnifique barbe étalée sur la poitrine. - - Pierre de Marca, archevêque de Paris, - Antoine Godeau, évêque de Vence, - J. F. Senault, général de l'Oratoire, - Le prince de Condé, - Turenne, - Le chancelier Séguier, - Colbert, - Le premier président Lamoignon, - Le président de Thou, - L'avocat général J. Bignon, - Le théologien Arnauld d'Andilly, - Descartes, - L'avocat Antoine Lemaître, - Le philosophe Gassendi, - Balzac, - Voiture, - Sarazin, - Mansart, - Le peintre Nicolas Poussin, - Le graveur Callot, - Le romancier H. d'Urfé, - Le maréchal de Gassion, - Le maréchal Fabert, - L'amiral Duquesne, - Le chancelier Michel Letellier, - Le premier président de Bellièvre, - N. Rigault, garde de la bibliothèque du Roi, - Simon Vouet, premier peintre du Roi, - portaient la moustache et la royale. - - Le P. Thomassin, hébraïsant, - L'académicien Pélisson, - Le savant Ducange, - La Fontaine, - L'historien Le Nain de Tillemont, - Le peintre Ch. Lebrun, - Le poëte Santeuil, - Le maréchal de Luxembourg, - Le musicien Lully, - Le philologue Ménage, - Quinault, - Benserade, - Racine - avaient le visage entièrement rasé. - -N'oublions pas de faire remarquer que plusieurs de ces personnages -portent perruque, une perruque superbe, majestueuse, frisée avec art -et qui parfois descend jusqu'à la ceinture. Tout était grand dans le -siècle du grand roi. - -C'est à ce siècle que revient l'honneur d'avoir ainsi contrefait la -nature, mais il y avait longtemps qu'on avait cherché à l'imiter. - -L'usage des faux cheveux doit être aussi ancien que la coquetterie -féminine, et c'est remonter bien haut. A l'époque romaine, les femmes -portaient des nattes postiches, le commerce des cheveux était en -pleine activité, et on allait en chercher des cargaisons sur la rive -droite du Rhin. Cependant, les Pères de l'Église d'abord, puis les -prédicateurs du moyen âge apostrophèrent très durement les femmes -qui mettaient des chevelures d'emprunt «des cheveux de mortes[99]», -disaient-ils, et ce qui est bien pis, des cheveux de personnes -peut-être impures, peut-être criminelles, peut-être condamnées aux -peines de l'enfer, _capitis forsan immundi, forsan nocentis et gehennæ -destinati_[100]. - -C'est sous Charles V qu'Eustache Deschamps composa la célèbre ballade -qui a pour refrain: - - Rendez l'emprunt des estranges cheveux. - -Sous Henri III et Henri IV, toutes les femmes s'affublaient de faux -chignons. La reine Marguerite, écrit Brantôme, «s'habilloit quelques -fois avec ses cheveux naturels, sans y adjouster aucun artifice -de perruque; elle les sçavoit très bien tortiller, frizonner et -accommoder... et pourtant peu souvent s'en accommodoit, si non de -perruques bien gentement façonnées[101].» Tallemant des Réaux affirme -tout crûment qu'elle fut chauve de bonne heure, et qu'«elle avoit de -grands valets de pied blonds que l'on tondoit de temps en temps[102]». - -Dès le règne de Louis XII, les élégants imitaient leurs maîtresses: - - De la queue d'un cheval painte, - Quant leurs cheveux sont trop petiz, - Ilz ont une perrucque faincte, - -disait d'eux Guillaume Coquillart[103]. - -Les gens qui commençaient à perdre leurs cheveux y suppléaient au -moyen de _coins_, fragments de perruque qu'on dissimulait le mieux -possible sous la chevelure naturelle. Louis XIII vit tomber la -sienne à trente ans, ce qui inaugura le règne de la perruque; «les -courtisans, les rousseaux et les teigneux en portèrent les premiers: -les courtisans par délicatesse[104], les rousseaux par vanité et les -teigneux par nécessité[105].» Comme toutes les modes, celle-ci eut -ses détracteurs acharnés et ses admirateurs enthousiastes; parmi ces -derniers, il faut citer l'abbé Legendre, qui s'écrie naïvement: «Il -est surprenant qu'une coiffure aussi commode qu'est la perruque, n'ait -esté en usage que depuis le règne de Louis XIII[106].» - -C'est sous Louis XIV qu'elle atteignit son apogée. L'année où il créa -les barbiers-barbants (1673) est précisément celle où il consentit à -prendre perruque. Il avait trente-cinq ans lorsqu'il se soumit à cette -mode, que son opulente chevelure lui donnait le droit de mépriser. On -composa pour lui, dit Pélisson[107], des perruques avec des jours par -où passaient les mèches de ses cheveux, dont il ne voulait pas faire -le sacrifice. Son fils, le grand Dauphin, n'y mettait pas tant de -façons: «Monseigneur, écrit Dangeau, a encore fait raser ses cheveux, -qui étoient revenus plus beaux que jamais. Il trouve la perruque plus -commode[108].» - -Le _Livre commode pour 1692_[109], nous a conservé les noms de Pascal, -de Pelé, de Jordanis, de Vincent, «renommez pour faire les perruques -de bon air»; de La Roze, «renommé pour les perruques abbatiales»; -de Binet, enfin, le célèbre fournisseur du Roi et le créateur des -perruques dites _binettes_, expression qui a fini par désigner dans le -langage populaire la tête elle-même. A Versailles, entre la chambre à -coucher et la salle du conseil[110], était le cabinet des perruques -du Roi. Elles reposaient dans des armoires vitrées qui entouraient -la pièce; de distance en distance se dressaient des têtes d'enfants, -au nombre de vingt, qui servaient aux essayages, aux remaniements. -Les formes variaient suivant que Louis XIV allait à la messe ou à la -chasse, recevait des ambassadeurs ou restait dans ses appartements. -Quant au barbier, il ne quittait guère la cour[111], et comptait parmi -les cinq cents personnes distribuées en cinq tables, qui avaient -le droit de manger à la cour. «Avant que le Roy se lève, dit un -contemporain, le sieur Quentin, qui est le barbier et qui a soin des -perruques, se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques -ou plus, de différente longueur. Le Roy, suffisamment peigné, le sieur -Quentin lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que -celle que Sa Majesté porte ordinairement le reste du jour. Sa Majesté -aïant mis sa perruque, les Officiers de la Garderobe s'approchent pour -habiller le Roy... Le Roy, dans la journée, change de perruque, comme -quand il va à la messe, après qu'il a dîné, quand il est de retour de -la chasse, de la promenade, quand il va soûper, etc. Le garçon qui -est commis pour peigner les perruques du Roy a deux cens écus sur -la cassette...» Louis XIV n'était rasé que tous les deux jours: «De -deux jours l'un, c'est jour de barbe, c'est-à-dire que le Roy se -fait raser. Les deux barbiers de quartier rasent alternativement de -deux jours l'un, et celui qui ne rase point apprête les eaux et tient -le bassin. Celui qui est de jour pour raser Sa Majesté met le linge -de barbe au Roy, le lave avec la savonnette, le rase, le lave après -qu'il est rasé, avec une éponge douce, d'eau mêlée d'esprit de vin, et -enfin avec de l'eau pure. Pendant tout le temps qu'on rase le Roy, le -premier valet de chambre tient le miroir devant Sa Majesté, et le Roy -s'essuie lui-même le visage avec le linge de barbe[112].» On rasait -souvent aussi la tête de Louis XIV, car même après qu'il eut passé -soixante-dix ans, ses cheveux, triomphant des efforts de la perruque, -s'obstinaient à repousser[113]. Sous le règne d'un souverain qui, par -sa chevelure, semblait descendre de la race mérovingienne, la perruque -poursuivait noblement sa carrière, forçant à l'obéissance jusqu'au -maître devant qui tous tremblaient. - -L'article 63 des statuts de 1718 accorde aux barbiers-perruquiers -le monopole de «la vente et revente des cheveux»; les marchands en -gros devaient, avant d'écouler leurs ballots, les apporter au bureau -de la corporation, où ils étaient examinés. Il se faisait alors une -incroyable consommation de poil. Les têtes des femmes vivantes et -mortes étaient mises à contribution dans les quatre parties du monde, -et le commerce des cheveux avait pris une extension considérable. -Colbert songea même à en arrêter l'importation qui menaçait, -disait-il, de devenir aussi ruineuse pour l'État que l'avait été -naguère celle des ouvrages de fil. Mais les perruquiers se montrèrent -meilleurs économistes que le ministre. Ils dressèrent des statistiques -et démontrèrent, chiffres en mains, que la vente des perruques à -l'étranger faisait rentrer plus d'argent dans le royaume qu'il -n'en sortait par l'achat des cheveux[114]. En effet, l'Angleterre, -l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, etc., étaient nos tributaires; -le perruquier français avait acquis déjà dans toute l'Europe la -réputation qu'il conserva jusqu'à la fin d'être un artiste inimitable. -Le commerce en gros était représenté à Paris par les sieurs Pelé, -Vincent, Potiquet, Rossignol, etc.; ces deux derniers demeuraient -«sous la galerie des Innocents[115]». Tous ces commerçants avaient -des coupeurs qui parcouraient la Normandie, la Flandre, la Hollande. -Certains villages fournissaient jusqu'à dix livres de cheveux, qui -devaient toujours avoir de vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. -Les cheveux des pays chauds étaient réputés mauvais; les plus estimés -étaient ceux de Normandie, que l'on nommait _cheveux de pays_. -L'Angleterre en fournissait fort peu, «le peuple, qui est à son aise, -ne consentant pas aisément à laisser couper les cheveux de leurs -femmes et de leurs filles». Le prix variait entre quatre francs et -cinquante écus la livre; les plus chers étaient les blonds et les -blancs. On appelait _cheveux vifs_, ceux qui avaient été coupés sur -la tête de leur propriétaire, vivante ou morte; _cheveux morts_, ceux -qui avaient été arrachés par le peigne ou étaient tombés à la suite de -quelque maladie; _cheveux naturels_, ceux qui frisaient naturellement. -Au début du dix-huitième siècle, il y avait à Paris une cinquantaine -de marchands de cheveux[116]. - -La rareté des cheveux était devenue telle à la fin du règne de Louis -XIV, qu'on fut obligé de fabriquer en crin les perruques communes. -Jean-Paul Marana écrivait vers 1700: «Depuis que la perruque a été -reçue, les têtes des morts et celles des femmes se vendent cher, -étant la mode que les sépulcres et les femmes fournissent le plus bel -ornement à la tête des hommes[117].» - -Les premières perruques se composèrent de quelques rangs de cheveux -échelonnés autour d'une vaste calotte. On leur donna ensuite la forme -exacte d'un bonnet, et c'est ainsi que fut créée _la bonnette_, dite -aussi _perruque d'abbé_ ou _perruque ronde_; l'abbé de la Rivière, -favori de Gaston d'Orléans, fut, dit-on, le premier qui la porta. - -Sous Louis XIV paraît enfin _la royale_ ou _l'in-folio_, privilége -de la haute société, crinière pleine de majesté, faite pour des -statues plus que pour des vivants. _La brigadière_ fut la coiffure -habituelle des militaires, _la moutonne bouclée_ ou _bichonne_ celle -des petites-maîtresses et des bambins. Les gens du Palais portaient -_la robin_. La perruque, symbole de la monarchie, partage sa fortune, -s'affaisse avec elle, et, vers la fin du règne, perd beaucoup de -son prestige. De l'in-folio, on est tombé _à la cavalière_, _à la -financière_, _à l'espagnole_, _à la carrée_, _à la nouée_, _à la -naturelle_, etc., vestiges encore imposants d'une splendeur évanouie. - -La décadence se précipite sous Louis XV. Les perruques deviennent plus -basses et plus étroites; puis on les sépare en trois touffes, qui -composent les _cadenettes_ sur les côtés et la _queue_ par derrière. -Le dessin, d'ailleurs, varie à l'infini. On peut choisir entre les -perruques _de chasse_, _à nœuds_, _à deux queues_, _naissante_, _à la -chancelière_; _à la Sartine_, adoptée par ce magistrat; _à la régence_ -ou _à bourse_, portée par la valetaille. - -L'_Encyclopédie perruquière_, que publia en 1757 l'avocat A. H. -Marchand, contient une suite de quarante-cinq têtes, coiffées chacune -d'une perruque de forme particulière, et distinguée par un nom spécial. - -En voici la liste: - - _A l'ordinaire._ - _A la Port-Mahon._ - _A la rinoxerros._ - _A l'adorable._ - _A l'oiseau royal._ - _A la cabriolet._ - _A l'aile de pigeon._ - _A la nouvelle mode._ - _A l'impatient._ - _A l'aventure._ - _A la cavalière._ - _A la paresseuse._ - _A la singulière._ - _Au chasseur._ - _A l'indifférence._ - _A la dragonne._ - _A la comète._ - _A la Tronchin._ - _A la mousquetaire._ - _A la légère._ - _A la Choisy._ - _A la gendarme._ - _Au vieillard._ - _A la Gentilly._ - _A la parisienne._ - _Au_ petit-maître. - _A la françoise._ - _A l'italienne._ - _A la plus tôt fait._ - _Au favori._ - _A la lunatique._ - _A ravir._ - _A l'éléphant._ - _A l'antiquité._ - _A l'économe._ - _Au combattant._ - _Au conquérant._ - _A la jalousie._ - _A la prudence._ - _A la royale._ - _A l'envieux._ - _A la maître-d'hôtel._ - _A la félicité._ - _A l'inconstance._ - _A la Beaumont._ - -On eut aussi l'idée de composer des perruques en laine, qui devinrent -le monopole des matelots, et des perruques de fil de fer, mode -économique qui permettait de laisser à ses enfants une coiffure à -jamais héréditaire. - -Nous voyons fleurir encore, sous Louis XVI, les perruques _de -palais_, _à oreilles_, _à la circonstance_, _brisée_, _à la grecque_, -_en bonnet_, _à rosette_, _à cadogan_ ou _catogan_, gros nœud -descendant sur la nuque; _à la Panurge_; _à trois marteaux_[118], -qu'affectionnaient surtout les médecins et les apothicaires. Tout le -monde alors portait perruque, depuis le vieillard le plus décrépit -jusqu'à l'enfant à peine sevré; les nobles comme les roturiers, -les bourgeois, les maîtres des métiers, les ouvriers. Le moindre -laquais aurait eu honte de se montrer avec ses propres cheveux, -et la condition des personnes se reconnaissait à la forme de leur -perruque[119]. - -[Illustration: PERRUQUES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. - -D'après l'_Encyclopédie méthodique_.] - -Elle s'y reconnaissait d'autant mieux que le poids de ces tresses -empruntées avait fait presque complétement abandonner l'usage de -toute autre coiffure. C'est de là qu'est née notre coutume de rester -la tête nue en société. Avant que la perruque fût devenue d'un usage -général, on ne se découvrait guère que pour saluer; puis la profusion -de faux cheveux dont on se chargea modifia si bien cette habitude, -que le tricorne est souvent désigné sous le nom de _chapeau de bras_, -place qu'en effet il ne quittait guère. «Le chapeau est une coiffure -infiniment commode, dit J. F. Sobry[120], mais de peu d'agrément. On -le porte d'ailleurs fort souvent à la main.» - -L'usage de se découvrir dans le monde et pour saluer ne s'introduisit -en France que fort tard. Pour les gentilshommes emprisonnés dans un -casque solidement lié à l'armure par des courroies, il n'y fallait -point songer. La coiffure civile ne s'y prêtait pas beaucoup plus. Le -chaperon, fouillis d'étoffes qui resta en honneur jusqu'au quinzième -siècle, était difficile à ôter et plus encore à remettre. On saluait -alors en repoussant de la main le chaperon, de manière à découvrir -un peu le front[121]. Monstrelet raconte qu'Isabeau de Bavière, -exilée à Tours, «avoit en grant haine maistre Laurens du Puis [un de -ses gardiens], car il parloit à elle irreveremment, sans mectre main -à son chaperon[122].» Jadis, écrit Saint-Simon[123], on restait en -toute circonstance la tête couverte, «et quand autour du Roi quelqu'un -avaloit[124] son chaperon, les plus près du Roi lui faisoient place, -parce que c'étoit une marque qu'il vouloit parler au Roi.» - -La décadence des chaperons, l'avénement des bonnets, des toques et des -chapeaux modifièrent cet usage, qui semble avoir souvent varié. Il est -certain que sous Henri IV, on était tenu de se découvrir non-seulement -en présence du roi, mais même en présence du Dauphin. En voici deux -preuves irréfutables. Le 6 avril 1606, le petit Louis XIII avait à -peine six ans: «Il se fait mettre à la fenêtre, dit Héroard[125]; -il passa un nommé Dumesnil sans le saluer, suivi de son laquais, -qui fit de même. Il demande: Qui est cettui-là qui passe sans ôter -son chapeau? Bompar, allez arrêter ce laquais! Il y va, l'arrête. -L'on disoit derrière M. le Dauphin: Voilà un homme mal avisé et son -laquais aussi. Il crie: Laissez, laissez-le aller Bompar; il est aussi -sot que son maître.» Au mois d'octobre de la même année, on mène le -petit roi à la messe: «M. Birat le portoit ayant la tête nue, et M. -de Belmont marchoit auprès, la tête couverte; il dit à M. Birat: -Mettez votre chapeau.—Monsieur, je suis bien.—Non, non, mettez votre -chapeau, vous êtes vieil. Otez votre chapeau, Belmont[126].» D'un -autre côté, on voit par les gravures d'Abraham Bosse, de Sébastien -Leclerc, etc., que sous Louis XIV, on restait la tête couverte dans -les appartements, devant les femmes, au Conseil du Roi et au bal en -dansant. Mais on n'adressait jamais la parole au souverain sans se -découvrir, la calotte même des ecclésiastiques n'était pas tolérée en -cette circonstance[127]. - -[Illustration: LE CONSEIL DU ROI LOUIS XIV. - -D'après Sébastien Leclerc.] - -Les courtisans, entrant dans la chambre du Roi, saluaient son lit, et -sa nef si le couvert était mis[128]. Mais c'eût été une inconvenance -de paraître tête nue à un repas: «Quand on est à table, dit un manuel -de civilité imprimé en 1618, c'est assez de faire quelque signe de -reverence avec la teste, car il n'est pas bienséant de se descouvrir -à table[129].» Soixante-dix ans après, cette coutume subsistait -encore, quoique déjà affaiblie: «Il ne faut pas violer la maxime de -la table, qui est de ne se point découvrir, l'usage l'ayant tellement -établi que l'on passeroit pour un nouveau venu dans le monde d'en user -autrement[130].» Un peu plus tard, on put, sans manquer aux lois de la -politesse, garder ou ôter sa coiffure: «C'étoit autrefois un manque -de respect et une incivilité grossière d'être à table sans chapeau, -surtout devant des femmes d'un certain rang et d'un certain caractère, -pour qui on étoit obligé d'avoir des ménagemens et des égards; il est -libre maintenant de prendre son chapeau à table ou de le quitter, sans -que personne s'en formalise[131].» Enfin le duc de Luynes écrivait -en 1738: «On sait qu'il y a longtemps qu'il est en usage, lorsqu'on a -l'honneur de manger avec le Roi, d'ôter son chapeau. Ce n'étoit pas -autrefois le respect, et madame la maréchale de Villars m'a dit que, -dans le temps qu'elle suivoit M. le maréchal dans ses campagnes, les -officiers qui mangeoient avec elle et M. le maréchal gardoient leur -chapeau sur la tête. J'ai vu aussi cet usage, et il n'y a pas grand -nombre d'années qu'il est supprimé. Cependant, il faut qu'il ait -varié, car M. de Polastron m'a dit qu'à une des campagnes de M. le duc -de Bourgogne, à la table de M. le duc de Bourgogne, on mangeoit sans -chapeau, et quand quelqu'un ignorant cet usage gardoit son chapeau, on -l'en avertissoit. M. le maréchal de Boufflers, dans la même campagne, -disoit à ceux qui dînoient chez lui d'ôter leur chapeau, parce qu'il -faisoit chaud, ce qui prouveroit que la règle étoit de l'avoir[132].» -La vérité est que l'influence de l'hôtel de Rambouillet commençait -à se faire sentir, même dans les camps. Néanmoins, jusqu'à la -Révolution, la politesse exigeait que l'on restât couvert à table; je -lis, en effet, dans un traité de la civilité imprimé en 1782: «Il est -contre la bienséance de se découvrir lorsqu'on est à table, à moins -qu'il n'y survienne quelque personne qui mérite beaucoup d'honneur. -S'il y a à table quelque personne de haute qualité qui soit sans -chapeau pour sa commodité, il ne la faut pas imiter, cela seroit trop -familier, mais on doit toujours demeurer couvert[133].» - -C'était là, bien entendu, un cas particulier. Bussy, ami des -précieuses, voulant peindre le désordre d'esprit où l'amour jette -Marsillac en présence de madame d'Olonne, s'exprime ainsi: «La -première chose qu'il fit après s'être assis, ce fut de se couvrir, -tant il étoit hors de lui; un instant après, s'étant aperçu de sa -sottise, il ôta son chapeau et ses gants, puis en remit un, et tout -cela sans dire un mot[134].» Écoutons maintenant Antoine de Courtin, -qui écrivait vers 1675: «Il est de la civilité d'avoir la teste -nuë dans les salles et dans les antichambres; et avec cela il faut -remarquer que celuy qui entre est toujours obligé de saluer le -premier ceux qui sont dans la chambre. Il y en a même qui ayant appris -le rafinement de la civilité dans quelque païs étranger, n'osent en -compagnie ni se couvrir ni s'asseoir le dos tourné au portrait de -quelque personne de qualité éminente. C'est s'exposer à un affront -que d'avoir son chapeau sur la teste dans la chambre où l'on a mis le -couvert du Roy ou de la Reyne, et même il faut se découvrir lorsque -les officiers portent la nef et le couvert, et passent devant vous. -Dans la chambre où est le lit, on demeure aussi découvert; et même, -chez la Reyne, les dames en entrant saluent le lit, et personne n'en -doit approcher quand il n'y a point de balustre[135].» - -Au dix-septième siècle, il était d'usage de saluer une dame en -l'embrassant. Fitelieu, vers 1642, blâme déjà cette mode, fort -dangereuse, dit-il, pour «la pudicité des filles[136]»; et Courtin -recommande de n'embrasser une «dame de haute qualité que si elle-même -tend la joue, et alors même il faut seulement faire semblant de la -baiser, et approcher le visage de ses coëffes[137].» - -Les gravures du temps nous montrent avec quel respect les hommes se -saluaient alors; le corps était courbé en deux et la plume du chapeau -balayait la terre. S'il s'agissait d'un supérieur, la main elle-même -devait toucher le sol. «Mais surtout, ajoute avec prudence un maître -en civilité, il faut faire ce salut sans précipitation ni embarras, -ne se relevant que doucement, de peur que la personne que l'on saluë, -venant aussi à s'incliner, on ne luy donne quelque coup de teste.» -Tout salut devait être rendu, même aux personnes de la plus petite -condition: manquer à cette règle, vous reléguait dans la classe des -gens «très-incivils et très-mal élevés[138]». - -Entre hommes, le salut le plus humble consistait à s'incliner devant -son supérieur, et à lui baiser la cuisse, qu'on entourait de ses bras. -Henri IV adorait le melon; son maître-d'hôtel Parfait lui en apporta -un jour pendant qu'il était à table, «et commença à crier par deux -fois: Sire, embrassez-moi la cuisse, car j'en ai de fort bons[139]». -Louis de Brienne raconte que lors des amours de Louis XIV avec -mademoiselle de La Vallière, ayant avoué au Roi qu'il avait du goût -pour elle, celui-ci le pria de cesser de la voir: «Ah, mon cher -maître! dis-je en lui accolant la cuisse, je ne lui parlerai de ma -vie[140].» - -[Illustration: LES SALUTATIONS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. - -Dessin de J. Marot.] - -Pour saluer la Reine ou les princesses, on baisait le bas de leur -robe[141]. L'ambassadrice de Venise, reçue par la Reine, fit une -révérence en entrant, une deuxième au milieu de la chambre, une -troisième auprès de Sa Majesté, baisa le bas de sa robe, fit une -quatrième révérence et un compliment[142]. La Reine ne saluait que -Monsieur, frère du Roi, et sa femme: «Lorsque Marie-Thérèse arriva en -France, et qu'on lui proposa de saluer Monsieur, frère du Roi, elle -pleura à cette proposition, et dit qu'en Espagne elle n'avoit coutume -de saluer que le Roi son père et la Reine sa mère[143].» En présence -du Roi ou des princes du sang, on ne devait saluer personne[144], et -il était interdit de s'embrasser ou de se tutoyer[145]. - -Je relève encore dans les _Manuels_ du temps quelques préceptes de -civilité qui montrent quels progrès s'étaient accomplis sous la double -influence des raffinements inventés par l'hôtel de Rambouillet et de -l'étiquette imposée par Louis XIV. - -Les convenances exigeaient que l'on ne heurtât pas trop fort à la -porte d'un grand. Il fallait aussi ne pas frapper plus d'un coup. - -Si une dame venait vous rendre visite, vous deviez ceindre votre épée, -mettre votre manteau, aller jusqu'au carrosse de votre visiteuse, la -faire descendre, l'introduire dans le lieu le plus honorable de votre -demeure, lui offrir un fauteuil et vous asseoir sur une chaise ou un -placet[146]. A son départ, vous étiez tenu de la reconduire à son -carrosse, de l'aider à y monter, et de ne pas vous retirer avant que -la voiture se fût éloignée. - -Dans l'intérieur des appartements, il était interdit de frapper à -une porte. On se contentait d'y gratter doucement, et en général -avec l'ongle du petit doigt; aussi les raffinés le conservaient-ils -d'une longueur démesurée afin de prouver leur savoir-vivre. Scarron -dit du prince de Tarente qu'«il étoit propre en sa personne, curieux -en perruques, se piquoit de belles mains, et s'étoit laissé croître -l'ongle du petit doigt de la gauche jusqu'à une grandeur étonnante, ce -qu'il croyoit le plus galant du monde[147].» Molière n'a pas oublié -ce ridicule, et c'est le Clitandre du _Misanthrope_[148] qu'il en -gratifie: - - Mais au moins, dites-moi, madame, par quel sort - Votre Clitandre a l'heur de vous plaire si fort. - Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime - Appuyez-vous en lui l'honneur de votre estime? - Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt - Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit? - -Peut-être y avait-il un petit instrument destiné à tenir lieu de -l'ongle. C'est au moins ce que semblent indiquer ces deux vers: - - Grattez du peigne à la porte - De la chambre du roi[149]. - -Si un huissier vous demandait votre nom, il ne fallait jamais le faire -précéder du mot monsieur, mais répondre: _le marquis_ ou _le comte de -X_. - -Se promener dans l'antichambre en attendant qu'on vous introduisît -était d'un goujat. - -On devait, en visite, garder son manteau, mais il était défendu de s'y -envelopper. - -Si l'on vous offrait un objet, vous deviez vous déganter pour le -prendre, et baiser la main qui vous l'offrait. - -Si quelqu'un, fût-ce un laquais, venait vous parler de la part d'un -supérieur, vous deviez vous lever et recevoir l'envoyé debout et -découvert. - -C'était une incivilité de joindre au mot monsieur le nom ou le -titre de la personne à qui on s'adressait. Il ne fallait donc pas -dire: _oui, monsieur Cicerville_, ou _oui, monsieur le duc_; mais -simplement: _oui, monsieur_. - -Un homme parlant de sa femme devait dire seulement: _ma femme_; y -ajouter son nom ou son titre, l'appeler _madame X_ ou _madame la -présidente_, etc., était du plus mauvais goût. Une femme devait -également dire: _mon mari_, jamais _monsieur_ tout court. «C'est une -faute pourtant, écrit Courtin, qui est assez ordinaire et sur tout -parmy les bourgeoises.» - -Si l'on parlait d'une femme à son mari, il fallait au contraire faire -suivre le mot madame d'un nom ou d'un titre: _Je suis bien aise que -madame X soit heureusement accouchée_, ou _Je souhaite que madame la -maréchale reprenne vite ses forces_. - -On voit que la plupart des règles de politesse observées aujourd'hui -dans la conversation remontent à plus de deux siècles. - -Les enfants parlant de leurs parents devaient dire: _mon père_, _ma -mère_. Seuls les enfants de haute qualité pouvaient dire et écrire: -_monsieur le comte_, _monsieur le duc_, etc. - -Quand une personne éternuait, il ne fallait pas lui dire tout haut: -_Dieu vous assiste!_ On était tenu de se découvrir et de faire une -profonde révérence, sans parler. - -On avait déjà le droit de quitter une société sans saluer personne, en -se retirant le plus discrètement possible. Gui Patin écrivait le 8 -juin 1660: «Je fus hier souper chez M. le premier président... Comme -nous achevions de souper survint le comte d'Albon, puis sa femme, et -puis d'autre monde, ce qui fut cause que je m'en vins tout doucement, -sans dire adieu à personne, comme on fait chez les grands[150].» - -Dans un carrosse, la place la plus honorable était celle du fond; -puis, par ordre: le fond à gauche, le devant à droite, le devant à -gauche. - -Si étant en carrosse vous rencontriez un enterrement, un prince, -un légat, votre cocher devait s'arrêter et vous étiez tenu de vous -découvrir. Si le Saint-Sacrement venait à passer, vous deviez -descendre de voiture et vous agenouiller par terre. - -Je réserve pour d'autres notices ce qui est relatif aux actes de -l'état civil, aux repas, aux parfums, aux gants, aux siéges, aux -formules de politesse à la fin des lettres, etc., etc. Quand on avait -appris cela et quelques autres petites choses, on avait le droit de -se dire _honnête homme_. Un honnête homme alors, c'était un homme -poli, bien élevé, de bonnes manières, possédant les qualités et les -connaissances nécessaires pour figurer dans la haute société et pour -s'y rendre agréable. L'académicien Nicolas Faret a publié un petit -volume assez curieux qui a pour titre: _L'honneste homme ou l'art de -plaire à la cour_[151]. Antoine de Courtin, dans un _Traité du point -d'honneur et de ses règles_[152], ne fait pas grande différence entre -l'honnête homme et l'homme d'honneur. Enfin Hamilton, voulant peindre -un gentilhomme accompli, lui fait dire: «Tu sais que je suis le plus -adroit homme de France; j'eus bientôt appris tout ce qu'on y montre; -et, chemin faisant, j'appris encore ce qui perfectionne la jeunesse -et rend honnête homme, car j'appris encore toutes sortes de jeux aux -cartes et aux dés[153].» - -Mais nous voici bien loin des perruques. Rappelons que la -Révolution eut la gloire de détrôner cette mode ridicule. Encore -lui résista-t-elle longtemps. Les vieillards, que l'usage des faux -cheveux avait rendus chauves, s'obstinèrent surtout dans les vieilles -coutumes, et la jeunesse les qualifia fort impertinemment de _têtes à -perruque_. - -On ne sait quelle est la Parisienne au teint bruni qui eut la -première l'idée de se coller sur la figure des petits morceaux de -taffetas noir; mais je suis assez fier d'avoir retrouvé dans un livre -peu connu l'origine de cette coutume. A la fin du seizième siècle, on -soignait les maux de dents en appliquant sur les tempes de mignons -emplâtres étendus sur du taffetas ou du velours[154]. Il ne fallut -pas longtemps à une coquette pour remarquer que ces taches noires -faisaient ressortir la blancheur de sa peau, et que si le remède -était inefficace contre l'odontalgie, il jouissait d'une vertu bien -autrement précieuse, celle de donner de l'éclat au visage le plus -fané. Les _mouches_ firent ainsi leur entrée dans le monde, réunirent -tous les suffrages, et triomphèrent des obstacles suscités contre -elles par de sévères confesseurs et par des moralistes ennemis de la -beauté. - -Sous Henri IV, toutes les femmes en portaient[155], même à l'église, -car on lit dans un couplet satirique du temps: - - Portez-en à l'œil, à la temple[156], - Ayez-en le front chamarré, - Et, sans craindre votre curé, - Portez-en jusque dans le temple[157]. - -L'austère Fitelieu s'en indigne, et déclare aux coquettes qui -se couvrent de mouches «qu'il y en a bien davantage dans leurs -cervelles[158].» Les hommes pouvaient prendre leur part de ce -compliment, puisque les _Loix de la galanterie_ permettent aux -«galands de la meilleure mine de porter des mouches rondes et -longues, ou bien l'emplastre noire assez grande sur la temple, ce -que l'on appelle l'enseigne du mal de dents[159]». La mode finit par -gagner jusqu'au clergé: une mazarinade, écrite en 1649, menace de -la colère de Dieu «les abbés frisez, poudrez, le visage couvert de -mouches[160].» Parmi les lots de la _Loterie d'amour_, publiée vers -1654, figure «un traité excellent de la situation des mouches sur le -visage des dames; avec des observations exactes de leur grandeur et de -leur figure, selon les lieux où elles sont placées[161].» - -On portait des mouches même dans les couvents. Madame de Mazarin, -plaidant en séparation, s'était réfugiée chez les religieuses de -Sainte-Marie, dans la rue Saint-Antoine. Son mari étant venu lui -rendre visite, elle le reçut avec le visage couvert de mouches. Le -duc, élevé dans les bons principes, déclara «qu'il ne lui parleroit -point qu'elle ne les ôtât»; et la bonne petite femme ajoute: «Jamais -homme ne demanda les choses avec une hauteur plus propre à les -faire refuser, surtout quand il croyoit que la conscience y étoit -intéressée, comme en cette occasion; et ce fut aussi ce qui me fit -obstiner à demeurer comme j'étois, pour lui faire bien voir que ce -n'étoit ni mon intention ni ma croyance d'offenser Dieu par cette -parure[162].» On sait que la folle duchesse finit par courir le monde -déguisée en homme. - -En 1661, un poëte, peu soucieux de la vérité historique, eut l'idée -d'écrire l'origine de cette mode, et il n'hésita pas à lui attribuer -une généalogie tout à fait fantaisiste. Il suppose que, resté un beau -jour auprès de sa mère: - - L'Amour, sans dire un pauvre mot - Chassoit aux mouches comme un sot. - -Vénus, impatientée, se fâche. L'Amour ne fait qu'en rire, - - Et pour éviter la colère - De sa maman sut si Lien faire, - Qu'il lascha du creux de sa main - Une mouche dessus son sein. - Cette mouche à peine fut-elle - Sur le sein de cette immortelle - Que l'on vit, dans le même instant, - Qu'il en parut plus éclatant. - Comme quand un sombre nuage - Cache le ciel par son ombrage, - A l'entour de ce corps obscur - Le ciel prend un nouvel azur, - Et, rehaussé par son contraire, - Brille d'une façon plus claire. - -La déesse est ravie. Elle promet à son fils deux tourterelles pour -récompense, et celui-ci - - Lors de ses doigts industrieux - Découpant une étoffe noire - Fit, si l'on en croit bien l'histoire, - Mille mouches sans se lasser; - Puis aussy tost les vint placer - Une près de l'œil de sa mère - (La chose icy n'est pas bien claire - Si ce fut le gauche et le droit). - Il en mit encore dans l'endroit - Où vola la première mouche, - Sur les temples et sur la bouche, - A costé du nez, sur le front, - Sur les joues, sur le menton[163]. - -Chacune de ces mouches avait un nom. - - Placée - Près de l'œil, elle se nommait _la passionnée_; - Au coin de la bouche _la baiseuse_; - Sur les lèvres _la coquette_; - Sur le nez _l'effrontée_; - Sur le front _la majestueuse_; - Au milieu de la joue _la galante_; - Sur le pli de la joue en riant _l'enjouée_; - Sous la lèvre inférieure _la discrète_; - Sur un bouton _la voleuse_. - -On comprend que des insectes jusqu'alors méprisés, chassés, -persécutés, furent remplis d'orgueil en apprenant qu'ils avaient donné -naissance à un artifice de coquetterie féminine, auquel leur nom -restait attaché. Ils contèrent tout cela à La Fontaine, qui voulut -immortaliser tant de gloire, et fit dire fièrement à la fourmi par la -mouche: - - Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle, - Et la dernière main que met à sa beauté - Une femme allant en conquête, - C'est un ajustement des mouches emprunté[164]. - -En 1692, «la bonne faiseuse de mouches» demeurait rue Saint-Denis, -_à la perle des mouches_[165]. Sous Louis XV, toutes les femmes -avaient dans leur poche une boîte à mouches, petit coffret d'or, -d'argent, d'ivoire ou d'écaille, qui renfermait un miroir, du rouge -et des mouches. Ces dernières, faites en général de taffetas gommé, -affectaient toutes les formes: il y en avait de rondes, de carrées, -d'ovales. On s'amusa même à les découper de manière à imiter les -étoiles, la lune, le soleil, un croissant, un cœur, des personnages, -surtout des animaux, ce qui permettait d'avoir toute une ménagerie sur -la figure. Pendant un moment, la grande mode fut de se coller sur la -tempe droite une large mouche ronde en velours noir, qui ressemblait à -un emplâtre[166] et que l'on ornait parfois de petits brillants[167]. - -L'usage de se poudrer les cheveux date également du seizième siècle. -Henri III allait par les rues de Paris, fardé comme une vieille -coquette, le visage empâté de blanc et de rouge, les cheveux couverts -de poudre[168] de violette musquée. Mais les Parisiens, si faibles -pourtant en présence de toute mode nouvelle, ne l'imitèrent pas. -C'est seulement à la toilette des mignons que l'on voyait un valet -«ayant en ses mains une boiste pleine de poudre semblable à celle de -Chipre[169], avec une grosse houppe de soye, laquelle il plongeoit -dans cette boiste, et en saupoudroit la teste du patient[170]». -Lestoile parle en 1593 de religieuses qui se montrèrent publiquement -«masquées, fardées et pouldrées[171]». Cette fois, c'en était fait, et -pour longtemps, en dépit de l'Église et des sermonnaires qui, comme le -petit Père André[172], reprochaient aux femmes de se présenter dans le -saint lieu «poudrées comme des meuniers[173]». - -Dès 1624, il était entendu qu' - - Une dame ne peut jamais estre prisée - Si sa perruque n'est mignonnement frisée, - Si elle n'a son chef de poudre parfumé[174]. - -La poudre la plus recherchée était l'_argentine_. Mais on en faisait -de toutes les couleurs, et l'engouement était si grand, que les filles -pauvres, n'osant montrer leurs cheveux tels que les avait faits la -nature, les «saupoudroient de poudre de bois pourri qu'on trouve parmy -les vieux bastimens aux poutres et pièces de bois sur lesquels il n'a -point pleu[175].» Quand un irréparable malheur venait à frapper une -femme, et qu'elle prétendait renoncer, momentanément au moins, à ce -que l'existence offre de plus agréable, si elle devenait veuve par -exemple, elle cessait de se poudrer[176]. Ce sacrifice modifiait tout -à fait l'aspect d'une toilette, car une élégante ou un petit-maître -ne se bornaient pas à poudrer leur tête, les vêtements devaient -participer à la distribution: - - Ça qu'on lui donne son manteau, - Dont le collet sera fort beau, - Pourvu qu'il ait de la farine - Jusques au milieu de l'échine, - -dit une très-curieuse _mazarinade_[177] que j'ai déjà citée. - -Louis XIV avait une répugnance instinctive pour ces cheveux blanchis, -cette vieillesse anticipée, et il ne se soumit que fort tard à une -mode, inutilement maltraitée par les poëtes satiriques: - - Avec plus de succès je rimeray peut-être - Auprès de ce blondin aux airs de petit-maître. - Juste ciel! que de poudre! il en a jusqu'aux yeux. - De quoy s'avise-t-il? Veut-il paroître vieux? - Que n'attend-il du moins que l'âge le blanchisse[178]? - -[Illustration: LA TOILETTE DU CLERC DE PROCUREUR. - -D'après Carle Vernet.] - -Le monopole de la fabrication de la poudre ne tarda pas à être accordé -aux gantiers, qui eurent à ce sujet de fréquents démêlés avec les -merciers[179], les barbiers[180] et les amidonniers[181]. Sous Louis -XV et sous Louis XVI, tout le monde, hommes, femmes, enfants[182], -portait de la poudre; elle faisait même partie de la tenue militaire. -Afin de ne pas être obligées de se poudrer tous les jours, les femmes -couchaient avec une coiffe de taffetas blanc qui emprisonnait leur -chevelure. La fureur pour cette mode inepte et sale était telle -encore en 1786 que Sobry écrivait très-sérieusement: «L'usage modéré -de la poudre tient autant à la bienséance qu'à la commodité, et il -a été regardé comme de première nécessité chez tous les peuples -policés[183].» - -Aussi se fit-il pendant deux siècles une effroyable consommation de -poudre. Les philantrophes en gémissaient, disant qu'avec la farine -ainsi employée «on nourriroit dix mille infortunés[184].» M. Paul -Boiteau, qui a le tort de ne pas citer ses sources, écrit qu'en 1789, -au moment où la farine était si rare, on transformait chaque année -en poudre à poudrer vingt-quatre millions de livres d'amidon[185]. -«L'_accommodage_, dit M. Quicherat[186], était devenue une véritable -opération de meunerie. Elle avait lieu au milieu d'un nuage épais -que le coiffeur faisait voler sur la tête du patient, enveloppé -d'un peignoir et le visage fourré dans un cornet de carton, afin de -n'être point aveuglé.» Et comme les industriels qui distribuaient -si généreusement la farine à leurs pratiques en prenaient une bonne -part pour eux-mêmes, ils justifièrent le nom de _merlans_ qui leur -fut donné par le peuple. Dans l'exercice de leur profession, ils -ressemblaient en effet à des merlans qu'on va mettre à la poêle. - -La Révolution eut grand'peine à détrôner la poudre. L'élégant -Robespierre était toujours fraîchement poudré, et Bonaparte -n'abandonna cette mode qu'après sa campagne d'Italie. - - - - -III - - -La corporation des Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes ou -Barbiers-barbants avait reçu, le 14 mars 1674, des statuts qui furent -renouvelés le 26 avril 1718[187]. Ces derniers sont composés de -soixante-neuf articles que je vais rapidement analyser. - -Comme l'ancienne communauté des barbiers-chirurgiens, la nouvelle -était placée sous l'autorité du premier chirurgien du Roi, «chef et -garde des chartes, statuts et priviléges de la barberie du royaume». -En cette qualité, il avait sur tous les barbiers de France «inspection -et juridiction». Ne pouvant exercer en personne, il se faisait -représenter par un mandataire ou _lieutenant_, qu'il était tenu de -choisir parmi les anciens jurés de la corporation[188]. - -Celle-ci se composait du premier chirurgien du Roi, de son -lieutenant, d'un greffier, de six jurés ou prévôts-syndics, des -anciens syndics retirés du métier et des maîtres[189]. - -Les jurés étaient élus pour deux ans[190], par une délégation formée -du premier chirurgien du Roi, de son lieutenant, des six jurés en -charge, de tous les maîtres anciens et de quinze modernes[191]. - -Tout le monde sait quel rôle jouaient les jurés dans l'administration -des communautés; je dirai donc seulement ici un mot des Anciens et -des Modernes, dont l'origine est moins connue. Les sentiments de -fraternité qui avaient servi de base aux corporations ouvrières -s'affaiblirent peu à peu[192], et, vers le commencement du seizième -siècle, on vit s'introduire parmi les maîtres une hiérarchie que -finirent par accepter presque toutes les communautés. Les maîtres -furent alors divisés en trois classes: - -Les _Jeunes_, qui comptaient moins de dix ans de maîtrise; - -Les _Modernes_, reçus depuis plus de dix ans; - -Les _Anciens_, qui exerçaient depuis vingt ans au moins ou avaient -rempli la charge de juré. - -En général, les _Jeunes_ ne prenaient aucune part à l'administration -de la communauté: ils ne pouvaient être élus jurés, et n'avaient même -pas en cette circonstance le droit de vote. Ils n'étaient pas admis -non plus dans les commissions appelées à juger les _chefs-d'œuvre_. -En réalité, le temps passé parmi les Jeunes était une sorte de stage -imposé au compagnon après sa réception à la maîtrise. - -Comme on le voit ici, les _Modernes_ eux-mêmes, bien qu'éligibles, ne -figuraient pas tous parmi les électeurs des jurés. - -Les _Anciens_ formaient dans la corporation une véritable -aristocratie, très-jalouse de ses prérogatives. Au reste, chaque -communauté avait sur ce point ses usages particuliers. En 1680, la -corporation des couteliers se composait de quatre-vingt-onze maîtres, -qui étaient ainsi classés[193]: - - 22 Anciens, - 32 Modernes, - 33 Jeunes, - 4 veuves, continuant le commerce de leur mari. - -Je reviens à nos statuts. - -Les jurés avaient droit de visite chez les barbiers-chirurgiens, et -ces derniers droits de visite chez les barbiers-perruquiers[194]. -Assistés d'un sergent à verge, il devaient faire au moins quatre -visites par an chez chaque maître, «pour voir si les perruques et -cheveux qui seront exposés en vente au public sont bons et marchands». -Il était dû aux jurés quinze sous par visite[195]. D'une manière -générale, on appelait article _royal_ ou _marchand_ celui qui était de -bonne qualité, sans tare, sans défaut caché. - -Le conseil de la corporation était composé de trente personnes: le -premier chirurgien du Roi, son greffier, son lieutenant, le doyen, les -six jurés et vingt anciens[196]. Il se réunissait tous les mardis, -à deux heures, «pour délibérer sur les affaires communes, police et -discipline concernant les maîtres, veuves[197], aspirans, locataires, -apprentifs, garçons, ouvriers, et tous ceux qui sont soumis à la -communauté[198].» - -La profession de barbier-perruquier était non un métier, mais un -office héréditaire. Payé fort cher par les acquéreurs, il devenait -leur entière propriété: ils pouvaient le céder et le sous-louer[199], -quoique le nom seul du titulaire figurât sur l'enseigne de la -boutique. Pour avoir le droit d'exercer, il ne suffisait pas à -celui-ci d'obtenir après apprentissage des lettres de maîtrise, il -lui fallait acheter une charge, et il était mis en possession par le -premier chirurgien du Roi. Tout cela était bien fait pour remplir -d'orgueil une communauté, mais ne la mettait pas plus qu'une autre -à l'abri des créations de maîtrises ordonnées directement et à prix -d'argent par le Roi. Pour faire face à ses embarras financiers, Louis -XIV augmentait sans cesse le nombre des offices de barbiers. En -1689, d'un trait de plume il le double, le porte à quatre cents. La -communauté, redoutant une pareille concurrence, rachète ces deux cents -charges moyennant cent dix mille livres versées au Trésor. C'était -tout ce que demandait le Roi; aussi, encouragé par le succès, il -crée de nouveau cinquante charges en février 1692. Le prix fut fixé -au-dessous de trois cents livres, et on eut grand'peine à les vendre, -ce qui prouve que le besoin ne s'en faisait guère sentir. Pourtant, en -juillet et en août 1706, on crée d'un seul coup encore quatre cents -charges: la communauté terrifiée voulut les racheter, et ne le put. -En somme, le nombre des titulaires était de six cent dix à la fin -de 1712[200] et de sept cents en 1719[201]. Je raconterai ailleurs -l'histoire navrante des créations royales de maîtrises et d'offices, -qui en vinrent à ruiner toutes les corporations. - -Aux acquéreurs de charges créées par le Roi, on ne demandait que de -payer. Mais si l'on voulait acheter ou louer une charge de barbier à -l'un des titulaires, il fallait avoir été apprenti pendant trois ans -et compagnon pendant deux ans[202]. - -Chaque maître ne pouvait avoir à la fois qu'un seul apprenti. Il était -cependant autorisé à en prendre un second quand le premier avait -achevé sa deuxième année[203]. - -Les fils de maître et les compagnons épousant une fille de maître -étaient tenus seulement de l'_Expérience_, épreuve facile pour -laquelle on se montrait plus qu'indulgent. Les autres aspirants à la -maîtrise devaient parfaire le _Chef-d'œuvre_, travail dont la durée -était limitée à deux jours[204]. - -Il était interdit à un maître d'avoir plus d'une boutique dans -Paris[205]. Un apprenti ne pouvait, durant les deux années qui -suivaient son admission à la maîtrise, ouvrir boutique dans le -quartier des maîtres chez qui il avait été soit apprenti, soit -compagnon[206]. Les apprentis ou compagnons changeant de maison ne -pouvaient, avant une année, se replacer dans le quartier du maître -qu'ils venaient de quitter[207]. - -Afin d'établir une distinction bien apparente entre les boutiques des -barbiers-perruquiers et celle des barbiers-chirurgiens, les premiers -devaient avoir «des boutiques peintes en bleu, fermées de châssis à -grands carreaux de verre, et mettre à leurs enseignes des bassins -blancs pour marque de leur profession et pour faire différence de ceux -des chirurgiens, qui en ont des jaunes». L'enseigne devait être ainsi -conçue: _X, Barbier, Perruquier, Baigneur, Étuviste. Céans on fait le -poil et on tient bains et étuves_[208]. - -Les barbiers-perruquiers étaient autorisés à «vendre des poudres, -opiats pour les dents, savonnettes, pommades et autres senteurs et -essences, pâtes à laver les mains, et généralement tout ce qui est -propre pour l'ornement, propreté et netteté du corps humain[209]». - -A eux seuls appartenait «le droit de faire le poil, bains, perruques, -étuves et toutes sortes d'ouvrages de cheveux, tant pour hommes que -pour femmes, sans préjudice du droit que les chirurgiens ont de faire -le poil et les cheveux, et de tenir bains et étuves pour leurs malades -seulement[210]». Il était défendu à tous particuliers, ainsi qu'aux -«soldats servans dans les Gardes Françoise et Suisse, de faire aucuns -ouvrages de cheveux, mais seulement la barbe aux soldats desdits -régimens[211]». - -La police soumettait à des règlements spéciaux les _perruquiers en -vieux_. Il leur était interdit de tenir boutique ailleurs que sur le -quai de l'Horloge. Ils réparaient les vieilles perruques, mais on -ne leur permettait pas d'en fabriquer de neuves, à moins qu'ils n'y -fissent entrer du crin, et la coiffe devait porter ces mots: _perruque -mêlée_. Ils n'avaient point de bassins pour enseigne: leur étalage -était seulement orné d'une tête de bois appelée _marmot_. - -Bien que les anciens étuveurs eussent eu, selon toute apparence, saint -Michel pour patron[212], la corporation des barbiers-perruquiers fut -placée sous le patronage de saint Louis[213]. - -A cette époque, il y avait encore à Paris deux établissements -installés sur le modèle des anciennes étuves. Ils étaient situés rue -Marivaux[214] et rue du Cimetière-Saint-Nicolas[215], et les anciennes -traditions s'y étaient conservées. On pouvait y prendre à la fois des -bains d'eau chaude et des bains de vapeur, et la séance était souvent -terminée par l'application d'une ou deux ventouses dans le dos. Voici, -au reste, d'après un livre devenu rare[216], comment les choses se -passaient alors: - -«Celuy qui veut se baigner dans l'eau froide va à la rivière. - -«Nous lavons la crasse dans les bains chauds, soit assis dans la cuve, -soit en montant en haut aux bancs à suer, et nous nous frottons de la -pierre ponce ou d'une estamine. - -«Nous quittons nos habits dans la garde-robe, et nous prenons des -caleçons. - -«Nous mettons un bonnet sur nostre tête et nos pieds dans le bassin. - -«La servante des bains sert de l'eau dans un seau, qu'elle puise dans -l'auge où elle coule par les tuiaux. - -«Le maistre ou valet des estuves scarifie la peau avec sa lancette en -y appliquant des ventouses, pour en tirer du sang qui est entre chair -et cuir, et l'essuye avec une éponge.» - -Les établissements de ce genre portaient en général le nom de bains, -et on réservait celui d'étuves pour les maisons où des bains de -vapeur étaient administrés par ordre du médecin, à titre de remède. -La mieux organisée était celle de Popincourt: «Les douleurs de la -sciatique, celles qui sont causées par le mercure qui a été donné -en panacée, en sublimez et en précipitez, celles de la goutte des -pieds et des mains, les paralisies universelles et particulières, les -tumeurs froides et beaucoup d'autres maladies sont infailliblement -guéries par l'usage des étuves vaporeuses de nouvelle invention qui -se tiennent au jardin médicinal de Pincourt.» Le _Livre commode_ qui -nous fournit ces renseignements ajoute: «C'est une sorte de machine -en laquelle on est baigné sans être dans l'eau, en laquelle on suë -aussi abondamment que l'on veut sans être à sec, ce qui fait que -son usage ne cause ni la constipation du ventre et la foiblesse de -poitrine comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, la chaleur -intérieure et la difficulté de respirer qui sont les suites ordinaires -des étuves échauffées par le feu de bois ou d'esprit de vin. Les -malades y sont couchez sur un lit suspendu, où ils reçoivent une -vapeur nouvelle, anodine et fortifiante[217].» - -Il y avait encore, à l'usage du grand monde, une troisième catégorie -de bains. Maisons meublées fort suspectes, endroits de luxe et de -débauche, le bain n'y figurait le plus souvent que comme accessoire. -L'hôtel de Zamet, devenu hôtel de Lesdiguières, dans la rue de la -Cerisaie, avait eu cette destination sous Henri IV, qui le fréquentait -si assidûment qu'on l'appelait sa «maison des menus plaisirs» et -son «palais d'amour[218]». On se rendait chez le baigneur, dit M. -Walckenaer[219], «par différents motifs; c'était la que l'on prenait -les meilleurs bains, les bains épilatoires, les bains mêlés de -parfums et de cosmétiques. La maison était pourvue d'un grand nombre -de domestiques soumis, réservés, discrets, adroits. On s'y enfermait -la veille d'un départ[220] ou le jour même d'un retour, afin de se -préparer aux fatigues que l'on alloit éprouver, ou pour se remettre -de celles qu'on avoit essuyées. Voulait-on disparaître un instant du -monde, fuir les importuns et les ennuyeux, échapper à l'œil curieux -de ses gens, on allait chez le baigneur. On s'y trouvait chez soi, -on était servi, choyé, on s'y procurait toutes les jouissances qui -caractérisent le luxe et la dépravation d'une grande ville. Le maître -de l'établissement et tous ceux qui étaient sous ses ordres devinaient -à vos gestes, à vos regards, si vous vouliez garder l'incognito; -et tous ceux qui vous servaient et dont vous étiez le mieux connu -paraissaient ignorer jusqu'à votre nom.» - -Dans la _Coquette_, comédie jouée vers 1720, Baron nous montre le -conseiller Durcet sortant de l'audience et venant, encore en robe, -voir Cidalise. Marton, suivante de la belle, l'accueille par ces mots: -«Monsieur ne seroit pas de ces gens qui, au retour d'un voyage, vont -descendre chez le baigneur pour ne pas dégoûter leur maîtresse[221]?» - -Prud'homme fonda une maison de ce genre qui devint surtout à la mode -sous son successeur La Vienne. Saint-Simon[222] raconte que «le Roi, -du temps de ses amours, s'alloit baigner et parfumer chez lui... On -prétendoit, ajoute-t-il, que le Roi, qui n'avoit pas de quoi fournir -à ce qu'il désiroit, avait trouvé chez La Vienne des confortatifs -qui l'avoient rendu plus content de lui-même.» Louis XIV se montra -reconnaissant: le père de La Vienne devint, après Prud'homme, son -premier barbier, et La Vienne fut nommé premier valet de chambre[223]. -Le Roi n'en avait pas moins encore huit barbiers servant par quartier. -Leurs fonctions étaient «de peigner le Roy, tant le matin qu'à son -coucher, luy faire le poil, et l'essuyer aux bains et étuves, et après -qu'il a joué à la paume[224].» - -L'établissement de Prud'homme était situé rue Neuve-Montmartre. On en -trouvait d'autres, célèbres aussi, rue Richelieu, rue d'Orléans, rue -Vieille-du-Temple et rue des Marmouzets[225]. - -Les bourgeois qui voulaient prendre des bains à domicile pouvaient -louer, moyennant vingt sous par jour, une baignoire en cuivre chez -un chaudronnier, ou moyennant dix sous par jour une baignoire de bois -chez un tonnelier[226]. L'eau était chauffée à la bouilloire; il y -avait donc intérêt à construire des baignoires qui n'en exigeassent -pas un trop grand volume. Celles de cuivre représentaient le plus -souvent un sabot à tige élevée, disposition aussi économique -qu'incommode, car le corps y était presque moulé, et l'on dépensait -ainsi moitié moins de liquide qu'en employant un cuvier oblong. La -baignoire dans laquelle fut assassiné Marat, et qui vient d'être -acquise par le musée Grévin, est un sabot de ce genre. Les grands -seigneurs avaient dans leur hôtel des salles de bain fort luxueuses, -où les baignoires affectaient la forme de canapés, de chaises longues, -de lits de repos, etc. Il paraît qu'on s'y baignait parfois de -compagnie, puisqu'il existait au château de Genlis une baignoire assez -vaste pour contenir quatre personnes[227]. - -Au dix-huitième siècle, les dames recevaient volontiers leurs -visiteurs, femmes ou hommes, pendant qu'elles étaient au bain. Dans -ces circonstances, on avait soin de blanchir l'eau soit avec «une -pinte ou deux de lait[228], soit avec de l'essence: c'est ce que -l'on appelait un _bain de lait_.» M. le comte de Reiset possède une -baignoire Louis XVI, munie d'un couvercle canné qui empêchait de voir -la personne dans son bain, tout en permettant l'évaporation[229]. Le -jour même du retour de Varennes, la Reine dictait à un des huissiers -de sa chambre une lettre destinée à madame Campan, et qui commence -ainsi: «Je vous fais écrire de mon bain, où je viens de me mettre -pour soulager au moins mes forces physiques[230].» Marie-Antoinette, -élevée dans les sévères principes de la cour de Vienne, se baignait -vêtue d'une longue robe de flanelle boutonnée jusqu'au cou, et -tandis que ses deux baigneuses l'aidaient à sortir du bain, elle -exigeait que l'on tînt devant elle un drap destiné à la cacher à ses -femmes[231]. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, les grandes -dames en agissaient souvent encore avec leurs gens comme les -Romaines vis-à-vis de leurs esclaves, et regardaient un valet comme -un animal en présence duquel la plus craintive pudeur pouvait tout se -permettre[232]. - -Les Parisiens amateurs de bains froids les prenaient dans la Seine, -sans se préoccuper des exhibitions dont ils gratifiaient les riverains -et les passants. Une chanson[233] de Coulange nous a décrit l'effroi -de la Précieuse qui passe en carrosse, par un chaud jour d'été, près -de la porte Saint-Bernard: - - Quel spectacle indécent se présente à mes yeux! - Des hommes vraiment nuds au bord de la rivière - Me font évanouir! Ah! de grâce, ma chère, - Évitons cet objet affreux; - Allons, viste, cocher, retournons à la ville. - -Il y avait aussi au dix-septième siècle des piscines où les femmes, à -qui «il n'est point permis de se baigner dans la rivière», pouvaient -aller se plonger dans l'eau froide. Le recueil des _Caquets de -l'accouchée_[234] nous en fournit la preuve. Le soleil «estant au -signe du Cancre, je me résolus, avec quelques-unes de mes voisines, -d'aller aux étuves pour me rafraîchir.... Comme je fus arrivée aux -baings où d'ordinaire nous avons coustume entre nous autres de -rafraîchir, je me trouvay au milieu d'une bonne et agréable compagnie -de bourgeoises et dames de Paris qui estoient venues au mesme lieu -pour ce subject.» - -Au siècle suivant, nous trouvons des bains froids installés sur la -Seine: - - A la Râpée; - Près de l'archevêché; - Quai des Morfondus, aujourd'hui quai de l'Horloge; - Port Saint-Nicolas, en face de la rue des Poulies; - Quai des Quatre-Nations, aujourd'hui quai Conti; - Près de la barrière des Invalides[235]. - -Ces bains, entièrement recouverts d'une toile, avaient douze toises de -long sur deux de large. Ils étaient formés par une vingtaine de pieux -enfoncés dans la rivière, et que des planches reliaient ensemble. On -y descendait au moyen d'une échelle attachée à un bateau dans lequel -les baigneurs se déshabillaient et laissaient leurs vêtements. Le prix -du bain était de trois sous. Le linge se payait à part: un sou pour -une serviette du côté des hommes, trois sous pour une chemise du côté -des femmes. - -Ce n'était pas précisément là que se donnaient les rendez-vous de -noble compagnie. Pour celle-ci, des bateliers avaient établi dans la -rivière, au-dessus et au-dessous de Paris, de petites cabanes appelées -_gores_. Elles se composaient de quatre pieux ombragés par une toile; -un autre pieu planté au milieu permettait de se soutenir sur l'eau. -«Les dames, dit le _Journal du citoyen_[236], sont conduites et -descendues dans ces gores, sûrement, commodément et secrettement. Les -femmes de mariniers conduisent les baigneuses. On fait marché de gré -à gré pour se faire conduire. Il en coûte communément vingt-quatre ou -trente sols par heure du loyer d'un bateau.» - -Cette façon de se baigner sans bouger inspira, vers 1781, une idée -assez étrange à un sieur Turquin. Sur le petit bras du fleuve, près -du pont de la Tournelle, il plaça dans un bateau plusieurs baignoires -maintenues par un plancher à une certaine profondeur; leurs parois -étaient percées de trous qui permettaient au courant de les traverser -et d'y renouveler l'eau sans cesse. Chaque baignoire, installée dans -un cabinet, était assez grande pour recevoir jusqu'à trois personnes. -Cet établissement, qui subsistait encore en 1787[237] reçut le nom de -_Bains chinois_. Le succès qu'il obtint décida Turquin à en ouvrir un -autre où les baignoires disparurent, où l'on ne put se montrer sans -caleçon, et où l'on disposa des cabines pour se déshabiller. Turquin -fut ainsi le véritable créateur des écoles de natation telles que nous -les voyons organisées aujourd'hui. La première, située près des Bains -chinois, fut inaugurée le 16 juillet 1785, en présence de plusieurs -membres du corps municipal, de l'Académie des sciences et de la -Société de médecine[238]. Turquin ne tarda pas à établir une seconde -école de ce genre à la pointe de l'île Saint-Louis; puis une troisième -au-dessous du Pont-Royal[239], sur l'emplacement qu'occupe -aujourd'hui l'embarcadère du _Touriste_. - -[Illustration: BAINS ÉTABLIS SUR LA SEINE PAR POITEVIN EN 1761. - -D'après l'_Encyclopédie méthodique_.] - -Paris ne comptait encore qu'une dizaine de bains chauds, possédant -chacun de douze à quinze baignoires, quand un sieur Poitevin imagina -d'en établir un sur la Seine même. Ce projet, patronné par la -municipalité, reçut sa réalisation en 1761. Le bateau organisé par -Poitevin fut amarré près du Pont-Royal, en face des Tuileries. Long de -cent quarante et un pieds et large de vingt-huit, il était divisé en -deux étages. Un côté était réservé aux femmes. Les cabinets ouvraient -sur un couloir central, et l'eau, puisée dans le fleuve par deux -pompes à bras, était filtrée avant d'arriver aux baignoires[240]. -Un autre bateau, appartenant au même propriétaire, et disposé de la -même façon bien qu'il n'eût qu'un rez-de-chaussée, stationnait pendant -l'été à l'extrémité de l'île Saint-Louis, au bas du quai d'Anjou. -Poitevin eut pour successeur un sieur Guignard, qui finit par diriger -plusieurs établissements de ce genre. Dans un d'entre eux, situé à -l'angle du Pont-Royal et du quai d'Orsay, les pauvres étaient reçus -gratuitement sur un certificat du médecin ou du curé de leur paroisse. - -Des bains plus complets occupaient une maison qui faisait le coin de -la rue de Bellechasse et du quai. Outre des bains de vapeur et des -douches, on y trouvait une vaste piscine dans laquelle on pouvait se -livrer à la natation. Les prix étaient ainsi fixés: - - Bain simple 3 livres. - — — par abonnement 2 — - — russe 7 — 4 sols. - — dépilatoire et de propreté 12 — - Douche composée 12 — - — simple 9 — - — ascendante 3 — - -Les anciens bains du dix-septième siècle, où l'on venait ordinairement -chercher tout autre chose que de l'eau, étaient représentés par -l'_Hôtel des Bains de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans_, situé au -Palais-Royal, et dont l'entrée était rue de Valois. On y trouvait «des -appartemens garnis, propres à recevoir des personnes de la première -distinction[241].» - -Tous les établissements de bains chauds étaient tenus par des maîtres -barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes, dont la corporation -avait pris d'autant plus d'importance que la communauté des -barbiers-chirurgiens disparaissait peu à peu. Mais une redoutable -concurrence vint troubler la quiétude dans laquelle ils vivaient. - -Dès le quinzième siècle, il y avait eu des coiffeuses pour les femmes. -On les trouve nommées _atourneresses_, _atourneuses_, _achemeresses_, -etc., elles n'étaient guère employées d'ailleurs que dans les -grandes occasions: bals, mariages, etc. Le soin des chevelures -féminines restait donc en général réservé aux chambrières, et les -barbiers-chirurgiens n'avaient jamais élevé aucune prétention à cet -égard. Un homme de génie en son genre, le sieur Champagne, créa cette -spécialité. «Ce faquin, dit Tallemant des Réaux[242], par son adresse -à coiffer et à se faire valoir, se faisoit rechercher et caresser de -toutes les femmes. Leur foiblesse le rendit si insupportable, qu'il -leur disoit tous les jours cent insolences: il en a laissé telles -à demy coiffées; à d'autres, après avoir fait un costé, il disoit -qu'il n'acheveroit pas si elles ne le baisoient; quelquefois il s'en -alloit, et disoit qu'il ne reviendroit pas si on ne faisoit retirer -un tel qui luy desplaisoit, et qu'il ne pouvoit rien faire devant ce -visage-là. J'ay oüy dire qu'il dit à une femme qui avoit un gros nez: -«Voys-tu, de quelque façon que je te coiffe, tu ne seras jamais bien -tant que tu auras ce nez-là.» Avec tout cela, elles le couroient, et -il a gaigné du bien passablement; car, comme il n'est pas sot, il n'a -pas voulu prendre d'argent, de sorte que les présens qu'on luy faisoit -luy valoient beaucoup. Lorsqu'il coiffoit une dame, il disoit ce que -telle et telle luy avoit donné, et quand il n'estoit pas satisfait, -il adjoustoit: «Elle a beau m'envoyer quérir, elle ne m'y tient -plus.» L'idiote qui entendoit cela, trembloit de peur qu'il ne lui en -fist autant, et luy donnoit deux fois plus qu'elle n'eust fait. Avec -cela, il estoit mesdisant comme le diable; il n'y avoit personne à sa -fantaisie. De Pologne, il alla en Suède, et revint icy avec la reyne -Christine.» - -Ce singulier personnage eut une fin tragique. Il fut assassiné au -cours d'un voyage, et Loret raconta cet événement tout au long dans sa -gazette rimée: - - Un bruit venant de la campagne - Nous apprend que le sieur Champagne, - Que deux ou trois Reynes du Nord - Estimoient et cherissoient fort, - Et qui d'estre de luy coiffées - Faisoient autrefois des trophées, - Dans un rencontre inopiné - Fut l'autre jour assassiné, - Entre, dit-on, Vienne et Grasse, - Par cette detestable race - Que l'on appelle des bandits, - Gens sanguinaires, gens maudits[243]. - -Champagne n'eut pas aussitôt de successeur digne de lui[244], mais -les dames continuèrent à rechercher des mains plus habiles que celles -de leurs femmes de chambre, et l'industrie des _Coiffeurs de dames_ -et des _Coiffeuses_ fut fondée. Madame de Sévigné a transmis à la -postérité le nom de la Martin, qui inventa la coiffure _hurluberlu_ -ou _hurlupée_, dite aujourd'hui coiffure _à la Maintenon_, parce que -c'est celle que porte la grande favorite sur ses premiers portraits. -Cette mode date de 1671. Le 18 mars, madame de Sévigné écrit à sa -fille de s'en garder; elle lui déclare que «c'est la plus ridicule -chose qu'on puisse s'imaginer», et la supplie de rester fidèle à la -jolie coiffure que sa femme de chambre Montgobert fait si bien[245]. - -Quinze jours après, la cour a adopté la nouvelle coiffure, et dès -lors madame de Sévigné en raffole. Elle mande aussitôt à sa fille -que, frisée ainsi, elle sera «comme un ange», et que décidément «la -coiffure que fait Montgobert n'est plus supportable[246]». - -Le _Livre commode pour 1692_ cite parmi «les coiffeuses fort -employées, mesdemoiselles Canilliat, place du Palais-Royal; Poitier, -près les Quinze-Vingts; le Brun, au Palais; de Gomberville, rue des -Bons-Enfans; et d'Angerville, devant le Palais-Royal[247]». - -Depuis le règne de Louis XV, les coiffeurs l'emportèrent sur les -coiffeuses. Frison fut mis à la mode par la marquise de Prie; -Dagé, coiffeur de madame de Châteauroux et de madame de Pompadour, -avait équipage; Larseneur était le confident de Mesdames, filles -du Roi[248]; Legros[249] publiait _L'art de la coëffure des dames -françoises_, qui eut trois éditions en trois ans, et fut suivi de -plusieurs suppléments. - -On trouve dans ces volumes de curieux spécimens de coiffures, précédés -d'avertissements dans lesquels l'auteur étale naïvement sa bouffonne -vanité. Il s'exprime ainsi en tête de son deuxième supplément, imprimé -en 1769: «J'avois autrefois pour passion la pêche, la chasse, la -cuisine[250], et courir les armées, tant en Flandres qu'en Allemagne, -changeant souvent d'état, et remarquant toujours le bon d'avec le -mauvais, faisant ma cour aux vieillards de tout état, afin qu'ils me -racontassent ce qu'ils sçavoient de leurs anciens temps. Voilà la -seule étude que j'ai faite pour acquérir de l'expérience et connoître -à peu près l'esprit et le caractère des hommes. Il s'agissoit donc de -connoître un peu celui des Dames, chose bien difficile, qui m'a causé -bien de l'embarras, ne sçachant comment m'y prendre. Enfin, le moyen -le plus juste selon moi étoit de me mettre Coëffeur, talent où il faut -sçavoir se taire et parler, être sage et honnête, tout voir et ne rien -dire, et avec ces bonnes qualités et l'art de la coëffure, on est bien -reçu des Dames en tout pays. La coëffure des Dames m'a causé bien des -tourmens; il n'y a que moi qui sçais la peine qu'elle m'a donnée. Ce -n'est point l'argent qui m'a engagé à suivre cet état au milieu d'un -champ rempli d'épines pour moi, mais c'est l'ambition et le zèle que -j'ai de prouver aux Dames que tant que le monde subsistera, elles -porteront de mes coëffures. C'est avec preuve que je ne ressemble -point à bien des coëffeurs et perruquiers, qui étalent leurs talents -avec leur langue, mais moi c'est avec mes doigts que je fais voir à -tout le monde ce que je sçais. Malgré la contrariété, tant que je -vivrai je donnerai toujours des preuves que je serai le premier de mon -état pour la coëffure des Dames en tous genres, comme on le verra par -mon livre...» - -Legros eut la prétention de fonder une académie de coiffure, et il y -réussit à peu près. Il avait des _prêteuses de tête_ qui permettaient -à ses élèves d'étudier sur nature et de reproduire les estampes -publiées par lui. L'élève parvenu à copier les onze premiers modèles, -recevait un certificat portant le cachet dit _de l'étoile_. Pour -obtenir le cachet de l'étoile et celui des _trois croissants de la -lune_, il fallait avoir imité exactement les vingt-huit premières -estampes. Quant à l'habile homme qui reconstituait sur le vif -trente-huit planches, son certificat portait à la fois le cachet de -l'étoile, celui des trois croissants et le _grand cachet du soleil_; -en outre, on le proclamait «maître professeur et académicien de l'art -de la coëffure des Dames». - -[Illustration] - -Legros ne se dissimule pas que son mérite et sa gloire lui ont créé -bien des ennemis. «Il y aura peut-être, dit-il, des personnes qui -trouveront mauvais que mon livre ait pour titre _L'art de la coëffure -des Dames_, et mes classes le nom d'_Académie_. En voici la raison: la -coëffure des Dames est devenu un Art pour moi, parce que j'ai composé -et fait les plans de toutes mes Coëffures, et que voilà le quatrième -goût que je change depuis neuf ans, que j'ai coëffé les Dames de -cinquante-deux sortes de goûts différents, et que je leur ai fait -avec des cheveux faux trois cents pièces d'ouvrages tous différens -pour leurs coëffures... Puisque je suis le seul dans le monde qui ai -poussé la coëffure des Dames à son dernier degré, et qui ai fait tant -d'ouvrages en cheveux imitant le naturel, ce que personne ne s'était -jamais avisé de faire, ainsi que le traité des cheveux naturels qui -n'a jamais paru, je crois qu'il m'est bien permis de me dire le -premier des Artistes pour la Coëffure des Dames.» - -Tant de soins ne furent pas perdus. Legros nous apprend qu'il reçut -«les applaudissemens des Reines et Princesses de toutes les Cours et -de toutes les Dames en général.» - -Mais ce succès et celui qu'obtinrent ses nombreux confrères, -suscitèrent aux coiffeurs de femmes, dont le nombre s'élevait alors -à douze cents, des jalousies et des haines. La corporation des -barbiers-perruquiers leur intenta des procès; ces derniers soutenaient -avec raison qu'ils avaient seuls le droit de vendre des cheveux, et -il était prouvé que les coiffeurs fournissaient des chignons à leurs -clientes. L'avocat des coiffeurs publia en faveur de ceux-ci un -factum fort gai[251] qui, écrit Bachaumont le 8 janvier 1769, «se -trouve également sur les bureaux poudreux des gens de loix et sur les -toilettes élégantes des femmes[252].» - -L'auteur s'efforce de prouver que ses clients sont, non pas des -artisans, mais des artistes dont la profession doit rester libre: «Par -les talents qui nous sont propres, leur fait-il dire, nous donnons -des grâces nouvelles à la beauté que chante le poëte. C'est souvent -d'après nous que le peintre et le statuaire la représentent; et si la -chevelure de Bérénice a été mise au rang des astres, qui nous dira -que pour parvenir à ce haut degré de gloire elle n'a pas eu besoin -de notre secours?... Un front plus ou moins grand, un visage plus ou -moins rond demandent des traitements bien différents: partout il faut -embellir la nature ou réparer ses disgrâces. Il convient encore de -concilier avec le ton de chair la couleur sous laquelle l'accommodage -doit être présenté. C'est ici l'art du peintre; il faut connaître -les nuances, l'usage du clair-obscur et la distribution des ombres -pour donner plus de vie au teint et plus d'expression aux grâces. -Quelquefois la blancheur de la peau sera relevée par la teinte -rembrunie de la chevelure, et l'éclat trop vif de la blonde sera -modéré par la couleur cendrée dont nous revêtirons ses cheveux.» Notre -art, ajoutent-ils, ne se borne pas à disposer avec goût les cheveux et -les boucles; nous avons aussi la mission de placer les diamants, les -croissants, les aigrettes; notre habileté assure et étend sans cesse -l'empire de la beauté. Les coiffeurs ne se dissimulent point qu'on les -accuse d'encourager le luxe et la coquetterie; mais leur appartient-il -de s'ériger en censeurs des mœurs et de réformer leur siècle? «Ce -n'est pas à nous de juger si les mœurs de Sparte étoient préférables à -celles d'Athènes, et si la bergère qui se mire dans la fontaine, met -quelques fleurs dans ses cheveux et se pare de ses grâces naturelles, -mérite plus d'hommage que de brillantes citoyennes qui usent de tous -les raffinemens de la parure... Il faut prendre le siècle dans l'état -où il est; c'est au ton des mœurs actuelles que nous devons notre -existence, et tant qu'elles subsisteront, nous devons subsister avec -elles.» Cet éloquent plaidoyer ne désarma point les magistrats. Deux -arrêts, rendus le 27 juillet 1768 et le 7 janvier 1769, enjoignirent -aux coiffeurs de se faire inscrire dans la corporation des barbiers; -ils résistèrent longtemps, et ne se soumirent définitivement que -sous Louis XVI. Au mois de septembre 1777, celui-ci créa six cents -coiffeurs de femmes, qui payèrent leur privilége six cents livres -et furent agrégés à la corporation des barbiers[253]. L'_Almanach -Dauphin_[254] mentionne alors parmi les coiffeurs en vogue: la veuve -de Legros, établie rue Saint-Honoré, en face de la rue de l'Arbre-Sec; -Frédérik, rue Thibautodé, qui «tient école de coëffure, place des -femmes et valets de chambre coëffeurs, et fournit un rouge de Portugal -accrédité par la finesse et la douceur de ses nuances»; Audis, quai -de l'École, qui «tient assortiment d'ouvrages méchaniques en cheveux, -pour faciliter aux dames la commodité de se coëffer elles-mêmes et -de varier en un instant leur coëffure;» madame Desmares, au coin de -la rue Saint-Louis du Louvre, coiffait «avec beaucoup de goût et de -légèreté»; enfin, Durand, dit Legoût, logé quai de la Ferraille, -vendait «toutes sortes de postiches de différens genres, tocques -montées en fil de laiton, peignes garnis de cheveux, et généralement -tout ce qui concerne le talent de la coëffure». - -Legros n'avait pas donné de nom aux créations de son génie; ses émules -furent moins modestes, et les recueils du temps nous signalent les -coiffures suivantes parmi celles qui se partagèrent, de 1770 à 1780, -la faveur des plus folles têtes: - - _A la Henri IV._ - _A la Minerve._ - _A la Sylphide._ - _A la Harpie._ - _A la Diane._ - _A la Corne d'abondance._ - _A la Glaneuse._ - _Au Levant._ - _A la Frivolité._ - _Au Caprice._ - _Au Haut rang._ - _A la Daphné ou la Demi-conquête._ - _A la Conquête assurée._ - _Le Papillon constant._ - _Le Lever de la Reine ou le Triomphe de l'aurore._ - _Le Témoin discret._ - _La Sapho moderne._ - _En Bandeau d'amour._ - _Au Hérisson._ - _Au Demi-hérisson._ - _Au Hérisson à crochets._ - _Au Chien couchant ou au Mystère._ - _A la Zodiacale._ - _A la Bourgeoise._ - _A la Colombe._ - _A la Conseillère._ - _En Crochets._ - _A l'Ingénue._ - _A la Cérès._ - _A la Recherche._ - _A la Modestie._ - _A la Distinction._ - _A la Candeur._ - _Au Parterre galant._ - _A la Janot._ - _A la Pierrot._ - _En Échelle._ - _En Rouleaux._ - _Au Croissant._ - _Au Vol d'amour._ - _En Corbeille._ - _A la Flore._ - _Au Parc anglais._ - _A l'Anglaise._ - _A l'Irlandaise._ - _A l'Espagnole._ - _A la Circassienne moderne._ - _A la Turque._ - _A la Grecque._ - _A la Persane._ - _A la Phrygienne._ - _En Baigneuse._ - _En Gondole._ - _En Moulin à vent._ - _Au Cerf-volant._ - _Sans redoute._ - _A l'Espoir._ - _A la Nation._ - _Aux Charmes de la liberté[255]. Etc., etc._ - -[Illustration: COIFFURE FANTAISIE. - -COIFFURE EN BANDEAU D'AMOUR.] - -Je ne cite ici, bien entendu, que les coiffures. Je triplerais cette -liste si je voulais y comprendre les noms donnés pendant la même -période aux bonnets et aux chapeaux. - -Dès 1723, l'abbé de Bellegarde écrivait: «Depuis que les femmes se -sont avisées de se servir de fers pour soutenir la pyramide de leur -coëffure, qui est une espèce de bâtiment à plusieurs étages, elles -ont tellement enchéri sur cette mode qu'il n'y a plus de porte assez -élevée pour leur donner passage sans baisser la tête[256].» On sait -jusqu'à quelle démence cette mode fut portée sous Louis XVI. Une -élégante devait avoir alors sur le crâne un échafaudage de chiffons -et de cheveux qui égalât le tiers de sa taille, et il entrait dans -cet édifice tant de fil de fer qu'on était en droit de demander à une -dame quel était l'adroit serrurier qui l'avait coiffée. Je ne crois -pas qu'en aucun temps et sous aucun ciel, la mode ait jamais imposé -à ses esclaves rien de plus niaisement prétentieux que le _pouf_. -Décrire une de ces parures, je n'y pense point, on m'accuserait -d'exagération, je laisse donc la parole à un contemporain qui écrivait -au jour le jour et dont le témoignage est inattaquable. Voici, d'après -les _Mémoires_ dits de Bachaumont[257], comment était composé le -_pouf au sentiment_. «On l'appelle _pouf_, à raison de la confusion -d'objets qu'il peut contenir, et _au sentiment_, parce qu'ils doivent -être relatifs à ce qu'on aime le plus. La description de celui de -madame la duchesse de Chartres rendra plus sensible cette définition. -Dans celui de Son Altesse Sérénissime, au fond est une femme assise -sur un fauteuil et tenant un nourrisson, ce qui désigne M. le duc -de Valois et sa nourrice. A la droite est un perroquet becquetant -une cerise, oiseau précieux à la princesse. A gauche est un petit -nègre, image de celui qu'elle aime beaucoup. Le surplus est garni de -touffes de cheveux de M. le duc de Chartres, son mari; de M. le duc -de Penthièvre, son père; de M. le duc d'Orléans, son beau-père, etc., -etc. Toutes les femmes veulent avoir un pouf et en raffolent.» - -On vit dès lors paraître successivement les poufs: - - _A la Turque._ - _A l'Asiatique._ - _A l'Assyrienne._ - _A la Chinoise._ - _A la Sophie._ - _A l'Art de plaire._ - _En Crête._ - _A la Grande prêtresse._ - _A la Puce._ - _En Rocher._ - _En Gueule de loup._ - _Au Globe fixé._ - _A Bandelettes._ - _Etc., etc., etc._ - -La fortune des poufs fut plus brillante que durable. Dans la fureur -de nouveauté qui hantait les cerveaux féminins, une coiffure vieille -de trois mois n'était plus bonne qu'à orner ridiculement quelque -crâne provincial. Faute de mieux et à bout d'imagination, on s'empara -des événements du jour et on les figura en cheveux sur la tête des -élégantes. Les romans, le théâtre, les succès de nos armées, les -moindres faits divers, tout fut exploité. - -En 1778, après le célèbre combat livré aux Anglais par la -_Belle-Poule_, les femmes surmontèrent leurs cheveux d'une frégate -avec sa mâture, ses voiles, ses agrès, ses canons, ses pavillons, et -cette coiffure prit le nom du glorieux bâtiment qu'elle représentait. -Beaumarchais la fit oublier. La vogue de ses _Mémoires_; le ridicule -qu'il jetait sur le gazetier Marin, le succès du _Quès-aco, Marin?_ -qui termine le portrait de ce personnage[258], inspirèrent la création -du _quesaco_, trois panaches plantés derrière un chignon composé de -huit boucles. - -Au même ordre d'idées se rattachent les coiffures suivantes: - - _A la Frégate._ - _A la Junon._ - _A la Victoire._ - _A la Philadelphie._ - _A la Voltaire._ - _A la Raucourt._ - _A l'Iphigénie en Tauride._ - _A l'Eurydice._ - _A l'Irène._ - _A la Cléopâtre._ - _A l'Armide_ ou _la Grande prétention_. - _A la Gabrielle de Vergy._ - _A l'Almaviva._ - _Au Colisée._ - _A la Montgolfier._ - -C'étaient là les grands soucis des dames de la cour quinze ans avant -la Révolution; la jeune et belle Dauphine donnait l'exemple, sourde -aux reproches de son époux[259], insensible aux railleries dont elle -commençait à être l'objet. Nous possédons un curieux spécimen de -celles-ci dans une assez plate comédie, que publia en 1778 l'avocat -Marchand. - -Au début, le coiffeur Duppefort et sa femme sont en scène, et le -dialogue s'établit ainsi: - - DUPPEFORT. - - Ouf! je suis harassé comme un général d'armée le jour d'une - action. Les femmes veulent être servies toutes à la fois et - dans la même minute; l'on ne sait à laquelle entendre. L'une - veut de la fourrure, l'autre un plumage; celle-ci des fleurs et - des émaux, celle-là des arbres et des diamants. Il faudroit, - en vérité, avoir sous la main tous les élémens et les quatre - parties du monde. Elles veulent apparemment toucher à la lune. - Elles ne sont occupées que de coëffures, et chacune en veut trois - pouces de plus que sa voisine. En vérité, je ne sais pas à quoi - cette manie aboutira à la fin. Si l'émulation augmente, il faudra - exhausser les lanternes dans les rues... Eh bien, qui est-ce qui - est venu pendant mon absence? - - MADAME DUPPEFORT. - - Un monde étonnant. D'abord ce riche banquier qui a fait venir - des plumes de colibris pour sa filleule; en second lieu, ce - petit abbé qui a fait un poëme sur la coëffure des odalisques; - troisièmement, madame la comtesse de Cavecreuse, qui veut - absolument que vous lui fournissiez sur sa garniture le jardin du - Palais-Royal, avec le bassin, la forme des maisons et surtout sa - grande allée avec la grille et le café. - - M. DUPPEFORT. - - En vérité, elle n'y pense pas. Une autre me demandera bientôt les - Thuilleries, le Luxembourg, le boulevard; les femmes du Marais - voudront avoir la place Royale ou l'hôtel de Soubise. Mais - n'importe, il faut satisfaire les gens pour leur argent. - - MADAME DUPPEFORT. - - Il est encore venu cette grande marquise sèche, qu'on appelle - madame de la Brasse, et qui est veuve depuis trois mois. Elle - vous prie de mettre sur sa garniture un catafalque de goût[260]. - -Ce court extrait suffira pour donner une idée de la pièce, où l'esprit -n'abonde pas et qui ne fut jamais représentée. - -A la cour et dans l'entourage même de la Reine, les gens sensés -blâmaient les exagérations qu'ils avaient sous les yeux: «Les -coiffures, dit madame Campan, parvinrent à un tel degré de hauteur, -par l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes -ne trouvoient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et -qu'on leur voyoit souvent pencher la tête ou la placer à la portière. -D'autres prirent le parti de s'agenouiller pour ménager d'une -manière plus certaine encore le ridicule édifice dont elles étaient -surchargées[261].» En février 1776, Marie-Antoinette honora de sa -présence un bal donné par la duchesse de Chartres. Les _Mémoires -secrets_ de Bachaumont racontent qu'à cette occasion «la Reine -ayant redoublé la hauteur de son panache, il fallut le baisser d'un -étage pour qu'elle pût entrer dans son carrosse, et le lui remettre -quand elle en est sortie». Comme on imitait la Reine, même dans la -bourgeoisie, les théâtres étaient troublés par des querelles sans -cesse renaissantes, à ce point que de Visme, directeur de l'Opéra, dut -interdire l'entrée de l'amphithéâtre aux coiffures trop élevées[262]. - -Ce n'est pas tout. Ces pyramides gonflées de crin, bourrées de -coussins, chargées de poudre, baignées de pommade, maintenues par -une forêt d'épingles dont la pointe atteignait la peau, devenaient -l'origine d'une foule de malaises; en même temps que la vermine -engendrée par la poudre causait aux malheureuses victimes de la -coquetterie d'insupportables démangeaisons. La civilité permit d'abord -de se frapper doucement la tête avec un doigt pour calmer le prurit -qu'occasionnaient les indiscrètes bestioles[263]. Puis on inventa en -faveur de ces martyres volontaires le _grattoir_, longue tige terminée -par un crochet d'ivoire, d'argent ou d'or, secours bien doux, mais -impuissant contre «la crasse infecte qui séjournait sous les brillants -diadèmes[264].» Je m'arrête. Ne nous montrons pas trop sévères -pour nos aïeules; s'il prenait fantaisie à quelque cerveau fêlé de -ressusciter cette mode aujourd'hui, est-il bien sûr que la tentative -échouerait? - -Rien n'égale la burlesque vanité, le naïf orgueil dont était rempli le -cœur des hommes qui élevaient ces monuments éphémères. Dutens raconte -que le prince Lanti, se trouvant à Paris et ayant demandé un coiffeur, -on introduisit dans sa chambre un personnage bien mis et l'épée au -côté. Le prince s'assit, en lui recommandant de se dépêcher. «Mon -prince, lui dit cet homme, je suis le physionomiste, permettez que -je fasse entrer mon second.» Et il fait entrer un garçon perruquier -avec tout son appareil. Plaçant ensuite le prince à sa fantaisie, il -l'observe avec attention, le prenant par le menton pour mieux examiner -son visage. Puis, s'adressant à son second: «Visage à marrons[265], -dit-il; marronnez monsieur.» Et il se retira en faisant une humble -révérence[266]. - -[Illustration: BOUTIQUE DE BARBIER, d'après Cochin. - -Dix-huitième siècle.] - -De si grands artistes rougissaient d'appartenir à la corporation des -barbiers. Ils tentèrent encore une fois de s'en séparer pour former -une communauté indépendante; mais un arrêt du 25 janvier 1780 repoussa -cette prétention, et leur interdit de mettre sur leur enseigne les -mots: _Académie de coiffure_[267]. Il est certain d'ailleurs que les -boutiques de certains barbiers avaient alors un aspect peu séduisant. -Voici la description que nous en a conservée Mercier: «Imaginez tout -ce que la malpropreté peut assembler de plus sale. Les carreaux des -fenêtres, enduits de poudre et de pommade, interceptent le jour; -l'eau de savon a rongé et déchaussé le pavé; le plancher et les -solives sont imprégnés d'une poudre épaisse; les araignées pendent -mortes à leurs longues toiles blanchies, étouffées en l'air par le -volcan éternel de la poudrerie[268].» - -Un grand événement se produisit en 1780. A la suite d'une couche, -Marie-Antoinette perdit ses cheveux. Dès lors, disent les _Mémoires -secrets_, «l'art est continuellement occupé à réparer les vuides -qui se forment sur cette tête auguste». Cette tête auguste finit -par adopter une coiffure très-basse, dite _à l'enfant_. Aussitôt, -les dames de la cour, «empressées de se conformer au goût de leur -souveraine, ont sacrifié leur superbe chevelure[269].» - -La reine de France, reine surtout des poufs et des chiffons, avait -pour ministres la Bertin, sa marchande de modes, et Léonard Autier, -son coiffeur, qui avait porté le génie jusqu'à faire entrer quatorze -aunes d'étoffes dans une coiffure. Elle les comblait de faveurs, ne -sachant rien refuser à des personnages dont le concours lui était si -précieux. Il était de règle que tout artisan pourvu d'une charge à -la cour cessât de servir le public; mais Marie-Antoinette, craignant -que le goût de son coiffeur se perdît s'il cessait de pratiquer son -état, voulut qu'il conservât sa clientèle, «ce qui, dit très-bien -madame Campan[270], multiplia les occasions de connaître les détails -de l'intérieur de la Reine et souvent de les dénaturer.» Quand -l'infortunée princesse, décidée à quitter la France, préparait la -fuite de Varennes, sa folle coquetterie survivait tellement aux -dangers de sa situation, aux angoisses endurées, aux humiliations -subies, qu'elle ne put se résoudre à se séparer de Léonard, serviteur -au reste fidèle et dévoué; elle le fit partir quelques heures avant -elle, sous la protection de de Choiseul[271]. - -Léonard ne revint pas à Paris avec sa souveraine; il émigra et alla -mettre ses talents au service des grandes dames russes. En France, le -temps des futilités était passé, et plus d'une des belles chevelures -qu'avait abandonnées Léonard devait être maniée pour la dernière fois -dans une prison et par un aide du bourreau. - - - - -ÉCLAIRCISSEMENTS - - -I - -EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ DE JEAN SULPICE, - -_traduite en français par_ GUILLAUME DURAND, _en_ 1545[272]. - -[1483] - - -O enfant de bonne nature, devant que de t'exposer et bâiller mes -preceptes, je t'admoneste que tu ayes à les garder et que tu faces en -sorte que tousjours ils te soyent devant les yeux. - -Ta robe soit nette et sans ordure. - -N'aye point le visage ou les mains ordes. - -Donne toy de garde que aucune morve ou roupie ne te sorte du nez et -y pende, comme ceste glace longue que l'on void pendre en hyver aux -chevrons et gouttières des maisons. - -Tes ongles ne soyent point trop longs, ny pleins d'ordure. - -Tes cheveux soyent bien peignez, et que ta perrucque[273] ne soit -pleine de plumes ou autre ordure. - -Tes souliers soyent nets et non boueux ou fangeux. - -Que ta langue ne soit point couverte d'ordure et immundicité accumulée -dessus. - -Aye les dents nettes et sans rouille, c'est à dire sans matière jaulne -attachée contre, par faute de les nettoyer et mundifier souvent. - -Estime qu'il est peu seant et peu honneste de soy grater la teste à -table; et prendre au col ou au doz poulx, ou puces, ou autre vermine, -et la tuer devant les gens; se grater, ou crever, ou percer sa -roigne[274] en quelque partie du corps qu'elle soit. - -Si tu viens à te moucher, tu ne doibs prendre tel excrement avec les -doigts, mais les doibs recevoir dedans un mouchoir. Et si tu craches -ou tousses, il ne fault pas avaller ce que tu as desjà attraict en la -gorge, mais faut cracher en terre ou en un mouchoir ou serviette. - -Si, par contrainte, tu es provoqué à roter, fay le avec le moindre son -de la bouche que faire se pourra, et tousjours en détournant la face. - -Combien que nature te presse fort de peter ou vessir, il te faut du -tout efforcer de bien serrer les fesses et ne lascher rien de mauvais -goust. Et en ce, il se faut garder de suyvre l'opinion des stoïciens, -qui tenoient que les pets et les rots estoient permis et loysibles en -toutes compagnies et en toutes actions. - - * * * * * - -II - -EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME[275], - -_traduite en français par_ PIERRE SALIAT _en_ 1537[276]. - -[1530] - - -_Des rencontres et entregent._—Si tu rencontres quelqu'un en ton -chemin, qui à cause de sa vieillesse soit venerable, ou pour sa -saincteté reverend, ou pour sa dignité grave, ou aultrement digne -d'honneur, sois souvenant de luy ceder, de te détourner et luy -faire voie, en descouvrant la teste reveremment et en ployant -aulcunement[277] le genoil. - -Que l'enfant ne dise jamais ainsi: _Que ay-je affaire d'ung que je -ne cognois point? Que ay-je affaire d'ung qui ne me feit jamais -bien?_ Cest honneur n'est point faict à ung homme, non aux merites et -bienfaicts, mais à Dieu... Celluy qui previent à faire honneur à son -pareil ou à moindre que luy, il n'en est point pourtant fait moindre, -mais plus civil, et pour ce plus honnorable. - -Il fault parler reveremment et en peu de parolles avec ses superieurs, -avec ses pareils amiablement et affablement. En parlant, la main -gauche doit tenir le bonnet, la droicte estant doulcement posée sur -le nombril; ou, ce qui est reputé plus honneste, le bonnet pendant -aux deux mains joinctes, les deux poulces apparoissans, couvrira le -dessoubs de la ceincture. - -Tenir son livre ou son bonnet dessoubs son aisselle, c'est chose -rusticque. - -Il fault que l'enfant ait une honte qui luy donne grace, non point qui -le rende estonné. Les yeulx doivent regarder celuy à qui tu parles, -mais posement et simplement, sans qu'ilz montrent rien de lascif ou de -meschant. Baisser la veue, ainsi que font les catoblepes[278], porte -soupson de maulvaise conscience. Regarder de travers semble d'un qui -veult mal. Tourner la face çà et là, c'est signe de legiereté. Il est -aussy laid de changer sa face en diverses sortes, tellement que tu -fronces puis le nez, puis le front, que tu haulses maintenant les -sourcils, maintenant tu remues les lèvres, et que la bouche soit puis -estendue, puis serrée. - -Il est aussy laid de jecter les cheveulx en secouant la teste, de -toussir sans necessité, de cracher ou de gratter sa teste, fouiller -en ses oreilles, moucher son nez, applanir son visaige avec la main, -car cela semble d'ung qui torche sa honte; frotter le chaisnon du -col[279], serrer les espaules, laquelle chose nous voyons en d'aulcuns -italiens; nier en tournant la teste, ou en la hochant appeler -quelqu'un; et affin que je ne poursuyve tout, parler par signes, -encores qu'il siée bien quelque fois à l'homme, toutesfois il ne sied -point bien à l'enfant. - -C'est chose laide de jouer des bras, faire singeries des doigts, se -bercer sur ses pieds, bref non point parler de la langue, mais de tout -le corps, qui est le propre des tourtereles ou des balaqueues[280], et -assez approchant des pies. - -La voix soit doulce et posée, non haultaine qui appartient aux -paysans, ne si basse et si sombre qu'elle ne parvienne jusques aux -oreilles de cestuy à qui tu parles. Que le parler ne soit trop -hatif et allant devant la pensée, mais tout à loisir, et qu'il soit -entendible. - -En parlant à quelqu'un, c'est civilité de repeter souvent son tiltre -honorable. Si tu ne sçays point les tiltres particuliers d'ung -chascun, tous gens savans vans te doivent estre maistres très -honorés, tous prestres et moynes pères reverends, tous tes semblables -frères et amys: bref tous hommes incogneus, seigneurs; toutes femmes -incongneues, dames. - -C'est chose villeine et deshonneste d'ouyr ung jurement de la bouche -de l'enfant, soit par jeu ou à bon escient. Qu'est-il plus villain que -la coustume dont en d'aulcuns pays à chascun mot, mesmes les filles -jurent par le pain, par le vin, par la chandelle; bref, qu'est-il -qu'elles ne jurent? - -Que l'enfant ne mesle point sa langue parmy paroles villeines, -et qu'il n'y preste point l'oreille, finablement à tout ce qui -se descouvre deshonestement aux yeulx des hommes, et se presente -indecentement à leurs oreilles. Si le cas requiert qu'il faille nommer -quelque membre honteux, il le fault signifier par ung desguisement -modeste. - -Davantaige, s'il eschet quelque chose qui puisse faire mal au cueur -à l'escoutant, comme si quelqu'un parle d'ung vomissement, d'ung -retret[281] ou de merde[282], qu'il prie premièrement qu'il ne -desplaise aux oreilles. - -S'il veult contredire à quelque chose, qu'il se garde de dire: _Vous -ne dictes point vray_, specialement s'il parle à personne eagée, mais -prie avant, qu'il ne luy desplaise, et dise: _Je l'ay aultrement -entendu d'ung tel._ - -Rompre le propos d'ung qui parle devant qu'il ait achevé, c'est chose -incivile. - -Ne sois point fort curieux des affaires d'aultruy, et si tu as veu ou -entendu quelque chose, fais semblant que tu ne saiches point ce que tu -sçais. - -Regarder du coing des yeulx les lettres qui ne te sont point offertes, -c'est chose peu civile. Si quelqu'un ouvre son coffre et escrin en ta -presence, retire toy; car il est plus incivil de regarder dedens, et -est encores plus d'en manier quelque chose. - -Si tu apperçois qu'il survienne quelques propos secrets entre quelques -ungs, retire toy sans en faire semblant, et ne te mesle à tel propos -sans y estre appellé. - - * * * * * - -III - -EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME, - -_imitée en français par_ C. CALVIAC _en_ 1560[283]. - -[1530] - - -Il faut que l'enfant tourne la face de costé quand il voudra cracher, -de peur qu'il ne crache sur personne, ou qu'il ne face mal au cueur -de ceux qui le verront cracher: pour laquelle raison il doit aussi -effacer ce qu'il a craché en mettant le pied dessus. Que s'il ne luy -est commode de se tourner ny de cracher en terre ou autre lieu propre -à cela, il pourra cracher dans son mouchoir plus tost que d'en avaler -l'ordure, car cela est vilain et ord. - -Comme aussi de cracher ou de tousser à tous propos sans necessité, -mais aussi par une mauvaise coustume; cela est propre aux menteurs, -qui en parlant songent ce qu'ilz doibvent dire. Toutefois à aucuns -cela sert de cherche-memoire, car en ce faisant, ilz pensent mieux à -ce qu'ilz doivent dire, combien qu'en nulle sorte cela n'est point -honeste. - -Il est fort vilain de s'accoustumer à roter, veu que mesme quand cela -advient par inadvertance, peut estre tenu pour autre. - -S'il advient que l'enfant veuille tousser par necessité, qu'il se -tourne en arrière la face, et qu'il se garde que ce ne soit sur la -face d'autruy, ou sur la viande s'il est à table. - -Le vomir, peter, roter et faire telles ordures, quoy que les autres -en jugent, il me semble que se doyvent faire si secretement, si on y -est contrainct, que personne n'en oye rien, ou pour bien faire s'en -abstenir du tout. - -Il faut que les dens soyent nettes et blanches. Que si il demeure -quelque chose entr'elles après le repas, il les faut nettoyer avec un -cure-dens de boys propre à cela, ou bien avec un des petits os de ceux -qu'on tire des ergotz des chappons. Et non point avec le cousteau ou -avec les ongles, comme les chiens, ne avec la serviette. - -Il faut que tous les matins l'enfant lave sa bouche et ses yeux avec -de l'eau fraische et nette, et qu'il se peigne en menant le peigne du -devant en arrière de la teste, pour tousjours renvoyer en derrière les -humeurs qui descendent sur les yeux et le visage. - -Il faut que les cheveux d'un enfant ne viennent jamais si grans qu'ilz -luy tombent jusques aux yeux et aux espaules. Et ne les doit point -secouer en hochant sa teste, car cela appartient aux chevaux qui se -pompent. Il ne se doit point grater la teste ne le reste du corps avec -ses ongles, car cela est vilain et ord, et principalement s'il le fait -par accoustumance plus que par nécessité. - -_Du corps et de sa contenance._—L'enfant ne doyt point baisser la -teste entre les deux espaules, car c'est signe de paresse; ne se -renverser aussi, car c'est signe d'arrogance. Mais se doyt tenir -droict et sans effort, car cela ha bonne grâce. Et ne faut point aussi -que sa teste penche d'un costé ne d'un autre dessus son corps, à la -mode des hypocrites, si ce n'est que le propos ou chose semblable -requiert telles contenances à gester. - -Il faut que l'enfant tienne ses espaules avec un juste contrepoix, -sans en hausser l'une et baisser l'autre sans aucune modestie ny -honesteté. - -Il n'est guière bien seant à un jeune enfant de tenir les bras au sein -ny en croix l'un sur l'autre, car c'est signe de paresse; ne de les -tenir derrière le dos, car cela donne à penser qu'il soyt ou larron -ou paresseux, ou tenant quelque chose en la main qu'il ne veut point -qu'on voye. - -Aucuns trouvent beau de tenir une main au costé et présenter le coude -à costé, à la mode des souldats, mais cela n'est point bienséant à un -enfant. - -Il est fort honeste à un petit enfant de ne manier point ses parties -honteuses, mesme quand la necessité le requerra et qu'il sera seul, -qu'avec honte et comme vergogne: car cela denote grande pudicité et -honesteté. Et quand il luy faut qu'il rende son urine, il se doict -separer et tirer à part que nul ne le voye, et pour le moins faut -qu'il y procede le plus secretement et modestement qu'il pourra, sans -toutes fois la retenir si longtemps que cela luy puisse engendrer la -pierre. - -Il faut que quand l'enfant sera assis qu'il tienne ses genoux joinctz -et les pieds aussi, non point ouvers et estallés, car cela n'est point -modeste. Et quand il sera droyt, il luy sera bien seant de les tenir -moyennement ouvers. Il n'est point honeste qu'estant assis il tienne -l'un genoux sur l'autre et les jambes en croix; ne qu'estant debout il -tienne ses jambes serrées et les bras croysés, car c'est le propre de -ceux qui sont pensifs. - -Il ne fault point que l'enfant bransle les jambes estant assis, -comme les folz; ne qu'il face un tas de frectillemens des mains, qui -demonstrent que l'entendement est peu sain et entier. - -Il y a plusieurs façons de faire la reverence, selon les pays où on se -trouve et les coustumes d'iceux. Mais les Françoys ployent seulement -le genouil droyt, se tenant autrement plus droyctz que enclinés, avec -un doux contournement et mouvement du corps; et estant le bonet de -la main droyte, le tenant ouvert par le devant, l'obeissent au mesme -costé droyt. - -Après, s'il fault faire plusieurs reverences tenant tousjours bas le -bonet, dessous la jambe droicte font la rentrance de la gauche en la -mesme sorte qu'ilz ont faict de la droicte, et ainsi de l'une puis de -l'autre, autant qu'il en sera de besoin, et selon que le personnage à -qui on adressera et le propos ou recueil le requerrent. - -Il fault que l'alleure de l'enfant soit asseurée droitte et par pas -de mediocre grandeur, et non point comme rompue et feinte, car c'est -le propre des gens effeminés et de nul courage; ne trop hastée, comme -celle des gens furieux ou impatiens; ne bersante ou chancellante -d'un costé ou d'autre, car cela donne à penser qu'on soit verollé ou -infecté de quelque telle maladie; ne par des grans pas, qui signifient -prodigalité et arrogance; ne par trop petis, qui signifient avarice et -chifeté; mais mediocres, ou de mesme, poursuivie tousjours d'un mesme -train. - - * * * * * - -IV - -EXTRAIT DE LA _CIVILITÉ_ D'ÉRASME, - -_traduite en français par_ CLAUDE HARDY _en_ 1613[284]. - -[1530] - - -_Du nez._—Les enfants ne doibvent aucunement laisser de morve en leur -nez, qui est le propre des ords et salles; duquel vice et salleté -Socrates a esté blasmé. Mais se moucher à son bonnet ou à sa manche -appartient aux rustiques; se moucher au bras et au coulde convient -aux patissiers; et se moucher de la main, si d'aventure au mesme -instant tu la portes à ta robbe, n'est chose beaucoup plus civile. -Mais recevoir les excrements du nez avec un mouchoir, en se retournant -un petit des gens d'honneur, est chose honneste. Et si d'aventure -quelque chose tomboit à terre en se mouchant de deux doigs, il faut -incontinent marcher dessus. - -_Souffler du nez._—C'est chose indecente de souffler haut du nez, qui -est un tesmoignage de cholère; et est encores chose plus laide de -ronfler, car il appartient aux furieux seulement, principallement si -cela se fait avec accoustumance. Mais il faut pardonner à ceux qui -ont la courte haleine, et qui ne respirent qu'avec difficulté. C'est -aussi chose ridicule de parler du nez, qui convient aux corneilles et -elephans. Froncer le nez appartient aux mocqueurs et gausseurs. - -_De l'esternuement._—S'il advient qu'il te faille esternuer en la -presence d'autruy, c'est chose honneste de se tourner un petit, et -à l'instant après que la violence est passée, faire le signe de la -croix, et puis après oster son bonnet et saluer ceux qui t'auront -salué ou deu saluer: car l'esternuement et le baailler prive l'oreille -de sentiment. Il te faut aussi prier la compagnie de t'excuser ou la -remercier. - -C'est chose religieuse de saluer celuy qui esternuë. Si plusieurs -gens eagez saluent quelque homme ou femme d'honneur à qui il soit -arrivé d'esternuer, le debvoir de l'enfant est d'oster son chappeau. -Davantage, c'est le propre des fols et glorieux de s'efforcer à -esternuer hault, et de redoubler pour monstrer ses forces. Retenir le -son que la nature excite, c'est marque de folie, et attribuer plus à -la civilité qu'à la santé. - -_Des jouës._—Que les jouës de l'enfant soient teintes d'une honte -naïfve, sans fard et faulse couleur, combien qu'il la faille tellement -temperer qu'elle ne se tourne en meschanceté et trop grande hardiesse, -ne qu'elle apporte trop grand estonnement, et comme dit le proverbe, -le quatriesme degré de folie. Car il y en a qui de leur naturel sont -tellement timides, qui sont presque semblables à celuy qui radote. Ce -deffault se peut corriger, si l'enfant s'accoustume à vivre avec gens -plus eagez que luy, et s'il est exercé à joüer des comedies. Enfler -les joües est un tesmoignage d'orgueil, et les retirer est un signe de -meffiance: l'un est pour le glorieux, et l'autre pour le traistre. - -_De la bouche._—Que la bouche ne soit serrée, chose qui convient à -celuy qui craint de prendre l'haleine d'autruy; qu'elle ne soit aussi -ouverte, comme appartient aux incensez. Mais que les lèvres soient -conjoinctes, s'entrebaisants doucement l'une-l'autre. C'est aussi -chose peu decente de faire des lèvres comme si tu applaudissois à un -cheval en sifflant, combien que cela se doibve pardonner aux grands -qui marchent en quelque grande foulle: car rien ne leur messiet. Mais -nous voulons icy dresser seulement les enfants. - -_Du baaillement._—Si d'aventure le baailler te presse, et si tu ne -peux te tourner ou demarcher un petit, il te fault mettre ton mouchoir -ou ta main devant ta bouche, et faire le signe de la croix. - -_Du rire._—C'est le propre des fols de rire à tout propos; et de -ne rire d'aucune chose appartient aux stupides; de rire de choses -vilaines et deshonnestes, c'est meschanceté. Outre plus, ceste manière -et façon de rire qui esmeut tout le corps, que les Grecs appellent -[Greek: synkrousion], n'est honneste et decente à aucun eage, non -pas mesme à la jeunesse. C'est aussi chose deshonneste de rire en -hennissant; comme il n'est pas decent et seant de rire en eslargissant -la bouche et en retirant les joües et descouvrant les dents, car -proprement c'est un ris de chien et sardonien; mais il faut que le -visage soit tellement composé qu'il demonstre une alegresse et non pas -un esprit dissolu, ny aucune difformité de la bouche. Ce sont propos -de fols de dire: _je pisse ou crève de rire_; _je pasme de rire_, ou -_j'ay cuidé mourir de rire_. - -Et si le subject qui se presente nous force malgré nous à rire, alors -il faudra se couvrir le visage ou de la serviette ou de la main. Rire -tout seul sans aucune apparente raison est un acte de sottise ou de -pure folie. Et le cas advenant qu'il soit eschappé de rire à l'enfant, -cela dependera de la civilité de declarer ouvertement la raison -qui l'aura meu à rire; ou s'il n'est à propos de le dire, il fault -controuver quelque cassade, afin que nul de la compagnie n'aye quelque -soupçon que l'on veuille se moquer de luy. - -_De ne mordre ses lèvres._—C'est une mauvaise contenance que de mordre -ses lèvres d'embas avec les dents de dessus, et les lèvres de dessus -avec les dents d'embas: car c'est le geste d'un homme qui menace -quelqu'un. C'est aussi chose indecente de lescher le bord de ses -lèvres avec la langue. Advancer ses lèvres, et comme les preparer à -un baiser, estoit jadis une coustume bien receuë entre les Alemans, -comme il se peult remarquer par des tableaux anciens. C'est un tour de -bouffonnerie en tirant la langue se moquer de quelqu'un. - -_Du cracher._—Tourne ton visage quand tu voudras cracher, afin que nul -de la compagnie ne soit offensé de ton crachement. Si tu as craché -par terre ou si tu t'y es mouché, il convient marcher dessus, comme -j'ay cy-devant dit, afin que personne n'en aye mal au cœur. Si tu n'as -moyen de te tourner, reçoy le crachat en ton mouchouer. - -Avaller sa salive est une chose deshonneste; comme pareillement de -cracher à chacun mot, comme nous en voyons beaucoup ausquels cela -arrive d'ordinaire, plustost par mauvaise accoustumance que par -necessité qu'ils en ayent. - -D'abondant, il y en a qui toussent en parlant, par une habitude qu'ils -ont contractée, sans qu'il en soit besoin. Mais telle façon de faire -est propre à ceux qui se proposent de mentir, et qui se veulent donner -du temps pour penser à ce qu'ils doivent dire. - -Aucuns, encores plus incivils, ne sçauroient dire trois mots sans -roter. Que si le jeune enfant dès son bas eage prend ceste mauvaise -coustume, elle luy demeurera. Il en faut autant dire du cracher, dont -le Clitipho de Terence[285] est blasmé par un serviteur. - -Si tu es pressé de la toux, garde toy de tousser en la bouche -d'autruy, et prens bien garde de commettre ceste ineptie que de -tousser plus hault que la nature ne le requiert. - -_Du vomissement._—Quand tu auras volonté de vomir, tire toy à -quartier; car le vomissement n'est pas deshonneste, mais bien de le -provoquer par gourmandise. - -_Des dents._—Il faut soigneusement prendre garde d'avoir les dents -nettes; car de les blanchir avec des poudres, il n'appartient qu'aux -filles; les frotter de sel ou d'alun est fort dommageable aux -gencives; et se servir de son urine au mesme effet c'est aux Espagnols -à ce faire. - -S'il te reste entre les dents quelque chose, ne te sers du cousteau -ou de tes ongles pour les tirer, comme les chiens et les chats; ny -avec la serviette; mais avec la pointe d'un cure-dent de lentisque, -ou d'une plume, ou de petits os tirez des pieds de chappons ou des -poulles bouillies. - -_De laver la bouche._—C'est une chose civile et salubre de laver sa -bouche d'eau nette le matin. Mais de la laver souvent, c'est un acte -qui est impertinent. De la langue, nous en parlerons en son lieu. - -_De nettoyer la teste._—C'est à faire aux gens de village de ne se -peigner la teste. Il faut que la teste soit tellement nette qu'elle -ne soit pas pourtant atiffée comme celle d'une fille. C'est chose -deshonneste d'y voir des pouds et des lentes. - -En après, grater sa teste devant quelqu'un et faire tomber l'ordure -qui en sort sur luy, c'est chose peu decente; tout ainsi que se grater -avec les ongles les autres parties du corps, c'est chose vilaine, -principalement s'il le fait avec accoustumance et non par necessité. - -Les cheveux ne doivent tomber sur le front, ny couvrir les espaules. -Esbranler ses cheveux en secouant la teste, c'est le propre des -chevaux qui se panadent. De relever les cheveux du front en hault avec -la main gauche, c'est chose peu seante, mais il est plus à propos de -les demesler avec la main droite. - -_Qu'il ne faut retenir son urine, ny le son du ventre._—Se garder -d'uriner est dommageable à la santé; mais se tirer à part pour rendre -l'urine est chose digne de la honte requise à un enfant. - -Il y en a quelques uns qui commandent que l'enfant retienne la -ventosité du ventre, serrant les fesses. Mais ce n'est pas chose -civile de se causer une maladie pour avoir la reputation d'estre -bien apprins. S'il luy est loisible de s'esloigner de la compagnie, -qu'il lasche son vent estant ainsi à l'escart, sinon qu'il desguise, -selon l'ancien proverbe, le son du ventre par un toussement. -Autrement pourquoy n'ordonnent ils pas, par semblable raison, qu'ils -s'empeschent d'aller à la garderobbe, veu qu'il est plus dangereux de -retenir son vent que de s'abstenir des necessitez de nature[286]. - -_De se tenir droict._—C'est imiter le glorieux Trason de Terence[287] -que de se seoir les genouils ouverts, et de brandiller ou entortiller -ses jambes. Quand tu seras assis, prends garde à joindre tes genouils, -et quand tu seras debout tiens tes pieds proches l'un de l'autre, au -moins qu'ils ne soient que moyennement esloignez. Aucuns sont assis -avec ceste mauvaise grace qu'ils font passer la jambe par dessus -le genouil; les autres sont debout, ayans les bras croisez et les -jambes joinctes estroictement: desquelles façons de faire, l'une est -propre aux resveurs et l'autre aux gens grossiers et mal apprins. Se -seoir ayant la jambe droicte jettée sur la gauche estoit une ancienne -coustume des Rois, mais maintenant elle est reprouvée. Les Italiens, -par respect, mettent un pied sur l'autre, et se soustiennent quasi sur -une jambe, à la mode des cigongnes, mais je ne sçaurois bonnement dire -si cela est decent à l'enfant. - -_Comment il convient faire la reverence._—Pareillement, en un païs -une façon de fleschir les genouils et faire la reverence est bien -receuë, laquelle en autre païs donneroit subject de rire et de se -moquer. Quelques-uns ployent les deux genouils ensemble, et entre -ceux-là, les uns tiennent le reste du corps droit et les autres le -panchent aucunement. Il y en a d'autres qui estimans ceste façon -de faire la reverence n'estre seulement convenable qu'à la femme, -ployent en premier lieu le genouil droit, et puis le gauche au mesme -instant, et ceste manière de reverence est recommendable en la -jeunesse de Bretaigne. Les François, contournant doucement le corps, -fleschissent seulement le genouil droit. Es choses ou la varieté n'a -rien de repugnant à la bienséance, il sera en la liberté de chacun de -practiquer l'usance du païs, ou suivre les façons estrangères, comme -il s'en trouve aucuns ausquels elles plaisent davantage que celles de -leur païs[288]. - - * * * * * - -V - -EXTRAIT DU _Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France -parmi les honnestes gens_. - -_Par_ ANTOINE DE COURTIN[289]. - -[1675] - - -_L'audience d'un Grand._—A l'égard d'un Grand, lors que l'on entre -dans sa chambre ou dans son cabinet, il faut marcher doucement, et -faire une inclination du corps et une profonde révérence, s'il est -présent. Que s'il ne paroissoit personne, il ne faut point fureter çà -et là, mais sortir sur-le-champ, et attendre dans l'antichambre. - -Si cette personne est malade et au lit, il faut s'abstenir de la voir, -si elle ne le demande; et si nous la voyons, il faut faire la visite -courte, parce que les malades sont inquiets et sujets aux remèdes et -aux temps. Il faut de plus parler bas, et ne l'obliger que le moins -qu'il se peut à parler. - -Mais sur tout, il faut observer que c'est une très-grande indécence -de s'asseoir sur le lit, et particulièrement si c'est d'une femme. Et -même il est en tout temps très-mal séant et d'une familiarité de gens -de peu, lors que l'on est en compagnie de personnes sur qui on n'a -point de supériorité, ou avec qui on n'est pas tout à fait familier, -de se jetter sur un lit, et de faire ainsi conversation. - -Si cette personne écrivoit, lisoit, ou étudioit, il ne faut pas la -détourner, mais attendre qu'elle ait achevé ou qu'elle se détourne -elle-même, afin que nous luy parlions. - -Si elle nous ordonne de nous asseoir, il faut obéir avec quelque -petite démonstration de la violence que souffre notre respect, et -observer de se mettre au bas bout, qui est toujours du costé de -la porte par la quelle nous sommes entrez, comme le haut bout est -toujours où la personne qualifiée se met. - -De même, il faut prendre un siége moins considérable que le sien, s'il -y en a. Le fauteuil est le plus honorable, la chaise à dos après, et -ensuite le siége pliant. - -C'est une chose tout à fait indécente de se présenter devant des -personnes au-dessus de nous, et particulièrement devant des Dames, et -de montrer la peau à travers la chemise et le pourpoint; ou d'avoir -quelque chose d'entr'ouvert qui doit estre clos par honnesteté, comme -nous avons déjà dit. - -Quand on s'assiet, il ne faut pas se mettre coste à coste de la -personne qualifiée, mais vis-à-vis, afin qu'elle voye que l'on est -tout prest à l'écouter. Il faut avec cela se tourner le corps un peu -de costé et de profil, parce que cette posture est plus respectueuse -que de se tenir de front. - -Il faut luy laisser entamer le discours, quand elle ne diroit qu'un -mot qui nous donnât lieu de parler. A moins qu'on ne vist cette -personne en passant, pour l'informer promptement d'une affaire, ou la -faire ressouvenir de quelque chose qu'elle sçûst déjà. - -Il ne faut pas se couvrir si elle ne le commande. Il faut avoir ses -gands aux mains, et se tenir tranquille sur son siége, ne point -croiser les genoux, ne point badiner avec ses glands, son chapeau, ses -gands, etc., ni se fouiller dans le nez, ou se grater autre part. - -Il faut éviter de bâiller, de se moucher et de cracher. Et si on y est -obligé, là et en d'autres lieux que l'on tient proprement, il faut le -faire dans son mouchoir, en se détournant le visage, et se couvrant de -sa main gauche, et ne point regarder après dans son mouchoir. - -A propos de mouchoir, on doit dire qu'il n'est pas honneste de -l'offrir à quelqu'un pour quelque chose, quand même il seroit tout -blanc, si on ne vous y oblige absolument. - -Il ne faut point prendre de tabac en poudre, ni en mâcher, ni s'en -mettre des feuilles dans le nez, si la personne qualifiée, qui est en -droit d'en prendre devant nous, ne nous en présentoit familièrement. -Auquel cas il faut en prendre, ou en faire le semblant si on y avoit -répugnance. - -Si on est assis près du feu, il faut bien se donner de garde de -cracher dans le feu, sur les tisons, ni contre la cheminée; moins -encore faut-il s'amuser à badiner avec des pincettes, ou tisonner le -feu. Que si cette personne témoignoit de vouloir accommoder le feu, -alors il faut se saisir promptement des tenailles ou pincettes pour la -prévenir, à moins qu'elle ne le voulust faire absolument elle-même -pour son divertissement. Il ne faut pas aussi se lever de dessus son -siége pour se tenir debout le dos au feu; mais si cette personne se -levoit, il faudra se lever aussi. - -Que si par avanture il ne se trouvoit qu'un écran chez cette personne, -et qu'elle vous contraignist de le prendre: après luy avoir témoigné -la confusion que vous avez de l'accepter, il ne le faut pas refuser. -Mais incontinent après, sans qu'elle s'en apperçoive, il faut le -mettre doucement de costé, et ne s'en point servir. - -De même, si par quelque occasion cette personne se trouvoit chez vous -près du feu, il ne faut pas souffrir qu'un laquais luy présente un -écran, mais vous devez le luy présenter vous-même. - -Et pour ce qui est des Dames, c'est une immodestie très-grande de -trousser leurs jupes près du feu, aussi-bien qu'en marchant par les -ruës. - -Il ne faut pas, quand on parle, faire de grands gestes des mains: cela -sent d'ordinaire les diseurs de rien, qui ne sont pathétiques qu'en -mouvemens et en contorsions de corps. - -Mais il est ridicule, en parlant à un homme, de luy prendre et tirer -ses boutons, ses glands, son baudrier, son manteau, ou de luy donner -des coups dans l'estomac, etc. - -Il s'en fait quelquefois un spectacle des plus divertissans, quand -celuy qui se sent poussé et tiraillé, recule, et que l'autre, -n'appercevant pas son incivilité, le poursuit et le recogne jusqu'à -luy faire demander quartier. - -Il est mal-séant aussi de faire de certaines grimaces d'habitude, -comme de rouler la langue dans la bouche, de se mordre les lèvres, de -se relever la moustache, de s'arracher le poil, de cligner les yeux, -de se frotter les mains de joye, de se faire craquer les doigts en se -les tirant l'un après l'autre, de se grater, de hausser les épaules, -etc. Il ne faut pas avoir non plus une contenance toute d'une pièce, -fière, arrogante et dédaigneuse. - -Il est de même très mal-séant, quand on rit, de faire de grands éclats -de rire, et encore plus de rire de tout et sans sujet. - -Que si par hazard cette personne laissoit tomber quelque chose, il -faut en cette rencontre comme en toute autre, le ramasser promptement, -et ne pas souffrir qu'elle ramasse rien de ce qui nous seroit tombé, -mais il le faut ramasser vistement nous-même. - -Que si elle éternuoit, il ne faut pas luy dire tout haut _Dieu vous -assiste_; mais il faut seulement se découvrir, et faire une profonde -révérence, faisant ce souhait intérieurement. - -Et si la nécessité nous oblige nous-même d'éternuer, il faut tâcher de -le faire doucement, et non comme certaines gens qui en ébranlent la -maison par les fondemens: ce qui est très-importun aux personnes qui -nous entendent. - -S'il arrivoit qu'elle se mist en peine d'appeler quelqu'un qui ne fust -pas proche d'elle, il faut sortir pour l'aller appeller soy-même: ce -qu'il ne faut pas faire tout haut sur le degré ou par la fenestre, -mais envoyer quelqu'un le chercher où il sera pour le faire venir: -autrement c'est pécher contre le respect[290]. - -Une autre incivilité fort mal-plaisante est de ceux qui ne croyent pas -qu'on les entende s'ils ne parlent bouche à bouche, crachant au nez -des gens, et les infectant bien souvent de leur haleine. Les personnes -qui ont de la civilité en usent autrement, et si elles ont quelque -rapport à faire ou quelque chose de secret à dire à quelque personne -qualifiée, elles luy parlent à l'oreille. - -Au reste, il faut avoir grand soin de ne pas faire sa visite trop -longue; mais observer, en cas que la personne qualifiée ne vous -congédiast point elle-même, de prendre le temps pour sortir lors -qu'elle demeure dans le silence, lors qu'elle appelle quelqu'un, ou -lors qu'elle donne quelque autre indice qu'elle a affaire ailleurs. Et -alors il faut se retirer sans grand appareil, et même sans rien dire -s'il arrivoit quelque tiers qui prist votre place, ou si la personne -s'appliquoit à autre chose. Que si votre retraite est apperceuë, et -que ce grand Seigneur voulust vous faire quelque civilité au sortir -de sa chambre, il ne faut pas l'en empêcher, parce que ce ne seroit -pas paroistre assez persuadé qu'il sçait ce qu'il fait, et que souvent -il arriveroit que nous nous défendrions d'une chose que l'on ne fait -pas à notre sujet. On peut bien seulement témoigner par quelque -petite action, qu'en cas que cet honneur s'adressast à nous, nous -ne nous l'attribuons pas, et cela se fait en poursuivant son chemin -sans regarder derrière soy, ou même en se tournant ou en s'arrestant, -comme pour le laisser passer, et montrer par là que l'on croit qu'il a -affaire autre part. - -Que si on ne peut éviter que la civilité ne se manifeste, et que cette -personne sorte de sa chambre, il faut s'arrester tout court, se tirer -à costé, et ne point sortir de cette place qu'après qu'elle sera -rentrée dans sa chambre. - -De même, si par rencontre cette personne avoit à aller quelque part -et que nous nous trouvassions devant, il faut se tirer à costé, -s'arrester tout court, la saluer, et la laisser passer. - -Et même, si c'estoit le Roy, la Reine, Monseigneur le Dauphin, -Monseigneur le Duc d'Orléans, et autres Enfans de France qui dûssent -passer, il faut s'arrester d'aussi loin que l'on entend le bruit, pour -les laisser passer, soit que l'on fust à pied ou à cheval, en chaise -ou en carrosse. - -Que si la personne qualifiée nous menoit à une fenestre, ou que même -il y eust quelque spectacle à voir de là, il ne faut point prendre -place, ni s'approcher de cette fenestre, qui nous seroit commune avec -elle, pour regarder. Il ne faut pas non plus cracher par la fenestre, -ni en cette rencontre-là, ni en aucune autre. - -Que si la personne qualifiée nous reconduisoit jusqu'à la porte de -la ruë, il ne faut point monter, ni à cheval, ni en chaise, ni en -carrosse en sa présence, mais la prier de rentrer dans sa maison avant -que d'y monter. Que si elle s'obstinoit, il faut s'en aller à pied -et laisser suivre le carrosse, etc., jusqu'à ce que cette personne ne -paroisse plus. - -Que si en présence de cette personne qualifiée, il en arrivoit une -autre qui fust notre supérieure, mais inférieure à l'autre, il ne faut -pas quitter la personne qualifiée à qui nous faisons la cour, pour -aller au nouveau venu, mais il faut faire simplement quelque signe de -civilité muette. Que si ce dernier estoit supérieur à la personne à -qui nous rendons visite, alors il faut que comme celle-cy se rangera -vray-semblablement à son devoir, nous nous y rangions de même, et que -nous quittions le premier pour honorer le dernier. - -Que si avec cela la personne qualifiée parloit à une autre, il ne -faut pas se servir de ce temps-là pour faire conversation à part avec -quelqu'un qui seroit près de nous: cette familiarité est mal-séante. -Outre que si on parle bas, cela est suspect et défendu, et si on parle -haut, ce bruit l'interrompt et l'importune. - -Que si on est obligé d'accompagner cette personne supérieure dans sa -maison, ou même en la nôtre, il faut, s'il y a lieu de cela, passer -devant, pour ouvrir les portes et pour relever les tapisseries s'il -y en a à relever. Même si c'est un homme qui ait de mauvaises jambes -et qui marche avec peine, il est de la civilité de luy donner la main -pour l'aider à marcher. - -_Pour marcher avec un Grand et pour le salut._—Que si nous sommes -obligez d'aller dans les ruës à costé de personnes qualifiées, il -faut leur laisser le haut du pavé, et observer de ne pas se tenir -directement coste à coste, mais un peu sur le derrière, si ce n'est -quand elles nous parlent et qu'il faut répondre, et alors il faut -avoir la teste nuë. - -Sur quoy il est bon d'avertir ceux qui ont droit de souffrir -qu'on leur cède toujours le haut du pavé[291], d'avoir un peu de -considération pour ceux qui leur rendent cet honneur, et de se -dispenser le plus qu'ils peuvent de passer et de repasser le ruisseau, -pour ne pas les incommoder en les obligeant de faire une espèce de -manége autour d'eux pour leur laisser le lieu d'honneur. - -Que si quand nous sommes dans la ruë avec une personne qualifiée, -il passoit ou s'il se rencontroit quelqu'un de connoissance, ou un -laquais de quelque amy, il faut bien se garder de les appeler tout -haut: _Holà, hé? Comment se porte ton maistre? Mes baise-mains à -Madame_, etc. Il n'y a rien de si mal poli, aussi-bien que de quitter -la compagnie de cette personne pour aller à eux. Mais si on a affaire -à ces personnes-là, et que l'on ne soit pas engagé à l'entretien de la -personne qualifiée, on peut faire signe secrètement, et leur dire à -l'écart et promptement ce qu'on a à leur dire, ou les saluer de loin -simplement, sans que la personne qualifiée l'apperçoive trop. - -De même, c'est une grande incivilité, rencontrant dans les ruës une -personne avec qui on n'est pas familier, de luy demander où elle va ou -d'où elle vient. - -Que si on se promène avec cette personne supérieure dans une chambre -ou dans une allée, il faut observer de se mettre toujours au-dessous. -Dans une chambre, la place où est le lit marque le dessus, si la -disposition de la chambre le permet, sinon il faut se régler sur la -porte. - -Que si c'est dans un jardin, il faut se mettre à main gauche de la -personne, et avoir soin sans affectation de regagner cette place à -tous les tournans. - -Que si on est trois à se promener, le milieu est le lieu d'honneur -et, partant, celuy de la personne qualifiée; la droite est le second, -et la gauche est le troisième. De là vient que le haut bout dans un -jardin, et ailleurs où l'usage n'a rien déterminé, est la droite de la -personne qualifiée. - -Que si, par exemple, deux grands Seigneurs faisoient mettre un -inférieur au milieu d'eux pour pouvoir mieux écouter quelque récit -qu'il auroit à leur faire, il faut à chaque retour d'allée que -l'inférieur se tourne du costé du plus qualifié de ces Seigneurs. Que -s'ils sont tous deux égaux, il faut qu'il se tourne à un bout d'allée -du costé de l'un, et à l'autre bout du costé de l'autre; observant de -quitter luy-même le milieu quand il aura achevé son récit. - -Que si la personne qualifiée garde sa place, qui est le milieu, et que -les deux autres personnes qui sont à ses costez soient d'une assez -égale condition, il sera de son honnesteté de se tourner à chaque -retour d'allée tantost vers l'un et tantost vers l'autre. - -En général, quand on se promène deux à deux, il faut observer qu'au -bout de chaque longueur de promenade, on doit tourner en dedans du -costé de la personne avec laquelle on se promène, et non en dehors, de -peur de luy tourner le dos. - -Que si on se promène trois ensemble, et que l'on soit égaux, on peut -se quitter le milieu alternativement à chaque retour d'allée, celuy -qui estoit au milieu se reculant à costé pour laisser entrer au milieu -un de ceux qui estoient à costé. - -Que si la personne qualifiée s'asseoit pour se reposer, il ne -faudroit point s'asseoir près d'elle qu'elle ne nous y conviast, et -en ce cas-là on doit prendre le bas bout, c'est-à-dire sa gauche, en -laissant un espace raisonnable entre deux. Mais si nous nous trouvions -avec d'autres gens, ce seroit une grande incivilité de se promener en -la présence et à la veuë de la personne qualifiée pour laquelle on -doit avoir du respect; comme aussi de se tenir assis devant elle si -elle se promenoit. - -De même, c'est une grande incivilité, quand on est dans le jardin -d'une personne que l'on doit respecter, d'y cueillir ou des fruits, ou -des fleurs, ou autre chose. Si on en présente, on peut les accepter, -sinon il ne faut toucher à rien que des yeux. - -Que si on rencontre dans les ruës teste à teste une personne de -qualité, il faut prendre le bas où est le ruisseau. S'il n'y a point -de haut ni de bas dans un chemin, il faut se poster en sorte que nous -passions sous sa main gauche pour luy laisser la main droite libre. Et -cela se doit aussi observer dans la rencontre des carrosses. - -Que s'il s'agit de la saluer comme venant de la campagne, il faut le -faire en se courbant humblement, ostant son gand et portant la main -jusqu'à terre. Mais sur tout il faut faire ce salut sans précipitation -ni embarras, ne se relevant que doucement, de peur que la personne que -l'on saluë venant aussi à s'incliner, et peut-estre par honnesteté à -embrasser celuy qui la saluë, on ne luy donne quelque coup de teste. - -Que si c'est une Dame de haute qualité, il faut par respect ne la pas -baiser, si elle-même par honnesteté ne tend la jouë, et alors même il -faut seulement faire semblant de la baiser, et approcher le visage -de ses coëffes. Et de quelque façon qu'on la saluë, soit qu'on la -baise ou non, il faut que toutes les révérences se fassent avec de -très-profondes inclinations de corps. - -Que si, en la compagnie de cette Dame, il s'en rencontre quelques -autres qui soient d'égale condition ou indépendantes d'elle, alors -il les faut saluer de même. Que si elles luy sont inférieures ou -dépendantes, c'est une incivilité de les saluer, parce que c'est faire -quelque injure à leur supérieure que de les traiter de leur égale. - - * * * * * - -VI - -EXTRAIT DE _La civilité puérile et honneste, dressée par un -missionnaire_[292]. - -[1749] - - -_La manière de saluer en se rencontrant._—Si dans le chemin vous -rencontrez une personne qui vous semble de mérite, ou par son âge -ou par sa qualité, vous la saluerez honnestement, sans beaucoup -vous retourner vers elle, si ce n'est que vous la connoissiez -particulièrement. - -Il ne faut pas qu'un jeune enfant fasse de difficulté de saluer les -personnes qu'il rencontre, particulièrement si ces rencontres ne sont -pas fréquentes, parce qu'il y a de l'honneur à honorer les autres. - -La coutume de Paris est de ne saluer que ceux que l'on connoist, à -cause du luxe et de la braverie[293] qui règne dans cette ville, où -la qualité des personnes est méconnoissable. Il ne faut pas néanmoins -refuser ce devoir aux ecclésiastiques et aux religieux. - -Si une personne vous salue et vous arreste dans le chemin, il faut lui -rendre au moins autant qu'il vous donne, pourveu qu'il ne vous soit -pas tout à fait inférieur. Il ne faut pas dire à toutes personnes: -_Comment vous portez-vous?_ mais seulement à ceux qui vous sont à peu -près semblables, et que vous connoissez particulièrement. - -Dans la rencontre d'une personne d'honneur ou qui vous est semblable, -donnez-lui le haut bout, et vous retirez tant soit peu au milieu de la -rue pour lui faire honneur[294]. - -Il est de mauvaise grâce de dire à une personne _Couvrez-vous, -monsieur_, si ce n'est qu'il soit inférieur. A vos semblables, vous -pouvez dire _Couvrons-nous_. - -Si vous avez besoin de vous couvrir en présence d'une personne à qui -vous voulez faire de la civilité, vous pouvez lui dire: _Monsieur, -j'attends votre ordre pour me couvrir._ - -Si on vous dit de vous couvrir, il le faut faire incontinent, sans -attendre qu'on vous l'ait dit trois fois; et si la personne qui vous -parle est aussi découverte, ne vous couvrez pas le premier, mais -faites-le ensemble. - -_Du port ou du maintien extérieur._—Il ne faut point baisser le dos -comme si vous aviez un gros fardeau sur les épaules; mais tenez-vous -toujours droit, et accoutumez-vous à cette posture. - -Ne mettez pas votre chapeau sur l'oreille, ni trop sur le devant de la -teste comme si vous vouliez cacher votre visage; voyez comme font les -honnestes gens. - -Portez votre manteau sur les deux épaules, et non pas retroussé sous -le bras; il est encore plus ridicule de le porter sur le coude. - -Ne mettez pas les bras aux costés, comme ces femmes qui sont en colère -et qui disent des injures à leurs voisines. - -Il est incivil de branler les jambes quand on est assis, comme font -les petits enfans qui ne peuvent s'en empescher. - -Il ne faut pas aussi mettre une jambe sur l'autre: cela n'appartient -qu'aux grands Seigneurs et aux Maistres; mais tenez-les fermes et -arrestées, les pieds également joints et non croisés l'un sur l'autre. - -_La manière de donner ou de recevoir quelque chose._—Si vous -présentez quelque chose à quelqu'un, il faut baiser la chose si cela -se peut; et la lui ayant présentée, il faut faire la révérence. - -Si on vous présente quelque chose, telle qu'elle puisse estre, il faut -baiser la main avant que de la recevoir, et puis baiser la chose que -vous avez reçue. Il ne faut pas néanmoins mettre la main ou la chose -si près de la bouche: il suffit de faire semblant de la baiser. - -Quand vous présentez quelque chose à quelqu'un, il la faut tellement -tenir qu'il la puisse prendre facilement par où elle doit estre prise. -Ainsi, lorsque vous présentez un couteau ou une cuillière, il faut -tourner le manche vers celui qui doit la recevoir. - -C'est contre la bienséance de faire des éloges du présent que vous -faites, comme si vous vouliez que l'on eût plus de reconnoissance. -Que si d'autres le louoient, il faut répondre que vous souhaiteriez -qu'il fust plus beau et plus digne du mérite de celui à qui vous le -présentez. - -Il est de la civilité, au contraire, de témoigner de l'estime du -présent que l'on vous fait, et de ne le point cacher incontinent. - -C'est une très-grande faute d'y trouver à redire, particulièrement -devant celui qui vous l'a fait, parce qu'il ne faut jamais faire honte -à personne. - -_La manière de se moucher, cracher et éternuer sans manquer à -la civilité._—Bien que toutes les actions soient naturelles et -quelquefois nécessaires, il y a néanmoins la manière de les faire pour -ne point pécher contre les règles de la civilité. - -Quand vous avez besoin de cracher, tournez-vous tant soit peu le -visage à costé, en sorte que vous n'incommodiez personne. Mettez -incontinent le pied dessus, avant qu'il puisse estre apperçu, si le -phlegme est considérable. - -Il est de mauvaise grâce de cracher par la fenestre dans la rue, ou -sur le feu, et en tout autre lieu où on ne pourroit marcher sur le -crachat. - -Ne crachez point si loin qu'il faille aller chercher le crachat pour -mettre le pied dessus, et encore moins ne crachez point vis-à-vis de -personne. - -Gardez-vous bien de vous moucher avec les doigts ou sur la manche, -comme les enfans; mais servez-vous de votre mouchoir, et ne regardez -pas dedans après vous estre mouché. - -Il ne faut pas aussi faire un grand bruit en se mouchant, comme pour -sonner de la trompette. Mais on doit se comporter tellement qu'à peine -ceux qui sont présens puissent s'en appercevoir. - -Si vous vous sentez disposé à éternuer, tournez-vous tant soit peu -de costé, couvrez votre visage avec le mouchoir, et remerciez la -compagnie qui vous aura salué, en lui faisant la révérence. - -Il faut s'abstenir de bâiller en compagnie autant que l'on peut, parce -que c'est une marque d'une personne ennuyée. Que si néanmoins on y -étoit contraint, il faudroit s'abstenir de parler pour lors, mettre le -mouchoir ou la main devant la bouche, après avoir tourné la teste. - -_Comme l'enfant doit se comporter auprès du feu._—Apprenez à vous -comporter auprès du feu comme en toute autre rencontre, et que -l'honnesteté veut que l'on cède toujours la place la plus honorable -et la plus commode aux personnes de plus grand mérite. - -La place d'honneur est celle du milieu, quoique à présent, dans les -familles, celle du coin qui regarde la porte soit celle d'ordinaire -que le maistre choisit pour voir ceux qui entrent et qui sortent; mais -ce doit estre une place de son choix, non pas qu'elle puisse estre -honnestement présentée à un honneste homme. - -Ne vous approchez pas si près du feu, crainte de vous brûler les -jambes; et encore moins ne mettez pas les mains dans la flamme. - -Toucher au feu sans cesse, pour approcher les tisons les uns des -autres ou pour changer la disposition du feu, c'est la marque d'un -esprit turbulent et qui ne peut se tenir en repos. - -En présence d'honneste compagnie, vous ne devez pas tourner le dos -au feu; et si quelqu'un se donnoit cette liberté à cause de sa -prééminence, il ne faudroit pas l'imiter en cela. - -La charité, aussi bien que la civilité, veut que l'on fasse place à -ceux qui viennent de nouveau, et que l'on s'incommode un peu en faveur -de ceux qui ont plus besoin de se chauffer. - -Si quelqu'un jette quelque chose dans le feu, comme lettres, papiers, -ou autres choses semblables, il est de très-mauvaise grâce de les -retirer pour quelque raison que ce puisse estre. - - * * * * * - -VII - -EXTRAIT DES _Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne_. - -Par DE LA SALLE[295]. - -[Édition de 1782] - - -_De la tête._—Gratter sa tête lorsqu'on est en compagnie, cela est -d'une très-grande indécence, et indigne d'une personne bien née. C'est -aussi l'effet d'une grande négligence et malpropreté, car cela vient -ordinairement de ce qu'on n'a pas assez de soin de se bien peigner -et de se tenir la tête nette. C'est à quoi doit prendre garde une -personne qui n'a point de perruque de ne laisser ni ordure, ni crasse -sur sa tête, car il n'y a que des personnes mal élevées qui tombent -dans cette négligence. - -La modestie et l'honnêteté demandent qu'on ne laisse pas amasser -beaucoup d'ordure dans ses oreilles; ainsi il faut de temps en temps -les nettoyer avec un instrument fait exprès, qu'on nomme pour ce sujet -_cure-oreille_. Il est d'usage à présent que les oreilles ne soient -pas entièrement couvertes de cheveux; c'est pourquoi il faut avoir -grand soin de les tenir fort nettes. - -Il n'y a qu'une nécessité indispensable qui puisse obliger un homme à -pendre des anneaux à ses oreilles. C'est une marque d'esclavage qui -l'avilit, et qui ne peut convenir qu'aux femmes qui, selon la loi de -Dieu, doivent être assujetties à leurs maris, et à qui la vanité fait -croire que c'est un ornement d'avoir des pendants d'oreilles. - -Le plus bel ornement des oreilles d'un chrétien est qu'elles soient -bien disposées et toujours prêtes à écouter avec attention et à -recevoir avec soumission les instructions qui regardent la religion... - -Quoiqu'il ne faille pas facilement mettre de la poudre sur ses -cheveux, et que cela ressent un homme efféminé, on doit cependant -prendre garde de ne les pas avoir gras. C'est pourquoi, lorsqu'ils le -deviennent, on peut les dégraisser avec du son, ou mettre de la poudre -dans le peigne pour les rendre secs et leur ôter leur humidité, qui -pourroit gâter le linge et les habits. - -On ne doit jamais sortir du logis qu'après avoir peigné et arrangé -proprement ses cheveux. On y peut mettre de la pommade et de la poudre -en très-petite quantité. - -Il est de la modestie et de l'honnêteté de ne pas toucher ses cheveux -sans nécessité. C'est pourquoi il n'y faut mettre que très-peu de -poudre, parce que la trop grande quantité engendre de la vermine, -qui engage quelquefois les jeunes gens à imiter certaines dames qui -frappent la tête avec le doigt dans les endroits où cette vermine se -fait sentir. - -Il est de la propreté de se nettoyer tous les matins le visage avec un -linge blanc pour le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de -l'eau, car cela rend le visage plus susceptible du froid en hiver et -du hâle en été. - -C'est une chose très-messéante de mettre des mouches sur son visage, -et de le farder en y mettant du blanc ou du vermillon. Cette vanité -prouve que ceux qui en usent ainsi n'ont pas de beauté naturelle. - -Il n'est pas à propos de se couper les sourcils fort courts: ce seroit -s'exposer à s'attirer quelque fluxion sur les yeux. - -Un homme sage ne doit jamais lever la main pour donner sur la joue -à quelqu'un. La bienséance et l'honnêteté ne le permettent pas, à -l'égard même d'un domestique. - -Il est de la bienséance de tenir le nez fort net; car il est l'honneur -et la beauté du visage, et la partie de nous-même la plus apparente. - -Il est vilain de se moucher avec la main nue en la passant dessous le -nez, ou de se moucher sur sa manche ou sur ses habits. - -C'est une pratique assez en usage de prendre du tabac en poudre. Il -est cependant beaucoup mieux de ne le pas faire, particulièrement -lorsqu'on est en compagnie, et il ne faut jamais le faire lorsqu'on -est avec des personnes à qui on doit du respect. Mais il est -très-indécent d'en mâcher, et de s'en mettre des feuilles dans le nez. -Il ne l'est pas moins de le prendre en pipe, surtout en présence des -femmes. - -Si une personne de haute qualité prend du tabac devant ceux qui sont -avec elle, et qu'elle leur en présente, le respect qu'ils lui doivent -les empêche de le refuser, ou du moins faire semblant. Mais de toute -autre personne on peut le refuser, en la remerciant honnêtement. - -Lorsqu'on prend du tabac en compagnie, il faut que cela soit rare, et -qu'on n'ait pas toujours une tabatière ou un mouchoir entre les mains -et les doigts pleins de tabac. On doit aussi prendre garde qu'il n'en -tombe pas sur le linge ni sur les habits, car il est malhonnête qu'on -y en apperçoive; et afin que cela n'arrive pas, il en faut prendre peu -à la fois. - -Il faut bien prendre garde de ne pas se servir de ses ongles, de -ses doigts ou d'un couteau pour nettoyer ses dents. Il est de la -bienséance de le faire avec un instrument fait exprès, qu'on nomme -_cure-dent_, ou avec un bout de plume taillée à propos pour le faire, -ou avec un gros linge. - -C'est une incivilité très-grande de se prendre une dent avec l'ongle -du pouce pour exprimer un dédain ou un mépris de quelque personne ou -de quelque chose; et il est encore plus mal de dire en le faisant: _Je -m'en soucie non plus que de cela._ - -Il n'est pas moins incivil de mettre la langue ou la lèvre d'en bas -sur la lèvre d'en haut pour en tirer de l'eau qui seroit tombée du -nez, et de la rapporter ensuite dans la bouche. - -_Du chapeau et de la manière de s'en servir._—Le chapeau sert à -l'homme pour orner sa tête, aussi bien que pour la garantir de -plusieurs incommodités. Le porter sur son oreille, ou sur le derrière -de la tête, ou le mettre trop fort sur le devant, comme si on vouloit -cacher son visage, sont toutes manières ridicules et indécentes. - -Lorsqu'on salue quelqu'un, il faut prendre son chapeau avec la main -droite et l'ôter entièrement de dessus sa tête, et d'une manière qui -soit honnête, en portant le bras jusqu'en bas et en tenant le chapeau -par le bord, et le côté qui doit couvrir la tête tourné vers la -cuisse, sans la toucher. - -Si on ôte son chapeau dans les rues, ou en passant devant quelque -personne pour la saluer, on doit le faire un peu avant que d'être -auprès d'elle, et ne pas se recouvrir qu'on ne soit un peu éloigné de -cette personne. - -Et si on salue quelqu'un en l'abordant, il faut ôter son chapeau cinq -ou six pas avant que d'en approcher. - -Lorsqu'on entre dans une place où il y a une personne de qualité ou -à qui on doit beaucoup de respect, il faut toujours ôter son chapeau -avant que d'entrer dans cette place. Si ceux qui sont dans la place -sont debout et découverts, on est obligé de se tenir dans la même -posture. Après avoir ôté son chapeau avec bien de l'honnêteté, il faut -tourner le dedans vers soi, et le mettre sur le bras gauche ou devant -soi sur l'estomac du côté gauche. - -Lorsqu'étant assis, on est obligé d'avoir le chapeau bas, il est de la -bienséance de le tenir sur ses genoux, le dessus tourné vers soi. - -C'est une grande incivilité, lorsqu'on parle à quelqu'un, de tourner -son chapeau, de gratter dessus avec les doigts, de battre le tambour -dessus, de toucher la laisse ou le cordon, de regarder dedans ou tout -autour, de le mettre devant son visage ou sur sa bouche. - -Les occasions dans lesquelles il faut se découvrir et ôter son -chapeau, sont: - -1º Lorsqu'on se trouve dans un lieu où il y a des personnes -considérables; - -2º Quand on salue quelqu'un; - -3º Quand on donne ou qu'on reçoit quelque chose; - -4º En se mettant à table; - -5º Quand on entend prononcer le saint nom de Jésus et de Marie[296]; -excepté lorsqu'on est à table, car il faut seulement baisser la tête; - -6º Lorsqu'on est devant des personnes à qui on doit beaucoup de -respect; comme lorsqu'on est avec des ecclésiastiques, des magistrats, -et d'autres personnes considérables. A l'égard de ces personnes, on -doit se découvrir d'abord, mais il n'est pas nécessaire de se tenir -découvert, à moins que l'on ne leur soit beaucoup inférieur. - -On doit aussi se découvrir devant toutes les personnes qui sont -supérieures, et ne pas se recouvrir que par leur ordre. Et aussitôt -qu'elles le disent, il faut se recouvrir sans différer, parce que -c'est un ordre; mais, après s'être couvert, il ne faut plus se -découvrir qu'en les quittant. - -Il est contre la bienséance de se découvrir lorsqu'on est à table, -à moins qu'il ne survienne quelque personne qui mérite beaucoup -d'honneur. - -S'il y a à table quelque personne de haute qualité qui soit sans -chapeau pour sa commodité, il ne la faut pas imiter, cela serait trop -familier, mais on doit toujours demeurer couvert. - -Lorsque quelqu'un parle le chapeau bas, il faut toujours ordinairement -le faire couvrir si on lui est supérieur; et on peut alors lui dire: -_Couvrez-vous, monsieur._ Cette manière de parler n'est cependant -permise qu'à l'égard des personnes qui sont beaucoup au-dessous de soi. - -Faire couvrir quelqu'un qui est au-dessus de soi, c'est une grande -incivilité. Cela se peut bien faire à l'égard des personnes avec qui -on est familier et qui sont d'égale condition; mais il ne faut pas que -ce soit par manière de commandement, ni qu'on se serve de paroles qui -en expriment aucun. On doit le faire, ou seulement par signe et se -couvrir en même temps, ou par quelque circonlocution, en disant par -exemple: _Vous pouvez, monsieur, être incommodé d'être découvert_; ou -en se servant de paroles familières, comme de celles-ci: _Sans doute, -monsieur, que vous restez découvert pour votre commodité._ - -_De la manière dont on doit saluer les personnes qu'on visite ou qu'on -rencontre._—La première chose qu'on doit faire en entrant dans la -chambre d'une personne qu'on visite est de la saluer et de lui faire -la révérence. - -On peut saluer quelqu'un de trois manières différentes. - -Il y a une manière de saluer qui est fort ordinaire, qui se fait: - -Premièrement, en se découvrant de la main droite en portant le chapeau -jusqu'en bas, étendant tout à fait le bras jusque sur la cuisse droite -et laissant la main gauche dans sa liberté. - -Secondement, en regardant doucement et honnêtement la personne qu'on -salue. - -Troisièmement, baissant la vue et inclinant le corps. - -Quatrièmement, en tirant le pied. Si on veut avancer, il faut couler -le pied droit en avant. Si on veut reculer, en tirant le pied gauche -en arrière. Si l'on passe à côté, en glissant le pied en avant du -côté de la personne qu'on veut saluer, et en se courbant et saluant -la personne quelques pas avant que d'être vis-à-vis d'elle. Si on -salue une compagnie tout entière, on doit couler le pied en avant pour -saluer la personne la plus considérable, et tirer le pied gauche en -arrière pour saluer de côté et d'autre toute la compagnie. - -La seconde manière de saluer est de saluer dans la conversation, c'est -ce qu'on nomme ordinairement une honnêteté. Cela se fait simplement en -se découvrant, en se courbant tant soit peu, et en glissant le pied en -avant d'une manière imperceptible. - -La troisième manière de saluer, qui est extraordinaire, se fait quand -quelqu'un vient du dehors, ou lorsqu'on prend congé de quelqu'un avant -son départ pour un voyage. Cette manière de saluer se fait comme la -première; mais il faut ôter son gant de là main droite, se courber -humblement, et après avoir porté la main presque à terre, la rapporter -ensuite doucement vers sa bouche, comme pour la baiser. - -Une autre manière extraordinaire de saluer est d'embrasser la personne -qu'on aborde. Ce qui se fait en portant la main droite dessus l'épaule -et la gauche dessous, et en se présentant l'un à l'autre la joue -gauche, sans se la toucher ni la baiser. - -Le baiser est encore une autre manière de saluer, qui ne se fait -ordinairement que par des personnes qui ont quelque union entre elles -et quelque amitié particulière. - -Dans Paris, on ne salue ordinairement que les personnes qu'on connoît -ou qui sont d'une qualité éminente et beaucoup élevée au-dessus du -commun, comme sont les princes et les évêques. - -Lorsque dans la rue on rencontre tête à tête quelque personne -de qualité, il est à propos de se détourner un peu et de passer -au-dessous d'elle, en se retirant du côté du ruisseau. - -S'il n'y a point de haut ni de bas, mais un chemin uni, il faut passer -à gauche de la personne qu'on rencontre et lui laisser la main droite -libre. Et quand elle passe, il faut s'arrêter et la saluer avec -respect, et même avec un profond respect si sa qualité le demande. - -Lorsqu'étant en carrosse, on se rencontre en un lieu par où passe -le Saint-Sacrement, on en doit descendre et se mettre à genoux. Si -c'est une procession ou un enterrement, ou bien le Roi, la Reine, -les Princes les plus proches du sang Royal, ou des personnes d'un -caractère ou d'une dignité éminente, il est du devoir et du respect de -faire arrêter le carrosse jusqu'à ce qu'elles soient passées, et avoir -la tête nue. - -Il n'est pas de la bienséance de monter en carrosse ou à cheval devant -une personne pour qui on doit avoir quelque considération, à moins -qu'elle n'en fasse un commandement; et alors il faut éloigner un peu -le carrosse ou le cheval, ou bien on peut faire avancer le carrosse ou -le cheval jusqu'à ce qu'on ne la voie plus, et y monter ensuite. - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE - - - Abbé (perruque d'), 67, 70, 71. - - Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés (rue de l'), 10. - - Académie de coiffure, 134, 154. - - Accommodage (l'), 103, 104, 139. - - Achemeresses, 129. - - Adorable (perruque à l'), 68. - - Aiguière, 19. - - Aile de pigeon (perruque à l'), 68. - - Albon (comte d'), 90. - - Albret (Honoré d'), 53. - - Alegiani (J. B.), 9. - - Allemands, 177. - - Almanach Dauphin, 141. - - Almaviva (coiffure à l'), 149. - - Amidon, 103. - - Amidonniers, 100. - - Amman (J.), 22. - - Anciens (maîtres), 106, 107, 108. - - Angerville (d'), 132. - - Anglaise (coiffure à l'), 145. - - Angleterre (cheveux d'), 66. - - Anne d'Autriche, 37. - - Antiquité (perruque à l'), 69. - - Apothicaires, 70. - - Apprentissage, 108 à 111. - - Arche-Marion (rue de l'), 10. - - Argentine, _poudre_, 98. - - Argonne (Bonav. d'), 74. - - Armide (coiffure à l'), 149. - - Arnauld d'Andilly, 57. - - Asiatique (pouf à l'), 147. - - Assyrienne (pouf à l'), 147. - - Atourneresses, 129. - - Aubigné (A. d'), 29, 97. - - Aucunement (sens du mot), 165. - - Audis, _coiffeur_, 141. - - Aussel-d'Argenteuil (rue), 12. - - Autier (Léonard), 158, 159. - - Aventure (perruque à l'), 69. - - - Bachaumont (_Mémoires_ dits de), 124, 133, 138, 141, 146, 157. - - Baigneuse (coiffure en), 145. - - Baignoires, 16, 19, 119, 120, 124. - - Bâiller (manière de), 43, 176, 184, 197. - - Bain (fond de), 19. - - Bains chauds, 3, 4, 9, 11 et s., 114 et s., 116 et s., 122, 127 à - 129.—Voy. _Étuves_. - - Bains chinois, 124. - - Bains de lait, 120. - - Bains de vapeur, 14, 114 et s., 128. - - Bains épilatoires, 116, 128. - - Bains froids, 114, 121 et s. - - Bains russes, 128. - - Baiseuse (la), _mouche_, 96. - - Balzac (G. de), 57. - - Bandeau d'amour, _coiffure_, 142, 145. - - Bandelettes (pouf à), 147. - - Baquets, 16, 19, 25. - - Barbe, 44 et s., 113. - - Barbiers-barbants, 2, 32, 35, 36, 64 et s., 100, 105 et s., 129, 138 - et s., 154.—Voy. _Coiffeurs_. - - Barbiers-chirurgiens, 1, 2, 22, 25, 32, 35, 108, 111, 112, 129. - - Barbiers du Roi, 63, 118. - - Barillerie (rue de la), 10. - - Baron (Michel), 117. - - Bassins à laver, 19, 20. - - Beaubourg (rue), 11. - - Beaumarchais, 148. - - Beaumont (perruque à la), 69. - - Bellechasse (rue de), 128. - - Bellegarde (abbé de), 79, 145. - - Bellemare (marquis de), 133. - - Belle-Poule (coiffure à la), 148. - - Bellièvre (président de), 58. - - Belmont (de), 77. - - Bénédictins, 3 à 6. - - Benserade, 58. - - Bérénice, 139. - - Bertin (mad.), 158. - - Bérulle (cardinal de), 56. - - Bibliothèque du Roi, 58. - - Bibliothèque nationale, 36, 107, 145. - - Bichonne, _perruque_, 67. - - Bignon (J.), 57. - - Bigotère, 53, 54. - - Binet, _perruquier du roi_, 62, 63. - - Birat, 77. - - Blanc, _fard_, 201. - - Blegny (Nic. de).—Voy. _Livre commode_. - - Boileau (Étienne), 12. - - Boileau (Nic.), 86. - - Bois à brûler, 14. - - Boiteau (Paul), 103. - - Boîtes à mouches, 97. - - Bompar, 77. - - Bonaparte, 104. - - Bonne de Savoie, 21. - - Bonnet (perruque en), 70, 71. - - Bonnette, _perruque_, 67. - - Bons-Enfants (rue des), 132. - - Bosse (Abraham), 77. - - Bouche (propreté de la), 170, 179. - - Boufflers (maréchal de), 79. - - Boudin _de perruque_, 70, 71. - - Boullanger (André), 98. - - Bourdonnais (rue des), 10. - - Bourgeoise (coiffure à la), 142. - - Bourgogne (duc de), 79. - - Bourse (perruque à), 68, 70, 71. - - Boutiques, 22, 109, 111, 112, - 154 à 157. - - Brantôme, 60. - - Bras (tenue des), 167, 171, 172, 195. - - Breteuil (baron de), 78. - - Bretons, 181. - - Brienne (Louis de), 82. - - Brigadière (perruque à la), 67, 70, 71. - - Brisée (perruque), 70. - - Buchon (J.), 16. - - Bussy-Rabutin, 80. - - - Cabriolet, _perruque_, 68. - - Cadenettes, 49, 68. - - Cadet de la Perle, 50, 53. - - Cadot (Jacques), _menuisier_, 19. - - Caleçons, 114, 124. - - Callot (J.), 58. - - Calmet (dom), 4 à 6. - - Calviac (C.), 169. - - Campan (mad.), 120, 151, 158. - - Camus (Pierre), 57. - - Candeur (coiffure à la), 145. - - Canilliat, _coiffeuse_, 132. - - Caprice (coiffure au), 142. - - Caquets de l'accouchée, 121. - - Carrée (perruque), 68. - - Carrosses, 38, 41, 86, 90, 188, 192, 207, 208. - - Casque, 73. - - Catoblepes, 166. - - Catogan, 70. - - Cavalière, _perruque_, 68, 69. - - Cérès (coiffure à la), 142. - - Cerf-volant (coiffure au), 145. - - Cerisaie (rue de la), 116. - - Chaises à porteur, 38, 42. - - Chambrières, 129. - - Champagne, _coiffeur_, 120 à 131. - - Champcenetz, 119. - - Chancelière (perruque à la), 68. - - Chapeau (tenue du), 195, 202, 203. - - Chapeau de bras, 73. - - Chaperon, _coiffure_, 73, 74. - - Chapon (rue), 113. - - Charbon, 14. - - Charles V, 20, 48. - - Charlotte de Savoie, 20. - - Charmes de la liberté (coiffure aux), 145. - - Chartres (duchesse de), 147, 152. - - Chartres (N. D. de), 47. - - Chasse (perruque de), 68. - - Chasseur (perruque au), 69. - - Châteauroux (duchesse de), 132. - - Chat-qui-pêche (rue du), 11. - - Chaudronniers, 119. - - Chaussures (propreté des), 38, 41, 42, 164. - - Chefs-d'œuvre _des métiers_, 107, 111. - - Chemises, 4. - - Cheveux (commerce des), 59, 65, 66, 138. - - Chien couchant (coiffure au), 142. - - Chinois, 42. - - Chinoise (pouf à la), 147. - - Chirurgien du Roi, 105, 106, 108, 109. - - Chirurgiens, 1, 2.—Voy. _Barbiers_. - - Choiseul (duc de), 158. - - Choisy (perruque à la), 69. - - Christine _de Suède_, 37, 131. - - Chypre (poudre de), 98. - - Cimetière-Saint-Nicolas (rue du), 113. - - Circassienne moderne (coiffure à la), 145. - - Circonstance (perruque à la), 69. - - Cité (la), _à Paris_, 21. - - Civilité (caractères dits de), 169. - - Clément d'Alexandrie, 59. - - Cléopâtre (coiffure à la), 149. - - Cluni (règle de), 5, 6. - - Cochin, 154, 157. - - Coiffeurs, 104, 130 et s. - - Coiffeuses, 129 et s. - - Coiffures, 44 et s., 129 et s. - - Coins _de cheveux_, 61. - - Colbert (J. B.), 57, 65. - - Colisée (coiffure au), 149. - - Colombe (coiffure à la), 142. - - Combattant (perruque au), 69. - - Comète (perruque à la), 69. - - Compagnonnage, 110, 111. - - Compiègne, 37. - - Condé (prince de), 57. - - Conquérant, (perruque au), 69. - - Conquête assurée (coiffure à la), 142. - - Conseillère (coiffure à la), 142. - - Conti (quai), 122. - - Contredire (ne pas), 168. - - Coquette (la), _mouche_, 96. - - Coquillart (Guill.), 60. - - Coquille (moustache à), 53. - - Corbeil (N. D. de), 47. - - Corbeille (coiffure en), 145. - - Corne d'abondance (coiffure à la), 142. - - Corneille (Pierre), 56. - - Corrozet (Gilles), 86. - - Cosmétiques, 31, 100, 112, 116, 141.—Voy. _Fards_, etc. - - Coulange (marquis de), 121. - - Courtin (Ant. de), 42, 78, 80, 81, 82, 89, 91, 182. - - Courtisans, 32, 42, 55, 61. - - Couteliers, 107. - - Couvert du Roi, 78, 81. - - Cracher (manière de), 43, 164, 167, 169, 170, 177, 184, 197. - - Crête (pouf en), 147. - - Cretonniers, 100. - - Crochets (coiffure en), 142. - - Croisades, 9. - - Croissant (coiffure au), 145. - - Cuisse (embrasser la), 82, 85. - - Cure-dent, 170, 178, 202. - - Curieux (ne pas être), 169. - - Cuves à baigner, 19, 22, 25. - - Cuvettes, 19. - - - Dagé, _coiffeur_, 132. - - Dangeau (marquis de), 62, 118. - - Daphné (coiffure à la), 142. - - Dauvet (Jean), _premier président_, 20. - - Découvrir (se), 73 et s., 190, 194, 195, 204 et s.—Voy. _Saluer_. - - Delamarre (manuscrits), 36, 107. - - Demi-conquête, _coiffure_, 142. - - Demi-hérisson, _coiffure_, 142. - - Dents (propreté des), 42, 112, 164, 170, 178, 202. - - Dents (maux de), 92, 93. - - Descartes, 57. - - Deschamps (Eustache), 60. - - Desmares, _coiffeuse_, 141. - - Deux queues (perruque à), 68. - - Diane (coiffure à la), 142. - - Discrète (la), _mouche_, 96. - - Distinction (coiffure à la), 145. - - Doigts (faire craquer ses), 186. - - Domestiques, 68, 70, 121, 129. - - Donner (manière de), 196, 204. - - Douches, 128. - - Douët-d'Arcq, 19. - - Dragonne, _perruque_, 69. - - Droit (se tenir), 171, 180, 195. - - Ducange, 58. - - Ducerceau (plan de), 21. - - Dumesnil, 74. - - Du Puis (Laurent), 74. - - Duquesne (amiral), 58. - - Durand, _coiffeur_, 141. - - Durand (Guillaume), 163. - - Dutens (L.), 153. - - Du Vair (G.), 57. - - - Échelle (coiffure en), 145. - - École (quai de l'), 141. - - Économe (perruque à l'), 69. - - Écrans, 185. - - Édelinck, 53, 56. - - Effrontée (l'), _mouche_, 96. - - Éléphant (perruque à l'), 69. - - Embrasser (manière d'), 81, 85, 193, 206. - - _Encyclopédie méthodique_, 65, 71, 127. - - _Encyclopédie perruquière_, 68. - - Enfant (coiffure à l'), 157. - - Enfants d'Édouard (coiffure aux), 48. - - Enjouée (l'), _mouche_, 96. - - Enseigne du mal de dents, 93. - - Envieux (perruque a l'), 69. - - Épaules, 171, 179, 195. - - Épilation, 22, 116. - - Érasme (D.), 26, 28, 165, 169, 173. - - Espagnole (coiffure à l'), 145. - - Espagnole (perruque à l'), 68. - - Espagnols, 178. - - Espoir (coiffure à l'), 145. - - Éternument, 89, 175, 186, 197. - - Étuves, 9, 10 et s., 21 et s., 112 et s., 122.—Voy. _Bains_. - - Étuves (cul-de-sac des), 9 à 12. - - Étuves (rue des), 10 à 12. - - Étuveurs, 12 et s. - - Eurydice (coiffure à l'), 149. - - Expérience, 111. - - Èze (G. d'), 44. - - - Fabert (maréchal), 58. - - Faiseuse de mouches (la), 95, 96. - - Fards, 6, 31, 97, 98, 141, 201. - - Faret (Nicolas), 90. - - Favori (perruque au), 69. - - Félicité (perruque à la), 69. - - Ferraille (quai de la), 141. - - Feu (conduite à tenir près du), 184, 197, 198. - - Fil de fer (perruques de), 69. - - Financière (perruque à la), 68. - - Fitelieu, 81, 93. - - Flore (coiffure à la), 145. - - Forgeais (A.), 113. - - Fourchettes, 26. - - Fournereau (Jean), 100. - - Fournier (Éd.), 50, 78, 98. - - Françaises (gardes), 112. - - François Ier, 22, 48. - - Françoise (perruque à la), 69. - - Franqueville (de), 114. - - Frédérik, _coiffeur_, 141. - - Frégate (coiffure à la), 148. - - Frison, _coiffeur_, 132. - - Frivolité (coiffure à la), 142. - - Froissart, 16. - - Furon (Jean), 100. - - - Gabrielle de Vergy (coiffure à la), 149. - - Galante (la), _mouche_, 96. - - Galanterie (lois de la), 32, 38, 41, 53, 93. - - Gallonner, 47. - - Gamart, 85. - - Gantiers, 100. - - Gants, 80, 88, 184, 206. - - Gassendi (P.), 57. - - Gassion (maréchal de), 58. - - Gay (Victor), 14, 19. - - Gendarme (perruque à la), 69. - - Genlis (château de), 119. - - Genlis (mad. de), 85, 97, 99, 119, 133. - - Genoux (manière de tenir les), 172, 180, 184. - - Gentilly (perruque à la), 69. - - Geoffroi-des-Bains (rue), 10. - - Gestes, 185. - - Glaneuse (coiffure à la), 142. - - Globe fixé (pouf au), 147. - - Gloriette (cul-de-sac), 11. - - Godeau (Ant.), 57. - - Gomberville (de), 132. - - Gondole (coiffure en), 145. - - Gores, 123. - - Goutte, _maladie_, 115. - - Grævius (J. G.), 77. - - Grande prétention (coiffure à la), 149. - - Grande prêtresse (pouf à la), 147. - - Gratter (se), 164, 167, 171, 179, 184. - - Grattoir _pour la tête_, 153. - - Grecque (coiffure à la), 145. - - Grecque (perruque à la), 70. - - Grévin (musée), 119. - - Gueule de loup (pouf en), 147. - - Guignard, _baigneur_, 128. - - Guyon (Louis), 55, 92, 99. - - - Hamilton (Ant. d'), 91. - - Harcourt (Henri d'), 52, 53. - - Hardy (Claude), 173. - - Harlay (A. de), 57. - - Harlay (rue de), 22. - - Harpie (coiffure à la), 142. - - Hauterive de l'Aubespine (d'), 27. - - Haut rang (coiffure au), 142. - - Hennins, 47. - - Henri III, 97. - - Henri IV, 28, 29, 48, 82, 116. - - Henri IV (coiffure à la), 142. - - Hérisson (coiffure au), 142. - - Hérisson à crochet, 142. - - Hermaphrodites (île des), 54, 60, 98. - - _Héroard_ (_Journal d'_), 28, 74, 92. - - Hésecques (comte d'), 62. - - Hesselin (Denis), 21. - - Hochequeue, 167. - - Honnête homme, 90, 91. - - Honneur (place d'), 90, 183, 191, 194, 198.—Voy. _Pavé_. - - Horloge (quai de l'), 113, 122. - - Housse (aller en), 38, 341. - - Huchette (rue de la), 11. - - Hurluberlu, _coiffure_, 131. - - Hurlupée, _coiffure_, 131. - - Hurtaut (P.), 119. - - - Impatient (perruque à l'), 69. - - Inconstance (perruque à l'), 69. - - Indifférence (perruque à l'), 69. - - In-folio, _perruque_, 67. - - Ingénue (coiffure à l'), 142. - - Innocents (galerie des), 66. - - Interrompre (ne pas), 168. - - Iphigénie en Tauride (coiffure à l'), 148. - - Irène (coiffure à l'), 149. - - Irlandaise (coiffure à l'), 145. - - Irlande (bois d'), 22. - - Isabeau de Bavière, 19, 74. - - Italienne (perruque à l'), 69. - - Italiens, 181. - - - Jaillot, 10 à 12. - - Jalousie (perruque à la), 69. - - Jambes (manière de tenir les), 172, 180, 195. - - Janot (coiffure à la), 145. - - Jarretières _de perruque_, 70, 71. - - Jean II, 48. - - Jeannin (P.), 57. - - Jeunes (maîtres), 106, 107. - - Jèze, 122. - - Jordanis, _perruquier_, 62. - - _Journal du citoyen_, 123. - - Juifs, 11. - - Junon (coiffure à la), 148. - - Jurements, 168. - - Jurés, 15, 16, 105 à 108. - - - Labarte (J.), 20. - - Labre (Benoît), 9. - - La Fontaine (J. de), 58, 96. - - Laine (perruques de), 69. - - La Mésangère (de), 27. - - Lamoignon (président), 57. - - Langue (propreté de la), 164. - - Lanti (prince), 153. - - Larivey (P. de), 2. - - La Rivière (abbé de), 67. - - La Roze, _perruquier_, 62. - - Larseneur, _coiffeur_, 132. - - La Salle (J. B. de), 37, 80, 153, 199, 204. - - La Vallière (Mlle de), 85. - - La Vienne, _baigneur_, 117. - - Le Brun, _coiffeuse_, 132. - - Lebrun (Ch.), 58. - - Leclerc (Séb.), 77. - - L'Écluse (abbé de), 82. - - Legendre (abbé), 61. - - Légère (perruque à la), 69. - - Legoût, _coiffeur_, 141. - - Legrain, _barbier_, 63. - - Legros, _coiffeur_, 133 et s. - - Legros (veuve), 141. - - Lemaître (Ant.), 57. - - Le Nain de Tillemont, 58. - - Lentes, 28, 31.—Voyez _Poux_. - - Lépreux, 13. - - Lesdiguières (hôtel de), 116. - - Lestoile (P. de), 98. - - Le Tellier (Michel), 58. - - Levant (coiffure au), 142. - - Lever de la Reine (coiffure au), 142. - - Lèvres, 176, 177, 186. - - Lit, 182. - - Lit de la Reine, 81. - - Lit du Roi, 38, 78. - - Littré (E.), 154. - - _Livre commode_ (_le_), 62, 66, 97, 115, 118, 132. - - _Livre des métiers_, 12, 15. - - Longchamp, 121. - - Loret (J.), 131. - - Loterie d'amour (la), 93. - - Louis IX, 113. - - Louis XI, 19 à 21. - - Louis XIII, 2, 28, 48, 49, 56, 61, 74, 174. - - Louis XIV, 3, 28, 31, 37, 56, 61 à 64, 77, 83, 86, 99, 109, 118. - - Louvre (musée du), 6. - - Louvre (palais du), 22. - - Lubin, _graveur_, 56. - - Lully (J. B.), 58. - - Lunatique, _perruque_, 69. - - Luxembourg (maréchal de), 58. - - Luynes (connétable de), 53. - - Luynes (duc de), 79, 85. - - - _Magasin des modes_, 145. - - Magny, 119. - - Mains (propreté des), 25, 26, 32, 37, 112, 163. - - Maintenon (mad. de), 131. - - Maître-d'hôtel (perruque à la), 69. - - Maîtrises (créations de), 109, 110. - - Majestueuse (la), _mouche_, 96. - - Malherbe, 56. - - Mansart, 58. - - Manteau (tenue du), 195. - - Marais (théâtre du), 131. - - Marana (J. P.), 67. - - Marat, 119. - - Marca (P. de), 57. - - Marcel (A.), 44. - - Marchand (A. H.), 68, 149. - - Marchand (article), 108. - - Marcher (manière de), 173. - - Marconi, 9. - - Marguerite de Navarre, 25. - - Marguerite de Valois, 60. - - Marie-Antoinette, 120, 149, 152, 157, 158. - - Marie Stuart (coiffure à la), 47. - - Marie-Thérèse, 85. - - Marin (F.), 148. - - Marmot, _enseigne_, 113. - - Marmouzets (rue des), 118. - - Marot (Clément), 22. - - Marot (J.), 85. - - Marron, _boucle de cheveux_, 154. - - Marsillac (prince de), 80. - - Marteaux (perruques à), 70. - - Martin, _coiffeuse_, 131. - - Masques, 35, 98. - - Masson (Ant.), 53. - - Masson (Papire), 56. - - Mazarin (duchesse de), 6, 94. - - Médecins, 2, 41, 70. - - Mêlée (perruque), 113. - - Ménage (G.), 53, 58. - - _Ménagier de Paris_, 29. - - Menuisiers, 19. - - Mercier (Séb.), 103, 153, 154. - - Merciers, 100. - - Mercure, _remède_, 115. - - Merlans, _coiffeurs_, 104. - - Métra, 149. - - Meurisse, 120. - - Michaud (J.), 21. - - Michel (saint), 113. - - Minerve (coiffure à la), 142. - - Modernes (maîtres), 106, 107. - - Modestie (coiffure à la), 145. - - Molière, 43, 56, 87. - - Monstrelet (E. de), 74. - - Montfaucon (B. de), 32, 35, 42. - - Montglat (mad. de), 21. - - Montgobert, 132. - - Montgolfier (coiffure à la), 149. - - Morfondus (quai des), 122. - - Morts (cheveux), 66. - - Motteville (mad. de), 37. - - Moucher (manière de se), 26, 27, 164, 167, 174, 184. - - Mouches, 92 et s., 201. - - Mouchoir, 184, 202. - - Moulin à vent (coiffure en), 145. - - Mousquetaire, _perruque_, 69. - - Moustaches, 49, 53. - - Moutonne, _perruque_, 67. - - Mystère (coiffure au), 142. - - - Naissante (perruque), 68, 70, 71. - - Natation (écoles de)—Voy. _Bains froids_. - - Nation (coiffure à la), 145. - - Nattes, 47, 59. - - Naturelle (perruque à la), 68. - - Néron, 19. - - Neuve-Montmartre (rue), 118. - - Nez (souffler du), 174. - - Nez (propreté du), 26, 164, 173, 201.—Voy. _Moucher_. - - Nicolas-Flamel (rue), 10, 113. - - Nicot (J.), 86. - - Nœuds (perruque à), 68, 70, 71. - - Normandie (cheveux de), 66. - - Nouée (perruque), 68. - - Nouvelle mode (perruque à la), 68. - - - Oiseau royal, _perruque_, 68. - - Olonne (mad. d'), 80. - - Ongles, 87, 164. - - Opéra, 157. - - Ordinaire (perruque à l'), 68. - - Oreilles (boucles d'), 199, 200. - - Oreilles (perruques à), 69. - - Oreilles (propreté des), 167, 199. - - Orléans (Gaston d'), 67. - - Orléans (rue d'), 118. - - Orsay (quai d'), 128. - - - Palais (boulevard du), 10. - - Palais (perruque de), 69. - - Palais de Justice, 21, 22. - - Palais-Royal, 63, 129, 132. - - Pantalons à pieds, 5. - - Panurge (perruque à la), 70. - - Papillon constant, _coiffure_, 142. - - Parc anglais, _coiffure_, 145. - - Paré (Ambroise), 2. - - Paralysie, 115. - - Paresseuse, _perruque_, 69. - - Parfait, _maître-d'hôtel de Henri IV_, 82. - - Parfums, 31, 90.—Voy. _Cosmétiques_, _fards_, etc. - - Parisienne, _perruque_, 69. - - Parler (manière de), 166, 167. - - Parterre galant (coiffure au), 145. - - Pascal, _perruquier_, 62. - - Passionnée (la), _mouche_, 96. - - Patin (Gui), 90. - - Pâtissiers, 174. - - Patron des étuveurs, des perruquiers, 113. - - Paul (Vincent de), 57. - - Pavé (le haut du), 189, 190, 192, 194, 207.—Voyez _Honneur_. - - Pays (cheveux de), 66. - - Pédules, 5. - - Peignes, 5, 6. - - Peignes _pour gratter aux portes_, 88. - - Peignoirs de bain, 14, 19. - - Peintres (impasse des), 10. - - Peiresc (Fabri de), 56. - - Pelé, _perruquier_, 62, 65. - - Pelleterie (rue de la), 11. - - Pellisson (P.), 58, 61. - - Penthièvre (duc de), 147. - - Perrault (Ch.), 53. - - Perrette de Châlons, 21. - - Perruques, 56 et s. - - Perruquiers, 36, 64 et s.—Voy. _Barbiers_, _coiffeurs_, etc. - - Perruquiers en vieux, 113. - - Persane (coiffure à la), 145. - - Petit-maître (perruque au), 69. - - Petit-Musc (hôtel du), 22. - - Petitot (C. B.), 37. - - Petits-Champs (rue des), 63. - - Pets, 28, 164, 170, 180. - - Philadelphie (coiffure à la), 148. - - Philippe-Auguste, 48. - - Philippe VI, 48. - - Phrygienne (coiffure à la), 145. - - Pieds (propreté des), 5, 6, 20, 29, 43. - - Pierrot (coiffure à la), 145. - - Pignet (Mace), _tonnelier_, 19. - - Pipes, 201.—Voy. _Tabac_. - - Pithou (Pierre), 56. - - Placet, _siége_, 86. - - Pline, 166. - - Plus tôt fait (perruque à la), 69. - - Poitevin, _baigneur_, 127 à 128. - - Poitier, _coiffeuse_, 132. - - Polastron (de), 79. - - Pompadour (marquise de), 132. - - Pontchartrain (L. P. de), 57. - - Pont Royal, 124, 127, 128. - - Popincourt, 115. - - Porte-aux-Peintres (cul-de-sac de la), 10. - - Portes (gratter aux), 86, 87. - - Port-Mahon (perruque à la), 68. - - Portugal (rouge de), 141. - - Pot à eau, 19. - - Potel, 50. - - Potiquet, _perruquier_, 65. - - Poudre à poudrer, 56, 97 et s., 153, 200. - - Poufs, 146, 147. - - Poussin (Nicolas), 58. - - Poux, 28, 31, 153, 164. - - Prêteuses de têtes, 134. - - Prévôt de Paris, 14, 15. - - Prie (marquise de), 132. - - Propreté, 3 et s.—Voy. _Bouche_, _dents_, _mains_, _nez_, _oreilles_, - _pieds_, _tête_, _visage_, etc. - - Prudence (perruque à la), 69. - - Prud'homme, _baigneur_, 117, 118. - - Puce (pouf à la), 147. - - Puces, 29 et s., 164. - - Punaises, 31, 38. - - - Quatre-Nations (quai des), 122. - - Quentin, _barbier du roi_, 63. - - Quesaco, _coiffure_, 148. - - Queue, _de cheveux_, 68. - - Quicherat (J.), 44, 59, 104. - - Quinault (Phil.), 58. - - Quinze-Vingts, 132, 136. - - - Racine (Jean), 58. - - Rambouillet (hôtel de), 43, 79, 86. - - Rapée (la), 122. - - Raucourt (coiffure à la), 148. - - Ravir (perruque à), 69. - - Raynaud (Th.), 77. - - Recevoir (manière de), 196, 204. - - Recherche (coiffure à la), 145. - - Reconduire, 187. - - Régence (perruque à la), 68. - - Reiset (comte de), 120. - - Renardière, 29. - - Renifler, 174. - - Repas, 26 à 28, 43, 78 et s. - - Rhinocéros (perruque à la), 68. - - Richard, _dominicain_, 9. - - Richelieu, 48, 49, 56. - - Richelieu (rue), 118. - - Rigault (Nicolas), 58. - - Rire (manière de), 176, 186. - - Robespierre, 104. - - Robin (perruque à la), 67. - - Rocher (pouf en), 147. - - Ronde (perruque), 67. - - _Rose_ (_roman de la_), 19. - - Rosette (perruque à), 70, 71. - - Rossignol, _perruquier_, 65. - - Rots, 28, 164, 170, 178. - - Rouge, _fard_, 6, 97, 141, 201. - - Rouleaux (coiffure en), 145. - - Royale (perruque), 67. - - Ruvigny (marquis de), 27. - - - Saba (reine de), 47. - - Saint-Antoine (rue), 6, 94. - - Saint-Bernard (porte), 121. - - Saint-Denis (rue), 96. - - Saint-Germain des Prés (abbaye de), 85. - - Saint-Honoré (rue), 141. - - Saint-Louis (île), 124, 128. - - Saint-Louis (rue), 141. - - Sainte-Marthe (Scévole de), 56. - - Saint-Nicolas (port), 122. - - Saint-Paul (hôtel), 22. - - Saint-Réal, 9, 94. - - Saint-Simon, 74, 117. - - Saint-Sacrement, 90, 207. - - Saliat (Pierre), 165. - - Saluer (manières de), 73 et s., 77, 80 et s., 90, 172, 181, 193, - 194, 202 à 207. - - Sans redoute, _coiffure_, 145. - - Santeuil (J.), 58. - - Sapho moderne (coiffure à la), 142. - - Sarrazin (J. F.), 54, 58. - - Sartine (perruque à la), 68. - - Sauvageot (collection), 6. - - Sauval (H.), 22, 116. - - Sauval (rue), 10, 12. - - Savary (J.), 66, 110. - - Scaliger (J.), 57. - - Scarron, 87. - - Sciatique, 115. - - Séguier (chancelier), 57. - - Senault (J. F.), 57. - - Sénèque, 19. - - Sentiment (pouf au), 146. - - Sergents à verge, 108. - - Serviettes, 32, 123. - - Sévigné (coiffure à la), 47. - - Sévigné (mad. de), 85, 116, 131, 132. - - Siéges, 183. - - Singulière (perruque à la), 69. - - Sirmond (Jacques), 56. - - Sobry (J. F.), 73, 103. - - Socrate, 174. - - Sonnettes, 187. - - Sophie (pouf à la), 147. - - Soufflet, 201. - - Sourcils, 54, 201. - - Souvré (de), 28. - - Sponde (Henri de), 57. - - Stoïciens, 165. - - Suisses (gardes), 112. - - Sully, 38, 82. - - Sulpice (Jean), 163. - - Sylphide (coiffure à la), 142. - - - Tabac, 184, 201, 202. - - Taille de 1292, 12. - - Tallemant des Réaux, 25, 27, 28, 29, 38, 49, 50, 53, 60, 93, 98, 129. - - Témoin discret, _coiffure_, 142. - - Térence, 178, 180. - - Tertullien, 59. - - Tête (propreté de la), 5, 6, 28, 31, 32, 42, 164, 171, 179, 199. - - Têtes à perruque, 91. - - Thibaut-aux-Dés (rue), 141.—Voy. _Abreuvoir_. - - Thiers (J. B.), 61. - - Thiéry, 124, 129. - - Thomassin (L.), 58. - - Thou (J. A. de), 57. - - Timidité, 175. - - Tonneliers, 19, 119. - - Tonsure _de perruque_, 70, 71. - - _Touriste_ (le), 127. - - Tournelle (pont de la), 123. - - Tours, 74. - - Tousser (manière de), 164, 167, 170, 178. - - Trabouillet, 64. - - Trévoux (_Dictionnaire_ de), 54, 74, 85. - - Tricorne, _chapeau_, 73. - - Triomphe de l'aurore, _coiffure_, 142. - - Tronchin (perruque à la), 69. - - Troyes (Jean de), 20. - - Tuileries (palais des), 174. - - Tumeurs froides, 115. - - Turenne, 27, 57. - - Turque (coiffure à la), 145. - - Turque (pouf à la), 147. - - Turquin, _baigneur_, 123, 124. - - Tutoiement, 86. - - - Urfé (H. d'), 58. - - Uriner (manière d'), 172, 179. - - - Vagabonds, 13. - - Valois (rue de), 129. - - Varennes (fuite de), 120, 158. - - Ventouses, 114. - - Vernet (Carle), 100. - - Verneuil (mad. de), 29. - - Verneuil (rue de), 12. - - Versailles (château de), 62. - - Vert (Claude de), 6. - - Vesses, 165. - - Vêtements (propreté des), 163. - - Veuves de maîtres, 108. - - Victoire (coiffure à la), 148. - - Vieillard (perruque au), 69. - - Vieille-du-Temple (rue), 118. - - Vieilles-Étuves (rue des), 10, 12 - - Vierge (la), 47. - - Vifs (cheveux), 66. - - Villars (maréchal de), 79. - - Ville de Paris (biblioth. de la), 145. - - Vincent, _perruquier_, 62, 65. - - Visage (propreté du), 32, 35, 37, 163, 200. - - Visitandines, 6, 94. - - Visites, 182, 187. - - Visme (de), 157. - - Voiture (V.), 54, 57. - - Voix, 167. - - Vol d'amour, _coiffure_, 145. - - Voleuse (la), _mouche_, 96. - - Voltaire (coiffure à la), 148. - - Vomir, 170, 178. - - Vouet (Simon), 58. - - - Wagnière (J. L.), 121. - - Walckenaer (baron), 116. - - Willemin, 47. - - - Yeux (propreté des), 42, 170, 171. - - - Zamet (hôtel de), 116. - - Zodiacale (coiffure à la), 142. - - - - -ADDITIONS - - -Page 28, après: _qu'elles effacent les vostres_, la phrase suivante a -été oubliée: - -Rabelais[297] raconte comme chose fort ordinaire que Panurge cueillit -un pou sur le sein de la belle lingère du Palais. Panurge l'y avait -mis, c'est vrai; mais la belle lingère ne semble pas s'être étonnée le -moins du monde de la découverte. - - -Page 82, ajouter le passage suivant, que j'emprunte à -Saint-Simon. C'est de Louis XIV qu'il est ici question: - -«Jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort -mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite, -le rang, et dans ses réponses quand elles passoient le _je verrai_, et -dans ses manières. Ces étages divers se marquoient exactement dans sa -manière de saluer et de recevoir les révérences, lorsqu'on partoit ou -qu'on arrivoit. Il étoit admirable à recevoir différemment les saluts -à la tête des lignes de l'armée ou aux revues. Mais surtout pour les -femmes, rien n'étoit pareil. Jamais il n'a passé devant la moindre -coiffe sans soulever son chapeau, je dis aux femmes de chambre, et -qu'il connoissoit pour telles, comme cela arrivoit souvent à Marly. -Aux dames, il ôtoit son chapeau tout à fait, mais de plus ou moins -loin; aux gens titrés, à demi, et le tenoit en l'air on à son oreille -quelques instants plus ou moins marqués. Aux seigneurs, mais qui -l'étoient, il se contentoit de mettre la main au chapeau. Il l'ôtoit -comme aux dames pour les princes du sang. S'il abordoit des dames, -il ne se couvroit qu'après les avoir quittées. Tout cela n'étoit que -dehors, car dans la maison il n'étoit jamais couvert. Ses révérences, -plus ou moins marquées, mais toujours légères, avoient une grâce et -une majesté incomparables, jusqu'à sa manière de se soulever à demi -à son souper pour chaque dame assise[298] qui arrivoit, non pour -aucune autre, ni pour les princes du sang; mais sur les fins cela -le fatiguoit, quoiqu'il ne l'ait jamais cessé, et les dames assises -évitoient d'entrer à son souper quand il étoit commencé.» _Mémoires_, -édit. de 1881, t. XII, p. 75. - - -AJOUTER, p. 60, après la citation de Guillaume Coquillart: - -«Les rois de France portaient autrefois une longue chevelure, ce qui -n'était permis qu'aux princes du sang. Tous les anciens portraits des -rois sont ainsi chevelus: il y a peu de temps que cette coutume a été -abandonnée. Le Roi (Henri III), d'après les conseils de ses médecins, -s'est fait raser tous les cheveux; il porte un béret semblable de -forme au bonnet polonais, qu'il n'ôte jamais, ni en présence des -ambassadeurs ni même à l'église. Il a une chevelure postiche très -riche et très belle[299].» _Voyage de Jérôme Lippomano, ambassadeur en -France en 1577_, dans les _Relations des ambassadeurs vénitiens_, t. -II, p. 568. - - -PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8. - - - - -APPENDICE - - -AVERTISSEMENT - -Mon intention, en écrivant ces petits volumes, a été de pénétrer dans -la vie privée de nos pères, de les montrer tels qu'ils étaient dans -l'intimité, de mettre en lumière les petits côtés de leur existence, -ceux qu'ont systématiquement négligés tous les historiens. - -De là, la nécessité d'aborder parfois certains sujets scabreux, -difficiles à traiter aujourd'hui. Il est clair, par exemple, que, -recherchant les secrets de la toilette, je ne pouvais passer sous -silence la coutume de l'épilation; que voulant reconstituer les règles -du savoir-vivre, j'étais bien forcé de rappeler qu'au seizième siècle -le meilleur monde autorisait sur beaucoup de points un laisser aller -qui révolterait notre société actuelle[300]. - -Afin de concilier le respect des bienséances avec mes devoirs -d'écrivain consciencieux, j'ai pris le parti de réserver pour un -Appendice facile à détacher du volume, les renseignements qui -s'adressent surtout aux érudits. On y trouvera aussi certaines pièces -que notre pruderie moderne,—pruderie dans les mots, s'entend,—ne m'eût -pas pardonné de produire au trop grand jour. - -A tort ou à raison, nos pères n'y regardaient pas de si près. Ainsi, -au seizième siècle, les vers de Pierre Broë étaient répandus dans -toutes les écoles, et on les faisait apprendre par cœur aux enfants; -ils n'ont même été composés que pour cela. Et qu'on ne suppose pas -que ce soit là un fait isolé. En veut-on une preuve? Le vertueux -Mathurin Cordier, le pédagogue le plus accompli du seizième siècle, -celui qui avait pris pour devise: _Pietas et boni mores cum litterarum -elegantia_, publia vers 1563 des entretiens destinés à former les -mœurs des enfants, en même temps qu'à les familiariser avec la -langue latine. Le livre eut un immense succès, les éditions s'en -multiplièrent, et deux ou trois amis de la jeunesse se chargèrent de -le traduire en français. - -J'ai sous les yeux une de ces traductions, donnée en 1672 sous ce -titre: _Nouvelle traduction des colloques de Mathurin Cordier. -Corrigée d'un grand nombre de fautes, et mise dans la pureté des deux -langues, pour la plus grande facilité des enfans_. J'en extrait trois -passages, qui suffiront pour donner une idée de l'ensemble. - - LE MAISTRE.—D'où venez-vous? - - L'ENFANT.—Je viens d'en bas. - - LE MAISTRE.—Quelle affaire aviez-vous en bas? - - L'ENFANT.—J'estois allé pour pisser[301]. - - Livre I, colloque 23, page 33. - - - ROSSET.—Je vous diray encore un autre usage du papier, et - très-fréquent au collége. - - LE MOINE.—Quel? - - ROSSET.—Je n'oserois pas le dire sans compliment[302]. - - LE MOINE.—Qu'est-il besoin de faire des compliments entre amis, - car les paroles ne puent pas. - - ROSSET.—Je le diray donc, puisque vous le voulez. - - LE MOINE.—Dites librement. - - ROSSET.—Pour torcher son derrière au privé[303]. - - Livre I, colloque 27, page 41. - - - LE MAISTRE.—A quelle heure vous êtes-vous éveillé ce matin? - - L'ENFANT.—Avant le jour; je ne sçay à quelle heure. - - LE MAISTRE.—Qui vous a éveillé? - - L'ENFANT.—Le réveilleur de la semaine est venu avec sa lanterne, - il a heurté fort à la porte de ma chambre... - - LE MAISTRE.—Dites moy par ordre tout ce que vous avez fait depuis - ce temps-là. Vous autres, enfans, écoutez avec soin des oreilles - et de l'esprit, afin que vous appreniez à imiter vostre compagnon. - - L'ENFANT.—Estant éveillé, je me suis levé du lit, j'ay mis ma - camisole avec mon pourpoint... je me suis bien peigné, j'ay - mis mon chapeau, j'ay mis ma robe; ensuite je suis sorty de - ma chambre, j'ay descendu en bas, et j'ay pissé contre la - muraille[304]. - - Livre II, colloque 54, page 210. - -C'est ainsi qu'au seizième siècle, et même à la fin du dix-septième, -on entendait l'éducation des enfants. Nous en sommes revenus, et un -peu trop peut-être. A une si grande licence, innocente en somme, a -succédé une pudeur exagérée qui explique l'oubli dans lequel ont été -laissés les usages et la vie privée d'autrefois. L'histoire s'est -faite trop chaste et trop fière pour s'occuper de pareils détails. -Laissez-moi en citer un curieux exemple. Vers 1828, un homme de -talent, M. F. Barrière, découvre et publie les très intéressants -_Mémoires_ de Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne. Il y rencontre -cette phrase: «Sa Majesté, me voyant entrer si matin dans sa chambre, -dont toutes les entrées m'étoient permises, même de sa garde-robe, où -j'entrois à toute heure, sans avoir eu besoin de brevet d'affaires, -_même quand elle étoit sur sa chaise percée_...» Ces derniers mots -révoltent M. Barrière, qui les supprime. Il en éprouve pourtant -quelque remords, et, dans une note perdue à la fin du volume, il -avoue qu'il n'a pas reproduit cette ligue parce qu'elle «figurait -assez mal dans une scène d'amour». Mais, barbare, notre littérature -n'est que trop riche en scènes d'amour; ce qui importait, c'était -de nous montrer dans quelle position, en dépit de l'étiquette, le -grand roi consentait à recevoir ses secrétaires d'État. Saint-Simon, -heureusement, a été moins réservé. - -En voici assez, j'espère, pour excuser mon éditeur et moi. Les -lecteurs sont donc prévenus que je ne reculerai devant aucune des -exigences de mon sujet. C'est, d'ailleurs, une nécessité que je -subirai, n'ayant aucune envie de courir au-devant des occasions, et, -dans les moments difficiles, je m'effacerai autant que possible -pour laisser parler les documents contemporains. A cet égard, les -Appendices me seront d'une grande utilité. J'aurai soin, cependant, -de n'y insérer que des pièces historiques ayant directement trait -à la question et susceptibles de l'éclaircir. Quant aux gens qui y -chercheraient autre chose, je les avertis qu'ils chercheront en vain. - - -I - -EXTRAIT DE LA _Civilité_ DE JEAN SULPICE[305], - -_imitée en français par_ PIERRE BROË _en 1552_. - - - Sur toute chose amonester te veux - Que tu n'aies point le nez ord ne mourveux, - Car trop seroys à moquer et reprendre - S'on te voioyt distiler ou descendre - Du nez en bas la roupie ou morveau, - Qui te feroyt estre estimé pour veau. - D'un autre point aussi je t'amoneste: - Garde toy bien de te grater la teste - Devant les gens tant qu'à table seras. - Puces et poux aussy ne chasseras, - Ni autre beste ou meschante vermine, - Quoyqu'en ton doz ou en ton col chemine. - - * * * * * - - Mais de peter garde qu'il ne t'eschappe, - Retiens ce vent et en dedans l'atrappe, - Ferme le trou, joins les fesses ensemble - Et serre fort, encores qu'il te semble - Que la douleur te deust tant tormenter - Comme une femme approchant d'enfanter: - Car pour un pet ord, puant et infame - Fait à la table, il n'est homme ne femme - Qui ne te dist que tu es à outrance - L'un des plus grands archevilains de France. - J'en dis autant sur ce propos ici - Si tu avoys ocultement vessi: - Car quelque cas que die le stoïque[306], - Le rot, le pet et la vesse impudique - Sont reprouvez en bonne compaignie. - Il n'est celui qui sans honte le nie. - -Nous avons vu plus haut[307] qu'Érasme prêchait une doctrine contraire -à celle qui est si poétiquement exposée ici, et qu'en 1613 encore on -enseignait aux enfants à NE PAS _retenir la ventosité du ventre_. Il -faut dire, à la louange de nos mœurs, qu'au milieu du dix-septième -siècle cette théorie n'était plus en faveur. Je n'en veux pour preuve -que les vers suivants, attribués à Saint-Évremont, et que j'extrais -d'un petit volume rare publié en 1661[308]. - -SUR UN PET QU'UN AMANT FIT EN PRÉSENCE DE SA MAISTRESSE. - - Unique objet de mes désirs, - Philis, faut-il que mes plaisirs - Pour rien se changent en supplices, - Et qu'au mépris de vostre foy - Un pet efface les services - Que vous avez receu de moy? - - Je sçay bien, ô charmant objet, - Que vous avez quelque sujet - D'estre pour moy toute de glace; - Et je confesse ingénûment, - Puisque mon cul fait ma disgrâce, - Qu'elle n'est pas sans fondement. - - Si pourtant cet extrême amour - Dont j'eus des preuves chaque jour - Pour un pet s'est changé en haine, - Vous ne pouviez jamais songer - A rompre une si forte chaisne - Pour aucun sujet plus léger. - - Mon cœur outré de déplaisirs - Estoit gros de tant de soûpirs, - Voyant votre amour si farouche, - Que l'un d'eux se trouva réduit, - Ne pouvant sortir par ma bouche, - A chercher un autre conduit. - - S'il est vray qu'on n'ose nier - La porte à chaque prisonnier - Alors que la Princesse passe, - Ce pet pouvoit avec raison - Vous demander la mesme grâce, - Puisqu'il se voyoit en prison. - - S'il ne s'est pas fort bien conduit, - Qu'il ait fait quelque peu de bruit - Lors qu'il se fraya cette voye, - C'est qu'il estoit si transporté - Qu'il fit en l'air un cry de joye - En recouvrant sa liberté. - - Hélas! quand je viens à songer - A ce sujet foible et léger - Qui cause mon malheur extrême, - Je m'écrie en ma vive ardeur: - Falloit-il me mettre moy-même - Près de vous en mauvaise odeur? - - Si pour un pet fait par hazard, - Vostre cœur où j'ay tant de part - Pour jamais de moy se retire, - Voulez-vous que d'oresnavant - Vous me donniez sujet de dire - Que vous changez au moindre vent? - - -II - -SUR L'ÉPILATION. - - -Clément Marot raille ainsi les barbiers réduits au rôle d'épileurs: - - Povres barbiers, vous estes morfonduz - De veoir ainsi gentilzhommes tonduz - Et porter barbe. . . . . . . . . . . . - . . . . . . . . . Plus comtes ne ducz - Ne peignerez; mais comme gens perduz - Vous en irez besongner chaudement - En quelque estuve, et là gaillardement - Tondre maujoinct et raser priapus[309]. - -Parmi les talents variés que prétend posséder le _Varlet à tout faire_ -de Christophe de Bordeaux[310], figure l'art de manier dextrement le -rasoir: - - Je suis fort bon barbier d'estuves - Pour raser et tondre maujoint. - -La _Chambrière à tout faire_[311] est prête à rendre le même service -aux dames plus réservées. Je suis, dit-elle, - - Fort bonne barbière d'estuves - Pour raser et tondre le cas. - -L'auteur du _Banquet des chambrières_[312] nous introduit dans des -étuves où viennent d'entrer trois jeunes servantes délurées, Perrette, -Alizon et Ysabeau, conduites par une vieille commère, servante comme -elles. Les quatre femmes ont apporté de quoi déjeuner, mais on les -invite à se baigner auparavant: - - Filles, montés sans babiller; - Si vous voulez deshabiller, - Le baing est désormais trop chaud. - -Après le bain, la vieille se rendit dans un petit cabinet où - - Quelque chambrière ou varlet - Luy ratissa d'ung vieil cousteau - Le ventre jusques à la peau. - -Elle fut remplacée par Perrette, puis par Alizon, - - Ausquelles on faucha leur prez. - -Mais Ysabeau avait peur, et refusait de se laisser raser. Elle finit -cependant par céder: - - La vieille ratissa en sorte - Que Babeau cuydoit estre morte. - Mais en fin elle fut moult fière - D'avoir ung si mignon derrière. - -Le poëte, qui n'a pas eu tort de garder l'anonyme, nous apprend -ensuite que Babeau, ayant remis sa chemise, le repas commença: - - La nappe fut près du baing mise, - Le petit banquet appresté. - -Au chapitre des redevances curieuses, Sauval raconte que la comtesse -d'Auge recevait chaque année de ses vassaux un rasoir[313], dont -l'usage n'est d'ailleurs pas indiqué. Il est certain que, dans le -peuple et la bourgeoisie, la mode de l'épilation disparut en même -temps que l'habitude d'aller aux étuves. Un passage des _Facétieuses -paradoxes de Bruscambille_[314], passage que je ne veux pas -reproduire, montre bien qu'au seizième siècle la plupart des femmes -y avaient renoncé. Mais parmi les recherches de la coquetterie à -cette époque, il faut mentionner la coutume de s'épiler les sourcils, -de manière à ne conserver au-dessus des yeux qu'une ligne à peine -visible[315]. - -Dans le grand monde, l'épilation resta en honneur jusqu'à la fin du -dix-huitième siècle. En 1766, quand le duc d'Orléans épousa madame -de Montesson, l'époux reçut la chemise, le soir des noces, avec le -cérémonial usité à la cour. Le marquis de Valençay la présenta, et -le prince, se dépouillant de celle qu'il portait, offrit à tous les -assistants le spectacle d'une épilation complète, suivant les règles -de la plus brillante galanterie du temps. «Les princes et les grands, -ajoute Soulavie[316], ne consommaient des mariages ou ne recevaient -les premières faveurs d'une maîtresse qu'après cette opération -préalable.» - - -III - - -Voici le passage auquel je fais allusion, page 121: - -«Le lendemain, j'entrai chez elle en même temps que sa femme de -chambre; elle fit tirer les rideaux et se leva. Tandis que ma sœur -préparait une chemise, madame, qui se trouvait debout vis à vis de -moi, laissa subitement couler celle qu'elle avait sur le corps, et -resta nue comme une statue de marbre. J'étais interdit et n'osais -lever les yeux sur elle... Quand je fus seul avec ma sœur, je lui -demandai si madame du Châtelet changeait ainsi de chemise devant tout -le monde; elle me dit que non, mais que devant ses gens elle ne se -gênait nullement, et elle m'avertit qu'une autre fois, quand pareille -chose arriverait, je ne fisse pas semblant de m'en apercevoir. - -«Cependant, quelques jours après, au moment où elle était, dans -son bain, elle sonna. Je m'empressai d'accourir dans sa chambre; -ma sœur, occupée ailleurs, ne s'y trouvait point alors. Madame du -Châtelet me dit de prendre une bouilloire qui était devant le feu, et -de lui verser de l'eau dans son bain, parce qu'il se refroidissait. -En m'approchant, je vis qu'elle était nue, et qu'on n'avait point -mis d'essence dans le bain, car l'eau en était parfaitement claire -et limpide. Madame écartait les jambes, afin que je versasse plus -commodément et sans lui faire mal l'eau bouillante que j'apportais. En -commençant cette besogne, ma vue tomba sur ce que je ne cherchais pas -à voir. Honteux et détournant la tête autant qu'il m'était possible, -ma main vacillait et versait l'eau au hasard: «Prenez donc garde, me -dit-elle brusquement d'une voix forte, vous allez me brûler.» Force -me fut d'avoir l'œil à mon ouvrage, et de l'y tenir, malgré moi, plus -longtemps que je ne voulais. - -«Cette aventure me parut encore plus singulière que le changement de -chemise. Je n'étais pas encore familiarisé avec une telle aisance de -la part des maîtresses que je servais... J'ai été à même de juger -que les grandes dames ne regardaient leurs laquais que comme des -automates. Je suis convaincu que madame du Châtelet dans son bain, -en m'ordonnant de la servir, ne voyait pas même en cela une ombre -d'indécence, et que mon individu n'était alors à ses yeux ni plus ni -moins que la bouilloire que j'avais à la main[317].» - -Soulavie[318], de son côté, raconte le fait suivant, bien -invraisemblable de toute manière, et qui ne se concilie guère avec ce -que madame Campan nous dit de la réserve que montra toujours sur ce -point Marie-Antoinette: «Un ecclésiastique remarquable par son âge, -ses vertus et sa réputation dans une des parties de l'art de guérir, -appelé auprès de la Reine, la trouva nue, étendue dans un bain. Le -vieillard recule, elle le rappelle, et il est obligé de lui répondre -et de rester dans une situation où il pouvait admirer le plus beau -corps qu'eût jamais produit la nature.» - - -IV - - -J'ai parlé des colères de l'Église contre l'usage des faux cheveux et -les autres artifices de la coquetterie féminine. Mais les théologiens -s'exprimaient alors en tel style qu'il est difficile, même ici, de -citer la plupart d'entre eux, et en particulier les sermons de Menot -et de Maillard. J'emprunte l'extrait suivant à un moraliste plus -réservé, le brave père Arnoux, chanoine de Riez: - -«Les filles vaines, les femmes hautaines, les veuves mignardes, -les damoiselles pompeuses et les dames superbes, pour punition de -l'ornement débordé qu'elles font à leurs cheveux et déguisement de -leurs sourcilleuses perruques, elles auront la teste pelée, car là -on ne verra plus ces belles perruques, ces cheveux blonds en forme -de casamate sur la teste esparpillez et ondoyans sur ces fronts -emperlez... Et pour punition du desbordement de vos superbes habits, -en enfer vous serez toutes nuës à vostre grande honte et confusion, de -quoy les diables feront de très grandes risées, vous reprochant haut -et clair devant tous toutes vos lubricitez, crimes et paillardises, -et tout ce que vous aurez fait de plus voluptueux et deshonneste, et -découvrant ignominieusement à la veuë de tous tout ce qu'en vostre -corps vous aurez de plus honteux, vous traînant toutes nuës par tout -l'enfer, à la veuë d'un chacun. - -«Ha femmes! ha filles! ha damoiselles! ha mes dames que ne pensez-vous -à cela? Hélas, vous estes si vergongneuses et craignez tant la honte, -que pour rien au monde vous ne voudriez permettre qu'un homme vous -vist nuës une seule fois, et fut-il celuy que vous estimez qui vous -ayme le plus; et cependant vous n'avisez pas que pour punition de vos -vanitez et débordemens, mille et autres mille fois on vous traînera -nuës par tout l'enfer, non devant un homme, mais devant cent mille qui -à gorge déployée se mocqueront et riront de vous, voyant vos hontes -et vergongnes. De quelle confusion serez-vous saisies quand vous vous -verrez ainsi traînées toutes nuës, monstrant à découvert tout ce que -vous aurez de plus honteux, et menées en tel équipage par tout l'enfer -mille et mille fois le jour, avec le fanfare des trompettes que les -diables sonneront avec grandes risées et mocqueries, et criant: -Voyez, voyez, voicy la paillarde, voicy la p....n, voicy telle dame de -tel lieu, la nommant par son propre nom et surnom, laquelle tant et -tant de fois a paillardé, disant le nombre, avec un tel, et tant avec -un tel, et plusieurs fois avec beaucoup d'autres; voicy la paillarde, -voicy la p....n, venez, venez la voir! - -«Et alors, cent mille et autres cent mille, qui très bien te -cognoistront, puis tous tes parens, ton père, ta mère, ton mary, et -tous tes voisins passionnez d'une haine mortelle à l'encontre de toy, -accourront te voir pour se rire et se mocquer de toy, disant l'un à -l'autre, la voilà la p....n! la voilà! Puis, s'accordans avec les -diables pour entièrement te confondre, tous ensemble crieront: Voicy -la paillarde, voicy la p....n, qu'elle soit donc tourmentée; sus, sus -les diables! sus démons, sus! sus furies infernales! jetez-vous sur -cette p....n, et qu'on luy rende autant de tourmens et de supplices -qu'elle a eu de plaisirs en sa vie! - -«Femmes, ce n'est pas moy, mais c'est sainct Jean l'Évangéliste, qui -dit en son Apocalypse cela estre très véritable[319].» - - - - -NOTES: - -[1] LARIVEY, _Les tromperies_, scène 4. - -[2] «Sanis autem, et maxime juvenibus, tardius concedatur.» - -[3] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. I, p. -563. - -[4] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. II, p. -260. - -[5] Dom CALMET, _Commentaire sur la règle de saint Benoît_, t. II, p. -236. - -[6] «Lotis manibus et facie, cum tria manutergia pendeant simul -in claustro, non tergit ad aliud quam quod suis similibus est -deputatum, quia unum est pueris, alterum cantoribus, tertium idiotis.» -_Antiquiores consuetudines Cluniacensis monasterii_, lib. II, cap. X, -p. 62. - -[7] _Commentaire_, etc., t. II, p. 275 et 276. - -[8] CLAUDE DE VERT, _Explication des cérémonies de l'Église_, t. II, -p. 370. - -[9] Voy. les _Mémoires de la duchesse de Mazarin_, dans les Œuvres de -SAINT-RÉAL, t. III, p. 578. - -[10] Tome I, p. 487. - -[11] Voy. J.-B. ALEGIANI, _Abrégé de la vie de B. Labre_, p. 48.— -MARCONI, _Vie de B. Labre_, p. 127. - -[12] JAILLOT, _Recherches sur Paris_, quartier de la Cité, p. 26. - -[13] Archives de Saint-Martin des Champs, citées par JAILLOT, quartier -Saint-Martin, p. 15. - -[14] JAILLOT, quartier Saint-Jacques-la-Boucherie, p. 65. - -[15] JAILLOT, quartier Saint-Denis, p. 37. - -[16] JAILLOT, quartier Sainte-Opportune, p. 10. - -[17] JAILLOT, quartier Saint-Benoît, p. 103. - -[18] JAILLOT, quartier Saint-André, p. 46. - -[19] JAILLOT, quartier Saint-André, p. 48. - -[20] JAILLOT, quartier Saint-Martin, p. 15. - -[21] _Lévitique_, chap. XV. - -[22] Censier, cité par JAILLOT, quartier de la Cité, p. 155. - -[23] Alors _rue des Estuves_. - -[24] Alors _rue de Vernueil_. - -[25] Alors _rue Aussel d'Argenteuil_. - -[26] Jour. - -[27] Sans différer. - -[28] Voy. dans cette collection le volume intitulé: _L'annonce et la -réclame_. - -[29] Titre LXXIII. - -[30] Article 1. - -[31] Article 2. - -[32] Article 4. - -[33] Manuscrit du fonds de Saint-Germain, cité par V. GAY, _Glossaire -archéologique_, p. 105. - -[34] Serment. - -[35] Article 4. - -[36] Il se trouve seulement dans le manuscrit le moins ancien du -_Livre des métiers_. - -[37] Article 4. - -[38] Article 6. - -[39] Article 5. - -[40] _Les cent et sept cris, que l'on crie journellement à Paris_, -etc., 1545, in-12. - -[41] _Chroniques_, liv. II, chap. CLXIII; édit. Buchon, t. II, p. 215. - -[42] Voy. le _Glossaire archéologique_ de GAY, p. 104. - -[43] DOUËT-D'ARCQ, _Comptes de l'hôtel_, p. 353 et 390. - -[44] DOUËT-D'ARCQ, _Comptes de l'argenterie_, p. 230 et 350. - -[45] Inventaire publié par J. Labarte, p. 75, 184 et 199. - -[46] Firent grande chère. - -[47] Maîtresse du Roi. - -[48] _Chronique_, édit. MICHAUD, 1re série, t. IV, p. 280 et 281. - -[49] Voy. entre autres, dans les _Cent nouvelles nouvelles_, les -contes I et III. - -[50] Il ne faut pas oublier que la Cité finissait alors à peu près à -l'endroit où s'élève aujourd'hui le grand escalier du Palais, sur la -rue de Harlay. - -[51] _Antiquités de Paris_, t. II, p. 273, 274 et 280. - -[52] Édition de 1731, t. VI, p. 257. - -[53] Voy. TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. I, p. 147. - -[54] _La ruelle mal assortie_, dans le _Nouveau recueil des pièces les -plus agréables de ce temps_, p. 114. - -[55] _La contenance de la table_, in-8º goth. de 8 pages. - -[56] «Si quid in solum dejectum est, emuncto duobus digitis naso, mox -pede proterendum est.» _De civilitate morum_, p. 12. - -[57] _Historiettes_, t. I, p. 493. - -[58] _Le voyageur à Paris, tableau pittoresque et moral de cette -capitale_, t. II, p. 95. - -[59] «Subinde scabere caput apud alios parum decet.» P. 22. - -[60] Page 44. - -[61] Page 26. - -[62] _Journal de Jean Héroard_, t. I, p. 386.—Sur ce sujet, voy. aussi -TALLEMANT DES RÉAUX, t. I, p. 37, et le _Journal de la santé de Louis -XIV_, p. 329. - -[63] _Historiettes_, t. I, p. 8. - -[64] _Aventures du baron de Fæneste_, liv. IV, chap. VII. - -[65] Sœur. - -[66] Aurez. - -[67] Mal couverte. - -[68] Querelleuse. - -[69] Tome I, p. 171. - -[70] _Le procès des femmes et des pulces_. Paris, in-8º goth. - -[71] Paris, 1539, in-32, p. 18. - -[72] Voy. B. DE MONTFAUCON, _Monumens de la monarchie françoise_, t. -V, p. 314. - -[73] Dans le _Nouveau recueil des pièces les plus agréables de ce -temps_, p. 1 et suiv. - -[74] Pages 15 à 17. - -[75] Les actes officiels les nomment dans la suite _Barbiers_, -_Perruquiers_, _Baigneurs_, _Étuvistes_. - -[76] Bibliothèque nationale, manuscrits Delamarre, Arts et métiers, t. -II, fº 112. - -[77] J. B. DE LA SALLE, _Les règles de la bienséance et de la civilité -chrétienne_, p. 11. - -[78] _Mémoires_, édition PETITOT, t. XXXVI, p. 354, et t. XXXIX, p. -384. - -[79] _Journal de la santé de Louis XIV_, p. 320. - -[80] TALLEMANT DES RÉAUX, t. I, p. 112, et t. IX, p. 370. - -[81] Pages 10 à 15. - -[82] _Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi -les honnestes gens_, par Ant. DE COURTIN, 1675, in-12. Je cite la -huitième édition, imprimée en 1695. - -[83] Page 75. - -[84] Page 263. - -[85] Voy. aussi l'_Histoire de la coiffure des dames en France_, par -G. D'ÈZE et A. MARCEL, qui vient de paraître chez Ollendorff. - -[86] _Galonner_ la barbe ou les cheveux, c'était les diviser en -plusieurs touffes autour desquelles on enroulait des fils d'or ou -d'argent. Le sens actuel du mot galonner est venu de là. On nommait -_gallon_ l'instrument employé pour galonner la barbe ou la chevelure. - -[87] TALLEMANT DES RÉAUX, t. II, p. 246. - -[88] Dans Éd. FOURNIER, _Variétés historiques_, t. X, p. 29. - -[89] Tome VII, p. 164. - -[90] Tome II, p. 23. - -[91] Voy. MÉNAGE, _Dictionnaire étymologique_, édit. de 1750, au mot -_Cadenette_; et TALLEMANT DES RÉAUX, t. Ier, p. 399. - -[92] Page 17. - -[93] _Vers à la Fronde sur la mode des hommes._ - -[94] _La pompe funèbre de Voiture_, dans les _Œuvres_ de Sarazin, -édit. de 1696, p. 259. - -[95] C'était là un usage déjà ancien, car on lit dans la _Description -de l'isle des Hermaphrodites_: «Quand cela estoit parachevé, il en -venoit un autre (_un homme_) ayant en la main un petit pinceau de fer, -duquel il se servoit pour tirer l'abondance des poils des sourcils, et -n'y laisser qu'un traict fort délié pour faire l'arcade.» Page 10. - -[96] _Dictionnaire de Trévoux_, édit. de 1771. - -[97] _Diverses leçons_ [1625], liv. Ier, chap. XXI; t. II, p. 141 et -148. - -[98] Voy. _Les hommes illustres_ de PERRAULT, édit. de 1696. - -[99] CLÉMENT d'Alexandrie, _Pædagogus_, lib. III, cap. XI. - -[100] TERTULLIEN, _De cultu feminarum_, lib. II, cap. VII.—M. -Quicherat, qui traduit inexactement ce passage, en tire la conclusion -inexacte que l'exploitation des têtes vivantes n'était pas alors -pratiquée. Voy. son _Histoire du costume_, p. 189. - -[101] Édit. Lalanne, t. VIII, p. 35. - -[102] Édit. Téchener, t. I, p. 148. - -[103] Edit. elzévirienne, t. II, p. 292.—Voyez aussi la _Description -de l'isle des Hermaphrodites_, p. 114. - -[104] L'auteur n'a pas osé dire: par courtisanerie. - -[105] J. B. THIERS, _Histoire des perruques_, p. 28. - -[106] _Mœurs des François_, p. 233. - -[107] _Lettres historiques_, 13 août 1673, t. I, p. 396. - -[108] _Journal_, 27 novembre 1687, t. II, p. 71. - -[109] Tome II, p. 40. - -[110] Comte D'HÉSECQUES, _Souvenirs d'un page_, p. 152. - -[111] Binet demeurait rue des Petits-Champs. Legrain, premier barbier -de Monsieur, logeait au Palais-Royal. - -[112] TRABOUILLET, _État de la France pour 1712_, t. Ier, p. 255, 258, -262 et 307. - -[113] _Journal de la santé de Louis XIV_, p. 261, 304, 311, 331, 335 -et 338. - -[114] _Encyclopédie méthodique_, Arts et métiers, t. VI, p. 259. - -[115] NICOLAS DE BLEGNY, _Le livre commode pour 1692_, t. II, p. 41. - -[116] Voy. SAVARY, _Dictionnaire du commerce_, t. Ier, p. 746. - -[117] _Lettre d'un Sicilien_, édit. V. Dufour, p. 42. - -[118] Terminée par une longue boucle entre deux nœuds. - -[119] Chiffres de renvois de la gravure ci-contre: - -Fig. 1-2, intérieur et extérieur d'une perruque en bonnet. - -— 3-4, intérieur et extérieur d'une perruque à bourse.—A, la bourse. -BB, les jarretières. - -— 5-6, intérieur et extérieur d'une perruque à nœuds.—AA, les nœuds. -B, le boudin. - -— 7, nœud de la même perruque. - -— 8, boudin. - -— 9, bourse à rosette.—BB, les cordons. - -— 10-11, intérieur et extérieur d'une perruque naissante. - -— 12-13, intérieur et extérieur d'une perruque d'abbé.—AA, la tonsure. - -— 14-15, intérieur et extérieur d'une perruque à la brigadière.—AA, -les boudins. B, la rosette. - -— 16, boudins de la même perruque. - -— 17, rosette.—AA, les cordons. - -[120] _Le mode françois_, p. 418. - -[121] Voy. BONAV. D'ARGONNE, _Mélanges de littérature_, t. III, p. -443.—_Dictionnaire de Trévoux_, t. II, p. 444. - -[122] _Chronique_, liv. I, année 1417; édit. Douët-d'Arcq, t. III, p. -228. - -[123] Édit. de 1881, tome II, p. 275. - -[124] Repoussait. - -[125] _Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_, t. I, p. -181. - -[126] _Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_, t. I, p. -221. - -[127] Voy. TH. RAYNAUD, _De pileo_, dans Grævius, _Thesaurus -antiquitatum_, t. VI, p. 1230. - -[128] Voy. _Extrait inédit des mémoires du baron de Breteuil_, dans -Éd. FOURNIER, _Variétés historiques_, t. X, p. 107. - -[129] _Les bienséances de la conversation entre hommes_, p. 10. - -[130] Antoine DE COURTIN, édition de 1695, p. 126. - -[131] Abbé DE BELLEGARDE, _Modèles de conversations pour les personnes -polies_ (1723), p. 484. - -[132] _Mémoires_, 28 août 1738; t. II, p. 201. - -[133] J. B. DE LA SALLE, _Les règles de la bienséance et de la -civilité chrétienne_, p. 54. - -[134] _Histoire amoureuse des Gaules_, édit. elzévir, t. Ier, p. 47. - -[135] _Traité de la civilité_, p. 19 et 21. - -[136] _La contre-mode_, p. 78 et suiv. - -[137] _Traité de la civilité_, p. 104. - -[138] Antoine DE COURTIN, p. 14 et 104. - -[139] _Mémoires de Sully_, édit. de l'abbé de l'Écluse, t. II, p. 603. - -[140] _Mémoires de Loménie de Brienne_, t. II, p. 168. - -[141] Voy. le _Dictionnaire de Trévoux_, t. VII, p. 517. - -[142] Duc DE LUYNES, _Mémoires_, 27 décembre 1735; t. I, p. 55. - -[143] Duc DE LUYNES, _Mémoires_, 18 octobre 1736; t. I, p. 112. - -[144] Voy. une lettre de mad. DE SÉVIGNÉ du 26 mai 1683, t. VII, p. -238. - -[145] Mad. DE GENLIS, _Étiquette de la cour_, t. I, p. 187. - -[146] Le placet était un large tabouret. J. Nicot le définit ainsi: -«Façon de petit siége sans dossier ni accoudoir.» (_Thrésor de la -langue françoise_, édition de 1621, p. 483.) On trouve un de ces -siéges représenté dans les _Blasons domestiques_ de Gilles CORROZET, -édit. de 1539. On enviait fort le droit au placet à l'époque où -l'étiquette de la cour tenait assises par terre les plus grandes -dames. Le placet est encore cité dans _le Lutrin_: - - En achevant ces mots, cette amante enflammée - Sur un placet voisin tombe demi pâmée. - - (CHANT II.) - -[147] _Nouvelles tragi-comiques_, édit. de 1727, t. II, p. 96. - -[148] Acte II, sc. 1. - -[149] MOLIÈRE, _l'Impromptu de Versailles_, remercîment au Roi. - -[150] _Lettres_, t. III, p. 219. - -[151] Paris, 1639, in-12. Réimprimé en 1681. - -[152] Paris, 1675, in-12, p. 352. - -[153] _Mémoires de Grammont_, chap. III. - -[154] Louis GUYON, _Diverses leçons_ (1625), t. II, p. 138, liv. I, -ch. XX. - -[155] Voir le _Journal d'Héroard_, t. I, p. 49 et 380. - -[156] A la tempe. - -[157] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. IV, p. 335. - -[158] _La contre-mode_ (1642), p. 373. - -[159] Page 27. - -[160] _Suite des maximes morales et chrestiennes_, p. 22. - -[161] _Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps_, p. -16. - -[162] _Mémoires de madame la duchesse de Mazarin_, dans les Œuvres de -Saint-Réal, t. III, p. 577. - -[163] Voy. _La faiseuse de mouches_, dans le recueil cité ci-dessus. - -[164] _La mouche et la fourmi_, liv. IV, fable 3. - -[165] _Livre commode_, t. II, p. 76. - -[166] Madame de GENLIS, _Mémoires_, t. IX, p. 222. - -[167] Madame de GENLIS, _Dictionnaire des étiquettes_, t. I, p. 406. - -[168] D'AUBIGNÉ, _Tragiques_, liv. II, édit. Réaume et de Caussade, t. -IV, p. 94. - -[169] Poudre parfumée. - -[170] _Description de l'isle des Hermaphrodites_, édit. de 1724, p. 10. - -[171] _Journal du règne de Henri IV_, 8 décembre 1593. - -[172] André Boullanger, religieux Augustin. - -[173] TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 333. - -[174] _Le satyrique de la court_ (1624), dans Éd. FOURNIER, _Variétés -historiques_, t. III, p. 253. - -[175] L. GUYON, _Diverses leçons_, t. II, p. 137. - -[176] Madame DE GENLIS, _Dictionnaire des étiquettes_, t. II, p. 68. - -[177] _Vers à la Fronde sur la mode des hommes._ - -[178] _Vengeance des femmes contre les hommes, satyre nouvelle contre -les petits-maîtres_, 1704, in-8º. - -[179] Voir un arrêt du 4 juillet 1689, rendu contre Jean Fournereau -et Jean Furon, marchands merciers, chez qui on avait saisi «un grand -mortier et quatre tamis à battre et passer la poudre à poudrer les -cheveux».—Un autre arrêt, daté du 9 juillet 1715, est plus explicite -encore. - -[180] Voir un arrêt du 18 mai 1726, qui confirme le droit accordé aux -barbiers par leurs statuts de «faire fabriquer chez eux des poudres, -savonnettes, opiats, essences, quintessences, pâtes, etc.», mais à la -condition que tous ces produits seront «pour leur usage particulier et -consommés dans leurs boutiques et maisons, sans qu'il leur soit permis -d'en pouvoir vendre et débiter, ni même d'en faire étalage à leur -boutique.» - -[181] L'article 33 des statuts des amidonniers-cretonniers leur -interdit de vendre l'amidon en poudre, leur défend même d'«avoir aucun -outil ou ustensile propre à réduire l'amidon en poudre». - -[182] MERCIER, _Tableau de Paris_, ch. CVII, t. V, p. 131. - -[183] _Le mode françois_, p. 419. - -[184] Voir MERCIER, _Tableau de Paris_, t. I, p. 100.—«Tel aristocrate -dépensait en farine autant pour ses cheveux que pour son estomac.» -_Nouveau Paris_, t. II, p. 156. - -[185] _État de la France en 1789_, p. 510. - -[186] _Histoire du costume en France_, p. 619. - -[187] _Statuts et règlemens pour la communauté des -Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes de la ville, fauxbourgs et -banlieuë de Paris._ In-4º. Souvent réimprimés. - -[188] Article 1. - -[189] Article 3. - -[190] Article 9. - -[191] Article 8. - -[192] Voy. dans cette collection: _L'annonce et la réclame_. - -[193] Bibliothèque nationale, manuscrits DELAMARRE, _Arts et métiers_, -t. IV, p. 59. - -[194] Article 44. - -[195] Article 46. - -[196] Article 14. - -[197] Elles étaient autorisées à continuer le commerce de leur mari. - -[198] Article 17. - -[199] Article 48. - -[200] Arrêt du 29 novembre. - -[201] Arrêt du 16 septembre.—C'est encore le chiffre que fournit -Savary en 1740. Voy. _Dictionnaire du commerce_, t. II, p. 424. - -[202] Article 26. - -[203] Article 28. - -[204] Articles 29, 30, 39. - -[205] Article 55. - -[206] Article 47. - -[207] Article 54. - -[208] Article 42. - -[209] Article 60. - -[210] Article 58. - -[211] Article 59. - -[212] Voy. FORGEAIS, _Numismatique des corporations_, p. 93. - -[213] Article 21. - -[214] Aujourd'hui rue Nicolas-Flamel. - -[215] Aujourd'hui rue Chapon. - -[216] DE FRANQUEVILLE, _Le miroir de l'art et de la nature_, p. 197. - -[217] Tome I, p. 183. - -[218] SAUVAL, _Antiquitez de Paris_, t. II, p. 146 et 245. - -[219] _Mémoires sur la vie de madame de Sévigné_, t. II, p. 39. - -[220] «Je suis trop raisonnable pour trouver étrange que, la veille -d'un départ, on couche chez des baigneurs.» _Lettre de madame de -Sévigné à Bussy_, 26 juin 1655. - -[221] Acte I, scène 5. - -[222] _Mémoires_, édition de 1881, t. I, p. 499. - -[223] La Vienne, devenu gentilhomme ordinaire de la maison du Roi, -mourut en 1710, à l'âge de quatre-vingts ans. Il fut remplacé par son -fils Champcenetz, qui avait depuis longtemps la survivance de cette -charge. Voy. le _Journal_ de Dangeau, 13 mars 1702, t. VIII, p. 351; -et 12 août 1710, t. XIII, p. 225. - -[224] _État de la France pour 1672_, t. I, p. 92. - -[225] _Le livre commode pour 1692_, t. I, p. 182. - -[226] HURTAUT et MAGNY, _Dictionnaire historique de Paris_, t. I, p. -513 et 517. - -[227] Madame de GENLIS, _Mémoires_, t. I, p. 256. - -[228] MEURISSE, _L'art de saigner_, p. 382. - -[229] Comte de REISET, _Livre-Journal de madame Éloffe_, t. I, p. 250. - -[230] Madame CAMPAN, _Mémoires_; éclaircissements historiques, t. II, -p. 323. - -[231] Madame CAMPAN, _Mémoires_, ch. IV, t. I, p. 104. - -[232] Voir une curieuse anecdote racontée par LONGCHAMP et WAGNIÈRE, -_Mémoires sur Voltaire_, t. II, p. 119 et suiv. - -[233] Tome I, p. 128. - -[234] Édit. elzévirienne, p. 196. - -[235] JÈZE, _État ou tableau de la ville de Paris_, p. 336. - -[236] Paris, 1754, in-8º, p. 187. - -[237] THIÉRY, _Guide des amateurs et des étrangers_, t. II, p. 136. - -[238] Voy. les _Mémoires secrets_ dits de Bachaumont, 18 juin et 16 -juillet 1785, et 10 septembre 1786; t. XXIX, p. 79 et 121; t. XXXIII, -p. 19. - -[239] THIÉRY, _Guide des amateurs et des étrangers_, t. II, p. 133 et -suiv. - -[240] Voy. _l'Encyclopédie méthodique_, arts et métiers, t. VI, p. -311.—Voici l'explication des lettres de renvoi qui figurent sur la -planche ci-contre: - - FF passages, - GG escaliers pour monter au premier, - H aisances, - M chambres de bains, - N chambres à lit, - O chaudière, - R fourneau, - S dessous du fourneau, - T baignoires, - V lits, - XX réservoirs, - c logement du concierge, - dd lingerie des hommes, - gg lingerie des femmes, - hh fond du bateau. - -[241] THIÉRY, _Guide des amateurs_, etc., t. I, p. 286; t. II, p. 593 -et 595. - -[242] _Historiettes_, t. V, p. 412. - -[243] _Muze historique_ du 12 novembre 1658. - -[244] Après sa mort, une comédie, intitulée _Champagne le Coiffeur_, -fut représentée sur le théâtre du Marais. Elle a été publiée en 1663. - -[245] Tome II, p. 117. - -[246] _Lettre_ du 4 avril 1671; t. II, p. 143. - -[247] Tome II, p. 41. - -[248] Voy. madame de GENLIS, _Mémoires_, t. II, p. 224. - -[249] Il finit aussi malheureusement que Champagne. Il mourut étouffé, -en 1770, aux fêtes données à l'occasion du mariage du Dauphin. Voir -les _Mémoires secrets_ dits de Bachaumont, 4 juin 1770, t. XIX, p. 187. - -[250] Il avait été cuisinier chez le marquis de Bellemare; c'est -Legros lui-même qui nous l'apprend, et il ajoute: «J'ai fait un livre -de cuisine qui n'est point imprimé, parce que je n'ai point encore eu -le temps de le finir.» - -[251] _Pour les Coëffeurs de dames de Paris contre la communauté des -maîtres Barbiers-Perruquiers-Baigneurs-Étuvistes._ - -[252] _Mémoires secrets_, t. IV, p. 184. - -[253] _Mémoires secrets dits de Bachaumont_, 5 septembre 1777, t. X, -p. 213.—La somme de six cents livres fut réduite à trois cents par -arrêt du conseil du 9 avril 1778. Voy. _Recueil de règlemens pour les -corps et communautés d'arts et métiers_, 1779, in-4º, p. 193 et 248. - -[254] Paris, 1777, Supplément, p. 15. - -[255] Voy. les gravures de modes conservées à la Bibliothèque de la -Ville de Paris et à la Bibliothèque nationale; et, pour les années -1785 à 1788, le _Magasin des modes_. - -[256] _Modèles de conversations pour les personnes polies_, p. 454. - -[257] 26 avril 1774, t. VII, p. 165. - -[258] _Quatrième mémoire à consulter_, p. 111. - -[259] Voir la _Correspondance secrète_ de Métra, 9 janvier 1775, t. I, -p. 158. - -[260] _Les panaches ou les coëffures à la mode_, comédie en un acte. -Paris, 1778, in-8º. - -[261] _Mémoires_, ch. IV, t. I, p. 96. - -[262] BACHAUMONT, 6 novembre 1778, t. XII, p. 154. - -[263] «Il est de la modestie et de l'honnêteté de ne pas toucher ses -cheveux sans nécessité. C'est pourquoi il n'y faut mettre que très-peu -de poudre, parce que la trop grande quantité engendre de la vermine, -qui engage quelquefois les jeunes gens à imiter certaines dames qui -frappent la tête avec le doigt dans les endroits où cette vermine se -fait sentir.» J. B. DE LA SALLE, _Règles de la bienséance_, p. 8. - -[264] MERCIER, _Tableau de Paris_, chap. CCCXXXIX, t. IV, p. 212. - -[265] On appelait _marron_ une grosse boucle de cheveux ordinairement -nouée avec un cordon. _Marronner_, c'était friser à grosses boucles; -le mot est dans Littré. - -[266] _Mémoires d'un voyageur qui se repose_, t. III, p. 42. - -[267] MERCIER, _Tableau de Paris_, t. II, p. 192. - -[268] _Tableau de Paris_, t. VI, p. 46. - -La gravure de Cochin, que nous reproduisons ci-contre, prouve que -toutes les boutiques de barbiers ne ressemblaient pas à celle décrite -par Mercier. Voici l'explication des lettres de renvoi: - - _a_, garçon occupé à faire la barbe. - _b_, garçon occupé à accommoder une perruque. - _c_, une femme occupée à tresser. - _d_, deux ouvriers occupés à monter des perruques. - _e_, un ouvrier occupé à faire chauffer des fers à friser. - _f_, particulier qui ôte la poudre de dessus son visage. - -[269] 26 juin 1780, t. XV, p. 210. - -[270] _Mémoires_, chap. IV, t. I, p. 100. - -[271] Duc DE CHOISEUL, _Relation du départ de Louis XVI_, p. 69 et -suiv. - -[272] _Libellus de moribus in mensa servandis, Joanne Sulpitio -Verulano authore. Cum familiarissima et rudi juventuti aptissima -elucidatione gallicolatina Gulielmi Durandi._ Comme tous les traités -de civilité, celui-ci est d'une extrême rareté. L'édition dont je me -suis servi est celle de 1577 (Paris, Buon, in-12). - -[273] _Coma._ - -[274] _Scabies._ - -[275] La première édition de ce livre parut à Bâle en 1530, sous ce -titre: _De civilitate morum puerilium, per Des. Erasmum nunc primum et -conditus et æditus._ - -[276] _Declamation contenant la manière de bien instruire les enfans -dès leur commencement. Avec un petit traicté de la civilité puérile._ -Le tout translaté nouvellement de latin en françois par Pierre SALIAT. -Paris, Simon de Colines, 1537, in-12. - -[277] Le mot _aucunement_ signifiait alors un peu, en quelque façon, -etc. C'est la traduction littérale du latin _aliquatenus_. - -[278] _Catoblepæ_, petits animaux originaires d'Éthiopie, et dont le -regard tue; aussi ont-ils soin de tenir toujours la tête baissée. -C'est Pline qui affirme tout cela (lib. VIII, cap. XXXII). - -[279] Le derrière de la tête. Le texte porte _sufficare occipitium_. - -[280] _Motacillarum_, des hochequeue. - -[281] Lieux d'aisances. - -[282] C'est la traduction brutale mais exacte du mot _oletum_. - -[283] _La civile honesteté pour les enfans_, par C. CALVIAC. Paris, -1560, in-12.—Calviac ne cite pas le nom d'Érasme, et on l'a jusqu'ici -regardé comme l'auteur de cette plaquette très-rare, dont un -exemplaire a été vendu 505 francs à la vente Pichon. C'est la première -Civilité qui ait été imprimée avec les caractères dits _de civilité_. - -[284] _La civilité morale des enfans, composée en latin par Érasme, -traduicte en françois par Claude Hardy, parisien, eagé de neuf ans._ -Paris, Jean Sara, 1613, in-8º.—La dédicace au Roi se termine ainsi: -«Depuis que j'ay eu le bon-heur d'avoir, par un heureux rencontre, -parlé à vostre Majesté dedans vostre jardin des Thuilleries, par deux -diverses fois, et après avoir remarqué tant de rares perfections que -le ciel prodigue a thesaurisé en vostre personne, j'ay mille fois -pensé combien est heureuse la condition de ceux qui sont proches de -vous, et sont employez à vostre service, sans esperer jamais de ma -bonne fortune autre chose, sinon que d'avoir l'heur d'estre recongneu -de vous comme celuy qui desire estre toute sa vie, Sire, de vostre -royale Majesté, tres-humble serviteur et subjet, CLAUDE HARDY.» - -[285] Voy. l'_Heautontimorumenos_. - -[286] «Lotium remorari valetudini perniciosum, secreto reddere -verecundum. Sunt qui præcipiant ut puer, cumpressis natibus, ventris -flatum retineat. Atqui civile non est, dum urbanus videri studes, -morbum accersere. Si licet secedere, solus id faciat; sin minus, -juxta vetustissimum proverbium tussi crepitum dissimulet. Alioqui cur -non eadem opera præcipiunt ne alvum dejiciant, quum remorari flatum -periculosius sit quam alvum stringere?» - -[287] Voy. l'_Eunuque_. - -[288] Je ne donne aucun extrait de l'ouvrage suivant, qui n'est qu'une -mauvaise imitation d'Érasme: _La civilité honneste pour l'instruction -des enfans. En laquelle est mis au commencement la manière d'apprendre -à bien lire, prononcer et escrire. A Paris, par Pierre Ménier, portier -de la porte Sainct Victor._ 1625, in-12. - -[289] Dès 1685, cet ouvrage avait eu huit éditions. Il n'en est pas -moins rare. - -[290] Les sonnettes mises en mouvement par des fils de fer ne -remontent pas au delà du règne de Louis XV; mais on avait depuis -longtemps dans les appartements des timbres et des sonnettes posées -sur les tables. - -[291] Le ruisseau étant au milieu de la rue, la politesse voulait que -l'on abandonnât la partie de la chaussée qui bordait les maisons. -C'est ce que l'on appelait _céder le haut du pavé_. - -[292] Souvent réimprimée. - -[293] Dépense en habits, penchant à se vêtir richement. - -[294] Voy. ci-dessus, p. 190. - -[295] Ouvrage qui a eu un nombre considérable d'éditions, et qui se -réimprime encore aujourd'hui. - -[296] Il ne faut pas oublier que l'auteur était «prêtre, docteur en -théologie, et instituteur des Frères des écoles chrétiennes». - -[297] _Pantagruel_, liv. II, chap. XVI. - -[298] Ayant droit de s'asseoir. - -[299] Il y a dans le texte: «Anzi porta una capigliata finta, per il -più tutta ricca e bella.» - -[300] Voyez ci-dessus, p. 26 et suivantes. - -[301] Il y a dans le texte: _Iveram redditum urinam_. - -[302] _Non ausim dicere sine præfatione honoris._ - -[303] _Usui est ad tergendum nates in latrina._ - -[304] _Deinde egressus cubiculo, descendi infra, urinam in aera -reddidi ad parietem._ - -[305] Voyez ci-dessus, p. 163. - -[306] Quoi qu'en disent les stoïciens. - -[307] Pages 28 et 179. - -[308] _Recueil de poësies de divers autheurs._ In-18. Deuxième partie, -p. 4. - -[309] Édition de 1731, t. VI, p. 257. - -[310] _Anciennes poésies françoises_ (bibliothèque elzévirienne), t. -I, p. 84. - -[311] _Anciennes poésies françoises_, t. I, p. 103. - -[312] _Ibid._, t. II, p. 284. - -[313] _Antiquitez de Paris_, t. II, p. 465. - -[314] Rouen, 1615, in-18, p. 24. - -[315] Voy. A. D'EMBRY, _Description de l'isle des hermaphrodites_, p. -10, et GABRIEL DE MINUT, _De la beauté_, p. 145. - -[316] _Mémoires du règne de Louis XVI_, t. II, p. 99. - -[317] LONGCHAMP et WAGNIÈRE, _Mémoires sur Voltaire_, t. II, p. 119 et -suiv. - -[318] _Mémoires du règne de Louis XVI_, t. VI, p. 9. - -[319] _Les merveilles de l'autre monde_, 1665, in-18, p. 65. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - Page - - I 1 - - II 44 - -III 105 - -ÉCLAIRCISSEMENTS 163 - - I EXTRAIT DE LA CIVILITÉ DE JEAN SULPICE 163 - - II EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 165 - - III EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 169 - - IV EXTRAIT DE LA CIVILITÉ D'ÉRASME 173 - - V EXTRAIT DU Nouveau Traité de la civilité qui se pratique - en France parmi les honnestes gens 182 - - VI EXTRAIT DE La civilité puérile et honneste, dressée par - un missionaire 193 - - VII EXTRAIT DES Règles de la bienséance et de la civilité - chrétienne 199 - -INDEX ALPHABÉTIQUE 209 - -ADDITIONS 221 - -APPENDICE 1 - - I EXTRAIT DE LA Civilité DE JEAN SULPICE 6 - - II SUR L'ÉPILATION 9 - - III 12 - - IV 14 - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La vie privée d'autrefois : Arts e - métiers : modes, moeurs, usages d, by Alfred Franklin - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS : *** - -***** This file should be named 56072-0.txt or 56072-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/6/0/7/56072/ - -Produced by Isabelle Kozsuch, Christian Boissonnas and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This file was produced from images generously made -available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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