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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 57719 ***
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+[Les adevineaux amoureux]
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+Pour par chevaliers et escuiers entretenir dames et damoiselles en
+gracieuses demandes et responses et pour joyeusement deviser et passer
+le temps ensemble affin ausi d'eviter oyseuse mere et nourrice de tous
+vices. j'ay tissu un petit livret ou quel j'ay entrechangié pluiseurs
+honnestes demandes et responses que fist nagaires une damoiselle a un
+gentil chevalier sage et courtois touchant le fait et mestier d'amours
+qui n'est pas pou de chose a mener et conduire comme autresfois l'ay
+esprouvé et comme le font de present pluisurs qui par aventure se cestui
+livret avoient veu ilz en seroient plus et mieulx usitez envers les
+dames a respondre et aussi a demander choses honnestes et affreans a
+tout honneur. Et pareillement le chevalier a son tour demande a la
+damoiselle pluiseurs demandes touchant le fait des dames ausquelles la
+damoiselle respond moult sagement et prudentement comme il apperra ou
+procés de ce petit volume. Et pour ce que en commun proverbe se dit que
+en moult de parolles ne deffault vice et aussy que esdittes demandes et
+responses y seront mises pluiseurs dictions et mos qui sembleront
+deshonnestes a aucunes par quoy ilz paraventure vouldront blasmer cest
+euvre. je leur prie qu'ilz ayent regard au premier impositeur d'iceulx
+lequel n'en eust aucune honte de les ainsy nommer. Et aussy que toutes
+choses qui sont escriptes sont a nostre instruction et doctrine
+escriptes comme nous tesmoingne l'appostre. Pourquoy je supplie a tous
+les liseurs de ceste euvre. et especialement aux dames que desplaire ne
+leur veuille. Et s'aucune chose y a qui leur semble deshonneste et
+vergoingneuse. tournent le fueillet en convertissant leur maltalent en
+risee joyeuse delaissant cest article a une autre qui paraventure comme
+bonne galoise le mettera en euvre et en fera son prouffit. Or me soit
+doncques pardonné. car ceste hardiesse m'a mis en corrage le noble et
+gentil chevalier seigneur de la marche que dieu gard. Et aincoires pour
+augumenter cedit traittié m'a de sa grace donné aucunes demandes et
+responses moult honnestes dont je l'en remercie.
+
+Honneur aux dames.
+
+
+
+
+ La damoiselle demande.
+
+Sire chevalier puis que temps et loisir avons de deviser afin aussi pour
+mieulx et plus sagement gouverner et conduire ma gentillesse en honneur/
+je vous supplie et requiers que me dittes tout premierement qui est la
+cause pourquoy on aime.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle moult grant chose me demandez mais a vostre correction et
+desplus sages et experimentez je treuve qu'ilz sont quatre manieres de
+desirs desquelz les poursuivans amours usent diversement. Le premier des
+desirs est de grant pris car on aime une dame ou damoiselle pour d'elle
+aprendre et mieulx valoir et pour le tresgrant bien et honneur qui est
+en elle et par ce acquerre honneur et pris. Le second desir qui est
+honneste est que on aime s'amie ou la damoiselle son ami pour avoir a
+mariage qui est saint estat Le tiers qui est lait et deshonneste est
+quant aucun aime pour attraire prouffit et gaing de sa partie Et le
+quart qui est naturel est quant on aime sa partie pour joyr a sa volenté
+et plaisance
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier lequel de ces desirs est le plus honneste et vault le
+mieulx.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle le primier vault trop mieulx des autres car toutes manires de
+gens pevent amer par cellui desir sans en aucune manire meffaire.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande en fleur de gentillesse lequel vous
+ameriez le meulx ou a joyr de voz amours sans desirer/ ou a desirer sans
+joir.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle a les desirer sans en joir. Car nul ne puet savoir la grande
+vertu qui est en amours s'il n'a avant eu et sentu l'aguillon de loyal
+desir.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires vous demande lequel vous aimeriez mieulx ou a
+faillir a l'amour de vostre amie pour doubte que on ne s'en apperceust
+et par aventure qu'elle en peust estre blasmee ou a en joir par tel si
+qu'elle en demourast en celle aventure.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle trop mieulx aimeroie a faillir de la joissance de son amour.
+Car je ne puis ne ne doy estre avanchié la ou madame en amours fust en
+riens amoindrie de son honneur.
+
+ La damoiselle.
+
+Sage chevalier or me dittes lesquelles deux choses sont qui plus nuisent
+et font de mal en amours aux vrays et loyaux amans.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle a mon aviz ce sont desir et paour. Car desir esmeut tousjours
+l'amant a requerir sa dame de merci. Et la paour qu'il a d'estre
+escondis l'esbahist telement qu'il n'ose ne scet parler a elle quant il
+s'i treuve.
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier je vous demande par contraire. qui sont les deux choses
+qui plus de bien font en amours aux vrais amans.
+
+ Le chevalier.
+
+Certainement damoiselle ce sont souvenir et esperance. Car le souvenir
+lui met audevant la grande beauté et les grans biens qu'il a veus et
+trouvez en sa dame. Et esperance lui promet qu'elle aura de lui mercy.
+
+ La damoiselle.
+
+Aincoires vous demande sire chevalier que me dittes qui sont les trois
+choses qui plus font durer amours entre amant et amie
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je croy que ce sont sens loyauté et bien celer. Car sens
+aprent a bien et honneur savoir. Loyauté lui fait loyaument perseverer.
+Et bien celer tient les vrais amans soubz lui pour estre plus secrez.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier dittes moy en riant dont jalousie puet venir aux vrais
+amans.
+
+ Le chevalier.
+
+Je cuide damoiselle qu'elle leur viengne de tresloyaument et de
+tresardanment amer. Car pou ou nul puet amer sans estre jaloux ou
+jalouse.
+
+ La damoiselle.
+
+Et ceste jalousie dont nous parlons sire chevalier. puet elle faire
+aucun bien en amours.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle oyl entant que les amans en deviennent plus secrés et
+mieulx celans et mettent paine a eulx sagement garder de faire chose qui
+desplaise a cellui ou a celle que on aime/ et ainsi en ceste chose est
+jalousie bonne et non autrement.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande se vous amiez une damoiselle laquele
+demourast en aucune loingtaine contree/ et vous alaissiez par dela
+lequel ameriez vous mieulx ou que vous la trouveissiez mariee a aucun/
+ou qu'elle fust de ce monde trespassee.
+
+ Le chevalier
+
+Trop mieulx l'ameroie trouver trespassee de ce monde. Car combien que
+moult de paines et de melencolies en eusse a l'oublier aumoins je n'en
+verroye point joyr ung autre laquelle chose se mariee estoit force me
+seroit veoir et souffrir qui aincoires piz me feroit.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande en quel temps les amans prendent
+plusgrant delit ou en recordant en eulx la beauté sens et honneur qu'ilz
+ont veu en leurs dames ou quant ilz les voient presentement.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je croy que c'est en recordant les graces et vertus de leurs
+dames/ Car quant l'amant voit sa dame en amours il est si souspris et si
+ravys de son amour et beauté que en sa penssee n'a nul arrest mais aprés
+quant il est absent et il pensse et remire en soy la grande beauté et
+les vertus d'elle et l'onneur dont elle est aornee il rechoit une leesse
+et plaisance en son cuer que ce lui est une seconde gloire et n'est
+homme qui le peust penser se esprouvé ne l'a
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincorres vous demande se vous aviez un vostre bien amé
+compaignon lequel sceust tous vous secrez et vous pareillement les siens
+et entre vous deux amissiez une damoiselle lequel ameriez vous mieulz
+s'il convenoit qu'il fust ou que vous prensissiez s'amie a femme en
+mariage ou qu'il prensist la voustre.
+
+ Le chevalier
+
+Damoiselle trop mieulx aimeroie qu'il preist la mienne. Car se je
+prendoie s'amie je lui ferroie desloyauté qui me tourneroit en vice et a
+villonnie laquele j'aime mieulx qu'il le me face que moy a lui combien
+qu'il m'en desplairoit moult et me tourneroit a grant tourment de le
+souffrir.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoisselle
+dont chascun d'eux cuide estre le mieulx amé. Or avient que eulx deux
+sont ung jour a une dansse et la damoiselle ou milieu laquele porte sur
+son chief un chapel de roses et l'un des compaignons aussi en porte un
+autre La damoiselle bien aprise prent le sien de dessus son chief et le
+met sur le chief de cellui qui point n'en a. Et tantost prent l'autre
+chappel de dessus le chief de cellui qui apporté l'avoit a la feste et
+le met sur son chief. Or vous demande auquel la damoiselle monstre le
+plusgrant signe d'amour.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle elle monstre plusgrant signe d'amour a cellui duquel elle
+prent le chappel de dessus son chief. Car le prendre monstre signe de
+fiance et d'amours. et le donner est une courtoisie que toutes dames
+pevent faire sauve leur honneur.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoiselle/
+et chascun d'eux lui requiert avoir guerredon de son service. La
+damoiselle veuillant user de courtoisie ottroye a l'un qu'il prengne
+d'elle ung seul baisier. Et de l'autre elle sueffre qu'il l'accole tant
+seulement. Or vous demande auquel elle monstre plusgrant signe d'amour.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle sachiez que c'est a cellui auquel elle ottroye le baisier.
+Car cent milles accolers n'attainderoient pas a un baisier ottroyé d'une
+dame en amours.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires vous demande en toute honnesteté que me dittes
+se vous aviez une dame en amours et vous lui requeriez de son amour tant
+que par sa debonnaireté elle le vous ottroyast par tel couvenant que
+jamais plus ne lui demanderiez aucune chose. se vous accepteriez cestui
+marchié.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle nennil. Car ce ne puet estre que en parfaite amour ait
+fin ne contredit d'aucunes choses que l'un amant puist faire a l'autre
+sauve son honneur.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande aincoires une joyeuse demande et
+question. assavoir se vous estiez avec vostre dame d'amours en lieu
+secret du quel vous voz tendriez plus grevé/ ou s'elle vous disoit
+qu'elle eust le cuer dolent de ce que trop vous aimast: ou se elle
+regrettoit ung autre qu'elle eust amé avant vous.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle trop mieulx aimeroie le premier que le second. Car de ce
+qu'elle regretteroit l'amour d'un autre ce me seroit trop grieve chose a
+oyr.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande que me dittes se vous le savez au quel
+des deux grieve plus jalousie ou a l'omme ou a la femme
+
+ Le chevalier.
+
+Certainement dame je croy que jalousie grieve plus a la femme que a
+l'omme et la raison si est pour ce que l'omme est franc et si a
+puissance et seignourie sur femme pour la corrigier et maistroier
+laquele chose n'a pas la femme par dessus l'omme et si puet homme aler
+franchement par tout ou il lui plaist que ne puet la femme pour quoy je
+croy que jalousie lui grieve plus que a l'omme qui est seigneur et
+maistre par dessus elle.
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier dittes moy par courtoisie se vous amiez une dame ou
+damoiselle que de vray vous sceussiez qu'elle ne vous amast point ne
+n'auriez espoir de jamaiz d'elle estre amé et vous eussiez un vostre
+compaignon et bon ami. vouldriez vous qu'il l'aimast et que d'elle fust
+amé.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle point ne vouldroie qu'elle l'amast. Car jamais mon
+cuer ne se pourroit a ce consentir que je veisse un autre joyr de
+l'amour de madame et je en fusse mendiant.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier une joyeuse demande vous veuil demander. Se vous amissiez
+une dame de fine amour lequel ameriez vous le mieulx a avoir d'elle tous
+voz voloirs et plaisirs par tel si que jamais ne la veissiez ne
+parlissiez a elle. ou que la peussiez veoir et a elle parler sans la
+jamais touchier.
+
+ Le chevalier
+
+Damoiselle trop mieulx ameroie a la veoir et parler a elle sans la
+touchier. Car trop seroit chose brutale et grieve a ung homme de estre
+en la compaignie de sa dame sans la jamais veoir ne povoir parler ne
+deviser a elle.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier pour mieulx savoir vostre corrage je vous demande que me
+respondez a une question assavoir se toutes graces estoient a vous a
+donner qui sont en amours et vous n'en peussiez donner a nullui que
+l'une tant seulement laquele donneriez vous a vostre dame en amours.
+
+ Le chevalier.
+
+Dame je lui donneroie loyauté car entre toutes les vertus c'est la plus
+souveraine en amours.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier ilz sont deux gentilz hommes qui aiment une damoiselle.
+desquelz l'un lui requiert de son amour toutes les fois qu'il puet venir
+en place ou il puet trouver la damoiselle mais en elle ne puet trouver
+aucun merci car elle ne l'aime point. Et l'autre escuier ne l'ose
+requerre de son amour et si perchoit tresbien au semblant d'elle qu'elle
+l'aime tresloyaument Or vous demande lequel d'eux vit en plusgrant anoy
+de cuer et en plusgrande merancolie.
+
+ Le chevalier.
+
+Dame je vous respons que ce doit estre cellui qui est escondis de
+s'amie. Car estre escondi de sa dame est la plusgrande angoisse que
+amans puissent recevoir en amours.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires veuil de vous savoir une gracieuse response.
+Ilz sont deux ou trois escuiers qui tous aiment une damoiselle et bien
+scevent tous l'un de l'autre et tant que tous d'un accord ilz vont
+parler a elle pour d'elle savoir auquel d'eux trois elle se vouldroit
+tenir par tel sy qu'ilz laisseront cellui qu'elle choisira en possession
+de l'amour d'elle.
+
+La damoiselle subtile et bien aprise oye la requeste des trois escuiers
+s'aprocha de l'un d'eux et l'estraingny par le doy. Au second marcha sur
+le pied: Et au tiers gyngna de l'ueil. Or vous demande auquel elle donne
+plusgrant signe d'amour.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle cellui a qui elle gingne de l'ueil car l'ueil c'est le
+messagier du cuer et non le doy ne le pied.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier pour rire je vous demande. S'il avenoit que vous amissiez
+dame ou damoiselle de parfaitte amour. et vous seussiez bien que un
+autre l'amast aussy parfaitement comme vous lequel auriez plus chier ou
+que tous deux faillissiez a l'amour d'elle sans jamais y recouvrer/ ou
+que tous deux en eussiez vostre desir et volenté
+
+ Le chevalier
+
+Certes damoiselle trop mieulx ameroie que tous deux y faillissions Car
+plus tost vouldroit languir en sa merci attendant qu'elle fust ainsy de
+son honneur amoindrie.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande se ainsy estoit que ne penssiez avoir
+l'ottroy de l'amour de vostre dame en amours fors par trayson se vous la
+prenderiez ou non
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle oyl. par tele condicion que la trayson ne fust trop ou
+deshonneur d'elle. car cestui vice seroit en aprés pardonnable.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier lequel de deux ameriez vous mieulx ou languir trois ans
+pour vostre amie et puis vous l'eussiez a femme a grande leesse. ou que
+prestement l'eussiez et puis que languissiez troys ans aprés.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle que je languisse les trois ans premierement et puis en
+leesse l'espousaisse. Car grant desplaisir est de commencer chose que a
+joye ne se puisse achever.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande lequel vous ameriez le mieux ou a perdre
+amours par vostre lacheté. ou a les gaignier par trayson.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle a les gaignier par trayson. Car qui aime loyaument ne puet
+faire trayson pour acquerir l'amour de sa dame pour tant que ce ne soit
+tel deshonneur qui lui puisse tourner en reprocche.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier s'il avenoit que vous retournissiez des joustes ou
+tournoy ou d'aucun noble fait d'armes dont raportissiez le pris et
+l'onneur et vostre dame en amour vous demandast qui auroit eu l'onneur
+pour ce jour comment lui responderiez vous sans vous vanter.
+
+ Le chevalier.
+
+Dame je lui diroie qu'elle en auroit eu le pris. Car se vray amant fait
+aucun bien qui lui soit tourné a loenge et honneur le pris en doit estre
+a sa dame pour l'amour de laquele il l'a fait.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier volentiers sauroie de vous duquel il y a le plus ou de
+pensseez en amours/ ou de suspris en cuer jaloux.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle sachiez que en tous deux il en y a grant plenté mais je croy
+qu'il y ait plus de pensseez en amours que en cuer jaloux.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires vous demande quele chose appellent les amans le
+grant bien d'amours
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle c'est le don de merci paré de grase flouri de joye et
+enluminé de playsance.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires me plaist il savoir de vous une demande. ilz
+sont deux damoiselles soeurs toutes d'un sens et d'une beauté desqueles
+vous amez l'une parfaitement et si savez bien que point ne vous aime. Et
+l'autre vous aime de tout son cuer. Or est le cas tel qu'il leur fault
+passer une riviere. mais la fortune est qu'il convient l'une d'elles
+noyer. et en vous est de rescourre et sauver laquele qu'il vous plaist.
+Si vous prie que me dittes laquelle vous sauveriez ou celle qui vous
+aime ou celle qui point ne vous aime
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle je rescourroie celle que j'ameroie. Car ce seroit
+grande desloyauté de laissier perir ce que mon cuer ameroit dont jamais
+il n'auroit joye. Et combien que de present elle ne m'aimast point si
+auroie tousjours espoir que en temps avenir elle auroit de moy pitié car
+espoir est ce qui soustient les amans et non autre
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier je vous demande auquel des deux il convient plus grant
+sens a l'amant/ ou a acquerre amours ou merci de sa dame: ou a garder
+amours et merci quant la dame en a fait l'ottroy.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle a garder amours et merci quant on en a l'ottroy. Car trop est
+prez envie de dangier qui tousjours agaittent les amoureux pour les
+surprendre et empeschier leurs deduis et plaisances.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande laquele amour est plus durable et plus
+aspre ou celle qui se fait de regard sans parler ou celle qui est ditte
+de bouche.
+
+ Le chevalier.
+
+Certainement damoiselle c'est celle que se fait de regard sans parler.
+car les regars amoureux sont aspres et telement penetratis qu'il
+perchent les cuers d'amans et d'amies.
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier aincores convient que me dittes une chose pour la
+conclusion de mes demandes c'est que me dittes lequel vous aimeriez
+mieulx ou que vostre dame en amours fust belle par raison et sage
+oultreement. ou sage par raison et belle oultreement.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous respons que mieulx ameroie qu'elle fust sage
+outreement et belle raisonnablement. Car combien que beauté soit une
+chose moult prisie et moult desiree en amours si le surmonte la vertu de
+senz autant que fait le soleil la clerté de la lune.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires vous demande lequel vit en plusgrant malaise ou
+cellui qui est fins jaloux de s'amie et si en joyst ou cellui qui vit en
+priant merci sans nul ottroy d'amours et sans jalousie.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle cellui qui est jaloux de s'amie et si en joyst. car jalousie
+si est le plus mauvais vice et plus grieve aux amans qui soit entre tous
+autres.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier affin de non plus vous traveillier je metteray fin a mes
+demandes vous remerciant de tout mon possible de voz honnestes et
+gracieuses responses par lesquelles j'ay entencion d'orres en avant me
+mieulx et plussagement conduire ens ou pelerimage d'amours ouquel je
+suis en chemin pelerine que je n'eusse sceu faire sans vostre debonnaire
+conseil. Et outre plus se en moy est aucun passetemps de demandes
+affreans a damoiselle honneste et dignes de responses. je vostre humble
+disciple et chamberiere me submés et offre de mon possible sans riens
+vous en celler sans toutesfois touchier a l'onneur des dames tant soit
+pou. Car je suis icy pour garder leur honneur en tant que en moy en est.
+et aussy sire chevalier je vous sçay si prudent et si discret que a ce
+ne vouldriez touchier/ comme assez l'ay desja esprouvé et congneu.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle trop me donnez de voz loenges et gracieuses parolles mal en
+moy merités. Car chose ne vous ay apris ne monstré que sauve vostre
+grace ne sceussiez aussy bien et trop mieulx que moy ains que les vous
+deisse. mais ce que vous en ay respondu a esté et est du tout a vostre
+noble correction. Et de ce que m'en portez en vostre honneur moult me
+plaist et telement que m'en constraingniez estre a perpetuité vostre
+loyal chevalier en amours. Or damoiselle mais qu'il ne vous ennoye et
+que point ne vous donne de traveil attendu aussy que avons aincoires
+temps assez et lieu couvenable de deviser en maniere de passetemps. Et
+aussy que moult me peseroit le departement d'entre nous je vous requiers
+que me veuilliez satisfaire par voz gracieuses responses a aucunes
+secretes demandes appartenans aux dames et dont entre nous hommes ne
+povons cognoistre se n'est de par vous protestant toutesvoies que ceste
+chose ne fay par arrogance ou presumption ne pour autre male foy ou
+deception fors seulement pour nous entretenir en parrolles joieuses et
+honnestes. ensuivant celles dont m'avez nagaires fait les demandes
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier trop seroie a blasmer de desdaing et d'ingratitude se
+ceste vostre requeste vous escondissoie mais d'une chose vous suplie/
+c'est que prenez en gré mon petit sens femenin et des responses que vous
+feray n'y adjouster grant substance ains le mettés et imputez a mon
+tendre et jone eage. et sur ceste protestacion commenciez quant il vous
+plaira.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle donques pour mieulx me conduire en amours s'il vous plaist
+vous me direz lequel de deux mieulz vauldroit a dame ou damoiselle ou
+qu'elle ottroiast son desir et amour a un escuier de bonne condicion de
+qui elle seroit loyaument amee/ ou qu'elle l'escondist sans y jamais
+povoir recouvrer.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx lui voulroit ottroier son amour que s'escondire.
+car on ne doit trop eslongier un bon ami quant on l'a. combien que nous
+disons qu'ilz sont difficiles a trouver
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous conjure par la poissance du dieu d'amours que me
+dittes se oncques vous feistes la sourde oreille quant aucun escuier
+vous requeroit de vostre amour pour doubte que ne mesprissiez en vostre
+response.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier espoir que oyl. Car la honte que j'avoye et paour de non
+adressier a homme secret et loyal me faisoit l'oreille sourde et la
+bouche mue.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande le quel entre vous dames vous prisiez le plus
+ou homme attrempé sage et non gaires bel. ou cellui qui est cointes
+jolis euvoisiez et plaisans et non gaires prudent
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier trop plus est a prisier l'escuier attrempé sage et a
+mesure que le bel non prudent. Car jamais n'a lieu vice devant vertu.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande laquelle femme aime le mieulx ou celle qui
+prent ou celle qui donne.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je croy que ce soit celle qui donne. Car nul sage escuier
+ne doit avoir fiance en amour de femme. ne par contraire damoiselle en
+amour d'homme qui tend a avoir prouffit de la personne qu'il aime et
+mesmes est un vice moult reprochable et deshonneste.
+
+ Le chevalier
+
+Damoiselle aincores veul de vous savoir lequel vous ameriez mieulx a
+avoir de voz amours ou joye et deduit qui tantost fauldroit. ou avoir
+bon espoir d'elles sans parfaittement en joyr.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier trop mieulx ameroie avoir de mes amours bon espoir sans
+en parfaitement joyr que d'en joyr et tantost faillir. Car la couronne
+d'amours est de le savoir contenir et servir.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande le quel de deux mieulx ameriez ou a oyr dire
+moult de maulx de vostre amy et vous y trouvissiez moult de biens. ou
+que vous oyssiez dire moult de biens de lui et vous y trouvissiez mal.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier a ceste vostre demande en est la response moult clere.
+Car trop mieulx ameroie oir dire mal de mon ami par tel si que je y
+trouvasse des biens que le contraire. On dist que tout noble et vaillant
+cuer ne se doit arrester aux parrolles volans. mais seulement a
+l'experience/ et a ce je m'en tiens.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle puis que en vous treuve si parfaitte prudence aincoires veuil
+de vous savoir se en bone amour n'eut onques fin.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires plus avant vous veuil bien dire que en bonne
+amour n'eut onques commencement et si croy fermement que en elle jamais
+n'aura fin. ains a esté et est et sera avec dieu pardevant tous les
+siecles et est de present entre dieu et les hommes et si durera
+pardurablement.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle pour ce que diversement est entre les hommes parlé d'amours
+l'un en le blasmant l'autre en la loant je vouldroie volentiers savoir
+de vous duquel il y a plus en amours ou de bien ou de mal.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier quoy que l'en die d'amours trop plus y a de bien que de
+mal envers ceulx qui s'en scevent entremettre. Car nul ne porroit tant
+de mal endurer en la queste d'amours que un tout seul bien ne l'en
+puisse guerdonner et enrichir.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle combien que n'ayez aincoires esté mariee je vous demande se
+vous amiez bien parfaitement un escuier/ duquel pareillement vous
+fussiez bien amee. lequel dueil passeriez vous plus legierement/ ou se
+vostre ami se marioit a une autre damoiselle ou s'il morroit.
+
+ La damoiselle.
+
+Certainement sire chevalier se si parfaitement l'amoie comme vous dittes
+mieulx ameroie qu'il morrust/ que qu'il se remariast a une autre de moy.
+Car trop dure chose me seroit a porter veoir autrui joyr de cellui en
+qui j'auroie du tout mis mon cuer et ma beneureté.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle aincoires veuil de vous aprendre une chose de laquele
+paraventure aincoires n'avez eu besoing. C'est que se un escuier et une
+damoiselle aiment l'un l'autre parfaitement/ et il avient que un autre
+escuier requist la damoiselle de son amour je vous demande se elle le
+doit dire a son ami ou non.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier bien est vray que onques de ceste chose n'eus affaire.
+mais tant vous dy que la damoiselle le doit dire a son ami voire se elle
+le scet sage et discret autrement non. Car entre deux amans ne doit
+nulle rien estre celee ne aussy de femme a mary.
+
+ Le chevalier.
+
+France damoiselle se ainsi fust que tenissiez loyales amours en voz
+mains je vous prie que me dittes que vous en feriez.
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier sachiez que sans aucun delay je les metteroie ou cuer de
+mon amy. car ailleurs ne les pourroie mieulx mettre a mon avantage et
+honneur.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle lequel des deux ameriez vous mieulx ou que sceussiez toutes
+les pensseez de vostre ami ou qu'il sceust toutes les vostres
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx ameroie savoir toutes les pensseez de mon ami
+qu'il sceust les miennes.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle trop mieulx ameroie savoir celles de madame affin que
+je fusse certain de l'amour dont elle m'aimeroit.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande laquele des deux fait mieulx a prisier ou
+celle qui oncques n'ama par amours ou celle qui tout son temps a amé
+sans loyauté.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je tiens que plus fait a prisier la dame qui onques n'ama
+Car s'elle n'aime et n'a en elle aucune des vertus d'amours. aussi n'a
+elle le grant vice de desloyauté qui est moult a vituperer en dame.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle aincoires vous demande de quoy les amans doivent avoir
+plusgrant doubte ou d'estre escondis quant ilz prient leur dame. ou
+quant l'ottroy leur en est fait qu'ilz ne le perdent.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je croy qu'ilz ont plusgrant doubte de le perdre. Car on
+doit plus resongnier a perdre la chose acquise que celle dont n'a
+aincoires eu la possession.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle de vous convient que aincoires saches duquel vous avez plus
+usé en amours/ ou de semblant sans corrage/ ou de cuer sans semblant.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je croy que ç'a esté de semblant sans corage. combien que
+ceste chose vous dy bien a regret/ mais riens ne vous puis celer/ car
+promis le vous ay.
+
+ Le chevalier.
+
+Ma treshonnouree damoiselle je vous ay demandé de moult diverses
+demandes ausqueles moult honnestement et sagement m'avez respondu dont
+trop a jamais ne vous en sauroie remercier ne satisfaire en cas pareil
+ne en semblable. si n'ay pour tout vostre guerdon autre gaige a vous
+donner que mon cuer lequel je vous presente a tenir prisonnier a vostre
+obeissance. Et pour ce que point ne me enuie d'estre emprés vous et
+aussy que temps avons aincoires assez de deviser et de passer temps je
+vous supplie que me veuilliez aprendre et faire sage d'aucunes doutes
+que j'ay en mon cuer touchant les personnes des amans et que c'est
+d'amours.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier trop exauchiez mon ygnorance de me donner loenge non
+deservie. Car en moy n'a aincoires eu gaires d'experience ne de
+cognoissance de pluseurs choses es fais d'amours et ce a cause de ma
+tendre jonesse/ mais pour ce que promis le vous avoye a mon povoir tenu
+le vous ay. si vous prie que les ayez et prisiez tant qu'elles valent et
+non plus. et de ce que m'avez a demander j'en responderay a mon povoir/
+et savoir qui n'est gaires grant/ si commenciez quant il vous plaira.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qu'est en amours le dart villain.
+ com plus me fiert et je plus l'aim.
+ Que plus me bat villainement.
+ plus l'endure legierement.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est faulz semblant.
+
+ Le chevalier.
+
+ Aux vrais amans qui aiment hault.
+ Quele chose est que mieulx leur vaulx.
+ et au besoing plus tost leur fault.
+
+ [La damoiselle.]
+
+C'est beau parler.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qui est d'amours mere et nourrice.
+ com plus est noble et plus est nice.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est la pensee.
+
+ Le chevalier.
+
+ Quele est l'enseigne par dehors
+ qui plus monstre l'amour du cuer
+
+ La damoiselle.
+
+C'est muer couleur.
+
+ Le chevalier.
+
+ Quele est la seignourie.
+ que l'amant puet avoir.
+ Sans peur sans tricherie.
+ sans joye et sans espoir.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est estre amé qu'on n'en scet riens
+
+ Le chevalier.
+
+ De quoy puet plusgrant bien venir.
+ en vie d'amours maintenir.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est soy maintenir sagement.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qu'est en amour la courtoisie
+ moins prouffitable et plus prisie.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est estre accolez sans baisier.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qui est une autre courtoisie.
+ que nul ne rechoit qui en rie.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est courtois escondit.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qu'est le moindre don qu'amours face.
+ qui plus conforte et plus solace.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est doulz regart.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qui fait aux fins amans joyr
+ de ce de quoy ilz ont desir.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est courtoisie.
+
+ Le chevalier.
+
+ Qui fait amours long temps durer.
+ et enforcer et embrachier.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est joye et leesse.
+
+ Le chevalier.
+
+ Quele chose esse qui monstre en fin.
+ le faulx cuer et aussy le fin.
+ Car en faulz cuer l'amour descroit
+ et ou fin cuer double et si croist.
+
+ La damoiselle.
+
+C'est par monstrer dangier.
+
+ Le chevalier.
+
+ Par quel semblant et par quel touche.
+ cognoist on sage dame en bouche
+
+ La damoiselle.
+
+C'est par la response qu'elle fait
+
+Sire chevalier moult de joyeuses demandes m'avez faites ausqueles assez
+simplement et en brief je vous ay respondu si me pardonnez que si
+ruidement l'ay couchié/ car mieulx ne le sçay. et on dist encommun que
+qui fait le mieulx qu'il scet et qu'il puet on lui doit pardonner Or me
+pardonnez doncques/ et me satisfaittes a aucunes doubtes sur certaines
+demandes que aincoires vous veuil demander esqueles je croy vous estre
+expert mieulx que ne soyons entre nous femmelettes et n'ayez en desdaing
+ou despit quant si franchement vous empesche/ mais autant en avez de moy
+quant temps et lieu le vous semondront
+
+ Le chevalier.
+
+Gentille damoiselle moult me plaist la franchise que dittes prendre et
+avoir sur moy/ car bien le povez dire et faire a vostre bon plaisir
+comme il vous poura aparoir cy aprés. Or commenciez quant vous plaira et
+je de mon petit sens et sans riens vous en celer diray a la france
+margarite ce que en moy en est
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie
+d'estre dix fois en sa compaignie a vostre volenté et jamais plus n'y
+deussiez estre se vous les prenderiez en brief temps ou se vous
+attenderiez longuement.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle sachiez que je en prenderoie aucunes prestement et les autres
+garderoie. Car se je les avoie toutes prinses a une fois je devroie
+estre dolant quant si legierement auroie despendu les biens que madame
+m'auroit de sa grace otroiez et n'y porroie plus recouvrer.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie de
+couchier avec elle par tel sy qu'elle deust avoir sur vous un souhait
+tel qu'il lui plairoit lequel ameriez vous mieulx ou qu'elle le prist a
+vostre couchier. ou a vostre lever.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle mieulx ameroie qu'elle le preist au couchier. Car puis
+qu'elle m'aroit ottroié tele grace que d'estre la nuit emprés elle je
+pourroie bien penser que son souhait ne seroit point contraire a ma
+volenté. mais a mon avantaige et honneur.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous veuil demander une joyeuse demande. c'est lequel
+vous ameriez le mieulx se vous teniez vostre dame par amours en lieu
+secret ou qu'elle fust vestue des plus precieux habis du monde ou que la
+tenissiez nue entre deux sacs.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle a ceste demande a beau choix. car trop mieulx l'ameroie nue
+entre deux sacs que vestue des plus riches draps du monde. Comme mon
+cuer ne desire que son gracieux corps et non ses riches habis.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier je vous demande se vous amiez dame ou damoiselle et ung
+autre aussy l'amast pareillement. lequel ameriez vous le mieulx. ou que
+veissiez l'autre issir de la chambre d'elle quant vous y enteriez. ou
+qu'il y entrast quant vous en ysteriez.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle que l'autre en yssist et je y entraisse. car se je lui veoie
+entrer et j'en ississe jamais n'auroie joye en mon cuer tant que a elle
+parlé auroie.
+
+ La damoiselle
+
+Sire chevalier se vostre amie estoit en prison en une haute tour et eust
+tresgrant fain je vous demande comment vous lui donneriez a la pointe
+d'une lance deux parties de mes l'un cuisant et l'autre refroidant.
+
+ Le chevalier
+
+Damoiselle je metteroie ung oeuf en ung pain chault si cuiroit l'un en
+refroidant l'autre.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier se une damoiselle avoit toute une nuit assiz sur vostre
+oreillier. et ne l'eussiez touchie ne elle vous et elle deust l'endemain
+estre une rose ou jardin assize entre mille autres roses pareille aux
+autres/ et s'il le vous couvenist recognoistre sur paine d'avoir la
+teste trenchie je vous demande comment vous la recognoisteriez.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je la recognoisteroie a ce que toutes les autres roses
+seroient chargeez de la rousee du ciel et elle point.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier trop ne me sauroie saouler de voz gracieuses et sages
+responses. si vous prie que me dittes quele dame ou damoiselle pour
+estre parfaitte doit estre
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle sachiez que toute dame d'honneur doit estre humble et
+courtoise en parler et en toutes ses manieres simple et coye.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier aincoires vous veuil demander une joyeuse demande asavoir
+se homme marié et femme mariee ou dame de religion pevent amer par
+amours loiaument et sans mesprendre.
+
+ Le chevalier.
+
+Certes damoiselle je croy que oil pourtant qu'il n'y ait aucun villain
+fait ne villaine intencion de penssee deshonneste. Car en vraie amour
+n'a aucun vice ne pechié.
+
+ La damoiselle.
+
+En verité sire chevalier bien le croy et moult sagement m'en avez
+satisfait dont je vous mercie. Mais aincoires veuil de vous savoir plus
+avant comment amours se pevent longuement maintenir et par quoy.
+
+ Le chevalier.
+
+Volentiers et a mon povoir en ce vous serviray.
+
+ La damoiselle.
+
+ Du chastel d'amours vous demand.
+ dont vient le premier fondement.
+
+ Le chevalier.
+
+De honneste plaisance.
+
+ La damoiselle.
+
+ Or me nommez le maistre mur
+ qui plus le fait et fort et dur.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est celer sagement.
+
+ La damoiselle.
+
+ Dittes moy qui sont les crestiaulx.
+ les sayettes et les quarreaulx.
+
+ Le chevalier.
+
+Ce sont les regars attrayans.
+
+ La damoiselle.
+
+ Qui est le maistre portier et garde
+ qui l'entree deffent et garde.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est dangier.
+
+ La damoiselle.
+
+ Dittes moy dont qui est la clef.
+ qui fait le chastel deffermer.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est prier continuelement.
+
+ La damoiselle.
+
+ Nommés la sale et le manoir.
+ Ou on puet premier joye avoir
+
+ Le chevalier.
+
+C'est accoller doucement.
+
+ La damoiselle.
+
+ Qui est la chambre ou est le lit
+ et toute joye et tout deduit.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est joyssance entiere.
+
+ La damoiselle.
+
+ Aprés la garde me nommez.
+ Par qui le chastel est gardez.
+
+ Le chevalier.
+
+ Vivre honnourablement.
+ Et gracieusement.
+ Soy vestir gentement.
+ Parler courtoisement.
+ Honnourer toute gent.
+ Et amer loyaument.
+
+ La damoiselle.
+
+ Or devez l'ennemy nommer.
+ Qui puet le chastel plus grever.
+
+ Le chevalier.
+
+Eslongier sa dame longuement
+
+ La damoiselle.
+
+ De quoy fait amours courtoisie.
+ Moins prouffitable et plus prisie.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est de baisier son amy.
+
+ La damoiselle.
+
+ Quele est le moindre don d'amours.
+ Qui plus conforte les dolours
+
+ Le chevalier.
+
+C'est doulx regart.
+
+ La damoiselle.
+
+ Qu'esse qu'amours oste des siens.
+ Et s'est la chose honneur et biens.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est contenance.
+
+ La damoiselle.
+
+ Qu'est le prouffit qui puet venir.
+ De joye d'amours maintenir.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est grace et honneur.
+
+ La damoiselle.
+
+ Par quel assay et par quel touche.
+ Puet mieulx sage dame esprouver.
+ Se cil qui la prie d'amer.
+ L'aime de fin cuer ou de bouche
+
+ Le chevalier.
+
+C'est par monstrer dangier a son amy.
+
+ La damoiselle.
+
+ Qu'esse qui plus amans eslieve
+ Et plustost leur fait joye avoir
+ Et aux amans plus nuist et grieve.
+ Et leur fait mettre en nonchaloir.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est richesse.
+
+ La damoiselle.
+
+Comment nomme on la maladie que tant plus approche on le mire et plus
+grieve.
+
+ Le chevalier.
+
+C'est amours en cuer de leal amant.
+
+ La damoiselle.
+
+Certes assez ne me puis esmerveillier de vos prudentes et sages
+responses sire chevalier/ et ne fust l'heure qui approche le departement
+de l'assamblee presente. aincoires vous traveillasse pour savoir de vous
+aucunes doubtes qui souvent me traveillent l'entendement/ especialement
+se le dieu d'amours fist onques aucuns commandemens a garder par ses
+subgez et bacelers errans en la queste d'amours pour plustost parvenir a
+sa court. et ou parfait service de leurs dames.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous respons et afferme que sy a/ lesquelz sont de moult
+grant especiauté.
+
+ La damoiselle.
+
+Et combien sont ilz en nombre
+
+ Le chevalier.
+
+ Dix commandemens fait.
+ amours a ses sergans.
+ ausquelz tout cuer parfait.
+ doit estre obeissant.
+
+ La damoiselle.
+
+O sire chevalier. et combien que aincoires fust l'heure plus tard et que
+je deusse icy arrester oultre les autres. et si veuil de vous oyr ces
+sains commandemens voyre et que ce soit vostre plaisir les me dire.
+
+ Le chevalier.
+
+Les .x. commandemens d'amours.
+
+ C'est que l'amant d'orgueil. soit exemps en tous temps/
+ ja parolle ne dye qui autruy soit nuisans.
+ A tous soit acointables de parler et plaisans.
+ Et toutes villonniez soit partout eschevans.
+ D'estre faittis et cointes doit tousjours estre engrans.
+ en toutes compaignies soit et liez et joyans.
+ Nul villain mot ne soit hors de sa bouche yssans.
+ Soit larges et courtois aux petis et aux grans.
+ Et en un seul lieu soit son cuer perseverans.
+ Qui ces commandemens ne garde il n'est pas vrays amans.
+ Ne digne des grans biens d'amours participans.
+
+ La damoiselle.
+
+Certainement bien doivent estre hault exaulciez ceulx qui ces sains
+commandemens acomplissent. mais sire chevalier aincores volentiers
+sauroie de vous pour congié prendre comment on appelleroit amours
+s'elles avoient perdu leur nom
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle sachiez qu'elles auroient nom. Tresor d'honneur pour la
+plushaulte et parfaitte chose qui soit ou monde et qui plus fait le
+monde durer et continuer ensemble.
+
+Aincoires ay dessus mon cuer aucunes doubtes que avant que departons me
+convient de vous savoir. damoiselle si vous prie que ne vous veuille
+desplaire de la paine que je vous donne. et aprés vostre response je
+vous promés imposer fin et ne vous plus traveillier.
+
+ La damoiselle
+
+Bien me plaist sire chevalier or demandez vostre bon plaisir.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle doncques ains que departons. je vous demande lequel vous
+ameriez le mieulx ou d'entreprendre a faire mesdisans cesser de mesdire.
+ou vostre amy saouler de baisier.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx ameroie saouler mon amy de baisier que
+entreprendre a faire cesser mesdisans de hoingnier. car combien que
+raison ne lui souffeist pas de moy baisier si ne me porroit il tant
+anoyer que l'autre.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle aincores vous demande par la foy que devez a dieu et a amours
+que me dittes se vous veistes en cest an homme a qui vous vouldriez
+requerre de son amour. mais que ce fust aussy honnourable chose pour
+vous le requerre comme ce seroit de lui. la vostre requerre.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier sachiez que oyl car aux dames est laissié franct arbitre
+de povoir eslire leur semblable en condicion et vertu comme a l'omme.
+mais vergoingne leur deffend.
+
+ Le chevalier
+
+Damoiselle lequel ameriez vous mieulx ou que vostre amy joyst de vostre
+amour par si que nul ne le peust savoir. ou qu'il n'en joyst pas mais
+chascun cuidast qu'il en joyst.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx ameroie qu'il en joyst et que nul n'en sceust
+riens. Car toutes femmes doivent tousjours garder leur honneur et sur
+toutes choses eschever les parolles des mesdisans.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande se une femme puet avoir deux amis en parfaite
+amour.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier sachiez que nennil neant plus qu'elle puet de partir son
+cuer en deux parties/ et celle qui le fait est incertaine et fait a
+blasmer.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande se proesse ou hardement esmeut point cuer de
+dame ou damoiselle a amer par amours.
+
+ La damoiselle.
+
+Certainement si fait sire chevalier/ Car femme de sa propre nature
+desire tousjours que cellui qu'elle entend a amer soit hardi et preux.
+Et aussy l'en dist communement que couard n'aura ja belle amie.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous prie que me dittes le pourquoy et la raison
+
+ La damoiselle.
+
+Certes sire chevalier moult volontiers. la cause si est pour ce que la
+dame ou damoiselle en est plus redoubtee cremue et mieulx prisie laquele
+chose desire cuer de femme. comme d'elle mesmes ne soit a craindre.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande le quel de deux vous ameriez le mieulx ou que
+vostre ami se l'avez ou entendez avoir fust larges et courtois/ ou
+eschars et hardis.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx ameroie qu'il fust larges et courtois. car
+hardement ne puet longuement durer en cuer eschars pour ce que avarice
+qui est un lait vice et pechié mortel ne lui laisse demourer Et je suis
+certaine que dieu aime mieulx sage couardise que fol hardement et aussy
+fait tout honneste corrage.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande et prie que me dittes de toutes les vertus
+que vostre ami a laquele mieulx vous plaist. Et de tous ses vices
+s'aucuns en a/ lequel plus vous desplaist.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier sauve le bon advis de celles que mieulx se cognoissent en
+amour que moy/ mieulx doit plaire loyauté en cuer d'amant et desloyauté
+le plus desplaire.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle on dist souvent en commun que amours sont pendans a la
+perche. en quel point sont elles lors.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier amours pendent a la perche quant l'amant a mis ses bras
+au col de s'amie par amours sans la baisier.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle quant amans font nouvelles amours que deviennent les vielles.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier elles sont mises en la prison de oubly.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle du quel vous plaigniez vous le plus en amours. ou de trop
+prier. ou de pou prier.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier de trop prier car de legier on s'en pourroit taner.
+
+ Le chevalier.
+
+Damoiselle je vous demande lequel vous ameriez le mieulx ou que vostre
+amy morust pour l'amour de vous. ou que morussiez pour l'amour de lui.
+
+ La damoiselle.
+
+Sire chevalier mieulx ameroie qu'il morust pour l'amour de moy car se
+morte estoie pour l'amour de luy on n'en feroit que mocquier et se je
+vivoie aprés lui j'auroie toute ma vie regret et souvenance de son
+amour.
+
+ Le chevalier.
+
+Certainement damoiselle aprés celle response plus ne vous veuil
+traveillier attendu que en ce seroie d'oppinion contraire. car mieulx
+ameroie morir pour l'amour de madame qu'elle morust pour l'amour de moy
+et a ce y a bonne rayson. car la reste de ma vie ne me seroit que
+langueur et deshonneur et mieulx vault morir a honneur que vivre a honte
+et ainsy me seroit la vie pire que mort.
+
+
+
+
+Mes dames et vous mes damoiselles qui avez veu et leut cy dessus les
+demandes et responses amoureuses et honnestes pour entretenir en
+gracieuses devises chevaliers et gentilz hommes/ je vous suplie que se
+aucune chose y avez trouvé qui soit a vostre desplaisance que le me
+pardonnés. Car il ne m'a esté possible de tout avoir retenu ce que par
+ci devant ay oy et veu. ne aussy du temps present ne puis rendre raison
+queles devises les nobles et frisques damoiselles ont envers leurs
+mignons comme je soye de leur compaignie banni pour dame viellesse a
+tout son fronchié visage qui m'est venue audevant pour le desplaisir de
+laquele jonesse la fresche et envoisie est departie de ma compaignie et
+a emporté de moy beauté qui moult m'estoit favorable et propice et pour
+laquele j'estoie appellé et bien venu entre les dames. Or ne me reste
+doncques autre poissance que d'en deviser/ et aussi mettre par escript
+ce qu'en puis avoir retenu. Et pour ce que du temps passé je me suis
+trouvé par fortune qui m'a mené en pluiseurs et diverses compaignies
+aussy bien moiennes et basses d'estat comme nobles et hautes. je veuil
+maintenant reciter pluiseurs demandes et adevinailles que soloient faire
+les jones compaignons de mon temps aux matrones et filles es assembleez
+qu'ilz faisoient es longues nuis d'yver aux series pour passer plus
+joyeusement icelles. Et s'il y a chose un pou grasse il me soit
+pardonné/ car c'est ouvrage et devises de nuit
+
+S'ensieut icelles demandes.
+
+Une chose fut trouvee qui oncques esté n'avoit/ et cellui qui riens n'y
+avoit le donna a cellui a qui c'estoit.
+
+ Response.
+
+Ce fut le sainct baptesme que sainct jehan donna a nostre sauveur
+jhesucrist.
+
+ Demande.
+
+ Un enfant fut parlant et vifz.
+ son pere mort et enfouis.
+ le pere vit/ et le filz non/
+ Or regardés par quel raison.
+
+ Response.
+
+Cestui enfant estoit aveugle.
+
+ Demande.
+
+ Je fus nez avant que mon pere
+ Et engendrés avant ma mere
+ Et si tuay le quart du monde.
+ Si grant qu'il est a la reonde.
+ Et si despucellay ma taye.
+ Regardez se c'est chose vraye.
+
+ Reponse.
+
+Ce fut kayn qui tua abel son frere.
+
+ Demande.
+
+Comment serviriez vous vostre dame par amours d'un mes venant du cul
+sans villonnie sur un trenchoir de trestous bois.
+
+ Response.
+
+Je la serviroie d'un oef sur le plat d'une cuignie.
+
+ Demande.
+
+ J'ay un hostil bel et roit.
+ Une fois crombe/ et l'autre fois droit.
+ Vray dieu qu'il est bel quant il tend.
+ Et si ne vault riens s'il ne tend
+ Je sacque aval/ je tire amont.
+ Je fiers en un trou bien parfont
+
+ Response.
+
+C'est un arc a main.
+
+ Demande.
+
+ Il n'est non plus gros q'une puche.
+ Et s'en fait on bien une amuche
+
+ Response.
+
+C'est une fuelle de colles.
+
+ Demande.
+
+Il n'est pas plus grant que le pied d'une mulle/ et si en enchasse l'en
+bien cent bestes hors de leur pasture.
+
+ Response.
+
+C'est un pigne qui abat les poulz des cheveulx.
+
+ Demande.
+
+De quoy a y le plus a paris et si y pert le moins.
+
+ Response.
+
+Ce sont les pas des gens.
+
+ Demande.
+
+De quel mestier a il le plus de gens a paris.
+
+ Response.
+
+Des vuydeurs d'escuelles.
+
+ Demande.
+
+ Dedens paris a une chose.
+ Qui droit ou milieu est enclose
+ Qui tient le roy de france en guerre.
+ Encontre cellui d'angleterre.
+ Et se ne l'en puet nulz hors traire.
+ Se tout paris ne veult deffaire.
+
+ Reponse.
+
+Ostez .R. de paris. ce sera pais.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui soustendroit bien cent muis de paille/ et si ne
+soustiendroit pas une maille.
+
+ Response.
+
+C'est l'eaue.
+
+ Demande.
+
+Il est a la table et sy ne le mengue on mie/ et ens ou feu/ et si ne
+brule mie. et si va en l'eaue et si ne noye mie.
+
+ Response.
+
+C'est le soleil.
+
+ Demande.
+
+Quant il est jone c'est il. et quant il est viel c'est elle.
+
+ Response.
+
+C'est la lune.
+
+ Demande.
+
+Qui est la chose qui donne ce qu'elle n'a mie.
+
+ Response.
+
+C'est une queux qui donne taillant au coutel qu'elle n'a pas.
+
+ Demande.
+
+Quelle est la chose quant plus la boute l'en et mains y entre.
+
+ Response.
+
+C'est la main qui entre en un gand.
+
+ Demande.
+
+ Blanc est le champ. noire est la semence.
+ L'omme qui le semme. est de tres grant science.
+
+ Response.
+
+C'est papier et enchre. et le clerc qui escript.
+
+ Demande.
+
+ Comment qu'il viengne ne qu'il voit.
+ il fault tenir le cul a droit.
+
+ Response.
+
+C'est une aguille qu'on enfile.
+
+ Demande.
+
+ Entre deux jambes le vif amble
+ entre deux fesses. le vif tremble.
+ Et quant il vient a la porte.
+ son mastre busque.
+
+ Response.
+
+C'est ung chevalier monté sur une haghenee.
+
+ Demande.
+
+Pourquoy becque le coq en la paille.
+
+ Response.
+
+Pour ce qu'il n'y puet mordre.
+
+ Demande.
+
+Quel oysel est ce qui donne lait et sy vole en l'air.
+
+ Response.
+
+C'est une chauvesoiris.
+
+ Demande.
+
+Vint asne en un pré. vint asne a l'ostel. et vint asne a l'estable.
+quantes oreilles ont ilz quant il sont ensemble.
+
+ Response.
+
+Il n'en a que deux. car il n'y a que un asne.
+
+ Demande.
+
+Quelle chose est ce qui a les piez desseure et les genoulz dessoubz.
+
+ Response.
+
+C'est une femme enchainte de vif enfant.
+
+ Demande.
+
+ Il est court et gros.
+ Et si n'a nulz os.
+ Et si ne voit goutte.
+ Et quant vient ou trou.
+ Dedens il se boute.
+
+ Response.
+
+C'est un taulpe
+
+ Demande.
+
+Qui est la beste qui a sa teste entre ses jambes.
+
+ Response.
+
+C'est un chat qui lesche son cul sauve honner.
+
+ Demande.
+
+ Petite suis ne suis pas forte.
+ Ne puis aler s'on ne me porte.
+ Maintes gens sont en mon dangier.
+ Duc. Conte. prince. et chevalier.
+ Et se n'estoit par mon exploit.
+ Bien croy qu'ilz morroient de froit.
+
+ Response.
+
+C'est une aguille.
+
+ Demande.
+
+ La plus tresbelle fleur d'esté.
+ Je vous ay de si prez esté.
+ Que se mon viz fust embrasé.
+ Vostre barbe eusse bien brulé.
+
+ Response.
+
+C'est un homme qui baisa une rose.
+
+ Demande.
+
+ Une chose entra en la ville.
+ a .viii. piez et a six oreilles.
+ Trois culz et aussi une queue.
+ Qui est chose bien merveilleuse
+
+ Response.
+
+Ce sont deux hommes sur un cheval.
+
+ Demande.
+
+Adevinés que c'est. quant on le boute/ il reboute et quant on le sacque
+il degoute.
+
+ Response.
+
+C'est un asperge.
+
+ Demande.
+
+Adevinés qui est la chose qui fut deux fois nee sans baptisier et pour
+les pecheurs au feu rostie et brulee.
+
+ Response.
+
+C'est ung chapon.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui oncques ne fut ne ja ne sera et si les voiez tous
+les jours.
+
+ Response.
+
+Ce sont les dois de vostre main que jamais ne seront aussy longs l'un
+comme l'autre.
+
+ Demande.
+
+Je mis mon pied contre son pied/ et mon ventre contre son ventre/ et mon
+pendu en son fendu. et quant il fut ens il hallotta
+
+ Response.
+
+C'est une huche qu'on euvre d'une clef.
+
+ Demande.
+
+Il ne ot ne voit. mengue ne boit et qui le metteroit en exploit/ il
+orroit verroit beuveroit mengeroit/ et telement chanteroit que le
+dormant esveilleroit.
+
+ Response.
+
+C'est un oef. car qui le metteroit couver il en isteroit un coq qui
+chanteroit.
+
+ Demande.
+
+En bois naist/ en pré paist. femme le fille et fevre le fait/ si vole en
+l'air comme un oysel et fent en terre comme un pourcel.
+
+ Response.
+
+C'est une flesche empennee et enferee.
+
+ Demande.
+
+Adevinez lequel ostil de l'ostel est le plus sot.
+
+ Response.
+
+C'est un tamis qui donne la farine et retient pour lui le son.
+
+ Demande.
+
+Adevinez qui est l'ostil en l'ostel le plus sage.
+
+ Response.
+
+C'est le van qui retient le pur fourment et il met hors la paille et
+l'ordure.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est quant on le boute par le queue il brait par le pied.
+
+ Reponse.
+
+C'est un molin a vent.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est qui n'est pas si grant que le pied d'une geline et
+s'en garderoit on bien l'avoir d'une royne.
+
+ Response.
+
+C'est une clef.
+
+ Demande.
+
+Adevinés que c'est quant il naist il brait/ et quant il est nez il se
+taist
+
+ Response.
+
+C'est le hault vent issant du trou sur quoy on siet.
+
+ Demande.
+
+ Seriette va par chambre.
+ Et si n'a ne pied ne jambe.
+ Et quant elle est hors on le nye
+ Et s'abruve la compaignie.
+
+ Response.
+
+C'est une vesse.
+
+ Demande.
+
+Dequoy a le connin plusgrant peur.
+
+ Response.
+
+C'est d'un homme qui a grise barbe.
+
+ Demande.
+
+Il est deux fois nez et housez et esperonnez et s'a une creste que un
+chascun voit.
+
+ Response.
+
+C'est un cok. car il fut oef premiers et puis coq aprés.
+
+ Demande.
+
+Saluez moy cellui que j'ayme que je ne cognoy point et vous le
+cognoissiez si ne le veistes oncques
+
+ Response
+
+C'est vostre cuer que je ne congnoy point. Et vous ne le veistes
+oncques/ et si le cognoissiez bien
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est/ cellui qui le vent en est joyeux/ et cellui qui
+l'achate en est courrouchiez/ et cellui qui en besoingne le met n'en
+scet riens.
+
+ Response.
+
+C'est un luysel.
+
+ Demande.
+
+Comment donneriez vous a vostre dame par amours une pomme au jour d'huy
+qui demain seroit cuellie.
+
+ Response.
+
+On ne cueille nulles pommes que de main.
+
+ Demande.
+
+ De cinquante ostez ent cent.
+ Ilz en seront plus bel et gent.
+ Et si en vauldront plus d'argent.
+
+ Response.
+
+Faittes de .l. coqs des cappoons
+
+ Demande.
+
+Je pensse et si pourpense et penser me couvient. combien celle ne
+m'appartient. qui est fille de mon tayon et si n'est point ma tante.
+
+ Response.
+
+C'est ma mere.
+
+ Demande.
+
+Pourquoy vont les gens au moustier.
+
+ Response.
+
+Pour ce que le moustier ne puet venir a eulx.
+
+ Demande.
+
+Comment feroit on ce que dieu ne puet faire.
+
+ Response.
+
+Ce seroit de parler a plusgrant de lui ce que dieu ne fist oncques
+
+ Demande.
+
+Comment envoyeriez vous a vostre dame par amours un poisson de toutes
+eaues. en un plat de toutes fleurs par un homme de tous consaulx.
+
+ Response.
+
+Je lui envoyeroie un saulmon en un plat de cire par prestre confesseur.
+
+ Demande.
+
+Monseigneur et madame un estre ont.
+
+ Response.
+
+Ilz ont un jardin.
+
+ Demande.
+
+Desquelz piez a il le plus en la riviere.
+
+ Response.
+
+Des mouilliez.
+
+ Demande.
+
+ Je vis un chevalier.
+ Qui fist un sault hier.
+ Et s'estoit filz de jument.
+
+ Response.
+
+C'estoit ung cheval que hier avoit veu faire un sault.
+
+ Demande.
+
+Je vis un escuier qui point n'estoit homme.
+
+ Response.
+
+C'estoit un escu d'armes.
+
+ Demande.
+
+ Trois moisnes passoient.
+ Trois poires pendoient.
+ Chascun en prist une.
+ Et s'en demoura deux.
+
+ Response.
+
+L'un des moisnes avoit nom chascun.
+
+ Demande.
+
+Je vous demande se oncques veistes le prestre sursemé.
+
+ Response.
+
+Oyl quant il est sur un champ nouvel semé.
+
+ Demande.
+
+Quelle beste est ce qui tousjours va/ et jamais lieue ne fera.
+
+ Response.
+
+C'est un lymaçon.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui a deux dos et si n'a que un ventre.
+
+ Response.
+
+C'est un soufflet.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui a trois piez et une queue et si ne puet aler
+avant.
+
+ Response.
+
+C'est un gril.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui toute jour va sur l'espinotte et si ne deschire
+point sa cotte.
+
+ Response.
+
+C'est le soleil.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui a les dens sur le dos.
+
+ Response.
+
+C'est une crameillie.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui a dens sans teste et queue sans cul.
+
+ Response.
+
+C'est un rastel.
+
+ Demande.
+
+Deux qui couroient. et dix qui les chassoient. deux qui les regardent/
+et un qui leur fait la moe
+
+ Response.
+
+Ce sont deux poux qui sont ou sain d'une personne et les deux yeux les
+regardent. et les dix dois qui les chassent. et cellui qui les tue leur
+fait la moe.
+
+ Demande.
+
+Dix tirans et quatre pendans et cul aval/ et cul amont. et cul a terre
+beaux sire dieux que puet ce estre.
+
+ Response.
+
+C'est une vache. et une femme qui le trait.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui n'a ne char ne os ne sang et s'appelle biens les
+gens.
+
+ Response.
+
+C'est une cloche quant on le sonne.
+
+ Demande.
+
+Qu'esse qu'on jette par dessus la maison et si en retient on bien la
+queue
+
+ Response.
+
+C'est un loissel de fil.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui est la plusfiere du monde.
+
+ Response.
+
+C'est un estront qui court au fil de l'eaue car il ne s'aresteroit point
+pour le pape.
+
+ Demande.
+
+Adevinez quele chose fait de cest heure le plusjone de paris.
+
+ Response.
+
+Il envieillist.
+
+ Demande.
+
+Huy est/ demain ne sera mie/ et a la sainct jehan mengera des cherises.
+
+ Response.
+
+C'est une espousee qui est pucelle. et demain ne le sera pas.
+
+ Demande.
+
+ J'ay mon poing plain de vergellettes.
+ Qui ne sont. verdes ne seches.
+
+ Response.
+
+Ce sont anneaux d'or en ses dois
+
+ Demande.
+
+Emmy les champs a quatre soeurs. qui courent aussy fort l'une comme
+l'autre et si ne pevent rataindre l'une l'autre.
+
+ Response.
+
+Ce sont les quatre volans d'un molin a vent.
+
+ Demande.
+
+Moins en y a et plus poise.
+
+ Response.
+
+C'est le corps d'un homme quant l'ame en est hors.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui va et sa mere n'ala oncques.
+
+ Response.
+
+C'est un ver nourri en la feve ou en une noix.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est que plus est jone et plus est grant.
+
+ Response.
+
+C'est un frommage.
+
+ Demande.
+
+De queles fueilles a il le plus au bois.
+
+ Response.
+
+De celles qui ont queue.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est. Avan piez.
+
+ Response.
+
+Nennil. il n'en a nulz.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce comme plus a de trous et plus poise.
+
+ Response.
+
+C'est un haubergon.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui va le plus droit ou milieu du bois.
+
+ Response.
+
+C'est la moele.
+
+ Demande.
+
+Pour quoy va le bergier au buisson.
+
+ Response.
+
+Pour ce que le buisson ne puet venir a lui.
+
+ Demande.
+
+Qui est la chose que plus est petite et plus la redoubte on.
+
+ Response.
+
+C'est une planche dessus un parfont fossé.
+
+ Demande.
+
+En quelle saison de l'an porte l'oye plus de plumes.
+
+ Response.
+
+C'est quant le gars est dessus elle.
+
+ Demande.
+
+Lesqueles brebis sont ce qui plus menguent ou les blanches ou les
+noires.
+
+ Response.
+
+Ce sont les blanches. car il en est plus que de noires.
+
+ Demande.
+
+Cognoisteriez vous bien un oef d'une noire geline.
+
+ Response.
+
+Oyl. car un oef n'est pas une geline.
+
+ Demande.
+
+Veistes vous oncques un four a cheval.
+
+ Response.
+
+Oyl. quant je chevauchoie par devant un four.
+
+ Demande.
+
+De quele chose est le prestre eschars aux riches et large aux povres.
+
+ Response.
+
+C'est d'eaue benoite. car le prestre en donne pou aux riches et
+largement aux povres.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce que j'ay. vous en avez. les bois/ les herbes. les
+bestes. les oyseaux. et toutes les choses du monde en ont/ et mesmes les
+poissons qui noent.
+
+ Response.
+
+C'est l'ombre.
+
+ Demande.
+
+Qui est la plus douce plume du monde.
+
+ Response.
+
+C'est celle d'un estront musy.
+
+ Demande.
+
+ Locquette siet a la paroit.
+ Se vous y mettiez vostre doit.
+ Sachiez qu'elle vous morderoit.
+
+ Response.
+
+Ce sont pignes a pignier laine.
+
+ Demande.
+
+ Qui est la terre burelure.
+ Com plus y pleut et plus est dure
+ plus y fait chault et plus est molle.
+ et plus y vente et plus s'en volle.
+
+ Response.
+
+C'est sablon.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce dont il fault plus a un que a deux.
+
+ Response.
+
+C'est d'eaue en un baing.
+
+ Demande.
+
+Pour quoy sault le lievre le fossé.
+
+ Response.
+
+Pour ce qu'il ne le puet engamber.
+
+ Demande.
+
+Quantes queues de veel fauldroit il pour avenir au ciel.
+
+ Response.
+
+Une seule mais qu'elle fust longue assez.
+
+ Demande.
+
+Quele chose de l'ostel est le plus sage.
+
+ Response.
+
+C'est un van qui retient le meilleur grain.
+
+ Demande.
+
+Qu'esse qui est ars avant qu'il viengne au feu.
+
+ Response.
+
+C'est un arc a main.
+
+ Demande.
+
+Pourquoy gist la vache ou pré.
+
+ Response.
+
+Pour ce qu'elle ne s'y puet seoir.
+
+ Demande.
+
+Qui est la plus large eaue du monde et la moins parfonde.
+
+ Response.
+
+C'est la rousee.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui est trop estroite pour un. bien a point pour
+deux. et trop large pour trois.
+
+ Response.
+
+C'est quant aucun a courroux au cuer il lui est trop estroit pour lui
+seul. et quant il le dist a son compaignon il lui est plus a point mais
+quant le tiers le scet c'est trop large.
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce quant les ennemis entrent en une maison pour prendre
+l'oste/ la maison ist hors par les fenestres.
+
+ Response.
+
+C'est un pescheur qui prent le poisson hors d'une nasse l'eaue qui est
+la maison du poisson ist hors par les pertuis de la nasse.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est avant que le pere soit nez sa fille est dessus la
+maison.
+
+ Response.
+
+C'est le feu que avant qu'il soit alumez la fumiere qui est sa fille est
+au dessus de la cheminee.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est noirot sur tripot et rougot lui bat le cul.
+
+ Response.
+
+C'est un noir pot sur un treppié et le feu dessobz.
+
+ Demande.
+
+Je vis aler gens emmy les champs qui n'estoient filz ne d'hommes ne de
+femmes.
+
+ Response.
+
+C'estoient filles.
+
+ Demande.
+
+Mon pere et ma mere ont un enffant et si n'est mon frere ne ma seur.
+
+ Response.
+
+Ce suis je mesmes.
+
+ Demande.
+
+ Un enfant porta ma mere.
+ Qu'en elle engendra mon pere.
+ Et si n'est son filz ne mon frere
+
+ Response.
+
+C'est ma seur.
+
+ Demande.
+
+Quele femme esse qui plus a affaire que dix autres et si ne fait riens
+
+ Response.
+
+C'est une femme enchainte d'enffant/ et les autres dix ne le sont pas.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est qui est sur sa mere/ et est en sa femme et mengue son
+pere.
+
+ Response.
+
+C'est un prestre qui est en une eglise qui est sa femme il est sur terre
+qui est sa mere/ et mengue dieu qui est son pere.
+
+ Demande.
+
+Adevinez quele chose c'est/ quant en hault monta son nom porta/ quant il
+descendi son nom perdi.
+
+ Response.
+
+C'est bled quant on le porte amont pour mouldre c'est bled/ et quant il
+descend c'est farine.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est ilz sont trois. l'un vient et va. l'autre tourne/ et
+le tiers tire la langue.
+
+ Response.
+
+C'est une femme qui file l'une des mains tourne le fuiseau/ l'autre va
+et vient. et quant elle mouille son lin elle tire la langue.
+
+ Demande.
+
+Adevinez que c'est qui pent et se tent. et le rouge blicque blacque qui
+tout droit au cul li frappe. se fait remouvoir chou de dens.
+
+ Response.
+
+C'est un pot qui pent/ et boult sur le feu. et le flambe qui au cul lui
+frappe
+
+ Demande.
+
+Quele chose est ce qui a gheule d'os. et barbe de char et par nuit jette
+un si hault cry qu'il fait entrer les blans vestus ou ventre de leur
+mere/ dont jamais n'en vuident qu'ilz n'aient mengié leur pere.
+
+ Response.
+
+C'est un cok. qui a bec d'os. barbe de char. qui chante de nuit pour le
+cry du quel les blans moisnes se lievent et entrent en l'eglise qui est
+le ventre de leur mere. et illec celebrent et menguent leur pere nostre
+sauveur jhesucrist.
+
+A ce point dist l'un de mes compaignons. Puis mes bonnes meres. et vous
+jones filles que le cok a chanté qui est enseigne de minuit affin aussy
+que ne soions rencontrez du loup garou ne des fuirolles qui vont de
+nuit. et que puissiez aler reposer nous prenderons de vous congié pour
+ceste fois/ et nous pardonnez que sy rondement avons devisé. car il est
+mardi et le jour sent aincoires les grasses trippes.
+
+Mais demain ou jeudi au plus loing nous retournerons se c'est vostre
+plaisir atout autre marchandise d'amours que avons a vendre. non pas
+pour argent/ mais a change l'une marchandise pour l'autre. et atant nous
+departismes.
+
+Le jeudi aprés soupper pour entretenir la promesse que avions faite aux
+jones filles de retourner vers elles atout nostre amourese marchandise
+nous meismes a chemin affin aussi de oyr d'elles aucune joyeuseté pour
+passer les longues nuis et le temps plus joyeusement que a pluseurs est
+moult ennuyable et desplaisant pour les mutacions qui se font de present
+en ces marches par deça par la premission divine/ ausqueles qui
+tousjours y penseroit jamais fin ne la cause pourquoy ce se fait ne
+trouveroit. Si le delaissons en dieu et en sa disposicion et penssons de
+distribuer nostre marchandise en tel change que prouffiter puissent les
+deux parties en tout bien et honneur tant les vendeurs comme les
+acheteurs.
+
+Nous doncques arrivez en la maison ou l'assamblee de la serie se faisoit
+saluames la compaignie laquele nous receut assez agreablement en nous
+rendant nostre salut et aprés que fulmes assiz chescun en son
+entretenement. L'une et la plus vielle qui autresfois avoit esté ferue
+de la maladie de jalousie regarda sur moy qui assez estoie venus sur
+l'eage et me dist en tele maniere.
+
+Sire grison je vous vens des sores harens.
+
+Je simplement demanday combien.
+
+Elle me respondy. Je vous ay aussi chier hors que ens.
+
+Moy un petit esbahy de prime face de ce privé congié et non sans cause
+me commençay a pensser que j'avoie a dire attendu que je venoie pour
+vendre/ et je fus constrains d'acheter. mais un pou revenu a moy. et
+pensant que c'estoit la coustume des femmes de prevenir. Je passay assez
+courtoisement et lui mis audevant a vente la piece contre le trou et lui
+dis
+
+Dame je vous vens la france ortie
+
+Combien vault elle.
+
+ Elle picque point et fremie.
+ et est plaine de jalousie.
+ de son amour ne veuil je point.
+ mais prie a dieu qu'il le vous doinst.
+
+Tantost mes compaignons et pareillement les jones filles commencerent a
+desploier leurs marchandises et vendoient l'un a l'autre pelle mesle qui
+en peust avoir si en eust/ en la maniere qui s'ensieut et que j'en peus
+retenir. et mettre en memoire. Car oncques puis que me trouvay repudié
+et rebouté de la matrone je n'eus cuer de riens vendre ne d'acheter ains
+laissay couvenir les plus jones et me occuppay a escripre leurs joyeux
+dis et esbatemens en la maniere qui s'ensieut.
+
+L'une des vielles vendi a un des nostres l'amour des hommes et dist
+
+Gentil galant je vous vens l'amour des hommes.
+
+Queles sont elles.
+
+ Elles sont fausses comme escume
+ Et legieres comme la plume.
+ volantes comme arondele.
+ et tournoyant comme chandeille.
+ Secretes comme la bretesche.
+ Et durant comme flamesche.
+
+Un autre dit.
+
+ Je vous vens l'ave maria.
+ mon cuer est mien et nul ne l'a.
+ et se donner je le voloie.
+ point n'estes a qui le donrroie.
+
+ Je vous vens le gris cheval.
+ mon cuer au vostre n'est egal.
+ Car il aime tresloyaument.
+ et le vostre tresfausement.
+
+ Je vous vens du soile l'espis.
+ vous me baiserez se je ris.
+ Mais pour ce que je ne ris mie.
+ Certes vous ne me baiserez mie.
+
+Dist une bonne galoise a son amoureux.
+
+ Je vous vens mon fuiselet.
+ Il ne me chault se perdu est.
+ Car j'entens plus a bien amer.
+ Qu'a retordre ne qu'a filer.
+
+ Je vous vens le fuiseau d'argent
+ vous avez le corps bel et gent.
+ Je vous prie ne pensez mie.
+ Que le dye par flaterie.
+
+ Je vous vens la fleur du bleu glay
+ J'ay amé aime et aimeray.
+ Malgré mesdisans plains de nuie
+ Car en amours a douce vie.
+
+ Je vous vens le chapeau de flours
+ il fut fait par fines amours.
+ Mais nul ne le prengne a porter.
+ Se loyaument ne veult amer.
+ Car sachiez bien s'autre le porte.
+ Sa couleur se change et transporte
+
+ Je vens ce que nulz ne puet faire
+ Vivant en l'amoureux affaire.
+ Amours garder sans courrouchier
+ Et sens de femme sans changier
+
+ Je vous vens le milieu des yeulx
+ Se il estoit et temps et lieux.
+ Que fussions seulz entre nous deux
+ Se vostre amour vous requeroie.
+ Dittes moy sy vous ayde dieux.
+ Sans mentir se je le auroye.
+
+ Dames je vous veuil vendre.
+ Le gent cor d'oliffant.
+ Amours par tout son regne.
+ A fait crier son bant.
+ Que dames et pucelles.
+ Et tout loyal amant.
+ Se ayent pourveu.
+ De ce jour en avant.
+ Leurs cuers de loyauté.
+ Encontre faulz semblant.
+ Qui entre les amans.
+ Se va atapissant.
+ Parquoy de leurs propos.
+ Ne les voist essongant.
+
+ Je vous vens le rain d'olivier.
+ Par dessus a un esprivier.
+ Q'une dame y fait atachier.
+ Pour les fins amans espier.
+ Et dist qu'il ne s'en bougera.
+ Jusques a dont que cilz vendra.
+ Que oncques amours ne faussa.
+
+ Je vous vens la fleur gyrofflee
+ En amours a mainte penssee.
+ Quant je ne voy mon doulz ami
+ Je vouldroie qu'il fust icy.
+ Si vous prie que se le veez.
+ que de par moy le saluez.
+
+ Je vens la rose vermeillette.
+ qui bien liroit en se fueillette.
+ Il trouveroit en bonne lettre.
+ que damoiselle qui bien aime.
+ en grant deduit sa vie maine.
+
+ Je vous vens le vert papegault
+ d'amer loyaument ne me chault.
+ Car on voit tout appartement.
+ que qui bien aime loyaument.
+ Il est quetif certainement.
+
+ Je vous vens le perle doré.
+ amours m'ont dit et accusé.
+ que vous avez vo temps usé.
+ a faire pou de loyauté.
+ a celles que vous avez aimé.
+
+ Je vous vens l'erbe qui verdoie.
+ volentiers certes ameroie.
+ se homme trouver je povoie.
+ en qui je m'osaisse fier.
+ mais leur cuer fault pour pou de chose.
+ pourquoy en eulx fier ne m'ose.
+ et que ne me face mocquier.
+
+ Je vous vens de fer le dou.
+ vostre amie vous aime pou.
+ se vous l'amez c'est sans partie.
+ deportez vous ent je vous pris.
+
+ Chascun vous vent et le voy bien
+ tenez vo cuer et je tendray le mien
+ car se donné le vous avoie.
+ bien croy que m'en repentiroie.
+
+ Je vous vens le paveillon noir
+ en semblant de grant vouloir.
+ se doit doloir toute sa vie.
+ qui oncq n'eut joye de s'amie.
+ si me doy dont bien dolouser.
+ Car oncques n'eus joye en amer.
+
+ Je vous vens le dragon volant
+ vo simple et gracieux semblant.
+ de grant sens et beauté garny.
+ m'a si navré en regardant.
+ que je ne sçay s'il me feri.
+ vous ressemblez a l'ayment.
+ qui le dur fer attrait a lui/
+ Car vous avez en soubz riant.
+ par mon costé mon cuer ravi.
+
+ Je vous vens le roussignoullet.
+ j'ay veu le temps autre qu'il n'est.
+ qui mieux valoit moins se prisoit
+ et souffissoit qu'on le louoit.
+ Or est le temps d'une autre guise.
+ Car qui le moins vault plus se prise
+
+ Je vous vens la verde amande
+ vostre ami a vous recommande.
+ et autant de salus vous mande.
+ Qu'il en pourroit en une mande/
+ de goutes d'eaue de fontaine.
+ avant que la mande fust plaine.
+
+ Je vous vens la noire pye.
+ d'amer ne me depriez mie.
+ que je ne vous ameroie mie.
+ car vous avez l'ueil trop gaillart
+ se m'ariez tost mis d'une part.
+
+ Je vous vens une patenostre.
+ mon cuer est mien et non par vostre
+ et savez vous pour quel raison.
+ Je l'ay mis en meilleur maison.
+
+ Je vous vens le col d'un cyne.
+ amours qui mon cuer enlumine.
+ de vostre bel et noble a tour.
+ dont je ne cesse ne ne fine.
+ a vous pensser et nuit et jour.
+ car la couleur avez si fine.
+ et de toute beauté la flour.
+ vo doulz regard est medicine.
+ pour moy garir de ma langour.
+
+ Je vous vens la gente soussie.
+ elle est belle et s'est jolie.
+ et moult fait le flair a loer.
+ l'omme qui joist de s'amie.
+ le puet honnestement porter.
+
+ Je vous vens du chesne la fueille
+ je prie au dieu d'amours qu'il veuille
+ dedens vo cuer mettre et escrire.
+ ce que le mien pense et desire.
+
+ Je vous vens quatre pucellettes
+ elles tissent amourettes.
+ dedens un joly vergier.
+ les roses et les violettes.
+ si leur font des espeulettes.
+ par dessoubz un vert laurier.
+ la vient le dieu d'amourettes/
+ sur son poing un esprivier.
+ tout chevauçant a cloquettes.
+ sur un palefroy d'englentier.
+
+ Je vous vens l'erbe verdelette.
+ la vostre amour trop me dehette
+ en autre ay mis m'amour parfaitte
+ Alés a adieu l'aumosne est faitte.
+
+ Je vous vens la bourse de soye
+ se vous m'amiez je vous ameroie
+ mais j'ay trouvé vo cuer sy faulz
+ que je metteray le mien sauf.
+ jusques a l'esté qui sera chault.
+
+ Je vous vens le noir sengler.
+ je vous priasse de demourer.
+ s'il ne feist sy bel aler.
+ mais il fait bel la lune luist.
+ vo baston est derriere l'uys.
+ pour ce s'il pleut emmy no court.
+ ne pleut il mie tout par tout.
+
+ Je vous vens le harenc blanc.
+ on vous monstre tresbeau semblant
+ et si cuidiez que on vous aime.
+ mais certes vous perdez vo paine
+
+ Je vous vens du gay la hure.
+ tel vient ceans dont on n'a cure.
+ et tel y va et tel y vient.
+ que on auroit aussi chier nient.
+ et tel n'y fut ne huy ne hier.
+ que on y verroit volentiers.
+
+ Un escuier vendre vous veuil.
+ qui est niches et plains d'orgueil.
+ et sy est fier et despiteux.
+ et si est d'amer convoiteux.
+ damoiselle je le vous vens.
+ ne le gardés gaires long temps.
+ rendez le tost si ferez bien.
+ car son affaire ne vault rien.
+
+ Dame je vous vens la fusee.
+ bien me semblez femme rusee.
+ ailleurs avez escaillie noix.
+ a dieu vous command je m'en vois
+
+A ces mos et aprés tant de reffus que avions eu avec ce aussy que tant
+avions vendu et acheté d'amourettes que pour le sommeil qui survint
+entre nous/ ne savions plus que dire. preismes congié de la compaignie
+des filles et bonnes dames/ les remerciant du bon marchié que fait nous
+avoient et de ce aussi que si bien et si sec nous avoient payé. Car pour
+un que vendu leur avions. elles nous en avoient payé six. Et ainsi nous
+retournasmes chascun a sa chascune/ pensant de quele marchandise une
+autresfois nous vouldrions mesler. et nous fasions tous riches en
+penssee. mais en dormant nous perdismes tout.
+
+
+
+
+S'ensievent autres demandes qui se pevent faire entre differentes
+personnes a tous pourpos tant de marchandises de compaigniez de
+particions comme de sommes qui sont moult subtiles.
+
+ Le maistre d'ostel d'un duc demande a son cuisinier.
+
+Monsigneur a dit qu'il veult demain faire un disner ouquel il veult
+avoir .iiii.xx. bestes de trois manieres. c'estassavoir. cerfz. lievres.
+et connins/ et se ne veult desprendre que quatre livres en tout Le
+cuisinier a trouvé cerfz pour .ii. solz la piece. Lievres pour .xviii.
+deniers la piece/ et connins pour .vi. deniers la piece. Assavoir
+quantes pieces il lui fault de chascune
+
+ Response.
+
+Il y fault deux lievres .iiii. cerfz et .lxxiiii. connins.
+
+ Demande.
+
+Item il fault pour ce disner .xxx. oyseaux. assavoir cailles perdris et
+malars tout pour .xxx. deniers et on treuve cailles pour une maille la
+piece perdris pour deux deniers maille. et mallars pour .iii. deniers.
+Assavoir combien il en fault de chascune.
+
+ Response.
+
+Il lui fault .xxiii. cailles .v. perdris et deux malars.
+
+ Demande.
+
+Ilz sont .xii. que chevaliers que escuiers. et que damoiselles qui ont
+onze pains a partir et doit avoir chascun chevaliers deux pains chascun
+escuiers le quart d'un pain et chascune damoiselle la moitié d'un pain.
+Assavoir quans chevaliers quans escuiers et quantes damoiselles ilz
+sont.
+
+ Response.
+
+Ilz sont .v. chevaliers .vi. escuiers/ et une damoiselle.
+
+ Demande.
+
+Trois marchans de vins ont baillié en garde a un varlet .xii. tonneaux
+plains de vin. le varlet en a fait si male garde que les .iiii. tonneaux
+sont vuys. et les autres quatre sont demi plains et les autres .iiii.
+sont plains. Comment donneriez vous a chascun des marchans autant de vin
+et de tonneaux a l'un comme a l'autre sans remuer le vin de tonnel a
+autre.
+
+ Response.
+
+Je donneroie a l'un des marchans deux plains tonnaux et deux vuys. Au
+second marchant pareillement. et au tiers les quatre tonneaux a moitié
+vuys.
+
+ Demande.
+
+Un homme entra en un jardin ouquel il cueilla toutes les pommes qu'il
+trouva. En ce jardin estoient trois gardes. A son retour le premier
+d'eulx vint a lui et lui dist qu'il lui baillast les deux pars des
+pommes qu'il avoit cuelliez. Et cil les lui bailla. Aprez vint la
+seconde garde qu'il lui demanda. Baille moy dist il la tierce partie des
+pommes que tu as. et il tantost les lui bailla. vint en aprés la tierce
+garde et lui demanda la moitié des pommes qui lui estoient demoureez/ et
+cil les delivra incontinent. Et toutesfois quant il fut hors du jardin
+il lui en demoura aincoires une. Or est assavoir quel nombre il en
+cueilla ou jardin.
+
+ Response.
+
+Il en cueilla nuef et non plus.
+
+ Demande.
+
+Ilz sont deux pastoureaux qui gardent leurs brebis ensemble desquelz
+l'un dist a son compaignon. Mon ami donne moy l'une de tes brebis si en
+auray autant que tu en as. L'autre lui respondi prestement. Mais toy
+donne moy l'une des tiennes si en auray deux fois autant comme tu en as.
+Assavoir est quantes chascun en avoit.
+
+ Response.
+
+L'un en avoit .v. et l'autre .vii.
+
+ Demande.
+
+Compaignons estoient assis au disner. il survint aucun qui leur dist.
+Dieux garde ceste compaignie et fussiez un cent. L'un des compaignons
+respondi. Nous ne sommes pas cent. Mais se nous estions aincoires autant
+que nous sommes/ et la moitié d'autant/ et le quart d'autant et toy avec
+lors seriont nous cent tout apoint. Assavoir quans ilz estoient assiz au
+disner.
+
+ Response.
+
+Ilz estoient eulx .xxxvi.
+
+ Demande.
+
+Ils sont douze personnes de quatre manieres d'estas/ assavoir
+chevaliers/ et escuiers. hommes/ et femmes/ tous assis a table ou ilz
+ont despendu tous ensemble .xii. deniers desquelz les chevaliers sont a
+un blanc/ les escuiers a deux deniers les hommes a une maille/ et les
+femmes a une mitte. Je vous demande quans ilz sont de chascun estat
+
+ Response.
+
+Ilz estoient un chevalier. deux escuiers. sept hommes et deux femmes.
+
+ Demande.
+
+Un marchant ala nagaires en marchandise et mist tout son argent en
+icelle/ duquel il multiplia a moitié. Il ala en la taverne/ et illec
+despendy .vi. deniers Lendemain remist le residu de son argent en
+marchandise/ ou il prouffita comme devant et pareillement en despendi
+.vi. deniers La tierce fois il retourna aincores en marchandise/ et de
+rechief doubla son argent et puis ala en la taverne ou il despendi
+aincoires .vi. deniers. Aprés lequel escot payé il ne lui demoura ne
+principal ne gaing. Je vous demande combien il avoit d'argent au
+commencement de sa marchandise.
+
+ Response.
+
+Il avoit tout apoint .v. deniers et une mitte.
+
+ Demande.
+
+Un messagier qui chascun jour iroit cent lieues. et un autre le sievroit
+qui n'yroit le premier jour que une lieue. et chascun jour croisteroit
+d'une autre lieue/ en combien de temps ratainderoit il le premier
+messagier qui chemineroit les cent lieues.
+
+ Response.
+
+Il le ratainderoit en cent quatre vins et neuf jours et point devant
+
+ Demande.
+
+Un jonencel fut jadis qui n'avoit oncques sceu que c'estoit de pensser.
+et on lui enseigna une damoiselle moult sage qui lui bailleroit assez a
+penser. il se mist a chemin. et en sa voie encontra .xii. chevaliers a
+trois fois. Desquelz les quatre premiers estoient vestus de blanc. Et
+les quatre aprez estoient vestus de vermeil. Et les quatre derreniers
+estoient vestus de verd. Le jonencel quant il fut parvenus a la dame. Il
+la requist qu'elle lui donnast matere de penser. Et elle lui demanda
+s'il n'avoit personne rencontré en sa voie. Il respondi qu'il avoit veu
+quatre chevaliers vestus de blanc. puis autre quatre vestus de vermeil.
+et au derrenier quatre autres vestus de verd. Ores dist la damoiselle/
+ces quatre que premiers avez encontré vestus de blanc sont mes oncles de
+par ma mere Et les quatre que avez rencontré vestus de vermeil sont mes
+oncles de par mon pere. Et les quatre vestus de verd sont mes filz et de
+tous les .xii. j'ay espousé le pere et si sont tous nez de loyal
+mariage. Or pensez comment ce puet estre.
+
+ Response.
+
+Le jonencel moult esmerveillié commença fort a penser sur ceste demande/
+mais en fin retourna vers la damoiselle et la pria qu'ele lui voulsist
+donner l'entendement de sa question/ la damoiselle courtoise lui dist en
+ceste maniere. Ce chevalier ici present se maria a une damoiselle vesve
+qui avoit une fille. Et de celle vesve sont issus ces quatre premiers
+chevaliers vestus de blanc puis trespassa leur mere. Et tantost ce
+chevalier se remaria a une dame vesve laquelle avoit un filz et d'icelle
+vesve vindrent ces quatre chevaliers vestus de vermeil. Aprés ce il fist
+le mariage de la fille de sa premiere femme et du filz de sa seconde
+duquel mariage je suis venue. Et tantost aprés la femme de ce chevalier
+icy et mon pere et ma mere trespasserent. Cestui chevalier me prist en
+sa garde/ et tant me nourrist que moy venue en eage il me prist en
+mariage et engendra en moy ces quatre chevaliers vestus de verd que
+derrainement encontrastes/ et ainsi savez la maniere de la devinaille
+
+ Autre demande.
+
+Jehan. pierre. et guilame ont une botte plaine de vin contenant
+.xviii.C. los. Or sont d'acord que jehan en aura plus que pierre. et
+pierre plus que guillame. jehan y fait une broche dont le pertuis est si
+apoint que en tirant icelle seule le vin seroit hors en six heures
+pierre y fait une broche et un pertuis par lequel tout le vin seroit
+hors en .ix. heures se autre pertuis n'y avoit. et guillame y fait une
+autre broche laquele se tiree estoit et que point d'autre n'y eust le
+vin seroit hors en .xviii. heures Ce fait ilz apportent chascun un
+vaissel dessoubs leurs broches et d'un accord cascun tire sa broche a
+une fois. assavoir en quantes heures sera la botte vuide/ et combien
+chascun aura de vin.
+
+ Response.
+
+Tout le vin sera hors en .iii. heures et aura jehan par sa broche .ix.C.
+los pierre par la sienne .vi.C. et guillame par sa broche .iii.C. et
+ensi seront content.
+
+ Autre demande.
+
+Trois escuiers ont d'un accord acheté .ix. chevaux dont le premier
+cheval a cousté six frans. Le second .viii. frans. le tiers .x. frans.
+le quart .xii. frans. le .v.e .xiiii. frans. le .vi.e .xvi. frans. le
+.vii.e .xviii. frans. le .viii.e .xx. frans Et le .ix.e .xxii. frans. Or
+sont les chevaux en l'estable pour partir et en doit avoir chascun des
+escuiers trois. Le marchant est venu pour avoir son argent. Comment aura
+chascun escuier trois chevaux si egalement partis que chascun en soit
+content/ et que l'un en paye autant que l'autre. et combien chascun
+paiera.
+
+ Reponse.
+
+L'un des escuiers aura le premier cheval. le .v.e et le .ix.e Le second
+escuier aura le tiers cheval. le .iiii.e et le .viii.e Et le tiers
+escuier aura. le second cheval. le .vi.e et le .vii.e. Et payera chascun
+escuier .xlii. frans justement.
+
+ Autre demande.
+
+Un preudhomme s'est parti de son hostel pour aler oyr messe. et a pris
+de l'argent en sa main pour donner pour dieu. En sa voye encontra un
+povre homme qui lui demanda l'aumosne. Le preudomme ouvry sa main et
+trouva qu'il y avoit plus la moitié d'argent que mis n'y avoit et voit
+bien que son argent est doublé a moittié. Si donna au premier povre .vi.
+deniers. puis passa oultre vers l'eglise et tantost il rencontra en sa
+voie un autre povre auquel aprés qu'il lui eust demandé l'aumosne il lui
+cuidant donner ouvri sa main et vey que son argent estoit doublé a
+moitié comme devant. Lui donna .vi. deniers comme il avoit fait au
+premier et garda son demourant d'argent. Le preudhomme passa oultre vers
+l'eglise et tantost lui vint audevant le tiers povre qui comme les
+autres lui demanda l'aumosne. et quant il ouvri sa main il trouva son
+argent doublé semblablement comme les autres fois. si donna a ce povre
+.vi. deniers et lors ne lui demoura plus d'argent en sa main. Or est
+assavoir combien d'argent avoit le preudhomme quant il se parti de sa
+maison.
+
+ Response.
+
+Le preudhomme avoit .v. deniers et une mitte quant il vint au premier
+povre et lors son argent doubla si eut .x. deniers et maille dont il lui
+donna les .vi. deniers et ainsi ne lui demoura que quatre deniers et
+maille. Et quant il doubla pour le second povre il eut .ix. deniers
+auquel il en donna les .vi. ainsi ne lui en resterent que trois qui lui
+doublerent pour le tiers povre auquel il les donna. et ainsi ne lui
+demoura riens.
+
+ Aincoires une demande.
+
+Un preudomme fut qui avoit .v. filz lequel en son vivant fist son
+testament et ordonnance derreniere. A l'aisné de ses filz donna un
+denier et la .vi.e partie de tout son avoir. au second filz donna deux
+deniers et la .vi.e partie de tout son avoir. Au tiers filz il donna
+trois deniers et la .vi.e partie du demourant. Au quart filz donna
+quatre deniers et la .vi.e partie de son argent. Et au .v.e donna .v.
+deniers et la .vi.e partie comme aux autres. Or est assavoir combien le
+pere avoit vaillant. Car quant la parchon fut faitte chascun en eut
+autant l'un que l'autre.
+
+ Response.
+
+Le preudomme avoit justement vaillant .xxv. deniers et non plus. et
+chascun de ses cinq filz eut .v. deniers a parchon/ comme il apperra par
+ce compte. Le premier eut un denier. et la .vi.e partie de .xxiiii.
+deniers qui sont .iiii. deniers. Le second eut deux deniers et la .vi.e
+partie de .xviii. deniers qui sont trois. Et le tiers filz eut trois
+deniers et la .vi.e partie de douze deniers qui sont deux deniers. Le
+quart eut quatre deniers et la .vi.e partie de .vi. deniers qui est un.
+Et ainsy reste justement au .v.e filz .v. deniers qui demeurent et non
+plus.
+
+ Autre demande.
+
+Trois freres sont qui ont une soeur a marier. Dist le moyen frere au
+plus jone. Mon frere il nous fault marier nostre sereur. je te prie
+donne lui aucune chose du tien. et je te promés que je lui donneray deux
+fois autant comme tu lui donneras. Le jone dist que volentiers le
+feroit. Lors dist l'aisné des freres. et je lui donneray deux fois
+autant que vous deux lui donnerez. Et quant ilz lui eurent tout donné
+ainsy comme dit est elle eut trois deniers en tout. Or est assavoir
+combien chascun lui a donné.
+
+ Response.
+
+Le plusjone lui donna le tiers d'un denier. le second deux tiers et le
+tiers deux deniers/ qui sont a point trois deniers.
+
+ Autre demande.
+
+J'ay esté au change pour changier un flourin en menue monnoie Et le
+changeur dist qu'il n'a que deux manieres de monnoie dont mon flourin
+vault .xxx. pieces de l'une des monnoies et de l'autre il n'en vault que
+.xx. pieces et je lui ay dit que j'en veuil avoir de toutes les deux
+manieres pour mondit flourin. laquele chose il m'a fait. Or est assavoir
+quantes pieces il m'a baillié de la monnoie de .xxx. et quantes de la
+monnoie de .xx.
+
+ Response.
+
+Il vous a baillié .xxi. pieces de la monnoie de .xxx. et .vi. pieces de
+la monnoie de .xx. et ainsy avez le vostre et devez estre content.
+
+ Une demande que fait le pere a son filz.
+
+Beau filz se tu avoies avec ton eage aincoire deux eages comme tu as. et
+la moitié d'un tel eage comme est le tien. avec le quart de ton eage.
+quans ans cuideroies tu avoir.
+
+ Response.
+
+Mon pere sachiez que je auroie cent ans justement et non plus. car j'ay
+de age .xxvi. ans et .viii. mois. Et se vous le multipliez par la
+maniere dicte vous en trouverez .Cent.
+
+ Autre demande.
+
+Un arbalestrier a trait une vire si longue et d'un si fort arbalestre
+que la moitié de la vire est oultre le bersail. et la tierce partie est
+dedens le bersail. et aincoires est demouré d'icelle vire .iiii. poulces
+et demi au lez devers le trait. Assavoir combien ladicte vire a de long.
+
+ Response.
+
+La vire a de long .xxvii. poulces justemnent. dont les .xiii. et demi
+ont passé le bersail. et les .ix. poulces sont dedens le bersail et
+.iiii. poulces et demi qui sont apoint .xxvii.
+
+ Autre demande.
+
+Il y a une place devant une eglise en un village laquele est tenue de
+.iiii. seigneurs. Et quiconques se combat en icelle il fourfait .lx.
+solz d'amende a partir aux .iiii. seigneurs. dont l'un d'iceulx a le
+tiers. le second la quarte partie le tiers y a la quinte partie. et
+l'autre la .vi.e partie. Or est avenu que un malfaiteur a fourfait
+icelle amende et l'a payee au receveur commis a ce par lesdis seigneurs.
+Le receveur vient a ses maistres pour les paier. et dist au premier
+Tenez monseigneur vela .xx. solz pour vostre tiers. Puis dist au second.
+Monseigneur vous devez avoir un quart qui sont .xv. solz tenez les vela.
+Au tiers dist. Sire vous devez avoir un quint/ qui est .xii. solz. et au
+quart dist tenez vela pour vostre .vi.e .x. solz Les seigneurs chascun
+bien content de sa porsion se departent et toutesfois en demeure au
+receveur trois solz.
+
+ Autre demande.
+
+Nagaires estoient logiez gens d'armes en un village ou point de vin
+n'avoit. si envoierent leur hoste a un autre village pres d'illec ou il
+en y avoit pour en rapporter quatre los. Le bon homme avoit deux
+bouteilles l'une de .v. los. et l'autre de trois los lesqueles il prist
+et s'en ala. en son chemin rencontra un sien voisin qui venoit du vin a
+tout une bouteille tenant .viii. los plaine de vin et plus n'avoit
+demouré de vin en la taverne. pourquoy le bon homme pria tant icellui
+son voisin qu'il lui ottroya la moitié de son vin. Or sont moult
+empeschié comment ilz le porront justement mesurer sans avoir autre
+mesure
+
+ Response.
+
+Premierement ilz emplirent la bouteille de trois los. et d'icelle le
+jetterent en celle de .v. puis de rechief emplirent celle de trois et
+aincoires la jetterent en celle de .v. dont il en demoura un lot en
+celle de trois. puis vuiderent celle de .v. en celle de .viii. et mirent
+le lot de celle de trois qui demouree y estoit en celle de .v. et
+remplirent celle de trois/ et ainsy en eut quatre los justement sans
+autre mesure.
+
+
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+
+Notes concernant la version électronique
+
+
+Il s'agit de la transcription du texte imprimé du document Rés. Ye-186
+de la Bibliothèque nationale de France. Quelques mentions manuscrites,
+peu lisibles, n'ont pas été transcrites, à l'exception du titre, figuré
+ici entre crochets, écrit à la main à l'encre rouge sur l'original.
+
+On a conservé l'orthographe, la ponctuation et l'usage des majuscules de
+l'original. Pour le confort de lecture, on a néanmoins résolu les
+abréviations par signes conventionnels, distingué i/j et u/v, et
+introduit cédilles et accents conformément à l'usage.
+
+On effectué les corrections suivantes:
+
+ retiré doublon "vouldront blamer cest euvre"
+ restourre > rescourre (de rescourre et sauver)
+ palist > plaist (sauver laquele qu'il vous plaist)
+ grader > garder (a garder amours et merci)
+ ma qui > qui m'a (par fortune qui m'a mené)
+ loenges > longues (es longues nuis d'yver)
+ mais > main (Ce sont les dois de vostre main)
+ grades > gardes (En ce jardin estoient trois gardes)
+ qui > que (que je lui donneray)
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+ainsi que certaines coquilles manifestes qui ont été silencieusement
+corrigées.
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+End of the Project Gutenberg EBook of Les adevineaux amoureux, by Anonymous
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+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 57719 ***