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diff --git a/57719-0.txt b/57719-0.txt new file mode 100644 index 0000000..d8f8029 --- /dev/null +++ b/57719-0.txt @@ -0,0 +1,3123 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 57719 *** + + + + + + + + + + + + +[Les adevineaux amoureux] + + +Pour par chevaliers et escuiers entretenir dames et damoiselles en +gracieuses demandes et responses et pour joyeusement deviser et passer +le temps ensemble affin ausi d'eviter oyseuse mere et nourrice de tous +vices. j'ay tissu un petit livret ou quel j'ay entrechangié pluiseurs +honnestes demandes et responses que fist nagaires une damoiselle a un +gentil chevalier sage et courtois touchant le fait et mestier d'amours +qui n'est pas pou de chose a mener et conduire comme autresfois l'ay +esprouvé et comme le font de present pluisurs qui par aventure se cestui +livret avoient veu ilz en seroient plus et mieulx usitez envers les +dames a respondre et aussi a demander choses honnestes et affreans a +tout honneur. Et pareillement le chevalier a son tour demande a la +damoiselle pluiseurs demandes touchant le fait des dames ausquelles la +damoiselle respond moult sagement et prudentement comme il apperra ou +procés de ce petit volume. Et pour ce que en commun proverbe se dit que +en moult de parolles ne deffault vice et aussy que esdittes demandes et +responses y seront mises pluiseurs dictions et mos qui sembleront +deshonnestes a aucunes par quoy ilz paraventure vouldront blasmer cest +euvre. je leur prie qu'ilz ayent regard au premier impositeur d'iceulx +lequel n'en eust aucune honte de les ainsy nommer. Et aussy que toutes +choses qui sont escriptes sont a nostre instruction et doctrine +escriptes comme nous tesmoingne l'appostre. Pourquoy je supplie a tous +les liseurs de ceste euvre. et especialement aux dames que desplaire ne +leur veuille. Et s'aucune chose y a qui leur semble deshonneste et +vergoingneuse. tournent le fueillet en convertissant leur maltalent en +risee joyeuse delaissant cest article a une autre qui paraventure comme +bonne galoise le mettera en euvre et en fera son prouffit. Or me soit +doncques pardonné. car ceste hardiesse m'a mis en corrage le noble et +gentil chevalier seigneur de la marche que dieu gard. Et aincoires pour +augumenter cedit traittié m'a de sa grace donné aucunes demandes et +responses moult honnestes dont je l'en remercie. + +Honneur aux dames. + + + + + La damoiselle demande. + +Sire chevalier puis que temps et loisir avons de deviser afin aussi pour +mieulx et plus sagement gouverner et conduire ma gentillesse en honneur/ +je vous supplie et requiers que me dittes tout premierement qui est la +cause pourquoy on aime. + + Le chevalier. + +Damoiselle moult grant chose me demandez mais a vostre correction et +desplus sages et experimentez je treuve qu'ilz sont quatre manieres de +desirs desquelz les poursuivans amours usent diversement. Le premier des +desirs est de grant pris car on aime une dame ou damoiselle pour d'elle +aprendre et mieulx valoir et pour le tresgrant bien et honneur qui est +en elle et par ce acquerre honneur et pris. Le second desir qui est +honneste est que on aime s'amie ou la damoiselle son ami pour avoir a +mariage qui est saint estat Le tiers qui est lait et deshonneste est +quant aucun aime pour attraire prouffit et gaing de sa partie Et le +quart qui est naturel est quant on aime sa partie pour joyr a sa volenté +et plaisance + + La damoiselle + +Sire chevalier lequel de ces desirs est le plus honneste et vault le +mieulx. + + Le chevalier. + +Damoiselle le primier vault trop mieulx des autres car toutes manires de +gens pevent amer par cellui desir sans en aucune manire meffaire. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande en fleur de gentillesse lequel vous +ameriez le meulx ou a joyr de voz amours sans desirer/ ou a desirer sans +joir. + + Le chevalier. + +Damoiselle a les desirer sans en joir. Car nul ne puet savoir la grande +vertu qui est en amours s'il n'a avant eu et sentu l'aguillon de loyal +desir. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires vous demande lequel vous aimeriez mieulx ou a +faillir a l'amour de vostre amie pour doubte que on ne s'en apperceust +et par aventure qu'elle en peust estre blasmee ou a en joir par tel si +qu'elle en demourast en celle aventure. + + Le chevalier. + +Damoiselle trop mieulx aimeroie a faillir de la joissance de son amour. +Car je ne puis ne ne doy estre avanchié la ou madame en amours fust en +riens amoindrie de son honneur. + + La damoiselle. + +Sage chevalier or me dittes lesquelles deux choses sont qui plus nuisent +et font de mal en amours aux vrays et loyaux amans. + + Le chevalier. + +Damoiselle a mon aviz ce sont desir et paour. Car desir esmeut tousjours +l'amant a requerir sa dame de merci. Et la paour qu'il a d'estre +escondis l'esbahist telement qu'il n'ose ne scet parler a elle quant il +s'i treuve. + + La damoiselle + +Sire chevalier je vous demande par contraire. qui sont les deux choses +qui plus de bien font en amours aux vrais amans. + + Le chevalier. + +Certainement damoiselle ce sont souvenir et esperance. Car le souvenir +lui met audevant la grande beauté et les grans biens qu'il a veus et +trouvez en sa dame. Et esperance lui promet qu'elle aura de lui mercy. + + La damoiselle. + +Aincoires vous demande sire chevalier que me dittes qui sont les trois +choses qui plus font durer amours entre amant et amie + + Le chevalier. + +Damoiselle je croy que ce sont sens loyauté et bien celer. Car sens +aprent a bien et honneur savoir. Loyauté lui fait loyaument perseverer. +Et bien celer tient les vrais amans soubz lui pour estre plus secrez. + + La damoiselle. + +Sire chevalier dittes moy en riant dont jalousie puet venir aux vrais +amans. + + Le chevalier. + +Je cuide damoiselle qu'elle leur viengne de tresloyaument et de +tresardanment amer. Car pou ou nul puet amer sans estre jaloux ou +jalouse. + + La damoiselle. + +Et ceste jalousie dont nous parlons sire chevalier. puet elle faire +aucun bien en amours. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle oyl entant que les amans en deviennent plus secrés et +mieulx celans et mettent paine a eulx sagement garder de faire chose qui +desplaise a cellui ou a celle que on aime/ et ainsi en ceste chose est +jalousie bonne et non autrement. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande se vous amiez une damoiselle laquele +demourast en aucune loingtaine contree/ et vous alaissiez par dela +lequel ameriez vous mieulx ou que vous la trouveissiez mariee a aucun/ +ou qu'elle fust de ce monde trespassee. + + Le chevalier + +Trop mieulx l'ameroie trouver trespassee de ce monde. Car combien que +moult de paines et de melencolies en eusse a l'oublier aumoins je n'en +verroye point joyr ung autre laquelle chose se mariee estoit force me +seroit veoir et souffrir qui aincoires piz me feroit. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande en quel temps les amans prendent +plusgrant delit ou en recordant en eulx la beauté sens et honneur qu'ilz +ont veu en leurs dames ou quant ilz les voient presentement. + + Le chevalier. + +Damoiselle je croy que c'est en recordant les graces et vertus de leurs +dames/ Car quant l'amant voit sa dame en amours il est si souspris et si +ravys de son amour et beauté que en sa penssee n'a nul arrest mais aprés +quant il est absent et il pensse et remire en soy la grande beauté et +les vertus d'elle et l'onneur dont elle est aornee il rechoit une leesse +et plaisance en son cuer que ce lui est une seconde gloire et n'est +homme qui le peust penser se esprouvé ne l'a + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincorres vous demande se vous aviez un vostre bien amé +compaignon lequel sceust tous vous secrez et vous pareillement les siens +et entre vous deux amissiez une damoiselle lequel ameriez vous mieulz +s'il convenoit qu'il fust ou que vous prensissiez s'amie a femme en +mariage ou qu'il prensist la voustre. + + Le chevalier + +Damoiselle trop mieulx aimeroie qu'il preist la mienne. Car se je +prendoie s'amie je lui ferroie desloyauté qui me tourneroit en vice et a +villonnie laquele j'aime mieulx qu'il le me face que moy a lui combien +qu'il m'en desplairoit moult et me tourneroit a grant tourment de le +souffrir. + + La damoiselle. + +Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoisselle +dont chascun d'eux cuide estre le mieulx amé. Or avient que eulx deux +sont ung jour a une dansse et la damoiselle ou milieu laquele porte sur +son chief un chapel de roses et l'un des compaignons aussi en porte un +autre La damoiselle bien aprise prent le sien de dessus son chief et le +met sur le chief de cellui qui point n'en a. Et tantost prent l'autre +chappel de dessus le chief de cellui qui apporté l'avoit a la feste et +le met sur son chief. Or vous demande auquel la damoiselle monstre le +plusgrant signe d'amour. + + Le chevalier. + +Damoiselle elle monstre plusgrant signe d'amour a cellui duquel elle +prent le chappel de dessus son chief. Car le prendre monstre signe de +fiance et d'amours. et le donner est une courtoisie que toutes dames +pevent faire sauve leur honneur. + + La damoiselle. + +Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoiselle/ +et chascun d'eux lui requiert avoir guerredon de son service. La +damoiselle veuillant user de courtoisie ottroye a l'un qu'il prengne +d'elle ung seul baisier. Et de l'autre elle sueffre qu'il l'accole tant +seulement. Or vous demande auquel elle monstre plusgrant signe d'amour. + + Le chevalier. + +Damoiselle sachiez que c'est a cellui auquel elle ottroye le baisier. +Car cent milles accolers n'attainderoient pas a un baisier ottroyé d'une +dame en amours. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires vous demande en toute honnesteté que me dittes +se vous aviez une dame en amours et vous lui requeriez de son amour tant +que par sa debonnaireté elle le vous ottroyast par tel couvenant que +jamais plus ne lui demanderiez aucune chose. se vous accepteriez cestui +marchié. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle nennil. Car ce ne puet estre que en parfaite amour ait +fin ne contredit d'aucunes choses que l'un amant puist faire a l'autre +sauve son honneur. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande aincoires une joyeuse demande et +question. assavoir se vous estiez avec vostre dame d'amours en lieu +secret du quel vous voz tendriez plus grevé/ ou s'elle vous disoit +qu'elle eust le cuer dolent de ce que trop vous aimast: ou se elle +regrettoit ung autre qu'elle eust amé avant vous. + + Le chevalier. + +Damoiselle trop mieulx aimeroie le premier que le second. Car de ce +qu'elle regretteroit l'amour d'un autre ce me seroit trop grieve chose a +oyr. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande que me dittes se vous le savez au quel +des deux grieve plus jalousie ou a l'omme ou a la femme + + Le chevalier. + +Certainement dame je croy que jalousie grieve plus a la femme que a +l'omme et la raison si est pour ce que l'omme est franc et si a +puissance et seignourie sur femme pour la corrigier et maistroier +laquele chose n'a pas la femme par dessus l'omme et si puet homme aler +franchement par tout ou il lui plaist que ne puet la femme pour quoy je +croy que jalousie lui grieve plus que a l'omme qui est seigneur et +maistre par dessus elle. + + La damoiselle + +Sire chevalier dittes moy par courtoisie se vous amiez une dame ou +damoiselle que de vray vous sceussiez qu'elle ne vous amast point ne +n'auriez espoir de jamaiz d'elle estre amé et vous eussiez un vostre +compaignon et bon ami. vouldriez vous qu'il l'aimast et que d'elle fust +amé. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle point ne vouldroie qu'elle l'amast. Car jamais mon +cuer ne se pourroit a ce consentir que je veisse un autre joyr de +l'amour de madame et je en fusse mendiant. + + La damoiselle. + +Sire chevalier une joyeuse demande vous veuil demander. Se vous amissiez +une dame de fine amour lequel ameriez vous le mieulx a avoir d'elle tous +voz voloirs et plaisirs par tel si que jamais ne la veissiez ne +parlissiez a elle. ou que la peussiez veoir et a elle parler sans la +jamais touchier. + + Le chevalier + +Damoiselle trop mieulx ameroie a la veoir et parler a elle sans la +touchier. Car trop seroit chose brutale et grieve a ung homme de estre +en la compaignie de sa dame sans la jamais veoir ne povoir parler ne +deviser a elle. + + La damoiselle. + +Sire chevalier pour mieulx savoir vostre corrage je vous demande que me +respondez a une question assavoir se toutes graces estoient a vous a +donner qui sont en amours et vous n'en peussiez donner a nullui que +l'une tant seulement laquele donneriez vous a vostre dame en amours. + + Le chevalier. + +Dame je lui donneroie loyauté car entre toutes les vertus c'est la plus +souveraine en amours. + + La damoiselle. + +Sire chevalier ilz sont deux gentilz hommes qui aiment une damoiselle. +desquelz l'un lui requiert de son amour toutes les fois qu'il puet venir +en place ou il puet trouver la damoiselle mais en elle ne puet trouver +aucun merci car elle ne l'aime point. Et l'autre escuier ne l'ose +requerre de son amour et si perchoit tresbien au semblant d'elle qu'elle +l'aime tresloyaument Or vous demande lequel d'eux vit en plusgrant anoy +de cuer et en plusgrande merancolie. + + Le chevalier. + +Dame je vous respons que ce doit estre cellui qui est escondis de +s'amie. Car estre escondi de sa dame est la plusgrande angoisse que +amans puissent recevoir en amours. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires veuil de vous savoir une gracieuse response. +Ilz sont deux ou trois escuiers qui tous aiment une damoiselle et bien +scevent tous l'un de l'autre et tant que tous d'un accord ilz vont +parler a elle pour d'elle savoir auquel d'eux trois elle se vouldroit +tenir par tel sy qu'ilz laisseront cellui qu'elle choisira en possession +de l'amour d'elle. + +La damoiselle subtile et bien aprise oye la requeste des trois escuiers +s'aprocha de l'un d'eux et l'estraingny par le doy. Au second marcha sur +le pied: Et au tiers gyngna de l'ueil. Or vous demande auquel elle donne +plusgrant signe d'amour. + + Le chevalier. + +Damoiselle cellui a qui elle gingne de l'ueil car l'ueil c'est le +messagier du cuer et non le doy ne le pied. + + La damoiselle. + +Sire chevalier pour rire je vous demande. S'il avenoit que vous amissiez +dame ou damoiselle de parfaitte amour. et vous seussiez bien que un +autre l'amast aussy parfaitement comme vous lequel auriez plus chier ou +que tous deux faillissiez a l'amour d'elle sans jamais y recouvrer/ ou +que tous deux en eussiez vostre desir et volenté + + Le chevalier + +Certes damoiselle trop mieulx ameroie que tous deux y faillissions Car +plus tost vouldroit languir en sa merci attendant qu'elle fust ainsy de +son honneur amoindrie. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande se ainsy estoit que ne penssiez avoir +l'ottroy de l'amour de vostre dame en amours fors par trayson se vous la +prenderiez ou non + + Le chevalier. + +Damoiselle oyl. par tele condicion que la trayson ne fust trop ou +deshonneur d'elle. car cestui vice seroit en aprés pardonnable. + + La damoiselle. + +Sire chevalier lequel de deux ameriez vous mieulx ou languir trois ans +pour vostre amie et puis vous l'eussiez a femme a grande leesse. ou que +prestement l'eussiez et puis que languissiez troys ans aprés. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle que je languisse les trois ans premierement et puis en +leesse l'espousaisse. Car grant desplaisir est de commencer chose que a +joye ne se puisse achever. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande lequel vous ameriez le mieux ou a perdre +amours par vostre lacheté. ou a les gaignier par trayson. + + Le chevalier. + +Damoiselle a les gaignier par trayson. Car qui aime loyaument ne puet +faire trayson pour acquerir l'amour de sa dame pour tant que ce ne soit +tel deshonneur qui lui puisse tourner en reprocche. + + La damoiselle. + +Sire chevalier s'il avenoit que vous retournissiez des joustes ou +tournoy ou d'aucun noble fait d'armes dont raportissiez le pris et +l'onneur et vostre dame en amour vous demandast qui auroit eu l'onneur +pour ce jour comment lui responderiez vous sans vous vanter. + + Le chevalier. + +Dame je lui diroie qu'elle en auroit eu le pris. Car se vray amant fait +aucun bien qui lui soit tourné a loenge et honneur le pris en doit estre +a sa dame pour l'amour de laquele il l'a fait. + + La damoiselle. + +Sire chevalier volentiers sauroie de vous duquel il y a le plus ou de +pensseez en amours/ ou de suspris en cuer jaloux. + + Le chevalier. + +Damoiselle sachiez que en tous deux il en y a grant plenté mais je croy +qu'il y ait plus de pensseez en amours que en cuer jaloux. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires vous demande quele chose appellent les amans le +grant bien d'amours + + Le chevalier. + +Damoiselle c'est le don de merci paré de grase flouri de joye et +enluminé de playsance. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires me plaist il savoir de vous une demande. ilz +sont deux damoiselles soeurs toutes d'un sens et d'une beauté desqueles +vous amez l'une parfaitement et si savez bien que point ne vous aime. Et +l'autre vous aime de tout son cuer. Or est le cas tel qu'il leur fault +passer une riviere. mais la fortune est qu'il convient l'une d'elles +noyer. et en vous est de rescourre et sauver laquele qu'il vous plaist. +Si vous prie que me dittes laquelle vous sauveriez ou celle qui vous +aime ou celle qui point ne vous aime + + Le chevalier. + +Certes damoiselle je rescourroie celle que j'ameroie. Car ce seroit +grande desloyauté de laissier perir ce que mon cuer ameroit dont jamais +il n'auroit joye. Et combien que de present elle ne m'aimast point si +auroie tousjours espoir que en temps avenir elle auroit de moy pitié car +espoir est ce qui soustient les amans et non autre + + La damoiselle + +Sire chevalier je vous demande auquel des deux il convient plus grant +sens a l'amant/ ou a acquerre amours ou merci de sa dame: ou a garder +amours et merci quant la dame en a fait l'ottroy. + + Le chevalier. + +Damoiselle a garder amours et merci quant on en a l'ottroy. Car trop est +prez envie de dangier qui tousjours agaittent les amoureux pour les +surprendre et empeschier leurs deduis et plaisances. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande laquele amour est plus durable et plus +aspre ou celle qui se fait de regard sans parler ou celle qui est ditte +de bouche. + + Le chevalier. + +Certainement damoiselle c'est celle que se fait de regard sans parler. +car les regars amoureux sont aspres et telement penetratis qu'il +perchent les cuers d'amans et d'amies. + + La damoiselle + +Sire chevalier aincores convient que me dittes une chose pour la +conclusion de mes demandes c'est que me dittes lequel vous aimeriez +mieulx ou que vostre dame en amours fust belle par raison et sage +oultreement. ou sage par raison et belle oultreement. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous respons que mieulx ameroie qu'elle fust sage +outreement et belle raisonnablement. Car combien que beauté soit une +chose moult prisie et moult desiree en amours si le surmonte la vertu de +senz autant que fait le soleil la clerté de la lune. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires vous demande lequel vit en plusgrant malaise ou +cellui qui est fins jaloux de s'amie et si en joyst ou cellui qui vit en +priant merci sans nul ottroy d'amours et sans jalousie. + + Le chevalier. + +Damoiselle cellui qui est jaloux de s'amie et si en joyst. car jalousie +si est le plus mauvais vice et plus grieve aux amans qui soit entre tous +autres. + + La damoiselle. + +Sire chevalier affin de non plus vous traveillier je metteray fin a mes +demandes vous remerciant de tout mon possible de voz honnestes et +gracieuses responses par lesquelles j'ay entencion d'orres en avant me +mieulx et plussagement conduire ens ou pelerimage d'amours ouquel je +suis en chemin pelerine que je n'eusse sceu faire sans vostre debonnaire +conseil. Et outre plus se en moy est aucun passetemps de demandes +affreans a damoiselle honneste et dignes de responses. je vostre humble +disciple et chamberiere me submés et offre de mon possible sans riens +vous en celler sans toutesfois touchier a l'onneur des dames tant soit +pou. Car je suis icy pour garder leur honneur en tant que en moy en est. +et aussy sire chevalier je vous sçay si prudent et si discret que a ce +ne vouldriez touchier/ comme assez l'ay desja esprouvé et congneu. + + Le chevalier. + +Damoiselle trop me donnez de voz loenges et gracieuses parolles mal en +moy merités. Car chose ne vous ay apris ne monstré que sauve vostre +grace ne sceussiez aussy bien et trop mieulx que moy ains que les vous +deisse. mais ce que vous en ay respondu a esté et est du tout a vostre +noble correction. Et de ce que m'en portez en vostre honneur moult me +plaist et telement que m'en constraingniez estre a perpetuité vostre +loyal chevalier en amours. Or damoiselle mais qu'il ne vous ennoye et +que point ne vous donne de traveil attendu aussy que avons aincoires +temps assez et lieu couvenable de deviser en maniere de passetemps. Et +aussy que moult me peseroit le departement d'entre nous je vous requiers +que me veuilliez satisfaire par voz gracieuses responses a aucunes +secretes demandes appartenans aux dames et dont entre nous hommes ne +povons cognoistre se n'est de par vous protestant toutesvoies que ceste +chose ne fay par arrogance ou presumption ne pour autre male foy ou +deception fors seulement pour nous entretenir en parrolles joieuses et +honnestes. ensuivant celles dont m'avez nagaires fait les demandes + + La damoiselle. + +Sire chevalier trop seroie a blasmer de desdaing et d'ingratitude se +ceste vostre requeste vous escondissoie mais d'une chose vous suplie/ +c'est que prenez en gré mon petit sens femenin et des responses que vous +feray n'y adjouster grant substance ains le mettés et imputez a mon +tendre et jone eage. et sur ceste protestacion commenciez quant il vous +plaira. + + Le chevalier. + +Damoiselle donques pour mieulx me conduire en amours s'il vous plaist +vous me direz lequel de deux mieulz vauldroit a dame ou damoiselle ou +qu'elle ottroiast son desir et amour a un escuier de bonne condicion de +qui elle seroit loyaument amee/ ou qu'elle l'escondist sans y jamais +povoir recouvrer. + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx lui voulroit ottroier son amour que s'escondire. +car on ne doit trop eslongier un bon ami quant on l'a. combien que nous +disons qu'ilz sont difficiles a trouver + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous conjure par la poissance du dieu d'amours que me +dittes se oncques vous feistes la sourde oreille quant aucun escuier +vous requeroit de vostre amour pour doubte que ne mesprissiez en vostre +response. + + La damoiselle. + +Sire chevalier espoir que oyl. Car la honte que j'avoye et paour de non +adressier a homme secret et loyal me faisoit l'oreille sourde et la +bouche mue. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande le quel entre vous dames vous prisiez le plus +ou homme attrempé sage et non gaires bel. ou cellui qui est cointes +jolis euvoisiez et plaisans et non gaires prudent + + La damoiselle. + +Sire chevalier trop plus est a prisier l'escuier attrempé sage et a +mesure que le bel non prudent. Car jamais n'a lieu vice devant vertu. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande laquelle femme aime le mieulx ou celle qui +prent ou celle qui donne. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je croy que ce soit celle qui donne. Car nul sage escuier +ne doit avoir fiance en amour de femme. ne par contraire damoiselle en +amour d'homme qui tend a avoir prouffit de la personne qu'il aime et +mesmes est un vice moult reprochable et deshonneste. + + Le chevalier + +Damoiselle aincores veul de vous savoir lequel vous ameriez mieulx a +avoir de voz amours ou joye et deduit qui tantost fauldroit. ou avoir +bon espoir d'elles sans parfaittement en joyr. + + La damoiselle. + +Sire chevalier trop mieulx ameroie avoir de mes amours bon espoir sans +en parfaitement joyr que d'en joyr et tantost faillir. Car la couronne +d'amours est de le savoir contenir et servir. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande le quel de deux mieulx ameriez ou a oyr dire +moult de maulx de vostre amy et vous y trouvissiez moult de biens. ou +que vous oyssiez dire moult de biens de lui et vous y trouvissiez mal. + + La damoiselle. + +Sire chevalier a ceste vostre demande en est la response moult clere. +Car trop mieulx ameroie oir dire mal de mon ami par tel si que je y +trouvasse des biens que le contraire. On dist que tout noble et vaillant +cuer ne se doit arrester aux parrolles volans. mais seulement a +l'experience/ et a ce je m'en tiens. + + Le chevalier. + +Damoiselle puis que en vous treuve si parfaitte prudence aincoires veuil +de vous savoir se en bone amour n'eut onques fin. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires plus avant vous veuil bien dire que en bonne +amour n'eut onques commencement et si croy fermement que en elle jamais +n'aura fin. ains a esté et est et sera avec dieu pardevant tous les +siecles et est de present entre dieu et les hommes et si durera +pardurablement. + + Le chevalier. + +Damoiselle pour ce que diversement est entre les hommes parlé d'amours +l'un en le blasmant l'autre en la loant je vouldroie volentiers savoir +de vous duquel il y a plus en amours ou de bien ou de mal. + + La damoiselle. + +Sire chevalier quoy que l'en die d'amours trop plus y a de bien que de +mal envers ceulx qui s'en scevent entremettre. Car nul ne porroit tant +de mal endurer en la queste d'amours que un tout seul bien ne l'en +puisse guerdonner et enrichir. + + Le chevalier. + +Damoiselle combien que n'ayez aincoires esté mariee je vous demande se +vous amiez bien parfaitement un escuier/ duquel pareillement vous +fussiez bien amee. lequel dueil passeriez vous plus legierement/ ou se +vostre ami se marioit a une autre damoiselle ou s'il morroit. + + La damoiselle. + +Certainement sire chevalier se si parfaitement l'amoie comme vous dittes +mieulx ameroie qu'il morrust/ que qu'il se remariast a une autre de moy. +Car trop dure chose me seroit a porter veoir autrui joyr de cellui en +qui j'auroie du tout mis mon cuer et ma beneureté. + + Le chevalier. + +Damoiselle aincoires veuil de vous aprendre une chose de laquele +paraventure aincoires n'avez eu besoing. C'est que se un escuier et une +damoiselle aiment l'un l'autre parfaitement/ et il avient que un autre +escuier requist la damoiselle de son amour je vous demande se elle le +doit dire a son ami ou non. + + La damoiselle. + +Sire chevalier bien est vray que onques de ceste chose n'eus affaire. +mais tant vous dy que la damoiselle le doit dire a son ami voire se elle +le scet sage et discret autrement non. Car entre deux amans ne doit +nulle rien estre celee ne aussy de femme a mary. + + Le chevalier. + +France damoiselle se ainsi fust que tenissiez loyales amours en voz +mains je vous prie que me dittes que vous en feriez. + + La damoiselle + +Sire chevalier sachiez que sans aucun delay je les metteroie ou cuer de +mon amy. car ailleurs ne les pourroie mieulx mettre a mon avantage et +honneur. + + Le chevalier. + +Damoiselle lequel des deux ameriez vous mieulx ou que sceussiez toutes +les pensseez de vostre ami ou qu'il sceust toutes les vostres + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx ameroie savoir toutes les pensseez de mon ami +qu'il sceust les miennes. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle trop mieulx ameroie savoir celles de madame affin que +je fusse certain de l'amour dont elle m'aimeroit. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande laquele des deux fait mieulx a prisier ou +celle qui oncques n'ama par amours ou celle qui tout son temps a amé +sans loyauté. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je tiens que plus fait a prisier la dame qui onques n'ama +Car s'elle n'aime et n'a en elle aucune des vertus d'amours. aussi n'a +elle le grant vice de desloyauté qui est moult a vituperer en dame. + + Le chevalier. + +Damoiselle aincoires vous demande de quoy les amans doivent avoir +plusgrant doubte ou d'estre escondis quant ilz prient leur dame. ou +quant l'ottroy leur en est fait qu'ilz ne le perdent. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je croy qu'ilz ont plusgrant doubte de le perdre. Car on +doit plus resongnier a perdre la chose acquise que celle dont n'a +aincoires eu la possession. + + Le chevalier. + +Damoiselle de vous convient que aincoires saches duquel vous avez plus +usé en amours/ ou de semblant sans corrage/ ou de cuer sans semblant. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je croy que ç'a esté de semblant sans corage. combien que +ceste chose vous dy bien a regret/ mais riens ne vous puis celer/ car +promis le vous ay. + + Le chevalier. + +Ma treshonnouree damoiselle je vous ay demandé de moult diverses +demandes ausqueles moult honnestement et sagement m'avez respondu dont +trop a jamais ne vous en sauroie remercier ne satisfaire en cas pareil +ne en semblable. si n'ay pour tout vostre guerdon autre gaige a vous +donner que mon cuer lequel je vous presente a tenir prisonnier a vostre +obeissance. Et pour ce que point ne me enuie d'estre emprés vous et +aussy que temps avons aincoires assez de deviser et de passer temps je +vous supplie que me veuilliez aprendre et faire sage d'aucunes doutes +que j'ay en mon cuer touchant les personnes des amans et que c'est +d'amours. + + La damoiselle. + +Sire chevalier trop exauchiez mon ygnorance de me donner loenge non +deservie. Car en moy n'a aincoires eu gaires d'experience ne de +cognoissance de pluseurs choses es fais d'amours et ce a cause de ma +tendre jonesse/ mais pour ce que promis le vous avoye a mon povoir tenu +le vous ay. si vous prie que les ayez et prisiez tant qu'elles valent et +non plus. et de ce que m'avez a demander j'en responderay a mon povoir/ +et savoir qui n'est gaires grant/ si commenciez quant il vous plaira. + + Le chevalier. + + Qu'est en amours le dart villain. + com plus me fiert et je plus l'aim. + Que plus me bat villainement. + plus l'endure legierement. + + La damoiselle. + +C'est faulz semblant. + + Le chevalier. + + Aux vrais amans qui aiment hault. + Quele chose est que mieulx leur vaulx. + et au besoing plus tost leur fault. + + [La damoiselle.] + +C'est beau parler. + + Le chevalier. + + Qui est d'amours mere et nourrice. + com plus est noble et plus est nice. + + La damoiselle. + +C'est la pensee. + + Le chevalier. + + Quele est l'enseigne par dehors + qui plus monstre l'amour du cuer + + La damoiselle. + +C'est muer couleur. + + Le chevalier. + + Quele est la seignourie. + que l'amant puet avoir. + Sans peur sans tricherie. + sans joye et sans espoir. + + La damoiselle. + +C'est estre amé qu'on n'en scet riens + + Le chevalier. + + De quoy puet plusgrant bien venir. + en vie d'amours maintenir. + + La damoiselle. + +C'est soy maintenir sagement. + + Le chevalier. + + Qu'est en amour la courtoisie + moins prouffitable et plus prisie. + + La damoiselle. + +C'est estre accolez sans baisier. + + Le chevalier. + + Qui est une autre courtoisie. + que nul ne rechoit qui en rie. + + La damoiselle. + +C'est courtois escondit. + + Le chevalier. + + Qu'est le moindre don qu'amours face. + qui plus conforte et plus solace. + + La damoiselle. + +C'est doulz regart. + + Le chevalier. + + Qui fait aux fins amans joyr + de ce de quoy ilz ont desir. + + La damoiselle. + +C'est courtoisie. + + Le chevalier. + + Qui fait amours long temps durer. + et enforcer et embrachier. + + La damoiselle. + +C'est joye et leesse. + + Le chevalier. + + Quele chose esse qui monstre en fin. + le faulx cuer et aussy le fin. + Car en faulz cuer l'amour descroit + et ou fin cuer double et si croist. + + La damoiselle. + +C'est par monstrer dangier. + + Le chevalier. + + Par quel semblant et par quel touche. + cognoist on sage dame en bouche + + La damoiselle. + +C'est par la response qu'elle fait + +Sire chevalier moult de joyeuses demandes m'avez faites ausqueles assez +simplement et en brief je vous ay respondu si me pardonnez que si +ruidement l'ay couchié/ car mieulx ne le sçay. et on dist encommun que +qui fait le mieulx qu'il scet et qu'il puet on lui doit pardonner Or me +pardonnez doncques/ et me satisfaittes a aucunes doubtes sur certaines +demandes que aincoires vous veuil demander esqueles je croy vous estre +expert mieulx que ne soyons entre nous femmelettes et n'ayez en desdaing +ou despit quant si franchement vous empesche/ mais autant en avez de moy +quant temps et lieu le vous semondront + + Le chevalier. + +Gentille damoiselle moult me plaist la franchise que dittes prendre et +avoir sur moy/ car bien le povez dire et faire a vostre bon plaisir +comme il vous poura aparoir cy aprés. Or commenciez quant vous plaira et +je de mon petit sens et sans riens vous en celer diray a la france +margarite ce que en moy en est + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie +d'estre dix fois en sa compaignie a vostre volenté et jamais plus n'y +deussiez estre se vous les prenderiez en brief temps ou se vous +attenderiez longuement. + + Le chevalier. + +Damoiselle sachiez que je en prenderoie aucunes prestement et les autres +garderoie. Car se je les avoie toutes prinses a une fois je devroie +estre dolant quant si legierement auroie despendu les biens que madame +m'auroit de sa grace otroiez et n'y porroie plus recouvrer. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie de +couchier avec elle par tel sy qu'elle deust avoir sur vous un souhait +tel qu'il lui plairoit lequel ameriez vous mieulx ou qu'elle le prist a +vostre couchier. ou a vostre lever. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle mieulx ameroie qu'elle le preist au couchier. Car puis +qu'elle m'aroit ottroié tele grace que d'estre la nuit emprés elle je +pourroie bien penser que son souhait ne seroit point contraire a ma +volenté. mais a mon avantaige et honneur. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous veuil demander une joyeuse demande. c'est lequel +vous ameriez le mieulx se vous teniez vostre dame par amours en lieu +secret ou qu'elle fust vestue des plus precieux habis du monde ou que la +tenissiez nue entre deux sacs. + + Le chevalier. + +Damoiselle a ceste demande a beau choix. car trop mieulx l'ameroie nue +entre deux sacs que vestue des plus riches draps du monde. Comme mon +cuer ne desire que son gracieux corps et non ses riches habis. + + La damoiselle. + +Sire chevalier je vous demande se vous amiez dame ou damoiselle et ung +autre aussy l'amast pareillement. lequel ameriez vous le mieulx. ou que +veissiez l'autre issir de la chambre d'elle quant vous y enteriez. ou +qu'il y entrast quant vous en ysteriez. + + Le chevalier. + +Damoiselle que l'autre en yssist et je y entraisse. car se je lui veoie +entrer et j'en ississe jamais n'auroie joye en mon cuer tant que a elle +parlé auroie. + + La damoiselle + +Sire chevalier se vostre amie estoit en prison en une haute tour et eust +tresgrant fain je vous demande comment vous lui donneriez a la pointe +d'une lance deux parties de mes l'un cuisant et l'autre refroidant. + + Le chevalier + +Damoiselle je metteroie ung oeuf en ung pain chault si cuiroit l'un en +refroidant l'autre. + + La damoiselle. + +Sire chevalier se une damoiselle avoit toute une nuit assiz sur vostre +oreillier. et ne l'eussiez touchie ne elle vous et elle deust l'endemain +estre une rose ou jardin assize entre mille autres roses pareille aux +autres/ et s'il le vous couvenist recognoistre sur paine d'avoir la +teste trenchie je vous demande comment vous la recognoisteriez. + + Le chevalier. + +Damoiselle je la recognoisteroie a ce que toutes les autres roses +seroient chargeez de la rousee du ciel et elle point. + + La damoiselle. + +Sire chevalier trop ne me sauroie saouler de voz gracieuses et sages +responses. si vous prie que me dittes quele dame ou damoiselle pour +estre parfaitte doit estre + + Le chevalier. + +Damoiselle sachiez que toute dame d'honneur doit estre humble et +courtoise en parler et en toutes ses manieres simple et coye. + + La damoiselle. + +Sire chevalier aincoires vous veuil demander une joyeuse demande asavoir +se homme marié et femme mariee ou dame de religion pevent amer par +amours loiaument et sans mesprendre. + + Le chevalier. + +Certes damoiselle je croy que oil pourtant qu'il n'y ait aucun villain +fait ne villaine intencion de penssee deshonneste. Car en vraie amour +n'a aucun vice ne pechié. + + La damoiselle. + +En verité sire chevalier bien le croy et moult sagement m'en avez +satisfait dont je vous mercie. Mais aincoires veuil de vous savoir plus +avant comment amours se pevent longuement maintenir et par quoy. + + Le chevalier. + +Volentiers et a mon povoir en ce vous serviray. + + La damoiselle. + + Du chastel d'amours vous demand. + dont vient le premier fondement. + + Le chevalier. + +De honneste plaisance. + + La damoiselle. + + Or me nommez le maistre mur + qui plus le fait et fort et dur. + + Le chevalier. + +C'est celer sagement. + + La damoiselle. + + Dittes moy qui sont les crestiaulx. + les sayettes et les quarreaulx. + + Le chevalier. + +Ce sont les regars attrayans. + + La damoiselle. + + Qui est le maistre portier et garde + qui l'entree deffent et garde. + + Le chevalier. + +C'est dangier. + + La damoiselle. + + Dittes moy dont qui est la clef. + qui fait le chastel deffermer. + + Le chevalier. + +C'est prier continuelement. + + La damoiselle. + + Nommés la sale et le manoir. + Ou on puet premier joye avoir + + Le chevalier. + +C'est accoller doucement. + + La damoiselle. + + Qui est la chambre ou est le lit + et toute joye et tout deduit. + + Le chevalier. + +C'est joyssance entiere. + + La damoiselle. + + Aprés la garde me nommez. + Par qui le chastel est gardez. + + Le chevalier. + + Vivre honnourablement. + Et gracieusement. + Soy vestir gentement. + Parler courtoisement. + Honnourer toute gent. + Et amer loyaument. + + La damoiselle. + + Or devez l'ennemy nommer. + Qui puet le chastel plus grever. + + Le chevalier. + +Eslongier sa dame longuement + + La damoiselle. + + De quoy fait amours courtoisie. + Moins prouffitable et plus prisie. + + Le chevalier. + +C'est de baisier son amy. + + La damoiselle. + + Quele est le moindre don d'amours. + Qui plus conforte les dolours + + Le chevalier. + +C'est doulx regart. + + La damoiselle. + + Qu'esse qu'amours oste des siens. + Et s'est la chose honneur et biens. + + Le chevalier. + +C'est contenance. + + La damoiselle. + + Qu'est le prouffit qui puet venir. + De joye d'amours maintenir. + + Le chevalier. + +C'est grace et honneur. + + La damoiselle. + + Par quel assay et par quel touche. + Puet mieulx sage dame esprouver. + Se cil qui la prie d'amer. + L'aime de fin cuer ou de bouche + + Le chevalier. + +C'est par monstrer dangier a son amy. + + La damoiselle. + + Qu'esse qui plus amans eslieve + Et plustost leur fait joye avoir + Et aux amans plus nuist et grieve. + Et leur fait mettre en nonchaloir. + + Le chevalier. + +C'est richesse. + + La damoiselle. + +Comment nomme on la maladie que tant plus approche on le mire et plus +grieve. + + Le chevalier. + +C'est amours en cuer de leal amant. + + La damoiselle. + +Certes assez ne me puis esmerveillier de vos prudentes et sages +responses sire chevalier/ et ne fust l'heure qui approche le departement +de l'assamblee presente. aincoires vous traveillasse pour savoir de vous +aucunes doubtes qui souvent me traveillent l'entendement/ especialement +se le dieu d'amours fist onques aucuns commandemens a garder par ses +subgez et bacelers errans en la queste d'amours pour plustost parvenir a +sa court. et ou parfait service de leurs dames. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous respons et afferme que sy a/ lesquelz sont de moult +grant especiauté. + + La damoiselle. + +Et combien sont ilz en nombre + + Le chevalier. + + Dix commandemens fait. + amours a ses sergans. + ausquelz tout cuer parfait. + doit estre obeissant. + + La damoiselle. + +O sire chevalier. et combien que aincoires fust l'heure plus tard et que +je deusse icy arrester oultre les autres. et si veuil de vous oyr ces +sains commandemens voyre et que ce soit vostre plaisir les me dire. + + Le chevalier. + +Les .x. commandemens d'amours. + + C'est que l'amant d'orgueil. soit exemps en tous temps/ + ja parolle ne dye qui autruy soit nuisans. + A tous soit acointables de parler et plaisans. + Et toutes villonniez soit partout eschevans. + D'estre faittis et cointes doit tousjours estre engrans. + en toutes compaignies soit et liez et joyans. + Nul villain mot ne soit hors de sa bouche yssans. + Soit larges et courtois aux petis et aux grans. + Et en un seul lieu soit son cuer perseverans. + Qui ces commandemens ne garde il n'est pas vrays amans. + Ne digne des grans biens d'amours participans. + + La damoiselle. + +Certainement bien doivent estre hault exaulciez ceulx qui ces sains +commandemens acomplissent. mais sire chevalier aincores volentiers +sauroie de vous pour congié prendre comment on appelleroit amours +s'elles avoient perdu leur nom + + Le chevalier. + +Damoiselle sachiez qu'elles auroient nom. Tresor d'honneur pour la +plushaulte et parfaitte chose qui soit ou monde et qui plus fait le +monde durer et continuer ensemble. + +Aincoires ay dessus mon cuer aucunes doubtes que avant que departons me +convient de vous savoir. damoiselle si vous prie que ne vous veuille +desplaire de la paine que je vous donne. et aprés vostre response je +vous promés imposer fin et ne vous plus traveillier. + + La damoiselle + +Bien me plaist sire chevalier or demandez vostre bon plaisir. + + Le chevalier. + +Damoiselle doncques ains que departons. je vous demande lequel vous +ameriez le mieulx ou d'entreprendre a faire mesdisans cesser de mesdire. +ou vostre amy saouler de baisier. + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx ameroie saouler mon amy de baisier que +entreprendre a faire cesser mesdisans de hoingnier. car combien que +raison ne lui souffeist pas de moy baisier si ne me porroit il tant +anoyer que l'autre. + + Le chevalier. + +Damoiselle aincores vous demande par la foy que devez a dieu et a amours +que me dittes se vous veistes en cest an homme a qui vous vouldriez +requerre de son amour. mais que ce fust aussy honnourable chose pour +vous le requerre comme ce seroit de lui. la vostre requerre. + + La damoiselle. + +Sire chevalier sachiez que oyl car aux dames est laissié franct arbitre +de povoir eslire leur semblable en condicion et vertu comme a l'omme. +mais vergoingne leur deffend. + + Le chevalier + +Damoiselle lequel ameriez vous mieulx ou que vostre amy joyst de vostre +amour par si que nul ne le peust savoir. ou qu'il n'en joyst pas mais +chascun cuidast qu'il en joyst. + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx ameroie qu'il en joyst et que nul n'en sceust +riens. Car toutes femmes doivent tousjours garder leur honneur et sur +toutes choses eschever les parolles des mesdisans. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande se une femme puet avoir deux amis en parfaite +amour. + + La damoiselle. + +Sire chevalier sachiez que nennil neant plus qu'elle puet de partir son +cuer en deux parties/ et celle qui le fait est incertaine et fait a +blasmer. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande se proesse ou hardement esmeut point cuer de +dame ou damoiselle a amer par amours. + + La damoiselle. + +Certainement si fait sire chevalier/ Car femme de sa propre nature +desire tousjours que cellui qu'elle entend a amer soit hardi et preux. +Et aussy l'en dist communement que couard n'aura ja belle amie. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous prie que me dittes le pourquoy et la raison + + La damoiselle. + +Certes sire chevalier moult volontiers. la cause si est pour ce que la +dame ou damoiselle en est plus redoubtee cremue et mieulx prisie laquele +chose desire cuer de femme. comme d'elle mesmes ne soit a craindre. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande le quel de deux vous ameriez le mieulx ou que +vostre ami se l'avez ou entendez avoir fust larges et courtois/ ou +eschars et hardis. + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx ameroie qu'il fust larges et courtois. car +hardement ne puet longuement durer en cuer eschars pour ce que avarice +qui est un lait vice et pechié mortel ne lui laisse demourer Et je suis +certaine que dieu aime mieulx sage couardise que fol hardement et aussy +fait tout honneste corrage. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande et prie que me dittes de toutes les vertus +que vostre ami a laquele mieulx vous plaist. Et de tous ses vices +s'aucuns en a/ lequel plus vous desplaist. + + La damoiselle. + +Sire chevalier sauve le bon advis de celles que mieulx se cognoissent en +amour que moy/ mieulx doit plaire loyauté en cuer d'amant et desloyauté +le plus desplaire. + + Le chevalier. + +Damoiselle on dist souvent en commun que amours sont pendans a la +perche. en quel point sont elles lors. + + La damoiselle. + +Sire chevalier amours pendent a la perche quant l'amant a mis ses bras +au col de s'amie par amours sans la baisier. + + Le chevalier. + +Damoiselle quant amans font nouvelles amours que deviennent les vielles. + + La damoiselle. + +Sire chevalier elles sont mises en la prison de oubly. + + Le chevalier. + +Damoiselle du quel vous plaigniez vous le plus en amours. ou de trop +prier. ou de pou prier. + + La damoiselle. + +Sire chevalier de trop prier car de legier on s'en pourroit taner. + + Le chevalier. + +Damoiselle je vous demande lequel vous ameriez le mieulx ou que vostre +amy morust pour l'amour de vous. ou que morussiez pour l'amour de lui. + + La damoiselle. + +Sire chevalier mieulx ameroie qu'il morust pour l'amour de moy car se +morte estoie pour l'amour de luy on n'en feroit que mocquier et se je +vivoie aprés lui j'auroie toute ma vie regret et souvenance de son +amour. + + Le chevalier. + +Certainement damoiselle aprés celle response plus ne vous veuil +traveillier attendu que en ce seroie d'oppinion contraire. car mieulx +ameroie morir pour l'amour de madame qu'elle morust pour l'amour de moy +et a ce y a bonne rayson. car la reste de ma vie ne me seroit que +langueur et deshonneur et mieulx vault morir a honneur que vivre a honte +et ainsy me seroit la vie pire que mort. + + + + +Mes dames et vous mes damoiselles qui avez veu et leut cy dessus les +demandes et responses amoureuses et honnestes pour entretenir en +gracieuses devises chevaliers et gentilz hommes/ je vous suplie que se +aucune chose y avez trouvé qui soit a vostre desplaisance que le me +pardonnés. Car il ne m'a esté possible de tout avoir retenu ce que par +ci devant ay oy et veu. ne aussy du temps present ne puis rendre raison +queles devises les nobles et frisques damoiselles ont envers leurs +mignons comme je soye de leur compaignie banni pour dame viellesse a +tout son fronchié visage qui m'est venue audevant pour le desplaisir de +laquele jonesse la fresche et envoisie est departie de ma compaignie et +a emporté de moy beauté qui moult m'estoit favorable et propice et pour +laquele j'estoie appellé et bien venu entre les dames. Or ne me reste +doncques autre poissance que d'en deviser/ et aussi mettre par escript +ce qu'en puis avoir retenu. Et pour ce que du temps passé je me suis +trouvé par fortune qui m'a mené en pluiseurs et diverses compaignies +aussy bien moiennes et basses d'estat comme nobles et hautes. je veuil +maintenant reciter pluiseurs demandes et adevinailles que soloient faire +les jones compaignons de mon temps aux matrones et filles es assembleez +qu'ilz faisoient es longues nuis d'yver aux series pour passer plus +joyeusement icelles. Et s'il y a chose un pou grasse il me soit +pardonné/ car c'est ouvrage et devises de nuit + +S'ensieut icelles demandes. + +Une chose fut trouvee qui oncques esté n'avoit/ et cellui qui riens n'y +avoit le donna a cellui a qui c'estoit. + + Response. + +Ce fut le sainct baptesme que sainct jehan donna a nostre sauveur +jhesucrist. + + Demande. + + Un enfant fut parlant et vifz. + son pere mort et enfouis. + le pere vit/ et le filz non/ + Or regardés par quel raison. + + Response. + +Cestui enfant estoit aveugle. + + Demande. + + Je fus nez avant que mon pere + Et engendrés avant ma mere + Et si tuay le quart du monde. + Si grant qu'il est a la reonde. + Et si despucellay ma taye. + Regardez se c'est chose vraye. + + Reponse. + +Ce fut kayn qui tua abel son frere. + + Demande. + +Comment serviriez vous vostre dame par amours d'un mes venant du cul +sans villonnie sur un trenchoir de trestous bois. + + Response. + +Je la serviroie d'un oef sur le plat d'une cuignie. + + Demande. + + J'ay un hostil bel et roit. + Une fois crombe/ et l'autre fois droit. + Vray dieu qu'il est bel quant il tend. + Et si ne vault riens s'il ne tend + Je sacque aval/ je tire amont. + Je fiers en un trou bien parfont + + Response. + +C'est un arc a main. + + Demande. + + Il n'est non plus gros q'une puche. + Et s'en fait on bien une amuche + + Response. + +C'est une fuelle de colles. + + Demande. + +Il n'est pas plus grant que le pied d'une mulle/ et si en enchasse l'en +bien cent bestes hors de leur pasture. + + Response. + +C'est un pigne qui abat les poulz des cheveulx. + + Demande. + +De quoy a y le plus a paris et si y pert le moins. + + Response. + +Ce sont les pas des gens. + + Demande. + +De quel mestier a il le plus de gens a paris. + + Response. + +Des vuydeurs d'escuelles. + + Demande. + + Dedens paris a une chose. + Qui droit ou milieu est enclose + Qui tient le roy de france en guerre. + Encontre cellui d'angleterre. + Et se ne l'en puet nulz hors traire. + Se tout paris ne veult deffaire. + + Reponse. + +Ostez .R. de paris. ce sera pais. + + Demande. + +Quele chose est ce qui soustendroit bien cent muis de paille/ et si ne +soustiendroit pas une maille. + + Response. + +C'est l'eaue. + + Demande. + +Il est a la table et sy ne le mengue on mie/ et ens ou feu/ et si ne +brule mie. et si va en l'eaue et si ne noye mie. + + Response. + +C'est le soleil. + + Demande. + +Quant il est jone c'est il. et quant il est viel c'est elle. + + Response. + +C'est la lune. + + Demande. + +Qui est la chose qui donne ce qu'elle n'a mie. + + Response. + +C'est une queux qui donne taillant au coutel qu'elle n'a pas. + + Demande. + +Quelle est la chose quant plus la boute l'en et mains y entre. + + Response. + +C'est la main qui entre en un gand. + + Demande. + + Blanc est le champ. noire est la semence. + L'omme qui le semme. est de tres grant science. + + Response. + +C'est papier et enchre. et le clerc qui escript. + + Demande. + + Comment qu'il viengne ne qu'il voit. + il fault tenir le cul a droit. + + Response. + +C'est une aguille qu'on enfile. + + Demande. + + Entre deux jambes le vif amble + entre deux fesses. le vif tremble. + Et quant il vient a la porte. + son mastre busque. + + Response. + +C'est ung chevalier monté sur une haghenee. + + Demande. + +Pourquoy becque le coq en la paille. + + Response. + +Pour ce qu'il n'y puet mordre. + + Demande. + +Quel oysel est ce qui donne lait et sy vole en l'air. + + Response. + +C'est une chauvesoiris. + + Demande. + +Vint asne en un pré. vint asne a l'ostel. et vint asne a l'estable. +quantes oreilles ont ilz quant il sont ensemble. + + Response. + +Il n'en a que deux. car il n'y a que un asne. + + Demande. + +Quelle chose est ce qui a les piez desseure et les genoulz dessoubz. + + Response. + +C'est une femme enchainte de vif enfant. + + Demande. + + Il est court et gros. + Et si n'a nulz os. + Et si ne voit goutte. + Et quant vient ou trou. + Dedens il se boute. + + Response. + +C'est un taulpe + + Demande. + +Qui est la beste qui a sa teste entre ses jambes. + + Response. + +C'est un chat qui lesche son cul sauve honner. + + Demande. + + Petite suis ne suis pas forte. + Ne puis aler s'on ne me porte. + Maintes gens sont en mon dangier. + Duc. Conte. prince. et chevalier. + Et se n'estoit par mon exploit. + Bien croy qu'ilz morroient de froit. + + Response. + +C'est une aguille. + + Demande. + + La plus tresbelle fleur d'esté. + Je vous ay de si prez esté. + Que se mon viz fust embrasé. + Vostre barbe eusse bien brulé. + + Response. + +C'est un homme qui baisa une rose. + + Demande. + + Une chose entra en la ville. + a .viii. piez et a six oreilles. + Trois culz et aussi une queue. + Qui est chose bien merveilleuse + + Response. + +Ce sont deux hommes sur un cheval. + + Demande. + +Adevinés que c'est. quant on le boute/ il reboute et quant on le sacque +il degoute. + + Response. + +C'est un asperge. + + Demande. + +Adevinés qui est la chose qui fut deux fois nee sans baptisier et pour +les pecheurs au feu rostie et brulee. + + Response. + +C'est ung chapon. + + Demande. + +Quele chose est ce qui oncques ne fut ne ja ne sera et si les voiez tous +les jours. + + Response. + +Ce sont les dois de vostre main que jamais ne seront aussy longs l'un +comme l'autre. + + Demande. + +Je mis mon pied contre son pied/ et mon ventre contre son ventre/ et mon +pendu en son fendu. et quant il fut ens il hallotta + + Response. + +C'est une huche qu'on euvre d'une clef. + + Demande. + +Il ne ot ne voit. mengue ne boit et qui le metteroit en exploit/ il +orroit verroit beuveroit mengeroit/ et telement chanteroit que le +dormant esveilleroit. + + Response. + +C'est un oef. car qui le metteroit couver il en isteroit un coq qui +chanteroit. + + Demande. + +En bois naist/ en pré paist. femme le fille et fevre le fait/ si vole en +l'air comme un oysel et fent en terre comme un pourcel. + + Response. + +C'est une flesche empennee et enferee. + + Demande. + +Adevinez lequel ostil de l'ostel est le plus sot. + + Response. + +C'est un tamis qui donne la farine et retient pour lui le son. + + Demande. + +Adevinez qui est l'ostil en l'ostel le plus sage. + + Response. + +C'est le van qui retient le pur fourment et il met hors la paille et +l'ordure. + + Demande. + +Adevinez que c'est quant on le boute par le queue il brait par le pied. + + Reponse. + +C'est un molin a vent. + + Demande. + +Adevinez que c'est qui n'est pas si grant que le pied d'une geline et +s'en garderoit on bien l'avoir d'une royne. + + Response. + +C'est une clef. + + Demande. + +Adevinés que c'est quant il naist il brait/ et quant il est nez il se +taist + + Response. + +C'est le hault vent issant du trou sur quoy on siet. + + Demande. + + Seriette va par chambre. + Et si n'a ne pied ne jambe. + Et quant elle est hors on le nye + Et s'abruve la compaignie. + + Response. + +C'est une vesse. + + Demande. + +Dequoy a le connin plusgrant peur. + + Response. + +C'est d'un homme qui a grise barbe. + + Demande. + +Il est deux fois nez et housez et esperonnez et s'a une creste que un +chascun voit. + + Response. + +C'est un cok. car il fut oef premiers et puis coq aprés. + + Demande. + +Saluez moy cellui que j'ayme que je ne cognoy point et vous le +cognoissiez si ne le veistes oncques + + Response + +C'est vostre cuer que je ne congnoy point. Et vous ne le veistes +oncques/ et si le cognoissiez bien + + Demande. + +Adevinez que c'est/ cellui qui le vent en est joyeux/ et cellui qui +l'achate en est courrouchiez/ et cellui qui en besoingne le met n'en +scet riens. + + Response. + +C'est un luysel. + + Demande. + +Comment donneriez vous a vostre dame par amours une pomme au jour d'huy +qui demain seroit cuellie. + + Response. + +On ne cueille nulles pommes que de main. + + Demande. + + De cinquante ostez ent cent. + Ilz en seront plus bel et gent. + Et si en vauldront plus d'argent. + + Response. + +Faittes de .l. coqs des cappoons + + Demande. + +Je pensse et si pourpense et penser me couvient. combien celle ne +m'appartient. qui est fille de mon tayon et si n'est point ma tante. + + Response. + +C'est ma mere. + + Demande. + +Pourquoy vont les gens au moustier. + + Response. + +Pour ce que le moustier ne puet venir a eulx. + + Demande. + +Comment feroit on ce que dieu ne puet faire. + + Response. + +Ce seroit de parler a plusgrant de lui ce que dieu ne fist oncques + + Demande. + +Comment envoyeriez vous a vostre dame par amours un poisson de toutes +eaues. en un plat de toutes fleurs par un homme de tous consaulx. + + Response. + +Je lui envoyeroie un saulmon en un plat de cire par prestre confesseur. + + Demande. + +Monseigneur et madame un estre ont. + + Response. + +Ilz ont un jardin. + + Demande. + +Desquelz piez a il le plus en la riviere. + + Response. + +Des mouilliez. + + Demande. + + Je vis un chevalier. + Qui fist un sault hier. + Et s'estoit filz de jument. + + Response. + +C'estoit ung cheval que hier avoit veu faire un sault. + + Demande. + +Je vis un escuier qui point n'estoit homme. + + Response. + +C'estoit un escu d'armes. + + Demande. + + Trois moisnes passoient. + Trois poires pendoient. + Chascun en prist une. + Et s'en demoura deux. + + Response. + +L'un des moisnes avoit nom chascun. + + Demande. + +Je vous demande se oncques veistes le prestre sursemé. + + Response. + +Oyl quant il est sur un champ nouvel semé. + + Demande. + +Quelle beste est ce qui tousjours va/ et jamais lieue ne fera. + + Response. + +C'est un lymaçon. + + Demande. + +Quele chose est ce qui a deux dos et si n'a que un ventre. + + Response. + +C'est un soufflet. + + Demande. + +Quele chose est ce qui a trois piez et une queue et si ne puet aler +avant. + + Response. + +C'est un gril. + + Demande. + +Quele chose est ce qui toute jour va sur l'espinotte et si ne deschire +point sa cotte. + + Response. + +C'est le soleil. + + Demande. + +Quele chose est ce qui a les dens sur le dos. + + Response. + +C'est une crameillie. + + Demande. + +Quele chose est ce qui a dens sans teste et queue sans cul. + + Response. + +C'est un rastel. + + Demande. + +Deux qui couroient. et dix qui les chassoient. deux qui les regardent/ +et un qui leur fait la moe + + Response. + +Ce sont deux poux qui sont ou sain d'une personne et les deux yeux les +regardent. et les dix dois qui les chassent. et cellui qui les tue leur +fait la moe. + + Demande. + +Dix tirans et quatre pendans et cul aval/ et cul amont. et cul a terre +beaux sire dieux que puet ce estre. + + Response. + +C'est une vache. et une femme qui le trait. + + Demande. + +Quele chose est ce qui n'a ne char ne os ne sang et s'appelle biens les +gens. + + Response. + +C'est une cloche quant on le sonne. + + Demande. + +Qu'esse qu'on jette par dessus la maison et si en retient on bien la +queue + + Response. + +C'est un loissel de fil. + + Demande. + +Quele chose est ce qui est la plusfiere du monde. + + Response. + +C'est un estront qui court au fil de l'eaue car il ne s'aresteroit point +pour le pape. + + Demande. + +Adevinez quele chose fait de cest heure le plusjone de paris. + + Response. + +Il envieillist. + + Demande. + +Huy est/ demain ne sera mie/ et a la sainct jehan mengera des cherises. + + Response. + +C'est une espousee qui est pucelle. et demain ne le sera pas. + + Demande. + + J'ay mon poing plain de vergellettes. + Qui ne sont. verdes ne seches. + + Response. + +Ce sont anneaux d'or en ses dois + + Demande. + +Emmy les champs a quatre soeurs. qui courent aussy fort l'une comme +l'autre et si ne pevent rataindre l'une l'autre. + + Response. + +Ce sont les quatre volans d'un molin a vent. + + Demande. + +Moins en y a et plus poise. + + Response. + +C'est le corps d'un homme quant l'ame en est hors. + + Demande. + +Quele chose est ce qui va et sa mere n'ala oncques. + + Response. + +C'est un ver nourri en la feve ou en une noix. + + Demande. + +Adevinez que c'est que plus est jone et plus est grant. + + Response. + +C'est un frommage. + + Demande. + +De queles fueilles a il le plus au bois. + + Response. + +De celles qui ont queue. + + Demande. + +Adevinez que c'est. Avan piez. + + Response. + +Nennil. il n'en a nulz. + + Demande. + +Quele chose est ce comme plus a de trous et plus poise. + + Response. + +C'est un haubergon. + + Demande. + +Quele chose est ce qui va le plus droit ou milieu du bois. + + Response. + +C'est la moele. + + Demande. + +Pour quoy va le bergier au buisson. + + Response. + +Pour ce que le buisson ne puet venir a lui. + + Demande. + +Qui est la chose que plus est petite et plus la redoubte on. + + Response. + +C'est une planche dessus un parfont fossé. + + Demande. + +En quelle saison de l'an porte l'oye plus de plumes. + + Response. + +C'est quant le gars est dessus elle. + + Demande. + +Lesqueles brebis sont ce qui plus menguent ou les blanches ou les +noires. + + Response. + +Ce sont les blanches. car il en est plus que de noires. + + Demande. + +Cognoisteriez vous bien un oef d'une noire geline. + + Response. + +Oyl. car un oef n'est pas une geline. + + Demande. + +Veistes vous oncques un four a cheval. + + Response. + +Oyl. quant je chevauchoie par devant un four. + + Demande. + +De quele chose est le prestre eschars aux riches et large aux povres. + + Response. + +C'est d'eaue benoite. car le prestre en donne pou aux riches et +largement aux povres. + + Demande. + +Quele chose est ce que j'ay. vous en avez. les bois/ les herbes. les +bestes. les oyseaux. et toutes les choses du monde en ont/ et mesmes les +poissons qui noent. + + Response. + +C'est l'ombre. + + Demande. + +Qui est la plus douce plume du monde. + + Response. + +C'est celle d'un estront musy. + + Demande. + + Locquette siet a la paroit. + Se vous y mettiez vostre doit. + Sachiez qu'elle vous morderoit. + + Response. + +Ce sont pignes a pignier laine. + + Demande. + + Qui est la terre burelure. + Com plus y pleut et plus est dure + plus y fait chault et plus est molle. + et plus y vente et plus s'en volle. + + Response. + +C'est sablon. + + Demande. + +Quele chose est ce dont il fault plus a un que a deux. + + Response. + +C'est d'eaue en un baing. + + Demande. + +Pour quoy sault le lievre le fossé. + + Response. + +Pour ce qu'il ne le puet engamber. + + Demande. + +Quantes queues de veel fauldroit il pour avenir au ciel. + + Response. + +Une seule mais qu'elle fust longue assez. + + Demande. + +Quele chose de l'ostel est le plus sage. + + Response. + +C'est un van qui retient le meilleur grain. + + Demande. + +Qu'esse qui est ars avant qu'il viengne au feu. + + Response. + +C'est un arc a main. + + Demande. + +Pourquoy gist la vache ou pré. + + Response. + +Pour ce qu'elle ne s'y puet seoir. + + Demande. + +Qui est la plus large eaue du monde et la moins parfonde. + + Response. + +C'est la rousee. + + Demande. + +Quele chose est ce qui est trop estroite pour un. bien a point pour +deux. et trop large pour trois. + + Response. + +C'est quant aucun a courroux au cuer il lui est trop estroit pour lui +seul. et quant il le dist a son compaignon il lui est plus a point mais +quant le tiers le scet c'est trop large. + + Demande. + +Quele chose est ce quant les ennemis entrent en une maison pour prendre +l'oste/ la maison ist hors par les fenestres. + + Response. + +C'est un pescheur qui prent le poisson hors d'une nasse l'eaue qui est +la maison du poisson ist hors par les pertuis de la nasse. + + Demande. + +Adevinez que c'est avant que le pere soit nez sa fille est dessus la +maison. + + Response. + +C'est le feu que avant qu'il soit alumez la fumiere qui est sa fille est +au dessus de la cheminee. + + Demande. + +Adevinez que c'est noirot sur tripot et rougot lui bat le cul. + + Response. + +C'est un noir pot sur un treppié et le feu dessobz. + + Demande. + +Je vis aler gens emmy les champs qui n'estoient filz ne d'hommes ne de +femmes. + + Response. + +C'estoient filles. + + Demande. + +Mon pere et ma mere ont un enffant et si n'est mon frere ne ma seur. + + Response. + +Ce suis je mesmes. + + Demande. + + Un enfant porta ma mere. + Qu'en elle engendra mon pere. + Et si n'est son filz ne mon frere + + Response. + +C'est ma seur. + + Demande. + +Quele femme esse qui plus a affaire que dix autres et si ne fait riens + + Response. + +C'est une femme enchainte d'enffant/ et les autres dix ne le sont pas. + + Demande. + +Adevinez que c'est qui est sur sa mere/ et est en sa femme et mengue son +pere. + + Response. + +C'est un prestre qui est en une eglise qui est sa femme il est sur terre +qui est sa mere/ et mengue dieu qui est son pere. + + Demande. + +Adevinez quele chose c'est/ quant en hault monta son nom porta/ quant il +descendi son nom perdi. + + Response. + +C'est bled quant on le porte amont pour mouldre c'est bled/ et quant il +descend c'est farine. + + Demande. + +Adevinez que c'est ilz sont trois. l'un vient et va. l'autre tourne/ et +le tiers tire la langue. + + Response. + +C'est une femme qui file l'une des mains tourne le fuiseau/ l'autre va +et vient. et quant elle mouille son lin elle tire la langue. + + Demande. + +Adevinez que c'est qui pent et se tent. et le rouge blicque blacque qui +tout droit au cul li frappe. se fait remouvoir chou de dens. + + Response. + +C'est un pot qui pent/ et boult sur le feu. et le flambe qui au cul lui +frappe + + Demande. + +Quele chose est ce qui a gheule d'os. et barbe de char et par nuit jette +un si hault cry qu'il fait entrer les blans vestus ou ventre de leur +mere/ dont jamais n'en vuident qu'ilz n'aient mengié leur pere. + + Response. + +C'est un cok. qui a bec d'os. barbe de char. qui chante de nuit pour le +cry du quel les blans moisnes se lievent et entrent en l'eglise qui est +le ventre de leur mere. et illec celebrent et menguent leur pere nostre +sauveur jhesucrist. + +A ce point dist l'un de mes compaignons. Puis mes bonnes meres. et vous +jones filles que le cok a chanté qui est enseigne de minuit affin aussy +que ne soions rencontrez du loup garou ne des fuirolles qui vont de +nuit. et que puissiez aler reposer nous prenderons de vous congié pour +ceste fois/ et nous pardonnez que sy rondement avons devisé. car il est +mardi et le jour sent aincoires les grasses trippes. + +Mais demain ou jeudi au plus loing nous retournerons se c'est vostre +plaisir atout autre marchandise d'amours que avons a vendre. non pas +pour argent/ mais a change l'une marchandise pour l'autre. et atant nous +departismes. + +Le jeudi aprés soupper pour entretenir la promesse que avions faite aux +jones filles de retourner vers elles atout nostre amourese marchandise +nous meismes a chemin affin aussi de oyr d'elles aucune joyeuseté pour +passer les longues nuis et le temps plus joyeusement que a pluseurs est +moult ennuyable et desplaisant pour les mutacions qui se font de present +en ces marches par deça par la premission divine/ ausqueles qui +tousjours y penseroit jamais fin ne la cause pourquoy ce se fait ne +trouveroit. Si le delaissons en dieu et en sa disposicion et penssons de +distribuer nostre marchandise en tel change que prouffiter puissent les +deux parties en tout bien et honneur tant les vendeurs comme les +acheteurs. + +Nous doncques arrivez en la maison ou l'assamblee de la serie se faisoit +saluames la compaignie laquele nous receut assez agreablement en nous +rendant nostre salut et aprés que fulmes assiz chescun en son +entretenement. L'une et la plus vielle qui autresfois avoit esté ferue +de la maladie de jalousie regarda sur moy qui assez estoie venus sur +l'eage et me dist en tele maniere. + +Sire grison je vous vens des sores harens. + +Je simplement demanday combien. + +Elle me respondy. Je vous ay aussi chier hors que ens. + +Moy un petit esbahy de prime face de ce privé congié et non sans cause +me commençay a pensser que j'avoie a dire attendu que je venoie pour +vendre/ et je fus constrains d'acheter. mais un pou revenu a moy. et +pensant que c'estoit la coustume des femmes de prevenir. Je passay assez +courtoisement et lui mis audevant a vente la piece contre le trou et lui +dis + +Dame je vous vens la france ortie + +Combien vault elle. + + Elle picque point et fremie. + et est plaine de jalousie. + de son amour ne veuil je point. + mais prie a dieu qu'il le vous doinst. + +Tantost mes compaignons et pareillement les jones filles commencerent a +desploier leurs marchandises et vendoient l'un a l'autre pelle mesle qui +en peust avoir si en eust/ en la maniere qui s'ensieut et que j'en peus +retenir. et mettre en memoire. Car oncques puis que me trouvay repudié +et rebouté de la matrone je n'eus cuer de riens vendre ne d'acheter ains +laissay couvenir les plus jones et me occuppay a escripre leurs joyeux +dis et esbatemens en la maniere qui s'ensieut. + +L'une des vielles vendi a un des nostres l'amour des hommes et dist + +Gentil galant je vous vens l'amour des hommes. + +Queles sont elles. + + Elles sont fausses comme escume + Et legieres comme la plume. + volantes comme arondele. + et tournoyant comme chandeille. + Secretes comme la bretesche. + Et durant comme flamesche. + +Un autre dit. + + Je vous vens l'ave maria. + mon cuer est mien et nul ne l'a. + et se donner je le voloie. + point n'estes a qui le donrroie. + + Je vous vens le gris cheval. + mon cuer au vostre n'est egal. + Car il aime tresloyaument. + et le vostre tresfausement. + + Je vous vens du soile l'espis. + vous me baiserez se je ris. + Mais pour ce que je ne ris mie. + Certes vous ne me baiserez mie. + +Dist une bonne galoise a son amoureux. + + Je vous vens mon fuiselet. + Il ne me chault se perdu est. + Car j'entens plus a bien amer. + Qu'a retordre ne qu'a filer. + + Je vous vens le fuiseau d'argent + vous avez le corps bel et gent. + Je vous prie ne pensez mie. + Que le dye par flaterie. + + Je vous vens la fleur du bleu glay + J'ay amé aime et aimeray. + Malgré mesdisans plains de nuie + Car en amours a douce vie. + + Je vous vens le chapeau de flours + il fut fait par fines amours. + Mais nul ne le prengne a porter. + Se loyaument ne veult amer. + Car sachiez bien s'autre le porte. + Sa couleur se change et transporte + + Je vens ce que nulz ne puet faire + Vivant en l'amoureux affaire. + Amours garder sans courrouchier + Et sens de femme sans changier + + Je vous vens le milieu des yeulx + Se il estoit et temps et lieux. + Que fussions seulz entre nous deux + Se vostre amour vous requeroie. + Dittes moy sy vous ayde dieux. + Sans mentir se je le auroye. + + Dames je vous veuil vendre. + Le gent cor d'oliffant. + Amours par tout son regne. + A fait crier son bant. + Que dames et pucelles. + Et tout loyal amant. + Se ayent pourveu. + De ce jour en avant. + Leurs cuers de loyauté. + Encontre faulz semblant. + Qui entre les amans. + Se va atapissant. + Parquoy de leurs propos. + Ne les voist essongant. + + Je vous vens le rain d'olivier. + Par dessus a un esprivier. + Q'une dame y fait atachier. + Pour les fins amans espier. + Et dist qu'il ne s'en bougera. + Jusques a dont que cilz vendra. + Que oncques amours ne faussa. + + Je vous vens la fleur gyrofflee + En amours a mainte penssee. + Quant je ne voy mon doulz ami + Je vouldroie qu'il fust icy. + Si vous prie que se le veez. + que de par moy le saluez. + + Je vens la rose vermeillette. + qui bien liroit en se fueillette. + Il trouveroit en bonne lettre. + que damoiselle qui bien aime. + en grant deduit sa vie maine. + + Je vous vens le vert papegault + d'amer loyaument ne me chault. + Car on voit tout appartement. + que qui bien aime loyaument. + Il est quetif certainement. + + Je vous vens le perle doré. + amours m'ont dit et accusé. + que vous avez vo temps usé. + a faire pou de loyauté. + a celles que vous avez aimé. + + Je vous vens l'erbe qui verdoie. + volentiers certes ameroie. + se homme trouver je povoie. + en qui je m'osaisse fier. + mais leur cuer fault pour pou de chose. + pourquoy en eulx fier ne m'ose. + et que ne me face mocquier. + + Je vous vens de fer le dou. + vostre amie vous aime pou. + se vous l'amez c'est sans partie. + deportez vous ent je vous pris. + + Chascun vous vent et le voy bien + tenez vo cuer et je tendray le mien + car se donné le vous avoie. + bien croy que m'en repentiroie. + + Je vous vens le paveillon noir + en semblant de grant vouloir. + se doit doloir toute sa vie. + qui oncq n'eut joye de s'amie. + si me doy dont bien dolouser. + Car oncques n'eus joye en amer. + + Je vous vens le dragon volant + vo simple et gracieux semblant. + de grant sens et beauté garny. + m'a si navré en regardant. + que je ne sçay s'il me feri. + vous ressemblez a l'ayment. + qui le dur fer attrait a lui/ + Car vous avez en soubz riant. + par mon costé mon cuer ravi. + + Je vous vens le roussignoullet. + j'ay veu le temps autre qu'il n'est. + qui mieux valoit moins se prisoit + et souffissoit qu'on le louoit. + Or est le temps d'une autre guise. + Car qui le moins vault plus se prise + + Je vous vens la verde amande + vostre ami a vous recommande. + et autant de salus vous mande. + Qu'il en pourroit en une mande/ + de goutes d'eaue de fontaine. + avant que la mande fust plaine. + + Je vous vens la noire pye. + d'amer ne me depriez mie. + que je ne vous ameroie mie. + car vous avez l'ueil trop gaillart + se m'ariez tost mis d'une part. + + Je vous vens une patenostre. + mon cuer est mien et non par vostre + et savez vous pour quel raison. + Je l'ay mis en meilleur maison. + + Je vous vens le col d'un cyne. + amours qui mon cuer enlumine. + de vostre bel et noble a tour. + dont je ne cesse ne ne fine. + a vous pensser et nuit et jour. + car la couleur avez si fine. + et de toute beauté la flour. + vo doulz regard est medicine. + pour moy garir de ma langour. + + Je vous vens la gente soussie. + elle est belle et s'est jolie. + et moult fait le flair a loer. + l'omme qui joist de s'amie. + le puet honnestement porter. + + Je vous vens du chesne la fueille + je prie au dieu d'amours qu'il veuille + dedens vo cuer mettre et escrire. + ce que le mien pense et desire. + + Je vous vens quatre pucellettes + elles tissent amourettes. + dedens un joly vergier. + les roses et les violettes. + si leur font des espeulettes. + par dessoubz un vert laurier. + la vient le dieu d'amourettes/ + sur son poing un esprivier. + tout chevauçant a cloquettes. + sur un palefroy d'englentier. + + Je vous vens l'erbe verdelette. + la vostre amour trop me dehette + en autre ay mis m'amour parfaitte + Alés a adieu l'aumosne est faitte. + + Je vous vens la bourse de soye + se vous m'amiez je vous ameroie + mais j'ay trouvé vo cuer sy faulz + que je metteray le mien sauf. + jusques a l'esté qui sera chault. + + Je vous vens le noir sengler. + je vous priasse de demourer. + s'il ne feist sy bel aler. + mais il fait bel la lune luist. + vo baston est derriere l'uys. + pour ce s'il pleut emmy no court. + ne pleut il mie tout par tout. + + Je vous vens le harenc blanc. + on vous monstre tresbeau semblant + et si cuidiez que on vous aime. + mais certes vous perdez vo paine + + Je vous vens du gay la hure. + tel vient ceans dont on n'a cure. + et tel y va et tel y vient. + que on auroit aussi chier nient. + et tel n'y fut ne huy ne hier. + que on y verroit volentiers. + + Un escuier vendre vous veuil. + qui est niches et plains d'orgueil. + et sy est fier et despiteux. + et si est d'amer convoiteux. + damoiselle je le vous vens. + ne le gardés gaires long temps. + rendez le tost si ferez bien. + car son affaire ne vault rien. + + Dame je vous vens la fusee. + bien me semblez femme rusee. + ailleurs avez escaillie noix. + a dieu vous command je m'en vois + +A ces mos et aprés tant de reffus que avions eu avec ce aussy que tant +avions vendu et acheté d'amourettes que pour le sommeil qui survint +entre nous/ ne savions plus que dire. preismes congié de la compaignie +des filles et bonnes dames/ les remerciant du bon marchié que fait nous +avoient et de ce aussi que si bien et si sec nous avoient payé. Car pour +un que vendu leur avions. elles nous en avoient payé six. Et ainsi nous +retournasmes chascun a sa chascune/ pensant de quele marchandise une +autresfois nous vouldrions mesler. et nous fasions tous riches en +penssee. mais en dormant nous perdismes tout. + + + + +S'ensievent autres demandes qui se pevent faire entre differentes +personnes a tous pourpos tant de marchandises de compaigniez de +particions comme de sommes qui sont moult subtiles. + + Le maistre d'ostel d'un duc demande a son cuisinier. + +Monsigneur a dit qu'il veult demain faire un disner ouquel il veult +avoir .iiii.xx. bestes de trois manieres. c'estassavoir. cerfz. lievres. +et connins/ et se ne veult desprendre que quatre livres en tout Le +cuisinier a trouvé cerfz pour .ii. solz la piece. Lievres pour .xviii. +deniers la piece/ et connins pour .vi. deniers la piece. Assavoir +quantes pieces il lui fault de chascune + + Response. + +Il y fault deux lievres .iiii. cerfz et .lxxiiii. connins. + + Demande. + +Item il fault pour ce disner .xxx. oyseaux. assavoir cailles perdris et +malars tout pour .xxx. deniers et on treuve cailles pour une maille la +piece perdris pour deux deniers maille. et mallars pour .iii. deniers. +Assavoir combien il en fault de chascune. + + Response. + +Il lui fault .xxiii. cailles .v. perdris et deux malars. + + Demande. + +Ilz sont .xii. que chevaliers que escuiers. et que damoiselles qui ont +onze pains a partir et doit avoir chascun chevaliers deux pains chascun +escuiers le quart d'un pain et chascune damoiselle la moitié d'un pain. +Assavoir quans chevaliers quans escuiers et quantes damoiselles ilz +sont. + + Response. + +Ilz sont .v. chevaliers .vi. escuiers/ et une damoiselle. + + Demande. + +Trois marchans de vins ont baillié en garde a un varlet .xii. tonneaux +plains de vin. le varlet en a fait si male garde que les .iiii. tonneaux +sont vuys. et les autres quatre sont demi plains et les autres .iiii. +sont plains. Comment donneriez vous a chascun des marchans autant de vin +et de tonneaux a l'un comme a l'autre sans remuer le vin de tonnel a +autre. + + Response. + +Je donneroie a l'un des marchans deux plains tonnaux et deux vuys. Au +second marchant pareillement. et au tiers les quatre tonneaux a moitié +vuys. + + Demande. + +Un homme entra en un jardin ouquel il cueilla toutes les pommes qu'il +trouva. En ce jardin estoient trois gardes. A son retour le premier +d'eulx vint a lui et lui dist qu'il lui baillast les deux pars des +pommes qu'il avoit cuelliez. Et cil les lui bailla. Aprez vint la +seconde garde qu'il lui demanda. Baille moy dist il la tierce partie des +pommes que tu as. et il tantost les lui bailla. vint en aprés la tierce +garde et lui demanda la moitié des pommes qui lui estoient demoureez/ et +cil les delivra incontinent. Et toutesfois quant il fut hors du jardin +il lui en demoura aincoires une. Or est assavoir quel nombre il en +cueilla ou jardin. + + Response. + +Il en cueilla nuef et non plus. + + Demande. + +Ilz sont deux pastoureaux qui gardent leurs brebis ensemble desquelz +l'un dist a son compaignon. Mon ami donne moy l'une de tes brebis si en +auray autant que tu en as. L'autre lui respondi prestement. Mais toy +donne moy l'une des tiennes si en auray deux fois autant comme tu en as. +Assavoir est quantes chascun en avoit. + + Response. + +L'un en avoit .v. et l'autre .vii. + + Demande. + +Compaignons estoient assis au disner. il survint aucun qui leur dist. +Dieux garde ceste compaignie et fussiez un cent. L'un des compaignons +respondi. Nous ne sommes pas cent. Mais se nous estions aincoires autant +que nous sommes/ et la moitié d'autant/ et le quart d'autant et toy avec +lors seriont nous cent tout apoint. Assavoir quans ilz estoient assiz au +disner. + + Response. + +Ilz estoient eulx .xxxvi. + + Demande. + +Ils sont douze personnes de quatre manieres d'estas/ assavoir +chevaliers/ et escuiers. hommes/ et femmes/ tous assis a table ou ilz +ont despendu tous ensemble .xii. deniers desquelz les chevaliers sont a +un blanc/ les escuiers a deux deniers les hommes a une maille/ et les +femmes a une mitte. Je vous demande quans ilz sont de chascun estat + + Response. + +Ilz estoient un chevalier. deux escuiers. sept hommes et deux femmes. + + Demande. + +Un marchant ala nagaires en marchandise et mist tout son argent en +icelle/ duquel il multiplia a moitié. Il ala en la taverne/ et illec +despendy .vi. deniers Lendemain remist le residu de son argent en +marchandise/ ou il prouffita comme devant et pareillement en despendi +.vi. deniers La tierce fois il retourna aincores en marchandise/ et de +rechief doubla son argent et puis ala en la taverne ou il despendi +aincoires .vi. deniers. Aprés lequel escot payé il ne lui demoura ne +principal ne gaing. Je vous demande combien il avoit d'argent au +commencement de sa marchandise. + + Response. + +Il avoit tout apoint .v. deniers et une mitte. + + Demande. + +Un messagier qui chascun jour iroit cent lieues. et un autre le sievroit +qui n'yroit le premier jour que une lieue. et chascun jour croisteroit +d'une autre lieue/ en combien de temps ratainderoit il le premier +messagier qui chemineroit les cent lieues. + + Response. + +Il le ratainderoit en cent quatre vins et neuf jours et point devant + + Demande. + +Un jonencel fut jadis qui n'avoit oncques sceu que c'estoit de pensser. +et on lui enseigna une damoiselle moult sage qui lui bailleroit assez a +penser. il se mist a chemin. et en sa voie encontra .xii. chevaliers a +trois fois. Desquelz les quatre premiers estoient vestus de blanc. Et +les quatre aprez estoient vestus de vermeil. Et les quatre derreniers +estoient vestus de verd. Le jonencel quant il fut parvenus a la dame. Il +la requist qu'elle lui donnast matere de penser. Et elle lui demanda +s'il n'avoit personne rencontré en sa voie. Il respondi qu'il avoit veu +quatre chevaliers vestus de blanc. puis autre quatre vestus de vermeil. +et au derrenier quatre autres vestus de verd. Ores dist la damoiselle/ +ces quatre que premiers avez encontré vestus de blanc sont mes oncles de +par ma mere Et les quatre que avez rencontré vestus de vermeil sont mes +oncles de par mon pere. Et les quatre vestus de verd sont mes filz et de +tous les .xii. j'ay espousé le pere et si sont tous nez de loyal +mariage. Or pensez comment ce puet estre. + + Response. + +Le jonencel moult esmerveillié commença fort a penser sur ceste demande/ +mais en fin retourna vers la damoiselle et la pria qu'ele lui voulsist +donner l'entendement de sa question/ la damoiselle courtoise lui dist en +ceste maniere. Ce chevalier ici present se maria a une damoiselle vesve +qui avoit une fille. Et de celle vesve sont issus ces quatre premiers +chevaliers vestus de blanc puis trespassa leur mere. Et tantost ce +chevalier se remaria a une dame vesve laquelle avoit un filz et d'icelle +vesve vindrent ces quatre chevaliers vestus de vermeil. Aprés ce il fist +le mariage de la fille de sa premiere femme et du filz de sa seconde +duquel mariage je suis venue. Et tantost aprés la femme de ce chevalier +icy et mon pere et ma mere trespasserent. Cestui chevalier me prist en +sa garde/ et tant me nourrist que moy venue en eage il me prist en +mariage et engendra en moy ces quatre chevaliers vestus de verd que +derrainement encontrastes/ et ainsi savez la maniere de la devinaille + + Autre demande. + +Jehan. pierre. et guilame ont une botte plaine de vin contenant +.xviii.C. los. Or sont d'acord que jehan en aura plus que pierre. et +pierre plus que guillame. jehan y fait une broche dont le pertuis est si +apoint que en tirant icelle seule le vin seroit hors en six heures +pierre y fait une broche et un pertuis par lequel tout le vin seroit +hors en .ix. heures se autre pertuis n'y avoit. et guillame y fait une +autre broche laquele se tiree estoit et que point d'autre n'y eust le +vin seroit hors en .xviii. heures Ce fait ilz apportent chascun un +vaissel dessoubs leurs broches et d'un accord cascun tire sa broche a +une fois. assavoir en quantes heures sera la botte vuide/ et combien +chascun aura de vin. + + Response. + +Tout le vin sera hors en .iii. heures et aura jehan par sa broche .ix.C. +los pierre par la sienne .vi.C. et guillame par sa broche .iii.C. et +ensi seront content. + + Autre demande. + +Trois escuiers ont d'un accord acheté .ix. chevaux dont le premier +cheval a cousté six frans. Le second .viii. frans. le tiers .x. frans. +le quart .xii. frans. le .v.e .xiiii. frans. le .vi.e .xvi. frans. le +.vii.e .xviii. frans. le .viii.e .xx. frans Et le .ix.e .xxii. frans. Or +sont les chevaux en l'estable pour partir et en doit avoir chascun des +escuiers trois. Le marchant est venu pour avoir son argent. Comment aura +chascun escuier trois chevaux si egalement partis que chascun en soit +content/ et que l'un en paye autant que l'autre. et combien chascun +paiera. + + Reponse. + +L'un des escuiers aura le premier cheval. le .v.e et le .ix.e Le second +escuier aura le tiers cheval. le .iiii.e et le .viii.e Et le tiers +escuier aura. le second cheval. le .vi.e et le .vii.e. Et payera chascun +escuier .xlii. frans justement. + + Autre demande. + +Un preudhomme s'est parti de son hostel pour aler oyr messe. et a pris +de l'argent en sa main pour donner pour dieu. En sa voye encontra un +povre homme qui lui demanda l'aumosne. Le preudomme ouvry sa main et +trouva qu'il y avoit plus la moitié d'argent que mis n'y avoit et voit +bien que son argent est doublé a moittié. Si donna au premier povre .vi. +deniers. puis passa oultre vers l'eglise et tantost il rencontra en sa +voie un autre povre auquel aprés qu'il lui eust demandé l'aumosne il lui +cuidant donner ouvri sa main et vey que son argent estoit doublé a +moitié comme devant. Lui donna .vi. deniers comme il avoit fait au +premier et garda son demourant d'argent. Le preudhomme passa oultre vers +l'eglise et tantost lui vint audevant le tiers povre qui comme les +autres lui demanda l'aumosne. et quant il ouvri sa main il trouva son +argent doublé semblablement comme les autres fois. si donna a ce povre +.vi. deniers et lors ne lui demoura plus d'argent en sa main. Or est +assavoir combien d'argent avoit le preudhomme quant il se parti de sa +maison. + + Response. + +Le preudhomme avoit .v. deniers et une mitte quant il vint au premier +povre et lors son argent doubla si eut .x. deniers et maille dont il lui +donna les .vi. deniers et ainsi ne lui demoura que quatre deniers et +maille. Et quant il doubla pour le second povre il eut .ix. deniers +auquel il en donna les .vi. ainsi ne lui en resterent que trois qui lui +doublerent pour le tiers povre auquel il les donna. et ainsi ne lui +demoura riens. + + Aincoires une demande. + +Un preudomme fut qui avoit .v. filz lequel en son vivant fist son +testament et ordonnance derreniere. A l'aisné de ses filz donna un +denier et la .vi.e partie de tout son avoir. au second filz donna deux +deniers et la .vi.e partie de tout son avoir. Au tiers filz il donna +trois deniers et la .vi.e partie du demourant. Au quart filz donna +quatre deniers et la .vi.e partie de son argent. Et au .v.e donna .v. +deniers et la .vi.e partie comme aux autres. Or est assavoir combien le +pere avoit vaillant. Car quant la parchon fut faitte chascun en eut +autant l'un que l'autre. + + Response. + +Le preudomme avoit justement vaillant .xxv. deniers et non plus. et +chascun de ses cinq filz eut .v. deniers a parchon/ comme il apperra par +ce compte. Le premier eut un denier. et la .vi.e partie de .xxiiii. +deniers qui sont .iiii. deniers. Le second eut deux deniers et la .vi.e +partie de .xviii. deniers qui sont trois. Et le tiers filz eut trois +deniers et la .vi.e partie de douze deniers qui sont deux deniers. Le +quart eut quatre deniers et la .vi.e partie de .vi. deniers qui est un. +Et ainsy reste justement au .v.e filz .v. deniers qui demeurent et non +plus. + + Autre demande. + +Trois freres sont qui ont une soeur a marier. Dist le moyen frere au +plus jone. Mon frere il nous fault marier nostre sereur. je te prie +donne lui aucune chose du tien. et je te promés que je lui donneray deux +fois autant comme tu lui donneras. Le jone dist que volentiers le +feroit. Lors dist l'aisné des freres. et je lui donneray deux fois +autant que vous deux lui donnerez. Et quant ilz lui eurent tout donné +ainsy comme dit est elle eut trois deniers en tout. Or est assavoir +combien chascun lui a donné. + + Response. + +Le plusjone lui donna le tiers d'un denier. le second deux tiers et le +tiers deux deniers/ qui sont a point trois deniers. + + Autre demande. + +J'ay esté au change pour changier un flourin en menue monnoie Et le +changeur dist qu'il n'a que deux manieres de monnoie dont mon flourin +vault .xxx. pieces de l'une des monnoies et de l'autre il n'en vault que +.xx. pieces et je lui ay dit que j'en veuil avoir de toutes les deux +manieres pour mondit flourin. laquele chose il m'a fait. Or est assavoir +quantes pieces il m'a baillié de la monnoie de .xxx. et quantes de la +monnoie de .xx. + + Response. + +Il vous a baillié .xxi. pieces de la monnoie de .xxx. et .vi. pieces de +la monnoie de .xx. et ainsy avez le vostre et devez estre content. + + Une demande que fait le pere a son filz. + +Beau filz se tu avoies avec ton eage aincoire deux eages comme tu as. et +la moitié d'un tel eage comme est le tien. avec le quart de ton eage. +quans ans cuideroies tu avoir. + + Response. + +Mon pere sachiez que je auroie cent ans justement et non plus. car j'ay +de age .xxvi. ans et .viii. mois. Et se vous le multipliez par la +maniere dicte vous en trouverez .Cent. + + Autre demande. + +Un arbalestrier a trait une vire si longue et d'un si fort arbalestre +que la moitié de la vire est oultre le bersail. et la tierce partie est +dedens le bersail. et aincoires est demouré d'icelle vire .iiii. poulces +et demi au lez devers le trait. Assavoir combien ladicte vire a de long. + + Response. + +La vire a de long .xxvii. poulces justemnent. dont les .xiii. et demi +ont passé le bersail. et les .ix. poulces sont dedens le bersail et +.iiii. poulces et demi qui sont apoint .xxvii. + + Autre demande. + +Il y a une place devant une eglise en un village laquele est tenue de +.iiii. seigneurs. Et quiconques se combat en icelle il fourfait .lx. +solz d'amende a partir aux .iiii. seigneurs. dont l'un d'iceulx a le +tiers. le second la quarte partie le tiers y a la quinte partie. et +l'autre la .vi.e partie. Or est avenu que un malfaiteur a fourfait +icelle amende et l'a payee au receveur commis a ce par lesdis seigneurs. +Le receveur vient a ses maistres pour les paier. et dist au premier +Tenez monseigneur vela .xx. solz pour vostre tiers. Puis dist au second. +Monseigneur vous devez avoir un quart qui sont .xv. solz tenez les vela. +Au tiers dist. Sire vous devez avoir un quint/ qui est .xii. solz. et au +quart dist tenez vela pour vostre .vi.e .x. solz Les seigneurs chascun +bien content de sa porsion se departent et toutesfois en demeure au +receveur trois solz. + + Autre demande. + +Nagaires estoient logiez gens d'armes en un village ou point de vin +n'avoit. si envoierent leur hoste a un autre village pres d'illec ou il +en y avoit pour en rapporter quatre los. Le bon homme avoit deux +bouteilles l'une de .v. los. et l'autre de trois los lesqueles il prist +et s'en ala. en son chemin rencontra un sien voisin qui venoit du vin a +tout une bouteille tenant .viii. los plaine de vin et plus n'avoit +demouré de vin en la taverne. pourquoy le bon homme pria tant icellui +son voisin qu'il lui ottroya la moitié de son vin. Or sont moult +empeschié comment ilz le porront justement mesurer sans avoir autre +mesure + + Response. + +Premierement ilz emplirent la bouteille de trois los. et d'icelle le +jetterent en celle de .v. puis de rechief emplirent celle de trois et +aincoires la jetterent en celle de .v. dont il en demoura un lot en +celle de trois. puis vuiderent celle de .v. en celle de .viii. et mirent +le lot de celle de trois qui demouree y estoit en celle de .v. et +remplirent celle de trois/ et ainsy en eut quatre los justement sans +autre mesure. + + + + +Notes concernant la version électronique + + +Il s'agit de la transcription du texte imprimé du document Rés. Ye-186 +de la Bibliothèque nationale de France. Quelques mentions manuscrites, +peu lisibles, n'ont pas été transcrites, à l'exception du titre, figuré +ici entre crochets, écrit à la main à l'encre rouge sur l'original. + +On a conservé l'orthographe, la ponctuation et l'usage des majuscules de +l'original. Pour le confort de lecture, on a néanmoins résolu les +abréviations par signes conventionnels, distingué i/j et u/v, et +introduit cédilles et accents conformément à l'usage. + +On effectué les corrections suivantes: + + retiré doublon "vouldront blamer cest euvre" + restourre > rescourre (de rescourre et sauver) + palist > plaist (sauver laquele qu'il vous plaist) + grader > garder (a garder amours et merci) + ma qui > qui m'a (par fortune qui m'a mené) + loenges > longues (es longues nuis d'yver) + mais > main (Ce sont les dois de vostre main) + grades > gardes (En ce jardin estoient trois gardes) + qui > que (que je lui donneray) + +ainsi que certaines coquilles manifestes qui ont été silencieusement +corrigées. + + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les adevineaux amoureux, by Anonymous + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 57719 *** |
