diff options
Diffstat (limited to 'old/60828-8.txt')
| -rw-r--r-- | old/60828-8.txt | 1330 |
1 files changed, 0 insertions, 1330 deletions
diff --git a/old/60828-8.txt b/old/60828-8.txt deleted file mode 100644 index 1ea9ad6..0000000 --- a/old/60828-8.txt +++ /dev/null @@ -1,1330 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of Du suffrage universel et de la manière de -voter, by Hippolyte Taine - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Du suffrage universel et de la manière de voter - -Author: Hippolyte Taine - -Release Date: December 2, 2019 [EBook #60828] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL *** - - - - -Produced by Carlo Traverso and the Distributed Proofreading -team at DP-test Italia. (This file was produced from images -generously made available by The Internet Archive/Canadian -Libraries) - - - - - - - - - - - DU - SUFFRAGE UNIVERSEL - ET DE LA - MANIÈRE DE VOTER - - PAR - H. TAINE - - PARIS - LIBRAIRIE HACHETTE ET CIE - 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN - - 1872 - - Droits de propriété et de traduction réservés - - - - -AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR - - -A LA LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie - - Histoire de la littérature anglaise. 5 vol. in-18 jésus. - 2e édit. 17 fr. 50 - Les philosophes classiques du XIXe siècle en France. - 1 vol in-18 jésus. 3e édition. 3 fr. 50 - Essai sur Tite Live. 1 vol. in-18 jésus. 2e édition. 3 fr. 50 - Voyage aux Pyrénées. 1 vol. in-18 jésus. 5e édition. 3 fr. 50 - La Fontaine et ses fables. 1 vol. in-18 jésus. 5e édit. 3 fr. 50 - Essais de critique et d'histoire. 1 vol. in-18 jésus. - 2e édit. 3 fr. 50 - Nouveaux Essais de critique et d'histoire. 1 volume - in-18 jésus. 2e édit. 3 fr. 50 - Notes sur Paris, par Fréd. Th. Graindorge. 1 vol. in-18. - 5e édition. 3 fr. 50 - Voyage en Italie. 2 vol. in-8º. 12 fr. » - De l'intelligence. 2 vol. in-8º. 2e édition. 15 fr. » - Notes sur l'Angleterre, 1 vol. in-18 jésus. 3 fr. 50 - -A LA LIBRAIRIE GERMER-BAILLIÈRE - - Le positivisme anglais. Étude sur Stuart Mill. 1 vol. 2 fr. 50 - L'idéalisme anglais. Étude sur Carlyle. 1 vol. 2 fr. 50 - Philosophie de l'art. 1 vol. 2 fr. 50 - Philosophie de l'art en Italie. 1 vol. 2 fr. 50 - Philosophie de l'art dans les Pays-Bas. 1 vol. 2 fr. 50 - De l'idéal dans l'art. 1 vol. 2 fr. 50 - Philosophie de l'art en Grèce. 1 vol. 2 fr. 50 - - -PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. - - - - -Parmi les lois que va faire l'Assemblée nationale, l'une des premières -et la plus importante est certainement celle qui concerne les élections. -Comment seront nommés les députés de l'Assemblée future?--Sur cette -question capitale, il est utile que l'opinion publique prévienne la -décision de la Chambre; nous devons nous enquérir au préalable, -examiner, discuter, sortir de l'attente inerte et vague; il faut que -chaque particulier tâche d'avoir un avis. C'est pour cela que je me -hasarde à présenter le mien, afin d'en provoquer d'autres. - - - - -I - - -Il est très-probable que le suffrage universel sera maintenu.--Sans -doute, nous n'en avons pas fait trop bon usage; nos gouvernements l'ont -manié comme un cheval robuste et aveugle; selon le côté où on le tirait, -il a donné à droite ou à gauche; aujourd'hui il semble qu'il refuse de -marcher[1]. Néanmoins, je ne crois pas qu'on puisse ni qu'on veuille -s'en défaire.--La première raison, c'est qu'il est employé depuis -vingt-trois ans; or quand une habitude est déjà vieille d'un quart de -siècle, elle est puissante.--En outre, l'opinion libérale, ou, du moins, -l'opinion populaire est pour lui; c'est pourquoi beaucoup de gens qui ne -l'aiment guère consentiront à le garder pour ne pas retirer au -gouvernement nouveau les sympathies de la multitude.--Une troisième -raison plus forte, c'est qu'il paraît conforme à l'équité. Que je porte -une blouse ou un habit, que je sois capitaliste ou manoeuvre, personne -n'a droit de disposer, sans mon consentement, de mon argent ou de ma -vie. Pour que cinq cents personnes réunies dans une salle puissent -justement taxer mon bien, ou m'envoyer à la frontière, il faut que, -tacitement ou expressément, je les y autorise; or la façon la plus -naturelle de les autoriser est de les élire. Il est donc raisonnable -qu'un paysan, un ouvrier, vote tout comme un bourgeois ou un noble; il a -beau être ignorant, lourd, mal informé; sa petite épargne, sa vie sont à -lui et non à d'autres; on lui fait tort quand on les emploie, sans le -consulter, de près ou de loin, sur cet emploi. - - [1] Dans la dernière élection des conseils généraux, deux électeurs - sur trois n'ont pas voté. - -Admettons-nous ce principe?--En ce cas, nous devons l'appliquer -loyalement et de bonne foi. Si le contribuable est consulté, qu'il soit -consulté effectivement et non pas seulement en apparence. Si nous -l'appelons à voter, faisons la loi de telle sorte que son bulletin ne -soit pas un simple morceau de papier noirci qu'on lui met dans la main -et qu'il glisse dans une boîte, mais un acte de confiance, une marque de -préférence, une oeuvre de volonté, un véritable choix. Ne lui donnons -pas un droit de suffrage illusoire. Accommodons la loi à son état -d'esprit, à son degré d'intelligence; nous ne la faisons pas pour -l'homme en soi, pour le citoyen idéal, pour le Français de l'an 2000, -mais pour le Français de 1871, pour le paysan, l'ouvrier, le bourgeois -de nos villages et de nos villes, pour l'homme en blouse, en vareuse ou -en redingote, que nous voyons tous les jours dans nos champs et dans nos -rues. Il faut qu'elle soit proportionnée, adaptée à cet homme; sinon -elle sera une tromperie, une loi malhonnête, et il n'y a rien de pis que -la malhonnêteté de la loi. - - - - -II - - -Cela suffit pour rejeter d'abord le scrutin de liste. D'ailleurs il est -à peine besoin de le combattre; tous les gens réfléchis sont d'accord -pour le traiter de jonglerie. Il semble qu'il ait été inventé pour -contraindre l'électeur à choisir des hommes qu'il ne connaît pas, à -voter au hasard, en aveugle.--Vous lui ordonnez de nommer huit, dix, -quinze, et jusqu'à quarante-trois députés à la fois. A peine s'il en -connaît de nom deux ou trois; encore faut-il pour cela qu'il soit un -homme instruit, éclairé. S'il est un paysan, un ouvrier, même un petit -boutiquier de village, un artisan maître, les chances sont nombreuses -pour que tous ces noms lui soient étrangers.--Admettons qu'il s'informe. -Quelqu'un lui répond que telle liste est la bonne; sur cette réponse, il -vote, et, plus souvent, il ne vote pas, il se méfie. Car à quoi bon -voter pour huit inconnus plutôt que pour huit autres, et qui lui dit -que, des deux bulletins glissés dans sa poche, le bon n'est pas celui -qu'il y a laissé?--Vous voulez l'arracher à ses préférences locales, à -ses intérêts de clocher? Fort bien, mais voici un moyen encore plus -efficace; délivrez-le aussi de ses préférences départementales. C'est -trop peu de lui faire nommer les huit, dix, vingt ou quarante-trois -députés de son département; qu'il nomme tous ceux de la France, sept -cent cinquante. De cette façon son choix sera pur de toute pensée -égoïste. En outre, il aura la satisfaction et la gloire de se voir -représenté, non par un petit groupe de députés, mais par l'Assemblée -nationale tout entière. D'ailleurs l'opération sera facile: deux ou -trois conciliabules parisiens fabriqueront d'avance les deux ou trois -listes nécessaires; elles partiront par la poste, et les électeurs des -départements n'auront d'autre peine que d'en mettre une dans l'urne. Ils -sauront que l'une est rouge, l'autre blanche, l'autre entre les deux; je -recommanderais même aux entrepreneurs électoraux de fabriquer des -papiers de ces trois couleurs; alors ils seraient parlants; l'électeur -n'aurait besoin que d'avoir des yeux, et un chien savant pourrait -presque voter à sa place.--Pour moi, j'ose croire qu'un paysan, un -ouvrier, n'est pas un chien savant, mais un homme, que, s'il vote, il -doit faire oeuvre d'homme, c'est-à-dire juger son candidat, et il me -suffit de relire les circulaires de M. Ledru-Rollin en 1848, de M. -Gambetta en 1871, pour reconnaître dans les inventeurs du scrutin de -liste des dictateurs déguisés en libéraux, persuadés que leur volonté -privée vaut mieux que la volonté publique, qui, en feignant de nous -consulter, nous dictent notre réponse, et se font nos maîtres sous -prétexte d'être nos serviteurs. - - - - -III - - -Il faut donc que l'électeur nomme un seul député et ne soit pas obligé -d'en nommer une bande.--Comment faire pour qu'alors son vote ne soit pas -seulement la remise d'un bulletin, mais le choix d'un individu, une -préférence motivée, décidée, personnelle?--En ce sujet, la plupart des -gens qui tâchent de bien raisonner habitent de grandes villes; ils -apportent involontairement dans leur examen des habitudes de citadins; -ils oublient que la France ne se compose pas seulement de grandes cités, -mais surtout de hameaux, villages, bourgs et petites villes[2]. -13,200,000 personnes habitent des communes au-dessous de 1,000 âmes; -15,500,000 personnes habitent des communes de 1,000 à 5,000 âmes; sur 38 -millions de Français, en voilà près de 29 millions qui vivent à la -campagne ou dans de très-petits centres.--Le lecteur a-t-il voyagé à -pied en France? a-t-il fait séjour dans divers villages, bourgades et -petites villes? a-t-il l'habitude, quand il est à la campagne, de causer -familièrement avec les villageois?--D'après les dernières statistiques, -sur dix millions d'électeurs, on compte environ cinq millions de -cultivateurs, petits propriétaires, fermiers, journaliers et autres -personnes travaillant à la terre, deux millions d'ouvriers proprement -dits, un million et demi de boutiquiers, artisans maîtres, petits -entrepreneurs et autres personnes appartenant à la demi-bourgeoisie, un -million et demi de rentiers, hommes attachés aux professions libérales, -gros industriels et négociants, personnes de la classe éclairée et -supérieure. Voilà les gens qui vont voter: sur 20 votants, 10 paysans, 4 -ouvriers, 3 demi-bourgeois, 3 hommes cultivés, aisés ou riches. Or la -loi électorale, comme toute loi, doit avoir égard à la majorité, aux -_quatorze_ premiers. Par conséquent, rassemblons nos souvenirs et -rappelons toute notre expérience pour nous figurer le moins inexactement -possible ces quatorze premiers, leur état d'esprit, le nombre de leurs -idées, les limites et la portée de leur intelligence. De cela dépendra -le reste. - - [2] _Statistique de la France_, résultats généraux du dénombrement: de - 1866, publiés en 1869. Tous ces chiffres qui suivent sont tirés de - ce document officiel. - -Il faut donc voir les hommes d'aussi près que possible, et pour cela -faire encore un pas. Nous parlions tout à l'heure de cinq millions de -cultivateurs; mais la population rurale[3] est bien plus nombreuse. Elle -comprend 70 pour 100 de la population totale, _quatorze_ électeurs sur -vingt. En effet, outre les cultivateurs, il faut ranger parmi les -paysans tous ceux qui en ont les moeurs, les idées, les habitudes, tous -ceux dont l'horizon, comme celui du cultivateur, ne s'étend guère au -delà du clocher de la paroisse, c'est-à-dire un nombre énorme d'ouvriers -fileurs, carriers, mineurs, dont la manufacture n'est pas dans une -ville, un nombre très-considérable de débitants et petits artisans -maîtres, charrons, charpentiers, menuisiers, épiciers, marchands de vin -qu'on trouve dans chaque village, un nombre presque aussi grand -d'ouvriers de campagne, charretiers, manoeuvres, sabotiers, forestiers, -compagnons, qui, vivant aux champs, ont à peu près le degré de culture -de leur voisin qui fauche ou laboure.--Or, en France, sur cent personnes -du sexe masculin, il y en a trente-neuf illettrées, c'est-à-dire ne -sachant pas lire ou ne sachant pas écrire. Comme ces illettrés -appartiennent presque tous à la population rurale, cela fait dans cette -population 39 illettrés sur 70. Ainsi, l'on ne se trompe pas de beaucoup -si l'on estime à 7 sur 14, à la moitié du total le nombre des électeurs -ruraux qui n'ont pas les premiers rudiments de l'instruction la plus -élémentaire. Voilà déjà un indice d'après lequel on peut apprécier leur -intelligence politique. - - [3] On appelle ainsi la population des communes qui ont moins de 2,000 - âmes. - -Il m'est souvent arrivé de causer avec eux sur les affaires publiques. A -quinze lieues de Paris, tel, cultivateur et petit propriétaire, ne -savait pas ce que c'est que le budget; quand je lui disais que l'argent -versé chez le percepteur entre dans une caisse à Paris pour payer -l'armée, les juges et le reste, qu'on tient registre de toutes les -recettes et dépenses, il ouvrait de grands yeux; il avait l'air de faire -une découverte.--Après les premiers emprunts du second empire, un -fermier normand disait à un de mes amis, orléaniste: «Ce n'est pas votre -gueux de Louis-Philippe qui nous aurait donné de la rente à 67 -francs.»--Après la guerre de 1858, en Italie, un paysan des environs de -Paris approuvait l'expédition, et, pour toute raison, disait: «Oui, oui, -on a bien fait de montrer que les Français sont encore des -hommes.»--Après le coup d'État, des cultivateurs me répétaient dans les -Ardennes: «Louis-Napoléon est très-riche, c'est lui qui va payer le -gouvernement; il n'y aura plus d'impôts.»--Aux environs de Tours, -l'année dernière, des villageois voulaient passer, sans payer, sur les -ponts à péage et monter en première classe au prix des troisièmes. -«Puisque nous sommes en république, nous avons le droit de faire ce qui -nous plaît; il n'y aura plus de gendarmes.»--Je viens de lire la -correspondance de vingt-cinq à trente préfets de 1814 à 1830; -l'ignorance et la crédulité des populations rurales sont étonnantes. Au -moment de l'expédition d'Espagne, des maires viennent demander au préfet -du Loiret s'il est vrai que les alliés vont traverser le pays pour aller -en Espagne et laisser en France une nouvelle armée d'occupation. Pendant -plusieurs années, dans plusieurs départements, au mois de mars, on croit -fermement que Napoléon arrive à Brest avec 400,000 Américains, ou à -Toulon avec 400,000 Turcs.--En maint endroit vous trouveriez encore des -villageois qui se défient obstinément des nobles et les soupçonnent de -vouloir rétablir les droits féodaux; l'assassinat de M. de Moneyis et -quantité de paroles prononcées l'an dernier dans les campagnes ont -prouvé que, dans beaucoup de cerveaux, il n'y a guère plus de lumières -en 1870 qu'en 1815.--J'ai entre les mains un paquet de lettres et -suppliques écrites au préfet, à l'ingénieur, aux principaux -administrateurs d'un département de l'Est par de petits propriétaires de -campagne, par des pompiers, par des boutiquiers de village: on n'imagine -pas un pareil état d'esprit, un tel ahurissement, une si grande -difficulté à penser et à raisonner, un vide si parfait de notions -générales, une telle incapacité à comprendre les droits des particuliers -ou les intérêts du public. - -Ce sont encore des _sujets_, non plus sous un roi, mais sous un maître -anonyme. Ils savent qu'il y a quelque part, bien loin, une grande chose -puissante, le gouvernement, et qu'il faut lui obéir, parce qu'elle est -puissante; autrement gare l'amende, les gendarmes et la prison! Sans -doute, elle est utile, puisque les gendarmes arrêtent les malfaiteurs, -et que les cantonniers bouchent les trous des routes. Mais surtout et -avant tout elle est redoutable; les petits sont sous sa main toujours et -en cent façons, par le percepteur, par le maire, par l'agent voyer, par -le sous-inspecteur des forêts, par le commissaire de police, par le -garde champêtre, par les commis des droits réunis, pour percer une -porte, abattre un arbre, bâtir un hangar, ouvrir une échoppe, -transporter une pièce de vin. Qu'une loi soit promulguée, qu'un arrêté -soit rendu, qu'un fonctionnaire soit remplacé, l'auteur est toujours cet -être abstrait, indéterminé, lointain, dont ils n'ont aucune idée nette, -le gouvernement.--«_On_ ordonne ceci. _On_ ordonne cela.»--Cet _on_ si -vague est leur vrai souverain; ils le subissent ou l'acceptent comme le -froid en hiver ou le chaud en été, comme un je ne sais quoi fatal, -supérieur, établi de temps immémorial et sur lequel ils n'ont pas de -prise. Renversé, rétabli, remplacé, renouvelé, peu leur importe; pour -eux il est toujours à peu près le même. Le maire sait qu'à la ville, -dans un bel appartement, est un monsieur digne, en habit brodé, qui le -reçoit deux ou trois fois par an, lui parle avec autorité et -condescendance, et souvent lui fait des questions embarrassantes. Mais, -quand ce monsieur s'en va, il y en a un autre à sa place, tout pareil, -avec le même habit, et le maire, de retour au logis, dit avec -satisfaction: «Monsieur le préfet m'a toujours conservé sa -bienveillance, quoiqu'on l'ait déjà changé plusieurs fois.» - - - - -IV - - -Tel est l'état d'esprit et, par suite, l'aptitude politique de -_quatorze_ électeurs sur vingt.--Je sens combien cette esquisse est -insuffisante. Pour en faire un portrait, il faudrait écrire un volume et -avoir le talent d'un romancier philosophe, celui de M. Flaubert dans -_Madame Bovary_; on y trouvera le tableau de deux villages normands. Si -nous avions cinq ou six ouvrages pareils sur d'autres provinces de la -France, il suffirait d'y renvoyer le lecteur.--En attendant, je le prie -de compléter par ses propres remarques les indications précédentes et de -se demander quel mode de suffrage est à la portée des hommes qu'on vient -de décrire.--Il est trop clair qu'ici le plébiscite, l'appel au peuple, -l'invitation à voter sur la forme du gouvernement n'est qu'un tour de -passe-passe, une pure duperie. Autant vaudrait demander à nos villageois -s'ils sont wighs ou tories, s'ils préfèrent la constitution de Rome à -celle d'Athènes. En cela, le scrutin de liste de la démocratie -autoritaire et les plébiscites de l'empire sont des escamotages légaux -de même espèce, tous les deux également fondés sur le respect apparent -et sur le mépris réel de la volonté publique. En effet, l'électeur, même -un peu éclairé, à plus forte raison l'électeur ignorant, est vis-à-vis -de son mandataire, comme vis-à-vis de son médecin ou de son avoué. Tout -son office est de décider en quel homme spécial il a le plus de -confiance; l'un lui fera ses lois, comme les autres gouverneront sa -santé ou son procès. Son droit est de pouvoir opter pour celui qu'il -croit le plus capable et le plus honnête, et le devoir du législateur -est de lui en fournir les moyens, c'est-à-dire de lui permettre de -choisir entre les individus que personnellement il connaît ou sur -lesquels il a des renseignements de première main, semblables à ceux -d'après lesquels il s'adresse à tel avoué ou médecin plutôt qu'à tel -autre.--Or, même dans le mode d'élection qui paraît le plus naturel, -c'est-à-dire quand chaque arrondissement nomme un seul député, peut-on -dire que l'électeur, tel que nous l'avons décrit, connaisse les -candidats, ait une préférence véritable et fasse un choix?--Supposez une -assemblée de cinq cents représentants: de l'avis de tous les bons juges, -il ne faut pas qu'elle soit plus nombreuse; sinon elle n'est qu'une -foule. Cela fait 1 député pour 20,000 électeurs, et pour un district -d'environ 100,000 âmes. Or un district de cette étendue est le quart -d'un département et comprend un peu plus de 1,000 kilomètres carrés, -c'est-à-dire un carré de 8 à 9 lieues de côté. D'après les dernières -statistiques, il contient en moyenne 33 communes au-dessous de 500 âmes, -23 communes de 500 à 1,000 âmes, 17 bourgs et petites villes de 1,000 à -5,000 âmes, une ville moyenne ou grande au-dessus de 5,000 âmes. -Maintenant je le demande aux lecteurs qui ont vécu en province: sur les -20,000 électeurs du district, combien y en a-t-il qui aient une opinion -personnelle, ou du moins une opinion à peu près fondée, sur les trois ou -quatre candidats qui se disputent leurs suffrages? combien y en a-t-il -qui leur aient parlé, qui les aient vus deux fois, qui sachent d'eux -autre chose que la couleur du paletot et de la voiture, dans lesquels -ils ont fait leur tournée électorale?--Un villageois français vit dans -un cercle de deux lieues de rayon; son horizon ne s'étend pas au delà. -Il sait ce qui se passe dans les trois ou quatre villages environnants, -et quelque chose des bruits qui courent dans la petite ville où il porte -ses denrées; mais il ne sait pas autre chose. Toute la journée il est -aux champs, et le travail agricole cloue la pensée de l'homme à la -terre. Il songe à la récolte, aux chances de la pluie et du froid, à -l'engrais, au prix du grain; quand le soir il rentre assis sur son -cheval, les jambes pendantes, il n'y a guère que des images et point -d'idées dans sa tête. Le dimanche, il boit, il oublie. De loin en loin -il devise avec ses voisins qui ont juste le même degré d'information que -lui. S'il apprend quelque nouvelle, c'est le samedi au marché de la -petite ville; au retour, sur sa charrette, il la rumine; mais, à son -insu, sa cervelle inculte la transforme en une légende ou en un fabliau. -Dans la semaine, on voit sur la route vide le colporteur qui passe, le -facteur rural, l'épicier, qui va renouveler ses provisions; ce sont là -ses _auteurs_, ses messagers d'information. Très-peu lisent _le Moniteur -des communes_, affiché à la mairie; il faut quelque guerre, un grand -danger, le récit d'une bataille, pour en attrouper cinq ou six alentour. -En ce cas, on les voit bouche béante, autour du lecteur qui épelle et -ânonne, avaler, sans les digérer, les phrases emphatiques, abstraites, -disproportionnées, dont un rédacteur parisien les fournit. A présent, -quelques-uns rapportent le samedi _le Petit Journal_, mais la plupart -s'en défient, comme de tout autre imprimé. A leurs yeux, les écritures, -gazettes, proclamations, prospectus, sont des «mécaniques d'enjôleurs,» -tout comme le papier timbré de l'huissier ou l'avertissement du -percepteur, arrangées exprès pour extraire l'argent des poches. Ils sont -sur leurs gardes; ils ont été tant de fois trompés!--Dans leur esprit -soupçonneux, précautionné, toujours en éveil contre les artifices de la -parole, il y a quelque chose du fellah, de l'ancien taillable, du pauvre -homme opprimé qui, au siècle dernier, par crainte du collecteur, se -donnait exprès l'air misérable, laissait sa masure en ruines, cachait -ses provisions dans un silo, et couvait anxieusement le petit pot enfoui -où ses pièces de douze sous venaient une à une faire un tas. Quoique -enrichi et propriétaire, le campagnard est toujours le fils de ce vieux -corvéable. Il croit difficilement à la bienveillance, aux services -gratuits d'un homme d'une autre classe; dans un village de l'Est, où les -habitants vivent de pommes de terre, j'ai vu un manufacturier -bienfaisant vendre, au prix coûtant, pendant une année de disette, du -riz qu'il faisait venir exprès d'Amérique; les paysans lui disaient en -achetant: «Dame, monsieur, nous aimons autant vous faire gagner qu'un -autre.»--Ils vivent entre eux; par rapport aux autres classes, ils sont -isolés. Nous n'avons pas de vie publique en France; sauf le ridicule -comice agricole qu'a décrit M. Flaubert[4], le paysan, le bourgeois, le -noble, chacun reste chez soi, et ne communique qu'avec ses pareils; nous -ne savons pas nous associer et nous rassembler par des sociétés de -chant, de tir de pigeons, comme en Belgique et en Suisse, par des -manifestations, des meetings, des ligues politiques, économiques ou -morales, comme en Amérique et en Angleterre.--D'ailleurs entre le -paysan, parent de la glèbe, marié à la terre, et l'homme cultivé, la -distance est si grande, qu'elle fait presque un abîme. Dans un village, -à douze lieues de Paris, ils demandent au principal propriétaire, -comment il peut perdre tout son temps à lire. Il faudrait un George Sand -pour traduire nos idées dans leur langue. Idées et langue, rien ne nous -est commun, nos phrases générales, notre littérature de citadins -n'entrent pas dans leurs têtes; elles restent arrêtées au seuil, sans -pouvoir franchir un grand vide que rien n'a encore comblé; nous n'avons -pas, comme en Angleterre ou en Allemagne, la poésie populaire[5] et le -protestantisme pour servir de pont.--Par toutes ces causes, le cercle où -se meut l'esprit du villageois est d'une étroitesse extrême. -Non-seulement l'idée des intérêts généraux lui manque, mais encore il -n'a ni renseignements, ni opinion sur les hommes qui vivent au delà de -son horizon restreint. - - [4] Notez que l'institution est excellente, car elle est la seule qui - mette les diverses classes en contact mutuel. - - [5] Schiller, Goethe, Burns, la Bible en langue vulgaire, le _Prayer - Book_. - - - - -V - - -En effet, supposez qu'on l'appelle à voter, lui et les vingt mille -électeurs de l'arrondissement, pour élire un député, et prenons le cas -le plus ordinaire. Les candidats sont un grand propriétaire du pays, -peut-être un ingénieur en chef, un président ou un procureur général, -plus souvent quelque grand manufacturier ou commerçant, parfois un -notaire ou un médecin, de loin en loin un publiciste de Paris ou le -rédacteur en chef d'un journal du département. Sans doute, on les -connaît au chef-lieu; mais combien d'électeurs savent leur nom ou -quelque chose d'eux en dehors de leur nom, dans les 33 communes -au-dessous de 500 âmes, dans les 23 communes de 500 à 1,000 âmes, même -dans 17 bourgs et petites villes de 1,000 à 5,000 âmes? A peine un sur -dix au delà de la banlieue de la ville; à peine un sur quatre ou cinq -dans tout l'arrondissement.--Le villageois apprend pour la première fois -le nom du journaliste de Paris; il n'a jamais lu un article du -journaliste départemental; il a vu peut-être deux fois dans sa vie -l'ingénieur en tournée, et aperçu une fois au comice agricole la veste -de chasse du grand propriétaire. Il n'a jamais eu affaire avec le grand -manufacturier ou commerçant; quant au notaire, au médecin, au procureur -général, au président, ils sont pour lui des personnages vagues. -N'allant point au chef-lieu, il n'a d'informations que sur les gens de -sa commune ou de son canton, sur son juge de paix, sur son agent voyer, -sur le médecin ou le notaire de village auxquels en cas urgent il -s'adresse. Il est trop ignorant, trop isolé, trop peu répandu; il a trop -peu le désir, et il a eu trop rarement l'occasion de se répandre.--Les -correspondances administratives dont je parlais tout à l'heure répètent -à maintes reprises que jamais, sauf dans les grandes secousses, le -campagnard ne s'occupe de politique; en effet, depuis quatre-vingts ans, -l'administration s'en occupe pour lui et l'en décharge. Il n'a donc -qu'une ressource, c'est de s'enquérir et de consulter son voisin.--Mais, -en France, l'esprit égalitaire est tout-puissant, et la hiérarchie -manque; c'est pourquoi l'inférieur n'a pas de confiance en son -supérieur, ni l'ouvrier en son maître, ni le petit fermier en son -propriétaire, ni l'homme qui porte une blouse en l'homme qui porte une -redingote. Presque jamais il ne va prendre conseil auprès d'eux: ce sont -des bourgeois. Je pourrais même citer des arrondissements où il suffit -que les gros fermiers, les propriétaires adoptent un nom pour que les -journaliers adoptent l'autre.--Règle générale: le villageois ne reçoit -conseil que de ses égaux; il ne parle volontiers d'affaires publiques -qu'avec les gens de la même condition et du même habit, qui trinquent -avec lui et parlent son langage. Même dans les départements très-dévots, -dans le Nord, par exemple, les curés n'agissent sur lui qu'à travers sa -femme.--Il est donc fort embarrassé; car son conseiller n'en sait pas -plus que lui-même.--Là-dessus, dans les deux ou trois élections qui ont -précédé la chute du second empire, nous avons eu par les enquêtes des -révélations étranges. Un témoin disait: «J'avais les deux billets dans -ma poche; mais, ma foi! bonnet blanc, blanc bonnet, c'était pour moi la -même chose, et j'ai pris le premier venu.»--Un autre, à peu de distance -de Paris, répondait à un de mes amis: «Je ne connaissais ni l'un ni -l'autre; alors, des deux, j'ai pris le bulletin qui m'allait le mieux à -l'oeil.» C'était la forme des lettres qui l'avait décidé; quant au nom -qu'il avait préféré, il ne se le rappelait plus, mais il savait encore -l'autre, parce qu'il avait gardé le bulletin dans sa poche.--Un -troisième veut savoir quel est le bon bulletin; on le lui dit, il va le -mettre dans l'urne; le lendemain, on lui demande ce qu'il a fait de -l'autre: «Oh! je l'ai donné à Pierre, qui est un mauvais gars; il a voté -avec, c'est bien fait, il le mérite.»--Naturellement, sur des gens si -peu éclairés, si mal informés, si incapables d'avoir une préférence -véritable, les mauvais moyens ont tout leur effet.--Nous savons tous -comment les élections se sont faites pendant vingt ans. Le gouvernement -lâchait sur l'électeur toute la troupe de ses fonctionnaires, maires, -juges de paix, et jusqu'aux gardes champêtres, aux cantonniers, aux -facteurs ruraux; les gens allaient à l'urne poussés comme des moutons, -d'autant plus qu'on leur montrait là toute la pâture qu'ils pouvaient -souhaiter: subventions à l'église, établissement d'un pont, d'un -embranchement de chemin de fer, etc. En outre, le candidat riche payait -un bavard déclassé, un orateur de cabaret dans chaque commune; celui-là -faisait boire et racolait des votes, à grands coups d'éloquence -appropriée. Aussi l'élection coûtait 10,000 francs au candidat, souvent -30,000, 40,000 et jusqu'à 100,000; les _rastels_, les mâts de Cocagne -pavoisés, les fêtes et tombolas dans un parc, les fournitures d'un -équipement neuf et d'une musique aux pompiers sont choses -très-dispendieuses; mais ce charlatanisme grossier est efficace.--De ce -genre est aujourd'hui la propagande des radicaux. Un déclamateur à tête -chaude, quelque sournois à figure de fouine (j'en ai vu) vient de la -ville et leur jure qu'il est du peuple, que tout sera pour le peuple, -qu'il n'y aura plus de maîtres, que tous les impôts seront payés par les -riches, etc. Le pauvre Prévost-Paradol, avant de partir pour l'Amérique, -écrivait à un ami que, pour devenir député en France, il fallait être un -homme du gouvernement ou posséder une terre de quarante mille livres de -rente, ou descendre jusqu'aux déclamations et aux affiliations -démagogiques.--Ainsi mené, assourdi, séduit, le campagnard, comme un -cheval surmené, finit par prendre le mors entre ses dents et reste -immobile; habitué, comme il l'est, à juger des choses par leurs effets -utiles, à se défier de la prévoyance humaine, à subir la domination des -grandes forces aveugles qui nourrissent ou tuent sa récolte, il arrive à -considérer ceux qui l'invitent à choisir son gouvernement du même oeil -que ceux qui lui proposeraient de régler les saisons une fois pour -toutes. Probablement, il se dit à lui-même quand, n'ayant point d'avis -sur les gens, il essaye, par hasard, d'avoir un avis sur les -choses:--«L'Empire, c'était bien; nous vendions nos denrées deux fois -plus cher; et, pendant vingt ans, les partageux n'ont pas osé souffler. -Mais ce n'était pas son oncle; il a bien mal fait la guerre, il a mis -les Prussiens chez nous; nous voilà ruinés par sa faute; et puis il est -dehors et on dit qu'il est ramolli.--Les Orléans, c'était bien aussi; -ils n'étaient pas méchants, et on a eu la paix; mais les bourgeois -étaient maîtres, et on leur donnait toutes les places.--Henri V, c'est -un roi pour les curés et les seigneurs. Les nobles se sont bien battus -l'an dernier; mais s'ils veulent ravoir les droits féodaux et faire la -guerre pour le pape?--La république! on nous promet tout, c'est -peut-être trop. Je prendrais de bon coeur ma part du gros domaine qui -est là-bas; mais, si on partage aussi mon champ, gagnerai-je au change? -D'ailleurs cela ferait bien du désordre, et, parmi les rouges qui nous -prêchent au cabaret, il y a trop de fainéants, de propres à rien, sauf à -crier et à boire. J'ai payé les 45 centimes à la république de 1848; -j'ai bien peur de payer beaucoup à celle-ci; pourtant, en ce moment, -elle ressemble aux anciens gouvernements; elle n'est pas trop -mauvaise.»--Tel est, je crois, son idée secrète, ou, plus exactement, -son instinct. Au fond, si l'on parvenait à exprimer les répugnances -vagues et les velléités informes qui flottent dans son esprit trouble, -je suis persuadé que le gouvernement de son choix serait «le -gouvernement des gendarmes,» à une seule condition, c'est que les -gendarmes fussent braves gens et pas trop durs au pauvre monde. En fait -de régime, il accepte celui qui existe, et notamment la république -présente, non par amour, mais par crainte de pis; voilà son poids dans -la balance politique. Mais, si on lui demande de voter, de choisir entre -des candidats qu'il ne connaît pas, il se défie; il est averti par son -expérience; il se souvient des calamités récentes auxquelles a conduit -son vote; il aime mieux ne pas s'engager, il refuse de se -déranger.--C'est ce qui vient d'arriver aux élections, et il est à -craindre que le dégoût électoral ne se propage. Il est possible que le -suffrage direct en France aboutisse dans deux ans à des urnes aux trois -quarts vides. L'électeur ne voudra plus tourner la machine, et sa raison -secrète sera qu'après dix épreuves il en a trouvé la poignée trop haute -et trop lourde pour sa main. - - - - -VI - - -Si, mon ami, il faut voter; autrement les casse-cou et les drôles feront -marcher à leur profit et a tes dépens la machine dont le jeu emporte -toute ton épargne et toute ta vie. Seulement c'est à tes législateurs -d'adapter la poignée à ta main. La machine et la poignée ne sont -précieuses que par leurs effets; tu n'es pas fait pour elles, elles -doivent être faites pour toi. Il ne s'agit pas ici de t'enlever ton -droit, mais de te fournir les moyens de l'exercer. On ne veut pas te -traiter en dupe, encore bien moins en brute, mais en homme. On te -demande de déposer dans l'urne, au lieu d'un bulletin indifférent que tu -ne comprends pas, un bulletin préféré que tu comprends.--Ce n'est pas le -suffrage universel qui aujourd'hui est chez nous impuissant et -malfaisant, c'est le suffrage direct. Car, si le cercle du département -ou même celui de l'arrondissement est trop large pour l'électeur rural, -il en est un autre plus étroit, plus proportionné, où son intelligence -et son information peuvent agir avec discernement et certitude, je veux -dire _la commune_.--Que dans ce cercle restreint il choisisse trois ou -quatre hommes connus de lui et les envoie au chef-lieu d'arrondissement; -que ces électeurs du second degré, une fois réunis, lui nomment son -député. Par ce moyen, le premier moteur de la machine est toujours entre -ses mains; c'est encore lui qui donne le branle. Seulement, au lieu de -le donner en aveugle, il le donne en homme clairvoyant, et, s'il veut, -il le dirige. On ne retire pas la poignée de sa main; au contraire, on -la met à sa portée en y soudant une seconde pièce que son bras peut -atteindre, et par laquelle tout le mouvement de la machine lui -appartient. - -Je dis qu'en ce cas son choix sera véritable, accompagné de -discernement.--Une première preuve est frappante, c'est la composition -des conseils municipaux. De l'aveu de tous les observateurs, dans les -villages, dans les bourgs, dans les petites villes, et même dans les -villes moyennes, ils sont aussi bons qu'ils peuvent l'être, recrutés -presque toujours parmi les hommes les plus sensés, les plus -intelligents, les plus probes. Les choses ne se passent autrement que -dans quelques très-grandes villes; c'est justement parce qu'une -très-grande ville est une foule, où l'on se coudoie sans se connaître, -et où les trois quarts des votants n'ont pas d'avis fondé sur les -candidats.--Mais ailleurs, dans les cercles petits ou moyens, -c'est-à-dire dans presque toute la France, un aventurier, un faiseur, un -homme de réputation douteuse, un simple bavard, arrive rarement au -conseil municipal: il est vérifié, pesé par toutes les mains; on -conteste son aloi, on trouve son poids trop léger. Ce cultivateur, ce -villageois, si peu renseigné quand il s'agit de personnages lointains et -d'affaires générales, est très-bien informé quand il s'agit de ses -voisins et des intérêts locaux. En tout ceci, il est curieux, avisé; son -attention, faute de s'étendre sur tout le grand cercle, s'est appliquée -plus forte sur le petit; les causeries de la veillée, les _disettes_ ont -fait leur office.--Il n'y a pas un ménage, une fortune, une conduite -dans la paroisse qu'il n'ait percée à jour; car il a du bon sens, il est -souvent fin, il a eu le temps et les moyens de se faire une opinion; il -a vu à l'oeuvre le juge de paix, le médecin, le notaire, le curé, le -maire, le gros fermier, l'usinier, le propriétaire; il sait si le curé -est ambitieux et tracassier, si le juge de paix décide en homme juste, -si le médecin exploite trop ses clients, si le maire prend à coeur les -intérêts de la commune, si le manufacturier est dur, si le propriétaire -ou le fermier sont gens laborieux et entendus, si tel ou tel est un -homme capable, actif, sûr en affaires. Bien mieux, il connaît le plus -souvent les familles, la parenté, les tenants et aboutissants, et c'est -là-dessus qu'il juge. On ne l'en fera pas démordre par des -raisonnements, encore moins par de grandes phrases. Il a vu et pratiqué -l'homme, cela lui suffit, et il a raison. Voilà pourquoi il veut que son -candidat soit du pays, et que, pendant de longues années, il ait fourni -matière à l'observation de ses voisins; en cela, il a raison encore. -Qu'il soit défiant, et parfois envieux, qu'il ne choisisse pas toujours -l'homme instruit, renfermé, dépourvu de biens au soleil, je l'accorde. -Mais, avec un tel procédé d'enquête, s'il omet parfois d'élire un -candidat de mérite, il n'élit presque jamais un homme taré, ou de vie -scandaleuse, un malhonnête homme, un simple déclamateur, ni surtout un -de ces candidats inconnus qui, comme des champignons, surgissent en un -matin sur une terre pourrie.--Même examen et même triage dans les -petites villes: un aubergiste, un petit débitant, un maître menuisier -savent jusque dans le moindre détail la position, la vie, le caractère -de tous les hommes de leur classe et de tous les bourgeois: c'est que -pendant quinze ans, chaque soir, ils les ont passés au crible.--Ainsi, -pour quatorze, et peut-être pour dix-sept électeurs sur vingt, autant -l'information est pauvre, inexacte ou nulle, quand, par le suffrage -universel direct, ils nomment le député de l'arrondissement, autant -l'information est riche, exacte et sûre quand, par le suffrage universel -indirect, ils nommeront les électeurs du second degré chargés d'aller -choisir ce député au chef-lieu.--A mon sens, cette raison est décisive, -car elle met tout ensemble la lumière dans l'élection et la loyauté dans -la loi. - - - - -VII - - -Supposez donc que le législateur leur dise: «Je vous dois une loi juste, -et vous n'êtes pas traités selon la justice, lorsque, appelés à donner -votre confiance, vous êtes forcés de choisir entre des gens que vous ne -connaissez pas. A présent, vous les connaîtrez, et vous ne donnerez -votre confiance qu'avec certitude. Désormais, dans chaque commune, cent -électeurs du premier degré nommeront un électeur du second degré. Je ne -limite pas votre choix; quel que soit votre élu, riche, pauvre, noble, -bourgeois, ouvrier, paysan, cela vous regarde. Je n'exige de lui aucune -preuve ni degré de fortune ou d'éducation; je n'exclus que les faillis -et les gens condamnés par les tribunaux; à vous de choisir, où vous le -trouverez, l'homme le plus honnête, le mieux informé, le plus capable. -Voilà pour les campagnes, les bourgs et les petites villes.--Pour les -villes moyennes et grandes, chaque quartier nommera ses électeurs, de la -même façon qu'une commune ordinaire.--Tous ces électeurs élus se -trouveront, à un jour marqué, au chef-lieu d'arrondissement. Là, pendant -trois jours, au nombre d'environ deux cents, ils causeront entre eux et -avec leurs amis, ils s'assembleront plusieurs fois dans une grande salle -pour écouter les candidats et les interroger. Le troisième jour, ils -nommeront le député, et reviendront, chacun dans sa commune, pour vous -dire, à l'amiable, les raisons de leur choix.»--Y a-t-il, là-dedans, un -privilége pour une classe? Mais un duc académicien y est traité sur le -même pied qu'un manoeuvre, et l'envie égalitaire la plus aigre n'y peut -trouver une faveur pour personne.--Quelqu'un pourra-t-il soupçonner une -pareille loi d'être hostile au peuple, et arrangée en défiance du grand -nombre? Mais c'est justement pour le peuple, pour le grand nombre -qu'elle est faite, et ceux qui la décrient, au nom de ce qu'ils nomment -emphatiquement les principes, prouvent par cela même qu'ils sacrifient -le peuple vivant, les travailleurs, les pauvres, à une théorie usée, à -une phrase de livre, à un pur jeu de logique et d'abstractions. - -En effet, suivons les conséquences. Ce suffrage à deux degrés est si -bien conforme à la nature des choses qu'en fait il existe aujourd'hui -chez nous; sans lui, le suffrage direct, tel que nous l'avons depuis -vingt ans, ne fonctionnerait pas.--Car d'abord l'électeur rural, et, en -général, l'électeur ordinaire, a suivi pendant tout l'empire l'impulsion -du sous-préfet et du maire; ainsi, c'est le sous-préfet, le maire et -surtout l'empereur qui, sous l'empire, ont été effectivement les -électeurs du second degré. Toutes les fois que le gouvernement -interviendra par une candidature officielle ou par une préférence -avouée, il en sera de même. Aussi bien des électeurs du second degré -sont tellement nécessaires qu'aujourd'hui, dans les campagnes, nombre de -gens se plaignent, disant que, puisque le gouvernement ne leur indique -plus le bon candidat, ils ne savent pour qui voter. Mais à présent nous -répugnons tous à cette usurpation du gouvernement; il n'est pas un -libéral qui n'aspire à s'en passer et ne loue M. Thiers qui s'en -abstient. Voilà donc la direction officielle tout à fait mise à -l'écart.--A sa place que reste-t-il? Je connais à quelques lieues de -Paris une commune où, au mois de juillet dernier, l'élection s'est faite -à quatre degrés. Vingt journalistes de Paris, réunis en comité, avaient -dressé la liste de l'Union de la presse parisienne; un habitant de la -commune alla chercher les bulletins de cette liste et la fit adopter au -maire, aux membres du conseil municipal, aux plus anciens du village -assemblés un soir chez lui; ceux-ci la distribuèrent aux autres -électeurs; et sur 146 votants la liste eut 130 voix; il y eut donc là -trois sortes d'intermédiaires et quatre degrés de suffrage bien comptés. -Qu'on le sache ou qu'on l'ignore, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en -irrite, il y en a toujours au moins deux.--Seulement, quand ils ne sont -point établis par la loi, quand les habitants ne sont pas appelés -publiquement à faire un choix exprès, l'électeur du second degré est de -mauvaise espèce.--Tantôt il est l'agent électoral d'un candidat riche -qui lui donne de l'argent pour faire boire; en ce cas c'est un homme -acheté, sans conscience, une créature qui se remue pour gagner quelques -écus ou obtenir une place, et qui travaille par des intrigues de clocher -ou des excitations de cabaret.--Tantôt il est expédié par un club de la -ville, comité anonyme où des têtes chaudes, des esprits gâtés par une -demi-culture, des rêveurs à principes, des avocats et des médecins sans -clientèle, une foule de brouillons et de déclassés, se vengent de leur -avortement irrémédiable en rebâtissant la société sur le papier; en ce -cas, c'est un _politician_ de bas étage qui, de village en village, -vient attiser la guerre sociale et racoler des voix pour le Robespierre -futur du chef-lieu.--L'élection faite, le premier rentre chez lui et le -second retourne à la ville; le tour est joué, aucun n'est responsable. -Tout s'est passé en conciliabules, en buvettes, sous le manteau de la -cheminée; ils n'étaient point des mandataires, ils n'ont point de compte -à rendre.--Voilà comment, sous le suffrage direct, les choses se -passent, et c'est merveille qu'à travers des intermédiaires si -trompeurs, le bon sens public aboutisse encore à des choix passables ou -à peu près bons. - -Au contraire, admettons que la loi nous appelle à choisir nous-mêmes ces -intermédiaires.--Tout est public; le grand jour luit sur l'élection et -sur les candidats. L'électeur n'est plus livré aux insinuations, au -charlatanisme; le futur député n'a plus besoin de parader dans la rue, -avec une voiture pavoisée; l'émissaire de la ville n'est pas reçu à -décrier ou exalter tel ou tel de la commune. Ces mauvais moyens, -efficaces quand l'électeur doit opter entre deux inconnus, sont faibles, -quand il doit choisir entre des hommes de sa paroisse. Il n'a rien à -apprendre des courtiers d'élection; il en sait plus qu'eux, et son -opinion, fondée sur son expérience personnelle, est tenace. Il juge donc -par lui-même, et choisit ses électeurs du second degré en connaissance -de cause, à peu près comme son conseil municipal. - -Quels seront-ils?--Très-probablement les mêmes ou presque les mêmes que -les membres du conseil municipal, c'est-à-dire des gens choisis entre -les plus capables, les plus honnêtes et les plus anciens de la -commune.--Je dis les mêmes ou presque les mêmes; car il semble que le -mandat, étant différent, introduira dans les choix quelque différence. -Il est à croire que, dans les villages, les bourgs et même dans les -petites villes, les électeurs auront un peu moins égard à l'ancienneté -de la résidence, à la possession de biens au soleil, et un peu plus -égard à l'éducation, à l'habitude de fréquenter le chef-lieu et la -capitale, à tous les indices d'après lesquels ils reconnaissent dans un -homme une instruction plus variée, une plus grande aptitude politique, -et la possession d'un horizon plus étendu.--Dans le village, dont je -parlais tout à l'heure, l'habitant qui a fait adopter la liste de -l'_Union parisienne_ n'était établi que depuis un an; on ne l'eût pas -nommé au conseil municipal. Mais il était le seul qui allât fréquemment -à Paris; lui seul avait un avis motivé et pouvait fournir des -renseignements précis sur les candidats de la liste; à cause de cela, et -d'un consentement unanime, il a fait l'office d'électeur du second -degré.--Je pense donc que le groupe des électeurs ainsi élus pourra -différer du conseil municipal par le nom de quelques membres; qu'on y -verra en moins deux ou trois fermiers et vieux habitants, en plus deux -ou trois hommes de la classe cultivée, un juge de paix, un notaire, un -médecin; dans plusieurs villages de Bretagne, le curé; çà et là le -maître d'école, souvent le propriétaire riche, qui réside plusieurs -mois, ou quelque capitaine retraité; dans les villes petites et -moyennes, outre les fabricants, les commerçants et les rentiers, un -banquier, un ingénieur, un président du tribunal, un publiciste estimé, -bref une proportion aussi grande de probité et de bon sens, et une -proportion plus grande d'information et d'intelligence.--Conduisons ces -élus au chef-lieu d'arrondissement; ils y retrouvent ceux du chef-lieu -lui-même. Non-seulement, tous ensemble, ils sont l'élite du district, et -les plus capables de bien choisir, mais encore, n'étant que deux cents, -ils peuvent raisonner par groupes, s'éclairer les uns les autres. En -outre, ils font une assemblée naturelle.--Dès lors, ce n'est plus par -des professions de foi affichées, chefs-d'oeuvre d'emphase et de vague, -que les candidats doivent s'expliquer; ils sont tenus de comparaître en -personne, de parler eux-mêmes, de quitter les lieux communs, de répondre -à des interrogations précises, d'engager d'avance leur opinion sur des -mesures prochaines, sur des lois imminentes. La parole est bien moins -menteuse que l'écriture; car alors on voit l'homme, on écoute son -accent, on devine d'instinct s'il est hâbleur, on n'a pas de peine à -savoir s'il est ignorant ou borné. Devant une pareille assemblée bien -des candidats officiels de l'empire auraient balbutié ou succombé.--Mais -le plus grand des avantages, c'est que voilà un _meeting_ tout fait, une -véritable réunion politique à l'anglaise ou à l'américaine, grave, -modérée, ayant un but déterminé, peu disposé à souffrir les déclamations -de carrefour, c'est-à-dire une école de politique sérieuse, de -discussion libre, d'informations mutuelles et d'esprit public. Tout cela -nous manque en France et cette lacune est encore plus grave que celle de -l'instruction primaire; car, s'il est mauvais que dans la maison -paternelle l'enfant ne sache pas lire, il est pire que dans la vie -publique l'adulte ne sache pas raisonner.--Grâce au suffrage à deux -degrés, les électeurs élus font leur apprentissage, et certainement il -n'y en aura pas un qui quitte le chef-lieu sans en rapporter une -provision plus grosse d'idées et de faits. - -Il revient donc dans sa commune, et là, dans les conversations, en -s'expliquant sur le compte des candidats entre lesquels il a choisi, il -communique aux gens quelque chose de ce qu'il vient d'apprendre.--Notez -qu'il est tenu de s'expliquer et même d'agir conformément à ses -explications. En effet, ici la corruption, telle qu'on l'a reprochée aux -électeurs de la monarchie de Juillet, n'est guère à craindre. Le nôtre -n'est pas comme eux un électeur né, un mandataire par droit de fortune, -irresponsable; autour de lui se trouvent ceux qui l'ont choisi. Les -villageois, les habitants des bourgs et des petites villes sont jaloux, -très-éveillés sur les profits de leurs voisins; sans nul doute, si le -vote de l'électeur élu lui attire quelque faveur, si le gouvernement, -par l'entremise du député, lui donne, pour lui ou pour les siens, -quelque place, on le saura; tout se sait en province; l'envie y va -jusqu'à la calomnie. Il est donc forcé d'être intègre; sinon, à -l'élection suivante, on ne le chargera plus d'aller choisir le -député.--Grâce à cette âpre surveillance et à cette répression -infaillible, il est probable que les électeurs élus feront honnêtement -leur office, et qu'en outre, dans tous les entretiens privés, dans une -quantité de conférences demi-publiques, ils devront donner les raisons -de leur vote, faire la biographie du candidat, raconter ses réponses, -rappeler ses promesses, résumer de leur mieux la discussion. Dès lors -nous pouvons, sans trop de témérité, prévoir sur toute la surface du -pays une multitude de conversations et presque d'enseignements -politiques. Il peut se faire que, dans le grand ennui de la vie -de province, les questions ainsi présentées attirent et occupent -ce nombre infini d'esprits qui parcourent le cercle vide du -commérage. On aura ainsi organisé la vie politique par la hiérarchie -locale, légale, naturelle et spontanée des informations et des -intelligences, et l'on aura les avantages des clubs sans en avoir les -inconvénients.--Songeons-y bien: le suffrage universel et direct, tel -que nous l'avons, est une armée de pionniers, dans laquelle on ne trouve -encore que des manoeuvres et des ingénieurs en chef. Tout le corps -intermédiaire manque, conducteurs, piqueurs, sergents d'escouade. Le -manoeuvre est trop loin de ses chefs, il ne les connaît pas, il marche -en aveugle, avec ses pareils, en troupeau, lorsqu'il est poussé. Il -n'agit pas de coeur et de volonté, il n'a pas de confiance. Pour qu'il -ait confiance, laissons-lui désigner ses sous-officiers, son petit -état-major secondaire et local. Ces sous-officiers sont à sa portée, il -les montre du doigt. Une fois qu'il les aura adoptés, il les suivra, et -la cohue, qui se précipite, se disperse ou s'arrête à la moindre alarme, -deviendra un corps intelligent, qui marche en bon ordre vers un but -qu'il se propose et qu'il atteint. - - - - -VIII - - -Le mode de suffrage à deux degrés qu'on vient de décrire n'est pas le -seul applicable; je l'ai suivi en détail, pour faire toucher au doigt -des conséquences précises. Mais il en est d'autres, notamment celui qui -ne ferait point élire à part les électeurs du second degré, et donnerait -cet emploi aux membres du conseil municipal qui auraient réuni le plus -de voix.--Sur tout cela, la discussion décidera; l'essentiel, c'est que -l'élection du député se fasse à deux degrés. Ainsi se fera chez nous -l'éducation politique de la foule et le contre-coup n'en sera pas -mauvais sur l'Assemblée des représentants. Toujours, dans une -démocratie, le suffrage à deux degrés choisit mieux que le suffrage -direct. Là-dessus l'exemple des États-Unis est décisif, et M. de -Tocqueville l'invoque à notre appui. Il oppose la Chambre des -représentants, composée d'inconnus et d'intrigants, au Sénat, composé -d'hommes supérieurs et illustres. Il remarque que cette Chambre des -représentants est produite par l'élection directe et ce Sénat par -l'élection à deux degrés. C'est par cette différence de leurs sources -qu'il explique l'inégalité de leurs mérites. C'est parce que les -sénateurs sont nommés par les législatures de chaque État, qu'ils sont -des personnages éminents. Si l'envie démocratique et les manoeuvres des -_politicians_ sont puissantes sur des assemblées primaires et sur des -_conventions_ populaires, elles se trouvent faibles sur une assemblée -restreinte et occupée d'affaires; le mérite a tous ses droits devant -elle; elle aurait honte d'écarter les talents; la vérité et l'équité, -étouffées ailleurs, font enfin entendre leur voix. «Il suffit, dit -encore Tocqueville, que la volonté populaire passe à travers une -assemblée choisie, pour s'y élaborer en quelque sorte et en sortir -revêtue de formes plus nobles et plus belles. Les hommes ainsi élus -représentent toujours exactement la majorité de la nation qui gouverne; -mais ils ne représentent que les pensées élevées qui ont cours au milieu -d'elle, les instincts généreux qui l'animent, et non les petites -passions, qui souvent l'agitent et les vices qui la déshonorent... Je ne -ferai pas difficulté de l'avouer; _je vois dans le double degré -électoral le seul moyen de mettre l'usage de la liberté politique à la -portée de toutes les classes du peuple_. Ceux qui espèrent faire de ce -moyen l'arme exclusive d'un parti, et ceux qui le craignent, me -paraissent tomber dans une égale erreur[6].» - - [6] Tocqueville, _de la Démocratie en Amérique_, II, 52. - - -3 décembre 1871. - - - - -NOTE - - -On n'a indiqué ici que l'idée générale de la réforme; c'est qu'on -n'avait point la prétention de rédiger une loi. - -Il est un autre principe, dont on a évité de parler, pour ne point -compliquer la question, celui qui propose la _représentation des -minorités_. Le lecteur le trouvera expliqué dans un ouvrage récent, de -M. Ernest Naville[7]. Tel que M. Naville le présente, il ne semble pas -approprié à la majorité des électeurs français. Mais on pourrait -l'employer en partie, et notamment pour le choix des électeurs du second -degré, soit que le conseil municipal les fournisse, soit qu'on les nomme -à part. - - [7] _La Réforme électorale_, par Ernest Naville, correspondant de - l'Institut.--1 vol. chez Didier. - -Contre le suffrage universel à deux degrés, je n'ai recueilli que deux -objections: - -1º «Les gazettes radicales diront au peuple qu'on lui vole son -droit.»--Si elles le disent, ce sera faux; car la loi dont il s'agit ne -confère de privilége à aucune classe et n'est faite que dans l'intérêt -du plus grand nombre. - -2º «Les ouvriers des grandes villes seront mécontents.»--S'ils le sont, -cela sera fâcheux, mais, à moins que le gouvernement ne se sente -très-faible, il n'importe; car ils ne sont qu'une minorité, environ un -contre neuf, et n'ont pas le droit d'imposer leurs préférences aux neuf -autres. - - -PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Du suffrage universel et de la manière -de voter, by Hippolyte Taine - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL *** - -***** This file should be named 60828-8.txt or 60828-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/8/2/60828/ - -Produced by Carlo Traverso and the Distributed Proofreading -team at DP-test Italia. (This file was produced from images -generously made available by The Internet Archive/Canadian -Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy -all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. -If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project -Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the -terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or -entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement -and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic -works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" -or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project -Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the -collection are in the public domain in the United States. If an -individual work is in the public domain in the United States and you are -located in the United States, we do not claim a right to prevent you from -copying, distributing, performing, displaying or creating derivative -works based on the work as long as all references to Project Gutenberg -are removed. Of course, we hope that you will support the Project -Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by -freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of -this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with -the work. You can easily comply with the terms of this agreement by -keeping this work in the same format with its attached full Project -Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in -a constant state of change. If you are outside the United States, check -the laws of your country in addition to the terms of this agreement -before downloading, copying, displaying, performing, distributing or -creating derivative works based on this work or any other Project -Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning -the copyright status of any work in any country outside the United -States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate -access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently -whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the -phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project -Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, -copied or distributed: - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived -from the public domain (does not contain a notice indicating that it is -posted with permission of the copyright holder), the work can be copied -and distributed to anyone in the United States without paying any fees -or charges. If you are redistributing or providing access to a work -with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the -work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 -through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the -Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or -1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional -terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked -to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the -permission of the copyright holder found at the beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any -word processing or hypertext form. However, if you provide access to or -distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than -"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version -posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), -you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a -copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon -request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other -form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm -License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided -that - -- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is - owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he - has agreed to donate royalties under this paragraph to the - Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments - must be paid within 60 days following each date on which you - prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax - returns. Royalty payments should be clearly marked as such and - sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the - address specified in Section 4, "Information about donations to - the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." - -- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or - destroy all copies of the works possessed in a physical medium - and discontinue all use of and all access to other copies of - Project Gutenberg-tm works. - -- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any - money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days - of receipt of the work. - -- You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm -electronic work or group of works on different terms than are set -forth in this agreement, you must obtain permission in writing from -both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael -Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the -Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -public domain works in creating the Project Gutenberg-tm -collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic -works, and the medium on which they may be stored, may contain -"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or -corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual -property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a -computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by -your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium with -your written explanation. The person or entity that provided you with -the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a -refund. If you received the work electronically, the person or entity -providing it to you may choose to give you a second opportunity to -receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy -is also defective, you may demand a refund in writing without further -opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER -WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO -WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. -If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the -law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be -interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by -the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any -provision of this agreement shall not void the remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit http://pglaf.org - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: http://pglaf.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - http://www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
