summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/62243-0.txt5638
-rw-r--r--old/62243-0.zipbin116564 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/62243-h.zipbin170958 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/62243-h/62243-h.htm6808
-rw-r--r--old/62243-h/images/cover.jpgbin46891 -> 0 bytes
8 files changed, 17 insertions, 12446 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..271156f
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #62243 (https://www.gutenberg.org/ebooks/62243)
diff --git a/old/62243-0.txt b/old/62243-0.txt
deleted file mode 100644
index 4effea2..0000000
--- a/old/62243-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,5638 +0,0 @@
-Project Gutenberg's Histoire littéraire des Fous, by Octave Delepierre
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Histoire littéraire des Fous
-
-Author: Octave Delepierre
-
-Release Date: May 26, 2020 [EBook #62243]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE LITTÉRAIRE DES FOUS ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/American Libraries.)
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
- HISTOIRE LITTERAIRE
- DES FOUS.
-
- PAR
- OCTAVE DELEPIERRE.
-
- LONDON:
- TRÜBNER & CO., 60, PATERNOSTER ROW.
-
- 1860.
- _The right of translation is reserved._
-
-
-
-
-JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.
-
-
-
-
-INTRODUCTION.
-
-
-EPIGRAPHE.
-
-J'ose dire que s'il y a encore un livre curieux à faire au monde, en
-Bibliographie, c'est la bibliographie des fous, et que s'il y a une
-bibliothèque piquante, curieuse et instructive à composer, c'est celle
-de leurs ouvrages.--_Nodier, Mélanges tirés d'une petite Bibliothèque,
-page 247._
-
-
-
-
-INTRODUCTION.
-
-
-Lorsque la pensée nous vint de composer une esquisse biographique sur
-les Fous Littéraires, le sujet nous parut peu compliqué et n'exigeant
-que de patientes recherches. Mais à mesure que les matériaux
-s'accumulaient, et que nous cherchions à les coordonner, les difficultés
-de fixer des bornes à ce travail, augmentaient.
-
-Tout dépendait de pouvoir définir d'une manière claire et précise
-quelles étaient les spécialités qui rentraient dans notre cadre. Ici
-tout devenait doute. La folie entre pour quelque chose dans l'existence
-de la plupart des grands esprits que l'histoire nous fait connaître, et
-il devient souvent très difficile d'établir les dissemblances qu'offrent
-les prédispositions à la folie, avec certains états dits de raison.
-
-Ainsi que l'a dit M. Lélut, membre de l'Institut, personne ne peut
-croire que Pythagore, Numa, Mahomet, &c., fussent des fourbes, car la
-fraude n'a jamais eu et n'aura jamais un tel pouvoir. Pour creuser sur
-la face de la terre un sillon dont les siècles n'effacent pas
-l'empreinte, il faut penser, affirmer, croire comme les masses, et plus
-qu'elles; donc ces grands hommes croyaient à la réalité de leurs
-visions, de leurs révélations. C'étaient tout simplement des hommes de
-génie et d'enthousiasme, ayant des hallucinations partielles. L'auteur
-que nous venons de citer, a établi scientifiquement et avec calme, que
-ce qu'on est convenu d'appeler _le Démon de Socrate_, n'était autre
-chose qu'un état d'extase et une folie momentanée.[1]
-
- [1] Le Démon de Socrate, ou application de la science psychologique à
- celle de l'histoire. Paris, 1856, in 8º.
-
-L'écrit trouvé cousu dans le pourpoint de Pascal, après sa mort, et que
-Condorcet a nommé son _Amulette mystique_, le précipice imaginaire qu'il
-voyait à ses côtés, le globe de feu que vit Benvenuto Cellini, et les
-démons qui lui apparurent dans le Colysée et lui parlèrent, ainsi qu'une
-foule d'autres faits de la même nature, rendraient une histoire complète
-de la folie littéraire, une œuvre immense.
-
-Un recueil des biographies psychologiques de ces sortes de personnages,
-sous le titre de _Vies des Hallucinés célèbres_, constituerait un livre
-intéressant et utile, comme le fait observer le docteur Lélut, dans le
-travail qu'il a consacré à démontrer la folie bien caractérisée de
-Pascal.[2] La folie ne peut pas se définir, pas plus que la raison, a
-dit le Docteur Calmeil.[3] Celui dont l'imagination fascinée prête un
-corps et une forme aux idées qui prennent naissance dans son cerveau,
-rapporte ces idées aux appareils des sens, les convertit en sensation
-que presque toujours il attribue à l'action d'objets matériels qui
-n'agissent point actuellement sur ses organes, et il en vient souvent à
-baser ses raisonnements sur ces données vicieuses de l'entendement.
-L'halluciné réalise jusqu'à un certain point la supposition des
-Berkeléistes, qui prétendent établir qu'il n'est pas positivement
-nécessaire que l'existence de l'univers soit réelle, pour qu'on
-l'apperçoive tel qu'il se montre à nos sens. Peu d'entre nous n'ont pas
-été, dans le cours de la vie, sous l'influence de quelque hallucination
-momentanée.
-
- [2] L'Amulette de Pascal, pour servir à l'histoire des hallucinations.
- Paris, 1846, in 8º.
-
- [3] De la folie considérée sous le point de vue pathologique,
- philosophique et historique. Paris, 2 vol. in 8º. 1845.
-
-Les observations précédentes que l'on pourrait étendre considérablement,
-font comprendre combien il est nécessaire et en même temps difficile de
-circonscrire et de déterminer une bibliographie des fous littéraires.
-Laissant à d'autres le soin de développer cet intéressant sujet, nous
-voulons nous borner à tracer une esquisse de quelques unes de ces
-existences dont l'état mental a été suffisamment dérangé pour que l'on
-prît des précautions à leur égard.
-
-Nous prévenons donc tout d'abord que nous n'allons nous occuper que de
-quelques individus qui nous ont semblé réellement atteints de folie, et
-qui, s'ils n'ont pas été enfermés dans des maisons de sûreté, comme la
-plupart de ceux mentionnés ici, ont néanmoins montré une aberration
-mentale très décidée.
-
-L'application des causes aux effets dans la monomanie et dans son
-opposé, la folie raisonnable, offrira toujours un sujet d'étude du plus
-haut intérêt. L'Etiologie de ces maladies s'explique l'une par l'autre.
-Dans le premier cas, il y a un point malade dans un cerveau sain
-d'ailleurs, dans le second cas, un cerveau malade nous offre un point
-sain et normal. Ce sont ordinairement des esprits contemplatifs et
-noblement doués que l'on voit frappés par ce malheur.
-
-Presque toutes les nations fournissent des exemples d'écrivains qui
-entrent dans cette catégorie, et ce qui doit augmenter la curiosité des
-Bibliophiles à ce sujet, c'est que leurs ouvrages sont toujours assez
-rares, et qu'il est difficile de se les procurer. Ces monomanies
-intellectuelles sont presque toujours caractérisées, comme le fait très
-bien observer le Dr. Calmeil, par une association d'idées fausses basées
-sur un faux principe, mais justement déduites, et par la possibilité où
-se trouve l'individu qui en est atteint, de raisonner juste sous tous
-les rapports, sur les matières étrangères à sa folie.
-
-Afin de réunir les éléments épars de cette histoire littéraire, de
-manière à éviter la confusion, nous diviserons en quatre sections les
-auteurs que nous allons citer. La première traitera des fous théologues;
-la seconde, des fous littéraires proprement dits; la troisième, des fous
-philosophiques; et la quatrième, des fous politiques.
-
-Les voyageurs nous apprennent une chose très frappante, c'est que la
-folie est comparativement un fait rare chez les nations tout-à-fait
-barbares. Humboldt dit qu'on rencontre très peu de fous parmi les tribus
-originaires qu'il visita sur le continent de l'Amérique. D'autres
-auteurs dignes de foi remarquent aussi qu'en Chine, au fond de la Russie
-et de l'Inde, la folie est moins fréquente qu'en Europe. Quoiqu'il en
-soit, la folie d'écrire est particulièrement une des maladies mentales
-de cette dernière partie du globe, effet probable d'un excès de
-civilisation, de même que la pléthore est souvent produite par un excès
-de santé. Il serait inutile de rechercher quelle est la cause de la
-folie, et même ce que c'est que la folie, car les analyses les plus
-persévérantes de la nature et de la composition du cerveau, n'ont abouti
-qu'à confirmer l'axiome du savant Gregory: “_Nulla datur linea accurata
-inter sanam mentem et vesaniam._” Dans maintes circonstances de la vie,
-il est arrivé à la plupart d'entre nous, qu'appelé à décider en nous
-mêmes, sur la valeur d'une idée ou d'une action, notre jugement hésite à
-se prononcer, et nous disons avec le poète Beattie:--
-
- _Some think them wondrous wise, and some believe them mad._
-
-Dans l'ordre métaphysique, Malebranche était arrivé à un résultat
-semblable, lorsqu'il a dit: “Il est bon de comprendre clairement qu'il y
-a des choses qui sont absolument incompréhensibles.”
-
-Les savants qui se sont occupés de la médecine psychologique, et de la
-pathologie mentale, rapportent nombre de faits où la folie produit des
-résultats semblables à ceux d'une haute intelligence, résultats que
-l'esprit de l'individu est incapable d'obtenir, dès qu'il rentre dans
-l'état normal. Nous citerons un fait de ce genre qui nous a été raconté
-par le médecin même qui avait donné ses soins au malade:--Une dame d'un
-caractère très pieux commença peu à peu à être oppressée par un profond
-sentiment de mélancolie, qui se changea bientôt en un véritable
-dérangement d'esprit. On fut obligé de la mettre dans une maison de
-santé. Là, durant ses accès de folie, elle exprimait les idées de son
-cerveau malade, en vers tellement remarquables que le médecin en fut
-frappé, et transcrivit des passages, pendant qu'elle les récitait. Au
-bout d'un certain temps, cette dame recouvra ses facultés mentales, mais
-ne se rappela rien de ce qui s'était passé, et n'eût pas été capable,
-m'affirma le docteur, d'écrire une page avec quelque élégance.
-
-Si l'on trouve souvent des éclairs de talent chez les aliénés, il arrive
-aussi que des hommes remarquables par la clarté et l'élégance de leur
-style, donnent tout à coup l'exemple de la plus entière incohérence. Un
-médecin de New York, à la suite d'un travail excessif, écrivit la lettre
-suivante à sa sœur:--
-
-“MY DEAR SISTER,--As the Cedars of Lebanon have been walking through
-Edgeworth forest so long, you must have concluded that I have returned
-to the upper world, but I am still in purgatory for James Polk's sins,
-which, if they do not end in smoke, surely have as good a chance of
-beginning that way, as the ideas began to shoot; for if Thomas had not
-left his trunk on the cart at the Depôt, our shades would have been a
-deuced sight nearer to Land's End, than Dr Johnson said they would, by
-the time the Yankees rebelled,” &c.
-
-Le Docteur Brigham donne d'autres curieux exemples de ce genre dans un
-article intitulé: “_Illustrations of Insanity, furnished by the letters
-and writings of the insane_,” et insérés en 1848 dans l'_American
-Journal of Insanity_.
-
-Durant le cours de nos recherches, pour rassembler les matériaux de
-cette esquisse, notre attention a été particulièrement attirée par une
-méthode curative, que nous croyons peu en usage sur le continent, et qui
-mériterait de faire l'objet d'une étude spéciale. Dans plusieurs des
-grands établissements pour les aliénés, qui existent dans le Royaume de
-la Grande Bretagne, l'encouragement régulièrement donné à la composition
-littéraire, a eu les plus heureux résultats. Nous dirons en passant
-quelques mots sur deux ou trois de ces asyles consacrés à la guérison
-des maladies mentales.
-
-_The Crichton Royal Institution_, au Comté de Dumfries en Ecosse,
-possède une presse dirigée par les habitans de l'établissement, au moyen
-de laquelle on y publie un petit journal mensuel intitulé: _The New
-Moon_. On y trouve rassemblées les compositions en prose et en vers de
-ceux qui, dans leurs intervalles lucides, se sentent enclins à ce genre
-de distraction. La partie matérielle de l'impression, le tirage, la
-correction des épreuves, tout s'exécute par les patients.
-
-Voici l'extrait d'une lettre que nous écrivit le médecin de cette maison
-de santé, pour expliquer le système qu'on y suit:--
-
-“Mental occupation has been a marked feature in the establishment from
-its commencement. A monthly journal, composed, published, and printed by
-patients, has been in existence for many years. Some years ago, a series
-of essays on our poets, philosophers, &c., were composed and printed
-also by them. More recently a small volume of poems was published by one
-of our lady patients, and we are just now thinking of publishing a
-selection of poems from our _New Moon_. Many other articles of a minor
-character have also been published. I am afraid it will not be possible
-now to obtain copies of any of them, as the impressions have been
-completely exhausted.”
-
-La publication d'une série de Mémoires Biographiques a été commencée,
-dans cette maison, sur les poètes, philosophes, rois, &c. frappés de
-folie: “_Memoirs of mad poets, mad philosophers, mad kings, mad churls,
-by inmates of the Crichton Institution._”
-
-Il y a lieu de s'étonner qu'un pareil sujet ait été choisi par de
-pareils écrivains, mais il est remarquable que la plupart des
-compositions écrites dans des maisons de fous, indiquent que ceux qui en
-sont les auteurs, ont une parfaite conviction de leur état.
-
-Voici deux ou trois courts extraits des pièces poétiques insérées dans
-le journal de l'institution. Une femme, nommée Geneviève, écrivit les
-strophes suivantes à l'occasion de la mort de son bouvreuil:--
-
- Oh, could'st thou know, my little pet,
- How much thine absence I regret!
- Ah! 'twas a day like this
- When thou into my little room
- To cheer me with thy voice didst come,
- Which now I hourly miss;
- And 'neath this shade of love, alone
- Lament my little Goldie gone.
-
- Whene'er thou saw'st me shut within
- My room, thou cheerily would'st sing
- And all thy art employ;
- At thy lov'd voice, so sweet and clear,
- All care would quickly disappear,
- My sadness turn to joy;
- And all the trouble of my lot
- Be dissipated and forgot.
-
- Wise people do, I know, believe
- That birds, when they have ceased to breathe,
- Will never more revive;
- But--though I cannot tell you why--
- I hope, though Goldie chanced to die,
- To see him yet alive!
- May there not be--if heaven please--
- In Paradise both birds and trees?
-
- I've had such dreams--they may be true:
- Meantime, my little pet, Adieu!
-
-Un des patients envoya un jour à celui qui était chargé de recevoir les
-morceaux destinés à l'impression dans le journal, les vers suivants
-signés _Le Grand Orient_, et accompagnés de cette explication:--
-
-“Ces vers ont été apportés par le vent dans la Galerie du _Grand
-Orient_, et étaient signés _Sapho Rediviva_. Ils portent la marque d'un
-esprit malade. Je vous les envoie donc comme un tribut convenable à _la
-Lune_.[4]
-
- [4] Allusion au titre du Journal.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- “In silence only, love is read--
- The lips can ne'er true love express;
- Back to the heart--their parent bed--
- They rush, and silently, we bless:
- Such blessings ever thee attend;
- Such gifts thy heart can ne'er deplore;
- With one _will-love-thee_ to the end;
- It is enough, I may no more.”
-
-Nous ne pouvons nous empêcher de citer aussi huit vers composés par un
-malheureux que l'insomnie torturait, et que des malheurs privés avaient
-frappé de folie:--
-
- Go! sleep, my heart, in peace,
- Bid fear and sorrow cease:
- He who of worlds takes care,
- One heart in mind doth bear.
-
- Go! sleep, my heart, in peace!
- If death should thee release
- And this night hence thee take;
- Thou yonder wilt awake.
-
-Ces deux strophes nous semblent dignes d'être comparées aux vers du
-poète Anglais Herrick.
-
-Dans le même établissement la musique est aussi employée comme un moyen
-de rétablir l'équilibre dans les facultés mentales des patients, et le
-directeur a formé une sorte d'orchestre composé de ceux qui jouent de
-quelque instrument, et tous les mois, il organise un ou deux concerts,
-dont les programmes sont, ainsi que le journal, imprimés par les presses
-de la maison.
-
-L'hôpital pour les insensés fondé à Edinbourg, sous le nom de _Royal
-Edinburgh Asylum for the Insane_, a, comme le précédent, une presse et
-un journal mensuel intitulé: _The Morningside Mirror_; qui se publie
-régulièrement depuis environ douze années. Il forme aujourd'hui deux
-forts volumes in 8º. Le Médecin de la maison, le Docteur Skae, nous a
-assuré dans une de ses lettres, “_that they are entirely the work of the
-patients, both in writing and printing._”
-
- * * * * *
-
-Voici des strophes composées par un jeune homme devenu fou à la suite de
-contrariétés d'amour:--
-
- Whene'er I hear the wild bird's lay
- Amid the echoing grove,
- And see the face of nature gay
- With beauty and with love,--
- I'll think that thou art with me still
- By vale and murmuring stream,
- And o'er the past my soul will dwell
- In faint collected dream.
-
- When all the charms of nature fade,
- And the autumn leaf is strewn,
- One charm will still be mine, sweet maid,
- To dream of thee alone.
- 'Till life's last ebbing blood be run,
- 'Till life itself depart,
- And death eclipse my setting sun,
- I'll bear thee on my heart.
-
-Un autre morceau, par lequel nous terminerons nos extraits des effusions
-poétiques de l'hospice d'Edinbourg, porte un cachet remarquable de
-monomanie mélancolique:--
-
- Sweet sunset, sweet sunset, that beams from the west,
- And lights the dark shades of the green forest tree,
- Where the wild flowers bloom fresh o'er the earth's vernal breast,
- Those flowers of my childhood, the dearest to me:
-
- Oh! give me the wreath of these once happy years,
- The songs of the woodlark,--the friends I loved best;
- Ah! bring back again all their smiles and their tears,
- With their sunset, sweet sunset, that beam'd from the west.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Let me dream in the dells where my boyhood once stray'd,
- And gather again the neglected lone flowers;
- They bloom all unseen 'neath the cool hawthorn shade,
- The sweets of fond memory's happier hours.
-
- Ah! how blest but to dream of those once happy years,
- The songs of the woodlark--the friends I loved best;
- Ah! they'll bring back again all those sweet smiles and tears,
- With the glow of that sunset, that beam'd from the west.
-
-L'hospice des aliénés de Hanwell, l'un des plus importants de
-l'Angleterre, présente une particularité que nous croyons devoir noter.
-
-L'encouragement à la composition littéraire, y forme, comme dans les
-établissements cités plus haut, un moyen de guérison, et les médecins de
-la maison pensent que c'est un des remèdes qui ont produit les résultats
-les plus satisfaisants. En conséquence, l'administration a établi un
-bazar où les diverses pièces, écrites par les lunatiques, sont exposées
-et vendues à leur profit. Grand nombre de personnes se font un devoir
-d'aller visiter ces expositions de publications de fantaisie, tirées sur
-papier rose, vert, orné d'arabesques, &c. et le produit des ventes est
-parfois assez considérable.
-
-Les quatre vers suivants furent écrits spontanément par un patient
-convalescent, au centre d'une couronne de laurier suspendu au mur de la
-salle où se donnait une petite fête, dans l'hospice, le jour de
-l'Epiphanie en 1843.
-
- No gloomy cells where sullen madness pines
- In squalid woe, where no glad sunlight shines,
- But here kind sympathy for fall'n reason reigns;
- The rule is gentleness--not force and galling chains.
-
-Nous avons réuni plusieurs des pièces exposées sur les étalages du
-_Hanwell Asylum_, pour notre collection d'ouvrages écrits par des fous.
-Nous transcrirons ici une strophe d'un sonnet composé par un nommé John
-Carfrae, et des extraits d'une ode par John P..... qui a rarement des
-moments lucides, et se trouve enfermé depuis longtemps.
-
-On remarquera dans cette dernière pièce, des signes évidents d'un
-dérangement d'esprit.
-
-
-THE HAPPY EVEN-TIDE.
-
-_Sonnet to the Pilgrim of Sorrow._
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- When Even-tide, with radiance warm, doth glow,
- The setting sun majestic meets the sight--
- The western tints transcendant glories show,
- Foretell a morrow rich in blithe delight.
- So may each mournful thought and theme depart;
- And pure, bright, heavenly joys henceforth illume your heart!
-
-
-AN ODE
-
-WRITTEN ON THE TWELFTH-NIGHT AFTER CHRISTMAS.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- The New Year has commenced,
- And the season is mild;
- Should our hearts be condensed,
- Like an obstinate child?
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Sing, sing to the harp, to the year that is past;
- To the year now a coming, fill, fill to the brim;
- To the misletoe bough, and the Christmas, the last--
- May the Christmas forthcoming, fly away half as fast!
- And to him who promulged _Non-Coercion_, to him,
- Sing, sing to the harp, and fill up to the brim.
-
-Dans le journal trimestriel édité par Mr le Docteur Forbes Winslow,[5]
-on trouve, entr'autres articles sur la folie dans ses rapports avec la
-littérature, un curieux essai “_On the Insanity of Men of Genius_,” dans
-lequel les lecteurs qui prennent intérêt à notre sujet, trouveront des
-rapprochements très curieux.
-
- [5] _The Journal of Psychological Medicine and Mental Pathology._ 10
- vol. 8vo. 1848-1858.
-
-Les hallucinations et la folie du Tasse, de Benvenuto Cellini, du
-peintre Fuseli, de Cowper, de Swift, de Southey, de White, et de tant
-d'autres dont les noms se pressent sous la plume, présentent une page de
-l'histoire de l'esprit humain qui nous feraient presque convenir, avec
-Aristote, qu'il est de l'essence d'un bon poète d'être fou. Nous ne nous
-occuperons pour le moment que de ceux dont l'esprit a jeté un éclat
-moins brillant et moins durable, et qui, d'après l'expression du
-poète:--
-
- _Like sunbeam which on billow cast,
- That glances, but it dies, &c._
-
-Le problème psychologique dont nous rassemblons ici quelques éléments,
-peut exercer, pour tout esprit réfléchi, une pénible quoique salutaire
-influence sur le sentiment de fierté et d'orgueil que fait naître
-parfois le pouvoir de l'intelligence. Ce mélange de grandeur et de
-faiblesse est bien propre à nous donner, sous une forme pratique, une
-leçon d'humilité profonde.
-
-
-
-
-PREMIERE SECTION.
-
-EPIGRAPHE.
-
-“Notre esprit est un outil vagabond, dangereux et téméraire; il est
-malaisé d'y joindre l'ordre et la mesure, c'est un outrageux glaive à
-son possesseur mesme, que l'esprit, à qui ne sait s'en armer
-discrètement.”--_Essais de Montaigne._
-
-
-
-
-THEOLOGIE.
-
-
-Les idées religieuses, dans leurs aberrations, différent des autres en
-plusieurs points essentiels. Elles ont pour objets les émotions, les
-passions, et les impulsions instinctives de l'âme. Un horison sans borne
-se présente à l'esprit religieux, où les conjectures, les espérances, et
-les craintes prennent toutes les formes que l'imagination veut bien lui
-prêter, dans ses paroxysmes. Les réalités de l'existence matérielle
-disparaissent pour le fanatique ou fou par religion, non par suite d'un
-raisonnement, comme dans certains systèmes philosophiques, mais parce
-qu'il croit de son devoir de les anéantir dans l'intérêt de son âme. Son
-existence toute entière s'absorbe dans cette pensée qui non seulement
-exerce une immense influence sur sa folie, comme _cause_, mais encore
-modifie toutes les phases des manifestations extérieures de son esprit.
-Ses conjectures chimériques n'ont aucune limite, et le raisonnement
-pourrait nous convaincre, _a priori_, que les doctrines, opinions, et
-théories théologiques, ne sont pas la partie la moins curieuse, ni la
-moins féconde de l'histoire littéraire de la folie.
-
-Nous ne nous arrêterons pas aux ouvrages où l'exaltation a remplacé le
-jugement. Ainsi nous passons à regret ces élucubrations grotesques d'une
-dévotion fanatique,--telles entr'autres que les ouvrages singuliers
-composés en l'honneur de la Vierge, dont G. Peignot préparait une
-bibliographie. Dans _La dévote salutation aux membres sacrés de la
-glorieuse Vierge_, par le Rev. Père J. H. Capucin, les oreilles, la
-bouche, les mamelles, le ventre, les genoux, &c. ne sont pas oubliés.
-Dans _Le livre de la toute belle sans pair, où est escripte la formosité
-spirituelle, à la similité de la spéciosité corporelle_, petit in 8º, il
-est question “de la méditation du nez de la Vierge Marie, et des deux
-narines; de la modérée grosseur de ses lèvres; comment sa bouche doit
-estre de moyenne ouverture; méditation aux cuisses qui sont force,
-espérance,” &c.
-
-Citons encore _La Seringue Spirituelle pour les âmes constipées en
-dévotion_; _La tabatière spirituelle pour faire éternuer les ames
-dévotes_; ouvrages d'extravagants fort sérieux, non par la forme, mais
-par le but et par le fond. L'Angleterre n'est pas restée en arrière en
-ce genre, et _Hooks and Eyes for Believers' Breeches_, Sermon par
-Baxter, en fournit un exemple entre cent. Quantité d'autres de ces
-drôleries, mystiques, séraphiques, extatiques, seraient fort amusantes;
-mais revenons à notre sujet.
-
-Durant le moyen âge, Thomas d'Acquin excita une grande admiration parmi
-les théologiens, par sa doctrine et ses opinions sur _la Prédestination_
-et _le Libre Arbitre_, considérées comme des chefs d'œuvre de
-dialectique. Ses ouvrages furent l'objet d'une composition des plus
-bizarres, par un Jésuite dont l'esprit s'était dérangé depuis plusieurs
-années, par suite de ses rudes travaux de missionaire dans l'Amérique du
-Sud. Cet infortuné, nommé Paoletti, qui avait été enfermé depuis cinq
-ans, lorsqu'il écrivit son livre contre Thomas d'Acquin et ses
-doctrines, cherchait à prouver que Dieu employait les instruments
-symboliques du culte Juif, pour déterminer qui recevrait ou ne recevrait
-pas la faveur divine. Il dessina un tableau ou diagramme des diverses
-manières dont on employait les ustensiles sacrés dans le Tabernacle,
-pour déterminer la condition future des fils d'Adam, relativement à la
-Prédestination. Une gravure accompagne l'ouvrage, dans laquelle Dieu est
-représenté, entouré d'anges, et présidant à la manipulation de ces
-ustensiles symboliques: la volonté divine et la volonté humaine figurent
-sous la forme de deux boules se mouvant dans une direction circulaire
-opposée, mais qui cependant finissent par se rencontrer dans un centre
-commun. Paoletti écrivit un autre traité durant sa folie, où il montrait
-que les aborigènes de l'Amérique étaient les descendants directs du
-diable et d'une des filles de Noé, conséquemment qu'ils sont dans
-l'impossibilité absolu d'obtenir ni le salut, ni la grâce.
-
-Le 16me et le 17me siècle ont vu paraître le plus grand nombre peut être
-de grands esprits que les idées théologiques ont rendu fous. Au premier
-rang peut se placer Guillaume Postel.[6] Sa vie fut des plus agitées;
-tour-à-tour Jésuite, et renvoyé de l'ordre par St. Ignace, à cause de
-ses bizarres idées, emprisonné à Rome, durant plusieurs années, réfugié
-à Venise, accusé d'hérésie devant l'inquisition, déclaré innocent, mais
-fou, il alla pour la seconde fois visiter Constantinople et Jérusalem.
-
- [6] A consulter entr'autres, sur les détails de sa vie, un ouvrage
- curieux du P. Desbillons, ainsi que Sallengre.
-
-Il mourut, en 1581, au Monastère de St. Martin des Champs, laissant
-après lui de nombreux ouvrages, dont une partie est consacrée aux
-rêveries qui l'obsédaient. Il s'infatua à Rome d'une vieille fille, que
-quelques uns traitent de courtisane et qu'il appelait sa _Grand'mère
-Jeanne_. Il soutenait que Jésus Christ n'avait racheté que les hommes
-seuls, et qu'ainsi les femmes devaient être rachetées, et le seraient
-par la Mère Jeanne.
-
-Un ouvrage en Italien intitulé _La Vergine Veneta_, et un autre en
-Français,[7] tendaient à prouver cette thèse. Il prétendait que l'ange
-Gabriel lui avait révélé divers mystères, et mêlant à sa folie les
-songes de Pythagore, il voulut persuader qu'en lui était transfusée
-l'âme de St. Jean Baptiste.
-
- [7] Imprimé à Paris sous ce titre: _Les très merveilleuses Victoires
- des femmes du Nouveau Monde, et comme elles doivent à tout le monde
- par raison commander, et même à ceux qui auront la Monarchie du
- Monde Vieil._
-
-Postel avait une telle conviction qu'il était divinement inspiré, que
-dans son ouvrage _De Nativitate Mediatoris_ il déclare que l'esprit même
-de Jésus Christ en est l'auteur, et qu'il n'en était que le copiste. Il
-fut condamné à être brûlé vif, par arrêt du Parlement de Toulouse.
-
-L'article sur Postel dans les _Mémoires de Littérature_ de Sallengre,
-cite presque tous les auteurs qui se sont occupés de ce visionnaire, et
-leur nombre est considérable.
-
-Vers la même époque Geoffroy Vallée se fit remarquer par une folie de la
-même nature, et d'autant plus incurable qu'il se montra monomane dès sa
-jeunesse.
-
-Il avait, dit-on, autant de chemises qu'il y a de jour dans l'année, et
-il les envoyait laver en Flandre, à une source fameuse par la limpidité
-de ses eaux.
-
-Jeté au milieu de Paris, dans les excès d'une vie de dissipation, sa
-raison commença à s'altérer, et sa famille le mit en curatelle. Il
-commença alors à composer un livre dont le titre seul dénote la folie de
-l'auteur, et qui le fit condamner comme athée, quoiqu'en vérité, cela
-n'en valait guère la peine, car ce n'est qu'un tissu de confusion,
-d'obscurité, et de non-sens.
-
-L'édition de ce livre fut brûlée, avec l'auteur, le 9 Février, 1574, et
-il n'en existe plus qu'un exemplaire unique, celui au moyen duquel on
-instruisit le procès de Vallée.[8]
-
- [8] On peut voir de plus amples détails et des extraits de l'ouvrage,
- dans le _Bulletin du Bibliophile_, dixième série, page 613.
-
-Il fut constaté au procès même, qu'il ne jouissait pas de la plénitude
-de sa raison, car on l'interrogea en présence du médecin.
-
-Voici le titre de son livre lardé d'anagrammes vraiment barbares:--
-
-_Le Béatitude des Chrétiens ou le Fléo de la foy, par Geoffroy Vallée,
-fils de feu Geoffroy Vallée et de Girarde le Berruyer, ausquels noms de
-père et mère assemblez il s'y treuve: Lere, geru, vrey fléo de la foy
-bygarrée, et au nom du filz: va fléo règle foy, aultrement guere la fole
-foy._
-
-Il paraît qu'il fut loin de s'amender en mourant, car le Journal de
-l'Etoile dit que conduit au supplice, il criait tout haut que ceux de
-Paris fesaient mourir leur dieu en terre, mais qu'ils s'en
-repentiraient.
-
-_Antoine Fuzy_ ou _Fusi_ a droit à trouver une place dans cette section
-de notre Essai, comme docteur en théologie de l'université de Louvain.
-Il se fit recevoir docteur de Sorbonne à Paris, et il prend, dans un de
-ses ouvrages, les titres de Protonotaire apostolique, de prédicateur et
-confesseur de la maison du Roi.
-
-Il serait difficile de trouver un galimatias plus extravagant et plus
-inintelligible que son pamphlet publié en 1609 contre le marguillier
-Vivian, qui le fit condamner à un emprisonnement de cinq ans. Son
-_Mastigophore ou précurseur du Zodiaque_ est une défense de la
-découverte physico-médicale, qu'il croyait avoir faite, que le sang
-menstruel des femmes avait la propriété d'éteindre le feu. Toutes les
-langues vivantes ou mortes, tous les patois français, tous les argots
-populaires servent à exprimer la colère de l'auteur contre Nicolas
-Vivian, que Fuzy nomme par anagramme _Juvien Solanic_. Le marquis du
-Roure, dans son _Analectabiblion_, donne plusieurs extraits de cette
-diatribe, où brille souvent, dit-il, de la verve, une gaîté mordante et
-une imagination satanique. _Le Franc Archer de la Vrai Eglise, contre
-les abus et énormités de la fausse_, Paris, 1619, n'est pas moins
-bizarre de style, que l'ouvrage précédent. C'est une violente satire
-contre l'église Romaine.
-
-Fuzy se réfugia à Genève, au sortir de prison, renonça à la religion
-catholique et embrassa le Calvinisme. Il est impossible de ne pas
-reconnaître un cerveau tout-à-fait dérangé dans ses ouvrages. Le P.
-Niceron lui accorde une mention particulière au tome 34 de ses
-_Mémoires_.
-
-Autant Fuzy avait d'instruction et de connaissances, autant _Simon
-Morin_ qui fut brûlé en place de Grève, le 14 Mars, 1663, était ignorant
-et sans lettres. Les erreurs des illuminés qui régnaient alors à Paris,
-enflammèrent son imagination.
-
-Il voulut être chef de secte, et se mit à prêcher sa doctrine, qu'il
-publia en 1647, sous le titre de _Pensées de Morin, dédiées au Roi_.
-
-Ce n'est qu'un tissu de rêveries, d'ignorances, et d'erreurs condamnées
-depuis dans les Quiétistes.
-
-Le parlement le fit arrêter et le condamna à être envoyé aux Petites
-maisons pour le reste de ses jours; jugement aussi équitable que
-profondément sage, auquel Morin aurait bien fait de se tenir.
-
-Il y échappa par une abjuration; mais, convaincu d'un prétendu second
-règne du fils de l'homme, il composa, en 1661, un écrit intitulé
-_Témoignage du second avènement du fils de l'homme_, où il assurait que
-ce n'était autre que lui-même.[9]
-
- [9] Au catalogue de Nodier de 1829, Nº 66, on fait mention d'un
- ouvrage ayant pour titre: _Avertissement véritable et assuré au nom
- de Dieu_, 1827, in 32º dans lequel un autre illuminé se dit aussi
- _Le fils de l'homme_, et promet de ressusciter au bout de trois
- jours, après s'être fait jeter dans l'eau à Marseille, attaché avec
- des chaînes de fer, à une grosse pierre. Ce livre est un exemplaire
- unique, sur papier de chine.
-
-Conduit au Châtelet, on lui fit son procès où l'on voit qu'en commençant
-par l'esprit avec les filles et les femmes qu'il séduisait, il allait
-ensuite beaucoup plus loin.
-
-Il fut condamné en 1662, à être brûlé vif, avec ses livres, et ses
-cendres jetées au vent.
-
-Le Président de Lamoignon lui ayant demandé s'il était écrit quelque
-part que le nouveau Messie passerait par le feu, Morin répondit qu'oui,
-et que c'était de lui que le Prophète a voulu parler au verset 4 du XVIe
-Pseaume où il est dit: “_igne me examinasti, et non est inventa in me
-iniquitas._”
-
-Il avait promit de ressusciter le troisième jour, et une multitude de
-sots s'assemblèrent, pour voir ce miracle, à l'endroit où il fut brûlé.
-
-Morin, dit quelque part Michelet, est un homme du moyen âge, égaré dans
-le 17me siècle. Ses _Pensées_ contiennent beaucoup de choses originales
-et éloquentes; il s'y trouve entr'autre, ce beau vers:--
-
- “Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.”
-
-_François Dosche_ se rendit parfaitement digne d'être l'un des adhérents
-de Morin, par le désordre de ses idées et l'extravagance de son style.
-Le titre suivant d'un de ses opuscules suffit pour juger et de l'un et
-de l'autre:--
-
-“Abrégé de l'arsenal de la foy, qui est contenu en ceste copie, de la
-conclusion d'une lettre d'un secretaire de Sainct Innocent, par luy
-escrite à sa sœur, sur la detraction de la foy d'autruy, lequel n'ayant
-de quoy la faire imprimer toute entière, il a commencé par la fin à la
-mettre en lumière, estant en peine d'enfanter la vérité de Dieu en luy,
-comme une femme enceinte, de mettre son enfant au monde.”
-
-Les querelles religieuses, et les discussions théologiques qui agitèrent
-le 17me siècle, amenèrent en Allemagne et en Angleterre, les mêmes
-résultats qu'en France.
-
-_John Mason_ est un des exemples les plus frappants de la folie
-religieuse, par sa conviction inaltérable, jusqu'à la mort, et son
-enthousiasme calme et grave.
-
-Les mystères de la théologie de Calvin et du _Millenium_, avaient égaré
-sa raison.
-
-Il était persuadé et avait persuadé à une masse de personnes, qu'il
-avait mission de proclamer le règne visible du Christ qui devait établir
-son trône temporel à Water-stratford près de Buckingham.
-
-Il parlait bien et sensément sur tout, excepté sur ce qui avait rapport
-à ses extravagantes idées religieuses. Aussitôt qu'il s'agissait de
-Religion révélée, il devenait immédiatement fou. Il mourut en 1695, dans
-la persuasion ferme et arrêtée qu'il avait reçu peu auparavant la visite
-du Sauveur du monde, et qu'il était réellement prédestiné à une mission
-divine.
-
-Sa vie et son caractère ont été décrits par H. Maurice, recteur de
-Tyringham, dans un pamphlet en 4º publié l'année même de sa mort.
-
-_Jean P. Parizot_ égala, s'il ne surpassa point, l'extravagance du
-précédent. La monomanie de ce fou théologue consistait à voir clairement
-annoncé dans la Génèse et dans l'évangile de Saint Jean, que les trois
-éléments de la Trinité se trouvaient dans la nature. Le sel, générateur
-des choses, répond à Dieu le père, le mercure, dans son extrême
-fluidité, représente Dieu le fils, répandu dans tout l'univers, et le
-souffre par sa propriété de joindre et d'unir le sel au mercure, figure
-le Saint Esprit.
-
-Les divagations inintelligibles de Parizot, sous le titre de _La Foy
-dévoilée par la Raison, dans la connaissance de Dieu, de ses mystères et
-de la nature_, fut dédié d'abord à Dieu, puis au Roi, et soumis au Pape,
-avant l'impression. Le Saint Père fit répondre que la cour de Rome avait
-lu son livre avec plaisir, qu'il était plein d'esprit et digne de
-louanges.
-
-Là dessus le malheureux fait imprimer son travail, qui est condamné
-comme impie et brûlé, ce qu'il méritait bien d'ailleurs, non à cause de
-son impiété, mais à cause des folies qui y sont débitées.
-
-Il est probable que Peignot en parle sans l'avoir lu, puisqu'il avance,
-dans son _dictionnaire des livres condamnés au feu_, qu'on connait peu
-d'ouvrages aussi _licencieux_. Ceci est plus qu'une exagération, si ce
-mot est pris dans l'acception commune, et nous ne lui en connaissons
-point d'autre.
-
-Il ne serait pas difficile de citer un bon nombre d'autres écrivains,
-dont la théologie renversa la raison, antérieurement à notre siècle,
-mais ceux que nous avons cités suffiront pour cette première section,
-que nous terminerons par un exemple ou deux pris dans notre époque.
-
-On a de la peine à se persuader, en lisant les pamphlets de J. A.
-Soubira, qu'il appartienne au 19me siècle. Ce fou fanatique
-s'intitulait: _Apôtre d'Israel, Messie de l'univers, Poète d'Israel,
-Lion de Jacob, &c. &c._
-
-Les titres seuls de ses nombreuses publications que donnent _La France
-Littéraire_ et _La Littérature Française Contemporaine_, sont une preuve
-suffisante de la folie de ce malheureux, par leur incroyable
-extravagance. En voici quelques échantillons: _Le second Messie, à Tout
-l'univers_ (1818, in 8º); _Avis à toutes les puissances de la terre_
-(1822, in 8º); _La fin du monde prédite par Soubira, son époque fixe,
-celle de la venue du Messie d'Israel, et du premier jour de l'âge d'or,
-ou du nouveau Paradis Terrestre_ (in 8º); _Le Juif errant à ses
-banquiers_, in 8º de deux pages; _Le Messie va paraître_, in 8º de 4
-pages; _A tous les habitans du globe terrestre_, in 8º de 4 pages; _Gog
-et Magog_, in 8º de 4 pages; _L'Eternité du globe terrestre_, in 8º de 4
-pages, &c. &c.; “_666_” (1824, in 8º). Soubira avait trouvé une
-puissance extraordinaire dans ce nombre. Il publia en 1828, in 8º un
-autre pamphlet avec ce seul titre: “_666._”[10]
-
- [10] Par une coincidence assez singulière, on réimprima en Angleterre,
- en la même année et à la même époque, les idées saugrenues d'un
- nommé Francis Potter, sous le titre de: “An interpretation of the
- Number 666, wherein is shown that this number is an exquisite and
- perfect character, truly, exactly, and essentially describing that
- state of government to which all other notes of Antichrist do
- agree.”
-
- L'auteur consacre 29 chapitres à prouver sa thèse, et commence le
- dernier en disant: “_All objections are answered, and all
- difficulties cleared, even to such who have no knowledge in
- arithmetic._” Nous croyons le livre assez rare.
-
-Le premier de ces deux opuscules se compose de neuf quatrains, précédés
-de plus de deux cents pages de prose, où l'auteur donne une clef de son
-alphabet numérique; le second a dix huit couplets ou stances de cinq
-vers; le nombre _666_ est mis à la fin de chaque vers de chaque couplet.
-Voici le premier couplet, et tous sont de la même absurdité:--
-
- “Les banquiers de la France 666
- Des organistes de la foi 666
- Et des concerts de la cadence 666
- Vont accomplir la loi 666
- Et contreminer l'alliance 666.”
-
-Peut-être qu'un jour tous ces pamphlets seront aussi difficiles à
-trouver réunis, que les écrits de Bluet d'Arbères, avec lequel Soubira a
-une certaine ressemblance.
-
-En 1840, un respectable négociant de Mennetout sur Cher, nommé Cheneau,
-persuadé qu'il avait une mission divine de réformer toutes les
-religions, se mit à publier des pamphlets fort bizarres.
-
-“Les Augustin (dit Saint Augustin), les Bossuet, et autres hautes
-intelligences,” dit-il, “ont cultivé l'erreur, le fanatisme, et les
-préjugés, la preuve c'est qu'ils ont reconnu une autorité humaine au
-dessus de leur intelligence,” &c.
-
-Il publie d'abord des _Etrennes de vie_, puis des _Instructions pour
-avoir des enfants sains d'esprit et de corps, et aussi parfaits qu'on
-peut l'être_.
-
-Enfin, avant de lancer dans le monde ce qu'il appelle “la nouvelle base
-religieuse et son mode d'organisation, où tous reconnaîtront la
-puissance divine,” il publie en brochure, et fait afficher sur les murs
-de Paris, une protestation contre tous les oppresseurs, sous le titre de
-_La volonté de Jehovah en Jésus le Christ, seul Dieu, manifestée par son
-serviteur Cheneau, Négociant_.
-
-On y lit: “J'ai dit à l'Eternel, moi son serviteur: Je préfère la
-malédiction des hommes à leurs bénédictions. Alors l'Eternel me dit:
-Marche avec la force que tu as, parle à tous les peuples de la terre...
-Tous ceux qui se sont dits pasteurs et les représentants de Dieu,
-n'importe leur base religieuse, n'ont point été reconnus par Dieu, ni
-les uns ni les autres... Jean Baptiste prêcha dans le désert, mais Moi
-je sème dans la bonne terre, c'est l'ordre que j'ai reçu.
-
-“Je ne viens pas parler sans raisonnement à tous les peuples de la
-terre. J'en appelle à témoins la voix des journaux,--_La Gazette de
-France_ du 27; _La Quotidienne_ du 28 Janvier dernier; _Le
-Constitutionnel_ du 8; _Le Siècle_ du 11, et _le Courrier Français_ du
-27 février dernier, &c., voir leurs réflexions. Alors vous verrez que
-tous ont reconnu l'utilité et la nécessité de propager la nouvelle base
-religieuse, que j'ai démontrée dans un opuscule intitulé: Instructions
-pour avoir des enfants sains d'esprit et de corps.”
-
-Pauvre Cheneau!
-
-Dans le Nº 4, année 1855 du _Neuer Anzeiger für Bibliographie und
-Bibliothek Wissenschaft_, un auteur allemand, qui promettait l'analyse
-d'une bibliothèque de la bêtise et de la folie, mais nous ignorons s'il
-l'a continuée, cite trois livres écrits en allemand, au nom et par ordre
-de Dieu lui-même, par un certain _Busch_, et qui ont été publiés en
-1855-56, à Misnie, Royaume de Saxe.
-
-Joseph O'Donnelly fit imprimer à Bruxelles en 1854 un livre où il
-prétend avoir découvert la langue originelle, et son style donne la
-preuve la plus satisfaisante que les hommes ont oublié l'idiôme que
-parlait Adam.[11] Il y a en lui quelque chose du mysticisme de Bluet
-d'Arbères lorsqu'il dit: “Il faut que la volonté du seigneur soit faite;
-il donna à son serviteur (c'est-à-dire à lui, l'auteur) la clef de
-toutes les sciences, soit dans le ciel, soit sur la terre, accompagnée
-de l'équerre avec lequel il a taillé la création, comme s'il disait: Va,
-passe cela sur les montagnes et sur les vallées, sur la terre et sur la
-mer, pour que mon peuple puisse, en reconnaissant la trace de mes mains,
-être ramené à mes lumières.”
-
- [11] Bulletin du Bibliophile Belge, tome 10, page 443.
-
-On peut croire aisément qu'un pays aussi religieux que l'Angleterre n'a
-pas manqué de mystiques hallucinés. Un des plus curieux exemples de
-notre époque est la nommée Elisabeth Cottle, de Kirstall Lodge, Clapham
-Park. Cette inspirée est toute prête à mettre fin à toutes les petites
-difficultés politiques et sociales de notre époque, et à régénérer le
-genre humain. Dans ce but, elle a adressé successivement des mémoires à
-la plupart des Ministres de l'Angleterre et aux principaux souverains de
-l'Europe. La Reine et le Prince Albert ont également reçu de ses
-effusions prophétiques. Au commencement de cette année, elle envoya une
-lettre imprimée à Mr Bright, le membre du parlement, pour l'informer, en
-style apocalyptique, qu'elle était devenue son adversaire, parce qu'il
-voulait trop étendre le droit de voter.
-
-Peut-être la plus curieuses des pièces de ce genre est son adresse à
-l'Empereur des Français et au Roi de Sardaigne, après la dernière
-campagne d'Italie. Elisabeth Cottle, qui se donne elle-même la
-qualification d'_Ange_, ne voulant pas, sans doute, que ses conseils
-soient mal interprétés, a eu soin d'envoyer des duplicata de cette
-adresse à Lord Palmerston et à un Ministre de Prusse.
-
-Le fait rapporté dans l'Evangile que St Pierre en prison était gardé par
-quatre centurions, est d'après elle une allusion à la quadruple alliance
-de 1815, et au quadrilatère de fortresses autrichiennes en Italie.
-
-Pour donner une idée de sa manière d'énoncer ses pensées, nous
-présenterons aux lecteurs un extrait de cette pièce:--“Revelat. VII.
-verse 10. When they (the allied armies of France and Sardinia) were
-passed the first and second ward (by crossing the Ticino, after the
-battle of Magenta) they came to the iron gate (of the iron crown of
-Lombardy) that leadeth into the city (of Milan), which opened to them of
-his (the Mayor's) own accord, and they went out (of Milan to the battle
-of Melegnano) and passed on (to Mantua) through one street (one line of
-victory of Montebello and Solferino, and the meeting of) the two
-(Imperial) soldiers (at Villafranca). Psalm LXXXV. verse 10-13. And
-forthwith the Angel (the Emperor of France) departed from them (at the
-Court of Turin, to receive the Italian army at Paris), and the Italians
-were left to work out their own salvation,” &c. &c.
-
-Avec l'assistance d'un ecclésiastique, qu'elle prétend être un nouveau
-St Pierre, cette illuminée veut établir une nouvelle église; et il
-paraît qu'elle a déjà plus d'une centaine d'adhérents.
-
-Le Docteur Calmeil, dans son ouvrage sur la Folie, déjà cité, fait
-observer que la théomanie, ou cette aberration d'esprit qui se rapporte
-à la mysticité, aux anges, à la prédiction des événements, &c. a parfois
-attaqué des populations entières, et il en donne plusieurs exemples.
-
-Cette nature épidémique de la monomanie religieuse, toute
-exceptionnelle, et dont la cause est inconnue, peut seule expliquer
-comment il est possible d'inspirer d'autre sentiment qu'une profonde
-pitié, lorsqu'on écrit des épîtres dans le goût de celle qui suit, et
-que nous avons choisie entre plusieurs, toutes plus bizarres l'une que
-l'autre:[12]
-
- [12] Il est à remarquer que toutes ces pièces sont imprimées,
- distribuées au public, et même souvent adressées per Mrs Cottle aux
- membres du Parlement.
-
-
-_To the Reverend_ John Scott _and the churchwardens and congregation of
-All Saints' Church, in this New Park Road_.
-
-“Matt. xviii. 20; Judges i. 11. And there came (after the opening of
-this new church, in this New Park Road, in the autumn of 1858) an angel
-(Elizabeth Cottle) of the Lord (Jesus--Rev. xxii. 16), and sat (‘in the
-mercy-seat,’ No. 62) under an oak (roof in this All Saints' Church)
-which was in Ophrah (a city--which Clapham Park was near, the New
-Jerusalem--London--of the new name of Cottle--Rev. iii. 11-13), that
-pertained (Rom. ix. 4) unto Joash (the orthodox body that despairs, or
-that burns, or is on fire).
-
-“The Abi-ezrite (the Father of help, or my Father is my help), and his
-(Trinitarian) Son Gideon (the Rev. John Scott) threshed (Isa. xxviii.
-28; xli. 15, 16) wheat (Jews--worked for the Society for the Conversion
-of the Jews) by the wine-press (sacramental table), to hide it (the
-truth of his Father, God, in the mystery of the Trinity--Ps. xxvii. 5)
-from the Midianites (the Trinitarians). Midian--judgment, habit,
-covering; Gideon--he that bruises and breaks the bruised reed or
-sceptre, by cutting off iniquity; Trinity Gods. Isa. xlii. 3, 4; liii.
-5-10; Matt. xii. 10; Heb. xi. 32-34, 39, 40.”
-
-Cette extravagance rappelle celle de Jeanne Southcote, cette hallucinée
-laide, vieille et ignorante, rêvant le bonheur de la maternité; et
-persuadant qu'elle avait reçu une mission divine à de nombreux sectaires
-qui préparaient, dans leur enthousiasme inexplicable, un berceau et de
-magnifiques habits pour leur nouveau Messie.
-
-
-
-
-DEUXIEME SECTION.
-
-
-EPIGRAPHES.
-
- “Fellow, thy words are madness.”
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- “No, Madam, I do but read madness.”
-
-SHAKESPEARE, _Twelfth Night_.
-
-
- “... He raves; his words are loose
- As heaps of sand, and scatter'd wide from sense;
- So high he's mounted on his airy throne,
- That now the wind has got into his head,
- And turns his brains to frenzy.”
-
-DRYDEN.
-
-
-
-
-BELLES LETTRES.
-
-
-Ici les écarts de l'esprit humain ne font qu'effleurer les objets.
-L'imagination ne les touche que d'un main légère. Les figures, les
-tropes et les analogies bizarres sont les instruments dont elle se sert.
-Elle galope et bondit comme un cheval sans frein, ou pirouette sur
-elle-même comme une toupie, qui paraît d'autant plus immobile que son
-mouvement est plus rapide.
-
-Les spéculations de longue haleine font rarement partie de ces sortes
-d'aberrations mentales. L'esprit s'occupe d'avantage du mode et de la
-forme d'expression des idées, que de la nature abstraite et de la valeur
-de ces idées elles-mêmes. La surface des choses est tout ce qu'il peut
-saisir. Les émotions qu'éveille cette sorte de folie sont d'une nature
-générale, et produites par une très grande variété d'objets. Aussi les
-forces intelligentes de l'individu étant moins concentrées que dans les
-fous qui s'occupent d'idées philosophiques ou théologiques, l'épuisement
-est beaucoup moins grand.
-
-Le premier, dans l'ordre de date, qui se présente dans cette section,
-est un professeur de l'université de Salamanque, nommé _de Arcilla_, né
-au milieu du seizième siècle.
-
-Il avait déjà donné son cours d'histoire pendant deux ou trois ans,
-lorsqu'il tomba dans une profonde mélancolie, qui se termina bientôt en
-folie déclarée. Comme il était docile et doux, ses amis en prirent soin.
-Il employait tout son temps à écrire de nombreux essais qu'il
-intitulait: _Programme d'histoire universelle_.
-
-Son idée fixe était que les annales telles que nous les avons, des
-Egyptiens, des Juifs, des Grecs et des Romains, avaient été composées
-par des fanatiques et des insensés, et que les hommes avaient existé de
-toute éternité. Dans l'espoir d'amener quelque calme dans son esprit
-malade, ses amis consentirent à publier un ouvrage renfermant le résumé
-de ses idées absurdes. Ce livre porte le titre de: _Divinas Flores
-Historicas_.
-
-Un exemplaire s'en trouve dans la Bibliothèque Royale de Madrid.
-
-Ici du moins le raisonnement joue encore un certain rôle, mais le
-dérangement du cerveau est bien plus complet dans Guillaume Dubois, sur
-lequel Pluquet, dans ses _curiosités littéraires_ et Mr Edouard Frère,
-dans son _Manuel du Bibliographe Normand_, nous donnent des
-renseignements. Ce Dubois publia à Paris en 1606, in 12º un ouvrage à
-peine intelligible intitulé: “Les œuvres de Guillaume Dubois, natif de
-la paroisse de Pulot en Bessin, et ouvrier du métier de maçon, maistre
-tailleur de pierre à la ville de Caen, où il lui a été donné le don
-d'écrire en poésie françoise, par un ordre alphabétique, pour opposer au
-fantastique, comme on pourra voir en ce petit livre.” Six pièces
-singulières et rares sont réunies sous ce titre.
-
-Shakespeare a dit que l'aliéné, l'amoureux et le poète
-
- _Are of imagination all compact_.
-
-C'est en Angleterre que nous trouvons la preuve vivante de cette
-expression poétique du dramatiste anglais, dans la personne de
-_Nathaniel Lee_, né à la fin du dix-septième siècle.
-
-Les compositions de Lee ont été louées par Addison. Ses vers sur la
-passion de l'amour prouvent qu'il la comprenait comme un esprit dérangé,
-et ses actes nous le montrent dans un si constant état de folie, qu'un
-soir qu'il composait un de ses drames dans sa cellule à Bedlam, un nuage
-venant à passer sur la lune qui l'éclairait pour écrire, il s'écria
-soudain: Jupiter, mouche la lune! _Jove, snuff the moon!_
-
-Dryden, dans une lettre à Dennis, raconte que Lee répondit à un mauvais
-poète qui lui disait qu'il était facile d'écrire comme un fou: comme un
-sot, oui, mais comme un fou, non, _It is very difficult to write like a
-madman, but it is very easy to write like a fool_.
-
-Il composa treize tragédies. Lorsqu'on dut l'enfermer, jeune encore, à
-Bedlam, il continua à écrire dans un style des plus ampoulés, mais on
-rencontre assez souvent dans ses écrits des passages qui témoignent
-d'une imagination puissante. Malgré ces éclairs de génie, on ne peut
-s'empêcher en le lisant, de sourire à la description de ses caractères
-impossibles, de ses sentiments extravagants, et de ses héros en dehors
-de toute vérité. Il mourut à 34 ans.
-
-Si nous avons assez généralement l'idée qu'il y a de certains rapports
-entre la folie et les élucubrations des poètes, nous ne nous figurons
-guère l'auteur d'un livre d'érudition, devenir fou par amour.
-
-Ce fut le sort d'_Alexandre Cruden_ qui perdit la raison à la suite
-d'une passion malheureuse pour la fille d'un ecclésiastique de la ville
-d'Aberdeen en Ecosse.
-
-Il n'avait guère que vingt ans, et ne recouvra jamais complètement
-l'esprit. Nous donnons dans ce volume sa Biographie détaillée.
-
-Un contraste frappant se rencontre, chez _Christophe Smart_, compatriote
-de Cruden, et qui développa une puissance poétique remarquable au milieu
-de sa déraison. Ayant reçu une éducation brillante à Cambridge, il fut
-couronné durant cinq années de suite, pour la composition du meilleur
-poème.
-
-Atteint, en 1754, d'une folie qui ne permettait pas même de lui laisser
-la liberté, et non seulement enfermé dans une maison d'aliénés, mais
-privé dans sa cellule, de papier, de plume, et d'encre, il composa un
-poème de près de cent strophes, à la Gloire du Roi prophète David.
-Quelques unes ont le cachet d'un véritable poète. Ces vers, tracés à
-l'aide d'une clef, sur les panneaux de bois de sa chambre, doivent faire
-douter qu'il fut réellement fou lorsqu'il les composa.
-
-Les pensées et le langage sont nobles et dignes, dans les strophes qui
-suivent:--
-
- He sang of God--the mighty source
- Of all things--the stupendous force
- On which all strength depends;
- From whose right arm, beneath whose eyes
- All period, power, and enterprise
- Commences, reigns, and ends.
-
- Sweet is the dew that falls betimes,
- And drops upon the leafy limes;
- Sweet Hermon's fragrant air;
- Sweet is the lily's silver bell,
- And sweet the wakeful taper's smell
- That watch for early prayer.
-
- Sweeter in all the strains of love,
- The language of the turtle-dove,
- Pair'd to thy swelling chord;
- Sweeter, with every grace endued,
- The glory of thy gratitude
- Respired unto the Lord.
-
- Strong is the lion--like a coal
- His eye-ball--like a bastion's mole
- His chest against his foes;
- Strong the gyre-eagle on his sail;
- Strong against tide, the enormous whale
- Emerges, as he goes.
-
- But stronger still, in earth and air,
- And in the sea, the man of prayer,
- And far beneath the tide,
- And in the seat to faith assign'd
- Where ask is have, and seek is find,
- Where knock is open wide.
-
- Glorious the sun in mid career;
- Glorious the assembled fires appear;
- Glorious the comet's train;
- Glorious the trumpet and alarm,
- Glorious the Almighty's stretched-out arm;
- Glorious the enraptured main.
-
- Glorious--more glorious is the crown
- Of Him that brought salvation down
- By meekness, call'd thy Son;
- Thou that stupendous truth believed,
- And now the matchless deed's achieved,
- Determined, dared, and done.
-
-On croirait presque lire une des paraphrases des psaumes par J. Bte
-Rousseau:--
-
- Il chanta Dieu d'abord,--Dieu, la fin et la cause,
- Le pouvoir immuable, imposant, grandiose,
- Eternel et toujours divers;
- Dont le bras nous soutient, dont l'œil perçant nous guide,
- Qui par sa volonté, d'un mot, peuple le vide.
- Et qui règne sur l'Univers, &c.
-
-Smart mourut en 1770. Il traduisit les psaumes, Phèdre, et Horace en
-prose. Ses poèmes furent publiés en 1791. Garrick et Johnson
-l'honorèrent de leur amitié, et ce dernier écrivit sa biographie.
-_Tantum est in rebus inane!_
-
-Peut-être que si Smart, malgré ses accès de folie, eût été laissé en
-liberté, comme _Edme Billard_, dont le public Parisien s'amusait, à peu
-près vers la même époque, et dont nous dirons quelques mots, peut-être
-qu'il serait mort aussi tranquillement.
-
-Edme Billard se croyait un génie incompris. Un jour, il se lève à
-l'orchestre du Théâtre Français, apostrophe le parterre, en leur
-racontant ses griefs contre les Comédiens, les supplia de faire jouer de
-force sa comédie du _Suborneur_, et fut conduit à Charenton. On a de lui
-quatre pièces: _Le joyeux moribond_, Genève, 1779; _Voltaire apprécié_,
-sans date; _Le Pleureur malgré lui_, sans date; _Le Suborneur_, en cinq
-actes, Amsterdam et Paris, 1782.
-
-La seconde et la troisième de ces pièces ne sont pas indiquées par
-Quérard. Dans le _Pleureur malgré lui_, les personnages sont M.
-Parterre, Mme Loge, et M. Balcon.
-
-Quoiqu'évidemment sorties d'un cerveau malade, ces pièces ne manquent
-pas d'une certaine gaîté, qui nous empêche de compatir aussi vivement à
-cette sorte de folie, qu'à celle de l'infortuné dont nous allons nous
-occuper.
-
-_Thomas Lloyd_ se persuadait qu'il était le plus sublime poète qui eut
-existé. Les annales d'aucune maison d'aliénés ne présentent peut-être un
-mélange plus hétérogène que celui-ci, de malice, d'orgueil, de talent,
-de mensonge, de vils défauts et de grandes qualités.[13]
-
- [13] Dans les _Sketches in Bedlam, or Characteristic Traits of
- Insanity_,--London, Sherwood, 1823, in 8º pp. 30 et suiv.,--on
- trouve des détails sur lui et d'autres fous singuliers.
-
-Dès qu'il pouvait se procurer un morceau de papier, il se mettait à
-composer des vers. Mais comme généralement ils ne lui plaisaient pas, il
-les jetait dans sa boisson, pour les nettoyer, disait-il. Tout ce qu'il
-a mis dans ses poches, ou tout ce qu'il trouve sous la main, sa manie
-est de le mêler ainsi à ce qu'on lui donne à manger et à boire: petits
-cailloux, tabac, morceaux de cuir, os, charbons, sont jetés dans son
-potage, et cela d'après un procédé scientifique, à ce qu'il prétend. Le
-cuir le clarifie, les cailloux le purifie, le charbon le minéralise;
-telle chose y ajoute un acide agréable, telle autre, un alkali utile, et
-ainsi de suite. Si l'on n'y prend pas garde, il avale le tout, avec le
-goût d'un Apicius.
-
-Il proclamait en toute occasion qu'il avait une connaissance universelle
-des langues anciennes et modernes, que les sciences, l'histoire, la
-musique, lui étaient très familiers.
-
-Plusieurs fois on le remit en liberté, mais toujours on fut obligé de
-l'enfermer de nouveau, après un peu de temps. Successivement il fut logé
-dans diverses maisons d'aliénés de Londres et des environs, et vécut au
-delà de soixante ans. Voici un exemple de son talent poétique, qui était
-parfois réellement remarquable; mais excepté la pièce dont nous citons
-un extrait, il est très douteux que rien ait été conservé.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- When disappointment gnaws the bleeding hearts;
- And mad resentment hurls her venom'd darts;
- When angry noise, disgust, and uproar rude,
- Damnation urge and every hope exclude;
- These, dreadful though they are, can't quite repel
- The aspiring mind, that bids the man excel.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- To brighter mansions let us hope to pass,
- And all our pains and torments end. Alas!
- That fearful bourne we seldom wish to try,
- We hate to live, and still we fear to die.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- _Pro bono publico_, I do write what is true,
- Nor care what others think, or say, or do.
- Three-score long years' experience have I had,
- Through thick and thin, and still I am not dead.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Shut up in dreary gloom, like convicts are,
- In company of murd'rers! Oh! wretched fate!
- If pity e'er extended through the frame,
- Or sympathy's sweet cordial touch'd the heart,
- Pity the wretched maniac, who knows no blame,
- Absorbed in sorrow, where darkness, poverty, and every curse impart.
-
- Methinks that still I see a brighter ray,
- That bids me live, to see a happier day,
- And when my sorrows, and my grief-worn spirit flies,
- My Maker tells me--fear not, Lloyd,--it never dies.
- This cheering hope has long supported me,
- I live in hope much happier days to see...
-
-Ces vers furent écrits vers 1817. On y trouve un sentiment de
-mélancolie, qui pourrait faire douter, comme dans le cas du poète
-Christophe Smart, si l'intelligence qui rencontre de pareilles
-expressions pour ses pensées, peut être absolument dérangée. L'un et
-l'autre néanmoins sont morts dans un état complet de folie, après une
-longue détention.
-
-M. Forgues[14] nous a donné la description d'une visite à Bicêtre, où il
-s'est occupé des fous littéraires. Les faits qu'il rapporte font
-regretter qu'il n'ait pas jugé à propos de saisir cette occasion pour
-développer davantage ce sujet. Il cite un certain _Pentecôte_ dont la
-chimère favorite consistait en ce qu'il se croyait l'inventeur d'un
-système infaillible pour s'emparer d'Abd-el-Kader. Il existe plusieurs
-de ses lettres adressées au Roi, où il revendique avec acharnement la
-qualité _d'homme de lettres_. “J'ai plusieurs ouvrages littéraires à
-terminer,” écrit-il à M. Deleffert. “J'ai fait en littérature de fort
-beaux ouvrages,” dit-il, “dans une requête à l'administration des
-hospices.”
-
- [14] _Revue de Paris_, 3me série, tomes 25 et 26, année 1841.
-
-Il adressa une lettre à un des aliénés qui avait voulu se donner la
-mort. Sans être un modèle d'éloquence, elle ne manque ni de suite ni
-d'onction.
-
-M. Forgues cite encore des vers anonymes, et des titres de compositions
-tels que: _Ma Némésis_--_Le Fou_,--_Souvenirs de jeunesse_, &c. Dans le
-morceau intitulé _le Fou_, on trouve cette apostrophe originale:--
-
- Malheureux conducteur de ta machine usée.
-
-L'auteur fait ailleurs allusion à une tentative de suicide qui fut
-déjouée, à ce qu'il semble: “Mon Dieu!” ajoute-t-il.
-
- Mon Dieu vous m'avez vu chaque jour vous prier
- De terminer la vie que je n'ai pu m'ôter!
- Ami, qui m'empêchas, viens donc me consoler!
-
-Ce dernier vers semble émaner d'un vrai sentiment poétique.
-
-Un des plus féconds romanciers de l'Allemagne, _Johan Carl Wezel_, né en
-1747, tomba à 39 ans dans un état complet d'aberration mentale après une
-vie laborieuse. D'abord il eut l'idée de fonder une maison de banque,
-pour laquelle il fabriquerait lui-même les billets. Il fuyait toute
-société, laissa croître ses cheveux et ses ongles, et malgré les soins
-du docteur Hahnemann, sa folie devint chronique. Il passa le reste de
-ses jours à Sondershausen, lieu de sa naissance, jusqu'en 1819, époque
-de sa mort.
-
-De temps à autre quelques éclairs de raison se laissaient appercevoir,
-mais toute idée poëtique l'avait abandonné, et en écrivant il se croyait
-être dieu. On lui permit même d'imprimer quelques unes de ses
-élucubrations sous le titre de _Opera Dei Wezelii W. S. des Gottes_.
-
-On a fait en Amérique une attention particulière aux phénomènes
-intellectuels que présente la folie. Dans plusieurs des journaux de ce
-pays ont paru, de temps à autre, des articles intéressants sur cette
-matière. Les bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer, ne nous
-permettent pas d'entrer dans des détails qui seuls rempliraient un
-volume, mais nous citerons l'histoire d'un nommé _Milman_, qui naguère
-excita singulièrement l'attention dans l'état de Pensylvanie, et fut
-répétée par un grand nombre de journaux. Milman était un avocat d'une
-fortune indépendante. Le jour où allait se célébrer son mariage, et
-tandis que la fiancée se parait pour aller à l'autel, un violent orage
-éclata, et elle fut frappée par la foudre, au milieu de son appartement.
-
-La nouvelle de ce malheur fut portée, avec tous les ménagements
-possibles, à l'infortuné Milman, dont l'imagination éprouva néanmoins
-une telle commotion, qu'il tomba évanoui. Lorsqu'il revint à lui, il
-éclata d'un rire insensé, et l'on vit bientôt, qu'il avait complètement
-perdu la raison.
-
-Comme sa démence lui laissait de longs intervalles d'apparente
-tranquillité, on espéra le guérir, mais son esprit resta égaré jusqu'à
-sa mort, et l'on fut obligé de l'enfermer dans une maison de sûreté. Ses
-parens étaient riches, et sa folie, d'une nature assez paisible pour
-permettre que de temps à autre on lui fît faire des excursions à la
-campagne, pour sa santé: on le menait quelquefois pour deux ou trois
-jours de suite, sur les bords pittoresque de l'Hudson. De là il écrivait
-des lettres à ses amis, dans ses moments lucides; mais jamais on ne
-pouvait le laisser seul trois heures de suite, sans craindre de le voir
-retomber dans un accès de démence, ou dans un état de prostration
-stupide. Voici deux morceaux écrits durant ces intervalles,[15] l'un est
-la description des dispositions où il faut être, pour jouir du loisir de
-la campagne, l'autre la description d'un cheval échappé, que l'on finit
-par reprendre.
-
- [15] Réunis, avec beaucoup d'autres dans: _Records of Pennsylvania_;
- _Philadelphia_, 1802, et réimprimés dans un des journaux de cette
- ville, en 1840.
-
-“Nobody has any business to expect satisfaction in a pure country life
-for two months, unless they have a decided genius for _leisure_. If a
-man expects to live in a country, of course he must have something to
-do, and do it all the while. But to gather up yourself, and sit down in
-a plain country house, without bears and lions about it, without
-anything to do, but to rest, with no marvels or phenomena, but only the
-good, real, common country;--if you mean to be happy in this, I repeat
-you should have the element of _leisure_ very full and powerful within
-you. You cannot be happy if you are in a hurry. You must not be in a
-hurry to get up or sit down; you must not be in a hurry to get up in the
-morning, or to retire at night; you must regard it quite the same
-whether you look at a tree ten minutes or thirty; if you walk out, never
-must you look at your watch; go till your return; if you sit down upon a
-breezy fence or wall, it should be a matter of indifference to you,
-whether it be four o'clock, or five, or six. There can be no greater
-impertinence than to say, ‘It is time to go!’ There is no such thing as
-time to a man in a summer vacation.
-
-* * * * * * * *
-
-“Yet amid the tranquil, dreaming, gazing life, one cannot always be
-quite as serene as one would. For example, this morning, while the dew
-was yet on the grass, word came in that _Charley had got away_. Now
-Charley is the most important member of the family, and as shrewd a
-horse as ever need be. Lately he had found out the difference between
-being harnessed by a boy and a man. Accordingly, on several occasions,
-as soon as the halter dropped from his head, and before the bridle could
-take its place, he proceeded to back boldly out of the stable, in spite
-of the stout boy pulling with all his might at his mane and ears. This
-particular morning we were to put a passenger friend on board the cars
-at 8.10; it was now 7.30. Out popped Charley from his stall like a cork
-from a bottle, and lo! some fifty acres there were in which to exercise
-his legs and ours, to say nothing of temper and ingenuity. First, the
-lady, with a measure of oats, attempted to do the thing, by bribing him
-genteelly. Not he! he had no objection to the oats, none to the hand,
-until it came near his head, then off he sprang. After one or two
-trials, we dropped the oats, and went at it in good earnest--called all
-the boys, headed him off this way, ran him out of the growing oats,
-drove him into the upper lot, and out of it again. We got him into a
-corner with great pains, and he got himself out of it without the least
-trouble. He would dash through a line of six or eight whooping boys,
-with as little resistance as if they had been as many mosquitoes! down
-he ran to the lower side of the lot, and down we all walked after him.
-Up he ran to the upper end of the lot, and up we all walked after
-him--too tired to run. Oh! it was glorious fun! the sun was hot. The
-cars were coming, and we had two miles to ride to the depôt! He did
-enjoy it, and we did not. We resorted to expedients--opened wide the
-great gate of the barn-yard, and essayed to drive him in, and we did it
-too, almost; for he ran close to it,--and just sailed past, with a laugh
-as plain on his face as ever horse had! Man is vastly superior to a
-horse in many respects, but running on a hot summer day, in a
-twenty-acre lot, is not one of them. We got him by the brook, and while
-he drank, oh, how leisurely! we started up and succeeded in just missing
-our grab at his mane. Now comes another splendid run. His head was up,
-his eyes flashing, his tail streamed out like a banner, and glancing his
-head this way and that, right and left, he allowed us to come on to the
-brush corner, from whence, in a few moments, he allowed us to emerge and
-come afoot after him, down to the barn again. But luck will not hold for
-ever, even with horses. He dashed down a lane, and we had him. But as
-soon as he saw the gate closed, and perceived the state of the case, how
-charmingly he behaved! allowed us to come up and bridle him without a
-movement of resistance, and affirmed by his whole conduct that it was
-the merest sport in the world, all this seeming disobedience; and to him
-I have no doubt it was!”
-
-On fait observer, dans l'ouvrage dont nous extrayons ces deux morceaux,
-que ce qui ajoute encore à l'étrangeté du cas de Milman, c'est qu'avant
-sa folie, il ne montra jamais la moindre disposition pour tout ce qui
-tient à l'imagination; son aptitude naturelle le portait vers les
-sciences positives et abstraites. Mais, dès que les opérations de ses
-facultés intelligentes sont arrêtées dans leur marche régulière, ses
-idées prennent une teinte de plaisanterie et de satire.
-
-Assez rarement il arrive que le sculpteur, le peintre ou le graveur
-deviennent poètes après avoir perdu la raison. C'est pourquoi nous avons
-un double motif en insérant ici le nom de Luc Clennell, l'élève le plus
-distingué du célèbre Bewick, comme dessinateur et graveur sur bois.
-
-Clennel naquit près de Morpeth, dans le Northumberland, en 1781. Après
-avait terminé ses sept années d'apprentissage sous Bewick, il vint à
-Londres en 1804. Il excellait également dans les aquarelles, et les
-encouragements qu'il reçut comme peintre, l'engagèrent à s'adonner
-exclusivement à ce genre, et à abandonner la gravure sur bois. En 1814,
-le Comte de Bridgewater lui avait commandé un important travail, dont il
-s'occupait avec ardeur, lorsqu'en 1817 il perdit soudainement la raison.
-Jamais ses plus intimes camarades n'avaient aperçu précédemment le
-moindre symptôme de folie dans ses actes, ni dans ses paroles. Il est
-digne de remarque que sa femme, peu après, fut aussi frappée de folie,
-ainsi que le peintre E. Bird, chargé d'achever le tableau commandé par
-le Comte de Bridgewater.
-
-Après avoir subi une réclusion de quatre ans environ dans un hospice
-d'aliénés, il devint possible de lui accorder une certaine liberté, et
-l'un de ses parents, qui habitait les environs de Newcastle, le prit
-chez lui. Il y demeura pendant plusieurs années, tranquille et doux,
-mais privé de raison.
-
-Vers 1831, on fut de nouveau obligé de l'enfermer dans une maison de
-Santé, à cause de ses moments de violence. Dans ce lieu, comme
-auparavant chez son parent, il s'amusait, en ses moments de calme, à
-dessiner et à écrire de la poésie, et chose curieuse, ce qu'il faisait
-de moins mal, était les vers. Voici une des différentes pièces de sa
-composition que ses amis rassemblèrent.
-
-
-L'ETOILE DU SOIR.
-
- Look! what is it, with twinkling light,
- That brings such joys, serenely bright,
- That turns the dusk again to light?
- 'Tis the evening star!
-
- What is it, with the purest ray,
- That brings such peace at close of day,
- That lights the traveller on his way?
- 'Tis the evening star!
-
- What is it, of purest holy ray,
- That brings to man the promised day,
- And peace?
- 'Tis the evening star!
-
-A la même époque environ, au commencement de ce siècle, la république
-des lettres fut surprise d'apprendre l'apparition d'un nouveau poète,
-simple paysan du Northamptonshire, dont la gloire était annoncée par des
-juges d'ordinaire très sévères, et peu livrés à l'enthousiasme du
-moment. Après une longue attente, et bien des délais, John Clare parvint
-enfin à faire publier ses vers à Londres vers 1825. Ce recueil prouva
-que John Clare était un poète original. La lutte visible entre la pensée
-et l'expression pour la représenter, amenait souvent un résultat d'une
-beauté inattendue. De riches et puissants protecteurs l'aidèrent
-momentanément, mais l'inconstance du public, et des difficultés
-d'argent, exercèrent une influence si fatale sur le pauvre John Clare,
-que sa raison l'abandonna. Des amis qui allèrent le voir il y a peu
-d'années, disent que sa folie était douce et tranquille. Mme Mary
-Russell Mitford, dans ses Mémoires, nous apprend qu'elle possède
-quelques pièces de ses vers, écrites au crayon, qui prouvent qu'il avait
-gardé tout son talent pour la facture du vers et pour le rythme.
-
-Sa mémoire était si vive et si tenace qu'il s'assimilait absolument à ce
-qu'il avait lu, ou ce qu'il entendait raconter.
-
-Il dépeignait par exemple l'exécution du Roi Charles I. comme un
-événement arrivé hier, et dont il prétendait avoir été un témoin
-oculaire. Tout était représenté avec une fidélité si parfaite et si
-graphique quant aux costumes et aux usages du temps, qu'il est probable
-qu'il n'eût pu raconter le fait aussi bien, lorsqu'il possédait toute sa
-raison. C'est une pareille lucidité que les partisans du magnétisme
-animal qualifie de _Clairvoyance_.
-
-Clare vous racontait de la même manière la bataille du Nil et la mort de
-Nelson, s'imaginant qu'il était un des matelots témoins de l'action. Il
-y avait une admirable exactitude dans ses termes nautiques, quoiqu'il
-est probable qu'il n'avait jamais vu la mer de sa vie.
-
-Un fou d'un autre genre, Olivier Ferrand, mort à Rouen en 1809, composa
-un nombre considérable de pièces de théâtre qui par le style et la
-conception sont de véritables parodies. Un amour propre excessif lui
-bouleversa le cerveau, à en juger par l'inscription placée sous son
-portrait dans: _Les Muses éplorées, ou Gilles régisseur du Parnasse,
-pour servir d'apothéose au célèbre Ferrand_. _An_ IX. in 8º.
-
- Sept villes de la Grèce ont disputé l'honneur
- D'avoir donné la lumière
- Au chantre d'Ilion. Et du nouveau Voltaire,
- Du célèbre Ferrand et la Bouille et Honfleur
- Et le Havre et Rouen, veulent être la mère.
-
-Le _Manuel du Bibliographe Normand_ par M. Edouard Frère nous apprend
-que Mme Canel et Lebreton ont écrit la vie de ce singulier personnage
-qui s'intitulait: _Membre de l'Athénée d'Evreux et Ecuyer de Franconi
-(!), homme de lettre à Rouen_.
-
-Ses œuvres dramatiques sont devenues d'une grande rareté. Mr Frère en a
-donné la liste complète.
-
-Si, dans ce qui précède, nous avons souvent eu l'occasion de nous
-étonner de l'intelligence qui se rencontre dans les compositions des
-fous, il est peut-être plus étonnant encore de voir les folies qui sont
-sorties du cerveau d'écrivains intelligens et sensés. Elles sont parfois
-poussées si loin, qu'on ne peut s'empêcher d'y trouver la confirmation
-de l'idée du Dr Gregory, déjà citée au commencement de cet essai:
-“_Nulla datur linea accurata inter sanam mentem et vesaniam._”
-
-M. _G. Desjardins_ publia à Paris, en 1834, sous le titre de _Première
-Babylone_, la première partie d'un vaste drame, _Sémiramis la Grande_,
-d'une originalité, pour ne rien dire de plus, tout-à-fait hors ligne.
-
-Voulant, dit-il, dans son introduction intitulée _Porte Cyclopéenne_,
-peindre, dans un large tableau, son pays de face et les autres pays de
-trois quarts ou de profil, il ébaucha une immense composition
-trilogique, _La Révolution_, _Napoléon_, et _le Monde de l'avenir_.
-
-“Projetant,” ajoute-t-il, “une longue parabole ou courbe unitaire sur
-ces trois grandes têtes de la Gloire Française,[16] il veut les lier
-entr'elles d'un nœud indissoluble, et donner à son siècle un évangile
-des peuples libres!”
-
- [16] Le Monde de l'avenir qui est une tête de la gloire Française!
- _Stupete gentes!_
-
-Il suppose alors qu'il trouve un rouleau de papyrus Egyptien de 4,000
-ans de date, écrit en hiéroglyphes qu'il déchiffre ainsi:--
-
-_Sémiramis Trismegiste_ (trois fois grande), _Journée de Dieu, en cinq
-coupes d'amertume_.
-
-Ces cinq actes ou cinq coupes d'amertume sont intitulés: _Le Deuil_, _La
-Complicité_, _La Résurrection_, _Le Combat_, _Le Prêtre et la Mort_.
-Outre la bizarrerie extraordinaire des vers et des idées, une des
-curiosités de ce drame, qui se compose de plus de 500 pages grand en 8º,
-est que plusieurs passages sont imprimés en caractères Hébreux, Persans,
-Arabes, Chaldéens, &c. &c.
-
-Il s'ouvre par une description allégorique de ce que l'auteur appelle
-_Les années climatériques du genre humain_. Le style plein de grands
-mots pompeux, recouvre des idées généralement très incohérentes, mais
-qui prouve une singulière facilité dans la facture du vers.
-
-Dans la scène intitulée: _Retentissement des oracles_, Ophis, Prince des
-Rois, écrit ce vers, avec la pointe d'une glaive, sur le trône d'Asshur:
-
- Asshur-le-tombé, tombe, et tombe foudroyé!
-
-Puis tous se retirent, et _Asshur-le-tombé_ reste seul, et frappé par la
-lecture de ce vers, commence ainsi un long monologue:--
-
- D'où part le trait brûlant dans mon âme envoyé,
- L'éclair qui se plongeant dans mes destins moins sombres,
- Pour les montrer sanglants, en dissipent les ombres?
- Quoi donc? de l'action le cours impérieux
- Passe-t-il en effet dans la sphère des Dieux,
- Que l'orgueil indompté de mon mâle génie
- Se débat sous le poids d'une force infinie?
-
-* * * * * * * *
-
-Dans la scène: _Le retentissement des chutes de Babel_, Sémiramis la
-Grande étant venue s'asseoir _sur l'un de ses trônes_, devant la cité
-des morts, _plusieurs nations passent au fond des portiques et
-dialoguent entr'elles_, dit l'auteur, _puis s'éloignent successivement,
-et se voilent la tête en signe de douleur_.
-
-A cause de sa longueur, nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, comme
-exemple de galimatias, l'introduction en prose, par laquelle l'auteur
-commence la _quatrième coupe d'amertume_. Dans la cinquième coupe, dont
-une partie est en prose et en récit, des voix innombrables et
-caverneuses (textuel) sortent des profondeurs de la terre, et le Prince
-des prophètes, _Jugement-de-Dieu_, leur dit:--
-
- Levez vous! secouez d'une aile immense et lente
- De trois mille ans de nuit la poussière éloquente!
-
-et ces formidables amas de générations s'écrient toutes ensemble, du
-fond de leurs sépulcres:--
-
- Par rang horizontaux, vois, nous nous levons tous!...
-
-“Alors les rois, princes et chefs innombrables de peuples (textuel) de
-commencer pêle-mêle, une sorte de ronde ou de chaîne immense, appuyée
-par derrière des trépignements et acclamations des peuples.”
-
-“Dans ses rangs se trouvent mêlées et entraînées, et bêtes et brutes
-contemporaines des vieux acteurs de cette scène apocalyptique; toute
-création, toute multiplication des êtres produits, reptiles, oiseaux,
-bêtes à quatre pieds, de toute chair, foisonnant et se mouvant; les
-grands lions dans les rangs des gigantesques guerriers; les dromadaires,
-les autruches, les girafes, les boas, élevant leurs longs cols, ou
-avançant en spirales, au milieu des races d'homme voyageuses; les hauts
-éléphants, les colossales mastodontes leurs aînés, dressant le monstreux
-serpent de leur trompe, au dessus des têtes et des cornes des vieilles
-races princières, royales et antédéluviennes. Et au dessus d'eux tous,
-la cigogne, l'ibis, les grands vautours déploient leur vol; tous roulent
-ensemble les flots épais de leur ronde, tous éclairés dans le voyage de
-leur chaîne tournoyante, des rayons de la face rouge et enflammée de
-Dieu, et grommelant, rugissant et hurlant ces paroles, chacun dans sa
-langue, en tournoyant:”
-
-
-_L'assemblée mystérieuse._
-
- Figurons et l'orage et l'effrayant tonnerre
- Qui gronde autour du Mont qui corrompit la terre!
- Durant la longue horreur d'un jour de châtiment,
- Imitons les rigueurs du _dernier Jugement_.
-
-* * * * * * * *
-
-La scène suivante, intitulée: _Le bain de sang_, est tout aussi
-extraordinaire, mais nous en avons assez dit pour que le lecteur puisse
-juger de l'œuvre, et nous avons hâte d'arriver à l'examen d'un livre
-dépassant de beaucoup le précédent en extravagance.
-
-C'est un poème de 724 pages, in 8º (1858), composé par M. _Paulin
-Gagne_, avocat et auteur d'autres compositions poétiques.[17]
-
- [17] Telles que _Le Suicide_, _La Monopanglotte, ou langue
- universelle_, _Le Délire_, _L'Océan des Catastrophes_.
-
-_L'Unitéide_, ou _la Femme-Messie_, est ainsi que le dit l'auteur, un
-poème universel en douze chants, et en soixante actes, dont l'action se
-passe en l'an de grâce 2000 de l'Ere Chrétienne, et dont chaque chant
-forme un tout complet.
-
-On y rencontre la plus bizarre agglomération de noms fantastiques et de
-vers saugrenus, que puisse inventer le cerveau humain.
-
-La table des matières mériterait de trouver place dans un recueil de
-facéties.
-
-Dans le drame on voit parler et agir tour-à-tour l'Ane-Archide,
-
- Fille du despotisme et de la Liberté.
-
-_Demounas_, le précurseur de l'Antechrist, la _Panarchie_, la _Dive
-Insania_, le _Bœuf Apis_, _l'Archimonde_ et son illustre épouse _La
-Presse_, la _Pataticulture_, et vingt autres personnages tous plus
-extraordinaires les uns que les autres. Mais ces noms bizarres ne sont
-rien en comparaison de la bizarrerie des vers et des idées, qu'il serait
-difficile de faire comprendre, à qui n'a pas le livre sous les yeux.
-Essayons d'en donner une esquisse.
-
-Tournant en anagramme les noms des réformateurs socialistes modernes,
-l'auteur les met en présence de _l'Ane-Archide_ qui leur dit:--
-
- Parlez donc;
- Sans dormir, si je puis, j'écouterai vos rêves.
- Parlez Pierre Xourel, Nodourp, Urdel-Nillor,
- Louis Cnalb, George Nas, Narrédisnoc sans or,
- Tebac, Oguh sans peur, et vous tous grands apôtres
- Qui prétendez marcher sur la tête des autres.
-
-Alors le poète expose, par leur bouche, les divers systèmes de ces
-Messieurs, (tels qu'il les comprend, bien entendu,) dans une série de
-vers incroyables.
-
-Le premier chant se termine par l'entrée de _la Femme-Messie_ à Paris.
-
-Le second chant nous présente une partie des mêmes personnages,
-augmentés des ambassadeurs du Soleil et de la Lune, des habitans des
-astres, de l'_Aurithéocratie_, de la _Ratiothéie_, &c. &c. Ici
-l'extravagance de la mise en scène dépasse encore ce qui précède. La
-_Comète Trouble-tout_ a une discussion avec la _Ratiothéie_. L'auteur en
-l'introduisant, a soin de décrire son costume: “Elle est couverte d'une
-immense Tullillusionine (?) qui jette des éclairs, coiffée d'une
-chevelure de serpents rouges, et pourvue d'une queue aux feux les plus
-ardents. Elle chante la chanson suivante, appelée _le Galop de la
-Comète_, sur l'air: _Les défenseurs de la Religion_:”--
-
- Peuples, je viens, sonner l'heure dernière
- Sur les clochers de l'immense univers!
- Déjà la Mort creusant la vaste bière,
- Du grand convoi fait les apprêts divers;
- Peuples, tremblez, vous n'avez plus de tente,
- Adressez vous le plus touchant adieu!
- Peuples, tremblez devant ma queue ardente!
- Peuples, roulez dans le chaos de feu!
-
-On peut s'imaginer quelles luttes s'établissent entre les personnages,
-après un pareil début.
-
-Au chant III, _La Socialiforce_ tient un long discours à ses partisans,
-qu'elle termine ainsi:--
-
- Je fonde pour toujours les âges d'or du ventre,
- Dont la raison moderne élargit le doux centre;
- C'est le ventre qui fait les révolutions,
- Et les créations et les destructions.
- Des ventres vides sont toute nuit de tonnerres;
- Des ventres bien garnis sortent toutes lumières;
- Enfin les ventres creux ne valent jamais rien.
- Donc je veux les remplir, pour qu'ils me chantent bien.
- Nous allons, chers amis, sans perdre une seconde,
- Préparer des festins qu'admirera le monde.
-
-Le chant Vme, dont la scène se passe _partout où l'on voudra_, dit le
-texte, se compose d'idées si peu décentes qu'il serait difficile d'en
-donner des extraits.
-
-L'acte 38me du chant VIIIme, se développe dans un vaste champ de pommes
-de terre, et _la Pataticulture_ ouvre la scène par un discours de 72
-vers, d'autant plus singuliers que, comme nous le démontrerons
-tout-à-l'heure, ils sont écrits très sérieusement:--
-
- Peuples et Rois, je suis _la Pataticulture_,
- Fille de la nature et du siècle en friture;
-
-* * * * * * * *
-
- J'ai toujours adoré ce fruit délicieux
- Que, dit-on, pour extra, mangeaient jadis les Dieux.
-
-La tirade se termine par ce vers:--
-
- Dans la pomme de terre est le salut de tous!
-
-On croirait qu'il est difficile d'aller plus loin dans le grotesque;
-mais à l'acte suivant, dont la scène, dit le texte, _se passe partout_,
-_La Carotticulture_ tient aux rois et aux peuples un discours qui
-l'emporte sur le précédent. On y trouve la parodie de la _Marseillaise_,
-intitulée _la Carotte universelle_, commençant par:--
-
- Allons, Enfans de la Carotte,
- Le jour de gloire est arrivé.
-
-Et le chœur chante:--
-
- Aux armes, Carottiers, formez vos bataillons,
- Marchons, que la Carotte inonde nos sillons.
-
-Probablement que le lecteur croira que tout ceci n'est qu'une
-plaisanterie; mais non seulement M. Gagne est très sérieux, en
-expliquant son œuvre, mais il déclare en outre, dans sa préface, que _le
-vaste sujet de ce poème humanitaire et Chrétien, doit former la poëtique
-universelle de l'humanité, et l'école de la vérité_, et il s'écrie,
-plein d'enthousiasme:--
-
- Telle est, telle est la Sainte et nouvelle épopée
- Que de mon pur amour l'âme a développée!
-
-Ensuite Mme _Elise Gagne_, sa femme, ajoute un épilogue, où elle
-proclame qu'après les réformes indiquées dans le poème:--
-
- L'abondance parvint à chasser la misère,
- Et le bonheur des cieux habita sur la terre.
-
-L'ensemble prouve, en un mot, que M. Gagne a employé toutes les
-ressources de son intelligence pour écrire ce chef-d'œuvre, et si le
-lecteur est tenté de rire, c'est qu'il ne comprend pas l'extrême
-profondeur de la pensée qui enfanta ce poème.
-
- * * * * *
-
-N'est-ce pas bien le cas de dire, avec le sieur de Longval--“Lorsque
-ceste Meduse (la manie) s'est une fois glissée dans le cerveau, elle
-sçait si bien offusquer l'imagination, pervertir les pensées,
-transporter l'esprit, et corrompre la raison, que par son moyen les
-actions et les paroles des hommes se tournent en extravagances.”
-
- * * * * *
-
-Un drame imprimé en 1811, à Londres, par un certain Thomas Bishop,
-présente quelqu'analogie, quant aux formes excentriques, pour ne rien
-dire de plus, avec le drame dont nous venons de donner une analyse. En
-voici le titre: _Koranzzo's Feast, or the Unfair Marriage, a tragedy
-founded on facts, 2366 years ago, and 555 years before the birth of
-Christ. In five acts. Embellished with sixteen descriptive plates, by
-the first artists, antient and modern. Printed by Geo. Smelton, and sold
-by Hookham and at the author's, 22, Clarges Street._
-
-Cette production extraordinaire qui a coûté trois années de travail à
-l'auteur, est divisée par lui d'une façon dont il est, dit-il, l'unique
-inventeur: _the work consists in Prologue, Epilogue, dirge and design,
-solely invented by the author._
-
-Parmi les personnages on remarque les suivants: Le Roi de Babylone, le
-Roi de Perse, Lord Strawberry, le Docteur Pillule, quatre Reines, Madame
-Hector, trois sauvages, et cinq Revenants. La préface nous apprend que
-l'auteur a jugé convenable de mêler des incidents des temps modernes,
-avec les événements antiques, afin de corriger la jeunesse, d'inspirer
-la terreur aux méchants, et de rappeler aux bons leur récompense. C'est
-la première pièce, ajoute l'auteur, dans laquelle on présente au public
-les caractères curieux, les décorations, les machines et armes de
-guerre, existant à l'époque où se passe le drame (ce n'est pas difficile
-à croire!).
-
-Le sujet tout entier est traité avec autant d'extravagance que peuvent
-le faire supposer les détails qui précèdent. La scène finale commence
-par les indications suivantes: “D'un côté le théâtre représente une
-forêt, dont une partie est obscure. Deux sofas et l'apparence d'une
-pendule (the appearance of a clock). Trois sauvages dans l'éloignement.”
-On ne doit pas être surpris après cela, que les espérances de l'auteur
-de voir son drame représenté, furent déçues; mais son extrême confiance
-dans le mérite de la pièce lui sait attribuer le refus à quelque erreur
-(to some error).
-
-Parmi les livres qui par leur contenue appartiennent à la littérature de
-la folie, quoiqu'écrits par des hommes que le monde considère comme très
-sensés, nous devons ranger le _Goualana, ou, collection incomplette des
-œuvres prototypes de Fricandeau_, in 18º de 22 pages. Il est dit dans la
-préface:
-
- C'est le travail des fous d'épuiser leurs cervelles
- Sur des riens fatiguans, sur quelques bagatelles.
-
-Ce livre se compose d'une suite de non-sens dont l'exemple suivant est
-encore un des moins absurdes: “Mon hôtel est une des plus belles et des
-mieux rognées de la ville; dans ma cuisine qui est aux rats de chaussée,
-j'ai un four en cuir, j'ai fait contredire un petit salon fort
-comminatoire, au premier étage. Je compte huit pièces d'arrache-pied,
-avec portes d'excommunication, pièces d'autant plus faciles à accélérer,
-que j'ai fait placer une crampe de fer à l'escalier; au haut duquel
-escalier vous voyez un très joli vistembule. J'ai indécemment de cela,
-une salle quarrée à manger cinquante personnes, nombrissée tour-à-tour
-avec une tentation à personnages de bêtes. A coté est un appartement
-polipode orné dans le dernier gendre, où j'ai mis mon passavant de
-papier Chinois. Admirez ma précaution; plusieurs de mes fermiers locatis
-gâtent souvent (paroles ne puent pas) les latrines, et vous sentez
-combien cela est désagréable pour nous. Eh bien! j'en ai fait constituer
-à l'Anglaise, où personne ne met le nez, que ma femme et moi,” &c. &c.
-&c.
-
-On apprend dans l'introduction “que le sieur Fricandeau est écuyer
-tranchant, député pour les Tartares, agrégé membre pour les Académies de
-la Daube et de Saupiquet, vérificateur de la recette d'aloyau,
-inspecteur aux blanquettes, dans la quatrième division potagère,
-chevalier de l'ordre de Sainte Menehoult, gouverneur de la crapaudine et
-autres lieux.”
-
-Qui se douterait que tant de folies soient sorties de la plume de feu M.
-Hécart, de Valenciennes, auteur connu par plusieurs écrits pleins
-d'érudition et de jugement?
-
-Il composa aussi, dans ses moments que nous ne pouvons nous empêcher de
-qualifier d'hallucination, l'_Anagrammeana, poème en huit Chants_, petit
-volume in 12º de 58 pages remplis d'un amphigouris inintelligible dont
-voici un exemple:
-
- Le nomade a mis la madone
- A la poterne de Petronne
- Par son rhume il voulait l'humer,
- Pour le marcher et le charmer.
-
- Quand le grand Dacier était diacre,
- Le casier cultivé du fiacre,
- Faisait le lopin d'un pilon.
- Pour nourrir de loin le lion...
-
-Ces deux ouvrages sont excessivement rares et à-peu-près introuvables,
-l'auteur ne faisant jamais tirer qu'à dix ou douze exemplaires. Nous en
-devons la communication à l'extrême obligeance de M. Van De Weyer,
-Ministre Plénipotentiaire de Belgique, à Londres. Ils font partie, ainsi
-que l'opuscule dont nous allons parler, de la collection _d'Ana_, unique
-en Europe, que renferme la Bibliothèque de ce bibliophile distingué, si
-riche en collections de livres rares de tous genres, et dont la
-bienveillance à venir en aide aux hommes de lettres, dans leurs
-recherches, est égale à ses connaissances étendues.
-
-Nous terminerons cette section par la mention de deux fous littéraires
-très peu connus cités dans un autre ouvrage de M. Hécart, _Stultitiana,
-ou petite biographie des fous de la ville de Valenciennes, par un homme
-en démence_, 8º, 1823.
-
-Un nommé Lalou vivait en cette ville en 1820. Peintre, poète, musicien,
-calligraphe, il avait le germe de tous les talents, mais malheureusement
-tout cela se mêlait dans sa tête, au point que son cerveau présentait un
-chaos complet.
-
-Il est fâcheux que l'on ne nous ait pas conservé quelques morceaux des
-écrits et des dessins qu'il distribuait si libéralement durant sa vie.
-
-Un autre poète fou de la ville de Valenciennes fut un nommé Martorex,
-que Boileau a dépeint en parlant de cette classe d'auteurs:
-
- Qui poursuit de ses vers les passants dans la rue.
-
-Il n'y avait pas de fête qu'il ne célébrât, soit par une ode ou par un
-récit en vers ampoulés qu'il déclamait aux passants d'une manière
-ridiculement emphatique. Arrivait-il un personnage important? Sa verve
-est en mouvement, et bientôt il lui présente les fruits de sa muse. Du
-reste il n'était pas difficile, et se contentait du moindre présent. Il
-était fort joyeux lorsqu'il obtenait de quoi s'acheter quelques verres
-de genièvre. Nous ignorons quand est mort cet original.
-
-
-
-
-TROISIEME SECTION.
-
-
-EPIGRAPHES.
-
- “What is said, is not to be understood; but what is to be understood,
- is not said.--PYTHAGORAS. _Exoteric Doctrine._
-
- “Ever, as before, does madness remain mysterious, terrific, altogether
- infernal boiling-up of the nether chaotic deep, through this
- fair-painted vision of creation (which swims thereon) which we name
- the real.”--CARLYLE.
-
-
-
-
-PHILOSOPHIE ET SCIENCE.
-
-
-Un des caractères les plus prééminents de la folie est la faiblesse de
-la faculté logique dans toutes ses variétés. La philosophie s'occupant
-de principes abstraits, on doit naturellement s'attendre à rencontrer
-cette faiblesse beaucoup plus frappante en ceux qui entreprennent, dans
-un état de dérangement mental, des spéculations d'une nature profonde.
-La philosophie a souvent été le thème favori des lunatiques, mais jamais
-ils n'ont rien produit d'intelligible ni de suivi, comme cela est arrivé
-parfois aux autres fous littéraires. On rencontre pourtant quelques
-rares exceptions; ainsi le grand métaphysicien allemand Kant perdit la
-raison sur la fin de ses jours, et l'on a récemment découvert, en
-Allemagne, le manuscrit d'un ouvrage qu'il composa durant cette période.
-Ce qu'il y a de plus subtil, de plus profond, de plus abstrait, et
-tout-à-fait en dehors de l'observation, dans la pensée humaine, étant
-précisément de l'essence de la métaphysique et de la philosophie, il est
-naturel que l'aberration mentale doive y trouver des sujets favoris,
-lorsqu'elle attaque des esprits d'un certain ordre et d'une éducation
-soignée.
-
-Aristote, dont les commentateurs sont aussi nombreux que les hirondelles
-au printemps, ne pouvait manquer d'être l'objet de quelques unes de ces
-déviations du sens commun.
-
-Dans un ouvrage intitulé: _De Philosophiâ Aristotelis_, publié à Pise en
-1496, l'auteur affirme intrépidement que jamais ce soi-disant Aristote
-n'existât, que son nom est un mythe. Cette singulière thèse fut composée
-par un médecin du nom de _Gragani_, qui, à l'époque de la composition de
-ce livre, était enfermé dans un hospice de lunatiques à Pise. C'était un
-homme riche et de noble naissance. Ses amis, voyant que sa monomanie
-d'écrire était son seul amusement et lui tenait l'esprit en repos,
-consentirent à publier ce livre bizarre, dont on dit qu'un exemplaire
-existe encore aujourd'hui dans la Bibliothèque du Vatican. C'est un
-petit in 8º, d'environ 200 pages, régulièrement divisé en chapitres.
-
-Le système employé par Gragani consiste à montrer les contradictions
-innombrables des écrivains, relativement à la vie et au caractères
-d'Aristote.
-
-L'un avance que le précepteur d'Alexandre était un soldat et non un
-philosophe; un autre, qu'Aristote était un esclave, connu uniquement par
-la facilité avec laquelle il composait des jeux-d'esprit en vers; un
-troisième, soutient qu'il prétendait, à la vérité, enseigner une sorte
-de philosophie, mais qu'étant le fils d'une marchande de fruits, et
-d'une grande ignorance, il devint l'objet de la raillerie publique, par
-ses ridicules prétensions de science.
-
-Ces assertions diverses, quoiqu'entièrement sans fondement, sont réunies
-de telle façon, que le livre de notre maniaque n'est pas aussi
-incohérent qu'on serait disposé à le penser. On croit que les citations
-qu'il fait, sont tirées d'une satire composée à Rome vers la fin du
-treizième siècle, dont le manuscrit est perdu, et où l'on tournait en
-ridicule les différentes disputes des écoles philosophiques.
-
-L'attention des savants de l'Italie fut singulièrement excitée, en 1529,
-par la publication à Florence d'un ouvrage sur _l'anatomie du langage_.
-C'était l'œuvre d'un médecin, _Joseph Bernardi_, composée pendant qu'il
-était enfermé dans une maison d'aliénés. Parmi plusieurs autres opinions
-étranges et bizarres, il soutenait que toute la race des singes
-jouissait de la faculté de la parole, mais était très jalouse de garder
-le secret de ce don. Il dessina sur les murs de sa chambre la
-construction anatomique du gosier des singes, et chercha à démontrer que
-cette structure prouvait clairement la faculté de la parole, et même du
-chant. Bernardi disait que dans les premières éditions des voyages de
-Marco Paulo, il avait été bien établi que les singes pouvaient chanter.
-Ce qui ajoute à la curiosité de tout ceci, c'est que le père Cremoni,
-Jésuite, composa une réfutation de ce traité, et soutint que, quoique
-l'œuvre de son adversaire fut bien écrite, sa thèse était contraire au
-témoignage de l'Ecriture Sainte, et par conséquent ne pouvait être
-vraie. Le lecteur jugera lequel était le plus fou des deux.
-
-Bernardi survécut dix ans à la publication de son curieux ouvrage, mais
-ne recouvra jamais pleinement la raison.[18]
-
- [18] “Thinges that be Olde and Newe,” published by Elisha King,
- Cornhill, 1639.
-
-En 1622, parut à Salamanca, sous le titre de: _De Philosophiâ_, un
-ouvrage écrit par _Miguel de Flores_, jadis professeur à l'université de
-cette ville, et qui était devenu fou à la suite d'un concussion du
-cerveau produite par une chute de voiture. Son aliénation mentale dura
-plusieurs années, mais comme il était d'un naturel fort doux, on le
-laissait en liberté, et sa folie ne se faisait remarquer que par la
-manie qu'il avait d'écrire constamment, et de porter ses manuscrits avec
-lui dans les rues, arrêtant les passants, et leur lisant ses
-élucubrations. Quatre ans environs avant sa mort, ses amis publièrent un
-de ses traités. Il est remarquable en ce qu'il contient en germe le
-système développé de nos jours sous la dénomination de la _théorie des
-atômes_, par Boscovitch, Docteur Priestley, et autres. _De Flores_
-représente la Déité comme occupant le centre de la création, et toutes
-les choses créées comme des cercles concentriques, plus ou moins
-éloignés les uns des autres. Des gravures bizarres donnent l'idée de la
-théorie de l'auteur. On y voit la Divinité faisant mouvoir toutes
-choses, par l'action mécanique des bras et des jambes.
-
-Un monomane néologue que nous ne devons pas oublier, est Pierre Lucien
-Le Barbier, né à Rouen en 1766, et auteur de plusieurs ouvrages dont
-deux intitulés: _Dominatmosphérie_, l'un contenant des instructions pour
-les propriétaires et cultivateurs, à l'effet d'obtenir double récolte,
-précocité, qualité et économie de bras pour la rentrer; l'autre donnant
-aux marins les moyens de se procurer la variation des vents, d'éviter
-les calmes, les tempêtes, les brouillards; et il prétendait opérer ces
-miracles à l'aide d'une canne en cuivre creuse et percée de huit ou dix
-trous, avec laquelle il croyait dominer l'atmosphère. Aussi prenait-il
-les titres de: _Dominatmosphérisateur_, _Dominaturalisateur_,
-_Doministérisateur_, &c. Le Barbier mourut à la fin de l'année 1836; une
-notice sur ce monomane est insérée dans le _Courrier Rouennais_ du 17
-décembre, et Mlle Bosquet en parle dans la _Normandie Romanesque_, p.
-255.[19]
-
- [19] _Manuel du Bibliographe Normand_, tome 2, page 172.
-
-Un des plus déplorables exemples de la monomanie d'écrire et de se faire
-imprimer, se rencontre dans l'anglais Thomas Wirgman. Orfèvre de son
-état, il se retira des affaires, avec un capital de 50,000 livres
-sterling. Cette fortune, laborieusement acquise, fut absorbée toute
-entière par le frais d'impression de ses livres, publiés à Londres, au
-commencement de ce siècle,[20] et de chacun desquels il ne se vendait
-jamais plus d'une vingtaine d'exemplaires. Ce maniaque mourut dans le
-dénuement.
-
- [20] Grammar of the Five Senses--Principles of the Kantian
- Philosophy--Devarication of the New Testament, &c.
-
-Par _Devarication of the New Testament_, Wirgman entend, dit il: “The
-development of celestial power, the aggregate of spiritual existence,
-the sublimity of creative energy, the positive realisation of voluntary
-action, and the blended harmony of supreme wisdom, truth, and goodness.”
-
-Il faudrait être bien difficile pour n'être pas satisfait de la clarté
-de cette définition.
-
-Il adressa, avec cet ouvrage, une lettre à George IV, alors Prince
-Régent, et il y déclare qu'à moins que le Prince n'adopte les principes
-qui y sont développés, ni lui même, ni aucun de ses sujets, ne pourront
-être sauvés dans l'autre monde.
-
-Le dérangement des idées chez Wirgman se faisait remarquer non seulement
-dans ses écrits, mais encore dans la forme extérieure de ses livres.
-Ainsi il faisait fabriquer du papier exprès, de différentes couleurs
-dans la même feuille, et lorsque ces couleurs, les feuilles une fois
-imprimées, ne lui plaisaient pas, il en faisait tirer d'autres. Il
-changeait le plan de l'ouvrage, l'arrangement des chapitres, et tout
-cela durant l'impression. Il en résultat que le livre dont nous venons
-de parler, se composant de 400 pages, finit par coûter à l'auteur 2276
-livres sterling.
-
-Dans sa _Grammaire des Cinq Sens_, l'auteur prétend que lorsque son
-livre aura été universellement adopté dans les écoles, la paix et
-l'harmonie seront ramenées sur la terre, et la vertu remplacera le
-crime.
-
-Cette grammaire est une espèce de cours de métaphysique à l'usage des
-enfants, d'après l'idée de l'écrivain. Les explications ont lieu à
-l'aide de dix-neuf diagrammes coloriés, et sont basées sur trois idées
-principales, le _Temps_, _l'Espace_, et _l'Eternité_, constituant ce
-qu'il appelle: _The Science of Mind_.
-
-Il a formé une carte de cette science, qui offre vingt éléments ou
-principes, et il est tellement persuadé que tout est dit maintenant sur
-ce sujet, qu'il se résume lui-même par ces mots:--
-
-“The twenty elements which constitute the human mind are not only
-discovered, but so completely classified as to defy posterity either to
-add one more element or take one away--or even to alter the arrangement
-so scientifically displayed in the _British Euclid_” (autre livre du
-même auteur). “The work is done for ever; like the Pythagorean Table,
-which was made 600 years before the birth of Christ, and not only stood
-the test of ages to the present period, but actually defies succeeding
-generations, to the end of Time, either to add or detract from its
-perfection.”
-
-Le malheureux Wirgman, dans plusieurs endroits de ses livres, se plaint
-qu'on ne voulut jamais l'écouter, et qu'il demanda en vain d'être nommé
-professeur de philosophie dans une université ou collège, quoiqu'il eût
-consacré près d'un demi siècle à la propagation de ses idées; mais son
-courage résista à ces épreuves, et à la fin d'une requête au conseil de
-l'université de Londres, en 1837, il déclare que: “_While life remains I
-will not cease to communicate this Blessing on the rising world._”
-
-Quelle pitié qu'une telle énergie n'ait pas pu rester dans la droite
-voie, comme dit le Dante.
-
-La même ténacité dans l'idée se trouve également chez _William Martin_.
-Les œuvres qu'il publia durant près d'un quart de siècle, et son
-excentricité habituelle, suffisent pour lui donner une place ici.
-Remarquons aussi qu'il était frère de Jonathan Martin qui incendia la
-cathédrale d'York en 1829, dans un accès de folie, et de John Martin, le
-célèbre peintre dont les conceptions extraordinaires ont créé un genre
-nouveau.
-
-Il s'adonna aux études philosophiques, et finit par se convaincre qu'il
-était prédestiné à renverser la philosophie Newtonienne. Son premier
-ouvrage est intitulé:
-
-_A New System of Natural Philosophy on the principle of Perpetual
-Motion_, Newcastle, Preston, 1821. Sur le titre il se désigne comme:
-_philosophe de la nature_.
-
-Dans la préface, il nous apprend qu'au mois d'Août, 1805, il commença à
-étudier le mouvement perpétuel, et qu'au mois de décembre, 1806, après
-trente six manières différentes d'opérer, il fut parfaitement convaincu
-de l'impossibilité d'atteindre son but à l'aide de machines, et qu'il
-renonça à cette idée comme tout-à-fait impraticable. “Mais le soir
-même,” ajoute-t-il, “du jour où je formai cette conclusion, j'eus un
-songe des plus étranges, terrible et effrayant, pour une part, et très
-agréable pour l'autre. Je m'éveillai parfaitement convaincu que j'étais
-l'homme que la Majesté divine avait choisi pour découvrir la grande
-cause secondaire de toutes choses, et le véritable mouvement perpétuel.”
-
-Comme on peut bien le supposer, ces sortes d'élucubrations de Martin
-furent rudement traitées par la critique, mais il n'était pas homme à se
-décourager, et il publia: _William Martin's Challenge to all the World,
-as a Philosopher and Critic_. Newcastle, 1829.
-
-Cet ouvrage renfermait entr'autres traités: _The Flight through the
-Universe into Boundless Space, or the Philosopher's Travels of his
-Mind_; ainsi que: _A Critic on all false men who pretend to be Critics,
-and not being men of wisdom or genius_.
-
-Dans l'introduction il souhaite longue vie et prospérité au Roi et au
-Vice-Roi d'Irlande. Tous deux savent bien, dit-il, que William Martin a
-complètement effacé Newton, Bacon, Boyle et Lord Bolingbroke:--
-
- Well they know that Wm Martin has outstript
- Newton, Bacon, Boyle and Lord Bolingbroke.
-
-Les années n'apportèrent aucune amélioration à l'état sanitaire de
-l'esprit de William Martin, car en 1839, il publia chez Pattison and
-Ross, à Newcastle-on-Tyne: _The Exposure of Dr Nichol, the Impostor and
-Mock Astronomer from Glasgow College, and of those who are showing their
-ignorance concerning the New System of National Education_.
-
-“Je supplie la jeune Reine,” dit-il, dans sa préface, ainsi que le
-gouvernement Britannique, de mettre fin à l'abominable système qui se
-pratique, sous les regards de Dieu et des hommes. Un sot peut se lever
-et produire un vain bruit, mais du bruit ne forme pas un argument, et
-quiconque d'entre les serviteurs du diable l'oppose au système de
-Martin, qu'ils se lèvent l'un après l'autre, et qu'ils donnent une bonne
-raison de leur opposition.”
-
-La même année il publia également un ouvrage de théologie, intitulé: _A
-stumbling-block to the Unitarians, proving Three in One in everything_.
-
-Il y démontrait que tous les objets de la nature physique, se divisaient
-en trois parties, dont l'air était l'unité.
-
-On a encore, du même auteur: _A Poetical Chronological Account of the
-World, from the Creation until the Birth of our Blessed Lord, &c. By
-William Martin, Natural Philosopher and Poet_.
-
-Il se donne la qualité de poète dans cette œuvre, parcequ'elle est
-composée de quatrains de la force de celui-ci, qui est le premier:--
-
- The creation of the world and
- Likewise Adam and Eve, we know,
- Made by the great God, from
- Whom all blessings flow.
-
-Un autre original, C. Fusnot[21] résout les hautes questions de la
-philosophie humaine par leur analogie avec les parties du corps de
-l'homme! Il démontre, dans un de ses Chapitres, que “Les pouvoirs de
-l'homme et de la femme, unis en mariage, sont représentés par la jambe
-et le pied.”
-
- [21] Vérités positives; rapport entre les vérités physiques et les
- vérités morales. Bruxelles, 1854, in 12º.
-
-Ailleurs, que le grande semaine de la création est représentée dans le
-bras de l'homme, fait à l'image de Dieu, parceque “Les six articulations
-du bras, avec la main et les doigts, forment un tout qui se tient et se
-mène (semaine) pour nous rappeler la chaîne de la création de
-l'Univers.”
-
-Bien d'autres calembourgs se trouvent dans l'œuvre de cet infortuné, qui
-était néanmoins de la meilleure foi du monde.
-
-Un des auteurs contemporains dont le dérangement du cerveau avait le
-caractère le plus prononcé, fut John Steward, qui mourut à un âge fort
-avancé en 1822. Né à Londres, il fut envoyé à Madras dans sa jeunesse,
-comme employé de la compagnie des Indes, mais atteint de la manie des
-voyages, il renonça bientôt à ce poste, et parcourut à pied une grande
-partie du globe. Dès lors il commença à écrire, mais sans jamais
-communiquer à personne ses compositions. Un jour en danger de faire
-naufrage en revenant en Europe, il recommanda aux matelots qui lui
-survivraient, le manuscrit qu'il allait publier, et qu'il avait
-intitulé, _Opus Maximum_. Il disait que tous ses voyages avaient été
-entrepris pour découvrir _la Polarisation de la vérité morale_. Ayant
-recouvré du gouvernement Anglais une assez forte somme, pour ses
-services dans l'Inde, il s'établit à Londres, et réunit une fois la
-semaine ses amis pour causer et discuter. Le dimanche il donnait à dîner
-aux plus intimes, et le soir il avait la coutume de leur faire un
-discours philosophique où il développait l'une ou l'autre des thèses
-dont il s'occupait pour le moment. Voici un court exemple de son style:
-“The Philoptopist moving progressively on the scale of good sense, to
-the index of self-knowledge or manhood, makes the end of the philosopher
-his means to procure universal Good, or universal truth, to all
-existence in unity of co-eternal essence, co-eternal energy, and
-co-eternal interest!”
-
-La soirée finissait par quelque morceau de la musique sacrée de Handel,
-qu'il aimait passionnément, et la marche funèbre de Saül, était le
-signal pour la société de se retirer.
-
-Il allait s'asseoir pendant des heures entières dans le parc de St
-James, ou sur le pont de Westminster, et quiconque venait se mettre à
-coté de lui, était sûr de lui entendre commencer une discussion sur la
-Polarisation de la vérité morale.
-
-Il composa un nombre assez considérable d'ouvrages, qu'il faisait
-imprimer presque toujours à ses frais, puis les distribuait à ses amis
-et connaissances. Ils sont devenus fort rares. Les titres seuls de ses
-livres au nombre de plus de vingt, et dont nous allons mentionner les
-plus curieux, indiquent suffisamment l'état du cerveau de notre
-original:
-
-1º. Voyages pour découvrir la source du mouvement moral, in 12º pages
-XLVIII, et 252.
-
-2º. L'apocalypse de la nature, où la source du mouvement moral est
-découverte, 12º pages XVI, et 310.
-
-3º. La Révolution de la raison, ou l'établissement de la Constitution
-des choses, de l'homme, de l'intelligence humaine, du bien universel,
-12º pages XXIV, et 140.
-
-4º. Le Tocsin de la vie sociale, adressé à toutes les nations du monde
-civilisé, et découverte des lois de la nature relatives à l'existence
-humaine, 8º.
-
-5º. Livre de la vie intellectuelle ou soleil du monde moral. Publié en
-l'année du sens-commun 7000. année de l'histoire astronomique des tables
-Chinoises.
-
-Quoique John Stewart connût fort bien plusieurs langues, tous ses
-ouvrages sont écrits en Anglais, à l'exception des deux suivants qui
-sont en Français:
-
-1º. Système nouveau de la philosophie physique, morale, politique, et
-spéculative. Londres, 1815, 18º.
-
-2º. Philosophie du sens-commun, ou livre de la nature, révélant les lois
-du monde intellectuel. 1816.
-
-Le principe de ses extravagances était un amour-propre colossal. Dans un
-de ses ouvrages il se compare à Socrate et se met au dessus de lui; dans
-un autre il se qualifie du seul homme de la nature qui ait jamais paru
-dans le monde.
-
-Il était poursuivi par l'idée qu'à une certaine époque, tous les rois de
-la terre pactiseraient ensemble pour parvenir à détruire ses ouvrages,
-et en conséquence il priait tous ses amis d'envelopper soigneusement, de
-manière à les garantir de l'humidité, quelques exemplaires, et puis de
-les enterrer à sept ou huit pieds sous terre, ayant soin de ne déclarer
-qu'à leur lit de mort, et sous le sceau du secret, l'endroit où ils
-seraient cachés. Thomas De Quincey, dans ses _Essays sceptical and
-anti-sceptical_, donne un curieux article sur John Stewart.
-
-
-
-
-QUATRIEME SECTION.
-
-EPIGRAPHES.
-
- “... In pectus cæcos absorbuit ignes,
- Ignes qui nec aquâ perimi potuêre, nec imbre
- Diminui, neque graminibus, magicisque susurris.”
-
- “... Their wretched brain gave way,
- And they became a wreck, at random driven,
- Without one glimpse of reason or of heaven.”
-
-MOORE.
-
-
-
-
-POLITIQUE.
-
-
-La science politique doit nécessairement entraîner à de profondes
-études, et exige un constant et vigoureux usage des plus hautes facultés
-du raisonnement. Dans la pratique, elle excite, passionne et aveugle
-souvent les âmes ardentes, quoiqu'à la surface règne l'apparence du
-calme et de la froideur. C'est même cette apparence nécessaire qui
-double l'énergie de la conviction.
-
-Et lorsque l'esprit politique descend jusqu'à l'esprit de parti, ou que
-l'intérêt personnel et l'ambition ont une libre carrière, un champ riche
-et fécond s'offre aux pensées désordonnées. Il serait facile d'énumérer
-ici les théories les plus extravagantes, mais nous nous contenterons de
-citer quelques auteurs des plus remarquables sous ce rapport.
-
-_Démons_, conseiller au Présidial d'Amiens, composa des ouvrages dont
-les titres seuls annoncent qu'il avait donné congé à sa raison. On ne
-connaît rien de sa vie, mais il figure dans la _Biographie universelle_
-de Didot, comme un des écrivains les plus bizarres du 16me siècle, et y
-est rangé dans la classe des fous qui ont composé des livres. “La
-plupart des Bibliographes, dit Nodier, ont classé ses bouquins
-polymorphes dans l'_histoire de France_, l'abbé Langlet Dufresnoy les
-rapporte à la _théologie mystique_, et Mr Brunet les restitue à la
-_Poésie_. C'est que le sieur Démons est un fou très complexe, et que la
-variété de ses lubies l'avait mis en fonds d'extravagances pour tout le
-monde. C'était un maniaque à facettes, continuellement prédisposé à
-répéter toutes les sottises qu'il voyait faire et toutes celles qu'il
-entendait dire.”
-
-Les deux ouvrages, dont nous donnons les titres en entier, témoignent
-que le texte n'est d'un bout à l'autre qu'un amphigouri inextricable.
-
-“La démonstration de la quatrième partie de rien, et quelque chose et
-tout; et la quintessence tirée du quart de rien, et de ses dépendances,
-contenant les préceptes de la saincte magie et dévote invocation de
-_Démons_, pour trouver l'origine des maux de la France, et les remèdes
-d'iceux,” 1594, petit in 8º, de 78 pages et un errata.
-
-Leber, dans son catalogue, où il cite ce livre, pense qu'il n'est pas
-absolument impossible de dire, d'après le préambule, ce que l'auteur
-entendait par le _quart de rien_.
-
-“On se rappelle,” ajoute-t-il, “le poème de Passerat sur le mot _Nihil_,
-_rien_. Ce jeu de mots fut suivi de quelques autres semblables,
-notamment de deux petits poèmes intitulés, l'un: _Quelque chose_,
-l'autre: _Tout_. Or le quart de _rien_ est un quatrième poème dont le
-sujet est _Dieu_, qui renchérit, qui domine sur _tout_. Voilà le mot de
-l'énigme: non de l'ouvrage, auquel je ne comprends rien, mais d'un titre
-d'une demi page, dont j'ai compris deux mots.”
-
-Voici le titre du second ouvrage de Démons. On n'en connaît qu'un seul
-exemplaire: “La Sextessence diallactique et potentielle tirée par une
-nouvelle façon d'alambiquer, suivant les préceptes de la saincte magie
-et invocation de _Démons_, conseiller au Présidial d'Amiens; tant pour
-guarir l'hémorragie, playes, tumeurs et ulcères vénériennes de la
-France, que pour changer et convertir les choses estimées nuisibles et
-abominables, en bonnes et utiles,” Paris, 1595, in 8º.
-
-L'auteur dit: “Qu'il a résolu de faire marcher en public
-l'esclaircissement des ténèbres de sa craintive obscurité, en la
-quintessence qu'il avait tirée du quart de rien,... et de donner
-l'explication des énigmes de son invention, touchant l'origine et le
-remède des maux de la France.” Malheureusement cette explication n'a
-point été expliquée.
-
-C'est probablement le nom de l'auteur qui aura égaré le bibliographe
-qui, par une méprise singulière, dit Leber, prit le Conseiller pour un
-suppôt de l'enfer, et son livre pour un _grimoire cabalistique_.
-
-Dans son catalogue déjà cité, Nº 4148, on fait observer que peu de
-livres peuvent être comparés, quant à l'absurdité, à la _Quintessence_
-ou à la _Sextessence_, excepté peut-être l'ouvrage dont le titre suit:
-“Lettre mystique, responce, réplique, Mars joue son rolle en la
-première; en la seconde la bande et le chœur de l'Estat; la troisième
-figure l'amour de Polyphème, Galathée et des sept pasteurs--Cabale
-mystérielle révélée par songe, envoyée à Jean Boucher;”[22] 1603, deux
-parties en un volume in 8º.
-
- [22] C'était un des plus fougueux apôtres de la Ligue. Comme il était
- alors en fuite, cette lettre lui fut sans doute adressée par
- raillerie. Voir le _Bulletin du Bibliophile_, année 1849, p. 187.
-
-“Je n'oserais décider,” ajoute Leber, “si _la lettre mystique_ est au
-dessus ou au dessous du _Quart de rien_.”
-
-L'auteur est anonyme, mais mérite incontestablement une mention ici.
-
-Nous citerons encore, pour mémoire seulement, l'auteur anonyme des
-_Codicilles de Louis XIII_, parce que le Marquis du Roure le qualifie de
-lunatique insensé, dans son _Analectabiblion_, tome 2me, page 213, où il
-parle de cet ouvrage de 1643.
-
-_François Davenne_, disciple de Simon Morin, fut de beaucoup plus
-extravagant que _Démons_.
-
-“Ce rêveur fanatique dont la raison était égarée,” dit Charles Brunet,
-dans son _Manuel_, “publia tant en vers qu'en prose, à Paris de 1649 à
-1651, les bizarres productions de son cerveau malade.” Ces pièces sont
-décrites, au nombre de 23, dans la _Bibliographie instructive_ de De
-Bure, d'après Châtre de Cangé, mais il y en avait deux de plus dans le
-recueil formé par Mr De Macarthy. Ces écrits ont presque tous pour but
-de revendiquer la royauté qu'il prétend que Dieu lui avait attribuée. Il
-veut prouver que le monde finira en 1655; et dans son _Harmonie de
-l'amour_, il cherche à démontrer, par des exemples empruntés à
-l'Ecriture sainte, que Louis XIV n'a pu être le fils de Louis XIII.
-
-Son opuscule _De l'harmonie de l'amour et de la justice_, où cette idée
-est soutenue, se termine par dix sonnets et autres pièces qu'il serait
-difficile de qualifier de poésie.
-
-“Davesne ou Davenne naquit à Fleurance, petite ville du bas Armagnac; on
-ne sait précisément, ni la date de sa naissance ni celle de sa mort,”
-dit C. Moreau, dans sa _Bibliographie des Mazarinades_, qui donne plus
-de renseignements littéraires que toutes les autres biographies. Ses
-extravagances le firent enfermer plusieurs fois. Persuadé qu'il devait
-supplanter Louis XIV, et monter sur le trône, il propose deux moyens de
-_sa souveraine puissance et autorité royale_: “Appelez le Cardinal,”
-dit-il, “la régente, le duc d'Orléans, les Princes, Beaufort, le
-coadjuteur, et ceux qu'on estime les plus saints dans le monde; faites
-allumer une fournaise; qu'on nous y jette dedans, et celui qui sortira
-sans lésion de la flamme, comme un phœnix renouvellé, que celui-là soit
-estimé le protégé de Dieu, et qu'il soit ordonné prince des peuples.”
-
-Mais craignant que cette épreuve ne soit acceptée, il en propose une
-autre: “Que le Parlement me juge à mort, pour avoir osé dire la vérité
-aux princes. Qu'on m'exécute, et si Dieu ne me garantit de leurs mains
-d'une manière surnaturelle, je veux que ma mémoire soit éteinte. Si Dieu
-ne me préserve de la main des bourreaux, rien ne leur sera fait; mais si
-le bras surnaturel m'arrache de leurs griffes, qu'ils soient sacrifiés à
-ma place.”
-
-Voici une de ses pensées, dans son meilleur style, tirée de son _Factum
-de la sapience eternelle_: “Je t'immole mon âme sur l'échafaud de mes
-idées, de la main de mes désirs, par le glaive de ma résignation.”
-
-Tous les pamphlets de Davenne sont extrêmement rares; il n'en existe
-peut-être pas une collection complète, dit C. Moreau, dans sa
-_Bibliographie_.
-
-Louis XIV semblait jouer de malheur, car un autre fou, _le Chevalier
-Caissant_,[23] se prétendait frère de ce monarque.[24] Nous avons de cet
-auteur deux opuscules in 8º sans lieu ni date, qu'il nous a été
-impossible de nous procurer et dont voici les titres, d'après Ch.
-Brunet:--
-
- [23] _Histoire du grand et véritable Chevalier Caissant_; Versailles,
- 1714, in 12º, par Joseph Bonnet, jurisconsulte d'Aix en Provence.
- Barbier, _Dictionnaire des Anonymes_, qui cite _Achard_, transcrit
- la note sur _Caissant_ que donne cet auteur. Voir aussi le _Manuel
- du Libraire_ de Brunet, tom. 1er, page 521.
-
- [24] Et non de Louis XV, comme l'indique le Catalogue de la Vallière,
- t. 2. p. 567, dit Barbier. Cette erreur n'a pas été rectifiée dans
- le _Manuel_.
-
-“A la tête de ce merveilleux ouvrage, l'honneur m'engage de souhaiter
-l'accomplissement de l'heureuse année à mon frère sa Majesté, et à la
-Reine également, et à toute l'auguste famille pareillement. Ainsi
-soit-il:--
-
-“AU ROI dont j'espère qu'il soutiendra mes titres, mes prérogatives, et
-qualités de _Caissant_, dont sa sainteté et sa Majesté ont honoré avec
-un zèle et félicité, le Roi de Mississippi, Cardinal-Laïque et
-Pape-Laïque, cordon bleu, Généralissime des mers orientales et
-occidentales, qui me procurent millions et milliards immenses.”
-
-Achard[25] nous apprend dans une note de sa biographie de Joseph Bonnet,
-que Caissant eut le talent par ses facéties et sa crédulité de faire
-rire et d'amuser les autres, en menant une vie commode et agréable.
-
- [25] _Dictionnaire des Hommes Illustres de la Provence_, Marseille,
- 1736, in 4º.
-
-Après avoir diverti longtemps les habitants de Bignolles, il vint à
-Paris, et trouva moyen de s'insinuer auprès du Cardinal de Fleury. Il se
-disait aussi Cardinal, et le croyait, ou semblait du moins le croire.
-Caissant prouva que sa folie, sous le rapport du bien-être matériel,
-valait bien l'esprit des autres.
-
-_La suite_ de l'histoire de Caissant, que cite Brunet, n'offre rien de
-piquant ni d'agréable, dit Barbier, et il y a toute apparence qu'elle
-vient d'une autre main que la première partie. Il n'en est point parlé
-dans le _Dictionnaire des Hommes Illustres de la Provence_. Cette suite
-est presqu'entièrement composée de longues histoires épisodiques,
-absolument étrangères au héros principal, selon Barbier.
-
-Cette monomanie d'être frère d'un roi de France, s'est renouvellée de
-nos jours, dans la personne de _d'Aché_ ou _Dachet_, que les biographies
-ont oublié, quoiqu'il soit l'auteur de six ou sept volumes fort rares.
-
-Quérard, dans ses _Supercheries littéraires_, tome 3, a réparé cet
-oubli, et nous apprend des faits qui nous obligent à faire entrer ce
-Namurois dans notre galerie.
-
-Né en 1748, Dachet reçut son éducation au collège des Jésuites, et en
-1768 accomplit ses vœux monastiques à l'abbaye de Floreffes.
-
-Ce fut alors que sa folie paraît avoir commencé. Il nous a raconté
-lui-même sa vie, quoique d'une manière très peu intelligible, et son
-mariage avec _sa nièce_, fille de Louis XVI; car notre homme ne
-prétendait à rien moins qu'à être le Duc de Bourgogne, fils aîné du
-Dauphin, père de Louis XVI, par conséquent le véritable successeur de
-Louis XV, et _frère aîné_ de Louis XVI, qu'il regardait comme un
-usurpateur.
-
-En 1809 il s'occupait à Voroux-Goreux près de Liège, à imprimer lui-même
-ses _Mémoires_ qui sont dédiés _Aux Indiens_, et intitulés: _Tableau
-historique des malheurs de la Substitution_, cinq volumes in 8º.
-
-L'histoire de ce livre étant très curieuse, nous la donnerons ici,
-d'après le catalogue d'Alphonse Polain, Liège, 1842, in 8º, pages 14-16,
-qu'a suivi Quérard.
-
-Comme en 1810 le pays de Liège faisait partie de l'empire Français, et
-qu'on y jouissait par conséquent de toute la liberté de la presse
-qu'avait bien voulu nous laisser l'Empereur, on prouva au sieur d'Aché
-qu'en vertu d'un décret de Novembre 1810, il n'avait pas le droit
-d'imprimer des absurdités, même pour lui seul, et sans avoir dessein de
-les vendre. On saisit sa presse, les quatre cents exemplaires de son
-livre, et l'on expédia le tout vers Liège, sous l'escorte d'un gendarme.
-
-Lorsqu'on demanda au frère aîné du malheureux Louis XVI de faire
-connaître les motifs qui l'avaient engagé à imprimer ces six gros
-volumes in 8º, dont un exemplaire avait été envoyé au conseiller d'Etat
-_Réal_, à Paris, un autre à M. De Pommereul, directeur de la librairie,
-et le troisième réservé au Préfet, d'Aché répondit que ses motifs
-étaient: “Le désir et le besoin d'imprimer pour sa propre utilité, afin
-de démontrer qu'il avait droit au sacrement du baptême, et que l'abbaye
-de Floreffes l'ayant tenu en prison pendant dix-huit cent
-quatre-vingt-quatre jours et demi, il a cru pouvoir revendiquer, à la
-charge de ladite abbaye une somme de cent quatre-vingt huit mille,
-quatre cent cinquante florins, argent du pays, à raison de cent florins
-par jour d'emprisonnement.”
-
-Le Synode de Liège avait déclaré, quelque temps auparavant, que d'Aché
-était _un fou parfaitement caractérisé_. Le synode ne s'était pas trop
-hasardé dans son assertion; mais on n'était pas d'une croyance aussi
-facile à Paris. On s'obstinait presque à voir dans l'ancien moine
-défroqué un conspirateur habile, un ennemi acharné de la dynastie
-régnante. M. Réal ordonna de surveiller attentivement cet effronté
-visionnaire.
-
-Quant aux 400 exemplaires de l'ouvrage, _Les malheurs de la
-Substitution_, ils furent pilonnés le 17 et 18 Février, 1812. Les
-exemplaires envoyés par l'auteur, plus deux autres qu'on lui laissa,
-échappèrent seuls à cet immense désastre. Aux yeux du bibliomane, le
-livre de d'Aché a donc aujourd'hui un fort grand mérite, celui de la
-rareté; il n'a guère que celui-là.
-
-A la Restauration on retrouve d'Aché à Paris, publiant une brochure,
-mentionnée par _le Journal de la Librairie_ de M. Beuchot; _Réclamation
-de Louis-Joseph-Xavier_ (D. D'Aché) _contre la spoliation de ses biens_,
-1817, in 8º, de 58 pages.
-
-Cet opuscule n'est pas moins rare, dit Quérard, que le _Tableau
-historique_.
-
-M. Alphonse Polain croit que notre auteur est mort à Charenton.
-
-Peut-être est-il encore plus difficile de trouver les trois _Epîtres_
-qu'_Usamer_ publia à Nivelles (Belgique) et dédia à _ses contemporains_.
-Ce pseudonyme cache le nom d'un certain _Herpain_, de Genappe, qui, vers
-1848, ayant eu le cerveau dérangé par les idées de progrès social, à
-l'ordre du jour alors, chercha à faire accepter, afin d'être plus
-universellement compris, une langue de sa façon, qu'il appelle _Langage
-Physiologique_. Il développa son système dans une brochure in 18º,
-format carré, dont il envoya un exemplaire à toutes les assemblées
-législatives de l'Europe. Celui qu'il destinait au Parlement Anglais,
-porte pour suscription: _Aux Législateurs de la Grande Nation Anglaise,
-par leur serviteur Herpain, auteur_.
-
-Dans une note, à la fin de l'invocation, il prévient le lecteur qu'on a
-dû se servir de quelques chiffres, au lieu de lettres, les caractères
-nouveaux n'étant pas confectionnés. Usamer a soin de donner la
-traduction de son galimatias, et l'on peut juger par les deux lignes
-suivantes, que la précaution n'est pas inutile:--
-
-INVOCATION.
-
-Stat5nq facto oprolit2al n1, n1 foʌ2al ovo otano. Tunk tev oret2inpod
-etesas et etes, &c. &c.
-
-TRADUCTION.
-
-“Aussitôt que votre présence majestueuse eut éclairé le néant, le néant
-fut fait le milieu de l'existence. Alors vous voulûtes régner
-favorablement sur des essences, et des principes d'êtres furent produits
-par votre généreuse fécondité, &c. &c.”
-
-Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette esquisse que par les
-paroles de François de Clarier, sieur de Longval, dans son _Hôpital des
-fols incurables_:[26] “Qui ne voit combien est grande la folie qui règne
-parmy les hommes, puisque les plus sçavans d'entr'eux, qui devroient par
-conséquent estre plus sages que tous les autres, disent quelquefois des
-choses que les moins senséz n'oseroient mettre en avant?
-
- [26] L'HOSPITAL DES FOLS INCURABLES, _où sont déduites de poinct en
- poinct toutes les folies et les maladies d'esprit, tant des hommes
- que des femmes; tiré de l'Italien de Thomas Gazoni, et mis en nostre
- langue par François de Clarier, sieur de Longval, professeur ez
- mathématiques et docteur en médecine_, 1 vol. in 8º, 1620.
-
-“Pline n'est-il pas plaisant de dire que le poète Philetas estoit si
-maigre et si gresle de corps, qu'il luy fallait mettre un contrepoids de
-plomb à ses pieds, pour empescher que le vent ne l'emportast? Ne nous en
-baille-t-il pas bien à garder quand il dit que sur le lac appelé
-_Tarquinien_, il y eut jadis deux forests qui flottoient par dessus
-l'eau, ores en figure triangulaire, tantost en rond, et maintenant en
-quarré. La folie de Cœlius n'est pas moindre quand il nous conte qu'un
-certain monstre marin, homme par devant et cheval par derrière, mourut
-et ressuscita par diverses fois. Elian n'est guère plus sage d'escrire
-que Ptolomée Philadelphe eut un cerf si bien instruict, qu'il entendoit
-clairement son maistre, quand il luy parloit grec. Les exemples sont
-sans nombre, mais tant s'en faut qu'un esprit si grossier que le mien
-puisse raconter toutes les folies que les écrivains, mesme les doctes,
-ont mis en avant, qu'au contraire je tiens qu'entreprendre un si long
-ouvrage seroit de mesme que vouloir délasser Atlas, et le descharger de
-son fardeau; il me suffit de dire que le sage peut s'escrier à bon
-droict: _J'ay veu tout ce qui se faict sous le soleil, qui n'est
-qu'affliction d'esprit et que vanité!_ et: _Stultorum numerus est
-infinitus._”
-
-En réfléchissant sur les faits que nous venons de passer en revue, il
-nous semble que l'on expliquerait beaucoup mieux les différentes sortes
-de folie, comme le dit le docteur J. Moreau dans son ouvrage intitulé:
-_Du Hachisch et de l'aliénation mentale_, si l'on admettait l'identité
-psychologique de la folie et de l'état de rêve. Il n'est pas de rêve
-dans lequel ne se retrouvent tous les phénomènes de l'état
-hallucinatoire. La folie est le rêve d'un homme éveillé; l'état de rêve
-est le type normal ou psychologique de l'hallucination. A quelques
-égards l'homme à l'état de rêve, éprouve, au suprême degré, tous les
-symptômes de la folie; convictions délirantes, incohérence des idées,
-faux jugements, hallucination de tous les sens, terreurs paniques,
-impulsions irrésistibles, et, dans cet état, la conscience de
-nous-mêmes, de notre individualité _réelle_, de nos rapports avec le
-monde extérieur, la liberté de notre activité individuelle sont
-suspendus, ou, si l'on veut, s'exercent dans des conditions
-_essentiellement_ différentes de l'état de veille. Une seule faculté
-survit, et acquiert une énergie, une puissance qui n'a plus de limites.
-De vassale qu'elle était dans l'état normal ou de veille,
-_l'imagination_ devient souveraine, absorbe et résume en elle toute
-l'activité cérébrale. C'est ainsi que s'explique et que l'on comprend
-beaucoup mieux comment les Fous écrivent parfois des choses sensées, et
-comment des esprits ordinairement très sensés ont de temps à autre écrit
-de grandes folies. Les uns comme les autres rêvent tout éveillés,
-l'association normale des idées échappe peu à peu à la volonté, la
-conscience de nous-mêmes s'affaiblit, et nous passons de la vie réelle à
-celle de l'imagination.
-
-Un des phénomènes les plus constants dans le songe, comme dans la folie,
-c'est que le temps et l'espace n'existent plus; le célèbre Robert Hall,
-le grand prédicateur, disait à un de ses amis, après être revenu d'un
-des accès de folie qu'il avait de temps à autre: “Vous et mes autres
-amis me dites que je n'ai été enfermé que durant sept semaines, et je
-suis forcé de vous croire, car la date de l'année et du mois correspond
-à ce que vous et eux dites; mais ces sept semaines m'ont paru sept
-années. Mon imagination était tellement active et féconde que plus
-d'idées m'ont passé par l'esprit durant ce temps, que pendant n'importe
-quelle période de sept années de ma vie.”
-
-Une esquisse de la folie littéraire n'est pas, à notre avis, un sujet de
-pure curiosité bibliographique. Il serait possible d'en tirer des
-conclusions d'une nature toute pratique, si l'on voulait examiner sans
-préjugé, avec zèle et une connaissance approfondie du sujet, dans toutes
-ses variétés, les circonstances qui ont de l'analogie avec les faits que
-nous venons de détailler. Un dérangement mental, dit le docteur
-Conolly,[27] peut exister, sans être ce qu'on appelle communément de la
-folie: “without constituting insanity in the usual sense of the word,”
-et ce qui produit ce dérangement est souvent une cause physique. Par
-contre, les causes morales amènent fréquemment le dérangement physique
-du corps, ce qui a fait dire à un des plus grands philosophes de
-l'antiquité que tous les désordres des fonctions du corps humain ont
-leur cause dans les désordres de l'esprit. La science a-t-elle assez
-soigneusement étudié ce qu'on appelle folie, sous ce double rapport?
-
- [27] Inquiry concerning the Indications of Insanity.
-
-Si des choses très sensées ont été écrites par des individus, dont le
-cerveau était évidemment dérangé, de même le travail de la pensée et les
-opérations de l'esprit ont achevé durant le sommeil et en rêve, chez
-plusieurs hommes célèbres, ce dont ils se sentaient incapables, étant
-éveillés.
-
-Désespéré de ne pouvoir composer un morceau de musique, et accablé de
-fatigue, Tartini s'endort, et en rêve il arrange sa fameuse _sonate du
-diable_, qu'il se hâte d'écrire de mémoire à son réveil.
-
-Condorcet nous apprend que parfois des calculs difficiles qu'il ne
-pouvait achever, se sont terminés d'eux-mêmes, dans ses rêves.
-
-_Hermas_ dormait lorsqu'une voix lui dicta, dit-il, le livre qu'il
-intitula _le Pasteur_.
-
-Franklin racontait à Cabanis que les combinaisons politiques qui
-l'avaient embarrassé pendant le jour, se débrouillaient parfois
-d'elles-mêmes, en rêve. Les nombreux exemples de ce genre, qui sont
-consignés dans maints ouvrages, formeraient un curieux pendant à notre
-esquisse de la littérature de la folie, et serviraient à prouver, une
-fois de plus, que l'état hallucinatoire est plus fréquent qu'on ne le
-croit.
-
-
-
-
-HISTOIRE DE LA LITTERATURE DES FOUS.
-
-DEUXIEME PARTIE.
-
-BIOGRAPHIES.
-
-
-
-
-BLUET D'ARBERES.
-
-
-PREMIERE SECTION.
-
-BIOGRAPHIE.
-
-En conséquence de la rareté et de la singularité des publications de ce
-fou littéraire qui nous avertit lui-même, dès son début qu'il ne sait ni
-lire ni écrire, et qu'il compose par l'inspiration de Dieu et sous la
-conduite des anges, presque tous les Bibliographes se sont occupés de
-lui, mais en mêlant au vrai, nombre de suppositions et d'erreurs. Les
-suppositions avaient leur cause dans les notions vagues d'après
-lesquelles on parlait des écrits de Bluet dont probablement pas un des
-critiques et des bibliographes antérieurs à notre époque, n'avait lu en
-entier les fragments qu'il pouvait avoir à sa disposition. Les erreurs
-résultaient de l'impossibilité de consulter l'ensemble de ses
-compositions dont les très rares exemplaires sont tous défectueux et
-incomplets.
-
-Des recherches plus soigneuses que celles que l'on avait faites jusqu'à
-présent, et un heureux hasard ayant fait découvrir plusieurs parties des
-œuvres de Bluet, on a examiné plus attentivement les détails que l'on
-possédait déjà, et l'on s'est de nouveau occupé des bizarres
-élucubrations du Comte de Permission. Les trois écrivains qui ont
-exploré ce champ ingrat avec le plus de succès sont M. Deperrey dans sa
-_Biographie des hommes célèbres du Département de l'Ain_, M. Paul
-Lacroix dans deux articles du _Bulletin du Bibliophile_, de Techener, et
-M. Gustave Brunet, dans _la Biographie Universelle_, de Didot.
-
-Le premier a mis en œuvre les renseignements biographiques fournis par
-Bluet lui-même, mais en nous les présentant sous une forme moderne. Nous
-avons préféré, après avoir lu d'un bout à l'autre trois exemplaires
-différents des œuvres de Bernard Bluet, de lui laisser son style simple
-et naïf, et de choisir dans son œuvre entière les détails romanesques
-mais vrais de cette existence vagabonde, tels qu'il les fournit
-lui-même.
-
-Dans la partie Bibliographique nous présenterons ce que les divers
-livres offrent de plus curieux, et profitant des recherches faites
-jusqu'à ce jour, nous serons à même de donner une esquisse passablement
-complète de l'homme et de l'auteur.
-
-Charles Nodier dans une notice pleine de son esprit et de sa causticité
-habituels, nous a donné un excellent article critique sur Bluet
-d'Arbères et sur ses œuvres, dans _le Bulletin du Bibliophile_, de
-Techener. Quoique plusieurs autres bibliographes se soient occupés de
-Bluet, comme nous allons le voir, Nodier est le premier, à notre
-connaissance, qui soit entré dans quelques détails sur sa vie et ses
-écrits bizarres. “J'aime à penser,” dit-il, en terminant sa notice, “que
-_Dubois, Gaillard, Braguemart et Neuf-Germain_ portèrent les quatre
-coins du poêle funèbre de Bluet; c'étaient des fous de même force.”[28]
-
- [28] Gaillard avait été valet de pied, puis cocher, dit Nodier, avant
- d'être poète. Il avait reprit l'artifice commode de Bluet d'Arbères,
- et ses lettres adulatrices aux belles dames de son temps sont assez
- passables pour des lettres de cocher. Ses poésies parurent en 1634,
- et sont très rares.
-
- Nous avons parlé ailleurs de Dubois.
-
- Quant à Louis de Neuf-Germain, que Bayle désigne comme étant un peu
- fou, pour ne rien dire de plus, il vivait sous le règne de Louis
- XIII. Le Duc d'Orléans le nomma son _poète Hétéroclite_ et
- Neuf-Germain prit sérieusement ce titre à la tête de ses ouvrages.
- Le Cardinal de Richelieu se plaisait à lui entendre répéter ses
- plates bouffonneries. On ignore l'époque de sa mort, mais les
- contemporains en parlent encore comme étant vivant en 1652.
- Sarrasin, Voiture et Boileau se sont occupés de ce fou littéraire
- dont les œuvres furent publiées en deux volumes in 4º en 1630 et
- 1637, sous le titre de: _Poésies et rencontres du sieur de
- Neuf-Germain_.
-
-Examinons brièvement ce que savait la critique littéraire sur Bluet,
-avant Charles Nodier.
-
-L'article que Flögel[29] consacre à notre auteur, résume assez bien,
-sauf quelques oublis, ce qu'on en savait à cette époque. Il indique la
-contradiction entre Prosper Marchand et Beyer,[30] sur la nature même
-des œuvres de Bluet, l'un affirmant que c'est un petit volume, et
-l'autre que c'est un gros ouvrage. Flögel qui probablement n'en parle
-que par ouï-dire, penche pour le dernier avis. Au fond ils n'ont
-peut-être tort ni l'un ni l'autre. Marchand a voulu parler du format, et
-Beyer de l'épaisseur de ce petit volume, lorsque tout est réuni (dickes
-Buch). Il paraît que du temps de Flögel on n'avait connaissance que de
-cent trois des livres, ou morceaux numérotés de Bernard. On n'était
-guère d'accord non plus, sur la signification de ces visions. Les uns
-n'y voyaient que des énigmes incompréhensibles, les autres y trouvaient
-un sens mystique caché et profond; enfin une troisième classe y
-reconnaissait la science de la pierre philosophale, tant il est vrai de
-dire:
-
- Un fou trouve toujours un plus fou qui l'admire.
-
-Bayle, dans sa correspondance, lettre 187, (et non 137, comme le dit
-Flögel,) nous apprend qu'il ne savait rien sur Bluet d'Arbères, mais,
-ajoute-t-il: “j'espère rencontrer quelque chose, du moins fortuitement,
-dans le cours des recherches que je fais, sur le Comte de Permission.”
-
- [29] Geschichte der Komischen Litteratur. Ersten Haupstück 17ième
- siècle, 2ième vol. p. 528.
-
- [30] Memoriæ librorum rariorum, p. 49.
-
-Le Duchat fit copier le commencement de Bluet par M. Du Fourni, auditeur
-de la chambre des comptes, et dans cette copie il est fait mention, pour
-la première fois, d'une circonstance que Bluet nous apprend lui-même,
-c'est la couverture diversement coloriée dont il faisait relier les
-plaquettes, qu'il appelait des livres.
-
-“Le 2me livre d'oraisons était couvert de bleu céleste.
-
-“Le troisième livre des sentences, couvert d'orangé.
-
-“Le 4me livre des prophéties est couvert de rouge.
-
-“Le 6me livre des songes, est couvert de bleu et de noir, &c.”
-
-Le Duchat, dans une remarque sur un passage de _La Confession de Sancy_,
-fait une observation très naïve, et qui prouve qu'il n'avait qu'une idée
-bien vague du Comte de Permission: “Il y eut à la cour d'Henri IV,
-dit-il, depuis 1601 jusqu'en 1605, un homme de ce nom-là, qui n'y avait
-pas fait fortune, et qui dépendait de quelque ministre, comme pouvait
-être M. De Sillery, garde des sceaux, chez lequel il avait la commission
-de revoir les ouvrages pour lesquels on demandait un privilège.”
-
-La pensée de donner cette étrange position à un homme qui ne savait ni
-lire ni écrire, aurait été des plus bouffonnes. C'est un curieux exemple
-du danger qu'il y a de faire des suppositions sur un auteur dont on n'a
-guère lu les ouvrages.
-
-Prosper Marchand[31] accorde huit lignes à notre Comte de Permission, de
-l'existence duquel il n'est pas même fort assuré, car il en parle comme
-d'un personnage “_qu'on prétend avoir paru à la cour de France_, au
-commencement du 17me siècle, et qu'on croit avoir été _une espèce
-d'administrateur de la librairie_, ou d'examinateur des ouvrages à
-publier, sous l'autorité du Chancellier.”
-
- [31] Dictionnaire historique, t. 1ier, p. 203.
-
-Ceci n'est pas mal, comme mystification dans l'histoire littéraire, mais
-Prosper Marchand ne s'arrête pas en si beau chemin: “Il y a sous ce nom
-(celui du Comte de Permission) un petit livre extrêmement rare, et connu
-de très peu de personnes, _dont surtout les partisans de la pierre
-philosophale font beaucoup de cas_!” Il faut dire cependant, à la
-décharge du biographe, que, convaincu de la nullité de ses
-renseignements, il donne tout au long en note, ceux de l'auteur des
-remarques sur les lettres de Bayle, dont nous avons parlé ci-dessus.
-
-Il avait eu sous les yeux l'ouvrage de Bluet d'Arbères, car il le décrit
-et en donne même des extraits. Comprend-on, après cela, que non
-seulement il n'ait pas la moindre idée de son contenu, ni de la date de
-l'impression (indiquée cependant presqu'à chaque livre) mais encore
-qu'il forge à plaisir un faux titre dans un catalogue!
-
-Il est curieux de citer les paroles mêmes d'un bibliophile aussi exact.
-
-“Le Comte de Permission est un petit livre très rare” (d'abord le Comte
-de Permission non seulement n'est pas un livre; ce n'est pas même le
-titre d'un ouvrage quelconque). “C'est une espèce de catalogue de livres
-feints et imaginaires;” (ne croirait-on pas qu'il s'agit d'une seconde
-bibliothèque de Saint Victor?) “qui contient 42 feuillets,” (et ce
-malheureux Bluet croyait avoir composé 173 livres!) “Les chimistes
-regardent le Comte de Permission comme un ouvrage de philosophie
-hermétique, où l'on a développé, sous diverses figures emblématiques,
-l'art de transmuter les métaux, et c'est ce qui fait que les curieux le
-recherchent encore quelquefois,” (et c'est ainsi que l'on écrit
-l'histoire des livres!) “Pour moi, j'aime mieux le regarder comme une
-satire assez froide de diverses personnes du temps de Henri IV, et c'est
-sous cette idée que je me souviens d'en avoir ainsi fait dresser le
-titre, dans le catalogue de la Bibliothèque de M. Cloche, qui fut vendue
-publiquement à Paris en août 1708: _Le Comte de Permission, ou 42
-portraits satiriques et allégoriques de différentes personnes du temps
-de Henri IV, en forme de titres de livres; avec figures, en 1603, in
-12º._”
-
-Le trop confiant Flögel a été pris à ce piège d'un faux titre, qu'il a
-donné comme un ouvrage véritable. Pierre de l'Estoile, dans son Journal
-de Henri IV,[32] nous fournit une description plus précise de notre
-auteur et de ses ouvrages: “En ce mois” (août 1603) dit-il, “courait à
-Paris un nouveau livre d'un fol courant les rues, qui se faisoit nommer
-_le Comte de Permission_, lequel ne savoit ni lire ni écrire, comme il
-en donne avis à chaque feuillet, et ce qu'il faisoit et écrivoit, étoit,
-à ce qu'il disoit, par inspiration du Saint Esprit, c'est à dire, de
-l'esprit de folie qui le possédoit, comme il apparoit par ses discours,
-où il n'y a ni rime ni raison, non plus qu'en ses visions. Il a mis dans
-ce beau livre, la Reine, tous les princes et les princesses, dames et
-damoiselles, dont il a pu avoir connaissance, tant étrangers, qu'autres,
-avec des étymologies et interprétations de leurs noms, fort plaisants et
-à-propos, selon le proverbe commun qui dit que les fols rencontrent
-souvent mieux et plus à-propos que les sages. Ce beau livre imprimé à
-Paris, à ses dépens, et avec permission de Monsieur le Chancellier, est
-bien digne du siècle de folie tel qu'est le nôtre.”[33]
-
- [32] Tome 1, pages 259-260.
-
- [33] Nous verrons plus loin pourquoi de l'Estoile ajoute que le métier
- de ce fol était d'être charron, et qu'il montait en Savoie
- l'Artillerie du Duc, _où on disoit qu'il se connaissoit fort bien_.
-
-Garnier, un des commentateurs de Ronsard,[34] range aussi notre Bluet
-d'Arbères au nombre des fous, dans une note d'un passage relatif à
-l'époque précédant les guerres civiles de France, où l'on voyait errer
-parmi les villes, des hommes:
-
- Barbus, crineux, crasseux et demi-nus,
- Qui, transportés de noires frénésies,
- A tous venans contaient leurs fantaisies
- En plein marché ou dans un carrefour,
- Dès le matin, jusqu'à la fin du jour.
-
- [34] Edition de Paris, in folio, 1623.
-
-“Tels,” dit Garnier, “que nous avons eu de notre temps le _Prince
-Mandon, le Comte de Permission et maître Pierre du Four l'Evesque_.”
-
-De tous les Bibliographes anciens, De Bure le jeune est celui qui a
-donné les détails les plus exacts sur les œuvres de Bluet d'Arbères,
-d'après l'exemplaire de la Bibliothèque du Duc de la Vallière, le plus
-complet à cette époque.
-
-La Bibliographie allemande moderne s'est aussi occupée de notre auteur,
-et Grässe lui a consacré une notice exacte, mais peut-être trop
-concise,[35] où il avance, sans que nous puissions nous imaginer sur
-quel fondement, que les œuvres de Bluet d'Arbères sont une imitation du
-_Seconda Libraria di Doni_.
-
- [35] _Lehrbuch einer Allgemeinen Literärgeschichte aller bekannten
- Völker der Welt, Von Dr J. G. Ch. Grässe._ Leipzig, 1856, tom. 3,
- section 1ère, page 502.
-
-Présentons maintenant l'autobiographie de notre original.[36]
-
- [36] Bluet commence à raconter sa vie au 70ème livre, imprimé le 10
- Novembre, et dédié au Duc de Maines. Nous indiquerons successivement
- les livres dans lesquels il continue sa narration, en y faisant
- entrer les détails qu'il a répandus dans un grand nombre d'entr'eux.
-
-Moy Bernard de Bluet d'Arbères, Comte de Permission, chevalier des
-ligues des treize cantons de Suysse, naquit l'an 1566, à Arbères, terre
-de Gex, auprès de Genève, issu de petite maison et pauvres parens. Ils
-estoient de la religion Philistienne. Tout ce qu'ils m'ont appris c'est
-mon _Pater_ et le _Credo_ en François. Mon village est en une boissière
-(_vallée_). Du coté du Soleil couchant il y a des montagnes, où il n'y a
-que rochers et herbes de senteur. Du coté du Levant, il n'y a que
-marescages. Je me souviens de tout ce que j'ay dit et fait, depuis que
-j'estois au berceau.
-
-Quand je commençay à cheminer, je montois dessus de grands coffres de
-paysans, et chantois à haute voix: _Domine_.
-
-Les paysans qui avoient semé du millet, avoient mis des images de nostre
-Seigneur dans les champs pour faire peur aux oyseaux. Je les allois
-prendre, à cause que nostre Seigneur y estoit en peinture.
-
-Nous étions alléz mener les brebis _André Bure_ et la _Tivène de Trec_,
-auprès du chesne du _Baissot_; eux avoient beaucoup plus de temps que
-moy. Voicy que le loup commence a venir prendre de nos brebis, alors je
-commence à réclamer l'aide de Dieu, et à l'instant le loup quitta les
-brebis... Depuis l'age de quatre ans je n'ay eu que du travail et point
-de repos.
-
-Mon père me fit le gardien de toutes les brebis du village. J'avois
-entendu dire que Dieu avoit promis que quand on seroit deux qui
-parleroient de luy, qu'il seroit au milieu des deux. Je me mettois en
-teste et croyois que moy seul suffirois, et que Dieu pouvoit aussy bien
-m'assister qu'à un grand troupeau... Mon frère Michel prenoit plaisir à
-dire des chansons, estant aux champs avec les brebis. Il estoit loué et
-estimé par les filles, et je n'estois point loué ny estimé, parceque je
-ne sçavois pas dire de chansons. Mais pour cela le loup ne laissoit de
-luy manger ses brebis, ce qui ne m'arrivoit point.
-
-J'hayssois fort la paillardise jusques à l'age de sept ans. Quand je
-voyois des femmes et des filles, j'allois me cacher derrière des lits...
-Je n'avois pas une heure de relasche; on me faisoit aller quérir du bois
-sur les épaules. J'avois fait un petit chariot pour aller le quérir, et
-mes compagnons venoient tirer le chariot avec moy, encore qu'ils fussent
-de plus grande maison que moy.
-
-Au temps qu'il falloit retirer le foin et le bled, l'on m'envoyoit par
-les montagnes pour faire du ramage pour donner aux brebis; je m'y tenois
-tousjours incessamment. Il y avoit un chasteau qui s'appeloit _le
-chasteau Dyvone_, proche de mon village: dans le chasteau, au belvar de
-l'haute cour, il y avoit Adam et Eve, l'arbre de vie avec le serpent,
-représentés au naturel, et ne leur manquoit que la parole. Aussitôt que
-je me pouvois desrober, j'étois incité et induit pour aller voir ceste
-belle histoire si hazardeuse et escandaleuse. Je ne faisois que penser
-aux grans dons des graces et faveurs que Dieu avoit fait au prophète
-Royal David, et à Moyse, et me représentois tousjours ces deux grands
-personnages.
-
-La plus grande ambition que j'avois en ce temps c'est qu'il pleust à
-Dieu de me faire la grace que je peusse estre prédicateur. Les clercs
-estoient de grand renom et respect. J'empruntois des livres de mes
-compagnons, et y regardois quand j'estois aux champs àfin qu'on eust
-creu que je sceusse bien lire, et m'estois toujours d'avis qu'un ange me
-devoit parler et me représentois toujours le jugement de Dieu devant ma
-face. Je priois incessamment Dieu... Je me faisois accroire en ce
-temps-là que si j'eusse esté du temps de Jesus Christ, j'eusse tout
-quitté pour le suyvre... Je disois à mes compagnons: “quand je seray
-grand, vous me verrez suivre des princes, puis des roys, s'il plaist à
-Dieu, et porteray de leurs mesmes habits, satin et velours, avec
-passemens d'or.” Ils ne faisoient que rire, mais mon dire s'est trouvé
-estre véritable.
-
-En l'an 70, du temps que le Duc Darue passa par Chamberry en Savoye pour
-aller en Flandre, ceux de Genève et de mon pays craignoient que les
-Espagnols ne leur fissent la guerre, et disoient: Les gendarmes nous
-viendrons couper la gorge! Je me consolois avec Dieu, aux champs, à mes
-brebis. Je disois: Hélas! où irai-je me cacher, afin qu'ils ne me
-coupent la gorge! Je priois Dieu qu'il prolongeast cet accident jusqu'à
-ce que je fusse en age, que je pusse entrer au service et en crédit, par
-la miséricorde de Dieu, avec ceux qui peuvent allumer le feu et
-l'esteindre. Mon Dieu a entendu ma voix, m'ayant envoyé au service de
-Charles Emmanuel Duc de Savoye en l'an 85, où je suis demeuré jusqu'en
-l'an 1600.[37]
-
- [37] Livre 47ème.
-
-De sept ans à dix[38] mon père voulut me faire berger de vaches; j'avois
-accoustumé de garder les brebis jusqu'alors, qui est la plus noble beste
-qui soit en toutes les bestes, après la colombe. Il m'estoit bien
-fascheux d'aller aux marescages là où il n'abite que des bestes sales.
-Je demanday à mon père qu'il me laissast garder les brebis, car ce
-m'estoit plus honorable que de garder les vaches, mais il me respondit,
-qu'il n'estoit pas si profitable. Il me fallut donc estre gardien de
-vaches. Comme je n'avois pas peur que le loup les mangeast, je me
-livrois aux pensées de l'ambition. Je faisois des cuirasses des escorces
-d'arbres, et des morillons des citrouilles, et force espées de bois, des
-paniers de bois, artilleries de bois, arquebuzes et pistoles de bois, et
-les canons estoient des clefs percées, trois tambours, et les caisses
-des tambours estoient d'escorces de cérisier. Prenant les lettres de
-parchemin qui estoient des contracts et testaments de mes prédécesseurs,
-pour en faire les fonds des tambours, prenant les filets pour faire les
-cordages. Je faisois des paniers d'ozier et les envoyois vendre à Genève
-pour avoir de l'argent pour acheter du taffetas pour faire des enseignes
-de guerre. Après avoir fait tout cela, je le cachois par dedans la
-paille, afin qu'on ne trouvast ces artifices. Je fis un coffre de la
-longueur d'un escabeau, trois pieds de long et deux de large. J'achetois
-des jettons marqués de la Fleur de Lys du Roy de France, et en
-empruntois encore à Janet Gaudar et les estendois sur le sable.
-J'empruntay une grosse gibecière de Pierre Rouzé, principal du village,
-et la remplis tant de sable que de jettons, et la mis dedans le coffre.
-Je prins une chambre qui estoit sur quatre colonnes de bois faictes avec
-des ais. J'y mis tous mes artifices de guerre. La chambre estoit à un de
-mes voisins.
-
- [38] Ceci appartient au 71ème livre, qui a en tête une gravure
- surmontée d'une couronne, et qui représente le Comte de Permission
- gardant les moutons et pourchassant un loup.
-
-Au village où je suis né, il y avoit de très belles filles. Mes
-compagnons estoient les bien-venus auprès d'elles, mais moy je n'estois
-ny bienvenu, ny aucunement caressé, à cause que j'estois sorty de
-pauvres gens de mépris.
-
-J'estois déjà fort persecuté en ce temps là à caresser et aymer les
-belles filles, jusqu'à considérer dans mon esprit quand viendra le temps
-que les femmes seront à bon marché.
-
-Je hayssois tous les autres vices, mais je trouvois que celuy là estoit
-le plus plaisant. Quand j'estois couché la nuict, toujours les mauvaises
-pensées me venoient attaquer, et me sembloit que si toutes les plus
-belles femmes et filles du village se fussent présentées à moy, que
-j'eusse accomply le plaisir de concupiscence.
-
-Je priois Dieu journellement qu'il luy pleust me faire tant de grace que
-de me donner le savoir et la science pour pouvoir prescher à mes
-compagnons.
-
-Je leur dis que j'avois un trésor, et ils me respondirent qu'ils
-vouloient en avoir leur part, autrement ils l'iroient rapporter au
-gouverneur de Gex.
-
-Je leur respondis: je vous en feray part moyennant que vous ne le disiez
-point aux autres, et que vous soyiez petit nombre de gens. Incontinent
-ils l'allèrent dire à tous les autres, et j'en faisois du fasché, et
-cependant j'en estois bien joyeux, parceque ma cour et ma suite en
-seroient plus grandes. Je leur dis: vous vous contenterez de le voir,
-sans le toucher et n'entrerez qu'un à la fois dans la chambre. (Il suit
-ce plan et les introduit l'un après l'autre dans son arsenal, leur
-montrant le coffre de jettons, puis les fait sortir, et leur donne à
-chacun des noms de noblesse.) Je les fis armer de mes armes, battre mes
-tambours. J'avois fait une colombe de bois doré, et un baston de la
-hauteur d'un homme, avec une banderolle de fer-blanc doré, et une croix
-blanche à jour, au milieu de la banderolle. C'estoit ainsy un baston
-royal. Je le faisois tousjours porter devant moy, signifiant la grandeur
-de l'inspiration de Dieu. Alors mes compagnons de noblesse me disoient:
-que ferons nous de ce trésor; il faut que nous le partagions. Je
-respondis: je ne veux pas qu'un aussy grand trésor se disperse. Il faut
-voir s'il y a quelque chasteau ou seigneurie à vendre, nous l'acheterons
-tous ensemble, et serons frères. Toutefois je veux estre le supérieur de
-vous tous, et me rendrez obéissance.
-
-Tout le plaisir et delectation que j'avois, c'est que je les faisois
-tirer à l'arbaleste et à la flesche, eux marchant en ordonnance, le
-tambour battant, les enseignes déployées.
-
-Toutes les plus belles filles me venoient voir et me faisoient grande
-caresse et reverence.
-
-Quand je fus à l'age de neuf ans,[39] il y avoit une paysanne, belle
-fille et riche qui estoit une voysine. Elle s'appeloit Antoinette
-Goandet. Mes compagnons me venoient prier que je parlasse pour eux à
-ceste paysanne. Alors je parlay pour un nommé Chateaufort, mais la belle
-me respondit que je parlasse pour moy et non point pour les autres, et
-qu'elle m'aymeroit mieux que celuy pour lequel je luy parlois. Je fus
-bien joyeux et content.
-
- [39] Ceci appartient au 72ème livre dont la gravure représente le
- Comte de Permission et ses compagnons armés comme il l'a décrit plus
- haut, debout au centre de son artillerie, et le coffre aux jettons
- ouvert au milieu d'eux.
-
-(Il devient amoureux, la mère de la jeune fille se fâche, le père de
-Bluet s'irrite. Notre héros s'enfuit de la maison paternelle, et se
-sauve au château de Grelly, à un quart de lieue de son village.)
-
-Le seigneur du dict lieu estoit capitaine de cinquante lances pour le
-Duc de Savoye. Au chasteau se trouvoient la femme du seigneur, son fils
-et ses trois filles. Je dis à icelle dame: Madame, je vous prie
-humblement de me faire ceste faveur, au nom de Dieu, de m'amener à
-Rumilly avec vous. Elle me dit: que feras-tu quand tu seras là? tu es si
-petit, à quoy employeras-tu le temps?--Je prieroy Dieu le créateur afin
-qu'il luy plaise me faire la grace que je puisse devenir le maistre
-monteur de l'artillerie. Alors la dicte Dame m'accorda ma demande, et
-nous partîmes le lendemain... (admis au château, il y trouve le
-contrôleur du Duc, qui voulant probablement s'amuser, promet à Bluet de
-le faire entrer au service de son altesse, à raison de dix écus par
-mois; mais on ne le paie pas; il se plaint; on déchire le contrat que
-par plaisanterie on avait fait dresser par un notaire, et Bluet s'arme
-de patience contre sa mauvaise fortune.)
-
-Au bout de quatre mois, on m'habille tout de boccassin incarnadin, espée
-et poignard, manteau et panache. Tous mes compagnons furent
-esmerveillés, puis je m'en retournay à Rumilly. Le jour de mon
-arrivée[40] les quatre compagnies de chevaux-leger firent montre,
-ensemble toute la noblesse de Savoye commençoit à s'armer et à se
-préparer...
-
- [40] 73ème livre. Suite de sa vie jusqu'à l'âge de 16 ans.
-
-J'estois en renom de plus en plus à cause de mon jeune age et de
-l'intelligence qui estoit en moy. Je n'avois que douze ans. Je demeuray
-six ans à Rumilly, et toute l'envie que j'avois c'estoit de m'amasser
-quelque somme d'argent, à la sueur de mon visage, et puis après me
-marier... J'avois ceste coutume que j'aymois à estre tousjours
-superbement habillé. A Rumilly je fis faire des habits de taffetas et
-satin.
-
-Durant ces six années, je m'en allai quatre ou cinq fois au lieu de ma
-naissance, et je ne voulus jamais loger en la maison de mon père, mais
-je logeois en la maison du voisin qui s'appelle Nicolas Coindet; et six
-ans après, la maison de mon père est venue à tomber, et il a acheté la
-maison où je logeois... J'avois incité et sollicité mon père et ma mère
-qu'ils ayent à vendre le peu de biens qu'ils ont, pour s'en venir
-ailleurs, parceque le temps viendroit que les armées leur couperoient la
-gorge. Dix ans après, les Espagnols brûlèrent la terre de Gex; les
-femmes et filles furent forcées et violées, brûlées et massacrées. Mon
-père et ma mère furent liés et garottés. Mon père s'ecria Hélas! mon
-fils Bernard où es-tu, qui a monté l'artillerie de nostre prince? Les
-Espagnols dirent: est ce maistre Bernard qui a monté la croix? Alors mon
-père et ma mère furent déliés et libres. Tout le pays fut bruslé, sinon
-mon village qui fut préservé.[41]
-
- [41] Livre 47ème.
-
-A seize ans je quittay Rumilly,[42] et j'allay au chasteau de
-Monmeillan, principale place de toute la Savoye. J'allois offrir mes
-services à Monsieur de Bonvillar, gouverneur de la place. Une sentinelle
-donne avis qu'un jeune garçon vouloit parler au gouverneur. Celui-cy
-demande ce que je voulois, et je luy respondis: “Monsieur, depuis que
-Dieu m'a donné le jugement je n'ay eu d'autre dessein que de servir son
-altesse, pour accommoder son artillerie.” (Il est agréé et on lui donne
-un logement dans la forteresse. Le contrôleur du gouverneur lui offre,
-dit-il, une de ses maîtresses pour femme, mais il refuse par fierté.
-Puis il veut lui donner une de ses filles bâtardes, ce qui ne réussit
-pas non plus. Parmi plusieurs intrigues, qui toutes, dit-il, _s'en
-allèrent au vent_, il en raconte une fort originale, mais que nous ne
-pouvons placer ici.)
-
- [42] 74ème livre. Portrait en pied de Bluet d'Arbères armé, et d'une
- femme de chambre tenant en main une quenouille. Au-dessus des
- portraits se trouve imprimée en deux lignes la légende suivante:
- “Outre que la figure est bien taillée, c'estoit la plus belle
- suivante qui fust jamais en tout le monde.”
-
-Le gouverneur avoit parlé à son Altesse le duc pour moy, et lorsqu'il
-fust desmist de ses fonctions, elle commanda que j'eusse les mesmes
-franchises qu'auparavant. Quelque temps après le nouveau gouverneur me
-donna commission de monter toute l'artillerie, et qu'il n'y auroit
-jamais artisan qui seroit mieux récompensé de son Altesse, que moy.
-“Mais gardez-vous, dit-il, de vous marier encore de quelque temps, car
-tel ne vous voudroit donner sa Chambrière pour l'heure présente, qui
-avec le temps sera trop heureux de vous donner sa fille.” Je me tenois
-bien heureux d'avoir receu un aussy bon conseil de mon dit sieur le
-gouverneur, lequel j'ay observé jusqu'à présent.
-
-(Bluet a maintenant près de vingt ans, et c'est probablement vers cette
-époque qu'il commença à avoir ses visions, au milieu d'amours
-multipliées, et de tours très fâcheux qu'on lui joue à chaque instant.
-Dans une de ses visions arrivée le 19 Novembre 1586 au château de
-Montmeillan, il lui sembla que des armoiries lui étaient données en
-rêve. C'était, dit-il, l'arbre de vie, avec sept racines entourées par
-deux serpents dont l'un a une tête de femme. Deux branches de laurier
-chargées de douze pommes entourent l'arbre, et le tout est surmonté par
-cinq couronnes, au-dessous desquelles est une colombe au milieu d'une
-gloire. Dans sa première _oraison_, il explique symboliquement ces
-armoiries qui se retrouvent plusieurs fois gravées dans ses œuvres.
-
-L'année précédente, il était allé faire un pélerinage à St Claude, et il
-passa par le pays de Gex. Tous ceux de son pays se moquaient de lui,
-rapporte-t-il, et le traitaient de fou, parcequ'il leur recommandait de
-prier Dieu, vu que le temps approchait où les châteaux et maisons du
-pays seraient brûlés, et les habitans passés au fil de l'épée.
-
-Laissons maintenant à notre héros le soin d'expliquer lui même ses
-amours et les tours dont il est la victime.)
-
-Je dépendois grande somme d'argent pour adhérer aux desirs de
-Toinette.[43] Je faisois force collations et faisois manger force
-confitures à ma maistresse et à sa compagnie, jusqu'à luy donner tout ce
-qu'elle estimoit luy estre agréable. Mais l'on abusoit de ma bonté et de
-ma patience. Je payois tous les violons, et les autres dansoient à mes
-despens; je faisois l'amour et les autres la vie, c'est à dire la monte.
-Monsieur de Choizel, veneur de Madame la Gouvernante, prenoit du
-poulverin d'arquebuze, et me le venoit souffler contre les yeux, ce qui
-me faisoit beaucoup de mal à la vue. Encore ne se contentoit-il pas de
-cela, mais il prenoit la clef de mon coffre, et me prenoit tout ce qui
-estoit dedans. Il me venoit trouver dans ma chambre et me tiroit mes
-bagues d'or de mes doigts, et en faisoit son propre, ce qui m'occasionna
-de m'en plaindre à Monsieur le Gouverneur, et il me respondit que ma
-maistresse y mettroit du remède. Le dict Choizel estoit des mignons de
-Toinette. Je consideray qu'il n'estoit pas possible que le c. d'une p.
-me peust faire condescendre à vivre desreglement à l'encontre de la
-volonté de Dieu... Petits et grands se mocquoient de moy, et me
-faisoient des cornes. J'avois des visions que partout où ma maistresse
-logeoit, qu'il y avoit deux portes... Je demanday mon congé à Monsieur
-le Gouverneur, et satisfaction de mon travail.[44] Il me dit: le congé
-que je vous donne, c'est de garder de près votre maistresse. Je luy
-respondis: Monsieur, je ne seray jamais subject au c. d'une p., et il me
-respondit: Maugré de coquin! Monsieur, répliquai-je, si je suis coquin,
-mon esprit n'est point abastardy, et à l'instant il me donna mon congé
-par escrit, mais sans me donner aucun payment de ce qu'il me devoit...
-Je retournay au chasteau de Montmeillan, où je fus très bien venu et
-très honorablement reçeu... C'estoit environ un mois avant Noel. Dieu
-m'envoya une inspiration de demeurer trois jours sans boire et sans
-manger... et pour une repentance et pénitence, je voulus aller à pied
-nud, et marcher teste nue au plus gros de l'hiver, depuis Montmeillan
-jusques à nostre Dame de Means, qui est une bonne lieue de distance. Je
-ne portois que ma chemise et mes scarçons. Estant de retour, ma chair
-estoit toute noire, et alors me fust annoncé secret haut et puissant.
-Une voix me disoit: comporte-toy bien et sagement, car Dieu veut se
-servir de toy, et te veut faire prophète...
-
- [43] Il raconte ceci au 75ème livre, celui où se trouve une gravure
- indécente représentant une femme nue, entrelardée par tout son corps
- de priapes ailés.
-
- [44] 76ème livre.
-
-(Au 78ème livre il raconte une autre vision, dans laquelle on veut lui
-faire épouser sa maîtresse qu'il nomme tantôt Toinette, tantôt Lucrèce
-de la Tornette, mais il ne veut pas se marier avec elle. Comme, en cette
-vision, il est très pauvre, et n'ayant pour tout vêtement que sa
-chemise, Toinette fait amener auprès de lui sept mulets tous chargés
-d'écus: Voilà, mon serviteur, pour vous remonter, dit-elle. Il désire
-savoir d'où vient tant d'argent, et elle répond: c'est son altesse qui
-me l'a donné, pour récompense de ce qu'il m'a fort bien embrassée.
-Allez, p., s'écrie Bluet furieux, je ne veux point estre remonté par
-votre...
-
-Le gouverneur, sa femme et tout le monde disaient, et faisaient courir
-le bruit, rapporte-t-il, qu'il était devenu fou, et avait des transports
-au cerveau. Enfin touts ces tribulations cessèrent par la mort de
-Toinette qui mourut de la peste. Rendons la parole à Bluet.)
-
-Le péché qui m'a le plus persécuté, c'est la tentation des femmes, et
-quand j'ay mangé, encore que je ne mange dissolument, et ne mange rien
-que je ne veuille que tout le monde sache, je ne suis pas si prompt pour
-prier Dieu, et l'incitement de Sathan me faict trouver belles les
-femmes... il m'a pris des envies de me faire crever les yeux pour éviter
-de les veoir; mais j'ay considéré que cela me détourneroit de faire
-quelque chose de grand, que j'ay envie de faire au monde, qui sera
-remarquable, s'il plaist à Dieu...
-
-(Au livre 80ème il nous raconte que dans un de ces accès d'ascétisme, et
-tenté du péché de concupiscence, il s'en alla vers un cimetière des
-environs de Chambéry, s'y dépouilla tout nu, se fit un lit d'orties, s'y
-coucha et s'y roula de tous côtés. En revenant chez lui son corps était
-plein d'ampoules, et il alla trouver le chirurgien Blondel, pour se
-faire panser.)
-
-Je dis au chirurgien: allons un peu dedans vostre chambre, et prenez
-vostre razoir, puis me recommandant à Dieu, faites justice de mon
-courtaud, ajoutai-je, qui veut faire la beste, pour trahir mon âme. Puis
-me donnant trois coups de razoir sur le petit bidet, je le fis recharger
-encore de deux coups, dequoy il y en avoit un qui entra fort profond. Le
-soir mesme je faillis perdre tout mon sang.
-
-(Le livre 81ème contient une histoire assez curieuse, mais trop longue
-pour l'insérer ici, de deux squelettes avec lesquels il donne une leçon
-de morale à un gentilhomme qui voulait se servir de son intermédiaire
-pour obtenir les faveurs d'une maîtresse. Il paraît que les officiers de
-la maison du Duc de Savoye lui jouaient de cruels tours, auxquels le Duc
-même prêtait la main. Nous en laisserons raconter deux ou trois à
-Bluet.)
-
-Mes ennemis mirent en teste à son altesse de me faire vanner dans une
-couverte, par plusieurs et diverses fois, puis me faisoient monter tous
-les chevaux les plus vicieux qu'il y avoit, mais je me comportois le
-mieux que je pouvois, comme d'effet je me tenois fort bien à cheval. On
-fit attacher deux grandes boucles de fer au coing d'une salle, avec une
-corde et une cuve; puis me faisoient mettre dedans ladicte cuve, et me
-faisoient tourner un longtemps. Je me consolois avec Dieu; mais après
-cela je demeuray fort longtemps sans me pouvoir recognoistre.
-
-(C'est facile à croire, Pauvre Bluet! Pour récompense de ces mauvais
-tours, on lui donnait _un superbe habit de couleur colombine, passementé
-d'un grand passement d'or_. Don Juan de Mandoche lui donne _un habit
-bleu celeste tout chamarré d'argent_, et il lui donne encore vingt
-ducatons pour récompense de ce qu'il lui avait coupé la barbe.)
-
-Le jour de caresme prenant j'arrivay en la ville d'Ast, et m'en vins
-loger au logis des trois Rois, et ne pensois pas sejourner deux jours,
-mais je m'y trouvay si bien, avec toute la Noblesse d'Ast, que j'y
-demeuray tout le caresme.[45] M. le comte de Neufville, sa mere et sa
-femme, M. De Salines et sa femme, M. De Callo et sa femme, qui est la
-plus belle femme d'Ast, et estoient tous de mes amis, et me donnoient de
-beaux habits et d'autres beaux présents. En la semaine saincte je m'en
-vins trouver le Roy David en triomphe et en bon équipage; j'avois de
-superbes habits et de grandes pièces d'or, et force perles et
-pierreries, et grand quantité de bagues. Mes habits estoient tous
-brochez d'or, doublez de toile d'argent. Quand le Roy David me vit, il
-fut extrêmement joyeux... De Quiers, il s'en vint faire feste à Turin...
-
- [45] Livre 84ème.
-
-(Là, on le présente à la fille du Président Provane, et sans doute pour
-s'amuser de lui, on lui conseille de faire la cour à la fille du
-président. Bluet prend la chose au sérieux, et le Duc même se mêle de la
-plaisanterie.)
-
-Son Altesse alla faire ses Pasques aux Capucins, à Turin. Il avoit un
-valet de chambre qui s'appeloit Campois, qui avoit accoutumé de me faire
-du mal. Il incita son Altesse à me faire monter à cheval sans selle, ny
-bride, ny licol, puis le faisoit courir par un taillis là où je
-rencontray une branche coupée, laquelle entra deux doigts profond en ma
-chair, derrière le col. Je tombay en terre, comme un homme mort, puis me
-vint une postume, laquelle demeura sur moy fort longtemps. Mais pour
-cela je ne laissois de fréquenter Mademoiselle Provane une maistresse,
-là où j'estois le bien venu à toutes les heures où je voulois y aller,
-et estois toujours assis auprès d'elle, et ne mangeois que ce qu'elle me
-donnoit de sa propre main. Il advint que la peste se mit dans Turin, et
-le Roy David, ma maistresse Argentine, et toute la noblesse quittèrent
-la ville... Quand le Roy David vouloit aller à la chasse dans le parc de
-la forest de Turin, il me faisoit tousjours chercher, pour me mener avec
-luy. Un jour quand nous fusmes à la campagne, il me fit monter sur un
-arbre, puis me fit faire une grande prédication, et cependant il fit
-couper le dict arbre, et quand je voulois descendre, on me jettoit des
-pierres et cailloux, tellement qu'enfin je fus contrainct de me laisser
-tomber avec le dict arbre, en me recommandant à Dieu lequel me sauva.
-Une autre fois je m'estois sauvé dans une église à Turin, là où il
-m'envoya Monsieur de Trois Serve lequel j'avois nommé Roland le furieux.
-Il me fit monter en trousse derrière luy, puis il alloit me picquant les
-jambes avec ses éperons, jusqu'à ce que nous fusmes en la forest, et
-alors il me vouloit mettre à la mercy des sangliers; mais quand nous
-fusmes arrivés, la chasse estoit parachevée, et par la grace de Dieu les
-sangliers estoient morts, tellement que Dieu me sauva encore ceste fois.
-
-Son altesse n'alloit nulle part qu'il ne fallust que j'allasse avec luy,
-et me faisoit tousjours coucher dans sa chambre, estant à Turin dans le
-chasteau. Je couchois sur un matelas auprès de son lict, où je faisois
-mes oraisons, et y prenois grand plaisir. Je me levois tousjours de bon
-matin pour m'en aller à la messe, et il me disoit que je ne devois
-poinct sortir du logis avant luy. Quand il dinoit ou soupoit, il me
-demandoit si j'avois diné ou soupé, et quand je disois que non,
-incontinent il me servoit luy-mesme de ses propres mains.
-
-Le Roy David s'en vint demeurer à Avellane,[46] et me fit loger
-vis-à-vis du logis de ma maistresse. Puis il commença à dresser mon
-équipage avec un accoustrement d'un gros taffetas renforcé, de couleur
-bleu celeste qui sont les couleurs de ma maistresse, et estoit tout
-chamarré de passemens de fin argent. Tous mes laquais estoient vestus de
-bleu celeste, avec des passemens blancs. Tous mes chevaux et mulets
-estoient harnachés de bleu celeste, avec franges et panaches. Bref rien
-ne me manquoit, j'avois aussy un brave secretaire qui escrivoit bien.
-
- [46] Livre 85ème.
-
-Le monde murmuroit fort que le Roy David couchoit avec ma dicte
-maistresse, mais j'entrois à toutes les heures que je voulois, tant la
-nuict que le jour, en la chambre du Roy David, et aussy en celle de ma
-maistresse, et vous promets que je n'ay jamais trouvé femme ny fille en
-la chambre du Roy, et ne luy vis jamais faire mal à personne qu'à
-moy.[47]
-
- [47] Quelle naïveté dans cet aveu!
-
-Il estoit un jour allé à la chasse et ils prindrent un cerf, lequel il
-fit écorcher devant la porte de son logis, puis me fit attacher les
-cornes du dict cerf sur ma teste. Je luy dis: Roy David, pourquoy me
-faictes vous attacher les cornes de ce cerf, attendu que je ne suis
-poinct marié; c'est chose qu'il faudroit faire à ceux qui veulent estre
-agrandi et honoré par le c. de leur femme. Puis je tournay la teste avec
-les cornes, et en donnay un grand coup contre la teste de celuy qui me
-les attachoit. Le Roy David me dist: vous avez grandement offensé des
-gens d'honneur. Je respondis: celuy qui se sent galeux, qu'il se gratte.
-Il me fit alors apporter toutes mes bagues, qui m'avoient esté données à
-Milan, et les jetta devant les laquais, au jardin de Turin, et il y en
-eut quelques unes de perdues, dont je fus extrêmement fasché, et
-cependant le Roy David s'en resjouissoit. Quand nous fusmes arrivés à
-Vellane, le Roy David me dit: donnez aux pauvres tout ce qu'on vous a
-donné à Milan. Et je respondis: j'ay mon père qui est pauvre et qui n'a
-rien, parquoy je desirerois lui donner quelques commodités. Ne vous
-souciez tant seulement de vostre père, respondit-il, mais donnez
-entièrement tout ce que vous avez aux pauvres. Je repliquay par une
-response assez gaillarde: dernièrement que vous jouastes tant de mille
-escus, que ne les donnastes vous aux pauvres; considerez, je vous prie,
-que le temps perdu n'est jamais recouvré. Alors il fut fort fasché et
-irrité contre moy, puis fit prendre une couverture, et luy avec des
-nobles me mirent dedans, me descendirent en la rue, et me vannèrent
-devant les fenestres de ma maistresse, dont j'avois grande honte, et un
-grand deshonneur m'arriva; ce qui m'occasionna de lui demander mon
-congé, pour venir en France vers le grand Empereur Theodose, disant que
-je ne voulois plus demeurer avec luy. Je ne pouvois m'en aller sans son
-congé; mais dans bien peu de temps, nous fismes la paix, de manière que
-tout fut remis en grace. Je luy pardonnay et mis en oubly le mal qu'il
-m'avoit faict.
-
-(Vers ce temps Bluet se mit en tête d'établir un ordre de chevalerie:
-_L'ordre de l'admiration du grand jugement de Dieu_. Les grands
-dominateurs, dit-il, qui seront vertueux, le porteront en or, mais les
-méchants ne le porteront point. Le ruban sera blanc.)
-
-Je ne fais poinct de doute,[48] continue-t-il, dans un moment d'amère
-réflexion, que de tant de monde qui ont eu de mes livres, il n'y en aye
-beaucoup qui les ont méprisés et n'en ont faict aucune mémoire, mais de
-tant de livres que j'ay faict, tousjours il y en aura quelque petit
-nombre qui se sauveront en despit des diables... et ils seront meilleurs
-au dernier temps, que non pas à l'heure présente, et y aura un million
-d'amis qui rendront tesmoignage de ce que je suis, en despit des pauvres
-envieux. Je n'ay point reçeu de desplaisir sinon de ceux à qui j'ay
-faict du bien; mais en mon Dieu je me console.
-
- [48] Livre 98ème.
-
-(Enfin complètement dégoûté de son séjour en Savoie, par suite des
-mauvais traitements qu'il y recevait, et que toutes les cajoleries ne
-pouvaient lui faire oublier, il partit pour la France, ce qui comme nous
-l'avons vu, était un de ses anciens projets. Tout au commencement du
-17ème siècle, nous le trouvons à Paris, et le 15 Mars 1601, étant à
-l'abbaye de St Germain, ses visions le reprirent de plus belle.
-
-Au commencement de son séjour à Paris, il paraît qu'on lui accordait
-parfois un logement dans les grandes maisons où il plaçait ses
-pamphlets, car il répète à plusieurs reprises: “Au logis de Madame la
-Duchesse de Bouillon, j'eus une vision... Au logis de Madame la
-Princesse de la Marque, estant en contemplation... Le 7 Janvier, 1601,
-j'allay souper avec le Comte de la Forest qui estoit logé à la porte St
-Germain des prez. Le comte me donna une petite chambre auprès de la
-sienne.”)
-
-Quand je suis venu en France, continue-t-il, j'ay remis quarante livres
-que j'avois fait escrire à des petits compagnons, au Comte Jacques de
-Montmaieu, Prince de Brandy... Estant à Lyon, Monsieur le Duc de
-Nemours, roy de valeur, me fist très grande caresse, et deffendit à ceux
-de la cour, qu'ils n'eussent à me faire aucun desplaisir, sous peine de
-l'estrapade.[49]
-
- [49] Livre 48ème.
-
-(Bluet raconte alors une aventure fâcheuse pour lui, mais assez
-plaisante. Un soldat l'attire dans un piège, lui enlève cent écus que
-les Espagnols lui avaient donnés, et le dépouille nu, jusqu'à la
-chemise, ne lui laissant autre chose qu'un méchant bas de chausse de
-toile.)
-
-Arrivé à Paris, la première année le Roy me donna une chesne d'or de
-cent escus; les deux années suivantes, deux cens escus, et quarante
-escus pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, Roy de paix, que le
-grand Abraham me donna.
-
-J'ay receu cent francs de mes gages de ceste année présente, et cent
-escus que le Roy m'a faict donner pour le chariot et le livre de la
-représentation, que je donnay au Roy de paix; et me revenoit bien le
-dict chariot et le dict livre à cent cinquante escus, dequoy l'on me les
-a donnez, et quatre escus que l'Imperatrice me fist donner, et puis
-cinquante escus pour envoyer à mon père... Monsieur Bastien Zamet, le
-grand Abraham m'a donné la première fois quatre escus, et puis six escus
-en trois fois, et un habit dont j'en fis faire trois, et six chemises,
-sans autres bienfaits que j'ay receus de luy. Madame la Duchesse de
-Lorraine, royne d'espérance, sœur du grand Empereur, m'a donné six
-escus, et luy donnay un présent qui valoit quatre escus. Monsieur le Duc
-de Lorraine, le Roy Godefroy de Bouillon, me donna six escus, et ce à
-cause que je luy avois faict présent d'un beau livre qui avoit la
-couverture d'argent, et le dedans en velin, avec force belles petites
-figures, et mes oraisons escrites à la main, avec le prophète Royal
-David en bosse, en figure qu'il estoit berger, qu'il avoit tué Goliath,
-et en figure qu'il estoit Roy; dont j'en avois refusé d'un marchand
-quinze escus. J'avois fait faire quatre artilleries, qui estoit l'œuvre
-la mieux faite, tout le montage de mesme étoffe que le canon: il y avoit
-tout ce qui est requis en telles pièces: j'en avois faict faire quatre,
-qui estoit une œuvre rare, me revenant à seize escus, et ce trois ou
-quatre mois avant la naissance de Monseigneur le Prince Dauphin...
-Madame la princesse de Conty, Royne de Senaïque, me donna dix escus la
-première fois, et en plusieurs fois me donna trente escus, et un habit
-qui coustoit trente six escus. Elle me payoit toute la despense que je
-faisois. Madame la Duchesse de Nemours, Royne de la fleur de May, m'a
-donné la première fois huict escus, une autre fois douze, puis quinze,
-puis dix. Monsieur le Duc de Nemours, Roy Octavien, la première fois me
-donna un bel habit, qui valoit cinquante escus, et en plusieurs fois
-dix-huit escus. Madame la Duchesse de Longueville, Royne Esther, m'a
-donné deux escus, un beau manteau d'escarlate, doublé de fine frize,
-couleur de Zinzolin, qui valoit quinze escus, et un manteau de serge en
-broderies qui est estimé cinquante escus. Monsieur le Duc de Nevers, roy
-de valeur, me donna une medaille d'or qui pesoit huict escus, et puis un
-habit qu'il me donna du deuil de sa mère, et m'a faict donner un escu
-aux estrennes... Monsieur le comte et Prince d'Auvergne, Roy Cæsar, m'a
-donné six aulnes de velours, qu'il a faict prendre chez un marchand...
-
-(Un grand nombre d'autres personnages donnent l'un un pourpoint, l'autre
-un chapeau de castor, un troisième un bas-de-chausse de serge, &c. &c.
-Monsieur Laurent de Cenamy lui fait présent d'une bouteille d'huile pour
-accommoder sa salade; Monsieur le Vidame du Mans, _le grand supplice_,
-lui donne le corps d'un haut de chausse rond, sans canons ni bas, qu'il
-vend pour deux écus, parceque, dit-il, il ne pouvait s'en servir.
-Quoique Bluet ne vécût pour ainsi dire que d'aumônes, il refusait
-parfois d'en recevoir par fierté. Il nous raconte qu'ayant dîné un jour
-chez M. De Chappes, le chevalier Dammont lui prit la main et y mit une
-pièce d'or; “mais, dit-il, je fis refuz parcequ'il m'a donné plusieurs
-fois, sans jamais l'avoir courtizé ni demandé. M. De Chappes me donna un
-jour sept quarts d'escus sans que je voulusse les recevoir non plus, à
-cause que j'ay honte, parceque j'ay reçeu plusieurs biens de luy.”
-Cependant peu-à-peu les donneurs se lassent et les libéralités
-diminuent. Le maréchal de Balaguy lui promet un habit, le fait venir
-trente fois chez lui, à cet effet, et finalement il ne l'obtient pas. Il
-offre à l'évêque de Noyon un beau chandelier qui valait six écus, et sa
-grandeur lui donne cinq _testons_! Voilà, dit tristement Bluet, la
-libéralité de ce Prélat! Il fait cadeau à Madame la Vidame du Mans d'un
-petit livre dont la couverture est en argent, façonné en lacs d'amour et
-le dedans de vélin, où sont écrites ses oraisons à la main, _et comme
-grande dame, généreuse et recognoissante, elle m'a donné un chapelet qui
-vaut bien dix sols!_ “Messieurs les lecteurs, ajoute-t-il ailleurs, qui
-verrez ces escrits, c'est pour vous honorer, et c'est pour me mespriser
-en la despence que j'ay faicte pour imprimer mes livres, où j'ay
-despendu trois mil six cents escus. Je n'en fais aucune avarice, je ne
-l'ay point enterré en terre, ny caché en une muraille, l'argent va,
-l'argent vient, encore plus fou est celuy qui en amasse avec avarice, et
-qui y met son cœur.”
-
-“Pour avoir donné de mes livres à des estrangers que je n'ay jamais veu
-qu'une fois, j'ay tiré plus de commodité d'eux, que des autres. Je ne
-les ay jamais courtisez, mais ils me sont venus rechercher, et m'ont
-mené à leur logis, et m'ont donné des habits et argent.” Il continue
-ensuite à détailler ses désappointements à cause des misérables aumônes
-qu'on lui faisait.)
-
-Monsieur le Duc de Rouenne m'a donné deux escus en une fois! Monsieur
-Forcet Hardy m'a donné un quart d'escu en une fois! Le maistre d'hostel
-du Grand Abraham m'a donné un quart d'escu _en une fois_! mais,
-(ajoute-t-il, saisi d'une noble fierté,) j'en ay eu une revanche, je luy
-ay donné une medaille du grand Roy François, de nacre de perle,
-enchassée en argent doré! Véritablement, j'aymerois mieux estre avec
-quelqu'un qui ne me donneroit que le tiers de ce que j'ay reçeu, pour
-courtiser, que la grande somme gagnée avec tant de peine et de
-travail... Je plains le temps perdu!
-
-(Les choses allaient de mal en pis, et il présenta enfin la requête
-suivante au Roi Henri IV.)
-
-Empereur, la pension que vous m'avez donnée, et tout ce que vous pouvez
-m'avoir donné, il n'y a que pour m'entretenir de logis; il m'a fallu
-courtiser, le temps que j'ay esté en France, pour m'entretenir. Le
-courtisement que je fais aux autres, je le veux faire à vous tout
-seul... Je ne suis point demeuré en vostre France pour y faire des
-piperies, et n'y suis point venu pour avoir faict des friponneries, là
-où j'ay esté: mais suis venu avec un bel équipage bien accompagné d'un
-Charles Emmanuel, Duc de Savoye; et pour avoir prédict ce qui a esté
-récité à vostre avantage, j'ay esté disgracié... Le cœur me faict bien
-mal, me voyant dans une miserable nécessité, et m'estant veu avec luy en
-esquipage si honorable, entretenir de beaux chevaux d'Italie, et beaux
-mulets pour porter mon bagage; entrant en son cabinet secret à toutes
-les heures que bon me sembloit; dormant en sa chambre, auprès de son
-lict, au chateau de Turin; faisant bons offices à qui bon me sembloit;
-mes chevaux et mulets bardés de bleu celeste, et laquais et estaffiés
-accoustrés de même couleur... Je ne demande rien qu'une livre de pain
-que l'on donne aux chiens, de trois jours en trois jours, et je vous
-seray fidèle et obeyssant, sans jamais varier, à vostre service.
-Servez-vous de moy, et je seray le rocher qui ne s'esbranlera jamais.
-S'il ne vous plaist d'accepter ce que je vous dis par cet escrit, vous
-me permettrez que je secoue la poudre de mes souliers, et n'emporteray
-rien du vostre. Je quitteray tout, et sortiray tout en chemise, sans
-chapeau, sans souliers, me baignant la face de larmes, me resjouissant
-et louant Dieu le créateur, &c. &c.
-
-(Il y a quelque chose d'espagnol dans cette manière de demander
-l'aumône, et qui ne devait pas déplaire à Henri IV.
-
-Malgré ce qu'il parvenait encore à obtenir de temps à autre, la misère
-s'approchait à pas lents, et augmentait sans doute l'exaltation
-religieuse de Bluet. Lorsque la peste éclata à Paris vers 1606, il
-s'imagina que s'il se soumettait à une sévère pénitence, il parviendrait
-à détourner en partie le fléau. En conséquence il résolut de se vouer à
-l'abstinence et à la prière, et se proposa, dit-on, de jeûner pendant
-neuf jours de suite, mais dès le sixième, il devint si faible, qu'étant
-allé, vers le soir, faire ses oraisons au cimetière Saint Etienne, il y
-mourut de misère et de besoin.)
-
-Il nous semble que la vie de Bluet d'Arbères, dont nous venons de donner
-un aperçu, présenterait un excellent cadre pour y faire entrer un
-tableau critique des hommes et des mœurs de la fin du seizième et du
-commencement du dix-septième siècle. Ses œuvres elles mêmes, lues avec
-attention, présenteraient bon nombre d'esquisses ingénieuses. Son
-enfance passée dans les champs, les marais et les bois de son pays
-natal, comme berger; sa jeunesse pleine de folles imaginations de
-grandeur et de gloire; sa fuite de la maison paternelle, à la suite
-d'une intrigue d'amour; son séjour à la cour du Duc de Savoie, ses
-voyages avec ce prince, auprès duquel il remplissait le rôle d'une
-espèce de fou de cour; ses mésaventures risibles; son arrivée à Paris,
-ses prospérités et ses misères dans cette capitale; son existence de
-bohémien littéraire, et sa fin misérable au milieu des tombeaux, où il
-meurt de faim, dans la pensée qu'il est une victime expiatoire de la
-peste; voilà certes des données suffisantes pour en composer un livre
-plein d'intérêt.
-
-
-
-
-DEUXIEME PARTIE.
-
-BIBLIOGRAPHIE.
-
-
-Le recueil des œuvres de Bluet d'Arbères dont on ne rencontre jamais
-l'ensemble complet, et dont les exemplaires incomplets différent
-entr'eux dans le contenu des pièces qui les composent, formait dans
-l'origine 173 livres, ou morceaux numérotés, même 180, si l'on s'en
-rapporte à une note de l'abbé de St Léger, écrite en 1778, d'après
-l'exemplaire du baron d'Heiss; mais plusieurs de ces livres ne nous sont
-pas parvenus.
-
-Ce qu'on en connaît jusqu'ici se réduit aux livres 1 à 85, et 91 à 103;
-à quoi il faut ajouter les livres 104 à 113, découverts depuis quelques
-années. Les livres 105 à 113 sont imprimés séparément. Il en est de même
-des livres 141 à 173, formant un volume composé de 200 feuillets, avec
-des gravures sur bois, et un titre ainsi conçu:
-
-_Dernières œuvres de Bernard de Bluet d'Arbères, &c. contenant les
-interpretations de la vie de Jesus Christ, imprimées à Paris, depuis le
-jour de Noël 1604, jusqu'au IXème jour d'avril 1605._
-
-Ce volume supplémentaire dont trois ou quatre exemplaires seulement ont
-échappé à la destruction, se trouvait dans le catalogue de la vente des
-livres de M. le Comte de Mac-Carthy, et provenait de la Bibliothèque de
-M. Girardot de Préfond qui l'avait acheté 300 francs.
-
-Le Bibliophile Jacob nous apprend[50] que ces trois ou quatre
-exemplaires furent trouvés en feuilles parmi de vieux papiers, dans les
-archives de la société des Jésuites, après l'expulsion de cette société
-par arrêt du Parlement en 1762. Ces livres de 141 à 173 avaient été
-condamnés à être détruits, comme renfermant des opinions bizarres et
-très hétérodoxes, sur la vie de Jésus Christ, qui auraient pu mettre
-l'auteur en danger d'être brûlé, comme hérétique, si sa folie n'eût été
-bien notoire. Les imprimeurs de Paris reçurent l'ordre de ne plus
-imprimer ses ouvrages, ce qui dut le priver de ses moyens d'existence
-ordinaires.
-
- [50] Bulletin du Bibliophile Techener. Juillet 1859.
-
-Ce recueil des _Dernières œuvres_ de Bluet, étant extrêmement rare, M.
-Paul Lacroix en a donné, dans le Nº du Bulletin du Bibliophile indiqué
-ci-dessous, une description minutieuse, et de nombreux extraits des
-endroits les plus remarquables. Nous y renvoyons les curieux.
-
-Quant à l'autre recueil des œuvres de notre auteur, en voici le titre
-tout au long:
-
-“L'Intitulation et Recueil de toutes les œuvres de Bernard de Bluet
-d'Arbères, Comte de Permission, Chevalier des Ligues des XIII Quantons
-de Suisse; et Ledict Comte de Permission vous advertit qu'il ne sçait ny
-lire ny escrire, et n'y a jamais aprins; mais par l'inspiration de Dieu
-et conduite des anges, et pour la bonté et miséricorde de Dieu. Et le
-tout sera dédié à haut et puissant Henry de Bourbon, roy de France et de
-Navarre, grand Empereur Theodoze, premier fils de l'Eglise, Monarque des
-Gaules le premier du monde, par la grâce, bonté, et miséricorde de Dieu.
-
-“C'est pour faire déclaration des livres qui ont esté imprimez en son
-nom, qui ont eu leur suite et effect; m'en observant trois de toutes mes
-œuvres, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de m'appeler. Et en sera donné de
-tous mes livres, reliez tous en un, des déclarations à tous les
-dominateurs et grands seigneurs de la terre, qui sont de mes amis, et
-sera dattée (sic) le jour et le temps qu'ils les auront receuz et seront
-imprimés, et seront prins pour tesmoignage pour déclarer la vérité des
-visions qui n'ont pas encore eu leurs effects, pour déclarer la vérité
-de celles qui auront leurs effects, s'il plaist à Dieu. Mai 1600, in
-12º.”
-
-Ce titre principal a une gravure sur bois, représentant le Calvaire,
-avec l'inscription, _in hoc signo vinces_.
-
-Dans l'analyse suivante, nous ne présenterons aux lecteurs des extraits
-de ce que l'auteur veut bien appeler des _livres_, que lorsqu'ils
-contiendront quelque chose de remarquable, ou qui puisse compléter, sous
-certains rapports, la Biographie qui précède.
-
-_Le 1er Livre d'Oraisons_, partie de 72 pages d'impression, a en tête
-une assez jolie gravure sur bois, représentant allégoriquement l'_Arbre
-de vie_. Cette gravure est reproduite plusieurs fois dans le cours de
-l'ouvrage.
-
-Dans une courte préface l'auteur nous dit qu'il a commencé de faire
-imprimer le 19 Mai 1600, ce livre d'oraisons, qu'il a été réimprimé de
-nouveau, au nombre de deux mille exemplaires.
-
-Ces prières ne manquent pas d'onction et d'un certain mérite,
-quoiqu'elles renferment deux ou trois propositions singulières, telle,
-entr'autres, que la distinction entre la pucelle et la vierge: “La
-première, dit-il, c'est avoir mauvaise volonté sans effect, la seconde
-c'est estre sans mauvaise volonté et sans effect.”
-
-Nous consignerons ici une remarque que M. Paul Lacroix a faite le
-premier, et qui est importante, sous le rapport bibliographique, pour
-l'œuvre entière de Bluet; c'est qu'après avoir fait imprimer, à un
-nombre inégal, une édition de ses _livres_ qui forment ordinairement 12
-ou 21 pages in 18º, et en avoir distribué lui-même une partie, l'auteur
-faisait imprimer à part pour chaque _livre_ deux feuillets qui n'étaient
-pas seulement destinés à figurer en tête de ce livre comme titre détaché
-et supplémentaire, mais qui devaient servir de prospectus pour attirer
-de nouveaux acheteurs, afin de vendre le reste de l'édition, et
-quelquefois une édition nouvelle. Ces titres-prospectus qu'il
-distribuait dans les rues, manquent souvent aux anciens exemplaires, ou
-se trouvent dans quelques-uns, sans les livres pour lesquels ils sont
-faits. Ceci sert à expliquer certaines différences entre les trois
-exemplaires que nous avons examinés, et la description donnée par De
-Bure le jeune.
-
-_Le deuxième livre d'oraisons_, également imprimé à 2000 exemplaires, le
-15 Mai, _contient cinq cens clauses et est couvert de bleu céleste_, dit
-Bluet, dans un des exemplaires que nous avons eus entre les mains. Dans
-un autre il n'y avait que le titre-prospectus dont nous venons de
-parler, c'est-à-dire deux feuillets contenant seulement le titre et une
-figure.
-
-Pour les six livres suivants, aucun de nos trois exemplaires ne
-renfermant les livres complets, nous transcrirons les détails curieux
-donnés par M. Paul Lacroix, d'après l'exemplaire de M. Techener.
-
-“_Le 3ème livre, des sentences sans repliques_, contenait trente-six
-feuillets, et fut tiré aussi à 2000 exemplaires. Il n'en restait plus
-que trois, lorsque le Comte de Permission fit paraître le
-titre-prospectus en deux feuillets, qui existe seul aujourd'hui, le
-livre étant perdu.
-
-“_Le 4ème livre, des prophéties_, n'existe pas davantage, quoique les
-Bibliographes aient cité son titre-prospectus en deux feuillets où l'on
-apprend que ce livre contenant 60 feuilles, avait été dédié à Henri IV
-et tiré à deux mille exemplaires. Il n'en restait plus que quatre, tous
-les autres ayant été donnés au mois de Juin 1600.
-
-“_Le cinquième livre, des songes_, contenait 24 feuilles. Il avait aussi
-été tiré à 2000, dont trois seulement restaient, après la distribution
-des exemplaires. Malheureusement ce livre-là n'est plus représenté que
-par son titre-prospectus.
-
-“_Le sixième livre, des visions_, imprimé le 29 octobre 1600, contenait
-24 feuilles; il était dédié au Comte de Laval: douze exemplaires
-seulement survécurent à la distribution générale de 2000 que le Comte de
-Permission avait fait imprimer.
-
-“_Le septième livre, de professie._ Le titre-prospectus de ce livre
-offre un portrait de Henri de Bourbon, Prince de Condé, à l'âge de neuf
-ans, en 1597. Le livre tiré à 2000, dont il ne restait plus que cent,
-après la distribution, contenait douze feuilles, suivant ce
-titre-prospectus que les bibliographes n'ont pas connu: or comme il est
-composé de 24 pages, on doit en conclure que Bluet désigne les
-_feuillets_ par le nom de _feuilles_.
-
-“On trouve dans ces titres-prospectus la preuve irrécusable de
-l'existence de plusieurs livres en grand format, in 4º sans doute, qui
-ne sont jamais parvenus sous les yeux des bibliographes. On lit sur le
-titre-prospectus du 27ème livre _du Chariot Triomphant_: “Est en grand
-volume, et ne peult pas entrer en cestuy rang. Puis au dessous: Le 29ème
-livre est en grand volume, qui ne peult pas entrer aussi en cestuy
-rang.”
-
-Dans la seconde édition du _7ème livre de professies_ l'auteur annonce
-que cette pièce a été réimprimée le 1er Janvier 1601 à cinq cents
-exemplaires, et dédiée à Monseigneur de Nantouillet.
-
-_Le 8ème livre_, de 24 pages, contient l'interprétation et l'explication
-de la gravure qui représente l'_arbre de vie_. Ce livre est dédié: “à la
-plus belle demoyselle et Princesse Anne de Montofye, Duchesse de Lucé,
-Royne, nymphe des nymphes, et fille unique de la noble Senahic.”
-
-A la fin de cette pièce se trouvent deux pages imprimées en italiques,
-indiquant la date précise de huit des livres de Bluet, et la couleur
-emblématique, selon lui, dont chaque livre était recouvert. Le verso du
-dernier feuillet contient une espèce d'apostrophe au Duc de Savoie, en
-latin.
-
-_Le 9ème Livre, des Rois_, 24 pages, dédié à Henry de Bourbon, Roy de
-France, pour lequel 400 exemplaires ont été imprimés. Néanmoins ce livre
-se termine par les mots: “Le Comte de Permission en a fait imprimer deux
-mil copies.”
-
-Dans d'autres exemplaires, ce livre est dédié à M. le Prince de Conty.
-
-Ce n'est qu'une série de noms de fantaisie que l'auteur se plaît à
-donner aux Rois et aux grands seigneurs de l'Europe, dans le genre de ce
-qui suit: “Le Roy d'Espagne s'appellera Alexandre le Grand, monarque des
-trésors des Indes, parceque Alexandre possedait de grands pays, et qu'il
-étoit fils de Philippe. L'Archiduc d'Autriche s'appellera l'empereur des
-Attrapes, parcequ'il a attrapé la Bourgogne, et s'en est faict Prince;
-parcequ'il a attrapé les Pays-Bas, qui sont la Flandre, et parcequ'il a
-attrapé la Princesse d'Espagne, pour en faire sa femme.”
-
-_Le 10ème livre_ n'est composé que de comparaisons et d'épithètes
-bizarres, comme celles du livre précédent. Il a de même aussi une
-gravure de _l'arbre de vie_. On doit en avoir tiré deux éditions, car il
-est dédié à Monsieur de Beaumont, dans un exemplaire, et à Henri de
-Savoye, Duc de Nemours, dans l'autre, et chose assez singulière,
-l'impression, dans tous deux, est datée du 16 Mars 1601.
-
-_Le 11ème livre_ fut imprimé le 24 du même mois, “par le commandement du
-Comte de Permission qui en a faict la composition; et en sera imprimé
-deux rammes, dequoy en sera dédié deux cens coppies à Haulte et
-Puissante Damoiselle De Lorraine.”
-
-M. Paul Lacroix nous apprend que dans d'autres exemplaires, la dédicace
-est adressée à Marie de Médicis Reine de France, et aussi à Ysabeau de
-la Tour. Ce livre traite “de toutes les premières du monde, Princesses,
-Roynes, dames et damoiselles de grande qualité, de noms, de surnoms et
-interpretations.”
-
-_Le 12ème livre_ traite “des grands seigneurs qui sont compris dans les
-terres du Duc de Savoye, Roy David, soit en Piedmont, soit en Savoye, et
-s'appellera le livre sans oubly.” Imprimé à 2000 exemplaires le 5 avril
-1601, et portant en tête une gravure de l'arbre de vie.
-
-_Le 13ème livre_ a un de ces titres-prospectus d'un feuillet dont nous
-avons déjà parlé plus haut, d'après M. Lacroix, et au bas, on lit pour
-la première fois, selon le même bibliographe, cet avis, que Bluet a
-répété sur quelques autres titres-prospectus: “Le Comte de Permission
-prétend donner tous ses livres reliez ensemble, à tous ceux à qui il en
-a dédiez.”
-
-_Le 14ème livre_, six pages, plus un feuillet non chiffré, fig.
-
-_Le 15ème livre_, 12 pages, fig.
-
-_Le 16ème livre_, 12 pages. M. Lacroix cite deux titres différents de ce
-livre, l'un de deux feuillets, avec le portrait du Comte de Permission
-agenouillé et entouré d'emblèmes; l'autre d'un seul feuillet, sans
-figure.
-
-_Le 17ème livre_ traite des visions du Comte de Permission et est dédié
-à Antoine Zamet, _baron de cinquante mille escus, frère du Grand
-Abraham_. 12 pages, sans fig.
-
-_Le 18ème livre_ renferme quelques détails sur la paillardise, et sur
-les Cornes de Moïse, d'un genre assez singulier.
-
-_Le 19ème livre_ est dédié à Bastien Zamet, le grand Abraham, _marquis
-d'un million d'or, par la grace de Dieu_. Douze pages, fig. Dans un
-autre exemplaire la dédicace est à _Sebastian Zamet,--Grand Abraham,
-père de familles de toutes les Europes, riche de deux millions d'or par
-la grace de Dieu_.
-
-_Le 20ème livre_ nous apprend que Bluet avait un frère boiteux,
-probablement gardien de troupeau, comme lui, d'après l'allusion qu'il
-fait.
-
-Douze pages, et portraits en tête, de H. Du Plessis, R. Du Plessis, et
-Isabelle Du Plessis, _la tant belle desirable_.
-
-_Le 21ème livre_, 24 pages, fig. du prophète Nahum. Dédié à Henry IIII,
-Roy de France et de Navarre. C'est une espèce de sermon à la manière de
-l'auteur, sur les dissentions entre les Catholiques et les Protestans.
-Quelques passages sont assez curieux, celui-ci entr'autres: “Voyla les
-prédicateurs des deux religions; la plus part de leurs prédications,
-c'est d'inciter de se couper la gorge les uns avec les autres. Voila le
-prédicateur de la religion Philistienne qui preschera que ces pauvres
-papaux font un Dieu de paste, et d'un goubelet d'argent, qu'ils sont
-idolastres. Voyla les autres prédicateurs de la religion Catholique, qui
-dirent: Ces Calvinistes sont des chiens qui mangent de la chair en tout
-temps. Le Comte de Permission vous avertit de la part de Dieu, que cela
-n'est point bon de rapporter toutes ces paroles... que de trente mille
-qui vont à l'église, il n'y en a pas un qui fasse son devoir.”
-
-_Le 22ème livre_ a douze gravures sur bois, qui remplissent plus de la
-moitié des pages, et qui sont tirées d'une Danse des morts.
-
-“Il faut que je me résolve,” (dit Bluet, avec tristesse s'apercevant
-sans doute que ses livres ne se plaçaient plus aussi bien) “de me mettre
-en bon estat, comme cestuy là qui s'en va mourir et rendre l'esprit,
-avec une vraye repentance d'avoir offensé Dieu; et je ne pense estre que
-trop riche quand je n'aurois que deux chemises, si je vois mon frère
-Chrestien qui n'en a qu'une.”
-
-_Le 23ème livre_, 12 pages, fig. Dédicace à Henri de Bourbon, Duc de
-Montpensier. Il y a deux titres différents pour ce livre, d'après les
-exemplaires.
-
-_Le 24ème livre_, 12 pages, sans fig. M. Lacroix cite un titre de 2
-feuillets avec les instruments de la Passion, et figure très singulière
-et très équivoque.
-
-_Le 25ème livre_, 12 pages, fig. Deux titres différents.
-
-_Le 26ème livre._ “Ce livre s'appellera, dit Bluet, le renouvellement
-des prophéties, dont la figure du prophete Nahum sera en teste.” 8
-pages, fig.
-
-_Le 27ème livre_; un titre de deux feuillets, avec figures. Un autre
-titre sans fig. Ce livre, dit M. Lacroix, qui avait été imprimé en grand
-volume, n'existe plus.
-
-_Le 28ème livre_; un titre de deux feuillets, fig., 12 pages.
-
-_Le 29ème livre_; titre de deux feuillets, avec armoiries des treize
-Cantons. Ce livre qui avait aussi été imprimé en grand volume, n'existe
-plus.
-
-_Le 30ème livre_ est une série de visions des plus bizarres, telles que:
-“Je voyois le soleil à ma fenêtre, lequel me crioit: ouvre moi la porte,
-que j'entre en la maison; je veux entrer et tu me fermes tousjours la
-porte.--Autre vision, que j'estois transporté en la Turquie, avec la
-femme du Grand Turc, et qu'elle lisoit mes livres, et pleuroit des
-livres que se devoyent imprimer. Les enfants du Grand Turc et de la
-Turquesse ne se pouvoient lever que je ne les levasse.”
-
-Ce livre, dans quelques exemplaires, est en double, et montre qu'il y en
-a eu deux éditions, chacune du même nombre de pages (24), avec une
-addition de neuf lignes en plus petits caractères, dans l'un d'elles.
-
-_Les 31ème et 32ème livres_ ne présentent aucune observation. L'un a un
-titre de deux feuillets, avec portraits, et se compose de 10 pages,
-aussi avec portraits; l'autre a douze pages et traite “des discours et
-interprétations des noms et surnoms des demoiselles de la Royne de
-France.”
-
-_Le 33ème livre_ est dédié à Marie de Médicis, _Impératrice de hasard et
-de fortune_, et se compose de douze pages imprimées le premier jour de
-l'an 1603. Bluet a l'idée originale dans ce livre d'appliquer aux damnés
-le contraste du froid et du chaud: “Quand il est jour au monde, ceux des
-enfers sont tourmentés par la glace et la froidure; d'autant qu'ils ont
-eu la chaleur à mal faire, Dieu les veut refroidir par la glace; et
-quand il est nuict au monde, ceux des enfers sont tourmentés par le
-feu.”
-
-_Le 34ème livre_ est dédié à la haute et puissante dame Henriette de
-Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de beau plaisir.
-
-Au nombre de ces visions qui n'ont aucune suite, il y en a d'assez
-curieuses: “Autre vision que je voyois la ressemblance de Madame la
-Princesse et Duchesse de Nemours, et elle s'est venue présenter à moy,
-en chemise, et me dist: mon amy, j'ay froid, poussez moy un peu dans
-ceste chambre. Autre vision que je voyois une grande Duchesse qui avoit
-perdu ses souliers, &c.”
-
-_Le 35ème livre_ de 12 pages, avec figure, présente encore des visions.
-Elles commencent par le récit d'un enlèvement de Bluet par un diable qui
-le transporte aux lieux où il est né, le pose au milieu des marais où il
-gardait les vaches. Puis ils se battent ensemble. Plus loin, il est aux
-prises avec un autre diable à cheval. Bluet lui met le mors d'une bride
-dans la bouche, et appelle au secours: “Je voyois le Pape et Messieurs
-les Cardinaux qui ne me vouloient point secourir. Je leur ay dit: sauve
-qui pourra, car je m'en vais le laisser aller, je ne le peus plus
-tenir,” &c. &c.
-
-_Les 36ème, 37ème et 38ème Livres_, de 12 et 24 pages, avec figures, ne
-renferment également que des visions. L'une d'elles montre jusqu'à quel
-point la malheureuse cervelle du Comte de Permission était bouleversée
-par la vanité: “Il m'est apparu que j'étois transporté en la maison
-d'une grande dame de mes amies; j'étois accoustré d'un habit à
-l'antiquité, portant une palle de feu en ma main; il y avoit une table
-toute pleine de vesselle d'argent doré... trois capucins qui avoient une
-face reflambante ont dict à la compagnie qu'ils étoient venus pour me
-veoir, je leur suis allé parler, les larmes leur distiloient des yeux,
-et m'ont dict: vous avez la plus grande obligation à cestuy grand Dieu
-de là haut; il n'y a jamais eu pape, et n'y aura qui aye jamais pu faire
-ce que vous avez faict. Vos livres regneront jusqu'à la consommation du
-monde, vous serez tenu à merveille au dernier temps, ce que vous n'estes
-pour le présent; monstrez nous de vos œuvres. Je leur en ai monstré.
-Quand ils ont eu de mes œuvres, ils ont commencé à chanter à haulte
-voix: Gloire soit donnée au Grand Dieu Eternel, et bénédictions soient
-données à vos actions et à vos œuvres.”
-
-“Je leur ay dict: cela n'est rien pour le présent, au prix de ce que je
-feray pour l'avenir, s'il plaist à Dieu. Je vais oster toutes les
-difficultés de toutes les divisions, y compris la Turquie,” &c. &c.
-
-Il y a un second 38ème livre, de 12 pages, intitulé: _des sentences,
-&c._, imprimé le 27 février 1603, et dédié “à Anthoine Zamet Jacob, fils
-aîné du grand Abraham, et de la Victoire de Laurier, sa mère.”
-
-_Livre 39ème_, deux feuillets, fig.
-
-Entre ce livre et le 40ème dont nous allons parler, il se trouve deux
-morceaux, dans l'un des exemplaires que nous avons lus, qui ne portent
-aucune indication soit de série, soit de classification quelconque, et
-qui ne sont point mentionnés par les bibliographes. Ils n'ont ni titre,
-ni gravure. Il est donc impossible de deviner où ces morceaux devraient
-être placés. Ils sont néanmoins complets en eux-mêmes, paginés de 1 à
-12, et indépendants de tout autre livre. Voici les premières lignes de
-chacune de ces pièces: “Autre vision que je voyois que les gens du Roy
-de France venoient me dire: chauffez un peu ceste serviette pour le Roy
-nostre maistre, et moy approchant la serviette proche du feu, elle ne se
-vouloit point eschauffer.”
-
-“Quand le ciel est bien clair, le soleil étend ses rayons sur le monde;
-subitement vient la nuée qui se met devant le soleil, et tout à l'heure
-le soleil retire ses rayons, et sont cachés,” &c.
-
-_Les livres 40, 41, 42, 43, et 44_ ne nous présentent que deux
-observations à faire. Au bas de la 1ère page du 41ème livre se trouve la
-remarque suivante: “Le quarante deuxième livre qui est le tableau du
-Paradis et de l'Enfer, est en grand volume, et ne peult pas entrer en
-cestuy rang.”
-
-A partir du 43ème livre, De Bure, dans son catalogue des Œuvres de
-Bluet, avance que les livres suivants n'ont pas de figures. Néanmoins
-presque tous ces livres en ont en tête, mais le 43ème qui commence par
-une gravure représentant St Pierre et St Paul, en contient une à
-mi-page, au verso et au recto, jusqu'à la fin des douze pages.
-
-_Livre 45_; “_Figure qui représente les douleurs qu'a enduré la Vierge
-Marie._” Tel est l'intitulé de ce livre de douze pages, collection de
-visions bizarres dans le goût de celle ci: “Le Grand Turc m'est venu
-dire: Comte de Permission, allez au grand juge et sauveur vostre
-maistre, qu'il luy plaise prolonger son grand jugement, et me donner un
-petit de temps, que je me puisse amender, pour demander miséricorde;
-j'aboliray la loi et la religion de Mahomet l'enchanteur, je la fouleray
-sous les pieds, et observeray vos ordonnances, moy et tous mes royaumes
-et empires.”
-
-_Les livres 46, 47, 48_ ont chacun 12 pages et une gravure.
-
-_Livre 49_; idem. “Le Duc de Nemours me fit donner douze ducats, m'en
-allant à Chamberry, pour m'accoustrer, et je m'accoustris depuis les
-pieds jusques à la teste, tout de frize noire, et les dames me
-demandoient qui m'avoit donné cestuy habit; je leur dis que c'estoit le
-Duc de Nemours, la fleur de mes amis, et ne le vois plus, à mon grand
-regret.”
-
-_Les livres 50 à 57_ ne présentent pas d'observations à faire.
-
-_Le livre 58ème_ de douze pages, a en tête une petite gravure sur bois,
-passablement indécente, et dont nul bibliographe n'a parlé. Le titre
-porte: “Dédié à haulte et puissante Dame, princesse et duchesse de
-Guise, Royne de Sabat. Iceluy livre traicte du remède comment les femmes
-mettent les hommes en tentation, et comment les hommes doivent
-résister.”
-
-L'auteur explique la gravure de la manière suivante: “L'homme sera
-couché à la renverse, la femme sera aussi couchée vis-à-vis de l'homme.
-Une des gorges d'un serpent à deux gorges et à quatre griffes, tirera la
-langue de l'homme, et l'autre gorge engouffre la partie honteuse de
-l'homme. Sur la femme il y aura un dragon qui aura une grande queue,
-laquelle entrera dedans la partie honteuse de la femme, les deux griffes
-sur les deux mamelles. Il ne faudra pas que l'homme dise à Dieu: les
-belles femmes m'ont monstré leurs testins, elles m'ont induict à mal
-faire; il n'y aura poinct d'excuse.”
-
-Tout ce livre est fort curieux, mais trop long pour le transcrire ici.
-
-_Livre 59_; douze pages. Portrait d'Argentine Provane, _la plus belle
-damoyselle qui soit en Italie, de là les monts_, à laquelle le livre est
-dédié.
-
-Le verso de la dernière page est rempli par dix portraits en buste, du
-Duc de Savoie et de ses enfants.
-
-_Livre 60_; douze pages, gravure. “Comme je m'en allay trouver Abraham,
-j'ay rencontré Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne qui m'a convié pour
-aller disner avec luy; j'y suis allé, et il m'a faict donner un escu,
-après que j'ay eu disné.”
-
-La plupart de ceux que Bluet mentionne à cette époque comme leur ayant
-donné un de ses _gros livres_, lui font remettre un écu. Le Prince
-d'Orange lui fait présent d'un doublon d'Espagne, et Dom Pierre de
-Balançon, d'un beau pourpoint de satin.
-
-_Les livres 61 à 65_ n'offrent pas de remarques à faire.
-
-_Livre 66_; douze pages (le titre porte par erreur lxvii). En tête est
-le portrait du Comte de Permission, ressemblant beaucoup à celui de
-Ronsard, et entouré par deux branches de laurier. Au revers est un
-portrait d'Argentine de Provane, fille du Grand Chancelier du Duc de
-Savoie “qui eust esté ma femme, si je ne fusse demeuré en France,” dit
-l'auteur.
-
-_Les livres 67, 68, et 69_ ne m'ont pas présenté d'observations à faire.
-
-Le livre suivant, indiqué comme le _octante deuxième_, et intitulé _le
-Livre des trois couronnes_ à cause de la gravure qui se trouve en tête,
-répond, dit Bluet, “et suit au soixante-neufiesme livre, et est des
-visions depuis le cinq Novembre, jusqu'à présent.”
-
-Il a 12 pages, comme les précédents.
-
-_Le livre 70ème_ est dédié au Duc de Maine, et imprimé le 10 Novembre
-1603. Il traite de la vie de l'auteur, ainsi que plusieurs des livres
-suivants, comme nous l'avons indiqué dans la biographie du Comte de
-Permission.
-
-_Le livre 75ème_ est celui où se trouve la gravure indécente qui manque
-à la plupart des exemplaires.
-
-_Le livre 77ème_ renferme plusieurs aventures où l'on voit que tout le
-monde s'amusait aux dépens du pauvre Bluet, et le raillait surtout de
-son peu de courage.
-
-_Le livre 78ème_ porte en tête la gravure d'une chapelle sur roulettes.
-“C'est une chapelle, dit-il, que j'avois faicte à Chambery, et m'y
-tenois tout droit, et me couchois tout de mon long dedans, et la pouvois
-porter sous mon bras, et y faisois mes oraisons aux églises et ailleurs.
-Je voyois et on ne me voyoit poinct, et estant dedans je la faisois
-aller où je voulois, avec ses roues et autre subtilité et industrie.”
-
-Cette description est très énigmatique, nous paraît-il, et il est fort
-difficile de comprendre comment Bluet pouvait en même temps s'y coucher
-tout de son long, et aussi, lorsqu'il voulait, la mettre sous son bras
-et l'emporter.
-
-_Le livre 79ème_ a aussi la gravure de la chapelle, mais entièrement
-différente en construction et accessoires.
-
-_Le livre 81ème_ a une petite gravure représentant le portrait en pied
-de sa maîtresse Antoinette Coynder, qu'il manqua épouser, dit-il,
-lorsqu'il eut quitté l'état de berger. Puis vient un autre portrait en
-pied de la servante de Madame la Comtesse de Fournon “à laquelle je
-failly me marier quand j'eus quitté la paysanne.”
-
-_Le livre 82ème_ continue la série des portraits en pied des personnes
-qu'on a voulu lui faire épouser. Le troisième est celui _de Damoiselle
-du Gayet qui s'appelloit Adriane de Quincin_. Le quatrième est celui de
-_la fille d'un écuyer de chevaux, nommé George Estrajo_.
-
-_Livre 83ème._ Nouveaux portraits en pied de Mademoiselle de Senamy, de
-la belle Catherine de Gratian, la fille de chambre de la Marquise d'Ais;
-de Lucrèce de Lalee, damoiselle de la Tornette; de Peronne Pobel. “Bref,
-ajoute-t-il, je dis avec vérité que j'ay eu autant de maîtresses, qu'il
-y a de mois en l'année. J'ay failly de me marier à toutes.”
-
-_Le livre 84ème_ contient le portrait d'Argentine Provane, “la plus
-belle qui soit et qui jamais aye esté en toute l'Italie. Il n'y a
-peintre, si brave soit-il, qui puisse imiter sa rare et excellente
-beauté.”
-
-_Le livre 85ème_ est dédié à Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil,
-Royne de beau plaisir. “Ce livre traicte de la continuation de ma vie,
-tant de fortune que de mon infortune pour ne m'estre pas sceu gouverner
-selon les fantaisies et dissimulations du monde: Chacun mesure la
-capacité des esprits d'autruy, comme ils mesurent la leur; mais celuy
-qui compte sans son hoste, est sujet à compter deux fois. Les penseurs
-feroient beaucoup si ce n'estoit leurs contre-penseurs. En Dieu je me
-console.”
-
-_Le 91ème_ livre traite de l'interprétation du Royaume de France et des
-provinces et duchés qui appartiennent au Grand Empereur Théodose.
-
-_Le 92ème_ est la continuation du même sujet.
-
-_Le 93ème_ contient l'interprétation du nom des possessions du Roy du
-Levant.
-
-_Le 94ème_ livre est intitulé _le livre de la désolation et
-lamentation_, et dédié au Nonce du Pape. “Le sujet en est, dit-il,
-l'interprétation de l'Annonciation de la Vierge Marie.” Ce livre de 12
-pages, malgré ce qu'il annonce, ne se compose que de plusieurs courtes
-oraisons et prières.
-
-_Le livre 95ème_ est dédié “à Catherine de Lorraine, Princesse et
-Duchesse de Nevers, Royne de toute Vertu, l'Excellence de la France.”
-
-Ce livre est également rempli d'oraisons. Portraits des prophètes Elie
-et Enoch, Jérémie et David.
-
-_Livre 96ème._ En tête se trouve le singulier intitulé suivant, en
-lettres Italiques: “Il n'y a nul rapport au contenu de ce livre dédié à
-la Princesse de Dombes et de Montpensier: Pere Cothon s'appellera
-Rembourré parceque le coton sert à rembourrer les pourpoints, et luy
-comme plein de vérités, rembourre le vice.”
-
-En tête, figure du prophète Isaïe, qui fut le premier, dit Bluet, qui
-ait prophétisé l'avénement du fils de Dieu.
-
-_Le livre 97ème_ est intitulé: _Le Prophète Daniel_, et donne son
-portrait. Ce livre traite _de l'interprétation du Duché de Nemours, et
-autres royaumes et principautés_. “Le Duché de Nemours s'appellera
-Tentation d'amitié, parceque Amour est amitié: un amoureux et une
-amoureuse qui se baisent, pour armoiries.” Une gravure en marge les
-représente.
-
-“Rome en Genevois, s'appellera aveugle, parceque celuy qui est borgne
-n'est pas aveugle: un homme borgne pour armoiries.” Gravure d'un borgne.
-
-Tout est de cette force, durant douze pages.
-
-_Le livre 98ème_ est dédié _à Monsieur le Grand, de France, gouverneur
-pour le premier du monde, de la Duché de Bourgogne_.
-
-Nous avons cité plus haut le volume des _dernières œuvres de Bluet
-d'Arbères_, volume séparé et excessivement rare, de 200 feuillets, avec
-des gravures sur bois, et qui commence au livre 141 et finit au 173ème.
-Nous nous proposions d'en donner également une analyse détaillée, mais
-ce travail a été si bien exécuté par _le Bibliophile Jacob_, dans le
-Bulletin du Bibliophile de Techener, du mois de Juillet 1859, page 450,
-que nous avons préféré y renvoyer les curieux.[51]
-
- [51] Nous consignerons ici, en finissant, une note de Beuchot dans le
- 33ème volume de son édition des œuvres de Voltaire, où il est
- question du Comte de Permission: “Fréron reproche à Voltaire, y
- est-il dit, d'avoir tiré presque mot pour mot l'épisode de
- _l'hermite_, dans _Candide_, d'une pièce de 150 vers, intitulée _The
- Hermit_, par Th. Parnell. Avant Parnell, plusieurs auteurs avaient
- traité le même sujet, et entr'autres Bluet d'Arbères, dans le livre
- 105 de ses œuvres. C'est en 1604 qu'avaient paru les livres 104 et
- 115, dont on ne connaît encore qu'un seul exemplaire, découvert en
- 1824.”
-
-
-
-
-JEAN MARIE CHASSAIGNON.
-
-
-“Les cataractes de l'imagination, déluge de la scribomanie, vomissement
-littéraire, hémorhagie encyclopédique, monstre des monstres, par
-Epiménide l'inspiré--Dans l'antre de Trophonius, au pays des visions.--4
-vol. in 12º, 1779.”
-
-Certes, ce titre seul annonce que notre auteur eût pu être mis dans une
-maison de santé, sans grande injustice, d'autant mieux que ce n'est ni
-ce titre, ni cet ouvrage seulement, qui prouvent le dérangement des
-idées de l'auteur, mais encore la manière de traiter ses sujets.
-
-Une mauvaise gravure représentant l'auteur en robe de chambre, assis à
-son bureau, ayant derrière lui la Renommée et la Muse de l'histoire, se
-trouve vis-à-vis du titre du 1er volume. Au dessous sont gravés les cinq
-vers suivants:
-
- Muses, retirez-vous, je cède à mon génie,
- Un cœur comme le mien est au dessus des lois.
- La crainte fit les dieux, l'audace fit les rois.
- Qui consulte est un lâche et ne sait point écrire.
- Servons d'exemple, et n'imitons personne.
-
-Chassaignon a certainement tenu parole, car il n'a imité qui que ce
-soit, mais ses vœux sont restés inexaucés, il n'a heureusement servi
-d'exemple à personne.
-
-Dans une longue préface de près de cent pages, il avoue qu'il écrit dans
-un genre inconnu à son siècle, et il apostrophe ainsi ceux qui
-douteraient de son mérite: “Mais lis encore une fois, insolent faquin,
-lis, dégoûté scélérat, lis, bourreau mécréant, qui doute de notre
-supériorité originale,” et à ses critiques trop rhéteurs et puristes il
-dit: “d'un seul éclat de mon imagination, je foudroierais ce pusillanime
-troupeau d'esclaves, nés pour aligner des mots, symétriser des phrases
-et couper les ailes du génie.”
-
-Comme nous l'avons déjà fait observer, les monomanes ont souvent la
-connaissance parfaite du dérangement de leurs idées. Ce fait est prouvé
-par la science. Aussi notre auteur décrit très bien lui-même comment ses
-accès de folie commencent: “Je n'écris jamais plus d'une heure de suite,
-souvent même je cesse au bout d'un quart d'heure, une crispation dans
-les nerfs, un éblouissement dans la vue, une palpitation de cœur, une
-ébullition de cerveau, m'empêchent de tenir la plume, de regarder le
-papier, et même de combiner mes idées. Souvent au moment où j'entre en
-verve, mes fibres organiques s'ébranlent et se déchirent, je retiens une
-explosion qui m'accablerait.”
-
-Cet état du cerveau explique suffisamment les jugements littéraires
-qu'il énonce: “l'Esprit des lois, le Cid, Cinna, Emile et Mahomet n'ont
-pour moi que d'arides beautés. Voltaire, J. Jacques, Corneille, et
-Montesquieu n'ont pas senti ce que je sens. Je préfère _moi_ à tous ces
-fastidieux personnages.”
-
-Il raconte plusieurs des visions qu'il eut; une entr'autres pendant la
-nuit qui lui représente l'enfer: “_Horrescentes stetêre comæ_, dit-il,
-la plume m'échappe ici de frayeur; encore une minute, et j'expirais.
-J'écrivis ma vision à un incrédule qui en perdit la tête, et mourut.”
-
-Ayant conçu le plan d'une satire sanglante qui retracerait un tableau
-des scélératesses qui ravagent notre globe, il évoque tous les souvenirs
-les plus capables de lui donner ce qu'il nomme _des convulsions
-poétiques_. “Que la rage, la haine et la vengeance, s'écrie-t-il,
-broient mes couleurs avec leurs bras de fer... Un frénétique accès
-s'empare de ma verve, l'Etna est dans ma tête, le Vésuve est dans mon
-cœur.”
-
-Monté à ce diapason, il consacre un chapitre à l'expression du désir que
-les “coups de sa plume soient aussi destructifs que les dents de
-l'Ichneumon qui pénètre dans les entrailles du crocodile, et les lui
-déchire; aussi terribles que des tenailles rougies qui emportent des
-lambeaux de chair et arrachent le cœur... que ces satyres ressemblent au
-tonneau armé en dedans de lames tranchantes, dans lequel les
-Carthaginois firent rouler Régulus tout nu... qu'elles soient aussi
-meurtrières que le poison qu'Agrippine reçut de l'empoisonneuse
-Locuste”... et une foule de souhaits semblables, remplissent six pages.
-
-Enfin il conclut en disant que si quelqu'un était tenté de le persifler:
-“Ah! je l'en préviens, je lui fais effacer ses écrits dans des larmes de
-sang; j'imprime sur son front le fer de la satire, rougi sur une braise
-infernale, et on le verra convulsionner sous le poignard du remords...
-je le contraindrai à se pendre de honte et de desespoir!”
-
-Je pense qu'après cette tirade, personne ne doutera que notre forcené
-méritait d'être mis aux Petites Maisons.
-
-Les chapitres suivants sont consacrés à la critique de la littérature de
-l'époque. Après un assez long examen des meilleurs écrivains français,
-il conclut en disant qu'il n'en finirait pas s'il prenait à tâche de
-relever tous les solécismes, barbarismes, expressions impropres, vers
-boursoufflés, images incohérentes, mots vagues, rebattus, rimes
-oiseuses, négligences basses, licenses choquantes, fatiguantes
-répétitions, &c. &c., dont fourmillent les chefs-d'œuvres de Boileau,
-Racine, Corneille, Voltaire, Crébillon, Rousseau, &c. &c.
-
-Après cet examen vient un volume et demi de notes, sous le titre de:
-_Détachement ou Entrailles du monstre_, titre qu'il justifie par le
-motif suivant: “Ces notes étaient d'abord consubstantiellement
-renfermées dans les volumes, et y occasionnaient une espèce
-d'engorgement et d'obstruction. Pour dégager la masse, vider le
-ventricule, et éclaircir le chaos, on a cru devoir en détacher les
-parties hétérogènes, indigestes et compliquantes, et donner ces notes en
-supplément.” Cette explication aurait pu trouver place dans quelques
-endroits du _Médecin malgré lui_.
-
-Vers le milieu du 4ème volume se trouve une espèce de Post-face de deux
-feuillets, imprimés en encre rouge, et intitulés: _Fin du Monstre et de
-ses entrailles, suivie (sic) de la fin du monde et d'une esquisse des
-Enfers_.
-
-L'ouvrage se termine par deux cents pages presque toutes consacrées à
-une amère critique des œuvres de Voltaire, ce que l'on ne devinerait
-guère sous le titre, en encre rouge, de: _Arrière-Monstre, plus terrible
-que le Monstre: Paraphrase des prophéties d'Ezéchiel, &c. &c., visions,
-enfers, apocalypse nouvelle. Offrande au Clergé._
-
-Le lecteur ne doit pas s'imaginer pourtant que ces quatre volumes ne
-soient remplis que d'extravagances; l'auteur y déploie une très grande
-érudition, et prouve par ses citations et ses extraits sans nombre,
-qu'il avait immensément lu, et, qui plus est, retenu ses lectures.
-Malheureusement tout est si incohérent, qu'il serait difficile de les
-lire en entier. C'est évidemment le produit d'un cerveau en délire.
-
-Dans un autre ouvrage: _Les nudités, ou les crimes du peuple_, 8º, 1793,
-Chassaignon nous a retracé les malheurs que les aberrations de son
-esprit attirèrent sur lui. M. J. Lamoureux, dans l'article qu'il lui a
-consacré dans la Nouvelle Biographie Universelle, par Firmin Didot, t.
-10, p. 42, a très bien résumé ces événements. Nous y renvoyons les
-curieux et nous nous contenterons d'indiquer les autres ouvrages de
-Chassaignon.
-
-1º. Eloge de la Brotade (Poème de Julien Pascal), par un enthousiaste.
-Genève (Lyon) 1779, in 12º.
-
-2º. Les Etats Généraux de l'autre monde, vision prophétique. Le Tiers
-Etat rétabli pour jamais dans tous ses droits, par la résurrection des
-bons Rois, et la mort éternelle des tyrans. Langres (Lyon) 1789, in 8º.
-
-3º. Etrennes à Messieurs les Rédacteurs du Courrier de Lyon, Autun
-(Lyon) 1790, in 8º.
-
-4º. Les Ruines de Lyon, Ode, 1794, in 8º.
-
-Ces ouvrages, dit M. Breghot du Lut (Mémoires biographiques et
-littéraires, 1828, in 8º), sont devenus fort rares, et contiennent la
-plupart, au milieu de beaucoup de folies, des choses très sensées et
-très spirituelles.
-
-Il publia en 1793 une défense de Chalier, ce disciple de Marat, condamné
-à mort. Ce fut peut-être ce qui lui permit de traverser le règne de la
-Terreur sain et sauf. On l'avait porté sur la liste des émigrés. Il
-adressa une réclamation aux Représentants du peuple, dans laquelle il
-dit, entr'autres choses originales, “Comme on sait que les penseurs ont
-l'âme cosmopolite, les affections vagabondes, l'imagination aîlée et
-émigrante, on s'est diverti à mettre mon nom sur la liste des émigrés,
-et cette petite malice ne tend à rien moins qu'à me faire mourir de faim
-et de soif.”
-
-Heureusement pour lui, ce ne fut pas la fin qui lui était destinée. Il
-mourut tranquillement, mais l'esprit toujours exalté, à Thoissy,
-département de l'Ain, à l'âge de 60 ans, dans un modeste domaine dont il
-avait hérité.
-
-Son frère, épicier à Lyon, sa ville natale, fit servir à envelopper les
-marchandises de son commerce, les nombreux manuscrits laissés par le
-défunt, et parmi lesquels se trouvait une tragédie de _Cromwell_.
-
-
-
-
-ALEXANDRE CRUDEN.
-
-
-Ce savant était fils d'un des magistrats d'Aberdeen en Ecosse, et naquit
-en 1701. Sa folie bien caractérisée, et d'autre part la preuve qu'il
-nous a laissée de sa science philologique et de ses patientes
-recherches, en font un des phénomènes les plus curieux de l'aberration
-mentale. A dix-neuf ans il prit ses degrés de Maître-es-Arts, et se
-destinait à devenir ministre de la religion, mais toute sa carrière fut
-interrompue par un événement qui bouleversa à jamais ses facultés
-mentales.
-
-Durant ses études à l'Université, il conçut une passion violente pour la
-fille d'un des ministres de sa ville natale, mais celle-ci ne répondit
-pas à ses sentiments, et comme il continuait ses poursuites avec une
-obstination que rien ne pouvait vaincre, le père de la jeune personne
-fut obligé de lui interdire sa maison. Ce désappointement produisit un
-effet si terrible sur son organisation qu'il fut frappé de folie
-immédiatement après, au point que l'on dut l'enfermer dans une maison de
-santé. Cet événement fut peut-être un bonheur pour lui, car on découvrit
-plus tard que la jeune fille avait été la victime d'une passion coupable
-pour l'un de ses frères.
-
-Au bout de quelque temps les soins assidus des amis de Cruden, et son
-application à l'étude qu'il avait toujours conservée, durant ses moments
-de lucidité, finirent par donner un peu de calme à son esprit malade, et
-l'on put le rendre à la liberté. Afin de détourner le cours de ses
-idées, il quitta Aberdeen et vint s'établir à Londres en 1722. Il y
-donna pendant quelque temps des leçons particulières, puis alla habiter
-l'Ile de Man, et obtint enfin la place de correcteur d'imprimerie dans
-la Métropole. Ses connaissances et son assiduité au travail lui firent
-des protecteurs, et il fut recommandé à Sir Robert Walpole, par
-l'influence duquel il fut nommé, en 1735, libraire de la Reine Caroline,
-épouse de George II. Depuis longtemps il s'occupait d'un grand ouvrage,
-_La Concordance de la Bible_. On sait que dans l'origine les Saintes
-Ecritures n'avaient aucune division en chapitres ni en versets,
-divisions qui furent établies plus tard pour faciliter la lecture et les
-citations. C'est la corrélation des divers passages qui forme la base du
-travail de Cruden, qui appliqua à la Bible ce qu'on avait fait pour les
-auteurs Grecs et Latins, afin de trouver à volonté les concordances du
-texte. La préface de la première édition donne un résumé historique de
-tout ce qui a été fait avant lui, dans ce genre, et établit d'une
-manière très claire les avantages de cette œuvre de patience qui
-l'occupa toute sa vie. On peut se faire une idée de l'immense labeur
-exigé pour un pareil livre, lorsqu'on se rappelle que le premier essai
-se fit sous la direction d'Hugo de St Marc, qui pour cela employa, en
-1247, cinq cents moines à la fois.
-
-Maintenant que Cruden avait un poste qui lui laissait quelque loisir, il
-mit la dernière main à son ouvrage, et la première édition en fut
-publiée en 1737. Elle était dédiée à la Reine, à laquelle il en présenta
-un exemplaire, et qui lui promit son appui, et lui assura qu'elle ne
-l'oublierait point. Malheureusement pour l'auteur, elle mourut seize
-jours après, et ainsi s'évanouit tout espoir pour lui d'être aidé
-pécuniairement. C'était un terrible coup, car il avait engagé son
-modique avoir tout entier dans cette immense entreprise. Aussi sa
-profonde anxiété, jointe sans doute à une trop grande tension d'esprit
-par suite d'un excès de travail, le privèrent de nouveau de l'usage de
-sa raison, et on dut l'enfermer dans la maison de santé de _Bethnal
-Green_. A sa sortie il publia un pamphlet satirique, plein de
-bizarreries, dans lequel il se plaignait des mauvais traitements qu'il
-prétendait avoir reçus; il intenta en même temps une action contre le
-médecin et le directeur de l'établissement, mais l'examen judiciaire de
-la cause, et le plaidoyer qu'il voulut faire lui-même, prouvèrent que si
-sa mise en liberté était sans danger pour ses amis, ses facultés
-intellectuelles étaient néanmoins décidément dérangées. Malgré cela, il
-reprit ses occupations de correcteur d'imprimerie, et continua pendant
-plusieurs années à revoir les feuilles de plusieurs éditions des
-classiques Grecs et Latins, sans donner d'autres signes de son état
-mental qu'une grande taciturnité et une constante mélancolie.
-
-Un événement montra que son ancienne blessure ne s'était pas cicatrisée.
-Un jour un de ses amis, Mr Chalmers, lui proposa, afin de le distraire,
-de le présenter chez un des marchands de la Cité, qui par le plus grand
-des hasards se trouvait être un des frères de celle qui avait été la
-cause de sa folie. Ce fut elle-même qui vint ouvrir la porte. A cette
-vue Cruden se jette en arrière, et saisissant violemment et d'un air
-effaré la main de son ami: C'est elle! s'écrie-t-il, ah! elle a toujours
-les mêmes beaux yeux noirs!--
-
-Mr Chalmers le ramena en toute hâte chez lui, et eut beaucoup de peine à
-calmer son agitation. Il n'y eut pas de seconde entrevue, mais il ne
-prononçait jamais le nom de cette jeune femme, sans qu'une sombre
-douleur ne s'emparât de lui aussitôt.
-
-En 1753 sa sœur fut obligée de le faire garder de nouveau à vue, dans
-une maison de Chelsea, et lorsqu'au bout de quelque temps, ses
-excentricités paraissaient avoir disparu, une idée bizarre s'empara de
-lui. Convaincu qu'on lui devait une réparation pour la perte de sa
-liberté, et qu'il ne pouvait l'obtenir de la justice ordinaire, ainsi
-qu'il en avait déjà eu la preuve, il écrivit à sa sœur et à plusieurs de
-ses amis, leur proposant, avec la plus grande simplicité, de lui fournir
-eux-mêmes _une légère compensation_, de l'injustice qu'il avait
-soufferte, par un moyen très facile. C'était de subir à leur tour un
-emprisonnement à Newgate. Sa sœur, disait-il, en serait quitte en lui
-payant une amende de dix ou quinze livres, et pourrait choisir entre les
-prisons de Newgate, de Reading, d'Aylesbury, ou le château de Windsor,
-où elle resterait enfermée durant quarante huit heures seulement.
-
-Le reste de la vie de Cruden s'écoula dans une espèce de paisible
-hallucination. Il croyait avoir reçu du ciel une mission spéciale de
-corriger les mœurs publiques, et quoiqu'il continuât paisiblement ses
-occupations quotidiennes à l'imprimerie, ordinairement jusqu'à une heure
-de la nuit, il trouvait encore le temps de travailler à corriger sa
-_Concordance de la Bible_, dont il se proposait de donner une nouvelle
-édition. Elle fut publiée en 1761, l'auteur en présenta un exemplaire au
-Roi, qui lui octroya une indemnité de deux mille cinq cents francs.
-
-Jouissant maintenant de quelque repos, sa manie religieuse l'absorba
-tout entier. Dans ses visions, des voix célestes lui disaient qu'il
-avait une grande mission à remplir. Il crut que pour le faire
-efficacement, son autorité devait être reconnue par le Roi en conseil,
-et il demanda à être nommé _Correcteur du peuple_ par acte du Parlement,
-et à être créé _chevalier_.
-
-Il nous donne lui-même de curieux détails sur ses démarches, à cet
-effet, auprès des chambellans et des Ministres d'Etat. Comme il était
-fort connu, on ne le rudoyait jamais, mais on cherchait à échapper à ses
-importunités. Il se plaint souvent de ce qu'on l'évite, excepté,
-raconte-t-il, un Lord qui, ayant la goutte dans les pieds, fut forcément
-obligé de lui donner audience.
-
-Une autre de ses manies fut de faire la cour à la fille d'un baronnet,
-et, malgré tous les refus, il continua à importuner la jeune personne de
-ses poursuites incessantes. Pour éviter une esclandre son père la fit
-partir pour un voyage; Cruden aussitôt fit circuler dans le public des
-prières imprimées où il implorait l'assistance de Dieu pour qu'elle et
-sa suite revinssent sans accident dans leurs foyers. A son retour, il
-distribua également des actions de grâce pour remercier le ciel.
-
-Toujours résolu à être de fait ou de droit le correcteur de la moralité
-publique, il parcourait les rues, une éponge dans sa poche, et effaçait
-sur les murs les inscriptions qui lui paraissaient n'être pas conformes
-à l'honnêteté, ou il arrachait les affiches.
-
-En 1769 il fit une excursion dans sa ville natale, et en sa qualité de
-correcteur du peuple, y fit des lectures publiques en Latin et en
-Anglais, sur la nécessité d'une réforme générale des mœurs. Il
-distribuait des pamphlets sur le même sujet à tous ceux qui voulaient
-les lire.
-
-Il mourut d'une façon aussi extraordinaire qu'il avait vécu. Un matin,
-la femme qui le soignait dans son modeste logis à Islington, le trouva
-dans le privé, mort et agenouillé dans l'attitude de la prière.
-
-Parmi les nombreux pamphlets que Cruden publia, un des plus curieux est:
-_The adventures of Alexander the Corrector_, in 8º, Londres, 1754.
-
-Il y a une naïveté dans les détails, et une conviction si profonde de la
-mission qu'il est appelé à remplir, qu'on ne peut s'empêcher d'être
-convaincu que le malheureux ne recouvra jamais l'usage complet de sa
-raison. Cette brochure, ainsi que toutes les autres, du même auteur, est
-assez rare, et il serait fort difficile de les réunir toutes.
-
-
-
-
-SIR THOMAS AMES GEVAEFT.
-
-
-On vit paraître en Belgique, en 1839, un volume des œuvres d'un écrivain
-dont le nom inscrit au titre, paraît être un pseudonyme, mais dont les
-idées, quel qu'il fût, avaient un cachet évident de folie. Nous croyons
-ce volume très peu connu, et comme il rentre tout-à-fait dans notre
-cadre, nous en donnerons une courte analyse.
-
-L'auteur commence par une préface où il adresse au peuple Belge un avis
-sur les droits d'auteur. “Plusieurs des principaux articles de votre
-belle constitution sont sortis de ma plume, dit-il, et quoique
-jusqu'ici, je n'aie reçu de récompense des éminents services que j'ai
-rendus à la cause des Belges, malgré tous les titres que j'ai fait
-valoir au gouvernement, je ne puis contempler mon ouvrage sans ressentir
-ce noble sentiment d'orgueil, connu seulement aux hommes savants et
-vertueux.”
-
-“L'impression de mes beaux poèmes, tous dédiés à des têtes couronnées,
-et dont le manuscrit est déposé, est le prélude de celle de mes œuvres
-complettes, et ce, en ma triple qualité d'historien, de Jurisconsulte et
-de poète Anglo-Français.”
-
-Ces _beaux_ poèmes sont d'abord des méditations sur le tombeau de Saint
-Louis, dédiées _Au Saint Père Grégoire XVI, Pontife Suprême_; puis vient
-LA CRÉATION, _Poème dédié à sa Majesté Louise, Reine des Belges_; en
-troisième lieu: LE DERNIER JUGEMENT, _dédié à sa Majesté Louis Philippe
-I, Roi des Français_. Le quatrième poème, écrit en Anglais est intitulé:
-_The Shipwreck_, et dédié _à sa Majesté Léopold I, Roi des Belges_.
-
-Viennent enfin plusieurs morceaux plus courts ayant pour titres: _La
-Vertu_; _La Vérité_; _Le Patriotisme_, et trois esquisses en anglais et
-en prose, sur le caractère de la poésie de Jérémie, d'Isaïe et de David.
-
-Notre auteur a les idées les plus excentriques sur la versification
-française qu'il décrit à sa façon: “Les vers alexandrins, dit-il,
-n'admettent à la rigueur que douze syllabes ou six pieds, mais le poète
-d'un génie supérieur ne se laisse pas dominer par de pareilles entraves.
-Se trouvant dans les champs si vastes de la poésie, il dédaigne la
-rigoureuse sévérité susdite, sévérité qu'il sacrifie à ses sublimes
-conceptions qui, semblables à un torrent impétueux, renversent tous les
-obstacles qui s'y opposent. L'homme qui a écrit sur un sujet aussi vaste
-(que ceux que traite notre poète) doit posséder à peu près toutes les
-connaissances humaines; il doit avoir acquis par une grande expérience,
-l'autorité nécessaire à faire adopter ses opinions par tous ceux qui se
-distinguent dans les connaissances susdites: Cet homme, c'est le fils de
-l'écriture Sainte; cet homme, c'est moi, et alors même que je n'en eusse
-d'autres preuves, mes œuvres le prouvent, et par mes œuvres je veux que
-l'histoire me juge. Partant de ces principes et en vertu de mes droits,
-j'ai introduit dans la langue française plusieurs nouvelles expressions,
-inconnues à elle jusqu'à ce jour, et sauf à les expliquer moi-même; je
-déclare en même temps loin de moi toute vanité, loin de moi toute
-crainte de faire usage d'un droit, dont la postérité, peut-être même mes
-contemporains, me tiendra, me tiendront, compte un jour.
-
-“La langue de l'écriture Sainte fourmille de tant de beautés de toutes
-espèces, qu'il est juste que les cinq langues dont les Pères de l'Eglise
-ont fait et feront toujours usage, s'entraident, surtout dans les
-compositions élevées.”
-
-“J'ose espérer, dit l'auteur, en terminant sa préface, qu'un public
-éclairé et impartial saura apprécier les difficultés qui entourent les
-compositions de ce genre, qui ont le bien-être de l'humanité pour but,
-et qu'il me rendra justice avec la loyauté, l'impartialité et la bonne
-foi qui caractérisent les nations civilisées de l'Europe.”
-
-Dans son adresse au Pape Grégoire XVI, il donne quelques détails sur
-lui-même. Nous en citerons quatre strophes qui serviront en même temps
-de spécimen de sa versification:--
-
- Le Créateur même daigna jeter sur moi
- _Thomas Ames_ HMC HAZ, fils de la Croix
- Ses yeux célestes et pleins de miséricorde,
- Afin que je suivisse de ses préceptes l'ordre;
- Et afin que je fusse connu de tous sous les cieux,
- Il imprima les signes célestes dans mes yeux.
-
- A l'âge de treize ans, âge encore bien tendre
- Je reçus des mains mêmes du Primat de Londres
- Guillaume Pointer, digne vicaire de mon PÈRE
- PIUS SEPTIMUS HEIPHA[52] de Jesus Christ le Vicaire,
- La première dignité dont m'investit l'Eglise,
- Qui me donna plus tard le beau titre de fils.
-
- [52] _Heipha._ Expression hébraïque qui signifie l'_Ecriture Sainte_,
- et quelquefois même le _céleste séjour_. Elle résume également les
- cinq langues de l'_Ecriture Sainte_, l'Hébreu, le Grec, le Latin, le
- Français et l'Anglais, mais cette partie seulement des langues
- Française et Anglaise qui a pour base l'histoire et les trois
- langues Savantes de l'antiquité. (Cette note appartient à notre
- auteur.)
-
- A l'âge de vingt ans, moins quelques mois,
- Par ordre du SAINT PERE gardien de la Foi,
- Je reçus de mes grades et titres plein droit
- De prendre place en la famille des Rois;[53]
- Ce choix, ratifié d'avance _per omnes Chefæ_,
- Fut accepté comme gage de bonheur et de paix.
-
- [53] Vide l'almanach de Gotha. (Note de l'auteur.)
-
- Hail,[54] father PIUS! Hail, Pontife suprême!
- Hail, illustre Père du dévoué Thommæ CM!
- Salve ad te, _Pater Heipha_, Père de la foi!
- Tes cendres sont bénies jusqu'à la SAINTE CROIX!
- Le ciel se réjouit de ce choix digne de toi,
- Et la couronne céleste relève la _Tiare_!
-
- [54] Cette belle salutation de l'Eglise Catholique dérive non du Saxon
- ainsi que les auteurs et même les lexicographes Anglais le
- prétendent; mais de la belle salutation hébraïque _Hallelujah_;
- salutation composée des attributs célestes, et dont les saints mêmes
- sont fiers! (Note de l'auteur.)
-
- Hail! Ave! Salve!
- Ad Sir Ilius Gregorius XVI. MG.
-
- En foi de quoi et en vertu de mes droits,
- Je Signe
- Ego Sir Thomas Ames Gevaeft, &c.,
- Primus Jurisconsultus,
- Primus Doctor,
- Primus Professoris,
- Oig.
-
- In Heipha. Dies script. A. D. Oig, plus trois!
- Resurrexit Roma, Mater Mea!
-
-Une lueur de raison laisse toutefois apercevoir à Sir Thomas Ames que
-ses vers Alexandrins, ainsi qu'il les qualifie, sont passablement
-défectueux, mais il pense que cela ne fait qu'ajouter à leur beauté.
-“Quoique la mesure métrique, dit-il, ou quantité soit parfois dépassée,
-il n'en est pas moins vrai que le _temps_ y fait ample compensation, et
-la cadence variée et vive qui en est la conséquence naturelle, loin de
-fatiguer l'oreille, relève la monotonie qui existe si souvent dans les
-compositions poétiques françaises de quelqu'étendue.”
-
-
-
-
-TABLE ALPHABETIQUE
-
-_Des auteurs dont les écrits sont cités dans cet Essai._
-
-
- Page
- Ames (Sir Thomas) 177
- Arcilla (de) 40
- Bernardi, Joseph 75
- Billard, Edme 44
- Busch 32
- Caissant (le Chevalier) 94
- Carfrae, John 13
- Cheneau 31
- Clare, John 55
- Clennell, Luc 53
- Cottle, Elisabeth 33
- Cruden, Alexandre 42
- D'Arbères, Bluet 107
- Dachet 96
- Davenne, François 92
- Démons 89
- Desjardins, G. 57
- Dosche, François 27
- Dubois, Guillaume 109
- Ferrand, Olivier 56
- Flores (Miguel de) 76
- Fusnot, C. 82
- Fuzy, Antoine 24
- Gagne, Paulin 61
- Geneviève 9
- Gragani 74
- Hall, Robert 101
- Hécart 68
- Herpain, dit Usamer 98
- Kant 73
- Lalou 69
- Le Barbier, Pierre Lucien 77
- Lee, Nathaniel 41
- Lloyd, Thomas 45
- Martin, William 80
- Martorex 69
- Mason, John 27
- Milman 49
- Monfrabeuf, de Thenorgues 111
- Morin, Simon 25
- O'Donnelly 32
- Paoletti 21
- Parizot, Jean P. 28
- Pentecôte 47
- Postel, Guillaume 22
- Smart, Christophe 42
- Soubira, J. A. 29
- Steward, John 83
- Vallée, Geoffroy 23
- Wezel, Johan Carl 48
- Wirgman, Thomas 77
-
-
-JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.
-
-
-
-
-AUTRES OUVRAGES
-
-DU MEME AUTEUR.
-
-
-1º HISTOIRE DE CHARLES LE BON, d'après Gualbert. Un vol. gr. in 8º.
-
-_Bruxelles_, Imprimerie Normale, 1831.
-
-
-2º CHRONIQUES, TRADITIONS ET LEGENDES de l'ancienne histoire des
-Flandres. Un vol. in 8º.
-
-_Lille_, 1833.
-
-
-3º ANNALES DE BRUGES depuis les temps les plus reculés jusqu'au XVIIème
-siècle. Un vol. gr. in 8º, orné des portraits en pied de tous les Comtes
-et Comtesses de Flandre.
-
-_Bruges_, Van De Casteele, 1833.
-
-
-4º LE ROMAN DU RENARD, traduit pour la première fois, d'après un ancien
-manuscrit flamand, augmenté de notes et d'une analyse des anciens poèmes
-français du Renard. Un vol. in 8º.
-
-_Bruxelles_, 1834, Hauman.
-
-
-5º GUIDE DANS BRUGES, ou description des monuments et des objets d'art
-que cette ville renferme. 1 vol. in 12º.
-
-_Bruges_, Bogaert-Dumortier, 1834.
-
-
-6º CHRONIQUE DE L'ABBAYE DE ST ANDRE, par Li Miusis, traduit pour la
-première fois; suivie de mélanges historiques et littéraires. 1 vol. in
-8º.
-
-_Bruges_, 1834, Van De Casteele.
-
-
-7º LA VISION DE TONDALUS, RÉCIT MYSTIQUE du XIIIème siècle. 1 vol. in
-8º.
-
-Publié par la Société des Bibliophiles de _Mons_, 1835.
-
-
-8º CHRONIQUE DES FAITS ET GESTES DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN, durant son
-mariage avec Marie de Bourgogne. 1 vol. in 8º, fig.
-
-_Bruxelles_, Wahlen, 1835.
-
-
-9º ALBUM PITTORESQUE DE BRUGES. 1 vol. in folº, avec Lithographies.
-
-_Bruxelles_, De Mat, et Bruges, Bogaert-Dumortier, 1836.
-
-
-10º LA BELGIQUE ILLUSTREE par les sciences, les arts et les lettres. 1
-vol. in 8º.
-
-_Bruxelles_, Wahlen, 1836.
-
-
-11º LES AVENTURES DE TIEL ULENSPIEGEL, édition illustrée par Lauters, et
-augmentée de notes bibliographiques. 1 vol. in 8º.
-
-_Bruxelles_, Société des Beaux Arts, 1839.
-
-
-12º GALERIE DES ARTISTES BRUGEOIS depuis Van Eyck, jusqu'aujourd'hui. 1
-vol. in 8º.
-
-_Bruges_, Van De Casteele.
-
-
-13º DE L'ORIGINE DU FLAMAND, avec une esquisse de la littérature
-flamande, d'après l'anglais du Revd Bosworth, avec additions et
-annotations. 1 vol. gr. in 8º.
-
-_Tournai_, Hennebert frères, 1840.
-
-
-14º CHASSE DE STE URSULE, peinte par Memling, et lithographiée de
-grandeur naturelle par Mr Manche et Ghémaer, accompagnée d'un texte
-historique, biographique et artistique. Grand in folº avec quinze
-Planches.
-
-_Bruges_, Bogaert-Dumortier, 1840.
-
-
-15º HISTOIRE DE MARIE DE BOURGOGNE, édition illustrée et augmentée de
-documents inédits. 1 vol. in 4º.
-
-_Bruxelles_, Wahlen, 1841.
-
-
-16º PRECIS ANALYTIQUE DES DOCUMENTS que renferme le dépôt des archives
-de la Flandre Occidentale. 3 vol. in 8º.
-
-_Bruges_, Van De Casteele, 1840-42.
-
-
-17º OLD FLANDERS, OR POPULAR TRADITIONS AND LEGENDS OF BELGIUM. 2 vols.
-8º.
-
-_London_, Newby, 1845.
-
-
-18º MEMOIRES HISTORIQUES relatifs à une Mission à la cour de Vienne en
-1806, par Sir Robert Adair, traduit de l'anglais, avec un choix de ses
-Dépêches. 1 vol. in 8º.
-
-_Bruxelles_, A. Wahlen, 1845.
-
-
-19º TABLEAU FIDELE DES TROUBLES DE LA FLANDRE, de 1500 à 1585, par
-Beaucourt de Noortvelde, augmenté d'une introduction et de notes. 1 vol.
-gr. in 8º.
-
-Publié par la Société des Bibliophiles de _Mons_, 1845.
-
-
-20º DESCRIPTION BIBLIOGRAPHIQHE ET ANALYSE d'un livre unique qui se
-trouve au Musée Britannique. 1 vol. gr. in 8º, avec toutes les vignettes
-employées par les Elseviers.
-
-Au _Meschacébé_ (_Bruxelles_), 1849.
-
-
-21º MACARONEANA, ou mélanges de littérature Macaronique des différents
-peuples de l'Europe. 1 vol. in 8º.
-
-_Brighton_ et _Paris_, Gancia, 1852.
-
-
-
-
-TRÜBNER & CO.'S
-
-LIST OF NEW PUBLICATIONS.
-
-
-(Eulenspiegel Redivivus.)
-
-THE MARVELLOUS ADVENTURES AND RARE CONCEITS
-
-OF
-
-Master Tyll Owlglass.
-
-EDITED, WITH AN INTRODUCTION, AND A CRITICAL AND BIBLIOGRAPHICAL
-APPENDIX,
-
-BY KENNETH R. H. MACKENZIE, F.S.A.
-
-WITH SIX COLOURED FULL-PAGE ILLUSTRATIONS, AND TWENTY-SIX WOODCUTS, FROM
-ORIGINAL DESIGNS BY ALFRED CROWQUILL.
-
-Price 10_s._ 6_d._ bound in embossed cloth, richly gilt, with
-appropriate Design; or neatly half-bound morocco, gilt top, uncut,
-Roxburgh style.
-
-
-“Tyll's fame has gone abroad into all lands: this, the narrative of his
-exploits, has been published in innumerable editions, even with all
-manner of learned glosses, and translated into Latin, English, French,
-Dutch, Polish, &c. We may say that to few mortals has it been granted to
-earn such a place in universal history as Tyll: for now, after five
-centuries, when Wallace's birthplace is unknown even to the Scots, and
-the Admirable Crichton still more rapidly is grown a shadow, and Edward
-Longshanks sleeps unregarded save by a few antiquarian English,--Tyll's
-native village is pointed out with pride to the traveller, and his
-tombstone, with a sculptured pun on his name,--namely, an Owl and a
-Glass,--still stands, or pretends to stand, at Möllen, near Lübeck,
-where, since 1350, his once nimble bones have been at rest.”--_Thomas
-Carlyle_, _Essays_, II. pp. 287, 288.
-
-
-OPINIONS OF THE PRESS.
-
-“A volume of rare beauty, finely printed on tinted paper, and profusely
-adorned with chromolithographs and woodcuts, in Alfred Crowquill's best
-manner. Wonderful has been the popularity of Tyll Eulenspiegel ...
-surpassing even that of the ‘Pilgrim's Progress.’”--SPECTATOR, _October_
-29, 1859.
-
-“A book for the antiquary; for the satirist, and the historian of
-satire; for the boy who reads for adventures' sake; for the grown
-person, loving every fiction that has character in it.... Mr Mackenzie's
-language is quaint, racy, and antique, without a tiresome stiffness. The
-book as it stands is a welcome piece of English reading, with hardly a
-dry or tasteless morsel in it. We fancy that few Christmas books will be
-put forth more peculiar and characteristic, than this comely English
-version of the ‘Adventures of Tyll Owlglass.’”--ATHENÆUM, _November_ 5,
-1859.
-
-“Mr Mackenzie has made diligent use of all editions, and has judiciously
-founded his version ... on the old English translation of Henry the
-Eighth's time. By this means he has imparted the flavour of antiquity to
-the style, whilst he has freed it from the incumbrances of the obsolete
-language and spelling.... He has, in truth, executed his work with great
-judgment, and, as far as we can judge, with considerable talent, for he
-has imparted to his little narrative the force and vigour of original
-composition.... It will delight young and old; and the careful,
-artistic, and humorous designs of Mr Crowquill will equally please the
-children, both of large and small growth. Altogether, we cannot doubt
-its popularity, especially as a Christmas gift.”--LEADER, _Nov._ 5,
-1859.
-
-“There are, indeed, few languages in Europe into which the adventures of
-this arch-mystificator have not been translated.... The bibliographical
-appendix, which the editor has added to the volume, will be of great
-interest and value to those who are curious in researches of that kind;
-but to all the reading public this edition of the ‘Adventures of Tyll
-Owlglass’ will be very welcome, as one of the prettiest and pleasantest
-volumes of the season.”--CRITIC, _Nov._ 5, 1859.
-
-“This can hardly fail to become one of the most popular among the books
-of the winter season.... We must add, in justice to Mr Mackenzie, that
-no labour has been spared to make the present edition as complete as
-possible. The translation is racy and vigorous, but we have not met with
-a single phrase which could be described as ‘slang’.... We must also
-call attention to the appendices at the end of the volume, which furnish
-the reader with a succinct account of all that is worthy to be known
-respecting the literary history of Owlglass.”--MORNING HERALD, _Nov._ 9,
-1859.
-
-“Ordinary English readers know little of Tyll Eulenspiegel, or, as his
-name is translated, Tyll Owlglass, a famous person in German mediæval
-story, and one whose acquaintance they will be glad to make through Mr
-Mackenzie's version.... Mr Mackenzie's translation is well calculated to
-popularize this work. The book is beautifully printed, and the
-illustrations by Alfred Crowquill worthy of his fame.”--LITERARY
-GAZETTE, _Nov._ 12, 1859.
-
- * * * * *
-
-PREPARING FOR PUBLICATION,
-
-DEDICATED, BY PERMISSION, TO
-
-HIS ROYAL HIGHNESS PRINCE ALBERT.
-
-In one volume 8vo, handsomely printed, uniform with DR. LIVINGSTONE'S
-TRAVELS, and accompanied by a Portrait of the Author, numerous
-Illustrations, and a Map,
-
-NARRATIVE OF
-
-MISSIONARY RESIDENCE
-
-AND
-
-TRAVEL IN EASTERN AFRICA,
-
-DURING THE YEARS 1837-1855.
-
-BY J. L. KRAPF, PH. D.
-
-One of the Agents of the Church Missionary Society in Abyssinia and the
-Equatorial Countries of Eastern Africa.
-
-The present volume will be acceptable at once to the friends of
-Missions, to those interested in geographical discoveries, and to the
-lovers of adventure. Few Missionaries have undergone greater sufferings
-and been exposed to greater perils than those first fully disclosed in
-this work as having been voluntarily fronted by Dr Krapf. The value of
-his geographical discoveries it is scarcely possible to over-estimate.
-The land journeys of Dr. Krapf in Eastern Africa extended to upwards of
-nine thousand miles, and were made mostly on foot--for the luxury of
-oxen, enjoyed by Dr. Livingstone, was beyond the reach of the German
-missionary in his travels from the coast into the interior.
-
- * * * * *
-
-REYNARD THE FOX.
-
-After the German Version of Goethe.
-
-By THOMAS J. ARNOLD, Esq.
-
- “Fair jester's humour and merry wit
- Never offend, though smartly they bit.”
-
-WITH SEVENTY ILLUSTRATIONS, AFTER THE CELEBRATED DESIGNS BY WILHELM VON
-KAULBACH.
-
-Royal 8vo. Printed by CLAY, on toned paper, and elegantly bound in
-embossed cloth, with appropriate Design after KAULBACH, richly tooled
-front and back, price 16_s._ Best full morocco, same pattern, price
-24_s._; or neatly half-bound morocco, gilt top, uncut edges, Roxburgh
-style, price 18_s._
-
-“The translation of Mr Arnold has been held more truly to represent the
-spirit of Goethe's great poem than any other version of the legend.”
-
- * * * * *
-
-ON THE
-
-STUDY OF MODERN LANGUAGES
-
-IN GENERAL, AND OF
-
-THE ENGLISH LANGUAGE IN PARTICULAR.
-
-BY DR. DAVID ASHER.
-
-In one Volume 12mo, cloth.
-
-“I have read Dr Asher's Essay on the Study of the Modern Languages with
-profit and pleasure, and think it might be usefully reprinted here. It
-would open to many English students of their own language some
-interesting points from which to regard it, and suggest to them works
-bearing upon it which otherwise they might not have heard of. Any
-weakness which it has in respect of the absolute or relative value of
-English authors does not materially affect its value.”--RICHARD C.
-TRENCH.
-
- * * * * *
-
-Uniform with “TYLL OWLGLASS,” a Second Edition of
-
-THE TRAVELS
-
-AND
-
-SURPRISING ADVENTURES
-
-OF
-
-BARON MUNCHAUSEN.
-
-WITH THIRTY ORIGINAL ILLUSTRATIONS,
-
-(Ten full-page Coloured Plates and Twenty Woodcuts), by ALFRED
-CROWQUILL.
-
-Crown 8vo. ornamental cover, richly gilt front and back, price 7_s._
-6_d._
-
-“The travels of Baron Munchausen are perhaps the most astonishing
-storehouse of deception and extravagance ever put together. Their fame
-is undying and their interest continuous; and no matter where we find
-the Baron,--on the back of an eagle, in the Arctic Circle, or
-distributing fudge to the civilized inhabitants of Africa,--he is ever
-amusing, fresh, and new.”
-
-BOSTON POST, _Feb._ 10, 1859.
-
-“A most delightful book.... Very few know the name of the author. It was
-written by a German in England, during the last century, and published
-in the English language. His name was Rudolph Erich Raspe. We shall not
-soon look upon his like again.”
-
- * * * * *
-
-THE EPIDEMICS
-
-OF
-
-THE MIDDLE AGES.
-
-FROM THE GERMAN OF J. F. C. HECKER, M.D.
-
-Translated by G. B. Babington, M.D. F.R.S.
-
-THIRD EDITION,
-
-Completed by the Author's Treatise on CHILD-PILGRIMAGES.
-
-Octavo cloth, pp. 384, price 9_s._
-
-CONTENTS: THE BLACK DEATH--THE DANCING MANIA--THE SWEATING
-SICKNESS--CHILD-PILGRIMAGES.
-
-This volume is one of the series published by the Sydenham Society, and,
-as such, originally issued to its members only. The work having gone out
-of print, this new edition--the third--has been undertaken by the
-present proprietors of the copyright, with the view not only of meeting
-the numerous demands from the class to which it was primarily addressed
-by its learned author, but also for extending its circulation to the
-general reader, to whom it had, heretofore, been all but inaccessible,
-owing to the peculiar mode of its publication; and to whom it is
-believed it will be very acceptable, on account of the great and growing
-interest of its subject-matter, and the elegant and successful treatment
-thereof. The volume is a verbatim reprint from the second edition, but
-its value has been enhanced by the addition of a paper on
-“Child-Pilgrimages,” never before translated; and the present edition is
-therefore the _first_ and _only_ one in the English language which
-contains _all_ the contributions of DR HECKER to the history of
-medicine.
-
-“Dr Hecker's volume is one of rare excellence, and one not to be met
-with and discussed lightly. He is the only historian of epidemics at
-present known, and he has the rare faculty of making a medical book an
-interesting one; likely, it appears, unfortunately, to be the only work
-upon the subject for many years.”--SPECTATOR.
-
- * * * * *
-
-A DICTIONARY
-
-OF
-
-ENGLISH ETYMOLOGY.
-
-BY HENSLEIGH WEDGWOOD, ESQ.
-
-Vol. I., embracing Letters A to D. 8vo, 507 pages. Cloth boards, 14_s._
-
-Dictionaries are a class of books not usually esteemed light reading,
-but no intelligent man were to be pitied who should find himself shut up
-on a rainy day, in a lonely house, in the dreariest part of Salisbury
-Plain, with no other means of recreation than that which Mr Wedgwood's
-Dictionary of English Etymology could afford him. He would read it
-through from cover to cover at a sitting, and only regret that he had
-not the second volume to begin upon forthwith. It is a very able book,
-of great research, full of delightful surprises, a repertory of the
-fairy tales of linguistic science.--SPECTATOR.
-
-
-TRÜBNER & CO., 60, PATERNOSTER ROW.
-
-
-
-
-Notes du transcripteur
-
-
-On a conservé l'ortographe de l'original, en particulier dans les
-citations. On a cependant corrigé plus de deux cents erreurs
-manifestement introduites par les typographes londoniens, dont la
-connaissance de la langue française ne s'étendait pas jusqu'à la
-maîtrise du genre des noms (“le pomme”, “le folie”, etc.), des règles de
-grammaire élémentaires d'accord ou de conjugaison, ni de l'usage des
-accents (“l'àge”, “gôut”, etc.). On a également restitué quatre-vingt
-accents manquant dans les petits caractères, sans doute en raison du
-matériel typographique disponible.
-
-
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Histoire littéraire des Fous, by Octave Delepierre
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE LITTÉRAIRE DES FOUS ***
-
-***** This file should be named 62243-0.txt or 62243-0.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/6/2/2/4/62243/
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/American Libraries.)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
diff --git a/old/62243-0.zip b/old/62243-0.zip
deleted file mode 100644
index 0cdaf4a..0000000
--- a/old/62243-0.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/62243-h.zip b/old/62243-h.zip
deleted file mode 100644
index 3455315..0000000
--- a/old/62243-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/62243-h/62243-h.htm b/old/62243-h/62243-h.htm
deleted file mode 100644
index 069d274..0000000
--- a/old/62243-h/62243-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,6808 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
-<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
-<title>
- The Project Gutenberg eBook of Histoire littraire des fous, by Octave Delepierre.
-</title>
-<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
-<style type="text/css">
-
-
-p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em;
- margin: .3em 0;}
-p.noindent { text-indent: 0; }
-
-h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; }
-h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; }
-h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 2em 0 1em 0; }
-.t2 { text-align: center; text-indent: 0; font-size: 150%; font-weight: bold; margin: 2em 0; }
-
-div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0;
- margin: 1em 0; }
-
-.large { font-size: 140%; }
-.small, small { font-size: 80%; }
-
-i sup { padding-left: .2em; font-style: normal; }
-
-.sc { font-variant: small-caps; }
-
-.attr { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; }
-p.drap { text-indent: -3.5em; padding-left: 3.5em; text-align: left; }
-span.item { display: inline-block; width: 1.5em; padding-right: .7em; text-align: right;
- text-indent: 0; }
-p.r { text-align: right; }
-
-.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; }
-.stanza { margin-top: 1em; }
-.verse { padding-left: 15%; text-indent: -15%; }
-.i1 { text-indent: -10%; }
-.i2 { text-indent: -5% }
-.i3 { text-indent: 0 }
-.i4 { text-indent: 5% }
-.i5 { text-indent: 10% }
-.i10 { text-indent: 30% }
-
-div.stars { margin: .5em 0; text-align: center;}
-div.stars b { width: 12%; font-weight: normal; text-align: center; display: inline-block; }
-
-
-.poetry .dots { word-spacing: 1em; font-weight: bold; }
-.dots b { display: inline-block; width: 4.8%; }
-
-
-hr { width: 20%; margin: 1em 40%; }
-div.dots { margin: 1em 0; text-align: center; }
-div.dots b { display: inline-block; width: 4.8%; }
-
-
-a { text-decoration: none; }
-
-sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; }
-
-li { list-style: none; }
-
-table { margin: 1em auto; }
-td { vertical-align: top; }
-td.c { text-align: center; }
-td.r { text-align: right; }
-td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: left; }
-td.num { text-align: right; vertical-align: bottom; padding-left: 1em; }
-
-
-.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em;
- margin: 3em 5% 1em 5%; border: thin dotted; background: #eee; }
-.trnote h2 { margin: .5em 0; }
-
-
-.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em;
- text-decoration: none;
-}
-.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; }
-.footnote .label { }
-.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; }
-
-.ugap { margin-top: 1em; }
-div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; }
-.break, .chapter { margin-top: 4em; }
-
-
-img { max-width: 100%; }
-
-
-@media screen {
- body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; }
-}
-
-@media handheld {
- .break, .chapter { page-break-before: always; }
- .top4em { padding-top: 4em; }
- .nobreak { page-break-before: avoid; }
-}
-
-
-
-
-</style>
-</head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Histoire littraire des Fous, by Octave Delepierre
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Histoire littraire des Fous
-
-Author: Octave Delepierre
-
-Release Date: May 26, 2020 [EBook #62243]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE LITTRAIRE DES FOUS ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/American Libraries.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<h1>HISTOIRE LITTERAIRE<br />
-DES FOUS.</h1>
-
-<p class="c"><span class="small">PAR</span><br />
-<span class="large">OCTAVE DELEPIERRE.</span></p>
-
-<p class="c gap" lang="en" xml:lang="en">LONDON:<br />
-<span class="large">TRBNER &amp; CO., 60, PATERNOSTER ROW.</span></p>
-
-<p class="c">1860.</p>
-
-<p class="c small"><i lang="en" xml:lang="en">The right of translation is reserved.</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em small" lang="en" xml:lang="en">JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">INTRODUCTION.</h2>
-
-
-<p class="c">EPIGRAPHE.</p>
-
-<p>J'ose dire que s'il y a encore un livre curieux faire au monde,
-en Bibliographie, c'est la bibliographie des fous, et que s'il y a
-une bibliothque piquante, curieuse et instructive composer, c'est
-celle de leurs ouvrages.&mdash;<i>Nodier, Mlanges tirs d'une petite Bibliothque,
-page 247.</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="t2 top4em">INTRODUCTION.</p>
-
-
-<p>Lorsque la pense nous vint de composer
-une esquisse biographique sur les Fous Littraires,
-le sujet nous parut peu compliqu et
-n'exigeant que de patientes recherches. Mais mesure
-que les matriaux s'accumulaient, et que nous
-cherchions les coordonner, les difficults de fixer
-des bornes ce travail, augmentaient.</p>
-
-<p>Tout dpendait de pouvoir dfinir d'une manire
-claire et prcise quelles taient les spcialits qui
-rentraient dans notre cadre. Ici tout devenait doute.
-La folie entre pour quelque chose dans l'existence de
-la plupart des grands esprits que l'histoire nous fait
-connatre, et il devient souvent trs difficile d'tablir
-les dissemblances qu'offrent les prdispositions la
-folie, avec certains tats dits de raison.</p>
-
-<p>Ainsi que l'a dit M. Llut, membre de l'Institut,
-personne ne peut croire que Pythagore, Numa, Mahomet,
-&amp;c., fussent des fourbes, car la fraude n'a jamais
-eu et n'aura jamais un tel pouvoir. Pour creuser sur la
-face de la terre un sillon dont les sicles n'effacent pas
-l'empreinte, il faut penser, affirmer, croire comme les
-masses, et plus qu'elles; donc ces grands hommes croyaient
- la ralit de leurs visions, de leurs rvlations.
-C'taient tout simplement des hommes de gnie et
-d'enthousiasme, ayant des hallucinations partielles.
-L'auteur que nous venons de citer, a tabli scientifiquement
-et avec calme, que ce qu'on est convenu d'appeler
-<i>le Dmon de Socrate</i>, n'tait autre chose qu'un tat
-d'extase et une folie momentane.<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Le Dmon de Socrate, ou application de la science psychologique
- celle de l'histoire. Paris, 1856, in 8<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<p>L'crit trouv cousu dans le pourpoint de Pascal,
-aprs sa mort, et que Condorcet a nomm son <i>Amulette
-mystique</i>, le prcipice imaginaire qu'il voyait
-ses cts, le globe de feu que vit Benvenuto Cellini,
-et les dmons qui lui apparurent dans le Colyse et
-lui parlrent, ainsi qu'une foule d'autres faits de la
-mme nature, rendraient une histoire complte de la
-folie littraire, une &oelig;uvre immense.</p>
-
-<p>Un recueil des biographies psychologiques de ces
-sortes de personnages, sous le titre de <i>Vies des Hallucins
-clbres</i>, constituerait un livre intressant et utile,
-comme le fait observer le docteur Llut, dans le travail
-qu'il a consacr dmontrer la folie bien caractrise
-de Pascal.<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> La folie ne peut pas se dfinir, pas plus
-que la raison, a dit le Docteur Calmeil.<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> Celui
-dont l'imagination fascine prte un corps et une
-forme aux ides qui prennent naissance dans son cerveau,
-rapporte ces ides aux appareils des sens, les
-convertit en sensation que presque toujours il attribue
- l'action d'objets matriels qui n'agissent point actuellement
-sur ses organes, et il en vient souvent baser
-ses raisonnements sur ces donnes vicieuses de l'entendement.
-L'hallucin ralise jusqu' un certain
-point la supposition des Berkelistes, qui prtendent
-tablir qu'il n'est pas positivement ncessaire que l'existence
-de l'univers soit relle, pour qu'on l'apperoive
-tel qu'il se montre nos sens. Peu d'entre nous n'ont
-pas t, dans le cours de la vie, sous l'influence de
-quelque hallucination momentane.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> L'Amulette de Pascal, pour servir l'histoire des hallucinations.
-Paris, 1846, in 8<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> De la folie considre sous le point de vue pathologique, philosophique
-et historique. Paris, 2 vol. in 8<sup>o</sup>. 1845.</p>
-</div>
-<p>Les observations prcdentes que l'on pourrait
-tendre considrablement, font comprendre combien
-il est ncessaire et en mme temps difficile de circonscrire
-et de dterminer une bibliographie des
-fous littraires. Laissant d'autres le soin de dvelopper
-cet intressant sujet, nous voulons nous borner
- tracer une esquisse de quelques unes de ces existences
-dont l'tat mental a t suffisamment drang pour
-que l'on prt des prcautions leur gard.</p>
-
-<p>Nous prvenons donc tout d'abord que nous n'allons
-nous occuper que de quelques individus qui nous ont
-sembl rellement atteints de folie, et qui, s'ils n'ont
-pas t enferms dans des maisons de sret, comme
-la plupart de ceux mentionns ici, ont nanmoins
-montr une aberration mentale trs dcide.</p>
-
-<p>L'application des causes aux effets dans la monomanie
-et dans son oppos, la folie raisonnable, offrira
-toujours un sujet d'tude du plus haut intrt. L'Etiologie
-de ces maladies s'explique l'une par l'autre.
-Dans le premier cas, il y a un point malade dans un
-cerveau sain d'ailleurs, dans le second cas, un cerveau
-malade nous offre un point sain et normal. Ce
-sont ordinairement des esprits contemplatifs et noblement
-dous que l'on voit frapps par ce malheur.</p>
-
-<p>Presque toutes les nations fournissent des exemples
-d'crivains qui entrent dans cette catgorie, et ce qui
-doit augmenter la curiosit des Bibliophiles ce sujet,
-c'est que leurs ouvrages sont toujours assez rares, et
-qu'il est difficile de se les procurer. Ces monomanies
-intellectuelles sont presque toujours caractrises,
-comme le fait trs bien observer le Dr. Calmeil, par
-une association d'ides fausses bases sur un faux principe,
-mais justement dduites, et par la possibilit o se
-trouve l'individu qui en est atteint, de raisonner juste sous
-tous les rapports, sur les matires trangres sa folie.</p>
-
-<p>Afin de runir les lments pars de cette histoire
-littraire, de manire viter la confusion, nous diviserons
-en quatre sections les auteurs que nous allons
-citer. La premire traitera des fous thologues; la
-seconde, des fous littraires proprement dits; la troisime,
-des fous philosophiques; et la quatrime, des
-fous politiques.</p>
-
-<p>Les voyageurs nous apprennent une chose trs
-frappante, c'est que la folie est comparativement un
-fait rare chez les nations tout--fait barbares. Humboldt
-dit qu'on rencontre trs peu de fous parmi
-les tribus originaires qu'il visita sur le continent de
-l'Amrique. D'autres auteurs dignes de foi remarquent
-aussi qu'en Chine, au fond de la Russie et de l'Inde, la
-folie est moins frquente qu'en Europe. Quoiqu'il
-en soit, la folie d'crire est particulirement une des
-maladies mentales de cette dernire partie du globe,
-effet probable d'un excs de civilisation, de mme que
-la plthore est souvent produite par un excs de sant.
-Il serait inutile de rechercher quelle est la cause de la
-folie, et mme ce que c'est que la folie, car les analyses
-les plus persvrantes de la nature et de la composition
-du cerveau, n'ont abouti qu' confirmer l'axiome du
-savant Gregory: &ldquo;<i lang="la" xml:lang="la">Nulla datur linea accurata inter
-sanam mentem et vesaniam.</i>&rdquo; Dans maintes circonstances
-de la vie, il est arriv la plupart d'entre nous,
-qu'appel dcider en nous mmes, sur la valeur d'une
-ide ou d'une action, notre jugement hsite se prononcer,
-et nous disons avec le pote Beattie:&mdash;</p>
-
-<blockquote>
-<p><i lang="en" xml:lang="en">Some think them wondrous wise, and some believe them mad.</i></p>
-</blockquote>
-
-<p>Dans l'ordre mtaphysique, Malebranche tait arriv
- un rsultat semblable, lorsqu'il a dit: &ldquo;Il est
-bon de comprendre clairement qu'il y a des choses
-qui sont absolument incomprhensibles.&rdquo;</p>
-
-<p>Les savants qui se sont occups de la mdecine psychologique,
-et de la pathologie mentale, rapportent nombre
-de faits o la folie produit des rsultats semblables
- ceux d'une haute intelligence, rsultats que l'esprit
-de l'individu est incapable d'obtenir, ds qu'il rentre
-dans l'tat normal. Nous citerons un fait de ce
-genre qui nous a t racont par le mdecin mme
-qui avait donn ses soins au malade:&mdash;Une dame d'un
-caractre trs pieux commena peu peu tre oppresse
-par un profond sentiment de mlancolie, qui se
-changea bientt en un vritable drangement d'esprit.
-On fut oblig de la mettre dans une maison de sant.
-L, durant ses accs de folie, elle exprimait les ides de
-son cerveau malade, en vers tellement remarquables
-que le mdecin en fut frapp, et transcrivit des passages,
-pendant qu'elle les rcitait. Au bout d'un
-certain temps, cette dame recouvra ses facults mentales,
-mais ne se rappela rien de ce qui s'tait pass, et
-n'et pas t capable, m'affirma le docteur, d'crire
-une page avec quelque lgance.</p>
-
-<p>Si l'on trouve souvent des clairs de talent chez les
-alins, il arrive aussi que des hommes remarquables
-par la clart et l'lgance de leur style, donnent tout
-coup l'exemple de la plus entire incohrence. Un
-mdecin de New York, la suite d'un travail excessif,
-crivit la lettre suivante sa s&oelig;ur:&mdash;</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;<span class="sc">My dear Sister</span>,&mdash;As the Cedars of Lebanon
-have been walking through Edgeworth forest so long,
-you must have concluded that I have returned to the
-upper world, but I am still in purgatory for James
-Polk's sins, which, if they do not end in smoke,
-surely have as good a chance of beginning that way,
-as the ideas began to shoot; for if Thomas had not
-left his trunk on the cart at the Dept, our shades
-would have been a deuced sight nearer to Land's
-End, than Dr Johnson said they would, by the time
-the Yankees rebelled,&rdquo; &amp;c.</p>
-
-<p>Le Docteur Brigham donne d'autres curieux exemples
-de ce genre dans un article intitul: &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">Illustrations
-of Insanity, furnished by the letters and
-writings of the insane</i>,&rdquo; et insrs en 1848 dans
-l'<i lang="en" xml:lang="en">American Journal of Insanity</i>.</p>
-
-<p>Durant le cours de nos recherches, pour rassembler
-les matriaux de cette esquisse, notre attention a t
-particulirement attire par une mthode curative,
-que nous croyons peu en usage sur le continent, et qui
-mriterait de faire l'objet d'une tude spciale. Dans
-plusieurs des grands tablissements pour les alins,
-qui existent dans le Royaume de la Grande Bretagne,
-l'encouragement rgulirement donn la composition
-littraire, a eu les plus heureux rsultats. Nous
-dirons en passant quelques mots sur deux ou trois de
-ces asyles consacrs la gurison des maladies mentales.</p>
-
-<p><i lang="en" xml:lang="en">The Crichton Royal Institution</i>, au Comt de Dumfries
-en Ecosse, possde une presse dirige par les habitans
-de l'tablissement, au moyen de laquelle on y
-publie un petit journal mensuel intitul: <i lang="en" xml:lang="en">The New
-Moon</i>. On y trouve rassembles les compositions en
-prose et en vers de ceux qui, dans leurs intervalles
-lucides, se sentent enclins ce genre de distraction.
-La partie matrielle de l'impression, le tirage, la correction
-des preuves, tout s'excute par les patients.</p>
-
-<p>Voici l'extrait d'une lettre que nous crivit le mdecin
-de cette maison de sant, pour expliquer le
-systme qu'on y suit:&mdash;</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Mental occupation has been a marked feature in
-the establishment from its commencement. A
-monthly journal, composed, published, and printed by
-patients, has been in existence for many years. Some
-years ago, a series of essays on our poets, philosophers, &amp;c.,
-were composed and printed also by them.
-More recently a small volume of poems was published
-by one of our lady patients, and we are just now
-thinking of publishing a selection of poems from our
-<i>New Moon</i>. Many other articles of a minor character
-have also been published. I am afraid it will not
-be possible now to obtain copies of any of them, as
-the impressions have been completely exhausted.&rdquo;</p>
-
-<p>La publication d'une srie de Mmoires Biographiques
-a t commence, dans cette maison, sur les
-potes, philosophes, rois, &amp;c. frapps de folie: &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">Memoirs
-of mad poets, mad philosophers, mad kings,
-mad churls, by inmates of the Crichton Institution.</i>&rdquo;</p>
-
-<p>Il y a lieu de s'tonner qu'un pareil sujet ait t
-choisi par de pareils crivains, mais il est remarquable
-que la plupart des compositions crites dans des maisons
-de fous, indiquent que ceux qui en sont les auteurs,
-ont une parfaite conviction de leur tat.</p>
-
-<p id="genevieve">Voici deux ou trois courts extraits des pices
-potiques insres dans le journal de l'institution.
-Une femme, nomme Genevive, crivit les strophes
-suivantes l'occasion de la mort de son bouvreuil:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Oh, could'st thou know, my little pet,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">How much thine absence I regret!</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Ah! 'twas a day like this</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">When thou into my little room</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">To cheer me with thy voice didst come,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Which now I hourly miss;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And 'neath this shade of love, alone</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Lament my little Goldie gone.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Whene'er thou saw'st me shut within</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">My room, thou cheerily would'st sing</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And all thy art employ;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">At thy lov'd voice, so sweet and clear,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">All care would quickly disappear,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">My sadness turn to joy;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And all the trouble of my lot</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Be dissipated and forgot.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Wise people do, I know, believe</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That birds, when they have ceased to breathe,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Will never more revive;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">But&mdash;though I cannot tell you why&mdash;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">I hope, though Goldie chanced to die,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">To see him yet alive!</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">May there not be&mdash;if heaven please&mdash;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">In Paradise both birds and trees?</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">I've had such dreams&mdash;they may be true:</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Meantime, my little pet, Adieu!</div>
-</div>
-
-<p>Un des patients envoya un jour celui qui tait
-charg de recevoir les morceaux destins l'impression
-dans le journal, les vers suivants signs <i>Le Grand
-Orient</i>, et accompagns de cette explication:&mdash;</p>
-
-<p>&ldquo;Ces vers ont t apports par le vent dans la
-Galerie du <i>Grand Orient</i>, et taient signs <i lang="la" xml:lang="la">Sapho
-Rediviva</i>. Ils portent la marque d'un esprit malade.
-Je vous les envoie donc comme un tribut convenable
- <i>la Lune</i>.<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Allusion au titre du Journal.</p>
-</div>
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;In silence only, love is read&mdash;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">The lips can ne'er true love express;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Back to the heart&mdash;their parent bed&mdash;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">They rush, and silently, we bless:</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Such blessings ever thee attend;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Such gifts thy heart can ne'er deplore;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">With one <i>will-love-thee</i> to the end;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">It is enough, I may no more.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p>Nous ne pouvons nous empcher de citer aussi huit
-vers composs par un malheureux que l'insomnie torturait,
-et que des malheurs privs avaient frapp de
-folie:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Go! sleep, my heart, in peace,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Bid fear and sorrow cease:</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">He who of worlds takes care,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">One heart in mind doth bear.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Go! sleep, my heart, in peace!</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">If death should thee release</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And this night hence thee take;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Thou yonder wilt awake.</div>
-</div>
-
-<p>Ces deux strophes nous semblent dignes d'tre compares
-aux vers du pote Anglais Herrick.</p>
-
-<p>Dans le mme tablissement la musique est aussi
-employe comme un moyen de rtablir l'quilibre
-dans les facults mentales des patients, et le directeur
-a form une sorte d'orchestre compos de ceux qui
-jouent de quelque instrument, et tous les mois, il organise
-un ou deux concerts, dont les programmes sont,
-ainsi que le journal, imprims par les presses de la
-maison.</p>
-
-<p>L'hpital pour les insenss fond Edinbourg, sous
-le nom de <i lang="en" xml:lang="en">Royal Edinburgh Asylum for the Insane</i>, a,
-comme le prcdent, une presse et un journal mensuel
-intitul: <i lang="en" xml:lang="en">The Morningside Mirror</i>; qui se publie rgulirement
-depuis environ douze annes. Il forme
-aujourd'hui deux forts volumes in 8<sup>o</sup>. Le Mdecin
-de la maison, le Docteur Skae, nous a assur dans une
-de ses lettres, &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">that they are entirely the work of the
-patients, both in writing and printing.</i>&rdquo;</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Voici des strophes composes par un jeune homme
-devenu fou la suite de contrarits d'amour:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Whene'er I hear the wild bird's lay</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Amid the echoing grove,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And see the face of nature gay</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">With beauty and with love,&mdash;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">I'll think that thou art with me still</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">By vale and murmuring stream,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And o'er the past my soul will dwell</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">In faint collected dream.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">When all the charms of nature fade,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And the autumn leaf is strewn,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">One charm will still be mine, sweet maid,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">To dream of thee alone.</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">'Till life's last ebbing blood be run,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">'Till life itself depart,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And death eclipse my setting sun,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">I'll bear thee on my heart.</div>
-</div>
-
-<p>Un autre morceau, par lequel nous terminerons nos
-extraits des effusions potiques de l'hospice d'Edinbourg,
-porte un cachet remarquable de monomanie
-mlancolique:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Sweet sunset, sweet sunset, that beams from the west,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And lights the dark shades of the green forest tree,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Where the wild flowers bloom fresh o'er the earth's vernal breast,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Those flowers of my childhood, the dearest to me:</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Oh! give me the wreath of these once happy years,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">The songs of the woodlark,&mdash;the friends I loved best;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Ah! bring back again all their smiles and their tears,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">With their sunset, sweet sunset, that beam'd from the west.</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Let me dream in the dells where my boyhood once stray'd,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And gather again the neglected lone flowers;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">They bloom all unseen 'neath the cool hawthorn shade,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">The sweets of fond memory's happier hours.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Ah! how blest but to dream of those once happy years,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">The songs of the woodlark&mdash;the friends I loved best;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Ah! they'll bring back again all those sweet smiles and tears,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">With the glow of that sunset, that beam'd from the west.</div>
-</div>
-
-<p>L'hospice des alins de Hanwell, l'un des plus importants
-de l'Angleterre, prsente une particularit
-que nous croyons devoir noter.</p>
-
-<p>L'encouragement la composition littraire, y
-forme, comme dans les tablissements cits plus haut,
-un moyen de gurison, et les mdecins de la maison
-pensent que c'est un des remdes qui ont produit les
-rsultats les plus satisfaisants. En consquence, l'administration
-a tabli un bazar o les diverses pices,
-crites par les lunatiques, sont exposes et vendues
-leur profit. Grand nombre de personnes se font un
-devoir d'aller visiter ces expositions de publications de
-fantaisie, tires sur papier rose, vert, orn d'arabesques,
-&amp;c. et le produit des ventes est parfois assez considrable.</p>
-
-<p>Les quatre vers suivants furent crits spontanment
-par un patient convalescent, au centre d'une couronne
-de laurier suspendu au mur de la salle o se donnait
-une petite fte, dans l'hospice, le jour de l'Epiphanie
-en 1843.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">No gloomy cells where sullen madness pines</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">In squalid woe, where no glad sunlight shines,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">But here kind sympathy for fall'n reason reigns;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The rule is gentleness&mdash;not force and galling chains.</div>
-</div>
-
-<p id="carfrae">Nous avons runi plusieurs des pices exposes sur
-les talages du <i lang="en" xml:lang="en">Hanwell Asylum</i>, pour notre collection
-d'ouvrages crits par des fous. Nous transcrirons
-ici une strophe d'un sonnet compos par un nomm
-John Carfrae, et des extraits d'une ode par John
-P&hellip;.. qui a rarement des moments lucides, et se
-trouve enferm depuis longtemps.</p>
-
-<p>On remarquera dans cette dernire pice, des signes
-vidents d'un drangement d'esprit.</p>
-
-
-<p class="c gap" lang="en" xml:lang="en">THE HAPPY EVEN-TIDE.</p>
-
-<p class="c"><i lang="en" xml:lang="en">Sonnet to the Pilgrim of Sorrow.</i></p>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">When Even-tide, with radiance warm, doth glow,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">The setting sun majestic meets the sight&mdash;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The western tints transcendant glories show,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Foretell a morrow rich in blithe delight.</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">So may each mournful thought and theme depart;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And pure, bright, heavenly joys henceforth illume your heart!</div>
-</div>
-
-
-<p class="c gap" lang="en" xml:lang="en">AN ODE<br />
-<span class="small">WRITTEN ON THE TWELFTH-NIGHT AFTER CHRISTMAS.</span></p>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4" lang="en" xml:lang="en">The New Year has commenced,</div>
-<div class="verse i5" lang="en" xml:lang="en">And the season is mild;</div>
-<div class="verse i4" lang="en" xml:lang="en">Should our hearts be condensed,</div>
-<div class="verse i5" lang="en" xml:lang="en">Like an obstinate child?</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Sing, sing to the harp, to the year that is past;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">To the year now a coming, fill, fill to the brim;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">To the misletoe bough, and the Christmas, the last&mdash;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">May the Christmas forthcoming, fly away half as fast!</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And to him who promulged <i>Non-Coercion</i>, to him,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Sing, sing to the harp, and fill up to the brim.</div>
-</div>
-
-<p>Dans le journal trimestriel dit par Mr le Docteur
-Forbes Winslow,<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> on trouve, entr'autres articles sur la
-folie dans ses rapports avec la littrature, un curieux
-essai &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">On the Insanity of Men of Genius</i>,&rdquo; dans lequel
-les lecteurs qui prennent intrt notre sujet, trouveront
-des rapprochements trs curieux.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i lang="en" xml:lang="en">The Journal of Psychological Medicine and Mental Pathology.</i>
-10 vol. 8vo. 1848-1858.</p>
-</div>
-<p>Les hallucinations et la folie du Tasse, de Benvenuto
-Cellini, du peintre Fuseli, de Cowper, de Swift, de
-Southey, de White, et de tant d'autres dont les noms
-se pressent sous la plume, prsentent une page de l'histoire
-de l'esprit humain qui nous feraient presque convenir,
-avec Aristote, qu'il est de l'essence d'un bon
-pote d'tre fou. Nous ne nous occuperons pour le
-moment que de ceux dont l'esprit a jet un clat
-moins brillant et moins durable, et qui, d'aprs l'expression
-du pote:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="en" xml:lang="en">Like sunbeam which on billow cast,</i></div>
-<div class="verse"><i lang="en" xml:lang="en">That glances, but it dies, &amp;c.</i></div>
-</div>
-
-<p>Le problme psychologique dont nous rassemblons ici
-quelques lments, peut exercer, pour tout esprit rflchi,
-une pnible quoique salutaire influence sur le
-sentiment de fiert et d'orgueil que fait natre parfois
-le pouvoir de l'intelligence. Ce mlange de grandeur
-et de faiblesse est bien propre nous donner, sous une
-forme pratique, une leon d'humilit profonde.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" title="PREMIERE SECTION. THEOLOGIE.">PREMIERE SECTION.</h2>
-
-<p class="c">EPIGRAPHE.</p>
-
-<p>&ldquo;Notre esprit est un outil vagabond, dangereux et tmraire;
-il est malais d'y joindre l'ordre et la mesure, c'est un outrageux
-glaive son possesseur mesme, que l'esprit, qui ne sait s'en
-armer discrtement.&rdquo;&mdash;<i>Essais de Montaigne.</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="t2 top4em">THEOLOGIE.</p>
-
-
-<p>Les ides religieuses, dans leurs aberrations,
-diffrent des autres en plusieurs points essentiels.
-Elles ont pour objets les motions, les
-passions, et les impulsions instinctives de l'me. Un
-horison sans borne se prsente l'esprit religieux, o les
-conjectures, les esprances, et les craintes prennent
-toutes les formes que l'imagination veut bien lui prter,
-dans ses paroxysmes. Les ralits de l'existence matrielle
-disparaissent pour le fanatique ou fou par religion,
-non par suite d'un raisonnement, comme dans
-certains systmes philosophiques, mais parce qu'il croit
-de son devoir de les anantir dans l'intrt de son
-me. Son existence toute entire s'absorbe dans cette
-pense qui non seulement exerce une immense influence
-sur sa folie, comme <i>cause</i>, mais encore modifie toutes les
-phases des manifestations extrieures de son esprit. Ses
-conjectures chimriques n'ont aucune limite, et le
-raisonnement pourrait nous convaincre, <i>a priori</i>, que
-les doctrines, opinions, et thories thologiques, ne
-sont pas la partie la moins curieuse, ni la moins fconde
-de l'histoire littraire de la folie.</p>
-
-<p>Nous ne nous arrterons pas aux ouvrages o l'exaltation
-a remplac le jugement. Ainsi nous passons
- regret ces lucubrations grotesques d'une dvotion
-fanatique,&mdash;telles entr'autres que les ouvrages singuliers
-composs en l'honneur de la Vierge, dont G.
-Peignot prparait une bibliographie. Dans <i>La dvote
-salutation aux membres sacrs de la glorieuse Vierge</i>,
-par le Rev. Pre J. H. Capucin, les oreilles, la bouche,
-les mamelles, le ventre, les genoux, &amp;c. ne sont pas
-oublis. Dans <i>Le livre de la toute belle sans pair,
-o est escripte la formosit spirituelle, la similit de
-la spciosit corporelle</i>, petit in 8<sup>o</sup>, il est question &ldquo;de
-la mditation du nez de la Vierge Marie, et des
-deux narines; de la modre grosseur de ses lvres;
-comment sa bouche doit estre de moyenne ouverture;
-mditation aux cuisses qui sont force, esprance,&rdquo;
-&amp;c.</p>
-
-<p>Citons encore <i>La Seringue Spirituelle pour les mes
-constipes en dvotion</i>; <i>La tabatire spirituelle pour
-faire ternuer les ames dvotes</i>; ouvrages d'extravagants
-fort srieux, non par la forme, mais par le but et par
-le fond. L'Angleterre n'est pas reste en arrire en
-ce genre, et <i lang="en" xml:lang="en">Hooks and Eyes for Believers' Breeches</i>,
-Sermon par Baxter, en fournit un exemple entre cent.
-Quantit d'autres de ces drleries, mystiques, sraphiques,
-extatiques, seraient fort amusantes; mais revenons
- notre sujet.</p>
-
-<p id="paoletti">Durant le moyen ge, Thomas d'Acquin excita une
-grande admiration parmi les thologiens, par sa doctrine
-et ses opinions sur <i>la Prdestination</i> et <i>le Libre
-Arbitre</i>, considres comme des chefs d'&oelig;uvre de dialectique.
-Ses ouvrages furent l'objet d'une composition
-des plus bizarres, par un Jsuite dont l'esprit
-s'tait drang depuis plusieurs annes, par suite de
-ses rudes travaux de missionaire dans l'Amrique du
-Sud. Cet infortun, nomm Paoletti, qui avait t
-enferm depuis cinq ans, lorsqu'il crivit son livre contre
-Thomas d'Acquin et ses doctrines, cherchait
-prouver que Dieu employait les instruments symboliques
-du culte Juif, pour dterminer qui recevrait ou
-ne recevrait pas la faveur divine. Il dessina un tableau
-ou diagramme des diverses manires dont on employait
-les ustensiles sacrs dans le Tabernacle, pour dterminer
-la condition future des fils d'Adam, relativement
- la Prdestination. Une gravure accompagne
-l'ouvrage, dans laquelle Dieu est reprsent, entour
-d'anges, et prsidant la manipulation de ces ustensiles
-symboliques: la volont divine et la volont humaine
-figurent sous la forme de deux boules se mouvant dans
-une direction circulaire oppose, mais qui cependant
-finissent par se rencontrer dans un centre commun.
-Paoletti crivit un autre trait durant sa folie, o il
-montrait que les aborignes de l'Amrique taient les
-descendants directs du diable et d'une des filles de
-No, consquemment qu'ils sont dans l'impossibilit
-absolu d'obtenir ni le salut, ni la grce.</p>
-
-<p id="postel">Le 16<sup>me</sup> et le 17<sup>me</sup> sicle ont vu paratre le plus
-grand nombre peut tre de grands esprits que les ides
-thologiques ont rendu fous. Au premier rang peut
-se placer Guillaume Postel.<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> Sa vie fut des plus agites;
-tour--tour Jsuite, et renvoy de l'ordre par St. Ignace,
- cause de ses bizarres ides, emprisonn Rome,
-durant plusieurs annes, rfugi Venise, accus
-d'hrsie devant l'inquisition, dclar innocent, mais
-fou, il alla pour la seconde fois visiter Constantinople
-et Jrusalem.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> A consulter entr'autres, sur les dtails de sa vie, un ouvrage
-curieux du P. Desbillons, ainsi que Sallengre.</p>
-</div>
-<p>Il mourut, en 1581, au Monastre de St. Martin
-des Champs, laissant aprs lui de nombreux ouvrages,
-dont une partie est consacre aux rveries qui l'obsdaient.
-Il s'infatua Rome d'une vieille fille, que
-quelques uns traitent de courtisane et qu'il appelait sa
-<i>Grand'mre Jeanne</i>. Il soutenait que Jsus Christ
-n'avait rachet que les hommes seuls, et qu'ainsi les
-femmes devaient tre rachetes, et le seraient par la
-Mre Jeanne.</p>
-
-<p>Un ouvrage en Italien intitul <i lang="it" xml:lang="it">La Vergine Veneta</i>,
-et un autre en Franais,<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> tendaient prouver cette
-thse. Il prtendait que l'ange Gabriel lui avait rvl
-divers mystres, et mlant sa folie les songes de
-Pythagore, il voulut persuader qu'en lui tait transfuse
-l'me de St. Jean Baptiste.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Imprim Paris sous ce titre: <i>Les trs merveilleuses Victoires
-des femmes du Nouveau Monde, et comme elles doivent tout le
-monde par raison commander, et mme ceux qui auront la Monarchie
-du Monde Vieil.</i></p>
-</div>
-<p>Postel avait une telle conviction qu'il tait divinement
-inspir, que dans son ouvrage <i lang="la" xml:lang="la">De Nativitate Mediatoris</i>
-il dclare que l'esprit mme de Jsus Christ
-en est l'auteur, et qu'il n'en tait que le copiste. Il
-fut condamn tre brl vif, par arrt du Parlement
-de Toulouse.</p>
-
-<p>L'article sur Postel dans les <i>Mmoires de Littrature</i>
-de Sallengre, cite presque tous les auteurs qui se sont
-occups de ce visionnaire, et leur nombre est considrable.</p>
-
-<p id="vallee">Vers la mme poque Geoffroy Valle se fit remarquer
-par une folie de la mme nature, et d'autant
-plus incurable qu'il se montra monomane ds sa
-jeunesse.</p>
-
-<p>Il avait, dit-on, autant de chemises qu'il y a de jour
-dans l'anne, et il les envoyait laver en Flandre, une
-source fameuse par la limpidit de ses eaux.</p>
-
-<p>Jet au milieu de Paris, dans les excs d'une vie
-de dissipation, sa raison commena s'altrer, et sa
-famille le mit en curatelle. Il commena alors composer
-un livre dont le titre seul dnote la folie de l'auteur,
-et qui le fit condamner comme athe, quoiqu'en
-vrit, cela n'en valait gure la peine, car ce n'est qu'un
-tissu de confusion, d'obscurit, et de non-sens.</p>
-
-<p>L'dition de ce livre fut brle, avec l'auteur, le
-9 Fvrier, 1574, et il n'en existe plus qu'un exemplaire
-unique, celui au moyen duquel on instruisit le procs
-de Valle.<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> On peut voir de plus amples dtails et des extraits de l'ouvrage,
-dans le <i>Bulletin du Bibliophile</i>, dixime srie, page 613.</p>
-</div>
-<p>Il fut constat au procs mme, qu'il ne jouissait
-pas de la plnitude de sa raison, car on l'interrogea en
-prsence du mdecin.</p>
-
-<p>Voici le titre de son livre lard d'anagrammes vraiment
-barbares:&mdash;</p>
-
-<p><i>Le Batitude des Chrtiens ou le Flo de la foy, par
-Geoffroy Valle, fils de feu Geoffroy Valle et de
-Girarde le Berruyer, ausquels noms de pre et mre
-assemblez il s'y treuve: Lere, geru, vrey flo de la foy
-bygarre, et au nom du filz: va flo rgle foy, aultrement
-guere la fole foy.</i></p>
-
-<p>Il parat qu'il fut loin de s'amender en mourant,
-car le Journal de l'Etoile dit que conduit au supplice,
-il criait tout haut que ceux de Paris fesaient mourir
-leur dieu en terre, mais qu'ils s'en repentiraient.</p>
-
-<p id="fuzy"><i>Antoine Fuzy</i> ou <i>Fusi</i> a droit trouver une place
-dans cette section de notre Essai, comme docteur en
-thologie de l'universit de Louvain. Il se fit recevoir
-docteur de Sorbonne Paris, et il prend, dans un de
-ses ouvrages, les titres de Protonotaire apostolique, de
-prdicateur et confesseur de la maison du Roi.</p>
-
-<p>Il serait difficile de trouver un galimatias plus extravagant
-et plus inintelligible que son pamphlet publi
-en 1609 contre le marguillier Vivian, qui le fit
-condamner un emprisonnement de cinq ans. Son
-<i>Mastigophore ou prcurseur du Zodiaque</i> est une dfense
-de la dcouverte physico-mdicale, qu'il croyait
-avoir faite, que le sang menstruel des femmes avait la
-proprit d'teindre le feu. Toutes les langues vivantes
-ou mortes, tous les patois franais, tous les
-argots populaires servent exprimer la colre de l'auteur
-contre Nicolas Vivian, que Fuzy nomme par
-anagramme <i>Juvien Solanic</i>. Le marquis du Roure,
-dans son <i>Analectabiblion</i>, donne plusieurs extraits de
-cette diatribe, o brille souvent, dit-il, de la verve, une
-gat mordante et une imagination satanique. <i>Le
-Franc Archer de la Vrai Eglise, contre les abus et
-normits de la fausse</i>, Paris, 1619, n'est pas moins
-bizarre de style, que l'ouvrage prcdent. C'est une
-violente satire contre l'glise Romaine.</p>
-
-<p>Fuzy se rfugia Genve, au sortir de prison, renona
- la religion catholique et embrassa le Calvinisme.
-Il est impossible de ne pas reconnatre un cerveau
-tout--fait drang dans ses ouvrages. Le P.
-Niceron lui accorde une mention particulire au tome
-34 de ses <i>Mmoires</i>.</p>
-
-<p id="morin">Autant Fuzy avait d'instruction et de connaissances,
-autant <i>Simon Morin</i> qui fut brl en place de Grve,
-le 14 Mars, 1663, tait ignorant et sans lettres. Les
-erreurs des illumins qui rgnaient alors Paris, enflammrent
-son imagination.</p>
-
-<p>Il voulut tre chef de secte, et se mit prcher sa
-doctrine, qu'il publia en 1647, sous le titre de <i>Penses
-de Morin, ddies au Roi</i>.</p>
-
-<p>Ce n'est qu'un tissu de rveries, d'ignorances, et d'erreurs
-condamnes depuis dans les Quitistes.</p>
-
-<p>Le parlement le fit arrter et le condamna tre
-envoy aux Petites maisons pour le reste de ses jours;
-jugement aussi quitable que profondment sage, auquel
-Morin aurait bien fait de se tenir.</p>
-
-<p>Il y chappa par une abjuration; mais, convaincu
-d'un prtendu second rgne du fils de l'homme, il
-composa, en 1661, un crit intitul <i>Tmoignage du
-second avnement du fils de l'homme</i>, o il assurait que
-ce n'tait autre que lui-mme.<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Au catalogue de Nodier de 1829, N<sup>o</sup> 66, on fait mention d'un
-ouvrage ayant pour titre: <i>Avertissement vritable et assur au nom
-de Dieu</i>, 1827, in 32<sup>o</sup> dans lequel un autre illumin se dit aussi <i>Le
-fils de l'homme</i>, et promet de ressusciter au bout de trois jours,
-aprs s'tre fait jeter dans l'eau Marseille, attach avec des
-chanes de fer, une grosse pierre. Ce livre est un exemplaire
-unique, sur papier de chine.</p>
-</div>
-<p>Conduit au Chtelet, on lui fit son procs o l'on
-voit qu'en commenant par l'esprit avec les filles et
-les femmes qu'il sduisait, il allait ensuite beaucoup
-plus loin.</p>
-
-<p>Il fut condamn en 1662, tre brl vif, avec ses
-livres, et ses cendres jetes au vent.</p>
-
-<p>Le Prsident de Lamoignon lui ayant demand s'il
-tait crit quelque part que le nouveau Messie passerait
-par le feu, Morin rpondit qu'oui, et que c'tait
-de lui que le Prophte a voulu parler au verset 4 du
-<small>XVI</small><sup>e</sup> Pseaume o il est dit: &ldquo;<i lang="la" xml:lang="la">igne me examinasti, et
-non est inventa in me iniquitas.</i>&rdquo;</p>
-
-<p>Il avait promit de ressusciter le troisime jour, et
-une multitude de sots s'assemblrent, pour voir ce miracle,
- l'endroit o il fut brl.</p>
-
-<p>Morin, dit quelque part Michelet, est un homme
-du moyen ge, gar dans le 17<sup>me</sup> sicle. Ses <i>Penses</i>
-contiennent beaucoup de choses originales et loquentes;
-il s'y trouve entr'autre, ce beau vers:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&ldquo;Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p id="dosche"><i>Franois Dosche</i> se rendit parfaitement digne d'tre
-l'un des adhrents de Morin, par le dsordre de ses
-ides et l'extravagance de son style. Le titre suivant
-d'un de ses opuscules suffit pour juger et de l'un et de
-l'autre:&mdash;</p>
-
-<p>&ldquo;Abrg de l'arsenal de la foy, qui est contenu en
-ceste copie, de la conclusion d'une lettre d'un secretaire
-de Sainct Innocent, par luy escrite sa s&oelig;ur,
-sur la detraction de la foy d'autruy, lequel n'ayant
-de quoy la faire imprimer toute entire, il a commenc
-par la fin la mettre en lumire, estant en
-peine d'enfanter la vrit de Dieu en luy, comme
-une femme enceinte, de mettre son enfant au
-monde.&rdquo;</p>
-
-<p>Les querelles religieuses, et les discussions thologiques
-qui agitrent le 17<sup>me</sup> sicle, amenrent en Allemagne
-et en Angleterre, les mmes rsultats qu'en
-France.</p>
-
-<p id="mason"><i>John Mason</i> est un des exemples les plus frappants
-de la folie religieuse, par sa conviction inaltrable,
-jusqu' la mort, et son enthousiasme calme et grave.</p>
-
-<p>Les mystres de la thologie de Calvin et du <i>Millenium</i>,
-avaient gar sa raison.</p>
-
-<p>Il tait persuad et avait persuad une masse de
-personnes, qu'il avait mission de proclamer le rgne
-visible du Christ qui devait tablir son trne temporel
- Water-stratford prs de Buckingham.</p>
-
-<p>Il parlait bien et sensment sur tout, except sur ce
-qui avait rapport ses extravagantes ides religieuses.
-Aussitt qu'il s'agissait de Religion rvle, il devenait
-immdiatement fou. Il mourut en 1695, dans la
-persuasion ferme et arrte qu'il avait reu peu auparavant
-la visite du Sauveur du monde, et qu'il tait
-rellement prdestin une mission divine.</p>
-
-<p>Sa vie et son caractre ont t dcrits par H. Maurice,
-recteur de Tyringham, dans un pamphlet en 4<sup>o</sup>
-publi l'anne mme de sa mort.</p>
-
-<p id="parizot"><i>Jean P. Parizot</i> gala, s'il ne surpassa point, l'extravagance
-du prcdent. La monomanie de ce fou
-thologue consistait voir clairement annonc dans la
-Gnse et dans l'vangile de Saint Jean, que les trois
-lments de la Trinit se trouvaient dans la nature.
-Le sel, gnrateur des choses, rpond Dieu le pre,
-le mercure, dans son extrme fluidit, reprsente Dieu
-le fils, rpandu dans tout l'univers, et le souffre par sa
-proprit de joindre et d'unir le sel au mercure, figure
-le Saint Esprit.</p>
-
-<p>Les divagations inintelligibles de Parizot, sous le
-titre de <i>La Foy dvoile par la Raison, dans la connaissance
-de Dieu, de ses mystres et de la nature</i>, fut
-ddi d'abord Dieu, puis au Roi, et soumis au Pape,
-avant l'impression. Le Saint Pre fit rpondre que la
-cour de Rome avait lu son livre avec plaisir, qu'il tait
-plein d'esprit et digne de louanges.</p>
-
-<p>L dessus le malheureux fait imprimer son travail,
-qui est condamn comme impie et brl, ce qu'il mritait
-bien d'ailleurs, non cause de son impit, mais
- cause des folies qui y sont dbites.</p>
-
-<p>Il est probable que Peignot en parle sans l'avoir lu,
-puisqu'il avance, dans son <i>dictionnaire des livres condamns
-au feu</i>, qu'on connait peu d'ouvrages aussi
-<i>licencieux</i>. Ceci est plus qu'une exagration, si ce mot
-est pris dans l'acception commune, et nous ne lui en
-connaissons point d'autre.</p>
-
-<p>Il ne serait pas difficile de citer un bon nombre
-d'autres crivains, dont la thologie renversa la raison,
-antrieurement notre sicle, mais ceux que nous
-avons cits suffiront pour cette premire section, que
-nous terminerons par un exemple ou deux pris dans
-notre poque.</p>
-
-<p id="soubira">On a de la peine se persuader, en lisant les pamphlets
-de J. A. Soubira, qu'il appartienne au 19<sup>me</sup>
-sicle. Ce fou fanatique s'intitulait: <i>Aptre d'Israel,
-Messie de l'univers, Pote d'Israel, Lion de Jacob,
-&amp;c. &amp;c.</i></p>
-
-<p>Les titres seuls de ses nombreuses publications que
-donnent <i>La France Littraire</i> et <i>La Littrature Franaise
-Contemporaine</i>, sont une preuve suffisante de la
-folie de ce malheureux, par leur incroyable extravagance.
-En voici quelques chantillons: <i>Le second Messie,
-Tout l'univers</i> (1818, in 8<sup>o</sup>); <i>Avis toutes les puissances
-de la terre</i> (1822, in 8<sup>o</sup>); <i>La fin du monde prdite
-par Soubira, son poque fixe, celle de la venue du
-Messie d'Israel, et du premier jour de l'ge d'or, ou du
-nouveau Paradis Terrestre</i> (in 8<sup>o</sup>); <i>Le Juif errant
-ses banquiers</i>, in 8<sup>o</sup> de deux pages; <i>Le Messie va
-paratre</i>, in 8<sup>o</sup> de 4 pages; <i>A tous les habitans du
-globe terrestre</i>, in 8<sup>o</sup> de 4 pages; <i>Gog et Magog</i>, in
-8<sup>o</sup> de 4 pages; <i>L'Eternit du globe terrestre</i>, in 8<sup>o</sup> de
-4 pages, &amp;c. &amp;c.; &ldquo;<i>666</i>&rdquo; (1824, in 8<sup>o</sup>). Soubira avait
-trouv une puissance extraordinaire dans ce nombre.
-Il publia en 1828, in 8<sup>o</sup> un autre pamphlet avec ce
-seul titre: &ldquo;<i>666.</i>&rdquo;<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Par une coincidence assez singulire, on rimprima en Angleterre,
-en la mme anne et la mme poque, les ides saugrenues
-d'un nomm Francis Potter, sous le titre de: &ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">An interpretation
-of the Number 666, wherein is shown that this number is an
-exquisite and perfect character, truly, exactly, and essentially
-describing that state of government to which all other notes of
-Antichrist do agree.</span>&rdquo;</p>
-
-<p>L'auteur consacre 29 chapitres prouver sa thse, et commence
-le dernier en disant: &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">All objections are answered, and all difficulties
-cleared, even to such who have no knowledge in arithmetic.</i>&rdquo;
-Nous croyons le livre assez rare.</p>
-</div>
-<p>Le premier de ces deux opuscules se compose de
-neuf quatrains, prcds de plus de deux cents pages de
-prose, o l'auteur donne une clef de son alphabet numrique;
-le second a dix huit couplets ou stances de
-cinq vers; le nombre <i>666</i> est mis la fin de chaque
-vers de chaque couplet. Voici le premier couplet, et
-tous sont de la mme absurdit:&mdash;</p>
-
-<table summary="">
-<tr><td>&ldquo;</td><td>Les banquiers de la France</td><td>666</td></tr>
-<tr><td rowspan="4">&nbsp;</td><td>Des organistes de la foi</td><td>666</td></tr>
-<tr><td>Et des concerts de la cadence</td><td>666</td></tr>
-<tr><td>Vont accomplir la loi</td><td>666</td></tr>
-<tr><td>Et contreminer l'alliance</td><td>666.&rdquo;</td></tr>
-</table>
-<p>Peut-tre qu'un jour tous ces pamphlets seront aussi
-difficiles trouver runis, que les crits de Bluet d'Arbres,
-avec lequel Soubira a une certaine ressemblance.</p>
-
-<p id="cheneau">En 1840, un respectable ngociant de Mennetout
-sur Cher, nomm Cheneau, persuad qu'il avait une
-mission divine de rformer toutes les religions, se mit
- publier des pamphlets fort bizarres.</p>
-
-<p>&ldquo;Les Augustin (dit Saint Augustin), les Bossuet, et
-autres hautes intelligences,&rdquo; dit-il, &ldquo;ont cultiv
-l'erreur, le fanatisme, et les prjugs, la preuve c'est
-qu'ils ont reconnu une autorit humaine au dessus
-de leur intelligence,&rdquo; &amp;c.</p>
-
-<p>Il publie d'abord des <i>Etrennes de vie</i>, puis des <i>Instructions
-pour avoir des enfants sains d'esprit et de
-corps, et aussi parfaits qu'on peut l'tre</i>.</p>
-
-<p>Enfin, avant de lancer dans le monde ce qu'il appelle
-&ldquo;la nouvelle base religieuse et son mode d'organisation,
-o tous reconnatront la puissance divine,&rdquo; il publie
-en brochure, et fait afficher sur les murs de Paris, une
-protestation contre tous les oppresseurs, sous le titre de
-<i>La volont de Jehovah en Jsus le Christ, seul Dieu,
-manifeste par son serviteur Cheneau, Ngociant</i>.</p>
-
-<p>On y lit: &ldquo;J'ai dit l'Eternel, moi son serviteur: Je
-prfre la maldiction des hommes leurs bndictions.
-Alors l'Eternel me dit: Marche avec la force
-que tu as, parle tous les peuples de la terre&hellip;
-Tous ceux qui se sont dits pasteurs et les reprsentants
-de Dieu, n'importe leur base religieuse, n'ont point
-t reconnus par Dieu, ni les uns ni les autres&hellip;
-Jean Baptiste prcha dans le dsert, mais Moi je
-sme dans la bonne terre, c'est l'ordre que j'ai reu.</p>
-
-<p>&ldquo;Je ne viens pas parler sans raisonnement tous les
-peuples de la terre. J'en appelle tmoins la voix
-des journaux,&mdash;<i>La Gazette de France</i> du 27; <i>La
-Quotidienne</i> du 28 Janvier dernier; <i>Le Constitutionnel</i>
-du 8; <i>Le Sicle</i> du 11, et <i>le Courrier Franais</i> du
-27 fvrier dernier, &amp;c., voir leurs rflexions. Alors
-vous verrez que tous ont reconnu l'utilit et la
-ncessit de propager la nouvelle base religieuse, que
-j'ai dmontre dans un opuscule intitul: Instructions
-pour avoir des enfants sains d'esprit et de corps.&rdquo;</p>
-
-<p>Pauvre Cheneau!</p>
-
-<p id="busch">Dans le N<sup>o</sup> 4, anne 1855 du <i lang="de" xml:lang="de">Neuer Anzeiger fr
-Bibliographie und Bibliothek Wissenschaft</i>, un auteur
-allemand, qui promettait l'analyse d'une bibliothque
-de la btise et de la folie, mais nous ignorons s'il l'a
-continue, cite trois livres crits en allemand, au nom
-et par ordre de Dieu lui-mme, par un certain <i>Busch</i>,
-et qui ont t publis en 1855-56, Misnie, Royaume
-de Saxe.</p>
-
-<p id="o-donnelly">Joseph O'Donnelly fit imprimer Bruxelles en
-1854 un livre o il prtend avoir dcouvert la langue
-originelle, et son style donne la preuve la plus satisfaisante
-que les hommes ont oubli l'idime que parlait
-Adam.<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a> Il y a en lui quelque chose du mysticisme
-de Bluet d'Arbres lorsqu'il dit: &ldquo;Il faut que la volont
-du seigneur soit faite; il donna son serviteur (c'est--dire
- lui, l'auteur) la clef de toutes les sciences, soit
-dans le ciel, soit sur la terre, accompagne de l'querre
-avec lequel il a taill la cration, comme s'il disait:
-Va, passe cela sur les montagnes et sur les valles, sur
-la terre et sur la mer, pour que mon peuple puisse,
-en reconnaissant la trace de mes mains, tre ramen
- mes lumires.&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Bulletin du Bibliophile Belge, tome 10, page 443.</p>
-</div>
-<p id="cottle">On peut croire aisment qu'un pays aussi religieux
-que l'Angleterre n'a pas manqu de mystiques hallucins.
-Un des plus curieux exemples de notre
-poque est la nomme Elisabeth Cottle, de Kirstall
-Lodge, Clapham Park. Cette inspire est toute
-prte mettre fin toutes les petites difficults
-politiques et sociales de notre poque, et rgnrer
-le genre humain. Dans ce but, elle a adress successivement
-des mmoires la plupart des Ministres de
-l'Angleterre et aux principaux souverains de l'Europe.
-La Reine et le Prince Albert ont galement reu de
-ses effusions prophtiques. Au commencement de
-cette anne, elle envoya une lettre imprime M<sup>r</sup>
-Bright, le membre du parlement, pour l'informer, en
-style apocalyptique, qu'elle tait devenue son adversaire,
-parce qu'il voulait trop tendre le droit de voter.</p>
-
-<p>Peut-tre la plus curieuses des pices de ce genre
-est son adresse l'Empereur des Franais et au Roi de
-Sardaigne, aprs la dernire campagne d'Italie. Elisabeth
-Cottle, qui se donne elle-mme la qualification
-d'<i>Ange</i>, ne voulant pas, sans doute, que ses conseils
-soient mal interprts, a eu soin d'envoyer des duplicata
-de cette adresse Lord Palmerston et un Ministre de
-Prusse.</p>
-
-<p>Le fait rapport dans l'Evangile que S<sup>t</sup> Pierre en
-prison tait gard par quatre centurions, est d'aprs
-elle une allusion la quadruple alliance de 1815, et
-au quadrilatre de fortresses autrichiennes en Italie.</p>
-
-<p>Pour donner une ide de sa manire d'noncer ses
-penses, nous prsenterons aux lecteurs un extrait de
-cette pice:&mdash;&ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">Revelat. <small>VII.</small> verse 10. When they
-(the allied armies of France and Sardinia) were
-passed the first and second ward (by crossing the
-Ticino, after the battle of Magenta) they came to
-the iron gate (of the iron crown of Lombardy) that
-leadeth into the city (of Milan), which opened to
-them of his (the Mayor's) own accord, and they
-went out (of Milan to the battle of Melegnano) and
-passed on (to Mantua) through one street (one line
-of victory of Montebello and Solferino, and the
-meeting of) the two (Imperial) soldiers (at Villafranca).
-Psalm <small>LXXXV.</small> verse 10-13. And forthwith
-the Angel (the Emperor of France) departed
-from them (at the Court of Turin, to receive the
-Italian army at Paris), and the Italians were left to
-work out their own salvation,</span>&rdquo; &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>Avec l'assistance d'un ecclsiastique, qu'elle prtend
-tre un nouveau S<sup>t</sup> Pierre, cette illumine veut tablir
-une nouvelle glise; et il parat qu'elle a dj plus
-d'une centaine d'adhrents.</p>
-
-<p>Le Docteur Calmeil, dans son ouvrage sur la Folie,
-dj cit, fait observer que la thomanie, ou cette aberration
-d'esprit qui se rapporte la mysticit, aux
-anges, la prdiction des vnements, &amp;c. a parfois
-attaqu des populations entires, et il en donne
-plusieurs exemples.</p>
-
-<p>Cette nature pidmique de la monomanie religieuse,
-toute exceptionnelle, et dont la cause est inconnue,
-peut seule expliquer comment il est possible d'inspirer
-d'autre sentiment qu'une profonde piti, lorsqu'on
-crit des ptres dans le got de celle qui suit, et que
-nous avons choisie entre plusieurs, toutes plus bizarres
-l'une que l'autre:<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Il est remarquer que toutes ces pices sont imprimes, distribues
-au public, et mme souvent adresses per M<sup>rs</sup> Cottle aux
-membres du Parlement.</p>
-</div>
-
-<p class="c gap" lang="en" xml:lang="en"><i>To the Reverend</i> John Scott <i>and the churchwardens
-and congregation of All Saints'
-Church, in this New Park Road</i>.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Matt. xviii. 20; Judges i. 11. And there came
-(after the opening of this new church, in this New
-Park Road, in the autumn of 1858) an angel (Elizabeth
-Cottle) of the Lord (Jesus&mdash;Rev. xxii. 16), and
-sat (&lsquo;in the mercy-seat,&rsquo; No. 62) under an oak
-(roof in this All Saints' Church) which was in
-Ophrah (a city&mdash;which Clapham Park was near,
-the New Jerusalem&mdash;London&mdash;of the new name of
-Cottle&mdash;Rev. iii. 11-13), that pertained (Rom. ix. 4)
-unto Joash (the orthodox body that despairs, or that
-burns, or is on fire).</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;The Abi-ezrite (the Father of help, or my Father
-is my help), and his (Trinitarian) Son Gideon (the
-Rev. John Scott) threshed (Isa. xxviii. 28; xli. 15,
-16) wheat (Jews&mdash;worked for the Society for the
-Conversion of the Jews) by the wine-press (sacramental
-table), to hide it (the truth of his Father,
-God, in the mystery of the Trinity&mdash;Ps. xxvii. 5)
-from the Midianites (the Trinitarians). Midian&mdash;judgment,
-habit, covering; Gideon&mdash;he that bruises
-and breaks the bruised reed or sceptre, by cutting off
-iniquity; Trinity Gods. Isa. xlii. 3, 4; liii. 5-10;
-Matt. xii. 10; Heb. xi. 32-34, 39, 40.&rdquo;</p>
-
-<p>Cette extravagance rappelle celle de Jeanne Southcote,
-cette hallucine laide, vieille et ignorante, rvant
-le bonheur de la maternit; et persuadant qu'elle avait
-reu une mission divine de nombreux sectaires qui
-prparaient, dans leur enthousiasme inexplicable, un
-berceau et de magnifiques habits pour leur nouveau
-Messie.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" title="DEUXIEME SECTION. BELLES LETTRES.">DEUXIEME SECTION.</h2>
-
-
-<p class="c">EPIGRAPHES.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Fellow, thy words are madness.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;No, Madam, I do but read madness.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p class="attr"><span class="sc">Shakespeare</span>, <i lang="en" xml:lang="en">Twelfth Night</i>.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;&hellip; He raves; his words are loose</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">As heaps of sand, and scatter'd wide from sense;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">So high he's mounted on his airy throne,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That now the wind has got into his head,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And turns his brains to frenzy.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p class="attr"><span class="sc">Dryden.</span></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="t2 top4em">BELLES LETTRES.</p>
-
-
-<p>Ici les carts de l'esprit humain ne font qu'effleurer
-les objets. L'imagination ne les
-touche que d'un main lgre. Les figures,
-les tropes et les analogies bizarres sont les instruments
-dont elle se sert. Elle galope et bondit comme un
-cheval sans frein, ou pirouette sur elle-mme comme
-une toupie, qui parat d'autant plus immobile que son
-mouvement est plus rapide.</p>
-
-<p>Les spculations de longue haleine font rarement
-partie de ces sortes d'aberrations mentales. L'esprit
-s'occupe d'avantage du mode et de la forme d'expression
-des ides, que de la nature abstraite et de la valeur
-de ces ides elles-mmes. La surface des choses est
-tout ce qu'il peut saisir. Les motions qu'veille cette
-sorte de folie sont d'une nature gnrale, et produites
-par une trs grande varit d'objets. Aussi les
-forces intelligentes de l'individu tant moins concentres
-que dans les fous qui s'occupent d'ides philosophiques
-ou thologiques, l'puisement est beaucoup
-moins grand.</p>
-
-<p id="arcilla">Le premier, dans l'ordre de date, qui se prsente
-dans cette section, est un professeur de l'universit de
-Salamanque, nomm <i>de Arcilla</i>, n au milieu du
-seizime sicle.</p>
-
-<p>Il avait dj donn son cours d'histoire pendant
-deux ou trois ans, lorsqu'il tomba dans une profonde
-mlancolie, qui se termina bientt en folie dclare.
-Comme il tait docile et doux, ses amis en prirent
-soin. Il employait tout son temps crire de nombreux
-essais qu'il intitulait: <i>Programme d'histoire universelle</i>.</p>
-
-<p>Son ide fixe tait que les annales telles que nous
-les avons, des Egyptiens, des Juifs, des Grecs et des
-Romains, avaient t composes par des fanatiques et
-des insenss, et que les hommes avaient exist de toute
-ternit. Dans l'espoir d'amener quelque calme dans
-son esprit malade, ses amis consentirent publier un
-ouvrage renfermant le rsum de ses ides absurdes.
-Ce livre porte le titre de: <i lang="la" xml:lang="la">Divinas Flores Historicas</i>.</p>
-
-<p>Un exemplaire s'en trouve dans la Bibliothque
-Royale de Madrid.</p>
-
-<p>Ici du moins le raisonnement joue encore un certain
-rle, mais le drangement du cerveau est bien plus complet
-dans Guillaume Dubois, sur lequel Pluquet, dans
-ses <i>curiosits littraires</i> et M<sup>r</sup> Edouard Frre, dans son
-<i>Manuel du Bibliographe Normand</i>, nous donnent des
-renseignements. Ce Dubois publia Paris en 1606,
-in 12<sup>o</sup> un ouvrage peine intelligible intitul: &ldquo;Les
-&oelig;uvres de Guillaume Dubois, natif de la paroisse de
-Pulot en Bessin, et ouvrier du mtier de maon,
-maistre tailleur de pierre la ville de Caen, o il lui
-a t donn le don d'crire en posie franoise, par
-un ordre alphabtique, pour opposer au fantastique,
-comme on pourra voir en ce petit livre.&rdquo; Six pices
-singulires et rares sont runies sous ce titre.</p>
-
-<p>Shakespeare a dit que l'alin, l'amoureux et le
-pote</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="en" xml:lang="en">Are of imagination all compact</i>.</div>
-</div>
-
-<p id="lee">C'est en Angleterre que nous trouvons la preuve
-vivante de cette expression potique du dramatiste
-anglais, dans la personne de <i>Nathaniel Lee</i>, n la
-fin du dix-septime sicle.</p>
-
-<p>Les compositions de Lee ont t loues par Addison.
-Ses vers sur la passion de l'amour prouvent qu'il la
-comprenait comme un esprit drang, et ses actes
-nous le montrent dans un si constant tat de folie, qu'un
-soir qu'il composait un de ses drames dans sa cellule
-Bedlam, un nuage venant passer sur la lune qui
-l'clairait pour crire, il s'cria soudain: Jupiter,
-mouche la lune! <i lang="en" xml:lang="en">Jove, snuff the moon!</i></p>
-
-<p>Dryden, dans une lettre Dennis, raconte que Lee
-rpondit un mauvais pote qui lui disait qu'il tait
-facile d'crire comme un fou: comme un sot, oui,
-mais comme un fou, non, <i lang="en" xml:lang="en">It is very difficult to write
-like a madman, but it is very easy to write like a
-fool</i>.</p>
-
-<p>Il composa treize tragdies. Lorsqu'on dut l'enfermer,
-jeune encore, Bedlam, il continua crire
-dans un style des plus ampouls, mais on rencontre
-assez souvent dans ses crits des passages qui tmoignent
-d'une imagination puissante. Malgr ces clairs de
-gnie, on ne peut s'empcher en le lisant, de sourire
-la description de ses caractres impossibles, de ses sentiments
-extravagants, et de ses hros en dehors de toute
-vrit. Il mourut 34 ans.</p>
-
-<p>Si nous avons assez gnralement l'ide qu'il y a de
-certains rapports entre la folie et les lucubrations des
-potes, nous ne nous figurons gure l'auteur d'un livre
-d'rudition, devenir fou par amour.</p>
-
-<p id="cruden">Ce fut le sort d'<i>Alexandre Cruden</i> qui perdit la raison
- la suite d'une passion malheureuse pour la fille d'un
-ecclsiastique de la ville d'Aberdeen en Ecosse.</p>
-
-<p>Il n'avait gure que vingt ans, et ne recouvra jamais
-compltement l'esprit. Nous donnons dans ce volume
-sa Biographie dtaille.</p>
-
-<p id="smart">Un contraste frappant se rencontre, chez <i>Christophe
-Smart</i>, compatriote de Cruden, et qui dveloppa une
-puissance potique remarquable au milieu de sa draison.
-Ayant reu une ducation brillante Cambridge, il fut
-couronn durant cinq annes de suite, pour la composition
-du meilleur pome.</p>
-
-<p>Atteint, en 1754, d'une folie qui ne permettait pas
-mme de lui laisser la libert, et non seulement enferm
-dans une maison d'alins, mais priv dans sa cellule, de
-papier, de plume, et d'encre, il composa un pome de
-prs de cent strophes, la Gloire du Roi prophte David.
-Quelques unes ont le cachet d'un vritable pote.
-Ces vers, tracs l'aide d'une clef, sur les panneaux de
-bois de sa chambre, doivent faire douter qu'il fut rellement
-fou lorsqu'il les composa.</p>
-
-<p>Les penses et le langage sont nobles et dignes, dans
-les strophes qui suivent:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">He sang of God&mdash;the mighty source</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Of all things&mdash;the stupendous force</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">On which all strength depends;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">From whose right arm, beneath whose eyes</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">All period, power, and enterprise</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Commences, reigns, and ends.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Sweet is the dew that falls betimes,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And drops upon the leafy limes;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Sweet Hermon's fragrant air;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Sweet is the lily's silver bell,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And sweet the wakeful taper's smell</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">That watch for early prayer.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Sweeter in all the strains of love,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The language of the turtle-dove,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Pair'd to thy swelling chord;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Sweeter, with every grace endued,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The glory of thy gratitude</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Respired unto the Lord.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Strong is the lion&mdash;like a coal</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">His eye-ball&mdash;like a bastion's mole</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">His chest against his foes;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Strong the gyre-eagle on his sail;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Strong against tide, the enormous whale</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Emerges, as he goes.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">But stronger still, in earth and air,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And in the sea, the man of prayer,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">And far beneath the tide,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And in the seat to faith assign'd</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Where ask is have, and seek is find,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Where knock is open wide.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Glorious the sun in mid career;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Glorious the assembled fires appear;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Glorious the comet's train;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Glorious the trumpet and alarm,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Glorious the Almighty's stretched-out arm;</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Glorious the enraptured main.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Glorious&mdash;more glorious is the crown</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Of Him that brought salvation down</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">By meekness, call'd thy Son;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Thou that stupendous truth believed,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And now the matchless deed's achieved,</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">Determined, dared, and done.</div>
-</div>
-
-<p>On croirait presque lire une des paraphrases des
-psaumes par J. B<sup>te</sup> Rousseau:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il chanta Dieu d'abord,&mdash;Dieu, la fin et la cause,</div>
-<div class="verse">Le pouvoir immuable, imposant, grandiose,</div>
-<div class="verse i2">Eternel et toujours divers;</div>
-<div class="verse">Dont le bras nous soutient, dont l'&oelig;il perant nous guide,</div>
-<div class="verse">Qui par sa volont, d'un mot, peuple le vide.</div>
-<div class="verse i2">Et qui rgne sur l'Univers, &amp;c.</div>
-</div>
-
-<p>Smart mourut en 1770. Il traduisit les psaumes,
-Phdre, et Horace en prose. Ses pomes furent publis
-en 1791. Garrick et Johnson l'honorrent de leur
-amiti, et ce dernier crivit sa biographie. <i lang="la" xml:lang="la">Tantum
-est in rebus inane!</i></p>
-
-<p id="billard">Peut-tre que si Smart, malgr ses accs de folie,
-et t laiss en libert, comme <i>Edme Billard</i>, dont le
-public Parisien s'amusait, peu prs vers la mme
-poque, et dont nous dirons quelques mots, peut-tre
-qu'il serait mort aussi tranquillement.</p>
-
-<p>Edme Billard se croyait un gnie incompris. Un
-jour, il se lve l'orchestre du Thtre Franais, apostrophe
-le parterre, en leur racontant ses griefs contre
-les Comdiens, les supplia de faire jouer de force sa comdie
-du <i>Suborneur</i>, et fut conduit Charenton. On
-a de lui quatre pices: <i>Le joyeux moribond</i>, Genve,
-1779; <i>Voltaire apprci</i>, sans date; <i>Le Pleureur
-malgr lui</i>, sans date; <i>Le Suborneur</i>, en cinq actes,
-Amsterdam et Paris, 1782.</p>
-
-<p>La seconde et la troisime de ces pices ne sont pas
-indiques par Qurard. Dans le <i>Pleureur malgr lui</i>, les
-personnages sont M. Parterre, M<sup>me</sup> Loge, et M. Balcon.</p>
-
-<p>Quoiqu'videmment sorties d'un cerveau malade,
-ces pices ne manquent pas d'une certaine gat, qui
-nous empche de compatir aussi vivement cette sorte
-de folie, qu' celle de l'infortun dont nous allons nous
-occuper.</p>
-
-<p id="lloyd"><i>Thomas Lloyd</i> se persuadait qu'il tait le plus sublime
-pote qui eut exist. Les annales d'aucune maison
-d'alins ne prsentent peut-tre un mlange plus
-htrogne que celui-ci, de malice, d'orgueil, de talent,
-de mensonge, de vils dfauts et de grandes qualits.<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Dans les <i lang="la" xml:lang="la">Sketches in Bedlam, or Characteristic Traits of Insanity</i>,&mdash;London,
-Sherwood, 1823, in 8<sup>o</sup> pp. 30 et suiv.,&mdash;on trouve
-des dtails sur lui et d'autres fous singuliers.</p>
-</div>
-<p>Ds qu'il pouvait se procurer un morceau de papier,
-il se mettait composer des vers. Mais comme
-gnralement ils ne lui plaisaient pas, il les jetait dans
-sa boisson, pour les nettoyer, disait-il. Tout ce qu'il a
-mis dans ses poches, ou tout ce qu'il trouve sous la
-main, sa manie est de le mler ainsi ce qu'on lui
-donne manger et boire: petits cailloux, tabac,
-morceaux de cuir, os, charbons, sont jets dans son potage,
-et cela d'aprs un procd scientifique, ce qu'il
-prtend. Le cuir le clarifie, les cailloux le purifie, le
-charbon le minralise; telle chose y ajoute un acide
-agrable, telle autre, un alkali utile, et ainsi de suite.
-Si l'on n'y prend pas garde, il avale le tout, avec le
-got d'un Apicius.</p>
-
-<p>Il proclamait en toute occasion qu'il avait une connaissance
-universelle des langues anciennes et modernes,
-que les sciences, l'histoire, la musique, lui taient trs
-familiers.</p>
-
-<p>Plusieurs fois on le remit en libert, mais toujours
-on fut oblig de l'enfermer de nouveau, aprs un peu
-de temps. Successivement il fut log dans diverses
-maisons d'alins de Londres et des environs, et vcut
-au del de soixante ans. Voici un exemple de son
-talent potique, qui tait parfois rellement remarquable;
-mais except la pice dont nous citons un extrait,
-il est trs douteux que rien ait t conserv.</p>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">When disappointment gnaws the bleeding hearts;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And mad resentment hurls her venom'd darts;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">When angry noise, disgust, and uproar rude,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Damnation urge and every hope exclude;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">These, dreadful though they are, can't quite repel</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The aspiring mind, that bids the man excel.</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">To brighter mansions let us hope to pass,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And all our pains and torments end. Alas!</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That fearful bourne we seldom wish to try,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">We hate to live, and still we fear to die.</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en"><i lang="la" xml:lang="la">Pro bono publico</i>, I do write what is true,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Nor care what others think, or say, or do.</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Three-score long years' experience have I had,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Through thick and thin, and still I am not dead.</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Shut up in dreary gloom, like convicts are,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">In company of murd'rers! Oh! wretched fate!</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">If pity e'er extended through the frame,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Or sympathy's sweet cordial touch'd the heart,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Pity the wretched maniac, who knows no blame,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Absorbed in sorrow, where darkness, poverty, and every curse impart.</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">Methinks that still I see a brighter ray,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That bids me live, to see a happier day,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And when my sorrows, and my grief-worn spirit flies,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">My Maker tells me&mdash;fear not, Lloyd,&mdash;it never dies.</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">This cheering hope has long supported me,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">I live in hope much happier days to see&hellip;</div>
-</div>
-
-<p>Ces vers furent crits vers 1817. On y trouve un
-sentiment de mlancolie, qui pourrait faire douter,
-comme dans le cas du pote Christophe Smart, si
-l'intelligence qui rencontre de pareilles expressions pour
-ses penses, peut tre absolument drange. L'un et
-l'autre nanmoins sont morts dans un tat complet de
-folie, aprs une longue dtention.</p>
-
-<p id="pentecote">M. Forgues<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> nous a donn la description d'une visite
- Bictre, o il s'est occup des fous littraires. Les
-faits qu'il rapporte font regretter qu'il n'ait pas jug
-propos de saisir cette occasion pour dvelopper davantage
-ce sujet. Il cite un certain <i>Pentecte</i> dont la
-chimre favorite consistait en ce qu'il se croyait l'inventeur
-d'un systme infaillible pour s'emparer d'Abd-el-Kader.
-Il existe plusieurs de ses lettres adresses au
-Roi, o il revendique avec acharnement la qualit
-<i>d'homme de lettres</i>. &ldquo;J'ai plusieurs ouvrages littraires
- terminer,&rdquo; crit-il M. Deleffert. &ldquo;J'ai fait en
-littrature de fort beaux ouvrages,&rdquo; dit-il, &ldquo;dans une
-requte l'administration des hospices.&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> <i>Revue de Paris</i>, 3<sup>me</sup> srie, tomes 25 et 26, anne 1841.</p>
-</div>
-<p>Il adressa une lettre un des alins qui avait voulu
-se donner la mort. Sans tre un modle d'loquence,
-elle ne manque ni de suite ni d'onction.</p>
-
-<p>M. Forgues cite encore des vers anonymes, et des
-titres de compositions tels que: <i>Ma Nmsis</i>&mdash;<i>Le Fou</i>,&mdash;<i>Souvenirs
-de jeunesse</i>, &amp;c. Dans le morceau intitul
-<i>le Fou</i>, on trouve cette apostrophe originale:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Malheureux conducteur de ta machine use.</div>
-</div>
-
-<p>L'auteur fait ailleurs allusion une tentative de
-suicide qui fut djoue, ce qu'il semble: &ldquo;Mon
-Dieu!&rdquo; ajoute-t-il.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon Dieu vous m'avez vu chaque jour vous prier</div>
-<div class="verse">De terminer la vie que je n'ai pu m'ter!</div>
-<div class="verse">Ami, qui m'empchas, viens donc me consoler!</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">Ce dernier vers semble maner d'un vrai sentiment
-potique.</p>
-
-<p id="wezel">Un des plus fconds romanciers de l'Allemagne,
-<i>Johan Carl Wezel</i>, n en 1747, tomba 39 ans dans un
-tat complet d'aberration mentale aprs une vie laborieuse.
-D'abord il eut l'ide de fonder une maison
-de banque, pour laquelle il fabriquerait lui-mme les
-billets. Il fuyait toute socit, laissa crotre ses cheveux
-et ses ongles, et malgr les soins du docteur Hahnemann,
-sa folie devint chronique. Il passa le reste de
-ses jours Sondershausen, lieu de sa naissance, jusqu'en
-1819, poque de sa mort.</p>
-
-<p>De temps autre quelques clairs de raison se
-laissaient appercevoir, mais toute ide potique l'avait
-abandonn, et en crivant il se croyait tre dieu. On
-lui permit mme d'imprimer quelques unes de ses
-lucubrations sous le titre de <i>Opera Dei Wezelii W.
-S. des Gottes</i>.</p>
-
-<p id="milman">On a fait en Amrique une attention particulire aux
-phnomnes intellectuels que prsente la folie. Dans
-plusieurs des journaux de ce pays ont paru, de temps
-autre, des articles intressants sur cette matire. Les
-bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer, ne
-nous permettent pas d'entrer dans des dtails qui seuls
-rempliraient un volume, mais nous citerons l'histoire
-d'un nomm <i>Milman</i>, qui nagure excita singulirement
-l'attention dans l'tat de Pensylvanie, et fut
-rpte par un grand nombre de journaux. Milman
-tait un avocat d'une fortune indpendante. Le jour
-o allait se clbrer son mariage, et tandis que la
-fiance se parait pour aller l'autel, un violent orage
-clata, et elle fut frappe par la foudre, au milieu de son
-appartement.</p>
-
-<p>La nouvelle de ce malheur fut porte, avec tous les
-mnagements possibles, l'infortun Milman, dont
-l'imagination prouva nanmoins une telle commotion,
-qu'il tomba vanoui. Lorsqu'il revint lui, il clata
-d'un rire insens, et l'on vit bientt, qu'il avait compltement
-perdu la raison.</p>
-
-<p>Comme sa dmence lui laissait de longs intervalles
-d'apparente tranquillit, on espra le gurir, mais son
-esprit resta gar jusqu' sa mort, et l'on fut oblig de
-l'enfermer dans une maison de sret. Ses parens
-taient riches, et sa folie, d'une nature assez paisible
-pour permettre que de temps autre on lui ft faire des
-excursions la campagne, pour sa sant: on le menait
-quelquefois pour deux ou trois jours de suite, sur les
-bords pittoresque de l'Hudson. De l il crivait des
-lettres ses amis, dans ses moments lucides; mais
-jamais on ne pouvait le laisser seul trois heures de suite,
-sans craindre de le voir retomber dans un accs de dmence,
-ou dans un tat de prostration stupide. Voici
-deux morceaux crits durant ces intervalles,<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> l'un est
-la description des dispositions o il faut tre, pour jouir
-du loisir de la campagne, l'autre la description d'un
-cheval chapp, que l'on finit par reprendre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Runis, avec beaucoup d'autres dans: <i lang="en" xml:lang="en">Records of Pennsylvania</i>;
-<i>Philadelphia</i>, 1802, et rimprims dans un des journaux
-de cette ville, en 1840.</p>
-</div>
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Nobody has any business to expect satisfaction in a
-pure country life for two months, unless they have a
-decided genius for <i>leisure</i>. If a man expects to live
-in a country, of course he must have something to do,
-and do it all the while. But to gather up yourself,
-and sit down in a plain country house, without bears
-and lions about it, without anything to do, but to
-rest, with no marvels or phenomena, but only the
-good, real, common country;&mdash;if you mean to be
-happy in this, I repeat you should have the element
-of <i>leisure</i> very full and powerful within you. You
-cannot be happy if you are in a hurry. You must
-not be in a hurry to get up or sit down; you must
-not be in a hurry to get up in the morning, or to retire
-at night; you must regard it quite the same whether
-you look at a tree ten minutes or thirty; if you walk
-out, never must you look at your watch; go till your
-return; if you sit down upon a breezy fence or wall,
-it should be a matter of indifference to you, whether
-it be four o'clock, or five, or six. There can be no
-greater impertinence than to say, &lsquo;It is time to go!&rsquo;
-There is no such thing as time to a man in a summer
-vacation.</p>
-
-<div class="stars"><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*
-</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b></div>
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Yet amid the tranquil, dreaming, gazing life, one
-cannot always be quite as serene as one would. For
-example, this morning, while the dew was yet on
-the grass, word came in that <i>Charley had got away</i>.
-Now Charley is the most important member of the
-family, and as shrewd a horse as ever need be. Lately
-he had found out the difference between being harnessed
-by a boy and a man. Accordingly, on several
-occasions, as soon as the halter dropped from his head,
-and before the bridle could take its place, he proceeded
-to back boldly out of the stable, in spite of
-the stout boy pulling with all his might at his mane
-and ears. This particular morning we were to put
-a passenger friend on board the cars at 8.10; it was
-now 7.30. Out popped Charley from his stall like a
-cork from a bottle, and lo! some fifty acres there
-were in which to exercise his legs and ours, to say
-nothing of temper and ingenuity. First, the lady,
-with a measure of oats, attempted to do the thing,
-by bribing him genteelly. Not he! he had no objection
-to the oats, none to the hand, until it came near
-his head, then off he sprang. After one or two
-trials, we dropped the oats, and went at it in good
-earnest&mdash;called all the boys, headed him off this way,
-ran him out of the growing oats, drove him into the
-upper lot, and out of it again. We got him into
-a corner with great pains, and he got himself out of
-it without the least trouble. He would dash through
-a line of six or eight whooping boys, with as little resistance
-as if they had been as many mosquitoes!
-down he ran to the lower side of the lot, and down
-we all walked after him. Up he ran to the upper
-end of the lot, and up we all walked after him&mdash;too
-tired to run. Oh! it was glorious fun! the sun was
-hot. The cars were coming, and we had two miles to
-ride to the dept! He did enjoy it, and we did not.
-We resorted to expedients&mdash;opened wide the great gate
-of the barn-yard, and essayed to drive him in, and we
-did it too, almost; for he ran close to it,&mdash;and just
-sailed past, with a laugh as plain on his face as ever
-horse had! Man is vastly superior to a horse in many
-respects, but running on a hot summer day, in a
-twenty-acre lot, is not one of them. We got him
-by the brook, and while he drank, oh, how leisurely!
-we started up and succeeded in just missing our grab
-at his mane. Now comes another splendid run.
-His head was up, his eyes flashing, his tail streamed
-out like a banner, and glancing his head this way
-and that, right and left, he allowed us to come on
-to the brush corner, from whence, in a few moments,
-he allowed us to emerge and come afoot after him,
-down to the barn again. But luck will not hold for
-ever, even with horses. He dashed down a lane, and
-we had him. But as soon as he saw the gate closed,
-and perceived the state of the case, how charmingly
-he behaved! allowed us to come up and bridle him
-without a movement of resistance, and affirmed by
-his whole conduct that it was the merest sport in
-the world, all this seeming disobedience; and to him
-I have no doubt it was!&rdquo;</p>
-
-<p>On fait observer, dans l'ouvrage dont nous extrayons
-ces deux morceaux, que ce qui ajoute encore l'tranget
-du cas de Milman, c'est qu'avant sa folie, il ne
-montra jamais la moindre disposition pour tout ce
-qui tient l'imagination; son aptitude naturelle
-le portait vers les sciences positives et abstraites.
-Mais, ds que les oprations de ses facults intelligentes
-sont arrtes dans leur marche rgulire,
-ses ides prennent une teinte de plaisanterie et de
-satire.</p>
-
-<p id="clennel">Assez rarement il arrive que le sculpteur, le peintre
-ou le graveur deviennent potes aprs avoir perdu la
-raison. C'est pourquoi nous avons un double motif
-en insrant ici le nom de Luc Clennell, l'lve le plus
-distingu du clbre Bewick, comme dessinateur et
-graveur sur bois.</p>
-
-<p>Clennel naquit prs de Morpeth, dans le Northumberland,
-en 1781. Aprs avait termin ses sept
-annes d'apprentissage sous Bewick, il vint Londres
-en 1804. Il excellait galement dans les aquarelles,
-et les encouragements qu'il reut comme peintre,
-l'engagrent s'adonner exclusivement ce genre, et
- abandonner la gravure sur bois. En 1814, le Comte
-de Bridgewater lui avait command un important
-travail, dont il s'occupait avec ardeur, lorsqu'en 1817 il
-perdit soudainement la raison. Jamais ses plus intimes
-camarades n'avaient aperu prcdemment le moindre
-symptme de folie dans ses actes, ni dans ses paroles.
-Il est digne de remarque que sa femme, peu aprs, fut
-aussi frappe de folie, ainsi que le peintre E. Bird, charg
-d'achever le tableau command par le Comte de
-Bridgewater.</p>
-
-<p>Aprs avoir subi une rclusion de quatre ans environ
-dans un hospice d'alins, il devint possible de lui
-accorder une certaine libert, et l'un de ses parents, qui
-habitait les environs de Newcastle, le prit chez lui.
-Il y demeura pendant plusieurs annes, tranquille et
-doux, mais priv de raison.</p>
-
-<p>Vers 1831, on fut de nouveau oblig de l'enfermer
-dans une maison de Sant, cause de ses moments
-de violence. Dans ce lieu, comme auparavant chez
-son parent, il s'amusait, en ses moments de calme,
-dessiner et crire de la posie, et chose curieuse, ce
-qu'il faisait de moins mal, tait les vers. Voici une
-des diffrentes pices de sa composition que ses amis
-rassemblrent.</p>
-
-
-<p class="c ugap">L'ETOILE DU SOIR.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Look! what is it, with twinkling light,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That brings such joys, serenely bright,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That turns the dusk again to light?</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">'Tis the evening star!</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">What is it, with the purest ray,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That brings such peace at close of day,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That lights the traveller on his way?</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">'Tis the evening star!</div>
-
-<div class="verse stanza" lang="en" xml:lang="en">What is it, of purest holy ray,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">That brings to man the promised day,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And peace?</div>
-<div class="verse i1" lang="en" xml:lang="en">'Tis the evening star!</div>
-</div>
-
-<p id="clare">A la mme poque environ, au commencement de
-ce sicle, la rpublique des lettres fut surprise d'apprendre
-l'apparition d'un nouveau pote, simple paysan du
-Northamptonshire, dont la gloire tait annonce par
-des juges d'ordinaire trs svres, et peu livrs l'enthousiasme
-du moment. Aprs une longue attente, et
-bien des dlais, John Clare parvint enfin faire publier
-ses vers Londres vers 1825. Ce recueil prouva que
-John Clare tait un pote original. La lutte visible
-entre la pense et l'expression pour la reprsenter,
-amenait souvent un rsultat d'une beaut inattendue.
-De riches et puissants protecteurs l'aidrent momentanment,
-mais l'inconstance du public, et des difficults
-d'argent, exercrent une influence si fatale sur
-le pauvre John Clare, que sa raison l'abandonna. Des
-amis qui allrent le voir il y a peu d'annes, disent que
-sa folie tait douce et tranquille. M<sup>me</sup> Mary Russell
-Mitford, dans ses Mmoires, nous apprend qu'elle possde
-quelques pices de ses vers, crites au crayon, qui
-prouvent qu'il avait gard tout son talent pour la
-facture du vers et pour le rythme.</p>
-
-<p>Sa mmoire tait si vive et si tenace qu'il s'assimilait
-absolument ce qu'il avait lu, ou ce qu'il entendait raconter.</p>
-
-<p>Il dpeignait par exemple l'excution du Roi Charles
-I. comme un vnement arriv hier, et dont il prtendait
-avoir t un tmoin oculaire. Tout tait reprsent
-avec une fidlit si parfaite et si graphique
-quant aux costumes et aux usages du temps, qu'il est
-probable qu'il n'et pu raconter le fait aussi bien, lorsqu'il
-possdait toute sa raison. C'est une pareille lucidit
-que les partisans du magntisme animal qualifie
-de <i>Clairvoyance</i>.</p>
-
-<p>Clare vous racontait de la mme manire la bataille
-du Nil et la mort de Nelson, s'imaginant qu'il tait
-un des matelots tmoins de l'action. Il y avait
-une admirable exactitude dans ses termes nautiques,
-quoiqu'il est probable qu'il n'avait jamais vu la mer
-de sa vie.</p>
-
-<p id="ferrand">Un fou d'un autre genre, Olivier Ferrand, mort
-Rouen en 1809, composa un nombre considrable de
-pices de thtre qui par le style et la conception sont
-de vritables parodies. Un amour propre excessif lui
-bouleversa le cerveau, en juger par l'inscription place
-sous son portrait dans: <i>Les Muses plores, ou Gilles
-rgisseur du Parnasse, pour servir d'apothose au clbre
-Ferrand</i>. <i>An</i> <small>IX.</small> in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sept villes de la Grce ont disput l'honneur</div>
-<div class="verse i3">D'avoir donn la lumire</div>
-<div class="verse">Au chantre d'Ilion. Et du nouveau Voltaire,</div>
-<div class="verse">Du clbre Ferrand et la Bouille et Honfleur</div>
-<div class="verse">Et le Havre et Rouen, veulent tre la mre.</div>
-</div>
-
-<p>Le <i>Manuel du Bibliographe Normand</i> par M. Edouard
-Frre nous apprend que M<sup>me</sup> Canel et Lebreton ont crit
-la vie de ce singulier personnage qui s'intitulait: <i>Membre
-de l'Athne d'Evreux et Ecuyer de Franconi (!),
-homme de lettre Rouen</i>.</p>
-
-<p>Ses &oelig;uvres dramatiques sont devenues d'une grande
-raret. M<sup>r</sup> Frre en a donn la liste complte.</p>
-
-<p>Si, dans ce qui prcde, nous avons souvent eu
-l'occasion de nous tonner de l'intelligence qui se rencontre
-dans les compositions des fous, il est peut-tre
-plus tonnant encore de voir les folies qui sont sorties
-du cerveau d'crivains intelligens et senss. Elles sont
-parfois pousses si loin, qu'on ne peut s'empcher d'y
-trouver la confirmation de l'ide du D<sup>r</sup> Gregory, dj
-cite au commencement de cet essai: &ldquo;<i lang="la" xml:lang="la">Nulla datur
-linea accurata inter sanam mentem et vesaniam.</i>&rdquo;</p>
-
-<p id="desjardins">M. <i>G. Desjardins</i> publia Paris, en 1834, sous le
-titre de <i>Premire Babylone</i>, la premire partie d'un
-vaste drame, <i>Smiramis la Grande</i>, d'une originalit,
-pour ne rien dire de plus, tout--fait hors ligne.</p>
-
-<p>Voulant, dit-il, dans son introduction intitule
-<i>Porte Cyclopenne</i>, peindre, dans un large tableau, son
-pays de face et les autres pays de trois quarts ou de
-profil, il baucha une immense composition trilogique,
-<i>La Rvolution</i>, <i>Napolon</i>, et <i>le Monde de l'avenir</i>.</p>
-
-<p>&ldquo;Projetant,&rdquo; ajoute-t-il, &ldquo;une longue parabole ou
-courbe unitaire sur ces trois grandes ttes de la Gloire
-Franaise,<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> il veut les lier entr'elles d'un n&oelig;ud indissoluble,
-et donner son sicle un vangile des
-peuples libres!&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Le Monde de l'avenir qui est une tte de la gloire Franaise!
-<i lang="la" xml:lang="la">Stupete gentes!</i></p>
-</div>
-<p>Il suppose alors qu'il trouve un rouleau de papyrus
-Egyptien de 4,000 ans de date, crit en hiroglyphes
-qu'il dchiffre ainsi:&mdash;</p>
-
-<p><i>Smiramis Trismegiste</i> (trois fois grande), <i>Journe de
-Dieu, en cinq coupes d'amertume</i>.</p>
-
-<p>Ces cinq actes ou cinq coupes d'amertume sont intituls:
-<i>Le Deuil</i>, <i>La Complicit</i>, <i>La Rsurrection</i>,
-<i>Le Combat</i>, <i>Le Prtre et la Mort</i>. Outre la bizarrerie
-extraordinaire des vers et des ides, une des curiosits
-de ce drame, qui se compose de plus de 500 pages
-grand en 8<sup>o</sup>, est que plusieurs passages sont imprims
-en caractres Hbreux, Persans, Arabes, Chaldens,
-&amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>Il s'ouvre par une description allgorique de ce que
-l'auteur appelle <i>Les annes climatriques du genre humain</i>.
-Le style plein de grands mots pompeux, recouvre
-des ides gnralement trs incohrentes, mais
-qui prouve une singulire facilit dans la facture du vers.</p>
-
-<p>Dans la scne intitule: <i>Retentissement des oracles</i>,
-Ophis, Prince des Rois, crit ce vers, avec la pointe
-d'une glaive, sur le trne d'Asshur:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Asshur-le-tomb, tombe, et tombe foudroy!</div>
-</div>
-
-<p>Puis tous se retirent, et <i>Asshur-le-tomb</i> reste seul, et
-frapp par la lecture de ce vers, commence ainsi un
-long monologue:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D'o part le trait brlant dans mon me envoy,</div>
-<div class="verse">L'clair qui se plongeant dans mes destins moins sombres,</div>
-<div class="verse">Pour les montrer sanglants, en dissipent les ombres?</div>
-<div class="verse">Quoi donc? de l'action le cours imprieux</div>
-<div class="verse">Passe-t-il en effet dans la sphre des Dieux,</div>
-<div class="verse">Que l'orgueil indompt de mon mle gnie</div>
-<div class="verse">Se dbat sous le poids d'une force infinie?</div>
-</div>
-
-<div class="stars"><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*
-</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b></div>
-<p>Dans la scne: <i>Le retentissement des chutes de
-Babel</i>, Smiramis la Grande tant venue s'asseoir <i>sur
-l'un de ses trnes</i>, devant la cit des morts, <i>plusieurs
-nations passent au fond des portiques et dialoguent
-entr'elles</i>, dit l'auteur, <i>puis s'loignent successivement,
-et se voilent la tte en signe de douleur</i>.</p>
-
-<p>A cause de sa longueur, nous regrettons de ne
-pouvoir insrer ici, comme exemple de galimatias, l'introduction
-en prose, par laquelle l'auteur commence la
-<i>quatrime coupe d'amertume</i>. Dans la cinquime
-coupe, dont une partie est en prose et en rcit, des voix
-innombrables et caverneuses (textuel) sortent des profondeurs
-de la terre, et le Prince des prophtes, <i>Jugement-de-Dieu</i>,
-leur dit:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Levez vous! secouez d'une aile immense et lente</div>
-<div class="verse">De trois mille ans de nuit la poussire loquente!</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">et ces formidables amas de gnrations s'crient toutes
-ensemble, du fond de leurs spulcres:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par rang horizontaux, vois, nous nous levons tous!&hellip;</div>
-</div>
-
-<p>&ldquo;Alors les rois, princes et chefs innombrables de
-peuples (textuel) de commencer ple-mle, une sorte
-de ronde ou de chane immense, appuye par derrire
-des trpignements et acclamations des peuples.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;Dans ses rangs se trouvent mles et entranes, et
-btes et brutes contemporaines des vieux acteurs de
-cette scne apocalyptique; toute cration, toute multiplication
-des tres produits, reptiles, oiseaux, btes
- quatre pieds, de toute chair, foisonnant et se
-mouvant; les grands lions dans les rangs des gigantesques
-guerriers; les dromadaires, les autruches, les
-girafes, les boas, levant leurs longs cols, ou avanant
-en spirales, au milieu des races d'homme voyageuses;
-les hauts lphants, les colossales mastodontes leurs
-ans, dressant le monstreux serpent de leur trompe,
-au dessus des ttes et des cornes des vieilles races
-princires, royales et antdluviennes. Et au dessus
-d'eux tous, la cigogne, l'ibis, les grands vautours
-dploient leur vol; tous roulent ensemble les flots
-pais de leur ronde, tous clairs dans le voyage de
-leur chane tournoyante, des rayons de la face rouge
-et enflamme de Dieu, et grommelant, rugissant et
-hurlant ces paroles, chacun dans sa langue, en tournoyant:&rdquo;</p>
-
-
-<p class="c ugap"><i>L'assemble mystrieuse.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Figurons et l'orage et l'effrayant tonnerre</div>
-<div class="verse">Qui gronde autour du Mont qui corrompit la terre!</div>
-<div class="verse">Durant la longue horreur d'un jour de chtiment,</div>
-<div class="verse">Imitons les rigueurs du <i>dernier Jugement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="stars"><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*
-</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b></div>
-<p>La scne suivante, intitule: <i>Le bain de sang</i>, est
-tout aussi extraordinaire, mais nous en avons assez dit
-pour que le lecteur puisse juger de l'&oelig;uvre, et nous
-avons hte d'arriver l'examen d'un livre dpassant de
-beaucoup le prcdent en extravagance.</p>
-
-<p id="gagne">C'est un pome de 724 pages, in 8<sup>o</sup> (1858), compos
-par M. <i>Paulin Gagne</i>, avocat et auteur d'autres
-compositions potiques.<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Telles que <i>Le Suicide</i>, <i>La Monopanglotte, ou langue universelle</i>,
-<i>Le Dlire</i>, <i>L'Ocan des Catastrophes</i>.</p>
-</div>
-<p><i>L'Unitide</i>, ou <i>la Femme-Messie</i>, est ainsi que le dit
-l'auteur, un pome universel en douze chants, et en
-soixante actes, dont l'action se passe en l'an de grce
-2000 de l'Ere Chrtienne, et dont chaque chant forme
-un tout complet.</p>
-
-<p>On y rencontre la plus bizarre agglomration de
-noms fantastiques et de vers saugrenus, que puisse inventer
-le cerveau humain.</p>
-
-<p>La table des matires mriterait de trouver place
-dans un recueil de facties.</p>
-
-<p>Dans le drame on voit parler et agir tour--tour
-l'Ane-Archide,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fille du despotisme et de la Libert.</div>
-</div>
-
-<p><i>Demounas</i>, le prcurseur de l'Antechrist, la <i>Panarchie</i>,
-la <i>Dive Insania</i>, le <i>B&oelig;uf Apis</i>, <i>l'Archimonde</i> et son
-illustre pouse <i>La Presse</i>, la <i>Pataticulture</i>, et vingt
-autres personnages tous plus extraordinaires les uns
-que les autres. Mais ces noms bizarres ne sont rien en
-comparaison de la bizarrerie des vers et des ides, qu'il
-serait difficile de faire comprendre, qui n'a pas le livre
-sous les yeux. Essayons d'en donner une esquisse.</p>
-
-<p>Tournant en anagramme les noms des rformateurs
-socialistes modernes, l'auteur les met en prsence de
-<i>l'Ane-Archide</i> qui leur dit:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i10">Parlez donc;</div>
-<div class="verse">Sans dormir, si je puis, j'couterai vos rves.</div>
-<div class="verse">Parlez Pierre Xourel, Nodourp, Urdel-Nillor,</div>
-<div class="verse">Louis Cnalb, George Nas, Narrdisnoc sans or,</div>
-<div class="verse">Tebac, Oguh sans peur, et vous tous grands aptres</div>
-<div class="verse">Qui prtendez marcher sur la tte des autres.</div>
-</div>
-
-<p>Alors le pote expose, par leur bouche, les divers
-systmes de ces Messieurs, (tels qu'il les comprend, bien
-entendu,) dans une srie de vers incroyables.</p>
-
-<p>Le premier chant se termine par l'entre de <i>la
-Femme-Messie</i> Paris.</p>
-
-<p>Le second chant nous prsente une partie des mmes
-personnages, augments des ambassadeurs du Soleil et de
-la Lune, des habitans des astres, de l'<i>Aurithocratie</i>,
-de la <i>Ratiothie</i>, &amp;c. &amp;c. Ici l'extravagance de la mise
-en scne dpasse encore ce qui prcde. La <i>Comte
-Trouble-tout</i> a une discussion avec la <i>Ratiothie</i>.
-L'auteur en l'introduisant, a soin de dcrire son costume:
-&ldquo;Elle est couverte d'une immense Tullillusionine
-(?) qui jette des clairs, coiffe d'une chevelure
-de serpents rouges, et pourvue d'une queue aux feux
-les plus ardents. Elle chante la chanson suivante,
-appele <i>le Galop de la Comte</i>, sur l'air: <i>Les dfenseurs
-de la Religion</i>:&rdquo;&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Peuples, je viens, sonner l'heure dernire</div>
-<div class="verse i1">Sur les clochers de l'immense univers!</div>
-<div class="verse i1">Dj la Mort creusant la vaste bire,</div>
-<div class="verse i1">Du grand convoi fait les apprts divers;</div>
-<div class="verse i1">Peuples, tremblez, vous n'avez plus de tente,</div>
-<div class="verse i1">Adressez vous le plus touchant adieu!</div>
-<div class="verse i1">Peuples, tremblez devant ma queue ardente!</div>
-<div class="verse i1">Peuples, roulez dans le chaos de feu!</div>
-</div>
-
-<p>On peut s'imaginer quelles luttes s'tablissent entre
-les personnages, aprs un pareil dbut.</p>
-
-<p>Au chant III, <i>La Socialiforce</i> tient un long discours
- ses partisans, qu'elle termine ainsi:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je fonde pour toujours les ges d'or du ventre,</div>
-<div class="verse">Dont la raison moderne largit le doux centre;</div>
-<div class="verse">C'est le ventre qui fait les rvolutions,</div>
-<div class="verse">Et les crations et les destructions.</div>
-<div class="verse">Des ventres vides sont toute nuit de tonnerres;</div>
-<div class="verse">Des ventres bien garnis sortent toutes lumires;</div>
-<div class="verse">Enfin les ventres creux ne valent jamais rien.</div>
-<div class="verse">Donc je veux les remplir, pour qu'ils me chantent bien.</div>
-<div class="verse">Nous allons, chers amis, sans perdre une seconde,</div>
-<div class="verse">Prparer des festins qu'admirera le monde.</div>
-</div>
-
-<p>Le chant V<sup>me</sup>, dont la scne se passe <i>partout o l'on
-voudra</i>, dit le texte, se compose d'ides si peu dcentes
-qu'il serait difficile d'en donner des extraits.</p>
-
-<p>L'acte 38<sup>me</sup> du chant VIII<sup>me</sup>, se dveloppe dans un
-vaste champ de pommes de terre, et <i>la Pataticulture</i>
-ouvre la scne par un discours de 72 vers, d'autant plus
-singuliers que, comme nous le dmontrerons tout--l'heure,
-ils sont crits trs srieusement:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Peuples et Rois, je suis <i>la Pataticulture</i>,</div>
-<div class="verse">Fille de la nature et du sicle en friture;</div>
-</div>
-
-<div class="stars"><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b><b>*
-</b><b>*</b><b>*</b><b>*</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J'ai toujours ador ce fruit dlicieux</div>
-<div class="verse">Que, dit-on, pour extra, mangeaient jadis les Dieux.</div>
-</div>
-
-<p>La tirade se termine par ce vers:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans la pomme de terre est le salut de tous!</div>
-</div>
-
-<p>On croirait qu'il est difficile d'aller plus loin dans le
-grotesque; mais l'acte suivant, dont la scne, dit le
-texte, <i>se passe partout</i>, <i>La Carotticulture</i> tient aux rois
-et aux peuples un discours qui l'emporte sur le prcdent.
-On y trouve la parodie de la <i>Marseillaise</i>, intitule <i>la
-Carotte universelle</i>, commenant par:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Allons, Enfans de la Carotte,</div>
-<div class="verse i2">Le jour de gloire est arriv.</div>
-</div>
-
-<p>Et le ch&oelig;ur chante:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aux armes, Carottiers, formez vos bataillons,</div>
-<div class="verse">Marchons, que la Carotte inonde nos sillons.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">Probablement que le lecteur croira que tout ceci n'est
-qu'une plaisanterie; mais non seulement M. Gagne
-est trs srieux, en expliquant son &oelig;uvre, mais il dclare
-en outre, dans sa prface, que <i>le vaste sujet de ce pome
-humanitaire et Chrtien, doit former la potique universelle
-de l'humanit, et l'cole de la vrit</i>, et il
-s'crie, plein d'enthousiasme:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Telle est, telle est la Sainte et nouvelle pope</div>
-<div class="verse">Que de mon pur amour l'me a dveloppe!</div>
-</div>
-
-<p>Ensuite M<sup>me</sup> <i>Elise Gagne</i>, sa femme, ajoute un
-pilogue, o elle proclame qu'aprs les rformes indiques
-dans le pome:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'abondance parvint chasser la misre,</div>
-<div class="verse">Et le bonheur des cieux habita sur la terre.</div>
-</div>
-
-<p>L'ensemble prouve, en un mot, que M. Gagne a
-employ toutes les ressources de son intelligence pour
-crire ce chef-d'&oelig;uvre, et si le lecteur est tent de rire,
-c'est qu'il ne comprend pas l'extrme profondeur de la
-pense qui enfanta ce pome.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>N'est-ce pas bien le cas de dire, avec le sieur de
-Longval&mdash;&ldquo;Lorsque ceste Meduse (la manie) s'est une
-fois glisse dans le cerveau, elle sait si bien offusquer
-l'imagination, pervertir les penses, transporter l'esprit,
-et corrompre la raison, que par son moyen les actions
-et les paroles des hommes se tournent en extravagances.&rdquo;</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Un drame imprim en 1811, Londres, par un certain
-Thomas Bishop, prsente quelqu'analogie, quant
-aux formes excentriques, pour ne rien dire de plus,
-avec le drame dont nous venons de donner une analyse.
-En voici le titre: <i lang="en" xml:lang="en">Koranzzo's Feast, or the Unfair
-Marriage, a tragedy founded on facts, 2366 years ago,
-and 555 years before the birth of Christ. In five acts.
-Embellished with sixteen descriptive plates, by the first
-artists, antient and modern. Printed by Geo. Smelton,
-and sold by Hookham and at the author's, 22, Clarges
-Street.</i></p>
-
-<p>Cette production extraordinaire qui a cot trois
-annes de travail l'auteur, est divise par lui d'une
-faon dont il est, dit-il, l'unique inventeur: <i lang="en" xml:lang="en">the work
-consists in Prologue, Epilogue, dirge and design, solely
-invented by the author.</i></p>
-
-<p>Parmi les personnages on remarque les suivants: Le
-Roi de Babylone, le Roi de Perse, Lord Strawberry,
-le Docteur Pillule, quatre Reines, Madame Hector,
-trois sauvages, et cinq Revenants. La prface nous
-apprend que l'auteur a jug convenable de mler des
-incidents des temps modernes, avec les vnements
-antiques, afin de corriger la jeunesse, d'inspirer la terreur
-aux mchants, et de rappeler aux bons leur rcompense.
-C'est la premire pice, ajoute l'auteur, dans
-laquelle on prsente au public les caractres curieux,
-les dcorations, les machines et armes de guerre, existant
- l'poque o se passe le drame (ce n'est pas
-difficile croire!).</p>
-
-<p>Le sujet tout entier est trait avec autant d'extravagance
-que peuvent le faire supposer les dtails qui prcdent.
-La scne finale commence par les indications
-suivantes: &ldquo;D'un ct le thtre reprsente une fort,
-dont une partie est obscure. Deux sofas et l'apparence
-d'une pendule (<span lang="en" xml:lang="en">the appearance of a clock</span>).
-Trois sauvages dans l'loignement.&rdquo; On ne doit
-pas tre surpris aprs cela, que les esprances de l'auteur
-de voir son drame reprsent, furent dues; mais
-son extrme confiance dans le mrite de la pice lui
-sait attribuer le refus quelque erreur (<span lang="en" xml:lang="en">to some error</span>).</p>
-
-<p>Parmi les livres qui par leur contenue appartiennent
- la littrature de la folie, quoiqu'crits par des hommes
-que le monde considre comme trs senss, nous devons
-ranger le <i>Goualana, ou, collection incomplette des
-&oelig;uvres prototypes de Fricandeau</i>, in 18<sup>o</sup> de 22 pages.
-Il est dit dans la prface:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est le travail des fous d'puiser leurs cervelles</div>
-<div class="verse">Sur des riens fatiguans, sur quelques bagatelles.</div>
-</div>
-
-<p>Ce livre se compose d'une suite de non-sens dont
-l'exemple suivant est encore un des moins absurdes:
-&ldquo;Mon htel est une des plus belles et des mieux rognes
-de la ville; dans ma cuisine qui est aux rats de
-chausse, j'ai un four en cuir, j'ai fait contredire un
-petit salon fort comminatoire, au premier tage. Je
-compte huit pices d'arrache-pied, avec portes
-d'excommunication, pices d'autant plus faciles
-acclrer, que j'ai fait placer une crampe de fer
-l'escalier; au haut duquel escalier vous voyez un
-trs joli vistembule. J'ai indcemment de cela, une
-salle quarre manger cinquante personnes, nombrisse
-tour--tour avec une tentation personnages
-de btes. A cot est un appartement polipode orn
-dans le dernier gendre, o j'ai mis mon passavant de
-papier Chinois. Admirez ma prcaution; plusieurs
-de mes fermiers locatis gtent souvent (paroles ne
-puent pas) les latrines, et vous sentez combien cela
-est dsagrable pour nous. Eh bien! j'en ai fait
-constituer l'Anglaise, o personne ne met le nez,
-que ma femme et moi,&rdquo; &amp;c. &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>On apprend dans l'introduction &ldquo;que le sieur Fricandeau
-est cuyer tranchant, dput pour les Tartares,
-agrg membre pour les Acadmies de la
-Daube et de Saupiquet, vrificateur de la recette
-d'aloyau, inspecteur aux blanquettes, dans la quatrime
-division potagre, chevalier de l'ordre de
-Sainte Menehoult, gouverneur de la crapaudine et
-autres lieux.&rdquo;</p>
-
-<p id="hecart">Qui se douterait que tant de folies soient sorties de
-la plume de feu M. Hcart, de Valenciennes, auteur
-connu par plusieurs crits pleins d'rudition et de
-jugement?</p>
-
-<p>Il composa aussi, dans ses moments que nous ne
-pouvons nous empcher de qualifier d'hallucination,
-l'<i>Anagrammeana, pome en huit Chants</i>, petit volume
-in 12<sup>o</sup> de 58 pages remplis d'un amphigouris inintelligible
-dont voici un exemple:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le nomade a mis la madone</div>
-<div class="verse i2">A la poterne de Petronne</div>
-<div class="verse i2">Par son rhume il voulait l'humer,</div>
-<div class="verse i2">Pour le marcher et le charmer.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand le grand Dacier tait diacre,</div>
-<div class="verse i2">Le casier cultiv du fiacre,</div>
-<div class="verse i2">Faisait le lopin d'un pilon.</div>
-<div class="verse i2">Pour nourrir de loin le lion&hellip;</div>
-</div>
-
-<p>Ces deux ouvrages sont excessivement rares et -peu-prs
-introuvables, l'auteur ne faisant jamais tirer
-qu' dix ou douze exemplaires. Nous en devons la
-communication l'extrme obligeance de M. Van
-De Weyer, Ministre Plnipotentiaire de Belgique,
-Londres. Ils font partie, ainsi que l'opuscule dont
-nous allons parler, de la collection <i>d'Ana</i>, unique en
-Europe, que renferme la Bibliothque de ce bibliophile
-distingu, si riche en collections de livres rares de tous
-genres, et dont la bienveillance venir en aide aux
-hommes de lettres, dans leurs recherches, est gale
-ses connaissances tendues.</p>
-
-<p>Nous terminerons cette section par la mention de
-deux fous littraires trs peu connus cits dans un
-autre ouvrage de M. Hcart, <i>Stultitiana, ou petite
-biographie des fous de la ville de Valenciennes, par un
-homme en dmence</i>, 8<sup>o</sup>, 1823.</p>
-
-<p id="lalou">Un nomm Lalou vivait en cette ville en 1820.
-Peintre, pote, musicien, calligraphe, il avait le germe
-de tous les talents, mais malheureusement tout cela se
-mlait dans sa tte, au point que son cerveau prsentait
-un chaos complet.</p>
-
-<p>Il est fcheux que l'on ne nous ait pas conserv
-quelques morceaux des crits et des dessins qu'il distribuait
-si libralement durant sa vie.</p>
-
-<p id="martorex">Un autre pote fou de la ville de Valenciennes fut
-un nomm Martorex, que Boileau a dpeint en parlant
-de cette classe d'auteurs:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui poursuit de ses vers les passants dans la rue.</div>
-</div>
-
-<p>Il n'y avait pas de fte qu'il ne clbrt, soit par une
-ode ou par un rcit en vers ampouls qu'il dclamait
-aux passants d'une manire ridiculement emphatique.
-Arrivait-il un personnage important? Sa verve est
-en mouvement, et bientt il lui prsente les fruits de
-sa muse. Du reste il n'tait pas difficile, et se contentait
-du moindre prsent. Il tait fort joyeux lorsqu'il
-obtenait de quoi s'acheter quelques verres de
-genivre. Nous ignorons quand est mort cet original.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" title="TROISIEME SECTION. PHILOSOPHIE ET SCIENCE.">TROISIEME SECTION.</h2>
-
-
-<p class="c">EPIGRAPHES.</p>
-
-<blockquote>
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;What is said, is not to be understood; but what is to be
-understood, is not said.&mdash;<span class="sc">Pythagoras.</span> <i>Exoteric Doctrine.</i></p>
-</blockquote>
-
-<blockquote>
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Ever, as before, does madness remain mysterious, terrific, altogether
-infernal boiling-up of the nether chaotic deep, through
-this fair-painted vision of creation (which swims thereon) which
-we name the real.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Carlyle.</span></p>
-</blockquote>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="t2 top4em">PHILOSOPHIE ET SCIENCE.</p>
-
-
-<p id="kant">Un des caractres les plus prminents de la
-folie est la faiblesse de la facult logique
-dans toutes ses varits. La philosophie
-s'occupant de principes abstraits, on doit naturellement
-s'attendre rencontrer cette faiblesse beaucoup
-plus frappante en ceux qui entreprennent, dans
-un tat de drangement mental, des spculations
-d'une nature profonde. La philosophie a souvent t
-le thme favori des lunatiques, mais jamais ils n'ont
-rien produit d'intelligible ni de suivi, comme cela est
-arriv parfois aux autres fous littraires. On rencontre
-pourtant quelques rares exceptions; ainsi le grand
-mtaphysicien allemand Kant perdit la raison sur la
-fin de ses jours, et l'on a rcemment dcouvert, en
-Allemagne, le manuscrit d'un ouvrage qu'il composa
-durant cette priode. Ce qu'il y a de plus subtil, de
-plus profond, de plus abstrait, et tout--fait en dehors
-de l'observation, dans la pense humaine, tant prcisment
-de l'essence de la mtaphysique et de la philosophie,
-il est naturel que l'aberration mentale doive y
-trouver des sujets favoris, lorsqu'elle attaque des esprits
-d'un certain ordre et d'une ducation soigne.</p>
-
-<p>Aristote, dont les commentateurs sont aussi nombreux
-que les hirondelles au printemps, ne pouvait
-manquer d'tre l'objet de quelques unes de ces dviations
-du sens commun.</p>
-
-<p id="gragani">Dans un ouvrage intitul: <i>De Philosophi Aristotelis</i>,
-publi Pise en 1496, l'auteur affirme intrpidement
-que jamais ce soi-disant Aristote n'existt, que
-son nom est un mythe. Cette singulire thse fut
-compose par un mdecin du nom de <i>Gragani</i>, qui,
-l'poque de la composition de ce livre, tait enferm
-dans un hospice de lunatiques Pise. C'tait un
-homme riche et de noble naissance. Ses amis, voyant
-que sa monomanie d'crire tait son seul amusement
-et lui tenait l'esprit en repos, consentirent publier ce
-livre bizarre, dont on dit qu'un exemplaire existe encore
-aujourd'hui dans la Bibliothque du Vatican. C'est
-un petit in 8<sup>o</sup>, d'environ 200 pages, rgulirement
-divis en chapitres.</p>
-
-<p>Le systme employ par Gragani consiste montrer
-les contradictions innombrables des crivains, relativement
- la vie et au caractres d'Aristote.</p>
-
-<p>L'un avance que le prcepteur d'Alexandre tait un
-soldat et non un philosophe; un autre, qu'Aristote
-tait un esclave, connu uniquement par la facilit avec
-laquelle il composait des jeux-d'esprit en vers; un
-troisime, soutient qu'il prtendait, la vrit, enseigner
-une sorte de philosophie, mais qu'tant le fils
-d'une marchande de fruits, et d'une grande ignorance,
-il devint l'objet de la raillerie publique, par ses ridicules
-prtensions de science.</p>
-
-<p>Ces assertions diverses, quoiqu'entirement sans
-fondement, sont runies de telle faon, que le livre de
-notre maniaque n'est pas aussi incohrent qu'on serait
-dispos le penser. On croit que les citations qu'il
-fait, sont tires d'une satire compose Rome vers la
-fin du treizime sicle, dont le manuscrit est perdu, et
-o l'on tournait en ridicule les diffrentes disputes des
-coles philosophiques.</p>
-
-<p id="bernardi">L'attention des savants de l'Italie fut singulirement
-excite, en 1529, par la publication Florence d'un
-ouvrage sur <i>l'anatomie du langage</i>. C'tait l'&oelig;uvre
-d'un mdecin, <i>Joseph Bernardi</i>, compose pendant
-qu'il tait enferm dans une maison d'alins. Parmi
-plusieurs autres opinions tranges et bizarres, il soutenait
-que toute la race des singes jouissait de la
-facult de la parole, mais tait trs jalouse de garder le
-secret de ce don. Il dessina sur les murs de sa chambre
-la construction anatomique du gosier des singes, et
-chercha dmontrer que cette structure prouvait
-clairement la facult de la parole, et mme du chant.
-Bernardi disait que dans les premires ditions des
-voyages de Marco Paulo, il avait t bien tabli que
-les singes pouvaient chanter. Ce qui ajoute la curiosit
-de tout ceci, c'est que le pre Cremoni, Jsuite,
-composa une rfutation de ce trait, et soutint que,
-quoique l'&oelig;uvre de son adversaire fut bien crite, sa
-thse tait contraire au tmoignage de l'Ecriture Sainte,
-et par consquent ne pouvait tre vraie. Le lecteur
-jugera lequel tait le plus fou des deux.</p>
-
-<p>Bernardi survcut dix ans la publication de son
-curieux ouvrage, mais ne recouvra jamais pleinement
-la raison.<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Thinges that be Olde and Newe,&rdquo; published by Elisha King,
-Cornhill, 1639.</span></p>
-</div>
-<p id="flores">En 1622, parut Salamanca, sous le titre de: <i lang="la" xml:lang="la">De
-Philosophi</i>, un ouvrage crit par <i>Miguel de Flores</i>,
-jadis professeur l'universit de cette ville, et qui tait
-devenu fou la suite d'un concussion du cerveau
-produite par une chute de voiture. Son alination
-mentale dura plusieurs annes, mais comme il tait
-d'un naturel fort doux, on le laissait en libert, et sa
-folie ne se faisait remarquer que par la manie qu'il
-avait d'crire constamment, et de porter ses manuscrits
-avec lui dans les rues, arrtant les passants, et leur
-lisant ses lucubrations. Quatre ans environs avant sa
-mort, ses amis publirent un de ses traits. Il est remarquable
-en ce qu'il contient en germe le systme
-dvelopp de nos jours sous la dnomination de la
-<i>thorie des atmes</i>, par Boscovitch, Docteur Priestley,
-et autres. <i>De Flores</i> reprsente la Dit comme
-occupant le centre de la cration, et toutes les choses
-cres comme des cercles concentriques, plus ou
-moins loigns les uns des autres. Des gravures
-bizarres donnent l'ide de la thorie de l'auteur. On
-y voit la Divinit faisant mouvoir toutes choses, par
-l'action mcanique des bras et des jambes.</p>
-
-<p id="le-barbier">Un monomane nologue que nous ne devons pas
-oublier, est Pierre Lucien Le Barbier, n Rouen en
-1766, et auteur de plusieurs ouvrages dont deux
-intituls: <i>Dominatmosphrie</i>, l'un contenant des
-instructions pour les propritaires et cultivateurs,
-l'effet d'obtenir double rcolte, prcocit, qualit et
-conomie de bras pour la rentrer; l'autre donnant
-aux marins les moyens de se procurer la variation
-des vents, d'viter les calmes, les temptes, les brouillards;
-et il prtendait oprer ces miracles l'aide
-d'une canne en cuivre creuse et perce de huit ou dix
-trous, avec laquelle il croyait dominer l'atmosphre.
-Aussi prenait-il les titres de: <i>Dominatmosphrisateur</i>,
-<i>Dominaturalisateur</i>, <i>Doministrisateur</i>, &amp;c. Le Barbier
-mourut la fin de l'anne 1836; une notice sur
-ce monomane est insre dans le <i>Courrier Rouennais</i>
-du 17 dcembre, et M<sup>lle</sup> Bosquet en parle dans la <i>Normandie
-Romanesque</i>, p. 255.<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> <i>Manuel du Bibliographe Normand</i>, tome 2, page 172.</p>
-</div>
-<p id="wirgman">Un des plus dplorables exemples de la monomanie
-d'crire et de se faire imprimer, se rencontre dans
-l'anglais Thomas Wirgman. Orfvre de son tat, il
-se retira des affaires, avec un capital de 50,000 livres
-sterling. Cette fortune, laborieusement acquise, fut
-absorbe toute entire par le frais d'impression de ses
-livres, publis Londres, au commencement de ce
-sicle,<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> et de chacun desquels il ne se vendait jamais
-plus d'une vingtaine d'exemplaires. Ce maniaque
-mourut dans le dnuement.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">Grammar of the Five Senses&mdash;Principles of the Kantian
-Philosophy&mdash;Devarication of the New Testament, &amp;c.</span></p>
-</div>
-<p>Par <i lang="en" xml:lang="en">Devarication of the New Testament</i>, Wirgman
-entend, dit il: &ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">The development of celestial power,
-the aggregate of spiritual existence, the sublimity of
-creative energy, the positive realisation of voluntary
-action, and the blended harmony of supreme wisdom,
-truth, and goodness.</span>&rdquo;</p>
-
-<p>Il faudrait tre bien difficile pour n'tre pas satisfait
-de la clart de cette dfinition.</p>
-
-<p>Il adressa, avec cet ouvrage, une lettre George IV,
-alors Prince Rgent, et il y dclare qu' moins que le
-Prince n'adopte les principes qui y sont dvelopps,
-ni lui mme, ni aucun de ses sujets, ne pourront tre
-sauvs dans l'autre monde.</p>
-
-<p>Le drangement des ides chez Wirgman se faisait
-remarquer non seulement dans ses crits, mais encore
-dans la forme extrieure de ses livres. Ainsi il faisait
-fabriquer du papier exprs, de diffrentes couleurs dans
-la mme feuille, et lorsque ces couleurs, les feuilles une
-fois imprimes, ne lui plaisaient pas, il en faisait tirer
-d'autres. Il changeait le plan de l'ouvrage, l'arrangement
-des chapitres, et tout cela durant l'impression.
-Il en rsultat que le livre dont nous venons
-de parler, se composant de 400 pages, finit par coter
- l'auteur 2276 livres sterling.</p>
-
-<p>Dans sa <i>Grammaire des Cinq Sens</i>, l'auteur prtend
-que lorsque son livre aura t universellement
-adopt dans les coles, la paix et l'harmonie seront
-ramenes sur la terre, et la vertu remplacera le crime.</p>
-
-<p>Cette grammaire est une espce de cours de mtaphysique
- l'usage des enfants, d'aprs l'ide de
-l'crivain. Les explications ont lieu l'aide de dix-neuf
-diagrammes coloris, et sont bases sur trois ides
-principales, le <i>Temps</i>, <i>l'Espace</i>, et <i>l'Eternit</i>, constituant
-ce qu'il appelle: <i lang="en" xml:lang="en">The Science of Mind</i>.</p>
-
-<p>Il a form une carte de cette science, qui offre vingt
-lments ou principes, et il est tellement persuad que
-tout est dit maintenant sur ce sujet, qu'il se rsume
-lui-mme par ces mots:&mdash;</p>
-
-<p>&ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">The twenty elements which constitute the human
-mind are not only discovered, but so completely
-classified as to defy posterity either to add one more
-element or take one away&mdash;or even to alter the
-arrangement so scientifically displayed in the <i>British
-Euclid</i></span>&rdquo; (autre livre du mme auteur). &ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">The work
-is done for ever; like the Pythagorean Table, which
-was made 600 years before the birth of Christ, and
-not only stood the test of ages to the present period,
-but actually defies succeeding generations, to the end
-of Time, either to add or detract from its perfection.</span>&rdquo;</p>
-
-<p>Le malheureux Wirgman, dans plusieurs endroits
-de ses livres, se plaint qu'on ne voulut jamais l'couter,
-et qu'il demanda en vain d'tre nomm professeur de
-philosophie dans une universit ou collge, quoiqu'il
-et consacr prs d'un demi sicle la propagation de
-ses ides; mais son courage rsista ces preuves, et
-la fin d'une requte au conseil de l'universit de Londres,
-en 1837, il dclare que: &ldquo;<i lang="en" xml:lang="en">While life remains I
-will not cease to communicate this Blessing on the
-rising world.</i>&rdquo;</p>
-
-<p>Quelle piti qu'une telle nergie n'ait pas pu rester
-dans la droite voie, comme dit le Dante.</p>
-
-<p id="martin">La mme tnacit dans l'ide se trouve galement
-chez <i>William Martin</i>. Les &oelig;uvres qu'il publia durant
-prs d'un quart de sicle, et son excentricit habituelle,
-suffisent pour lui donner une place ici. Remarquons
-aussi qu'il tait frre de Jonathan Martin qui incendia
-la cathdrale d'York en 1829, dans un accs de folie,
-et de John Martin, le clbre peintre dont les conceptions
-extraordinaires ont cr un genre nouveau.</p>
-
-<p>Il s'adonna aux tudes philosophiques, et finit par
-se convaincre qu'il tait prdestin renverser la
-philosophie Newtonienne. Son premier ouvrage est
-intitul:</p>
-
-<p><i lang="en" xml:lang="en">A New System of Natural Philosophy on the principle
-of Perpetual Motion</i>, Newcastle, Preston, 1821.
-Sur le titre il se dsigne comme: <i>philosophe de la
-nature</i>.</p>
-
-<p>Dans la prface, il nous apprend qu'au mois d'Aot,
-1805, il commena tudier le mouvement perptuel,
-et qu'au mois de dcembre, 1806, aprs trente six
-manires diffrentes d'oprer, il fut parfaitement convaincu
-de l'impossibilit d'atteindre son but l'aide de
-machines, et qu'il renona cette ide comme tout--fait
-impraticable. &ldquo;Mais le soir mme,&rdquo; ajoute-t-il,
-&ldquo;du jour o je formai cette conclusion, j'eus un songe
-des plus tranges, terrible et effrayant, pour une part,
-et trs agrable pour l'autre. Je m'veillai parfaitement
-convaincu que j'tais l'homme que la Majest
-divine avait choisi pour dcouvrir la grande cause
-secondaire de toutes choses, et le vritable mouvement
-perptuel.&rdquo;</p>
-
-<p>Comme on peut bien le supposer, ces sortes d'lucubrations
-de Martin furent rudement traites par la critique,
-mais il n'tait pas homme se dcourager, et il
-publia: <i lang="en" xml:lang="en">William Martin's Challenge to all the World,
-as a Philosopher and Critic</i>. Newcastle, 1829.</p>
-
-<p>Cet ouvrage renfermait entr'autres traits: <i lang="en" xml:lang="en">The
-Flight through the Universe into Boundless Space, or
-the Philosopher's Travels of his Mind</i>; ainsi que: <i lang="en" xml:lang="en">A
-Critic on all false men who pretend to be Critics, and
-not being men of wisdom or genius</i>.</p>
-
-<p>Dans l'introduction il souhaite longue vie et prosprit
-au Roi et au Vice-Roi d'Irlande. Tous deux
-savent bien, dit-il, que William Martin a compltement
-effac Newton, Bacon, Boyle et Lord Bolingbroke:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Well they know that W<sup>m</sup> Martin has outstript</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Newton, Bacon, Boyle and Lord Bolingbroke.</div>
-</div>
-
-<p>Les annes n'apportrent aucune amlioration
-l'tat sanitaire de l'esprit de William Martin, car en
-1839, il publia chez Pattison and Ross, Newcastle-on-Tyne:
-<i lang="en" xml:lang="en">The Exposure of D<sup>r</sup> Nichol, the Impostor
-and Mock Astronomer from Glasgow College, and of
-those who are showing their ignorance concerning the
-New System of National Education</i>.</p>
-
-<p>&ldquo;Je supplie la jeune Reine,&rdquo; dit-il, dans sa prface,
-ainsi que le gouvernement Britannique, de mettre
-fin l'abominable systme qui se pratique, sous les
-regards de Dieu et des hommes. Un sot peut se
-lever et produire un vain bruit, mais du bruit ne
-forme pas un argument, et quiconque d'entre les
-serviteurs du diable l'oppose au systme de Martin,
-qu'ils se lvent l'un aprs l'autre, et qu'ils donnent
-une bonne raison de leur opposition.&rdquo;</p>
-
-<p>La mme anne il publia galement un ouvrage de
-thologie, intitul: <i lang="en" xml:lang="en">A stumbling-block to the Unitarians,
-proving Three in One in everything</i>.</p>
-
-<p>Il y dmontrait que tous les objets de la nature
-physique, se divisaient en trois parties, dont l'air tait
-l'unit.</p>
-
-<p>On a encore, du mme auteur: <i lang="en" xml:lang="en">A Poetical Chronological
-Account of the World, from the Creation until
-the Birth of our Blessed Lord, &amp;c. By William
-Martin, Natural Philosopher and Poet</i>.</p>
-
-<p>Il se donne la qualit de pote dans cette &oelig;uvre,
-parcequ'elle est compose de quatrains de la force de
-celui-ci, qui est le premier:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The creation of the world and</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Likewise Adam and Eve, we know,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Made by the great God, from</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Whom all blessings flow.</div>
-</div>
-
-<p id="fusnot">Un autre original, C. Fusnot<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> rsout les hautes
-questions de la philosophie humaine par leur analogie
-avec les parties du corps de l'homme! Il dmontre,
-dans un de ses Chapitres, que &ldquo;Les pouvoirs de
-l'homme et de la femme, unis en mariage, sont reprsents
-par la jambe et le pied.&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Vrits positives; rapport entre les vrits physiques et les
-vrits morales. Bruxelles, 1854, in 12<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<p>Ailleurs, que le grande semaine de la cration est
-reprsente dans le bras de l'homme, fait l'image de
-Dieu, parceque &ldquo;Les six articulations du bras, avec
-la main et les doigts, forment un tout qui se tient et
-se mne (semaine) pour nous rappeler la chane de
-la cration de l'Univers.&rdquo;</p>
-
-<p>Bien d'autres calembourgs se trouvent dans l'&oelig;uvre
-de cet infortun, qui tait nanmoins de la meilleure
-foi du monde.</p>
-
-<p id="steward">Un des auteurs contemporains dont le drangement
-du cerveau avait le caractre le plus prononc, fut
-John Steward, qui mourut un ge fort avanc en
-1822. N Londres, il fut envoy Madras dans sa
-jeunesse, comme employ de la compagnie des Indes,
-mais atteint de la manie des voyages, il renona bientt
- ce poste, et parcourut pied une grande partie du
-globe. Ds lors il commena crire, mais sans
-jamais communiquer personne ses compositions. Un
-jour en danger de faire naufrage en revenant en Europe,
-il recommanda aux matelots qui lui survivraient,
-le manuscrit qu'il allait publier, et qu'il avait intitul,
-<i lang="la" xml:lang="la">Opus Maximum</i>. Il disait que tous ses voyages avaient
-t entrepris pour dcouvrir <i>la Polarisation de la
-vrit morale</i>. Ayant recouvr du gouvernement Anglais
-une assez forte somme, pour ses services dans
-l'Inde, il s'tablit Londres, et runit une fois la
-semaine ses amis pour causer et discuter. Le dimanche
-il donnait dner aux plus intimes, et le soir
-il avait la coutume de leur faire un discours philosophique
-o il dveloppait l'une ou l'autre des thses
-dont il s'occupait pour le moment. Voici un court
-exemple de son style: &ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">The Philoptopist moving progressively
-on the scale of good sense, to the index of
-self-knowledge or manhood, makes the end of the
-philosopher his means to procure universal Good,
-or universal truth, to all existence in unity of co-eternal
-essence, co-eternal energy, and co-eternal
-interest!</span>&rdquo;</p>
-
-<p>La soire finissait par quelque morceau de la musique
-sacre de Handel, qu'il aimait passionnment, et
-la marche funbre de Sal, tait le signal pour la socit
-de se retirer.</p>
-
-<p>Il allait s'asseoir pendant des heures entires dans le
-parc de S<sup>t</sup> James, ou sur le pont de Westminster, et
-quiconque venait se mettre cot de lui, tait sr de
-lui entendre commencer une discussion sur la Polarisation
-de la vrit morale.</p>
-
-<p>Il composa un nombre assez considrable d'ouvrages,
-qu'il faisait imprimer presque toujours ses frais, puis
-les distribuait ses amis et connaissances. Ils sont
-devenus fort rares. Les titres seuls de ses livres au
-nombre de plus de vingt, et dont nous allons mentionner
-les plus curieux, indiquent suffisamment l'tat du
-cerveau de notre original:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>. Voyages pour dcouvrir la source du mouvement
-moral, in 12<sup>o</sup> pages <small>XLVIII</small>, et 252.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>. L'apocalypse de la nature, o la source du mouvement
-moral est dcouverte, 12<sup>o</sup> pages <small>XVI</small>, et 310.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup>. La Rvolution de la raison, ou l'tablissement
-de la Constitution des choses, de l'homme, de l'intelligence
-humaine, du bien universel, 12<sup>o</sup> pages <small>XXIV</small>, et
-140.</p>
-
-<p>4<sup>o</sup>. Le Tocsin de la vie sociale, adress toutes les
-nations du monde civilis, et dcouverte des lois de la
-nature relatives l'existence humaine, 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>5<sup>o</sup>. Livre de la vie intellectuelle ou soleil du monde
-moral. Publi en l'anne du sens-commun 7000.
-anne de l'histoire astronomique des tables Chinoises.</p>
-
-<p>Quoique John Stewart connt fort bien plusieurs
-langues, tous ses ouvrages sont crits en Anglais,
-l'exception des deux suivants qui sont en Franais:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>. Systme nouveau de la philosophie physique,
-morale, politique, et spculative. Londres, 1815, 18<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>. Philosophie du sens-commun, ou livre de la nature,
-rvlant les lois du monde intellectuel. 1816.</p>
-
-<p>Le principe de ses extravagances tait un amour-propre
-colossal. Dans un de ses ouvrages il se compare
-Socrate et se met au dessus de lui; dans un autre il
-se qualifie du seul homme de la nature qui ait jamais
-paru dans le monde.</p>
-
-<p>Il tait poursuivi par l'ide qu' une certaine poque,
-tous les rois de la terre pactiseraient ensemble pour
-parvenir dtruire ses ouvrages, et en consquence il
-priait tous ses amis d'envelopper soigneusement, de
-manire les garantir de l'humidit, quelques exemplaires,
-et puis de les enterrer sept ou huit pieds sous
-terre, ayant soin de ne dclarer qu' leur lit de mort,
-et sous le sceau du secret, l'endroit o ils seraient cachs.
-Thomas De Quincey, dans ses <i lang="en" xml:lang="en">Essays sceptical and
-anti-sceptical</i>, donne un curieux article sur John
-Stewart.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" title="QUATRIEME SECTION. POLITIQUE.">QUATRIEME SECTION.</h2>
-
-<p class="c">EPIGRAPHES.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">&ldquo;&hellip; In pectus ccos absorbuit ignes,</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ignes qui nec aqu perimi poture, nec imbre</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Diminui, neque graminibus, magicisque susurris.&rdquo;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;&hellip; Their wretched brain gave way,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And they became a wreck, at random driven,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Without one glimpse of reason or of heaven.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p class="attr"><span class="sc">Moore.</span></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="t2 top4em">POLITIQUE.</p>
-
-
-<p>La science politique doit ncessairement entraner
- de profondes tudes, et exige un
-constant et vigoureux usage des plus hautes
-facults du raisonnement. Dans la pratique, elle excite,
-passionne et aveugle souvent les mes ardentes,
-quoiqu' la surface rgne l'apparence du calme et de
-la froideur. C'est mme cette apparence ncessaire
-qui double l'nergie de la conviction.</p>
-
-<p>Et lorsque l'esprit politique descend jusqu' l'esprit
-de parti, ou que l'intrt personnel et l'ambition ont
-une libre carrire, un champ riche et fcond s'offre
-aux penses dsordonnes. Il serait facile d'numrer
-ici les thories les plus extravagantes, mais nous nous
-contenterons de citer quelques auteurs des plus remarquables
-sous ce rapport.</p>
-
-<p id="demons"><i>Dmons</i>, conseiller au Prsidial d'Amiens, composa
-des ouvrages dont les titres seuls annoncent qu'il avait
-donn cong sa raison. On ne connat rien de sa
-vie, mais il figure dans la <i>Biographie universelle</i> de
-Didot, comme un des crivains les plus bizarres du
-16<sup>me</sup> sicle, et y est rang dans la classe des fous qui ont
-compos des livres. &ldquo;La plupart des Bibliographes, dit
-Nodier, ont class ses bouquins polymorphes dans
-l'<i>histoire de France</i>, l'abb Langlet Dufresnoy les rapporte
- la <i>thologie mystique</i>, et M<sup>r</sup> Brunet les restitue
- la <i>Posie</i>. C'est que le sieur Dmons est un fou
-trs complexe, et que la varit de ses lubies l'avait
-mis en fonds d'extravagances pour tout le monde.
-C'tait un maniaque facettes, continuellement
-prdispos rpter toutes les sottises qu'il voyait
-faire et toutes celles qu'il entendait dire.&rdquo;</p>
-
-<p>Les deux ouvrages, dont nous donnons les titres en
-entier, tmoignent que le texte n'est d'un bout l'autre
-qu'un amphigouri inextricable.</p>
-
-<p>&ldquo;La dmonstration de la quatrime partie de rien,
-et quelque chose et tout; et la quintessence tire du
-quart de rien, et de ses dpendances, contenant les
-prceptes de la saincte magie et dvote invocation
-de <i>Dmons</i>, pour trouver l'origine des maux de la
-France, et les remdes d'iceux,&rdquo; 1594, petit in 8<sup>o</sup>, de
-78 pages et un errata.</p>
-
-<p>Leber, dans son catalogue, o il cite ce livre, pense qu'il
-n'est pas absolument impossible de dire, d'aprs le prambule,
-ce que l'auteur entendait par le <i>quart de rien</i>.</p>
-
-<p>&ldquo;On se rappelle,&rdquo; ajoute-t-il, &ldquo;le pome de Passerat
-sur le mot <i lang="la" xml:lang="la">Nihil</i>, <i>rien</i>. Ce jeu de mots fut suivi de
-quelques autres semblables, notamment de deux
-petits pomes intituls, l'un: <i>Quelque chose</i>, l'autre:
-<i>Tout</i>. Or le quart de <i>rien</i> est un quatrime pome
-dont le sujet est <i>Dieu</i>, qui renchrit, qui domine sur
-<i>tout</i>. Voil le mot de l'nigme: non de l'ouvrage,
-auquel je ne comprends rien, mais d'un titre d'une
-demi page, dont j'ai compris deux mots.&rdquo;</p>
-
-<p>Voici le titre du second ouvrage de Dmons. On
-n'en connat qu'un seul exemplaire: &ldquo;La Sextessence
-diallactique et potentielle tire par une nouvelle faon
-d'alambiquer, suivant les prceptes de la saincte
-magie et invocation de <i>Dmons</i>, conseiller au Prsidial
-d'Amiens; tant pour guarir l'hmorragie, playes, tumeurs
-et ulcres vnriennes de la France, que pour
-changer et convertir les choses estimes nuisibles et
-abominables, en bonnes et utiles,&rdquo; Paris, 1595, in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>L'auteur dit: &ldquo;Qu'il a rsolu de faire marcher en
-public l'esclaircissement des tnbres de sa craintive
-obscurit, en la quintessence qu'il avait tire du quart
-de rien,&hellip; et de donner l'explication des nigmes
-de son invention, touchant l'origine et le remde
-des maux de la France.&rdquo; Malheureusement cette
-explication n'a point t explique.</p>
-
-<p>C'est probablement le nom de l'auteur qui aura
-gar le bibliographe qui, par une mprise singulire,
-dit Leber, prit le Conseiller pour un suppt de l'enfer,
-et son livre pour un <i>grimoire cabalistique</i>.</p>
-
-<p>Dans son catalogue dj cit, N<sup>o</sup> 4148, on fait observer
-que peu de livres peuvent tre compars, quant
- l'absurdit, la <i>Quintessence</i> ou la <i>Sextessence</i>, except
-peut-tre l'ouvrage dont le titre suit: &ldquo;Lettre
-mystique, responce, rplique, Mars joue son rolle en
-la premire; en la seconde la bande et le ch&oelig;ur de
-l'Estat; la troisime figure l'amour de Polyphme,
-Galathe et des sept pasteurs&mdash;Cabale mystrielle
-rvle par songe, envoye Jean Boucher;&rdquo;<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a> 1603,
-deux parties en un volume in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> C'tait un des plus fougueux aptres de la Ligue. Comme
-il tait alors en fuite, cette lettre lui fut sans doute adresse par
-raillerie. Voir le <i>Bulletin du Bibliophile</i>, anne 1849, p. 187.</p>
-</div>
-<p>&ldquo;Je n'oserais dcider,&rdquo; ajoute Leber, &ldquo;si <i>la lettre mystique</i>
-est au dessus ou au dessous du <i>Quart de rien</i>.&rdquo;</p>
-
-<p>L'auteur est anonyme, mais mrite incontestablement
-une mention ici.</p>
-
-<p>Nous citerons encore, pour mmoire seulement,
-l'auteur anonyme des <i>Codicilles de Louis XIII</i>, parce que
-le Marquis du Roure le qualifie de lunatique insens,
-dans son <i>Analectabiblion</i>, tome 2<sup>me</sup>, page 213, o
-il parle de cet ouvrage de 1643.</p>
-
-<p id="davenne"><i>Franois Davenne</i>, disciple de Simon Morin, fut de
-beaucoup plus extravagant que <i>Dmons</i>.</p>
-
-<p>&ldquo;Ce rveur fanatique dont la raison tait gare,&rdquo;
-dit Charles Brunet, dans son <i>Manuel</i>, &ldquo;publia tant en
-vers qu'en prose, Paris de 1649 1651, les bizarres
-productions de son cerveau malade.&rdquo; Ces pices
-sont dcrites, au nombre de 23, dans la <i>Bibliographie
-instructive</i> de De Bure, d'aprs Chtre de Cang, mais
-il y en avait deux de plus dans le recueil form par
-M<sup>r</sup> De Macarthy. Ces crits ont presque tous pour
-but de revendiquer la royaut qu'il prtend que Dieu
-lui avait attribue. Il veut prouver que le monde finira
-en 1655; et dans son <i>Harmonie de l'amour</i>, il cherche
- dmontrer, par des exemples emprunts l'Ecriture
-sainte, que Louis XIV n'a pu tre le fils de Louis
-XIII.</p>
-
-<p>Son opuscule <i>De l'harmonie de l'amour et de la
-justice</i>, o cette ide est soutenue, se termine par dix
-sonnets et autres pices qu'il serait difficile de qualifier
-de posie.</p>
-
-<p>&ldquo;Davesne ou Davenne naquit Fleurance, petite
-ville du bas Armagnac; on ne sait prcisment, ni
-la date de sa naissance ni celle de sa mort,&rdquo; dit C.
-Moreau, dans sa <i>Bibliographie des Mazarinades</i>, qui
-donne plus de renseignements littraires que toutes les
-autres biographies. Ses extravagances le firent enfermer
-plusieurs fois. Persuad qu'il devait supplanter
-Louis XIV, et monter sur le trne, il propose deux
-moyens de <i>sa souveraine puissance et autorit royale</i>:
-&ldquo;Appelez le Cardinal,&rdquo; dit-il, &ldquo;la rgente, le duc
-d'Orlans, les Princes, Beaufort, le coadjuteur, et
-ceux qu'on estime les plus saints dans le monde;
-faites allumer une fournaise; qu'on nous y jette dedans,
-et celui qui sortira sans lsion de la flamme,
-comme un ph&oelig;nix renouvell, que celui-l soit estim
-le protg de Dieu, et qu'il soit ordonn prince des
-peuples.&rdquo;</p>
-
-<p>Mais craignant que cette preuve ne soit accepte,
-il en propose une autre: &ldquo;Que le Parlement me juge
- mort, pour avoir os dire la vrit aux princes.
-Qu'on m'excute, et si Dieu ne me garantit de leurs
-mains d'une manire surnaturelle, je veux que ma
-mmoire soit teinte. Si Dieu ne me prserve de
-la main des bourreaux, rien ne leur sera fait; mais
-si le bras surnaturel m'arrache de leurs griffes, qu'ils
-soient sacrifis ma place.&rdquo;</p>
-
-<p>Voici une de ses penses, dans son meilleur style,
-tire de son <i>Factum de la sapience eternelle</i>: &ldquo;Je
-t'immole mon me sur l'chafaud de mes ides, de
-la main de mes dsirs, par le glaive de ma rsignation.&rdquo;</p>
-
-<p>Tous les pamphlets de Davenne sont extrmement
-rares; il n'en existe peut-tre pas une collection complte,
-dit C. Moreau, dans sa <i>Bibliographie</i>.</p>
-
-<p id="caissant">Louis XIV semblait jouer de malheur, car un autre
-fou, <i>le Chevalier Caissant</i>,<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a> se prtendait frre de ce
-monarque.<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> Nous avons de cet auteur deux opuscules
-in 8<sup>o</sup> sans lieu ni date, qu'il nous a t impossible
-de nous procurer et dont voici les titres, d'aprs Ch.
-Brunet:&mdash;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Histoire du grand et vritable Chevalier Caissant</i>; Versailles,
-1714, in 12<sup>o</sup>, par Joseph Bonnet, jurisconsulte d'Aix en Provence.
-Barbier, <i>Dictionnaire des Anonymes</i>, qui cite <i>Achard</i>, transcrit la
-note sur <i>Caissant</i> que donne cet auteur. Voir aussi le <i>Manuel du
-Libraire</i> de Brunet, tom. 1<sup>er</sup>, page 521.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Et non de Louis XV, comme l'indique le Catalogue de la
-Vallire, t. 2. p. 567, dit Barbier. Cette erreur n'a pas t rectifie
-dans le <i>Manuel</i>.</p>
-</div>
-<p>&ldquo;A la tte de ce merveilleux ouvrage, l'honneur
-m'engage de souhaiter l'accomplissement de l'heureuse
-anne mon frre sa Majest, et la Reine galement,
-et toute l'auguste famille pareillement.
-Ainsi soit-il:&mdash;</p>
-
-<p>&ldquo;<span class="sc">Au Roi</span> dont j'espre qu'il soutiendra mes titres,
-mes prrogatives, et qualits de <i>Caissant</i>, dont sa
-saintet et sa Majest ont honor avec un zle et
-flicit, le Roi de Mississippi, Cardinal-Laque et
-Pape-Laque, cordon bleu, Gnralissime des mers
-orientales et occidentales, qui me procurent millions
-et milliards immenses.&rdquo;</p>
-
-<p>Achard<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> nous apprend dans une note de sa biographie
-de Joseph Bonnet, que Caissant eut le talent
-par ses facties et sa crdulit de faire rire et d'amuser
-les autres, en menant une vie commode et
-agrable.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Dictionnaire des Hommes Illustres de la Provence</i>, Marseille,
-1736, in 4<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<p>Aprs avoir diverti longtemps les habitants de Bignolles,
-il vint Paris, et trouva moyen de s'insinuer
-auprs du Cardinal de Fleury. Il se disait aussi
-Cardinal, et le croyait, ou semblait du moins le croire.
-Caissant prouva que sa folie, sous le rapport du bien-tre
-matriel, valait bien l'esprit des autres.</p>
-
-<p><i>La suite</i> de l'histoire de Caissant, que cite Brunet,
-n'offre rien de piquant ni d'agrable, dit Barbier, et
-il y a toute apparence qu'elle vient d'une autre main
-que la premire partie. Il n'en est point parl dans le
-<i>Dictionnaire des Hommes Illustres de la Provence</i>.
-Cette suite est presqu'entirement compose de longues
-histoires pisodiques, absolument trangres au hros
-principal, selon Barbier.</p>
-
-<p id="dachet">Cette monomanie d'tre frre d'un roi de France,
-s'est renouvelle de nos jours, dans la personne de <i>d'Ach</i>
-ou <i>Dachet</i>, que les biographies ont oubli, quoiqu'il
-soit l'auteur de six ou sept volumes fort rares.</p>
-
-<p>Qurard, dans ses <i>Supercheries littraires</i>, tome 3,
-a rpar cet oubli, et nous apprend des faits qui nous
-obligent faire entrer ce Namurois dans notre galerie.</p>
-
-<p>N en 1748, Dachet reut son ducation au collge
-des Jsuites, et en 1768 accomplit ses v&oelig;ux monastiques
- l'abbaye de Floreffes.</p>
-
-<p>Ce fut alors que sa folie parat avoir commenc. Il
-nous a racont lui-mme sa vie, quoique d'une manire
-trs peu intelligible, et son mariage avec <i>sa nice</i>,
-fille de Louis XVI; car notre homme ne prtendait
-rien moins qu' tre le Duc de Bourgogne, fils an
-du Dauphin, pre de Louis XVI, par consquent le
-vritable successeur de Louis XV, et <i>frre an</i> de
-Louis XVI, qu'il regardait comme un usurpateur.</p>
-
-<p>En 1809 il s'occupait Voroux-Goreux prs de
-Lige, imprimer lui-mme ses <i>Mmoires</i> qui sont
-ddis <i>Aux Indiens</i>, et intituls: <i>Tableau historique des
-malheurs de la Substitution</i>, cinq volumes in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>L'histoire de ce livre tant trs curieuse, nous la
-donnerons ici, d'aprs le catalogue d'Alphonse Polain,
-Lige, 1842, in 8<sup>o</sup>, pages 14-16, qu'a suivi Qurard.</p>
-
-<p>Comme en 1810 le pays de Lige faisait partie de
-l'empire Franais, et qu'on y jouissait par consquent
-de toute la libert de la presse qu'avait bien voulu nous
-laisser l'Empereur, on prouva au sieur d'Ach qu'en
-vertu d'un dcret de Novembre 1810, il n'avait pas le
-droit d'imprimer des absurdits, mme pour lui seul,
-et sans avoir dessein de les vendre. On saisit sa presse,
-les quatre cents exemplaires de son livre, et l'on expdia
-le tout vers Lige, sous l'escorte d'un gendarme.</p>
-
-<p>Lorsqu'on demanda au frre an du malheureux
-Louis XVI de faire connatre les motifs qui l'avaient
-engag imprimer ces six gros volumes in 8<sup>o</sup>, dont un
-exemplaire avait t envoy au conseiller d'Etat <i>Ral</i>,
- Paris, un autre M. De Pommereul, directeur de
-la librairie, et le troisime rserv au Prfet, d'Ach
-rpondit que ses motifs taient: &ldquo;Le dsir et le besoin
-d'imprimer pour sa propre utilit, afin de dmontrer
-qu'il avait droit au sacrement du baptme, et que
-l'abbaye de Floreffes l'ayant tenu en prison pendant
-dix-huit cent quatre-vingt-quatre jours et demi, il a
-cru pouvoir revendiquer, la charge de ladite abbaye
-une somme de cent quatre-vingt huit mille, quatre
-cent cinquante florins, argent du pays, raison de
-cent florins par jour d'emprisonnement.&rdquo;</p>
-
-<p>Le Synode de Lige avait dclar, quelque temps
-auparavant, que d'Ach tait <i>un fou parfaitement
-caractris</i>. Le synode ne s'tait pas trop hasard
-dans son assertion; mais on n'tait pas d'une croyance
-aussi facile Paris. On s'obstinait presque voir dans
-l'ancien moine dfroqu un conspirateur habile, un
-ennemi acharn de la dynastie rgnante. M. Ral
-ordonna de surveiller attentivement cet effront
-visionnaire.</p>
-
-<p>Quant aux 400 exemplaires de l'ouvrage, <i>Les malheurs
-de la Substitution</i>, ils furent pilonns le 17 et 18
-Fvrier, 1812. Les exemplaires envoys par l'auteur,
-plus deux autres qu'on lui laissa, chapprent seuls
-cet immense dsastre. Aux yeux du bibliomane, le
-livre de d'Ach a donc aujourd'hui un fort grand
-mrite, celui de la raret; il n'a gure que celui-l.</p>
-
-<p>A la Restauration on retrouve d'Ach Paris, publiant
-une brochure, mentionne par <i>le Journal de la
-Librairie</i> de M. Beuchot; <i>Rclamation de Louis-Joseph-Xavier</i>
-(D. D'Ach) <i>contre la spoliation de ses
-biens</i>, 1817, in 8<sup>o</sup>, de 58 pages.</p>
-
-<p>Cet opuscule n'est pas moins rare, dit Qurard, que
-le <i>Tableau historique</i>.</p>
-
-<p>M. Alphonse Polain croit que notre auteur est mort
- Charenton.</p>
-
-<p id="herpain">Peut-tre est-il encore plus difficile de trouver les
-trois <i>Eptres</i> qu'<i>Usamer</i> publia Nivelles (Belgique)
-et ddia <i>ses contemporains</i>. Ce pseudonyme cache
-le nom d'un certain <i>Herpain</i>, de Genappe, qui, vers
-1848, ayant eu le cerveau drang par les ides de
-progrs social, l'ordre du jour alors, chercha faire
-accepter, afin d'tre plus universellement compris, une
-langue de sa faon, qu'il appelle <i>Langage Physiologique</i>.
-Il dveloppa son systme dans une brochure
-in 18<sup>o</sup>, format carr, dont il envoya un exemplaire
-toutes les assembles lgislatives de l'Europe. Celui
-qu'il destinait au Parlement Anglais, porte pour suscription:
-<i>Aux Lgislateurs de la Grande Nation Anglaise,
-par leur serviteur Herpain, auteur</i>.</p>
-
-<p>Dans une note, la fin de l'invocation, il prvient
-le lecteur qu'on a d se servir de quelques chiffres, au
-lieu de lettres, les caractres nouveaux n'tant pas confectionns.
-Usamer a soin de donner la traduction de
-son galimatias, et l'on peut juger par les deux lignes
-suivantes, que la prcaution n'est pas inutile:&mdash;</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Invocation.</span></p>
-
-<p>Stat5nq facto oprolit2al n1, n1 fo&#652;2al ovo otano.
-Tunk tev oret2inpod etesas et etes, &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Traduction.</span></p>
-
-<p>&ldquo;Aussitt que votre prsence majestueuse eut clair
-le nant, le nant fut fait le milieu de l'existence.
-Alors vous voultes rgner favorablement sur des
-essences, et des principes d'tres furent produits par
-votre gnreuse fcondit, &amp;c. &amp;c.&rdquo;</p>
-
-<p>Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette
-esquisse que par les paroles de Franois de Clarier,
-sieur de Longval, dans son <i>Hpital des fols incurables</i>:<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>
-&ldquo;Qui ne voit combien est grande la folie qui rgne
-parmy les hommes, puisque les plus savans d'entr'eux,
-qui devroient par consquent estre plus sages
-que tous les autres, disent quelquefois des choses que
-les moins sensz n'oseroient mettre en avant?</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> <span class="sc">L'Hospital des fols incurables</span>, <i>o sont dduites de
-poinct en poinct toutes les folies et les maladies d'esprit, tant des
-hommes que des femmes; tir de l'Italien de Thomas Gazoni, et mis
-en nostre langue par Franois de Clarier, sieur de Longval, professeur
-ez mathmatiques et docteur en mdecine</i>, 1 vol. in 8<sup>o</sup>, 1620.</p>
-</div>
-<p>&ldquo;Pline n'est-il pas plaisant de dire que le pote Philetas
-estoit si maigre et si gresle de corps, qu'il luy fallait
-mettre un contrepoids de plomb ses pieds, pour empescher
-que le vent ne l'emportast? Ne nous en
-baille-t-il pas bien garder quand il dit que sur le lac
-appel <i>Tarquinien</i>, il y eut jadis deux forests qui flottoient
-par dessus l'eau, ores en figure triangulaire,
-tantost en rond, et maintenant en quarr. La folie de
-C&oelig;lius n'est pas moindre quand il nous conte qu'un
-certain monstre marin, homme par devant et cheval
-par derrire, mourut et ressuscita par diverses fois.
-Elian n'est gure plus sage d'escrire que Ptolome
-Philadelphe eut un cerf si bien instruict, qu'il entendoit
-clairement son maistre, quand il luy parloit grec.
-Les exemples sont sans nombre, mais tant s'en faut
-qu'un esprit si grossier que le mien puisse raconter
-toutes les folies que les crivains, mesme les doctes,
-ont mis en avant, qu'au contraire je tiens qu'entreprendre
-un si long ouvrage seroit de mesme que
-vouloir dlasser Atlas, et le descharger de son fardeau;
-il me suffit de dire que le sage peut s'escrier bon
-droict: <i>J'ay veu tout ce qui se faict sous le soleil, qui
-n'est qu'affliction d'esprit et que vanit!</i> et: <i lang="la" xml:lang="la">Stultorum
-numerus est infinitus.</i>&rdquo;</p>
-
-<p>En rflchissant sur les faits que nous venons de
-passer en revue, il nous semble que l'on expliquerait
-beaucoup mieux les diffrentes sortes de folie, comme
-le dit le docteur J. Moreau dans son ouvrage intitul:
-<i>Du Hachisch et de l'alination mentale</i>, si l'on admettait
-l'identit psychologique de la folie et de l'tat de
-rve. Il n'est pas de rve dans lequel ne se retrouvent
-tous les phnomnes de l'tat hallucinatoire. La folie
-est le rve d'un homme veill; l'tat de rve est le
-type normal ou psychologique de l'hallucination. A
-quelques gards l'homme l'tat de rve, prouve, au
-suprme degr, tous les symptmes de la folie; convictions
-dlirantes, incohrence des ides, faux jugements,
-hallucination de tous les sens, terreurs paniques,
-impulsions irrsistibles, et, dans cet tat, la conscience
-de nous-mmes, de notre individualit <i>relle</i>, de nos
-rapports avec le monde extrieur, la libert de notre
-activit individuelle sont suspendus, ou, si l'on veut,
-s'exercent dans des conditions <i>essentiellement</i> diffrentes
-de l'tat de veille. Une seule facult survit, et acquiert
-une nergie, une puissance qui n'a plus de limites.
-De vassale qu'elle tait dans l'tat normal ou de veille,
-<i>l'imagination</i> devient souveraine, absorbe et rsume en
-elle toute l'activit crbrale. C'est ainsi que s'explique
-et que l'on comprend beaucoup mieux comment les
-Fous crivent parfois des choses senses, et comment
-des esprits ordinairement trs senss ont de temps
-autre crit de grandes folies. Les uns comme les
-autres rvent tout veills, l'association normale des
-ides chappe peu peu la volont, la conscience de
-nous-mmes s'affaiblit, et nous passons de la vie relle
- celle de l'imagination.</p>
-
-<p id="hall">Un des phnomnes les plus constants dans le songe,
-comme dans la folie, c'est que le temps et l'espace n'existent
-plus; le clbre Robert Hall, le grand prdicateur,
-disait un de ses amis, aprs tre revenu d'un des accs
-de folie qu'il avait de temps autre: &ldquo;Vous et
-mes autres amis me dites que je n'ai t enferm que
-durant sept semaines, et je suis forc de vous croire,
-car la date de l'anne et du mois correspond ce
-que vous et eux dites; mais ces sept semaines m'ont
-paru sept annes. Mon imagination tait tellement
-active et fconde que plus d'ides m'ont pass par
-l'esprit durant ce temps, que pendant n'importe
-quelle priode de sept annes de ma vie.&rdquo;</p>
-
-<p>Une esquisse de la folie littraire n'est pas, notre
-avis, un sujet de pure curiosit bibliographique. Il
-serait possible d'en tirer des conclusions d'une nature
-toute pratique, si l'on voulait examiner sans prjug,
-avec zle et une connaissance approfondie du sujet,
-dans toutes ses varits, les circonstances qui ont de
-l'analogie avec les faits que nous venons de dtailler.
-Un drangement mental, dit le docteur Conolly,<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> peut
-exister, sans tre ce qu'on appelle communment de
-la folie: &ldquo;<span lang="en" xml:lang="en">without constituting insanity in the usual
-sense of the word</span>,&rdquo; et ce qui produit ce drangement
-est souvent une cause physique. Par contre, les causes
-morales amnent frquemment le drangement physique
-du corps, ce qui a fait dire un des plus grands
-philosophes de l'antiquit que tous les dsordres des
-fonctions du corps humain ont leur cause dans les
-dsordres de l'esprit. La science a-t-elle assez soigneusement
-tudi ce qu'on appelle folie, sous ce
-double rapport?</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">Inquiry concerning the Indications of Insanity.</span></p>
-</div>
-<p>Si des choses trs senses ont t crites par des individus,
-dont le cerveau tait videmment drang,
-de mme le travail de la pense et les oprations de
-l'esprit ont achev durant le sommeil et en rve, chez
-plusieurs hommes clbres, ce dont ils se sentaient incapables,
-tant veills.</p>
-
-<p>Dsespr de ne pouvoir composer un morceau de
-musique, et accabl de fatigue, Tartini s'endort, et en
-rve il arrange sa fameuse <i>sonate du diable</i>, qu'il se hte
-d'crire de mmoire son rveil.</p>
-
-<p>Condorcet nous apprend que parfois des calculs
-difficiles qu'il ne pouvait achever, se sont termins
-d'eux-mmes, dans ses rves.</p>
-
-<p><i>Hermas</i> dormait lorsqu'une voix lui dicta, dit-il, le
-livre qu'il intitula <i>le Pasteur</i>.</p>
-
-<p>Franklin racontait Cabanis que les combinaisons
-politiques qui l'avaient embarrass pendant le jour, se
-dbrouillaient parfois d'elles-mmes, en rve. Les
-nombreux exemples de ce genre, qui sont consigns
-dans maints ouvrages, formeraient un curieux pendant
- notre esquisse de la littrature de la folie, et serviraient
- prouver, une fois de plus, que l'tat hallucinatoire
-est plus frquent qu'on ne le croit.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="c large">HISTOIRE DE LA LITTERATURE
-DES FOUS.</p>
-
-<p class="c">DEUXIEME PARTIE.</p>
-
-<p class="c small">BIOGRAPHIES.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">BLUET D'ARBERES.</h2>
-
-
-<h3>PREMIERE SECTION.<br />
-BIOGRAPHIE.</h3>
-
-<p id="darberes">En consquence de la raret et de la singularit
-des publications de ce fou littraire qui nous
-avertit lui-mme, ds son dbut qu'il ne
-sait ni lire ni crire, et qu'il compose par l'inspiration
-de Dieu et sous la conduite des anges, presque tous les
-Bibliographes se sont occups de lui, mais en mlant
-au vrai, nombre de suppositions et d'erreurs. Les
-suppositions avaient leur cause dans les notions vagues
-d'aprs lesquelles on parlait des crits de Bluet dont
-probablement pas un des critiques et des bibliographes
-antrieurs notre poque, n'avait lu en entier les
-fragments qu'il pouvait avoir sa disposition. Les
-erreurs rsultaient de l'impossibilit de consulter l'ensemble
-de ses compositions dont les trs rares exemplaires
-sont tous dfectueux et incomplets.</p>
-
-<p>Des recherches plus soigneuses que celles que l'on
-avait faites jusqu' prsent, et un heureux hasard ayant
-fait dcouvrir plusieurs parties des &oelig;uvres de Bluet, on
-a examin plus attentivement les dtails que l'on
-possdait dj, et l'on s'est de nouveau occup des
-bizarres lucubrations du Comte de Permission. Les
-trois crivains qui ont explor ce champ ingrat avec le
-plus de succs sont M. Deperrey dans sa <i>Biographie
-des hommes clbres du Dpartement de l'Ain</i>, M.
-Paul Lacroix dans deux articles du <i>Bulletin du Bibliophile</i>,
-de Techener, et M. Gustave Brunet, dans <i>la
-Biographie Universelle</i>, de Didot.</p>
-
-<p>Le premier a mis en &oelig;uvre les renseignements biographiques
-fournis par Bluet lui-mme, mais en nous
-les prsentant sous une forme moderne. Nous avons
-prfr, aprs avoir lu d'un bout l'autre trois
-exemplaires diffrents des &oelig;uvres de Bernard Bluet, de
-lui laisser son style simple et naf, et de choisir dans son
-&oelig;uvre entire les dtails romanesques mais vrais de
-cette existence vagabonde, tels qu'il les fournit lui-mme.</p>
-
-<p>Dans la partie Bibliographique nous prsenterons ce
-que les divers livres offrent de plus curieux, et profitant
-des recherches faites jusqu' ce jour, nous serons
-mme de donner une esquisse passablement complte
-de l'homme et de l'auteur.</p>
-
-<p>Charles Nodier dans une notice pleine de son esprit
-et de sa causticit habituels, nous a donn un
-excellent article critique sur Bluet d'Arbres et sur ses
-&oelig;uvres, dans <i>le Bulletin du Bibliophile</i>, de Techener.
-Quoique plusieurs autres bibliographes se soient occups
-de Bluet, comme nous allons le voir, Nodier est le
-premier, notre connaissance, qui soit entr dans
-quelques dtails sur sa vie et ses crits bizarres.
-&ldquo;J'aime penser,&rdquo; dit-il, en terminant sa notice, &ldquo;que
-<i>Dubois, Gaillard, Braguemart et Neuf-Germain</i>
-portrent les quatre coins du pole funbre de
-Bluet; c'taient des fous de mme force.&rdquo;<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Gaillard avait t valet de pied, puis cocher, dit Nodier,
-avant d'tre pote. Il avait reprit l'artifice commode de Bluet
-d'Arbres, et ses lettres adulatrices aux belles dames de son temps
-sont assez passables pour des lettres de cocher. Ses posies parurent
-en 1634, et sont trs rares.</p>
-
-<p id="dubois">Nous avons parl ailleurs de Dubois.</p>
-
-<p>Quant Louis de Neuf-Germain, que Bayle dsigne comme
-tant un peu fou, pour ne rien dire de plus, il vivait sous le rgne
-de Louis XIII. Le Duc d'Orlans le nomma son <i>pote Htroclite</i>
-et Neuf-Germain prit srieusement ce titre la tte de ses
-ouvrages. Le Cardinal de Richelieu se plaisait lui entendre
-rpter ses plates bouffonneries. On ignore l'poque de sa mort,
-mais les contemporains en parlent encore comme tant vivant en
-1652. Sarrasin, Voiture et Boileau se sont occups de ce fou
-littraire dont les &oelig;uvres furent publies en deux volumes in 4<sup>o</sup> en
-1630 et 1637, sous le titre de: <i>Posies et rencontres du sieur de
-Neuf-Germain</i>.</p>
-</div>
-<p>Examinons brivement ce que savait la critique
-littraire sur Bluet, avant Charles Nodier.</p>
-
-<p>L'article que Flgel<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> consacre notre auteur, rsume
-assez bien, sauf quelques oublis, ce qu'on en savait
-cette poque. Il indique la contradiction entre Prosper
-Marchand et Beyer,<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> sur la nature mme des
-&oelig;uvres de Bluet, l'un affirmant que c'est un petit
-volume, et l'autre que c'est un gros ouvrage. Flgel
-qui probablement n'en parle que par ou-dire, penche
-pour le dernier avis. Au fond ils n'ont peut-tre tort
-ni l'un ni l'autre. Marchand a voulu parler du format,
-et Beyer de l'paisseur de ce petit volume, lorsque tout
-est runi (<span lang="de" xml:lang="de">dickes Buch</span>). Il parat que du temps de
-Flgel on n'avait connaissance que de cent trois des
-livres, ou morceaux numrots de Bernard. On
-n'tait gure d'accord non plus, sur la signification de
-ces visions. Les uns n'y voyaient que des nigmes
-incomprhensibles, les autres y trouvaient un sens
-mystique cach et profond; enfin une troisime classe
-y reconnaissait la science de la pierre philosophale, tant
-il est vrai de dire:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un fou trouve toujours un plus fou qui l'admire.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">Bayle, dans sa correspondance, lettre 187, (et non 137,
-comme le dit Flgel,) nous apprend qu'il ne savait rien
-sur Bluet d'Arbres, mais, ajoute-t-il: &ldquo;j'espre rencontrer
-quelque chose, du moins fortuitement, dans
-le cours des recherches que je fais, sur le Comte de
-Permission.&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <span lang="de" xml:lang="de">Geschichte der Komischen Litteratur. Ersten Haupstck</span>
-17<sup>ime</sup> sicle, 2<sup>ime</sup> vol. p. 528.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Memori librorum rariorum</span>, p. 49.</p>
-</div>
-<p>Le Duchat fit copier le commencement de Bluet
-par M. Du Fourni, auditeur de la chambre des
-comptes, et dans cette copie il est fait mention, pour
-la premire fois, d'une circonstance que Bluet nous
-apprend lui-mme, c'est la couverture diversement
-colorie dont il faisait relier les plaquettes, qu'il appelait
-des livres.</p>
-
-<p>&ldquo;Le 2<sup>me</sup> livre d'oraisons tait couvert de bleu cleste.</p>
-
-<p>&ldquo;Le troisime livre des sentences, couvert d'orang.</p>
-
-<p>&ldquo;Le 4<sup>me</sup> livre des prophties est couvert de rouge.</p>
-
-<p>&ldquo;Le 6<sup>me</sup> livre des songes, est couvert de bleu et de
-noir, &amp;c.&rdquo;</p>
-
-<p>Le Duchat, dans une remarque sur un passage de
-<i>La Confession de Sancy</i>, fait une observation trs nave,
-et qui prouve qu'il n'avait qu'une ide bien vague du
-Comte de Permission: &ldquo;Il y eut la cour d'Henri
-IV, dit-il, depuis 1601 jusqu'en 1605, un homme de
-ce nom-l, qui n'y avait pas fait fortune, et qui dpendait
-de quelque ministre, comme pouvait tre M.
-De Sillery, garde des sceaux, chez lequel il avait la
-commission de revoir les ouvrages pour lesquels on
-demandait un privilge.&rdquo;</p>
-
-<p>La pense de donner cette trange position un
-homme qui ne savait ni lire ni crire, aurait t des
-plus bouffonnes. C'est un curieux exemple du danger
-qu'il y a de faire des suppositions sur un auteur dont
-on n'a gure lu les ouvrages.</p>
-
-<p>Prosper Marchand<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> accorde huit lignes notre Comte
-de Permission, de l'existence duquel il n'est pas mme fort
-assur, car il en parle comme d'un personnage &ldquo;<i>qu'on
-prtend avoir paru la cour de France</i>, au commencement
-du 17<sup>me</sup> sicle, et qu'on croit avoir t <i>une espce
-d'administrateur de la librairie</i>, ou d'examinateur des
-ouvrages publier, sous l'autorit du Chancellier.&rdquo;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Dictionnaire historique, t. 1<sup>ier</sup>, p. 203.</p>
-</div>
-<p>Ceci n'est pas mal, comme mystification dans l'histoire
-littraire, mais Prosper Marchand ne s'arrte pas
-en si beau chemin: &ldquo;Il y a sous ce nom (celui du
-Comte de Permission) un petit livre extrmement
-rare, et connu de trs peu de personnes, <i>dont surtout
-les partisans de la pierre philosophale font beaucoup
-de cas</i>!&rdquo; Il faut dire cependant, la dcharge du
-biographe, que, convaincu de la nullit de ses renseignements,
-il donne tout au long en note, ceux de l'auteur
-des remarques sur les lettres de Bayle, dont nous avons
-parl ci-dessus.</p>
-
-<p>Il avait eu sous les yeux l'ouvrage de Bluet
-d'Arbres, car il le dcrit et en donne mme des
-extraits. Comprend-on, aprs cela, que non seulement
-il n'ait pas la moindre ide de son contenu, ni
-de la date de l'impression (indique cependant presqu'
-chaque livre) mais encore qu'il forge plaisir un faux
-titre dans un catalogue!</p>
-
-<p>Il est curieux de citer les paroles mmes d'un bibliophile
-aussi exact.</p>
-
-<p>&ldquo;Le Comte de Permission est un petit livre trs
-rare&rdquo; (d'abord le Comte de Permission non seulement
-n'est pas un livre; ce n'est pas mme le titre
-d'un ouvrage quelconque). &ldquo;C'est une espce de
-catalogue de livres feints et imaginaires;&rdquo; (ne
-croirait-on pas qu'il s'agit d'une seconde bibliothque
-de Saint Victor?) &ldquo;qui contient 42 feuillets,&rdquo; (et ce
-malheureux Bluet croyait avoir compos 173 livres!)
-&ldquo;Les chimistes regardent le Comte de Permission comme
-un ouvrage de philosophie hermtique, o l'on a
-dvelopp, sous diverses figures emblmatiques, l'art
-de transmuter les mtaux, et c'est ce qui fait que les
-curieux le recherchent encore quelquefois,&rdquo; (et c'est
-ainsi que l'on crit l'histoire des livres!) &ldquo;Pour moi,
-j'aime mieux le regarder comme une satire assez
-froide de diverses personnes du temps de Henri IV,
-et c'est sous cette ide que je me souviens d'en avoir
-ainsi fait dresser le titre, dans le catalogue de la Bibliothque
-de M. Cloche, qui fut vendue publiquement
- Paris en aot 1708: <i>Le Comte de Permission,
-ou 42 portraits satiriques et allgoriques de
-diffrentes personnes du temps de Henri IV, en forme
-de titres de livres; avec figures, en 1603, in 12<sup>o</sup>.</i>&rdquo;</p>
-
-<p>Le trop confiant Flgel a t pris ce pige d'un
-faux titre, qu'il a donn comme un ouvrage vritable.
-Pierre de l'Estoile, dans son Journal de Henri IV,<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>
-nous fournit une description plus prcise de notre
-auteur et de ses ouvrages: &ldquo;En ce mois&rdquo; (aot 1603)
-dit-il, &ldquo;courait Paris un nouveau livre d'un fol
-courant les rues, qui se faisoit nommer <i>le Comte de
-Permission</i>, lequel ne savoit ni lire ni crire, comme il
-en donne avis chaque feuillet, et ce qu'il faisoit et
-crivoit, toit, ce qu'il disoit, par inspiration du
-Saint Esprit, c'est dire, de l'esprit de folie qui le
-possdoit, comme il apparoit par ses discours, o
-il n'y a ni rime ni raison, non plus qu'en ses
-visions. Il a mis dans ce beau livre, la Reine, tous
-les princes et les princesses, dames et damoiselles,
-dont il a pu avoir connaissance, tant trangers,
-qu'autres, avec des tymologies et interprtations de
-leurs noms, fort plaisants et -propos, selon le proverbe
-commun qui dit que les fols rencontrent souvent
-mieux et plus -propos que les sages. Ce beau livre
-imprim Paris, ses dpens, et avec permission de
-Monsieur le Chancellier, est bien digne du sicle de
-folie tel qu'est le ntre.&rdquo;<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Tome 1, pages 259-260.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Nous verrons plus loin pourquoi de l'Estoile ajoute que le
-mtier de ce fol tait d'tre charron, et qu'il montait en Savoie
-l'Artillerie du Duc, <i>o on disoit qu'il se connaissoit fort bien</i>.</p>
-</div>
-<p>Garnier, un des commentateurs de Ronsard,<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> range
-aussi notre Bluet d'Arbres au nombre des fous, dans
-une note d'un passage relatif l'poque prcdant les
-guerres civiles de France, o l'on voyait errer parmi les
-villes, des hommes:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Barbus, crineux, crasseux et demi-nus,</div>
-<div class="verse">Qui, transports de noires frnsies,</div>
-<div class="verse">A tous venans contaient leurs fantaisies</div>
-<div class="verse">En plein march ou dans un carrefour,</div>
-<div class="verse">Ds le matin, jusqu' la fin du jour.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Edition de Paris, in folio, 1623.</p>
-</div>
-<p>&ldquo;Tels,&rdquo; dit Garnier, &ldquo;que nous avons eu de notre
-temps le <i>Prince Mandon, le Comte de Permission et
-matre Pierre du Four l'Evesque</i>.&rdquo;</p>
-
-<p>De tous les Bibliographes anciens, De Bure le
-jeune est celui qui a donn les dtails les plus exacts
-sur les &oelig;uvres de Bluet d'Arbres, d'aprs l'exemplaire
-de la Bibliothque du Duc de la Vallire, le plus complet
- cette poque.</p>
-
-<p>La Bibliographie allemande moderne s'est aussi
-occupe de notre auteur, et Grsse lui a consacr une
-notice exacte, mais peut-tre trop concise,<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a> o il
-avance, sans que nous puissions nous imaginer sur quel
-fondement, que les &oelig;uvres de Bluet d'Arbres sont
-une imitation du <i lang="it" xml:lang="it">Seconda Libraria di Doni</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> <i lang="de" xml:lang="de">Lehrbuch einer Allgemeinen Literrgeschichte aller bekannten
-Vlker der Welt, Von D<sup>r</sup> J. G. Ch. Grsse.</i> Leipzig, 1856,
-tom. 3, section 1<sup>re</sup>, page 502.</p>
-</div>
-<p>Prsentons maintenant l'autobiographie de notre
-original.<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Bluet commence raconter sa vie au 70<sup>me</sup> livre, imprim le 10
-Novembre, et ddi au Duc de Maines. Nous indiquerons successivement
-les livres dans lesquels il continue sa narration, en y
-faisant entrer les dtails qu'il a rpandus dans un grand nombre
-d'entr'eux.</p>
-</div>
-<p>Moy Bernard de Bluet d'Arbres, Comte de Permission,
-chevalier des ligues des treize cantons de
-Suysse, naquit l'an 1566, Arbres, terre de Gex,
-auprs de Genve, issu de petite maison et pauvres
-parens. Ils estoient de la religion Philistienne.
-Tout ce qu'ils m'ont appris c'est mon <i lang="la" xml:lang="la">Pater</i> et le
-<i lang="la" xml:lang="la">Credo</i> en Franois. Mon village est en une boissire
-(<i>valle</i>). Du cot du Soleil couchant il y a des
-montagnes, o il n'y a que rochers et herbes de
-senteur. Du cot du Levant, il n'y a que marescages.
-Je me souviens de tout ce que j'ay dit et fait, depuis
-que j'estois au berceau.</p>
-
-<p>Quand je commenay cheminer, je montois dessus
-de grands coffres de paysans, et chantois haute voix:
-<i lang="la" xml:lang="la">Domine</i>.</p>
-
-<p>Les paysans qui avoient sem du millet, avoient mis
-des images de nostre Seigneur dans les champs pour
-faire peur aux oyseaux. Je les allois prendre, cause
-que nostre Seigneur y estoit en peinture.</p>
-
-<p>Nous tions allz mener les brebis <i>Andr Bure</i> et la
-<i>Tivne de Trec</i>, auprs du chesne du <i>Baissot</i>; eux
-avoient beaucoup plus de temps que moy. Voicy que
-le loup commence a venir prendre de nos brebis, alors
-je commence rclamer l'aide de Dieu, et l'instant
-le loup quitta les brebis&hellip; Depuis l'age de
-quatre ans je n'ay eu que du travail et point de repos.</p>
-
-<p>Mon pre me fit le gardien de toutes les brebis du
-village. J'avois entendu dire que Dieu avoit promis
-que quand on seroit deux qui parleroient de luy, qu'il
-seroit au milieu des deux. Je me mettois en teste et
-croyois que moy seul suffirois, et que Dieu pouvoit
-aussy bien m'assister qu' un grand troupeau&hellip;
-Mon frre Michel prenoit plaisir dire des chansons,
-estant aux champs avec les brebis. Il estoit lou et
-estim par les filles, et je n'estois point lou ny estim,
-parceque je ne savois pas dire de chansons. Mais
-pour cela le loup ne laissoit de luy manger ses brebis,
-ce qui ne m'arrivoit point.</p>
-
-<p>J'hayssois fort la paillardise jusques l'age de sept
-ans. Quand je voyois des femmes et des filles, j'allois
-me cacher derrire des lits&hellip; Je n'avois pas une
-heure de relasche; on me faisoit aller qurir du bois
-sur les paules. J'avois fait un petit chariot pour aller
-le qurir, et mes compagnons venoient tirer le chariot
-avec moy, encore qu'ils fussent de plus grande maison
-que moy.</p>
-
-<p>Au temps qu'il falloit retirer le foin et le bled, l'on
-m'envoyoit par les montagnes pour faire du ramage
-pour donner aux brebis; je m'y tenois tousjours incessamment.
-Il y avoit un chasteau qui s'appeloit <i>le
-chasteau Dyvone</i>, proche de mon village: dans le
-chasteau, au belvar de l'haute cour, il y avoit Adam et
-Eve, l'arbre de vie avec le serpent, reprsents au
-naturel, et ne leur manquoit que la parole. Aussitt
-que je me pouvois desrober, j'tois incit et induit
-pour aller voir ceste belle histoire si hazardeuse et
-escandaleuse. Je ne faisois que penser aux grans dons
-des graces et faveurs que Dieu avoit fait au prophte
-Royal David, et Moyse, et me reprsentois tousjours
-ces deux grands personnages.</p>
-
-<p>La plus grande ambition que j'avois en ce temps
-c'est qu'il pleust Dieu de me faire la grace que je
-peusse estre prdicateur. Les clercs estoient de grand
-renom et respect. J'empruntois des livres de mes compagnons,
-et y regardois quand j'estois aux champs fin
-qu'on eust creu que je sceusse bien lire, et m'estois
-toujours d'avis qu'un ange me devoit parler et me reprsentois
-toujours le jugement de Dieu devant ma
-face. Je priois incessamment Dieu&hellip; Je me
-faisois accroire en ce temps-l que si j'eusse est du
-temps de Jesus Christ, j'eusse tout quitt pour le
-suyvre&hellip; Je disois mes compagnons: &ldquo;quand je
-seray grand, vous me verrez suivre des princes, puis
-des roys, s'il plaist Dieu, et porteray de leurs
-mesmes habits, satin et velours, avec passemens d'or.&rdquo;
-Ils ne faisoient que rire, mais mon dire s'est trouv
-estre vritable.</p>
-
-<p>En l'an 70, du temps que le Duc Darue passa par
-Chamberry en Savoye pour aller en Flandre, ceux de
-Genve et de mon pays craignoient que les Espagnols
-ne leur fissent la guerre, et disoient: Les gendarmes nous
-viendrons couper la gorge! Je me consolois avec Dieu,
-aux champs, mes brebis. Je disois: Hlas! o irai-je
-me cacher, afin qu'ils ne me coupent la gorge! Je
-priois Dieu qu'il prolongeast cet accident jusqu' ce
-que je fusse en age, que je pusse entrer au service et en
-crdit, par la misricorde de Dieu, avec ceux qui peuvent
-allumer le feu et l'esteindre. Mon Dieu a entendu
-ma voix, m'ayant envoy au service de Charles Emmanuel
-Duc de Savoye en l'an 85, o je suis demeur
-jusqu'en l'an 1600.<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> Livre 47<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>De sept ans dix<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> mon pre voulut me faire berger
-de vaches; j'avois accoustum de garder les brebis
-jusqu'alors, qui est la plus noble beste qui soit en
-toutes les bestes, aprs la colombe. Il m'estoit bien
-fascheux d'aller aux marescages l o il n'abite que des
-bestes sales. Je demanday mon pre qu'il me laissast
-garder les brebis, car ce m'estoit plus honorable que de
-garder les vaches, mais il me respondit, qu'il n'estoit
-pas si profitable. Il me fallut donc estre gardien de
-vaches. Comme je n'avois pas peur que le loup les
-mangeast, je me livrois aux penses de l'ambition. Je
-faisois des cuirasses des escorces d'arbres, et des morillons
-des citrouilles, et force espes de bois, des paniers
-de bois, artilleries de bois, arquebuzes et pistoles de
-bois, et les canons estoient des clefs perces, trois tambours,
-et les caisses des tambours estoient d'escorces de
-crisier. Prenant les lettres de parchemin qui estoient
-des contracts et testaments de mes prdcesseurs, pour
-en faire les fonds des tambours, prenant les filets pour
-faire les cordages. Je faisois des paniers d'ozier et les
-envoyois vendre Genve pour avoir de l'argent pour
-acheter du taffetas pour faire des enseignes de guerre.
-Aprs avoir fait tout cela, je le cachois par dedans la
-paille, afin qu'on ne trouvast ces artifices. Je fis un
-coffre de la longueur d'un escabeau, trois pieds de long
-et deux de large. J'achetois des jettons marqus de
-la Fleur de Lys du Roy de France, et en empruntois encore
- Janet Gaudar et les estendois sur le sable. J'empruntay
-une grosse gibecire de Pierre Rouz, principal
-du village, et la remplis tant de sable que de jettons,
-et la mis dedans le coffre. Je prins une chambre qui
-estoit sur quatre colonnes de bois faictes avec des ais.
-J'y mis tous mes artifices de guerre. La chambre
-estoit un de mes voisins.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Ceci appartient au 71<sup>me</sup> livre, qui a en tte une gravure surmonte
-d'une couronne, et qui reprsente le Comte de Permission
-gardant les moutons et pourchassant un loup.</p>
-</div>
-<p>Au village o je suis n, il y avoit de trs belles filles.
-Mes compagnons estoient les bien-venus auprs d'elles,
-mais moy je n'estois ny bienvenu, ny aucunement caress,
- cause que j'estois sorty de pauvres gens de mpris.</p>
-
-<p>J'estois dj fort persecut en ce temps l caresser
-et aymer les belles filles, jusqu' considrer dans mon
-esprit quand viendra le temps que les femmes seront
-bon march.</p>
-
-<p>Je hayssois tous les autres vices, mais je trouvois que
-celuy l estoit le plus plaisant. Quand j'estois couch la
-nuict, toujours les mauvaises penses me venoient attaquer,
-et me sembloit que si toutes les plus belles
-femmes et filles du village se fussent prsentes moy,
-que j'eusse accomply le plaisir de concupiscence.</p>
-
-<p>Je priois Dieu journellement qu'il luy pleust me faire
-tant de grace que de me donner le savoir et la science
-pour pouvoir prescher mes compagnons.</p>
-
-<p>Je leur dis que j'avois un trsor, et ils me respondirent
-qu'ils vouloient en avoir leur part, autrement ils
-l'iroient rapporter au gouverneur de Gex.</p>
-
-<p>Je leur respondis: je vous en feray part moyennant
-que vous ne le disiez point aux autres, et que vous
-soyiez petit nombre de gens. Incontinent ils l'allrent
-dire tous les autres, et j'en faisois du fasch, et cependant
-j'en estois bien joyeux, parceque ma cour et
-ma suite en seroient plus grandes. Je leur dis: vous
-vous contenterez de le voir, sans le toucher et n'entrerez
-qu'un la fois dans la chambre. (Il suit ce
-plan et les introduit l'un aprs l'autre dans son arsenal,
-leur montrant le coffre de jettons, puis les fait sortir,
-et leur donne chacun des noms de noblesse.) Je les
-fis armer de mes armes, battre mes tambours. J'avois
-fait une colombe de bois dor, et un baston de la
-hauteur d'un homme, avec une banderolle de fer-blanc
-dor, et une croix blanche jour, au milieu de la banderolle.
-C'estoit ainsy un baston royal. Je le faisois
-tousjours porter devant moy, signifiant la grandeur
-de l'inspiration de Dieu. Alors mes compagnons de
-noblesse me disoient: que ferons nous de ce trsor; il
-faut que nous le partagions. Je respondis: je ne veux
-pas qu'un aussy grand trsor se disperse. Il faut voir
-s'il y a quelque chasteau ou seigneurie vendre, nous
-l'acheterons tous ensemble, et serons frres. Toutefois
-je veux estre le suprieur de vous tous, et me rendrez
-obissance.</p>
-
-<p>Tout le plaisir et delectation que j'avois, c'est que
-je les faisois tirer l'arbaleste et la flesche, eux marchant
-en ordonnance, le tambour battant, les enseignes
-dployes.</p>
-
-<p>Toutes les plus belles filles me venoient voir et me
-faisoient grande caresse et reverence.</p>
-
-<p>Quand je fus l'age de neuf ans,<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a> il y avoit une
-paysanne, belle fille et riche qui estoit une voysine.
-Elle s'appeloit Antoinette Goandet. Mes compagnons
-me venoient prier que je parlasse pour eux ceste paysanne.
-Alors je parlay pour un nomm Chateaufort,
-mais la belle me respondit que je parlasse pour moy et
-non point pour les autres, et qu'elle m'aymeroit mieux
-que celuy pour lequel je luy parlois. Je fus bien joyeux
-et content.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Ceci appartient au 72<sup>me</sup> livre dont la gravure reprsente le
-Comte de Permission et ses compagnons arms comme il l'a dcrit
-plus haut, debout au centre de son artillerie, et le coffre aux jettons
-ouvert au milieu d'eux.</p>
-</div>
-<p>(Il devient amoureux, la mre de la jeune fille se
-fche, le pre de Bluet s'irrite. Notre hros s'enfuit
-de la maison paternelle, et se sauve au chteau de
-Grelly, un quart de lieue de son village.)</p>
-
-<p>Le seigneur du dict lieu estoit capitaine de cinquante
-lances pour le Duc de Savoye. Au chasteau se trouvoient
-la femme du seigneur, son fils et ses trois filles.
-Je dis icelle dame: Madame, je vous prie humblement
-de me faire ceste faveur, au nom de Dieu, de
-m'amener Rumilly avec vous. Elle me dit: que
-feras-tu quand tu seras l? tu es si petit, quoy employeras-tu
-le temps?&mdash;Je prieroy Dieu le crateur afin
-qu'il luy plaise me faire la grace que je puisse devenir
-le maistre monteur de l'artillerie. Alors la dicte Dame
-m'accorda ma demande, et nous partmes le lendemain&hellip;
-(admis au chteau, il y trouve le contrleur du
-Duc, qui voulant probablement s'amuser, promet
-Bluet de le faire entrer au service de son altesse, raison
-de dix cus par mois; mais on ne le paie pas; il
-se plaint; on dchire le contrat que par plaisanterie on
-avait fait dresser par un notaire, et Bluet s'arme de
-patience contre sa mauvaise fortune.)</p>
-
-<p>Au bout de quatre mois, on m'habille tout de boccassin
-incarnadin, espe et poignard, manteau et
-panache. Tous mes compagnons furent esmerveills,
-puis je m'en retournay Rumilly. Le jour de mon
-arrive<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> les quatre compagnies de chevaux-leger firent
-montre, ensemble toute la noblesse de Savoye commenoit
- s'armer et se prparer&hellip;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> 73<sup>me</sup> livre. Suite de sa vie jusqu' l'ge de 16 ans.</p>
-</div>
-<p>J'estois en renom de plus en plus cause de mon
-jeune age et de l'intelligence qui estoit en moy. Je
-n'avois que douze ans. Je demeuray six ans Rumilly,
-et toute l'envie que j'avois c'estoit de m'amasser quelque
-somme d'argent, la sueur de mon visage, et puis
-aprs me marier&hellip; J'avois ceste coutume que
-j'aymois estre tousjours superbement habill. A
-Rumilly je fis faire des habits de taffetas et satin.</p>
-
-<p>Durant ces six annes, je m'en allai quatre ou cinq
-fois au lieu de ma naissance, et je ne voulus jamais
-loger en la maison de mon pre, mais je logeois en la
-maison du voisin qui s'appelle Nicolas Coindet; et six
-ans aprs, la maison de mon pre est venue tomber,
-et il a achet la maison o je logeois&hellip; J'avois
-incit et sollicit mon pre et ma mre qu'ils ayent
-vendre le peu de biens qu'ils ont, pour s'en venir ailleurs,
-parceque le temps viendroit que les armes leur
-couperoient la gorge. Dix ans aprs, les Espagnols
-brlrent la terre de Gex; les femmes et filles furent
-forces et violes, brles et massacres. Mon pre et
-ma mre furent lis et garotts. Mon pre s'ecria
-Hlas! mon fils Bernard o es-tu, qui a mont l'artillerie
-de nostre prince? Les Espagnols dirent: est
-ce maistre Bernard qui a mont la croix? Alors mon
-pre et ma mre furent dlis et libres. Tout le pays
-fut brusl, sinon mon village qui fut prserv.<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Livre 47<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>A seize ans je quittay Rumilly,<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> et j'allay au chasteau
-de Monmeillan, principale place de toute la Savoye.
-J'allois offrir mes services Monsieur de Bonvillar,
-gouverneur de la place. Une sentinelle donne avis
-qu'un jeune garon vouloit parler au gouverneur.
-Celui-cy demande ce que je voulois, et je luy respondis:
-&ldquo;Monsieur, depuis que Dieu m'a donn le jugement
-je n'ay eu d'autre dessein que de servir son altesse,
-pour accommoder son artillerie.&rdquo; (Il est agr et on
-lui donne un logement dans la forteresse. Le contrleur
-du gouverneur lui offre, dit-il, une de ses
-matresses pour femme, mais il refuse par fiert. Puis
-il veut lui donner une de ses filles btardes, ce qui ne
-russit pas non plus. Parmi plusieurs intrigues, qui
-toutes, dit-il, <i>s'en allrent au vent</i>, il en raconte une
-fort originale, mais que nous ne pouvons placer ici.)</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> 74<sup>me</sup> livre. Portrait en pied de Bluet d'Arbres arm, et
-d'une femme de chambre tenant en main une quenouille. Au-dessus
-des portraits se trouve imprime en deux lignes la lgende
-suivante: &ldquo;Outre que la figure est bien taille, c'estoit la plus
-belle suivante qui fust jamais en tout le monde.&rdquo;</p>
-</div>
-<p>Le gouverneur avoit parl son Altesse le duc pour
-moy, et lorsqu'il fust desmist de ses fonctions, elle commanda
-que j'eusse les mesmes franchises qu'auparavant.
-Quelque temps aprs le nouveau gouverneur me donna
-commission de monter toute l'artillerie, et qu'il n'y auroit
-jamais artisan qui seroit mieux rcompens de son
-Altesse, que moy. &ldquo;Mais gardez-vous, dit-il, de vous
-marier encore de quelque temps, car tel ne vous voudroit
-donner sa Chambrire pour l'heure prsente, qui
-avec le temps sera trop heureux de vous donner sa fille.&rdquo;
-Je me tenois bien heureux d'avoir receu un aussy bon
-conseil de mon dit sieur le gouverneur, lequel j'ay observ
-jusqu' prsent.</p>
-
-<p>(Bluet a maintenant prs de vingt ans, et c'est probablement
-vers cette poque qu'il commena avoir
-ses visions, au milieu d'amours multiplies, et de tours
-trs fcheux qu'on lui joue chaque instant. Dans
-une de ses visions arrive le 19 Novembre 1586 au
-chteau de Montmeillan, il lui sembla que des armoiries
-lui taient donnes en rve. C'tait, dit-il,
-l'arbre de vie, avec sept racines entoures par deux
-serpents dont l'un a une tte de femme. Deux
-branches de laurier charges de douze pommes entourent
-l'arbre, et le tout est surmont par cinq couronnes,
-au-dessous desquelles est une colombe au milieu
-d'une gloire. Dans sa premire <i>oraison</i>, il explique
-symboliquement ces armoiries qui se retrouvent plusieurs
-fois graves dans ses &oelig;uvres.</p>
-
-<p>L'anne prcdente, il tait all faire un plerinage
- S<sup>t</sup> Claude, et il passa par le pays de Gex. Tous
-ceux de son pays se moquaient de lui, rapporte-t-il, et
-le traitaient de fou, parcequ'il leur recommandait de
-prier Dieu, vu que le temps approchait o les chteaux
-et maisons du pays seraient brls, et les habitans
-passs au fil de l'pe.</p>
-
-<p>Laissons maintenant notre hros le soin d'expliquer
-lui mme ses amours et les tours dont il est la
-victime.)</p>
-
-<p>Je dpendois grande somme d'argent pour adhrer
-aux desirs de Toinette.<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a> Je faisois force collations
-et faisois manger force confitures ma maistresse
-et sa compagnie, jusqu' luy donner tout ce
-qu'elle estimoit luy estre agrable. Mais l'on abusoit
-de ma bont et de ma patience. Je payois
-tous les violons, et les autres dansoient mes despens;
-je faisois l'amour et les autres la vie, c'est dire la
-monte. Monsieur de Choizel, veneur de Madame la
-Gouvernante, prenoit du poulverin d'arquebuze, et me
-le venoit souffler contre les yeux, ce qui me faisoit
-beaucoup de mal la vue. Encore ne se contentoit-il
-pas de cela, mais il prenoit la clef de mon coffre, et
-me prenoit tout ce qui estoit dedans. Il me venoit
-trouver dans ma chambre et me tiroit mes bagues d'or
-de mes doigts, et en faisoit son propre, ce qui m'occasionna
-de m'en plaindre Monsieur le Gouverneur, et
-il me respondit que ma maistresse y mettroit du remde.
-Le dict Choizel estoit des mignons de Toinette. Je
-consideray qu'il n'estoit pas possible que le c. d'une p.
-me peust faire condescendre vivre desreglement
-l'encontre de la volont de Dieu&hellip; Petits et
-grands se mocquoient de moy, et me faisoient des
-cornes. J'avois des visions que partout o ma maistresse
-logeoit, qu'il y avoit deux portes&hellip; Je demanday
-mon cong Monsieur le Gouverneur, et
-satisfaction de mon travail.<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a> Il me dit: le cong que
-je vous donne, c'est de garder de prs votre maistresse.
-Je luy respondis: Monsieur, je ne seray jamais subject
-au c. d'une p., et il me respondit: Maugr de coquin!
-Monsieur, rpliquai-je, si je suis coquin, mon esprit
-n'est point abastardy, et l'instant il me donna mon
-cong par escrit, mais sans me donner aucun payment
-de ce qu'il me devoit&hellip; Je retournay au chasteau
-de Montmeillan, o je fus trs bien venu et trs honorablement
-reeu&hellip; C'estoit environ un mois
-avant Noel. Dieu m'envoya une inspiration de
-demeurer trois jours sans boire et sans manger&hellip;
-et pour une repentance et pnitence, je voulus aller
-pied nud, et marcher teste nue au plus gros de l'hiver,
-depuis Montmeillan jusques nostre Dame de Means,
-qui est une bonne lieue de distance. Je ne portois
-que ma chemise et mes scarons. Estant de retour,
-ma chair estoit toute noire, et alors me fust annonc
-secret haut et puissant. Une voix me disoit: comporte-toy
-bien et sagement, car Dieu veut se servir de toy,
-et te veut faire prophte&hellip;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Il raconte ceci au 75<sup>me</sup> livre, celui o se trouve une gravure
-indcente reprsentant une femme nue, entrelarde par tout son
-corps de priapes ails.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> 76<sup>me</sup> livre.</p>
-</div>
-<p>(Au 78<sup>me</sup> livre il raconte une autre vision, dans laquelle
-on veut lui faire pouser sa matresse qu'il nomme tantt
-Toinette, tantt Lucrce de la Tornette, mais il ne veut
-pas se marier avec elle. Comme, en cette vision, il est
-trs pauvre, et n'ayant pour tout vtement que sa chemise,
-Toinette fait amener auprs de lui sept mulets
-tous chargs d'cus: Voil, mon serviteur, pour vous
-remonter, dit-elle. Il dsire savoir d'o vient tant
-d'argent, et elle rpond: c'est son altesse qui me l'a
-donn, pour rcompense de ce qu'il m'a fort bien
-embrasse. Allez, p., s'crie Bluet furieux, je ne veux
-point estre remont par votre&hellip;</p>
-
-<p>Le gouverneur, sa femme et tout le monde disaient,
-et faisaient courir le bruit, rapporte-t-il, qu'il tait
-devenu fou, et avait des transports au cerveau. Enfin
-touts ces tribulations cessrent par la mort de Toinette
-qui mourut de la peste. Rendons la parole Bluet.)</p>
-
-<p>Le pch qui m'a le plus perscut, c'est la tentation
-des femmes, et quand j'ay mang, encore que je ne
-mange dissolument, et ne mange rien que je ne veuille
-que tout le monde sache, je ne suis pas si prompt pour
-prier Dieu, et l'incitement de Sathan me faict trouver
-belles les femmes&hellip; il m'a pris des envies de me
-faire crever les yeux pour viter de les veoir; mais j'ay
-considr que cela me dtourneroit de faire quelque
-chose de grand, que j'ay envie de faire au monde, qui
-sera remarquable, s'il plaist Dieu&hellip;</p>
-
-<p>(Au livre 80<sup>me</sup> il nous raconte que dans un de ces
-accs d'asctisme, et tent du pch de concupiscence, il
-s'en alla vers un cimetire des environs de Chambry,
-s'y dpouilla tout nu, se fit un lit d'orties, s'y coucha
-et s'y roula de tous cts. En revenant chez lui son
-corps tait plein d'ampoules, et il alla trouver le chirurgien
-Blondel, pour se faire panser.)</p>
-
-<p>Je dis au chirurgien: allons un peu dedans vostre
-chambre, et prenez vostre razoir, puis me recommandant
- Dieu, faites justice de mon courtaud, ajoutai-je,
-qui veut faire la beste, pour trahir mon me. Puis
-me donnant trois coups de razoir sur le petit bidet, je
-le fis recharger encore de deux coups, dequoy il y en
-avoit un qui entra fort profond. Le soir mesme je
-faillis perdre tout mon sang.</p>
-
-<p>(Le livre 81<sup>me</sup> contient une histoire assez curieuse,
-mais trop longue pour l'insrer ici, de deux squelettes
-avec lesquels il donne une leon de morale un
-gentilhomme qui voulait se servir de son intermdiaire
-pour obtenir les faveurs d'une matresse. Il parat
-que les officiers de la maison du Duc de Savoye
-lui jouaient de cruels tours, auxquels le Duc mme
-prtait la main. Nous en laisserons raconter deux ou
-trois Bluet.)</p>
-
-<p>Mes ennemis mirent en teste son altesse de me faire
-vanner dans une couverte, par plusieurs et diverses fois,
-puis me faisoient monter tous les chevaux les plus
-vicieux qu'il y avoit, mais je me comportois le mieux
-que je pouvois, comme d'effet je me tenois fort bien
-cheval. On fit attacher deux grandes boucles de fer
-au coing d'une salle, avec une corde et une cuve; puis
-me faisoient mettre dedans ladicte cuve, et me faisoient
-tourner un longtemps. Je me consolois avec Dieu;
-mais aprs cela je demeuray fort longtemps sans me
-pouvoir recognoistre.</p>
-
-<p>(C'est facile croire, Pauvre Bluet! Pour rcompense
-de ces mauvais tours, on lui donnait <i>un superbe
-habit de couleur colombine, passement d'un grand passement
-d'or</i>. Don Juan de Mandoche lui donne <i>un
-habit bleu celeste tout chamarr d'argent</i>, et il lui
-donne encore vingt ducatons pour rcompense de ce
-qu'il lui avait coup la barbe.)</p>
-
-<p>Le jour de caresme prenant j'arrivay en la ville
-d'Ast, et m'en vins loger au logis des trois Rois, et ne
-pensois pas sejourner deux jours, mais je m'y trouvay
-si bien, avec toute la Noblesse d'Ast, que j'y demeuray
-tout le caresme.<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a> M. le comte de Neufville, sa mere
-et sa femme, M. De Salines et sa femme, M. De Callo
-et sa femme, qui est la plus belle femme d'Ast, et
-estoient tous de mes amis, et me donnoient de beaux
-habits et d'autres beaux prsents. En la semaine
-saincte je m'en vins trouver le Roy David en triomphe
-et en bon quipage; j'avois de superbes habits et de
-grandes pices d'or, et force perles et pierreries, et
-grand quantit de bagues. Mes habits estoient tous
-brochez d'or, doublez de toile d'argent. Quand le
-Roy David me vit, il fut extrmement joyeux&hellip;
-De Quiers, il s'en vint faire feste Turin&hellip;</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Livre 84<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>(L, on le prsente la fille du Prsident Provane,
-et sans doute pour s'amuser de lui, on lui conseille de
-faire la cour la fille du prsident. Bluet prend la chose
-au srieux, et le Duc mme se mle de la plaisanterie.)</p>
-
-<p>Son Altesse alla faire ses Pasques aux Capucins,
-Turin. Il avoit un valet de chambre qui s'appeloit
-Campois, qui avoit accoutum de me faire du mal. Il
-incita son Altesse me faire monter cheval sans selle,
-ny bride, ny licol, puis le faisoit courir par un taillis
-l o je rencontray une branche coupe, laquelle
-entra deux doigts profond en ma chair, derrire le col.
-Je tombay en terre, comme un homme mort, puis me
-vint une postume, laquelle demeura sur moy fort longtemps.
-Mais pour cela je ne laissois de frquenter
-Mademoiselle Provane une maistresse, l o j'estois le
-bien venu toutes les heures o je voulois y aller, et
-estois toujours assis auprs d'elle, et ne mangeois que
-ce qu'elle me donnoit de sa propre main. Il advint
-que la peste se mit dans Turin, et le Roy David, ma
-maistresse Argentine, et toute la noblesse quittrent la
-ville&hellip; Quand le Roy David vouloit aller la
-chasse dans le parc de la forest de Turin, il me faisoit
-tousjours chercher, pour me mener avec luy. Un
-jour quand nous fusmes la campagne, il me fit
-monter sur un arbre, puis me fit faire une grande
-prdication, et cependant il fit couper le dict arbre,
-et quand je voulois descendre, on me jettoit des pierres
-et cailloux, tellement qu'enfin je fus contrainct de me
-laisser tomber avec le dict arbre, en me recommandant
- Dieu lequel me sauva. Une autre fois je m'estois
-sauv dans une glise Turin, l o il m'envoya
-Monsieur de Trois Serve lequel j'avois nomm Roland
-le furieux. Il me fit monter en trousse derrire luy,
-puis il alloit me picquant les jambes avec ses perons,
-jusqu' ce que nous fusmes en la forest, et alors il me
-vouloit mettre la mercy des sangliers; mais quand
-nous fusmes arrivs, la chasse estoit paracheve, et par
-la grace de Dieu les sangliers estoient morts, tellement
-que Dieu me sauva encore ceste fois.</p>
-
-<p>Son altesse n'alloit nulle part qu'il ne fallust que
-j'allasse avec luy, et me faisoit tousjours coucher dans
-sa chambre, estant Turin dans le chasteau. Je
-couchois sur un matelas auprs de son lict, o je faisois
-mes oraisons, et y prenois grand plaisir. Je me levois
-tousjours de bon matin pour m'en aller la messe, et
-il me disoit que je ne devois poinct sortir du logis
-avant luy. Quand il dinoit ou soupoit, il me demandoit
-si j'avois din ou soup, et quand je disois que
-non, incontinent il me servoit luy-mesme de ses propres
-mains.</p>
-
-<p>Le Roy David s'en vint demeurer Avellane,<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>
-et me fit loger vis--vis du logis de ma maistresse.
-Puis il commena dresser mon quipage avec un
-accoustrement d'un gros taffetas renforc, de couleur
-bleu celeste qui sont les couleurs de ma maistresse, et
-estoit tout chamarr de passemens de fin argent.
-Tous mes laquais estoient vestus de bleu celeste, avec
-des passemens blancs. Tous mes chevaux et mulets
-estoient harnachs de bleu celeste, avec franges et
-panaches. Bref rien ne me manquoit, j'avois aussy un
-brave secretaire qui escrivoit bien.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Livre 85<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>Le monde murmuroit fort que le Roy David
-couchoit avec ma dicte maistresse, mais j'entrois
-toutes les heures que je voulois, tant la nuict que le
-jour, en la chambre du Roy David, et aussy en celle
-de ma maistresse, et vous promets que je n'ay jamais
-trouv femme ny fille en la chambre du Roy, et ne
-luy vis jamais faire mal personne qu' moy.<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> Quelle navet dans cet aveu!</p>
-</div>
-<p>Il estoit un jour all la chasse et ils prindrent un cerf,
-lequel il fit corcher devant la porte de son logis, puis me
-fit attacher les cornes du dict cerf sur ma teste. Je luy
-dis: Roy David, pourquoy me faictes vous attacher les
-cornes de ce cerf, attendu que je ne suis poinct mari;
-c'est chose qu'il faudroit faire ceux qui veulent estre
-agrandi et honor par le c. de leur femme. Puis je
-tournay la teste avec les cornes, et en donnay un grand
-coup contre la teste de celuy qui me les attachoit. Le
-Roy David me dist: vous avez grandement offens des
-gens d'honneur. Je respondis: celuy qui se sent galeux,
-qu'il se gratte. Il me fit alors apporter toutes mes
-bagues, qui m'avoient est donnes Milan, et les
-jetta devant les laquais, au jardin de Turin, et il y en
-eut quelques unes de perdues, dont je fus extrmement
-fasch, et cependant le Roy David s'en resjouissoit.
-Quand nous fusmes arrivs Vellane, le Roy David
-me dit: donnez aux pauvres tout ce qu'on vous a
-donn Milan. Et je respondis: j'ay mon pre qui
-est pauvre et qui n'a rien, parquoy je desirerois lui
-donner quelques commodits. Ne vous souciez tant
-seulement de vostre pre, respondit-il, mais donnez
-entirement tout ce que vous avez aux pauvres. Je
-repliquay par une response assez gaillarde: dernirement
-que vous jouastes tant de mille escus, que ne les
-donnastes vous aux pauvres; considerez, je vous prie,
-que le temps perdu n'est jamais recouvr. Alors il fut
-fort fasch et irrit contre moy, puis fit prendre une
-couverture, et luy avec des nobles me mirent dedans,
-me descendirent en la rue, et me vannrent devant les
-fenestres de ma maistresse, dont j'avois grande honte,
-et un grand deshonneur m'arriva; ce qui m'occasionna
-de lui demander mon cong, pour venir en France
-vers le grand Empereur Theodose, disant que je ne
-voulois plus demeurer avec luy. Je ne pouvois m'en
-aller sans son cong; mais dans bien peu de temps,
-nous fismes la paix, de manire que tout fut remis en
-grace. Je luy pardonnay et mis en oubly le mal qu'il
-m'avoit faict.</p>
-
-<p>(Vers ce temps Bluet se mit en tte d'tablir un
-ordre de chevalerie: <i>L'ordre de l'admiration du grand
-jugement de Dieu</i>. Les grands dominateurs, dit-il,
-qui seront vertueux, le porteront en or, mais les mchants
-ne le porteront point. Le ruban sera blanc.)</p>
-
-<p>Je ne fais poinct de doute,<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> continue-t-il, dans un moment
-d'amre rflexion, que de tant de monde qui ont eu
-de mes livres, il n'y en aye beaucoup qui les ont mpriss
-et n'en ont faict aucune mmoire, mais de tant de
-livres que j'ay faict, tousjours il y en aura quelque petit
-nombre qui se sauveront en despit des diables&hellip;
-et ils seront meilleurs au dernier temps, que non pas
-l'heure prsente, et y aura un million d'amis qui rendront
-tesmoignage de ce que je suis, en despit des
-pauvres envieux. Je n'ay point reeu de desplaisir
-sinon de ceux qui j'ay faict du bien; mais en mon
-Dieu je me console.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Livre 98<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>(Enfin compltement dgot de son sjour en
-Savoie, par suite des mauvais traitements qu'il y recevait,
-et que toutes les cajoleries ne pouvaient lui
-faire oublier, il partit pour la France, ce qui comme
-nous l'avons vu, tait un de ses anciens projets. Tout
-au commencement du 17<sup>me</sup> sicle, nous le trouvons
-Paris, et le 15 Mars 1601, tant l'abbaye de S<sup>t</sup> Germain,
-ses visions le reprirent de plus belle.</p>
-
-<p>Au commencement de son sjour Paris, il parat
-qu'on lui accordait parfois un logement dans les
-grandes maisons o il plaait ses pamphlets, car il
-rpte plusieurs reprises: &ldquo;Au logis de Madame la
-Duchesse de Bouillon, j'eus une vision&hellip; Au
-logis de Madame la Princesse de la Marque, estant
-en contemplation&hellip; Le 7 Janvier, 1601, j'allay
-souper avec le Comte de la Forest qui estoit log
-la porte S<sup>t</sup> Germain des prez. Le comte me donna
-une petite chambre auprs de la sienne.&rdquo;)</p>
-
-<p>Quand je suis venu en France, continue-t-il, j'ay
-remis quarante livres que j'avois fait escrire des petits
-compagnons, au Comte Jacques de Montmaieu, Prince
-de Brandy&hellip; Estant Lyon, Monsieur le Duc de
-Nemours, roy de valeur, me fist trs grande caresse, et
-deffendit ceux de la cour, qu'ils n'eussent me faire
-aucun desplaisir, sous peine de l'estrapade.<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Livre 48<sup>me</sup>.</p>
-</div>
-<p>(Bluet raconte alors une aventure fcheuse pour lui,
-mais assez plaisante. Un soldat l'attire dans un pige, lui
-enlve cent cus que les Espagnols lui avaient donns,
-et le dpouille nu, jusqu' la chemise, ne lui laissant
-autre chose qu'un mchant bas de chausse de toile.)</p>
-
-<p>Arriv Paris, la premire anne le Roy me donna
-une chesne d'or de cent escus; les deux annes
-suivantes, deux cens escus, et quarante escus pour la
-naissance de Monseigneur le Dauphin, Roy de paix,
-que le grand Abraham me donna.</p>
-
-<p>J'ay receu cent francs de mes gages de ceste anne
-prsente, et cent escus que le Roy m'a faict donner
-pour le chariot et le livre de la reprsentation, que je
-donnay au Roy de paix; et me revenoit bien le dict
-chariot et le dict livre cent cinquante escus, dequoy
-l'on me les a donnez, et quatre escus que l'Imperatrice
-me fist donner, et puis cinquante escus pour envoyer
-mon pre&hellip; Monsieur Bastien Zamet, le grand
-Abraham m'a donn la premire fois quatre escus,
-et puis six escus en trois fois, et un habit dont j'en
-fis faire trois, et six chemises, sans autres bienfaits
-que j'ay receus de luy. Madame la Duchesse de
-Lorraine, royne d'esprance, s&oelig;ur du grand Empereur,
-m'a donn six escus, et luy donnay un prsent
-qui valoit quatre escus. Monsieur le Duc de
-Lorraine, le Roy Godefroy de Bouillon, me donna
-six escus, et ce cause que je luy avois faict prsent
-d'un beau livre qui avoit la couverture d'argent, et le
-dedans en velin, avec force belles petites figures, et
-mes oraisons escrites la main, avec le prophte Royal
-David en bosse, en figure qu'il estoit berger, qu'il avoit
-tu Goliath, et en figure qu'il estoit Roy; dont j'en
-avois refus d'un marchand quinze escus. J'avois fait
-faire quatre artilleries, qui estoit l'&oelig;uvre la mieux faite,
-tout le montage de mesme toffe que le canon: il y
-avoit tout ce qui est requis en telles pices: j'en avois
-faict faire quatre, qui estoit une &oelig;uvre rare, me revenant
- seize escus, et ce trois ou quatre mois avant la naissance
-de Monseigneur le Prince Dauphin&hellip;
-Madame la princesse de Conty, Royne de Senaque,
-me donna dix escus la premire fois, et en plusieurs
-fois me donna trente escus, et un habit qui coustoit
-trente six escus. Elle me payoit toute la despense que
-je faisois. Madame la Duchesse de Nemours, Royne
-de la fleur de May, m'a donn la premire fois huict
-escus, une autre fois douze, puis quinze, puis dix.
-Monsieur le Duc de Nemours, Roy Octavien, la premire
-fois me donna un bel habit, qui valoit cinquante
-escus, et en plusieurs fois dix-huit escus. Madame la
-Duchesse de Longueville, Royne Esther, m'a donn
-deux escus, un beau manteau d'escarlate, doubl de
-fine frize, couleur de Zinzolin, qui valoit quinze escus,
-et un manteau de serge en broderies qui est estim
-cinquante escus. Monsieur le Duc de Nevers, roy de
-valeur, me donna une medaille d'or qui pesoit huict
-escus, et puis un habit qu'il me donna du deuil de sa
-mre, et m'a faict donner un escu aux estrennes&hellip;
-Monsieur le comte et Prince d'Auvergne, Roy Csar,
-m'a donn six aulnes de velours, qu'il a faict prendre
-chez un marchand&hellip;</p>
-
-<p>(Un grand nombre d'autres personnages donnent l'un
-un pourpoint, l'autre un chapeau de castor, un troisime
-un bas-de-chausse de serge, &amp;c. &amp;c. Monsieur Laurent
-de Cenamy lui fait prsent d'une bouteille d'huile pour
-accommoder sa salade; Monsieur le Vidame du Mans,
-<i>le grand supplice</i>, lui donne le corps d'un haut de chausse
-rond, sans canons ni bas, qu'il vend pour deux cus, parceque,
-dit-il, il ne pouvait s'en servir. Quoique Bluet
-ne vct pour ainsi dire que d'aumnes, il refusait parfois
-d'en recevoir par fiert. Il nous raconte qu'ayant
-dn un jour chez M. De Chappes, le chevalier Dammont
-lui prit la main et y mit une pice d'or; &ldquo;mais,
-dit-il, je fis refuz parcequ'il m'a donn plusieurs fois,
-sans jamais l'avoir courtiz ni demand. M. De
-Chappes me donna un jour sept quarts d'escus sans
-que je voulusse les recevoir non plus, cause que j'ay
-honte, parceque j'ay reeu plusieurs biens de luy.&rdquo;
-Cependant peu--peu les donneurs se lassent et les
-libralits diminuent. Le marchal de Balaguy lui
-promet un habit, le fait venir trente fois chez lui,
-cet effet, et finalement il ne l'obtient pas. Il offre
-l'vque de Noyon un beau chandelier qui valait six
-cus, et sa grandeur lui donne cinq <i>testons</i>! Voil, dit
-tristement Bluet, la libralit de ce Prlat! Il fait
-cadeau Madame la Vidame du Mans d'un petit livre
-dont la couverture est en argent, faonn en lacs
-d'amour et le dedans de vlin, o sont crites ses
-oraisons la main, <i>et comme grande dame, gnreuse
-et recognoissante, elle m'a donn un chapelet qui vaut
-bien dix sols!</i> &ldquo;Messieurs les lecteurs, ajoute-t-il ailleurs,
-qui verrez ces escrits, c'est pour vous honorer,
-et c'est pour me mespriser en la despence que j'ay
-faicte pour imprimer mes livres, o j'ay despendu
-trois mil six cents escus. Je n'en fais aucune avarice,
-je ne l'ay point enterr en terre, ny cach en
-une muraille, l'argent va, l'argent vient, encore
-plus fou est celuy qui en amasse avec avarice, et qui
-y met son c&oelig;ur.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;Pour avoir donn de mes livres des estrangers que
-je n'ay jamais veu qu'une fois, j'ay tir plus de commodit
-d'eux, que des autres. Je ne les ay jamais
-courtisez, mais ils me sont venus rechercher, et m'ont
-men leur logis, et m'ont donn des habits et argent.&rdquo;
-Il continue ensuite dtailler ses dsappointements
-cause des misrables aumnes qu'on lui faisait.)</p>
-
-<p>Monsieur le Duc de Rouenne m'a donn deux escus
-en une fois! Monsieur Forcet Hardy m'a donn un
-quart d'escu en une fois! Le maistre d'hostel du Grand
-Abraham m'a donn un quart d'escu <i>en une fois</i>!
-mais, (ajoute-t-il, saisi d'une noble fiert,) j'en ay eu une
-revanche, je luy ay donn une medaille du grand
-Roy Franois, de nacre de perle, enchasse en argent
-dor! Vritablement, j'aymerois mieux estre avec
-quelqu'un qui ne me donneroit que le tiers de ce que
-j'ay reeu, pour courtiser, que la grande somme gagne
-avec tant de peine et de travail&hellip; Je plains le
-temps perdu!</p>
-
-<p>(Les choses allaient de mal en pis, et il prsenta
-enfin la requte suivante au Roi Henri IV.)</p>
-
-<p>Empereur, la pension que vous m'avez donne, et
-tout ce que vous pouvez m'avoir donn, il n'y a que
-pour m'entretenir de logis; il m'a fallu courtiser, le
-temps que j'ay est en France, pour m'entretenir. Le
-courtisement que je fais aux autres, je le veux faire
-vous tout seul&hellip; Je ne suis point demeur en
-vostre France pour y faire des piperies, et n'y suis
-point venu pour avoir faict des friponneries, l o j'ay
-est: mais suis venu avec un bel quipage bien accompagn
-d'un Charles Emmanuel, Duc de Savoye; et
-pour avoir prdict ce qui a est rcit vostre avantage,
-j'ay est disgraci&hellip; Le c&oelig;ur me faict bien
-mal, me voyant dans une miserable ncessit, et
-m'estant veu avec luy en esquipage si honorable,
-entretenir de beaux chevaux d'Italie, et beaux mulets
-pour porter mon bagage; entrant en son cabinet secret
- toutes les heures que bon me sembloit; dormant en
-sa chambre, auprs de son lict, au chateau de Turin;
-faisant bons offices qui bon me sembloit; mes chevaux
-et mulets bards de bleu celeste, et laquais et estaffis
-accoustrs de mme couleur&hellip; Je ne demande
-rien qu'une livre de pain que l'on donne aux chiens,
-de trois jours en trois jours, et je vous seray fidle et
-obeyssant, sans jamais varier, vostre service. Servez-vous
-de moy, et je seray le rocher qui ne s'esbranlera
-jamais. S'il ne vous plaist d'accepter ce que je vous
-dis par cet escrit, vous me permettrez que je secoue la
-poudre de mes souliers, et n'emporteray rien du vostre.
-Je quitteray tout, et sortiray tout en chemise, sans
-chapeau, sans souliers, me baignant la face de larmes,
-me resjouissant et louant Dieu le crateur, &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>(Il y a quelque chose d'espagnol dans cette manire
-de demander l'aumne, et qui ne devait pas dplaire
-Henri IV.</p>
-
-<p>Malgr ce qu'il parvenait encore obtenir de
-temps autre, la misre s'approchait pas lents, et
-augmentait sans doute l'exaltation religieuse de Bluet.
-Lorsque la peste clata Paris vers 1606, il s'imagina
-que s'il se soumettait une svre pnitence, il
-parviendrait dtourner en partie le flau. En consquence
-il rsolut de se vouer l'abstinence et la
-prire, et se proposa, dit-on, de jener pendant neuf
-jours de suite, mais ds le sixime, il devint si faible,
-qu'tant all, vers le soir, faire ses oraisons au cimetire
-Saint Etienne, il y mourut de misre et de besoin.)</p>
-
-<p>Il nous semble que la vie de Bluet d'Arbres, dont
-nous venons de donner un aperu, prsenterait un
-excellent cadre pour y faire entrer un tableau critique
-des hommes et des m&oelig;urs de la fin du seizime et du
-commencement du dix-septime sicle. Ses &oelig;uvres
-elles mmes, lues avec attention, prsenteraient bon
-nombre d'esquisses ingnieuses. Son enfance passe
-dans les champs, les marais et les bois de son pays
-natal, comme berger; sa jeunesse pleine de folles
-imaginations de grandeur et de gloire; sa fuite de la
-maison paternelle, la suite d'une intrigue d'amour;
-son sjour la cour du Duc de Savoie, ses voyages
-avec ce prince, auprs duquel il remplissait le rle
-d'une espce de fou de cour; ses msaventures risibles;
-son arrive Paris, ses prosprits et ses misres dans
-cette capitale; son existence de bohmien littraire, et
-sa fin misrable au milieu des tombeaux, o il meurt
-de faim, dans la pense qu'il est une victime expiatoire
-de la peste; voil certes des donnes suffisantes pour
-en composer un livre plein d'intrt.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3>DEUXIEME PARTIE.<br />
-BIBLIOGRAPHIE.</h3>
-
-
-<p>Le recueil des &oelig;uvres de Bluet d'Arbres dont
-on ne rencontre jamais l'ensemble complet,
-et dont les exemplaires incomplets diffrent
-entr'eux dans le contenu des pices qui les composent,
-formait dans l'origine 173 livres, ou morceaux numrots,
-mme 180, si l'on s'en rapporte une note de
-l'abb de S<sup>t</sup> Lger, crite en 1778, d'aprs l'exemplaire
-du baron d'Heiss; mais plusieurs de ces livres ne nous
-sont pas parvenus.</p>
-
-<p>Ce qu'on en connat jusqu'ici se rduit aux livres
-1 85, et 91 103; quoi il faut ajouter les livres
-104 113, dcouverts depuis quelques annes. Les
-livres 105 113 sont imprims sparment. Il en est
-de mme des livres 141 173, formant un volume
-compos de 200 feuillets, avec des gravures sur bois,
-et un titre ainsi conu:</p>
-
-<p><i>Dernires &oelig;uvres de Bernard de Bluet d'Arbres, &amp;c.
-contenant les interpretations de la vie de Jesus Christ,
-imprimes Paris, depuis le jour de Nol 1604, jusqu'au
-<small>IX</small><sup>me</sup> jour d'avril 1605.</i></p>
-
-<p>Ce volume supplmentaire dont trois ou quatre exemplaires
-seulement ont chapp la destruction, se
-trouvait dans le catalogue de la vente des livres de M.
-le Comte de Mac-Carthy, et provenait de la Bibliothque
-de M. Girardot de Prfond qui l'avait achet
-300 francs.</p>
-
-<p>Le Bibliophile Jacob nous apprend<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> que ces trois
-ou quatre exemplaires furent trouvs en feuilles parmi
-de vieux papiers, dans les archives de la socit des
-Jsuites, aprs l'expulsion de cette socit par arrt du
-Parlement en 1762. Ces livres de 141 173 avaient
-t condamns tre dtruits, comme renfermant
-des opinions bizarres et trs htrodoxes, sur la vie de
-Jsus Christ, qui auraient pu mettre l'auteur en danger
-d'tre brl, comme hrtique, si sa folie n'et t
-bien notoire. Les imprimeurs de Paris reurent
-l'ordre de ne plus imprimer ses ouvrages, ce qui dut
-le priver de ses moyens d'existence ordinaires.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Bulletin du Bibliophile Techener. Juillet 1859.</p>
-</div>
-<p>Ce recueil des <i>Dernires &oelig;uvres</i> de Bluet, tant extrmement
-rare, M. Paul Lacroix en a donn, dans le
-N<sup>o</sup> du Bulletin du Bibliophile indiqu ci-dessous, une
-description minutieuse, et de nombreux extraits des
-endroits les plus remarquables. Nous y renvoyons les
-curieux.</p>
-
-<p>Quant l'autre recueil des &oelig;uvres de notre auteur,
-en voici le titre tout au long:</p>
-
-<p>&ldquo;L'Intitulation et Recueil de toutes les &oelig;uvres de
-Bernard de Bluet d'Arbres, Comte de Permission,
-Chevalier des Ligues des XIII Quantons de Suisse;
-et Ledict Comte de Permission vous advertit qu'il ne
-sait ny lire ny escrire, et n'y a jamais aprins; mais par
-l'inspiration de Dieu et conduite des anges, et pour
-la bont et misricorde de Dieu. Et le tout sera
-ddi haut et puissant Henry de Bourbon, roy de
-France et de Navarre, grand Empereur Theodoze,
-premier fils de l'Eglise, Monarque des Gaules le
-premier du monde, par la grce, bont, et misricorde
-de Dieu.</p>
-
-<p>&ldquo;C'est pour faire dclaration des livres qui ont est
-imprimez en son nom, qui ont eu leur suite et
-effect; m'en observant trois de toutes mes &oelig;uvres,
-jusqu' ce qu'il plaise Dieu de m'appeler. Et
-en sera donn de tous mes livres, reliez tous en
-un, des dclarations tous les dominateurs et
-grands seigneurs de la terre, qui sont de mes amis,
-et sera datte (sic) le jour et le temps qu'ils les
-auront receuz et seront imprims, et seront prins
-pour tesmoignage pour dclarer la vrit des visions
-qui n'ont pas encore eu leurs effects, pour dclarer
-la vrit de celles qui auront leurs effects, s'il plaist
- Dieu. Mai 1600, in 12<sup>o</sup>.&rdquo;</p>
-
-<p>Ce titre principal a une gravure sur bois, reprsentant
-le Calvaire, avec l'inscription, <i lang="la" xml:lang="la">in hoc signo vinces</i>.</p>
-
-<p>Dans l'analyse suivante, nous ne prsenterons aux
-lecteurs des extraits de ce que l'auteur veut bien
-appeler des <i>livres</i>, que lorsqu'ils contiendront quelque
-chose de remarquable, ou qui puisse complter, sous
-certains rapports, la Biographie qui prcde.</p>
-
-<p><i>Le 1<sup>er</sup> Livre d'Oraisons</i>, partie de 72 pages d'impression,
-a en tte une assez jolie gravure sur bois,
-reprsentant allgoriquement l'<i>Arbre de vie</i>. Cette
-gravure est reproduite plusieurs fois dans le cours de
-l'ouvrage.</p>
-
-<p>Dans une courte prface l'auteur nous dit qu'il a
-commenc de faire imprimer le 19 Mai 1600, ce livre
-d'oraisons, qu'il a t rimprim de nouveau, au
-nombre de deux mille exemplaires.</p>
-
-<p>Ces prires ne manquent pas d'onction et d'un certain
-mrite, quoiqu'elles renferment deux ou trois propositions
-singulires, telle, entr'autres, que la distinction
-entre la pucelle et la vierge: &ldquo;La premire, dit-il, c'est
-avoir mauvaise volont sans effect, la seconde c'est
-estre sans mauvaise volont et sans effect.&rdquo;</p>
-
-<p>Nous consignerons ici une remarque que M. Paul
-Lacroix a faite le premier, et qui est importante, sous
-le rapport bibliographique, pour l'&oelig;uvre entire de
-Bluet; c'est qu'aprs avoir fait imprimer, un nombre
-ingal, une dition de ses <i>livres</i> qui forment ordinairement
-12 ou 21 pages in 18<sup>o</sup>, et en avoir distribu lui-mme
-une partie, l'auteur faisait imprimer part
-pour chaque <i>livre</i> deux feuillets qui n'taient pas
-seulement destins figurer en tte de ce livre comme
-titre dtach et supplmentaire, mais qui devaient servir
-de prospectus pour attirer de nouveaux acheteurs, afin
-de vendre le reste de l'dition, et quelquefois une dition
-nouvelle. Ces titres-prospectus qu'il distribuait dans
-les rues, manquent souvent aux anciens exemplaires, ou
-se trouvent dans quelques-uns, sans les livres pour
-lesquels ils sont faits. Ceci sert expliquer certaines
-diffrences entre les trois exemplaires que nous avons
-examins, et la description donne par De Bure le
-jeune.</p>
-
-<p><i>Le deuxime livre d'oraisons</i>, galement imprim
-2000 exemplaires, le 15 Mai, <i>contient cinq cens clauses
-et est couvert de bleu cleste</i>, dit Bluet, dans un des exemplaires
-que nous avons eus entre les mains. Dans
-un autre il n'y avait que le titre-prospectus dont nous
-venons de parler, c'est--dire deux feuillets contenant
-seulement le titre et une figure.</p>
-
-<p>Pour les six livres suivants, aucun de nos trois exemplaires
-ne renfermant les livres complets, nous transcrirons
-les dtails curieux donns par M. Paul Lacroix,
-d'aprs l'exemplaire de M. Techener.</p>
-
-<p>&ldquo;<i>Le 3<sup>me</sup> livre, des sentences sans repliques</i>, contenait
-trente-six feuillets, et fut tir aussi 2000 exemplaires.
-Il n'en restait plus que trois, lorsque le Comte de
-Permission fit paratre le titre-prospectus en deux
-feuillets, qui existe seul aujourd'hui, le livre tant
-perdu.</p>
-
-<p>&ldquo;<i>Le 4<sup>me</sup> livre, des prophties</i>, n'existe pas davantage,
-quoique les Bibliographes aient cit son titre-prospectus
-en deux feuillets o l'on apprend que ce livre
-contenant 60 feuilles, avait t ddi Henri IV et
-tir deux mille exemplaires. Il n'en restait plus
-que quatre, tous les autres ayant t donns au mois
-de Juin 1600.</p>
-
-<p>&ldquo;<i>Le cinquime livre, des songes</i>, contenait 24 feuilles.
-Il avait aussi t tir 2000, dont trois seulement
-restaient, aprs la distribution des exemplaires. Malheureusement
-ce livre-l n'est plus reprsent que
-par son titre-prospectus.</p>
-
-<p>&ldquo;<i>Le sixime livre, des visions</i>, imprim le 29 octobre
-1600, contenait 24 feuilles; il tait ddi au
-Comte de Laval: douze exemplaires seulement survcurent
- la distribution gnrale de 2000 que le
-Comte de Permission avait fait imprimer.</p>
-
-<p>&ldquo;<i>Le septime livre, de professie.</i> Le titre-prospectus
-de ce livre offre un portrait de Henri de Bourbon,
-Prince de Cond, l'ge de neuf ans, en 1597. Le
-livre tir 2000, dont il ne restait plus que cent,
-aprs la distribution, contenait douze feuilles, suivant
-ce titre-prospectus que les bibliographes n'ont pas
-connu: or comme il est compos de 24 pages, on
-doit en conclure que Bluet dsigne les <i>feuillets</i> par le
-nom de <i>feuilles</i>.</p>
-
-<p>&ldquo;On trouve dans ces titres-prospectus la preuve irrcusable
-de l'existence de plusieurs livres en grand
-format, in 4<sup>o</sup> sans doute, qui ne sont jamais parvenus
-sous les yeux des bibliographes. On lit sur le titre-prospectus
-du 27<sup>me</sup> livre <i>du Chariot Triomphant</i>:
-&ldquo;Est en grand volume, et ne peult pas entrer en cestuy
-rang. Puis au dessous: Le 29<sup>me</sup> livre est en grand
-volume, qui ne peult pas entrer aussi en cestuy
-rang.&rdquo;</p>
-
-<p>Dans la seconde dition du <i>7<sup>me</sup> livre de professies</i>
-l'auteur annonce que cette pice a t rimprime le
-1<sup>er</sup> Janvier 1601 cinq cents exemplaires, et ddie
- Monseigneur de Nantouillet.</p>
-
-<p><i>Le 8<sup>me</sup> livre</i>, de 24 pages, contient l'interprtation
-et l'explication de la gravure qui reprsente l'<i>arbre de
-vie</i>. Ce livre est ddi: &ldquo; la plus belle demoyselle
-et Princesse Anne de Montofye, Duchesse de Luc,
-Royne, nymphe des nymphes, et fille unique de la
-noble Senahic.&rdquo;</p>
-
-<p>A la fin de cette pice se trouvent deux pages imprimes
-en italiques, indiquant la date prcise de huit
-des livres de Bluet, et la couleur emblmatique, selon
-lui, dont chaque livre tait recouvert. Le verso du
-dernier feuillet contient une espce d'apostrophe au
-Duc de Savoie, en latin.</p>
-
-<p><i>Le 9<sup>me</sup> Livre, des Rois</i>, 24 pages, ddi Henry
-de Bourbon, Roy de France, pour lequel 400 exemplaires
-ont t imprims. Nanmoins ce livre se termine par
-les mots: &ldquo;Le Comte de Permission en a fait imprimer
-deux mil copies.&rdquo;</p>
-
-<p>Dans d'autres exemplaires, ce livre est ddi M.
-le Prince de Conty.</p>
-
-<p>Ce n'est qu'une srie de noms de fantaisie que
-l'auteur se plat donner aux Rois et aux grands seigneurs
-de l'Europe, dans le genre de ce qui suit: &ldquo;Le
-Roy d'Espagne s'appellera Alexandre le Grand, monarque
-des trsors des Indes, parceque Alexandre
-possedait de grands pays, et qu'il toit fils de Philippe.
-L'Archiduc d'Autriche s'appellera l'empereur
-des Attrapes, parcequ'il a attrap la Bourgogne,
-et s'en est faict Prince; parcequ'il a attrap
-les Pays-Bas, qui sont la Flandre, et parcequ'il a
-attrap la Princesse d'Espagne, pour en faire sa
-femme.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 10<sup>me</sup> livre</i> n'est compos que de comparaisons
-et d'pithtes bizarres, comme celles du livre prcdent.
-Il a de mme aussi une gravure de <i>l'arbre de vie</i>. On
-doit en avoir tir deux ditions, car il est ddi
-Monsieur de Beaumont, dans un exemplaire, et
-Henri de Savoye, Duc de Nemours, dans l'autre, et
-chose assez singulire, l'impression, dans tous deux, est
-date du 16 Mars 1601.</p>
-
-<p><i>Le 11<sup>me</sup> livre</i> fut imprim le 24 du mme mois,
-&ldquo;par le commandement du Comte de Permission qui
-en a faict la composition; et en sera imprim deux
-rammes, dequoy en sera ddi deux cens coppies
-Haulte et Puissante Damoiselle De Lorraine.&rdquo;</p>
-
-<p>M. Paul Lacroix nous apprend que dans d'autres
-exemplaires, la ddicace est adresse Marie de Mdicis
-Reine de France, et aussi Ysabeau de la Tour. Ce
-livre traite &ldquo;de toutes les premires du monde, Princesses,
-Roynes, dames et damoiselles de grande qualit,
-de noms, de surnoms et interpretations.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 12<sup>me</sup> livre</i> traite &ldquo;des grands seigneurs qui sont
-compris dans les terres du Duc de Savoye, Roy David,
-soit en Piedmont, soit en Savoye, et s'appellera
-le livre sans oubly.&rdquo; Imprim 2000 exemplaires le
-5 avril 1601, et portant en tte une gravure de l'arbre
-de vie.</p>
-
-<p><i>Le 13<sup>me</sup> livre</i> a un de ces titres-prospectus d'un
-feuillet dont nous avons dj parl plus haut, d'aprs
-M. Lacroix, et au bas, on lit pour la premire fois,
-selon le mme bibliographe, cet avis, que Bluet a rpt
-sur quelques autres titres-prospectus: &ldquo;Le Comte
-de Permission prtend donner tous ses livres reliez
-ensemble, tous ceux qui il en a ddiez.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 14<sup>me</sup> livre</i>, six pages, plus un feuillet non chiffr,
-fig.</p>
-
-<p><i>Le 15<sup>me</sup> livre</i>, 12 pages, fig.</p>
-
-<p><i>Le 16<sup>me</sup> livre</i>, 12 pages. M. Lacroix cite deux
-titres diffrents de ce livre, l'un de deux feuillets, avec
-le portrait du Comte de Permission agenouill et entour
-d'emblmes; l'autre d'un seul feuillet, sans figure.</p>
-
-<p><i>Le 17<sup>me</sup> livre</i> traite des visions du Comte de Permission
-et est ddi Antoine Zamet, <i>baron de cinquante
-mille escus, frre du Grand Abraham</i>. 12 pages,
-sans fig.</p>
-
-<p><i>Le 18<sup>me</sup> livre</i> renferme quelques dtails sur la paillardise,
-et sur les Cornes de Mose, d'un genre assez
-singulier.</p>
-
-<p><i>Le 19<sup>me</sup> livre</i> est ddi Bastien Zamet, le grand
-Abraham, <i>marquis d'un million d'or, par la grace de
-Dieu</i>. Douze pages, fig. Dans un autre exemplaire
-la ddicace est <i>Sebastian Zamet,&mdash;Grand Abraham,
-pre de familles de toutes les Europes, riche de deux
-millions d'or par la grace de Dieu</i>.</p>
-
-<p><i>Le 20<sup>me</sup> livre</i> nous apprend que Bluet avait un
-frre boiteux, probablement gardien de troupeau,
-comme lui, d'aprs l'allusion qu'il fait.</p>
-
-<p>Douze pages, et portraits en tte, de H. Du
-Plessis, R. Du Plessis, et Isabelle Du Plessis, <i>la tant
-belle desirable</i>.</p>
-
-<p><i>Le 21<sup>me</sup> livre</i>, 24 pages, fig. du prophte Nahum.
-Ddi Henry IIII, Roy de France et de Navarre.
-C'est une espce de sermon la manire de l'auteur,
-sur les dissentions entre les Catholiques et les Protestans.
-Quelques passages sont assez curieux, celui-ci
-entr'autres: &ldquo;Voyla les prdicateurs des deux religions;
-la plus part de leurs prdications, c'est d'inciter de
-se couper la gorge les uns avec les autres. Voila le
-prdicateur de la religion Philistienne qui preschera
-que ces pauvres papaux font un Dieu de paste, et
-d'un goubelet d'argent, qu'ils sont idolastres. Voyla
-les autres prdicateurs de la religion Catholique, qui
-dirent: Ces Calvinistes sont des chiens qui mangent
-de la chair en tout temps. Le Comte de Permission
-vous avertit de la part de Dieu, que cela n'est point
-bon de rapporter toutes ces paroles&hellip; que de
-trente mille qui vont l'glise, il n'y en a pas un
-qui fasse son devoir.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 22<sup>me</sup> livre</i> a douze gravures sur bois, qui remplissent
-plus de la moiti des pages, et qui sont tires
-d'une Danse des morts.</p>
-
-<p>&ldquo;Il faut que je me rsolve,&rdquo; (dit Bluet, avec tristesse
-s'apercevant sans doute que ses livres ne se plaaient
-plus aussi bien) &ldquo;de me mettre en bon estat, comme
-cestuy l qui s'en va mourir et rendre l'esprit, avec
-une vraye repentance d'avoir offens Dieu; et je ne
-pense estre que trop riche quand je n'aurois que
-deux chemises, si je vois mon frre Chrestien qui n'en
-a qu'une.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 23<sup>me</sup> livre</i>, 12 pages, fig. Ddicace Henri
-de Bourbon, Duc de Montpensier. Il y a deux titres
-diffrents pour ce livre, d'aprs les exemplaires.</p>
-
-<p><i>Le 24<sup>me</sup> livre</i>, 12 pages, sans fig. M. Lacroix cite
-un titre de 2 feuillets avec les instruments de la Passion,
-et figure trs singulire et trs quivoque.</p>
-
-<p><i>Le 25<sup>me</sup> livre</i>, 12 pages, fig. Deux titres diffrents.</p>
-
-<p><i>Le 26<sup>me</sup> livre.</i> &ldquo;Ce livre s'appellera, dit Bluet, le
-renouvellement des prophties, dont la figure du
-prophete Nahum sera en teste.&rdquo; 8 pages, fig.</p>
-
-<p><i>Le 27<sup>me</sup> livre</i>; un titre de deux feuillets, avec figures.
-Un autre titre sans fig. Ce livre, dit M. Lacroix, qui
-avait t imprim en grand volume, n'existe plus.</p>
-
-<p><i>Le 28<sup>me</sup> livre</i>; un titre de deux feuillets, fig., 12
-pages.</p>
-
-<p><i>Le 29<sup>me</sup> livre</i>; titre de deux feuillets, avec armoiries
-des treize Cantons. Ce livre qui avait aussi t imprim
-en grand volume, n'existe plus.</p>
-
-<p><i>Le 30<sup>me</sup> livre</i> est une srie de visions des plus bizarres,
-telles que: &ldquo;Je voyois le soleil ma fentre,
-lequel me crioit: ouvre moi la porte, que j'entre en
-la maison; je veux entrer et tu me fermes tousjours
-la porte.&mdash;Autre vision, que j'estois transport en la
-Turquie, avec la femme du Grand Turc, et qu'elle
-lisoit mes livres, et pleuroit des livres que se devoyent
-imprimer. Les enfants du Grand Turc et de la
-Turquesse ne se pouvoient lever que je ne les levasse.&rdquo;</p>
-
-<p>Ce livre, dans quelques exemplaires, est en double,
-et montre qu'il y en a eu deux ditions, chacune du
-mme nombre de pages (24), avec une addition de neuf
-lignes en plus petits caractres, dans l'un d'elles.</p>
-
-<p><i>Les 31<sup>me</sup> et 32<sup>me</sup> livres</i> ne prsentent aucune observation.
-L'un a un titre de deux feuillets, avec portraits,
-et se compose de 10 pages, aussi avec portraits; l'autre
-a douze pages et traite &ldquo;des discours et interprtations
-des noms et surnoms des demoiselles de la Royne de
-France.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 33<sup>me</sup> livre</i> est ddi Marie de Mdicis, <i>Impratrice
-de hasard et de fortune</i>, et se compose de douze
-pages imprimes le premier jour de l'an 1603. Bluet
-a l'ide originale dans ce livre d'appliquer aux damns
-le contraste du froid et du chaud: &ldquo;Quand il est jour
-au monde, ceux des enfers sont tourments par la
-glace et la froidure; d'autant qu'ils ont eu la chaleur
- mal faire, Dieu les veut refroidir par la glace;
-et quand il est nuict au monde, ceux des enfers sont
-tourments par le feu.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 34<sup>me</sup> livre</i> est ddi la haute et puissante dame
-Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de
-beau plaisir.</p>
-
-<p>Au nombre de ces visions qui n'ont aucune suite,
-il y en a d'assez curieuses: &ldquo;Autre vision que je voyois
-la ressemblance de Madame la Princesse et Duchesse
-de Nemours, et elle s'est venue prsenter moy, en
-chemise, et me dist: mon amy, j'ay froid, poussez
-moy un peu dans ceste chambre. Autre vision que
-je voyois une grande Duchesse qui avoit perdu ses
-souliers, &amp;c.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 35<sup>me</sup> livre</i> de 12 pages, avec figure, prsente
-encore des visions. Elles commencent par le rcit
-d'un enlvement de Bluet par un diable qui le transporte
-aux lieux o il est n, le pose au milieu des
-marais o il gardait les vaches. Puis ils se battent
-ensemble. Plus loin, il est aux prises avec un autre
-diable cheval. Bluet lui met le mors d'une bride
-dans la bouche, et appelle au secours: &ldquo;Je voyois le
-Pape et Messieurs les Cardinaux qui ne me vouloient
-point secourir. Je leur ay dit: sauve qui pourra,
-car je m'en vais le laisser aller, je ne le peus plus
-tenir,&rdquo; &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p><i>Les 36<sup>me</sup>, 37<sup>me</sup> et 38<sup>me</sup> Livres</i>, de 12 et 24 pages,
-avec figures, ne renferment galement que des visions.
-L'une d'elles montre jusqu' quel point la malheureuse
-cervelle du Comte de Permission tait bouleverse par
-la vanit: &ldquo;Il m'est apparu que j'tois transport en
-la maison d'une grande dame de mes amies; j'tois
-accoustr d'un habit l'antiquit, portant une palle
-de feu en ma main; il y avoit une table toute pleine
-de vesselle d'argent dor&hellip; trois capucins qui
-avoient une face reflambante ont dict la compagnie
-qu'ils toient venus pour me veoir, je leur suis all
-parler, les larmes leur distiloient des yeux, et m'ont
-dict: vous avez la plus grande obligation cestuy
-grand Dieu de l haut; il n'y a jamais eu pape, et
-n'y aura qui aye jamais pu faire ce que vous avez
-faict. Vos livres regneront jusqu' la consommation
-du monde, vous serez tenu merveille au dernier
-temps, ce que vous n'estes pour le prsent; monstrez
-nous de vos &oelig;uvres. Je leur en ai monstr. Quand
-ils ont eu de mes &oelig;uvres, ils ont commenc chanter
- haulte voix: Gloire soit donne au Grand Dieu
-Eternel, et bndictions soient donnes vos actions
-et vos &oelig;uvres.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;Je leur ay dict: cela n'est rien pour le prsent, au
-prix de ce que je feray pour l'avenir, s'il plaist
-Dieu. Je vais oster toutes les difficults de toutes
-les divisions, y compris la Turquie,&rdquo; &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>Il y a un second 38<sup>me</sup> livre, de 12 pages, intitul:
-<i>des sentences, &amp;c.</i>, imprim le 27 fvrier 1603, et ddi
-&ldquo; Anthoine Zamet Jacob, fils an du grand Abraham,
-et de la Victoire de Laurier, sa mre.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Livre 39<sup>me</sup></i>, deux feuillets, fig.</p>
-
-<p>Entre ce livre et le 40<sup>me</sup> dont nous allons parler, il se
-trouve deux morceaux, dans l'un des exemplaires que
-nous avons lus, qui ne portent aucune indication soit
-de srie, soit de classification quelconque, et qui ne
-sont point mentionns par les bibliographes. Ils n'ont
-ni titre, ni gravure. Il est donc impossible de deviner
-o ces morceaux devraient tre placs. Ils sont
-nanmoins complets en eux-mmes, pagins de 1
-12, et indpendants de tout autre livre. Voici les
-premires lignes de chacune de ces pices: &ldquo;Autre
-vision que je voyois que les gens du Roy de France
-venoient me dire: chauffez un peu ceste serviette
-pour le Roy nostre maistre, et moy approchant la
-serviette proche du feu, elle ne se vouloit point
-eschauffer.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;Quand le ciel est bien clair, le soleil tend ses
-rayons sur le monde; subitement vient la nue qui
-se met devant le soleil, et tout l'heure le soleil
-retire ses rayons, et sont cachs,&rdquo; &amp;c.</p>
-
-<p><i>Les livres 40, 41, 42, 43, et 44</i> ne nous prsentent
-que deux observations faire. Au bas de la 1<sup>re</sup> page
-du 41<sup>me</sup> livre se trouve la remarque suivante: &ldquo;Le
-quarante deuxime livre qui est le tableau du Paradis
-et de l'Enfer, est en grand volume, et ne peult pas
-entrer en cestuy rang.&rdquo;</p>
-
-<p>A partir du 43<sup>me</sup> livre, De Bure, dans son catalogue
-des &OElig;uvres de Bluet, avance que les livres suivants n'ont
-pas de figures. Nanmoins presque tous ces livres en ont
-en tte, mais le 43<sup>me</sup> qui commence par une gravure reprsentant
-S<sup>t</sup> Pierre et S<sup>t</sup> Paul, en contient une mi-page,
-au verso et au recto, jusqu' la fin des douze pages.</p>
-
-<p><i>Livre 45</i>; &ldquo;<i>Figure qui reprsente les douleurs qu'a
-endur la Vierge Marie.</i>&rdquo; Tel est l'intitul de ce
-livre de douze pages, collection de visions bizarres dans
-le got de celle ci: &ldquo;Le Grand Turc m'est venu dire:
-Comte de Permission, allez au grand juge et sauveur
-vostre maistre, qu'il luy plaise prolonger son grand
-jugement, et me donner un petit de temps, que je me
-puisse amender, pour demander misricorde; j'aboliray
-la loi et la religion de Mahomet l'enchanteur,
-je la fouleray sous les pieds, et observeray vos ordonnances,
-moy et tous mes royaumes et empires.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Les livres 46, 47, 48</i> ont chacun 12 pages et une
-gravure.</p>
-
-<p><i>Livre 49</i>; idem. &ldquo;Le Duc de Nemours me fit
-donner douze ducats, m'en allant Chamberry,
-pour m'accoustrer, et je m'accoustris depuis les pieds
-jusques la teste, tout de frize noire, et les dames me
-demandoient qui m'avoit donn cestuy habit; je
-leur dis que c'estoit le Duc de Nemours, la fleur de
-mes amis, et ne le vois plus, mon grand regret.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Les livres 50 57</i> ne prsentent pas d'observations
- faire.</p>
-
-<p><i>Le livre 58<sup>me</sup></i> de douze pages, a en tte une petite
-gravure sur bois, passablement indcente, et dont nul
-bibliographe n'a parl. Le titre porte: &ldquo;Ddi
-haulte et puissante Dame, princesse et duchesse de
-Guise, Royne de Sabat. Iceluy livre traicte du
-remde comment les femmes mettent les hommes
-en tentation, et comment les hommes doivent
-rsister.&rdquo;</p>
-
-<p>L'auteur explique la gravure de la manire suivante:
-&ldquo;L'homme sera couch la renverse, la femme sera
-aussi couche vis--vis de l'homme. Une des gorges
-d'un serpent deux gorges et quatre griffes, tirera
-la langue de l'homme, et l'autre gorge engouffre la
-partie honteuse de l'homme. Sur la femme il y
-aura un dragon qui aura une grande queue, laquelle
-entrera dedans la partie honteuse de la femme,
-les deux griffes sur les deux mamelles. Il ne
-faudra pas que l'homme dise Dieu: les belles
-femmes m'ont monstr leurs testins, elles m'ont
-induict mal faire; il n'y aura poinct d'excuse.&rdquo;</p>
-
-<p>Tout ce livre est fort curieux, mais trop long pour
-le transcrire ici.</p>
-
-<p><i>Livre 59</i>; douze pages. Portrait d'Argentine
-Provane, <i>la plus belle damoyselle qui soit en Italie, de
-l les monts</i>, laquelle le livre est ddi.</p>
-
-<p>Le verso de la dernire page est rempli par dix
-portraits en buste, du Duc de Savoie et de ses enfants.</p>
-
-<p><i>Livre 60</i>; douze pages, gravure. &ldquo;Comme je
-m'en allay trouver Abraham, j'ay rencontr
-Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne qui m'a convi
-pour aller disner avec luy; j'y suis all, et il m'a
-faict donner un escu, aprs que j'ay eu disn.&rdquo;</p>
-
-<p>La plupart de ceux que Bluet mentionne cette
-poque comme leur ayant donn un de ses <i>gros livres</i>,
-lui font remettre un cu. Le Prince d'Orange lui
-fait prsent d'un doublon d'Espagne, et Dom Pierre de
-Balanon, d'un beau pourpoint de satin.</p>
-
-<p><i>Les livres 61 65</i> n'offrent pas de remarques
-faire.</p>
-
-<p><i>Livre 66</i>; douze pages (le titre porte par erreur
-lxvii). En tte est le portrait du Comte de Permission,
-ressemblant beaucoup celui de Ronsard, et
-entour par deux branches de laurier. Au revers est
-un portrait d'Argentine de Provane, fille du Grand
-Chancelier du Duc de Savoie &ldquo;qui eust est ma
-femme, si je ne fusse demeur en France,&rdquo; dit l'auteur.</p>
-
-<p><i>Les livres 67, 68, et 69</i> ne m'ont pas prsent d'observations
- faire.</p>
-
-<p>Le livre suivant, indiqu comme le <i>octante deuxime</i>,
-et intitul <i>le Livre des trois couronnes</i> cause de la
-gravure qui se trouve en tte, rpond, dit Bluet, &ldquo;et
-suit au soixante-neufiesme livre, et est des visions
-depuis le cinq Novembre, jusqu' prsent.&rdquo;</p>
-
-<p>Il a 12 pages, comme les prcdents.</p>
-
-<p><i>Le livre 70<sup>me</sup></i> est ddi au Duc de Maine, et imprim
-le 10 Novembre 1603. Il traite de la vie de l'auteur,
-ainsi que plusieurs des livres suivants, comme nous
-l'avons indiqu dans la biographie du Comte de
-Permission.</p>
-
-<p><i>Le livre 75<sup>me</sup></i> est celui o se trouve la gravure indcente
-qui manque la plupart des exemplaires.</p>
-
-<p><i>Le livre 77<sup>me</sup></i> renferme plusieurs aventures o l'on
-voit que tout le monde s'amusait aux dpens du
-pauvre Bluet, et le raillait surtout de son peu de
-courage.</p>
-
-<p><i>Le livre 78<sup>me</sup></i> porte en tte la gravure d'une chapelle
-sur roulettes. &ldquo;C'est une chapelle, dit-il, que
-j'avois faicte Chambery, et m'y tenois tout droit,
-et me couchois tout de mon long dedans, et la
-pouvois porter sous mon bras, et y faisois mes
-oraisons aux glises et ailleurs. Je voyois et on ne
-me voyoit poinct, et estant dedans je la faisois aller
-o je voulois, avec ses roues et autre subtilit et
-industrie.&rdquo;</p>
-
-<p>Cette description est trs nigmatique, nous parat-il,
-et il est fort difficile de comprendre comment Bluet
-pouvait en mme temps s'y coucher tout de son long,
-et aussi, lorsqu'il voulait, la mettre sous son bras et l'emporter.</p>
-
-<p><i>Le livre 79<sup>me</sup></i> a aussi la gravure de la chapelle,
-mais entirement diffrente en construction et accessoires.</p>
-
-<p><i>Le livre 81<sup>me</sup></i> a une petite gravure reprsentant le
-portrait en pied de sa matresse Antoinette Coynder,
-qu'il manqua pouser, dit-il, lorsqu'il eut quitt l'tat
-de berger. Puis vient un autre portrait en pied de la
-servante de Madame la Comtesse de Fournon &ldquo;
-laquelle je failly me marier quand j'eus quitt la
-paysanne.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le livre 82<sup>me</sup></i> continue la srie des portraits en pied
-des personnes qu'on a voulu lui faire pouser. Le
-troisime est celui <i>de Damoiselle du Gayet qui s'appelloit
-Adriane de Quincin</i>. Le quatrime est celui de
-<i>la fille d'un cuyer de chevaux, nomm George Estrajo</i>.</p>
-
-<p><i>Livre 83<sup>me</sup>.</i> Nouveaux portraits en pied de Mademoiselle
-de Senamy, de la belle Catherine de Gratian,
-la fille de chambre de la Marquise d'Ais; de Lucrce
-de Lalee, damoiselle de la Tornette; de Peronne Pobel.
-&ldquo;Bref, ajoute-t-il, je dis avec vrit que j'ay eu autant
-de matresses, qu'il y a de mois en l'anne. J'ay
-failly de me marier toutes.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le livre 84<sup>me</sup></i> contient le portrait d'Argentine Provane,
-&ldquo;la plus belle qui soit et qui jamais aye est en
-toute l'Italie. Il n'y a peintre, si brave soit-il, qui
-puisse imiter sa rare et excellente beaut.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le livre 85<sup>me</sup></i> est ddi Henriette de Balsac, Marquise
-de Verneuil, Royne de beau plaisir. &ldquo;Ce livre
-traicte de la continuation de ma vie, tant de fortune
-que de mon infortune pour ne m'estre pas sceu
-gouverner selon les fantaisies et dissimulations du
-monde: Chacun mesure la capacit des esprits d'autruy,
-comme ils mesurent la leur; mais celuy qui
-compte sans son hoste, est sujet compter deux fois.
-Les penseurs feroient beaucoup si ce n'estoit leurs
-contre-penseurs. En Dieu je me console.&rdquo;</p>
-
-<p><i>Le 91<sup>me</sup></i> livre traite de l'interprtation du Royaume
-de France et des provinces et duchs qui appartiennent
-au Grand Empereur Thodose.</p>
-
-<p><i>Le 92<sup>me</sup></i> est la continuation du mme sujet.</p>
-
-<p><i>Le 93<sup>me</sup></i> contient l'interprtation du nom des possessions
-du Roy du Levant.</p>
-
-<p><i>Le 94<sup>me</sup></i> livre est intitul <i>le livre de la dsolation et
-lamentation</i>, et ddi au Nonce du Pape. &ldquo;Le sujet
-en est, dit-il, l'interprtation de l'Annonciation de la
-Vierge Marie.&rdquo; Ce livre de 12 pages, malgr ce
-qu'il annonce, ne se compose que de plusieurs courtes
-oraisons et prires.</p>
-
-<p><i>Le livre 95<sup>me</sup></i> est ddi &ldquo; Catherine de Lorraine,
-Princesse et Duchesse de Nevers, Royne de toute
-Vertu, l'Excellence de la France.&rdquo;</p>
-
-<p>Ce livre est galement rempli d'oraisons. Portraits
-des prophtes Elie et Enoch, Jrmie et David.</p>
-
-<p><i>Livre 96<sup>me</sup>.</i> En tte se trouve le singulier intitul
-suivant, en lettres Italiques: &ldquo;Il n'y a nul rapport au
-contenu de ce livre ddi la Princesse de Dombes
-et de Montpensier: Pere Cothon s'appellera Rembourr
-parceque le coton sert rembourrer les pourpoints,
-et luy comme plein de vrits, rembourre le
-vice.&rdquo;</p>
-
-<p>En tte, figure du prophte Isae, qui fut le premier,
-dit Bluet, qui ait prophtis l'avnement du fils de
-Dieu.</p>
-
-<p><i>Le livre 97<sup>me</sup></i> est intitul: <i>Le Prophte Daniel</i>, et
-donne son portrait. Ce livre traite <i>de l'interprtation
-du Duch de Nemours, et autres royaumes et principauts</i>.
-&ldquo;Le Duch de Nemours s'appellera Tentation
-d'amiti, parceque Amour est amiti: un amoureux et
-une amoureuse qui se baisent, pour armoiries.&rdquo; Une
-gravure en marge les reprsente.</p>
-
-<p>&ldquo;Rome en Genevois, s'appellera aveugle, parceque
-celuy qui est borgne n'est pas aveugle: un homme
-borgne pour armoiries.&rdquo; Gravure d'un borgne.</p>
-
-<p>Tout est de cette force, durant douze pages.</p>
-
-<p><i>Le livre 98<sup>me</sup></i> est ddi <i> Monsieur le Grand, de
-France, gouverneur pour le premier du monde, de la
-Duch de Bourgogne</i>.</p>
-
-<p>Nous avons cit plus haut le volume des <i>dernires
-&oelig;uvres de Bluet d'Arbres</i>, volume spar et excessivement
-rare, de 200 feuillets, avec des gravures sur bois,
-et qui commence au livre 141 et finit au 173<sup>me</sup>. Nous
-nous proposions d'en donner galement une analyse
-dtaille, mais ce travail a t si bien excut par <i>le
-Bibliophile Jacob</i>, dans le Bulletin du Bibliophile de
-Techener, du mois de Juillet 1859, page 450, que nous
-avons prfr y renvoyer les curieux.<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Nous consignerons ici, en finissant, une note de Beuchot
-dans le 33<sup>me</sup> volume de son dition des &oelig;uvres de Voltaire, o il
-est question du Comte de Permission: &ldquo;Frron reproche Voltaire,
-y est-il dit, d'avoir tir presque mot pour mot l'pisode de
-<i>l'hermite</i>, dans <i>Candide</i>, d'une pice de 150 vers, intitule <i lang="en" xml:lang="en">The
-Hermit</i>, par Th. Parnell. Avant Parnell, plusieurs auteurs
-avaient trait le mme sujet, et entr'autres Bluet d'Arbres,
-dans le livre 105 de ses &oelig;uvres. C'est en 1604 qu'avaient paru
-les livres 104 et 115, dont on ne connat encore qu'un seul exemplaire,
-dcouvert en 1824.&rdquo;</p>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">JEAN MARIE CHASSAIGNON.</h2>
-
-
-<p>&ldquo;Les cataractes de l'imagination, dluge de la
-scribomanie, vomissement littraire, hmorhagie
-encyclopdique, monstre des
-monstres, par Epimnide l'inspir&mdash;Dans l'antre de
-Trophonius, au pays des visions.&mdash;4 vol. in 12<sup>o</sup>,
-1779.&rdquo;</p>
-
-<p>Certes, ce titre seul annonce que notre auteur et
-pu tre mis dans une maison de sant, sans grande injustice,
-d'autant mieux que ce n'est ni ce titre, ni cet
-ouvrage seulement, qui prouvent le drangement des
-ides de l'auteur, mais encore la manire de traiter ses
-sujets.</p>
-
-<p>Une mauvaise gravure reprsentant l'auteur en robe
-de chambre, assis son bureau, ayant derrire lui la
-Renomme et la Muse de l'histoire, se trouve vis--vis
-du titre du 1<sup>er</sup> volume. Au dessous sont gravs les
-cinq vers suivants:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Muses, retirez-vous, je cde mon gnie,</div>
-<div class="verse">Un c&oelig;ur comme le mien est au dessus des lois.</div>
-<div class="verse">La crainte fit les dieux, l'audace fit les rois.</div>
-<div class="verse">Qui consulte est un lche et ne sait point crire.</div>
-<div class="verse i2">Servons d'exemple, et n'imitons personne.</div>
-</div>
-
-<p>Chassaignon a certainement tenu parole, car il n'a
-imit qui que ce soit, mais ses v&oelig;ux sont rests inexaucs,
-il n'a heureusement servi d'exemple personne.</p>
-
-<p>Dans une longue prface de prs de cent pages, il
-avoue qu'il crit dans un genre inconnu son sicle,
-et il apostrophe ainsi ceux qui douteraient de son
-mrite: &ldquo;Mais lis encore une fois, insolent faquin, lis,
-dgot sclrat, lis, bourreau mcrant, qui doute
-de notre supriorit originale,&rdquo; et ses critiques trop
-rhteurs et puristes il dit: &ldquo;d'un seul clat de mon
-imagination, je foudroierais ce pusillanime troupeau
-d'esclaves, ns pour aligner des mots, symtriser des
-phrases et couper les ailes du gnie.&rdquo;</p>
-
-<p>Comme nous l'avons dj fait observer, les monomanes
-ont souvent la connaissance parfaite du drangement
-de leurs ides. Ce fait est prouv par la science.
-Aussi notre auteur dcrit trs bien lui-mme comment
-ses accs de folie commencent: &ldquo;Je n'cris
-jamais plus d'une heure de suite, souvent mme je
-cesse au bout d'un quart d'heure, une crispation dans
-les nerfs, un blouissement dans la vue, une palpitation
-de c&oelig;ur, une bullition de cerveau, m'empchent
-de tenir la plume, de regarder le papier, et
-mme de combiner mes ides. Souvent au moment
-o j'entre en verve, mes fibres organiques s'branlent
-et se dchirent, je retiens une explosion qui
-m'accablerait.&rdquo;</p>
-
-<p>Cet tat du cerveau explique suffisamment les jugements
-littraires qu'il nonce: &ldquo;l'Esprit des lois, le
-Cid, Cinna, Emile et Mahomet n'ont pour moi que
-d'arides beauts. Voltaire, J. Jacques, Corneille,
-et Montesquieu n'ont pas senti ce que je sens. Je
-prfre <i>moi</i> tous ces fastidieux personnages.&rdquo;</p>
-
-<p>Il raconte plusieurs des visions qu'il eut; une entr'autres
-pendant la nuit qui lui reprsente l'enfer:
-&ldquo;<i lang="la" xml:lang="la">Horrescentes stetre com</i>, dit-il, la plume m'chappe
-ici de frayeur; encore une minute, et j'expirais.
-J'crivis ma vision un incrdule qui en
-perdit la tte, et mourut.&rdquo;</p>
-
-<p>Ayant conu le plan d'une satire sanglante qui
-retracerait un tableau des sclratesses qui ravagent
-notre globe, il voque tous les souvenirs les plus capables
-de lui donner ce qu'il nomme <i>des convulsions
-potiques</i>. &ldquo;Que la rage, la haine et la vengeance,
-s'crie-t-il, broient mes couleurs avec leurs bras de
-fer&hellip; Un frntique accs s'empare de ma
-verve, l'Etna est dans ma tte, le Vsuve est dans
-mon c&oelig;ur.&rdquo;</p>
-
-<p>Mont ce diapason, il consacre un chapitre
-l'expression du dsir que les &ldquo;coups de sa plume soient
-aussi destructifs que les dents de l'Ichneumon qui
-pntre dans les entrailles du crocodile, et les lui
-dchire; aussi terribles que des tenailles rougies qui
-emportent des lambeaux de chair et arrachent le c&oelig;ur&hellip;
-que ces satyres ressemblent au tonneau arm
-en dedans de lames tranchantes, dans lequel les
-Carthaginois firent rouler Rgulus tout nu&hellip;
-qu'elles soient aussi meurtrires que le poison qu'Agrippine
-reut de l'empoisonneuse Locuste&rdquo;&hellip;
-et une foule de souhaits semblables, remplissent six pages.</p>
-
-<p>Enfin il conclut en disant que si quelqu'un tait
-tent de le persifler: &ldquo;Ah! je l'en prviens, je
-lui fais effacer ses crits dans des larmes de sang;
-j'imprime sur son front le fer de la satire, rougi sur
-une braise infernale, et on le verra convulsionner
-sous le poignard du remords&hellip; je le contraindrai
- se pendre de honte et de desespoir!&rdquo;</p>
-
-<p>Je pense qu'aprs cette tirade, personne ne doutera que
-notre forcen mritait d'tre mis aux Petites Maisons.</p>
-
-<p>Les chapitres suivants sont consacrs la critique
-de la littrature de l'poque. Aprs un assez long
-examen des meilleurs crivains franais, il conclut en
-disant qu'il n'en finirait pas s'il prenait tche de relever
-tous les solcismes, barbarismes, expressions impropres,
-vers boursouffls, images incohrentes, mots
-vagues, rebattus, rimes oiseuses, ngligences basses,
-licenses choquantes, fatiguantes rptitions, &amp;c. &amp;c.,
-dont fourmillent les chefs-d'&oelig;uvres de Boileau, Racine,
-Corneille, Voltaire, Crbillon, Rousseau, &amp;c. &amp;c.</p>
-
-<p>Aprs cet examen vient un volume et demi de notes,
-sous le titre de: <i>Dtachement ou Entrailles du monstre</i>,
-titre qu'il justifie par le motif suivant: &ldquo;Ces notes
-taient d'abord consubstantiellement renfermes dans
-les volumes, et y occasionnaient une espce d'engorgement
-et d'obstruction. Pour dgager la masse,
-vider le ventricule, et claircir le chaos, on a cru
-devoir en dtacher les parties htrognes, indigestes
-et compliquantes, et donner ces notes en supplment.&rdquo;
-Cette explication aurait pu trouver place dans quelques
-endroits du <i>Mdecin malgr lui</i>.</p>
-
-<p>Vers le milieu du 4<sup>me</sup> volume se trouve une espce
-de Post-face de deux feuillets, imprims en encre
-rouge, et intituls: <i>Fin du Monstre et de ses entrailles,
-suivie (sic) de la fin du monde et d'une esquisse des
-Enfers</i>.</p>
-
-<p>L'ouvrage se termine par deux cents pages presque
-toutes consacres une amre critique des &oelig;uvres de
-Voltaire, ce que l'on ne devinerait gure sous le titre,
-en encre rouge, de: <i>Arrire-Monstre, plus terrible que
-le Monstre: Paraphrase des prophties d'Ezchiel, &amp;c.
-&amp;c., visions, enfers, apocalypse nouvelle. Offrande
-au Clerg.</i></p>
-
-<p>Le lecteur ne doit pas s'imaginer pourtant que ces
-quatre volumes ne soient remplis que d'extravagances;
-l'auteur y dploie une trs grande rudition, et prouve
-par ses citations et ses extraits sans nombre, qu'il avait
-immensment lu, et, qui plus est, retenu ses lectures.
-Malheureusement tout est si incohrent, qu'il serait
-difficile de les lire en entier. C'est videmment le produit
-d'un cerveau en dlire.</p>
-
-<p>Dans un autre ouvrage: <i>Les nudits, ou les crimes
-du peuple</i>, 8<sup>o</sup>, 1793, Chassaignon nous a retrac les
-malheurs que les aberrations de son esprit attirrent sur
-lui. M. J. Lamoureux, dans l'article qu'il lui a consacr
-dans la Nouvelle Biographie Universelle, par Firmin
-Didot, t. 10, p. 42, a trs bien rsum ces vnements.
-Nous y renvoyons les curieux et nous nous contenterons
-d'indiquer les autres ouvrages de Chassaignon.</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>. Eloge de la Brotade (Pome de Julien Pascal),
-par un enthousiaste. Genve (Lyon) 1779, in 12<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>. Les Etats Gnraux de l'autre monde, vision
-prophtique. Le Tiers Etat rtabli pour jamais dans
-tous ses droits, par la rsurrection des bons Rois, et la
-mort ternelle des tyrans. Langres (Lyon) 1789,
-in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup>. Etrennes Messieurs les Rdacteurs du Courrier
-de Lyon, Autun (Lyon) 1790, in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>4<sup>o</sup>. Les Ruines de Lyon, Ode, 1794, in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>Ces ouvrages, dit M. Breghot du Lut (Mmoires
-biographiques et littraires, 1828, in 8<sup>o</sup>), sont devenus
-fort rares, et contiennent la plupart, au milieu de
-beaucoup de folies, des choses trs senses et trs
-spirituelles.</p>
-
-<p>Il publia en 1793 une dfense de Chalier, ce disciple
-de Marat, condamn mort. Ce fut peut-tre ce
-qui lui permit de traverser le rgne de la Terreur sain
-et sauf. On l'avait port sur la liste des migrs. Il
-adressa une rclamation aux Reprsentants du peuple,
-dans laquelle il dit, entr'autres choses originales,
-&ldquo;Comme on sait que les penseurs ont l'me cosmopolite,
-les affections vagabondes, l'imagination ale
-et migrante, on s'est diverti mettre mon nom sur
-la liste des migrs, et cette petite malice ne tend
-rien moins qu' me faire mourir de faim et de soif.&rdquo;</p>
-
-<p>Heureusement pour lui, ce ne fut pas la fin qui lui
-tait destine. Il mourut tranquillement, mais l'esprit
-toujours exalt, Thoissy, dpartement de l'Ain,
-l'ge de 60 ans, dans un modeste domaine dont il
-avait hrit.</p>
-
-<p>Son frre, picier Lyon, sa ville natale, fit servir
- envelopper les marchandises de son commerce, les
-nombreux manuscrits laisss par le dfunt, et parmi
-lesquels se trouvait une tragdie de <i>Cromwell</i>.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">ALEXANDRE CRUDEN.</h2>
-
-
-<p>Ce savant tait fils d'un des magistrats d'Aberdeen
-en Ecosse, et naquit en 1701. Sa folie
-bien caractrise, et d'autre part la preuve
-qu'il nous a laisse de sa science philologique et de ses
-patientes recherches, en font un des phnomnes les
-plus curieux de l'aberration mentale. A dix-neuf ans
-il prit ses degrs de Matre-es-Arts, et se destinait
-devenir ministre de la religion, mais toute sa carrire
-fut interrompue par un vnement qui bouleversa
-jamais ses facults mentales.</p>
-
-<p>Durant ses tudes l'Universit, il conut une
-passion violente pour la fille d'un des ministres de sa
-ville natale, mais celle-ci ne rpondit pas ses sentiments,
-et comme il continuait ses poursuites avec une
-obstination que rien ne pouvait vaincre, le pre de la
-jeune personne fut oblig de lui interdire sa maison.
-Ce dsappointement produisit un effet si terrible sur
-son organisation qu'il fut frapp de folie immdiatement
-aprs, au point que l'on dut l'enfermer dans une
-maison de sant. Cet vnement fut peut-tre un
-bonheur pour lui, car on dcouvrit plus tard que la
-jeune fille avait t la victime d'une passion coupable
-pour l'un de ses frres.</p>
-
-<p>Au bout de quelque temps les soins assidus des amis
-de Cruden, et son application l'tude qu'il avait
-toujours conserve, durant ses moments de lucidit,
-finirent par donner un peu de calme son esprit
-malade, et l'on put le rendre la libert. Afin de
-dtourner le cours de ses ides, il quitta Aberdeen et
-vint s'tablir Londres en 1722. Il y donna pendant
-quelque temps des leons particulires, puis alla
-habiter l'Ile de Man, et obtint enfin la place de correcteur
-d'imprimerie dans la Mtropole. Ses connaissances
-et son assiduit au travail lui firent des
-protecteurs, et il fut recommand Sir Robert Walpole,
-par l'influence duquel il fut nomm, en 1735,
-libraire de la Reine Caroline, pouse de George II.
-Depuis longtemps il s'occupait d'un grand ouvrage,
-<i>La Concordance de la Bible</i>. On sait que dans
-l'origine les Saintes Ecritures n'avaient aucune division
-en chapitres ni en versets, divisions qui furent tablies
-plus tard pour faciliter la lecture et les citations.
-C'est la corrlation des divers passages qui forme la
-base du travail de Cruden, qui appliqua la Bible ce
-qu'on avait fait pour les auteurs Grecs et Latins, afin
-de trouver volont les concordances du texte. La
-prface de la premire dition donne un rsum
-historique de tout ce qui a t fait avant lui, dans ce
-genre, et tablit d'une manire trs claire les avantages
-de cette &oelig;uvre de patience qui l'occupa toute sa vie.
-On peut se faire une ide de l'immense labeur exig
-pour un pareil livre, lorsqu'on se rappelle que le premier
-essai se fit sous la direction d'Hugo de S<sup>t</sup> Marc, qui
-pour cela employa, en 1247, cinq cents moines la fois.</p>
-
-<p>Maintenant que Cruden avait un poste qui lui laissait
-quelque loisir, il mit la dernire main son ouvrage,
-et la premire dition en fut publie en 1737.
-Elle tait ddie la Reine, laquelle il en prsenta
-un exemplaire, et qui lui promit son appui, et lui assura
-qu'elle ne l'oublierait point. Malheureusement
-pour l'auteur, elle mourut seize jours aprs, et ainsi
-s'vanouit tout espoir pour lui d'tre aid pcuniairement.
-C'tait un terrible coup, car il avait engag
-son modique avoir tout entier dans cette immense entreprise.
-Aussi sa profonde anxit, jointe sans doute
- une trop grande tension d'esprit par suite d'un excs
-de travail, le privrent de nouveau de l'usage de sa
-raison, et on dut l'enfermer dans la maison de sant
-de <i lang="en" xml:lang="en">Bethnal Green</i>. A sa sortie il publia un pamphlet
-satirique, plein de bizarreries, dans lequel il se plaignait
-des mauvais traitements qu'il prtendait avoir reus;
-il intenta en mme temps une action contre le mdecin
-et le directeur de l'tablissement, mais l'examen
-judiciaire de la cause, et le plaidoyer qu'il voulut faire
-lui-mme, prouvrent que si sa mise en libert tait
-sans danger pour ses amis, ses facults intellectuelles
-taient nanmoins dcidment dranges. Malgr
-cela, il reprit ses occupations de correcteur d'imprimerie,
-et continua pendant plusieurs annes revoir
-les feuilles de plusieurs ditions des classiques Grecs et
-Latins, sans donner d'autres signes de son tat mental
-qu'une grande taciturnit et une constante mlancolie.</p>
-
-<p>Un vnement montra que son ancienne blessure
-ne s'tait pas cicatrise. Un jour un de ses amis, M<sup>r</sup>
-Chalmers, lui proposa, afin de le distraire, de le prsenter
-chez un des marchands de la Cit, qui par le
-plus grand des hasards se trouvait tre un des frres de
-celle qui avait t la cause de sa folie. Ce fut elle-mme
-qui vint ouvrir la porte. A cette vue Cruden
-se jette en arrire, et saisissant violemment et d'un air
-effar la main de son ami: C'est elle! s'crie-t-il, ah!
-elle a toujours les mmes beaux yeux noirs!&mdash;</p>
-
-<p>M<sup>r</sup> Chalmers le ramena en toute hte chez lui, et eut
-beaucoup de peine calmer son agitation. Il n'y eut
-pas de seconde entrevue, mais il ne prononait jamais
-le nom de cette jeune femme, sans qu'une sombre
-douleur ne s'empart de lui aussitt.</p>
-
-<p>En 1753 sa s&oelig;ur fut oblige de le faire garder de
-nouveau vue, dans une maison de Chelsea, et lorsqu'au
-bout de quelque temps, ses excentricits paraissaient avoir
-disparu, une ide bizarre s'empara de lui. Convaincu
-qu'on lui devait une rparation pour la perte de sa libert,
-et qu'il ne pouvait l'obtenir de la justice ordinaire, ainsi
-qu'il en avait dj eu la preuve, il crivit sa s&oelig;ur et
- plusieurs de ses amis, leur proposant, avec la plus
-grande simplicit, de lui fournir eux-mmes <i>une lgre
-compensation</i>, de l'injustice qu'il avait soufferte, par
-un moyen trs facile. C'tait de subir leur tour
-un emprisonnement Newgate. Sa s&oelig;ur, disait-il, en
-serait quitte en lui payant une amende de dix ou quinze
-livres, et pourrait choisir entre les prisons de Newgate,
-de Reading, d'Aylesbury, ou le chteau de Windsor, o
-elle resterait enferme durant quarante huit heures
-seulement.</p>
-
-<p>Le reste de la vie de Cruden s'coula dans une
-espce de paisible hallucination. Il croyait avoir reu
-du ciel une mission spciale de corriger les m&oelig;urs publiques,
-et quoiqu'il continut paisiblement ses occupations
-quotidiennes l'imprimerie, ordinairement jusqu'
-une heure de la nuit, il trouvait encore le temps de
-travailler corriger sa <i>Concordance de la Bible</i>, dont
-il se proposait de donner une nouvelle dition. Elle
-fut publie en 1761, l'auteur en prsenta un exemplaire
-au Roi, qui lui octroya une indemnit de deux mille
-cinq cents francs.</p>
-
-<p>Jouissant maintenant de quelque repos, sa manie religieuse
-l'absorba tout entier. Dans ses visions, des
-voix clestes lui disaient qu'il avait une grande mission
- remplir. Il crut que pour le faire efficacement,
-son autorit devait tre reconnue par le Roi en conseil,
-et il demanda tre nomm <i>Correcteur du peuple</i>
-par acte du Parlement, et tre cr <i>chevalier</i>.</p>
-
-<p>Il nous donne lui-mme de curieux dtails sur ses
-dmarches, cet effet, auprs des chambellans et des
-Ministres d'Etat. Comme il tait fort connu, on ne
-le rudoyait jamais, mais on cherchait chapper ses
-importunits. Il se plaint souvent de ce qu'on l'vite,
-except, raconte-t-il, un Lord qui, ayant la goutte
-dans les pieds, fut forcment oblig de lui donner
-audience.</p>
-
-<p>Une autre de ses manies fut de faire la cour la fille
-d'un baronnet, et, malgr tous les refus, il continua
-importuner la jeune personne de ses poursuites incessantes.
-Pour viter une esclandre son pre la fit
-partir pour un voyage; Cruden aussitt fit circuler dans
-le public des prires imprimes o il implorait l'assistance
-de Dieu pour qu'elle et sa suite revinssent sans
-accident dans leurs foyers. A son retour, il distribua
-galement des actions de grce pour remercier le ciel.</p>
-
-<p>Toujours rsolu tre de fait ou de droit le correcteur
-de la moralit publique, il parcourait les rues,
-une ponge dans sa poche, et effaait sur les murs les
-inscriptions qui lui paraissaient n'tre pas conformes
-l'honntet, ou il arrachait les affiches.</p>
-
-<p>En 1769 il fit une excursion dans sa ville natale, et
-en sa qualit de correcteur du peuple, y fit des lectures
-publiques en Latin et en Anglais, sur la ncessit
-d'une rforme gnrale des m&oelig;urs. Il distribuait des
-pamphlets sur le mme sujet tous ceux qui voulaient
-les lire.</p>
-
-<p>Il mourut d'une faon aussi extraordinaire qu'il avait
-vcu. Un matin, la femme qui le soignait dans son
-modeste logis Islington, le trouva dans le priv, mort
-et agenouill dans l'attitude de la prire.</p>
-
-<p>Parmi les nombreux pamphlets que Cruden publia,
-un des plus curieux est: <i lang="en" xml:lang="en">The adventures of Alexander
-the Corrector</i>, in 8<sup>o</sup>, Londres, 1754.</p>
-
-<p>Il y a une navet dans les dtails, et une conviction
-si profonde de la mission qu'il est appel remplir,
-qu'on ne peut s'empcher d'tre convaincu que le
-malheureux ne recouvra jamais l'usage complet de sa
-raison. Cette brochure, ainsi que toutes les autres,
-du mme auteur, est assez rare, et il serait fort difficile
-de les runir toutes.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span lang="en" xml:lang="en">SIR</span> THOMAS AMES GEVAEFT.</h2>
-
-
-<p id="ames">On vit paratre en Belgique, en 1839, un volume
-des &oelig;uvres d'un crivain dont le nom inscrit
-au titre, parat tre un pseudonyme, mais dont
-les ides, quel qu'il ft, avaient un cachet vident de
-folie. Nous croyons ce volume trs peu connu, et
-comme il rentre tout--fait dans notre cadre, nous en
-donnerons une courte analyse.</p>
-
-<p>L'auteur commence par une prface o il adresse au
-peuple Belge un avis sur les droits d'auteur. &ldquo;Plusieurs
-des principaux articles de votre belle constitution sont
-sortis de ma plume, dit-il, et quoique jusqu'ici, je
-n'aie reu de rcompense des minents services que
-j'ai rendus la cause des Belges, malgr tous les
-titres que j'ai fait valoir au gouvernement, je ne puis
-contempler mon ouvrage sans ressentir ce noble sentiment
-d'orgueil, connu seulement aux hommes savants
-et vertueux.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;L'impression de mes beaux pomes, tous ddis
-des ttes couronnes, et dont le manuscrit est dpos,
-est le prlude de celle de mes &oelig;uvres complettes,
-et ce, en ma triple qualit d'historien, de Jurisconsulte
-et de pote Anglo-Franais.&rdquo;</p>
-
-<p>Ces <i>beaux</i> pomes sont d'abord des mditations sur
-le tombeau de Saint Louis, ddies <i>Au Saint Pre
-Grgoire XVI, Pontife Suprme</i>; puis vient <span class="sc">La
-Cration</span>, <i>Pome ddi sa Majest Louise, Reine
-des Belges</i>; en troisime lieu: <span class="sc">Le dernier Jugement</span>,
-<i>ddi sa Majest Louis Philippe I, Roi des
-Franais</i>. Le quatrime pome, crit en Anglais est
-intitul: <i lang="en" xml:lang="en">The Shipwreck</i>, et ddi <i> sa Majest Lopold
-I, Roi des Belges</i>.</p>
-
-<p>Viennent enfin plusieurs morceaux plus courts ayant
-pour titres: <i>La Vertu</i>; <i>La Vrit</i>; <i>Le Patriotisme</i>,
-et trois esquisses en anglais et en prose, sur le caractre
-de la posie de Jrmie, d'Isae et de David.</p>
-
-<p>Notre auteur a les ides les plus excentriques sur la
-versification franaise qu'il dcrit sa faon: &ldquo;Les
-vers alexandrins, dit-il, n'admettent la rigueur que
-douze syllabes ou six pieds, mais le pote d'un gnie
-suprieur ne se laisse pas dominer par de pareilles
-entraves. Se trouvant dans les champs si vastes de
-la posie, il ddaigne la rigoureuse svrit susdite,
-svrit qu'il sacrifie ses sublimes conceptions qui,
-semblables un torrent imptueux, renversent tous les
-obstacles qui s'y opposent. L'homme qui a crit sur
-un sujet aussi vaste (que ceux que traite notre pote)
-doit possder peu prs toutes les connaissances humaines;
-il doit avoir acquis par une grande exprience,
-l'autorit ncessaire faire adopter ses opinions
-par tous ceux qui se distinguent dans les connaissances
-susdites: Cet homme, c'est le fils de l'criture Sainte;
-cet homme, c'est moi, et alors mme que je n'en
-eusse d'autres preuves, mes &oelig;uvres le prouvent, et
-par mes &oelig;uvres je veux que l'histoire me juge. Partant
-de ces principes et en vertu de mes droits, j'ai
-introduit dans la langue franaise plusieurs nouvelles
-expressions, inconnues elle jusqu' ce jour, et sauf
- les expliquer moi-mme; je dclare en mme temps
-loin de moi toute vanit, loin de moi toute crainte
-de faire usage d'un droit, dont la postrit, peut-tre
-mme mes contemporains, me tiendra, me tiendront,
-compte un jour.</p>
-
-<p>&ldquo;La langue de l'criture Sainte fourmille de tant de
-beauts de toutes espces, qu'il est juste que les cinq
-langues dont les Pres de l'Eglise ont fait et feront
-toujours usage, s'entraident, surtout dans les compositions
-leves.&rdquo;</p>
-
-<p>&ldquo;J'ose esprer, dit l'auteur, en terminant sa prface,
-qu'un public clair et impartial saura apprcier les
-difficults qui entourent les compositions de ce
-genre, qui ont le bien-tre de l'humanit pour but,
-et qu'il me rendra justice avec la loyaut, l'impartialit
-et la bonne foi qui caractrisent les nations
-civilises de l'Europe.&rdquo;</p>
-
-<p>Dans son adresse au Pape Grgoire XVI, il donne
-quelques dtails sur lui-mme. Nous en citerons
-quatre strophes qui serviront en mme temps de
-spcimen de sa versification:&mdash;</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Crateur mme daigna jeter sur moi</div>
-<div class="verse"><i>Thomas Ames</i> HMC HAZ, fils de la Croix</div>
-<div class="verse">Ses yeux clestes et pleins de misricorde,</div>
-<div class="verse">Afin que je suivisse de ses prceptes l'ordre;</div>
-<div class="verse">Et afin que je fusse connu de tous sous les cieux,</div>
-<div class="verse">Il imprima les signes clestes dans mes yeux.</div>
-
-<div class="verse stanza">A l'ge de treize ans, ge encore bien tendre</div>
-<div class="verse">Je reus des mains mmes du Primat de Londres</div>
-<div class="verse">Guillaume Pointer, digne vicaire de mon <span class="sc">Pre</span></div>
-<div class="verse"><span class="sc">Pius Septimus Heipha</span><a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> de Jesus Christ le Vicaire,</div>
-<div class="verse">La premire dignit dont m'investit l'Eglise,</div>
-<div class="verse">Qui me donna plus tard le beau titre de fils.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Heipha.</i> Expression hbraque qui signifie l'<i>Ecriture Sainte</i>,
-et quelquefois mme le <i>cleste sjour</i>. Elle rsume galement les
-cinq langues de l'<i>Ecriture Sainte</i>, l'Hbreu, le Grec, le Latin, le
-Franais et l'Anglais, mais cette partie seulement des langues
-Franaise et Anglaise qui a pour base l'histoire et les trois langues
-Savantes de l'antiquit. (Cette note appartient notre auteur.)</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A l'ge de vingt ans, moins quelques mois,</div>
-<div class="verse">Par ordre du <span class="sc">Saint Pere</span> gardien de la Foi,</div>
-<div class="verse">Je reus de mes grades et titres plein droit</div>
-<div class="verse">De prendre place en la famille des Rois;<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a></div>
-<div class="verse">Ce choix, ratifi d'avance <i lang="la" xml:lang="la">per omnes Chef</i>,</div>
-<div class="verse">Fut accept comme gage de bonheur et de paix.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Vide</span> l'almanach de Gotha. (Note de l'auteur.)</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span lang="en" xml:lang="en">Hail,<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a> father</span> <span class="sc">Pius</span>! <span lang="en" xml:lang="en">Hail</span>, Pontife suprme!</div>
-<div class="verse"><span lang="en" xml:lang="en">Hail</span>, illustre Pre du dvou Thomm CM!</div>
-<div class="verse"><span lang="la" xml:lang="la">Salve ad te, <i>Pater Heipha</i></span>, Pre de la foi!</div>
-<div class="verse">Tes cendres sont bnies jusqu' la <span class="sc">Sainte Croix</span>!</div>
-<div class="verse">Le ciel se rjouit de ce choix digne de toi,</div>
-<div class="verse">Et la couronne cleste relve la <i>Tiare</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Cette belle salutation de l'Eglise Catholique drive non du
-Saxon ainsi que les auteurs et mme les lexicographes Anglais le
-prtendent; mais de la belle salutation hbraque <i>Hallelujah</i>;
-salutation compose des attributs clestes, et dont les saints mmes
-sont fiers! (Note de l'auteur.)</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><span lang="en" xml:lang="en">Hail!</span> <span lang="la" xml:lang="la">Ave! Salve!</span></div>
-<div class="verse i2"><span lang="la" xml:lang="la">Ad</span> <span lang="en" xml:lang="en">Sir</span> <span lang="la" xml:lang="la">Ilius Gregorius XVI.</span> MG.</div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En foi de quoi et en vertu de mes droits,</div>
-<div class="verse i5">Je Signe</div>
-<div class="verse i1"><span lang="la" xml:lang="la">Ego</span> <span lang="en" xml:lang="en">Sir</span> Thomas Ames Gevaeft, &amp;c.,</div>
-<div class="verse i3"><span lang="la" xml:lang="la">Primus Jurisconsultus</span>,</div>
-<div class="verse i3"><span lang="la" xml:lang="la">Primus Doctor</span>,</div>
-<div class="verse i3"><span lang="la" xml:lang="la">Primus Professoris</span>,</div>
-<div class="verse i5">Oig.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">In Heipha. <span lang="la" xml:lang="la">Dies script. A. D.</span> Oig, plus trois!</div>
-<div class="verse i1"><span lang="la" xml:lang="la">Resurrexit Roma, Mater Mea!</span></div>
-</div>
-
-<p>Une lueur de raison laisse toutefois apercevoir <span lang="en" xml:lang="en">Sir</span>
-Thomas Ames que ses vers Alexandrins, ainsi qu'il les
-qualifie, sont passablement dfectueux, mais il pense
-que cela ne fait qu'ajouter leur beaut. &ldquo;Quoique
-la mesure mtrique, dit-il, ou quantit soit parfois
-dpasse, il n'en est pas moins vrai que le <i>temps</i> y
-fait ample compensation, et la cadence varie et vive
-qui en est la consquence naturelle, loin de fatiguer
-l'oreille, relve la monotonie qui existe si souvent
-dans les compositions potiques franaises de quelqu'tendue.&rdquo;</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">TABLE ALPHABETIQUE<br />
-<i>Des auteurs dont les crits sont cits dans cet Essai.</i></h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td>&nbsp;</td> <td class="num">Page</td></tr>
-<tr><td>Ames (Sir Thomas)</td> <td class="num"><a href="#ames">177</a></td></tr>
-<tr><td>Arcilla (de)</td> <td class="num"><a href="#arcilla">40</a></td></tr>
-<tr><td>Bernardi, Joseph</td> <td class="num"><a href="#bernardi">75</a></td></tr>
-<tr><td>Billard, Edme</td> <td class="num"><a href="#billard">44</a></td></tr>
-<tr><td>Busch</td> <td class="num"><a href="#busch">32</a></td></tr>
-<tr><td>Caissant (le Chevalier)</td> <td class="num"><a href="#caissant">94</a></td></tr>
-<tr><td>Carfrae, John</td> <td class="num"><a href="#carfrae">13</a></td></tr>
-<tr><td>Cheneau</td> <td class="num"><a href="#cheneau">31</a></td></tr>
-<tr><td>Clare, John</td> <td class="num"><a href="#clare">55</a></td></tr>
-<tr><td>Clennell, Luc</td> <td class="num"><a href="#clennel">53</a></td></tr>
-<tr><td>Cottle, Elisabeth</td> <td class="num"><a href="#cottle">33</a></td></tr>
-<tr><td>Cruden, Alexandre</td> <td class="num"><a href="#cruden">42</a></td></tr>
-<tr><td>D'Arbres, Bluet</td> <td class="num"><a href="#darberes">107</a></td></tr>
-<tr><td>Dachet</td> <td class="num"><a href="#dachet">96</a></td></tr>
-<tr><td>Davenne, Franois</td> <td class="num"><a href="#davenne">92</a></td></tr>
-<tr><td>Dmons</td> <td class="num"><a href="#demons">89</a></td></tr>
-<tr><td>Desjardins, G.</td> <td class="num"><a href="#desjardins">57</a></td></tr>
-<tr><td>Dosche, Franois</td> <td class="num"><a href="#dosche">27</a></td></tr>
-<tr><td>Dubois, Guillaume</td> <td class="num"><a href="#dubois">109</a></td></tr>
-<tr><td>Ferrand, Olivier</td> <td class="num"><a href="#ferrand">56</a></td></tr>
-<tr><td>Flores (Miguel de)</td> <td class="num"><a href="#flores">76</a></td></tr>
-<tr><td>Fusnot, C.</td> <td class="num"><a href="#fusnot">82</a></td></tr>
-<tr><td>Fuzy, Antoine</td> <td class="num"><a href="#fuzy">24</a></td></tr>
-<tr><td>Gagne, Paulin</td> <td class="num"><a href="#gagne">61</a></td></tr>
-<tr><td>Genevive</td> <td class="num"><a href="#genevieve">9</a></td></tr>
-<tr><td>Gragani</td> <td class="num"><a href="#gragani">74</a></td></tr>
-<tr><td>Hall, Robert</td> <td class="num"><a href="#hall">101</a></td></tr>
-<tr><td>Hcart</td> <td class="num"><a href="#hecart">68</a></td></tr>
-<tr><td>Herpain, dit Usamer</td> <td class="num"><a href="#herpain">98</a></td></tr>
-<tr><td>Kant</td> <td class="num"><a href="#kant">73</a></td></tr>
-<tr><td>Lalou</td> <td class="num"><a href="#lalou">69</a></td></tr>
-<tr><td>Le Barbier, Pierre Lucien</td> <td class="num"><a href="#le-barbier">77</a></td></tr>
-<tr><td>Lee, Nathaniel</td> <td class="num"><a href="#lee">41</a></td></tr>
-<tr><td>Lloyd, Thomas</td> <td class="num"><a href="#lloyd">45</a></td></tr>
-<tr><td>Martin, William</td> <td class="num"><a href="#martin">80</a></td></tr>
-<tr><td>Martorex</td> <td class="num"><a href="#martorex">69</a></td></tr>
-<tr><td>Mason, John</td> <td class="num"><a href="#mason">27</a></td></tr>
-<tr><td>Milman</td> <td class="num"><a href="#milman">49</a></td></tr>
-<tr><td>Monfrabeuf, de Thenorgues</td> <td class="num">111</td></tr>
-<tr><td>Morin, Simon</td> <td class="num"><a href="#morin">25</a></td></tr>
-<tr><td>O'Donnelly</td> <td class="num"><a href="#o-donnelly">32</a></td></tr>
-<tr><td>Paoletti</td> <td class="num"><a href="#paoletti">21</a></td></tr>
-<tr><td>Parizot, Jean P.</td> <td class="num"><a href="#parizot">28</a></td></tr>
-<tr><td>Pentecte</td> <td class="num"><a href="#pentecote">47</a></td></tr>
-<tr><td>Postel, Guillaume</td> <td class="num"><a href="#postel">22</a></td></tr>
-<tr><td>Smart, Christophe</td> <td class="num"><a href="#smart">42</a></td></tr>
-<tr><td>Soubira, J. A.</td> <td class="num"><a href="#soubira">29</a></td></tr>
-<tr><td>Steward, John</td> <td class="num"><a href="#steward">83</a></td></tr>
-<tr><td>Valle, Geoffroy</td> <td class="num"><a href="#vallee">23</a></td></tr>
-<tr><td>Wezel, Johan Carl</td> <td class="num"><a href="#wezel">48</a></td></tr>
-<tr><td>Wirgman, Thomas</td> <td class="num"><a href="#wirgman">77</a></td></tr>
-</table>
-
-<p class="c gap small">JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">AUTRES OUVRAGES<br />
-<span class="small">DU MEME AUTEUR.</span></h2>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">1<sup>o</sup></span> HISTOIRE DE CHARLES LE BON, d'aprs Gualbert.
-Un vol. gr. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, Imprimerie Normale, 1831.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">2<sup>o</sup></span> CHRONIQUES, TRADITIONS ET LEGENDES
-de l'ancienne histoire des Flandres. Un vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Lille</i>, 1833.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">3<sup>o</sup></span> ANNALES DE BRUGES depuis les temps les plus
-reculs jusqu'au XVII<sup>me</sup> sicle. Un vol. gr. in 8<sup>o</sup>, orn des
-portraits en pied de tous les Comtes et Comtesses de Flandre.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, Van De Casteele, 1833.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">4<sup>o</sup></span> LE ROMAN DU RENARD, traduit pour la premire
-fois, d'aprs un ancien manuscrit flamand, augment de notes
-et d'une analyse des anciens pomes franais du Renard. Un
-vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, 1834, Hauman.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">5<sup>o</sup></span> GUIDE DANS BRUGES, ou description des monuments
-et des objets d'art que cette ville renferme. 1 vol. in 12<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, Bogaert-Dumortier, 1834.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">6<sup>o</sup></span> CHRONIQUE DE L'ABBAYE DE S<sup>T</sup> ANDRE,
-par Li Miusis, traduit pour la premire fois; suivie de mlanges
-historiques et littraires. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, 1834, Van De Casteele.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">7<sup>o</sup></span> LA VISION DE TONDALUS, RCIT MYSTIQUE
-du XIII<sup>me</sup> sicle. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r">Publi par la Socit des Bibliophiles de <i>Mons</i>, 1835.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">8<sup>o</sup></span> CHRONIQUE DES FAITS ET GESTES DE L'EMPEREUR
-MAXIMILIEN, durant son mariage avec Marie
-de Bourgogne. 1 vol. in 8<sup>o</sup>, fig.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, Wahlen, 1835.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">9<sup>o</sup></span> ALBUM PITTORESQUE DE BRUGES. 1 vol. in
-fol<sup>o</sup>, avec Lithographies.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, De Mat, et Bruges, Bogaert-Dumortier, 1836.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">10<sup>o</sup></span> LA BELGIQUE ILLUSTREE par les sciences, les arts
-et les lettres. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, Wahlen, 1836.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">11<sup>o</sup></span> LES AVENTURES DE TIEL ULENSPIEGEL,
-dition illustre par Lauters, et augmente de notes bibliographiques.
-1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, Socit des Beaux Arts, 1839.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">12<sup>o</sup></span> GALERIE DES ARTISTES BRUGEOIS depuis Van
-Eyck, jusqu'aujourd'hui. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, Van De Casteele.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">13<sup>o</sup></span> DE L'ORIGINE DU FLAMAND, avec une esquisse
-de la littrature flamande, d'aprs l'anglais du Rev<sup>d</sup> Bosworth,
-avec additions et annotations. 1 vol. gr. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Tournai</i>, Hennebert frres, 1840.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">14<sup>o</sup></span> CHASSE DE S<sup>TE</sup> URSULE, peinte par Memling, et
-lithographie de grandeur naturelle par M<sup>r</sup> Manche et Ghmaer,
-accompagne d'un texte historique, biographique et
-artistique. Grand in fol<sup>o</sup> avec quinze Planches.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, Bogaert-Dumortier, 1840.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">15<sup>o</sup></span> HISTOIRE DE MARIE DE BOURGOGNE, dition
-illustre et augmente de documents indits. 1 vol. in 4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, Wahlen, 1841.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">16<sup>o</sup></span> PRECIS ANALYTIQUE DES DOCUMENTS que
-renferme le dpt des archives de la Flandre Occidentale.
-3 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruges</i>, Van De Casteele, 1840-42.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">17<sup>o</sup></span> <span lang="en" xml:lang="en">OLD FLANDERS, OR POPULAR TRADITIONS
-AND LEGENDS OF BELGIUM. 2 vols. 8<sup>o</sup>.</span></p>
-
-<p class="r"><i lang="en" xml:lang="en">London</i>, Newby, 1845.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">18<sup>o</sup></span> MEMOIRES HISTORIQUES relatifs une Mission
-la cour de Vienne en 1806, par Sir Robert Adair, traduit de
-l'anglais, avec un choix de ses Dpches. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Bruxelles</i>, A. Wahlen, 1845.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">19<sup>o</sup></span> TABLEAU FIDELE DES TROUBLES DE LA
-FLANDRE, de 1500 1585, par Beaucourt de Noortvelde,
-augment d'une introduction et de notes. 1 vol. gr. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r">Publi par la Socit des Bibliophiles de <i>Mons</i>, 1845.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">20<sup>o</sup></span> DESCRIPTION BIBLIOGRAPHIQHE ET ANALYSE
-d'un livre unique qui se trouve au Muse Britannique.
-1 vol. gr. in 8<sup>o</sup>, avec toutes les vignettes employes par les
-Elseviers.</p>
-
-<p class="r">Au <i>Meschacb</i> (<i>Bruxelles</i>), 1849.</p>
-
-
-<p class="drap ugap"><span class="item">21<sup>o</sup></span> MACARONEANA, ou mlanges de littrature Macaronique
-des diffrents peuples de l'Europe. 1 vol. in 8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p class="r"><i>Brighton</i> et <i>Paris</i>, Gancia, 1852.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="c large top4em" lang="en" xml:lang="en">TRBNER &amp; CO.'S<br />
-<span class="large">LIST OF NEW PUBLICATIONS.</span></p>
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><b>(Eulenspiegel Redivivus.)</b></p>
-
-<p class="c large" lang="en" xml:lang="en">THE MARVELLOUS ADVENTURES
-AND RARE CONCEITS<br />
-<span class="small">OF</span><br />
-<b class="large">Master Tyll Owlglass.</b></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="small">EDITED, WITH AN
-INTRODUCTION, AND A CRITICAL AND BIBLIOGRAPHICAL APPENDIX,</span><br />
-BY KENNETH R. H. MACKENZIE, F.S.A.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">WITH SIX COLOURED FULL-PAGE ILLUSTRATIONS,
-AND TWENTY-SIX WOODCUTS,
-FROM ORIGINAL DESIGNS BY ALFRED CROWQUILL.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Price 10<i>s.</i> 6<i>d.</i> bound in embossed cloth, richly gilt, with appropriate
-Design; or neatly half-bound morocco, gilt top, uncut, Roxburgh style.</p>
-
-
-<p class="ugap" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Tyll's fame has gone abroad into all lands: this, the narrative of his exploits,
-has been published in innumerable editions, even with all manner of
-learned glosses, and translated into Latin, English, French, Dutch, Polish, &amp;c.
-We may say that to few mortals has it been granted to earn such a place in
-universal history as Tyll: for now, after five centuries, when Wallace's birthplace
-is unknown even to the Scots, and the Admirable Crichton still more
-rapidly is grown a shadow, and Edward Longshanks sleeps unregarded save
-by a few antiquarian English,&mdash;Tyll's native village is pointed out with pride
-to the traveller, and his tombstone, with a sculptured pun on his name,&mdash;namely,
-an Owl and a Glass,&mdash;still stands, or pretends to stand, at Mllen,
-near Lbeck, where, since 1350, his once nimble bones have been at rest.&rdquo;&mdash;<i>Thomas
-Carlyle</i>, <i>Essays</i>, II. pp. 287, 288.</p>
-
-
-<p class="c ugap" lang="en" xml:lang="en">OPINIONS OF THE PRESS.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;A volume of rare beauty, finely printed on tinted paper, and profusely
-adorned with chromolithographs and woodcuts, in Alfred Crowquill's best
-manner. Wonderful has been the popularity of Tyll Eulenspiegel &hellip;
-surpassing even that of the &lsquo;Pilgrim's Progress.&rsquo;&rdquo;&mdash;<span class="sc">Spectator</span>, <i>October</i> 29,
-1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;A book for the antiquary; for the satirist, and the historian of satire;
-for the boy who reads for adventures' sake; for the grown person, loving
-every fiction that has character in it&hellip;. Mr Mackenzie's language is
-quaint, racy, and antique, without a tiresome stiffness. The book as it stands
-is a welcome piece of English reading, with hardly a dry or tasteless morsel
-in it. We fancy that few Christmas books will be put forth more peculiar
-and characteristic, than this comely English version of the &lsquo;Adventures of
-Tyll Owlglass.&rsquo;&rdquo;&mdash;<span class="sc">Athenum</span>, <i>November</i> 5, 1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Mr Mackenzie has made diligent use of all editions, and has judiciously
-founded his version &hellip; on the old English translation of Henry the
-Eighth's time. By this means he has imparted the flavour of antiquity to
-the style, whilst he has freed it from the incumbrances of the obsolete language
-and spelling&hellip;. He has, in truth, executed his work with great
-judgment, and, as far as we can judge, with considerable talent, for he has
-imparted to his little narrative the force and vigour of original composition&hellip;.
-It will delight young and old; and the careful, artistic, and humorous
-designs of Mr Crowquill will equally please the children, both of large and
-small growth. Altogether, we cannot doubt its popularity, especially as a
-Christmas gift.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Leader</span>, <i>Nov.</i> 5, 1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;There are, indeed, few languages in Europe into which the adventures of
-this arch-mystificator have not been translated&hellip;. The bibliographical
-appendix, which the editor has added to the volume, will be of great interest
-and value to those who are curious in researches of that kind; but to all the
-reading public this edition of the &lsquo;Adventures of Tyll Owlglass&rsquo; will be very
-welcome, as one of the prettiest and pleasantest volumes of the season.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Critic</span>,
-<i>Nov.</i> 5, 1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;This can hardly fail to become one of the most popular among the books
-of the winter season&hellip;. We must add, in justice to Mr Mackenzie, that no
-labour has been spared to make the present edition as complete as possible.
-The translation is racy and vigorous, but we have not met with a single phrase
-which could be described as &lsquo;slang&rsquo;&hellip;. We must also call attention to the
-appendices at the end of the volume, which furnish the reader with a succinct
-account of all that is worthy to be known respecting the literary history of
-Owlglass.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Morning Herald</span>, <i>Nov.</i> 9, 1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Ordinary English readers know little of Tyll Eulenspiegel, or, as his
-name is translated, Tyll Owlglass, a famous person in German medival
-story, and one whose acquaintance they will be glad to make through Mr
-Mackenzie's version&hellip;. Mr Mackenzie's translation is well calculated to
-popularize this work. The book is beautifully printed, and the illustrations
-by Alfred Crowquill worthy of his fame.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Literary Gazette</span>, <i>Nov.</i> 12,
-1859.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">PREPARING FOR PUBLICATION,</p>
-
-<p class="c small" lang="en" xml:lang="en">DEDICATED, BY PERMISSION, TO<br />
-HIS ROYAL HIGHNESS PRINCE ALBERT.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">In one volume 8vo, handsomely printed, uniform with <span class="sc">Dr. Livingstone's
-Travels</span>, and accompanied by a Portrait of the Author, numerous Illustrations,
-and a Map,</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">NARRATIVE OF<br />
-<span class="large">MISSIONARY RESIDENCE</span><br />
-<span class="small">AND</span><br />
-<span class="large">TRAVEL IN EASTERN AFRICA,</span><br />
-<span class="small">DURING THE YEARS 1837-1855.</span></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="small">BY J. L. KRAPF, PH. D.</span><br />
-One of the Agents of the Church Missionary Society in Abyssinia
-and the Equatorial Countries of Eastern Africa.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">The present volume will be acceptable at once to the friends of Missions,
-to those interested in geographical discoveries, and to the lovers of adventure.
-Few Missionaries have undergone greater sufferings and been exposed
-to greater perils than those first fully disclosed in this work as having been
-voluntarily fronted by Dr Krapf. The value of his geographical discoveries it
-is scarcely possible to over-estimate. The land journeys of Dr. Krapf in Eastern
-Africa extended to upwards of nine thousand miles, and were made
-mostly on foot&mdash;for the luxury of oxen, enjoyed by Dr. Livingstone, was
-beyond the reach of the German missionary in his travels from the coast
-into the interior.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c large" lang="en" xml:lang="en">REYNARD THE FOX.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">After the German Version of Goethe.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">By <span class="sc">Thomas J. Arnold</span>, Esq.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Fair jester's humour and merry wit</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Never offend, though smartly they bit.&rdquo;</div>
-</div>
-
-<p class="c small" lang="en" xml:lang="en">WITH SEVENTY ILLUSTRATIONS, AFTER THE CELEBRATED DESIGNS BY
-WILHELM VON KAULBACH.</p>
-
-<p class="drap" lang="en" xml:lang="en">Royal 8vo. Printed by <span class="sc">Clay</span>, on toned paper, and elegantly bound in embossed
-cloth, with appropriate Design after <span class="sc">Kaulbach</span>, richly tooled front
-and back, price 16<i>s.</i> Best full morocco, same pattern, price 24<i>s.</i>; or
-neatly half-bound morocco, gilt top, uncut edges, Roxburgh style,
-price 18<i>s.</i></p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;The translation of Mr Arnold has been held more truly to represent the
-spirit of Goethe's great poem than any other version of the legend.&rdquo;</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="small">ON THE</span><br />
-<span class="large">STUDY OF MODERN LANGUAGES</span><br />
-<span class="small">IN GENERAL, AND OF</span><br />
-<span class="large">THE ENGLISH LANGUAGE IN PARTICULAR.</span></p>
-
-<p class="c large" lang="en" xml:lang="en">BY DR. DAVID ASHER.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">In one Volume 12mo, cloth.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;I have read Dr Asher's Essay on the Study of the Modern Languages
-with profit and pleasure, and think it might be usefully reprinted here. It
-would open to many English students of their own language some interesting
-points from which to regard it, and suggest to them works bearing upon
-it which otherwise they might not have heard of. Any weakness which it
-has in respect of the absolute or relative value of English authors does not
-materially affect its value.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Richard C. Trench.</span></p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Uniform with &ldquo;<span class="sc">Tyll Owlglass</span>,&rdquo; a Second Edition of<br />
-THE TRAVELS<br />
-<span class="small">AND</span><br />
-<span class="large">SURPRISING ADVENTURES</span><br />
-<span class="small">OF</span><br />
-<span class="large">BARON MUNCHAUSEN.</span></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">WITH THIRTY ORIGINAL ILLUSTRATIONS,<br />
-(Ten full-page Coloured Plates and Twenty Woodcuts), by
-<span class="sc">Alfred Crowquill</span>.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Crown 8vo. ornamental cover, richly gilt front and back, price 7<i>s.</i> 6<i>d.</i></p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;The travels of Baron Munchausen are perhaps the most astonishing
-storehouse of deception and extravagance ever put together. Their fame is
-undying and their interest continuous; and no matter where we find the
-Baron,&mdash;on the back of an eagle, in the Arctic Circle, or distributing fudge
-to the civilized inhabitants of Africa,&mdash;he is ever amusing, fresh, and new.&rdquo;</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="sc">Boston Post</span>, <i>Feb.</i> 10, 1859.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;A most delightful book&hellip;. Very few know the name of the author. It
-was written by a German in England, during the last century, and published
-in the English language. His name was Rudolph Erich Raspe. We shall
-not soon look upon his like again.&rdquo;</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="large">THE EPIDEMICS</span><br />
-<span class="small">OF</span><br />
-<span class="large">THE MIDDLE AGES.</span></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">FROM THE GERMAN OF J. F. C. HECKER, M.D.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Translated by G. B. Babington, M.D. F.R.S.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="sc">Third Edition</span>,<br />
-Completed by the Author's Treatise on <span class="sc">Child-Pilgrimages</span>.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Octavo cloth, pp. 384, price 9<i>s.</i></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">CONTENTS: <span class="sc">The Black Death&mdash;The Dancing Mania&mdash;The
-Sweating Sickness&mdash;Child-Pilgrimages.</span></p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">This volume is one of the series published by the Sydenham Society, and,
-as such, originally issued to its members only. The work having gone out
-of print, this new edition&mdash;the third&mdash;has been undertaken by the present
-proprietors of the copyright, with the view not only of meeting the numerous
-demands from the class to which it was primarily addressed by its learned
-author, but also for extending its circulation to the general reader, to
-whom it had, heretofore, been all but inaccessible, owing to the peculiar
-mode of its publication; and to whom it is believed it will be very acceptable,
-on account of the great and growing interest of its subject-matter, and the
-elegant and successful treatment thereof. The volume is a verbatim reprint
-from the second edition, but its value has been enhanced by the addition
-of a paper on &ldquo;Child-Pilgrimages,&rdquo; never before translated; and the present
-edition is therefore the <i>first</i> and <i>only</i> one in the English language
-which contains <i>all</i> the contributions of <span class="sc">Dr Hecker</span> to the history of medicine.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">&ldquo;Dr Hecker's volume is one of rare excellence, and one not to be met with
-and discussed lightly. He is the only historian of epidemics at present
-known, and he has the rare faculty of making a medical book an interesting
-one; likely, it appears, unfortunately, to be the only work upon the subject
-for many years.&rdquo;&mdash;<span class="sc">Spectator.</span></p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en"><span class="large">A DICTIONARY</span><br />
-<span class="small">OF</span><br />
-<span class="large">ENGLISH ETYMOLOGY.</span></p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">BY HENSLEIGH WEDGWOOD, ESQ.</p>
-
-<p class="c" lang="en" xml:lang="en">Vol. I., embracing Letters A to D. 8vo, 507 pages.
-Cloth boards, 14<i>s.</i></p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">Dictionaries are a class of books not usually esteemed light reading, but no
-intelligent man were to be pitied who should find himself shut up on a
-rainy day, in a lonely house, in the dreariest part of Salisbury Plain, with no
-other means of recreation than that which Mr Wedgwood's Dictionary of
-English Etymology could afford him. He would read it through from cover
-to cover at a sitting, and only regret that he had not the second volume to
-begin upon forthwith. It is a very able book, of great research, full of delightful
-surprises, a repertory of the fairy tales of linguistic science.&mdash;<span class="sc">Spectator.</span></p>
-
-
-<p class="c small gap" lang="en" xml:lang="en">TRBNER &amp; CO., 60, PATERNOSTER ROW.</p>
-
-<div class="trnote">
-
-<h2 class="nobreak">Notes du transcripteur</h2>
-
-
-<p>On a conserv l'ortographe de l'original, en particulier dans les
-citations. On a cependant corrig plus de deux cents erreurs manifestement introduites par
-les typographes londoniens, dont la connaissance de la langue franaise
-ne s'tendait pas jusqu' la matrise du genre des noms (&ldquo;le pomme&rdquo;,
-&ldquo;le folie&rdquo;, etc.), des rgles de grammaire lmentaires d'accord ou de
-conjugaison, ni de l'usage des accents (&ldquo;l'ge&rdquo;, &ldquo;gut&rdquo;, etc.).
-On a galement restitu quatre-vingt accents manquant dans les petits
-caractres, sans doute en raison du matriel typographique disponible.</p>
-
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Histoire littraire des Fous, by Octave Delepierre
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE LITTRAIRE DES FOUS ***
-
-***** This file should be named 62243-h.htm or 62243-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/6/2/2/4/62243/
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/American Libraries.)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-
-</pre>
-
-</body>
-</html>
diff --git a/old/62243-h/images/cover.jpg b/old/62243-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index 80c59ad..0000000
--- a/old/62243-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ