diff options
| author | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-23 05:22:34 -0800 |
|---|---|---|
| committer | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-23 05:22:34 -0800 |
| commit | 8e78d7f7d3f67e6471a24819df313d146cfca950 (patch) | |
| tree | 3fdf5fdc781dbc86b13a117978f04df4617ff86b | |
| parent | bf65b43bc8084e1460fe39c384ae7096d5cdd147 (diff) | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 4 | ||||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 | ||||
| -rw-r--r-- | old/64939-0.txt | 2658 | ||||
| -rw-r--r-- | old/64939-0.zip | bin | 35929 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/64939-h.zip | bin | 206881 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/64939-h/64939-h.htm | 3298 | ||||
| -rw-r--r-- | old/64939-h/images/cover.jpg | bin | 54994 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/64939-h/images/cres.png | bin | 17284 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/64939-h/images/illu.jpg | bin | 97948 -> 0 bytes |
10 files changed, 17 insertions, 5956 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..ecf03aa --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #64939 (https://www.gutenberg.org/ebooks/64939) diff --git a/old/64939-0.txt b/old/64939-0.txt deleted file mode 100644 index 4a86702..0000000 --- a/old/64939-0.txt +++ /dev/null @@ -1,2658 +0,0 @@ -The Project Gutenberg eBook of Divertissements, by Remy de Gourmont - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Divertissements - -Author: Remy de Gourmont - -Illustrator: Pierre-Eugène Vibert - -Release Date: March 27, 2021 [eBook #64939] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously - made available by the Bibliothèque nationale de France - (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DIVERTISSEMENTS *** - - - - - REMY DE GOURMONT - - DIVERTISSEMENTS - POÈMES EN VERS - - PORTRAIT DE L’AUTEUR GRAVÉ - SUR BOIS PAR P.-E. VIBERT - - PARIS - GEORGES CRÈS ET Cie - LES MAÎTRES DU LIVRE - 3, PLACE DE LA SORBONNE, 3 - - MCMXII - - - - -[Illustration] - - - - -PRÉFACE - - -Il y a une quinzaine d’années, quand le _Mercure_ commençait sa -Bibliothèque, un des poètes qui allaient être édités me demandait -pourquoi je ne publiais pas, moi aussi, un recueil de poèmes. J’acceptai -l’insinuation pour les environs de l’année 1910, et je n’y pensais plus -(car la vie nous comble de multiples soucis) et n’y aurais peut-être -jamais plus pensé, quand se présenta une occasion très favorable. J’ai -toujours aimé que le hasard régisse visiblement ma destinée, et dans -l’ordre littéraire, comme en d’autres, j’ai si peu eu à me plaindre de -lui que je lui cède volontiers. Pourtant ce n’est pas sans appréhension -que je livre aux amateurs de poésie un recueil aussi hétéroclite et -d’âges si divers, quoique le titre, _Divertissements_, soit d’une -extrême modestie. Je ne plaide pas la sincérité. J’ai été sincère, quand -il m’a plu de l’être, et d’ailleurs la sincérité, qui est à peine une -explication, n’est jamais une excuse. Si j’en avais besoin d’une, je -n’irais pas la chercher si naïve et j’aime mieux avouer qu’en somme il -faut prendre au sérieux un titre qui ne l’est guère aux yeux de la -plupart des hommes. - -La joie, la joie cachée, le contentement intérieur, est un sentiment -sans lequel je ne saurais vivre avec plénitude et avec lequel, non plus, -je ne saurais longtemps me plaire. La plupart des _Divertissements_ -représentent les heures où, avant de prendre congé d’un mutuel accord, -ce sentiment s’exalta un instant. La vie est discontinue et ne se -compose que d’instants reliés par l’inconscience; la nature essentielle -de chaque poésie change selon le caractère de ces instants où le poète a -pu prendre conscience de lui-même. Les poésies de joie n’ont pas fleuri -dans les jardins les plus heureux, ni les plus douloureuses dans les -jardins les moins ensoleillés. - -Il y a très peu, dans ce recueil, de poésies purement verbales, que -domine le plaisir de régir le troupeau obligeant des mots, dont on sent -bien que l’obéissance m’a découragé à mesure que je m’assurais de leur -docilité excessive. Peut-être même trouvera-t-on que j’ai fini par -concevoir le poème sous une forme trop dépouillée, mais cela était -peut-être permis à l’auteur du _Livre des Litanies_, d’ailleurs rejeté -d’un recueil qu’il voulait représentatif d’une vie de sentiment plutôt -encore que d’une vie d’art. C’est sans doute un malheur pour le poète -quand il s’aperçoit enfin qu’il y a peut-être plus de poésie dans un -regard ou dans un contact de mains qu’il ne saurait en créer avec la -plus adroite et la plus périlleuse construction verbale. C’est un -malheur, parce que cela coïncide avec le dépeuplement de sa vie, au -moment même où la faculté des miracles de l’écriture est sur le point de -lui échapper aussi, et parce que c’est là un inéluctable sentiment de -dissolution où il ne peut plus noter que d’inutiles rêves et de tristes -intentions. Mais comme c’est un malheur qui met fin à toute poésie, on -espère qu’on n’en trouvera pas ici de traces trop visibles. - -Il peut être curieux d’apprendre comment aucun genre d’études les plus -opposées, selon le commun jugement, à l’exercice de la poésie, n’a pas -tué, dans l’auteur des _Divertissements_, la faculté de se livrer avec -foi (avec la foi apollonienne) à ces jeux jugés incompatibles avec la -raison. A vrai dire, je n’en sais rien. Seulement, je sens que, si la -vie me l’avait permis, je m’y serais bien davantage attaché. Les poèmes -les plus beaux (le sentiment n’est pas assez original pour être faux) -sont ceux que je n’ai pas écrits ou qui n’ont laissé dans mes papiers -que des traces imparfaites de leur naissance. Je dis cela en particulier -d’un poème sur les yeux que j’ai médité longtemps et pour lequel j’avais -relevé la couleur et toutes les changeantes nuances des yeux d’une -centaine de femmes ou de leurs portraits, et rapproché tous ces précieux -regards de ceux des pierres de couleur, qui sont moins lucides. Que -d’autres divagations! J’ai rappelé celle-ci, par piété et par pitié -envers moi-même et envers les yeux oubliés! - -Temps perdu: c’est, à mon avis, ce qu’on pourrait dire de plus cruel et -aussi de plus injuste à propos de ces _Divertissements_ rêvés ou -réalisés, car je n’ai pas bien la notion de l’utile, dont se targuent -les hommes raisonnables, mais j’estime que l’on n’a jamais perdu le -temps où l’on vécut sa vie (et laquelle donc vivrait-on?). D’ailleurs si -un seul être choisi a été ému par un seul de ces vers, je suis payé de -ma peine, déjà bien compensée par mon plaisir, et les moralistes -eux-mêmes doivent s’en montrer satisfaits. - -Rien ne serait mieux à sa place, peut-être plus que ces réflexions trop -personnelles, en tête d’un volume de vers, que des remarques, en -apparence désintéressées, sur la versification française. Mais à l’heure -présente il semble que la technique poétique soit devenue aussi -personnelle que la poésie elle-même, qui ne l’est pas peu. Les poètes -l’ont enfin compris, que les autres l’admettent ou non; ils doivent se -fabriquer, ou avoir l’air de se fabriquer eux-mêmes, leur instrument. -C’était, paraît-il, une coquetterie des vieux artisans d’avant les -machines, de façonner leurs outils de leurs propres mains, pour leurs -propres mains, au lieu de les recevoir tout faits de l’industrie -indifférente. C’est plus que jamais la coutume parmi les poètes de ne se -servir que d’un vers dont ils aient ordonné, à leur mesure, le degré de -flexibilité. Encore que je me sois plié çà et là à l’antique rigidité du -vers romantique, ou plutôt parnassien, j’ai un faible pour le vers -incertain né au temps de ma jeunesse, au nombre incertain, aux rimes -incertaines. Certes, si la langue française était, comme la langue -latine, toute en syllabes sonores, également, avec des temps forts ou -faibles, soumises à la prononciation, le vers plein serait de tous les -vers celui que je préférerais; j’ai essayé, en d’autres pages, de dire -la beauté de sa plénitude; mais le phonétisme français contient trop de -lettres muettes auxquelles une versification purement nombreuse accorde, -verbalement, une vie et une sonorité factices et, pour un homme des en -deçà de la Loire, déplaisantes. A vouloir faire entrer dans le nombre du -vers toutes les syllabes exactement comptées pour des unités, on -gasconne une langue née et formée en des bouches moins décisives et qui -se plaisent aux demi-teintes musicales, ou bien, si l’on néglige celles -qui vraiment sont mortes, on ne parvient à l’harmonie nombreuse qu’en se -fiant au hasard des injonctions de l’écriture, de la mémoire visuelle ou -de je ne sais quelle tradition, venue d’un temps de certitude phonétique -qui ne trouve plus créance près de nos oreilles. L’autre méthode exige -aussi des complicités et aussi des divinations, mais elle s’appuie du -moins sur l’usage présent, et si elle demande au lecteur plus de -pénétration, elle lui laisse aussi, en même temps qu’au poète, plus de -liberté. C’est son principal mérite. Notre versification, dite -classique, est basée sur la prononciation du XIVe siècle. On pouvait en -ce temps-là, et peut-être encore un peu plus tard, écrire des vers -parfaitement réguliers pour le nombre. Ronsard ne le pouvait plus, ni -Racine, ni les autres, ni Verlaine. Aussi les laisses d’alexandrins ne -sont-elles que des illusions, où qu’on les prenne, jadis ou naguère, et -je ne fais pas de différence, sinon dans l’esprit et l’intention, entre -les vers de Racine et ceux, par exemple, de M. Vielé-Griffin. Il me -semble que j’ai montré cela, déjà, avec l’appui de preuves sensibles. -Mais il fallait bien y faire allusion ici, non moins qu’aux -métamorphoses de la rime, qui a enfin reconquis le droit à l’assonance. -Le seul défaut de l’assonance des poètes contemporains est d’accepter -comme assonance la rime pour l’œil des parnassiens, de ne pas tenir -compte de la longueur des voyelles, mais peut-être sommes-nous mal -préparés pour ces nuances qui, hormis en quelques cas trop frappants, -sont mal fixées. Le provincialisme de quelques poètes fera naître des -variétés dans l’homophonie, légitimes comme tout ce qui est un fait -naturel. - -Je n’insiste pas. Je ne veux que faire réfléchir un peu plus sur ces -formes nouvelles d’une technique qui a toujours beaucoup d’ennemis et de -laquelle je suis loin de prétendre qu’on trouvera plus loin des exemples -dignes de mémoire. Mais, si c’est surtout pour moi-même, c’est aussi -pour quelques-uns et quelques-unes que je donne ce ballet: -_Divertissements_. - -REMY DE GOURMONT. - - - - -DIVERTISSEMENTS - - - - -HIÉROGLYPHES - - -I - -HIÉROGLYPHES - - O pourpiers de mon frère, pourpiers d’or, fleur d’Anhour, - Mon corps en joie frissonne quand tu m’as fait l’amour, - Puis je m’endors paisible au pied des tournesols. - Je veux resplendir telle que les flèches de Hor: - Viens, le kupi embaume les secrets de mon corps, - Le hesteb teint mes ongles, mes yeux ont le kohol. - O maître de mon cœur, qu’elle est belle, mon heure! - C’est de l’éternité quand ton baiser m’effleure, - Mon cœur, mon cœur s’élève, ah! si haut qu’il s’envole. - - Armoises de mon frère, ô floraisons sanglantes, - Viens, je suis l’Amm où croît toute plante odorante, - La vue de ton amour me rend trois fois plus belle. - Je suis le champ royal où ta faveur moissonne, - Viens vers les acacias, vers les palmiers d’Ammonn; - Je veux t’aimer à l’ombre bleue de leurs flabelles. - Je veux encore t’aimer sous les yeux roux de Phrâ - Et boire les délices du vin pur de ta voix, - Car ta voix rafraîchit et grise comme Elel. - - O marjolaines de mon frère, ô marjolaines, - Quand ta main comme un oiseau sacré se promène - En mon jardin paré de lys et de sesnis, - Quand tu manges le miel doré de mes mamelles, - Quand ta bouche bourdonne ainsi qu’un vol d’abeilles - Et se pose et se tait sur mon ventre fleuri, - Ah! je meurs, je m’en vais, je m’effuse en tes bras, - Comme une source vive pleine de nymphéas, - Armoises, marjolaines, pourpiers, fleurs de ma vie! - - -II - -FIGURE DE RÊVE - -SÉQUENCE - - La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune, - Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves. - La lumière bleuie par les brumes cendrait - D’une poussière aérienne - Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure - Flottait dans l’air derrière ses pas légers: - La chimère dormait au fond de ses prunelles. - Sur la chair nue et frêle de son cou - Les stellaires sourires d’un rosaire de perles - Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets - Avaient des bracelets tout pareils; et sa tête, - La couronne incrustée des sept pierres mystiques - Dont les flammes transpercent le cœur comme des glaives, - Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves. - -1888. - - -III - -FRA I SOSPESI - - Les tortures sont douces aux pieds de mon amie: - Le plaisir appelé tout bas sommeille encore, - La peine avec le doute enfin s’est endormie. - - L’Alighier de Florence, descendu chez les morts, - Vit des âmes semées parmi les airs, légères - Comme des feuilles d’automne sous les souffles du nord: - - Et ces âmes flottaient de la gloire à l’enfer, - Pareilles en leur vol au troupeau des nuées - Qui s’envole et sans cesse passe entre ciel et terre. - - Ames qui ne sont pas élues, non plus damnées, - La géhenne éternelle les refuse; pourtant - Les joies de l’éternel amour leur sont fermées. - - Ainsi je vais morose et les yeux souriants, - Les mains pleines de rose et pleines de soucis. - Le cœur est un jardin; ô soleil, sois clément, - - Les soucis, ni les roses, n’ont pas encore fleuri. - -1889. - - -IV - -ASCENSION - - Un soir, dans la bruyère délaissée, - Avec l’amie souriante et lassée... - O soleil, fleur cueillie, ton lourd corymbe - Agonise et descend tout pâle vers les limbes. - Ah! si j’étais avec l’amie lassée, - Un soir, dans la bruyère délaissée! - - Les rainettes, parmi les reines des prés - Et les roseaux, criaient énamourées. - Les scarabées grimpent le long des prêles, - Les geais bleus font fléchir les branches frêles. - On entendait les cris énamourés - Des rainettes, parmi les reines des prés. - - Un chien, au seuil d’une porte entr’ouverte, - Là-haut, pleure à la lune naissante et verte - Qui rend un peu de joie au ciel aveugle; - La vache qu’on va traire s’agite et meugle, - Un chien pleure à la lune naissante et verte, - Là-haut, au seuil d’une porte entr’ouverte. - - Pendant que nous montons, l’âme inquiète - Et souriante, vers la courbe du faîte, - Le Rêve, demeuré à mi-chemin, - S’assied pensif, la tête dans sa main, - Et nous montons vers la courbe du faîte, - Nous montons souriants, l’âme inquiète. - -1892. - - -V - -LE SOURIRE - - Le sourire est un être équivoque, lumière - Éphémère, fuyante risée des libellules - Qui rasent l’eau dormante et claire des étangs verts. - - Frère d’Eros, il a des ailes minuscules - Et aux flèches d’argent qui peuplent son carquois - La pointe est un désir et la barbe un scrupule. - - Ses yeux sont des saphirs heureux, discrètes joies - D’amour, mais quand l’oubli amuse ses prunelles, - Ils ont l’air de lapis, souvent, ou de turquoises. - - La bouche est rouge, elle a la grâce d’un pastel - Et le pourpre très doux, le velours d’un œillet; - Quand elle s’ouvre, il en sort un ruban d’étincelles. - - Le sourire est un être équivoque, si léger - Qu’il ne pose pas plus qu’un oiseau sur la branche. - Il vole et se renvole, il nargue les aguets. - - On croyait le tenir, il a fui comme un charme. - Pas plus qu’une hirondelle on ne le prend au piège - Et s’il était captif, il mourrait dans sa cage. - - Il s’arrête par-ci par-là, dans un cortège - D’éclairs, jase et d’un seul coup d’aile part en fusée. - Il fait joujou, il raille, car il est très espiègle. - - Il est lumière, il est parfum, il est rosée, - Il se métamorphose: flambeau, phosphorescence, - Étoile au crépuscule, feu follet dans les prés. - - Il est lumière, il a autour de ses cheveux, - Les violets, les zinzolins, les améthystes, - Les sinoples, les roses, les mauves et les bleus: - - Les couleurs, mais surtout les douteuses, les tristes, - Ces fleurs pâles d’avoir trop aimé le soleil, - Les blondes, ces plaisirs où l’on s’endolorise, - - Les blancs trempés un peu de chair ou de paillet, - Les outre-mer, les pers et les glauques divins, - Dont se teignaient les yeux moqueurs des Immortelles. - - --Oh! les piquants bitumes sous des yeux libertins! - Oh! les brûlants cinabres sur des joues de déesses, - Diane aux genoux blancs, et toi Vénus aux seins - - Prédestinés!--Il est parfum, et les caresses - Des odeurs souveraines animent ses baisers, - Baumes métaphysiques, spasmes par catachrèse! - - Il est lumière, il est parfum, il est rosée. - - Le sourire est un être équivoque et charmeur. - --Envoi.--Ah! chère! Il t’aime, il vient à toi en roi, - Il installe son charme et sa grâce en ton cœur, - - Il adore tes lèvres, tes yeux, tes dents, ta voix. - -1890. - - -VI - -LE LAC SACRÉ - - Les vagues gémissaient comme des femmes blessées, - Le lac sacré râlait sous la haine du ciel - Et l’invisible chœur des amours trépassées - Aboyait à la mort et broyait de ses ailes - Les vagues gémissant comme des femmes blessées. - - * * * * * - - O lac sacré, témoin de tant d’anniversaires - Et des chuchotements de tant d’âmes royales, - Toi qui vis, surgissant des dalles funéraires, - Tant de fantômes blancs étendant leurs mains pâles - Vers le témoin sacré de tant d’anniversaires! - - O lac sacré, asile où les pieds nus des folles - Ont lavé leur poussière et fini leur voyage; - Firmament où les fleurs, au baiser des étoiles, - Se pâmaient et parlaient le langage des mages - Dans l’asile sacré, sous les pieds nus des folles! - - O lac sacré, ô pacifique mer océane, - Adorable refuge, port des barques mystiques, - Golfe aux yeux violets, ô pensée diaphane, - Gouffre rempli de perles, gouffre métaphysique, - O lac sacré, ô pacifique mer océane! - - * * * * * - - Les vagues gémissaient comme des femmes blessées, - Le lac sacré râlait sous la haine du ciel - Et l’invisible chœur des amours trépassées - Aboyait à la mort et broyait de ses ailes - Les vagues gémissant comme des femmes blessées. - - -VII - -MARITURA - - Dans la terre torride une plante exotique, - Penchante, résignée: éclos hors de saison, - Deux boutons fléchissaient, l’air grave et mystique; - La sève n’était plus pour elle qu’un poison. - - Et je sentais pourtant de la fleur accablée - S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd, - Mes artères battaient, ma poitrine troublée - Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd. - - Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle, - Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins. - Elle s’abandonnait; un insensible râle - Soulevait tristement la langueur de ses seins. - - Mais ses cheveux tombant en innombrables boucles - Ondulaient sinueux comme un large flot noir - Et ses grands yeux brillaient du feu des escarboucles - Comme un double fanal dans la brume du soir. - - Les cheveux m’envoyaient des odeurs énervantes, - Pareilles à l’éther qu’aspire un patient, - Je perdais peu à peu de mes forces vivantes - Et les yeux transperçaient mon cœur inconscient. - -1878. - - -VIII - -LA FORÊT BLONDE - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Mes herbes sont des cils trempés de larmes claires - Et mes liserons blancs s’ouvrent comme des paupières. - Voici les bourraches bleues dont les yeux doux fleurissent - Pareils à des étoiles, à des désirs, à des sourires, - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Mes lierres sont les lourds cheveux et mes viournes - Contournent leurs ourlets, ainsi que des oreilles. - O muguets, blanches dents! églantines, narines! - O gentianes roses, plus roses que les lèvres! - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Mes saules ont le profil des tombantes épaules, - Mes trembles sont des bras tremblants de convoitise, - Mes digitales sont les doigts frêles, et les oves - Des ongles sont moins fins que la fleur de mes mauves, - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Mes sveltes peupliers ont des tailles flexibles, - Mes hêtres blancs et durs sont de fermes poitrines - Et mes larges platanes courbent comme des ventres - L’orgueilleux bouclier de leurs écorces fauves, - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Boutons rouges, boutons sanglants des pâquerettes, - Vous êtes les fleurons purs et vierges des mamelles. - Anémones, nombrils! Pommeroles, aréoles! - Mûres, grains de beauté! Jacinthes, azur des reines! - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse, - Mes ormes ont la grâce des reins creux et des hanches, - Mes jeunes chênes, la forme et le charme des jambes, - Le pied nu de mes aunes se cambre dans les sources - Et j’ai des mousses blondes, des mystères, des ombres, - Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. - -1889. - - -IX - -SYMBOLES - - Les violets, les ors, les verts, les pourpres fiers - Ont tonné dans le bleu naissant de l’Orient; - Les doutes, les ardeurs, les désirs, les colères - Troublent l’océan blanc de l’âme qui m’est chère. - - Pourpres et violets s’entremêlent, aveuglant - Les yeux du dieu Soleil qui revient des enfers; - Les doutes, les colères s’allument, enténébrant - Le cœur pur où fulgure obscur le diamant. - - Çà et là des ors tels que des lampes légères; - Plus haut planent lucides les verts évanescents; - Les désirs, s’envolant sur le dos des chimères, - Jouent avec la lumière et le crin des crinières. - - Soleil! salut, sauveur! Salut, soleil vivant, - Maître du ventre nu et prince de la terre! - Salut, âme! Et salut chair, sauvées du néant! - Ame, donne ta grâce, et chair, donne ton sang. - - - - -LES SAINTES DU PARADIS - - -HOMMAGE - - A Filiger, là-bas, dans sa maison des grèves, - A Filiger qui peint des fresques pour les cieux - Et qui rêve en silence aux saintes dont les yeux - Sont calmes comme des lunes et cruels comme des glaives. - - -DÉDICACE - - O pérégrines qui cheminez songeuses, - Songeant peut-être à des roses lointaines, - Pendant que la poussière et le soleil des plaines - Ont brûlé vos bras nus et votre âme incertaine, - O pérégrines qui cheminez songeuses, - Songeant peut-être à des roses lointaines! - - Voici la route qui mène à la montagne, - Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes, - Voici le bois plein d’ombre et d’anémones, - Voici les pins, voici la paix, voici les dômes, - Voici la route qui mène à la montagne, - Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes! - - O pérégrines qui cheminez songeuses, - Suivez la voix qui vous appelle au ciel: - Les arbres ont des feuillages aussi doux que le miel - Et les femmes au cœur pur y deviennent plus belles. - O pérégrines qui cheminez songeuses, - Suivez la voix qui vous appelle au ciel. - - -Agathe, - - Joyau trouvé parmi les pierres de la Sicile, - Agathe, vierge vendue aux revendeuses d’amour, - Agathe, victorieuse des colliers et des bagues, - Des sept rubis magiques et des trois pierres de lune, - Agathe, réjouie par le feu des fers rouges, - Comme un amandier par les douces pluies d’automne, - Agathe, embaumée par un jeune ange vêtu de pourpre, - Agathe, pierre et fer, Agathe, or et argent, - Agathe, chevalière de Malte, - Sainte Agathe, mettez du feu dans notre sang. - - * * * * * - - -Agnès, - - Agnelle, épouse du feu, Agnelle, amie de l’Agneau, - Agnès, plus forte que la magie des jeunes cheveux, - Agnès, fille sacrée du signe de la croix, - Agnès, Agnelle et Danielle, toi qui caressas - D’une main pure la crinière cruelle des brasiers, - Blanche Agnès, décollée par le glaive aveugle, - Et trempée dans la gloire vierge des lys rouges, - Brebis, Toison, Manteau, trame et chaîne des palliums, - Sainte Agnès, filez pour nous la laine éternelle. - - * * * * * - - -Angèle, - - Qui avez vu dans le ciel une échelle, - Une longue échelle rouge où montaient des jeunes femmes, - De belles jeunes femmes vêtues de blanc, - Angèle qui avez gravi l’échelle de neige et de sang, - Angèle qui êtes montée au ciel en revenant de Jérusalem, - Angèle qui avez le pouvoir d’apaiser les orages, - Sainte Angèle, apaisez les orages de notre cœur. - - * * * * * - - -Catherine, - - Contemplatrice héroïque du Rêve, - Catherine que le démon battait comme la mer - Bat le sable innocent des dunes et des grèves, - Catherine visitée par Jésus familièrement - --Jésus venait chanter le psautier avec elle,-- - Catherine au front orné du diadème sanglant, - Catherine pleine de larmes, pleine de charmes, pleine de songes, - Sainte Catherine, protégez nos âmes pleines de songes. - - * * * * * - - -Colette, - - Douloureuse beauté cachée dans la prière, - Colette, dure à son cœur et plus dure à sa chair, - Colette prisonnière dans les cloîtres amers - Où les colliers d’amour sont des chaînes de fer, - Colette qui pour mourir se coucha sur la terre, - Colette après sa mort restée fraîche comme une pierre, - Sainte Colette, que nos cœurs deviennent durs comme des pierres. - - * * * * * - - -Françoise, - - Sœur favorite de l’invisible Frère, - Miraculeuse amie des puissances de l’air, - Astrologue admirable de la Tour des Miroirs - A qui Dieu écrivit des lettres en lettres d’or, - Françoise dont les mains multipliaient les pains - Pour nourrir les mendiants qui vont par les chemins, - Sainte Françoise, nourrissez nos âmes qui ont faim. - - * * * * * - - -Geneviève, - - Innocente exilée vers la dents des halliers, - Chair déchirée par le mensonge et par les ronces, - Et qui n’a d’autre toit que les bons arbres hospitaliers, - Geneviève à qui les cerfs venaient lécher les pieds, - Geneviève à qui les loups faisaient les yeux doux, - Geneviève mère d’un enfant pauvre et nu comme un faon, - Sainte Geneviève, visitez nos cœurs abandonnés. - - * * * * * - - -Gertrude, - - Abbesse insigne à la crosse d’ivoire, - Gertrude, salut d’amour au soleil de l’hostie, - Fille de l’Écriture, écrite par le cilice, - Miel fondu dans le vin douloureux de la vie, - Cinnamome jeté dans la prison de l’encensoir; - Gertrude, cil, larme et pois de senteur, - Gertrude, enivrée par l’odeur de la vigne, - Sainte Gertrude, versez votre ivresse dans nos cœurs. - - * * * * * - - -Gudule, - - Née parmi les nuées des fleuves d’autrefois, - Dans la prairie, à l’ombre des trembles et des saules, - Gudule dont les épaules portent une cathédrale, - Gudule qui fut aimée, enfant, par saint Michel, - Gudule qui fut aimée, morte, par Charlemagne, - Gudule, parfum des roses et chanson des roseaux, - Sainte Gudule, embaumez la chanson de nos âmes. - - * * * * * - - -Hélène, - - Hôtelière du Calvaire, mère du Labarum, - Tête frappée en médailles et en monnaie d’amour, - Poitrine expiatrice des stupres de la pourpre; - Hélène, pérégrine vers le sang du Sauveur, - Hélène, qui baisas la terre des douleurs, - Hélène, qui choisis, entre les trois, la Seule, - Hélène, Palestine, Hélène, Basilique, - Hélène, crucifiée sur la croix byzantine, - Sainte Hélène, guidez nos âmes pérégrines. - - * * * * * - - -Jeanne, - - Bergère née en Lorraine, - Jeanne qui avez gardé les moutons en robe de futaine, - Et qui avez pleuré aux misères du peuple de France, - Et qui avez conduit le Roi à Reims parmi les lances, - Jeanne qui étiez un arc, une croix, un glaive, un cœur, une lance, - Jeanne que les gens aimaient comme leur père et leur mère, - Jeanne blessée et prise, mise au cachot par les Anglais, - Jeanne brûlée à Rouen par les Anglais, - Jeanne qui ressemblez à un ange en colère, - Jeanne d’Arc, mettez beaucoup de colère dans nos cœurs. - - * * * * * - - -Julie, - - Victime très douce des Juifs et des Vandales, - Vendue par un marchand de femmes et de sandales, - Martyre dont le seul juge fut un vieux préteur ivre; - Julie morte en souriant près de la mer, le soir, - Julie qui, en mourant, murmurait: Je suis libre, - Julie, pendue par ses beaux cheveux noirs, - Sainte Julie, délivrez nos cœurs du désespoir. - - * * * * * - - -Marcelle, - - Pétale d’or pâle au front des dames romaines, - Pâleur solitaire parmi les fleurs des fêtes rouges, - Marcelle, amie des cryptes et des catacombes, - Marcelle riche et pauvre, Marcelle, fière et humble; - Marcelle enjeu sanglant du vinaigre et des verges, - Marcelle revêtue d’une robe de morsures, - Sainte Marcelle, étanchez le sang de nos blessures. - - * * * * * - - -Marguerite, - - Plaisir d’amour, ensuite poussière - Sous les sandales de saint François, - Guérie de la chair par l’horreur d’une chair adorée, - Sauvée par la bonté d’un figuier paternel, - Languie trois ans dans les limbes de la tristesse; - Marguerite, muette oratrice du linceul, - Dont l’aveu étonna l’ombre des cathédrales, - Marguerite, pécheresse contrite, - Au visage écrasé par le sable des briques, - Sainte Marguerite, courbez notre orgueil vers la terre. - - * * * * * - - -Marie, - - Amertume des baisers sur les barques du Nil, - Robe de soleil et voile bleu que la nuit caresse, - Marie voyageuse amoureuse et pauvre, - Jetée par l’ouragan dans l’île pénitente, - Et qui brûlas tes lèvres au soufre du Jourdain, - Marie des sables, Marie des palmes, Marie des lions, - Marie nourrie sept ans d’un pain miraculeux, - Sainte Marie, brûlez nos cœurs au feu divin. - - * * * * * - - -Mathilde, - - Princesse dont les bras blancs portaient la peine des pauvres, - Mathilde dont les mains blanches usaient les durs psautiers, - Mathilde, reine de trois mille et l’une des mille servantes, - Mathilde, dont le cilice de fer avait trois pointes, - Mathilde, dont les genoux furent le sceau des dalles, - O Mathilde, baiser, sandale et bracelet, - Rose d’automne tombée dans l’eau des pénitences, - Sainte Mathilde, jetez nos cœurs sur les pavés. - - * * * * * - - -Natalie, - - Née parmi les orages des lointaines forêts - Et portée longtemps sur les mers aux cheveux clairs, - Natalie qui aimas tes sœurs et tes pareilles - Plus que toi-même et, plus que tout, l’Amour, - Natalie élue entre toutes dès le premier jour - Pour parer de roses blanches les glaives de l’amour - Dont les sept pointes font sept blessures de joie, - Natalie emmêlant bure et cuir à la soie, - Natalie souriante au bord de la géhenne, - Sainte Natalie, soyez le parfum de nos peines. - - * * * * * - - -Paule, - - Amie de saint Jérôme, pourpre réduite en cendre, - Épaule où le vieux moine grava le nom de Dieu, - Paule, manteau de laine sur le dos nu des pauvres, - Paule couchée par terre, les yeux vers les étoiles, - Paule, cendre, corde et pierre, fagot d’épines, - Crâne rasé comme un rocher de Palestine, - Cœur plein de la poussière de Bethléem, - Sainte Paule, humiliez nos âmes tristes et vaines. - - * * * * * - - -Ursule, - - Griffon du nord, bête sacrée venue - Dans la lumière bleue d’un rêve boréal, - Ursule, flocon de neige bu par les lèvres de Jésus, - Ursule, étoile rouge vers la tulipe de pourpre, - Ursule, sœur de tant de cœurs innocents, - Et dont la tête sanglante dort comme une escarboucle - Dans la bague des arceaux, - Ursule, nef, voile, rame et tempête, - Ursule, envolée sur le dos de l’oiseau blanc, - Sainte Ursule, emportez nos âmes vers les neiges. - - * * * * * - - -Zite, - - Sainte aux yeux doux, sainte en bonnet, sainte en sabots, - Zite dont l’oratoire était une cuisine, - Zite, qui pour marmitons avait les Anges du ciel, - Zite, bon cœur, bon feu, bonne soupe et bon gîte, - Zite aux mains rouges fleuries de menthe et d’estragon, - Sainte Zite, mettez la table où s’attable l’Amour. - - - - -ORAISONS MAUVAISES - - -I - - Que tes mains soient bénies, car elles sont impures! - Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures; - Lys d’épouvante, leurs ongles blancs font penser sous la lampe, - A des hosties volées dans l’ombre blanche, sous la lampe, - Et l’opale prisonnière qui se meurt à ton doigt, - C’est le dernier soupir de Jésus sur la croix. - - -II - - Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides! - Ils sont pleins de fantômes et pleins de chrysalides, - Comme dans l’eau fanée, bleue au fond des grottes vertes, - On voit dormir des fleurs qui sont des bêtes vertes, - Et ce douloureux saphir d’amertume et d’effroi, - C’est le dernier regard de Jésus sur la croix. - - -III - - Que tes seins soient bénis, car ils sont sacrilèges! - Ils se sont mis tout nus, comme un printanier florilège, - Fleuri pour la caresse et la moisson des lèvres et des mains, - Fleurs du bord de la route, bonnes à toutes les mains, - Et l’hyacinthe qui rêve là, avec un air triste de roi, - C’est le dernier amour de Jésus sur la croix. - - -IV - - Que ton ventre soit béni, car il est infertile! - Il est beau comme une terre de désolation; le style - De la herse n’y hersa qu’une glèbe rouge et rebelle, - La fleur mûre n’y sema qu’une graine rebelle, - Et la topaze ardente qui frissonne sur ce palais de joie, - C’est le dernier désir de Jésus sur la croix. - - -V - - Que ta bouche soit bénie, car elle est adultère! - Elle a le goût des roses nouvelles et le goût de la vieille terre, - Elle a sucé les sucs obscurs des fleurs et des roseaux; - Quand elle parle on entend comme un bruit perfide de roseaux, - Et ce rubis cruel tout sanglant et tout froid, - C’est la dernière blessure de Jésus sur la croix. - - -VI - - Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes! - Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fête, - Ils ont mis leurs talons sourds sur l’épaule des pauvres, - Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus - pauvres, - Et la boucle améthyste qui tend ta jarretière de soie, - C’est le dernier frisson de Jésus sur la croix. - - -VII - - Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue! - Fière émeraude tombée sur le pavé des rues, - Son orgueil s’est mêlé aux odeurs de la boue, - Et je viens d’écraser dans la glorieuse boue, - Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix, - La dernière pensée de Jésus sur la croix. - - - - -SIMONE - -POÈME CHAMPÊTRE - -(1898) - - -I - -LES CHEVEUX - - Simone, il y a un grand mystère - Dans la forêt de tes cheveux. - - Tu sens le foin, tu sens la pierre - Où des bêtes se sont posées; - Tu sens le cuir, tu sens le blé, - Quand il vient d’être vanné; - Tu sens le bois, tu sens le pain - Qu’on apporte le matin; - Tu sens les fleurs qui ont poussé - Le long d’un mur abandonné; - Tu sens la ronce, tu sens le lierre - Qui a été lavé par la pluie; - Tu sens le jonc et la fougère - Qu’on fauche à la tombée de la nuit; - Tu sens le houx, tu sens la mousse, - Tu sens l’herbe mourante et rousse - Qui s’égrène à l’ombre des haies; - Tu sens l’ortie et le genêt, - Tu sens le trèfle, tu sens le lait; - Tu sens le fenouil et l’anis; - Tu sens les noix, tu sens les fruits - Qui sont bien mûrs et que l’on cueille; - Tu sens le saule et le tilleul - Quand ils ont des fleurs plein les feuilles; - Tu sens le miel, tu sens la vie - Qui se promène dans les prairies; - Tu sens la terre et la rivière; - Tu sens l’amour, tu sens le feu. - - Simone, il y a un grand mystère - Dans la forêt de tes cheveux. - - -II - -L’AUBÉPINE - - Simone, tes mains douces ont des égratignures, - Tu pleures, et moi je veux rire de l’aventure. - - L’Aubépine défend son cœur et ses épaules, - Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux. - - Elle a mis son grand voile de songe et de prière, - Car elle communie avec toute la terre; - - Elle communie avec le soleil du matin, - Quand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym, - - Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches, - Avec les gros bourdons qui sont tout en velours, - - Avec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds, - Avec les libellules, avec les papillons, - - Et tout ce qui a des ailes, avec les pollens - Qui dansent comme des pensées dans l’air et se promènent; - - Elle communie avec le soleil de midi, - Avec les nues, avec le vent, avec la pluie - - Et tout ce qui passe, avec le soleil du soir - Rouge comme une rose et clair comme un miroir, - - Avec la lune qui rit et avec la rosée, - Avec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée; - - Elle a le front si blanc et son âme est si pure - Qu’elle s’adore elle-même en toute la nature. - - -III - -LE HOUX - - Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx: - Avril est revenu pour jouer avec nous. - - Il porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules, - Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules; - - Il les sème une à une parmi l’herbe des prés, - Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés; - - Il garde les jonquilles pour l’eau, et les pervenches - Pour les bois, aux endroits où s’allongent les branches; - - Il jette les violettes à l’ombre, sous les ronces - Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce; - - A toutes les prairies il donne des pâquerettes - Et des primevères qui ont un collier de clochettes; - - Il laisse les muguets tomber dans les forêts - Avec les anémones, le long des sentiers frais; - - Il plante des iris sur le toit des maisons, - Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon, - - Il répandra des ancolies et des pensées, - Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées. - - -IV - -LE BROUILLARD - - Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs, - Nous irons comme en barque à travers le brouillard. - - Nous irons vers les îles de beauté où les femmes - Sont belles comme des arbres et nues comme des âmes; - Nous irons vers les îles où les hommes sont doux - Comme des lions, avec des cheveux longs et roux. - Viens le monde incréé attend de notre rêve - Ses lois, ses joies, les dieux qui font fleurir la sève - Et le vent qui fait luire et bruire les feuilles. - Viens, le monde innocent va sortir d’un cercueil. - - Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs, - Nous irons comme en barque à travers le brouillard. - - Nous irons vers les îles où il y a des montagnes - D’où l’on voit l’étendue paisible des campagnes, - Avec des animaux heureux de brouter l’herbe, - Des bergers qui ressemblent à des saules, et des gerbes - Qu’on monte avec des fourches sur le dos des charrettes. - Il fait encore soleil et les moutons s’arrêtent - Près de l’étable, devant la porte du jardin, - Qui sent la pimprenelle, l’estragon et le thym. - - Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs, - Nous irons comme en barque à travers le brouillard. - - Nous irons vers les îles où les pins gris et bleus - Chantent quand le vent d’ouest passe entre leurs cheveux. - Nous écouterons, couchés sous leur ombre odorante, - La plainte des esprits que le désir tourmente - Et qui attendent l’heure où leur chair doit revivre. - Viens, l’infini se trouble et rit, le monde est ivre: - Nous entendrons peut-être, en rêvant sous les pins, - Des mots d’amour, des mots divins, des mots lointains. - - Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs, - Nous irons comme en barque à travers le brouillard. - - -V - -LA NEIGE - - Simone, la neige est blanche comme ton cou, - Simone, la neige est blanche comme tes genoux. - - Simone, ta main est froide comme la neige, - Simone, ton cœur est froid comme la neige. - - La neige ne fond qu’à un baiser de feu, - Ton cœur ne fond qu’à un baiser d’adieu. - - La neige est triste sur les branches des pins, - Ton front est triste sous tes cheveux châtains. - - Simone, ta sœur la neige dort dans la cour, - Simone, tu es ma neige et mon amour. - - -VI - -LES FEUILLES MORTES - - Simone, allons au bois: les feuilles sont tombées; - Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers. - - Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes? - - Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves, - Elles sont sur la terre de si frêles épaves! - - Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes? - - Elles ont l’air si dolent à l’heure du crépuscule, - Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule! - - Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes? - - Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes, - Elles font un bruit d’ailes ou de robes de femme. - - Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes? - - Viens: nous serons un jour de pauvres feuilles mortes. - Viens: déjà la nuit tombe et le vent nous emporte. - - Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes? - - -VII - -LA RIVIÈRE - - Simone, la rivière chante un air ingénu, - Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë; - Il est midi: les hommes ont quitté leur charrue, - Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu. - - La rivière est la mère des poissons et des fleurs, - Des arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs; - - Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain - Et qui vont s’envoler pour un pays lointain; - - Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert - Et les araignées d’eau qui rament comme aux galères. - - La rivière est la mère des poissons: elle leur donne - Des vermisseaux, de l’herbe, de l’air et de l’ozone; - - Elle leur donne l’amour; elle leur donne les ailes - Pour suivre au bout du monde l’ombre de leurs femelles. - - La rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel, - De tout ce qui est fait d’eau et d’un peu de soleil: - - Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines - Des prés qui ont l’odeur du miel, et les molènes - - Qui ont des feuilles douces comme un duvet d’oiseau; - Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux; - - Elle nourrit le chanvre; elle nourrit le lin; - Elle nourrit l’avoine, l’orge et le sarrasin; - - Elle nourrit le seigle, l’osier et les pommiers; - Elle nourrit les saules et les grands peupliers. - - La rivière est la mère des forêts: les beaux chênes - Ont puisé dans son lit l’eau pure de leurs veines. - - La rivière féconde le ciel: quand la pluie tombe, - C’est la rivière qui monte au ciel et qui retombe; - - La rivière est une mère très puissante et très pure, - La rivière est la mère de toute la nature. - - Simone, la rivière chante un air ingénu, - Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë; - Il est midi: les hommes ont quitté leur charrue, - Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu. - - -VIII - -LE VERGER - - Simone, allons au verger - Avec un panier d’osier. - Nous dirons à nos pommiers, - En entrant dans le verger: - Voici la saison des pommes. - Allons au verger, Simone, - Allons au verger. - - Les pommiers sont pleins de guêpes, - Car les pommes sont très mûres: - Il se fait un grand murmure - Autour du vieux doux-aux-vêpes. - Les pommiers sont pleins de pommes, - Allons au verger, Simone, - Allons au verger. - - Nous cueillerons la calville, - Le pigeonnet et la reinette, - Et aussi des pommes à cidre - Dont la chair est un peu doucette. - Voici la saison des pommes, - Allons au verger, Simone, - Allons au verger. - - Tu auras l’odeur des pommes - Sur ta robe et sur tes mains, - Et tes cheveux seront pleins - Du parfum doux de l’automne. - Les pommiers sont pleins de pommes, - Allons au verger, Simone, - Allons au verger. - - Simone, tu seras mon verger - Et mon pommier de doux-aux-vêpes; - Simone, écarte les guêpes - De ton cœur et de mon verger. - Voici la saison des guêpes, - Allons au verger, Simone, - Allons au verger. - - -IX - -LE JARDIN - - Simone, le jardin du mois d’août - Est parfumé, riche et doux: - Il a des radis et des raves, - Des aubergines et des betteraves - Et, parmi les pâles salades, - Des bourraches pour les malades; - Plus loin, c’est le peuple des choux, - Notre jardin est riche et doux. - - Les pois grimpent le long des rames; - Les rames ressemblent à des jeunes femmes - En robes vertes fleuries de rouge. - Voici les fèves, voici les courges - Qui reviennent de Jérusalem. - L’oignon a poussé tout d’un coup - Et s’est orné d’un diadème, - Notre jardin est riche et doux. - - Les asperges tout en dentelles - Mûrissent leurs graines de corail; - Les capucines, vierges fidèles, - Ont fait de leur treille un vitrail, - Et, nonchalantes, les citrouilles - Au bon soleil gonflent leurs joues; - On sent le thym et le fenouil, - Notre jardin est riche et doux. - - -X - -LE MOULIN - - Simone, le moulin est très ancien: ses roues, - Toutes vertes de mousse, tournent au fond d’un grand trou: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Les murs tremblent, on a l’air d’être sur un bateau - A vapeur, au milieu de la nuit et de l’eau: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Il fait noir; on entend pleurer les lourdes meules, - Qui sont plus douces et plus vieilles que des aïeules: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Les meules sont des aïeules si vieilles et si douces - Qu’un enfant les arrête et qu’un peu d’eau les pousse: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Elles écrasent le blé des riches et des pauvres, - Elles écrasent le seigle aussi, l’orge et l’épeautre: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Elles sont aussi bonnes que les plus grands apôtres, - Elles font le pain qui nous bénit et qui nous sauve: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Elles nourrissent les hommes et les animaux doux, - Ceux qui aiment notre main et qui meurent pour nous: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Elles vont, elles pleurent, elles tournent, elles grondent - Depuis toujours, depuis le commencement du monde: - On a peur, les roues passent, les roues tournent - Comme pour un supplice éternel. - - Simone, le moulin est très ancien: ses roues, - Toutes vertes de mousse, tournent au fond d’un grand trou. - - -XI - -L’ÉGLISE - - Simone, je veux bien. Les bruits du soir - Sont doux comme un cantique chanté par des enfants; - L’église obscure ressemble à un vieux manoir; - Les roses ont une odeur grave d’amour et d’encens. - - Je veux bien, nous irons lentement et bien sages, - Salués par les gens qui reviennent des foins; - J’ouvrirai la barrière d’avance à ton passage, - Et le chien nous suivra longtemps d’un œil chagrin. - - Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes - Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour, - La lourde nef pareille à une bête de somme - Chargée du poids de nos péchés de tous les jours; - - Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail - Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier; - Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail - Et un petit enfant qui dort chez un fermier. - - Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix, - Le coq, les gonds et les ferrures de la porte; - A ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois - Qui est représentée les mains jointes et morte. - - Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze - Des cloches où l’on jetait un petit agneau d’or, - A ceux qui ont creusé, en l’an mil deux cent onze, - Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor; - - A ceux qui ont tissé la tunique de lin - Pendue sous un rideau à gauche de l’autel; - A ceux qui ont chanté au livre du lutrin; - A ceux qui ont doré les fermoirs du missel. - - Je songerai aux mains qui ont touché l’hostie, - Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé; - Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies; - Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré. - - Je songerai aussi aux morts du cimetière, - A ceux qui ne sont plus que de l’herbe et des fleurs, - A ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres, - A la croix qui les garde jusqu’à la dernière heure. - - Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close; - Nous aurons l’air de fantômes sous les sapins, - Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses, - Au chien qui nous attend, aux roses du jardin. - - - - -PAYSAGES SPIRITUELS - - -I - -LA DAME DE L’ÉTÉ - - Sous les yeux d’or des églantines blanches, - Les liserons grimpent autour des fougères. - La fleur des ronces met des petites croix blanches - Dans la haie d’où surgissent les fougères. - - L’herbe des prés ondule en vagues blondes, - Qui vont mourir sous les pas du faucheur, - Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes, - Et la grande aile noire de la faux du faucheur. - - Alors j’ai vu, assise près d’une source, - Cueillant des joncs pour lier ses cheveux, - Une femme aux yeux clairs comme une source, - Qui me permit de baiser ses cheveux. - - Et je fus plein d’amour pour les yeux verts - De la dame de l’été qui vient sourire - Au bord des sentiers, au fond des bois verts, - Et mirer dans les sources son beau sourire. - -1898. - - -II - -CHANSON DE L’AUTOMNE - - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - L’automne humide et monotone, - Mais les feuilles des cerisiers - Et les fruits mûrs des églantiers - Sont rouges comme des baisers, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - - Viens, mon amie, le rude automne - Serre son manteau et frissonne - Mais le soleil a des douceurs; - Dans l’air léger comme ton cœur, - La brume berce sa langueur, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - - Viens, mon amie, le vent d’automne - Sanglote comme une personne. - Et dans les buissons entr’ouverts - La ronce tord ses bras pervers, - Mais les chênes sont toujours verts, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - - Viens, mon amie, le vent d’automne - Durement gronde et nous sermonne, - Des mots sifflent par les sentiers, - Mais on entend dans les halliers - Le doux bruit d’ailes des ramiers, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - - Viens, mon amie, le triste automne - Aux bras de l’hiver s’abandonne, - Mais l’herbe de l’été repousse, - La dernière bruyère est douce, - Et l’on croit voir fleurir la mousse, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne, - Tout nus les peupliers frissonnent, - Mais leur feuillage n’est pas mort; - Gonflant sa robe couleur d’or, - Il danse, il danse, il danse encor, - Viens, mon amie, viens, c’est l’automne. - -1898. - - -III - -LA DAME DE L’AUTOMNE - - La Dame de l’Automne écrase les feuilles mortes - Dans l’allée des souvenirs: - C’était ici ou là... le vent passe et emporte - Les feuilles de nos désirs. - - O vent, emporte aussi mon cœur: il est si lourd! - - La Dame de l’Automne cueille des chrysanthèmes - Dans le jardin sans soleil: - C’est là que fleurissaient les roses pâles que j’aime, - Les roses pâles au cœur vermeil. - - O soleil, feras-tu fleurir encore mes roses? - - La Dame de l’Automne tremble comme un oiseau - Dans l’air incertain du soir: - C’était ici ou là, et le ciel était beau - Et nos yeux remplis d’espoir. - - O ciel, as-tu encore des étoiles et des songes? - - La Dame de l’Automne a laissé son jardin - Tout dépeuplé par l’automne: - C’était là... Nos cœurs eurent des moments divins... - Le vent passe et je frissonne... - - O vent qui passe, emporte mon cœur: il est si lourd! - - -IV - -LES GRANDS LYS PALES - - Songez au sourire pâle des grands lys dans la nuit. - Ils ont des faces tristes et de beaux airs penchés; - Leur regard s’allonge en lueur douce et poursuit - Ceux qui marchent dans le jardin le front penché. - - Songez que les grands lys écoutent les paroles - Qui sortent des abîmes où sommeillent les cœurs. - Ils tendent comme des oreilles leurs corolles - Et ils n’oublient jamais le murmure des cœurs. - - Ils écoutent si bien qu’ils entendent le silence; - Ils entendent le bruit du sang dans les artères, - Ils entendent les épaules frissonner en silence, - Ils entendent ce qu’on tait et qu’on voudrait taire. - - Les lys aux faces tristes entendent les dentelles - Que le vent et la vie gonflent sur les corsages, - Ils entendent les cheveux doux comme des dentelles - Qu’un souffle agite et tourmente en signe d’orage. - - Les lys aux faces tristes regardent dans la nuit; - Ils voient lorsque les mains se rapprochent tremblantes - D’avoir osé s’unir un instant dans la nuit, - Et leur sourire a des ironies complaisantes, - - Car ils savent ce qu’ignorent les hommes et les femmes - Et ils pourraient prédire aux âmes leurs destins - Et enseigner aux hommes à lire le cœur des femmes: - Songez aux grands lys pâles indulgents et divins. - - -V - -CHANSON PERSANE - - Celle qui tient mon cœur m’a dit languissamment: - «Pourquoi donc es-tu triste et pâle, ô mon Charmant?» - M’a dit languissamment celle qui tient mon cœur. - - Celle qui tient mon cœur m’a dit moqueusement: - «Quel miel d’amour a donc englué mon Charmant?» - M’a dit moqueusement celle qui tient mon cœur. - - Moi, j’ai pris un miroir et j’ai dit à la Belle: - «Regarde en ce miroir, regarde, ô ma cruelle!» - Et j’ai dit à la Belle, en brisant le miroir: - - «Comme une perle d’ambre attire un brin de paille, - La langueur de ton teint m’appelle, je défaille, - Je suis le brin de paille et toi la perle d’ambre.» - - «Apportez-moi des fleurs fleurantes et des cinnames - Pour ranimer le cœur de mon Roi qui se pâme, - Des cinnames pour son âme et des fleurs pour son cœur!» - - -VI - -LE CHÊNE - - Il me semblait que ma pensée - Était un chêne solitaire - Qui rêve sur sa vie passée - Et qui regarde au loin la terre. - - Devant lui s’étendent des plaines - Dont l’homme a fauché les moissons, - Et des montagnes incertaines, - Là-bas, ferment son horizon. - - Il a vu la brume et la pluie, - Le soleil, le rire et l’amour; - Il a vu les jours et les nuits, - Et puis les nuits et puis les jours. - - Des amants, couchés sous son toit, - Ont échangé là des mensonges; - Et d’autres au cœur grave et droit - L’ont pris à témoin de leurs songes. - - Les plaintes de la volupté - Ont fait frissonner son feuillage, - Et lui, dans son ample bonté, - Donnait aux amants son ombrage. - - Il chantait: de tendres oiseaux - Se poursuivaient parmi ses branches; - Leurs cris tombaient en avalanche, - Mêlés aux rires des ruisseaux. - - Il pleurait: les vents d’occident - Répandaient sur son front placide - Leurs larmes de plomb ou d’argent - Et leur neige ou leur gel lucide. - - Il vivait: son cœur plein de sève - Éclatait parfois en sanglots: - «Des sirènes semblent des rêves, - Songeaient-ils, là-bas, sur les flots...» - - * * * * * - - Un jour la mer vint en colère - Envahir la plaine et les bois; - Mais le chêne à la tête fière - Se dressait toujours, sans émoi. - - «Je suis la vie, je suis le monde, - «Lui dit la mer aux flots nombreux. - «J’apporte du fond de mes ondes - «Un être au cœur aventureux. - - «Sois toi-même, chêne orgueilleux, - «Redeviens homme dans ta chair, - «Retrouve ta bouche et tes yeux - «Et lève au soleil ton front clair. - - «Oublie les vieilles amertumes - «Que tu trouvas près de la femme. - «C’est la nuit; le désir allume - «Plus d’un désir au fond des âmes. - - «Vois: mes vagues silencieuses - «S’endorment comme des enfants; - «Elle est là: l’heure précieuse - «S’éveille et sourit doucement.» - - Le chêne au multiple feuillage - Devint homme, ouvrit ses deux bras, - Et la sirène au blanc visage - Entra dans son cœur et chanta. - - -VII - -LA VOITURE DE FLEURS - -I - - L’ivresse des jasmins, la tendresse des roses, - Ces robes, ces figures, ces yeux, toutes les nuances, - Les violettes pâles et les pivoines roses - Où l’amour se pâme avec indolence. - - Ainsi s’en va, traîné le long des rues, - Le songe de mes anciens printemps, - Cependant qu’une femme a rougi d’être nue - Dans la foule indiscrète des amants. - - Pourquoi? Tu as senti l’odeur de mon désir? - Tu as senti la fraîcheur amoureuse des nuées - Tomber sur tes épaules, et le plaisir - Souffler du vent dans tes cheveux dénoués? - - Je ne te voyais pas. Je regardais les femmes et les fleurs - Comme on regarde des étoffes ou des images: - Je me souviens alors de toutes les couleurs - Qui enchantaient mes premiers paysages. - - Ces belles fleurs m’apportent des campagnes et des jardins, - Dans leurs aisselles et parmi les plis frais de leurs feuilles, - Je reconnais le goût des filles des chemins, - Du sureau, de la sauge, du tendre chèvre-feuille; - - Je promène mon rêve autour de tes rosiers - Et de tes pavots, parc aux antiques sourires; - Puis je me glisse à travers la houle de vos halliers, - Bois où mon cœur avec joie se déchire. - -II - - Je me souviens des bois et des jardins, - Des arbres et des fontaines, - Des champs, des prés et aussi des chemins - Aux figures incertaines. - - Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur, - Aimait mon adolescence, - Il a toujours l’adorable fraîcheur - Et la chair de l’innocence. - - Il a toujours le chant de son ruisseau, - Et les plumes de ses mésanges - Et de ses geais et de ses poules d’eau, - Et le rire de ses anges - - Car on entend souvent au fond des bois - Des souffles, des voix frileuses, - Et l’on ne sait si ce sont des hautbois - Ou l’émoi des amoureuses. - - Il a toujours les feuilles de ses aulnes - Dont les troncs sont des serpents; - Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes - Et ses houx aux fruits sanglants, - - Ses coudriers aimés des écureuils, - Ses hêtres, qui sont des charmes, - Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils, - Ses cerisiers pleins de larmes; - - Ses grands iris, dans leur gaîne de lin, - Qu’on appelle aussi des flambes, - Ses liserons, désir rose et câlin, - Qui grimpe le long des jambes: - - Liserons blancs, aussi liserons bleus, - Liserons qui sont des lèvres, - Et liserons qui nous semblent des yeux - Doux de filles ou de chèvres; - - Beaux parasols semés d’insectes verts, - Angéliques et ciguës; - Vous qui montrez à nu vos cœurs amers, - Belladones ambiguës; - - Blonds champignons tapis sous les broussailles, - Oreilles couleur de chair, - Morilles d’or, bolets couleur de paille, - Mamelles couleur de lait! - - Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois - Est un lit et un asile, - Un confident aimable à nos émois, - Une idée et une idylle. - - * * * * * - - Mais un désir me ramène au jardin: - Je retrouve ses allées, - Ses bancs verdis, ses bordures de thym, - Ses corbeilles dépeuplées. - - Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers, - Ses myrtes un peu moroses, - Et voici les rubis de ses mûriers - Et ses guirlandes de roses. - - Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul, - Dans la rumeur des abeilles, - Et je retrouve, en méditant, l’orgueil, - O sourire, et tes merveilles. - - Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir - Et la tendresse des aubes: - Je veux, ayant vécu de l’aube au soir, - Vivre aussi du soir à l’aube. - - Le présent rit à l’abri du passé - Et lui emprunte ses songes: - Le renouveau d’octobre a des pensées - Douces comme des mensonges. - - O vieux jardin, je vous referai tel - Qu’en vos nobles jours de grâce; - J’effacerai tous les signes de gel - Qui meurtrissaient votre face. - -III - - Voilà toutes les fleurs, qui passaient dans les rues, - En ce matin équivoque de mai. - Viens, leurs demeures me sont connues: - Nous les retrouverons aux jardins du passé. - - Viens respirer l’odeur jeune de la vieille terre, - Du bois et du grand parc abandonné aux oiseaux. - Viens, nous ferons jaillir de son cœur solitaire - Des moissons de fruits et de rêves tendres et nouveaux. - - -VIII - -LÉDA - - L’innocente Léda baignait ses membres nus, - La grâce de son corps enchantait l’eau du fleuve, - Et les roseaux, saisis de troubles inconnus, - Chantaient une chanson aussi vieille que neuve, - - Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve. - - Quand le cygne parut, blanche nef au front d’or, - Léda tressaillit d’aise et demeura songeuse, - Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord - Et se coucha dans l’herbe, à l’ombre d’une yeuse; - - La bête s’avançait, belle, ardente et songeuse. - - La bête s’avançait, belle, ardente, et d’un air - Si royal et si mâle, que Léda fut charmée - Et qu’elle regretta, dans l’erreur de sa chair, - De n’être pas un cygne, afin d’en être aimée - - Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et charmée. - - Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et les lys, - Léda se ploie au poids de l’animal insigne - Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs, - Et son corps étonné frissonne et se résigne - - A ne caresser que le plumage d’un cygne. - - -IX - -LE SOIR DANS UN MUSÉE - - Les seigneurs blancs couchés dans leurs corsets de marbre, - Larves que le sommeil mène à l’éternité? - Ces colonnes vêtues de lierre comme des arbres, - Ces fontaines qui virent sourire la beauté? - - Les évêques de cire à la mitre de cuivre, - Les mères qu’un enfant fait penser au calvaire, - L’angoisse de l’esclave, l’ironie de la guivre, - Diane, dont les seins fiers se gonflent de colère? - - Cette femme aux longues mains pâles et douloureuses? - Ces beaux regards de bronze, ces pierres lumineuses - Qui semblent encore pleurer un amour méconnu? - - Non. Soumis au désir qui m’écrase et me charme, - Je ne voyais rien dans l’ombre pleine de larmes - Qu’une main mutilée crispée sur un pied nu. - - -X - -LE VOYAGEUR - - L’herbe fleurit toujours au creux frais de ton ventre, - Terre, pourquoi refuser ton ventre au voyageur? - Et si le seigle est mûr, il a faim et ses mains - Tremblent d’amour quand il pense à toutes les gerbes. - - Il sait que la forêt bleue et verte est ouverte - Aux chiens qui vont flairer le parfum des tanières: - Les fleurs fanées d’hier ont des odeurs d’étoiles, - Mais le vieux ciel est moins cruel que l’aubépine. - - La spirale s’enroule aux serpents de l’éther, - Frappe et plie, pèlerin, tes épaules pensives: - Le moulin tourne et la mélancolie des oies - Écrit ta destinée sur l’horizon sanglant. - - Heure, ami, crépuscule, et le plaisir des mules - Et les pleurs de la roue et l’ange qui s’envole: - Ferme tes poings, dors-toi dans l’astre de ton rêve: - L’escadre des méduses tombe et crève sur les grèves. - -1895 - - -XI - -RONDEAU LYRIQUE - - Les cœurs dorment dans des coffrets - Que ferment de belles serrures; - Sous les émaux et les dorures - La poussière des vieux secrets - Et des lointaines impostures - Se mêle aux frêles moisissures - Des plus récentes aventures: - Chère, ôtez vos doigts indiscrets, - Les cœurs dorment. - - Vos doigts ravivent des blessures - Et vos regards sont des injures, - Laissez-les reposer en paix. - Comme des rois dans leurs palais - Ou des morts dans leurs sépultures, - Les cœurs dorment. - - -XII - -LES ROSES DANS L’ORAGE - - Les roses pâles sont blessées - Par la rudesse de l’orage, - Mais elles sont plus parfumées, - Ayant souffert davantage. - Mets cette rose à ta ceinture, - Garde en ton cœur cette blessure, - Sois pareille aux roses de l’orage. - Mets cette rose en un coffret - Et souviens-toi de l’aventure - Des roses blessées par l’orage, - L’orage a gardé son secret, - Garde en ton cœur cette blessure. - - -XIII - -INSCRIPTIONS CHAMPÊTRES - - Printemps, ô frêle et bleue anémone - Dans la langueur pâle de tes yeux clairs - L’amour a mis son âme éphémère, - Le vent te donne un parfum d’automne. - - * * * * * - - Été, quand l’orgueil des roseaux sur la rive - Marque le cours du fleuve vers la mer, le soir - On voit dans l’eau des ombres se coucher pensives: - Lents et doux, les bœufs s’en vont à l’abreuvoir. - - * * * * * - - Automne, il pleut des feuilles, il pleut des âmes, - Il pleut des âmes mortes d’amour, les femmes - Contemplent l’Occident avec mélancolie, - Les arbres font dans l’air de grands gestes d’oubli. - - * * * * * - - Hiver, femme aux yeux verts tombés sous le linceul des neiges, - Tes cheveux sont poudrés de gel, d’amertume et de sel, - O Momie, et ton cœur vaincu, docile aux sortilèges, - Dort, escarboucle triste, au fond de ta chair immortelle. - - -XIV - -L’EXIL DE LA BEAUTÉ - -(FRAGMENT) - -A N. C. B. - - «... Va, cherche dans la vieille forêt humaine - L’abri que je destine à ta vie incertaine. - Ne tremble pas trop quand le soir resserrera tes veines; - Songe que les chairs fanées ne peuvent refleurir - Et garde aux coins de ta bouche pâle l’ombre d’un sourire. - Prends un bâton, si tu veux, et aussi une besace, - Marche, en suivant, le long des champs, la trace - Que font les bœufs qui s’en vont au labour - Et les enfants en quête des fleurs nouvelles de l’amour. - Tu trouveras peut-être l’amour sur ton chemin - Ou la mort, ou des pauvres qui tendront la main - Vers ton cœur ou bien vers ta gorge: - Tu leur donneras ce que tu as, un morceau de pain d’orge, - Mais ils diront des injures - Et des larmes te viendront aux yeux d’entendre des paroles impures. - Ne pleure pas, lève la tête, les dieux, - Quand ils sont en exil, marchent encore dans les cieux. - Dérobe aux hypocrites ta noble nudité, - Sois pour eux la laideur, toi qui es la beauté...» - - -XV - -LE SOIR - - Heure incertaine, heure charmante et triste: les roses - Ont un sourire si grave et nous disent des choses - Si tendres que nos cœurs en sont tout embaumés; - Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée, - La nuit a la douceur des amours qui commencent, - L’air est rempli de songes et de métamorphoses; - Couchée dans l’herbe pure des divines prairies, - Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis, - La vie offre ses lèvres aux baisers du silence. - - Heure incertaine, heure charmante et triste: des voiles - Se promènent à travers les naissantes étoiles - Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides, - Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide; - Une lueur d’amour s’allume comme un adieu - A la croix des clochers qui semblent tout en feu - Et à la cime hautaine et frêle des peupliers: - Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée - Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux. - - Heure incertaine, heure charmante et triste: les heures - Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur, - Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce: - La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace, - Un frisson lent descend dans la chair de la terre, - Les arbres sont pareils à des anges en prière. - Oh! reste, heure dernière! Restez, fleurs de la vie! - Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis... - - Heure incertaine, heure charmante et triste: les femmes - Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme; - Le soir a la douceur des amours qui commencent. - O profondes amours, nobles filles de l’absence, - Aimez l’heure dont l’œil est grave et dont la main - Est pleine des parfums qu’on sentira demain; - Aimez l’heure incertaine où la mort se promène, - Où la vie, fatiguée d’une journée humaine, - Entend déjà chanter, tout au fond du silence, - L’heure des soleils nouveaux et l’heure des renaissances! - - - - -LE VIEUX COFFRET - - -I - -SONGE - - Je voudrais t’emporter dans un monde nouveau - Parmi d’autres maisons et d’autres paysages - Et là, baisant tes mains, contemplant ton visage, - T’enseigner un amour délicieux et nouveau, - - Un amour de silence, d’art et de paix profonde: - Notre vie serait lente et pleine de pensées, - Puis, par hasard, nos mains un instant rapprochées - Inclineraient nos cœurs aux caresses profondes. - - Et les jours passeraient, aussi beaux que des songes, - Dans la demi-clarté d’une soirée d’automne, - Et nous dirions tout bas, car le bonheur étonne: - Les jours d’amour sont doux quand la vie est un songe. - - -II - -BERCEUSE - - Viens vers moi quand tu chantes, amie, j’ai des secrets - Que tu liras toi-même au reflet de mes yeux. - Viens, entoure mon cou dans tes bras, viens tout près - Et ton cœur entendra des mots silencieux. - - Viens vers moi quand tu rêves, amie, j’ai des paroles - Dont le murmure seul est comme une douceur. - Elles imposent l’oubli, le doute, elles désolent, - Et pourtant leur musique enchante la douleur. - - Viens vers moi quand tu ris, amie, j’ai des regards - Très longs qui vont porter la peur au fond de l’âme. - Viens, ils transperceront ton cœur de part en part - Et tu sentiras naître en toi une autre femme. - - Viens vers moi quand tu pleures, amie, j’ai des caresses - Qui captent les sanglots amers au bord des lèvres. - Je ferai tressaillir la chair de ta jeunesse - Amie, viens boire une âme nouvelle sur mes lèvres. - - -III - -IN UNA SELVA OSCURA - - La lumière est plus pure et les fleurs sont plus douces, - Le vent qui passe apporte des roses lointaines, - Les pavés sous nos poids deviennent de la mousse, - Nous aspirons l’odeur des herbes et des fontaines. - - Un printemps nous enveloppe de son sourire, - Entre nous et le bruit un rideau de verdure - Tremble et chatoie, nous protège et soupire, - Cependant que notre âme s’exalte et se rassure. - - O vie! Fais que ce léger rideau de verdure - Devienne une forêt impénétrable aux hommes - Où nos cœurs, enfermés dans sa fraîcheur obscure, - Soient oubliés du monde, sans plus penser au monde! - - -IV - -LES FOUGÈRES - - O Forêt, toi qui vis passer bien des amants - Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages, - Confidente des jeux, des cris et des serments, - Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages. - - O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus - Un jour d’été fouler tes mousses et tes herbes, - Car ils ont trouvé là des baisers ingénus - Couleur de feuilles, couleur d’écorces, couleur de rêves. - - O Forêt, tu fus bonne, en laissant le désir - Fleurir, ardente fleur, au sein de ta verdure. - L’ombre devint plus fraîche: un frisson de plaisir - Enchanta les deux cœurs et toute la nature. - - O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus - Un jour d’été fouler tes herbes solitaires - Et contempler, distraits, tes arbres ingénus - Et le pâle océan de tes vertes fougères. - - -V - -L’ÉCRIN - -_LE COLLIER_ - - Voici le beau collier des tendres souvenirs - Pour le cou blanc aux veines de verveine. - Le premier rang est fait de mes désirs - Et le second, des perles de mes peines; - Le troisième, où les grains sont plus purs et plus lourds, - Représente la joie de mes heures d’amour. - -_LES BRACELETS_ - - Je referme mes mains autour de tes poignets, - J’arrête sans pitié le cours de tes artères - Et je mets pour fermoirs à ces deux bracelets - Deux rubis embrasés. - -_LES BAGUES_ - - Pour bagues, j’ai mordu la phalange - De chacun de tes doigts menus et doux, - Et j’ai serti dans ces bijoux étranges - Des baisers jaloux, des baisers fous. - -_LA MONTRE_ - - Penche-toi sur mon cœur et incline ta joue - Sur le rideau de chair. C’est la montre. - Ainsi sont ordonnées ses aiguilles et ses roues - Qu’elles marquent toujours l’heure de l’amour et du songe. - -_LA CHAINE_ - - Que la chaîne de tes pensées - Soit toujours à mon cou passée. - - -VI - -LA MAIN - -_A NA.... S_ - -I - - Main qui chantais, main qui parlais, - Main qui étais comme une personne, - Main amoureuse qui savais - Comment on prend, comment on donne; - - Main sur laquelle on a pleuré - Comme d’une fontaine fraîche, - Main sur laquelle on a crié - D’amour, de joie ou de détresse; - - Main qui reçus les confidences - Que la peur fait à la volupté, - Main de calme et d’impatience, - Main de grâce et de volupté; - - Main que des dents ont mordue - Et que des ongles ont déchirée - Dans leur frénésie ingénue, - Main que des lèvres ont pansée; - - Main des rêves, main des caresses, - Main des frissons, main des tendresses, - Main de la ruse et de l’adresse, - O main, maîtresse des maîtresses; - - Main qui donnas tant de joies - A tant de chairs éperdues, - O main comme de la soie - Sur les belles poitrines nues; - - O main, toi qui avais une âme - Pour l’heure douce du désir, - Et qui avais encore une âme - A l’heure âpre du plaisir, - - O main, tu trembles encore aux souvenirs charnels! - -II - - Afin que tu éprouves des tendresses nouvelles, - Je te donne à l’amie qui régit mon destin: - Ses yeux sont des fleurs vives, ses cheveux sont des ailes, - Son esprit se promène, songeur et incertain, - - Sois sage, ô main trop tendre, et cache le passé - Sous tes ongles, aux replis secrets de tes jointures, - Comme je cache au fond de mon vieux cœur blessé - Le souvenir sacré des belles meurtrissures. - - O main, je te regarde avec mélancolie. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - Pages. - PRÉFACE 7 - - HIÉROGLYPHES - - I. HIÉROGLYPHES 21 - II. FIGURE DE RÊVE 24 - III. FRA I SOSPESI 26 - IV. ASCENSION 28 - V. LE SOURIRE 30 - VI. LE LAC SACRÉ 34 - VII. MARITURA 37 - VIII. LA FORÊT BLONDE 39 - IX. SYMBOLES 42 - - LES SAINTES DU PARADIS - - HOMMAGE 47 - DÉDICACE 49 - AGATHE 51 - AGNÈS 52 - ANGÈLE 53 - CATHERINE 53 - COLETTE 54 - FRANÇOISE 54 - GENEVIÈVE 55 - GERTRUDE 55 - GUDULE 56 - HÉLÈNE 57 - JEANNE 57 - JULIE 58 - MARCELLE 59 - MARGUERITE 59 - MARIE 60 - MATHILDE 60 - NATALIE 61 - PAULE 62 - URSULE 62 - ZITE 63 - - ORAISONS MAUVAISES - - I. QUE TES MAINS SOIENT BÉNIES 67 - II. QUE TES YEUX SOIENT BÉNIS 68 - III. QUE TES SEINS SOIENT BÉNIS 68 - IV. QUE TON VENTRE SOIT BÉNI 69 - V. QUE TA BOUCHE SOIT BÉNIE 69 - VI. QUE TES PIEDS SOIENT BÉNIS 70 - VII. QUE TON AME SOIT BÉNIE 70 - - SIMONE - - I. LES CHEVEUX 73 - II. L’AUBÉPINE 76 - III. LE HOUX 79 - IV. LE BROUILLARD 81 - V. LA NEIGE 84 - VI. LES FEUILLES MORTES 86 - VII. LA RIVIÈRE 88 - VIII. LE VERGER 92 - IX. LE JARDIN 95 - X. LE MOULIN 97 - XI. L’ÉGLISE 100 - - PAYSAGES SPIRITUELS - - I. LA DAME DE L’ÉTÉ 107 - II. CHANSON DE L’AUTOMNE 109 - III. LA DAME DE L’AUTOMNE 112 - IV. LES GRANDS LYS PALES 115 - V. CHANSON PERSANE 118 - VI. LE CHÊNE 120 - VII. LA VOITURE DE FLEURS 125 - VIII. LÉDA 133 - IX. LE SOIR DANS UN MUSÉE 136 - X. LE VOYAGEUR 138 - XI. RONDEAU LYRIQUE 140 - XII. LES ROSES DANS L’ORAGE 143 - XIII. INSCRIPTIONS CHAMPÊTRES 145 - XIV. L’EXIL DE LA BEAUTÉ 146 - XV. LE SOIR 148 - - LE VIEUX COFFRET - - I. SONGE 153 - II. BERCEUSE 155 - III. IN UNA SELVA OSCURA 157 - IV. LES FOUGÈRES 159 - V. L’ÉCRIN: - LE COLLIER 161 - LES BRACELETS 162 - LES BAGUES 162 - LA MONTRE 162 - LA CHAINE 163 - VI. LES MAINS 165 - - - - -CE LIVRE, LE CINQUIÈME DE LA COLLECTION DES MAITRES DU LIVRE, A ÉTÉ -ÉTABLI SOUS LA DIRECTION DE AD. VAN BEVER. TIRÉ A HUIT CENT -CINQUANTE-QUATRE EXEMPLAIRES, SOIT: 3 EXEMPLAIRES SUR VIEUX JAPON -IMPÉRIAL, NUMÉROTÉS DE 1 A 3; 5 EXEMPLAIRES SUR CHINE, NUMÉROTÉS DE 4 A -8; 46 EXEMPLAIRES SUR JAPON IMPÉRIAL (DONT 6 HORS COMMERCE), NUMÉROTÉS -DE 9 A 48 ET DE 49 A 54; ET 800 SUR PAPIER D’ARCHES (DONT 50 HORS -COMMERCE), NUMÉROTÉS DE 55 A 804 ET DE 805 A 854. LE PRÉSENT OUVRAGE A -ÉTÉ ACHEVÉ D’IMPRIMER PAR TOURBIER, LOOS ET Cie, A MONTROUGE, LE XIV -FÉVRIER MCMXII. LES ORNEMENTATIONS TYPOGRAPHIQUES ONT ÉTÉ DESSINÉES ET -GRAVÉES SUR BOIS PAR JACQUES BELTRAND ET P.-E. VIBERT. - - - - -Note du transcripteur - - -En raison de pages manquantes dans l’exemplaire original, les poèmes -_Symboles_, _Dédicace_ et _Agathe_ ont été tirés de l’édition du Mercure -de France, 1914. - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DIVERTISSEMENTS *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation -of derivative works, reports, performances and research. Project -Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may -do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected -by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country other than the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you will have to check the laws of the country where - you are located before using this eBook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm website -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that: - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of -the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set -forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation's website -and official page at www.gutenberg.org/contact - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without -widespread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our website which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This website includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/64939-0.zip b/old/64939-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index a492204..0000000 --- a/old/64939-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64939-h.zip b/old/64939-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 9e2706e..0000000 --- a/old/64939-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64939-h/64939-h.htm b/old/64939-h/64939-h.htm deleted file mode 100644 index c8b7181..0000000 --- a/old/64939-h/64939-h.htm +++ /dev/null @@ -1,3298 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Divertissements, by Remy de Gourmont. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - -p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; - margin: .3em 0;} -p.noindent { text-indent: 0; } - -h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } -h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } -h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; font-weight: normal; - margin: 2.5em 0 1.5em 0; } -h4 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 1em 0; } - -div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; -margin: 1em 0; } - -.large { font-size: 130%; } -.xlarge {font-size: 150%; } -.small { font-size: 90%; } -.xsmall, small { font-size: 80%; } -.sans-serif { font-family: sans-serif; } -.sc { font-variant: small-caps; } - -.italic { font-style: italic; } -.italic i, .roman { font-style: normal; } - - - -.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } -.stanza { margin-top: 1em; } -.verse { padding-left: 20%; text-indent: -20%; } -.i1 { text-indent: -15%; } -.i2 { text-indent: -10%; } -.i3 { text-indent: -5%; } - -.r, .sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; } -.date { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; font-size: 90%; } -.narrow { margin: 0 15%; } - -hr { width: 20%; margin: 1.5em 40%; } - - -a { text-decoration: none; } - -sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; } - -li { list-style: none; } - -table { margin: 1em auto; } -td { vertical-align: top; text-align: left; } -td.left1em { padding-left: 1.5em; } -td.title { padding: .7em 0; font-size: 120%; } -td.title div { text-align: center; } -td.num { vertical-align: bottom; padding-left: 1em; } -td.num div { text-align: right; } - -.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em; - margin: 2em 5% 0 5%; border: thin dotted black; background: #F0F0F0; } -.trnote h2 { margin: .5em 0; } - - -.break, .chapter { margin-top: 4em; } - -img { max-width: 100%; } -img.w7 { width: 7em; } - -@media screen { - body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } -} - -@media handheld { - .break, .chapter { page-break-before: always; } - .top4em { padding-top: 4em; } - .top2em { padding-top: 2em; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - -</style> -</head> -<body> - -<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Divertissements, by Remy de Gourmont</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Divertissements</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Remy de Gourmont</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Illustrator: Pierre-Eugène Vibert</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: March 27, 2021 [eBook #64939]</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div> - -<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)</div> - -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DIVERTISSEMENTS ***</div> -<p class="c large">REMY DE GOURMONT</p> - -<h1>DIVERTISSEMENTS</h1> - -<p class="c large">POÈMES EN VERS</p> - -<p class="c">PORTRAIT DE L’AUTEUR GRAVÉ<br /> -SUR BOIS PAR P.-E. VIBERT</p> - -<div class="c"><img src="images/cres.png" alt="" class="w7" /></div> -<p class="c">PARIS<br /> -<span class="sans-serif xsmall">GEORGES CRÈS ET C<sup>ie</sup></span><br /> -LES MAÎTRES DU LIVRE<br /> -3, <span class="small">PLACE DE LA SORBONNE</span>, 3</p> - -<p class="c">MCMXII</p> - -<div class="break"></div> - -<div class="c top2em"><img src="images/illu.jpg" alt="" /></div> -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="preface">PRÉFACE</h2> - - -<p class="italic">Il y a une quinzaine d’années, quand le <i>Mercure</i> -commençait sa Bibliothèque, un des poètes qui -allaient être édités me demandait pourquoi je ne -publiais pas, moi aussi, un recueil de poèmes. -J’acceptai l’insinuation pour les environs de -l’année 1910, et je n’y pensais plus (car la vie -nous comble de multiples soucis) et n’y aurais -peut-être jamais plus pensé, quand se présenta une -occasion très favorable. J’ai toujours aimé que le -hasard régisse visiblement ma destinée, et dans -l’ordre littéraire, comme en d’autres, j’ai si peu eu -à me plaindre de lui que je lui cède volontiers. -Pourtant ce n’est pas sans appréhension que je -livre aux amateurs de poésie un recueil aussi hétéroclite -et d’âges si divers, quoique le titre, <i>Divertissements</i>, -soit d’une extrême modestie. Je ne -plaide pas la sincérité. J’ai été sincère, quand il -m’a plu de l’être, et d’ailleurs la sincérité, qui est -à peine une explication, n’est jamais une excuse. -Si j’en avais besoin d’une, je n’irais pas la chercher -si naïve et j’aime mieux avouer qu’en somme -il faut prendre au sérieux un titre qui ne l’est -guère aux yeux de la plupart des hommes.</p> - -<p class="italic">La joie, la joie cachée, le contentement intérieur, -est un sentiment sans lequel je ne saurais vivre -avec plénitude et avec lequel, non plus, je ne saurais -longtemps me plaire. La plupart des <i>Divertissements</i> -représentent les heures où, avant de -prendre congé d’un mutuel accord, ce sentiment -s’exalta un instant. La vie est discontinue et ne se -compose que d’instants reliés par l’inconscience ; -la nature essentielle de chaque poésie change selon -le caractère de ces instants où le poète a pu prendre -conscience de lui-même. Les poésies de joie n’ont -pas fleuri dans les jardins les plus heureux, ni les -plus douloureuses dans les jardins les moins ensoleillés.</p> - -<p class="italic">Il y a très peu, dans ce recueil, de poésies purement -verbales, que domine le plaisir de régir le -troupeau obligeant des mots, dont on sent bien que -l’obéissance m’a découragé à mesure que je m’assurais -de leur docilité excessive. Peut-être même -trouvera-t-on que j’ai fini par concevoir le poème -sous une forme trop dépouillée, mais cela était -peut-être permis à l’auteur du <i>Livre des Litanies</i>, -d’ailleurs rejeté d’un recueil qu’il voulait représentatif -d’une vie de sentiment plutôt encore que -d’une vie d’art. C’est sans doute un malheur pour -le poète quand il s’aperçoit enfin qu’il y a peut-être -plus de poésie dans un regard ou dans un -contact de mains qu’il ne saurait en créer avec la -plus adroite et la plus périlleuse construction verbale. -C’est un malheur, parce que cela coïncide -avec le dépeuplement de sa vie, au moment même -où la faculté des miracles de l’écriture est sur le -point de lui échapper aussi, et parce que c’est là -un inéluctable sentiment de dissolution où il ne -peut plus noter que d’inutiles rêves et de tristes -intentions. Mais comme c’est un malheur qui met -fin à toute poésie, on espère qu’on n’en trouvera -pas ici de traces trop visibles.</p> - -<p class="italic">Il peut être curieux d’apprendre comment aucun -genre d’études les plus opposées, selon le commun -jugement, à l’exercice de la poésie, n’a pas tué, -dans l’auteur des <i>Divertissements</i>, la faculté de se -livrer avec foi (avec la foi apollonienne) à ces -jeux jugés incompatibles avec la raison. A vrai -dire, je n’en sais rien. Seulement, je sens que, si la -vie me l’avait permis, je m’y serais bien davantage -attaché. Les poèmes les plus beaux (le sentiment -n’est pas assez original pour être faux) sont -ceux que je n’ai pas écrits ou qui n’ont laissé -dans mes papiers que des traces imparfaites de -leur naissance. Je dis cela en particulier d’un -poème sur les yeux que j’ai médité longtemps et -pour lequel j’avais relevé la couleur et toutes les -changeantes nuances des yeux d’une centaine de -femmes ou de leurs portraits, et rapproché tous -ces précieux regards de ceux des pierres de couleur, -qui sont moins lucides. Que d’autres divagations ! -J’ai rappelé celle-ci, par piété et par pitié -envers moi-même et envers les yeux oubliés !</p> - -<p class="italic">Temps perdu : c’est, à mon avis, ce qu’on pourrait -dire de plus cruel et aussi de plus injuste à -propos de ces <i>Divertissements</i> rêvés ou réalisés, -car je n’ai pas bien la notion de l’utile, dont se -targuent les hommes raisonnables, mais j’estime -que l’on n’a jamais perdu le temps où l’on vécut -sa vie (et laquelle donc vivrait-on ?). D’ailleurs si -un seul être choisi a été ému par un seul de ces -vers, je suis payé de ma peine, déjà bien compensée -par mon plaisir, et les moralistes eux-mêmes -doivent s’en montrer satisfaits.</p> - -<p class="italic">Rien ne serait mieux à sa place, peut-être plus -que ces réflexions trop personnelles, en tête d’un -volume de vers, que des remarques, en apparence -désintéressées, sur la versification française. Mais -à l’heure présente il semble que la technique -poétique soit devenue aussi personnelle que la -poésie elle-même, qui ne l’est pas peu. Les poètes -l’ont enfin compris, que les autres l’admettent ou -non ; ils doivent se fabriquer, ou avoir l’air de -se fabriquer eux-mêmes, leur instrument. C’était, -paraît-il, une coquetterie des vieux artisans -d’avant les machines, de façonner leurs outils de -leurs propres mains, pour leurs propres mains, -au lieu de les recevoir tout faits de l’industrie -indifférente. C’est plus que jamais la coutume -parmi les poètes de ne se servir que d’un vers -dont ils aient ordonné, à leur mesure, le degré de -flexibilité. Encore que je me sois plié çà et là à -l’antique rigidité du vers romantique, ou plutôt -parnassien, j’ai un faible pour le vers incertain -né au temps de ma jeunesse, au nombre incertain, -aux rimes incertaines. Certes, si la langue -française était, comme la langue latine, toute en -syllabes sonores, également, avec des temps forts -ou faibles, soumises à la prononciation, le vers -plein serait de tous les vers celui que je préférerais ; -j’ai essayé, en d’autres pages, de dire la -beauté de sa plénitude ; mais le phonétisme français -contient trop de lettres muettes auxquelles -une versification purement nombreuse accorde, -verbalement, une vie et une sonorité factices et, -pour un homme des en deçà de la Loire, déplaisantes. -A vouloir faire entrer dans le nombre du -vers toutes les syllabes exactement comptées pour -des unités, on gasconne une langue née et formée -en des bouches moins décisives et qui se plaisent -aux demi-teintes musicales, ou bien, si l’on néglige -celles qui vraiment sont mortes, on ne parvient à -l’harmonie nombreuse qu’en se fiant au hasard -des injonctions de l’écriture, de la mémoire -visuelle ou de je ne sais quelle tradition, venue -d’un temps de certitude phonétique qui ne trouve -plus créance près de nos oreilles. L’autre méthode -exige aussi des complicités et aussi des divinations, -mais elle s’appuie du moins sur l’usage -présent, et si elle demande au lecteur plus de -pénétration, elle lui laisse aussi, en même temps -qu’au poète, plus de liberté. C’est son principal -mérite. Notre versification, dite classique, est -basée sur la prononciation du <span class="roman"><small>XIV</small><sup>e</sup></span> siècle. On -pouvait en ce temps-là, et peut-être encore un -peu plus tard, écrire des vers parfaitement réguliers -pour le nombre. Ronsard ne le pouvait plus, -ni Racine, ni les autres, ni Verlaine. Aussi les -laisses d’alexandrins ne sont-elles que des illusions, -où qu’on les prenne, jadis ou naguère, et -je ne fais pas de différence, sinon dans l’esprit et -l’intention, entre les vers de Racine et ceux, par -exemple, de M. Vielé-Griffin. Il me semble que -j’ai montré cela, déjà, avec l’appui de preuves -sensibles. Mais il fallait bien y faire allusion ici, -non moins qu’aux métamorphoses de la rime, qui -a enfin reconquis le droit à l’assonance. Le seul -défaut de l’assonance des poètes contemporains -est d’accepter comme assonance la rime pour -l’œil des parnassiens, de ne pas tenir compte de -la longueur des voyelles, mais peut-être sommes-nous -mal préparés pour ces nuances qui, hormis -en quelques cas trop frappants, sont mal fixées. -Le provincialisme de quelques poètes fera naître -des variétés dans l’homophonie, légitimes comme -tout ce qui est un fait naturel.</p> - -<p class="italic">Je n’insiste pas. Je ne veux que faire réfléchir -un peu plus sur ces formes nouvelles d’une technique -qui a toujours beaucoup d’ennemis et de -laquelle je suis loin de prétendre qu’on trouvera -plus loin des exemples dignes de mémoire. Mais, -si c’est surtout pour moi-même, c’est aussi pour -quelques-uns et quelques-unes que je donne ce -ballet : <i>Divertissements</i>.</p> - -<p class="sign"><span class="sc">Remy de Gourmont</span>.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<p class="c xlarge top4em">DIVERTISSEMENTS</p> - - - - -<h2 class="nobreak" id="ch1">HIÉROGLYPHES</h2> - - -<h3 id="ch1p1">I<br /> -HIÉROGLYPHES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O pourpiers de mon frère, pourpiers d’or, fleur d’Anhour,</div> -<div class="verse">Mon corps en joie frissonne quand tu m’as fait l’amour,</div> -<div class="verse">Puis je m’endors paisible au pied des tournesols.</div> -<div class="verse">Je veux resplendir telle que les flèches de Hor :</div> -<div class="verse">Viens, le kupi embaume les secrets de mon corps,</div> -<div class="verse">Le hesteb teint mes ongles, mes yeux ont le kohol.</div> -<div class="verse">O maître de mon cœur, qu’elle est belle, mon heure !</div> -<div class="verse">C’est de l’éternité quand ton baiser m’effleure,</div> -<div class="verse">Mon cœur, mon cœur s’élève, ah ! si haut qu’il s’envole.</div> - -<div class="verse stanza">Armoises de mon frère, ô floraisons sanglantes,</div> -<div class="verse">Viens, je suis l’Amm où croît toute plante odorante,</div> -<div class="verse">La vue de ton amour me rend trois fois plus belle.</div> -<div class="verse">Je suis le champ royal où ta faveur moissonne,</div> -<div class="verse">Viens vers les acacias, vers les palmiers d’Ammonn ;</div> -<div class="verse">Je veux t’aimer à l’ombre bleue de leurs flabelles.</div> -<div class="verse">Je veux encore t’aimer sous les yeux roux de Phrâ</div> -<div class="verse">Et boire les délices du vin pur de ta voix,</div> -<div class="verse">Car ta voix rafraîchit et grise comme Elel.</div> - -<div class="verse stanza">O marjolaines de mon frère, ô marjolaines,</div> -<div class="verse">Quand ta main comme un oiseau sacré se promène</div> -<div class="verse">En mon jardin paré de lys et de sesnis,</div> -<div class="verse">Quand tu manges le miel doré de mes mamelles,</div> -<div class="verse">Quand ta bouche bourdonne ainsi qu’un vol d’abeilles</div> -<div class="verse">Et se pose et se tait sur mon ventre fleuri,</div> -<div class="verse">Ah ! je meurs, je m’en vais, je m’effuse en tes bras,</div> -<div class="verse">Comme une source vive pleine de nymphéas,</div> -<div class="verse">Armoises, marjolaines, pourpiers, fleurs de ma vie !</div> -</div> - - -<h3 id="ch1p2">II<br /> -FIGURE DE RÊVE</h3> - -<p class="c">SÉQUENCE</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,</div> -<div class="verse">Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.</div> -<div class="verse">La lumière bleuie par les brumes cendrait</div> -<div class="verse">D’une poussière aérienne</div> -<div class="verse">Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure</div> -<div class="verse">Flottait dans l’air derrière ses pas légers :</div> -<div class="verse">La chimère dormait au fond de ses prunelles.</div> -<div class="verse">Sur la chair nue et frêle de son cou</div> -<div class="verse">Les stellaires sourires d’un rosaire de perles</div> -<div class="verse">Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets</div> -<div class="verse">Avaient des bracelets tout pareils ; et sa tête,</div> -<div class="verse">La couronne incrustée des sept pierres mystiques</div> -<div class="verse">Dont les flammes transpercent le cœur comme des glaives,</div> -<div class="verse">Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.</div> -</div> - -<p class="date">1888.</p> - - -<h3 id="ch1p3">III<br /> -<span lang="it" xml:lang="it">FRA I SOSPESI</span></h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les tortures sont douces aux pieds de mon amie :</div> -<div class="verse">Le plaisir appelé tout bas sommeille encore,</div> -<div class="verse">La peine avec le doute enfin s’est endormie.</div> - -<div class="verse stanza">L’Alighier de Florence, descendu chez les morts,</div> -<div class="verse">Vit des âmes semées parmi les airs, légères</div> -<div class="verse">Comme des feuilles d’automne sous les souffles du nord :</div> - -<div class="verse stanza">Et ces âmes flottaient de la gloire à l’enfer,</div> -<div class="verse">Pareilles en leur vol au troupeau des nuées</div> -<div class="verse">Qui s’envole et sans cesse passe entre ciel et terre.</div> - -<div class="verse stanza">Ames qui ne sont pas élues, non plus damnées,</div> -<div class="verse">La géhenne éternelle les refuse ; pourtant</div> -<div class="verse">Les joies de l’éternel amour leur sont fermées.</div> - -<div class="verse stanza">Ainsi je vais morose et les yeux souriants,</div> -<div class="verse">Les mains pleines de rose et pleines de soucis.</div> -<div class="verse">Le cœur est un jardin ; ô soleil, sois clément,</div> - -<div class="verse stanza">Les soucis, ni les roses, n’ont pas encore fleuri.</div> -</div> - -<p class="date">1889.</p> - - -<h3 id="ch1p4">IV<br /> -ASCENSION</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un soir, dans la bruyère délaissée,</div> -<div class="verse">Avec l’amie souriante et lassée…</div> -<div class="verse">O soleil, fleur cueillie, ton lourd corymbe</div> -<div class="verse">Agonise et descend tout pâle vers les limbes.</div> -<div class="verse">Ah ! si j’étais avec l’amie lassée,</div> -<div class="verse">Un soir, dans la bruyère délaissée !</div> - -<div class="verse stanza">Les rainettes, parmi les reines des prés</div> -<div class="verse">Et les roseaux, criaient énamourées.</div> -<div class="verse">Les scarabées grimpent le long des prêles,</div> -<div class="verse">Les geais bleus font fléchir les branches frêles.</div> -<div class="verse">On entendait les cris énamourés</div> -<div class="verse">Des rainettes, parmi les reines des prés.</div> - -<div class="verse stanza">Un chien, au seuil d’une porte entr’ouverte,</div> -<div class="verse">Là-haut, pleure à la lune naissante et verte</div> -<div class="verse">Qui rend un peu de joie au ciel aveugle ;</div> -<div class="verse">La vache qu’on va traire s’agite et meugle,</div> -<div class="verse">Un chien pleure à la lune naissante et verte,</div> -<div class="verse">Là-haut, au seuil d’une porte entr’ouverte.</div> - -<div class="verse stanza">Pendant que nous montons, l’âme inquiète</div> -<div class="verse">Et souriante, vers la courbe du faîte,</div> -<div class="verse">Le Rêve, demeuré à mi-chemin,</div> -<div class="verse">S’assied pensif, la tête dans sa main,</div> -<div class="verse">Et nous montons vers la courbe du faîte,</div> -<div class="verse">Nous montons souriants, l’âme inquiète.</div> -</div> - -<p class="date">1892.</p> - - -<h3 id="ch1p5">V<br /> -LE SOURIRE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le sourire est un être équivoque, lumière</div> -<div class="verse">Éphémère, fuyante risée des libellules</div> -<div class="verse">Qui rasent l’eau dormante et claire des étangs verts.</div> - -<div class="verse stanza">Frère d’Eros, il a des ailes minuscules</div> -<div class="verse">Et aux flèches d’argent qui peuplent son carquois</div> -<div class="verse">La pointe est un désir et la barbe un scrupule.</div> - -<div class="verse stanza">Ses yeux sont des saphirs heureux, discrètes joies</div> -<div class="verse">D’amour, mais quand l’oubli amuse ses prunelles,</div> -<div class="verse">Ils ont l’air de lapis, souvent, ou de turquoises.</div> - -<div class="verse stanza">La bouche est rouge, elle a la grâce d’un pastel</div> -<div class="verse">Et le pourpre très doux, le velours d’un œillet ;</div> -<div class="verse">Quand elle s’ouvre, il en sort un ruban d’étincelles.</div> - -<div class="verse stanza">Le sourire est un être équivoque, si léger</div> -<div class="verse">Qu’il ne pose pas plus qu’un oiseau sur la branche.</div> -<div class="verse">Il vole et se renvole, il nargue les aguets.</div> - -<div class="verse stanza">On croyait le tenir, il a fui comme un charme.</div> -<div class="verse">Pas plus qu’une hirondelle on ne le prend au piège</div> -<div class="verse">Et s’il était captif, il mourrait dans sa cage.</div> - -<div class="verse stanza">Il s’arrête par-ci par-là, dans un cortège</div> -<div class="verse">D’éclairs, jase et d’un seul coup d’aile part en fusée.</div> -<div class="verse">Il fait joujou, il raille, car il est très espiègle.</div> - -<div class="verse stanza">Il est lumière, il est parfum, il est rosée,</div> -<div class="verse">Il se métamorphose : flambeau, phosphorescence,</div> -<div class="verse">Étoile au crépuscule, feu follet dans les prés.</div> - -<div class="verse stanza">Il est lumière, il a autour de ses cheveux,</div> -<div class="verse">Les violets, les zinzolins, les améthystes,</div> -<div class="verse">Les sinoples, les roses, les mauves et les bleus :</div> - -<div class="verse stanza">Les couleurs, mais surtout les douteuses, les tristes,</div> -<div class="verse">Ces fleurs pâles d’avoir trop aimé le soleil,</div> -<div class="verse">Les blondes, ces plaisirs où l’on s’endolorise,</div> - -<div class="verse stanza">Les blancs trempés un peu de chair ou de paillet,</div> -<div class="verse">Les outre-mer, les pers et les glauques divins,</div> -<div class="verse">Dont se teignaient les yeux moqueurs des Immortelles.</div> - -<div class="verse stanza">— Oh ! les piquants bitumes sous des yeux libertins !</div> -<div class="verse">Oh ! les brûlants cinabres sur des joues de déesses,</div> -<div class="verse">Diane aux genoux blancs, et toi Vénus aux seins</div> - -<div class="verse stanza">Prédestinés ! — Il est parfum, et les caresses</div> -<div class="verse">Des odeurs souveraines animent ses baisers,</div> -<div class="verse">Baumes métaphysiques, spasmes par catachrèse !</div> - -<div class="verse stanza">Il est lumière, il est parfum, il est rosée.</div> - -<div class="verse stanza">Le sourire est un être équivoque et charmeur.</div> -<div class="verse">— Envoi. — Ah ! chère ! Il t’aime, il vient à toi en roi,</div> -<div class="verse">Il installe son charme et sa grâce en ton cœur,</div> - -<div class="verse stanza">Il adore tes lèvres, tes yeux, tes dents, ta voix.</div> -</div> - -<p class="date">1890.</p> - - -<h3 id="ch1p6">VI<br /> -LE LAC SACRÉ</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les vagues gémissaient comme des femmes blessées,</div> -<div class="verse">Le lac sacré râlait sous la haine du ciel</div> -<div class="verse">Et l’invisible chœur des amours trépassées</div> -<div class="verse">Aboyait à la mort et broyait de ses ailes</div> -<div class="verse">Les vagues gémissant comme des femmes blessées.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O lac sacré, témoin de tant d’anniversaires</div> -<div class="verse">Et des chuchotements de tant d’âmes royales,</div> -<div class="verse">Toi qui vis, surgissant des dalles funéraires,</div> -<div class="verse">Tant de fantômes blancs étendant leurs mains pâles</div> -<div class="verse">Vers le témoin sacré de tant d’anniversaires !</div> - -<div class="verse stanza">O lac sacré, asile où les pieds nus des folles</div> -<div class="verse">Ont lavé leur poussière et fini leur voyage ;</div> -<div class="verse">Firmament où les fleurs, au baiser des étoiles,</div> -<div class="verse">Se pâmaient et parlaient le langage des mages</div> -<div class="verse">Dans l’asile sacré, sous les pieds nus des folles !</div> - -<div class="verse stanza">O lac sacré, ô pacifique mer océane,</div> -<div class="verse">Adorable refuge, port des barques mystiques,</div> -<div class="verse">Golfe aux yeux violets, ô pensée diaphane,</div> -<div class="verse">Gouffre rempli de perles, gouffre métaphysique,</div> -<div class="verse">O lac sacré, ô pacifique mer océane !</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les vagues gémissaient comme des femmes blessées,</div> -<div class="verse">Le lac sacré râlait sous la haine du ciel</div> -<div class="verse">Et l’invisible chœur des amours trépassées</div> -<div class="verse">Aboyait à la mort et broyait de ses ailes</div> -<div class="verse">Les vagues gémissant comme des femmes blessées.</div> -</div> - - -<h3 id="ch1p7">VII<br /> -MARITURA</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dans la terre torride une plante exotique,</div> -<div class="verse">Penchante, résignée : éclos hors de saison,</div> -<div class="verse">Deux boutons fléchissaient, l’air grave et mystique ;</div> -<div class="verse">La sève n’était plus pour elle qu’un poison.</div> - -<div class="verse stanza">Et je sentais pourtant de la fleur accablée</div> -<div class="verse">S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,</div> -<div class="verse">Mes artères battaient, ma poitrine troublée</div> -<div class="verse">Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.</div> - -<div class="verse stanza">Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,</div> -<div class="verse">Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins.</div> -<div class="verse">Elle s’abandonnait ; un insensible râle</div> -<div class="verse">Soulevait tristement la langueur de ses seins.</div> - -<div class="verse stanza">Mais ses cheveux tombant en innombrables boucles</div> -<div class="verse">Ondulaient sinueux comme un large flot noir</div> -<div class="verse">Et ses grands yeux brillaient du feu des escarboucles</div> -<div class="verse">Comme un double fanal dans la brume du soir.</div> - -<div class="verse stanza">Les cheveux m’envoyaient des odeurs énervantes,</div> -<div class="verse">Pareilles à l’éther qu’aspire un patient,</div> -<div class="verse">Je perdais peu à peu de mes forces vivantes</div> -<div class="verse">Et les yeux transperçaient mon cœur inconscient.</div> -</div> - -<p class="date">1878.</p> - - -<h3 id="ch1p8">VIII<br /> -LA FORÊT BLONDE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Mes herbes sont des cils trempés de larmes claires</div> -<div class="verse">Et mes liserons blancs s’ouvrent comme des paupières.</div> -<div class="verse">Voici les bourraches bleues dont les yeux doux fleurissent</div> -<div class="verse">Pareils à des étoiles, à des désirs, à des sourires,</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> - -<div class="verse stanza">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Mes lierres sont les lourds cheveux et mes viournes</div> -<div class="verse">Contournent leurs ourlets, ainsi que des oreilles.</div> -<div class="verse">O muguets, blanches dents ! églantines, narines !</div> -<div class="verse">O gentianes roses, plus roses que les lèvres !</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> - -<div class="verse stanza">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Mes saules ont le profil des tombantes épaules,</div> -<div class="verse">Mes trembles sont des bras tremblants de convoitise,</div> -<div class="verse">Mes digitales sont les doigts frêles, et les oves</div> -<div class="verse">Des ongles sont moins fins que la fleur de mes mauves,</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> - -<div class="verse stanza">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Mes sveltes peupliers ont des tailles flexibles,</div> -<div class="verse">Mes hêtres blancs et durs sont de fermes poitrines</div> -<div class="verse">Et mes larges platanes courbent comme des ventres</div> -<div class="verse">L’orgueilleux bouclier de leurs écorces fauves,</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> - -<div class="verse stanza">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Boutons rouges, boutons sanglants des pâquerettes,</div> -<div class="verse">Vous êtes les fleurons purs et vierges des mamelles.</div> -<div class="verse">Anémones, nombrils ! Pommeroles, aréoles !</div> -<div class="verse">Mûres, grains de beauté ! Jacinthes, azur des reines !</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> - -<div class="verse stanza">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,</div> -<div class="verse">Mes ormes ont la grâce des reins creux et des hanches,</div> -<div class="verse">Mes jeunes chênes, la forme et le charme des jambes,</div> -<div class="verse">Le pied nu de mes aunes se cambre dans les sources</div> -<div class="verse">Et j’ai des mousses blondes, des mystères, des ombres,</div> -<div class="verse">Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse.</div> -</div> - -<p class="date">1889.</p> - - -<h3 id="ch1p9">IX<br /> -SYMBOLES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les violets, les ors, les verts, les pourpres fiers</div> -<div class="verse">Ont tonné dans le bleu naissant de l’Orient ;</div> -<div class="verse">Les doutes, les ardeurs, les désirs, les colères</div> -<div class="verse">Troublent l’océan blanc de l’âme qui m’est chère.</div> - -<div class="verse stanza">Pourpres et violets s’entremêlent, aveuglant</div> -<div class="verse">Les yeux du dieu Soleil qui revient des enfers ;</div> -<div class="verse">Les doutes, les colères s’allument, enténébrant</div> -<div class="verse">Le cœur pur où fulgure obscur le diamant.</div> - -<div class="verse stanza">Çà et là des ors tels que des lampes légères ;</div> -<div class="verse">Plus haut planent lucides les verts évanescents ;</div> -<div class="verse">Les désirs, s’envolant sur le dos des chimères,</div> -<div class="verse">Jouent avec la lumière et le crin des crinières.</div> - -<div class="verse stanza">Soleil ! salut, sauveur ! Salut, soleil vivant,</div> -<div class="verse">Maître du ventre nu et prince de la terre !</div> -<div class="verse">Salut, âme ! Et salut chair, sauvées du néant !</div> -<div class="verse">Ame, donne ta grâce, et chair, donne ton sang.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch2">LES SAINTES DU PARADIS</h2> - - -<h3 id="ch2p1">HOMMAGE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">A Filiger, là-bas, dans sa maison des grèves,</div> -<div class="verse">A Filiger qui peint des fresques pour les cieux</div> -<div class="verse">Et qui rêve en silence aux saintes dont les yeux</div> -<div class="verse">Sont calmes comme des lunes et cruels comme des glaives.</div> -</div> - - -<h3 id="ch2p2">DÉDICACE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O pérégrines qui cheminez songeuses,</div> -<div class="verse">Songeant peut-être à des roses lointaines,</div> -<div class="verse">Pendant que la poussière et le soleil des plaines</div> -<div class="verse">Ont brûlé vos bras nus et votre âme incertaine,</div> -<div class="verse">O pérégrines qui cheminez songeuses,</div> -<div class="verse">Songeant peut-être à des roses lointaines !</div> - -<div class="verse stanza">Voici la route qui mène à la montagne,</div> -<div class="verse">Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes,</div> -<div class="verse">Voici le bois plein d’ombre et d’anémones,</div> -<div class="verse">Voici les pins, voici la paix, voici les dômes,</div> -<div class="verse">Voici la route qui mène à la montagne,</div> -<div class="verse">Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes !</div> - -<div class="verse stanza">O pérégrines qui cheminez songeuses,</div> -<div class="verse">Suivez la voix qui vous appelle au ciel :</div> -<div class="verse">Les arbres ont des feuillages aussi doux que le miel</div> -<div class="verse">Et les femmes au cœur pur y deviennent plus belles.</div> -<div class="verse">O pérégrines qui cheminez songeuses,</div> -<div class="verse">Suivez la voix qui vous appelle au ciel.</div> -</div> - - -<h3 id="ch2p3">Agathe,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Joyau trouvé parmi les pierres de la Sicile,</div> -<div class="verse">Agathe, vierge vendue aux revendeuses d’amour,</div> -<div class="verse">Agathe, victorieuse des colliers et des bagues,</div> -<div class="verse">Des sept rubis magiques et des trois pierres de lune,</div> -<div class="verse">Agathe, réjouie par le feu des fers rouges,</div> -<div class="verse">Comme un amandier par les douces pluies d’automne,</div> -<div class="verse">Agathe, embaumée par un jeune ange vêtu de pourpre,</div> -<div class="verse">Agathe, pierre et fer, Agathe, or et argent,</div> -<div class="verse">Agathe, chevalière de Malte,</div> -<div class="verse">Sainte Agathe, mettez du feu dans notre sang.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p4">Agnès,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Agnelle, épouse du feu, Agnelle, amie de l’Agneau,</div> -<div class="verse">Agnès, plus forte que la magie des jeunes cheveux,</div> -<div class="verse">Agnès, fille sacrée du signe de la croix,</div> -<div class="verse">Agnès, Agnelle et Danielle, toi qui caressas</div> -<div class="verse">D’une main pure la crinière cruelle des brasiers,</div> -<div class="verse">Blanche Agnès, décollée par le glaive aveugle,</div> -<div class="verse">Et trempée dans la gloire vierge des lys rouges,</div> -<div class="verse">Brebis, Toison, Manteau, trame et chaîne des palliums,</div> -<div class="verse">Sainte Agnès, filez pour nous la laine éternelle.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p5">Angèle,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qui avez vu dans le ciel une échelle,</div> -<div class="verse">Une longue échelle rouge où montaient des jeunes femmes,</div> -<div class="verse">De belles jeunes femmes vêtues de blanc,</div> -<div class="verse">Angèle qui avez gravi l’échelle de neige et de sang,</div> -<div class="verse">Angèle qui êtes montée au ciel en revenant de Jérusalem,</div> -<div class="verse">Angèle qui avez le pouvoir d’apaiser les orages,</div> -<div class="verse">Sainte Angèle, apaisez les orages de notre cœur.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p6">Catherine,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Contemplatrice héroïque du Rêve,</div> -<div class="verse">Catherine que le démon battait comme la mer</div> -<div class="verse">Bat le sable innocent des dunes et des grèves,</div> -<div class="verse">Catherine visitée par Jésus familièrement</div> -<div class="verse">— Jésus venait chanter le psautier avec elle, —</div> -<div class="verse">Catherine au front orné du diadème sanglant,</div> -<div class="verse">Catherine pleine de larmes, pleine de charmes, pleine de songes,</div> -<div class="verse">Sainte Catherine, protégez nos âmes pleines de songes.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p7">Colette,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Douloureuse beauté cachée dans la prière,</div> -<div class="verse">Colette, dure à son cœur et plus dure à sa chair,</div> -<div class="verse">Colette prisonnière dans les cloîtres amers</div> -<div class="verse">Où les colliers d’amour sont des chaînes de fer,</div> -<div class="verse">Colette qui pour mourir se coucha sur la terre,</div> -<div class="verse">Colette après sa mort restée fraîche comme une pierre,</div> -<div class="verse">Sainte Colette, que nos cœurs deviennent durs comme des pierres.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p8">Françoise,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sœur favorite de l’invisible Frère,</div> -<div class="verse">Miraculeuse amie des puissances de l’air,</div> -<div class="verse">Astrologue admirable de la Tour des Miroirs</div> -<div class="verse">A qui Dieu écrivit des lettres en lettres d’or,</div> -<div class="verse">Françoise dont les mains multipliaient les pains</div> -<div class="verse">Pour nourrir les mendiants qui vont par les chemins,</div> -<div class="verse">Sainte Françoise, nourrissez nos âmes qui ont faim.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p9">Geneviève,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Innocente exilée vers la dents des halliers,</div> -<div class="verse">Chair déchirée par le mensonge et par les ronces,</div> -<div class="verse">Et qui n’a d’autre toit que les bons arbres hospitaliers,</div> -<div class="verse">Geneviève à qui les cerfs venaient lécher les pieds,</div> -<div class="verse">Geneviève à qui les loups faisaient les yeux doux,</div> -<div class="verse">Geneviève mère d’un enfant pauvre et nu comme un faon,</div> -<div class="verse">Sainte Geneviève, visitez nos cœurs abandonnés.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p10">Gertrude,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Abbesse insigne à la crosse d’ivoire,</div> -<div class="verse">Gertrude, salut d’amour au soleil de l’hostie,</div> -<div class="verse">Fille de l’Écriture, écrite par le cilice,</div> -<div class="verse">Miel fondu dans le vin douloureux de la vie,</div> -<div class="verse">Cinnamome jeté dans la prison de l’encensoir ;</div> -<div class="verse">Gertrude, cil, larme et pois de senteur,</div> -<div class="verse">Gertrude, enivrée par l’odeur de la vigne,</div> -<div class="verse">Sainte Gertrude, versez votre ivresse dans nos cœurs.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p11">Gudule,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Née parmi les nuées des fleuves d’autrefois,</div> -<div class="verse">Dans la prairie, à l’ombre des trembles et des saules,</div> -<div class="verse">Gudule dont les épaules portent une cathédrale,</div> -<div class="verse">Gudule qui fut aimée, enfant, par saint Michel,</div> -<div class="verse">Gudule qui fut aimée, morte, par Charlemagne,</div> -<div class="verse">Gudule, parfum des roses et chanson des roseaux,</div> -<div class="verse">Sainte Gudule, embaumez la chanson de nos âmes.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p12">Hélène,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hôtelière du Calvaire, mère du Labarum,</div> -<div class="verse">Tête frappée en médailles et en monnaie d’amour,</div> -<div class="verse">Poitrine expiatrice des stupres de la pourpre ;</div> -<div class="verse">Hélène, pérégrine vers le sang du Sauveur,</div> -<div class="verse">Hélène, qui baisas la terre des douleurs,</div> -<div class="verse">Hélène, qui choisis, entre les trois, la Seule,</div> -<div class="verse">Hélène, Palestine, Hélène, Basilique,</div> -<div class="verse">Hélène, crucifiée sur la croix byzantine,</div> -<div class="verse">Sainte Hélène, guidez nos âmes pérégrines.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p13">Jeanne,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Bergère née en Lorraine,</div> -<div class="verse">Jeanne qui avez gardé les moutons en robe de futaine,</div> -<div class="verse">Et qui avez pleuré aux misères du peuple de France,</div> -<div class="verse">Et qui avez conduit le Roi à Reims parmi les lances,</div> -<div class="verse">Jeanne qui étiez un arc, une croix, un glaive, un cœur, une lance,</div> -<div class="verse">Jeanne que les gens aimaient comme leur père et leur mère,</div> -<div class="verse">Jeanne blessée et prise, mise au cachot par les Anglais,</div> -<div class="verse">Jeanne brûlée à Rouen par les Anglais,</div> -<div class="verse">Jeanne qui ressemblez à un ange en colère,</div> -<div class="verse">Jeanne d’Arc, mettez beaucoup de colère dans nos cœurs.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p14">Julie,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Victime très douce des Juifs et des Vandales,</div> -<div class="verse">Vendue par un marchand de femmes et de sandales,</div> -<div class="verse">Martyre dont le seul juge fut un vieux préteur ivre ;</div> -<div class="verse">Julie morte en souriant près de la mer, le soir,</div> -<div class="verse">Julie qui, en mourant, murmurait : Je suis libre,</div> -<div class="verse">Julie, pendue par ses beaux cheveux noirs,</div> -<div class="verse">Sainte Julie, délivrez nos cœurs du désespoir.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p15">Marcelle,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pétale d’or pâle au front des dames romaines,</div> -<div class="verse">Pâleur solitaire parmi les fleurs des fêtes rouges,</div> -<div class="verse">Marcelle, amie des cryptes et des catacombes,</div> -<div class="verse">Marcelle riche et pauvre, Marcelle, fière et humble ;</div> -<div class="verse">Marcelle enjeu sanglant du vinaigre et des verges,</div> -<div class="verse">Marcelle revêtue d’une robe de morsures,</div> -<div class="verse">Sainte Marcelle, étanchez le sang de nos blessures.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p16">Marguerite,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Plaisir d’amour, ensuite poussière</div> -<div class="verse">Sous les sandales de saint François,</div> -<div class="verse">Guérie de la chair par l’horreur d’une chair adorée,</div> -<div class="verse">Sauvée par la bonté d’un figuier paternel,</div> -<div class="verse">Languie trois ans dans les limbes de la tristesse ;</div> -<div class="verse">Marguerite, muette oratrice du linceul,</div> -<div class="verse">Dont l’aveu étonna l’ombre des cathédrales,</div> -<div class="verse">Marguerite, pécheresse contrite,</div> -<div class="verse">Au visage écrasé par le sable des briques,</div> -<div class="verse">Sainte Marguerite, courbez notre orgueil vers la terre.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p17">Marie,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Amertume des baisers sur les barques du Nil,</div> -<div class="verse">Robe de soleil et voile bleu que la nuit caresse,</div> -<div class="verse">Marie voyageuse amoureuse et pauvre,</div> -<div class="verse">Jetée par l’ouragan dans l’île pénitente,</div> -<div class="verse">Et qui brûlas tes lèvres au soufre du Jourdain,</div> -<div class="verse">Marie des sables, Marie des palmes, Marie des lions,</div> -<div class="verse">Marie nourrie sept ans d’un pain miraculeux,</div> -<div class="verse">Sainte Marie, brûlez nos cœurs au feu divin.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p18">Mathilde,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Princesse dont les bras blancs portaient la peine des pauvres,</div> -<div class="verse">Mathilde dont les mains blanches usaient les durs psautiers,</div> -<div class="verse">Mathilde, reine de trois mille et l’une des mille servantes,</div> -<div class="verse">Mathilde, dont le cilice de fer avait trois pointes,</div> -<div class="verse">Mathilde, dont les genoux furent le sceau des dalles,</div> -<div class="verse">O Mathilde, baiser, sandale et bracelet,</div> -<div class="verse">Rose d’automne tombée dans l’eau des pénitences,</div> -<div class="verse">Sainte Mathilde, jetez nos cœurs sur les pavés.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p19">Natalie,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Née parmi les orages des lointaines forêts</div> -<div class="verse">Et portée longtemps sur les mers aux cheveux clairs,</div> -<div class="verse">Natalie qui aimas tes sœurs et tes pareilles</div> -<div class="verse">Plus que toi-même et, plus que tout, l’Amour,</div> -<div class="verse">Natalie élue entre toutes dès le premier jour</div> -<div class="verse">Pour parer de roses blanches les glaives de l’amour</div> -<div class="verse">Dont les sept pointes font sept blessures de joie,</div> -<div class="verse">Natalie emmêlant bure et cuir à la soie,</div> -<div class="verse">Natalie souriante au bord de la géhenne,</div> -<div class="verse">Sainte Natalie, soyez le parfum de nos peines.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p20">Paule,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Amie de saint Jérôme, pourpre réduite en cendre,</div> -<div class="verse">Épaule où le vieux moine grava le nom de Dieu,</div> -<div class="verse">Paule, manteau de laine sur le dos nu des pauvres,</div> -<div class="verse">Paule couchée par terre, les yeux vers les étoiles,</div> -<div class="verse">Paule, cendre, corde et pierre, fagot d’épines,</div> -<div class="verse">Crâne rasé comme un rocher de Palestine,</div> -<div class="verse">Cœur plein de la poussière de Bethléem,</div> -<div class="verse">Sainte Paule, humiliez nos âmes tristes et vaines.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p21">Ursule,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Griffon du nord, bête sacrée venue</div> -<div class="verse">Dans la lumière bleue d’un rêve boréal,</div> -<div class="verse">Ursule, flocon de neige bu par les lèvres de Jésus,</div> -<div class="verse">Ursule, étoile rouge vers la tulipe de pourpre,</div> -<div class="verse">Ursule, sœur de tant de cœurs innocents,</div> -<div class="verse">Et dont la tête sanglante dort comme une escarboucle</div> -<div class="verse">Dans la bague des arceaux,</div> -<div class="verse">Ursule, nef, voile, rame et tempête,</div> -<div class="verse">Ursule, envolée sur le dos de l’oiseau blanc,</div> -<div class="verse">Sainte Ursule, emportez nos âmes vers les neiges.</div> -</div> - -<hr /> - - - -<h3 id="ch2p22">Zite,</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sainte aux yeux doux, sainte en bonnet, sainte en sabots,</div> -<div class="verse">Zite dont l’oratoire était une cuisine,</div> -<div class="verse">Zite, qui pour marmitons avait les Anges du ciel,</div> -<div class="verse">Zite, bon cœur, bon feu, bonne soupe et bon gîte,</div> -<div class="verse">Zite aux mains rouges fleuries de menthe et d’estragon,</div> -<div class="verse">Sainte Zite, mettez la table où s’attable l’Amour.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch3">ORAISONS MAUVAISES</h2> - - -<h3 id="ch3p1" title="I. Que tes mains soient bénies">I</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que tes mains soient bénies, car elles sont impures !</div> -<div class="verse">Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures ;</div> -<div class="verse">Lys d’épouvante, leurs ongles blancs font penser sous la lampe,</div> -<div class="verse">A des hosties volées dans l’ombre blanche, sous la lampe,</div> -<div class="verse">Et l’opale prisonnière qui se meurt à ton doigt,</div> -<div class="verse">C’est le dernier soupir de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p2" title="II. Que tes yeux soient bénis">II</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides !</div> -<div class="verse">Ils sont pleins de fantômes et pleins de chrysalides,</div> -<div class="verse">Comme dans l’eau fanée, bleue au fond des grottes vertes,</div> -<div class="verse">On voit dormir des fleurs qui sont des bêtes vertes,</div> -<div class="verse">Et ce douloureux saphir d’amertume et d’effroi,</div> -<div class="verse">C’est le dernier regard de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p3" title="III. Que tes seins soient bénis">III</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que tes seins soient bénis, car ils sont sacrilèges !</div> -<div class="verse">Ils se sont mis tout nus, comme un printanier florilège,</div> -<div class="verse">Fleuri pour la caresse et la moisson des lèvres et des mains,</div> -<div class="verse">Fleurs du bord de la route, bonnes à toutes les mains,</div> -<div class="verse">Et l’hyacinthe qui rêve là, avec un air triste de roi,</div> -<div class="verse">C’est le dernier amour de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p4" title="IV. Que ton ventre soit béni">IV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que ton ventre soit béni, car il est infertile !</div> -<div class="verse">Il est beau comme une terre de désolation ; le style</div> -<div class="verse">De la herse n’y hersa qu’une glèbe rouge et rebelle,</div> -<div class="verse">La fleur mûre n’y sema qu’une graine rebelle,</div> -<div class="verse">Et la topaze ardente qui frissonne sur ce palais de joie,</div> -<div class="verse">C’est le dernier désir de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p5" title="V. Que ta bouche soit bénie">V</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que ta bouche soit bénie, car elle est adultère !</div> -<div class="verse">Elle a le goût des roses nouvelles et le goût de la vieille terre,</div> -<div class="verse">Elle a sucé les sucs obscurs des fleurs et des roseaux ;</div> -<div class="verse">Quand elle parle on entend comme un bruit perfide de roseaux,</div> -<div class="verse">Et ce rubis cruel tout sanglant et tout froid,</div> -<div class="verse">C’est la dernière blessure de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p6" title="VI. Que tes pieds soient bénis">VI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes !</div> -<div class="verse">Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fête,</div> -<div class="verse">Ils ont mis leurs talons sourds sur l’épaule des pauvres,</div> -<div class="verse">Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus pauvres,</div> -<div class="verse">Et la boucle améthyste qui tend ta jarretière de soie,</div> -<div class="verse">C’est le dernier frisson de Jésus sur la croix.</div> -</div> - - -<h3 id="ch3p7" title="VII. Que ton âme soit bénie">VII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue !</div> -<div class="verse">Fière émeraude tombée sur le pavé des rues,</div> -<div class="verse">Son orgueil s’est mêlé aux odeurs de la boue,</div> -<div class="verse">Et je viens d’écraser dans la glorieuse boue,</div> -<div class="verse">Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix,</div> -<div class="verse">La dernière pensée de Jésus sur la croix.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch4">SIMONE<br /> -POÈME CHAMPÊTRE<br /> -(1898)</h2> - - -<h3 id="ch4p1">I<br /> -LES CHEVEUX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, il y a un grand mystère</div> -<div class="verse">Dans la forêt de tes cheveux.</div> - -<div class="verse stanza">Tu sens le foin, tu sens la pierre</div> -<div class="verse">Où des bêtes se sont posées ;</div> -<div class="verse">Tu sens le cuir, tu sens le blé,</div> -<div class="verse">Quand il vient d’être vanné ;</div> -<div class="verse">Tu sens le bois, tu sens le pain</div> -<div class="verse">Qu’on apporte le matin ;</div> -<div class="verse">Tu sens les fleurs qui ont poussé</div> -<div class="verse">Le long d’un mur abandonné ;</div> -<div class="verse">Tu sens la ronce, tu sens le lierre</div> -<div class="verse">Qui a été lavé par la pluie ;</div> -<div class="verse">Tu sens le jonc et la fougère</div> -<div class="verse">Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;</div> -<div class="verse">Tu sens le houx, tu sens la mousse,</div> -<div class="verse">Tu sens l’herbe mourante et rousse</div> -<div class="verse">Qui s’égrène à l’ombre des haies ;</div> -<div class="verse">Tu sens l’ortie et le genêt,</div> -<div class="verse">Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;</div> -<div class="verse">Tu sens le fenouil et l’anis ;</div> -<div class="verse">Tu sens les noix, tu sens les fruits</div> -<div class="verse">Qui sont bien mûrs et que l’on cueille ;</div> -<div class="verse">Tu sens le saule et le tilleul</div> -<div class="verse">Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;</div> -<div class="verse">Tu sens le miel, tu sens la vie</div> -<div class="verse">Qui se promène dans les prairies ;</div> -<div class="verse">Tu sens la terre et la rivière ;</div> -<div class="verse">Tu sens l’amour, tu sens le feu.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, il y a un grand mystère</div> -<div class="verse">Dans la forêt de tes cheveux.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p2">II<br /> -L’AUBÉPINE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, tes mains douces ont des égratignures,</div> -<div class="verse">Tu pleures, et moi je veux rire de l’aventure.</div> - -<div class="verse stanza">L’Aubépine défend son cœur et ses épaules,</div> -<div class="verse">Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux.</div> - -<div class="verse stanza">Elle a mis son grand voile de songe et de prière,</div> -<div class="verse">Car elle communie avec toute la terre ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle communie avec le soleil du matin,</div> -<div class="verse">Quand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym,</div> - -<div class="verse stanza">Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches,</div> -<div class="verse">Avec les gros bourdons qui sont tout en velours,</div> - -<div class="verse stanza">Avec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds,</div> -<div class="verse">Avec les libellules, avec les papillons,</div> - -<div class="verse stanza">Et tout ce qui a des ailes, avec les pollens</div> -<div class="verse">Qui dansent comme des pensées dans l’air et se promènent ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle communie avec le soleil de midi,</div> -<div class="verse">Avec les nues, avec le vent, avec la pluie</div> - -<div class="verse stanza">Et tout ce qui passe, avec le soleil du soir</div> -<div class="verse">Rouge comme une rose et clair comme un miroir,</div> - -<div class="verse stanza">Avec la lune qui rit et avec la rosée,</div> -<div class="verse">Avec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle a le front si blanc et son âme est si pure</div> -<div class="verse">Qu’elle s’adore elle-même en toute la nature.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p3">III<br /> -LE HOUX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx :</div> -<div class="verse">Avril est revenu pour jouer avec nous.</div> - -<div class="verse stanza">Il porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules,</div> -<div class="verse">Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;</div> - -<div class="verse stanza">Il les sème une à une parmi l’herbe des prés,</div> -<div class="verse">Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;</div> - -<div class="verse stanza">Il garde les jonquilles pour l’eau, et les pervenches</div> -<div class="verse">Pour les bois, aux endroits où s’allongent les branches ;</div> - -<div class="verse stanza">Il jette les violettes à l’ombre, sous les ronces</div> -<div class="verse">Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;</div> - -<div class="verse stanza">A toutes les prairies il donne des pâquerettes</div> -<div class="verse">Et des primevères qui ont un collier de clochettes ;</div> - -<div class="verse stanza">Il laisse les muguets tomber dans les forêts</div> -<div class="verse">Avec les anémones, le long des sentiers frais ;</div> - -<div class="verse stanza">Il plante des iris sur le toit des maisons,</div> -<div class="verse">Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon,</div> - -<div class="verse stanza">Il répandra des ancolies et des pensées,</div> -<div class="verse">Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p4">IV<br /> -LE BROUILLARD</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,</div> -<div class="verse">Nous irons comme en barque à travers le brouillard.</div> - -<div class="verse stanza">Nous irons vers les îles de beauté où les femmes</div> -<div class="verse">Sont belles comme des arbres et nues comme des âmes ;</div> -<div class="verse">Nous irons vers les îles où les hommes sont doux</div> -<div class="verse">Comme des lions, avec des cheveux longs et roux.</div> -<div class="verse">Viens le monde incréé attend de notre rêve</div> -<div class="verse">Ses lois, ses joies, les dieux qui font fleurir la sève</div> -<div class="verse">Et le vent qui fait luire et bruire les feuilles.</div> -<div class="verse">Viens, le monde innocent va sortir d’un cercueil.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,</div> -<div class="verse">Nous irons comme en barque à travers le brouillard.</div> - -<div class="verse stanza">Nous irons vers les îles où il y a des montagnes</div> -<div class="verse">D’où l’on voit l’étendue paisible des campagnes,</div> -<div class="verse">Avec des animaux heureux de brouter l’herbe,</div> -<div class="verse">Des bergers qui ressemblent à des saules, et des gerbes</div> -<div class="verse">Qu’on monte avec des fourches sur le dos des charrettes.</div> -<div class="verse">Il fait encore soleil et les moutons s’arrêtent</div> -<div class="verse">Près de l’étable, devant la porte du jardin,</div> -<div class="verse">Qui sent la pimprenelle, l’estragon et le thym.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,</div> -<div class="verse">Nous irons comme en barque à travers le brouillard.</div> - -<div class="verse stanza">Nous irons vers les îles où les pins gris et bleus</div> -<div class="verse">Chantent quand le vent d’ouest passe entre leurs cheveux.</div> -<div class="verse">Nous écouterons, couchés sous leur ombre odorante,</div> -<div class="verse">La plainte des esprits que le désir tourmente</div> -<div class="verse">Et qui attendent l’heure où leur chair doit revivre.</div> -<div class="verse">Viens, l’infini se trouble et rit, le monde est ivre :</div> -<div class="verse">Nous entendrons peut-être, en rêvant sous les pins,</div> -<div class="verse">Des mots d’amour, des mots divins, des mots lointains.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,</div> -<div class="verse">Nous irons comme en barque à travers le brouillard.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p5">V<br /> -LA NEIGE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, la neige est blanche comme ton cou,</div> -<div class="verse">Simone, la neige est blanche comme tes genoux.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, ta main est froide comme la neige,</div> -<div class="verse">Simone, ton cœur est froid comme la neige.</div> - -<div class="verse stanza">La neige ne fond qu’à un baiser de feu,</div> -<div class="verse">Ton cœur ne fond qu’à un baiser d’adieu.</div> - -<div class="verse stanza">La neige est triste sur les branches des pins,</div> -<div class="verse">Ton front est triste sous tes cheveux châtains.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, ta sœur la neige dort dans la cour,</div> -<div class="verse">Simone, tu es ma neige et mon amour.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p6">VI<br /> -LES FEUILLES MORTES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ;</div> -<div class="verse">Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?</div> - -<div class="verse stanza">Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves,</div> -<div class="verse">Elles sont sur la terre de si frêles épaves !</div> - -<div class="verse stanza">Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?</div> - -<div class="verse stanza">Elles ont l’air si dolent à l’heure du crépuscule,</div> -<div class="verse">Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !</div> - -<div class="verse stanza">Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?</div> - -<div class="verse stanza">Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,</div> -<div class="verse">Elles font un bruit d’ailes ou de robes de femme.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?</div> - -<div class="verse stanza">Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.</div> -<div class="verse">Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p7">VII<br /> -LA RIVIÈRE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, la rivière chante un air ingénu,</div> -<div class="verse">Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;</div> -<div class="verse">Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,</div> -<div class="verse">Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.</div> - -<div class="verse stanza">La rivière est la mère des poissons et des fleurs,</div> -<div class="verse">Des arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain</div> -<div class="verse">Et qui vont s’envoler pour un pays lointain ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert</div> -<div class="verse">Et les araignées d’eau qui rament comme aux galères.</div> - -<div class="verse stanza">La rivière est la mère des poissons : elle leur donne</div> -<div class="verse">Des vermisseaux, de l’herbe, de l’air et de l’ozone ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle leur donne l’amour ; elle leur donne les ailes</div> -<div class="verse">Pour suivre au bout du monde l’ombre de leurs femelles.</div> - -<div class="verse stanza">La rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel,</div> -<div class="verse">De tout ce qui est fait d’eau et d’un peu de soleil :</div> - -<div class="verse stanza">Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines</div> -<div class="verse">Des prés qui ont l’odeur du miel, et les molènes</div> - -<div class="verse stanza">Qui ont des feuilles douces comme un duvet d’oiseau ;</div> -<div class="verse">Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ;</div> -<div class="verse">Elle nourrit l’avoine, l’orge et le sarrasin ;</div> - -<div class="verse stanza">Elle nourrit le seigle, l’osier et les pommiers ;</div> -<div class="verse">Elle nourrit les saules et les grands peupliers.</div> - -<div class="verse stanza">La rivière est la mère des forêts : les beaux chênes</div> -<div class="verse">Ont puisé dans son lit l’eau pure de leurs veines.</div> - -<div class="verse stanza">La rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe,</div> -<div class="verse">C’est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;</div> - -<div class="verse stanza">La rivière est une mère très puissante et très pure,</div> -<div class="verse">La rivière est la mère de toute la nature.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, la rivière chante un air ingénu,</div> -<div class="verse">Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;</div> -<div class="verse">Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,</div> -<div class="verse">Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p8">VIII<br /> -LE VERGER</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, allons au verger</div> -<div class="verse">Avec un panier d’osier.</div> -<div class="verse">Nous dirons à nos pommiers,</div> -<div class="verse">En entrant dans le verger :</div> -<div class="verse">Voici la saison des pommes.</div> -<div class="verse">Allons au verger, Simone,</div> -<div class="verse">Allons au verger.</div> - -<div class="verse stanza">Les pommiers sont pleins de guêpes,</div> -<div class="verse">Car les pommes sont très mûres :</div> -<div class="verse">Il se fait un grand murmure</div> -<div class="verse">Autour du vieux doux-aux-vêpes.</div> -<div class="verse">Les pommiers sont pleins de pommes,</div> -<div class="verse">Allons au verger, Simone,</div> -<div class="verse">Allons au verger.</div> - -<div class="verse stanza">Nous cueillerons la calville,</div> -<div class="verse">Le pigeonnet et la reinette,</div> -<div class="verse">Et aussi des pommes à cidre</div> -<div class="verse">Dont la chair est un peu doucette.</div> -<div class="verse">Voici la saison des pommes,</div> -<div class="verse">Allons au verger, Simone,</div> -<div class="verse">Allons au verger.</div> - -<div class="verse stanza">Tu auras l’odeur des pommes</div> -<div class="verse">Sur ta robe et sur tes mains,</div> -<div class="verse">Et tes cheveux seront pleins</div> -<div class="verse">Du parfum doux de l’automne.</div> -<div class="verse">Les pommiers sont pleins de pommes,</div> -<div class="verse">Allons au verger, Simone,</div> -<div class="verse">Allons au verger.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, tu seras mon verger</div> -<div class="verse">Et mon pommier de doux-aux-vêpes ;</div> -<div class="verse">Simone, écarte les guêpes</div> -<div class="verse">De ton cœur et de mon verger.</div> -<div class="verse">Voici la saison des guêpes,</div> -<div class="verse">Allons au verger, Simone,</div> -<div class="verse">Allons au verger.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p9">IX<br /> -LE JARDIN</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, le jardin du mois d’août</div> -<div class="verse">Est parfumé, riche et doux :</div> -<div class="verse">Il a des radis et des raves,</div> -<div class="verse">Des aubergines et des betteraves</div> -<div class="verse">Et, parmi les pâles salades,</div> -<div class="verse">Des bourraches pour les malades ;</div> -<div class="verse">Plus loin, c’est le peuple des choux,</div> -<div class="verse">Notre jardin est riche et doux.</div> - -<div class="verse stanza">Les pois grimpent le long des rames ;</div> -<div class="verse">Les rames ressemblent à des jeunes femmes</div> -<div class="verse">En robes vertes fleuries de rouge.</div> -<div class="verse">Voici les fèves, voici les courges</div> -<div class="verse">Qui reviennent de Jérusalem.</div> -<div class="verse">L’oignon a poussé tout d’un coup</div> -<div class="verse">Et s’est orné d’un diadème,</div> -<div class="verse">Notre jardin est riche et doux.</div> - -<div class="verse stanza">Les asperges tout en dentelles</div> -<div class="verse">Mûrissent leurs graines de corail ;</div> -<div class="verse">Les capucines, vierges fidèles,</div> -<div class="verse">Ont fait de leur treille un vitrail,</div> -<div class="verse">Et, nonchalantes, les citrouilles</div> -<div class="verse">Au bon soleil gonflent leurs joues ;</div> -<div class="verse">On sent le thym et le fenouil,</div> -<div class="verse">Notre jardin est riche et doux.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p10">X<br /> -LE MOULIN</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, le moulin est très ancien : ses roues,</div> -<div class="verse">Toutes vertes de mousse, tournent au fond d’un grand trou :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Les murs tremblent, on a l’air d’être sur un bateau</div> -<div class="verse">A vapeur, au milieu de la nuit et de l’eau :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Il fait noir ; on entend pleurer les lourdes meules,</div> -<div class="verse">Qui sont plus douces et plus vieilles que des aïeules :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Les meules sont des aïeules si vieilles et si douces</div> -<div class="verse">Qu’un enfant les arrête et qu’un peu d’eau les pousse :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Elles écrasent le blé des riches et des pauvres,</div> -<div class="verse">Elles écrasent le seigle aussi, l’orge et l’épeautre :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Elles sont aussi bonnes que les plus grands apôtres,</div> -<div class="verse">Elles font le pain qui nous bénit et qui nous sauve :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Elles nourrissent les hommes et les animaux doux,</div> -<div class="verse">Ceux qui aiment notre main et qui meurent pour nous :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Elles vont, elles pleurent, elles tournent, elles grondent</div> -<div class="verse">Depuis toujours, depuis le commencement du monde :</div> -<div class="verse i1">On a peur, les roues passent, les roues tournent</div> -<div class="verse i1">Comme pour un supplice éternel.</div> - -<div class="verse stanza">Simone, le moulin est très ancien : ses roues,</div> -<div class="verse">Toutes vertes de mousse, tournent au fond d’un grand trou.</div> -</div> - - -<h3 id="ch4p11">XI<br /> -L’ÉGLISE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simone, je veux bien. Les bruits du soir</div> -<div class="verse">Sont doux comme un cantique chanté par des enfants ;</div> -<div class="verse">L’église obscure ressemble à un vieux manoir ;</div> -<div class="verse">Les roses ont une odeur grave d’amour et d’encens.</div> - -<div class="verse stanza">Je veux bien, nous irons lentement et bien sages,</div> -<div class="verse">Salués par les gens qui reviennent des foins ;</div> -<div class="verse">J’ouvrirai la barrière d’avance à ton passage,</div> -<div class="verse">Et le chien nous suivra longtemps d’un œil chagrin.</div> - -<div class="verse stanza">Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes</div> -<div class="verse">Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour,</div> -<div class="verse">La lourde nef pareille à une bête de somme</div> -<div class="verse">Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;</div> - -<div class="verse stanza">Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail</div> -<div class="verse">Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;</div> -<div class="verse">Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail</div> -<div class="verse">Et un petit enfant qui dort chez un fermier.</div> - -<div class="verse stanza">Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix,</div> -<div class="verse">Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;</div> -<div class="verse">A ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois</div> -<div class="verse">Qui est représentée les mains jointes et morte.</div> - -<div class="verse stanza">Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze</div> -<div class="verse">Des cloches où l’on jetait un petit agneau d’or,</div> -<div class="verse">A ceux qui ont creusé, en l’an mil deux cent onze,</div> -<div class="verse">Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;</div> - -<div class="verse stanza">A ceux qui ont tissé la tunique de lin</div> -<div class="verse">Pendue sous un rideau à gauche de l’autel ;</div> -<div class="verse">A ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;</div> -<div class="verse">A ceux qui ont doré les fermoirs du missel.</div> - -<div class="verse stanza">Je songerai aux mains qui ont touché l’hostie,</div> -<div class="verse">Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;</div> -<div class="verse">Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;</div> -<div class="verse">Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.</div> - -<div class="verse stanza">Je songerai aussi aux morts du cimetière,</div> -<div class="verse">A ceux qui ne sont plus que de l’herbe et des fleurs,</div> -<div class="verse">A ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres,</div> -<div class="verse">A la croix qui les garde jusqu’à la dernière heure.</div> - -<div class="verse stanza">Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;</div> -<div class="verse">Nous aurons l’air de fantômes sous les sapins,</div> -<div class="verse">Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses,</div> -<div class="verse">Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch5">PAYSAGES SPIRITUELS</h2> - - -<h3 id="ch5p1">I<br /> -LA DAME DE L’ÉTÉ</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sous les yeux d’or des églantines blanches,</div> -<div class="verse">Les liserons grimpent autour des fougères.</div> -<div class="verse">La fleur des ronces met des petites croix blanches</div> -<div class="verse">Dans la haie d’où surgissent les fougères.</div> - -<div class="verse stanza">L’herbe des prés ondule en vagues blondes,</div> -<div class="verse">Qui vont mourir sous les pas du faucheur,</div> -<div class="verse">Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes,</div> -<div class="verse">Et la grande aile noire de la faux du faucheur.</div> - -<div class="verse stanza">Alors j’ai vu, assise près d’une source,</div> -<div class="verse">Cueillant des joncs pour lier ses cheveux,</div> -<div class="verse">Une femme aux yeux clairs comme une source,</div> -<div class="verse">Qui me permit de baiser ses cheveux.</div> - -<div class="verse stanza">Et je fus plein d’amour pour les yeux verts</div> -<div class="verse">De la dame de l’été qui vient sourire</div> -<div class="verse">Au bord des sentiers, au fond des bois verts,</div> -<div class="verse">Et mirer dans les sources son beau sourire.</div> -</div> - -<p class="date">1898.</p> - - -<h3 id="ch5p2">II<br /> -CHANSON DE L’AUTOMNE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> -<div class="verse">L’automne humide et monotone,</div> -<div class="verse">Mais les feuilles des cerisiers</div> -<div class="verse">Et les fruits mûrs des églantiers</div> -<div class="verse">Sont rouges comme des baisers,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> - -<div class="verse stanza">Viens, mon amie, le rude automne</div> -<div class="verse">Serre son manteau et frissonne</div> -<div class="verse">Mais le soleil a des douceurs ;</div> -<div class="verse">Dans l’air léger comme ton cœur,</div> -<div class="verse">La brume berce sa langueur,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> - -<div class="verse stanza">Viens, mon amie, le vent d’automne</div> -<div class="verse">Sanglote comme une personne.</div> -<div class="verse">Et dans les buissons entr’ouverts</div> -<div class="verse">La ronce tord ses bras pervers,</div> -<div class="verse">Mais les chênes sont toujours verts,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> - -<div class="verse stanza">Viens, mon amie, le vent d’automne</div> -<div class="verse">Durement gronde et nous sermonne,</div> -<div class="verse">Des mots sifflent par les sentiers,</div> -<div class="verse">Mais on entend dans les halliers</div> -<div class="verse">Le doux bruit d’ailes des ramiers,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> - -<div class="verse stanza">Viens, mon amie, le triste automne</div> -<div class="verse">Aux bras de l’hiver s’abandonne,</div> -<div class="verse">Mais l’herbe de l’été repousse,</div> -<div class="verse">La dernière bruyère est douce,</div> -<div class="verse">Et l’on croit voir fleurir la mousse,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> - -<div class="verse stanza">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne,</div> -<div class="verse">Tout nus les peupliers frissonnent,</div> -<div class="verse">Mais leur feuillage n’est pas mort ;</div> -<div class="verse">Gonflant sa robe couleur d’or,</div> -<div class="verse">Il danse, il danse, il danse encor,</div> -<div class="verse">Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.</div> -</div> - -<p class="date">1898.</p> - - -<h3 id="ch5p3">III<br /> -LA DAME DE L’AUTOMNE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La Dame de l’Automne écrase les feuilles mortes</div> -<div class="verse i3">Dans l’allée des souvenirs :</div> -<div class="verse">C’était ici ou là… le vent passe et emporte</div> -<div class="verse i3">Les feuilles de nos désirs.</div> - -<div class="verse stanza">O vent, emporte aussi mon cœur : il est si lourd !</div> - -<div class="verse stanza">La Dame de l’Automne cueille des chrysanthèmes</div> -<div class="verse i3">Dans le jardin sans soleil :</div> -<div class="verse">C’est là que fleurissaient les roses pâles que j’aime,</div> -<div class="verse i3">Les roses pâles au cœur vermeil.</div> - -<div class="verse stanza">O soleil, feras-tu fleurir encore mes roses ?</div> - -<div class="verse stanza">La Dame de l’Automne tremble comme un oiseau</div> -<div class="verse i3">Dans l’air incertain du soir :</div> -<div class="verse">C’était ici ou là, et le ciel était beau</div> -<div class="verse i3">Et nos yeux remplis d’espoir.</div> - -<div class="verse stanza">O ciel, as-tu encore des étoiles et des songes ?</div> - -<div class="verse stanza">La Dame de l’Automne a laissé son jardin</div> -<div class="verse i3">Tout dépeuplé par l’automne :</div> -<div class="verse">C’était là… Nos cœurs eurent des moments divins…</div> -<div class="verse i3">Le vent passe et je frissonne…</div> - -<div class="verse stanza">O vent qui passe, emporte mon cœur : il est si lourd !</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p4">IV<br /> -LES GRANDS LYS PALES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Songez au sourire pâle des grands lys dans la nuit.</div> -<div class="verse">Ils ont des faces tristes et de beaux airs penchés ;</div> -<div class="verse">Leur regard s’allonge en lueur douce et poursuit</div> -<div class="verse">Ceux qui marchent dans le jardin le front penché.</div> - -<div class="verse stanza">Songez que les grands lys écoutent les paroles</div> -<div class="verse">Qui sortent des abîmes où sommeillent les cœurs.</div> -<div class="verse">Ils tendent comme des oreilles leurs corolles</div> -<div class="verse">Et ils n’oublient jamais le murmure des cœurs.</div> - -<div class="verse stanza">Ils écoutent si bien qu’ils entendent le silence ;</div> -<div class="verse">Ils entendent le bruit du sang dans les artères,</div> -<div class="verse">Ils entendent les épaules frissonner en silence,</div> -<div class="verse">Ils entendent ce qu’on tait et qu’on voudrait taire.</div> - -<div class="verse stanza">Les lys aux faces tristes entendent les dentelles</div> -<div class="verse">Que le vent et la vie gonflent sur les corsages,</div> -<div class="verse">Ils entendent les cheveux doux comme des dentelles</div> -<div class="verse">Qu’un souffle agite et tourmente en signe d’orage.</div> - -<div class="verse stanza">Les lys aux faces tristes regardent dans la nuit ;</div> -<div class="verse">Ils voient lorsque les mains se rapprochent tremblantes</div> -<div class="verse">D’avoir osé s’unir un instant dans la nuit,</div> -<div class="verse">Et leur sourire a des ironies complaisantes,</div> - -<div class="verse stanza">Car ils savent ce qu’ignorent les hommes et les femmes</div> -<div class="verse">Et ils pourraient prédire aux âmes leurs destins</div> -<div class="verse">Et enseigner aux hommes à lire le cœur des femmes :</div> -<div class="verse">Songez aux grands lys pâles indulgents et divins.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p5">V<br /> -CHANSON PERSANE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Celle qui tient mon cœur m’a dit languissamment :</div> -<div class="verse">« Pourquoi donc es-tu triste et pâle, ô mon Charmant ? »</div> -<div class="verse">M’a dit languissamment celle qui tient mon cœur.</div> - -<div class="verse stanza">Celle qui tient mon cœur m’a dit moqueusement :</div> -<div class="verse">« Quel miel d’amour a donc englué mon Charmant ? »</div> -<div class="verse">M’a dit moqueusement celle qui tient mon cœur.</div> - -<div class="verse stanza">Moi, j’ai pris un miroir et j’ai dit à la Belle :</div> -<div class="verse">« Regarde en ce miroir, regarde, ô ma cruelle ! »</div> -<div class="verse">Et j’ai dit à la Belle, en brisant le miroir :</div> - -<div class="verse stanza">« Comme une perle d’ambre attire un brin de paille,</div> -<div class="verse">La langueur de ton teint m’appelle, je défaille,</div> -<div class="verse">Je suis le brin de paille et toi la perle d’ambre. »</div> - -<div class="verse stanza">« Apportez-moi des fleurs fleurantes et des cinnames</div> -<div class="verse">Pour ranimer le cœur de mon Roi qui se pâme,</div> -<div class="verse">Des cinnames pour son âme et des fleurs pour son cœur ! »</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p6">VI<br /> -LE CHÊNE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Il me semblait que ma pensée</div> -<div class="verse i2">Était un chêne solitaire</div> -<div class="verse i2">Qui rêve sur sa vie passée</div> -<div class="verse i2">Et qui regarde au loin la terre.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Devant lui s’étendent des plaines</div> -<div class="verse i2">Dont l’homme a fauché les moissons,</div> -<div class="verse i2">Et des montagnes incertaines,</div> -<div class="verse i2">Là-bas, ferment son horizon.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il a vu la brume et la pluie,</div> -<div class="verse i2">Le soleil, le rire et l’amour ;</div> -<div class="verse i2">Il a vu les jours et les nuits,</div> -<div class="verse i2">Et puis les nuits et puis les jours.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Des amants, couchés sous son toit,</div> -<div class="verse i2">Ont échangé là des mensonges ;</div> -<div class="verse i2">Et d’autres au cœur grave et droit</div> -<div class="verse i2">L’ont pris à témoin de leurs songes.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Les plaintes de la volupté</div> -<div class="verse i2">Ont fait frissonner son feuillage,</div> -<div class="verse i2">Et lui, dans son ample bonté,</div> -<div class="verse i2">Donnait aux amants son ombrage.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il chantait : de tendres oiseaux</div> -<div class="verse i2">Se poursuivaient parmi ses branches ;</div> -<div class="verse i2">Leurs cris tombaient en avalanche,</div> -<div class="verse i2">Mêlés aux rires des ruisseaux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il pleurait : les vents d’occident</div> -<div class="verse i2">Répandaient sur son front placide</div> -<div class="verse i2">Leurs larmes de plomb ou d’argent</div> -<div class="verse i2">Et leur neige ou leur gel lucide.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il vivait : son cœur plein de sève</div> -<div class="verse i2">Éclatait parfois en sanglots :</div> -<div class="verse i2">« Des sirènes semblent des rêves,</div> -<div class="verse i2">Songeaient-ils, là-bas, sur les flots… »</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Un jour la mer vint en colère</div> -<div class="verse i2">Envahir la plaine et les bois ;</div> -<div class="verse i2">Mais le chêne à la tête fière</div> -<div class="verse i2">Se dressait toujours, sans émoi.</div> - -<div class="verse i2 stanza">« Je suis la vie, je suis le monde,</div> -<div class="verse i2">« Lui dit la mer aux flots nombreux.</div> -<div class="verse i2">« J’apporte du fond de mes ondes</div> -<div class="verse i2">« Un être au cœur aventureux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">« Sois toi-même, chêne orgueilleux,</div> -<div class="verse i2">« Redeviens homme dans ta chair,</div> -<div class="verse i2">« Retrouve ta bouche et tes yeux</div> -<div class="verse i2">« Et lève au soleil ton front clair.</div> - -<div class="verse i2 stanza">« Oublie les vieilles amertumes</div> -<div class="verse i2">« Que tu trouvas près de la femme.</div> -<div class="verse i2">« C’est la nuit ; le désir allume</div> -<div class="verse i2">« Plus d’un désir au fond des âmes.</div> - -<div class="verse i2 stanza">« Vois : mes vagues silencieuses</div> -<div class="verse i2">« S’endorment comme des enfants ;</div> -<div class="verse i2">« Elle est là : l’heure précieuse</div> -<div class="verse i2">« S’éveille et sourit doucement. »</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le chêne au multiple feuillage</div> -<div class="verse i2">Devint homme, ouvrit ses deux bras,</div> -<div class="verse i2">Et la sirène au blanc visage</div> -<div class="verse i2">Entra dans son cœur et chanta.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p7">VII<br /> -LA VOITURE DE FLEURS</h3> - -<h4>I</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L’ivresse des jasmins, la tendresse des roses,</div> -<div class="verse">Ces robes, ces figures, ces yeux, toutes les nuances,</div> -<div class="verse">Les violettes pâles et les pivoines roses</div> -<div class="verse">Où l’amour se pâme avec indolence.</div> - -<div class="verse stanza">Ainsi s’en va, traîné le long des rues,</div> -<div class="verse">Le songe de mes anciens printemps,</div> -<div class="verse">Cependant qu’une femme a rougi d’être nue</div> -<div class="verse">Dans la foule indiscrète des amants.</div> - -<div class="verse stanza">Pourquoi ? Tu as senti l’odeur de mon désir ?</div> -<div class="verse">Tu as senti la fraîcheur amoureuse des nuées</div> -<div class="verse">Tomber sur tes épaules, et le plaisir</div> -<div class="verse">Souffler du vent dans tes cheveux dénoués ?</div> - -<div class="verse stanza">Je ne te voyais pas. Je regardais les femmes et les fleurs</div> -<div class="verse">Comme on regarde des étoffes ou des images :</div> -<div class="verse">Je me souviens alors de toutes les couleurs</div> -<div class="verse">Qui enchantaient mes premiers paysages.</div> - -<div class="verse stanza">Ces belles fleurs m’apportent des campagnes et des jardins,</div> -<div class="verse">Dans leurs aisselles et parmi les plis frais de leurs feuilles,</div> -<div class="verse">Je reconnais le goût des filles des chemins,</div> -<div class="verse">Du sureau, de la sauge, du tendre chèvre-feuille ;</div> - -<div class="verse stanza">Je promène mon rêve autour de tes rosiers</div> -<div class="verse">Et de tes pavots, parc aux antiques sourires ;</div> -<div class="verse">Puis je me glisse à travers la houle de vos halliers,</div> -<div class="verse">Bois où mon cœur avec joie se déchire.</div> -</div> - -<h4>II</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Je me souviens des bois et des jardins,</div> -<div class="verse i3">Des arbres et des fontaines,</div> -<div class="verse i1">Des champs, des prés et aussi des chemins</div> -<div class="verse i3">Aux figures incertaines.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur,</div> -<div class="verse i3">Aimait mon adolescence,</div> -<div class="verse i1">Il a toujours l’adorable fraîcheur</div> -<div class="verse i3">Et la chair de l’innocence.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il a toujours le chant de son ruisseau,</div> -<div class="verse i3">Et les plumes de ses mésanges</div> -<div class="verse i1">Et de ses geais et de ses poules d’eau,</div> -<div class="verse i3">Et le rire de ses anges</div> - -<div class="verse i1 stanza">Car on entend souvent au fond des bois</div> -<div class="verse i3">Des souffles, des voix frileuses,</div> -<div class="verse i1">Et l’on ne sait si ce sont des hautbois</div> -<div class="verse i3">Ou l’émoi des amoureuses.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il a toujours les feuilles de ses aulnes</div> -<div class="verse i3">Dont les troncs sont des serpents ;</div> -<div class="verse i1">Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes</div> -<div class="verse i3">Et ses houx aux fruits sanglants,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ses coudriers aimés des écureuils,</div> -<div class="verse i3">Ses hêtres, qui sont des charmes,</div> -<div class="verse i1">Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils,</div> -<div class="verse i3">Ses cerisiers pleins de larmes ;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ses grands iris, dans leur gaîne de lin,</div> -<div class="verse i3">Qu’on appelle aussi des flambes,</div> -<div class="verse i1">Ses liserons, désir rose et câlin,</div> -<div class="verse i3">Qui grimpe le long des jambes :</div> - -<div class="verse i1 stanza">Liserons blancs, aussi liserons bleus,</div> -<div class="verse i3">Liserons qui sont des lèvres,</div> -<div class="verse i1">Et liserons qui nous semblent des yeux</div> -<div class="verse i3">Doux de filles ou de chèvres ;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Beaux parasols semés d’insectes verts,</div> -<div class="verse i3">Angéliques et ciguës ;</div> -<div class="verse i1">Vous qui montrez à nu vos cœurs amers,</div> -<div class="verse i3">Belladones ambiguës ;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Blonds champignons tapis sous les broussailles,</div> -<div class="verse i3">Oreilles couleur de chair,</div> -<div class="verse i1">Morilles d’or, bolets couleur de paille,</div> -<div class="verse i3">Mamelles couleur de lait !</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois</div> -<div class="verse i3">Est un lit et un asile,</div> -<div class="verse i1">Un confident aimable à nos émois,</div> -<div class="verse i3">Une idée et une idylle.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Mais un désir me ramène au jardin :</div> -<div class="verse i3">Je retrouve ses allées,</div> -<div class="verse i1">Ses bancs verdis, ses bordures de thym,</div> -<div class="verse i3">Ses corbeilles dépeuplées.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers,</div> -<div class="verse i3">Ses myrtes un peu moroses,</div> -<div class="verse i1">Et voici les rubis de ses mûriers</div> -<div class="verse i3">Et ses guirlandes de roses.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul,</div> -<div class="verse i3">Dans la rumeur des abeilles,</div> -<div class="verse i1">Et je retrouve, en méditant, l’orgueil,</div> -<div class="verse i3">O sourire, et tes merveilles.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir</div> -<div class="verse i3">Et la tendresse des aubes :</div> -<div class="verse i1">Je veux, ayant vécu de l’aube au soir,</div> -<div class="verse i3">Vivre aussi du soir à l’aube.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Le présent rit à l’abri du passé</div> -<div class="verse i3">Et lui emprunte ses songes :</div> -<div class="verse i1">Le renouveau d’octobre a des pensées</div> -<div class="verse i3">Douces comme des mensonges.</div> - -<div class="verse i1 stanza">O vieux jardin, je vous referai tel</div> -<div class="verse i3">Qu’en vos nobles jours de grâce ;</div> -<div class="verse i1">J’effacerai tous les signes de gel</div> -<div class="verse i3">Qui meurtrissaient votre face.</div> -</div> - -<h4>III</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voilà toutes les fleurs, qui passaient dans les rues,</div> -<div class="verse">En ce matin équivoque de mai.</div> -<div class="verse">Viens, leurs demeures me sont connues :</div> -<div class="verse">Nous les retrouverons aux jardins du passé.</div> - -<div class="verse stanza">Viens respirer l’odeur jeune de la vieille terre,</div> -<div class="verse">Du bois et du grand parc abandonné aux oiseaux.</div> -<div class="verse">Viens, nous ferons jaillir de son cœur solitaire</div> -<div class="verse">Des moissons de fruits et de rêves tendres et nouveaux.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p8">VIII<br /> -LÉDA</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L’innocente Léda baignait ses membres nus,</div> -<div class="verse">La grâce de son corps enchantait l’eau du fleuve,</div> -<div class="verse">Et les roseaux, saisis de troubles inconnus,</div> -<div class="verse">Chantaient une chanson aussi vieille que neuve,</div> - -<div class="verse stanza">Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve.</div> - -<div class="verse stanza">Quand le cygne parut, blanche nef au front d’or,</div> -<div class="verse">Léda tressaillit d’aise et demeura songeuse,</div> -<div class="verse">Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord</div> -<div class="verse">Et se coucha dans l’herbe, à l’ombre d’une yeuse ;</div> - -<div class="verse stanza">La bête s’avançait, belle, ardente et songeuse.</div> - -<div class="verse stanza">La bête s’avançait, belle, ardente, et d’un air</div> -<div class="verse">Si royal et si mâle, que Léda fut charmée</div> -<div class="verse">Et qu’elle regretta, dans l’erreur de sa chair,</div> -<div class="verse">De n’être pas un cygne, afin d’en être aimée</div> - -<div class="verse stanza">Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et charmée.</div> - -<div class="verse stanza">Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et les lys,</div> -<div class="verse">Léda se ploie au poids de l’animal insigne</div> -<div class="verse">Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs,</div> -<div class="verse">Et son corps étonné frissonne et se résigne</div> - -<div class="verse stanza">A ne caresser que le plumage d’un cygne.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p9">IX<br /> -LE SOIR DANS UN MUSÉE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les seigneurs blancs couchés dans leurs corsets de marbre,</div> -<div class="verse">Larves que le sommeil mène à l’éternité ?</div> -<div class="verse">Ces colonnes vêtues de lierre comme des arbres,</div> -<div class="verse">Ces fontaines qui virent sourire la beauté ?</div> - -<div class="verse stanza">Les évêques de cire à la mitre de cuivre,</div> -<div class="verse">Les mères qu’un enfant fait penser au calvaire,</div> -<div class="verse">L’angoisse de l’esclave, l’ironie de la guivre,</div> -<div class="verse">Diane, dont les seins fiers se gonflent de colère ?</div> - -<div class="verse stanza">Cette femme aux longues mains pâles et douloureuses ?</div> -<div class="verse">Ces beaux regards de bronze, ces pierres lumineuses</div> -<div class="verse">Qui semblent encore pleurer un amour méconnu ?</div> - -<div class="verse stanza">Non. Soumis au désir qui m’écrase et me charme,</div> -<div class="verse">Je ne voyais rien dans l’ombre pleine de larmes</div> -<div class="verse">Qu’une main mutilée crispée sur un pied nu.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p10">X<br /> -LE VOYAGEUR</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L’herbe fleurit toujours au creux frais de ton ventre,</div> -<div class="verse">Terre, pourquoi refuser ton ventre au voyageur ?</div> -<div class="verse">Et si le seigle est mûr, il a faim et ses mains</div> -<div class="verse">Tremblent d’amour quand il pense à toutes les gerbes.</div> - -<div class="verse stanza">Il sait que la forêt bleue et verte est ouverte</div> -<div class="verse">Aux chiens qui vont flairer le parfum des tanières :</div> -<div class="verse">Les fleurs fanées d’hier ont des odeurs d’étoiles,</div> -<div class="verse">Mais le vieux ciel est moins cruel que l’aubépine.</div> - -<div class="verse stanza">La spirale s’enroule aux serpents de l’éther,</div> -<div class="verse">Frappe et plie, pèlerin, tes épaules pensives :</div> -<div class="verse">Le moulin tourne et la mélancolie des oies</div> -<div class="verse">Écrit ta destinée sur l’horizon sanglant.</div> - -<div class="verse stanza">Heure, ami, crépuscule, et le plaisir des mules</div> -<div class="verse">Et les pleurs de la roue et l’ange qui s’envole :</div> -<div class="verse">Ferme tes poings, dors-toi dans l’astre de ton rêve :</div> -<div class="verse">L’escadre des méduses tombe et crève sur les grèves.</div> -</div> - -<p class="date">1895</p> - - -<h3 id="ch5p11">XI<br /> -RONDEAU LYRIQUE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Les cœurs dorment dans des coffrets</div> -<div class="verse i2">Que ferment de belles serrures ;</div> -<div class="verse i2">Sous les émaux et les dorures</div> -<div class="verse i2">La poussière des vieux secrets</div> -<div class="verse i2">Et des lointaines impostures</div> -<div class="verse i2">Se mêle aux frêles moisissures</div> -<div class="verse i2">Des plus récentes aventures :</div> -<div class="verse i2">Chère, ôtez vos doigts indiscrets,</div> -<div class="verse i2">Les cœurs dorment.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vos doigts ravivent des blessures</div> -<div class="verse i2">Et vos regards sont des injures,</div> -<div class="verse i2">Laissez-les reposer en paix.</div> -<div class="verse i2">Comme des rois dans leurs palais</div> -<div class="verse i2">Ou des morts dans leurs sépultures,</div> -<div class="verse i2">Les cœurs dorment.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p12">XII<br /> -LES ROSES DANS L’ORAGE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Les roses pâles sont blessées</div> -<div class="verse i2">Par la rudesse de l’orage,</div> -<div class="verse i2">Mais elles sont plus parfumées,</div> -<div class="verse i2">Ayant souffert davantage.</div> -<div class="verse i2">Mets cette rose à ta ceinture,</div> -<div class="verse i2">Garde en ton cœur cette blessure,</div> -<div class="verse i2">Sois pareille aux roses de l’orage.</div> -<div class="verse i2">Mets cette rose en un coffret</div> -<div class="verse i2">Et souviens-toi de l’aventure</div> -<div class="verse i2">Des roses blessées par l’orage,</div> -<div class="verse i2">L’orage a gardé son secret,</div> -<div class="verse i2">Garde en ton cœur cette blessure.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p13">XIII<br /> -INSCRIPTIONS CHAMPÊTRES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Printemps, ô frêle et bleue anémone</div> -<div class="verse">Dans la langueur pâle de tes yeux clairs</div> -<div class="verse">L’amour a mis son âme éphémère,</div> -<div class="verse">Le vent te donne un parfum d’automne.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Été, quand l’orgueil des roseaux sur la rive</div> -<div class="verse">Marque le cours du fleuve vers la mer, le soir</div> -<div class="verse">On voit dans l’eau des ombres se coucher pensives :</div> -<div class="verse">Lents et doux, les bœufs s’en vont à l’abreuvoir.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Automne, il pleut des feuilles, il pleut des âmes,</div> -<div class="verse">Il pleut des âmes mortes d’amour, les femmes</div> -<div class="verse">Contemplent l’Occident avec mélancolie,</div> -<div class="verse">Les arbres font dans l’air de grands gestes d’oubli.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hiver, femme aux yeux verts tombés sous le linceul des neiges,</div> -<div class="verse">Tes cheveux sont poudrés de gel, d’amertume et de sel,</div> -<div class="verse">O Momie, et ton cœur vaincu, docile aux sortilèges,</div> -<div class="verse">Dort, escarboucle triste, au fond de ta chair immortelle.</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p14">XIV<br /> -L’EXIL DE LA BEAUTÉ</h3> - -<p class="c">(<span class="small">FRAGMENT</span>)</p> - -<p class="sign">A N. C. B.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">« … Va, cherche dans la vieille forêt humaine</div> -<div class="verse">L’abri que je destine à ta vie incertaine.</div> -<div class="verse">Ne tremble pas trop quand le soir resserrera tes veines ;</div> -<div class="verse">Songe que les chairs fanées ne peuvent refleurir</div> -<div class="verse">Et garde aux coins de ta bouche pâle l’ombre d’un sourire.</div> -<div class="verse">Prends un bâton, si tu veux, et aussi une besace,</div> -<div class="verse">Marche, en suivant, le long des champs, la trace</div> -<div class="verse">Que font les bœufs qui s’en vont au labour</div> -<div class="verse">Et les enfants en quête des fleurs nouvelles de l’amour.</div> -<div class="verse">Tu trouveras peut-être l’amour sur ton chemin</div> -<div class="verse">Ou la mort, ou des pauvres qui tendront la main</div> -<div class="verse">Vers ton cœur ou bien vers ta gorge :</div> -<div class="verse">Tu leur donneras ce que tu as, un morceau de pain d’orge,</div> -<div class="verse">Mais ils diront des injures</div> -<div class="verse">Et des larmes te viendront aux yeux d’entendre des paroles impures.</div> -<div class="verse">Ne pleure pas, lève la tête, les dieux,</div> -<div class="verse">Quand ils sont en exil, marchent encore dans les cieux.</div> -<div class="verse">Dérobe aux hypocrites ta noble nudité,</div> -<div class="verse">Sois pour eux la laideur, toi qui es la beauté… »</div> -</div> - - -<h3 id="ch5p15">XV<br /> -LE SOIR</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Heure incertaine, heure charmante et triste : les roses</div> -<div class="verse">Ont un sourire si grave et nous disent des choses</div> -<div class="verse">Si tendres que nos cœurs en sont tout embaumés ;</div> -<div class="verse">Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,</div> -<div class="verse">La nuit a la douceur des amours qui commencent,</div> -<div class="verse">L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;</div> -<div class="verse">Couchée dans l’herbe pure des divines prairies,</div> -<div class="verse">Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis,</div> -<div class="verse">La vie offre ses lèvres aux baisers du silence.</div> - -<div class="verse stanza">Heure incertaine, heure charmante et triste : des voiles</div> -<div class="verse">Se promènent à travers les naissantes étoiles</div> -<div class="verse">Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides,</div> -<div class="verse">Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide ;</div> -<div class="verse">Une lueur d’amour s’allume comme un adieu</div> -<div class="verse">A la croix des clochers qui semblent tout en feu</div> -<div class="verse">Et à la cime hautaine et frêle des peupliers :</div> -<div class="verse">Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée</div> -<div class="verse">Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux.</div> - -<div class="verse stanza">Heure incertaine, heure charmante et triste : les heures</div> -<div class="verse">Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur,</div> -<div class="verse">Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce :</div> -<div class="verse">La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace,</div> -<div class="verse">Un frisson lent descend dans la chair de la terre,</div> -<div class="verse">Les arbres sont pareils à des anges en prière.</div> -<div class="verse">Oh ! reste, heure dernière ! Restez, fleurs de la vie !</div> -<div class="verse">Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis…</div> - -<div class="verse stanza">Heure incertaine, heure charmante et triste : les femmes</div> -<div class="verse">Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme ;</div> -<div class="verse">Le soir a la douceur des amours qui commencent.</div> -<div class="verse">O profondes amours, nobles filles de l’absence,</div> -<div class="verse">Aimez l’heure dont l’œil est grave et dont la main</div> -<div class="verse">Est pleine des parfums qu’on sentira demain ;</div> -<div class="verse">Aimez l’heure incertaine où la mort se promène,</div> -<div class="verse">Où la vie, fatiguée d’une journée humaine,</div> -<div class="verse">Entend déjà chanter, tout au fond du silence,</div> -<div class="verse">L’heure des soleils nouveaux et l’heure des renaissances !</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch6">LE VIEUX COFFRET</h2> - - -<h3 id="ch6p1">I<br /> -SONGE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je voudrais t’emporter dans un monde nouveau</div> -<div class="verse">Parmi d’autres maisons et d’autres paysages</div> -<div class="verse">Et là, baisant tes mains, contemplant ton visage,</div> -<div class="verse">T’enseigner un amour délicieux et nouveau,</div> - -<div class="verse stanza">Un amour de silence, d’art et de paix profonde :</div> -<div class="verse">Notre vie serait lente et pleine de pensées,</div> -<div class="verse">Puis, par hasard, nos mains un instant rapprochées</div> -<div class="verse">Inclineraient nos cœurs aux caresses profondes.</div> - -<div class="verse stanza">Et les jours passeraient, aussi beaux que des songes,</div> -<div class="verse">Dans la demi-clarté d’une soirée d’automne,</div> -<div class="verse">Et nous dirions tout bas, car le bonheur étonne :</div> -<div class="verse">Les jours d’amour sont doux quand la vie est un songe.</div> -</div> - - -<h3 id="ch6p2">II<br /> -BERCEUSE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Viens vers moi quand tu chantes, amie, j’ai des secrets</div> -<div class="verse">Que tu liras toi-même au reflet de mes yeux.</div> -<div class="verse">Viens, entoure mon cou dans tes bras, viens tout près</div> -<div class="verse">Et ton cœur entendra des mots silencieux.</div> - -<div class="verse stanza">Viens vers moi quand tu rêves, amie, j’ai des paroles</div> -<div class="verse">Dont le murmure seul est comme une douceur.</div> -<div class="verse">Elles imposent l’oubli, le doute, elles désolent,</div> -<div class="verse">Et pourtant leur musique enchante la douleur.</div> - -<div class="verse stanza">Viens vers moi quand tu ris, amie, j’ai des regards</div> -<div class="verse">Très longs qui vont porter la peur au fond de l’âme.</div> -<div class="verse">Viens, ils transperceront ton cœur de part en part</div> -<div class="verse">Et tu sentiras naître en toi une autre femme.</div> - -<div class="verse stanza">Viens vers moi quand tu pleures, amie, j’ai des caresses</div> -<div class="verse">Qui captent les sanglots amers au bord des lèvres.</div> -<div class="verse">Je ferai tressaillir la chair de ta jeunesse</div> -<div class="verse">Amie, viens boire une âme nouvelle sur mes lèvres.</div> -</div> - - -<h3 id="ch6p3">III<br /> -<span lang="it" xml:lang="it">IN UNA SELVA OSCURA</span></h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La lumière est plus pure et les fleurs sont plus douces,</div> -<div class="verse">Le vent qui passe apporte des roses lointaines,</div> -<div class="verse">Les pavés sous nos poids deviennent de la mousse,</div> -<div class="verse">Nous aspirons l’odeur des herbes et des fontaines.</div> - -<div class="verse stanza">Un printemps nous enveloppe de son sourire,</div> -<div class="verse">Entre nous et le bruit un rideau de verdure</div> -<div class="verse">Tremble et chatoie, nous protège et soupire,</div> -<div class="verse">Cependant que notre âme s’exalte et se rassure.</div> - -<div class="verse stanza">O vie ! Fais que ce léger rideau de verdure</div> -<div class="verse">Devienne une forêt impénétrable aux hommes</div> -<div class="verse">Où nos cœurs, enfermés dans sa fraîcheur obscure,</div> -<div class="verse">Soient oubliés du monde, sans plus penser au monde !</div> -</div> - - -<h3 id="ch6p4">IV<br /> -LES FOUGÈRES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Forêt, toi qui vis passer bien des amants</div> -<div class="verse">Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages,</div> -<div class="verse">Confidente des jeux, des cris et des serments,</div> -<div class="verse">Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages.</div> - -<div class="verse stanza">O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus</div> -<div class="verse">Un jour d’été fouler tes mousses et tes herbes,</div> -<div class="verse">Car ils ont trouvé là des baisers ingénus</div> -<div class="verse">Couleur de feuilles, couleur d’écorces, couleur de rêves.</div> - -<div class="verse stanza">O Forêt, tu fus bonne, en laissant le désir</div> -<div class="verse">Fleurir, ardente fleur, au sein de ta verdure.</div> -<div class="verse">L’ombre devint plus fraîche : un frisson de plaisir</div> -<div class="verse">Enchanta les deux cœurs et toute la nature.</div> - -<div class="verse stanza">O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus</div> -<div class="verse">Un jour d’été fouler tes herbes solitaires</div> -<div class="verse">Et contempler, distraits, tes arbres ingénus</div> -<div class="verse">Et le pâle océan de tes vertes fougères.</div> -</div> - - -<h3 id="ch6p5">V<br /> -L’ÉCRIN</h3> - -<h4 id="ch6p5p1"><i>LE COLLIER</i></h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voici le beau collier des tendres souvenirs</div> -<div class="verse">Pour le cou blanc aux veines de verveine.</div> -<div class="verse">Le premier rang est fait de mes désirs</div> -<div class="verse">Et le second, des perles de mes peines ;</div> -<div class="verse">Le troisième, où les grains sont plus purs et plus lourds,</div> -<div class="verse">Représente la joie de mes heures d’amour.</div> -</div> - -<h4 id="ch6p5p2"><i>LES BRACELETS</i></h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je referme mes mains autour de tes poignets,</div> -<div class="verse">J’arrête sans pitié le cours de tes artères</div> -<div class="verse">Et je mets pour fermoirs à ces deux bracelets</div> -<div class="verse">Deux rubis embrasés.</div> -</div> - -<h4 id="ch6p5p3"><i>LES BAGUES</i></h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pour bagues, j’ai mordu la phalange</div> -<div class="verse">De chacun de tes doigts menus et doux,</div> -<div class="verse">Et j’ai serti dans ces bijoux étranges</div> -<div class="verse">Des baisers jaloux, des baisers fous.</div> -</div> - -<h4 id="ch6p5p4"><i>LA MONTRE</i></h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Penche-toi sur mon cœur et incline ta joue</div> -<div class="verse">Sur le rideau de chair. C’est la montre.</div> -<div class="verse">Ainsi sont ordonnées ses aiguilles et ses roues</div> -<div class="verse">Qu’elles marquent toujours l’heure de l’amour et du songe.</div> -</div> - -<h4 id="ch6p5p5"><i>LA CHAINE</i></h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que la chaîne de tes pensées</div> -<div class="verse">Soit toujours à mon cou passée.</div> -</div> - - -<h3 id="ch6p6">VI<br /> -LA MAIN</h3> - -<p class="r"><i class="small">A NA…. S</i></p> - -<h4>I</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Main qui chantais, main qui parlais,</div> -<div class="verse i2">Main qui étais comme une personne,</div> -<div class="verse i2">Main amoureuse qui savais</div> -<div class="verse i2">Comment on prend, comment on donne ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Main sur laquelle on a pleuré</div> -<div class="verse i2">Comme d’une fontaine fraîche,</div> -<div class="verse i2">Main sur laquelle on a crié</div> -<div class="verse i2">D’amour, de joie ou de détresse ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Main qui reçus les confidences</div> -<div class="verse i2">Que la peur fait à la volupté,</div> -<div class="verse i2">Main de calme et d’impatience,</div> -<div class="verse i2">Main de grâce et de volupté ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Main que des dents ont mordue</div> -<div class="verse i2">Et que des ongles ont déchirée</div> -<div class="verse i2">Dans leur frénésie ingénue,</div> -<div class="verse i2">Main que des lèvres ont pansée ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Main des rêves, main des caresses,</div> -<div class="verse i2">Main des frissons, main des tendresses,</div> -<div class="verse i2">Main de la ruse et de l’adresse,</div> -<div class="verse i2">O main, maîtresse des maîtresses ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Main qui donnas tant de joies</div> -<div class="verse i2">A tant de chairs éperdues,</div> -<div class="verse i2">O main comme de la soie</div> -<div class="verse i2">Sur les belles poitrines nues ;</div> - -<div class="verse i2 stanza">O main, toi qui avais une âme</div> -<div class="verse i2">Pour l’heure douce du désir,</div> -<div class="verse i2">Et qui avais encore une âme</div> -<div class="verse i2">A l’heure âpre du plaisir,</div> - -<div class="verse stanza">O main, tu trembles encore aux souvenirs charnels !</div> -</div> - -<h4>II</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Afin que tu éprouves des tendresses nouvelles,</div> -<div class="verse">Je te donne à l’amie qui régit mon destin :</div> -<div class="verse">Ses yeux sont des fleurs vives, ses cheveux sont des ailes,</div> -<div class="verse">Son esprit se promène, songeur et incertain,</div> - -<div class="verse stanza">Sois sage, ô main trop tendre, et cache le passé</div> -<div class="verse">Sous tes ongles, aux replis secrets de tes jointures,</div> -<div class="verse">Comme je cache au fond de mon vieux cœur blessé</div> -<div class="verse">Le souvenir sacré des belles meurtrissures.</div> - -<div class="verse stanza">O main, je te regarde avec mélancolie.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIÈRES</h2> - - -<table summary=""> -<tr> -<td colspan="2"> </td> -<td class="small">Pages.</td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2"><i>PRÉFACE</i></td> -<td class="num"><div><a href="#preface">7</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>HIÉROGLYPHES</div></td></tr> -<tr><td>I.</td> -<td class="small">HIÉROGLYPHES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p1">21</a></div></td> -</tr> -<tr><td>II.</td> -<td class="small">FIGURE DE RÊVE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p2">24</a></div></td> -</tr> -<tr><td>III.</td> -<td class="small" lang="it" xml:lang="it">FRA I SOSPESI</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p3">26</a></div></td> -</tr> -<tr><td>IV.</td> -<td class="small">ASCENSION</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p4">28</a></div></td> -</tr> -<tr><td>V.</td> -<td class="small">LE SOURIRE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p5">30</a></div></td> -</tr> -<tr><td>VI.</td> -<td class="small">LE LAC SACRÉ</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p6">34</a></div></td> -</tr> -<tr><td>VII.</td> -<td class="small">MARITURA</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p7">37</a></div></td> -</tr> -<tr><td>VIII.</td> -<td class="small">LA FORÊT BLONDE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p8">39</a></div></td> -</tr> -<tr><td>IX.</td> -<td class="small">SYMBOLES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch1p9">42</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>LES SAINTES DU PARADIS</div></td></tr> -<tr> -<td colspan="2">HOMMAGE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p1">47</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">DÉDICACE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p2">49</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">AGATHE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p3">51</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">AGNÈS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p4">52</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">ANGÈLE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p5">53</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">CATHERINE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p6">53</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">COLETTE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p7">54</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">FRANÇOISE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p8">54</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">GENEVIÈVE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p9">55</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">GERTRUDE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p10">55</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">GUDULE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p11">56</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">HÉLÈNE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p12">57</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">JEANNE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p13">57</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">JULIE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p14">58</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">MARCELLE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p15">59</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">MARGUERITE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p16">59</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">MARIE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p17">60</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">MATHILDE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p18">60</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">NATALIE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p19">61</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">PAULE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p20">62</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">URSULE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p21">62</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">ZITE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch2p22">63</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>ORAISONS MAUVAISES</div></td></tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td class="small">QUE TES MAINS SOIENT BÉNIES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p1">67</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td class="small">QUE TES YEUX SOIENT BÉNIS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p2">68</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td class="small">QUE TES SEINS SOIENT BÉNIS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p3">68</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td class="small">QUE TON VENTRE SOIT BÉNI</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p4">69</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td class="small">QUE TA BOUCHE SOIT BÉNIE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p5">69</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td class="small">QUE TES PIEDS SOIENT BÉNIS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p6">70</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td class="small">QUE TON AME SOIT BÉNIE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch3p7">70</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>SIMONE</div></td></tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td class="small">LES CHEVEUX</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p1">73</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td class="small">L’AUBÉPINE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p2">76</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td class="small">LE HOUX</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p3">79</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td class="small">LE BROUILLARD</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p4">81</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td class="small">LA NEIGE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p5">84</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td class="small">LES FEUILLES MORTES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p6">86</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td class="small">LA RIVIÈRE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p7">88</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td class="small">LE VERGER</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p8">92</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td class="small">LE JARDIN</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p9">95</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td class="small">LE MOULIN</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p10">97</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td class="small">L’ÉGLISE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch4p11">100</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>PAYSAGES SPIRITUELS</div></td></tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td class="small">LA DAME DE L’ÉTÉ</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p1">107</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td class="small">CHANSON DE L’AUTOMNE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p2">109</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td class="small">LA DAME DE L’AUTOMNE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p3">112</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td class="small">LES GRANDS LYS PALES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p4">115</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td class="small">CHANSON PERSANE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p5">118</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td class="small">LE CHÊNE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p6">120</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td class="small">LA VOITURE DE FLEURS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p7">125</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td class="small">LÉDA</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p8">133</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td class="small">LE SOIR DANS UN MUSÉE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p9">136</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td class="small">LE VOYAGEUR</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p10">138</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td class="small">RONDEAU LYRIQUE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p11">140</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XII.</td> -<td class="small">LES ROSES DANS L’ORAGE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p12">143</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XIII.</td> -<td class="small">INSCRIPTIONS CHAMPÊTRES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p13">145</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XIV.</td> -<td class="small">L’EXIL DE LA BEAUTÉ</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p14">146</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>XV.</td> -<td class="small">LE SOIR</td> -<td class="num"><div><a href="#ch5p15">148</a></div></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="title"><div>LE VIEUX COFFRET</div></td></tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td class="small">SONGE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p1">153</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td class="small">BERCEUSE</td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p2">155</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td class="small" lang="it" xml:lang="it">IN UNA SELVA OSCURA</td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p3">157</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td class="small">LES FOUGÈRES</td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p4">159</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td colspan="2" class="small">L’ÉCRIN :</td> -</tr> -<tr> -<td rowspan="5"> </td> -<td class="left1em"><i class="small">LE COLLIER</i></td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p5p1">161</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td class="left1em"><i class="small">LES BRACELETS</i></td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p5p2">162</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td class="left1em"><i class="small">LES BAGUES</i></td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p5p3">162</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td class="left1em"><i class="small">LA MONTRE</i></td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p5p4">162</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td class="left1em"><i class="small">LA CHAINE</i></td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p5p5">163</a></div></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td class="small">LES MAINS</td> -<td class="num"><div><a href="#ch6p6">165</a></div></td> -</tr> -</table> -<div class="break"></div> - -<p class="narrow noindent small top4em">CE LIVRE, LE CINQUIÈME -DE LA COLLECTION -DES MAITRES DU LIVRE, A ÉTÉ ÉTABLI -SOUS LA DIRECTION DE AD. VAN BEVER. -TIRÉ A HUIT CENT CINQUANTE-QUATRE EXEMPLAIRES, -SOIT : 3 EXEMPLAIRES SUR VIEUX JAPON IMPÉRIAL, NUMÉROTÉS -DE 1 A 3 ; 5 EXEMPLAIRES SUR CHINE, NUMÉROTÉS -DE 4 A 8 ; 46 EXEMPLAIRES SUR JAPON IMPÉRIAL -(DONT 6 HORS COMMERCE), NUMÉROTÉS DE 9 A 48 ET -DE 49 A 54 ; ET 800 SUR PAPIER D’ARCHES (DONT 50 HORS -COMMERCE), NUMÉROTÉS DE 55 A 804 ET DE 805 A 854. -LE PRÉSENT OUVRAGE A ÉTÉ ACHEVÉ D’IMPRIMER PAR -TOURBIER, LOOS ET C<sup>ie</sup>, A MONTROUGE, LE XIV FÉVRIER MCMXII. -LES ORNEMENTATIONS TYPOGRAPHIQUES ONT ÉTÉ DESSINÉES ET GRAVÉES -SUR BOIS PAR JACQUES BELTRAND ET P.-E. VIBERT.</p> - - -<div class="trnote"> -<h2 class="nobreak">Note du transcripteur</h2> - - -<p>En raison de pages manquantes dans l’exemplaire original, les poèmes -<cite><a href="#ch1p9">Symboles</a></cite>, -<cite><a href="#ch2p2">Dédicace</a></cite> -et <cite><a href="#ch2p3">Agathe</a></cite> ont -été tirés de l’édition du Mercure de France, 1914.</p> - -</div> -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DIVERTISSEMENTS ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation -of derivative works, reports, performances and research. Project -Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may -do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected -by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person -or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg™ electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg™ electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg™ -electronic works. See paragraph 1.E below. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the -Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg™ electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg™ mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg™ -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg™ name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg™ License when -you share it without charge with others. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg™ work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country other than the United States. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg™ License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg™ work (any work -on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the -phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: -</div> - -<blockquote> - <div style='display:block; margin:1em 0'> - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most - other parts of the world at no cost and with almost no restrictions - whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms - of the Project Gutenberg License included with this eBook or online - at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you - are not located in the United States, you will have to check the laws - of the country where you are located before using this eBook. - </div> -</blockquote> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.2. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase “Project -Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg™ -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.3. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg™ License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg™ -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg™. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg™ License. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg™ work in a format -other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg™ website -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain -Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg™ License as specified in paragraph 1.E.1. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg™ works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg™ electronic works -provided that: -</div> - -<div style='margin-left:0.7em;'> - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg™ works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg™ trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation.” - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™ - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™ - works. - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg™ works. - </div> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of -the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set -forth in Section 3 below. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™ -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the “Right -of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg™ trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg™ electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you ‘AS-IS’, WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any -Defect you cause. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s website -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our website which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This website includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</div> - -</body> -</html> diff --git a/old/64939-h/images/cover.jpg b/old/64939-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 8c0f24d..0000000 --- a/old/64939-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64939-h/images/cres.png b/old/64939-h/images/cres.png Binary files differdeleted file mode 100644 index da5d627..0000000 --- a/old/64939-h/images/cres.png +++ /dev/null diff --git a/old/64939-h/images/illu.jpg b/old/64939-h/images/illu.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index fa7df7e..0000000 --- a/old/64939-h/images/illu.jpg +++ /dev/null |
