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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Promenade avec Gabrielle - Manuscrit de Jean Giraudoux illustré de seize lithographies en - couleur par J.-E. Laboureur - -Author: Jean Giraudoux - Jean-Émile Laboureur - -Release Date: March 28, 2021 [eBook #64949] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously - made available by the Bibliothèque nationale de France - (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADE AVEC GABRIELLE *** - - - - -Promenade avec Gabrielle - -[Illustration] - - - - -Il a été tiré de cet ouvrage cent quatre-vingt-cinq exemplaires, savoir: -cent soixante-dix exemplaires sur vergé d’Arches dont vingt -hors-commerce, numérotés de I à XX, et cent cinquante numérotés de 1 à -150; quatorze exemplaires sur Chine accompagnés d’une suite libre des -lithographies sur Chine, marqués de B à O, et un exemplaire sur Chine, -marqué A, auquel on a joint une suite libre des lithographies, le -manuscrit original de Jean Giraudoux et les gouaches originales de J.-E. -Laboureur. - -EXEMPLAIRE Nº 76 - - -Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous les pays -y compris la Russie. Copyright by librairie Gallimard 1924. - - - - - PROMENADE - AVEC GABRIELLE - - manuscrit de - JEAN GIRAUDOUX - - illustré de seize lithographies en couleurs - par - J.-E. LABOUREUR - - - PARIS, 1919 - ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE - 3, RUE DE GRENELLE - - - - -[Illustration] - -Quel soleil! Paris est la seule ville de France où une affiche ne dise -pas merci à l’automobiliste qui sort, mais nous n’en étions pas -froissés. Quel soleil! Nous ne pouvions nous regarder sans nous sourire. -Le ciel était plein de pinsons, d’hirondelles, de feuilles. Nous avions -dans le ciel le maximum de ce qu’il peut contenir en été. Quand l’auto -effleurait une carriole dont le conducteur remontait pour nous insulter -jusqu’à nos ancêtres, quand la sirène effrayait un enfant, ou, suprême -joie, un soldat; quand un heurt nous annonçait que le ruisseau de cette -vallée, que le caniveau de ce bourg était franchi, nous nous regardions -et nous souriions. Une poule, dix poules nous crurent une minute -acharnés à les poursuivre. Quelles folles que les poules! Que de bonds -stupides! Que d’accidents si on les attelait! Leur angoisse nous remplit -de joie. Un chat effleuré par la roue fit de côté un écart formidable. -Gabrielle éclata de rire et me prit la main. - ---Quel soleil! Où allons-nous? - ---Devant nous! Quel soleil! - -Nous allions devant nous, derrière ces forêts éparses qui peu à peu se -groupaient, derrière ce ciel transparent. Nous allions tenter de passer -à toute vitesse entre ces deux clochers sur la colline. Nous allions là -d’où venaient ces cerises sur ces brouettes, ces bicyclistes avec des -agneaux bêlants sur leurs guidons, cette automobile chargée -d’hortensias; vers ce pays où chaque mode de transport avait trouvé -enfin sa vraie raison,--devant nous en un mot; nous n’avions pas une -minute à perdre. - -Assise dos au chauffeur, Frauken, notre chaperon, qui allait, pauvre -Frauken, droit derrière elle, et qui pensait, voulut enfin dire cette -pensée: - ---Quel soleil! - -[Illustration] - -J’éclatai de rire. Gabrielle m’imita. Nous regardions, moqueurs, Frauken -interloquée. Nous employions notre plus dévouée malice à intimider ce -visage que l’âge et les malheurs les plus affreux,--un fiancé voilà -trente ans brûlé vif, un père écrasé par un marteau pilon,--avaient -laissé insignifiant. Puis, se détournant de Frauken, nos yeux se -rencontrèrent. Des yeux éclatants, miroitants. Frauken avait trouvé le -mot juste: Quel soleil! - -[Illustration] - -Les chaussées étincelaient, les étangs luisaient. Un vrai rayon tenait -en laisse chaque tache dorée, chaque pierre, chaque fleur vernie. -C’était le jour le plus long de l’année, le jour où le soleil parvient à -effleurer la terre même. De vrais rayons mouraient sur nous, nous -sentions sur nos genoux, sur nos cheveux leur flèche émoussée. Inutile -d’étendre la main pour savoir s’il faisait beau, nos mains oisives -étaient ensoleillées. Sur les villages, les châteaux, la lumière -consumait les toits, rongeait les fenêtres, laissait moins que n’eût -laissé un incendie. On oublie que le soleil réchauffe: notre chair était -tiède, nos vêtements brûlaient. Un peu perdu seulement, un peu seul, le -soleil lui-même, dans tout cet éclat; et notre cœur aussi était diffus -en nous. Comme des milliards de petits cœurs nous rendent moins lourds -qu’un seul cœur! Enfin nous étions sans poids, sans chaînes...--à part -cette oppression dans notre poitrine, à la place vide sans doute. - -[Illustration] - -Nous traversions à toute allure cette ceinture vague de Paris sur -laquelle nulle saison ne prend. Sur les terrains de sport, des clubmen -en veston et en culottes blanches s’envoyaient du pied ou des têtes un -ballon tout rond, les bras immobiles, comme si la paralysie ou -l’imperfection commençait son ravage aux portes mêmes de Paris. De -petits tramways jaunes que nous rattrapions glissaient à rebours dans -notre âme, la râpant de tous leurs visages, comme de leur barbe ces épis -qu’on glisse dans votre manche. Nous longions des rangées de petits -chalets neufs qui avaient aux fenêtres leurs premiers rideaux, sur le -perron la première femme qui les habita. Le chien était plus vieux que -la maison, les oiseaux que les arbres. Une église barrait la route. -Avisés, nous contournions l’église. Une colline se dressait, s’enflait; -nous la gravissions si vite que le temps lui manquait de devenir -montagne. Mais nous laissions à loisir se courber, fléchir, la vallée où -maintenant se retrouvaient, se côtoyaient, la route, la voie ferrée et -la rivière. Elles s’entendaient, dociles, pour passer toutes trois sur -le même pont, paresseuses. Elles s’entrecroisaient. Eclatantes, -transparentes, elles écartaient dédaigneusement cette longue allée de -tilleuls qui amenait vers Paris, par un aqueduc d’ombre, la fraîcheur de -la forêt. Les trains sifflaient aux chalands:--vous allez moins vite, -mais plus sûrement.--vous êtes le chemin qui marche, disait la route à -la rivière. La rivière répondait:--Nous marchons si peu, si peu! Nous -sommes surtout profonde, nous pensons. Voyez sur notre berge cet homme -grave, avec ce grand chapeau de paille, ce bambou. Gloire aux penseurs! - -[Illustration] - -Un empierrement. Le rouleau à vapeur, doux monstre apprivoisé, essayait -par des rugissements d’arrêter et de se gagner notre voiture sauvage. -Nous longions des parcs, des bois. Au bout des avenues, le château -s’ouvrait avec ses doubles ailes comme un ventail, claquait, se fermait. -Nous dépassions un portail où flottait le drapeau, nous lisions -l’enseigne d’or: c’était l’asile national des convalescents; nous nous -étions toujours doutés que la convalescence était une affaire nationale, -et l’adolescence, et l’insolence. Tous les pensionnaires, de la porte, -de la cour, nous observaient, sympathiques ou défiants, selon qu’ils -nous prenaient pour d’anciens ou de futurs convalescents. Le chauffeur -faillit écraser un vieillard, qui faisait d’immenses enjambées, mais -avec lenteur, appuyé sur deux béquilles, une canne en plus sous chaque -bras: ce n’est pas marcher qui est difficile, c’est se tenir debout. -Frauken profita de l’incident. - ---Quelle belle fleur que la rose! dit-elle soudain, alors qu’aucune rose -n’était en vue, et qu’il y avait justement des raisons de dire: quelle -belle fleur que la balsamine, que le zinia. Attristée de nos moqueries, -elle se lamenta. - ---Vous me détestez, dit-elle, vous avez un secret à propos du temps. -Vous riez chaque fois que j’en parle. - -La détester? Ne pas songer en souriant, l’émoi dans l’âme, à son fiancé -rôti, à son père décapité, par ce soleil! Nous t’aimions, Frauken, qui -sais toutes les langues, qui peux chaperonner un fiancé allemand et sa -fiancée polonaise. Mais qui ignores le mal, et permets tout. - -[Illustration] - ---Puis-je prendre les mains de Gabrielle, Frauken? - ---Mais, monsieur Simon, pourquoi pas? - ---Puis-je lui dire un mot à l’oreille? Est-ce mal? - ---Parlez tout haut! je me bouche les miennes. - ---Tournez-vous, Frauken! Je veux presser Gabrielle sur mon cœur, sur ma -poitrine. - ---Votre cœur! Votre poitrine! - -[Illustration] - -Mais, malgré cela, elle s’était tournée. Nous pressions chacun une de -ses mains pour la ramener face à nous. Son bavardage nous gênait si peu! -Nous laissions son cerveau modeste, comme une montre qu’on fait sonner, -nous indiquer en gros ce que nous aurions pensé, si la pensée ne nous -avait point trahis. - ---Comme il est bon de ne pas parler! disait-elle. Quel délice aussi -d’être seuls! si seuls! - -Elle indiquait aussi la vraie heure. - -[Illustration] - -Nous ne pensions pas, nous ne parlions pas. Indolents, dès que l’ombre -d’un sentiment apparaissait, plutôt que de nous fatiguer à lui mesurer -sa part exacte, nous nous accordions le sentiment entier. Au moindre -virage nous fermions les yeux, nous nous abandonnions. Au moindre dos -d’âne, nous nous regardions en fronçant le sourcil, en rentrant la tête, -nous attendions la culbute et la mort. La moindre perspective sur la -vallée nous donnait l’amour subit et infini des peintres, de la -peinture; le moindre mur des architectes, de notre amie l’architecture. -La moindre source, le moindre ormeau nous déléguait sa nymphe ou sa -dryade. Quel soleil! Tous les atomes des joies, des modes, des douleurs -inconnues dont vivront nos fils dans mille ans étaient aujourd’hui dans -l’air. Nous devinions les futures sonates, les poèmes futurs, un soleil -futur, bleu, tout rouge. Un vent léger se levait. Les grands arbres, aux -fûts courbés vers le bord par l’Aquilon et immobiles sous sa menace, -accordaient hypocritement toutes leurs feuilles au zéphir. Un couple -d’amoureux regarda la voiture avec défi, y découvrit plus amoureux que -lui, s’attrista. Puis il y eut l’épisode du général qui lançait sur -l’accotement des cailloux à son fox, l’atteignit à la fête, le fit -hurler. De grandes machines battaient la Seine; on pensait à des -barattes, à un fleuve de lait, de crème. Puis l’auto abandonna la route -de halage, tourna à angle droit vers une forêt, monta, ne fut plus à la -remorque que d’un ballon, et, dans une clairière inondée de lumière, -s’arrêta. Frauken descendit la première, ensoleillée jusqu’à la -ceinture; nous pouvions la suivre, on avait pied. - -[Illustration] - -Gabrielle s’élança dans le fourré; je la poursuivis. J’avais les -vêtements, le col, les souliers où je me sentais le plus à l’aise. Je -reconnaissais la robe, l’ombrelle qu’elle préférait. Nous étions -enveloppés par les couleurs que nous aurions choisies si, le matin, on -avait annoncé que la forêt dût nous changer en scarabées, en -arbrisseaux. Nous avions la tenue que nous aurions exigée s’il avait -fallu pour sauver un ami d’un tyran lunatique, traverser le Niagara sur -la corde tendue. De quel pas assuré nous foulions cette terre si large -et cette mousse! Nous courions, nous n’étions pas hors d’haleine. Nous -faisions à pied la course que les amoureux plus tourmentés font à -cheval. Nous enjambions plus vite encore les allées, d’un bond, comme -s’il pleuvait sur elles. Enfin parut le plus droit et le plus haut des -chênes de la forêt. De nos quatre bras nous l’enserrions juste; c’était -le modèle des chênes qu’à nous deux nous aurions créés, c’était la -forme, amour, de notre étreinte. Il fallait l’abandonner. Il fallut -porter nos bras énervés. Le rond-point était proche, avec les murs rasés -d’un pavillon de chasse dont on voyait encore le plan, avec les portes, -les couloirs. Gabrielle, modeste, s’assit sur le gazon dans la pièce la -plus petite. Je m’étendis près d’elle, tandis que péniblement nous -rejoignait Frauken, qui avait dû contourner les rochers, remonter à la -source des ruisseaux que nous avions franchis, qui s’entêtait à appeler -l’écho du nom d’un chien qu’elle avait jadis perdu, inquiète quand il se -taisait. Entrée par le grand corridor dans notre château invisible, elle -s’étendit, de son long, pour moins voir, dans la pièce voisine. - -[Illustration] - -Quel soleil! Le pavillon disparu semblait seulement enfoncé dans la -terre, et nous étions sur la terrasse d’un siècle élégant et heureux. -Nul mouvement, nulle agitation pour tromper notre joie. Nous la sentions -grandir en nous, non sans angoisse. Nous sentions un émoi s’accroître -lentement, comme s’il avait un cours réglé, nous attendions je ne sais -quelle secousse, quelle délivrance, comme celui qui n’a jamais pleuré, -le jour où il souffre, devine, attend les pleurs. Nos yeux justement se -voilaient: allait-il en tomber de la neige, du grésil? Près de nous un -ruisseau coulait, bouillonnait, déversoir de tout le délire. Je -l’écoutais, ma tête posée sur les genoux de Gabrielle; bientôt je -n’entendis plus que lui; je fermai les yeux. La petite Gabrielle seule -connaît le geste ou la stupeur qui termine la joie: je m’endormis. - -[Illustration] - -Une feuille morte, la première feuille morte de l’année en tombant -m’éveilla. Là-bas un coq chantait et me donna une seconde l’inquiétude -de l’aube... Mais je reconnus le soleil, je reconnus le silence, ni -Gabrielle ni Frauken n’avaient encore prononcé une parole. Sur mes -tempes reposaient encore, casque embaumé qui ne m’avait rendu qu’à -moi-même invisible, les mains jointes de mon amie. Elle ne me savait pas -éveillé, mais elle sentait fondre le plomb sacré qui alourdissait ma -tête. Les mains se faisaient plus légères. Bientôt elles m’effleurèrent -à peine. J’ouvris les yeux. - -[Illustration] - -J’étais las. J’étais, moi qui avait dormi, au lendemain du jour joyeux -où Gabrielle vivait encore. J’avais une nuit d’avance sur elle pour -deviner ou mépriser le bonheur. Elle souriait d’avoir enfanté ce sommeil -que j’avais dû, comme Frauken, reprendre à la source. De son mouchoir -elle éventait mon front, elle caressait mes cheveux; elle affectait de -connaître les moindres secrets de cette tête que je lui avais confiée -presque inconnue, la tempe droite, doucement inclinée, et ces trois -rides qui disparaissent si je dors. J’avais l’impression qu’elle m’avait -embrassé pendant mon absence, dérobé pour elle seule un souvenir, pris -dans mon visage, par une caresse, un regard, la parcelle promise. Son -nom était gravé sur moi. Je me vengeai. J’essayai d’enlaidir, d’effacer -le trait même qu’elle avait choisi, je plissai les lèvres, je ridai mon -front. Mais, hypocrite, ainsi qu’un bon page, pour son maître amoureux, -tient sellés un cheval blanc et aussi un cheval noir, elle était toute -prête à servir la tristesse. Je me plaignis du soleil; elle l’insulta. -Les insectes volaient, affolés de voir le pavillon habité à nouveau; -elle dit du mal des moustiques, des fourmis. Je me levai, elle s’appuya -à mon bras, décidée à alourdir l’heure de mille chagrins, d’aveux -attristants, l’alourdissant de son poids même. Quel appât est la -tristesse! Afin de suivre cet ami mélancolique qu’elle voyait pour la -première fois, elle oublia le courage, la gaieté. Je me vengeai encore. -Par une allée que je connaissais et qu’elle suivit sans méfiance, une -dernière branche s’écartant, je l’amenai au-dessus d’une plaine -étincelante: on voyait le soleil lui-même. Des trains sur de grands -ponts sifflaient, les ponts résonnaient. Ainsi, sans consulter la -fiancée avec laquelle il s’asphyxie, le fiancé, subitement joyeux, -s’élance vers la fenêtre et l’ouvre toute grande. Gabrielle me regarda, -me vit rire de sa dignité, comprit, se mit à rire. C’est ainsi que -reprit notre promenade heureuse. - -[Illustration] - -Mais Frauken, au soleil même, découvrit qu’il était cinq heures. Il -fallut regagner la voiture au plus vite, par le village. A travers un -village habité par une peuplade cruelle, si l’on en croyait les -écriteaux: Le chemin de fer passe sans que la barrière soit fermée. Le -chien est méchant. Il y a des pièges... Mais les écriteaux mentaient: le -chemin de fer siffla du plus loin qu’il nous vit, et il y avait même, -suprême attention, une femme près du chauffeur. Le chien nous adopta, -nous escorta jusqu’à la dernière maison, et tint à nous protéger -activement contre les chats... Les fillettes revenaient de l’école, d’un -bout du village, et les garçons, de l’autre bout, comme si l’on eût dû -séparer par tout le bourg l’instituteur et l’institutrice, trop -amoureux, trop familiers. Le boucher, qui songeait déjà au repos, le -boulanger, qui se levait, cherchaient une conversation agréable à la -fois à ceux qui dorment le jour et à ceux qui dorment la nuit. Les vieux -et les vieilles, désœuvrés dans cette saison qui n’a pas de restes, pas -de feuilles mortes, pas de noix, pas de chanvre, attendaient seulement, -pour rentrer, que leur ombre, comme le sable d’un sablier, eût glissé -toute entière à leurs pieds. - -[Illustration] - -L’auto partit. Un pneu creva. Comme nous étions en retard, j’aidai le -chauffeur. Je lavai mes mains à l’essence. Je lavai l’essence au -ruisseau. Je parfumai le ruisseau avec le flacon de Gabrielle... Le -soleil n’était plus très haut. Déjà les Français exilés en Chine ou au -Japon pouvaient l’apercevoir. Coiffé de nuées, ses rayons rabattus, il -marquait le soir aux armes de l’été. Frauken avait voulu s’asseoir près -du chauffeur. Elle ne se tourna qu’une fois, près de l’asile, de regret -que les convalescents eussent attendu notre retour pour se coucher. -Gabrielle était appuyée contre mon épaule, je voyais l’ombre dans ses -yeux prolonger à l’infini sa soumission. Je songeais à ce que je devais -être dans son âme généreuse. Je m’enivrais de cette idée. Nous -bavardions; il fallait, dans ces moments heureux, offrir à Gabrielle le -même présent qu’à Moloch lui-même: des êtres vivants. Je lui parlai -d’amis nouveaux, qu’elle ne connaissait pas. J’épelai leurs noms; je -décrivis leurs familles. Nous voyions maintenant à rebours le chemin -parcouru à midi, le côté moussu des arbres, les portes des maisons qui -nous avaient paru avoir seulement des fenêtres, le visage de facteurs -rentrant de leur tournée. Tout s’explique, le soir... Gabrielle était -cette fois du côté de la Seine... J’étais du côté des parcs. Chacun de -nous remarquait tout haut les plaisirs ou les dangers que l’autre, -tantôt, lui avait cachés. Une péniche vide dérivait; Gabrielle la -reconnut, c’était le premier bateau rencontré à notre départ; notre -ancien fleuve s’était écoulé et tout ce que nous voyions de la Seine, en -amont, était d’eau neuve. - -[Illustration] - -Nous allions. Une autre voiture, depuis un moment, nous faisait escorte. -Plus vigoureuse, plus rapide, elle ne cherchait point à nous dépasser. -Elle s’entêtait à nous suivre, avec l’amitié qui unissait jadis deux -corvettes, deux diligences. Elle s’amusait à nous joindre aux montées, -aux passages à niveau. Les trois enfants qu’elle contenait, et le -chauffeur aussi, jugeait suffisante pour rentrer à Paris, l’allure d’une -voiture de ville et d’un couple heureux. Les deux garçons et la fillette -parlaient de nous, nous regardaient de loin en souriant, faisant même -des signes, changeant brusquement leurs visages en visages d’étrangers -quand les voitures nous rapprochaient à la distance où nous n’étions -plus que des inconnus. A nouveau éloignés, ils redevenaient nos amis, -nos égaux, se battaient en riant vers nous, étalaient orgueilleusement -cette enfance que de près ils sentaient sans valeur, et qui, de loin, -devenait notre propre enfance, mutinée contre nous, et insaisissable. - ---Vous ne me quitterez jamais, Simon? - ---Jamais, à part ce soir, dans deux minutes. - -[Illustration] - -Une fumée s’élevait en effet à l’horizon. C’était un feu d’herbes, ou -Paris. - -C’était Paris, enfoui dans l’occident, promesse de tout ce jour. -C’étaient, dans la plaine, de longs hangars accolés, aux plafonds vitrés -et lumineux dans le crépuscule, sillons de l’Industrie. C’était Neuilly! -C’étaient des maisons plates dont on voyait tout le secret par les -fenêtres ouvertes, et sur un des paliers le visiteur qui tirait une -cloche pendue derrière la porte même, bruyante pour lui seul, et qui -frémissait devant ce fracas, selon son caractère, d’impatience ou de -volupté. Puis le Louvre, ouvert au bout de l’avenue comme un filet, -impasse pour les étrangers et les rois, mais dont notre chauffeur sut -s’évader par les guichets et par des ponts. C’étaient les Folies -Marigny: un moineau nous effleurait, vers lequel je tendais sans le -vouloir la main, comme vers un arbre que le vent penche, comme vers un -geste. Puis, dans la rue peuplée, c’était une fenêtre qu’on ouvrait, -c’était un amant qui regardait, de la fenêtre ouverte, partir son -amante, son cœur. Le trottoir était encombré, l’amante n’osait se -retourner vers l’amant; elle passa,--ce fut son adieu,--sur l’autre -bord, pour qu’il la vît plus longtemps et plus seule. Nous attendions, -arrêtés par la foule. Des camelots criaient les journaux du soir et -incitaient d’en bas l’amant à les acheter. Il ne répondait pas... La rue -était d’argent, de feu; il oubliait tout à contempler ses pavés ici -ruisselants, là-bas près d’une pharmacie tout verts, plus loin sous la -lune givrés.--Quelle belle rivière, devait-il penser seulement, quelle -superbe plaine, quel merveilleux glacier! Quelquefois, ô bonheur, du -trottoir de sa maison une ombre se détachait soudain des ombres, -traversait, et, ombre prévenante, suivait pour le saluer, pour nous -saluer, la route de son amie... - -Jean Giraudoux. - - - - -Achevé d’imprimer par Engelmann, imprimeur-lithographe à Paris, le -premier juin mil neuf cent vingt-quatre. - - - - - - - - - - - - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADE AVEC GABRIELLE *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. 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Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without -widespread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our website which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This website includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/64949-0.zip b/old/64949-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 29a9731..0000000 --- a/old/64949-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h.zip b/old/64949-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index dbfa170..0000000 --- a/old/64949-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/64949-h.htm b/old/64949-h/64949-h.htm deleted file mode 100644 index 83670c5..0000000 --- a/old/64949-h/64949-h.htm +++ /dev/null @@ -1,1165 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Promenade avec Gabrielle, by Jean Giraudoux. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - -body { color: #008; } -.black { color: black; } - -p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; - margin: .3em 0;} -p.noindent { text-indent: 0; } - -h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } - -div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; - margin: 1em 0; } - -.large { font-size: 130%; } -.small, small { font-size: 90%; } -.xsmall { font-size: 70%; } - -.i { font-style: italic; } -.roman { font-style: normal; } - -.sc { font-variant: small-caps; } - -.sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; } - -hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } - -sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; } - -li { list-style: none; } - -p.narrow { margin: 1em 15%; } - -div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } -.break, .chapter { margin-top: 4em; } - -img { max-width: 100%; } - -.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em; - margin: 3em 5% 1em 5%; border: thin dotted; background: #eee; } -.trnote h2 { margin: .5em 0; } - - -@media screen { - body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } -} - -@media handheld { - .break, .chapter { page-break-before: always; } - .top4em { padding-top: 4em; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - - -</style> -</head> -<body> - -<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Promenade avec Gabrielle, by Jean Giraudoux</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> - -<table style='min-width:0; padding:0; margin-left:0; border-collapse:collapse'> - <tr><td>Title:</td><td>Promenade avec Gabrielle</td></tr> - <tr><td></td><td>Manuscrit de Jean Giraudoux illustré de seize lithographies en couleur par J.-E. Laboureur</td></tr> -</table> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Jean Giraudoux and Jean-Émile Laboureur</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: March 28, 2021 [eBook #64949]</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div> - -<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)</div> - -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADE AVEC GABRIELLE ***</div> -<div class="c"><img src="images/illu1.jpg" alt="" /></div> -<p class="c large">Promenade avec<br /> -Gabrielle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<p class="noindent narrow top4em i">Il a été tiré de cet ouvrage cent quatre-vingt-cinq exemplaires, -savoir : cent soixante-dix exemplaires sur vergé d’Arches dont -vingt hors-commerce, numérotés de I à XX, et cent cinquante numérotés -de <span class="roman">1</span> à <span class="roman">150</span> ; quatorze exemplaires sur Chine accompagnés -d’une suite libre des lithographies sur Chine, marqués de B à O, -et un exemplaire sur Chine, marqué A, auquel on a joint une suite -libre des lithographies, le manuscrit original de Jean Giraudoux -et les gouaches originales de J.-E. Laboureur.</p> - -<p class="c gap"><span class="sc">Exemplaire</span> N<sup>o</sup> <span class="black">76</span></p> - - -<p class="c gap i">Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous -les pays y compris la Russie. <span lang="en" xml:lang="en">Copyright by</span> librairie Gallimard <span class="roman">1924</span>.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h1>PROMENADE<br /> -<i>AVEC GABRIELLE</i></h1> - -<p class="c i">manuscrit de<br /> -JEAN GIRAUDOUX</p> - -<p class="c i">illustré de seize lithographies en couleurs<br /> -<span class="small">par</span><br /> -J.-E. LABOUREUR</p> - -<div class="c gap"><img src="images/nrf.png" alt="" /></div> -<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span>, 1919<br /> -<span class="xsmall">ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE</span><br /> -3, <span class="xsmall">RUE DE GRENELLE</span></p> - -<div class="chapter"></div> - -<div class="c"><img src="images/illu2.jpg" alt="" /></div> -<div class="c"><img src="images/facs1.jpg" alt="" /></div> -<p>Quel soleil ! Paris est la seule ville -de France où une affiche ne dise pas -merci à l’automobiliste qui sort, -mais nous n’en étions pas froissés. -Quel soleil ! Nous ne pouvions nous -regarder sans nous sourire. Le ciel -était plein de pinsons, d’hirondelles, -de feuilles. Nous avions dans le ciel -le maximum de ce qu’il peut contenir -en été. Quand l’auto effleurait -une carriole dont le conducteur remontait -pour nous insulter jusqu’à -nos ancêtres, quand la sirène -effrayait un enfant, ou, suprême -joie, un soldat ; quand un heurt -nous annonçait que le ruisseau de -cette vallée, que le caniveau de ce -bourg était franchi, nous nous -regardions et nous souriions. Une -poule, dix poules nous crurent -une minute acharnés à les poursuivre. -Quelles folles que les poules ! Que de -bonds stupides ! Que d’accidents si on -les attelait ! Leur angoisse nous remplit -de joie. Un chat effleuré par la roue fit -de côté un écart formidable. Gabrielle -éclata de rire et me prit la main.</p> - -<p>— Quel soleil ! Où allons-nous ?</p> - -<p>— Devant nous ! Quel soleil !</p> - -<p>Nous allions devant nous, derrière ces -forêts éparses qui peu à peu se groupaient, -derrière ce ciel transparent. Nous -allions tenter de passer à toute vitesse -entre ces deux clochers sur la colline. -Nous allions là d’où venaient ces cerises -sur ces brouettes, ces bicyclistes avec des -agneaux bêlants sur leurs guidons, -cette automobile chargée d’hortensias ; -vers ce pays où chaque mode de transport -avait trouvé enfin sa vraie -raison, — devant nous en un mot ; -nous n’avions pas une minute à -perdre.</p> - -<p>Assise dos au chauffeur, Frauken, notre -chaperon, qui allait, pauvre Frauken, -droit derrière elle, et qui pensait, voulut -enfin dire cette pensée :</p> - -<p>— Quel soleil !</p> - -<div class="c"><img src="images/illu3.jpg" alt="" /></div> -<p>J’éclatai de rire. Gabrielle m’imita. Nous -regardions, moqueurs, Frauken interloquée. -Nous employions notre plus dévouée malice -à intimider ce visage que l’âge -et les malheurs les plus affreux, — un -fiancé voilà trente ans brûlé vif, un -père écrasé par un marteau pilon, — avaient -laissé insignifiant. Puis, se -détournant de Frauken, nos yeux se -rencontrèrent. Des yeux éclatants, miroitants. -Frauken avait trouvé le mot -juste : Quel soleil !</p> - -<div class="c"><img src="images/illu4.jpg" alt="" /></div> -<p>Les chaussées étincelaient, les étangs -luisaient. Un vrai rayon tenait en laisse -chaque tache dorée, chaque pierre, chaque -fleur vernie. C’était le jour le plus long -de l’année, le jour où le soleil parvient -à effleurer la terre même. De vrais rayons -mouraient sur nous, nous sentions sur -nos genoux, sur nos cheveux leur flèche -émoussée. Inutile d’étendre la main -pour savoir s’il faisait beau, nos -mains oisives étaient ensoleillées. -Sur les villages, les châteaux, la lumière -consumait les toits, rongeait les fenêtres, -laissait moins que n’eût laissé un -incendie. On oublie que le soleil réchauffe : -notre chair était tiède, nos vêtements -brûlaient. Un peu perdu seulement, un -peu seul, le soleil lui-même, dans tout -cet éclat ; et notre cœur aussi était -diffus en nous. Comme des milliards -de petits cœurs nous rendent moins -lourds qu’un seul cœur ! Enfin nous -étions sans poids, sans chaînes… — à -part cette oppression dans notre poitrine, -à la place vide sans doute.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu5.jpg" alt="" /></div> -<p>Nous traversions à toute allure cette ceinture -vague de Paris sur laquelle nulle -saison ne prend. Sur les terrains de sport, -des <span lang="en" xml:lang="en">clubmen</span> en veston et en culottes -blanches s’envoyaient du pied ou des -têtes un ballon tout rond, les bras immobiles, -comme si la paralysie ou l’imperfection -commençait son ravage aux -portes mêmes de Paris. De petits tramways -jaunes que nous rattrapions glissaient -à rebours dans notre âme, la râpant -de tous leurs visages, comme de -leur barbe ces épis qu’on glisse dans -votre manche. Nous longions des rangées -de petits chalets neufs qui avaient -aux fenêtres leurs premiers rideaux, sur -le perron la première femme qui les -habita. Le chien était plus vieux que -la maison, les oiseaux que les arbres. Une -église barrait la route. Avisés, nous contournions -l’église. Une colline se dressait, -s’enflait ; nous la gravissions si vite que -le temps lui manquait de devenir montagne. -Mais nous laissions à loisir se courber, -fléchir, la vallée où maintenant se retrouvaient, -se côtoyaient, la route, la voie -ferrée et la rivière. Elles s’entendaient, -dociles, pour passer toutes trois sur le -même pont, paresseuses. Elles s’entrecroisaient. -Eclatantes, transparentes, elles écartaient dédaigneusement -cette longue allée de tilleuls -qui amenait vers Paris, par un aqueduc -d’ombre, la fraîcheur de la forêt. Les trains -sifflaient aux chalands : — vous allez moins -vite, mais plus sûrement. — vous êtes le -chemin qui marche, disait la route à la -rivière. La rivière répondait : — Nous marchons -si peu, si peu ! Nous sommes surtout profonde, -nous pensons. Voyez sur notre berge -cet homme grave, avec ce grand chapeau -de paille, ce bambou. Gloire aux penseurs !</p> - -<div class="c"><img src="images/illu6.jpg" alt="" /></div> -<p>Un empierrement. Le rouleau à vapeur, -doux monstre apprivoisé, essayait par des -rugissements d’arrêter et de se gagner notre -voiture sauvage. Nous longions des parcs, des -bois. Au bout des avenues, le château s’ouvrait -avec ses doubles ailes comme un ventail, -claquait, se fermait. Nous dépassions -un portail où flottait le drapeau, nous lisions -l’enseigne d’or : c’était l’asile national -des convalescents ; nous nous étions toujours -doutés que la convalescence était une affaire -nationale, et l’adolescence, et -l’insolence. Tous les pensionnaires, de la -porte, de la cour, nous observaient, sympathiques -ou défiants, selon qu’ils nous -prenaient pour d’anciens ou de futurs -convalescents. Le chauffeur faillit écraser -un vieillard, qui faisait d’immenses enjambées, -mais avec lenteur, appuyé -sur deux béquilles, une canne en plus -sous chaque bras : ce n’est pas marcher qui -est difficile, c’est se tenir debout. Frauken -profita de l’incident.</p> - -<p>— Quelle belle fleur que la rose ! dit-elle -soudain, alors qu’aucune rose n’était -en vue, et qu’il y avait justement des -raisons de dire : quelle belle fleur que -la balsamine, que le zinia. Attristée -de nos moqueries, elle se lamenta.</p> - -<p>— Vous me détestez, dit-elle, vous avez un -secret à propos du temps. Vous riez -chaque fois que j’en parle.</p> - -<p>La détester ? Ne pas songer en souriant, -l’émoi dans l’âme, à son fiancé rôti, -à son père décapité, par ce soleil ! Nous -t’aimions, Frauken, qui sais toutes les -langues, qui peux chaperonner un fiancé -allemand et sa fiancée polonaise. Mais -qui ignores le mal, et permets tout.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu7.jpg" alt="" /></div> -<p>— Puis-je prendre les mains de Gabrielle, -Frauken ?</p> - -<p>— Mais, monsieur Simon, pourquoi pas ?</p> - -<p>— Puis-je lui dire un mot à l’oreille ? Est-ce -mal ?</p> - -<p>— Parlez tout haut ! je me bouche les miennes.</p> - -<p>— Tournez-vous, Frauken ! Je veux presser -Gabrielle sur mon cœur, sur ma poitrine.</p> - -<p>— Votre cœur ! Votre poitrine !</p> - -<div class="c"><img src="images/illu8.jpg" alt="" /></div> -<p>Mais, malgré cela, elle s’était tournée. Nous -pressions chacun une de ses mains pour -la ramener face à nous. Son bavardage -nous gênait si peu ! Nous laissions son -cerveau modeste, comme une montre -qu’on fait sonner, nous indiquer en -gros ce que nous aurions pensé, si la -pensée ne nous avait point trahis.</p> - -<p>— Comme il est bon de ne pas parler ! -disait-elle. Quel délice aussi d’être seuls ! -si seuls !</p> - -<p>Elle indiquait aussi la vraie heure.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu9.jpg" alt="" /></div> -<p>Nous ne pensions pas, nous ne parlions -pas. Indolents, dès que l’ombre d’un -sentiment apparaissait, plutôt que de -nous fatiguer à lui mesurer sa part -exacte, nous nous accordions le sentiment -entier. Au moindre virage nous -fermions les yeux, nous nous abandonnions. -Au moindre dos d’âne, nous -nous regardions en fronçant le sourcil, -en rentrant la tête, nous attendions la -culbute et la mort. La moindre perspective -sur la vallée nous donnait l’amour -subit et infini des peintres, de la peinture ; -le moindre mur des architectes, de -notre amie l’architecture. La moindre -source, le moindre ormeau nous déléguait -sa nymphe ou sa dryade. Quel -soleil ! Tous les atomes des joies, des -modes, des douleurs inconnues dont -vivront nos fils dans mille ans -étaient aujourd’hui dans l’air. Nous -devinions les futures sonates, les poèmes -futurs, un soleil futur, bleu, tout rouge. -Un vent léger se levait. Les grands arbres, -aux fûts courbés vers le bord par l’Aquilon -et immobiles sous sa menace, -accordaient hypocritement toutes leurs -feuilles au zéphir. Un couple d’amoureux -regarda la voiture avec défi, y découvrit -plus amoureux que lui, s’attrista. Puis -il y eut l’épisode du général qui lançait -sur l’accotement des cailloux à son -fox, l’atteignit à la fête, le fit hurler. -De grandes machines battaient la Seine ; -on pensait à des barattes, à un fleuve de lait, de -crème. Puis l’auto abandonna la route -de halage, tourna à angle droit vers une -forêt, monta, ne fut plus à la remorque -que d’un ballon, et, dans une clairière -inondée de lumière, s’arrêta. Frauken -descendit la première, ensoleillée jusqu’à -la ceinture ; nous pouvions la -suivre, on avait pied.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu10.jpg" alt="" /></div> -<p>Gabrielle s’élança dans le fourré ; -je la poursuivis. J’avais les vêtements, -le col, les souliers où je me sentais le plus -à l’aise. Je reconnaissais la robe, l’ombrelle -qu’elle préférait. Nous étions enveloppés -par les couleurs que nous aurions choisies -si, le matin, on avait annoncé que la -forêt dût nous changer en scarabées, en -arbrisseaux. Nous avions la tenue que -nous aurions exigée s’il avait fallu pour -sauver un ami d’un tyran lunatique, -traverser le Niagara sur la corde tendue. -De quel pas assuré nous foulions cette terre -si large et cette mousse ! Nous -courions, nous n’étions pas hors d’haleine. -Nous faisions à pied la course -que les amoureux plus tourmentés -font à cheval. Nous enjambions plus -vite encore les allées, d’un bond, comme -s’il pleuvait sur elles. Enfin parut -le plus droit et le plus haut -des chênes de la forêt. De nos quatre -bras nous l’enserrions juste ; c’était le -modèle des chênes qu’à nous deux nous -aurions créés, c’était la forme, amour, de -notre étreinte. Il fallait l’abandonner. -Il fallut porter nos bras énervés. Le rond-point -était proche, avec les murs rasés -d’un pavillon de chasse dont on voyait -encore le plan, avec les portes, les couloirs. -Gabrielle, modeste, s’assit sur le gazon -dans la pièce la plus petite. Je m’étendis -près d’elle, tandis que péniblement -nous rejoignait Frauken, qui avait dû -contourner les rochers, remonter à la -source des ruisseaux que nous avions -franchis, qui s’entêtait à appeler -l’écho du nom d’un chien qu’elle -avait jadis perdu, inquiète quand -il se taisait. Entrée par le grand corridor -dans notre château invisible, -elle s’étendit, de son long, pour -moins voir, dans la pièce voisine.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu11.jpg" alt="" /></div> -<p>Quel soleil ! Le pavillon disparu semblait -seulement enfoncé dans la terre, -et nous étions sur la terrasse d’un siècle -élégant et heureux. Nul mouvement, -nulle agitation pour tromper notre joie. -Nous la sentions grandir en nous, non -sans angoisse. Nous sentions un émoi -s’accroître lentement, comme s’il avait -un cours réglé, nous attendions je ne -sais quelle secousse, quelle délivrance, -comme celui qui n’a jamais pleuré, -le jour où il souffre, devine, attend les -pleurs. Nos yeux justement se voilaient : -allait-il en tomber de la neige, du grésil ? -Près de nous un ruisseau coulait, bouillonnait, -déversoir de tout le délire. Je l’écoutais, -ma tête posée sur les genoux de -Gabrielle ; bientôt je n’entendis plus -que lui ; je fermai les yeux. La petite -Gabrielle seule connaît le geste ou la stupeur -qui termine la joie : je m’endormis.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu12.jpg" alt="" /></div> -<p>Une feuille morte, la première feuille -morte de l’année en tombant m’éveilla. -Là-bas un coq chantait et me donna une seconde -l’inquiétude de l’aube… Mais je -reconnus le soleil, je reconnus le silence, -ni Gabrielle ni Frauken n’avaient -encore prononcé une parole. Sur mes -tempes reposaient encore, casque embaumé -qui ne m’avait rendu qu’à moi-même -invisible, les mains jointes de mon -amie. Elle ne me savait pas éveillé, mais -elle sentait fondre le plomb sacré qui -alourdissait ma tête. Les mains se faisaient -plus légères. Bientôt elles m’effleurèrent -à peine. J’ouvris les yeux.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu13.jpg" alt="" /></div> -<p>J’étais las. J’étais, moi qui avait -dormi, au lendemain du jour joyeux -où Gabrielle vivait encore. J’avais une -nuit d’avance sur elle pour deviner -ou mépriser le bonheur. Elle souriait -d’avoir enfanté ce sommeil que j’avais dû, -comme Frauken, reprendre à la source. De -son mouchoir elle éventait mon front, elle caressait -mes cheveux ; elle affectait de connaître -les moindres secrets de cette tête que -je lui avais confiée presque inconnue, la -tempe droite, doucement inclinée, et ces trois -rides qui disparaissent si je dors. J’avais -l’impression qu’elle m’avait embrassé -pendant mon absence, dérobé pour elle -seule un souvenir, pris dans mon visage, -par une caresse, un regard, la parcelle promise. -Son nom était gravé sur moi. Je me vengeai. -J’essayai d’enlaidir, d’effacer le trait -même qu’elle avait choisi, je plissai les -lèvres, je ridai mon front. Mais, hypocrite, -ainsi qu’un bon page, pour son maître -amoureux, tient sellés un cheval blanc -et aussi un cheval noir, elle était toute -prête à servir la tristesse. Je me plaignis -du soleil ; elle l’insulta. Les insectes volaient, -affolés de voir le pavillon -habité à nouveau ; elle dit du mal des -moustiques, des fourmis. Je me levai, elle -s’appuya à mon bras, décidée à alourdir -l’heure de mille chagrins, d’aveux attristants, -l’alourdissant de son poids même. -Quel appât est la tristesse ! Afin de -suivre cet ami mélancolique qu’elle voyait -pour la première fois, elle oublia -le courage, la gaieté. Je me vengeai encore. -Par une allée que je connaissais et -qu’elle suivit sans méfiance, une dernière -branche s’écartant, je l’amenai -au-dessus d’une plaine étincelante : on -voyait le soleil lui-même. Des trains -sur de grands ponts sifflaient, les -ponts résonnaient. Ainsi, sans consulter -la fiancée avec laquelle il s’asphyxie, -le fiancé, subitement joyeux, s’élance -vers la fenêtre et l’ouvre toute grande. -Gabrielle me regarda, me vit rire de -sa dignité, comprit, se mit à rire. C’est -ainsi que reprit notre promenade heureuse.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu14.jpg" alt="" /></div> -<p>Mais Frauken, au soleil même, découvrit -qu’il était cinq heures. Il fallut regagner -la voiture au plus vite, par le -village. A travers un village habité par -une peuplade cruelle, si l’on en croyait les -écriteaux : Le chemin de fer passe sans -que la barrière soit fermée. Le chien est -méchant. Il y a des pièges… Mais les -écriteaux mentaient : le chemin de fer -siffla du plus loin qu’il nous vit, et -il y avait même, suprême attention, une -femme près du chauffeur. Le chien nous -adopta, nous escorta jusqu’à la dernière -maison, et tint à nous protéger activement -contre les chats… Les fillettes revenaient -de l’école, d’un bout du village, -et les garçons, de l’autre bout, comme -si l’on eût dû séparer par tout le bourg -l’instituteur et l’institutrice, trop amoureux, -trop familiers. Le boucher, -qui songeait déjà au repos, le boulanger, -qui se levait, cherchaient une conversation -agréable à la fois à ceux qui dorment le -jour et à ceux qui dorment la nuit. Les -vieux et les vieilles, désœuvrés dans cette -saison qui n’a pas de restes, pas de feuilles -mortes, pas de noix, pas de chanvre, attendaient -seulement, pour rentrer, que -leur ombre, comme le sable d’un sablier, -eût glissé toute entière à leurs pieds.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu15.jpg" alt="" /></div> -<p>L’auto partit. Un pneu creva. Comme -nous étions en retard, j’aidai le chauffeur. -Je lavai mes mains à l’essence. -Je lavai l’essence au ruisseau. Je parfumai -le ruisseau avec le flacon de Gabrielle… -Le soleil n’était plus très haut. Déjà -les Français exilés en Chine ou au -Japon pouvaient l’apercevoir. Coiffé -de nuées, ses rayons rabattus, il marquait -le soir aux armes de l’été. Frauken -avait voulu s’asseoir près du chauffeur. -Elle ne se tourna qu’une fois, près de -l’asile, de regret que les convalescents eussent -attendu notre retour pour se coucher. -Gabrielle était appuyée contre mon épaule, -je voyais l’ombre dans ses yeux prolonger -à l’infini sa soumission. Je -songeais à ce que je devais être dans son -âme généreuse. Je m’enivrais de cette -idée. Nous bavardions ; il fallait, dans -ces moments heureux, offrir à Gabrielle -le même présent qu’à Moloch lui-même : -des êtres vivants. Je lui parlai -d’amis nouveaux, qu’elle ne connaissait -pas. J’épelai leurs noms ; je -décrivis leurs familles. Nous voyions -maintenant à rebours le chemin -parcouru à midi, le côté moussu des -arbres, les portes des maisons qui nous -avaient paru avoir seulement des fenêtres, -le visage de facteurs rentrant -de leur tournée. Tout s’explique, le -soir… Gabrielle était cette fois du côté -de la Seine… J’étais du côté des parcs. Chacun -de nous remarquait tout haut les -plaisirs ou les dangers que l’autre, tantôt, -lui avait cachés. Une péniche vide dérivait ; -Gabrielle la reconnut, c’était le -premier bateau rencontré à notre départ ; -notre ancien fleuve s’était écoulé et -tout ce que nous voyions de la Seine, en -amont, était d’eau neuve.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu16.jpg" alt="" /></div> -<p>Nous allions. Une autre voiture, depuis -un moment, nous faisait escorte. Plus -vigoureuse, plus rapide, elle ne cherchait -point à nous dépasser. Elle s’entêtait -à nous suivre, avec l’amitié qui unissait -jadis deux corvettes, deux diligences. Elle -s’amusait à nous joindre aux montées, -aux passages à niveau. Les trois enfants -qu’elle contenait, et le chauffeur aussi, -jugeait suffisante pour rentrer à Paris, -l’allure d’une voiture de ville et -d’un couple heureux. Les deux garçons et la -fillette parlaient de nous, nous regardaient -de loin en souriant, faisant même des -signes, changeant brusquement leurs visages -en visages d’étrangers quand les -voitures nous rapprochaient à la distance -où nous n’étions plus que des inconnus. -A nouveau éloignés, ils redevenaient nos -amis, nos égaux, se battaient en riant -vers nous, étalaient orgueilleusement cette -enfance que de près ils sentaient sans -valeur, et qui, de loin, devenait notre propre -enfance, mutinée contre nous, et insaisissable.</p> - -<p>— Vous ne me quitterez jamais, Simon ?</p> - -<p>— Jamais, à part ce soir, dans deux -minutes.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu17.jpg" alt="" /></div> -<p>Une fumée s’élevait en effet à l’horizon. -C’était un feu d’herbes, ou Paris.</p> - -<p>C’était Paris, enfoui dans l’occident, -promesse de tout ce jour. C’étaient, dans -la plaine, de longs hangars accolés, aux -plafonds vitrés et lumineux dans le -crépuscule, sillons de l’Industrie. C’était -Neuilly ! C’étaient des maisons -plates dont on voyait tout le secret par -les fenêtres ouvertes, et sur un des paliers -le visiteur qui tirait une cloche pendue -derrière la porte même, bruyante pour -lui seul, et qui frémissait devant ce -fracas, selon son caractère, d’impatience -ou de volupté. Puis le Louvre, ouvert au -bout de l’avenue comme un filet, impasse -pour les étrangers et les rois, mais -dont notre chauffeur sut s’évader par -les guichets et par des ponts. C’étaient -les Folies Marigny : un moineau nous -effleurait, vers lequel je tendais sans -le vouloir la main, comme vers un -arbre que le vent penche, comme vers -un geste. Puis, dans la rue peuplée, -c’était une fenêtre qu’on ouvrait, c’était -un amant qui regardait, de la fenêtre -ouverte, partir son amante, son cœur. -Le trottoir était encombré, l’amante n’osait -se retourner vers l’amant ; elle passa, — ce -fut son adieu, — sur l’autre bord, pour qu’il -la vît plus longtemps et plus seule. Nous attendions, -arrêtés par la foule. Des camelots criaient -les journaux du soir et incitaient -d’en bas l’amant à les acheter. Il ne répondait -pas… La rue était d’argent, de feu ; il -oubliait tout à contempler ses pavés ici -ruisselants, là-bas près d’une pharmacie tout -verts, plus loin sous la lune givrés. — Quelle -belle rivière, devait-il penser seulement, -quelle superbe plaine, quel merveilleux glacier ! -Quelquefois, ô bonheur, du trottoir -de sa maison une ombre se détachait -soudain des ombres, traversait, et, ombre -prévenante, suivait pour le saluer, pour -nous saluer, la route de son amie…</p> - -<p class="sign">Jean Giraudoux.</p> - -<div class="c gap"><img src="images/facs2.jpg" alt="" /></div> -<div class="break"></div> - -<p class="narrow noindent top4em i">Achevé d’imprimer par Engelmann, -imprimeur-lithographe à Paris, le premier -juin mil neuf cent vingt-quatre.</p> - - -<div class="trnote black"> -<h2 class="nobreak">Note du transcripteur</h2> - -<p>Dans l’original l’ensemble du texte est manuscrit, lithographié à -l’encre bleue. Pour le confort de lecture on a transcrit le texte au -format électronique, en conservant des échantillons de manuscrit au -début et à la fin.</p> - -</div> - - - - - - - - - - - - - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADE AVEC GABRIELLE ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ -concept and trademark. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. 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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any -Defect you cause. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s website -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our website which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This website includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</div> - -</body> -</html> diff --git a/old/64949-h/images/cover.jpg b/old/64949-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index bc9f3a9..0000000 --- a/old/64949-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/facs1.jpg b/old/64949-h/images/facs1.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 6ecd7b5..0000000 --- a/old/64949-h/images/facs1.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/facs2.jpg b/old/64949-h/images/facs2.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index eead9e7..0000000 --- a/old/64949-h/images/facs2.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu1.jpg b/old/64949-h/images/illu1.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 6b7c203..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu1.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu10.jpg b/old/64949-h/images/illu10.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 3615316..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu10.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu11.jpg b/old/64949-h/images/illu11.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 223b1e1..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu11.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu12.jpg b/old/64949-h/images/illu12.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index a1ccd6c..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu12.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu13.jpg b/old/64949-h/images/illu13.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index e3ff0b9..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu13.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu14.jpg b/old/64949-h/images/illu14.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index b93da84..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu14.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu15.jpg b/old/64949-h/images/illu15.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 5028197..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu15.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu16.jpg b/old/64949-h/images/illu16.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index cbec287..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu16.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu17.jpg b/old/64949-h/images/illu17.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 74e167e..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu17.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu2.jpg b/old/64949-h/images/illu2.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 469c0a3..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu2.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu3.jpg b/old/64949-h/images/illu3.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 2a535d9..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu3.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu4.jpg b/old/64949-h/images/illu4.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 7b75969..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu4.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu5.jpg b/old/64949-h/images/illu5.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 2a0470d..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu5.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu6.jpg b/old/64949-h/images/illu6.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 0d737bb..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu6.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu7.jpg b/old/64949-h/images/illu7.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 26c8377..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu7.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu8.jpg b/old/64949-h/images/illu8.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 7400115..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu8.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/illu9.jpg b/old/64949-h/images/illu9.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index a77fd2a..0000000 --- a/old/64949-h/images/illu9.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64949-h/images/nrf.png b/old/64949-h/images/nrf.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 3425871..0000000 --- a/old/64949-h/images/nrf.png +++ /dev/null |
