summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/64966-0.txt2094
-rw-r--r--old/64966-0.zipbin47201 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/64966-h.zipbin87043 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/64966-h/64966-h.htm2969
-rw-r--r--old/64966-h/images/cover.jpgbin38832 -> 0 bytes
8 files changed, 17 insertions, 5063 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..fc4b1b3
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #64966 (https://www.gutenberg.org/ebooks/64966)
diff --git a/old/64966-0.txt b/old/64966-0.txt
deleted file mode 100644
index b57a9b0..0000000
--- a/old/64966-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,2094 +0,0 @@
-The Project Gutenberg eBook of Deux romanciers de Provence: Honoré d'Urfé
-et Émile Zola, by Edmond Rostand
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Deux romanciers de Provence: Honoré d'Urfé et Émile Zola
- Le roman sentimental et le roman naturaliste
-
-Author: Edmond Rostand
-
-Editor: Émile Ripert
-
-Release Date: March 30, 2021 [eBook #64966]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously
- made available by the Bibliothèque nationale de France
- (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE:
-HONORÉ D'URFÉ ET ÉMILE ZOLA ***
-
-
-
-
- EDMOND ROSTAND
-
- DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE
- HONORÉ D’URFÉ ET ÉMILE ZOLA
-
- LE ROMAN SENTIMENTAL
- ET LE ROMAN NATURALISTE
-
- Essai qui a obtenu à l’Académie de Marseille
- le prix du Maréchal de Villars en 1887
-
-
- PARIS
- LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION
- 5, QUAI MALAQUAIS (6e)
- 1921
-
-
-
-
-JUSTIFICATION DU TIRAGE
-
-
-Il a été tiré de cet ouvrage:
-
-1000 exemplaires sur papier d’Arches;
- 50 -- sur papier du Japon;
- 5 -- sur papier de Chine.
-
-
-
-
-INTRODUCTION
-
-
-Qu’un écrivain célèbre ait débuté par des essais, qui n’ont aucun
-rapport avec le genre, qui a fait depuis sa réputation, c’est là ce
-qu’on a eu l’occasion de voir plus d’une fois: Corneille écrit d’abord
-des comédies, Pascal des traités scientifiques, Voltaire des tragédies,
-un poème épique; plus proches de nous un Paul Bourget, un Jules Lemaître
-font des vers jusqu’à leur trentième année, et ce Zola, dont nous allons
-tout à l’heure avec Edmond Rostand évoquer la figure, est entré dans la
-vie littéraire en apportant des contes sentimentaux.
-
-Mais il arrive à l’ordinaire que cette première activité--et c’est le
-cas de tous les écrivains que je viens de citer--s’est poursuivie durant
-quelques années et que les lettrés du moins n’en ont pas tout à fait
-perdu le souvenir.
-
-Or qu’on vienne leur annoncer aujourd’hui, je dis même aux mieux
-informés: «Edmond Rostand a débuté, non point, comme on l’a dit, par un
-vaudeville, ce qui est déjà du théâtre, mais par un essai critique en
-prose, et non pas sur deux auteurs dramatiques, mais sur deux
-romanciers», ils s’étonneront, s’informeront des conditions où cet essai
-a paru, de son sujet, de sa valeur; ils voudront des explications; ces
-explications, en tête de ces pages, qui sont rééditées aujourd’hui par
-les soins d’Édouard Champion, voici que je dois donc les donner à la
-curiosité du public.
-
-Pour bien comprendre il n’est que d’évoquer un instant celle qui a formé
-le jeune génie d’Edmond Rostand bien plus qu’il ne s’en est lui-même
-rendu compte et qu’on ne l’a dit en parlant de lui, la bonne fée penchée
-sur son enfance pour lui donner tour à tour les plus brillants des dons
-poétiques, je veux dire la Provence. Car c’est elle qui lui fournit à la
-fois l’occasion, le thème, les personnages de ce premier essai et les
-qualités d’esprit qu’il fallait pour le bien traiter et qu’il devait
-appliquer ensuite à de plus glorieux travaux.
-
-On sait assez qu’Edmond Rostand est né à Marseille le 1er avril 1868,
-mais quand on a donné ce premier détail biographique, on passe et l’on
-en vient à considérer tout de suite le collégien de Stanislas ou le
-jeune auteur des _Romanesques_. Aujourd’hui soyons plus attentifs à ses
-origines. Arrêtons-nous un instant à Marseille, devant cette maison de
-la rue Montaux, aujourd’hui la rue Edmond Rostand, où cet enfant
-s’éveille à la vie, devant ce vieux lycée où il prend contact avec les
-poètes, devant cette Académie de Marseille qui lui tend sa première
-couronne.
-
- *
-
- * *
-
-Edmond Rostand est né à Marseille, non point par hasard comme cet Honoré
-d’Urfé qu’il évoque à ses débuts, mais d’une vieille famille
-marseillaise, et, mieux encore, provençale. Car c’est d’Orgon, ce gros
-village voisin de Saint-Remy, la patrie de Roumanille, de Maillane, la
-patrie de Mistral, que s’élève cette famille des Rostand. A Orgon, au
-XVIIIe siècle, nous savons qu’un Esprit Rostand--Esprit, le joli nom
-pour qui doit faire souche de poètes!--est notaire royal. A la fin du
-siècle un de ses fils descend à Marseille, y fonde une maison pour le
-commerce des draps, y épouse une fille de Toulon, Marguerite Lions, dont
-il a huit enfants. L’un d’eux, Alexis, sera l’aïeul d’Edmond Rostand. Il
-a vingt ans quand la Révolution éclate; il sert à l’armée des
-Pyrénées-Orientales, il est cité à l’ordre du jour pour être entré le
-premier dans une redoute; à l’armée des Pyrénées-Orientales servait
-aussi un jeune homme de Maillane, qui s’appelait Frédéric Mistral.
-C’était le père du poète. Père d’un Mistral, aïeul d’un Rostand, ces
-hommes d’action, qui ont vu s’illuminer leur jeunesse à la lueur de si
-grands événements, ont conservé toute leur vie le goût de l’activité uni
-au respect des choses de l’esprit.
-
-Les guerres finies, Alexis Rostand rentre à Marseille et dans la cité
-qui se réorganise occupe peu à peu une place éminente: juge et président
-du Tribunal de Commerce, maire de la ville de Marseille, président du
-Conseil général des Bouches-du-Rhône, fondateur et président de la
-Caisse d’épargne, auteur de nombreux mémoires, rapports et discours, il
-répand en tous sens une magnifique activité de grand travailleur et
-meurt en 1854, en sa quatre-vingt-sixième année, chargé d’ans et
-d’honneurs.
-
-En même temps son frère Bruno commerce avec les Échelles du Levant. Un
-jour un riche voyageur vient le trouver, qui lui demande de noliser un
-brick à son intention, pour s’en aller vers la Palestine; M. Bruno
-Rostand met à sa disposition un de ses meilleurs bâtiments, l’_Alceste_,
-commandé par le capitaine Blanc, du port de La Ciotat. On était en juin
-1832: le riche voyageur, qui voyait des fenêtres de l’Hôtel Beauvau
-l’_Alceste_ se balancer dans le Vieux-Port, s’appelait Alphonse de
-Lamartine. Avec une gratitude émue le grand poète a cité dans son
-_Voyage en Orient_ le nom de ce Bruno Rostand, qui «l’avait comblé de
-prévenances et de bontés, homme instruit, disait-il, et capable des
-emplois les plus éminents, entouré d’une famille charmante et ne
-s’occupant qu’à répandre parmi ses enfants des traditions de loyauté et
-de vertu».
-
-On voit assez ce milieu de bourgeoisie aisée et lettrée; le fils
-d’Alexis, Joseph Rostand, est à Marseille même receveur des taxes
-municipales; ses deux fils, Eugène et Alexis, le père et l’oncle
-d’Edmond Rostand, sont à la fois des hommes d’affaires et des artistes:
-Alexis Rostand, mort récemment directeur du Comptoir National d’Escompte
-à Paris, après en avoir longtemps dirigé la succursale à Marseille, et
-tout à la fois musicien estimé, auteur de mélodies et d’oratorios;
-Eugène Rostand, économiste et poète.
-
-Évoquons un instant sa figure; aussi bien elle est à l’origine de ces
-pages que j’ai l’honneur de présenter au public lettré. Il les inspire
-directement et c’est par ses soins que, pour la première fois, elles
-voient le jour.
-
-Économiste et poète, ai-je dit. Oui, poète mort jeune, à qui l’homme a
-survécu, poète qui s’est tu modestement, quand il a vu qu’un fils,
-infiniment doué pour la poésie, avait repris et amplifié le chant clair
-et sincère, qu’il avait essayé de moduler, sans autre prétention que
-celle d’apparaître un honnête homme, un amateur distingué. _Ébauches_,
-avait-il dit en 1865; la _Seconde Page_ avait-il ajouté en 1866, livres
-simples et tendres, où l’on avait entendu les accents de l’amour et de
-la jeunesse; les _Sentiers unis_, disait-il encore en 1887, pour
-désigner le livre de maturité où il notait les émotions plus profondes
-de la paternité auprès du berceau de ses filles et de ce petit garçon
-que tout le monde appelait Edmond et qu’il appelait, plus tendrement,
-Eddy.
-
-Entre temps, humaniste, qui se souvenait d’avoir eu au lycée de
-Marseille un prix d’honneur et pour maître l’annotateur bien connu de
-Virgile, le latiniste Benoist, qui fut depuis à la Sorbonne professeur
-de poésie latine, il avait traduit Catulle en vers français, d’une façon
-charmante et telle qu’il est peu d’exemples d’une traduction aussi
-serrée et aussi élégante d’un auteur latin.
-
-Mais, pris dans le tourbillon des affaires marseillaises, cet érudit, ce
-poète abandonne Catulle pour devenir président de la Caisse d’épargne,
-qu’avait fondée son grand-père Alexis, et puis de je ne sais combien
-d’œuvres diverses, et pour collaborer au _Journal des Débats_, comme au
-_Journal de Marseille_. Cependant, en 1877, il a été élu membre de
-l’Académie de Marseille, et c’est par là qu’il mérite ici de nous
-intéresser le mieux.
-
- *
-
- * *
-
-Nous voici en effet revenus au point de départ de notre brochure. Car ce
-jeune Edmond, qui est le fils d’Eugène Rostand, et qui a fait au lycée
-de Marseille, de la sixième à la rhétorique incluse, des classes fort
-brillantes, en récoltant un grand nombre de nominations et toujours des
-prix de français et d’histoire, présage d’une vocation pour le drame
-historique, voici qu’il est devenu l’élève de René Doumic au collège
-Stanislas, et puis, tout grisé de cette littérature qui l’a enveloppé
-dès l’enfance, enivré de lumière méditerranéenne, il songe, lui aussi, à
-devenir à Paris ce poète que nul ne demandait, comme il dit dans son
-excessive modestie, au risque d’y être un «Daniel Eyssette sans Alphonse
-Daudet».
-
-Mais, en ses débuts, nostalgique et presque dégoûté d’avoir à se faire
-«une place au soleil d’une ville qui n’a pas de soleil», de ce Paris où
-il fait un peu figure d’exilé, ses yeux se tournent, éblouis encore,
-vers sa ville natale.
-
-Or un jour, en 1887, son père lui communique le sujet que propose
-l’Académie de Marseille pour le prix du maréchal de Villars, qu’elle
-décerne annuellement. Il est un peu bizarre, ce sujet, et il diffère
-notablement des bons travaux ordinaires que proposent aux concurrents
-bénévoles les Académies de province. Peut-être doit-on penser que c’est
-Eugène Rostand lui-même qui l’a soufflé à ses confrères: «Deux
-romanciers provençaux, Honoré d’Urfé et Émile Zola», le premier et le
-dernier de la série, l’un toute grâce et toute élégance, peintre d’une
-société raffinée, l’autre toute crudité et toute grossièreté parfois,
-miroir brutal du monde moderne en toute sa vulgarité. Quel intéressant
-contraste! Quelle gageure à soutenir que cette comparaison paradoxale!
-Et voici que, piqué au jeu, ce jeune homme de dix-huit ans se met à
-l’œuvre. Il aime la Provence, le passé que représente d’Urfé, et il
-n’est pas insensible au présent d’affaires et de négoces que représente
-Zola; il retrouve en un tel sujet les goûts même, si divers, de sa race
-complexe.
-
-Et puis obtenir le prix du maréchal de Villars à l’Académie de
-Marseille, ce n’est point déjà si mince honneur aux yeux d’un jeune
-homme qui, dès son enfance, a entendu parler avec éloges de cette digne
-compagnie, dont son père et son oncle font partie.
-
-N’est-elle pas une des plus notables parmi les Académies de province?
-Ces Académies de province, on les a volontiers ridiculisées. Elles n’ont
-pas toujours mérité qu’on se moquât d’elles à ce point. Au XVIIIe siècle
-la plupart d’entre elles poursuivent une tâche noble, belle, utile, qui
-est de représenter dans toute la France la culture française et de ne
-point la laisser se perdre dans les salons où paradent, après les
-Précieuses ridicules, bien d’autres beaux esprits de province. Au XIXe
-siècle leur tâche est plus austère peut-être, mais peut-être aussi plus
-utile; par les recherches de leurs travailleurs, elles éclairent
-l’archéologie, l’histoire, la géographie régionales; dans leurs mémoires
-reposent bien des documents, présentés parfois, je l’accorde, de façon
-maladroite, mais infiniment utiles à consulter.
-
-En outre l’appréciation des valeurs littéraires ne leur a point manqué;
-pouvons-nous oublier que l’Académie de Dijon a révélé Rousseau à la
-France et que l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, berceau du
-premier romantisme, a couronné, la première, Victor Hugo?
-
-L’Académie de Marseille, elle aussi, a quelques titres qu’elle peut
-faire valoir avec assez d’honneur. Elle fut fondée en 1726 par le
-maréchal de Villars, qui, l’année même de la victoire de Denain, avait
-été nommé gouverneur de Provence. En ces fonctions Villars s’était fait
-une vraie popularité qu’il aimait à cultiver; il avait de l’affection
-pour sa «grosse ville» et ses «bons amis» de Marseille, comme il le
-disait; il entretenait les rapports les plus cordiaux avec la Chambre de
-Commerce, qui, chaque année, à l’époque du carême, lui envoyait un
-quintal et demi de café trié, deux barils d’huile d’un quintal pièce, un
-baril de thon mariné, un baril de soles marinées, douze pots d’anchois,
-douze bouteilles d’olives.
-
-Ces relations gastronomiques entre Villars et Marseille ne devaient pas
-être les seules; il voulut satisfaire aussi aux exigences de l’esprit.
-En 1726 il fondait, sur le modèle de l’Académie française, dont il était
-membre, une Académie à Marseille, et cette même année, le 19 septembre,
-en séance solennelle, cette Académie était adoptée par l’Académie
-française. Fontenelle répondant au discours de Chalamond de la Visclède,
-le délégué de l’Académie de Marseille, disait amicalement:
-
-«Votre Académie sera plutôt une sœur de la nôtre qu’une fille; cet
-ouvrage, que vous êtes engagés à nous envoyer tous les ans, nous le
-recevrons comme un présent que vous nous ferez, comme un gage de notre
-union, semblable à ces marques employées chez les anciens pour se faire
-reconnaître à des amis éloignés.»
-
-Par ces paroles il faisait allusion au tribut littéraire que l’Académie
-de Marseille s’était engagée à payer chaque année à l’Académie
-française, sous forme de vers ou de prose, tribut qui fut en effet
-fourni régulièrement pendant quelques années. Et puis, à la suite de
-quelques froissements, les rapports entre les deux compagnies subirent
-diverses fluctuations et finalement furent interrompus par la
-Révolution. Mais jusqu’alors les Académiciens de Marseille avaient eu,
-en principe, le droit de siéger avec les Immortels, aux séances de
-l’Académie française, quand ils étaient de passage à Paris. Il serait
-peut-être intéressant d’examiner aujourd’hui s’il ne serait pas opportun
-de renouer de tels rapports entre les Académies de province et
-l’Académie française.
-
-Mais sans prétendre discuter ici cette question, bornons-nous à noter
-qu’après la Révolution le Provençal François Raynouard, le premier
-éditeur des Troubadours, secrétaire perpétuel de l’Académie française et
-membre associé de l’Académie de Marseille, avait essayé de rétablir de
-tels rapports que sa personnalité facilitait et qu’en 1831, en un jour
-d’exaltation, le plus glorieux des Académiciens d’alors, Lamartine,
-était solennellement reçu par ses confrères marseillais, quand il
-s’embarquait pour l’Orient, et leur laissait, en mémoire de cette
-réception, le magnifique poème par lequel il faisait ses adieux à la
-France et à Marseille.
-
-Depuis l’Académie de Marseille a compté parmi ses membres associés bien
-des écrivains français, parmi ses membres résidants des hommes
-remarquables, et à côté des principales personnalités de la région, des
-hommes comme Joseph Méry, Joseph Autran, J.-Ch. Roux, Frédéric Mistral,
-que recevait solennellement, par un beau discours, Eugène Rostand, alors
-directeur de l’Académie, le 13 février 1887: en cette même année 1887,
-quelques mois après, elle couronnait la première le jeune Edmond
-Rostand.
-
- *
-
- * *
-
-Ce n’était pas seulement qu’elle saluât en ce jeune homme le fils bien
-doué d’un de ses membres les plus sympathiques, mais c’est aussi que ce
-travail, qu’elle récompensait ainsi, témoignait vraiment--on en
-jugera--des plus rares qualités par lesquelles devait se signaler un
-critique qui était en même temps un poète.
-
-La poésie, il l’avait respirée, on vient de le voir, dès ses premières
-années dans sa famille et dans sa ville, dans son pays, «au pays, dit-il
-lui-même, de l’imagination toute-puissante, près de la mer chantante,
-sous le ciel bleu, dans l’air parfumé», sous la caresse d’un soleil, qui
-«d’une vieille rue grimpant dans un quartier sale, d’un groupe
-déguenillé, fait quelque chose de pittoresque et de saisissant», et,
-comme dira _Chantecler_, fait un étendard en séchant un torchon.
-
-La Provence lui a donc donné, dès son enfance, «cette facilité de
-conter, cette verve, cet enthousiasme dans le récit qui le font vif,
-coloré, entraînant», et qu’il salue dans les écrivains dont il va
-parler. Elle lui fournit aussi les deux types sur lesquels cette
-imagination et cette verve vont s’exercer: Zola, né à Aix, où il a passé
-son adolescence et dont toujours le souvenir revient vers la vieille
-ville, qu’il appelle Plassans, et qu’il introduit dans ses premiers
-romans et dans quelques-uns de ses derniers; Honoré d’Urfé, de race
-savoyarde, à dire le vrai, mais qui naît à Marseille, au cœur de la
-vieille ville, et qui va mourir, non loin de là, sur la Côte d’azur, à
-Villefranche.
-
-Pour comparer ces deux écrivains si différents, il fallait toutes les
-ressources d’un esprit singulièrement ingénieux. Si l’étude de chacun de
-ces deux romanciers était relativement aisée, leur parallèle devenait
-périlleux. Je crois que c’est justement cette difficulté qui a tenté
-Edmond Rostand.
-
-Qu’il traitât ce sujet parce qu’il y voyait une occasion facile d’avoir
-un prix littéraire, faisons-lui l’honneur de ne point le croire. Au
-reste, ce prix n’était pas tellement important ni glorieux qu’il eût
-mérité cette contrainte intellectuelle. Si donc ce jeune homme, cédant
-aux suggestions de son père, se laisse aller à traiter un tel sujet,
-c’est qu’il y trouve un certain intérêt littéraire, et la joie tout
-d’abord certainement de vaincre une difficulté.
-
-Un tel esprit, durant toute sa carrière, loin de fuir ou de tourner les
-obstacles, les accumulera complaisamment devant lui pour avoir le
-plaisir de les franchir. Deux amoureux s’aiment quand ils se croient
-séparés par la haine de leurs pères et ne s’aiment plus sitôt que
-l’amour leur est permis; un homme intelligent et laid emprunte, pour se
-faire aimer, le masque d’un beau garçon naïf; un troubadour s’éprend
-d’une dame qu’il n’a jamais vue et meurt le jour qu’il la voit; un coq
-croit faire lever le soleil et s’aperçoit qu’il n’en est rien; autant de
-sujets impossibles pour la moyenne des poètes et qui sont pour l’esprit
-de Rostand de merveilleux excitants; et la difficulté n’était sans doute
-pas moindre de mettre à la scène le Christ de la _Samaritaine_ ou le
-fils de Napoléon. Sujets difficiles, et dans la façon de les traiter
-détails à chaque instant imprévus, surprise continuelle de l’épithète,
-de la coupe, de la rime, amour toujours éveillé de la chose rare, de
-l’effet inédit, de ce qui est subtil, fragile, irréel, des ombres et des
-fumées; frère de ces ratés, de ces délicats qui ne peuvent traduire les
-finesses qu’ils sentent et qui gardent leurs œuvres en eux-mêmes, ne
-pouvant réaliser de trop magnifiques projets, de ces peintres que
-«désespère la toujours fuyante couleur», et descendant aussi de cette
-race des troubadours, qui avait poussé jusqu’à l’extrême limite le
-raffinement de l’amour et des termes par lesquels il s’exprime,--tel
-sera Edmond Rostand, tel il est, quand il se trouve à dix-huit ans
-excité par ce sujet paradoxal: comparer d’Urfé et Zola, le romancier de
-toutes les grâces et de toutes les subtilités amoureuses, celui de
-toutes les audaces et de toutes les vulgarités naturalistes. Voilà le
-parallèle qu’il trouve «piquant», l’opposition de cette ancienne glace,
-un peu estompée, peuplée de fantômes charmants, d’ombres confuses de
-bergers et de bergères, et de ce cruel miroir moderne, haut et clair,
-reproduisant tout avec un éclat dur, froid, implacable,--le contraste
-enfin de ces deux Provences, l’une ardente et sensuelle, cynique et
-dure, l’autre amollie, raffinée, italienne déjà, vraie gueuse parfumée,
-«_parfumée_ avec d’Urfé, _gueuse_ avec Zola».
-
-Cet exercice ingénieux enchante, à n’en pas douter, l’esprit d’Edmond
-Rostand et si l’on sent assez qu’il connaît bien l’œuvre de Zola, (son
-Flambeau d’ailleurs ne dédaignera pas le mot populaire et parfois le mot
-cru), mais qu’il l’aime assez peu, tout en lui rendant beaucoup mieux
-justice que les gens de son monde vers 1887 n’avaient coutume de le
-faire, par contre on sent qu’il adore parler d’Honoré d’Urfé, comme sans
-doute il a pris plaisir à le lire, «à la Bibliothèque de Marseille, dans
-l’édition de Toussaint de Bray, qui date de 1610», nous dit-il.
-
-On devra y songer, toutes les fois qu’on voudra parler de _Cyrano_: à
-dix-huit ans Edmond Rostand a lu Honoré d’Urfé. Combien de gens de
-lettres, d’universitaires, de spécialistes même peuvent-ils se vanter
-d’en avoir fait autant? Il a lu l’_Astrée_, non point par simple devoir
-de postulant consciencieux d’un prix académique, mais avec plaisir, on
-le sent à la façon dont il en parle, en soulignant d’un doigt
-complaisant les bons endroits. Et n’avoir éprouvé à cette lecture aucun
-ennui, si cela est normal au XVIIe siècle, à la fin du XIXe siècle cela
-est beaucoup plus rare et situe tout de suite un tempérament.
-
- *
-
- * *
-
-Extraire donc ces premières pages d’Edmond Rostand des quelques rares
-bibliothèques provençales où elles étaient enfouies, sans que nul
-s’inquiétât de les relire, ce n’est point simple curiosité de
-bibliophile. Il y fallait ce bibliophile; grâces en soient rendues à M.
-Auguste Rondel, qui, depuis des années, collectionne avec un soin pieux
-tout ce qui peut éclairer l’histoire du théâtre; je dois à sa
-complaisance d’avoir lu, à quelques pas de la maison où naquit Edmond
-Rostand, cette brochure, où l’esprit du poète est né à la lumière de
-l’édition; et tous les lettrés lui devront, maintenant, tout comme moi,
-de pouvoir les lire.
-
-Mais ce n’est pas, je l’ai dit, simple curiosité; à nous pencher sur de
-telles pages, nous surprenons à sa source même le génie d’Edmond
-Rostand. C’est dans un jardin de Provence, qui serait un peu semblable à
-ceux de l’_Astrée_, le premier murmure d’une fontaine où viendraient se
-mirer de jeunes romanesques; c’est le clair de lune sur les quais de
-Tripoli, ou sur le balcon de Roxane; c’est, dans le parc de Schœnbrünn,
-la fuite en pleurs de «la petite source». Voici, en raccourci, soumises
-dès 1887 au jugement de l’Académie de Marseille, toutes ces brillantes
-qualités, qui, dans un soir de décembre 1897, vont éblouir Paris, la
-fantaisie joyeuse et déjà par instants étincelante, le goût du subtil,
-du rare, du précieux, la sentimentalité tendre, un peu d’ironie
-juvénile, sans insolence ni méchanceté, un joli cliquetis de phrases et
-de mots. Voici surtout l’évocation de toute cette charmante société du
-XVIIe siècle à son début, telle que l’ont faite l’_Astrée_ et l’Hôtel de
-Rambouillet, le monde délicieux qui, dix ans après, entrera dans la
-figuration de _Cyrano_ ou sera évoqué dans _La Journée d’une Précieuse_.
-Voici enfin ce grand amour de la lumière qui depuis les _Musardises_
-baigne l’âme de ce charmant _lazzarone_ et la soulèvera jusqu’à la faire
-éclater, ouverte et chantante, dans les appels passionnés de Chantecler
-à la lumière.
-
-Oui, très jeune, ce poète est déjà lui-même, et de là vient que, s’étant
-trouvé ainsi dès l’aube de sa vie il s’est imposé au public dès son
-aurore. On conserve dans sa famille un portrait de son enfance, dû à un
-peintre marseillais, où déjà les traits essentiels de sa physionomie
-sont dessinés. De même sa physionomie intellectuelle; à dix-huit ans il
-est déjà ce qu’il sera plus tard; dans cette œuvre de jeunesse,--et
-c’est son intérêt,--reconnaissons déjà une sorte de poème subtil et
-lumineux.
-
-Tel quel cet essai obtient en 1887 le prix du maréchal de Villars.
-J’imagine les Académiciens de Marseille se penchant sur ce travail, un
-peu inquiets peut-être de certains tours paradoxaux de pensée et de
-style, mais agréablement impressionnés tout de même par les grâces
-charmantes de l’ensemble; je les vois félicitant avec une cordialité
-toute marseillaise M. Eugène Rostand, qui accepte avec une satisfaction
-modeste ces félicitations, dont le murmure flatteur salue le premier
-succès de son fils. Il veut prolonger ce succès: ce travail ne doit pas
-rester dans l’ombre d’une Académie; il le publie dans le _Journal de
-Marseille_, et, profitant de sa composition typographique, il en fait
-une brochure, qui paraît en 1888; et est le vrai début d’Edmond Rostand
-dans le monde littéraire; deux ans plus tard ce nom devait reparaître en
-tête d’un volume de vers, publié par l’éditeur Lemerre, et qui
-s’appelait _Les Musardises_; cinq ans plus tard sur la verte brochure,
-que l’on vendait dans les couloirs du Théâtre-Français aux
-représentations des _Romanesques_.
-
-Il n’y a pas, on le voit, de solution de continuité; si le début
-d’Edmond Rostand, à le juger par sa forme extérieure, n’a aucun rapport,
-nous l’avons dit au début, avec le genre qui a fait sa gloire, cependant
-ne nous laissons point tromper par les apparences et, plus exactement
-renseignés maintenant, saluons dans le jeune lauréat de l’Académie de
-Marseille le futur auteur de _Cyrano_ et de _Chantecler_. S’il est vrai,
-comme il l’a dit lui-même, que «l’âme des coutelas rêve dans les canifs»
-et qu’il ne faut pas prendre «des essais pour des diminutifs», soyons
-assurés que ce n’est pas diminuer le génie d’Edmond Rostand que de
-publier cet essai, où l’on entend déjà vibrer les accents les plus
-intimes de son âme et de sa poésie.
-
-Émile RIPERT.
-
-
-
-
-DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE
-
-HONORÉ D’URFÉ ET ÉMILE ZOLA
-
-LE ROMAN SENTIMENTAL ET LE ROMAN NATURALISTE
-
- «N’allons pas surfaire l’ancien roman, ni le sacrifier. Et
- pourquoi s’obstiner absolument à donner le prix, à chercher un
- vainqueur et un vaincu? Il n’y en a pas, ou plutôt je ne vois
- que deux vainqueurs: chacun des deux, vu à son heure, a sa
- couronne.»
-
- (SAINTE-BEUVE, _Nouveaux lundis_.)
-
-
-Il semble que nulle part le Roman ne doive être plus en faveur qu’au
-pays de l’imagination toute-puissante, en cette Provence amoureuse de
-l’Amour (c’est chez elle qu’il a tenu des cours célèbres), et qui aime
-tout ce qui en parle, où jadis, dans les manoirs seigneuriaux, on
-attendait impatiemment la venue, chaque nouvel an, avec la saison des
-violettes, du troubadour,--ce romancier voyageur...
-
-Là, près de la mer chantante, sous le ciel bleu, dans l’air parfumé,
-tout est Roman. Et ce qui ne l’est pas le devient. Car l’imagination des
-Provençaux est comme leur soleil, ce soleil dont la lumière chaude
-transfigure et fait resplendir. La couleur éclate partout où il pose sa
-caresse; d’une vieille rue grimpant dans un quartier sale, d’un groupe
-déguenillé, il fait quelque chose de pittoresque et de saisissant.
-Demandez à tous les peintres: d’un rien on fait un tableau avec ce
-soleil! Et avec cette imagination, qui n’a qu’à rayonner comme lui pour
-que tout se dore et se poétise,--il n’en faut pas beaucoup non plus pour
-faire un roman.
-
-A-t-on noté comme en Provence le moindre incident de la vie banale, une
-anecdote insignifiante, triviale, se transforme et se dramatise? Et
-cela, grâce à cette facilité de conter--peut-être aussi un peu d’en
-conter--que presque tous possèdent, à cette verve, à cet enthousiasme
-dans le récit qui le font vif, coloré, entraînant, l’enrichissent de
-détails point authentiques toujours, mais choisis à merveille, propres à
-faire voir, si naturels qu’ils donneraient de la vraisemblance à la
-vérité même, qui peut en manquer. Il faudrait être bien ennemi de son
-plaisir pour reprocher une pointe d’exagération méridionale,--si
-inconsciente d’ailleurs,--et ne pas admirer l’art surprenant de mettre
-en scène, de camper les personnages, d’engager le dialogue. On ne peut
-s’étonner vraiment qu’il y ait eu beaucoup de romanciers en Provence.
-Mais chez nous, tout le monde l’est plus ou moins, romancier!...
-
-Si on demandait la liste des romanciers provençaux, peu de gens, après
-avoir cité les plus connus, les deux Méry, Léon Gozlan, Pontmartin,
-Louis Reybaud, Mme Reybaud, Amédée Achard, Alphonse Daudet, oublieraient
-de terminer par le nom d’Émile Zola... Combien songeraient à commencer
-par celui d’Honoré d’Urfé?
-
-Et pourtant il faut bien consentir à ce que nos romanciers--non
-seulement les nôtres, mais tous ceux de la France,--descendent de lui.
-Après tout, ces jolis bergers qui errent, dolents, sous les ombrages du
-Forest, nous devons les regarder comme les frères aînés des héros de
-roman d’aujourd’hui, quoiqu’on ait peine à reconnaître la parenté.
-
-On les peignait, autrefois, avec des couleurs discrètes, dans des
-teintes assourdies, amoureux plutôt que passionnés, tendres pasteurs
-d’une mélancolie virgilienne et très douce, sans rien de troublé ni de
-malsain, qui toujours conservent les grâces naïves, le visage frais et
-rose des Amours folâtrant à la première page, autour d’une vieille
-estampe. On les montre aujourd’hui sous une lumière crue, pâles et
-flétris le plus souvent, ayant des emportements de passion cynique ou
-des tristesses maladives,--moins enrubannés et plus vrais, à ce qu’on
-prétend. Mais un lien subsiste toujours. Et Céladon commence la série
-des soupirants sympathiques; il est l’éternel jeune premier, qui devrait
-commencer à devenir vieux, mais qui va se métamorphosant selon le temps
-et les mœurs, suivant les modes. Jadis il levait les yeux au ciel, et
-avec de grands gestes parlait de _rochers de cruauté_, invoquait le dieu
-malin Cupidon,--et sa tirade se prolongeait interminablement, pleine
-d’allusions mythologiques. Aujourd’hui cette manière de faire sa cour
-prêterait à rire, et il a adopté la nouvelle, prenant des poses plus
-simples, mais non moins étudiées, sur les canapés et les poufs de
-peluche, accoudé au dossier du fauteuil, glissant un mot derrière
-l’éventail... Mais c’est toujours Céladon!
-
-Sans doute il faut se garder d’aller trop loin, et de vouloir découvrir
-des rapports étroits entre le vieux roman sentimental et le roman
-nouveau. Mais les étudier l’un en face de l’autre, indiquer même avec
-discrétion un parallèle, ne serait-il pas piquant?
-
-J’aurais devant moi deux toiles de maîtres différents, très éloignés
-l’un de l’autre, par exemple un Boucher et un de Nittis... Un peintre
-aurait beau me dire: «Cela n’a aucun rapport,--Boucher, l’artiste
-délicat, fade, et Nittis, le maître impressionniste, ne comparez donc
-pas!» Je comparerais... ou plutôt, non, comparer n’est pas le terme
-exact,--je voudrais voir simplement ce que fait naître dans mon esprit
-cette rencontre, jouir du rapprochement, noter ce qu’il peut éveiller
-d’idées, ouvrir de points de vue, analyser tout ce que me fait éprouver
-de curieux le sentiment d’avoir là, à ma droite, l’impression du XVIIIe
-siècle, et là, à ma gauche, celle du XIXe...
-
-C’est pour cela que dans la liste des romanciers de Provence il paraît
-bien intéressant de considérer le premier et le dernier, Honoré d’Urfé
-et Émile Zola. N’est-ce pas plein d’attrait et de nouveauté de parler de
-l’un à propos de l’autre, de l’_Astrée_ et de l’_Assommoir_, et de la
-série de l’_Astrée_ à propos de celle des _Rougon-Macquart_?...
-
-D’Urfé et Zola! Dans le contraste de ces deux noms, le génie de la
-Provence se révèle, plein d’âpreté et de violence, et aussi de
-délicatesse. Elle est le pays des amours ardentes et sensuelles, comme
-aussi celui des tendresses pures et platoniques, qui garde le souvenir
-d’un Pétrarque et d’une Laure de Noves. Il y a la Provence sauvage,
-fille aux cheveux fauves plantés drus sur une nuque puissante, brunie au
-soleil, superbe de santé, de sève débordante, aimant une langue forte et
-vraie, mais dure souvent et cynique... Et il y a aussi une femme d’une
-grâce amollie et presque énervée, raffinée de goûts, italienne dans son
-amour des douceurs et des _concetti_, d’un parler musical et enjôleur,
-ayant préféré à l’odeur simple et saine de ses lavandes les parfums
-quintessenciés et musqués... Et le mot célèbre nous revient en mémoire:
-la Provence nous apparaît bien ici comme la _gueuse parfumée_, parfumée
-avec d’Urfé, gueuse avec Zola!
-
-
-
-
-I
-
-
-On nous pardonnera sans doute une comparaison un peu subtile en songeant
-que ce n’est point impunément tout à fait, sans y gagner quelque
-recherche et quelque préciosité, qu’on lit l’_Astrée_ d’Honoré
-d’Urfé.--Supposons qu’une très ancienne glace ait par miracle conservé
-l’image de tout ce qu’elle a reflété, que les profondeurs mystérieuses
-et endormies du vieux miroir se peuplent de fantômes charmants, d’ombres
-confuses de bergers et de bergères qui passent, entrelacés, couples
-touchants et fanés, d’un ridicule attendrissant; et dans le cadre dédoré
-nous voyons saluer et sourire, avec des grâces vieillies, la société
-d’autrefois. Celle d’aujourd’hui nous apparaîtrait en face, reproduite
-dans une glace moderne, haute et claire. Il est bien évident que s’il
-s’agissait de comparer les deux glaces, nous serions amenés à comparer
-ce qu’elles reflètent, les deux sociétés. Nous parlerons donc de la
-société d’Honoré d’Urfé et de celle d’Émile Zola. Et nous pourrons
-ensuite nous occuper des miroirs, que l’on ne fait certes plus,
-aujourd’hui comme autrefois, courtisans et menteurs, prêtant des
-charmes, de la poésie, reflétant en beau, mais cruellement fidèles,
-reproduisant tout, avec un éclat dur, froid, implacable; et il en est
-même quelquefois auxquels on reprocherait presque d’enlaidir.
-
-C’est bien avant 1616, quoi qu’on en ait dit, que parurent les deux
-premiers volumes de l’_Astrée_; la Bibliothèque de Marseille possède
-l’édition de Toussaint de Bray qui porte la date de 1610: c’est vers
-1608 que d’Urfé en dédiait à Henri IV la première partie.
-
-Henri IV venait de rendre la paix à la France, et celle-ci, délivrée
-enfin des angoisses horribles de la guerre civile, respirait librement.
-C’était, comme après toutes les guerres meurtrières, ce brusque réveil
-des Amours dont a parlé le poète, des Amours qui vont refaire le sang
-tari. La nature prend sa revanche, et les campagnes dévastées, les
-champs foulés par les charges impétueuses reverdissent. C’est le grand
-renouveau: le mot «Je t’aime» paraissait avoir été oublié: mais voilà
-que les amants se le murmurent encore, lèvre à lèvre...
-
- Parmi tant d’isolés qui pleurent
- Ils se sentent mieux réunis...
- Ils se blottissent mieux ensemble
- Après tant de jours alarmants;
- Le retour du baiser leur semble
- Plus doux que ses commencements.
-
-Et la France entière est amoureuse. Tout le monde est gagné de mollesse.
-Le Béarnais donne l’exemple des galanteries. Bientôt ce n’est plus
-seulement un besoin de tendresse qui se fait sentir, c’est aussi un
-besoin de volupté. Chacun, avide de jouir, semble avoir pris pour règle
-de conduite la devise rabelaisienne: vivons joyeux! Les croyances depuis
-longtemps sont ébranlées, et la morale achève de se relâcher.
-
-Il est à craindre maintenant que cette société ne se rue aux plaisirs
-avec trop d’emportement, qu’elle ne se souvienne des leçons dégradantes
-de vice données par la cour des derniers Valois. On prévoit déjà la
-perte de toute décence, de toute pudeur... Mais voilà que cette
-effervescence paraît se calmer. L’Amour ne se ressent pas aussi
-longtemps qu’on l’aurait pu craindre des habitudes soldatesques prises
-dans les dernières années: ces farouches ligueurs qu’on s’attendait à
-voir aimer en reîtres, en lansquenets, se changent en gentilshommes
-polis, raffinés, parlant un langage tendre et gracieux, facilement
-résignés au rôle de soupirants platoniques.
-
-Le vent des passions qui commençait à souffler en tempête est tombé tout
-à coup: ce n’est plus qu’une brise caressante et douce. Il flotte une
-odeur de bergerie. On entend le chalumeau soupirer un air pastoral. Dans
-la folie amoureuse tous les freins n’ont pas été brisés: ce n’est pas,
-de tous côtés, l’assouvissement bestial. Loin de là: on aime avec mille
-délicatesses, avec mille nuances; on madrigalise à ravir, on emploie les
-plus adroits artifices, les plus infinies précautions pour _déclarer sa
-flamme_; jamais on n’a mis tant de retenue dans l’expression d’un
-sentiment. C’est à ce moment enfin qu’on invente pour le parfait amour,
-le nom joli, le nom discret et chaste d’_honneste amitié_.
-
-A qui doit-on ce bienfait d’un voile poétique et charmant jeté sur la
-brutalité des passions? Qui a accompli l’œuvre difficile de cette
-réforme dans les mœurs? C’est Honoré d’Urfé, à n’en point douter. Mais
-il est juste de dire qu’il fut aidé en cela par l’hôtel de Rambouillet:
-son roman a été porté vers le succès à la faveur du courant créé par la
-marquise et ses amis.
-
-Tous ceux que blessait la grossièreté des mœurs, tous les délicats
-s’étaient réfugiés autour de Catherine d’Angennes, marquise de
-Rambouillet, qui fuyait, au fond de son hôtel, le spectacle d’une cour
-corrompue. Dès qu’une fois on avait été admis dans son intimité, on lui
-demeurait dévoué, on revenait sans cesse. On était irrésistiblement
-gagné par la séduction de cette créature exquise, d’un esprit cultivé,
-bonne, indulgente, nature affinée encore par la maladie, par la vie
-renfermée, qui fait se replier sur soi-même, penser, analyser. Dans
-cette société d’élite, les grands plaisirs étaient ceux d’une
-conversation à la fois sérieuse et enjouée, sur toutes sortes de sujets
-nobles et décents. C’est là que naquit cet art si essentiellement
-français de gaspiller l’esprit, de le mettre en monnaie courante, de
-l’éparpiller aux quatre coins d’un salon, avec une grâce désinvolte,
-comme si on en était trop riche, d’assaisonner les moindres paroles de
-cette denrée si rare. C’est là qu’on apprit à le mêler à tout ce qu’on
-dit, à le faire circuler dans la conversation qu’il rend alerte et
-pimpante, dans laquelle il sautille de mot en mot sans qu’on puisse le
-saisir au passage, qu’il anime, invisible, sans qu’on puisse dire
-derrière quelle métaphore, dans quel recoin de phrase il s’est niché,
-sans qu’on puisse le montrer du doigt à ceux qui ne l’ont point aperçu,
-senti passer, l’expliquer à ceux qui ne l’ont pas compris. En un mot,
-c’est là que pour la première fois, on causa, que l’on fit cercle autour
-des parleurs de profession, «poètes de devant de cheminée».
-
-Dans ce milieu, grâce aux femmes qui y fréquentent, le respect de la
-femme se conserve, le bon ton continue de régner, et on l’exagère même,
-par esprit d’opposition. La politesse chaque jour se raffine, on en
-complète le code. Et dans le demi-jour de la chambre bleue d’Arthénice,
-de ce sanctuaire où flotte le parfum discret de toutes les vertus
-mondaines, au milieu des jolies femmes et des fleurs dont aime à
-s’entourer la marquise, on parle d’amour dans un langage tout nouveau,
-qui a des pudeurs outrées, mais exquises; chacun s’efforce, suivant un
-mot d’alors, d’_épurer sa flamme_, et l’on cherche en tout _le fin du
-fin_...
-
-Puisque, décidément, pour cette société revenue à l’Amour, il paraissait
-la grande affaire, l’occupation unique, il était bon qu’on lui donnât de
-la dignité en l’exigeant dépouillé de toute impureté, noble, fidèle,
-dévoué, sans mélange d’égoïsme, et qu’on l’érigeât presque en vertu; il
-était bon qu’on s’occupât de l’analyser, de le quintessencier, que l’on
-consacrât du temps à l’étude de sa théorie,--autant de dérobé à sa
-pratique.
-
-A ce beau monde délicat il fallait une lecture. Quel était l’ouvrage
-qu’on allait se passer de main en main, lire dans toutes les ruelles,
-discuter dans tous les _ronds_?... Il a paru de tous temps de ces
-livres, autour desquels, dès leur apparition, se fait un grand remous de
-la curiosité, qui ont eu le bonheur d’arriver à propos pour saisir, pour
-dépeindre un état d’âme, dans lesquels toute une société aime à se
-reconnaître, se reconnaît avec enthousiasme. Il est difficile, pour ces
-romans, de dire s’ils ressemblent à la société qui fait leur succès
-comme le portrait au modèle, ou comme le modèle au portrait,--si
-l’exactitude de leur psychologie tient à ce que leurs héros pensent et
-sentent comme l’on pensait et comme l’on sentait alors, ou bien,
-simplement, à ce qu’il a été de mode, à leur époque, de sentir et de
-penser comme ces héros.
-
-De nos jours, par exemple, nous savons que la jeunesse qui s’est
-reconnue dans le désespéré de Gœthe s’est surtout façonnée sur lui, et
-qu’il y a eu plus de Werthers après qu’avant la publication du roman.
-
-L’_Astrée_ fut pour le XVIIe siècle ce livre privilégié, copie et modèle
-tout à la fois. On l’attendait vaguement. L’École des parfaits amants
-avait besoin d’un manifeste. Il fallait à la jeunesse précieuse un héros
-sur qui se régler, le Céladon dont elle allait pouvoir imiter les
-manières de parler, sur les amours de qui elle pourrait arranger les
-siennes.
-
-Pour plaire à ce public, le roman avait à réunir des qualités bien
-diverses.
-
-Tout d’abord à ces gens sortant de la période agitée des guerres civiles
-plairait l’éloge de la vie tranquille, oisive, la peinture des bonheurs
-de la paix, de la vie des champs: la note devait être doucement
-attendrie; on allait aimer à voir des pâtres conduisant leurs troupeaux,
-chantant comme Tityre à l’ombre des hêtres, disputant de leurs belles.
-Comme on s’adressait à des blasés, à des esprits déjà compliqués, il
-fallait se garder de faire une trop candide pastorale, une paysannerie
-trop vraie: le tableau devrait être artificiel, avoir la simplicité de
-convention des époques de décadence; des amours de village, simplement
-contées, n’auraient point intéressé. Il fallait que les personnages
-eussent toutes les qualités de _l’honnête homme_, assez d’esprit pour
-discuter les problèmes de métaphysique amoureuse qui intéressaient
-alors. Il fallait que ces bergers fussent les «sophistes pointilleux»
-que Fontenelle a critiqués, et qu’on pût dire d’eux ce que la bergère de
-d’Urfé dit de ses parents: qu’ils n’ont point pris la houlette «pour
-n’avoir de quoi vivre autrement, mais pour s’acheter par cette douce vie
-un honnête repos». Il fallait enfin, aux lecteurs d’alors, de cette
-sensiblerie de bon goût, de ce champêtre raffiné, de toutes ces fadeurs
-jolies. Après les Saint-Barthélemy, et les coups d’arquebuse dans les
-rues, et les égorgements impitoyables, par ce besoin de réaction bien
-gaulois qui rejette à l’extrême de siècle en siècle nos mœurs, nos
-idées, nos goûts, on voulait de la bergerie, de l’Amaryllis de bon ton,
-le tout aimable, parfumé, fleurant bon... De ces désirs, de ces besoins
-naquit l’_Astrée_, qui leur donna satisfaction et élan. On ne saurait
-trop insister sur l’importance prêtée par l’époque à une œuvre qui la
-personnifait: notre histoire littéraire compte de ces identifications,
-mais point de plus étroite, de plus solennellement proclamée par le goût
-public, par les milieux et les cercles qui donnaient le ton et faisaient
-la mode.
-
-L’_Astrée_ fut exactement ce qu’on attendait, ce qu’il fallait pour
-intéresser. On voulait du sincère, du délicat; d’Urfé sut en mettre
-partout. Aussi, me paraît-il se faire quelque illusion, lorsqu’il dit à
-Céladon, dans la lettre qu’il lui adresse en préface d’un de ses
-volumes: «Aimer comme toi, c’est aimer à la vieille gauloise, comme
-faisaient les chevaliers de la Table Ronde, ou le beau Ténébreux.» A la
-vieille gauloise! le mot est charmant; il exprime à ravir «ce train
-d’amour qui allait», comme dit Marot dans son gentil rondel, si
-simplement, si naïvement «au bon vieux temps»... Mais Céladon aime
-beaucoup plutôt à l’italienne; j’allais écrire à la provençale; c’est un
-raffiné, un littérateur en amour, il a lu Pétrarque et s’en souvient
-dans les sonnets qu’il adresse à sa belle. Il est de l’école de Ronsard,
-nourrie de l’antiquité classique; il n’a pas cependant l’allure trop
-raide de celui-ci, et je reconnais souvent dans ce qu’il dit, n’en
-déplaise à certains auteurs, les grâces maniérées, les _épiceries_ que
-la _Pléiade_ reprochait à l’école des Melin de Saint-Gelais et autres
-poétereaux de cour. Le livre se ressent du séjour prolongé de son auteur
-en Italie. Il serait difficile de noter toutes les imitations qu’a
-faites d’Urfé; elles servirent certainement au succès du roman, furent
-très goûtées des lettrés, qui savourèrent avec délices ce plaisir de
-reconnaître çà et là des fragments de leurs auteurs. Les prêtres
-apprécient pour cela particulièrement l’_Astrée_[a]. Théocrite et
-Virgile sont mis à contribution: Marini a fourni des _concetti_;
-l’_Aminte_ du Tasse et le _Pastor fido_ se retrouvent par fragments.
-D’Urfé s’est servi aussi de la _Filli di Seiri_ de Guidubaldo Bonarelli,
-de l’_Arcadie_ de Sannazar, et enfin de toute la poésie de Montemayor.
-La fameuse Diane de Montemayor a été pour lui le modèle qu’il a réussi à
-dépasser.
-
-Dès son apparition, le roman eut donc un succès éclatant, qui durant
-tout le XVIIe siècle ne se démentit pas. Les romans de chevalerie
-avaient fini leur temps: on n’en pouvait plus comprendre le charme naïf,
-la poésie très simple. On délaissait les insipides récits d’Ollenix du
-Mont-Sacré, et ce n’était plus qu’en bâillant, faute de mieux, qu’on
-lisait les _Bergeries de Juliette_, les _Amours de Cléandre et de
-Domiphille_. Dans ces compilations, le style était absurde, l’intérêt
-n’existait pas. On acclama le premier roman qui eût un réel mérite
-littéraire, qui valût non seulement par le style, mais par l’art de la
-narration, l’ordre, la régularité.
-
-Ceux qui entreprennent de lire l’_Astrée_ aujourd’hui sont rares; cet
-ouvrage a eu pourtant des admirateurs, récemment encore. Jules Janin le
-disait à un Marseillais lettré[1]: il faisait de ce roman une de ses
-lectures préférées. On est découragé par la longueur, la diffusion.
-Aussi peut-on s’étonner que nous louions l’ordre et la régularité du
-développement. Sans doute le récit des amours d’Astrée et de Céladon
-s’embarrasse de mille autres récits, et l’auteur semble avoir cherché à
-rendre l’œuvre touffue. Ce roman dans lequel se serrent, s’entassent
-tant d’autres petits romans, nous paraît indigeste. Mais il faut avoir
-essayé de lire les romans qui précédèrent l’_Astrée_ pour comprendre
-combien cette narration, qui nous paraît si embrouillée aujourd’hui,
-était simple, relativement. Un ordre très grand règne dans cette
-diffusion apparente; tout cela s’enchevêtre avec art. La netteté
-subsiste, grâce à la disposition même adoptée par d’Urfé qui va
-régulièrement à la ligne lorsqu’il commence une histoire en dehors de
-l’action, et annonce, tout naïvement: _Histoire d’Alcippe_... _Histoire
-de Sylvandre_.
-
- [1] M. Tollon, de qui je tiens le renseignement[b].
-
-Il faut surtout saisir ce fait qu’à l’époque de l’_Astrée_ on demandait
-seulement ceci: avoir beaucoup à lire. On ne lisait point, comme
-aujourd’hui, sans préférences, sans méthode, avec une envie dévorante de
-tout voir, de tout connaître, des appétits de curiosité jamais
-satisfaits. L’heure n’était pas venue encore du journal, du feuilleton,
-ces miettes du repas substantiel auquel s’attablaient nos pères. La vie
-de cour et de salon avait de calmes et longs loisirs; on ne lisait point
-hâtivement, avec la crainte toujours de n’avoir pas le temps. Une
-lecture suffisait pourvu qu’elle durât, qu’elle pût occuper les
-veillées, être reprise à tous les intermèdes d’une existence que
-n’activait même pas l’émotion guerrière. Il ne fallait point non plus
-l’angoisse poignante, la passion qui assombrit le roman moderne. On
-voulait un récit qui ne fût pas un drame trop vivement conté, obligeant
-à lire d’un trait, mais quelque chose d’un intérêt continu, un livre que
-l’on pût feuilleter sans précipitation, sans l’anxiété qui fait courir à
-la dernière page, qui eût mille petits dénoûments secondaires,
-permettant de s’arrêter ici et là, sans que la curiosité trop excitée en
-souffrît. Et c’est comme cela qu’on s’explique le succès de ce long,
-compendieux roman[c] de l’_Astrée_, avec ses cinq énormes volumes.
-
-On voulait aussi qu’un livre pût être discuté, qu’il servît de thème aux
-conversations. Après avoir lu quelques pages, on allait en parler dans
-une ruelle. Et l’on discutait sur un de ces cas curieux de psychologie
-amoureuse que d’Urfé, continuellement, soumet à son lecteur.
-
-Cette psychologie, qui, sans être très profonde, ne manque pas de
-subtilité, séduisait alors beaucoup. Et l’on raffolait de certaines
-petites analyses de sentiments, telles que celles-ci. La bergère Astrée
-pleure la perte de Céladon qui s’est allé jeter dans les eaux du
-tranquille Lignon, devenu pour la circonstance un torrent impétueux.
-Toutefois elle n’est pas fâchée qu’il lui ait donné cette preuve
-d’amour, et, bien femme, elle a un sourire de satisfaction au milieu de
-ses larmes... «Elle recevait un déplaisir extrême de la mort de Céladon,
-et toutefois elle n’était point sans quelque contentement au milieu de
-tant d’ennuis, connaissant que véritablement il ne lui avait point été
-infidèle.»
-
-Astrée a fait semblant d’aimer Lycidas; une bergère lui dit très
-justement: «A quoi nous servait, pour cacher ce que vraiment nous
-aimions, de faire croire un amour qui n’était pas... puisque vous deviez
-bien autant craindre que l’on crût que vous voulussiez du bien à Lycidas
-comme à Céladon?--Ma sœur, ma sœur, répliqua Astrée, lui frappant de la
-main sur l’épaule, nous ne craignons guère qu’on pense de nous ce qui
-n’est pas, et au contraire le moindre soupçon de ce qui est vrai ne nous
-laisse aucun repos.»
-
-On se pâmait sur ces mille menues observations du cœur humain:
-
-«Et quoiqu’elle reconnût que vraiment c’était lui, se disputait-elle le
-contraire en son âme, suivant la coutume des personnes qui veulent
-toujours fortifier comme que ce soit leur opinion.»
-
-Enfin on était ravi de retrouver des discussions très subtiles, des duos
-d’amour tels qu’on en entendait à l’hôtel de Rambouillet, tels que celui
-que nous transcrivons d’Alcippe et d’Amaryllis:
-
-«Je n’eusse jamais cru avoir si peu de force que de ne pouvoir résister
-aux coups d’un ennemi qui me blesse sans y penser...» Elle lui répondit:
-«Celui qui blesse par mégarde ne doit pas avoir le nom d’ennemi.--Non
-pas, répondit-il, ceux qui ne s’arrêtent pas aux effets, mais aux causes
-seulement... Quant à moi, je trouve que celui qui offense comme que ce
-soit est ennemi, et c’est pourquoi je vous puis bien donner ce nom.»
-
-Le dialogue, engagé sur ce ton-là, ne s’arrêtera plus. Mais on ne s’en
-impatientait pas, et l’on trouvait agréables des compliments dans le
-goût de celui-ci: «C’est de votre glace que procède ma chaleur, et de ma
-chaleur votre glace.»
-
-A ce moment, on avait aussi la rage des petits vers: M. de Montausier
-lui-même, comme on l’a fait remarquer, était plus capable de faire les
-vers d’Oronte que de les juger dignes du cabinet. Tout honnête homme se
-piquait d’un peu de littérature, et après s’être fait convenablement
-prier, se levait pour dire, en se dandinant d’un air satisfait:
-«Sonnet... c’est un sonnet!» Les petits abbés ne venaient point en
-visite sans rimer quelque impromptu, déclamer quelque madrigal, en
-s’écriant:
-
- Et c’est dans votre cour que j’en viens d’accoucher!
-
-Les vers de d’Urfé servirent au succès de l’_Astrée_. Il sema tout son
-roman de petites pièces écrites dans le goût du temps. Il ferait beau
-voir que l’on puisse être amoureux sans rimer!... Et ces bergers, dès
-qu’ils ont un chagrin ou une joie, vite vont l’écrire sur l’écorce d’un
-arbre, en vers. Il fallait par-ci par-là, des madrigaux: d’Urfé ne prend
-guère la peine de les amener; il sait qu’après quelques pages de prose
-on attend un peu de poésie, et tout bonnement, il arrête le récit pour
-dire:
-
-«Et sur ce sujet, un jour qu’il fut prié de chanter, il dit de tels
-vers...»
-
-Ou bien:
-
-«Après qu’ils furent séparés, Alcippe grava de tels vers sur un
-arbre...»
-
-La plupart de ces vers sont déplorables, il faut le dire. Mais dans le
-nombre on en peut noter quelques-uns de jolis. En voici quatre que nous
-citons pour leur coupe toute moderne, un je ne sais quoi qui rappelle
-les vers de M. Sully Prudhomme:
-
- Quoique l’Espérance soit morte,
- Désir, pourtant tu ne meurs pas!
- . . . . . . . . . . . . . . . .
- Le désir me demeure en l’âme,
- Bien que l’espoir en soit ôté...
-
-Par toutes ces fadeurs, par tout cet artificiel, le roman devait plaire.
-Chacun alla habiter en imagination ce pays de Forest qui, tel que d’Urfé
-le dépeignait, paraissait si bien fait pour des gens frivolement
-amoureux, avec son paysage de décors, joli et frais, comme peint, et ses
-grands arbres dont les troncs noueux se couvrent d’inscriptions rimées,
-de chiffres entrelacés, et ces fontaines, ces grottes merveilleuses, ces
-apparitions de nymphes dans le feuillage... O le ravissant pays!
-n’est-ce pas le pays du Tendre lui-même? La nature y est complice,
-_truquée_, comme nous dirions aujourd’hui: un petit bois s’offre toutes
-les fois qu’on en a besoin; sous les pas des couples enlacés le sol se
-feutre d’un gazon épais; le soleil se couche à propos, la lune éclaire
-au bon moment, des rochers tapissés de mousse prêtent pour s’asseoir à
-deux une place engageante; et les vieux arbres sont creux, pour servir
-de boîte aux lettres...
-
-Ce petit coin délicieux où tout, par une divinité invisible, a été
-arrangé pour qu’on s’y aime à l’aise, devait paraître un paradis à cette
-société qui subordonnait tout à l’amour. Car on était alors parfait
-amant, et rien de plus; tout autre sentiment que celui d’_honneste
-amitié_ était étouffé. A tel point que lorsqu’Astrée perdit ses parents,
-«ce ne fut pour elle un faible soulagement, pouvant plaindre la perte de
-Céladon sous la couverture de celle de son père et de sa mère». Le petit
-calcul de la tendre bergère n’est-il pas du dernier touchant? Et d’Urfé
-nous conte cela naïvement, sans y rien voir de mal. Il semble, d’après
-ces deux lignes négligemment jetées, que les liens de famille au XVIIe
-siècle n’étaient pas très resserrés.
-
-Comme dernier élément de succès, notons les allusions contemporaines.
-Mais il faut se garder de voir dans l’_Astrée_ un roman à clef. On a
-voulu tout expliquer; cela paraît absurde. Ce qui est vrai, c’est
-qu’Henri IV est représenté sous les traits d’Euric, roi des Wisigoths,
-Bellegarde sous ceux d’Alcidon; la belle Daphnide n’est autre que
-Gabrielle d’Estrées.
-
-Si après avoir expliqué le succès de l’_Astrée_ nous voulons le
-constater, cela nous est facile dans tous les écrivains du temps. Ce fut
-un des seuls romans qui, devant le clergé lui-même, trouvaient grâce.
-Pierre de Camus, évêque de Belley, adorait d’Urfé. François de Sales
-lui-même en fut l’admirateur. L’_Histoire littéraire des Bénédictins_
-dit qu’Honoré d’Urfé tira les romans de la barbarie dans laquelle ils
-avaient végété jusqu’alors. Les esprits les plus graves furent séduits:
-Honoré d’Urfé exerce sur toute la littérature classique une grande
-influence. Patru savait par cœur trois volumes de l’_Astrée_, et La
-Fontaine en faisait ses délices, malgré sa peur des grands ouvrages. Il
-a dit de d’Urfé:
-
- Étant petit garçon, je lisais son roman,
- Et je le lis encore, ayant la barbe grise.
-
-Boileau en a fait un bel éloge: «d’Urfé a soutenu, dit-il, l’intérêt de
-sa longue pastorale par une narration également vive et fleurie, par des
-fictions très ingénieuses et par des caractères aussi finement imaginés
-qu’agréablement variés et bien suivis.»
-
-Longtemps après l’apparition du livre, la vogue de l’_Astrée_ était
-extraordinaire dans les salons, dans le monde. Un honnête homme est tenu
-de savoir son _Astrée_: on peut le questionner. Et même cela devient un
-passe-temps, un jeu de société: «Chez l’abbé de Gondy on se divertissait
-entre autres choses à s’écrire des questions sur l’_Astrée_, et qui ne
-répondait pas bien payait pour chaque faute une paire de gants de
-frangipane...» Il ne fallait pas se tromper sur les aventures de Céladon
-et de Sylvandre; on devait, pour être du bel air, en connaître tous les
-détails. Ce genre de succès, très mondain, restreint dans les limites
-des salons, ressemble peu à celui qu’obtiennent aujourd’hui les romans
-d’Émile Zola. Voit-on, dans une réunion élégante, au thé de cinq heures
-d’une mondaine, ces dames se distraire à poser des questions sur les
-aventures de Gervaise ou de Coupeau?...
-
-Ce succès ne fut pas seulement français. Il s’étendit dans toute
-l’Europe. Honoré d’Urfé reçut, vers 1624, une lettre fort curieuse,
-adressée par 29 princes ou princesses, 19 grands seigneurs ou dames
-d’Allemagne, qui ayant pris les noms des personnages de l’_Astrée_
-avaient formé l’Académie des vrais amants, une réunion pastorale à
-limitation de celles du roman. Datée du «carrefour de Mercure», elle le
-suppliait de prendre pour lui le nom de Céladon.
-
-L’_Astrée_ a rendu à la langue française un grand service en la tirant
-du pathos. Car les périodes trop fleuries, les expressions
-prétentieuses, n’empêchent pas le style d’être coulant, vif, aisé, même
-par moments ingénu, simple, et d’une grâce facile. C’est de la véritable
-prose française. La phrase se balance harmonieusement sans être trop
-longue. On a souvent cité le début, cette jolie description du pays du
-Forest et du Lignon. En mille endroits, le style est délicieux, d’une
-pureté parfaite. On a dit que d’Urfé avait préparé la langue dont
-allaient se servir les maîtres, la langue pure et élégante de Racine; et
-cela ne semble pas exagéré.
-
-Mais l’œuvre de d’Urfé, celle dont il faut le plus lui être
-reconnaissant, est celle qu’il a accomplie avec l’hôtel de Rambouillet.
-L’influence que son roman a exercée sur les mœurs est incontestable;
-cette société polie, raffinée du XVIIe siècle, que nous admirons, a
-copié l’_Astrée_. C’est à d’Urfé qu’on est redevable de toutes les
-élégances de sentir et de penser du siècle de Racine. C’est grâce à lui
-que l’on vit à Paris, au Louvre, à Chantilly, à l’hôtel de Soissons,
-s’ouvrir de véritables cours d’amour; la société déjà mise en goût de
-vertu par l’exemple de la marquise de Rambouillet acheva de se convertir
-à l’amour honnête qui lui paraissait si séduisant et prit de belles
-leçons de morale en écoutant la parole grave du druide Adamas qui, dans
-l’_Astrée_, fait toujours entendre la voix de la raison et de la vertu
-tolérante.
-
-Allons chercher dans M. Zola lui-même une expression qui peint bien ce
-que fit d’Urfé: «il planta les petites fleurs bleues de l’idéal dans la
-brutalité des désirs.» Et qui sait? peut-être est-ce grâce à lui
-qu’Henri IV, le roi joyeux viveur, peu délicat en fait d’amour, eut sa
-petite fleur bleue, lui aussi! Il aima une fois platoniquement, le
-libertin Béarnais; il conçut un pur amour, une respectueuse adoration
-pour la charmante Mme de Guercheville qui sut, avec une fermeté douce,
-le repousser. Et pourquoi ne pas reconnaître l’influence de l’_Astrée_,
-lorsqu’il lui écrit, à la veille d’une bataille: «Si je meurs, bien vous
-puis-je assurer que ma pénultième pensée sera à vous, et ma dernière à
-Dieu, auquel je vous recommande, et moi aussi...»?
-
-
-
-
-II
-
-
-Peindre la société qui lut l’_Astrée_--société d’élite cantonnée dans
-quelques salons, dont rien ne vit plus, placée maintenant au vrai point
-de vue pour l’observateur que n’agitent plus les passions, qui ne
-cherche plus à défendre les thèses du moment,--est en somme chose aisée.
-Mais donner la physionomie de l’heure présente, de l’heure qui sonne
-pour une société démocratique étendue à l’infini, où tout se mêle, se
-confond,--paraît plus difficile. Ce n’est plus un petit coin qu’il faut
-montrer, la société n’est plus composée d’un seul groupe lettré et
-délicat, c’est tout un monde énorme qu’il faudrait étudier. Cela devient
-presque impossible.
-
-Il importe cependant, après avoir replacé d’Urfé dans la société qu’il
-anime, de camper dans son siècle, dans son milieu, Émile Zola. Ce sera
-l’étudier d’après ses principes mêmes.
-
-Quel changement apporté par deux siècles! Un abîme profond s’est creusé,
-dont les rives, maintenant lointaines, ne paraissent pas avoir pu être
-autrefois réunies.
-
-La poésie et ses banalités tendres, la galanterie exquise dont le nom
-lui-même a été profané odieusement, toutes ces douces inutilités dont le
-souci du positif, le goût du pratique et du réel n’ont rien à faire, ont
-été balayées. La place est nette; et le siècle dans son orgueil, se pare
-de ces ruines croulantes; il se glorifie de sa vieillesse; les
-décadences n’ont jamais été portées avec une telle fierté; les hontes
-s’avouent. Bien vieille en effet cette société qui a tout vu, tout
-appris sans s’instruire, qui a essayé et brisé tant d’outils, qui se
-raille des enthousiasmes des sociétés jeunes, à qui reste seulement le
-culte de la matière, du tangible! On ne se laisse plus bercer par les
-contes bleus, par les rêveries poétiques. On pense moins qu’on ne
-compte. Nous vivons sur une table de Pythagore, pour emprunter
-l’expression d’une héroïne de M. Dumas, un des contempteurs les plus
-âpres, les plus impitoyables de son siècle. On ne s’amuse pas, on jouit.
-Les goûts ont fait place aux besoins, les désirs vagues d’idéal, de
-bonheur vrai, aux appétits dont la brutalité s’affiche.
-
-On est loin certes des rubans et des dentelles; il n’y a plus
-d’élégance, ou du moins ce n’est qu’une élégance extérieure,
-superficielle (bien contestable d’ailleurs), qui masque à peine le fond
-de grossièreté, la parfaite inélégance dans les façons de sentir et de
-penser. La notion de l’amour a subi l’atteinte de cette dépravation
-générale, le culte chevaleresque est disparu, son rite ridiculisé!
-
-Surprenez quelques-uns des madrigaux qu’adressent les jeunes hommes aux
-jeunes femmes d’aujourd’hui; vous n’aurez certes pas à en admirer la
-discrétion, l’expression contenue: ils sont le plus souvent d’un cynisme
-à peine déguisé, et le désir s’y exprime plus que l’amour. Car on entre
-maintenant de plain-pied du monde où l’on ne respecte pas les femmes
-dans celui où on est obligé à des égards--on passe de l’un à l’autre si
-rapidement d’ordinaire qu’on n’a pas le temps toujours de changer
-d’habitudes, de langage. L’argot a envahi peu à peu les salons. Ne
-valait-il pas mieux la belle langue pure, un peu cérémonieuse,
-d’autrefois--ou même le jargon des précieux?
-
-Nous sommes dans une période de transition, comme toutes les périodes
-dites décadentes, malades de progrès, d’industrie, de science. Nous
-sommes dans un siècle de démolition; «une poussière de plâtre emplit
-l’air, les décombres tombent avec fracas.» Plaise à Dieu qu’ils ne se
-trompent pas ceux qui ajoutent avec Zola: «Demain, l’édifice sera
-reconstruit»!
-
-Nous vivons dans la fièvre: il nous faut des œuvres fiévreuses. Comme le
-dit le chef de l’école naturaliste, «nous nous plaisons à fouiller dans
-les plaies, à descendre toujours plus bas, avides de connaître le
-cadavre du cœur humain». On ne veut plus vivre dans le convenu; on
-repousse les banalités doucereuses du mensonge. Vaut-il pas mieux
-traiter cette société énervée par les «fortifiantes brutalités de la
-vérité?»
-
-Et alors on voit paraître des livres que nul n’aurait osé signer
-autrefois. Le lecteur, peu à peu habitué par les journaux qui racontent
-tout, finit par ne plus se choquer de rien. Et on s’accoutume si bien à
-la littérature malsaine que c’est, comme on la dit, le livre honnête que
-l’on cache et que l’on rougit de lire.
-
-On se laisse entraîner par le courant, car cette littérature a sa
-grandeur, sa force. «Cela vous monte à la tête, comme un vin puissant;
-on s’oublie à lire, mal à l’aise et goûtant des délices étranges.» La
-théorie artistique le proclame: peu importent l’hygiène, la santé
-morale--il faut du vrai, du vécu; on veut retrouver un homme dans chaque
-œuvre, et l’on sait bien que l’homme a des bassesses. «Une œuvre d’art
-est un coin de la création vu à travers un tempérament.» Voilà la grande
-formule. Peu importe que ce tempérament soit plus ou moins ardent, plus
-ou moins libertin.
-
-Zola, avec sa franchise qui ne recule devant rien, le dit bien haut, et
-presque toute l’époque le répète après lui: «J’aime les ragoûts
-littéraires fortement épicés, les œuvres de décadence où une sorte de
-sensibilité maladive remplace la santé plantureuse des époques
-classiques. Je suis de mon âge.»
-
-Et malheureusement tous, nous sommes de notre âge: et qui sait même où
-nous irons, à force d’être de notre âge?
-
-La théorie de Zola est fort simple: point de héros, des hommes. La vie
-doit être étalée, racontée telle qu’elle est, dans sa banalité comme
-dans ses brutalités. L’intrigue habilement nouée, le _deus ex machinâ_,
-ces ressources de la scène, sont écartées; c’est le journal quotidien,
-par doit et avoir, des faits. La nouvelle école, «lasse des héros et de
-leurs mensonges, s’est aperçue qu’elle n’avait qu’à se baisser, à
-déshabiller le premier passant venu, pour faire du terrible et du
-grand». Oui; mais le premier passant venu est souvent, presque toujours,
-l’être banal, commun, étranger à ce «terrible» et à ce «grand» qui
-attachaient et passionnaient dans le roman d’autrefois, ce roman relégué
-par les nouveaux venus dans l’armoire aux jouets cassés, aux amusettes
-d’enfants.
-
-Émile Zola veut laisser dans le roman le moins de place possible à la
-création. «Le don de voir est moins commun que celui de créer.» Zola ne
-voit point le sophisme: l’auteur qui crée a vu déjà; l’étude de
-l’individu et l’observation des détails lui sont indispensables pour la
-conception du type et de l’ensemble. Zola pousse à fond son idée,
-ingénieusement suivie d’ailleurs. «De même qu’autrefois on disait d’un
-romancier: il a de l’imagination, je demande qu’on dise aujourd’hui: il
-a le sens du réel.»
-
-Les romans seront ainsi de fortes pages d’étude; leur intérêt sera dans
-la nouveauté des documents et l’exactitude des peintures. Ils seront
-enfin le «procès-verbal humain» que rêve la nouvelle école.
-
-Le romancier que veut être Zola, il nous l’a dit en deux lignes: «Celui
-qui a le sens du réel, et qui exprime avec originalité la nature en la
-faisant vivre de sa vie propre...»
-
-Est-il arrivé à faire des tableaux aussi vrais qu’il le prétend? C’est
-ce que nous ne croyons pas. Il l’avoue lui-même: le romancier, à notre
-époque, ne se dégage pas assez du littérateur. Il reconnaît qu’on trouve
-trop de plaisir à polir une phrase, à La faire harmonieuse, et qu’on a
-des recherches exagérées d’expressions. Il craint que bien des œuvres
-d’aujourd’hui ne soient que de «jolis joujoux» qui ne resteront pas. Il
-va jusqu’à regretter la belle prose simple du XVIIe siècle.
-
-Et en effet, c’est là ce qui lui manque, à lui, presque toujours,
-presque partout, la simplicité. Il prétend en outre nous montrer la vie
-toute plate, toute banale, dans son désordre. Mais il n’y parvient pas
-toujours, car il y a une ordonnance souvent parfaite dans ses romans. Le
-dénouement romanesque n’existe pas si l’on veut; mais on voit que
-l’auteur, pour nous donner une image parfaite de la vie, va remettre les
-personnages dans la position où ils étaient au commencement, et nous
-montrer, la crise une fois passée, l’existence humaine reprenant son
-train bourgeois. Mais pour en arriver là il faut quelquefois déployer
-plus d’art que pour ménager un dénouement, et cet art peut se laisser
-sentir. On aboutit aussi à écarter trop l’imprévu, à faire notre vie
-trop banale. Nous savons tous qu’il se passe quelquefois des drames
-singuliers, compliqués, presque semblables à ceux qu’inventent les
-auteurs méprisés par Zola.
-
-Du reste, lui, si prosaïque, si brutal, qui crie contre le lyrisme,
-n’a-t-il pas souvent composé ses romans comme de véritables poèmes? Il y
-a chez lui une étrange, une vigoureuse poésie, qu’il dégage de la
-matière. Je ne parle pas de ses premiers romans, _Madeleine Férat_ par
-exemple, où l’on noterait des tirades d’amour dignes du théâtre de
-Victor Hugo. Mais dans ses romans les mieux observés, ceux dans lesquels
-il ne s’est infiltré, comme il dit, aucun lyrisme, qui passent pour être
-d’une terrible brutalité, tels que la _Curée_, _Nana_, _Pot-Bouille_,
-etc...; réussit-il à peindre avec une parfaite vérité? C’est encore
-contestable.
-
-Qu’il le veuille ou non, il a exagéré le mal. Ou pour mieux dire (car le
-mal existe certainement, peut-être aussi horrible qu’il nous le
-dépeint), il n’a rien vu de la partie saine. On citera telle ou telle
-page, très vertueuse, très honnête: mais on sait bien que ce sont là des
-exceptions. Quand il a étudié la bourgeoisie, les classes riches, il les
-a étudiées par les cours intérieures, par les communs. Et le peuple, il
-l’a étudié par le mastroquet, par l’_Assommoir_. Dans sa maison de
-_Pot-Bouille_, tous ses bourgeois sont des misérables, et des abîmes de
-perversité se creusent «derrière leurs belles portes d’acajou verni». Il
-y a peut-être dans tout l’hôtel une famille honnête: il ne nous en dit
-rien, il nous la montre seulement sortant en voiture, et cela lui
-suffit, de nous l’avoir fait admirer une fois, à travers les glaces du
-coupé. Dans son _Assommoir_, tous ses ouvriers sont des ivrognes, des
-dépravés. Et s’il veut en peindre un honnête, rangé, le bonhomme mal
-campé sur ses pieds est tout de suite ridicule, gauche: son _Gueule
-d’Or_ prête à rire, avec ses sermons.
-
-Il semble pourtant que la meilleure partie de son œuvre soit précisément
-cet _Assommoir_ et tout ce qui ne prétend pas décrire le monde brillant,
-le monde riche. Car celui-là, Zola en donne la plus fausse idée: il le
-peint en homme qui en a toujours vécu éloigné; il en décrit les luxes
-avec une véritable naïveté, parlant des intérieurs somptueux comme en
-doit parler un ouvrier socialiste qui n’en a jamais visité un. Il croit
-aux raffinements inouïs, aux baignoires d’argent, aux moindres objets en
-or fin, aux serres qui sont de véritables forêts vierges, aux boudoirs
-où s’entassent des fortunes en bibelots. Il exagère, il exagère
-toujours: c’est là son maître défaut, celui où se trahit le Provençal.
-Dans ce décor éblouissant qui tient du conte de fées, il ne fait mouvoir
-que des corrompus, que d’horribles vicieux, Là encore, il n’a rien voulu
-voir de ce qu’il peut y avoir de bon, d’honorable. Et n’en trouvons-nous
-pas la preuve dans cet aveu étonnant: «Nous autres, manants, gens de
-petite fortune, nous ne connaissons le monde que par les procès
-scandaleux qui éclatent chaque hiver...»?
-
-Tout s’explique alors. Il étudie sur les exceptions. Car il nous est
-permis d’avancer que les procès sont des exceptions. On comprend qu’en
-travaillant de la sorte, Zola ne peut voir que ce qu’il y a de pire, ce
-que la société rejette chaque année. «Le monde, s’écrie-t-il, le voilà
-quand une passion le secoue, quand un drame violent le jette en dehors
-de ses politesses et de ses convenances.» C’est-à-dire: le monde, le
-voilà quand il n’est plus le monde. Puisque Zola veut étudier la vie
-ordinaire, dans son train de tous les jours, qu’il étudie la société
-dans ses habitudes, dans ses mœurs, lorsqu’elle n’est point «secouée».
-Qu’il n’aille pas choisir justement pour la dépeindre, le moment où elle
-est en plein «drame violent»: d’abord parce que c’est imiter les
-romanciers qu’il décrie, qui cherchent l’extraordinaire, le poignant, et
-puis parce qu’il ne nous montre pas la vie banale, la vie qu’il nous a
-promis de copier.
-
-Ceci ne fait point que nous n’admirions Zola; il a écrit des pages
-superbes, des pages qui resteront: plus que tout autre, il a l’art de
-décrire, de donner l’impression. On garde le souvenir d’un roman de lui
-comme d’une chose qu’on a vue. On ne saurait lui nier la puissance, la
-grandeur, souvent l’éloquence indignée. Enfin, il faut respecter en lui
-la foi, la foi sincère, vibrante, que quelques-uns ont voulu mettre en
-doute, mais qui existe cependant chez lui. Nous avons peu d’écrivains
-plus convaincus.
-
-Il nous reste à voir, comme pour d’Urfé, les services qu’il a pu rendre.
-N’hésitons pas à dire qu’il a nui. Au point de vue moral, quoiqu’il
-prétende être d’une lecture fortifiante, il a aidé certainement à la
-dépravation. Nous avons entendu dire à un médecin d’esprit supérieur
-qu’à notre époque où tout le monde est plus ou moins hystérique, il est
-impossible, scientifiquement impossible, qu’une jeune femme, un jeune
-homme lisent Zola sans en subir une atteinte pernicieuse. Certaines
-descriptions seraient d’un effet infaillible sur les nerfs d’un sujet un
-peu faible. Récemment, dans la _Revue des deux mondes_, M.
-d’Haussonville attribuait à la littérature naturaliste l’abaissement du
-sens moral, la recrudescence des crimes. Il ne faudrait pas exagérer ces
-effets: ils existent pourtant.
-
-Au point de vue artistique, nous comprenons la thèse de Zola; nous
-admirons dans ces œuvres de décadence, comme il les appelle, ce qu’il y
-faut admirer, l’art, la puissance, la vérité. Il a le droit, lui, quand
-paraît un de ces romans de malades «où tout souffre, tout se plaint», de
-louer, de s’enthousiasmer: car il n’est qu’artiste, et nous savons bien
-qu’il ne s’occupe pas de l’ordure que les autres voient. Il a le droit,
-devant ce roman, de s’écrier: «J’ai pour lui la curiosité du médecin qui
-est mis en face d’une maladie nouvelle. Alors je ne recule devant aucun
-dégoût: enthousiasmé, je me penche sur l’œuvre, saine ou malsaine, et au
-delà de la morale, au delà des pudeurs et des puretés, j’aperçois tout
-au fond une grande lueur qui sert à éclairer l’ouvrage entier, la lueur
-du génie humain en enfantement.» Mais combien en est-il qui aient le
-droit de parler ainsi? C’est à un petit groupe très restreint
-d’artistes, de lettrés, de délicats que devraient s’adresser les œuvres
-de Zola. Je voudrais croire que pour ceux-là seuls il les a écrites, et
-qu’il s’irrite, comme il le dit, de voir ses livres achetés pour y
-chercher des gravelures. Mais le fait est indéniable; et ceux qui
-peuvent véritablement comprendre ce qu’a voulu l’auteur ne sont pas
-assez nombreux pour faire _monter si haut_ le chiffre des éditions de
-_Nana_ ou de _Pot-Bouille_.
-
-Au gros public ces livres ont fait du mal. On y a trop vu l’habileté, la
-coquinerie triomphantes. Enfin le vice y a trop été décrit, le vice qui,
-sous quelques couleurs qu’on le présente, ne fait jamais horreur. Ce
-pessimisme, dont tous ressentent les atteintes, n’est-il pas un des
-fruits de cette littérature? Je ne crois pas qu’après avoir lu la
-_Curée_ ou _Nana_ on voie la vie sous des couleurs claires et gaies. On
-se sent attristé, plein d’amertume, quand on ferme un des ouvrages de
-cet homme de grand talent qui s’enorgueillit d’être un «hypocondre».
-
-
-
-
-III
-
-
-Nous avons étudié les deux romanciers, après les avoir placés dans leurs
-milieux. Il est inutile d’insister sur les différences qui existent
-entre eux. D’un côté, l’ultra-sentimentalisme, de l’autre, le
-naturalisme brutal; ici, l’artificiel, le convenu; et là, l’affectation
-du naturel. Zola décrira les maladies les plus affreuses[2];--d’Urfé, au
-contraire, voulant faire allusion à une jeune femme atteinte de la
-petite vérole, supposera «une beauté qui se déchire le visage avec la
-pointe d’un diamant». Car il est de ceux dont parle Sainte-Beuve «qui
-cherchent avant tout, dans le roman, l’embellissement ou l’oubli de la
-vie». Ses peintures sont de fantaisie: «Quand j’ai visité les rives du
-Lignon, sur la foi de d’Urfé, disait Jean-Jacques à Bernardin de
-Saint-Pierre, je n’y ai trouvé que des forges et un pays enfumé.» Zola,
-lui, aurait décrit le pays enfumé et les forges.
-
- [2] Voir les peintures de la goutte (_La Joie de vivre_), du delirium
- tremens (_L’Assommoir_), la mort de Nana.
-
-Pourtant entre ces deux écrivains si opposés, placés aux deux extrémités
-d’une évolution opérée dans les mœurs, dans les esprits, ne pourrait-on
-trouver quelque chose de commun? Pour être éclos sous le même soleil,
-leurs talents n’auront-ils conservé aucune parenté? Ce sont deux
-novateurs, deux chefs d’école: tous deux traînent à leur suite une foule
-d’imitateurs qui les font méconnaître, qui nuisent à leurs théories par
-les applications bizarres ou excessives qu’ils en font. Mais ce n’est là
-qu’une coïncidence. Provençaux tous deux, n’ont-ils rien de commun en
-provençalisme?
-
-Tout de suite, nous remarquons chez eux la longueur, l’abondance
-immodérée des détails. N’est-ce pas là un peu le bavardage méridional?
-Et aussi une tendance naturelle, très marquée, à décrire? Nous touchons
-ici à cette importante question de la description, particulièrement
-intéressante à étudier dans Zola et dans d’Urfé.
-
-«Il serait bien intéressant, a dit Zola, d’étudier la description dans
-nos romans, depuis Mlle de Scudéry jusqu’à Flaubert. Ce serait faire
-l’histoire de la philosophie et de la science pendant les deux derniers
-siècles: car sous cette question littéraire de la description, il n’y a
-pas autre chose que le retour à la nature, ce grand courant naturaliste
-qui a produit nos croyances et nos connaissances actuelles. Nous
-verrions le roman du XVIIe siècle, tout comme la tragédie, faire mouvoir
-des créations purement intellectuelles sur un fond neutre, indéterminé,
-conventionnel; les personnages sont de simples mécaniques à sentiments
-et à passions, qui fonctionnent hors du temps et de l’espace; et dès
-lors le milieu n’importe pas, la nature n’a aucun rôle à jouer dans
-l’œuvre...»
-
-Zola se trompe. Très probablement, il n’a pas lu l’_Astrée_. Il y a chez
-d’Urfé une étonnante précision, la plus scrupuleuse exactitude dans les
-descriptions. Et nous n’hésiterions pas à dire qu’il est le premier qui
-ait introduit dans le roman le sentiment de la nature, encadrant les
-émotions du cœur humain. D’Urfé sait associer les impressions que nous
-font les paysages aux divers sentiments qui agitent ses héros. N’est-ce
-pas ainsi que l’on décrit aujourd’hui dans le roman, en montrant de
-quelle lumière triste ou rose s’éclaire un site, selon que nous sommes
-d’humeur joyeuse ou mélancolique?
-
-Sylvandre erre seul, la nuit, dans un bois, et «le lieu solitaire, le
-silence et l’agréable lumière se fait complice de sa rêverie.» «Tout ce
-qu’il voyait et tout ce qui se présentait devant lui ne servait qu’à
-l’entretenir en cette imagination.»
-
-Ceci ne paraît-il pas tout moderne? Sylvandre a surpris les confidences
-de Diane à Astrée:
-
-«Il se retira vers ses compagnons aussi doucement qu’il en était parti,
-et ayant repris sa place, et regardé si quelqu’un de ces bergers ne
-veillait point, et trouvant qu’ils étaient tous profondément endormis,
-il se mit à la renverse, et les yeux en haut, il considérait à travers
-l’épaisseur des arbres les étoiles qui paraissaient et les diverses
-chimères qui se formaient dans la nue; mais il n’y en avait point tant,
-ni de si diverses, que celles que les discours qu’il venait d’ouïr lui
-mettaient en la pensée...»
-
-Toutefois la description chez d’Urfé n’a pas les mêmes caractères que
-chez Zola. Elle n’est pas toujours _vivante_ comme celles que Zola
-s’efforce de faire. Car la nouvelle école essaie de faire une traduction
-de la nature, comme dit Zola, qui _respire_ «dans ces frissons notés,
-ces chuchotements balbutiés, ces mille souffles rendus sensibles...».
-
-«C’est injustement rapetisser notre ambition que de vouloir nous
-enfermer dans une manie descriptive n’allant pas au delà de l’image plus
-ou moins peinturlurée.»
-
-Ce qui multiplie aussi les descriptions chez les romanciers de l’école
-naturaliste, c’est l’amour passionné de la nature; ils en sont arrivés à
-mettre une âme dans tout, à faire souffrir le paysage pour ainsi dire.
-C’est là ce qui distingue bien leurs descriptions de celles de d’Urfé.
-«La passion de la nature nous a souvent emportés, et nous avons donné de
-mauvais exemples par notre exubérance, par nos griseries de grand air.
-Rien ne détraque plus sûrement une cervelle de poète qu’un coup de
-soleil. On rêve alors toutes sortes de choses folles; on écrit des
-œuvres où les ruisseaux se mettent à chanter, où les chênes causent
-entre eux, où les roches blanches soupirent comme des poitrines de femme
-à la chaleur de midi. Et ce sont des symphonies de feuillages, des rôles
-donnés aux brins d’herbe, des poèmes de clartés et de parfums. S’il y a
-une excuse possible à de tels écarts, c’est que nous avons rêvé
-d’élargir l’humanité, et que nous l’avons mise jusque dans les pierres
-du chemin.»
-
-Ce n’est évidemment pas avec cette poésie de la matière que d’Urfé
-dépeint. Mais il semble pourtant qu’il ait compris la description comme
-Zola, lorsque celui-ci la définit «un état du milieu qui détermine et
-complète l’homme.» Dans l’_Astrée_, les héros sont toujours placés dans
-un certain milieu; on décrit avec soin le fond sur lequel ils se
-meuvent, et aussi leur manière de se mouvoir. D’Urfé peint toute chose
-avec une extrême vérité qui étonne lorsqu’on le lit aujourd’hui, et
-paraît toute moderne. Il montre ses personnages, et note soigneusement
-tous leurs mouvements, tous leurs gestes. On ne les entend pas
-seulement, on les voit parler: «Se tournant vers moi, comme souriant,
-elle dit en penchant dédaigneusement la tête de son côté.» Il y a dans
-l’_Astrée_ des petites scènes que l’on pourrait mimer. Si nous ouvrons
-au hasard un roman de Zola, nous trouvons ce moyen employé; ainsi dans
-une _Page d’Amour_ l’arrivée du soldat, «le petit bonhomme bêta»
-cherchant dans sa poche la lettre qu’on lui a confiée. Tous ses gestes
-sont notés; on les suit jusqu’au dernier, très trivial, de se taper sur
-les cuisses, désespéré. C’est là ce qu’on rencontre sans cesse chez
-d’Urfé. On voit bien la succession des mouvements de Galathée au moment
-où, assise entre ses deux compagnes, sur les rives du Lignon, elle
-aperçoit à travers les arbres Céladon évanoui:
-
-«Parce qu’elle croyait d’abord que ce fut un berger endormi, elle
-étendit les mains de chaque côté sur ses compagnes... puis, sans dire un
-mot, mettant le doigt sur la bouche, leur montra de l’autre main, entre
-ces petits arbres, ce qu’elle voyait, et se leva le plus doucement
-qu’elle put pour ne l’éveiller.»
-
-D’Urfé se préoccupe toujours de montrer les attitudes, de poser ses
-personnages, procédé encore tout moderne. Nous voyons Astrée «qui déjà
-s’étant assise sur un vieux tronc, le coude appuyé sur le genouil, la
-joue sur la main, se soutenait la tête et demeurait pensive...».
-
-Quand le berger et la bergère causent, assis l’un près de l’autre, tout
-comme un romancier d’aujourd’hui il nous montre l’endroit: «Un tertre un
-peu relevé, contre lequel la fureur de l’onde allait se rompant, soutenu
-par en bas d’un rocher tout nu, couvert en dessus seulement d’un peu de
-mousse...»; et nous voyons le berger qui, tout en causant ainsi au bord
-de l’eau, distraitement «frappe dans la rivière du bout de sa houlette».
-
-S’il est vrai que sa description manque d’âme, n’a pas cette vie qui
-circule dans celle de Zola, et qu’on sent souvent, lorsqu’elle se
-prolonge, que l’auteur prend à la faire un «plaisir de rhétoricien», si
-elle ressemble à celle de Théophile Gautier, elle n’en est pas moins
-souvent gracieuse, et dément l’assertion de Zola qui nie qu’on ait
-décrit dans le roman au XVIIe siècle.
-
-Cette description semble d’aujourd’hui: «Sur le penchant du vallon
-voisin, duquel ce petit ruisseau arrose le pied, il s’élève un bocage
-épais, branche sur branche, de diverses feuilles. Là, les arbres s’entre
-ombragent, épandus l’un sur l’autre, de sorte que malaisément
-pouvaient-ils être percés du soleil, et par ainsi au plus haut du midi
-même, _une chiche lumière d’un jour blafard y pâlissait d’ordinaire_.»
-
-D’Urfé se rapproche encore de Zola par l’extraordinaire minutie, par
-l’amour du petit détail. Quand il peint les tableaux de la Grotte
-merveilleuse, il nous fait exactement voir la position de ses Amours. En
-voici un qui, «ayant mis la corde à un des bouts de l’arc, afin de la
-mettre en l’autre, baisse ce côté en terre, et du genou gauche plie ce
-côté en dedans; de l’estomac il s’appuie dessus, et de la main gauche et
-de la droite, il tâche de faire glisser la corde jusqu’en bas. Cupidon
-est un peu plus haut, de qui la main gauche tient son arc, ayant la
-droite encore derrière l’oreille, le coude levé, les trois premiers
-doigts entre ouverts et presque étendus».
-
-Ne serait-il pas piquant enfin de montrer dans quelques descriptions
-d’Urfé naturaliste, d’Urfé aussi réaliste qu’a pu l’être Zola? Voilà
-sans doute ce que peu de gens soupçonnent. Prenons cette vieille qui est
-dépeinte «une baguette en la main droite, un livre tout crasseux en
-l’autre, avec une chandelle...». Les oppositions des ombres, les effets
-de la chandelle entre les obscurités de la nuit, sont notés comme par
-Zola lui-même: «le côté gauche du visage fort clair, la bouche
-entrouverte paraît par le dedans claire, autant que l’ouverture permet à
-la clarté d’y entrer; le bras qui tient la chandelle, vous le voyez
-auprès de la main fort obscur, à cause que le livre qu’elle tient y fait
-ombre, et le reste est si clair par le dessus qu’il fait plus paraître
-la noirceur du dessous.»
-
-Voici une page, la description d’un noyé, qui est du pur naturalisme, il
-n’y aurait pas un mot à changer pour l’introduire dans un livre moderne:
-
-«Il avait encore les jambes en l’eau, le bras droit mollement étendu
-par-dessus la tête, le gauche à demi tourné par derrière et comme engagé
-sous le corps. Le cou faisait un pli en avant pour la pesanteur de la
-tête qui se laissait aller en arrière; la bouche, à demi entrouverte et
-presque pleine de sablon, dégouttait encore de tous côtés; le visage en
-quelques lieux égratigné, souillé, les cheveux qu’il portait assez longs
-si mouillés que l’eau en coulait comme de deux sources le long de ses
-joues; le milieu des reins était tellement avancé qu’il semblait rompu,
-et cela faisait paraître le ventre plus enflé, quoique, rempli de tant
-d’eau, il le fût assez de lui-même.»
-
-Le dernier trait est tout à fait remarquable: «Au même instant l’eau
-qu’il avait avalée ressortit en telle abondance, que Nyope eut opinion
-qu’on pouvait le sauver.»
-
-Nous pourrions citer encore bien de ces descriptions. En quelques mots,
-d’Urfé nous montre le petit Sanymède «grasset, potelé, blanc, les
-cheveux dorés et frisés», ou un nègre horrible, «le visage reluisant de
-noirceur, les cheveux raccourcis et mêlés, la barbe à petits bouquets,
-la bouche grosse, les lèvres renversées et presque fendues sous le
-nez.»--Ce tableau de Saturne dévorant ses enfants prouvera que ce n’est
-point un paradoxe de soutenir qu’il y ait du naturaliste dans d’Urfé. Il
-nous montre le dieu «la bouche dégouttante de sang, pleine encore d’un
-morceau de ses enfants dont il avait un demi mangé en la main gauche,
-auquel par l’ouverture qu’il lui avait faite au côté avec les dents on
-voyait comme panteler les poumons et trembler le cœur...» L’enfant a la
-tête renversée, «les jambes élargies d’un côté et d’autre, toutes
-rougissantes du sang qui sortait de la blessure que ce vieillard lui
-avait faite, de qui la barbe longue et chenue se voyait tachée des
-gouttes de sang qui tombaient du morceau qu’il tâchait d’avaler. Ses
-bras et jambes nerveuses et crasseuses étaient en divers endroits
-couvertes de poils, aussi bien que ses cuisses maigres et décharnées».
-
-Ainsi, tout comme Zola, d’Urfé a eu la passion de décrire: il a
-introduit dans le roman le sentiment de la nature, que plus tard Zola
-ramène, après George Sand, en le concevant d’autre manière. Les deux
-romanciers ont ce même soin du menu détail, de la précision. Ils en
-arrivent l’un et l’autre à écrire de trop longues pages d’inventaire. Et
-ces descriptions auront sans doute la même fortune. Combien de celles de
-d’Urfé aujourd’hui nous paraissent insupportables! Et pourtant elles
-durent intéresser autrefois, alors qu’elles montraient les choses de
-l’époque, qu’elles portaient sur ce qui plaisait. Que de descriptions
-chez Zola paraîtront aussi fastidieuses que celles de l’_Astrée_!
-
-Nous cherchions quel caractère commun pourrait trahir en ces deux
-Provençaux leur pareille origine, pourquoi ne pas nous arrêter à ce goût
-très vif qu’ils ont tous deux de dépeindre, d’énumérer longuement, à
-cette habitude bien provençale de faire tout voir à celui à qui on
-raconte, de n’omettre rien? Notre amour du pittoresque se révèle dans
-ces paysages vivement brossés, enlevés de verve. Et ne pouvons-nous pas
-reconnaître notre prolixité, notre bavardage légendaires, dans les
-interminables pages de description ennuyeuse, infatigable, vide?
-
-
-
-
-IV
-
-
-Le roman sentimental confond la mièvrerie et la grâce, le subtil et le
-fin, le maniéré et le joli; le roman naturaliste, la violence et la
-force, la brutalité et l’énergie.
-
-L’un aboutit à la convention, à la fadeur, à la chimère; l’autre à
-l’exagération ou à la médiocrité. On peut dire des rapports du roman
-sentimental et du roman réaliste ce que M. Paul Bourget dit de ceux du
-roman réaliste et du roman piétiste, qui est aujourd’hui le dernier
-terme du roman idéaliste: «Chacun d’eux n’est pas seulement coupable de
-ses propres fautes; les premiers doivent répondre aussi des réactions
-antilittéraires chez ceux que révoltent leurs tableaux trop crus; les
-autres, par leurs fades inventions, redoublent chez les esprits
-énergiques le désir d’étonner le lecteur par le scandale...»
-
-N’y aurait-il pas un juste milieu à prendre? Où se place la vérité? Pour
-nous, il nous paraît que ce sera dans une observation impartiale, dans
-une peinture exacte, évitant les exagérations de couleur. Non point le
-réalisme, mais la nature.
-
-Pour voir juste, comme le demande Zola, pour avoir le «sens du réel»,
-dont il parle tant, il ne faut pas voir trop en beau, ou en fin, comme
-d’Urfé, ni trop en laid et en grossier comme Zola. La vérité montrée
-simplement, c’est là la grande tradition du roman français, qui va de la
-_Princesse de Clèves_ (surtout de cette première partie que Mme de
-Sévigné trouvait admirable) à _Manon Lescaut_, à _René_, à _Adolphe_,
-aux romans rustiques de George Sand, à la _Comédie_ et au roman de mœurs
-si humain de Balzac.
-
-Le débat entre les deux écoles correspond à l’éternelle lutte qui se
-prolonge en France entre l’esprit gaulois et l’esprit précieux. Il y eut
-de tout temps chez nous deux tendances qui se combattent et qui ne
-réussissent à se concilier que dans les très grands écrivains.
-Au-dessous d’eux, les uns sont gaulois, les autres précieux, dit M.
-Brunetière. Pour comprendre ce que nous voulons exprimer, il faut
-entendre le mot gaulois au sens où il l’emploie: «l’esprit gaulois est
-un esprit d’indiscipline dont la pente naturelle, pour aller tout de
-suite aux extrêmes, est vers le cynisme et la grossièreté.» Et l’esprit
-précieux est un esprit de mesure, de politesse, qui trop vite dégénère
-en esprit d’étroitesse et d’affectation.
-
-Les romanciers souverains seront ceux qui auront su n’être ni trop
-précieux par amour de l’idéalisme, du sentimental, ni trop réalistes par
-brutalité, par franchise cynique, et qui auront équilibré leur talent
-entre ces deux tendances, «également fortes parce qu’elles sont
-également intimes à l’esprit national».
-
-De ces maîtres du premier ordre dans l’art ingénieux, exquis, du roman,
-maîtres par la mesure, par l’équilibre, comme par le génie, par l’art de
-concilier l’idéal avec l’observation et la vérité humaine, notre
-Provence passionnée, excessive, en produira-t-elle jamais?
-
-Que l’avenir lui réserve ou non cette gloire, elle a celle d’avoir vu
-deux Provençaux porter au plus haut point d’éclat les deux formes
-opposées et extrêmes d’un genre littéraire excellemment français.
-
-Février-avril 1887.
-
-
-
-
-NOTES
-
-
-_Les notes indiquées dans le texte par des chiffres sont d’Edmond
-Rostand. Pour les distinguer, les notes que j’ai cru devoir ajouter sont
-appelées par des lettres et rejetées ici._--E. R.
-
-[a] Il semble que cette phrase contienne une erreur typographique et
-qu’il faille lire non pas: _les prêtres_, mais _les poètes_.
-
-[b] Un M. Tollon a été juge au tribunal de Marseille à l’époque où
-Edmond Rostand s’y trouvait adolescent. C’est probablement de lui qu’il
-s’agit ici.
-
-[c] Ed. Rostand prend ici l’adjectif _compendieux_, comme on le fait
-souvent par erreur, dans le sens de _long, interminable_ alors qu’il
-signifie au contraire: _bref_.
-
-
-
-
-TABLE
-
-
- Pages.
- Introduction V
- Le roman sentimental et le roman naturaliste 1
- Première partie 9
- Deuxième partie 38
- Troisième partie 55
- Quatrième partie 70
- Notes 74
-
-
-MACON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS.
-
-
-
-
-LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION
-
-
- BARTHOU (Louis), de l’Académie française. La bataille du
- Maroc, pet. in-8º 3 fr. 25
-
- BEDIER (J.), de l’Académie française. Les Légendes Épiques.
- Recherches sur la formation des chansons de geste. 2e
- édition revue et corrigée, 4 vol. petit in-8, chaque 10 fr.
-
- Couronné par l’Institut, Grand prix Gobert 1911 et prix
- Jean Reynaud, 1914.
-
- --Hommage à Gaston Paris, in-16 2 fr. 75
-
- --Discours prononcé à l’Académie française, le 3 novembre
- 1921 par M. J. Bédier, élu en remplacement d’Edmond
- Rostand, in-16 3 fr.
-
- CHARLIER (Gustave). Un amour de Ronsard «Astrée», in-8,
- portrait 5 fr.
-
- CYRANO DE BERGERAC. Œuvres libertines, p. p. Lachèvre,
- 2 vol. in-8 (Sous presse)
-
- FRANCE (Anatole), de l’Académie française. Sur la voie
- glorieuse, in-4, fac-similé 5 fr. 25
-
- MAURRAS (Charles). L’Étang de Berre. Les trente beautés de
- Martigues. La politique provençale. La Sagesse de Mistral.
- Maîtres et Amis: Le sacre d’Aix, P. Arsène, F, Amouretti,
- A. Guigou, Lionel des Rieux, J. Moréas. Barbares et
- Romans, 1915, in-8 10 fr.
-
- Quelques exemplaires sur Hollande. 50 fr.
-
- NOLHAC (Pierre de). Ronsard et l’humanisme, 1921, in-8.
- XI-365 pages 35 fr.
-
- Il a été tiré cinquante exemplaires sur papier vergé
- de Hollande. 60 fr.
-
- RIPERT (Émile). La Renaissance Provençale (1800-1860).
- 1918, in-8 de 550 p. 19 fr. 50
-
- Prix Bordin (Académie française).--Prix Thiers
- (Académie d’Aix).
-
- --La versification de Frédéric Mistral. 1918, in-8
- de 160 p. 7 fr. 80
-
- --Éloge de Frédéric Mistral. Discours prononcé à l’Académie
- de Marseille le 1er février 1920, in-8 de 32 p. 2 fr. 50
-
- Revue de littérature comparée, dirigée par F. Baldensperger,
- et P. Hazard. Secrétaire: Édouard Champion, 1922, 2e année.
- Abonnement 40 fr.
-
- Année 1921 50 fr.
-
-
-MACON, PROTAT FRÈRES IMPRIMEURS.
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE: HONORÉ
-D'URFÉ ET ÉMILE ZOLA ***
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the
-United States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for an eBook, except by following
-the terms of the trademark license, including paying royalties for use
-of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
-copies of this eBook, complying with the trademark license is very
-easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
-of derivative works, reports, performances and research. Project
-Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
-do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
-by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
-license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country other than the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you will have to check the laws of the country where
- you are located before using this eBook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm website
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that:
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This website includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/old/64966-0.zip b/old/64966-0.zip
deleted file mode 100644
index 654c790..0000000
--- a/old/64966-0.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/64966-h.zip b/old/64966-h.zip
deleted file mode 100644
index 8895c1f..0000000
--- a/old/64966-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/64966-h/64966-h.htm b/old/64966-h/64966-h.htm
deleted file mode 100644
index 0478eae..0000000
--- a/old/64966-h/64966-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,2969 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
-<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
-<title>
- The Project Gutenberg eBook of Deux romanciers de Provence, Honoré d’Urfé et Émile Zola, by Edmond Rostand.
-</title>
-<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
-<style type="text/css">
-
-
-p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em;
- margin: .3em 0;}
-
-h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; }
-h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; }
-h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; }
-
-div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0;
- margin: 1em 0; }
-
-.large { font-size: 130%; }
-.small { font-size: 90%; }
-.xsmall, small { font-size: 80%; }
-
-.i { font-style: italic; }
-.b { font-weight: bold; }
-
-.sc { font-variant: small-caps; }
-
-.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; }
-.verse { padding-left: 20%; text-indent: -20%; }
-
-blockquote.epi { margin: 1em 0 1em 40%; font-size: 90%; }
-
-p.ind { margin: 1em 0 1em 15%; }
-p.attr { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; }
-p.sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; }
-
-hr { width: 20%; margin: 1em 40%; }
-.asterism { text-align: center; margin: 1em 0; line-height: .6em; font-size: 90%; }
-
-sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; }
-
-li { list-style: none; }
-
-table { margin: 1em auto; }
-td { vertical-align: top; }
-td.bot { vertical-align: bottom; }
-td.c div { text-align: center; }
-td.r div { text-align: right; }
-td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; }
-td.drap2 { text-indent: -1.5em; padding-left: 4.5em; }
-td.pad { padding-top: 1em; padding-bottom: 1em; }
-td.upad { padding-top: .2em; padding-bottom: .2em; }
-td.w1 { width: 1.2em; }
-td.w3 { width: 3em; }
-
-a { text-decoration: none; }
-
-.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em;
- text-decoration: none;
-}
-.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; }
-.footnote .label { }
-.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; }
-
-.ugap { margin-top: 1em; }
-div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; }
-.break, .chapter { margin-top: 4em; }
-
-
-img { max-width: 100%; }
-
-@media screen {
- body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; }
-}
-
-@media handheld {
- .break, .chapter { page-break-before: always; }
- .top2em { padding-top: 2em; }
- .top4em { padding-top: 4em; }
- .nobreak { page-break-before: avoid; }
-}
-
-
-</style>
-</head>
-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Deux romanciers de Provence: Honoré d'Urfé et Émile Zola, by Edmond Rostand</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-
-<table style='min-width:0; padding:0; margin-left:0; border-collapse:collapse'>
- <tr><td>Title:</td><td>Deux romanciers de Provence: Honoré d'Urfé et Émile Zola</td></tr>
- <tr><td></td><td>Le roman sentimental et le roman naturaliste</td></tr>
-</table>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Edmond Rostand</div>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Editor: Émile Ripert</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: March 30, 2021 [eBook #64966]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE: HONORÉ D'URFÉ ET ÉMILE ZOLA ***</div>
-<p class="c b large">EDMOND ROSTAND</p>
-
-<h1><i class="small">DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE</i><br />
-HONORÉ D’URFÉ ET ÉMILE ZOLA</h1>
-
-<p class="c">LE ROMAN SENTIMENTAL
-ET LE ROMAN NATURALISTE</p>
-
-<p class="c i">Essai qui a obtenu à l’Académie de Marseille
-le prix du Maréchal de Villars en 1887</p>
-
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION<br />
-5, <span class="small">QUAI MALAQUAIS</span> (6<sup>e</sup>)<br />
-1921</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em">JUSTIFICATION DU TIRAGE</p>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td colspan="3" class="pad c"><div>Il a été tiré de cet ouvrage :</div></td></tr>
-<tr><td class="r"><div>1000</div></td>
-<td>exemplaires</td>
-<td>sur papier d’Arches ;</td></tr>
-<tr><td class="r"><div>50</div></td>
-<td class="c"><div>— </div></td>
-<td>sur papier du Japon ;</td></tr>
-<tr><td class="r"><div>5</div></td>
-<td class="c"><div>— </div></td>
-<td>sur papier de Chine.</td></tr>
-</table>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch1">INTRODUCTION</h2>
-
-
-<p>Qu’un écrivain célèbre ait débuté par des essais,
-qui n’ont aucun rapport avec le genre, qui a fait
-depuis sa réputation, c’est là ce qu’on a eu l’occasion
-de voir plus d’une fois : Corneille écrit
-d’abord des comédies, Pascal des traités scientifiques,
-Voltaire des tragédies, un poème épique ;
-plus proches de nous un Paul Bourget, un Jules
-Lemaître font des vers jusqu’à leur trentième année,
-et ce Zola, dont nous allons tout à l’heure avec
-Edmond Rostand évoquer la figure, est entré dans
-la vie littéraire en apportant des contes sentimentaux.</p>
-
-<p>Mais il arrive à l’ordinaire que cette première
-activité — et c’est le cas de tous les écrivains que
-je viens de citer — s’est poursuivie durant
-quelques années et que les lettrés du moins n’en
-ont pas tout à fait perdu le souvenir.</p>
-
-<p>Or qu’on vienne leur annoncer aujourd’hui, je
-dis même aux mieux informés : « Edmond Rostand
-a débuté, non point, comme on l’a dit, par
-un vaudeville, ce qui est déjà du théâtre, mais par
-un essai critique en prose, et non pas sur deux
-auteurs dramatiques, mais sur deux romanciers »,
-ils s’étonneront, s’informeront des conditions où
-cet essai a paru, de son sujet, de sa valeur ; ils
-voudront des explications ; ces explications, en tête
-de ces pages, qui sont rééditées aujourd’hui par les
-soins d’Édouard Champion, voici que je dois donc
-les donner à la curiosité du public.</p>
-
-<p>Pour bien comprendre il n’est que d’évoquer
-un instant celle qui a formé le jeune génie d’Edmond
-Rostand bien plus qu’il ne s’en est lui-même
-rendu compte et qu’on ne l’a dit en parlant
-de lui, la bonne fée penchée sur son enfance pour
-lui donner tour à tour les plus brillants des dons
-poétiques, je veux dire la Provence. Car c’est elle
-qui lui fournit à la fois l’occasion, le thème, les
-personnages de ce premier essai et les qualités
-d’esprit qu’il fallait pour le bien traiter et qu’il
-devait appliquer ensuite à de plus glorieux travaux.</p>
-
-<p>On sait assez qu’Edmond Rostand est né à
-Marseille le 1<sup>er</sup> avril 1868, mais quand on a
-donné ce premier détail biographique, on passe
-et l’on en vient à considérer tout de suite le collégien
-de Stanislas ou le jeune auteur des <i>Romanesques</i>.
-Aujourd’hui soyons plus attentifs à ses
-origines. Arrêtons-nous un instant à Marseille,
-devant cette maison de la rue Montaux, aujourd’hui
-la rue Edmond Rostand, où cet enfant
-s’éveille à la vie, devant ce vieux lycée où il prend
-contact avec les poètes, devant cette Académie de
-Marseille qui lui tend sa première couronne.</p>
-
-<div class="asterism">*<br />* &nbsp;*</div>
-<p>Edmond Rostand est né à Marseille, non point
-par hasard comme cet Honoré d’Urfé qu’il
-évoque à ses débuts, mais d’une vieille famille
-marseillaise, et, mieux encore, provençale. Car
-c’est d’Orgon, ce gros village voisin de Saint-Remy,
-la patrie de Roumanille, de Maillane, la patrie de
-Mistral, que s’élève cette famille des Rostand. A
-Orgon, au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, nous savons qu’un Esprit
-Rostand — Esprit, le joli nom pour qui doit faire
-souche de poètes ! — est notaire royal. A la fin du
-siècle un de ses fils descend à Marseille, y fonde
-une maison pour le commerce des draps, y épouse
-une fille de Toulon, Marguerite Lions, dont il a
-huit enfants. L’un d’eux, Alexis, sera l’aïeul d’Edmond
-Rostand. Il a vingt ans quand la Révolution
-éclate ; il sert à l’armée des Pyrénées-Orientales,
-il est cité à l’ordre du jour pour être entré le premier
-dans une redoute ; à l’armée des Pyrénées-Orientales
-servait aussi un jeune homme de Maillane,
-qui s’appelait Frédéric Mistral. C’était le père
-du poète. Père d’un Mistral, aïeul d’un Rostand,
-ces hommes d’action, qui ont vu s’illuminer leur
-jeunesse à la lueur de si grands événements, ont
-conservé toute leur vie le goût de l’activité uni
-au respect des choses de l’esprit.</p>
-
-<p>Les guerres finies, Alexis Rostand rentre à Marseille
-et dans la cité qui se réorganise occupe peu
-à peu une place éminente : juge et président du
-Tribunal de Commerce, maire de la ville de Marseille,
-président du Conseil général des Bouches-du-Rhône,
-fondateur et président de la Caisse
-d’épargne, auteur de nombreux mémoires, rapports
-et discours, il répand en tous sens une magnifique
-activité de grand travailleur et meurt en
-1854, en sa quatre-vingt-sixième année, chargé
-d’ans et d’honneurs.</p>
-
-<p>En même temps son frère Bruno commerce
-avec les Échelles du Levant. Un jour un riche
-voyageur vient le trouver, qui lui demande de
-noliser un brick à son intention, pour s’en aller
-vers la Palestine ; M. Bruno Rostand met à sa disposition
-un de ses meilleurs bâtiments, l’<i>Alceste</i>,
-commandé par le capitaine Blanc, du port de La
-Ciotat. On était en juin 1832 : le riche voyageur,
-qui voyait des fenêtres de l’Hôtel Beauvau l’<i>Alceste</i>
-se balancer dans le Vieux-Port, s’appelait
-Alphonse de Lamartine. Avec une gratitude émue
-le grand poète a cité dans son <i>Voyage en Orient</i> le
-nom de ce Bruno Rostand, qui « l’avait comblé
-de prévenances et de bontés, homme instruit,
-disait-il, et capable des emplois les plus éminents,
-entouré d’une famille charmante et ne s’occupant
-qu’à répandre parmi ses enfants des traditions de
-loyauté et de vertu ».</p>
-
-<p>On voit assez ce milieu de bourgeoisie aisée et
-lettrée ; le fils d’Alexis, Joseph Rostand, est à Marseille
-même receveur des taxes municipales ; ses
-deux fils, Eugène et Alexis, le père et l’oncle d’Edmond
-Rostand, sont à la fois des hommes d’affaires
-et des artistes : Alexis Rostand, mort récemment
-directeur du Comptoir National d’Escompte
-à Paris, après en avoir longtemps dirigé la succursale
-à Marseille, et tout à la fois musicien estimé,
-auteur de mélodies et d’oratorios ; Eugène Rostand,
-économiste et poète.</p>
-
-<p>Évoquons un instant sa figure ; aussi bien elle
-est à l’origine de ces pages que j’ai l’honneur de
-présenter au public lettré. Il les inspire directement
-et c’est par ses soins que, pour la première
-fois, elles voient le jour.</p>
-
-<p>Économiste et poète, ai-je dit. Oui, poète mort
-jeune, à qui l’homme a survécu, poète qui s’est tu
-modestement, quand il a vu qu’un fils, infiniment
-doué pour la poésie, avait repris et amplifié le chant
-clair et sincère, qu’il avait essayé de moduler, sans
-autre prétention que celle d’apparaître un honnête
-homme, un amateur distingué. <i>Ébauches</i>, avait-il
-dit en 1865 ; la <i>Seconde Page</i> avait-il ajouté en
-1866, livres simples et tendres, où l’on avait
-entendu les accents de l’amour et de la jeunesse ;
-les <i>Sentiers unis</i>, disait-il encore en 1887, pour
-désigner le livre de maturité où il notait les émotions
-plus profondes de la paternité auprès du
-berceau de ses filles et de ce petit garçon que tout
-le monde appelait Edmond et qu’il appelait, plus
-tendrement, Eddy.</p>
-
-<p>Entre temps, humaniste, qui se souvenait d’avoir
-eu au lycée de Marseille un prix d’honneur et
-pour maître l’annotateur bien connu de Virgile, le
-latiniste Benoist, qui fut depuis à la Sorbonne
-professeur de poésie latine, il avait traduit Catulle
-en vers français, d’une façon charmante et telle qu’il
-est peu d’exemples d’une traduction aussi serrée et
-aussi élégante d’un auteur latin.</p>
-
-<p>Mais, pris dans le tourbillon des affaires marseillaises,
-cet érudit, ce poète abandonne Catulle
-pour devenir président de la Caisse d’épargne,
-qu’avait fondée son grand-père Alexis, et puis de
-je ne sais combien d’œuvres diverses, et pour collaborer
-au <i>Journal des Débats</i>, comme au <i>Journal
-de Marseille</i>. Cependant, en 1877, il a été élu
-membre de l’Académie de Marseille, et c’est par là
-qu’il mérite ici de nous intéresser le mieux.</p>
-
-<div class="asterism">*<br />* &nbsp;*</div>
-<p>Nous voici en effet revenus au point de départ
-de notre brochure. Car ce jeune Edmond, qui est
-le fils d’Eugène Rostand, et qui a fait au lycée de
-Marseille, de la sixième à la rhétorique incluse,
-des classes fort brillantes, en récoltant un grand
-nombre de nominations et toujours des prix de
-français et d’histoire, présage d’une vocation pour
-le drame historique, voici qu’il est devenu l’élève
-de René Doumic au collège Stanislas, et puis, tout
-grisé de cette littérature qui l’a enveloppé dès
-l’enfance, enivré de lumière méditerranéenne, il
-songe, lui aussi, à devenir à Paris ce poète que nul
-ne demandait, comme il dit dans son excessive
-modestie, au risque d’y être un « Daniel Eyssette
-sans Alphonse Daudet ».</p>
-
-<p>Mais, en ses débuts, nostalgique et presque
-dégoûté d’avoir à se faire « une place au soleil
-d’une ville qui n’a pas de soleil », de ce Paris où
-il fait un peu figure d’exilé, ses yeux se tournent,
-éblouis encore, vers sa ville natale.</p>
-
-<p>Or un jour, en 1887, son père lui communique
-le sujet que propose l’Académie de Marseille
-pour le prix du maréchal de Villars, qu’elle décerne
-annuellement. Il est un peu bizarre, ce sujet, et il
-diffère notablement des bons travaux ordinaires
-que proposent aux concurrents bénévoles les Académies
-de province. Peut-être doit-on penser que
-c’est Eugène Rostand lui-même qui l’a soufflé à ses
-confrères : « Deux romanciers provençaux, Honoré
-d’Urfé et Émile Zola », le premier et le dernier de
-la série, l’un toute grâce et toute élégance, peintre
-d’une société raffinée, l’autre toute crudité et toute
-grossièreté parfois, miroir brutal du monde
-moderne en toute sa vulgarité. Quel intéressant
-contraste ! Quelle gageure à soutenir que cette
-comparaison paradoxale ! Et voici que, piqué au jeu,
-ce jeune homme de dix-huit ans se met à l’œuvre.
-Il aime la Provence, le passé que représente
-d’Urfé, et il n’est pas insensible au présent d’affaires
-et de négoces que représente Zola ; il retrouve
-en un tel sujet les goûts même, si divers, de sa
-race complexe.</p>
-
-<p>Et puis obtenir le prix du maréchal de Villars
-à l’Académie de Marseille, ce n’est point déjà si
-mince honneur aux yeux d’un jeune homme qui,
-dès son enfance, a entendu parler avec éloges de
-cette digne compagnie, dont son père et son oncle
-font partie.</p>
-
-<p>N’est-elle pas une des plus notables parmi les
-Académies de province ? Ces Académies de province,
-on les a volontiers ridiculisées. Elles n’ont
-pas toujours mérité qu’on se moquât d’elles à ce
-point. Au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle la plupart d’entre elles
-poursuivent une tâche noble, belle, utile, qui est
-de représenter dans toute la France la culture
-française et de ne point la laisser se perdre dans
-les salons où paradent, après les Précieuses ridicules,
-bien d’autres beaux esprits de province. Au
-<small>XIX</small><sup>e</sup> siècle leur tâche est plus austère peut-être,
-mais peut-être aussi plus utile ; par les recherches
-de leurs travailleurs, elles éclairent l’archéologie,
-l’histoire, la géographie régionales ; dans leurs
-mémoires reposent bien des documents, présentés
-parfois, je l’accorde, de façon maladroite, mais
-infiniment utiles à consulter.</p>
-
-<p>En outre l’appréciation des valeurs littéraires
-ne leur a point manqué ; pouvons-nous oublier
-que l’Académie de Dijon a révélé Rousseau à la
-France et que l’Académie des Jeux Floraux de
-Toulouse, berceau du premier romantisme, a couronné,
-la première, Victor Hugo ?</p>
-
-<p>L’Académie de Marseille, elle aussi, a quelques
-titres qu’elle peut faire valoir avec assez d’honneur.
-Elle fut fondée en 1726 par le maréchal de
-Villars, qui, l’année même de la victoire de
-Denain, avait été nommé gouverneur de Provence.
-En ces fonctions Villars s’était fait une
-vraie popularité qu’il aimait à cultiver ; il avait
-de l’affection pour sa « grosse ville » et ses « bons
-amis » de Marseille, comme il le disait ; il entretenait
-les rapports les plus cordiaux avec la
-Chambre de Commerce, qui, chaque année, à
-l’époque du carême, lui envoyait un quintal et
-demi de café trié, deux barils d’huile d’un quintal
-pièce, un baril de thon mariné, un baril de soles
-marinées, douze pots d’anchois, douze bouteilles
-d’olives.</p>
-
-<p>Ces relations gastronomiques entre Villars et
-Marseille ne devaient pas être les seules ; il voulut
-satisfaire aussi aux exigences de l’esprit. En
-1726 il fondait, sur le modèle de l’Académie française,
-dont il était membre, une Académie à
-Marseille, et cette même année, le 19 septembre,
-en séance solennelle, cette Académie était adoptée
-par l’Académie française. Fontenelle répondant au
-discours de Chalamond de la Visclède, le délégué
-de l’Académie de Marseille, disait amicalement :</p>
-
-<p>« Votre Académie sera plutôt une sœur de la
-nôtre qu’une fille ; cet ouvrage, que vous êtes
-engagés à nous envoyer tous les ans, nous le recevrons
-comme un présent que vous nous ferez,
-comme un gage de notre union, semblable à ces
-marques employées chez les anciens pour se faire
-reconnaître à des amis éloignés. »</p>
-
-<p>Par ces paroles il faisait allusion au tribut littéraire
-que l’Académie de Marseille s’était engagée
-à payer chaque année à l’Académie française, sous
-forme de vers ou de prose, tribut qui fut en effet
-fourni régulièrement pendant quelques années. Et
-puis, à la suite de quelques froissements, les rapports
-entre les deux compagnies subirent diverses
-fluctuations et finalement furent interrompus par
-la Révolution. Mais jusqu’alors les Académiciens
-de Marseille avaient eu, en principe, le droit de
-siéger avec les Immortels, aux séances de l’Académie
-française, quand ils étaient de passage à Paris.
-Il serait peut-être intéressant d’examiner aujourd’hui
-s’il ne serait pas opportun de renouer de tels
-rapports entre les Académies de province et l’Académie
-française.</p>
-
-<p>Mais sans prétendre discuter ici cette question,
-bornons-nous à noter qu’après la Révolution le
-Provençal François Raynouard, le premier éditeur
-des Troubadours, secrétaire perpétuel de l’Académie
-française et membre associé de l’Académie
-de Marseille, avait essayé de rétablir de tels rapports
-que sa personnalité facilitait et qu’en 1831,
-en un jour d’exaltation, le plus glorieux des Académiciens
-d’alors, Lamartine, était solennellement
-reçu par ses confrères marseillais, quand il s’embarquait
-pour l’Orient, et leur laissait, en mémoire
-de cette réception, le magnifique poème par
-lequel il faisait ses adieux à la France et à Marseille.</p>
-
-<p>Depuis l’Académie de Marseille a compté parmi
-ses membres associés bien des écrivains français,
-parmi ses membres résidants des hommes remarquables,
-et à côté des principales personnalités de
-la région, des hommes comme Joseph Méry, Joseph
-Autran, J.-Ch. Roux, Frédéric Mistral, que recevait
-solennellement, par un beau discours, Eugène
-Rostand, alors directeur de l’Académie, le 13 février
-1887 : en cette même année 1887, quelques mois
-après, elle couronnait la première le jeune Edmond
-Rostand.</p>
-
-<div class="asterism">*<br />* &nbsp;*</div>
-<p>Ce n’était pas seulement qu’elle saluât en ce
-jeune homme le fils bien doué d’un de ses membres
-les plus sympathiques, mais c’est aussi que ce travail,
-qu’elle récompensait ainsi, témoignait vraiment — on
-en jugera — des plus rares qualités
-par lesquelles devait se signaler un critique qui
-était en même temps un poète.</p>
-
-<p>La poésie, il l’avait respirée, on vient de le voir,
-dès ses premières années dans sa famille et dans sa
-ville, dans son pays, « au pays, dit-il lui-même,
-de l’imagination toute-puissante, près de la mer
-chantante, sous le ciel bleu, dans l’air parfumé »,
-sous la caresse d’un soleil, qui « d’une vieille rue
-grimpant dans un quartier sale, d’un groupe
-déguenillé, fait quelque chose de pittoresque et de
-saisissant », et, comme dira <i>Chantecler</i>, fait un
-étendard en séchant un torchon.</p>
-
-<p>La Provence lui a donc donné, dès son enfance,
-« cette facilité de conter, cette verve, cet enthousiasme
-dans le récit qui le font vif, coloré, entraînant »,
-et qu’il salue dans les écrivains dont il va
-parler. Elle lui fournit aussi les deux types sur
-lesquels cette imagination et cette verve vont
-s’exercer : Zola, né à Aix, où il a passé son adolescence
-et dont toujours le souvenir revient vers
-la vieille ville, qu’il appelle Plassans, et qu’il introduit
-dans ses premiers romans et dans quelques-uns
-de ses derniers ; Honoré d’Urfé, de race
-savoyarde, à dire le vrai, mais qui naît à Marseille,
-au cœur de la vieille ville, et qui va mourir,
-non loin de là, sur la Côte d’azur, à Villefranche.</p>
-
-<p>Pour comparer ces deux écrivains si différents,
-il fallait toutes les ressources d’un esprit singulièrement
-ingénieux. Si l’étude de chacun de
-ces deux romanciers était relativement aisée, leur
-parallèle devenait périlleux. Je crois que c’est justement
-cette difficulté qui a tenté Edmond Rostand.</p>
-
-<p>Qu’il traitât ce sujet parce qu’il y voyait une
-occasion facile d’avoir un prix littéraire, faisons-lui
-l’honneur de ne point le croire. Au reste, ce
-prix n’était pas tellement important ni glorieux
-qu’il eût mérité cette contrainte intellectuelle. Si
-donc ce jeune homme, cédant aux suggestions de
-son père, se laisse aller à traiter un tel sujet, c’est
-qu’il y trouve un certain intérêt littéraire, et la
-joie tout d’abord certainement de vaincre une difficulté.</p>
-
-<p>Un tel esprit, durant toute sa carrière, loin de
-fuir ou de tourner les obstacles, les accumulera
-complaisamment devant lui pour avoir le plaisir
-de les franchir. Deux amoureux s’aiment quand
-ils se croient séparés par la haine de leurs pères et
-ne s’aiment plus sitôt que l’amour leur est permis ;
-un homme intelligent et laid emprunte, pour se
-faire aimer, le masque d’un beau garçon naïf ; un
-troubadour s’éprend d’une dame qu’il n’a jamais
-vue et meurt le jour qu’il la voit ; un coq croit
-faire lever le soleil et s’aperçoit qu’il n’en est rien ;
-autant de sujets impossibles pour la moyenne des
-poètes et qui sont pour l’esprit de Rostand de
-merveilleux excitants ; et la difficulté n’était sans
-doute pas moindre de mettre à la scène le Christ
-de la <i>Samaritaine</i> ou le fils de Napoléon. Sujets
-difficiles, et dans la façon de les traiter détails à
-chaque instant imprévus, surprise continuelle de
-l’épithète, de la coupe, de la rime, amour toujours
-éveillé de la chose rare, de l’effet inédit, de ce qui
-est subtil, fragile, irréel, des ombres et des fumées ;
-frère de ces ratés, de ces délicats qui ne peuvent
-traduire les finesses qu’ils sentent et qui gardent
-leurs œuvres en eux-mêmes, ne pouvant réaliser
-de trop magnifiques projets, de ces peintres que
-« désespère la toujours fuyante couleur », et descendant
-aussi de cette race des troubadours, qui
-avait poussé jusqu’à l’extrême limite le raffinement
-de l’amour et des termes par lesquels il s’exprime, — tel
-sera Edmond Rostand, tel il est,
-quand il se trouve à dix-huit ans excité par ce
-sujet paradoxal : comparer d’Urfé et Zola, le
-romancier de toutes les grâces et de toutes les subtilités
-amoureuses, celui de toutes les audaces et
-de toutes les vulgarités naturalistes. Voilà le parallèle
-qu’il trouve « piquant », l’opposition de cette
-ancienne glace, un peu estompée, peuplée de fantômes
-charmants, d’ombres confuses de bergers
-et de bergères, et de ce cruel miroir moderne,
-haut et clair, reproduisant tout avec un éclat dur,
-froid, implacable, — le contraste enfin de ces deux
-Provences, l’une ardente et sensuelle, cynique et
-dure, l’autre amollie, raffinée, italienne déjà, vraie
-gueuse parfumée, « <i>parfumée</i> avec d’Urfé, <i>gueuse</i>
-avec Zola ».</p>
-
-<p>Cet exercice ingénieux enchante, à n’en pas
-douter, l’esprit d’Edmond Rostand et si l’on sent
-assez qu’il connaît bien l’œuvre de Zola, (son
-Flambeau d’ailleurs ne dédaignera pas le mot
-populaire et parfois le mot cru), mais qu’il l’aime
-assez peu, tout en lui rendant beaucoup mieux
-justice que les gens de son monde vers 1887
-n’avaient coutume de le faire, par contre on
-sent qu’il adore parler d’Honoré d’Urfé, comme
-sans doute il a pris plaisir à le lire, « à la Bibliothèque
-de Marseille, dans l’édition de Toussaint
-de Bray, qui date de 1610 », nous dit-il.</p>
-
-<p>On devra y songer, toutes les fois qu’on voudra
-parler de <i>Cyrano</i> : à dix-huit ans Edmond Rostand
-a lu Honoré d’Urfé. Combien de gens de lettres,
-d’universitaires, de spécialistes même peuvent-ils
-se vanter d’en avoir fait autant ? Il a lu l’<i>Astrée</i>,
-non point par simple devoir de postulant consciencieux
-d’un prix académique, mais avec plaisir, on
-le sent à la façon dont il en parle, en soulignant
-d’un doigt complaisant les bons endroits. Et
-n’avoir éprouvé à cette lecture aucun ennui, si
-cela est normal au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, à la fin du <small>XIX</small><sup>e</sup>
-siècle cela est beaucoup plus rare et situe tout de
-suite un tempérament.</p>
-
-<div class="asterism">*<br />* &nbsp;*</div>
-<p>Extraire donc ces premières pages d’Edmond
-Rostand des quelques rares bibliothèques provençales
-où elles étaient enfouies, sans que nul s’inquiétât
-de les relire, ce n’est point simple curiosité
-de bibliophile. Il y fallait ce bibliophile ; grâces en
-soient rendues à M. Auguste Rondel, qui, depuis
-des années, collectionne avec un soin pieux
-tout ce qui peut éclairer l’histoire du théâtre ; je
-dois à sa complaisance d’avoir lu, à quelques pas
-de la maison où naquit Edmond Rostand, cette
-brochure, où l’esprit du poète est né à la lumière
-de l’édition ; et tous les lettrés lui devront, maintenant,
-tout comme moi, de pouvoir les lire.</p>
-
-<p>Mais ce n’est pas, je l’ai dit, simple curiosité ; à
-nous pencher sur de telles pages, nous surprenons
-à sa source même le génie d’Edmond Rostand.
-C’est dans un jardin de Provence, qui serait un
-peu semblable à ceux de l’<i>Astrée</i>, le premier murmure
-d’une fontaine où viendraient se mirer de
-jeunes romanesques ; c’est le clair de lune sur les
-quais de Tripoli, ou sur le balcon de Roxane ;
-c’est, dans le parc de Schœnbrünn, la fuite en pleurs
-de « la petite source ». Voici, en raccourci, soumises
-dès 1887 au jugement de l’Académie de
-Marseille, toutes ces brillantes qualités, qui, dans
-un soir de décembre 1897, vont éblouir Paris, la
-fantaisie joyeuse et déjà par instants étincelante,
-le goût du subtil, du rare, du précieux, la sentimentalité
-tendre, un peu d’ironie juvénile, sans
-insolence ni méchanceté, un joli cliquetis de
-phrases et de mots. Voici surtout l’évocation de
-toute cette charmante société du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle à son
-début, telle que l’ont faite l’<i>Astrée</i> et l’Hôtel de
-Rambouillet, le monde délicieux qui, dix ans après,
-entrera dans la figuration de <i>Cyrano</i> ou sera évoqué
-dans <i>La Journée d’une Précieuse</i>. Voici enfin ce
-grand amour de la lumière qui depuis les <i>Musardises</i>
-baigne l’âme de ce charmant <i lang="it" xml:lang="it">lazzarone</i> et la
-soulèvera jusqu’à la faire éclater, ouverte et chantante,
-dans les appels passionnés de Chantecler à la
-lumière.</p>
-
-<p>Oui, très jeune, ce poète est déjà lui-même, et
-de là vient que, s’étant trouvé ainsi dès l’aube de
-sa vie il s’est imposé au public dès son aurore. On
-conserve dans sa famille un portrait de son enfance,
-dû à un peintre marseillais, où déjà les traits
-essentiels de sa physionomie sont dessinés. De
-même sa physionomie intellectuelle ; à dix-huit ans
-il est déjà ce qu’il sera plus tard ; dans cette œuvre
-de jeunesse, — et c’est son intérêt, — reconnaissons
-déjà une sorte de poème subtil et lumineux.</p>
-
-<p>Tel quel cet essai obtient en 1887 le prix du
-maréchal de Villars. J’imagine les Académiciens
-de Marseille se penchant sur ce travail, un peu
-inquiets peut-être de certains tours paradoxaux de
-pensée et de style, mais agréablement impressionnés
-tout de même par les grâces charmantes de
-l’ensemble ; je les vois félicitant avec une cordialité
-toute marseillaise M. Eugène Rostand, qui
-accepte avec une satisfaction modeste ces félicitations,
-dont le murmure flatteur salue le premier
-succès de son fils. Il veut prolonger ce succès : ce
-travail ne doit pas rester dans l’ombre d’une Académie ;
-il le publie dans le <i>Journal de Marseille</i>, et,
-profitant de sa composition typographique, il en
-fait une brochure, qui paraît en 1888 ; et est le
-vrai début d’Edmond Rostand dans le monde littéraire ;
-deux ans plus tard ce nom devait reparaître
-en tête d’un volume de vers, publié par l’éditeur
-Lemerre, et qui s’appelait <i>Les Musardises</i> ; cinq
-ans plus tard sur la verte brochure, que l’on vendait
-dans les couloirs du Théâtre-Français aux
-représentations des <i>Romanesques</i>.</p>
-
-<p>Il n’y a pas, on le voit, de solution de continuité ;
-si le début d’Edmond Rostand, à le
-juger par sa forme extérieure, n’a aucun rapport,
-nous l’avons dit au début, avec le genre qui a fait
-sa gloire, cependant ne nous laissons point tromper
-par les apparences et, plus exactement renseignés
-maintenant, saluons dans le jeune lauréat de
-l’Académie de Marseille le futur auteur de <i>Cyrano</i>
-et de <i>Chantecler</i>. S’il est vrai, comme il l’a dit lui-même,
-que « l’âme des coutelas rêve dans les
-canifs » et qu’il ne faut pas prendre « des essais pour
-des diminutifs », soyons assurés que ce n’est pas
-diminuer le génie d’Edmond Rostand que de
-publier cet essai, où l’on entend déjà vibrer les
-accents les plus intimes de son âme et de sa
-poésie.</p>
-
-<p class="sign">Émile <span class="sc">Ripert</span>.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="c top4em"><span class="large">DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE</span><br />
-HONORÉ D’URFÉ ET ÉMILE ZOLA</p>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch2">LE ROMAN SENTIMENTAL ET LE ROMAN
-NATURALISTE</h2>
-
-<blockquote class="epi">
-<p>« N’allons pas surfaire l’ancien
-roman, ni le sacrifier. Et pourquoi
-s’obstiner absolument à
-donner le prix, à chercher un
-vainqueur et un vaincu ? Il n’y
-en a pas, ou plutôt je ne vois
-que deux vainqueurs : chacun
-des deux, vu à son heure, a sa
-couronne. »</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Sainte-Beuve</span>, <i>Nouveaux lundis</i>.)</p>
-
-</blockquote>
-
-<p>Il semble que nulle part le Roman ne
-doive être plus en faveur qu’au pays de l’imagination
-toute-puissante, en cette Provence
-amoureuse de l’Amour (c’est chez elle qu’il a
-tenu des cours célèbres), et qui aime tout
-ce qui en parle, où jadis, dans les manoirs
-seigneuriaux, on attendait impatiemment
-la venue, chaque nouvel an, avec la saison
-des violettes, du troubadour, — ce romancier
-voyageur…</p>
-
-<p>Là, près de la mer chantante, sous le ciel
-bleu, dans l’air parfumé, tout est Roman.
-Et ce qui ne l’est pas le devient. Car l’imagination
-des Provençaux est comme leur
-soleil, ce soleil dont la lumière chaude transfigure
-et fait resplendir. La couleur éclate
-partout où il pose sa caresse ; d’une vieille
-rue grimpant dans un quartier sale, d’un
-groupe déguenillé, il fait quelque chose de
-pittoresque et de saisissant. Demandez à tous
-les peintres : d’un rien on fait un tableau
-avec ce soleil ! Et avec cette imagination, qui
-n’a qu’à rayonner comme lui pour que tout
-se dore et se poétise, — il n’en faut pas beaucoup
-non plus pour faire un roman.</p>
-
-<p>A-t-on noté comme en Provence le
-moindre incident de la vie banale, une anecdote
-insignifiante, triviale, se transforme et
-se dramatise ? Et cela, grâce à cette facilité
-de conter — peut-être aussi un peu d’en
-conter — que presque tous possèdent, à
-cette verve, à cet enthousiasme dans le récit
-qui le font vif, coloré, entraînant, l’enrichissent
-de détails point authentiques toujours,
-mais choisis à merveille, propres à faire
-voir, si naturels qu’ils donneraient de la
-vraisemblance à la vérité même, qui peut
-en manquer. Il faudrait être bien ennemi de
-son plaisir pour reprocher une pointe d’exagération
-méridionale, — si inconsciente
-d’ailleurs, — et ne pas admirer l’art surprenant
-de mettre en scène, de camper les
-personnages, d’engager le dialogue. On ne
-peut s’étonner vraiment qu’il y ait eu beaucoup
-de romanciers en Provence. Mais
-chez nous, tout le monde l’est plus ou
-moins, romancier !…</p>
-
-<p>Si on demandait la liste des romanciers
-provençaux, peu de gens, après avoir cité
-les plus connus, les deux Méry, Léon Gozlan,
-Pontmartin, Louis Reybaud, M<sup>me</sup> Reybaud,
-Amédée Achard, Alphonse Daudet, oublieraient
-de terminer par le nom d’Émile Zola…
-Combien songeraient à commencer par celui
-d’Honoré d’Urfé ?</p>
-
-<p>Et pourtant il faut bien consentir à ce
-que nos romanciers — non seulement les
-nôtres, mais tous ceux de la France, — descendent
-de lui. Après tout, ces jolis bergers
-qui errent, dolents, sous les ombrages du
-Forest, nous devons les regarder comme les
-frères aînés des héros de roman d’aujourd’hui,
-quoiqu’on ait peine à reconnaître
-la parenté.</p>
-
-<p>On les peignait, autrefois, avec des couleurs
-discrètes, dans des teintes assourdies,
-amoureux plutôt que passionnés, tendres
-pasteurs d’une mélancolie virgilienne et très
-douce, sans rien de troublé ni de malsain,
-qui toujours conservent les grâces naïves, le
-visage frais et rose des Amours folâtrant à
-la première page, autour d’une vieille
-estampe. On les montre aujourd’hui sous
-une lumière crue, pâles et flétris le plus souvent,
-ayant des emportements de passion
-cynique ou des tristesses maladives, — moins
-enrubannés et plus vrais, à ce qu’on
-prétend. Mais un lien subsiste toujours. Et
-Céladon commence la série des soupirants
-sympathiques ; il est l’éternel jeune premier,
-qui devrait commencer à devenir vieux, mais
-qui va se métamorphosant selon le temps
-et les mœurs, suivant les modes. Jadis il
-levait les yeux au ciel, et avec de grands
-gestes parlait de <i>rochers de cruauté</i>, invoquait
-le dieu malin Cupidon, — et sa tirade
-se prolongeait interminablement, pleine d’allusions
-mythologiques. Aujourd’hui cette
-manière de faire sa cour prêterait à rire, et il
-a adopté la nouvelle, prenant des poses plus
-simples, mais non moins étudiées, sur les
-canapés et les poufs de peluche, accoudé au
-dossier du fauteuil, glissant un mot derrière
-l’éventail… Mais c’est toujours Céladon !</p>
-
-<p>Sans doute il faut se garder d’aller trop
-loin, et de vouloir découvrir des rapports
-étroits entre le vieux roman sentimental et
-le roman nouveau. Mais les étudier l’un en
-face de l’autre, indiquer même avec discrétion
-un parallèle, ne serait-il pas piquant ?</p>
-
-<p>J’aurais devant moi deux toiles de maîtres
-différents, très éloignés l’un de l’autre, par
-exemple un Boucher et un de Nittis… Un
-peintre aurait beau me dire : « Cela n’a
-aucun rapport, — Boucher, l’artiste délicat,
-fade, et Nittis, le maître impressionniste, ne
-comparez donc pas ! » Je comparerais… ou
-plutôt, non, comparer n’est pas le terme
-exact, — je voudrais voir simplement ce que
-fait naître dans mon esprit cette rencontre,
-jouir du rapprochement, noter ce qu’il peut
-éveiller d’idées, ouvrir de points de vue,
-analyser tout ce que me fait éprouver de
-curieux le sentiment d’avoir là, à ma droite,
-l’impression du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et là, à ma
-gauche, celle du <small>XIX</small><sup>e</sup>…</p>
-
-<p>C’est pour cela que dans la liste des romanciers
-de Provence il paraît bien intéressant
-de considérer le premier et le dernier, Honoré
-d’Urfé et Émile Zola. N’est-ce pas plein
-d’attrait et de nouveauté de parler de l’un à
-propos de l’autre, de l’<i>Astrée</i> et de l’<i>Assommoir</i>,
-et de la série de l’<i>Astrée</i> à propos de
-celle des <i>Rougon-Macquart</i> ?…</p>
-
-<p>D’Urfé et Zola ! Dans le contraste de ces
-deux noms, le génie de la Provence se révèle,
-plein d’âpreté et de violence, et aussi de délicatesse.
-Elle est le pays des amours ardentes et
-sensuelles, comme aussi celui des tendresses
-pures et platoniques, qui garde le souvenir
-d’un Pétrarque et d’une Laure de Noves. Il
-y a la Provence sauvage, fille aux cheveux
-fauves plantés drus sur une nuque puissante,
-brunie au soleil, superbe de santé, de
-sève débordante, aimant une langue forte et
-vraie, mais dure souvent et cynique… Et il
-y a aussi une femme d’une grâce amollie et
-presque énervée, raffinée de goûts, italienne
-dans son amour des douceurs et des <i lang="it" xml:lang="it">concetti</i>,
-d’un parler musical et enjôleur, ayant préféré
-à l’odeur simple et saine de ses lavandes
-les parfums quintessenciés et musqués… Et
-le mot célèbre nous revient en mémoire :
-la Provence nous apparaît bien ici comme
-la <i>gueuse parfumée</i>, parfumée avec d’Urfé,
-gueuse avec Zola !</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3 id="ch3">I</h3>
-
-
-<p>On nous pardonnera sans doute une comparaison
-un peu subtile en songeant que ce
-n’est point impunément tout à fait, sans y
-gagner quelque recherche et quelque préciosité,
-qu’on lit l’<i>Astrée</i> d’Honoré d’Urfé. — Supposons
-qu’une très ancienne glace ait
-par miracle conservé l’image de tout ce
-qu’elle a reflété, que les profondeurs mystérieuses
-et endormies du vieux miroir se
-peuplent de fantômes charmants, d’ombres
-confuses de bergers et de bergères qui passent,
-entrelacés, couples touchants et fanés, d’un
-ridicule attendrissant ; et dans le cadre dédoré
-nous voyons saluer et sourire, avec des
-grâces vieillies, la société d’autrefois. Celle
-d’aujourd’hui nous apparaîtrait en face, reproduite
-dans une glace moderne, haute et
-claire. Il est bien évident que s’il s’agissait
-de comparer les deux glaces, nous serions
-amenés à comparer ce qu’elles reflètent, les
-deux sociétés. Nous parlerons donc de la société
-d’Honoré d’Urfé et de celle d’Émile
-Zola. Et nous pourrons ensuite nous occuper
-des miroirs, que l’on ne fait certes plus,
-aujourd’hui comme autrefois, courtisans et
-menteurs, prêtant des charmes, de la poésie,
-reflétant en beau, mais cruellement fidèles,
-reproduisant tout, avec un éclat dur, froid,
-implacable ; et il en est même quelquefois
-auxquels on reprocherait presque d’enlaidir.</p>
-
-<p>C’est bien avant 1616, quoi qu’on en ait
-dit, que parurent les deux premiers volumes
-de l’<i>Astrée</i> ; la Bibliothèque de Marseille
-possède l’édition de Toussaint de Bray qui
-porte la date de 1610 : c’est vers 1608 que
-d’Urfé en dédiait à Henri IV la première
-partie.</p>
-
-<p>Henri IV venait de rendre la paix à la
-France, et celle-ci, délivrée enfin des angoisses
-horribles de la guerre civile, respirait
-librement. C’était, comme après toutes les
-guerres meurtrières, ce brusque réveil des
-Amours dont a parlé le poète, des Amours
-qui vont refaire le sang tari. La nature prend
-sa revanche, et les campagnes dévastées, les
-champs foulés par les charges impétueuses
-reverdissent. C’est le grand renouveau : le
-mot « Je t’aime » paraissait avoir été oublié :
-mais voilà que les amants se le murmurent
-encore, lèvre à lèvre…</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Parmi tant d’isolés qui pleurent</div>
-<div class="verse">Ils se sentent mieux réunis…</div>
-<div class="verse">Ils se blottissent mieux ensemble</div>
-<div class="verse">Après tant de jours alarmants ;</div>
-<div class="verse">Le retour du baiser leur semble</div>
-<div class="verse">Plus doux que ses commencements.</div>
-</div>
-
-<p>Et la France entière est amoureuse. Tout
-le monde est gagné de mollesse. Le Béarnais
-donne l’exemple des galanteries. Bientôt
-ce n’est plus seulement un besoin de tendresse
-qui se fait sentir, c’est aussi un besoin
-de volupté. Chacun, avide de jouir, semble
-avoir pris pour règle de conduite la devise
-rabelaisienne : vivons joyeux ! Les croyances
-depuis longtemps sont ébranlées, et la morale
-achève de se relâcher.</p>
-
-<p>Il est à craindre maintenant que cette société
-ne se rue aux plaisirs avec trop d’emportement,
-qu’elle ne se souvienne des
-leçons dégradantes de vice données par la
-cour des derniers Valois. On prévoit déjà
-la perte de toute décence, de toute pudeur…
-Mais voilà que cette effervescence paraît se
-calmer. L’Amour ne se ressent pas aussi longtemps
-qu’on l’aurait pu craindre des habitudes
-soldatesques prises dans les dernières
-années : ces farouches ligueurs qu’on s’attendait
-à voir aimer en reîtres, en lansquenets,
-se changent en gentilshommes polis, raffinés,
-parlant un langage tendre et gracieux,
-facilement résignés au rôle de soupirants
-platoniques.</p>
-
-<p>Le vent des passions qui commençait à
-souffler en tempête est tombé tout à coup :
-ce n’est plus qu’une brise caressante et douce.
-Il flotte une odeur de bergerie. On entend
-le chalumeau soupirer un air pastoral. Dans
-la folie amoureuse tous les freins n’ont pas
-été brisés : ce n’est pas, de tous côtés, l’assouvissement
-bestial. Loin de là : on
-aime avec mille délicatesses, avec mille
-nuances ; on madrigalise à ravir, on emploie
-les plus adroits artifices, les plus infinies précautions
-pour <i>déclarer sa flamme</i> ; jamais on
-n’a mis tant de retenue dans l’expression d’un
-sentiment. C’est à ce moment enfin qu’on
-invente pour le parfait amour, le nom joli,
-le nom discret et chaste d’<i>honneste amitié</i>.</p>
-
-<p>A qui doit-on ce bienfait d’un voile poétique
-et charmant jeté sur la brutalité des
-passions ? Qui a accompli l’œuvre difficile
-de cette réforme dans les mœurs ? C’est
-Honoré d’Urfé, à n’en point douter. Mais il
-est juste de dire qu’il fut aidé en cela par
-l’hôtel de Rambouillet : son roman a été porté
-vers le succès à la faveur du courant créé
-par la marquise et ses amis.</p>
-
-<p>Tous ceux que blessait la grossièreté des
-mœurs, tous les délicats s’étaient réfugiés
-autour de Catherine d’Angennes, marquise
-de Rambouillet, qui fuyait, au fond de son
-hôtel, le spectacle d’une cour corrompue.
-Dès qu’une fois on avait été admis dans son
-intimité, on lui demeurait dévoué, on revenait
-sans cesse. On était irrésistiblement
-gagné par la séduction de cette créature
-exquise, d’un esprit cultivé, bonne, indulgente,
-nature affinée encore par la maladie,
-par la vie renfermée, qui fait se replier sur
-soi-même, penser, analyser. Dans cette société
-d’élite, les grands plaisirs étaient ceux
-d’une conversation à la fois sérieuse et
-enjouée, sur toutes sortes de sujets nobles
-et décents. C’est là que naquit cet art si essentiellement
-français de gaspiller l’esprit, de le
-mettre en monnaie courante, de l’éparpiller
-aux quatre coins d’un salon, avec une grâce
-désinvolte, comme si on en était trop riche,
-d’assaisonner les moindres paroles de cette
-denrée si rare. C’est là qu’on apprit à le
-mêler à tout ce qu’on dit, à le faire circuler
-dans la conversation qu’il rend alerte et pimpante,
-dans laquelle il sautille de mot en mot
-sans qu’on puisse le saisir au passage, qu’il
-anime, invisible, sans qu’on puisse dire
-derrière quelle métaphore, dans quel recoin
-de phrase il s’est niché, sans qu’on puisse
-le montrer du doigt à ceux qui ne l’ont point
-aperçu, senti passer, l’expliquer à ceux qui
-ne l’ont pas compris. En un mot, c’est là que
-pour la première fois, on causa, que l’on fit
-cercle autour des parleurs de profession,
-« poètes de devant de cheminée ».</p>
-
-<p>Dans ce milieu, grâce aux femmes qui y
-fréquentent, le respect de la femme se conserve,
-le bon ton continue de régner, et on l’exagère
-même, par esprit d’opposition. La politesse
-chaque jour se raffine, on en complète
-le code. Et dans le demi-jour de la chambre
-bleue d’Arthénice, de ce sanctuaire où flotte
-le parfum discret de toutes les vertus mondaines,
-au milieu des jolies femmes et des
-fleurs dont aime à s’entourer la marquise,
-on parle d’amour dans un langage tout nouveau,
-qui a des pudeurs outrées, mais
-exquises ; chacun s’efforce, suivant un mot
-d’alors, d’<i>épurer sa flamme</i>, et l’on cherche en
-tout <i>le fin du fin</i>…</p>
-
-<p>Puisque, décidément, pour cette société
-revenue à l’Amour, il paraissait la grande
-affaire, l’occupation unique, il était bon qu’on
-lui donnât de la dignité en l’exigeant dépouillé
-de toute impureté, noble, fidèle,
-dévoué, sans mélange d’égoïsme, et qu’on
-l’érigeât presque en vertu ; il était bon qu’on
-s’occupât de l’analyser, de le quintessencier,
-que l’on consacrât du temps à l’étude de sa
-théorie, — autant de dérobé à sa pratique.</p>
-
-<p>A ce beau monde délicat il fallait une
-lecture. Quel était l’ouvrage qu’on allait se
-passer de main en main, lire dans toutes les
-ruelles, discuter dans tous les <i>ronds</i> ?… Il
-a paru de tous temps de ces livres, autour
-desquels, dès leur apparition, se fait un grand
-remous de la curiosité, qui ont eu le bonheur
-d’arriver à propos pour saisir, pour dépeindre
-un état d’âme, dans lesquels toute
-une société aime à se reconnaître, se reconnaît
-avec enthousiasme. Il est difficile, pour
-ces romans, de dire s’ils ressemblent à la société
-qui fait leur succès comme le portrait
-au modèle, ou comme le modèle au portrait, — si
-l’exactitude de leur psychologie
-tient à ce que leurs héros pensent et sentent
-comme l’on pensait et comme l’on sentait
-alors, ou bien, simplement, à ce qu’il a été
-de mode, à leur époque, de sentir et de penser
-comme ces héros.</p>
-
-<p>De nos jours, par exemple, nous savons
-que la jeunesse qui s’est reconnue dans le
-désespéré de Gœthe s’est surtout façonnée
-sur lui, et qu’il y a eu plus de Werthers après
-qu’avant la publication du roman.</p>
-
-<p>L’<i>Astrée</i> fut pour le <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle ce livre
-privilégié, copie et modèle tout à la fois. On
-l’attendait vaguement. L’École des parfaits
-amants avait besoin d’un manifeste. Il fallait
-à la jeunesse précieuse un héros sur qui
-se régler, le Céladon dont elle allait pouvoir
-imiter les manières de parler, sur les amours
-de qui elle pourrait arranger les siennes.</p>
-
-<p>Pour plaire à ce public, le roman avait à
-réunir des qualités bien diverses.</p>
-
-<p>Tout d’abord à ces gens sortant de la période
-agitée des guerres civiles plairait l’éloge
-de la vie tranquille, oisive, la peinture des
-bonheurs de la paix, de la vie des champs : la
-note devait être doucement attendrie ; on
-allait aimer à voir des pâtres conduisant leurs
-troupeaux, chantant comme Tityre à l’ombre
-des hêtres, disputant de leurs belles. Comme
-on s’adressait à des blasés, à des esprits déjà
-compliqués, il fallait se garder de faire une
-trop candide pastorale, une paysannerie trop
-vraie : le tableau devrait être artificiel, avoir
-la simplicité de convention des époques de
-décadence ; des amours de village, simplement
-contées, n’auraient point intéressé. Il
-fallait que les personnages eussent toutes les
-qualités de <i>l’honnête homme</i>, assez d’esprit
-pour discuter les problèmes de métaphysique
-amoureuse qui intéressaient alors. Il fallait
-que ces bergers fussent les « sophistes pointilleux »
-que Fontenelle a critiqués, et qu’on
-pût dire d’eux ce que la bergère de d’Urfé dit
-de ses parents : qu’ils n’ont point pris la houlette
-« pour n’avoir de quoi vivre autrement,
-mais pour s’acheter par cette douce vie un
-honnête repos ». Il fallait enfin, aux lecteurs
-d’alors, de cette sensiblerie de bon goût, de ce
-champêtre raffiné, de toutes ces fadeurs jolies.
-Après les Saint-Barthélemy, et les coups
-d’arquebuse dans les rues, et les égorgements
-impitoyables, par ce besoin de réaction
-bien gaulois qui rejette à l’extrême de siècle
-en siècle nos mœurs, nos idées, nos goûts,
-on voulait de la bergerie, de l’Amaryllis de
-bon ton, le tout aimable, parfumé, fleurant
-bon… De ces désirs, de ces besoins naquit
-l’<i>Astrée</i>, qui leur donna satisfaction et élan.
-On ne saurait trop insister sur l’importance
-prêtée par l’époque à une œuvre qui la
-personnifait : notre histoire littéraire compte
-de ces identifications, mais point de plus
-étroite, de plus solennellement proclamée
-par le goût public, par les milieux et les
-cercles qui donnaient le ton et faisaient la
-mode.</p>
-
-<p>L’<i>Astrée</i> fut exactement ce qu’on attendait,
-ce qu’il fallait pour intéresser. On voulait
-du sincère, du délicat ; d’Urfé sut en mettre
-partout. Aussi, me paraît-il se faire quelque
-illusion, lorsqu’il dit à Céladon, dans la lettre
-qu’il lui adresse en préface d’un de ses
-volumes : « Aimer comme toi, c’est aimer à
-la vieille gauloise, comme faisaient les chevaliers
-de la Table Ronde, ou le beau Ténébreux. »
-A la vieille gauloise ! le mot est
-charmant ; il exprime à ravir « ce train d’amour
-qui allait », comme dit Marot dans
-son gentil rondel, si simplement, si naïvement
-« au bon vieux temps »… Mais Céladon
-aime beaucoup plutôt à l’italienne ; j’allais
-écrire à la provençale ; c’est un raffiné,
-un littérateur en amour, il a lu Pétrarque et
-s’en souvient dans les sonnets qu’il adresse à
-sa belle. Il est de l’école de Ronsard, nourrie
-de l’antiquité classique ; il n’a pas cependant
-l’allure trop raide de celui-ci, et je
-reconnais souvent dans ce qu’il dit, n’en déplaise
-à certains auteurs, les grâces maniérées,
-les <i>épiceries</i> que la <i>Pléiade</i> reprochait
-à l’école des Melin de Saint-Gelais et autres
-poétereaux de cour. Le livre se ressent du
-séjour prolongé de son auteur en Italie. Il
-serait difficile de noter toutes les imitations
-qu’a faites d’Urfé ; elles servirent certainement
-au succès du roman, furent très goûtées
-des lettrés, qui savourèrent avec délices
-ce plaisir de reconnaître çà et là des fragments
-de leurs auteurs. Les prêtres apprécient
-pour cela particulièrement l’<i>Astrée</i><a class="fnanchor" href="#note-a" id="ancre-a">[a]</a>. Théocrite
-et Virgile sont mis à contribution :
-Marini a fourni des <i lang="it" xml:lang="it">concetti</i> ; l’<i>Aminte</i> du
-Tasse et le <i lang="it" xml:lang="it">Pastor fido</i> se retrouvent par
-fragments. D’Urfé s’est servi aussi de la <i lang="it" xml:lang="it">Filli
-di Seiri</i> de Guidubaldo Bonarelli, de l’<i>Arcadie</i>
-de Sannazar, et enfin de toute la poésie de
-Montemayor. La fameuse Diane de Montemayor
-a été pour lui le modèle qu’il a réussi
-à dépasser.</p>
-
-<p>Dès son apparition, le roman eut donc un
-succès éclatant, qui durant tout le <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle
-ne se démentit pas. Les romans de chevalerie
-avaient fini leur temps : on n’en pouvait
-plus comprendre le charme naïf, la poésie
-très simple. On délaissait les insipides récits
-d’Ollenix du Mont-Sacré, et ce n’était plus
-qu’en bâillant, faute de mieux, qu’on lisait
-les <i>Bergeries de Juliette</i>, les <i>Amours de Cléandre
-et de Domiphille</i>. Dans ces compilations, le
-style était absurde, l’intérêt n’existait pas. On
-acclama le premier roman qui eût un réel
-mérite littéraire, qui valût non seulement
-par le style, mais par l’art de la narration,
-l’ordre, la régularité.</p>
-
-<p>Ceux qui entreprennent de lire l’<i>Astrée</i>
-aujourd’hui sont rares ; cet ouvrage a eu
-pourtant des admirateurs, récemment encore.
-Jules Janin le disait à un Marseillais
-lettré<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> : il faisait de ce roman une de ses
-lectures préférées. On est découragé par la
-longueur, la diffusion. Aussi peut-on s’étonner
-que nous louions l’ordre et la régularité
-du développement. Sans doute le récit des
-amours d’Astrée et de Céladon s’embarrasse
-de mille autres récits, et l’auteur semble avoir
-cherché à rendre l’œuvre touffue. Ce roman
-dans lequel se serrent, s’entassent tant
-d’autres petits romans, nous paraît indigeste.
-Mais il faut avoir essayé de lire les romans
-qui précédèrent l’<i>Astrée</i> pour comprendre
-combien cette narration, qui nous paraît si
-embrouillée aujourd’hui, était simple, relativement.
-Un ordre très grand règne dans
-cette diffusion apparente ; tout cela s’enchevêtre
-avec art. La netteté subsiste, grâce à
-la disposition même adoptée par d’Urfé qui
-va régulièrement à la ligne lorsqu’il commence
-une histoire en dehors de l’action, et
-annonce, tout naïvement : <i>Histoire d’Alcippe</i>…
-<i>Histoire de Sylvandre</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> M. Tollon, de qui je tiens le renseignement<a class="fnanchor" href="#note-b" id="ancre-b">[b]</a>.</p>
-</div>
-<p>Il faut surtout saisir ce fait qu’à l’époque de
-l’<i>Astrée</i> on demandait seulement ceci : avoir
-beaucoup à lire. On ne lisait point, comme
-aujourd’hui, sans préférences, sans méthode,
-avec une envie dévorante de tout voir, de
-tout connaître, des appétits de curiosité
-jamais satisfaits. L’heure n’était pas venue
-encore du journal, du feuilleton, ces miettes
-du repas substantiel auquel s’attablaient nos
-pères. La vie de cour et de salon avait de
-calmes et longs loisirs ; on ne lisait point
-hâtivement, avec la crainte toujours de
-n’avoir pas le temps. Une lecture suffisait
-pourvu qu’elle durât, qu’elle pût occuper les
-veillées, être reprise à tous les intermèdes
-d’une existence que n’activait même pas l’émotion
-guerrière. Il ne fallait point non plus
-l’angoisse poignante, la passion qui assombrit
-le roman moderne. On voulait un récit
-qui ne fût pas un drame trop vivement conté,
-obligeant à lire d’un trait, mais quelque
-chose d’un intérêt continu, un livre que l’on
-pût feuilleter sans précipitation, sans l’anxiété
-qui fait courir à la dernière page, qui eût
-mille petits dénoûments secondaires, permettant
-de s’arrêter ici et là, sans que la curiosité
-trop excitée en souffrît. Et c’est comme
-cela qu’on s’explique le succès de ce long,
-compendieux roman<a class="fnanchor" href="#note-c" id="ancre-c">[c]</a> de l’<i>Astrée</i>, avec ses
-cinq énormes volumes.</p>
-
-<p>On voulait aussi qu’un livre pût être discuté,
-qu’il servît de thème aux conversations.
-Après avoir lu quelques pages, on allait en
-parler dans une ruelle. Et l’on discutait sur
-un de ces cas curieux de psychologie amoureuse
-que d’Urfé, continuellement, soumet
-à son lecteur.</p>
-
-<p>Cette psychologie, qui, sans être très profonde,
-ne manque pas de subtilité, séduisait
-alors beaucoup. Et l’on raffolait de certaines
-petites analyses de sentiments, telles que
-celles-ci. La bergère Astrée pleure la perte
-de Céladon qui s’est allé jeter dans les eaux
-du tranquille Lignon, devenu pour la circonstance
-un torrent impétueux. Toutefois
-elle n’est pas fâchée qu’il lui ait donné cette
-preuve d’amour, et, bien femme, elle a un
-sourire de satisfaction au milieu de ses
-larmes… « Elle recevait un déplaisir extrême
-de la mort de Céladon, et toutefois elle n’était
-point sans quelque contentement au milieu
-de tant d’ennuis, connaissant que véritablement
-il ne lui avait point été infidèle. »</p>
-
-<p>Astrée a fait semblant d’aimer Lycidas ;
-une bergère lui dit très justement : « A quoi
-nous servait, pour cacher ce que vraiment
-nous aimions, de faire croire un amour qui
-n’était pas… puisque vous deviez bien autant
-craindre que l’on crût que vous voulussiez
-du bien à Lycidas comme à Céladon ? — Ma
-sœur, ma sœur, répliqua Astrée, lui frappant
-de la main sur l’épaule, nous ne craignons
-guère qu’on pense de nous ce qui
-n’est pas, et au contraire le moindre soupçon
-de ce qui est vrai ne nous laisse aucun
-repos. »</p>
-
-<p>On se pâmait sur ces mille menues observations
-du cœur humain :</p>
-
-<p>« Et quoiqu’elle reconnût que vraiment
-c’était lui, se disputait-elle le contraire en son
-âme, suivant la coutume des personnes qui
-veulent toujours fortifier comme que ce soit
-leur opinion. »</p>
-
-<p>Enfin on était ravi de retrouver des discussions
-très subtiles, des duos d’amour tels
-qu’on en entendait à l’hôtel de Rambouillet,
-tels que celui que nous transcrivons d’Alcippe
-et d’Amaryllis :</p>
-
-<p>« Je n’eusse jamais cru avoir si peu de
-force que de ne pouvoir résister aux coups
-d’un ennemi qui me blesse sans y penser… »
-Elle lui répondit : « Celui qui blesse
-par mégarde ne doit pas avoir le nom
-d’ennemi. — Non pas, répondit-il, ceux
-qui ne s’arrêtent pas aux effets, mais aux
-causes seulement… Quant à moi, je trouve
-que celui qui offense comme que ce soit
-est ennemi, et c’est pourquoi je vous puis
-bien donner ce nom. »</p>
-
-<p>Le dialogue, engagé sur ce ton-là, ne s’arrêtera
-plus. Mais on ne s’en impatientait pas,
-et l’on trouvait agréables des compliments
-dans le goût de celui-ci : « C’est de votre
-glace que procède ma chaleur, et de ma chaleur
-votre glace. »</p>
-
-<p>A ce moment, on avait aussi la rage des
-petits vers : M. de Montausier lui-même,
-comme on l’a fait remarquer, était plus capable
-de faire les vers d’Oronte que de les juger
-dignes du cabinet. Tout honnête homme se
-piquait d’un peu de littérature, et après s’être
-fait convenablement prier, se levait pour
-dire, en se dandinant d’un air satisfait :
-« Sonnet… c’est un sonnet ! » Les petits abbés
-ne venaient point en visite sans rimer
-quelque impromptu, déclamer quelque madrigal,
-en s’écriant :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et c’est dans votre cour que j’en viens d’accoucher !</div>
-</div>
-
-<p>Les vers de d’Urfé servirent au succès de
-l’<i>Astrée</i>. Il sema tout son roman de petites
-pièces écrites dans le goût du temps. Il ferait
-beau voir que l’on puisse être amoureux
-sans rimer !… Et ces bergers, dès qu’ils ont
-un chagrin ou une joie, vite vont l’écrire
-sur l’écorce d’un arbre, en vers. Il fallait par-ci
-par-là, des madrigaux : d’Urfé ne prend
-guère la peine de les amener ; il sait qu’après
-quelques pages de prose on attend un peu
-de poésie, et tout bonnement, il arrête le
-récit pour dire :</p>
-
-<p>« Et sur ce sujet, un jour qu’il fut prié de
-chanter, il dit de tels vers… »</p>
-
-<p>Ou bien :</p>
-
-<p>« Après qu’ils furent séparés, Alcippe
-grava de tels vers sur un arbre… »</p>
-
-<p>La plupart de ces vers sont déplorables, il
-faut le dire. Mais dans le nombre on en peut
-noter quelques-uns de jolis. En voici quatre
-que nous citons pour leur coupe toute moderne,
-un je ne sais quoi qui rappelle les
-vers de M. Sully Prudhomme :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quoique l’Espérance soit morte,</div>
-<div class="verse">Désir, pourtant tu ne meurs pas !</div>
-<div class="verse"><b>. . . . . . . . . . .</b></div>
-<div class="verse">Le désir me demeure en l’âme,</div>
-<div class="verse">Bien que l’espoir en soit ôté…</div>
-</div>
-
-<p>Par toutes ces fadeurs, par tout cet artificiel,
-le roman devait plaire. Chacun alla
-habiter en imagination ce pays de Forest
-qui, tel que d’Urfé le dépeignait, paraissait
-si bien fait pour des gens frivolement amoureux,
-avec son paysage de décors, joli et frais,
-comme peint, et ses grands arbres dont les
-troncs noueux se couvrent d’inscriptions
-rimées, de chiffres entrelacés, et ces fontaines,
-ces grottes merveilleuses, ces apparitions de
-nymphes dans le feuillage… O le ravissant
-pays ! n’est-ce pas le pays du Tendre lui-même ?
-La nature y est complice, <i>truquée</i>,
-comme nous dirions aujourd’hui : un petit
-bois s’offre toutes les fois qu’on en a besoin ;
-sous les pas des couples enlacés le sol se
-feutre d’un gazon épais ; le soleil se couche
-à propos, la lune éclaire au bon moment, des
-rochers tapissés de mousse prêtent pour
-s’asseoir à deux une place engageante ; et
-les vieux arbres sont creux, pour servir de
-boîte aux lettres…</p>
-
-<p>Ce petit coin délicieux où tout, par une
-divinité invisible, a été arrangé pour qu’on
-s’y aime à l’aise, devait paraître un paradis
-à cette société qui subordonnait tout à
-l’amour. Car on était alors parfait amant, et
-rien de plus ; tout autre sentiment que celui
-d’<i>honneste amitié</i> était étouffé. A tel point
-que lorsqu’Astrée perdit ses parents, « ce ne
-fut pour elle un faible soulagement, pouvant
-plaindre la perte de Céladon sous la
-couverture de celle de son père et de sa
-mère ». Le petit calcul de la tendre bergère
-n’est-il pas du dernier touchant ? Et
-d’Urfé nous conte cela naïvement, sans y
-rien voir de mal. Il semble, d’après ces deux
-lignes négligemment jetées, que les liens de
-famille au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle n’étaient pas très resserrés.</p>
-
-<p>Comme dernier élément de succès, notons
-les allusions contemporaines. Mais il faut se
-garder de voir dans l’<i>Astrée</i> un roman à clef.
-On a voulu tout expliquer ; cela paraît
-absurde. Ce qui est vrai, c’est qu’Henri IV est
-représenté sous les traits d’Euric, roi des
-Wisigoths, Bellegarde sous ceux d’Alcidon ;
-la belle Daphnide n’est autre que Gabrielle
-d’Estrées.</p>
-
-<p>Si après avoir expliqué le succès de l’<i>Astrée</i>
-nous voulons le constater, cela nous est
-facile dans tous les écrivains du temps. Ce
-fut un des seuls romans qui, devant le
-clergé lui-même, trouvaient grâce. Pierre de
-Camus, évêque de Belley, adorait d’Urfé.
-François de Sales lui-même en fut l’admirateur.
-L’<i>Histoire littéraire des Bénédictins</i> dit
-qu’Honoré d’Urfé tira les romans de la
-barbarie dans laquelle ils avaient végété
-jusqu’alors. Les esprits les plus graves furent
-séduits : Honoré d’Urfé exerce sur toute la
-littérature classique une grande influence.
-Patru savait par cœur trois volumes de
-l’<i>Astrée</i>, et La Fontaine en faisait ses délices,
-malgré sa peur des grands ouvrages. Il a dit
-de d’Urfé :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Étant petit garçon, je lisais son roman,</div>
-<div class="verse">Et je le lis encore, ayant la barbe grise.</div>
-</div>
-
-<p>Boileau en a fait un bel éloge : « d’Urfé
-a soutenu, dit-il, l’intérêt de sa longue pastorale
-par une narration également vive et
-fleurie, par des fictions très ingénieuses et
-par des caractères aussi finement imaginés
-qu’agréablement variés et bien suivis. »</p>
-
-<p>Longtemps après l’apparition du livre, la
-vogue de l’<i>Astrée</i> était extraordinaire dans
-les salons, dans le monde. Un honnête
-homme est tenu de savoir son <i>Astrée</i> : on
-peut le questionner. Et même cela devient un
-passe-temps, un jeu de société : « Chez
-l’abbé de Gondy on se divertissait entre
-autres choses à s’écrire des questions sur
-l’<i>Astrée</i>, et qui ne répondait pas bien payait
-pour chaque faute une paire de gants de
-frangipane… » Il ne fallait pas se tromper
-sur les aventures de Céladon et de Sylvandre ;
-on devait, pour être du bel air, en
-connaître tous les détails. Ce genre de succès,
-très mondain, restreint dans les limites
-des salons, ressemble peu à celui qu’obtiennent
-aujourd’hui les romans d’Émile
-Zola. Voit-on, dans une réunion élégante,
-au thé de cinq heures d’une mondaine, ces
-dames se distraire à poser des questions sur
-les aventures de Gervaise ou de Coupeau ?…</p>
-
-<p>Ce succès ne fut pas seulement français.
-Il s’étendit dans toute l’Europe. Honoré
-d’Urfé reçut, vers 1624, une lettre fort
-curieuse, adressée par 29 princes ou princesses,
-19 grands seigneurs ou dames d’Allemagne,
-qui ayant pris les noms des personnages
-de l’<i>Astrée</i> avaient formé l’Académie
-des vrais amants, une réunion pastorale à
-limitation de celles du roman. Datée du
-« carrefour de Mercure », elle le suppliait de
-prendre pour lui le nom de Céladon.</p>
-
-<p>L’<i>Astrée</i> a rendu à la langue française un
-grand service en la tirant du pathos. Car les
-périodes trop fleuries, les expressions prétentieuses,
-n’empêchent pas le style d’être coulant,
-vif, aisé, même par moments ingénu,
-simple, et d’une grâce facile. C’est de la véritable
-prose française. La phrase se balance
-harmonieusement sans être trop longue. On
-a souvent cité le début, cette jolie description
-du pays du Forest et du Lignon. En mille
-endroits, le style est délicieux, d’une pureté
-parfaite. On a dit que d’Urfé avait préparé la
-langue dont allaient se servir les maîtres, la
-langue pure et élégante de Racine ; et cela
-ne semble pas exagéré.</p>
-
-<p>Mais l’œuvre de d’Urfé, celle dont il faut
-le plus lui être reconnaissant, est celle qu’il
-a accomplie avec l’hôtel de Rambouillet.
-L’influence que son roman a exercée sur les
-mœurs est incontestable ; cette société polie,
-raffinée du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, que nous admirons,
-a copié l’<i>Astrée</i>. C’est à d’Urfé qu’on est
-redevable de toutes les élégances de sentir et
-de penser du siècle de Racine. C’est grâce à
-lui que l’on vit à Paris, au Louvre, à Chantilly,
-à l’hôtel de Soissons, s’ouvrir de véritables
-cours d’amour ; la société déjà mise en
-goût de vertu par l’exemple de la marquise
-de Rambouillet acheva de se convertir à
-l’amour honnête qui lui paraissait si séduisant
-et prit de belles leçons de morale en
-écoutant la parole grave du druide Adamas
-qui, dans l’<i>Astrée</i>, fait toujours entendre la
-voix de la raison et de la vertu tolérante.</p>
-
-<p>Allons chercher dans M. Zola lui-même
-une expression qui peint bien ce que fit
-d’Urfé : « il planta les petites fleurs bleues
-de l’idéal dans la brutalité des désirs. » Et
-qui sait ? peut-être est-ce grâce à lui qu’Henri
-IV, le roi joyeux viveur, peu délicat en fait
-d’amour, eut sa petite fleur bleue, lui aussi !
-Il aima une fois platoniquement, le libertin
-Béarnais ; il conçut un pur amour, une respectueuse
-adoration pour la charmante M<sup>me</sup> de
-Guercheville qui sut, avec une fermeté douce,
-le repousser. Et pourquoi ne pas reconnaître
-l’influence de l’<i>Astrée</i>, lorsqu’il lui écrit, à la
-veille d’une bataille : « Si je meurs, bien vous
-puis-je assurer que ma pénultième pensée
-sera à vous, et ma dernière à Dieu, auquel
-je vous recommande, et moi aussi… » ?</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3 id="ch4">II</h3>
-
-
-<p>Peindre la société qui lut l’<i>Astrée</i> — société
-d’élite cantonnée dans quelques salons, dont
-rien ne vit plus, placée maintenant au vrai
-point de vue pour l’observateur que n’agitent
-plus les passions, qui ne cherche plus à
-défendre les thèses du moment, — est en
-somme chose aisée. Mais donner la physionomie
-de l’heure présente, de l’heure qui
-sonne pour une société démocratique étendue
-à l’infini, où tout se mêle, se confond, — paraît
-plus difficile. Ce n’est plus un petit
-coin qu’il faut montrer, la société n’est plus
-composée d’un seul groupe lettré et délicat,
-c’est tout un monde énorme qu’il faudrait
-étudier. Cela devient presque impossible.</p>
-
-<p>Il importe cependant, après avoir replacé
-d’Urfé dans la société qu’il anime, de camper
-dans son siècle, dans son milieu, Émile
-Zola. Ce sera l’étudier d’après ses principes
-mêmes.</p>
-
-<p>Quel changement apporté par deux siècles !
-Un abîme profond s’est creusé, dont les
-rives, maintenant lointaines, ne paraissent
-pas avoir pu être autrefois réunies.</p>
-
-<p>La poésie et ses banalités tendres, la galanterie
-exquise dont le nom lui-même a été
-profané odieusement, toutes ces douces inutilités
-dont le souci du positif, le goût du
-pratique et du réel n’ont rien à faire, ont été
-balayées. La place est nette ; et le siècle dans
-son orgueil, se pare de ces ruines croulantes ;
-il se glorifie de sa vieillesse ; les décadences
-n’ont jamais été portées avec une telle
-fierté ; les hontes s’avouent. Bien vieille en
-effet cette société qui a tout vu, tout appris
-sans s’instruire, qui a essayé et brisé tant
-d’outils, qui se raille des enthousiasmes des
-sociétés jeunes, à qui reste seulement le
-culte de la matière, du tangible ! On ne se
-laisse plus bercer par les contes bleus, par
-les rêveries poétiques. On pense moins
-qu’on ne compte. Nous vivons sur une table
-de Pythagore, pour emprunter l’expression
-d’une héroïne de M. Dumas, un des contempteurs
-les plus âpres, les plus impitoyables
-de son siècle. On ne s’amuse pas, on jouit.
-Les goûts ont fait place aux besoins, les
-désirs vagues d’idéal, de bonheur vrai, aux
-appétits dont la brutalité s’affiche.</p>
-
-<p>On est loin certes des rubans et des dentelles ;
-il n’y a plus d’élégance, ou du moins
-ce n’est qu’une élégance extérieure, superficielle
-(bien contestable d’ailleurs), qui
-masque à peine le fond de grossièreté, la
-parfaite inélégance dans les façons de sentir
-et de penser. La notion de l’amour a subi
-l’atteinte de cette dépravation générale, le
-culte chevaleresque est disparu, son rite
-ridiculisé !</p>
-
-<p>Surprenez quelques-uns des madrigaux
-qu’adressent les jeunes hommes aux jeunes
-femmes d’aujourd’hui ; vous n’aurez certes
-pas à en admirer la discrétion, l’expression
-contenue : ils sont le plus souvent d’un
-cynisme à peine déguisé, et le désir s’y
-exprime plus que l’amour. Car on entre
-maintenant de plain-pied du monde où l’on
-ne respecte pas les femmes dans celui où on
-est obligé à des égards — on passe de l’un
-à l’autre si rapidement d’ordinaire qu’on n’a
-pas le temps toujours de changer d’habitudes,
-de langage. L’argot a envahi peu à
-peu les salons. Ne valait-il pas mieux la belle
-langue pure, un peu cérémonieuse, d’autrefois — ou
-même le jargon des précieux ?</p>
-
-<p>Nous sommes dans une période de transition,
-comme toutes les périodes dites décadentes,
-malades de progrès, d’industrie, de
-science. Nous sommes dans un siècle de
-démolition ; « une poussière de plâtre emplit
-l’air, les décombres tombent avec fracas. »
-Plaise à Dieu qu’ils ne se trompent pas ceux
-qui ajoutent avec Zola : « Demain, l’édifice
-sera reconstruit » !</p>
-
-<p>Nous vivons dans la fièvre : il nous faut
-des œuvres fiévreuses. Comme le dit le chef
-de l’école naturaliste, « nous nous plaisons
-à fouiller dans les plaies, à descendre toujours
-plus bas, avides de connaître le cadavre
-du cœur humain ». On ne veut plus vivre
-dans le convenu ; on repousse les banalités
-doucereuses du mensonge. Vaut-il pas mieux
-traiter cette société énervée par les « fortifiantes
-brutalités de la vérité ? »</p>
-
-<p>Et alors on voit paraître des livres que
-nul n’aurait osé signer autrefois. Le lecteur,
-peu à peu habitué par les journaux qui
-racontent tout, finit par ne plus se choquer
-de rien. Et on s’accoutume si bien à la littérature
-malsaine que c’est, comme on la
-dit, le livre honnête que l’on cache et que
-l’on rougit de lire.</p>
-
-<p>On se laisse entraîner par le courant, car
-cette littérature a sa grandeur, sa force.
-« Cela vous monte à la tête, comme un vin
-puissant ; on s’oublie à lire, mal à l’aise et
-goûtant des délices étranges. » La théorie
-artistique le proclame : peu importent l’hygiène,
-la santé morale — il faut du vrai,
-du vécu ; on veut retrouver un homme dans
-chaque œuvre, et l’on sait bien que l’homme
-a des bassesses. « Une œuvre d’art est un
-coin de la création vu à travers un tempérament. »
-Voilà la grande formule. Peu
-importe que ce tempérament soit plus ou
-moins ardent, plus ou moins libertin.</p>
-
-<p>Zola, avec sa franchise qui ne recule devant
-rien, le dit bien haut, et presque toute
-l’époque le répète après lui : « J’aime les
-ragoûts littéraires fortement épicés, les
-œuvres de décadence où une sorte de sensibilité
-maladive remplace la santé plantureuse
-des époques classiques. Je suis de mon
-âge. »</p>
-
-<p>Et malheureusement tous, nous sommes
-de notre âge : et qui sait même où nous
-irons, à force d’être de notre âge ?</p>
-
-<p>La théorie de Zola est fort simple : point
-de héros, des hommes. La vie doit être étalée,
-racontée telle qu’elle est, dans sa banalité
-comme dans ses brutalités. L’intrigue
-habilement nouée, le <i lang="la" xml:lang="la">deus ex machinâ</i>, ces
-ressources de la scène, sont écartées ; c’est
-le journal quotidien, par doit et avoir, des
-faits. La nouvelle école, « lasse des héros et
-de leurs mensonges, s’est aperçue qu’elle
-n’avait qu’à se baisser, à déshabiller le premier
-passant venu, pour faire du terrible et
-du grand ». Oui ; mais le premier passant
-venu est souvent, presque toujours, l’être
-banal, commun, étranger à ce « terrible » et
-à ce « grand » qui attachaient et passionnaient
-dans le roman d’autrefois, ce roman
-relégué par les nouveaux venus dans l’armoire
-aux jouets cassés, aux amusettes d’enfants.</p>
-
-<p>Émile Zola veut laisser dans le roman le
-moins de place possible à la création. « Le
-don de voir est moins commun que celui de
-créer. » Zola ne voit point le sophisme :
-l’auteur qui crée a vu déjà ; l’étude de l’individu
-et l’observation des détails lui sont
-indispensables pour la conception du type
-et de l’ensemble. Zola pousse à fond son
-idée, ingénieusement suivie d’ailleurs. « De
-même qu’autrefois on disait d’un romancier :
-il a de l’imagination, je demande qu’on
-dise aujourd’hui : il a le sens du réel. »</p>
-
-<p>Les romans seront ainsi de fortes pages
-d’étude ; leur intérêt sera dans la nouveauté
-des documents et l’exactitude des peintures.
-Ils seront enfin le « procès-verbal humain »
-que rêve la nouvelle école.</p>
-
-<p>Le romancier que veut être Zola, il nous
-l’a dit en deux lignes : « Celui qui a le sens
-du réel, et qui exprime avec originalité la
-nature en la faisant vivre de sa vie propre… »</p>
-
-<p>Est-il arrivé à faire des tableaux aussi
-vrais qu’il le prétend ? C’est ce que nous ne
-croyons pas. Il l’avoue lui-même : le romancier,
-à notre époque, ne se dégage pas assez
-du littérateur. Il reconnaît qu’on trouve trop
-de plaisir à polir une phrase, à La faire harmonieuse,
-et qu’on a des recherches exagérées
-d’expressions. Il craint que bien des
-œuvres d’aujourd’hui ne soient que de
-« jolis joujoux » qui ne resteront pas. Il va
-jusqu’à regretter la belle prose simple du
-<small>XVII</small><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Et en effet, c’est là ce qui lui manque, à
-lui, presque toujours, presque partout, la
-simplicité. Il prétend en outre nous montrer
-la vie toute plate, toute banale, dans
-son désordre. Mais il n’y parvient pas toujours,
-car il y a une ordonnance souvent
-parfaite dans ses romans. Le dénouement
-romanesque n’existe pas si l’on veut ; mais
-on voit que l’auteur, pour nous donner une
-image parfaite de la vie, va remettre les personnages
-dans la position où ils étaient au
-commencement, et nous montrer, la crise
-une fois passée, l’existence humaine reprenant
-son train bourgeois. Mais pour en arriver
-là il faut quelquefois déployer plus d’art
-que pour ménager un dénouement, et cet
-art peut se laisser sentir. On aboutit aussi
-à écarter trop l’imprévu, à faire notre vie
-trop banale. Nous savons tous qu’il se passe
-quelquefois des drames singuliers, compliqués,
-presque semblables à ceux qu’inventent
-les auteurs méprisés par Zola.</p>
-
-<p>Du reste, lui, si prosaïque, si brutal, qui
-crie contre le lyrisme, n’a-t-il pas souvent
-composé ses romans comme de véritables
-poèmes ? Il y a chez lui une étrange, une
-vigoureuse poésie, qu’il dégage de la matière.
-Je ne parle pas de ses premiers romans,
-<i>Madeleine Férat</i> par exemple, où l’on noterait
-des tirades d’amour dignes du théâtre
-de Victor Hugo. Mais dans ses romans les
-mieux observés, ceux dans lesquels il ne
-s’est infiltré, comme il dit, aucun lyrisme,
-qui passent pour être d’une terrible brutalité,
-tels que la <i>Curée</i>, <i>Nana</i>, <i>Pot-Bouille</i>, etc… ;
-réussit-il à peindre avec une parfaite vérité ?
-C’est encore contestable.</p>
-
-<p>Qu’il le veuille ou non, il a exagéré le
-mal. Ou pour mieux dire (car le mal existe
-certainement, peut-être aussi horrible qu’il
-nous le dépeint), il n’a rien vu de la partie
-saine. On citera telle ou telle page, très vertueuse,
-très honnête : mais on sait bien que
-ce sont là des exceptions. Quand il a étudié
-la bourgeoisie, les classes riches, il les a étudiées
-par les cours intérieures, par les communs.
-Et le peuple, il l’a étudié par le mastroquet,
-par l’<i>Assommoir</i>. Dans sa maison de
-<i>Pot-Bouille</i>, tous ses bourgeois sont des misérables,
-et des abîmes de perversité se
-creusent « derrière leurs belles portes d’acajou
-verni ». Il y a peut-être dans tout l’hôtel
-une famille honnête : il ne nous en dit rien,
-il nous la montre seulement sortant en voiture,
-et cela lui suffit, de nous l’avoir fait
-admirer une fois, à travers les glaces du
-coupé. Dans son <i>Assommoir</i>, tous ses
-ouvriers sont des ivrognes, des dépravés.
-Et s’il veut en peindre un honnête, rangé,
-le bonhomme mal campé sur ses pieds est
-tout de suite ridicule, gauche : son <i>Gueule
-d’Or</i> prête à rire, avec ses sermons.</p>
-
-<p>Il semble pourtant que la meilleure partie
-de son œuvre soit précisément cet <i>Assommoir</i>
-et tout ce qui ne prétend pas décrire le
-monde brillant, le monde riche. Car celui-là,
-Zola en donne la plus fausse idée : il le
-peint en homme qui en a toujours vécu
-éloigné ; il en décrit les luxes avec une véritable
-naïveté, parlant des intérieurs somptueux
-comme en doit parler un ouvrier
-socialiste qui n’en a jamais visité un. Il croit
-aux raffinements inouïs, aux baignoires d’argent,
-aux moindres objets en or fin, aux
-serres qui sont de véritables forêts vierges,
-aux boudoirs où s’entassent des fortunes en
-bibelots. Il exagère, il exagère toujours : c’est
-là son maître défaut, celui où se trahit le
-Provençal. Dans ce décor éblouissant qui
-tient du conte de fées, il ne fait mouvoir que
-des corrompus, que d’horribles vicieux, Là
-encore, il n’a rien voulu voir de ce qu’il peut
-y avoir de bon, d’honorable. Et n’en trouvons-nous
-pas la preuve dans cet aveu
-étonnant : « Nous autres, manants, gens de
-petite fortune, nous ne connaissons le monde
-que par les procès scandaleux qui éclatent
-chaque hiver… » ?</p>
-
-<p>Tout s’explique alors. Il étudie sur les
-exceptions. Car il nous est permis d’avancer
-que les procès sont des exceptions. On comprend
-qu’en travaillant de la sorte, Zola ne
-peut voir que ce qu’il y a de pire, ce que la
-société rejette chaque année. « Le monde,
-s’écrie-t-il, le voilà quand une passion le
-secoue, quand un drame violent le jette en
-dehors de ses politesses et de ses convenances. »
-C’est-à-dire : le monde, le voilà
-quand il n’est plus le monde. Puisque Zola
-veut étudier la vie ordinaire, dans son train
-de tous les jours, qu’il étudie la société dans
-ses habitudes, dans ses mœurs, lorsqu’elle
-n’est point « secouée ». Qu’il n’aille pas
-choisir justement pour la dépeindre, le
-moment où elle est en plein « drame violent » :
-d’abord parce que c’est imiter les
-romanciers qu’il décrie, qui cherchent l’extraordinaire,
-le poignant, et puis parce qu’il ne
-nous montre pas la vie banale, la vie qu’il
-nous a promis de copier.</p>
-
-<p>Ceci ne fait point que nous n’admirions
-Zola ; il a écrit des pages superbes, des pages
-qui resteront : plus que tout autre, il a l’art
-de décrire, de donner l’impression. On garde
-le souvenir d’un roman de lui comme d’une
-chose qu’on a vue. On ne saurait lui nier
-la puissance, la grandeur, souvent l’éloquence
-indignée. Enfin, il faut respecter en
-lui la foi, la foi sincère, vibrante, que
-quelques-uns ont voulu mettre en doute,
-mais qui existe cependant chez lui. Nous
-avons peu d’écrivains plus convaincus.</p>
-
-<p>Il nous reste à voir, comme pour d’Urfé,
-les services qu’il a pu rendre. N’hésitons pas
-à dire qu’il a nui. Au point de vue moral,
-quoiqu’il prétende être d’une lecture fortifiante,
-il a aidé certainement à la dépravation.
-Nous avons entendu dire à un médecin
-d’esprit supérieur qu’à notre époque où
-tout le monde est plus ou moins hystérique,
-il est impossible, scientifiquement
-impossible, qu’une jeune femme, un jeune
-homme lisent Zola sans en subir une atteinte
-pernicieuse. Certaines descriptions seraient
-d’un effet infaillible sur les nerfs d’un sujet
-un peu faible. Récemment, dans la <i>Revue des
-deux mondes</i>, M. d’Haussonville attribuait à
-la littérature naturaliste l’abaissement du
-sens moral, la recrudescence des crimes. Il
-ne faudrait pas exagérer ces effets : ils
-existent pourtant.</p>
-
-<p>Au point de vue artistique, nous comprenons
-la thèse de Zola ; nous admirons dans
-ces œuvres de décadence, comme il les
-appelle, ce qu’il y faut admirer, l’art, la
-puissance, la vérité. Il a le droit, lui, quand
-paraît un de ces romans de malades « où
-tout souffre, tout se plaint », de louer, de
-s’enthousiasmer : car il n’est qu’artiste, et
-nous savons bien qu’il ne s’occupe pas de
-l’ordure que les autres voient. Il a le droit,
-devant ce roman, de s’écrier : « J’ai pour lui
-la curiosité du médecin qui est mis en face
-d’une maladie nouvelle. Alors je ne recule
-devant aucun dégoût : enthousiasmé, je me
-penche sur l’œuvre, saine ou malsaine, et
-au delà de la morale, au delà des pudeurs et
-des puretés, j’aperçois tout au fond une grande
-lueur qui sert à éclairer l’ouvrage entier, la
-lueur du génie humain en enfantement. »
-Mais combien en est-il qui aient le droit de
-parler ainsi ? C’est à un petit groupe très
-restreint d’artistes, de lettrés, de délicats que
-devraient s’adresser les œuvres de Zola. Je
-voudrais croire que pour ceux-là seuls il les
-a écrites, et qu’il s’irrite, comme il le dit, de
-voir ses livres achetés pour y chercher des
-gravelures. Mais le fait est indéniable ; et
-ceux qui peuvent véritablement comprendre
-ce qu’a voulu l’auteur ne sont pas assez
-nombreux pour faire <i>monter si haut</i> le
-chiffre des éditions de <i>Nana</i> ou de <i>Pot-Bouille</i>.</p>
-
-<p>Au gros public ces livres ont fait du mal.
-On y a trop vu l’habileté, la coquinerie
-triomphantes. Enfin le vice y a trop été
-décrit, le vice qui, sous quelques couleurs
-qu’on le présente, ne fait jamais horreur.
-Ce pessimisme, dont tous ressentent les
-atteintes, n’est-il pas un des fruits de cette
-littérature ? Je ne crois pas qu’après avoir
-lu la <i>Curée</i> ou <i>Nana</i> on voie la vie
-sous des couleurs claires et gaies. On se sent
-attristé, plein d’amertume, quand on ferme
-un des ouvrages de cet homme de grand
-talent qui s’enorgueillit d’être un « hypocondre ».</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3 id="ch5">III</h3>
-
-
-<p>Nous avons étudié les deux romanciers,
-après les avoir placés dans leurs milieux. Il
-est inutile d’insister sur les différences qui
-existent entre eux. D’un côté, l’ultra-sentimentalisme,
-de l’autre, le naturalisme brutal ;
-ici, l’artificiel, le convenu ; et là, l’affectation
-du naturel. Zola décrira les maladies
-les plus affreuses<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> ; — d’Urfé, au contraire,
-voulant faire allusion à une jeune femme
-atteinte de la petite vérole, supposera « une
-beauté qui se déchire le visage avec la pointe
-d’un diamant ». Car il est de ceux dont
-parle Sainte-Beuve « qui cherchent avant
-tout, dans le roman, l’embellissement ou
-l’oubli de la vie ». Ses peintures sont de fantaisie :
-« Quand j’ai visité les rives du
-Lignon, sur la foi de d’Urfé, disait Jean-Jacques
-à Bernardin de Saint-Pierre, je n’y
-ai trouvé que des forges et un pays
-enfumé. » Zola, lui, aurait décrit le pays
-enfumé et les forges.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Voir les peintures de la goutte (<i>La Joie de vivre</i>), du
-<span lang="la" xml:lang="la">delirium tremens</span> (<i>L’Assommoir</i>), la mort de Nana.</p>
-</div>
-<p>Pourtant entre ces deux écrivains si opposés,
-placés aux deux extrémités d’une évolution
-opérée dans les mœurs, dans les
-esprits, ne pourrait-on trouver quelque chose
-de commun ? Pour être éclos sous le même
-soleil, leurs talents n’auront-ils conservé
-aucune parenté ? Ce sont deux novateurs,
-deux chefs d’école : tous deux traînent à
-leur suite une foule d’imitateurs qui les font
-méconnaître, qui nuisent à leurs théories
-par les applications bizarres ou excessives
-qu’ils en font. Mais ce n’est là qu’une coïncidence.
-Provençaux tous deux, n’ont-ils
-rien de commun en provençalisme ?</p>
-
-<p>Tout de suite, nous remarquons chez eux
-la longueur, l’abondance immodérée des
-détails. N’est-ce pas là un peu le bavardage
-méridional ? Et aussi une tendance naturelle,
-très marquée, à décrire ? Nous touchons
-ici à cette importante question de la description,
-particulièrement intéressante à étudier
-dans Zola et dans d’Urfé.</p>
-
-<p>« Il serait bien intéressant, a dit Zola,
-d’étudier la description dans nos romans,
-depuis M<sup>lle</sup> de Scudéry jusqu’à Flaubert. Ce
-serait faire l’histoire de la philosophie et de
-la science pendant les deux derniers siècles :
-car sous cette question littéraire de la description,
-il n’y a pas autre chose que le
-retour à la nature, ce grand courant naturaliste
-qui a produit nos croyances et nos connaissances
-actuelles. Nous verrions le roman
-du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, tout comme la tragédie, faire
-mouvoir des créations purement intellectuelles
-sur un fond neutre, indéterminé, conventionnel ;
-les personnages sont de simples
-mécaniques à sentiments et à passions, qui
-fonctionnent hors du temps et de l’espace ;
-et dès lors le milieu n’importe pas, la
-nature n’a aucun rôle à jouer dans
-l’œuvre… »</p>
-
-<p>Zola se trompe. Très probablement, il
-n’a pas lu l’<i>Astrée</i>. Il y a chez d’Urfé une
-étonnante précision, la plus scrupuleuse
-exactitude dans les descriptions. Et nous
-n’hésiterions pas à dire qu’il est le premier
-qui ait introduit dans le roman le sentiment
-de la nature, encadrant les émotions du
-cœur humain. D’Urfé sait associer les
-impressions que nous font les paysages aux
-divers sentiments qui agitent ses héros.
-N’est-ce pas ainsi que l’on décrit aujourd’hui
-dans le roman, en montrant de quelle
-lumière triste ou rose s’éclaire un site, selon
-que nous sommes d’humeur joyeuse ou
-mélancolique ?</p>
-
-<p>Sylvandre erre seul, la nuit, dans un bois,
-et « le lieu solitaire, le silence et l’agréable
-lumière se fait complice de sa rêverie. »
-« Tout ce qu’il voyait et tout ce qui se présentait
-devant lui ne servait qu’à l’entretenir
-en cette imagination. »</p>
-
-<p>Ceci ne paraît-il pas tout moderne ? Sylvandre
-a surpris les confidences de Diane à
-Astrée :</p>
-
-<p>« Il se retira vers ses compagnons aussi
-doucement qu’il en était parti, et ayant repris
-sa place, et regardé si quelqu’un de ces bergers
-ne veillait point, et trouvant qu’ils
-étaient tous profondément endormis, il se
-mit à la renverse, et les yeux en haut, il considérait
-à travers l’épaisseur des arbres les
-étoiles qui paraissaient et les diverses chimères
-qui se formaient dans la nue ; mais
-il n’y en avait point tant, ni de si diverses,
-que celles que les discours qu’il venait d’ouïr
-lui mettaient en la pensée… »</p>
-
-<p>Toutefois la description chez d’Urfé n’a
-pas les mêmes caractères que chez Zola. Elle
-n’est pas toujours <i>vivante</i> comme celles que
-Zola s’efforce de faire. Car la nouvelle école
-essaie de faire une traduction de la nature,
-comme dit Zola, qui <i>respire</i> « dans ces frissons
-notés, ces chuchotements balbutiés, ces
-mille souffles rendus sensibles… ».</p>
-
-<p>« C’est injustement rapetisser notre ambition
-que de vouloir nous enfermer dans une
-manie descriptive n’allant pas au delà de
-l’image plus ou moins peinturlurée. »</p>
-
-<p>Ce qui multiplie aussi les descriptions
-chez les romanciers de l’école naturaliste,
-c’est l’amour passionné de la nature ; ils en
-sont arrivés à mettre une âme dans tout, à
-faire souffrir le paysage pour ainsi dire. C’est
-là ce qui distingue bien leurs descriptions
-de celles de d’Urfé. « La passion de la nature
-nous a souvent emportés, et nous avons
-donné de mauvais exemples par notre exubérance,
-par nos griseries de grand air. Rien
-ne détraque plus sûrement une cervelle de
-poète qu’un coup de soleil. On rêve alors
-toutes sortes de choses folles ; on écrit des
-œuvres où les ruisseaux se mettent à chanter,
-où les chênes causent entre eux, où les
-roches blanches soupirent comme des poitrines
-de femme à la chaleur de midi. Et ce
-sont des symphonies de feuillages, des rôles
-donnés aux brins d’herbe, des poèmes de
-clartés et de parfums. S’il y a une excuse
-possible à de tels écarts, c’est que nous avons
-rêvé d’élargir l’humanité, et que nous l’avons
-mise jusque dans les pierres du chemin. »</p>
-
-<p>Ce n’est évidemment pas avec cette poésie
-de la matière que d’Urfé dépeint. Mais il
-semble pourtant qu’il ait compris la description
-comme Zola, lorsque celui-ci la définit
-« un état du milieu qui détermine et
-complète l’homme. » Dans l’<i>Astrée</i>, les héros
-sont toujours placés dans un certain milieu ;
-on décrit avec soin le fond sur lequel ils se
-meuvent, et aussi leur manière de se mouvoir.
-D’Urfé peint toute chose avec une
-extrême vérité qui étonne lorsqu’on le lit
-aujourd’hui, et paraît toute moderne. Il
-montre ses personnages, et note soigneusement
-tous leurs mouvements, tous leurs
-gestes. On ne les entend pas seulement, on
-les voit parler : « Se tournant vers moi,
-comme souriant, elle dit en penchant dédaigneusement
-la tête de son côté. » Il y a dans
-l’<i>Astrée</i> des petites scènes que l’on pourrait
-mimer. Si nous ouvrons au hasard un roman
-de Zola, nous trouvons ce moyen employé ;
-ainsi dans une <i>Page d’Amour</i> l’arrivée du
-soldat, « le petit bonhomme bêta » cherchant
-dans sa poche la lettre qu’on lui a confiée.
-Tous ses gestes sont notés ; on les suit jusqu’au
-dernier, très trivial, de se taper sur les
-cuisses, désespéré. C’est là ce qu’on rencontre
-sans cesse chez d’Urfé. On voit bien la succession
-des mouvements de Galathée au
-moment où, assise entre ses deux compagnes,
-sur les rives du Lignon, elle aperçoit
-à travers les arbres Céladon évanoui :</p>
-
-<p>« Parce qu’elle croyait d’abord que ce fut
-un berger endormi, elle étendit les mains de
-chaque côté sur ses compagnes… puis, sans
-dire un mot, mettant le doigt sur la bouche,
-leur montra de l’autre main, entre ces petits
-arbres, ce qu’elle voyait, et se leva le plus
-doucement qu’elle put pour ne l’éveiller. »</p>
-
-<p>D’Urfé se préoccupe toujours de montrer
-les attitudes, de poser ses personnages, procédé
-encore tout moderne. Nous voyons
-Astrée « qui déjà s’étant assise sur un vieux
-tronc, le coude appuyé sur le genouil, la
-joue sur la main, se soutenait la tête et
-demeurait pensive… ».</p>
-
-<p>Quand le berger et la bergère causent,
-assis l’un près de l’autre, tout comme un
-romancier d’aujourd’hui il nous montre
-l’endroit : « Un tertre un peu relevé, contre
-lequel la fureur de l’onde allait se rompant,
-soutenu par en bas d’un rocher tout nu,
-couvert en dessus seulement d’un peu de
-mousse… » ; et nous voyons le berger qui,
-tout en causant ainsi au bord de l’eau, distraitement
-« frappe dans la rivière du bout
-de sa houlette ».</p>
-
-<p>S’il est vrai que sa description manque
-d’âme, n’a pas cette vie qui circule dans celle
-de Zola, et qu’on sent souvent, lorsqu’elle
-se prolonge, que l’auteur prend à la faire un
-« plaisir de rhétoricien », si elle ressemble
-à celle de Théophile Gautier, elle n’en est
-pas moins souvent gracieuse, et dément l’assertion
-de Zola qui nie qu’on ait décrit dans
-le roman au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Cette description semble d’aujourd’hui :
-« Sur le penchant du vallon voisin, duquel
-ce petit ruisseau arrose le pied, il
-s’élève un bocage épais, branche sur branche,
-de diverses feuilles. Là, les arbres s’entre
-ombragent, épandus l’un sur l’autre, de sorte
-que malaisément pouvaient-ils être percés
-du soleil, et par ainsi au plus haut du midi
-même, <i>une chiche lumière d’un jour blafard y
-pâlissait d’ordinaire</i>. »</p>
-
-<p>D’Urfé se rapproche encore de Zola par
-l’extraordinaire minutie, par l’amour du
-petit détail. Quand il peint les tableaux de
-la Grotte merveilleuse, il nous fait exactement
-voir la position de ses Amours. En
-voici un qui, « ayant mis la corde à un des
-bouts de l’arc, afin de la mettre en l’autre,
-baisse ce côté en terre, et du genou gauche
-plie ce côté en dedans ; de l’estomac il s’appuie
-dessus, et de la main gauche et de la
-droite, il tâche de faire glisser la corde jusqu’en
-bas. Cupidon est un peu plus haut, de
-qui la main gauche tient son arc, ayant
-la droite encore derrière l’oreille, le coude
-levé, les trois premiers doigts entre ouverts
-et presque étendus ».</p>
-
-<p>Ne serait-il pas piquant enfin de montrer
-dans quelques descriptions d’Urfé naturaliste,
-d’Urfé aussi réaliste qu’a pu l’être Zola ?
-Voilà sans doute ce que peu de gens soupçonnent.
-Prenons cette vieille qui est
-dépeinte « une baguette en la main droite,
-un livre tout crasseux en l’autre, avec une
-chandelle… ». Les oppositions des ombres,
-les effets de la chandelle entre les obscurités
-de la nuit, sont notés comme par Zola lui-même :
-« le côté gauche du visage fort clair,
-la bouche entrouverte paraît par le dedans
-claire, autant que l’ouverture permet à la
-clarté d’y entrer ; le bras qui tient la chandelle,
-vous le voyez auprès de la main fort
-obscur, à cause que le livre qu’elle tient y fait
-ombre, et le reste est si clair par le dessus
-qu’il fait plus paraître la noirceur du dessous. »</p>
-
-<p>Voici une page, la description d’un noyé,
-qui est du pur naturalisme, il n’y aurait pas
-un mot à changer pour l’introduire dans un
-livre moderne :</p>
-
-<p>« Il avait encore les jambes en l’eau, le
-bras droit mollement étendu par-dessus la
-tête, le gauche à demi tourné par derrière et
-comme engagé sous le corps. Le cou faisait
-un pli en avant pour la pesanteur de la tête
-qui se laissait aller en arrière ; la bouche, à
-demi entrouverte et presque pleine de
-sablon, dégouttait encore de tous côtés ; le
-visage en quelques lieux égratigné, souillé,
-les cheveux qu’il portait assez longs si
-mouillés que l’eau en coulait comme de deux
-sources le long de ses joues ; le milieu des
-reins était tellement avancé qu’il semblait
-rompu, et cela faisait paraître le ventre plus
-enflé, quoique, rempli de tant d’eau, il le
-fût assez de lui-même. »</p>
-
-<p>Le dernier trait est tout à fait remarquable :
-« Au même instant l’eau qu’il avait avalée
-ressortit en telle abondance, que Nyope eut
-opinion qu’on pouvait le sauver. »</p>
-
-<p>Nous pourrions citer encore bien de ces
-descriptions. En quelques mots, d’Urfé nous
-montre le petit Sanymède « grasset, potelé,
-blanc, les cheveux dorés et frisés », ou un
-nègre horrible, « le visage reluisant de noirceur,
-les cheveux raccourcis et mêlés, la
-barbe à petits bouquets, la bouche grosse,
-les lèvres renversées et presque fendues sous
-le nez. » — Ce tableau de Saturne dévorant
-ses enfants prouvera que ce n’est point un
-paradoxe de soutenir qu’il y ait du naturaliste
-dans d’Urfé. Il nous montre le dieu « la
-bouche dégouttante de sang, pleine encore
-d’un morceau de ses enfants dont il avait
-un demi mangé en la main gauche, auquel
-par l’ouverture qu’il lui avait faite au côté
-avec les dents on voyait comme panteler les
-poumons et trembler le cœur… » L’enfant a
-la tête renversée, « les jambes élargies d’un
-côté et d’autre, toutes rougissantes du sang
-qui sortait de la blessure que ce vieillard lui
-avait faite, de qui la barbe longue et chenue
-se voyait tachée des gouttes de sang qui
-tombaient du morceau qu’il tâchait d’avaler.
-Ses bras et jambes nerveuses et crasseuses
-étaient en divers endroits couvertes
-de poils, aussi bien que ses cuisses maigres
-et décharnées ».</p>
-
-<p>Ainsi, tout comme Zola, d’Urfé a eu la
-passion de décrire : il a introduit dans le
-roman le sentiment de la nature, que plus
-tard Zola ramène, après George Sand, en le
-concevant d’autre manière. Les deux romanciers
-ont ce même soin du menu détail, de
-la précision. Ils en arrivent l’un et l’autre à
-écrire de trop longues pages d’inventaire. Et
-ces descriptions auront sans doute la même
-fortune. Combien de celles de d’Urfé aujourd’hui
-nous paraissent insupportables ! Et
-pourtant elles durent intéresser autrefois,
-alors qu’elles montraient les choses de
-l’époque, qu’elles portaient sur ce qui plaisait.
-Que de descriptions chez Zola paraîtront
-aussi fastidieuses que celles de l’<i>Astrée</i> !</p>
-
-<p>Nous cherchions quel caractère commun
-pourrait trahir en ces deux Provençaux leur
-pareille origine, pourquoi ne pas nous arrêter
-à ce goût très vif qu’ils ont tous deux
-de dépeindre, d’énumérer longuement, à
-cette habitude bien provençale de faire tout
-voir à celui à qui on raconte, de n’omettre
-rien ? Notre amour du pittoresque se révèle
-dans ces paysages vivement brossés, enlevés
-de verve. Et ne pouvons-nous pas reconnaître
-notre prolixité, notre bavardage
-légendaires, dans les interminables pages de
-description ennuyeuse, infatigable, vide ?</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3 id="ch6">IV</h3>
-
-
-<p>Le roman sentimental confond la mièvrerie
-et la grâce, le subtil et le fin, le
-maniéré et le joli ; le roman naturaliste, la
-violence et la force, la brutalité et l’énergie.</p>
-
-<p>L’un aboutit à la convention, à la fadeur,
-à la chimère ; l’autre à l’exagération ou à la
-médiocrité. On peut dire des rapports du
-roman sentimental et du roman réaliste ce
-que M. Paul Bourget dit de ceux du roman
-réaliste et du roman piétiste, qui est
-aujourd’hui le dernier terme du roman
-idéaliste : « Chacun d’eux n’est pas seulement
-coupable de ses propres fautes ; les
-premiers doivent répondre aussi des réactions
-antilittéraires chez ceux que révoltent
-leurs tableaux trop crus ; les autres, par leurs
-fades inventions, redoublent chez les esprits
-énergiques le désir d’étonner le lecteur par
-le scandale… »</p>
-
-<p>N’y aurait-il pas un juste milieu à prendre ?
-Où se place la vérité ? Pour nous, il nous
-paraît que ce sera dans une observation
-impartiale, dans une peinture exacte, évitant
-les exagérations de couleur. Non point le
-réalisme, mais la nature.</p>
-
-<p>Pour voir juste, comme le demande Zola,
-pour avoir le « sens du réel », dont il parle
-tant, il ne faut pas voir trop en beau, ou en
-fin, comme d’Urfé, ni trop en laid et en
-grossier comme Zola. La vérité montrée
-simplement, c’est là la grande tradition du
-roman français, qui va de la <i>Princesse de
-Clèves</i> (surtout de cette première partie que
-M<sup>me</sup> de Sévigné trouvait admirable) à
-<i>Manon Lescaut</i>, à <i>René</i>, à <i>Adolphe</i>, aux
-romans rustiques de George Sand, à la
-<i>Comédie</i> et au roman de mœurs si humain
-de Balzac.</p>
-
-<p>Le débat entre les deux écoles correspond
-à l’éternelle lutte qui se prolonge en France
-entre l’esprit gaulois et l’esprit précieux. Il y
-eut de tout temps chez nous deux tendances
-qui se combattent et qui ne réussissent
-à se concilier que dans les très
-grands écrivains. Au-dessous d’eux, les uns
-sont gaulois, les autres précieux, dit M. Brunetière.
-Pour comprendre ce que nous voulons
-exprimer, il faut entendre le mot gaulois
-au sens où il l’emploie : « l’esprit
-gaulois est un esprit d’indiscipline dont la
-pente naturelle, pour aller tout de suite aux
-extrêmes, est vers le cynisme et la grossièreté. »
-Et l’esprit précieux est un esprit de
-mesure, de politesse, qui trop vite dégénère
-en esprit d’étroitesse et d’affectation.</p>
-
-<p>Les romanciers souverains seront ceux
-qui auront su n’être ni trop précieux par
-amour de l’idéalisme, du sentimental, ni trop
-réalistes par brutalité, par franchise cynique,
-et qui auront équilibré leur talent entre ces
-deux tendances, « également fortes parce
-qu’elles sont également intimes à l’esprit
-national ».</p>
-
-<p>De ces maîtres du premier ordre dans
-l’art ingénieux, exquis, du roman, maîtres
-par la mesure, par l’équilibre, comme par le
-génie, par l’art de concilier l’idéal avec l’observation
-et la vérité humaine, notre Provence
-passionnée, excessive, en produira-t-elle
-jamais ?</p>
-
-<p>Que l’avenir lui réserve ou non cette
-gloire, elle a celle d’avoir vu deux Provençaux
-porter au plus haut point d’éclat les
-deux formes opposées et extrêmes d’un
-genre littéraire excellemment français.</p>
-
-<p class="ind small">Février-avril 1887.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch7">NOTES</h2>
-
-
-<p><i>Les notes indiquées dans le texte par des chiffres sont d’Edmond
-Rostand. Pour les distinguer, les notes que j’ai cru devoir
-ajouter sont appelées par des lettres et rejetées ici.</i> — E. R.</p>
-
-<p class="ugap"><a href="#ancre-a" id="note-a">[a]</a> Il semble que cette phrase contienne une erreur typographique
-et qu’il faille lire non pas : <i>les prêtres</i>, mais <i>les poètes</i>.</p>
-
-<p><a href="#ancre-b" id="note-b">[b]</a> Un M. Tollon a été juge au tribunal de Marseille à
-l’époque où Edmond Rostand s’y trouvait adolescent. C’est
-probablement de lui qu’il s’agit ici.</p>
-
-<p><a href="#ancre-c" id="note-c">[c]</a> Ed. Rostand prend ici l’adjectif <i>compendieux</i>, comme on
-le fait souvent par erreur, dans le sens de <i>long, interminable</i>
-alors qu’il signifie au contraire : <i>bref</i>.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">TABLE</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td>&nbsp;</td> <td class="small">Pages.</td></tr>
-<tr><td class="drap"><span class="sc">Introduction</span></td>
-<td class="bot r"><div><a href="#ch1"><small>V</small></a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap upad"><span class="sc">Le roman sentimental et le roman naturaliste</span></td>
-<td class="bot upad r"><div><a href="#ch2">1</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap2">Première partie</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#ch3">9</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap2">Deuxième partie</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#ch4">38</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap2">Troisième partie</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#ch5">55</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap2">Quatrième partie</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#ch6">70</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap upad"><span class="sc">Notes</span></td>
-<td class="bot upad r"><div><a href="#ch7">74</a></div></td></tr>
-</table>
-
-<p class="c xsmall gap">MACON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top2em small">LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION</p>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td class="drap">BARTHOU (Louis), de l’Académie française. <b>La bataille du
-Maroc</b>, pet. in-8<sup>o</sup></td>
-<td class="bot r b w3"><div>3 fr.</div></td> <td class="bot b w1">25</td></tr>
-<tr><td class="drap">BEDIER (J.), de l’Académie française. <b>Les Légendes Épiques</b>.
-Recherches sur la formation des chansons de geste. 2<sup>e</sup> édition
-revue et corrigée, 4 vol. petit in-8, chaque</td>
-<td class="bot r b"><div>10 fr.</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap2 small">Couronné par l’Institut, <span class="sc">Grand prix Gobert</span> 1911 et prix <span class="sc">Jean Reynaud</span>,
-1914.</td>
-<td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">— <b>Hommage à Gaston Paris</b>, in-16</td>
-<td class="bot r b"><div>2 fr.</div></td> <td class="bot b">75</td></tr>
-<tr><td class="drap">— <b>Discours prononcé à l’Académie française</b>, le 3 novembre
-1921 par M. J. Bédier, élu en remplacement d’Edmond Rostand,
-in-16</td>
-<td class="bot r b"><div>3 fr.</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">CHARLIER (Gustave). <b>Un amour de Ronsard « Astrée »</b>,
-in-8, portrait</td>
-<td class="bot r b"><div>5 fr.</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">CYRANO DE BERGERAC. <b>Œuvres libertines</b>, p. p. <span class="sc">Lachèvre</span>,
-2 vol. in-8 (<i>Sous presse</i>)</td>
-<td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">FRANCE (Anatole), de l’Académie française. <b>Sur la voie glorieuse</b>,
-in-4, fac-similé</td>
-<td class="bot r b"><div>5 fr.</div></td> <td class="bot b">25</td></tr>
-<tr><td class="drap">MAURRAS (Charles). <b>L’Étang de Berre</b>. Les trente beautés
-de Martigues. La politique provençale. La Sagesse de Mistral.
-Maîtres et Amis : Le sacre d’Aix, P. Arsène, F, Amouretti,
-A. Guigou, Lionel des Rieux, J. Moréas. Barbares et Romans,
-1915, in-8</td>
-<td class="bot r b"><div>10 fr.</div></td> <td rowspan="4">&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap2 small">Quelques exemplaires sur Hollande.</td>
-<td class="bot r b"><div>50 fr.</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">NOLHAC (Pierre de). <b>Ronsard et l’humanisme</b>, 1921, in-8.
-<small>XI</small>-365 pages</td>
-<td class="bot r b"><div>35 fr.</div></td></tr>
-<tr><td class="drap2 small">Il a été tiré cinquante exemplaires sur papier vergé de Hollande.</td>
-<td class="bot r b"><div>60 fr.</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">RIPERT (Émile). <b>La Renaissance Provençale</b> (1800-1860).
-1918, in-8 de 550 p.</td>
-<td class="bot r b"><div>19 fr.</div></td> <td class="bot b">50</td></tr>
-<tr><td class="drap2 small">Prix <span class="sc">Bordin</span> (Académie française). — Prix
-<span class="sc">Thiers</span> (Académie d’Aix).</td>
-<td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">— <b>La versification de Frédéric Mistral</b>. 1918, in-8 de 160 p.</td>
-<td class="bot r b"><div>7 fr.</div></td> <td class="bot b">80</td></tr>
-<tr><td class="drap">— <b>Éloge de Frédéric Mistral</b>. Discours prononcé à l’Académie
-de Marseille le 1<sup>er</sup> février 1920, in-8 de 32 p.</td>
-<td class="bot r b"><div>2 fr.</div></td> <td class="bot b">50</td></tr>
-<tr><td class="drap"><b>Revue de littérature comparée</b>, dirigée par F. <span class="sc">Baldensperger</span>,
-et P. <span class="sc">Hazard</span>. Secrétaire : Édouard Champion, 1922, 2<sup>e</sup> année.
-Abonnement</td>
-<td class="bot r b"><div>40 fr.</div></td> <td rowspan="2">&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="drap">Année 1921</td>
-<td class="bot r b"><div>50 fr.</div></td></tr>
-</table>
-
-<p class="c gap xsmall">MACON, PROTAT FRÈRES IMPRIMEURS.</p>
-
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX ROMANCIERS DE PROVENCE: HONORÉ D'URFÉ ET ÉMILE ZOLA ***</div>
-<div style='text-align:left'>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Updated editions will replace the previous one&#8212;the old editions will
-be renamed.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg&#8482; electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG&#8482;
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for an eBook, except by following
-the terms of the trademark license, including paying royalties for use
-of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
-copies of this eBook, complying with the trademark license is very
-easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
-of derivative works, reports, performances and research. Project
-Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
-do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
-by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
-license, especially commercial redistribution.
-</div>
-
-<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br />
-<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br />
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span>
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-To protect the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase &#8220;Project
-Gutenberg&#8221;), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg&#8482; License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg&#8482;
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg&#8482; electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person
-or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.B. &#8220;Project Gutenberg&#8221; is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg&#8482; electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg&#8482; electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg&#8482;
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (&#8220;the
-Foundation&#8221; or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg&#8482; electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg&#8482;
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg&#8482; name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg&#8482; License when
-you share it without charge with others.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg&#8482; work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country other than the United States.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg&#8482; License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg&#8482; work (any work
-on which the phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; appears, or with which the
-phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-</div>
-
-<blockquote>
- <div style='display:block; margin:1em 0'>
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
- other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
- whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
- of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
- at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
- are not located in the United States, you will have to check the laws
- of the country where you are located before using this eBook.
- </div>
-</blockquote>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase &#8220;Project
-Gutenberg&#8221; associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg&#8482;
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg&#8482; License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg&#8482;
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg&#8482;.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg&#8482; License.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg&#8482; work in a format
-other than &#8220;Plain Vanilla ASCII&#8221; or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg&#8482; website
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original &#8220;Plain
-Vanilla ASCII&#8221; or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg&#8482; License as specified in paragraph 1.E.1.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg&#8482; works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
-provided that:
-</div>
-
-<div style='margin-left:0.7em;'>
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &bull; You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg&#8482; works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg&#8482; trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, &#8220;Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation.&#8221;
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &bull; You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg&#8482;
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg&#8482;
- works.
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &bull; You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &bull; You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg&#8482; works.
- </div>
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg&#8482; electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg&#8482; trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg&#8482; collection. Despite these efforts, Project Gutenberg&#8482;
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain &#8220;Defects,&#8221; such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the &#8220;Right
-of Replacement or Refund&#8221; described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg&#8482; trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg&#8482; electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg&#8482;
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-
-</body>
-</html>
diff --git a/old/64966-h/images/cover.jpg b/old/64966-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index 8320059..0000000
--- a/old/64966-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ