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-The Project Gutenberg eBook of La naissance et l'évanouissement de
-la matière, by Gustave Le Bon
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: La naissance et l'évanouissement de la matière
-
-Author: Gustave Le Bon
-
-Contributor: Georges Bohn
-
-Release Date: January 26, 2022 [eBook #67253]
-
-Language: French
-
-Produced by: Adrian Mastronardi and the Online Distributed Proofreading
- Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from
- images generously made available by the Bibliothèque
- nationale de France (BnF/Gallica))
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA NAISSANCE ET
-L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE ***
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- LES HOMMES ET LES IDÉES
-
- La Naissance
- et l’Évanouissement
- de la Matière
-
- PAR LE
- Dr GUSTAVE LE BON
-
-
- PARIS
- SOCIÉTÉ DV MERCVRE DE FRANCE
- XXVI, RVE DE CONDÉ, XXVI
- MCMVIII
-
-
-
-
-DANS LA MÊME COLLECTION
-
-
- HENRI DE RÉGNIER ET SON ŒUVRE, par Jean de Gourmont,
- avec un portrait et un autographe 1 vol.
-
-
-
-
-I
-
-
-Le but de cette conférence[1] est de vous raconter une merveilleuse et
-étrange histoire, qu’il y a dix ans à peine la science ne soupçonnait
-pas. Cette histoire est celle d’un morceau de matière quelconque, de la
-pierre que vous heurtez sur votre chemin, du papier qui est devant moi,
-des fragments de métal que vous maniez chaque jour.
-
- [1] Conférence faite à Ostende en août 1907.
-
-La science croyait autrefois, et beaucoup de personnes croient encore,
-que la matière se compose d’éléments inertes et indestructibles. Créés à
-l’origine des choses, ils devaient conserver à travers tous les
-changements une durée éternelle. Rien ne se crée, rien ne se perd,
-disait la chimie, et elle était fondée à le dire, puisque, malgré toutes
-les transformations qu’on lui faisait subir, la matière paraissait
-toujours conserver le même poids.
-
-La science nous apprend tout autre chose aujourd’hui. Elle nous montre
-la matière composée de petits systèmes solaires en miniature, formés
-d’éléments gravitant les uns autour des autres avec une immense vitesse
-et ne devant leur stabilité qu’à cette vitesse même. Elle nous dit que
-l’atome est le siège de forces colossales auprès desquelles ne sont rien
-celles que l’industrie manie et que peut-être cette même industrie
-pourra utiliser un jour. Elle nous dit encore que cette matière, siège
-d’une vie intense, possède une sensibilité invraisemblable qui la fait
-se modifier sous les influences les plus légères. Elle nous dit enfin
-que, loin d’être éternelle, la matière obéit à cette loi fatale qui
-condamne les choses et les êtres à mourir.
-
-Ne pouvant approfondir en une heure un pareil sujet, je me bornerai,
-dans cette conférence, à vous montrer quelques-unes des conséquences des
-recherches que je poursuis depuis plus de dix ans sur la dissociation de
-la matière et que j’ai développées dans deux ouvrages récents[2].
-
- [2] _L’Évolution de la matière_, in-18 de 400 pages, avec 62 figures
- (15e édition), et _l’Évolution des forces_, in-18 de 400 pages avec
- 40 figures (6e édition), Flammarion, éditeur, 1908.
-
-Ces recherches, dont le résultat fondamental, très imprévu il y a bien
-peu d’années encore, fut de montrer que la matière n’était pas
-indestructible, se sont rapidement répandues dans les laboratoires.
-Quelques-unes de nos propositions, considérées comme très
-révolutionnaires quand nous les formulâmes pour la première fois,
-commencent à devenir presque banales aujourd’hui, bien que très
-éloignées cependant d’avoir porté toutes leurs conséquences. Lorsque
-celles-ci se dérouleront, elles conduiront à renouveler un édifice
-scientifique dont la stabilité semblait éternelle.
-
-Voici d’ailleurs l’énoncé des principes fondamentaux que j’ai tâché de
-mettre en évidence en me basant sur mes expériences:
-
-1º La matière, supposée jadis indestructible, s’évanouit lentement par
-la dissociation continuelle des atomes qui la composent;
-
-2º Les produits de la dématérialisation de la matière constituent des
-substances intermédiaires par leurs propriétés entre les corps
-pondérables et l’éther impondérable, c’est-à-dire entre deux mondes que
-la science avait profondément séparés jusqu’ici;
-
-3º La matière, jadis envisagée comme inerte et ne pouvant restituer que
-l’énergie d’abord fournie, est, au contraire, un colossal réservoir
-d’énergie--l’énergie intra-atomique--qu’elle peut dépenser sans rien
-emprunter au dehors;
-
-4º C’est de l’énergie intra-atomique libérée pendant la dissociation de
-la matière que résultent la plupart des forces de l’univers,
-l’électricité et la chaleur solaire notamment;
-
-5º La force et la matière sont deux formes diverses d’une même chose. La
-matière représente une forme stable de l’énergie intra-atomique. La
-chaleur, la lumière, l’électricité, etc., représentent des formes
-instables de la même énergie;
-
-6º En dissociant les atomes, c’est-à-dire en dématérialisant la matière,
-on ne fait que transformer la forme stable de l’énergie, nommée matière,
-en ces formes instables connues sous les noms d’électricité, de lumière,
-de chaleur, etc. La matière se transforme donc continuellement en
-énergie;
-
-7º La loi d’évolution applicable aux êtres vivants l’est également aux
-corps simples. Les espèces chimiques, pas plus que les espèces vivantes,
-ne sont invariables;
-
-8º L’énergie n’est pas plus indestructible que la matière dont elle
-émane.
-
-La science d’hier était fondée sur l’éternité de la matière, celle de
-demain sera basée sur la désintégration de la matière. Elle aura pour
-but principal de trouver des moyens faciles d’augmenter cette
-désintégration et mettre ainsi dans les mains de l’homme une source de
-forces presque infinie.
-
-
-
-
-II
-
-
-Avant d’exposer les idées actuelles relatives à la constitution de la
-matière, rappelons brièvement celles dont la science a vécu jusqu’ici.
-
-Suivant des conceptions, hier encore classiques, la matière serait
-composée d’éléments indivisibles, nommés atomes. Comme ils semblent
-persister à travers toutes les transformations des corps, on admettait
-pour cette raison qu’ils sont indestructibles.
-
-Cette notion fondamentale a plus de 2.000 ans d’existence. Le grand
-poète romain Lucrèce l’a exposée dans les termes suivants, que les
-livres modernes ne font guère que reproduire.
-
- «Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant à nos yeux: la nature
- forme de nouveaux êtres avec leurs débris, et ce n’est que par la mort
- des uns qu’elle accorde la vie aux autres. Les éléments sont
- inaltérables et indestructibles... Les principes de la matière, les
- éléments du grand tout sont solides et éternels,--nulle action
- étrangère ne peut les altérer. L’atome est le plus petit corps de la
- nature... Il représente le dernier terme de la division. Il existe
- donc dans la nature des corpuscules d’essence immuable... leurs
- différentes combinaisons forment tous les corps.»
-
-Telles étaient les idées de Lucrèce et de tous les savants depuis vingt
-siècles. Appuyée sur des recherches expérimentales dont nous parlerons
-bientôt, la science moderne est arrivée à une conception de la matière
-bien différente.
-
-Elle admet maintenant que les atomes sont formés de tourbillons d’éther
-tournant autour d’une ou plusieurs masses centrales avec une vitesse de
-l’ordre de celle de la lumière. L’atome est comparé à un soleil entouré
-de son cortège de planètes.
-
-Mais comment se fait-il que ces tourbillons d’éther immatériel puissent
-se transformer en matière aussi rigide qu’un rocher ou un bloc d’acier?
-Certaines analogies appuyées sur l’expérience permettent de le
-comprendre.
-
-Il est probable que la matière doit uniquement sa rigidité à la rapidité
-de rotation de ses éléments et que, si leurs mouvements s’arrêtaient,
-elle s’évanouirait instantanément dans l’éther, sans rien laisser
-derrière elle. Des tourbillons gazeux, animés d’une vitesse de rotation
-de l’ordre de celle des rayons cathodiques, deviendraient
-vraisemblablement aussi durs que l’acier. Cette expérience n’est pas
-réalisable, mais nous pouvons pressentir ses résultats en constatant la
-rigidité considérable acquise par un fluide animé d’une grande vitesse.
-
-Des expériences faites dans les usines hydroélectriques ont montré
-qu’une colonne liquide de 2 centimètres seulement de diamètre, tombant à
-travers un tube d’une hauteur de 500 mètres, ne peut être entamée par un
-coup de sabre lancé avec violence. L’arme est arrêtée, à la surface du
-liquide, comme elle le serait par un mur. Si la vitesse de la colonne
-liquide était suffisante, un boulet de canon ne la traverserait pas. Une
-lame d’eau de quelques centimètres d’épaisseur, animée d’une vitesse
-assez grande, resterait aussi impénétrable aux obus que le mur d’acier
-d’un cuirassé.
-
-Donnons au jet d’eau précédent la forme d’un tourbillon, et nous aurons
-l’image des particules de la matière et l’explication probable de sa
-rigidité.
-
-Nous pouvons ainsi comprendre comment l’éther immatériel, transformé en
-petits tourbillons animés d’une vitesse suffisante, devient très
-matériel. On conçoit aussi que, si ces mouvements tourbillonnaires
-étaient arrêtés, la matière s’évanouirait instantanément en retournant à
-l’éther.
-
-La matière qui semble nous donner l’image de la stabilité et du repos
-n’existe donc que grâce à la rapidité des mouvements de rotation de ses
-particules. La matière, c’est de la vitesse, et comme une substance
-animée de vitesse est aussi de l’énergie, il faut considérer la matière
-comme une forme particulière de l’énergie.
-
-La vitesse étant une des conditions fondamentales de l’existence de la
-matière, on peut dire que cette dernière est née le jour où les
-tourbillons d’éther ont acquis, par suite de leur condensation
-croissante, une rapidité suffisante pour posséder de la rigidité. Elle
-vieillit lorsque la vitesse de ses éléments se ralentit. Elle cessera
-d’exister dès que ses particules perdront leurs mouvements.
-
-Nous sommes amenés ainsi à cette première notion essentielle: Des
-particules d’une substance quelconque, si ténues qu’on les suppose,
-prennent, par le seul fait de leur vitesse de rotation, une rigidité si
-grande qu’elles se transforment en matière.
-
-C’est dans ces univers atomiques, dont la nature fut méconnue pendant si
-longtemps, qu’il faut chercher maintenant l’explication de la plupart
-des mystères qui nous entourent. L’atome, qui n’est pas éternel, comme
-l’assuraient d’antiques croyances, est bien autrement puissant que s’il
-était indestructible et, par conséquent, incapable de changement. Ce
-n’est plus quelque chose d’inerte, jouet aveugle de toutes les forces de
-l’univers. Ces forces sont au contraire créées par lui. Il est l’âme
-même des choses. Il détient les énergies qui sont le ressort du monde et
-des êtres qui l’animent. Chacun d’eux est un petit univers d’une
-structure extraordinairement compliquée, siège de forces jadis ignorées
-et dont la grandeur dépasse immensément toutes celles connues jusqu’ici.
-
-
-
-
-III
-
-
-Nous venons de dire que la matière se composait de tourbillons d’éther.
-Qu’est-ce que l’éther?
-
-La plus grande partie des phénomènes de la physique: lumière, chaleur,
-électricité rayonnante, etc., sont considérés comme ayant leur siège
-dans l’éther. La gravitation, d’où dérive la mécanique du monde et la
-marche des astres, semble encore une de ses manifestations. Toutes les
-recherches théoriques formulées sur la constitution des atomes
-conduisent à admettre qu’il forme leur trame. Il est le substratum des
-mondes et de tous les êtres qui vivent à leur surface.
-
-Bien que la nature intime de l’éther soit à peine soupçonnée, son
-existence s’est imposée depuis longtemps.
-
-Elle s’est imposée lorsqu’il a fallu expliquer la propagation des forces
-à distance. Elle parut expérimentalement démontrée quand Fresnel eut
-prouvé que la lumière se propage par des ondulations analogues à celles
-produites par la chute d’une pierre dans l’eau. En faisant interférer
-des rayons lumineux, il obtint de l’obscurité par la superposition des
-parties saillantes d’une onde lumineuse aux parties creuses d’une autre
-onde. La propagation de la lumière se faisant par ondulations, ces
-ondulations se produisaient nécessairement dans quelque chose. C’est ce
-quelque chose qu’on appelle l’éther.
-
-Sans doute, l’éther est un agent mystérieux que nous ne savons pas
-isoler, mais sa réalité s’impose puisque aucun phénomène ne pourrait
-s’expliquer sans lui. On ne peut l’isoler, mais il est impossible de
-dire qu’on ne puisse ni le voir ni le toucher. C’est, au contraire, la
-substance que nous voyons et touchons le plus souvent. Quand un corps
-rayonne de la chaleur qui nous échauffe et nous brûle; quand nous
-regardons sur le verre dépoli d’une chambre noire un paysage verdoyant,
-par quoi sont constituées cette chaleur et cette image, sinon par des
-vibrations de l’éther?
-
-Le rôle de l’éther est devenu capital et n’a cessé de grandir avec les
-progrès de la physique. La plupart des phénomènes seraient inexplicables
-sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni pesanteur, ni lumière, ni
-électricité, ni chaleur, rien, en un mot, de tout ce que nous
-connaissons. L’univers serait silencieux et mort, ou se révélerait sous
-une forme impossible même à pressentir. Si l’on pouvait construire une
-chambre de verre de laquelle on aurait retiré entièrement l’éther, la
-chaleur et la lumière ne pourraient la traverser. Elle serait d’un noir
-absolu et probablement la gravitation n’agirait plus sur les corps
-placés dans son intérieur. Ils auraient donc perdu leur poids.
-
-Ainsi les plus importants phénomènes de la nature: chaleur, lumière,
-électricité, ont, comme nous venons de le voir, leur siège dans l’éther.
-Ils sont engendrés par certaines perturbations de ce fluide immatériel
-sorti de l’équilibre ou retournant à l’équilibre.
-
-La lumière, par exemple, n’est qu’une altération d’équilibre de l’éther
-caractérisée par ses vibrations; elle cesse d’exister dès que
-l’équilibre est rétabli. L’étincelle électrique de nos laboratoires
-aussi bien que la foudre sont de simples manifestations des changements
-du fluide électrique sorti de l’équilibre pour une cause quelconque et
-s’efforçant d’y retourner. Tant que nous n’avons pas su tirer le fluide
-électrique de l’état de repos, son existence a été ignorée.
-
-La chaleur dite rayonnante est due, elle aussi, à des vibrations de
-l’éther. Ce terme de chaleur rayonnante est d’ailleurs un des plus
-erronés de la physique, malgré sa justesse apparente. En s’approchant
-d’un foyer, on est échauffé; il rayonne donc quelque chose. Que
-serait-ce, sinon de la chaleur?
-
-On mit fort longtemps pour découvrir qu’un corps chaud ne rayonne rien
-qui ressemble à de la chaleur. On sait aujourd’hui qu’il produit des
-vibrations de l’éther, n’ayant par elles-mêmes aucune température. Il
-nous échauffe à distance, parce que les vibrations de l’éther qu’il
-engendre, étant arrêtées par les molécules de l’air ou les corps placés
-devant lui, engendrent de la chaleur. Ces vibrations ne sont pas de la
-chaleur, mais simplement une cause de chaleur, comme le serait un
-mouvement quelconque.
-
-Ce qu’on désigne du nom très impropre de chaleur rayonnante a pour
-unique origine des vibrations de l’éther. Elles produisent de la chaleur
-lorsque leur mouvement est détruit, comme une pierre par son choc, mais
-ne possèdent, je le répète, aucune température. On le prouve facilement
-en interposant une lentille de glace sur le passage d’un faisceau de
-chaleur rayonnante. Si intense que soit ce faisceau, la lentille n’est
-pas fondue, alors qu’un morceau de métal placé à son foyer devient
-incandescent. L’éther n’ayant aucune température, et la glace étant très
-transparente pour ses vibrations, elles ont traversé l’eau congelée sans
-provoquer sa fusion. Le métal les arrêtant, au contraire, est devenu
-incandescent par l’absorption des vibrations de l’éther.
-
-Puisque les vibrations de l’éther qualifiées de chaleur rayonnante ne
-produisent de la chaleur qu’après leur absorption par un corps, il est
-évident que, dans les espaces célestes, où n’existe pas, comme autour de
-la terre, une atmosphère absorbante, un froid considérable doit régner,
-même dans le voisinage d’astres incandescents, tels que le soleil. Le
-thermomètre, plongé dans ces espaces, y marquerait cependant une
-température très élevée, parce qu’il intercepterait des vibrations de
-l’éther. La température qu’il indiquerait alors ne serait pas du tout
-celle du milieu ambiant, mais sa propre température. La glace n’y
-fondrait pas, laissant passer, sans les arrêter, les vibrations de
-l’éther; mais un métal deviendrait incandescent, parce qu’il absorbe les
-mêmes vibrations.
-
-La vie elle-même n’est possible sur notre globe qu’à cause de
-l’absorption des vibrations de l’éther par l’atmosphère et la terre.
-S’ils étaient transparents pour ces vibrations, un froid intense
-régnerait à la surface de notre planète.
-
-Toutes les réactions chimiques qui se passent dans le sein des végétaux,
-la transformation de l’acide carbonique en carbone notamment, ont
-également pour origine cette absorption de l’éther. Le végétal
-représente, en réalité, une transformation de l’éther lumineux. C’est
-l’éther absorbé et transformé par les végétaux qui fait mûrir les
-moissons et verdir les forêts. La vie représente donc une de ses
-transformations.
-
-
-
-
-IV
-
-
-Nous venons d’étudier les éléments dont est formée la matière. Examinons
-maintenant les propriétés de cette matière dont sont constitués notre
-globe et les êtres qui l’habitent.
-
-L’étude de l’ancienne chimie laissait dans l’esprit l’idée que la
-matière était formée de produits stables, de composition bien définie et
-constante, ne pouvant être modifiés que par des moyens violents, des
-températures élevées par exemple. Dans ces dernières années, on a vu se
-dessiner, de plus en plus, cette notion qu’un corps quelconque
-représente simplement un état d’équilibre entre les éléments intérieurs
-dont il est formé et les éléments extérieurs qui agissent sur lui. Si
-cette relation n’apparaît pas nettement pour certains corps, c’est
-qu’ils sont constitués de façon à ce que leurs équilibres se
-maintiennent, sans changements apparents, dans des limites de variation
-de milieu assez grandes. L’eau peut rester liquide pour des variations
-de température comprises entre 0° et 100° et la plupart des métaux ne
-paraissent pas changer d’état pour des écarts plus considérables encore.
-
-Les édifices chimiques formés par les combinaisons atomiques, et dont
-l’ensemble constitue la matière, semblent très fixes, mais ils sont
-tous, en réalité, d’une mobilité très grande. Les moindres variations de
-milieu--température, pression, etc.--modifient instantanément les
-mouvements des éléments constitutifs de la matière.
-
-C’est qu’en effet un corps, aussi rigide en apparence qu’un bloc
-d’acier, représente simplement un état d’équilibre entre son énergie
-intérieure et les énergies extérieures, chaleur, pression, etc., qui
-l’entourent. La matière cède à l’influence de ces dernières comme un fil
-élastique obéit aux tractions exercées sur lui, mais reprend sa forme
-dès que la traction a cessé, si elle n’a pas été trop considérable.
-
-La mobilité des éléments de la matière est quelquefois un de ses
-caractères les plus faciles à constater, puisqu’il suffit d’approcher la
-main du réservoir d’un thermomètre pour voir la colonne liquide se
-déplacer aussitôt. Ses molécules se sont écartées sous l’influence d’une
-légère chaleur. Quand nous approchons la main d’un bloc de métal, les
-mouvements de ses éléments se modifient également, mais d’une façon si
-faible pour nos sens qu’ils ne les perçoivent pas, et c’est pourquoi la
-matière nous apparaît alors comme très peu mobile.
-
-La croyance générale à la stabilité de la matière est confirmée
-d’ailleurs par l’observation, puisque, pour faire subir à un corps des
-modifications considérables, comme de le fondre ou de le réduire en
-vapeur, il faut des moyens très puissants.
-
-Des méthodes d’investigation suffisamment précises montrent, au
-contraire, que non seulement la matière est d’une mobilité extrême, mais
-encore possède une sensibilité inconsciente dont la sensibilité
-consciente d’aucun être vivant ne saurait approcher.
-
-Les physiologistes mesurent la sensibilité d’un être par le degré
-d’excitation nécessaire pour obtenir de lui une réaction. On le
-considère comme fort sensible lorsqu’il réagit sous des excitants très
-faibles. En appliquant à la matière brute un procédé d’investigation
-analogue, on constate que la substance la plus rigide et la moins
-sensible en apparence est au contraire d’une sensibilité
-invraisemblable. La matière du bolomètre, constitué en dernière analyse
-par un mince fil de platine, est tellement sensible qu’elle réagit sous
-l’influence d’un rayon de lumière d’une intensité assez faible pour ne
-produire qu’une élévation de température de un cent millionième de
-degré. Un bloc d’acier est, en réalité, infiniment plus sensible que
-l’être vivant le plus sensible.
-
-Cette sensibilité de la matière, si contraire à ce que l’observation
-vulgaire semblait indiquer, devient de plus en plus familière aux
-physiciens et c’est pourquoi une expression comme celle-ci: «la vie de
-la matière», dénuée de sens il y a seulement vingt-cinq ans, est devenue
-d’un usage courant. L’étude de la matière brute révèle de plus en plus,
-chez elle, en effet, des propriétés semblant jadis l’apanage exclusif
-des êtres vivants. En se basant sur ce fait que «le signe le plus
-général et le plus délicat de la vie est la réponse électrique», M. Böse
-a montré que cette réponse électrique «considérée généralement comme
-l’effet d’une force vitale inconnue», existe dans la matière. Et il
-montre par des expériences ingénieuses «la fatigue» des métaux et sa
-disparition après le repos, l’action des excitants, des déprimants et
-des poisons sur ces mêmes métaux.
-
-La matière, telle que nous la connaissons, ne représente, je le répète,
-qu’un état d’équilibre, une relation entre les forces intérieures
-qu’elle recèle et les forces externes pouvant agir sur elles. Les
-secondes ne sont pas modifiables sans que les premières changent
-également, de même qu’on ne peut toucher à l’un des plateaux d’une
-balance équilibrée sans faire osciller l’autre.
-
-Ainsi donc les éléments de la matière sont en mouvement incessant: un
-bloc de plomb, un rocher, une chaîne de montagnes n’ont qu’une
-immobilité apparente. Ils subissent toutes les variations du milieu et
-modifient constamment leurs équilibres pour s’y adapter. La nature ne
-connaît pas le repos. S’il se trouve quelque part, ce n’est ni dans le
-monde que nous habitons, ni dans les êtres vivant à sa surface. Il n’est
-pas davantage dans la mort, qui ne fait que substituer à certains
-équilibres momentanés d’atomes d’autres équilibres dont la durée sera
-aussi éphémère.
-
-Malgré l’extrême mobilité de la matière, le monde paraît cependant très
-stable. Il l’est, en effet, mais simplement parce que, dans sa phase
-actuelle d’évolution, le milieu qui l’enveloppe varie dans des limites
-assez restreintes. La constance apparente des propriétés de la matière
-résulte uniquement de la constance actuelle du milieu où elle est
-plongée.
-
- * * * * *
-
-Les propriétés de la matière que nous venons de vous exposer ne sont pas
-les seules qu’elle possède. Ne pouvant les énumérer toutes, nous nous
-bornerons à attirer encore votre attention sur l’une de ses plus
-importantes, c’est-à-dire le rayonnement permanent dont elle est le
-siège.
-
-Jusqu’au zéro absolu, c’est-à-dire jusqu’à 273° au-dessous de la
-température de la glace, la matière envoie sans discontinuer des
-vibrations dans l’éther. Un bloc de glace peut être considéré comme
-source de chaleur rayonnante au même titre qu’un fragment de charbon
-incandescent. La seule différence entre eux est dans la quantité de
-chaleur rayonnée. Les plaines glacées du pôle sont une source de chaleur
-rayonnante comme les plaines brûlantes de l’équateur, et si la
-sensibilité de la plaque photographique n’était pas aussi limitée, elle
-pourrait, pendant la plus profonde nuit, reproduire l’image des corps au
-moyen de leurs propres radiations réfractées par les lentilles d’une
-chambre noire.
-
-Ces auréoles rayonnantes qui entourent tous les corps ne sont pas
-perceptibles parce que notre œil est insensible pour la plus grande
-partie des ondes lumineuses. La forme d’un être vivant ne nous paraît
-bien définie que parce que nos sens perçoivent seulement des fragments
-des choses. L’œil n’est pas fait pour tout voir. Il trie dans l’océan
-des formes ce qui lui est accessible et croit que cette limite
-artificielle est une limite véritable. Ce que nous percevons d’un être
-vivant n’est qu’une partie de sa forme réelle. Il est entouré des
-vapeurs qu’il exhale et des radiations qu’il émet constamment par suite
-de sa température. Si nos yeux pouvaient tout voir, un être vivant nous
-apparaîtrait comme un nuage aux changeants contours.
-
-Ces ondes de lumière invisibles pour notre œil qu’émettent tous les
-corps sont perceptibles probablement par les animaux dits nocturnes
-capables de se guider dans l’obscurité. Pour eux le corps d’un être
-vivant, dont la température est d’environ 37°, doit être entouré d’une
-auréole lumineuse que seul le défaut de sensibilité de notre œil empêche
-d’apercevoir. Il n’existe pas, en réalité, de corps obscurs dans la
-nature, il existe seulement des yeux imparfaits. Un corps quelconque est
-une source constante de radiations visibles ou invisibles, mais qui sont
-toujours de la lumière.
-
-
-
-
-V
-
-
-Nous allons aborder maintenant l’étude de la dématérialisation de la
-matière.
-
-Des expériences fort nombreuses, et sur la valeur desquelles on ne
-discute plus, ont prouvé, comme je fus le premier à l’établir, que les
-atomes de la matière, considérés jadis comme très stables, peuvent se
-désagréger, soit spontanément, soit sous l’influence de causes diverses.
-
-Les produits de cette dissociation sont identiques pour tous les corps,
-qu’ils soient engendrés par la cathode de l’ampoule de Crookes, par le
-rayonnement d’un métal sous l’action de la lumière, ou par la
-désagrégation de corps spontanément radio-actifs, tels que l’uranium, le
-thorium et le radium.
-
-On peut donc, quand on veut étudier la dissociation de la matière,
-choisir les corps pour lesquels le phénomène se manifeste de la façon la
-plus intense, soit, par exemple, l’ampoule de Crookes où un métal
-formant cathode est excité par le courant électrique d’une bobine
-d’induction, soit, plus simplement, des composés très radio-actifs tels
-que les sels de thorium ou de radium. Des corps quelconques dissociés
-par la lumière ou autrement donnent d’ailleurs les mêmes résultats, mais
-la dissociation étant beaucoup plus faible, l’observation des phénomènes
-est plus difficile.
-
-On constate que les produits divers de la dissociation de la matière
-actuellement connus peuvent se ranger dans les six classes suivantes:
-Emanations, Ions négatifs, Ions positifs, Électrons, Rayons X et
-Radiations analogues.
-
-Il ne faudrait pas croire que ces substances représentent toutes les
-étapes de la dématérialisation de la matière. Celles dont l’existence
-est connue ne sont que des fragments d’une série probablement très
-longue.
-
-La quantité des particules émises par les corps pendant leur
-dématérialisation varie suivant les corps. Elle serait, pour un gramme
-d’uranium et de thorium de 70.000 par seconde, et quant au radium de
-100.000 milliards, d’après les calculs de divers observateurs.
-
-En frappant les corps phosphorescents, les particules de matière
-dissociée les rendent lumineux. Sur cette propriété est fondé le
-spinthariscope, instrument qui rend visible pour les yeux les plus
-incrédules la dissociation permanente de la matière. Il consiste
-simplement en un écran de sulfure de zinc, au-dessus duquel se trouve
-une petite aiguille dont l’extrémité fut trempée dans une solution d’un
-corps spontanément dissociable. En regardant l’écran à la loupe, on voit
-jaillir sans interruption une pluie de petites étincelles produite par
-le choc des particules. Je possède un de ces instruments qui depuis 4
-ans n’a cessé d’émettre une pluie d’étincelles provenant de la
-dissociation de 1/10 de milligramme de bromure de radium fixé à la
-pointe d’une aiguille.
-
-Nous venons de parler des millions de corpuscules par seconde que peut
-émettre durant des siècles 1 gramme d’un corps radio-actif. De tels
-chiffres provoquent toujours une certaine défiance, parce que nous
-n’arrivons pas à nous représenter l’extraordinaire petitesse des
-éléments de la matière. Cette défiance disparaît quand on constate la
-susceptibilité de substances très ordinaires à demeurer pendant des
-années, sans subir aucune dissociation, le siège d’une émission de
-particules abondantes faciles à constater par l’odorat, mais
-inappréciable aux plus sensibles balances.
-
-M. Berthelot s’est livré sur ce sujet à d’intéressantes recherches. Il
-essaya de déterminer la perte de poids que subissent des corps très
-odorants bien que fort peu volatils. L’odorat est d’une sensibilité
-infiniment supérieure à celle de la balance, puisque, pour certaines
-substances, telles que l’iodoforme, la présence de 1 centième de
-millionième de milligramme peut, suivant M. Berthelot, être facilement
-révélée.
-
-Il est arrivé, après des recherches faites avec ce corps, à la
-conclusion que 1 gramme d’iodoforme perd seulement 1 centième de
-milligramme de son poids en une année, c’est-à-dire 1 milligramme en
-cent ans, bien qu’émettant sans cesse un flot de particules odorantes
-dans toutes les directions. M. Berthelot ajoute que si, au lieu
-d’iodoforme, on s’était servi de musc, les poids perdus auraient été
-beaucoup plus petits, «mille fois plus peut-être», ce qui ferait 100.000
-ans pour la perte de 1 milligramme.
-
-Les particules émises par la matière en se dissociant ont des vitesses
-de 30.000 à 300.000 kilomètres par seconde. Il peut sembler fort
-difficile de mesurer la vitesse de corps se mouvant avec une telle
-rapidité. Cette mesure est cependant très simple.
-
-Un étroit faisceau de radiations obtenu par un moyen quelconque--avec un
-corps radio-actif, par exemple--est dirigé sur un écran susceptible de
-phosphorescence. En le frappant, il y produit une petite tache
-lumineuse.
-
-Ce faisceau de particules étant électrisé est déviable par un champ
-magnétique. On peut donc l’infléchir au moyen d’un aimant. Le
-déplacement de la tache lumineuse sur l’écran phosphorescent indique la
-déviation que fait subir aux particules un champ magnétique d’intensité
-connue. La force nécessaire pour dévier d’une certaine quantité un
-projectile de masse connue permettant de déterminer la vitesse de ce
-dernier, on conçoit que de la déviation des particules il soit possible
-de déduire leur vitesse. Quand le pinceau de radiations contient des
-particules de vitesses différentes, elles tracent une ligne plus ou
-moins longue sur l’écran phosphorescent au lieu de se manifester par un
-simple point, et on peut ainsi calculer la vitesse de chacune d’elles.
-
-
-
-
-VI
-
-
-Nous venons de vous parler des propriétés de la matière, mais nous vous
-avons dit encore peu de chose des forces dont elle est le siège. En quoi
-consistent ces forces? Quel est le mécanisme de leur production?
-
-Toutes les forces de la nature sont engendrées par des perturbations
-d’équilibre de l’éther ou de la matière et disparaissent quand les
-équilibres troublés sont rétablis. La lumière, par exemple, qui prend
-naissance avec les vibrations de l’éther, cesse avec elles.
-
-Deux corps en relation, chargés de chaleur, d’électricité, de mouvement,
-etc., ne peuvent, quelle que soit la différence de grandeur de ces
-corps, agir l’un sur l’autre et produire de l’énergie que quand les
-éléments dont ils sont chargés ne sont pas en équilibre.
-
-Cette rupture d’équilibre provoque une sorte d’écoulement d’énergie. Il
-se fait du point où la tension est la plus haute vers celui où elle est
-la plus basse, et continue jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli,
-c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il y ait égalité de niveau entre les corps en
-relation.
-
-Suivant les milieux où se manifestent les perturbations d’équilibre, et
-suivant leur forme, ils prennent les noms de chaleur, électricité,
-lumière, etc.
-
-Une force est donc toujours le résultat d’une dénivellation. Deux corps
-chauds à la même température représentent deux réservoirs au même
-niveau, ou deux poids égaux sur les plateaux d’une balance, et il n’en
-résulte aucune manifestation d’énergie. Si, au contraire, la température
-de l’un des corps est moins élevée que celle de l’autre, il y aura
-perturbation d’équilibre et production d’énergie jusqu’à ce que les deux
-corps soient au même niveau calorifique.
-
-Ainsi donc, sans une dénivellation d’éther ou de matière, il n’y a
-aucune manifestation possible d’énergie. Si le soleil possède dans toute
-sa masse une température uniforme de 6.000 degrés et qu’il puisse y
-exister des êtres capables de supporter cette chaleur, elle ne
-représenterait pour eux aucune énergie. N’ayant pas de corps froids à
-leur disposition, ils ne pourraient obtenir aucune chute de chaleur,
-condition indispensable de la production d’énergie thermique.
-
- * * * * *
-
-Admettons maintenant qu’au lieu de se trouver à une température uniforme
-de 6.000 degrés, ces êtres imaginaires vivent dans un monde de glace à
-la température uniforme de zéro, mais possèdent dans des puits profonds
-une provision illimitée d’air liquide. Contrairement à ceux plongés dans
-un milieu à 6.000 degrés, ils trouveraient dans les blocs de glace une
-source considérable d’énergie. En plongeant, en effet, ces derniers dans
-l’air liquide à −180°, ils obtiendraient une dénivellation de
-température considérable. Au contact de la glace qui est pour l’air
-liquide un corps très chaud, ce dernier entrerait aussitôt en
-ébullition, et sa vapeur pourrait être employée à faire fonctionner des
-moteurs. Les habitants de ce monde remplaceraient donc le charbon de nos
-machines à vapeur par des blocs de glace qu’ils considéreraient, ainsi
-que nous le faisons pour la houille, comme des réservoirs d’énergie.
-
-Avec cette glace et cet air liquide, il leur serait très facile de
-produire les températures les plus élevées. La tension de la vapeur
-obtenue pourrait faire fonctionner des dynamos avec lesquelles on
-obtient des courants électriques capables de fondre et volatiliser tous
-les métaux.
-
-On voit, en définitive, que toutes les formes d’énergie sont des effets
-transitoires résultant de rupture d’équilibre entre plusieurs grandeurs:
-poids, chaleur, électricité, vitesse. C’est donc bien à tort qu’on parle
-de l’énergie comme d’une sorte d’entité ayant une existence réelle
-analogue à celle de la matière.
-
-
-
-
-VII
-
-
-Nous avons dit que la matière se composait de petits éléments animés
-d’une vertigineuse vitesse qui, sous des influences diverses ou même
-spontanément, s’échappent dans l’atmosphère, comme la pierre que ne
-retient plus la main du frondeur.
-
-Il est bien évident que, pour engendrer de pareilles vitesses, il faut
-des forces colossales. Je fus ainsi conduit à admettre que la matière
-était le siège d’une énergie jadis insoupçonnée, à laquelle j’ai donné
-le nom d’énergie intra-atomique. Cette dernière est, nous le verrons
-bientôt, l’origine de toutes les autres forces, la chaleur solaire et
-l’électricité notamment.
-
-Elle diffère de toutes les énergies que nous connaissons par sa
-concentration très grande, par sa prodigieuse puissance et par la
-stabilité des équilibres qu’elle peut former. Si, au lieu de réussir à
-dissocier seulement des millièmes de milligramme de matière, comme on le
-fait maintenant, on pouvait en dissocier quelques kilogrammes, nous
-posséderions une source d’énergie auprès de laquelle toute la provision
-de houille que nos mines contiennent représenterait un insignifiant
-total.
-
-C’est en raison de la grandeur de l’énergie intra-atomique que les
-phénomènes radio-actifs se manifestent avec l’intensité observée. C’est
-elle qui produit l’émission de particules douées d’une immense vitesse,
-la pénétration des corps matériels, l’apparition des rayons X, etc.
-
-L’universalité dans la nature de l’énergie intra-atomique est un de ses
-caractères le plus faciles à constater. On reconnaît son existence
-partout, maintenant qu’on trouve partout de la radio-activité.
-
-Les équilibres qu’elle forme sont très stables, puisque la matière se
-dissocie si faiblement que pendant longtemps on put la croire
-indestructible. Ce sont, d’ailleurs, les effets produits sur nos sens
-par ces équilibres stables que nous appelons la matière. Les autres
-formes d’énergie, lumière, électricité, etc., sont caractérisées par des
-équilibres très instables.
-
-Nous avons été naturellement conduits à essayer de mesurer la grandeur
-de l’énergie intra-atomique. Les chiffres obtenus sont immensément
-supérieurs à tous ceux donnés par les réactions chimiques antérieurement
-connues, la combustion de la houille, par exemple.
-
-Prenons une pièce de cuivre de 1 centime, pesant, comme on le sait, 1
-gramme, et supposons qu’en exagérant la rapidité de sa dissociation nous
-puissions arriver à la dématérialiser entièrement.
-
-L’énergie cinétique possédée par un corps en mouvement, étant égale à la
-moitié du produit de sa masse par le carré de sa vitesse, un calcul
-élémentaire donne la puissance que représenteraient les particules de ce
-gramme de matière animées de la vitesse constatée pendant la
-dissociation des corps. Elle est égale à 510 milliards de
-kilogrammètres, chiffre qui correspond à environ 6 milliards 800
-millions de chevaux-vapeur. Cette quantité d’énergie serait suffisante
-pour faire parcourir à un train de marchandises 4 fois la circonférence
-du globe. Pour faire effectuer avec du charbon ce trajet au même train
-il faudrait en dépenser pour 68.000 francs. Ce chiffre de 68.000 francs
-représente donc la valeur marchande de l’énergie intra-atomique contenue
-dans une pièce de 1 centime.
-
-Sous quelles formes l’énergie intra-atomique peut-elle exister dans la
-matière? Comment des forces si colossales peuvent-elles être concentrées
-dans des particules si petites?
-
-L’idée d’une telle concentration semble, au premier abord, inexplicable,
-parce que notre expérience usuelle montre la grandeur de puissance
-mécanique toujours associée à la dimension des appareils qui la
-produisent. Une machine d’une puissance de mille chevaux par exemple
-possède un volume considérable. Par association d’idées nous sommes
-conduits à croire que la grandeur de l’énergie mécanique implique la
-grandeur des appareils qui la produisent.
-
-C’est là une illusion pure résultant de l’infériorité de nos systèmes
-mécaniques et facile à détruire par de très simples calculs. Une des
-plus élémentaires formules de la dynamique montre que l’on peut
-accroître à volonté l’énergie d’un corps de grandeur constante, en
-accroissant simplement sa vitesse. On peut donc concevoir une machine
-théorique formée simplement d’une tête d’épingle tournant dans le chaton
-d’une bague, et qui, malgré sa petitesse, posséderait, grâce à sa force
-giratoire, une puissance mécanique égale à celle de plusieurs milliers
-de locomotives.
-
-Nous avons appris aujourd’hui à dissocier la matière, mais seulement en
-quantité extrêmement faible. Il est cependant permis d’espérer que la
-science de l’avenir trouvera moyen de la désagréger plus complètement.
-Elle aura alors à sa disposition une source immense de forces. Je suis
-déjà arrivé, par des moyens fort simples, à obliger des corps très
-stables à devenir, à surface égale, quarante fois plus radio-actifs que
-des substances spontanément dissociables, telles que l’uranium.
-
-Les résultats à obtenir dans cet ordre de recherches seraient en vérité
-immenses. Dissocier facilement la matière mettrait à notre disposition
-une source infinie d’énergie et rendrait inutile l’extraction de la
-houille, dont la provision s’épuise rapidement. Le savant qui trouvera
-le moyen de libérer économiquement les forces que contient la matière
-changera presque instantanément la face du monde. Une source illimitée
-d’énergie étant gratuitement à la disposition de l’homme, il n’aurait
-plus à se la procurer par un dur travail.
-
- * * * * *
-
-Cette dissociation de l’énergie intra-atomique, concentrée dans la
-matière dès le commencement des choses, explique l’origine des forces de
-l’univers. Aux époques lointaines du chaos de notre système solaire,
-dont les nébuleuses montrent une confuse image, l’éther s’est lentement
-condensé. Ses tourbillons localisés, formant probablement les éléments
-primitifs de la matière, ont accumulé par la vitesse croissante de leur
-rotation l’énergie intra-atomique dont nous constatons l’existence. A la
-phase de condensation succéda plus tard une phase de dissociation. Notre
-univers est entré dans un nouveau cycle, l’énergie lentement accumulée
-dans l’atome a commencé de se dégager par suite de sa dissociation. La
-chaleur solaire, d’où dérivent la plupart des énergies que nous
-utilisons, représente une des plus importantes manifestations de cette
-dissociation.
-
-Ainsi donc le soleil, générateur de la plupart des énergies terrestres,
-ne fait que dépenser les forces lentement accumulées par la matière à
-l’époque où, dans les nuages primitifs d’éther, les atomes
-emmagasinèrent les énergies qu’ils devaient restituer un jour.
-
-
-
-
-VIII
-
-
-L’étude que nous venons de faire nous a montré que la matière n’était
-pas éternelle et se dissociait pour retourner à cet éther mystérieux,
-premier substratum des choses. Ces constatations conduisent à se
-demander comment la matière a pu naître et comment elle peut mourir?
-
-L’origine des choses et leur fin font partie des grands mystères de
-l’univers qui firent dépenser aux religions, aux philosophies et à la
-science le plus de méditations et d’efforts. L’esprit humain ne s’est
-jamais résigné à ignorer, il invente des chimères quand on lui refuse
-des explications, et ces chimères deviennent bientôt ses maîtres.
-
-La science n’a pas encore allumé les flambeaux capables d’illuminer les
-ténèbres qui enveloppent notre passé et voilent l’avenir. Elle peut
-cependant projeter quelques lueurs dans cette nuit profonde.
-
-D’après les idées que nous vous avons exposées sur la structure de la
-matière, les corps sont constitués par une réunion d’atomes composés
-chacun d’un agrégat de particules en rotation, probablement formées de
-tourbillons d’éther. Par suite de leur vitesse, ces particules possèdent
-une énergie cinétique énorme. Suivant la façon dont leurs équilibres
-sont troublés, elles engendrent des forces diverses, telles que la
-lumière, la chaleur et l’électricité.
-
-Mais comment ces atomes sont-ils nés et comment se transforment-ils?
-L’analyse spectrale permet, on le sait, de suivre la genèse des éléments
-dont se composent les divers univers. La variation des spectres
-stellaires dans le rouge et l’ultra-violet indique la température des
-étoiles, par conséquent leur âge relatif, et les raies spectrales font
-connaître leur composition. On a déterminé ainsi les corps apparaissant
-dans les astres avec les variations de température correspondant à des
-phases diverses d’évolution. Dans les étoiles les moins anciennes,
-c’est-à-dire les plus chaudes, n’existent guère que des gaz peu
-nombreux, l’hydrogène principalement; puis, à mesure que ces astres se
-refroidissent, apparaissent successivement les corps simples que nous
-connaissons en commençant par ceux dont le poids atomique est le moins
-élevé.
-
-Depuis que l’astronomie sait fixer par la photographie l’image des
-étoiles, elle en a découvert un nombre beaucoup plus grand qu’on le
-croyait. Elle évalue aujourd’hui à plus de 400 millions, sans parler
-naturellement de ceux invisibles et par conséquent inconnus, le nombre
-d’astres: étoiles, planètes, nébuleuses, existant au firmament.
-L’analyse spectrale les montre à des âges très divers d’évolution. Leur
-passé doit être d’une effrayante longueur, puisque les géologues
-évaluent à plusieurs centaines de millions d’années l’existence de notre
-planète.
-
-Pendant ces entassements de siècles ignorés par l’histoire, les millions
-d’astres dont l’espace est peuplé ont commencé ou terminé des cycles
-d’évolution analogues à celui parcouru par notre globe d’aujourd’hui.
-Des mondes peuplés comme le nôtre, couverts de cités florissantes
-remplies des merveilles de la science et des arts, ont dû sortir de la
-nuit éternelle et y rentrer sans rien laisser derrière eux. Les pâles
-nébuleuses aux formes incertaines représentent peut-être les derniers
-vestige de mondes qui vont s’évanouir dans le néant ou devenir les
-noyaux d’un nouvel univers.
-
-Les transformations révélées par l’observation des astres indiquent donc
-la marche générale de l’évolution des mondes. Elle est toujours enfermée
-dans ce cycle fatal des choses: naître, grandir, décliner et mourir.
-
- * * * * *
-
-Les faits résumés dans cette conférence montrent que la matière n’est
-pas éternelle, qu’elle constitue un réservoir énorme de forces, et
-disparaît en se transformant en d’autres formes d’énergie avant de
-retourner à ce qui, pour nous, est le néant.
-
-Les éléments d’un corps qui brûle ou qu’on essaie d’anéantir par un
-moyen quelconque se transforment, mais ils ne se perdent pas, puisque la
-balance permet de constater que leur poids n’a pas changé. Les éléments
-des atomes qui se dissocient sont, au contraire, irrévocablement
-détruits. Ils ont perdu toutes les qualités de la matière, y compris la
-plus fondamentale de toutes, la pesanteur. La balance ne les retrouve
-plus.
-
-Comment les tourbillons d’éther et les énergies engendrées par eux
-perdent-ils leur individualité pour s’évanouir dans l’éther? La question
-se ramène à celle-ci: Comment un tourbillon formé au sein d’un fluide
-peut-il disparaître dans ce fluide en y produisant des vibrations?
-
-Sous cet aspect, la solution du problème est assez simple. On voit
-facilement, en effet, comment un tourbillon engendré aux dépens d’un
-liquide peut, lorsque son équilibre est troublé, s’évanouir, malgré sa
-rigidité théorique, en rayonnant son énergie sous forme de vibrations du
-milieu où il est plongé. C’est de cette façon, par exemple, qu’une
-trombe marine, formée d’un tourbillon liquide, perd son existence et
-disparaît dans l’océan.
-
-De la même manière, sans doute, les tourbillons d’éther constituant les
-éléments des atomes peuvent se transformer en vibrations d’éther.
-Celles-ci représentent le terme ultime de la dématérialisation de la
-matière et de sa transformation en énergie avant son anéantissement
-final.
-
-Ainsi donc, lorsque les atomes ont rayonné toute leur énergie sous forme
-de vibrations lumineuses, calorifiques ou autres, ils retournent, par le
-fait même du rayonnement consécutif à leur dissociation, à l’éther
-primitif d’où ils dérivent. La matière et l’énergie sont alors rentrées
-dans le néant des choses, comme la vague dans l’océan.
-
-Il ne semble pas très compréhensible, au premier abord, que les mondes
-qui paraissent de plus en plus stables à mesure qu’ils se refroidissent
-puissent devenir instables au point de se dissocier entièrement. Pour
-faire comprendre ce phénomène, nous allons en donner d’abord
-l’explication théorique, puis rechercher si des observations
-astronomiques ne permettent pas d’être témoins d’une telle dissociation.
-
-On sait que la stabilité d’un corps en mouvement, comme une toupie ou
-une bicyclette, cesse d’être possible quand sa vitesse de rotation
-descend au-dessous d’une certaine limite. Aussitôt cette limite
-atteinte, il perd sa stabilité et tombe sur le sol. J.-J. Thomson
-interprète même de cette façon la radio-activité et fait remarquer que,
-lorsque la vitesse de rotation des éléments composant les atomes descend
-au-dessous d’une certaine limite, ils deviennent instables et tendent à
-perdre leur équilibre. Il en résulterait un commencement de
-dissociation, avec diminution de leur énergie cinétique suffisant pour
-lancer dans l’espace les produits de la désagrégation intra-atomique.
-
-Il ne faut pas oublier que l’atome, réservoir énorme d’énergie, est par
-ce fait même comparable aux corps explosifs. Ces derniers restent
-inertes tant que leurs équilibres intérieurs ne sont pas troublés. Dès
-qu’une cause quelconque les modifie, ils font explosion et brisent tous
-ce qui les entoure, après s’être brisés eux-mêmes.
-
-Donc, les atomes qui vieillissent par suite de la diminution d’une
-partie de leur énergie intra-atomique perdent graduellement leur
-stabilité. Un moment arrive alors où cette stabilité est si faible que
-la matière disparaît par une sorte d’explosion plus ou moins rapide. Les
-corps de la famille du radium offrent une image de ce phénomène, image
-d’ailleurs très affaiblie parce que les atomes de ces corps sont
-seulement arrivés à une période d’instabilité où la dissociation est
-assez lente. Elle en précède probablement une autre, plus rapide,
-capable de produire leur explosion finale. Des corps tels que l’uranium
-et le radium représentent sans doute un état de vieillesse auquel tous
-les corps arriveront un jour et qu’ils commencent déjà à manifester dans
-notre univers, puisque toute matière est légèrement radio-active. Il
-suffirait que la dissociation fût assez générale et assez rapide pour
-produire l’explosion du monde où elle se manifesterait.
-
-Les considérations théoriques qui précèdent trouvent un solide appui
-dans les apparitions et disparitions brusques d’étoiles. Les explosions
-de mondes qui paraissent les produire nous révèlent peut-être comment
-périssent les univers quand ils viennent à vieillir.
-
-Les observations astronomiques prouvant la fréquence relative de ces
-destructions, on peut se demander si la fin des univers par explosion
-brusque, après une longue phase de vieillesse, ne serait pas leur
-terminaison la plus générale.
-
-Ces brusques anéantissements se manifestent par l’apparition subite dans
-le ciel d’un astre incandescent qui pâlit et s’évanouit parfois en
-quelques jours, ne laissant souvent rien derrière lui, ou seulement une
-faible nébuleuse.
-
-Lorsque se montre le nouvel astre, son spectre, d’abord analogue à celui
-du soleil, prouve qu’il contient des métaux semblables à ceux de notre
-système solaire. Puis, en peu de temps, ce spectre se transforme et
-devient finalement celui des nébuleuses planétaires, c’est-à-dire ne
-contient que des raies d’éléments simples et peu nombreux, dont
-quelques-uns inconnus. Il est donc évident que les atomes de l’étoile
-temporaire se sont rapidement et profondément transformés.
-
-Cette évolution descendante est l’inverse de celle signalée dans
-l’évolution ascendante des étoiles. Celles-ci contiennent, lorsqu’elles
-sont très chaudes, des éléments simples devenant de plus en plus
-compliqués et nombreux à mesure qu’elles se refroidissent.
-
-Ces étoiles transitoires, résultant sans doute de l’explosion brusque
-d’un monde accompagné de la désintégration des atomes, ne sont pas
-rares. Il ne se passe guère d’années sans qu’on en observe directement
-ou par l’étude des clichés photographiques. Une des plus remarquables
-fut celle observée récemment dans la constellation de Persée. En
-quelques jours elle atteignit un éclat qui la rendit la plus brillante
-étoile du ciel; mais 24 heures après elle commença à pâlir, son spectre
-se transforma lentement, devint, comme il a été dit plus haut, celui des
-nébuleuses planétaires, preuve évidente, je le répète, d’une
-dissociation atomique. Au moment même où s’opérait cette transformation,
-des photographies à longue pose montrèrent autour de l’astre des masses
-nébuleuses, produits sans doute de la dissociation atomique et qui
-s’éloignaient de l’étoile avec une vitesse de l’ordre de celle de la
-lumière, c’est-à-dire analogue à celle des particules qu’émettent les
-corps radio-actifs en se dissociant. Les astronomes assistèrent donc à
-la destruction rapide d’un monde.
-
- * * * * *
-
-L’exposé qui précède peut se résumer en quelques lignes.
-
-On imagine le monde formé d’abord d’atomes diffus d’éther, qui, sous
-l’action de causes diverses, notamment de leur rotation, ont emmagasiné
-de l’énergie. Cette énergie, dont une des formes est la matière, se
-dissocie et apparaît sous des états divers: électricité, chaleur, etc.,
-de façon à ramener la matière à l’éther. Rien ne se crée veut dire que
-nous ne pouvons pas créer de la matière. Tout se perd signifie que la
-matière disparaît complètement comme matière en retournant à l’éther. Le
-cycle est donc complet, il y a deux phases dans l’histoire du monde: 1º
-condensation de l’énergie sous forme de matière; 2º dépense de cette
-énergie.
-
-Cette destruction finale est peut-être suivie, dans la suite des âges,
-d’un nouveau cycle de naissance et d’évolution, sans qu’il soit possible
-d’assigner un terme à ces destructions et à ces recommencements
-probablement éternels.
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-L’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE
-
-PAR GEORGES BOHN
-
-
-«Le dogme de l’indestructibilité de la matière est du très petit nombre
-de ceux que la science moderne avait reçus de la science antique sans y
-rien changer. Depuis le grand poète romain Lucrèce, qui en faisait
-l’élément fondamental de son système philosophique, jusqu’à l’immortel
-Lavoisier, qui l’appuya sur des bases considérées comme éternelles, ce
-_dogme sacré_ n’avait subi aucune atteinte et nul ne songeait à le
-contester.»
-
-Ce sera le titre de gloire du Dr Gustave Le Bon de s’être attaqué le
-premier à ce qu’il appelle ainsi «un dogme» et d’avoir détruit celui-ci
-dans l’espace de quelques années. En 1896, il publiait aux
-_Comptes-rendus de l’Académie des Sciences_ une courte note résumant les
-recherches qu’il poursuivait depuis deux ans et d’où il résultait que la
-lumière en tombant sur les corps produit des radiations capables de
-traverser les substances matérielles; cette note marquera une des dates
-importantes de l’histoire de la science, car elle a été le point de
-départ de la découverte de la dissociation de la matière. En 1897, dans
-les mêmes _Comptes-rendus_, le Dr Gustave Le Bon énonça que _tous les
-corps_ frappés par la lumière émettent des radiations capables de rendre
-l’air conducteur de l’électricité, et indiqua l’analogie de ces
-radiations avec celles de la famille des rayons cathodiques, et avec les
-radiations uraniques que venait de découvrir M. Becquerel. Le Dr Gustave
-Le Bon affirma que toutes ces radiations étaient quelque chose
-d’absolument différent de la lumière, et soutint, _contre tous_,
-qu’elles ne subissent ni la réflexion, ni la réfraction, ni la
-polarisation. Il avait raison, car tous les physiciens sont maintenant
-d’accord pour classer dans la même famille les rayons cathodiques, les
-émissions de l’uranium et du radium, et celles des corps frappés par la
-lumière.
-
-Gustave Le Bon fut assez hardi pour énoncer cette loi générale: «Sous
-des influences diverses, lumière, réactions chimiques, actions
-électriques, et souvent même spontanément, les atomes des corps simples,
-aussi bien que des corps composés, se dissocient et émettent des
-effluves de la famille des rayons cathodiques.» M. de Heen, le célèbre
-physicien de Liège, fut le premier qui accepta entièrement cette
-généralisation, pour en tirer d’ailleurs des résultats remarquables.
-Beaucoup ne l’admirent pas, et cependant de tous les côtés on
-recherchait inconsciemment en quelque sorte la radio-activité,
-c’est-à-dire les produits de la dissociation de la matière, et on en
-trouvait partout!
-
-Les faits prouvant que l’atome est susceptible d’une dissociation apte à
-le conduire à des formes où il a perdu toutes ses qualités matérielles
-sont aujourd’hui très nombreux, et précisément parmi les plus importants
-il faut noter cette émission, non seulement par les corps dits
-radio-actifs, mais encore par tous les autres, de particules animées
-d’une vitesse de l’ordre de celle de la lumière, capables de rendre
-l’air conducteur de l’électricité, de traverser les substances
-matérielles, d’être déviées par un champ magnétique.
-
-Le Dr Gustave Le Bon ne s’est pas contenté de reconnaître que les atomes
-peuvent se dissocier; il s’est demandé encore où ces atomes puisent
-l’immense quantité d’énergie nécessaire pour lancer dans l’espace des
-particules avec une vitesse presque aussi prodigieuse que celle de la
-lumière. Affranchi de tous les préjugés classiques, au lieu de
-rechercher cette énergie en dehors de la matière, comme le font encore
-beaucoup de physiciens, Gustave Le Bon l’a cherchée _dans la matière
-elle-même_, et il est arrivé à concevoir la matière d’une façon toute
-nouvelle: celle-ci, au lieu d’être une chose inerte, capable seulement
-de restituer l’énergie qui lui a été fournie, serait un réservoir énorme
-d’énergie.
-
-Grâce à Gustave Le Bon, on est arrivé maintenant à considérer un atome
-comme un système d’éléments impondérables, maintenu en équilibre par les
-rotations, attractions et répulsions des parties qui le composent. La
-matière ne serait qu’une variété de l’énergie; aux formes déjà connues
-de l’énergie, chaleur, lumière, etc., il faudrait en ajouter une autre,
-la matière ou _énergie intra-atomique_. La réalité de cette forme
-nouvelle d’énergie, que nous a fait connaître Gustave Le Bon, ne
-s’appuie nullement sur la théorie, mais elle se déduit des faits
-d’expérience; bien qu’ignorée jusqu’alors, elle est la plus puissante
-des forces connues, et même elle serait l’origine de la plupart des
-autres. Ainsi, en dissociant des atomes, on ne ferait que donner à la
-variété d’énergie nommée matière une forme différente telle que
-l’électricité ou la lumière, par exemple.
-
-«Les équilibres des éléments dont l’ensemble constitue un atome peuvent
-être comparés, dit Gustave Le Bon, à ceux qui maintiennent les astres
-dans leurs orbites. Dès qu’ils sont troublés, des énergies considérables
-se manifestent, comme elles se manifesteraient si la terre ou un astre
-quelconque était brusquement arrêté dans sa course. De telles
-perturbations dans les systèmes planétaires atomiques peuvent se
-réaliser, soit sans raison apparente, comme pour les corps très
-radio-actifs lorsque, par des causes diverses, ils sont arrivés à un
-certain degré d’instabilité, soit artificiellement, comme pour les corps
-ordinaires, quand ils sont soumis à l’influence d’excitants divers:
-chaleur, lumière, etc. Les excitants agissent alors comme l’étincelle
-sur une masse de poudre, c’est-à-dire en libérant des quantités
-d’énergie fort supérieures à la cause très légère qui a déterminé leur
-libération. Et comme l’énergie condensée dans l’atome est en quantité
-immense, il en résulte qu’à une perte extrêmement faible de matière
-correspond la création d’une quantité énorme d’énergie.»
-
-Cette conception du Dr Gustave Le Bon a une importance philosophique
-très considérable. Elle n’a nullement pour but de nier l’existence de la
-matière ainsi que la métaphysique l’a parfois tenté; mais elle fait
-«simplement» disparaître la _dualité classique entre la matière et
-l’énergie_. Matière et énergie ne sont plus en effet que deux choses
-identiques sous des aspects différents: «la matière n’est qu’une forme
-stable d’énergie et rien d’autre.»
-
-Plus d’un physicien, l’illustre Faraday, par exemple, avait déjà essayé,
-il est vrai, de faire disparaître la dualité établie entre la matière et
-l’énergie. Quelques philosophes le tentèrent également, en faisant
-remarquer que la matière ne nous est accessible que par l’intermédiaire
-des forces agissant sur nos sens. Mais tous les arguments de cet ordre
-étaient considérés avec raison comme d’une portée purement métaphysique.
-On leur objectait que jamais on n’avait pu transformer de la matière en
-énergie, et qu’il fallait la seconde pour animer la première. Le Dr Le
-Bon, en révélant que cette transformation est un phénomène qui se passe
-communément dans la nature, et que les atomes de tous les corps peuvent
-s’évanouir sans retour en se transformant en énergie, a contribué à
-faire disparaître l’antique dualité entre la force et la matière.
-
- * * * * *
-
-L’ouvrage de Gustave Le Bon, _l’Évolution de la matière_, est divisé en
-six livres. Le premier expose _les idées nouvelles sur la matière_, que
-je viens de faire connaître. Le deuxième est consacré à _l’énergie
-intra-atomique_ et aux _forces qui en dérivent_.
-
-_L’universalité_ dans la nature de l’énergie intra-atomique est un de
-ses caractères le plus facile à constater. On reconnaît son existence
-partout, puisqu’on trouve maintenant de la radio-activité partout.
-
-_L’origine_ de l’énergie intra-atomique n’est pas difficile à élucider,
-si on admet avec les astronomes que la condensation de notre nébuleuse
-suffirait à elle seule pour expliquer la constitution de notre système
-solaire. On conçoit qu’une condensation analogue de l’éther ait pu
-engendrer les énergies que l’atome contient. On pourrait comparer
-grossièrement ce dernier à une sphère dans laquelle un gaz non
-liquéfiable aurait été comprimé à des milliards d’atmosphères à
-l’origine du monde.
-
-_La grandeur_ de l’énergie intra-atomique est formidable. S’il était
-possible par exemple de dissocier une pièce de cuivre de 1 centime,
-pesant par conséquent 1 gramme, on mettrait en liberté de ce fait une
-quantité d’énergie qui, répartie convenablement, serait suffisante pour
-actionner un train de marchandises sur une route horizontale d’une
-longueur égale à un peu plus de quatre fois et un quart la circonférence
-de la terre; or, pour faire effectuer à l’aide du charbon ce trajet au
-même train, il faudrait en employer 2.833.000 kilogrammes qui, au prix
-de 24 francs la tonne, nécessiterait une dépense d’environ 68.000
-francs. Ce chiffre de 68.000 francs représente donc la valeur marchande
-de l’énergie intra-atomique contenue dans une pièce de 1 centime.
-
-On ne peut s’expliquer la prodigieuse quantité d’énergie contenue dans
-une masse aussi infime qu’un atome qu’en supposant celui-ci constitué
-par des particules plus petites encore, mais douées de mouvements
-rotatoires s’effectuant avec une vitesse prodigieuse. En effet, on sait
-que l’énergie d’un corps en mouvement est égale à la moitié du produit
-de sa masse par le carré de sa vitesse. «Une balle de fusil tombant de
-quelques centimètres de hauteur sur la peau ne produit aucun effet
-appréciable, en raison de sa faible vitesse. Dès que cette vitesse
-grandit, les effets deviennent de plus en plus meurtriers, et, avec les
-vitesses de 1.000 m. par seconde données par les poudres actuelles, la
-balle traverse de très résistants obstacles. Réduire la masse d’un
-projectile est sans importance, si on réussit à augmenter suffisamment
-sa vitesse. Telle est justement la tendance de l’artillerie moderne qui
-réduit de plus en plus le calibre des balles de fusil, mais tâche
-d’augmenter leur vitesse.»
-
-Si la matière est douée d’une énergie colossale, c’est que les
-particules qui constituent l’atome se meuvent avec une vitesse
-prodigieuse; après leur libération, leur vitesse est encore formidable:
-tandis qu’un boulet de canon mettrait 5 jours pour aller de la terre à
-la lune, une de ces particules mettrait 4 secondes pour effectuer le
-même trajet.
-
-C’est dans l’énergie intra-atomique qu’il est logique de chercher
-l’origine, jusqu’ici inconnue, de l’électricité et de la chaleur
-solaire. Le radium est capable de produire de la chaleur en se
-dissociant; on a cherché sa présence dans le soleil; cela n’est pas
-nécessaire, puisque tous les corps peuvent se dissocier. J.-J. Thomson
-pense même maintenant que l’énergie actuellement concentrée dans les
-atomes n’est qu’une insignifiante portion de celle qu’ils contenaient
-jadis et qu’ils ont perdue par rayonnement. «Si donc, dit Gustave Le
-Bon, les atomes renfermaient jadis une quantité d’énergie très
-supérieure à celle, pourtant formidable, qu’ils possèdent encore, ils
-ont pu, en se dissociant, dépenser, pendant de longues accumulations
-d’âges, une partie de la gigantesque réserve de force entassée dans leur
-sein à l’origine des choses. Ils ont pu et peuvent encore, par
-conséquent, maintenir à une très haute température les astres tels que
-le soleil et les étoiles.»
-
- * * * * *
-
-Les idées de Gustave Le Bon relatives à l’énergie intra-atomique que je
-viens d’exposer d’après lui et qui sont entièrement originales ont
-résisté à toutes les critiques, à toutes les objections. Elles
-conduisent à abandonner la dualité classique entre la force et la
-matière, mais aussi à détruire la _séparation classique entre le
-pondérable et l’impondérable_, qui semblait bien établie depuis que
-Lavoisier s’était servi de la balance. Larmor, il est vrai, avait
-employé récemment les multiples ressources de l’analyse mathématique
-pour tâcher de faire disparaître ce qu’il a appelé «l’irréconciliable
-dualité de la matière et de l’éther»; mais on ne pouvait réussir qu’en
-partant de l’expérience; c’est ce qu’a fait Gustave Le Bon.
-
-Le livre III de son ouvrage nous fait pénétrer dans _le monde de
-l’impondérable_, dans l’éther cosmique!
-
-Bien que la nature intime de l’éther soit à peine soupçonnée, son
-existence s’est imposée depuis longtemps, et paraît à quelques-uns plus
-certaine que celle de la matière même. «Son rôle est devenu capital et
-n’a cessé de grandir avec les progrès de la physique. La plupart des
-phénomènes seraient inexplicables sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni
-pesanteur, ni lumière, ni électricité, ni chaleur, rien en un mot de ce
-que nous connaissons. L’univers serait silencieux et mort.»
-
-Certains se représentent l’éther comme un gaz excessivement dilué; mais
-cette comparaison est mauvaise, car les gaz sont très compressibles et
-l’éther ne l’est pas. Il serait plus exact de le comparer à un solide
-élastique, un solide au sein duquel s’effectueraient les mouvements des
-astres. On admet aujourd’hui que l’éther peut être le siège, non
-seulement de mouvements vibratoires réguliers comme ceux qui produisent
-la lumière, mais encore de mouvements variés: projections, rotations,
-tourbillons, et les physiciens de nos jours tendent à attribuer un rôle
-fondamental aux tourbillons. Ne seraient-ce pas certains de ces
-tourbillons qui constitueraient les atomes, et la matière ne serait-elle
-pas un état particulier de l’éther?
-
-Le livre IV nous fait assister à la _dématérialisation de la matière_.
-Celle-ci fournit des éléments de désagrégation que l’on peut faire
-rentrer dans six catégories différentes: 1º émanations, 2º ions
-positifs, 3º ions négatifs, 4º électrons, 5º rayons cathodiques, 6º
-rayons X et radiations analogues. Le radium en se détruisant donne,
-outre une émanation semi-matérielle, trois sortes de rayons: les rayons
-α formés d’ions positifs, les rayons β formés d’électrons négatifs, les
-rayons γ ou rayons X. Mais le radium n’est, d’après Gustave Le Bon,
-qu’un cas particulier d’une règle générale. Toute matière, sous des
-influences variées, parfois spontanément, peut se dissocier et les
-particules qui s’en échappent sont soumises aux lois d’attraction et de
-répulsion qui régissent tous les phénomènes électriques. Gustave Le Bon
-a obtenu des figures très curieuses qu’il a pu photographier, en
-obligeant les particules de la matière dissociée à se mouvoir et à se
-repousser suivant certaines directions; il est arrivé ainsi à
-matérialiser en quelque sorte les produits de la dématérialisation de la
-matière, et à nous faire entrevoir les intermédiaires entre la matière
-et l’éther.
-
-Ces intermédiaires, il les étudie dans le livre V. L’émanation des corps
-radio-actifs, qu’on peut condenser comme un gaz et enfermer dans un
-tube, possède encore des qualités matérielles, mais les diverses
-particules électriques n’ont plus qu’une propriété commune avec la
-matière, une certaine inertie, et il est possible de considérer
-l’électricité comme une substance semi-matérielle engendrée par la
-dématérialisation de la matière.
-
-On voit par là à quelle vaste synthèse des phénomènes physiques et
-chimiques les idées du Dr Gustave Le Bon peuvent conduire les
-physiciens.
-
- * * * * *
-
-Dans le dernier livre, Gustave Le Bon revient au _monde du pondérable_.
-On y assiste aux mouvements des molécules; il y est question de la
-«sensibilité» de la matière, de la «vie» des cristaux... des divers
-équilibres chimiques. Pour Gustave Le Bon, il semble extrêmement
-probable qu’un grand nombre de réactions inexplicables, au lieu
-d’atteindre seulement les édifices moléculaires, atteignent également
-les édifices atomiques et mettent en jeu les forces considérables qui
-s’exercent en leur sein. C’est sans doute dans l’énergie intra-atomique
-qu’il faut chercher l’explication des propriétés des métaux colloïdaux,
-des diastases, des enzymes, des toxines...
-
-Une foule de détails intéressants sur les manifestations de la matière
-conduisent Gustave Le Bon à consacrer un dernier chapitre à la
-_naissance_, à l’_évolution_, et à la _fin de la matière_, ce qui est la
-conclusion de son ouvrage. Pour ma part, j’aurais préféré que ce
-chapitre vienne à la fin du cinquième livre et qu’il ne soit pas
-question de ce qu’on appelle si improprement la vie de la matière. Le
-début de l’ouvrage du Dr Gustave Le Bon produit sur le lecteur une
-impression profonde, on y sent le souffle d’une pensée géniale. On est
-tout saisi ensuite par la colossale grandeur de l’énergie
-intra-atomique; on se met à rêver: si la matière venait à se détruire
-spontanément, une quantité effroyable d’énergie serait mise gratuitement
-à la disposition de l’homme, et il n’aurait pas à se la procurer par un
-rude travail: le pauvre serait alors l’égal du riche. On suit enfin avec
-un intérêt grandissant les diverses phases de la dématérialisation de la
-matière et son évanouissement dans l’éther, où tourbillonnent en
-s’anéantissant les particules électriques. On se laisse entraîner dans
-«ce nirvana final auquel reviennent toutes choses après une existence
-plus ou moins éphémère», et tout à coup, brusquement, on est ramené au
-milieu matériel, à des faits plus banaux; c’est une désillusion,
-temporaire il est vrai, car infailliblement on recommence à lire les
-premières pages, on veut repasser par les émotions déjà éprouvées et
-voir «l’atome dans sa petitesse infinie détenir les secrets de l’infinie
-grandeur»!
-
-Comme on l’a dit, le Dr Gustave Le Bon a réalisé scientifiquement la
-plus vaste synthèse que l’on puisse concevoir. On l’a comparé à Darwin.
-Si l’on tient à faire une comparaison, j’aimerais mieux la faire avec
-Lamarck. Lamarck, le premier, a eu une idée nette de l’évolution des
-êtres vivants; le Dr Gustave Le Bon, le premier, a reconnu la
-possibilité d’une évolution de la matière et la généralité de la
-radio-activité par laquelle se manifeste son évanouissement. La théorie
-de Lamarck a été accueillie par les attaques de quelques-uns, par le
-silence de la plupart; c’est de lui ces paroles que Gustave Le Bon
-rapporte dans son _Introduction_: «Quelques difficultés qu’il y ait à
-découvrir des vérités nouvelles, il s’en trouve encore de plus grandes à
-les faire reconnaître.» Gustave Le Bon, comme Lamarck, s’est heurté à
-ces dernières difficultés. La publication de ses premières notes a
-provoqué de véritables tempêtes et des protestations énergiques. «Le
-prestige seul, ne cesse de répéter Gustave Le Bon, et fort peu
-l’expérience, est l’élément habituel de nos convictions, scientifiques
-et autres. Les expériences en apparence les plus convaincantes n’ont
-jamais constitué un élément immédiat de démonstration quand elles
-heurtent des idées depuis longtemps admises. Galilée l’apprit à ses
-dépens: ayant réuni tous les professeurs de la célèbre université de
-Pise, il s’imagina leur prouver par l’expérience que, contrairement aux
-idées alors reçues, les corps de poids différents tombent avec la même
-vitesse. La démonstration de Galilée fut très concluante, mais les
-professeurs se bornèrent à invoquer l’autorité d’Aristote et ne
-modifièrent nullement leur opinion. Bien des années se sont écoulées
-depuis cette époque, mais le degré de réceptivité des esprits pour les
-choses nouvelles ne s’est pas sensiblement accru.»
-
-
-
-
-IMPRIMERIE DV MERCVRE DE FRANCE
-
-BLAIS et ROY, 7, rue Victor-Hugo, Poitiers.
-
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-L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE ***
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- The Project Gutenberg eBook of La Naissance et l’Évanouissement de la Matière, by Gustave Le Bon.
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-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>La naissance et l'évanouissement de la matière</span>, by Gustave Le Bon</p>
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>La naissance et l'évanouissement de la matière</span></p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Gustave Le Bon</p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Contributor: Georges Bohn</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: January 26, 2022 [eBook #67253]</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
- <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Adrian Mastronardi and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</p>
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LA NAISSANCE ET L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE</span> ***</div>
-<p class="large c i">LES HOMMES ET LES IDÉES</p>
-
-<h1>La Naissance<br />
-<span class="small">et l’Évanouissement</span><br />
-<span class="large">de la Matière</span></h1>
-
-<p class="c"><span class="small">PAR LE</span><br />
-D<sup>r</sup> GUSTAVE LE BON</p>
-
-
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-SOCIÉTÉ DV MERCVRE DE FRANCE<br />
-<span class="small">XXVI, RVE DE CONDÉ, XXVI</span></p>
-
-<p class="c small">MCMVIII</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em i">DANS LA MÊME COLLECTION</p>
-
-
-<p class="drap"><span class="small">HENRI DE RÉGNIER ET SON ŒUVRE</span>, par Jean de Gourmont,
-avec un portrait et un autographe
-<span class="fl">1 vol.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">I</h2>
-
-
-<p>Le but de cette conférence<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> est de vous raconter
-une merveilleuse et étrange histoire, qu’il y
-a dix ans à peine la science ne soupçonnait pas.
-Cette histoire est celle d’un morceau de matière
-quelconque, de la pierre que vous heurtez sur
-votre chemin, du papier qui est devant moi, des
-fragments de métal que vous maniez chaque jour.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Conférence faite à Ostende en août 1907.</p>
-</div>
-<p>La science croyait autrefois, et beaucoup de
-personnes croient encore, que la matière se compose
-d’éléments inertes et indestructibles. Créés
-à l’origine des choses, ils devaient conserver à
-travers tous les changements une durée éternelle.
-Rien ne se crée, rien ne se perd, disait la
-chimie, et elle était fondée à le dire, puisque,
-malgré toutes les transformations qu’on lui faisait
-subir, la matière paraissait toujours conserver
-le même poids.</p>
-
-<p>La science nous apprend tout autre chose aujourd’hui.
-Elle nous montre la matière composée
-de petits systèmes solaires en miniature, formés
-d’éléments gravitant les uns autour des autres
-avec une immense vitesse et ne devant leur stabilité
-qu’à cette vitesse même. Elle nous dit que
-l’atome est le siège de forces colossales auprès
-desquelles ne sont rien celles que l’industrie
-manie et que peut-être cette même industrie
-pourra utiliser un jour. Elle nous dit encore que
-cette matière, siège d’une vie intense, possède
-une sensibilité invraisemblable qui la fait se
-modifier sous les influences les plus légères. Elle
-nous dit enfin que, loin d’être éternelle, la matière
-obéit à cette loi fatale qui condamne les choses
-et les êtres à mourir.</p>
-
-<p>Ne pouvant approfondir en une heure un
-pareil sujet, je me bornerai, dans cette conférence,
-à vous montrer quelques-unes des conséquences
-des recherches que je poursuis depuis
-plus de dix ans sur la dissociation de la matière
-et que j’ai développées dans deux ouvrages
-récents<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>L’Évolution de la matière</i>, in-18 de 400 pages, avec 62
-figures (15<sup>e</sup> édition), et <i>l’Évolution des forces</i>, in-18 de 400
-pages avec 40 figures (6<sup>e</sup> édition), Flammarion, éditeur, 1908.</p>
-</div>
-<p>Ces recherches, dont le résultat fondamental,
-très imprévu il y a bien peu d’années encore, fut
-de montrer que la matière n’était pas indestructible,
-se sont rapidement répandues dans les
-laboratoires. Quelques-unes de nos propositions,
-considérées comme très révolutionnaires quand
-nous les formulâmes pour la première fois, commencent
-à devenir presque banales aujourd’hui,
-bien que très éloignées cependant d’avoir porté
-toutes leurs conséquences. Lorsque celles-ci se
-dérouleront, elles conduiront à renouveler un
-édifice scientifique dont la stabilité semblait
-éternelle.</p>
-
-<p>Voici d’ailleurs l’énoncé des principes fondamentaux
-que j’ai tâché de mettre en évidence
-en me basant sur mes expériences :</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> La matière, supposée jadis indestructible,
-s’évanouit lentement par la dissociation continuelle
-des atomes qui la composent ;</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> Les produits de la dématérialisation de la
-matière constituent des substances intermédiaires
-par leurs propriétés entre les corps pondérables
-et l’éther impondérable, c’est-à-dire entre
-deux mondes que la science avait profondément
-séparés jusqu’ici ;</p>
-
-<p>3<sup>o</sup> La matière, jadis envisagée comme inerte
-et ne pouvant restituer que l’énergie d’abord
-fournie, est, au contraire, un colossal réservoir
-d’énergie — l’énergie intra-atomique — qu’elle
-peut dépenser sans rien emprunter au dehors ;</p>
-
-<p>4<sup>o</sup> C’est de l’énergie intra-atomique libérée
-pendant la dissociation de la matière que résultent
-la plupart des forces de l’univers, l’électricité
-et la chaleur solaire notamment ;</p>
-
-<p>5<sup>o</sup> La force et la matière sont deux formes
-diverses d’une même chose. La matière représente
-une forme stable de l’énergie intra-atomique.
-La chaleur, la lumière, l’électricité, etc.,
-représentent des formes instables de la même
-énergie ;</p>
-
-<p>6<sup>o</sup> En dissociant les atomes, c’est-à-dire en
-dématérialisant la matière, on ne fait que transformer
-la forme stable de l’énergie, nommée
-matière, en ces formes instables connues sous
-les noms d’électricité, de lumière, de chaleur,
-etc. La matière se transforme donc continuellement
-en énergie ;</p>
-
-<p>7<sup>o</sup> La loi d’évolution applicable aux êtres
-vivants l’est également aux corps simples. Les
-espèces chimiques, pas plus que les espèces
-vivantes, ne sont invariables ;</p>
-
-<p>8<sup>o</sup> L’énergie n’est pas plus indestructible que
-la matière dont elle émane.</p>
-
-<p>La science d’hier était fondée sur l’éternité de
-la matière, celle de demain sera basée sur la
-désintégration de la matière. Elle aura pour but
-principal de trouver des moyens faciles d’augmenter
-cette désintégration et mettre ainsi dans
-les mains de l’homme une source de forces presque
-infinie.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">II</h2>
-
-
-<p>Avant d’exposer les idées actuelles relatives
-à la constitution de la matière, rappelons brièvement
-celles dont la science a vécu jusqu’ici.</p>
-
-<p>Suivant des conceptions, hier encore classiques,
-la matière serait composée d’éléments indivisibles,
-nommés atomes. Comme ils semblent
-persister à travers toutes les transformations des
-corps, on admettait pour cette raison qu’ils sont
-indestructibles.</p>
-
-<p>Cette notion fondamentale a plus de 2.000
-ans d’existence. Le grand poète romain Lucrèce
-l’a exposée dans les termes suivants, que les livres
-modernes ne font guère que reproduire.</p>
-
-<blockquote>
-<p>« Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant
-à nos yeux : la nature forme de nouveaux
-êtres avec leurs débris, et ce n’est que par la
-mort des uns qu’elle accorde la vie aux autres.
-Les éléments sont inaltérables et indestructibles…
-Les principes de la matière, les éléments du
-grand tout sont solides et éternels, — nulle
-action étrangère ne peut les altérer. L’atome est le
-plus petit corps de la nature… Il représente le
-dernier terme de la division. Il existe donc dans
-la nature des corpuscules d’essence immuable…
-leurs différentes combinaisons forment tous les
-corps. »</p>
-</blockquote>
-
-<p>Telles étaient les idées de Lucrèce et de tous
-les savants depuis vingt siècles. Appuyée sur
-des recherches expérimentales dont nous parlerons
-bientôt, la science moderne est arrivée à
-une conception de la matière bien différente.</p>
-
-<p>Elle admet maintenant que les atomes sont
-formés de tourbillons d’éther tournant autour
-d’une ou plusieurs masses centrales avec une
-vitesse de l’ordre de celle de la lumière. L’atome
-est comparé à un soleil entouré de son cortège
-de planètes.</p>
-
-<p>Mais comment se fait-il que ces tourbillons
-d’éther immatériel puissent se transformer en
-matière aussi rigide qu’un rocher ou un bloc d’acier ?
-Certaines analogies appuyées sur l’expérience
-permettent de le comprendre.</p>
-
-<p>Il est probable que la matière doit uniquement
-sa rigidité à la rapidité de rotation de ses
-éléments et que, si leurs mouvements s’arrêtaient,
-elle s’évanouirait instantanément dans
-l’éther, sans rien laisser derrière elle. Des tourbillons
-gazeux, animés d’une vitesse de rotation
-de l’ordre de celle des rayons cathodiques, deviendraient
-vraisemblablement aussi durs que l’acier.
-Cette expérience n’est pas réalisable, mais
-nous pouvons pressentir ses résultats en constatant
-la rigidité considérable acquise par un
-fluide animé d’une grande vitesse.</p>
-
-<p>Des expériences faites dans les usines hydroélectriques
-ont montré qu’une colonne liquide
-de 2 centimètres seulement de diamètre, tombant
-à travers un tube d’une hauteur de 500
-mètres, ne peut être entamée par un coup de
-sabre lancé avec violence. L’arme est arrêtée, à
-la surface du liquide, comme elle le serait par
-un mur. Si la vitesse de la colonne liquide était
-suffisante, un boulet de canon ne la traverserait
-pas. Une lame d’eau de quelques centimètres
-d’épaisseur, animée d’une vitesse assez grande,
-resterait aussi impénétrable aux obus que le mur
-d’acier d’un cuirassé.</p>
-
-<p>Donnons au jet d’eau précédent la forme d’un
-tourbillon, et nous aurons l’image des particules
-de la matière et l’explication probable de sa
-rigidité.</p>
-
-<p>Nous pouvons ainsi comprendre comment
-l’éther immatériel, transformé en petits tourbillons
-animés d’une vitesse suffisante, devient très
-matériel. On conçoit aussi que, si ces mouvements
-tourbillonnaires étaient arrêtés, la matière
-s’évanouirait instantanément en retournant à
-l’éther.</p>
-
-<p>La matière qui semble nous donner l’image
-de la stabilité et du repos n’existe donc que
-grâce à la rapidité des mouvements de rotation
-de ses particules. La matière, c’est de la vitesse,
-et comme une substance animée de vitesse est
-aussi de l’énergie, il faut considérer la matière
-comme une forme particulière de l’énergie.</p>
-
-<p>La vitesse étant une des conditions fondamentales
-de l’existence de la matière, on peut dire
-que cette dernière est née le jour où les tourbillons
-d’éther ont acquis, par suite de leur condensation
-croissante, une rapidité suffisante
-pour posséder de la rigidité. Elle vieillit lorsque
-la vitesse de ses éléments se ralentit. Elle cessera
-d’exister dès que ses particules perdront leurs
-mouvements.</p>
-
-<p>Nous sommes amenés ainsi à cette première
-notion essentielle : Des particules d’une substance
-quelconque, si ténues qu’on les suppose,
-prennent, par le seul fait de leur vitesse de
-rotation, une rigidité si grande qu’elles se transforment
-en matière.</p>
-
-<p>C’est dans ces univers atomiques, dont la nature
-fut méconnue pendant si longtemps, qu’il
-faut chercher maintenant l’explication de la plupart
-des mystères qui nous entourent. L’atome,
-qui n’est pas éternel, comme l’assuraient d’antiques
-croyances, est bien autrement puissant
-que s’il était indestructible et, par conséquent,
-incapable de changement. Ce n’est plus quelque
-chose d’inerte, jouet aveugle de toutes les forces
-de l’univers. Ces forces sont au contraire créées
-par lui. Il est l’âme même des choses. Il détient
-les énergies qui sont le ressort du monde et des
-êtres qui l’animent. Chacun d’eux est un petit
-univers d’une structure extraordinairement compliquée,
-siège de forces jadis ignorées et dont
-la grandeur dépasse immensément toutes celles
-connues jusqu’ici.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">III</h2>
-
-
-<p>Nous venons de dire que la matière se composait
-de tourbillons d’éther. Qu’est-ce que l’éther ?</p>
-
-<p>La plus grande partie des phénomènes de la
-physique : lumière, chaleur, électricité rayonnante,
-etc., sont considérés comme ayant leur
-siège dans l’éther. La gravitation, d’où dérive
-la mécanique du monde et la marche des astres,
-semble encore une de ses manifestations. Toutes
-les recherches théoriques formulées sur la
-constitution des atomes conduisent à admettre
-qu’il forme leur trame. Il est le substratum des
-mondes et de tous les êtres qui vivent à leur
-surface.</p>
-
-<p>Bien que la nature intime de l’éther soit à
-peine soupçonnée, son existence s’est imposée
-depuis longtemps.</p>
-
-<p>Elle s’est imposée lorsqu’il a fallu expliquer
-la propagation des forces à distance. Elle parut
-expérimentalement démontrée quand Fresnel
-eut prouvé que la lumière se propage par des
-ondulations analogues à celles produites par la
-chute d’une pierre dans l’eau. En faisant interférer
-des rayons lumineux, il obtint de l’obscurité
-par la superposition des parties saillantes
-d’une onde lumineuse aux parties creuses d’une
-autre onde. La propagation de la lumière se
-faisant par ondulations, ces ondulations se produisaient
-nécessairement dans quelque chose.
-C’est ce quelque chose qu’on appelle l’éther.</p>
-
-<p>Sans doute, l’éther est un agent mystérieux
-que nous ne savons pas isoler, mais sa réalité
-s’impose puisque aucun phénomène ne pourrait
-s’expliquer sans lui. On ne peut l’isoler, mais il
-est impossible de dire qu’on ne puisse ni le voir
-ni le toucher. C’est, au contraire, la substance
-que nous voyons et touchons le plus souvent.
-Quand un corps rayonne de la chaleur qui nous
-échauffe et nous brûle ; quand nous regardons
-sur le verre dépoli d’une chambre noire un
-paysage verdoyant, par quoi sont constituées
-cette chaleur et cette image, sinon par des vibrations
-de l’éther ?</p>
-
-<p>Le rôle de l’éther est devenu capital et n’a cessé
-de grandir avec les progrès de la physique. La
-plupart des phénomènes seraient inexplicables
-sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni pesanteur,
-ni lumière, ni électricité, ni chaleur, rien, en un
-mot, de tout ce que nous connaissons. L’univers
-serait silencieux et mort, ou se révélerait sous
-une forme impossible même à pressentir. Si
-l’on pouvait construire une chambre de verre de
-laquelle on aurait retiré entièrement l’éther, la
-chaleur et la lumière ne pourraient la traverser.
-Elle serait d’un noir absolu et probablement la
-gravitation n’agirait plus sur les corps placés
-dans son intérieur. Ils auraient donc perdu leur
-poids.</p>
-
-<p>Ainsi les plus importants phénomènes de la
-nature : chaleur, lumière, électricité, ont, comme
-nous venons de le voir, leur siège dans l’éther.
-Ils sont engendrés par certaines perturbations
-de ce fluide immatériel sorti de l’équilibre ou
-retournant à l’équilibre.</p>
-
-<p>La lumière, par exemple, n’est qu’une altération
-d’équilibre de l’éther caractérisée par ses
-vibrations ; elle cesse d’exister dès que l’équilibre
-est rétabli. L’étincelle électrique de nos laboratoires
-aussi bien que la foudre sont de simples
-manifestations des changements du fluide électrique
-sorti de l’équilibre pour une cause quelconque
-et s’efforçant d’y retourner. Tant que
-nous n’avons pas su tirer le fluide électrique de
-l’état de repos, son existence a été ignorée.</p>
-
-<p>La chaleur dite rayonnante est due, elle aussi,
-à des vibrations de l’éther. Ce terme de chaleur
-rayonnante est d’ailleurs un des plus erronés de
-la physique, malgré sa justesse apparente. En
-s’approchant d’un foyer, on est échauffé ; il
-rayonne donc quelque chose. Que serait-ce, sinon
-de la chaleur ?</p>
-
-<p>On mit fort longtemps pour découvrir qu’un
-corps chaud ne rayonne rien qui ressemble à de
-la chaleur. On sait aujourd’hui qu’il produit des
-vibrations de l’éther, n’ayant par elles-mêmes
-aucune température. Il nous échauffe à distance,
-parce que les vibrations de l’éther qu’il engendre,
-étant arrêtées par les molécules de l’air ou les
-corps placés devant lui, engendrent de la chaleur.
-Ces vibrations ne sont pas de la chaleur, mais
-simplement une cause de chaleur, comme le
-serait un mouvement quelconque.</p>
-
-<p>Ce qu’on désigne du nom très impropre de
-chaleur rayonnante a pour unique origine des
-vibrations de l’éther. Elles produisent de la chaleur
-lorsque leur mouvement est détruit, comme
-une pierre par son choc, mais ne possèdent, je
-le répète, aucune température. On le prouve facilement
-en interposant une lentille de glace sur
-le passage d’un faisceau de chaleur rayonnante.
-Si intense que soit ce faisceau, la lentille n’est
-pas fondue, alors qu’un morceau de métal placé à
-son foyer devient incandescent. L’éther n’ayant
-aucune température, et la glace étant très
-transparente pour ses vibrations, elles ont traversé
-l’eau congelée sans provoquer sa fusion.
-Le métal les arrêtant, au contraire, est devenu
-incandescent par l’absorption des vibrations de
-l’éther.</p>
-
-<p>Puisque les vibrations de l’éther qualifiées de
-chaleur rayonnante ne produisent de la chaleur
-qu’après leur absorption par un corps, il
-est évident que, dans les espaces célestes, où
-n’existe pas, comme autour de la terre, une
-atmosphère absorbante, un froid considérable
-doit régner, même dans le voisinage d’astres
-incandescents, tels que le soleil. Le thermomètre,
-plongé dans ces espaces, y marquerait cependant
-une température très élevée, parce qu’il
-intercepterait des vibrations de l’éther. La température
-qu’il indiquerait alors ne serait pas du
-tout celle du milieu ambiant, mais sa propre température.
-La glace n’y fondrait pas, laissant passer,
-sans les arrêter, les vibrations de l’éther ;
-mais un métal deviendrait incandescent, parce
-qu’il absorbe les mêmes vibrations.</p>
-
-<p>La vie elle-même n’est possible sur notre
-globe qu’à cause de l’absorption des vibrations
-de l’éther par l’atmosphère et la terre. S’ils
-étaient transparents pour ces vibrations, un
-froid intense régnerait à la surface de notre
-planète.</p>
-
-<p>Toutes les réactions chimiques qui se passent
-dans le sein des végétaux, la transformation de
-l’acide carbonique en carbone notamment, ont
-également pour origine cette absorption de l’éther.
-Le végétal représente, en réalité, une transformation
-de l’éther lumineux. C’est l’éther
-absorbé et transformé par les végétaux qui fait
-mûrir les moissons et verdir les forêts. La vie
-représente donc une de ses transformations.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">IV</h2>
-
-
-<p>Nous venons d’étudier les éléments dont est
-formée la matière. Examinons maintenant les
-propriétés de cette matière dont sont constitués
-notre globe et les êtres qui l’habitent.</p>
-
-<p>L’étude de l’ancienne chimie laissait dans l’esprit
-l’idée que la matière était formée de produits
-stables, de composition bien définie et constante,
-ne pouvant être modifiés que par des
-moyens violents, des températures élevées par
-exemple. Dans ces dernières années, on a vu se
-dessiner, de plus en plus, cette notion qu’un
-corps quelconque représente simplement un état
-d’équilibre entre les éléments intérieurs dont il
-est formé et les éléments extérieurs qui agissent
-sur lui. Si cette relation n’apparaît pas nettement
-pour certains corps, c’est qu’ils sont constitués
-de façon à ce que leurs équilibres se maintiennent,
-sans changements apparents, dans des
-limites de variation de milieu assez grandes.
-L’eau peut rester liquide pour des variations de
-température comprises entre 0° et 100° et la plupart
-des métaux ne paraissent pas changer d’état
-pour des écarts plus considérables encore.</p>
-
-<p>Les édifices chimiques formés par les combinaisons
-atomiques, et dont l’ensemble constitue
-la matière, semblent très fixes, mais ils sont
-tous, en réalité, d’une mobilité très grande. Les
-moindres variations de milieu — température,
-pression, etc. — modifient instantanément les
-mouvements des éléments constitutifs de la
-matière.</p>
-
-<p>C’est qu’en effet un corps, aussi rigide en
-apparence qu’un bloc d’acier, représente simplement
-un état d’équilibre entre son énergie intérieure
-et les énergies extérieures, chaleur, pression,
-etc., qui l’entourent. La matière cède à
-l’influence de ces dernières comme un fil élastique
-obéit aux tractions exercées sur lui, mais
-reprend sa forme dès que la traction a cessé, si
-elle n’a pas été trop considérable.</p>
-
-<p>La mobilité des éléments de la matière est
-quelquefois un de ses caractères les plus faciles
-à constater, puisqu’il suffit d’approcher la main
-du réservoir d’un thermomètre pour voir la
-colonne liquide se déplacer aussitôt. Ses molécules
-se sont écartées sous l’influence d’une légère
-chaleur. Quand nous approchons la main d’un
-bloc de métal, les mouvements de ses éléments
-se modifient également, mais d’une façon si faible
-pour nos sens qu’ils ne les perçoivent pas, et
-c’est pourquoi la matière nous apparaît alors
-comme très peu mobile.</p>
-
-<p>La croyance générale à la stabilité de la matière
-est confirmée d’ailleurs par l’observation,
-puisque, pour faire subir à un corps des modifications
-considérables, comme de le fondre ou
-de le réduire en vapeur, il faut des moyens très
-puissants.</p>
-
-<p>Des méthodes d’investigation suffisamment
-précises montrent, au contraire, que non seulement
-la matière est d’une mobilité extrême, mais
-encore possède une sensibilité inconsciente dont
-la sensibilité consciente d’aucun être vivant ne
-saurait approcher.</p>
-
-<p>Les physiologistes mesurent la sensibilité d’un
-être par le degré d’excitation nécessaire pour obtenir
-de lui une réaction. On le considère comme
-fort sensible lorsqu’il réagit sous des excitants
-très faibles. En appliquant à la matière brute
-un procédé d’investigation analogue, on constate
-que la substance la plus rigide et la moins sensible
-en apparence est au contraire d’une sensibilité
-invraisemblable. La matière du bolomètre,
-constitué en dernière analyse par un mince fil
-de platine, est tellement sensible qu’elle réagit
-sous l’influence d’un rayon de lumière d’une
-intensité assez faible pour ne produire qu’une
-élévation de température de un cent millionième
-de degré. Un bloc d’acier est, en réalité, infiniment
-plus sensible que l’être vivant le plus sensible.</p>
-
-<p>Cette sensibilité de la matière, si contraire à
-ce que l’observation vulgaire semblait indiquer,
-devient de plus en plus familière aux physiciens
-et c’est pourquoi une expression comme celle-ci :
-« la vie de la matière », dénuée de sens il y a seulement
-vingt-cinq ans, est devenue d’un usage
-courant. L’étude de la matière brute révèle de
-plus en plus, chez elle, en effet, des propriétés
-semblant jadis l’apanage exclusif des êtres vivants.
-En se basant sur ce fait que « le signe le
-plus général et le plus délicat de la vie est la
-réponse électrique », M. Böse a montré que cette
-réponse électrique « considérée généralement
-comme l’effet d’une force vitale inconnue », existe
-dans la matière. Et il montre par des expériences
-ingénieuses « la fatigue » des métaux et sa disparition
-après le repos, l’action des excitants, des
-déprimants et des poisons sur ces mêmes métaux.</p>
-
-<p>La matière, telle que nous la connaissons, ne
-représente, je le répète, qu’un état d’équilibre,
-une relation entre les forces intérieures qu’elle
-recèle et les forces externes pouvant agir sur
-elles. Les secondes ne sont pas modifiables sans
-que les premières changent également, de même
-qu’on ne peut toucher à l’un des plateaux d’une
-balance équilibrée sans faire osciller l’autre.</p>
-
-<p>Ainsi donc les éléments de la matière sont en
-mouvement incessant : un bloc de plomb, un
-rocher, une chaîne de montagnes n’ont qu’une
-immobilité apparente. Ils subissent toutes les
-variations du milieu et modifient constamment
-leurs équilibres pour s’y adapter. La nature ne
-connaît pas le repos. S’il se trouve quelque part,
-ce n’est ni dans le monde que nous habitons,
-ni dans les êtres vivant à sa surface. Il n’est pas
-davantage dans la mort, qui ne fait que substituer
-à certains équilibres momentanés d’atomes
-d’autres équilibres dont la durée sera aussi éphémère.</p>
-
-<p>Malgré l’extrême mobilité de la matière, le
-monde paraît cependant très stable. Il l’est, en
-effet, mais simplement parce que, dans sa phase
-actuelle d’évolution, le milieu qui l’enveloppe
-varie dans des limites assez restreintes. La
-constance apparente des propriétés de la matière
-résulte uniquement de la constance actuelle du
-milieu où elle est plongée.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Les propriétés de la matière que nous venons
-de vous exposer ne sont pas les seules qu’elle
-possède. Ne pouvant les énumérer toutes, nous
-nous bornerons à attirer encore votre attention
-sur l’une de ses plus importantes, c’est-à-dire le
-rayonnement permanent dont elle est le siège.</p>
-
-<p>Jusqu’au zéro absolu, c’est-à-dire jusqu’à 273°
-au-dessous de la température de la glace, la
-matière envoie sans discontinuer des vibrations
-dans l’éther. Un bloc de glace peut être considéré
-comme source de chaleur rayonnante au
-même titre qu’un fragment de charbon incandescent.
-La seule différence entre eux est dans
-la quantité de chaleur rayonnée. Les plaines
-glacées du pôle sont une source de chaleur
-rayonnante comme les plaines brûlantes de l’équateur,
-et si la sensibilité de la plaque photographique
-n’était pas aussi limitée, elle pourrait,
-pendant la plus profonde nuit, reproduire l’image
-des corps au moyen de leurs propres radiations
-réfractées par les lentilles d’une chambre
-noire.</p>
-
-<p>Ces auréoles rayonnantes qui entourent tous
-les corps ne sont pas perceptibles parce que
-notre œil est insensible pour la plus grande partie
-des ondes lumineuses. La forme d’un être
-vivant ne nous paraît bien définie que parce
-que nos sens perçoivent seulement des fragments
-des choses. L’œil n’est pas fait pour tout
-voir. Il trie dans l’océan des formes ce qui lui
-est accessible et croit que cette limite artificielle
-est une limite véritable. Ce que nous percevons
-d’un être vivant n’est qu’une partie de sa
-forme réelle. Il est entouré des vapeurs qu’il
-exhale et des radiations qu’il émet constamment
-par suite de sa température. Si nos yeux pouvaient
-tout voir, un être vivant nous apparaîtrait
-comme un nuage aux changeants contours.</p>
-
-<p>Ces ondes de lumière invisibles pour notre
-œil qu’émettent tous les corps sont perceptibles
-probablement par les animaux dits nocturnes
-capables de se guider dans l’obscurité. Pour eux
-le corps d’un être vivant, dont la température
-est d’environ 37°, doit être entouré d’une auréole
-lumineuse que seul le défaut de sensibilité de
-notre œil empêche d’apercevoir. Il n’existe pas,
-en réalité, de corps obscurs dans la nature, il
-existe seulement des yeux imparfaits. Un corps
-quelconque est une source constante de radiations
-visibles ou invisibles, mais qui sont toujours
-de la lumière.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">V</h2>
-
-
-<p>Nous allons aborder maintenant l’étude de la
-dématérialisation de la matière.</p>
-
-<p>Des expériences fort nombreuses, et sur la
-valeur desquelles on ne discute plus, ont prouvé,
-comme je fus le premier à l’établir, que les atomes
-de la matière, considérés jadis comme très
-stables, peuvent se désagréger, soit spontanément,
-soit sous l’influence de causes diverses.</p>
-
-<p>Les produits de cette dissociation sont identiques
-pour tous les corps, qu’ils soient engendrés
-par la cathode de l’ampoule de Crookes,
-par le rayonnement d’un métal sous l’action de
-la lumière, ou par la désagrégation de corps
-spontanément radio-actifs, tels que l’uranium,
-le thorium et le radium.</p>
-
-<p>On peut donc, quand on veut étudier la dissociation
-de la matière, choisir les corps pour
-lesquels le phénomène se manifeste de la façon
-la plus intense, soit, par exemple, l’ampoule de
-Crookes où un métal formant cathode est excité
-par le courant électrique d’une bobine d’induction,
-soit, plus simplement, des composés très
-radio-actifs tels que les sels de thorium ou de
-radium. Des corps quelconques dissociés par la
-lumière ou autrement donnent d’ailleurs les
-mêmes résultats, mais la dissociation étant beaucoup
-plus faible, l’observation des phénomènes
-est plus difficile.</p>
-
-<p>On constate que les produits divers de la dissociation
-de la matière actuellement connus peuvent
-se ranger dans les six classes suivantes :
-Emanations, Ions négatifs, Ions positifs, Électrons,
-Rayons X et Radiations analogues.</p>
-
-<p>Il ne faudrait pas croire que ces substances
-représentent toutes les étapes de la dématérialisation
-de la matière. Celles dont l’existence est
-connue ne sont que des fragments d’une série
-probablement très longue.</p>
-
-<p>La quantité des particules émises par les corps
-pendant leur dématérialisation varie suivant les
-corps. Elle serait, pour un gramme d’uranium
-et de thorium de 70.000 par seconde, et quant
-au radium de 100.000 milliards, d’après les calculs
-de divers observateurs.</p>
-
-<p>En frappant les corps phosphorescents, les
-particules de matière dissociée les rendent lumineux.
-Sur cette propriété est fondé le spinthariscope,
-instrument qui rend visible pour les
-yeux les plus incrédules la dissociation permanente
-de la matière. Il consiste simplement en
-un écran de sulfure de zinc, au-dessus duquel se
-trouve une petite aiguille dont l’extrémité fut
-trempée dans une solution d’un corps spontanément
-dissociable. En regardant l’écran à la
-loupe, on voit jaillir sans interruption une pluie
-de petites étincelles produite par le choc des particules.
-Je possède un de ces instruments qui
-depuis 4 ans n’a cessé d’émettre une pluie d’étincelles
-provenant de la dissociation de 1/10 de
-milligramme de bromure de radium fixé à la
-pointe d’une aiguille.</p>
-
-<p>Nous venons de parler des millions de corpuscules
-par seconde que peut émettre durant
-des siècles 1 gramme d’un corps radio-actif. De
-tels chiffres provoquent toujours une certaine
-défiance, parce que nous n’arrivons pas à nous
-représenter l’extraordinaire petitesse des éléments
-de la matière. Cette défiance disparaît
-quand on constate la susceptibilité de substances
-très ordinaires à demeurer pendant des années,
-sans subir aucune dissociation, le siège d’une
-émission de particules abondantes faciles à
-constater par l’odorat, mais inappréciable aux
-plus sensibles balances.</p>
-
-<p>M. Berthelot s’est livré sur ce sujet à d’intéressantes
-recherches. Il essaya de déterminer
-la perte de poids que subissent des corps très
-odorants bien que fort peu volatils. L’odorat est
-d’une sensibilité infiniment supérieure à celle de
-la balance, puisque, pour certaines substances,
-telles que l’iodoforme, la présence de 1 centième
-de millionième de milligramme peut, suivant
-M. Berthelot, être facilement révélée.</p>
-
-<p>Il est arrivé, après des recherches faites avec
-ce corps, à la conclusion que 1 gramme d’iodoforme
-perd seulement 1 centième de milligramme
-de son poids en une année, c’est-à-dire
-1 milligramme en cent ans, bien qu’émettant
-sans cesse un flot de particules odorantes dans
-toutes les directions. M. Berthelot ajoute que si,
-au lieu d’iodoforme, on s’était servi de musc, les
-poids perdus auraient été beaucoup plus petits,
-« mille fois plus peut-être », ce qui ferait 100.000
-ans pour la perte de 1 milligramme.</p>
-
-<p>Les particules émises par la matière en se dissociant
-ont des vitesses de 30.000 à 300.000 kilomètres
-par seconde. Il peut sembler fort difficile
-de mesurer la vitesse de corps se mouvant
-avec une telle rapidité. Cette mesure est cependant
-très simple.</p>
-
-<p>Un étroit faisceau de radiations obtenu par
-un moyen quelconque — avec un corps radio-actif,
-par exemple — est dirigé sur un écran susceptible
-de phosphorescence. En le frappant, il
-y produit une petite tache lumineuse.</p>
-
-<p>Ce faisceau de particules étant électrisé est déviable
-par un champ magnétique. On peut donc
-l’infléchir au moyen d’un aimant. Le déplacement
-de la tache lumineuse sur l’écran phosphorescent
-indique la déviation que fait subir aux
-particules un champ magnétique d’intensité
-connue. La force nécessaire pour dévier d’une
-certaine quantité un projectile de masse connue
-permettant de déterminer la vitesse de ce dernier,
-on conçoit que de la déviation des particules
-il soit possible de déduire leur vitesse.
-Quand le pinceau de radiations contient des
-particules de vitesses différentes, elles tracent
-une ligne plus ou moins longue sur l’écran phosphorescent
-au lieu de se manifester par un simple
-point, et on peut ainsi calculer la vitesse de
-chacune d’elles.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VI</h2>
-
-
-<p>Nous venons de vous parler des propriétés
-de la matière, mais nous vous avons dit encore
-peu de chose des forces dont elle est le siège.
-En quoi consistent ces forces ? Quel est le mécanisme
-de leur production ?</p>
-
-<p>Toutes les forces de la nature sont engendrées
-par des perturbations d’équilibre de l’éther ou
-de la matière et disparaissent quand les équilibres
-troublés sont rétablis. La lumière, par
-exemple, qui prend naissance avec les vibrations
-de l’éther, cesse avec elles.</p>
-
-<p>Deux corps en relation, chargés de chaleur,
-d’électricité, de mouvement, etc., ne peuvent,
-quelle que soit la différence de grandeur de ces
-corps, agir l’un sur l’autre et produire de l’énergie
-que quand les éléments dont ils sont chargés
-ne sont pas en équilibre.</p>
-
-<p>Cette rupture d’équilibre provoque une sorte
-d’écoulement d’énergie. Il se fait du point où
-la tension est la plus haute vers celui où elle est
-la plus basse, et continue jusqu’à ce que l’équilibre
-soit rétabli, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il y ait
-égalité de niveau entre les corps en relation.</p>
-
-<p>Suivant les milieux où se manifestent les perturbations
-d’équilibre, et suivant leur forme, ils
-prennent les noms de chaleur, électricité, lumière,
-etc.</p>
-
-<p>Une force est donc toujours le résultat d’une
-dénivellation. Deux corps chauds à la même température
-représentent deux réservoirs au même
-niveau, ou deux poids égaux sur les plateaux
-d’une balance, et il n’en résulte aucune manifestation
-d’énergie. Si, au contraire, la température
-de l’un des corps est moins élevée que celle
-de l’autre, il y aura perturbation d’équilibre et
-production d’énergie jusqu’à ce que les deux corps
-soient au même niveau calorifique.</p>
-
-<p>Ainsi donc, sans une dénivellation d’éther ou
-de matière, il n’y a aucune manifestation possible
-d’énergie. Si le soleil possède dans toute
-sa masse une température uniforme de 6.000
-degrés et qu’il puisse y exister des êtres capables
-de supporter cette chaleur, elle ne représenterait
-pour eux aucune énergie. N’ayant pas
-de corps froids à leur disposition, ils ne pourraient
-obtenir aucune chute de chaleur, condition
-indispensable de la production d’énergie
-thermique.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Admettons maintenant qu’au lieu de se trouver
-à une température uniforme de 6.000 degrés,
-ces êtres imaginaires vivent dans un monde de
-glace à la température uniforme de zéro, mais
-possèdent dans des puits profonds une provision
-illimitée d’air liquide. Contrairement à ceux plongés
-dans un milieu à 6.000 degrés, ils trouveraient
-dans les blocs de glace une source considérable
-d’énergie. En plongeant, en effet, ces
-derniers dans l’air liquide à −180°, ils obtiendraient
-une dénivellation de température considérable.
-Au contact de la glace qui est pour l’air
-liquide un corps très chaud, ce dernier entrerait
-aussitôt en ébullition, et sa vapeur pourrait
-être employée à faire fonctionner des moteurs.
-Les habitants de ce monde remplaceraient donc
-le charbon de nos machines à vapeur par des
-blocs de glace qu’ils considéreraient, ainsi que
-nous le faisons pour la houille, comme des réservoirs
-d’énergie.</p>
-
-<p>Avec cette glace et cet air liquide, il leur
-serait très facile de produire les températures
-les plus élevées. La tension de la vapeur obtenue
-pourrait faire fonctionner des dynamos avec
-lesquelles on obtient des courants électriques
-capables de fondre et volatiliser tous les métaux.</p>
-
-<p>On voit, en définitive, que toutes les formes
-d’énergie sont des effets transitoires résultant de
-rupture d’équilibre entre plusieurs grandeurs :
-poids, chaleur, électricité, vitesse. C’est donc
-bien à tort qu’on parle de l’énergie comme d’une
-sorte d’entité ayant une existence réelle analogue
-à celle de la matière.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VII</h2>
-
-
-<p>Nous avons dit que la matière se composait
-de petits éléments animés d’une vertigineuse
-vitesse qui, sous des influences diverses ou
-même spontanément, s’échappent dans l’atmosphère,
-comme la pierre que ne retient plus la
-main du frondeur.</p>
-
-<p>Il est bien évident que, pour engendrer de
-pareilles vitesses, il faut des forces colossales.
-Je fus ainsi conduit à admettre que la matière
-était le siège d’une énergie jadis insoupçonnée,
-à laquelle j’ai donné le nom d’énergie intra-atomique.
-Cette dernière est, nous le verrons bientôt,
-l’origine de toutes les autres forces, la chaleur
-solaire et l’électricité notamment.</p>
-
-<p>Elle diffère de toutes les énergies que nous
-connaissons par sa concentration très grande,
-par sa prodigieuse puissance et par la stabilité
-des équilibres qu’elle peut former. Si, au lieu
-de réussir à dissocier seulement des millièmes
-de milligramme de matière, comme on le fait
-maintenant, on pouvait en dissocier quelques
-kilogrammes, nous posséderions une source d’énergie
-auprès de laquelle toute la provision de
-houille que nos mines contiennent représenterait
-un insignifiant total.</p>
-
-<p>C’est en raison de la grandeur de l’énergie
-intra-atomique que les phénomènes radio-actifs
-se manifestent avec l’intensité observée. C’est
-elle qui produit l’émission de particules douées
-d’une immense vitesse, la pénétration des corps
-matériels, l’apparition des rayons X, etc.</p>
-
-<p>L’universalité dans la nature de l’énergie
-intra-atomique est un de ses caractères le plus
-faciles à constater. On reconnaît son existence
-partout, maintenant qu’on trouve partout de la
-radio-activité.</p>
-
-<p>Les équilibres qu’elle forme sont très stables,
-puisque la matière se dissocie si faiblement que
-pendant longtemps on put la croire indestructible.
-Ce sont, d’ailleurs, les effets produits sur
-nos sens par ces équilibres stables que nous
-appelons la matière. Les autres formes d’énergie,
-lumière, électricité, etc., sont caractérisées
-par des équilibres très instables.</p>
-
-<p>Nous avons été naturellement conduits à essayer
-de mesurer la grandeur de l’énergie intra-atomique.
-Les chiffres obtenus sont immensément
-supérieurs à tous ceux donnés par les
-réactions chimiques antérieurement connues, la
-combustion de la houille, par exemple.</p>
-
-<p>Prenons une pièce de cuivre de 1 centime,
-pesant, comme on le sait, 1 gramme, et supposons
-qu’en exagérant la rapidité de sa dissociation
-nous puissions arriver à la dématérialiser
-entièrement.</p>
-
-<p>L’énergie cinétique possédée par un corps en
-mouvement, étant égale à la moitié du produit
-de sa masse par le carré de sa vitesse, un calcul
-élémentaire donne la puissance que représenteraient
-les particules de ce gramme de matière
-animées de la vitesse constatée pendant la
-dissociation des corps. Elle est égale à 510 milliards
-de kilogrammètres, chiffre qui correspond
-à environ 6 milliards 800 millions de chevaux-vapeur.
-Cette quantité d’énergie serait suffisante
-pour faire parcourir à un train de marchandises
-4 fois la circonférence du globe. Pour faire effectuer
-avec du charbon ce trajet au même train il
-faudrait en dépenser pour 68.000 francs. Ce chiffre
-de 68.000 francs représente donc la valeur
-marchande de l’énergie intra-atomique contenue
-dans une pièce de 1 centime.</p>
-
-<p>Sous quelles formes l’énergie intra-atomique
-peut-elle exister dans la matière ? Comment des
-forces si colossales peuvent-elles être concentrées
-dans des particules si petites ?</p>
-
-<p>L’idée d’une telle concentration semble, au
-premier abord, inexplicable, parce que notre
-expérience usuelle montre la grandeur de puissance
-mécanique toujours associée à la dimension
-des appareils qui la produisent. Une
-machine d’une puissance de mille chevaux par
-exemple possède un volume considérable. Par
-association d’idées nous sommes conduits à
-croire que la grandeur de l’énergie mécanique
-implique la grandeur des appareils qui la produisent.</p>
-
-<p>C’est là une illusion pure résultant de l’infériorité
-de nos systèmes mécaniques et facile à
-détruire par de très simples calculs. Une des
-plus élémentaires formules de la dynamique
-montre que l’on peut accroître à volonté l’énergie
-d’un corps de grandeur constante, en accroissant
-simplement sa vitesse. On peut donc concevoir
-une machine théorique formée simplement
-d’une tête d’épingle tournant dans le chaton
-d’une bague, et qui, malgré sa petitesse, posséderait,
-grâce à sa force giratoire, une puissance
-mécanique égale à celle de plusieurs milliers
-de locomotives.</p>
-
-<p>Nous avons appris aujourd’hui à dissocier
-la matière, mais seulement en quantité extrêmement
-faible. Il est cependant permis d’espérer
-que la science de l’avenir trouvera moyen de la
-désagréger plus complètement. Elle aura alors
-à sa disposition une source immense de forces.
-Je suis déjà arrivé, par des moyens fort simples,
-à obliger des corps très stables à devenir,
-à surface égale, quarante fois plus radio-actifs
-que des substances spontanément dissociables,
-telles que l’uranium.</p>
-
-<p>Les résultats à obtenir dans cet ordre de recherches
-seraient en vérité immenses. Dissocier
-facilement la matière mettrait à notre disposition
-une source infinie d’énergie et rendrait inutile
-l’extraction de la houille, dont la provision
-s’épuise rapidement. Le savant qui trouvera le
-moyen de libérer économiquement les forces
-que contient la matière changera presque instantanément
-la face du monde. Une source
-illimitée d’énergie étant gratuitement à la disposition
-de l’homme, il n’aurait plus à se la procurer
-par un dur travail.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Cette dissociation de l’énergie intra-atomique,
-concentrée dans la matière dès le commencement
-des choses, explique l’origine des forces
-de l’univers. Aux époques lointaines du chaos
-de notre système solaire, dont les nébuleuses
-montrent une confuse image, l’éther s’est lentement
-condensé. Ses tourbillons localisés, formant
-probablement les éléments primitifs de
-la matière, ont accumulé par la vitesse croissante
-de leur rotation l’énergie intra-atomique dont
-nous constatons l’existence. A la phase de condensation
-succéda plus tard une phase de dissociation.
-Notre univers est entré dans un nouveau
-cycle, l’énergie lentement accumulée dans
-l’atome a commencé de se dégager par suite de
-sa dissociation. La chaleur solaire, d’où dérivent
-la plupart des énergies que nous utilisons, représente
-une des plus importantes manifestations
-de cette dissociation.</p>
-
-<p>Ainsi donc le soleil, générateur de la plupart
-des énergies terrestres, ne fait que dépenser les
-forces lentement accumulées par la matière à
-l’époque où, dans les nuages primitifs d’éther,
-les atomes emmagasinèrent les énergies qu’ils
-devaient restituer un jour.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VIII</h2>
-
-
-<p>L’étude que nous venons de faire nous a
-montré que la matière n’était pas éternelle et
-se dissociait pour retourner à cet éther mystérieux,
-premier substratum des choses. Ces constatations
-conduisent à se demander comment la
-matière a pu naître et comment elle peut mourir ?</p>
-
-<p>L’origine des choses et leur fin font partie des
-grands mystères de l’univers qui firent dépenser
-aux religions, aux philosophies et à la science le
-plus de méditations et d’efforts. L’esprit humain
-ne s’est jamais résigné à ignorer, il invente des
-chimères quand on lui refuse des explications,
-et ces chimères deviennent bientôt ses maîtres.</p>
-
-<p>La science n’a pas encore allumé les flambeaux
-capables d’illuminer les ténèbres qui enveloppent
-notre passé et voilent l’avenir. Elle peut cependant
-projeter quelques lueurs dans cette nuit
-profonde.</p>
-
-<p>D’après les idées que nous vous avons exposées
-sur la structure de la matière, les corps
-sont constitués par une réunion d’atomes composés
-chacun d’un agrégat de particules en rotation,
-probablement formées de tourbillons d’éther.
-Par suite de leur vitesse, ces particules
-possèdent une énergie cinétique énorme. Suivant
-la façon dont leurs équilibres sont troublés, elles
-engendrent des forces diverses, telles que la
-lumière, la chaleur et l’électricité.</p>
-
-<p>Mais comment ces atomes sont-ils nés et comment
-se transforment-ils ? L’analyse spectrale
-permet, on le sait, de suivre la genèse des éléments
-dont se composent les divers univers. La
-variation des spectres stellaires dans le rouge et
-l’ultra-violet indique la température des étoiles,
-par conséquent leur âge relatif, et les raies spectrales
-font connaître leur composition. On a déterminé
-ainsi les corps apparaissant dans les astres
-avec les variations de température correspondant à
-des phases diverses d’évolution. Dans les étoiles
-les moins anciennes, c’est-à-dire les plus chaudes,
-n’existent guère que des gaz peu nombreux,
-l’hydrogène principalement ; puis, à mesure que
-ces astres se refroidissent, apparaissent successivement
-les corps simples que nous connaissons
-en commençant par ceux dont le poids atomique
-est le moins élevé.</p>
-
-<p>Depuis que l’astronomie sait fixer par la photographie
-l’image des étoiles, elle en a découvert
-un nombre beaucoup plus grand qu’on le
-croyait. Elle évalue aujourd’hui à plus de 400 millions,
-sans parler naturellement de ceux invisibles
-et par conséquent inconnus, le nombre d’astres :
-étoiles, planètes, nébuleuses, existant au
-firmament. L’analyse spectrale les montre à des
-âges très divers d’évolution. Leur passé doit être
-d’une effrayante longueur, puisque les géologues
-évaluent à plusieurs centaines de millions d’années
-l’existence de notre planète.</p>
-
-<p>Pendant ces entassements de siècles ignorés
-par l’histoire, les millions d’astres dont l’espace
-est peuplé ont commencé ou terminé des cycles
-d’évolution analogues à celui parcouru par notre
-globe d’aujourd’hui. Des mondes peuplés comme
-le nôtre, couverts de cités florissantes remplies
-des merveilles de la science et des arts, ont dû
-sortir de la nuit éternelle et y rentrer sans rien
-laisser derrière eux. Les pâles nébuleuses aux
-formes incertaines représentent peut-être les
-derniers vestige de mondes qui vont s’évanouir
-dans le néant ou devenir les noyaux d’un nouvel
-univers.</p>
-
-<p>Les transformations révélées par l’observation
-des astres indiquent donc la marche générale de
-l’évolution des mondes. Elle est toujours enfermée
-dans ce cycle fatal des choses : naître, grandir,
-décliner et mourir.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Les faits résumés dans cette conférence montrent
-que la matière n’est pas éternelle, qu’elle
-constitue un réservoir énorme de forces, et disparaît
-en se transformant en d’autres formes
-d’énergie avant de retourner à ce qui, pour nous,
-est le néant.</p>
-
-<p>Les éléments d’un corps qui brûle ou qu’on
-essaie d’anéantir par un moyen quelconque se
-transforment, mais ils ne se perdent pas, puisque
-la balance permet de constater que leur poids
-n’a pas changé. Les éléments des atomes qui se
-dissocient sont, au contraire, irrévocablement
-détruits. Ils ont perdu toutes les qualités de la
-matière, y compris la plus fondamentale de toutes,
-la pesanteur. La balance ne les retrouve plus.</p>
-
-<p>Comment les tourbillons d’éther et les énergies
-engendrées par eux perdent-ils leur individualité
-pour s’évanouir dans l’éther ? La question se
-ramène à celle-ci : Comment un tourbillon formé
-au sein d’un fluide peut-il disparaître dans ce
-fluide en y produisant des vibrations ?</p>
-
-<p>Sous cet aspect, la solution du problème est
-assez simple. On voit facilement, en effet, comment
-un tourbillon engendré aux dépens d’un
-liquide peut, lorsque son équilibre est troublé,
-s’évanouir, malgré sa rigidité théorique, en
-rayonnant son énergie sous forme de vibrations
-du milieu où il est plongé. C’est de cette façon,
-par exemple, qu’une trombe marine, formée d’un
-tourbillon liquide, perd son existence et disparaît
-dans l’océan.</p>
-
-<p>De la même manière, sans doute, les tourbillons
-d’éther constituant les éléments des atomes
-peuvent se transformer en vibrations d’éther.
-Celles-ci représentent le terme ultime de la dématérialisation
-de la matière et de sa transformation
-en énergie avant son anéantissement final.</p>
-
-<p>Ainsi donc, lorsque les atomes ont rayonné
-toute leur énergie sous forme de vibrations lumineuses,
-calorifiques ou autres, ils retournent, par
-le fait même du rayonnement consécutif à leur
-dissociation, à l’éther primitif d’où ils dérivent.
-La matière et l’énergie sont alors rentrées dans
-le néant des choses, comme la vague dans l’océan.</p>
-
-<p>Il ne semble pas très compréhensible, au premier
-abord, que les mondes qui paraissent de
-plus en plus stables à mesure qu’ils se refroidissent
-puissent devenir instables au point de
-se dissocier entièrement. Pour faire comprendre
-ce phénomène, nous allons en donner d’abord
-l’explication théorique, puis rechercher si des
-observations astronomiques ne permettent pas
-d’être témoins d’une telle dissociation.</p>
-
-<p>On sait que la stabilité d’un corps en mouvement,
-comme une toupie ou une bicyclette, cesse
-d’être possible quand sa vitesse de rotation descend
-au-dessous d’une certaine limite. Aussitôt
-cette limite atteinte, il perd sa stabilité et tombe
-sur le sol. J.-J. Thomson interprète même de
-cette façon la radio-activité et fait remarquer
-que, lorsque la vitesse de rotation des éléments
-composant les atomes descend au-dessous d’une
-certaine limite, ils deviennent instables et tendent
-à perdre leur équilibre. Il en résulterait un
-commencement de dissociation, avec diminution
-de leur énergie cinétique suffisant pour lancer
-dans l’espace les produits de la désagrégation
-intra-atomique.</p>
-
-<p>Il ne faut pas oublier que l’atome, réservoir
-énorme d’énergie, est par ce fait même comparable
-aux corps explosifs. Ces derniers restent inertes
-tant que leurs équilibres intérieurs ne sont pas
-troublés. Dès qu’une cause quelconque les modifie,
-ils font explosion et brisent tous ce qui les
-entoure, après s’être brisés eux-mêmes.</p>
-
-<p>Donc, les atomes qui vieillissent par suite
-de la diminution d’une partie de leur énergie
-intra-atomique perdent graduellement leur stabilité.
-Un moment arrive alors où cette stabilité
-est si faible que la matière disparaît par une
-sorte d’explosion plus ou moins rapide. Les corps
-de la famille du radium offrent une image de ce
-phénomène, image d’ailleurs très affaiblie parce
-que les atomes de ces corps sont seulement arrivés
-à une période d’instabilité où la dissociation
-est assez lente. Elle en précède probablement
-une autre, plus rapide, capable de produire leur
-explosion finale. Des corps tels que l’uranium et
-le radium représentent sans doute un état de
-vieillesse auquel tous les corps arriveront un
-jour et qu’ils commencent déjà à manifester
-dans notre univers, puisque toute matière est
-légèrement radio-active. Il suffirait que la dissociation
-fût assez générale et assez rapide pour
-produire l’explosion du monde où elle se manifesterait.</p>
-
-<p>Les considérations théoriques qui précèdent
-trouvent un solide appui dans les apparitions et
-disparitions brusques d’étoiles. Les explosions
-de mondes qui paraissent les produire nous
-révèlent peut-être comment périssent les univers
-quand ils viennent à vieillir.</p>
-
-<p>Les observations astronomiques prouvant la
-fréquence relative de ces destructions, on peut
-se demander si la fin des univers par explosion
-brusque, après une longue phase de vieillesse,
-ne serait pas leur terminaison la plus générale.</p>
-
-<p>Ces brusques anéantissements se manifestent
-par l’apparition subite dans le ciel d’un
-astre incandescent qui pâlit et s’évanouit parfois
-en quelques jours, ne laissant souvent rien
-derrière lui, ou seulement une faible nébuleuse.</p>
-
-<p>Lorsque se montre le nouvel astre, son spectre,
-d’abord analogue à celui du soleil, prouve
-qu’il contient des métaux semblables à ceux de
-notre système solaire. Puis, en peu de temps,
-ce spectre se transforme et devient finalement
-celui des nébuleuses planétaires, c’est-à-dire ne
-contient que des raies d’éléments simples et peu
-nombreux, dont quelques-uns inconnus. Il est
-donc évident que les atomes de l’étoile temporaire
-se sont rapidement et profondément transformés.</p>
-
-<p>Cette évolution descendante est l’inverse de
-celle signalée dans l’évolution ascendante des
-étoiles. Celles-ci contiennent, lorsqu’elles sont
-très chaudes, des éléments simples devenant de
-plus en plus compliqués et nombreux à mesure
-qu’elles se refroidissent.</p>
-
-<p>Ces étoiles transitoires, résultant sans doute
-de l’explosion brusque d’un monde accompagné
-de la désintégration des atomes, ne sont pas
-rares. Il ne se passe guère d’années sans qu’on
-en observe directement ou par l’étude des clichés
-photographiques. Une des plus remarquables
-fut celle observée récemment dans la constellation
-de Persée. En quelques jours elle atteignit
-un éclat qui la rendit la plus brillante étoile du
-ciel ; mais 24 heures après elle commença à
-pâlir, son spectre se transforma lentement,
-devint, comme il a été dit plus haut, celui des
-nébuleuses planétaires, preuve évidente, je le
-répète, d’une dissociation atomique. Au moment
-même où s’opérait cette transformation, des
-photographies à longue pose montrèrent autour
-de l’astre des masses nébuleuses, produits sans
-doute de la dissociation atomique et qui s’éloignaient
-de l’étoile avec une vitesse de l’ordre de
-celle de la lumière, c’est-à-dire analogue à celle
-des particules qu’émettent les corps radio-actifs
-en se dissociant. Les astronomes assistèrent
-donc à la destruction rapide d’un monde.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>L’exposé qui précède peut se résumer en quelques
-lignes.</p>
-
-<p>On imagine le monde formé d’abord d’atomes
-diffus d’éther, qui, sous l’action de causes diverses,
-notamment de leur rotation, ont emmagasiné
-de l’énergie. Cette énergie, dont une des formes
-est la matière, se dissocie et apparaît sous des
-états divers : électricité, chaleur, etc., de façon
-à ramener la matière à l’éther. Rien ne se crée
-veut dire que nous ne pouvons pas créer de la
-matière. Tout se perd signifie que la matière
-disparaît complètement comme matière en retournant
-à l’éther. Le cycle est donc complet, il
-y a deux phases dans l’histoire du monde : 1<sup>o</sup> condensation
-de l’énergie sous forme de matière ;
-2<sup>o</sup> dépense de cette énergie.</p>
-
-<p>Cette destruction finale est peut-être suivie,
-dans la suite des âges, d’un nouveau cycle de
-naissance et d’évolution, sans qu’il soit possible
-d’assigner un terme à ces destructions et à ces
-recommencements probablement éternels.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">APPENDICE<br />
-L’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE</h2>
-
-<p class="c">PAR GEORGES BOHN</p>
-
-
-<p>« Le dogme de l’indestructibilité de la matière est
-du très petit nombre de ceux que la science moderne
-avait reçus de la science antique sans y rien changer.
-Depuis le grand poète romain Lucrèce, qui en
-faisait l’élément fondamental de son système philosophique,
-jusqu’à l’immortel Lavoisier, qui l’appuya
-sur des bases considérées comme éternelles, ce <i>dogme
-sacré</i> n’avait subi aucune atteinte et nul ne songeait
-à le contester. »</p>
-
-<p>Ce sera le titre de gloire du D<sup>r</sup> Gustave Le Bon de
-s’être attaqué le premier à ce qu’il appelle ainsi « un
-dogme » et d’avoir détruit celui-ci dans l’espace de quelques
-années. En 1896, il publiait aux <i>Comptes-rendus
-de l’Académie des Sciences</i> une courte note résumant
-les recherches qu’il poursuivait depuis deux ans et
-d’où il résultait que la lumière en tombant sur les
-corps produit des radiations capables de traverser les
-substances matérielles ; cette note marquera une des
-dates importantes de l’histoire de la science, car elle
-a été le point de départ de la découverte de la dissociation
-de la matière. En 1897, dans les mêmes <i>Comptes-rendus</i>,
-le D<sup>r</sup> Gustave Le Bon énonça que <i>tous les
-corps</i> frappés par la lumière émettent des radiations
-capables de rendre l’air conducteur de l’électricité, et
-indiqua l’analogie de ces radiations avec celles de la
-famille des rayons cathodiques, et avec les radiations
-uraniques que venait de découvrir M. Becquerel. Le
-D<sup>r</sup> Gustave Le Bon affirma que toutes ces radiations
-étaient quelque chose d’absolument différent de la
-lumière, et soutint, <i>contre tous</i>, qu’elles ne subissent ni
-la réflexion, ni la réfraction, ni la polarisation. Il avait
-raison, car tous les physiciens sont maintenant d’accord
-pour classer dans la même famille les rayons
-cathodiques, les émissions de l’uranium et du radium,
-et celles des corps frappés par la lumière.</p>
-
-<p>Gustave Le Bon fut assez hardi pour énoncer cette
-loi générale : « Sous des influences diverses, lumière,
-réactions chimiques, actions électriques, et souvent
-même spontanément, les atomes des corps simples,
-aussi bien que des corps composés, se dissocient et
-émettent des effluves de la famille des rayons cathodiques. »
-M. de Heen, le célèbre physicien de Liège,
-fut le premier qui accepta entièrement cette généralisation,
-pour en tirer d’ailleurs des résultats remarquables.
-Beaucoup ne l’admirent pas, et cependant
-de tous les côtés on recherchait inconsciemment en
-quelque sorte la radio-activité, c’est-à-dire les produits
-de la dissociation de la matière, et on en trouvait
-partout !</p>
-
-<p>Les faits prouvant que l’atome est susceptible d’une
-dissociation apte à le conduire à des formes où il a
-perdu toutes ses qualités matérielles sont aujourd’hui
-très nombreux, et précisément parmi les plus importants
-il faut noter cette émission, non seulement
-par les corps dits radio-actifs, mais encore par tous
-les autres, de particules animées d’une vitesse de
-l’ordre de celle de la lumière, capables de rendre
-l’air conducteur de l’électricité, de traverser les substances
-matérielles, d’être déviées par un champ magnétique.</p>
-
-<p>Le D<sup>r</sup> Gustave Le Bon ne s’est pas contenté de reconnaître
-que les atomes peuvent se dissocier ; il s’est demandé
-encore où ces atomes puisent l’immense quantité
-d’énergie nécessaire pour lancer dans l’espace des
-particules avec une vitesse presque aussi prodigieuse
-que celle de la lumière. Affranchi de tous les préjugés
-classiques, au lieu de rechercher cette énergie en
-dehors de la matière, comme le font encore beaucoup
-de physiciens, Gustave Le Bon l’a cherchée <i>dans la
-matière elle-même</i>, et il est arrivé à concevoir la
-matière d’une façon toute nouvelle : celle-ci, au lieu
-d’être une chose inerte, capable seulement de restituer
-l’énergie qui lui a été fournie, serait un réservoir
-énorme d’énergie.</p>
-
-<p>Grâce à Gustave Le Bon, on est arrivé maintenant
-à considérer un atome comme un système d’éléments
-impondérables, maintenu en équilibre par les rotations,
-attractions et répulsions des parties qui le composent.
-La matière ne serait qu’une variété de l’énergie ;
-aux formes déjà connues de l’énergie, chaleur,
-lumière, etc., il faudrait en ajouter une autre, la
-matière ou <i>énergie intra-atomique</i>. La réalité de
-cette forme nouvelle d’énergie, que nous a fait connaître
-Gustave Le Bon, ne s’appuie nullement sur la
-théorie, mais elle se déduit des faits d’expérience ;
-bien qu’ignorée jusqu’alors, elle est la plus puissante
-des forces connues, et même elle serait l’origine de
-la plupart des autres. Ainsi, en dissociant des atomes,
-on ne ferait que donner à la variété d’énergie
-nommée matière une forme différente telle que l’électricité
-ou la lumière, par exemple.</p>
-
-<p>« Les équilibres des éléments dont l’ensemble
-constitue un atome peuvent être comparés, dit Gustave
-Le Bon, à ceux qui maintiennent les astres dans leurs
-orbites. Dès qu’ils sont troublés, des énergies considérables
-se manifestent, comme elles se manifesteraient
-si la terre ou un astre quelconque était brusquement
-arrêté dans sa course. De telles perturbations
-dans les systèmes planétaires atomiques peuvent
-se réaliser, soit sans raison apparente, comme pour
-les corps très radio-actifs lorsque, par des causes
-diverses, ils sont arrivés à un certain degré d’instabilité,
-soit artificiellement, comme pour les corps
-ordinaires, quand ils sont soumis à l’influence d’excitants
-divers : chaleur, lumière, etc. Les excitants
-agissent alors comme l’étincelle sur une masse de poudre,
-c’est-à-dire en libérant des quantités d’énergie fort
-supérieures à la cause très légère qui a déterminé
-leur libération. Et comme l’énergie condensée dans
-l’atome est en quantité immense, il en résulte qu’à
-une perte extrêmement faible de matière correspond
-la création d’une quantité énorme d’énergie. »</p>
-
-<p>Cette conception du D<sup>r</sup> Gustave Le Bon a une
-importance philosophique très considérable. Elle n’a
-nullement pour but de nier l’existence de la matière
-ainsi que la métaphysique l’a parfois tenté ; mais
-elle fait « simplement » disparaître la <i>dualité
-classique entre la matière et l’énergie</i>. Matière et
-énergie ne sont plus en effet que deux choses identiques
-sous des aspects différents : « la matière
-n’est qu’une forme stable d’énergie et rien d’autre. »</p>
-
-<p>Plus d’un physicien, l’illustre Faraday, par exemple,
-avait déjà essayé, il est vrai, de faire disparaître
-la dualité établie entre la matière et l’énergie. Quelques
-philosophes le tentèrent également, en faisant
-remarquer que la matière ne nous est accessible que
-par l’intermédiaire des forces agissant sur nos sens.
-Mais tous les arguments de cet ordre étaient considérés
-avec raison comme d’une portée purement
-métaphysique. On leur objectait que jamais on n’avait
-pu transformer de la matière en énergie, et qu’il
-fallait la seconde pour animer la première. Le D<sup>r</sup> Le
-Bon, en révélant que cette transformation est un
-phénomène qui se passe communément dans la
-nature, et que les atomes de tous les corps peuvent
-s’évanouir sans retour en se transformant en énergie,
-a contribué à faire disparaître l’antique dualité entre
-la force et la matière.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>L’ouvrage de Gustave Le Bon, <i>l’Évolution de la
-matière</i>, est divisé en six livres. Le premier expose
-<i>les idées nouvelles sur la matière</i>, que je viens de
-faire connaître. Le deuxième est consacré à <i>l’énergie
-intra-atomique</i> et aux <i>forces qui en dérivent</i>.</p>
-
-<p><i>L’universalité</i> dans la nature de l’énergie intra-atomique
-est un de ses caractères le plus facile à constater.
-On reconnaît son existence partout, puisqu’on
-trouve maintenant de la radio-activité partout.</p>
-
-<p><i>L’origine</i> de l’énergie intra-atomique n’est pas
-difficile à élucider, si on admet avec les astronomes
-que la condensation de notre nébuleuse suffirait à
-elle seule pour expliquer la constitution de notre
-système solaire. On conçoit qu’une condensation
-analogue de l’éther ait pu engendrer les énergies
-que l’atome contient. On pourrait comparer grossièrement
-ce dernier à une sphère dans laquelle un
-gaz non liquéfiable aurait été comprimé à des milliards
-d’atmosphères à l’origine du monde.</p>
-
-<p><i>La grandeur</i> de l’énergie intra-atomique est formidable.
-S’il était possible par exemple de dissocier
-une pièce de cuivre de 1 centime, pesant par conséquent
-1 gramme, on mettrait en liberté de ce
-fait une quantité d’énergie qui, répartie convenablement,
-serait suffisante pour actionner un train de
-marchandises sur une route horizontale d’une longueur
-égale à un peu plus de quatre fois et un quart
-la circonférence de la terre ; or, pour faire effectuer
-à l’aide du charbon ce trajet au même train, il
-faudrait en employer 2.833.000 kilogrammes qui, au
-prix de 24 francs la tonne, nécessiterait une dépense
-d’environ 68.000 francs. Ce chiffre de 68.000 francs
-représente donc la valeur marchande de l’énergie
-intra-atomique contenue dans une pièce de 1 centime.</p>
-
-<p>On ne peut s’expliquer la prodigieuse quantité d’énergie
-contenue dans une masse aussi infime qu’un
-atome qu’en supposant celui-ci constitué par des particules
-plus petites encore, mais douées de mouvements
-rotatoires s’effectuant avec une vitesse prodigieuse.
-En effet, on sait que l’énergie d’un corps en
-mouvement est égale à la moitié du produit de sa
-masse par le carré de sa vitesse. « Une balle de fusil
-tombant de quelques centimètres de hauteur sur la
-peau ne produit aucun effet appréciable, en raison
-de sa faible vitesse. Dès que cette vitesse grandit,
-les effets deviennent de plus en plus meurtriers, et,
-avec les vitesses de 1.000&nbsp;m. par seconde données
-par les poudres actuelles, la balle traverse de très
-résistants obstacles. Réduire la masse d’un projectile
-est sans importance, si on réussit à augmenter suffisamment
-sa vitesse. Telle est justement la tendance
-de l’artillerie moderne qui réduit de plus en plus le
-calibre des balles de fusil, mais tâche d’augmenter
-leur vitesse. »</p>
-
-<p>Si la matière est douée d’une énergie colossale,
-c’est que les particules qui constituent l’atome se
-meuvent avec une vitesse prodigieuse ; après leur
-libération, leur vitesse est encore formidable : tandis
-qu’un boulet de canon mettrait 5 jours pour aller de
-la terre à la lune, une de ces particules mettrait
-4 secondes pour effectuer le même trajet.</p>
-
-<p>C’est dans l’énergie intra-atomique qu’il est logique
-de chercher l’origine, jusqu’ici inconnue, de l’électricité
-et de la chaleur solaire. Le radium est capable
-de produire de la chaleur en se dissociant ;
-on a cherché sa présence dans le soleil ; cela n’est pas
-nécessaire, puisque tous les corps peuvent se dissocier.
-J.-J. Thomson pense même maintenant que l’énergie
-actuellement concentrée dans les atomes n’est
-qu’une insignifiante portion de celle qu’ils contenaient
-jadis et qu’ils ont perdue par rayonnement. « Si donc,
-dit Gustave Le Bon, les atomes renfermaient jadis
-une quantité d’énergie très supérieure à celle, pourtant
-formidable, qu’ils possèdent encore, ils ont pu,
-en se dissociant, dépenser, pendant de longues accumulations
-d’âges, une partie de la gigantesque réserve
-de force entassée dans leur sein à l’origine des choses.
-Ils ont pu et peuvent encore, par conséquent, maintenir
-à une très haute température les astres tels que
-le soleil et les étoiles. »</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Les idées de Gustave Le Bon relatives à l’énergie
-intra-atomique que je viens d’exposer d’après lui et
-qui sont entièrement originales ont résisté à toutes les
-critiques, à toutes les objections. Elles conduisent à
-abandonner la dualité classique entre la force et la
-matière, mais aussi à détruire la <i>séparation classique
-entre le pondérable et l’impondérable</i>, qui
-semblait bien établie depuis que Lavoisier s’était
-servi de la balance. Larmor, il est vrai, avait employé
-récemment les multiples ressources de l’analyse
-mathématique pour tâcher de faire disparaître ce
-qu’il a appelé « l’irréconciliable dualité de la matière
-et de l’éther » ; mais on ne pouvait réussir qu’en
-partant de l’expérience ; c’est ce qu’a fait Gustave
-Le Bon.</p>
-
-<p>Le livre III de son ouvrage nous fait pénétrer dans
-<i>le monde de l’impondérable</i>, dans l’éther cosmique !</p>
-
-<p>Bien que la nature intime de l’éther soit à peine
-soupçonnée, son existence s’est imposée depuis longtemps,
-et paraît à quelques-uns plus certaine que
-celle de la matière même. « Son rôle est devenu
-capital et n’a cessé de grandir avec les progrès de
-la physique. La plupart des phénomènes seraient
-inexplicables sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni
-pesanteur, ni lumière, ni électricité, ni chaleur, rien
-en un mot de ce que nous connaissons. L’univers
-serait silencieux et mort. »</p>
-
-<p>Certains se représentent l’éther comme un gaz
-excessivement dilué ; mais cette comparaison est
-mauvaise, car les gaz sont très compressibles et l’éther
-ne l’est pas. Il serait plus exact de le comparer à un
-solide élastique, un solide au sein duquel s’effectueraient
-les mouvements des astres. On admet aujourd’hui
-que l’éther peut être le siège, non seulement
-de mouvements vibratoires réguliers comme ceux qui
-produisent la lumière, mais encore de mouvements
-variés : projections, rotations, tourbillons, et les
-physiciens de nos jours tendent à attribuer un rôle
-fondamental aux tourbillons. Ne seraient-ce pas certains
-de ces tourbillons qui constitueraient les atomes,
-et la matière ne serait-elle pas un état particulier de
-l’éther ?</p>
-
-<p>Le livre IV nous fait assister à la <i>dématérialisation
-de la matière</i>. Celle-ci fournit des éléments de
-désagrégation que l’on peut faire rentrer dans six
-catégories différentes : 1<sup>o</sup> émanations, 2<sup>o</sup> ions positifs,
-3<sup>o</sup> ions négatifs, 4<sup>o</sup> électrons, 5<sup>o</sup> rayons cathodiques,
-6<sup>o</sup> rayons X et radiations analogues. Le
-radium en se détruisant donne, outre une émanation
-semi-matérielle, trois sortes de rayons : les rayons α
-formés d’ions positifs, les rayons β formés d’électrons
-négatifs, les rayons γ ou rayons X. Mais le radium
-n’est, d’après Gustave Le Bon, qu’un cas particulier
-d’une règle générale. Toute matière, sous des influences
-variées, parfois spontanément, peut se dissocier
-et les particules qui s’en échappent sont soumises
-aux lois d’attraction et de répulsion qui régissent
-tous les phénomènes électriques. Gustave Le Bon
-a obtenu des figures très curieuses qu’il a pu photographier,
-en obligeant les particules de la matière
-dissociée à se mouvoir et à se repousser suivant certaines
-directions ; il est arrivé ainsi à matérialiser en
-quelque sorte les produits de la dématérialisation de
-la matière, et à nous faire entrevoir les intermédiaires
-entre la matière et l’éther.</p>
-
-<p>Ces intermédiaires, il les étudie dans le livre V.
-L’émanation des corps radio-actifs, qu’on peut condenser
-comme un gaz et enfermer dans un tube,
-possède encore des qualités matérielles, mais
-les diverses particules électriques n’ont plus qu’une
-propriété commune avec la matière, une certaine
-inertie, et il est possible de considérer l’électricité
-comme une substance semi-matérielle engendrée
-par la dématérialisation de la matière.</p>
-
-<p>On voit par là à quelle vaste synthèse des phénomènes
-physiques et chimiques les idées du D<sup>r</sup> Gustave
-Le Bon peuvent conduire les physiciens.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Dans le dernier livre, Gustave Le Bon revient au
-<i>monde du pondérable</i>. On y assiste aux mouvements
-des molécules ; il y est question de la « sensibilité »
-de la matière, de la « vie » des cristaux…
-des divers équilibres chimiques. Pour Gustave Le Bon,
-il semble extrêmement probable qu’un grand nombre
-de réactions inexplicables, au lieu d’atteindre seulement
-les édifices moléculaires, atteignent également
-les édifices atomiques et mettent en jeu les forces
-considérables qui s’exercent en leur sein. C’est sans
-doute dans l’énergie intra-atomique qu’il faut chercher
-l’explication des propriétés des métaux colloïdaux,
-des diastases, des enzymes, des toxines…</p>
-
-<p>Une foule de détails intéressants sur les manifestations
-de la matière conduisent Gustave Le Bon à
-consacrer un dernier chapitre à la <i>naissance</i>, à l’<i>évolution</i>,
-et à la <i>fin de la matière</i>, ce qui est la conclusion
-de son ouvrage. Pour ma part, j’aurais préféré
-que ce chapitre vienne à la fin du cinquième livre et
-qu’il ne soit pas question de ce qu’on appelle si improprement
-la vie de la matière. Le début de l’ouvrage
-du D<sup>r</sup> Gustave Le Bon produit sur le lecteur une impression
-profonde, on y sent le souffle d’une pensée
-géniale. On est tout saisi ensuite par la colossale
-grandeur de l’énergie intra-atomique ; on se met à
-rêver : si la matière venait à se détruire spontanément,
-une quantité effroyable d’énergie serait mise
-gratuitement à la disposition de l’homme, et il n’aurait
-pas à se la procurer par un rude travail : le
-pauvre serait alors l’égal du riche. On suit enfin avec
-un intérêt grandissant les diverses phases de la dématérialisation
-de la matière et son évanouissement
-dans l’éther, où tourbillonnent en s’anéantissant les
-particules électriques. On se laisse entraîner dans
-« ce nirvana final auquel reviennent toutes choses
-après une existence plus ou moins éphémère », et
-tout à coup, brusquement, on est ramené au milieu
-matériel, à des faits plus banaux ; c’est une désillusion,
-temporaire il est vrai, car infailliblement on
-recommence à lire les premières pages, on veut repasser
-par les émotions déjà éprouvées et voir « l’atome
-dans sa petitesse infinie détenir les secrets de l’infinie
-grandeur » !</p>
-
-<p>Comme on l’a dit, le D<sup>r</sup> Gustave Le Bon a réalisé
-scientifiquement la plus vaste synthèse que l’on puisse
-concevoir. On l’a comparé à Darwin. Si l’on tient à
-faire une comparaison, j’aimerais mieux la faire avec
-Lamarck. Lamarck, le premier, a eu une idée nette
-de l’évolution des êtres vivants ; le D<sup>r</sup> Gustave Le Bon,
-le premier, a reconnu la possibilité d’une évolution
-de la matière et la généralité de la radio-activité par
-laquelle se manifeste son évanouissement. La théorie
-de Lamarck a été accueillie par les attaques de quelques-uns,
-par le silence de la plupart ; c’est de lui ces
-paroles que Gustave Le Bon rapporte dans son <i>Introduction</i> :
-« Quelques difficultés qu’il y ait à découvrir
-des vérités nouvelles, il s’en trouve encore de
-plus grandes à les faire reconnaître. » Gustave Le Bon,
-comme Lamarck, s’est heurté à ces dernières difficultés.
-La publication de ses premières notes a provoqué
-de véritables tempêtes et des protestations
-énergiques. « Le prestige seul, ne cesse de répéter
-Gustave Le Bon, et fort peu l’expérience, est l’élément
-habituel de nos convictions, scientifiques et autres.
-Les expériences en apparence les plus convaincantes
-n’ont jamais constitué un élément immédiat de démonstration
-quand elles heurtent des idées depuis
-longtemps admises. Galilée l’apprit à ses dépens : ayant
-réuni tous les professeurs de la célèbre université de
-Pise, il s’imagina leur prouver par l’expérience que,
-contrairement aux idées alors reçues, les corps de
-poids différents tombent avec la même vitesse. La
-démonstration de Galilée fut très concluante, mais
-les professeurs se bornèrent à invoquer l’autorité
-d’Aristote et ne modifièrent nullement leur opinion.
-Bien des années se sont écoulées depuis cette époque,
-mais le degré de réceptivité des esprits pour les choses
-nouvelles ne s’est pas sensiblement accru. »</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top6em"><span class="sc">Imprimerie dv Mercvre de France</span><br />
-<span class="small"><span class="sc">Blais</span> et <span class="sc">Roy</span>, 7, rue Victor-Hugo, Poitiers.</span></p>
-
-
-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LA NAISSANCE ET L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE</span> ***</div>
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-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-</div>
-</body>
-</html>
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