diff options
Diffstat (limited to 'old/67253-0.txt')
| -rw-r--r-- | old/67253-0.txt | 1724 |
1 files changed, 0 insertions, 1724 deletions
diff --git a/old/67253-0.txt b/old/67253-0.txt deleted file mode 100644 index 0d92e2a..0000000 --- a/old/67253-0.txt +++ /dev/null @@ -1,1724 +0,0 @@ -The Project Gutenberg eBook of La naissance et l'évanouissement de -la matière, by Gustave Le Bon - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: La naissance et l'évanouissement de la matière - -Author: Gustave Le Bon - -Contributor: Georges Bohn - -Release Date: January 26, 2022 [eBook #67253] - -Language: French - -Produced by: Adrian Mastronardi and the Online Distributed Proofreading - Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from - images generously made available by the Bibliothèque - nationale de France (BnF/Gallica)) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA NAISSANCE ET -L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE *** - - - - - - - LES HOMMES ET LES IDÉES - - La Naissance - et l’Évanouissement - de la Matière - - PAR LE - Dr GUSTAVE LE BON - - - PARIS - SOCIÉTÉ DV MERCVRE DE FRANCE - XXVI, RVE DE CONDÉ, XXVI - MCMVIII - - - - -DANS LA MÊME COLLECTION - - - HENRI DE RÉGNIER ET SON ŒUVRE, par Jean de Gourmont, - avec un portrait et un autographe 1 vol. - - - - -I - - -Le but de cette conférence[1] est de vous raconter une merveilleuse et -étrange histoire, qu’il y a dix ans à peine la science ne soupçonnait -pas. Cette histoire est celle d’un morceau de matière quelconque, de la -pierre que vous heurtez sur votre chemin, du papier qui est devant moi, -des fragments de métal que vous maniez chaque jour. - - [1] Conférence faite à Ostende en août 1907. - -La science croyait autrefois, et beaucoup de personnes croient encore, -que la matière se compose d’éléments inertes et indestructibles. Créés à -l’origine des choses, ils devaient conserver à travers tous les -changements une durée éternelle. Rien ne se crée, rien ne se perd, -disait la chimie, et elle était fondée à le dire, puisque, malgré toutes -les transformations qu’on lui faisait subir, la matière paraissait -toujours conserver le même poids. - -La science nous apprend tout autre chose aujourd’hui. Elle nous montre -la matière composée de petits systèmes solaires en miniature, formés -d’éléments gravitant les uns autour des autres avec une immense vitesse -et ne devant leur stabilité qu’à cette vitesse même. Elle nous dit que -l’atome est le siège de forces colossales auprès desquelles ne sont rien -celles que l’industrie manie et que peut-être cette même industrie -pourra utiliser un jour. Elle nous dit encore que cette matière, siège -d’une vie intense, possède une sensibilité invraisemblable qui la fait -se modifier sous les influences les plus légères. Elle nous dit enfin -que, loin d’être éternelle, la matière obéit à cette loi fatale qui -condamne les choses et les êtres à mourir. - -Ne pouvant approfondir en une heure un pareil sujet, je me bornerai, -dans cette conférence, à vous montrer quelques-unes des conséquences des -recherches que je poursuis depuis plus de dix ans sur la dissociation de -la matière et que j’ai développées dans deux ouvrages récents[2]. - - [2] _L’Évolution de la matière_, in-18 de 400 pages, avec 62 figures - (15e édition), et _l’Évolution des forces_, in-18 de 400 pages avec - 40 figures (6e édition), Flammarion, éditeur, 1908. - -Ces recherches, dont le résultat fondamental, très imprévu il y a bien -peu d’années encore, fut de montrer que la matière n’était pas -indestructible, se sont rapidement répandues dans les laboratoires. -Quelques-unes de nos propositions, considérées comme très -révolutionnaires quand nous les formulâmes pour la première fois, -commencent à devenir presque banales aujourd’hui, bien que très -éloignées cependant d’avoir porté toutes leurs conséquences. Lorsque -celles-ci se dérouleront, elles conduiront à renouveler un édifice -scientifique dont la stabilité semblait éternelle. - -Voici d’ailleurs l’énoncé des principes fondamentaux que j’ai tâché de -mettre en évidence en me basant sur mes expériences: - -1º La matière, supposée jadis indestructible, s’évanouit lentement par -la dissociation continuelle des atomes qui la composent; - -2º Les produits de la dématérialisation de la matière constituent des -substances intermédiaires par leurs propriétés entre les corps -pondérables et l’éther impondérable, c’est-à-dire entre deux mondes que -la science avait profondément séparés jusqu’ici; - -3º La matière, jadis envisagée comme inerte et ne pouvant restituer que -l’énergie d’abord fournie, est, au contraire, un colossal réservoir -d’énergie--l’énergie intra-atomique--qu’elle peut dépenser sans rien -emprunter au dehors; - -4º C’est de l’énergie intra-atomique libérée pendant la dissociation de -la matière que résultent la plupart des forces de l’univers, -l’électricité et la chaleur solaire notamment; - -5º La force et la matière sont deux formes diverses d’une même chose. La -matière représente une forme stable de l’énergie intra-atomique. La -chaleur, la lumière, l’électricité, etc., représentent des formes -instables de la même énergie; - -6º En dissociant les atomes, c’est-à-dire en dématérialisant la matière, -on ne fait que transformer la forme stable de l’énergie, nommée matière, -en ces formes instables connues sous les noms d’électricité, de lumière, -de chaleur, etc. La matière se transforme donc continuellement en -énergie; - -7º La loi d’évolution applicable aux êtres vivants l’est également aux -corps simples. Les espèces chimiques, pas plus que les espèces vivantes, -ne sont invariables; - -8º L’énergie n’est pas plus indestructible que la matière dont elle -émane. - -La science d’hier était fondée sur l’éternité de la matière, celle de -demain sera basée sur la désintégration de la matière. Elle aura pour -but principal de trouver des moyens faciles d’augmenter cette -désintégration et mettre ainsi dans les mains de l’homme une source de -forces presque infinie. - - - - -II - - -Avant d’exposer les idées actuelles relatives à la constitution de la -matière, rappelons brièvement celles dont la science a vécu jusqu’ici. - -Suivant des conceptions, hier encore classiques, la matière serait -composée d’éléments indivisibles, nommés atomes. Comme ils semblent -persister à travers toutes les transformations des corps, on admettait -pour cette raison qu’ils sont indestructibles. - -Cette notion fondamentale a plus de 2.000 ans d’existence. Le grand -poète romain Lucrèce l’a exposée dans les termes suivants, que les -livres modernes ne font guère que reproduire. - - «Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant à nos yeux: la nature - forme de nouveaux êtres avec leurs débris, et ce n’est que par la mort - des uns qu’elle accorde la vie aux autres. Les éléments sont - inaltérables et indestructibles... Les principes de la matière, les - éléments du grand tout sont solides et éternels,--nulle action - étrangère ne peut les altérer. L’atome est le plus petit corps de la - nature... Il représente le dernier terme de la division. Il existe - donc dans la nature des corpuscules d’essence immuable... leurs - différentes combinaisons forment tous les corps.» - -Telles étaient les idées de Lucrèce et de tous les savants depuis vingt -siècles. Appuyée sur des recherches expérimentales dont nous parlerons -bientôt, la science moderne est arrivée à une conception de la matière -bien différente. - -Elle admet maintenant que les atomes sont formés de tourbillons d’éther -tournant autour d’une ou plusieurs masses centrales avec une vitesse de -l’ordre de celle de la lumière. L’atome est comparé à un soleil entouré -de son cortège de planètes. - -Mais comment se fait-il que ces tourbillons d’éther immatériel puissent -se transformer en matière aussi rigide qu’un rocher ou un bloc d’acier? -Certaines analogies appuyées sur l’expérience permettent de le -comprendre. - -Il est probable que la matière doit uniquement sa rigidité à la rapidité -de rotation de ses éléments et que, si leurs mouvements s’arrêtaient, -elle s’évanouirait instantanément dans l’éther, sans rien laisser -derrière elle. Des tourbillons gazeux, animés d’une vitesse de rotation -de l’ordre de celle des rayons cathodiques, deviendraient -vraisemblablement aussi durs que l’acier. Cette expérience n’est pas -réalisable, mais nous pouvons pressentir ses résultats en constatant la -rigidité considérable acquise par un fluide animé d’une grande vitesse. - -Des expériences faites dans les usines hydroélectriques ont montré -qu’une colonne liquide de 2 centimètres seulement de diamètre, tombant à -travers un tube d’une hauteur de 500 mètres, ne peut être entamée par un -coup de sabre lancé avec violence. L’arme est arrêtée, à la surface du -liquide, comme elle le serait par un mur. Si la vitesse de la colonne -liquide était suffisante, un boulet de canon ne la traverserait pas. Une -lame d’eau de quelques centimètres d’épaisseur, animée d’une vitesse -assez grande, resterait aussi impénétrable aux obus que le mur d’acier -d’un cuirassé. - -Donnons au jet d’eau précédent la forme d’un tourbillon, et nous aurons -l’image des particules de la matière et l’explication probable de sa -rigidité. - -Nous pouvons ainsi comprendre comment l’éther immatériel, transformé en -petits tourbillons animés d’une vitesse suffisante, devient très -matériel. On conçoit aussi que, si ces mouvements tourbillonnaires -étaient arrêtés, la matière s’évanouirait instantanément en retournant à -l’éther. - -La matière qui semble nous donner l’image de la stabilité et du repos -n’existe donc que grâce à la rapidité des mouvements de rotation de ses -particules. La matière, c’est de la vitesse, et comme une substance -animée de vitesse est aussi de l’énergie, il faut considérer la matière -comme une forme particulière de l’énergie. - -La vitesse étant une des conditions fondamentales de l’existence de la -matière, on peut dire que cette dernière est née le jour où les -tourbillons d’éther ont acquis, par suite de leur condensation -croissante, une rapidité suffisante pour posséder de la rigidité. Elle -vieillit lorsque la vitesse de ses éléments se ralentit. Elle cessera -d’exister dès que ses particules perdront leurs mouvements. - -Nous sommes amenés ainsi à cette première notion essentielle: Des -particules d’une substance quelconque, si ténues qu’on les suppose, -prennent, par le seul fait de leur vitesse de rotation, une rigidité si -grande qu’elles se transforment en matière. - -C’est dans ces univers atomiques, dont la nature fut méconnue pendant si -longtemps, qu’il faut chercher maintenant l’explication de la plupart -des mystères qui nous entourent. L’atome, qui n’est pas éternel, comme -l’assuraient d’antiques croyances, est bien autrement puissant que s’il -était indestructible et, par conséquent, incapable de changement. Ce -n’est plus quelque chose d’inerte, jouet aveugle de toutes les forces de -l’univers. Ces forces sont au contraire créées par lui. Il est l’âme -même des choses. Il détient les énergies qui sont le ressort du monde et -des êtres qui l’animent. Chacun d’eux est un petit univers d’une -structure extraordinairement compliquée, siège de forces jadis ignorées -et dont la grandeur dépasse immensément toutes celles connues jusqu’ici. - - - - -III - - -Nous venons de dire que la matière se composait de tourbillons d’éther. -Qu’est-ce que l’éther? - -La plus grande partie des phénomènes de la physique: lumière, chaleur, -électricité rayonnante, etc., sont considérés comme ayant leur siège -dans l’éther. La gravitation, d’où dérive la mécanique du monde et la -marche des astres, semble encore une de ses manifestations. Toutes les -recherches théoriques formulées sur la constitution des atomes -conduisent à admettre qu’il forme leur trame. Il est le substratum des -mondes et de tous les êtres qui vivent à leur surface. - -Bien que la nature intime de l’éther soit à peine soupçonnée, son -existence s’est imposée depuis longtemps. - -Elle s’est imposée lorsqu’il a fallu expliquer la propagation des forces -à distance. Elle parut expérimentalement démontrée quand Fresnel eut -prouvé que la lumière se propage par des ondulations analogues à celles -produites par la chute d’une pierre dans l’eau. En faisant interférer -des rayons lumineux, il obtint de l’obscurité par la superposition des -parties saillantes d’une onde lumineuse aux parties creuses d’une autre -onde. La propagation de la lumière se faisant par ondulations, ces -ondulations se produisaient nécessairement dans quelque chose. C’est ce -quelque chose qu’on appelle l’éther. - -Sans doute, l’éther est un agent mystérieux que nous ne savons pas -isoler, mais sa réalité s’impose puisque aucun phénomène ne pourrait -s’expliquer sans lui. On ne peut l’isoler, mais il est impossible de -dire qu’on ne puisse ni le voir ni le toucher. C’est, au contraire, la -substance que nous voyons et touchons le plus souvent. Quand un corps -rayonne de la chaleur qui nous échauffe et nous brûle; quand nous -regardons sur le verre dépoli d’une chambre noire un paysage verdoyant, -par quoi sont constituées cette chaleur et cette image, sinon par des -vibrations de l’éther? - -Le rôle de l’éther est devenu capital et n’a cessé de grandir avec les -progrès de la physique. La plupart des phénomènes seraient inexplicables -sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni pesanteur, ni lumière, ni -électricité, ni chaleur, rien, en un mot, de tout ce que nous -connaissons. L’univers serait silencieux et mort, ou se révélerait sous -une forme impossible même à pressentir. Si l’on pouvait construire une -chambre de verre de laquelle on aurait retiré entièrement l’éther, la -chaleur et la lumière ne pourraient la traverser. Elle serait d’un noir -absolu et probablement la gravitation n’agirait plus sur les corps -placés dans son intérieur. Ils auraient donc perdu leur poids. - -Ainsi les plus importants phénomènes de la nature: chaleur, lumière, -électricité, ont, comme nous venons de le voir, leur siège dans l’éther. -Ils sont engendrés par certaines perturbations de ce fluide immatériel -sorti de l’équilibre ou retournant à l’équilibre. - -La lumière, par exemple, n’est qu’une altération d’équilibre de l’éther -caractérisée par ses vibrations; elle cesse d’exister dès que -l’équilibre est rétabli. L’étincelle électrique de nos laboratoires -aussi bien que la foudre sont de simples manifestations des changements -du fluide électrique sorti de l’équilibre pour une cause quelconque et -s’efforçant d’y retourner. Tant que nous n’avons pas su tirer le fluide -électrique de l’état de repos, son existence a été ignorée. - -La chaleur dite rayonnante est due, elle aussi, à des vibrations de -l’éther. Ce terme de chaleur rayonnante est d’ailleurs un des plus -erronés de la physique, malgré sa justesse apparente. En s’approchant -d’un foyer, on est échauffé; il rayonne donc quelque chose. Que -serait-ce, sinon de la chaleur? - -On mit fort longtemps pour découvrir qu’un corps chaud ne rayonne rien -qui ressemble à de la chaleur. On sait aujourd’hui qu’il produit des -vibrations de l’éther, n’ayant par elles-mêmes aucune température. Il -nous échauffe à distance, parce que les vibrations de l’éther qu’il -engendre, étant arrêtées par les molécules de l’air ou les corps placés -devant lui, engendrent de la chaleur. Ces vibrations ne sont pas de la -chaleur, mais simplement une cause de chaleur, comme le serait un -mouvement quelconque. - -Ce qu’on désigne du nom très impropre de chaleur rayonnante a pour -unique origine des vibrations de l’éther. Elles produisent de la chaleur -lorsque leur mouvement est détruit, comme une pierre par son choc, mais -ne possèdent, je le répète, aucune température. On le prouve facilement -en interposant une lentille de glace sur le passage d’un faisceau de -chaleur rayonnante. Si intense que soit ce faisceau, la lentille n’est -pas fondue, alors qu’un morceau de métal placé à son foyer devient -incandescent. L’éther n’ayant aucune température, et la glace étant très -transparente pour ses vibrations, elles ont traversé l’eau congelée sans -provoquer sa fusion. Le métal les arrêtant, au contraire, est devenu -incandescent par l’absorption des vibrations de l’éther. - -Puisque les vibrations de l’éther qualifiées de chaleur rayonnante ne -produisent de la chaleur qu’après leur absorption par un corps, il est -évident que, dans les espaces célestes, où n’existe pas, comme autour de -la terre, une atmosphère absorbante, un froid considérable doit régner, -même dans le voisinage d’astres incandescents, tels que le soleil. Le -thermomètre, plongé dans ces espaces, y marquerait cependant une -température très élevée, parce qu’il intercepterait des vibrations de -l’éther. La température qu’il indiquerait alors ne serait pas du tout -celle du milieu ambiant, mais sa propre température. La glace n’y -fondrait pas, laissant passer, sans les arrêter, les vibrations de -l’éther; mais un métal deviendrait incandescent, parce qu’il absorbe les -mêmes vibrations. - -La vie elle-même n’est possible sur notre globe qu’à cause de -l’absorption des vibrations de l’éther par l’atmosphère et la terre. -S’ils étaient transparents pour ces vibrations, un froid intense -régnerait à la surface de notre planète. - -Toutes les réactions chimiques qui se passent dans le sein des végétaux, -la transformation de l’acide carbonique en carbone notamment, ont -également pour origine cette absorption de l’éther. Le végétal -représente, en réalité, une transformation de l’éther lumineux. C’est -l’éther absorbé et transformé par les végétaux qui fait mûrir les -moissons et verdir les forêts. La vie représente donc une de ses -transformations. - - - - -IV - - -Nous venons d’étudier les éléments dont est formée la matière. Examinons -maintenant les propriétés de cette matière dont sont constitués notre -globe et les êtres qui l’habitent. - -L’étude de l’ancienne chimie laissait dans l’esprit l’idée que la -matière était formée de produits stables, de composition bien définie et -constante, ne pouvant être modifiés que par des moyens violents, des -températures élevées par exemple. Dans ces dernières années, on a vu se -dessiner, de plus en plus, cette notion qu’un corps quelconque -représente simplement un état d’équilibre entre les éléments intérieurs -dont il est formé et les éléments extérieurs qui agissent sur lui. Si -cette relation n’apparaît pas nettement pour certains corps, c’est -qu’ils sont constitués de façon à ce que leurs équilibres se -maintiennent, sans changements apparents, dans des limites de variation -de milieu assez grandes. L’eau peut rester liquide pour des variations -de température comprises entre 0° et 100° et la plupart des métaux ne -paraissent pas changer d’état pour des écarts plus considérables encore. - -Les édifices chimiques formés par les combinaisons atomiques, et dont -l’ensemble constitue la matière, semblent très fixes, mais ils sont -tous, en réalité, d’une mobilité très grande. Les moindres variations de -milieu--température, pression, etc.--modifient instantanément les -mouvements des éléments constitutifs de la matière. - -C’est qu’en effet un corps, aussi rigide en apparence qu’un bloc -d’acier, représente simplement un état d’équilibre entre son énergie -intérieure et les énergies extérieures, chaleur, pression, etc., qui -l’entourent. La matière cède à l’influence de ces dernières comme un fil -élastique obéit aux tractions exercées sur lui, mais reprend sa forme -dès que la traction a cessé, si elle n’a pas été trop considérable. - -La mobilité des éléments de la matière est quelquefois un de ses -caractères les plus faciles à constater, puisqu’il suffit d’approcher la -main du réservoir d’un thermomètre pour voir la colonne liquide se -déplacer aussitôt. Ses molécules se sont écartées sous l’influence d’une -légère chaleur. Quand nous approchons la main d’un bloc de métal, les -mouvements de ses éléments se modifient également, mais d’une façon si -faible pour nos sens qu’ils ne les perçoivent pas, et c’est pourquoi la -matière nous apparaît alors comme très peu mobile. - -La croyance générale à la stabilité de la matière est confirmée -d’ailleurs par l’observation, puisque, pour faire subir à un corps des -modifications considérables, comme de le fondre ou de le réduire en -vapeur, il faut des moyens très puissants. - -Des méthodes d’investigation suffisamment précises montrent, au -contraire, que non seulement la matière est d’une mobilité extrême, mais -encore possède une sensibilité inconsciente dont la sensibilité -consciente d’aucun être vivant ne saurait approcher. - -Les physiologistes mesurent la sensibilité d’un être par le degré -d’excitation nécessaire pour obtenir de lui une réaction. On le -considère comme fort sensible lorsqu’il réagit sous des excitants très -faibles. En appliquant à la matière brute un procédé d’investigation -analogue, on constate que la substance la plus rigide et la moins -sensible en apparence est au contraire d’une sensibilité -invraisemblable. La matière du bolomètre, constitué en dernière analyse -par un mince fil de platine, est tellement sensible qu’elle réagit sous -l’influence d’un rayon de lumière d’une intensité assez faible pour ne -produire qu’une élévation de température de un cent millionième de -degré. Un bloc d’acier est, en réalité, infiniment plus sensible que -l’être vivant le plus sensible. - -Cette sensibilité de la matière, si contraire à ce que l’observation -vulgaire semblait indiquer, devient de plus en plus familière aux -physiciens et c’est pourquoi une expression comme celle-ci: «la vie de -la matière», dénuée de sens il y a seulement vingt-cinq ans, est devenue -d’un usage courant. L’étude de la matière brute révèle de plus en plus, -chez elle, en effet, des propriétés semblant jadis l’apanage exclusif -des êtres vivants. En se basant sur ce fait que «le signe le plus -général et le plus délicat de la vie est la réponse électrique», M. Böse -a montré que cette réponse électrique «considérée généralement comme -l’effet d’une force vitale inconnue», existe dans la matière. Et il -montre par des expériences ingénieuses «la fatigue» des métaux et sa -disparition après le repos, l’action des excitants, des déprimants et -des poisons sur ces mêmes métaux. - -La matière, telle que nous la connaissons, ne représente, je le répète, -qu’un état d’équilibre, une relation entre les forces intérieures -qu’elle recèle et les forces externes pouvant agir sur elles. Les -secondes ne sont pas modifiables sans que les premières changent -également, de même qu’on ne peut toucher à l’un des plateaux d’une -balance équilibrée sans faire osciller l’autre. - -Ainsi donc les éléments de la matière sont en mouvement incessant: un -bloc de plomb, un rocher, une chaîne de montagnes n’ont qu’une -immobilité apparente. Ils subissent toutes les variations du milieu et -modifient constamment leurs équilibres pour s’y adapter. La nature ne -connaît pas le repos. S’il se trouve quelque part, ce n’est ni dans le -monde que nous habitons, ni dans les êtres vivant à sa surface. Il n’est -pas davantage dans la mort, qui ne fait que substituer à certains -équilibres momentanés d’atomes d’autres équilibres dont la durée sera -aussi éphémère. - -Malgré l’extrême mobilité de la matière, le monde paraît cependant très -stable. Il l’est, en effet, mais simplement parce que, dans sa phase -actuelle d’évolution, le milieu qui l’enveloppe varie dans des limites -assez restreintes. La constance apparente des propriétés de la matière -résulte uniquement de la constance actuelle du milieu où elle est -plongée. - - * * * * * - -Les propriétés de la matière que nous venons de vous exposer ne sont pas -les seules qu’elle possède. Ne pouvant les énumérer toutes, nous nous -bornerons à attirer encore votre attention sur l’une de ses plus -importantes, c’est-à-dire le rayonnement permanent dont elle est le -siège. - -Jusqu’au zéro absolu, c’est-à-dire jusqu’à 273° au-dessous de la -température de la glace, la matière envoie sans discontinuer des -vibrations dans l’éther. Un bloc de glace peut être considéré comme -source de chaleur rayonnante au même titre qu’un fragment de charbon -incandescent. La seule différence entre eux est dans la quantité de -chaleur rayonnée. Les plaines glacées du pôle sont une source de chaleur -rayonnante comme les plaines brûlantes de l’équateur, et si la -sensibilité de la plaque photographique n’était pas aussi limitée, elle -pourrait, pendant la plus profonde nuit, reproduire l’image des corps au -moyen de leurs propres radiations réfractées par les lentilles d’une -chambre noire. - -Ces auréoles rayonnantes qui entourent tous les corps ne sont pas -perceptibles parce que notre œil est insensible pour la plus grande -partie des ondes lumineuses. La forme d’un être vivant ne nous paraît -bien définie que parce que nos sens perçoivent seulement des fragments -des choses. L’œil n’est pas fait pour tout voir. Il trie dans l’océan -des formes ce qui lui est accessible et croit que cette limite -artificielle est une limite véritable. Ce que nous percevons d’un être -vivant n’est qu’une partie de sa forme réelle. Il est entouré des -vapeurs qu’il exhale et des radiations qu’il émet constamment par suite -de sa température. Si nos yeux pouvaient tout voir, un être vivant nous -apparaîtrait comme un nuage aux changeants contours. - -Ces ondes de lumière invisibles pour notre œil qu’émettent tous les -corps sont perceptibles probablement par les animaux dits nocturnes -capables de se guider dans l’obscurité. Pour eux le corps d’un être -vivant, dont la température est d’environ 37°, doit être entouré d’une -auréole lumineuse que seul le défaut de sensibilité de notre œil empêche -d’apercevoir. Il n’existe pas, en réalité, de corps obscurs dans la -nature, il existe seulement des yeux imparfaits. Un corps quelconque est -une source constante de radiations visibles ou invisibles, mais qui sont -toujours de la lumière. - - - - -V - - -Nous allons aborder maintenant l’étude de la dématérialisation de la -matière. - -Des expériences fort nombreuses, et sur la valeur desquelles on ne -discute plus, ont prouvé, comme je fus le premier à l’établir, que les -atomes de la matière, considérés jadis comme très stables, peuvent se -désagréger, soit spontanément, soit sous l’influence de causes diverses. - -Les produits de cette dissociation sont identiques pour tous les corps, -qu’ils soient engendrés par la cathode de l’ampoule de Crookes, par le -rayonnement d’un métal sous l’action de la lumière, ou par la -désagrégation de corps spontanément radio-actifs, tels que l’uranium, le -thorium et le radium. - -On peut donc, quand on veut étudier la dissociation de la matière, -choisir les corps pour lesquels le phénomène se manifeste de la façon la -plus intense, soit, par exemple, l’ampoule de Crookes où un métal -formant cathode est excité par le courant électrique d’une bobine -d’induction, soit, plus simplement, des composés très radio-actifs tels -que les sels de thorium ou de radium. Des corps quelconques dissociés -par la lumière ou autrement donnent d’ailleurs les mêmes résultats, mais -la dissociation étant beaucoup plus faible, l’observation des phénomènes -est plus difficile. - -On constate que les produits divers de la dissociation de la matière -actuellement connus peuvent se ranger dans les six classes suivantes: -Emanations, Ions négatifs, Ions positifs, Électrons, Rayons X et -Radiations analogues. - -Il ne faudrait pas croire que ces substances représentent toutes les -étapes de la dématérialisation de la matière. Celles dont l’existence -est connue ne sont que des fragments d’une série probablement très -longue. - -La quantité des particules émises par les corps pendant leur -dématérialisation varie suivant les corps. Elle serait, pour un gramme -d’uranium et de thorium de 70.000 par seconde, et quant au radium de -100.000 milliards, d’après les calculs de divers observateurs. - -En frappant les corps phosphorescents, les particules de matière -dissociée les rendent lumineux. Sur cette propriété est fondé le -spinthariscope, instrument qui rend visible pour les yeux les plus -incrédules la dissociation permanente de la matière. Il consiste -simplement en un écran de sulfure de zinc, au-dessus duquel se trouve -une petite aiguille dont l’extrémité fut trempée dans une solution d’un -corps spontanément dissociable. En regardant l’écran à la loupe, on voit -jaillir sans interruption une pluie de petites étincelles produite par -le choc des particules. Je possède un de ces instruments qui depuis 4 -ans n’a cessé d’émettre une pluie d’étincelles provenant de la -dissociation de 1/10 de milligramme de bromure de radium fixé à la -pointe d’une aiguille. - -Nous venons de parler des millions de corpuscules par seconde que peut -émettre durant des siècles 1 gramme d’un corps radio-actif. De tels -chiffres provoquent toujours une certaine défiance, parce que nous -n’arrivons pas à nous représenter l’extraordinaire petitesse des -éléments de la matière. Cette défiance disparaît quand on constate la -susceptibilité de substances très ordinaires à demeurer pendant des -années, sans subir aucune dissociation, le siège d’une émission de -particules abondantes faciles à constater par l’odorat, mais -inappréciable aux plus sensibles balances. - -M. Berthelot s’est livré sur ce sujet à d’intéressantes recherches. Il -essaya de déterminer la perte de poids que subissent des corps très -odorants bien que fort peu volatils. L’odorat est d’une sensibilité -infiniment supérieure à celle de la balance, puisque, pour certaines -substances, telles que l’iodoforme, la présence de 1 centième de -millionième de milligramme peut, suivant M. Berthelot, être facilement -révélée. - -Il est arrivé, après des recherches faites avec ce corps, à la -conclusion que 1 gramme d’iodoforme perd seulement 1 centième de -milligramme de son poids en une année, c’est-à-dire 1 milligramme en -cent ans, bien qu’émettant sans cesse un flot de particules odorantes -dans toutes les directions. M. Berthelot ajoute que si, au lieu -d’iodoforme, on s’était servi de musc, les poids perdus auraient été -beaucoup plus petits, «mille fois plus peut-être», ce qui ferait 100.000 -ans pour la perte de 1 milligramme. - -Les particules émises par la matière en se dissociant ont des vitesses -de 30.000 à 300.000 kilomètres par seconde. Il peut sembler fort -difficile de mesurer la vitesse de corps se mouvant avec une telle -rapidité. Cette mesure est cependant très simple. - -Un étroit faisceau de radiations obtenu par un moyen quelconque--avec un -corps radio-actif, par exemple--est dirigé sur un écran susceptible de -phosphorescence. En le frappant, il y produit une petite tache -lumineuse. - -Ce faisceau de particules étant électrisé est déviable par un champ -magnétique. On peut donc l’infléchir au moyen d’un aimant. Le -déplacement de la tache lumineuse sur l’écran phosphorescent indique la -déviation que fait subir aux particules un champ magnétique d’intensité -connue. La force nécessaire pour dévier d’une certaine quantité un -projectile de masse connue permettant de déterminer la vitesse de ce -dernier, on conçoit que de la déviation des particules il soit possible -de déduire leur vitesse. Quand le pinceau de radiations contient des -particules de vitesses différentes, elles tracent une ligne plus ou -moins longue sur l’écran phosphorescent au lieu de se manifester par un -simple point, et on peut ainsi calculer la vitesse de chacune d’elles. - - - - -VI - - -Nous venons de vous parler des propriétés de la matière, mais nous vous -avons dit encore peu de chose des forces dont elle est le siège. En quoi -consistent ces forces? Quel est le mécanisme de leur production? - -Toutes les forces de la nature sont engendrées par des perturbations -d’équilibre de l’éther ou de la matière et disparaissent quand les -équilibres troublés sont rétablis. La lumière, par exemple, qui prend -naissance avec les vibrations de l’éther, cesse avec elles. - -Deux corps en relation, chargés de chaleur, d’électricité, de mouvement, -etc., ne peuvent, quelle que soit la différence de grandeur de ces -corps, agir l’un sur l’autre et produire de l’énergie que quand les -éléments dont ils sont chargés ne sont pas en équilibre. - -Cette rupture d’équilibre provoque une sorte d’écoulement d’énergie. Il -se fait du point où la tension est la plus haute vers celui où elle est -la plus basse, et continue jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli, -c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il y ait égalité de niveau entre les corps en -relation. - -Suivant les milieux où se manifestent les perturbations d’équilibre, et -suivant leur forme, ils prennent les noms de chaleur, électricité, -lumière, etc. - -Une force est donc toujours le résultat d’une dénivellation. Deux corps -chauds à la même température représentent deux réservoirs au même -niveau, ou deux poids égaux sur les plateaux d’une balance, et il n’en -résulte aucune manifestation d’énergie. Si, au contraire, la température -de l’un des corps est moins élevée que celle de l’autre, il y aura -perturbation d’équilibre et production d’énergie jusqu’à ce que les deux -corps soient au même niveau calorifique. - -Ainsi donc, sans une dénivellation d’éther ou de matière, il n’y a -aucune manifestation possible d’énergie. Si le soleil possède dans toute -sa masse une température uniforme de 6.000 degrés et qu’il puisse y -exister des êtres capables de supporter cette chaleur, elle ne -représenterait pour eux aucune énergie. N’ayant pas de corps froids à -leur disposition, ils ne pourraient obtenir aucune chute de chaleur, -condition indispensable de la production d’énergie thermique. - - * * * * * - -Admettons maintenant qu’au lieu de se trouver à une température uniforme -de 6.000 degrés, ces êtres imaginaires vivent dans un monde de glace à -la température uniforme de zéro, mais possèdent dans des puits profonds -une provision illimitée d’air liquide. Contrairement à ceux plongés dans -un milieu à 6.000 degrés, ils trouveraient dans les blocs de glace une -source considérable d’énergie. En plongeant, en effet, ces derniers dans -l’air liquide à −180°, ils obtiendraient une dénivellation de -température considérable. Au contact de la glace qui est pour l’air -liquide un corps très chaud, ce dernier entrerait aussitôt en -ébullition, et sa vapeur pourrait être employée à faire fonctionner des -moteurs. Les habitants de ce monde remplaceraient donc le charbon de nos -machines à vapeur par des blocs de glace qu’ils considéreraient, ainsi -que nous le faisons pour la houille, comme des réservoirs d’énergie. - -Avec cette glace et cet air liquide, il leur serait très facile de -produire les températures les plus élevées. La tension de la vapeur -obtenue pourrait faire fonctionner des dynamos avec lesquelles on -obtient des courants électriques capables de fondre et volatiliser tous -les métaux. - -On voit, en définitive, que toutes les formes d’énergie sont des effets -transitoires résultant de rupture d’équilibre entre plusieurs grandeurs: -poids, chaleur, électricité, vitesse. C’est donc bien à tort qu’on parle -de l’énergie comme d’une sorte d’entité ayant une existence réelle -analogue à celle de la matière. - - - - -VII - - -Nous avons dit que la matière se composait de petits éléments animés -d’une vertigineuse vitesse qui, sous des influences diverses ou même -spontanément, s’échappent dans l’atmosphère, comme la pierre que ne -retient plus la main du frondeur. - -Il est bien évident que, pour engendrer de pareilles vitesses, il faut -des forces colossales. Je fus ainsi conduit à admettre que la matière -était le siège d’une énergie jadis insoupçonnée, à laquelle j’ai donné -le nom d’énergie intra-atomique. Cette dernière est, nous le verrons -bientôt, l’origine de toutes les autres forces, la chaleur solaire et -l’électricité notamment. - -Elle diffère de toutes les énergies que nous connaissons par sa -concentration très grande, par sa prodigieuse puissance et par la -stabilité des équilibres qu’elle peut former. Si, au lieu de réussir à -dissocier seulement des millièmes de milligramme de matière, comme on le -fait maintenant, on pouvait en dissocier quelques kilogrammes, nous -posséderions une source d’énergie auprès de laquelle toute la provision -de houille que nos mines contiennent représenterait un insignifiant -total. - -C’est en raison de la grandeur de l’énergie intra-atomique que les -phénomènes radio-actifs se manifestent avec l’intensité observée. C’est -elle qui produit l’émission de particules douées d’une immense vitesse, -la pénétration des corps matériels, l’apparition des rayons X, etc. - -L’universalité dans la nature de l’énergie intra-atomique est un de ses -caractères le plus faciles à constater. On reconnaît son existence -partout, maintenant qu’on trouve partout de la radio-activité. - -Les équilibres qu’elle forme sont très stables, puisque la matière se -dissocie si faiblement que pendant longtemps on put la croire -indestructible. Ce sont, d’ailleurs, les effets produits sur nos sens -par ces équilibres stables que nous appelons la matière. Les autres -formes d’énergie, lumière, électricité, etc., sont caractérisées par des -équilibres très instables. - -Nous avons été naturellement conduits à essayer de mesurer la grandeur -de l’énergie intra-atomique. Les chiffres obtenus sont immensément -supérieurs à tous ceux donnés par les réactions chimiques antérieurement -connues, la combustion de la houille, par exemple. - -Prenons une pièce de cuivre de 1 centime, pesant, comme on le sait, 1 -gramme, et supposons qu’en exagérant la rapidité de sa dissociation nous -puissions arriver à la dématérialiser entièrement. - -L’énergie cinétique possédée par un corps en mouvement, étant égale à la -moitié du produit de sa masse par le carré de sa vitesse, un calcul -élémentaire donne la puissance que représenteraient les particules de ce -gramme de matière animées de la vitesse constatée pendant la -dissociation des corps. Elle est égale à 510 milliards de -kilogrammètres, chiffre qui correspond à environ 6 milliards 800 -millions de chevaux-vapeur. Cette quantité d’énergie serait suffisante -pour faire parcourir à un train de marchandises 4 fois la circonférence -du globe. Pour faire effectuer avec du charbon ce trajet au même train -il faudrait en dépenser pour 68.000 francs. Ce chiffre de 68.000 francs -représente donc la valeur marchande de l’énergie intra-atomique contenue -dans une pièce de 1 centime. - -Sous quelles formes l’énergie intra-atomique peut-elle exister dans la -matière? Comment des forces si colossales peuvent-elles être concentrées -dans des particules si petites? - -L’idée d’une telle concentration semble, au premier abord, inexplicable, -parce que notre expérience usuelle montre la grandeur de puissance -mécanique toujours associée à la dimension des appareils qui la -produisent. Une machine d’une puissance de mille chevaux par exemple -possède un volume considérable. Par association d’idées nous sommes -conduits à croire que la grandeur de l’énergie mécanique implique la -grandeur des appareils qui la produisent. - -C’est là une illusion pure résultant de l’infériorité de nos systèmes -mécaniques et facile à détruire par de très simples calculs. Une des -plus élémentaires formules de la dynamique montre que l’on peut -accroître à volonté l’énergie d’un corps de grandeur constante, en -accroissant simplement sa vitesse. On peut donc concevoir une machine -théorique formée simplement d’une tête d’épingle tournant dans le chaton -d’une bague, et qui, malgré sa petitesse, posséderait, grâce à sa force -giratoire, une puissance mécanique égale à celle de plusieurs milliers -de locomotives. - -Nous avons appris aujourd’hui à dissocier la matière, mais seulement en -quantité extrêmement faible. Il est cependant permis d’espérer que la -science de l’avenir trouvera moyen de la désagréger plus complètement. -Elle aura alors à sa disposition une source immense de forces. Je suis -déjà arrivé, par des moyens fort simples, à obliger des corps très -stables à devenir, à surface égale, quarante fois plus radio-actifs que -des substances spontanément dissociables, telles que l’uranium. - -Les résultats à obtenir dans cet ordre de recherches seraient en vérité -immenses. Dissocier facilement la matière mettrait à notre disposition -une source infinie d’énergie et rendrait inutile l’extraction de la -houille, dont la provision s’épuise rapidement. Le savant qui trouvera -le moyen de libérer économiquement les forces que contient la matière -changera presque instantanément la face du monde. Une source illimitée -d’énergie étant gratuitement à la disposition de l’homme, il n’aurait -plus à se la procurer par un dur travail. - - * * * * * - -Cette dissociation de l’énergie intra-atomique, concentrée dans la -matière dès le commencement des choses, explique l’origine des forces de -l’univers. Aux époques lointaines du chaos de notre système solaire, -dont les nébuleuses montrent une confuse image, l’éther s’est lentement -condensé. Ses tourbillons localisés, formant probablement les éléments -primitifs de la matière, ont accumulé par la vitesse croissante de leur -rotation l’énergie intra-atomique dont nous constatons l’existence. A la -phase de condensation succéda plus tard une phase de dissociation. Notre -univers est entré dans un nouveau cycle, l’énergie lentement accumulée -dans l’atome a commencé de se dégager par suite de sa dissociation. La -chaleur solaire, d’où dérivent la plupart des énergies que nous -utilisons, représente une des plus importantes manifestations de cette -dissociation. - -Ainsi donc le soleil, générateur de la plupart des énergies terrestres, -ne fait que dépenser les forces lentement accumulées par la matière à -l’époque où, dans les nuages primitifs d’éther, les atomes -emmagasinèrent les énergies qu’ils devaient restituer un jour. - - - - -VIII - - -L’étude que nous venons de faire nous a montré que la matière n’était -pas éternelle et se dissociait pour retourner à cet éther mystérieux, -premier substratum des choses. Ces constatations conduisent à se -demander comment la matière a pu naître et comment elle peut mourir? - -L’origine des choses et leur fin font partie des grands mystères de -l’univers qui firent dépenser aux religions, aux philosophies et à la -science le plus de méditations et d’efforts. L’esprit humain ne s’est -jamais résigné à ignorer, il invente des chimères quand on lui refuse -des explications, et ces chimères deviennent bientôt ses maîtres. - -La science n’a pas encore allumé les flambeaux capables d’illuminer les -ténèbres qui enveloppent notre passé et voilent l’avenir. Elle peut -cependant projeter quelques lueurs dans cette nuit profonde. - -D’après les idées que nous vous avons exposées sur la structure de la -matière, les corps sont constitués par une réunion d’atomes composés -chacun d’un agrégat de particules en rotation, probablement formées de -tourbillons d’éther. Par suite de leur vitesse, ces particules possèdent -une énergie cinétique énorme. Suivant la façon dont leurs équilibres -sont troublés, elles engendrent des forces diverses, telles que la -lumière, la chaleur et l’électricité. - -Mais comment ces atomes sont-ils nés et comment se transforment-ils? -L’analyse spectrale permet, on le sait, de suivre la genèse des éléments -dont se composent les divers univers. La variation des spectres -stellaires dans le rouge et l’ultra-violet indique la température des -étoiles, par conséquent leur âge relatif, et les raies spectrales font -connaître leur composition. On a déterminé ainsi les corps apparaissant -dans les astres avec les variations de température correspondant à des -phases diverses d’évolution. Dans les étoiles les moins anciennes, -c’est-à-dire les plus chaudes, n’existent guère que des gaz peu -nombreux, l’hydrogène principalement; puis, à mesure que ces astres se -refroidissent, apparaissent successivement les corps simples que nous -connaissons en commençant par ceux dont le poids atomique est le moins -élevé. - -Depuis que l’astronomie sait fixer par la photographie l’image des -étoiles, elle en a découvert un nombre beaucoup plus grand qu’on le -croyait. Elle évalue aujourd’hui à plus de 400 millions, sans parler -naturellement de ceux invisibles et par conséquent inconnus, le nombre -d’astres: étoiles, planètes, nébuleuses, existant au firmament. -L’analyse spectrale les montre à des âges très divers d’évolution. Leur -passé doit être d’une effrayante longueur, puisque les géologues -évaluent à plusieurs centaines de millions d’années l’existence de notre -planète. - -Pendant ces entassements de siècles ignorés par l’histoire, les millions -d’astres dont l’espace est peuplé ont commencé ou terminé des cycles -d’évolution analogues à celui parcouru par notre globe d’aujourd’hui. -Des mondes peuplés comme le nôtre, couverts de cités florissantes -remplies des merveilles de la science et des arts, ont dû sortir de la -nuit éternelle et y rentrer sans rien laisser derrière eux. Les pâles -nébuleuses aux formes incertaines représentent peut-être les derniers -vestige de mondes qui vont s’évanouir dans le néant ou devenir les -noyaux d’un nouvel univers. - -Les transformations révélées par l’observation des astres indiquent donc -la marche générale de l’évolution des mondes. Elle est toujours enfermée -dans ce cycle fatal des choses: naître, grandir, décliner et mourir. - - * * * * * - -Les faits résumés dans cette conférence montrent que la matière n’est -pas éternelle, qu’elle constitue un réservoir énorme de forces, et -disparaît en se transformant en d’autres formes d’énergie avant de -retourner à ce qui, pour nous, est le néant. - -Les éléments d’un corps qui brûle ou qu’on essaie d’anéantir par un -moyen quelconque se transforment, mais ils ne se perdent pas, puisque la -balance permet de constater que leur poids n’a pas changé. Les éléments -des atomes qui se dissocient sont, au contraire, irrévocablement -détruits. Ils ont perdu toutes les qualités de la matière, y compris la -plus fondamentale de toutes, la pesanteur. La balance ne les retrouve -plus. - -Comment les tourbillons d’éther et les énergies engendrées par eux -perdent-ils leur individualité pour s’évanouir dans l’éther? La question -se ramène à celle-ci: Comment un tourbillon formé au sein d’un fluide -peut-il disparaître dans ce fluide en y produisant des vibrations? - -Sous cet aspect, la solution du problème est assez simple. On voit -facilement, en effet, comment un tourbillon engendré aux dépens d’un -liquide peut, lorsque son équilibre est troublé, s’évanouir, malgré sa -rigidité théorique, en rayonnant son énergie sous forme de vibrations du -milieu où il est plongé. C’est de cette façon, par exemple, qu’une -trombe marine, formée d’un tourbillon liquide, perd son existence et -disparaît dans l’océan. - -De la même manière, sans doute, les tourbillons d’éther constituant les -éléments des atomes peuvent se transformer en vibrations d’éther. -Celles-ci représentent le terme ultime de la dématérialisation de la -matière et de sa transformation en énergie avant son anéantissement -final. - -Ainsi donc, lorsque les atomes ont rayonné toute leur énergie sous forme -de vibrations lumineuses, calorifiques ou autres, ils retournent, par le -fait même du rayonnement consécutif à leur dissociation, à l’éther -primitif d’où ils dérivent. La matière et l’énergie sont alors rentrées -dans le néant des choses, comme la vague dans l’océan. - -Il ne semble pas très compréhensible, au premier abord, que les mondes -qui paraissent de plus en plus stables à mesure qu’ils se refroidissent -puissent devenir instables au point de se dissocier entièrement. Pour -faire comprendre ce phénomène, nous allons en donner d’abord -l’explication théorique, puis rechercher si des observations -astronomiques ne permettent pas d’être témoins d’une telle dissociation. - -On sait que la stabilité d’un corps en mouvement, comme une toupie ou -une bicyclette, cesse d’être possible quand sa vitesse de rotation -descend au-dessous d’une certaine limite. Aussitôt cette limite -atteinte, il perd sa stabilité et tombe sur le sol. J.-J. Thomson -interprète même de cette façon la radio-activité et fait remarquer que, -lorsque la vitesse de rotation des éléments composant les atomes descend -au-dessous d’une certaine limite, ils deviennent instables et tendent à -perdre leur équilibre. Il en résulterait un commencement de -dissociation, avec diminution de leur énergie cinétique suffisant pour -lancer dans l’espace les produits de la désagrégation intra-atomique. - -Il ne faut pas oublier que l’atome, réservoir énorme d’énergie, est par -ce fait même comparable aux corps explosifs. Ces derniers restent -inertes tant que leurs équilibres intérieurs ne sont pas troublés. Dès -qu’une cause quelconque les modifie, ils font explosion et brisent tous -ce qui les entoure, après s’être brisés eux-mêmes. - -Donc, les atomes qui vieillissent par suite de la diminution d’une -partie de leur énergie intra-atomique perdent graduellement leur -stabilité. Un moment arrive alors où cette stabilité est si faible que -la matière disparaît par une sorte d’explosion plus ou moins rapide. Les -corps de la famille du radium offrent une image de ce phénomène, image -d’ailleurs très affaiblie parce que les atomes de ces corps sont -seulement arrivés à une période d’instabilité où la dissociation est -assez lente. Elle en précède probablement une autre, plus rapide, -capable de produire leur explosion finale. Des corps tels que l’uranium -et le radium représentent sans doute un état de vieillesse auquel tous -les corps arriveront un jour et qu’ils commencent déjà à manifester dans -notre univers, puisque toute matière est légèrement radio-active. Il -suffirait que la dissociation fût assez générale et assez rapide pour -produire l’explosion du monde où elle se manifesterait. - -Les considérations théoriques qui précèdent trouvent un solide appui -dans les apparitions et disparitions brusques d’étoiles. Les explosions -de mondes qui paraissent les produire nous révèlent peut-être comment -périssent les univers quand ils viennent à vieillir. - -Les observations astronomiques prouvant la fréquence relative de ces -destructions, on peut se demander si la fin des univers par explosion -brusque, après une longue phase de vieillesse, ne serait pas leur -terminaison la plus générale. - -Ces brusques anéantissements se manifestent par l’apparition subite dans -le ciel d’un astre incandescent qui pâlit et s’évanouit parfois en -quelques jours, ne laissant souvent rien derrière lui, ou seulement une -faible nébuleuse. - -Lorsque se montre le nouvel astre, son spectre, d’abord analogue à celui -du soleil, prouve qu’il contient des métaux semblables à ceux de notre -système solaire. Puis, en peu de temps, ce spectre se transforme et -devient finalement celui des nébuleuses planétaires, c’est-à-dire ne -contient que des raies d’éléments simples et peu nombreux, dont -quelques-uns inconnus. Il est donc évident que les atomes de l’étoile -temporaire se sont rapidement et profondément transformés. - -Cette évolution descendante est l’inverse de celle signalée dans -l’évolution ascendante des étoiles. Celles-ci contiennent, lorsqu’elles -sont très chaudes, des éléments simples devenant de plus en plus -compliqués et nombreux à mesure qu’elles se refroidissent. - -Ces étoiles transitoires, résultant sans doute de l’explosion brusque -d’un monde accompagné de la désintégration des atomes, ne sont pas -rares. Il ne se passe guère d’années sans qu’on en observe directement -ou par l’étude des clichés photographiques. Une des plus remarquables -fut celle observée récemment dans la constellation de Persée. En -quelques jours elle atteignit un éclat qui la rendit la plus brillante -étoile du ciel; mais 24 heures après elle commença à pâlir, son spectre -se transforma lentement, devint, comme il a été dit plus haut, celui des -nébuleuses planétaires, preuve évidente, je le répète, d’une -dissociation atomique. Au moment même où s’opérait cette transformation, -des photographies à longue pose montrèrent autour de l’astre des masses -nébuleuses, produits sans doute de la dissociation atomique et qui -s’éloignaient de l’étoile avec une vitesse de l’ordre de celle de la -lumière, c’est-à-dire analogue à celle des particules qu’émettent les -corps radio-actifs en se dissociant. Les astronomes assistèrent donc à -la destruction rapide d’un monde. - - * * * * * - -L’exposé qui précède peut se résumer en quelques lignes. - -On imagine le monde formé d’abord d’atomes diffus d’éther, qui, sous -l’action de causes diverses, notamment de leur rotation, ont emmagasiné -de l’énergie. Cette énergie, dont une des formes est la matière, se -dissocie et apparaît sous des états divers: électricité, chaleur, etc., -de façon à ramener la matière à l’éther. Rien ne se crée veut dire que -nous ne pouvons pas créer de la matière. Tout se perd signifie que la -matière disparaît complètement comme matière en retournant à l’éther. Le -cycle est donc complet, il y a deux phases dans l’histoire du monde: 1º -condensation de l’énergie sous forme de matière; 2º dépense de cette -énergie. - -Cette destruction finale est peut-être suivie, dans la suite des âges, -d’un nouveau cycle de naissance et d’évolution, sans qu’il soit possible -d’assigner un terme à ces destructions et à ces recommencements -probablement éternels. - - - - -APPENDICE - -L’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE - -PAR GEORGES BOHN - - -«Le dogme de l’indestructibilité de la matière est du très petit nombre -de ceux que la science moderne avait reçus de la science antique sans y -rien changer. Depuis le grand poète romain Lucrèce, qui en faisait -l’élément fondamental de son système philosophique, jusqu’à l’immortel -Lavoisier, qui l’appuya sur des bases considérées comme éternelles, ce -_dogme sacré_ n’avait subi aucune atteinte et nul ne songeait à le -contester.» - -Ce sera le titre de gloire du Dr Gustave Le Bon de s’être attaqué le -premier à ce qu’il appelle ainsi «un dogme» et d’avoir détruit celui-ci -dans l’espace de quelques années. En 1896, il publiait aux -_Comptes-rendus de l’Académie des Sciences_ une courte note résumant les -recherches qu’il poursuivait depuis deux ans et d’où il résultait que la -lumière en tombant sur les corps produit des radiations capables de -traverser les substances matérielles; cette note marquera une des dates -importantes de l’histoire de la science, car elle a été le point de -départ de la découverte de la dissociation de la matière. En 1897, dans -les mêmes _Comptes-rendus_, le Dr Gustave Le Bon énonça que _tous les -corps_ frappés par la lumière émettent des radiations capables de rendre -l’air conducteur de l’électricité, et indiqua l’analogie de ces -radiations avec celles de la famille des rayons cathodiques, et avec les -radiations uraniques que venait de découvrir M. Becquerel. Le Dr Gustave -Le Bon affirma que toutes ces radiations étaient quelque chose -d’absolument différent de la lumière, et soutint, _contre tous_, -qu’elles ne subissent ni la réflexion, ni la réfraction, ni la -polarisation. Il avait raison, car tous les physiciens sont maintenant -d’accord pour classer dans la même famille les rayons cathodiques, les -émissions de l’uranium et du radium, et celles des corps frappés par la -lumière. - -Gustave Le Bon fut assez hardi pour énoncer cette loi générale: «Sous -des influences diverses, lumière, réactions chimiques, actions -électriques, et souvent même spontanément, les atomes des corps simples, -aussi bien que des corps composés, se dissocient et émettent des -effluves de la famille des rayons cathodiques.» M. de Heen, le célèbre -physicien de Liège, fut le premier qui accepta entièrement cette -généralisation, pour en tirer d’ailleurs des résultats remarquables. -Beaucoup ne l’admirent pas, et cependant de tous les côtés on -recherchait inconsciemment en quelque sorte la radio-activité, -c’est-à-dire les produits de la dissociation de la matière, et on en -trouvait partout! - -Les faits prouvant que l’atome est susceptible d’une dissociation apte à -le conduire à des formes où il a perdu toutes ses qualités matérielles -sont aujourd’hui très nombreux, et précisément parmi les plus importants -il faut noter cette émission, non seulement par les corps dits -radio-actifs, mais encore par tous les autres, de particules animées -d’une vitesse de l’ordre de celle de la lumière, capables de rendre -l’air conducteur de l’électricité, de traverser les substances -matérielles, d’être déviées par un champ magnétique. - -Le Dr Gustave Le Bon ne s’est pas contenté de reconnaître que les atomes -peuvent se dissocier; il s’est demandé encore où ces atomes puisent -l’immense quantité d’énergie nécessaire pour lancer dans l’espace des -particules avec une vitesse presque aussi prodigieuse que celle de la -lumière. Affranchi de tous les préjugés classiques, au lieu de -rechercher cette énergie en dehors de la matière, comme le font encore -beaucoup de physiciens, Gustave Le Bon l’a cherchée _dans la matière -elle-même_, et il est arrivé à concevoir la matière d’une façon toute -nouvelle: celle-ci, au lieu d’être une chose inerte, capable seulement -de restituer l’énergie qui lui a été fournie, serait un réservoir énorme -d’énergie. - -Grâce à Gustave Le Bon, on est arrivé maintenant à considérer un atome -comme un système d’éléments impondérables, maintenu en équilibre par les -rotations, attractions et répulsions des parties qui le composent. La -matière ne serait qu’une variété de l’énergie; aux formes déjà connues -de l’énergie, chaleur, lumière, etc., il faudrait en ajouter une autre, -la matière ou _énergie intra-atomique_. La réalité de cette forme -nouvelle d’énergie, que nous a fait connaître Gustave Le Bon, ne -s’appuie nullement sur la théorie, mais elle se déduit des faits -d’expérience; bien qu’ignorée jusqu’alors, elle est la plus puissante -des forces connues, et même elle serait l’origine de la plupart des -autres. Ainsi, en dissociant des atomes, on ne ferait que donner à la -variété d’énergie nommée matière une forme différente telle que -l’électricité ou la lumière, par exemple. - -«Les équilibres des éléments dont l’ensemble constitue un atome peuvent -être comparés, dit Gustave Le Bon, à ceux qui maintiennent les astres -dans leurs orbites. Dès qu’ils sont troublés, des énergies considérables -se manifestent, comme elles se manifesteraient si la terre ou un astre -quelconque était brusquement arrêté dans sa course. De telles -perturbations dans les systèmes planétaires atomiques peuvent se -réaliser, soit sans raison apparente, comme pour les corps très -radio-actifs lorsque, par des causes diverses, ils sont arrivés à un -certain degré d’instabilité, soit artificiellement, comme pour les corps -ordinaires, quand ils sont soumis à l’influence d’excitants divers: -chaleur, lumière, etc. Les excitants agissent alors comme l’étincelle -sur une masse de poudre, c’est-à-dire en libérant des quantités -d’énergie fort supérieures à la cause très légère qui a déterminé leur -libération. Et comme l’énergie condensée dans l’atome est en quantité -immense, il en résulte qu’à une perte extrêmement faible de matière -correspond la création d’une quantité énorme d’énergie.» - -Cette conception du Dr Gustave Le Bon a une importance philosophique -très considérable. Elle n’a nullement pour but de nier l’existence de la -matière ainsi que la métaphysique l’a parfois tenté; mais elle fait -«simplement» disparaître la _dualité classique entre la matière et -l’énergie_. Matière et énergie ne sont plus en effet que deux choses -identiques sous des aspects différents: «la matière n’est qu’une forme -stable d’énergie et rien d’autre.» - -Plus d’un physicien, l’illustre Faraday, par exemple, avait déjà essayé, -il est vrai, de faire disparaître la dualité établie entre la matière et -l’énergie. Quelques philosophes le tentèrent également, en faisant -remarquer que la matière ne nous est accessible que par l’intermédiaire -des forces agissant sur nos sens. Mais tous les arguments de cet ordre -étaient considérés avec raison comme d’une portée purement métaphysique. -On leur objectait que jamais on n’avait pu transformer de la matière en -énergie, et qu’il fallait la seconde pour animer la première. Le Dr Le -Bon, en révélant que cette transformation est un phénomène qui se passe -communément dans la nature, et que les atomes de tous les corps peuvent -s’évanouir sans retour en se transformant en énergie, a contribué à -faire disparaître l’antique dualité entre la force et la matière. - - * * * * * - -L’ouvrage de Gustave Le Bon, _l’Évolution de la matière_, est divisé en -six livres. Le premier expose _les idées nouvelles sur la matière_, que -je viens de faire connaître. Le deuxième est consacré à _l’énergie -intra-atomique_ et aux _forces qui en dérivent_. - -_L’universalité_ dans la nature de l’énergie intra-atomique est un de -ses caractères le plus facile à constater. On reconnaît son existence -partout, puisqu’on trouve maintenant de la radio-activité partout. - -_L’origine_ de l’énergie intra-atomique n’est pas difficile à élucider, -si on admet avec les astronomes que la condensation de notre nébuleuse -suffirait à elle seule pour expliquer la constitution de notre système -solaire. On conçoit qu’une condensation analogue de l’éther ait pu -engendrer les énergies que l’atome contient. On pourrait comparer -grossièrement ce dernier à une sphère dans laquelle un gaz non -liquéfiable aurait été comprimé à des milliards d’atmosphères à -l’origine du monde. - -_La grandeur_ de l’énergie intra-atomique est formidable. S’il était -possible par exemple de dissocier une pièce de cuivre de 1 centime, -pesant par conséquent 1 gramme, on mettrait en liberté de ce fait une -quantité d’énergie qui, répartie convenablement, serait suffisante pour -actionner un train de marchandises sur une route horizontale d’une -longueur égale à un peu plus de quatre fois et un quart la circonférence -de la terre; or, pour faire effectuer à l’aide du charbon ce trajet au -même train, il faudrait en employer 2.833.000 kilogrammes qui, au prix -de 24 francs la tonne, nécessiterait une dépense d’environ 68.000 -francs. Ce chiffre de 68.000 francs représente donc la valeur marchande -de l’énergie intra-atomique contenue dans une pièce de 1 centime. - -On ne peut s’expliquer la prodigieuse quantité d’énergie contenue dans -une masse aussi infime qu’un atome qu’en supposant celui-ci constitué -par des particules plus petites encore, mais douées de mouvements -rotatoires s’effectuant avec une vitesse prodigieuse. En effet, on sait -que l’énergie d’un corps en mouvement est égale à la moitié du produit -de sa masse par le carré de sa vitesse. «Une balle de fusil tombant de -quelques centimètres de hauteur sur la peau ne produit aucun effet -appréciable, en raison de sa faible vitesse. Dès que cette vitesse -grandit, les effets deviennent de plus en plus meurtriers, et, avec les -vitesses de 1.000 m. par seconde données par les poudres actuelles, la -balle traverse de très résistants obstacles. Réduire la masse d’un -projectile est sans importance, si on réussit à augmenter suffisamment -sa vitesse. Telle est justement la tendance de l’artillerie moderne qui -réduit de plus en plus le calibre des balles de fusil, mais tâche -d’augmenter leur vitesse.» - -Si la matière est douée d’une énergie colossale, c’est que les -particules qui constituent l’atome se meuvent avec une vitesse -prodigieuse; après leur libération, leur vitesse est encore formidable: -tandis qu’un boulet de canon mettrait 5 jours pour aller de la terre à -la lune, une de ces particules mettrait 4 secondes pour effectuer le -même trajet. - -C’est dans l’énergie intra-atomique qu’il est logique de chercher -l’origine, jusqu’ici inconnue, de l’électricité et de la chaleur -solaire. Le radium est capable de produire de la chaleur en se -dissociant; on a cherché sa présence dans le soleil; cela n’est pas -nécessaire, puisque tous les corps peuvent se dissocier. J.-J. Thomson -pense même maintenant que l’énergie actuellement concentrée dans les -atomes n’est qu’une insignifiante portion de celle qu’ils contenaient -jadis et qu’ils ont perdue par rayonnement. «Si donc, dit Gustave Le -Bon, les atomes renfermaient jadis une quantité d’énergie très -supérieure à celle, pourtant formidable, qu’ils possèdent encore, ils -ont pu, en se dissociant, dépenser, pendant de longues accumulations -d’âges, une partie de la gigantesque réserve de force entassée dans leur -sein à l’origine des choses. Ils ont pu et peuvent encore, par -conséquent, maintenir à une très haute température les astres tels que -le soleil et les étoiles.» - - * * * * * - -Les idées de Gustave Le Bon relatives à l’énergie intra-atomique que je -viens d’exposer d’après lui et qui sont entièrement originales ont -résisté à toutes les critiques, à toutes les objections. Elles -conduisent à abandonner la dualité classique entre la force et la -matière, mais aussi à détruire la _séparation classique entre le -pondérable et l’impondérable_, qui semblait bien établie depuis que -Lavoisier s’était servi de la balance. Larmor, il est vrai, avait -employé récemment les multiples ressources de l’analyse mathématique -pour tâcher de faire disparaître ce qu’il a appelé «l’irréconciliable -dualité de la matière et de l’éther»; mais on ne pouvait réussir qu’en -partant de l’expérience; c’est ce qu’a fait Gustave Le Bon. - -Le livre III de son ouvrage nous fait pénétrer dans _le monde de -l’impondérable_, dans l’éther cosmique! - -Bien que la nature intime de l’éther soit à peine soupçonnée, son -existence s’est imposée depuis longtemps, et paraît à quelques-uns plus -certaine que celle de la matière même. «Son rôle est devenu capital et -n’a cessé de grandir avec les progrès de la physique. La plupart des -phénomènes seraient inexplicables sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni -pesanteur, ni lumière, ni électricité, ni chaleur, rien en un mot de ce -que nous connaissons. L’univers serait silencieux et mort.» - -Certains se représentent l’éther comme un gaz excessivement dilué; mais -cette comparaison est mauvaise, car les gaz sont très compressibles et -l’éther ne l’est pas. Il serait plus exact de le comparer à un solide -élastique, un solide au sein duquel s’effectueraient les mouvements des -astres. On admet aujourd’hui que l’éther peut être le siège, non -seulement de mouvements vibratoires réguliers comme ceux qui produisent -la lumière, mais encore de mouvements variés: projections, rotations, -tourbillons, et les physiciens de nos jours tendent à attribuer un rôle -fondamental aux tourbillons. Ne seraient-ce pas certains de ces -tourbillons qui constitueraient les atomes, et la matière ne serait-elle -pas un état particulier de l’éther? - -Le livre IV nous fait assister à la _dématérialisation de la matière_. -Celle-ci fournit des éléments de désagrégation que l’on peut faire -rentrer dans six catégories différentes: 1º émanations, 2º ions -positifs, 3º ions négatifs, 4º électrons, 5º rayons cathodiques, 6º -rayons X et radiations analogues. Le radium en se détruisant donne, -outre une émanation semi-matérielle, trois sortes de rayons: les rayons -α formés d’ions positifs, les rayons β formés d’électrons négatifs, les -rayons γ ou rayons X. Mais le radium n’est, d’après Gustave Le Bon, -qu’un cas particulier d’une règle générale. Toute matière, sous des -influences variées, parfois spontanément, peut se dissocier et les -particules qui s’en échappent sont soumises aux lois d’attraction et de -répulsion qui régissent tous les phénomènes électriques. Gustave Le Bon -a obtenu des figures très curieuses qu’il a pu photographier, en -obligeant les particules de la matière dissociée à se mouvoir et à se -repousser suivant certaines directions; il est arrivé ainsi à -matérialiser en quelque sorte les produits de la dématérialisation de la -matière, et à nous faire entrevoir les intermédiaires entre la matière -et l’éther. - -Ces intermédiaires, il les étudie dans le livre V. L’émanation des corps -radio-actifs, qu’on peut condenser comme un gaz et enfermer dans un -tube, possède encore des qualités matérielles, mais les diverses -particules électriques n’ont plus qu’une propriété commune avec la -matière, une certaine inertie, et il est possible de considérer -l’électricité comme une substance semi-matérielle engendrée par la -dématérialisation de la matière. - -On voit par là à quelle vaste synthèse des phénomènes physiques et -chimiques les idées du Dr Gustave Le Bon peuvent conduire les -physiciens. - - * * * * * - -Dans le dernier livre, Gustave Le Bon revient au _monde du pondérable_. -On y assiste aux mouvements des molécules; il y est question de la -«sensibilité» de la matière, de la «vie» des cristaux... des divers -équilibres chimiques. Pour Gustave Le Bon, il semble extrêmement -probable qu’un grand nombre de réactions inexplicables, au lieu -d’atteindre seulement les édifices moléculaires, atteignent également -les édifices atomiques et mettent en jeu les forces considérables qui -s’exercent en leur sein. C’est sans doute dans l’énergie intra-atomique -qu’il faut chercher l’explication des propriétés des métaux colloïdaux, -des diastases, des enzymes, des toxines... - -Une foule de détails intéressants sur les manifestations de la matière -conduisent Gustave Le Bon à consacrer un dernier chapitre à la -_naissance_, à l’_évolution_, et à la _fin de la matière_, ce qui est la -conclusion de son ouvrage. Pour ma part, j’aurais préféré que ce -chapitre vienne à la fin du cinquième livre et qu’il ne soit pas -question de ce qu’on appelle si improprement la vie de la matière. Le -début de l’ouvrage du Dr Gustave Le Bon produit sur le lecteur une -impression profonde, on y sent le souffle d’une pensée géniale. On est -tout saisi ensuite par la colossale grandeur de l’énergie -intra-atomique; on se met à rêver: si la matière venait à se détruire -spontanément, une quantité effroyable d’énergie serait mise gratuitement -à la disposition de l’homme, et il n’aurait pas à se la procurer par un -rude travail: le pauvre serait alors l’égal du riche. On suit enfin avec -un intérêt grandissant les diverses phases de la dématérialisation de la -matière et son évanouissement dans l’éther, où tourbillonnent en -s’anéantissant les particules électriques. On se laisse entraîner dans -«ce nirvana final auquel reviennent toutes choses après une existence -plus ou moins éphémère», et tout à coup, brusquement, on est ramené au -milieu matériel, à des faits plus banaux; c’est une désillusion, -temporaire il est vrai, car infailliblement on recommence à lire les -premières pages, on veut repasser par les émotions déjà éprouvées et -voir «l’atome dans sa petitesse infinie détenir les secrets de l’infinie -grandeur»! - -Comme on l’a dit, le Dr Gustave Le Bon a réalisé scientifiquement la -plus vaste synthèse que l’on puisse concevoir. On l’a comparé à Darwin. -Si l’on tient à faire une comparaison, j’aimerais mieux la faire avec -Lamarck. Lamarck, le premier, a eu une idée nette de l’évolution des -êtres vivants; le Dr Gustave Le Bon, le premier, a reconnu la -possibilité d’une évolution de la matière et la généralité de la -radio-activité par laquelle se manifeste son évanouissement. La théorie -de Lamarck a été accueillie par les attaques de quelques-uns, par le -silence de la plupart; c’est de lui ces paroles que Gustave Le Bon -rapporte dans son _Introduction_: «Quelques difficultés qu’il y ait à -découvrir des vérités nouvelles, il s’en trouve encore de plus grandes à -les faire reconnaître.» Gustave Le Bon, comme Lamarck, s’est heurté à -ces dernières difficultés. La publication de ses premières notes a -provoqué de véritables tempêtes et des protestations énergiques. «Le -prestige seul, ne cesse de répéter Gustave Le Bon, et fort peu -l’expérience, est l’élément habituel de nos convictions, scientifiques -et autres. Les expériences en apparence les plus convaincantes n’ont -jamais constitué un élément immédiat de démonstration quand elles -heurtent des idées depuis longtemps admises. Galilée l’apprit à ses -dépens: ayant réuni tous les professeurs de la célèbre université de -Pise, il s’imagina leur prouver par l’expérience que, contrairement aux -idées alors reçues, les corps de poids différents tombent avec la même -vitesse. La démonstration de Galilée fut très concluante, mais les -professeurs se bornèrent à invoquer l’autorité d’Aristote et ne -modifièrent nullement leur opinion. Bien des années se sont écoulées -depuis cette époque, mais le degré de réceptivité des esprits pour les -choses nouvelles ne s’est pas sensiblement accru.» - - - - -IMPRIMERIE DV MERCVRE DE FRANCE - -BLAIS et ROY, 7, rue Victor-Hugo, Poitiers. - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA NAISSANCE ET -L'ÉVANOUISSEMENT DE LA MATIÈRE *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation -of derivative works, reports, performances and research. Project -Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may -do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected -by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country other than the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you will have to check the laws of the country where - you are located before using this eBook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm website -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that: - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of -the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set -forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation's website -and official page at www.gutenberg.org/contact - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without -widespread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our website which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This website includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
