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-The Project Gutenberg eBook of Capitale de la douleur, by Paul
-Éluard
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-using this eBook.
-
-Title: Capitale de la douleur
- Répétitions; Mourir de ne pas mourir; Les petits justes;
- Nouveaux poèmes
-
-Author: Paul Éluard
-
-Release Date: June 12, 2022 [eBook #68297]
-
-Language: French
-
-Produced by: Laura Natal Rodrigues (Images generously made available by
- Hathi Trust Digital Library.)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CAPITALE DE LA DOULEUR ***
-
-
-PAUL ELUARD
-
-
-
-
-CAPITALE
-DE LA DOULEUR
-
-RÉPÉTITIONS--MOURIR DE NE PAS MOURIR
-LES PETITS JUSTES--NOUVEAUX POÈMES
-
-
-
-
-Quatrième édition
-
-
-_nrf_
-
-
-
-
-PARIS
-
-Librairie Gallimard
-
-ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
-
-3, Rue De Grenelle (VIme)
-
-
-
-
-TABLE DE MATIÈRES
-
-RÉPÉTITIONS
-
-MAX ERNST
-SUITE
-L'INVENTION
-PLUS PRÈS DE NOUS
-PORTE OUVERTE
-SUITE
-LA PAROLE
-LA RIVIÈRE
-L'OMBRE AUX SOUPIRS
-NUL
-POÈMES
-LIMITE
-LES MOUTONS
-L'UNIQUE
-LA VIE
-NUL
-INTÉRIEUR
-À CÔTÉ
-À CÔTÉ
-L'IMPATIENT
-SANS MUSIQUE
-LUIRE
-LA GRANDE MAISON INHABITABLE
-LA MORT DANS LA CONVERSATION
-RAISON DE PLUS
-LESQUELS?
-RUBANS
-L'AMI
-VOLONTAIREMENT
-À LA MINUTE
-PARFAIT
-RONDE
-CE N'EST PAS LA POÉSIE QUI
-ŒIL DE SOURD
-
-MOURIR DE NE PAS MOURIR
-
-L'ÉGALITÉ DES SEXES
-AU CŒUR DE MON AMOUR
-POUR SE PRENDRE AU PIÈGE
-L'AMOUREUSE
-LE SOURD ET L'AVEUGLE
-L'HABITUDE
-DANS LA DANSE
-LE JEU DE CONSTRUCTION
-ENTRE AUTRES
-GIORGIO DE CHIRICO
-BOUCHE USÉE
-DANS LE CYLINDRE DES TRIBULATIONS
-DENISE DISAIT AUX MERVEILLES
-LA BÉNÉDICTION
-LA MALÉDICTION
-SILENCE DE L'ÉVANGILE
-SANS RANCUNE
-CELLE QUI N'A PAS LA PAROLE
-NUDITÉ DE LA VÉRITÉ
-PERSPECTIVE
-TA FOI
-MASCHA RIAIT AUX ANGES
-
-LES PETITS JUSTES
-
-SUR LA MAISON DU RIRE
-POURQUOI SUIS-JE SI BELLE?
-AVEC TES YEUX
-UNE COULEUR MADAME
-À FAIRE RIRE LA CERTAINE
-LE MONSTRE DE LA FUITE
-LA NATURE S'EST PRISE
-ELLE SE REFUSE TOUJOURS
-SUR CE CIEL DÉLABRÉ
-INCONNUE
-LES HOMMES QUI CHANGENT
-
-NOUVEAUX POÈMES
-
-NE PLUS PARTAGER
-ABSENCES I
-ABSENCES II
-FIN DES CIRCONSTANCES
-BAIGNEUSE DU CLAIR AU SOMBRE
-PABLO PICASSO
-PREMIÈRE DU MONDE
-SOUS LA MENACE ROUGE
-CACHÉE
-L'AS DE TRÈFLE
-À LA FLAMME DES FOUETS
-À LA FLAMME DES FOUETS
-BOIRE
-ANDRÉ MASSON
-PAUL KLEE
-LES GERTRUDE HOFFMANN GIRLS
-PARIS PENDANT LA GUERRE
-L'ICÔNE AÉRÉE
-LE DIAMANT
-L'HIVER SUR LA PRAIRIE
-GRANDES CONSPIRATRICES
-LEURS YEUX TOUJOURS PURS
-MAX ERNST
-UNE
-LE PLUS JEUNE
-AU HASARD
-L'ABSOLUE NÉCESSITÉ
-ENTRE PEU D'AUTRES
-REVENIR DANS UNE VILLE
-GEORGES BRAQUE
-DANS LA BRUME
-LES NOMS
-LA NUIT
-ARP
-JOAN MIRO
-JOUR DE TOUT
-L'IMAGE D'HOMME
-LE MIROIR D'UN MOMENT
-TA CHEVELURE D'ORANGES
-LES LUMIÈRES DICTÉES
-TA BOUCHE AUX LÈVRES D'OR
-ELLE EST
-LE GRAND JOUR
-LA COURBE DE TES YEUX
-CELLE DE TOUJOURS, TOUTE
-
-
-
-
- RÉPÉTITIONS
-
-
-
-
- MAX ERNST
-
-
- Dans un coin l'inceste agile
- Tourne autour de la virginité d'une petite robe
- Dans un coin le ciel délivré
-Aux épines de l'orage laisse des boules blanches.
-
- Dans un coin plus clair de tous les yeux
- On attend les poissons d'angoisse.
- Dans un coin la voiture de verdure de l'été
- Immobile glorieuse et pour toujours.
-
- À la lueur de la jeunesse
- Des lampes allumées très tard
-La première montre ses seins qui tuent des insectes rouges.
-
-
-
-
- SUITE
-
-
- Pour l'éclat du jour des bonheurs en l'air
-Pour vivre aisément des goûts des couleurs
- Pour se régaler des amours pour rire
- Pour ouvrir les yeux au dernier instant
-
- Elle a toutes les complaisances.
-
-
-
-
- MANIE
-
-
- Après des années de sagesse
-Pendant lesquelles le monde était aussi transparent qu'une aiguille
- Roucouler s'agit-il d'autre chose?
- Après avoir rivalisé rendu grâces et dilapidé le trésor
- Plus d'une lèvre rouge avec un point rouge
- Et plus d'une jambe blanche avec un pied blanc
- Où nous croyons-nous donc?
-
-
-
- L'INVENTION
-
-
- La droite laisse couler du sable.
- Toutes les transformations sont possibles.
-
-Loin, le soleil aiguise sur les pierres sa hâte d'en finir.
- La description du paysage importe peu,
- Tout juste l'agréable durée des moissons.
-
- Clair avec mes deux yeux,
- Comme l'eau et le feu.
-
- *
- * *
-
- Quel est le rôle de la racine?
- Le désespoir a rompu tous ses liens
- Et porte les mains à sa tête.
- Un sept, un quatre, un deux, un un.
- Cent femmes dans la rue
- Que je ne verrai plus.
-
- *
- * *
-
-L'art d'aimer, l'art libéral, l'art de bien mourir, l'art de penser,
-l'art incohérent, l'art de fumer, l'art de jouir, l'art du moyen-âge,
-l'art décoratif, l'art de raisonner, l'art de bien raisonner, l'art
-poétique, l'art mécanique, l'art érotique, l'art d'être grand-père,
-l'art de la danse, l'art de voir, l'art d'agrément, l'art de caresser,
-l'art japonais, l'art de jouer, l'art de manger, l'art de torturer.
-
- *
- * *
-
-Je n'ai pourtant jamais trouvé ce que j'écris dans ce que j'aime.
-
-
-
-
- PLUS PRÈS DE NOUS
-
-
- Courir et courir délivrance
- Et tout trouver tout ramasser
- Délivrance et richesse
- Courir si vite que le fil casse
- Au bruit que fait un grand oiseau
- Un drapeau toujours dépassé.
-
-
-
-
- PORTE OUVERTE
-
-
- La vie est bien aimable
- Venez à moi, si je vais à vous c'est un jeu,
-Les anges des bouquets dont les fleurs changent de couleur.
-
-
-
-
- SUITE
-
-
-Dormir, la lune dans un œil et le soleil dans l'autre,
-Un amour dans la bouche, un bel oiseau dans les cheveux,
-Parée comme les champs, les bois, les routes et la mer,
- Belle et parée comme le tour du monde.
-
- Fuis à travers le paysage,
-Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent,
- Jambes de pierre aux bas de sable,
- Prise à la taille, à tous les muscles de rivière,
- Et le dernier souci sur un visage transformé.
-
-
-
-
- LA PAROLE
-
-
- J'ai la beauté facile et c'est heureux.
- Je glisse sur le toit des vents
- Je glisse sur le toit des mers
- Je suis devenue sentimentale
- Je ne connais plus le conducteur
- Je ne bouge plus soie sur les glaces
- Je suis malade fleurs et cailloux
- J'aime le plus chinois aux nues
- J'aime la plus nue aux écarts d'oiseau
- Je suis vieille mais ici je suis belle
-Et l'ombre qui descend des fenêtres profondes
- Épargne chaque soir le cœur noir de mes yeux.
-
-
-
-
- LA RIVIÈRE
-
-
- La rivière que j'ai sous la langue,
-L'eau qu'on n'imagine pas, mon petit bateau,
- Et, les rideaux baissés, parlons.
-
-
-
-
- L'OMBRE AUX SOUPIRS
-
-
- Sommeil léger, petite hélice,
- Petite, tiède, cœur à l'air.
- L'amour de prestidigitateur,
- Ciel lourd des mains, éclairs des veines,
-
- Courant dans la rue sans couleurs,
- Pris dans sa traîne de pavés,
- Il lâche le dernier oiseau
- De son auréole d'hier--
- Dans chaque puits, un seul serpent.
-
-Autant rêver d'ouvrir les portes de la mer.
-
-
-
-
- NUL
-
-
-Ce qui se dit: J'ai traversé la rue pour ne plus être au soleil. Il
-fait trop chaud, même à l'ombre. Il y a la rue, quatre étages et ma
-fenêtre au soleil. Une casquette sur la tête, une casquette à la
-main, il vient me serrer la main. Voulez-vous ne pas crier comme ça,
-c'est de la folie!
-
- *
- * *
-
-Des aveugles invisibles préparent les linges du sommeil. La nuit, la
-lune et leur cœur se poursuivent.
-
- *
- * *
-
-À son tour un cri: «l'empreinte, l'empreinte, je ne vois plus
-l'empreinte. À la fin, je ne puis plus compter sur vous!»
-
-
-
-
- POÈMES
-
-
-Le cœur sur l'arbre vous n'aviez qu'à le cueillir,
- Sourire et rire, rire et douceur d'outre-sens.
-Vaincu, vainqueur et lumineux, pur comme un ange,
- Haut vers le ciel, avec les arbres.
-
- Au loin, geint une belle qui voudrait lutter
- Et qui ne peut, couchée au pied de la colline.
- Et que le ciel soit misérable ou transparent
- On ne peut la voir sans l'aimer.
-
-Les jours comme des doigts repliant leurs phalanges.
- Les fleurs sont desséchées, les graines sont perdues,
- La canicule attend les grandes gelées blanches.
-
- À l'œil du pauvre mort. Peindre des porcelaines.
- Une musique, bras blancs tout nus.
-Les vents et les oiseaux s'unissent--le ciel change.
-
-
-
- LIMITE
-
-
-Songe aux souffrances taillées sous des voiles fautifs
- Aux petits amateurs de rivières tournantes
- Où promenade pour noyade
- Nous irons sans plaisir
- Nous irons ramer
- Dans le cou des eaux
-
- Nous aurons un bateau.
-
-
-
-
- LES MOUTONS
-
-
- Ferme les yeux visage noir
- Ferme les jardins de la rue
- L'intelligence et la hardiesse
- L'ennui et la tranquillité
- Ces tristes soirs à tout moment
- Le verre et la porte vitrée
- Confortable et sensible
- Légère et l'arbre à fruits
- L'arbre à fleurs l'arbre à fruits
- Fuient.
-
-
-
-
- L'UNIQUE
-
-
-Elle avait dans la tranquillité de son corps
- Une petite boule de neige couleur d'œil
- Elle avait sur les épaules
- Une tache de silence une tache de rose
- Couvercle de son auréole
-Ses mains et des arcs souples et chanteurs
- Brisaient la lumière
-
-Elle chantait les minutes sans s'endormir.
-
-
-
- LA VIE
-
-
- Sourire aux visiteurs
- Qui sortent de leur cachette
- Quand elle sort elle dort.
-
- Chaque jour plus matinale
- Chaque saison plus nue
- Plus fraîche
-
- Pour suivre ses regards
- Elle se balance.
-
-
-
- NUL
-
-
-Il pose un oiseau sur la table et ferme les volets. Il se coiffe, ses
-cheveux dans ses mains sont plus doux qu'un oiseau.
-
- *
- * *
-
-Elle dit l'avenir. Et je suis chargé de le vérifier.
-
- *
- * *
-
-Le cœur meurtri, l'âme endolorie, les mains brisées, les cheveux
-blancs, les prisonniers, l'eau tout entière est sur moi comme une plaie
-à nu.
-
-
-
-
- INTÉRIEUR
-
-
- Dans quelques secondes
- Le peintre et son modèle
- Prendront la fuite.
-
- Plus de vertus
- Ou moins de malheurs
- J'aperçois une statue
-
- Une sorte d'amande
- Une médaille vernie
- Pour le plus grand ennui.
-
-
-
-
- À CÔTÉ
-
-
- La nuit plus longue et la route plus blanche.
-Lampes je suis plus près de vous que la lumière.
- Un papillon l'oiseau d'habitude
- Roue brisée de ma fatigue
- De bonne humeur place
- Signal vide et signal
- À l'éventail d'horloge.
-
-
-
-
- À CÔTÉ
-
-
- Soleil tremblant
- Signal vide et signal à l'éventail d'horloge
- Aux caresses unies d'une main sur le ciel
- Aux oiseaux entr'ouvrant le livre des aveugles
-Et d'une aile après l'autre entre cette heure et l'autre
- Dessinant l'horizon faisant tourner les ombres
- Qui limitent le monde quand j'ai les yeux baissés.
-
-
-
-
- L'IMPATIENT
-
-
- Si triste de ses faux calculs
- Qu'il inscrit ses nombres à l'envers
- Et s'endort.
-
- Une femme plus belle
- Et n'a jamais trouvé,
-Cherché les idées roses des quinze ans à peine,
- Ri sans le savoir, sans un compliment
- Aux jeunesses du temps.
-
- À la rencontre
- De ce qui passait à côté
- L'autre jour,
-
- De la femme qui s'ennuyait,
- Les mains à terre,
- Sous un nuage.
-
- La lampe s'allumait aux méfaits de l'orage
- Aux beaux jours d'Août sans défaillances,
-La caressante embrassait Pair, les joues de sa compagne,
- Fermait les yeux
- Et comme les feuilles le soir
- Se perdait à l'horizon.
-
-
-
-
- SANS MUSIQUE
-
-
- Les muets sont des menteurs, parle.
- Je suis vraiment en colère de parler seul
- Et ma parole
- Éveille des erreurs,
-
- Mon petit cœur.
-
-
-
-
- LUIRE
-
-
- Terre irréprochablement cultivée,
- Miel d'aube, soleil en fleurs,
- Coureur tenant encore par un fil au dormeur
- (Nœud par intelligences)
- Et le jetant sur son épaule:
- «Il n'a jamais été plus neuf,
- Il n'a jamais été si lourd.»
- Usure, il sera plus léger,
- Utile.
- Clair soleil d'été avec:
- Sa chaleur, sa douceur, sa tranquillité
- Et, vite,
-Les porteurs de fleurs en l'air touchent de la terre.
-
-
-
-
- LA GRANDE MAISON INHABITABLE
-
-
- Au milieu d'une île étonnante
- Que ses membres traversent
- Elle vit d'un monde ébloui.
-
- La chair que l'on montre aux curieux
- Attend là comme les récoltes
- La chute sur les rives.
-
- En attendant pour voir plus loin
-Les yeux plus grands ouverts sous le vent de ses mains
-Elle imagine que l'horizon a pour elle dénoué sa ceinture.
-
-
-
-
- LA MORT DANS LA CONVERSATION
-
-
- Qui a votre visage?
- La bonne et la mauvaise
- La belle imaginable
- Gymnastique à l'infini
- Dépassant en mouvements
- Les couleurs et les baisers
- Les grands gestes la nuit.
-
-
-
-
- RAISON DE PLUS
-
-
- Les lumières en l'air,
- L'air sur un tour moitié passé, moitié brillant,
- Faites entrer les enfants,
-Tous les saluts, tous les baisers, tous les remerciements.
-
- Autour de la bouche
- Son rire est toujours différent,
- C'est un plaisir, c'est un désir, c'est un tourment,
- C'est une folle, c'est la fleur, une créole qui passe.
-
- La nudité, jamais la même.
- Je suis bien laid.
- Au temps des soins, des neiges, herbes en soins,
- Neiges en foule,
- Au temps en heures fixes,
- Des souples satins des statues.
- Le temple est devenu fontaine
- Et la main remplace le cœur.
-
- Il faut m'avoir connu à cette époque pour m'aimer,
- sûr du lendemain.
-
-
-
-
- LESQUELS?
-
-
- Pendant qu'il est facile
- Et pendant qu'elle est gaie
- Allons nous habiller et nous déshabiller.
-
-
-
-
- RUBANS
-
-
-L'alarme matérielle où, sans excuse, apparaît la douleur future.
-
-C'est bien: presque insensible. C'est un signe de plus de dignité.
-
-Aucun étonnement, une femme ou un gracieux enfant de toile fine et de
-paille, idées de grandeur, Leurs yeux se sont levés plus tôt que le
-soleil.
-
- *
- * *
-
-Les sacrifiés font un geste qui ne dit rien parmi la dentelle de tous
-les autres gestes, imaginaires, à cinq ou six, vers le lieu de repos
-où il n'y a personne.
-
-Constaté qu'ils se sont réfugiés dans les branches nues d'une
-politesse désespérée, d'une couronne taillée à coups de vent.
-
-Prendre, cordes de la vie. Pouviez-vous prendre plus de libertés?
-
- *
- * *
-
-De petits instruments,
-
-Et les mains qui pétrissent un ballon pour le faire éclater, pour que
-le sang de l'homme lui jaillisse au visage.
-
-Et les ailes qui sont attachées comme la terre et la mer.
-
-
-
-
- L'AMI
-
-
- La photographie: un groupe.
- Si le soleil passait,
- Si tu bouges.
-
- Fards. À l'intérieur, blanche et vernie,
- Dans le tunnel.
- «Au temps des étincelles
- On débouchait la lumière.»
-
- Postérité, mentalité des gens.
- La bien belle peinture.
- L'épreuve, s'entendre.
- L'espoir des cantharides
- Est un bien bel espoir.
-
-
-
-
- VOLONTAIREMENT
-
-
- Aveugle maladroit, ignorant et léger,
- Aujourd'hui pour oublier,
- Le mois prochain pour dessiner,
- Les coins de rue, les allées à perte de vue.
- Je les imite pour m'étendre
- Dans une nuit profonde et large de mon âge.
-
-
-
-
- À LA MINUTE
-
-
- L'instrument
- Comme tu le vois.
- Espérons
- Et
- Espérons
- Adieu
- Ne t'avise pas
- Que les yeux
- Comme tu le vois
- Le jour et la nuit ont bien réussi.
- Je le regarde je le vois.
-
-
-
-
- PARFAIT
-
-
- Un miracle de sable fin
- Transperce les feuilles les fleurs
- Éclôt dans les fruits
- Et comble les ombres.
-
- Tout est enfin divisé
- Tout se déforme et se perd
- Tout se brise et disparaît
- La mort sans conséquences.
-
- Enfin
- La lumière n'a plus la nature
- Ventilateur gourmand étoile de chaleur
- Elle abandonne les couleurs
- Elle abandonne son visage
-
- Aveugle silencieuse
- Elle est partout semblable et vide.
-
-
-
-
- RONDE
-
-
- Sous un soleil ressort du paysage
- Une femme s'emballe
- Frise son ombre avec ses jambes
- Et d'elle seule espère les espoirs les plus mystérieux.
-
- Je la trouve sans soupçons sans aucun doute amoureuse
- Au lieu des chemins assemblés
- De la lumière en un point diminuée
- Et des mouvements impossibles
- La grande porte de la face
- Aux plans discutés adoptés
- Aux émotions de pensée
- Le voyage déguisé et l'arrivée de réconciliation
-
- La grande porte de la face
- La vue des pierres précieuses
- Le jeu du plus faible en plus fort.
-
-
-
-
- CE N'EST PAS LA POÉSIE QUI
-
-
- Avec des yeux pareils
- Que tout est semblable
- École de nu.
- Tranquillement
- Dans un visage délié
- Nous avons pris des garanties
- Un coup de main aux cheveux rapides
- La bouche de voluptueux inférieur joue et tombe
- Et nous lançons le menton qui tourne comme une toupie.
-
-
-
-
- ŒIL DE SOURD
-
-
- Faites mon portrait.
- Il se modifiera pour remplir tous les vides.
- Faites mon portrait sans bruit, seul le silence
- À moins que--s'il--sauf--excepté--
- Je ne vous entends pas.
-
- Il s'agit, il ne s'agit plus.
- Je voudrais ressembler--
- Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
- Sans fatigue, têtes nouées
- Aux mains de mon activité.
-
-
-
-
- MOURIR DE NE PAS MOURIR
-
- _à André Breton_
-
-
-
-
- L'ÉGALITÉ DES SEXES
-
-
- Tes yeux sont revenus d'un pays arbitraire
- Où nul n'a jamais su ce que c'est qu'un regard
- Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
- Celle des gouttes d'eau, des perles en placards,
-
- Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue,
- Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir
- Et s'il semble obéir aux puissances du soir
- C'est que ta tête est close, ô statue abattue
-
- Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
- Mon désir immobile est ton dernier soutien
- Et je t'emporte sans bataille, ô mon image,
- Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.
-
-
-
-
- AU CŒUR DE MON AMOUR
-
-
- Un bel oiseau me montre la lumière
- Elle est dans ses yeux, bien en vue.
- Il chante sur une boule de gui
- Au milieu du soleil.
-
- *
- * *
-
- Les yeux des animaux chanteurs
- Et leurs chants de colère ou d'ennui
- M'ont interdit de sortir de ce lit.
- J'y passerai ma vie.
-
- L'aube dans des pays sans grâce
- Prend l'apparence de l'oubli.
- Et qu'une femme émue s'endorme, à l'aube,
- La tête la première, sa chute l'illumine.
-
- Constellations,
- Vous connaissez la forme de sa tête.
- Ici, tout s'obscurcit:
- Le paysage se complète, sang aux joues,
- Les masses diminuent et coulent dans mon cœur
- Avec le sommeil.
- Et qui donc veut me prendre le cœur?
-
- *
- * *
-
- Je n'ai jamais rêvé d'une si belle nuit.
- Les femmes du jardin cherchent à m'embrasser--
- Soutiens du ciel, les arbres immobiles
- Embrassent bien l'ombre qui les soutient.
-
- Une femme au cœur pâle
- Met la nuit dans ses habits.
- L'amour a découvert la nuit
- Sur ses seins impalpables.
-
- Comment prendre plaisir à tout?
- Plutôt tout effacer.
- L'homme de tous les mouvements,
- De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes
- Dort. Il dort, il dort, il dort.
- Il raye de ses soupirs la nuit minuscule, invisible.
-
- Il n'a ni froid, ni chaud.
- Son prisonnier s'est évadé--pour dormir.
- Il n'est pas mort, il dort.
-
- Quand il s'est endormi
- Tout l'étonnait,
- Il jouait avec ardeur,
- Il regardait,
- Il entendait.
- Sa dernière parole:«Si c'était à recommencer, je te rencontrerais sans
- te chercher.»
-
- Il dort, il dort, il dort.
- L'aube a eu beau lever la tête,
- Il dort.
-
-
-
-
- POUR SE PRENDRE AU PIÈGE
-
-
-C'est un restaurant comme les autres. Faut-il croire que je ne ressemble
-à personne? Une grande femme, à côté de moi, bat des œufs avec ses
-doigts. Un voyageur pose ses vêtements sur une table et me tient tête.
-Il a tort, je ne connais aucun mystère, je ne sais même pas la
-signification du mot: mystère, je n'ai jamais rien cherché, rien
-trouvé, il a tort d'insister.
-
-L'orage qui, par instants, sort de la brume me tourne les yeux et les
-épaules. L'espace a alors des portes et des fenêtres. Le voyageur me
-déclare que je ne suis plus le même. Plus le même! Je ramasse les
-débris de toutes mes merveilles. C'est la grande femme qui m'a dit que
-ce sont des débris de merveilles, ces débris. Je les jette aux
-ruisseaux vivaces et pleins d'oiseaux. La mer, la calme mer est entre
-eux comme le ciel dans la lumière. Les couleurs aussi, si l'on me parle
-des couleurs, je ne regarde plus. Parlez-moi des formes, j'ai grand
-besoin d'inquiétude.
-
-Grande femme, parle-moi des formes, ou bien je m'endors et je mène la
-grande vie, les mains prises dans la tête et la tête dans la bouche,
-dans la bouche bien close, langage intérieur.
-
-
-
-
- L'AMOUREUSE
-
-
- Elle est debout sur mes paupières
- Et ses cheveux sont dans les miens,
- Elle a la forme de mes mains,
- Elle a la couleur de mes yeux,
- Elle s'engloutit dans mon ombre
- Comme une pierre sur le ciel.
-
- Elle a toujours les yeux ouverts
- Et ne me laisse pas dormir.
- Ses rêves en pleine lumière
- Font s'évaporer les soleils,
- Me font rire, pleurer et rire,
- Parler sans avoir rien à dire.
-
-
-
-
- LE SOURD ET L'AVEUGLE
-
-
- Gagnerons-nous la mer avec des cloches
- Dans nos poches, avec le bruit de la mer
- Dans la mer, ou bien serons-nous les porteurs
- D'une eau plus pure et silencieuse?
-
- L'eau se frottant les mains aiguise des couteaux
- Les guerriers ont trouvé leurs armes dans les flots
- Et le bruit de leurs coups est semblable à celui
- Des rochers défonçant dans la nuit les bateaux.
-
- C'est la tempête et le tonnerre. Pourquoi pas le silence
- Du déluge, car nous avons en nous tout l'espace rêvé
- Pour le plus grand silence et nous respirerons
- Comme le vent des mers terribles, comme le vent
-
- Qui rampe lentement sur tous les horizons.
-
-
-
-
- L'HABITUDE
-
-
- Toutes mes petites amies sont bossues:
- Elles aiment leur mère.
- Tous mes animaux sont obligatoires,
- Ils ont des pieds de meuble
- Et des mains de fenêtre.
- Le vent se déforme,
- Il lui faut un habit sur mesure,
- Démesuré.
- Voilà pourquoi
- Je dis la vérité sans la dire.
-
-
-
-
- DANS LA DANSE
-
-
- Petite table enfantine,
- il y a des femmes dont les yeux sont comme des morceaux de sucre,
- il y a des femmes graves comme les mouvements de l'amour qu'on ne surprend
- pas
- il y a des femmes au visage pâle
- d'autres comme le ciel à la veille du vent.
- Petite table dorée des jours de fête,
- il y a des femmes de bois vert et sombre:
- celles qui pleurent,
- de bois sombre et vert:
- celles qui rient.
-
- Petite table trop basse ou trop haute,
- il y a des femmes grasses
- avec des ombres légères,
- il y a des robes creuses,
- des robes sèches,
- des robes que l'on porte chez soi et que l'amour ne fait jamais sortir.
- Petite table,
- je n'aime pas les tables sur lesquelles je danse,
- je ne m'en doutais pas.
-
-
-
-
- LE JEU DE CONSTRUCTION
-
- _À Raymond Roussel._
-
-
- L'homme s'enfuit, le cheval tombe,
- La porte ne peut pas s'ouvrir,
- L'oiseau se tait, creusez sa tombe,
- Le silence le fait mourir.
-
- Un papillon sur une branche
- Attend patiemment l'hiver,
- Son cœur est lourd, la branche penche,
- La branche se plie comme un ver.
-
-Pourquoi pleurer la fleur séchée
-Et pourquoi pleurer les lilas?
-Pourquoi pleurer la rose d'ambre?
-
- Pourquoi pleurer la pensée tendre?
- Pourquoi chercher la fleur cachée
- Si l'on n'a pas de récompense?
-
- --Mais pour ça, ça et ça.
-
-
-
-
- ENTRE AUTRES
-
-
- À l'ombre des arbres
- Comme au temps des miracles,
-
- Au milieu des hommes
- Comme la plus belle femme
-
- Sans regrets, sans honte,
- J'ai quitté le monde.
-
- --Qu'avez-vous vu?
-
- --Une femme jeune, grande et belle
- En robe noire très décolletée.
-
-
-
-
- GIORGIO DE CHIRICO
-
-
- Un mur dénonce un autre mur
- Et l'ombre me défend de mon ombre peureuse.
- Ô tour de mon amour autour de mon amour,
- Tous les murs filaient blanc autour de mon silence.
-
- Toi, que défendais-tu? Ciel insensible et pur
- Tremblant tu m'abritais. La lumière en relief
- Sur le ciel qui n'est plus le miroir du soleil,
- Les étoiles de jour parmi les feuilles vertes,
-
- Le souvenir de ceux qui parlaient sans savoir,
- Maîtres de ma faiblesse et je suis à leur place
- Avec des yeux d'amour et des mains trop fidèles
- Pour dépeupler un monde dont je suis absent.
-
-
-
-
- BOUCHE USÉE
-
-
- Le rire tenait sa bouteille
- À la bouche riait la mort
- Dans tous les lits où l'on dort
- Le ciel sous tous les corps sommeille
-
- Un clair ruban vert à l'oreille
- Trois boules une bague en or
- Elle porte sans effort
- Une ombre aux lumières pareille
-
- Petite étoile des vapeurs
- Au soir des mers sans voyageurs
- Des mers que le ciel cruel fouille
-
- Délices portées à la main
- Plus douce poussière à la fin
- Les branches perdues sous la rouille.
-
-
-
-
- DANS LE CYLINDRE DES TRIBULATIONS
-
-
-Que le monde m'entraîne et j'aurai des souvenirs.
-
-Trente filles au corps opaque, trente filles divinisées par
-l'imagination, s'approchent de l'homme qui repose dans la petite vallée
-de la folie.
-
-L'homme en question joue avec ferveur. Il joue contre lui-même et
-gagne. Les trente filles en ont vite assez. Les caresses du jeu ne sont
-pas celles de l'amour et le spectacle n'en est pas aussi charmant,
-séduisant et agréable.
-
-Je parle de trente filles au corps opaque et d'un joueur heureux. Il y a
-aussi, dans une ville de laine et de plumes, un oiseau sur le dos d'un
-mouton. Le mouton, dans les fables, mène l'oiseau en paradis.
-
-Il y a aussi les siècles personnifiés, la grandeur des siècles
-présents, le vertige des années défendues et des fruits perdus.
-
-Que les souvenirs m'entraînent et j'aurai des yeux ronds comme le
-monde.
-
-
-
-
- DENISE DISAIT AUX MERVEILLES:
-
-
- Le soir traînait des hirondelles. Les hiboux
- Partageaient le soleil et pesaient sur la terre
- Comme les pas jamais lassés d'un solitaire
- Plus pâle que nature et dormant tout debout.
-
- Le soir traînait des armes blanches sur nos têtes.
- Le courage brûlait les femmes parmi nous,
- Elles pleuraient, elles criaient comme des bêtes,
- Les hommes inquiets s'étaient mis à genoux.
-
- Le soir, un rien, une hirondelle qui dépasse,
- Un peu de vent, les feuilles qui ne tombent plus,
- Un beau détail, un sortilège sans vertus
- Pour un regard qui n'a jamais compris l'espace.
-
-
-
-
- LA BÉNÉDICTION
-
-
- À l'aventure, en barque, au nord.
- Dans la trompette des oiseaux
- Les poissons dans leur élément.
-
- L'homme qui creuse sa couronne
- Allume un brasier dans la cloche,
- Un beau brasier-nid-de-fourmis.
-
- Et le guerrier bardé de fer
- Que l'on fait rôtir à la broche
- Apprend l'amour et la musique.
-
-
-
-
- LA MALÉDICTION
-
-
-Un aigle, sur un rocher, contemple l'horizon béat. Un aigle défend le
-mouvement des sphères. Couleurs douces de la charité, tristesse,
-lueurs sur les arbres décharnés, lyre en étoile d'araignée, les
-hommes qui sous tous les cieux se ressemblent sont aussi bêtes sur la
-terre qu'au ciel. Et celui qui traîne un couteau dans les herbes
-hautes, dans les herbes de mes yeux, de mes cheveux et de mes rêves,
-celui qui porte dans ses bras tous les signes de l'ombre, est tombé,
-tacheté d'azur, sur les fleurs à quatre couleurs.
-
-
-
-
- SILENCE DE L'ÉVANGILE
-
-
-Nous dormons avec des anges rouges qui nous montrent le désert sans
-minuscules et sans les doux réveils désolés. Nous dormons. Une aile
-nous brise, évasion, nous avons des roues plus vieilles que les plumes
-envolées, perdues, pour explorer les cimetières de la lenteur, la
-seule luxure.
-
- *
- * *
-
-La bouteille que nous entourons des linges de nos blessures ne résiste
-à aucune envie. Prenons les cœurs, les cerveaux, les muscles de la
-rage, prenons les fleurs invisibles des blêmes jeunes filles et des
-enfants noués, prenons la main de la mémoire, fermons les yeux du
-souvenir, une théorie d'arbres délivrés par les voleurs nous frappe
-et nous divise, tous les morceaux sont bons. Qui les rassemblera: la
-terreur, la souffrance ou le dégoût?
-
- *
- * *
-
-Dormons, mes frères. Le chapitre inexplicable est devenu
-incompréhensible. Des géants passent en exhalant des plaintes
-terribles, des plaintes de géant, des plaintes comme l'aube veut en
-pousser, l'aube qui ne peut ne plus se plaindre, depuis le temps, mes
-frères, depuis le temps.
-
-
-
-
- SANS RANCUNE
-
-
- Larmes des yeux, les malheurs des malheureux.
- Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs.
- Il ne demande rien, il n'est pas insensible,
- Il est triste en prison et triste s'il est libre.
-
- Il fait un triste temps, il fait une nuit noire
- À ne pas mettre un aveugle dehors. Les forts
- Sont assis, les faibles tiennent le pouvoir
- Et le roi est debout près de la reine assise.
-
- Sourires et soupirs, des injures pourrissent
- Dans la bouche des muets et dans les yeux des lâches.
- Ne prenez rien: ceci brûle, cela flambe!
- Vos mains sont faites pour vos poches et vos fronts.
-
- *
- * *
-
- Une ombre...
- Toute l'infortune du monde
- Et mon amour dessus
- Comme une bête nue.
-
-
-
-
- CELLE QUI N'A PAS LA PAROLE
-
-
- Les feuilles de couleur dans les arbres nocturnes
- Et la liane verte et bleue qui joint le ciel aux arbres,
- Le vent à la grande figure
- Les épargne. Avalanche, à travers sa tête transparente
- La lumière, nuée d'insectes, vibre et meurt.
-
- Miracle dévêtu, émiettement, rupture
- Pour un seul être.
-
- La plus belle inconnue
- Agonise éternellement.
-
- Étoiles de son cœur aux yeux de tout le monde.
-
-
-
-
- NUDITÉ DE LA VÉRITÉ
-
- «_Je le sais bien_»
-
-
- Le désespoir n'a pas d'ailes,
- L'amour non plus,
- Pas de visage,
- Ne parlent pas,
- Je ne bouge pas,
- Je ne les regarde pas,
- Je ne leur parle pas
- Mais Je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir.
-
-
-
-
- PERSPECTIVE
-
-
- Un millier de sauvages
- S'apprêtent à combattre.
- Ils ont des armes,
- Ils ont leur cœur, grand cœur,
- Et s'alignent avec lenteur
- Devant un millier d'arbres verts
- Qui, sans en avoir l'air,
- Tiennent encore à leur feuillage.
-
-
-
-
- TA FOI
-
-
- Suis-je autre chose que ta force?
- Ta force dans tes bras,
- Ta tête dans tes bras,
- Ta force dans le ciel décomposé,
- Ta tête lamentable,
- Ta tête que je porte.
- Tu ne joueras plus avec moi,
- Héroïne perdue,
- Ma force bouge dans tes bras.
-
-
-
-
- MASCHA RIAIT AUX ANGES
-
-
- L'heure qui tremble au front du temps tout embrouillé
-
- Un bel oiseau léger plus vif qu'une poussière
- Traîne sur un miroir un cadavre sans tête
- Des boules de soleil adoucissent ses ailes
- Et le vent de son vol affole la lumière
-
- Le meilleur a été découvert loin d'ici.
-
-
-
-
- LES PETITS JUSTES
-
-
-
-
- SUR LA MAISON DU RIRE
-
-
- Sur la maison du rire
- Un oiseau rit dans ses ailes.
- Le monde est si léger
- Qu'il n'est plus à sa place
- Et si gai
- Qu'il ne lui manque rien.
-
-
-
-
- POURQUOI SUIS-JE SI BELLE?
-
-
- Pourquoi suis-je si belle?
- Parce que mon maître me lave.
-
-
-
-
- AVEC TES YEUX
-
-
- Avec tes yeux je change comme avec les lunes
- Et je suis tour à tour et de plomb et de plume,
- Une eau mystérieuse et noire qui t'enserre
- Ou bien dans tes cheveux ta légère victoire.
-
-
-
- UNE COULEUR MADAME
-
-
- Une couleur madame, une couleur monsieur,
- Une aux seins, une aux cheveux,
- La bouche des passions
- Et si vous voyez rouge
- La plus belle est à vos genoux.
-
-
-
-
- À FAIRE RIRE LA CERTAINE
-
-
- À faire rire la certaine,
- Était-elle en pierre?
- Elle s'effondra.
-
-
-
-
- LE MONSTRE DE LA FUITE
-
-
- Le monstre de la fuite hume même les plumes
- De cet oiseau roussi par le feu du fusil.
- Sa plainte vibre tout le long d'un mur de larmes
- Et les ciseaux des yeux coupent la mélodie
- Qui bourgeonnait déjà dans le cœur du chasseur.
-
-
-
-
- LA NATURE S'EST PRISE
-
-
- La nature s'est prise aux filets de ta vie.
- L'arbre, ton ombre, montre sa chair nue: le ciel.
- Il a la voix du sable et les gestes du vent
- Et tout ce que tu dis bouge derrière toi.
-
-
-
-
- ELLE SE REFUSE TOUJOURS
-
-
- Elle se refuse toujours à comprendre, à entendre,
- Elle rit pour cacher sa terreur d'elle-même.
- Elle a toujours marché sous les arches des nuits
- Et partout où elle a passé
- Elle a laissé
- L'empreinte des choses brisées.
-
-
-
-
- SUR CE CIEL DÉLABRÉ
-
-
- Sur ce ciel délabré, sur ces vitres d'eau douce,
- Quel visage viendra, coquillage sonore,
- Annoncer que la nuit de l'amour touche au jour,
- Bouche ouverte liée à la bouche fermée.
-
-
-
-
- INCONNUE
-
-
- Inconnue, elle était ma forme préférée,
- Celle qui m'enlevait le souci d'être un homme,
- Et je la vois et je la perds et je subis
- Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide.
-
-
-
-
- LES HOMMES QUI CHANGENT
-
-
- Les hommes qui changent et se ressemblent
- Ont, au cours de leurs jours, toujours fermé les yeux
- Pour dissiper la brume de dérision
- Etc...
-
-
-
-
- NOUVEAUX POÈMES
-
- _à G._
-
-
-
-
- NE PLUS PARTAGER
-
-
- Au soir de la folie, nu et clair,
- L'espace entre les choses a la forme de mes paroles
- La forme des paroles d'un inconnu,
- D'un vagabond qui dénoue la ceinture de sa gorge
- Et qui prend les échos au lasso.
-
- Entre des arbres et des barrières,
- Entre des murs et des mâchoires,
- Entre ce grand oiseau tremblant
- Et la colline qui l'accable,
- L'espace a la forme de mes regards.
-
- Mes yeux sont inutiles,
- Le règne de la poussière est fini,
- La chevelure de la route a mis son manteau rigide,
- Elle ne fuit plus, je ne bouge plus,
- Tous les ponts sont coupés, le ciel n'y passera plus
- Je peux bien n'y plus voir.
- Le monde se détache de mon univers
- Et, tout au sommet des batailles,
- Quand la saison du sang se fane dans mon cerveau,
- Je distingue le jour de cette clarté d'homme
- Qui est la mienne,
- Je distingue le vertige de la liberté,
- La mort de l'ivresse,
- Le sommeil du rêve,
-
- Ô reflets sur moi-même! ô mes reflets sanglants!
-
-
-
-
- ABSENCES
-
-
- I
-
-
- La plate volupté et le pauvre mystère
- Que de n'être pas vu.
-
- Je vous connais, couleur des arbres et des villes,
- Entre nous est la transparence de coutume
- Entre les regards éclatants.
- Elle roule sur pierres
- Comme l'eau se dandine.
- D'un côté de mon cœur des vierges s'obscurcissent,
- De l'autre la main douce est au flanc des collines.
- La courbe de peu d'eau provoque cette chute,
- Ce mélange de miroirs.
- Lumières de précision, je ne cligne pas des yeux,
- Je ne bouge pas,
- Je parle
- Et quand je dors
- Ma gorge est une bague à l'enseigne de tulle.
-
-
-
-
- ABSENCES
-
-
- II
-
-
- Je sors au bras des ombres,
- Je suis au bas des ombres,
- Seul.
-
- La pitié est plus haut et peut bien y rester,
- La vertu se fait l'aumône de ses seins
- Et la grâce s'est prise dans les filets de ses paupières.
- Elle est plus belle que les figures des gradins,
- Elle est plus dure,
- Elle est en bas avec les pierres et les ombres.
- Je l'ai rejointe.
-
- C'est ici que la clarté livre sa dernière bataille.
- Si je m'endors, c'est pour ne plus rêver.
- Quelles seront alors les armes de mon triomphe?
- Dans mes yeux grands ouverts le soleil fait les joints,
- Ô jardin de mes yeux!
- Tous les fruits sont ici pour figurer des fleurs,
- Des fleurs dans la nuit,
- Une fenêtre de feuillage
- S'ouvre soudain dans son visage.
- Où poserai-je mes lèvres, nature sans rivage?
-
- Une femme est plus belle que le monde où je vis
- Et je ferme les yeux.
- Je sors au bras des ombres,
- Je suis au bas des ombres.
- Et des ombres m'attendent.
-
-
-
-
- FIN DES CIRCONSTANCES
-
-
- Un bouquet tout défait brûle les coqs des vagues
- Et le plumage entier de la perdition
- Rayonne dans la nuit et dans la mer du ciel.
- Plus d'horizon, plus de ceinture,
- Les naufragés, pour la première fois, font des gestes
-qui ne les soutiennent pas. Tout se diffuse, rien ne
-s'imagine plus.
-
-
-
-
- BAIGNEUSE DU CLAIR AU SOMBRE
-
-
-L'après-midi du même jour. Légère, tu bouges et, légers, le sable
-et la mer bougent.
-
-Nous admirons l'ordre des choses, l'ordre des pierres, l'ordre des
-clartés, l'ordre des heures. Mais cette ombre qui disparaît et cet
-élément douloureux, qui disparaît.
-
-Le soir, la noblesse est partie de ce ciel. Ici, tout se blottit dans un
-feu qui s'éteint.
-
-Le soir. La mer n'a plus de lumière et, comme aux temps anciens, tu
-pourrais dormir dans la mer.
-
-
-
-
- PABLO PICASSO
-
-
- Les armes du sommeil ont creusé dans la nuit
- Les sillons merveilleux qui séparent nos têtes.
- À travers le diamant, toute médaille est fausse,
- Sous le ciel éclatant, la terre est invisible.
-
- Le visage du cœur a perdu ses couleurs
- Et le soleil nous cherche et la neige est aveugle.
- Si nous l'abandonnons, l'horizon a des ailes
- Et nos regards au loin dissipent les erreurs.
-
-
-
-
- PREMIÈRE DU MONDE
-
-
- _À Pablo Picasso._
-
-
- Captive de la plaine, agonisante folle,
- La lumière sur toi se cache, vois le ciel:
- Il a fermé les yeux pour s'en prendre à ton rêve,
- Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes.
-
- Devant les roues toutes nouées
- Un éventail rit aux éclats.
- Dans les traîtres filets de l'herbe
- Les routes perdent leur reflet.
-
- Ne peux-tu donc prendre les vagues
- Dont les barques sont les amandes
- Dans ta paume chaude et câline
- Ou dans les boucles de ta tête?
-
- Ne peux-tu prendre les étoiles?
- Écartelée, tu leur ressembles,
- Dans leur nid de feu tu demeures
- Et ton éclat s'en multiplie.
-
- De l'aube baillonnée un seul cri veut jaillir,
- Un soleil tournoyant ruisselle sous l'écorce.
- Il ira se fixer sur tes paupières closes.
- Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.
-
-
-
-
- SOUS LA MENACE ROUGE
-
-
-Sous la menace rouge d'une épée, défaisant sa chevelure qui guide des
-baisers, qui montre à quel endroit le baiser se repose, elle rit.
-L'ennui, sur son épaule, s'est endormi. L'ennui ne s'ennuie qu'avec
-elle qui rit, la téméraire, et d'un rire insensé, d'un rire de fin du
-jour semant sous tous les ponts des soleils rouges, des lunes bleues,
-fleurs fanées d'un bouquet désenchanté. Elle est comme une grande
-voiture de blé et ses mains germent et nous tirent la langue. Les
-routes qu'elle traîne derrière elle sont ses animaux domestiques et
-ses pas majestueux leur ferment les yeux.
-
-
-
-
- CACHÉE
-
-
-Le jardinage est la passion, belle bête de jardinier. Sous les
-branches, sa tête semblait couverte de pattes légères d'oiseaux. À
-un fils qui voit dans les arbres.
-
-
-
-
- L'AS DE TRÈFLE
-
-
-Elle joue comme nul ne joue et je suis seul à la regarder. Ce sont ses
-yeux qui la ramènent dans mes songes. Presque immobile, à l'aventure.
-
-Et cet autre qu'elle prend par les ailes de ses oreilles a gardé la
-forme de ses auréoles. Dans l'accolade de ses mains, une hirondelle aux
-cheveux plats se débat sans espoir. Elle est aveugle.
-
-
-
-
- À LA FLAMME DES FOUETS
-
-
- Ces beaux murs blancs d'apothéose
- Me sont d'une grande utilité.
- Tout au sérieux, celui qui ne paie pas les dégâts
- Jongle avec ton trousseau, reine des lavandes.
-
- Est-il libre? Sa gorge montre d'un doigt impérieux
- Des corridors où glissent les sifflets de ses chevilles.
- Son teint, de l'aube au soir, démode ses tatouages
- Et l'asile de ses yeux a des portes sans nuages.
-
- Ô régicide! ton corset appartient aux mignons
- Et aux mignonnes de toutes sortes. Ta chair simple s'y développe,
- Tu t'y pourlèches dans la pourpre, ô nouveau médiateur!
- Par les fentes de ton sourire s'envole un animal hurleur
-
- Qui ne jouit que dans les hauteurs.
-
-
-
-
- À LA FLAMME DES FOUETS
-
-
- Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
- Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
- Porte-couteau, souillure vaine, lampe inondée,
- Souhaits d'amour, fruits de dégoût, glaces prostituées.
-
- Bien sûr, bonjour à mon visage!
- La lumière y sonne plus clair un grand désir qu'un paysage.
- Bien sûr, bonjour à vos harpons,
- À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache!
-
- J'ai perdu, j'ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.
-
-
-
-
- BOIRE
-
-
- Les bouches ont suivi le chemin sinueux
- Du verre ardent, du verre d'astre
- Et dans le puits d'une étincelle
- Ont mangé le cœur du silence.
-
- Plus un mélange n'est absurde--
- C'est ici que l'on voit le créateur de mots,
- Celui qui se détruit dans les fils qu'il engendre
- Et qui nomme l'oubli de tous les noms du monde.
-
- Quand le fond du verre est désert,
- Quand le fond du verre est fané
- Les bouches frappent sur le verre
- Comme sur un mort.
-
-
-
-
- ANDRÉ MASSON
-
-
-La cruauté se noue et la douceur agile se dénoue. L'amant des ailes
-prend des visages bien clos, les flammes de la terre s'évadent par les
-seins et le jasmin des mains s'ouvre sur une étoile.
-
-Le ciel tout engourdi, le ciel qui se dévoue n'est plus sur nous.
-L'oubli, mieux que le soir, l'efface. Privée de sang et de reflets, la
-cadence des tempes et des colonnes subsiste.
-
-Les lignes de la main, autant de branches dans le vent tourbillonnant.
-Rampe des mois d'hiver, jour pâle d'insomnie, mais aussi, dans les
-chambres les plus secrètes de l'ombre, la guirlande d'un corps autour
-de sa splendeur.
-
-
-
-
- PAUL KLEE
-
-
- Sur la pente fatale, le voyageur profite
- De la faveur du jour, verglas et sans cailloux,
- Et les yeux bleus d'amour, découvre sa saison
- Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.
-
- Sur la plage la mer a laissé ses oreilles
- Et le sable creusé la place d'un beau crime.
- Le supplice est plus dur aux bourreaux qu'aux victimes
- Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.
-
-
-
-
- LES GERTRUDE HOFFMANN GIRLS
-
-
- Gertrude, Dorothy, Mary, Claire, Alberta,
- Charlotte, Dorothy, Ruth, Catherine, Emma,
- Louise, Margaret, Ferrai, Harriet, Sara,
- Florence toute nue, Margaret, Toots, Thelma,
-
- Belles-de-nuit, belles-de-feu, belles-de-pluie,
- Le cœur tremblant, les mains cachées, les yeux au vent
- Vous me montrez les mouvements de la lumière,
- Vous échangez un regard clair pour un printemps,
-
- Le tour de votre taille pour un tour de fleur,
- L'audace et le danger pour votre chair sans ombre,
- Vous échangez l'amour pour des frissons d'épées
- Et le rire inconscient pour des promesses d'aube.
-
- Vos danses sont le gouffre effrayant de mes songes
- Et je tombe et ma chute éternise ma vie,
- L'espace sous vos pieds est de plus en plus vaste,
- Merveilles, vous dansez sur les sources du ciel.
-
-
-
-
- PARIS PENDANT LA GUERRE
-
-
- «_Amoureux d'une statue._»
-
-
- Les bêtes qui descendent des faubourgs en feu,
- Les oiseaux qui secouent leurs plumes meurtrières,
- Les terribles ciels jaunes, les nuages tout nus
- Ont, en toute saison, fêté cette statue.
-
- Elle est belle, statue vivante de l'amour.
- Ô neige de midi, soleil sur tous les ventres,
- Ô flammes du sommeil sur un visage d'ange
- Et sur toutes les nuits et sur tous les visages.
-
- Silence. Le silence éclatant de ses rêves
- Caresse l'horizon. Ses rêves sont les nôtres
- Et les mains de désir qu'elle impose à son glaive
- Enivrent d'ouragans le monde délivré.
-
-
-
-
- L'ICÔNE AÉRÉE
-
-
-L'icône aérée qui se conjugue isolément peut faire une place
-décisive à la plus fausse des couronnes ovales, crâne de Dieu,
-polluée par la terreur. L'os gâté par l'eau, ironie à flots irrités
-qui domine de ses yeux froids comme l'aiguille sur la machine des bonnes
-mères la tranche du globe que nous n'avons pas choisie.
-
-Doux constructeurs las des églises, doux constructeurs aux tempes de
-briques roses, aux yeux grillés d'espoir, la tâche que vous deviez
-faire est pour toujours inachevée. Maisons plus fragiles que les
-paupières d'un mourant, allaient-ils s'y employer à qui perd gagne?
-Boîtes de perles avec, aux vitres, des visages multicolores qui ne se
-doutent jamais de la pluie ou du beau temps, du soleil d'ivoire ou de la
-lune tour à tour de soufre et d'acajou, grands animaux immobiles dans
-les veines du temps, l'aube de midi, l'aube de minuit, l'aube qui n'a
-jamais rien commencé ni rien fini, cette cloche qui partout et sans
-cesse sonne le milieu, le cœur de toute chose, ne vous gênera pas.
-Grandes couvertures de plomb sur des chevelures lisses et odorantes,
-grand amour transparent sur des corps printaniers, délicats esclaves
-des prisonniers, vos gestes sont les échelles de votre force, vos
-larmes ont terni l'insouciance de vos maîtres impuissants, et
-désormais vous pouvez rire effrontément, rire, bouquet d'épées,
-rire, vent de poussière, rire comme arcs-en-ciel tombés de leur
-balance, comme un poisson géant qui tourne sur lui-même. La liberté a
-quitté votre corps.
-
-
-
-
- LE DIAMANT
-
-
-Le diamant qu'il ne t'a pas donné, c'est parce qu'il l'a eu à la fin
-de sa vie, il n'en connaissait plus la musique, il ne pouvait plus le
-lancer en l'air, il avait perdu l'illusion du soleil, il ne voyait plus
-la pierre de ta nudité, chaton de cette bague tournée vers toi.
-
-De l'arabesque qui fermait les lieux d'ivresse, la ronce douce,
-squelette de ton pouce et tous ces signes précurseurs de l'incendie
-animal qui dévorera en un clin de retour de flamme ta grâce de la
-Sainte-Claire.
-
-Dans les lieux d'ivresse, la bourrasque de palmes et de vin noir fait
-rage. Les figures dentelées du jugement d'hier conservent aux journées
-leurs heures entr'ouvertes. Es-tu sûre, héroïne aux sens de phare,
-d'avoir vaincu la miséricorde et l'ombre, ces deux sœurs lavandières,
-prenons-les à la gorge, elles ne sont pas jolies et pour ce que nous
-voulons en faire, le monde se détachera bien assez vite de leur
-crinière peignant l'encens sur le bord des fontaines.
-
-
-
-
- L'HIVER SUR LA PRAIRIE
-
-
- L'hiver sur la prairie apporte des souris.
- J'ai rencontré la jeunesse.
- Toute nue aux plis de satin bleu,
- Elle riait du présent, mon bel esclave.
-
- Les regards dans les rênes du coursier,
- Délivrant le bercement des palmes de mon sang,
- Je découvre soudain le raisin des façades couchées sur le soleil,
- Fourrure du drapeau des détroits insensibles.
-
- La consolation graine perdue,
- Le remords pluie fondue,
- La douleur bouche en cœur
- Et mes larges mains luttent.
-
- La tête antique du modèle
- Rougit devant ma modestie.
- Je l'ignore, je la bouscule.
- Ô! lettre aux timbres incendiaires
-
- Qu'un bel espion n'envoya pas.
- Il glissa une hache de pierre
- Dans la chemise de ses filles,
- De ses filles tristes et paresseuses.
-
- À terre, à terre tout ce qui nage!
- À terre, à terre tout ce qui vole!
- J'ai besoin des poissons pour porter ma couronne
- Autour de mon front,
-
- J'ai besoin des oiseaux pour parler à la foule.
-
-
-
-
- GRANDES CONSPIRATRICES
-
-
-Grandes conspiratrices, routes sans destinée, croisant l'x de mes pas
-hésitants, nattes gonflées de pierres ou de neige, puits légers dans
-l'espace, rayons de la roue des voyages, routes de brises et d'orages,
-routes viriles dans les champs humides, routes féminines dans les
-villes, ficelles d'une toupie folle, l'homme, à vous fréquenter, perd
-son chemin et cette vertu qui le condamne aux buts. Il dénoue sa
-présence, il abdique son image et rêve que les étoiles vont se guider
-sur lui.
-
-
-
-
- LEURS YEUX TOUJOURS PURS
-
-
- Jours de lenteur, jours de pluie,
- Jours de miroirs brisés et d'aiguilles perdues,
- Jours de paupières closes à l'horizon des mers,
- D'heures toutes semblables, jours de captivité,
-
- Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
- Et les fleurs, mon esprit est nu comme l'amour,
- L'aurore qu'il oublie lui fait baisser la tête
- Et contempler son corps obéissant et vain.
-
- Pourtant, j'ai vu les plus beaux yeux du monde,
- Dieux d'argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
- De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
- Et dans l'eau, je les ai vus.
-
- Leurs ailes sont les miennes, rien n'existe
- Que leur vol qui secoue ma misère,
- Leur vol d'étoile et de lumière
- Leur vol de terre, leur vol de pierre
- Sur les flots de leurs ailes,
-
- Ma pensée soutenue par la vie et la mort.
-
-
-
-
- MAX ERNST
-
-
- Dévoré par les plumes et soumis à la mer,
- Il a laissé passer son ombre dans le vol
- Des oiseaux de la liberté.
- Il a laissé
- La rampe à ceux qui tombent sous la pluie,
- Il a laissé leur toit à tous ceux qui se vérifient.
-
- Son corps était en ordre,
- Le corps des autres est venu disperser
- Cette ordonnance qu'il tenait
- De la première empreinte de son sang sur terre.
-
- Ses yeux sont dans un mur
- Et son visage est leur lourde parure.
- Un mensonge de plus du jour,
- Une nuit de plus, il n'y a plus d'aveugles.
-
-
-
-
- UNE
-
-
-Je suis tombé de ma fureur, la fatigue me défigure, mais je vous
-aperçois encore, femmes bruyantes, étoiles muettes, je vous apercevrai
-toujours, folie.
-
-Et toi, le sang des astres coule en toi, leur lumière te soutient. Sur
-les fleurs, tu te dresses avec les fleurs, sur les pierres avec les
-pierres.
-
-Blanche éteinte des souvenirs, étalée, étoilée, rayonnante de tes
-larmes qui fuient. Je suis perdu.
-
-
-
-
- LE PLUS JEUNE
-
-
- Au plafond de la libellule
- Un enfant fou s'est pendu,
- Fixement regarde l'herbe,
- Confiant lève les yeux:
- Le brouillard léger se lèche comme un chat
- Qui se dépouille de ses rêves.
- L'enfant sait que le monde commence à peine
- Tout est transparent,
- C'est la lune qui est au centre de la terre,
- C'est la verdure qui couvre le ciel
- Et c'est dans les yeux de l'enfant,
- Dans ses yeux sombres et profonds
- Comme les nuits blanches
- Que naît la lumière.
-
-
-
-
- AU HASARD
-
-
- Au hasard une épopée, mais bien finie maintenant,
- Tous les actes sont prisonniers
- D'esclaves à barbe d'ancêtre
- Et les paroles coutumières
- Ne valent que dans leur mémoire.
-
- Au hasard tout ce qui brûle, tout ce qui ronge,
- Tout ce qui use, tout ce qui mord, tout ce qui tue,
- Mais ce qui brille tous les jours
- C'est l'accord de l'homme et de l'or,
- C'est un regard lié à la terre.
-
- Au hasard une délivrance,
- Au hasard l'étoile filante
- Et l'éternel ciel de ma tête
- S'ouvre plus large à son soleil,
- À l'éternité du hasard.
-
-
-
-
- L'ABSOLUE NÉCESSITÉ
-
-
-L'absolue nécessité, l'absolu désir, découdre tous ces habits, le
-plomb de la verdure qui dort sous la feuillée avec un tapis rouge dans
-les cheveux d'ordre et de brûlures semant la pâleur, l'azurine de
-teinte de la poudre d'or du chercheur de noir au fond du rideau dur et
-renâclant l'humide désertion, poussant le verre ardent, hachure
-dépendant de l'éternité délirante du pauvre, la machine se disperse
-et retrouve la ronde armature des rousses au désir de sucre rouge.
-
-Le fleuve se détend, passe avec adresse dans le soleil, regarde la
-nuit, la trouve belle et à son goût, passe son bras sous le sien et
-redouble de brutalité, la douceur étant la conjonction d'un œil
-fermé avec un œil ouvert ou du dédain avec l'enthousiasme, du refus
-avec la confiance et de la haine avec l'amour, voyez quand même la
-barrière de cristal que l'homme a fermé devant l'homme, il restera
-pris par les rubans de sa crinière de troupeaux, de foules, de
-processions, d'incendies, de semailles, de voyages, de réflexions,
-d'épopées, de chaînes, de vêtements jetés, de virginités
-arrachées, de batailles, de triomphes passés ou futurs, de liquides,
-de satisfactions, de rancunes, d'enfants abandonnés, de souvenirs,
-d'espoirs, de familles, de races, d'armées, de miroirs, d'enfants de
-chœur, de chemins de croix, de chemins de fer, de traces, d'appels, de
-cadavres, de larcins, de pétrifications, de parfums, de promesses, de
-pitié, de vengeances, de délivrances--dis-je--de délivrances comme au
-son des clairons ordonnant au cerveau de ne plus se laisser distraire
-par les masques successifs et féminins d'un hasard d'occasion, aux
-prunelles des haies, la cavalcade sanglante et plus douce au cœur de
-l'homme averti de la paix que la couronne des rêves, insouciante des
-ruines du sommeil.
-
-
-
-
- ENTRE PEU D'AUTRES
-
-
- _À Philippe Soupault_
-
-
- Ses yeux ont tout un ciel de larmes.
- Ni ses paupières, ni ses mains
- Ne sont une nuit suffisante
- Pour que sa douleur s'y cache.
-
- Il ira demander
- Au Conseil des Visages
- S'il est encore capable
- De chasser sa jeunesse
-
- Et d'être dans la plaine
- Le pilote du vent.
- C'est une affaire d'expérience:
- Il prend sa vie par le milieu.
-
- Seuls, les plateaux de la balance...
-
-
-
-
- REVENIR DANS UNE VILLE
-
-
-Revenir dans une ville de velours et de porcelaine, les fenêtres seront
-des vases où les fleurs, qui auront quitté la terre, montreront la
-lumière telle qu'elle est.
-
-Voir le silence, lui donner un baiser sur les lèvres et les toits de la
-ville seront de beaux oiseaux mélancoliques, aux ailes décharnées.
-
-Ne plus aimer que la douceur et l'immobilité à l'œil de plâtre, au
-front de nacre, à l'œil absent, au front vivant, aux mains qui, sans
-se fermer, gardent tout sur leurs balances, les plus justes du monde,
-invariables, toujours exactes.
-
-Le cœur de l'homme ne rougira plus, il ne se perdra plus, je reviens de
-moi-même, de toute éternité.
-
-
-
-
- GEORGES BRAQUE
-
-
- Un oiseau s'envole,
- Il rejette les nues comme un voile inutile,
- Il n'a jamais craint la lumière,
- Enfermé dans son vol,
- Il n'a jamais eu d'ombre.
-
- Coquilles des moissons brisées par le soleil.
- Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
- Elles ne savent dire que oui,
- Toute question, toute réponse
- Et la rosée coule au fond de ce oui.
-
- Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
- Il en rassemble les merveilles
- Comme des feuilles dans un bois,
- Comme des oiseaux dans leurs ailes
- Et des hommes dans le sommeil.
-
-
-
-
- DANS LA BRUME
-
-
-Dans la brume où des verres d'eau s'entrechoquent, où les serpents
-cherchent du lait, un monument de laine et de soie disparaît. C'est là
-que, la nuit dernière, apportant leur faiblesse, toutes les femmes
-entrèrent. Le monde n'était pas fait pour leurs promenades
-incessantes, pour leur démarche languissante, pour leur recherche de
-l'amour. Grand pays de bronze de la belle époque, par tes chemins en
-pente douce, l'inquiétude a déserté.
-
-Il faudra se passer des gestes plus doux que l'odeur, des yeux plus
-clairs que la puissance, il y aura des cris, des pleurs, des jurons et
-des grincements de dents.
-
-Les hommes qui se coucheront ne seront plus désormais que les pères de
-l'oubli. À leurs pieds le désespoir aura la belle allure des victoires
-sans lendemain, des auréoles sous le beau ciel bleu dont nous étions
-parés.
-
-Un jour, ils en seront las, un jour ils seront en colère, aiguilles de
-feu, masques de poix et de moutarde, et la femme se lèvera, avec des
-mains dangereuses, avec des yeux de perdition, avec un corps dévasté,
-rayonnant à toute heure.
-
-
-Et le soleil refleurira, comme le mimosa.
-
-
-
-
- LES NOMS: CHÉRI-BIBI, GASTON LEROUX.
-
-
-Il a dû bien souffrir avec ces oiseaux! Il a pris le goût des animaux,
-faudra-t-il le manger? Mais il gagne son temps et roule vers le paradis.
-C'est BOUCHE-DE-CŒUR qui tient la roue et non CHÉRI-BIBI. On le nomme
-aussi MAMAN, par erreur.
-
-
-
-
- LA NUIT
-
-
-Caresse l'horizon de la nuit, cherche le cœur de jais que l'aube
-recouvre de chair. Il mettrait dans tes yeux des pensées innocentes,
-des flammes, des ailes et des verdures que le soleil n'inventa pas.
-
-Ce n'est pas la nuit qui te manque, mais sa puissance.
-
-
-
-
- ARP
-
-
-Tourne sans reflets aux courbes sans sourires des ombres à moustaches,
-enregistre les murmures de la vitesse, la terreur minuscule, cherche
-sous des cendres froides les plus petits oiseaux, ceux qui ne ferment
-jamais leurs ailes, résiste au vent.
-
-
-
-
- JOAN MIRO
-
-
- Soleil de proie prisonnier de ma tête,
- Enlève la colline, enlève la forêt.
- Le ciel est plus beau que jamais.
- Les libellules des raisins
- Lui donnent des formes précises
- Que je dissipe d'un geste.
-
- Nuages du premier jour,
- Nuages insensibles et que rien n'autorise,
- Leurs graines brûlent
- Dans les feux de paille de mes regards.
-
- À la fin, pour se couvrir d'une aube
- Il faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit.
-
-
-
-
- JOUR DE TOUT
-
-
-Empanaché plat, compagnie et compagnie à la parole facile, tout à
-dire. Peur plus tiède que le soleil. Il est pâle et sans défauts.
-Compagnie et compagnie s'est habitué à la lumière.
-
-Est-ce avoir l'air musicien que d'avoir l'air des villes? Il parle,
-roses des mots ignorés de la plume.
-
-Et je me dresse devant lui comme le mât d'une tente, et je suis au
-sommet du mât, colombe.
-
-
-
-
- L'IMAGE D'HOMME
-
-
-L'image d'homme, au dehors du souterrain, resplendit. Des plaines de
-plomb semblent lui offrir l'assurance qu'elle ne sera plus renversée,
-mais ce n'est que pour la replonger dans cette grande tristesse qui la
-dessine. La force d'autrefois, oui la force d'autrefois se suffisait à
-elle-même. Tout secours est inutile, elle périra par extinction, mort
-douce et calme.
-
-Elle entre dans les bois épais, dont la silencieuse solitude jette
-l'âme dans une mer où les vagues sont des lustres et des miroirs. La
-belle étoile de feuilles blanches qui, sur un plan plus éloigné,
-semble la reine des couleurs, contraste avec la substance des regards,
-appuyés sur les troncs de l'incalculable impéritie des végétaux bien
-accordés.
-
-Au-dehors du souterrain, l'image d'homme manie cinq sabres ravageurs.
-Elle a déjà creusé la masure où s'abrite le règne noir des amateurs
-de mendicité, de bassesse et de prostitution. Sur le plus grand
-vaisseau qui déplace la mer, l'image d'homme s'embarque et conte aux
-matelots revenant des naufrages une histoire de brigands: «À cinq ans,
-sa mère lui confia un trésor. Qu'en faire? Sinon de l'amadouer. Elle
-rompit de ses bras d'enfer la caisse de verre où dorment les pauvres
-merveilles des hommes. Les merveilles la suivirent. L'œillet de poète
-sacrifia les cieux pour une chevelure blonde. Le caméléon s'attarda
-dans une clairière pour y construire un minuscule palais de fraises et
-d'araignées, les pyramides d'Égypte faisaient rire les passants, car
-elles ne savaient pas que la pluie désaltère la terre. Enfin, le
-papillon d'orange secoua ses pépins sur les paupières des enfants qui
-crurent sentir passer le marchand de sable.»
-
-L'image d'homme rêve, mais plus rien n'est accroché à ses rêves que
-la nuit sans rivale. Alors, pour rappeler les matelots à l'apparence de
-quelque raison, quelqu'un qu'on avait cru ivre prononce lentement cette
-phrase:
-
-«Le bien et le mal doivent leur origine à l'abus de quelques
-erreurs.»
-
-
-
-
- LE MIROIR D'UN MOMENT
-
-
- Il dissipe le jour,
- Il montre aux hommes les images déliées de l'apparence,
- Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
- Il est dur comme la pierre,
- La pierre informe,
- La pierre du mouvement et de la vue,
- Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les
- masques en sont faussés.
- Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la
- forme de la main,
- Ce qui a été compris n'existe plus,
- L'oiseau s'est confondu avec le vent,
- Le ciel avec sa vérité,
- L'homme avec sa réalité.
-
-
-
-
- TA CHEVELURE D'ORANGES
-
-
- Ta chevelure d'oranges dans le vide du monde
- Dans le vide des vitres lourdes de silence
- Et d'ombre où mes mains nues cherchent tous tes reflets.
-
- La forme de ton cœur est chimérique
- Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
- Ô soupirs d'ambre, rêves, regards.
-
- Mais tu n'as pas toujours été avec moi. Ma mémoire
- Est encore obscurcie de t'avoir vu venir
- Et partir. Le temps se sert de mots comme l'amour.
-
-
- LES LUMIÈRES DICTÉES
-
-
-Les lumières dictées à la lumière constante et pauvre passent avec
-moi toutes les écluses de la vie. Je reconnais les femmes à fleur de
-leurs cheveux, de leur poitrine et de leurs mains. Elles ont oublié le
-printemps, elles pâlissent à perte d'haleine.
-
-Et toi, tu te dissimulais comme une épée dans la déroute, tu
-t'immobilisais, orgueil, sur le large visage de quelque déesse
-méprisante et masquée. Toute brillante d'amour, tu fascinais l'univers
-ignorant.
-
-Je t'ai saisie et depuis, ivre de larmes, je baise partout pour toi
-l'espace abandonné.
-
-
-
-
- TA BOUCHE AUX LÈVRES D'OR
-
-
- Ta bouche aux lèvres d'or n'est pas en moi pour rire
- Et tes mots d'auréole ont un sens si parfait
- Que dans mes nuits d'années, de jeunesse et de mort
- J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde.
-
- Dans cette aube de soie où végète le froid
- La luxure en péril regrette le sommeil,
- Dans les mains du soleil tous les corps qui s'éveillent
- Grelottent à l'idée de retrouver leur cœur.
-
- Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce
- J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi,
- Toute ma vie t'écoute et je ne peux détruire
- Les terribles loisirs que ton amour me crée.
-
-
-
-
- ELLE EST
-
-
-Elle est--mais elle n'est qu'à minuit quand tous les oiseaux blancs ont
-refermé leurs ailes sur l'ignorance des ténèbres, quand la sœur des
-myriades de perles a caché ses deux mains dans sa chevelure morte,
-quand le triomphateur se plaît à sangloter, las de ses dévotions à
-la curiosité, mâle et brillante armure de luxure. Elle est si douce
-qu'elle a transformé mon cœur. J'avais peur des grandes ombres qui
-tissent les tapis du jeu et les toilettes, j'avais peur des contorsions
-du soleil le soir, des incassables branches qui purifient les fenêtres
-de tous les confessionnaux où des femmes endormies nous attendent.
-
-Ô buste de mémoire, erreur de forme, lignes absentes, flamme éteinte
-dans mes yeux clos, je suis devant ta grâce comme un enfant dans l'eau,
-comme un bouquet dans un grand bois. Nocturne, l'univers se meut dans ta
-chaleur et les villes d'hier ont des gestes de rue plus délicats que
-l'aubépine, plus saisissants que l'heure. La terre au loin se brise en
-sourires immobiles, le ciel enveloppe la vie: un nouvel astre de l'amour
-se lève de partout--fini, il n'y a plus de preuves de la nuit.
-
-
-
-
- LE GRAND JOUR
-
-
-Viens, monte. Bientôt les plumes les plus légères, scaphandrier de
-l'air, te tiendront par le cou.
-
-La terre ne porte que le nécessaire et tes oiseaux de belle espèce,
-sourire. Aux lieux de ta tristesse, comme une ombre derrière l'amour,
-le paysage couvre tout.
-
-Viens vite, cours. Et ton corps va plus vite que tes pensées, mais
-rien, entends-tu? rien, ne peut te dépasser.
-
-
- LA COURBE DE TES YEUX
-
-
- La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
- Un rond de danse et de douceur,
- Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
- Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
- C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
-
- Feuilles de jour et mousse de rosée,
- Roseaux du vent, sourires parfumés,
- Ailes couvrant le monde de lumière,
- Bateaux chargés du ciel et de la mer,
- Chasseurs des bruits et sources des couleurs
-
- Parfums éclos d'une couvée d'aurores
- Qui gît toujours sur la paille des astres,
- Comme le jour dépend de l'innocence
- Le monde entier dépend de tes yeux purs
- Et tout mon sang coule dans leurs regards.
-
-
-
-
- CELLE DE TOUJOURS, TOUTE
-
-
- Si je vous dis: «j'ai tout abandonné»
- C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
- Je ne m'en suis jamais vanté,
- Ce n'est pas vrai
- Et la brume de fond où je me meus
- Ne sait jamais si j'ai passé.
-
- L'éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,
- Je suis le seul à en parler,
- Je suis le seul qui soit cerné
- Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
- Et l'air a un visage, un visage aimé,
- Un visage aimant, ton visage,
- À toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent,
- La mer te dit: sur moi, le ciel te dit: sur moi,
- Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
- Et le sang répandu aux meilleurs moments,
- Le sang de la générosité
- Te porte avec délices.
-
- Je chante la grande joie de te chanter,
- La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
- La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaître,
- Ô toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
- Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
- Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
- Le mystère où l'amour me crée et se délivre.
-
- Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CAPITALE DE LA DOULEUR ***
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-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
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