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+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 ***
+
+ LA VÉRITÉ
+ SUR LE
+ PRÉTENDU SILPHION
+ DE LA CYRÉNAÏQUE
+
+
+ * * * * *
+ IMPRIMERIE JULES MOUREAU
+ A SAINT-QUENTIN
+ * * * * *
+
+
+ LA VÉRITÉ
+ SUR LE
+ PRÉTENDU SILPHION
+ DE LA CYRÉNAÏQUE
+ (SILPHIUM CYRENAÏCUM DU Dr Laval)
+
+ CE QU’IL EST ;
+ CE QU’IL N’EST PAS.
+
+ PAR
+ =F. HERINCQ=
+ ATTACHÉ AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE PARIS
+
+ * * * * *
+ _Deuxième Édition_
+ * * * * *
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE DE LAUWEREYNS
+ 2, RUE CASIMIR-DELAVIGNE, 2
+ * * * * *
+ 1876
+
+
+
+
+ AVANT-PROPOS
+
+ * * * * *
+
+
+Depuis la publication de la première édition de cette brochure (janvier
+1876), deux faits très-importants se sont produits :
+
+Le premier, c’est l’acceptation par tous des conclusions que nous avons
+formulées quant à l’_espèce_ de la plante qu’on appelle d’un nom qui
+n’est pas le sien.
+
+Le second, c’est la négation absolue de la _valeur thérapeutique_ du
+Silphium cyrenaïcum par le Dr Chartier, de Valenciennes, dont on
+invoquait si souvent le témoignage.
+
+Nos conclusions sont péremptoires ; elles affirment que le Silphium
+cyrenaïcum du Dr Laval n’a rien de commun avec le _silphion_ des
+anciens, et qu’il est tout simplement le _thapsia garganica_. Personne
+ne les a combattues, pas même MM. Derode et Deffès, les Pharmaciens
+homœopathes qui vendent le Silphium ; nous sommes bien certains qu’ils
+ne parleront plus, ni de la _résurrection_ du silphion des Grecs, ni de
+_fraude coupable_ à l’adresse de ceux de leurs confrères qui ont
+toujours considéré comme une seule et même chose la plante cyrénéenne et
+le Thapsia garganica.
+
+Quant à la valeur thérapeutique du produit, nous faisions à la page 24
+de notre 1re édition, dans l’intérêt de la science et de l’humanité, un
+appel public au témoignage du médecin de Valenciennes qui
+l’expérimentait en 1874, dans son hôpital, à l’instigation et sous les
+yeux du Dr Laval. MM. Derode et Deffès ont répondu par l’insertion dans
+un journal, d’une lettre que le Dr Chartier aurait écrite _il y a deux
+ans et demi_, au père d’un jeune homme qu’on disait être phthisique, et
+dans laquelle il faisait l’éloge du Silphium cyrenaïcum.
+
+Mais, de son côté, le Dr Chartier nous adressait directement, en réponse
+à notre appel, une lettre décisive dont nous considérons comme un devoir
+de reproduire textuellement les principaux passages :
+
+
+« MONSIEUR,
+
+Je lis, à la page 24 de la très-intéressante brochure que vous m’avez
+fait l’honneur de m’adresser, un appel à ma modeste opinion. Je
+m’empresse de vous répondre :
+
+Je crois que c’est bien moi qu’on a voulu désigner en invoquant les
+règlements militaires pour expliquer mon silence. Si j’ai mis ma
+position militaire en avant pour me taire, c’est parce qu’il ne me
+convenait pas de voir mon nom prononcé dans ce que, dès le début, je
+considérais comme une affaire de commerce. Mais, ce n’était pas la seule
+raison : des observations hâtivement interprétées ne me paraissaient
+nullement convaincantes ; et je suis de l’avis de M. Gervais, professeur
+d’anatomie comparée au Muséum, lorsqu’il disait au docteur Laval :
+_Quand vous aurez cent observations toutes concordantes, recueillez-en
+cent nouvelles, et puis encore cent autres. Alors vous pourrez dire :_
+PEUT-ÊTRE !
+
+Ce n’est point mon cas ; car, si une singulière coïncidence, produite
+certainement par la constitution médicale régnante, a paru améliorer les
+phthisies traitées par le Silphium au début de mes expériences, j’ai
+bientôt dû reconnaître que ce n’était qu’un leurre . . . . . . . . . . .
+
+Si je me dépars aujourd’hui de la réserve dans laquelle je m’étais
+renfermé, c’est que je ne veux pas qu’on se serve de mon nom pour
+répandre dans le public un remède qui, j’en ai la conviction, n’en est
+pas un, pas plus dans la phthisie, où je l’ai essayé, que dans les
+contusions et les entorses, où il a constamment échoué sous mes yeux,
+entre les mains du Dr Laval.
+
+Veuillez agréer...
+
+ Dr CHARTIER,
+
+_Médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes._ »
+
+
+Les lecteurs peuvent sans peine, maintenant, juger la question qui nous
+occupe, tant au point de vue botanique, qu’au point de vue
+thérapeutique. Ils ont toutes les pièces sous les yeux.
+
+ F. HERINCQ.
+
+
+
+
+ DU SILPHION DES ANCIENS
+ ET DU
+ SILPHIUM CYRENAÏCUM DES MODERNES[1]
+
+ * * * * *
+
+
+Depuis quelque temps, on fait beaucoup de bruit autour d’une plante
+récoltée en Cyrénaïque, et qu’on a appelée _Silphium Cyrenaïcum_, mais
+dont le nom botanique est _Thapsia silphium_ de Viviani, et mieux encore
+_Thapsia garganica_ de Linné. Les gens du pays l’appellent _Dirias_ ou
+_Drias_.
+
+Les uns prétendent que c’est le fameux _Silphion_ des Grecs, qui était
+employé à la fois comme épice et comme médicament ; d’autres répondent,
+avec tous les auteurs anciens, que le Silphion des Grecs a disparu dès
+le commencement de l’ère chrétienne, et que la plante en question est
+tout simplement le _Thapsia garganica_ de Linné, qui est très-abondant
+en Algérie, en Espagne, en Italie, etc., que MM. Bertherand et
+Reboulleau ont fait connaître en 1857, et que le pharmacien Leperdriel
+exploite depuis longtemps à Paris (_emplâtre de Thapsia_). — Les uns
+parlent du Silphium cyrenaïcum comme s’il avait été découvert par le
+docteur Laval ; d’autres font remarquer que, s’il y avait découverte, le
+mérite en reviendrait à Della Cella, qui le rapportait de son voyage
+dans la Libye, en 1817. — Les uns annoncent bruyamment que le _Silphium
+cyrenaïcum_ guérit la _phthisie pulmonaire_ à tous les degrés, la
+_phthisie laryngée_, les _angines catarrhales_, la _méningite
+tuberculeuse_, etc. ; d’autres se montrent tout à fait incrédules à
+l’endroit de cette affirmation, et pensent qu’elle ne peut suffire pour
+arrêter l’attention des médecins sérieux.
+
+Presque tous les travaux qui ont été publiés dans ces derniers temps sur
+ce sujet n’ont eu d’autre résultat que de le compliquer et de
+l’obscurcir, parce qu’ils n’avaient, comme base de discussion, que les
+écrits confus des auteurs anciens, et le dessin informe des médailles
+cyrénéennes.
+
+Il est temps, croyons-nous, de porter la lumière sur cette question si
+débattue. Il est temps de dissiper les équivoques et de mettre à néant
+des assertions téméraires et des erreurs regrettables. C’est ce que nous
+nous proposons de faire dans ce travail, en appuyant nos opinions sur
+des preuves irréfutables tirées des nombreux et précieux matériaux
+rapportés tout récemment de la Cyrénaïque par notre collègue, M. Daveau,
+chef de la section des graines au Muséum d’histoire naturelle de
+Paris[2].
+
+
+ I
+
+
+Les Grecs appelaient _Silphion_ (σιλφιον), et les Romains _Laserpitium_,
+une plante qui croissait plus particulièrement dans la Cyrénaïque, et
+qui donnait, par des incisions faites à la racine et à la tige, un suc
+gommo-résineux que les Grecs appelaient _Laseros_, et les Latins
+_Laser_, que l’on employait comme condiment, et auquel on attribuait des
+propriétés merveilleuses, comme, par exemple, de rendre la vue, de
+guérir les plaies venimeuses, de rajeunir, etc. ; aussi se vendait-il au
+poids de l’or.
+
+On donnait à cette plante une origine surnaturelle. Les auteurs grecs
+ont écrit que, sept ans avant la fondation de Cyrène, qui fut bâtie l’an
+143 de Rome, le _Silphion_ fut produit tout à coup par une sorte de
+pluie poisseuse qui tomba en Afrique, aux environs du jardin des
+Hespérides et de la grande Syrte, et que la vertu productive de cette
+pluie se fit sentir sur une étendue de quatre mille stades.
+
+Tous les auteurs s’accordent à dire que le _Silphion_ devint de plus en
+plus rare dans la Cyrénaïque, dès le premier siècle de l’ère chrétienne,
+et qu’il finit par disparaître complétement ; mais ils expliquent sa
+disparition de diverses manières plus ou moins acceptables.
+
+Pline raconte que, de son temps, on ne trouva, dans la Cyrénaïque,
+_qu’un seul pied_ de cette plante, et qu’il fut envoyé à l’empereur
+Néron.
+
+Quoi qu’il en soit, disent Mérat et de Lens, le _Silphion_ devint
+inconnu aux générations suivantes, et son image ne se retrouva plus que
+sur des médailles ou des monnaies qui représentent, d’un côté, les
+diverses parties de la plante (tige, racine, graines...), et de l’autre,
+la tête de Jupiter Ammon.
+
+Il ne faut pas confondre ce _Silphion_ des Grecs avec les divers
+Silphium des botanistes : S. _laciniatum_ — S. _compositum_ — S.
+_terebinthinaceum_... tous originaires de l’Amérique septentrionale et
+qui appartiennent à la famille des _Composées_.
+
+Et quant aux Laserpitium des naturalistes modernes, il y en a un grand
+nombre d’espèces : L. _gummiferum_ — L. _latifolium_ — L. _Siler_ — L.
+_triquetrum_ — L. _ferulaceum_, etc...
+
+Il était naturel qu’on se demandât à quelle plante, parmi celles qu’on
+connaît aujourd’hui, il fallait rapporter le _Silphion_ des Grecs ou
+_Laserpitium_ des Romains. De nombreuses recherches ont été faites dans
+ce but. On s’est accordé, généralement, à regarder la plante qui
+produisait le _Laser_ comme une ombellifère (sans en fournir la preuve
+cependant) ; mais il y a eu beaucoup moins d’unanimité lorsqu’il s’est
+agi de désigner le genre et l’espèce.
+
+Plusieurs végétaux qui croissent en Afrique ont été successivement
+indiqués : le _Thapsia garganica_ ; le _Ferula tingitana_ ; le
+_Laserpitium gummiferum_ ; le _Ferula asa fœtida_ ; le _Laserpitium
+Siler_, etc.
+
+En 1817, Della Cella rapporta de la Cyrénaïque plusieurs végétaux, entre
+autres une ombellifère qu’il supposait être le _Silphion_ des anciens.
+Viviani crut y reconnaître, d’une part, les caractères du Silphion des
+monnaies, d’autre part, une grande ressemblance avec le Thapsia
+garganica, et l’appela _Thapsia silphium_ (c’est le Silphium cyrenaïcum
+du docteur Laval). Mais, ainsi que le font remarquer Mérat et de Lens,
+la certitude de Viviani et de Della Cella ne pouvait pas être absolue.
+
+La certitude n’était absolue pour personne, puisque quelques années plus
+tard, en 1826, la _Société de géographie_ instituant un prix pour la
+description de la Cyrénaïque, exprimait le vœu qu’on recherchât si le
+_Silphion_ se trouvait parmi les plantes du pays.
+
+M. Pacho, qui obtenait ce prix, avait récolté le _Thapsia silphium_ de
+Della Cella et de Viviani (Silphium cyrenaïcum du Dr Laval), et il était
+porté à croire que c’était le _Silphion_ des anciens ; mais il hésitait
+à se prononcer nettement, parce qu’il avait trouvé sa plante sur les
+collines septentrionales de la Cyrénaïque, alors que les indications
+géographiques marquaient sa place bien plus au midi. Ses doutes sont
+constatés en ces termes par le rapporteur :
+
+« Quel scrupule empêche donc notre voyageur, dit-il, de reconnaître
+définitivement dans son _Laserpitium_ le _Silphion_ des anciens ?... M.
+Pacho n’a pas osé décider que sa plante fût le _Silphion_ des Grecs.
+Cette modestie, peut-être exagérée, nous a valu de précieuses
+recherches. »
+
+La question en était là, lorsqu’en 1873, le Dr Laval, médecin-major à
+l’hôpital militaire de Valenciennes, remettait au jardin d’acclimatation
+de Paris, des graines qu’il étiquetait _graines de Silphion de la
+Cyrénaïque_. Il accompagnait son envoi de la note suivante : « Cette
+plante croît abondamment autour des ruines de Cyrène et des autres
+villes de la Pentapole libyque, sur des plateaux élevés de 200 à 500
+mètres au-dessus du niveau de la mer, et exposés à une température de
+15° pendant les mois de décembre, janvier et février. Elle semble
+préférer les sols siliceux. Elle fleurit pendant les mois d’avril et de
+mai. »
+
+Les graines du Dr Laval furent apportées au Muséum d’histoire naturelle
+pour avoir leur nom botanique.
+
+Je fus le premier à examiner ces graines. Leur structure me fit voir
+immédiatement qu’il s’agissait d’un _Thapsia_, et en les comparant avec
+les diverses espèces de ce genre, que possède notre riche herbier
+général, je fus convaincu que j’avais sous les yeux les semences du
+_Thapsia garganica_ de Linné, qui croît en Algérie, en Espagne, en
+Italie, et dans toutes les régions qui bordent, des deux côtés, la
+Méditerranée.
+
+J’ignorais, à ce moment-là, que ces graines appartenaient à une plante
+qui devait fournir à la thérapeutique un _médicament merveilleux_ ; je
+m’étais donc occupé de la détermination de l’espèce au simple point de
+vue botanique, et sans idée préconçue.
+
+Mon opinion, confirmée plus tard par les hommes les plus compétents, ne
+parut pas satisfaire le Dr Laval. Il vint au Muséum pour consulter
+l’herbier général et pour me signaler les caractères qui
+différenciaient, suivant lui, le _Thapsia garganica_ de son _Thapsia
+silphium_, qu’il affirmait être le fameux _Silphion_ des Grecs. C’est
+alors seulement qu’il fut question des guérisons miraculeuses qu’il
+disait obtenir avec l’extrait de la plante récoltée par lui sur le
+plateau de Cyrène. Je n’eus pas de peine à lui démontrer, pièces en
+mains, que ses graines et celles du _Thapsia garganica_ ne présentaient
+aucun caractère différentiel, qu’elles étaient absolument identiques.
+Voici du reste le dessin des deux graines :
+
+[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.]
+
+Le Dr Laval se tourna alors du côté des _feuilles_. Il prétendit que les
+segments de son _Thapsia_ étaient terminés par trois lobes, et qu’il
+n’en était pas de même pour le _Thapsia garganica_. Je lui prouvai, par
+les échantillons de notre herbier, qu’il était dans l’erreur. — Il
+n’invoqua pas alors les racines qui, _depuis quelque temps_,
+constitueraient le caractère distinctif, mais que l’on n’a jamais
+montrées.
+
+Les arguments du Dr Laval manquaient d’ailleurs de point d’appui. En
+effet, les caisses, qui contenaient précisément les diverses parties de
+la plante, avaient été perdues, disait-il, au chemin de fer, et il
+n’avait sauvé du naufrage que l’extrait, le précieux extrait qui opérait
+des prodiges.
+
+J’engageai néanmoins le Dr Laval à lire une note sur ce sujet à la
+_Société botanique de France_, et MM. les professeurs Brongniart et
+Bureau, auxquels je venais de le présenter, lui donnèrent le même
+conseil. Quelque temps après, il publia sur le _Thapsia silphium_ cinq à
+six pages dénuées de toute valeur scientifique, et au lieu de suivre
+notre avis, en s’adressant aux hommes compétents de la _Société
+botanique de France_, il frappa à la porte du _Bulletin de la Société
+d’acclimatation_.
+
+La description du _Thapsia silphium_ (_Silphium cyrenaïcum_ de Laval)
+donnée par Viviani[3] et celle du _Thapsia garganica_ donnée par de
+Candolle[4], ne laissent aucun doute dans l’esprit du botaniste.
+L’identité est parfaite.
+
+Le caractère trifide des segments terminaux n’est pas très-nettement
+indiqué dans la phrase caractéristique du Thapsia garganica donnée par
+Linné ; c’est là, sans doute, ce qui avait induit en erreur Viviani, et
+l’avait porté à faire du _Thapsia_ recueilli par Della Cella une
+nouvelle espèce, le _Thapsia silphium_, en la déclarant, du reste, très-
+voisine du _Thapsia garganica_ « cui nostra species valde proxima ,»
+dit-il. A l’époque où Viviani publiait sa flore Libyque (1824) il
+n’avait à sa disposition, pour la diagnose du _Thapsia garganica_, que
+la description imparfaite de Linné, et il pouvait croire tout
+naturellement à la nouveauté de la plante cyrénéenne. Mais aujourd’hui
+que les matériaux se sont accumulés dans les collections botaniques, la
+description de la plante a pu être complétée ; il n’y a plus de
+différence entre la description de de Candolle, plus récente que celle
+de Linné, et la description donnée par Viviani en 1824 ; qu’on en juge :
+
+ _Thapsia garganica_.
+
+Foliis bi tri-pinnatisectis, nitidis, laciniis linearibus acutis
+elongatis, secus margines integerrimis. Variat petiolis glabris aut
+pilis sparsis subhirsutis.
+
+(De Candolle : _Prodromus_, tom. 4, pag. 202.)
+
+ _Thapsia silphium_.
+
+Foliis pinnatis, foliolis multipartitis, laciniis simplicibus trifidis,
+omnibus linearibus elongatis, utrinque hirsutis margine revolutis.
+
+(Viviani : _Floræ Libycæ_, p. 17.)
+
+[Illustration : Fragment de feuilles, grandeur naturelle, du Thapsia
+garganica, de Blidah.]
+
+Ainsi, tandis que de Candolle dit : Les feuilles sont deux ou trois fois
+pennées, Viviani décrit les siennes comme pennées, à folioles divisées
+en nombreuses lanières, les unes simples, les autres trifides, ce qui
+revient exactement au même. Le caractère sur lequel Laval s’appuyait
+(les folioles à trois lobes terminaux) se retrouve dans les deux
+plantes ; par conséquent, la différence invoquée par lui n’existe en
+aucune façon. Quant au caractère « _margine revolutis_ » indiqué par
+Viviani, c’est tout simplement l’effet d’une mauvaise préparation de
+l’échantillon soumis à l’auteur de la _Flore libyque_ ; on retrouve ce
+caractère dans les échantillons d’herbier du _Thapsia garganica_,
+notamment dans un échantillon de cette espèce récoltée aux îles
+Baléares, et qui a été donné au Muséum par M. Cambessèdes.
+
+[Illustration : Silphium cyrenaïcum, de la Cyrénaïque (fragment de
+feuille grandeur naturelle).]
+
+Nous avons déjà reproduit (page 12) la semence du _Thapsia garganica_ et
+celle du _Silphium cyrenaïcum_ pour montrer l’identité parfaite de cet
+organe dans les deux plantes. Nous reproduisons actuellement, pages 14
+et 15, un fragment de leurs feuilles ; l’un provient d’un échantillon
+récolté dans la plaine de Blidah, l’autre a été détaché d’une feuille
+récoltée par le consul des États-Unis à Tripoli, sous les yeux du Dr
+Laval ; personne ne peut contester l’authenticité du type représentant
+le prétendu Silphion. Or, la comparaison ne permet plus de douter que le
+Dr Laval ne se soit complétement mépris sur le caractère des trois lobes
+terminaux ; ce caractère existe dans les deux exemples. Dans le compte
+rendu de son voyage en Cyrénaïque, M. Daveau s’exprime ainsi au sujet
+des feuilles : « Les feuilles sont exactement divisées comme celles du
+_Thapsia garganica_, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins
+grands de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup plus
+développées que celles insérées sur la tige et qui sont toujours
+alternes entre elles. » (Voir Appendice, page 51.)
+
+L’examen des feuilles du _Thapsia garganica_ du Muséum n’avait point
+permis au Dr Laval de soutenir longtemps que les trois lobes terminaux,
+pas plus que les graines, différenciaient sa plante de celle de
+l’Algérie ; mais tenant, on ne sait trop pourquoi, à maintenir
+absolument une différence spécifique entre elles, il eut recours plus
+tard à la _racine_, et la représenta comme fournissant les véritables
+caractères distinctifs ; seulement, il n’a jamais pu en donner la
+preuve : les caisses qui renfermaient précisément les échantillons ayant
+été perdues au chemin de fer, ainsi que nous l’avons déjà signalé.
+
+
+« Le Thapsia _garganica_, disent les prôneurs du silphium n’a qu’une
+racine pivotante et _quelquefois_ bifurquée à son extrémité, tandis que
+notre Thapsia _silphium_ a des racines grosses et nombreuses,
+_traçantes_, divergentes, horizontales ; de la souche principale
+naissent quatre à huit rhizomes qui atteignent une longueur de 0m 70 à
+0m 80, et quand leur extrémité rencontre la surface du sol, elle donne
+naissance à une nouvelle souche. »
+
+Or, ce n’est pas _quelquefois_ que la racine de Thapsia garganica est
+bifurquée à son extrémité, c’est _toujours_, à un certain âge ; j’en ai
+reçu de l’Algérie qui ont trois, quatre et jusqu’à neuf bifurcations,
+toutes _très_-horizontales, exactement comme celles du plateau de Cyrène
+rapportées par M. Daveau ; j’en mets les dessins en regard (Voir pages
+18 et 19).
+
+Quant aux quatre ou huit rhizomes de la souche principale qui seraient
+un signe distinctif du _Silphium cyrenaïcum_, il est bon de noter que ce
+caractère appartient à toutes les ombellifères vivaces, moins la
+longueur ; aucun botaniste n’a jamais admis ces racines _traçantes_,
+longues de 0m 80, qui donneraient naissance à de nouvelles souches
+lorsque leur extrémité rencontre la surface du sol.
+
+M. Daveau, dans la relation de son voyage, s’exprime ainsi au sujet de
+la racine de la plante cyrénéenne :
+
+
+« La _racine_ de cette plante qui, à tout âge, est d’une couleur brune,
+de _simple_ qu’elle est dans sa jeunesse, devient _rameuse_ en
+vieillissant, comme l’est, du reste, celle du _Thapsia garganica_,
+lorsqu’il croît dans un sol aride et pierreux, conditions réunies
+précisément par celui de la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt
+s’enfoncent perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus
+horizontalement ; mais, _dans aucun cas_, elles ne donnent naissance à
+des bourgeons adventifs en se rapprochant de la surface du sol. Ce mode
+de multiplication, qu’on disait être le seul de cette plante, est même
+_matériellement impossible_, puisque les pieds du Thapsia Silphium sont
+séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20
+mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers où
+il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de _tracer_. »
+
+
+Quant à l’agent thérapeutique, c’est-à-dire au produit gommo-résineux du
+silphium, il vient, lui aussi, témoigner en faveur de l’identité des
+deux plantes.
+
+Tout le monde connaît les emplâtres de Thapsia du pharmacien
+Leperdriel ; ils sont préparés avec le suc gommeux du _Thapsia
+garganica_ et produisent, sur la peau, de nombreuses vésicules. Ces
+cloches remplies d’eau sont déterminées par le suc du Thapsia qui
+contient un principe acre, vésicant. Or, le suc gommo-résineux du
+_Silphium cyrenaïcum_ contient le même principe, de l’aveu du Dr Laval,
+et, pour être pris à l’intérieur, il doit être dépouillé de ce principe
+irritant qui produirait sur les organes internes le phénomène que les
+emplâtres de Thapsia produisent sur la peau.
+
+Ainsi, tout vient confirmer l’opinion des savants, botanistes et
+médecins, qui ont reconnu, comme nous, la parfaite identité des deux
+plantes.
+
+[Illustration : Silphium cyrenaïcum : racine bifurquée.]
+
+[Illustration : Silphium cyrenaïcum : vieille souche à racines
+multiples.]
+
+Il est donc acquis définitivement à la science, que le _Silphium
+cyrenaïcum_ n’est pas autre chose que le _Thapsia garganica_ de
+l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, etc. :
+
+
+_Parce que le Thapsia garganica, croissant parallèlement des deux côtés
+de la Méditerranée, il est tout naturel que cette espèce vienne
+également en Cyrénaïque ;_
+
+
+_Parce que la gomme résine des deux plantes contient les deux mêmes
+principes, l’un vésicant, l’autre résolutif, et présente les mêmes
+dangers ;_
+
+[Illustration : Thapsia garganica : racine bifurquée.]
+
+[Illustration : Thapsia garganica : vieille souche à racines multiples.]
+
+
+_Parce que les racines et les éléments histologiques de cet organe sont
+semblables dans les deux plantes ;_
+
+
+_Parce que leurs graines sont absolument identiques ;_
+
+[Illustration : Silphium cyrenaïcum.]
+
+[Illustration :Silphium cyrenaïcum. Thapsia garganica.]
+
+
+_Parce que les feuilles ne présentent aucune différence, comme on peut
+le voir par les fragments représentés ci-dessus et page 21._
+
+[Illustration : Thapsia garganica.]
+
+
+En rapportant de la Cyrénaïque la plante que l’on dérobait à nos
+regards, M. Daveau a rendu un véritable service à la science et à
+l’humanité.
+
+ * * * * *
+
+
+ II
+
+
+Nous avons démontré que le _Thapsia silphium_ de Viviani (Silphium
+cyrenaïcum du Dr Laval) est tout simplement le _Thapsia garganica_ de
+l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, etc. Il s’agit maintenant de
+prouver qu’il n’est pas le _Silphion_ des Grecs.
+
+Uniquement préoccupé des intérêts de la science et des droits de la
+vérité, nous allons résoudre franchement et nettement la seconde partie
+du problème, et, après avoir dit _ce qu’est_ le Silphium cyrenaïcum,
+nous allons dire _ce qu’il n’est pas_.
+
+Le professeur Œrsted, de Copenhague, qui a publié sur ce sujet un
+travail très-étendu[5], après avoir émis l’opinion que le Silphion des
+Grecs n’est pas le _Thapsia silphium_ de Viviani (_Silphium cyrenaïcum_
+du Dr Laval), ni aucune autre espèce d’ombellifère, se range à l’avis de
+plusieurs auteurs modernes qui sont convaincus que la plante des Grecs
+n’a jamais été retrouvée ; puis, il émet la pensée que ce Silphion
+devait avoir une grande ressemblance avec le _Ferula asa-fœtida_, autant
+qu’on en peut juger d’après les médailles de l’antiquité.
+
+[Illustration]
+
+Bien que le savant danois appuie notre thèse, en affirmant que le
+Thapsia Silphium du Dr Laval n’est en aucune façon le Silphion des
+Grecs, nous n’acceptons pas comme valable l’argument qu’il tire du
+dessin des monnaies cyrénéennes. Lorsqu’on connaît, comme nous, les
+difficultés que le botaniste éprouve chaque jour, pour la détermination
+de certaines espèces, alors qu’il est entouré de matériaux de toutes
+sortes (échantillons types, descriptions complètes, dessins autrement
+exacts que ceux des livres anciens), il est impossible d’admettre qu’on
+puisse prendre pour terme de comparaison le dessin informe, et
+relativement microscopique, des monnaies de Cyrène, et qu’on puisse
+demander à cette source des raisons concluantes, soit pour affirmer la
+similitude avec le Dr Laval, soit pour la nier avec le professeur
+Œrsted.
+
+On ne peut qu’admirer le profond savoir de ces botanistes modernes, qui
+non-seulement ont su reconnaître, dans le dessin des médailles
+anciennes, une espèce particulière d’ombellifères, mais qui ont cru
+pouvoir affirmer que la plante ainsi représentée n’est ni une Férule, ni
+une Berce, ni le Thapsia garganica, mais bien le Thapsia silphium ! Pour
+nous, nous disons hautement que jamais les ombellifères n’ont eu des
+feuilles _opposées connées_, comme dans le Chardon à foulon (Dipsacus
+fullonum), ainsi qu’il est indiqué sur les médailles ; que jamais les
+graines de Thapsia n’ont eu la forme d’un _cœur_ comme celles qui sont
+figurées sur les dites médailles cyrénéennes. Nous disons hautement que
+le dessin des médailles représente tout ce que l’on voudra, excepté une
+ombellifère.
+
+Nous avons d’ailleurs des arguments tout à fait décisifs pour démontrer
+que le Silphium cyrenaïcum du Dr Laval n’est pas le Silphion des
+anciens. Nous allons les énumérer :
+
+[Illustration : Fragment d’une feuille de persil.]
+
+I. — Ceux qui prétendent que la plante récoltée récemment en Cyrénaïque
+est le Silphion des anciens, signalent, d’après Théophraste, entre
+autres caractères, la _forme_ des feuilles ; mais ils négligent tous de
+la spécifier. L’_oubli_ sera trouvé tout naturel quand on saura que
+cette forme exclut précisément toute ressemblance entre la plante
+ancienne et la plante prônée de nos jours.
+
+En effet, on lit dans Théophraste : « La tige du Silphion est grande
+comme celle de la Férule ; sa feuille est _semblable à celle du
+persil_ » (liv. VII, ch. III).
+
+D’après Dioscoride, « la graine était large, et les feuilles étaient
+_semblables à celles du persil_ » (liv. III, ch. LXXVIII).
+
+D’après Pline, « la graine était aplatie comme une feuille, l’écorce de
+la racine était noire ; les feuilles _ressemblaient fort à celles du
+persil_, et poussaient au printemps. »
+
+[Illustration : Fragment de feuille de Silphium cyrenaïcum du Dr Laval.]
+
+[Illustration :Fruit du Silphion des anciens. Fruit du Silphium
+cyrenaïcum de Laval.]
+
+Or, il suffit de mettre en regard (comme il est fait ci-dessus), un
+fragment de feuille de persil et un fragment de la feuille de Silphium
+récoltée en Cyrénaïque par le consul des États-Unis à Tripoli, en
+compagnie du Dr Laval, pour être aussitôt convaincu que le Thapsia
+Silphium du plateau de Cyrène n’est pas du tout le Silphion des anciens.
+
+
+II. — Le suc du Silphion était _âcre_, dit-on. Oui, dans le sens du mot
+latin _acer_, et du mot grec ακη (aké), aigu, pointe, c’est-à-dire qu’il
+avait un goût piquant, aigrelet[6], comme certains fruits ; mais nulle
+part il n’est question des propriétés irritantes dont parle le Dr
+Laval ; nulle part il n’est question d’un principe vésicant, et encore
+moins d’un procédé quelconque pour l’en débarrasser et le rendre
+inoffensif.
+
+Au contraire, le suc du Silphium cyrenaïcum est composé de deux
+principes, l’un vésicant, l’autre résolutif ; et il est indispensable de
+lui enlever la propriété vésicante pour pouvoir l’administrer à
+l’intérieur[7].
+
+
+III. — Tous les auteurs anciens s’accordent à dire que les bestiaux
+engraissaient par l’usage du Silphion, et que leur chair devenait
+meilleure.
+
+Or, le Silphium cyrenaïcum des modernes est considéré comme un poison
+pour les animaux. « La paille qu’on tire de la région où il abonde n’est
+donnée aux ânes et aux mulets que lorsqu’elle a été examinée avec soin
+et reconnue exempte de fragments de tiges et de graines de Silphium
+cyrenaïcum. » (Dr Reboud, _Lettre à la Société botanique de France_,
+1875.)
+
+« On sait, dit M. Cauvet, que les chameliers ont soin de musuler les
+chameaux et les ânes, pendant le parcours de la région où croît cette
+plante. Ils prétendent qu’une semence suffit pour déterminer, chez ces
+animaux, une diarrhée très-intense pouvant amener la mort. » (Cauvet,
+_Nouv. élém. d’hist. natur. médic._)
+
+
+IV. — Le Silphion des Grecs (Laserpitium des Romains), était considéré
+comme un médicament universel, mais il était aussi, et surtout, un
+condiment très-recherché par les gourmets. Pline dit : « Après les
+truffes et les champignons, c’est le Laserpitium (le Silphion), qui
+tient le premier rang. » — Dioscoride raconte qu’on mangeait la racine
+mêlée avec du sel, pour donner une saveur plus agréable aux viandes. —
+Enfin, on lit dans Théophraste, que les racines qu’on apportait à
+Athènes étaient conservées et mises dans des pots avec de la farine,
+mais qu’elles étaient bonnes également _fraîches_, coupées en tranches
+et assaisonnées avec du vinaigre.
+
+Or, la plante récoltée par Laval ne pourrait être un condiment, et l’on
+se garderait bien, assurément, d’en manger la racine _fraîche_ coupée
+par tranches. Même lorsqu’elle est dépouillée de son principe vésicant,
+elle ne cesse pas d’être dangereuse, et l’extrait aqueux que contiennent
+les granules pharmaceutiques demande à être manié avec une grande
+prudence, d’après le compagnon de voyage du Dr Laval.
+
+
+« La question du nombre de granules à donner, dit-il dans une
+instruction écrite que nous avons sous les yeux, est difficile à
+résoudre. Le nombre doit être en rapport avec l’intensité de la maladie,
+la susceptibilité nerveuse du sujet, et sa réceptivité pour le
+médicament. Tel supportera 10 granules jaunes par jour, pendant des
+semaines, sans qu’il se manifeste la moindre aggravation
+médicamenteuse ; tel autre ne pourra prendre la moitié de cette dose
+sans qu’il survienne des crachements de sang et des étouffements. »
+
+
+En résumé, le Silphium cyrenaïcum n’est pas le Silphion des Grecs :
+
+
+_Parce que son aspect, d’après le professeur Œrsted, n’est pas du tout
+celui du dessin des médailles, contrairement à l’affirmation du Dr
+Laval ;_
+
+
+_Parce que les graines apportées par le Dr Laval ne ressemblent
+aucunement aux graines à forme de cœur représentées sur les médailles de
+la Cyrénaïque_ (voir page 25) ;
+
+
+_Parce que les feuilles du Silphion étaient semblables à celles du
+persil, d’après Théophraste, Dioscoride, Pline, alors que celles du
+Silphium du Dr Laval en diffèrent aussi complétement que possible, et
+sont en tout semblables à celles du Thapsia garganica_ (pages 24 et
+25) ;
+
+
+_Parce que les bestiaux engraissaient par l’usage du Silphion ancien,
+alors qu’ils sont empoisonnés par le Silphium moderne ;_
+
+
+_Parce que le suc du Silphion ancien était constamment pris à
+l’intérieur, soit comme épice, soit comme médicament, sans préparation
+chimique, alors que le Silphium moderne ne peut entrer en aucun cas dans
+l’alimentation ; alors qu’il est indispensable de le priver de son
+principe vésicant, pour l’employer comme agent médicamenteux ; alors
+que, même dépouillé de ce principe, l’extrait aqueux peut provoquer,
+dans certains cas, des crachements de sang et des étouffements._
+
+ * * * * *
+
+
+ III
+
+
+Il nous reste à dire quelques mots sur les propriétés merveilleuses que
+l’on a attribuées au _Silphium cyrenaïcum_.
+
+Les médicaments qui guérissent _infailliblement_ la phthisie, d’après
+les prospectus, deviennent chaque jour plus nombreux, et pourtant nous
+voyons mourir les phthisiques comme auparavant. On ne sera donc pas
+surpris si nous disons que les promesses qu’on nous fait, au nom du
+Silphium cyrenaïcum (ou mieux _Thapsia garganica_), nous trouvent tout à
+fait incrédule. Pour admettre, comme possibles, des résultats même
+beaucoup moins prodigieux que ceux annoncés par le Dr Laval (la guérison
+de la phthisie et de la méningite tuberculeuse), il nous faudrait autre
+chose que les affirmations des petites brochures, autre chose que les
+réclames de la quatrième page des journaux.
+
+Dans le mémoire inséré au _Bulletin de la Société d’acclimatation_, le
+Dr Laval parle de quelques guérisons qui auraient été obtenues par le Dr
+Chartier, médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes ; mais
+son assertion ne nous suffit pas. Où sont les observations médicales du
+Dr Chartier ? Où est son témoignage ? Ce médecin ne serait-il pas celui
+auquel il est fait allusion dans les brochures publiées sur le Silphium,
+et dont l’auteur _n’est pas autorisé_, dit-il, à écrire le nom ? On
+invoque les règlements militaires pour expliquer ce silence ; mais est-
+ce que le Dr Laval, médecin militaire, n’a pas publié un mémoire sur le
+Silphium dans le _Bulletin de la Société d’acclimatation_ ? Est-ce qu’il
+n’a pas nommé le Dr Chartier ? Est-ce que le Dr Cauvet, pharmacien
+militaire, a hésité à publier divers travaux sur le même sujet ?
+
+Il serait à désirer, dans l’intérêt de la science et de l’humanité,
+qu’on sortît de cette réserve et qu’on publiât l’opinion du Dr
+Chartier ; nous la réclamons avec instance[8].
+
+En attendant, énumérons les maladies que le Silphion des Grecs
+guérissait infailliblement, et que le Silphium des modernes devra guérir
+non moins infailliblement :
+
+
+« L’action du Silphium cyrenaïcum sur les tubercules à forme chronique,
+dit le Dr Laval, peut être plus rapidement appréciée dans la
+_tuberculose aiguë_ et dans la _méningite_ de même nature. » (_Bulletin
+de la Société d’acclimatation_. Mars, 1874.)
+
+
+D’après deux petites brochures publiées par le compagnon de voyage du Dr
+Laval, la _phthisie pulmonaire_, la _phthisie laryngée_, le _catarrhe_,
+l’_angine_, et toutes les maladies indiquées par les anciens comme
+trouvant leur remède dans le Silphion des Grecs, pourront être guéries à
+l’aide du Silphium cyrenaïcum, « par les médecins _qui ne reculent pas
+devant l’application d’un remède nouveau_. » Mais l’auteur de ces
+brochures est bien injuste, pour le Silphion des Grecs, lorsqu’il se
+borne à citer, d’après Dioscoride, l’enrouement, l’esquinancie, la toux,
+les douleurs de côté, les maladies du poumon, comme guéries autrefois
+par cette plante célèbre.
+
+D’après Dioscoride, le Silphion guérissait encore : la _scrofule_, la
+_sciatique_, les _hémorrhoïdes_, les _contusions_, les _cataractes
+récentes_, les _maux de dents_, les _morsures des animaux_, la
+_gangrène_, l’_anthrax_, les _maladies de la peau_, les _polypes du
+nez_, les _excroissances de chair_..... Bu _dans un œuf mollet_, il
+guérissait la _toux_, les _douleurs de côté_ et l’_hydropisie_. Bu dans
+du vin avec de l’encens, il guérissait les _tremblements_ qui précèdent
+la fièvre. Pris dans un grain de raisin, il combattait utilement les
+_fluxions stomacales_. Mêlé au poivre et à la myrrhe, il _provoquait les
+règles_, etc.
+
+D’après Hippocrate, il était souverain contre la _fièvre singultueuse_,
+la _fièvre tierce_, la _fièvre quarte_, les _chutes du rectum_, la
+_pleurésie_, etc.
+
+D’après Pline, il guérissait les _écrouelles_, les _hémorrhoïdes_, les
+_contusions_, les _spasmes_, la _goutte_, la _jaunisse_, l’_hydropisie_,
+la _toux_, l’_enrouement_, la _pleurésie_, l’_esquinancie_, les CORS,
+les DURILLONS ; il arrêtait la chute des cheveux !!! etc.
+
+Voilà le champ dans lequel peuvent désormais se mouvoir, avec une
+entière sécurité, et avec la perspective de succès éclatants, les
+médecins _qui ne reculent pas devant l’application d’un remède
+nouveau !!_ Ce domaine sera des plus vastes, et c’est à peine si celui
+de la _douce revalescière_ pourra lui être comparé.
+
+Malheureusement, le récit scientifique des résultats obtenus par le Dr
+Laval, à l’aide du _Silphium cyrenaïcum_, fait absolument défaut.
+
+L’une des brochures de son compagnon de voyage renvoie bien _au livre_
+du Dr Laval sur le Silphium cyrenaïcum ; mais ce livre n’a jamais
+existé. Le libraire qu’on indique ne l’a jamais possédé[9].
+
+
+« L’emploi du Silphium, dit l’auteur de la brochure citée, n’exclut
+aucun des moyens _auxiliaires_ que le médecin juge à propos de
+conseiller : huile de foie de morue, frictions iodées, hypophosphites,
+_médicaments homœopathiques_[10], granules dosimétriques, eaux
+minérales, etc. Son action réparatrice s’exerce indépendamment de tout
+ce qu’on peut lui adjoindre. Nous ferons cependant une exception pour
+les médicaments altérants, comme l’arsenic à haute dose, l’iodure de
+potassium, etc. »
+
+
+D’ordinaire, les nouveaux médicaments, lancés par les petites brochures,
+ou par la quatrième page des journaux, balayent devant eux, comme
+dangereux ou inutiles, les médicaments antérieurement employés. Le
+_Silphium cyrenaïcum_ se garde bien d’imiter cet exemple. Il veut se
+préparer un bon accueil dans le monde médical ; il tient à vivre en
+parfaite intelligence avec ses voisins ; il est bon prince, pour tout
+dire en un mot. Sans doute, il peut guérir _tout seul_ l’angine
+catarrhale, la phthisie pulmonaire à tous les degrés, la méningite
+tuberculeuse[11], etc. Mais, si l’on veut employer concurremment les
+eaux minérales, l’huile de foie de morue, les hypophosphites du Dr
+Churchill, les granules dosimétriques du Dr Burgraeve, qui sont préparés
+avec les substances les plus énergiques (atropine, émétique, morphine,
+cyanure de zinc, digitaline, etc.), le _Silphium cyrenaïcum_ n’y fera
+aucune opposition. Il acceptera, sans s’en émouvoir, le contact
+(j’allais dire le concours), de ces agents si actifs et si dangereux que
+l’auteur de la brochure, par un heureux choix d’expressions, appelle des
+_moyens auxiliaires_, et qui ne permettront guère assurément de faire à
+chacun sa part dans les succès ou dans les revers.
+
+Du reste, que les disciples de Hahnemann se rassurent : _même les
+médicaments homœopathiques_ ne seront pas exceptés ; ils pourront
+cheminer côte à côte avec le Silphium cyrenaïcum sans gêner en rien ses
+mouvements, et sans être gênés par lui. Jusqu’ici, nous avions entendu
+dire que les remèdes homœopathiques n’aimaient pas à rencontrer dans
+l’organisme d’autres agents médicamenteux, et qu’ils devaient faire
+seuls leur œuvre, pour qu’elle fût faite utilement. Mais les
+propagateurs du Silphium ont changé tout cela ; nous n’avons plus qu’à
+nous incliner.
+
+
+ IV
+
+
+Et maintenant résumons-nous.
+
+
+Les propagateurs du _Silphium cyrenaïcum_ affirmaient que cette
+ombellifère n’avait rien de commun avec le _Thapsia garganica_, ils le
+prenaient même de très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion
+contraire ;
+
+
+_Or, il est démontré aujourd’hui, par les matériaux rapportés de la
+Cyrénaïque, que les deux ombellifères sont une seule et même plante._
+
+
+Le Dr Laval avait présenté les graines de son _Thapsia Silphium_ comme
+différentes de celles du _Thapsia garganica_ ;
+
+[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.]
+
+
+_Or, elles sont absolument identiques ; elles présentent les mêmes
+variations de formes que dans le Thapsia garganica._
+
+
+Le Dr Laval avait prétendu ensuite que les feuilles de sa plante
+n’étaient pas entièrement semblables à celles du _Thapsia garganica_.
+
+
+_Or, il suffit de jeter les yeux sur les échantillons du Muséum, et
+aussi sur les dessins que nous donnons ci-dessous et page 35 pour
+constater combien son assertion était peu fondée._
+
+[Illustration : Silphium cyrenaïcum.]
+
+
+Tout récemment, le compagnon de voyage du Dr Laval décrivait, après lui,
+la racine du _Silphium cyrenaïcum_, et affirmait qu’elle était
+absolument différente de celle du _Thapsia garganica_ ; il ajoutait,
+avec une assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le
+caractère distinctif ;
+
+
+_Or, en comparant les racines que M. Daveau a rapportées de la
+Cyrénaïque, avec celles du Thapsia garganica, on constate qu’elles sont
+entièrement semblables_ (voir pages 18 et 19).
+
+
+L’auteur des brochures écrivait, après le Dr Laval, que les racines de
+leur plante étaient _traçantes_, et donnaient naissance à une nouvelle
+souche, lorsque ces racines rencontraient la surface du sol.
+
+[Illustration : Thapsia garganica]
+
+
+_Or, M. Daveau affirme,_ de visu, _que rien n’est moins exact ; il
+soutient que ce mode de multiplication, qu’on disait être le seul pour
+cette plante, est matériellement impossible, et il en a donné la raison_
+(voir pages 17 et 50).
+
+
+Le Dr Laval assurait que la reproduction de la plante ne pouvait se
+faire par les graines, parce qu’elles étaient _toutes_ détruites par un
+insecte de l’ordre des hémiptères ;
+
+
+_Or, ce fait que nous repoussions à priori avec tous les botanistes, est
+nié par M. Daveau de la façon la plus positive ; il affirme que la
+reproduction de la plante se fait par la graine, et qu’elle ne peut se
+faire autrement._
+
+
+« Les _graines_, dit M. Daveau, tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont
+d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles
+sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur
+paille. Ces graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par
+exemple, attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte
+de l’ordre des hémiptères ; mais, à mesure qu’on s’élève au-dessus du
+niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène
+(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et
+le plus grand nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le
+semis que se fait la reproduction_, et c’est le seul mode de
+multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque[12]. »
+
+
+
+Ainsi donc, autant d’assertions, autant d’erreurs.
+
+
+MM. Laval et son compagnon de voyage qui ne montraient ni les _tiges_,
+ni les _feuilles_, ni les _racines_, reprochaient aux savants d’avoir
+résolu le problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le
+problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les
+botanistes, _avec toutes les pièces sous les yeux_, et la solution est
+absolument la même.
+
+Il est donc désormais acquis que le _Silphium cyrenaïcum_ n’est pas du
+tout le _Silphion_ des anciens, et qu’il est tout simplement le _Thapsia
+garganica_.
+
+Quant au fameux _Silphion_ des Grecs, il reste toujours plongé dans
+cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout ce qui appartient
+à l’histoire de l’antiquité païenne.
+
+
+Il importait de ne pas laisser s’accréditer plus longtemps une erreur
+profondément regrettable. En rapportant de la Cyrénaïque la plante qui
+était invisible à Paris, M. Daveau a donc rendu, nous le répétons, un
+véritable service à la science et à l’humanité.
+
+
+Les débats sont clos. La légende s’évanouit, et la vérité scientifique
+reprend enfin ses droits. Notre but est atteint.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ APPENDICE
+
+ * * * * *
+
+ LES BROCHURES SUR LE SILPHIUM
+
+
+M. Petit, pharmacien de première classe à Paris, membre de la _Société
+botanique de France_, avait démontré très-nettement dans deux lettres
+adressées à la _Ruche pharmaceutique_, que le _Silphium cyrenaïcum_
+était tout simplement le _Thapsia garganica_, et que, dans tous les cas,
+il n’était pas le Silphion des anciens.
+
+C’est pour combattre cette opinion que le compagnon de voyage du Dr
+Laval a publié l’une de ses brochures.
+
+Disons tout de suite que cette publication laisse tout à fait intacte la
+démonstration de M. Petit. Les arguments de _l’explorateur de la
+Cyrénaïque_ ne sont en rien concluants, et ils ne sauraient résister à
+un examen attentif. Nous allons en passer quelques-uns en revue et les
+réduire à néant, bien que nous soyons _du nombre de ceux qui tranchent
+la question sans avoir vu la plante aux lieux où elle croît_.
+
+
+« M. Petit, écrit-il, déclare que le Silphion des anciens reste perdu
+pour nous... Il cite l’opinion du professeur Œrsted, de Copenhague, qui
+affirme que notre plante (le Thapsia silphium) ne présente, ni dans son
+aspect, ni dans ses propriétés, la moindre ressemblance avec la célèbre
+plante de l’antiquité.
+
+J’en demande pardon au savant professeur, mais son affirmation est un
+peu aventurée. Il ne connaît du Silphion des anciens que l’image
+reproduite sur les monnaies de Cyrène. Que l’artiste peu expérimenté ne
+soit pas arrivé à une reproduction rigoureusement exacte de la plante,
+cela est vrai ; mais il est impossible de ne pas y reconnaître une
+ombellifère. Et si quelques plantes de cette famille, les _Férules_, les
+_Fenouils_, etc., offrent quelque analogie avec l’empreinte de ces
+médailles, il y a une particularité qui place ces ombellifères hors de
+comparaison, c’est leur _absence absolue_ dans la contrée où croît le
+Silphium, contrée qui est bien la même dans laquelle on récoltait le
+Laser cyrenaïcum. »
+
+
+_L’explorateur de la Cyrénaïque_ n’en sait pas plus long, assurément,
+que le professeur Œrsted, sur le Silphion des Grecs et sur les monnaies
+qui en donnent la figure ; on se demande donc sur quoi il se fonde pour
+affirmer que l’artiste n’est pas arrivé à une reproduction fidèle de la
+plante. Et quand il prétend qu’il n’y a pas d’autres ombellifères que le
+Silphium du Dr Laval, dans la contrée où croissait le Silphion des
+Grecs, il commet une erreur inexplicable.
+
+En effet, dans son ouvrage _Floræ libycæ specimen, etc._, le professeur
+Viviani enregistre, pages 15, 16 et 17, _neuf_ espèces d’ombellifères
+récoltées par Della Cella, parmi lesquelles figurent : _Ferula
+nodiflora_, _Ferula communis_, _Ferula opopanax_, _Caucalis
+leptophylla_, son _Thapsia silphium_ ou _Thapsia garganica_ de Linné. De
+plus, M. Daveau en a rencontré plusieurs espèces qui ont leur
+importance : _Smyrnium olusatrum_, _Apium graveolens_ (Céleri), _Apium
+Petroselinum_ (Persil), _Fœniculum vulgare_ (Fenouil), etc.
+
+[Illustration : Silphion des Grecs, d’après la figure publiée par
+Viviani.]
+
+Nous avons déjà dit notre pensée sur la valeur de l’argument tiré du
+dessin des monnaies. Nous répéterons : que jamais les ombellifères n’ont
+de feuilles _opposées_ ; que jamais les graines des _Thapsia_ et du
+_Silphium cyrenaïcum_ n’ont eu la forme d’un _cœur_, comme celles qui
+sont représentées sur les médailles cyrénéennes ; que le dessin des
+médailles ne représente rien moins qu’une ombellifère, ainsi qu’on peut
+s’en convaincre par l’examen de l’image reproduite à la page précédente.
+
+En admettant l’exactitude relative des dessins représentés sur les
+médailles, on pourrait émettre cette opinion : que le Silphion des Grecs
+n’a jamais été un Thapsia, ni un Ferula, etc., par cette raison que,
+dans ces genres, le fruit est un biakène comprimé dorsalement, tandis
+que le dessin des médailles a eu la prétention de représenter un biakène
+déprimé latéralement comme dans le genre Smyrnium ; car si l’artiste n’a
+pas prolongé l’échancrure supérieure jusqu’en bas de son dessin pour
+indiquer la suture commissurale des deux carpelles, c’est qu’il a voulu
+rendre l’illusion du _cœur_ plus complète.
+
+Les auteurs qui ont cherché à faire la lumière sur cette question
+auraient été plus près de la vérité, croyons-nous, en faisant du
+Silphion des Grecs un _Smyrnium_ par exemple ; c’est dans ce genre, en
+effet, qu’on rencontre des ombellifères à feuilles à _peu près opposées_
+dans la partie supérieure des tiges, et à fruits pouvant, à la rigueur,
+être pris pour _un cœur_ par un artiste de l’antiquité. On en jugera par
+les figures ci-dessous. Nous ajouterons qu’une espèce de ce genre, le
+_Smyrnium olusatrum_ produit une gomme résine fort estimée dans le pays
+où croissait jadis le fameux Silphion, et que les habitants de cette
+contrée en font usage pour guérir les ophthalmies.
+
+[Illustration :Smyrnium olusatrum. Silphion des anciens. Silphium
+cyrenaïcum de Laval.]
+
+Quant à la disparition complète du Silphion ancien, de la contrée où il
+s’était développé, ce n’est pointe un fait unique dans l’histoire des
+végétaux. Tout le monde sait que le Papyrus a disparu de l’Egypte et
+qu’on le retrouve dans une autre partie de l’Afrique. Et l’auteur de la
+brochure sur le Silphium qui n’a pas à _devenir_, lui, un botaniste
+consommé, a certainement constaté, dans ses herborisations, des faits
+analogues pour plusieurs espèces de la flore française.
+
+
+« M. Petit, dit encore _l’explorateur de la Cyrénaïque_, déclare que le
+Silphium cyrenaïcum ne saurait être le Silphion des anciens, parce que
+les bestiaux pouvaient manger celui-ci, tandis que le premier fait périr
+les animaux qui en mangent. Mais il oublie de dire que si les Vandales
+ont entrepris la destruction du Silphion lors de leur invasion dans la
+Cyrénaïque, c’est qu’il tuait leurs chevaux, ce qui prouve qu’il n’était
+pas plus inoffensif qu’aujourd’hui. »
+
+
+Dans sa thèse, M. Deniau exprimait à titre de simple supposition cette
+idée : que les Vandales avaient pu entreprendre la destruction du
+_Silphion_, parce qu’il tuait leurs chevaux ; et aussitôt les
+propagateurs du Silphion ont transformé l’hypothèse en un fait acquis.
+_L’explorateur de la Cyrénaïque_ n’est pas heureux dans ses
+affirmations. Les auteurs anciens ont expliqué la disparition du
+Silphion de diverses manières, mais aucun ne parle de son action
+mortelle sur les chevaux des Vandales. Le Dr Laval n’en dit pas un mot ;
+il connaissait sans doute, lui, ce passage de Théophraste : « Il est
+étrange de dire que le bétail se purge en mangeant le Silphion ; au
+contraire, il s’engraisse merveilleusement, et sa chair en devient
+meilleure. »
+
+L’adversaire de M. Petit s’est tout simplement fourvoyé. C’est le
+_Thapsia_ qui tuait le bétail, et non le _Silphion_ ; ce qui prouve une
+fois de plus que le Dr Laval n’a trouvé en Cyrénaïque que le Thapsia
+garganica. « Le Thapsia, dit Théophraste, croît en plusieurs lieux, mais
+principalement en la terre d’Athènes ; les bêtes du pays n’en mangent
+point (par instinct), et si les bêtes étrangères en mangent, il faut
+nécessairement que leur ventre se lâche ou qu’elles meurent. » (Livre
+IX, chap. XXII.)
+
+
+« Ces exemples, dit l’auteur de la brochure, démontreraient que le
+_Thapsia Silphium_ de Viviani, malgré ses propriétés caustiques sur les
+téguments _sains_, s’applique avec le plus grand succès sur les tissus
+contus, déchirés ou blessés d’une façon quelconque. Néron ne l’ignorait
+pas, et il en tirait parti. »
+
+
+Le défenseur du Silphium cyrenaïcum se trompe encore ici manifestement.
+Ce n’est pas le _Silphion_ que Néron employait, mais bien le _Thapsia
+garganica_ très-commun dans toute la Pouille, province de l’ancien
+royaume de Naples. Néron ne vit jamais qu’un seul pied du Silphion des
+anciens. Pline dit (livre XIX, chap. III) : « Il y a longtemps qu’on ne
+trouve plus le Laserpitium (Silphion) en Cyrénaïque ; de notre temps on
+n’en a trouvé qu’une plante qui fut présentée au prince Néron. » Il est
+absolument muet sur son emploi contre les meurtrissures du visage. Mais,
+au livre III, chap. XXII, il dit : « L’empereur Néron a donné grand
+crédit _au Thapsia_ : il s’en est beaucoup servi au commencement de son
+règne. Allant de nuit dans les mauvais lieux, il rentrait chez lui avec
+le visage tout meurtri. Il ne faisait alors que l’oindre de Thapsia
+mélangé avec encens et cire, et le lendemain il paraissait en public
+avec un visage frais et net, parce que le Thapsia efface
+merveilleusement les meurtrissures. »
+
+Théophraste dit de son côté : « Le _Thapsia_ fait disparaître toutes les
+meurtrissures. » (Livre IX, chap. XXII.)
+
+
+_L’explorateur de la Cyrénaïque_ s’est donc de nouveau fourvoyé : il a
+appliqué au Silphion des anciens ce que les auteurs disent du Thapsia
+garganica. Il est certain que le Thapsia du temps de Théophraste et de
+Pline avait exactement les propriétés que M. Laval attribue à son
+Silphium. Et cela démontre, une fois de plus, que sa plante n’est pas
+autre chose que le Thapsia garganica.
+
+
+« Pouvant affirmer sans crainte d’être démentis, dit l’auteur dans un
+autre passage, que nous sommes, tant en France qu’à _l’étranger_, les
+seuls détenteurs du véritable Silphium cyrenaïcum expérimenté par le Dr
+Laval, nous engageons les médecins et les malades à n’avoir confiance
+que dans les préparations de Silphium qui sortent de notre
+laboratoire. »
+
+
+Cette affirmation paraîtra sans doute quelque peu hasardée, lorsqu’on
+aura lu le fragment suivant de la lettre que le Dr Reboud, intime ami de
+Laval, écrivait à la _Société botanique de France_, le 10 août 1874.
+
+« Laval a quitté Constantine vers la fin d’avril. A peine arrivé à
+Malte, il apprend que deux pharmaciens français ont pris depuis environ
+deux mois la direction de Benghazi, et qu’un médecin allemand, chargé
+d’une mission, attend le départ d’un bateau à vapeur pour se rendre en
+Cyrénaïque, dans le but de rechercher une plante autrefois célèbre, et
+depuis longtemps perdue. Ces nouvelles sont un nouveau stimulant pour
+lui faire accélérer son voyage... » (_Bulletin de la Société botanique
+de France_, séance du 13 novembre 1874.)
+
+Nous ajouterons que, depuis cette époque, notre collègue M. Daveau a
+rapporté de son voyage une quantité considérable de ce Silphium, et que
+ce produit pourra être exploité par plusieurs pharmaciens, si tant est
+qu’on veuille l’expérimenter, malgré son _identité absolue_ avec le
+Thapsia garganica de Reboulleau et de Leperdriel.
+
+
+« Il a suffi, dit ironiquement le défenseur du Silphium cyrenaïcum, de
+quelques graines présentées à M. Cosson, membre libre de l’Institut, à
+M. Baillon, professeur à l’École de médecine, à M. Planchon, professeur
+à l’École de pharmacie, pour que ces messieurs déclarassent, d’un commun
+accord, que le Silphium cyrenaïcum n’est autre chose que le Thapsia
+garganica. »
+
+
+Eh ! sans doute, quelques graines ont suffi à ces professeurs éminents,
+de même qu’une feuille, moins que cela, une foliole, suffisait naguère à
+l’un d’eux, M. le professeur Baillon, pour arriver à nommer
+scientifiquement une plante (le _Jaborandi_), dont on ne lui montrait
+que des débris informes.
+
+A qui la faute, d’ailleurs, si l’on n’a eu pendant longtemps que des
+graines sous les yeux pour résoudre le problème ? Pourquoi n’a-t-on
+jamais montré la tige, les feuilles, les racines, de cette _précieuse_
+plante ?
+
+
+« Si j’avais pu prévoir cette polémique, dit _l’explorateur de la
+Cyrénaïque_, page 11, j’aurais apporté quelques échantillons de racines
+entières que j’aurais mises à la disposition des savants qui ont eu à
+donner leur opinion, sans avoir les pièces nécessaires. »
+
+
+_Si j’avais pu prévoir cette polémique_ est tout simplement sublime !
+
+Eh ! quoi, depuis sept ans, on répète sur tous les tons au Dr Laval que
+son Thapsia Silphium n’est pas autre chose que le Thapsia garganica de
+l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie le Thapsia de Bertherand et de
+Reboulleau, exploité depuis vingt ans par le pharmacien Leperdriel ; il
+rencontre cette objection à Paris, à Valenciennes, en Afrique, et jusque
+dans l’ouvrage de son ami le pharmacien-major Cauvet ; au Muséum
+d’histoire naturelle, il la discute de vive voix, ses graines en main,
+et il perd son procès ; au Conseil de santé des armées, il n’est pas
+plus heureux ; partout il se heurte à ce Thapsia garganica qu’on lui
+oppose ; de tous côtés part le même cri : montrez donc votre plante, ou
+tout au moins quelques-unes de ses parties, les feuilles, les racines,
+et confondez vos contradicteurs. Son ami M. Cauvet, las de n’avoir sous
+ses yeux que des débris, bien que Laval eût fait déjà deux voyages en
+Cyrénaïque, insiste dans le même sens et lui remet, lors de la troisième
+excursion, un carton rempli de papier à dessécher pour qu’il rapporte
+enfin des échantillons complets. Et son compagnon de voyage ne rapporte
+ni une seule plante entière, ni une seule racine ! _Il n’avait point
+prévu cette polémique !_ c’est bien étrange en vérité.
+
+A la page 10 _l’explorateur de la Cyrénaïque_ s’exprime ainsi :
+
+
+« J’ai, d’ailleurs, la bonne fortune de pouvoir, moi aussi, m’appuyer
+sur l’autorité d’un professeur dont la compétence, dans la question, ne
+saurait être mise en doute. M. Cauvet vient d’envoyer à la Société de
+pharmacie une note sur le Silphium de la Cyrénaïque, _dont l’espèce
+connue des anciens_, dit-il, _n’aurait pas disparu, comme on l’a soutenu
+dans ces derniers temps_. Cette note, dont je n’ai pu encore avoir
+communication, doit apporter, dans la question, des arguments de nature
+à la trancher _ex professo_. »
+
+
+L’auteur de ces lignes n’a pas dû se féliciter longtemps de sa _bonne
+fortune_. Il n’avait pas compris évidemment que, dans cette note, M.
+Cauvet traduisait presque toujours l’opinion du Dr Laval, alors qu’il
+semblait exprimer son opinion personnelle.
+
+En effet, il y a sept ans, en 1869, dans son livre intitulé : _Nouveaux
+éléments d’histoire naturelle médicale_, M. Cauvet, l’ami de Laval,
+s’exprimait ainsi (page 320) :
+
+« M. le médecin principal Thomas, dans son rapport au baron Larrey,
+président du Conseil de santé des armées, a conclu que la plante
+regardée par le Dr Laval comme le Silphion des anciens est le Thapsia
+garganica des botanistes, ou le _bou-nafa_ des Arabes.
+
+M. Cosson, à qui j’ai communiqué la description du Silphium faite par le
+Dr Laval, y a reconnu aussi le Thapsia garganica.
+
+Comme, d’ailleurs, M. Laval assure qu’il n’a pas vu en Cyrénaïque
+d’autre plante pouvant être le Silphion, et que, d’autre part, les
+Arabes de l’Algérie appellent aussi _Dirias_ le Thapsia garganica (les
+Arabes de la Cyrénaïque appellent aussi _Dirias_ le Silphium du Dr
+Laval), il semble, ou que les anciens avaient beaucoup exagéré les
+propriétés du Silphion, ou que cette plante a totalement disparu de la
+Cyrénaïque. Cette dernière opinion semble d’autant plus probable que le
+_Laser_ s’écoulait (par incision), à la fois de la tige et de la racine,
+tandis que, selon M. Laval, la tige de son Silphium ne fournit
+absolument rien, soit par incision, soit par un traitement à l’alcool. »
+
+Dans une lettre que nous avons sous les yeux, et qu’il écrivait, il y a
+quelques mois, à un de nos amis, M. Cauvet s’exprime en ces termes :
+« Ce que j’ai vu du Silphium cyrenaïcum (semences et fragments de
+racines) ne diffère pas des mêmes parties du Thapsia garganica. Les
+éléments histologiques sont les mêmes, et semblablement disposés dans
+les racines des deux plantes. »
+
+Enfin, dans le mémoire qu’il lisait à la Société botanique de France, le
+8 janvier 1875, et que l’explorateur de la Cyrénaïque cite comme devant
+apporter dans la question des arguments de nature à la trancher _ex
+professo_, M. le Dr Cauvet proteste énergiquement contre le sens que
+l’on donne à ses propositions :
+
+« Dégagé de toute préoccupation mercantile, dit-il, j’ai lu avec le plus
+vif regret les réclames insérées à la quatrième page des journaux
+politiques. Affirmer ce que l’on ignore, avec une arrière-pensée de
+gain, me semble une action peu digne de notre profession. Je crois donc
+devoir protester d’avance contre toute supposition qui me ferait le
+compère de certaines gens. » (_Bulletin de la Société botanique_, 1875,
+page 17.)
+
+En parcourant rapidement le travail de M. Cauvet, on pourrait croire
+qu’il admet la similitude du Silphium de Laval et du Silphion des
+anciens, et qu’il vient prêter son appui à la plante cyrénéenne. On se
+tromperait complétement. En lisant son mémoire avec attention, on
+constate bientôt que le pharmacien-major de Nancy n’a pas _d’opinion
+arrêtée_, et que, lorsqu’il semble exprimer une conviction personnelle,
+il est tout simplement l’écho de son ami Laval, et écrit en quelque
+sorte sous sa dictée.
+
+1o — M. Cauvet _n’a pas d’opinion arrêtée_, puisqu’on lit dans l’article
+en question les phrases suivantes :
+
+« La note de M. Stanislas Martin regarde comme jugée une question que
+nos connaissances actuelles ne permettent pas de résoudre, et qu’un
+voyage dans la Pentapole libyque peut seul éclaircir[13]. »
+
+« Il _se peut_ que le Dr Laval ait retrouvé le Silphion des anciens. »
+
+« Si la plante de Laval est le Silphion des Grecs..... »
+
+« J’affirme que le mystère qui planait sur le Silphion des anciens
+subsiste complétement. »
+
+2o — M. Cauvet _est tout simplement l’écho de Laval_, puisqu’on lit dans
+son mémoire :
+
+« _Selon Laval_, les Algériens réfugiés en Cyrénaïque affirment..... »
+
+« _Selon Laval_, les racines du Silphium cyrenaïcum atteignent parfois
+un mètre de long..... »
+
+« _Selon Laval_, les fruits du Silphium cyrenaïcum sont dévorés avant
+leur maturité..... »
+
+« _Selon Laval_, le Silphium cyrenaïcum diffère du Thapsia
+garganica..... »
+
+Avions-nous raison de dire que l’_explorateur de la Cyrénaïque_ avait
+tort d’invoquer le témoignage du Dr Cauvet ?
+
+« Laval m’avait prié, dit le pharmacien-major de Nancy, de lui préparer
+des extraits aqueux et alcooliques _avec ce qui lui restait de poudre_.
+Depuis son départ, j’ai préparé de l’extrait aqueux de _Thapsia
+garganica_..... »
+
+Et M. Cauvet se met à comparer l’extrait de _Silphium cyrenaïcum_ et
+l’extrait du _Thapsia garganica_. Comme il croit y trouver certaines
+différences de goût, de couleur, d’odeur, etc. (que d’autres d’ailleurs
+ne constatent pas), il se demande si les deux plantes ne seraient pas
+différentes. C’est la première fois assurément qu’un botaniste se
+prononcerait sur la _similitude_ ou sur la _dissemblance_ de deux
+plantes, par l’examen de leurs extraits. Outre que la couleur, la saveur
+et l’odeur des extraits peuvent varier, suivant une foule de
+circonstances, il suffit qu’on puisse supposer qu’une substance
+étrangère a été mêlée à la _poudre_ de Silphium cyrenaïcum, pour que
+l’argument tiré des extraits par l’auteur du mémoire soit absolument
+sans valeur.
+
+M. Cauvet s’appuie sur les témoignages d’Avicenne, de Synésius,
+d’Oribase, d’Aétius... pour affirmer que le Silphion n’a jamais disparu
+de la thérapeutique.
+
+« Oribase, dit-il, connaissait et employait le suc de Silphion. Dans les
+divers passages de son livre, où il en parle, il s’exprime toujours au
+présent ; nulle part il ne dit : _olim_, autrefois. »
+
+Malheureusement pour M. Cauvet, sa citation latine d’Oribase, qui parle
+au _présent_, est une traduction mot pour mot, ou à peu près, de
+Dioscoride ; et pour qu’il ne puisse pas douter de son erreur, voici en
+regard le passage emprunté par lui au médecin du IVe siècle, et le
+passage de Dioscoride traduit en langue latine par un auteur florentin,
+Marcelle Vergilio[14] :
+
+ _Oribase._ | _Dioscoride._
+ |
+ Colligitur e radice scarificatà | Colligitur ex Silphio liquor,
+ et item caule, ex Silphio liquor, | scarificatis radice et caulibus ;
+ in quo genere præstatis qui | habet que primæ bonitatis
+ rubescit ; | estimationem qui non adeo rufo
+ | colore est ;
+ |
+ Ac pellucidus est, quique myrrham | Qui lucem transmittit, qui
+ olet et odore valet, gustuque | myrrham olet firmoque odore
+ suavi ; | sentitur ;
+ |
+ Non porraceus, neque cujus immitis| Damnatur contrà qui porraceo
+ gustus est, et qui cum diluitur, | colore viret, immitique gustu
+ facile exalbescit. | et asperus est, et qui cum
+ | diluitur facile albescit.
+ |
+ Cyrenaïcus vero, si quis modicum | Cyrenaïcus, si tantillum etiam ex
+ ejus gustarit, humorem in toto | eo aliquis in os sumpserit, toto
+ corpore ciebit. . . . . . . . . | corpore sudoris meo humiditatem
+ | cit.
+ |
+ At medicus et syriacus | Minore ui efficaciaque, et
+ imbecilliores sunt, sed magis | virosiore odore sunt medicus
+ virosum odorem reddunt. | et syriacus.
+ |
+ Liquor omnis, priusquam siccatus | Adulteratur liquor hic omnis
+ fuerit adulteratur indito | antequem siccetur, admixtis aut
+ sagapeno, aut lomento fabarum ; | sagapeno aut lomento fabæ ;
+ |
+ Quod gustu, odore, aspectu et | Verum deprehenditur gustu, odore
+ diluendo, deprehenditur.... | aspectuque, et cum humore aliquo
+ | diluitur.
+
+La comparaison de ces deux textes démontre évidemment qu’Oribase ne
+parlait du Silphion que d’après Dioscoride ; on y trouve les mêmes
+énonciations, et dans le même ordre. Elle ne prouve pas le moins du
+monde _qu’il connaissait et employait le suc de Silphion_ ; et si le
+célèbre médecin s’exprime toujours au présent, sans citer Dioscoride,
+s’il ne dit jamais _olim_, cela prouve simplement que déjà, au IVe
+siècle, il y avait des plagiaires et des charlatans.
+
+
+
+
+ VOYAGE
+ EN CYRÉNAÏQUE
+ DE M. DAVEAU
+ Chef de la section des graines au Muséum d’Histoire naturelle de Paris
+ (1875)
+
+ * * * * *
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+Quinze jours après mon départ de Marseille, j’étais à Tripoli, ayant
+fait relâche à Malte où je suis resté pour faire quelques récoltes de
+plantes. A Tripoli, je m’embarquai sur un petit bâtiment arabe qui
+faisait voile pour Benghazi, d’où j’espérais commencer mon exploration.
+
+Muni de lettres de recommandation pour les Arabes les plus considérés de
+Dernah, pour quelques chefs bédouins de l’intérieur, et pour le
+gouverneur de la ville précitée, accompagné d’un interprète, de
+plusieurs chameliers, de leurs chameaux pour porter les provisions et
+les récoltes, et d’un cheval comme moyen de locomotion à mon usage, je
+quittai Benghazi au bout de quatre jours, pour m’enfoncer dans
+l’intérieur, de manière à traverser la Pentapole libyque de l’ouest à
+l’est, pour gagner Dernah. (Voir le tracé de la carte.)
+
+En se dirigeant de Benghazi vers Dernah, et lorsqu’on s’est éloigné du
+point de départ d’une vingtaine de kilomètres, on est frappé par la
+régularité qu’affecte la végétation. Les plantes croissent là par zones
+parfaitement déterminées, comme dans les régions montagneuses. Aucun
+changement n’existe cependant dans le sol, qui est partout composé d’une
+argile ferrugineuse fort compacte, mais bien dans l’altitude, qui
+augmente de plus en plus à mesure qu’on s’avance, quoique cette
+élévation se fasse insensiblement. Ces zones s’étendent de telle façon
+qu’on rencontre des lieues carrées couvertes par la même espèce de
+plante, et dans l’ordre suivant, à mesure qu’on s’éloigne dans la
+direction de Dernah : _Kentrophyllum lanatum_, _Phlomis Samia_,
+_Satureia Thymbra_, _Seseli tortuosum_, _Passerina hirsuta_, _Marrubium
+pseudo Dictamnus_, _Artemisia pyromacha_ et _Herba alba_ (_Semen
+contra_), _Poterium spinosum_, _Juniperus Lycia_, _Pistacia Lentiscus_ ;
+ce dernier forme de fort jolis massifs réguliers, comme s’ils étaient
+taillés.
+
+En approchant de Dernah, les forêts deviennent plus compactes et plus
+riches en végétaux ; on peut y voir les _Phyllirea angustifolia_, _Olea
+europæa_, _Arbutus Unedo_ (il existe de ce dernier arbuste des forêts
+entières près des ruines de Lamloudeh), des _Cistus_, des _Rhamnus_, et
+l’_Ephedra altissima_, grimpant sur les arbres, au milieu du feuillage
+desquels on aperçoit ses rameaux grêles couverts de fleurs jaunes.
+
+C’est à peu près au milieu de la distance qui sépare Benghazi de Dernah,
+après la vallée de Méraouah, qu’on trouve les premiers pieds de ce
+fameux _Thapsia_ qu’on rapporte au _Silphion_ des anciens.
+
+Quelques renseignements sur cette plante, qui fait tant de bruit depuis
+quelque temps, ne sont peut-être pas inutiles. En effet, la question est
+désormais résolue : le _Thapsia Silphium_ de Viviani ou _Silphium
+cyrenaïcum_ du Dr Laval _n’est pas autre chose que le Thapsia garganica_
+de Linné, comme j’ai pu l’observer sur place, et comme le prouvent les
+échantillons de tiges, feuilles, fruits, etc., etc., déposés à l’herbier
+du Muséum.
+
+La _racine_ de cette plante qui, à tout âge, est d’une couleur brune, de
+_simple_ qu’elle est dans sa jeunesse, devient _rameuse_ en vieillissant
+comme l’est, du reste, celle du _Thapsia garganica_, lorsqu’il croît
+dans un sol aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui
+de la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent
+perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus
+horizontalement ; mais, _dans aucun cas_, elles ne donnent naissance à
+des bourgeons adventifs en se rapprochant de la surface du sol. Ce mode
+de multiplication, qu’on disait être le seul pour cette plante, est même
+_matériellement impossible_, puisque les pieds de Thapsia Silphium sont
+séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20
+mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers où
+il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de _tracer_.
+
+Les _feuilles_ sont exactement divisées comme celles du _Thapsia
+garganica_, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins grands
+de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup plus
+développées que celles insérées sur la hampe, qui sont toujours
+_alternes_ entre elles[15].
+
+La hampe est glaucescente-pruineuse et légèrement sillonnée. Elle laisse
+échapper, lorsqu’on la rompt avant sa dessiccation, un suc laiteux qui
+se concrète à l’air en brunissant. Deux ou trois ombelles la
+surmontent ; une seule généralement est fertile.
+
+Les _graines_ tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont d’un jaune soufre
+avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles sont mûres, une
+teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur paille. Ces
+graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par exemple,
+attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte de l’ordre
+des hémiptères ; mais à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la
+mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène (aujourd’hui
+Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et le plus grand
+nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le semis que se fait
+la reproduction_, et c’est le seul mode de multiplication naturelle du
+Thapsia de la Cyrénaïque.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+ (Extrait de la _Revue horticole_, octobre 1875.)
+
+[Illustration : CARTE DE LA CYRÉNAÏQUE avec l’Itineraire suivi par MR.
+J. DAVEAU Chef de la Section des Graines au Muséum d’Histoire Naturelle
+de Paris 1875]
+
+ * * * * *
+
+
+ Saint-Quentin. — Imprimerie JULES MOUREAU.
+
+
+NOTES :
+
+
+[Note 1 : Pour éviter toute confusion, nous écrirons toujours _Silphion_
+lorsqu’il s’agira de la plante des anciens, et _Silphium_ lorsqu’il
+s’agira de celle des modernes.]
+
+[Note 2 : Voir à l’Appendice, page 49 : Relation du voyage de M. Daveau
+dans la Pentapole libyque.]
+
+[Note 3 : Viviani, _Floræ Libycæ_, page 117.]
+
+[Note 4 : _Prodromus systematis naturalis regni vegetabilis_, vol. IV,
+pag. 202.]
+
+[Note 5 : Remarques pour servir à l’interprétation de la plante célèbre,
+mais aujourd’hui disparue, qui était connue dans l’antiquité sous le nom
+de Silphion. (_Bulletin de l’Académie royale de Danemark_).
+_Copenhague_, 1869.]
+
+[Note 6 : Le Dr Laval dit, dans son mémoire : « J’ai fait cuire des
+tiges de Silphium cyrenaïcum sous la cendre ; elle m’ont paru d’un goût
+sucré et parfumé. »
+
+_Elles m’ont paru !_... Que signifie cette appréciation ? C’est donc du
+bout des lèvres et avec une prudence infinie, que le Dr Laval a goûté
+ces tiges qu’il avait pourtant fait cuire ? Mais, alors, il avoue par
+cela même que sa plante n’est pas celle des anciens, celle dont les
+gourmets mangeaient tous les jours les tiges, les feuilles, les racines
+et le suc.]
+
+[Note 7 : « J’ai trouvé le moyen, dit le Dr Laval, d’enlever entièrement
+la propriété vésicante du Silphium cyrenaïcum, de telle sorte que ce suc
+a pu être ingéré à doses suffisantes. »
+
+Le procédé est des plus simples ; il a été indiqué, dans une lettre que
+j’ai sous les yeux, par un de ses amis qui était le préparateur de son
+extrait à Constantine.]
+
+[Note 8 : Voir, à l’avant-propos, la lettre du Dr Chartier sur ce
+sujet.]
+
+[Note 9 : Voir, au sujet des vertus du Silphium et des guérisons opérées
+par lui, dans la _Revue de thérapeutique médico-chirurgicale_, no du 1er
+janvier 1876, le jugement rendu par le tribunal de police
+correctionnelle de Paris (violation de secret médical), contre le Dr
+X..., l’un des prôneurs du _Silphium_.]
+
+[Note 10 : Les médecins homœopathes seront bien surpris sans doute de
+voir le traitement homœopathique rangé parmi les moyens _auxiliaires_
+par des pharmaciens homœopathes.]
+
+[Note 11 : Un journal de médecine, voué à la défense du _Silphium_, nous
+apprend qu’il guérit aussi, _depuis quelque temps_, la gonorrhée, les
+ulcères phagédéniques, les abcès froids, la fistule anale et la
+métrorrhagie.]
+
+[Note 12 : M. Daveau a rapporté une grande quantité de graines
+parfaitement intactes ; il aurait pu en récolter des hectolitres.]
+
+[Note 13 : Ce voyage a été fait depuis cette époque par notre collègue
+M. Daveau, et la question a été résolue.]
+
+[Note 14 : _Commentaires de Mathiole sur le IIIe livre de Dioscoride_,
+chap. Silphion, Edit. 1525, page 399.]
+
+[Note 15 : Et non _opposées_, comme pour la plante des anciens, dont les
+monnaies donnent les dessins.]
+
+
+
+
+ OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
+
+ * * * * *
+
+
+=L’HORTICULTEUR FRANÇAIS de 1831.= Journal mensuel d’horticulture, 21
+volumes. — M. E. Donnaud, éditeur, 9, rue Cassette. 170 fr.
+
+=NOUVEAU JARDINIER ILLUSTRÉ=, par MM. F. Herincq, Alph. Lavallée, L.
+Neumann, B. Verlot, J.-B. Verlot, A. Pavard et Burel. 1 volume de 1800
+pages de texte avec plus de 500 dessins intercalés. — M. E. Donnaud,
+éditeur. 7 fr.
+
+=LE RÈGNE VÉGÉTAL=, divisé en Botanique générale ; Flore médicale
+usuelle et industrielle ; Horticulture ; Plantes agricoles et
+forestières ; Histoire biographique et bibliographique de la botanique,
+par M. F. Herincq, O. Reveil, agrégé, et Baillon, professeur de sciences
+naturelles à la Faculté de Médecine de Paris ; Fr. Gérard, botaniste
+micrographe ; Dupuis, ancien professeur à l’Institut agronomique de
+Grignon. — M. Guérin, éditeur, 5, rue Bonaparte. 17 volumes dont 9 de
+texte et 8 d’atlas. 800 fr.
+
+=MANUEL GÉNÉRAL DES PLANTES=, comprenant la description, la culture,
+l’histoire de plus de 25,000 espèces de plantes cultivées en Europe, par
+MM. Herincq, Jacques et Duchartre (de l’Institut). 4 volumes. —
+Librairie agricole, rue Jacob, 26.40 fr.
+
+ * * * * *
+
+
+ Saint-Quentin. — Imp. JULES MOUREAU.
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 ***
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+<title>La vérité sur le prétendu Silphion de la Cyrénaïque |
+Project Gutenberg</title>
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+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 ***</div>
+<div class="margins">
+<div class="transnote x-ebookmaker-drop">
+<p class="center less">On peut cliquer sur les illustrations pour
+les agrandir.</p>
+
+<p class="center less">Quelques erreurs typographiques évidentes
+ont été corrigées.</p>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw6">
+<figure><a href="images/cover.jpg"><img src='images/cover.jpg' alt=
+''></a>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="page">
+<p class="center spaced2"><span class="letter-spaced01">LA
+VÉRITÉ</span><br>
+<span class="small">SUR LE</span><br>
+<span class="large letter-spaced02">PRÉTENDU SILPHION</span><br>
+<span class="less">DE LA CYRÉNAÏQUE</span>
+</p>
+</div>
+
+<div class="page">
+<div class="figcenter iwdecor2">
+<figure><img src='images/decor1.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center spaced2"><span class="med">IMPRIMERIE JULES
+MOUREAU</span><br>
+<span class="small">A SAINT-QUENTIN</span>
+</p>
+
+<div class="figcenter iwdecor2">
+<figure><img src='images/decor1.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="titlepage">
+<h1><span class="large letter-spaced01">LA VÉRITÉ</span><br>
+<span class="small">SUR LE</span><br>
+<span class="xxlarge">PRÉTENDU SILPHION</span><br>
+<span class="large">DE LA CYRÉNAÏQUE</span>
+</h1>
+
+<p class="center less">(<span class="sc">Silphium Cyrenaïcum
+du</span> D<sup>r</sup> <span class="sc">Laval</span>)</p>
+
+<p class="center">CE QU’IL EST&nbsp;;<br>
+CE QU’IL N’EST PAS.</p>
+
+<p class="center spaced17"><span class="small">PAR</span><br>
+<span class="bold">F. HERINCQ</span><br>
+<span class="small">ATTACHÉ AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE
+PARIS</span>
+</p>
+
+<div class="figcenter iwdecor3">
+<figure><img src='images/decor2.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center med"><em>Deuxième Édition</em>
+</p>
+
+<div class="figcenter iwdecor1">
+<figure><img src='images/decor3.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="publisher"><span class=
+"large letter-spaced02">PARIS</span><br>
+<span class="less letter-spaced01">LIBRAIRIE DE
+LAUWEREYNS</span><br>
+2, <span class="small">RUE CASIMIR-DELAVIGNE,</span> 2</p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p class="center less letter-spaced01">1876</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="xlarge letter-spaced"><span class="pagenum" id=
+"Page_5">[5]</span>AVANT-PROPOS</h2>
+
+<div class="figcenter iwdecor2">
+<figure><img src='images/decor1.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15">Depuis la publication de la première
+édition de cette brochure (janvier 1876), deux faits
+très-importants se sont produits&nbsp;:</p>
+
+<p>Le premier, c’est l’acceptation par tous des conclusions que
+nous avons formulées quant à l’<em>espèce</em> de la plante qu’on
+appelle d’un nom qui n’est pas le sien.</p>
+
+<p>Le second, c’est la négation absolue de la <em>valeur
+thérapeutique</em> du Silphium cyrenaïcum par le D<sup>r</sup>
+Chartier, de Valenciennes, dont on invoquait si souvent le
+témoignage.</p>
+
+<p>Nos conclusions sont péremptoires&nbsp;; elles affirment que le
+Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval n’a rien de commun avec
+le <em>silphion</em> des anciens, et qu’il est tout simplement le
+<i>thapsia garganica</i>. Personne ne les a combattues, pas même
+MM. Derode et Deffès, les Pharmaciens homœopathes qui vendent le
+Silphium&nbsp;; nous sommes bien certains qu’ils ne parleront plus,
+ni de la <em>résurrection</em> du silphion des Grecs, ni de
+<em>fraude coupable</em> à l’adresse de ceux de leurs confrères qui
+ont toujours considéré comme une seule et même chose la plante
+cyrénéenne et le Thapsia garganica.</p>
+
+<p>Quant à la valeur thérapeutique du produit, nous faisions à la
+page 24 de notre 1<sup>re</sup> édition, dans l’intérêt de la
+science et de l’humanité, un appel public au témoignage du médecin
+de Valenciennes qui l’expérimentait en 1874, dans son hôpital, à
+l’instigation et sous les yeux du D<sup>r</sup> Laval. MM. Derode
+et Deffès ont répondu par l’insertion dans un journal, d’une lettre
+que le D<sup>r</sup> Chartier aurait écrite <em>il y a deux ans et
+demi</em>, au père d’un jeune homme qu’on disait être phthisique,
+et dans laquelle il faisait l’éloge du Silphium cyrenaïcum.</p>
+
+<p>Mais, de son côté, le D<sup>r</sup> Chartier nous adressait
+directement,<span class="pagenum" id="Page_6">[6]</span> en réponse
+à notre appel, une lettre décisive dont nous considérons comme un
+devoir de reproduire textuellement les principaux
+passages&nbsp;:</p>
+
+<div class="quote">
+<p class="pad4">«&nbsp;<span class="sc">Monsieur</span>,</p>
+
+<p>Je lis, à la page 24 de la très-intéressante brochure que vous
+m’avez fait l’honneur de m’adresser, un appel à ma modeste opinion.
+Je m’empresse de vous répondre&nbsp;:</p>
+
+<p>Je crois que c’est bien moi qu’on a voulu désigner en invoquant
+les règlements militaires pour expliquer mon silence. Si j’ai mis
+ma position militaire en avant pour me taire, c’est parce qu’il ne
+me convenait pas de voir mon nom prononcé dans ce que, dès le
+début, je considérais comme une affaire de commerce. Mais, ce
+n’était pas la seule raison&nbsp;: des observations hâtivement
+interprétées ne me paraissaient nullement convaincantes&nbsp;; et
+je suis de l’avis de M. Gervais, professeur d’anatomie comparée au
+Muséum, lorsqu’il disait au docteur Laval&nbsp;: <em>Quand vous
+aurez cent observations toutes concordantes, recueillez-en cent
+nouvelles, et puis encore cent autres. Alors vous pourrez
+dire&nbsp;:</em> <span class="sc">peut-être</span>&nbsp;!</p>
+
+<p>Ce n’est point mon cas&nbsp;; car, si une singulière
+coïncidence, produite certainement par la constitution médicale
+régnante, a paru améliorer les phthisies traitées par le Silphium
+au début de mes expériences, j’ai bientôt dû reconnaître que ce
+n’était qu’un leurre . . . . . . . . . . .</p>
+
+<p>Si je me dépars aujourd’hui de la réserve dans laquelle je
+m’étais renfermé, c’est que je ne veux pas qu’on se serve de mon
+nom pour répandre dans le public un remède qui, j’en ai la
+conviction, n’en est pas un, pas plus dans la phthisie, où je l’ai
+essayé, que dans les contusions et les entorses, où il a
+constamment échoué sous mes yeux, entre les mains du D<sup>r</sup>
+Laval.</p>
+
+<p>Veuillez agréer...</p>
+
+<p class="right pad-right4">D<sup>r</sup> <span class=
+"sc">Chartier</span>,</p>
+
+<p class="right small"><em>Médecin en chef de l’hôpital militaire
+de Valenciennes.</em>&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Les lecteurs peuvent sans peine, maintenant, juger la question
+qui nous occupe, tant au point de vue botanique, qu’au point de vue
+thérapeutique. Ils ont toutes les pièces sous les yeux.</p>
+
+<p class="right pad-right4">F. HERINCQ.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_7">[7]</span><span class="xlarge">DU SILPHION DES
+ANCIENS</span><br>
+<span class="small">ET DU</span><br>
+<span class="med">SILPHIUM CYRENAÏCUM DES MODERNES</span><a id=
+"FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>
+</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="space-above15">Depuis quelque temps, on fait beaucoup de
+bruit autour d’une plante récoltée en Cyrénaïque, et qu’on a
+appelée <i>Silphium Cyrenaïcum</i>, mais dont le nom botanique est
+<i>Thapsia silphium</i> de Viviani, et mieux encore <i>Thapsia
+garganica</i> de Linné. Les gens du pays l’appellent
+<em>Dirias</em> ou <em>Drias</em>.</p>
+
+<p>Les uns prétendent que c’est le fameux <em>Silphion</em> des
+Grecs, qui était employé à la fois comme épice et comme
+médicament&nbsp;; d’autres répondent, avec tous les auteurs
+anciens, que le Silphion des Grecs a disparu dès le commencement de
+l’ère chrétienne, et que la plante en question est tout simplement
+le <i>Thapsia garganica</i> de Linné, qui est très-abondant en
+Algérie, en Espagne, en Italie, etc., que MM. Bertherand et
+Reboulleau ont fait connaître en 1857, et que le pharmacien
+Leperdriel exploite depuis longtemps à Paris (<em>emplâtre de
+Thapsia</em>). — Les uns parlent du Silphium cyrenaïcum comme s’il
+avait été découvert par le docteur Laval&nbsp;; d’autres font
+remarquer que, s’il y avait découverte, le mérite en reviendrait à
+Della Cella, qui le rapportait de son voyage dans la Libye, en
+1817.<span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span> — Les uns
+annoncent bruyamment que le <i>Silphium cyrenaïcum</i> guérit la
+<em>phthisie pulmonaire</em> à tous les degrés, la <em>phthisie
+laryngée</em>, les <em>angines catarrhales</em>, la <em>méningite
+tuberculeuse</em>, etc.&nbsp;; d’autres se montrent tout à fait
+incrédules à l’endroit de cette affirmation, et pensent qu’elle ne
+peut suffire pour arrêter l’attention des médecins sérieux.</p>
+
+<p>Presque tous les travaux qui ont été publiés dans ces derniers
+temps sur ce sujet n’ont eu d’autre résultat que de le compliquer
+et de l’obscurcir, parce qu’ils n’avaient, comme base de
+discussion, que les écrits confus des auteurs anciens, et le dessin
+informe des médailles cyrénéennes.</p>
+
+<p>Il est temps, croyons-nous, de porter la lumière sur cette
+question si débattue. Il est temps de dissiper les équivoques et de
+mettre à néant des assertions téméraires et des erreurs
+regrettables. C’est ce que nous nous proposons de faire dans ce
+travail, en appuyant nos opinions sur des preuves irréfutables
+tirées des nombreux et précieux matériaux rapportés tout récemment
+de la Cyrénaïque par notre collègue, M. Daveau, chef de la section
+des graines au Muséum d’histoire naturelle de Paris<a id=
+"FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class=
+"fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_9">[9]</span>I</h3>
+
+<p>Les Grecs appelaient <em>Silphion</em> (σιλφιον), et les Romains
+<em>Laserpitium</em>, une plante qui croissait plus
+particulièrement dans la Cyrénaïque, et qui donnait, par des
+incisions faites à la racine et à la tige, un suc gommo-résineux
+que les Grecs appelaient <em>Laseros</em>, et les Latins
+<em>Laser</em>, que l’on employait comme condiment, et auquel on
+attribuait des propriétés merveilleuses, comme, par exemple, de
+rendre la vue, de guérir les plaies venimeuses, de rajeunir,
+etc.&nbsp;; aussi se vendait-il au poids de l’or.</p>
+
+<p>On donnait à cette plante une origine surnaturelle. Les auteurs
+grecs ont écrit que, sept ans avant la fondation de Cyrène, qui fut
+bâtie l’an 143 de Rome, le <em>Silphion</em> fut produit tout à
+coup par une sorte de pluie poisseuse qui tomba en Afrique, aux
+environs du jardin des Hespérides et de la grande Syrte, et que la
+vertu productive de cette pluie se fit sentir sur une étendue de
+quatre mille stades.</p>
+
+<p>Tous les auteurs s’accordent à dire que le <em>Silphion</em>
+devint de plus en plus rare dans la Cyrénaïque, dès le premier
+siècle de l’ère chrétienne, et qu’il finit par disparaître
+complétement&nbsp;; mais ils expliquent sa disparition de diverses
+manières plus ou moins acceptables.</p>
+
+<p>Pline raconte que, de son temps, on ne trouva, dans la
+Cyrénaïque, <em>qu’un seul pied</em> de cette plante, et qu’il fut
+envoyé à l’empereur Néron.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>Quoi qu’il en
+soit, disent Mérat et de Lens, le <em>Silphion</em> devint inconnu
+aux générations suivantes, et son image ne se retrouva plus que sur
+des médailles ou des monnaies qui représentent, d’un côté, les
+diverses parties de la plante (tige, racine, graines...), et de
+l’autre, la tête de Jupiter Ammon.</p>
+
+<p>Il ne faut pas confondre ce <em>Silphion</em> des Grecs avec les
+divers Silphium des botanistes&nbsp;: S. <i>laciniatum</i> — S.
+<i>compositum</i> — S. <i>terebinthinaceum</i>... tous originaires
+de l’Amérique septentrionale et qui appartiennent à la famille des
+<em>Composées</em>.</p>
+
+<p>Et quant aux Laserpitium des naturalistes modernes, il y en a un
+grand nombre d’espèces&nbsp;: L. <i>gummiferum</i> — L.
+<i>latifolium</i> — L. <i>Siler</i> — L. <i>triquetrum</i> — L.
+<i>ferulaceum</i>, etc...</p>
+
+<p>Il était naturel qu’on se demandât à quelle plante, parmi celles
+qu’on connaît aujourd’hui, il fallait rapporter le
+<em>Silphion</em> des Grecs ou <em>Laserpitium</em> des Romains. De
+nombreuses recherches ont été faites dans ce but. On s’est accordé,
+généralement, à regarder la plante qui produisait le <em>Laser</em>
+comme une ombellifère (sans en fournir la preuve cependant)&nbsp;;
+mais il y a eu beaucoup moins d’unanimité lorsqu’il s’est agi de
+désigner le genre et l’espèce.</p>
+
+<p>Plusieurs végétaux qui croissent en Afrique ont été
+successivement indiqués&nbsp;: le <i>Thapsia garganica</i>&nbsp;;
+le <i>Ferula tingitana</i>&nbsp;; le <i>Laserpitium
+gummiferum</i>&nbsp;; le <i>Ferula asa fœtida</i>&nbsp;; le
+<i>Laserpitium Siler</i>, etc.</p>
+
+<p>En 1817, Della Cella rapporta de la Cyrénaïque plusieurs
+végétaux, entre autres une ombellifère qu’il supposait être le
+<em>Silphion</em> des anciens. Viviani crut y reconnaître, d’une
+part, les caractères du Silphion des monnaies, d’autre part, une
+grande ressemblance avec le Thapsia garganica, et l’appela
+<i>Thapsia silphium</i> (c’est le Silphium cyrenaïcum du docteur
+Laval). Mais, ainsi que le font remarquer Mérat et de Lens, la
+certitude de Viviani et de Della Cella ne pouvait pas être
+absolue.</p>
+
+<p>La certitude n’était absolue pour personne, puisque quelques
+années plus tard, en 1826, la <em>Société de géographie</em>
+instituant un prix pour la description de la Cyrénaïque,
+exprimait<span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span> le vœu
+qu’on recherchât si le <em>Silphion</em> se trouvait parmi les
+plantes du pays.</p>
+
+<p>M. Pacho, qui obtenait ce prix, avait récolté le <i>Thapsia
+silphium</i> de Della Cella et de Viviani (Silphium cyrenaïcum du
+D<sup>r</sup> Laval), et il était porté à croire que c’était le
+<em>Silphion</em> des anciens&nbsp;; mais il hésitait à se
+prononcer nettement, parce qu’il avait trouvé sa plante sur les
+collines septentrionales de la Cyrénaïque, alors que les
+indications géographiques marquaient sa place bien plus au midi.
+Ses doutes sont constatés en ces termes par le
+rapporteur&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;Quel scrupule empêche donc notre voyageur, dit-il, de
+reconnaître définitivement dans son <i>Laserpitium</i> le
+<em>Silphion</em> des anciens&nbsp;?... M. Pacho n’a pas osé
+décider que sa plante fût le <em>Silphion</em> des Grecs. Cette
+modestie, peut-être exagérée, nous a valu de précieuses
+recherches.&nbsp;»</p>
+
+<p>La question en était là, lorsqu’en 1873, le D<sup>r</sup> Laval,
+médecin-major à l’hôpital militaire de Valenciennes, remettait au
+jardin d’acclimatation de Paris, des graines qu’il étiquetait
+<em>graines de Silphion de la Cyrénaïque</em>. Il accompagnait son
+envoi de la note suivante&nbsp;: «&nbsp;Cette plante croît
+abondamment autour des ruines de Cyrène et des autres villes de la
+Pentapole libyque, sur des plateaux élevés de 200 à 500 mètres
+au-dessus du niveau de la mer, et exposés à une température de 15°
+pendant les mois de décembre, janvier et février. Elle semble
+préférer les sols siliceux. Elle fleurit pendant les mois d’avril
+et de mai.&nbsp;»</p>
+
+<p>Les graines du D<sup>r</sup> Laval furent apportées au Muséum
+d’histoire naturelle pour avoir leur nom botanique.</p>
+
+<p>Je fus le premier à examiner ces graines. Leur structure me fit
+voir immédiatement qu’il s’agissait d’un <i>Thapsia</i>, et en les
+comparant avec les diverses espèces de ce genre, que possède notre
+riche herbier général, je fus convaincu que j’avais sous les yeux
+les semences du <i>Thapsia garganica</i> de Linné, qui croît en
+Algérie, en Espagne, en Italie, et dans toutes les régions qui
+bordent, des deux côtés, la Méditerranée.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_12">[12]</span>J’ignorais, à ce
+moment-là, que ces graines appartenaient à une plante qui devait
+fournir à la thérapeutique un <em>médicament
+merveilleux</em>&nbsp;; je m’étais donc occupé de la détermination
+de l’espèce au simple point de vue botanique, et sans idée
+préconçue.</p>
+
+<p>Mon opinion, confirmée plus tard par les hommes les plus
+compétents, ne parut pas satisfaire le D<sup>r</sup> Laval. Il vint
+au Muséum pour consulter l’herbier général et pour me signaler les
+caractères qui différenciaient, suivant lui, le <i>Thapsia
+garganica</i> de son <i>Thapsia silphium</i>, qu’il affirmait être
+le fameux <em>Silphion</em> des Grecs. C’est alors seulement qu’il
+fut question des guérisons miraculeuses qu’il disait obtenir avec
+l’extrait de la plante récoltée par lui sur le plateau de Cyrène.
+Je n’eus pas de peine à lui démontrer, pièces en mains, que ses
+graines et celles du <i>Thapsia garganica</i> ne présentaient aucun
+caractère différentiel, qu’elles étaient absolument identiques.
+Voici du reste le dessin des deux graines&nbsp;:</p>
+
+<div class="figcenter iw7">
+<figure id="i01"><a href="images/i01.jpg"><img src='images/i01.jpg'
+alt=''></a>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup>
+Laval.</td>
+<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td>
+</tr>
+</table>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Le D<sup>r</sup> Laval se tourna alors du côté des
+<em>feuilles</em>. Il prétendit que les segments de son
+<i>Thapsia</i> étaient terminés par trois lobes, et qu’il n’en
+était pas de même pour le <i>Thapsia garganica</i>. Je lui prouvai,
+par les échantillons de notre herbier, qu’il était dans l’erreur. —
+Il n’invoqua pas alors les racines qui, <em>depuis quelque
+temps</em>, constitueraient le caractère distinctif, mais que l’on
+n’a jamais montrées.</p>
+
+<p>Les arguments du D<sup>r</sup> Laval manquaient d’ailleurs de
+point d’appui. En effet, les caisses, qui contenaient précisément
+les<span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span> diverses parties
+de la plante, avaient été perdues, disait-il, au chemin de fer, et
+il n’avait sauvé du naufrage que l’extrait, le précieux extrait qui
+opérait des prodiges.</p>
+
+<p>J’engageai néanmoins le D<sup>r</sup> Laval à lire une note sur
+ce sujet à la <em>Société botanique de France</em>, et MM. les
+professeurs Brongniart et Bureau, auxquels je venais de le
+présenter, lui donnèrent le même conseil. Quelque temps après, il
+publia sur le <i>Thapsia silphium</i> cinq à six pages dénuées de
+toute valeur scientifique, et au lieu de suivre notre avis, en
+s’adressant aux hommes compétents de la <em>Société botanique de
+France</em>, il frappa à la porte du <em>Bulletin de la Société
+d’acclimatation</em>.</p>
+
+<p>La description du <i>Thapsia silphium</i> (<i>Silphium
+cyrenaïcum</i> de Laval) donnée par Viviani<a id=
+"FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> et
+celle du <i>Thapsia garganica</i> donnée par de Candolle<a id=
+"FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, ne
+laissent aucun doute dans l’esprit du botaniste. L’identité est
+parfaite.</p>
+
+<p>Le caractère trifide des segments terminaux n’est pas
+très-nettement indiqué dans la phrase caractéristique du Thapsia
+garganica donnée par Linné&nbsp;; c’est là, sans doute, ce qui
+avait induit en erreur Viviani, et l’avait porté à faire du
+<i>Thapsia</i> recueilli par Della Cella une nouvelle espèce, le
+<i>Thapsia silphium</i>, en la déclarant, du reste, très-voisine du
+<i>Thapsia garganica</i> «&nbsp;cui nostra species valde proxima ,»
+dit-il. A l’époque où Viviani publiait sa flore Libyque (1824) il
+n’avait à sa disposition, pour la diagnose du <i>Thapsia
+garganica</i>, que la description imparfaite de Linné, et il
+pouvait croire tout naturellement à la nouveauté de la plante
+cyrénéenne. Mais aujourd’hui que les matériaux se sont accumulés
+dans les collections botaniques, la description de la plante a pu
+être complétée&nbsp;; il n’y a plus de différence entre la
+description de de Candolle, plus récente que celle de Linné, et la
+description donnée par Viviani en 1824&nbsp;; qu’on en
+juge&nbsp;:</p>
+
+<div class="igrp">
+<div class="float-left width20">
+<p class="center"><span class="pagenum" id=
+"Page_14">[14]</span><i>Thapsia garganica</i>.</p>
+
+<p>Foliis bi tri-pinnatisectis, nitidis, laciniis linearibus acutis
+elongatis, secus margines integerrimis. Variat petiolis glabris aut
+pilis sparsis subhirsutis.</p>
+
+<p>(De Candolle&nbsp;: <em>Prodromus</em>, tom. 4, pag. 202.)</p>
+</div>
+
+<div class="float-right width20">
+<p class="center"><i>Thapsia silphium</i>.</p>
+
+<p>Foliis pinnatis, foliolis multipartitis, laciniis simplicibus
+trifidis, omnibus linearibus elongatis, utrinque hirsutis margine
+revolutis.</p>
+
+<p>(Viviani&nbsp;: <em>Floræ Libycæ</em>, p. 17.)</p>
+</div>
+</div>
+
+<p class="clear">
+</p>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i02"><a href="images/i02.jpg"><img src='images/i02.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fragment de feuilles, grandeur naturelle, du Thapsia
+garganica, de Blidah.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Ainsi, tandis que de Candolle dit&nbsp;: Les feuilles sont deux
+ou trois fois pennées, Viviani décrit les siennes comme
+pennées,<span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span> à folioles
+divisées en nombreuses lanières, les unes simples, les autres
+trifides, ce qui revient exactement au même. Le caractère sur
+lequel Laval s’appuyait (les folioles à trois lobes terminaux) se
+retrouve dans les deux plantes&nbsp;; par conséquent, la différence
+invoquée par lui n’existe en aucune façon. Quant au caractère
+«&nbsp;<em>margine revolutis</em>&nbsp;» indiqué par Viviani, c’est
+tout simplement l’effet d’une mauvaise préparation de l’échantillon
+soumis à l’auteur de la <em>Flore libyque</em>&nbsp;; on retrouve
+ce caractère dans les échantillons d’herbier du <i>Thapsia
+garganica</i>, notamment dans un échantillon de cette espèce
+récoltée aux îles Baléares, et qui a été donné au Muséum par M.
+Cambessèdes.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i03"><a href="images/i03.jpg"><img src='images/i03.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum, de la Cyrénaïque (fragment de
+feuille grandeur naturelle).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Nous avons déjà reproduit (<a href="#i01">page 12</a>) la
+semence du <i>Thapsia<span class="pagenum" id="Page_16">[16]</span>
+garganica</i> et celle du <i>Silphium cyrenaïcum</i> pour montrer
+l’identité parfaite de cet organe dans les deux plantes. Nous
+reproduisons actuellement, pages <a href="#i02">14</a> et <a href=
+"#i03">15</a>, un fragment de leurs feuilles&nbsp;; l’un provient
+d’un échantillon récolté dans la plaine de Blidah, l’autre a été
+détaché d’une feuille récoltée par le consul des États-Unis à
+Tripoli, sous les yeux du D<sup>r</sup> Laval&nbsp;; personne ne
+peut contester l’authenticité du type représentant le prétendu
+Silphion. Or, la comparaison ne permet plus de douter que le
+D<sup>r</sup> Laval ne se soit complétement mépris sur le caractère
+des trois lobes terminaux&nbsp;; ce caractère existe dans les deux
+exemples. Dans le compte rendu de son voyage en Cyrénaïque, M.
+Daveau s’exprime ainsi au sujet des feuilles&nbsp;: «&nbsp;Les
+feuilles sont exactement divisées comme celles du <i>Thapsia
+garganica</i>, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins
+grands de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup
+plus développées que celles insérées sur la tige et qui sont
+toujours alternes entre elles.&nbsp;» (Voir Appendice, <a href=
+"#Page_51">page 51.</a>)</p>
+
+<p>L’examen des feuilles du <i>Thapsia garganica</i> du Muséum
+n’avait point permis au D<sup>r</sup> Laval de soutenir longtemps
+que les trois lobes terminaux, pas plus que les graines,
+différenciaient sa plante de celle de l’Algérie&nbsp;; mais tenant,
+on ne sait trop pourquoi, à maintenir absolument une différence
+spécifique entre elles, il eut recours plus tard à la
+<em>racine</em>, et la représenta comme fournissant les véritables
+caractères distinctifs&nbsp;; seulement, il n’a jamais pu en donner
+la preuve&nbsp;: les caisses qui renfermaient précisément les
+échantillons ayant été perdues au chemin de fer, ainsi que nous
+l’avons déjà signalé.</p>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Le Thapsia <i>garganica</i>, disent
+les prôneurs du silphium n’a qu’une racine pivotante et
+<em>quelquefois</em> bifurquée à son extrémité, tandis que notre
+Thapsia <i>silphium</i> a des racines grosses et nombreuses,
+<em>traçantes</em>, divergentes, horizontales&nbsp;; de la souche
+principale naissent quatre à huit rhizomes qui atteignent une
+longueur de 0<sup>m</sup> 70 à 0<sup>m</sup> 80, et quand leur
+extrémité rencontre la surface du sol, elle donne naissance à une
+nouvelle souche.&nbsp;»</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span>Or, ce n’est pas
+<em>quelquefois</em> que la racine de Thapsia garganica est
+bifurquée à son extrémité, c’est <em>toujours</em>, à un certain
+âge&nbsp;; j’en ai reçu de l’Algérie qui ont trois, quatre et
+jusqu’à neuf bifurcations, toutes <em>très</em>-horizontales,
+exactement comme celles du plateau de Cyrène rapportées par M.
+Daveau&nbsp;; j’en mets les dessins en regard (Voir pages <a href=
+"#i04">18</a> et <a href="#i06">19</a>).</p>
+
+<p>Quant aux quatre ou huit rhizomes de la souche principale qui
+seraient un signe distinctif du <i>Silphium cyrenaïcum</i>, il est
+bon de noter que ce caractère appartient à toutes les ombellifères
+vivaces, moins la longueur&nbsp;; aucun botaniste n’a jamais admis
+ces racines <em>traçantes</em>, longues de 0<sup>m</sup> 80, qui
+donneraient naissance à de nouvelles souches lorsque leur extrémité
+rencontre la surface du sol.</p>
+
+<p>M. Daveau, dans la relation de son voyage, s’exprime ainsi au
+sujet de la racine de la plante cyrénéenne&nbsp;:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;La <em>racine</em> de cette plante qui, à tout âge, est
+d’une couleur brune, de <em>simple</em> qu’elle est dans sa
+jeunesse, devient <em>rameuse</em> en vieillissant, comme l’est, du
+reste, celle du <i>Thapsia garganica</i>, lorsqu’il croît dans un
+sol aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui de
+la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent
+perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus
+horizontalement&nbsp;; mais, <em>dans aucun cas</em>, elles ne
+donnent naissance à des bourgeons adventifs en se rapprochant de la
+surface du sol. Ce mode de multiplication, qu’on disait être le
+seul de cette plante, est même <em>matériellement impossible</em>,
+puisque les pieds du Thapsia Silphium sont séparés, dans le plus
+grand nombre de cas, par une distance de 20 mètres. De plus, ils
+poussent fréquemment dans des trous de rochers où il est facile de
+se convaincre qu’il leur est impossible de
+<em>tracer</em>.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Quant à l’agent thérapeutique, c’est-à-dire au produit
+gommo-résineux du silphium, il vient, lui aussi, témoigner en
+faveur de l’identité des deux plantes.</p>
+
+<p>Tout le monde connaît les emplâtres de Thapsia du pharmacien
+Leperdriel&nbsp;; ils sont préparés avec le suc gommeux du
+<i>Thapsia garganica</i> et produisent, sur la peau, de nombreuses
+vésicules. Ces cloches remplies d’eau sont déterminées par le suc
+du Thapsia qui contient un principe acre,<span class="pagenum" id=
+"Page_18">[18]</span> vésicant. Or, le suc gommo-résineux du
+<i>Silphium cyrenaïcum</i> contient le même principe, de l’aveu du
+D<sup>r</sup> Laval, et, pour être pris à l’intérieur, il doit être
+dépouillé de ce principe irritant qui produirait sur les organes
+internes le phénomène que les emplâtres de Thapsia produisent sur
+la peau.</p>
+
+<p>Ainsi, tout vient confirmer l’opinion des savants, botanistes et
+médecins, qui ont reconnu, comme nous, la parfaite identité des
+deux plantes.</p>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i04"><a href="images/i04.jpg"><img src='images/i04.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum&nbsp;: racine bifurquée.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i05"><a href="images/i05.jpg"><img src='images/i05.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum&nbsp;: vieille souche à racines
+multiples.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Il est donc acquis définitivement à la science, que le
+<i>Silphium cyrenaïcum</i> n’est pas autre chose que le <i>Thapsia
+garganica</i> de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie,
+etc.&nbsp;:</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_19">[19]</span><em>Parce que le Thapsia garganica, croissant
+parallèlement des deux côtés de la Méditerranée, il est tout
+naturel que cette espèce vienne également en Cyrénaïque&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que la gomme résine des deux
+plantes contient les deux mêmes principes, l’un vésicant, l’autre
+résolutif, et présente les mêmes dangers&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i06"><a href="images/i06.jpg"><img src='images/i06.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Thapsia garganica&nbsp;: racine bifurquée.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i07"><a href="images/i07.jpg"><img src='images/i07.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Thapsia garganica&nbsp;: vieille souche à racines
+multiples.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que les racines et les éléments
+histologiques de cet organe sont semblables dans les deux
+plantes&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que leurs graines sont
+absolument identiques&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i03b"><a href="images/i03.jpg"><img src=
+'images/i03.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw7">
+<figure id="i01b"><a href="images/i01.jpg"><img src=
+'images/i01.jpg' alt=''></a>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum.</td>
+<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td>
+</tr>
+</table>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_20">[20]</span><em>Parce que les feuilles ne présentent
+aucune différence, comme on peut le voir par les fragments
+représentés <a href="#i03b">ci-dessus</a> et <a href="#i02b">page
+21</a>.</em>
+</p>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i02b"><a href="images/i02.jpg"><img src=
+'images/i02.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Thapsia garganica.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_21">[21]</span>En rapportant de la Cyrénaïque la plante que
+l’on dérobait à nos regards, M. Daveau a rendu un véritable service
+à la science et à l’humanité.</p>
+
+<hr class="decor width6">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span>II</h3>
+
+<p>Nous avons démontré que le <i>Thapsia silphium</i> de Viviani
+(Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval) est tout simplement le
+<i>Thapsia garganica</i> de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie,
+etc. Il s’agit maintenant de prouver qu’il n’est pas le
+<em>Silphion</em> des Grecs.</p>
+
+<p>Uniquement préoccupé des intérêts de la science et des droits de
+la vérité, nous allons résoudre franchement et nettement la seconde
+partie du problème, et, après avoir dit <em>ce qu’est</em> le
+Silphium cyrenaïcum, nous allons dire <em>ce qu’il n’est
+pas</em>.</p>
+
+<p>Le professeur Œrsted, de Copenhague, qui a publié sur ce sujet
+un travail très-étendu<a id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5"
+class="fnanchor">[5]</a>, après avoir émis l’opinion que le
+Silphion des Grecs n’est pas le <i>Thapsia silphium</i> de Viviani
+(<i>Silphium cyrenaïcum</i> du D<sup>r</sup> Laval), ni aucune
+autre espèce d’ombellifère, se range à l’avis de plusieurs auteurs
+modernes qui sont convaincus que la plante des Grecs n’a jamais été
+retrouvée&nbsp;; puis, il émet la pensée que ce Silphion devait
+avoir<span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span> une grande
+ressemblance avec le <em>Ferula asa-fœtida</em>, autant qu’on en
+peut juger d’après les médailles de l’antiquité.</p>
+
+<div class="figcenter iw8">
+<figure id="i08"><a href="images/i08.jpg"><img src='images/i08.jpg'
+alt=''></a>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Bien que le savant danois appuie notre thèse, en affirmant que
+le Thapsia Silphium du D<sup>r</sup> Laval n’est en aucune façon le
+Silphion des Grecs, nous n’acceptons pas comme valable l’argument
+qu’il tire du dessin des monnaies cyrénéennes. Lorsqu’on connaît,
+comme nous, les difficultés que le botaniste éprouve chaque jour,
+pour la détermination de certaines espèces, alors qu’il est entouré
+de matériaux de toutes sortes (échantillons types, descriptions
+complètes, dessins autrement exacts que ceux des livres anciens),
+il est impossible d’admettre qu’on puisse prendre pour terme de
+comparaison le dessin informe, et relativement microscopique, des
+monnaies de Cyrène, et qu’on puisse demander à cette source des
+raisons concluantes, soit pour affirmer la similitude avec le
+D<sup>r</sup> Laval, soit pour la nier avec le professeur
+Œrsted.</p>
+
+<p>On ne peut qu’admirer le profond savoir de ces botanistes
+modernes, qui non-seulement ont su reconnaître, dans le dessin des
+médailles anciennes, une espèce particulière d’ombellifères, mais
+qui ont cru pouvoir affirmer que la plante ainsi représentée n’est
+ni une Férule, ni une Berce, ni le Thapsia garganica, mais bien le
+Thapsia silphium&nbsp;! Pour nous, nous disons hautement que jamais
+les ombellifères n’ont eu des feuilles <em>opposées connées</em>,
+comme dans le Chardon à foulon (Dipsacus fullonum), ainsi qu’il est
+indiqué sur les médailles&nbsp;; que jamais les graines de Thapsia
+n’ont eu la forme d’un <em>cœur</em> comme celles qui sont figurées
+sur les dites médailles cyrénéennes. Nous disons hautement que le
+dessin des médailles représente tout ce que l’on voudra, excepté
+une ombellifère.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_24">[24]</span>Nous avons
+d’ailleurs des arguments tout à fait décisifs pour démontrer que le
+Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval n’est pas le Silphion
+des anciens. Nous allons les énumérer&nbsp;:</p>
+
+<div class="figcenter iw6">
+<figure id="i09"><a href="images/i09.jpg"><img src='images/i09.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fragment d’une feuille de persil.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>I. — Ceux qui prétendent que la plante récoltée récemment en
+Cyrénaïque est le Silphion des anciens, signalent, d’après
+Théophraste, entre autres caractères, la <em>forme</em> des
+feuilles&nbsp;; mais ils négligent tous de la spécifier.
+L’<em>oubli</em> sera trouvé tout naturel quand on saura que cette
+forme exclut précisément toute ressemblance entre la plante
+ancienne et la plante prônée de nos jours.</p>
+
+<p>En effet, on lit dans Théophraste&nbsp;: «&nbsp;La tige du
+Silphion est grande comme celle de la Férule&nbsp;; sa feuille est
+<em>semblable à celle du persil</em>&nbsp;» (liv. VII, ch.
+<span class="sc2">III</span>).</p>
+
+<p>D’après Dioscoride, «&nbsp;la graine était large, et les
+feuilles étaient <em>semblables à celles du persil</em>&nbsp;»
+(liv. III, ch. <span class="sc2">LXXVIII</span>).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span>D’après Pline,
+«&nbsp;la graine était aplatie comme une feuille, l’écorce de la
+racine était noire&nbsp;; les feuilles <em>ressemblaient fort à
+celles du persil</em>, et poussaient au printemps.&nbsp;»</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i03c"><a href="images/i03.jpg"><img src=
+'images/i03.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fragment de feuille de Silphium cyrenaïcum du
+D<sup>r</sup> Laval.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i10"><a href="images/i10.jpg"><img src='images/i10.jpg'
+alt=''></a>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="width-half tdc">Fruit du Silphion des anciens.</td>
+<td class="width-half tdc">Fruit du Silphium cyrenaïcum de
+Laval.</td>
+</tr>
+</table>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Or, il suffit de mettre en regard (comme il est fait ci-dessus),
+un fragment de feuille de persil et un fragment de la feuille de
+Silphium récoltée en Cyrénaïque par le consul des
+États-Unis<span class="pagenum" id="Page_26">[26]</span> à Tripoli,
+en compagnie du D<sup>r</sup> Laval, pour être aussitôt convaincu
+que le Thapsia Silphium du plateau de Cyrène n’est pas du tout le
+Silphion des anciens.</p>
+
+<p class="space-above15">II. — Le suc du Silphion était
+<em>âcre</em>, dit-on. Oui, dans le sens du mot latin
+<em>acer</em>, et du mot grec ακη (aké), aigu, pointe, c’est-à-dire
+qu’il avait un goût piquant, aigrelet<a id=
+"FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>,
+comme certains fruits&nbsp;; mais nulle part il n’est question des
+propriétés irritantes dont parle le D<sup>r</sup> Laval&nbsp;;
+nulle part il n’est question d’un principe vésicant, et encore
+moins d’un procédé quelconque pour l’en débarrasser et le rendre
+inoffensif.</p>
+
+<p>Au contraire, le suc du Silphium cyrenaïcum est composé de deux
+principes, l’un vésicant, l’autre résolutif&nbsp;; et il est
+indispensable de lui enlever la propriété vésicante pour pouvoir
+l’administrer à l’intérieur<a id="FNanchor_7"></a><a href=
+"#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15">III. — Tous les auteurs anciens
+s’accordent à dire que les bestiaux engraissaient par l’usage du
+Silphion, et que leur chair devenait meilleure.</p>
+
+<p>Or, le Silphium cyrenaïcum des modernes est considéré comme un
+poison pour les animaux. «&nbsp;La paille qu’on tire de la région
+où il abonde n’est donnée aux ânes et aux mulets que lorsqu’elle a
+été examinée avec soin et reconnue exempte de fragments de tiges et
+de graines de Silphium cyrenaïcum.&nbsp;» (D<sup>r</sup> Reboud,
+<em>Lettre à la Société botanique de France</em>, 1875.)</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_27">[27]</span>«&nbsp;On sait,
+dit M. Cauvet, que les chameliers ont soin de musuler les chameaux
+et les ânes, pendant le parcours de la région où croît cette
+plante. Ils prétendent qu’une semence suffit pour déterminer, chez
+ces animaux, une diarrhée très-intense pouvant amener la
+mort.&nbsp;» (Cauvet, <em>Nouv. élém. d’hist. natur.
+médic.</em>)</p>
+
+<p class="space-above15">IV. — Le Silphion des Grecs (Laserpitium
+des Romains), était considéré comme un médicament universel, mais
+il était aussi, et surtout, un condiment très-recherché par les
+gourmets. Pline dit&nbsp;: «&nbsp;Après les truffes et les
+champignons, c’est le Laserpitium (le Silphion), qui tient le
+premier rang.&nbsp;» — Dioscoride raconte qu’on mangeait la racine
+mêlée avec du sel, pour donner une saveur plus agréable aux
+viandes. — Enfin, on lit dans Théophraste, que les racines qu’on
+apportait à Athènes étaient conservées et mises dans des pots avec
+de la farine, mais qu’elles étaient bonnes également
+<em>fraîches</em>, coupées en tranches et assaisonnées avec du
+vinaigre.</p>
+
+<p>Or, la plante récoltée par Laval ne pourrait être un condiment,
+et l’on se garderait bien, assurément, d’en manger la racine
+<em>fraîche</em> coupée par tranches. Même lorsqu’elle est
+dépouillée de son principe vésicant, elle ne cesse pas d’être
+dangereuse, et l’extrait aqueux que contiennent les granules
+pharmaceutiques demande à être manié avec une grande prudence,
+d’après le compagnon de voyage du D<sup>r</sup> Laval.</p>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;La question du nombre de granules à
+donner, dit-il dans une instruction écrite que nous avons sous les
+yeux, est difficile à résoudre. Le nombre doit être en rapport avec
+l’intensité de la maladie, la susceptibilité nerveuse du sujet, et
+sa réceptivité pour le médicament. Tel supportera 10 granules
+jaunes par jour, pendant des semaines, sans qu’il se manifeste la
+moindre aggravation médicamenteuse&nbsp;; tel autre ne pourra
+prendre la moitié de cette dose sans qu’il survienne des
+crachements de sang et des étouffements.&nbsp;»</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_28">[28]</span>En résumé, le Silphium cyrenaïcum n’est pas le
+Silphion des Grecs&nbsp;:</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que son aspect, d’après le
+professeur Œrsted, n’est pas du tout celui du dessin des médailles,
+contrairement à l’affirmation du D<sup>r</sup> Laval&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que les graines apportées par le
+D<sup>r</sup> Laval ne ressemblent aucunement aux graines à forme
+de cœur représentées sur les médailles de la Cyrénaïque</em> (voir
+<a href="#i08">page 25</a>)&nbsp;;</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que les feuilles du Silphion
+étaient semblables à celles du persil, d’après Théophraste,
+Dioscoride, Pline, alors que celles du Silphium du D<sup>r</sup>
+Laval en diffèrent aussi complétement que possible, et sont en tout
+semblables à celles du Thapsia garganica</em> (pages <a href=
+"#i09">24</a> et <a href="#i03c">25</a>)&nbsp;;</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que les bestiaux engraissaient
+par l’usage du Silphion ancien, alors qu’ils sont empoisonnés par
+le Silphium moderne&nbsp;;</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Parce que le suc du Silphion ancien
+était constamment pris à l’intérieur, soit comme épice, soit comme
+médicament, sans préparation chimique, alors que le Silphium
+moderne ne peut entrer en aucun cas dans l’alimentation&nbsp;;
+alors qu’il est indispensable de le priver de son principe
+vésicant, pour l’employer comme agent médicamenteux&nbsp;; alors
+que, même dépouillé de ce principe, l’extrait aqueux peut
+provoquer, dans certains cas, des crachements de sang et des
+étouffements.</em>
+</p>
+
+<hr class="decor width6">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span>III</h3>
+
+<p>Il nous reste à dire quelques mots sur les propriétés
+merveilleuses que l’on a attribuées au <i>Silphium
+cyrenaïcum</i>.</p>
+
+<p>Les médicaments qui guérissent <em>infailliblement</em> la
+phthisie, d’après les prospectus, deviennent chaque jour plus
+nombreux, et pourtant nous voyons mourir les phthisiques comme
+auparavant. On ne sera donc pas surpris si nous disons que les
+promesses qu’on nous fait, au nom du Silphium cyrenaïcum (ou mieux
+<i>Thapsia garganica</i>), nous trouvent tout à fait incrédule.
+Pour admettre, comme possibles, des résultats même beaucoup moins
+prodigieux que ceux annoncés par le D<sup>r</sup> Laval (la
+guérison de la phthisie et de la méningite tuberculeuse), il nous
+faudrait autre chose que les affirmations des petites brochures,
+autre chose que les réclames de la quatrième page des journaux.</p>
+
+<p>Dans le mémoire inséré au <em>Bulletin de la Société
+d’acclimatation</em>, le D<sup>r</sup> Laval parle de quelques
+guérisons qui auraient été obtenues par le D<sup>r</sup> Chartier,
+médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes&nbsp;; mais
+son assertion ne nous suffit pas. Où sont les observations
+médicales du D<sup>r</sup> Chartier&nbsp;? Où est son
+témoignage&nbsp;? Ce médecin ne serait-il pas celui auquel il est
+fait allusion dans les brochures publiées sur le Silphium, et dont
+l’auteur <em>n’est pas autorisé</em>, dit-il, à écrire<span class=
+"pagenum" id="Page_30">[30]</span> le nom&nbsp;? On invoque les
+règlements militaires pour expliquer ce silence&nbsp;; mais est-ce
+que le D<sup>r</sup> Laval, médecin militaire, n’a pas publié un
+mémoire sur le Silphium dans le <em>Bulletin de la Société
+d’acclimatation</em>&nbsp;? Est-ce qu’il n’a pas nommé le
+D<sup>r</sup> Chartier&nbsp;? Est-ce que le D<sup>r</sup> Cauvet,
+pharmacien militaire, a hésité à publier divers travaux sur le même
+sujet&nbsp;?</p>
+
+<p>Il serait à désirer, dans l’intérêt de la science et de
+l’humanité, qu’on sortît de cette réserve et qu’on publiât
+l’opinion du D<sup>r</sup> Chartier&nbsp;; nous la réclamons avec
+instance<a id="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class=
+"fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<p>En attendant, énumérons les maladies que le Silphion des Grecs
+guérissait infailliblement, et que le Silphium des modernes devra
+guérir non moins infailliblement&nbsp;:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;L’action du Silphium cyrenaïcum sur les tubercules à
+forme chronique, dit le D<sup>r</sup> Laval, peut être plus
+rapidement appréciée dans la <em>tuberculose aiguë</em> et dans la
+<em>méningite</em> de même nature.&nbsp;» (<em>Bulletin de la
+Société d’acclimatation</em>. Mars, 1874.)</p>
+</div>
+
+<p>D’après deux petites brochures publiées par le compagnon de
+voyage du D<sup>r</sup> Laval, la <em>phthisie pulmonaire</em>, la
+<em>phthisie laryngée</em>, le <em>catarrhe</em>,
+l’<em>angine</em>, et toutes les maladies indiquées par les anciens
+comme trouvant leur remède dans le Silphion des Grecs, pourront
+être guéries à l’aide du Silphium cyrenaïcum, «&nbsp;par les
+médecins <em>qui ne reculent pas devant l’application d’un remède
+nouveau</em>.&nbsp;» Mais l’auteur de ces brochures est bien
+injuste, pour le Silphion des Grecs, lorsqu’il se borne à citer,
+d’après Dioscoride, l’enrouement, l’esquinancie, la toux, les
+douleurs de côté, les maladies du poumon, comme guéries autrefois
+par cette plante célèbre.</p>
+
+<p>D’après Dioscoride, le Silphion guérissait encore&nbsp;: la
+<em>scrofule</em>, la <em>sciatique</em>, les
+<em>hémorrhoïdes</em>, les <em>contusions</em>, les <em>cataractes
+récentes</em>, les <em>maux de dents</em>, les <em>morsures des
+animaux</em>, la <em>gangrène</em>, l’<em>anthrax</em>, les
+<em>maladies de la peau</em>, les <em>polypes du nez</em>, les
+<em>excroissances de chair</em>..... Bu <em>dans un œuf
+mollet</em>, il guérissait la <em>toux</em>, les <em>douleurs de
+côté</em> et l’<em>hydropisie</em>. Bu dans du vin avec de
+l’encens, il guérissait les <em>tremblements</em> qui précèdent la
+fièvre. Pris dans un grain de raisin, il combattait<span class=
+"pagenum" id="Page_31">[31]</span> utilement les <em>fluxions
+stomacales</em>. Mêlé au poivre et à la myrrhe, il <em>provoquait
+les règles</em>, etc.</p>
+
+<p>D’après Hippocrate, il était souverain contre la <em>fièvre
+singultueuse</em>, la <em>fièvre tierce</em>, la <em>fièvre
+quarte</em>, les <em>chutes du rectum</em>, la <em>pleurésie</em>,
+etc.</p>
+
+<p>D’après Pline, il guérissait les <em>écrouelles</em>, les
+<em>hémorrhoïdes</em>, les <em>contusions</em>, les
+<em>spasmes</em>, la <em>goutte</em>, la <em>jaunisse</em>,
+l’<em>hydropisie</em>, la <em>toux</em>, l’<em>enrouement</em>, la
+<em>pleurésie</em>, l’<em>esquinancie</em>, les <span class=
+"sc">cors</span>, les <span class="sc">durillons</span>&nbsp;; il
+arrêtait la chute des cheveux&nbsp;!!! etc.</p>
+
+<p>Voilà le champ dans lequel peuvent désormais se mouvoir, avec
+une entière sécurité, et avec la perspective de succès éclatants,
+les médecins <em>qui ne reculent pas devant l’application d’un
+remède nouveau&nbsp;!!</em> Ce domaine sera des plus vastes, et
+c’est à peine si celui de la <em>douce revalescière</em> pourra lui
+être comparé.</p>
+
+<p>Malheureusement, le récit scientifique des résultats obtenus par
+le D<sup>r</sup> Laval, à l’aide du <i>Silphium cyrenaïcum</i>,
+fait absolument défaut.</p>
+
+<p>L’une des brochures de son compagnon de voyage renvoie bien
+<em>au livre</em> du D<sup>r</sup> Laval sur le Silphium
+cyrenaïcum&nbsp;; mais ce livre n’a jamais existé. Le libraire
+qu’on indique ne l’a jamais possédé<a id="FNanchor_9"></a><a href=
+"#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;L’emploi du Silphium, dit l’auteur de la brochure citée,
+n’exclut aucun des moyens <em>auxiliaires</em> que le médecin juge
+à propos de conseiller&nbsp;: huile de foie de morue, frictions
+iodées, hypophosphites, <em>médicaments homœopathiques</em><a id=
+"FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>,
+granules dosimétriques, eaux minérales, etc. Son action réparatrice
+s’exerce indépendamment de tout ce qu’on peut lui adjoindre. Nous
+ferons cependant une exception pour les médicaments altérants,
+comme l’arsenic à haute dose, l’iodure de potassium,
+etc.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_32">[32]</span>D’ordinaire, les
+nouveaux médicaments, lancés par les petites brochures, ou par la
+quatrième page des journaux, balayent devant eux, comme dangereux
+ou inutiles, les médicaments antérieurement employés. Le
+<i>Silphium cyrenaïcum</i> se garde bien d’imiter cet exemple. Il
+veut se préparer un bon accueil dans le monde médical&nbsp;; il
+tient à vivre en parfaite intelligence avec ses voisins&nbsp;; il
+est bon prince, pour tout dire en un mot. Sans doute, il peut
+guérir <em>tout seul</em> l’angine catarrhale, la phthisie
+pulmonaire à tous les degrés, la méningite tuberculeuse<a id=
+"FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>,
+etc. Mais, si l’on veut employer concurremment les eaux minérales,
+l’huile de foie de morue, les hypophosphites du D<sup>r</sup>
+Churchill, les granules dosimétriques du D<sup>r</sup> Burgraeve,
+qui sont préparés avec les substances les plus énergiques
+(atropine, émétique, morphine, cyanure de zinc, digitaline, etc.),
+le <i>Silphium cyrenaïcum</i> n’y fera aucune opposition. Il
+acceptera, sans s’en émouvoir, le contact (j’allais dire le
+concours), de ces agents si actifs et si dangereux que l’auteur de
+la brochure, par un heureux choix d’expressions, appelle des
+<em>moyens auxiliaires</em>, et qui ne permettront guère assurément
+de faire à chacun sa part dans les succès ou dans les revers.</p>
+
+<p>Du reste, que les disciples de Hahnemann se rassurent&nbsp;:
+<em>même les médicaments homœopathiques</em> ne seront pas
+exceptés&nbsp;; ils pourront cheminer côte à côte avec le Silphium
+cyrenaïcum sans gêner en rien ses mouvements, et sans être gênés
+par lui. Jusqu’ici, nous avions entendu dire que les remèdes
+homœopathiques n’aimaient pas à rencontrer dans l’organisme
+d’autres agents médicamenteux, et qu’ils devaient faire seuls leur
+œuvre, pour qu’elle fût faite utilement. Mais les propagateurs du
+Silphium ont changé tout cela&nbsp;; nous n’avons plus qu’à nous
+incliner.</p>
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_33">[33]</span>IV</h3>
+
+<p>Et maintenant résumons-nous.</p>
+
+<p class="space-above15">Les propagateurs du <i>Silphium
+cyrenaïcum</i> affirmaient que cette ombellifère n’avait rien de
+commun avec le <i>Thapsia garganica</i>, ils le prenaient même de
+très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion contraire&nbsp;;</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, il est démontré aujourd’hui, par
+les matériaux rapportés de la Cyrénaïque, que les deux ombellifères
+sont une seule et même plante.</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15">Le D<sup>r</sup> Laval avait présenté les
+graines de son <i>Thapsia Silphium</i> comme différentes de celles
+du <i>Thapsia garganica</i>&nbsp;;</p>
+
+<div class="figcenter iw7">
+<figure id="i01c"><a href="images/i01.jpg"><img src=
+'images/i01.jpg' alt=''></a>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup>
+Laval.</td>
+<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td>
+</tr>
+</table>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, elles sont absolument
+identiques&nbsp;; elles présentent les mêmes variations de formes
+que dans le Thapsia garganica.</em>
+</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_34">[34]</span>Le D<sup>r</sup> Laval avait prétendu ensuite
+que les feuilles de sa plante n’étaient pas entièrement semblables
+à celles du <i>Thapsia garganica</i>.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, il suffit de jeter les yeux sur
+les échantillons du Muséum, et aussi sur les dessins que nous
+donnons ci-dessous et <a href="#i02c">page 35</a> pour constater
+combien son assertion était peu fondée.</em>
+</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i03d"><a href="images/i03.jpg"><img src=
+'images/i03.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15">Tout récemment, le compagnon de voyage du
+D<sup>r</sup> Laval décrivait, après lui, la racine du <i>Silphium
+cyrenaïcum</i>, et affirmait qu’elle était absolument différente de
+celle du <i>Thapsia garganica</i>&nbsp;; il ajoutait, avec une
+assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le
+caractère distinctif&nbsp;;</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, en comparant les racines que M.
+Daveau a rapportées de<span class="pagenum" id=
+"Page_35">[35]</span> la Cyrénaïque, avec celles du Thapsia
+garganica, on constate qu’elles sont entièrement semblables</em>
+(voir pages <a href="#i04">18</a> et <a href="#i06">19</a>).</p>
+
+<p class="space-above15">L’auteur des brochures écrivait, après le
+D<sup>r</sup> Laval, que les racines de leur plante étaient
+<em>traçantes</em>, et donnaient naissance à une nouvelle souche,
+lorsque ces racines rencontraient la surface du sol.</p>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i02c"><a href="images/i02.jpg"><img src=
+'images/i02.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Thapsia garganica</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, M. Daveau affirme,</em> de visu,
+<em>que rien n’est moins exact&nbsp;; il soutient que ce mode de
+multiplication, qu’on disait être le seul pour cette plante, est
+matériellement impossible, et il en a donné la raison</em> (voir
+pages <a href="#Page_17">17</a> et <a href="#Page_50">50</a>).</p>
+
+<p class="space-above15">Le D<sup>r</sup> Laval assurait que la
+reproduction de la plante ne<span class="pagenum" id=
+"Page_36">[36]</span> pouvait se faire par les graines, parce
+qu’elles étaient <em>toutes</em> détruites par un insecte de
+l’ordre des hémiptères&nbsp;;</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Or, ce fait que nous repoussions à
+priori avec tous les botanistes, est nié par M. Daveau de la façon
+la plus positive&nbsp;; il affirme que la reproduction de la plante
+se fait par la graine, et qu’elle ne peut se faire autrement.</em>
+</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;Les <em>graines</em>, dit M. Daveau, tantôt lisses,
+tantôt ondulées, qui sont d’un jaune soufre avant leur complète
+maturité, prennent, lorsqu’elles sont mûres, une teinte plus foncée
+au centre, avec les ailes de couleur paille. Ces graines sont, dans
+certaines régions, autour de Dernah par exemple, attaquées
+<em>partiellement</em> par le <i>Pentatoma lineata</i>, insecte de
+l’ordre des hémiptères&nbsp;; mais, à mesure qu’on s’élève
+au-dessus du niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des
+ruines de Cyrène (aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent
+en grande partie, et le plus grand nombre des ombelles sont
+intactes. <em>C’est donc par le semis que se fait la
+reproduction</em>, et c’est le seul mode de multiplication
+naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque<a id=
+"FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class=
+"fnanchor">[12]</a>.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p class="space-above15">Ainsi donc, autant d’assertions, autant
+d’erreurs.</p>
+
+<p class="space-above15">MM. Laval et son compagnon de voyage qui
+ne montraient ni les <em>tiges</em>, ni les <em>feuilles</em>, ni
+les <em>racines</em>, reprochaient aux savants d’avoir résolu le
+problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le
+problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les
+botanistes, <em>avec toutes les pièces sous les yeux</em>, et la
+solution est absolument la même.</p>
+
+<p>Il est donc désormais acquis que le <i>Silphium cyrenaïcum</i>
+n’est pas du tout le <em>Silphion</em> des anciens, et qu’il est
+tout simplement le <i>Thapsia garganica</i>.</p>
+
+<p>Quant au fameux <em>Silphion</em> des Grecs, il reste toujours
+plongé dans cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout
+ce qui appartient à l’histoire de l’antiquité païenne.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_37">[37]</span>Il importait de ne pas laisser s’accréditer
+plus longtemps une erreur profondément regrettable. En rapportant
+de la Cyrénaïque la plante qui était invisible à Paris, M. Daveau a
+donc rendu, nous le répétons, un véritable service à la science et
+à l’humanité.</p>
+
+<p class="space-above15">Les débats sont clos. La légende
+s’évanouit, et la vérité scientifique reprend enfin ses droits.
+Notre but est atteint.</p>
+
+<div class="figcenter iwdecor1">
+<figure><img src='images/decor3.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="large"><span class="pagenum" id=
+"Page_38">[38]</span>APPENDICE</h2>
+
+<hr class="decor width5">
+
+<p class="sch">LES BROCHURES SUR LE SILPHIUM</p>
+
+<p class="space-above15">M. Petit, pharmacien de première classe à
+Paris, membre de la <em>Société botanique de France</em>, avait
+démontré très-nettement dans deux lettres adressées à la <em>Ruche
+pharmaceutique</em>, que le <i>Silphium cyrenaïcum</i> était tout
+simplement le <i>Thapsia garganica</i>, et que, dans tous les cas,
+il n’était pas le Silphion des anciens.</p>
+
+<p>C’est pour combattre cette opinion que le compagnon de voyage du
+D<sup>r</sup> Laval a publié l’une de ses brochures.</p>
+
+<p>Disons tout de suite que cette publication laisse tout à fait
+intacte la démonstration de M. Petit. Les arguments de
+<em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em> ne sont en rien concluants,
+et ils ne sauraient résister à un examen attentif. Nous allons en
+passer quelques-uns en revue et les réduire à néant, bien que nous
+soyons <em>du nombre de ceux qui tranchent la question sans avoir
+vu la plante aux lieux où elle croît</em>.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;M. Petit, écrit-il, déclare que le Silphion des anciens
+reste perdu pour nous... Il cite l’opinion du professeur Œrsted, de
+Copenhague, qui affirme que notre plante (le Thapsia silphium) ne
+présente, ni dans son aspect, ni dans ses propriétés, la moindre
+ressemblance avec la célèbre plante de l’antiquité.</p>
+
+<p>J’en demande pardon au savant professeur, mais son affirmation
+est un peu aventurée. Il ne connaît du Silphion des anciens que
+l’image reproduite sur les monnaies de Cyrène. Que l’artiste peu
+expérimenté ne soit pas arrivé à une reproduction rigoureusement
+exacte de la plante, cela est vrai&nbsp;; mais il est impossible de
+ne pas y reconnaître une ombellifère. Et si quelques plantes de
+cette famille, les <em>Férules</em>, les <em>Fenouils</em>, etc.,
+offrent quelque analogie avec<span class="pagenum" id=
+"Page_39">[39]</span> l’empreinte de ces médailles, il y a une
+particularité qui place ces ombellifères hors de comparaison, c’est
+leur <em>absence absolue</em> dans la contrée où croît le Silphium,
+contrée qui est bien la même dans laquelle on récoltait le Laser
+cyrenaïcum.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p><em>L’explorateur de la Cyrénaïque</em> n’en sait pas plus long,
+assurément, que le professeur Œrsted, sur le Silphion des Grecs et
+sur les monnaies qui en donnent la figure&nbsp;; on se demande donc
+sur quoi il se fonde pour affirmer que l’artiste n’est pas arrivé à
+une reproduction fidèle de la plante. Et quand il prétend qu’il n’y
+a pas d’autres ombellifères que le Silphium du D<sup>r</sup> Laval,
+dans la contrée où croissait le Silphion des Grecs, il commet une
+erreur inexplicable.</p>
+
+<p>En effet, dans son ouvrage <em>Floræ libycæ specimen, etc.</em>,
+le professeur Viviani enregistre, pages 15, 16 et 17, <em>neuf</em>
+espèces d’ombellifères récoltées par Della Cella, parmi lesquelles
+figurent&nbsp;: <i>Ferula nodiflora</i>, <i>Ferula communis</i>,
+<i>Ferula opopanax</i>, <i>Caucalis leptophylla</i>, son <i>Thapsia
+silphium</i> ou <i>Thapsia garganica</i> de Linné. De plus, M.
+Daveau en a rencontré plusieurs espèces qui ont leur
+importance&nbsp;: <i>Smyrnium olusatrum</i>, <i>Apium
+graveolens</i> (Céleri), <i>Apium Petroselinum</i> (Persil),
+<i>Fœniculum vulgare</i> (Fenouil), etc.</p>
+
+<div class="figcenter iw8">
+<figure id="i08b"><a href="images/i08.jpg"><img src=
+'images/i08.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Silphion des Grecs, d’après la figure publiée par
+Viviani.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Nous avons déjà dit notre pensée sur la valeur de l’argument
+tiré du dessin des monnaies. Nous répéterons&nbsp;: que jamais les
+ombellifères n’ont de feuilles <em>opposées</em>&nbsp;; que jamais
+les graines des <i>Thapsia</i> et du <i>Silphium cyrenaïcum</i>
+n’ont eu la forme d’un <em>cœur</em>, comme celles qui sont
+représentées sur les médailles cyrénéennes&nbsp;; que le dessin des
+médailles ne représente<span class="pagenum" id=
+"Page_40">[40]</span> rien moins qu’une ombellifère, ainsi qu’on
+peut s’en convaincre par l’examen de <a href="#i08b">l’image</a>
+reproduite à la page précédente.</p>
+
+<p>En admettant l’exactitude relative des dessins représentés sur
+les médailles, on pourrait émettre cette opinion&nbsp;: que le
+Silphion des Grecs n’a jamais été un Thapsia, ni un Ferula, etc.,
+par cette raison que, dans ces genres, le fruit est un biakène
+comprimé dorsalement, tandis que le dessin des médailles a eu la
+prétention de représenter un biakène déprimé latéralement comme
+dans le genre Smyrnium&nbsp;; car si l’artiste n’a pas prolongé
+l’échancrure supérieure jusqu’en bas de son dessin pour indiquer la
+suture commissurale des deux carpelles, c’est qu’il a voulu rendre
+l’illusion du <em>cœur</em> plus complète.</p>
+
+<p>Les auteurs qui ont cherché à faire la lumière sur cette
+question auraient été plus près de la vérité, croyons-nous, en
+faisant du Silphion des Grecs un <i>Smyrnium</i> par exemple&nbsp;;
+c’est dans ce genre, en effet, qu’on rencontre des ombellifères à
+feuilles à <em>peu près opposées</em> dans la partie supérieure des
+tiges, et à fruits pouvant, à la rigueur, être pris pour <em>un
+cœur</em> par un artiste de l’antiquité. On en jugera par les
+figures ci-dessous. Nous ajouterons qu’une espèce de ce genre, le
+<em>Smyrnium olusatrum</em> produit une gomme résine fort estimée
+dans le pays où croissait jadis le fameux Silphion, et que les
+habitants de cette contrée en font usage pour guérir les
+ophthalmies.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i11"><a href="images/i11.jpg"><img src='images/i11.jpg'
+alt=''></a>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdc">Smyrnium olusatrum.</td>
+<td class="tdc">Silphion des anciens.</td>
+<td class="tdc">Silphium cyrenaïcum de Laval.</td>
+</tr>
+</table>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Quant à la disparition complète du Silphion ancien, de la
+contrée où il s’était développé, ce n’est pointe un fait unique
+dans l’histoire des végétaux. Tout le monde sait que le
+Papyrus<span class="pagenum" id="Page_41">[41]</span> a disparu de
+l’Egypte et qu’on le retrouve dans une autre partie de l’Afrique.
+Et l’auteur de la brochure sur le Silphium qui n’a pas à
+<em>devenir</em>, lui, un botaniste consommé, a certainement
+constaté, dans ses herborisations, des faits analogues pour
+plusieurs espèces de la flore française.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;M. Petit, dit encore <em>l’explorateur de la
+Cyrénaïque</em>, déclare que le Silphium cyrenaïcum ne saurait être
+le Silphion des anciens, parce que les bestiaux pouvaient manger
+celui-ci, tandis que le premier fait périr les animaux qui en
+mangent. Mais il oublie de dire que si les Vandales ont entrepris
+la destruction du Silphion lors de leur invasion dans la
+Cyrénaïque, c’est qu’il tuait leurs chevaux, ce qui prouve qu’il
+n’était pas plus inoffensif qu’aujourd’hui.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Dans sa thèse, M. Deniau exprimait à titre de simple supposition
+cette idée&nbsp;: que les Vandales avaient pu entreprendre la
+destruction du <em>Silphion</em>, parce qu’il tuait leurs
+chevaux&nbsp;; et aussitôt les propagateurs du Silphion ont
+transformé l’hypothèse en un fait acquis. <em>L’explorateur de la
+Cyrénaïque</em> n’est pas heureux dans ses affirmations. Les
+auteurs anciens ont expliqué la disparition du Silphion de diverses
+manières, mais aucun ne parle de son action mortelle sur les
+chevaux des Vandales. Le D<sup>r</sup> Laval n’en dit pas un
+mot&nbsp;; il connaissait sans doute, lui, ce passage de
+Théophraste&nbsp;: «&nbsp;Il est étrange de dire que le bétail se
+purge en mangeant le Silphion&nbsp;; au contraire, il s’engraisse
+merveilleusement, et sa chair en devient meilleure.&nbsp;»</p>
+
+<p>L’adversaire de M. Petit s’est tout simplement fourvoyé. C’est
+le <i>Thapsia</i> qui tuait le bétail, et non le
+<em>Silphion</em>&nbsp;; ce qui prouve une fois de plus que le
+D<sup>r</sup> Laval n’a trouvé en Cyrénaïque que le Thapsia
+garganica. «&nbsp;Le Thapsia, dit Théophraste, croît en plusieurs
+lieux, mais principalement en la terre d’Athènes&nbsp;; les bêtes
+du pays n’en mangent point (par instinct), et si les bêtes
+étrangères en mangent, il faut nécessairement que leur ventre se
+lâche ou qu’elles meurent.&nbsp;» (Livre IX, chap. <span class=
+"sc2">XXII</span>.)</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;Ces exemples, dit l’auteur de la brochure, démontreraient
+que le <i>Thapsia Silphium</i> de Viviani, malgré ses propriétés
+caustiques sur<span class="pagenum" id="Page_42">[42]</span> les
+téguments <em>sains</em>, s’applique avec le plus grand succès sur
+les tissus contus, déchirés ou blessés d’une façon quelconque.
+Néron ne l’ignorait pas, et il en tirait parti.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Le défenseur du Silphium cyrenaïcum se trompe encore ici
+manifestement. Ce n’est pas le <em>Silphion</em> que Néron
+employait, mais bien le <i>Thapsia garganica</i> très-commun dans
+toute la Pouille, province de l’ancien royaume de Naples. Néron ne
+vit jamais qu’un seul pied du Silphion des anciens. Pline dit
+(livre XIX, chap. <span class="sc2">III</span>)&nbsp;: «&nbsp;Il y
+a longtemps qu’on ne trouve plus le Laserpitium (Silphion) en
+Cyrénaïque&nbsp;; de notre temps on n’en a trouvé qu’une plante qui
+fut présentée au prince Néron.&nbsp;» Il est absolument muet sur
+son emploi contre les meurtrissures du visage. Mais, au livre III,
+chap. <span class="sc2">XXII</span>, il dit&nbsp;:
+«&nbsp;L’empereur Néron a donné grand crédit <em>au
+Thapsia</em>&nbsp;: il s’en est beaucoup servi au commencement de
+son règne. Allant de nuit dans les mauvais lieux, il rentrait chez
+lui avec le visage tout meurtri. Il ne faisait alors que l’oindre
+de Thapsia mélangé avec encens et cire, et le lendemain il
+paraissait en public avec un visage frais et net, parce que le
+Thapsia efface merveilleusement les meurtrissures.&nbsp;»</p>
+
+<p>Théophraste dit de son côté&nbsp;: «&nbsp;Le <i>Thapsia</i> fait
+disparaître toutes les meurtrissures.&nbsp;» (Livre IX, chap.
+<span class="sc2">XXII</span>.)</p>
+
+<p class="space-above15"><em>L’explorateur de la Cyrénaïque</em>
+s’est donc de nouveau fourvoyé&nbsp;: il a appliqué au Silphion des
+anciens ce que les auteurs disent du Thapsia garganica. Il est
+certain que le Thapsia du temps de Théophraste et de Pline avait
+exactement les propriétés que M. Laval attribue à son Silphium. Et
+cela démontre, une fois de plus, que sa plante n’est pas autre
+chose que le Thapsia garganica.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;Pouvant affirmer sans crainte d’être démentis, dit
+l’auteur dans un autre passage, que nous sommes, tant en France
+qu’à <em>l’étranger</em>, les seuls détenteurs du véritable
+Silphium cyrenaïcum expérimenté par le D<sup>r</sup> Laval, nous
+engageons les médecins et les malades à n’avoir confiance que dans
+les préparations de Silphium qui sortent de notre
+laboratoire.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Cette affirmation paraîtra sans doute quelque peu
+hasardée,<span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span> lorsqu’on
+aura lu le fragment suivant de la lettre que le D<sup>r</sup>
+Reboud, intime ami de Laval, écrivait à la <em>Société botanique de
+France</em>, le 10 août 1874.</p>
+
+<p>«&nbsp;Laval a quitté Constantine vers la fin d’avril. A peine
+arrivé à Malte, il apprend que deux pharmaciens français ont pris
+depuis environ deux mois la direction de Benghazi, et qu’un médecin
+allemand, chargé d’une mission, attend le départ d’un bateau à
+vapeur pour se rendre en Cyrénaïque, dans le but de rechercher une
+plante autrefois célèbre, et depuis longtemps perdue. Ces nouvelles
+sont un nouveau stimulant pour lui faire accélérer son
+voyage...&nbsp;» (<em>Bulletin de la Société botanique de
+France</em>, séance du 13 novembre 1874.)</p>
+
+<p>Nous ajouterons que, depuis cette époque, notre collègue M.
+Daveau a rapporté de son voyage une quantité considérable de ce
+Silphium, et que ce produit pourra être exploité par plusieurs
+pharmaciens, si tant est qu’on veuille l’expérimenter, malgré son
+<em>identité absolue</em> avec le Thapsia garganica de Reboulleau
+et de Leperdriel.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;Il a suffi, dit ironiquement le défenseur du Silphium
+cyrenaïcum, de quelques graines présentées à M. Cosson, membre
+libre de l’Institut, à M. Baillon, professeur à l’École de
+médecine, à M. Planchon, professeur à l’École de pharmacie, pour
+que ces messieurs déclarassent, d’un commun accord, que le Silphium
+cyrenaïcum n’est autre chose que le Thapsia garganica.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>Eh&nbsp;! sans doute, quelques graines ont suffi à ces
+professeurs éminents, de même qu’une feuille, moins que cela, une
+foliole, suffisait naguère à l’un d’eux, M. le professeur Baillon,
+pour arriver à nommer scientifiquement une plante (le
+<i>Jaborandi</i>), dont on ne lui montrait que des débris
+informes.</p>
+
+<p>A qui la faute, d’ailleurs, si l’on n’a eu pendant longtemps que
+des graines sous les yeux pour résoudre le problème&nbsp;? Pourquoi
+n’a-t-on jamais montré la tige, les feuilles, les racines, de cette
+<em>précieuse</em> plante&nbsp;?</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;Si j’avais pu prévoir cette polémique, dit
+<em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em>, page 11, j’aurais apporté
+quelques échantillons de racines<span class="pagenum" id=
+"Page_44">[44]</span> entières que j’aurais mises à la disposition
+des savants qui ont eu à donner leur opinion, sans avoir les pièces
+nécessaires.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p><em>Si j’avais pu prévoir cette polémique</em> est tout
+simplement sublime&nbsp;!</p>
+
+<p>Eh&nbsp;! quoi, depuis sept ans, on répète sur tous les tons au
+D<sup>r</sup> Laval que son Thapsia Silphium n’est pas autre chose
+que le Thapsia garganica de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie le
+Thapsia de Bertherand et de Reboulleau, exploité depuis vingt ans
+par le pharmacien Leperdriel&nbsp;; il rencontre cette objection à
+Paris, à Valenciennes, en Afrique, et jusque dans l’ouvrage de son
+ami le pharmacien-major Cauvet&nbsp;; au Muséum d’histoire
+naturelle, il la discute de vive voix, ses graines en main, et il
+perd son procès&nbsp;; au Conseil de santé des armées, il n’est pas
+plus heureux&nbsp;; partout il se heurte à ce Thapsia garganica
+qu’on lui oppose&nbsp;; de tous côtés part le même cri&nbsp;:
+montrez donc votre plante, ou tout au moins quelques-unes de ses
+parties, les feuilles, les racines, et confondez vos
+contradicteurs. Son ami M. Cauvet, las de n’avoir sous ses yeux que
+des débris, bien que Laval eût fait déjà deux voyages en
+Cyrénaïque, insiste dans le même sens et lui remet, lors de la
+troisième excursion, un carton rempli de papier à dessécher pour
+qu’il rapporte enfin des échantillons complets. Et son compagnon de
+voyage ne rapporte ni une seule plante entière, ni une seule
+racine&nbsp;! <em>Il n’avait point prévu cette
+polémique&nbsp;!</em> c’est bien étrange en vérité.</p>
+
+<p>A la page 10 <em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em> s’exprime
+ainsi&nbsp;:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«&nbsp;J’ai, d’ailleurs, la bonne fortune de pouvoir, moi aussi,
+m’appuyer sur l’autorité d’un professeur dont la compétence, dans
+la question, ne saurait être mise en doute. M. Cauvet vient
+d’envoyer à la Société de pharmacie une note sur le Silphium de la
+Cyrénaïque, <em>dont l’espèce connue des anciens</em>, dit-il,
+<em>n’aurait pas disparu, comme on l’a soutenu dans ces derniers
+temps</em>. Cette note, dont je n’ai pu encore avoir communication,
+doit apporter, dans la question, des arguments de nature à la
+trancher <em>ex professo</em>.&nbsp;»</p>
+</div>
+
+<p>L’auteur de ces lignes n’a pas dû se féliciter longtemps de sa
+<em>bonne fortune</em>. Il n’avait pas compris évidemment que,
+dans<span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span> cette note, M.
+Cauvet traduisait presque toujours l’opinion du D<sup>r</sup>
+Laval, alors qu’il semblait exprimer son opinion personnelle.</p>
+
+<p>En effet, il y a sept ans, en 1869, dans son livre
+intitulé&nbsp;: <em>Nouveaux éléments d’histoire naturelle
+médicale</em>, M. Cauvet, l’ami de Laval, s’exprimait ainsi (page
+320)&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;M. le médecin principal Thomas, dans son rapport au baron
+Larrey, président du Conseil de santé des armées, a conclu que la
+plante regardée par le D<sup>r</sup> Laval comme le Silphion des
+anciens est le Thapsia garganica des botanistes, ou le
+<em>bou-nafa</em> des Arabes.</p>
+
+<p>M. Cosson, à qui j’ai communiqué la description du Silphium
+faite par le D<sup>r</sup> Laval, y a reconnu aussi le Thapsia
+garganica.</p>
+
+<p>Comme, d’ailleurs, M. Laval assure qu’il n’a pas vu en
+Cyrénaïque d’autre plante pouvant être le Silphion, et que, d’autre
+part, les Arabes de l’Algérie appellent aussi <em>Dirias</em> le
+Thapsia garganica (les Arabes de la Cyrénaïque appellent aussi
+<em>Dirias</em> le Silphium du D<sup>r</sup> Laval), il semble, ou
+que les anciens avaient beaucoup exagéré les propriétés du
+Silphion, ou que cette plante a totalement disparu de la
+Cyrénaïque. Cette dernière opinion semble d’autant plus probable
+que le <em>Laser</em> s’écoulait (par incision), à la fois de la
+tige et de la racine, tandis que, selon M. Laval, la tige de son
+Silphium ne fournit absolument rien, soit par incision, soit par un
+traitement à l’alcool.&nbsp;»</p>
+
+<p>Dans une lettre que nous avons sous les yeux, et qu’il écrivait,
+il y a quelques mois, à un de nos amis, M. Cauvet s’exprime en ces
+termes&nbsp;: «&nbsp;Ce que j’ai vu du Silphium cyrenaïcum
+(semences et fragments de racines) ne diffère pas des mêmes parties
+du Thapsia garganica. Les éléments histologiques sont les mêmes, et
+semblablement disposés dans les racines des deux
+plantes.&nbsp;»</p>
+
+<p>Enfin, dans le mémoire qu’il lisait à la Société botanique de
+France, le 8 janvier 1875, et que l’explorateur de la Cyrénaïque
+cite comme devant apporter dans la question des arguments de nature
+à la trancher <em>ex professo</em>, M. le D<sup>r</sup> Cauvet
+proteste<span class="pagenum" id="Page_46">[46]</span>
+énergiquement contre le sens que l’on donne à ses
+propositions&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;Dégagé de toute préoccupation mercantile, dit-il, j’ai lu
+avec le plus vif regret les réclames insérées à la quatrième page
+des journaux politiques. Affirmer ce que l’on ignore, avec une
+arrière-pensée de gain, me semble une action peu digne de notre
+profession. Je crois donc devoir protester d’avance contre toute
+supposition qui me ferait le compère de certaines gens.&nbsp;»
+(<em>Bulletin de la Société botanique</em>, 1875, page 17.)</p>
+
+<p>En parcourant rapidement le travail de M. Cauvet, on pourrait
+croire qu’il admet la similitude du Silphium de Laval et du
+Silphion des anciens, et qu’il vient prêter son appui à la plante
+cyrénéenne. On se tromperait complétement. En lisant son mémoire
+avec attention, on constate bientôt que le pharmacien-major de
+Nancy n’a pas <em>d’opinion arrêtée</em>, et que, lorsqu’il semble
+exprimer une conviction personnelle, il est tout simplement l’écho
+de son ami Laval, et écrit en quelque sorte sous sa dictée.</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> — M. Cauvet <em>n’a pas d’opinion arrêtée</em>,
+puisqu’on lit dans l’article en question les phrases
+suivantes&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;La note de M. Stanislas Martin regarde comme jugée une
+question que nos connaissances actuelles ne permettent pas de
+résoudre, et qu’un voyage dans la Pentapole libyque peut seul
+éclaircir<a id="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class=
+"fnanchor">[13]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>«&nbsp;Il <em>se peut</em> que le D<sup>r</sup> Laval ait
+retrouvé le Silphion des anciens.&nbsp;»</p>
+
+<p>«&nbsp;Si la plante de Laval est le Silphion des
+Grecs.....&nbsp;»</p>
+
+<p>«&nbsp;J’affirme que le mystère qui planait sur le Silphion des
+anciens subsiste complétement.&nbsp;»</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> — M. Cauvet <em>est tout simplement l’écho de
+Laval</em>, puisqu’on lit dans son mémoire&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;<em>Selon Laval</em>, les Algériens réfugiés en
+Cyrénaïque affirment.....&nbsp;»</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>«&nbsp;<em>Selon
+Laval</em>, les racines du Silphium cyrenaïcum atteignent parfois
+un mètre de long.....&nbsp;»</p>
+
+<p>«&nbsp;<em>Selon Laval</em>, les fruits du Silphium cyrenaïcum
+sont dévorés avant leur maturité.....&nbsp;»</p>
+
+<p>«&nbsp;<em>Selon Laval</em>, le Silphium cyrenaïcum diffère du
+Thapsia garganica.....&nbsp;»</p>
+
+<p>Avions-nous raison de dire que l’<em>explorateur de la
+Cyrénaïque</em> avait tort d’invoquer le témoignage du
+D<sup>r</sup> Cauvet&nbsp;?</p>
+
+<p>«&nbsp;Laval m’avait prié, dit le pharmacien-major de Nancy, de
+lui préparer des extraits aqueux et alcooliques <em>avec ce qui lui
+restait de poudre</em>. Depuis son départ, j’ai préparé de
+l’extrait aqueux de <i>Thapsia garganica</i>.....&nbsp;»</p>
+
+<p>Et M. Cauvet se met à comparer l’extrait de <i>Silphium
+cyrenaïcum</i> et l’extrait du <i>Thapsia garganica</i>. Comme il
+croit y trouver certaines différences de goût, de couleur, d’odeur,
+etc. (que d’autres d’ailleurs ne constatent pas), il se demande si
+les deux plantes ne seraient pas différentes. C’est la première
+fois assurément qu’un botaniste se prononcerait sur la
+<em>similitude</em> ou sur la <em>dissemblance</em> de deux
+plantes, par l’examen de leurs extraits. Outre que la couleur, la
+saveur et l’odeur des extraits peuvent varier, suivant une foule de
+circonstances, il suffit qu’on puisse supposer qu’une substance
+étrangère a été mêlée à la <em>poudre</em> de Silphium cyrenaïcum,
+pour que l’argument tiré des extraits par l’auteur du mémoire soit
+absolument sans valeur.</p>
+
+<p>M. Cauvet s’appuie sur les témoignages d’Avicenne, de Synésius,
+d’Oribase, d’Aétius... pour affirmer que le Silphion n’a jamais
+disparu de la thérapeutique.</p>
+
+<p>«&nbsp;Oribase, dit-il, connaissait et employait le suc de
+Silphion. Dans les divers passages de son livre, où il en parle, il
+s’exprime toujours au présent&nbsp;; nulle part il ne dit&nbsp;:
+<em>olim</em>, autrefois.&nbsp;»</p>
+
+<p>Malheureusement pour M. Cauvet, sa citation latine d’Oribase,
+qui parle au <em>présent</em>, est une traduction mot pour mot, ou
+à peu près, de Dioscoride&nbsp;; et pour qu’il ne puisse pas douter
+de son erreur, voici en regard le passage emprunté par lui au
+médecin du <span class="sc2">IV</span><sup>e</sup> siècle, et le
+passage de Dioscoride<span class="pagenum" id="Page_48">[48]</span>
+traduit en langue latine par un auteur florentin, Marcelle
+Vergilio<a id="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class=
+"fnanchor">[14]</a>&nbsp;:</p>
+
+<table class="tabw40 tless bd-collapse" id="t48">
+<tr>
+<th class="bd-right"><em>Oribase.</em>
+</th>
+<th><em>Dioscoride.</em>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="width-half tdl-top ind bd-right">Colligitur e radice
+scarificatà et item caule, ex Silphio liquor, in quo genere
+præstatis qui rubescit&nbsp;;</td>
+<td class="width-half tdl-top ind pad05">Colligitur ex Silphio
+liquor, scarificatis radice et caulibus&nbsp;; habet que primæ
+bonitatis estimationem qui non adeo rufo colore est&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">Ac pellucidus est, quique myrrham
+olet et odore valet, gustuque suavi&nbsp;;</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Qui lucem transmittit, qui myrrham
+olet firmoque odore sentitur&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">Non porraceus, neque cujus immitis
+gustus est, et qui cum diluitur, facile exalbescit.</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Damnatur contrà qui porraceo colore
+viret, immitique gustu et asperus est, et qui cum diluitur facile
+albescit.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">Cyrenaïcus vero, si quis modicum
+ejus gustarit, humorem in toto corpore ciebit. . . . . . . . .</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Cyrenaïcus, si tantillum etiam ex eo
+aliquis in os sumpserit, toto corpore sudoris meo humiditatem
+cit.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">At medicus et syriacus
+imbecilliores sunt, sed magis virosum odorem reddunt.</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Minore ui efficaciaque, et virosiore
+odore sunt medicus et syriacus.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">Liquor omnis, priusquam siccatus
+fuerit adulteratur indito sagapeno, aut lomento fabarum&nbsp;;</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Adulteratur liquor hic omnis antequem
+siccetur, admixtis aut sagapeno aut lomento fabæ&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top ind bd-right">Quod gustu, odore, aspectu et
+diluendo, deprehenditur....</td>
+<td class="tdl-top ind pad05">Verum deprehenditur gustu, odore
+aspectuque, et cum humore aliquo diluitur.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>La comparaison de ces deux textes démontre évidemment qu’Oribase
+ne parlait du Silphion que d’après Dioscoride&nbsp;; on y trouve
+les mêmes énonciations, et dans le même ordre. Elle ne prouve pas
+le moins du monde <em>qu’il connaissait et employait le suc de
+Silphion</em>&nbsp;; et si le célèbre médecin s’exprime toujours au
+présent, sans citer Dioscoride, s’il ne dit jamais <em>olim</em>,
+cela prouve simplement que déjà, au <span class=
+"sc2">IV</span><sup>e</sup> siècle, il y avait des plagiaires et
+des charlatans.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_49">[49]</span><span class=
+"letter-spaced02">VOYAGE</span><br>
+<span class="xxlarge">EN CYRÉNAÏQUE</span><br>
+<span class="less letter-spaced02">DE M. DAVEAU</span><br>
+<span class="med">Chef de la section des graines au Muséum
+d’Histoire naturelle de Paris<br>
+(1875)</span>
+</h2>
+
+<hr class="decor width7">
+
+<p class="space-above15">
+</p>
+
+<hr class="dotted width-full">
+
+<hr class="dotted width-full">
+
+<p>Quinze jours après mon départ de Marseille, j’étais à Tripoli,
+ayant fait relâche à Malte où je suis resté pour faire quelques
+récoltes de plantes. A Tripoli, je m’embarquai sur un petit
+bâtiment arabe qui faisait voile pour Benghazi, d’où j’espérais
+commencer mon exploration.</p>
+
+<p>Muni de lettres de recommandation pour les Arabes les plus
+considérés de Dernah, pour quelques chefs bédouins de l’intérieur,
+et pour le gouverneur de la ville précitée, accompagné d’un
+interprète, de plusieurs chameliers, de leurs chameaux pour porter
+les provisions et les récoltes, et d’un cheval comme moyen de
+locomotion à mon usage, je quittai Benghazi au bout de quatre
+jours, pour m’enfoncer dans l’intérieur, de manière à traverser la
+Pentapole libyque de l’ouest à l’est, pour gagner Dernah. (Voir le
+tracé de la <a href="#map1">carte.</a>)</p>
+
+<p>En se dirigeant de Benghazi vers Dernah, et lorsqu’on s’est
+éloigné du point de départ d’une vingtaine de kilomètres, on est
+frappé par la régularité qu’affecte la végétation. Les plantes
+croissent là par zones parfaitement déterminées, comme dans les
+régions montagneuses. Aucun changement n’existe cependant dans le
+sol, qui est partout composé d’une argile ferrugineuse fort
+compacte, mais bien dans l’altitude, qui augmente de plus en plus à
+mesure qu’on s’avance, quoique cette élévation se fasse
+insensiblement. Ces zones s’étendent de telle façon qu’on rencontre
+des lieues carrées couvertes par la<span class="pagenum" id=
+"Page_50">[50]</span> même espèce de plante, et dans l’ordre
+suivant, à mesure qu’on s’éloigne dans la direction de
+Dernah&nbsp;: <i>Kentrophyllum lanatum</i>, <i>Phlomis Samia</i>,
+<i>Satureia Thymbra</i>, <i>Seseli tortuosum</i>, <i>Passerina
+hirsuta</i>, <i>Marrubium pseudo Dictamnus</i>, <i>Artemisia
+pyromacha</i> et <i>Herba alba</i> (<i>Semen contra</i>),
+<i>Poterium spinosum</i>, <i>Juniperus Lycia</i>, <i>Pistacia
+Lentiscus</i>&nbsp;; ce dernier forme de fort jolis massifs
+réguliers, comme s’ils étaient taillés.</p>
+
+<p>En approchant de Dernah, les forêts deviennent plus compactes et
+plus riches en végétaux&nbsp;; on peut y voir les <i>Phyllirea
+angustifolia</i>, <i>Olea europæa</i>, <i>Arbutus Unedo</i> (il
+existe de ce dernier arbuste des forêts entières près des ruines de
+Lamloudeh), des <i>Cistus</i>, des <i>Rhamnus</i>, et l’<i>Ephedra
+altissima</i>, grimpant sur les arbres, au milieu du feuillage
+desquels on aperçoit ses rameaux grêles couverts de fleurs
+jaunes.</p>
+
+<p>C’est à peu près au milieu de la distance qui sépare Benghazi de
+Dernah, après la vallée de Méraouah, qu’on trouve les premiers
+pieds de ce fameux <i>Thapsia</i> qu’on rapporte au
+<em>Silphion</em> des anciens.</p>
+
+<p>Quelques renseignements sur cette plante, qui fait tant de bruit
+depuis quelque temps, ne sont peut-être pas inutiles. En effet, la
+question est désormais résolue&nbsp;: le <i>Thapsia Silphium</i> de
+Viviani ou <i>Silphium cyrenaïcum</i> du D<sup>r</sup> Laval
+<em>n’est pas autre chose que le Thapsia garganica</em> de Linné,
+comme j’ai pu l’observer sur place, et comme le prouvent les
+échantillons de tiges, feuilles, fruits, etc., etc., déposés à
+l’herbier du Muséum.</p>
+
+<p>La <em>racine</em> de cette plante qui, à tout âge, est d’une
+couleur brune, de <em>simple</em> qu’elle est dans sa jeunesse,
+devient <em>rameuse</em> en vieillissant comme l’est, du reste,
+celle du <em>Thapsia garganica</em>, lorsqu’il croît dans un sol
+aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui de la
+Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent
+perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus
+horizontalement&nbsp;; mais, <em>dans aucun cas</em>, elles ne
+donnent naissance à des bourgeons adventifs en se rapprochant de la
+surface du sol. Ce mode de multiplication, qu’on disait être le
+seul pour cette plante, est même <em>matériellement
+impossible</em>, puisque les pieds de Thapsia Silphium sont
+séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20
+mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers
+où il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de
+<em>tracer</em>.</p>
+
+<p>Les <em>feuilles</em> sont exactement divisées comme celles du
+<i>Thapsia garganica</i>, et j’en ai aussi observé à des degrés
+plus ou moins grands de villosité. Les feuilles dites radicales
+sont beaucoup plus développées<span class="pagenum" id=
+"Page_51">[51]</span> que celles insérées sur la hampe, qui sont
+toujours <em>alternes</em> entre elles<a id=
+"FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class=
+"fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<p>La hampe est glaucescente-pruineuse et légèrement sillonnée.
+Elle laisse échapper, lorsqu’on la rompt avant sa dessiccation, un
+suc laiteux qui se concrète à l’air en brunissant. Deux ou trois
+ombelles la surmontent&nbsp;; une seule généralement est
+fertile.</p>
+
+<p>Les <em>graines</em> tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont
+d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent,
+lorsqu’elles sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les
+ailes de couleur paille. Ces graines sont, dans certaines régions,
+autour de Dernah par exemple, attaquées <em>partiellement</em> par
+le <i>Pentatoma lineata</i>, insecte de l’ordre des
+hémiptères&nbsp;; mais à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau
+de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène
+(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie,
+et le plus grand nombre des ombelles sont intactes. <em>C’est donc
+par le semis que se fait la reproduction</em>, et c’est le seul
+mode de multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque.</p>
+
+<hr class="dotted width-full">
+
+<hr class="dotted width-full">
+
+<p class="right pad-right2 space-above15">(Extrait de la <em>Revue
+horticole</em>, octobre 1875.)</p>
+
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="map1">
+<p class="cpm1">CARTE<br class="x-ebookmaker-drop">
+DE LA<br class="x-ebookmaker-drop">
+CYRÉNAÏQUE<br class="x-ebookmaker-drop">
+avec l’Itineraire suivi par<br class="x-ebookmaker-drop">
+M<sup>R</sup>. J. DAVEAU<br class="x-ebookmaker-drop">
+Chef de la Section des Graines au Muséum<br class=
+"x-ebookmaker-drop">
+d’Histoire Naturelle de Paris<br class="x-ebookmaker-drop">
+1875</p>
+<a href="images/map1_large.jpg"><img src='images/map1.jpg' alt=
+''></a>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="decor width12">
+
+<p class="center">Saint-Quentin. — Imprimerie <span class=
+"sc">Jules Moureau</span>.</p>
+
+<div class="footnotes">
+<h2>NOTES&nbsp;:</h2>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class=
+"label">[1]</span></a>Pour éviter toute confusion, nous écrirons
+toujours <em>Silphion</em> lorsqu’il s’agira de la plante des
+anciens, et <em>Silphium</em> lorsqu’il s’agira de celle des
+modernes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class=
+"label">[2]</span></a>Voir à l’Appendice, <a href="#Page_49">page
+49</a>&nbsp;: Relation du voyage de M. Daveau dans la Pentapole
+libyque.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class=
+"label">[3]</span></a>Viviani, <em>Floræ Libycæ</em>, page 117.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class=
+"label">[4]</span></a><em>Prodromus systematis naturalis regni
+vegetabilis</em>, vol. IV, pag. 202.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class=
+"label">[5]</span></a>Remarques pour servir à l’interprétation de
+la plante célèbre, mais aujourd’hui disparue, qui était connue dans
+l’antiquité sous le nom de Silphion. (<em>Bulletin de l’Académie
+royale de Danemark</em>). <em>Copenhague</em>, 1869.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class=
+"label">[6]</span></a>Le D<sup>r</sup> Laval dit, dans son
+mémoire&nbsp;: «&nbsp;J’ai fait cuire des tiges de Silphium
+cyrenaïcum sous la cendre&nbsp;; elle m’ont paru d’un goût sucré et
+parfumé.&nbsp;»</p>
+
+<p><em>Elles m’ont paru&nbsp;!</em>... Que signifie cette
+appréciation&nbsp;? C’est donc du bout des lèvres et avec une
+prudence infinie, que le D<sup>r</sup> Laval a goûté ces tiges
+qu’il avait pourtant fait cuire&nbsp;? Mais, alors, il avoue par
+cela même que sa plante n’est pas celle des anciens, celle dont les
+gourmets mangeaient tous les jours les tiges, les feuilles, les
+racines et le suc.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class=
+"label">[7]</span></a>«&nbsp;J’ai trouvé le moyen, dit le
+D<sup>r</sup> Laval, d’enlever entièrement la propriété vésicante
+du Silphium cyrenaïcum, de telle sorte que ce suc a pu être ingéré
+à doses suffisantes.&nbsp;»</p>
+
+<p>Le procédé est des plus simples&nbsp;; il a été indiqué, dans
+une lettre que j’ai sous les yeux, par un de ses amis qui était le
+préparateur de son extrait à Constantine.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class=
+"label">[8]</span></a>Voir, à <a href="#Page_5">l’avant-propos,</a>
+la lettre du D<sup>r</sup> Chartier sur ce sujet.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class=
+"label">[9]</span></a>Voir, au sujet des vertus du Silphium et des
+guérisons opérées par lui, dans la <em>Revue de thérapeutique
+médico-chirurgicale</em>, n<sup>o</sup> du 1<sup>er</sup> janvier
+1876, le jugement rendu par le tribunal de police correctionnelle
+de Paris (violation de secret médical), contre le D<sup>r</sup>
+X..., l’un des prôneurs du <em>Silphium</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class=
+"label">[10]</span></a>Les médecins homœopathes seront bien surpris
+sans doute de voir le traitement homœopathique rangé parmi les
+moyens <em>auxiliaires</em> par des pharmaciens homœopathes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class=
+"label">[11]</span></a>Un journal de médecine, voué à la défense du
+<i>Silphium</i>, nous apprend qu’il guérit aussi, <em>depuis
+quelque temps</em>, la gonorrhée, les ulcères phagédéniques, les
+abcès froids, la fistule anale et la métrorrhagie.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class=
+"label">[12]</span></a>M. Daveau a rapporté une grande quantité de
+graines parfaitement intactes&nbsp;; il aurait pu en récolter des
+hectolitres.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_13"></a><a href="#FNanchor_13"><span class=
+"label">[13]</span></a>Ce voyage a été fait depuis cette époque par
+notre collègue M. Daveau, et la question a été résolue.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_14"></a><a href="#FNanchor_14"><span class=
+"label">[14]</span></a><em>Commentaires de Mathiole sur le
+III<sup>e</sup> livre de Dioscoride</em>, chap. Silphion, Edit.
+1525, page 399.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_15"></a><a href="#FNanchor_15"><span class=
+"label">[15]</span></a>Et non <em>opposées</em>, comme pour la
+plante des anciens, dont les monnaies donnent les dessins.</p>
+</div>
+</div>
+
+<h2>OUVRAGES DU MÊME AUTEUR</h2>
+
+<div class="figcenter iwdecor3">
+<figure><img src='images/decor2.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="hang1"><span class="bold">L’HORTICULTEUR FRANÇAIS de
+1831.</span> Journal mensuel d’horticulture, 21 volumes. — M. E.
+Donnaud, éditeur, 9, rue Cassette.<span class="float-right2">170
+fr.</span></p>
+
+<p class="hang1"><span class="bold">NOUVEAU JARDINIER
+ILLUSTRÉ</span>, par MM. F. Herincq, Alph. Lavallée, L. Neumann, B.
+Verlot, J.-B. Verlot, A. Pavard et Burel. 1 volume de 1800 pages de
+texte avec plus de 500 dessins intercalés. — M. E. Donnaud,
+éditeur.<span class="float-right2">7 fr.</span></p>
+
+<p class="hang1"><span class="bold">LE RÈGNE VÉGÉTAL</span>, divisé
+en Botanique générale&nbsp;; Flore médicale usuelle et
+industrielle&nbsp;; Horticulture&nbsp;; Plantes agricoles et
+forestières&nbsp;; Histoire biographique et bibliographique de la
+botanique, par M. F. Herincq, O. Reveil, agrégé, et Baillon,
+professeur de sciences naturelles à la Faculté de Médecine de
+Paris&nbsp;; Fr. Gérard, botaniste micrographe&nbsp;; Dupuis,
+ancien professeur à l’Institut agronomique de Grignon. — M. Guérin,
+éditeur, 5, rue Bonaparte. 17 volumes dont 9 de texte et 8
+d’atlas.<span class="float-right2">800 fr.</span></p>
+
+<p class="hang1"><span class="bold">MANUEL GÉNÉRAL DES
+PLANTES</span>, comprenant la description, la culture, l’histoire
+de plus de 25,000 espèces de plantes cultivées en Europe, par MM.
+Herincq, Jacques et Duchartre (de l’Institut). 4 volumes. —
+Librairie agricole, rue Jacob, 26.<span class="float-right2">40
+fr.</span></p>
+
+<div class="figcenter iwdecor2">
+<figure><img src='images/decor4.png' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center space-above15">Saint-Quentin. — Imp. <span class=
+"sc">Jules Moureau</span>.</p>
+</div>
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 ***</div>
+</body>
+</html>
+
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