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HERINCQ= + ATTACHÉ AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE PARIS + + * * * * * + _Deuxième Édition_ + * * * * * + + PARIS + LIBRAIRIE DE LAUWEREYNS + 2, RUE CASIMIR-DELAVIGNE, 2 + * * * * * + 1876 + + + + + AVANT-PROPOS + + * * * * * + + +Depuis la publication de la première édition de cette brochure (janvier +1876), deux faits très-importants se sont produits : + +Le premier, c’est l’acceptation par tous des conclusions que nous avons +formulées quant à l’_espèce_ de la plante qu’on appelle d’un nom qui +n’est pas le sien. + +Le second, c’est la négation absolue de la _valeur thérapeutique_ du +Silphium cyrenaïcum par le Dr Chartier, de Valenciennes, dont on +invoquait si souvent le témoignage. + +Nos conclusions sont péremptoires ; elles affirment que le Silphium +cyrenaïcum du Dr Laval n’a rien de commun avec le _silphion_ des +anciens, et qu’il est tout simplement le _thapsia garganica_. Personne +ne les a combattues, pas même MM. Derode et Deffès, les Pharmaciens +homœopathes qui vendent le Silphium ; nous sommes bien certains qu’ils +ne parleront plus, ni de la _résurrection_ du silphion des Grecs, ni de +_fraude coupable_ à l’adresse de ceux de leurs confrères qui ont +toujours considéré comme une seule et même chose la plante cyrénéenne et +le Thapsia garganica. + +Quant à la valeur thérapeutique du produit, nous faisions à la page 24 +de notre 1re édition, dans l’intérêt de la science et de l’humanité, un +appel public au témoignage du médecin de Valenciennes qui +l’expérimentait en 1874, dans son hôpital, à l’instigation et sous les +yeux du Dr Laval. MM. Derode et Deffès ont répondu par l’insertion dans +un journal, d’une lettre que le Dr Chartier aurait écrite _il y a deux +ans et demi_, au père d’un jeune homme qu’on disait être phthisique, et +dans laquelle il faisait l’éloge du Silphium cyrenaïcum. + +Mais, de son côté, le Dr Chartier nous adressait directement, en réponse +à notre appel, une lettre décisive dont nous considérons comme un devoir +de reproduire textuellement les principaux passages : + + +« MONSIEUR, + +Je lis, à la page 24 de la très-intéressante brochure que vous m’avez +fait l’honneur de m’adresser, un appel à ma modeste opinion. Je +m’empresse de vous répondre : + +Je crois que c’est bien moi qu’on a voulu désigner en invoquant les +règlements militaires pour expliquer mon silence. Si j’ai mis ma +position militaire en avant pour me taire, c’est parce qu’il ne me +convenait pas de voir mon nom prononcé dans ce que, dès le début, je +considérais comme une affaire de commerce. Mais, ce n’était pas la seule +raison : des observations hâtivement interprétées ne me paraissaient +nullement convaincantes ; et je suis de l’avis de M. Gervais, professeur +d’anatomie comparée au Muséum, lorsqu’il disait au docteur Laval : +_Quand vous aurez cent observations toutes concordantes, recueillez-en +cent nouvelles, et puis encore cent autres. Alors vous pourrez dire :_ +PEUT-ÊTRE ! + +Ce n’est point mon cas ; car, si une singulière coïncidence, produite +certainement par la constitution médicale régnante, a paru améliorer les +phthisies traitées par le Silphium au début de mes expériences, j’ai +bientôt dû reconnaître que ce n’était qu’un leurre . . . . . . . . . . . + +Si je me dépars aujourd’hui de la réserve dans laquelle je m’étais +renfermé, c’est que je ne veux pas qu’on se serve de mon nom pour +répandre dans le public un remède qui, j’en ai la conviction, n’en est +pas un, pas plus dans la phthisie, où je l’ai essayé, que dans les +contusions et les entorses, où il a constamment échoué sous mes yeux, +entre les mains du Dr Laval. + +Veuillez agréer... + + Dr CHARTIER, + +_Médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes._ » + + +Les lecteurs peuvent sans peine, maintenant, juger la question qui nous +occupe, tant au point de vue botanique, qu’au point de vue +thérapeutique. Ils ont toutes les pièces sous les yeux. + + F. HERINCQ. + + + + + DU SILPHION DES ANCIENS + ET DU + SILPHIUM CYRENAÏCUM DES MODERNES[1] + + * * * * * + + +Depuis quelque temps, on fait beaucoup de bruit autour d’une plante +récoltée en Cyrénaïque, et qu’on a appelée _Silphium Cyrenaïcum_, mais +dont le nom botanique est _Thapsia silphium_ de Viviani, et mieux encore +_Thapsia garganica_ de Linné. Les gens du pays l’appellent _Dirias_ ou +_Drias_. + +Les uns prétendent que c’est le fameux _Silphion_ des Grecs, qui était +employé à la fois comme épice et comme médicament ; d’autres répondent, +avec tous les auteurs anciens, que le Silphion des Grecs a disparu dès +le commencement de l’ère chrétienne, et que la plante en question est +tout simplement le _Thapsia garganica_ de Linné, qui est très-abondant +en Algérie, en Espagne, en Italie, etc., que MM. Bertherand et +Reboulleau ont fait connaître en 1857, et que le pharmacien Leperdriel +exploite depuis longtemps à Paris (_emplâtre de Thapsia_). — Les uns +parlent du Silphium cyrenaïcum comme s’il avait été découvert par le +docteur Laval ; d’autres font remarquer que, s’il y avait découverte, le +mérite en reviendrait à Della Cella, qui le rapportait de son voyage +dans la Libye, en 1817. — Les uns annoncent bruyamment que le _Silphium +cyrenaïcum_ guérit la _phthisie pulmonaire_ à tous les degrés, la +_phthisie laryngée_, les _angines catarrhales_, la _méningite +tuberculeuse_, etc. ; d’autres se montrent tout à fait incrédules à +l’endroit de cette affirmation, et pensent qu’elle ne peut suffire pour +arrêter l’attention des médecins sérieux. + +Presque tous les travaux qui ont été publiés dans ces derniers temps sur +ce sujet n’ont eu d’autre résultat que de le compliquer et de +l’obscurcir, parce qu’ils n’avaient, comme base de discussion, que les +écrits confus des auteurs anciens, et le dessin informe des médailles +cyrénéennes. + +Il est temps, croyons-nous, de porter la lumière sur cette question si +débattue. Il est temps de dissiper les équivoques et de mettre à néant +des assertions téméraires et des erreurs regrettables. C’est ce que nous +nous proposons de faire dans ce travail, en appuyant nos opinions sur +des preuves irréfutables tirées des nombreux et précieux matériaux +rapportés tout récemment de la Cyrénaïque par notre collègue, M. Daveau, +chef de la section des graines au Muséum d’histoire naturelle de +Paris[2]. + + + I + + +Les Grecs appelaient _Silphion_ (σιλφιον), et les Romains _Laserpitium_, +une plante qui croissait plus particulièrement dans la Cyrénaïque, et +qui donnait, par des incisions faites à la racine et à la tige, un suc +gommo-résineux que les Grecs appelaient _Laseros_, et les Latins +_Laser_, que l’on employait comme condiment, et auquel on attribuait des +propriétés merveilleuses, comme, par exemple, de rendre la vue, de +guérir les plaies venimeuses, de rajeunir, etc. ; aussi se vendait-il au +poids de l’or. + +On donnait à cette plante une origine surnaturelle. Les auteurs grecs +ont écrit que, sept ans avant la fondation de Cyrène, qui fut bâtie l’an +143 de Rome, le _Silphion_ fut produit tout à coup par une sorte de +pluie poisseuse qui tomba en Afrique, aux environs du jardin des +Hespérides et de la grande Syrte, et que la vertu productive de cette +pluie se fit sentir sur une étendue de quatre mille stades. + +Tous les auteurs s’accordent à dire que le _Silphion_ devint de plus en +plus rare dans la Cyrénaïque, dès le premier siècle de l’ère chrétienne, +et qu’il finit par disparaître complétement ; mais ils expliquent sa +disparition de diverses manières plus ou moins acceptables. + +Pline raconte que, de son temps, on ne trouva, dans la Cyrénaïque, +_qu’un seul pied_ de cette plante, et qu’il fut envoyé à l’empereur +Néron. + +Quoi qu’il en soit, disent Mérat et de Lens, le _Silphion_ devint +inconnu aux générations suivantes, et son image ne se retrouva plus que +sur des médailles ou des monnaies qui représentent, d’un côté, les +diverses parties de la plante (tige, racine, graines...), et de l’autre, +la tête de Jupiter Ammon. + +Il ne faut pas confondre ce _Silphion_ des Grecs avec les divers +Silphium des botanistes : S. _laciniatum_ — S. _compositum_ — S. +_terebinthinaceum_... tous originaires de l’Amérique septentrionale et +qui appartiennent à la famille des _Composées_. + +Et quant aux Laserpitium des naturalistes modernes, il y en a un grand +nombre d’espèces : L. _gummiferum_ — L. _latifolium_ — L. _Siler_ — L. +_triquetrum_ — L. _ferulaceum_, etc... + +Il était naturel qu’on se demandât à quelle plante, parmi celles qu’on +connaît aujourd’hui, il fallait rapporter le _Silphion_ des Grecs ou +_Laserpitium_ des Romains. De nombreuses recherches ont été faites dans +ce but. On s’est accordé, généralement, à regarder la plante qui +produisait le _Laser_ comme une ombellifère (sans en fournir la preuve +cependant) ; mais il y a eu beaucoup moins d’unanimité lorsqu’il s’est +agi de désigner le genre et l’espèce. + +Plusieurs végétaux qui croissent en Afrique ont été successivement +indiqués : le _Thapsia garganica_ ; le _Ferula tingitana_ ; le +_Laserpitium gummiferum_ ; le _Ferula asa fœtida_ ; le _Laserpitium +Siler_, etc. + +En 1817, Della Cella rapporta de la Cyrénaïque plusieurs végétaux, entre +autres une ombellifère qu’il supposait être le _Silphion_ des anciens. +Viviani crut y reconnaître, d’une part, les caractères du Silphion des +monnaies, d’autre part, une grande ressemblance avec le Thapsia +garganica, et l’appela _Thapsia silphium_ (c’est le Silphium cyrenaïcum +du docteur Laval). Mais, ainsi que le font remarquer Mérat et de Lens, +la certitude de Viviani et de Della Cella ne pouvait pas être absolue. + +La certitude n’était absolue pour personne, puisque quelques années plus +tard, en 1826, la _Société de géographie_ instituant un prix pour la +description de la Cyrénaïque, exprimait le vœu qu’on recherchât si le +_Silphion_ se trouvait parmi les plantes du pays. + +M. Pacho, qui obtenait ce prix, avait récolté le _Thapsia silphium_ de +Della Cella et de Viviani (Silphium cyrenaïcum du Dr Laval), et il était +porté à croire que c’était le _Silphion_ des anciens ; mais il hésitait +à se prononcer nettement, parce qu’il avait trouvé sa plante sur les +collines septentrionales de la Cyrénaïque, alors que les indications +géographiques marquaient sa place bien plus au midi. Ses doutes sont +constatés en ces termes par le rapporteur : + +« Quel scrupule empêche donc notre voyageur, dit-il, de reconnaître +définitivement dans son _Laserpitium_ le _Silphion_ des anciens ?... M. +Pacho n’a pas osé décider que sa plante fût le _Silphion_ des Grecs. +Cette modestie, peut-être exagérée, nous a valu de précieuses +recherches. » + +La question en était là, lorsqu’en 1873, le Dr Laval, médecin-major à +l’hôpital militaire de Valenciennes, remettait au jardin d’acclimatation +de Paris, des graines qu’il étiquetait _graines de Silphion de la +Cyrénaïque_. Il accompagnait son envoi de la note suivante : « Cette +plante croît abondamment autour des ruines de Cyrène et des autres +villes de la Pentapole libyque, sur des plateaux élevés de 200 à 500 +mètres au-dessus du niveau de la mer, et exposés à une température de +15° pendant les mois de décembre, janvier et février. Elle semble +préférer les sols siliceux. Elle fleurit pendant les mois d’avril et de +mai. » + +Les graines du Dr Laval furent apportées au Muséum d’histoire naturelle +pour avoir leur nom botanique. + +Je fus le premier à examiner ces graines. Leur structure me fit voir +immédiatement qu’il s’agissait d’un _Thapsia_, et en les comparant avec +les diverses espèces de ce genre, que possède notre riche herbier +général, je fus convaincu que j’avais sous les yeux les semences du +_Thapsia garganica_ de Linné, qui croît en Algérie, en Espagne, en +Italie, et dans toutes les régions qui bordent, des deux côtés, la +Méditerranée. + +J’ignorais, à ce moment-là, que ces graines appartenaient à une plante +qui devait fournir à la thérapeutique un _médicament merveilleux_ ; je +m’étais donc occupé de la détermination de l’espèce au simple point de +vue botanique, et sans idée préconçue. + +Mon opinion, confirmée plus tard par les hommes les plus compétents, ne +parut pas satisfaire le Dr Laval. Il vint au Muséum pour consulter +l’herbier général et pour me signaler les caractères qui +différenciaient, suivant lui, le _Thapsia garganica_ de son _Thapsia +silphium_, qu’il affirmait être le fameux _Silphion_ des Grecs. C’est +alors seulement qu’il fut question des guérisons miraculeuses qu’il +disait obtenir avec l’extrait de la plante récoltée par lui sur le +plateau de Cyrène. Je n’eus pas de peine à lui démontrer, pièces en +mains, que ses graines et celles du _Thapsia garganica_ ne présentaient +aucun caractère différentiel, qu’elles étaient absolument identiques. +Voici du reste le dessin des deux graines : + +[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.] + +Le Dr Laval se tourna alors du côté des _feuilles_. Il prétendit que les +segments de son _Thapsia_ étaient terminés par trois lobes, et qu’il +n’en était pas de même pour le _Thapsia garganica_. Je lui prouvai, par +les échantillons de notre herbier, qu’il était dans l’erreur. — Il +n’invoqua pas alors les racines qui, _depuis quelque temps_, +constitueraient le caractère distinctif, mais que l’on n’a jamais +montrées. + +Les arguments du Dr Laval manquaient d’ailleurs de point d’appui. En +effet, les caisses, qui contenaient précisément les diverses parties de +la plante, avaient été perdues, disait-il, au chemin de fer, et il +n’avait sauvé du naufrage que l’extrait, le précieux extrait qui opérait +des prodiges. + +J’engageai néanmoins le Dr Laval à lire une note sur ce sujet à la +_Société botanique de France_, et MM. les professeurs Brongniart et +Bureau, auxquels je venais de le présenter, lui donnèrent le même +conseil. Quelque temps après, il publia sur le _Thapsia silphium_ cinq à +six pages dénuées de toute valeur scientifique, et au lieu de suivre +notre avis, en s’adressant aux hommes compétents de la _Société +botanique de France_, il frappa à la porte du _Bulletin de la Société +d’acclimatation_. + +La description du _Thapsia silphium_ (_Silphium cyrenaïcum_ de Laval) +donnée par Viviani[3] et celle du _Thapsia garganica_ donnée par de +Candolle[4], ne laissent aucun doute dans l’esprit du botaniste. +L’identité est parfaite. + +Le caractère trifide des segments terminaux n’est pas très-nettement +indiqué dans la phrase caractéristique du Thapsia garganica donnée par +Linné ; c’est là, sans doute, ce qui avait induit en erreur Viviani, et +l’avait porté à faire du _Thapsia_ recueilli par Della Cella une +nouvelle espèce, le _Thapsia silphium_, en la déclarant, du reste, très- +voisine du _Thapsia garganica_ « cui nostra species valde proxima ,» +dit-il. A l’époque où Viviani publiait sa flore Libyque (1824) il +n’avait à sa disposition, pour la diagnose du _Thapsia garganica_, que +la description imparfaite de Linné, et il pouvait croire tout +naturellement à la nouveauté de la plante cyrénéenne. Mais aujourd’hui +que les matériaux se sont accumulés dans les collections botaniques, la +description de la plante a pu être complétée ; il n’y a plus de +différence entre la description de de Candolle, plus récente que celle +de Linné, et la description donnée par Viviani en 1824 ; qu’on en juge : + + _Thapsia garganica_. + +Foliis bi tri-pinnatisectis, nitidis, laciniis linearibus acutis +elongatis, secus margines integerrimis. Variat petiolis glabris aut +pilis sparsis subhirsutis. + +(De Candolle : _Prodromus_, tom. 4, pag. 202.) + + _Thapsia silphium_. + +Foliis pinnatis, foliolis multipartitis, laciniis simplicibus trifidis, +omnibus linearibus elongatis, utrinque hirsutis margine revolutis. + +(Viviani : _Floræ Libycæ_, p. 17.) + +[Illustration : Fragment de feuilles, grandeur naturelle, du Thapsia +garganica, de Blidah.] + +Ainsi, tandis que de Candolle dit : Les feuilles sont deux ou trois fois +pennées, Viviani décrit les siennes comme pennées, à folioles divisées +en nombreuses lanières, les unes simples, les autres trifides, ce qui +revient exactement au même. Le caractère sur lequel Laval s’appuyait +(les folioles à trois lobes terminaux) se retrouve dans les deux +plantes ; par conséquent, la différence invoquée par lui n’existe en +aucune façon. Quant au caractère « _margine revolutis_ » indiqué par +Viviani, c’est tout simplement l’effet d’une mauvaise préparation de +l’échantillon soumis à l’auteur de la _Flore libyque_ ; on retrouve ce +caractère dans les échantillons d’herbier du _Thapsia garganica_, +notamment dans un échantillon de cette espèce récoltée aux îles +Baléares, et qui a été donné au Muséum par M. Cambessèdes. + +[Illustration : Silphium cyrenaïcum, de la Cyrénaïque (fragment de +feuille grandeur naturelle).] + +Nous avons déjà reproduit (page 12) la semence du _Thapsia garganica_ et +celle du _Silphium cyrenaïcum_ pour montrer l’identité parfaite de cet +organe dans les deux plantes. Nous reproduisons actuellement, pages 14 +et 15, un fragment de leurs feuilles ; l’un provient d’un échantillon +récolté dans la plaine de Blidah, l’autre a été détaché d’une feuille +récoltée par le consul des États-Unis à Tripoli, sous les yeux du Dr +Laval ; personne ne peut contester l’authenticité du type représentant +le prétendu Silphion. Or, la comparaison ne permet plus de douter que le +Dr Laval ne se soit complétement mépris sur le caractère des trois lobes +terminaux ; ce caractère existe dans les deux exemples. Dans le compte +rendu de son voyage en Cyrénaïque, M. Daveau s’exprime ainsi au sujet +des feuilles : « Les feuilles sont exactement divisées comme celles du +_Thapsia garganica_, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins +grands de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup plus +développées que celles insérées sur la tige et qui sont toujours +alternes entre elles. » (Voir Appendice, page 51.) + +L’examen des feuilles du _Thapsia garganica_ du Muséum n’avait point +permis au Dr Laval de soutenir longtemps que les trois lobes terminaux, +pas plus que les graines, différenciaient sa plante de celle de +l’Algérie ; mais tenant, on ne sait trop pourquoi, à maintenir +absolument une différence spécifique entre elles, il eut recours plus +tard à la _racine_, et la représenta comme fournissant les véritables +caractères distinctifs ; seulement, il n’a jamais pu en donner la +preuve : les caisses qui renfermaient précisément les échantillons ayant +été perdues au chemin de fer, ainsi que nous l’avons déjà signalé. + + +« Le Thapsia _garganica_, disent les prôneurs du silphium n’a qu’une +racine pivotante et _quelquefois_ bifurquée à son extrémité, tandis que +notre Thapsia _silphium_ a des racines grosses et nombreuses, +_traçantes_, divergentes, horizontales ; de la souche principale +naissent quatre à huit rhizomes qui atteignent une longueur de 0m 70 à +0m 80, et quand leur extrémité rencontre la surface du sol, elle donne +naissance à une nouvelle souche. » + +Or, ce n’est pas _quelquefois_ que la racine de Thapsia garganica est +bifurquée à son extrémité, c’est _toujours_, à un certain âge ; j’en ai +reçu de l’Algérie qui ont trois, quatre et jusqu’à neuf bifurcations, +toutes _très_-horizontales, exactement comme celles du plateau de Cyrène +rapportées par M. Daveau ; j’en mets les dessins en regard (Voir pages +18 et 19). + +Quant aux quatre ou huit rhizomes de la souche principale qui seraient +un signe distinctif du _Silphium cyrenaïcum_, il est bon de noter que ce +caractère appartient à toutes les ombellifères vivaces, moins la +longueur ; aucun botaniste n’a jamais admis ces racines _traçantes_, +longues de 0m 80, qui donneraient naissance à de nouvelles souches +lorsque leur extrémité rencontre la surface du sol. + +M. Daveau, dans la relation de son voyage, s’exprime ainsi au sujet de +la racine de la plante cyrénéenne : + + +« La _racine_ de cette plante qui, à tout âge, est d’une couleur brune, +de _simple_ qu’elle est dans sa jeunesse, devient _rameuse_ en +vieillissant, comme l’est, du reste, celle du _Thapsia garganica_, +lorsqu’il croît dans un sol aride et pierreux, conditions réunies +précisément par celui de la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt +s’enfoncent perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus +horizontalement ; mais, _dans aucun cas_, elles ne donnent naissance à +des bourgeons adventifs en se rapprochant de la surface du sol. Ce mode +de multiplication, qu’on disait être le seul de cette plante, est même +_matériellement impossible_, puisque les pieds du Thapsia Silphium sont +séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20 +mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers où +il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de _tracer_. » + + +Quant à l’agent thérapeutique, c’est-à-dire au produit gommo-résineux du +silphium, il vient, lui aussi, témoigner en faveur de l’identité des +deux plantes. + +Tout le monde connaît les emplâtres de Thapsia du pharmacien +Leperdriel ; ils sont préparés avec le suc gommeux du _Thapsia +garganica_ et produisent, sur la peau, de nombreuses vésicules. Ces +cloches remplies d’eau sont déterminées par le suc du Thapsia qui +contient un principe acre, vésicant. Or, le suc gommo-résineux du +_Silphium cyrenaïcum_ contient le même principe, de l’aveu du Dr Laval, +et, pour être pris à l’intérieur, il doit être dépouillé de ce principe +irritant qui produirait sur les organes internes le phénomène que les +emplâtres de Thapsia produisent sur la peau. + +Ainsi, tout vient confirmer l’opinion des savants, botanistes et +médecins, qui ont reconnu, comme nous, la parfaite identité des deux +plantes. + +[Illustration : Silphium cyrenaïcum : racine bifurquée.] + +[Illustration : Silphium cyrenaïcum : vieille souche à racines +multiples.] + +Il est donc acquis définitivement à la science, que le _Silphium +cyrenaïcum_ n’est pas autre chose que le _Thapsia garganica_ de +l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, etc. : + + +_Parce que le Thapsia garganica, croissant parallèlement des deux côtés +de la Méditerranée, il est tout naturel que cette espèce vienne +également en Cyrénaïque ;_ + + +_Parce que la gomme résine des deux plantes contient les deux mêmes +principes, l’un vésicant, l’autre résolutif, et présente les mêmes +dangers ;_ + +[Illustration : Thapsia garganica : racine bifurquée.] + +[Illustration : Thapsia garganica : vieille souche à racines multiples.] + + +_Parce que les racines et les éléments histologiques de cet organe sont +semblables dans les deux plantes ;_ + + +_Parce que leurs graines sont absolument identiques ;_ + +[Illustration : Silphium cyrenaïcum.] + +[Illustration :Silphium cyrenaïcum. Thapsia garganica.] + + +_Parce que les feuilles ne présentent aucune différence, comme on peut +le voir par les fragments représentés ci-dessus et page 21._ + +[Illustration : Thapsia garganica.] + + +En rapportant de la Cyrénaïque la plante que l’on dérobait à nos +regards, M. Daveau a rendu un véritable service à la science et à +l’humanité. + + * * * * * + + + II + + +Nous avons démontré que le _Thapsia silphium_ de Viviani (Silphium +cyrenaïcum du Dr Laval) est tout simplement le _Thapsia garganica_ de +l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, etc. Il s’agit maintenant de +prouver qu’il n’est pas le _Silphion_ des Grecs. + +Uniquement préoccupé des intérêts de la science et des droits de la +vérité, nous allons résoudre franchement et nettement la seconde partie +du problème, et, après avoir dit _ce qu’est_ le Silphium cyrenaïcum, +nous allons dire _ce qu’il n’est pas_. + +Le professeur Œrsted, de Copenhague, qui a publié sur ce sujet un +travail très-étendu[5], après avoir émis l’opinion que le Silphion des +Grecs n’est pas le _Thapsia silphium_ de Viviani (_Silphium cyrenaïcum_ +du Dr Laval), ni aucune autre espèce d’ombellifère, se range à l’avis de +plusieurs auteurs modernes qui sont convaincus que la plante des Grecs +n’a jamais été retrouvée ; puis, il émet la pensée que ce Silphion +devait avoir une grande ressemblance avec le _Ferula asa-fœtida_, autant +qu’on en peut juger d’après les médailles de l’antiquité. + +[Illustration] + +Bien que le savant danois appuie notre thèse, en affirmant que le +Thapsia Silphium du Dr Laval n’est en aucune façon le Silphion des +Grecs, nous n’acceptons pas comme valable l’argument qu’il tire du +dessin des monnaies cyrénéennes. Lorsqu’on connaît, comme nous, les +difficultés que le botaniste éprouve chaque jour, pour la détermination +de certaines espèces, alors qu’il est entouré de matériaux de toutes +sortes (échantillons types, descriptions complètes, dessins autrement +exacts que ceux des livres anciens), il est impossible d’admettre qu’on +puisse prendre pour terme de comparaison le dessin informe, et +relativement microscopique, des monnaies de Cyrène, et qu’on puisse +demander à cette source des raisons concluantes, soit pour affirmer la +similitude avec le Dr Laval, soit pour la nier avec le professeur +Œrsted. + +On ne peut qu’admirer le profond savoir de ces botanistes modernes, qui +non-seulement ont su reconnaître, dans le dessin des médailles +anciennes, une espèce particulière d’ombellifères, mais qui ont cru +pouvoir affirmer que la plante ainsi représentée n’est ni une Férule, ni +une Berce, ni le Thapsia garganica, mais bien le Thapsia silphium ! Pour +nous, nous disons hautement que jamais les ombellifères n’ont eu des +feuilles _opposées connées_, comme dans le Chardon à foulon (Dipsacus +fullonum), ainsi qu’il est indiqué sur les médailles ; que jamais les +graines de Thapsia n’ont eu la forme d’un _cœur_ comme celles qui sont +figurées sur les dites médailles cyrénéennes. Nous disons hautement que +le dessin des médailles représente tout ce que l’on voudra, excepté une +ombellifère. + +Nous avons d’ailleurs des arguments tout à fait décisifs pour démontrer +que le Silphium cyrenaïcum du Dr Laval n’est pas le Silphion des +anciens. Nous allons les énumérer : + +[Illustration : Fragment d’une feuille de persil.] + +I. — Ceux qui prétendent que la plante récoltée récemment en Cyrénaïque +est le Silphion des anciens, signalent, d’après Théophraste, entre +autres caractères, la _forme_ des feuilles ; mais ils négligent tous de +la spécifier. L’_oubli_ sera trouvé tout naturel quand on saura que +cette forme exclut précisément toute ressemblance entre la plante +ancienne et la plante prônée de nos jours. + +En effet, on lit dans Théophraste : « La tige du Silphion est grande +comme celle de la Férule ; sa feuille est _semblable à celle du +persil_ » (liv. VII, ch. III). + +D’après Dioscoride, « la graine était large, et les feuilles étaient +_semblables à celles du persil_ » (liv. III, ch. LXXVIII). + +D’après Pline, « la graine était aplatie comme une feuille, l’écorce de +la racine était noire ; les feuilles _ressemblaient fort à celles du +persil_, et poussaient au printemps. » + +[Illustration : Fragment de feuille de Silphium cyrenaïcum du Dr Laval.] + +[Illustration :Fruit du Silphion des anciens. Fruit du Silphium +cyrenaïcum de Laval.] + +Or, il suffit de mettre en regard (comme il est fait ci-dessus), un +fragment de feuille de persil et un fragment de la feuille de Silphium +récoltée en Cyrénaïque par le consul des États-Unis à Tripoli, en +compagnie du Dr Laval, pour être aussitôt convaincu que le Thapsia +Silphium du plateau de Cyrène n’est pas du tout le Silphion des anciens. + + +II. — Le suc du Silphion était _âcre_, dit-on. Oui, dans le sens du mot +latin _acer_, et du mot grec ακη (aké), aigu, pointe, c’est-à-dire qu’il +avait un goût piquant, aigrelet[6], comme certains fruits ; mais nulle +part il n’est question des propriétés irritantes dont parle le Dr +Laval ; nulle part il n’est question d’un principe vésicant, et encore +moins d’un procédé quelconque pour l’en débarrasser et le rendre +inoffensif. + +Au contraire, le suc du Silphium cyrenaïcum est composé de deux +principes, l’un vésicant, l’autre résolutif ; et il est indispensable de +lui enlever la propriété vésicante pour pouvoir l’administrer à +l’intérieur[7]. + + +III. — Tous les auteurs anciens s’accordent à dire que les bestiaux +engraissaient par l’usage du Silphion, et que leur chair devenait +meilleure. + +Or, le Silphium cyrenaïcum des modernes est considéré comme un poison +pour les animaux. « La paille qu’on tire de la région où il abonde n’est +donnée aux ânes et aux mulets que lorsqu’elle a été examinée avec soin +et reconnue exempte de fragments de tiges et de graines de Silphium +cyrenaïcum. » (Dr Reboud, _Lettre à la Société botanique de France_, +1875.) + +« On sait, dit M. Cauvet, que les chameliers ont soin de musuler les +chameaux et les ânes, pendant le parcours de la région où croît cette +plante. Ils prétendent qu’une semence suffit pour déterminer, chez ces +animaux, une diarrhée très-intense pouvant amener la mort. » (Cauvet, +_Nouv. élém. d’hist. natur. médic._) + + +IV. — Le Silphion des Grecs (Laserpitium des Romains), était considéré +comme un médicament universel, mais il était aussi, et surtout, un +condiment très-recherché par les gourmets. Pline dit : « Après les +truffes et les champignons, c’est le Laserpitium (le Silphion), qui +tient le premier rang. » — Dioscoride raconte qu’on mangeait la racine +mêlée avec du sel, pour donner une saveur plus agréable aux viandes. — +Enfin, on lit dans Théophraste, que les racines qu’on apportait à +Athènes étaient conservées et mises dans des pots avec de la farine, +mais qu’elles étaient bonnes également _fraîches_, coupées en tranches +et assaisonnées avec du vinaigre. + +Or, la plante récoltée par Laval ne pourrait être un condiment, et l’on +se garderait bien, assurément, d’en manger la racine _fraîche_ coupée +par tranches. Même lorsqu’elle est dépouillée de son principe vésicant, +elle ne cesse pas d’être dangereuse, et l’extrait aqueux que contiennent +les granules pharmaceutiques demande à être manié avec une grande +prudence, d’après le compagnon de voyage du Dr Laval. + + +« La question du nombre de granules à donner, dit-il dans une +instruction écrite que nous avons sous les yeux, est difficile à +résoudre. Le nombre doit être en rapport avec l’intensité de la maladie, +la susceptibilité nerveuse du sujet, et sa réceptivité pour le +médicament. Tel supportera 10 granules jaunes par jour, pendant des +semaines, sans qu’il se manifeste la moindre aggravation +médicamenteuse ; tel autre ne pourra prendre la moitié de cette dose +sans qu’il survienne des crachements de sang et des étouffements. » + + +En résumé, le Silphium cyrenaïcum n’est pas le Silphion des Grecs : + + +_Parce que son aspect, d’après le professeur Œrsted, n’est pas du tout +celui du dessin des médailles, contrairement à l’affirmation du Dr +Laval ;_ + + +_Parce que les graines apportées par le Dr Laval ne ressemblent +aucunement aux graines à forme de cœur représentées sur les médailles de +la Cyrénaïque_ (voir page 25) ; + + +_Parce que les feuilles du Silphion étaient semblables à celles du +persil, d’après Théophraste, Dioscoride, Pline, alors que celles du +Silphium du Dr Laval en diffèrent aussi complétement que possible, et +sont en tout semblables à celles du Thapsia garganica_ (pages 24 et +25) ; + + +_Parce que les bestiaux engraissaient par l’usage du Silphion ancien, +alors qu’ils sont empoisonnés par le Silphium moderne ;_ + + +_Parce que le suc du Silphion ancien était constamment pris à +l’intérieur, soit comme épice, soit comme médicament, sans préparation +chimique, alors que le Silphium moderne ne peut entrer en aucun cas dans +l’alimentation ; alors qu’il est indispensable de le priver de son +principe vésicant, pour l’employer comme agent médicamenteux ; alors +que, même dépouillé de ce principe, l’extrait aqueux peut provoquer, +dans certains cas, des crachements de sang et des étouffements._ + + * * * * * + + + III + + +Il nous reste à dire quelques mots sur les propriétés merveilleuses que +l’on a attribuées au _Silphium cyrenaïcum_. + +Les médicaments qui guérissent _infailliblement_ la phthisie, d’après +les prospectus, deviennent chaque jour plus nombreux, et pourtant nous +voyons mourir les phthisiques comme auparavant. On ne sera donc pas +surpris si nous disons que les promesses qu’on nous fait, au nom du +Silphium cyrenaïcum (ou mieux _Thapsia garganica_), nous trouvent tout à +fait incrédule. Pour admettre, comme possibles, des résultats même +beaucoup moins prodigieux que ceux annoncés par le Dr Laval (la guérison +de la phthisie et de la méningite tuberculeuse), il nous faudrait autre +chose que les affirmations des petites brochures, autre chose que les +réclames de la quatrième page des journaux. + +Dans le mémoire inséré au _Bulletin de la Société d’acclimatation_, le +Dr Laval parle de quelques guérisons qui auraient été obtenues par le Dr +Chartier, médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes ; mais +son assertion ne nous suffit pas. Où sont les observations médicales du +Dr Chartier ? Où est son témoignage ? Ce médecin ne serait-il pas celui +auquel il est fait allusion dans les brochures publiées sur le Silphium, +et dont l’auteur _n’est pas autorisé_, dit-il, à écrire le nom ? On +invoque les règlements militaires pour expliquer ce silence ; mais est- +ce que le Dr Laval, médecin militaire, n’a pas publié un mémoire sur le +Silphium dans le _Bulletin de la Société d’acclimatation_ ? Est-ce qu’il +n’a pas nommé le Dr Chartier ? Est-ce que le Dr Cauvet, pharmacien +militaire, a hésité à publier divers travaux sur le même sujet ? + +Il serait à désirer, dans l’intérêt de la science et de l’humanité, +qu’on sortît de cette réserve et qu’on publiât l’opinion du Dr +Chartier ; nous la réclamons avec instance[8]. + +En attendant, énumérons les maladies que le Silphion des Grecs +guérissait infailliblement, et que le Silphium des modernes devra guérir +non moins infailliblement : + + +« L’action du Silphium cyrenaïcum sur les tubercules à forme chronique, +dit le Dr Laval, peut être plus rapidement appréciée dans la +_tuberculose aiguë_ et dans la _méningite_ de même nature. » (_Bulletin +de la Société d’acclimatation_. Mars, 1874.) + + +D’après deux petites brochures publiées par le compagnon de voyage du Dr +Laval, la _phthisie pulmonaire_, la _phthisie laryngée_, le _catarrhe_, +l’_angine_, et toutes les maladies indiquées par les anciens comme +trouvant leur remède dans le Silphion des Grecs, pourront être guéries à +l’aide du Silphium cyrenaïcum, « par les médecins _qui ne reculent pas +devant l’application d’un remède nouveau_. » Mais l’auteur de ces +brochures est bien injuste, pour le Silphion des Grecs, lorsqu’il se +borne à citer, d’après Dioscoride, l’enrouement, l’esquinancie, la toux, +les douleurs de côté, les maladies du poumon, comme guéries autrefois +par cette plante célèbre. + +D’après Dioscoride, le Silphion guérissait encore : la _scrofule_, la +_sciatique_, les _hémorrhoïdes_, les _contusions_, les _cataractes +récentes_, les _maux de dents_, les _morsures des animaux_, la +_gangrène_, l’_anthrax_, les _maladies de la peau_, les _polypes du +nez_, les _excroissances de chair_..... Bu _dans un œuf mollet_, il +guérissait la _toux_, les _douleurs de côté_ et l’_hydropisie_. Bu dans +du vin avec de l’encens, il guérissait les _tremblements_ qui précèdent +la fièvre. Pris dans un grain de raisin, il combattait utilement les +_fluxions stomacales_. Mêlé au poivre et à la myrrhe, il _provoquait les +règles_, etc. + +D’après Hippocrate, il était souverain contre la _fièvre singultueuse_, +la _fièvre tierce_, la _fièvre quarte_, les _chutes du rectum_, la +_pleurésie_, etc. + +D’après Pline, il guérissait les _écrouelles_, les _hémorrhoïdes_, les +_contusions_, les _spasmes_, la _goutte_, la _jaunisse_, l’_hydropisie_, +la _toux_, l’_enrouement_, la _pleurésie_, l’_esquinancie_, les CORS, +les DURILLONS ; il arrêtait la chute des cheveux !!! etc. + +Voilà le champ dans lequel peuvent désormais se mouvoir, avec une +entière sécurité, et avec la perspective de succès éclatants, les +médecins _qui ne reculent pas devant l’application d’un remède +nouveau !!_ Ce domaine sera des plus vastes, et c’est à peine si celui +de la _douce revalescière_ pourra lui être comparé. + +Malheureusement, le récit scientifique des résultats obtenus par le Dr +Laval, à l’aide du _Silphium cyrenaïcum_, fait absolument défaut. + +L’une des brochures de son compagnon de voyage renvoie bien _au livre_ +du Dr Laval sur le Silphium cyrenaïcum ; mais ce livre n’a jamais +existé. Le libraire qu’on indique ne l’a jamais possédé[9]. + + +« L’emploi du Silphium, dit l’auteur de la brochure citée, n’exclut +aucun des moyens _auxiliaires_ que le médecin juge à propos de +conseiller : huile de foie de morue, frictions iodées, hypophosphites, +_médicaments homœopathiques_[10], granules dosimétriques, eaux +minérales, etc. Son action réparatrice s’exerce indépendamment de tout +ce qu’on peut lui adjoindre. Nous ferons cependant une exception pour +les médicaments altérants, comme l’arsenic à haute dose, l’iodure de +potassium, etc. » + + +D’ordinaire, les nouveaux médicaments, lancés par les petites brochures, +ou par la quatrième page des journaux, balayent devant eux, comme +dangereux ou inutiles, les médicaments antérieurement employés. Le +_Silphium cyrenaïcum_ se garde bien d’imiter cet exemple. Il veut se +préparer un bon accueil dans le monde médical ; il tient à vivre en +parfaite intelligence avec ses voisins ; il est bon prince, pour tout +dire en un mot. Sans doute, il peut guérir _tout seul_ l’angine +catarrhale, la phthisie pulmonaire à tous les degrés, la méningite +tuberculeuse[11], etc. Mais, si l’on veut employer concurremment les +eaux minérales, l’huile de foie de morue, les hypophosphites du Dr +Churchill, les granules dosimétriques du Dr Burgraeve, qui sont préparés +avec les substances les plus énergiques (atropine, émétique, morphine, +cyanure de zinc, digitaline, etc.), le _Silphium cyrenaïcum_ n’y fera +aucune opposition. Il acceptera, sans s’en émouvoir, le contact +(j’allais dire le concours), de ces agents si actifs et si dangereux que +l’auteur de la brochure, par un heureux choix d’expressions, appelle des +_moyens auxiliaires_, et qui ne permettront guère assurément de faire à +chacun sa part dans les succès ou dans les revers. + +Du reste, que les disciples de Hahnemann se rassurent : _même les +médicaments homœopathiques_ ne seront pas exceptés ; ils pourront +cheminer côte à côte avec le Silphium cyrenaïcum sans gêner en rien ses +mouvements, et sans être gênés par lui. Jusqu’ici, nous avions entendu +dire que les remèdes homœopathiques n’aimaient pas à rencontrer dans +l’organisme d’autres agents médicamenteux, et qu’ils devaient faire +seuls leur œuvre, pour qu’elle fût faite utilement. Mais les +propagateurs du Silphium ont changé tout cela ; nous n’avons plus qu’à +nous incliner. + + + IV + + +Et maintenant résumons-nous. + + +Les propagateurs du _Silphium cyrenaïcum_ affirmaient que cette +ombellifère n’avait rien de commun avec le _Thapsia garganica_, ils le +prenaient même de très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion +contraire ; + + +_Or, il est démontré aujourd’hui, par les matériaux rapportés de la +Cyrénaïque, que les deux ombellifères sont une seule et même plante._ + + +Le Dr Laval avait présenté les graines de son _Thapsia Silphium_ comme +différentes de celles du _Thapsia garganica_ ; + +[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.] + + +_Or, elles sont absolument identiques ; elles présentent les mêmes +variations de formes que dans le Thapsia garganica._ + + +Le Dr Laval avait prétendu ensuite que les feuilles de sa plante +n’étaient pas entièrement semblables à celles du _Thapsia garganica_. + + +_Or, il suffit de jeter les yeux sur les échantillons du Muséum, et +aussi sur les dessins que nous donnons ci-dessous et page 35 pour +constater combien son assertion était peu fondée._ + +[Illustration : Silphium cyrenaïcum.] + + +Tout récemment, le compagnon de voyage du Dr Laval décrivait, après lui, +la racine du _Silphium cyrenaïcum_, et affirmait qu’elle était +absolument différente de celle du _Thapsia garganica_ ; il ajoutait, +avec une assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le +caractère distinctif ; + + +_Or, en comparant les racines que M. Daveau a rapportées de la +Cyrénaïque, avec celles du Thapsia garganica, on constate qu’elles sont +entièrement semblables_ (voir pages 18 et 19). + + +L’auteur des brochures écrivait, après le Dr Laval, que les racines de +leur plante étaient _traçantes_, et donnaient naissance à une nouvelle +souche, lorsque ces racines rencontraient la surface du sol. + +[Illustration : Thapsia garganica] + + +_Or, M. Daveau affirme,_ de visu, _que rien n’est moins exact ; il +soutient que ce mode de multiplication, qu’on disait être le seul pour +cette plante, est matériellement impossible, et il en a donné la raison_ +(voir pages 17 et 50). + + +Le Dr Laval assurait que la reproduction de la plante ne pouvait se +faire par les graines, parce qu’elles étaient _toutes_ détruites par un +insecte de l’ordre des hémiptères ; + + +_Or, ce fait que nous repoussions à priori avec tous les botanistes, est +nié par M. Daveau de la façon la plus positive ; il affirme que la +reproduction de la plante se fait par la graine, et qu’elle ne peut se +faire autrement._ + + +« Les _graines_, dit M. Daveau, tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont +d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles +sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur +paille. Ces graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par +exemple, attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte +de l’ordre des hémiptères ; mais, à mesure qu’on s’élève au-dessus du +niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène +(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et +le plus grand nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le +semis que se fait la reproduction_, et c’est le seul mode de +multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque[12]. » + + + +Ainsi donc, autant d’assertions, autant d’erreurs. + + +MM. Laval et son compagnon de voyage qui ne montraient ni les _tiges_, +ni les _feuilles_, ni les _racines_, reprochaient aux savants d’avoir +résolu le problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le +problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les +botanistes, _avec toutes les pièces sous les yeux_, et la solution est +absolument la même. + +Il est donc désormais acquis que le _Silphium cyrenaïcum_ n’est pas du +tout le _Silphion_ des anciens, et qu’il est tout simplement le _Thapsia +garganica_. + +Quant au fameux _Silphion_ des Grecs, il reste toujours plongé dans +cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout ce qui appartient +à l’histoire de l’antiquité païenne. + + +Il importait de ne pas laisser s’accréditer plus longtemps une erreur +profondément regrettable. En rapportant de la Cyrénaïque la plante qui +était invisible à Paris, M. Daveau a donc rendu, nous le répétons, un +véritable service à la science et à l’humanité. + + +Les débats sont clos. La légende s’évanouit, et la vérité scientifique +reprend enfin ses droits. Notre but est atteint. + + * * * * * + + + + + APPENDICE + + * * * * * + + LES BROCHURES SUR LE SILPHIUM + + +M. Petit, pharmacien de première classe à Paris, membre de la _Société +botanique de France_, avait démontré très-nettement dans deux lettres +adressées à la _Ruche pharmaceutique_, que le _Silphium cyrenaïcum_ +était tout simplement le _Thapsia garganica_, et que, dans tous les cas, +il n’était pas le Silphion des anciens. + +C’est pour combattre cette opinion que le compagnon de voyage du Dr +Laval a publié l’une de ses brochures. + +Disons tout de suite que cette publication laisse tout à fait intacte la +démonstration de M. Petit. Les arguments de _l’explorateur de la +Cyrénaïque_ ne sont en rien concluants, et ils ne sauraient résister à +un examen attentif. Nous allons en passer quelques-uns en revue et les +réduire à néant, bien que nous soyons _du nombre de ceux qui tranchent +la question sans avoir vu la plante aux lieux où elle croît_. + + +« M. Petit, écrit-il, déclare que le Silphion des anciens reste perdu +pour nous... Il cite l’opinion du professeur Œrsted, de Copenhague, qui +affirme que notre plante (le Thapsia silphium) ne présente, ni dans son +aspect, ni dans ses propriétés, la moindre ressemblance avec la célèbre +plante de l’antiquité. + +J’en demande pardon au savant professeur, mais son affirmation est un +peu aventurée. Il ne connaît du Silphion des anciens que l’image +reproduite sur les monnaies de Cyrène. Que l’artiste peu expérimenté ne +soit pas arrivé à une reproduction rigoureusement exacte de la plante, +cela est vrai ; mais il est impossible de ne pas y reconnaître une +ombellifère. Et si quelques plantes de cette famille, les _Férules_, les +_Fenouils_, etc., offrent quelque analogie avec l’empreinte de ces +médailles, il y a une particularité qui place ces ombellifères hors de +comparaison, c’est leur _absence absolue_ dans la contrée où croît le +Silphium, contrée qui est bien la même dans laquelle on récoltait le +Laser cyrenaïcum. » + + +_L’explorateur de la Cyrénaïque_ n’en sait pas plus long, assurément, +que le professeur Œrsted, sur le Silphion des Grecs et sur les monnaies +qui en donnent la figure ; on se demande donc sur quoi il se fonde pour +affirmer que l’artiste n’est pas arrivé à une reproduction fidèle de la +plante. Et quand il prétend qu’il n’y a pas d’autres ombellifères que le +Silphium du Dr Laval, dans la contrée où croissait le Silphion des +Grecs, il commet une erreur inexplicable. + +En effet, dans son ouvrage _Floræ libycæ specimen, etc._, le professeur +Viviani enregistre, pages 15, 16 et 17, _neuf_ espèces d’ombellifères +récoltées par Della Cella, parmi lesquelles figurent : _Ferula +nodiflora_, _Ferula communis_, _Ferula opopanax_, _Caucalis +leptophylla_, son _Thapsia silphium_ ou _Thapsia garganica_ de Linné. De +plus, M. Daveau en a rencontré plusieurs espèces qui ont leur +importance : _Smyrnium olusatrum_, _Apium graveolens_ (Céleri), _Apium +Petroselinum_ (Persil), _Fœniculum vulgare_ (Fenouil), etc. + +[Illustration : Silphion des Grecs, d’après la figure publiée par +Viviani.] + +Nous avons déjà dit notre pensée sur la valeur de l’argument tiré du +dessin des monnaies. Nous répéterons : que jamais les ombellifères n’ont +de feuilles _opposées_ ; que jamais les graines des _Thapsia_ et du +_Silphium cyrenaïcum_ n’ont eu la forme d’un _cœur_, comme celles qui +sont représentées sur les médailles cyrénéennes ; que le dessin des +médailles ne représente rien moins qu’une ombellifère, ainsi qu’on peut +s’en convaincre par l’examen de l’image reproduite à la page précédente. + +En admettant l’exactitude relative des dessins représentés sur les +médailles, on pourrait émettre cette opinion : que le Silphion des Grecs +n’a jamais été un Thapsia, ni un Ferula, etc., par cette raison que, +dans ces genres, le fruit est un biakène comprimé dorsalement, tandis +que le dessin des médailles a eu la prétention de représenter un biakène +déprimé latéralement comme dans le genre Smyrnium ; car si l’artiste n’a +pas prolongé l’échancrure supérieure jusqu’en bas de son dessin pour +indiquer la suture commissurale des deux carpelles, c’est qu’il a voulu +rendre l’illusion du _cœur_ plus complète. + +Les auteurs qui ont cherché à faire la lumière sur cette question +auraient été plus près de la vérité, croyons-nous, en faisant du +Silphion des Grecs un _Smyrnium_ par exemple ; c’est dans ce genre, en +effet, qu’on rencontre des ombellifères à feuilles à _peu près opposées_ +dans la partie supérieure des tiges, et à fruits pouvant, à la rigueur, +être pris pour _un cœur_ par un artiste de l’antiquité. On en jugera par +les figures ci-dessous. Nous ajouterons qu’une espèce de ce genre, le +_Smyrnium olusatrum_ produit une gomme résine fort estimée dans le pays +où croissait jadis le fameux Silphion, et que les habitants de cette +contrée en font usage pour guérir les ophthalmies. + +[Illustration :Smyrnium olusatrum. Silphion des anciens. Silphium +cyrenaïcum de Laval.] + +Quant à la disparition complète du Silphion ancien, de la contrée où il +s’était développé, ce n’est pointe un fait unique dans l’histoire des +végétaux. Tout le monde sait que le Papyrus a disparu de l’Egypte et +qu’on le retrouve dans une autre partie de l’Afrique. Et l’auteur de la +brochure sur le Silphium qui n’a pas à _devenir_, lui, un botaniste +consommé, a certainement constaté, dans ses herborisations, des faits +analogues pour plusieurs espèces de la flore française. + + +« M. Petit, dit encore _l’explorateur de la Cyrénaïque_, déclare que le +Silphium cyrenaïcum ne saurait être le Silphion des anciens, parce que +les bestiaux pouvaient manger celui-ci, tandis que le premier fait périr +les animaux qui en mangent. Mais il oublie de dire que si les Vandales +ont entrepris la destruction du Silphion lors de leur invasion dans la +Cyrénaïque, c’est qu’il tuait leurs chevaux, ce qui prouve qu’il n’était +pas plus inoffensif qu’aujourd’hui. » + + +Dans sa thèse, M. Deniau exprimait à titre de simple supposition cette +idée : que les Vandales avaient pu entreprendre la destruction du +_Silphion_, parce qu’il tuait leurs chevaux ; et aussitôt les +propagateurs du Silphion ont transformé l’hypothèse en un fait acquis. +_L’explorateur de la Cyrénaïque_ n’est pas heureux dans ses +affirmations. Les auteurs anciens ont expliqué la disparition du +Silphion de diverses manières, mais aucun ne parle de son action +mortelle sur les chevaux des Vandales. Le Dr Laval n’en dit pas un mot ; +il connaissait sans doute, lui, ce passage de Théophraste : « Il est +étrange de dire que le bétail se purge en mangeant le Silphion ; au +contraire, il s’engraisse merveilleusement, et sa chair en devient +meilleure. » + +L’adversaire de M. Petit s’est tout simplement fourvoyé. C’est le +_Thapsia_ qui tuait le bétail, et non le _Silphion_ ; ce qui prouve une +fois de plus que le Dr Laval n’a trouvé en Cyrénaïque que le Thapsia +garganica. « Le Thapsia, dit Théophraste, croît en plusieurs lieux, mais +principalement en la terre d’Athènes ; les bêtes du pays n’en mangent +point (par instinct), et si les bêtes étrangères en mangent, il faut +nécessairement que leur ventre se lâche ou qu’elles meurent. » (Livre +IX, chap. XXII.) + + +« Ces exemples, dit l’auteur de la brochure, démontreraient que le +_Thapsia Silphium_ de Viviani, malgré ses propriétés caustiques sur les +téguments _sains_, s’applique avec le plus grand succès sur les tissus +contus, déchirés ou blessés d’une façon quelconque. Néron ne l’ignorait +pas, et il en tirait parti. » + + +Le défenseur du Silphium cyrenaïcum se trompe encore ici manifestement. +Ce n’est pas le _Silphion_ que Néron employait, mais bien le _Thapsia +garganica_ très-commun dans toute la Pouille, province de l’ancien +royaume de Naples. Néron ne vit jamais qu’un seul pied du Silphion des +anciens. Pline dit (livre XIX, chap. III) : « Il y a longtemps qu’on ne +trouve plus le Laserpitium (Silphion) en Cyrénaïque ; de notre temps on +n’en a trouvé qu’une plante qui fut présentée au prince Néron. » Il est +absolument muet sur son emploi contre les meurtrissures du visage. Mais, +au livre III, chap. XXII, il dit : « L’empereur Néron a donné grand +crédit _au Thapsia_ : il s’en est beaucoup servi au commencement de son +règne. Allant de nuit dans les mauvais lieux, il rentrait chez lui avec +le visage tout meurtri. Il ne faisait alors que l’oindre de Thapsia +mélangé avec encens et cire, et le lendemain il paraissait en public +avec un visage frais et net, parce que le Thapsia efface +merveilleusement les meurtrissures. » + +Théophraste dit de son côté : « Le _Thapsia_ fait disparaître toutes les +meurtrissures. » (Livre IX, chap. XXII.) + + +_L’explorateur de la Cyrénaïque_ s’est donc de nouveau fourvoyé : il a +appliqué au Silphion des anciens ce que les auteurs disent du Thapsia +garganica. Il est certain que le Thapsia du temps de Théophraste et de +Pline avait exactement les propriétés que M. Laval attribue à son +Silphium. Et cela démontre, une fois de plus, que sa plante n’est pas +autre chose que le Thapsia garganica. + + +« Pouvant affirmer sans crainte d’être démentis, dit l’auteur dans un +autre passage, que nous sommes, tant en France qu’à _l’étranger_, les +seuls détenteurs du véritable Silphium cyrenaïcum expérimenté par le Dr +Laval, nous engageons les médecins et les malades à n’avoir confiance +que dans les préparations de Silphium qui sortent de notre +laboratoire. » + + +Cette affirmation paraîtra sans doute quelque peu hasardée, lorsqu’on +aura lu le fragment suivant de la lettre que le Dr Reboud, intime ami de +Laval, écrivait à la _Société botanique de France_, le 10 août 1874. + +« Laval a quitté Constantine vers la fin d’avril. A peine arrivé à +Malte, il apprend que deux pharmaciens français ont pris depuis environ +deux mois la direction de Benghazi, et qu’un médecin allemand, chargé +d’une mission, attend le départ d’un bateau à vapeur pour se rendre en +Cyrénaïque, dans le but de rechercher une plante autrefois célèbre, et +depuis longtemps perdue. Ces nouvelles sont un nouveau stimulant pour +lui faire accélérer son voyage... » (_Bulletin de la Société botanique +de France_, séance du 13 novembre 1874.) + +Nous ajouterons que, depuis cette époque, notre collègue M. Daveau a +rapporté de son voyage une quantité considérable de ce Silphium, et que +ce produit pourra être exploité par plusieurs pharmaciens, si tant est +qu’on veuille l’expérimenter, malgré son _identité absolue_ avec le +Thapsia garganica de Reboulleau et de Leperdriel. + + +« Il a suffi, dit ironiquement le défenseur du Silphium cyrenaïcum, de +quelques graines présentées à M. Cosson, membre libre de l’Institut, à +M. Baillon, professeur à l’École de médecine, à M. Planchon, professeur +à l’École de pharmacie, pour que ces messieurs déclarassent, d’un commun +accord, que le Silphium cyrenaïcum n’est autre chose que le Thapsia +garganica. » + + +Eh ! sans doute, quelques graines ont suffi à ces professeurs éminents, +de même qu’une feuille, moins que cela, une foliole, suffisait naguère à +l’un d’eux, M. le professeur Baillon, pour arriver à nommer +scientifiquement une plante (le _Jaborandi_), dont on ne lui montrait +que des débris informes. + +A qui la faute, d’ailleurs, si l’on n’a eu pendant longtemps que des +graines sous les yeux pour résoudre le problème ? Pourquoi n’a-t-on +jamais montré la tige, les feuilles, les racines, de cette _précieuse_ +plante ? + + +« Si j’avais pu prévoir cette polémique, dit _l’explorateur de la +Cyrénaïque_, page 11, j’aurais apporté quelques échantillons de racines +entières que j’aurais mises à la disposition des savants qui ont eu à +donner leur opinion, sans avoir les pièces nécessaires. » + + +_Si j’avais pu prévoir cette polémique_ est tout simplement sublime ! + +Eh ! quoi, depuis sept ans, on répète sur tous les tons au Dr Laval que +son Thapsia Silphium n’est pas autre chose que le Thapsia garganica de +l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie le Thapsia de Bertherand et de +Reboulleau, exploité depuis vingt ans par le pharmacien Leperdriel ; il +rencontre cette objection à Paris, à Valenciennes, en Afrique, et jusque +dans l’ouvrage de son ami le pharmacien-major Cauvet ; au Muséum +d’histoire naturelle, il la discute de vive voix, ses graines en main, +et il perd son procès ; au Conseil de santé des armées, il n’est pas +plus heureux ; partout il se heurte à ce Thapsia garganica qu’on lui +oppose ; de tous côtés part le même cri : montrez donc votre plante, ou +tout au moins quelques-unes de ses parties, les feuilles, les racines, +et confondez vos contradicteurs. Son ami M. Cauvet, las de n’avoir sous +ses yeux que des débris, bien que Laval eût fait déjà deux voyages en +Cyrénaïque, insiste dans le même sens et lui remet, lors de la troisième +excursion, un carton rempli de papier à dessécher pour qu’il rapporte +enfin des échantillons complets. Et son compagnon de voyage ne rapporte +ni une seule plante entière, ni une seule racine ! _Il n’avait point +prévu cette polémique !_ c’est bien étrange en vérité. + +A la page 10 _l’explorateur de la Cyrénaïque_ s’exprime ainsi : + + +« J’ai, d’ailleurs, la bonne fortune de pouvoir, moi aussi, m’appuyer +sur l’autorité d’un professeur dont la compétence, dans la question, ne +saurait être mise en doute. M. Cauvet vient d’envoyer à la Société de +pharmacie une note sur le Silphium de la Cyrénaïque, _dont l’espèce +connue des anciens_, dit-il, _n’aurait pas disparu, comme on l’a soutenu +dans ces derniers temps_. Cette note, dont je n’ai pu encore avoir +communication, doit apporter, dans la question, des arguments de nature +à la trancher _ex professo_. » + + +L’auteur de ces lignes n’a pas dû se féliciter longtemps de sa _bonne +fortune_. Il n’avait pas compris évidemment que, dans cette note, M. +Cauvet traduisait presque toujours l’opinion du Dr Laval, alors qu’il +semblait exprimer son opinion personnelle. + +En effet, il y a sept ans, en 1869, dans son livre intitulé : _Nouveaux +éléments d’histoire naturelle médicale_, M. Cauvet, l’ami de Laval, +s’exprimait ainsi (page 320) : + +« M. le médecin principal Thomas, dans son rapport au baron Larrey, +président du Conseil de santé des armées, a conclu que la plante +regardée par le Dr Laval comme le Silphion des anciens est le Thapsia +garganica des botanistes, ou le _bou-nafa_ des Arabes. + +M. Cosson, à qui j’ai communiqué la description du Silphium faite par le +Dr Laval, y a reconnu aussi le Thapsia garganica. + +Comme, d’ailleurs, M. Laval assure qu’il n’a pas vu en Cyrénaïque +d’autre plante pouvant être le Silphion, et que, d’autre part, les +Arabes de l’Algérie appellent aussi _Dirias_ le Thapsia garganica (les +Arabes de la Cyrénaïque appellent aussi _Dirias_ le Silphium du Dr +Laval), il semble, ou que les anciens avaient beaucoup exagéré les +propriétés du Silphion, ou que cette plante a totalement disparu de la +Cyrénaïque. Cette dernière opinion semble d’autant plus probable que le +_Laser_ s’écoulait (par incision), à la fois de la tige et de la racine, +tandis que, selon M. Laval, la tige de son Silphium ne fournit +absolument rien, soit par incision, soit par un traitement à l’alcool. » + +Dans une lettre que nous avons sous les yeux, et qu’il écrivait, il y a +quelques mois, à un de nos amis, M. Cauvet s’exprime en ces termes : +« Ce que j’ai vu du Silphium cyrenaïcum (semences et fragments de +racines) ne diffère pas des mêmes parties du Thapsia garganica. Les +éléments histologiques sont les mêmes, et semblablement disposés dans +les racines des deux plantes. » + +Enfin, dans le mémoire qu’il lisait à la Société botanique de France, le +8 janvier 1875, et que l’explorateur de la Cyrénaïque cite comme devant +apporter dans la question des arguments de nature à la trancher _ex +professo_, M. le Dr Cauvet proteste énergiquement contre le sens que +l’on donne à ses propositions : + +« Dégagé de toute préoccupation mercantile, dit-il, j’ai lu avec le plus +vif regret les réclames insérées à la quatrième page des journaux +politiques. Affirmer ce que l’on ignore, avec une arrière-pensée de +gain, me semble une action peu digne de notre profession. Je crois donc +devoir protester d’avance contre toute supposition qui me ferait le +compère de certaines gens. » (_Bulletin de la Société botanique_, 1875, +page 17.) + +En parcourant rapidement le travail de M. Cauvet, on pourrait croire +qu’il admet la similitude du Silphium de Laval et du Silphion des +anciens, et qu’il vient prêter son appui à la plante cyrénéenne. On se +tromperait complétement. En lisant son mémoire avec attention, on +constate bientôt que le pharmacien-major de Nancy n’a pas _d’opinion +arrêtée_, et que, lorsqu’il semble exprimer une conviction personnelle, +il est tout simplement l’écho de son ami Laval, et écrit en quelque +sorte sous sa dictée. + +1o — M. Cauvet _n’a pas d’opinion arrêtée_, puisqu’on lit dans l’article +en question les phrases suivantes : + +« La note de M. Stanislas Martin regarde comme jugée une question que +nos connaissances actuelles ne permettent pas de résoudre, et qu’un +voyage dans la Pentapole libyque peut seul éclaircir[13]. » + +« Il _se peut_ que le Dr Laval ait retrouvé le Silphion des anciens. » + +« Si la plante de Laval est le Silphion des Grecs..... » + +« J’affirme que le mystère qui planait sur le Silphion des anciens +subsiste complétement. » + +2o — M. Cauvet _est tout simplement l’écho de Laval_, puisqu’on lit dans +son mémoire : + +« _Selon Laval_, les Algériens réfugiés en Cyrénaïque affirment..... » + +« _Selon Laval_, les racines du Silphium cyrenaïcum atteignent parfois +un mètre de long..... » + +« _Selon Laval_, les fruits du Silphium cyrenaïcum sont dévorés avant +leur maturité..... » + +« _Selon Laval_, le Silphium cyrenaïcum diffère du Thapsia +garganica..... » + +Avions-nous raison de dire que l’_explorateur de la Cyrénaïque_ avait +tort d’invoquer le témoignage du Dr Cauvet ? + +« Laval m’avait prié, dit le pharmacien-major de Nancy, de lui préparer +des extraits aqueux et alcooliques _avec ce qui lui restait de poudre_. +Depuis son départ, j’ai préparé de l’extrait aqueux de _Thapsia +garganica_..... » + +Et M. Cauvet se met à comparer l’extrait de _Silphium cyrenaïcum_ et +l’extrait du _Thapsia garganica_. Comme il croit y trouver certaines +différences de goût, de couleur, d’odeur, etc. (que d’autres d’ailleurs +ne constatent pas), il se demande si les deux plantes ne seraient pas +différentes. C’est la première fois assurément qu’un botaniste se +prononcerait sur la _similitude_ ou sur la _dissemblance_ de deux +plantes, par l’examen de leurs extraits. Outre que la couleur, la saveur +et l’odeur des extraits peuvent varier, suivant une foule de +circonstances, il suffit qu’on puisse supposer qu’une substance +étrangère a été mêlée à la _poudre_ de Silphium cyrenaïcum, pour que +l’argument tiré des extraits par l’auteur du mémoire soit absolument +sans valeur. + +M. Cauvet s’appuie sur les témoignages d’Avicenne, de Synésius, +d’Oribase, d’Aétius... pour affirmer que le Silphion n’a jamais disparu +de la thérapeutique. + +« Oribase, dit-il, connaissait et employait le suc de Silphion. Dans les +divers passages de son livre, où il en parle, il s’exprime toujours au +présent ; nulle part il ne dit : _olim_, autrefois. » + +Malheureusement pour M. Cauvet, sa citation latine d’Oribase, qui parle +au _présent_, est une traduction mot pour mot, ou à peu près, de +Dioscoride ; et pour qu’il ne puisse pas douter de son erreur, voici en +regard le passage emprunté par lui au médecin du IVe siècle, et le +passage de Dioscoride traduit en langue latine par un auteur florentin, +Marcelle Vergilio[14] : + + _Oribase._ | _Dioscoride._ + | + Colligitur e radice scarificatà | Colligitur ex Silphio liquor, + et item caule, ex Silphio liquor, | scarificatis radice et caulibus ; + in quo genere præstatis qui | habet que primæ bonitatis + rubescit ; | estimationem qui non adeo rufo + | colore est ; + | + Ac pellucidus est, quique myrrham | Qui lucem transmittit, qui + olet et odore valet, gustuque | myrrham olet firmoque odore + suavi ; | sentitur ; + | + Non porraceus, neque cujus immitis| Damnatur contrà qui porraceo + gustus est, et qui cum diluitur, | colore viret, immitique gustu + facile exalbescit. | et asperus est, et qui cum + | diluitur facile albescit. + | + Cyrenaïcus vero, si quis modicum | Cyrenaïcus, si tantillum etiam ex + ejus gustarit, humorem in toto | eo aliquis in os sumpserit, toto + corpore ciebit. . . . . . . . . | corpore sudoris meo humiditatem + | cit. + | + At medicus et syriacus | Minore ui efficaciaque, et + imbecilliores sunt, sed magis | virosiore odore sunt medicus + virosum odorem reddunt. | et syriacus. + | + Liquor omnis, priusquam siccatus | Adulteratur liquor hic omnis + fuerit adulteratur indito | antequem siccetur, admixtis aut + sagapeno, aut lomento fabarum ; | sagapeno aut lomento fabæ ; + | + Quod gustu, odore, aspectu et | Verum deprehenditur gustu, odore + diluendo, deprehenditur.... | aspectuque, et cum humore aliquo + | diluitur. + +La comparaison de ces deux textes démontre évidemment qu’Oribase ne +parlait du Silphion que d’après Dioscoride ; on y trouve les mêmes +énonciations, et dans le même ordre. Elle ne prouve pas le moins du +monde _qu’il connaissait et employait le suc de Silphion_ ; et si le +célèbre médecin s’exprime toujours au présent, sans citer Dioscoride, +s’il ne dit jamais _olim_, cela prouve simplement que déjà, au IVe +siècle, il y avait des plagiaires et des charlatans. + + + + + VOYAGE + EN CYRÉNAÏQUE + DE M. DAVEAU + Chef de la section des graines au Muséum d’Histoire naturelle de Paris + (1875) + + * * * * * + + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + +Quinze jours après mon départ de Marseille, j’étais à Tripoli, ayant +fait relâche à Malte où je suis resté pour faire quelques récoltes de +plantes. A Tripoli, je m’embarquai sur un petit bâtiment arabe qui +faisait voile pour Benghazi, d’où j’espérais commencer mon exploration. + +Muni de lettres de recommandation pour les Arabes les plus considérés de +Dernah, pour quelques chefs bédouins de l’intérieur, et pour le +gouverneur de la ville précitée, accompagné d’un interprète, de +plusieurs chameliers, de leurs chameaux pour porter les provisions et +les récoltes, et d’un cheval comme moyen de locomotion à mon usage, je +quittai Benghazi au bout de quatre jours, pour m’enfoncer dans +l’intérieur, de manière à traverser la Pentapole libyque de l’ouest à +l’est, pour gagner Dernah. (Voir le tracé de la carte.) + +En se dirigeant de Benghazi vers Dernah, et lorsqu’on s’est éloigné du +point de départ d’une vingtaine de kilomètres, on est frappé par la +régularité qu’affecte la végétation. Les plantes croissent là par zones +parfaitement déterminées, comme dans les régions montagneuses. Aucun +changement n’existe cependant dans le sol, qui est partout composé d’une +argile ferrugineuse fort compacte, mais bien dans l’altitude, qui +augmente de plus en plus à mesure qu’on s’avance, quoique cette +élévation se fasse insensiblement. Ces zones s’étendent de telle façon +qu’on rencontre des lieues carrées couvertes par la même espèce de +plante, et dans l’ordre suivant, à mesure qu’on s’éloigne dans la +direction de Dernah : _Kentrophyllum lanatum_, _Phlomis Samia_, +_Satureia Thymbra_, _Seseli tortuosum_, _Passerina hirsuta_, _Marrubium +pseudo Dictamnus_, _Artemisia pyromacha_ et _Herba alba_ (_Semen +contra_), _Poterium spinosum_, _Juniperus Lycia_, _Pistacia Lentiscus_ ; +ce dernier forme de fort jolis massifs réguliers, comme s’ils étaient +taillés. + +En approchant de Dernah, les forêts deviennent plus compactes et plus +riches en végétaux ; on peut y voir les _Phyllirea angustifolia_, _Olea +europæa_, _Arbutus Unedo_ (il existe de ce dernier arbuste des forêts +entières près des ruines de Lamloudeh), des _Cistus_, des _Rhamnus_, et +l’_Ephedra altissima_, grimpant sur les arbres, au milieu du feuillage +desquels on aperçoit ses rameaux grêles couverts de fleurs jaunes. + +C’est à peu près au milieu de la distance qui sépare Benghazi de Dernah, +après la vallée de Méraouah, qu’on trouve les premiers pieds de ce +fameux _Thapsia_ qu’on rapporte au _Silphion_ des anciens. + +Quelques renseignements sur cette plante, qui fait tant de bruit depuis +quelque temps, ne sont peut-être pas inutiles. En effet, la question est +désormais résolue : le _Thapsia Silphium_ de Viviani ou _Silphium +cyrenaïcum_ du Dr Laval _n’est pas autre chose que le Thapsia garganica_ +de Linné, comme j’ai pu l’observer sur place, et comme le prouvent les +échantillons de tiges, feuilles, fruits, etc., etc., déposés à l’herbier +du Muséum. + +La _racine_ de cette plante qui, à tout âge, est d’une couleur brune, de +_simple_ qu’elle est dans sa jeunesse, devient _rameuse_ en vieillissant +comme l’est, du reste, celle du _Thapsia garganica_, lorsqu’il croît +dans un sol aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui +de la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent +perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus +horizontalement ; mais, _dans aucun cas_, elles ne donnent naissance à +des bourgeons adventifs en se rapprochant de la surface du sol. Ce mode +de multiplication, qu’on disait être le seul pour cette plante, est même +_matériellement impossible_, puisque les pieds de Thapsia Silphium sont +séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20 +mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers où +il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de _tracer_. + +Les _feuilles_ sont exactement divisées comme celles du _Thapsia +garganica_, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins grands +de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup plus +développées que celles insérées sur la hampe, qui sont toujours +_alternes_ entre elles[15]. + +La hampe est glaucescente-pruineuse et légèrement sillonnée. Elle laisse +échapper, lorsqu’on la rompt avant sa dessiccation, un suc laiteux qui +se concrète à l’air en brunissant. Deux ou trois ombelles la +surmontent ; une seule généralement est fertile. + +Les _graines_ tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont d’un jaune soufre +avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles sont mûres, une +teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur paille. Ces +graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par exemple, +attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte de l’ordre +des hémiptères ; mais à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la +mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène (aujourd’hui +Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et le plus grand +nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le semis que se fait +la reproduction_, et c’est le seul mode de multiplication naturelle du +Thapsia de la Cyrénaïque. + + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + + (Extrait de la _Revue horticole_, octobre 1875.) + +[Illustration : CARTE DE LA CYRÉNAÏQUE avec l’Itineraire suivi par MR. +J. DAVEAU Chef de la Section des Graines au Muséum d’Histoire Naturelle +de Paris 1875] + + * * * * * + + + Saint-Quentin. — Imprimerie JULES MOUREAU. + + +NOTES : + + +[Note 1 : Pour éviter toute confusion, nous écrirons toujours _Silphion_ +lorsqu’il s’agira de la plante des anciens, et _Silphium_ lorsqu’il +s’agira de celle des modernes.] + +[Note 2 : Voir à l’Appendice, page 49 : Relation du voyage de M. Daveau +dans la Pentapole libyque.] + +[Note 3 : Viviani, _Floræ Libycæ_, page 117.] + +[Note 4 : _Prodromus systematis naturalis regni vegetabilis_, vol. IV, +pag. 202.] + +[Note 5 : Remarques pour servir à l’interprétation de la plante célèbre, +mais aujourd’hui disparue, qui était connue dans l’antiquité sous le nom +de Silphion. (_Bulletin de l’Académie royale de Danemark_). +_Copenhague_, 1869.] + +[Note 6 : Le Dr Laval dit, dans son mémoire : « J’ai fait cuire des +tiges de Silphium cyrenaïcum sous la cendre ; elle m’ont paru d’un goût +sucré et parfumé. » + +_Elles m’ont paru !_... Que signifie cette appréciation ? C’est donc du +bout des lèvres et avec une prudence infinie, que le Dr Laval a goûté +ces tiges qu’il avait pourtant fait cuire ? Mais, alors, il avoue par +cela même que sa plante n’est pas celle des anciens, celle dont les +gourmets mangeaient tous les jours les tiges, les feuilles, les racines +et le suc.] + +[Note 7 : « J’ai trouvé le moyen, dit le Dr Laval, d’enlever entièrement +la propriété vésicante du Silphium cyrenaïcum, de telle sorte que ce suc +a pu être ingéré à doses suffisantes. » + +Le procédé est des plus simples ; il a été indiqué, dans une lettre que +j’ai sous les yeux, par un de ses amis qui était le préparateur de son +extrait à Constantine.] + +[Note 8 : Voir, à l’avant-propos, la lettre du Dr Chartier sur ce +sujet.] + +[Note 9 : Voir, au sujet des vertus du Silphium et des guérisons opérées +par lui, dans la _Revue de thérapeutique médico-chirurgicale_, no du 1er +janvier 1876, le jugement rendu par le tribunal de police +correctionnelle de Paris (violation de secret médical), contre le Dr +X..., l’un des prôneurs du _Silphium_.] + +[Note 10 : Les médecins homœopathes seront bien surpris sans doute de +voir le traitement homœopathique rangé parmi les moyens _auxiliaires_ +par des pharmaciens homœopathes.] + +[Note 11 : Un journal de médecine, voué à la défense du _Silphium_, nous +apprend qu’il guérit aussi, _depuis quelque temps_, la gonorrhée, les +ulcères phagédéniques, les abcès froids, la fistule anale et la +métrorrhagie.] + +[Note 12 : M. Daveau a rapporté une grande quantité de graines +parfaitement intactes ; il aurait pu en récolter des hectolitres.] + +[Note 13 : Ce voyage a été fait depuis cette époque par notre collègue +M. Daveau, et la question a été résolue.] + +[Note 14 : _Commentaires de Mathiole sur le IIIe livre de Dioscoride_, +chap. Silphion, Edit. 1525, page 399.] + +[Note 15 : Et non _opposées_, comme pour la plante des anciens, dont les +monnaies donnent les dessins.] + + + + + OUVRAGES DU MÊME AUTEUR + + * * * * * + + +=L’HORTICULTEUR FRANÇAIS de 1831.= Journal mensuel d’horticulture, 21 +volumes. — M. E. Donnaud, éditeur, 9, rue Cassette. 170 fr. + +=NOUVEAU JARDINIER ILLUSTRÉ=, par MM. F. Herincq, Alph. Lavallée, L. +Neumann, B. Verlot, J.-B. Verlot, A. Pavard et Burel. 1 volume de 1800 +pages de texte avec plus de 500 dessins intercalés. — M. E. Donnaud, +éditeur. 7 fr. + +=LE RÈGNE VÉGÉTAL=, divisé en Botanique générale ; Flore médicale +usuelle et industrielle ; Horticulture ; Plantes agricoles et +forestières ; Histoire biographique et bibliographique de la botanique, +par M. F. Herincq, O. Reveil, agrégé, et Baillon, professeur de sciences +naturelles à la Faculté de Médecine de Paris ; Fr. Gérard, botaniste +micrographe ; Dupuis, ancien professeur à l’Institut agronomique de +Grignon. — M. Guérin, éditeur, 5, rue Bonaparte. 17 volumes dont 9 de +texte et 8 d’atlas. 800 fr. + +=MANUEL GÉNÉRAL DES PLANTES=, comprenant la description, la culture, +l’histoire de plus de 25,000 espèces de plantes cultivées en Europe, par +MM. Herincq, Jacques et Duchartre (de l’Institut). 4 volumes. — +Librairie agricole, rue Jacob, 26.40 fr. + + * * * * * + + + Saint-Quentin. — Imp. JULES MOUREAU. + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 *** diff --git a/77062-h/77062-h.htm b/77062-h/77062-h.htm new file mode 100644 index 0000000..151e28c --- /dev/null +++ b/77062-h/77062-h.htm @@ -0,0 +1,2498 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> +<title>La vérité sur le prétendu Silphion de la Cyrénaïque | +Project Gutenberg</title> +<meta charset="utf-8"> +<link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> +<style> +body { + margin-left: 10%; + margin-right: 10%; +} +h1 +{ + text-align: center; + font-size: 100%; + font-weight: normal; + letter-spacing: 0.075em; + line-height: 2; + margin-top: 1em; + margin-bottom: 1.5em; + clear: both; +} +h2 { + font-size: 110%; + text-align: center; + font-weight: normal; + line-height: 1.1; + margin-top: 2em; + page-break-before: always; + clear: both; +} +h3 { + font-size: 100%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 1em; + font-weight: normal; + text-align: center; + page-break-before: avoid; + clear: both; +} +hr.chap { + color: Gray; 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HERINCQ</span><br> +<span class="small">ATTACHÉ AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE +PARIS</span> +</p> + +<div class="figcenter iwdecor3"> +<figure><img src='images/decor2.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center med"><em>Deuxième Édition</em> +</p> + +<div class="figcenter iwdecor1"> +<figure><img src='images/decor3.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="publisher"><span class= +"large letter-spaced02">PARIS</span><br> +<span class="less letter-spaced01">LIBRAIRIE DE +LAUWEREYNS</span><br> +2, <span class="small">RUE CASIMIR-DELAVIGNE,</span> 2</p> + +<hr class="decor width1"> + +<p class="center less letter-spaced01">1876</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="xlarge letter-spaced"><span class="pagenum" id= +"Page_5">[5]</span>AVANT-PROPOS</h2> + +<div class="figcenter iwdecor2"> +<figure><img src='images/decor1.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15">Depuis la publication de la première +édition de cette brochure (janvier 1876), deux faits +très-importants se sont produits :</p> + +<p>Le premier, c’est l’acceptation par tous des conclusions que +nous avons formulées quant à l’<em>espèce</em> de la plante qu’on +appelle d’un nom qui n’est pas le sien.</p> + +<p>Le second, c’est la négation absolue de la <em>valeur +thérapeutique</em> du Silphium cyrenaïcum par le D<sup>r</sup> +Chartier, de Valenciennes, dont on invoquait si souvent le +témoignage.</p> + +<p>Nos conclusions sont péremptoires ; elles affirment que le +Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval n’a rien de commun avec +le <em>silphion</em> des anciens, et qu’il est tout simplement le +<i>thapsia garganica</i>. Personne ne les a combattues, pas même +MM. Derode et Deffès, les Pharmaciens homœopathes qui vendent le +Silphium ; nous sommes bien certains qu’ils ne parleront plus, +ni de la <em>résurrection</em> du silphion des Grecs, ni de +<em>fraude coupable</em> à l’adresse de ceux de leurs confrères qui +ont toujours considéré comme une seule et même chose la plante +cyrénéenne et le Thapsia garganica.</p> + +<p>Quant à la valeur thérapeutique du produit, nous faisions à la +page 24 de notre 1<sup>re</sup> édition, dans l’intérêt de la +science et de l’humanité, un appel public au témoignage du médecin +de Valenciennes qui l’expérimentait en 1874, dans son hôpital, à +l’instigation et sous les yeux du D<sup>r</sup> Laval. MM. Derode +et Deffès ont répondu par l’insertion dans un journal, d’une lettre +que le D<sup>r</sup> Chartier aurait écrite <em>il y a deux ans et +demi</em>, au père d’un jeune homme qu’on disait être phthisique, +et dans laquelle il faisait l’éloge du Silphium cyrenaïcum.</p> + +<p>Mais, de son côté, le D<sup>r</sup> Chartier nous adressait +directement,<span class="pagenum" id="Page_6">[6]</span> en réponse +à notre appel, une lettre décisive dont nous considérons comme un +devoir de reproduire textuellement les principaux +passages :</p> + +<div class="quote"> +<p class="pad4">« <span class="sc">Monsieur</span>,</p> + +<p>Je lis, à la page 24 de la très-intéressante brochure que vous +m’avez fait l’honneur de m’adresser, un appel à ma modeste opinion. +Je m’empresse de vous répondre :</p> + +<p>Je crois que c’est bien moi qu’on a voulu désigner en invoquant +les règlements militaires pour expliquer mon silence. Si j’ai mis +ma position militaire en avant pour me taire, c’est parce qu’il ne +me convenait pas de voir mon nom prononcé dans ce que, dès le +début, je considérais comme une affaire de commerce. Mais, ce +n’était pas la seule raison : des observations hâtivement +interprétées ne me paraissaient nullement convaincantes ; et +je suis de l’avis de M. Gervais, professeur d’anatomie comparée au +Muséum, lorsqu’il disait au docteur Laval : <em>Quand vous +aurez cent observations toutes concordantes, recueillez-en cent +nouvelles, et puis encore cent autres. Alors vous pourrez +dire :</em> <span class="sc">peut-être</span> !</p> + +<p>Ce n’est point mon cas ; car, si une singulière +coïncidence, produite certainement par la constitution médicale +régnante, a paru améliorer les phthisies traitées par le Silphium +au début de mes expériences, j’ai bientôt dû reconnaître que ce +n’était qu’un leurre . . . . . . . . . . .</p> + +<p>Si je me dépars aujourd’hui de la réserve dans laquelle je +m’étais renfermé, c’est que je ne veux pas qu’on se serve de mon +nom pour répandre dans le public un remède qui, j’en ai la +conviction, n’en est pas un, pas plus dans la phthisie, où je l’ai +essayé, que dans les contusions et les entorses, où il a +constamment échoué sous mes yeux, entre les mains du D<sup>r</sup> +Laval.</p> + +<p>Veuillez agréer...</p> + +<p class="right pad-right4">D<sup>r</sup> <span class= +"sc">Chartier</span>,</p> + +<p class="right small"><em>Médecin en chef de l’hôpital militaire +de Valenciennes.</em> »</p> +</div> + +<p>Les lecteurs peuvent sans peine, maintenant, juger la question +qui nous occupe, tant au point de vue botanique, qu’au point de vue +thérapeutique. Ils ont toutes les pièces sous les yeux.</p> + +<p class="right pad-right4">F. HERINCQ.</p> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id= +"Page_7">[7]</span><span class="xlarge">DU SILPHION DES +ANCIENS</span><br> +<span class="small">ET DU</span><br> +<span class="med">SILPHIUM CYRENAÏCUM DES MODERNES</span><a id= +"FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> +</h2> + +<hr class="decor width4"> + +<p class="space-above15">Depuis quelque temps, on fait beaucoup de +bruit autour d’une plante récoltée en Cyrénaïque, et qu’on a +appelée <i>Silphium Cyrenaïcum</i>, mais dont le nom botanique est +<i>Thapsia silphium</i> de Viviani, et mieux encore <i>Thapsia +garganica</i> de Linné. Les gens du pays l’appellent +<em>Dirias</em> ou <em>Drias</em>.</p> + +<p>Les uns prétendent que c’est le fameux <em>Silphion</em> des +Grecs, qui était employé à la fois comme épice et comme +médicament ; d’autres répondent, avec tous les auteurs +anciens, que le Silphion des Grecs a disparu dès le commencement de +l’ère chrétienne, et que la plante en question est tout simplement +le <i>Thapsia garganica</i> de Linné, qui est très-abondant en +Algérie, en Espagne, en Italie, etc., que MM. Bertherand et +Reboulleau ont fait connaître en 1857, et que le pharmacien +Leperdriel exploite depuis longtemps à Paris (<em>emplâtre de +Thapsia</em>). — Les uns parlent du Silphium cyrenaïcum comme s’il +avait été découvert par le docteur Laval ; d’autres font +remarquer que, s’il y avait découverte, le mérite en reviendrait à +Della Cella, qui le rapportait de son voyage dans la Libye, en +1817.<span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span> — Les uns +annoncent bruyamment que le <i>Silphium cyrenaïcum</i> guérit la +<em>phthisie pulmonaire</em> à tous les degrés, la <em>phthisie +laryngée</em>, les <em>angines catarrhales</em>, la <em>méningite +tuberculeuse</em>, etc. ; d’autres se montrent tout à fait +incrédules à l’endroit de cette affirmation, et pensent qu’elle ne +peut suffire pour arrêter l’attention des médecins sérieux.</p> + +<p>Presque tous les travaux qui ont été publiés dans ces derniers +temps sur ce sujet n’ont eu d’autre résultat que de le compliquer +et de l’obscurcir, parce qu’ils n’avaient, comme base de +discussion, que les écrits confus des auteurs anciens, et le dessin +informe des médailles cyrénéennes.</p> + +<p>Il est temps, croyons-nous, de porter la lumière sur cette +question si débattue. Il est temps de dissiper les équivoques et de +mettre à néant des assertions téméraires et des erreurs +regrettables. C’est ce que nous nous proposons de faire dans ce +travail, en appuyant nos opinions sur des preuves irréfutables +tirées des nombreux et précieux matériaux rapportés tout récemment +de la Cyrénaïque par notre collègue, M. Daveau, chef de la section +des graines au Muséum d’histoire naturelle de Paris<a id= +"FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class= +"fnanchor">[2]</a>.</p> + +<hr class="decor width8"> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_9">[9]</span>I</h3> + +<p>Les Grecs appelaient <em>Silphion</em> (σιλφιον), et les Romains +<em>Laserpitium</em>, une plante qui croissait plus +particulièrement dans la Cyrénaïque, et qui donnait, par des +incisions faites à la racine et à la tige, un suc gommo-résineux +que les Grecs appelaient <em>Laseros</em>, et les Latins +<em>Laser</em>, que l’on employait comme condiment, et auquel on +attribuait des propriétés merveilleuses, comme, par exemple, de +rendre la vue, de guérir les plaies venimeuses, de rajeunir, +etc. ; aussi se vendait-il au poids de l’or.</p> + +<p>On donnait à cette plante une origine surnaturelle. Les auteurs +grecs ont écrit que, sept ans avant la fondation de Cyrène, qui fut +bâtie l’an 143 de Rome, le <em>Silphion</em> fut produit tout à +coup par une sorte de pluie poisseuse qui tomba en Afrique, aux +environs du jardin des Hespérides et de la grande Syrte, et que la +vertu productive de cette pluie se fit sentir sur une étendue de +quatre mille stades.</p> + +<p>Tous les auteurs s’accordent à dire que le <em>Silphion</em> +devint de plus en plus rare dans la Cyrénaïque, dès le premier +siècle de l’ère chrétienne, et qu’il finit par disparaître +complétement ; mais ils expliquent sa disparition de diverses +manières plus ou moins acceptables.</p> + +<p>Pline raconte que, de son temps, on ne trouva, dans la +Cyrénaïque, <em>qu’un seul pied</em> de cette plante, et qu’il fut +envoyé à l’empereur Néron.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>Quoi qu’il en +soit, disent Mérat et de Lens, le <em>Silphion</em> devint inconnu +aux générations suivantes, et son image ne se retrouva plus que sur +des médailles ou des monnaies qui représentent, d’un côté, les +diverses parties de la plante (tige, racine, graines...), et de +l’autre, la tête de Jupiter Ammon.</p> + +<p>Il ne faut pas confondre ce <em>Silphion</em> des Grecs avec les +divers Silphium des botanistes : S. <i>laciniatum</i> — S. +<i>compositum</i> — S. <i>terebinthinaceum</i>... tous originaires +de l’Amérique septentrionale et qui appartiennent à la famille des +<em>Composées</em>.</p> + +<p>Et quant aux Laserpitium des naturalistes modernes, il y en a un +grand nombre d’espèces : L. <i>gummiferum</i> — L. +<i>latifolium</i> — L. <i>Siler</i> — L. <i>triquetrum</i> — L. +<i>ferulaceum</i>, etc...</p> + +<p>Il était naturel qu’on se demandât à quelle plante, parmi celles +qu’on connaît aujourd’hui, il fallait rapporter le +<em>Silphion</em> des Grecs ou <em>Laserpitium</em> des Romains. De +nombreuses recherches ont été faites dans ce but. On s’est accordé, +généralement, à regarder la plante qui produisait le <em>Laser</em> +comme une ombellifère (sans en fournir la preuve cependant) ; +mais il y a eu beaucoup moins d’unanimité lorsqu’il s’est agi de +désigner le genre et l’espèce.</p> + +<p>Plusieurs végétaux qui croissent en Afrique ont été +successivement indiqués : le <i>Thapsia garganica</i> ; +le <i>Ferula tingitana</i> ; le <i>Laserpitium +gummiferum</i> ; le <i>Ferula asa fœtida</i> ; le +<i>Laserpitium Siler</i>, etc.</p> + +<p>En 1817, Della Cella rapporta de la Cyrénaïque plusieurs +végétaux, entre autres une ombellifère qu’il supposait être le +<em>Silphion</em> des anciens. Viviani crut y reconnaître, d’une +part, les caractères du Silphion des monnaies, d’autre part, une +grande ressemblance avec le Thapsia garganica, et l’appela +<i>Thapsia silphium</i> (c’est le Silphium cyrenaïcum du docteur +Laval). Mais, ainsi que le font remarquer Mérat et de Lens, la +certitude de Viviani et de Della Cella ne pouvait pas être +absolue.</p> + +<p>La certitude n’était absolue pour personne, puisque quelques +années plus tard, en 1826, la <em>Société de géographie</em> +instituant un prix pour la description de la Cyrénaïque, +exprimait<span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span> le vœu +qu’on recherchât si le <em>Silphion</em> se trouvait parmi les +plantes du pays.</p> + +<p>M. Pacho, qui obtenait ce prix, avait récolté le <i>Thapsia +silphium</i> de Della Cella et de Viviani (Silphium cyrenaïcum du +D<sup>r</sup> Laval), et il était porté à croire que c’était le +<em>Silphion</em> des anciens ; mais il hésitait à se +prononcer nettement, parce qu’il avait trouvé sa plante sur les +collines septentrionales de la Cyrénaïque, alors que les +indications géographiques marquaient sa place bien plus au midi. +Ses doutes sont constatés en ces termes par le +rapporteur :</p> + +<p>« Quel scrupule empêche donc notre voyageur, dit-il, de +reconnaître définitivement dans son <i>Laserpitium</i> le +<em>Silphion</em> des anciens ?... M. Pacho n’a pas osé +décider que sa plante fût le <em>Silphion</em> des Grecs. Cette +modestie, peut-être exagérée, nous a valu de précieuses +recherches. »</p> + +<p>La question en était là, lorsqu’en 1873, le D<sup>r</sup> Laval, +médecin-major à l’hôpital militaire de Valenciennes, remettait au +jardin d’acclimatation de Paris, des graines qu’il étiquetait +<em>graines de Silphion de la Cyrénaïque</em>. Il accompagnait son +envoi de la note suivante : « Cette plante croît +abondamment autour des ruines de Cyrène et des autres villes de la +Pentapole libyque, sur des plateaux élevés de 200 à 500 mètres +au-dessus du niveau de la mer, et exposés à une température de 15° +pendant les mois de décembre, janvier et février. Elle semble +préférer les sols siliceux. Elle fleurit pendant les mois d’avril +et de mai. »</p> + +<p>Les graines du D<sup>r</sup> Laval furent apportées au Muséum +d’histoire naturelle pour avoir leur nom botanique.</p> + +<p>Je fus le premier à examiner ces graines. Leur structure me fit +voir immédiatement qu’il s’agissait d’un <i>Thapsia</i>, et en les +comparant avec les diverses espèces de ce genre, que possède notre +riche herbier général, je fus convaincu que j’avais sous les yeux +les semences du <i>Thapsia garganica</i> de Linné, qui croît en +Algérie, en Espagne, en Italie, et dans toutes les régions qui +bordent, des deux côtés, la Méditerranée.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_12">[12]</span>J’ignorais, à ce +moment-là, que ces graines appartenaient à une plante qui devait +fournir à la thérapeutique un <em>médicament +merveilleux</em> ; je m’étais donc occupé de la détermination +de l’espèce au simple point de vue botanique, et sans idée +préconçue.</p> + +<p>Mon opinion, confirmée plus tard par les hommes les plus +compétents, ne parut pas satisfaire le D<sup>r</sup> Laval. Il vint +au Muséum pour consulter l’herbier général et pour me signaler les +caractères qui différenciaient, suivant lui, le <i>Thapsia +garganica</i> de son <i>Thapsia silphium</i>, qu’il affirmait être +le fameux <em>Silphion</em> des Grecs. C’est alors seulement qu’il +fut question des guérisons miraculeuses qu’il disait obtenir avec +l’extrait de la plante récoltée par lui sur le plateau de Cyrène. +Je n’eus pas de peine à lui démontrer, pièces en mains, que ses +graines et celles du <i>Thapsia garganica</i> ne présentaient aucun +caractère différentiel, qu’elles étaient absolument identiques. +Voici du reste le dessin des deux graines :</p> + +<div class="figcenter iw7"> +<figure id="i01"><a href="images/i01.jpg"><img src='images/i01.jpg' +alt=''></a> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> +Laval.</td> +<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td> +</tr> +</table> +</figure> +</div> + +<p>Le D<sup>r</sup> Laval se tourna alors du côté des +<em>feuilles</em>. Il prétendit que les segments de son +<i>Thapsia</i> étaient terminés par trois lobes, et qu’il n’en +était pas de même pour le <i>Thapsia garganica</i>. Je lui prouvai, +par les échantillons de notre herbier, qu’il était dans l’erreur. — +Il n’invoqua pas alors les racines qui, <em>depuis quelque +temps</em>, constitueraient le caractère distinctif, mais que l’on +n’a jamais montrées.</p> + +<p>Les arguments du D<sup>r</sup> Laval manquaient d’ailleurs de +point d’appui. En effet, les caisses, qui contenaient précisément +les<span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span> diverses parties +de la plante, avaient été perdues, disait-il, au chemin de fer, et +il n’avait sauvé du naufrage que l’extrait, le précieux extrait qui +opérait des prodiges.</p> + +<p>J’engageai néanmoins le D<sup>r</sup> Laval à lire une note sur +ce sujet à la <em>Société botanique de France</em>, et MM. les +professeurs Brongniart et Bureau, auxquels je venais de le +présenter, lui donnèrent le même conseil. Quelque temps après, il +publia sur le <i>Thapsia silphium</i> cinq à six pages dénuées de +toute valeur scientifique, et au lieu de suivre notre avis, en +s’adressant aux hommes compétents de la <em>Société botanique de +France</em>, il frappa à la porte du <em>Bulletin de la Société +d’acclimatation</em>.</p> + +<p>La description du <i>Thapsia silphium</i> (<i>Silphium +cyrenaïcum</i> de Laval) donnée par Viviani<a id= +"FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> et +celle du <i>Thapsia garganica</i> donnée par de Candolle<a id= +"FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, ne +laissent aucun doute dans l’esprit du botaniste. L’identité est +parfaite.</p> + +<p>Le caractère trifide des segments terminaux n’est pas +très-nettement indiqué dans la phrase caractéristique du Thapsia +garganica donnée par Linné ; c’est là, sans doute, ce qui +avait induit en erreur Viviani, et l’avait porté à faire du +<i>Thapsia</i> recueilli par Della Cella une nouvelle espèce, le +<i>Thapsia silphium</i>, en la déclarant, du reste, très-voisine du +<i>Thapsia garganica</i> « cui nostra species valde proxima ,» +dit-il. A l’époque où Viviani publiait sa flore Libyque (1824) il +n’avait à sa disposition, pour la diagnose du <i>Thapsia +garganica</i>, que la description imparfaite de Linné, et il +pouvait croire tout naturellement à la nouveauté de la plante +cyrénéenne. Mais aujourd’hui que les matériaux se sont accumulés +dans les collections botaniques, la description de la plante a pu +être complétée ; il n’y a plus de différence entre la +description de de Candolle, plus récente que celle de Linné, et la +description donnée par Viviani en 1824 ; qu’on en +juge :</p> + +<div class="igrp"> +<div class="float-left width20"> +<p class="center"><span class="pagenum" id= +"Page_14">[14]</span><i>Thapsia garganica</i>.</p> + +<p>Foliis bi tri-pinnatisectis, nitidis, laciniis linearibus acutis +elongatis, secus margines integerrimis. Variat petiolis glabris aut +pilis sparsis subhirsutis.</p> + +<p>(De Candolle : <em>Prodromus</em>, tom. 4, pag. 202.)</p> +</div> + +<div class="float-right width20"> +<p class="center"><i>Thapsia silphium</i>.</p> + +<p>Foliis pinnatis, foliolis multipartitis, laciniis simplicibus +trifidis, omnibus linearibus elongatis, utrinque hirsutis margine +revolutis.</p> + +<p>(Viviani : <em>Floræ Libycæ</em>, p. 17.)</p> +</div> +</div> + +<p class="clear"> +</p> + +<div class="figcenter iw4"> +<figure id="i02"><a href="images/i02.jpg"><img src='images/i02.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Fragment de feuilles, grandeur naturelle, du Thapsia +garganica, de Blidah.</p> +</figure> +</div> + +<p>Ainsi, tandis que de Candolle dit : Les feuilles sont deux +ou trois fois pennées, Viviani décrit les siennes comme +pennées,<span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span> à folioles +divisées en nombreuses lanières, les unes simples, les autres +trifides, ce qui revient exactement au même. Le caractère sur +lequel Laval s’appuyait (les folioles à trois lobes terminaux) se +retrouve dans les deux plantes ; par conséquent, la différence +invoquée par lui n’existe en aucune façon. Quant au caractère +« <em>margine revolutis</em> » indiqué par Viviani, c’est +tout simplement l’effet d’une mauvaise préparation de l’échantillon +soumis à l’auteur de la <em>Flore libyque</em> ; on retrouve +ce caractère dans les échantillons d’herbier du <i>Thapsia +garganica</i>, notamment dans un échantillon de cette espèce +récoltée aux îles Baléares, et qui a été donné au Muséum par M. +Cambessèdes.</p> + +<div class="figcenter iw2"> +<figure id="i03"><a href="images/i03.jpg"><img src='images/i03.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum, de la Cyrénaïque (fragment de +feuille grandeur naturelle).</p> +</figure> +</div> + +<p>Nous avons déjà reproduit (<a href="#i01">page 12</a>) la +semence du <i>Thapsia<span class="pagenum" id="Page_16">[16]</span> +garganica</i> et celle du <i>Silphium cyrenaïcum</i> pour montrer +l’identité parfaite de cet organe dans les deux plantes. Nous +reproduisons actuellement, pages <a href="#i02">14</a> et <a href= +"#i03">15</a>, un fragment de leurs feuilles ; l’un provient +d’un échantillon récolté dans la plaine de Blidah, l’autre a été +détaché d’une feuille récoltée par le consul des États-Unis à +Tripoli, sous les yeux du D<sup>r</sup> Laval ; personne ne +peut contester l’authenticité du type représentant le prétendu +Silphion. Or, la comparaison ne permet plus de douter que le +D<sup>r</sup> Laval ne se soit complétement mépris sur le caractère +des trois lobes terminaux ; ce caractère existe dans les deux +exemples. Dans le compte rendu de son voyage en Cyrénaïque, M. +Daveau s’exprime ainsi au sujet des feuilles : « Les +feuilles sont exactement divisées comme celles du <i>Thapsia +garganica</i>, et j’en ai aussi observé à des degrés plus ou moins +grands de villosité. Les feuilles dites radicales sont beaucoup +plus développées que celles insérées sur la tige et qui sont +toujours alternes entre elles. » (Voir Appendice, <a href= +"#Page_51">page 51.</a>)</p> + +<p>L’examen des feuilles du <i>Thapsia garganica</i> du Muséum +n’avait point permis au D<sup>r</sup> Laval de soutenir longtemps +que les trois lobes terminaux, pas plus que les graines, +différenciaient sa plante de celle de l’Algérie ; mais tenant, +on ne sait trop pourquoi, à maintenir absolument une différence +spécifique entre elles, il eut recours plus tard à la +<em>racine</em>, et la représenta comme fournissant les véritables +caractères distinctifs ; seulement, il n’a jamais pu en donner +la preuve : les caisses qui renfermaient précisément les +échantillons ayant été perdues au chemin de fer, ainsi que nous +l’avons déjà signalé.</p> + +<p class="space-above15">« Le Thapsia <i>garganica</i>, disent +les prôneurs du silphium n’a qu’une racine pivotante et +<em>quelquefois</em> bifurquée à son extrémité, tandis que notre +Thapsia <i>silphium</i> a des racines grosses et nombreuses, +<em>traçantes</em>, divergentes, horizontales ; de la souche +principale naissent quatre à huit rhizomes qui atteignent une +longueur de 0<sup>m</sup> 70 à 0<sup>m</sup> 80, et quand leur +extrémité rencontre la surface du sol, elle donne naissance à une +nouvelle souche. »</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span>Or, ce n’est pas +<em>quelquefois</em> que la racine de Thapsia garganica est +bifurquée à son extrémité, c’est <em>toujours</em>, à un certain +âge ; j’en ai reçu de l’Algérie qui ont trois, quatre et +jusqu’à neuf bifurcations, toutes <em>très</em>-horizontales, +exactement comme celles du plateau de Cyrène rapportées par M. +Daveau ; j’en mets les dessins en regard (Voir pages <a href= +"#i04">18</a> et <a href="#i06">19</a>).</p> + +<p>Quant aux quatre ou huit rhizomes de la souche principale qui +seraient un signe distinctif du <i>Silphium cyrenaïcum</i>, il est +bon de noter que ce caractère appartient à toutes les ombellifères +vivaces, moins la longueur ; aucun botaniste n’a jamais admis +ces racines <em>traçantes</em>, longues de 0<sup>m</sup> 80, qui +donneraient naissance à de nouvelles souches lorsque leur extrémité +rencontre la surface du sol.</p> + +<p>M. Daveau, dans la relation de son voyage, s’exprime ainsi au +sujet de la racine de la plante cyrénéenne :</p> + +<div class="quote"> +<p>« La <em>racine</em> de cette plante qui, à tout âge, est +d’une couleur brune, de <em>simple</em> qu’elle est dans sa +jeunesse, devient <em>rameuse</em> en vieillissant, comme l’est, du +reste, celle du <i>Thapsia garganica</i>, lorsqu’il croît dans un +sol aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui de +la Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent +perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus +horizontalement ; mais, <em>dans aucun cas</em>, elles ne +donnent naissance à des bourgeons adventifs en se rapprochant de la +surface du sol. Ce mode de multiplication, qu’on disait être le +seul de cette plante, est même <em>matériellement impossible</em>, +puisque les pieds du Thapsia Silphium sont séparés, dans le plus +grand nombre de cas, par une distance de 20 mètres. De plus, ils +poussent fréquemment dans des trous de rochers où il est facile de +se convaincre qu’il leur est impossible de +<em>tracer</em>. »</p> +</div> + +<p>Quant à l’agent thérapeutique, c’est-à-dire au produit +gommo-résineux du silphium, il vient, lui aussi, témoigner en +faveur de l’identité des deux plantes.</p> + +<p>Tout le monde connaît les emplâtres de Thapsia du pharmacien +Leperdriel ; ils sont préparés avec le suc gommeux du +<i>Thapsia garganica</i> et produisent, sur la peau, de nombreuses +vésicules. Ces cloches remplies d’eau sont déterminées par le suc +du Thapsia qui contient un principe acre,<span class="pagenum" id= +"Page_18">[18]</span> vésicant. Or, le suc gommo-résineux du +<i>Silphium cyrenaïcum</i> contient le même principe, de l’aveu du +D<sup>r</sup> Laval, et, pour être pris à l’intérieur, il doit être +dépouillé de ce principe irritant qui produirait sur les organes +internes le phénomène que les emplâtres de Thapsia produisent sur +la peau.</p> + +<p>Ainsi, tout vient confirmer l’opinion des savants, botanistes et +médecins, qui ont reconnu, comme nous, la parfaite identité des +deux plantes.</p> + +<div class="figcenter iw5"> +<figure id="i04"><a href="images/i04.jpg"><img src='images/i04.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum : racine bifurquée.</p> +</figure> +</div> + +<div class="figcenter iw5"> +<figure id="i05"><a href="images/i05.jpg"><img src='images/i05.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum : vieille souche à racines +multiples.</p> +</figure> +</div> + +<p>Il est donc acquis définitivement à la science, que le +<i>Silphium cyrenaïcum</i> n’est pas autre chose que le <i>Thapsia +garganica</i> de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, +etc. :</p> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_19">[19]</span><em>Parce que le Thapsia garganica, croissant +parallèlement des deux côtés de la Méditerranée, il est tout +naturel que cette espèce vienne également en Cyrénaïque ;</em> +</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que la gomme résine des deux +plantes contient les deux mêmes principes, l’un vésicant, l’autre +résolutif, et présente les mêmes dangers ;</em> +</p> + +<div class="figcenter iw5"> +<figure id="i06"><a href="images/i06.jpg"><img src='images/i06.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Thapsia garganica : racine bifurquée.</p> +</figure> +</div> + +<div class="figcenter iw5"> +<figure id="i07"><a href="images/i07.jpg"><img src='images/i07.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Thapsia garganica : vieille souche à racines +multiples.</p> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15"><em>Parce que les racines et les éléments +histologiques de cet organe sont semblables dans les deux +plantes ;</em> +</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que leurs graines sont +absolument identiques ;</em> +</p> + +<div class="figcenter iw2"> +<figure id="i03b"><a href="images/i03.jpg"><img src= +'images/i03.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum.</p> +</figure> +</div> + +<div class="figcenter iw7"> +<figure id="i01b"><a href="images/i01.jpg"><img src= +'images/i01.jpg' alt=''></a> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum.</td> +<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td> +</tr> +</table> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_20">[20]</span><em>Parce que les feuilles ne présentent +aucune différence, comme on peut le voir par les fragments +représentés <a href="#i03b">ci-dessus</a> et <a href="#i02b">page +21</a>.</em> +</p> + +<div class="figcenter iw4"> +<figure id="i02b"><a href="images/i02.jpg"><img src= +'images/i02.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Thapsia garganica.</p> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_21">[21]</span>En rapportant de la Cyrénaïque la plante que +l’on dérobait à nos regards, M. Daveau a rendu un véritable service +à la science et à l’humanité.</p> + +<hr class="decor width6"> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span>II</h3> + +<p>Nous avons démontré que le <i>Thapsia silphium</i> de Viviani +(Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval) est tout simplement le +<i>Thapsia garganica</i> de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie, +etc. Il s’agit maintenant de prouver qu’il n’est pas le +<em>Silphion</em> des Grecs.</p> + +<p>Uniquement préoccupé des intérêts de la science et des droits de +la vérité, nous allons résoudre franchement et nettement la seconde +partie du problème, et, après avoir dit <em>ce qu’est</em> le +Silphium cyrenaïcum, nous allons dire <em>ce qu’il n’est +pas</em>.</p> + +<p>Le professeur Œrsted, de Copenhague, qui a publié sur ce sujet +un travail très-étendu<a id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" +class="fnanchor">[5]</a>, après avoir émis l’opinion que le +Silphion des Grecs n’est pas le <i>Thapsia silphium</i> de Viviani +(<i>Silphium cyrenaïcum</i> du D<sup>r</sup> Laval), ni aucune +autre espèce d’ombellifère, se range à l’avis de plusieurs auteurs +modernes qui sont convaincus que la plante des Grecs n’a jamais été +retrouvée ; puis, il émet la pensée que ce Silphion devait +avoir<span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span> une grande +ressemblance avec le <em>Ferula asa-fœtida</em>, autant qu’on en +peut juger d’après les médailles de l’antiquité.</p> + +<div class="figcenter iw8"> +<figure id="i08"><a href="images/i08.jpg"><img src='images/i08.jpg' +alt=''></a> +</figure> +</div> + +<p>Bien que le savant danois appuie notre thèse, en affirmant que +le Thapsia Silphium du D<sup>r</sup> Laval n’est en aucune façon le +Silphion des Grecs, nous n’acceptons pas comme valable l’argument +qu’il tire du dessin des monnaies cyrénéennes. Lorsqu’on connaît, +comme nous, les difficultés que le botaniste éprouve chaque jour, +pour la détermination de certaines espèces, alors qu’il est entouré +de matériaux de toutes sortes (échantillons types, descriptions +complètes, dessins autrement exacts que ceux des livres anciens), +il est impossible d’admettre qu’on puisse prendre pour terme de +comparaison le dessin informe, et relativement microscopique, des +monnaies de Cyrène, et qu’on puisse demander à cette source des +raisons concluantes, soit pour affirmer la similitude avec le +D<sup>r</sup> Laval, soit pour la nier avec le professeur +Œrsted.</p> + +<p>On ne peut qu’admirer le profond savoir de ces botanistes +modernes, qui non-seulement ont su reconnaître, dans le dessin des +médailles anciennes, une espèce particulière d’ombellifères, mais +qui ont cru pouvoir affirmer que la plante ainsi représentée n’est +ni une Férule, ni une Berce, ni le Thapsia garganica, mais bien le +Thapsia silphium ! Pour nous, nous disons hautement que jamais +les ombellifères n’ont eu des feuilles <em>opposées connées</em>, +comme dans le Chardon à foulon (Dipsacus fullonum), ainsi qu’il est +indiqué sur les médailles ; que jamais les graines de Thapsia +n’ont eu la forme d’un <em>cœur</em> comme celles qui sont figurées +sur les dites médailles cyrénéennes. Nous disons hautement que le +dessin des médailles représente tout ce que l’on voudra, excepté +une ombellifère.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_24">[24]</span>Nous avons +d’ailleurs des arguments tout à fait décisifs pour démontrer que le +Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> Laval n’est pas le Silphion +des anciens. Nous allons les énumérer :</p> + +<div class="figcenter iw6"> +<figure id="i09"><a href="images/i09.jpg"><img src='images/i09.jpg' +alt=''></a> +<p class="cp1">Fragment d’une feuille de persil.</p> +</figure> +</div> + +<p>I. — Ceux qui prétendent que la plante récoltée récemment en +Cyrénaïque est le Silphion des anciens, signalent, d’après +Théophraste, entre autres caractères, la <em>forme</em> des +feuilles ; mais ils négligent tous de la spécifier. +L’<em>oubli</em> sera trouvé tout naturel quand on saura que cette +forme exclut précisément toute ressemblance entre la plante +ancienne et la plante prônée de nos jours.</p> + +<p>En effet, on lit dans Théophraste : « La tige du +Silphion est grande comme celle de la Férule ; sa feuille est +<em>semblable à celle du persil</em> » (liv. VII, ch. +<span class="sc2">III</span>).</p> + +<p>D’après Dioscoride, « la graine était large, et les +feuilles étaient <em>semblables à celles du persil</em> » +(liv. III, ch. <span class="sc2">LXXVIII</span>).</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span>D’après Pline, +« la graine était aplatie comme une feuille, l’écorce de la +racine était noire ; les feuilles <em>ressemblaient fort à +celles du persil</em>, et poussaient au printemps. »</p> + +<div class="figcenter iw2"> +<figure id="i03c"><a href="images/i03.jpg"><img src= +'images/i03.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Fragment de feuille de Silphium cyrenaïcum du +D<sup>r</sup> Laval.</p> +</figure> +</div> + +<div class="figcenter iw5"> +<figure id="i10"><a href="images/i10.jpg"><img src='images/i10.jpg' +alt=''></a> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="width-half tdc">Fruit du Silphion des anciens.</td> +<td class="width-half tdc">Fruit du Silphium cyrenaïcum de +Laval.</td> +</tr> +</table> +</figure> +</div> + +<p>Or, il suffit de mettre en regard (comme il est fait ci-dessus), +un fragment de feuille de persil et un fragment de la feuille de +Silphium récoltée en Cyrénaïque par le consul des +États-Unis<span class="pagenum" id="Page_26">[26]</span> à Tripoli, +en compagnie du D<sup>r</sup> Laval, pour être aussitôt convaincu +que le Thapsia Silphium du plateau de Cyrène n’est pas du tout le +Silphion des anciens.</p> + +<p class="space-above15">II. — Le suc du Silphion était +<em>âcre</em>, dit-on. Oui, dans le sens du mot latin +<em>acer</em>, et du mot grec ακη (aké), aigu, pointe, c’est-à-dire +qu’il avait un goût piquant, aigrelet<a id= +"FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, +comme certains fruits ; mais nulle part il n’est question des +propriétés irritantes dont parle le D<sup>r</sup> Laval ; +nulle part il n’est question d’un principe vésicant, et encore +moins d’un procédé quelconque pour l’en débarrasser et le rendre +inoffensif.</p> + +<p>Au contraire, le suc du Silphium cyrenaïcum est composé de deux +principes, l’un vésicant, l’autre résolutif ; et il est +indispensable de lui enlever la propriété vésicante pour pouvoir +l’administrer à l’intérieur<a id="FNanchor_7"></a><a href= +"#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<p class="space-above15">III. — Tous les auteurs anciens +s’accordent à dire que les bestiaux engraissaient par l’usage du +Silphion, et que leur chair devenait meilleure.</p> + +<p>Or, le Silphium cyrenaïcum des modernes est considéré comme un +poison pour les animaux. « La paille qu’on tire de la région +où il abonde n’est donnée aux ânes et aux mulets que lorsqu’elle a +été examinée avec soin et reconnue exempte de fragments de tiges et +de graines de Silphium cyrenaïcum. » (D<sup>r</sup> Reboud, +<em>Lettre à la Société botanique de France</em>, 1875.)</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_27">[27]</span>« On sait, +dit M. Cauvet, que les chameliers ont soin de musuler les chameaux +et les ânes, pendant le parcours de la région où croît cette +plante. Ils prétendent qu’une semence suffit pour déterminer, chez +ces animaux, une diarrhée très-intense pouvant amener la +mort. » (Cauvet, <em>Nouv. élém. d’hist. natur. +médic.</em>)</p> + +<p class="space-above15">IV. — Le Silphion des Grecs (Laserpitium +des Romains), était considéré comme un médicament universel, mais +il était aussi, et surtout, un condiment très-recherché par les +gourmets. Pline dit : « Après les truffes et les +champignons, c’est le Laserpitium (le Silphion), qui tient le +premier rang. » — Dioscoride raconte qu’on mangeait la racine +mêlée avec du sel, pour donner une saveur plus agréable aux +viandes. — Enfin, on lit dans Théophraste, que les racines qu’on +apportait à Athènes étaient conservées et mises dans des pots avec +de la farine, mais qu’elles étaient bonnes également +<em>fraîches</em>, coupées en tranches et assaisonnées avec du +vinaigre.</p> + +<p>Or, la plante récoltée par Laval ne pourrait être un condiment, +et l’on se garderait bien, assurément, d’en manger la racine +<em>fraîche</em> coupée par tranches. Même lorsqu’elle est +dépouillée de son principe vésicant, elle ne cesse pas d’être +dangereuse, et l’extrait aqueux que contiennent les granules +pharmaceutiques demande à être manié avec une grande prudence, +d’après le compagnon de voyage du D<sup>r</sup> Laval.</p> + +<p class="space-above15">« La question du nombre de granules à +donner, dit-il dans une instruction écrite que nous avons sous les +yeux, est difficile à résoudre. Le nombre doit être en rapport avec +l’intensité de la maladie, la susceptibilité nerveuse du sujet, et +sa réceptivité pour le médicament. Tel supportera 10 granules +jaunes par jour, pendant des semaines, sans qu’il se manifeste la +moindre aggravation médicamenteuse ; tel autre ne pourra +prendre la moitié de cette dose sans qu’il survienne des +crachements de sang et des étouffements. »</p> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_28">[28]</span>En résumé, le Silphium cyrenaïcum n’est pas le +Silphion des Grecs :</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que son aspect, d’après le +professeur Œrsted, n’est pas du tout celui du dessin des médailles, +contrairement à l’affirmation du D<sup>r</sup> Laval ;</em> +</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que les graines apportées par le +D<sup>r</sup> Laval ne ressemblent aucunement aux graines à forme +de cœur représentées sur les médailles de la Cyrénaïque</em> (voir +<a href="#i08">page 25</a>) ;</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que les feuilles du Silphion +étaient semblables à celles du persil, d’après Théophraste, +Dioscoride, Pline, alors que celles du Silphium du D<sup>r</sup> +Laval en diffèrent aussi complétement que possible, et sont en tout +semblables à celles du Thapsia garganica</em> (pages <a href= +"#i09">24</a> et <a href="#i03c">25</a>) ;</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que les bestiaux engraissaient +par l’usage du Silphion ancien, alors qu’ils sont empoisonnés par +le Silphium moderne ;</em> +</p> + +<p class="space-above15"><em>Parce que le suc du Silphion ancien +était constamment pris à l’intérieur, soit comme épice, soit comme +médicament, sans préparation chimique, alors que le Silphium +moderne ne peut entrer en aucun cas dans l’alimentation ; +alors qu’il est indispensable de le priver de son principe +vésicant, pour l’employer comme agent médicamenteux ; alors +que, même dépouillé de ce principe, l’extrait aqueux peut +provoquer, dans certains cas, des crachements de sang et des +étouffements.</em> +</p> + +<hr class="decor width6"> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span>III</h3> + +<p>Il nous reste à dire quelques mots sur les propriétés +merveilleuses que l’on a attribuées au <i>Silphium +cyrenaïcum</i>.</p> + +<p>Les médicaments qui guérissent <em>infailliblement</em> la +phthisie, d’après les prospectus, deviennent chaque jour plus +nombreux, et pourtant nous voyons mourir les phthisiques comme +auparavant. On ne sera donc pas surpris si nous disons que les +promesses qu’on nous fait, au nom du Silphium cyrenaïcum (ou mieux +<i>Thapsia garganica</i>), nous trouvent tout à fait incrédule. +Pour admettre, comme possibles, des résultats même beaucoup moins +prodigieux que ceux annoncés par le D<sup>r</sup> Laval (la +guérison de la phthisie et de la méningite tuberculeuse), il nous +faudrait autre chose que les affirmations des petites brochures, +autre chose que les réclames de la quatrième page des journaux.</p> + +<p>Dans le mémoire inséré au <em>Bulletin de la Société +d’acclimatation</em>, le D<sup>r</sup> Laval parle de quelques +guérisons qui auraient été obtenues par le D<sup>r</sup> Chartier, +médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes ; mais +son assertion ne nous suffit pas. Où sont les observations +médicales du D<sup>r</sup> Chartier ? Où est son +témoignage ? Ce médecin ne serait-il pas celui auquel il est +fait allusion dans les brochures publiées sur le Silphium, et dont +l’auteur <em>n’est pas autorisé</em>, dit-il, à écrire<span class= +"pagenum" id="Page_30">[30]</span> le nom ? On invoque les +règlements militaires pour expliquer ce silence ; mais est-ce +que le D<sup>r</sup> Laval, médecin militaire, n’a pas publié un +mémoire sur le Silphium dans le <em>Bulletin de la Société +d’acclimatation</em> ? Est-ce qu’il n’a pas nommé le +D<sup>r</sup> Chartier ? Est-ce que le D<sup>r</sup> Cauvet, +pharmacien militaire, a hésité à publier divers travaux sur le même +sujet ?</p> + +<p>Il serait à désirer, dans l’intérêt de la science et de +l’humanité, qu’on sortît de cette réserve et qu’on publiât +l’opinion du D<sup>r</sup> Chartier ; nous la réclamons avec +instance<a id="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class= +"fnanchor">[8]</a>.</p> + +<p>En attendant, énumérons les maladies que le Silphion des Grecs +guérissait infailliblement, et que le Silphium des modernes devra +guérir non moins infailliblement :</p> + +<div class="quote"> +<p>« L’action du Silphium cyrenaïcum sur les tubercules à +forme chronique, dit le D<sup>r</sup> Laval, peut être plus +rapidement appréciée dans la <em>tuberculose aiguë</em> et dans la +<em>méningite</em> de même nature. » (<em>Bulletin de la +Société d’acclimatation</em>. Mars, 1874.)</p> +</div> + +<p>D’après deux petites brochures publiées par le compagnon de +voyage du D<sup>r</sup> Laval, la <em>phthisie pulmonaire</em>, la +<em>phthisie laryngée</em>, le <em>catarrhe</em>, +l’<em>angine</em>, et toutes les maladies indiquées par les anciens +comme trouvant leur remède dans le Silphion des Grecs, pourront +être guéries à l’aide du Silphium cyrenaïcum, « par les +médecins <em>qui ne reculent pas devant l’application d’un remède +nouveau</em>. » Mais l’auteur de ces brochures est bien +injuste, pour le Silphion des Grecs, lorsqu’il se borne à citer, +d’après Dioscoride, l’enrouement, l’esquinancie, la toux, les +douleurs de côté, les maladies du poumon, comme guéries autrefois +par cette plante célèbre.</p> + +<p>D’après Dioscoride, le Silphion guérissait encore : la +<em>scrofule</em>, la <em>sciatique</em>, les +<em>hémorrhoïdes</em>, les <em>contusions</em>, les <em>cataractes +récentes</em>, les <em>maux de dents</em>, les <em>morsures des +animaux</em>, la <em>gangrène</em>, l’<em>anthrax</em>, les +<em>maladies de la peau</em>, les <em>polypes du nez</em>, les +<em>excroissances de chair</em>..... Bu <em>dans un œuf +mollet</em>, il guérissait la <em>toux</em>, les <em>douleurs de +côté</em> et l’<em>hydropisie</em>. Bu dans du vin avec de +l’encens, il guérissait les <em>tremblements</em> qui précèdent la +fièvre. Pris dans un grain de raisin, il combattait<span class= +"pagenum" id="Page_31">[31]</span> utilement les <em>fluxions +stomacales</em>. Mêlé au poivre et à la myrrhe, il <em>provoquait +les règles</em>, etc.</p> + +<p>D’après Hippocrate, il était souverain contre la <em>fièvre +singultueuse</em>, la <em>fièvre tierce</em>, la <em>fièvre +quarte</em>, les <em>chutes du rectum</em>, la <em>pleurésie</em>, +etc.</p> + +<p>D’après Pline, il guérissait les <em>écrouelles</em>, les +<em>hémorrhoïdes</em>, les <em>contusions</em>, les +<em>spasmes</em>, la <em>goutte</em>, la <em>jaunisse</em>, +l’<em>hydropisie</em>, la <em>toux</em>, l’<em>enrouement</em>, la +<em>pleurésie</em>, l’<em>esquinancie</em>, les <span class= +"sc">cors</span>, les <span class="sc">durillons</span> ; il +arrêtait la chute des cheveux !!! etc.</p> + +<p>Voilà le champ dans lequel peuvent désormais se mouvoir, avec +une entière sécurité, et avec la perspective de succès éclatants, +les médecins <em>qui ne reculent pas devant l’application d’un +remède nouveau !!</em> Ce domaine sera des plus vastes, et +c’est à peine si celui de la <em>douce revalescière</em> pourra lui +être comparé.</p> + +<p>Malheureusement, le récit scientifique des résultats obtenus par +le D<sup>r</sup> Laval, à l’aide du <i>Silphium cyrenaïcum</i>, +fait absolument défaut.</p> + +<p>L’une des brochures de son compagnon de voyage renvoie bien +<em>au livre</em> du D<sup>r</sup> Laval sur le Silphium +cyrenaïcum ; mais ce livre n’a jamais existé. Le libraire +qu’on indique ne l’a jamais possédé<a id="FNanchor_9"></a><a href= +"#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="quote"> +<p>« L’emploi du Silphium, dit l’auteur de la brochure citée, +n’exclut aucun des moyens <em>auxiliaires</em> que le médecin juge +à propos de conseiller : huile de foie de morue, frictions +iodées, hypophosphites, <em>médicaments homœopathiques</em><a id= +"FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, +granules dosimétriques, eaux minérales, etc. Son action réparatrice +s’exerce indépendamment de tout ce qu’on peut lui adjoindre. Nous +ferons cependant une exception pour les médicaments altérants, +comme l’arsenic à haute dose, l’iodure de potassium, +etc. »</p> +</div> + +<p><span class="pagenum" id="Page_32">[32]</span>D’ordinaire, les +nouveaux médicaments, lancés par les petites brochures, ou par la +quatrième page des journaux, balayent devant eux, comme dangereux +ou inutiles, les médicaments antérieurement employés. Le +<i>Silphium cyrenaïcum</i> se garde bien d’imiter cet exemple. Il +veut se préparer un bon accueil dans le monde médical ; il +tient à vivre en parfaite intelligence avec ses voisins ; il +est bon prince, pour tout dire en un mot. Sans doute, il peut +guérir <em>tout seul</em> l’angine catarrhale, la phthisie +pulmonaire à tous les degrés, la méningite tuberculeuse<a id= +"FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, +etc. Mais, si l’on veut employer concurremment les eaux minérales, +l’huile de foie de morue, les hypophosphites du D<sup>r</sup> +Churchill, les granules dosimétriques du D<sup>r</sup> Burgraeve, +qui sont préparés avec les substances les plus énergiques +(atropine, émétique, morphine, cyanure de zinc, digitaline, etc.), +le <i>Silphium cyrenaïcum</i> n’y fera aucune opposition. Il +acceptera, sans s’en émouvoir, le contact (j’allais dire le +concours), de ces agents si actifs et si dangereux que l’auteur de +la brochure, par un heureux choix d’expressions, appelle des +<em>moyens auxiliaires</em>, et qui ne permettront guère assurément +de faire à chacun sa part dans les succès ou dans les revers.</p> + +<p>Du reste, que les disciples de Hahnemann se rassurent : +<em>même les médicaments homœopathiques</em> ne seront pas +exceptés ; ils pourront cheminer côte à côte avec le Silphium +cyrenaïcum sans gêner en rien ses mouvements, et sans être gênés +par lui. Jusqu’ici, nous avions entendu dire que les remèdes +homœopathiques n’aimaient pas à rencontrer dans l’organisme +d’autres agents médicamenteux, et qu’ils devaient faire seuls leur +œuvre, pour qu’elle fût faite utilement. Mais les propagateurs du +Silphium ont changé tout cela ; nous n’avons plus qu’à nous +incliner.</p> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_33">[33]</span>IV</h3> + +<p>Et maintenant résumons-nous.</p> + +<p class="space-above15">Les propagateurs du <i>Silphium +cyrenaïcum</i> affirmaient que cette ombellifère n’avait rien de +commun avec le <i>Thapsia garganica</i>, ils le prenaient même de +très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion contraire ;</p> + +<p class="space-above15"><em>Or, il est démontré aujourd’hui, par +les matériaux rapportés de la Cyrénaïque, que les deux ombellifères +sont une seule et même plante.</em> +</p> + +<p class="space-above15">Le D<sup>r</sup> Laval avait présenté les +graines de son <i>Thapsia Silphium</i> comme différentes de celles +du <i>Thapsia garganica</i> ;</p> + +<div class="figcenter iw7"> +<figure id="i01c"><a href="images/i01.jpg"><img src= +'images/i01.jpg' alt=''></a> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="width-half tdc">Silphium cyrenaïcum du D<sup>r</sup> +Laval.</td> +<td class="width-half tdc">Thapsia garganica.</td> +</tr> +</table> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15"><em>Or, elles sont absolument +identiques ; elles présentent les mêmes variations de formes +que dans le Thapsia garganica.</em> +</p> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_34">[34]</span>Le D<sup>r</sup> Laval avait prétendu ensuite +que les feuilles de sa plante n’étaient pas entièrement semblables +à celles du <i>Thapsia garganica</i>.</p> + +<p class="space-above15"><em>Or, il suffit de jeter les yeux sur +les échantillons du Muséum, et aussi sur les dessins que nous +donnons ci-dessous et <a href="#i02c">page 35</a> pour constater +combien son assertion était peu fondée.</em> +</p> + +<div class="figcenter iw2"> +<figure id="i03d"><a href="images/i03.jpg"><img src= +'images/i03.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Silphium cyrenaïcum.</p> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15">Tout récemment, le compagnon de voyage du +D<sup>r</sup> Laval décrivait, après lui, la racine du <i>Silphium +cyrenaïcum</i>, et affirmait qu’elle était absolument différente de +celle du <i>Thapsia garganica</i> ; il ajoutait, avec une +assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le +caractère distinctif ;</p> + +<p class="space-above15"><em>Or, en comparant les racines que M. +Daveau a rapportées de<span class="pagenum" id= +"Page_35">[35]</span> la Cyrénaïque, avec celles du Thapsia +garganica, on constate qu’elles sont entièrement semblables</em> +(voir pages <a href="#i04">18</a> et <a href="#i06">19</a>).</p> + +<p class="space-above15">L’auteur des brochures écrivait, après le +D<sup>r</sup> Laval, que les racines de leur plante étaient +<em>traçantes</em>, et donnaient naissance à une nouvelle souche, +lorsque ces racines rencontraient la surface du sol.</p> + +<div class="figcenter iw4"> +<figure id="i02c"><a href="images/i02.jpg"><img src= +'images/i02.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Thapsia garganica</p> +</figure> +</div> + +<p class="space-above15"><em>Or, M. Daveau affirme,</em> de visu, +<em>que rien n’est moins exact ; il soutient que ce mode de +multiplication, qu’on disait être le seul pour cette plante, est +matériellement impossible, et il en a donné la raison</em> (voir +pages <a href="#Page_17">17</a> et <a href="#Page_50">50</a>).</p> + +<p class="space-above15">Le D<sup>r</sup> Laval assurait que la +reproduction de la plante ne<span class="pagenum" id= +"Page_36">[36]</span> pouvait se faire par les graines, parce +qu’elles étaient <em>toutes</em> détruites par un insecte de +l’ordre des hémiptères ;</p> + +<p class="space-above15"><em>Or, ce fait que nous repoussions à +priori avec tous les botanistes, est nié par M. Daveau de la façon +la plus positive ; il affirme que la reproduction de la plante +se fait par la graine, et qu’elle ne peut se faire autrement.</em> +</p> + +<div class="quote"> +<p>« Les <em>graines</em>, dit M. Daveau, tantôt lisses, +tantôt ondulées, qui sont d’un jaune soufre avant leur complète +maturité, prennent, lorsqu’elles sont mûres, une teinte plus foncée +au centre, avec les ailes de couleur paille. Ces graines sont, dans +certaines régions, autour de Dernah par exemple, attaquées +<em>partiellement</em> par le <i>Pentatoma lineata</i>, insecte de +l’ordre des hémiptères ; mais, à mesure qu’on s’élève +au-dessus du niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des +ruines de Cyrène (aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent +en grande partie, et le plus grand nombre des ombelles sont +intactes. <em>C’est donc par le semis que se fait la +reproduction</em>, et c’est le seul mode de multiplication +naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque<a id= +"FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class= +"fnanchor">[12]</a>. »</p> +</div> + +<p class="space-above15">Ainsi donc, autant d’assertions, autant +d’erreurs.</p> + +<p class="space-above15">MM. Laval et son compagnon de voyage qui +ne montraient ni les <em>tiges</em>, ni les <em>feuilles</em>, ni +les <em>racines</em>, reprochaient aux savants d’avoir résolu le +problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le +problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les +botanistes, <em>avec toutes les pièces sous les yeux</em>, et la +solution est absolument la même.</p> + +<p>Il est donc désormais acquis que le <i>Silphium cyrenaïcum</i> +n’est pas du tout le <em>Silphion</em> des anciens, et qu’il est +tout simplement le <i>Thapsia garganica</i>.</p> + +<p>Quant au fameux <em>Silphion</em> des Grecs, il reste toujours +plongé dans cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout +ce qui appartient à l’histoire de l’antiquité païenne.</p> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_37">[37]</span>Il importait de ne pas laisser s’accréditer +plus longtemps une erreur profondément regrettable. En rapportant +de la Cyrénaïque la plante qui était invisible à Paris, M. Daveau a +donc rendu, nous le répétons, un véritable service à la science et +à l’humanité.</p> + +<p class="space-above15">Les débats sont clos. La légende +s’évanouit, et la vérité scientifique reprend enfin ses droits. +Notre but est atteint.</p> + +<div class="figcenter iwdecor1"> +<figure><img src='images/decor3.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="large"><span class="pagenum" id= +"Page_38">[38]</span>APPENDICE</h2> + +<hr class="decor width5"> + +<p class="sch">LES BROCHURES SUR LE SILPHIUM</p> + +<p class="space-above15">M. Petit, pharmacien de première classe à +Paris, membre de la <em>Société botanique de France</em>, avait +démontré très-nettement dans deux lettres adressées à la <em>Ruche +pharmaceutique</em>, que le <i>Silphium cyrenaïcum</i> était tout +simplement le <i>Thapsia garganica</i>, et que, dans tous les cas, +il n’était pas le Silphion des anciens.</p> + +<p>C’est pour combattre cette opinion que le compagnon de voyage du +D<sup>r</sup> Laval a publié l’une de ses brochures.</p> + +<p>Disons tout de suite que cette publication laisse tout à fait +intacte la démonstration de M. Petit. Les arguments de +<em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em> ne sont en rien concluants, +et ils ne sauraient résister à un examen attentif. Nous allons en +passer quelques-uns en revue et les réduire à néant, bien que nous +soyons <em>du nombre de ceux qui tranchent la question sans avoir +vu la plante aux lieux où elle croît</em>.</p> + +<div class="quote"> +<p>« M. Petit, écrit-il, déclare que le Silphion des anciens +reste perdu pour nous... Il cite l’opinion du professeur Œrsted, de +Copenhague, qui affirme que notre plante (le Thapsia silphium) ne +présente, ni dans son aspect, ni dans ses propriétés, la moindre +ressemblance avec la célèbre plante de l’antiquité.</p> + +<p>J’en demande pardon au savant professeur, mais son affirmation +est un peu aventurée. Il ne connaît du Silphion des anciens que +l’image reproduite sur les monnaies de Cyrène. Que l’artiste peu +expérimenté ne soit pas arrivé à une reproduction rigoureusement +exacte de la plante, cela est vrai ; mais il est impossible de +ne pas y reconnaître une ombellifère. Et si quelques plantes de +cette famille, les <em>Férules</em>, les <em>Fenouils</em>, etc., +offrent quelque analogie avec<span class="pagenum" id= +"Page_39">[39]</span> l’empreinte de ces médailles, il y a une +particularité qui place ces ombellifères hors de comparaison, c’est +leur <em>absence absolue</em> dans la contrée où croît le Silphium, +contrée qui est bien la même dans laquelle on récoltait le Laser +cyrenaïcum. »</p> +</div> + +<p><em>L’explorateur de la Cyrénaïque</em> n’en sait pas plus long, +assurément, que le professeur Œrsted, sur le Silphion des Grecs et +sur les monnaies qui en donnent la figure ; on se demande donc +sur quoi il se fonde pour affirmer que l’artiste n’est pas arrivé à +une reproduction fidèle de la plante. Et quand il prétend qu’il n’y +a pas d’autres ombellifères que le Silphium du D<sup>r</sup> Laval, +dans la contrée où croissait le Silphion des Grecs, il commet une +erreur inexplicable.</p> + +<p>En effet, dans son ouvrage <em>Floræ libycæ specimen, etc.</em>, +le professeur Viviani enregistre, pages 15, 16 et 17, <em>neuf</em> +espèces d’ombellifères récoltées par Della Cella, parmi lesquelles +figurent : <i>Ferula nodiflora</i>, <i>Ferula communis</i>, +<i>Ferula opopanax</i>, <i>Caucalis leptophylla</i>, son <i>Thapsia +silphium</i> ou <i>Thapsia garganica</i> de Linné. De plus, M. +Daveau en a rencontré plusieurs espèces qui ont leur +importance : <i>Smyrnium olusatrum</i>, <i>Apium +graveolens</i> (Céleri), <i>Apium Petroselinum</i> (Persil), +<i>Fœniculum vulgare</i> (Fenouil), etc.</p> + +<div class="figcenter iw8"> +<figure id="i08b"><a href="images/i08.jpg"><img src= +'images/i08.jpg' alt=''></a> +<p class="cp1">Silphion des Grecs, d’après la figure publiée par +Viviani.</p> +</figure> +</div> + +<p>Nous avons déjà dit notre pensée sur la valeur de l’argument +tiré du dessin des monnaies. Nous répéterons : que jamais les +ombellifères n’ont de feuilles <em>opposées</em> ; que jamais +les graines des <i>Thapsia</i> et du <i>Silphium cyrenaïcum</i> +n’ont eu la forme d’un <em>cœur</em>, comme celles qui sont +représentées sur les médailles cyrénéennes ; que le dessin des +médailles ne représente<span class="pagenum" id= +"Page_40">[40]</span> rien moins qu’une ombellifère, ainsi qu’on +peut s’en convaincre par l’examen de <a href="#i08b">l’image</a> +reproduite à la page précédente.</p> + +<p>En admettant l’exactitude relative des dessins représentés sur +les médailles, on pourrait émettre cette opinion : que le +Silphion des Grecs n’a jamais été un Thapsia, ni un Ferula, etc., +par cette raison que, dans ces genres, le fruit est un biakène +comprimé dorsalement, tandis que le dessin des médailles a eu la +prétention de représenter un biakène déprimé latéralement comme +dans le genre Smyrnium ; car si l’artiste n’a pas prolongé +l’échancrure supérieure jusqu’en bas de son dessin pour indiquer la +suture commissurale des deux carpelles, c’est qu’il a voulu rendre +l’illusion du <em>cœur</em> plus complète.</p> + +<p>Les auteurs qui ont cherché à faire la lumière sur cette +question auraient été plus près de la vérité, croyons-nous, en +faisant du Silphion des Grecs un <i>Smyrnium</i> par exemple ; +c’est dans ce genre, en effet, qu’on rencontre des ombellifères à +feuilles à <em>peu près opposées</em> dans la partie supérieure des +tiges, et à fruits pouvant, à la rigueur, être pris pour <em>un +cœur</em> par un artiste de l’antiquité. On en jugera par les +figures ci-dessous. Nous ajouterons qu’une espèce de ce genre, le +<em>Smyrnium olusatrum</em> produit une gomme résine fort estimée +dans le pays où croissait jadis le fameux Silphion, et que les +habitants de cette contrée en font usage pour guérir les +ophthalmies.</p> + +<div class="figcenter iw1"> +<figure id="i11"><a href="images/i11.jpg"><img src='images/i11.jpg' +alt=''></a> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="tdc">Smyrnium olusatrum.</td> +<td class="tdc">Silphion des anciens.</td> +<td class="tdc">Silphium cyrenaïcum de Laval.</td> +</tr> +</table> +</figure> +</div> + +<p>Quant à la disparition complète du Silphion ancien, de la +contrée où il s’était développé, ce n’est pointe un fait unique +dans l’histoire des végétaux. Tout le monde sait que le +Papyrus<span class="pagenum" id="Page_41">[41]</span> a disparu de +l’Egypte et qu’on le retrouve dans une autre partie de l’Afrique. +Et l’auteur de la brochure sur le Silphium qui n’a pas à +<em>devenir</em>, lui, un botaniste consommé, a certainement +constaté, dans ses herborisations, des faits analogues pour +plusieurs espèces de la flore française.</p> + +<div class="quote"> +<p>« M. Petit, dit encore <em>l’explorateur de la +Cyrénaïque</em>, déclare que le Silphium cyrenaïcum ne saurait être +le Silphion des anciens, parce que les bestiaux pouvaient manger +celui-ci, tandis que le premier fait périr les animaux qui en +mangent. Mais il oublie de dire que si les Vandales ont entrepris +la destruction du Silphion lors de leur invasion dans la +Cyrénaïque, c’est qu’il tuait leurs chevaux, ce qui prouve qu’il +n’était pas plus inoffensif qu’aujourd’hui. »</p> +</div> + +<p>Dans sa thèse, M. Deniau exprimait à titre de simple supposition +cette idée : que les Vandales avaient pu entreprendre la +destruction du <em>Silphion</em>, parce qu’il tuait leurs +chevaux ; et aussitôt les propagateurs du Silphion ont +transformé l’hypothèse en un fait acquis. <em>L’explorateur de la +Cyrénaïque</em> n’est pas heureux dans ses affirmations. Les +auteurs anciens ont expliqué la disparition du Silphion de diverses +manières, mais aucun ne parle de son action mortelle sur les +chevaux des Vandales. Le D<sup>r</sup> Laval n’en dit pas un +mot ; il connaissait sans doute, lui, ce passage de +Théophraste : « Il est étrange de dire que le bétail se +purge en mangeant le Silphion ; au contraire, il s’engraisse +merveilleusement, et sa chair en devient meilleure. »</p> + +<p>L’adversaire de M. Petit s’est tout simplement fourvoyé. C’est +le <i>Thapsia</i> qui tuait le bétail, et non le +<em>Silphion</em> ; ce qui prouve une fois de plus que le +D<sup>r</sup> Laval n’a trouvé en Cyrénaïque que le Thapsia +garganica. « Le Thapsia, dit Théophraste, croît en plusieurs +lieux, mais principalement en la terre d’Athènes ; les bêtes +du pays n’en mangent point (par instinct), et si les bêtes +étrangères en mangent, il faut nécessairement que leur ventre se +lâche ou qu’elles meurent. » (Livre IX, chap. <span class= +"sc2">XXII</span>.)</p> + +<div class="quote"> +<p>« Ces exemples, dit l’auteur de la brochure, démontreraient +que le <i>Thapsia Silphium</i> de Viviani, malgré ses propriétés +caustiques sur<span class="pagenum" id="Page_42">[42]</span> les +téguments <em>sains</em>, s’applique avec le plus grand succès sur +les tissus contus, déchirés ou blessés d’une façon quelconque. +Néron ne l’ignorait pas, et il en tirait parti. »</p> +</div> + +<p>Le défenseur du Silphium cyrenaïcum se trompe encore ici +manifestement. Ce n’est pas le <em>Silphion</em> que Néron +employait, mais bien le <i>Thapsia garganica</i> très-commun dans +toute la Pouille, province de l’ancien royaume de Naples. Néron ne +vit jamais qu’un seul pied du Silphion des anciens. Pline dit +(livre XIX, chap. <span class="sc2">III</span>) : « Il y +a longtemps qu’on ne trouve plus le Laserpitium (Silphion) en +Cyrénaïque ; de notre temps on n’en a trouvé qu’une plante qui +fut présentée au prince Néron. » Il est absolument muet sur +son emploi contre les meurtrissures du visage. Mais, au livre III, +chap. <span class="sc2">XXII</span>, il dit : +« L’empereur Néron a donné grand crédit <em>au +Thapsia</em> : il s’en est beaucoup servi au commencement de +son règne. Allant de nuit dans les mauvais lieux, il rentrait chez +lui avec le visage tout meurtri. Il ne faisait alors que l’oindre +de Thapsia mélangé avec encens et cire, et le lendemain il +paraissait en public avec un visage frais et net, parce que le +Thapsia efface merveilleusement les meurtrissures. »</p> + +<p>Théophraste dit de son côté : « Le <i>Thapsia</i> fait +disparaître toutes les meurtrissures. » (Livre IX, chap. +<span class="sc2">XXII</span>.)</p> + +<p class="space-above15"><em>L’explorateur de la Cyrénaïque</em> +s’est donc de nouveau fourvoyé : il a appliqué au Silphion des +anciens ce que les auteurs disent du Thapsia garganica. Il est +certain que le Thapsia du temps de Théophraste et de Pline avait +exactement les propriétés que M. Laval attribue à son Silphium. Et +cela démontre, une fois de plus, que sa plante n’est pas autre +chose que le Thapsia garganica.</p> + +<div class="quote"> +<p>« Pouvant affirmer sans crainte d’être démentis, dit +l’auteur dans un autre passage, que nous sommes, tant en France +qu’à <em>l’étranger</em>, les seuls détenteurs du véritable +Silphium cyrenaïcum expérimenté par le D<sup>r</sup> Laval, nous +engageons les médecins et les malades à n’avoir confiance que dans +les préparations de Silphium qui sortent de notre +laboratoire. »</p> +</div> + +<p>Cette affirmation paraîtra sans doute quelque peu +hasardée,<span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span> lorsqu’on +aura lu le fragment suivant de la lettre que le D<sup>r</sup> +Reboud, intime ami de Laval, écrivait à la <em>Société botanique de +France</em>, le 10 août 1874.</p> + +<p>« Laval a quitté Constantine vers la fin d’avril. A peine +arrivé à Malte, il apprend que deux pharmaciens français ont pris +depuis environ deux mois la direction de Benghazi, et qu’un médecin +allemand, chargé d’une mission, attend le départ d’un bateau à +vapeur pour se rendre en Cyrénaïque, dans le but de rechercher une +plante autrefois célèbre, et depuis longtemps perdue. Ces nouvelles +sont un nouveau stimulant pour lui faire accélérer son +voyage... » (<em>Bulletin de la Société botanique de +France</em>, séance du 13 novembre 1874.)</p> + +<p>Nous ajouterons que, depuis cette époque, notre collègue M. +Daveau a rapporté de son voyage une quantité considérable de ce +Silphium, et que ce produit pourra être exploité par plusieurs +pharmaciens, si tant est qu’on veuille l’expérimenter, malgré son +<em>identité absolue</em> avec le Thapsia garganica de Reboulleau +et de Leperdriel.</p> + +<div class="quote"> +<p>« Il a suffi, dit ironiquement le défenseur du Silphium +cyrenaïcum, de quelques graines présentées à M. Cosson, membre +libre de l’Institut, à M. Baillon, professeur à l’École de +médecine, à M. Planchon, professeur à l’École de pharmacie, pour +que ces messieurs déclarassent, d’un commun accord, que le Silphium +cyrenaïcum n’est autre chose que le Thapsia garganica. »</p> +</div> + +<p>Eh ! sans doute, quelques graines ont suffi à ces +professeurs éminents, de même qu’une feuille, moins que cela, une +foliole, suffisait naguère à l’un d’eux, M. le professeur Baillon, +pour arriver à nommer scientifiquement une plante (le +<i>Jaborandi</i>), dont on ne lui montrait que des débris +informes.</p> + +<p>A qui la faute, d’ailleurs, si l’on n’a eu pendant longtemps que +des graines sous les yeux pour résoudre le problème ? Pourquoi +n’a-t-on jamais montré la tige, les feuilles, les racines, de cette +<em>précieuse</em> plante ?</p> + +<div class="quote"> +<p>« Si j’avais pu prévoir cette polémique, dit +<em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em>, page 11, j’aurais apporté +quelques échantillons de racines<span class="pagenum" id= +"Page_44">[44]</span> entières que j’aurais mises à la disposition +des savants qui ont eu à donner leur opinion, sans avoir les pièces +nécessaires. »</p> +</div> + +<p><em>Si j’avais pu prévoir cette polémique</em> est tout +simplement sublime !</p> + +<p>Eh ! quoi, depuis sept ans, on répète sur tous les tons au +D<sup>r</sup> Laval que son Thapsia Silphium n’est pas autre chose +que le Thapsia garganica de l’Algérie, de l’Espagne, de l’Italie le +Thapsia de Bertherand et de Reboulleau, exploité depuis vingt ans +par le pharmacien Leperdriel ; il rencontre cette objection à +Paris, à Valenciennes, en Afrique, et jusque dans l’ouvrage de son +ami le pharmacien-major Cauvet ; au Muséum d’histoire +naturelle, il la discute de vive voix, ses graines en main, et il +perd son procès ; au Conseil de santé des armées, il n’est pas +plus heureux ; partout il se heurte à ce Thapsia garganica +qu’on lui oppose ; de tous côtés part le même cri : +montrez donc votre plante, ou tout au moins quelques-unes de ses +parties, les feuilles, les racines, et confondez vos +contradicteurs. Son ami M. Cauvet, las de n’avoir sous ses yeux que +des débris, bien que Laval eût fait déjà deux voyages en +Cyrénaïque, insiste dans le même sens et lui remet, lors de la +troisième excursion, un carton rempli de papier à dessécher pour +qu’il rapporte enfin des échantillons complets. Et son compagnon de +voyage ne rapporte ni une seule plante entière, ni une seule +racine ! <em>Il n’avait point prévu cette +polémique !</em> c’est bien étrange en vérité.</p> + +<p>A la page 10 <em>l’explorateur de la Cyrénaïque</em> s’exprime +ainsi :</p> + +<div class="quote"> +<p>« J’ai, d’ailleurs, la bonne fortune de pouvoir, moi aussi, +m’appuyer sur l’autorité d’un professeur dont la compétence, dans +la question, ne saurait être mise en doute. M. Cauvet vient +d’envoyer à la Société de pharmacie une note sur le Silphium de la +Cyrénaïque, <em>dont l’espèce connue des anciens</em>, dit-il, +<em>n’aurait pas disparu, comme on l’a soutenu dans ces derniers +temps</em>. Cette note, dont je n’ai pu encore avoir communication, +doit apporter, dans la question, des arguments de nature à la +trancher <em>ex professo</em>. »</p> +</div> + +<p>L’auteur de ces lignes n’a pas dû se féliciter longtemps de sa +<em>bonne fortune</em>. Il n’avait pas compris évidemment que, +dans<span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span> cette note, M. +Cauvet traduisait presque toujours l’opinion du D<sup>r</sup> +Laval, alors qu’il semblait exprimer son opinion personnelle.</p> + +<p>En effet, il y a sept ans, en 1869, dans son livre +intitulé : <em>Nouveaux éléments d’histoire naturelle +médicale</em>, M. Cauvet, l’ami de Laval, s’exprimait ainsi (page +320) :</p> + +<p>« M. le médecin principal Thomas, dans son rapport au baron +Larrey, président du Conseil de santé des armées, a conclu que la +plante regardée par le D<sup>r</sup> Laval comme le Silphion des +anciens est le Thapsia garganica des botanistes, ou le +<em>bou-nafa</em> des Arabes.</p> + +<p>M. Cosson, à qui j’ai communiqué la description du Silphium +faite par le D<sup>r</sup> Laval, y a reconnu aussi le Thapsia +garganica.</p> + +<p>Comme, d’ailleurs, M. Laval assure qu’il n’a pas vu en +Cyrénaïque d’autre plante pouvant être le Silphion, et que, d’autre +part, les Arabes de l’Algérie appellent aussi <em>Dirias</em> le +Thapsia garganica (les Arabes de la Cyrénaïque appellent aussi +<em>Dirias</em> le Silphium du D<sup>r</sup> Laval), il semble, ou +que les anciens avaient beaucoup exagéré les propriétés du +Silphion, ou que cette plante a totalement disparu de la +Cyrénaïque. Cette dernière opinion semble d’autant plus probable +que le <em>Laser</em> s’écoulait (par incision), à la fois de la +tige et de la racine, tandis que, selon M. Laval, la tige de son +Silphium ne fournit absolument rien, soit par incision, soit par un +traitement à l’alcool. »</p> + +<p>Dans une lettre que nous avons sous les yeux, et qu’il écrivait, +il y a quelques mois, à un de nos amis, M. Cauvet s’exprime en ces +termes : « Ce que j’ai vu du Silphium cyrenaïcum +(semences et fragments de racines) ne diffère pas des mêmes parties +du Thapsia garganica. Les éléments histologiques sont les mêmes, et +semblablement disposés dans les racines des deux +plantes. »</p> + +<p>Enfin, dans le mémoire qu’il lisait à la Société botanique de +France, le 8 janvier 1875, et que l’explorateur de la Cyrénaïque +cite comme devant apporter dans la question des arguments de nature +à la trancher <em>ex professo</em>, M. le D<sup>r</sup> Cauvet +proteste<span class="pagenum" id="Page_46">[46]</span> +énergiquement contre le sens que l’on donne à ses +propositions :</p> + +<p>« Dégagé de toute préoccupation mercantile, dit-il, j’ai lu +avec le plus vif regret les réclames insérées à la quatrième page +des journaux politiques. Affirmer ce que l’on ignore, avec une +arrière-pensée de gain, me semble une action peu digne de notre +profession. Je crois donc devoir protester d’avance contre toute +supposition qui me ferait le compère de certaines gens. » +(<em>Bulletin de la Société botanique</em>, 1875, page 17.)</p> + +<p>En parcourant rapidement le travail de M. Cauvet, on pourrait +croire qu’il admet la similitude du Silphium de Laval et du +Silphion des anciens, et qu’il vient prêter son appui à la plante +cyrénéenne. On se tromperait complétement. En lisant son mémoire +avec attention, on constate bientôt que le pharmacien-major de +Nancy n’a pas <em>d’opinion arrêtée</em>, et que, lorsqu’il semble +exprimer une conviction personnelle, il est tout simplement l’écho +de son ami Laval, et écrit en quelque sorte sous sa dictée.</p> + +<p>1<sup>o</sup> — M. Cauvet <em>n’a pas d’opinion arrêtée</em>, +puisqu’on lit dans l’article en question les phrases +suivantes :</p> + +<p>« La note de M. Stanislas Martin regarde comme jugée une +question que nos connaissances actuelles ne permettent pas de +résoudre, et qu’un voyage dans la Pentapole libyque peut seul +éclaircir<a id="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class= +"fnanchor">[13]</a>. »</p> + +<p>« Il <em>se peut</em> que le D<sup>r</sup> Laval ait +retrouvé le Silphion des anciens. »</p> + +<p>« Si la plante de Laval est le Silphion des +Grecs..... »</p> + +<p>« J’affirme que le mystère qui planait sur le Silphion des +anciens subsiste complétement. »</p> + +<p>2<sup>o</sup> — M. Cauvet <em>est tout simplement l’écho de +Laval</em>, puisqu’on lit dans son mémoire :</p> + +<p>« <em>Selon Laval</em>, les Algériens réfugiés en +Cyrénaïque affirment..... »</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>« <em>Selon +Laval</em>, les racines du Silphium cyrenaïcum atteignent parfois +un mètre de long..... »</p> + +<p>« <em>Selon Laval</em>, les fruits du Silphium cyrenaïcum +sont dévorés avant leur maturité..... »</p> + +<p>« <em>Selon Laval</em>, le Silphium cyrenaïcum diffère du +Thapsia garganica..... »</p> + +<p>Avions-nous raison de dire que l’<em>explorateur de la +Cyrénaïque</em> avait tort d’invoquer le témoignage du +D<sup>r</sup> Cauvet ?</p> + +<p>« Laval m’avait prié, dit le pharmacien-major de Nancy, de +lui préparer des extraits aqueux et alcooliques <em>avec ce qui lui +restait de poudre</em>. Depuis son départ, j’ai préparé de +l’extrait aqueux de <i>Thapsia garganica</i>..... »</p> + +<p>Et M. Cauvet se met à comparer l’extrait de <i>Silphium +cyrenaïcum</i> et l’extrait du <i>Thapsia garganica</i>. Comme il +croit y trouver certaines différences de goût, de couleur, d’odeur, +etc. (que d’autres d’ailleurs ne constatent pas), il se demande si +les deux plantes ne seraient pas différentes. C’est la première +fois assurément qu’un botaniste se prononcerait sur la +<em>similitude</em> ou sur la <em>dissemblance</em> de deux +plantes, par l’examen de leurs extraits. Outre que la couleur, la +saveur et l’odeur des extraits peuvent varier, suivant une foule de +circonstances, il suffit qu’on puisse supposer qu’une substance +étrangère a été mêlée à la <em>poudre</em> de Silphium cyrenaïcum, +pour que l’argument tiré des extraits par l’auteur du mémoire soit +absolument sans valeur.</p> + +<p>M. Cauvet s’appuie sur les témoignages d’Avicenne, de Synésius, +d’Oribase, d’Aétius... pour affirmer que le Silphion n’a jamais +disparu de la thérapeutique.</p> + +<p>« Oribase, dit-il, connaissait et employait le suc de +Silphion. Dans les divers passages de son livre, où il en parle, il +s’exprime toujours au présent ; nulle part il ne dit : +<em>olim</em>, autrefois. »</p> + +<p>Malheureusement pour M. Cauvet, sa citation latine d’Oribase, +qui parle au <em>présent</em>, est une traduction mot pour mot, ou +à peu près, de Dioscoride ; et pour qu’il ne puisse pas douter +de son erreur, voici en regard le passage emprunté par lui au +médecin du <span class="sc2">IV</span><sup>e</sup> siècle, et le +passage de Dioscoride<span class="pagenum" id="Page_48">[48]</span> +traduit en langue latine par un auteur florentin, Marcelle +Vergilio<a id="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class= +"fnanchor">[14]</a> :</p> + +<table class="tabw40 tless bd-collapse" id="t48"> +<tr> +<th class="bd-right"><em>Oribase.</em> +</th> +<th><em>Dioscoride.</em> +</th> +</tr> + +<tr> +<td class="width-half tdl-top ind bd-right">Colligitur e radice +scarificatà et item caule, ex Silphio liquor, in quo genere +præstatis qui rubescit ;</td> +<td class="width-half tdl-top ind pad05">Colligitur ex Silphio +liquor, scarificatis radice et caulibus ; habet que primæ +bonitatis estimationem qui non adeo rufo colore est ;</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">Ac pellucidus est, quique myrrham +olet et odore valet, gustuque suavi ;</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Qui lucem transmittit, qui myrrham +olet firmoque odore sentitur ;</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">Non porraceus, neque cujus immitis +gustus est, et qui cum diluitur, facile exalbescit.</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Damnatur contrà qui porraceo colore +viret, immitique gustu et asperus est, et qui cum diluitur facile +albescit.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">Cyrenaïcus vero, si quis modicum +ejus gustarit, humorem in toto corpore ciebit. . . . . . . . .</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Cyrenaïcus, si tantillum etiam ex eo +aliquis in os sumpserit, toto corpore sudoris meo humiditatem +cit.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">At medicus et syriacus +imbecilliores sunt, sed magis virosum odorem reddunt.</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Minore ui efficaciaque, et virosiore +odore sunt medicus et syriacus.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">Liquor omnis, priusquam siccatus +fuerit adulteratur indito sagapeno, aut lomento fabarum ;</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Adulteratur liquor hic omnis antequem +siccetur, admixtis aut sagapeno aut lomento fabæ ;</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top ind bd-right">Quod gustu, odore, aspectu et +diluendo, deprehenditur....</td> +<td class="tdl-top ind pad05">Verum deprehenditur gustu, odore +aspectuque, et cum humore aliquo diluitur.</td> +</tr> +</table> + +<p>La comparaison de ces deux textes démontre évidemment qu’Oribase +ne parlait du Silphion que d’après Dioscoride ; on y trouve +les mêmes énonciations, et dans le même ordre. Elle ne prouve pas +le moins du monde <em>qu’il connaissait et employait le suc de +Silphion</em> ; et si le célèbre médecin s’exprime toujours au +présent, sans citer Dioscoride, s’il ne dit jamais <em>olim</em>, +cela prouve simplement que déjà, au <span class= +"sc2">IV</span><sup>e</sup> siècle, il y avait des plagiaires et +des charlatans.</p> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id= +"Page_49">[49]</span><span class= +"letter-spaced02">VOYAGE</span><br> +<span class="xxlarge">EN CYRÉNAÏQUE</span><br> +<span class="less letter-spaced02">DE M. DAVEAU</span><br> +<span class="med">Chef de la section des graines au Muséum +d’Histoire naturelle de Paris<br> +(1875)</span> +</h2> + +<hr class="decor width7"> + +<p class="space-above15"> +</p> + +<hr class="dotted width-full"> + +<hr class="dotted width-full"> + +<p>Quinze jours après mon départ de Marseille, j’étais à Tripoli, +ayant fait relâche à Malte où je suis resté pour faire quelques +récoltes de plantes. A Tripoli, je m’embarquai sur un petit +bâtiment arabe qui faisait voile pour Benghazi, d’où j’espérais +commencer mon exploration.</p> + +<p>Muni de lettres de recommandation pour les Arabes les plus +considérés de Dernah, pour quelques chefs bédouins de l’intérieur, +et pour le gouverneur de la ville précitée, accompagné d’un +interprète, de plusieurs chameliers, de leurs chameaux pour porter +les provisions et les récoltes, et d’un cheval comme moyen de +locomotion à mon usage, je quittai Benghazi au bout de quatre +jours, pour m’enfoncer dans l’intérieur, de manière à traverser la +Pentapole libyque de l’ouest à l’est, pour gagner Dernah. (Voir le +tracé de la <a href="#map1">carte.</a>)</p> + +<p>En se dirigeant de Benghazi vers Dernah, et lorsqu’on s’est +éloigné du point de départ d’une vingtaine de kilomètres, on est +frappé par la régularité qu’affecte la végétation. Les plantes +croissent là par zones parfaitement déterminées, comme dans les +régions montagneuses. Aucun changement n’existe cependant dans le +sol, qui est partout composé d’une argile ferrugineuse fort +compacte, mais bien dans l’altitude, qui augmente de plus en plus à +mesure qu’on s’avance, quoique cette élévation se fasse +insensiblement. Ces zones s’étendent de telle façon qu’on rencontre +des lieues carrées couvertes par la<span class="pagenum" id= +"Page_50">[50]</span> même espèce de plante, et dans l’ordre +suivant, à mesure qu’on s’éloigne dans la direction de +Dernah : <i>Kentrophyllum lanatum</i>, <i>Phlomis Samia</i>, +<i>Satureia Thymbra</i>, <i>Seseli tortuosum</i>, <i>Passerina +hirsuta</i>, <i>Marrubium pseudo Dictamnus</i>, <i>Artemisia +pyromacha</i> et <i>Herba alba</i> (<i>Semen contra</i>), +<i>Poterium spinosum</i>, <i>Juniperus Lycia</i>, <i>Pistacia +Lentiscus</i> ; ce dernier forme de fort jolis massifs +réguliers, comme s’ils étaient taillés.</p> + +<p>En approchant de Dernah, les forêts deviennent plus compactes et +plus riches en végétaux ; on peut y voir les <i>Phyllirea +angustifolia</i>, <i>Olea europæa</i>, <i>Arbutus Unedo</i> (il +existe de ce dernier arbuste des forêts entières près des ruines de +Lamloudeh), des <i>Cistus</i>, des <i>Rhamnus</i>, et l’<i>Ephedra +altissima</i>, grimpant sur les arbres, au milieu du feuillage +desquels on aperçoit ses rameaux grêles couverts de fleurs +jaunes.</p> + +<p>C’est à peu près au milieu de la distance qui sépare Benghazi de +Dernah, après la vallée de Méraouah, qu’on trouve les premiers +pieds de ce fameux <i>Thapsia</i> qu’on rapporte au +<em>Silphion</em> des anciens.</p> + +<p>Quelques renseignements sur cette plante, qui fait tant de bruit +depuis quelque temps, ne sont peut-être pas inutiles. En effet, la +question est désormais résolue : le <i>Thapsia Silphium</i> de +Viviani ou <i>Silphium cyrenaïcum</i> du D<sup>r</sup> Laval +<em>n’est pas autre chose que le Thapsia garganica</em> de Linné, +comme j’ai pu l’observer sur place, et comme le prouvent les +échantillons de tiges, feuilles, fruits, etc., etc., déposés à +l’herbier du Muséum.</p> + +<p>La <em>racine</em> de cette plante qui, à tout âge, est d’une +couleur brune, de <em>simple</em> qu’elle est dans sa jeunesse, +devient <em>rameuse</em> en vieillissant comme l’est, du reste, +celle du <em>Thapsia garganica</em>, lorsqu’il croît dans un sol +aride et pierreux, conditions réunies précisément par celui de la +Cyrénaïque. Les divisions des racines tantôt s’enfoncent +perpendiculairement dans le sol, tantôt se dirigent plus +horizontalement ; mais, <em>dans aucun cas</em>, elles ne +donnent naissance à des bourgeons adventifs en se rapprochant de la +surface du sol. Ce mode de multiplication, qu’on disait être le +seul pour cette plante, est même <em>matériellement +impossible</em>, puisque les pieds de Thapsia Silphium sont +séparés, dans le plus grand nombre de cas, par une distance de 20 +mètres. De plus, ils poussent fréquemment dans des trous de rochers +où il est facile de se convaincre qu’il leur est impossible de +<em>tracer</em>.</p> + +<p>Les <em>feuilles</em> sont exactement divisées comme celles du +<i>Thapsia garganica</i>, et j’en ai aussi observé à des degrés +plus ou moins grands de villosité. Les feuilles dites radicales +sont beaucoup plus développées<span class="pagenum" id= +"Page_51">[51]</span> que celles insérées sur la hampe, qui sont +toujours <em>alternes</em> entre elles<a id= +"FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class= +"fnanchor">[15]</a>.</p> + +<p>La hampe est glaucescente-pruineuse et légèrement sillonnée. +Elle laisse échapper, lorsqu’on la rompt avant sa dessiccation, un +suc laiteux qui se concrète à l’air en brunissant. Deux ou trois +ombelles la surmontent ; une seule généralement est +fertile.</p> + +<p>Les <em>graines</em> tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont +d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent, +lorsqu’elles sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les +ailes de couleur paille. Ces graines sont, dans certaines régions, +autour de Dernah par exemple, attaquées <em>partiellement</em> par +le <i>Pentatoma lineata</i>, insecte de l’ordre des +hémiptères ; mais à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau +de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène +(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, +et le plus grand nombre des ombelles sont intactes. <em>C’est donc +par le semis que se fait la reproduction</em>, et c’est le seul +mode de multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque.</p> + +<hr class="dotted width-full"> + +<hr class="dotted width-full"> + +<p class="right pad-right2 space-above15">(Extrait de la <em>Revue +horticole</em>, octobre 1875.)</p> + +<div class="figcenter iw3"> +<figure id="map1"> +<p class="cpm1">CARTE<br class="x-ebookmaker-drop"> +DE LA<br class="x-ebookmaker-drop"> +CYRÉNAÏQUE<br class="x-ebookmaker-drop"> +avec l’Itineraire suivi par<br class="x-ebookmaker-drop"> +M<sup>R</sup>. J. DAVEAU<br class="x-ebookmaker-drop"> +Chef de la Section des Graines au Muséum<br class= +"x-ebookmaker-drop"> +d’Histoire Naturelle de Paris<br class="x-ebookmaker-drop"> +1875</p> +<a href="images/map1_large.jpg"><img src='images/map1.jpg' alt= +''></a> +</figure> +</div> + +<hr class="decor width12"> + +<p class="center">Saint-Quentin. — Imprimerie <span class= +"sc">Jules Moureau</span>.</p> + +<div class="footnotes"> +<h2>NOTES :</h2> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class= +"label">[1]</span></a>Pour éviter toute confusion, nous écrirons +toujours <em>Silphion</em> lorsqu’il s’agira de la plante des +anciens, et <em>Silphium</em> lorsqu’il s’agira de celle des +modernes.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class= +"label">[2]</span></a>Voir à l’Appendice, <a href="#Page_49">page +49</a> : Relation du voyage de M. Daveau dans la Pentapole +libyque.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class= +"label">[3]</span></a>Viviani, <em>Floræ Libycæ</em>, page 117.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class= +"label">[4]</span></a><em>Prodromus systematis naturalis regni +vegetabilis</em>, vol. IV, pag. 202.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class= +"label">[5]</span></a>Remarques pour servir à l’interprétation de +la plante célèbre, mais aujourd’hui disparue, qui était connue dans +l’antiquité sous le nom de Silphion. (<em>Bulletin de l’Académie +royale de Danemark</em>). <em>Copenhague</em>, 1869.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class= +"label">[6]</span></a>Le D<sup>r</sup> Laval dit, dans son +mémoire : « J’ai fait cuire des tiges de Silphium +cyrenaïcum sous la cendre ; elle m’ont paru d’un goût sucré et +parfumé. »</p> + +<p><em>Elles m’ont paru !</em>... Que signifie cette +appréciation ? C’est donc du bout des lèvres et avec une +prudence infinie, que le D<sup>r</sup> Laval a goûté ces tiges +qu’il avait pourtant fait cuire ? Mais, alors, il avoue par +cela même que sa plante n’est pas celle des anciens, celle dont les +gourmets mangeaient tous les jours les tiges, les feuilles, les +racines et le suc.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class= +"label">[7]</span></a>« J’ai trouvé le moyen, dit le +D<sup>r</sup> Laval, d’enlever entièrement la propriété vésicante +du Silphium cyrenaïcum, de telle sorte que ce suc a pu être ingéré +à doses suffisantes. »</p> + +<p>Le procédé est des plus simples ; il a été indiqué, dans +une lettre que j’ai sous les yeux, par un de ses amis qui était le +préparateur de son extrait à Constantine.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class= +"label">[8]</span></a>Voir, à <a href="#Page_5">l’avant-propos,</a> +la lettre du D<sup>r</sup> Chartier sur ce sujet.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class= +"label">[9]</span></a>Voir, au sujet des vertus du Silphium et des +guérisons opérées par lui, dans la <em>Revue de thérapeutique +médico-chirurgicale</em>, n<sup>o</sup> du 1<sup>er</sup> janvier +1876, le jugement rendu par le tribunal de police correctionnelle +de Paris (violation de secret médical), contre le D<sup>r</sup> +X..., l’un des prôneurs du <em>Silphium</em>.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class= +"label">[10]</span></a>Les médecins homœopathes seront bien surpris +sans doute de voir le traitement homœopathique rangé parmi les +moyens <em>auxiliaires</em> par des pharmaciens homœopathes.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class= +"label">[11]</span></a>Un journal de médecine, voué à la défense du +<i>Silphium</i>, nous apprend qu’il guérit aussi, <em>depuis +quelque temps</em>, la gonorrhée, les ulcères phagédéniques, les +abcès froids, la fistule anale et la métrorrhagie.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class= +"label">[12]</span></a>M. Daveau a rapporté une grande quantité de +graines parfaitement intactes ; il aurait pu en récolter des +hectolitres.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_13"></a><a href="#FNanchor_13"><span class= +"label">[13]</span></a>Ce voyage a été fait depuis cette époque par +notre collègue M. Daveau, et la question a été résolue.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_14"></a><a href="#FNanchor_14"><span class= +"label">[14]</span></a><em>Commentaires de Mathiole sur le +III<sup>e</sup> livre de Dioscoride</em>, chap. Silphion, Edit. +1525, page 399.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_15"></a><a href="#FNanchor_15"><span class= +"label">[15]</span></a>Et non <em>opposées</em>, comme pour la +plante des anciens, dont les monnaies donnent les dessins.</p> +</div> +</div> + +<h2>OUVRAGES DU MÊME AUTEUR</h2> + +<div class="figcenter iwdecor3"> +<figure><img src='images/decor2.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="hang1"><span class="bold">L’HORTICULTEUR FRANÇAIS de +1831.</span> Journal mensuel d’horticulture, 21 volumes. — M. E. +Donnaud, éditeur, 9, rue Cassette.<span class="float-right2">170 +fr.</span></p> + +<p class="hang1"><span class="bold">NOUVEAU JARDINIER +ILLUSTRÉ</span>, par MM. F. Herincq, Alph. Lavallée, L. Neumann, B. +Verlot, J.-B. Verlot, A. Pavard et Burel. 1 volume de 1800 pages de +texte avec plus de 500 dessins intercalés. — M. E. Donnaud, +éditeur.<span class="float-right2">7 fr.</span></p> + +<p class="hang1"><span class="bold">LE RÈGNE VÉGÉTAL</span>, divisé +en Botanique générale ; Flore médicale usuelle et +industrielle ; Horticulture ; Plantes agricoles et +forestières ; Histoire biographique et bibliographique de la +botanique, par M. F. Herincq, O. Reveil, agrégé, et Baillon, +professeur de sciences naturelles à la Faculté de Médecine de +Paris ; Fr. Gérard, botaniste micrographe ; Dupuis, +ancien professeur à l’Institut agronomique de Grignon. — M. Guérin, +éditeur, 5, rue Bonaparte. 17 volumes dont 9 de texte et 8 +d’atlas.<span class="float-right2">800 fr.</span></p> + +<p class="hang1"><span class="bold">MANUEL GÉNÉRAL DES +PLANTES</span>, comprenant la description, la culture, l’histoire +de plus de 25,000 espèces de plantes cultivées en Europe, par MM. +Herincq, Jacques et Duchartre (de l’Institut). 4 volumes. — +Librairie agricole, rue Jacob, 26.<span class="float-right2">40 +fr.</span></p> + +<div class="figcenter iwdecor2"> +<figure><img src='images/decor4.png' alt='[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center space-above15">Saint-Quentin. — Imp. <span class= +"sc">Jules Moureau</span>.</p> +</div> +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77062 ***</div> +</body> +</html> + diff --git a/77062-h/images/cover.jpg b/77062-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f38538d --- /dev/null +++ b/77062-h/images/cover.jpg diff --git a/77062-h/images/decor1.png b/77062-h/images/decor1.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1124995 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/decor1.png diff --git a/77062-h/images/decor2.png b/77062-h/images/decor2.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eb05197 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/decor2.png diff --git a/77062-h/images/decor3.png b/77062-h/images/decor3.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..064af5b --- /dev/null +++ b/77062-h/images/decor3.png diff --git a/77062-h/images/decor4.png b/77062-h/images/decor4.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5e80716 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/decor4.png diff --git a/77062-h/images/i01.jpg b/77062-h/images/i01.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7859fef --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i01.jpg diff --git a/77062-h/images/i02.jpg b/77062-h/images/i02.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..369698d --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i02.jpg diff --git a/77062-h/images/i03.jpg b/77062-h/images/i03.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fa4a93d --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i03.jpg diff --git a/77062-h/images/i04.jpg b/77062-h/images/i04.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..af37ca6 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i04.jpg diff --git a/77062-h/images/i05.jpg b/77062-h/images/i05.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1306798 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i05.jpg diff --git a/77062-h/images/i06.jpg b/77062-h/images/i06.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..49937cf --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i06.jpg diff --git a/77062-h/images/i07.jpg b/77062-h/images/i07.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..be02a5a --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i07.jpg diff --git a/77062-h/images/i08.jpg b/77062-h/images/i08.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..86bb8c2 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i08.jpg diff --git a/77062-h/images/i09.jpg b/77062-h/images/i09.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..618fc8c --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i09.jpg diff --git a/77062-h/images/i10.jpg b/77062-h/images/i10.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c80b0cc --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i10.jpg diff --git a/77062-h/images/i11.jpg b/77062-h/images/i11.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..07b2ef1 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/i11.jpg diff --git a/77062-h/images/map1.jpg b/77062-h/images/map1.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9990078 --- /dev/null +++ b/77062-h/images/map1.jpg diff --git a/77062-h/images/map1_large.jpg b/77062-h/images/map1_large.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fc7db9f --- /dev/null +++ b/77062-h/images/map1_large.jpg diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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