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+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>Histoire de la Révolution Française</title>
+ <meta name="author" content="M.A. Thiers">
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 ***</div>
+
+<h1>HISTOIRE<br>
+DE LA<br>
+RÉVOLUTION<br>
+FRANÇAISE</h1>
+<br><br><br>
+
+<h2><i>PAR M.A. THIERS</i></h2>
+<h3>DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE</h3>
+
+<h5>NEUVIÈME ÉDITION</h5>
+
+<h4>TOME DIXIÈME</h4>
+
+
+
+<h5>MDCCCXXXIX</h5>
+
+
+
+<br><br><br>
+<h3>DIRECTOIRE.</h3>
+<br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIII.</h3>
+
+<p>EXPÉDITION D'ÉGYPTE. DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE
+DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE;
+PRISE DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS.
+BATAILLE DES PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX
+ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE
+COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, DESTRUCTION DE LA FLOTTE
+FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS.</p>
+
+
+<p>Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI
+(9 mai 1798). Sa présence réjouit l'armée, qui commençait
+à murmurer et à craindre qu'il ne fût pas
+à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée
+d'Italie. Elle était riche, couverte de gloire, et on
+pouvait dire d'elle, que sa <i>fortune était faite</i>. Aussi
+avait-elle beaucoup moins de zèle à faire la guerre,
+et il fallait toute la passion que lui inspirait son
+général, pour la décider à s'embarquer et à courir
+vers une destination inconnue. Cependant elle fut
+saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ
+Bonaparte, sans lui expliquer sa destination, lui
+adressa la proclamation suivante:</p>
+
+<blockquote><p>
+«SOLDATS!</p>
+
+<p>«Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.
+Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines,
+de siége; il vous reste à faire la guerre maritime.</p>
+
+<p>«Les légions romaines, que vous avez quelquefois
+imitées, mais pas encore égalées, combattaient
+Carthage tour à tour sur cette mer et aux
+plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais,
+parce que constamment elles furent braves
+patientes à supporter la fatigue, disciplinées et
+unies entre elles.</p>
+
+<p>«Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous
+avez de grandes destinées à remplir, des batailles
+à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre; vous
+ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité
+de la patrie, le bonheur des hommes, et votre
+propre gloire.</p>
+
+<p>«Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers,
+soyez unis; souvenez-vous que le jour
+d'une bataille vous avez besoin les uns des autres.</p>
+
+<p>«Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés;
+aujourd'hui la plus grande sollicitude de
+la république est pour vous: vous serez dignes de
+l'armée dont vous faites partie.</p>
+
+<p>«Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance,
+la république l'arbitre de l'Europe, veut
+qu'elle le soit des mers et des nations les plus
+lointaines.»
+</p></blockquote>
+
+<p>On ne pouvait pas annoncer plus dignement une
+grande entreprise, en la laissant toujours dans le
+mystère qui devait l'envelopper.</p>
+
+<p>L'escadre de l'amiral Brueys se composait de
+treize vaisseaux de ligne, dont un de 120 canons
+(c'était <i>l'Orient</i>, que devaient monter l'amiral et le
+général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y
+avait de plus deux vaisseaux vénitiens de 64 canons,
+six frégates vénitiennes et huit françaises,
+soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnières, petits navires de toute espèce.
+Les transports réunis tant à Toulon qu'à Gênes,
+Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre cents.
+C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter
+à la fois sur la Méditerranée. Jamais pareil armement
+n'avait couvert les mers. La flotte portait environ
+quarante mille hommes de toutes armes et
+dix mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois,
+des vivres pour deux.</p>
+
+<p>On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit
+du canon, aux acclamations de toute l'armée. Des
+vents violens causèrent quelque dommage à une
+frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient
+causé de telles avaries à Nelson, qui croisait avec
+trois vaisseaux, qu'il fut obligé d'aller au radoub
+dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi éloigné de l'escadre
+française, et ne la vit pas sortir. La flotte
+vogua d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi
+réuni dans ce port, sous les ordres du général Baraguai-d'Hilliers.
+Elle cingla ensuite vers la Corse,
+rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres
+de Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour
+se réunir au convoi de Civita-Vecchia, qui était
+sous les ordres de Desaix. Le projet de Bonaparte
+était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant
+une entreprise audacieuse dont il avait de longue
+main préparé le succès par des trames secrètes. Il
+voulait s'emparer de cette île, qui, commandant la
+navigation de la Méditerranée, devenait importante
+pour l'Égypte, et qui ne pouvait manquer d'échoir
+bientôt aux Anglais, si on ne les prévenait.</p>
+
+<p>L'ordre des chevaliers de Malte était comme
+toutes les institutions du moyen-âge: il avait perdu
+son objet, et dès lors sa dignité et sa force. Il n'était
+plus qu'un abus, profitable seulement à ceux
+qui l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne,
+en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne,
+des biens considérables, qui leur avaient
+été donnés par la piété des fidèles pour protéger
+les chrétiens allant visiter les saints lieux. Maintenant
+qu'il n'y avait plus de pèlerinages de cette espèce,
+le rôle et le devoir des chevaliers étaient de
+protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques,
+et de détruire l'infame piraterie qui infeste
+la Méditerranée. Les biens de l'ordre suffisaient
+à l'entretien d'une marine considérable; mais
+les chevaliers ne s'occupaient aucunement à en
+former une: ils n'avaient que deux ou trois vieilles
+frégates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galères qui allaient donner et recevoir des fêtes
+dans les ports d'Italie. Les baillifs, les commandeurs,
+placés dans toute la chrétienté, dévoraient
+dans le luxe et l'oisiveté les revenus de l'ordre. Il
+n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus
+aucun intérêt. En France on lui avait enlevé ses
+biens, et Bonaparte les avait fait saisir en Italie,
+sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur.
+On a vu que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer
+des intelligences dans Malte. Il avait gagné
+quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger à se
+rendre; car il n'avait ni le temps ni les moyens d'une
+attaque régulière contre une place réputée imprenable.
+L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait
+ses dangers en voyant les escadres françaises
+dominer dans la Méditerranée, s'était mis sous la
+protection de Paul Ier.</p>
+
+<p>Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre
+la division de Civita-Vecchia; il ne put la joindre
+qu'à Malte même. Les cinq cents voiles françaises
+se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9 juin),
+vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette
+vue répandit le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte,
+pour avoir un prétexte de s'arrêter, et
+pour faire naître un sujet de contestation, demanda
+au grand-maître la faculté de faire de l'eau.
+Le grand-maître, Ferdinand de Hompesch, fit répondre
+par un refus absolu, alléguant les réglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire à la
+fois plus de deux vaisseaux appartenant à des puissances
+belligérantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte
+dit que c'était là une preuve de la plus insigne
+malveillance, et sur-le-champ fit ordonner un débarquement.
+Le lendemain, 22 prairial (10 juin),
+les troupes françaises débarquèrent dans l'île, et
+investirent complètement Lavalette, qui compte
+trente mille âmes à peu près de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte
+fit débarquer de l'artillerie pour canonner
+les forts. Les chevaliers répondirent à son feu,
+mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il
+y en eut un grand nombre de pris. Le désordre se
+mit alors à l'intérieur. Quelques chevaliers de la
+langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient
+pas se battre contre leurs compatriotes. On en jeta
+quelques-uns dans les cachots. Le trouble était
+dans les têtes; les habitans voulaient qu'on se rendît.
+Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et
+qui se souvenait de la générosité du vainqueur de
+Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses intérêts du
+naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers
+français qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte
+pour négocier. Le traité fut bientôt arrêté. Les
+chevaliers abandonnèrent à la France la souveraineté
+de Malte et des îles en dépendant; en retour,
+la France promit son intervention au congrès de
+Rastadt, pour faire obtenir au grand-maître une
+principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura
+une pension viagère de 300,000 francs et une
+indemnité de 600,000 francs comptant. Elle accorda
+à chaque chevalier de la langue française
+700 fr. de pension, et 1,000 pour les sexagénaires;
+elle promit sa médiation pour que ceux des autres
+langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent
+les conditions au moyen desquelles la France entra
+en possession du premier port de la Méditerranée,
+et de l'un des plus forts du monde. Il fallait
+l'ascendant de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre;
+il fallait son audace pour oser y perdre
+quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en
+parcourant la place dont il admirait les fortifications,
+dit ce mot: <i>Nous sommes bien heureux
+qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en
+ouvrir les portes.</i></p>
+
+<p>Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois
+mille hommes de garnison; il y plaça Régnault
+(de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire
+civil. Il fit tous les règlemens administratifs
+qui étaient nécessaires pour l'établissement du régime
+municipal dans l'île, et il mit sur-le-champ
+à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte.</p>
+
+<p>Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une
+relâche de dix jours. L'essentiel maintenant, était
+de ne pas rencontrer les Anglais. Nelson, radoubé
+aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de
+plusieurs frégates, ce qui lui formait une escadre
+de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il était revenu
+le 13 prairial (1er juin) devant Toulon; mais l'escadre
+française en était sortie depuis douze jours.
+Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon,
+et de la rade du Tagliamon à Naples, où il était
+arrivé le 2 messidor (20 juin), au moment même
+où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les
+Français avaient paru vers Malte, il les suivait,
+disposé à les attaquer s'il parvenait à les joindre.</p>
+
+<p>Sur toute l'escadre française, on était prêt au
+combat. La possibilité de rencontrer les Anglais
+était présente à tous les esprits et n'effrayait personne.
+Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau
+de ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on
+habituait tous les jours à la manoeuvre du canon,
+et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux
+si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était
+fait un principe sur la tactique maritime, c'est que
+chaque vaisseau ne devait avoir qu'un but, celui
+d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder.
+Des ordres étaient donnés en conséquence,
+et il comptait sur la bravoure des troupes d'élite
+placées à bord des vaisseaux. Ces précautions
+prises, il cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet
+homme qui, suivant d'absurdes détracteurs, craignait
+les hasards de la mer, s'abandonnait tranquillement
+à la fortune, au milieu des flottes anglaises,
+et avait eu l'audace de perdre quelques
+jours à Malte pour en faire la conquête. La gaieté
+régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement
+où l'on allait, mais le secret commençait à se répandre,
+et on attendait avec impatience la vue des
+rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les savans,
+les officiers-généraux qui étaient à bord de <i>l'Orient</i>,
+se réunissaient chez le général en chef, et là commençaient
+les ingénieuses et savantes discussions
+de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre anglaise
+ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi
+français, et de part et d'autre on l'ignora. Nelson
+commençant à supposer que les Français s'étaient
+dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie, et
+les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il
+vola vers les Dardanelles, pour tâcher de les y
+rencontrer. Par un bonheur singulier, l'expédition
+française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un
+mois et demi à peu près qu'elle était sortie de
+Toulon.</p>
+
+<p>Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul
+français. Il apprit que les Anglais avaient paru
+l'avant-veille, et les jugeant dans les parages voisins,
+il voulut tenter le débarquement à l'instant
+même. On ne pouvait pas entrer dans le port
+d'Alexandrie, car la place paraissait disposée à se
+défendre; il fallait descendre à quelque distance,
+sur la plage voisine, à une anse dite du Marabout.
+Le vent soufflait violemment, et la mer se brisait
+avec furie sur les récifs de la côte. C'était vers la
+fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut
+aborder sur-le-champ. Il descendit le premier dans
+une chaloupe; les soldats demandaient à grands
+cris à le suivre à la côte. On commença à mettre
+les embarcations à la mer, mais l'agitation des
+flots les exposait à chaque instant à se briser les
+unes contre les autres. Enfin, après de grands
+dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile
+parut à l'horizon; on crut que c'était une voile
+anglaise: «<i>Fortune</i>, s'écria Bonaparte, <i>tu m'abandonnes!
+quoi! pas seulement cinq jours!</i>» La fortune
+ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate
+française qui rejoignait. On eut beaucoup de peine
+à débarquer quatre ou cinq mille hommes, dans
+la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre
+la place, et de ne pas donner aux Turcs le
+temps de faire des préparatifs de défense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un
+cheval de débarqué; l'état-major, Bonaparte et Caffarelli
+lui-même, malgré sa jambe de bois, firent
+quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent
+à la pointe du jour en vue d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus
+ses magnifiques édifices, ses innombrables demeures,
+sa grande population; elle était ruinée
+aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens,
+les négocians européens habitaient dans la ville moderne,
+qui était la seule partie conservée. Quelques
+Arabes vivaient dans les décombres de la cité antique;
+une vieille muraille flanquée de quelques tours
+enfermait la nouvelle et l'ancienne ville, et tout
+autour régnaient les sables qui, en Égypte, s'avancent
+partout où la civilisation recule.</p>
+
+<p>Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte,
+y arrivèrent à la pointe du jour: ils ne rencontrèrent
+sur cette plage de sable qu'un petit
+nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de
+fusil, s'enfoncèrent dans le désert. Bonaparte partagea
+ses soldats en trois colonnes: Bon, avec la première,
+marcha à droite, vers la porte de Rosette;
+Kléber, avec la seconde, marcha au centre vers la
+porte de la Colonne; Menou, avec la troisième,
+s'avança à gauche vers la porte des Catacombes.
+Les Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière
+un mur, firent un feu bien nourri; mais les Français
+montèrent avec des échelles, et franchirent la
+vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé
+d'une balle au front. On chassa les Arabes de ruine
+en ruine, jusqu'à la ville nouvelle. Le combat allait
+se prolonger de rue en rue, et devenir meurtrier;
+mais un capitaine turc servit d'intermédiaire
+pour négocier un accord. Bonaparte déclara qu'il
+ne venait point pour ravager le pays, ni l'enlever
+au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire
+à la domination des Mameluks, et venger les
+outrages que ceux-ci avaient faits à la France. Il
+promit que les autorités du pays seraient maintenues,
+que les cérémonies du culte continueraient
+d'avoir lieu comme par le passé, que les propriétés
+seraient respectées, etc..... Moyennant ces conditions,
+la résistance cessa: les Français furent
+maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce
+temps, l'armée avait achevé de débarquer. Il s'agissait
+maintenant de mettre l'escadre à l'abri, soit
+dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+créer à Alexandrie une administration conforme
+aux moeurs du pays, et d'arrêter un plan d'invasion
+pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les
+Anglais étaient passés; les plus grands obstacles
+étaient vaincus avec ce bonheur qui semble toujours
+accompagner la jeunesse d'un grand homme.</p>
+
+<p>L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder,
+est le pays le plus singulier, le mieux situé, et
+l'un des plus fertiles de la terre. Sa position est
+connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un
+isthme de quelques lieues, qu'on appelle l'isthme
+de Suez, et qui, s'il était coupé, donnerait accès
+de la Méditerranée dans la mer de Indes, dispenserait
+les navigateurs d'aller à des distances immenses,
+et au milieu des tempêtes, doubler le cap
+de Bonne-Espérance. L'Égypte est placée parallèlement
+à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est
+la maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui,
+chez les anciens et dans le moyen-âge, pendant la
+prospérité des Vénitiens, était l'intermédiaire du
+commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et
+sa forme ne sont pas moins extraordinaires. Le
+Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend sa
+source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six
+cents lieues dans les déserts de l'Afrique, puis entre
+en Égypte, ou plutôt y tombe, en se précipitant
+des cataractes de Syène, et parcourt encore deux
+cents lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent
+toute l'Égypte. C'est une vallée de deux cents lieues
+de longueur, sur cinq à six lieues de largeur. Des
+deux côtés elle est bordée par un océan de sables.
+Quelques chaînes de montagnes, basses, arides et
+déchirées, sillonnent tristement ces sables, et projettent
+à peine quelques ombres sur leur immensité.
+Les unes séparent le Nil de la mer Rouge,
+les autres le séparent du grand désert, dans lequel
+elles vont se perdre. Sur la rive gauche du Nil, à
+une certaine distance dans le désert, serpentent
+deux langues de terre cultivable, qui font exception
+aux sables, et se couvrent d'un peu de verdure.
+Ce sont les <i>oasis</i>, espèces d'îles végétales, au
+milieu de l'océan des sables. Il y en a deux, la
+grande et la petite. Un effort des hommes, en y
+jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la
+mer, le Nil se partage en deux branches, qui vont
+tomber à soixante lieues l'une de l'autre, dans la
+Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à
+Damiette. On connaissait autrefois sept bouches
+au Nil; on les aperçoit encore, mais il n'y en a
+plus que deux de navigables. Le triangle formé par
+ces deux grandes branches et par la mer a soixante
+lieues à sa base et cinquante sur ses côtés; il s'appelle
+le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus
+coupée de canaux. Le pays tout entier se divise en
+trois parties, le Delta ou Basse-Égypte, qu'on
+appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle
+Ouestanieh; la Haute-Égypte, qu'on appelle
+le Saïd.</p>
+
+<p>Les vents étésiens soufflant d'une manière constante
+du nord au sud, pendant les mois de mai,
+juin et juillet, entraînent tous les nuages formés
+à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner
+un seul sur cette contrée toujours sereine, et les
+portent vers les monts d'Abyssinie. Là ces nuages
+s'agglomèrent, se précipitent en pluie pendant les
+mois de juillet, août et septembre, et produisent
+le phénomène célèbre des inondations du Nil.
+Ainsi, cette terre reçoit par les débordemens du
+fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il n'y
+pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient
+pestilentiels sous le ciel de l'Europe, ne
+produisent pas en Égypte une seule fièvre. Le Nil,
+après son inondation, laisse un limon fertile, qui
+est la seule terre cultivable sur ces bords, et qui
+produit ces abondantes moissons consacrées autrefois
+à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est
+étendue, plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires
+de cette terre, nivelée tous les ans par
+les eaux, se la partagent tous les ans par l'arpentage.
+Aussi l'arpentage est-il un grand art en
+Égypte. Des canaux pourraient étendre l'inondation,
+et auraient l'avantage de diminuer la rapidité
+des eaux, de les faire séjourner plus long-temps,
+et d'étendre la fertilité aux dépens du désert.
+Nulle part le travail de l'homme ne pourrait avoir
+de plus salutaires effets; nulle part la civilisation
+ne serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se
+disputent l'Égypte, et c'est la civilisation qui donnerait
+au Nil le moyen de vaincre le désert et de le
+faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait
+autrefois vingt millions d'habitans, sans compter
+les Romains. Elle était à peine capable d'en nourrir
+trois millions quand les Français y entrèrent.</p>
+
+<p>L'inondation finit à peu près en septembre.
+Alors commencent les travaux des champs. Pendant
+les mois d'octobre, novembre, décembre,
+janvier, février, la campagne d'Égypte présenté
+un aspect ravissant de fertilité et de fraîcheur. Elle
+est couverte alors des plus riches moissons, émaillée
+de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux.
+En mars les chaleurs commencent; la terre se gerce
+si profondément, qu'il est quelquefois dangereux
+de la traverser à cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes
+les richesses de l'année. Outre les blés, l'Égypte
+produit les meilleurs riz, les plus beaux légumes,
+le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le
+lin, le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse
+abondance. Il lui manque des huiles; mais
+elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui manque le
+tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés,
+dans la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de
+bois, car la grande végétation ne peut pas pousser
+sur ce limon annuel que le Nil dépose sur un fond
+de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers
+sont les seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois
+on brûle la bouse de vache. L'Égypte nourrit d'immenses
+troupeaux. Les volailles de toute espèce y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres
+dans le monde par leur beauté, leur vivacité,
+leur familiarité avec leurs maîtres, et cet
+utile chameau, qui peut manger et boire pour
+plusieurs jours, dont le pied enfonce sans fatigue
+dans les sables mouvans, et qui est comme un
+navire vivant pour traverser la mer des sables.</p>
+
+<p>Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables
+caravanes, qui abordent comme des flottes des deux
+côtés du désert. Les unes viennent de la Syrie et
+de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de
+Barbarie. Elles apportent tout ce qui est propre aux
+pays du soleil, l'or, l'ivoire, les plumes, les schalls
+inimitables, les parfums, les gommes, les aromates
+de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les esclaves.
+Le Caire devient un entrepôt magnifique
+des plus belles productions du globe, de celles que
+le génie si puissant des occidentaux ne pourra jamais
+imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont
+leur goût délicat les rendra toujours avides. Aussi
+le commerce de l'Inde est-il le seul dont les progrès
+des peuples n'amèneront jamais la fin. Il ne serait
+donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste
+militaire, pour aller détruire violemment le commerce
+des Anglais. Il suffirait d'y établir un entrepôt,
+avec la sûreté, les lois et les commodités européennes,
+pour attirer les richesses du monde.</p>
+
+<p>La population qui occupe l'Égypte est, comme
+les ruines des cités qui la couvrent, un amas des
+débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de
+l'Égypte sur les Cophtes, des Turcs conquérans sur
+les Arabes, telles sont les races dont les débris pullulent
+misérablement sur une terre dont ils sont
+indignes. Les Cophtes, quand les Français y entrèrent,
+étaient deux cent mille au plus. Méprisés,
+pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes
+les classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les
+Arabes formaient la masse presque entière de la
+population; ils descendaient des compagnons de
+Mahomet. Leur condition était infiniment variée;
+quelques-uns, de haute naissance, faisant remonter
+leur origine jusqu'à Mahomet lui-même, grands
+propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe,
+réunissant à la noblesse les fonctions du culte et
+de la magistrature, étaient, sous le titre de scheiks,
+les véritables grands de l'Égypte. Dans les divans,
+ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient
+des espèces d'universités, où ils enseignaient
+la religion, la morale du Koran, un peu de
+philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée
+de Jemil-Azar était le premier corps savant
+et religieux de l'Orient. Après ces grands, venaient
+les moindres propriétaires, composant la seconde
+et la plus nombreuse classe des Arabes; puis les
+prolétaires, qui étaient tombés dans la situation de
+véritables ilotes. Ces derniers étaient des paysans
+à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et
+vivant dans la misère et l'abjection. Il y avait une
+quatrième classe d'Arabes, c'étaient les Bédouins
+ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu s'attacher
+à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés
+sur des chevaux ou des chameaux, conduisant devant
+eux des troupeaux nombreux, ils erraient,
+cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou
+venant annuellement ensemencer les lisières de
+terre cultivable, placées sur le bord de l'Égypte.
+Leur métier était d'escorter les caravanes ou de
+prêter leurs chameaux pour les transports. Mais,
+brigands sans foi, ils pillaient souvent les marchands
+qu'ils escortaient ou auxquels ils prêtaient leurs
+chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité
+qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables,
+ils se précipitaient sur cette vallée du Nil,
+qui, large seulement de cinq lieues, est si facile à
+pénétrer; ils pillaient les villages, et, remontant
+sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans
+le fond du désert. La négligence turque laissait
+leurs ravages presque toujours impunis, et ne luttait
+pas mieux contre les brigands du désert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans,
+divisés en tribus sur les deux côtés de la vallée,
+étaient au nombre de cent ou cent vingt mille,
+et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers,
+braves, mais bons pour harceler l'ennemi, jamais
+pour le combattre.</p>
+
+<p>La troisième race enfin était celle des Turcs; mais
+elle était aussi peu nombreuse que les Cophtes,
+c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent mille individus
+au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks.
+Les Turcs, venus depuis la dernière conquête
+des sultans de Constantinople, étaient presque
+tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on
+sait qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces
+listes que pour avoir les privilèges des janissaires,
+et qu'un très petit nombre sont réellement au service.
+Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople,
+représentait le sultan en Égypte; mais à
+peine escorté de quelques janissaires, il avait vu
+s'évanouir son autorité par les précautions même
+que le sultan Sélim avait prises autrefois pour la
+conserver. Ce sultan, jugeant que par son éloignement
+l'Égypte pourrait échapper à la domination
+de Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile
+pourrait s'y créer un empire indépendant, avait
+imaginé un contre-poids, en instituant la milice
+des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre
+les conditions physiques qui rendent un pays dépendant
+ou indépendant d'un autre, au lieu du
+pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus
+indépendans de Constantinople et maîtres de l'Égypte.
+Les Mameluks étaient des esclaves achetés
+en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans
+du Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés
+dans l'ignorance de leur origine, dans le goût et la
+pratique des armes, ils devenaient les plus braves
+et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient
+à honneur d'être sans origine, d'avoir été achetés
+cher, et d'être beaux et vaillans. Ils avaient vingt-quatre
+beys, qui étaient leurs propriétaires et leurs
+chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'était un troupeau qu'ils avaient soin
+d'alimenter, et qu'ils transmettaient quelquefois à
+leur fils, et plus souvent à leur Mameluk favori,
+qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était
+servi par deux fellahs. La milice entière se composait
+de douze mille cavaliers à peu près, servis par
+vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables
+maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit
+des terres appartenant aux beys, ou du revenu
+des impôts établis sous toutes les formes. Les
+Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus
+ignobles fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs
+espions, leurs agens d'affaires; car les abrutis se
+mettent toujours au service du plus fort. Les vingt-quatre
+beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de
+fait. Ils se faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant
+les autres, avait une souveraineté viagère.
+Il était tout à fait indépendant du pacha représentant
+le sultan de Constantinople, le souffrait tout au
+plus au Caire dans une sorte de nullité, et souvent
+lui refusait le <i>miri</i>, c'est-à-dire l'impôt foncier, qui,
+représentant le droit de la conquête, appartenait
+à la Porte.</p>
+
+<p>L'Égypte était donc une véritable féodalité,
+comme celle de l'Europe dans le moyen âge; elle
+présentait à la fois un peuple conquis, une milice
+conquérante, en révolte contre son souverain; enfin
+une ancienne classe abrutie, au service et aux
+gages du plus fort.</p>
+
+<p>Deux beys supérieurs aux autres dominaient en
+ce moment l'Égypte. L'un, Ibrahim-Bey, riche, astucieux,
+puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une
+espèce de partage d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey
+avait les attributions civiles, et Mourad-Bey
+les attributions militaires. Celui-ci était chargé des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des
+Mameluks, tous dévoués à sa personne.</p>
+
+<p>Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir
+le tact et l'adresse du fondateur, et qui avait d'ailleurs
+administré assez de pays conquis pour s'en
+être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la
+politique qu'il avait à suivre en Égypte. Il fallait
+d'abord arracher cette contrée à ses véritables
+maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette
+classe qu'il fallait combattre et détruire par les
+armes et la politique. D'ailleurs on avait des raisons
+à faire valoir contre eux, car ils n'avaient
+cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte,
+il fallait paraître ne pas attaquer sa souveraineté,
+et affecter au contraire de la respecter. Telle qu'elle
+était devenue, cette souveraineté était peu importante.
+On pouvait traiter avec la Porte, soit pour
+la cession de l'Égypte, en lui faisant certains avantages
+ailleurs, soit pour un partage d'autorité qui
+n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le Pacha
+au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant
+de la puissance des Mameluks, on n'avait
+pas grand'chose à regretter. Quant aux habitans,
+il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable
+population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant
+les scheiks, en caressant leur vieil orgueil,
+en augmentant leur pouvoir, en flattant un désir
+secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait
+trouvé en Italie, comme on le trouve partout,
+celui du rétablissement de l'antique patrie, de la
+patrie arabe, on était assuré de dominer le pays
+et de se l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant
+les propriétés et les personnes, chez un
+peuple qui était habitué à regarder la conquête
+comme donnant droit de meurtre, de pillage et de
+dévastation, on allait causer une surprise des plus
+avantageuses à l'armée française; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophète, la conquête
+des coeurs était aussi assurée que celle du sol.</p>
+
+<p>Bonaparte se conduisit d'après ces erremens
+aussi justes que profonds. Doué d'une imagination
+tout orientale, il lui était facile de prendre le
+style solennel et imposant qui convenait à la race
+arabe. Il fit des proclamations qui étaient traduites
+en arabe et répandues dans le pays. Il écrivit au
+pacha: «La république française s'est décidée à
+envoyer une puissante armée pour mettre fin
+aux brigandages des beys d'Égypte, ainsi qu'elle
+a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce
+siècle contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi,
+qui devrais être le maître des beys, et que cependant
+ils tiennent au Caire sans autorité et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir.
+Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens
+point pour rien faire contre l'alcoran ni le sultan.
+Tu sais que la nation française est la seule
+et unique alliée que le sultan ait en Europe. Viens
+donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race
+impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens,
+Bonaparte leur adressait ces paroles: «Peuples
+d'Égypte, on vous dira que je viens pour détruire
+votre religion. Ne le croyez pas; répondez que
+je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs,
+et que je respecte plus que les Mameluks
+Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant
+de la tyrannie des Mameluks, il disait: «Y a-t-il
+une belle terre? elle appartient aux Mameluks.
+Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une
+belle maison? cela appartient aux Mameluks. Si
+l'Égypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail
+que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné
+que l'empire des Mameluks finît.» Parlant des sentimens
+des Français, il ajoutait: «Nous aussi, nous
+sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous
+qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait
+faire la guerre aux musulmans? N'est-ce pas
+nous qui avons détruit les chevaliers de Malte,
+parce que ces insensés croyaient que Dieu voulait
+qu'ils fissent la guerre aux musulmans? Trois
+fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospéreront dans leur fortune et leur rang.
+Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le
+temps de nous connaître, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux
+qui s'armeront pour les Mameluks et combattront
+contre nous! Il n'y aura pas d'espérance
+pour eux; ils périront.»</p>
+
+<p>Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre
+une conquête dont les effets sur la civilisation
+et le commerce du monde sont incalculables.
+Vous porterez à l'Angleterre le coup le
+plus sûr et le plus sensible, en attendant que
+vous puissiez lui donner le coup de mort.</p>
+
+<p>«Les peuples avec lesquels nous allons vivre
+sont mahométans; leur premier article de foi est
+celui-ci: <i>Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et
+Mahomet est son prophète</i>. Ne les contredisez
+pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec
+les Juifs, avec les Italiens. Ayez des égards pour
+leurs muphtis et leurs imans, comme vous en
+avez eu pour les rabbins et pour les évêques.
+Ayez pour les cérémonies que prescrit le Koran,
+pour les mosquées, la même tolérance que vous
+avez eue pour les couvens, pour les synagogues,
+pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ.
+Les légions romaines protégeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages différens
+de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer.
+Les peuples chez lesquels nous allons entrer
+traitent les femmes autrement que nous. Souvenez-vous
+que dans tous les pays, celui qui
+viole est un lâche.</p>
+
+<p>«La première ville que nous rencontrerons a été
+bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque
+pas de grands souvenirs, dignes d'exciter l'émulation
+des Français.»</p>
+
+<p>Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour
+établir l'autorité française à Alexandrie, pour
+quitter ensuite le Delta et s'emparer du Caire, capitale
+de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil
+allait inonder les campagnes. Il voulait arriver au
+Caire avant l'inondation, et employer le temps
+qu'elle durerait, à faire son établissement. Il ordonna
+que tout demeurât dans le même état à
+Alexandrie, que les exercices religieux continuassent,
+que la justice fût rendue comme avant par
+les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits
+des Mameluks, et établir un commissaire pour
+percevoir les impôts accoutumés. Il fit former un
+divan, ou conseil municipal, composé des scheiks
+et des notables d'Alexandrie, afin de les consulter
+sur toutes les mesures que l'autorité française aurait
+à prendre. Il laissa trois mille hommes en garnison
+à Alexandrie, et en donna le commandement
+à Kléber, que sa blessure devait, pour un mois ou
+deux, condamner à l'inaction. Il chargea un jeune
+officier du plus rare mérite, et qui promettait un
+grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie
+en état de défense et d'y faire pour cela les travaux
+nécessaires. C'était le colonel Crétin, qui, à peu
+de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie
+des travaux superbes. Bonaparte donna ensuite
+des ordres pour mettre la flotte à l'abri. C'était
+une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission
+de marins fut chargée de sonder le port,
+et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte
+ordonna à Brueys de faire promptement décider la
+question, et de se rendre à Corfou, s'il était reconnu
+que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer
+dans Alexandrie.</p>
+
+<p>Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions
+pour se mettre en marche. Une flottille considérable
+chargée de vivres, d'artillerie, de munitions
+et de bagages, dut longer la côte jusqu'à
+l'embouchure de Rosette, entrer dans le Nil, et le
+remonter en même temps que l'armée française. Il
+se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée,
+qui, privée des deux garnisons laissées à Malte et
+Alexandrie, était forte de trente mille hommes à
+peu près. Il avait ordonné à sa flottille de se rendre
+à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil.
+Là il se proposait de la joindre et de remonter le
+Nil parallèlement avec elle, afin de sortir du Delta
+et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie à <i>Ramanieh</i>, il y avait deux
+routes, l'une à travers les pays habités, le long de
+la mer et du Nil, l'autre plus courte et à vol d'oiseau,
+mais à travers le désert de <i>Damanhour</i>. Bonaparte
+n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui
+importait d'arriver promptement au Caire. Desaix
+marchait avec l'avant-garde; le corps de bataille
+suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla
+le 18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent
+engagés dans cette plaine sans bornes, avec
+un sable mouvant sous les pieds, un ciel brûlant
+sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant
+pour reposer leurs yeux que de rares bouquets de
+palmiers, ne voyant d'êtres vivans que de légères
+troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et disparaissaient
+à l'horizon, et quelquefois se cachaient
+derrière des dunes de sable pour égorger les
+traînards, ils furent remplis de tristesse. Déjà le
+goût du repos leur était venu, après les longues
+et opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi
+leur général dans une contrée lointaine, parce
+que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on leur
+avait annoncé une terre promise, de laquelle ils
+reviendraient assez riches pour acheter chacun un
+champ de six arpens. Mais quand ils virent ce désert,
+le mécontentement s'en mêla, et alla même
+jusqu'au désespoir. Ils trouvaient tous les puits,
+qui de distance en distance jalonnent la route du
+désert, détruits par les Arabes. A peine y restait-il
+quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très
+insuffisante pour étancher leur soif. On leur avait
+annoncé qu'ils trouveraient à Damanhour des soulagemens;
+ils n'y rencontrèrent que de misérables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin,
+mais seulement des lentilles en assez grande abondance
+et un peu d'eau. Il fallut s'enfoncer de nouveau
+dans le désert. Bonaparte vit les braves
+Lannes et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux,
+les jeter sur le sable, les fouler aux pieds. Cependant
+il imposait à tous: sa présence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté.
+Les soldats ne voulaient pas lui imputer leurs
+maux; ils s'en prenaient à ceux qui trouvaient un
+grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans
+s'arrêter pour examiner les moindres ruines,
+ils disaient que c'était pour eux qu'on était venu,
+et s'en vengeaient par de bons mots à leur façon.
+Caffarelli surtout, brave comme un grenadier,
+curieux comme un érudit, passait à leurs yeux
+pour l'homme qui avait trompé le général, et qui
+l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il
+avait perdu une jambe sur le Rhin, ils disaient: <i>Il
+se moque de ça lui, il a un pied en France.</i> Cependant,
+après de cruelles souffrances, supportées
+d'abord avec humeur, puis avec gaieté et courage,
+on arriva sur les bords du Nil le 22 messidor (10
+juillet), après une marche de quatre jours. A la
+vue du Nil et de cette eau si désirée, les soldats
+s'y précipitèrent, et en se baignant dans ses flots
+oublièrent toutes leurs fatigues. La division Desaix,
+qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde,
+vit galoper devant elle deux ou trois centaines de
+Mameluks, qu'elle dispersa avec quelques volées
+de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus.
+Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée
+ennemie. Le brave Mourad-Bey, en effet, ayant été
+averti, réunissait toutes ses forces autour du Caire.
+En attendant leur réunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armée, afin
+d'observer sa marche.</p>
+
+<p>L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille;
+elle se reposa jusqu'au 25 messidor (13 juillet),
+et en partit le même jour pour Chébreïss.
+Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks.
+La flottille, qui était partie la première, et qui
+avait devancé l'armée, se trouva engagée avant de
+pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une
+aussi, et du rivage il joignait son feu à celui de
+ses <i>djermes</i> (vaisseaux légers égyptiens). La flottille
+française eut à soutenir un combat des plus
+rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait,
+déploya un rare courage; il fut soutenu par
+les cavaliers qui étaient arrivés démontés en Égypte,
+et qui, en attendant de s'équiper aux dépens des
+Mameluks, étaient transportés par eau. On prit
+deux chaloupes canonnières à l'ennemi, et on le
+repoussa. L'armée arriva dans cet instant; elle se
+composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité,
+au choc des chevaux, aux coups de sabre,
+il fallait opposer l'immobilité du fantassin, sa
+longue baïonnette, et des masses faisant front de
+tous côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en
+cinq carrés, au milieu desquels on plaça les bagages
+et l'état-major. L'artillerie était aux angles.
+Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes
+mille ou douze cents cavaliers intrépides, qui, se
+précipitant à grands cris et de tout le galop de
+leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis
+tirant leurs redoutables sabres, vinrent se jeter sur
+le front des carrés. Trouvant partout une haie de
+baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient autour
+des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient
+dans la plaine de toute la vitesse de
+leurs chevaux. Mourad, après avoir perdu deux
+ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira
+pour gagner le sommet du Delta, et aller nous
+attendre à la hauteur du Caire, à la tête de toutes
+ses forces.</p>
+
+<p>Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec
+ce nouveau genre d'ennemis, et pour suggérer à
+Bonaparte la tactique qu'il fallait employer avec
+eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha
+sans relâche pendant les jours suivans. Les soldats
+eurent de nouvelles souffrances à essuyer, mais
+ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous
+les soirs. La vue de l'ennemi leur avait rendu leur
+ardeur. «Ces soldats, déjà un peu dégoûtés des
+fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez
+de gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours
+admirables au feu.» Pendant les marches
+l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer
+beaucoup de respect par le courage qu'on leur
+voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la flottille,
+avaient montré à Chébreïss un courage héroïque.
+Les soldats, tout en faisant des plaisanteries,
+étaient pleins d'égards pour eux. Ne voyant pas
+paraître cette capitale du Caire, si vantée comme
+une des merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle
+n'existait pas, ou bien que ce serait comme à Damanhour,
+une réunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il
+s'était laissé déporter comme <i>un bon enfant</i>, lui
+et ses compagnons de gloire. Le soir, quand on
+s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu
+débiter les contes des Mille et une Nuits, les répétaient
+à leurs camarades, et on se promettait des
+palais magnifiques et resplendissans d'or. En attendant,
+on était toujours privé de pain, non que
+le blé manquât, on en trouvait partout au contraire;
+mais on n'avait ni moulin, ni four. On mangeait
+des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau
+exquis, connu dans les pays méridionaux sous le
+nom de <i>pastèque</i>. Les soldats l'appelaient <i>sainte
+pastèque</i>.</p>
+
+<p>On approchait du Caire, et là devait se livrer
+la bataille décisive. Mourad-Bey y avait réuni la
+plus grande partie de ses Mameluks, dix mille à
+peu près. Ils étaient suivis par un nombre double
+de fellahs, auxquels on donnait des armes, et
+qu'on obligeait de se battre derrière les retranchemens.
+Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dépendans du pacha, qui,
+malgré la lettre de Bonaparte, s'était laissé entraîner
+dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des préparatifs de défense sur les
+bords du Nil. La grande capitale du Caire se trouve
+sur la rive droite du fleuve. C'était sur la rive opposée,
+c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey
+avait placé son camp, dans une longue plaine qui
+s'étendait entre le Nil et les pyramides de Giseh,
+les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient
+ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh,
+était adossé au fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné
+quelques travaux, conçus et exécutés avec l'ignorance
+turque. C'était un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles,
+dont les pièces n'étant pas sur affût de
+campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était
+le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses
+vingt-quatre mille fellahs et janissaires, pour s'y
+battre avec l'opiniâtreté accoutumée des Turcs
+derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks,
+au nombre de dix mille cavaliers, s'étendaient dans
+la plaine entre le fleuve et les pyramides. Quelques
+mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires
+des Mameluks que pour piller et massacrer dans
+le cas d'une victoire, remplissaient l'espace entre
+les pyramides et les Mameluks. Le collègue de
+Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins
+brave que lui, se tenait de l'autre côté du Nil, avec
+un millier de Mameluks, avec ses femmes, ses
+esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et
+à se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux.
+Un nombre considérable de djermes couvraient
+le Nil, et portaient toutes les richesses des
+Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux
+beys attendaient Bonaparte.</p>
+
+<p>Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se
+mit en marche avant le jour. Elle savait qu'elle
+allait apercevoir le Caire et rencontrer l'ennemi. A
+la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche,
+au-delà du fleuve, les hauts minarets de cette
+grande capitale, et à sa droite, dans le désert, les
+gigantesques pyramides dorées par le soleil. A la
+vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie
+de curiosité et d'admiration. Le visage de Bonaparte
+était rayonnant d'enthousiasme; il se mit à
+galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant
+les pyramides: <i>Songez</i>, s'écriait-il, <i>songez
+que du haut de ces pyramides quarante siècles
+vous contemplent</i>. On s'avança d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du
+Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait
+fourmiller la multitude qui gardait Embaheh, on
+voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense.
+Bonaparte fit aussitôt ses dispositions.
+L'armée, comme à Chébreïss, était partagée en
+cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient
+la droite, vers le désert; la division Dugua formait le
+centre, les divisions Menou et Bon formaient
+la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui,
+depuis le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain
+et l'ennemi, fit ses dispositions en conséquence.
+Chaque division formait un carré; chaque
+carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies
+de grenadiers en pelotons, prêtes à renforcer
+les points d'attaque. L'artillerie était aux
+angles; les bagages et les généraux au centre. Ces
+carrés étaient mouvans. Quand ils étaient en
+marche, deux côtés marchaient sur le flanc.
+Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter
+pour faire front sur toutes les faces. Puis quand
+ils voulaient enlever une position, les premiers
+rangs devaient se détacher, pour former des colonnes
+d'attaque, et les autres devaient rester en
+arrière, formant toujours le carré, mais sur trois
+hommes de profondeur seulement, et prêts à recueillir
+les colonnes d'attaque. Telles étaient les
+dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait
+que ses impétueux soldats d'Italie, habitués à
+marcher au pas de charge, eussent de la peine à
+se résigner à cette froide et impassible immobilité
+des murailles. Il avait eu soin de les y préparer.
+Ordre était donné surtout de ne pas se hâter de
+tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'à bout pourtant.</p>
+
+<p>On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte,
+qui était dans le carré du centre, formé
+par la division Dugua, s'assura, avec une lunette,
+de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie
+du camp, n'étant pas sur affût de campagne, ne
+pourrait pas se porter dans la plaine, et que l'ennemi
+ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut
+d'appuyer avec ses divisions sur la droite, c'est-à-dire
+sur le corps des Mameluks, en circulant hors
+de la portée du canon d'Embabeh. Son intention
+était de séparer les Mameluks du camp retranché,
+de les envelopper, de les pousser dans le Nil, et
+de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait d'eux.
+Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de
+la multitude qui fourmillait dans ce camp après
+avoir détruit les Mameluks.</p>
+
+<p>Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait
+l'extrême droite, se mit le premier en marche.
+Après lui venait le carré de Régnier, puis celui de
+Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient
+autour d'Embabeh, hors de la portée du
+canon. Mourad-Bey qui, quoique sans instruction,
+était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil
+pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son
+adversaire, et résolut de charger pendant ce mouvement
+décisif. Il laissa deux mille Mameluks pour
+appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste
+sur les deux carrés de droite. Celui de Desaix, engagé
+dans les palmiers, n'était pas encore formé,
+lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il
+se forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la
+charge. C'est une masse énorme que celle de huit
+mille cavaliers galopant à la fois dans une plaine.
+Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire
+sur la division Desaix. Nos braves soldats,
+devenus aussi froids qu'ils avaient été fougueux
+jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à
+bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie
+et de mitraille. Arrêtés par le feu, ces innombrables
+cavaliers flottaient le long des rangs, et
+galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns
+des plus braves se précipitèrent sur les
+baïonnettes, puis, retournant leurs chevaux et les
+renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire
+brèche, et trente ou quarante vinrent expirer aux
+pieds de Desaix, au centre même du carré. La
+masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix
+sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie
+par le même feu, elle revint vers le point d'où elle
+était partie; mais elle trouva sur ses derrières la
+division Dugua que Bonaparte avait portée vers le
+Nil, et fut jetée dans une déroute complète. Alors
+la fuite se fit en désordre. Une partie des fuyards
+s'échappa vers notre droite, du côté des pyramides;
+une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se
+jeter dans Embabeh, où elle porta la confusion.
+Dès cet instant le trouble commença à se mettre
+dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant,
+ordonna à ses deux divisions de gauche de s'approcher
+d'Embabeh, pour s'en emparer. Bon et Menou
+s'avancèrent sur le feu des retranchemens, et arrivés
+à une certaine distance, firent halte. Les carrés
+se dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent
+en colonnes d'attaque, tandis que les autres restèrent
+en carré, figurant toujours de véritables
+citadelles. Mais au même instant les Mameluks,
+tant ceux que Mourad avait laissés à Embabeh, que
+ceux qui s'y étaient réfugiés, voulurent nous prévenir.
+Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci
+s'arrêtant sur-le-champ, et se formant en carré avec
+une merveilleuse rapidité, les reçurent avec fermeté,
+et en abattirent un grand nombre. Les uns se rejetèrent
+dans Embabeh, où le désordre devint extrême;
+les autres, fuyant dans la plaine, entre le
+Nil et notre droite, furent fusillés ou poussés dans
+le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement
+Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans
+le Nil la multitude des fellahs et des janissaires.
+Beaucoup se noyèrent; mais comme les Égyptiens
+sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre
+eux parvint à se sauver. La journée était finie.
+Les Arabes, qui étaient près des pyramides et qui
+attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans le désert.
+Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage
+tout sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim,
+qui de l'autre rive contemplait ce désastre,
+s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en Syrie.
+Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes
+qui portaient leurs richesses. Cette proie nous
+échappa, et nos soldats virent pendant toute la
+nuit des flammes dévorer un riche butin.</p>
+
+<p>Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh,
+sur les bords du Nil, où Mourad-Bey avait une superbe
+habitation. On trouva, soit à Giseh, soit à
+Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats
+purent se dédommager de leurs longues privations.
+Ils trouvèrent des vignes couvertes de magnifiques
+raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le
+champ de bataille un butin d'une autre espèce,
+c'étaient des schalls magnifiques, de belles armes,
+des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à
+deux ou trois cents pièces d'or; car les Mameluks
+portaient toutes leurs richesses avec eux.
+Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à
+recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks
+avaient été tués. Plus de mille étaient noyés
+dans le Nil. Les soldats se mirent à les pêcher pour
+les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore
+à ce genre de recherche.</p>
+
+<p>La bataille nous avait à peine coûté une centaine
+de morts ou blessés; car si la défaite est
+terrible pour des carrés enfoncés, la perte est
+nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks
+avaient perdu leurs meilleurs cavaliers par le feu
+ou par les flots. Leurs forces étaient dispersées,
+et la possession du Caire nous était assurée. Cette
+capitale était dans un désordre extraordinaire.
+Elle renferme plus de trois cent mille habitans, et
+elle est remplie d'une populace féroce et abrutie,
+qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter
+du tumulte pour piller les riches palais des beys.
+Malheureusement la flottille française n'avait pas
+encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession
+du Caire. Quelques négocians français, qui s'y
+trouvaient furent envoyés à Bonaparte par les
+scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville.
+Il se procura quelques djermes pour envoyer un
+détachement qui rétablît la tranquillité et mît les
+personnes et les propriétés à l'abri des fureurs de la
+populace. Il entra le surlendemain dans le Caire,
+et alla prendre possession du palais de Mourad-Bey.</p>
+
+<p>A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta
+d'employer la politique qu'il avait déjà suivie à
+Alexandrie, et qui devait lui attacher le pays. Il
+visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer
+le rétablissement de la domination arabe,
+leur promit la conservation de leur culte et de leurs
+coutumes, et réussit complètement à les gagner
+par un mélange de caresses adroites et de paroles
+imposantes, empreintes d'une grandeur orientale.
+L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la mosquée
+de Jemil-Azar une déclaration en faveur des
+Français. C'était comme un bref du pape chez les
+chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce qu'il avait
+d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands
+scheiks firent la déclaration désirée, et engagèrent
+les Égyptiens à se soumettre à l'envoyé de Dieu,
+qui respectait le prophète, et qui venait venger
+ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte
+établit au Caire un divan, comme il avait fait à
+Alexandrie, composé des principaux scheiks et des
+plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens,
+en les consultant, et à s'instruire par eux
+de tous les détails de l'administration intérieure. Il
+fut convenu que dans toutes les provinces il en
+serait établi de pareils, et que ces divans particuliers
+enverraient des députés au divan du Caire,
+qui serait ainsi le grand divan national.</p>
+
+<p>Bonaparte résolut de laisser exercer la justice
+par les cadis. Dans son projet de succéder aux
+droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés, et
+fit continuer au profit de l'armée française la perception
+des droits précédemment établis. Pour cela
+il fallait avoir les Cophtes à sa disposition. Il ne
+négligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir
+des généraux avec des détachemens, pour redescendre
+le Nil, et aller achever l'occupation du
+Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya
+vers le Nil supérieur pour prendre possession de
+l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé avec sa division
+à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire
+la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du
+Nil baisseraient avec l'automne. Chacun des généraux,
+muni d'instructions détaillées, devait répéter
+dans tout le pays ce qui avait été fait à
+Alexandrie et au Caire. Ils devaient s'entourer des
+scheiks, capter les Cophtes, et établir la perception
+des impôts pour fournir aux besoins de
+l'armée.</p>
+
+<p>Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de
+la santé des soldats. L'Égypte commençait à leur
+plaire: ils y trouvaient le repos, l'abondance, un
+climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel
+de plaisanteries. Mais, devinant l'intention
+du général avec leur sagacité accoutumée, ils
+jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient
+avec lui du rôle que la politique les obligeait à
+jouer. Bonaparte fit construire des fours pour qu'ils
+eussent du pain. Il les logea dans les bonnes habitations
+des Mameluks, et leur recommanda surtout
+de respecter les femmes. Ils avaient trouvé en
+Égypte des ânes superbes et en grand nombre.
+C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter
+dans les environs et de galoper sur ces animaux à
+travers les campagnes. Leur vivacité causa quelques
+accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie
+était montée sur les plus beaux chevaux du
+monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes enlevés
+aux Mameluks.</p>
+
+<p>Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations
+avec les contrées voisines, afin de conserver
+et de s'approprier le riche commerce de l'Égypte.
+Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier
+choisi annuellement au Caire, pour protéger la
+grande caravane de la Mecque. Il écrivit à tous les
+consuls français sur la côte de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et
+que les caravanes pouvaient partir. Il fît écrire par
+les scheiks au shérif de la Mecque, que les pèlerins
+seraient protégés, et que les caravanes trouveraient
+sûreté et protection. Le pacha du Caire
+avait suivi Ibrahim-Bey à Belbeys. Bonaparte lui
+écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de Saint-Jean-d'Acre
+et de Damas, pour les assurer des bonnes
+dispositions des Français envers la Sublime-Porte.
+Ces dernières précautions étaient malheureusement
+inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Français, qui venaient
+envahir une des plus riches provinces de
+leur souverain, fussent réellement ses amis.</p>
+
+<p>Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune
+conquérant. Ils ne comprenaient pas qu'un mortel
+qui lançait la foudre fût aussi clément. Ils l'appelaient
+le digne enfant du prophète, le favori du
+grand <i>Allah</i>; ils avaient chanté dans la grande
+mosquée la litanie suivante:</p>
+
+<p>«Le grand <i>Allah</i> n'est plus irrité contre nous!
+Il a oublié nos fautes, assez punies par la longue
+oppression des Mameluks! Chantons les miséricordes
+du grand <i>Allah</i>!</p>
+
+<p>«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la
+mer et de la fureur de ses ennemis <i>le Favori de
+la victoire</i>? Quel est celui qui a conduit sains et
+saufs sur les rives du Nil <i>les braves de l'Occident</i>?</p>
+
+<p>«C'est le grand <i>Allah</i>, le grand <i>Allah</i>, qui n'est
+plus irrité contre nous. Chantons les miséricordes
+du grand <i>Allah</i>!</p>
+
+<p>«Les beys mameluks avaient mis leur confiance
+dans leurs chevaux; les beys mameluks avaient
+rangé leur infanterie en bataille.</p>
+
+<p>«Mais <i>le Favori de la victoire</i>, à la tête <i>des
+braves de l'Occident</i>, a détruit l'infanterie et les
+chevaux des Mameluks.</p>
+
+<p>«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin
+du Nil sont dissipées par les rayons du soleil,
+de même l'armée des Mameluks a été dissipée
+par <i>les braves de l'Occident</i>, parce que le grand
+<i>Allah</i> est actuellement irrité contre les Mameluks,
+parce que <i>les braves de l'Occident</i> sont la
+prunelle droite du grand <i>Allah</i>.»</p>
+
+<p>Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans
+les moeurs des Arabes, prendre part à leurs fêtes.
+Il assista à celle du Nil qui est une des plus grandes
+d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée:
+aussi est-il en grande vénération chez les habitans,
+et il est l'objet d'une espèce de culte. Pendant
+l'inondation, il s'introduit au Caire par un grand
+canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal,
+jusqu'à ce qu'il soit parvenu à une certaine hauteur;
+alors on la coupe; et le jour destiné à cette
+opération est un jour de réjouissance. On déclare
+la hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et
+quand on espère une grande inondation, la joie est
+générale, car c'est un présage d'abondance. C'est
+le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête
+se célèbre. Bonaparte avait fait prendre les armes
+à toute l'armée, et l'avait rangée sur les bords du
+canal. Un peuple immense était accouru, et voyait
+avec joie <i>les braves de l'Occident</i> assister à ses
+réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major,
+accompagnait les principales autorités du
+pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à laquelle
+était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq
+pieds, ce qui causa une grande joie. On travailla
+ensuite à couper la digue. Toute l'artillerie française
+retentit à la fois au moment où les eaux du
+fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule
+de barques s'élancèrent dans le canal pour obtenir
+le prix destiné à celle qui parviendrait à y entrer la
+première. Bonaparte donna le prix lui-même. Une
+foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les
+eaux du Nil, attachant à ce bain des propriétés
+bienfaisantes. Des femmes y jetaient des cheveux
+et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer
+la ville, et la journée s'acheva dans les festins.
+La fête du prophète ne fut pas célébrée avec
+moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande
+mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées
+comme les scheiks, dit avec eux les litanies
+du prophète, en balançant le haut de son corps et
+agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa
+piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand
+scheik, élu dans la journée.</p>
+
+<p>C'est par tous ces moyens que le jeune général,
+aussi profond politique que grand capitaine, parvenait
+à s'attacher l'esprit du pays. Tandis qu'il en
+flattait momentanément les préjugés, il travaillait
+à y répandre un jour la science, par la création du
+célèbre Institut d'Égypte. Il réunit les savans et les
+artistes qu'il avait amenés, et les associant à quelques-uns
+de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus,
+et l'un des plus vastes palais du Caire. Les
+uns devaient s'occuper à faire une description
+exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée;
+les autres devaient en étudier les ruines,
+et fournir de nouvelles lumières à l'histoire; les
+autres devaient en étudier les productions, faire
+les observations utiles à la physique, à l'astronomie,
+à l'histoire naturelle; les autres enfin devaient
+s'occuper à rechercher les améliorations
+qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans
+par des machines, des canaux, des travaux sur le
+Nil, des procédés adaptés à ce sol si singulier et si
+différent de l'Europe. Si la fortune devait nous enlever
+un jour cette belle contrée, du moins elle ne
+pouvait nous enlever les conquêtes que la science
+y allait faire; un monument se préparait qui devait
+honorer le génie et la constance de nos savans,
+autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos
+soldats.</p>
+
+<p>Monge fut le premier qui obtint la présidence.
+Bonaparte ne fut que le second. Il proposa les
+questions suivantes: rechercher la meilleure construction
+des moulins à eau et à vent; remplacer
+le houblon qui manque en Égypte, dans la fabrication
+de la bière; déterminer les lieux propres à
+la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen
+pour procurer de l'eau à la citadelle du Caire;
+creuser des puits dans les différens endroits du
+désert; chercher le moyen de clarifier et de rafraîchir
+l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser
+les décombres dont la ville du Caire était embarrassée,
+ainsi que toutes les anciennes villes
+d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour
+la fabrication de la poudre en Égypte. On peut
+juger par ces questions de la tournure d'esprit du
+général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs,
+les savans, se répandirent dans toutes les
+provinces pour commencer la description et la
+carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie
+naissante et la manière dont le fondateur en
+dirigeait les travaux.</p>
+
+<p>La conquête des provinces de la Basse et
+Moyenne-Égypte s'était faite sans peine, et n'avait
+coûté que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie. Desaix attendait l'automne
+pour enlever la Haute-Égypte à Mourad-Bey,
+qui s'y était retiré avec les débris de son armée.</p>
+
+<p>Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger
+à Bonaparte le plus redoutable de tous les
+revers. En quittant Alexandrie, il avait fortement
+recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre
+à l'abri des Anglais, soit en la faisant entrer dans
+Alexandrie, soit en la dirigeant sur Corfou; mais
+surtout de ne pas rester dans la rade d'Aboukir,
+car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile,
+que de le recevoir à l'ancre. Une vive discussion
+s'était élevée sur la question de savoir si on pouvait
+faire entrer dans le port d'Alexandrie les vaisseaux
+de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de
+doute pour les autres; mais pour les deux de 80 et
+pour celui de 120, il fallait un allégement qui leur
+fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était nécessaire
+de les désarmer ou de construire des demi-chameaux.
+L'amiral Brueys ne voulut pas faire entrer
+son escadre dans le port à cette condition. Il
+pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour
+ses trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait
+jamais sortir du port en présence de l'ennemi, et
+qu'il pourrait ainsi être bloqué par une escadre très-inférieure
+en force; il se décida à partir pour Corfou.
+Mais étant fort attaché au général Bonaparte,
+il ne voulait pas mettre à la voile sans avoir des
+nouvelles de son entrée au Caire et de son établissement
+en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à
+faire sonder les passes d'Alexandrie, soit à attendre
+des nouvelles du Caire, le perdit, et amena un des
+plus funestes événemens de la révolution et l'un
+de ceux qui, à cette époque, ont le plus influé sur
+les destinées du monde.</p>
+
+<p>L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir.
+Cette rade est un demi-cercle très-régulier.
+Nos treize vaisseaux formaient une ligne demi-circulaire
+parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer
+sa ligne d'embossage, l'avait appuyée d'un côté
+vers une petite île, nommée l'îlot d'Aboukir. Il ne
+supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre cet
+îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et,
+dans cette croyance il s'était contenté d'y placer
+une batterie de douze, seulement pour empêcher
+l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses
+plus mauvais vaisseaux. Il craignait davantage
+pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De ce
+côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre
+le rivage et sa ligne d'embossage; aussi y avait-il
+mis ses vaisseaux les plus forts et les mieux commandés.
+De plus, il était rassuré par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne étant au
+midi, et le vent venant du nord, l'ennemi qui voudrait
+attaquer par ce côté aurait le vent contraire,
+et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec
+un pareil désavantage.</p>
+
+<p>Dans cette situation, protégé de sa gauche par
+un îlot, qu'il croyait suffisant pour fermer la rade,
+et vers sa droite par ses meilleurs vaisseaux et par
+le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui devaient
+décider son départ.</p>
+
+<p>Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après
+être retourné dans l'Adriatique, à Naples, en Sicile,
+avait obtenu enfin la certitude du débarquement
+des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt
+cette direction, afin de joindre leur escadre et de
+la combattre. Il envoya une frégate pour la chercher
+et reconnaître sa position. Cette frégate l'ayant
+trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout
+à l'aise notre ligne d'embossage. Si l'amiral, qui
+avait dans le port d'Alexandrie une multitude de
+frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution
+d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait
+pu tenir les Anglais toujours éloignés, les empêcher
+d'observer sa ligne, et être averti de leur approche.
+Malheureusement il n'en fit rien. La frégate
+anglaise, après avoir achevé sa reconnaissance,
+retourna vers Nelson, qui, étant informé de tous
+les détails de notre position, manoeuvra aussitôt
+vers Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août),
+vers les six heures du soir. L'amiral Brueys était
+à dîner; il fit aussitôt donner le signal du combat.
+Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que
+le branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et
+qu'une partie des équipages était à terre. L'amiral
+envoya des officiers pour faire rembarquer les matelots
+et pour réunir une partie de ceux qui étaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât
+l'attaquer le soir même, et il croyait avoir le temps
+de recevoir les renforts qu'il venait de demander.</p>
+
+<p>Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de
+tenter une manoeuvre audacieuse, de laquelle il
+espérait le succès de la bataille. Il voulait aborder
+notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot
+d'Aboukir, passer entre cet îlot et notre escadre,
+malgré les dangers des bas-fonds, et se placer ainsi
+entre le rivage et notre ligne d'embossage. Cette
+manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais
+n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal
+des deux côtés, c'est-à-dire de treize vaisseaux de
+haut-bord. Nelson attaqua vers huit heures du
+soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. <i>Le
+Culloden</i>, en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir
+et notre ligne, échoua sur un bas-fonds. <i>Le Goliath</i>
+qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais poussé par le vent, il dépassa notre premier
+vaisseau, et ne put s'arrêter qu'à la hauteur du
+troisième. Les vaisseaux anglais <i>le Zélé</i>, <i>l'Audacieux</i>,
+<i>le Thésée</i>, <i>l'Orion</i>, suivirent le mouvement,
+et réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage.
+Ils s'avancèrent jusqu'au <i>Tonnant</i>, qui était le
+huitième, et engagèrent ainsi notre gauche et notre
+centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par le
+dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux.
+Comme on ne s'attendait pas dans l'escadre française
+à être attaqué dans ce sens, les batteries du
+côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et
+nos deux premiers vaisseaux ne purent faire feu
+que d'un côté; aussi l'un fut-il désemparé, et l'autre
+démâté. Mais au centre où était <i>l'Orient</i>, vaisseau
+amiral, le feu fut terrible. <i>Le Bellérophon</i>, l'un
+des principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé,
+démâté, et obligé d'amener. D'autres vaisseaux
+anglais, horriblement maltraités, furent obligés
+de s'éloigner du champ de bataille. L'amiral
+Brueys n'avait reçu qu'une partie de ses matelots;
+cependant il se soutenait avec avantage; il espérait
+même, malgré le succès de la manoeuvre de
+Nelson, remporter la victoire, si les ordres qu'il
+donnait en ce moment à sa droite étaient exécutés.
+Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec
+la gauche et le centre; notre droite, composée de
+nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait aucun ennemi
+devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal
+de mettre à la voile, et de se rabattre extérieurement
+sur la ligne de bataille; cette manoeuvre réussissant,
+les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient été pris entre deux feux;
+mais les signaux ne furent pas aperçus. Dans un
+cas pareil, un lieutenant ne doit pas hésiter à courir
+au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu,
+demeura immobile, attendant toujours des ordres.
+Notre gauche et notre centre restèrent donc placés
+entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient
+glorieusement l'honneur du pavillon. Nous
+avions perdu deux vaisseaux, les Anglais aussi en
+avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre
+démâté; notre feu était supérieur. L'infortuné
+Brueys fut blessé, il ne voulut pas quitter le pont
+de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir
+en donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son
+banc de quart. Vers onze heures, le feu prit au
+magnifique vaisseau <i>l'Orient</i>. Il sauta en l'air. Cette
+épouvantable explosion suspendit pour quelque
+temps cette lutte acharnée. Sans se laisser abattre,
+nos cinq vaisseaux engagés, <i>le Franklin</i>, <i>le Tonnant</i>,
+<i>le Peuple-Souverain</i>, <i>le Spartiate</i>, <i>l'Aquilon</i>,
+soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps
+encore pour notre droite de lever l'ancre, et de
+venir à leur secours. Nelson tremblait que cette
+manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve
+mit enfin à la voile, mais pour se retirer,
+et pour sauver son aile qu'il ne croyait pas pouvoir
+exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses
+vaisseaux se jetèrent à la côte; il se sauva avec les
+deux autres et deux frégates, et fit voile vers Malte.
+Le combat avait duré plus de quinze heures. Tous
+les équipages attaqués avaient fait des prodiges
+de valeur. Le brave capitaine <i>Du Petit-Thouars</i>
+avait deux membres emportés; il se fit apporter
+du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme
+Brueys, attendit d'être emporté par un boulet de
+canon. Toute notre escadre, excepté les vaisseaux
+et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut
+détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas
+poursuivre les vaisseaux en fuite.</p>
+
+<p>Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir,
+la plus désastreuse que la marine française eût
+encore soutenue, et celle dont les conséquences
+militaires devaient être les plus funestes. La flotte
+qui avait porté les Français en Égypte, qui pouvait
+les secourir ou les recruter, qui devait seconder
+leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en
+avaient à exécuter, qui devait imposer à la Porte,
+la forcer à se payer de mauvaises raisons, et l'obliger
+à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui devait
+enfin, en cas de revers, ramener les Français dans
+leur patrie, cette flotte était détruite. Les vaisseaux
+des Français étaient brûlés, mais ils ne les avaient
+pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien différent
+pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula
+rapidement en Égypte, et causa un instant de
+désespoir à l'armée. Bonaparte reçut cette nouvelle
+avec un calme impassible. «Eh bien! dit-il, il faut
+mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.»
+Il écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de
+plus grandes choses que nous n'en voulions faire.
+Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de
+Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit
+Kléber, il faut faire de grandes choses; <i>je
+prépare mes facultés</i>.» Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral.
+Bonaparte chercha à distraire ses soldats par différentes
+expéditions, et leur fit bientôt oublier ce
+désastre. A la fête de la fondation de la république,
+célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter
+leur imagination, et fit graver sur la colonne
+de Pompée le nom des quarante premiers soldats
+morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient
+succombé en attaquant Alexandrie. Ces quarante
+noms, sortis des villages de France, étaient ainsi
+associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre.
+Il adressa à son armée cette singulière et grande
+allocution, où était retracée sa merveilleuse histoire:</p>
+
+<blockquote><p>
+SOLDATS!</p>
+
+<p>«Nous célébrons le premier jour de l'an VII de
+la république.</p>
+
+<p>«Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français
+était menacée; mais vous prîtes Toulon, ce
+fut le présage de la ruine de vos ennemis.</p>
+
+<p>«Un an après, vous battiez les Autrichiens à
+Dego.</p>
+
+<p>«L'année suivante, vous étiez sur le sommet des
+Alpes.</p>
+
+<p>«Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans,
+et vous remportiez la célèbre victoire de Saint-Georges.</p>
+
+<p>«L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave
+et de l'Izonzo, de retour de l'Allemagne.</p>
+
+<p>«Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui
+sur les bords du Nil, au centre de l'ancien continent?</p>
+
+<p>«Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le
+commerce, jusqu'au hideux et féroce Bédouin,
+vous fixez les regards du monde.</p>
+
+<p>«Soldats, votre destinée est belle, parce que
+vous êtes dignes de ce que vous avez fait, et de
+l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez avec
+honneur comme les braves, dont les noms sont
+inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez
+dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration
+de tous les peuples.</p>
+
+<p>«Depuis cinq mois que nous sommes éloignés
+de l'Europe, nous avons été l'objet perpétuel des
+sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour,
+quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des
+gouvernemens représentatifs, quarante millions
+de citoyens pensent à vous; tous disent: C'est à
+leurs travaux, à leur sang que nous devons la
+paix générale, le repos, la prospérité du commerce
+et les bienfaits de la liberté civile.»
+</p></blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIV.</h3>
+
+<p>EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE
+LA BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.&mdash;DÉCLARATION DE GUERRE DE LA
+PORTE.&mdash;EFFORTS DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE
+COALITION.&mdash;CONFÉRENCES AVEC L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS
+DE RASTADT.&mdash;NOUVELLES COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN
+SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES. CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION
+CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE A CE SUJET.&mdash;
+SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE DANS
+LES CONSEILS.&mdash;DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA CONSCRIPTION.
+&mdash;FINANCES DE L'AN VII.&mdash;REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION
+DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.&mdash;CONQUÊTE DU
+ROYAUME DE NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.&mdash;ABDICATION DU
+ROI DE PIÉMONT.</p>
+
+
+<p>L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe
+longtemps encore après le départ de notre
+flotte. La prise de Malte commença à fixer les conjectures.
+Cette place réputée imprenable et enlevée
+en passant, jeta sur les argonautes français un éclat
+extraordinaire. Le débarquement en Égypte, l'occupation
+d'Alexandrie, la bataille des Pyramides,
+frappèrent toutes les imaginations en France et en
+Europe. Le nom de Bonaparte, qui avait paru si
+grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet
+plus singulier et plus étonnant encore arrivant des
+contrées lointaines de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte
+étaient le sujet de toutes les conversations.
+Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait,
+disait-on, traverser la Syrie et l'Arabie, et se jeter
+sur Constantinople ou sur l'Inde.</p>
+
+<p>La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas
+détruire le prestige de l'entreprise, mais réveiller
+toutes les espérances des ennemis de la France, et
+hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui
+était extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale,
+et qui n'attendait que le moment favorable
+pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues.
+Le Grand-Seigneur n'était pas fâché de voir punir
+les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Égypte.
+M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre
+auprès du divan pour lui faire agréer des satisfactions,
+n'était point parti. Les agens de l'Angleterre
+eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte
+que l'ambition de la France était insatiable; qu'après
+avoir troublé l'Europe, elle voulait bouleverser
+l'Orient, et qu'au mépris d'une antique alliance,
+elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le
+divan n'auraient pas suffi pour le décider, si la belle
+flotte de Brueys avait pu venir canonner les Dardanelles;
+mais la bataille d'Aboukir priva les Français
+de tout leur ascendant dans le Levant, et donna
+à l'Angleterre une prépondérance décidée. La Porte
+déclara solennellement la guerre à la France<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>, et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se
+brouilla avec son amie naturelle, et se lia avec ses
+ennemis les plus redoutables, la Russie et l'Angleterre.
+Le sultan ordonna la réunion d'une armée,
+pour aller reconquérir l'Égypte. Cette circonstance
+rendait singulièrement difficile la position des Français.
+Séparés de la France, et privés de tout secours
+par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient
+exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les
+bordes de l'Orient. Ils n'étaient que trente mille
+environ pour lutter contre tant de périls.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> 18 fructidor an VI (4 septembre).</blockquote>
+
+<p>Nelson victorieux vint à Naples radouber
+son escadre abîmée, et recevoir les honneurs du
+triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de
+Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir
+aucun secours à nos ennemis, tous les ports
+et les chantiers de la Sicile furent ouverts à Nelson.
+Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires.
+Le roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée
+du port, et l'appelèrent le héros libérateur de
+la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe
+de Nelson devait être le signal du réveil général,
+que les puissances devaient profiter du moment où
+la plus redoutable armée de la France, et son plus
+grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour
+marcher contre elle, et refouler dans son sein ses
+soldats et ses principes. Les suggestions furent extrêmement
+actives auprès de toutes les cours. On
+écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller
+leur haine jusqu'ici déguisée. C'était le moment,
+disait-on, de seconder la cour de Naples, de se liguer
+contre l'ennemi commun, de se soulever tous
+à la fois sur les derrières des Français, et de les
+égorger d'un bout à l'autre de la Péninsule. On dit
+à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où
+les puissances italiennes prendraient les Français
+par derrière, pour les attaquer par devant, et leur
+enlever l'Italie. La chose devait être facile, car
+Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur
+l'Adige. On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une
+partie de ses états, et réduit à céder la rive gauche
+du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa neutralité;
+enfin on employa auprès de Paul Ier les
+moyens qui pouvaient agir sur son esprit malade,
+et le décider à fournir les secours si long-temps et
+si vainement promis par Catherine.</p>
+
+<p>Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être
+bien accueillies auprès de toutes les cours; mais
+toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les plus
+voisines de la France étaient les plus irritées et les
+plus disposées à refouler la révolution; mais par
+cela seul qu'elles étaient plus rapprochées du colosse
+républicain, elles étaient condamnées aussi à
+plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en
+lutte avec lui. La Russie, la plus éloignée de la
+France, la moins exposée à ses vengeances, soit
+par son éloignement, soit par l'état moral de ses
+peuples, était la plus facile à décider. Catherine,
+dont la politique habile avait tendu toujours à compliquer
+la situation de l'Occident, soit pour avoir
+le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps
+de faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine
+n'avait pas emporté sa politique avec elle. Cette
+politique est innée dans le cabinet russe; elle vient
+de sa position même: elle peut changer de procédés
+ou de moyens, suivant que le souverain est
+astucieux ou violent; mais elle tend toujours au
+même but, par un penchant irrésistible. L'habile
+Catherine s'était contentée de donner des espérances
+et des secours aux émigrés; elle avait prêché
+la croisade sans envoyer un soldat. Son successeur
+allait suivre le même but, mais avec son
+caractère. Ce prince violent et presque insensé,
+mais du reste assez généreux, avait d'abord paru
+s'écarter de la politique de Catherine, et refusé
+d'exécuter le traité d'alliance conclu avec l'Angleterre
+et l'Autriche; mais après cette déviation d'un
+moment, il était bientôt revenu à la politique de
+son cabinet. On le vit donner asile au prétendant,
+et prendre les émigrés à sa solde, après le traité de
+Campo-Formio. On lui persuada qu'il devait se
+faire le chef de la noblesse européenne menacée
+par les démagogues. La démarche de l'ordre de
+Malte, qui le prit pour son protecteur, contribua
+à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui
+proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes
+russes. Il offrit sa protection à l'Empire, et voulut
+se porter garant de son intégrité. La prise de Malte
+le remplit de colère, et il offrit la coopération de
+ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait
+donc à Saint-Pétersbourg comme à Constantinople,
+et elle allait faire marcher d'accord des
+ennemis jusque-là irréconciliables.</p>
+
+<p>Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse
+se trouvait trop bien de sa neutralité et de l'épuisement
+de l'Autriche pour vouloir intervenir dans
+la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement
+à ses frontières du côté de la Hollande et de la
+France, pour empêcher la contagion révolutionnaire.
+Elle avait rangé ses armées de manière à
+former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire,
+qui avait appris à ses dépens à connaître la puissance
+de la France, et qui était exposé à devenir
+toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix.
+Les princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient
+aussi, parce qu'ils étaient assurés de trouver des
+indemnités sur la rive droite; les princes ecclésiastiques
+seuls, menacés de la sécularisation, désiraient
+la guerre. Les puissances italiennes du Piémont
+et de la Toscane ne demandaient pas mieux
+qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la république française. Elles attendaient
+que Naples ou l'Autriche leur donnât le
+signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la
+mieux disposée des cours formant la coalition monarchique,
+elle hésitait cependant avec sa lenteur
+ordinaire à prendre un parti, et surtout elle craignait
+pour ses peuples déjà très épuisés par la
+guerre. La France lui avait opposé deux républiques
+nouvelles, la Suisse et Rome, l'une sur ses
+flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle
+aurait passé par-dessus ces nouveaux envahissemens
+de la coalition républicaine, si on l'avait dédommagée
+par quelques conquêtes. C'est pour ce
+but qu'elle avait proposé des conférences à Selz.
+Ces conférences devaient avoir lieu dans l'été de
+1798, non loin du congrès de Rastadt, et concurremment
+avec ce congrès. De leur résultat dépendaient
+la détermination de l'Autriche et le succès
+des efforts tentés pour former une nouvelle coalition.</p>
+
+<p>François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi
+par la France. C'est pour ce motif qu'on avait désigné
+la petite ville de Selz, à cause de sa situation
+sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais
+sur la rive gauche. Cette dernière condition était
+nécessaire, parce que la constitution défendait au
+directeur sortant de s'éloigner de France avant un
+délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par
+l'Autriche. Dès les premiers momens on put voir
+les dispositions de cette puissance. Elle voulait
+être dédommagée, par des extensions de territoire,
+des conquêtes que le système républicain avait
+faites en Suisse et en Italie. La France voulait avant
+tout qu'on s'entendît sur les événemens de Vienne,
+et que des satisfactions fussent accordées pour
+l'insulte faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait
+de s'expliquer sur ce point, et ajournait toujours
+cette partie de la négociation. Le négociateur français
+y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre
+de se contenter de la moindre satisfaction. La
+France aurait voulu que le ministre Thugut, disgracié
+en apparence, le fût réellement, et qu'une
+simple démarche, la plus insignifiante du monde,
+fût faite auprès de Bernadotte, pour réparer l'outrage
+qu'il avait reçu. M. de Cobentzel se contenta
+de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était
+passé à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction,
+et il continua d'insister sur les extensions
+de territoire qu'il réclamait. Il était clair que les
+satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées
+qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues.
+L'Autriche disait que l'institution des deux
+républiques romaine et helvétique, et l'influence
+évidente exercée sur les républiques cisalpine,
+ligurienne et batave, étaient des violations du
+traité de Campo-Formio, et une altération dangereuse
+de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordât des dédommagemens,
+si elle voulait qu'on lui pardonnât ses dernières
+usurpations; et pour dédommagement, le négociateur
+autrichien demandait de nouvelles provinces
+en Italie. Il voulait que la ligne de l'Adige
+fût portée plus loin, et que les possessions autrichiennes
+s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô,
+c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une
+grande moitié de la république cisalpine. M. de
+Cobentzel proposait de dédommager la république
+cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus
+de ce royaume aurait été donné à l'archiduc de
+Toscane; et le roi de Piémont aurait reçu en dédommagement
+les états de l'Église. Ainsi, au prix
+d'un agrandissement pour lui en Lombardie, et
+pour sa famille en Toscane, l'empereur aurait
+sanctionné l'institution de la république helvétique,
+le renversement du pape et le démembrement
+de la monarchie du Piémont. La France ne pouvait
+consentir à ces propositions par une foule de raisons.
+D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine
+à peine formée, et replacer sous le joug autrichien
+des provinces qu'elle avait affranchies, et
+auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté;
+enfin elle avait, l'année précédente, conclu un
+traité avec le roi de Piémont, par lequel elle lui
+garantissait ses états. Cette garantie était surtout
+stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait
+donc pas sacrifier le Piémont. Aussi François (de
+Neufchâteau) ne put-il adhérer aux propositions
+de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour
+l'événement de Vienne. M. de Degelmann, qui devait
+être envoyé à Paris comme ambassadeur, n'y
+vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient
+de correspondre par leurs ministres au
+congrès de Rastadt. Cette séparation fut généralement
+prise pour une espèce de rupture.</p>
+
+<p>Les résolutions de l'Autriche furent évidemment
+fixées dès cet instant; mais avant de recommencer
+les hostilités avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de
+l'Europe. M. de Cobentzel partit pour Berlin, et
+dut se rendre de Berlin à Saint-Pétersbourg. Le
+but de ces courses était de contribuer avec l'Angleterre
+à former la nouvelle coalition. L'empereur
+de Russie avait envoyé à Berlin l'un des plus importans
+personnages de son empire, le prince
+Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts
+à ceux du prince Repnin et de la légation anglaise,
+pour entraîner le jeune roi.</p>
+
+<p>La France, de son côté, avait envoyé l'un de
+ses plus illustres citoyens à Berlin; c'était Sièyes.
+La réputation de Sièyes avait été immense avant le
+règne de la convention. Elle s'était évanouie sous
+le niveau du comité de salut public. On la vit renaître
+tout à coup, lorsque les existences purent
+recommencer leurs progrès naturels; et le nom de
+Sièyes était redevenu le plus grand nom de France,
+après celui de Bonaparte; car en France, une réputation
+de profondeur est ce qui produit le plus
+d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes
+était donc l'un des deux grands personnages du
+temps. Toujours boudant et frondant le gouvernement,
+non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il
+n'avait pas faite, il ne laissait pas que d'être importun.
+On eut l'idée de lui donner une ambassade.
+C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et
+surtout de lui fournir des moyens d'existence. La
+révolution les lui avait enlevés tous, en abolissant
+les bénéfices ecclésiastiques. Une grande ambassade
+permettait de les lui rendre. La plus grande
+était celle de Berlin, car on n'avait d'envoyés ni
+en Autriche, ni en Russie, ni en Angleterre. Berlin
+était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires,
+était cependant un observateur fin et sûr. De plus,
+sa grande renommée le rendait particulièrement
+propre à représenter la France, surtout auprès de
+l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout
+autre pays.</p>
+
+<p>Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états
+un révolutionnaire si célèbre; cependant il n'osa
+pas le refuser. Sièyes se comporta avec mesure et
+dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyés à l'étranger, il
+était observé avec soin, et pour ainsi dire séquestré.
+Les Allemands étaient fort curieux de le voir, mais
+ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin
+était nulle. C'était le sentiment de ses intérêts qui
+seul inspirait le roi de Prusse contre les instances
+de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.</p>
+
+<p>Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider
+le roi de Prusse, la cour de Naples, pleine de joie et
+de témérité depuis la victoire de Nelson, faisait des
+préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont.
+La France, par une espèce de complaisance, lui
+avait laissé occuper le duché de Bénévent. Mais
+cette concession ne l'avait point calmée. Elle se
+flattait de gagner à la prochaine guerre une moitié
+des états du pape.</p>
+
+<p>Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec
+succès pour la France. Treilhard, devenu directeur,
+et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient été remplacés
+au congrès par Jean Debry et Roberjot.
+Après avoir obtenu la ligne du Rhin, il restait à
+résoudre une foule de questions militaires, politiques,
+commerciales. Notre députation était devenue
+extrêmement exigeante, et demandait beaucoup
+plus qu'elle n'avait droit d'obtenir. Elle voulait
+d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était un article
+important, surtout sous le rapport militaire. Elle
+voulait ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis
+Strasbourg; Cassel et son territoire, vis-à-vis
+Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante
+arpens de terrain nous fussent accordés en face
+de l'ancien pont de Huningue, et que l'importante
+forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de
+tous les fleuves d'Allemagne aboutissant au Rhin,
+fût libre, que tous les droits de péage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux
+rives, soumises à un même droit de douane; que
+les chemins de halage fussent conservés, et entretenus
+par les riverains. Elle demandait enfin une
+dernière condition fort importante, c'est que les
+dettes des pays de la rive gauche cédés à la France
+fussent transportées sur les pays de la rive droite,
+destinés à être donnés en indemnité.</p>
+
+<p>La députation de l'Empire répondit avec raison
+que la ligne du Rhin devait présenter une sûreté
+égale aux deux nations; que c'était la raison d'une
+sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour
+faire accorder cette ligne à la France; mais que
+cette sûreté n'existerait plus pour l'Allemagne, si
+la France gardait tous les points offensifs, soit en
+se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl,
+et cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation
+de l'Empire ne voulut donc pas admettre
+les demandes de la France, et proposa pour véritable
+ligne du partage, le <i>thalweg</i>, c'est-à-dire le
+milieu du principal bras navigable. Toutes les îles
+qui étaient à droite de cette ligne devaient appartenir
+à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à
+gauche devaient appartenir à la France. De cette
+manière, on plaçait entre les deux peuples le
+véritable obstacle qui fait d'un fleuve une ligne
+militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable.
+Par suite de ce principe, la députation demandait
+la démolition de Cassel et de Kehl, et
+refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue.
+Elle ne voulait pas que la France conservât aucun
+point offensif, lorsque l'Allemagne les perdait
+tous. Elle refusait avec moins de raison la
+démolition d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible
+avec la sûreté de la ville de Coblentz. Elle
+accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'étendue de son cours, et
+voulait que la France obligeât la république batave
+à reconnaître cette liberté. Quant à la libre navigation
+des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet
+article dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait
+chaque état individuellement. Elle accordait
+le chemin de halage. Elle voulait que tout ce
+qui était relatif aux péages et à leur abolition fût
+renvoyé à un traité de commerce. Elle voulait enfin,
+relativement aux pays de la rive gauche cédés à la
+France, que leurs dettes restassent à leur charge,
+par le principe que la dette suit son gage, et que
+les biens de la noblesse immédiate fussent considérés
+comme propriétés particulières, et conservés
+à ce titre. La députation demandait accessoirement
+que les troupes françaises évacuassent la rive droite
+et cessassent le blocus d'Ehrenbreitstein, parce
+qu'il réduisait les habitans à la famine.</p>
+
+<p>Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une
+suite de notes et de contre-notes, pendant tout l'été.
+Enfin, vers le mois de vendémiaire an VI (août et
+septembre 1798), le <i>thalweg</i> fut admis par la députation
+française. Le principal bras navigable fut
+pris pour limite entre la France et l'Allemagne, et
+les îles durent être partagées conséquemment à ce
+principe. La France consentit à la démolition de
+Cassel et de Kehl, mais elle exigea l'île de Pettersau,
+qui est placée dans le Rhin à peu près à la
+hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance
+pour cette place. L'Empire germanique
+consentit de son côté à la démolition d'Ehrenbreitstein.
+La libre navigation du Rhin et l'abolition
+des péages furent accordées. Il restait à s'entendre
+sur l'établissement des ponts commerciaux,
+sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application
+des lois de l'émigration dans les pays
+cédés, et sur les dettes de ces pays. Les princes
+séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes les
+concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté
+de l'Empire, afin d'obtenir la paix, si nécessaire
+à l'Allemagne. Il était évident que la plupart
+de ces princes voulaient traiter; la Prusse les y engageait.
+Quant à l'Autriche, elle commençait à
+montrer des dispositions toutes contraires, et à
+exciter le ressentiment des princes ecclésiastiques
+contre la marche des négociations. Les députés de
+l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient
+cependant la plus grande mesure, par la
+crainte que leur causait l'Autriche, et louvoyaient
+entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres
+français, ils montraient une extrême raideur; ils
+vivaient à part, et dans une espèce d'isolement,
+comme tous nos ministres en Europe. Telle
+était la situation du congrès à la fin de l'été de
+l'an VI (1798).</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens se passaient en
+Orient et en Europe, la France, toujours chargée
+du soin de diriger les cinq républiques instituées
+autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient
+des difficultés continuelles pour y diriger l'esprit
+public, pour y faire vivre nos troupes, pour y
+mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos généraux,
+pour y maintenir enfin la bonne harmonie
+avec les états voisins.</p>
+
+<p>Presque partout il avait fallu faire comme en
+France, c'est-à-dire, après avoir frappé sur un
+parti, frapper bientôt sur l'autre. En Hollande on
+avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce
+de 18 fructidor pour écarter les fédéralistes,
+abolir les anciens règlemens, et donner au pays
+une constitution unitaire, à peu près semblable à
+celle de la France. Mais cette révolution avait tourné
+beaucoup trop au profit des démocrates. Ceux-ci
+s'étaient emparés de tous les pouvoirs. Après avoir
+exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui
+leur paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes
+constitués en directoire et en deux conseils, sans
+recourir à de nouvelles élections. Ils avaient voulu
+par là imiter la convention nationale de France,
+et ses fameux décrets des 15 et 18 fructidor. Ils
+s'étaient entièrement emparés depuis de la direction
+des affaires, et ils sortaient de la ligne où le
+directoire français voulait maintenir toutes les républiques
+confiées à ses soins. Le général Daendels,
+l'un des hommes les plus distingués du parti
+modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs,
+et repartit pour aller en Hollande porter
+aux démocrates le coup qu'on leur avait récemment
+porté à Paris, en les excluant du corps législatif
+par les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait
+en France, il fallait immédiatement après le répéter
+dans les états qui dépendaient d'elle. Joubert eut
+ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux
+ministres, et avec le secours des troupes bataves
+et françaises, dispersa le directoire et les conseils,
+forma un gouvernement provisoire, et fit ordonner
+de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix,
+qui avait appuyé les démocrates, fut rappelé.
+Ces scènes produisirent leur effet accoutumé.
+On ne manqua pas de dire que les constitutions
+républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à
+chaque instant il fallait le levier des baïonnettes,
+et que les nouveaux états se trouvaient sous la dépendance
+la plus complète de la France.</p>
+
+<p>En Suisse, l'établissement de la république <i>une
+et indivisible</i> n'avait pas pu se faire sans combats.
+Les petits cantons de Schwitz, Zug, Glaris, excités
+par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient
+juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau.
+Le général Schauembourg, sans vouloir les réduire
+par la force, avait interdit toute communication
+des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent
+Lucerne, où ils pillèrent et dévastèrent.
+Schauembourg marcha sur eux, et après quelques
+combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix.
+Le gage de cette paix avait été l'acceptation de la
+constitution nouvelle. Il fallut employer aussi le
+fer et même le feu pour réprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le
+Bas-Valais, dans le but d'y rétablir leur domination.
+Malgré ces obstacles, en prairial (mai 1798),
+la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement
+helvétique était réuni à Arau. Composé
+d'un directoire et de deux conseils, il commençait
+à s'essayer dans l'administration du pays. Le nouveau
+commissaire français était Rapinat, beau-frère
+de Rewbell. Le gouvernement helvétique devait
+s'entendre avec Rapinat pour l'administration des
+affaires. Les circonstances rendaient cette administration
+difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés
+dans les montagnes, épiaient le moment favorable
+pour soulever de nouveau la population. Il fallait
+se tenir en garde contre eux, nourrir et satisfaire
+l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister
+bientôt d'une manière indépendante. Cette
+tâche n'était pas moins difficile pour le gouvernement
+helvétique que pour le commissaire français
+placé auprès de lui.</p>
+
+<p>Il était naturel que la France s'emparât des caisses
+appartenant aux anciens cantons aristocratiques,
+pour payer les frais de la guerre. L'argent contenu
+dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés
+dans les magasins formés par les ci-devant
+cantons, lui étaient indispensables pour faire vivre
+son armée. C'était l'exercice le plus ordinaire du
+droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer
+à ce droit, mais la nécessité la forçait d'en
+user dans le moment. Rapinat eut donc ordre de
+mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup
+de Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité
+la révolution, trouvèrent fort mauvais qu'on s'emparât
+du pécule et des magasins des anciens gouvernemens.
+Les Suisses sont, comme tous les montagnards,
+sages et braves, mais d'une extrême
+avarice. Ils voulaient bien qu'on leur apportât la
+liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques,
+mais ils ne voulaient pas faire les frais de la guerre.
+Tandis que la Hollande et l'Italie avaient souffert,
+presque sans se plaindre, le fardeau énorme des
+campagnes les plus longues et les plus dévastatrices,
+les patriotes suisses jetèrent les hauts cris
+pour quelques millions dont on s'empara. Le directoire
+helvétique fit de son côté apposer de nouveaux
+scellés sur ceux qui venaient d'être apposés
+par Rapinat, et protesta ainsi contre la mesure qui
+mettait les caisses à la disposition de la France.
+Rapinat fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire
+helvétique, et déclara à ce directoire qu'il
+était borné aux fonctions administratives, qu'il ne
+pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à
+l'avenir ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur
+qu'autant qu'ils ne contiendraient rien de contraire
+aux arrêtés du commissaire et du général français.
+Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé
+plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent
+de cette lutte et crièrent à la tyrannie. Ils
+dirent que leur indépendance était violée, et que la
+république française, qui avait prétendu leur apporter
+la liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement
+et la misère. L'opposition ne se manifestait
+pas seulement dans les conseils, elle était
+aussi dans le directoire et dans les autorités locales.
+A Lucerne et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient
+les administrations; ils apportaient des obstacles
+de toute espèce à la levée de quinze millions
+frappés sur les anciennes familles nobles pour les
+besoins de l'armée. Rapinat prit sur lui de purger
+le gouvernement et les administrations helvétiques.
+Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda
+au gouvernement helvétique la démission de deux
+directeurs, les nommés Bay et Pfiffer, celle du ministre
+des affaires étrangères, et le renouvellement
+des chambres administratives de Lucerne et de
+Berne. Cette demande, faite avec le ton d'un ordre,
+ne pouvait être refusée. Les démissions furent
+données sur-le-champ; mais la rudesse avec laquelle
+se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et
+mit tous les torts de son côté. Il compromettait en
+effet son gouvernement, en violant ouvertement les
+formes pour faire des changemens qu'il eût été facile
+d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ,
+le directoire français écrivit au directoire helvétique
+pour désapprouver la conduite de Rapinat,
+et pour donner satisfaction de cette violation de
+toutes les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins
+les membres démissionnaires demeurèrent exclus.
+Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer
+les deux directeurs démissionnaires, Ochs,
+l'auteur de la constitution, et le colonel Laharpe,
+le frère du général mort en Italie, l'un des auteurs
+de la révolution du canton de Vaud, et l'un des
+citoyens les plus probes et les mieux intentionnés
+de son pays.</p>
+
+<p>Une alliance offensive et défensive fut conclue
+entre les républiques helvétique et française le 2
+fructidor (19 août). D'après ce traité, celle des
+deux puissances qui était en guerre avait droit de
+requérir l'intervention de l'autre et de lui demander
+un secours dont la force devait être déterminée
+suivant les circonstances. La puissance
+requérante devait payer les troupes fournies par
+l'autre; la libre navigation de tous les fleuves de
+la Suisse et de la France était réciproquement stipulée.
+Deux routes devaient être ouvertes, l'une
+de France à la Cisalpine, en traversant le Valais et
+le Simplon, l'autre de France en Souabe, en remontant
+le Rhin et en suivant la rive orientale du
+lac de Constance. Dans ce système des républiques
+unies, la France s'assurait deux grandes routes
+militaires pour se rendre dans les états de ses alliés,
+et être en mesure de déboucher rapidement en
+Italie ou en Allemagne. On a dit que ces deux
+routes transportaient le théâtre de la guerre dans
+les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces états à
+devenir le théâtre de la guerre. Les routes n'étaient
+qu'un moyen d'accourir plus tôt et de les protéger
+à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou
+en Italie.</p>
+
+<p>La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi
+que la ville de Mulhausen. Les bailliages italiens,
+qui avaient long-temps hésité entre la Cisalpine et
+la république helvétique, se déclarèrent pour
+celle-ci, et votèrent leur réunion. Les ligues grises,
+que le directoire aurait voulu réunir à la Suisse,
+étaient partagées en deux factions rivales, et balançaient
+entre la domination autrichienne et la
+domination helvétique. Nos troupes les observaient.
+Les moines et les agens étrangers amenèrent
+un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils
+firent soulever les paysans de cette vallée contre
+les troupes françaises. Un combat des plus acharnés
+eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu à ce
+malheureux bourg pour en chasser les fanatiques
+qui s'y étaient établis.</p>
+
+<p>Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre
+côté des Alpes. Une espèce d'anarchie régnait entre
+les sujets des nouveaux états et leurs gouvernemens,
+entre ces gouvernemens et nos armées,
+entre nos ambassadeurs et nos généraux. C'était
+une épouvantable confusion. La petite république
+ligurienne était acharnée contre le Piémont, et
+voulait à tout prix y introduire la révolution.
+Grand nombre de démocrates piémontais s'étaient
+réfugiés dans son sein, et en étaient sortis armés
+et organisés, pour faire des incursions dans leur
+pays, et essayer d'y renverser le gouvernement
+royal. Une autre bande était partie du côté de la
+Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussées et une foule
+de victimes inutilement sacrifiées. La république
+ligurienne n'avait pas renoncé pour cela à harceler
+le gouvernement de Piémont; elle recueillait et
+armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même
+faire la guerre. Notre ministre à Gênes, Sotin,
+avait la plus grande peine à la contenir. De son
+côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait
+pas moins de peine à répondre aux plaintes continuelles
+du Piémont, et à le modérer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.</p>
+
+<p>La Cisalpine était dans un désordre effrayant.
+Bonaparte en la constituant n'avait pas eu le temps
+de calculer exactement les proportions qu'il aurait
+fallu observer dans les divisions du territoire et
+dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser
+le régime municipal et le système financier. Ce petit
+état avait à lui seul deux cent quarante représentans.
+Les départemens étant trop nombreux, il était
+dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il
+n'avait aucun système régulier et uniforme d'impôts.
+Avec une richesse considérable, il n'avait
+point de finances, et il pouvait à peine suffire à
+payer le subside convenu pour l'entretien de nos
+armées. Du reste, sous tous les rapports, la confusion
+était au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcée par Berthier,
+lorsqu'il avait voulu faire accepter le traité d'alliance
+avec la France, les révolutionnaires l'avaient
+emporté, et le langage des jacobins dominait dans
+les conseils et les clubs. Notre armée secondait ce
+mouvement et appuyait toutes les exagérations.
+Brune, après avoir achevé la soumission de la
+Suisse, était retourné en Italie, où il avait reçu
+le commandement général de toutes les troupes
+françaises, depuis le départ de Berthier pour l'Égypte.
+Il était à la tête des patriotes les plus véhémens.
+Lahoz, le commandant des troupes lombardes,
+dont l'organisation avait été commencée
+sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées
+et les mêmes sentimens. Il existait, en outre,
+d'autres causes de désordres dans l'inconduite de
+nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans,
+exigeaient des logemens qui, d'après les
+traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient les
+lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent
+des réquisitions comme en temps de guerre, extorquaient
+de l'argent des administrations locales,
+puisaient dans les caisses des villes sans alléguer
+aucune espèce de prétexte que leur bon plaisir.
+Les commandans de place exerçaient surtout des
+exactions intolérables. Le commandant de Mantoue
+s'était permis, par exemple, d'affermer à son
+profit la pêche du lac. Les généraux proportionnaient
+leur exigence à leur grade, et indépendamment
+de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient
+avec les compagnies des profits scandaleux. Celle
+qui était chargée d'approvisionner l'armée en
+Italie, abandonnait aux états-majors quarante
+pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de
+ce qu'elle devait gagner pour faire de pareils avantages
+à ses protecteurs. Par l'effet des désertions,
+il n'y avait pas dans les rangs la moitié des hommes
+portés sur les états, de manière que la république
+payait le double de ce qu'elle aurait dû. Malgré
+toutes ces malversations, les soldats étaient mal
+payés, et la solde du plus grand nombre était arriérée
+de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous
+occupions était horriblement foulé, sans que nos
+soldats s'en trouvassent mieux. Les patriotes cisalpins
+toléraient tous ces désordres sans se plaindre,
+parce que l'état-major leur prêtait son appui.</p>
+
+<p>A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une
+commission, composée de Daunou, Florent et
+Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le
+pays affranchi. Ces trois hommes avaient composé
+une constitution qui avait été adoptée, et qui,
+sauf quelques différences, et les noms qui n'étaient
+pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution
+française. Les directeurs s'appelaient des
+consuls, le conseil des anciens s'appelait le sénat;
+le second conseil le tribunal. Mais ce n'était pas
+tout que de donner une constitution, il fallait la
+mettre en vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait
+pu le croire, le fanatisme des Romains qui
+s'opposait à son établissement, mais leur paresse.
+Il n'y avait guère d'opposans que dans quelques
+paysans de l'Apennin, poussés par les moines, et
+du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appelés à composer le consulat,
+le sénat et le tribunal, une insouciance,
+une inaptitude extrême au travail. Il fallait de
+grands efforts pour les décider à siéger de deux
+jours l'un, et ils voulaient absolument des vacances
+pour l'été. A cette paresse il faut joindre une
+inexpérience et une incapacité absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zèle dans les
+Cisalpins, mais c'était du zèle sans lumière et sans
+mesure, ce qui le rendait tout aussi funeste que
+l'insouciance. Il était à craindre que, dès le départ
+de la commission française, le gouvernement romain
+tombât en dissolution, par l'inaction ou la
+retraite de ses membres. Et cependant on aimait
+beaucoup les places à Rome, on les aimait comme
+on le fait dans tout état sans industrie.</p>
+
+<p>La commission avait mis fin à toutes les malversations
+qui avaient été commises au premier moment
+de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité
+et habileté. Faypoult, qui était un administrateur
+intègre et capable, avait établi pour tout l'état
+romain un système d'impôts fort bien entendu. Il
+était parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre
+armée; il avait payé tout l'arriéré de solde non-seulement
+à l'armée de Rome, mais encore à la division
+embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent
+été conduites de la même manière dans la Cisalpine,
+le pays n'eût pas été foulé, et nos soldats se
+fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité militaire
+était à Rome entièrement soumise à la commission.
+Le général Saint-Cyr, qui avait remplacé
+Masséna, se distinguait par une sévère probité;
+mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général
+chez tous ses camarades, il paraissait mécontent
+d'être soumis à la commission. A Milan surtout,
+on était fort peu satisfait de tout ce qui se faisait
+à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de
+voir les démocrates romains annulés ou contenus
+par la commission. L'état-major français, duquel
+relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui
+échapper, et soupirait après le moment où la commission
+quitterait ses fonctions.</p>
+
+<p>C'est à tort qu'on ferait au directoire français
+un reproche du désordre qui régnait dans les pays
+alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût, n'aurait
+pu empêcher le débordement des passions qui les
+troublaient, et quant aux exactions, la volonté de
+Napoléon lui-même n'a pas réussi à les empêcher
+dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu,
+plein de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter,
+un gouvernement composé de cinq membres,
+et placé à des distances immenses, le pouvait
+encore moins. Cependant il y avait dans la majorité
+de notre directoire le plus grand zèle à assurer
+le bien-être des nouvelles républiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions
+des généraux, contre les vols manifestes des
+compagnies. Excepté Barras, qui était de moitié
+dans tous les profits des compagnies, qui était
+l'espoir de tous les brouillons de Milan, les quatre
+autres directeurs dénonçaient avec la plus grande
+énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière surtout,
+dont la sévère probité était révoltée de tant
+de désordres, proposa au directoire un plan qui
+fut agréé. Il voulait qu'une commission continuât
+à diriger le gouvernement romain, et à contenir
+l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé
+à Milan, pour y représenter le gouvernement français,
+et y enlever toute influence à l'état-major;
+que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait,
+comme de réduire le nombre des divisions locales,
+des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint
+un administrateur capable de créer un système
+d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut adopté.
+Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et
+Faypoult, l'un des membres de là commission de
+Rome, furent envoyés à Milan pour exécuter les
+mesures proposées par Larévellière.</p>
+
+<p>Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan,
+s'entourer des hommes les plus éclairés de la Cisalpine,
+et convenir avec eux de tous les changemens
+qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il
+devait ensuite, quand tous ces changemens seraient
+arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au
+besoin les appuyer de l'autorité de la France. Il
+devait cependant cacher sa main autant qu'il serait
+possible.</p>
+
+<p>Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on
+lui avait ordonné. Mais le secret de sa mission était
+difficile à garder. On sut bientôt qu'il venait changer
+la constitution, et surtout réduire le nombre des
+places de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient
+bien, à la conduite de l'ambassadeur, que les réductions
+porteraient sur eux, étaient furieux. Ils
+s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé
+lui-même contre l'autorité nouvelle qu'il
+lui fallait subir, et on vit s'établir une lutte scandaleuse
+entre la légation française et l'état-major
+français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et
+les hommes qui se rendaient chez lui, furent dénonces,
+avec une extrême violence dans les conseils
+cisalpins. On prétendit que le ministre français
+venait violer la constitution, et renouveler l'un de
+ces actes d'oppression que le directoire avait exercés
+sur toutes les républiques alliées. Trouvé essuya
+des désagrémens de toute espèce, de la part des
+patriotes italiens et de nos officiers. Ceux-ci se
+conduisirent avec la dernière indécence, dans un
+bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand
+scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout
+à cause de l'effet qu'elles produisaient sur les ministres
+étrangers. Non-seulement on leur donnait
+le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on
+les insultait dans les dîners diplomatiques, en buvant,
+à leur face, à l'extermination de tous les rois.
+Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan.
+Brune et Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller
+se ménager l'appui de Barras. Mais le directoire,
+averti d'avance, était inébranlable dans ses résolutions.
+Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à
+l'instant même où il arrivait. Quant à Brune, il
+lui fut prescrit de retourner à Milan, et d'y concourir
+aux changemens que Trouvé allait faire exécuter.</p>
+
+<p>Après avoir accompli les diverses modifications
+nécessaires à la constitution, Trouvé assembla
+chez lui les députés les plus sages, et les leur soumit.
+Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si
+grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer
+eux-mêmes aux deux conseils. Trouvé fut
+donc obligé de déployer l'autorité française, et
+d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait
+voulu cacher. Du reste, peu importait, au fond,
+le mode employé. Il eût été absurde à la France,
+qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les
+faisait exister par son appui, de ne pas profiter de
+sa force pour y établir l'ordre qu'elle croyait le
+meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas fait le
+mieux possible dès le premier jour et en une seule
+fois, afin de ne plus être obligée de renouveler ces
+actes de sa toute-puissance. Le 30 août (13 fructidor
+an VI), Trouvé assembla le directoire et les
+deux conseils de la Cisalpine; il leur présenta la
+nouvelle constitution et toutes les lois administratives
+et financières que Faypoult avait préparées.
+Les conseils étaient réduits de deux cent quarante
+à cent vingt membres. Les individus à conserver
+dans les conseils et le gouvernement étaient désignés.
+Un système d'impôt régulier était établi. Il y
+avait des impôts personnels et indirects, système
+qu'on essayait d'établir dans le moment en France,
+et qui déplaisait beaucoup aux patriotes. Tous ces
+changemens furent approuvés et adoptés. Brune
+avait été obligé de fournir l'appui des troupes françaises.
+Aussi la colère des patriotes cisalpins fut-elle
+vaine, et la révolution se fit sans obstacles. Il fut
+décidé en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblées primaires aurait lieu, pour approuver
+les changemens faits à la constitution.</p>
+
+<p>La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement
+français, voyant le soulèvement que ce
+ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas possible
+de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner
+une autre ambassade, et envoyer à Milan un homme
+étranger aux dernières querelles. Malheureusement
+le directoire se laissa imposer un ci-devant membre
+des jacobins, qui était devenu un souple et bas
+courtisan de Barras, qui avait été associé par lui au
+trafic des compagnies, et placé sur la voie des
+honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la
+nomination à ses collègues. Fouché partit pour
+remplacer Trouvé, et celui-ci dut se rendre à Stuttgard.
+Mais Brune, profitant du départ de Trouvé,
+se permit, avec une audace qui n'est explicable que
+par la licence militaire qui régnait alors, de faire
+à l'ouvrage du ministre de France les plus graves
+changemens. Il exigea la démission de trois des
+directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs
+ministres, et fit différentes altérations à la
+constitution. L'un des trois directeurs dont il avait
+demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement
+refusé de la donner, il le fit saisir de force
+pas ses soldats, et arracher du palais du gouvernement.
+Il se hâta ensuite de convoquer les assemblées
+primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre
+de Trouvé, modifiée comme elle venait de l'être par
+lui. Fouché, qui arriva dans cet intervalle, aurait dû
+s'opposer à cette convocation, et ne pas permettre
+qu'on fît sanctionner des changemens que le général
+n'avait pas eu mission de faire; mais il laissa
+Brune agir à son gré. Les modifications de Trouvé,
+et les modifications plus récentes de Brune, furent
+approuvées par les assemblées primaires, soumises
+à la fois au pouvoir militaire et à la violence des
+patriotes.</p>
+
+<p>Quand le directoire français apprit ces détails,
+il ne faiblit point. Il cassa tout ce qu'avait fait Brune,
+il le destitua, et chargea Joubert d'aller rétablir les
+choses dans l'état où les avait mises Trouvé. Fouché
+fit des objections; il prétendit que la constitution
+nouvelle, étant approuvée avec les changemens
+que Brune y avait apportés, il serait d'un
+mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et
+il gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire
+ne devait pas souffrir de pareilles hardiesses de la
+part de ses généraux, et surtout il ne devait pas
+leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans
+les états alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de
+cette manière, ne passa que peu de jours dans la
+Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral
+de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au
+nom de la France. Quant aux individus auxquels
+Brune avait arraché leur démission, on les engagea
+à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens.</p>
+
+<p>La Cisalpine resta donc constituée comme le
+directoire avait voulu qu'elle le fût, sauf la destitution
+de quelques individus changés par Brune.
+Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens,
+ces luttes de nos agens civils et militaires, étaient
+du plus déplorable effet, décourageaient les nouveaux
+peuples affranchis, déconsidéraient la république-mère,
+et prouvaient la difficulté de maintenir
+tous ces corps dans leur orbite.</p>
+
+<p>Les événemens de la Cisalpine furent gravement
+reprochés au directoire, car il est d'usage de tout
+changer en griefs contre un gouvernement qu'on
+attaque, et de lui faire un crime des obstacles même
+qu'il rencontre dans sa marche. La double opposition
+qui commençait à reparaître dans les conseils
+attaqua diversement les opérations exécutées en
+Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle,
+contre l'indépendance d'une république alliée; on
+avait même commis une infraction aux lois française,
+car la constitution cisalpine qu'on venait
+d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et
+ce traité, approuvé par les conseils, ne pouvait être
+enfreint par le directoire. Quant à l'opposition
+constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de
+s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches,
+parce que les changemens faits dans la
+Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes exclusifs.
+Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait
+Lucien Bonaparte. Il cherchait des sujets de
+querelle au gouvernement, et il croyait d'ailleurs
+devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance
+des alliés était attaquée, que les traités
+étaient violés, etc.</p>
+
+<p>Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement
+de jour en jour. Elles commençaient à
+contester au directoire certaines attributions dont
+il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et
+dont il avait quelquefois fait usage. Ainsi cette loi
+lui donnait le droit de fermer les clubs, ou de supprimer
+les journaux dont la direction lui paraîtrait
+dangereuse. Le directoire avait fermé quelques
+clubs devenus trop violens, et supprimé quelques
+journaux qui avaient donné des nouvelles fausses
+et imaginées évidemment dans une intention malveillante.
+Il y eut un journal, entre autres, qui prétendit
+que le directoire allait réunir à la France le
+pays de Vaud: le directoire le supprima. Les patriotes
+s'élevèrent contre cette puissance arbitraire,
+et demandèrent le rapport de plusieurs des articles
+de la loi du 19 fructidor. Les conseils décidèrent
+que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à
+l'établissement d'une loi sur la presse; et
+un travail fut ordonné pour la préparation de
+cette loi.</p>
+
+<p>Le directoire essuya également de fortes contradictions
+en matière de finances. Il s'agissait de
+clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de proposer
+celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI
+avait été fixé à 616 millions; mais sur les 616 millions,
+il y avait eu un déficit de 62 millions, et,
+outre ce déficit, un arriéré considérable dans les
+rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse
+d'acquitter le tiers consolidé, n'avaient pas
+été payés intégralement. On décida qu'ils recevraient,
+en paiement de l'arriéré, des bons recevables
+en acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ
+le budget de l'an VII, dans lequel on allait
+entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600 millions,
+sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale.
+Il fallut réduire les contributions foncière
+et personnelle, beaucoup trop fortes, et élever
+les impôts du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On décréta des centimes additionnels
+pour les dépenses locales, et des octrois aux portes
+des villes pour l'entretien des hôpitaux et autres
+établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impôts ne rentreraient
+tout au plus qu'aux trois quarts, à en juger par
+les années précédentes, et que c'était les exagérer
+beaucoup que de porter les rentrées effectives
+à 450 ou 500 millions. Il demanda donc de nouvelles
+ressources, pour couvrir réellement la dépense
+de 600 millions; il proposa un impôt sur
+les portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il
+s'éleva à ce sujet de violentes contestations. On
+décréta l'impôt sur les portes et fenêtres, et on
+prépara un rapport sur l'impôt du sel.</p>
+
+<p>Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en
+elles-mêmes, mais elles étaient le symptôme d'une
+haine sourde, à laquelle il ne fallait que des malheurs
+publics pour éclater. Le directoire, parfaitement
+instruit de l'état de l'Europe, voyait bien
+que de nouveaux dangers se préparaient, et que
+la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne
+pouvait guère plus en douter au mouvement des
+différens cabinets. Cobentzel et Repnin n'avaient
+pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient
+quittée avec un grand mécontentement. Mais
+Paul Ier, complètement séduit, avait stipulé un
+traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses
+troupes en marche. L'Autriche armait avec activité;
+la cour de Naples ordonnait l'enrôlement de toute
+sa population. Il eût été de la plus grande imprudence
+de ne pas faire de préparatifs, en voyant un
+pareil mouvement, depuis les bords de la Vistule
+jusqu'à ceux du Volturne. Nos armées étant singulièrement
+diminuées par la désertion, le directoire
+résolut de pourvoir à leur recrutement par une
+grande institution, qui restait encore à créer. La
+convention avait puisé deux fois dans la population
+de la France, mais d'une manière extraordinaire,
+sans laisser de loi permanente pour la levée
+annuelle des soldats. En mars 1793, elle avait ordonné
+une levée de trois cent mille hommes; en
+août de la même année, elle avait pris la grande et
+belle résolution de la levée en masse, génération
+par génération. Depuis, la république avait existé
+par cette mesure seule, en forçant à rester sous
+les drapeaux ceux qui avaient pris les armes à cette
+époque. Mais le feu, les maladies en avaient détruit
+un grand nombre; la paix en avait ramené
+un grand nombre encore dans leurs foyers. On
+n'avait délivré que douze mille congés, mais il y
+avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile
+d'être sévère envers des hommes qui avaient
+défendu pendant six années leur patrie, et qui
+l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens.
+Il fallait les remplir par de nouvelles levées, et
+prendre, non pas une mesure extraordinaire et
+temporaire, mais une mesure générale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt,
+en quelque sorte, partie inhérente de la constitution.
+On imagina la conscription.</p>
+
+<p>Le général Jourdan fut le rapporteur de cette
+loi grande et salutaire, dont on a abusé comme de
+toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a pas
+moins sauvé la France et porté sa gloire au comble.
+Par cette loi, chaque Français fut déclaré soldat de
+droit, pendant une époque de sa vie. Cette époque
+était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes,
+année par année. Suivant la nécessité, le gouvernement
+appelait des hommes en commençant
+par la première classe, celle de vingt ans, et
+par les plus jeunes de chaque classe. Il pouvait
+successivement appeler les cinq classes, au fur
+et à mesure des besoins. En temps de paix, les
+conscrits étaient obligés de servir jusqu'à vingt-cinq
+ans. Ainsi la durée du service des soldats variait
+d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été
+pris de vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre,
+cette durée était illimitée; c'était au gouvernement
+à délivrer des congés, quand il croyait le pouvoir
+sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune
+espèce, excepté pour ceux qui s'étaient mariés
+avant la loi, ou qui avaient déjà payé leur
+dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait
+ainsi aux cas ordinaires; mais dans les cas
+extraordinaires, lorsque la patrie était déclarée en
+danger, le gouvernement avait droit, comme en
+93, sur la population entière; et la levée en masse
+recommençait.</p>
+
+<p>Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée
+comme l'une des plus importantes créations
+de la révolution<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>. Sur-le-champ le directoire demanda
+à en faire usage, et réclama la levée de deux
+cent mille conscrits, pour compléter les armées
+et les mettre sur un pied respectable. Cette demande
+fut accordée par acclamations le 2 vendémiaire
+an VII (23 septembre 1798). Bien que les
+deux oppositions contrariassent souvent le directoire,
+par humeur ou jalousie, cependant elles
+voulaient que la république conservât son ascendant
+en présence des puissances de l'Europe. Une
+levée d'hommes exige une levée d'argent. Le directoire
+demanda, en sus du budget, 125 millions
+dont 90 pour l'équipement de deux cent mille conscrits,
+et 35 pour réparer le dernier désastre de la
+marine. La question était de savoir où on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour
+le remboursement des deux tiers de la dette étaient
+rentrés presque en totalité, qu'il restait 400 millions
+en biens nationaux, lesquels étaient libres
+par conséquent, et pouvaient être consacrés aux
+nouveaux besoins de la république. On décréta en
+conséquence la mise en vente de 125 millions de
+biens nationaux. Un douzième devait être payé
+comptant, le reste en obligations des acquéreurs,
+négociables à volonté, et payables successivement
+dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir
+à un paiement au comptant, par la facilité
+de le donner aux compagnies. Les biens devaient
+être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne
+fut pas plus contestée que la loi de recrutement,
+dont elle était la conséquence.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).</blockquote>
+
+<p>Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre
+aux menaces de l'Europe, et de soutenir la dignité
+de la république. Deux événemens de médiocre
+importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande,
+l'autre à Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le
+directoire y avait envoyé le général Humbert avec
+quinze cents hommes<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la trésorerie ayant été
+retardé, une seconde division de six mille hommes,
+commandée par le général Sarrazin, n'avait pu
+mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui.
+Il s'était maintenu longtemps, et assez pour
+prouver que l'arrivée du renfort attendu aurait
+changé entièrement la face des choses. Mais, après
+une suite de combats honorables, il venait d'être
+obligé de mettre bas les armes avec tout son corps.
+Un échec de même nature, essuyé par les Anglais,
+venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient
+par intervalles lancer quelques bombes sur
+nos ports de l'Océan, ils voulurent faire un débarquement
+à Ostende, pour détruire les écluses;
+mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux,
+ils furent pris au nombre de deux mille
+hommes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait prisonnier
+le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.</blockquote>
+
+<p>Bien que l'Autriche eût contracté une alliance
+avec la Russie et avec l'Angleterre, et qu'elle pût
+compter sur une armée russe et sur un subside
+anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en
+lutte avec la république française. L'Espagne qui
+voyait avec peine l'incendie rallumé sur le continent,
+et qui craignait également les progrès du
+système républicain et sa ruine, car dans un cas
+elle pouvait être révolutionnée, et dans l'autre punie
+de son alliance avec la France, l'Espagne s'était
+interposée de nouveau pour calmer des adversaires
+irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions,
+en faisant naître quelque possibilité d'arrangement,
+amenait de nouvelles hésitations à
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A
+Naples, où le zèle était furibond, on était indigné
+de tout délai, et on voulait trouver une manière
+d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le
+fer. La folie de cette petite cour était sans exemple.
+Le sort des Bourbons était, à cette époque, d'être
+conduits par leurs femmes à toutes les fautes. On
+en avait vu trois à la fois dans le même cas:
+Louis XVI, Charles IV et Ferdinand. Le sort de
+l'infortuné Louis XVI est connu. Charles IV et
+Ferdinand, quoique par des voies différentes,
+étaient entraînés, par la même influence, à une
+ruine inévitable. On avait fait prendre au peuple
+de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité
+comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée
+du cinquième de la population, espèce d'extravagance,
+car il eût suffi d'en bien armer le cinquantième,
+pour prendre rang parmi les puissances.
+Chaque couvent devait fournir un cavalier équipé;
+une partie des biens du clergé avait été mise en
+vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin
+ce faiseur de projets malheureux, dont tous les
+plans militaires avaient si mal réussi, et que la destinée
+réservait à des revers d'une si étrange espèce,
+Mack avait été demandé à Naples pour être mis à
+la tête de l'armée napolitaine. On lui décerna le
+triomphe avant la victoire, et on lui donna le titre
+de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des
+neuvaines à tous les saints, des prières à saint Janvier,
+et des supplices contre ceux qui étaient soupçonnés
+de partager les opinions françaises.</p>
+
+<p>La petite cour de Naples continuait ses intrigues
+en Piémont et en Toscane. Elle voulait que les
+Piémontais s'insurgeassent sur les derrières de
+l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur
+les derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains
+auraient profité de l'occasion pour attaquer
+de front l'armée de Rome; les Autrichiens en auraient
+profité aussi pour attaquer de front celle de
+la Cisalpine, et on augurait de toutes ces combinaisons,
+que pas un Français ne se sauverait. Le
+roi de Piémont, prince religieux, avait quelques
+scrupules à cause du traité d'alliance qui le liait à
+la France; mais on lui disait que la foi promise à
+des oppresseurs n'engageait pas, et que les Piémontais
+avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier
+Français. Du reste, les scrupules étaient moins
+ici le véritable obstacle que la surveillance rigoureuse
+du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane,
+il manquait entièrement de moyens. Naples, pour
+le décider, promettait de lui envoyer une armée
+par la flotte de Nelson.</p>
+
+<p>Le directoire, de son côté, était sur ses gardes,
+et il prenait ses précautions. La république ligurienne,
+toujours acharnée contre le roi de Piémont,
+avait enfin déclaré la guerre à ce prince.
+A une haine de principes se joignait une vieille
+haine de voisinage; et ces deux petites puissances
+en voulaient venir aux mains à tout prix. Le directoire
+intervint dans la querelle, signifia à la
+république ligurienne qu'il fallait poser les armes,
+et déclara au roi de Piémont qu'il se chargeait de
+maintenir la tranquillité dans ses états, mais que,
+pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important.
+En conséquence, il lui demanda de laisser
+occuper par les troupes françaises la citadelle de
+Turin. Une pareille prétention n'était justifiable
+que par les craintes que la cour de Piémont inspirait.
+Il y avait incompatibilité entre les anciens et
+les nouveaux états, et ils ne pouvaient pas se fier
+les uns aux autres. Le roi de Piémont fit de grandes
+remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister
+aux demandes du directoire. Les Français occupèrent
+la citadelle, et commencèrent sur-le-champ
+à l'armer. Le directoire avait détaché
+l'armée de Rome de celle de la Cisalpine, et lui
+avait donné, pour la commander, le général Championnet,
+qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée
+était disséminée dans tout l'état romain; il y avait
+dans la Marche d'Ancône quatre à cinq mille
+hommes commandés par le général Casa-Bianca;
+le général Lemoine était avec deux ou trois mille
+hommes sur le penchant opposé de l'Apennin, vers
+Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de cinq
+mille hommes à peu près, était répandu sur le
+Tibre. Il y avait à Rome une petite réserve. L'armée
+dite de Rome était donc de quinze à seize mille
+hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays,
+et la difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de
+disperser nos troupes; et si un ennemi actif et bien
+secondé avait su saisir l'occasion, il aurait pu faire
+repentir les Français de leur isolement.</p>
+
+<p>On comptait beaucoup sur cette circonstance
+à Naples; on se flattait de surprendre les Français
+et de les détruire en détail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succès,
+et de forcer enfin l'Autriche à entrer dans la
+carrière, après la lui avoir ouverte! Ce furent
+là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à
+prendre l'initiative. Elle espérait que les Français
+seraient facilement battus, et que l'Autriche ne
+pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait
+tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli,
+qui connaissaient un peu mieux l'Europe
+et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît
+l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages
+conseils. Pour décider ce pauvre roi, et l'arracher
+à ses innocentes occupations, on supposa, dit-on,
+une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait
+le commencement des hostilités. Dès lors
+les ordres de marche furent donnés pour la fin
+de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise
+en mouvement. Le roi lui-même partit avec un
+grand appareil, pour assister aux opérations. Il
+n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une
+sommation aux Français d'évacuer l'état romain:
+ils répondirent à cette sommation en se préparant
+à combattre, malgré la disproportion du nombre.</p>
+
+<p>Dans la situation respective des deux armées,
+rien n'était plus facile que d'accabler les Français,
+dispersés dans les provinces romaines, à droite
+et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement
+sur leur centre, et porter la masse des
+forces napolitaines entre Rome et Terni. La
+gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin
+pour garder les Marches, eût été coupée de
+leur droite, placée en deçà pour garder les rives
+du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier,
+et on les aurait ramenés en désordre jusque dans
+la Haute-Italie. La Péninsule du moins eût été délivrée;
+et la Toscane, l'état romain, les Marches,
+seraient entrés sous la domination de Naples. Le
+nombre des troupes napolitaines rendait ce plan
+encore plus facile et plus sûr; mais il était impossible
+que Mack employât une manoeuvre aussi
+simple. Comme dans ses anciens plans, il voulut
+envelopper l'ennemi par une multitude de corps
+détachés. Il avait près de soixante mille hommes,
+dont quarante mille formaient l'armée active, et
+vingt mille les garnisons. Au lieu de diriger cette
+masse de forces sur le point essentiel de Terni,
+il la divisa en six colonnes. La première, agissant
+sur les revers de l'Apennin, le long de l'Adriatique,
+dut se porter par la route d'Ascoli dans
+les Marches; la seconde et la troisième, agissant
+sur l'autre côté des monts, et se liant à la précédente,
+durent marcher, l'une sur Terni, l'autre
+sur Magliano; la quatrième et la principale, formant
+le corps de bataille, fut dirigée sur Frascati
+et sur Rome; une cinquième, longeant la
+Méditerranée, eut la mission de parcourir les
+Marais Pontins, et de rejoindre le corps de bataille
+sur la voie Appienne; enfin la dernière,
+embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée
+sur Livourne, pour soulever la Toscane et fermer
+la retraite aux Français. Ainsi tout était préparé
+pour les envelopper et les perdre tous, mais rien
+ne l'était pour les battre auparavant.</p>
+
+<p>C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche
+avec ses quarante mille hommes. La quantité de
+ses bagages, l'indiscipline des troupes, le mauvais
+état des chemins, rendaient ses mouvemens très
+lents. L'armée napolitaine formait une longue
+queue, sans ordre et sans ensemble. Championnet,
+averti à temps du péril, détacha deux corps
+pour observer la marche de l'ennemi, et protéger
+les corps isolés qui se repliaient. Ne croyant pas
+pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre
+une position en arrière, sur les bords du Tibre,
+entre Civita-Castellana et Civita-Ducale, et là de
+concentrer ses forces pour reprendre l'offensive.</p>
+
+<p>Tandis que Championnet se retirait sagement,
+et évacuait Rome, en laissant huit cents hommes
+dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait fièrement
+sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir
+trouver de résistance. Il arriva aux portes de Rome
+le 9 frimaire an VII (29 novembre 1798), et y
+entra sans obstacle. On avait préparé au roi une
+réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en
+conquérant et en libérateur, fut enivré de l'espèce
+de gloire militaire qu'on lui avait apprêtée. Du
+reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire,
+et il invita le pape à venir reprendre possession
+de ses états. Cependant son armée, moins généreuse
+que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilité accoutumée,
+se précipita sur les maisons de ceux qu'on accusait
+d'être révolutionnaires, et les dévasta. La dépouille
+mortelle du malheureux Duphot fut exhumée
+et indignement outragée.</p>
+
+<p>Pendant que les Napolitains occupaient ainsi
+leur temps à Rome, Championnet exécutait avec
+une rare activité l'habile détermination qu'il avait
+prise. Sentant que le point essentiel était au centre
+sur le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une
+forte position à Civita-Castellana, et le renforça
+de toutes les troupes dont il put disposer. Il transporta
+une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général
+Casa-Bianca que ce qui lui était strictement
+nécessaire pour retarder de ce côté la marche de
+l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter
+l'arrivée de ses parcs et des munitions. Ne s'effrayant
+pas plus qu'il ne fallait de ce qui se préparait
+sur ses derrières en Toscane, il chargea un
+officier, avec un faible détachement, d'observer ce
+qui se passait de ce côté.</p>
+
+<p>Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français
+sur les différentes routes qu'ils parcouraient. Ils
+étaient trois fois plus nombreux, mais ils avaient
+affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent
+que la tâche était rude. Dans les Marches, la
+colonne qui s'avançait par Ascoli fut repoussée au
+loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, un
+colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps
+par le général Lemoine. Cette première expérience
+de la guerre avec les Français était peu faite pour
+encourager les Napolitains. Cependant Mack fit
+ses dispositions pour enlever la position qu'il sentait
+la plus importante, celle de Civita-Castellana,
+où Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle
+est placée sur un ravin, dans une position très
+forte. Les Français tenaient plusieurs postes éloignés
+qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire
+an VII (4 décembre), Mack fit attaquer
+Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces considérables.
+Il dirigea par la rive opposée du Tibre
+une colonne accessoire, qui devait s'emparer de
+Rignano. Aucune de ces attaques ne réussit. L'une
+des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppée, perdit trois
+mille prisonniers. Les autres, découragées, se bornèrent
+à de simples démonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir
+le choc des troupes françaises. Mack, un peu déconcerté,
+renonça à enlever la position centrale
+de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir
+que ce n'était pas sur ce point qu'il aurait fallu
+essayer de forcer la ligne ennemie. C'est à Terni,
+point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu
+par les Français, qu'il aurait dû frapper le
+coup principal. Il songea dès lors à dérober ses
+troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait
+fallu une rapidité d'exécution impossible avec des
+troupes sans discipline. Il fallut plusieurs jours
+pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une opération
+déjà trop lente. Macdonald, qu'il croyait
+retenir à Civita-Castellana par des démonstrations,
+s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà
+du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni.
+Ainsi, les Napolitains avaient été prévenus sur tous
+les points qu'ils se proposaient de surprendre. Le
+premier mouvement du général Metsch, de Calvi
+sur Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire
+(9 décembre), ramené d'Otricoli sur Calvi,
+ce général fut entouré et obligé de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps
+de trois mille cinq cents. Dès cet instant, Mack
+ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à se
+replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de
+Frascati et d'Albano, pour y rallier son armée, et
+la renforcer de nouveaux bataillons. C'était là une
+triste ressource, car ce n'était pas la quantité des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité
+qu'il aurait fallu changer; et ce n'était pas en se
+retirant à quelques lieues du champ de bataille
+qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la
+discipline et la bravoure.</p>
+
+<p>Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens,
+sortit furtivement de Rome, où il était entré
+quelques jours auparavant en triomphe. Les Napolitains
+l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction
+des Romains, qui étaient déjà beaucoup
+plus importunés de leur présence, qu'ils ne l'avaient
+été de celle des Français. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait
+mérité véritablement les honneurs du triomphe.
+Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive
+contre quarante mille, et les avait poussés en désordre
+devant lui. Championnet ne voulut pas se
+borner à la simple défense des États romains, il
+conçut le projet audacieux de conquérir le royaume
+de Naples avec sa faible armée. L'entreprise était
+difficile, moins à cause de la force de l'armée napolitaine
+que de la disposition des habitans, qui pouvaient
+nous faire une guerre de partisans fort longue
+et fort dangereuse. Championnet n'en persista pas
+moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre la
+retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande
+quantité de prisonniers, et mit dans une déroute
+complète la colonne qui avait été débarquée en
+Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille
+hommes.</p>
+
+<p>Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement
+dans le royaume de Naples, et ne s'arrêta que
+devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il fit
+choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant
+Capoue et sur toute la ligne du fleuve, qui
+est très profond, et qui forme une barrière difficile
+à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré à
+Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion.
+Le peuple, furieux des échecs essuyés par l'armée,
+criait à la trahison, demandait des armes, et menaçait
+d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il
+voulait égorger aussi tous ceux qu'on accusait de
+désirer les Français et la révolution. Cette cour
+odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des
+armes dont il était facile de prévoir l'usage. A peine
+ces espèces de barbares eurent-ils reçu les dépouilles
+des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et se rendirent
+maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison,
+ils s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent.
+Le favori Acton, auquel on commençait à
+attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, toute
+la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait
+plus un séjour assez sûr; l'idée de se réfugier
+en Sicile fut aussitôt conçue et adoptée. Le 11 nivôse
+(31 décembre), les meubles précieux de la
+couronne, tous les trésors des palais de Caserte et
+de Naples, et un trésor de vingt millions, furent
+embarqués sur l'escadre de Nelson, et on fit voile
+pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités
+publiques, ne voulut pas braver les dangers
+du séjour de Naples, et s'embarqua avec la reine.
+Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé. Ce
+fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes
+des chantiers incendiés, que cette cour lâche et
+criminelle abandonna à ses dangers le royaume
+qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre
+d'égorger la haute bourgeoisie, accusée d'esprit
+révolutionnaire. Tout devait être immolé, jusqu'au
+rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples,
+chargé des pouvoirs du roi.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers
+Naples. Il avait commis à son tour la même faute
+que Mack; il s'était divisé en plusieurs colonnes,
+qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction
+à travers un pays difficile, au milieu d'un peuple
+fanatique et soulevé de toutes parts contre les
+prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était
+fort incertaine.</p>
+
+<p>Championnet, arrivé avec son corps de bataille
+sur les bords du Volturne, voulut faire une tentative
+sur Capoue. Repoussé par une nombreuse
+artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de
+main, et de replier ses troupes, en attendant l'arrivée
+des autres colonnes. Cette tentative eut lieu le
+14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans napolitains,
+insurgés de toutes parts, interceptaient
+nos courriers et nos convois. Championnet n'avait
+aucune nouvelle de ses autres colonnes, et sa position
+pouvait être considérée comme très critique.
+Mack profita de l'occasion pour lui faire des ouvertures
+amicales. Championnet, comptant sur la fortune
+des Français, repoussa hardiment les propositions
+de Mack. Heureusement il fut rejoint par
+ses colonnes, et il convint alors d'un armistice, aux
+conditions suivantes: Mack devait abandonner la
+ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux
+Français, se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni
+du côté de la Méditerranée, et de l'Ofanto, du côté
+de l'Adriatique, et céder ainsi une grande partie
+du royaume de Naples. Outre ces concessions de
+territoire, on stipula une contribution de huit millions
+en argent. L'armistice fut signé le 22 nivôse
+(11 janvier).</p>
+
+<p>Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice,
+le peuple se livra à la plus grande fureur,
+et cria plus vivement encore qu'il était trahi par
+les officiers de la couronne. La vue du commissaire
+chargé de recevoir la contribution de huit
+millions porta la multitude aux derniers excès;
+elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice.
+Le tumulte fut porté à un tel degré, que le
+prince Pignatelli, épouvanté, abandonna Naples.
+Cette belle capitale resta livrée aux lazzaronis. Il
+n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on
+était menacé d'un horrible bouleversement. Enfin,
+après trois jours de tumulte, on parvint à choisir
+un chef qui avait la confiance des lazzaronis, et qui
+avait quelques moyens de les contenir: c'était le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes
+fureurs éclataient dans l'armée de Mack. Ses soldats,
+loin de s'en prendre de leurs malheurs à leur
+lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent
+le massacrer. Le prétendu libérateur de l'Italie, qui
+avait reçu un mois auparavant les honneurs du
+triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même
+des Français. Il demanda à Championnet la permission
+de se réfugier auprès de lui. Le généreux
+républicain, oubliant le langage peu convenable
+de Mack dans sa correspondance, lui donna asile,
+le fit asseoir à sa table, et lui laissa son épée.</p>
+
+<p>Championnet, autorisé par le refus fait à Naples
+d'exécuter les conditions de l'armistice, s'avança
+sur cette capitale, dans le but de s'en emparer.
+La chose était difficile, car un peuple immense,
+qui, en rase campagne, eût été balayé par quelques
+escadrons de cavalerie, devenait très redoutable
+derrière les murs d'une ville. On eut quelques
+combats à livrer pour approcher de la place, et les
+lazzaronis montrèrent là plus de courage que l'armée
+napolitaine. L'imminence du danger avait redoublé
+leur fureur. Le prince de Moliterne, qui
+voulait les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir,
+et ils avaient pris pour chefs deux d'entre
+eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès,
+et commirent toute espèce de violences contre les
+bourgeois et les nobles accusés de jacobinisme. Le
+désordre fut poussé à un tel point, que toutes les
+classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée
+des Français. Les habitans firent prévenir Mack
+qu'ils se joindraient à lui pour livrer Naples.
+Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer
+du fort Saint-Elme, et de le livrer aux Français.
+Le 4 pluviôse (23 janvier), Championnet
+donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent courageusement;
+mais les bourgeois s'étant emparés
+du fort Saint-Elme et de différens postes de la
+ville, donnèrent entrée aux Français. Les lazzaronis,
+retranchés néanmoins dans les maisons,
+allaient se défendre de rues en rues, et incendier
+peut-être la ville; mais on fit prisonnier un de leurs
+chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui
+promit de respecter saint Janvier, et on obtint enfin
+qu'il fît mettre bas les armes à tous les siens.</p>
+
+<p>Championnet, dès cet instant, se trouva maître
+de Naples et de tout le royaume: il se hâta d'y
+rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis. D'après
+les intentions du gouvernement français, il proclama
+la nouvelle république. Un nom antique lui
+fut donné, celui de république parthénopéenne.
+Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de
+la cour de Naples. Vingt mille Français et deux
+mois suffirent pour déjouer ses vastes projets,
+changer ses états en république. Cette courte campagne
+de Championnet lui valut sur-le-champ une
+réputation brillante. L'armée de Rome prit dès
+lors le titre d'armée de Naples, et fut détachée de
+l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant
+de Joubert.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens avaient lieu dans la
+Péninsule, la chute du royaume de Piémont était
+enfin consommée. Déjà, par une précaution que
+les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était
+emparé de la citadelle de Turin, et l'avait armée
+avec l'artillerie prise dans les arsenaux piémontais.
+Mais cette précaution était fort insuffisante dans
+l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours
+dans le Piémont: les républicains faisaient
+sans cesse de nouvelles tentatives, et venaient
+même de perdre six cents hommes, pour avoir
+essayé de surprendre Alexandrie. Une mascarade
+sortie de la citadelle de Turin, où toute la cour
+était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des
+Piémontais et des officiers français que les généraux
+ne pouvaient pas toujours contenir, avait failli
+provoquer un combat sanglant dans Turin même.
+La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie,
+et la correspondance du ministre de Naples avec
+M. de Priocca, ministre dirigeant de Piémont, le
+prouvait assez. Dans des circonstances pareilles,
+la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait
+pas laisser, sur ses communications des Alpes,
+deux partis aux prises et un gouvernement ennemi.
+Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que les
+défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens
+qui en gênent ou en compromettent la défense.
+Il fut décidé qu'on forcerait le roi de Piémont à
+abdiquer. On soutint les républicains, et on les
+aida à s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze,
+Chivasso. On dit alors au roi qu'il ne pouvait plus
+vivre dans des états qui se révoltaient, et qui allaient
+être bientôt le théâtre de la guerre: on lui
+demanda son abdication, en lui laissant l'île de
+Sardaigne. L'abdication fut signée le 19 frimaire
+(9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les
+plus puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont,
+n'avaient plus, de leurs états, que deux îles.
+Dans les circonstances qui se préparaient, on ne
+voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle
+république, et en attendant le résultat de la
+guerre, il fut décidé que le Piémont serait provisoirement
+administré par la France. Il ne restait
+plus à envahir en Italie que la Toscane. Une simple
+signification suffisait pour l'occuper; mais on différait
+cette signification, et on attendait, pour la
+faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XV.</h3>
+
+<p>ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.&mdash;PRÉPARATIFS MILITAIRES.&mdash;LEVÉE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.&mdash;MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES
+PUISSANCES COALISÉES.&mdash;DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.&mdash;
+OUVERTURE DE LA CAMPAGNE DE 1799.&mdash;INVASION DES GRISONS.&mdash;
+COMBAT DE PFULLENDORF.&mdash;BATAILLE DE STOCKACH.&mdash;RETRAITE DE
+JOURDAN.&mdash;OPÉRATIONS MILITAIRES EN ITALIE.&mdash;BATAILLE DE MAGNANO;
+RETRAITE DE SCHÉRER.&mdash;ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES
+FRANÇAIS A RASTADT.&mdash;EFFETS DE NOS PREMIERS REVERS.&mdash;ACCUSATIONS
+MULTIPLIÉES CONTRE LE DIRECTOIRE.&mdash;ÉLECTIONS DE L'AN VII.
+&mdash;SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN REMPLACEMENT DE REWBELL.</p>
+
+
+<p>Tel était l'état des choses au commencement de
+l'année 1799. La guerre, d'après les événemens
+que nous venons de rapporter, n'était plus douteuse.
+D'ailleurs les correspondances interceptées,
+la levée de boucliers de la cour de Naples, qui
+n'aurait pas pris l'initiative sans la certitude d'une
+intervention puissante, les préparatifs immenses
+de l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en
+Moravie, ne laissaient plus aucune incertitude. On
+était en nivôse (janvier 1799), et il était évident
+que les hostilités seraient commencées avant deux
+mois. Ainsi l'incompatibilité des deux grands systèmes
+que la révolution avait mis en présence était
+prouvée par les faits. La France avait commencé
+l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les
+républiques batave, cisalpine et ligurienne, et déjà
+il en existait six à la fin de cette année, par la création
+des républiques helvétique, romaine et parthénopéenne.
+Cette extension avait été moins le
+résultat de l'esprit de conquête, que de l'esprit de
+système. On avait été obligé de secourir les Vaudois
+opprimés: on avait été provoqué à Rome à
+venger la mort du malheureux Duphot, immolé
+en voulant séparer les deux partis: à Naples on
+n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on
+avait été forcément conduit à rentrer en lutte, il
+est constant que le directoire, quoique ayant une
+immense confiance dans la puissance française,
+désirait cependant la paix, pour des raisons politiques
+et financières; il est constant aussi que l'empereur,
+tout en désirant la guerre, voulait l'éloigner
+encore. Cependant tous s'étaient conduits
+comme s'ils avaient voulu rentrer immédiatement
+en lutte, tant était grande l'incompatibilité des
+deux systèmes.</p>
+
+<p>La révolution avait donné au gouvernement
+français une confiance et une audace extraordinaire.
+Le dernier événement de Naples, quoique
+peu considérable en lui-même, venait de lui persuader
+encore que tout devait fuir devant les baïonnettes
+françaises. C'était du reste l'opinion de l'Europe.
+Il ne fallait rien moins que l'immensité des
+moyens réunis contre la France, pour donner à ses
+ennemis le courage de se mesurer avec elle. Mais
+cette confiance du gouvernement français dans ses
+forces était exagérée, et lui cachait une partie des
+difficultés de sa position. La suite a prouvé que ses
+ressources étaient immenses, mais que dans le
+moment elles n'étaient pas encore assez assurées
+pour garantir la victoire. Le directoire, outre la
+France, avait à administrer la Hollande, la Suisse,
+toute l'Italie, partagées en autant de républiques.
+Les administrer par l'intermédiaire de leur gouvernement,
+était, comme on l'a vu, encore plus
+difficile que si on avait commandé directement
+chez elles. On n'en pouvait presque tirer aucune
+ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut
+d'organisation. Il fallait cependant les défendre,
+et dès lors combattre sur une ligne qui,
+depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à
+l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par
+la Russie et l'Autriche, était prise à revers par les
+flottes anglaises, soit en Hollande, soit à Naples.
+Les forces qu'une telle situation militaire exigeait,
+il fallait les tirer de France seulement. Or, les armées
+étaient singulièrement affaiblies. Quarante
+mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte sous
+notre grand capitaine. Les armées restées en France
+étaient diminuées de moitié par l'effet des désertions
+que la paix amène toujours. Le gouvernement
+payait le même nombre de soldats, mais il n'avait
+peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs.
+Les administrations et les états-majors faisaient
+le profit sur la solde, et c'était une surcharge inutile
+pour les finances. Ces cent cinquante mille
+hommes effectifs formaient des cadres excellens,
+qu'on pouvait remplir avec la nouvelle levée des
+conscrits; mais il fallait du temps pour cela, et on
+n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de la
+conscription. Enfin, les finances étaient toujours
+dans le même délabrement, par la mauvaise organisation
+de la perception. On avait voté un budget
+de 600 millions, et une ressource extraordinaire
+de 125 millions, prise sur les 400 millions restans
+de biens nationaux; mais la lenteur des rentrées,
+et l'erreur dans l'évaluation de certains produits,
+laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination,
+si nécessaire dans une machine aussi
+vaste, commençait à disparaître. Les militaires devenaient
+très difficiles à contenir. Cet état de guerre
+perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires;
+ils en devenaient impérieux et exigeans.
+Placés dans des pays riches, ils voulaient en profiter,
+et ils étaient les complices de toutes les spoliations.
+Ils voulaient aussi faire triompher leurs
+opinions là où ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec
+peine à la direction des agens civils. On l'a vu dans
+la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans l'intérieur,
+l'opposition qu'on a vu renaître depuis le
+18 fructidor, et prendre deux caractères, se prononçait
+davantage. Les patriotes, réprimés aux
+dernières élections, se préparaient à triompher
+dans les nouvelles. Les modérés critiquaient froidement,
+mais amèrement, toutes les mesures du
+gouvernement, et suivant l'usage de toutes les oppositions,
+lui reprochaient même les difficultés
+qu'il avait à vaincre, et qui étaient le plus souvent
+insurmontables. Le gouvernement, c'est la force
+même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui
+s'il ne triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses,
+quand il explique pourquoi il n'a pas réussi.</p>
+
+<p>Telle était la situation du directoire à l'instant
+où la guerre recommença avec l'Europe. Il fit de
+grands efforts pour rétablir l'ordre dans cette
+grande machine. La confusion régnait toujours en
+Italie. Les ressources de cette belle contrée étaient
+gaspillées, et se perdaient inutilement pour l'armée;
+quelques pillards en profitaient seuls. La commission
+chargée d'instituer et d'administrer la république
+romaine venait de terminer ses fonctions,
+et aussitôt l'influence des états-majors s'était fait
+sentir. On avait changé les consuls jugés trop modérés.
+On avait rompu les marchés avantageux pour
+l'entretien de l'armée. La commission, dans laquelle
+Faypoult avait la direction financière, avait
+conclu un marché pour l'entretien et le paiement
+des troupes stationnées à Rome, et pour le transport
+de tous les objets d'art envoyés en France.
+Elle avait adjugé en paiement des biens nationaux
+pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était
+modéré sous le rapport du prix, avait l'avantage
+de fournir un emploi aux biens nationaux. Il fut
+cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin, qui
+dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer
+par les états-majors, auxquels elle abandonnait un
+pour cent de profit. Le Piémont, qu'on venait
+d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer, et
+la probité de Joubert, général en chef de l'armée
+d'Italie, n'était pas une garantie contre l'avidité de
+l'état-major et des compagnies. Naples surtout
+allait être mise au pillage. Il y avait dans le directoire
+quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière,
+Merlin et Treilhard, que tous les désordres
+révoltaient. Larévellière surtout, le plus
+sévère et le plus instruit des faits par ses relations
+particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec
+les membres de la commission de Rome, Larévellière
+voulait qu'on déployât la plus grande énergie.
+Il proposa et fit adopter un projet fort sage;
+c'était d'instituer dans tous les pays dépendans de
+la France, et où résidaient nos armées, des commissions
+chargées de la partie civile et financière,
+et tout à fait indépendantes des états-majors. A
+Milan, à Turin, à Rome, à Naples, des commissions
+civiles devaient recevoir les contributions
+stipulées avec les pays alliés de la France, passer
+les marchés, faire tous les arrangemens financiers,
+fournir en un mot aux besoins des armées, mais
+ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs
+militaires. Les commissions avaient cependant
+l'ordre de compter aux généraux les fonds qu'ils
+demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au
+gouvernement. Ainsi l'autorité militaire était encore
+bien ménagée. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre
+de la faire exécuter sur-le-champ avec la dernière
+rigueur. Comme il montrait quelque indulgence
+pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait
+de tous les désordres qui ne seraient pas réprimés.</p>
+
+<p>Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait
+blesser beaucoup les états-majors. En Italie surtout
+ils parurent se révolter; ils dirent qu'on déshonorait
+les militaires par les précautions qu'on prenait
+à leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les
+généraux, qu'on les privait de toute autorité.
+Championnet, à Naples, avait déjà tranche du
+législateur, et nommé des commissions chargées
+d'administrer le pays conquis. Faypoult était envoyé
+à Naples pour s'y charger de toute la partie
+financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire
+rentrer l'administration dans ses mains, et révoqua
+certaines mesures fort mal entendues, prises par
+Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son état, surtout quand ils sont victorieux,
+se regarda comme offensé; il eut la hardiesse
+de prendre un arrêté par lequel il enjoignait à Faypoult
+et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite
+était intolérable. Méconnaître les ordres du directoire
+et chasser de Naples les envoyés revêtus de
+ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère
+répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer
+l'autorité suprême et la remettre aux généraux. Le
+directoire ne faiblit pas, et grâce à l'énergie des
+membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il déploya ici toute son autorité. Il destitua
+Championnet, malgré l'éclat de ses derniers
+succès, et le livra à une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas
+là. Le brave Joubert se laissa persuader que l'honneur
+militaire était blessé par les arrêtés du directoire;
+il ne voulut pas conserver le commandement
+aux conditions nouvelles prescrites aux généraux,
+et donna sa démission. Le directoire l'accepta.
+Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les
+mêmes motifs. Néanmoins le directoire ne céda
+pas et persista dans ses arrêtés.</p>
+
+<p>Le directoire s'occupa ensuite de la levée des
+conscrits, qui s'exécutait lentement. Les deux
+premières classes ne pouvant pas fournir les deux
+cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre
+dans toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre
+requis fût complet. Pour gagner du temps, il fut
+décidé que les communes seraient chargées elles-mêmes
+de l'équipement des nouvelles recrues,
+et que cette dépense serait comptée en déduction
+de la contribution foncière. Ces nouveaux conscrits,
+à peine équipés, devaient se rendre sur les
+frontières, y être formés en bataillons de garnison,
+remplacer les vieilles troupes dans les places
+et les camps de réserve, et dès que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armées
+actives.</p>
+
+<p>Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le
+ministre Ramel, qui administrait toujours nos
+finances avec lumière et probité, depuis l'établissement
+du directoire, après avoir vérifié le produit
+des impôts, assurait que le déficit serait de
+65 millions, sans compter tout l'arriéré provenant
+du retard dans les rentrées. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires
+du directoire ne le portaient pas à plus de 15 millions.
+Ramel prouvait qu'il serait de 65 au moins,
+et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt
+des portes et fenêtres, mais il ne suffisait pas.
+L'impôt du sel fut mis en discussion. Alors de
+grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques
+sur une seule classe, on renouvelait les gabelles,
+etc. Lucien Bonaparte était celui des orateurs
+qui faisait valoir les objections avec le plus
+d'acharnement. Les partisans du gouvernement
+répondaient en alléguant la nécessité. L'impôt fut
+rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer
+le produit, on doubla l'impôt des portes
+et fenêtres; on décupla même celui des portes
+cochères. On mit en vente les biens du culte protestant,
+on décréta que le clergé protestant recevrait
+des salaires en dédommagement de ses biens.
+On mit à la disposition du gouvernement les
+sommes à recouvrer sur les propriétaires de biens
+restés indivis avec l'état.</p>
+
+<p>Malheureusement toutes ces ressources n'étaient
+pas assez promptes. Outre la difficulté de
+porter le produit de l'impôt au niveau de 600 millions,
+il y avait un autre inconvénient dans la
+lenteur des rentrées. On était encore réduit, cette
+année comme dans les précédentes, à donner des
+délégations aux fournisseurs sur les produits non
+rentrés. Les rentiers, auxquels on avait, depuis le
+remboursement des deux tiers, promis la plus
+grande exactitude, étaient payés eux-mêmes
+avec des bons recevables en acquittement des
+impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau réduit
+aux expédiens.</p>
+
+<p>Ce n'était pas tout que de réunir des soldats
+et des fonds pour les entretenir, il fallait les distribuer
+d'après un plan convenable, et leur
+choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons
+dit, garder la Hollande, la ligne du Rhin,
+la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire opérer depuis
+le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande
+était couverte d'un côté par la neutralité de
+la Prusse, qui paraissait certaine; mais une flotte
+anglo-russe devait y faire un débarquement, et il
+était urgent de la protéger contre ce danger.
+La ligne du Rhin était protégée par les deux
+places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la
+percer, il était prudent de la couvrir par un
+corps d'observation. Soit qu'on prît l'offensive ou
+qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou
+en Suisse, qu'on devait rencontrer les armées
+autrichiennes. Il fallait une armée active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait
+dans les plaines de la Bavière. Il fallait ensuite un
+corps d'observation pour couvrir la Suisse; il fallait
+enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie
+contre les Napolitains et les Anglais réunis.</p>
+
+<p>Ce champ de bataille était immense, et il n'était
+pas connu et jugé comme il l'a été depuis, à la suite
+de longues guerres et de campagnes immortelles.
+On pensait alors que la clé de la plaine était dans
+les montagnes. La Suisse, placée au milieu de la
+ligne immense sur laquelle on allait combattre, paraissait
+la clé de tout le continent; et la France,
+qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage
+décisif. Il semblait qu'en ayant les sources du Rhin,
+du Danube, du Pô, elle en commandât tout le cours.
+C'était là une erreur. On conçoit que deux armées
+qui appuient immédiatement une aile à des montagnes,
+comme les Autrichiens et les Français
+quand ils se battaient aux environs de Vérone ou
+aux environs de Rastadt, tiennent à la possession
+de ces montagnes, parce que celle des deux qui en
+est maîtresse peut déborder l'ennemi par les hauteurs.
+Mais quand on se bat à cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même
+importance. Tandis qu'on s'épuiserait pour la possession
+du Saint-Gothard, des armées placées sur
+le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider
+du sort de l'Europe. Mais on concluait du
+petit au grand: de ce que les hauteurs sont importantes
+sur un champ de bataille de quelques
+lieues, on en concluait que la puissance maîtresse
+des Alpes devait l'être du continent. La Suisse n'a
+qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des débouchés
+directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche
+sur la France. On conçoit dès lors que, pour le
+repos des deux puissances et de l'Europe, la clôture
+de ces débouchés soit un bienfait. Plus on
+peut empêcher les points de contact et les moyens
+d'invasion, mieux on fait, surtout entre deux
+états qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité
+de la Suisse intéresse toute l'Europe, et
+qu'on a toujours eu raison d'en faire un principe
+de sûreté générale.</p>
+
+<p>La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage
+des débouchés directs sur l'Autriche et l'Italie,
+et, en ce sens, on pouvait regarder la possession
+de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicité des débouchés est un avantage pour la
+puissance qui doit prendre l'offensive, et qui en a
+les moyens, elle devient un inconvénient pour la
+puissance qui est réduite à la défensive, par l'infériorité
+de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors
+que le nombre des points d'attaque soit aussi réduit
+que possible, afin de pouvoir concentrer ses
+forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour
+la France, suffisamment préparée à l'offensive, de
+pouvoir déboucher en Bavière par la Suisse, il
+était fâcheux pour elle, réduite à la défensive, de
+ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il
+était fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace
+compris de Mayence à Gênes, au lieu de
+pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part,
+et entre le Mont-Blanc et Gênes de l'autre.</p>
+
+<p>Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir
+dangereuse pour la France, dans le cas de la défensive.
+Mais elle était fort loin de se croire dans
+un cas pareil. Le projet du gouvernement était de
+prendre l'offensive partout et de procéder, comme
+naguère, par des coups foudroyans. Mais la distribution
+de ses forces fut des plus malheureuses.
+On plaça une armée d'observation en Hollande, et
+une autre armée d'observation sur le Rhin. Une
+armée active devait partir de Strasbourg, traverser
+la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une seconde
+armée active devait combattre en Suisse pour la
+possession des montagnes, et appuyer ainsi d'un
+côté celle qui agirait sur le Danube, et de l'autre
+celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée
+devait partir de l'Adige pour chasser tout à fait les
+Autrichiens jusqu'au-delà de l'Izonzo. Enfin, une
+dernière armée d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée
+de Hollande fût de vingt mille hommes, celle
+du Rhin de quarante, celle du Danube de quatre-vingt,
+celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui
+faisait en tout trois cent mille hommes indépendamment
+des garnisons. Avec de pareilles forces,
+cette distribution devenait moins défectueuse.
+Mais si, par la levée des conscrits, on pouvait, dans
+quelque temps, porter nos armées à ce nombre,
+on était loin d'y être arrivé dans le moment. On
+ne pouvait guère laisser que dix mille hommes en
+Hollande. Sur le Rhin on pouvait à peine réunir
+quelques mille hommes. Les troupes destinées à
+composer cette armée d'observation étaient retenues
+dans l'intérieur, soit pour surveiller la Vendée
+encore menacée, soit pour protéger la tranquillité
+publique pendant les élections qui se préparaient.
+L'armée destinée à agir sur le Danube était au plus
+de quarante mille hommes, celle de Suisse de
+trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples
+de trente. Ainsi, nous comptions à peine cent
+soixante ou cent soixante-dix mille hommes. Les
+éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la
+chose du monde la plus imprudente.</p>
+
+<p>Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire,
+voulait prendre l'offensive, il fallait
+alors, plus que jamais, choisir les points d'attaque,
+se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disséminer, pour combattre sur tous à la
+fois. Ainsi, en Italie, au lieu de disperser ses forces
+depuis Vérone jusqu'à Naples, il fallait, à l'exemple
+de Bonaparte, en réunir la plus grande partie
+sur l'Adige; et frapper là les grands coups. En
+battant les Autrichiens sur l'Adige, il était assez
+prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu
+de perdre inutilement des milliers de braves au
+pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du
+Danube, et livrer avec celle-ci une bataille décisive
+en Bavière. On pouvait même réduire encore
+les points d'attaque, rester en observation sur
+l'Adige, n'agir offensivement que sur le Danube, et
+là, porter un coup plus fort et plus sûr, en grossissant
+la masse qui devait le frapper. Napoléon et
+l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de
+grands exemples, le second par des raisonnemens
+profonds, qu'entre l'Autriche et la France, la querelle
+doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le
+chemin le plus court pour arriver au but. Une
+armée française victorieuse en Bavière, rend nuls
+tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus
+rapprochée de Vienne.</p>
+
+<p>Il faut dire, pour excuser les plans du directoire,
+qu'on n'avait point encore embrassé d'aussi vastes
+champs de bataille, et que le seul homme qui l'aurait
+pu alors était en Égypte. On dissémina donc
+les cent soixante mille hommes, ou environ, actuellement
+disponibles, sur la ligne immense que
+nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons
+indiqué. Dix mille hommes devaient observer la
+Hollande, quelques mille le Rhin; quarante mille
+formaient l'armée du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente
+celle de Naples. Les conscrits devaient bientôt renforcer
+ces masses, et les porter au nombre fixé
+par les plans du directoire.</p>
+
+<p>Le choix des généraux ne fut guère plus heureux
+que la conception des plans. Il est vrai que
+depuis la mort de Hoche, et le départ de Bonaparte,
+Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix
+étaient beaucoup plus limités. Il restait un général
+dont la réputation était grande et méritée, c'était
+Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus entreprenant,
+mais on n'était ni plus ferme ni plus
+sûr. Un état défendu par un tel homme ne pouvait
+périr. Disgracié à cause de sa conduite dans
+l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti
+à devenir simple inspecteur d'infanterie. On le
+proposa au directoire pour commander en Italie.
+Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention
+sur cette belle contrée, depuis qu'elle était comme
+la pomme de discorde entre l'Autriche et la France,
+ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa
+de toutes ses forces. Il donna des raisons de
+grand patriote, et présenta Moreau comme suspect,
+à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses
+collègues eurent la faiblesse de céder. Moreau fut
+écarté, et resta simple général de division dans
+l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous
+de ses talens. Joubert et Bernadotte avaient refusé
+le commandement de l'armée d'Italie, on sait par
+quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre
+de la guerre. Ce général, par son succès en Belgique
+et sa belle bataille de Loano, s'était acquis beaucoup
+de réputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus
+capable de commander à des jeunes gens pleins de
+force et d'audace. D'ailleurs il s'était brouillé avec
+la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la répression de la licence
+militaire. Barras le proposa pour général de l'armée
+d'Italie. On dit que c'était pour le faire sortir du
+ministère de la guerre, où il commençait à devenir
+importun par sa sévérité. Cependant les
+militaires que l'on consulta, notamment Bernadotte
+et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme
+on en parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec
+beaucoup d'estime, il fut nommé général en chef
+de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup, alléguant
+son âge, sa santé, et surtout son impopularité,
+due aux fonctions qu'il avait exercées; mais
+on insista et il fut obligé d'accepter.</p>
+
+<p>Championnet, traduit devant une commission,
+fut remplacé dans le commandement de l'armée
+de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du
+commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix
+étaient excellens, et la république ne pouvait que
+s'en applaudir. L'importante armée du Danube fut
+donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs
+dans la campagne de 1798, on n'avait point oublié
+les services qu'il avait rendus en 1793 et 1794, et
+on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses
+premiers exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à
+Moreau, l'année du Danube ne pouvait être en
+de meilleures mains. Malheureusement elle était
+tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu,
+pour la commander avec confiance, l'audace du
+vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande.</p>
+
+<p>L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs
+aux nôtres. Ne se confiant pas comme nous
+dans ses succès, elle avait employé les deux années
+écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à
+équiper et à instruire de nouvelles troupes. Elle
+les avait pourvues de tout ce qui était nécessaire,
+et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux
+cent vingt-cinq mille hommes effectifs, sans compter
+les recrues qui se préparaient encore. La Russie
+lui fournissait un contingent de soixante mille
+hommes, dont on vantait dans toute l'Europe la
+bravoure fanatique, et qui étaient commandés par
+le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition
+allait opérer sur le front de notre ligne avec environ
+trois cent mille hommes. On annonçait deux
+autres contingens russes, combinés avec des troupes
+anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre
+à Naples.</p>
+
+<p>Le plan de campagne de la coalition n'était pas
+mieux conçu que le nôtre. C'était une conception
+pédantesque du conseil aulique, fort désapprouvée
+par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous
+les généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier.
+Ce plan reposait, comme celui des Français,
+sur le principe que les montagnes sont la clé de la
+plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles
+amoncelées pour garder le Tyrol et les Grisons,
+et pour arracher, s'il était possible, la grande
+chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner,
+c'était l'Italie. Des forces considérables étaient placées
+derrière l'Adige. Le théâtre de guerre le plus
+important, celui du Danube, ne paraissait pas être
+celui dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait
+fait de plus heureux de ce côté, c'était d'y placer
+l'archiduc Charles. Voici comment étaient distribuées
+les forces autrichiennes. L'archiduc Charles
+était, avec cinquante-quatre mille fantassins et
+vingt-quatre mille chevaux, en Bavière. Dans le
+Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure
+dans le lac de Constance, le général
+Hotze commandait vingt-quatre mille fantassins
+et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le
+Tyrol avec quarante-six mille hommes, dont deux
+mille cavaliers. Kray avait sur l'Adige soixante-quatre
+mille fantassins et onze mille chevaux, ce
+qui faisait soixante-quinze mille hommes en tout.
+Le corps russe devait venir se joindre à Kray, pour
+agir en Italie.</p>
+
+<p>On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze,
+et les quarante-six mille de Bellegarde, devaient
+agir dans les montagnes. Ils devaient gagner les
+sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient
+dans la plaine tâcheraient d'en franchir le
+cours. Du côté des Français, l'armée d'Helvétie
+était chargée du même soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire
+inutilement sur des rochers inaccessibles,
+dont la possession ne pouvait guère influer sur le
+sort de la guerre<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc Charles,
+le général Jomini et Napoléon.</blockquote>
+
+<p>Les généraux français n'avaient pas manqué
+d'informer le directoire de l'insuffisance de leurs
+moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer
+quelques troubles, et une demi-brigade à l'armée
+d'Helvétie pour remplacer une autre demi-brigade
+envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit
+mille hommes effectifs. De pareilles forces
+étaient trop disproportionnées avec celles de l'archiduc,
+pour qu'il pût lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armée de
+Bernadotte, qui ne comptait pas encore plus de
+cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait
+voulu qu'on lui permît d'attirer à lui, ou l'armée
+du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi il avait
+raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir
+ni les magasins, ni les moyens de transport
+indispensables pour faire vivre son armée dans des
+pays stériles et d'un accès extrêmement difficile.</p>
+
+<p>Le directoire répondait à ces observations que
+les conscrits allaient rejoindre et se former bientôt
+en bataillons de campagne; que l'armée d'Helvétie
+serait incessamment portée à quarante mille
+hommes, celle du Danube à soixante; que dès que
+les élections seraient achevées, les vieux bataillons,
+retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau
+de l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient
+ordre de concourir aux opérations de Jourdan,
+et de se conformer à ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance
+dans ses soldats, il voulait que, malgré la
+disproportion du nombre, ses généraux se hâtassent
+de brusquer l'attaque et de déconcerter les
+Autrichiens par une charge impétueuse. Aussi les
+ordres furent-ils donnés en conséquence.</p>
+
+<p>Les Grisons, partagés en deux factions, avaient
+hésité long-temps entre la domination autrichienne
+et la domination suisse. Enfin ils avaient appelé
+les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire,
+les considérant comme sujets suisses, ordonna à
+Masséna d'occuper leur territoire, en faisant aux
+Autrichiens une sommation préalable de l'évacuer
+En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ.
+En même temps, comme les Russes s'avançaient
+toujours en Autriche, il adressa, à ce
+sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt,
+l'autre à l'empereur. Il déclarait au corps germanique
+et à l'empereur, que, si dans l'espace de
+huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la
+marche des Russes, il regarderait la guerre comme
+déclarée. Jourdan avait ordre de passer le Rhin
+aussitôt ce délai expiré.</p>
+
+<p>Le congrès de Rastadt avait singulièrement
+avancé ses travaux. Les questions de la ligne du
+Rhin, du partage des îles, de la construction des
+ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que
+de la question des dettes. La plupart des princes
+germaniques, excepté les princes ecclésiastiques,
+ne demandaient pas mieux que de s'entendre,
+pour éviter la guerre; mais soumis la plupart à
+l'Autriche, ils n'osaient pas se prononcer. Les
+membres de la députation quittaient successivement
+le congrès, et bientôt on allait se trouver
+dans l'impossibilité de délibérer. Le congrès déclara
+ne pas pouvoir répondre à la note du directoire,
+et en référa à la diète de Ratisbonne. La
+note destinée à l'empereur fut envoyée à Vienne
+même et resta sans réponse. La guerre se trouvait
+donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de
+traverser le Rhin, et de s'avancer, par la forêt
+Noire, jusqu'aux sources du Danube. Il franchit
+le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc
+Charles franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars).
+Ainsi les limites que les deux puissances s'étaient
+prescrites étaient franchies, et on allait de nouveau
+en venir aux mains. Cependant, tout en faisant
+une marche offensive, Jourdan avait ordre
+de laisser tirer les premiers coups de fusil à l'ennemi,
+en attendant que la déclaration de guerre
+fût approuvée par le corps législatif.</p>
+
+<p>Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons.
+Il somma les Autrichiens de les évacuer le 16 ventôse
+(6 mars). Les Grisons se composent de la haute
+vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou
+Engadin. Masséna résolut de passer le Rhin près de
+son embouchure dans le lac de Constance, et de
+s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les
+hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite,
+et qui, par son activité et son audace extraordinaires,
+était le général le plus accompli pour la guerre des
+montagnes, devait partir des environs du Saint-Gothard,
+franchir le Rhin vers ses sources, se jeter
+dans la vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une
+division de l'armée d'Italie, devait le seconder en se
+portant de la Valteline dans la vallée du Haut-Adige.</p>
+
+<p>Ces habiles dispositions furent exécutées avec
+une grande vigueur. Le 16 ventôse (6 mars) le Rhin
+fut franchi sur tous les points. Les soldats jetèrent
+des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus
+comme sur un pont. En deux jours, Masséna fut
+maître de tout le cours du Rhin, depuis ses sources
+jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance,
+et prit quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers.
+Lecourbe, de son côté, n'exécutait pas avec
+moins de bonheur les ordres de son général en
+chef. Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis
+à Tusis dans la vallée de l'Albula, et, de cette
+vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, en
+traversant les plus hautes montagnes de l'Europe,
+couvertes encore des neiges de l'hiver. Un retard
+forcé ayant empêché Dessoles de se porter de la
+Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait
+exposé au débordement de toutes les forces autrichiennes
+cantonnées dans le Tyrol. En effet, tandis
+qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta
+avec un corps sur ses derrières; mais l'intrépide
+Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit Laudon,
+l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença
+sa marche dans la vallée de l'Inn.</p>
+
+<p>Ces débuts brillans semblaient faire croire que
+dans les Alpes comme à Naples, les Français pourraient
+braver partout un ennemi supérieur en nombre.
+Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il
+fallait persister dans l'offensive, et suppléer au
+nombre par la hardiesse.</p>
+
+<p>Le directoire envoya à Jourdan la déclaration
+de guerre qu'il avait obtenue des conseils<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>, avec
+l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan avait débouché
+par les défilés de la forêt Noire, dans le pays
+compris entre le Danube et le lac de Constance.
+L'angle formé par ce fleuve et ce lac va en s'ouvrant
+toujours davantage, à mesure qu'on avance
+en Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa
+gauche au Danube, et sa droite au lac de Constance,
+pour communiquer avec Masséna, était donc obligé,
+à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa
+ligne, et de l'affaiblir par conséquent d'une manière
+dangereuse, surtout devant un ennemi très
+supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à
+Mengen d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de
+l'autre. Mais apprenant que l'armée du Rhin ne
+serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars),
+et craignant d'être tourné par la vallée du Necker,
+il crut devoir faire un mouvement rétrograde. Les
+ordres de son gouvernement et le succès de Masséna
+le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix
+d'une bonne position entre le lac de Constance et
+le Danube. Deux torrens, l'Ostrach et l'Aach, partant
+à peu près du même point, et se jetant l'un
+dans le Danube, l'autre dans le lac de Constance,
+forment une même ligne droite, derrière laquelle
+Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche,
+était à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf;
+Férino, avec la droite, à Barendorf.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII (12 mars).</blockquote>
+
+<p>D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre,
+avec la division d'avant-garde, était à Ostrach. Ce
+point était le plus accessible de la ligne: placé à
+l'origine des deux torrens, il présentait des marécages
+qu'on pouvait traverser sur une longue
+chaussée. C'est sur ce point que l'archiduc Charles,
+qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes
+à la gauche et à la droite des Français contre Saint-Cyr
+et Férino. Mais sa masse principale, forte de
+près de cinquante mille hommes, fut portée tout
+entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient
+neuf mille Français au plus. Le combat commença
+le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des plus
+acharnés. Les Français déployèrent à cette première
+rencontre une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent
+l'admiration du prince Charles lui-même.
+Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de
+sa ligne et la nature du pays ne permettaient pas
+que, par un mouvement rapide, il transportât les
+forces de ses ailes à son centre. Le passage fut
+forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan
+se vit obligé de battre en retraite. Il se replia entre
+Singen et Tuttlingen.</p>
+
+<p>Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux;
+il détruisait ce prestige d'audace et d'invincibilité
+dont les Français avaient besoin pour
+suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des
+forces avait rendu cet échec presque inévitable.
+Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre l'offensive.
+Sachant que Masséna s'avançait au-delà
+du Rhin, se fiant à la coopération de l'armée du
+Danube, il se croyait obligé de tenter un dernier
+effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en
+se portant vers le lac de Constance. Il avait un autre
+motif de se reporter en avant: c'était le désir
+d'occuper le point de Stokach, où se croisent les
+routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu
+le tort d'abandonner en se retirant entre Singen et
+Tuttlingen. Il fixa son mouvement au 5 germinal
+(25 mars.)</p>
+
+<p>L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de
+la direction qu'il devait donner à ses mouvemens.
+Il ne savait s'il devait diriger sa marche ou sur la
+Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna,
+ou vers les sources du Danube, de manière à le
+séparer de sa base du Rhin. La direction vers la
+Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt
+à se lier à l'armée d'Helvétie que les Autrichiens
+en avaient à les en séparer. Mais il ignorait
+les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projeté
+cette reconnaissance pour le 5 germinal (25 mars),
+le jour même où Jourdan de son côté voulait l'attaquer.</p>
+
+<p>La nature des lieux rendait la position des deux
+armées extrêmement compliquée. Le point stratégique
+était Stokach, où se croisent les routes de
+Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait
+garder. La Stokach, petite rivière, coule en faisant
+beaucoup de détours, devant la ville du même
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de
+Constance. C'était sur cette rivière que l'archiduc
+avait pris position, Il avait sa gauche entre Nenzingen
+et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière
+l'un des circuits de la Stokach; son centre était
+placé sur un plateau élevé, nommé le Nellemberg,
+et en avant de la Stokach; et sa droite sur le prolongement
+de ce plateau, le long de la chaussée
+qui va de Stokach à Liptingen. Elle se trouvait,
+comme le centre, en avant de la Stokach. L'extrémité
+de cette aile était couverte par les bois épais
+qui s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait
+de grands défauts dans cette position. Si la gauche
+avait la Stokach devant elle, le centre et la droite
+l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités
+par un effort de l'ennemi. En outre, toutes les
+positions de l'armée n'avaient qu'une même
+issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite
+forcée, la gauche, le centre, la droite, seraient
+venus s'entasser par une seule route, et
+auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant
+couvrir Stokach, ne pouvait pas prendre d'autre
+position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait
+à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de
+n'avoir pas fait quelques travaux pour mieux
+garder son centre et sa droite, et l'autre d'avoir
+trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment
+protégée par la rivière. C'est l'extrême
+désir de conserver le point important de Stokach,
+qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait du
+reste l'avantage d'une immense supériorité numérique.</p>
+
+<p>Jourdan ignorait une partie des dispositions de
+l'archiduc, car rien n'est plus difficile que les reconnaissances,
+surtout dans un pays aussi accidenté
+que celui où agissaient les deux armées. Il
+occupait toujours l'ouverture de l'angle formé par
+le Danube et le lac de Constance, de Tuttlingen à
+Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la
+nature du pays, qui ne permettait guère une concentration
+rapide, rendait cet inconvénient encore
+plus grave. Il ordonna au général Férino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher
+sur Wahlwies, et à Souham, qui commandait
+le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner
+leurs efforts pour emporter la gauche et le centre
+de l'archiduc, en passant la Stokach et en gravissant
+le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite
+de faire agir sa gauche, son avant-garde et sa réserve
+sur le point de Liptingen, afin de pénétrer
+à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir à la forcer. Ces dispositions
+avaient l'avantage de diriger la plus grande masse
+des forces sur l'aile droite de l'archiduc, qui était
+la plus compromise. Malheureusement toutes les
+colonnes de l'armée avaient des points de départ
+trop éloignés. Pour agir sur Liptingen, l'avant-garde
+et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée
+de marche. Cet isolement était d'autant plus dangereux,
+que l'armée française, forte de trente-six
+mille hommes environ, était inférieure d'un tiers
+au moins à l'armée autrichienne.</p>
+
+<p>Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées
+se rencontrèrent. L'armée française marchait
+à une bataille, celle des Autrichiens à une reconnaissance.
+Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés
+un peu avant nous, surprirent nos avant-gardes,
+mais furent bientôt refoulés sur tous les points
+par le gros de nos divisions. Férino à la droite,
+Souham au centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen,
+à Nenzingen, au bord de la Stokach, au pied
+du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans
+leur position du matin, et commencèrent l'attaque
+sérieuse de cette position. Ils avaient à franchir
+la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.</p>
+
+<p>A notre gauche, le succès était plus prompt et
+plus complet. L'avant-garde, actuellement commandée
+par le général Soult, depuis une blessure
+qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens
+qui s'étaient avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les
+chassa de Liptingen, les mit en déroute dans la
+plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et
+parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux
+mêmes qui couvraient la droite autrichienne; en
+poursuivant leur mouvement, les Français pouvaient
+la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui
+causer un désastre. Mais il était clair que cette aile
+allait être renforcée aux dépens du centre et de la
+gauche, et qu'il fallait agir sur elle avec une grande
+masse de forces. Il fallait donc, comme dans le
+plan primitif, faire converger sur ce même point
+l'avant-garde, la réserve et la gauche. Malheureusement
+le général Jourdan, se confiant dans le succès
+trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre
+un objet trop étendu, et au lieu d'amener
+Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce général de faire
+un long circuit, pour envelopper les Autrichiens
+et leur couper la retraite. C'était trop se hâter de
+recueillir les fruits de la victoire, quand la victoire
+n'était pas remportée. Le général Jourdan ne garda
+sur le point décisif que la division d'avant-garde et
+la réserve confiée à d'Haupoult.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, la droite des Autrichiens,
+voyant les bois qui la couvraient forcés par l'ennemi,
+fit volte-face, et disputa avec une extrême
+opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach,
+qui traverse ces bois. On se battait avec acharnement,
+lorsque l'archiduc accourut en toute hâte.
+Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira
+les grenadiers et les cuirassiers du centre et de la
+gauche pour les transporter à sa droite. Ne s'effrayant
+pas du mouvement de Saint-Cyr sur ses
+derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr
+n'en serait que plus compromis, et il résolut de se
+borner à un effort décisif vers le point actuellement
+menacé.</p>
+
+<p>On se disputait les bois avec un acharnement
+extraordinaire. Les Français, très inférieurs en
+nombre, résistaient avec un courage que l'archiduc
+appelle admirable; mais le prince chargea lui-même
+avec quelques bataillons sur la chaussée de
+Liptingen, et fit lâcher prise aux Français. Ceux-ci
+perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans
+la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient
+partis. Jourdan fit demander du secours à Saint-Cyr,
+mais il n'était plus temps. Il lui restait sa réserve,
+et il résolut de faire exécuter une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il
+lança quatre régimens de cavalerie à la fois. Cette
+charge, arrêtée par une autre charge que firent à
+propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas
+heureuse. Une confusion horrible se mit alors dans
+la plaine de Liptingen. Après avoir fait des prodiges
+de bravoure, les Français se débandèrent. Le
+général Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter
+les fuyards; il fut emporté lui-même. Cependant
+les Autrichiens, épuisés de ce long combat,
+n'osèrent pas nous poursuivre.</p>
+
+<p>La journée fut dès lors finie. Férino et Souham
+s'étaient maintenus, mais n'avaient forcé ni le
+centre ni la gauche des Autrichiens. Saint-Cyr courait
+sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que
+la bataille fût perdue: les Français, inférieurs du
+tiers, avaient conservé partout le champ de bataille,
+et déployé une rare bravoure; mais avec leur infériorité
+numérique, et l'isolement de leurs différens
+corps, n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait
+sur-le-champ rappeler Saint-Cyr, très compromis,
+rallier l'avant-garde et la réserve maltraitées,
+ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en conséquence, et prescrivit
+à Saint-Cyr de se replier le plus promptement possible.
+La position de ce dernier était devenue très
+périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb
+qui l'a toujours signalé, et il regagna le Danube
+sans accident. La perte avait été à peu près égale
+des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers.
+Elle était de quatre à cinq mille hommes environ.</p>
+
+<p>Après cette journée malheureuse, les Français
+ne pouvaient plus tenir la campagne, et ils devaient
+chercher un abri derrière une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin?
+Il était évident qu'en se retirant en Suisse, ils combinaient
+leurs efforts avec l'armée de Masséna, et
+pouvaient par cette réunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le général Jourdan
+ne crut pas devoir en agir ainsi; il craignait pour
+la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte n'avait
+réuni encore que sept à huit mille hommes, et il
+résolut de se replier à l'entrée des défilés de la
+forêt Noire. Il prit là une position qu'il croyait
+forte, et laissant le commandement à son chef
+d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin
+d'aller se plaindre de l'état d'infériorité dans lequel
+on avait laissé son armée. Les résultats parlaient
+beaucoup plus haut que toutes les plaintes du
+monde, et il valait bien mieux qu'il restât à son
+armée que d'aller se plaindre à Paris.</p>
+
+<p>Très heureusement le conseil aulique imposait
+à l'archiduc une faute grave, qui réparait en partie
+les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses avantages,
+eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il
+aurait pu la mettre dans un désordre complet, et
+peut-être même la détruire. Il aurait été temps
+alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna,
+privé de tout secours, réduit à ses trente mille
+hommes, et engagé dans les hautes vallées des Alpes.
+Il n'eût pas été impossible de lui couper la route
+de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse
+fût évacuée: c'était la conséquence du principe,
+que la clé du théâtre de la guerre était dans les
+montagnes.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens se passaient en
+Souabe, la guerre se poursuivait dans les Hautes-Alpes.
+Masséna agissant vers les sources du Rhin,
+Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles
+de l'Adige, avaient eu des succès balancés. Il y avait
+au-delà du Rhin, un peu au-dessus du point où il
+se jette dans le lac de Constance, une position qu'il
+était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch.
+Masséna y avait mis toute son opiniâtreté, mais il
+y avait perdu plus de deux mille hommes sans résultat.
+Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders,
+avaient livré des combats brillans, qui leur avaient
+valu à chacun trois ou quatre mille prisonniers, et
+qui avaient amplement compensé l'échec de Feldkirch.
+Ainsi les Français, par leur vivacité et leur
+audace, conservaient la supériorité dans les Alpes.</p>
+
+<p>Les opérations commençaient en Italie, le lendemain
+même de la bataille de Stokach. Les Français
+avaient reçu environ trente mille conscrits, ce qui
+portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize
+mille hommes à peu près. Ils étaient distribués
+ainsi qu'il suit: trente mille hommes de vieilles
+troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et
+Naples. Les trente mille jeunes soldats étaient
+dans les places. Il restait cinquante-six mille
+hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le
+général Gauthier pour occuper la Toscane, et cinq
+mille sous le général Dessoles pour agir dans la
+Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes
+qui restaient à Schérer pour se battre sur
+l'Adige, point essentiel, où il aurait fallu porter
+toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient
+du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il
+en était un autre qui ne fut pas moins fatal aux
+Français. Le général n'inspirait aucune confiance,
+il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons
+dit; il s'était d'ailleurs dépopularisé pendant
+son ministère. Il le sentait lui-même, et il n'avait
+pris le commandement qu'à regret. Il allait pendant
+la nuit écouter les propos des soldats sous
+leurs tentes, et recueillir de ses propres oreilles
+les preuves de son impopularité. C'étaient là des
+circonstances bien défavorables, au début d'une
+campagne grande et difficile.</p>
+
+<p>Les Autrichiens devaient être commandés par
+Mélas et Suwarow. En attendant, ils obéissaient
+au baron de Kray, l'un des meilleurs généraux de
+l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils
+comptaient quatre-vingt-cinq mille hommes dans
+la Haute-Italie. Soixante mille, à peu près, étaient
+déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait
+été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens
+devaient déboucher de Vérone, longer le pied des
+montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en masquant
+toutes les places. Ce mouvement avait pour
+but d'appuyer celui de l'armée du Tyrol dans les
+montagnes.</p>
+
+<p>Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de
+franchir l'Adige. La commission était difficile, car
+les Autrichiens avaient tout l'avantage de cette
+ligne. Elle doit être assez connue par la campagne
+de 1796. Vérone et Legnago, qui la commandent,
+appartenaient aux Autrichiens. Jeter un pont sur
+quelque point que ce fût, était très dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient
+déboucher sur le flanc de l'armée, occupée
+à tenter un passage. Le plus sûr, si on n'avait pas
+eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser
+déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre
+sur un terrain qu'on aurait eu le temps de
+choisir, de lui livrer bataille, et de profiter des
+résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa
+suite.</p>
+
+<p>Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita
+sur le meilleur parti à adopter, et se décida enfin
+pour une attaque vers sa gauche. On se souvient
+sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes,
+à l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone.
+Les Autrichiens en avaient retranché toutes
+les approches, et formé un camp à Pastrengo.
+Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp,
+et de les rejeter de ce côté au-delà de l'Adige. Les
+trois divisions Serrurier, Delmas et Grenier, furent
+destinées à cet objet. Moreau, devenu simple
+général de division sous Schérer, devait, avec les
+deux divisions Hatry et Victor, inquiéter Vérone.
+Le général Montrichard, avec une division, devait
+faire une démonstration sur Legnago. Cette
+distribution de forces annonçait l'incertitude et
+les tâtonnemens du général en chef.</p>
+
+<p>L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars),
+lendemain de la bataille de Stokach. Les trois divisions
+chargées d'assaillir par plusieurs points le
+camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur
+digne de l'ancienne armée d'Italie, et s'emparèrent
+de Rivoli. Elles prirent quinze cents prisonniers
+aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci
+repassèrent l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils
+avaient jeté à Polo, et qu'ils eurent le temps de
+détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour
+les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les
+défendre et à les reprendre une opiniâtreté inutile.
+Celui de San-Massimo fut pris et repris jusqu'à
+sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage,
+et le resserra dans Vérone. Montrichard en faisant
+une démonstration inutile sur Legnago, courut de
+véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens,
+s'était imaginé que les Français allaient
+porter leur principal effort sur le Bas-Adige; il
+y avait dirigé une grande partie de ses forces, et
+en débouchant de Legnago il mit Montrichard
+dans le plus grand péril. Heureusement celui-ci se
+couvrit des accidens du terrain, et se replia sagement
+sur Moreau.</p>
+
+<p>La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage
+des Français, à la gauche et au centre. On
+pouvait évaluer la perte des Français en tués,
+blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des
+Autrichiens à huit mille au moins. Cependant,
+malgré l'avantage que les Français avaient eu, ils
+n'avaient obtenu que des résultats peu importans.
+A Vérone, ils n'avaient fait que resserrer les Autrichiens;
+au-dessus de Vérone, ils les avaient rejetés,
+il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer à leur suite en rétablissant
+le pont de Polo; mais malheureusement il était
+peu important de franchir l'Adige sur ce point. On
+doit se souvenir que la route qui longe extérieurement
+ce fleuve vient traverser Vérone, et qu'il n'y
+a pas d'autre issue pour déboucher dans la plaine.
+Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à
+Polo; on se trouvait, après l'avoir franchi, en
+face de Vérone, dans la même position que Moreau
+au centre, et il fallait enlever la place. Si,
+dans la journée même, on eût profité du désordre
+dans lequel l'attaque du camp de Pastrengo avait
+jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de rétablir
+le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer
+dans la place à la suite des fuyards, surtout à la
+faveur du combat opiniâtre que Moreau, de l'autre
+côté de l'Adige, livrait au général Kaim.</p>
+
+<p>Malheureusement, rien de tout cela n'avait été
+fait. Cependant on pouvait réparer cette faute en
+agissant vivement le lendemain, et en transportant
+la masse des forces devant Vérone et au-dessus,
+vers le pont de Polo. Mais Schérer hésita trois
+jours de suite sur le parti qu'il avait à prendre. Il
+faisait chercher une route au-delà de l'Adige, qui
+permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de
+cette hésitation, et se plaignait hautement de ce
+qu'on ne profitait pas des avantages remportés
+dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal
+(29 mars), on tint un conseil de guerre, et Schérer
+se décida à agir. Il forma le projet singulier de
+jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par le
+pont de Polo, et de porter la masse de son armée
+entre Vérone et Legnago, pour y tenter le passage
+du fleuve. Pour opérer le transport de ses forces,
+il porta deux divisions de sa gauche à sa droite,
+les fit passer derrière son centre, et les exposa à
+des fatigues inutiles, par des chemins mauvais,
+entièrement ruinés par les pluies.</p>
+
+<p>Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut
+mis à exécution. Serrurier, avec sa division forte
+de six mille hommes, franchit seul l'Adige à Polo,
+tandis que le gros de l'armée se transportait plus
+bas, entre Vérone et Legnago. Le sort de la division
+Serrurier était facile à prévoir. Engagée,
+après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était
+fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce
+de cul-de-sac, elle courait de grands hasards.
+Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea contre
+elle une masse de forces trois fois supérieure, et la
+ramena vivement sur le pont de Polo. La confusion
+se mit dans ses rangs, le fleuve ne fut repassé
+qu'en désordre. Des détachemens furent obligés
+de se faire jour, et quinze cents hommes restèrent
+prisonniers. Schérer, en apprenant cet échec, qui
+était inévitable, se contenta de ramener la division
+battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il
+avait concentré maintenant la plus grande partie
+de ses forces.</p>
+
+<p>On passa plusieurs jours encore à tâtonner de
+part et d'autre. Enfin Kray prit une détermination,
+et résolut, tandis que Schérer se portait sur le
+Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de
+se porter dans le flanc de Schérer, et de l'acculer
+entre le Bas-Adige et la mer. La direction était
+bonne; mais heureusement un ordre intercepté
+instruisit Moreau du plan de Kray; il en informa
+sur-le-champ le général en chef, et le pressa de
+faire remonter ses divisions, pour faire front du
+côté de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher.</p>
+
+<p>C'est en exécutant ce mouvement, que les deux
+armées se rencontrèrent, le 16 germinal (5 avril),
+aux environs de Magnano. Les divisions Victor et
+Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent
+le fleuve par San-Giovanni et Tomba, afin de
+se porter jusqu'à Vérone. Elles accablèrent la division
+Mercantin, qui leur était opposée, et détruisirent
+en entier le régiment de Wartensleben: ces
+deux divisions arrivèrent ainsi presque à la hauteur
+de Vérone, et furent en mesure de remplir leur
+objet, qui était de couper de cette ville tout ce que
+Kray en aurait fait sortir. La division Delmas, qui
+devait se porter au centre, vers Butta-Preda et
+Magnano, se trouva en retard, et laissa à la division
+autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer
+jusqu'à Butta-Preda, et de former ainsi un saillant
+vers le milieu de notre ligne. Mais Moreau à la gauche,
+avec les divisions Serrurier, Hatry et Montrichard,
+s'avançait victorieusement. Il avait ordonné
+à la division Montrichard de changer de front,
+pour faire face à Butta-Preda, vers le point où l'ennemi
+avait fait une pointe, et il marchait avec ses
+deux autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé
+enfin à Butta-Preda, couvrait notre centre, et dans
+ce moment la victoire semblait se déclarer pour
+nous, car notre droite, complètement victorieuse
+du côté de l'Adige, allait couper aux Autrichiens
+la retraite sur Vérone.</p>
+
+<p>Mais Kray jugeant que le point essentiel était à
+notre droite, et qu'il fallait renoncer au succès sur
+tous les autres points, pour l'emporter sur celui-là,
+y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il
+avait un avantage sur Schérer, c'était le rapprochement
+de ses divisions, qui lui permettait de les
+déplacer plus facilement. Les divisions françaises,
+au contraire, étaient fort éloignées les unes des autres,
+et combattaient sur un terrain coupé de nombreux
+enclos. Kray tomba à l'improviste avec toute
+sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir
+au secours de celui-ci, mais il fut chargé lui-même
+par les régimens de Nadasty et de Reisky.
+Kray ne se contenta pas de ce premier avantage.
+Il avait fait rallier sur les derrières la division Mercantin,
+battue le matin; il la lança de nouveau sur
+les deux divisions Grenier et Victor, et décida ainsi
+leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance,
+furent obligées d'abandonner le champ
+de bataille. La droite étant en déroute, notre centre
+se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y porter;
+mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray
+de poursuivre son avantage.</p>
+
+<p>La bataille était évidemment perdue, et il fallait
+songer à la retraite. La perte avait été grande des
+deux côtés. Les Autrichiens avaient eu trois mille
+morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les
+français avaient eu un nombre égal de morts et de
+blessés, mais ils avaient perdu quatre mille prisonniers.
+C'est là que fut blessé mortellement le général
+Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie
+avait déployé aux avant-gardes tant de talent
+et d'intrépidité.</p>
+
+<p>Moreau conseillait de coucher sur le champ de
+bataille, pour éviter le désordre d'une retraite de
+nuit, mais Schérer voulut se replier le soir même.
+Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio.
+Appuyé sur Peschiera d'un côté, sur Mantoue de
+l'autre, il pouvait opposer une résistance vigoureuse,
+rappeler Macdonald du fond de la Péninsule,
+et, par cette concentration de forces, regagner la
+supériorité perdue dans la journée de Magnano.
+Mais le malheureux Schérer avait entièrement
+perdu la tête. Ses soldats étaient plus mal disposés
+que jamais. Maîtres depuis trois ans de l'Italie, ils
+étaient indignés de se la voir arracher, et ils n'imputaient
+leurs revers qu'à l'impéritie de leur général.
+Il est certain que, pour eux, ils avaient fait leur
+devoir aussi bien que dans les plus beaux jours de
+leur gloire. Les reproches de son armée avaient
+ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant
+pas pouvoir tenir sur le Mincio, il se retira sur
+l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le 12 avril.
+On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde.</p>
+
+<p>La campagne était à peine ouverte depuis un
+mois et demi, et déjà nous étions en retraite sur
+tous les points. Le chef d'état-major Ernould, que
+Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée
+des défilés de la forêt Noire, avait pris peur
+en apprenant une incursion de quelques troupes
+légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en
+désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme
+en Italie, nos armées, aussi braves que jamais,
+perdaient cependant leurs conquêtes, et rentraient
+battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que
+nous avions conservé l'avantage. Là, Masséna se
+maintenait avec toute la ténacité de son caractère;
+et, sauf la tentative infructueuse sur Feldkirch, il
+avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le
+saillant que forme la Suisse entre l'Allemagne et
+l'Italie, il était placé entre deux armées victorieuses,
+et il devenait indispensable qu'il se retirât. Il venait
+en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se
+repliait dans l'intérieur de la Suisse, mais avec
+ordre, et en gardant l'attitude la plus imposante.</p>
+
+<p>Nos armes étaient humiliées, et nos ministres
+allaient devenir à l'étranger les victimes du plus
+odieux et du plus atroce attentat. La guerre étant
+déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique,
+le congrès de Rastadt était resté assemblé. On
+était près de s'entendre sur la dernière difficulté,
+celle des dettes; mais les deux tiers des états
+avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet
+de l'influence de l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on
+fît la paix. Il ne restait plus au congrès que quelques
+députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée
+du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au
+milieu des troupes autrichiennes. Le cabinet de
+Vienne conçut alors un projet infâme, et qui jeta
+un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort
+à se plaindre de la fierté et de la vigueur que nos
+ministres avaient déployées à Rastadt. Il leur imputait
+une divulgation qui l'avait singulièrement
+compromis aux yeux du corps germanique, c'était
+celle des articles secrets convenus avec Bonaparte
+pour l'occupation de Mayence. Ces articles secrets
+prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence,
+et trahi d'une manière indigne les intérêts de l'Empire.
+Ce cabinet était fort irrité, et voulait tirer
+vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient
+ceux des princes germaniques qui, dans le moment,
+traitaient individuellement avec la république
+française. Il conçut donc la pensée de faire
+arrêter nos ministres, à leur retour en France, pour
+les dépouiller, les outrager, peut-être même les
+assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait été donné d'une manière positive.</p>
+
+<p>Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et
+sans craindre un attentat sur leurs personnes, ils
+craignaient du moins pour leur correspondance.
+En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la
+passer. Nos ministres réclamèrent; la députation
+de l'Empire réclama aussi, et demanda si le congrès
+pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien
+auquel on s'adressa ne fit aucune réponse
+tranquillisante. Alors nos ministres déclarèrent
+qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le
+9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent
+qu'ils demeureraient dans cette ville, prêts
+à renouer les négociations dès qu'on en témoignerait
+le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation
+fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites
+par tout le congrès, et il fut demandé expressément
+s'il y avait sûreté pour les ministres français.
+Le colonel autrichien qui commandait les hussards
+de Szecklers, cantonnés près de Rastadt,
+répondit que les ministres français n'avaient qu'à
+partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura
+que leurs personnes seraient respectées. Nos trois
+ministres, Jean Debry, Bonnier et Roberjeot, partirent
+le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du
+soir. Ils occupaient trois voitures avec leurs familles.
+Après eux venaient la légation ligurienne
+et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit des
+difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais
+enfin tous les obstacles furent levés, et ils partirent.
+La nuit était très sombre. A peine étaient-ils
+à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de
+hussards de Szecklers fondit sur eux le sabre à la
+main, et arrêta les voitures. Celle de Jean Debry
+était la première. Les hussards ouvrirent violemment
+la portière, et lui demandèrent, en un jargon
+à demi barbare, s'il était Jean Debry. Sur sa réponse
+affirmative, ils le saisirent à la gorge, l'arrachèrent
+de sa voiture, et, aux yeux de sa femme
+et de ses enfans, le frappèrent de coups de sabre.
+Le croyant mort, ils passèrent aux autres voitures,
+et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras
+de leurs familles. Les membres de la légation ligurienne
+et les secrétaires d'ambassade eurent le
+temps de se sauver. Les brigands chargés de cette
+exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent
+tous les papiers.</p>
+
+<p>Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel.
+La fraîcheur de la nuit lui rendit l'usage de ses
+sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt. Quand
+cet attentat fut connu, il excita l'indignation des
+habitans et des membres du congrès. La loyauté
+allemande fut révoltée d'une violation du droit des
+gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui
+n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare.
+Les membres de la députation restés au congrès
+prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassinés, les soins les plus empressés.
+Ils se réunirent ensuite pour rédiger une
+déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au
+monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient
+tout soupçon de complicité avec l'Autriche.
+Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc
+Charles écrivit à Masséna une lettre pour
+annoncer qu'il allait faire poursuivre le colonel
+des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide
+et contrainte, qui prouvait l'embarras du prince,
+n'était pas digne de lui et de son caractère. L'Autriche
+ne répondit pas, et ne pouvait pas répondre,
+aux accusations dirigées contre elle.</p>
+
+<p>Ainsi, la guerre était implacable entre les deux
+systèmes qui partageaient le monde. Les ministres
+républicains, mal reçus d'abord, puis outragés pendant
+une année de paix, venaient enfin d'être assassinés
+indignement, et avec autant de férocité qu'on
+aurait pu le faire entre nations barbares. Le droit
+des gens, observé entre les ennemis les plus
+acharnés, n'était violé que pour eux.</p>
+
+<p>Les revers si peu attendus qui signalèrent le
+début de la campagne, l'attentat de Rastadt, produisirent
+l'impression la plus funeste au directoire.
+Dès le moment même de la déclaration de guerre,
+les deux oppositions commençaient à perdre toute
+mesure: elles n'en gardèrent plus aucune quand
+elles virent nos armées battues et nos ministres
+assassinés. Les patriotes, repoussés par le système
+des scissions, les militaires, dont on avait voulu
+réprimer la licence, les royalistes, se cachant derrière
+ces mécontens de différente espèce, tous
+s'armèrent à la fois des derniers événemens pour
+accuser le directoire. Ils lui adressaient les reproches
+les plus injustes et les plus multipliés. Les
+armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées.
+Le directoire avait laissé leurs rangs s'éclaircir
+par la désertion, et n'avait mis aucune activité
+à les remplir au moyen de la conscription
+nouvelle. Il avait retenu dans l'intérieur un grand
+nombre de vieux bataillons, qui, au lieu d'être
+envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner
+la liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites
+à un nombre si disproportionné avec celui
+des armées ennemies, le directoire n'avait fourni
+ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni
+moyens de transport, ni chevaux de remonte. Il
+les avait livrées à la rapacité des administrations,
+qui avaient dévoré inutilement un revenu de six
+cents millions. Enfin il avait fait, pour les commander,
+les plus mauvais choix. Championnet, le
+vainqueur de Naples, était dans les fers, pour
+avoir voulu réprimer la rapacité des agens du
+gouvernement. Moreau était réduit au rôle de
+simple général de division. Joubert, le vainqueur
+du Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie,
+étaient sans commandement. Schérer, au contraire,
+qui avait préparé toutes les défaites par
+son administration, Schérer avait le commandement
+de l'armée d'Italie, parce qu'il était compatriote
+et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas
+là. Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec
+amertume. L'illustre Bonaparte, ses illustres lieutenans,
+Kléber, Desaix, leurs quarante mille compagnons
+d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où
+étaient-ils?... En Égypte, sur une terre lointaine,
+où ils allaient périr par l'imprudence du gouvernement,
+ou peut-être par sa méchanceté. Cette entreprise,
+si admirée naguère, on commençait à dire
+maintenant que c'était le directoire qui l'avait
+imaginée pour se défaire d'un guerrier célèbre qui
+lui faisait ombrage.</p>
+
+<p>On remontait plus haut encore: on reprochait
+au gouvernement la guerre elle-même; on lui imputait
+de l'avoir provoquée par ses imprudences
+à l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse,
+renversé le pape et la cour de Naples, poussé ainsi
+l'Autriche à bout, et tout cela sans être préparé à
+entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé
+la Porte à une rupture. En décidant la Porte,
+il avait délivré la Russie de toute crainte pour ses
+derrières, et lui avait permis d'envoyer soixante
+mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était
+si grande, qu'on allait jusqu'à dire que le directoire
+était l'auteur secret de l'assassinat de Rastadt. C'était,
+disait-on, un moyen imaginé pour soulever
+l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps législatif.</p>
+
+<p>Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune,
+dans les journaux, dans les lieux publics.
+Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre du
+gouvernement et pour lui imputer tous ses revers.
+Ceux des généraux qui n'étaient pas venus, avaient
+écrit pour exposer leurs griefs. C'était un déchaînement
+universel, et qui serait incompréhensible
+si on ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions
+des partis.</p>
+
+<p>Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut
+répondre à tous ces reproches. Le directoire n'avait
+pas laissé éclaircir les rangs des armées, car il n'avait
+donné que douze mille congés; mais il lui avait
+été impossible d'empêcher les désertions en temps
+de paix. Il n'y a pas de gouvernement au monde
+qui eût réussi à les empêcher. Le directoire s'était
+même fait accuser de tyrannie en voulant obliger
+beaucoup de soldats à rejoindre. Il y avait, en effet,
+quelque dureté à ramener sous les drapeaux des
+hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant
+six années. La conscription n'était décrétée que
+depuis cinq mois, et il n'avait pas eu le moyen, en
+aussi peu de temps, d'organiser ce système de recrutement;
+et surtout d'équiper, d'instruire les
+conscrits, de les former en bataillons de campagne,
+et de les faire arriver en Hollande, en Allemagne,
+en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour
+maintenir le repos pendant les élections, et parce
+que l'on ne pouvait confier ce soin à de jeunes soldats,
+dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement
+à la république pas assez décidé. Une raison
+importante avait de plus justifié cette précaution:
+c'était la Vendée, travaillée encore par les émissaires
+de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes
+anglo-russes.</p>
+
+<p>Quant au désordre de l'administration, les torts
+du directoire n'étaient pas plus réels. Il y avait eu
+des dilapidations sans doute, mais presque toutes
+au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et
+malgré les plus grands efforts du directoire. Il y
+avait eu dilapidation de trois manières: en pillant
+les pays conquis; en comptant à l'état la solde des
+militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant
+avec les compagnies des marchés désavantageux.
+Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les généraux
+et les états-majors qui les avaient commises et qui
+en avaient profité. Ils avaient pillé les pays conquis,
+fait le profit sur la solde et partagé les profits des
+compagnies. On a vu que celles-ci abandonnaient
+quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs
+bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors.
+Schérer, vers la fin de son ministère, s'était
+brouillé avec ses compagnons d'armes pour avoir
+essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire
+s'était efforcé, pour y mettre un terme, de nommer
+des commissions indépendantes des états-majors,
+et on a vu comment Championnet les avait
+accueillies à Naples. Les marchés désavantageux
+faits avec les compagnies, avaient encore une autre
+cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient
+sur le prix, de l'incertitude du paiement.
+Les crédits ouverts cette année s'élevaient
+à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions d'extraordinaire.
+Sur cette somme, le ministre avait
+déjà ordonnancé 400 millions pour dépenses consommées.
+Il n'en était pas rentré encore 210; on
+avait fourni les 190 de surplus en délégations.</p>
+
+<p>Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire,
+quant aux dilapidations. Le choix des généraux,
+excepté pour un seul, ne devait pas lui être reproché.
+Championnet, après sa conduite à l'égard des
+commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas
+conserver le commandement. Macdonald le valait
+au moins, et était connu par une probité sévère.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement
+de l'armée d'Italie. Ils avaient désigné
+eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait repoussé
+Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la
+nomination de Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence
+démagogique était une raison fondée de
+lui refuser un commandement, et du reste, malgré
+ses qualités incontestables, il était au-dessous du
+commandement en chef. Quant à l'expédition d'Égypte,
+on a vu si le directoire en était coupable, et
+s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte,
+Kléber, Desaix et leurs quarante mille compagnons
+d'armes. Larévellière-Lépaux s'était brouillé avec
+le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre l'expédition.</p>
+
+<p>La provocation à la guerre n'était pas plus le
+fait du directoire que tous les autres malheurs. On
+a pu voir que l'incompatibilité des passions déchaînées
+en Europe avait seule provoqué la guerre. Il
+n'en fallait faire un reproche à personne; mais,
+dans tous les cas, ce n'étaient certainement pas les
+patriotes et les militaires qui avaient droit d'accuser
+le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on
+n'eût pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement
+papal, renversé le roi de Naples, forcé celui
+de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas les
+militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours
+poussé à l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle
+de la guerre les avait enchantés tous. N'étaient-ce
+pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un
+frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis
+des imprudences, s'il y en avait eu de commises?
+Ce n'était pas la détermination de la Porte qui avait
+entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle
+été vraie, c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte
+qui pouvait seul en mériter le reproche.</p>
+
+<p>Rien n'était donc plus absurde que la masse des
+accusations accumulées contre le directoire. Il ne
+méritait qu'un reproche, c'était d'avoir trop partagé
+la confiance excessive que les patriotes et les
+militaires avaient dans la puissance de la république.
+Il avait partagé les passions révolutionnaires
+et s'était livré à leur entraînement. Il avait cru qu'il
+suffisait, pour le début de la guerre, de cent
+soixante-dix mille hommes; que l'offensive déciderait
+de tout, etc. Quant à ses plans, ils étaient
+mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de
+Carnot en 1796, pas plus mauvais que ceux du
+conseil aulique, et calqués d'ailleurs en partie sur
+un projet du général Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons
+dit, et ce n'était pas la faute du directoire si cet
+homme n'était pas en Europe.</p>
+
+<p>Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que
+l'histoire doit relever l'injustice de ces reproches;
+mais tant pis pour un gouvernement quand on
+lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables
+d'un gouvernement, c'est d'avoir cette
+bonne renommée qui repousse l'injustice. Quand
+il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des autres,
+et ceux même de la fortune, il n'a plus la
+faculté de gouverner, et cette impuissance doit le
+condamner à se retirer. Combien de gouvernemens
+ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement
+de la révolution! L'action de la France contre
+l'Europe était si violente, qu'elle devait détruire
+rapidement tous ses ressorts. Le directoire était
+usé comme l'avait été le comité de salut public,
+comme le fut depuis Napoléon lui-même. Toutes
+les accusations dont le directoire était l'objet,
+prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité.</p>
+
+<p>Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats
+civils, élus au pouvoir, non à cause de
+leur grandeur héréditaire ou de leur gloire personnelle,
+mais pour avoir mérité un peu plus
+d'estime que leurs concitoyens, que cinq magistrats,
+armés de la seule puissance des lois pour
+lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre
+à l'obéissance des armées nombreuses, des généraux
+couverts de gloire et pleins de prétentions,
+pour administrer enfin une moitié de l'Europe,
+parussent bientôt insuffisans, au milieu de la lutte
+terrible qui venait de s'engager de nouveau. Il ne
+fallait qu'un revers pour faire éclater cette impuissance.
+Les factions alternativement battues, les
+militaires réprimés plusieurs fois, les appelaient
+avec mépris les <i>avocats</i>, et disaient que la France
+ne pouvait être gouvernée par eux.</p>
+
+<p>Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se
+voit quelquefois dans le conflit des révolutions,
+l'opinion ne montrait quelque indulgence que pour
+celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le
+moins. Barras, sans contredit, méritait à lui seul
+tout ce qu'on disait du directoire. D'abord, il n'avait
+jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens
+décisifs, où il faisait entendre sa voix plus
+forte que son courage, il ne s'occupait de rien. Il
+ne se mêlait que du personnel du gouvernement,
+ce qui convenait mieux à son génie intrigant. Il
+avait pris part à tous les profits des compagnies,
+et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours été le défenseur des brouillons et des fripons;
+c'était lui qui avait appuyé Brune et envoyé
+Fouché en Italie. Il était la cause des mauvais choix
+des généraux, car il s'était opposé à la nomination
+de Moreau, et avait fortement demandé celle de
+Schérer. Malgré tous ses torts si graves, lui seul
+était mis à part. D'abord il ne passait pas, comme
+ses quatre collègues, pour un <i>avocat</i>, car sa paresse,
+ses habitudes débauchées, ses manières
+soldatesques, ses liaisons avec les jacobins, le
+souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait exclusivement,
+en faisaient en apparence un homme
+d'exécution, plus capable de gouverner que ses
+collègues. Les patriotes lui trouvaient avec eux
+des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur
+était dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances
+secrètes. Les états-majors, qu'il flattait et
+qu'il protégeait contre la juste sévérité de ses collègues,
+l'avaient en assez grande faveur. Les fournisseurs
+le vantaient, et il se sauvait de cette manière
+de la défaveur générale. Il était même perfide
+avec ses collègues, car tous les reproches qu'il
+méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux seuls.
+Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux,
+mais il peut réussir un moment: il réussit
+dans cette occasion.</p>
+
+<p>On connaît la haine de Barras contre Rewbell.
+Celui-ci, administrateur vraiment capable, avait
+choqué, par son humeur et sa morgue, tous ceux
+qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour
+les gens d'affaires, pour tous les protégés de
+Barras, et notamment pour les militaires. Aussi
+était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art,
+dans sa société, qui était nombreuse, de diriger
+contre lui les plus odieux soupçons. Une circonstance
+malheureuse contribuait à les autoriser.
+L'agent du directoire en Suisse, Rapinat, était
+beau-frère de Rewbell. On avait exercé en Suisse
+les exactions qui se commettaient dans tous les
+pays conquis, beaucoup moins cependant que
+partout ailleurs. Mais les plaintes excessives de ce
+petit peuple avare avaient causé une rumeur extrême.
+Rapinat avait eu la commission malheureuse
+de mettre le scellé sur les caisses et sur le
+trésor de Berne; il avait traité avec hauteur le gouvernement
+helvétique; ces circonstances et son
+nom, qui était malheureux, lui avaient valu de
+passer pour le Verrès de la Suisse, pour l'auteur
+de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car
+il avait même quitté la Suisse, avant l'époque où
+elle avait le plus souffert. Dans la Société de Barras
+on faisait de malheureux calembours sur
+son nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il
+était le beau-frère. C'est ainsi que la probité de
+Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les calomnies.</p>
+
+<p>Larévellière, par son inflexible sévérité, par son
+influence dans les affaires politiques d'Italie, n'était
+pas devenu moins odieux que Rewbell. Cependant,
+sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probité eût été impossible. La société de
+Barras lui donnait des ridicules. On se moquait
+de sa personne, et de ses prétentions à une papauté
+nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le
+culte de la théophilanthropie, dont il n'était cependant
+pas l'auteur. Merlin et Treilhard, quoique
+moins anciens au pouvoir, et moins en vue que
+Rewbell et Larévellière, étaient cependant enveloppés
+dans la même défaveur.</p>
+
+<p>C'est dans cette disposition d'esprit que se firent
+les élections de l'an VII, qui furent les dernières.
+Les patriotes, furieux, ne voulaient pas être
+exclus cette année, comme la précédente, du corps
+législatif. Ils s'étaient déchaînés contre le système
+des scissions, et s'étaient efforcés de le flétrir d'avance.
+Ils y avaient assez réussi, pour qu'en effet
+on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation,
+où l'on suppose à ses adversaires tous les projets
+qu'on en redoute, ils disaient que le directoire,
+usant, comme au 18 fructidor, des moyens extraordinaires,
+allait proroger pour cinq ans les pouvoirs
+des députés actuels, et suspendre pendant
+tout ce temps l'exercice des droits électoraux. Ils
+disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris,
+parce qu'on travaillait à organiser le contingent
+helvétique. Ils firent grand bruit d'une circulaire
+aux électeurs, répandue par le commissaire du
+gouvernement (préfet) auprès du département de
+la Sarthe. Ce n'était pas une circulaire, comme
+nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire à l'improuver par un message.
+Les élections, faites dans ces dispositions,
+amenèrent au corps législatif une quantité considérable
+de patriotes. On ne songea pas cette année
+à les exclure du corps législatif, et leur élection
+fut confirmée. Le général Jourdan, qui avait raison
+d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de
+son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée
+en imputant au gouvernement le désir de
+le perdre, fut envoyé de nouveau au corps législatif,
+le coeur gros de ressentimens. Augereau y
+fut envoyé aussi, avec un surcroît d'humeur et de
+turbulence.</p>
+
+<p>Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard
+ne servit pas la république, car, au lieu de Barras,
+ce fut Rewbell, le plus capable des cinq directeurs,
+qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un
+grand sujet de satisfaction pour tous les ennemis
+de ce directeur, et une occasion nouvelle de le calomnier
+plus commodément. Cependant, comme
+il avait été élu au conseil des anciens, il saisit une
+occasion de répondre à ses accusateurs, et le fit
+de la manière la plus victorieuse.</p>
+
+<p>Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule
+infraction aux lois rigoureuses de la probité, qu'on,
+pût reprocher au directoire. Les cinq premiers directeurs,
+nommés à l'époque de l'institution du
+directoire, avaient fait une convention entre eux,
+par laquelle ils devaient prélever sur leurs appointemens,
+chacun dix mille francs, afin de les donner
+au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice
+était de ménager aux membres du directoire la
+transition du pouvoir suprême à la vie privée,
+surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y
+avait même une raison de dignité à en agir ainsi,
+car il était dangereux pour la considération du gouvernement,
+de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette
+raison même décida les directeurs à pourvoir d'une
+manière plus convenable au sort de leurs collègues.
+Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un
+prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils
+résolurent d'allouer une somme de cent mille francs
+à chaque directeur sortant. C'était cent mille francs
+par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui
+pouvait la prendre sur l'un des mille profits qu'il
+était si facile de faire sur des budgets de six ou huit
+cents millions. On décida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux.
+Comme tous les ans le corps législatif allouait des
+frais de mobilier, cette dépense devait être avouée,
+et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent
+de plus que les économies faites sur les frais
+de mobilier seraient partagées entre eux. Certes,
+c'était là une bien légère atteinte à la fortune publique,
+si c'en était une; et tandis que des généraux,
+des compagnies, faisaient des profits si
+énormes, cent mille francs par an, consacrés à
+donner des alimens à l'homme qui venait d'être
+chef du gouvernement, n'étaient pas un vol. Les
+raisons et la forme de la mesure l'excusaient en
+quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part,
+ne voulut jamais y consentir. Il déclara à ses collègues
+qu'il n'accepterait jamais sa part. Rewbell
+reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes,
+dont le directoire était dispensé de rendre
+compte. Telle est la seule faute qu'on puisse reprocher
+collectivement au directoire. Un seul de
+ses membres, sur les douze qui se succédèrent, fut
+accusé d'avoir fait des profits particuliers. Quel
+est le gouvernement au monde, duquel on puisse
+dire la même chose?</p>
+
+<p>Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait
+avoir une grande réputation, pour donner un peu
+de considération au directoire, et on songea à
+Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte,
+était le plus important de l'époque. Son ambassade
+en Prusse avait encore ajouté à sa renommée. Déjà
+on le considérait, et très justement, comme un
+esprit profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin,
+on lui attribuait la conservation de la neutralité
+prussienne, qui du reste était due beaucoup
+moins à son intervention qu'à la situation de cette
+puissance. Aussi le regardait-on comme aussi capable
+de diriger le gouvernement que de concevoir
+une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de
+gens crurent voir dans ce choix la confirmation
+du bruit généralement répandu de modifications
+très prochaines à la constitution. Ils disaient que
+Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer
+à ces modifications. On croyait si peu que
+l'état des choses actuel pût se maintenir, qu'on
+voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVI.</h3>
+
+<p>CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE
+LA LIMMAT.&mdash;ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE
+COMMANDEMENT A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU
+AU-DELA DU PÔ ET DE L'APENNIN.&mdash;ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE
+DE NAPLES; BATAILLE DE LA TREBBIA.&mdash;COALITION DE TOUS LES PARTIS
+CONTRE LE DIRECTOIRE.&mdash;RÉVOLUTION DU 30 PRAIRIAL.&mdash;LARÉVELLIÈRE
+ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.</p>
+
+
+<p>Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement
+les modifications que nous venons de
+raconter, le directoire n'avait cessé de faire les
+plus grands efforts pour réparer les revers qui
+venaient de signaler l'ouverture de la campagne.
+Jourdan avait perdu le commandement de l'armée
+du Danube, et Masséna avait reçu le commandement
+en chef de toutes les troupes cantonnées depuis
+Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. Ce choix
+heureux devait sauver la France. Schérer, impatient
+de quitter une armée dont il avait perdu la
+confiance, avait obtenu l'autorisation de transmettre
+le commandement à Moreau. Macdonald avait
+reçu l'ordre pressant d'évacuer le royaume de Naples
+et les états romains, et de venir faire sa jonction
+avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés
+sur la frontière; l'équipement et l'organisation des
+conscrits s'accéléraient, et les renforts commençaient
+à arriver de toutes parts.</p>
+
+<p>Masséna, à peine nommé commandant en chef
+des armées du Rhin et de Suisse, songea à disposer
+convenablement les forces qui lui étaient confiées.
+Il ne pouvait prendre le commandement dans une
+situation plus critique. Il avait au plus trente mille
+hommes, épars en Suisse depuis la vallée de l'Inn
+jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit
+mille sous Hotze, dans le Voralberg, quarante
+mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de près de cent mille
+hommes pouvait l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc
+n'avait pas été contrarié par le conseil aulique
+et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi
+le Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait
+pu fermer à Masséna la route de France, l'envelopper
+et le détruire. Heureusement il n'était
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore
+on n'avait pas mis immédiatement sous ses ordres
+Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les trois généraux
+un tiraillement continuel, ce qui empêchait
+qu'ils se concertassent pour une opération décisive.</p>
+
+<p>Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui
+permirent de prendre une position solide et de
+distribuer convenablement les troupes mises à sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait
+qu'observer la ligne du Rhin du côté de l'Alsace,
+et qu'il se proposait d'opérer en Suisse, entre Schaffouse
+et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube,
+et lui assigna des positions qu'elle aurait dû
+prendre dès le début, c'est-à-dire immédiatement
+après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine.
+Celui-ci fut obligé de s'en retirer, après
+avoir livré des combats brillans, où il montra une
+intrépidité et une présence d'esprit admirables.
+Les Grisons furent évacués. Masséna distribua alors
+son armée depuis la grande chaîne des Alpes jusqu'au
+confluent de l'Aar dans le Rhin, en choisissant
+la ligne qui lui parut la meilleure.</p>
+
+<p>La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui,
+partant des grandes Alpes, la traversent tout entière,
+pour aller se jeter dans le Rhin. La plus
+étendue et la plus vaste est celle du Rhin même,
+qui, prenant sa source non loin du Saint-Gothard,
+coule d'abord au nord, puis s'étend en un vaste
+lac<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>, dont il sort près de Stein, et court à l'ouest
+vers Bâle, où il recommence à couler au nord pour
+former la frontière de l'Alsace. Cette ligne est la
+plus vaste, et elle enferme toute la Suisse. Il y en
+a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la précédente:
+c'est celle de la Lint, qui, prenant sa
+source dans les petits cantons, s'arrête pour former
+le lac de Zurich, en sort sous le nom de Limmat,
+et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de
+cette dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui
+n'enveloppe qu'une partie de la Suisse, est beaucoup
+moins vaste que la première. Il y en a enfin
+une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore
+dans la précédente, qui du lit de la Reuss passe
+dans le lac de Lucerne, et de Lucerne va se rendre
+dans l'Aar, tout près du point où se jette la Limmat.
+Ces lignes commençant à droite contre des montagnes
+énormes, finissant à gauche dans de grands
+fleuves, consistant tantôt en des rivières, tantôt en
+des lacs, présentent de nombreux avantages pour
+la défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver
+la plus grande, celle du Rhin, et de s'étendre
+depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure de
+l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat,
+où il s'établit de la manière la plus solide. Il
+plaça son aile droite, formée des trois divisions
+Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il
+plaça son centre sur la Limmat, et le composa des
+quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et
+Strasbourg.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> Le lac de Constance.</blockquote>
+
+<p>Avant de se renfermer dans cette position, il
+essaya d'empêcher par un combat la jonction de
+l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux généraux
+placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du
+fleuve dans le lac de Constance, l'autre après sa
+sortie, étaient séparés par toute l'étendue du lac.
+En franchissant cette ligne, afin de s'établir
+devant celle de Zurich et de la Limmat, où s'était
+placé Masséna, ils devaient partir des deux extrémités
+du lac, pour venir faire leur jonction au-delà.
+Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne
+s'était pas encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le
+repousser au-delà du Rhin, se rabattre ensuite sur
+Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé
+qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double
+opération, et de battre isolément les deux généraux
+autrichiens. Malheureusement il ne songea à
+les attaquer qu'au moment où ils étaient près de
+se réunir, et où ils étaient en mesure de se soutenir
+réciproquement. Il les combattit sur plusieurs
+points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à
+Frauenfeld, et quoiqu'il eût partout l'avantage,
+grace à cette vigueur qu'il mettait toujours dans
+l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction,
+et il fut obligé de se replier sur la ligne de la
+Limmat et de Zurich, où il se prépara à recevoir
+vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se décidait
+à l'attaquer.</p>
+
+<p>Les événemens étaient bien autrement malheureux
+en Italie. Là, les désastres ne s'étaient point
+arrêtés.</p>
+
+<p>Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec
+un corps de vingt-huit ou trente mille Russes.
+Mélas avait pris le commandement de l'armée autrichienne.
+Suwarow commandait en chef les deux
+armées, s'élevant au moins à quatre-vingt-dix mille
+hommes. On l'appelait l'<i>invincible</i>. Il était connu
+par ses campagnes contre les Turcs, et par ses
+cruautés en Pologne. Il avait une grande vigueur
+de caractère, une bizarrerie affectée et poussée jusqu'à
+la folie, mais aucun génie de combinaison.
+C'était un vrai barbare, heureusement incapable
+de calculer l'emploi de ses forces, car autrement,
+la république aurait peut-être succombé. Son armée
+lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable,
+et qui tenait du fanatisme, mais aucune
+instruction. L'artillerie, la cavalerie, le génie, y
+étaient réduits à une véritable nullité. Elle ne savait
+faire usage que de la baïonnette, et s'en servait
+comme les Français s'en étaient servis pendant la
+révolution. Suwarow, fort insolent pour ses alliés,
+donna aux Autrichiens des officiers russes, pour
+leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il
+employa le langage le plus hautain, il dit que les
+<i>femmes</i>, <i>les petits-maîtres</i>, <i>les paresseux</i>, devaient
+quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder
+le service souverain seraient traités comme des
+égoïstes, et perdraient leurs grades, et que tout le
+monde devait se sacrifier pour délivrer l'Italie des
+Français et des athées. Tel était le style de ses allocutions.
+Heureusement, après nous avoir causé
+bien du mal, cette énergie brutale allait rencontrer
+l'énergie savante et calculée, et se briser devant
+elle.</p>
+
+<p>Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses
+esprits, s'était promptement retiré sur l'Adda, au
+milieu des cris d'indignation des soldats. De son
+armée de quarante-six mille hommes, il en avait
+perdu dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut
+obligé d'en laisser à Peschiera ou Mantoue encore
+huit mille, et il ne lui en resta ainsi que vingt-huit
+mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes,
+il avait su manoeuvrer habilement, il aurait pu
+donner le temps à Macdonald de le rejoindre, et
+éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda
+de la manière la plus malheureuse. Il partagea son
+armée en trois divisions. La division Serrurier était
+à Lecco, à la sortie de l'Adda du lac de Lecco. La
+division Grenier était à Cassano, la division Victor
+à Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques
+corps légers, vers le Modénois et les montagnes de
+Gênes; pour maintenir les communications avec la
+Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses
+vingt-huit mille hommes, ainsi dispersés sur une
+ligne de vingt-quatre lieues, ne pouvaient résister
+solidement nulle part, et devaient être enfoncés
+partout où l'ennemi se présenterait en forces.</p>
+
+<p>Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même
+où la ligne de l'Adda était forcée, Schérer remit à
+Moreau la direction de l'armée. Ce brave général
+avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait
+descendre au rôle de simple divisionnaire, et maintenant
+que la campagne était perdue, qu'il n'y
+avait plus que des désastres à essuyer, on lui donnait
+le commandement. Cependant, avec un dévouement
+patriotique que l'histoire ne saurait
+trop célébrer, il accepta une défaite, en acceptant
+le commandement le soir même où l'Adda était
+forcé. C'est ici que commence la moins vantée et
+la plus belle partie de sa vie.</p>
+
+<p>Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs
+points. Quand le premier régiment russe se montra
+à la vue du pont de Lecco, les carabiniers de la
+brave 18e légère sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait
+comme des colosses effrayans et invincibles. Ils
+fondirent sur eux la baïonnette croisée, et en firent
+un grand carnage. Les Russes furent repoussés.
+Il venait de s'allumer un admirable courage
+dans le coeur de nos braves; ils voulaient faire repentir
+de leur voyage les barbares insolens qui venaient
+se mêler dans une querelle qui n'était pas la
+leur. La nomination de Moreau enflammait toutes
+les âmes, et remplit l'armée de confiance. Malheureusement
+la position n'était plus tenable. Suwarow,
+repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda
+sur deux points, à Brivio et à Trezzo, au-dessus et
+au-dessous de la division Serrurier, qui formait la
+gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du
+reste de l'armée. Moreau, avec la division Grenier,
+livra à Trezzo un combat furieux, pour repousser
+l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit
+avec huit ou neuf mille hommes un corps de plus
+de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent
+rejeter l'ennemi au-delà de l'Adda. Malheureusement
+Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter
+sur ce point même de Trezzo, où Moreau s'obstinait
+à combattre pour se remettre en communication
+avec lui. Il fallut céder, et abandonner la
+division Serrurier à son sort. Elle fut entourée par
+toute l'armée ennemie, et se battit avec la dernière
+opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts, elle
+fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de
+cette division, grâce à la hardiesse et à la présence
+d'esprit d'un officier, se sauva par les montagnes
+en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'était heureusement retiré en arrière avec sa division
+intacte. Telle fut la fatale journée dite de Cassano,
+9 floréal (28 avril), qui réduisit l'armée à
+environ vingt mille hommes.</p>
+
+<p>C'est avec cette poignée de braves que Moreau
+entreprit de se retirer. Cet homme rare ne perdit
+pas un instant ce calme d'esprit dont la nature l'avait
+doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence
+d'une armée qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix
+mille, si on avait su la faire marcher en masse,
+il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était bien
+autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il
+revint d'Allemagne, avec une armée de
+soixante mille hommes victorieux, et pourtant il
+a été beaucoup moins célébré! tant les hasards
+des passions influent sur les jugemens contemporains!</p>
+
+<p>Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner
+le moyen d'évacuer les parcs et les bagages, et
+pour laisser aux membres du gouvernement cisalpin,
+et à tous les Milanais compromis, le temps
+de se retirer sur les derrières. Rien n'est plus dangereux
+pour une armée que ces familles de fugitifs,
+qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses
+mouvemens, et peuvent quelquefois compromettre
+son salut. Moreau, après avoir passé deux jours
+à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô.
+A la conduite de Suwarow, il put juger qu'il aurait
+le temps de prendre une position solide. Il avait
+deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses communications
+avec la France, et avec la Toscane,
+par où s'avançait l'armée de Naples. Pour arriver
+à ce but important, il lui parut convenable d'occuper
+le penchant des montagnes de Gênes; c'était
+le point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes:
+l'une, escortant les parcs, les bagages,
+tout l'attirail de l'armée, prit la grande route de
+Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie,
+pour occuper les routes de la rivière de Gênes. Il
+exécuta cette marche sans être trop pressé par
+l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses
+masses victorieuses sur notre faible armée, et de
+la détruire complètement, se faisait décerner à
+Milan les honneurs du triomphe par les prêtres,
+les moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche,
+rentrées en foule à la suite des armées coalisées.</p>
+
+<p>Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer
+vers la France tout son attirail de guerre.
+Il arma la citadelle, tâcha de réveiller le zèle des
+partisans de la république, et vint rejoindre ensuite
+la colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie.
+Il choisit là une position qui prouve toute la justesse
+de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous
+d'Alexandrie. Moreau se plaça au confluent de ces
+deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et par l'autre,
+il ne craignait pas une attaque de vive force; il
+gardait en même temps toutes les routes de Gênes,
+et pouvait attendre l'arrivée de Macdonald. Cette
+position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne
+de postes sur le Pô et le Tanaro, et ses masses
+étaient disposées de manière qu'il pouvait courir
+en quelques heures sur le premier point attaqué. Il
+s'établit là avec vingt mille hommes, et y attendit
+avec un imperturbable sang-froid les mouvemens
+de son formidable ennemi.</p>
+
+<p>Suwarow avait mis très heureusement beaucoup
+de temps à s'avancer. Il avait demandé au conseil
+aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce
+corps venait de descendre en Italie, et portait
+l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à
+la fois Peschiera, Mantoue, Pizzighitone, voulant
+en même temps se garder du côté de la Suisse, et
+ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses,
+n'avait guère plus de quarante mille hommes sous
+sa main, force du reste très suffisante pour accabler
+Moreau, s'il avait su la manier habilement.</p>
+
+<p>Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en
+face de Moreau. Il s'établit à Tortone, et y fixa
+son quartier-général. Après quelques jours d'inaction,
+il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un
+peu au-dessus du confluent du Pô et du Tanaro,
+vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles boisées,
+à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter
+un passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du
+11 au 12 mai), ils passèrent au nombre à peu près
+de deux mille, dans l'une de ces îles, et se trouvèrent
+ainsi au-delà du bras principal. Le bras
+qui leur restait à passer était peu considérable, et
+pouvait même être franchi à la nage. Ils le traversèrent
+hardiment, et se portèrent sur la rive droite
+du Pô. Les Français, prévenus du danger, coururent
+sur le point menacé. Moreau, qui était averti
+d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro,
+attendit que le véritable point du danger fût bien
+déterminé pour s'y porter en force: dès qu'il en
+fut certain, il y marcha avec sa réserve, et culbuta
+dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse
+de le franchir. Il y en eut deux mille cinq cents
+tués, noyés ou prisonniers.</p>
+
+<p>Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position
+de Moreau dans le singulier triangle où il s'était
+placé. Mais l'inaction de l'ennemi l'inquiétait;
+il craignait que Suwarow n'eût laissé devant
+Alexandrie un simple détachement, et qu'avec la
+masse de ses forces il n'eût remonté le Pô, pour se
+porter sur Turin et prendre la position des Français
+par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant
+de Macdonald. Dans l'incertitude où le laissait l'inaction
+de Suwarow, il résolut d'agir lui-même, pour
+s'assurer du véritable état des choses. Il imagina
+de déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une
+forte reconnaissance. Si l'ennemi n'avait laissé devant
+lui qu'un corps détaché, le projet de Moreau
+était de changer cette reconnaissance en attaque
+sérieuse, d'accabler ce corps détaché, et puis de
+se retirer tranquillement par la grande route de
+la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin
+d'y attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait
+la masse principale, son projet était de se replier
+sur-le-champ, et de regagner en toute hâte la rivière
+de Gênes, par toutes les communications
+accessibles qui lui restaient. Une raison qui le décidait
+surtout à prendre ce parti décisif, c'était
+l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait
+qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible.</p>
+
+<p>Tandis que Moreau formait ce projet fort sage,
+Suwarow en formait un autre qui était dépourvu
+de sens. Sa position à Tortone était certainement
+la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait
+entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine
+et celle de Naples. Il ne devait la quitter à aucun
+prix. Cependant il imagina d'emmener une
+partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter
+le fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale,
+y organiser les royalistes piémontais, et faire
+tomber la position de Moreau. Rien n'était plus
+mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour
+faire tomber la position de Moreau, il fallait essayer
+une attaque directe et vigoureuse, mais par-dessus
+tout ne pas quitter la position intermédiaire
+entre les deux armées qui cherchaient à opérer
+leur jonction.</p>
+
+<p>Tandis que Suwarow divisait ses forces, en
+laissant une partie aux environs de Tortone, le
+long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô
+pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance
+qu'il avait projetée. Il avait porté la
+division Victor en avant pour attaquer vigoureusement
+le corps russe qu'il avait devant lui. Il se
+tenait lui-même avec toute sa réserve un peu en
+arrière, prêt à changer cette reconnaissance en une
+attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe
+pût être accablé. Après un engagement très-vif, où
+les troupes de Victor déployèrent une rare bravoure,
+Moreau crut que toute l'armée russe était
+devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur
+d'avoir sur les bras un ennemi trop supérieur. En
+conséquence, entre les deux partis qu'il s'était proposé
+d'adopter, il préféra le second, comme le plus
+sûr. Il résolut donc de se retirer vers les montagnes
+de Gênes. Sa position était des plus critiques.
+Tout le Piémont était en révolte sur ses derrières.
+Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui
+ferme la principale route, la seule accessible à l'artillerie.
+Le grand convoi des objets d'arts recueillis
+en Italie, courait risque d'être enlevé. Ces circonstances
+étaient des plus fâcheuses. En prenant les
+routes situées plus en arrière, et qui aboutissaient
+à la rivière du Ponent, Moreau craignait de trop s'éloigner
+des communications de la Toscane, et
+de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait
+réuni en masse autour de Tortone. Dans cette perplexité,
+il prit sur-le-champ son parti, et fit les
+dispositions suivantes. Il détacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers
+praticables à la seule infanterie, vers les montagnes
+de Gênes. Elle devait se hâter d'occuper tous les
+passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où
+elle serait attaquée par Suwarow. Moreau, ne gardant
+que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait
+suivre les sentiers des montagnes, gagner l'une des
+routes charretières qui se trouvaient en arrière de
+Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent.
+Il faisait un autre calcul, en se décidant à cette retraite
+excentrique, c'est qu'il attirerait à lui l'armée
+ennemie, la détournerait de poursuivre Victor et
+de se jeter sur Macdonald.</p>
+
+<p>Victor se retira heureusement par Acqui,
+Spigno et Dego, et vint occuper les crêtes de
+l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une
+célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva,
+qui fermait sa principale communication, le mettait
+dans un embarras extrême. Il achemina par le
+col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était
+indispensable, et résolut de s'ouvrir une route à
+travers l'Apennin, en la faisant construire par ses
+propres soldats. Après quatre jours d'efforts incroyables,
+la route fut rendue praticable à l'artillerie,
+et Moreau fut transporté dans la rivière de
+Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au col de Tende,
+ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées
+vers Gênes.</p>
+
+<p>Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau,
+se hâta de le faire poursuivre; mais il ne sut deviner
+ni prévenir ses savantes combinaisons. Ainsi,
+grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau
+avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser
+entamer une seule fois, en contenant au contraire
+les Russes partout où il les avait rencontrés.
+Il avait laissé une garnison de trois mille hommes
+dans Alexandrie, et il était avec dix-huit mille
+à peu près dans les environs de Gênes. Il était
+placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée
+de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype,
+le corps léger de Montrichard, et la division Victor,
+sur la Haute-Trebbia, pour les joindre à
+Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi,
+avec le reste de son corps d'armée. Son plan de jonction
+était profondément médité. Il pouvait attirer
+l'armée de Naples à lui par les bords de la Méditerranée,
+la réunir à Gênes, et déboucher avec
+elle de la Bochetta; ou bien la faire déboucher de
+la Toscane dans les plaines de Plaisance, et sur les
+bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il
+fallait de nouveau franchir l'Apennin, et donner
+de front sur l'ennemi, pour enlever la plaine. En
+débouchant au contraire en avant de Plaisance,
+on était maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait
+son champ de bataille sur les bords même du
+Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eût sa gauche toujours
+serrée aux montagnes, pour se lier avec Victor qui
+était à Bobbio. Quant à lui, il observait Suwarow,
+prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait
+marcher à la rencontre de Macdonald. Dans cette
+situation, la jonction paraissait aussi sûre que derrière
+l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+préférable.</p>
+
+<p>Dans ce moment, le directoire venait de réunir
+dans la Méditerranée des forces maritimes considérables.
+Bruix, le ministre de la marine, s'était
+mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué
+la flotte espagnole, et croisait avec cinquante vaisseaux
+dans la Méditerranée, dans le but de la délivrer
+des Anglais, et d'y rétablir les communications
+avec l'armée d'Égypte. Cette jonction tant
+désirée était enfin opérée, et elle pouvait nous
+redonner la prépondérance dans les mers du Levant.
+Bruix dans ce moment était devant Gênes.
+Sa présence avait singulièrement remonté le moral
+de l'armée. On disait qu'il apportait des vivres,
+des munitions et des renforts. Il n'en était rien;
+mais Moreau profita de cette opinion, et fit effort
+pour l'accréditer. Il fit répandre le bruit que la
+flotte venait de débarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considérables. Ce bruit
+encouragea l'armée, et diminua beaucoup la confiance
+de l'ennemi.</p>
+
+<p>On était au milieu de prairial (premiers jours de
+juin). Un événement nouveau venait d'avoir lieu
+en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé la ligne
+de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant
+en deux masses des deux extrémités du
+lac de Constance, était venu border cette ligne
+dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer
+entre Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de
+Zurich, et l'Aar, tout le long de la Limmat. Masséna
+avait pris position, non pas sur la Limmat elle-même,
+mais sur une suite de hauteurs qui sont en
+avant de la Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière
+et le lac. Il avait retranché ces hauteurs de la
+manière la plus redoutable, et les avait rendues
+presque inaccessibles. Quoique cette partie de
+notre ligne, entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte,
+l'archiduc avait résolu de l'attaquer, parce qu'il
+eût été trop dangereux de faire un long détour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le
+long de la Lint. Masséna pouvait profiter de ce moment
+pour accabler les corps laissés devant lui, et
+se procurer ainsi un avantage décisif.</p>
+
+<p>L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial).
+Elle eut lieu sur toute l'étendue de la Limmat, et
+fut repoussée partout victorieusement, malgré
+l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives
+doivent se poursuivre, afin qu'il n'y ait pas
+de pertes inutiles, recommença l'attaque avec la
+même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait
+être forcé, qu'alors sa retraite deviendrait difficile,
+que la ligne qu'il abandonnait était suivie
+immédiatement d'une plus forte, la chaîne de l'Albis,
+qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich,
+résolut de se retirer volontairement. Il ne perdait
+à cette retraite que la ville de Zurich, qu'il regardait
+comme peu importante. La chaîne des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat
+jusqu'à l'Aar présentant de plus un escarpement
+continu, était presque inattaquable. En l'occupant
+on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on
+ne reculait que de la largeur du lac et de la Limmat.
+En conséquence, et s'y retira volontairement et sans
+perte, il s'y établit d'une manière qui ôta à l'archiduc
+toute envie de l'attaquer.</p>
+
+<p>Notre position était donc toujours à peu près la
+même en Suisse. L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich,
+la Lint et la Reuss, jusqu'au Saint-Gothard,
+formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.</p>
+
+<p>Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin
+vers la Toscane. Il avait laissé garnison au fort
+Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte, conformément à
+ses instructions. C'était compromettre inutilement
+des troupes qui n'étaient pas capables de soutenir
+le parti républicain, et qui laissaient un vide dans
+l'armée active. L'armée française, en se retirant,
+avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction
+royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de
+notre révolution. Macdonald avait rallié à Rome
+quelques milliers d'hommes de la division Garnier;
+il avait recueilli en Toscane la division Gauthier,
+et dans le Modénois le corps léger de Montrichard.
+Il avait formé ainsi un corps de vingt-huit mille
+hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité,
+et un ordre remarquable. Il perdit malheureusement
+beaucoup de temps en Toscane, et ne déboucha
+au-delà de l'Apennin, dans les plaines de
+Plaisance, que vers la fin de prairial (milieu de
+juin).</p>
+
+<p>S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les
+coalisés dans un tel état de dispersion, qu'il aurait
+pu les accabler successivement, et les rejeter au-delà
+du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait
+de s'emparer, et où il avait trouvé des munitions
+immenses. Bellegarde observait les débouchés de
+Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle de
+Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente
+mille Autrichiens ou Russes réunis. Macdonald et
+Moreau, débouchant ensemble avec cinquante
+mille hommes auraient pu changer la destinée de
+la campagne. Mais Macdonald crut devoir employer
+quelques jours pour faire reposer son armée, et
+réorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et
+permit à Suwarow de réparer ses fautes. Le général
+russe, apprenant la marche de Macdonald, se
+hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt
+mille hommes de renfort, pour se placer entre les
+deux généraux français, et reprendre la position
+qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au
+général Ott, qui était en observation sur la Trebbia,
+aux environs de Plaisance, de se retirer sur lui, s'il
+était attaqué; il prescrivit à Kray de lui faire passer
+de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait
+disposer; il laissa à Bellegarde le soin d'observer
+Novi, d'où Moreau devait déboucher, et il se disposa
+à marcher lui-même dans les plaines de Plaisance,
+à la rencontre de Macdonald.</p>
+
+<p>Ces dispositions sont les seules qui, pendant la
+durée de cette campagne, aient mérité à Suwarow
+l'approbation des militaires. Les deux généraux
+français occupaient toujours les positions que nous
+avons indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin,
+ils devaient en descendre pour se réunir dans les
+plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait
+passer à Macdonald la division Victor pour le renforcer.
+Il avait placé à Bobbio, au penchant des
+montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons,
+pour favoriser la jonction, et son projet
+était de saisir le moment où Suwarow marcherait
+de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se
+tînt toujours appuyé aux montagnes, et n'acceptât
+pas la bataille trop loin dans la plaine.</p>
+
+<p>Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu
+de juin). Le corps de Hohenzollern, placé aux
+environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il fut accablé
+par des forces supérieures, perdit quinze cents
+hommes, et faillit être enlevé tout entier. Ce premier
+succès encouragea Macdonald, et lui fit hâter
+sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armée à trente-deux mille
+hommes à peu près, forma son avant-garde. La
+division polonaise de Dombrowsky marchait à la
+gauche de la division Victor; la division Rusca les
+appuyait toutes deux. Quoique le gros de l'armée,
+formé par les divisions Montrichard, Olivier et
+Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché
+par le succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern,
+voulut accabler Ott, qui était en observation
+sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky
+et Rusca, de marcher contre lui à l'instant même.</p>
+
+<p>Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin
+dans le Pô, formaient le champ de bataille:
+c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le gros
+de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient
+sur la Trebbia, et avaient l'ordre de la franchir
+pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler Ott,
+que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent
+le 29 prairial (17 juin). Elles repoussèrent
+d'abord l'avant-garde du général Ott des bords du
+Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en
+arrière vers le village de Sermet. Ott allait être
+accablé, mais dans ce moment Suwarow arrivait à
+son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+général Bagration à Victor qui marchait le long
+du Pô; il reporta Ott au centre sur Dombrowsky,
+et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca. Bagration
+ne fut pas d'abord heureux contre Victor,
+et fut forcé de rétrograder; mais au centre, Suwarow
+fit charger la division Dombrowsky par l'infanterie
+russe, jeta dans son flanc deux régimens
+de cavalerie, et la rompit. Dès cet instant, Victor,
+qui s'était avancé sur le Pô, se trouva débordé et
+compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu
+les Polonais au centre, et qui avait ainsi débordé
+Victor, le chargea en flanc, et l'obligea à se retirer.
+Rusca, à droite, fut alors obligé de céder le terrain
+à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone,
+et rétrogradèrent sur la Trebbia.</p>
+
+<p>Cette première journée, où un tiers de l'armée
+au plus s'était trouvé engagé contre toute l'armée
+ennemie, n'avait pas été heureuse. Macdonald,
+ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté.
+Il résolut de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir
+toutes ses divisions, et de venger l'échec qu'il
+venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en
+arrière sur la Nura, et il résolut d'attendre le surlendemain,
+c'est-à-dire le 1er messidor (19 juin),
+pour livrer bataille.</p>
+
+<p>Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir
+ses forces, et il se disposa à attaquer dès le
+lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial (18 juin).
+Les deux armées allaient se joindre le long de la
+Trebbia, appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin.
+Suwarow, jugeant sagement que le point essentiel
+était dans les montagnes, par où les deux armées
+françaises pourraient communiquer, porta de ce
+côté sa meilleure infanterie et sa meilleure cavalerie.
+Il dirigea la division Bagration, qui d'abord
+était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite
+contre les montagnes. Il les plaça avec la division
+Schweikofsky sous les ordres de Rosemberg, et
+leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia
+vers Rivalta, dans la partie supérieure de son
+cours, afin de détacher les Français des montagnes.
+Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+étaient placées vers ce point, à la gauche de la
+ligne des Français. Les divisions Olivier et Montrichard
+devaient venir se placer au centre, le long
+de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper
+la droite, vers le Pô et Plaisance.</p>
+
+<p>Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes
+russes attaquèrent les avant-gardes françaises,
+qui étaient au-delà de la Trebbia, à Casaliggio
+et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald,
+qui ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à
+faire arriver en ligne ses divisions du centre. Victor,
+qui commandait à notre gauche, porta aussitôt
+toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia,
+et mit un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg,
+arrivant avec la division Schweikofsky, rétablit
+l'avantage, et, après un combat furieux,
+dans lequel les pertes furent énormes des deux
+parts, obligea les Français à se retirer derrière la
+Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin
+à droite, et une canonnade s'établissait sur
+toute la ligne. Après avoir échangé quelques boulets,
+on s'arrêta de part et d'autre sur les bords
+de la Trebbia qui sépara les deux armées.</p>
+
+<p>Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté
+en un combat vers notre gauche, combat terrible,
+mais sans résultat. Macdonald, disposant désormais
+de tout son monde, voulait rendre décisive la
+troisième journée. Son plan consistait à franchir
+la Trebbia sur tous les points, et à déborder les
+deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division Dombrowsky
+devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta,
+et la passer au-dessus des Russes. La division Watrin
+devait la franchir presque à son embouchure
+dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow.
+Il comptait en même temps que Moreau,
+dont il attendait la coopération depuis deux jours,
+entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin).
+Mais une horrible échauffourée eut lieu pendant
+la nuit. Un détachement français ayant traversé le
+lit de la Trebbia pour prendre position, les
+Russes se crurent attaqués et coururent aux armes.
+Les Français y coururent de leur côté. Les deux
+armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de
+nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer
+amis ni ennemis. Après un carnage inutile,
+les généraux parvinrent enfin à ramener leurs soldats
+au bivouac. Le lendemain les deux armées
+étaient tellement fatiguées par trois jours de combats
+et par le désordre de la nuit, qu'elles n'entrèrent
+en action que vers les dix heures du matin.</p>
+
+<p>La bataille commença à notre gauche, sur la
+Haute Trebbia. Dombrowsky franchit la Trebbia
+à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert
+les flancs de Rosemberg. Sur-le-champ Victor
+et Rusca en profitèrent pour se jeter sur lui en
+passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès
+et enveloppèrent de toutes parts la division
+Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la mirent
+dans le plus grand danger; mais elle fit front
+de tous côtés et se défendit vaillamment. Bagration,
+apercevant le péril, se rabattit promptement
+sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à
+lâcher prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment,
+se fût de son côté rabattu sur Bagration,
+l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était
+le plus important, puisqu'il touchait aux montagnes.
+Malheureusement il resta inactif, et Victor
+et Rusca furent obligés de se replier sur la Trebbia.
+Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia
+vers Grignano; Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo.
+Montrichard marchait sur le corps de
+Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que
+Suwarow avait demandées à Mélas, et qui défilaient
+sur le derrière du champ de bataille, donnèrent
+inopinément dans les flancs de sa division.
+Elle fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des
+prodiges en cent batailles, s'enfuit en désordre.
+Montrichard se vit obligé de repasser la Trebbia.
+Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo,
+et avait vigoureusement repoussé Ott et
+Mélas, se trouva découvert par la retraite de Montrichard.
+Mélas alors, donnant contre-ordre aux
+réserves autrichiennes, dont la présence avait jeté
+le trouble dans la division Montrichard, les dirigea
+sur la division Olivier, qui fut forcée à son tour
+de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division
+Watrin, portée inutilement à l'extrême droite,
+où elle n'avait rien à faire, s'avançait le long du
+Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut
+même obligée de repasser la Trebbia, pour suivre
+le mouvement général de retraite. Suwarow, craignant
+toujours de voir Moreau déboucher sur ses
+derrières, fit de grands efforts le reste de la journée
+pour passer la Trebbia, mais il ne put y réussir.
+Les Français lui opposèrent sur toute la ligne une
+fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une
+lutte si acharnée, sépara encore pour la troisième
+fois les deux armées ennemies.</p>
+
+<p>Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille.
+Les deux armées étaient désorganisées. Elles
+avaient perdu environ douze mille hommes chacune.
+La plupart des généraux étaient blessés. Des
+régimens entiers étaient détruits. Mais la situation
+était bien différente. Suwarow recevait tous les
+jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au prolongement
+de la lutte. Macdonald, au contraire,
+avait épuisé toutes ses ressources, et pouvait, en
+s'obstinant à se battre, être jeté en désordre dans
+la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura,
+pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il
+quitta la Trebbia le 2 messidor (20 juin) au matin.
+Une dépêche, dans laquelle il peignit à Moreau
+sa situation désespérée, étant tombée dans les
+mains de Suwarow, celui-ci fut rempli de joie, et
+se hâta de le poursuivre à outrance. Cependant
+la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de
+la Nura. Malheureusement, la division Victor,
+qui soutenait depuis quatre jours des combats
+continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup
+de prisonniers. Macdonald eut cependant le temps
+de recueillir son armée au-delà de l'Apennin, après
+une perte de quatorze ou quinze mille hommes, en
+tués, blessés ou prisonniers.</p>
+
+<p>Très heureusement, Suwarow, entendant le
+canon de Moreau sur ses derrières, se laissa détourner
+de la poursuite de Macdonald. Moreau,
+que des obstacles insurmontables avaient empêché
+de se mettre en mouvement avant le 30 prairial
+(18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de
+se jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et
+de lui prendre près de trois mille prisonniers. Mais
+cet avantage tardif était inutile, et n'eut d'autre
+résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher
+de s'acharner sur Macdonald.</p>
+
+<p>Cette jonction, de laquelle on attendait de si
+grands résultats, avait donc amené une sanglante
+défaite; elle fit naître entre les deux généraux français
+des contestations qui n'ont jamais été bien
+éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald
+d'avoir trop séjourné en Toscane, d'avoir
+fait marcher ses divisions trop loin les unes des
+autres, de manière que les divisions Victor, Rusca
+et Dombrowsky furent battues deux jours de
+suite, avant que les divisions Montrichard, Olivier
+et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le
+jour de la bataille, à déborder les deux ailes de
+l'ennemi, au lieu de diriger son principal effort à
+sa gauche vers la Haute-Trebbia; de s'être tenu
+trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas
+permettre à Lapoype, qui était à Bobbio, de venir
+à son secours; enfin de s'être, par-dessus tout,
+beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il
+eût voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les
+militaires, en approuvant le plan savamment combiné
+par Moreau, ne lui ont reproché qu'une chose,
+c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement
+pour un ancien camarade, de n'avoir pas pris le
+commandement direct des deux armées, et surtout
+de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia.
+Quoi qu'il en soit de la justesse de ces reproches,
+il est certain que le plan de Moreau, exécuté
+comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle
+fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia.
+Heureusement, Moreau était encore là pour
+recueillir nos débris et empêcher Suwarow de profiter
+de son immense supériorité. La campagne
+n'était ouverte que depuis trois mois, et, excepté
+en Suisse, nous n'avions eu partout que des revers.
+La bataille de Stokach nous avait fait perdre
+l'Allemagne; les batailles de Magnano et de la
+Trebbia nous enlevaient l'Italie. Masséna seul,
+ferme comme un roc, occupait encore la Suisse,
+le long de la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier
+cependant, au milieu de ces cruels revers,
+que le courage de nos soldats avait été inébranlable
+et aussi brillant qu'aux plus beaux jours de
+nos victoires; que Moreau avait été à la fois grand
+citoyen et grand capitaine, et avait empêché que
+Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées
+d'Italie.</p>
+
+<p>Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles
+armes aux ennemis du directoire, et provoquèrent
+contre lui un redoublement d'invectives. La crainte
+d'une invasion commençait à s'emparer des esprits.
+Les départemens du Midi et des Alpes, exposés
+les premiers au débordement des Austro-Russes,
+étaient dans une extrême fermentation. Les villes
+de Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent
+au corps législatif des adresses qui firent la plus
+vive sensation. Ces adresses renfermaient les reproches
+injustes qui circulaient depuis deux mois
+dans toutes les bouches; elles revenaient sur le
+pillage des pays conquis, sur les dilapidations des
+compagnies, sur le dénûment des armées, sur le
+ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice
+faite à Moreau, sur l'arrestation de Championnet,
+etc. «Pourquoi, disaient-elles, les conscrits
+fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans
+leurs foyers, par le dénûment où on les laissait?
+Pourquoi toutes les dilapidations sont-elles restées
+impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé
+comme un traître par Hoche, est-il resté si longtemps
+au ministère de la guerre? Pourquoi a-t-il
+pu consommer, comme général, les maux qu'il
+avait préparés comme ministre? Pourquoi des
+noms chers à la victoire sont-ils remplacés par des
+noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome
+et de Naples est-il en accusation?......»</p>
+
+<p>On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches.
+Les adresses qui les contenaient obtinrent
+l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir
+prouvait assez les dispositions des deux
+conseils. Elles ne pouvaient être plus mauvaises.
+L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition
+patriote. L'une composée d'ambitieux qui
+voulaient un gouvernement nouveau, et d'importans
+qui se plaignaient que leurs avis et leurs recommandations
+n'eussent pas été assez bien accueillis;
+l'autre formée de patriotes exclus par les
+scissions du corps législatif, ou réduits au silence
+par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également
+la ruine du gouvernement existant. Ils disaient
+que le directoire avait à la fois mal administré et
+mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté
+des opinions, opprimé la liberté de la presse et des
+sociétés populaires. Ils le déclaraient à la fois faible
+et violent; ils allaient même jusqu'à revenir sur le
+18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas respecté
+les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les
+invoquer en sa faveur.</p>
+
+<p>La nomination de Sièyes au directoire avait été
+l'un des premiers motifs de ces dispositions. Appeler
+au directoire un homme qui n'avait cessé de
+regarder comme mauvaise la constitution directoriale,
+qui déjà, par cette raison, avait refusé d'être
+directeur, c'était annoncer en quelque sorte qu'on
+voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes,
+dont on doutait à cause de ses refus antérieurs,
+ne fit que confirmer ces conjectures.</p>
+
+<p>Les mécontens de toute espèce, qui voulaient
+un changement, se groupèrent autour de Sièyes.
+Sièyes n'était point un chef de parti habile; il n'en
+avait ni le caractère à la fois souple et audacieux,
+ni même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de
+monde par sa renommée. On savait qu'il trouvait
+tout mauvais dans la constitution et le gouvernement,
+et on se pressait autour de lui, comme pour
+l'inviter à tout changer. Barras, qui avait su se faire
+pardonner son ancienne présence au directoire
+par ses liaisons et ses intrigues avec tous les partis,
+s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se
+rattacher à lui, en livrant lâchement ses collègues.
+C'est autour de ces deux directeurs que se ralliaient
+tous les ennemis du directoire. Ce parti avait
+songé à se donner l'appui d'un jeune général qui
+eût de la réputation, et qui passât, comme beaucoup
+d'autres, pour une victime du gouvernement.
+La position de Joubert, sur lequel on fondait de
+grandes espérances, et qui était sans emploi depuis
+sa démission, avait fixé le choix sur lui. Il allait
+s'allier à M. de Sémonville, en épousant une demoiselle
+de Monthelon. On l'avait rapproché de
+Sièyes; on le fit nommer général de la 17e division
+militaire, celle de Paris, et on s'efforça d'en faire le
+chef de la nouvelle coalition.</p>
+
+<p>On ne songeait point encore à faire des changemens;
+on voulait d'abord s'emparer du gouvernement,
+sauver ensuite la France d'une invasion, et
+on ajournait les projets constitutionnels à une
+époque où tous les périls seraient passés. La première
+chose à obtenir était l'éloignement des membres
+de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis
+une quinzaine; il y était entré le 1er prairial,
+en remplacement de Rewbell. Barras s'était sauvé
+de l'orage comme on a vu. Toute la haine se déchargeait
+contre Larévellière, Merlin et Treilhard,
+tous trois fort innocens de ce qu'on reprochait au
+gouvernement.</p>
+
+<p>Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois,
+mais on voulait leur rendre impossible l'exercice
+de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir les plus
+grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même
+son humeur, afin de ne pas ajouter aux difficultés
+de la position, celles que des divisions personnelles
+pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en
+cela de très bonne foi; mais il s'exprimait de manière
+à prouver qu'il ne voulait pas s'entendre avec
+ses collègues pour porter remède au mal. Un peu
+infatué de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait,
+il ne cessait de leur dire: «Ce n'est pas ainsi
+qu'on fait en Prusse.&mdash;Enseignez-nous donc, lui
+répondaient ses collègues, comment on fait en
+Prusse; éclairez-nous de vos avis, et aidez-nous à
+faire le bien.&mdash;Vous ne m'entendriez pas, répliquait
+Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites
+comme vous avez coutume de faire.»</p>
+
+<p>Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité
+se déclarait entre la minorité et la majorité,
+les attaques les plus vives se succédaient au
+dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle
+ouverte sur les finances. La détresse, comme
+on l'a dit, provenait de deux causes, la lenteur des
+rentrées et le déficit dans les produits supposés.
+Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses
+consommées, 210 millions étaient à peine rentrés.
+Le déficit dans l'évaluation des produits s'élevait,
+suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotité du déficit, il
+donna un démenti formel au député Génissieux
+dans <i>le Moniteur</i>, et prouva ce qu'il avançait. Mais
+que sert de prouver dans certains momens? On
+n'en accabla pas moins le ministre et le gouvernement
+d'invectives; on ne cessa pas de répéter qu'ils
+ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de nouveaux
+fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations.
+Cependant, la force de l'évidence obligea à
+accorder un supplément de produits. L'impôt sur
+le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta
+un décime par franc sur toutes les contributions,
+et on doubla encore celle des portes et fenêtres.
+Mais c'était peu que de décréter des impôts, il
+fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives
+à leur assiette et à leur perception. Ces lois
+n'étaient pas rendues. Le ministre pressait leur
+mise en discussion; on ajournait sans cesse, et on
+répondait à ses instances en criant à la trahison,
+au vol, etc.</p>
+
+<p>Outre la querelle sur les finances, on en avait
+ouvert une autre. Déjà il s'était élevé des réclamations
+sur certains articles de la loi du 19 fructidor
+qui permettaient au directoire de fermer les clubs
+et de supprimer les journaux sur un simple arrêté.
+Un projet de loi avait été ordonné sur la presse
+et les sociétés populaires, afin de modifier la loi
+du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir
+arbitraire dont il était revêtu. On s'élevait
+beaucoup aussi contre la faculté que cette loi
+donnait au directoire de déporter à sa volonté les
+prêtres suspects, et de rayer les émigrés de la liste.
+Les patriotes, eux-mêmes semblaient vouloir lui
+enlever cette dictature, funeste seulement à leurs
+adversaires. On commença par la discussion sur la
+presse et les sociétés populaires. Le projet mis en
+avant était l'ouvrage de Berlier. La discussion s'ouvrit
+dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels
+se distinguaient Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche,
+Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordée au directoire par la loi
+du 19 fructidor, bien que redoutable en temps
+ordinaire, était de la plus indispensable nécessité
+dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils,
+dans un moment de péril extrême qu'il
+fallait diminuer les forces du gouvernement. La
+dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du
+18 fructidor lui était devenue nécessaire, non plus
+contre la faction royaliste, mais contre la faction
+anarchique, non moins redoutable que la première,
+et secrètement alliée avec elle. Les disciples
+de Baboeuf, ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes,
+parts, et menaçaient la république d'un nouveau
+débordement.</p>
+
+<p>Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents,
+répondaient avec leur véhémence accoutumée
+aux discours des partisans du directoire.
+Il fallait, disaient-ils, donner une commotion à la
+France, et lui rendre l'énergie de 1793, que le directoire
+avait entièrement étouffée en faisant peser
+sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne
+rendait pas la parole aux feuilles patriotiques.
+«Vainement, ajoutaient-ils, on accuse les patriotes,
+vainement on feint de redouter un débordement
+de leur part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés?
+Depuis trois ans ils sont égorgés, proscrits,
+sans patrie, dans la république qu'ils ont contribué
+puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels
+crimes avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi
+contre les réacteurs? Non. Ils sont exagérés, turbulens;
+soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent,
+ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent
+pas, et tous les jours ils sont assassinés...»
+Tel était le langage de Briot (du Doubs), du Corse
+Aréna, et d'une foule d'autres.</p>
+
+<p>Les membres de l'opposition constitutionnelle
+s'exprimaient autrement. Ils étaient naturellement
+modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer et
+dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux
+principes trop méconnus, et rendre la liberté à la
+presse et aux sociétés populaires. Les dangers de
+fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée
+au directoire, mais cette dictature donnée
+de confiance, comment en avait-il usé? Il n'y
+avait qu'à interroger les partis, disait Boulay (de
+la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes,
+royalistes, patriotes, constitutionnels,
+étaient d'accord pour déclarer que le directoire
+avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord,
+chez des hommes si opposés de sentimens
+et de vues, ne pouvait pas laisser de doute, et le
+directoire était condamné.</p>
+
+<p>Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression;
+les constitutionnels, pleins de prétentions,
+se plaignaient du mal-gouverné. Tous se réunirent,
+et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés
+populaires. C'était là une victoire importante, qui
+allait amener un déchaînement d'écrits périodiques
+et le ralliement de tous les jacobins.</p>
+
+<p>L'agitation allait croissante vers les derniers jours
+de prairial. Les bruits les plus sinistres couraient
+de toutes parts. La nouvelle coalition résolut d'employer
+les tracasseries ordinaires que les oppositions
+emploient dans les gouvernemens représentatifs
+pour obliger un ministère à se retirer.
+Questions embarrassantes et réitérées, menaces
+d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens
+sont si naturels, que, sans la pratique du gouvernement
+représentatif, l'instinct seul des partis les
+découvre sur-le-champ.</p>
+
+<p>Les commissions des dépenses, des fonds et de
+la guerre, établies dans les cinq-cents pour s'occuper
+de ces divers objets, se réunirent, et projetèrent
+un message au directoire. Boulay (de la
+Meurthe) fut chargé du rapport, et le présenta
+le 15 prairial. Sur sa proposition, le conseil des
+cinq-cents adressa au directoire un message par
+lequel il demandait à être instruit des causes des
+dangers intérieurs et extérieurs qui menaçaient la
+république, et des moyens qui existaient pour y
+pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont
+guère d'autre effet que d'arracher des aveux de
+détresse, et de compromettre davantage le gouvernement
+auquel on les arrache. Un gouvernement,
+nous le répétons, doit réussir: l'obliger à
+convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger au plus
+funeste de tous les aveux. A ce message furent
+jointes une foule de motions d'ordre, qui toutes
+avaient un objet analogue. Elles étaient relatives
+au droit de former des sociétés populaires, à la liberté
+individuelle, à la responsabilité des ministres,
+à la publicité des comptes, etc.</p>
+
+<p>Le directoire, en recevant le message en question,
+résolut d'y faire une réponse détaillée, dans
+laquelle il tracerait le tableau de tous les événemens,
+et exposerait les moyens qu'il avait employés,
+et ceux qu'il se proposait d'employer encore, pour
+retirer la France de la crise où elle se trouvait.
+Une réponse de cette nature exigeait le concours
+de tous les ministres, pour que chacun d'eux pût
+fournir son rapport. Il fallait au moins plusieurs
+jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce qui convenait
+aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient
+pas un état exact et fidèle de la France, mais des
+aveux prompts et embarrassés. Aussi, après avoir
+attendu quelques jours, les trois commissions
+qui avaient proposé le message firent aux cinq-cents
+une proposition nouvelle, par l'organe du
+député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28 prairial
+(16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents
+de se déclarer en permanence jusqu'à ce que le
+directoire eût répondu au message du 15. La proposition
+fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme,
+et annoncer un prochain événement. Les cinq-cents
+firent part aux anciens de leur détermination,
+en les engageant à suivre leur exemple.
+L'exemple en effet fut imité, et les anciens siégèrent
+aussi en permanence. Les trois commissions
+des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop
+nombreuses, furent changées en une seule commission,
+composée de onze membres, et chargée de
+présenter les mesures exigées par les circonstances.</p>
+
+<p>Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait
+se constituer en séance permanente, pour hâter le
+rapport qu'on lui demandait. On conçoit quelle
+agitation devait résulter d'une pareille détermination.
+On faisait, comme d'usage, courir les bruits
+les plus sinistres: les adversaires du directoire disaient
+qu'il méditait un nouveau coup d'état, et qu'il
+voulait dissoudre les conseils. Ses partisans répandaient
+au contraire qu'il y avait une coalition formée
+entre tous les partis pour renverser violemment
+la constitution. Rien de pareil n'était médité
+de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la démission des trois anciens
+directeurs. On imagina un premier moyen
+pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eût quitté la législature
+depuis un an révolu. On s'aperçut que Treilhard,
+qui depuis treize mois siégeait au directoire, était
+sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il
+avait été nommé au directoire, le 26 floréal an VI.
+Il manquait donc quatre jours au délai prescrit. Ce
+n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité
+était couverte par le silence gardé pendant deux
+sessions, et d'ailleurs Sièyes lui-même était dans
+le même cas. Sur-le-champ la commission des onze
+proposa d'annuler la nomination de Treilhard.
+Cette annulation eut lieu le jour même du 28 et
+fut signifiée au directoire.</p>
+
+<p>Treilhard était rude et brusque, mais n'avait
+pas une fermeté égale à la dureté de ses manières.
+Il était disposé à céder. Larévellière était dans une
+tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête
+et désintéressé, auquel ses fonctions étaient à
+charge, qui ne les avait acceptées que par devoir,
+et qui faisait des voeux tous les ans pour que le
+sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner
+ses fonctions depuis que les factions coalisées
+paraissaient l'exiger. Il se figurait qu'on ne voulait
+expulser les anciens directeurs que pour abolir la
+constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au même but dans
+des vues différentes, mais toutes également funestes
+à la république. Dans cette persuasion, il
+ne voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent
+leur poste. En conséquence, il courut
+chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité,
+et nous nous refuserons à l'exécution de cette détermination
+du corps législatif, comme illégale,
+séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ
+sa démission aux cinq-cents.</p>
+
+<p>Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en
+persista pas moins à refuser sa démission, si on la
+lui demandait. Les meneurs des cinq-cents résolurent
+de donner tout de suite un successeur à Treilhard.
+Sièyes aurait voulu faire nommer un homme
+à sa dévotion; mais son influence fut nulle dans
+cette occasion. On nomma un ancien avocat de
+Rennes, président actuel du tribunal de cassation,
+et connu pour appartenir plutôt à l'opposition patriote
+qu'à l'opposition constitutionnelle. C'était
+Gohier, citoyen probe et dévoué à la république,
+mais peu capable, étranger à la connaissance des
+hommes et des affaires. Il fut nommé le 29 prairial,
+et dut être installé le lendemain même.</p>
+
+<p>Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on
+voulait arracher du directoire Larévellière et Merlin.
+Les patriotes surtout étaient furieux contre
+Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide,
+il n'avait jamais été montagnard, qu'il avait
+lutté souvent contre leur parti depuis le 9 thermidor,
+et que l'année précédente il avait encouragé
+le système des scissions. En conséquence, ils menacèrent
+de le mettre en accusation, lui et Merlin,
+s'ils ne donnaient pas tous deux leur démission.
+Sièyes fut chargé de faire une première ouverture,
+pour les engager à céder volontairement à l'orage.</p>
+
+<p>Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard,
+Sièyes proposa une réunion particulière des quatre
+directeurs chez Merlin. On s'y rendit. Barras, comme
+si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre
+au côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la
+parole avec embarras, fit une longue digression
+sur les fautes du gouvernement, et balbutia longtemps
+avant d'en venir au véritable objet de la
+réunion. Enfin Larévellière le somma de s'expliquer
+clairement. «Vos amis, répondit Sièyes, et
+ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner
+votre démission.» Larévellière demanda quels
+étaient ces amis. Sièyes n'en put nommer aucun qui
+méritât quelque confiance. Larévellière lui parla
+alors avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire
+trahi par ses membres, et livré par eux aux
+complots des factieux. Il prouva que jusqu'ici sa
+conduite et celle de ses collègues avaient été irréprochables,
+que les torts qu'on leur imputait n'étaient
+qu'un tissu de calomnies, puis il attaqua directement
+Sièyes sur ses projets secrets, et le jeta
+dans le plus grand embarras par ses véhémentes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda
+le plus morne silence. Sa position était difficile,
+car seul il avait mérité tous les reproches dont on
+accablait ses collègues. Leur demander leur démission
+pour des torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient
+qu'à lui seul, eût été trop embarrassant. Il
+se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré
+qu'il suivrait l'exemple de Larévellière.</p>
+
+<p>Barras imagina d'employer un intermédiaire pour
+obtenir la démission de ses deux collègues. Il se
+servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le goût
+des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea
+d'aller voir Larévellière pour le décider à se démettre.
+Bergoeng vint dans la nuit du 20 au 30,
+invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié
+qui les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler.
+Il lui assura que Barras l'aimait, l'honorait,
+et regardait son éloignement comme injuste, mais
+qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé
+à une tempête. Larévellière demeura inébranlable.
+Il répondit que Barras était dupe de Sièyes, Sièyes
+de Barras, et que tous deux seraient dupés par les
+Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république,
+mais qu'il résisterait jusqu'à son dernier soupir.</p>
+
+<p>Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les
+quatre directeurs étaient réunis; tous les ministres
+étaient présens. A peine l'installation fut-elle achevée,
+et les discours du président et du nouveau directeur
+prononcés, qu'on revint à l'objet de la
+veille. Barras demanda à parler en particulier à Larévellière;
+ils passèrent tous deux dans une salle
+voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les
+mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva
+aussi obstiné. Il rentra, assez embarrassé de n'avoir
+rien obtenu, et craignant toujours la discussion
+des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas
+être à son avantage. Alors il prit la parole avec
+violence, et n'osant pas attaquer Larévellière, il se
+déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit de lui la
+peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta
+comme une espèce de fier-à-bras, méditant,
+avec une réunion de coupe-jarrets, un coup
+d'état contre ses collègues et les conseils. Larévellière,
+venant au secours de Merlin, prit aussitôt la
+parole, et démontra l'absurdité de pareilles imputations.
+Rien dans le jurisconsulte Merlin, en effet,
+ne ressemblait à ce portrait. Larévellière retraça
+alors l'historique de toute l'administration du directoire,
+et le fit avec détail pour éclairer les ministres
+et le directeur entrant. Barras était dans
+une perplexité cruelle; il se leva enfin, en disant:
+«Eh bien! c'en est fait, les sabres sont tirés.&mdash;Misérable,
+lui répondit Larévellière avec fermeté,
+que parles-tu de sabres? Il n'y a ici que des couteaux,
+et ils sont dirigés contre des hommes irréprochables,
+que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner
+à une faiblesse.»</p>
+
+<p>Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais
+ne put y réussir. Dans ce moment, plusieurs membres
+des cinq-cents et des anciens s'étant réunis,
+vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant
+qu'il ne serait point dirigé contre eux
+d'acte d'accusation. Larévellière leur répondit avec
+fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui
+s'étaient chargés de cette mission retournèrent
+aux deux conseils, et y causèrent un nouveau soulèvement
+en rapportant ce qui s'était passé. Boulay
+(de la Meurthe) dénonça Larévellière, avoua sa probité,
+mais lui prêta mal à propos des projets de
+religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement,
+qui allait, dit-il, perdre la république. Les
+patriotes se déchaînèrent avec plus de violence que
+jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il ne
+fallait faire aucune grâce aux directeurs.</p>
+
+<p>L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant
+engagée, on ne savait plus jusqu'où elle pourrait
+être poussée. Beaucoup d'hommes modérés
+des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour
+éviter des malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière
+de céder à l'orage. Ils se rendirent auprès
+de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom
+des dangers que courait la république, de donner
+sa démission. Ils lui dirent qu'ils étaient exposés
+tous aux plus grands périls, et que s'il s'obstinait
+à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait
+aller la fureur des partis. «Mais ne voyez-vous
+pas, leur répondit Larévellière, les dangers plus
+grands que court la république? Ne voyez-vous
+pas que ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la
+constitution; qu'en cédant aujourd'hui, il faudra
+céder demain, et toujours, et que la république
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions,
+ajouta-t-il, me sont à charge; si je m'obstine à les
+garder aujourd'hui, c'est parce que je crois devoir
+opposer une barrière insurmontable aux complots
+des factions. Cependant, si vous croyez tous que
+ma résistance vous expose à des périls, je vais me
+rendre; mais je vous le déclare, la république est
+perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je
+cède donc, puisque je reste seul, et je vous remets
+ma démission.»</p>
+
+<p>Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre
+simple et digne pour exprimer ses motifs. Merlin
+lui demanda à la copier, et les deux démissions
+furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous
+l'ancien directoire. Toutes les factions qu'il avait
+essayé de réduire s'étaient réunies pour l'abattre,
+et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être
+plus faible qu'elles; tort immense, il est vrai, et
+qui justifie la chute d'un gouvernement.</p>
+
+<p>Malgré le déchaînement général, Larévellière
+emporta l'estime de tous les citoyens éclairés. Il
+ne voulut pas, en quittant le directoire, recevoir
+les cent mille francs que ses collègues étaient convenus
+de donner au membre sortant; il ne reçut
+pas même la part à laquelle il avait droit sur les
+retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur
+sortant. Il se retira à Andilly, dans une
+petite maison qu'il possédait, et il y reçut la visite
+de tous les hommes considérés que la fureur des
+partis n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut
+du nombre de ceux qui allèrent le visiter dans sa
+retraite.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVII.</h3>
+
+<p>FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.&mdash;CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.&mdash;LEVÉE
+DE TOUTES LES CLASSES DE CONSCRITS.&mdash;EMPRUNT FORCÉ DE
+CENT MILLIONS.&mdash;LOI DES OTAGES.&mdash;NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.&mdash;REPRISE
+DES OPÉRATIONS EN ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE
+DE NOVI, ET MORT DE JOUBERT.&mdash;DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES
+EN HOLLANDE.&mdash;NOUVEAUX TROUBLES A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT
+DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE JOURNALISTES; RENVOI
+DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN DANGER.</p>
+
+
+<p>Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup
+pour les épuiser. Les passions ne s'éteignent
+qu'avec les coeurs dans lesquels elles s'allumèrent.
+Il faut que tout une génération disparaisse; alors
+il ne reste des prétentions des partis que les intérêts
+légitimes, et le temps peut opérer entre ces
+intérêts une conciliation naturelle et raisonnable.
+Mais avant ce terme, les partis sont indomptables
+par la seule puissance de la raison. Le gouvernement
+qui veut leur parler le langage de la justice
+et des lois leur devient bientôt insupportable, et
+plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme
+faible et impuissant. Veut-il, quand il trouve des
+coeurs sourds à ses avis, employer la force, on le
+déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint
+la méchanceté. En attendant les effets du temps, il
+n'y a qu'un grand despotisme qui puisse dompter
+les partis irrités. Le directoire était ce gouvernement
+légal et modéré qui voulut faire subir le joug
+des lois aux partis que la révolution avait produits,
+et que cinq ans de lutte et de réaction n'avaient
+pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme
+on vient de le voir, au 30 prairial, pour amener
+sa chute. L'ennemi commun renversé, ils se trouvaient
+en présence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils
+se comportèrent.</p>
+
+<p>La constitution, quoique n'étant plus qu'un
+fantôme, n'était pas abolie, et il fallait remplacer
+par une ombre le directoire déjà renversé. Gohier
+avait remplacé Treilhard; il fallait donner des
+successeurs à Larévellière et à Merlin. On choisit
+Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos était un ancien
+girondin, homme honnête, peu capable et
+tout-à-fait dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par
+l'influence de Sièyes sur les anciens. Moulins était
+un général obscur, employé autrefois dans la Vendée,
+républicain chaud et intègre, nommé comme
+Gohier par l'influence du parti patriote. On avait
+proposé d'autres notabilités ou civiles ou militaires,
+pour composer le directoire; mais elles
+avaient été rejetées. Il était clair, d'après de pareils
+choix, que les partis n'avaient pas voulu se
+donner des maîtres. Ils n'avaient porté au directoire
+que ces médiocrités, chargées ordinairement
+de tous les <i>interim</i>.</p>
+
+<p>Le directoire actuel, composé, comme les conseils,
+de partis opposés, était encore plus faible
+et moins homogène que le précédent. Sièyes, le
+seul homme supérieur parmi les cinq directeurs,
+rêvait, comme on l'a vu, une nouvelle organisation
+politique. Il était le chef du parti qui se qualifiait
+de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les
+membres cependant souhaitaient une constitution
+nouvelle. Il n'avait de collègue dévoué que Roger-Ducos.
+Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que
+ce qui existait, voulaient la constitution actuelle,
+mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans le
+sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement
+a les départager, qui pouvait compter
+sur lui? Ce chaos de vices, de passions, d'intérêts,
+d'idées contraires, que présentait la république
+mourante, il en était à lui seul l'emblème vivant.
+La majorité, dépendant de sa voix, était donc
+commise au hasard.</p>
+
+<p>Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues
+qu'ils prenaient la direction d'un gouvernement
+menacé d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la république si on ne pouvait sauver
+la constitution. Ce langage déplut fort à Gohier
+et à Moulins, et fut mal accueilli par eux. Aussi
+dès le premier jour les sentimens parurent peu
+d'accord. Sièyes tint le même langage à Joubert,
+le général qu'on voulait engager dans le parti réorganisateur.
+Mais Joubert, vieux soldat de l'armée
+d'Italie, en avait les sentimens; il était chaud patriote,
+et les vues de Sièyes lui parurent suspectes.
+Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins,
+et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste,
+c'étaient là des questions qui ne pouvaient arriver
+qu'ultérieurement en discussion. Le plus pressant
+était d'administrer et de défendre la république menacée.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue
+partout, jetait tous les esprits dans l'alarme.
+Il fallait de grandes mesures de salut public.</p>
+
+<p>Le premier soin d'un gouvernement est de faire
+tout le contraire de celui qui l'a précédé, ne serait-ce
+que pour obéir aux passions qui l'ont fait triompher.
+Championnet, ce héros de Naples si vanté,
+Joubert, Bernadotte, devaient sortir des fers ou
+de la disgrâce, pour occuper les premiers emplois.
+Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et
+nommé général d'une nouvelle armée qu'on se
+proposait de former le long des Grandes-Alpes.
+Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre.
+Joubert fut appelé à commander l'armée d'Italie.
+Ses triomphes dans le Tyrol, sa jeunesse, son caractère
+héroïque, inspiraient les plus grandes espérances.
+Les réorganisateurs lui souhaitaient assez
+de succès et de gloire pour qu'il pût appuyer leurs
+projets. Le choix de Joubert était fort bon sans
+doute, mais c'était une nouvelle injustice pour
+Moreau, qui avait si généreusement accepté le
+commandement d'une armée battue, et qui l'avait
+sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu
+agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient
+dans ce moment. On lui donna le commandement
+d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas
+encore.</p>
+
+<p>Il y eut en outre divers changemens dans le ministère.
+Le ministre des finances, Ramel, qui avait
+rendu de si grands services depuis l'installation du
+directoire, et qui avait administré pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numéraire,
+Ramel avait partagé l'odieux jeté sur l'ancien
+directoire. Il fut si violemment attaqué, que, malgré
+l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obligés d'accepter sa démission.
+On lui donna pour successeur un homme qui était
+cher aux patriotes, et respectable pour tous les
+partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre
+du comité de salut public, si indécemment attaqué
+pendant la réaction. Il se défendit long-temps
+contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience
+qu'il avait faite de l'injustice des partis,
+devait peu l'engager à rentrer dans les affaires.
+Cependant il y consentit par dévouement à la république.</p>
+
+<p>La diplomatie du directoire n'avait pas été
+moins blâmée que son administration financière.
+On l'accusait d'avoir remis la république en guerre
+avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on
+considère surtout quels étaient les accusateurs.
+Les accusateurs, en effet, étaient les patriotes eux-mêmes,
+dont les passions avaient engagé de nouveau
+la guerre. On reprochait surtout au directoire
+l'expédition d'Égypte, naguère si vantée, et
+on prétendait que cette expédition avait amené la
+rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+déjà peu agréable aux patriotes, comme
+ancien émigré, avait encouru toute la responsabilité
+de cette diplomatie, et il était si vivement attaqué
+qu'il fallut en agir avec lui comme avec
+Ramel, et accepter sa démission. On lui donna
+pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous
+les apparences de la bonhomie allemande, cachait
+un esprit remarquable, et que M. de Talleyrand
+avait recommandé comme l'homme le plus capable
+de lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que
+ce choix n'avait été que provisoire, et que M. Reinhard
+n'était là qu'en attendant le moment où
+M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère
+de la justice fut retiré à Lambrechts, à
+cause de l'état de sa santé, et donné à Cambacérès.
+On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat,
+patriote sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin,
+si souple, si insinuant, que Barras avait
+intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu
+ensuite de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué
+à cause de sa conduite en Italie, passait aussi pour
+une victime de l'ancien directoire. Il devait donc
+prendre part au triomphe décerné à toutes les
+victimes; il fut envoyé à La Haye.</p>
+
+<p>Tels furent les principaux changemens apportés
+au personnel du gouvernement et des armées. Ce
+n'était pas tout que de changer les hommes, il fallait
+leur fournir de nouveaux moyens de remplir
+la tâche sous laquelle leurs prédécesseurs avaient
+succombé. Les patriotes, revenant, suivant leur
+usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes.
+Ils proposaient les mesures urgentes de 1793. Après
+avoir tout refusé au précédent directoire, on voulait
+tout donner au nouveau; on voulait mettre
+dans ses mains des moyens extraordinaires, et
+l'obliger même d'en user. La commission des onze,
+formée des trois commissions des dépenses, des
+fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise
+de prairial, d'aviser aux moyens de sauver la république,
+conféra avec les membres du directoire,
+et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de
+deux cent mille hommes, à prendre sur les cinq
+classes de conscrits, le directoire put appeler toutes
+les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien
+directoire, et repoussés avec tant d'acharnement
+par les deux oppositions, on imagina encore un
+emprunt forcé. Conformément au système des
+patriotes, il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu
+de faire contribuer chacun suivant la valeur de ses
+impôts directs, ce qui procurait tout de suite les
+rôles de la contribution foncière et personnelle
+pour base de répartition, on obligea chacun de
+contribuer suivant sa fortune. Alors il fallait recourir
+au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les
+riches par le moyen d'une commission. Le parti
+moyen combattit ce projet et dit qu'il était renouvelé
+de la terreur, que la difficulté de la répartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle,
+comme les anciens emprunts forcés. Les patriotes
+répondirent qu'il fallait faire supporter les frais de
+la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux
+riches seuls. Les mêmes passions employaient toujours,
+comme en le voit, les mêmes raisons. L'emprunt
+forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à
+cent millions, et déclaré remboursable en biens
+nationaux.</p>
+
+<p>Outre ces mesures de recrutement et de finances,
+on dut en prendre une de police contre le renouvellement
+de la chouannerie, dans le midi et les
+départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne
+guerre civile. Il se commettait là de nouveaux brigandages;
+on assassinait les acquéreurs de biens
+nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arrêtait surtout les diligences,
+et on les pillait. Il y avait parmi les auteurs
+de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses
+compagnies du Soleil, et aussi beaucoup de conscrits
+réfractaires. Quoique ces brigands, dont la
+présence annonçait une espèce de dissolution sociale,
+eussent pour but réel le pillage, il était évident,
+d'après le choix de leurs victimes, qu'ils avaient
+une origine politique. Une commission fut nommée
+pour imaginer un système de répression. Elle
+proposa une loi, qui fut appelée loi des otages, et
+qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant
+nobles, la plupart de ces brigandages, on voulut
+en conséquence les obliger à donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune était reconnue en
+état notoire de désordre, les parens ou alliés d'émigrés,
+les ci-devant nobles, les ascendans des individus
+connus pour faire partie des rassemblemens,
+étaient considérés comme otages et comme
+civilement et personnellement responsables des
+brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient désigner les individus choisis pour otages,
+et les faire enfermer dans des maisons choisies pour
+cet objet. Ils devaient y vivre à leurs frais et à leur
+gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée
+du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à
+l'assassinat, il devait y avoir quatre déportés pour
+un assassinat. On conçoit tout ce qu'on pouvait
+dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses
+partisans, le seul moyen d'atteindre les auteurs,
+des désordres, et ce moyen était doux et humain.
+C'était, répondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance
+d'atteindre les vrais coupables, frappait
+en masse, et commettait toutes les injustices ordinaires
+aux lois de cette nature. En un mot, on dit
+pour et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent
+dans cette histoire sur les lois révolutionnaires.
+Mais il y avait une objection plus forte que toutes les
+autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne
+provenant que d'une véritable dissolution sociale,
+le seul remède était dans une réorganisation vigoureuse
+de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait
+discréditées, et qui n'étaient capables de rendre
+aucune énergie aux ressorts du gouvernement.</p>
+
+<p>La loi fut adoptée après une discussion assez vive,
+où les partis qui avaient été un moment d'accord
+pour renverser l'ancien directoire se séparèrent
+avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient
+pour but d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires,
+on en ajouta qui, sous d'autres
+rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+étaient la conséquence des reproches faits
+à l'ancien directoire. Pour prévenir les scissions à
+l'avenir, on décida que le voeu de toute fraction
+électorale serait nul; que tout agent du gouvernement
+cherchant à influencer les élections serait
+puni pour attentat à la souveraineté du peuple;
+que le directoire ne pourrait plus faire entrer des
+troupes dans le rayon constitutionnel sans une
+autorisation expresse; qu'aucun militaire ne pourrait
+être privé de son grade sans une décision d'un
+conseil de guerre; que le droit accordé au directoire
+de lancer des mandats d'arrêt ne pourrait plus
+être délégué à des agens; qu'aucun employé du
+gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne
+pourrait être ni fournisseur, ni même intéressé
+dans les marchés de fournitures; qu'un club ne
+pourrait être fermé sans une décision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas
+s'entendre sur une loi de la presse; mais l'article de
+la loi du 19 fructidor, qui donnait au directoire
+la faculté de suppression à l'égard des journaux,
+n'en demeura pas moins aboli; et en attendant un
+nouveau projet, la presse resta indéfiniment libre.</p>
+
+<p>Telles furent les mesures prises à la suite du 30
+prairial, soit pour réparer de prétendus abus, soit
+pour rendre au gouvernement l'énergie dont il
+manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens
+de crise, à la suite d'un changement de
+système, sont imaginées pour sauver un état, et
+arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout
+est souvent décidé avant qu'elles puissent être
+mises à exécution. Elles fournissent tout au plus
+des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent
+millions, les nouvelles levées, ne pouvaient être
+exécutés que dans quelques mois. Cependant l'effet
+d'une crise est de donner une secousse à tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine énergie.
+Bernadotte se hâta d'écrire des circulaires pressantes,
+et par vint de cette manière à accélérer l'organisation
+déjà commencée des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent
+millions n'ouvrait aucune ressource actuelle, assembla
+les principaux banquiers et commerçans
+de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à
+l'état. Ils y consentirent, et prêtèrent leur signature
+au ministère des finances. Ils se formèrent en
+syndicat, et en attendant la rentrée des impôts,
+signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés
+au fur et à mesure dès recettes. C'était
+une espèce de banque temporaire établie pour le
+besoin du moment.</p>
+
+<p>On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne;
+on demanda un projet à Bernadotte, qui
+se hâta d'en présenter un fort singulier, mais qui
+heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était
+plus susceptible de combinaisons multipliées
+qu'un champ de bataille aussi vaste que celui sur
+lequel on opérait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idée différente; et si chacun pouvait la
+proposer et la faire adopter, il n'y avait pas de
+raison pour ne pas changer à chaque instant de
+projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis
+est utile, elle est déplorable dans l'exécution. Au
+début, on avait pensé qu'il fallait agir à la fois sur
+le Danube et en Suisse., Après la bataille de Stokach,
+on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on
+supprima l'armée du Danube. En ce moment,
+Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la
+cause des succès des alliés était dans la facilité avec
+laquelle ils pouvaient communiquer, à travers les
+Alpes, d'Allemagne en Italie. Pour leur interdire
+ces moyens de communication, il voulait qu'on
+leur enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile
+droite de l'armée de Suisse, et qu'on formât une
+nouvelle armée du Danube, qui reportât la guerre
+en Allemagne. Pour former cette armée du Danube,
+il proposait d'organiser promptement l'armée
+du Rhin, et de la renforcer de vingt mille hommes
+enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci,
+qui avait devant lui toutes les forces de l'archiduc,
+et qui pouvait être accablé pendant ce revirement.
+Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la guerre
+sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna
+les moyens de prendre l'offensive, pour que
+son armée devînt elle-même cette armée du Danube.
+Alors il fallait tout réunir dans ses mains,
+loin de l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une
+armée devait être formée sur les Grandes-Alpes,
+pour couvrir la frontière contre les Austro-Russes
+du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris
+de toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes
+disponibles à l'intérieur, devait déboucher de
+l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive force.</p>
+
+<p>Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé
+aux généraux. Masséna, fatigué de tous ces projets
+extravagans, offrit sa démission. On ne l'accepta
+pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna
+conserva le commandement de toutes les
+troupes, depuis Bâle jusqu'au Saint-Gothard. On
+persista dans le projet de réunir une armée sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau
+d'armée sur les Alpes, sous les ordres de Championnet.
+Ce noyau était à peu près de quinze mille
+hommes. On envoya tous les renforts disponibles
+à Joubert, qui devait déboucher de l'Apennin. On
+était au milieu de la saison, en messidor (juillet);
+les renforts commençaient à arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur,
+étaient rendus sur la frontière. Les conscrits
+s'organisaient et allaient remplacer les vieilles
+troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres
+manquaient pour la grande quantité de conscrits,
+on avait imaginé d'augmenter le nombre des
+bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce
+qui permettait d'incorporer les nouvelles levées
+dans les anciens corps.</p>
+
+<p>On savait qu'un renfort de trente mille Russes
+arrivait en Allemagne, sous les ordres du général
+Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de ses
+positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour
+tâcher de le battre avant sa jonction avec les Russes.
+Le gouvernement avait parfaitement raison sous ce
+rapport, car il était urgent de faire une tentative
+avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Masséna refusait de prendre
+l'offensive, soit qu'il manquât ici de son audace
+accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des opérations
+offensives en Italie. Les militaires ont tous
+condamné son inaction, qui, du reste, devint
+bientôt heureuse par les fautes de l'ennemi, et qui
+fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir
+cependant aux instances du gouvernement, et exécuter
+une partie du plan de Bernadotte, qui consistait
+à empêcher les Austro-Russes de communiquer
+d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à
+Lecourbe de prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard,
+de s'emparer de ce point important et
+de reprendre les Grisons. Par cette opération, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des
+Français, et les armées ennemies qui opéraient en
+Allemagne, se trouvaient sans communication avec
+celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta
+cette entreprise avec l'intrépidité et la hardiesse
+qui le signalaient dans la guerre de montagnes,
+et redevint maître du Saint-Gothard.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, de nouveaux événemens se
+préparaient en Italie. Suwarow, obligé par la cour
+de Vienne d'achever le siège de toutes les places,
+avant de pousser ses avantages, n'avait nullement
+profité de la victoire de la Trebbia. Il aurait même
+pu, tout en se conformant à ses instructions, se
+réserver une masse suffisante pour disperser entièrement
+nos débris; mais il n'avait pas assez le
+génie des combinaisons militaires pour agir de la
+sorte. Il consumait donc le temps à faire des
+sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait
+eu le même sort. Les deux places célèbres de Mantoue
+et d'Alexandrie tenaient encore, et faisaient
+prévoir une longue résistance. Kray assiégeait
+Mantoue, et Bellegarde Alexandrie. Malheureusement
+toutes nos places avaient été confiées à des
+commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction.
+L'artillerie y était mal servie, parce qu'on
+n'y avait jeté que des corps délabrés; l'éloignement
+de nos armées actives, repliées sur l'Apennin,
+désespérait singulièrement les courages. Mantoue,
+la principale de ces places, ne méritait pas
+la réputation que les campagnes de Bonaparte lui
+avaient value. Ce n'était pas sa force, mais la combinaison
+des événemens, qui avait prolongé sa
+défense. Bonaparte, en effet, avec une dizaine de
+mille hommes, en avait réduit quatorze mille à y
+mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac
+en était le commandant actuel. C'était
+un savant officier du génie; mais il n'avait pas l'énergie
+nécessaire pour ce genre de défense. Découragé
+par l'irrégularité de la place et le mauvais
+état des fortifications, il ne crut pas pouvoir suppléer
+aux murailles par de l'audace. D'ailleurs sa
+garnison était insuffisante; et après les premiers
+assauts, il parut disposé à se rendre. Le général
+Gardanne commandait à Alexandrie. Il était résolu,
+mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement
+un premier assaut; mais il ne sut pas voir
+dans la place les ressources qu'elle présentait
+encore.</p>
+
+<p>On était en thermidor (milieu de juillet); plus
+d'un mois s'était écoulé depuis la résolution du
+30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive
+avant la chute des places, et de déboucher, avec
+l'armée réorganisée et renforcée, sur les Austro-Russes
+dispersés. Malheureusement il était enchaîné
+par les ordres du gouvernement qui lui
+avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, dans cette
+malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres
+intempestifs qui amena toujours nos revers. Le
+changement d'idées et de plans dans les choses
+d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours
+funeste. Si Moreau, auquel on aurait dû donner le
+commandement dès l'origine, l'avait eu du moins
+depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à
+Macdonald, tantôt à Joubert, on l'empêcha pour
+la seconde et troisième fois de réparer nos malheurs,
+et de relever l'honneur de nos armes.</p>
+
+<p>Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et
+des caresses, attacher au parti qui projetait une
+réorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et
+manqua ainsi une occasion décisive. On ne l'attacha
+pas réellement au parti dont on voulait le faire
+l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on
+lui fit perdre inutilement un temps précieux. Il
+partit en disant à sa jeune épouse: <i>Tu me reverras
+mort ou victorieux.</i> Il emporta, en effet, la résolution
+héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble
+jeune homme, en arrivant à l'armée dans le milieu
+de thermidor (premiers jours d'août), témoigna la
+plus grande déférence au maître consommé auquel
+on l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès
+de lui pour lui donner des conseils. Moreau, tout
+aussi généreux que le jeune général, voulut bien
+assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternité, qui honore
+les vertus de nos généraux républicains, et qui
+appartient à un temps où le zèle patriotique l'emportait
+encore sur l'ambition dans le coeur de nos
+guerriers!</p>
+
+<p>L'armée française, composée des débris des armées
+de la Haute-Italie et de Naples, des renforts
+arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante mille
+hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de
+se mesurer de nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait
+le patriotisme de ces soldats, qui, toujours
+battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient
+toujours de retourner à l'ennemi. Aucune
+armée républicaine n'a mieux mérité de la France,
+car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste
+fait aux Français, de ne pas savoir supporter
+les revers. Il est vrai qu'une partie de sa fermeté
+était due au brave et modeste général dans lequel
+elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait
+toujours au moment où il allait la ramener
+à la victoire.</p>
+
+<p>Ces quarante mille hommes étaient indépendans
+de quinze mille qui devaient servir, sous Championnet,
+à former le noyau de l'armée des Grandes-Alpes.
+Ils avaient débouché par la Bormida sur
+Acqui, par la Bochetta sur Gavi, et ils étaient
+venus se ranger en avant de Novi. Ces quarante
+mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion
+des corps occupés à faire des siéges, pouvaient
+remporter des avantages décisifs. Mais
+Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor
+(22 juillet). Le bruit était vaguement répandu
+que Mantoue venait aussi de les ouvrir. Cette triste
+nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que
+la capitulation avait été signée le 12 thermidor
+(30 juillet). Kray venait de rejoindre Suwarow
+avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante
+et quelques mille. Il n'était donc plus possible à
+Joubert de lutter à chance égale contre un ennemi
+si supérieur. Il assembla un conseil de guerre;
+l'avis général fut de rentrer dans l'Apennin, et de
+se borner à la défensive, en attendant de nouvelles
+forces.</p>
+
+<p>Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il
+fut prévenu par Suwarow, et obligé d'accepter la
+bataille. L'armée française était formée en demi-cercle,
+sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant
+toute la plaine de Novi. La gauche formée
+des divisions Grouchy et Lemoine, s'étendait circulairement
+en avant de Pasturana. Elle avait à dos
+le ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières
+accessibles à l'ennemi qui oserait s'engager dans
+ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée par
+Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre,
+la division Laboissière couvrait les hauteurs à droite
+et à gauche de la ville de Novi. La division Watrin,
+à l'aile droite, défendait les accès du Monte-Rotondo,
+du côté de la route de Tortone. Dombrowsky
+avec une division bloquait Seravalle. Le
+général Pérignon commandait notre aile gauche,
+Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position
+était forte, bien occupée sur tous les points, et
+difficile à emporter. Cependant quarante mille
+hommes contre plus de soixante mille avaient un
+désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer
+la position avec sa violence accoutumée. Il porta
+Kray vers notre gauche avec les divisions Ott et
+Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en
+tête l'avant-garde de Bagration, devait attaquer
+notre centre vers Novi. Mélas, demeuré un peu
+en arrière avec le reste de l'armée, devait assaillir
+notre droite. Par une combinaison singulière, ou
+plutôt par un défaut de combinaison, les attaques
+devaient être successives, et non simultanées.</p>
+
+<p>Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença
+l'attaque à cinq heures du matin. Bellegarde
+attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche,
+et Ott la division Lemoine. Ces deux divisions
+n'étant pas encore formées, faillirent être surprises
+et rompues. La résistance opiniâtre de l'une des
+demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère,
+qu'il accabla en réunissant contre elle son
+principal effort. Déjà ses troupes prenaient pied
+sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop
+sur le lieu du danger. Il n'était plus temps de
+songer à la retraite, et il fallait tout oser pour rejeter
+l'ennemi au bas du plateau. S'avançant au
+milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut
+une balle qui l'atteignit près du coeur, et l'étendit
+par terre. Presque expirant, le jeune héros criait
+encore à ses soldats: <i>En avant, mes amis! en
+avant!</i> Cet événement pouvait jeter le désordre
+dans l'armée; mais heureusement Moreau avait
+accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ
+le commandement qui lui était déféré par
+la confiance générale, rallia les soldats, bouillans
+de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette,
+et les précipitèrent au bas de la colline.
+Malheureusement les Français n'avaient pas encore
+leur artillerie en batterie, et les Autrichiens,
+au contraire, sillonnaient leurs rangs par une
+grêle d'obus et de boulets. Pendant cette action,
+Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par
+le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme
+donnant accès sur nos derrières. Déjà il s'était introduit
+assez avant, lorsque Pérignon, lui présentant
+à propos la réserve commandée par le général
+Clausel, l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva
+de le culbuter dans la plaine, en le faisant charger
+par les grenadiers de Partouneaux et par la cavalerie
+de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa
+l'aile gauche.</p>
+
+<p>Grâce à la singulière combinaison de Suwarow,
+qui voulait rendre ses attaques successives, notre
+centre n'avait pas encore été attaqué. Saint-Cyr
+avait eu le temps de faire ses dispositions, et de
+rapprocher de Novi la division Watrin, formant son
+extrême droite. Sur les instances de Kray, qui demandait
+à être appuyé par une attaque vers le
+centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir
+avec son avant-garde. La division Laboissière, qui
+était à la gauche de Novi, laissant approcher les
+Russes de Bagration à demi-portée de fusil, les accabla
+tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie
+et de mitraille, et couvrit la plaine de
+morts. Bagration, sans s'ébranler, dirigea alors
+quelques bataillons pour tourner Novi par notre
+droite; mais, rencontrés par la division Watrin,
+qui se rapprochait de Novi, ils furent rejetés dans
+la plaine.</p>
+
+<p>On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que
+notre ligne fût entamée. Suwarow venait d'arriver
+avec le corps russe de Derfelden. Il ordonna une
+nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray
+devait assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et
+Bagration le centre. Mélas était averti de hâter le
+pas, pour venir accabler notre droite. Tout étant
+disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray,
+s'acharnant sur notre gauche, essaie encore de la
+faire assaillir de front par Ott; mais la réserve
+Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des
+collines. Au centre, Suwarow fait livrer une attaque
+furieuse à droite et à gauche de Novi. Une nouvelle
+tentative de tourner la ville est déjouée, comme
+le matin, par la division Watrin. Malheureusement
+nos soldats, entraînés par leur ardeur, s'abandonnent
+trop vivement à la poursuite de l'ennemi, s'aventurent
+dans la plaine, et sont ramenés dans leur
+position. A une heure le feu se ralentit de nouveau
+par l'effet de la fatigue générale; mais il recommence
+bientôt avec violence, et pendant quatre
+heures les Français, immobiles comme des murailles,
+résistent avec une admirable froideur à
+toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore
+que des pertes peu considérables. Les Austro-Russes,
+au contraire, avaient été horriblement traités.
+La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs
+blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe
+arrivait de Rivalta, sous les ordres de Mélas.
+Cette nouvelle irruption allait se diriger sur
+notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la
+division Watrin, qui s'était trop engagée dans la
+plaine, et la dirige sur un plateau à droite de Novi.
+Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle se
+voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux
+de Mélas. Cette vue la saisit, elle se rompt,
+et gagne le plateau en désordre. On la rallie cependant
+un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette
+enfin les Français dans la ville, et s'empare des
+hauteurs qui la commandent à droite et à gauche.
+Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progrès de
+l'ennemi interdisent les communications sur Gavi.
+A droite, la division Watrin est obligée de se faire
+jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé.
+La division Laboissière se retire de Novi; les divisions
+Lemoine et Grouchy se replient sur Pasturana,
+en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le
+ravin du Riasco, qui passe derrière Pasturana. Son
+feu jette le désordre dans nos colonnes; artillerie,
+cavalerie, tout se confond. La division Lemoine,
+pressée par l'ennemi, se débande et se jette dans le
+ravin. Nos soldats sont emportés comme la poussière
+soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et
+sauver l'artillerie; mais ils sont sabrés, et restent
+prisonniers. Pérignon avait reçu sept coups de
+sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais
+qui s'était si distingué dans les premières
+campagnes contre nous, et qui avait ensuite pris du
+service dans notre armée, se forme en carré avec
+quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit
+enfoncé, et tombe tout mutilé dans les mains des
+Russes.</p>
+
+<p>Après ce premier moment de confusion, l'armée
+se rallia en avant de Gavi. Les Austro-Russes étaient
+trop fatigués pour la poursuivre. Elle put se remettre
+en marche sans être inquiétée. La perte des
+deux côtés était égale; elle s'élevait à environ dix
+mille hommes pour chaque armée. Mais les blessés
+et les tués étaient beaucoup plus nombreux dans
+l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu
+beaucoup plus de prisonniers. Ils avaient perdu
+aussi le général en chef, quatre généraux de division,
+trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux.
+Jamais ils n'avaient déployé un courage plus froid
+et plus opiniâtre. Ils étaient inférieurs à l'ennemi
+du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage
+qu'au nombre, et non aux combinaisons du général,
+qui avait montré ici la plus grande ignorance.
+Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées
+l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé
+sur notre gauche, point qu'il fallait accabler. Cette
+déplorable bataille nous interdisait définitivement
+l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la campagne.
+Il fallait nous renfermer dans l'Apennin,
+heureux de pouvoir le conserver. La perte de la
+bataille ne pouvait être imputée à Moreau, mais à
+la circonstance malheureuse de la réunion de Kray
+à Suwarow. Le retard de Joubert avait seul causé
+ce dernier désastre.</p>
+
+<p>Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille
+de Novi. L'expédition contre la Hollande,
+précédemment annoncée, s'exécutait enfin par le
+concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait
+stipulé un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir
+dix-sept mille Russes, qui seraient à la solde
+anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après beaucoup
+de difficultés vaincues, l'expédition avait été
+préparée pour la fin d'août (commencement de
+fructidor). Trente mille Anglais devaient se joindre
+aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement
+s'effectuait sans obstacle, on avait l'espérance certaine
+d'arracher la Hollande aux Français. C'était
+pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et n'eût-elle
+réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eût encore été assez payée des frais
+de l'expédition. Une escadre considérable se dirigea
+vers la Baltique, pour aller chercher les Russes.
+Un premier détachement mit à la voile sous les
+ordres du général Abercrombie, pour tenter le débarquement.
+Toutes les troupes d'expédition une
+fois réunies devaient se trouver sous les ordres supérieurs
+du duc d'York.</p>
+
+<p>Le point le plus avantageux pour aborder en
+Hollande était l'embouchure de la Meuse. On menaçait
+ainsi la ligne de retraite des Français, et on
+abordait très près de La Haye, où le stathouder
+avait le plus de partisans. La commodité des côtes
+fit préférer la Nord-Hollande. Abercrombie se dirigea
+vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août.
+Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près
+du Helder, aux environs de Groot-Keeten, le 10
+fructidor (27 août). Les préparatifs immenses qu'avait
+exigés l'expédition, et la présence de toutes
+les escadres anglaises sur les côtes, avaient assez,
+averti les Français pour qu'ils fussent sur leurs
+gardes. Brune commandait à la fois les armées batave
+et française. Il n'avait guère sous la main que
+sept mille Français et dix mille Hollandais, commandés
+par Daendels. Il avait dirigé la division batave
+aux environs du Helder, et disposé aux environs
+de Harlem la division française. Abercrombie,
+en débarquant, rencontra les Hollandais à Groot-Keeten,
+les repoussa, et parvint ainsi à assurer le
+débarquement de ses troupes. Les Hollandais en
+cette occasion ne manquèrent pas de bravoure,
+mais ne furent pas dirigés avec assez d'habileté par
+le général Daendels, et furent obligés de se replier.
+Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour
+attaquer promptement les troupes débarquées
+avant qu'elles fussent solidement établies, et qu'elles
+eussent été renforcées des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.</p>
+
+<p>Les Hollandais montraient les meilleures dispositions.
+Les gardes nationales s'étaient offertes à
+garder les places, ce qui avait permis à Brune de
+mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui
+la division Dumonceau, forte de six mille hommes,
+et il résolut d'attaquer dès les premiers jours de
+septembre le camp où venaient de s'établir les Anglais.
+Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien
+marais, desséché par l'industrie hollandaise,
+formant un vaste terrain coupé de canaux, hérissé
+de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept
+mille Anglais l'occupaient, et y avaient fait les
+meilleures dispositions défensives. Brune pouvait
+l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, ce qui
+était fort insuffisant à cause de la nature du terrain.
+Il aborda ce camp le 22 fructidor (8 septembre),
+et, après un combat opiniâtre, fut obligé de battre
+en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il
+ne pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion
+de toutes les forces anglo-russes, et devait attendre
+la formation d'une armée française pour les combattre.
+Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande
+amena l'événement qu'on devait redouter
+le plus, la défection de la grande flotte hollandaise.
+Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral
+anglais Mitchell put y pénétrer avec toutes ses
+voiles. Depuis longtemps les matelots hollandais
+étaient travaillés par des émissaires du prince
+d'Orange; à la première sommation de l'amiral
+Mitchell, ils s'insurgèrent, et forcèrent Story,
+leur amiral, à se rendre. Toute la marine hollandaise
+se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui
+était déjà pour eux un avantage du plus grand prix.</p>
+
+<p>Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris,
+y produisirent l'effet qu'on devait naturellement
+en attendre. Elles augmentèrent la fermentation
+des partis, et surtout le déchaînement des patriotes,
+qui demandèrent, avec plus de chaleur
+que jamais, l'emploi des grands moyens révolutionnaires.
+La liberté rendue aux journaux et aux
+clubs en avait fait renaître un grand nombre. Les
+restes du parti jacobin s'étaient réunis dans l'ancienne
+salle du Manége, où avaient siégé nos premières
+assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés
+populaires de prendre la forme d'assemblées
+délibérantes, la société du Manége ne s'en était
+pas moins donné, sous des titres différens, un président,
+des secrétaires, etc. On y voyait figurer
+l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, Félix Lepelletier,
+Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On
+y invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et
+des victimes de Grenelle. On y demandait, en style
+de 93, la punition de toutes les sangsues du peuple,
+le désarmement des royalistes, la levée en
+masse, l'établissement des manufactures d'armes
+dans les places publiques, et la restitution des canons
+et des piques aux gardes nationales, etc. On
+y demandait surtout la mise en accusation des anciens
+directeurs, auxquels on attribuait les derniers
+désastres, comme étant les résultats de leur administration.
+Quand la nouvelle de la bataille de
+Novi et des événemens de Hollande fut connue, la
+violence n'eut plus de bornes. Les injures furent
+prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de
+tâtonneur; Joubert lui-même, malgré sa mort
+héroïque, fut accusé d'avoir perdu l'armée par sa
+lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de
+Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on
+attribuait son mariage, furent accablés d'outrages.
+Le gouvernement hollandais fut accusé de trahison;
+on dit qu'il était composé d'aristocrates, de
+stathoudériens, ennemis de la France et de la liberté.
+Le <i>Journal des hommes libres</i>, organe du
+même parti qui se réunissait à la salle du Manége,
+répétait toutes ces déclamations, et ajoutait au
+scandale des paroles celui de l'impression.</p>
+
+<p>Ce déchaînement causait à beaucoup de gens
+une espèce de terreur. On craignait une nouvelle
+représentation des scènes de 93. Ceux qui s'appelaient
+les <i>modérés</i>, les <i>politiques</i>, et qui, à la
+suite de Sièyes, avaient l'intention louable et la
+prétention hasardée de sauver la France des fureurs
+des partis en la constituant une seconde fois, s'indignaient
+du déchaînement de ces nouveaux jacobins.
+Sièyes surtout avait une grande habitude de
+les craindre, et il se prononçait contre eux avec
+toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraître redoutables, car, indépendamment
+des criards et des brouillons qui étalaient leur énergie
+dans les clubs ou dans les journaux, ils comptaient
+des partisans plus braves, plus puissans, et
+par conséquent dangereux, dans le gouvernement
+lui-même. Il y avait dans les conseils tous les patriotes
+repoussés une première fois par les scissions,
+et entrés de force aux élections de cette
+année, qui, en langage plus modéré, répétaient à
+peu près ce qui se disait dans la société du Manége.
+C'étaient des hommes qui ne voulaient pas
+courir la chance d'une nouvelle constitution, qui
+se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient la
+faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans
+les généraux un appui redoutable. Ils voulaient de
+plus, pour tirer la France de ses périls, des mesures
+semblables à celles qu'avait employées le
+comité de salut public. Les anciens, plus mesurés
+et plus sages, par leur position, partageaient peu
+cet avis, mais plus de deux cents membres le soutenaient
+chaudement dans les cinq-cents. Il n'y
+avait pas seulement dans le nombre des têtes
+chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux
+donnaient au parti patriote un grand ascendant
+sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis;
+d'une part, il se défiait de Sièyes, qui lui témoignait
+peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et
+leurs extravagances. Il hésitait ainsi à se prononcer.
+Dans le ministère, les patriotes venaient de trouver
+un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup
+moins prononcé que la plupart des généraux
+de l'armée d'Italie, et on doit se souvenir que sa
+division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot
+<i>monsieur</i>, qu'elle substituait déjà à celui de <i>citoyen</i>.
+Mais Bernadotte avait une ambition inquiète; il
+avait vu avec humeur la confiance accordée à Joubert
+par le parti réorganisateur; il croyait qu'on
+songeait à Moreau depuis la mort de Joubert, et
+cette circonstance l'indisposant contre les projets
+de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes.
+Le général Marbot, commandant de la
+place de Paris, républicain violent, était dans le
+mêmes dispositions que Bernadotte.</p>
+
+<p>Ainsi, deux cents députés prononcés dans les
+cinq-cents, à la tête desquels se trouvaient deux
+généraux célèbres, le ministre de la guerre, le
+commandant de la place de Paris, deux directeurs,
+quantité de journaux et de clubs, un reste considérable
+d'hommes compromis, et propres aux
+coups de main, pouvaient causer quelque effroi;
+et bien que le parti montagnard ne pût renaître,
+on conçoit les craintes qu'il inspirait encore à des
+hommes tout pleins des souvenirs de 1793.</p>
+
+<p>On était peu satisfait du magistrat Bourguignon
+pour l'exercice des fonctions de la police. C'était
+un honnête citoyen, mais trop peu avisé. Barras
+proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer
+à l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux
+Fouché. Ancien membre des jacobins,
+instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attaché à leur cause, ne cherchant
+au milieu du naufrage des partis qu'à sauver
+sa fortune, Fouché était éminemment propre à
+espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire
+de leurs projets. Il fut accepté par Sièyes et
+Roger-Ducos, et obtint le ministère de la police.
+C'était une précieuse acquisition dans les circonstances.
+Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher
+plutôt au parti réorganisateur qu'au parti
+patriote, parce que ce dernier n'avait point d'avenir,
+et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin.</p>
+
+<p>Cette mesure prise, la guerre aux patriotes
+commença. Sièyes, qui avait sur les anciens une
+grande influence, parce que ce conseil était tout
+composé des <i>modérés</i> et des <i>politiques</i>, usa de
+cette influence pour faire fermer la nouvelle société
+des jacobins. La salle du Manége, attenant
+aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du
+palais des anciens. Chaque conseil ayant la police
+de son enceinte, les anciens pouvaient fermer la
+salle du Manége. En effet, la commission des inspecteurs
+prit un arrêté, et défendit toute réunion
+dans cette salle. Une simple sentinelle placée à la
+porte suffit pour empêcher la réunion des nouveaux
+jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations
+étaient les mêmes, les forces ne l'étaient
+plus. Cet arrêté fut motivé auprès du conseil des
+anciens par un rapport du député Cornet. Courtois,
+le même qui avait fait le rapport sur le 9
+thermidor, en profita pour faire une nouvelle dénonciation
+contre les complots des jacobins. Sa
+dénonciation fut suivie d'une délibération tendant
+à ordonner un rapport sur ce sujet.</p>
+
+<p>Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se
+retirèrent dans un vaste local, rue du Bac, et recommencèrent
+là leurs déclamations habituelles.
+Leur organisation en assemblée délibérante demeurant
+la même, la constitution donnait au pouvoir
+exécutif le droit de dissoudre leur société. Sièyes,
+Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché,
+se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient
+pas de cet avis, disant que, dans le danger
+présent, il fallait raviver l'esprit public par des clubs;
+que la société des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables,
+puisqu'ils avaient cédé devant une simple sentinelle
+quand la salle du Manége avait été fermée.
+Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise.
+L'exécution en fut renvoyée après la célébration de
+l'anniversaire du 10 août, qui devait avoir lieu le
+23 thermidor. Sièyes était président du directoire;
+à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit
+un discours remarquable, dans lequel il s'attachait
+à signaler le danger que les nouveaux anarchistes
+faisaient courir à la république, et les dénonçait
+comme des conspirateurs dangereux, rêvant une
+nouvelle dictature révolutionnaire. Les patriotes
+présens à la cérémonie accueillirent mal ce discours,
+et poussèrent quelques vociférations. Au milieu
+des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre
+des balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent
+au directoire fort irrités. Se défiant des autorités
+de Paris, ils résolurent d'enlever le commandement
+de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être
+un chaud patriote et de participer aux prétendus
+complots des jacobins. Fouché proposa à sa place
+Lefebvre, brave général, ne connaissant que la consigne
+militaire, et tout à fait étranger aux intrigues
+des partis. Marbot fut donc destitué, et le surlendemain,
+l'arrêté qui ordonnait la clôture de la
+société de la rue du Bac fut signifié.</p>
+
+<p>Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance
+à la rue du Bac que dans la salle du Manége. Ils se
+retirèrent et demeurèrent définitivement séparés.
+Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait <i>Journal
+des Hommes libres</i> déclama avec une extrême violence
+contre tous les membres du directoire qui
+étaient connus pour avoir approuvé la délibération.
+Sièyes fut traité cruellement. Ce prêtre perfide,
+disaient les journaux patriotes, a vendu l'a république
+à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de rétablir en France la monarchie, et de
+donner la couronne à Brunswick. Ces accusations
+n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sièyes sur la constitution, et son
+séjour en Prusse. Il répétait, en effet, tous les jours
+que les brouillons et les bavards rendaient tout
+gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorité; que la liberté pouvait être compatible
+même avec la monarchie, témoin l'Angleterre; mais
+qu'elle était incompatible avec cette domination
+successive de tous les partis. On lui prêtait même
+cet autre propos, <i>que le nord de l'Europe était
+plein de princes sages et modérés, qui pourraient,</i>
+<i>avec une forte constitution, faire le bonheur de la
+France</i>. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour
+qu'on lui prêtât des complots qui n'existaient que
+dans l'imagination de ses ennemis. Barras n'était
+pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce
+qu'il les avait toujours flattés de son appui, avaient
+cessé. Ils le déclaraient maintenant un traître, un
+homme pourri, qui n'était plus bon à aucun parti.
+Fouché, son conseil, apostat comme lui, était
+poursuivi des mêmes reproches. Roger-Ducos
+n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant
+aveuglément l'avis de deux traîtres.</p>
+
+<p>La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée
+par Berlier n'ayant pas été accueillie, il
+n'existait qu'un moyen pour attaquer les écrivains,
+c'était de faire revivre une loi de la convention
+contre ceux qui, par des actions ou par des écrits,
+tendraient au renversement de la république. Il
+fallait que cette intention fût démontrée pour que
+la loi devînt applicable, et alors la loi portait peine
+de mort. Il était donc impossible d'en faire usage.
+Une nouvelle loi avait été demandée au corps législatif,
+et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ.
+Mais en attendant, le déchaînement continuait
+avec la même violence; et les trois directeurs
+composant la majorité déclaraient qu'il était impossible
+de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer
+à ce cas l'article 144 de la constitution, qui donnait
+au directoire le droit de lancer des mandats
+d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots
+tramés contre la république. Il fallait singulièrement
+torturer cet article pour l'appliquer aux
+journalistes. Cependant, comme c'était un moyen
+d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant
+leurs presses et en les arrêtant eux-mêmes,
+la majorité directoriale, sur l'avis de Fouché, lança
+des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze
+journaux, et fit mettre le scellé sur leurs presses.
+L'arrêté fut signifié le 17 fructidor (3 septembre)
+au corps législatif, et produisit un soulèvement de
+la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la
+dictature, etc.</p>
+
+<p>Telle était la situation des choses. Dans le directoire,
+dans les conseils, partout enfin, les <i>modérés</i>,
+les <i>politiques</i> luttaient contre les patriotes.
+Les premiers avaient la majorité dans le directoire
+comme dans les conseils. Les patriotes étaient en
+minorité, mais ils étaient ardens, et faisaient assez
+de bruit pour épouvanter leurs adversaires. Heureusement
+les moyens étaient usés comme les partis,
+et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup
+plus de peur que de mal. Le directoire avait
+fermé deux fois la nouvelle société des jacobins et
+supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient,
+menaçaient, mais n'avaient plus assez d'audace ni
+de partisans pour attaquer le gouvernement. Dans
+cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée,
+si ordinaire à la veille des événemens décisifs,
+d'une réconciliation. Beaucoup de députés de tous
+les côtés proposèrent une entrevue avec les membres
+du directoire pour s'expliquer et s'entendre
+sur leurs griefs réciproques. «Nous aimons tous
+la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des périls auxquels elle se trouve exposée par la
+défaite de nos armées; tâchons donc de nous entendre
+sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut
+lieu chez Barras. Il n'y a pas et il ne peut pas y
+avoir de réconciliation entre les partis, car il faudrait
+qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne
+peut obtenir d'une conversation. Les députés patriotes
+se plaignirent de ce qu'on parlait tous les
+jours de complots, de ce que le président du directoire
+avait lui-même signalé une classe d'hommes
+dangereux et qui méditaient la ruine de la république.
+Ils demandaient qu'on désignât quels étaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les
+patriotes. Sièyes, à qui cette interpellation s'adressait,
+répondit en rappelant la conduite des
+sociétés populaires et des journaux, et en signalant
+les dangers d'une nouvelle anarchie. On lui
+demanda encore de désigner les véritables anarchistes,
+pour se réunir contre eux et les combattre.
+«Et comment nous réunir contre eux, dit Sièyes,
+quand tous les jours des membres du corps législatif
+montent à la tribune pour les appuyer?&mdash;C'est
+donc nous que vous attaquez? repartirent les
+députés auxquels Sièyes venait de faire cette réponse.
+Quand nous voulons nous expliquer avec
+vous, vous nous injuriez et nous repoussez.»
+L'humeur arrivant, sur-le-champ on se sépara,
+en s'adressant des paroles plutôt menaçantes que
+conciliatrices.</p>
+
+<p>Immédiatement après cette entrevue, Jourdan
+forma le projet d'une proposition importante, celle
+de déclarer la patrie en danger. Cette déclaration
+entraînait la levée en masse et plusieurs grandes
+mesures révolutionnaires. Elle fut présentée aux
+cinq-cents le 27 fructidor (13 septembre). Le parti
+modéré la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement,
+ne ferait que la diminuer, en excitant des craintes
+exagérées et des agitations dangereuses. Les patriotes
+soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour réveiller l'esprit public et sauver
+la révolution. Ce moyen, excellent en 1793, ne
+pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était qu'une
+application erronée du passé. Lucien Bonaparte,
+Boulay (de la Meurthe), Chénier, le combattirent
+vivement, et on obtint l'ajournement au lendemain.
+Les patriotes des clubs avaient entouré le palais
+des cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs
+députés. On répandait que Bernadotte, pressé
+par eux, allait monter à cheval, se mettre à leur
+tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement
+engagé. On pouvait craindre qu'il se laissât entraîner.
+Barras et Fouché le virent et cherchèrent à
+s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de ressentiment
+contre les projets qu'il disait avoir été formés
+avec Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent
+qu'il n'en était rien, et l'engagèrent à demeurer
+tranquille.</p>
+
+<p>Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent
+d'arracher à Bernadotte sa démission, sans la lui
+donner. Sièyes, s'entretenant le jour même avec
+Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre
+bientôt un service actif, et qu'il regarderait le commandement
+d'une armée comme la plus douce
+récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant
+cette réponse comme la demande de sa
+démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos résolurent
+d'écrire à Bernadotte que sa démission était
+acceptée. Ils avaient saisi le moment où Gohier et
+Moulins étaient absens pour prendre cette détermination.
+Le lendemain même, la lettre fut écrite
+à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit
+au directoire une lettre très-amère, dans laquelle
+il disait qu'on acceptait une démission qu'il n'avait
+pas donnée, et demandait son traitement de réforme.
+La nouvelle de cette destitution déguisée
+fut annoncée aux cinq-cents au moment où l'on
+allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. «On prépare des coups d'état,
+s'écrièrent les patriotes.&mdash;Jurons, dit Jourdan, de
+mourir sur nos chaises curules!&mdash;Ma tête tombera,
+s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté
+atteinte à la représentation nationale.» Enfin,
+après un grand tumulte, on alla aux voix. A une
+majorité de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut
+rejetée, et la patrie ne fut point déclarée en danger.</p>
+
+<p>Quand les deux directeurs Gohier et Moulins
+apprirent le renvoi de Bernadotte, décidé sans leur
+participation, ils se plaignirent à leurs collègues,
+en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être
+prise sans le concours des cinq directeurs. «Nous
+formions la majorité, reprit Sièyes, et nous avions
+le droit de faire ce que nous avons fait.» Gohier et
+Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite
+officielle à Bernadotte, et ils eurent soin de le faire
+avec le plus grand éclat.</p>
+
+<p>L'administration du département de la Seine
+inspirait aussi quelque défiance à la majorité directoriale,
+elle fut changée. Dubois de Crancé remplaça
+Bernadotte au ministère de la guerre.</p>
+
+<p>La désorganisation était donc complète sous
+tous les rapports: battue au dehors par la coalition,
+presque bouleversée au dedans par les partis,
+la république semblait menacée d'une chute prochaine.
+Il fallait qu'une force surgît quelque part,
+soit pour dompter les factions, soit pour résister
+aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus
+l'espérer d'un parti vainqueur, car ils étaient tous
+également usés et discrédités; elle ne pouvait naître
+que du sein des armées, où réside la force, et la
+force silencieuse, régulière, glorieuse comme
+elle convient à une nation fatiguée de l'agitation
+des disputes et de la confusion des volontés. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient
+sur les hommes illustrés pendant la révolution,
+et semblaient chercher un chef. <i>Il ne faut
+plus de bavards</i>, avait dit Sièyes, <i>il faut une tête
+et une épée</i>. La tête était trouvée, car il était au
+directoire. On cherchait une épée. Hoche était
+mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté,
+son héroïsme, recommandaient à tous les amis de
+la république, venait d'expirer à Novi. Moreau,
+jugé le plus grand homme de guerre parmi les
+généraux restés en Europe, avait laissé dans les
+esprits l'impression d'un caractère froid, indécis,
+peu entreprenant, et peu jaloux de se charger d'une
+grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus
+grands généraux, n'avait pas encore acquis la
+gloire d'être notre sauveur. On ne voyait d'ailleurs
+en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu.
+Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte
+un esprit inquiet, et aucun des deux n'avait assez
+de renommée. Il y avait un personnage immense,
+qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires
+avait joint une belle paix, qui avait porté la France
+au comble de la grandeur à Campo-Formio, et
+qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa
+fortune, c'était Bonaparte; mais il était dans les
+contrées lointaines; il occupait de son nom les
+échos de l'Orient. Seul il était resté victorieux, et
+faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe
+sur l'Adige. Ce n'était pas assez de le trouver glorieux,
+on le voulait intéressant; on le disait exile
+par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis
+qu'en aventurier il cherchait une carrière grande
+comme son imagination, on croyait que, citoyen
+soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on lui
+avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa
+vie déjà épuisée se consume sous un ciel dévorant.
+Ah! s'il était parmi nous, la république ne serait
+pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et
+les factions la respecteraient également!» Des
+bruits confus circulaient sur son compte. On disait
+quelquefois que la victoire, infidèle à tous les
+généraux français, l'avait abandonné à son tour
+dans une expédition lointaine. Mais on repoussait
+de tels bruits; il est invincible, disait-on; loin d'avoir
+essuyé des revers, il marche à la conquête de
+tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques.
+Les uns allaient jusqu'à dire qu'il avait traversé
+la Syrie, franchi l'Euphrate et l'Indus; les
+autres qu'il avait marché sur Constantinople, et
+qu'après avoir renversé l'empire ottoman, il allait
+prendre l'Europe à revers. Les journaux étaient
+pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.</p>
+
+<p>Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir,
+et avait réuni dans la Méditerranée une flotte immense,
+composée de marins français et espagnols,
+pour ramener l'armée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>. Les frères du général,
+restés à Paris, et chargés de l'informer de l'état
+des choses, lui avaient envoyé dépêches sur dépêches,
+pour l'instruire de l'état de confusion où était
+tombée la république, et pour le presser de revenir.
+Mais ces avis avaient à traverser les mers et
+les escadres anglaises, et on ne savait si le
+héros serait averti et revenu avant la ruine de la
+République.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un arrêté du
+directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et daté du 7 prairial,
+qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans ses mémoires,
+déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature, et regarde l'arrêté
+comme supposé. Cependant l'expédition maritime de Bruix resterait
+alors sans explication. Du reste, il est certain que le directoire, à cette
+époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son ambition beaucoup
+moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est pas authentique, il est
+vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu d'importance, car Bonaparte était
+autorisé à revenir quand il le jugerait convenable.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVIII.</h3>
+
+<p>SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.&mdash;EXPÉDITION DE SYRIE;
+PRISE DU FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR;
+SIÉGE DE SAINT-JEAN-D'ACRE.&mdash;RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.
+&mdash;DÉPART DE BONAPARTE POUR LA FRANCE.&mdash;OPÉRATIONS EN EUROPE.
+MARCHE DE L'ARCHIDUC CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN
+SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA; MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH;
+SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA RETRAITE DÉSASTREUSE; LA
+FRANCE SAUVÉE.&mdash;ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE ET CAPITULATION
+DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA CAMPAGNE
+DE 1799.</p>
+
+
+<p>Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était
+trouvé maître de l'Égypte. Il avait commencé
+à s'y établir, et avait distribué ses généraux dans
+les provinces, pour en faire la conquête. Desaix,
+placé à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division
+de trois mille hommes environ, était chargé
+de conquérir cette province contre les restes de
+Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de
+l'année précédente (octobre 1798), au moment où
+l'inondation finissait, que Desaix avait commencé
+son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui
+et ne l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait
+livré, le 16 vendémiaire an VII (7 octobre 1798),
+une bataille acharnée contre les restes désespérés
+de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français
+en Égypte ne fut aussi sanglant. Deux mille Français
+eurent à lutter contre quatre mille Mameluks
+et huit mille fellahs, retranchés dans le village de
+Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides,
+et comme toutes celles qui furent livrées
+en Égypte. Les fellahs étaient derrière les murs du
+village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était
+formé en deux carrés, et avait placé sur ses ailes
+deux autres petits carrés, pour amortir le choc de
+la cavalerie ennemie. Pour la première fois, notre
+infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé.
+Mais, par un instinct subit et admirable, nos
+braves soldats se couchèrent aussitôt par terre,
+afin que les grands carrés pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs
+corps, chargèrent les grands carrés avec furie pendant
+plusieurs heures de suite, et vinrent expirer
+en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage,
+les carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les
+retranchemens, et les emportèrent. Pendant ce
+mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de
+cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières,
+mais on les chassa bientôt de ce champ de carnage,
+et les soldats furieux en massacrèrent un nombre
+considérable. Jamais plus de morts n'avaient jonché
+le champ de bataille. Les Français avaient perdu
+trois cents hommes. Desaix continua sa marche
+pendant tout l'hiver, et après une suite de combats,
+devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux
+cataractes, il fit autant redouter sa bravoure que
+chérir sa clémence. Au Caire, on avait appelé
+Bonaparte le sultan Kebir, <i>sultan de feu</i>; dans la
+Haute-Égypte, Desaix fut nommé <i>sultan le juste</i>.</p>
+
+<p>Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une
+marche jusqu'à Belbeys, pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie, et il avait recueilli en route les débris de
+la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes.
+Revenu au Caire, il continua à y établir une administration
+toute française. Une révolte, excitée au
+Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut
+durement réprimée, et découragea tout à fait les
+ennemis des Français<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>. L'hiver de 1798 à 1799
+s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la déclaration de
+guerre de la Porte, et les préparatifs qu'elle faisait
+contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle formait deux
+armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux
+armées devaient agir simultanément au printemps
+de 1799, l'une en venant débarquer à Aboukir, près
+d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert qui sépare
+la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ
+sa position, et voulut, suivant son usage,
+déconcerter l'ennemi en le prévenant par une attaque
+soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert
+qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison,
+et il résolut de profiter de l'hiver pour aller
+détruire les rassemblemens qui se formaient à Acre,
+à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre
+pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de
+l'armée réunie en Syrie. Abdallah, pacha de Damas,
+commandait son avant-garde, et s'était avancé jusqu'au
+fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté
+de la Syrie. Bonaparte voulut agir sur-le-champ.
+Il avait des intelligences parmi les peuplades du
+Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis,
+mahométans schismatiques, lui offraient leur
+secours, et l'appelaient de tous leurs voeux. En brusquant
+l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques places
+mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps
+de la Syrie, ajouter cette belle conquête à celle de
+l'Égypte, devenir maître de l'Euphrate comme il
+l'était du Nil, et avoir alors toutes les communications
+avec l'Inde. Son ardente imagination allait
+plus loin encore, et formait quelques-uns des projets
+que ses admirateurs lui prêtaient en Europe.
+Il n'était pas impossible qu'en soulevant les peuplades
+du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt
+mille auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés
+de vingt-cinq mille soldats, les plus braves de l'univers,
+il marchât sur Constantinople pour s'en emparer.
+Que ce projet gigantesque fût exécutable
+ou non, il est certain qu'il occupait son imagination;
+et quand on a vu ce qu'il a fait aidé de la
+fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de
+ses projets.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob. 1798).</blockquote>
+
+<p>Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers
+jours de février), à la tête des divisions
+Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat
+était composée de la cavalerie. Bonaparte avait
+créé un régiment d'une arme toute nouvelle: c'était
+celui des dromadaires. Deux hommes, assis
+dos à dos, étaient portés sur un dromadaire, et
+pouvaient, grâce à la force et à la célérité de ces
+animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour
+donner la chasse aux Arabes, qui infestaient les
+environs de l'Égypte. Ce régiment suivait l'armée
+d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral
+Perrée de sortir d'Alexandrie avec trois
+frégates, et de venir sur la côte de Syrie pour y
+transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse
+(17 février). Après un peu de résistance, la garnison
+se rendit prisonnière au nombre de treize
+cents hommes. On trouva dans le fort des magasins
+considérables. Ibrahim-Bey ayant voulu le
+secourir, fut mis en fuite; son camp resta au pouvoir
+des Français, et leur procura un butin immense.
+Les soldats eurent beaucoup à souffrir en
+traversant le désert, mais ils voyaient leur général
+marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé
+débile, les mêmes privations, les mêmes fatigues,
+et ils n'osaient se plaindre. Bientôt on arriva à
+Gasah; on prit cette place à la vue de Djezzar-Pacha,
+et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch,
+beaucoup de matériel et d'approvisionnemens.
+De Gasah l'armée se dirigea sur Jaffa, l'ancienne
+Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette
+place était entourée d'une grosse muraille flanquée
+de tours. Elle renfermait quatre mille hommes de
+garnison. Bonaparte la fit battre en brèche, et
+puis somma le commandant, qui pour toute réponse
+coupa la tête au parlementaire. L'assaut fut
+donné, la place emportée avec une audace extraordinaire,
+et livrée à trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantité considérable
+d'artillerie et de vivres de toute espèce.
+Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne
+pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait
+pas les moyens ordinaires de les faire escorter, et
+qu'on ne voulait pas renvoyer à l'ennemi, dont ils
+auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa
+vie. Transporté dans un pays barbare, il en avait
+involontairement adopté les moeurs: il fit passer
+au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient.
+L'armée consomma avec obéissance, mais avec
+une espèce d'effroi, l'exécution qui lui était commandée.
+Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa
+les germes de la peste.</p>
+
+<p>Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre,
+l'ancienne Ptolémaïs, situé au pied du mont Carmel.
+C'était la seule place qui pût encore l'arrêter.
+La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais
+Djezzar s'y était enfermé avec toutes ses richesses
+et une forte garnison. Il comptait sur l'appui de
+Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, et
+qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et
+des munitions. Il devait d'ailleurs être bientôt secouru
+par l'armée turque réunie en Syrie, qui s'avançait
+de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte
+se hâta d'attaquer la place pour l'enlever
+comme celle de Jaffa, avant qu'elle fût renforcée
+de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit
+aussitôt la tranchée. Malheureusement l'artillerie
+de siége, qui devait venir par mer d'Alexandrie,
+avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour
+toute artillerie de siége et de campagne, une caronade
+de trente-deux, quatre pièces de douze,
+huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un
+moyen de s'en procurer. On faisait paraître sur la
+plage quelques cavaliers; à cette vue Sidney-Smith
+faisait un feu roulant de toutes ses batteries,
+et les soldats, auxquels on donnait cinq sous
+par boulet, allaient les ramasser au milieu de
+la canonnade et de rires universels.</p>
+
+<p>La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse
+(20 mars). Le général du génie Sanson, croyant
+être arrivé dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe
+ni fossé. On crut n'avoir à pratiquer qu'une
+simple brèche et à monter ensuite à l'assaut. Le
+5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta
+à l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe
+et un fossé. Alors on se mit sur-le-champ à
+miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith
+nous avait enlevée. Il avait donné à Djezzar d'excellens
+pointeurs anglais, et un ancien émigré,
+Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite.
+La mine sauta le 8 germinal (28 mars), et n'emporta
+qu'une partie de la contrescarpe. Vingt-cinq
+grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent
+à l'assaut. En voyant ce brave officier poser une
+échelle, les Turcs furent épouvantés, mais Mailly
+tomba mort. Les grenadiers furent alors découragés,
+les Turcs revinrent, deux bataillons qui
+suivaient furent accueillis par une horrible fusillade;
+leur commandant Laugier fut tué, et l'assaut
+manqua encore.</p>
+
+<p>Malheureusement la place venait de recevoir
+plusieurs mille hommes de renfort, une grande
+quantité de canonniers exercés à l'européenne, et
+des munitions immenses. C'était un grand siége à
+exécuter avec treize mille hommes, et presque
+sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau puits
+de mine pour faire sauter la contrescarpe entière,
+et commencer un autre cheminement. On était au
+12 germinal (1er avril). Il y avait déjà dix jours
+d'employés devant la place; on annonçait l'approche
+de la grande armée turque; il fallait poursuivre
+les travaux et couvrir le siége, et tout cela
+avec la seule armée d'expédition. Le général en
+chef ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner
+de nouveau, et détacha la division Kléber vers le
+Jourdain pour en disputer le passage à l'armée
+venant de Damas.</p>
+
+<p>Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes
+de Naplouse, s'élevait à environ vingt-cinq
+mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle traînait un bagage immense.
+Abdallah, pacha de Damas, en avait le commandement.
+Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde
+de Kléber, forte de cinq cents hommes au plus,
+rencontra les avant-gardes turques sur la route de
+Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava
+hardiment l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le
+champ de bataille de morts, et prit cinq drapeaux.
+Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la
+division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa
+marche pour rejoindre Junot. Bonaparte, instruit
+de la force de l'ennemi, se détacha avec la division
+Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille
+décisive. Djezzar, qui se concertait avec l'armée
+qui venait le débloquer, voulut faire une sortie;
+mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt
+en marche.</p>
+
+<p>Kléber, avec sa division, avait débouché dans
+les plaines qui s'étendent au pied du mont Thabor,
+non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée de
+surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il
+était arrivé trop tard pour y réussir. Le 21 germinal
+(16 avril) au matin, il trouva toute l'armée
+turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient
+le village de Fouli, plus de douze mille cavaliers
+se déployaient dans la plaine. Kléber avait
+à peine trois mille fantassins en carré. Toute cette
+cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais
+les Français n'avaient vu tant de cavaliers caracoler,
+charger, se mouvoir dans tous les sens. Ils
+conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les
+recevant à bout portant par un feu terrible, ils en
+abattirent à chaque charge un nombre considérable.
+Bientôt ils eurent formé autour d'eux un
+rempart d'hommes et de chevaux, et abrités par
+cet horrible abatis, ils purent résister six heures
+de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor
+avec la division Bon. Il vit la plaine couverte de
+feu et de fumée, et la brave division Kléber résistant,
+à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ,
+il partagea la division qu'il amenait en
+deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent de manière
+à former un triangle équilatéral avec la division
+Kléber, et mirent ainsi l'ennemi au milieu
+d'eux. Ils marchèrent en silence, et sans donner
+aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine
+distance: puis tout à coup Bonaparte fit
+tirer un coup de canon, et se montra alors sur le
+champ de bataille. Un feu épouvantable partant
+aussitôt des trois extrémités de ce triangle, assaillit
+les Mameluks qui étaient au milieu, les fit tourbillonner
+sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans
+toutes les directions. La division Kléber, redoublant
+d'ardeur à cette vue, s'élança sur le village
+de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et fit un grand
+carnage de l'ennemi. En un instant toute cette
+multitude s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte
+que de morts. Le camp turc, les trois queues
+du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Français. Murat,
+placé sur les bords du Jourdain, tua un grand
+nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les
+villages des Naplousins. Six mille Français avaient
+détruit cette armée, que les habitans disaient innombrable
+<i>comme les étoiles du ciel et les sables de
+la mer</i>.</p>
+
+<p>Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner,
+de contre-miner autour des murs de Saint-Jean-d'Acre.
+On se disputait un terrain bouleversé
+par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on
+était devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts,
+repoussé beaucoup de sorties, tué beaucoup
+de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels
+avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps
+et d'hommes. Le 18 floréal (7 mai), il arriva dans
+le port d'Acre un renfort de douze mille hommes.
+Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être
+débarqués avant six heures, fait sur-le-champ
+jouer une pièce de vingt-quatre sur un pan de
+mur; c'était à la droite du point où depuis quelque
+temps on déployait tant d'efforts. La nuit
+venue, on monte à la brèche, on envahit les travaux
+de l'ennemi, on les comble, on encloue les
+pièces, on égorge tout, enfin on est maître de la
+place, lorsque les troupes débarquées s'avancent
+en bataille, et présentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers
+montés à l'assaut, est tué. Lannes est blessé. Dans
+le même moment, l'ennemi fait une sortie, prend
+la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves
+qui avaient pénétré dans la place. Les uns parviennent
+à ressortir; les autres, prenant un parti désespéré,
+s'enfuient dans une mosquée, s'y retranchent,
+y épuisent leurs dernières cartouches, et
+sont prêts à vendre chèrement leur vie, lorsque
+Sydney-Smith, touché de tant de bravoure, leur
+fait accorder une capitulation. Pendant ce temps,
+les troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le
+ramènent dans la place, après en avoir fait un
+carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit cents
+prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur,
+donne deux jours de repos à ses troupes, et le 21
+(10 mai) ordonne un nouvel assaut. On y monte
+avec la même bravoure, on escalade la brèche;
+mais on ne peut pas la dépasser. Il y avait toute
+une armée gardant la place et défendant toutes les
+rues. Il fallut y renoncer.</p>
+
+<p>Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on
+avait fait des pertes irréparables, et il eût été imprudent
+de s'exposer à en faire davantage. La peste
+était dans cette ville, et l'armée en avait pris le
+germe à Jaffa. La saison des débarquemens approchait,
+et on annonçait l'arrivée d'une armée turque
+vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir
+repousser de nouveaux ennemis. Le fond de
+ses projets était réalisé, puisqu'il avait détruit les
+rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il
+avait réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant
+à la partie brillante de ces mêmes projets, quant à
+ces vagues et merveilleuses espérances de conquêtes
+en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à
+lever le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré
+sa destinée inouïe, on lui a entendu répéter souvent,
+en parlant de Sidney-Smith: <i>Cet homme m'a
+fait manquer ma fortune</i>. Les Druses, qui pendant
+le siége avaient nourri l'armée, toutes les peuplades
+ennemies de la Porte, apprirent sa retraite
+avec désespoir.</p>
+
+<p>Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars),
+il le leva le 1er prairial (20 mai): il y avait employé
+deux mois. Avant de quitter Saint-Jean-d'Acre, il
+voulait laisser une terrible trace de son passage: il
+accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite
+en cendres. Il reprit la route du désert. Il avait
+perdu par le feu, les fatigues ou les maladies, près
+du tiers de son armée d'expédition, c'est-à-dire environ
+quatre mille hommes. Il emmenait douze
+cents blessés. Il se mit en marche pour repasser le
+désert. Il ravagea sur sa route tout le pays, et y
+imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa, il en
+fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance
+pour nos pestiférés. Les emporter était impossible:
+en ne les emportant pas, on les laissait
+exposés à une mort inévitable, soit par la maladie,
+soit par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi.
+Aussi Bonaparte dit-il au médecin Desgenettes,
+qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur administrer
+de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce
+médecin fit cette réponse, fort vantée: <i>Mon métier
+est de les guérir, et non de les tuer</i>. On ne leur administra
+point d'opium, et ce fait servit à propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite.</p>
+
+<p>Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition
+de près de trois mois. Il était temps qu'il
+y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était répandu
+dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait
+l'ange El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et
+qui prétendait chasser les Français en soulevant de
+la poussière, avait réuni quelques mille insurgés.
+Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours;
+il s'était emparé de Damanhour, et en avait
+égorgé la garnison. Bonaparte envoya un détachement,
+qui dispersa les insurgés, et tua l'ange invulnérable.
+Le trouble s'était communiqué aux
+différentes provinces du Delta; sa présence ramena
+partout la soumission et le calme. Il ordonna au
+Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes
+en Syrie. Il n'avouait pas la partie manquée
+de ses projets, mais il vantait avec raison les nombreux
+combats livrés en Syrie, la belle bataille du
+mont Thabor, les vengeances terribles exercées
+contre Djezzar. Il répandit de nouvelles publications
+aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait
+leurs projets à l'instant où ils les formaient. Ils
+ajoutèrent foi à ces étranges paroles du sultan Kebir
+et le croyaient présent à toutes leurs pensées. Bonaparte
+n'avait pas seulement à contenir les habitans,
+mais encore ses généraux et l'armée elle-même.
+Un mécontentement sourd y régnait. Ce
+mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni
+des dangers, ni surtout des privations, car l'armée
+ne manquait de rien, mais de l'amour du pays, qui
+poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an
+entier qu'on était en Égypte, et depuis près de six
+mois on n'avait aucune nouvelle de France. Aucun
+navire n'avait pu passer: une sombre tristesse dévorait
+tous les coeurs. Chaque jour les officiers et
+les généraux demandaient des congés pour repasser
+en Europe. Bonaparte en accordait peu, ou bien
+y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier,
+dévoré d'une vieille passion, demandait à revoir
+l'Italie. Il fut honteux pour la seconde fois de sa
+faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait
+formé le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et
+de marcher sur Alexandrie pour s'y embarquer.
+Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais
+braver son général. Les lieutenans de Bonaparte,
+qui donnaient tous l'exemple des murmures, se
+taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et pliaient
+sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé
+avec Kléber. L'humeur de celui-ci ne venait pas de
+découragement, mais de son indocilité accoutumée.
+Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte
+aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était
+séduit par le génie de Bonaparte.</p>
+
+<p>On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens
+de l'Europe et des désastres de la France
+était toujours la même. On savait seulement que
+le continent était dans une véritable confusion et
+qu'une nouvelle guerre était inévitable. Bonaparte
+attendait impatiemment de nouveaux détails, pour
+prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur
+le premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il
+voulait détruire la seconde armée turque, réunie
+à Rhodes, dont on annonçait le débarquement
+très prochain.</p>
+
+<p>Cette armée, montée sur de nombreux transports,
+et escortée par la division navale de Sydney-Smith,
+parut le 23 messidor (11 juillet) à la vue
+d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même
+rade où notre escadre avait été détruite. Le point
+de débarquement choisi par les Anglais était la
+presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même
+nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer
+et le lac Madieh, et vient se terminer par un fort.
+Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui commandait
+à Alexandrie, de perfectionner la défense du
+fort, et de détruire le village d'Aboukir, placé tout
+autour. Mais au lieu de détruire le village, on
+avait voulu le conserver pour y loger les soldats,
+et on l'avait simplement entouré d'une redoute
+pour le protéger du côté de la terre. Mais la redoute,
+ne joignant pas les deux bords de la mer,
+ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait
+le sort du fort à celui d'un simple ouvrage de campagne.
+Les Turcs en effet débarquèrent avec beaucoup
+de hardiesse, abordèrent les retranchemens
+le sabre au poing, les enlevèrent, et s'emparèrent
+du village d'Aboukir, dont ils égorgèrent la garnison.
+Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir,
+et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant
+à Alexandrie, en était sorti à la tête de douze cents
+hommes, pour courir au secours des troupes
+d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient
+débarqués en nombre considérable, il n'osa pas
+tenter de les jeter à la mer par une attaque hardie.
+Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir
+tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir.</p>
+
+<p>Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille
+hommes d'infanterie. Ce n'étaient pas de ces misérables
+fellahs qui composaient l'infanterie des
+Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant
+un fusil sans baïonnette, le rejetant en bandoulière
+sur le dos quand ils avaient fait feu, puis s'élançant
+sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main.
+Ils avaient une artillerie nombreuse et bien servie;
+et ils étaient dirigés par des officiers anglais. Ils
+manquaient de cavalerie, car ils avaient à peine
+amené trois cents chevaux; mais ils attendaient
+l'arrivée de Mourad-Bey, qui devait quitter la
+Haute-Égypte, longer le désert, traverser les oasis,
+et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille
+Mamelucks.</p>
+
+<p>Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement,
+il quitta le Caire sur-le-champ, et fit
+du Caire à Alexandrie une de ces marches extraordinaires
+dont il avait donné tant d'exemples en
+Italie. Il emmenait avec lui les divisions Lannes,
+Bon et Murat. Il avait ordonné à Desaix d'évacuer
+la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il
+avait choisi le point de Birket, intermédiaire entre
+Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il
+craignait qu'une armée anglaise ne fût débarquée
+avec l'armée turque.</p>
+
+<p>Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha,
+avait essayé de descendre dans la
+Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat,
+il avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait
+à combattre que l'armée turque, privée de cavalerie,
+mais campée derrière des retranchemens,
+et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée.
+Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil
+sur Alexandrie, et sur les beaux travaux exécutés
+par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer
+les Turcs au moment du débarquement, quitta
+Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était le
+lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet
+était d'abord d'enfermer l'armée turque par des
+retranchemens, et d'attendre, pour attaquer, l'arrivée
+de toutes ses divisions; car il n'avait sous la
+main que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ
+six mille hommes. Mais à la vue des dispositions
+faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les
+renfermer dans le village d'Aboukir, et les accabler
+d'obus et de bombes.</p>
+
+<p>Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île,
+qui est fort étroite. Ils étaient couverts par deux
+lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, où était leur camp,
+ils avaient occupé deux mamelons de sables, appuyant
+l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre
+de ces deux mamelons était un village, qu'ils gardaient
+aussi. Ils avaient mille hommes au mamelon
+de droite, deux mille à celui de gauche, et trois
+à quatre mille hommes dans le village. Telle était
+leur première ligne. La seconde était au village
+même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Français, et se joignait à la mer
+par deux boyaux. Ils avaient placé là leur camp
+principal et le gros de leurs forces.</p>
+
+<p>Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude
+et sa précision accoutumées. Il ordonna au
+général Destaing de marcher avec quelques bataillons
+sur le mamelon de gauche, où étaient les
+mille Turcs; à Lannes, de marcher sur le mamelon
+de droite, où étaient les deux mille autres, et à
+Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie
+sur les derrières des deux mamelons. Ces dispositions
+sont exécutées avec une grande précision:
+Destaing marche sur le mamelon de gauche,
+et le gravit hardiment; Murat le fait tourner par
+un escadron. Les Turcs, à cette vue, abandonnent
+leur poste, rencontrent la cavalerie qui les sabre
+et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se
+jeter que de se rendre. Vers la droite, la même
+opération s'exécute. Lannes aborde les deux mille
+Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également
+sabrés et jetés dans la mer. Destaing et Lannes se
+portent ensuite vers le centre, formé par un village,
+et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent
+bravement, comptant sur un secours de la
+seconde ligne. Une colonne, en effet, se détache du
+camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur
+le derrière du village, sabre cette colonne, et la
+repousse dans Aboukir. L'infanterie de Destaing
+et celle de Lannes entrent au pas de charge dans
+le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse
+dans toutes les directions, et qui, s'obstinant toujours
+à ne pas se rendre, n'ont pour retraite que
+la mer, où ils se noient.</p>
+
+<p>Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette
+manière; la première ligne était emportée; le but
+de Bonaparte était rempli, et il pouvait, resserrant
+les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant
+l'arrivée de Kléber et de Régnier. Mais il
+veut profiter de son succès, et achever sa victoire
+à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine
+à ses troupes, il marche sur la seconde ligne.
+La division Lanusse, restée en réserve, appuie
+Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+était difficile à emporter; elle renfermait neuf
+à dix mille Turcs. Vers la droite, un boyau la joignait
+à la mer; vers la gauche, un autre boyau la
+prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac
+Madieh. L'espace ouvert était occupé par l'ennemi,
+et balayé par de nombreuses canonnières. Bonaparte,
+habitué à porter ses soldats sur les plus formidables
+obstacles, les dirige sur la position ennemie.
+Ses divisions d'infanterie marchent sur le
+front et la droite de la redoute. La cavalerie, cachée
+dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par
+la gauche, et traverser, sous le feu des canonnières,
+l'espace laissé ouvert entre la redoute et le lac
+Madieh. La charge s'exécute; Lannes et Destaing
+poussent leur brave infanterie en avant; la 32e
+marche l'arme au bras sur les retranchemens, la
+18e les tourne par l'extrême droite. L'ennemi,
+sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se
+joint corps à corps. Les soldats turcs, après avoir
+tiré leur coup de fusil et leurs deux coups de pistolet,
+font étinceler leur sabre. Ils veulent saisir
+les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent
+dans les flancs, avant d'avoir pu les saisir.
+On s'égorge ainsi sur les retranchemens. Déjà la
+18e est près d'arriver dans la redoute; mais un feu
+terrible d'artillerie la repousse et la ramène au
+pied des ouvrages. Le brave Leturcq est tué glorieusement
+en voulant se retirer le dernier; Fugières
+perd un bras. Murat, de son côté, s'était
+avancé avec sa cavalerie, pour franchir l'espace
+compris entre la redoute et le lac Madieh. Plusieurs
+fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et
+des canonnières, il avait été obligé de se reployer
+en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers s'étaient
+même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les
+efforts de tant de braves paraissaient devoir être
+impuissans. Bonaparte contemplait ce carnage,
+attendant le moment favorable pour revenir à la
+charge. Heureusement les Turcs, suivant leur
+usage, sortent des retranchemens pour venir couper
+les têtes des morts. Bonaparte saisit cet instant,
+lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la
+69, qui marchent sur les retranchemens et s'en
+emparent. A la droite, la 18e profite aussi de l'occasion,
+et entre dans la redoute. Murat, de son
+côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses
+escadrons traverse cet espace si redoutable qui règne
+entre les retranchemens et le lac, et pénètre
+dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés
+fuient de toutes parts; on en fait un carnage épouvantable.
+On les pousse la baïonnette dans les
+reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la
+tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de
+Mustapha-Pacha. Celui-ci, saisi de désespoir,
+prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup
+de sabre, et l'envoie prisonnier à Bonaparte. Les
+Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se retirent dans
+le fort d'Aboukir.</p>
+
+<p>Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette
+mer d'Aboukir, qui naguère avait été couverte
+des corps de nos marins: deux ou trois mille avaient
+péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans
+ce fort, n'avaient plus d'autre ressource que la
+clémence du vainqueur. Telle est cette extraordinaire
+bataille, où, pour la première fois peut-être,
+dans l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut
+détruite tout entière. C'est dans cette occasion
+que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit Bonaparte
+au milieu du corps, et s'écria: <i>Général,
+vous êtes grand comme le monde!</i></p>
+
+<p>Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la
+bataille d'Aboukir, l'Égypte était délivrée, du
+moins momentanément, des forces de la Porte.
+La situation de l'armée française pouvait être regardée
+comme assez rassurante. Après toutes les
+pertes qu'elle avait faites, elle comptait vingt-cinq
+mille hommes environ, mais les plus braves et les
+mieux commandés de l'univers. Chaque jour devait
+la faire mieux sympathiser avec les habitans,
+et consolider son établissement. Bonaparte y était
+depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il
+avait employé les premiers momens à s'emparer
+d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il avait obtenu
+par la bataille des Pyramides. Après l'inondation,
+et en automne, il avait achevé la conquête du
+Delta, et confié à Desaix la conquête de la Haute-Égypte.
+En hiver, il avait tenté l'expédition de
+Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont
+Thabor. Il venait, en été, de détruire la seconde
+armée de la Porte à Aboukir. Le temps avait donc
+été aussi bien employé que possible; et tandis que
+la victoire abandonnait en Europe les drapeaux de
+la France, elle leur restait fidèle en Afrique et en
+Asie. Les trois couleurs flottaient triomphantes sur
+le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est
+partie la religion du Christ.</p>
+
+<p>Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en
+France, aucune des dépêches du directoire ni de
+ses frères ne lui étant arrivée: il était dévoré d'inquiétude.
+Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles,
+il faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter
+les vaisseaux de commerce, et de s'instruire
+par eux des événemens qui se passaient en Europe.
+Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui,
+sous le prétexte de négocier un échange de prisonniers,
+devait tâcher d'obtenir quelques nouvelles.
+Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait
+les désastres de la France, se fit un malin plaisir
+de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte.
+Celui-ci passa une nuit entière à dévorer ces
+feuilles, et à s'instruire de tout ce qui se passait
+dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut
+prise: il résolut de s'embarquer secrètement pour
+l'Europe, et d'essayer la traversée, au risque d'être
+saisi en route par les flottes anglaises. Il demanda le
+contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre
+les frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i> en état de
+faire voile. Il ne fit part de son projet à personne,
+courut au Caire pour faire toutes ses dispositions,
+rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel
+il voulait laisser le commandement de l'armée,
+et repartit aussitôt après pour Alexandrie.</p>
+
+<p>Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui
+Berthier, Lannes, Murat, Andréossy, Marmont,
+Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de quelques-uns
+de ses guides, sur une plage écartée.
+Quelques canots étaient préparés; ils s'embarquèrent,
+et montèrent sur les deux frégates <i>le Muiron</i>
+et <i>la Carrère</i>. Elles étaient suivies des chebecks <i>la
+Revanche</i> et <i>la Fortune</i>. A l'instant même on mit
+à la voile, pour n'être plus au jour en vue des croiseurs
+anglais. Malheureusement un calme survint;
+on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez
+tranquilles, dit-il, nous passerons.» Comme César,
+il comptait sur la fortune.</p>
+
+<p>Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion;
+car il laissait une armée victorieuse, pour
+aller braver des dangers de tout genre, et, le plus
+horrible de tous, celui d'aller porter des fers à
+Londres. C'était une de ces témérités par lesquelles
+les grands ambitieux tentent le ciel, et auxquelles
+ils doivent ensuite cette confiance immense qui tour
+à tour les élève et les précipite.</p>
+
+<p>Tandis que cette grande destinée était commise
+au hasard des vents ou d'une rencontre, la victoire
+revenait sous nos drapeaux en Europe, et la
+république sortait, par un sublime effort, des
+périls auxquels nous venons de la voir exposée.
+Masséna était toujours sur la ligne de la Limmat,
+différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée
+d'Italie, après avoir perdu la bataille de Novi,
+s'était dispersée dans l'Apennin. Heureusement
+Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de
+Novi que de celle de la Trebbia, et perdait dans le
+Piémont un temps que la France employait en
+préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le
+directoire, en imagina un qui ne pouvait manquer
+de changer la face des événemens. Il était
+jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu
+exercer en Italie, et avait vu avec peine que ce
+général eût écrit au roi de Sardaigne pour le rappeler
+dans ses états. Le conseil aulique avait des
+vues sur le Piémont, et tenait à en écarter le vieux
+maréchal. De plus, il régnait peu d'accord entre
+les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies
+décidèrent le conseil aulique à changer entièrement
+la distribution des troupes sur la ligne d'opération.
+Les Russes étaient mêlés aux Autrichiens sur les
+deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec
+Mélas en Italie. Le conseil aulique imagina de transporter
+l'archiduc Charles sur le Rhin, et Suwarow
+en Suisse. De cette manière les deux armées russes
+devaient agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens
+devaient agir seuls sur le Rhin; ils devaient
+aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être bientôt
+renforcés par une nouvelle armée, destinée à
+remplir le vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique
+donna pour raison de ce changement, qu'il
+fallait faire combattre ensemble les troupes de
+chaque nation; que les Russes trouveraient en
+Suisse une température plus analogue à leur climat,
+et que le mouvement de l'archiduc Charles sur le
+Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre
+ne pouvait manquer d'approuver ce plan,
+car elle espérait beaucoup, pour l'expédition de
+Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur
+le Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes,
+entrés déjà à Corfou, et ayant le projet de s'emparer
+de Malte, fussent écartés de Gênes.</p>
+
+<p>Ce revirement, exécuté en présence de Masséna,
+était excessivement dangereux, et d'ailleurs il
+transportait les Russes sur un théâtre qui ne leur
+convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à
+charger en plaine et à la baïonnette, ne savaient
+pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il faut par-dessus
+tout dans les montagnes, ce sont d'habiles
+tirailleurs. Le conseil aulique qui, suivant l'esprit
+des cabinets, faisait passer les raisons politiques
+avant les raisons militaires, défendit à ses généraux
+de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+exécution de ce plan, pour les derniers jours
+d'août (milieu de fructidor).</p>
+
+<p>On a déjà décrit la configuration du théâtre de
+la guerre et la distribution des armées sur ce
+théâtre<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les eaux partant des Grandes-Alpes, et
+tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant
+en forme de lacs, présentaient différentes
+lignes inscrites les unes dans les autres, commençant
+à droite contre une grande chaîne de montagnes,
+et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve
+qui sépare l'Allemagne de la France. Les deux principales
+étaient celles du Rhin et de la Limmat.
+Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était
+replié sur celle de la Limmat. Il avait même été
+obligé de se retirer un peu en arrière de celle-ci,
+et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en séparait pas moins les deux armées. Cette
+ligne se composait de la Lint, qui naît contre les
+Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se jette
+ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans
+la Limmat, qui sort de ce lac à Zurich même, et va
+se jeter enfin dans l'Aar près de Bruck. L'archiduc
+Charles était derrière la Limmat, de Bruck à Zurich.
+Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant
+qu'on lui assignât sa position. Hotze gardait la Lint.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère pas faire
+comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a pas sous les
+yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant ces événemens
+sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si positive le
+salut de la France, que je les crois dignes d'être compris, et que j'engage
+le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte de Suisse
+sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.</blockquote>
+
+<p>D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au
+Rhin, devait être remplacé derrière la Limmat par
+Korsakoff. Hotze devait rester sur la Lint avec le
+corps autrichien de Voralberg, afin de donner la
+main à Suwarow arrivant d'Italie. La question était
+de savoir quelle route on ferait prendre à Suwarow.
+Il avait à franchir les monts, et pouvait suivre
+l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il
+préférait pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait,
+en traversant le Splugen, se rendre par Coire sur
+le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec
+Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé
+vers le 25 septembre (3 vendémiaire an VIII). Ce
+mouvement avait l'avantage de s'opérer loin des
+Français, hors de leur portée, et de ne dépendre
+ainsi d'aucun accident. Suwarow pouvait également
+prendre une autre route, et au lieu de suivre
+la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans
+la vallée de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière
+la ligne de la Lint, occupée par les Français.
+Cette marche avait l'avantage de le porter sur le revers
+de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer
+un mouvement de Hotze au-delà de la Lint,
+pour qu'il vînt tendre la main à l'armée arrivant
+du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement,
+une attaque sur la Limmat; il fallait en
+un mot une opération générale sur toute la ligne,
+et un à-propos, une précision difficiles à obtenir
+quand on agit à de si grandes distances et en détachemens
+aussi nombreux. Ce plan, que les Russes
+rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens sur
+les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence
+une attaque générale fut prescrite sur toute la
+ligne, pour les derniers jours de septembre. Au
+moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard
+dans la vallée de la Reuss, Korsakoff devait
+attaquer au dessous du lac de Zurich, c'est-à-dire
+le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze,
+Linken et Jellachich, devaient pénétrer dans le canton
+de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner la main
+à Suwarow. La jonction générale une fois opérée,
+les troupes réunies en Suisse allaient s'élever à
+quatre-vingt mille hommes. Suwarow arrivait avec
+dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en réserve le corps de
+Condé et quelques mille Bavarois. Mais avant la
+jonction, trente mille sous Korsakoff, et vingt-cinq
+mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille
+se trouvaient exposés aux coups de toute l'armée
+de Masséna.</p>
+
+<p>Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait
+la Limmat, et où Suwarow n'avait pas encore
+passé les Alpes, était trop favorable pour que Masséna
+ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de
+l'inaction qu'on lui avait tant reprochée. Son armée
+avait été portée à soixante-quinze mille hommes
+environ, par les renforts qu'elle avait reçus;
+mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle,
+ligne immense à couvrir. Lecourbe, formant sa
+droite, et ayant Gudin et Molitor sous ses ordres,
+gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes.
+Soult, avec dix mille, occupait la Lint jusqu'à son
+embouchure dans le lac de Zurich. Masséna, avec
+les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard,
+formant un total de trente-sept mille hommes, était
+devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La division
+Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division
+Chabran de huit, gardaient l'une le Valais,
+l'autre les environs de Bâle.</p>
+
+<p>Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage
+de pouvoir réunir sa masse principale sur
+le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept mille
+hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur
+Korsakoff. Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre
+mille hommes, envoyés en renfort à Hotze, par
+derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à vingt-six
+mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui
+devaient lui servir de réserve, étaient encore fort
+en arrière à Schaffouse. Masséna pouvait donc
+lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six
+mille. Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur
+Hotze, et après les avoir tous deux mis en déroute,
+peut-être détruits, accabler Suwarow, qui arrivait
+en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi
+vaincu, ou du moins contenu dans sa ligne.</p>
+
+<p>Masséna, averti des projets des ennemis, devança
+d'un jour son attaque générale, et la fixa pour le
+3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis qu'il
+était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière
+de la Limmat, le cours de cette rivière appartenait
+à l'ennemi. Il fallait le lui enlever par un passage:
+c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses trente-sept
+mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous
+du lac de Zurich, il chargea Soult d'opérer
+au-dessus, et de franchir la Lint le même jour.
+Les militaires ont adressé un reproche à Masséna:
+il fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en
+Suisse que l'en éloigner: si donc, au lieu de laisser
+Lecourbe se battre inutilement au Saint-Gothard
+contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult,
+il aurait été plus assuré d'accabler Hotze, et de
+franchir la Lint. Au reste, comme le résultat obtenu
+fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter,
+on n'a fait ce reproche à Masséna que dans l'intérêt
+rigoureux des principes.</p>
+
+<p>La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même,
+et coupe la ville en deux parties. Conformément au
+plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il
+avait porté la masse de ses forces dans la partie
+de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait
+laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour
+garder un point où la Limmat est plus accessible:
+il avait dirigé Durasof avec une division près de
+l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller
+de ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille
+hommes au moins, était en avant de la rivière, en
+situation offensive.</p>
+
+<p>Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il
+résolut de masquer plutôt que d'attaquer le point
+de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses forces;
+puis, avec une portion considérable de ses troupes,
+de tenter le passage de la Limmat à Closter-Fahr,
+point faiblement défendu. Le passage opéré,
+il voulait que cette division remontât la Limmat
+sur la rive opposée, et vînt se placer sur les derrières
+de Zurich. Alors il se proposait d'attaquer
+Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir enfermé
+dans Zurich même. Des conséquences immenses
+pouvaient résulter de cette disposition.</p>
+
+<p>Mortier avec sa division, qui était forte de huit
+mille hommes, et occupait la droite de ce champ
+de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle devait contenir
+d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein
+avec sa division, qui était forte de dix mille hommes,
+devait être placé à Altstetten, entre le point de
+Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on allait
+tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter
+devant Zurich, et donner secours à Mortier contre
+la masse russe, ou courir au point du passage,
+s'il était nécessaire de le seconder. Cette division
+renfermait quatre mille grenadiers, et une réserve
+de superbe cavalerie. La division Lorge, avec une
+partie de la division Mesnard, devait exécuter le
+passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à
+peu près formaient cette masse. Le reste de la division
+Mesnard devait faire des démonstrations sur
+la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.</p>
+
+<p>Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous
+les critiques, furent mises à exécution le 3 vendémiaire
+an VIII (25 septembre 1799), à cinq heures
+du matin. Les apprêts du passage avaient été faits
+près du village de Dietikon, avec un soin et un
+secret extraordinaires. Des barques avaient été
+traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le
+matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient
+rangées en silence sur la rive. Le général Foy, illustré
+depuis comme orateur, commandait l'artillerie
+à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs
+batteries de manière à protéger le passage.
+Six cents hommes s'embarquèrent hardiment, et
+arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent.
+Korsakoff avait mis là, sur le plateau de Closter-Fahr,
+trois bataillons avec du canon. Notre artillerie,
+supérieurement dirigée, éteignit bientôt les
+feux de l'artillerie russe, et protégea le passage successif
+de notre avant-garde. Lorsque le général
+Gazan eut réuni aux six cents hommes qui avaient
+passé les premiers un renfort suffisant, il marcha
+sur les trois bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr.
+Ceux-ci s'étaient logés dans un bois, et
+s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa,
+et fut obligé de tuer presque jusqu'au dernier
+homme pour les déloger. Ces trois bataillons détruits,
+le pont fut jeté. Le reste de la division Lorge
+et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat:
+c'étaient quinze mille hommes portés au-delà
+de la rivière. La brigade Bontemps fut placée
+à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes,
+dirigé par le chef d'état-major Oudinot, remonta
+la Limmat, pour se porter sur les derrières de
+Zurich.</p>
+
+<p>Cette partie de l'opération achevée, Masséna se
+reporta de sa personne sur l'autre rive de la Limmat,
+pour veiller au mouvement de ses ailes. Vers
+la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé
+Durasof par ses démonstrations, que celui-ci s'était
+porté sur la rive, où il déployait tous ses feux.
+A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de
+Korsakoff, posté, comme on l'a dit, en avant de
+la Limmat, et avait été obligé de se replier. Masséna
+arrivant dans cet instant ébranla la division
+Klein, qui était à Altstetten. Humbert, à la tête
+de ses quatre mille grenadiers, marcha sur Zurich,
+et rétablit le combat. Mortier renouvela ses attaques,
+et on parvint à renfermer ainsi les Russes
+dans Zurich.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre
+du canon sur ses derrières, avait reporté
+quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais ces
+faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec
+ses quinze mille hommes, continuait à remonter
+la Limmat. Il avait enlevé le petit camp placé à
+Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières
+de Zurich, et s'était emparé de la grande
+route de Vintherthur, qui donne issue en Allemagne,
+et la seule par laquelle les Russes pussent
+se retirer.</p>
+
+<p>La journée était presque achevée, et d'immenses
+résultats étaient préparés pour le lendemain. Les
+Russes étaient enfermés dans Zurich; Masséna
+avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze
+mille hommes sur leurs derrières, et placé dix-huit
+mille hommes devant eux. Il était difficile qu'il ne
+leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il
+aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant
+Zurich, la porter par Closter-Fahr, derrière
+cette ville, de manière à fermer tout à fait la route
+de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier
+restant avec huit mille hommes seulement, Korsakoff
+ne lui passât sur le corps et ne se jetât sur
+la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer
+aussi Suwarow, venant d'Italie, et on ne sait ce
+qui serait arrivé de cette singulière combinaison.</p>
+
+<p>Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et
+avait porté ses troupes dans l'autre partie de Zurich,
+en arrière de la Limmat. Durasof, sur la
+Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé;
+et évitant la brigade Bontemps, par un détour,
+était venu regagner la route de Vintherthur.
+Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le
+combat devait être acharné, car les Russes voulaient
+se faire jour, et les Français voulaient recueillir
+d'immenses trophées. Le combat commença de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée
+d'artillerie, d'équipages, de blessés, attaquée
+de tous côtés, était comme enveloppée de
+feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein
+l'avaient abordée, et étaient près d'y pénétrer.
+Au-delà, Oudinot la serrait par derrière et voulait
+fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+théâtre d'un combat sanglant, avait été
+prise et reprise plusieurs fois. Korsakoff, songeant
+enfin à se retirer, avait mis son infanterie en tête,
+sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages
+à la queue. Il s'avançait ainsi formant une
+longue colonne. Sa brave infanterie, chargeant
+avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passé avec une partie
+de la cavalerie, les Français reviennent à la charge,
+attaquent le reste de la cavalerie et les bagages, et
+les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On
+se bat dans les rues. L'illustre et malheureux Lavater
+est frappé sur la porte de sa maison, d'une
+balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil
+sur la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint
+d'une blessure grave à la cuisse dont il mourut
+quelques mois après. Enfin, tout ce qui était
+resté dans Zurich est obligé de mettre bas les
+armes. Cent pièces de canon, tous les bagages,
+les administrations, le trésor de l'armée et cinq
+mille prisonniers, deviennent la proie des Français.
+Korsakoff avait eu en outre huit mille hommes
+hors de combat, dans cette lutte acharnée. Huit
+et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes
+batailles d'Italie n'avaient pas présenté des résultats
+plus extraordinaires. Les conséquences pour
+le reste de la campagne ne devaient pas être moins
+grandes que les résultats matériels. Korsakoff,
+avec treize mille hommes au plus, se hâta de regagner
+le Rhin.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la
+Lint au-dessus du lac de Zurich, exécutait sa mission
+avec non moins de bonheur que le général en
+chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg.
+Cent cinquante braves, portant leur
+fusil sur leur tête, avaient traversé la rivière à la
+nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs,
+et protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze,
+accouru sur-le-champ au lieu du danger, était
+tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant
+à Hotze, avait en vain essayé de rejeter dans
+la Lint les corps qui avaient passé; il avait été
+obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment
+sur Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille
+prisonniers et du canon. De leur côté, les généraux
+Jellachich et Linken, chargés de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow
+au débouché du Saint-Gothard, s'étaient
+retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi près
+de soixante mille hommes étaient repoussés déjà
+de la ligne de la Limmat, au-delà de celle du Rhin,
+et repoussés après des pertes immenses. Suwarow,
+qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider
+sa défaite en arrivant, allait trouver au contraire
+tous ses lieutenans dispersés, et s'engager au
+milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.</p>
+
+<p>Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était
+arrivé au pied du Saint-Gothard le cinquième jour
+complémentaire de l'an VII (21 septembre). Il
+avait été obligé de démonter ses Cosaques pour
+charger son artillerie sur le dos de leurs chevaux.
+Il envoya Rosemberg avec six mille hommes, pour
+tourner le Saint-Gothard par Disentits et le Crispalt.
+Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à
+Airolo, à l'entrée de la gorge du Saint-Gothard,
+il y trouva Gudin avec une des brigades de la division
+Lecourbe. Il se battit là avec la dernière
+opiniâtreté; mais ses soldats, mauvais tireurs, ne
+sachant qu'avancer et se faire tuer, tombaient par
+pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida
+enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea
+ainsi à céder la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin,
+par sa résistance, avait donné à Lecourbe le temps
+de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait
+résister à Suwarow qui arrivait avec douze mille,
+et à Rosemberg qui, transporté déjà à Urseren,
+en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée
+en gravissant des rochers presque inaccessibles,
+et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières,
+il rompit le pont du Diable, et tua une
+multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le précipice en descendant dans le lit de la Reuss
+et en remontant la rive opposée. Lecourbe avait
+fait ainsi une retraite pied à pied, profitant de tous
+les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les soldats
+de Suwarow.</p>
+
+<p>L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de
+la vallée de la Reuss, accablée de fatigues, manquant
+de vivres, et singulièrement affaiblie par les
+pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe
+dans le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan
+convenu, avait pu faire arriver Jellachich et Linken
+au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il aurait
+envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure
+de la Reuss. Mais après les événemens
+qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva pas une
+embarcation, et se vit enfermé dans une vallée
+épouvantable. C'était le 4 vendémiaire (26 septembre),
+jour du désastre général sur toute la ligne. Il
+ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer à travers des montagnes
+horribles, où il n'y avait aucune route tracée,
+pour pénétrer dans la vallée de Muthenthal. Il se
+mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer
+qu'un homme de front dans le sentier qu'on avait
+à suivre. L'armée mit deux jours à faire ce trajet
+de quelques lieues. Le premier homme était déjà
+à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté
+Altorf. Les précipices étaient couverts d'équipages,
+de chevaux, de soldats mourant de faim ou de fatigue.
+Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow
+pouvait déboucher par Schwitz, non loin du
+lac de Zurich, ou bien remonter la vallée, et par
+le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté de Schwitz,
+Masséna arrivait avec la division Mortier, et de
+l'autre côté du Bragel était Molitor, qui occupait
+le défilé du Kloenthal, vers les bords de la Lint.
+Après avoir donné deux jours de repos à ses troupes,
+Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel.
+Le 8 vendémiaire (30 septembre) il se mit en marche;
+Masséna l'attaquait en queue, tandis que de
+l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au
+défilé du Kloenthal. Rosemberg résista bravement
+à toutes les attaques de Masséna, mais Bagration
+fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit
+la route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen.
+Suwarow, après avoir livré des combats sanglans
+et meurtriers, coupé de toutes les routes,
+rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de
+remonter la vallée d'Engi, pour se jeter dans celle du
+Rhin. Mais cette route était encore plus affreuse
+que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant,
+et après quatre jours d'efforts et de souffrances
+inouïes, atteignit Coire et le Rhin. De ses dix-huit
+mille hommes, il en avait à peine sauvé dix
+mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les
+Alpes. Ce barbare, prétendu invincible, se retirait
+couvert de confusion et plein de rage. En quinze
+jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille
+Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes
+à nous envahir étaient chassées de la Suisse et rejetées
+en Allemagne. La coalition était dissoute, car
+Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait
+plus servir avec eux. On peut dire que la France
+était sauvée.</p>
+
+<p>Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter
+l'une des plus belles opérations dont l'histoire de
+la guerre fasse mention, et qui nous avait sauvés
+dans un moment plus périlleux que celui de Valmy
+et de Fleurus! Il faut admirer les batailles grandes
+par la conception ou le résultat politique; mais il
+faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux
+autres. Zurich est le plus beau fleuron de Masséna;
+et il n'en existe pas de plus beau dans aucune couronne
+militaire.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens si heureux se passaient
+en Suisse, la victoire nous revenait en Hollande.
+Brune, faiblement pressé par l'ennemi, avait
+eu le temps de concentrer ses forces, et après
+avoir battu les Anglo-Russes à Kastrikum, les avait
+enfermés au Zip, et réduits à capituler. Les conditions
+étaient l'évacuation de la Hollande, la restitution
+de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement
+sans échange de huit mille prisonniers.
+On aurait souhaité la restitution de la flotte hollandaise;
+mais les Anglais s'y refusaient, et on
+craignait, en rejetant la capitulation, le mal qu'ils
+pouvaient faire au pays.</p>
+
+<p>Ainsi se termina cette mémorable campagne de
+1799. La république, entrée trop tôt en action, et
+commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentré ses forces, avait été
+battue à Stokach et Magnano, et avait perdu ainsi
+par ces deux défaites l'Allemagne et l'Italie. Masséna
+resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur
+le Rhin, puis sur la Limmat, et enfin sur l'Albis.
+Là, il s'était rendu inattaquable durant quatre mois.
+Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de
+se réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue
+à la Trebbia. Réunie plus tard à cette armée par
+derrière l'Apennin, ralliée et renforcée, elle avait
+perdu son général à Novi, avait été battue de nouveau,
+et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin
+était même envahi et le Var menacé. Mais là
+avait été le terme de nos malheurs. La coalition,
+revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles
+sur le Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant
+ce moment, avait détruit Korsakoff privé de
+l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé de Korsakoff.
+Il avait ainsi réparé nos malheurs par une
+immortelle victoire. En Orient, de beaux triomphes
+avaient terminé la campagne. Mais, il faut le dire,
+si ces grands exploits avaient soutenu la république
+prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque
+gloire, ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni
+sa puissance. La France était sauvée, mais elle
+n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré
+son rang, et elle courait même des dangers
+sur le Var.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIX.</h3>
+
+<p>RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.&mdash;AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.&mdash;IL SE
+COALISE AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.
+&mdash;PRÉPARATIFS ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.&mdash;RENVERSEMENT DE LA
+CONSTITUTION DE L'AN III; INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.&mdash;
+FIN DE CETTE HISTOIRE.</p>
+
+
+<p>Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la
+capitulation des Anglo-Russes se succédèrent presque
+immédiatement, et rassurèrent les imaginations
+épouvantées. C'était la première fois que ces Russes
+si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement,
+que la satisfaction devait être profonde. Mais
+l'Italie était toujours perdue, le Var était menacé,
+la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du
+reste, les périls les plus grands n'étaient pas au dehors,
+mais au dedans. Un gouvernement désorganisé,
+des partis ingouvernables, qui ne voulaient
+pas subir l'autorité et qui n'étaient cependant plus
+assez forts pour s'en emparer; partout une espèce
+de dissolution sociale, et le brigandage, signe de
+cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout
+dans les provinces déchirées autrefois par la
+guerre civile; telle était la situation de la république.
+Un répit de quelques mois étant assuré par la
+victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur
+qu'on manquait dans le moment, que d'un chef
+qui s'emparât des rênes du gouvernement. La masse
+entière de la population voulait à tout prix du repos,
+de l'ordre, la fin des disputes, l'unité des volontés.
+Elle avait peur des jacobins, des émigrés,
+des chouans, de tous les partis. C'était le moment
+d'une merveilleuse fortune pour celui qui calmerait
+toutes ces peurs.</p>
+
+<p>Les dépêches contenant le récit de l'expédition
+de Syrie, des batailles du mont Thabor et d'Aboukir,
+produisirent un effet extraordinaire, et confirmèrent
+cette idée que le héros de Castiglione et
+de Rivoli resterait vainqueur partout où il se montrerait.
+Son nom se retrouva aussitôt dans toutes
+les bouches, et la question <i>que fait-il</i>? <i>quand
+vient-il</i>? se renouvela de toutes parts. S'il allait
+revenir! disait-on... Par un instinct singulier, le
+bruit qu'il était arrivé courut deux ou trois fois.
+Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi; mais
+on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues.
+On a vu en effet qu'elles n'avaient pu traverser les
+croisières anglaises.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux
+si singuliers, voguait tranquillement sur les mers,
+au milieu des flottes anglaises. La traversée n'était
+pas heureuse, et les vents contraires la prolongeaient.
+Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et
+on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se
+promenant sur le pont de son vaisseau avec un air
+calme et serein, se confiant à son étoile, apprenait
+à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls
+inévitables. Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres
+des peuples qu'il venait de quitter. Craignant, d'après
+les derniers événemens, que le midi de la
+France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non
+vers les côtes de Provence, mais vers celles du
+Languedoc. Il voulait débarquer à Collioure ou à
+Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers
+la Corse. L'île entière était accourue au-devant du
+célèbre compatriote. On avait ensuite fait voile
+vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout à coup,
+au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du
+vaisseau, trente voiles ennemies: on les voyait
+au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait
+de mettre un canot à la mer pour aborder
+furtivement à terre. Se confiant toujours dans le
+destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi,
+en effet, disparut, et le 17 vendémiaire
+an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les
+frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, les chebecks <i>la</i>
+<i>Revanche</i> et <i>la Fortune</i>, vinrent mouiller dans
+le golfe de Fréjus.</p>
+
+<p>Les habitans de la Provence avaient craint, pendant
+trois années de suite, l'invasion de l'ennemi.
+Bonaparte les avait délivrés de cette crainte en
+1796; mais elle leur était revenue plus grande que
+jamais depuis la bataille de Novi. En apprenant
+que Bonaparte était mouillé sur la côte, ils crurent
+leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte
+d'embarcations. Une multitude, ivre d'enthousiasme
+et de curiosité, envahit les vaisseaux, et,
+violant toutes les lois sanitaires, communiqua
+avec les nouveaux arrivés. Tous demandaient Bonaparte,
+tous voulaient le voir. Il n'était plus temps
+de faire observer les lois sanitaires. L'administration
+de la santé dut dispenser le général de la quarantaine,
+car il aurait fallu condamner à la même
+précaution toute la population, qui avait déjà
+communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit
+sur-le-champ à terre, et le jour même voulut
+monter en voiture pour se rendre à Paris.</p>
+
+<p>Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait
+déjà répandu sur la route de Fréjus à Paris, la
+grande nouvelle du débarquement de Bonaparte.
+Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté.
+La nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y
+avait produit des élans extraordinaires. Les chants
+patriotiques avaient remplacé partout les représentations
+théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes),
+l'un des auteurs de la constitution de
+l'an III, républicain sage et sincère, attaché à la
+république jusqu'à la passion, et la croyant perdue
+si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin
+(des Ardennes) expira de joie en apprenant cet
+événement.</p>
+
+<p>Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire
+(9 octobre) pour Paris. Il avait passé par
+Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches
+retentissaient dans les villages, et pendant la nuit
+des feux étaient allumés sur les routes. A Lyon
+surtout, les élans furent plus vifs encore que partout
+ailleurs. En partant de cette dernière ville,
+Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une
+autre route que celle qu'il avait indiquée à ses
+courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa
+direction, couraient à sa rencontre, tandis qu'il
+arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 octobre),
+il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine,
+sans que personne se doutât de son arrivée. Deux
+heures après, il se rendit au directoire. La garde
+le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+<i>Vive Bonaparte!</i> Il courut chez le président du
+directoire, c'était Gohier. Il fut convenu qu'il serait
+présenté le lendemain au directoire. Le lendemain
+25, il se présenta en effet devant cette
+magistrature suprême. Il dit qu'après avoir consolidé
+l'établissement de son armée en Égypte, par
+les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et
+confié son sort à un général capable d'en assurer
+la prospérité, il était parti pour voler au secours
+de la république, qu'il croyait perdue. Il la trouvait
+sauvée par les exploits de ses frères d'armes,
+et il s'en réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant
+la main sur son épée, jamais il ne la tirerait
+que pour la défense de cette république. Le président
+le complimenta sur ses triomphes et sur son
+retour, et lui donna l'accolade fraternelle. L'accueil
+fut en apparence très flatteur, mais au fond
+les craintes étaient maintenant trop réelles et trop
+justifiées par la situation, pour que son retour fît
+plaisir aux cinq magistrats républicains.</p>
+
+<p>Lorsque après une longue apathie, les hommes se
+réveillent et s'attachent à quelque chose, c'est avec
+passion. Dans ce néant où étaient tombées les opinions,
+les partis et toutes les autorités, on était
+demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le
+dégoût des hommes et des choses était universel.
+Mais à l'apparition de l'individu extraordinaire
+que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière
+si imprévue, tout dégoût, toute incertitude
+venaient de cesser. C'est sur lui que se fixèrent
+sur-le-champ les regards, les voeux et les espérances.
+Tous les généraux, employés ou non employés,
+patriotes ou modérés, tous accoururent chez Bonaparte.
+C'était naturel, puisqu'il était le premier
+membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente.
+En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur
+contre le gouvernement. Tous les ministres, tous
+les fonctionnaires successivement disgraciés pendant
+les fluctuations du directoire, accoururent
+aussi auprès du nouvel arrivé. Ils allaient en apparence
+visiter le guerrier illustre, et en réalité
+observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.</p>
+
+<p>Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier,
+qui ne le quittaient pas. Bientôt Jourdan,
+Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, Lefebvre,
+Marbot, malgré des différences d'opinions,
+se montrèrent auprès de lui. Moreau lui-même fit
+bientôt partie de ce cortége. Bonaparte l'avait rencontré,
+chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau,
+lui témoigna son impatience de le connaître,
+et lui exprima une estime qui le toucha profondément.
+Il lui donna ensuite un damas enrichi de
+pierreries, et parvint à le gagner tout à fait. En
+quelques jours Moreau fut de sa cour. Il était mécontent
+aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres
+se joignirent des hommes de toutes les carrières:
+on y vit Bruix, l'ex-ministre de la marine, qui venait
+de parcourir la Méditerranée à la tête des
+flottes française et espagnole, homme d'un esprit
+fin et délié, aussi habile à conduire une négociation
+qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M. de
+Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le
+mécontentement de Bonaparte, pour n'être point
+allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand comptait
+sur son esprit, sur son nom, sur son importance,
+pour être bien accueilli; il le fut bien. Ces deux
+hommes avaient trop de goût l'un pour l'autre,
+et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine
+Roederer, l'ancien procureur de la commune,
+homme plein de franchise et d'esprit; Régnault
+de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel
+Bonaparte s'était attaché en Italie, et qu'il avait
+employé à Malte, orateur brillant et fécond.</p>
+
+<p>Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés,
+les mécontens, qui se rendaient chez Bonaparte.
+Les chefs actuels du gouvernement s'y montrèrent
+avec le même empressement. Tous les directeurs
+et tous les ministres lui donnèrent des fêtes, comme
+au retour d'Italie. Une grande partie des députés
+des deux conseils se firent présenter chez lui. Les
+ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage
+bien plus flatteur, ils vinrent le consulter à
+chaque instant sur ce qu'ils avaient à faire. Dubois-Crancé,
+le ministre de la guerre, avait en quelque
+sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte.
+Moulins, celui des directeurs qui s'occupait spécialement
+de la guerre, passait une partie des matinées
+avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient
+aussi. Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte
+habile, qui avait pour Bonaparte le goût
+que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il
+savait apprécier le mérite civil; Fouché, ministre
+de la police, qui voulait échanger son protecteur
+usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant;
+Réal, commissaire près le département de la Seine,
+ardent et généreux patriote, et l'un des hommes
+les plus spirituels du temps, étaient également assidus
+auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec
+lui des affaires de l'état. Il y avait à peine huit
+jours que le général était à Paris, et déjà le gouvernement
+des affaires lui arrivait presque involontairement.
+A défaut de sa volonté, qui n'était
+rien encore, on lui demandait son avis. Pour lui,
+avec sa réserve accoutumée, il affectait de se soustraire
+aux empressemens dont il était l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu,
+et ne sortait pour ainsi dire qu'à la dérobée. Son
+visage était devenu plus sec, son teint plus foncé.
+Il portait depuis son retour une petite redingote
+grise et un sabre turc attaché à un cordon de soie.
+Pour ceux qui avaient eu la bonne fortune de le
+voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient,
+les Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers
+de la garnison, les quatre adjudans de la
+garde nationale, l'état-major de la place demandaient
+à lui être présentés. Il différait de jour en
+jour, et semblait ne se prêter qu'à regret à tous
+ces hommages. Il écoutait, ne s'ouvrait encore à
+personne, et observait toutes choses. Cette politique
+était profonde. Quand on est nécessaire, il
+ne faut pas craindre d'attendre. On irrite l'impatience
+des hommes, ils accourent à vous, et vous
+n'avez plus qu'à choisir.</p>
+
+<p>Que va faire Bonaparte? était la question que
+tout le monde s'adressait. Elle prouvait qu'il y
+avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux
+partis principaux, et un troisième, subdivision
+des deux autres, s'offraient à lui, et étaient disposés
+à le servir, s'il adoptait leurs vues: c'étaient
+les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les
+<i>pourris</i>, comme on les appelait, corrompus de
+tous les temps et de toutes les factions.</p>
+
+<p>Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et
+de son ambition; mais avec leur goût de détruire,
+et leur imprévoyance du lendemain, ils se seraient
+servis de son bras pour tout renverser, sauf à
+s'occuper ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait
+de cet avis que les forcenés, qui, toujours mécontens
+de ce qui existait, regardaient le soin de
+détruire comme le plus pressant de tous. Le reste
+des patriotes, ceux qu'on pouvait appeler les républicains,
+se défiaient de la renommée du général,
+voulaient tout au plus qu'on lui donnât place
+au directoire, voyaient même avec peine qu'il fallût
+pour cela lui accorder une dispense d'âge, et
+souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux frontières,
+relever la gloire de nos armes, et rendre à
+la république sa première splendeur.</p>
+
+<p>Les modérés ou politiques, gens craignant les
+fureurs des partis, et surtout celles des jacobins,
+n'espérant plus rien d'une constitution violée et
+usée, voulaient un changement, et souhaitaient
+qu'il se fît sous les auspices d'un homme puissant.
+«Prenez le pouvoir, faites-nous une constitution
+sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;»
+tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à
+Bonaparte. Ils composaient le parti le plus nombreux
+en France. Il y entrait même beaucoup de
+patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution,
+voulaient en confier le salut à un homme
+puissant. Ils avaient la majorité dans les anciens,
+une minorité assez forte dans les cinq-cents. Ils
+avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée
+civile, celle de Sièyes, et s'y étaient d'autant plus
+attachés que Sièyes avait été plus maltraité au Manége.
+Aujourd'hui ils devaient courir avec bien
+plus d'empressement au-devant de Bonaparte, car
+c'était la force qu'ils cherchaient, et elle était bien
+plus grande dans un général victorieux que dans
+un publiciste, quelque illustre qu'il fût.</p>
+
+<p>Les <i>pourris</i> enfin étaient tous les fripons, tous
+les intrigans qui cherchaient à faire fortune, qui
+s'étaient déshonorés en la faisant, et qui voulaient
+la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout
+parmi eux, des jacobins, des modérés, des royalistes
+même. Ce n'était point un parti, mais une coterie
+nombreuse.</p>
+
+<p>Il ne faut pas, à la suite de cette énumération,
+compter les partisans de la royauté. Ils étaient trop
+annulés depuis le 18 fructidor, et d'ailleurs Bonaparte
+ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir
+pour le remettre à d'autres. Ils se contentaient
+donc de faire nombre avec les ennemis du directoire,
+et de l'accuser dans la langue de tous les
+partis.</p>
+
+<p>Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait
+faire qu'un choix. Les patriotes ne lui convenaient
+pas du tout. Les uns, attachés à ce qui existait, se
+défiaient de son ambition; les autres voulaient un
+coup de main, puis rien que des agitations interminables,
+et on ne pouvait rien fonder avec eux.
+D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs.
+Les <i>pourris</i> n'étaient rien, ils n'étaient quelque
+chose que dans le gouvernement, où ils s'étaient
+naturellement introduits, car c'est là que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne
+pas s'en occuper; ils devaient venir à celui qui
+réunirait le plus de chances en sa faveur, parce
+qu'ils voulaient rester en possession des places et
+de l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût
+s'appuyer était celui qui, partageant les besoins de
+toute la population, voulût mettre la république à
+l'abri des factions, en la constituant d'une manière
+solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il
+devait se ranger.</p>
+
+<p>Son choix ne pouvait être douteux: par instinct
+seul il était fait d'avance. Bonaparte avait horreur
+des hommes turbulens, dégoût des hommes corrompus.
+Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés
+qui voulaient qu'on gouvernât pour eux.
+C'était d'ailleurs la nation même. Mais il fallait
+attendre, se laisser prévenir par les offres des
+partis, et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels
+d'entre eux on pourrait faire alliance.</p>
+
+<p>Les partis étaient tous représentés au directoire.
+Les patriotes avaient, comme on l'a vu, Moulins et
+Gohier. Les pourris avaient Barras. Les politiques
+ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos.</p>
+
+<p>Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes,
+plus modérés que leur parti, parce qu'ils
+étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son épée que pour la gloire de
+la constitution de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer
+aux armées. Bonaparte les traitait avec beaucoup
+d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a
+toujours aimée chez les hommes (c'est un goût
+naturel et intéressé chez un homme né pour gouverner).
+D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux
+étaient un moyen de prouver qu'il honorait les
+vrais républicains. Sa femme s'était liée avec celle
+de Gohier. Elle calculait aussi, et elle avait dit à
+madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra
+à toutes les calomnies.»</p>
+
+<p>Barras, qui sentait sa fin politique approcher,
+et qui voyait dans Bonaparte un successeur inévitable,
+le détestait profondément. Il aurait consenti
+à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus
+méprisé que jamais par lui, et il en demeurait éloigné.
+Bonaparte avait pour cet épicurien ignorant,
+blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de <i>pourris</i> qu'il avait donné
+à lui et aux siens, prouvait assez son dégoût et son
+mépris. Il était difficile qu'il consentît à s'allier à lui.</p>
+
+<p>Restait l'homme vraiment important, c'était
+Sièyes, entraînant à sa suite Roger-Ducos. En appelant
+Sièyes au directoire au moment du 30 prairial,
+il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses
+bras. Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris
+la première place en son absence; d'avoir fixé un
+moment les esprits, et d'avoir fait naître des espérances.
+Il avait contre lui une humeur qu'il ne
+s'expliquait pas. Quoique fort opposés par le génie
+et les habitudes, ils avaient cependant assez de
+supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs
+différences, mais trop d'orgueil pour se faire des
+concessions. Malheureusement ils ne s'étaient point
+encore adressé la parole, et deux grands esprits qui
+ne se sont pas encore flattés, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait
+que l'autre fît les premiers pas. Ils se rencontrèrent
+à dîner chez Gohier. Bonaparte s'était
+senti assez au-dessus de Moreau pour faire les
+premiers pas; il ne crut pas pouvoir les faire envers
+Sièyes, et il ne lui parla pas. Celui-ci garda le
+même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même
+salué le membre d'un gouvernement qui aurait
+dû le faire fusiller.&mdash;Quelle idée a-t-on eue, dit
+Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il
+est vendu à la Prusse, et, si on n'y prend garde,
+il vous livrera à elle.» Ainsi, dans les hommes
+de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte
+même sur la politique. Si, du reste, il en était autrement,
+ils n'auraient plus cette hauteur qui les
+rend propres à dominer les hommes.</p>
+
+<p>Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus
+d'intérêt à gagner, était celui pour lequel il avait
+le plus d'éloignement. Mais leurs intérêts étaient
+tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré
+eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs
+propres partisans.</p>
+
+<p>Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez
+Bonaparte allait toujours croissant, celui-ci, incertain
+encore du parti qu'il devait prendre, avait
+sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût
+pas l'âge nécessaire. C'était à la place de Sièyes
+qu'il aurait voulu entrer au gouvernement. En
+excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres
+collègues, et était assuré de gouverner sous leur
+nom. C'était sans doute un succès bien incomplet;
+mais c'était un moyen d'arriver au pouvoir, sans
+faire précisément une révolution; et une fois arrivé,
+il avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût
+sincère, soit qu'il voulût les tromper, ce qui est
+possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-delà d'une place au directoire, il les
+sonda et les trouva intraitables sous le rapport de
+l'âge. Une dispense, quoique donnée par les conseils,
+leur paraissait une infraction à la constitution.
+Il fallut renoncer à cette idée.</p>
+
+<p>Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant
+à s'inquiéter de l'ardeur que Bonaparte
+montrait pour les fonctions politiques, imaginèrent
+de l'éloigner, en lui donnant le commandement
+d'une armée. Sièyes ne fut pas de cet avis,
+et dit avec humeur que, loin de lui fournir l'occasion
+d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de
+l'envoyer en Italie, Barras dit qu'il y avait assez
+bien fait ses affaires pour n'avoir pas envie d'y
+retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait
+pour l'inviter à prendre un commandement, en
+lui laissant le choix de l'armée à commander.</p>
+
+<p>Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait
+le propos de Barras. Avant qu'on lui eût
+notifié l'objet pour lequel on l'appelait, il prit la
+parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos
+dont il avait à se plaindre, et, regardant Barras,
+dit que s'il avait fait sa fortune en Italie, ce n'était
+pas, du moins, aux dépens de la république.
+Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte
+que le gouvernement était persuadé que
+ses lauriers étaient la seule fortune qu'il eût rapportée
+d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait
+d'ailleurs le choix de l'armée. Bonaparte répondit
+froidement qu'il n'était pas encore assez
+reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat
+sec à un climat humide l'avait fortement éprouvé,
+et qu'il lui fallait encore quelque temps pour se
+remettre. Il se retira sans plus d'explication. Un
+pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues,
+et l'avertir lui-même de leurs défiances.</p>
+
+<p>C'était un motif de se hâter: ses frères, ses
+conseillers habituels, Roederer, Réal, Régnault de
+Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui amenaient
+tous les jours des membres du parti modéré
+et politique dans les conseils. C'étaient, dans
+les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), Gaudin,
+Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet,
+Lemercier, Fargues, Daunou. Leur avis à
+tous était qu'il fallait s'allier au vrai parti, au parti
+réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une constitution
+toute faite, et la majorité dans le conseil
+des anciens. Bonaparte était bien de leur avis, et
+sentait qu'il n'avait pas de choix à faire; mais il
+fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était
+difficile. Cependant les intérêts étaient si grands,
+et il y avait entre son orgueil et celui de Sièyes
+des entremetteurs si délicats, si adroits, que l'alliance
+ne pouvait pas tarder à se faire. M. de Talleyrand
+eût concilié des orgueils encore plus sauvages
+que celui de ces deux hommes. Bientôt la
+négociation fut entamée et achevée. Il fut convenu
+qu'une constitution plus forte serait donnée à la
+France, sous les auspices de Sièyes et de Bonaparte.
+Sans qu'on se fût expliqué sur la forme et
+l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu
+qu'elle serait républicaine, mais qu'elle délivrerait
+la France de ce que l'un et l'autre appelaient les
+bavards, et donnerait aux deux esprits puissans
+qui s'alliaient la plus grande part d'influence.</p>
+
+<p>Un systématique rêvant l'accomplissement trop
+différé de ses conceptions, un ambitieux voulant
+régir le monde, étaient, au milieu de ce néant de
+tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment
+propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité
+de leur humeur. L'adresse des intermédiaires
+et la gravité des intérêts suffisaient pour
+pallier cet inconvénient, du moins pour un moment:
+et c'était assez d'un moment pour faire une
+révolution.</p>
+
+<p>Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes
+et Roger-Ducos. Il montrait toujours le même éloignement
+pour Barras, les mêmes égards pour Gohier
+et Moulins, et gardait une égale réserve avec
+les trois. Mais Fouché, habile à deviner la fortune
+naissante, voyait avec le plus grand regret l'éloignement
+de Bonaparte pour son patron Barras, et
+était désolé de voir que Barras ne fît rien pour
+vaincre cet éloignement. Il était tout à fait décidé
+à passer dans le camp du nouveau César; mais
+hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner
+son protecteur, il aurait voulu l'y entraîner à sa
+suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez bien
+accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police,
+il tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras.
+Il était secondé par Réal, Bruix, et les autres
+conseillers du général. Croyant avoir réussi, il engagea
+Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras
+l'invita pour le 8 brumaire (30 octobre). Bonaparte
+s'y rendit. Après le dîner, ils commencèrent
+à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras s'attendaient.
+Barras entra le premier en matière. Il
+débuta par des généralités sur sa situation personnelle.
+Espérant sans doute que Bonaparte affirmerait
+le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé,
+et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte
+gardant toujours le silence, Barras ajouta que la
+république était désorganisée, qu'il fallait, pour la
+sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président;
+et puis il nomma le général Hédouville,
+comme digne d'être élu. Hédouville était aussi inconnu
+que peu capable. Barras déguisait sa pensée,
+et désignait Hédouville pour ne pas se nommer
+lui-même. «Quant à vous, général, ajouta-t-il,
+votre intention est de vous rendre à l'armée; allez
+y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la
+France à son véritable rang. Moi, je vais me rejeter
+dans la retraite dont j'ai besoin.» Bonaparte
+jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien,
+et laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus
+une seule parole. Bonaparte se retira sur-le-champ,
+et, avant de quitter le Luxembourg, passa dans
+l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une
+manière expresse qu'il voulait marcher avec lui
+seul, et qu'ils n'avaient plus qu'à convenir des
+moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans
+cette entrevue, et on convint de tout préparer
+pour le 18 ou le 20 brumaire.</p>
+
+<p>Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché,
+Réal et les amis de Barras. «Eh bien, votre Barras,
+leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a proposé?
+de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire
+lui, et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a
+rien à faire avec un pareil homme.» Les amis de
+Barras voulurent réparer cette maladresse et cherchèrent
+à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu,
+et changea d'entretien, car son parti était pris.
+Fouché se rendit aussitôt chez Barras, pour lui
+faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain
+matin, Barras courut chez Bonaparte pour excuser
+ses paroles de la veille; il lui offrit son dévouement
+et sa coopération à tout ce qu'il voudrait
+tenter. Bonaparte l'écouta peu, lui répondit par
+des généralités, et à son tour lui parla de ses fatigues,
+de sa santé délabrée, et de son dégoût des
+hommes et des affaires.</p>
+
+<p>Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il
+était temps qu'il recueillît le prix de ses doubles
+intrigues et de ses lâches défections. Les patriotes
+ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers
+la société du Manége; les républicains, attachés
+à la constitution de l'an III, n'avaient que du
+mépris et de la défiance pour lui. Les réformateurs,
+les politiques, n'y voyaient qu'un homme
+déconsidéré, et lui appliquaient le mot de <i>pourri</i>,
+imaginé par Bonaparte. Il ne lui restait que quelques
+intrigues avec les royalistes, au moyen de
+certains émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues
+étaient fort anciennes: elles avaient commencé dès
+le 18 fructidor. Il en avait fait part au directoire, et
+s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était
+ainsi ménagé le moyen de trahir à volonté la république
+ou le prétendant. Il était question dans ce
+moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est
+possible, du reste, que Barras ne fût pas sincère
+avec le prétendant, car tous ses goûts devaient
+être pour la république. Mais savoir au juste les
+préférences de ce vieux corrompu, serait difficile.
+Peut-être les ignorait-il lui-même. D'ailleurs, à ce
+point de corruption, un peu d'argent doit malheureusement
+prévaloir sur toutes les préférences
+de goût ou d'opinion.</p>
+
+<p>Fouché, désespéré de voir son patron perdu,
+désespéré surtout de se voir compromis dans sa
+disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte.
+Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui
+cacha tous ses secrets; mais Fouché ne se rebutant
+pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à
+force de services. Il avait la police, il la faisait habilement,
+et il savait que l'on conspirait partout.
+Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité,
+composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait
+pu tirer de ses révélations un parti funeste
+aux conjurés.</p>
+
+<p>Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte
+était à Paris, et presque tout était déjà préparé.
+Berthier, Lannes, Murat, gagnaient chaque jour
+les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement à la république,
+Augereau par jacobinisme, s'étaient rejetés
+en arrière, et avaient communiqué leurs
+craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la
+masse des militaires était gagnée. Moreau, républicain
+sincère, mais suspect aux patriotes qui dominaient,
+mécontent du directoire qui avait si mal
+récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en
+Bonaparte. Caressé, gagné par lui, et supportant
+très bien un supérieur, il déclara qu'il seconderait
+tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le
+secret, car il avait horreur des intrigues politiques,
+mais il demandait à être appelé au moment de
+l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de dragons,
+qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie,
+et qui lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs,
+organisé par lui quand il commandait l'armée de
+l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens
+demandaient toujours à défiler devant lui.
+Les officiers de la garnison, les adjudans de la
+garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait,
+se réservant de faire concourir cette réception
+avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et Joseph,
+et les députés de son parti, faisaient chaque jour
+de nouvelles conquêtes dans les conseils.</p>
+
+<p>Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec
+Sièyes, pour convenir du plan et des moyens d'exécution.
+Ce même jour, les conseils devaient donner
+un banquet au général Bonaparte, comme on
+avait fait au retour d'Italie. Ce n'était point comme
+alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait été proposée en comité secret;
+mais les cinq-cents, qui, dans le premier moment
+du débarquement, avaient nommé Lucien président,
+pour honorer le général dans la personne de
+son frère, étaient maintenant en défiance, et se
+refusaient à donner un banquet. Il fut décidé alors
+qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le
+nombre des souscripteurs fut de six à sept cents.
+Le repas eut lieu à l'église Saint-Sulpice; il fut
+froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on
+s'attendait à un grand événement, et qu'il était
+l'ouvrage d'une partie des assistans. Bonaparte fut
+sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au
+sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure
+d'une conjuration. A peine le dîner était-il achevé,
+qu'il se leva, fit avec Berthier le tour des tables,
+adressa quelques paroles aux députés, et se retira
+ensuite précipitamment.</p>
+
+<p>Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses
+derniers arrangemens. Là, on convint d'abord du
+gouvernement qu'on substituerait à celui qui existait.
+Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils
+pour trois mois, qu'on substituerait aux cinq directeurs
+trois consuls provisoires, qui, pendant
+ces trois mois, auraient une espèce de dictature
+et seraient chargés de faire une constitution. Bonaparte,
+Sièyes et Roger-Ducos, devaient être les
+trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée
+dans les anciens. Comme on parlait tous les
+jours de projets incendiaires, formés par les jacobins,
+on imagina de supposer de leur part un projet
+d'attentat contre la représentation nationale. La
+commission des inspecteurs des anciens, toute à
+la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution
+donnait, en effet, ce droit au conseil des anciens.
+Ce conseil devait à cette mesure en ajouter
+une autre qui n'était pas autorisée par la constitution,
+c'était de confier le soin de protéger la translation
+à un général de son choix, c'est-à-dire à
+Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en
+même temps le commandement de la 17e division
+militaire et de toutes les troupes cantonnées dans
+Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire
+le corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait
+devenir maître des cinq-cents, et leur arracher le
+décret d'un consulat provisoire. Sièyes et Roger-Ducos
+devaient donner ce jour même leur démission
+de directeurs. On se proposait d'emporter
+celle de Barras, Gohier ou Moulins. Alors le directoire
+était désorganisé par la dissolution de la majorité;
+on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait
+plus de gouvernement, et on les obligeait à nommer
+les trois consuls. Ce plan était parfaitement
+conçu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le
+peut, se servir des termes d'une constitution pour
+la détruire, et des membres d'un gouvernement
+pour le renverser.</p>
+
+<p>On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret
+de translation, et le 19 pour la séance décisive
+à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le décret
+de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à
+Sièyes et à ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir
+la force armée et de conduire les troupes aux Tuileries.</p>
+
+<p>Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était
+bruit de toutes parts que d'un grand événement
+près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela s'était
+passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que
+celles qui peuvent être connues d'avance. Fouché
+d'ailleurs se gardait d'avertir les trois directeurs
+restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé,
+malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte
+en matière de guerre, était chaud patriote; il eut
+avis du projet, courut le dénoncer à Gohier et à
+Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien
+à une grande ambition, mais non encore à une
+conjuration prête à éclater. Barras voyait bien un
+grand mouvement; mais il se sentait perdu de
+toute façon, et il se laissait lâchement aller aux
+événemens.</p>
+
+<p>La commission des anciens, que présidait le député
+Cornet, eut la mission de tout préparer dans
+la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le décret
+de translation. On ferma les volets et les rideaux
+des fenêtres, pour que le public ne fût pas averti
+par les lumières du travail de nuit qui se faisait
+dans les bureaux de la commission. On eut soin de
+convoquer le conseil des anciens pour sept heures,
+et celui des cinq-cents pour onze. De cette manière,
+le décret de translation devait être rendu
+avant que les cinq-cents fussent en séance; et,
+comme toute délibération était interdite par la
+constitution à l'instant où le décret de translation
+était promulgué, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait
+toute discussion embarrassante. On eut un autre
+soin, ce fut de différer pour certains députés l'envoi
+des lettres de convocation. On fut certain par
+là que ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après
+la décision rendue.</p>
+
+<p>De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions
+nécessaires. Il avait mandé le colonel Sébastiani,
+qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment
+se composait de quatre cents hommes à pied
+et de six cents hommes à cheval. Il renfermait
+beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats
+d'Arcole et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel
+répondit du régiment à Bonaparte. Il fut convenu
+que le colonel, sous prétexte de passer une revue,
+sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait
+son monde, partie sur la place de la Révolution,
+partie dans le jardin des Tuileries, et qu'il viendrait
+lui-même, avec deux cents hommes à cheval, occuper
+les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte
+fit ensuite dire aux colonels des autres
+régimens de cavalerie, qu'il les passerait en revue
+le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient
+à lui être présentés, qu'il les recevrait
+le matin du même jour. Pour excuser le choix de
+l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les généraux de vouloir bien se trouver rue
+Chantereine à la même heure. A minuit, il envoya
+un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à
+passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre
+était tout dévoué au directoire; mais Bonaparte
+comptait bien qu'il ne résisterait pas à son ascendant.
+Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau.
+Il avait eu soin, pour tromper Gohier, de
+s'inviter à dîner chez lui le 18 même, avec toute
+sa famille, et en même temps, pour le décider à
+donner sa démission, il le fit prier par sa femme de
+venir le lendemain matin, à huit heures, déjeuner
+rue Chantereine.</p>
+
+<p>Le 18 au matin, un mouvement imprévu de
+ceux mêmes qui concouraient à le produire, se
+manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y
+avait de généraux et d'officiers dans Paris se rendaient
+en grand uniforme rue Chantereine, sans se
+douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les
+députés des anciens couraient à leur poste, étonnés
+de cette convocation si soudaine. Les cinq-cents
+ignoraient, pour la plupart, ce qui se préparait.
+Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète
+ignorance. Mais Sièyes, qui depuis quelque
+temps prenait des leçons d'équitation, et Roger-Ducos,
+étaient déjà à cheval, et se rendaient aux
+Tuileries.</p>
+
+<p>Dès que les anciens se furent assemblés, le président
+de la commission des inspecteurs prit la
+parole. La commission chargée de veiller à la sûreté
+du corps législatif avait, dit-il, appris que
+des projets sinistres se tramaient, que des conspirateurs
+accouraient en foule à Paris, y tenaient des
+conciliabules, et y préparaient des attentats contre
+la liberté de la représentation nationale. Le député
+Cornet ajouta que le conseil des anciens avait dans
+les mains le moyen de sauver la république, et
+qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire
+aux attentats des conspirateurs, de mettre
+pendant ce temps la tranquillité publique sous la
+garde d'un général capable de l'assurer, et de
+choisir Bonaparte pour ce général. A peine la lecture
+de cette proposition et du décret qui la contenait
+était-elle achevée, qu'une certaine émotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres
+voulurent s'y opposer; Cornudet, Lebrun, Fargues,
+Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se
+savait assuré, décida la majorité. A huit heures le
+décret était rendu. Il transférait les conseils à
+Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain
+à midi. Bonaparte était nommé général en chef de
+toutes les troupes contenues dans la 17e division
+militaire, de la garde du corps législatif, de la
+garde du directoire, des gardes nationales de
+Paris et des environs. Lefebvre, le commandant
+actuel de la 17e division, était mis sous ses ordres.
+Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir
+le décret, et prêter serment dans les mains du
+président. Un messager d'état fut chargé de porter
+sur-le-champ le décret au général.</p>
+
+<p>Le messager d'état, qui était le député Cornet
+lui-même, trouva les boulevards encombrés d'une
+nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la rue
+Chantereine, remplies d'officiers et de généraux
+en grand uniforme. Tous accouraient se rendre à
+l'invitation du général Bonaparte. Les salons de
+celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de
+monde, il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron,
+et harangua les officiers. Il leur dit que la France
+était en danger, et qu'il comptait sur eux pour l'aider
+à la sauver. Le député Cornet lui présentant le décret,
+il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il
+pouvait compter sur leur appui. Tous répondirent,
+en mettant la main sur leurs épées, qu'ils étaient
+prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à Lefebvre.
+Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans
+son ordre, avait interrogé le colonel Sébastiani,
+qui, sans lui répondre, lui avait enjoint d'entrer chez
+le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec humeur.
+«Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous,
+l'un des soutiens de la république, voulez-vous la
+laisser périr dans les mains de ces <i>avocats</i>? Unissez-vous
+à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que
+je portais aux Pyramides; je vous le donne comme
+un gage de mon estime et de ma confiance.&mdash;Oui,
+reprit Lefebvre tout ému, jetons les <i>avocats</i> à la
+rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais
+celui-ci, voyant de quoi il s'agissait, se retira pour
+aller avertir les patriotes. Fouché n'était point dans
+le secret; mais, averti de l'événement, il avait ordonné
+la fermeture des barrières, et suspendu le
+départ des courriers et des voitures publiques. Il
+vint en toute hâte en avertir Bonaparte, et lui faire
+ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui
+l'avait laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa
+point, mais lui dit que ses précautions étaient
+inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières, ni
+suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait
+avec la nation et comptait sur elle. Bonaparte
+apprit dans le moment que Gohier n'avait pas voulu
+se rendre à son invitation; il en témoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se
+perdrait inutilement en voulant résister. Il monta
+aussitôt à cheval pour se rendre aux Tuileries, et prêter
+serment devant le conseil des anciens. Presque
+tous les généraux de la république étaient à cheval
+à ses côtés. Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes,
+Murat, Leclerc, étaient derrière lui comme ses lieutenans.
+Il trouva aux Tuileries les détachemens du
+9e, les harangua, et, après les avoir enthousiasmés,
+entra dans le palais.</p>
+
+<p>Il se présenta devant les anciens, accompagné de
+ce magnifique état-major. Sa présence causa une
+vive sensation, et prouva aux anciens qu'ils s'étaient
+associés à un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens nécessaires pour faire réussir un coup
+d'état. Il se présenta à la barre: «Citoyens représentans,
+dit-il, la république allait périr, votre
+décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui
+voudraient s'opposer à son exécution; aidé de
+tous mes compagnons d'armes rassemblés ici
+autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts.
+On cherche en vain des exemples dans le passé
+pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire ne
+ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce
+siècle ne ressemble à sa fin... Nous voulons la république.....
+Nous la voulons fondée sur la vraie
+liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons,
+je le jure en mon nom, et au nom de mes
+compagnons d'armes.....» Nous le jurons tous,
+répétèrent les généraux et les officiers qui étaient
+à la barre. La manière dont Bonaparte venait de
+prêter son serment était adroite, en ce qu'il avait
+évité de prêter serment à la constitution. Un député
+voulut prendre la parole pour en faire la remarque;
+le président la lui refusa, sur le motif que le décret
+de translation interdisait toute délibération. On
+se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous
+les généraux, et passa en revue les régimens de la garnison,
+qui arrivaient successivement. Il adressa une
+harangue courte et énergique aux soldats, et leur
+dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de <i>vive Bonaparte!</i>
+retentissaient dans les rangs. Le temps était
+superbe, l'affluence extraordinaire: tout semblait
+seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la
+confusion par le pouvoir absolu.</p>
+
+<p>Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la
+révolution qui se préparait, s'étaient rendus en tumulte
+à la salle de leurs séances. A peine réunis,
+ils avaient reçu un message des anciens, contenant
+le décret de translation. A cette lecture, une foule
+de voix avaient éclaté à la fois; mais le président
+Lucien Bonaparte les avait réduites au silence, en
+vertu de la constitution qui ne leur permettait plus
+de délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt;
+les plus ardens, courant les uns chez les autres,
+formaient des conciliabules, pour s'indigner en
+commun, et imaginer quelques moyens de résistance.
+Les patriotes des faubourgs étaient en grande
+agitation, et s'ameutaient autour de Santerre.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la
+revue des troupes, était rentré aux Tuileries, et
+s'était rendu à la commission des inspecteurs des
+anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré
+à la révolution nouvelle, et se prêtait à tout
+ce qu'on préparait. C'était là que tout devait se
+faire, sous le prétexte d'exécuter la translation. Bonaparte
+y siégea en permanence. Déjà le ministre
+de la justice Cambacérès s'y était rendu. Fouché y
+vint de son côté. Sièyes et Roger-Ducos venaient
+d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir
+encore une troisième au directoire, parce qu'alors
+la majorité étant dissoute, il n'y avait plus de pouvoir
+exécutif, et on n'avait plus à craindre un dernier
+acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas
+que Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha
+M. de Talleyrand et l'amiral Bruix à Barras, pour lui
+arracher la sienne.</p>
+
+<p>Bonaparte distribua ensuite le commandement
+des troupes. Il chargea Murat, avec une nombreuse
+cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au <i>Point-du-Jour</i>
+avec une réserve. Lannes fut chargé de
+commander les troupes qui gardaient les Tuileries.
+Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission
+singulière, et certainement la moins honorable de
+toutes, dans ce grand événement: il le chargea
+d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer
+les directeurs, sous prétexte de veiller à leur sûreté,
+et de leur interdire absolument toute communication
+au dehors. Bonaparte fit signifier en
+même temps au commandant de la garde directoriale
+de lui obéir, de quitter avec sa troupe le
+Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui
+aux Tuileries. On prit enfin une dernière et importante
+précaution, avec le secours de Fouché. Le
+directoire avait la faculté de suspendre les municipalités;
+le ministre Fouché, agissant en sa qualité
+de ministre de la police, comme s'il était autorisé
+par le directoire, suspendit les douze municipalités
+de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait,
+par ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement,
+ni au directoire, ni dans les douze communes
+qui avaient succédé à la grande commune
+d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards,
+pour inviter les citoyens à l'ordre et au repos,
+et leur assurer qu'on travaillait dans ce moment
+à sauver la république de ses périls.</p>
+
+<p>Ces mesures réussirent complètement. L'autorité
+du général Bonaparte fut reconnue partout,
+bien que le conseil des anciens n'eût pas agi constitutionnellement
+en la lui conférant. Ce conseil,
+en effet, pouvait bien ordonner la translation, mais
+ne pouvait pas nommer un chef suprême de la
+force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et
+le bloqua avec cinq cents hommes. Le commandant
+de la garde directoriale, Jubé, obéissant sur-le-champ
+aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg
+pour se rendre aux Tuileries. Pendant ce
+temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier et
+Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins
+et Gohier, s'apercevant enfin de la conjuration
+qui leur avait échappé, s'étaient rendus dans
+l'appartement de Barras pour lui demander s'il
+voulait tenir ferme avec eux, et former la majorité.
+Le voluptueux directeur était dans le bain, et
+apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans
+Paris. «Cet homme, s'écria-t-il avec une expression
+grossière, nous a tous trompés.» Il promit de
+s'unir à ses collègues, car il promettait toujours,
+et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries
+pour aller à la découverte. Mais à peine Gohier et
+Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il tomba dans les
+mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était
+pas difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle
+il était réduit, et on n'avait pas à craindre
+qu'il voulût succomber glorieusement en défendant
+la constitution directoriale. On lui promit
+repos et fortune, et il consentit à donner sa démission.
+On lui avait rédigé une lettre qu'il signa,
+et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de
+porter à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et
+Moulins firent pour parvenir auprès de lui des efforts
+inutiles, et apprirent qu'il venait de se démettre.
+Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de
+délibérer, ils ne savaient quel parti prendre, et ils
+voulaient cependant remplir loyalement leurs devoirs
+envers la constitution de l'an III. Ils résolurent
+donc de se rendre à la commission des inspecteurs,
+pour demander à leurs deux collègues,
+Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se réunir à eux pour
+reconstituer la majorité, et promulguer du moins
+le décret de translation. C'était là une triste ressource.
+Il n'était pas possible de réunir une force
+armée, et de venir lever un étendard contraire à
+celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller
+aux Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de
+son camp et de toutes ses forces.</p>
+
+<p>Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa
+aller. Ils trouvèrent Bonaparte entouré de Sièyes,
+Ducos, d'une foule de députés et d'un nombreux
+état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait
+d'être fort mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix,
+lui avait dit: «Qu'a-t-on fait de cette France,
+que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé la
+paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des
+victoires, j'ai retrouvé des revers; j'avais laissé
+les millions de l'Italie, et j'ai trouvé des lois spoliatrices
+et la misère. Que sont devenus cent
+mille Français que je connaissais, tous mes compagnons
+de gloire? ils sont morts!» L'envoyé
+Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment
+la démission de Barras était arrivée et avait calmé
+le général. Il dit à Gohier et Moulins qu'il était satisfait
+de les voir; qu'il comptait sur leur démission,
+parce qu'il les croyait trop bons citoyens
+pour s'opposer à une révolution inévitable et salutaire.
+Gohier répondit avec force qu'il ne venait
+avec son collègue Moulins que pour travailler à
+sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte,
+la sauver, et avec quoi?... avec les moyens de la
+constitution, qui croule de toutes parts?&mdash;Qui
+vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes
+qui n'ont ni le courage, ni la volonté de marcher
+avec elle.» Une altercation assez vive s'engagea
+entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on
+apporta un billet au général. Il contenait l'avis
+d'une grande agitation au faubourg Saint-Antoine.
+«Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes parent
+de Santerre?&mdash;Non, répondit Moulins, je
+ne suis pas son parent, mais son ami.&mdash;J'apprends,
+ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les faubourgs;
+dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.»
+Moulins répliqua avec force à Bonaparte,
+qui lui répéta qu'il ferait fusiller Santerre. L'altercation
+continua avec Gohier. Bonaparte lui dit en
+finissant: «La république est en péril, il faut la
+sauver... <i>je le veux</i>. Sièyes et Ducos ont donné
+leur démission; Barras vient de donner la sienne.
+Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez
+rien; je vous engage à ne pas résister.» Gohier
+et Moulins répondirent qu'ils ne déserteraient pas
+leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où
+ils furent dès ce moment consignés, séparés l'un
+de l'autre, et privés de toute communication par
+les ordres de Bonaparte transmis à Moreau. Barras
+venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté
+par un détachement de dragons.</p>
+
+<p>Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte
+avait seul la force dans les mains. Tous les
+ministres étaient réunis auprès de lui, à la commission
+des inspecteurs. Tous les ordres partaient
+de là, comme du seul point où il existât une autorité
+organisée. La journée s'acheva avec assez de
+calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des résolutions désespérées,
+mais sans croire à la possibilité de les exécuter,
+tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte sur les
+troupes!</p>
+
+<p>Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs.
+L'objet de ce conseil était de convenir,
+avec les principaux membres des anciens, de ce
+qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet
+arrêté avec Sièyes était de proposer l'ajournement
+des conseils avec un consulat provisoire. Cette
+proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribué
+à rendre le décret de translation, s'effrayaient
+maintenant de la domination du parti militaire. Ils
+n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associés;
+ils auraient voulu seulement que l'on composât
+autrement le directoire, et, malgré l'âge de
+Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur.
+Ils en firent la proposition. Mais Bonaparte
+répondit, d'un ton décidé, que la constitution ne
+pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité
+plus concentrée, et surtout un ajournement de
+tous les débats politiques qui agitaient la république.
+La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventôse furent
+donc proposées. Après une discussion assez longue,
+ces mesures furent adoptées. On choisit Bonaparte,
+Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé
+et dut être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud.
+Sièyes, connaissant parfaitement les mouvemens
+révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât
+dans la nuit quarante des meneurs des cinq-cents.
+Bonaparte ne le voulut pas, et eut à s'en repentir.</p>
+
+<p>La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin,
+19 brumaire (10 novembre), la route de Saint-Cloud
+était couverte de troupes, de voitures et
+de curieux. Trois salles avaient été préparées au
+château: l'une pour les anciens, l'autre pour les
+cinq-cents, la troisième pour la commission des
+inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs devaient
+être achevés à midi, mais ils ne purent l'être
+avant deux heures. Ce retard manqua de devenir
+funeste aux auteurs de la révolution nouvelle. Les
+députés des deux conseils se promenaient dans les
+jardins de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble
+avec une extrême vivacité. Ceux des cinq-cents,
+irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre
+la parole, leur demandaient naturellement ce
+qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient pour la journée.
+«Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut
+le recomposer, et qu'il en a besoin. Voulez-vous,
+au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y
+porter des hommes imposans; voulez-vous y porter
+Bonaparte?..... quoiqu'il n'ait pas l'âge requis, nous
+y consentons encore.» Ces questions pressantes,
+embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement
+de constitution. Quelques-uns d'entre
+eux firent des insinuations à ce sujet; mais elles
+furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés
+la veille de ce qui s'était passé à la commission
+des inspecteurs, furent ébranlés tout à fait, en
+voyant la résistance qui se manifestait dans les
+cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du
+corps législatif parurent douteuses, et le projet de
+révolution fut très compromis. Bonaparte était
+à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux,
+qui les attendait à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup
+d'autres personnages en avaient aussi, se disposant,
+en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes,
+du reste, montra dans toute cette scène un rare
+sang-froid et une grande présence d'esprit. On
+craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte ne
+vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de
+sabrer le premier individu qui se présenterait pour
+les haranguer, représentant ou général, n'importe.</p>
+
+<p>La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures.
+Dans les anciens, des réclamations s'élevèrent de
+la part des membres qui n'avaient pas été convoqués
+la veille pour assister à la discussion sur le
+décret de translation. Ces réclamations furent écartées,
+puis on s'occupa d'une notification aux cinq-cents,
+pour leur apprendre que le conseil était en
+majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la
+délibération commença autrement. Le député Gaudin,
+qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers
+que courait la république, et proposa deux choses:
+premièrement de remercier les anciens d'avoir
+transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et secondement
+de former une commission chargée de
+faire un rapport sur les dangers de la république,
+et sur les moyens de pourvoir à ces dangers. Si
+cette proposition avait été adoptée, on avait un
+rapport tout préparé, et on eût proposé le consulat
+provisoire et l'ajournement. Mais à peine le député
+Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage épouvantable
+éclate dans l'assemblée. Des cris violens
+retentissent; on entend de toutes parts: «A bas
+les dictateurs, point de dictature, vive la constitution!&mdash;La
+constitution ou la mort! s'écrie Delbrel....
+Les baïonnettes ne nous effraient pas, nous
+sommes libres ici.» Ces paroles sont suivies de
+nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent
+en regardant le président Lucien: «Point de dictature,
+à bas les dictateurs!» A ces cris insultans,
+Lucien prend la parole. «Je sens trop, dit-il, la
+dignité de président pour souffrir plus long-temps
+les menaces insolentes de certains orateurs; je les
+rappelle à l'ordre.» Cette injonction ne les calme
+pas, et les rend plus furieux. Après une longue
+agitation, le député Grandmaison propose de
+prêter serment à la constitution de l'an III. La proposition
+est aussitôt accueillie. On demande de
+plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi
+adopté. Chaque député vient à son tour prêter
+serment à la tribune, aux cris et aux applaudissemens
+de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même
+de quitter le fauteuil, pour prêter le serment
+qui ruine les projets de son frère.</p>
+
+<p>Les événemens prenaient une tournure dangereuse.
+Au lieu de nommer une commission pour
+écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et
+les anciens ébranlés étaient prêts à reculer. C'était
+une révolution manquée. Le danger était imminent.
+Augereau, Jourdan, les patriotes influens,
+étaient à Saint-Cloud, attendant le moment favorable
+pour ramener les troupes de leur côté. Bonaparte
+et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut
+agir, et ramener à soi la masse flottante. Bonaparte
+se décide à se présenter aux deux conseils à la tête
+de son état-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une
+jolie position!&mdash;Les affaires étaient en bien plus
+mauvais état à Arcole,» lui répond Bonaparte;
+et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblées. Parler pour la première
+fois en public est embarrassant, effrayant
+même pour les esprits les plus fermes, et dans les
+circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils
+événemens, et pour un homme qui n'avait
+jamais paru à une tribune, ce devait être bien
+plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend
+la parole, et d'une voix entrecoupée, mais forte,
+dit aux anciens: «Citoyens représentans, vous
+n'êtes point dans des circonstances ordinaires,
+mais sur un volcan. Permettez-moi quelques
+explications. Vous avez cru la république en
+danger; vous avez transféré le corps législatif à
+Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer
+l'exécution de vos décrets; je suis sorti de ma
+demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes:
+on parle d'un nouveau Cromwell, d'un nouveau
+César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle, il
+m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie,
+au moment du plus beau triomphe, et lorsque
+l'armée et les partis m'invitaient à m'en emparer.
+Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie
+qui ont éveillé mon zèle et le vôtre.» Bonaparte
+fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau
+de la situation dangereuse de la république, déchirée
+par tous les partis, menacée d'une nouvelle
+guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion vers
+le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux;
+sauvons les deux choses pour lesquelles nous
+avons fait tant de sacrifices, la liberté et l'égalité...&mdash;Parlez
+donc aussi de la constitution!»
+s'écrie le député Linglet. Cette interruption déconcerte
+un instant le général; mais bientôt il se
+remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui
+l'avez détruite, en attentant, le 18 fructidor, à
+la représentation nationale, en annulant, le 22
+floréal, les élections populaires, et en attaquant,
+le 30 prairial, l'indépendance du gouvernement.
+Cette constitution dont vous parlez, tous les
+partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de
+les seconder. Je ne l'ai pas voulu; mais, s'il le
+faut, je nommerai les partis et les hommes.&mdash;Nommez-les,
+s'écrient alors les opposans, nommez-les,
+demandez un comité secret.» Une longue
+agitation succède à cette interruption. Bonaparte
+reprend enfin la parole, et peignant de nouveau
+l'état où la France est placée, engage les anciens à
+prendre des mesures qui puissent la sauver. «Environné,
+dit-il, de mes frères d'armes, je saurai
+vous seconder. J'en atteste ces braves grenadiers,
+dont j'aperçois les baïonnettes, et que j'ai si
+souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste leur
+courage, nous vous aiderons à sauver la patrie.
+Et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d'une
+voix menaçante, si quelque orateur, payé par
+l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors
+j'en appellerais à mes compagnons d'armes.
+Songez que je marche accompagné du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre.»</p>
+
+<p>Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les
+cinq-cents. Les anciens les accueillirent très bien,
+et parurent ramenés par la présence du général.
+Ils lui accordèrent les honneurs de la séance.</p>
+
+<p>Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens,
+songe à se rendre aux cinq-cents, pour essayer de
+leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques grenadiers;
+il entre, mais il les laisse derrière lui au
+bout de la salle. Il avait à parcourir la moitié de
+l'enceinte pour arriver à la barre. A peine est-il arrivé
+au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix,
+des soldats ici! des armes! Que veut-on?... A bas
+le dictateur! à bas le tyran!» Un grand nombre
+de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent
+le général, lui adressent les interpellations
+les plus vives! «Quoi! lui dit-on, c'est pour cela
+que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+flétris... Votre gloire s'est changée en infamie.
+Respectez le temple des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte
+est confondu au milieu de la foule qui le
+presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte,
+accourent, repoussent les députés, et le saisissent
+au milieu du corps. On dit que dans ce tumulte,
+des grenadiers reçurent des coups de poignard qui
+lui étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses
+vêtemens déchirés. Il est très possible que, dans
+le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés, sans
+qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi
+que des poignards fussent dans plus d'une main.
+Des républicains qui croyaient voir un nouveau
+César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans
+être des assassins. Il y a une grande faiblesse à les
+en justifier. Quoi qu'il en soit, Bonaparte est emporté
+hors de la salle. On dit qu'il était troublé, ce
+qui n'est pas plus étonnant que la supposition des
+poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des
+troupes, leur dit qu'on a voulu l'assassiner, que
+ses jours ont été en péril, et est accueilli partout
+par les cris de <i>vive Bonaparte!</i></p>
+
+<p>Dans ce moment l'orage continue, plus violent
+que jamais, dans l'assemblée, et se dirige contre
+Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et un courage
+rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un
+jour il a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche
+en vain à le justifier. «Vous n'avez pas voulu, dit-il,
+l'entendre. Il venait vous expliquer sa conduite,
+vous faire connaître sa mission, répondre à toutes
+les questions que vous ne cessez d'adresser depuis
+que vous êtes réunis. Ses services méritaient du
+moins qu'on lui donnât le temps de s'expliquer.&mdash;Non,
+non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes
+furieux. Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce
+mot était terrible, il avait perdu Robespierre. Prononcé
+contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire
+hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien,
+avec courage, résiste à la proposition de mise hors
+la loi, et demande auparavant qu'on écoute son
+frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge:
+«Misérables, s'écrie-t-il, vous voulez que je mette
+hors la loi mon propre frère! Je renonce au fauteuil,
+et je vais me rendre à la barre pour défendre
+celui qu'on accuse.»</p>
+
+<p>Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors
+la scène qui se passait dans l'assemblée. Il craignait
+pour son frère; il envoie dix grenadiers pour
+l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent
+Lucien au milieu d'un groupe, le saisissent
+par le bras en lui disant que c'est par ordre de
+son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était
+le moment de prendre un parti décisif. Tout était
+perdu si on hésitait. Les moyens oratoires de ramener
+l'assemblée étant devenus impossibles, il ne
+restait que la force; il fallait hasarder un de ces
+actes audacieux, devant lesquels hésitent toujours
+les usurpateurs. César hésita en passant le Rubicon,
+Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée.
+Il monte à cheval avec Lucien, et parcourt le
+front des troupes. Lucien les harangue. «Le conseil
+des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui
+vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des
+séances, et ont fait violence à la majorité; je vous
+somme de marcher pour la délivrer.» Lucien jure
+ensuite que lui et son frère seront les défenseurs
+fidèles de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent
+alors un bataillon de grenadiers, et le conduisent
+à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent jusqu'à
+l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les
+députés poussent des cris affreux, comme ils avaient
+fait à la vue de Bonaparte. Mais un roulement de
+tambours couvre leurs cris. <i>Grenadiers, en avant!</i>
+s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans
+la salle, et dispersent les députés qui s'enfuient
+les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres.
+En un instant la salle est évacuée, et Bonaparte
+reste maître de ce déplorable champ de bataille.</p>
+
+<p>La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont
+remplis d'inquiétude et de regrets. Ils n'avaient pas
+souhaité un pareil attentat. Lucien se présente à
+leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard
+des cinq-cents. On se contente de ses raisons, car
+que faire dans une pareille situation?... Il fallait en
+finir, et remplir l'objet qu'on s'était proposé. Le
+conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui
+seul l'ajournement du corps législatif et l'institution
+du consulat. Le conseil des cinq-cents était dissous;
+mais il restait une cinquantaine de députés, partisans
+du coup d'état. On les réunit, et on leur fait
+rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait
+de faire. Le décret est ensuite porté aux anciens,
+qui l'adoptent vers le milieu de la nuit. Bonaparte,
+Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls provisoires,
+et revêtus de toute la puissance exécutive.
+Les conseils sont ajournés au 1er ventôse prochain.
+Ils sont remplacés par deux commissions de vingt-cinq
+membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargées d'approuver les mesures législatives que
+les trois consuls auront besoin de prendre. Les consuls
+et les commissions sont chargés de rédiger une
+constitution nouvelle.</p>
+
+<p>Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée
+si diversement par les hommes, regardée par les
+uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de notre
+liberté, par les autres comme un acte hardi, mais
+nécessaire, qui termina l'anarchie. Ce qu'on en peut
+dire, c'est que la révolution, après avoir pris tous
+les caractères, monarchique, républicain, démocratique,
+prenait enfin le caractère militaire, parce
+qu'au milieu de cette lutte perpétuelle avec l'Europe,
+il fallait qu'elle se constituât d'une manière
+solide et forte. Les républicains gémissent de tant
+d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement
+versé pour fonder la liberté en France, et ils
+déplorent de la voir immolée par l'un des héros
+qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La révolution, qui devait nous
+donner la liberté, et qui a tout préparé pour que
+nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait pas
+être elle-même la liberté. Elle devait être une
+grande lutte contre l'ancien ordre de choses. Après
+l'avoir vaincu en France, il fallait qu'elle le vainquît
+en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberté. On
+eut un moment de liberté sous la constituante,
+et il fut court; mais quand le parti populaire devint
+menaçant au point d'intimider tous les esprits;
+quand il envahit les Tuileries au 10 août; quand
+au 2 septembre il immola tous ceux qui lui donnaient
+des défiances; quand au 21 janvier il obligea
+tout le monde à se compromettre avec lui en
+trempant les mains dans le sang royal; quand il
+obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux
+frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua
+lui-même sa puissance, et la remit à ce
+grand comité de salut public, composé de douze
+individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté?
+Non; il y avait un violent effort de passions et
+d'héroïsme; il y avait cette tension musculaire d'un
+athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après
+ce moment de danger, après nos victoires, il y eut
+un instant de relâche. La fin de la convention et
+le directoire présentèrent des momens de liberté.
+Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que
+passagèrement suspendue. Elle recommença bientôt;
+et au premier revers les partis se soulevèrent
+tous contre un gouvernement trop modéré, et
+invoquèrent un bras puissant. Bonaparte, revenant
+d'Orient, fut salué comme souverain, et appelé
+au pouvoir. On dira vainement que Zurich
+avait sauvé la France. Zurich était un accident,
+un répit; il fallait encore Marengo et Hohenlinden
+pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires,
+il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur
+de toutes les parties du gouvernement, et
+c'était un chef politique plutôt qu'un chef militaire
+dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire
+étaient donc nécessaires. On pourrait seulement
+dire que le 20 fut condamnable, et que le héros
+abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on répondra
+qu'il venait achever une tâche mystérieuse,
+qu'il tenait, sans s'en douter, de la destinée, et
+qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce n'était pas
+la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait
+pas exister encore; il venait, sous les formes monarchiques,
+continuer la révolution dans le monde;
+il venait la continuer en se plaçant, lui plébéien,
+sur un trône; en conduisant le pontife à Paris
+pour verser l'huile sacrée sur un front plébéien;
+en créant une aristocratie avec des plébéiens, en
+obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à son
+aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec
+des plébéiens; enfin en recevant dans son lit la fille
+des Césars, et en mêlant un sang plébéien à l'un
+des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant
+enfin tous les peuples, en répandant les lois françaises
+en Allemagne, en Italie, en Espagne; en
+donnant des démentis à tant de prestiges, en
+ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà
+quelle tâche profonde il allait remplir; et pendant
+ce temps la nouvelle société allait se consolider à
+l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la
+première crise qui en a préparé les élémens en
+Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant l'erreur,
+révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant
+de saisir les profonds desseins de la Providence
+dans ces grands événemens, et les respectant dès
+que je croyais les avoir saisis.</p>
+
+
+<h4>FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME.</h4>
+
+
+
+
+<h3>TABLE<br>
+DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME.</h3>
+
+
+
+<p><b>CHAPITRE XIII.</b></p>
+
+<p>Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête de
+cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise de cette
+place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des Pyramides;
+occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en Égypte;
+établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, destruction
+de la flotte française par les Anglais.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XIV.</b></p>
+
+<p>Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la bataille
+navale d'Aboukir.&mdash;Déclaration de guerre de la Porte.&mdash;Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.&mdash;Conférences avec l'Autriche
+à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.&mdash;Nouvelles commotions
+en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes. Changement de
+la constitution cisalpine; grands embarras du directoire à ce sujet.&mdash;Situation
+intérieure. Une nouvelle opposition se prononce dans les conseils.&mdash;Disposition
+générale à la guerre. Loi sur la conscription.&mdash;Finances de
+l'an VII.&mdash;Reprise des hostilités. Invasion des états romains par l'armée
+napolitaine&mdash;Conquête du royaume de Naples par le général Championnet.
+&mdash;Abdication du roi de Piémont.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XV.</b></p>
+
+<p>État de l'administration de la République et des armées au commencement
+de 1799.&mdash;Préparatifs militaires.&mdash;Levée de 200 mille conscrits.&mdash;Moyens
+et plans de guerre du directoire et des puissances coalisées.&mdash;Déclaration
+de guerre de l'Autriche.&mdash;Ouverture de la campagne de 1799.&mdash;Invasion
+des Grisons,&mdash;Combatte Pfullendorf.&mdash;Bataille de Stockach.&mdash;Retraite
+de Jourdan.&mdash;Opérations militaires en Italie.&mdash;Bataille de Magnano;
+retraite de Schérer.&mdash;Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt.
+&mdash;Effets de nos premiers revers.&mdash;Accusations multipliées contre le directoire.
+&mdash;Élections de l'an VII.&mdash;Sièyes est nommé directeur, en remplacement
+de Rewbell.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVI.</b></p>
+
+<p>Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement des
+armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la Limmat.&mdash;Arrivée
+de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement à Moreau.
+Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin.&mdash;Essai
+de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la Trebbia.&mdash;Coalition
+de tous les partis contre le directoire.&mdash;Révolution du 30
+prairial.&mdash;Larévellière et Merlin sortent du directoire.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVII.</b></p>
+
+<p>Formation du nouveau directoire.&mdash;Moulins et Roger-Ducos remplacent Larévellière
+et Merlin.&mdash;Changement dans le ministère.&mdash;Levée de toutes les
+classes de conscrits.&mdash;Emprunt forcé de cent millions.&mdash;Loi des
+otages.&mdash;Nouveaux plans militaires.&mdash;Reprises des opérations en Italie; Joubert
+général en chef; bataille de Novi, et mort de Joubert.&mdash;Débarquement des
+Anglo-Russes en Hollande.&mdash;Nouveaux troubles à l'intérieur; déchaînement
+des patriotes; arrestation de onze journalistes; renvoi de Bernadotte;
+proposition de déclarer la patrie en danger.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVIII.</b></p>
+
+<p>Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte
+par Desaix; bataille de Sédiman.&mdash;Expédition de Syrie; prise du fort
+d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de Saint-Jean-d'Acre.
+&mdash;Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.&mdash;Départ de Bonaparte
+pour la France.&mdash;Opérations en Europe. Marche de l'archiduc Charles sur
+le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna; mémorable
+victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa retraite désastreuse;
+la France sauvée.&mdash;Événemens en Hollande; défaite et capitulation
+des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la campagne de
+1799.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XIX.</b></p>
+
+<p>Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il inspire.
+&mdash;Agitation de tous les partis à son arrivée.&mdash;Il se coalise avec
+Sièyes pour renverser la constitution directoriale.&mdash;Préparatifs et journée
+du 18 brumaire.&mdash;Renversement de la constitution de l'an III; institution
+du consulat provisoire.&mdash;Fin de cette histoire.</p>
+<br><br>
+
+<p>FIN DE LA TABLE.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+
+
+
+<h3>TABLE ALPHABÉTIQUE<br>
+DES MATIÈRES<br>
+CONTENUES DANS CET OUVRAGE</h3>
+
+
+<p>Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.</p>
+
+<p>(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été
+ retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer</p>
+<p class="i2">les soldats des gardes-françaises. I, 80.</p>
+<p class="i2">Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270.</p>
+<p class="i2">Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.</p>
+<p class="i2">Ses conséquences funestes. 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village;</p>
+<p class="i2">détails militaires. 304-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez <i>Égypte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes</p>
+<p class="i2">sur ce fleuve. VIII, 206-207.</p>
+<p class="i2">Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.</p>
+<p class="i2">Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration</p>
+<p class="i2">des vivres. III, 130 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341.</p>
+<p class="i2">On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342.</p>
+<p class="i2">Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour</p>
+<p class="i2">parer aux inconvéniens de ce trafic. 193.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour</p>
+<p class="i2">l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque</p>
+<p class="i2">de la révolution. I, 216-217.</p>
+<p class="i2">Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48.</p>
+<p class="i2">Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la</p>
+<p class="i2">Vendée.</p>
+<p class="i2">Sa position politique. VII, 164 et suiv.</p>
+<p class="i2">Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et</p>
+<p class="i2">au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de</p>
+<p class="i2">Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145.</p>
+<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p>
+<p class="i2">Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,</p>
+<p class="i2">61 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du</p>
+<p class="i2">procès du roi. III, 230 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement</p>
+<p class="i2">de Paris. I, 108-109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces.</p>
+<p class="i2">I, 245 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60.</p>
+<p class="i2">Est licenciée. VI, 9.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion</p>
+<p class="i2">étrangère. II, 294 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMOIRE DE FER. III, 197-198.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la</p>
+<p class="i2">France. 105.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen</p>
+<p class="i2">par des députés des départemens. IV, 206 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. <i>Assemblée nationale</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle abolit les titres de <i>sire</i> et de <i>majesté</i>. 17.</p>
+<p class="i2">Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment</p>
+<p class="i2">civique. 27-28.</p>
+<p class="i2">Suites de cette mesure. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés.</p>
+<p class="i2">34-36.</p>
+<p class="i2">Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58.</p>
+<p class="i2">Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51.</p>
+<p class="i2">Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se déclare en permanence. 88.</p>
+<p class="i2">Décrète la déportation des prêtres. 89.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.</p>
+<p class="i2">Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156.</p>
+<p class="i2">Autre décret sur les gardes nationales. 157.</p>
+<p class="i2">Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui</p>
+<p class="i2">est adopté. 159-172.</p>
+<p class="i2">Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare que <i>la patrie est en danger</i>. Suite de cette mesure.</p>
+<p class="i2">179 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265.</p>
+<p class="i2">Organise la police, dite de <i>sûreté générale</i>. 276 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les</p>
+<p class="i2">crimes du 10 août. 283.</p>
+<p class="i2">Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305.</p>
+<p class="i2">Est dissoute, III, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend</p>
+<p class="i2">ce titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.</p>
+<p class="i2">Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57.</p>
+<p class="i2">Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67.</p>
+<p class="i2">Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68.</p>
+<p class="i2">Délibère sur les mandats impératifs. 73.</p>
+<p class="i2">Nomme un comité des subsistances. 77.</p>
+<p class="i2">Difficultés de sa position. 78.</p>
+<p class="i2">Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.</p>
+<p class="i2">Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet,</p>
+<p class="i2">et demande au roi le renvoi des troupes. 92.</p>
+<p class="i2">Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution,</p>
+<p class="i2">et nomme un comité pour préparer les questions. 93.</p>
+<p class="i2">Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi,</p>
+<p class="i2">Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau.</p>
+<p class="i2">94-95-101.</p>
+<p class="i2">Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant</p>
+<p class="i2">la réunion du roi avec la nation. 103.</p>
+<p class="i2">Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122.</p>
+<p class="i2">Discute la déclaration des droits de l'homme. 125.</p>
+<p class="i2">Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, <i>ibid.</i></p>
+<p class="i2">et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.</p>
+<p class="i2">Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146.</p>
+<p class="i2">Vote le <i>veto</i> suspensif. 147-148-149.</p>
+<p class="i2">Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150.</p>
+<p class="i2">Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à un message du roi. 166-167.</p>
+<p class="i2">Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée</p>
+<p class="i2">à Paris. 177.</p>
+<p class="i2">Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Divise le royaume en départemens. 190.</p>
+<p class="i2">Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de</p>
+<p class="i2">faire la paix et la guerre. 221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend un décret relatif à ce droit. 225.</p>
+<p class="i2">Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230.</p>
+<p class="i2">Abolit les titres féodaux. 236.</p>
+<p class="i2">Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à</p>
+<p class="i2">vaincre. 298-299.</p>
+<p class="i2">Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301.</p>
+<p class="i2">Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305.</p>
+<p class="i2">Achève le travail de la constitution. 306.</p>
+<p class="i2">Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.</p>
+<p class="i2">Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et</p>
+<p class="i2">réfutation. II, 1-10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du</p>
+<p class="i2">numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.</p>
+<p class="i2">400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230.</p>
+<p class="i2">Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27.</p>
+<p class="i2">Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur</p>
+<p class="i2">avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.</p>
+<p class="i2">Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les</p>
+<p class="i2">retirer de la circulation. VII, 66-73.</p>
+<p class="i2">Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193.</p>
+<p class="i2">Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202.</p>
+<p class="i2">Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247.</p>
+<p class="i2">Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir</p>
+<p class="i2">aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails</p>
+<p class="i2">financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.</p>
+<p class="i2">Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv.</p>
+<p class="i2">La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+<p class="i2">Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le</p>
+<p class="i2">commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.</p>
+<p class="i2">Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée dite d'<i>Allemagne</i>, après la</p>
+<p class="i2">mort de Hoche. 302.</p>
+<p class="i2">Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne.</p>
+<p class="i2">370-371.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix.</p>
+<p class="i2">VII, 135-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BABOEUF. Fait un journal (<i>le Tribun du peuple</i>). Caractère et</p>
+<p class="i2">projets de ce démagogue. VIII, 97-98.</p>
+<p class="i2">Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. IX, 33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BAILLY. Il est nommé député. I, 37.</p>
+<p class="i2">Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi.</p>
+<p class="i2">Son caractère. 51.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les</p>
+<p class="i2">gardes-françaises. 61.</p>
+<p class="i2">Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.</p>
+<p class="i2">Il se maintient à la présidence. 72.</p>
+<p class="i2">Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.</p>
+<p class="i2">103.</p>
+<p class="i2">Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.</p>
+<p class="i2">Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois</p>
+<p class="i2">sans les discréditer. 226-227 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la</p>
+<p class="i2">convention. III, 121.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.</p>
+<p class="i2">Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.</p>
+<p class="i2">Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290.</p>
+<p class="i2">S'entend avec la cour. 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire.</p>
+<p class="i2">VII, 359.</p>
+<p class="i2">Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire.</p>
+<p class="i2">IX, 3-4.</p>
+<p class="i2">Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa</p>
+<p class="i2">prodigalité. 9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet.</p>
+<p class="i2">Pourquoi. X, 180 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété</p>
+<p class="i2">d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+<p class="i2">Est nommé député en l'an V. IX, 148.</p>
+<p class="i2">Sa nomination est abolie. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare</p>
+<p class="i2">de la Bastille. I, 95-98.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes.</p>
+<p class="i2">III, 125 et suiv.</p>
+<p class="i2">Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement.</p>
+<p class="i2">294-295.</p>
+<p class="i2">Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française.</p>
+<p class="i2">327-328.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140.</p>
+<p class="i2">Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252.</p>
+<p class="i2">Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.</p>
+<p class="i2">Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa</p>
+<p class="i2">détention est maintenue. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400</p>
+<p class="i2">millions de biens du clergé. I, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.</p>
+<p class="i2">Il est adopté. VII, 199-202.</p>
+<p class="i2">On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319,</p>
+<p class="i2">328-329.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289.</p>
+<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p>
+<p class="i2">Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens.</p>
+<p class="i2">376-377.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort</p>
+<p class="i2">de l'Éguillette. V, 255 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. VII, 360-361.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv.</p>
+<p class="i2">Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126.</p>
+<p class="i2">Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au</p>
+<p class="i2">roi de Piémont. 155-157 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrée à Milan. 181 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189.</p>
+<p class="i2">Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans.</p>
+<p class="i2">191-193.</p>
+<p class="i2">Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il signe un armistice avec Naples. 212-213.</p>
+<p class="i2">Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec.</p>
+<p class="i2">278 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa victoire de Lonato. 283-286.</p>
+<p class="i2">De Castiglione. 288 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.</p>
+<p class="i2">Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.</p>
+<p class="i2">Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec</p>
+<p class="i2">le pape. 345-351.</p>
+<p class="i2">Il organise la république cispadane. 352 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.</p>
+<p class="i2">Détails militaires. 255-364-367-379.</p>
+<p class="i2">Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à</p>
+<p class="i2">l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423.</p>
+<p class="i2">Il prend Mantoue. 425 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de</p>
+<p class="i2">Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape</p>
+<p class="i2">le traité de Tolentino, IX, 50-55.</p>
+<p class="i2">Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56.</p>
+<p class="i2">Il négocie inutilement avec Venise. 58-60.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.</p>
+<p class="i2">60-67.</p>
+<p class="i2">Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement</p>
+<p class="i2">une lettre menaçante. 79-86.</p>
+<p class="i2">Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à</p>
+<p class="i2">Léoben. 86-90.</p>
+<p class="i2">Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102.</p>
+<p class="i2">Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa</p>
+<p class="i2">conduite politique et militaire. 116-131.</p>
+<p class="i2">Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194.</p>
+<p class="i2">Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire</p>
+<p class="i2">les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben.</p>
+<p class="i2">230-235.</p>
+<p class="i2">Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son</p>
+<p class="i2">mécontentement. 311 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318.</p>
+<p class="i2">Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et</p>
+<p class="i2">les Grisons. 321-322.</p>
+<p class="i2">Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323.</p>
+<p class="i2">Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326.</p>
+<p class="i2">Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues</p>
+<p class="i2">avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335.</p>
+<p class="i2">Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339.</p>
+<p class="i2">Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les</p>
+<p class="i2">affaires de ce pays. 339 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.</p>
+<p class="i2">Fête. 343-350.</p>
+<p class="i2">Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.</p>
+<p class="i2">Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour</p>
+<p class="i2">cette expédition. 362 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée.</p>
+<p class="i2">Détails sur les préparatifs. 408-419.</p>
+<p class="i2">Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'empare de l'île de Malte. 4-8.</p>
+<p class="i2">Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13.</p>
+<p class="i2">Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours</p>
+<p class="i2">à ses soldats. 23-27.</p>
+<p class="i2">Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations</p>
+<p class="i2">politiques et militaires. 42 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv.</p>
+<p class="i2">Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58.</p>
+<p class="i2">Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,</p>
+<p class="i2">et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.</p>
+<p class="i2">Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.</p>
+<p class="i2">Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante</p>
+<p class="i2">victoire sur les Turcs. 300-304-310.</p>
+<p class="i2">Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France.</p>
+<p class="i2">311-312.</p>
+<p class="i2">Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous</p>
+<p class="i2">les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour</p>
+<p class="i2">renverser la constitution directoriale. 345-350.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan.</p>
+<p class="i2">353-356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p>
+<p class="i2">Est nommé consul provisoire. 383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91.</p>
+<p class="i2"> Il est blessé à mort. V, 121.</p>
+<p class="i2"> Fait délivrer les prisonniers. 122.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202.</p>
+<p class="i2">Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248.</p>
+<p class="i2">Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289.</p>
+<p class="i2">Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de</p>
+<p class="i2">Fuite du roi. 294-295.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79.</p>
+<p class="i2">État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. De nouveaux</p>
+<p class="i2">Troubles s'y préparent. 263 et suiv.</p>
+<p class="i2">Expédition de Quiberon. 269-275-318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12.</p>
+<p class="i2">Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec le parlement. 17.</p>
+<p class="i2">Ses embarras. 19.</p>
+<p class="i2">Se retire du ministère. 23.</p>
+<p class="i2">On brûle son effigie. 35.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute</p>
+<p class="i2">la France. I, 122-123.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des</p>
+<p class="i2">troupes. I, 82.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BROTTIER. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3.</p>
+<p class="i2">Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X.</p>
+<p class="i2">353-356-359-373.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce</p>
+<p class="i2">prince. II, 217.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10.</p>
+<p class="i2">Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les</p>
+<p class="i2">notables. 11.</p>
+<p class="i2">Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des</p>
+<p class="i2">troubles. 220.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.</p>
+<p class="i2">Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France.</p>
+<p class="i2">IX, 334 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un</p>
+<p class="i2">taux infiniment modique. I, 189.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391.</p>
+<p class="i2">Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv.</p>
+<p class="i2">Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public.</p>
+<p class="i2">VII, 99 et suiv.</p>
+<p class="i2">On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234.</p>
+<p class="i2">Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé.</p>
+<p class="i2">VIII, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du</p>
+<p class="i2">directoire. 259-261.</p>
+<p class="i2">Prend la fuite le 18 fructidor. 278.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148.</p>
+<p class="i2">Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort. 394-395.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI,</p>
+<p class="i2">109-111.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour</p>
+<p class="i2">s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75.</p>
+<p class="i2">Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires</p>
+<p class="i2">dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113.</p>
+<p class="i2">Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.</p>
+<p class="i2">Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129.</p>
+<p class="i2">Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le</p>
+<p class="i2">Nouveau directoire. 242.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour</p>
+<p class="i2">enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit</p>
+<p class="i2">convenu. II, 191-192.</p>
+<p class="i2">Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux</p>
+<p class="i2">instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV,</p>
+<p class="i2">89-90.</p>
+<p class="i2">Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix.</p>
+<p class="i2">VII, 139-142-145.</p>
+<p class="i2">Sa réception triomphale à Nantes. 146.</p>
+<p class="i2">Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations</p>
+<p class="i2">avec les princes et les émigrés. 162-163.</p>
+<p class="i2">Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26.</p>
+<p class="i2">Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.</p>
+<p class="i2">Est pris et fusillé. 135-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de</p>
+<p class="i2">l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa marche contre Jourdan. 300.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature</p>
+<p class="i2">municipale. IV, 279.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. V, 372 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa condamnation et sa mort. 415.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus</p>
+<p class="i2">capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9</p>
+<p class="i2">thermidor. VII, 185-188.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318.</p>
+<p class="i2">Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv.</p>
+<p class="i2">Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86.</p>
+<p class="i2">Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359.</p>
+<p class="i2">Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice</p>
+<p class="i2">qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.)</p>
+<p class="i2">Vote sa réunion aux communes. 59.</p>
+<p class="i2">La majorité du clergé se réunit aux communes. 65.</p>
+<p class="i2">Il abdique ses priviléges. 125.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 192.</p>
+<p class="i2">Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile.</p>
+<p class="i2">233 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce</p>
+<p class="i2">refus. 257-238.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de</p>
+<p class="i2">l'opposition du corps législatif. IX, 16-17.</p>
+<p class="i2">Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix.</p>
+<p class="i2">Diverses propositions faites au corps législatif. 151 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv.</p>
+<p class="i2">Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Royalistes</i>.)</p>
+<p class="i2">Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés</p>
+<p class="i2">par le directoire. 203 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche.</p>
+<p class="i2">213 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du</p>
+<p class="i2">directoire. 266 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée</p>
+<p class="i2">à faire partie de la fédération. I, 235.</p>
+<p class="i2">Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il est exclu de la société des jacobins. 228.</p>
+<p class="i2">Est arrêté. 372.</p>
+<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33.</p>
+<p class="i2">Club breton. 119.</p>
+<p class="i2">Leur importance augmente. 213.</p>
+<p class="i2">Ils deviennent dominateurs. II, 12.</p>
+<p class="i2">Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait</p>
+<p class="i2">permise. IX, 218-219.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI,</p>
+<p class="i2">264-265.</p>
+<p class="i2">Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution</p>
+<p class="i2">de la municipalité de Paris, etc. 343-345.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238</p>
+<p class="i2">État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.</p>
+<p class="i2">Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes</p>
+<p class="i2">français. 326 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts.</p>
+<p class="i2">X, 141 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.</p>
+<p class="i2">Suite de cette communication. 71.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263.</p>
+<p class="i2">Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le</p>
+<p class="i2">nord. VI, 62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.</p>
+<p class="i2">Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15</p>
+<p class="i2">et 16 ventôse. 362 et suiv. 370.</p>
+<p class="i2">Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289.</p>
+<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie</p>
+<p class="i2">prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects</p>
+<p class="i2">et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les</p>
+<p class="i2">moyens de salut public. II, 307-308.</p>
+<p class="i2">Pourquoi il fut établi. III, 296.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce</p>
+<p class="i2">que c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48.</p>
+<p class="i2">Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour</p>
+<p class="i2">remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.</p>
+<p class="i2">Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution.</p>
+<p class="i2">194.</p>
+<p class="i2">Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens.</p>
+<p class="i2">202-203.</p>
+<p class="i2">Ses attributions. 276-277.</p>
+<p class="i2">Il perd sa popularité. 281-282.</p>
+<p class="i2">On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282.</p>
+<p class="i2">Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.</p>
+<p class="i2">Sa politique en décembre 93. 231 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Rend des décrets relatifs aux détenus. 359.</p>
+<p class="i2">Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre</p>
+<p class="i2">en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés</p>
+<p class="i2">sectionnaires, etc. 9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de</p>
+<p class="i2">sûreté générale. 111 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les divisions continuent. 128-131 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du</p>
+<p class="i2">pouvoir. 157-159.</p>
+<p class="i2">Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164.</p>
+<p class="i2">Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239.</p>
+<p class="i2">Nouvelle épuration. 289-290.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190.</p>
+<p class="i2">En communication avec Pétion. 191.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor.</p>
+<p class="i2">VI, 238.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276.</p>
+<p class="i2">Il fait exécuter des arrestations. 306-307.</p>
+<p class="i2">On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le</p>
+<p class="i2">meurtre des prisonniers. 337 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ordonne des arrestations. III, 4.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et</p>
+<p class="i2">les départemens. VI, 258.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI,</p>
+<p class="i2">237-238.</p>
+<p class="i2">Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv.</p>
+<p class="i2">Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute</p>
+<p class="i2">la France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de</p>
+<p class="i2">salut public. II, 159 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut</p>
+<p class="i2">public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275.</p>
+<p class="i2">Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50.</p>
+<p class="i2">Ses membres sont renouvelés. 82.</p>
+<p class="i2">Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345.</p>
+<p class="i2">Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion</p>
+<p class="i2">de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Soumet ses registres à la convention. 64.</p>
+<p class="i2">Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur</p>
+<p class="i2">les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies</p>
+<p class="i2">dont elle est l'objet. 126-127.</p>
+<p class="i2">Hébert y est couronné. 138-139.</p>
+<p class="i2">Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai.</p>
+<p class="i2">147 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la</p>
+<p class="i2">convention. 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration</p>
+<p class="i2">intérieure. 279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X,</p>
+<p class="i2">98-101.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30</p>
+<p class="i2">prairial an VII. X, 350.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II,</p>
+<p class="i2">263.</p>
+<p class="i2">Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.</p>
+<p class="i2">Sa nouvelle organisation. III, 50-52.</p>
+<p class="i2">Il est aboli. VI, 10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de</p>
+<p class="i2">l'an III. VII, 334-335.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la</p>
+<p class="i2">constitution de l'an III. VII, 334.</p>
+<p class="i2">Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées</p>
+<p class="i2">ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX,</p>
+<p class="i2">158-162 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en</p>
+<p class="i2">danger. X, 279-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes</p>
+<p class="i2">de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée</p>
+<p class="i2">du lieu de leurs séances. 279-280.</p>
+<p class="i2">Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à</p>
+<p class="i2">l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration</p>
+<p class="i2">royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et</p>
+<p class="i2">condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des</p>
+<p class="i2">journalistes, etc. 280-281-284-285.</p>
+<p class="i2">Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.</p>
+<p class="i2">VIII, 105-106.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers;</p>
+<p class="i2">obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce</p>
+<p class="i2">projet sont adoptées. Réflexions. I, 232-233.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.</p>
+<p class="i2">Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention.</p>
+<p class="i2">243-244.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses</p>
+<p class="i2">principales dispositions. VII, 332-337.</p>
+<p class="i2">Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France.</p>
+<p class="i2">346-347.</p>
+<p class="i2">État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv.</p>
+<p class="i2">Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives</p>
+<p class="i2">dans le midi de la France. VII, 178-182 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare la royauté abolie en France. 25.</p>
+<p class="i2">Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46.</p>
+<p class="i2">Se partage en divers comités. 52-53.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les</p>
+<p class="i2">formes du jugement de Louis XVI. 107-108.</p>
+<p class="i2">Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195.</p>
+<p class="i2">Discussions sur les formes du procès. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+<p class="i2">Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi.</p>
+<p class="i2">247-248-256.</p>
+<p class="i2">Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258.</p>
+<p class="i2">Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend divers décrets. 333-334.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343.</p>
+<p class="i2">Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et</p>
+<p class="i2">extérieure. IV, 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la</p>
+<p class="i2">famille d'Orléans. 38-39.</p>
+<p class="i2">Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes</p>
+<p class="i2">de la commune. 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et</p>
+<p class="i2">de Lyon. 108-109.</p>
+<p class="i2">Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle nomme une commission de douze membres pour observer les</p>
+<p class="i2">actes de la commune et protéger la représentation nationale. 114.</p>
+<p class="i2">Cette commission informe contre la commune et fait quelques</p>
+<p class="i2">arrestations. 122-125.</p>
+<p class="i2">Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions</p>
+<p class="i2">des sections armées. 128 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.</p>
+<p class="i2">Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137.</p>
+<p class="i2">Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le</p>
+<p class="i2">3l mai. 164.</p>
+<p class="i2">Courte séance du 1er juin. 173.</p>
+<p class="i2">Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.</p>
+<p class="i2">Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177.</p>
+<p class="i2">Plusieurs députés sont maltraités. 180.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182.</p>
+<p class="i2">Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183.</p>
+<p class="i2">Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194.</p>
+<p class="i2">Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205.</p>
+<p class="i2">Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les</p>
+<p class="i2">fédéralistes. 240-241.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243.</p>
+<p class="i2">Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et</p>
+<p class="i2">les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la levée en masse. 261-262.</p>
+<p class="i2">Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les</p>
+<p class="i2">Bourbons. 288-391-394-395.</p>
+<p class="i2">Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.</p>
+<p class="i2">394.</p>
+<p class="i2">Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96.</p>
+<p class="i2">Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité</p>
+<p class="i2">de salut public. 113-122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les</p>
+<p class="i2">menacent. 158-160.</p>
+<p class="i2">Séance du 9 thermidor. 203-211.</p>
+<p class="i2">Suite de la séance. 217 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapport de la loi du 22 prairial. 240.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de</p>
+<p class="i2">Versailles). 281 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la</p>
+<p class="i2">république. 291-292.</p>
+<p class="i2">Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357.</p>
+<p class="i2">Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien</p>
+<p class="i2">gouvernement. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à</p>
+<p class="i2">l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la</p>
+<p class="i2">convention. 371-372.</p>
+<p class="i2">Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.</p>
+<p class="i2">376 et suiv.</p>
+<p class="i2">Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794,</p>
+<p class="i2">383-386 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente</p>
+<p class="i2">à ce sujet. VII, 77 et suiv.</p>
+<p class="i2">Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens</p>
+<p class="i2">membres du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en</p>
+<p class="i2">demandant du pain. 102 et suiv.</p>
+<p class="i2">Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de</p>
+<p class="i2">déportation contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc.</p>
+<p class="i2">Désarmement des patriotes. 108-116 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste</p>
+<p class="i2">amenée par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes</p>
+<p class="i2">diverses, etc. (Voy. <i>Prairial</i>.) Elle ordonne l'arrestation de</p>
+<p class="i2">plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337.</p>
+<p class="i2">Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau</p>
+<p class="i2">corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix.</p>
+<p class="i2">338. (Voy. <i>Décrets</i>.)</p>
+<p class="i2">Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour</p>
+<p class="i2">l'élection des nouveaux représentans. 347.</p>
+<p class="i2">Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les</p>
+<p class="i2">sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.</p>
+<p class="i2">Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13</p>
+<p class="i2">vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée.</p>
+<p class="i2">379-385.</p>
+<p class="i2">Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions.</p>
+<p class="i2">385-388.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son</p>
+<p class="i2">enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262.</p>
+<p class="i2">Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des</p>
+<p class="i2">anarchistes. 262.</p>
+<p class="i2">Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.</p>
+<p class="i2">On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à</p>
+<p class="i2">Barbaroux. Son supplice. 269-272.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des</p>
+<p class="i2">jacobins. II, 14.</p>
+<p class="i2">Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en</p>
+<p class="i2">Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées.</p>
+<p class="i2">VII, 34-35.</p>
+<p class="i2">Ses intrigues politiques. 225 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la</p>
+<p class="i2">paix. Son entrée à Rennes. 159-161.</p>
+<p class="i2">Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.</p>
+<p class="i2">Est déporté. VIII, 51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les</p>
+<p class="i2">élections de l'an V. IX, 153 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient</p>
+<p class="i2">dans l'assemblée législative. II, 10-11.</p>
+<p class="i2">Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur</p>
+<p class="i2">ouverture au 1er mai 1789. I. 23.</p>
+<p class="i2">Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.</p>
+<p class="i2">Projette de conduire le roi à Metz. 159.</p>
+<p class="i2">Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses plans de contre-révolution. 206-207.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182.</p>
+<p class="i2">Est nommé membre du comité de salut public. 296.</p>
+<p class="i2">Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations</p>
+<p class="i2">contre Lyon. V, 85.</p>
+<p class="i2">Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv.</p>
+<p class="i2">S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.</p>
+<p class="i2">Défend à la tribune les actes du comité. 125.</p>
+<p class="i2">Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre</p>
+<p class="i2">de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre</p>
+<p class="i2">soixante membres de la Convention. 133-134.</p>
+<p class="i2">Ses paroles aux Jacobins. 185.</p>
+<p class="i2">Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par</p>
+<p class="i2">Robespierre, le 8 thermidor. 194.</p>
+<p class="i2">Sa proposition aux Jacobins. 198.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210.</p>
+<p class="i2">Est mis hors la loi avec ses complices. 219.</p>
+<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la <i>Raison</i> est</p>
+<p class="i2">institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.</p>
+<p class="i2">La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la <i>Raison</i></p>
+<p class="i2">est aboli. 230.</p>
+<p class="i2">Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion.</p>
+<p class="i2">Réflexions à ce sujet. VI, 17-21.</p>
+<p class="i2">Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv.</p>
+<p class="i2">La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103.</p>
+<p class="i2">Il est battu en mai 93. 220-221.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V,</p>
+<p class="i2">69-72-77-78.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après</p>
+<p class="i2">la défection de Dumouriez. IV, 43-44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.</p>
+<p class="i2">Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.</p>
+<p class="i2">Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235.</p>
+<p class="i2">Il est un des acteurs du 10 août. 262.</p>
+<p class="i2">Est nommé ministre de la justice. 264.</p>
+<p class="i2">Exposition de ses plans après le 10 août. 273.</p>
+<p class="i2">Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris.</p>
+<p class="i2">303 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304.</p>
+<p class="i2">Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses</p>
+<p class="i2">ennemis. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Il veut faire peur aux royalistes. 309.</p>
+<p class="i2">A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on</p>
+<p class="i2">sonnera le tocsin. 312-313.</p>
+<p class="i2">Il est nommé député à la Convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Fait diverses motions à la convention. 32-33.</p>
+<p class="i2">Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus</p>
+<p class="i2">pris dans le sein de la convention. 50.</p>
+<p class="i2">Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330.</p>
+<p class="i2">Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22.</p>
+<p class="i2">Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris,</p>
+<p class="i2">l'autre pour la Vendée. 99.</p>
+<p class="i2">On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins.</p>
+<p class="i2">Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa</p>
+<p class="i2">popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv.</p>
+<p class="i2">Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66.</p>
+<p class="i2">Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211.</p>
+<p class="i2">Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.</p>
+<p class="i2">Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public.</p>
+<p class="i2">383-386.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389.</p>
+<p class="i2">Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis</p>
+<p class="i2">prisonniers. 394 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès et sa mort. 394-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354.</p>
+<p class="i2">Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. VII, 235.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre</p>
+<p class="i2">la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à</p>
+<p class="i2">Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190.</p>
+<p class="i2">Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du</p>
+<p class="i2">camp de 20,000 hommes. II, 156.</p>
+<p class="i2">Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les</p>
+<p class="i2">divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95.</p>
+<p class="i2">Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après</p>
+<p class="i2">le 31 mai. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223.</p>
+<p class="i2">Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des</p>
+<p class="i2">fédéralistes. 246-249.</p>
+<p class="i2">Ils sont presque tous soumis. 259-260.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la</p>
+<p class="i2">convention. III, 9-10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se</p>
+<p class="i2">répandent dans les départemens. IV, 198-199.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220.</p>
+<p class="i2">Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.</p>
+<p class="i2">Son influence au Palais-Royal. 144-145.</p>
+<p class="i2">Il présente une pétition très hardie. II, 31.</p>
+<p class="i2">Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9.</p>
+<p class="i2">Passe pour un modéré. IV, 286.</p>
+<p class="i2">Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la</p>
+<p class="i2">défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde.</p>
+<p class="i2">287-288.</p>
+<p class="i2">Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229.</p>
+<p class="i2">Il fait son journal, <i>le Vieux Cordelier</i>. 307-308.</p>
+<p class="i2">Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv.</p>
+<p class="i2">Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 388-389.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15.</p>
+<p class="i2">Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à</p>
+<p class="i2">restreindre sa juridiction, 19-20.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté en plein parlement. 22.</p>
+<p class="i2">Il propose de faire décréter le tiers-état. 70.</p>
+<p class="i2">Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son</p>
+<p class="i2">caractère. Sa lettre à la reine. I, 160.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est </p>
+<p class="i2">décrété par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DILLON. Son projet de retraite. II, 341.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv.</p>
+<p class="i2">L'abolition est décrétée. 132.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII,</p>
+<p class="i2">335.</p>
+<p class="i2">Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11.</p>
+<p class="i2">Situation dangereuse du directoire au commencement de son</p>
+<p class="i2">administration. 12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs</p>
+<p class="i2">financiers. 13-15 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.</p>
+<p class="i2">Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le</p>
+<p class="i2">partagent. 48 et suiv.</p>
+<p class="i2">Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses plans militaires. 123 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite. 356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359.</p>
+<p class="i2">Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390.</p>
+<p class="i2">Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.</p>
+<p class="i2">Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour</p>
+<p class="i2">l'an V. 150-151 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte</p>
+<p class="i2">le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte</p>
+<p class="i2">d'Entraigues. 182-183 et suiv.</p>
+<p class="i2">Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux</p>
+<p class="i2">des conseils. 184 et suiv.</p>
+<p class="i2">Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution</p>
+<p class="i2">de faire un coup d'état. 185-188 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.</p>
+<p class="i2">188 et suiv.; dans les armées. 190.</p>
+<p class="i2">Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de celle du Rhin 194 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet</p>
+<p class="i2">de la réorganisation du ministère. 200 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations</p>
+<p class="i2">commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des</p>
+<p class="i2">mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv.</p>
+<p class="i2">Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet</p>
+<p class="i2">de la marche de Hoche. 250 et suiv.</p>
+<p class="i2">Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18</p>
+<p class="i2">fructidor. 270-272 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le</p>
+<p class="i2">résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv.</p>
+<p class="i2">Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une</p>
+<p class="i2">puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux</p>
+<p class="i2">directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.</p>
+<p class="i2">Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en</p>
+<p class="i2">Suisse. 393 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques</p>
+<p class="i2">italiennes. X, 87-88 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez</p>
+<p class="i2"><i>Conscription.</i>)</p>
+<p class="i2">Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en</p>
+<p class="i2">Italie. 126 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Généraux qu'il nomme. 138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759.</p>
+<p class="i2">Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187.</p>
+<p class="i2">Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie.</p>
+<p class="i2">(An VII.) 220 et suiv.</p>
+<p class="i2">Division entre les directeurs. 223-224.</p>
+<p class="i2">Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.</p>
+<p class="i2">Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238.</p>
+<p class="i2">Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses premiers actes. 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.</p>
+<p class="i2">245-250.</p>
+<p class="i2">Ses plans de guerre. 251 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa lutte avec les patriotes. (Voyez <i>Patriotes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166.</p>
+<p class="i2">Après la seconde loi du <i>maximum</i> la disette continue. Mesures</p>
+<p class="i2">que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv.</p>
+<p class="i2">Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage</p>
+<p class="i2">manquent à Paris. VII, 51 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 73 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et</p>
+<p class="i2">soulèvemens populaires. 79 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DIX AOÛT. II, 234 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.</p>
+<p class="i2">Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur</p>
+<p class="i2">abolition. 128-129.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à</p>
+<p class="i2">Varennes. I. 285-286.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre.</p>
+<p class="i2">X, 281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le</p>
+<p class="i2">bannissement. III, 254.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre.</p>
+<p class="i2">II, 58 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.</p>
+<p class="i2">Extrait de ses mémoires, <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations.</p>
+<p class="i2">82-85.</p>
+<p class="i2">Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91.</p>
+<p class="i2">Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission. 105-106.</p>
+<p class="i2">Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291.</p>
+<p class="i2">Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la</p>
+<p class="i2">France. 345 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne.</p>
+<p class="i2">356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il écrit à l'assemblée nationale. 359.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376.</p>
+<p class="i2">Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.</p>
+<p class="i2">Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79.</p>
+<p class="i2">Repart pour l'armée. 81.</p>
+<p class="i2">Ses plans militaires. 109 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.</p>
+<p class="i2">Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.</p>
+<p class="i2">Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.</p>
+<p class="i2">134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le</p>
+<p class="i2">gouvernement. 328-329.</p>
+<p class="i2">Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes</p>
+<p class="i2">militaires. IV, 2.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec l'ennemi. 13.</p>
+<p class="i2">Ses projets politiques. 14-16.</p>
+<p class="i2">Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est mandé à la barre de la convention. 31.</p>
+<p class="i2">Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.</p>
+<p class="i2">Plusieurs de ses projets échouent. 33.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35.</p>
+<p class="i2">Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37.</p>
+<p class="i2">Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.</p>
+<p class="i2">Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUPORT. Son caractère. I, 15.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUVERNE DE PRESLE. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.</p>
+<p class="i2"> Ses paroles sur l'échafaud. 270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au</p>
+<p class="i2">directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419.</p>
+<p class="i2">État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3.</p>
+<p class="i2">Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.</p>
+<p class="i2">Entrée à Alexandrie. 12-13.</p>
+<p class="i2">Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22.</p>
+<p class="i2">Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des</p>
+<p class="i2">soldats.</p>
+<p class="i2">Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de</p>
+<p class="i2">l'ennemi près du Caire. 28-31-36.</p>
+<p class="i2">Bataille des Pyramides. 36-41.</p>
+<p class="i2">Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50.</p>
+<p class="i2">Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman.</p>
+<p class="i2">286-288.</p>
+<p class="i2">Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.</p>
+<p class="i2">290-291 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du</p>
+<p class="i2">Mont-Thabor. 292-297.</p>
+<p class="i2">Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90.</p>
+<p class="i2">Il est tué à Cholet. V, 121-124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.</p>
+<p class="i2">I, 87.</p>
+<p class="i2">Ordonnent la convocation des districts. 88.</p>
+<p class="i2">Composent une municipalité. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.</p>
+<p class="i2">Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.</p>
+<p class="i2">Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37.</p>
+<p class="i2">Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192.</p>
+<p class="i2">&mdash;Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la</p>
+<p class="i4">convention. III, 8 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,</p>
+<p class="i4">33-36.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an V. 146 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an VI. 404 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an VII. X, 183.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264.</p>
+<p class="i2">Loi portée sur l'émigration. 268-269.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable.</p>
+<p class="i2">I, 178.</p>
+<p class="i2">Ils lèvent des corps au nom du roi. 295.</p>
+<p class="i2">Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence</p>
+<p class="i2">avec la cour. II, 20-21 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv.</p>
+<p class="i2">Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux</p>
+<p class="i2">biens des émigrés. VIII, 89-90</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode</p>
+<p class="i2">de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est fermé, 401.</p>
+<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X,</p>
+<p class="i2">246.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319.</p>
+<p class="i2">Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14.</p>
+<p class="i2">Renvoyés à cinq ans. 17.</p>
+<p class="i2">Convoqués. 23.</p>
+<p class="i2">Leur ouverture. 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et</p>
+<p class="i2">détails. VI, 115-118.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ETTLINGEN. (Voy. <i>Rastadt</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances</p>
+<p class="i2">étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après</p>
+<p class="i2">la fuite du roi à Varennes. 295-296.</p>
+<p class="i2">&mdash;Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II,</p>
+<p class="i4">18-19.</p>
+<p class="i2">&mdash;Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10</p>
+<p class="i4">août. II, 292 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271</p>
+<p class="i4">et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122</p>
+<p class="i4">et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle</p>
+<p class="i4">coalition contre la France. X, 62 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.</p>
+<p class="i2">Il s'y tient une assemblée. 138.</p>
+<p class="i2">On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des</p>
+<p class="i2">moyens de salut public. 139.</p>
+<p class="i2">On y délibère sur une insurrection. 141-142.</p>
+<p class="i2">Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145.</p>
+<p class="i2">Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI,</p>
+<p class="i2">134-138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commandées à Nantes par Carrier. 144-148;</p>
+<p class="i2">à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras</p>
+<p class="i2">et Maignet. 148-149;</p>
+<p class="i2">dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ressentiment et indignation que la <i>terreur</i> fait naître. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre</p>
+<p class="i2">l'assemblée.</p>
+<p class="i2">Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la</p>
+<p class="i2">municipalité. I, 234.</p>
+<p class="i2">La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.</p>
+<p class="i2">Description de la fête. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les</p>
+<p class="i2">révoltés du 1er prairial. VII, 209-211.</p>
+<p class="i2">Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet</p>
+<p class="i2">événement. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son</p>
+<p class="i2">éloge est prononcé par Louvet. 236 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.</p>
+<p class="i2">Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14.</p>
+<p class="i2">Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre.</p>
+<p class="i2">IV, 369 et suiv. 383.</p>
+<p class="i2">État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv.</p>
+<p class="i2">État et organisation des finances au commencement de 1794. VI,</p>
+<p class="i2">88-90 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises</p>
+<p class="i2">par la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv.</p>
+<p class="i2">Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions</p>
+<p class="i2">sur diverses questions des finances. 106 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.</p>
+<p class="i2">Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour</p>
+<p class="i2">entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du</p>
+<p class="i2">trésor public. IX, 165 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce</p>
+<p class="i2">projet. Les anciens les rejettent. 172-173.</p>
+<p class="i2">Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor.</p>
+<p class="i2">Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.</p>
+<p class="i2">Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.</p>
+<p class="i2">Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la</p>
+<p class="i2">campagne de 1799. 130-131.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.</p>
+<p class="i2">Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de</p>
+<p class="i2">pistolet. 98-99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la</p>
+<p class="i2">bataille. VI, 169-175 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93.</p>
+<p class="i2">Nommé ministre de la police. 272.</p>
+<p class="i2">Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355.</p>
+<p class="i2">Il tait la conjuration aux directeurs. 359.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de</p>
+<p class="i2">Lafayette. I, 113-114.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI,</p>
+<p class="i2">137-138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est mis en accusation. 240.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à</p>
+<p class="i2">l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.</p>
+<p class="i2">Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123.</p>
+<p class="i2">État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des esprits et situation politique au commencement de l'année</p>
+<p class="i2">1790. 192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.</p>
+<p class="i2">Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.</p>
+<p class="i2">État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la</p>
+<p class="i2">retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens.</p>
+<p class="i2">IX, 270-287.</p>
+<p class="i2">Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.</p>
+<p class="i2">Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280.</p>
+<p class="i2">Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que</p>
+<p class="i2">demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés</p>
+<p class="i2">à la déportation. 280-288.</p>
+<p class="i2">Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son</p>
+<p class="i2">discours IV, 130 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à</p>
+<p class="i2">Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa</p>
+<p class="i2">destination. III, 6-7.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde</p>
+<p class="i2">nationale, et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.</p>
+<p class="i2">Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la</p>
+<p class="i2">garde nationale. IX, 276 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de</p>
+<p class="i2">l'Ouest. II, 26-27.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GEORGES (Saint-). Voy <i>Bassano</i>.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la</p>
+<p class="i2">seule religion de l'État. I, 208.</p>
+<p class="i2">Il retire sa proposition. 209.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en</p>
+<p class="i2">sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII,</p>
+<p class="i2">106-124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative.</p>
+<p class="i2">II, 11-13.</p>
+<p class="i2">Ils dominent dans le ministère. 62-82.</p>
+<p class="i2">Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur position à la convention. III, 19 et suiv.</p>
+<p class="i2">Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.</p>
+<p class="i2">Essai de rapprochement et rupture. 21-22.</p>
+<p class="i2">Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147.</p>
+<p class="i2">Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.</p>
+<p class="i2">Sont mis en état d'arrestation. 189-190.</p>
+<p class="i2">Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres</p>
+<p class="i2">sont mis en état d'arrestation. V, 78-79.</p>
+<p class="i2">Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la</p>
+<p class="i2">parole. 152-163.</p>
+<p class="i2">Ils sont condamnés et exécutés. 164-167.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232.</p>
+<p class="i2">Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338.</p>
+<p class="i2">Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338.</p>
+<p class="i2">Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346.</p>
+<p class="i2">Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a</p>
+<p class="i2">pas l'âge nécessaire. 348.</p>
+<p class="i2">Altercation avec Bonaparte. 371-372.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GORSAS. Son arrestation. III, 305.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires.</p>
+<p class="i2">V, 128 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93.</p>
+<p class="i2">Ses avantages financiers. IV, 371 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290.</p>
+<p> Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment.</p>
+<p class="i2">IV, 109-110.</p>
+<p class="i2">Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la</p>
+<p class="i2">convention à Bourges. 112-113.</p>
+<p class="i2">Son courage à la convention le 31 mai. 157-158.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78.</p>
+<p class="i2">Échec du général Rochambeau. 78 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.</p>
+<p class="i2">IV, 103 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de l'armée du Nord: <i>ibid.</i>;</p>
+<p class="i2">de l'armée de la Moselle: 218;</p>
+<p class="i2">du Rhin: <i>ibid.</i>;</p>
+<p class="i2">d'Italie: 223-224;</p>
+<p class="i2">des Pyrénées: 226 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de la Vendée. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.</p>
+<p class="i2">Siége de Mayence. 309-320.</p>
+<p class="i2">Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323.</p>
+<p class="i2">Le camp de César est évacué par les Français. 351-352.</p>
+<p class="i2">Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de l'armée du Rhin. 3-6.</p>
+<p class="i2">Commencement du siége de Lyon 6-10.</p>
+<p class="i2">Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire de Hondschoote. 24-25.</p>
+<p class="i2">Revers dans le Nord. 27-29.</p>
+<p class="i2">Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv.</p>
+<p class="i2">Organisation de l'armée de l'Ouest. 68.</p>
+<p class="i2">L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87.</p>
+<p class="i2">Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107.</p>
+<p class="i2">Victoire de Wattignies. 108-109.</p>
+<p class="i2">Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.</p>
+<p class="i2">Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont</p>
+<p class="i2">chassés des frontières. 146-251.</p>
+<p class="i2">Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits.</p>
+<p class="i2">292 et suiv.</p>
+<p class="i2">Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et</p>
+<p class="i2">l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49.</p>
+<p class="i2">Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56:</p>
+<p class="i2">aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;</p>
+<p class="i2">au Nord. 60-73.</p>
+<p class="i2">Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;</p>
+<p class="i2">en Vendée: 74 et suiv.;</p>
+<p class="i2">en Bretagne contre les chouans: 75-76;</p>
+<p class="i2">aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau</p>
+<p class="i2"><i>le Vengeur</i>. 78-82.</p>
+<p class="i2">Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille.</p>
+<p class="i2">169-175.</p>
+<p class="i2">Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.</p>
+<p class="i2">Mouvemens de l'armée du Nord.</p>
+<p class="i2">Bataille de l'Ourthe. 306-308.</p>
+<p class="i2">Bataille de la Roër. 309 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin,</p>
+<p class="i2">commandées par Michaud. 317-318.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue.</p>
+<p class="i2">VII, 1-7.</p>
+<p class="i2">Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv.</p>
+<p class="i2">Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout</p>
+<p class="i2">le pays. 20 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux</p>
+<p class="i2">Pyrénées. 27-29.</p>
+<p class="i2">État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv.</p>
+<p class="i2">Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le</p>
+<p class="i2">Nord. 253-254.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.</p>
+<p class="i2">Position militaire en Espagne. 257.</p>
+<p class="i2">Expédition de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>). 269-311.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.</p>
+<p class="i2">Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378.</p>
+<p class="i2">Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.</p>
+<p class="i2">Perte des lignes de Mayence. 20-22.</p>
+<p class="i2">Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin</p>
+<p class="i2">de l'an IV. 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de la bataille de Loano. 58-61.</p>
+<p class="i2">Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1795. 76.</p>
+<p class="i2">Campagne de 1796. 140-241-278-326.</p>
+<p class="i2">État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796.</p>
+<p class="i2">141 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conquête du Piémont. 141-161.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de Lodi. 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Mincio. 198-200.</p>
+<p class="i2">Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241.</p>
+<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272.</p>
+<p class="i2">Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279.</p>
+<p class="i2">Bataille de Lonato. 283-286.</p>
+<p class="i2">Bataille de Castiglione. 288 et suiv.</p>
+<p class="i2">Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p>
+<p class="i2">L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.</p>
+<p class="i2">Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de</p>
+<p class="i2">Saint-Georges. 308-312-315.</p>
+<p class="i2">Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.</p>
+<p class="i2">Retraite. 316-317 et suiv.</p>
+<p class="i2">Retraite de Moreau. 321-326.</p>
+<p class="i2">Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole.</p>
+<p class="i2">355-364-367-370-395.</p>
+<p class="i2">Expédition d'Irlande. 379.</p>
+<p class="i2">Reddition du fort de Kelb. 404.</p>
+<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv.</p>
+<p class="i2">Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.</p>
+<p class="i2">411-414-423.</p>
+<p class="i2">Bataille devant Mantoue ou de la <i>Favorite</i>. 424-425.</p>
+<p class="i2">Prise de Mantoue. 425 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.</p>
+<p class="i2">Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de </p>
+<p class="i2">Sambre-et-Meuse: IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47.</p>
+<p class="i2">L'armée d'Italie est renforcée. 47-48.</p>
+<p class="i2">Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.</p>
+<p class="i2">Combat de Tarwis. 68-72.</p>
+<p class="i2">Marche sur Vienne. 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103.</p>
+<p class="i2">L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une</p>
+<p class="i2">seule, et le commandement en est donné à Hoche. 298.</p>
+<p class="i2">Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.</p>
+<p class="i2">Expédition d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>). Reprise des hostilités en</p>
+<p class="i2">l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres de Championnet. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+<p class="i2">Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.</p>
+<p class="i2">Conquête du royaume de Naples. 113-119.</p>
+<p class="i2">Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre.</p>
+<p class="i2">122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.</p>
+<p class="i2">Invasion des Grisons par Masséna. 144-145.</p>
+<p class="i2">Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.</p>
+<p class="i2">Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières</p>
+<p class="i2">opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166.</p>
+<p class="i2">Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167.</p>
+<p class="i2">Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie,</p>
+<p class="i2">et occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de</p>
+<p class="i2">Cassano. 195-197.</p>
+<p class="i2">Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette</p>
+<p class="i2">belle opération. 197-204.</p>
+<p class="i2">Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.</p>
+<p class="i2">Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les</p>
+<p class="i2">Grandes-Alpes (juillet 1799). 253-254.</p>
+<p class="i2">Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.</p>
+<p class="i2">Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses</p>
+<p class="i2">forces. Bataille de Novi. 256-265.</p>
+<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune.</p>
+<p class="i2">266-268.</p>
+<p class="i2">Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en</p>
+<p class="i2">Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.</p>
+<p class="i2">Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.</p>
+<p class="i2">Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.</p>
+<p class="i2">Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126.</p>
+<p class="i2">Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-377-378-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V.</p>
+<p class="i2">301-324-379-416.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv.</p>
+<p class="i2">Procès et supplice des principaux chefs. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HELVÉTIQUE (République). (Voy. <i>Suisse</i>).</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,</p>
+<p class="i2">148.</p>
+<p class="i2">Fait tirer le canon d'alarme. 150.</p>
+<p class="i2">Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394.</p>
+<p class="i2"> Son procès et sa mort. 398-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. <i>Ibid.</i> et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97.</p>
+<p class="i2">Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle.</p>
+<p class="i2">249.</p>
+<p class="i2">Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison</p>
+<p class="i2">par ordre de Saint-Just. VI, 60.</p>
+<p class="i2">Est élargi. 243.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour</p>
+<p class="i2">s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan.</p>
+<p class="i2">68-69 et suiv.</p>
+<p class="i2">Exécution de ses projets. 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126.</p>
+<p class="i2">Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à</p>
+<p class="i2">les exécuter. 126-127 et suiv.</p>
+<p class="i2">Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises.</p>
+<p class="i2">138-139.</p>
+<p class="i2">Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur</p>
+<p class="i2">lui et sur Bonaparte. 244-247.</p>
+<p class="i2">Conseille une expédition en Irlande. 265.</p>
+<p class="i2">Son expédition en Irlande. 390-395.</p>
+<p class="i2">Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission</p>
+<p class="i2">de Jourdan. 404.</p>
+<p class="i2">Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras</p>
+<p class="i2">s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de</p>
+<p class="i2">ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet.</p>
+<p class="i2">196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209.</p>
+<p class="i2">Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le</p>
+<p class="i2">même objet. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>).</p>
+<p class="i2">Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23.</p>
+<p class="i2">Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la</p>
+<p class="i2">Hollande. 24 et suiv.</p>
+<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du</p>
+<p class="i2">traité. 130-133.</p>
+<p class="i2">Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.</p>
+<p class="i2">Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à</p>
+<p class="i2">la constitution française. 372-375.</p>
+<p class="i2">Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.</p>
+<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes. 266-267.</p>
+<p class="i2">Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays.</p>
+<p class="i2">330-331.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la</p>
+<p class="i2">précédèrent. V. 24-26.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78.</p>
+<p class="i2">Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90.</p>
+<p class="i2">Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.</p>
+<p class="i2">Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109.</p>
+<p class="i2">Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de</p>
+<p class="i2">piques. 165.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSTITUT d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>).</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232.</p>
+<p class="i2">Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145.</p>
+<p class="i2">Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,</p>
+<p class="i2">176-180-183-184.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395.</p>
+<p class="i2">Léger échec des Français en Irlande. X, 102.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux</p>
+<p class="i2">émigrés. II, 34-36.</p>
+<p class="i2">Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque</p>
+<p class="i2">de la conquête par les Français. VIII, 161-169.</p>
+<p class="i2">Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la</p>
+<p class="i2">Lombardie. 209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv.</p>
+<p class="i2">Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des</p>
+<p class="i2">Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.</p>
+<p class="i2">La révolution se propage après les préliminaires de Léoben.</p>
+<p class="i2">Soulèvement à Gènes. 134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline.</p>
+<p class="i2">314-318-321.</p>
+<p class="i2">Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Révolution à Rome, 381-388.</p>
+<p class="i2">Conquête de Naples. (Voy. <i>Naples</i>.) Désordres des républiques</p>
+<p class="i2">italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X,</p>
+<p class="i2">83-89-94.</p>
+<p class="i2">Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Révolution du Piémont. 119 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.</p>
+<p class="i2">Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi.</p>
+<p class="i2">302.</p>
+<p class="i2">Organisation du club de ce nom. II, 13.</p>
+<p class="i2">Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les</p>
+<p class="i2">projets de guerre. 47-48.</p>
+<p class="i2">Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur puissance après le 10 août. 272-274.</p>
+<p class="i2">Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à</p>
+<p class="i2">la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III,</p>
+<p class="i2">70-73.</p>
+<p class="i2">Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à</p>
+<p class="i2">la convention. 91 et suiv.</p>
+<p class="i2">Font divers projets pour remédier à la disette. 310.</p>
+<p class="i2">Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16.</p>
+<p class="i2">Une populace armée se présente à ce club. 341-342.</p>
+<p class="i2">Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures</p>
+<p class="i2">qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.</p>
+<p class="i2">Leur rôle après le 31 mai. 279 280.</p>
+<p class="i2">Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de</p>
+<p class="i2">salut public. 293-296.</p>
+<p class="i2">Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des</p>
+<p class="i2">départemens. Discours de Robespierre. 348-349.</p>
+<p class="i2">Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée.</p>
+<p class="i2">V, 221-222.</p>
+<p class="i2">Plusieurs membres sont exclus. 228-229.</p>
+<p class="i2">Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur</p>
+<p class="i2">Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.</p>
+<p class="i2">Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les</p>
+<p class="i2">comités. 185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363.</p>
+<p class="i2">Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor.</p>
+<p class="i2">335 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les</p>
+<p class="i2">sociétés populaires. 258-259.</p>
+<p class="i2">Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier.</p>
+<p class="i2">374-375 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes</p>
+<p class="i2">violentes dans Paris. 383 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral.</p>
+<p class="i2">390-391. (Voy. <i>Club électoral</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est</p>
+<p class="i2">instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an</p>
+<p class="i2">IV. VIII, 92-93.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport.</p>
+<p class="i2">III, 114 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances</p>
+<p class="i2">de l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de</p>
+<p class="i2">Paume prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement</p>
+<p class="i2">d'une constitution. I, 62-63.</p>
+<p class="i2">On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes.</p>
+<p class="i2">IX, 162 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée</p>
+<p class="i2">d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.</p>
+<p class="i2">Est tué à la bataille de Novi. 260.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos</p>
+<p class="i2">des hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97.</p>
+<p class="i2">Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.</p>
+<p class="i2">VIII, 221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passe le Rhin. 228-238 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.</p>
+<p class="i2">Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.</p>
+<p class="i2">Nommé député en l'an V. IX, 147-148.</p>
+<p class="i2">Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor</p>
+<p class="i2">an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont</p>
+<p class="i2">publiés au commencement du directoire. VIII, 54.</p>
+<p class="i2">Licence des journalistes., VIII, 396-397.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de</p>
+<p class="i2">Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse.</p>
+<p class="i2">I, 87.</p>
+<p class="i2">Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. <i>Ibid</i>. Le</p>
+<p class="i2">peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et</p>
+<p class="i2">prend des armes au Garde-Meuble. 89.</p>
+<p class="i2">Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.</p>
+<p class="i2">Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la</p>
+<p class="i2">Bastille. 95-96.</p>
+<p class="i2">Suites de ces journées. 98-99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140.</p>
+<p class="i2">Suites de cette journée. 141 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KAIRE (Le). (Voy. <i>Égypte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas</p>
+<p class="i2">s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés,</p>
+<p class="i2">trouvée dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et</p>
+<p class="i2">échoue. VI, 96-98.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante.</p>
+<p class="i2">I, 92.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.</p>
+<p class="i2">Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114.</p>
+<p class="i2">Déclaration des droits. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Traité de Cromwell. 144.</p>
+<p class="i2">Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172.</p>
+<p class="i2">Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour</p>
+<p class="i2">contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses</p>
+<p class="i2">mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.</p>
+<p class="i2">172 et suiv.</p>
+<p class="i2">Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple.</p>
+<p class="i2">175 et suiv. (Voy. <i>Versailles</i>.)</p>
+<p class="i2">Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans</p>
+<p class="i2">à quitter Paris. 179-180.</p>
+<p class="i2">Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie.</p>
+<p class="i2">194-195.</p>
+<p class="i2">Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au</p>
+<p class="i2">parti populaire. 199.</p>
+<p class="i2">Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les</p>
+<p class="i2">affaires de la révolution. 219-220.</p>
+<p class="i2">Comprime diverses émeutes. 267-268.</p>
+<p class="i2">Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.</p>
+<p class="i2">Prend le commandement de l'armée du Centre. 44.</p>
+<p class="i2">Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77.</p>
+<p class="i2">Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv.</p>
+<p class="i2">S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi</p>
+<p class="i2">échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose au roi un projet de fuite. 206.</p>
+<p class="i2">Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande</p>
+<p class="i2">son accusation. Ses projets. 286-287.</p>
+<p class="i2">Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287.</p>
+<p class="i2">Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est</p>
+<p class="i2">fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.</p>
+<p class="i2">Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de</p>
+<p class="i2">Campo-Formio. IX, 334.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport.</p>
+<p class="i2">I, 117.</p>
+<p class="i2">Ils s'entendent avec la cour. I. 293.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. Motion de ce député. II, 173-174.</p>
+<p class="i2">Effet produit par cette motion. 175.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze</p>
+<p class="i2">est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de</p>
+<p class="i2">prairial an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.</p>
+<p class="i2">(Voy. <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des</p>
+<p class="i2">anciens comités. VI, 281 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13</p>
+<p class="i2">vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville.</p>
+<p class="i2">Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III,</p>
+<p class="i2">265-266.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91.</p>
+<p class="i2">Il est tué dans un combat. V, 123.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6.</p>
+<p class="i2">Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362.</p>
+<p class="i2">Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.</p>
+<p class="i2">L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.</p>
+<p class="i2">Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre,</p>
+<p class="i2">en messidor an V. IX, 235-243.</p>
+<p class="i2">Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la</p>
+<p class="i2">France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les</p>
+<p class="i2">dépenses de Louis XV. I, 230-231.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine.</p>
+<p class="i2">I, 6-7.</p>
+<p class="i2">Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.</p>
+<p class="i2">29 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44.</p>
+<p class="i2">Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les</p>
+<p class="i2">esprits. 65-66.</p>
+<p class="i2">Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66.</p>
+<p class="i2">Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des</p>
+<p class="i2">troupes. 92.</p>
+<p class="i2">Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement</p>
+<p class="i2">des troupes. 95.</p>
+<p class="i2">Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.</p>
+<p class="i2">Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102.</p>
+<p class="i2">Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à</p>
+<p class="i2">l'Hôtel-de-Ville. 105-106.</p>
+<p class="i2">Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127.</p>
+<p class="i2">Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse</p>
+<p class="i2">de promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des</p>
+<p class="i2">droits. 167.</p>
+<p class="i2">Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des</p>
+<p class="i2">droits. 171.</p>
+<p class="i2">Revient à Paris. 177.</p>
+<p class="i2">Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est</p>
+<p class="i2">reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231.</p>
+<p class="i2">Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de</p>
+<p class="i2">maintenir la constitution. 240-241.</p>
+<p class="i2">Frappé du sort de Charles Ier. 252.</p>
+<p class="i2">Ses projets de fuite. 266.</p>
+<p class="i2">Le peuple arrête sa voiture. 276-277.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.</p>
+<p class="i2">Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv.</p>
+<p class="i2">Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293.</p>
+<p class="i2">Il accepte la constitution. 307.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial.</p>
+<p class="i2">II, 17.</p>
+<p class="i2">Appose son <i>veto</i> à un décret contre les émigrés. 24.</p>
+<p class="i2">Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26.</p>
+<p class="i2">Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre</p>
+<p class="i2">l'émigration. 37 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi.</p>
+<p class="i2">57.</p>
+<p class="i2">Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui</p>
+<p class="i2">contre les prêtres. 105.</p>
+<p class="i2">Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.</p>
+<p class="i2">Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au</p>
+<p class="i2">peuple. 135 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176.</p>
+<p class="i2">Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187.</p>
+<p class="i2">Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230.</p>
+<p class="i2">Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée.</p>
+<p class="i2">251.</p>
+<p class="i2">Est suspendu de la royauté. 257.</p>
+<p class="i2">Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268.</p>
+<p class="i2">Est transporté au Temple avec la famille royale. 278.</p>
+<p class="i2">On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">L'éducation de son fils. 154.</p>
+<p class="i2">Précautions de la commune. 158-159.</p>
+<p class="i2">Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv.</p>
+<p class="i2">Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.</p>
+<p class="i2">Se choisit des défenseurs. 205 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort. 256.</p>
+<p class="i2">Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOUVET. Rédige <i>la Sentinelle</i>. II, 119.</p>
+<p class="i2">Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV,</p>
+<p class="i2">255-256.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV, 75-76.</p>
+<p class="i2">Combat sanglant dans cette ville. 196-197.</p>
+<p class="i2">Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324.</p>
+<p class="i2">Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret</p>
+<p class="i2">de la convention. V, 7 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le siége se poursuit. 32.</p>
+<p class="i2">Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les promesses de l'émigration. 84.</p>
+<p class="i2">Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer</p>
+<p class="i2">Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91.</p>
+<p class="i2">Suite. Prise de la ville. 91-94.</p>
+<p class="i2">Décret de la convention contre cette ville. 94-95.</p>
+<p class="i2">Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à</p>
+<p class="i2">exécution. 131 et suiv.</p>
+<p class="i2">Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la</p>
+<p class="i2">mitraille pour immoler les proscrits. 132.</p>
+<p class="i2">Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368.</p>
+<p class="i2">Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5</p>
+<p class="i2">floréal an III. VII, 184.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de</p>
+<p class="i2">l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les</p>
+<p class="i2">craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107.</p>
+<p class="i2">31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2</p>
+<p class="i2">juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. <i>Insurrection</i>.)</p>
+<p class="i2">Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv.</p>
+<p class="i2">Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.</p>
+<p class="i2">Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de</p>
+<p class="i2">femmes furieuses. I, 166.</p>
+<p class="i2">Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le</p>
+<p class="i2">désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169.</p>
+<p class="i2">Principal acteur dans les massacres du 2 septembre.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Septembre</i>.)</p>
+<p class="i2">Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311.</p>
+<p class="i2">Sa présence à l'Abbaye. 317.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses</p>
+<p class="i2">négociations avec le directoire. VIII, 340-344.</p>
+<p class="i2">Suite de ses négociations. 356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart</p>
+<p class="i2">pour l'Angleterre. 386-390.</p>
+<p class="i2">Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145.</p>
+<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses</p>
+<p class="i2">préparatifs. II, 239.</p>
+<p class="i2">Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242.</p>
+<p class="i2">Tué et jeté à l'eau. 243.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111.</p>
+<p class="i2">Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.</p>
+<p class="i2">Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.</p>
+<p class="i2">Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président</p>
+<p class="i2">de la convention aux Tuileries. III, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277.</p>
+<p class="i2">Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278.</p>
+<p class="i2">Est élu député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il</p>
+<p class="i2">se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44.</p>
+<p class="i2">Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79.</p>
+<p class="i2">Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.</p>
+<p class="i2">209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au</p>
+<p class="i2">peuple parce qu'on le marchande. 210-211.</p>
+<p class="i2">Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317.</p>
+<p class="i2">Se défend dans son journal. 318-320.</p>
+<p class="i2">Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce</p>
+<p class="i2">Fournier. 347.</p>
+<p class="i2">Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.</p>
+<p class="i2">Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à</p>
+<p class="i2">la convention et aux Jacobins. 66-68.</p>
+<p class="i2">Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature.</p>
+<p class="i2">192.</p>
+<p class="i2">Il est assassiné dans son bain. 265.</p>
+<p class="i2">Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273.</p>
+<p class="i2">Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la</p>
+<p class="i2">place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.</p>
+<p class="i2">Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet.</p>
+<p class="i2">59.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287.</p>
+<p class="i2">Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être</p>
+<p class="i2">jugée par le tribunal révolutionnaire. IV, 395.</p>
+<p class="i2">Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.</p>
+<p class="i2">Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149.</p>
+<p class="i2">Réponse admirable à ces accusations. 149.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143.</p>
+<p class="i2">Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140.</p>
+<p class="i2">Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube.</p>
+<p class="i2">Manière dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit.</p>
+<p class="i2">I, 117.</p>
+<p class="i2">Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv.</p>
+<p class="i2">Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles</p>
+<p class="i2">élections. 210-211.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331;</p>
+<p class="i2">sur toutes les marchandises. 332-385.</p>
+<p class="i2">Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Effets désastreux du <i>maximum</i>.</p>
+<p class="i2">Détails économiques. VI, 270 et suiv.</p>
+<p class="i2">Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est aboli. VII, 244-248.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.</p>
+<p class="i2">Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable.</p>
+<p class="i2">Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France,</p>
+<p class="i2">et <i>faux Moniteurs</i> que les Prussiens font imprimer. Les Français</p>
+<p class="i2">l'évacuent. 312-320.</p>
+<p class="i2">Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. VII, 355 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209.</p>
+<p class="i2">Est nommé directeur. 294.</p>
+<p class="i2">Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238.</p>
+<p class="i2">(Voy. <i>Larévellière</i> et <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une</p>
+<p class="i2">effervescence universelle. I, 124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.</p>
+<p class="i2">Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est</p>
+<p class="i2">étouffée. 189-191.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres</p>
+<p class="i2">se retirent successivement. I, 250-251.</p>
+<p class="i2">Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions parmi les membres du ministère. 53-55.</p>
+<p class="i2">Renouvellement du ministère. 62-63.</p>
+<p class="i2">La division s'y établit. 80 et suiv.</p>
+<p class="i2">Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103.</p>
+<p class="i2">Des ministres feuillans le composent. 106.</p>
+<p class="i2">Sa réorganisation après le 10 août. 263-264.</p>
+<p class="i2">Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284.</p>
+<p class="i2">Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont</p>
+<p class="i2">nommés. VIII, 17.</p>
+<p class="i2">Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent.</p>
+<p class="i2">Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa</p>
+<p class="i2">majorité. IX, 200-211.</p>
+<p class="i2">Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X,</p>
+<p class="i2">347-348.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38.</p>
+<p class="i2">Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49.</p>
+<p class="i2">Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force.</p>
+<p class="i2">67.</p>
+<p class="i2">Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.</p>
+<p class="i2">Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière</p>
+<p class="i2">députation envoyée au roi. 101.</p>
+<p class="i2">Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116.</p>
+<p class="i2">Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151.</p>
+<p class="i2">Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la</p>
+<p class="i2">banqueroute. 155-156;</p>
+<p class="i2">Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Necker. 182.</p>
+<p class="i2">Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201.</p>
+<p class="i2">Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion</p>
+<p class="i2">de l'état. 209.</p>
+<p class="i2">Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212.</p>
+<p class="i2">Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la</p>
+<p class="i2">guerre. 223-224.</p>
+<p class="i2">Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des</p>
+<p class="i2">5 et 6 octobre. 244.</p>
+<p class="i2">Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie.</p>
+<p class="i2">253 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa mort. 272-275.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212,</p>
+<p> A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est</p>
+<p class="i2">destitué. I, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16.</p>
+<p class="i2">Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.</p>
+<p class="i2">195.</p>
+<p class="i2">Fuite en Flandre. 281-282.</p>
+<p class="i2">Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février.</p>
+<p class="i2">III, 322 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire</p>
+<p class="i2">et de montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII,</p>
+<p class="i2">228-233 et suiv.</p>
+<p class="i2">Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.</p>
+<p class="i2">Supplice des autres. 237 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II,</p>
+<p class="i2">15-16.</p>
+<p class="i2">Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47.</p>
+<p class="i2">Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui</p>
+<p class="i2">continue le commandement des troupes. III, 62.</p>
+<p class="i2">Il intimide Genève. 66.</p>
+<p class="i2">Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de</p>
+<p class="i2">Pichegru. VIII, 125.</p>
+<p class="i2">Passe le Rhin. 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p>
+<p class="i2">Il entre en Bavière. 302.</p>
+<p class="i2">Sa belle retraite. 321-326.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne</p>
+<p class="i2">trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297.</p>
+<p class="i2">Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet.</p>
+<p class="i2">Ses premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez</p>
+<p class="i2"><i>Guerre</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91.</p>
+<p class="i2">Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en</p>
+<p class="i2">quelques heures. 99.</p>
+<p class="i2">Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. <i>Roger-Ducos</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.</p>
+<p class="i2">Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes</p>
+<p class="i2">entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. <i>Maillard</i>.)</p>
+<p class="i2">Donne sa démission, perd sa popularité. 185.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin.</p>
+<p class="i2">II, 144.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est</p>
+<p class="i2">conclu. VIII, 212-213.</p>
+<p class="i2">La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348.</p>
+<p class="i2">Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et</p>
+<p class="i2">suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Conquête de ce royaume par les Français. 113-119.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.</p>
+<p class="i2">Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8.</p>
+<p class="i2">Il est exilé. 11.</p>
+<p class="i2">Rentre au ministère. 25.</p>
+<p class="i2">Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la</p>
+<p class="i2">noblesse. 52-53.</p>
+<p class="i2">Propose au roi des plans de réforme. 60.</p>
+<p class="i2">Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.</p>
+<p class="i2">Part. <i>Ibid.</i> Son retour est ordonné par le roi. 106.</p>
+<p class="i2">Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville,</p>
+<p class="i2">et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs</p>
+<p class="i2">la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.</p>
+<p class="i2">Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il demande un emprunt de 30 millions. 135.</p>
+<p class="i2">Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du</p>
+<p class="i2">revenu. 155.</p>
+<p class="i2">S'abouche avec Mirabeau. 182.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte.</p>
+<p class="i2">X, 8-9.</p>
+<p class="i2">Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI,</p>
+<p class="i2">8-9.</p>
+<p class="i2">Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX,</p>
+<p class="i2">309-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en</p>
+<p class="i2">commun. (Voy. <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.) Quarante-sept</p>
+<p class="i2">de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70</p>
+<p class="i2">La majorité se réunit le 27 juin. 71-72.</p>
+<p class="i2">Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82.</p>
+<p class="i2">Abdique ses priviléges. 125-126.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 191-192.</p>
+<p class="i2">Se divise dans ses plans en deux partis. 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11.</p>
+<p class="i2">Elle est convoquée de nouveau. 27.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour tout</p>
+<p class="i2">le Midi. VI, 148-149.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18.</p>
+<p class="i2">Accusé de cabales. 38.</p>
+<p class="i2">Son caractère. 39-40.</p>
+<p class="i2">Il se mêle aux députés du tiers, 43.</p>
+<p class="i2">Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79.</p>
+<p class="i2">Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors</p>
+<p class="i2">d'accusation. 243 et suiv.</p>
+<p class="i2">Refuse la régence. 300 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est insulté au château. II, 49-50.</p>
+<p class="i2">Est nommé député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son</p>
+<p class="i2">bannissement. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il vote la mort de son parent. 253.</p>
+<p class="i2">Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états</p>
+<p class="i2">généraux. I, 41-42.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences.</p>
+<p class="i2">X, 247 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération,</p>
+<p class="i2">son activité. III, 111-112.</p>
+<p class="i2">Son penchant pour les jacobins. 133.</p>
+<p class="i2">Ses bureaux. 150.</p>
+<p class="i2">Disgracié. 275.</p>
+<p class="i2">Nommé maire de Paris. 305.</p>
+<p class="i2">Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus</p>
+<p class="i2">grands rassemblemens populaires. I, 79.</p>
+<p class="i2">Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144.</p>
+<p class="i2">Fait une adresse à la commune. 145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à</p>
+<p class="i2">Vérone le 15 avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à</p>
+<p class="i2">l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9.</p>
+<p class="i2">Position du parlement après l'assemblée des notables. 15.</p>
+<p class="i2">Il est mandé à Versailles. 16.</p>
+<p class="i2">Exilé à Troyes. <i>Ibid.</i> Rappelé le 10 septembre. 17.</p>
+<p class="i2">Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la</p>
+<p class="i2">convocation des états-généraux dans cinq ans. 18.</p>
+<p class="i2">Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois</p>
+<p class="i2">constitutives de l'état. 20-21.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,</p>
+<p class="i2">265-266.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,</p>
+<p class="i2">117-118.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Exigence des partis après le 10 août, 270-271.</p>
+<p class="i2">Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv.</p>
+<p class="i2">343 et suiv.</p>
+<p class="i2">Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la</p>
+<p class="i2">réaction de thermidor. VII, 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par</p>
+<p class="i2">le 9 thermidor. 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.</p>
+<p class="i2">Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en</p>
+<p class="i2">Italie (an VII). X, 220 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se</p>
+<p class="i2">réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792.</p>
+<p class="i2">Conséquence de cette déclaration. II, 180.</p>
+<p class="i2">Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de</p>
+<p class="i2">toutes parts. 188 et suiv.</p>
+<p class="i2">On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration.</p>
+<p class="i2">X, 279 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;</p>
+<p class="i2">du 12 germinal. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent.</p>
+<p class="i2">182 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur</p>
+<p class="i2">insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.</p>
+<p class="i2">231.</p>
+<p class="i2">Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial.</p>
+<p class="i2">249 et suiv.</p>
+<p class="i2">La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353.</p>
+<p class="i2">Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795).</p>
+<p class="i2">VIII, 52-53.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99.</p>
+<p class="i2">Leur société est dissoute. 99.</p>
+<p class="i2">Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.</p>
+<p class="i2">L'insurrection échoue. 257-261-262.</p>
+<p class="i2">Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor.</p>
+<p class="i2">IX, 401 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de</p>
+<p class="i2">Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,</p>
+<p class="i2">268-269 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs</p>
+<p class="i2">journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer,</p>
+<p class="i2">d'une réconciliation. 277-279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la</p>
+<p class="i2">reprend. VIII, 190-192.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires</p>
+<p class="i2">pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I,</p>
+<p class="i2">289.</p>
+<p class="i2">Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite.</p>
+<p class="i2">II, 122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140.</p>
+<p class="i2">Sa conversation avec le roi. 143.</p>
+<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions, 177.</p>
+<p class="i2">Est réintégré par l'assemblée. 184.</p>
+<p class="i2">La foule crie: <i>Vive Pétion! Pétion ou la mort!</i> 186.</p>
+<p class="i2">Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de</p>
+<p class="i2">Paris. 226-227.</p>
+<p class="i2">Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234.</p>
+<p class="i2">Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état</p>
+<p class="i2">d'arrestation. 244.</p>
+<p class="i2">Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270.</p>
+<p class="i2">Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274.</p>
+<p class="i2">Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. IV, 190.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V,</p>
+<p class="i2">306-307.</p>
+<p class="i2">Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de son accusation 329 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 389.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 398-411.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60.</p>
+<p class="i2">Il passe la Meuse. 315.</p>
+<p class="i2">Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12</p>
+<p class="i2">germinal. 117-119 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commandant de l'armée du Rhin. 253.</p>
+<p class="i2">Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Perd son commandement. VIII, 125.</p>
+<p class="i2">Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé député en l'an V par le Jura. 147.</p>
+<p class="i2">Continue ses projets de trahison. 156.</p>
+<p class="i2">Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.</p>
+<p class="i2">216 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.</p>
+<p class="i2">Il est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161.</p>
+<p class="i2">Traité de paix avec ce royaume. 268.</p>
+<p class="i2">Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des</p>
+<p class="i2">troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français;</p>
+<p class="i2">entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est</p>
+<p class="i2">déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.</p>
+<p class="i2">Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la</p>
+<p class="i2">guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.</p>
+<p class="i2">S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795.</p>
+<p class="i2">Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses négociations illusoires avec la France. 120-121.</p>
+<p class="i2">Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du</p>
+<p class="i2">directoire. VIII, 101.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement</p>
+<p class="i2">de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette</p>
+<p class="i2">journée. VII, 205-225.</p>
+<p class="i2">Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg</p>
+<p class="i2">Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.</p>
+<p class="i2">30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois</p>
+<p class="i2">directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. <i>Prairial</i>,</p>
+<p class="i2"><i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794.</p>
+<p class="i2">VI, 326 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III,</p>
+<p class="i2">3 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.</p>
+<p class="i2">Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142.</p>
+<p class="i2">Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à</p>
+<p class="i2">Notre-Dame. I, 43.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154.</p>
+<p class="i2">Négocie pour la paix. VII, 29-30.</p>
+<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135.</p>
+<p class="i2">Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297.</p>
+<p class="i2">Leur armée se retire. 372.</p>
+<p class="i2">Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations</p>
+<p class="i2">militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.</p>
+<p class="i2">Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de</p>
+<p class="i2">Quiberon, VIII, 23 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv.</p>
+<p class="i2">311.</p>
+<p class="i2">Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de</p>
+<p class="i2">Quiberon. VII, 312 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent</p>
+<p class="i2">lieu en pluviôse an VI. X, 365 et suiv.</p>
+<p class="i2">Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv.</p>
+<p class="i2">Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette</p>
+<p class="i2">catastrophe. 169-172.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795.</p>
+<p class="i2">VII, 46-51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de</p>
+<p class="i2">déclarer la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792.</p>
+<p class="i2">III, 26.</p>
+<p class="i2">Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le</p>
+<p class="i2">directoire. VIII, 84.</p>
+<p class="i2">Mauvais succès de ce papier. 106.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI,</p>
+<p class="i2">383.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses</p>
+<p class="i2">collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans</p>
+<p class="i2">plusieurs départemens. IV, 19.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers.</p>
+<p class="i2">215.</p>
+<p class="i2">Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis</p>
+<p class="i2">des autres directeurs. IX, 4-5.</p>
+<p class="i2">Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185.</p>
+<p class="i2">Il est exclus du directoire par le sort. 185.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;</p>
+<p class="i2">par Jourdan. 238;</p>
+<p class="i2">par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits.</p>
+<p class="i2">I, 167.</p>
+<p class="i2">Combat la proposition de la loi martiale. 186.</p>
+<p class="i2">Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301.</p>
+<p class="i2">Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49.</p>
+<p class="i2">Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.</p>
+<p class="i2">Entrevue avec Barbaroux. 201-202.</p>
+<p class="i2">Sa position après le 10 août. 273.</p>
+<p class="i2">Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet.</p>
+<p class="i2">31-32.</p>
+<p class="i2">Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se défend à la convention. 98 et suiv.</p>
+<p class="i2">Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.</p>
+<p class="i2">209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa politique. 296-299.</p>
+<p class="i2">Il devient membre du comité de salut public. 591.</p>
+<p class="i2">&mdash;Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre</p>
+<p class="i2">les agitateurs. 218 et suiv.</p>
+<p class="i2">Justifie Danton. 224 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI,</p>
+<p class="i2">22-29.</p>
+<p class="i2">On tente de l'assassiner. 100-102.</p>
+<p class="i2">Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal</p>
+<p class="i2">révolutionnaire. 119-123.</p>
+<p class="i2">Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette</p>
+<p class="i2">époque. 154-158.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 180 et suiv.</p>
+<p class="i2">Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie</p>
+<p class="i2">de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des</p>
+<p class="i2">comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et</p>
+<p class="i2">de salut public. 187-193.</p>
+<p class="i2">Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197.</p>
+<p class="i2">Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la</p>
+<p class="i2">convention. 197-198.</p>
+<p class="i2">Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette</p>
+<p class="i2">scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210.</p>
+<p class="i2">Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. Discussion avec la reine. II, 249-250.</p>
+<p class="i2">Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au</p>
+<p class="i2">directoire. X, 240 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X,</p>
+<p class="i2">383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62.</p>
+<p class="i2">Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.</p>
+<p class="i2">Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103.</p>
+<p class="i2">Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.</p>
+<p class="i2">Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83.</p>
+<p class="i2">Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151.</p>
+<p class="i2">Donne sa démission. 273.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.</p>
+<p class="i2">Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée. IV, 190-191.</p>
+<p class="i2">Est condamnée et exécutée. V. 168-469.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation</p>
+<p class="i2">française est insultée. IX, 381-383.</p>
+<p class="i2">Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386.</p>
+<p class="i2">Les Romains se constituent en république, 385 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par</p>
+<p class="i2">Championnet. 109-113.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.</p>
+<p class="i2">I, 283.</p>
+<p class="i2">Il arrive à Varennes. 288.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339.</p>
+<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle.</p>
+<p class="i2">IV. 389.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.</p>
+<p class="i2">Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv.</p>
+<p class="i2">Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial.</p>
+<p class="i2">VII, 323 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues</p>
+<p class="i2">et de ses projets. IX, 18 et suiv.</p>
+<p class="i2">Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de</p>
+<p class="i2">Presle. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où</p>
+<p class="i2">se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181.</p>
+<p class="i2">Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROYOU. Rédacteur de l'<i>Ami du Roi</i>, mis en accusation. II, 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444.</p>
+<p class="i2"> Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en</p>
+<p class="i2">accusation. III, 172 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement</p>
+<p class="i2">révolutionnaire. V, 56 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y</p>
+<p class="i2">fait. 245-246-249.</p>
+<p class="i2">Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Accuse Danton à la convention. 393 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9</p>
+<p class="i2">thermidor. VI, 210.</p>
+<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le</p>
+<p class="i2">procès de Louis XVI. III, 230 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.</p>
+<p class="i2">Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139.</p>
+<p class="i2">Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la</p>
+<p class="i2">déchéance de Louis XVI. II, 226.</p>
+<p class="i2">Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.</p>
+<p class="i2">La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre</p>
+<p class="i2">Dumouriez. Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv.</p>
+<p class="i2">La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs</p>
+<p class="i2">membres de la convention. IV, 50.</p>
+<p class="i2">Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.</p>
+<p class="i2">La section de la <i>Fraternité</i> dénonce les projets de l'assemblée</p>
+<p class="i2">de la mairie. 121.</p>
+<p class="i2">D'autres l'imitent. 123.</p>
+<p class="i2">Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai.</p>
+<p class="i2">146.</p>
+<p class="i2">Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public.</p>
+<p class="i2">VI. 12-15.</p>
+<p class="i2">On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259.</p>
+<p class="i2">Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition</p>
+<p class="i2">à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.</p>
+<p class="i2">VII, 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions.</p>
+<p class="i2">Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544.</p>
+<p class="i2">Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. <i>Vendémiaire</i>).</p>
+<p class="i2">348-369.</p>
+<p class="i2">La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. 354 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France.</p>
+<p class="i2">Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des</p>
+<p class="i2">prisonniers. II, 312-340.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4.</p>
+<p class="i2"> On les évalue à dix millions. 94.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.</p>
+<p class="i2">Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps</p>
+<p class="i2">constitués de Paris et de la France. 198-199.</p>
+<p class="i2">Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241.</p>
+<p class="i2">L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy.</p>
+<p class="i2"><i>Clergé</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille</p>
+<p class="i2">fédérés. Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le <i>tiers-état</i>. I, 26.</p>
+<p class="i2">Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux</p>
+<p class="i2">autres ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la</p>
+<p class="i2">décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Idées de Sièyes sur la constitution. 141.</p>
+<p class="i2">Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190.</p>
+<p class="i2">Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la</p>
+<p class="i2">convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son projet de loi est voté; 93-95.</p>
+<p class="i2">Refuse d'être directeur. VIII, 10.</p>
+<p class="i2">Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187.</p>
+<p class="i2">Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII,</p>
+<p class="i2">103 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de</p>
+<p class="i2">sections. IV, 139.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI,</p>
+<p class="i2">351-357.</p>
+<p class="i2">Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont</p>
+<p class="i2">fermés. VIII, 99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés</p>
+<p class="i2">dans leurs fonctions. VI, 392.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329.</p>
+<p class="i2">Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son</p>
+<p class="i2">influence dans la société de Paris. IX, 254-257.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90.</p>
+<p class="i2">Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il signe la paix à Saint-Florent. 161.</p>
+<p class="i2">Il est pris et fusillé. VIII, 131-132.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792.</p>
+<p class="i2">III, 182 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les embarras augmentent. 307 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en</p>
+<p class="i2">octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.</p>
+<p class="i2">VI, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII,</p>
+<p class="i2">241-242.</p>
+<p class="i2">Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses</p>
+<p class="i2">dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138.</p>
+<p class="i2">Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.</p>
+<p class="i2">Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se</p>
+<p class="i2">constitue en république. IX, 389-399.</p>
+<p class="i2">Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.</p>
+<p class="i2">Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82.</p>
+<p class="i2">Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25.</p>
+<p class="i2">Leur arrestation est décrétée. 359-360.</p>
+<p class="i2">La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv.</p>
+<p class="i2">Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur leur détention. 136 et suiv.&mdash;</p>
+<p class="i2">Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des</p>
+<p class="i2">détenus. VI, 92 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143.</p>
+<p class="i2">Ils sont élargis. 241 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X,</p>
+<p class="i2">193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. <i>Égypte</i> et <i>Bonaparte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V.</p>
+<p class="i2">IX, 209.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. <i>Thermidor</i>.)</p>
+<p class="i2">Est blessé par un assassin. VI, 290.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI,</p>
+<p class="i2">340 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228.</p>
+<p class="i2">Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution</p>
+<p class="i2">depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.</p>
+<p class="i2">Conséquences de cette journée. 233 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.</p>
+<p class="i2">Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette</p>
+<p class="i2">réaction. VII, 249-251.</p>
+<p class="i2">Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent</p>
+<p class="i2">de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le</p>
+<p class="i2">doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage</p>
+<p class="i2">établi. 44.</p>
+<p class="i2">Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de</p>
+<p class="i2">leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapidité de sa puissance. 50-51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses</p>
+<p class="i2">conditions, ses avantages. IX, 50-55.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.</p>
+<p class="i2">V, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils arment le petit Gibraltar. 253.</p>
+<p class="i2">Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.</p>
+<p class="i2">Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.</p>
+<p class="i2">Les forçats éteignent l'incendie. 261.</p>
+<p class="i2">Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses suites. 218 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX,</p>
+<p class="i2">407.</p>
+<p class="i2">Il sort du directoire en prairial an VII. 232.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention.</p>
+<p class="i2">III, 333 et suiv.</p>
+<p class="i2">On en règle les formes. 338-339.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août.</p>
+<p class="i2">II, 283.</p>
+<p class="i2">Il est installé. IV, 25-26.</p>
+<p class="i2">Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.</p>
+<p class="i2">Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres.</p>
+<p class="i2">398-412.</p>
+<p class="i2">Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv.</p>
+<p class="i2">Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les</p>
+<p class="i2">procédures de ce temps. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions. 235.</p>
+<p class="i2">Est remis en activité. 260.</p>
+<p class="i2">Est définitivement aboli. VII, 240.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TROUVÉ. (Voy. <i>Cisalpine</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7.</p>
+<p class="i2">Il échoue dans ses réformes. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires </p>
+<p class="i2">exagérés. V, 236.</p>
+<p class="i2">Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238.</p>
+<p class="i2">Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent.</p>
+<p class="i2">360-371.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV,</p>
+<p class="i2">320-323.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348.</p>
+<p class="i2">La réunion Corrazza. 351.</p>
+<p class="i2">Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 126.</p>
+<p class="i2">Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde</p>
+<p class="i2">insurrection. 170.</p>
+<p class="i2">Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés.</p>
+<p class="i2">II, 36.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de</p>
+<p class="i2">la guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000</p>
+<p class="i2">hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se</p>
+<p class="i2">mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88.</p>
+<p class="i2">L'insurrection devient générale. 89 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.</p>
+<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. 263-263.</p>
+<p class="i2">Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an</p>
+<p class="i2">IV. 126-132-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés</p>
+<p class="i2">français. IV, 88.</p>
+<p class="i2">Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93.</p>
+<p class="i2">Suite de leurs succès. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur.</p>
+<p class="i2">234-236.</p>
+<p class="i2">Ils sont repoussés à Nantes. 252-254.</p>
+<p class="i2">Suite de leur guerre. 300 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15.</p>
+<p class="i2">Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19.</p>
+<p class="i2">Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2</p>
+<p class="i2">septembre. 36 et suiv.</p>
+<p class="i2">Divisions parmi les chefs. 39-40.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre. 40 et suiv.</p>
+<p class="i2">Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée.</p>
+<p class="i2">46-47.</p>
+<p class="i2">Continuation de la guerre. 66 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont défaits à Cholet. 118-121.</p>
+<p class="i2">Différens combats en octobre, novembre et décembre 93.</p>
+<p class="i2">Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292.</p>
+<p class="i2">État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322.</p>
+<p class="i2">Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,</p>
+<p class="i2">32-34.</p>
+<p class="i2">Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la</p>
+<p class="i2">république. 40-45.</p>
+<p class="i2">Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Quelques chefs signent la paix. 145-146.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12.</p>
+<p class="i2">Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la</p>
+<p class="i2">Convention. VII, 348-369.</p>
+<p class="i2">Suites de cette journée. 370 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée</p>
+<p class="i2">française. VIII, 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX,</p>
+<p class="i2">72-85.</p>
+<p class="i2">Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états</p>
+<p class="i2">vénitiens. 94 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui</p>
+<p class="i2">l'amènent. 116-131.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. II, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.</p>
+<p class="i2">Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.</p>
+<p class="i2">Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des</p>
+<p class="i2">Douze. 164 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et</p>
+<p class="i2">l'étranger. 470.</p>
+<p class="i2">Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.</p>
+<p class="i2">Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie.</p>
+<p class="i2">158-159.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 190.</p>
+<p class="i2">Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la</p>
+<p class="i2">vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de</p>
+<p class="i2">Brienne pour ministre. I, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le</p>
+<p class="i2">général Chabran. IX, 107-113.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles.</p>
+<p class="i2">Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.</p>
+<p class="i2">Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,</p>
+<p class="i2">142-143-146 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le veto suspensif est déclaré. 148-149.</p>
+<p class="i2">Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et</p>
+<p class="i2">l'empereur. X, 76-77 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins.</p>
+<p class="i2">Morceaux cités. V, 307 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres morceaux cités. 322 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres passages, 355 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I,</p>
+<p class="i2">267.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son</p>
+<p class="i2">caractère. V, 338-339.</p>
+<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303.</p>
+<p class="i2">Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna.</p>
+<p class="i2">Détails sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330.</p>
+ </div> </div>
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+
+<h4>FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</h4>
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+<p class="milieu"><a href="images/map_large.png">Agrandissement (2000x1938 pixels)</a></p>
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+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 ***</div>
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