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DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE +DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE; +PRISE DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS. +BATAILLE DES PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX +ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE +COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, DESTRUCTION DE LA FLOTTE +FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS.</p> + + +<p>Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI +(9 mai 1798). Sa présence réjouit l'armée, qui commençait +à murmurer et à craindre qu'il ne fût pas +à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée +d'Italie. Elle était riche, couverte de gloire, et on +pouvait dire d'elle, que sa <i>fortune était faite</i>. Aussi +avait-elle beaucoup moins de zèle à faire la guerre, +et il fallait toute la passion que lui inspirait son +général, pour la décider à s'embarquer et à courir +vers une destination inconnue. Cependant elle fut +saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y +avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ +Bonaparte, sans lui expliquer sa destination, lui +adressa la proclamation suivante:</p> + +<blockquote><p> +«SOLDATS!</p> + +<p>«Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. +Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, +de siége; il vous reste à faire la guerre maritime.</p> + +<p>«Les légions romaines, que vous avez quelquefois +imitées, mais pas encore égalées, combattaient +Carthage tour à tour sur cette mer et aux +plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, +parce que constamment elles furent braves +patientes à supporter la fatigue, disciplinées et +unies entre elles.</p> + +<p>«Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous +avez de grandes destinées à remplir, des batailles +à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre; vous +ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité +de la patrie, le bonheur des hommes, et votre +propre gloire.</p> + +<p>«Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, +soyez unis; souvenez-vous que le jour +d'une bataille vous avez besoin les uns des autres.</p> + +<p>«Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; +aujourd'hui la plus grande sollicitude de +la république est pour vous: vous serez dignes de +l'armée dont vous faites partie.</p> + +<p>«Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, +la république l'arbitre de l'Europe, veut +qu'elle le soit des mers et des nations les plus +lointaines.» +</p></blockquote> + +<p>On ne pouvait pas annoncer plus dignement une +grande entreprise, en la laissant toujours dans le +mystère qui devait l'envelopper.</p> + +<p>L'escadre de l'amiral Brueys se composait de +treize vaisseaux de ligne, dont un de 120 canons +(c'était <i>l'Orient</i>, que devaient monter l'amiral et le +général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y +avait de plus deux vaisseaux vénitiens de 64 canons, +six frégates vénitiennes et huit françaises, +soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes +canonnières, petits navires de toute espèce. +Les transports réunis tant à Toulon qu'à Gênes, +Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre cents. +C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter +à la fois sur la Méditerranée. Jamais pareil armement +n'avait couvert les mers. La flotte portait environ +quarante mille hommes de toutes armes et +dix mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, +des vivres pour deux.</p> + +<p>On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit +du canon, aux acclamations de toute l'armée. Des +vents violens causèrent quelque dommage à une +frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient +causé de telles avaries à Nelson, qui croisait avec +trois vaisseaux, qu'il fut obligé d'aller au radoub +dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi éloigné de l'escadre +française, et ne la vit pas sortir. La flotte +vogua d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi +réuni dans ce port, sous les ordres du général Baraguai-d'Hilliers. +Elle cingla ensuite vers la Corse, +rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres +de Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour +se réunir au convoi de Civita-Vecchia, qui était +sous les ordres de Desaix. Le projet de Bonaparte +était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant +une entreprise audacieuse dont il avait de longue +main préparé le succès par des trames secrètes. Il +voulait s'emparer de cette île, qui, commandant la +navigation de la Méditerranée, devenait importante +pour l'Égypte, et qui ne pouvait manquer d'échoir +bientôt aux Anglais, si on ne les prévenait.</p> + +<p>L'ordre des chevaliers de Malte était comme +toutes les institutions du moyen-âge: il avait perdu +son objet, et dès lors sa dignité et sa force. Il n'était +plus qu'un abus, profitable seulement à ceux +qui l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, +en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne, +des biens considérables, qui leur avaient +été donnés par la piété des fidèles pour protéger +les chrétiens allant visiter les saints lieux. Maintenant +qu'il n'y avait plus de pèlerinages de cette espèce, +le rôle et le devoir des chevaliers étaient de +protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques, +et de détruire l'infame piraterie qui infeste +la Méditerranée. Les biens de l'ordre suffisaient +à l'entretien d'une marine considérable; mais +les chevaliers ne s'occupaient aucunement à en +former une: ils n'avaient que deux ou trois vieilles +frégates, ne sortant jamais du port, et quelques +galères qui allaient donner et recevoir des fêtes +dans les ports d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, +placés dans toute la chrétienté, dévoraient +dans le luxe et l'oisiveté les revenus de l'ordre. Il +n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux +Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus +aucun intérêt. En France on lui avait enlevé ses +biens, et Bonaparte les avait fait saisir en Italie, +sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur. +On a vu que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer +des intelligences dans Malte. Il avait gagné +quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider +par un coup d'audace, et de les obliger à se +rendre; car il n'avait ni le temps ni les moyens d'une +attaque régulière contre une place réputée imprenable. +L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait +ses dangers en voyant les escadres françaises +dominer dans la Méditerranée, s'était mis sous la +protection de Paul Ier.</p> + +<p>Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre +la division de Civita-Vecchia; il ne put la joindre +qu'à Malte même. Les cinq cents voiles françaises +se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9 juin), +vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette +vue répandit le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, +pour avoir un prétexte de s'arrêter, et +pour faire naître un sujet de contestation, demanda +au grand-maître la faculté de faire de l'eau. +Le grand-maître, Ferdinand de Hompesch, fit répondre +par un refus absolu, alléguant les réglemens, +qui ne permettaient pas d'introduire à la +fois plus de deux vaisseaux appartenant à des puissances +belligérantes. On avait autrement accueilli +les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte +dit que c'était là une preuve de la plus insigne +malveillance, et sur-le-champ fit ordonner un débarquement. +Le lendemain, 22 prairial (10 juin), +les troupes françaises débarquèrent dans l'île, et +investirent complètement Lavalette, qui compte +trente mille âmes à peu près de population, et qui +est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte +fit débarquer de l'artillerie pour canonner +les forts. Les chevaliers répondirent à son feu, +mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il +y en eut un grand nombre de pris. Le désordre se +mit alors à l'intérieur. Quelques chevaliers de la +langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient +pas se battre contre leurs compatriotes. On en jeta +quelques-uns dans les cachots. Le trouble était +dans les têtes; les habitans voulaient qu'on se rendît. +Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et +qui se souvenait de la générosité du vainqueur de +Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses intérêts du +naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers +français qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte +pour négocier. Le traité fut bientôt arrêté. Les +chevaliers abandonnèrent à la France la souveraineté +de Malte et des îles en dépendant; en retour, +la France promit son intervention au congrès de +Rastadt, pour faire obtenir au grand-maître une +principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura +une pension viagère de 300,000 francs et une +indemnité de 600,000 francs comptant. Elle accorda +à chaque chevalier de la langue française +700 fr. de pension, et 1,000 pour les sexagénaires; +elle promit sa médiation pour que ceux des autres +langues fussent mis en jouissance des biens de +l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent +les conditions au moyen desquelles la France entra +en possession du premier port de la Méditerranée, +et de l'un des plus forts du monde. Il fallait +l'ascendant de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; +il fallait son audace pour oser y perdre +quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite. +Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en +parcourant la place dont il admirait les fortifications, +dit ce mot: <i>Nous sommes bien heureux +qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en +ouvrir les portes.</i></p> + +<p>Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois +mille hommes de garnison; il y plaça Régnault +(de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire +civil. Il fit tous les règlemens administratifs +qui étaient nécessaires pour l'établissement du régime +municipal dans l'île, et il mit sur-le-champ +à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte.</p> + +<p>Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une +relâche de dix jours. L'essentiel maintenant, était +de ne pas rencontrer les Anglais. Nelson, radoubé +aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent +un renfort de dix vaisseaux de ligne et de +plusieurs frégates, ce qui lui formait une escadre +de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques +vaisseaux de moindre importance. Il était revenu +le 13 prairial (1er juin) devant Toulon; mais l'escadre +française en était sortie depuis douze jours. +Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon, +et de la rade du Tagliamon à Naples, où il était +arrivé le 2 messidor (20 juin), au moment même +où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les +Français avaient paru vers Malte, il les suivait, +disposé à les attaquer s'il parvenait à les joindre.</p> + +<p>Sur toute l'escadre française, on était prêt au +combat. La possibilité de rencontrer les Anglais +était présente à tous les esprits et n'effrayait personne. +Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau +de ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on +habituait tous les jours à la manoeuvre du canon, +et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux +si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était +fait un principe sur la tactique maritime, c'est que +chaque vaisseau ne devait avoir qu'un but, celui +d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. +Des ordres étaient donnés en conséquence, +et il comptait sur la bravoure des troupes d'élite +placées à bord des vaisseaux. Ces précautions +prises, il cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet +homme qui, suivant d'absurdes détracteurs, craignait +les hasards de la mer, s'abandonnait tranquillement +à la fortune, au milieu des flottes anglaises, +et avait eu l'audace de perdre quelques +jours à Malte pour en faire la conquête. La gaieté +régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement +où l'on allait, mais le secret commençait à se répandre, +et on attendait avec impatience la vue des +rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les savans, +les officiers-généraux qui étaient à bord de <i>l'Orient</i>, +se réunissaient chez le général en chef, et là commençaient +les ingénieuses et savantes discussions +de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre anglaise +ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi +français, et de part et d'autre on l'ignora. Nelson +commençant à supposer que les Français s'étaient +dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie, et +les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il +vola vers les Dardanelles, pour tâcher de les y +rencontrer. Par un bonheur singulier, l'expédition +française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain, +13 messidor (1er juillet). Il y avait un +mois et demi à peu près qu'elle était sortie de +Toulon.</p> + +<p>Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul +français. Il apprit que les Anglais avaient paru +l'avant-veille, et les jugeant dans les parages voisins, +il voulut tenter le débarquement à l'instant +même. On ne pouvait pas entrer dans le port +d'Alexandrie, car la place paraissait disposée à se +défendre; il fallait descendre à quelque distance, +sur la plage voisine, à une anse dite du Marabout. +Le vent soufflait violemment, et la mer se brisait +avec furie sur les récifs de la côte. C'était vers la +fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut +aborder sur-le-champ. Il descendit le premier dans +une chaloupe; les soldats demandaient à grands +cris à le suivre à la côte. On commença à mettre +les embarcations à la mer, mais l'agitation des +flots les exposait à chaque instant à se briser les +unes contre les autres. Enfin, après de grands +dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile +parut à l'horizon; on crut que c'était une voile +anglaise: «<i>Fortune</i>, s'écria Bonaparte, <i>tu m'abandonnes! +quoi! pas seulement cinq jours!</i>» La fortune +ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate +française qui rejoignait. On eut beaucoup de peine +à débarquer quatre ou cinq mille hommes, dans +la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher +sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre +la place, et de ne pas donner aux Turcs le +temps de faire des préparatifs de défense. On se +mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un +cheval de débarqué; l'état-major, Bonaparte et Caffarelli +lui-même, malgré sa jambe de bois, firent +quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent +à la pointe du jour en vue d'Alexandrie.</p> + +<p>Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus +ses magnifiques édifices, ses innombrables demeures, +sa grande population; elle était ruinée +aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens, +les négocians européens habitaient dans la ville moderne, +qui était la seule partie conservée. Quelques +Arabes vivaient dans les décombres de la cité antique; +une vieille muraille flanquée de quelques tours +enfermait la nouvelle et l'ancienne ville, et tout +autour régnaient les sables qui, en Égypte, s'avancent +partout où la civilisation recule.</p> + +<p>Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte, +y arrivèrent à la pointe du jour: ils ne rencontrèrent +sur cette plage de sable qu'un petit +nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de +fusil, s'enfoncèrent dans le désert. Bonaparte partagea +ses soldats en trois colonnes: Bon, avec la première, +marcha à droite, vers la porte de Rosette; +Kléber, avec la seconde, marcha au centre vers la +porte de la Colonne; Menou, avec la troisième, +s'avança à gauche vers la porte des Catacombes. +Les Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière +un mur, firent un feu bien nourri; mais les Français +montèrent avec des échelles, et franchirent la +vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé +d'une balle au front. On chassa les Arabes de ruine +en ruine, jusqu'à la ville nouvelle. Le combat allait +se prolonger de rue en rue, et devenir meurtrier; +mais un capitaine turc servit d'intermédiaire +pour négocier un accord. Bonaparte déclara qu'il +ne venait point pour ravager le pays, ni l'enlever +au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire +à la domination des Mameluks, et venger les +outrages que ceux-ci avaient faits à la France. Il +promit que les autorités du pays seraient maintenues, +que les cérémonies du culte continueraient +d'avoir lieu comme par le passé, que les propriétés +seraient respectées, etc..... Moyennant ces conditions, +la résistance cessa: les Français furent +maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce +temps, l'armée avait achevé de débarquer. Il s'agissait +maintenant de mettre l'escadre à l'abri, soit +dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de +créer à Alexandrie une administration conforme +aux moeurs du pays, et d'arrêter un plan d'invasion +pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment, +les dangers de la mer et d'une rencontre avec les +Anglais étaient passés; les plus grands obstacles +étaient vaincus avec ce bonheur qui semble toujours +accompagner la jeunesse d'un grand homme.</p> + +<p>L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder, +est le pays le plus singulier, le mieux situé, et +l'un des plus fertiles de la terre. Sa position est +connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un +isthme de quelques lieues, qu'on appelle l'isthme +de Suez, et qui, s'il était coupé, donnerait accès +de la Méditerranée dans la mer de Indes, dispenserait +les navigateurs d'aller à des distances immenses, +et au milieu des tempêtes, doubler le cap +de Bonne-Espérance. L'Égypte est placée parallèlement +à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est +la maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui, +chez les anciens et dans le moyen-âge, pendant la +prospérité des Vénitiens, était l'intermédiaire du +commerce de l'Inde. Telle est sa position entre +l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et +sa forme ne sont pas moins extraordinaires. Le +Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend sa +source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six +cents lieues dans les déserts de l'Afrique, puis entre +en Égypte, ou plutôt y tombe, en se précipitant +des cataractes de Syène, et parcourt encore deux +cents lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent +toute l'Égypte. C'est une vallée de deux cents lieues +de longueur, sur cinq à six lieues de largeur. Des +deux côtés elle est bordée par un océan de sables. +Quelques chaînes de montagnes, basses, arides et +déchirées, sillonnent tristement ces sables, et projettent +à peine quelques ombres sur leur immensité. +Les unes séparent le Nil de la mer Rouge, +les autres le séparent du grand désert, dans lequel +elles vont se perdre. Sur la rive gauche du Nil, à +une certaine distance dans le désert, serpentent +deux langues de terre cultivable, qui font exception +aux sables, et se couvrent d'un peu de verdure. +Ce sont les <i>oasis</i>, espèces d'îles végétales, au +milieu de l'océan des sables. Il y en a deux, la +grande et la petite. Un effort des hommes, en y +jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles +provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la +mer, le Nil se partage en deux branches, qui vont +tomber à soixante lieues l'une de l'autre, dans la +Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à +Damiette. On connaissait autrefois sept bouches +au Nil; on les aperçoit encore, mais il n'y en a +plus que deux de navigables. Le triangle formé par +ces deux grandes branches et par la mer a soixante +lieues à sa base et cinquante sur ses côtés; il s'appelle +le Delta. C'est la partie la plus fertile de +l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus +coupée de canaux. Le pays tout entier se divise en +trois parties, le Delta ou Basse-Égypte, qu'on +appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle +Ouestanieh; la Haute-Égypte, qu'on appelle +le Saïd.</p> + +<p>Les vents étésiens soufflant d'une manière constante +du nord au sud, pendant les mois de mai, +juin et juillet, entraînent tous les nuages formés +à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner +un seul sur cette contrée toujours sereine, et les +portent vers les monts d'Abyssinie. Là ces nuages +s'agglomèrent, se précipitent en pluie pendant les +mois de juillet, août et septembre, et produisent +le phénomène célèbre des inondations du Nil. +Ainsi, cette terre reçoit par les débordemens du +fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il n'y +pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient +pestilentiels sous le ciel de l'Europe, ne +produisent pas en Égypte une seule fièvre. Le Nil, +après son inondation, laisse un limon fertile, qui +est la seule terre cultivable sur ces bords, et qui +produit ces abondantes moissons consacrées autrefois +à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est +étendue, plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires +de cette terre, nivelée tous les ans par +les eaux, se la partagent tous les ans par l'arpentage. +Aussi l'arpentage est-il un grand art en +Égypte. Des canaux pourraient étendre l'inondation, +et auraient l'avantage de diminuer la rapidité +des eaux, de les faire séjourner plus long-temps, +et d'étendre la fertilité aux dépens du désert. +Nulle part le travail de l'homme ne pourrait avoir +de plus salutaires effets; nulle part la civilisation +ne serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se +disputent l'Égypte, et c'est la civilisation qui donnerait +au Nil le moyen de vaincre le désert et de le +faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait +autrefois vingt millions d'habitans, sans compter +les Romains. Elle était à peine capable d'en nourrir +trois millions quand les Français y entrèrent.</p> + +<p>L'inondation finit à peu près en septembre. +Alors commencent les travaux des champs. Pendant +les mois d'octobre, novembre, décembre, +janvier, février, la campagne d'Égypte présenté +un aspect ravissant de fertilité et de fraîcheur. Elle +est couverte alors des plus riches moissons, émaillée +de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux. +En mars les chaleurs commencent; la terre se gerce +si profondément, qu'il est quelquefois dangereux +de la traverser à cheval. Les travaux des champs +sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes +les richesses de l'année. Outre les blés, l'Égypte +produit les meilleurs riz, les plus beaux légumes, +le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le +lin, le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse +abondance. Il lui manque des huiles; mais +elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui manque le +tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés, +dans la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de +bois, car la grande végétation ne peut pas pousser +sur ce limon annuel que le Nil dépose sur un fond +de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers +sont les seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois +on brûle la bouse de vache. L'Égypte nourrit d'immenses +troupeaux. Les volailles de toute espèce y +fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres +dans le monde par leur beauté, leur vivacité, +leur familiarité avec leurs maîtres, et cet +utile chameau, qui peut manger et boire pour +plusieurs jours, dont le pied enfonce sans fatigue +dans les sables mouvans, et qui est comme un +navire vivant pour traverser la mer des sables.</p> + +<p>Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables +caravanes, qui abordent comme des flottes des deux +côtés du désert. Les unes viennent de la Syrie et +de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de +Barbarie. Elles apportent tout ce qui est propre aux +pays du soleil, l'or, l'ivoire, les plumes, les schalls +inimitables, les parfums, les gommes, les aromates +de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les esclaves. +Le Caire devient un entrepôt magnifique +des plus belles productions du globe, de celles que +le génie si puissant des occidentaux ne pourra jamais +imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont +leur goût délicat les rendra toujours avides. Aussi +le commerce de l'Inde est-il le seul dont les progrès +des peuples n'amèneront jamais la fin. Il ne serait +donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste +militaire, pour aller détruire violemment le commerce +des Anglais. Il suffirait d'y établir un entrepôt, +avec la sûreté, les lois et les commodités européennes, +pour attirer les richesses du monde.</p> + +<p>La population qui occupe l'Égypte est, comme +les ruines des cités qui la couvrent, un amas des +débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens +habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de +l'Égypte sur les Cophtes, des Turcs conquérans sur +les Arabes, telles sont les races dont les débris pullulent +misérablement sur une terre dont ils sont +indignes. Les Cophtes, quand les Français y entrèrent, +étaient deux cent mille au plus. Méprisés, +pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes +les classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les +Arabes formaient la masse presque entière de la +population; ils descendaient des compagnons de +Mahomet. Leur condition était infiniment variée; +quelques-uns, de haute naissance, faisant remonter +leur origine jusqu'à Mahomet lui-même, grands +propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe, +réunissant à la noblesse les fonctions du culte et +de la magistrature, étaient, sous le titre de scheiks, +les véritables grands de l'Égypte. Dans les divans, +ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient +s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient +des espèces d'universités, où ils enseignaient +la religion, la morale du Koran, un peu de +philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée +de Jemil-Azar était le premier corps savant +et religieux de l'Orient. Après ces grands, venaient +les moindres propriétaires, composant la seconde +et la plus nombreuse classe des Arabes; puis les +prolétaires, qui étaient tombés dans la situation de +véritables ilotes. Ces derniers étaient des paysans +à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et +vivant dans la misère et l'abjection. Il y avait une +quatrième classe d'Arabes, c'étaient les Bédouins +ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu s'attacher +à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés +sur des chevaux ou des chameaux, conduisant devant +eux des troupeaux nombreux, ils erraient, +cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou +venant annuellement ensemencer les lisières de +terre cultivable, placées sur le bord de l'Égypte. +Leur métier était d'escorter les caravanes ou de +prêter leurs chameaux pour les transports. Mais, +brigands sans foi, ils pillaient souvent les marchands +qu'ils escortaient ou auxquels ils prêtaient leurs +chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité +qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables, +ils se précipitaient sur cette vallée du Nil, +qui, large seulement de cinq lieues, est si facile à +pénétrer; ils pillaient les villages, et, remontant +sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans +le fond du désert. La négligence turque laissait +leurs ravages presque toujours impunis, et ne luttait +pas mieux contre les brigands du désert qu'elle +ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, +divisés en tribus sur les deux côtés de la vallée, +étaient au nombre de cent ou cent vingt mille, +et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, +braves, mais bons pour harceler l'ennemi, jamais +pour le combattre.</p> + +<p>La troisième race enfin était celle des Turcs; mais +elle était aussi peu nombreuse que les Cophtes, +c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent mille individus +au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. +Les Turcs, venus depuis la dernière conquête +des sultans de Constantinople, étaient presque +tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on +sait qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces +listes que pour avoir les privilèges des janissaires, +et qu'un très petit nombre sont réellement au service. +Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la +milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople, +représentait le sultan en Égypte; mais à +peine escorté de quelques janissaires, il avait vu +s'évanouir son autorité par les précautions même +que le sultan Sélim avait prises autrefois pour la +conserver. Ce sultan, jugeant que par son éloignement +l'Égypte pourrait échapper à la domination +de Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile +pourrait s'y créer un empire indépendant, avait +imaginé un contre-poids, en instituant la milice +des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre +les conditions physiques qui rendent un pays dépendant +ou indépendant d'un autre, au lieu du +pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus +indépendans de Constantinople et maîtres de l'Égypte. +Les Mameluks étaient des esclaves achetés +en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans +du Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés +dans l'ignorance de leur origine, dans le goût et la +pratique des armes, ils devenaient les plus braves +et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient +à honneur d'être sans origine, d'avoir été achetés +cher, et d'être beaux et vaillans. Ils avaient vingt-quatre +beys, qui étaient leurs propriétaires et leurs +chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks. +C'était un troupeau qu'ils avaient soin +d'alimenter, et qu'ils transmettaient quelquefois à +leur fils, et plus souvent à leur Mameluk favori, +qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était +servi par deux fellahs. La milice entière se composait +de douze mille cavaliers à peu près, servis par +vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables +maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit +des terres appartenant aux beys, ou du revenu +des impôts établis sous toutes les formes. Les +Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus +ignobles fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs +espions, leurs agens d'affaires; car les abrutis se +mettent toujours au service du plus fort. Les vingt-quatre +beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de +fait. Ils se faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant +les autres, avait une souveraineté viagère. +Il était tout à fait indépendant du pacha représentant +le sultan de Constantinople, le souffrait tout au +plus au Caire dans une sorte de nullité, et souvent +lui refusait le <i>miri</i>, c'est-à-dire l'impôt foncier, qui, +représentant le droit de la conquête, appartenait +à la Porte.</p> + +<p>L'Égypte était donc une véritable féodalité, +comme celle de l'Europe dans le moyen âge; elle +présentait à la fois un peuple conquis, une milice +conquérante, en révolte contre son souverain; enfin +une ancienne classe abrutie, au service et aux +gages du plus fort.</p> + +<p>Deux beys supérieurs aux autres dominaient en +ce moment l'Égypte. L'un, Ibrahim-Bey, riche, astucieux, +puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide, +vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une +espèce de partage d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey +avait les attributions civiles, et Mourad-Bey +les attributions militaires. Celui-ci était chargé des +combats; il y excellait, et il avait l'affection des +Mameluks, tous dévoués à sa personne.</p> + +<p>Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir +le tact et l'adresse du fondateur, et qui avait d'ailleurs +administré assez de pays conquis pour s'en +être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la +politique qu'il avait à suivre en Égypte. Il fallait +d'abord arracher cette contrée à ses véritables +maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette +classe qu'il fallait combattre et détruire par les +armes et la politique. D'ailleurs on avait des raisons +à faire valoir contre eux, car ils n'avaient +cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte, +il fallait paraître ne pas attaquer sa souveraineté, +et affecter au contraire de la respecter. Telle qu'elle +était devenue, cette souveraineté était peu importante. +On pouvait traiter avec la Porte, soit pour +la cession de l'Égypte, en lui faisant certains avantages +ailleurs, soit pour un partage d'autorité qui +n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le Pacha +au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant +de la puissance des Mameluks, on n'avait +pas grand'chose à regretter. Quant aux habitans, +il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable +population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant +les scheiks, en caressant leur vieil orgueil, +en augmentant leur pouvoir, en flattant un désir +secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait +trouvé en Italie, comme on le trouve partout, +celui du rétablissement de l'antique patrie, de la +patrie arabe, on était assuré de dominer le pays +et de se l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant +les propriétés et les personnes, chez un +peuple qui était habitué à regarder la conquête +comme donnant droit de meurtre, de pillage et de +dévastation, on allait causer une surprise des plus +avantageuses à l'armée française; et si, en outre, +on respectait les femmes et le prophète, la conquête +des coeurs était aussi assurée que celle du sol.</p> + +<p>Bonaparte se conduisit d'après ces erremens +aussi justes que profonds. Doué d'une imagination +tout orientale, il lui était facile de prendre le +style solennel et imposant qui convenait à la race +arabe. Il fit des proclamations qui étaient traduites +en arabe et répandues dans le pays. Il écrivit au +pacha: «La république française s'est décidée à +envoyer une puissante armée pour mettre fin +aux brigandages des beys d'Égypte, ainsi qu'elle +a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce +siècle contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, +qui devrais être le maître des beys, et que cependant +ils tiennent au Caire sans autorité et sans +pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir. +Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens +point pour rien faire contre l'alcoran ni le sultan. +Tu sais que la nation française est la seule +et unique alliée que le sultan ait en Europe. Viens +donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race +impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens, +Bonaparte leur adressait ces paroles: «Peuples +d'Égypte, on vous dira que je viens pour détruire +votre religion. Ne le croyez pas; répondez que +je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, +et que je respecte plus que les Mameluks +Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant +de la tyrannie des Mameluks, il disait: «Y a-t-il +une belle terre? elle appartient aux Mameluks. +Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une +belle maison? cela appartient aux Mameluks. Si +l'Égypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail +que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et +miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné +que l'empire des Mameluks finît.» Parlant des sentimens +des Français, il ajoutait: «Nous aussi, nous +sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous +qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait +faire la guerre aux musulmans? N'est-ce pas +nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, +parce que ces insensés croyaient que Dieu voulait +qu'ils fissent la guerre aux musulmans? Trois +fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils +prospéreront dans leur fortune et leur rang. +Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le +temps de nous connaître, et ils se rangeront avec +nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux +qui s'armeront pour les Mameluks et combattront +contre nous! Il n'y aura pas d'espérance +pour eux; ils périront.»</p> + +<p>Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre +une conquête dont les effets sur la civilisation +et le commerce du monde sont incalculables. +Vous porterez à l'Angleterre le coup le +plus sûr et le plus sensible, en attendant que +vous puissiez lui donner le coup de mort.</p> + +<p>«Les peuples avec lesquels nous allons vivre +sont mahométans; leur premier article de foi est +celui-ci: <i>Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et +Mahomet est son prophète</i>. Ne les contredisez +pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec +les Juifs, avec les Italiens. Ayez des égards pour +leurs muphtis et leurs imans, comme vous en +avez eu pour les rabbins et pour les évêques. +Ayez pour les cérémonies que prescrit le Koran, +pour les mosquées, la même tolérance que vous +avez eue pour les couvens, pour les synagogues, +pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ. +Les légions romaines protégeaient toutes les religions. +Vous trouverez ici des usages différens +de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer. +Les peuples chez lesquels nous allons entrer +traitent les femmes autrement que nous. Souvenez-vous +que dans tous les pays, celui qui +viole est un lâche.</p> + +<p>«La première ville que nous rencontrerons a été +bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque +pas de grands souvenirs, dignes d'exciter l'émulation +des Français.»</p> + +<p>Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour +établir l'autorité française à Alexandrie, pour +quitter ensuite le Delta et s'emparer du Caire, capitale +de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil +allait inonder les campagnes. Il voulait arriver au +Caire avant l'inondation, et employer le temps +qu'elle durerait, à faire son établissement. Il ordonna +que tout demeurât dans le même état à +Alexandrie, que les exercices religieux continuassent, +que la justice fût rendue comme avant par +les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits +des Mameluks, et établir un commissaire pour +percevoir les impôts accoutumés. Il fit former un +divan, ou conseil municipal, composé des scheiks +et des notables d'Alexandrie, afin de les consulter +sur toutes les mesures que l'autorité française aurait +à prendre. Il laissa trois mille hommes en garnison +à Alexandrie, et en donna le commandement +à Kléber, que sa blessure devait, pour un mois ou +deux, condamner à l'inaction. Il chargea un jeune +officier du plus rare mérite, et qui promettait un +grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie +en état de défense et d'y faire pour cela les travaux +nécessaires. C'était le colonel Crétin, qui, à peu +de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie +des travaux superbes. Bonaparte donna ensuite +des ordres pour mettre la flotte à l'abri. C'était +une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient +entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission +de marins fut chargée de sonder le port, +et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut +mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte +ordonna à Brueys de faire promptement décider la +question, et de se rendre à Corfou, s'il était reconnu +que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer +dans Alexandrie.</p> + +<p>Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions +pour se mettre en marche. Une flottille considérable +chargée de vivres, d'artillerie, de munitions +et de bagages, dut longer la côte jusqu'à +l'embouchure de Rosette, entrer dans le Nil, et le +remonter en même temps que l'armée française. Il +se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée, +qui, privée des deux garnisons laissées à Malte et +Alexandrie, était forte de trente mille hommes à +peu près. Il avait ordonné à sa flottille de se rendre +à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. +Là il se proposait de la joindre et de remonter le +Nil parallèlement avec elle, afin de sortir du Delta +et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh. +Pour aller d'Alexandrie à <i>Ramanieh</i>, il y avait deux +routes, l'une à travers les pays habités, le long de +la mer et du Nil, l'autre plus courte et à vol d'oiseau, +mais à travers le désert de <i>Damanhour</i>. Bonaparte +n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui +importait d'arriver promptement au Caire. Desaix +marchait avec l'avant-garde; le corps de bataille +suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla +le 18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent +engagés dans cette plaine sans bornes, avec +un sable mouvant sous les pieds, un ciel brûlant +sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant +pour reposer leurs yeux que de rares bouquets de +palmiers, ne voyant d'êtres vivans que de légères +troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et disparaissaient +à l'horizon, et quelquefois se cachaient +derrière des dunes de sable pour égorger les +traînards, ils furent remplis de tristesse. Déjà le +goût du repos leur était venu, après les longues +et opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi +leur général dans une contrée lointaine, parce +que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on leur +avait annoncé une terre promise, de laquelle ils +reviendraient assez riches pour acheter chacun un +champ de six arpens. Mais quand ils virent ce désert, +le mécontentement s'en mêla, et alla même +jusqu'au désespoir. Ils trouvaient tous les puits, +qui de distance en distance jalonnent la route du +désert, détruits par les Arabes. A peine y restait-il +quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très +insuffisante pour étancher leur soif. On leur avait +annoncé qu'ils trouveraient à Damanhour des soulagemens; +ils n'y rencontrèrent que de misérables +huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, +mais seulement des lentilles en assez grande abondance +et un peu d'eau. Il fallut s'enfoncer de nouveau +dans le désert. Bonaparte vit les braves +Lannes et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux, +les jeter sur le sable, les fouler aux pieds. Cependant +il imposait à tous: sa présence commandait +le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté. +Les soldats ne voulaient pas lui imputer leurs +maux; ils s'en prenaient à ceux qui trouvaient un +grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans +s'arrêter pour examiner les moindres ruines, +ils disaient que c'était pour eux qu'on était venu, +et s'en vengeaient par de bons mots à leur façon. +Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, +curieux comme un érudit, passait à leurs yeux +pour l'homme qui avait trompé le général, et qui +l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il +avait perdu une jambe sur le Rhin, ils disaient: <i>Il +se moque de ça lui, il a un pied en France.</i> Cependant, +après de cruelles souffrances, supportées +d'abord avec humeur, puis avec gaieté et courage, +on arriva sur les bords du Nil le 22 messidor (10 +juillet), après une marche de quatre jours. A la +vue du Nil et de cette eau si désirée, les soldats +s'y précipitèrent, et en se baignant dans ses flots +oublièrent toutes leurs fatigues. La division Desaix, +qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde, +vit galoper devant elle deux ou trois centaines de +Mameluks, qu'elle dispersa avec quelques volées +de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus. +Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée +ennemie. Le brave Mourad-Bey, en effet, ayant été +averti, réunissait toutes ses forces autour du Caire. +En attendant leur réunion, il voltigeait avec un +millier de chevaux autour de notre armée, afin +d'observer sa marche.</p> + +<p>L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille; +elle se reposa jusqu'au 25 messidor (13 juillet), +et en partit le même jour pour Chébreïss. +Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. +La flottille, qui était partie la première, et qui +avait devancé l'armée, se trouva engagée avant de +pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une +aussi, et du rivage il joignait son feu à celui de +ses <i>djermes</i> (vaisseaux légers égyptiens). La flottille +française eut à soutenir un combat des plus +rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait, +déploya un rare courage; il fut soutenu par +les cavaliers qui étaient arrivés démontés en Égypte, +et qui, en attendant de s'équiper aux dépens des +Mameluks, étaient transportés par eau. On prit +deux chaloupes canonnières à l'ennemi, et on le +repoussa. L'armée arriva dans cet instant; elle se +composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore +combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité, +au choc des chevaux, aux coups de sabre, +il fallait opposer l'immobilité du fantassin, sa +longue baïonnette, et des masses faisant front de +tous côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en +cinq carrés, au milieu desquels on plaça les bagages +et l'état-major. L'artillerie était aux angles. +Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres. +Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes +mille ou douze cents cavaliers intrépides, qui, se +précipitant à grands cris et de tout le galop de +leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis +tirant leurs redoutables sabres, vinrent se jeter sur +le front des carrés. Trouvant partout une haie de +baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient autour +des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient +dans la plaine de toute la vitesse de +leurs chevaux. Mourad, après avoir perdu deux +ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira +pour gagner le sommet du Delta, et aller nous +attendre à la hauteur du Caire, à la tête de toutes +ses forces.</p> + +<p>Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec +ce nouveau genre d'ennemis, et pour suggérer à +Bonaparte la tactique qu'il fallait employer avec +eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait +sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha +sans relâche pendant les jours suivans. Les soldats +eurent de nouvelles souffrances à essuyer, mais +ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous +les soirs. La vue de l'ennemi leur avait rendu leur +ardeur. «Ces soldats, déjà un peu dégoûtés des +fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez +de gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours +admirables au feu.» Pendant les marches +l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les +plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer +beaucoup de respect par le courage qu'on leur +voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la flottille, +avaient montré à Chébreïss un courage héroïque. +Les soldats, tout en faisant des plaisanteries, +étaient pleins d'égards pour eux. Ne voyant pas +paraître cette capitale du Caire, si vantée comme +une des merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle +n'existait pas, ou bien que ce serait comme à Damanhour, +une réunion de huttes. Ils disaient encore +qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il +s'était laissé déporter comme <i>un bon enfant</i>, lui +et ses compagnons de gloire. Le soir, quand on +s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu +débiter les contes des Mille et une Nuits, les répétaient +à leurs camarades, et on se promettait des +palais magnifiques et resplendissans d'or. En attendant, +on était toujours privé de pain, non que +le blé manquât, on en trouvait partout au contraire; +mais on n'avait ni moulin, ni four. On mangeait +des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau +exquis, connu dans les pays méridionaux sous le +nom de <i>pastèque</i>. Les soldats l'appelaient <i>sainte +pastèque</i>.</p> + +<p>On approchait du Caire, et là devait se livrer +la bataille décisive. Mourad-Bey y avait réuni la +plus grande partie de ses Mameluks, dix mille à +peu près. Ils étaient suivis par un nombre double +de fellahs, auxquels on donnait des armes, et +qu'on obligeait de se battre derrière les retranchemens. +Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires, +ou spahis, dépendans du pacha, qui, +malgré la lettre de Bonaparte, s'était laissé entraîner +dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey +avait fait des préparatifs de défense sur les +bords du Nil. La grande capitale du Caire se trouve +sur la rive droite du fleuve. C'était sur la rive opposée, +c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey +avait placé son camp, dans une longue plaine qui +s'étendait entre le Nil et les pyramides de Giseh, +les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient +ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh, +était adossé au fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné +quelques travaux, conçus et exécutés avec l'ignorance +turque. C'était un simple boyau qui environnait +l'enceinte du village, et des batteries immobiles, +dont les pièces n'étant pas sur affût de +campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était +le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses +vingt-quatre mille fellahs et janissaires, pour s'y +battre avec l'opiniâtreté accoutumée des Turcs +derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé +au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, +au nombre de dix mille cavaliers, s'étendaient dans +la plaine entre le fleuve et les pyramides. Quelques +mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires +des Mameluks que pour piller et massacrer dans +le cas d'une victoire, remplissaient l'espace entre +les pyramides et les Mameluks. Le collègue de +Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins +brave que lui, se tenait de l'autre côté du Nil, avec +un millier de Mameluks, avec ses femmes, ses +esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et +à se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux. +Un nombre considérable de djermes couvraient +le Nil, et portaient toutes les richesses des +Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux +beys attendaient Bonaparte.</p> + +<p>Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se +mit en marche avant le jour. Elle savait qu'elle +allait apercevoir le Caire et rencontrer l'ennemi. A +la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche, +au-delà du fleuve, les hauts minarets de cette +grande capitale, et à sa droite, dans le désert, les +gigantesques pyramides dorées par le soleil. A la +vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie +de curiosité et d'admiration. Le visage de Bonaparte +était rayonnant d'enthousiasme; il se mit à +galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant +les pyramides: <i>Songez</i>, s'écriait-il, <i>songez +que du haut de ces pyramides quarante siècles +vous contemplent</i>. On s'avança d'un pas rapide. On +voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du +Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait +fourmiller la multitude qui gardait Embaheh, on +voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers, +brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. +Bonaparte fit aussitôt ses dispositions. +L'armée, comme à Chébreïss, était partagée en +cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient +la droite, vers le désert; la division Dugua formait le +centre, les divisions Menou et Bon formaient +la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, +depuis le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain +et l'ennemi, fit ses dispositions en conséquence. +Chaque division formait un carré; chaque +carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies +de grenadiers en pelotons, prêtes à renforcer +les points d'attaque. L'artillerie était aux +angles; les bagages et les généraux au centre. Ces +carrés étaient mouvans. Quand ils étaient en +marche, deux côtés marchaient sur le flanc. +Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter +pour faire front sur toutes les faces. Puis quand +ils voulaient enlever une position, les premiers +rangs devaient se détacher, pour former des colonnes +d'attaque, et les autres devaient rester en +arrière, formant toujours le carré, mais sur trois +hommes de profondeur seulement, et prêts à recueillir +les colonnes d'attaque. Telles étaient les +dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait +que ses impétueux soldats d'Italie, habitués à +marcher au pas de charge, eussent de la peine à +se résigner à cette froide et impassible immobilité +des murailles. Il avait eu soin de les y préparer. +Ordre était donné surtout de ne pas se hâter de +tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne +faire feu qu'à bout pourtant.</p> + +<p>On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte, +qui était dans le carré du centre, formé +par la division Dugua, s'assura, avec une lunette, +de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie +du camp, n'étant pas sur affût de campagne, ne +pourrait pas se porter dans la plaine, et que l'ennemi +ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur +cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut +d'appuyer avec ses divisions sur la droite, c'est-à-dire +sur le corps des Mameluks, en circulant hors +de la portée du canon d'Embabeh. Son intention +était de séparer les Mameluks du camp retranché, +de les envelopper, de les pousser dans le Nil, et +de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait d'eux. +Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de +la multitude qui fourmillait dans ce camp après +avoir détruit les Mameluks.</p> + +<p>Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait +l'extrême droite, se mit le premier en marche. +Après lui venait le carré de Régnier, puis celui de +Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient +autour d'Embabeh, hors de la portée du +canon. Mourad-Bey qui, quoique sans instruction, +était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil +pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son +adversaire, et résolut de charger pendant ce mouvement +décisif. Il laissa deux mille Mameluks pour +appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste +sur les deux carrés de droite. Celui de Desaix, engagé +dans les palmiers, n'était pas encore formé, +lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il +se forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la +charge. C'est une masse énorme que celle de huit +mille cavaliers galopant à la fois dans une plaine. +Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire +sur la division Desaix. Nos braves soldats, +devenus aussi froids qu'ils avaient été fougueux +jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à +bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie +et de mitraille. Arrêtés par le feu, ces innombrables +cavaliers flottaient le long des rangs, et +galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns +des plus braves se précipitèrent sur les +baïonnettes, puis, retournant leurs chevaux et les +renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire +brèche, et trente ou quarante vinrent expirer aux +pieds de Desaix, au centre même du carré. La +masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix +sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie +par le même feu, elle revint vers le point d'où elle +était partie; mais elle trouva sur ses derrières la +division Dugua que Bonaparte avait portée vers le +Nil, et fut jetée dans une déroute complète. Alors +la fuite se fit en désordre. Une partie des fuyards +s'échappa vers notre droite, du côté des pyramides; +une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se +jeter dans Embabeh, où elle porta la confusion. +Dès cet instant le trouble commença à se mettre +dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant, +ordonna à ses deux divisions de gauche de s'approcher +d'Embabeh, pour s'en emparer. Bon et Menou +s'avancèrent sur le feu des retranchemens, et arrivés +à une certaine distance, firent halte. Les carrés +se dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent +en colonnes d'attaque, tandis que les autres restèrent +en carré, figurant toujours de véritables +citadelles. Mais au même instant les Mameluks, +tant ceux que Mourad avait laissés à Embabeh, que +ceux qui s'y étaient réfugiés, voulurent nous prévenir. +Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque, +tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci +s'arrêtant sur-le-champ, et se formant en carré avec +une merveilleuse rapidité, les reçurent avec fermeté, +et en abattirent un grand nombre. Les uns se rejetèrent +dans Embabeh, où le désordre devint extrême; +les autres, fuyant dans la plaine, entre le +Nil et notre droite, furent fusillés ou poussés dans +le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement +Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans +le Nil la multitude des fellahs et des janissaires. +Beaucoup se noyèrent; mais comme les Égyptiens +sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre +eux parvint à se sauver. La journée était finie. +Les Arabes, qui étaient près des pyramides et qui +attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans le désert. +Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage +tout sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim, +qui de l'autre rive contemplait ce désastre, +s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en Syrie. +Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes +qui portaient leurs richesses. Cette proie nous +échappa, et nos soldats virent pendant toute la +nuit des flammes dévorer un riche butin.</p> + +<p>Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh, +sur les bords du Nil, où Mourad-Bey avait une superbe +habitation. On trouva, soit à Giseh, soit à +Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats +purent se dédommager de leurs longues privations. +Ils trouvèrent des vignes couvertes de magnifiques +raisins dans les jardins de Giseh, et les +eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le +champ de bataille un butin d'une autre espèce, +c'étaient des schalls magnifiques, de belles armes, +des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à +deux ou trois cents pièces d'or; car les Mameluks +portaient toutes leurs richesses avec eux. +Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à +recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks +avaient été tués. Plus de mille étaient noyés +dans le Nil. Les soldats se mirent à les pêcher pour +les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore +à ce genre de recherche.</p> + +<p>La bataille nous avait à peine coûté une centaine +de morts ou blessés; car si la défaite est +terrible pour des carrés enfoncés, la perte est +nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks +avaient perdu leurs meilleurs cavaliers par le feu +ou par les flots. Leurs forces étaient dispersées, +et la possession du Caire nous était assurée. Cette +capitale était dans un désordre extraordinaire. +Elle renferme plus de trois cent mille habitans, et +elle est remplie d'une populace féroce et abrutie, +qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter +du tumulte pour piller les riches palais des beys. +Malheureusement la flottille française n'avait pas +encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le +moyen de le traverser pour aller prendre possession +du Caire. Quelques négocians français, qui s'y +trouvaient furent envoyés à Bonaparte par les +scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. +Il se procura quelques djermes pour envoyer un +détachement qui rétablît la tranquillité et mît les +personnes et les propriétés à l'abri des fureurs de la +populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, +et alla prendre possession du palais de Mourad-Bey.</p> + +<p>A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta +d'employer la politique qu'il avait déjà suivie à +Alexandrie, et qui devait lui attacher le pays. Il +visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer +le rétablissement de la domination arabe, +leur promit la conservation de leur culte et de leurs +coutumes, et réussit complètement à les gagner +par un mélange de caresses adroites et de paroles +imposantes, empreintes d'une grandeur orientale. +L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la mosquée +de Jemil-Azar une déclaration en faveur des +Français. C'était comme un bref du pape chez les +chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce qu'il avait +d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands +scheiks firent la déclaration désirée, et engagèrent +les Égyptiens à se soumettre à l'envoyé de Dieu, +qui respectait le prophète, et qui venait venger +ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte +établit au Caire un divan, comme il avait fait à +Alexandrie, composé des principaux scheiks et des +plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal +devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens, +en les consultant, et à s'instruire par eux +de tous les détails de l'administration intérieure. Il +fut convenu que dans toutes les provinces il en +serait établi de pareils, et que ces divans particuliers +enverraient des députés au divan du Caire, +qui serait ainsi le grand divan national.</p> + +<p>Bonaparte résolut de laisser exercer la justice +par les cadis. Dans son projet de succéder aux +droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés, et +fit continuer au profit de l'armée française la perception +des droits précédemment établis. Pour cela +il fallait avoir les Cophtes à sa disposition. Il ne +négligea rien pour se les attacher, en leur faisant +espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir +des généraux avec des détachemens, pour redescendre +le Nil, et aller achever l'occupation du +Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya +vers le Nil supérieur pour prendre possession de +l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé avec sa division +à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire +la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du +Nil baisseraient avec l'automne. Chacun des généraux, +muni d'instructions détaillées, devait répéter +dans tout le pays ce qui avait été fait à +Alexandrie et au Caire. Ils devaient s'entourer des +scheiks, capter les Cophtes, et établir la perception +des impôts pour fournir aux besoins de +l'armée.</p> + +<p>Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de +la santé des soldats. L'Égypte commençait à leur +plaire: ils y trouvaient le repos, l'abondance, un +climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs +singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel +de plaisanteries. Mais, devinant l'intention +du général avec leur sagacité accoutumée, ils +jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient +avec lui du rôle que la politique les obligeait à +jouer. Bonaparte fit construire des fours pour qu'ils +eussent du pain. Il les logea dans les bonnes habitations +des Mameluks, et leur recommanda surtout +de respecter les femmes. Ils avaient trouvé en +Égypte des ânes superbes et en grand nombre. +C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter +dans les environs et de galoper sur ces animaux à +travers les campagnes. Leur vivacité causa quelques +accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut +défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie +était montée sur les plus beaux chevaux du +monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes enlevés +aux Mameluks.</p> + +<p>Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations +avec les contrées voisines, afin de conserver +et de s'approprier le riche commerce de l'Égypte. +Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier +choisi annuellement au Caire, pour protéger la +grande caravane de la Mecque. Il écrivit à tous les +consuls français sur la côte de Barbarie, pour +avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et +que les caravanes pouvaient partir. Il fît écrire par +les scheiks au shérif de la Mecque, que les pèlerins +seraient protégés, et que les caravanes trouveraient +sûreté et protection. Le pacha du Caire +avait suivi Ibrahim-Bey à Belbeys. Bonaparte lui +écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de Saint-Jean-d'Acre +et de Damas, pour les assurer des bonnes +dispositions des Français envers la Sublime-Porte. +Ces dernières précautions étaient malheureusement +inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient +difficilement que les Français, qui venaient +envahir une des plus riches provinces de +leur souverain, fussent réellement ses amis.</p> + +<p>Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune +conquérant. Ils ne comprenaient pas qu'un mortel +qui lançait la foudre fût aussi clément. Ils l'appelaient +le digne enfant du prophète, le favori du +grand <i>Allah</i>; ils avaient chanté dans la grande +mosquée la litanie suivante:</p> + +<p>«Le grand <i>Allah</i> n'est plus irrité contre nous! +Il a oublié nos fautes, assez punies par la longue +oppression des Mameluks! Chantons les miséricordes +du grand <i>Allah</i>!</p> + +<p>«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la +mer et de la fureur de ses ennemis <i>le Favori de +la victoire</i>? Quel est celui qui a conduit sains et +saufs sur les rives du Nil <i>les braves de l'Occident</i>?</p> + +<p>«C'est le grand <i>Allah</i>, le grand <i>Allah</i>, qui n'est +plus irrité contre nous. Chantons les miséricordes +du grand <i>Allah</i>!</p> + +<p>«Les beys mameluks avaient mis leur confiance +dans leurs chevaux; les beys mameluks avaient +rangé leur infanterie en bataille.</p> + +<p>«Mais <i>le Favori de la victoire</i>, à la tête <i>des +braves de l'Occident</i>, a détruit l'infanterie et les +chevaux des Mameluks.</p> + +<p>«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin +du Nil sont dissipées par les rayons du soleil, +de même l'armée des Mameluks a été dissipée +par <i>les braves de l'Occident</i>, parce que le grand +<i>Allah</i> est actuellement irrité contre les Mameluks, +parce que <i>les braves de l'Occident</i> sont la +prunelle droite du grand <i>Allah</i>.»</p> + +<p>Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans +les moeurs des Arabes, prendre part à leurs fêtes. +Il assista à celle du Nil qui est une des plus grandes +d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée: +aussi est-il en grande vénération chez les habitans, +et il est l'objet d'une espèce de culte. Pendant +l'inondation, il s'introduit au Caire par un grand +canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal, +jusqu'à ce qu'il soit parvenu à une certaine hauteur; +alors on la coupe; et le jour destiné à cette +opération est un jour de réjouissance. On déclare +la hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et +quand on espère une grande inondation, la joie est +générale, car c'est un présage d'abondance. C'est +le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête +se célèbre. Bonaparte avait fait prendre les armes +à toute l'armée, et l'avait rangée sur les bords du +canal. Un peuple immense était accouru, et voyait +avec joie <i>les braves de l'Occident</i> assister à ses +réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major, +accompagnait les principales autorités du +pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à laquelle +était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq +pieds, ce qui causa une grande joie. On travailla +ensuite à couper la digue. Toute l'artillerie française +retentit à la fois au moment où les eaux du +fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule +de barques s'élancèrent dans le canal pour obtenir +le prix destiné à celle qui parviendrait à y entrer la +première. Bonaparte donna le prix lui-même. Une +foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les +eaux du Nil, attachant à ce bain des propriétés +bienfaisantes. Des femmes y jetaient des cheveux +et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer +la ville, et la journée s'acheva dans les festins. +La fête du prophète ne fut pas célébrée avec +moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande +mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées +comme les scheiks, dit avec eux les litanies +du prophète, en balançant le haut de son corps et +agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa +piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand +scheik, élu dans la journée.</p> + +<p>C'est par tous ces moyens que le jeune général, +aussi profond politique que grand capitaine, parvenait +à s'attacher l'esprit du pays. Tandis qu'il en +flattait momentanément les préjugés, il travaillait +à y répandre un jour la science, par la création du +célèbre Institut d'Égypte. Il réunit les savans et les +artistes qu'il avait amenés, et les associant à quelques-uns +de ses officiers les plus instruits, il en +composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, +et l'un des plus vastes palais du Caire. Les +uns devaient s'occuper à faire une description +exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée; +les autres devaient en étudier les ruines, +et fournir de nouvelles lumières à l'histoire; les +autres devaient en étudier les productions, faire +les observations utiles à la physique, à l'astronomie, +à l'histoire naturelle; les autres enfin devaient +s'occuper à rechercher les améliorations +qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans +par des machines, des canaux, des travaux sur le +Nil, des procédés adaptés à ce sol si singulier et si +différent de l'Europe. Si la fortune devait nous enlever +un jour cette belle contrée, du moins elle ne +pouvait nous enlever les conquêtes que la science +y allait faire; un monument se préparait qui devait +honorer le génie et la constance de nos savans, +autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos +soldats.</p> + +<p>Monge fut le premier qui obtint la présidence. +Bonaparte ne fut que le second. Il proposa les +questions suivantes: rechercher la meilleure construction +des moulins à eau et à vent; remplacer +le houblon qui manque en Égypte, dans la fabrication +de la bière; déterminer les lieux propres à +la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen +pour procurer de l'eau à la citadelle du Caire; +creuser des puits dans les différens endroits du +désert; chercher le moyen de clarifier et de rafraîchir +l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser +les décombres dont la ville du Caire était embarrassée, +ainsi que toutes les anciennes villes +d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour +la fabrication de la poudre en Égypte. On peut +juger par ces questions de la tournure d'esprit du +général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs, +les savans, se répandirent dans toutes les +provinces pour commencer la description et la +carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie +naissante et la manière dont le fondateur en +dirigeait les travaux.</p> + +<p>La conquête des provinces de la Basse et +Moyenne-Égypte s'était faite sans peine, et n'avait +coûté que quelques escarmouches avec les Arabes. +Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour +rejeter Ibrahim-Bey en Syrie. Desaix attendait l'automne +pour enlever la Haute-Égypte à Mourad-Bey, +qui s'y était retiré avec les débris de son armée.</p> + +<p>Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger +à Bonaparte le plus redoutable de tous les +revers. En quittant Alexandrie, il avait fortement +recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre +à l'abri des Anglais, soit en la faisant entrer dans +Alexandrie, soit en la dirigeant sur Corfou; mais +surtout de ne pas rester dans la rade d'Aboukir, +car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile, +que de le recevoir à l'ancre. Une vive discussion +s'était élevée sur la question de savoir si on pouvait +faire entrer dans le port d'Alexandrie les vaisseaux +de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de +doute pour les autres; mais pour les deux de 80 et +pour celui de 120, il fallait un allégement qui leur +fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était nécessaire +de les désarmer ou de construire des demi-chameaux. +L'amiral Brueys ne voulut pas faire entrer +son escadre dans le port à cette condition. Il +pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour +ses trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait +jamais sortir du port en présence de l'ennemi, et +qu'il pourrait ainsi être bloqué par une escadre très-inférieure +en force; il se décida à partir pour Corfou. +Mais étant fort attaché au général Bonaparte, +il ne voulait pas mettre à la voile sans avoir des +nouvelles de son entrée au Caire et de son établissement +en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à +faire sonder les passes d'Alexandrie, soit à attendre +des nouvelles du Caire, le perdit, et amena un des +plus funestes événemens de la révolution et l'un +de ceux qui, à cette époque, ont le plus influé sur +les destinées du monde.</p> + +<p>L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir. +Cette rade est un demi-cercle très-régulier. +Nos treize vaisseaux formaient une ligne demi-circulaire +parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer +sa ligne d'embossage, l'avait appuyée d'un côté +vers une petite île, nommée l'îlot d'Aboukir. Il ne +supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre cet +îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et, +dans cette croyance il s'était contenté d'y placer +une batterie de douze, seulement pour empêcher +l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement +inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses +plus mauvais vaisseaux. Il craignait davantage +pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De ce +côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre +le rivage et sa ligne d'embossage; aussi y avait-il +mis ses vaisseaux les plus forts et les mieux commandés. +De plus, il était rassuré par une circonstance +importante, c'est que cette ligne étant au +midi, et le vent venant du nord, l'ennemi qui voudrait +attaquer par ce côté aurait le vent contraire, +et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec +un pareil désavantage.</p> + +<p>Dans cette situation, protégé de sa gauche par +un îlot, qu'il croyait suffisant pour fermer la rade, +et vers sa droite par ses meilleurs vaisseaux et par +le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui devaient +décider son départ.</p> + +<p>Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après +être retourné dans l'Adriatique, à Naples, en Sicile, +avait obtenu enfin la certitude du débarquement +des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt +cette direction, afin de joindre leur escadre et de +la combattre. Il envoya une frégate pour la chercher +et reconnaître sa position. Cette frégate l'ayant +trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout +à l'aise notre ligne d'embossage. Si l'amiral, qui +avait dans le port d'Alexandrie une multitude de +frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution +d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait +pu tenir les Anglais toujours éloignés, les empêcher +d'observer sa ligne, et être averti de leur approche. +Malheureusement il n'en fit rien. La frégate +anglaise, après avoir achevé sa reconnaissance, +retourna vers Nelson, qui, étant informé de tous +les détails de notre position, manoeuvra aussitôt +vers Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août), +vers les six heures du soir. L'amiral Brueys était +à dîner; il fit aussitôt donner le signal du combat. +Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que +le branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et +qu'une partie des équipages était à terre. L'amiral +envoya des officiers pour faire rembarquer les matelots +et pour réunir une partie de ceux qui étaient +sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât +l'attaquer le soir même, et il croyait avoir le temps +de recevoir les renforts qu'il venait de demander.</p> + +<p>Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de +tenter une manoeuvre audacieuse, de laquelle il +espérait le succès de la bataille. Il voulait aborder +notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot +d'Aboukir, passer entre cet îlot et notre escadre, +malgré les dangers des bas-fonds, et se placer ainsi +entre le rivage et notre ligne d'embossage. Cette +manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais +n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal +des deux côtés, c'est-à-dire de treize vaisseaux de +haut-bord. Nelson attaqua vers huit heures du +soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. <i>Le +Culloden</i>, en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir +et notre ligne, échoua sur un bas-fonds. <i>Le Goliath</i> +qui le suivait, fut plus heureux, et passa; +mais poussé par le vent, il dépassa notre premier +vaisseau, et ne put s'arrêter qu'à la hauteur du +troisième. Les vaisseaux anglais <i>le Zélé</i>, <i>l'Audacieux</i>, +<i>le Thésée</i>, <i>l'Orion</i>, suivirent le mouvement, +et réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage. +Ils s'avancèrent jusqu'au <i>Tonnant</i>, qui était le +huitième, et engagèrent ainsi notre gauche et notre +centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par le +dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. +Comme on ne s'attendait pas dans l'escadre française +à être attaqué dans ce sens, les batteries du +côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et +nos deux premiers vaisseaux ne purent faire feu +que d'un côté; aussi l'un fut-il désemparé, et l'autre +démâté. Mais au centre où était <i>l'Orient</i>, vaisseau +amiral, le feu fut terrible. <i>Le Bellérophon</i>, l'un +des principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé, +démâté, et obligé d'amener. D'autres vaisseaux +anglais, horriblement maltraités, furent obligés +de s'éloigner du champ de bataille. L'amiral +Brueys n'avait reçu qu'une partie de ses matelots; +cependant il se soutenait avec avantage; il espérait +même, malgré le succès de la manoeuvre de +Nelson, remporter la victoire, si les ordres qu'il +donnait en ce moment à sa droite étaient exécutés. +Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec +la gauche et le centre; notre droite, composée de +nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait aucun ennemi +devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal +de mettre à la voile, et de se rabattre extérieurement +sur la ligne de bataille; cette manoeuvre réussissant, +les vaisseaux anglais qui nous attaquaient +par le dehors, auraient été pris entre deux feux; +mais les signaux ne furent pas aperçus. Dans un +cas pareil, un lieutenant ne doit pas hésiter à courir +au danger, et de voler au secours de son chef. Le +contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu, +demeura immobile, attendant toujours des ordres. +Notre gauche et notre centre restèrent donc placés +entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines +faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient +glorieusement l'honneur du pavillon. Nous +avions perdu deux vaisseaux, les Anglais aussi en +avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre +démâté; notre feu était supérieur. L'infortuné +Brueys fut blessé, il ne voulut pas quitter le pont +de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir +en donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son +banc de quart. Vers onze heures, le feu prit au +magnifique vaisseau <i>l'Orient</i>. Il sauta en l'air. Cette +épouvantable explosion suspendit pour quelque +temps cette lutte acharnée. Sans se laisser abattre, +nos cinq vaisseaux engagés, <i>le Franklin</i>, <i>le Tonnant</i>, +<i>le Peuple-Souverain</i>, <i>le Spartiate</i>, <i>l'Aquilon</i>, +soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps +encore pour notre droite de lever l'ancre, et de +venir à leur secours. Nelson tremblait que cette +manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité +qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve +mit enfin à la voile, mais pour se retirer, +et pour sauver son aile qu'il ne croyait pas pouvoir +exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses +vaisseaux se jetèrent à la côte; il se sauva avec les +deux autres et deux frégates, et fit voile vers Malte. +Le combat avait duré plus de quinze heures. Tous +les équipages attaqués avaient fait des prodiges +de valeur. Le brave capitaine <i>Du Petit-Thouars</i> +avait deux membres emportés; il se fit apporter +du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme +Brueys, attendit d'être emporté par un boulet de +canon. Toute notre escadre, excepté les vaisseaux +et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut +détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas +poursuivre les vaisseaux en fuite.</p> + +<p>Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir, +la plus désastreuse que la marine française eût +encore soutenue, et celle dont les conséquences +militaires devaient être les plus funestes. La flotte +qui avait porté les Français en Égypte, qui pouvait +les secourir ou les recruter, qui devait seconder +leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en +avaient à exécuter, qui devait imposer à la Porte, +la forcer à se payer de mauvaises raisons, et l'obliger +à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui devait +enfin, en cas de revers, ramener les Français dans +leur patrie, cette flotte était détruite. Les vaisseaux +des Français étaient brûlés, mais ils ne les avaient +pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien différent +pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula +rapidement en Égypte, et causa un instant de +désespoir à l'armée. Bonaparte reçut cette nouvelle +avec un calme impassible. «Eh bien! dit-il, il faut +mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.» +Il écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de +plus grandes choses que nous n'en voulions faire. +Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de +Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit +Kléber, il faut faire de grandes choses; <i>je +prépare mes facultés</i>.» Le courage de ces grands +hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral. +Bonaparte chercha à distraire ses soldats par différentes +expéditions, et leur fit bientôt oublier ce +désastre. A la fête de la fondation de la république, +célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter +leur imagination, et fit graver sur la colonne +de Pompée le nom des quarante premiers soldats +morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient +succombé en attaquant Alexandrie. Ces quarante +noms, sortis des villages de France, étaient ainsi +associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre. +Il adressa à son armée cette singulière et grande +allocution, où était retracée sa merveilleuse histoire:</p> + +<blockquote><p> +SOLDATS!</p> + +<p>«Nous célébrons le premier jour de l'an VII de +la république.</p> + +<p>«Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français +était menacée; mais vous prîtes Toulon, ce +fut le présage de la ruine de vos ennemis.</p> + +<p>«Un an après, vous battiez les Autrichiens à +Dego.</p> + +<p>«L'année suivante, vous étiez sur le sommet des +Alpes.</p> + +<p>«Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, +et vous remportiez la célèbre victoire de Saint-Georges.</p> + +<p>«L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave +et de l'Izonzo, de retour de l'Allemagne.</p> + +<p>«Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui +sur les bords du Nil, au centre de l'ancien continent?</p> + +<p>«Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le +commerce, jusqu'au hideux et féroce Bédouin, +vous fixez les regards du monde.</p> + +<p>«Soldats, votre destinée est belle, parce que +vous êtes dignes de ce que vous avez fait, et de +l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez avec +honneur comme les braves, dont les noms sont +inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez +dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration +de tous les peuples.</p> + +<p>«Depuis cinq mois que nous sommes éloignés +de l'Europe, nous avons été l'objet perpétuel des +sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour, +quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des +gouvernemens représentatifs, quarante millions +de citoyens pensent à vous; tous disent: C'est à +leurs travaux, à leur sang que nous devons la +paix générale, le repos, la prospérité du commerce +et les bienfaits de la liberté civile.» +</p></blockquote> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XIV.</h3> + +<p>EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE +LA BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.—DÉCLARATION DE GUERRE DE LA +PORTE.—EFFORTS DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE +COALITION.—CONFÉRENCES AVEC L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS +DE RASTADT.—NOUVELLES COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN +SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES. CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION +CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE A CE SUJET.— +SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE DANS +LES CONSEILS.—DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA CONSCRIPTION. +—FINANCES DE L'AN VII.—REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION +DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.—CONQUÊTE DU +ROYAUME DE NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.—ABDICATION DU +ROI DE PIÉMONT.</p> + + +<p>L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe +longtemps encore après le départ de notre +flotte. La prise de Malte commença à fixer les conjectures. +Cette place réputée imprenable et enlevée +en passant, jeta sur les argonautes français un éclat +extraordinaire. Le débarquement en Égypte, l'occupation +d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, +frappèrent toutes les imaginations en France et en +Europe. Le nom de Bonaparte, qui avait paru si +grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet +plus singulier et plus étonnant encore arrivant des +contrées lointaines de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte +étaient le sujet de toutes les conversations. +Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait +de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, +disait-on, traverser la Syrie et l'Arabie, et se jeter +sur Constantinople ou sur l'Inde.</p> + +<p>La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas +détruire le prestige de l'entreprise, mais réveiller +toutes les espérances des ennemis de la France, et +hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui +était extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale, +et qui n'attendait que le moment favorable +pour tourner contre nous de nouveaux ennemis, +avait rempli Constantinople de ses intrigues. +Le Grand-Seigneur n'était pas fâché de voir punir +les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Égypte. +M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre +auprès du divan pour lui faire agréer des satisfactions, +n'était point parti. Les agens de l'Angleterre +eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte +que l'ambition de la France était insatiable; qu'après +avoir troublé l'Europe, elle voulait bouleverser +l'Orient, et qu'au mépris d'une antique alliance, +elle venait envahir la plus riche province de l'empire +turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le +divan n'auraient pas suffi pour le décider, si la belle +flotte de Brueys avait pu venir canonner les Dardanelles; +mais la bataille d'Aboukir priva les Français +de tout leur ascendant dans le Levant, et donna +à l'Angleterre une prépondérance décidée. La Porte +déclara solennellement la guerre à la France<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>, et, +pour une province perdue depuis long-temps, se +brouilla avec son amie naturelle, et se lia avec ses +ennemis les plus redoutables, la Russie et l'Angleterre. +Le sultan ordonna la réunion d'une armée, +pour aller reconquérir l'Égypte. Cette circonstance +rendait singulièrement difficile la position des Français. +Séparés de la France, et privés de tout secours +par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient +exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les +bordes de l'Orient. Ils n'étaient que trente mille +environ pour lutter contre tant de périls.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> 18 fructidor an VI (4 septembre).</blockquote> + +<p>Nelson victorieux vint à Naples radouber +son escadre abîmée, et recevoir les honneurs du +triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de +Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir +aucun secours à nos ennemis, tous les ports +et les chantiers de la Sicile furent ouverts à Nelson. +Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. +Le roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée +du port, et l'appelèrent le héros libérateur de +la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe +de Nelson devait être le signal du réveil général, +que les puissances devaient profiter du moment où +la plus redoutable armée de la France, et son plus +grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour +marcher contre elle, et refouler dans son sein ses +soldats et ses principes. Les suggestions furent extrêmement +actives auprès de toutes les cours. On +écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller +leur haine jusqu'ici déguisée. C'était le moment, +disait-on, de seconder la cour de Naples, de se liguer +contre l'ennemi commun, de se soulever tous +à la fois sur les derrières des Français, et de les +égorger d'un bout à l'autre de la Péninsule. On dit +à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où +les puissances italiennes prendraient les Français +par derrière, pour les attaquer par devant, et leur +enlever l'Italie. La chose devait être facile, car +Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur +l'Adige. On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une +partie de ses états, et réduit à céder la rive gauche +du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa neutralité; +enfin on employa auprès de Paul Ier les +moyens qui pouvaient agir sur son esprit malade, +et le décider à fournir les secours si long-temps et +si vainement promis par Catherine.</p> + +<p>Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être +bien accueillies auprès de toutes les cours; mais +toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les plus +voisines de la France étaient les plus irritées et les +plus disposées à refouler la révolution; mais par +cela seul qu'elles étaient plus rapprochées du colosse +républicain, elles étaient condamnées aussi à +plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en +lutte avec lui. La Russie, la plus éloignée de la +France, la moins exposée à ses vengeances, soit +par son éloignement, soit par l'état moral de ses +peuples, était la plus facile à décider. Catherine, +dont la politique habile avait tendu toujours à compliquer +la situation de l'Occident, soit pour avoir +le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps +de faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine +n'avait pas emporté sa politique avec elle. Cette +politique est innée dans le cabinet russe; elle vient +de sa position même: elle peut changer de procédés +ou de moyens, suivant que le souverain est +astucieux ou violent; mais elle tend toujours au +même but, par un penchant irrésistible. L'habile +Catherine s'était contentée de donner des espérances +et des secours aux émigrés; elle avait prêché +la croisade sans envoyer un soldat. Son successeur +allait suivre le même but, mais avec son +caractère. Ce prince violent et presque insensé, +mais du reste assez généreux, avait d'abord paru +s'écarter de la politique de Catherine, et refusé +d'exécuter le traité d'alliance conclu avec l'Angleterre +et l'Autriche; mais après cette déviation d'un +moment, il était bientôt revenu à la politique de +son cabinet. On le vit donner asile au prétendant, +et prendre les émigrés à sa solde, après le traité de +Campo-Formio. On lui persuada qu'il devait se +faire le chef de la noblesse européenne menacée +par les démagogues. La démarche de l'ordre de +Malte, qui le prit pour son protecteur, contribua +à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui +proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes +russes. Il offrit sa protection à l'Empire, et voulut +se porter garant de son intégrité. La prise de Malte +le remplit de colère, et il offrit la coopération de +ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait +donc à Saint-Pétersbourg comme à Constantinople, +et elle allait faire marcher d'accord des +ennemis jusque-là irréconciliables.</p> + +<p>Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse +se trouvait trop bien de sa neutralité et de l'épuisement +de l'Autriche pour vouloir intervenir dans +la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement +à ses frontières du côté de la Hollande et de la +France, pour empêcher la contagion révolutionnaire. +Elle avait rangé ses armées de manière à +former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire, +qui avait appris à ses dépens à connaître la puissance +de la France, et qui était exposé à devenir +toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix. +Les princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient +aussi, parce qu'ils étaient assurés de trouver des +indemnités sur la rive droite; les princes ecclésiastiques +seuls, menacés de la sécularisation, désiraient +la guerre. Les puissances italiennes du Piémont +et de la Toscane ne demandaient pas mieux +qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la +main de fer de la république française. Elles attendaient +que Naples ou l'Autriche leur donnât le +signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la +mieux disposée des cours formant la coalition monarchique, +elle hésitait cependant avec sa lenteur +ordinaire à prendre un parti, et surtout elle craignait +pour ses peuples déjà très épuisés par la +guerre. La France lui avait opposé deux républiques +nouvelles, la Suisse et Rome, l'une sur ses +flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la +disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle +aurait passé par-dessus ces nouveaux envahissemens +de la coalition républicaine, si on l'avait dédommagée +par quelques conquêtes. C'est pour ce +but qu'elle avait proposé des conférences à Selz. +Ces conférences devaient avoir lieu dans l'été de +1798, non loin du congrès de Rastadt, et concurremment +avec ce congrès. De leur résultat dépendaient +la détermination de l'Autriche et le succès +des efforts tentés pour former une nouvelle coalition.</p> + +<p>François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi +par la France. C'est pour ce motif qu'on avait désigné +la petite ville de Selz, à cause de sa situation +sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais +sur la rive gauche. Cette dernière condition était +nécessaire, parce que la constitution défendait au +directeur sortant de s'éloigner de France avant un +délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par +l'Autriche. Dès les premiers momens on put voir +les dispositions de cette puissance. Elle voulait +être dédommagée, par des extensions de territoire, +des conquêtes que le système républicain avait +faites en Suisse et en Italie. La France voulait avant +tout qu'on s'entendît sur les événemens de Vienne, +et que des satisfactions fussent accordées pour +l'insulte faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait +de s'expliquer sur ce point, et ajournait toujours +cette partie de la négociation. Le négociateur français +y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre +de se contenter de la moindre satisfaction. La +France aurait voulu que le ministre Thugut, disgracié +en apparence, le fût réellement, et qu'une +simple démarche, la plus insignifiante du monde, +fût faite auprès de Bernadotte, pour réparer l'outrage +qu'il avait reçu. M. de Cobentzel se contenta +de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était +passé à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, +et il continua d'insister sur les extensions +de territoire qu'il réclamait. Il était clair que les +satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées +qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues. +L'Autriche disait que l'institution des deux +républiques romaine et helvétique, et l'influence +évidente exercée sur les républiques cisalpine, +ligurienne et batave, étaient des violations du +traité de Campo-Formio, et une altération dangereuse +de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il +fallait que la France accordât des dédommagemens, +si elle voulait qu'on lui pardonnât ses dernières +usurpations; et pour dédommagement, le négociateur +autrichien demandait de nouvelles provinces +en Italie. Il voulait que la ligne de l'Adige +fût portée plus loin, et que les possessions autrichiennes +s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô, +c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une +grande moitié de la république cisalpine. M. de +Cobentzel proposait de dédommager la république +cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus +de ce royaume aurait été donné à l'archiduc de +Toscane; et le roi de Piémont aurait reçu en dédommagement +les états de l'Église. Ainsi, au prix +d'un agrandissement pour lui en Lombardie, et +pour sa famille en Toscane, l'empereur aurait +sanctionné l'institution de la république helvétique, +le renversement du pape et le démembrement +de la monarchie du Piémont. La France ne pouvait +consentir à ces propositions par une foule de raisons. +D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine +à peine formée, et replacer sous le joug autrichien +des provinces qu'elle avait affranchies, et +auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté; +enfin elle avait, l'année précédente, conclu un +traité avec le roi de Piémont, par lequel elle lui +garantissait ses états. Cette garantie était surtout +stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait +donc pas sacrifier le Piémont. Aussi François (de +Neufchâteau) ne put-il adhérer aux propositions +de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien +conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour +l'événement de Vienne. M. de Degelmann, qui devait +être envoyé à Paris comme ambassadeur, n'y +vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient +de correspondre par leurs ministres au +congrès de Rastadt. Cette séparation fut généralement +prise pour une espèce de rupture.</p> + +<p>Les résolutions de l'Autriche furent évidemment +fixées dès cet instant; mais avant de recommencer +les hostilités avec la France, elle voulait +s'assurer le concours des principales puissances de +l'Europe. M. de Cobentzel partit pour Berlin, et +dut se rendre de Berlin à Saint-Pétersbourg. Le +but de ces courses était de contribuer avec l'Angleterre +à former la nouvelle coalition. L'empereur +de Russie avait envoyé à Berlin l'un des plus importans +personnages de son empire, le prince +Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts +à ceux du prince Repnin et de la légation anglaise, +pour entraîner le jeune roi.</p> + +<p>La France, de son côté, avait envoyé l'un de +ses plus illustres citoyens à Berlin; c'était Sièyes. +La réputation de Sièyes avait été immense avant le +règne de la convention. Elle s'était évanouie sous +le niveau du comité de salut public. On la vit renaître +tout à coup, lorsque les existences purent +recommencer leurs progrès naturels; et le nom de +Sièyes était redevenu le plus grand nom de France, +après celui de Bonaparte; car en France, une réputation +de profondeur est ce qui produit le plus +d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes +était donc l'un des deux grands personnages du +temps. Toujours boudant et frondant le gouvernement, +non pas comme Bonaparte, par ambition, +mais par humeur contre une constitution qu'il +n'avait pas faite, il ne laissait pas que d'être importun. +On eut l'idée de lui donner une ambassade. +C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et +surtout de lui fournir des moyens d'existence. La +révolution les lui avait enlevés tous, en abolissant +les bénéfices ecclésiastiques. Une grande ambassade +permettait de les lui rendre. La plus grande +était celle de Berlin, car on n'avait d'envoyés ni +en Autriche, ni en Russie, ni en Angleterre. Berlin +était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes, +quoique peu propre au maniement des affaires, +était cependant un observateur fin et sûr. De plus, +sa grande renommée le rendait particulièrement +propre à représenter la France, surtout auprès de +l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout +autre pays.</p> + +<p>Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états +un révolutionnaire si célèbre; cependant il n'osa +pas le refuser. Sièyes se comporta avec mesure et +dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement. +Comme tous nos envoyés à l'étranger, il +était observé avec soin, et pour ainsi dire séquestré. +Les Allemands étaient fort curieux de le voir, mais +ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin +était nulle. C'était le sentiment de ses intérêts qui +seul inspirait le roi de Prusse contre les instances +de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.</p> + +<p>Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider +le roi de Prusse, la cour de Naples, pleine de joie et +de témérité depuis la victoire de Nelson, faisait des +préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses +sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont. +La France, par une espèce de complaisance, lui +avait laissé occuper le duché de Bénévent. Mais +cette concession ne l'avait point calmée. Elle se +flattait de gagner à la prochaine guerre une moitié +des états du pape.</p> + +<p>Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec +succès pour la France. Treilhard, devenu directeur, +et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient été remplacés +au congrès par Jean Debry et Roberjot. +Après avoir obtenu la ligne du Rhin, il restait à +résoudre une foule de questions militaires, politiques, +commerciales. Notre députation était devenue +extrêmement exigeante, et demandait beaucoup +plus qu'elle n'avait droit d'obtenir. Elle voulait +d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était un article +important, surtout sous le rapport militaire. Elle +voulait ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis +Strasbourg; Cassel et son territoire, vis-à-vis +Mayence. Elle voulait que le pont commercial +entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante +arpens de terrain nous fussent accordés en face +de l'ancien pont de Huningue, et que l'importante +forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait +ensuite que la navigation du Rhin, et de +tous les fleuves d'Allemagne aboutissant au Rhin, +fût libre, que tous les droits de péage fussent +abolis; que les marchandises fussent, sur les deux +rives, soumises à un même droit de douane; que +les chemins de halage fussent conservés, et entretenus +par les riverains. Elle demandait enfin une +dernière condition fort importante, c'est que les +dettes des pays de la rive gauche cédés à la France +fussent transportées sur les pays de la rive droite, +destinés à être donnés en indemnité.</p> + +<p>La députation de l'Empire répondit avec raison +que la ligne du Rhin devait présenter une sûreté +égale aux deux nations; que c'était la raison d'une +sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour +faire accorder cette ligne à la France; mais que +cette sûreté n'existerait plus pour l'Allemagne, si +la France gardait tous les points offensifs, soit en +se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl, +et cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation +de l'Empire ne voulut donc pas admettre +les demandes de la France, et proposa pour véritable +ligne du partage, le <i>thalweg</i>, c'est-à-dire le +milieu du principal bras navigable. Toutes les îles +qui étaient à droite de cette ligne devaient appartenir +à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à +gauche devaient appartenir à la France. De cette +manière, on plaçait entre les deux peuples le +véritable obstacle qui fait d'un fleuve une ligne +militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable. +Par suite de ce principe, la députation demandait +la démolition de Cassel et de Kehl, et +refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue. +Elle ne voulait pas que la France conservât aucun +point offensif, lorsque l'Allemagne les perdait +tous. Elle refusait avec moins de raison la +démolition d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible +avec la sûreté de la ville de Coblentz. Elle +accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la +demandait pour toute l'étendue de son cours, et +voulait que la France obligeât la république batave +à reconnaître cette liberté. Quant à la libre navigation +des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet +article dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait +chaque état individuellement. Elle accordait +le chemin de halage. Elle voulait que tout ce +qui était relatif aux péages et à leur abolition fût +renvoyé à un traité de commerce. Elle voulait enfin, +relativement aux pays de la rive gauche cédés à la +France, que leurs dettes restassent à leur charge, +par le principe que la dette suit son gage, et que +les biens de la noblesse immédiate fussent considérés +comme propriétés particulières, et conservés +à ce titre. La députation demandait accessoirement +que les troupes françaises évacuassent la rive droite +et cessassent le blocus d'Ehrenbreitstein, parce +qu'il réduisait les habitans à la famine.</p> + +<p>Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une +suite de notes et de contre-notes, pendant tout l'été. +Enfin, vers le mois de vendémiaire an VI (août et +septembre 1798), le <i>thalweg</i> fut admis par la députation +française. Le principal bras navigable fut +pris pour limite entre la France et l'Allemagne, et +les îles durent être partagées conséquemment à ce +principe. La France consentit à la démolition de +Cassel et de Kehl, mais elle exigea l'île de Pettersau, +qui est placée dans le Rhin à peu près à la +hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance +pour cette place. L'Empire germanique +consentit de son côté à la démolition d'Ehrenbreitstein. +La libre navigation du Rhin et l'abolition +des péages furent accordées. Il restait à s'entendre +sur l'établissement des ponts commerciaux, +sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application +des lois de l'émigration dans les pays +cédés, et sur les dettes de ces pays. Les princes +séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes les +concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté +de l'Empire, afin d'obtenir la paix, si nécessaire +à l'Allemagne. Il était évident que la plupart +de ces princes voulaient traiter; la Prusse les y engageait. +Quant à l'Autriche, elle commençait à +montrer des dispositions toutes contraires, et à +exciter le ressentiment des princes ecclésiastiques +contre la marche des négociations. Les députés de +l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient +cependant la plus grande mesure, par la +crainte que leur causait l'Autriche, et louvoyaient +entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres +français, ils montraient une extrême raideur; ils +vivaient à part, et dans une espèce d'isolement, +comme tous nos ministres en Europe. Telle +était la situation du congrès à la fin de l'été de +l'an VI (1798).</p> + +<p>Pendant que ces événemens se passaient en +Orient et en Europe, la France, toujours chargée +du soin de diriger les cinq républiques instituées +autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient +des difficultés continuelles pour y diriger l'esprit +public, pour y faire vivre nos troupes, pour y +mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos généraux, +pour y maintenir enfin la bonne harmonie +avec les états voisins.</p> + +<p>Presque partout il avait fallu faire comme en +France, c'est-à-dire, après avoir frappé sur un +parti, frapper bientôt sur l'autre. En Hollande on +avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce +de 18 fructidor pour écarter les fédéralistes, +abolir les anciens règlemens, et donner au pays +une constitution unitaire, à peu près semblable à +celle de la France. Mais cette révolution avait tourné +beaucoup trop au profit des démocrates. Ceux-ci +s'étaient emparés de tous les pouvoirs. Après avoir +exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui +leur paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes +constitués en directoire et en deux conseils, sans +recourir à de nouvelles élections. Ils avaient voulu +par là imiter la convention nationale de France, +et ses fameux décrets des 15 et 18 fructidor. Ils +s'étaient entièrement emparés depuis de la direction +des affaires, et ils sortaient de la ligne où le +directoire français voulait maintenir toutes les républiques +confiées à ses soins. Le général Daendels, +l'un des hommes les plus distingués du parti +modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs, +et repartit pour aller en Hollande porter +aux démocrates le coup qu'on leur avait récemment +porté à Paris, en les excluant du corps législatif +par les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait +en France, il fallait immédiatement après le répéter +dans les états qui dépendaient d'elle. Joubert eut +ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux +ministres, et avec le secours des troupes bataves +et françaises, dispersa le directoire et les conseils, +forma un gouvernement provisoire, et fit ordonner +de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix, +qui avait appuyé les démocrates, fut rappelé. +Ces scènes produisirent leur effet accoutumé. +On ne manqua pas de dire que les constitutions +républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à +chaque instant il fallait le levier des baïonnettes, +et que les nouveaux états se trouvaient sous la dépendance +la plus complète de la France.</p> + +<p>En Suisse, l'établissement de la république <i>une +et indivisible</i> n'avait pas pu se faire sans combats. +Les petits cantons de Schwitz, Zug, Glaris, excités +par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient +juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau. +Le général Schauembourg, sans vouloir les réduire +par la force, avait interdit toute communication +des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons +réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent +Lucerne, où ils pillèrent et dévastèrent. +Schauembourg marcha sur eux, et après quelques +combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix. +Le gage de cette paix avait été l'acceptation de la +constitution nouvelle. Il fallut employer aussi le +fer et même le feu pour réprimer les paysans du +Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le +Bas-Valais, dans le but d'y rétablir leur domination. +Malgré ces obstacles, en prairial (mai 1798), +la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement +helvétique était réuni à Arau. Composé +d'un directoire et de deux conseils, il commençait +à s'essayer dans l'administration du pays. Le nouveau +commissaire français était Rapinat, beau-frère +de Rewbell. Le gouvernement helvétique devait +s'entendre avec Rapinat pour l'administration des +affaires. Les circonstances rendaient cette administration +difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés +dans les montagnes, épiaient le moment favorable +pour soulever de nouveau la population. Il fallait +se tenir en garde contre eux, nourrir et satisfaire +l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser +l'administration, et se mettre en mesure d'exister +bientôt d'une manière indépendante. Cette +tâche n'était pas moins difficile pour le gouvernement +helvétique que pour le commissaire français +placé auprès de lui.</p> + +<p>Il était naturel que la France s'emparât des caisses +appartenant aux anciens cantons aristocratiques, +pour payer les frais de la guerre. L'argent contenu +dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés +dans les magasins formés par les ci-devant +cantons, lui étaient indispensables pour faire vivre +son armée. C'était l'exercice le plus ordinaire du +droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer +à ce droit, mais la nécessité la forçait d'en +user dans le moment. Rapinat eut donc ordre de +mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup +de Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité +la révolution, trouvèrent fort mauvais qu'on s'emparât +du pécule et des magasins des anciens gouvernemens. +Les Suisses sont, comme tous les montagnards, +sages et braves, mais d'une extrême +avarice. Ils voulaient bien qu'on leur apportât la +liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques, +mais ils ne voulaient pas faire les frais de la guerre. +Tandis que la Hollande et l'Italie avaient souffert, +presque sans se plaindre, le fardeau énorme des +campagnes les plus longues et les plus dévastatrices, +les patriotes suisses jetèrent les hauts cris +pour quelques millions dont on s'empara. Le directoire +helvétique fit de son côté apposer de nouveaux +scellés sur ceux qui venaient d'être apposés +par Rapinat, et protesta ainsi contre la mesure qui +mettait les caisses à la disposition de la France. +Rapinat fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire +helvétique, et déclara à ce directoire qu'il +était borné aux fonctions administratives, qu'il ne +pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à +l'avenir ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur +qu'autant qu'ils ne contiendraient rien de contraire +aux arrêtés du commissaire et du général français. +Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé +plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent +de cette lutte et crièrent à la tyrannie. Ils +dirent que leur indépendance était violée, et que la +république française, qui avait prétendu leur apporter +la liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement +et la misère. L'opposition ne se manifestait +pas seulement dans les conseils, elle était +aussi dans le directoire et dans les autorités locales. +A Lucerne et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient +les administrations; ils apportaient des obstacles +de toute espèce à la levée de quinze millions +frappés sur les anciennes familles nobles pour les +besoins de l'armée. Rapinat prit sur lui de purger +le gouvernement et les administrations helvétiques. +Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda +au gouvernement helvétique la démission de deux +directeurs, les nommés Bay et Pfiffer, celle du ministre +des affaires étrangères, et le renouvellement +des chambres administratives de Lucerne et de +Berne. Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, +ne pouvait être refusée. Les démissions furent +données sur-le-champ; mais la rudesse avec laquelle +se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et +mit tous les torts de son côté. Il compromettait en +effet son gouvernement, en violant ouvertement les +formes pour faire des changemens qu'il eût été facile +d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, +le directoire français écrivit au directoire helvétique +pour désapprouver la conduite de Rapinat, +et pour donner satisfaction de cette violation de +toutes les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins +les membres démissionnaires demeurèrent exclus. +Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer +les deux directeurs démissionnaires, Ochs, +l'auteur de la constitution, et le colonel Laharpe, +le frère du général mort en Italie, l'un des auteurs +de la révolution du canton de Vaud, et l'un des +citoyens les plus probes et les mieux intentionnés +de son pays.</p> + +<p>Une alliance offensive et défensive fut conclue +entre les républiques helvétique et française le 2 +fructidor (19 août). D'après ce traité, celle des +deux puissances qui était en guerre avait droit de +requérir l'intervention de l'autre et de lui demander +un secours dont la force devait être déterminée +suivant les circonstances. La puissance +requérante devait payer les troupes fournies par +l'autre; la libre navigation de tous les fleuves de +la Suisse et de la France était réciproquement stipulée. +Deux routes devaient être ouvertes, l'une +de France à la Cisalpine, en traversant le Valais et +le Simplon, l'autre de France en Souabe, en remontant +le Rhin et en suivant la rive orientale du +lac de Constance. Dans ce système des républiques +unies, la France s'assurait deux grandes routes +militaires pour se rendre dans les états de ses alliés, +et être en mesure de déboucher rapidement en +Italie ou en Allemagne. On a dit que ces deux +routes transportaient le théâtre de la guerre dans +les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais +l'alliance avec la France qui exposait ces états à +devenir le théâtre de la guerre. Les routes n'étaient +qu'un moyen d'accourir plus tôt et de les protéger +à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou +en Italie.</p> + +<p>La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi +que la ville de Mulhausen. Les bailliages italiens, +qui avaient long-temps hésité entre la Cisalpine et +la république helvétique, se déclarèrent pour +celle-ci, et votèrent leur réunion. Les ligues grises, +que le directoire aurait voulu réunir à la Suisse, +étaient partagées en deux factions rivales, et balançaient +entre la domination autrichienne et la +domination helvétique. Nos troupes les observaient. +Les moines et les agens étrangers amenèrent +un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils +firent soulever les paysans de cette vallée contre +les troupes françaises. Un combat des plus acharnés +eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu à ce +malheureux bourg pour en chasser les fanatiques +qui s'y étaient établis.</p> + +<p>Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre +côté des Alpes. Une espèce d'anarchie régnait entre +les sujets des nouveaux états et leurs gouvernemens, +entre ces gouvernemens et nos armées, +entre nos ambassadeurs et nos généraux. C'était +une épouvantable confusion. La petite république +ligurienne était acharnée contre le Piémont, et +voulait à tout prix y introduire la révolution. +Grand nombre de démocrates piémontais s'étaient +réfugiés dans son sein, et en étaient sortis armés +et organisés, pour faire des incursions dans leur +pays, et essayer d'y renverser le gouvernement +royal. Une autre bande était partie du côté de la +Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola. +Mais ces tentatives furent repoussées et une foule +de victimes inutilement sacrifiées. La république +ligurienne n'avait pas renoncé pour cela à harceler +le gouvernement de Piémont; elle recueillait et +armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même +faire la guerre. Notre ministre à Gênes, Sotin, +avait la plus grande peine à la contenir. De son +côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait +pas moins de peine à répondre aux plaintes continuelles +du Piémont, et à le modérer dans ses +projets de vengeance contre les patriotes.</p> + +<p>La Cisalpine était dans un désordre effrayant. +Bonaparte en la constituant n'avait pas eu le temps +de calculer exactement les proportions qu'il aurait +fallu observer dans les divisions du territoire et +dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser +le régime municipal et le système financier. Ce petit +état avait à lui seul deux cent quarante représentans. +Les départemens étant trop nombreux, il était +dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il +n'avait aucun système régulier et uniforme d'impôts. +Avec une richesse considérable, il n'avait +point de finances, et il pouvait à peine suffire à +payer le subside convenu pour l'entretien de nos +armées. Du reste, sous tous les rapports, la confusion +était au comble. Depuis l'exclusion de quelques +membres du conseil, prononcée par Berthier, +lorsqu'il avait voulu faire accepter le traité d'alliance +avec la France, les révolutionnaires l'avaient +emporté, et le langage des jacobins dominait dans +les conseils et les clubs. Notre armée secondait ce +mouvement et appuyait toutes les exagérations. +Brune, après avoir achevé la soumission de la +Suisse, était retourné en Italie, où il avait reçu +le commandement général de toutes les troupes +françaises, depuis le départ de Berthier pour l'Égypte. +Il était à la tête des patriotes les plus véhémens. +Lahoz, le commandant des troupes lombardes, +dont l'organisation avait été commencée +sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées +et les mêmes sentimens. Il existait, en outre, +d'autres causes de désordres dans l'inconduite de +nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine +comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, +exigeaient des logemens qui, d'après les +traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient les +lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent +des réquisitions comme en temps de guerre, extorquaient +de l'argent des administrations locales, +puisaient dans les caisses des villes sans alléguer +aucune espèce de prétexte que leur bon plaisir. +Les commandans de place exerçaient surtout des +exactions intolérables. Le commandant de Mantoue +s'était permis, par exemple, d'affermer à son +profit la pêche du lac. Les généraux proportionnaient +leur exigence à leur grade, et indépendamment +de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient +avec les compagnies des profits scandaleux. Celle +qui était chargée d'approvisionner l'armée en +Italie, abandonnait aux états-majors quarante +pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de +ce qu'elle devait gagner pour faire de pareils avantages +à ses protecteurs. Par l'effet des désertions, +il n'y avait pas dans les rangs la moitié des hommes +portés sur les états, de manière que la république +payait le double de ce qu'elle aurait dû. Malgré +toutes ces malversations, les soldats étaient mal +payés, et la solde du plus grand nombre était arriérée +de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous +occupions était horriblement foulé, sans que nos +soldats s'en trouvassent mieux. Les patriotes cisalpins +toléraient tous ces désordres sans se plaindre, +parce que l'état-major leur prêtait son appui.</p> + +<p>A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une +commission, composée de Daunou, Florent et +Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le +pays affranchi. Ces trois hommes avaient composé +une constitution qui avait été adoptée, et qui, +sauf quelques différences, et les noms qui n'étaient +pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution +française. Les directeurs s'appelaient des +consuls, le conseil des anciens s'appelait le sénat; +le second conseil le tribunal. Mais ce n'était pas +tout que de donner une constitution, il fallait la +mettre en vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait +pu le croire, le fanatisme des Romains qui +s'opposait à son établissement, mais leur paresse. +Il n'y avait guère d'opposans que dans quelques +paysans de l'Apennin, poussés par les moines, et +du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans +les habitans de Rome, appelés à composer le consulat, +le sénat et le tribunal, une insouciance, +une inaptitude extrême au travail. Il fallait de +grands efforts pour les décider à siéger de deux +jours l'un, et ils voulaient absolument des vacances +pour l'été. A cette paresse il faut joindre une +inexpérience et une incapacité absolues en fait +d'administration. Il y avait plus de zèle dans les +Cisalpins, mais c'était du zèle sans lumière et sans +mesure, ce qui le rendait tout aussi funeste que +l'insouciance. Il était à craindre que, dès le départ +de la commission française, le gouvernement romain +tombât en dissolution, par l'inaction ou la +retraite de ses membres. Et cependant on aimait +beaucoup les places à Rome, on les aimait comme +on le fait dans tout état sans industrie.</p> + +<p>La commission avait mis fin à toutes les malversations +qui avaient été commises au premier moment +de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée +de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité +et habileté. Faypoult, qui était un administrateur +intègre et capable, avait établi pour tout l'état +romain un système d'impôts fort bien entendu. Il +était parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre +armée; il avait payé tout l'arriéré de solde non-seulement +à l'armée de Rome, mais encore à la division +embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent +été conduites de la même manière dans la Cisalpine, +le pays n'eût pas été foulé, et nos soldats se +fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité militaire +était à Rome entièrement soumise à la commission. +Le général Saint-Cyr, qui avait remplacé +Masséna, se distinguait par une sévère probité; +mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général +chez tous ses camarades, il paraissait mécontent +d'être soumis à la commission. A Milan surtout, +on était fort peu satisfait de tout ce qui se faisait +à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de +voir les démocrates romains annulés ou contenus +par la commission. L'état-major français, duquel +relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait +avec peine une riche partie des pays conquis lui +échapper, et soupirait après le moment où la commission +quitterait ses fonctions.</p> + +<p>C'est à tort qu'on ferait au directoire français +un reproche du désordre qui régnait dans les pays +alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût, n'aurait +pu empêcher le débordement des passions qui les +troublaient, et quant aux exactions, la volonté de +Napoléon lui-même n'a pas réussi à les empêcher +dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, +plein de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter, +un gouvernement composé de cinq membres, +et placé à des distances immenses, le pouvait +encore moins. Cependant il y avait dans la majorité +de notre directoire le plus grand zèle à assurer +le bien-être des nouvelles républiques, et la plus +vive indignation contre l'insolence et les concussions +des généraux, contre les vols manifestes des +compagnies. Excepté Barras, qui était de moitié +dans tous les profits des compagnies, qui était +l'espoir de tous les brouillons de Milan, les quatre +autres directeurs dénonçaient avec la plus grande +énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière surtout, +dont la sévère probité était révoltée de tant +de désordres, proposa au directoire un plan qui +fut agréé. Il voulait qu'une commission continuât +à diriger le gouvernement romain, et à contenir +l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé +à Milan, pour y représenter le gouvernement français, +et y enlever toute influence à l'état-major; +que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution +cisalpine les changemens qu'elle exigeait, +comme de réduire le nombre des divisions locales, +des fonctionnaires publics, et des membres des +conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint +un administrateur capable de créer un système +d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut adopté. +Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et +Faypoult, l'un des membres de là commission de +Rome, furent envoyés à Milan pour exécuter les +mesures proposées par Larévellière.</p> + +<p>Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan, +s'entourer des hommes les plus éclairés de la Cisalpine, +et convenir avec eux de tous les changemens +qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution, +soit au personnel du gouvernement. Il +devait ensuite, quand tous ces changemens seraient +arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la +Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au +besoin les appuyer de l'autorité de la France. Il +devait cependant cacher sa main autant qu'il serait +possible.</p> + +<p>Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on +lui avait ordonné. Mais le secret de sa mission était +difficile à garder. On sut bientôt qu'il venait changer +la constitution, et surtout réduire le nombre des +places de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient +bien, à la conduite de l'ambassadeur, que les réductions +porteraient sur eux, étaient furieux. Ils +s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé +lui-même contre l'autorité nouvelle qu'il +lui fallait subir, et on vit s'établir une lutte scandaleuse +entre la légation française et l'état-major +français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et +les hommes qui se rendaient chez lui, furent dénonces, +avec une extrême violence dans les conseils +cisalpins. On prétendit que le ministre français +venait violer la constitution, et renouveler l'un de +ces actes d'oppression que le directoire avait exercés +sur toutes les républiques alliées. Trouvé essuya +des désagrémens de toute espèce, de la part des +patriotes italiens et de nos officiers. Ceux-ci se +conduisirent avec la dernière indécence, dans un +bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand +scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout +à cause de l'effet qu'elles produisaient sur les ministres +étrangers. Non-seulement on leur donnait +le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on +les insultait dans les dîners diplomatiques, en buvant, +à leur face, à l'extermination de tous les rois. +Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan. +Brune et Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller +se ménager l'appui de Barras. Mais le directoire, +averti d'avance, était inébranlable dans ses résolutions. +Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à +l'instant même où il arrivait. Quant à Brune, il +lui fut prescrit de retourner à Milan, et d'y concourir +aux changemens que Trouvé allait faire exécuter.</p> + +<p>Après avoir accompli les diverses modifications +nécessaires à la constitution, Trouvé assembla +chez lui les députés les plus sages, et les leur soumit. +Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si +grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer +eux-mêmes aux deux conseils. Trouvé fut +donc obligé de déployer l'autorité française, et +d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait +voulu cacher. Du reste, peu importait, au fond, +le mode employé. Il eût été absurde à la France, +qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les +faisait exister par son appui, de ne pas profiter de +sa force pour y établir l'ordre qu'elle croyait le +meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas fait le +mieux possible dès le premier jour et en une seule +fois, afin de ne plus être obligée de renouveler ces +actes de sa toute-puissance. Le 30 août (13 fructidor +an VI), Trouvé assembla le directoire et les +deux conseils de la Cisalpine; il leur présenta la +nouvelle constitution et toutes les lois administratives +et financières que Faypoult avait préparées. +Les conseils étaient réduits de deux cent quarante +à cent vingt membres. Les individus à conserver +dans les conseils et le gouvernement étaient désignés. +Un système d'impôt régulier était établi. Il y +avait des impôts personnels et indirects, système +qu'on essayait d'établir dans le moment en France, +et qui déplaisait beaucoup aux patriotes. Tous ces +changemens furent approuvés et adoptés. Brune +avait été obligé de fournir l'appui des troupes françaises. +Aussi la colère des patriotes cisalpins fut-elle +vaine, et la révolution se fit sans obstacles. Il fut +décidé en outre qu'une prochaine convocation des +assemblées primaires aurait lieu, pour approuver +les changemens faits à la constitution.</p> + +<p>La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement +français, voyant le soulèvement que ce +ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas possible +de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner +une autre ambassade, et envoyer à Milan un homme +étranger aux dernières querelles. Malheureusement +le directoire se laissa imposer un ci-devant membre +des jacobins, qui était devenu un souple et bas +courtisan de Barras, qui avait été associé par lui au +trafic des compagnies, et placé sur la voie des +honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la +nomination à ses collègues. Fouché partit pour +remplacer Trouvé, et celui-ci dut se rendre à Stuttgard. +Mais Brune, profitant du départ de Trouvé, +se permit, avec une audace qui n'est explicable que +par la licence militaire qui régnait alors, de faire +à l'ouvrage du ministre de France les plus graves +changemens. Il exigea la démission de trois des +directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs +ministres, et fit différentes altérations à la +constitution. L'un des trois directeurs dont il avait +demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement +refusé de la donner, il le fit saisir de force +pas ses soldats, et arracher du palais du gouvernement. +Il se hâta ensuite de convoquer les assemblées +primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre +de Trouvé, modifiée comme elle venait de l'être par +lui. Fouché, qui arriva dans cet intervalle, aurait dû +s'opposer à cette convocation, et ne pas permettre +qu'on fît sanctionner des changemens que le général +n'avait pas eu mission de faire; mais il laissa +Brune agir à son gré. Les modifications de Trouvé, +et les modifications plus récentes de Brune, furent +approuvées par les assemblées primaires, soumises +à la fois au pouvoir militaire et à la violence des +patriotes.</p> + +<p>Quand le directoire français apprit ces détails, +il ne faiblit point. Il cassa tout ce qu'avait fait Brune, +il le destitua, et chargea Joubert d'aller rétablir les +choses dans l'état où les avait mises Trouvé. Fouché +fit des objections; il prétendit que la constitution +nouvelle, étant approuvée avec les changemens +que Brune y avait apportés, il serait d'un +mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et +il gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire +ne devait pas souffrir de pareilles hardiesses de la +part de ses généraux, et surtout il ne devait pas +leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans +les états alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de +cette manière, ne passa que peu de jours dans la +Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral +de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au +nom de la France. Quant aux individus auxquels +Brune avait arraché leur démission, on les engagea +à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens.</p> + +<p>La Cisalpine resta donc constituée comme le +directoire avait voulu qu'elle le fût, sauf la destitution +de quelques individus changés par Brune. +Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, +ces luttes de nos agens civils et militaires, étaient +du plus déplorable effet, décourageaient les nouveaux +peuples affranchis, déconsidéraient la république-mère, +et prouvaient la difficulté de maintenir +tous ces corps dans leur orbite.</p> + +<p>Les événemens de la Cisalpine furent gravement +reprochés au directoire, car il est d'usage de tout +changer en griefs contre un gouvernement qu'on +attaque, et de lui faire un crime des obstacles même +qu'il rencontre dans sa marche. La double opposition +qui commençait à reparaître dans les conseils +attaqua diversement les opérations exécutées en +Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition +patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, +contre l'indépendance d'une république alliée; on +avait même commis une infraction aux lois française, +car la constitution cisalpine qu'on venait +d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et +ce traité, approuvé par les conseils, ne pouvait être +enfreint par le directoire. Quant à l'opposition +constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de +s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches, +parce que les changemens faits dans la +Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes exclusifs. +Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait +Lucien Bonaparte. Il cherchait des sujets de +querelle au gouvernement, et il croyait d'ailleurs +devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par +le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance +des alliés était attaquée, que les traités +étaient violés, etc.</p> + +<p>Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement +de jour en jour. Elles commençaient à +contester au directoire certaines attributions dont +il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et +dont il avait quelquefois fait usage. Ainsi cette loi +lui donnait le droit de fermer les clubs, ou de supprimer +les journaux dont la direction lui paraîtrait +dangereuse. Le directoire avait fermé quelques +clubs devenus trop violens, et supprimé quelques +journaux qui avaient donné des nouvelles fausses +et imaginées évidemment dans une intention malveillante. +Il y eut un journal, entre autres, qui prétendit +que le directoire allait réunir à la France le +pays de Vaud: le directoire le supprima. Les patriotes +s'élevèrent contre cette puissance arbitraire, +et demandèrent le rapport de plusieurs des articles +de la loi du 19 fructidor. Les conseils décidèrent +que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à +l'établissement d'une loi sur la presse; et +un travail fut ordonné pour la préparation de +cette loi.</p> + +<p>Le directoire essuya également de fortes contradictions +en matière de finances. Il s'agissait de +clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de proposer +celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI +avait été fixé à 616 millions; mais sur les 616 millions, +il y avait eu un déficit de 62 millions, et, +outre ce déficit, un arriéré considérable dans les +rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse +d'acquitter le tiers consolidé, n'avaient pas +été payés intégralement. On décida qu'ils recevraient, +en paiement de l'arriéré, des bons recevables +en acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ +le budget de l'an VII, dans lequel on allait +entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600 millions, +sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. +Il fallut réduire les contributions foncière +et personnelle, beaucoup trop fortes, et élever +les impôts du timbre, de l'enregistrement, des +douanes, etc. On décréta des centimes additionnels +pour les dépenses locales, et des octrois aux portes +des villes pour l'entretien des hôpitaux et autres +établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre +Ramel soutint que les impôts ne rentreraient +tout au plus qu'aux trois quarts, à en juger par +les années précédentes, et que c'était les exagérer +beaucoup que de porter les rentrées effectives +à 450 ou 500 millions. Il demanda donc de nouvelles +ressources, pour couvrir réellement la dépense +de 600 millions; il proposa un impôt sur +les portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il +s'éleva à ce sujet de violentes contestations. On +décréta l'impôt sur les portes et fenêtres, et on +prépara un rapport sur l'impôt du sel.</p> + +<p>Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en +elles-mêmes, mais elles étaient le symptôme d'une +haine sourde, à laquelle il ne fallait que des malheurs +publics pour éclater. Le directoire, parfaitement +instruit de l'état de l'Europe, voyait bien +que de nouveaux dangers se préparaient, et que +la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne +pouvait guère plus en douter au mouvement des +différens cabinets. Cobentzel et Repnin n'avaient +pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient +quittée avec un grand mécontentement. Mais +Paul Ier, complètement séduit, avait stipulé un +traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses +troupes en marche. L'Autriche armait avec activité; +la cour de Naples ordonnait l'enrôlement de toute +sa population. Il eût été de la plus grande imprudence +de ne pas faire de préparatifs, en voyant un +pareil mouvement, depuis les bords de la Vistule +jusqu'à ceux du Volturne. Nos armées étant singulièrement +diminuées par la désertion, le directoire +résolut de pourvoir à leur recrutement par une +grande institution, qui restait encore à créer. La +convention avait puisé deux fois dans la population +de la France, mais d'une manière extraordinaire, +sans laisser de loi permanente pour la levée +annuelle des soldats. En mars 1793, elle avait ordonné +une levée de trois cent mille hommes; en +août de la même année, elle avait pris la grande et +belle résolution de la levée en masse, génération +par génération. Depuis, la république avait existé +par cette mesure seule, en forçant à rester sous +les drapeaux ceux qui avaient pris les armes à cette +époque. Mais le feu, les maladies en avaient détruit +un grand nombre; la paix en avait ramené +un grand nombre encore dans leurs foyers. On +n'avait délivré que douze mille congés, mais il y +avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile +d'être sévère envers des hommes qui avaient +défendu pendant six années leur patrie, et qui +l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur +sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens. +Il fallait les remplir par de nouvelles levées, et +prendre, non pas une mesure extraordinaire et +temporaire, mais une mesure générale et permanente; +il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt, +en quelque sorte, partie inhérente de la constitution. +On imagina la conscription.</p> + +<p>Le général Jourdan fut le rapporteur de cette +loi grande et salutaire, dont on a abusé comme de +toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a pas +moins sauvé la France et porté sa gloire au comble. +Par cette loi, chaque Français fut déclaré soldat de +droit, pendant une époque de sa vie. Cette époque +était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens +arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes, +année par année. Suivant la nécessité, le gouvernement +appelait des hommes en commençant +par la première classe, celle de vingt ans, et +par les plus jeunes de chaque classe. Il pouvait +successivement appeler les cinq classes, au fur +et à mesure des besoins. En temps de paix, les +conscrits étaient obligés de servir jusqu'à vingt-cinq +ans. Ainsi la durée du service des soldats variait +d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été +pris de vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre, +cette durée était illimitée; c'était au gouvernement +à délivrer des congés, quand il croyait le pouvoir +sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune +espèce, excepté pour ceux qui s'étaient mariés +avant la loi, ou qui avaient déjà payé leur +dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait +ainsi aux cas ordinaires; mais dans les cas +extraordinaires, lorsque la patrie était déclarée en +danger, le gouvernement avait droit, comme en +93, sur la population entière; et la levée en masse +recommençait.</p> + +<p>Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée +comme l'une des plus importantes créations +de la révolution<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>. Sur-le-champ le directoire demanda +à en faire usage, et réclama la levée de deux +cent mille conscrits, pour compléter les armées +et les mettre sur un pied respectable. Cette demande +fut accordée par acclamations le 2 vendémiaire +an VII (23 septembre 1798). Bien que les +deux oppositions contrariassent souvent le directoire, +par humeur ou jalousie, cependant elles +voulaient que la république conservât son ascendant +en présence des puissances de l'Europe. Une +levée d'hommes exige une levée d'argent. Le directoire +demanda, en sus du budget, 125 millions +dont 90 pour l'équipement de deux cent mille conscrits, +et 35 pour réparer le dernier désastre de la +marine. La question était de savoir où on les prendrait. +Le ministre Ramel prouva que les bons pour +le remboursement des deux tiers de la dette étaient +rentrés presque en totalité, qu'il restait 400 millions +en biens nationaux, lesquels étaient libres +par conséquent, et pouvaient être consacrés aux +nouveaux besoins de la république. On décréta en +conséquence la mise en vente de 125 millions de +biens nationaux. Un douzième devait être payé +comptant, le reste en obligations des acquéreurs, +négociables à volonté, et payables successivement +dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter +intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir +à un paiement au comptant, par la facilité +de le donner aux compagnies. Les biens devaient +être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne +fut pas plus contestée que la loi de recrutement, +dont elle était la conséquence.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).</blockquote> + +<p>Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre +aux menaces de l'Europe, et de soutenir la dignité +de la république. Deux événemens de médiocre +importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, +l'autre à Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le +directoire y avait envoyé le général Humbert avec +quinze cents hommes<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Malheureusement un envoi +de fonds que devait faire la trésorerie ayant été +retardé, une seconde division de six mille hommes, +commandée par le général Sarrazin, n'avait pu +mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui. +Il s'était maintenu longtemps, et assez pour +prouver que l'arrivée du renfort attendu aurait +changé entièrement la face des choses. Mais, après +une suite de combats honorables, il venait d'être +obligé de mettre bas les armes avec tout son corps. +Un échec de même nature, essuyé par les Anglais, +venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient +par intervalles lancer quelques bombes sur +nos ports de l'Océan, ils voulurent faire un débarquement +à Ostende, pour détruire les écluses; +mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux, +ils furent pris au nombre de deux mille +hommes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait prisonnier +le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.</blockquote> + +<p>Bien que l'Autriche eût contracté une alliance +avec la Russie et avec l'Angleterre, et qu'elle pût +compter sur une armée russe et sur un subside +anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en +lutte avec la république française. L'Espagne qui +voyait avec peine l'incendie rallumé sur le continent, +et qui craignait également les progrès du +système républicain et sa ruine, car dans un cas +elle pouvait être révolutionnée, et dans l'autre punie +de son alliance avec la France, l'Espagne s'était +interposée de nouveau pour calmer des adversaires +irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions, +en faisant naître quelque possibilité d'arrangement, +amenait de nouvelles hésitations à +Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A +Naples, où le zèle était furibond, on était indigné +de tout délai, et on voulait trouver une manière +d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le +fer. La folie de cette petite cour était sans exemple. +Le sort des Bourbons était, à cette époque, d'être +conduits par leurs femmes à toutes les fautes. On +en avait vu trois à la fois dans le même cas: +Louis XVI, Charles IV et Ferdinand. Le sort de +l'infortuné Louis XVI est connu. Charles IV et +Ferdinand, quoique par des voies différentes, +étaient entraînés, par la même influence, à une +ruine inévitable. On avait fait prendre au peuple +de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité +comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée +du cinquième de la population, espèce d'extravagance, +car il eût suffi d'en bien armer le cinquantième, +pour prendre rang parmi les puissances. +Chaque couvent devait fournir un cavalier équipé; +une partie des biens du clergé avait été mise en +vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin +ce faiseur de projets malheureux, dont tous les +plans militaires avaient si mal réussi, et que la destinée +réservait à des revers d'une si étrange espèce, +Mack avait été demandé à Naples pour être mis à +la tête de l'armée napolitaine. On lui décerna le +triomphe avant la victoire, et on lui donna le titre +de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté +Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des +neuvaines à tous les saints, des prières à saint Janvier, +et des supplices contre ceux qui étaient soupçonnés +de partager les opinions françaises.</p> + +<p>La petite cour de Naples continuait ses intrigues +en Piémont et en Toscane. Elle voulait que les +Piémontais s'insurgeassent sur les derrières de +l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur +les derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains +auraient profité de l'occasion pour attaquer +de front l'armée de Rome; les Autrichiens en auraient +profité aussi pour attaquer de front celle de +la Cisalpine, et on augurait de toutes ces combinaisons, +que pas un Français ne se sauverait. Le +roi de Piémont, prince religieux, avait quelques +scrupules à cause du traité d'alliance qui le liait à +la France; mais on lui disait que la foi promise à +des oppresseurs n'engageait pas, et que les Piémontais +avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier +Français. Du reste, les scrupules étaient moins +ici le véritable obstacle que la surveillance rigoureuse +du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane, +il manquait entièrement de moyens. Naples, pour +le décider, promettait de lui envoyer une armée +par la flotte de Nelson.</p> + +<p>Le directoire, de son côté, était sur ses gardes, +et il prenait ses précautions. La république ligurienne, +toujours acharnée contre le roi de Piémont, +avait enfin déclaré la guerre à ce prince. +A une haine de principes se joignait une vieille +haine de voisinage; et ces deux petites puissances +en voulaient venir aux mains à tout prix. Le directoire +intervint dans la querelle, signifia à la +république ligurienne qu'il fallait poser les armes, +et déclara au roi de Piémont qu'il se chargeait de +maintenir la tranquillité dans ses états, mais que, +pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important. +En conséquence, il lui demanda de laisser +occuper par les troupes françaises la citadelle de +Turin. Une pareille prétention n'était justifiable +que par les craintes que la cour de Piémont inspirait. +Il y avait incompatibilité entre les anciens et +les nouveaux états, et ils ne pouvaient pas se fier +les uns aux autres. Le roi de Piémont fit de grandes +remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister +aux demandes du directoire. Les Français occupèrent +la citadelle, et commencèrent sur-le-champ +à l'armer. Le directoire avait détaché +l'armée de Rome de celle de la Cisalpine, et lui +avait donné, pour la commander, le général Championnet, +qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée +était disséminée dans tout l'état romain; il y avait +dans la Marche d'Ancône quatre à cinq mille +hommes commandés par le général Casa-Bianca; +le général Lemoine était avec deux ou trois mille +hommes sur le penchant opposé de l'Apennin, vers +Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de cinq +mille hommes à peu près, était répandu sur le +Tibre. Il y avait à Rome une petite réserve. L'armée +dite de Rome était donc de quinze à seize mille +hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays, +et la difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de +disperser nos troupes; et si un ennemi actif et bien +secondé avait su saisir l'occasion, il aurait pu faire +repentir les Français de leur isolement.</p> + +<p>On comptait beaucoup sur cette circonstance +à Naples; on se flattait de surprendre les Français +et de les détruire en détail. Quelle gloire de +prendre l'initiative, de remporter le premier succès, +et de forcer enfin l'Autriche à entrer dans la +carrière, après la lui avoir ouverte! Ce furent +là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à +prendre l'initiative. Elle espérait que les Français +seraient facilement battus, et que l'Autriche ne +pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait +tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, +qui connaissaient un peu mieux l'Europe +et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît +l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages +conseils. Pour décider ce pauvre roi, et l'arracher +à ses innocentes occupations, on supposa, dit-on, +une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait +le commencement des hostilités. Dès lors +les ordres de marche furent donnés pour la fin +de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise +en mouvement. Le roi lui-même partit avec un +grand appareil, pour assister aux opérations. Il +n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une +sommation aux Français d'évacuer l'état romain: +ils répondirent à cette sommation en se préparant +à combattre, malgré la disproportion du nombre.</p> + +<p>Dans la situation respective des deux armées, +rien n'était plus facile que d'accabler les Français, +dispersés dans les provinces romaines, à droite +et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement +sur leur centre, et porter la masse des +forces napolitaines entre Rome et Terni. La +gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin +pour garder les Marches, eût été coupée de +leur droite, placée en deçà pour garder les rives +du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier, +et on les aurait ramenés en désordre jusque dans +la Haute-Italie. La Péninsule du moins eût été délivrée; +et la Toscane, l'état romain, les Marches, +seraient entrés sous la domination de Naples. Le +nombre des troupes napolitaines rendait ce plan +encore plus facile et plus sûr; mais il était impossible +que Mack employât une manoeuvre aussi +simple. Comme dans ses anciens plans, il voulut +envelopper l'ennemi par une multitude de corps +détachés. Il avait près de soixante mille hommes, +dont quarante mille formaient l'armée active, et +vingt mille les garnisons. Au lieu de diriger cette +masse de forces sur le point essentiel de Terni, +il la divisa en six colonnes. La première, agissant +sur les revers de l'Apennin, le long de l'Adriatique, +dut se porter par la route d'Ascoli dans +les Marches; la seconde et la troisième, agissant +sur l'autre côté des monts, et se liant à la précédente, +durent marcher, l'une sur Terni, l'autre +sur Magliano; la quatrième et la principale, formant +le corps de bataille, fut dirigée sur Frascati +et sur Rome; une cinquième, longeant la +Méditerranée, eut la mission de parcourir les +Marais Pontins, et de rejoindre le corps de bataille +sur la voie Appienne; enfin la dernière, +embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée +sur Livourne, pour soulever la Toscane et fermer +la retraite aux Français. Ainsi tout était préparé +pour les envelopper et les perdre tous, mais rien +ne l'était pour les battre auparavant.</p> + +<p>C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche +avec ses quarante mille hommes. La quantité de +ses bagages, l'indiscipline des troupes, le mauvais +état des chemins, rendaient ses mouvemens très +lents. L'armée napolitaine formait une longue +queue, sans ordre et sans ensemble. Championnet, +averti à temps du péril, détacha deux corps +pour observer la marche de l'ennemi, et protéger +les corps isolés qui se repliaient. Ne croyant pas +pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre +une position en arrière, sur les bords du Tibre, +entre Civita-Castellana et Civita-Ducale, et là de +concentrer ses forces pour reprendre l'offensive.</p> + +<p>Tandis que Championnet se retirait sagement, +et évacuait Rome, en laissant huit cents hommes +dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait fièrement +sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir +trouver de résistance. Il arriva aux portes de Rome +le 9 frimaire an VII (29 novembre 1798), et y +entra sans obstacle. On avait préparé au roi une +réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en +conquérant et en libérateur, fut enivré de l'espèce +de gloire militaire qu'on lui avait apprêtée. Du +reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, +et il invita le pape à venir reprendre possession +de ses états. Cependant son armée, moins généreuse +que lui, commit d'horribles pillages. La +populace romaine, avec sa mobilité accoutumée, +se précipita sur les maisons de ceux qu'on accusait +d'être révolutionnaires, et les dévasta. La dépouille +mortelle du malheureux Duphot fut exhumée +et indignement outragée.</p> + +<p>Pendant que les Napolitains occupaient ainsi +leur temps à Rome, Championnet exécutait avec +une rare activité l'habile détermination qu'il avait +prise. Sentant que le point essentiel était au centre +sur le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une +forte position à Civita-Castellana, et le renforça +de toutes les troupes dont il put disposer. Il transporta +une partie des forces qu'il avait dans les +Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général +Casa-Bianca que ce qui lui était strictement +nécessaire pour retarder de ce côté la marche de +l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter +l'arrivée de ses parcs et des munitions. Ne s'effrayant +pas plus qu'il ne fallait de ce qui se préparait +sur ses derrières en Toscane, il chargea un +officier, avec un faible détachement, d'observer ce +qui se passait de ce côté.</p> + +<p>Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français +sur les différentes routes qu'ils parcouraient. Ils +étaient trois fois plus nombreux, mais ils avaient +affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent +que la tâche était rude. Dans les Marches, la +colonne qui s'avançait par Ascoli fut repoussée au +loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, un +colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps +par le général Lemoine. Cette première expérience +de la guerre avec les Français était peu faite pour +encourager les Napolitains. Cependant Mack fit +ses dispositions pour enlever la position qu'il sentait +la plus importante, celle de Civita-Castellana, +où Macdonald se trouvait avec le gros de nos +troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle +est placée sur un ravin, dans une position très +forte. Les Français tenaient plusieurs postes éloignés +qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire +an VII (4 décembre), Mack fit attaquer +Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces considérables. +Il dirigea par la rive opposée du Tibre +une colonne accessoire, qui devait s'emparer de +Rignano. Aucune de ces attaques ne réussit. L'une +des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie. +Une seconde, enveloppée, perdit trois +mille prisonniers. Les autres, découragées, se bornèrent +à de simples démonstrations. Nulle part +enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir +le choc des troupes françaises. Mack, un peu déconcerté, +renonça à enlever la position centrale +de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir +que ce n'était pas sur ce point qu'il aurait fallu +essayer de forcer la ligne ennemie. C'est à Terni, +point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu +par les Français, qu'il aurait dû frapper le +coup principal. Il songea dès lors à dérober ses +troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur +Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait +fallu une rapidité d'exécution impossible avec des +troupes sans discipline. Il fallut plusieurs jours +pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et +Mack ralentit encore par sa propre faute une opération +déjà trop lente. Macdonald, qu'il croyait +retenir à Civita-Castellana par des démonstrations, +s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà +du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni. +Ainsi, les Napolitains avaient été prévenus sur tous +les points qu'ils se proposaient de surprendre. Le +premier mouvement du général Metsch, de Calvi +sur Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire +(9 décembre), ramené d'Otricoli sur Calvi, +ce général fut entouré et obligé de mettre bas les +armes, avec quatre mille hommes, devant un corps +de trois mille cinq cents. Dès cet instant, Mack +ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à se +replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de +Frascati et d'Albano, pour y rallier son armée, et +la renforcer de nouveaux bataillons. C'était là une +triste ressource, car ce n'était pas la quantité des +soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité +qu'il aurait fallu changer; et ce n'était pas en se +retirant à quelques lieues du champ de bataille +qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la +discipline et la bravoure.</p> + +<p>Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens, +sortit furtivement de Rome, où il était entré +quelques jours auparavant en triomphe. Les Napolitains +l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction +des Romains, qui étaient déjà beaucoup +plus importunés de leur présence, qu'ils ne l'avaient +été de celle des Français. Championnet rentra dans +Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait +mérité véritablement les honneurs du triomphe. +Se concentrant habilement avec quinze ou seize +mille hommes, il avait su reprendre l'offensive +contre quarante mille, et les avait poussés en désordre +devant lui. Championnet ne voulut pas se +borner à la simple défense des États romains, il +conçut le projet audacieux de conquérir le royaume +de Naples avec sa faible armée. L'entreprise était +difficile, moins à cause de la force de l'armée napolitaine +que de la disposition des habitans, qui pouvaient +nous faire une guerre de partisans fort longue +et fort dangereuse. Championnet n'en persista pas +moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre la +retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande +quantité de prisonniers, et mit dans une déroute +complète la colonne qui avait été débarquée en +Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille +hommes.</p> + +<p>Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement +dans le royaume de Naples, et ne s'arrêta que +devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il fit +choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant +Capoue et sur toute la ligne du fleuve, qui +est très profond, et qui forme une barrière difficile +à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré à +Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion. +Le peuple, furieux des échecs essuyés par l'armée, +criait à la trahison, demandait des armes, et menaçait +d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux +auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il +voulait égorger aussi tous ceux qu'on accusait de +désirer les Français et la révolution. Cette cour +odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des +armes dont il était facile de prévoir l'usage. A peine +ces espèces de barbares eurent-ils reçu les dépouilles +des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et se rendirent +maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison, +ils s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent. +Le favori Acton, auquel on commençait à +attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, toute +la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait +plus un séjour assez sûr; l'idée de se réfugier +en Sicile fut aussitôt conçue et adoptée. Le 11 nivôse +(31 décembre), les meubles précieux de la +couronne, tous les trésors des palais de Caserte et +de Naples, et un trésor de vingt millions, furent +embarqués sur l'escadre de Nelson, et on fit voile +pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités +publiques, ne voulut pas braver les dangers +du séjour de Naples, et s'embarqua avec la reine. +Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé. Ce +fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes +des chantiers incendiés, que cette cour lâche et +criminelle abandonna à ses dangers le royaume +qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre +d'égorger la haute bourgeoisie, accusée d'esprit +révolutionnaire. Tout devait être immolé, jusqu'au +rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples, +chargé des pouvoirs du roi.</p> + +<p>Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers +Naples. Il avait commis à son tour la même faute +que Mack; il s'était divisé en plusieurs colonnes, +qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction +à travers un pays difficile, au milieu d'un peuple +fanatique et soulevé de toutes parts contre les +prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était +fort incertaine.</p> + +<p>Championnet, arrivé avec son corps de bataille +sur les bords du Volturne, voulut faire une tentative +sur Capoue. Repoussé par une nombreuse +artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de +main, et de replier ses troupes, en attendant l'arrivée +des autres colonnes. Cette tentative eut lieu le +14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans napolitains, +insurgés de toutes parts, interceptaient +nos courriers et nos convois. Championnet n'avait +aucune nouvelle de ses autres colonnes, et sa position +pouvait être considérée comme très critique. +Mack profita de l'occasion pour lui faire des ouvertures +amicales. Championnet, comptant sur la fortune +des Français, repoussa hardiment les propositions +de Mack. Heureusement il fut rejoint par +ses colonnes, et il convint alors d'un armistice, aux +conditions suivantes: Mack devait abandonner la +ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux +Français, se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni +du côté de la Méditerranée, et de l'Ofanto, du côté +de l'Adriatique, et céder ainsi une grande partie +du royaume de Naples. Outre ces concessions de +territoire, on stipula une contribution de huit millions +en argent. L'armistice fut signé le 22 nivôse +(11 janvier).</p> + +<p>Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice, +le peuple se livra à la plus grande fureur, +et cria plus vivement encore qu'il était trahi par +les officiers de la couronne. La vue du commissaire +chargé de recevoir la contribution de huit +millions porta la multitude aux derniers excès; +elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice. +Le tumulte fut porté à un tel degré, que le +prince Pignatelli, épouvanté, abandonna Naples. +Cette belle capitale resta livrée aux lazzaronis. Il +n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on +était menacé d'un horrible bouleversement. Enfin, +après trois jours de tumulte, on parvint à choisir +un chef qui avait la confiance des lazzaronis, et qui +avait quelques moyens de les contenir: c'était le +prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes +fureurs éclataient dans l'armée de Mack. Ses soldats, +loin de s'en prendre de leurs malheurs à leur +lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent +le massacrer. Le prétendu libérateur de l'Italie, qui +avait reçu un mois auparavant les honneurs du +triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même +des Français. Il demanda à Championnet la permission +de se réfugier auprès de lui. Le généreux +républicain, oubliant le langage peu convenable +de Mack dans sa correspondance, lui donna asile, +le fit asseoir à sa table, et lui laissa son épée.</p> + +<p>Championnet, autorisé par le refus fait à Naples +d'exécuter les conditions de l'armistice, s'avança +sur cette capitale, dans le but de s'en emparer. +La chose était difficile, car un peuple immense, +qui, en rase campagne, eût été balayé par quelques +escadrons de cavalerie, devenait très redoutable +derrière les murs d'une ville. On eut quelques +combats à livrer pour approcher de la place, et les +lazzaronis montrèrent là plus de courage que l'armée +napolitaine. L'imminence du danger avait redoublé +leur fureur. Le prince de Moliterne, qui +voulait les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir, +et ils avaient pris pour chefs deux d'entre +eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se +livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès, +et commirent toute espèce de violences contre les +bourgeois et les nobles accusés de jacobinisme. Le +désordre fut poussé à un tel point, que toutes les +classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée +des Français. Les habitans firent prévenir Mack +qu'ils se joindraient à lui pour livrer Naples. +Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer +du fort Saint-Elme, et de le livrer aux Français. +Le 4 pluviôse (23 janvier), Championnet +donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent courageusement; +mais les bourgeois s'étant emparés +du fort Saint-Elme et de différens postes de la +ville, donnèrent entrée aux Français. Les lazzaronis, +retranchés néanmoins dans les maisons, +allaient se défendre de rues en rues, et incendier +peut-être la ville; mais on fit prisonnier un de leurs +chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui +promit de respecter saint Janvier, et on obtint enfin +qu'il fît mettre bas les armes à tous les siens.</p> + +<p>Championnet, dès cet instant, se trouva maître +de Naples et de tout le royaume: il se hâta d'y +rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis. D'après +les intentions du gouvernement français, il proclama +la nouvelle république. Un nom antique lui +fut donné, celui de république parthénopéenne. +Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de +la cour de Naples. Vingt mille Français et deux +mois suffirent pour déjouer ses vastes projets, +changer ses états en république. Cette courte campagne +de Championnet lui valut sur-le-champ une +réputation brillante. L'armée de Rome prit dès +lors le titre d'armée de Naples, et fut détachée de +l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant +de Joubert.</p> + +<p>Pendant que ces événemens avaient lieu dans la +Péninsule, la chute du royaume de Piémont était +enfin consommée. Déjà, par une précaution que +les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était +emparé de la citadelle de Turin, et l'avait armée +avec l'artillerie prise dans les arsenaux piémontais. +Mais cette précaution était fort insuffisante dans +l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours +dans le Piémont: les républicains faisaient +sans cesse de nouvelles tentatives, et venaient +même de perdre six cents hommes, pour avoir +essayé de surprendre Alexandrie. Une mascarade +sortie de la citadelle de Turin, où toute la cour +était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des +Piémontais et des officiers français que les généraux +ne pouvaient pas toujours contenir, avait failli +provoquer un combat sanglant dans Turin même. +La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie, +et la correspondance du ministre de Naples avec +M. de Priocca, ministre dirigeant de Piémont, le +prouvait assez. Dans des circonstances pareilles, +la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait +pas laisser, sur ses communications des Alpes, +deux partis aux prises et un gouvernement ennemi. +Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que les +défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens +qui en gênent ou en compromettent la défense. +Il fut décidé qu'on forcerait le roi de Piémont à +abdiquer. On soutint les républicains, et on les +aida à s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, +Chivasso. On dit alors au roi qu'il ne pouvait plus +vivre dans des états qui se révoltaient, et qui allaient +être bientôt le théâtre de la guerre: on lui +demanda son abdication, en lui laissant l'île de +Sardaigne. L'abdication fut signée le 19 frimaire +(9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les +plus puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont, +n'avaient plus, de leurs états, que deux îles. +Dans les circonstances qui se préparaient, on ne +voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle +république, et en attendant le résultat de la +guerre, il fut décidé que le Piémont serait provisoirement +administré par la France. Il ne restait +plus à envahir en Italie que la Toscane. Une simple +signification suffisait pour l'occuper; mais on différait +cette signification, et on attendait, pour la +faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.</p> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XV.</h3> + +<p>ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT +DE 1799.—PRÉPARATIFS MILITAIRES.—LEVÉE DE 200 MILLE +CONSCRITS.—MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES +PUISSANCES COALISÉES.—DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.— +OUVERTURE DE LA CAMPAGNE DE 1799.—INVASION DES GRISONS.— +COMBAT DE PFULLENDORF.—BATAILLE DE STOCKACH.—RETRAITE DE +JOURDAN.—OPÉRATIONS MILITAIRES EN ITALIE.—BATAILLE DE MAGNANO; +RETRAITE DE SCHÉRER.—ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES +FRANÇAIS A RASTADT.—EFFETS DE NOS PREMIERS REVERS.—ACCUSATIONS +MULTIPLIÉES CONTRE LE DIRECTOIRE.—ÉLECTIONS DE L'AN VII. +—SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN REMPLACEMENT DE REWBELL.</p> + + +<p>Tel était l'état des choses au commencement de +l'année 1799. La guerre, d'après les événemens +que nous venons de rapporter, n'était plus douteuse. +D'ailleurs les correspondances interceptées, +la levée de boucliers de la cour de Naples, qui +n'aurait pas pris l'initiative sans la certitude d'une +intervention puissante, les préparatifs immenses +de l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en +Moravie, ne laissaient plus aucune incertitude. On +était en nivôse (janvier 1799), et il était évident +que les hostilités seraient commencées avant deux +mois. Ainsi l'incompatibilité des deux grands systèmes +que la révolution avait mis en présence était +prouvée par les faits. La France avait commencé +l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les +républiques batave, cisalpine et ligurienne, et déjà +il en existait six à la fin de cette année, par la création +des républiques helvétique, romaine et parthénopéenne. +Cette extension avait été moins le +résultat de l'esprit de conquête, que de l'esprit de +système. On avait été obligé de secourir les Vaudois +opprimés: on avait été provoqué à Rome à +venger la mort du malheureux Duphot, immolé +en voulant séparer les deux partis: à Naples on +n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on +avait été forcément conduit à rentrer en lutte, il +est constant que le directoire, quoique ayant une +immense confiance dans la puissance française, +désirait cependant la paix, pour des raisons politiques +et financières; il est constant aussi que l'empereur, +tout en désirant la guerre, voulait l'éloigner +encore. Cependant tous s'étaient conduits +comme s'ils avaient voulu rentrer immédiatement +en lutte, tant était grande l'incompatibilité des +deux systèmes.</p> + +<p>La révolution avait donné au gouvernement +français une confiance et une audace extraordinaire. +Le dernier événement de Naples, quoique +peu considérable en lui-même, venait de lui persuader +encore que tout devait fuir devant les baïonnettes +françaises. C'était du reste l'opinion de l'Europe. +Il ne fallait rien moins que l'immensité des +moyens réunis contre la France, pour donner à ses +ennemis le courage de se mesurer avec elle. Mais +cette confiance du gouvernement français dans ses +forces était exagérée, et lui cachait une partie des +difficultés de sa position. La suite a prouvé que ses +ressources étaient immenses, mais que dans le +moment elles n'étaient pas encore assez assurées +pour garantir la victoire. Le directoire, outre la +France, avait à administrer la Hollande, la Suisse, +toute l'Italie, partagées en autant de républiques. +Les administrer par l'intermédiaire de leur gouvernement, +était, comme on l'a vu, encore plus +difficile que si on avait commandé directement +chez elles. On n'en pouvait presque tirer aucune +ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut +d'organisation. Il fallait cependant les défendre, +et dès lors combattre sur une ligne qui, +depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à +l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par +la Russie et l'Autriche, était prise à revers par les +flottes anglaises, soit en Hollande, soit à Naples. +Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, +il fallait les tirer de France seulement. Or, les armées +étaient singulièrement affaiblies. Quarante +mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte sous +notre grand capitaine. Les armées restées en France +étaient diminuées de moitié par l'effet des désertions +que la paix amène toujours. Le gouvernement +payait le même nombre de soldats, mais il n'avait +peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs. +Les administrations et les états-majors faisaient +le profit sur la solde, et c'était une surcharge inutile +pour les finances. Ces cent cinquante mille +hommes effectifs formaient des cadres excellens, +qu'on pouvait remplir avec la nouvelle levée des +conscrits; mais il fallait du temps pour cela, et on +n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de la +conscription. Enfin, les finances étaient toujours +dans le même délabrement, par la mauvaise organisation +de la perception. On avait voté un budget +de 600 millions, et une ressource extraordinaire +de 125 millions, prise sur les 400 millions restans +de biens nationaux; mais la lenteur des rentrées, +et l'erreur dans l'évaluation de certains produits, +laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination, +si nécessaire dans une machine aussi +vaste, commençait à disparaître. Les militaires devenaient +très difficiles à contenir. Cet état de guerre +perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires; +ils en devenaient impérieux et exigeans. +Placés dans des pays riches, ils voulaient en profiter, +et ils étaient les complices de toutes les spoliations. +Ils voulaient aussi faire triompher leurs +opinions là où ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec +peine à la direction des agens civils. On l'a vu dans +la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans l'intérieur, +l'opposition qu'on a vu renaître depuis le +18 fructidor, et prendre deux caractères, se prononçait +davantage. Les patriotes, réprimés aux +dernières élections, se préparaient à triompher +dans les nouvelles. Les modérés critiquaient froidement, +mais amèrement, toutes les mesures du +gouvernement, et suivant l'usage de toutes les oppositions, +lui reprochaient même les difficultés +qu'il avait à vaincre, et qui étaient le plus souvent +insurmontables. Le gouvernement, c'est la force +même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui +s'il ne triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses, +quand il explique pourquoi il n'a pas réussi.</p> + +<p>Telle était la situation du directoire à l'instant +où la guerre recommença avec l'Europe. Il fit de +grands efforts pour rétablir l'ordre dans cette +grande machine. La confusion régnait toujours en +Italie. Les ressources de cette belle contrée étaient +gaspillées, et se perdaient inutilement pour l'armée; +quelques pillards en profitaient seuls. La commission +chargée d'instituer et d'administrer la république +romaine venait de terminer ses fonctions, +et aussitôt l'influence des états-majors s'était fait +sentir. On avait changé les consuls jugés trop modérés. +On avait rompu les marchés avantageux pour +l'entretien de l'armée. La commission, dans laquelle +Faypoult avait la direction financière, avait +conclu un marché pour l'entretien et le paiement +des troupes stationnées à Rome, et pour le transport +de tous les objets d'art envoyés en France. +Elle avait adjugé en paiement des biens nationaux +pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était +modéré sous le rapport du prix, avait l'avantage +de fournir un emploi aux biens nationaux. Il fut +cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin, qui +dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer +par les états-majors, auxquels elle abandonnait un +pour cent de profit. Le Piémont, qu'on venait +d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer, et +la probité de Joubert, général en chef de l'armée +d'Italie, n'était pas une garantie contre l'avidité de +l'état-major et des compagnies. Naples surtout +allait être mise au pillage. Il y avait dans le directoire +quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière, +Merlin et Treilhard, que tous les désordres +révoltaient. Larévellière surtout, le plus +sévère et le plus instruit des faits par ses relations +particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec +les membres de la commission de Rome, Larévellière +voulait qu'on déployât la plus grande énergie. +Il proposa et fit adopter un projet fort sage; +c'était d'instituer dans tous les pays dépendans de +la France, et où résidaient nos armées, des commissions +chargées de la partie civile et financière, +et tout à fait indépendantes des états-majors. A +Milan, à Turin, à Rome, à Naples, des commissions +civiles devaient recevoir les contributions +stipulées avec les pays alliés de la France, passer +les marchés, faire tous les arrangemens financiers, +fournir en un mot aux besoins des armées, mais +ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs +militaires. Les commissions avaient cependant +l'ordre de compter aux généraux les fonds qu'ils +demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier +pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au +gouvernement. Ainsi l'autorité militaire était encore +bien ménagée. Les quatre directeurs firent +adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre +de la faire exécuter sur-le-champ avec la dernière +rigueur. Comme il montrait quelque indulgence +pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait +de tous les désordres qui ne seraient pas réprimés.</p> + +<p>Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait +blesser beaucoup les états-majors. En Italie surtout +ils parurent se révolter; ils dirent qu'on déshonorait +les militaires par les précautions qu'on prenait +à leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les +généraux, qu'on les privait de toute autorité. +Championnet, à Naples, avait déjà tranche du +législateur, et nommé des commissions chargées +d'administrer le pays conquis. Faypoult était envoyé +à Naples pour s'y charger de toute la partie +financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire +rentrer l'administration dans ses mains, et révoqua +certaines mesures fort mal entendues, prises par +Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des +gens de son état, surtout quand ils sont victorieux, +se regarda comme offensé; il eut la hardiesse +de prendre un arrêté par lequel il enjoignait à Faypoult +et aux autres commissaires de quitter Naples +sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite +était intolérable. Méconnaître les ordres du directoire +et chasser de Naples les envoyés revêtus de +ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère +répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer +l'autorité suprême et la remettre aux généraux. Le +directoire ne faiblit pas, et grâce à l'énergie des +membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages, +il déploya ici toute son autorité. Il destitua +Championnet, malgré l'éclat de ses derniers +succès, et le livra à une commission militaire. +Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas +là. Le brave Joubert se laissa persuader que l'honneur +militaire était blessé par les arrêtés du directoire; +il ne voulut pas conserver le commandement +aux conditions nouvelles prescrites aux généraux, +et donna sa démission. Le directoire l'accepta. +Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les +mêmes motifs. Néanmoins le directoire ne céda +pas et persista dans ses arrêtés.</p> + +<p>Le directoire s'occupa ensuite de la levée des +conscrits, qui s'exécutait lentement. Les deux +premières classes ne pouvant pas fournir les deux +cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre +dans toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre +requis fût complet. Pour gagner du temps, il fut +décidé que les communes seraient chargées elles-mêmes +de l'équipement des nouvelles recrues, +et que cette dépense serait comptée en déduction +de la contribution foncière. Ces nouveaux conscrits, +à peine équipés, devaient se rendre sur les +frontières, y être formés en bataillons de garnison, +remplacer les vieilles troupes dans les places +et les camps de réserve, et dès que leur instruction +serait suffisante, aller rejoindre les armées +actives.</p> + +<p>Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le +ministre Ramel, qui administrait toujours nos +finances avec lumière et probité, depuis l'établissement +du directoire, après avoir vérifié le produit +des impôts, assurait que le déficit serait de +65 millions, sans compter tout l'arriéré provenant +du retard dans les rentrées. Une violente dispute +s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires +du directoire ne le portaient pas à plus de 15 millions. +Ramel prouvait qu'il serait de 65 au moins, +et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt +des portes et fenêtres, mais il ne suffisait pas. +L'impôt du sel fut mis en discussion. Alors de +grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple, +disait-on, on faisait porter les charges publiques +sur une seule classe, on renouvelait les gabelles, +etc. Lucien Bonaparte était celui des orateurs +qui faisait valoir les objections avec le plus +d'acharnement. Les partisans du gouvernement +répondaient en alléguant la nécessité. L'impôt fut +rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer +le produit, on doubla l'impôt des portes +et fenêtres; on décupla même celui des portes +cochères. On mit en vente les biens du culte protestant, +on décréta que le clergé protestant recevrait +des salaires en dédommagement de ses biens. +On mit à la disposition du gouvernement les +sommes à recouvrer sur les propriétaires de biens +restés indivis avec l'état.</p> + +<p>Malheureusement toutes ces ressources n'étaient +pas assez promptes. Outre la difficulté de +porter le produit de l'impôt au niveau de 600 millions, +il y avait un autre inconvénient dans la +lenteur des rentrées. On était encore réduit, cette +année comme dans les précédentes, à donner des +délégations aux fournisseurs sur les produits non +rentrés. Les rentiers, auxquels on avait, depuis le +remboursement des deux tiers, promis la plus +grande exactitude, étaient payés eux-mêmes +avec des bons recevables en acquittement des +impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau réduit +aux expédiens.</p> + +<p>Ce n'était pas tout que de réunir des soldats +et des fonds pour les entretenir, il fallait les distribuer +d'après un plan convenable, et leur +choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons +dit, garder la Hollande, la ligne du Rhin, +la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire opérer depuis +le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande +était couverte d'un côté par la neutralité de +la Prusse, qui paraissait certaine; mais une flotte +anglo-russe devait y faire un débarquement, et il +était urgent de la protéger contre ce danger. +La ligne du Rhin était protégée par les deux +places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il +fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la +percer, il était prudent de la couvrir par un +corps d'observation. Soit qu'on prît l'offensive ou +qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube, +vers les environs du lac de Constance, ou +en Suisse, qu'on devait rencontrer les armées +autrichiennes. Il fallait une armée active qui, +partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait +dans les plaines de la Bavière. Il fallait ensuite un +corps d'observation pour couvrir la Suisse; il fallait +enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie +contre les Autrichiens, et la Basse-Italie +contre les Napolitains et les Anglais réunis.</p> + +<p>Ce champ de bataille était immense, et il n'était +pas connu et jugé comme il l'a été depuis, à la suite +de longues guerres et de campagnes immortelles. +On pensait alors que la clé de la plaine était dans +les montagnes. La Suisse, placée au milieu de la +ligne immense sur laquelle on allait combattre, paraissait +la clé de tout le continent; et la France, +qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage +décisif. Il semblait qu'en ayant les sources du Rhin, +du Danube, du Pô, elle en commandât tout le cours. +C'était là une erreur. On conçoit que deux armées +qui appuient immédiatement une aile à des montagnes, +comme les Autrichiens et les Français +quand ils se battaient aux environs de Vérone ou +aux environs de Rastadt, tiennent à la possession +de ces montagnes, parce que celle des deux qui en +est maîtresse peut déborder l'ennemi par les hauteurs. +Mais quand on se bat à cinquante ou cent +lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même +importance. Tandis qu'on s'épuiserait pour la possession +du Saint-Gothard, des armées placées sur +le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider +du sort de l'Europe. Mais on concluait du +petit au grand: de ce que les hauteurs sont importantes +sur un champ de bataille de quelques +lieues, on en concluait que la puissance maîtresse +des Alpes devait l'être du continent. La Suisse n'a +qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des débouchés +directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche +sur la France. On conçoit dès lors que, pour le +repos des deux puissances et de l'Europe, la clôture +de ces débouchés soit un bienfait. Plus on +peut empêcher les points de contact et les moyens +d'invasion, mieux on fait, surtout entre deux +états qui ne peuvent se heurter sans que le continent +en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité +de la Suisse intéresse toute l'Europe, et +qu'on a toujours eu raison d'en faire un principe +de sûreté générale.</p> + +<p>La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage +des débouchés directs sur l'Autriche et l'Italie, +et, en ce sens, on pouvait regarder la possession +de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la +multiplicité des débouchés est un avantage pour la +puissance qui doit prendre l'offensive, et qui en a +les moyens, elle devient un inconvénient pour la +puissance qui est réduite à la défensive, par l'infériorité +de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors +que le nombre des points d'attaque soit aussi réduit +que possible, afin de pouvoir concentrer ses +forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour +la France, suffisamment préparée à l'offensive, de +pouvoir déboucher en Bavière par la Suisse, il +était fâcheux pour elle, réduite à la défensive, de +ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il +était fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace +compris de Mayence à Gênes, au lieu de +pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses +forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, +et entre le Mont-Blanc et Gênes de l'autre.</p> + +<p>Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir +dangereuse pour la France, dans le cas de la défensive. +Mais elle était fort loin de se croire dans +un cas pareil. Le projet du gouvernement était de +prendre l'offensive partout et de procéder, comme +naguère, par des coups foudroyans. Mais la distribution +de ses forces fut des plus malheureuses. +On plaça une armée d'observation en Hollande, et +une autre armée d'observation sur le Rhin. Une +armée active devait partir de Strasbourg, traverser +la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une seconde +armée active devait combattre en Suisse pour la +possession des montagnes, et appuyer ainsi d'un +côté celle qui agirait sur le Danube, et de l'autre +celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée +devait partir de l'Adige pour chasser tout à fait les +Autrichiens jusqu'au-delà de l'Izonzo. Enfin, une +dernière armée d'observation devait couvrir la +Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée +de Hollande fût de vingt mille hommes, celle +du Rhin de quarante, celle du Danube de quatre-vingt, +celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de +quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui +faisait en tout trois cent mille hommes indépendamment +des garnisons. Avec de pareilles forces, +cette distribution devenait moins défectueuse. +Mais si, par la levée des conscrits, on pouvait, dans +quelque temps, porter nos armées à ce nombre, +on était loin d'y être arrivé dans le moment. On +ne pouvait guère laisser que dix mille hommes en +Hollande. Sur le Rhin on pouvait à peine réunir +quelques mille hommes. Les troupes destinées à +composer cette armée d'observation étaient retenues +dans l'intérieur, soit pour surveiller la Vendée +encore menacée, soit pour protéger la tranquillité +publique pendant les élections qui se préparaient. +L'armée destinée à agir sur le Danube était au plus +de quarante mille hommes, celle de Suisse de +trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples +de trente. Ainsi, nous comptions à peine cent +soixante ou cent soixante-dix mille hommes. Les +éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la +chose du monde la plus imprudente.</p> + +<p>Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire, +voulait prendre l'offensive, il fallait +alors, plus que jamais, choisir les points d'attaque, +se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne +pas se disséminer, pour combattre sur tous à la +fois. Ainsi, en Italie, au lieu de disperser ses forces +depuis Vérone jusqu'à Naples, il fallait, à l'exemple +de Bonaparte, en réunir la plus grande partie +sur l'Adige; et frapper là les grands coups. En +battant les Autrichiens sur l'Adige, il était assez +prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome, +Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu +de perdre inutilement des milliers de braves au +pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée +de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du +Danube, et livrer avec celle-ci une bataille décisive +en Bavière. On pouvait même réduire encore +les points d'attaque, rester en observation sur +l'Adige, n'agir offensivement que sur le Danube, et +là, porter un coup plus fort et plus sûr, en grossissant +la masse qui devait le frapper. Napoléon et +l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de +grands exemples, le second par des raisonnemens +profonds, qu'entre l'Autriche et la France, la querelle +doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le +chemin le plus court pour arriver au but. Une +armée française victorieuse en Bavière, rend nuls +tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse +en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus +rapprochée de Vienne.</p> + +<p>Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, +qu'on n'avait point encore embrassé d'aussi vastes +champs de bataille, et que le seul homme qui l'aurait +pu alors était en Égypte. On dissémina donc +les cent soixante mille hommes, ou environ, actuellement +disponibles, sur la ligne immense que +nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons +indiqué. Dix mille hommes devaient observer la +Hollande, quelques mille le Rhin; quarante mille +formaient l'armée du Danube, trente mille celle +de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente +celle de Naples. Les conscrits devaient bientôt renforcer +ces masses, et les porter au nombre fixé +par les plans du directoire.</p> + +<p>Le choix des généraux ne fut guère plus heureux +que la conception des plans. Il est vrai que +depuis la mort de Hoche, et le départ de Bonaparte, +Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix +étaient beaucoup plus limités. Il restait un général +dont la réputation était grande et méritée, c'était +Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus entreprenant, +mais on n'était ni plus ferme ni plus +sûr. Un état défendu par un tel homme ne pouvait +périr. Disgracié à cause de sa conduite dans +l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti +à devenir simple inspecteur d'infanterie. On le +proposa au directoire pour commander en Italie. +Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention +sur cette belle contrée, depuis qu'elle était comme +la pomme de discorde entre l'Autriche et la France, +ce commandement semblait le plus important. +C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa +de toutes ses forces. Il donna des raisons de +grand patriote, et présenta Moreau comme suspect, +à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses +collègues eurent la faiblesse de céder. Moreau fut +écarté, et resta simple général de division dans +l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta +noblement ce rang subalterne et au-dessous +de ses talens. Joubert et Bernadotte avaient refusé +le commandement de l'armée d'Italie, on sait par +quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre +de la guerre. Ce général, par son succès en Belgique +et sa belle bataille de Loano, s'était acquis beaucoup +de réputation. Il avait de l'esprit, mais un +corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus +capable de commander à des jeunes gens pleins de +force et d'audace. D'ailleurs il s'était brouillé avec +la plupart de ses camarades, en voulant apporter +quelque rigueur dans la répression de la licence +militaire. Barras le proposa pour général de l'armée +d'Italie. On dit que c'était pour le faire sortir du +ministère de la guerre, où il commençait à devenir +importun par sa sévérité. Cependant les +militaires que l'on consulta, notamment Bernadotte +et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme +on en parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec +beaucoup d'estime, il fut nommé général en chef +de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup, alléguant +son âge, sa santé, et surtout son impopularité, +due aux fonctions qu'il avait exercées; mais +on insista et il fut obligé d'accepter.</p> + +<p>Championnet, traduit devant une commission, +fut remplacé dans le commandement de l'armée +de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du +commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix +étaient excellens, et la république ne pouvait que +s'en applaudir. L'importante armée du Danube fut +donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs +dans la campagne de 1798, on n'avait point oublié +les services qu'il avait rendus en 1793 et 1794, et +on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses +premiers exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à +Moreau, l'année du Danube ne pouvait être en +de meilleures mains. Malheureusement elle était +tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu, +pour la commander avec confiance, l'audace du +vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut +l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande.</p> + +<p>L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs +aux nôtres. Ne se confiant pas comme nous +dans ses succès, elle avait employé les deux années +écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à +équiper et à instruire de nouvelles troupes. Elle +les avait pourvues de tout ce qui était nécessaire, +et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux. +Elle pouvait porter actuellement en ligne deux +cent vingt-cinq mille hommes effectifs, sans compter +les recrues qui se préparaient encore. La Russie +lui fournissait un contingent de soixante mille +hommes, dont on vantait dans toute l'Europe la +bravoure fanatique, et qui étaient commandés par +le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition +allait opérer sur le front de notre ligne avec environ +trois cent mille hommes. On annonçait deux +autres contingens russes, combinés avec des troupes +anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre +à Naples.</p> + +<p>Le plan de campagne de la coalition n'était pas +mieux conçu que le nôtre. C'était une conception +pédantesque du conseil aulique, fort désapprouvée +par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous +les généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier. +Ce plan reposait, comme celui des Français, +sur le principe que les montagnes sont la clé de la +plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles +amoncelées pour garder le Tyrol et les Grisons, +et pour arracher, s'il était possible, la grande +chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que +le conseil aulique semblait le plus affectionner, +c'était l'Italie. Des forces considérables étaient placées +derrière l'Adige. Le théâtre de guerre le plus +important, celui du Danube, ne paraissait pas être +celui dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait +fait de plus heureux de ce côté, c'était d'y placer +l'archiduc Charles. Voici comment étaient distribuées +les forces autrichiennes. L'archiduc Charles +était, avec cinquante-quatre mille fantassins et +vingt-quatre mille chevaux, en Bavière. Dans le +Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure +dans le lac de Constance, le général +Hotze commandait vingt-quatre mille fantassins +et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le +Tyrol avec quarante-six mille hommes, dont deux +mille cavaliers. Kray avait sur l'Adige soixante-quatre +mille fantassins et onze mille chevaux, ce +qui faisait soixante-quinze mille hommes en tout. +Le corps russe devait venir se joindre à Kray, pour +agir en Italie.</p> + +<p>On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, +et les quarante-six mille de Bellegarde, devaient +agir dans les montagnes. Ils devaient gagner les +sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient +dans la plaine tâcheraient d'en franchir le +cours. Du côté des Français, l'armée d'Helvétie +était chargée du même soin. Ainsi, de part et +d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire +inutilement sur des rochers inaccessibles, +dont la possession ne pouvait guère influer sur le +sort de la guerre<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc Charles, +le général Jomini et Napoléon.</blockquote> + +<p>Les généraux français n'avaient pas manqué +d'informer le directoire de l'insuffisance de leurs +moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer +plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer +quelques troubles, et une demi-brigade à l'armée +d'Helvétie pour remplacer une autre demi-brigade +envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit +mille hommes effectifs. De pareilles forces +étaient trop disproportionnées avec celles de l'archiduc, +pour qu'il pût lutter avec avantage. Il +demandait la prompte formation de l'armée de +Bernadotte, qui ne comptait pas encore plus de +cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation +des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait +voulu qu'on lui permît d'attirer à lui, ou l'armée +du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi il avait +raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir +ni les magasins, ni les moyens de transport +indispensables pour faire vivre son armée dans des +pays stériles et d'un accès extrêmement difficile.</p> + +<p>Le directoire répondait à ces observations que +les conscrits allaient rejoindre et se former bientôt +en bataillons de campagne; que l'armée d'Helvétie +serait incessamment portée à quarante mille +hommes, celle du Danube à soixante; que dès que +les élections seraient achevées, les vieux bataillons, +retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau +de l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient +ordre de concourir aux opérations de Jourdan, +et de se conformer à ses vues. Comptant toujours +sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance +dans ses soldats, il voulait que, malgré la +disproportion du nombre, ses généraux se hâtassent +de brusquer l'attaque et de déconcerter les +Autrichiens par une charge impétueuse. Aussi les +ordres furent-ils donnés en conséquence.</p> + +<p>Les Grisons, partagés en deux factions, avaient +hésité long-temps entre la domination autrichienne +et la domination suisse. Enfin ils avaient appelé +les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire, +les considérant comme sujets suisses, ordonna à +Masséna d'occuper leur territoire, en faisant aux +Autrichiens une sommation préalable de l'évacuer +En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ. +En même temps, comme les Russes s'avançaient +toujours en Autriche, il adressa, à ce +sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt, +l'autre à l'empereur. Il déclarait au corps germanique +et à l'empereur, que, si dans l'espace de +huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la +marche des Russes, il regarderait la guerre comme +déclarée. Jourdan avait ordre de passer le Rhin +aussitôt ce délai expiré.</p> + +<p>Le congrès de Rastadt avait singulièrement +avancé ses travaux. Les questions de la ligne du +Rhin, du partage des îles, de la construction des +ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que +de la question des dettes. La plupart des princes +germaniques, excepté les princes ecclésiastiques, +ne demandaient pas mieux que de s'entendre, +pour éviter la guerre; mais soumis la plupart à +l'Autriche, ils n'osaient pas se prononcer. Les +membres de la députation quittaient successivement +le congrès, et bientôt on allait se trouver +dans l'impossibilité de délibérer. Le congrès déclara +ne pas pouvoir répondre à la note du directoire, +et en référa à la diète de Ratisbonne. La +note destinée à l'empereur fut envoyée à Vienne +même et resta sans réponse. La guerre se trouvait +donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de +traverser le Rhin, et de s'avancer, par la forêt +Noire, jusqu'aux sources du Danube. Il franchit +le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc +Charles franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars). +Ainsi les limites que les deux puissances s'étaient +prescrites étaient franchies, et on allait de nouveau +en venir aux mains. Cependant, tout en faisant +une marche offensive, Jourdan avait ordre +de laisser tirer les premiers coups de fusil à l'ennemi, +en attendant que la déclaration de guerre +fût approuvée par le corps législatif.</p> + +<p>Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons. +Il somma les Autrichiens de les évacuer le 16 ventôse +(6 mars). Les Grisons se composent de la haute +vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou +Engadin. Masséna résolut de passer le Rhin près de +son embouchure dans le lac de Constance, et de +s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les +hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite, +et qui, par son activité et son audace extraordinaires, +était le général le plus accompli pour la guerre des +montagnes, devait partir des environs du Saint-Gothard, +franchir le Rhin vers ses sources, se jeter +dans la vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une +division de l'armée d'Italie, devait le seconder en se +portant de la Valteline dans la vallée du Haut-Adige.</p> + +<p>Ces habiles dispositions furent exécutées avec +une grande vigueur. Le 16 ventôse (6 mars) le Rhin +fut franchi sur tous les points. Les soldats jetèrent +des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus +comme sur un pont. En deux jours, Masséna fut +maître de tout le cours du Rhin, depuis ses sources +jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance, +et prit quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers. +Lecourbe, de son côté, n'exécutait pas avec +moins de bonheur les ordres de son général en +chef. Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis +à Tusis dans la vallée de l'Albula, et, de cette +vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, en +traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, +couvertes encore des neiges de l'hiver. Un retard +forcé ayant empêché Dessoles de se porter de la +Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait +exposé au débordement de toutes les forces autrichiennes +cantonnées dans le Tyrol. En effet, tandis +qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn +et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta +avec un corps sur ses derrières; mais l'intrépide +Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit Laudon, +l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença +sa marche dans la vallée de l'Inn.</p> + +<p>Ces débuts brillans semblaient faire croire que +dans les Alpes comme à Naples, les Français pourraient +braver partout un ennemi supérieur en nombre. +Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il +fallait persister dans l'offensive, et suppléer au +nombre par la hardiesse.</p> + +<p>Le directoire envoya à Jourdan la déclaration +de guerre qu'il avait obtenue des conseils<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>, avec +l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan avait débouché +par les défilés de la forêt Noire, dans le pays +compris entre le Danube et le lac de Constance. +L'angle formé par ce fleuve et ce lac va en s'ouvrant +toujours davantage, à mesure qu'on avance +en Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa +gauche au Danube, et sa droite au lac de Constance, +pour communiquer avec Masséna, était donc obligé, +à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa +ligne, et de l'affaiblir par conséquent d'une manière +dangereuse, surtout devant un ennemi très +supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à +Mengen d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de +l'autre. Mais apprenant que l'armée du Rhin ne +serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars), +et craignant d'être tourné par la vallée du Necker, +il crut devoir faire un mouvement rétrograde. Les +ordres de son gouvernement et le succès de Masséna +le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix +d'une bonne position entre le lac de Constance et +le Danube. Deux torrens, l'Ostrach et l'Aach, partant +à peu près du même point, et se jetant l'un +dans le Danube, l'autre dans le lac de Constance, +forment une même ligne droite, derrière laquelle +Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche, +était à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf; +Férino, avec la droite, à Barendorf.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII (12 mars).</blockquote> + +<p>D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre, +avec la division d'avant-garde, était à Ostrach. Ce +point était le plus accessible de la ligne: placé à +l'origine des deux torrens, il présentait des marécages +qu'on pouvait traverser sur une longue +chaussée. C'est sur ce point que l'archiduc Charles, +qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de +porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes +à la gauche et à la droite des Français contre Saint-Cyr +et Férino. Mais sa masse principale, forte de +près de cinquante mille hommes, fut portée tout +entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient +neuf mille Français au plus. Le combat commença +le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des plus +acharnés. Les Français déployèrent à cette première +rencontre une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent +l'admiration du prince Charles lui-même. +Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de +sa ligne et la nature du pays ne permettaient pas +que, par un mouvement rapide, il transportât les +forces de ses ailes à son centre. Le passage fut +forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan +se vit obligé de battre en retraite. Il se replia entre +Singen et Tuttlingen.</p> + +<p>Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux; +il détruisait ce prestige d'audace et d'invincibilité +dont les Français avaient besoin pour +suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des +forces avait rendu cet échec presque inévitable. +Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre l'offensive. +Sachant que Masséna s'avançait au-delà +du Rhin, se fiant à la coopération de l'armée du +Danube, il se croyait obligé de tenter un dernier +effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en +se portant vers le lac de Constance. Il avait un autre +motif de se reporter en avant: c'était le désir +d'occuper le point de Stokach, où se croisent les +routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu +le tort d'abandonner en se retirant entre Singen et +Tuttlingen. Il fixa son mouvement au 5 germinal +(25 mars.)</p> + +<p>L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de +la direction qu'il devait donner à ses mouvemens. +Il ne savait s'il devait diriger sa marche ou sur la +Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna, +ou vers les sources du Danube, de manière à le +séparer de sa base du Rhin. La direction vers la +Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les +deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt +à se lier à l'armée d'Helvétie que les Autrichiens +en avaient à les en séparer. Mais il ignorait +les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance +pour s'en assurer. Il avait projeté +cette reconnaissance pour le 5 germinal (25 mars), +le jour même où Jourdan de son côté voulait l'attaquer.</p> + +<p>La nature des lieux rendait la position des deux +armées extrêmement compliquée. Le point stratégique +était Stokach, où se croisent les routes de +Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan +voulait reprendre, et que l'archiduc voulait +garder. La Stokach, petite rivière, coule en faisant +beaucoup de détours, devant la ville du même +nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de +Constance. C'était sur cette rivière que l'archiduc +avait pris position, Il avait sa gauche entre Nenzingen +et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière +l'un des circuits de la Stokach; son centre était +placé sur un plateau élevé, nommé le Nellemberg, +et en avant de la Stokach; et sa droite sur le prolongement +de ce plateau, le long de la chaussée +qui va de Stokach à Liptingen. Elle se trouvait, +comme le centre, en avant de la Stokach. L'extrémité +de cette aile était couverte par les bois épais +qui s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait +de grands défauts dans cette position. Si la gauche +avait la Stokach devant elle, le centre et la droite +l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités +par un effort de l'ennemi. En outre, toutes les +positions de l'armée n'avaient qu'une même +issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite +forcée, la gauche, le centre, la droite, seraient +venus s'entasser par une seule route, et +auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion +désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant +couvrir Stokach, ne pouvait pas prendre d'autre +position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait +à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de +n'avoir pas fait quelques travaux pour mieux +garder son centre et sa droite, et l'autre d'avoir +trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment +protégée par la rivière. C'est l'extrême +désir de conserver le point important de Stokach, +qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait du +reste l'avantage d'une immense supériorité numérique.</p> + +<p>Jourdan ignorait une partie des dispositions de +l'archiduc, car rien n'est plus difficile que les reconnaissances, +surtout dans un pays aussi accidenté +que celui où agissaient les deux armées. Il +occupait toujours l'ouverture de l'angle formé par +le Danube et le lac de Constance, de Tuttlingen à +Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la +nature du pays, qui ne permettait guère une concentration +rapide, rendait cet inconvénient encore +plus grave. Il ordonna au général Férino, qui +commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher +sur Wahlwies, et à Souham, qui commandait +le centre vers Eigeltingen, de se porter sur +Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner +leurs efforts pour emporter la gauche et le centre +de l'archiduc, en passant la Stokach et en gravissant +le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite +de faire agir sa gauche, son avant-garde et sa réserve +sur le point de Liptingen, afin de pénétrer +à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc, +et de parvenir à la forcer. Ces dispositions +avaient l'avantage de diriger la plus grande masse +des forces sur l'aile droite de l'archiduc, qui était +la plus compromise. Malheureusement toutes les +colonnes de l'armée avaient des points de départ +trop éloignés. Pour agir sur Liptingen, l'avant-garde +et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et +la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée +de marche. Cet isolement était d'autant plus dangereux, +que l'armée française, forte de trente-six +mille hommes environ, était inférieure d'un tiers +au moins à l'armée autrichienne.</p> + +<p>Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées +se rencontrèrent. L'armée française marchait +à une bataille, celle des Autrichiens à une reconnaissance. +Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés +un peu avant nous, surprirent nos avant-gardes, +mais furent bientôt refoulés sur tous les points +par le gros de nos divisions. Férino à la droite, +Souham au centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen, +à Nenzingen, au bord de la Stokach, au pied +du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans +leur position du matin, et commencèrent l'attaque +sérieuse de cette position. Ils avaient à franchir +la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue +canonnade s'engagea sur toute la ligne.</p> + +<p>A notre gauche, le succès était plus prompt et +plus complet. L'avant-garde, actuellement commandée +par le général Soult, depuis une blessure +qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens +qui s'étaient avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les +chassa de Liptingen, les mit en déroute dans la +plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et +parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux +mêmes qui couvraient la droite autrichienne; en +poursuivant leur mouvement, les Français pouvaient +la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui +causer un désastre. Mais il était clair que cette aile +allait être renforcée aux dépens du centre et de la +gauche, et qu'il fallait agir sur elle avec une grande +masse de forces. Il fallait donc, comme dans le +plan primitif, faire converger sur ce même point +l'avant-garde, la réserve et la gauche. Malheureusement +le général Jourdan, se confiant dans le succès +trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre +un objet trop étendu, et au lieu d'amener +Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce général de faire +un long circuit, pour envelopper les Autrichiens +et leur couper la retraite. C'était trop se hâter de +recueillir les fruits de la victoire, quand la victoire +n'était pas remportée. Le général Jourdan ne garda +sur le point décisif que la division d'avant-garde et +la réserve confiée à d'Haupoult.</p> + +<p>Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, +voyant les bois qui la couvraient forcés par l'ennemi, +fit volte-face, et disputa avec une extrême +opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach, +qui traverse ces bois. On se battait avec acharnement, +lorsque l'archiduc accourut en toute hâte. +Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira +les grenadiers et les cuirassiers du centre et de la +gauche pour les transporter à sa droite. Ne s'effrayant +pas du mouvement de Saint-Cyr sur ses +derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr +n'en serait que plus compromis, et il résolut de se +borner à un effort décisif vers le point actuellement +menacé.</p> + +<p>On se disputait les bois avec un acharnement +extraordinaire. Les Français, très inférieurs en +nombre, résistaient avec un courage que l'archiduc +appelle admirable; mais le prince chargea lui-même +avec quelques bataillons sur la chaussée de +Liptingen, et fit lâcher prise aux Français. Ceux-ci +perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans +la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient +partis. Jourdan fit demander du secours à Saint-Cyr, +mais il n'était plus temps. Il lui restait sa réserve, +et il résolut de faire exécuter une charge de +cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il +lança quatre régimens de cavalerie à la fois. Cette +charge, arrêtée par une autre charge que firent à +propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas +heureuse. Une confusion horrible se mit alors dans +la plaine de Liptingen. Après avoir fait des prodiges +de bravoure, les Français se débandèrent. Le +général Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter +les fuyards; il fut emporté lui-même. Cependant +les Autrichiens, épuisés de ce long combat, +n'osèrent pas nous poursuivre.</p> + +<p>La journée fut dès lors finie. Férino et Souham +s'étaient maintenus, mais n'avaient forcé ni le +centre ni la gauche des Autrichiens. Saint-Cyr courait +sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que +la bataille fût perdue: les Français, inférieurs du +tiers, avaient conservé partout le champ de bataille, +et déployé une rare bravoure; mais avec leur infériorité +numérique, et l'isolement de leurs différens +corps, n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait +sur-le-champ rappeler Saint-Cyr, très compromis, +rallier l'avant-garde et la réserve maltraitées, +ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ +des ordres en conséquence, et prescrivit +à Saint-Cyr de se replier le plus promptement possible. +La position de ce dernier était devenue très +périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb +qui l'a toujours signalé, et il regagna le Danube +sans accident. La perte avait été à peu près égale +des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers. +Elle était de quatre à cinq mille hommes environ.</p> + +<p>Après cette journée malheureuse, les Français +ne pouvaient plus tenir la campagne, et ils devaient +chercher un abri derrière une ligne puissante. +Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? +Il était évident qu'en se retirant en Suisse, ils combinaient +leurs efforts avec l'armée de Masséna, et +pouvaient par cette réunion reprendre une attitude +imposante. Malheureusement le général Jourdan +ne crut pas devoir en agir ainsi; il craignait pour +la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte n'avait +réuni encore que sept à huit mille hommes, et il +résolut de se replier à l'entrée des défilés de la +forêt Noire. Il prit là une position qu'il croyait +forte, et laissant le commandement à son chef +d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin +d'aller se plaindre de l'état d'infériorité dans lequel +on avait laissé son armée. Les résultats parlaient +beaucoup plus haut que toutes les plaintes du +monde, et il valait bien mieux qu'il restât à son +armée que d'aller se plaindre à Paris.</p> + +<p>Très heureusement le conseil aulique imposait +à l'archiduc une faute grave, qui réparait en partie +les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses avantages, +eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il +aurait pu la mettre dans un désordre complet, et +peut-être même la détruire. Il aurait été temps +alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna, +privé de tout secours, réduit à ses trente mille +hommes, et engagé dans les hautes vallées des Alpes. +Il n'eût pas été impossible de lui couper la route +de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc +de pousser vers le Rhin avant que la Suisse +fût évacuée: c'était la conséquence du principe, +que la clé du théâtre de la guerre était dans les +montagnes.</p> + +<p>Pendant que ces événemens se passaient en +Souabe, la guerre se poursuivait dans les Hautes-Alpes. +Masséna agissant vers les sources du Rhin, +Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles +de l'Adige, avaient eu des succès balancés. Il y avait +au-delà du Rhin, un peu au-dessus du point où il +se jette dans le lac de Constance, une position qu'il +était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch. +Masséna y avait mis toute son opiniâtreté, mais il +y avait perdu plus de deux mille hommes sans résultat. +Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders, +avaient livré des combats brillans, qui leur avaient +valu à chacun trois ou quatre mille prisonniers, et +qui avaient amplement compensé l'échec de Feldkirch. +Ainsi les Français, par leur vivacité et leur +audace, conservaient la supériorité dans les Alpes.</p> + +<p>Les opérations commençaient en Italie, le lendemain +même de la bataille de Stokach. Les Français +avaient reçu environ trente mille conscrits, ce qui +portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize +mille hommes à peu près. Ils étaient distribués +ainsi qu'il suit: trente mille hommes de vieilles +troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et +Naples. Les trente mille jeunes soldats étaient +dans les places. Il restait cinquante-six mille +hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille +hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le +général Gauthier pour occuper la Toscane, et cinq +mille sous le général Dessoles pour agir dans la +Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes +qui restaient à Schérer pour se battre sur +l'Adige, point essentiel, où il aurait fallu porter +toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient +du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il +en était un autre qui ne fut pas moins fatal aux +Français. Le général n'inspirait aucune confiance, +il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons +dit; il s'était d'ailleurs dépopularisé pendant +son ministère. Il le sentait lui-même, et il n'avait +pris le commandement qu'à regret. Il allait pendant +la nuit écouter les propos des soldats sous +leurs tentes, et recueillir de ses propres oreilles +les preuves de son impopularité. C'étaient là des +circonstances bien défavorables, au début d'une +campagne grande et difficile.</p> + +<p>Les Autrichiens devaient être commandés par +Mélas et Suwarow. En attendant, ils obéissaient +au baron de Kray, l'un des meilleurs généraux de +l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils +comptaient quatre-vingt-cinq mille hommes dans +la Haute-Italie. Soixante mille, à peu près, étaient +déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait +été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens +devaient déboucher de Vérone, longer le pied des +montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en masquant +toutes les places. Ce mouvement avait pour +but d'appuyer celui de l'armée du Tyrol dans les +montagnes.</p> + +<p>Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de +franchir l'Adige. La commission était difficile, car +les Autrichiens avaient tout l'avantage de cette +ligne. Elle doit être assez connue par la campagne +de 1796. Vérone et Legnago, qui la commandent, +appartenaient aux Autrichiens. Jeter un pont sur +quelque point que ce fût, était très dangereux, car +les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient +déboucher sur le flanc de l'armée, occupée +à tenter un passage. Le plus sûr, si on n'avait pas +eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser +déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre +sur un terrain qu'on aurait eu le temps de +choisir, de lui livrer bataille, et de profiter des +résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa +suite.</p> + +<p>Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita +sur le meilleur parti à adopter, et se décida enfin +pour une attaque vers sa gauche. On se souvient +sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, +à l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone. +Les Autrichiens en avaient retranché toutes +les approches, et formé un camp à Pastrengo. +Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp, +et de les rejeter de ce côté au-delà de l'Adige. Les +trois divisions Serrurier, Delmas et Grenier, furent +destinées à cet objet. Moreau, devenu simple +général de division sous Schérer, devait, avec les +deux divisions Hatry et Victor, inquiéter Vérone. +Le général Montrichard, avec une division, devait +faire une démonstration sur Legnago. Cette +distribution de forces annonçait l'incertitude et +les tâtonnemens du général en chef.</p> + +<p>L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), +lendemain de la bataille de Stokach. Les trois divisions +chargées d'assaillir par plusieurs points le +camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur +digne de l'ancienne armée d'Italie, et s'emparèrent +de Rivoli. Elles prirent quinze cents prisonniers +aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci +repassèrent l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils +avaient jeté à Polo, et qu'ils eurent le temps de +détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour +les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les +défendre et à les reprendre une opiniâtreté inutile. +Celui de San-Massimo fut pris et repris jusqu'à +sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son +adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, +et le resserra dans Vérone. Montrichard en faisant +une démonstration inutile sur Legnago, courut de +véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens, +s'était imaginé que les Français allaient +porter leur principal effort sur le Bas-Adige; il +y avait dirigé une grande partie de ses forces, et +en débouchant de Legnago il mit Montrichard +dans le plus grand péril. Heureusement celui-ci se +couvrit des accidens du terrain, et se replia sagement +sur Moreau.</p> + +<p>La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage +des Français, à la gauche et au centre. On +pouvait évaluer la perte des Français en tués, +blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des +Autrichiens à huit mille au moins. Cependant, +malgré l'avantage que les Français avaient eu, ils +n'avaient obtenu que des résultats peu importans. +A Vérone, ils n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; +au-dessus de Vérone, ils les avaient rejetés, +il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis +le moyen de le passer à leur suite en rétablissant +le pont de Polo; mais malheureusement il était +peu important de franchir l'Adige sur ce point. On +doit se souvenir que la route qui longe extérieurement +ce fleuve vient traverser Vérone, et qu'il n'y +a pas d'autre issue pour déboucher dans la plaine. +Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à +Polo; on se trouvait, après l'avoir franchi, en +face de Vérone, dans la même position que Moreau +au centre, et il fallait enlever la place. Si, +dans la journée même, on eût profité du désordre +dans lequel l'attaque du camp de Pastrengo avait +jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de rétablir +le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer +dans la place à la suite des fuyards, surtout à la +faveur du combat opiniâtre que Moreau, de l'autre +côté de l'Adige, livrait au général Kaim.</p> + +<p>Malheureusement, rien de tout cela n'avait été +fait. Cependant on pouvait réparer cette faute en +agissant vivement le lendemain, et en transportant +la masse des forces devant Vérone et au-dessus, +vers le pont de Polo. Mais Schérer hésita trois +jours de suite sur le parti qu'il avait à prendre. Il +faisait chercher une route au-delà de l'Adige, qui +permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de +cette hésitation, et se plaignait hautement de ce +qu'on ne profitait pas des avantages remportés +dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal +(29 mars), on tint un conseil de guerre, et Schérer +se décida à agir. Il forma le projet singulier de +jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par le +pont de Polo, et de porter la masse de son armée +entre Vérone et Legnago, pour y tenter le passage +du fleuve. Pour opérer le transport de ses forces, +il porta deux divisions de sa gauche à sa droite, +les fit passer derrière son centre, et les exposa à +des fatigues inutiles, par des chemins mauvais, +entièrement ruinés par les pluies.</p> + +<p>Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut +mis à exécution. Serrurier, avec sa division forte +de six mille hommes, franchit seul l'Adige à Polo, +tandis que le gros de l'armée se transportait plus +bas, entre Vérone et Legnago. Le sort de la division +Serrurier était facile à prévoir. Engagée, +après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était +fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce +de cul-de-sac, elle courait de grands hasards. +Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea contre +elle une masse de forces trois fois supérieure, et la +ramena vivement sur le pont de Polo. La confusion +se mit dans ses rangs, le fleuve ne fut repassé +qu'en désordre. Des détachemens furent obligés +de se faire jour, et quinze cents hommes restèrent +prisonniers. Schérer, en apprenant cet échec, qui +était inévitable, se contenta de ramener la division +battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il +avait concentré maintenant la plus grande partie +de ses forces.</p> + +<p>On passa plusieurs jours encore à tâtonner de +part et d'autre. Enfin Kray prit une détermination, +et résolut, tandis que Schérer se portait sur le +Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de +se porter dans le flanc de Schérer, et de l'acculer +entre le Bas-Adige et la mer. La direction était +bonne; mais heureusement un ordre intercepté +instruisit Moreau du plan de Kray; il en informa +sur-le-champ le général en chef, et le pressa de +faire remonter ses divisions, pour faire front du +côté de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher.</p> + +<p>C'est en exécutant ce mouvement, que les deux +armées se rencontrèrent, le 16 germinal (5 avril), +aux environs de Magnano. Les divisions Victor et +Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent +le fleuve par San-Giovanni et Tomba, afin de +se porter jusqu'à Vérone. Elles accablèrent la division +Mercantin, qui leur était opposée, et détruisirent +en entier le régiment de Wartensleben: ces +deux divisions arrivèrent ainsi presque à la hauteur +de Vérone, et furent en mesure de remplir leur +objet, qui était de couper de cette ville tout ce que +Kray en aurait fait sortir. La division Delmas, qui +devait se porter au centre, vers Butta-Preda et +Magnano, se trouva en retard, et laissa à la division +autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer +jusqu'à Butta-Preda, et de former ainsi un saillant +vers le milieu de notre ligne. Mais Moreau à la gauche, +avec les divisions Serrurier, Hatry et Montrichard, +s'avançait victorieusement. Il avait ordonné +à la division Montrichard de changer de front, +pour faire face à Butta-Preda, vers le point où l'ennemi +avait fait une pointe, et il marchait avec ses +deux autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé +enfin à Butta-Preda, couvrait notre centre, et dans +ce moment la victoire semblait se déclarer pour +nous, car notre droite, complètement victorieuse +du côté de l'Adige, allait couper aux Autrichiens +la retraite sur Vérone.</p> + +<p>Mais Kray jugeant que le point essentiel était à +notre droite, et qu'il fallait renoncer au succès sur +tous les autres points, pour l'emporter sur celui-là, +y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il +avait un avantage sur Schérer, c'était le rapprochement +de ses divisions, qui lui permettait de les +déplacer plus facilement. Les divisions françaises, +au contraire, étaient fort éloignées les unes des autres, +et combattaient sur un terrain coupé de nombreux +enclos. Kray tomba à l'improviste avec toute +sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir +au secours de celui-ci, mais il fut chargé lui-même +par les régimens de Nadasty et de Reisky. +Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. +Il avait fait rallier sur les derrières la division Mercantin, +battue le matin; il la lança de nouveau sur +les deux divisions Grenier et Victor, et décida ainsi +leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance, +furent obligées d'abandonner le champ +de bataille. La droite étant en déroute, notre centre +se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y porter; +mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray +de poursuivre son avantage.</p> + +<p>La bataille était évidemment perdue, et il fallait +songer à la retraite. La perte avait été grande des +deux côtés. Les Autrichiens avaient eu trois mille +morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les +français avaient eu un nombre égal de morts et de +blessés, mais ils avaient perdu quatre mille prisonniers. +C'est là que fut blessé mortellement le général +Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie +avait déployé aux avant-gardes tant de talent +et d'intrépidité.</p> + +<p>Moreau conseillait de coucher sur le champ de +bataille, pour éviter le désordre d'une retraite de +nuit, mais Schérer voulut se replier le soir même. +Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le +surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. +Appuyé sur Peschiera d'un côté, sur Mantoue de +l'autre, il pouvait opposer une résistance vigoureuse, +rappeler Macdonald du fond de la Péninsule, +et, par cette concentration de forces, regagner la +supériorité perdue dans la journée de Magnano. +Mais le malheureux Schérer avait entièrement +perdu la tête. Ses soldats étaient plus mal disposés +que jamais. Maîtres depuis trois ans de l'Italie, ils +étaient indignés de se la voir arracher, et ils n'imputaient +leurs revers qu'à l'impéritie de leur général. +Il est certain que, pour eux, ils avaient fait leur +devoir aussi bien que dans les plus beaux jours de +leur gloire. Les reproches de son armée avaient +ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant +pas pouvoir tenir sur le Mincio, il se retira sur +l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le 12 avril. +On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde.</p> + +<p>La campagne était à peine ouverte depuis un +mois et demi, et déjà nous étions en retraite sur +tous les points. Le chef d'état-major Ernould, que +Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée +des défilés de la forêt Noire, avait pris peur +en apprenant une incursion de quelques troupes +légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en +désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme +en Italie, nos armées, aussi braves que jamais, +perdaient cependant leurs conquêtes, et rentraient +battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que +nous avions conservé l'avantage. Là, Masséna se +maintenait avec toute la ténacité de son caractère; +et, sauf la tentative infructueuse sur Feldkirch, il +avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le +saillant que forme la Suisse entre l'Allemagne et +l'Italie, il était placé entre deux armées victorieuses, +et il devenait indispensable qu'il se retirât. Il venait +en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se +repliait dans l'intérieur de la Suisse, mais avec +ordre, et en gardant l'attitude la plus imposante.</p> + +<p>Nos armes étaient humiliées, et nos ministres +allaient devenir à l'étranger les victimes du plus +odieux et du plus atroce attentat. La guerre étant +déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique, +le congrès de Rastadt était resté assemblé. On +était près de s'entendre sur la dernière difficulté, +celle des dettes; mais les deux tiers des états +avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet +de l'influence de l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on +fît la paix. Il ne restait plus au congrès que quelques +députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée +du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au +milieu des troupes autrichiennes. Le cabinet de +Vienne conçut alors un projet infâme, et qui jeta +un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort +à se plaindre de la fierté et de la vigueur que nos +ministres avaient déployées à Rastadt. Il leur imputait +une divulgation qui l'avait singulièrement +compromis aux yeux du corps germanique, c'était +celle des articles secrets convenus avec Bonaparte +pour l'occupation de Mayence. Ces articles secrets +prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le +Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence, +et trahi d'une manière indigne les intérêts de l'Empire. +Ce cabinet était fort irrité, et voulait tirer +vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se +saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient +ceux des princes germaniques qui, dans le moment, +traitaient individuellement avec la république +française. Il conçut donc la pensée de faire +arrêter nos ministres, à leur retour en France, pour +les dépouiller, les outrager, peut-être même les +assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de +les assassiner avait été donné d'une manière positive.</p> + +<p>Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et +sans craindre un attentat sur leurs personnes, ils +craignaient du moins pour leur correspondance. +En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par +l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la +passer. Nos ministres réclamèrent; la députation +de l'Empire réclama aussi, et demanda si le congrès +pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien +auquel on s'adressa ne fit aucune réponse +tranquillisante. Alors nos ministres déclarèrent +qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le +9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent +qu'ils demeureraient dans cette ville, prêts +à renouer les négociations dès qu'on en témoignerait +le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation +fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites +par tout le congrès, et il fut demandé expressément +s'il y avait sûreté pour les ministres français. +Le colonel autrichien qui commandait les hussards +de Szecklers, cantonnés près de Rastadt, +répondit que les ministres français n'avaient qu'à +partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda +une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura +que leurs personnes seraient respectées. Nos trois +ministres, Jean Debry, Bonnier et Roberjeot, partirent +le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du +soir. Ils occupaient trois voitures avec leurs familles. +Après eux venaient la légation ligurienne +et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit des +difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais +enfin tous les obstacles furent levés, et ils partirent. +La nuit était très sombre. A peine étaient-ils +à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de +hussards de Szecklers fondit sur eux le sabre à la +main, et arrêta les voitures. Celle de Jean Debry +était la première. Les hussards ouvrirent violemment +la portière, et lui demandèrent, en un jargon +à demi barbare, s'il était Jean Debry. Sur sa réponse +affirmative, ils le saisirent à la gorge, l'arrachèrent +de sa voiture, et, aux yeux de sa femme +et de ses enfans, le frappèrent de coups de sabre. +Le croyant mort, ils passèrent aux autres voitures, +et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras +de leurs familles. Les membres de la légation ligurienne +et les secrétaires d'ambassade eurent le +temps de se sauver. Les brigands chargés de cette +exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent +tous les papiers.</p> + +<p>Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel. +La fraîcheur de la nuit lui rendit l'usage de ses +sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt. Quand +cet attentat fut connu, il excita l'indignation des +habitans et des membres du congrès. La loyauté +allemande fut révoltée d'une violation du droit des +gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui +n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare. +Les membres de la députation restés au congrès +prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles +des ministres assassinés, les soins les plus empressés. +Ils se réunirent ensuite pour rédiger une +déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au +monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient +tout soupçon de complicité avec l'Autriche. +Ce crime, connu sur-le-champ de toute +l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc +Charles écrivit à Masséna une lettre pour +annoncer qu'il allait faire poursuivre le colonel +des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide +et contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, +n'était pas digne de lui et de son caractère. L'Autriche +ne répondit pas, et ne pouvait pas répondre, +aux accusations dirigées contre elle.</p> + +<p>Ainsi, la guerre était implacable entre les deux +systèmes qui partageaient le monde. Les ministres +républicains, mal reçus d'abord, puis outragés pendant +une année de paix, venaient enfin d'être assassinés +indignement, et avec autant de férocité qu'on +aurait pu le faire entre nations barbares. Le droit +des gens, observé entre les ennemis les plus +acharnés, n'était violé que pour eux.</p> + +<p>Les revers si peu attendus qui signalèrent le +début de la campagne, l'attentat de Rastadt, produisirent +l'impression la plus funeste au directoire. +Dès le moment même de la déclaration de guerre, +les deux oppositions commençaient à perdre toute +mesure: elles n'en gardèrent plus aucune quand +elles virent nos armées battues et nos ministres +assassinés. Les patriotes, repoussés par le système +des scissions, les militaires, dont on avait voulu +réprimer la licence, les royalistes, se cachant derrière +ces mécontens de différente espèce, tous +s'armèrent à la fois des derniers événemens pour +accuser le directoire. Ils lui adressaient les reproches +les plus injustes et les plus multipliés. Les +armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées. +Le directoire avait laissé leurs rangs s'éclaircir +par la désertion, et n'avait mis aucune activité +à les remplir au moyen de la conscription +nouvelle. Il avait retenu dans l'intérieur un grand +nombre de vieux bataillons, qui, au lieu d'être +envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner +la liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites +à un nombre si disproportionné avec celui +des armées ennemies, le directoire n'avait fourni +ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni +moyens de transport, ni chevaux de remonte. Il +les avait livrées à la rapacité des administrations, +qui avaient dévoré inutilement un revenu de six +cents millions. Enfin il avait fait, pour les commander, +les plus mauvais choix. Championnet, le +vainqueur de Naples, était dans les fers, pour +avoir voulu réprimer la rapacité des agens du +gouvernement. Moreau était réduit au rôle de +simple général de division. Joubert, le vainqueur +du Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie, +étaient sans commandement. Schérer, au contraire, +qui avait préparé toutes les défaites par +son administration, Schérer avait le commandement +de l'armée d'Italie, parce qu'il était compatriote +et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas +là. Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec +amertume. L'illustre Bonaparte, ses illustres lieutenans, +Kléber, Desaix, leurs quarante mille compagnons +d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où +étaient-ils?... En Égypte, sur une terre lointaine, +où ils allaient périr par l'imprudence du gouvernement, +ou peut-être par sa méchanceté. Cette entreprise, +si admirée naguère, on commençait à dire +maintenant que c'était le directoire qui l'avait +imaginée pour se défaire d'un guerrier célèbre qui +lui faisait ombrage.</p> + +<p>On remontait plus haut encore: on reprochait +au gouvernement la guerre elle-même; on lui imputait +de l'avoir provoquée par ses imprudences +à l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse, +renversé le pape et la cour de Naples, poussé ainsi +l'Autriche à bout, et tout cela sans être préparé à +entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé +la Porte à une rupture. En décidant la Porte, +il avait délivré la Russie de toute crainte pour ses +derrières, et lui avait permis d'envoyer soixante +mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était +si grande, qu'on allait jusqu'à dire que le directoire +était l'auteur secret de l'assassinat de Rastadt. C'était, +disait-on, un moyen imaginé pour soulever +l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles +ressources au corps législatif.</p> + +<p>Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune, +dans les journaux, dans les lieux publics. +Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre du +gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. +Ceux des généraux qui n'étaient pas venus, avaient +écrit pour exposer leurs griefs. C'était un déchaînement +universel, et qui serait incompréhensible +si on ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions +des partis.</p> + +<p>Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut +répondre à tous ces reproches. Le directoire n'avait +pas laissé éclaircir les rangs des armées, car il n'avait +donné que douze mille congés; mais il lui avait +été impossible d'empêcher les désertions en temps +de paix. Il n'y a pas de gouvernement au monde +qui eût réussi à les empêcher. Le directoire s'était +même fait accuser de tyrannie en voulant obliger +beaucoup de soldats à rejoindre. Il y avait, en effet, +quelque dureté à ramener sous les drapeaux des +hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant +six années. La conscription n'était décrétée que +depuis cinq mois, et il n'avait pas eu le moyen, en +aussi peu de temps, d'organiser ce système de recrutement; +et surtout d'équiper, d'instruire les +conscrits, de les former en bataillons de campagne, +et de les faire arriver en Hollande, en Allemagne, +en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux +bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour +maintenir le repos pendant les élections, et parce +que l'on ne pouvait confier ce soin à de jeunes soldats, +dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement +à la république pas assez décidé. Une raison +importante avait de plus justifié cette précaution: +c'était la Vendée, travaillée encore par les émissaires +de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes +anglo-russes.</p> + +<p>Quant au désordre de l'administration, les torts +du directoire n'étaient pas plus réels. Il y avait eu +des dilapidations sans doute, mais presque toutes +au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et +malgré les plus grands efforts du directoire. Il y +avait eu dilapidation de trois manières: en pillant +les pays conquis; en comptant à l'état la solde des +militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant +avec les compagnies des marchés désavantageux. +Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les généraux +et les états-majors qui les avaient commises et qui +en avaient profité. Ils avaient pillé les pays conquis, +fait le profit sur la solde et partagé les profits des +compagnies. On a vu que celles-ci abandonnaient +quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs +bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors. +Schérer, vers la fin de son ministère, s'était +brouillé avec ses compagnons d'armes pour avoir +essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire +s'était efforcé, pour y mettre un terme, de nommer +des commissions indépendantes des états-majors, +et on a vu comment Championnet les avait +accueillies à Naples. Les marchés désavantageux +faits avec les compagnies, avaient encore une autre +cause, la situation des finances. On ne donnait aux +fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient +sur le prix, de l'incertitude du paiement. +Les crédits ouverts cette année s'élevaient +à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions d'extraordinaire. +Sur cette somme, le ministre avait +déjà ordonnancé 400 millions pour dépenses consommées. +Il n'en était pas rentré encore 210; on +avait fourni les 190 de surplus en délégations.</p> + +<p>Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, +quant aux dilapidations. Le choix des généraux, +excepté pour un seul, ne devait pas lui être reproché. +Championnet, après sa conduite à l'égard des +commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas +conserver le commandement. Macdonald le valait +au moins, et était connu par une probité sévère. +Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement +de l'armée d'Italie. Ils avaient désigné +eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait repoussé +Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la +nomination de Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence +démagogique était une raison fondée de +lui refuser un commandement, et du reste, malgré +ses qualités incontestables, il était au-dessous du +commandement en chef. Quant à l'expédition d'Égypte, +on a vu si le directoire en était coupable, et +s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte, +Kléber, Desaix et leurs quarante mille compagnons +d'armes. Larévellière-Lépaux s'était brouillé avec +le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre l'expédition.</p> + +<p>La provocation à la guerre n'était pas plus le +fait du directoire que tous les autres malheurs. On +a pu voir que l'incompatibilité des passions déchaînées +en Europe avait seule provoqué la guerre. Il +n'en fallait faire un reproche à personne; mais, +dans tous les cas, ce n'étaient certainement pas les +patriotes et les militaires qui avaient droit d'accuser +le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on +n'eût pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement +papal, renversé le roi de Naples, forcé celui +de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas les +militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours +poussé à l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle +de la guerre les avait enchantés tous. N'étaient-ce +pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un +frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis +des imprudences, s'il y en avait eu de commises? +Ce n'était pas la détermination de la Porte qui avait +entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle +été vraie, c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte +qui pouvait seul en mériter le reproche.</p> + +<p>Rien n'était donc plus absurde que la masse des +accusations accumulées contre le directoire. Il ne +méritait qu'un reproche, c'était d'avoir trop partagé +la confiance excessive que les patriotes et les +militaires avaient dans la puissance de la république. +Il avait partagé les passions révolutionnaires +et s'était livré à leur entraînement. Il avait cru qu'il +suffisait, pour le début de la guerre, de cent +soixante-dix mille hommes; que l'offensive déciderait +de tout, etc. Quant à ses plans, ils étaient +mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de +Carnot en 1796, pas plus mauvais que ceux du +conseil aulique, et calqués d'ailleurs en partie sur +un projet du général Jourdan. Un seul homme en +pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons +dit, et ce n'était pas la faute du directoire si cet +homme n'était pas en Europe.</p> + +<p>Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que +l'histoire doit relever l'injustice de ces reproches; +mais tant pis pour un gouvernement quand on +lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables +d'un gouvernement, c'est d'avoir cette +bonne renommée qui repousse l'injustice. Quand +il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des autres, +et ceux même de la fortune, il n'a plus la +faculté de gouverner, et cette impuissance doit le +condamner à se retirer. Combien de gouvernemens +ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement +de la révolution! L'action de la France contre +l'Europe était si violente, qu'elle devait détruire +rapidement tous ses ressorts. Le directoire était +usé comme l'avait été le comité de salut public, +comme le fut depuis Napoléon lui-même. Toutes +les accusations dont le directoire était l'objet, +prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité.</p> + +<p>Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats +civils, élus au pouvoir, non à cause de +leur grandeur héréditaire ou de leur gloire personnelle, +mais pour avoir mérité un peu plus +d'estime que leurs concitoyens, que cinq magistrats, +armés de la seule puissance des lois pour +lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre +à l'obéissance des armées nombreuses, des généraux +couverts de gloire et pleins de prétentions, +pour administrer enfin une moitié de l'Europe, +parussent bientôt insuffisans, au milieu de la lutte +terrible qui venait de s'engager de nouveau. Il ne +fallait qu'un revers pour faire éclater cette impuissance. +Les factions alternativement battues, les +militaires réprimés plusieurs fois, les appelaient +avec mépris les <i>avocats</i>, et disaient que la France +ne pouvait être gouvernée par eux.</p> + +<p>Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se +voit quelquefois dans le conflit des révolutions, +l'opinion ne montrait quelque indulgence que pour +celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le +moins. Barras, sans contredit, méritait à lui seul +tout ce qu'on disait du directoire. D'abord, il n'avait +jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues +tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens +décisifs, où il faisait entendre sa voix plus +forte que son courage, il ne s'occupait de rien. Il +ne se mêlait que du personnel du gouvernement, +ce qui convenait mieux à son génie intrigant. Il +avait pris part à tous les profits des compagnies, +et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait +toujours été le défenseur des brouillons et des fripons; +c'était lui qui avait appuyé Brune et envoyé +Fouché en Italie. Il était la cause des mauvais choix +des généraux, car il s'était opposé à la nomination +de Moreau, et avait fortement demandé celle de +Schérer. Malgré tous ses torts si graves, lui seul +était mis à part. D'abord il ne passait pas, comme +ses quatre collègues, pour un <i>avocat</i>, car sa paresse, +ses habitudes débauchées, ses manières +soldatesques, ses liaisons avec les jacobins, le +souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait exclusivement, +en faisaient en apparence un homme +d'exécution, plus capable de gouverner que ses +collègues. Les patriotes lui trouvaient avec eux +des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur +était dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances +secrètes. Les états-majors, qu'il flattait et +qu'il protégeait contre la juste sévérité de ses collègues, +l'avaient en assez grande faveur. Les fournisseurs +le vantaient, et il se sauvait de cette manière +de la défaveur générale. Il était même perfide +avec ses collègues, car tous les reproches qu'il +méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux seuls. +Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux, +mais il peut réussir un moment: il réussit +dans cette occasion.</p> + +<p>On connaît la haine de Barras contre Rewbell. +Celui-ci, administrateur vraiment capable, avait +choqué, par son humeur et sa morgue, tous ceux +qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour +les gens d'affaires, pour tous les protégés de +Barras, et notamment pour les militaires. Aussi +était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était +probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, +dans sa société, qui était nombreuse, de diriger +contre lui les plus odieux soupçons. Une circonstance +malheureuse contribuait à les autoriser. +L'agent du directoire en Suisse, Rapinat, était +beau-frère de Rewbell. On avait exercé en Suisse +les exactions qui se commettaient dans tous les +pays conquis, beaucoup moins cependant que +partout ailleurs. Mais les plaintes excessives de ce +petit peuple avare avaient causé une rumeur extrême. +Rapinat avait eu la commission malheureuse +de mettre le scellé sur les caisses et sur le +trésor de Berne; il avait traité avec hauteur le gouvernement +helvétique; ces circonstances et son +nom, qui était malheureux, lui avaient valu de +passer pour le Verrès de la Suisse, pour l'auteur +de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car +il avait même quitté la Suisse, avant l'époque où +elle avait le plus souffert. Dans la Société de Barras +on faisait de malheureux calembours sur +son nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il +était le beau-frère. C'est ainsi que la probité de +Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les calomnies.</p> + +<p>Larévellière, par son inflexible sévérité, par son +influence dans les affaires politiques d'Italie, n'était +pas devenu moins odieux que Rewbell. Cependant, +sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser +sa probité eût été impossible. La société de +Barras lui donnait des ridicules. On se moquait +de sa personne, et de ses prétentions à une papauté +nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le +culte de la théophilanthropie, dont il n'était cependant +pas l'auteur. Merlin et Treilhard, quoique +moins anciens au pouvoir, et moins en vue que +Rewbell et Larévellière, étaient cependant enveloppés +dans la même défaveur.</p> + +<p>C'est dans cette disposition d'esprit que se firent +les élections de l'an VII, qui furent les dernières. +Les patriotes, furieux, ne voulaient pas être +exclus cette année, comme la précédente, du corps +législatif. Ils s'étaient déchaînés contre le système +des scissions, et s'étaient efforcés de le flétrir d'avance. +Ils y avaient assez réussi, pour qu'en effet +on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation, +où l'on suppose à ses adversaires tous les projets +qu'on en redoute, ils disaient que le directoire, +usant, comme au 18 fructidor, des moyens extraordinaires, +allait proroger pour cinq ans les pouvoirs +des députés actuels, et suspendre pendant +tout ce temps l'exercice des droits électoraux. Ils +disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris, +parce qu'on travaillait à organiser le contingent +helvétique. Ils firent grand bruit d'une circulaire +aux électeurs, répandue par le commissaire du +gouvernement (préfet) auprès du département de +la Sarthe. Ce n'était pas une circulaire, comme +nous en avons vu depuis, mais une exhortation. +On obligea le directoire à l'improuver par un message. +Les élections, faites dans ces dispositions, +amenèrent au corps législatif une quantité considérable +de patriotes. On ne songea pas cette année +à les exclure du corps législatif, et leur élection +fut confirmée. Le général Jourdan, qui avait raison +d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de +son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée +en imputant au gouvernement le désir de +le perdre, fut envoyé de nouveau au corps législatif, +le coeur gros de ressentimens. Augereau y +fut envoyé aussi, avec un surcroît d'humeur et de +turbulence.</p> + +<p>Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard +ne servit pas la république, car, au lieu de Barras, +ce fut Rewbell, le plus capable des cinq directeurs, +qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un +grand sujet de satisfaction pour tous les ennemis +de ce directeur, et une occasion nouvelle de le calomnier +plus commodément. Cependant, comme +il avait été élu au conseil des anciens, il saisit une +occasion de répondre à ses accusateurs, et le fit +de la manière la plus victorieuse.</p> + +<p>Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule +infraction aux lois rigoureuses de la probité, qu'on, +pût reprocher au directoire. Les cinq premiers directeurs, +nommés à l'époque de l'institution du +directoire, avaient fait une convention entre eux, +par laquelle ils devaient prélever sur leurs appointemens, +chacun dix mille francs, afin de les donner +au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice +était de ménager aux membres du directoire la +transition du pouvoir suprême à la vie privée, +surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y +avait même une raison de dignité à en agir ainsi, +car il était dangereux pour la considération du gouvernement, +de rencontrer dans l'indigence l'homme +qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette +raison même décida les directeurs à pourvoir d'une +manière plus convenable au sort de leurs collègues. +Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un +prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils +résolurent d'allouer une somme de cent mille francs +à chaque directeur sortant. C'était cent mille francs +par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander +cette somme au ministre des finances, qui +pouvait la prendre sur l'un des mille profits qu'il +était si facile de faire sur des budgets de six ou huit +cents millions. On décida de plus que chaque directeur +emporterait sa voiture et ses chevaux. +Comme tous les ans le corps législatif allouait des +frais de mobilier, cette dépense devait être avouée, +et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent +de plus que les économies faites sur les frais +de mobilier seraient partagées entre eux. Certes, +c'était là une bien légère atteinte à la fortune publique, +si c'en était une; et tandis que des généraux, +des compagnies, faisaient des profits si +énormes, cent mille francs par an, consacrés à +donner des alimens à l'homme qui venait d'être +chef du gouvernement, n'étaient pas un vol. Les +raisons et la forme de la mesure l'excusaient en +quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part, +ne voulut jamais y consentir. Il déclara à ses collègues +qu'il n'accepterait jamais sa part. Rewbell +reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna +furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes, +dont le directoire était dispensé de rendre +compte. Telle est la seule faute qu'on puisse reprocher +collectivement au directoire. Un seul de +ses membres, sur les douze qui se succédèrent, fut +accusé d'avoir fait des profits particuliers. Quel +est le gouvernement au monde, duquel on puisse +dire la même chose?</p> + +<p>Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait +avoir une grande réputation, pour donner un peu +de considération au directoire, et on songea à +Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte, +était le plus important de l'époque. Son ambassade +en Prusse avait encore ajouté à sa renommée. Déjà +on le considérait, et très justement, comme un +esprit profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin, +on lui attribuait la conservation de la neutralité +prussienne, qui du reste était due beaucoup +moins à son intervention qu'à la situation de cette +puissance. Aussi le regardait-on comme aussi capable +de diriger le gouvernement que de concevoir +une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de +gens crurent voir dans ce choix la confirmation +du bruit généralement répandu de modifications +très prochaines à la constitution. Ils disaient que +Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer +à ces modifications. On croyait si peu que +l'état des choses actuel pût se maintenir, qu'on +voyait dans tous les faits des indices certains de +changement.</p> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XVI.</h3> + +<p>CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT +DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE +LA LIMMAT.—ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE +COMMANDEMENT A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU +AU-DELA DU PÔ ET DE L'APENNIN.—ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE +DE NAPLES; BATAILLE DE LA TREBBIA.—COALITION DE TOUS LES PARTIS +CONTRE LE DIRECTOIRE.—RÉVOLUTION DU 30 PRAIRIAL.—LARÉVELLIÈRE +ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.</p> + + +<p>Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement +les modifications que nous venons de +raconter, le directoire n'avait cessé de faire les +plus grands efforts pour réparer les revers qui +venaient de signaler l'ouverture de la campagne. +Jourdan avait perdu le commandement de l'armée +du Danube, et Masséna avait reçu le commandement +en chef de toutes les troupes cantonnées depuis +Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. Ce choix +heureux devait sauver la France. Schérer, impatient +de quitter une armée dont il avait perdu la +confiance, avait obtenu l'autorisation de transmettre +le commandement à Moreau. Macdonald avait +reçu l'ordre pressant d'évacuer le royaume de Naples +et les états romains, et de venir faire sa jonction +avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux +bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés +sur la frontière; l'équipement et l'organisation des +conscrits s'accéléraient, et les renforts commençaient +à arriver de toutes parts.</p> + +<p>Masséna, à peine nommé commandant en chef +des armées du Rhin et de Suisse, songea à disposer +convenablement les forces qui lui étaient confiées. +Il ne pouvait prendre le commandement dans une +situation plus critique. Il avait au plus trente mille +hommes, épars en Suisse depuis la vallée de l'Inn +jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille +hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit +mille sous Hotze, dans le Voralberg, quarante +mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance +et le Danube. Cette masse de près de cent mille +hommes pouvait l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc +n'avait pas été contrarié par le conseil aulique +et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi +le Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait +pu fermer à Masséna la route de France, l'envelopper +et le détruire. Heureusement il n'était +pas libre de ses mouvemens; heureusement encore +on n'avait pas mis immédiatement sous ses ordres +Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les trois généraux +un tiraillement continuel, ce qui empêchait +qu'ils se concertassent pour une opération décisive.</p> + +<p>Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui +permirent de prendre une position solide et de +distribuer convenablement les troupes mises à sa +disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait +qu'observer la ligne du Rhin du côté de l'Alsace, +et qu'il se proposait d'opérer en Suisse, entre Schaffouse +et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer +en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube, +et lui assigna des positions qu'elle aurait dû +prendre dès le début, c'est-à-dire immédiatement +après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de +laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine. +Celui-ci fut obligé de s'en retirer, après +avoir livré des combats brillans, où il montra une +intrépidité et une présence d'esprit admirables. +Les Grisons furent évacués. Masséna distribua alors +son armée depuis la grande chaîne des Alpes jusqu'au +confluent de l'Aar dans le Rhin, en choisissant +la ligne qui lui parut la meilleure.</p> + +<p>La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui, +partant des grandes Alpes, la traversent tout entière, +pour aller se jeter dans le Rhin. La plus +étendue et la plus vaste est celle du Rhin même, +qui, prenant sa source non loin du Saint-Gothard, +coule d'abord au nord, puis s'étend en un vaste +lac<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>, dont il sort près de Stein, et court à l'ouest +vers Bâle, où il recommence à couler au nord pour +former la frontière de l'Alsace. Cette ligne est la +plus vaste, et elle enferme toute la Suisse. Il y en +a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la précédente: +c'est celle de la Lint, qui, prenant sa +source dans les petits cantons, s'arrête pour former +le lac de Zurich, en sort sous le nom de Limmat, +et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de +cette dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui +n'enveloppe qu'une partie de la Suisse, est beaucoup +moins vaste que la première. Il y en a enfin +une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore +dans la précédente, qui du lit de la Reuss passe +dans le lac de Lucerne, et de Lucerne va se rendre +dans l'Aar, tout près du point où se jette la Limmat. +Ces lignes commençant à droite contre des montagnes +énormes, finissant à gauche dans de grands +fleuves, consistant tantôt en des rivières, tantôt en +des lacs, présentent de nombreux avantages pour +la défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver +la plus grande, celle du Rhin, et de s'étendre +depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure de +l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat, +où il s'établit de la manière la plus solide. Il +plaça son aile droite, formée des trois divisions +Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au +lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il +plaça son centre sur la Limmat, et le composa des +quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et +Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et +Strasbourg.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> Le lac de Constance.</blockquote> + +<p>Avant de se renfermer dans cette position, il +essaya d'empêcher par un combat la jonction de +l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux généraux +placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du +fleuve dans le lac de Constance, l'autre après sa +sortie, étaient séparés par toute l'étendue du lac. +En franchissant cette ligne, afin de s'établir +devant celle de Zurich et de la Limmat, où s'était +placé Masséna, ils devaient partir des deux extrémités +du lac, pour venir faire leur jonction au-delà. +Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne +s'était pas encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le +repousser au-delà du Rhin, se rabattre ensuite sur +Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé +qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double +opération, et de battre isolément les deux généraux +autrichiens. Malheureusement il ne songea à +les attaquer qu'au moment où ils étaient près de +se réunir, et où ils étaient en mesure de se soutenir +réciproquement. Il les combattit sur plusieurs +points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à +Frauenfeld, et quoiqu'il eût partout l'avantage, +grace à cette vigueur qu'il mettait toujours dans +l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction, +et il fut obligé de se replier sur la ligne de la +Limmat et de Zurich, où il se prépara à recevoir +vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se décidait +à l'attaquer.</p> + +<p>Les événemens étaient bien autrement malheureux +en Italie. Là, les désastres ne s'étaient point +arrêtés.</p> + +<p>Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec +un corps de vingt-huit ou trente mille Russes. +Mélas avait pris le commandement de l'armée autrichienne. +Suwarow commandait en chef les deux +armées, s'élevant au moins à quatre-vingt-dix mille +hommes. On l'appelait l'<i>invincible</i>. Il était connu +par ses campagnes contre les Turcs, et par ses +cruautés en Pologne. Il avait une grande vigueur +de caractère, une bizarrerie affectée et poussée jusqu'à +la folie, mais aucun génie de combinaison. +C'était un vrai barbare, heureusement incapable +de calculer l'emploi de ses forces, car autrement, +la république aurait peut-être succombé. Son armée +lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, +et qui tenait du fanatisme, mais aucune +instruction. L'artillerie, la cavalerie, le génie, y +étaient réduits à une véritable nullité. Elle ne savait +faire usage que de la baïonnette, et s'en servait +comme les Français s'en étaient servis pendant la +révolution. Suwarow, fort insolent pour ses alliés, +donna aux Autrichiens des officiers russes, pour +leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il +employa le langage le plus hautain, il dit que les +<i>femmes</i>, <i>les petits-maîtres</i>, <i>les paresseux</i>, devaient +quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder +le service souverain seraient traités comme des +égoïstes, et perdraient leurs grades, et que tout le +monde devait se sacrifier pour délivrer l'Italie des +Français et des athées. Tel était le style de ses allocutions. +Heureusement, après nous avoir causé +bien du mal, cette énergie brutale allait rencontrer +l'énergie savante et calculée, et se briser devant +elle.</p> + +<p>Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses +esprits, s'était promptement retiré sur l'Adda, au +milieu des cris d'indignation des soldats. De son +armée de quarante-six mille hommes, il en avait +perdu dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut +obligé d'en laisser à Peschiera ou Mantoue encore +huit mille, et il ne lui en resta ainsi que vingt-huit +mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes, +il avait su manoeuvrer habilement, il aurait pu +donner le temps à Macdonald de le rejoindre, et +éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda +de la manière la plus malheureuse. Il partagea son +armée en trois divisions. La division Serrurier était +à Lecco, à la sortie de l'Adda du lac de Lecco. La +division Grenier était à Cassano, la division Victor +à Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques +corps légers, vers le Modénois et les montagnes de +Gênes; pour maintenir les communications avec la +Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses +vingt-huit mille hommes, ainsi dispersés sur une +ligne de vingt-quatre lieues, ne pouvaient résister +solidement nulle part, et devaient être enfoncés +partout où l'ennemi se présenterait en forces.</p> + +<p>Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même +où la ligne de l'Adda était forcée, Schérer remit à +Moreau la direction de l'armée. Ce brave général +avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait +descendre au rôle de simple divisionnaire, et maintenant +que la campagne était perdue, qu'il n'y +avait plus que des désastres à essuyer, on lui donnait +le commandement. Cependant, avec un dévouement +patriotique que l'histoire ne saurait +trop célébrer, il accepta une défaite, en acceptant +le commandement le soir même où l'Adda était +forcé. C'est ici que commence la moins vantée et +la plus belle partie de sa vie.</p> + +<p>Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs +points. Quand le premier régiment russe se montra +à la vue du pont de Lecco, les carabiniers de la +brave 18e légère sortirent des retranchemens, et +coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait +comme des colosses effrayans et invincibles. Ils +fondirent sur eux la baïonnette croisée, et en firent +un grand carnage. Les Russes furent repoussés. +Il venait de s'allumer un admirable courage +dans le coeur de nos braves; ils voulaient faire repentir +de leur voyage les barbares insolens qui venaient +se mêler dans une querelle qui n'était pas la +leur. La nomination de Moreau enflammait toutes +les âmes, et remplit l'armée de confiance. Malheureusement +la position n'était plus tenable. Suwarow, +repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda +sur deux points, à Brivio et à Trezzo, au-dessus et +au-dessous de la division Serrurier, qui formait la +gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du +reste de l'armée. Moreau, avec la division Grenier, +livra à Trezzo un combat furieux, pour repousser +l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication +avec la division Serrurier. Il combattit +avec huit ou neuf mille hommes un corps de plus +de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence, +firent des prodiges de bravoure, mais ne purent +rejeter l'ennemi au-delà de l'Adda. Malheureusement +Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire +parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter +sur ce point même de Trezzo, où Moreau s'obstinait +à combattre pour se remettre en communication +avec lui. Il fallut céder, et abandonner la +division Serrurier à son sort. Elle fut entourée par +toute l'armée ennemie, et se battit avec la dernière +opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts, elle +fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de +cette division, grâce à la hardiesse et à la présence +d'esprit d'un officier, se sauva par les montagnes +en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor +s'était heureusement retiré en arrière avec sa division +intacte. Telle fut la fatale journée dite de Cassano, +9 floréal (28 avril), qui réduisit l'armée à +environ vingt mille hommes.</p> + +<p>C'est avec cette poignée de braves que Moreau +entreprit de se retirer. Cet homme rare ne perdit +pas un instant ce calme d'esprit dont la nature l'avait +doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence +d'une armée qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix +mille, si on avait su la faire marcher en masse, +il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était bien +autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il +revint d'Allemagne, avec une armée de +soixante mille hommes victorieux, et pourtant il +a été beaucoup moins célébré! tant les hasards +des passions influent sur les jugemens contemporains!</p> + +<p>Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner +le moyen d'évacuer les parcs et les bagages, et +pour laisser aux membres du gouvernement cisalpin, +et à tous les Milanais compromis, le temps +de se retirer sur les derrières. Rien n'est plus dangereux +pour une armée que ces familles de fugitifs, +qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles +embarrassent sa marche, ralentissent ses +mouvemens, et peuvent quelquefois compromettre +son salut. Moreau, après avoir passé deux jours +à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô. +A la conduite de Suwarow, il put juger qu'il aurait +le temps de prendre une position solide. Il avait +deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses communications +avec la France, et avec la Toscane, +par où s'avançait l'armée de Naples. Pour arriver +à ce but important, il lui parut convenable d'occuper +le penchant des montagnes de Gênes; c'était +le point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: +l'une, escortant les parcs, les bagages, +tout l'attirail de l'armée, prit la grande route de +Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, +pour occuper les routes de la rivière de Gênes. Il +exécuta cette marche sans être trop pressé par +l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses +masses victorieuses sur notre faible armée, et de +la détruire complètement, se faisait décerner à +Milan les honneurs du triomphe par les prêtres, +les moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche, +rentrées en foule à la suite des armées coalisées.</p> + +<p>Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer +vers la France tout son attirail de guerre. +Il arma la citadelle, tâcha de réveiller le zèle des +partisans de la république, et vint rejoindre ensuite +la colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie. +Il choisit là une position qui prouve toute la justesse +de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant +de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous +d'Alexandrie. Moreau se plaça au confluent de ces +deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et par l'autre, +il ne craignait pas une attaque de vive force; il +gardait en même temps toutes les routes de Gênes, +et pouvait attendre l'arrivée de Macdonald. Cette +position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait +Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne +de postes sur le Pô et le Tanaro, et ses masses +étaient disposées de manière qu'il pouvait courir +en quelques heures sur le premier point attaqué. Il +s'établit là avec vingt mille hommes, et y attendit +avec un imperturbable sang-froid les mouvemens +de son formidable ennemi.</p> + +<p>Suwarow avait mis très heureusement beaucoup +de temps à s'avancer. Il avait demandé au conseil +aulique que le corps autrichien de Bellegarde, +destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce +corps venait de descendre en Italie, et portait +l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille +hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à +la fois Peschiera, Mantoue, Pizzighitone, voulant +en même temps se garder du côté de la Suisse, et +ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, +n'avait guère plus de quarante mille hommes sous +sa main, force du reste très suffisante pour accabler +Moreau, s'il avait su la manier habilement.</p> + +<p>Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en +face de Moreau. Il s'établit à Tortone, et y fixa +son quartier-général. Après quelques jours d'inaction, +il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile +gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un +peu au-dessus du confluent du Pô et du Tanaro, +vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles boisées, +à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter +un passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du +11 au 12 mai), ils passèrent au nombre à peu près +de deux mille, dans l'une de ces îles, et se trouvèrent +ainsi au-delà du bras principal. Le bras +qui leur restait à passer était peu considérable, et +pouvait même être franchi à la nage. Ils le traversèrent +hardiment, et se portèrent sur la rive droite +du Pô. Les Français, prévenus du danger, coururent +sur le point menacé. Moreau, qui était averti +d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro, +attendit que le véritable point du danger fût bien +déterminé pour s'y porter en force: dès qu'il en +fut certain, il y marcha avec sa réserve, et culbuta +dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse +de le franchir. Il y en eut deux mille cinq cents +tués, noyés ou prisonniers.</p> + +<p>Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position +de Moreau dans le singulier triangle où il s'était +placé. Mais l'inaction de l'ennemi l'inquiétait; +il craignait que Suwarow n'eût laissé devant +Alexandrie un simple détachement, et qu'avec la +masse de ses forces il n'eût remonté le Pô, pour se +porter sur Turin et prendre la position des Français +par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant +de Macdonald. Dans l'incertitude où le laissait l'inaction +de Suwarow, il résolut d'agir lui-même, pour +s'assurer du véritable état des choses. Il imagina +de déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une +forte reconnaissance. Si l'ennemi n'avait laissé devant +lui qu'un corps détaché, le projet de Moreau +était de changer cette reconnaissance en attaque +sérieuse, d'accabler ce corps détaché, et puis de +se retirer tranquillement par la grande route de +la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin +d'y attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait +la masse principale, son projet était de se replier +sur-le-champ, et de regagner en toute hâte la rivière +de Gênes, par toutes les communications +accessibles qui lui restaient. Une raison qui le décidait +surtout à prendre ce parti décisif, c'était +l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait +qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible.</p> + +<p>Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, +Suwarow en formait un autre qui était dépourvu +de sens. Sa position à Tortone était certainement +la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait +entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine +et celle de Naples. Il ne devait la quitter à aucun +prix. Cependant il imagina d'emmener une +partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter +le fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale, +y organiser les royalistes piémontais, et faire +tomber la position de Moreau. Rien n'était plus +mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour +faire tomber la position de Moreau, il fallait essayer +une attaque directe et vigoureuse, mais par-dessus +tout ne pas quitter la position intermédiaire +entre les deux armées qui cherchaient à opérer +leur jonction.</p> + +<p>Tandis que Suwarow divisait ses forces, en +laissant une partie aux environs de Tortone, le +long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô +pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance +qu'il avait projetée. Il avait porté la +division Victor en avant pour attaquer vigoureusement +le corps russe qu'il avait devant lui. Il se +tenait lui-même avec toute sa réserve un peu en +arrière, prêt à changer cette reconnaissance en une +attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe +pût être accablé. Après un engagement très-vif, où +les troupes de Victor déployèrent une rare bravoure, +Moreau crut que toute l'armée russe était +devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur +d'avoir sur les bras un ennemi trop supérieur. En +conséquence, entre les deux partis qu'il s'était proposé +d'adopter, il préféra le second, comme le plus +sûr. Il résolut donc de se retirer vers les montagnes +de Gênes. Sa position était des plus critiques. +Tout le Piémont était en révolte sur ses derrières. +Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui +ferme la principale route, la seule accessible à l'artillerie. +Le grand convoi des objets d'arts recueillis +en Italie, courait risque d'être enlevé. Ces circonstances +étaient des plus fâcheuses. En prenant les +routes situées plus en arrière, et qui aboutissaient +à la rivière du Ponent, Moreau craignait de trop s'éloigner +des communications de la Toscane, et +de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait +réuni en masse autour de Tortone. Dans cette perplexité, +il prit sur-le-champ son parti, et fit les +dispositions suivantes. Il détacha la division Victor, +sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers +praticables à la seule infanterie, vers les montagnes +de Gênes. Elle devait se hâter d'occuper tous les +passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée +venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où +elle serait attaquée par Suwarow. Moreau, ne gardant +que huit mille hommes au plus, vint avec +son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait +suivre les sentiers des montagnes, gagner l'une des +routes charretières qui se trouvaient en arrière de +Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent. +Il faisait un autre calcul, en se décidant à cette retraite +excentrique, c'est qu'il attirerait à lui l'armée +ennemie, la détournerait de poursuivre Victor et +de se jeter sur Macdonald.</p> + +<p>Victor se retira heureusement par Acqui, +Spigno et Dego, et vint occuper les crêtes de +l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une +célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva, +qui fermait sa principale communication, le mettait +dans un embarras extrême. Il achemina par le +col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs, +ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était +indispensable, et résolut de s'ouvrir une route à +travers l'Apennin, en la faisant construire par ses +propres soldats. Après quatre jours d'efforts incroyables, +la route fut rendue praticable à l'artillerie, +et Moreau fut transporté dans la rivière de +Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au col de Tende, +ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées +vers Gênes.</p> + +<p>Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, +se hâta de le faire poursuivre; mais il ne sut deviner +ni prévenir ses savantes combinaisons. Ainsi, +grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau +avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser +entamer une seule fois, en contenant au contraire +les Russes partout où il les avait rencontrés. +Il avait laissé une garnison de trois mille hommes +dans Alexandrie, et il était avec dix-huit mille +à peu près dans les environs de Gênes. Il était +placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée +de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype, +le corps léger de Montrichard, et la division Victor, +sur la Haute-Trebbia, pour les joindre à +Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, +avec le reste de son corps d'armée. Son plan de jonction +était profondément médité. Il pouvait attirer +l'armée de Naples à lui par les bords de la Méditerranée, +la réunir à Gênes, et déboucher avec +elle de la Bochetta; ou bien la faire déboucher de +la Toscane dans les plaines de Plaisance, et sur les +bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction, +puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il +fallait de nouveau franchir l'Apennin, et donner +de front sur l'ennemi, pour enlever la plaine. En +débouchant au contraire en avant de Plaisance, +on était maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait +son champ de bataille sur les bords même du +Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau +voulait que Macdonald eût sa gauche toujours +serrée aux montagnes, pour se lier avec Victor qui +était à Bobbio. Quant à lui, il observait Suwarow, +prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait +marcher à la rencontre de Macdonald. Dans cette +situation, la jonction paraissait aussi sûre que derrière +l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien +préférable.</p> + +<p>Dans ce moment, le directoire venait de réunir +dans la Méditerranée des forces maritimes considérables. +Bruix, le ministre de la marine, s'était +mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué +la flotte espagnole, et croisait avec cinquante vaisseaux +dans la Méditerranée, dans le but de la délivrer +des Anglais, et d'y rétablir les communications +avec l'armée d'Égypte. Cette jonction tant +désirée était enfin opérée, et elle pouvait nous +redonner la prépondérance dans les mers du Levant. +Bruix dans ce moment était devant Gênes. +Sa présence avait singulièrement remonté le moral +de l'armée. On disait qu'il apportait des vivres, +des munitions et des renforts. Il n'en était rien; +mais Moreau profita de cette opinion, et fit effort +pour l'accréditer. Il fit répandre le bruit que la +flotte venait de débarquer vingt mille hommes, +et des approvisionnemens considérables. Ce bruit +encouragea l'armée, et diminua beaucoup la confiance +de l'ennemi.</p> + +<p>On était au milieu de prairial (premiers jours de +juin). Un événement nouveau venait d'avoir lieu +en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé la ligne +de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant +en deux masses des deux extrémités du +lac de Constance, était venu border cette ligne +dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer +entre Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de +Zurich, et l'Aar, tout le long de la Limmat. Masséna +avait pris position, non pas sur la Limmat elle-même, +mais sur une suite de hauteurs qui sont en +avant de la Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière +et le lac. Il avait retranché ces hauteurs de la +manière la plus redoutable, et les avait rendues +presque inaccessibles. Quoique cette partie de +notre ligne, entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte, +l'archiduc avait résolu de l'attaquer, parce qu'il +eût été trop dangereux de faire un long détour +pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le +long de la Lint. Masséna pouvait profiter de ce moment +pour accabler les corps laissés devant lui, et +se procurer ainsi un avantage décisif.</p> + +<p>L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial). +Elle eut lieu sur toute l'étendue de la Limmat, et +fut repoussée partout victorieusement, malgré +l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain +l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives +doivent se poursuivre, afin qu'il n'y ait pas +de pertes inutiles, recommença l'attaque avec la +même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait +être forcé, qu'alors sa retraite deviendrait difficile, +que la ligne qu'il abandonnait était suivie +immédiatement d'une plus forte, la chaîne de l'Albis, +qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich, +résolut de se retirer volontairement. Il ne perdait +à cette retraite que la ville de Zurich, qu'il regardait +comme peu importante. La chaîne des monts +de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat +jusqu'à l'Aar présentant de plus un escarpement +continu, était presque inattaquable. En l'occupant +on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on +ne reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. +En conséquence, et s'y retira volontairement et sans +perte, il s'y établit d'une manière qui ôta à l'archiduc +toute envie de l'attaquer.</p> + +<p>Notre position était donc toujours à peu près la +même en Suisse. L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, +la Lint et la Reuss, jusqu'au Saint-Gothard, +formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.</p> + +<p>Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin +vers la Toscane. Il avait laissé garnison au fort +Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte, conformément à +ses instructions. C'était compromettre inutilement +des troupes qui n'étaient pas capables de soutenir +le parti républicain, et qui laissaient un vide dans +l'armée active. L'armée française, en se retirant, +avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction +royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de +notre révolution. Macdonald avait rallié à Rome +quelques milliers d'hommes de la division Garnier; +il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, +et dans le Modénois le corps léger de Montrichard. +Il avait formé ainsi un corps de vingt-huit mille +hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai). +Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité, +et un ordre remarquable. Il perdit malheureusement +beaucoup de temps en Toscane, et ne déboucha +au-delà de l'Apennin, dans les plaines de +Plaisance, que vers la fin de prairial (milieu de +juin).</p> + +<p>S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les +coalisés dans un tel état de dispersion, qu'il aurait +pu les accabler successivement, et les rejeter au-delà +du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait +de s'emparer, et où il avait trouvé des munitions +immenses. Bellegarde observait les débouchés de +Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle de +Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente +mille Autrichiens ou Russes réunis. Macdonald et +Moreau, débouchant ensemble avec cinquante +mille hommes auraient pu changer la destinée de +la campagne. Mais Macdonald crut devoir employer +quelques jours pour faire reposer son armée, et +réorganiser les divisions qu'il avait successivement +recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et +permit à Suwarow de réparer ses fautes. Le général +russe, apprenant la marche de Macdonald, se +hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt +mille hommes de renfort, pour se placer entre les +deux généraux français, et reprendre la position +qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au +général Ott, qui était en observation sur la Trebbia, +aux environs de Plaisance, de se retirer sur lui, s'il +était attaqué; il prescrivit à Kray de lui faire passer +de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait +disposer; il laissa à Bellegarde le soin d'observer +Novi, d'où Moreau devait déboucher, et il se disposa +à marcher lui-même dans les plaines de Plaisance, +à la rencontre de Macdonald.</p> + +<p>Ces dispositions sont les seules qui, pendant la +durée de cette campagne, aient mérité à Suwarow +l'approbation des militaires. Les deux généraux +français occupaient toujours les positions que nous +avons indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin, +ils devaient en descendre pour se réunir dans les +plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de +Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait +passer à Macdonald la division Victor pour le renforcer. +Il avait placé à Bobbio, au penchant des +montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons, +pour favoriser la jonction, et son projet +était de saisir le moment où Suwarow marcherait +de front contre Macdonald, pour donner dans son +flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se +tînt toujours appuyé aux montagnes, et n'acceptât +pas la bataille trop loin dans la plaine.</p> + +<p>Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu +de juin). Le corps de Hohenzollern, placé aux +environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il fut accablé +par des forces supérieures, perdit quinze cents +hommes, et faillit être enlevé tout entier. Ce premier +succès encouragea Macdonald, et lui fit hâter +sa marche. La division Victor, qui venait de le +joindre, et de porter son armée à trente-deux mille +hommes à peu près, forma son avant-garde. La +division polonaise de Dombrowsky marchait à la +gauche de la division Victor; la division Rusca les +appuyait toutes deux. Quoique le gros de l'armée, +formé par les divisions Montrichard, Olivier et +Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché +par le succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, +voulut accabler Ott, qui était en observation +sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky +et Rusca, de marcher contre lui à l'instant même.</p> + +<p>Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin +dans le Pô, formaient le champ de bataille: +c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le gros +de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions +Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient +sur la Trebbia, et avaient l'ordre de la franchir +pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler Ott, +que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent +le 29 prairial (17 juin). Elles repoussèrent +d'abord l'avant-garde du général Ott des bords du +Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en +arrière vers le village de Sermet. Ott allait être +accablé, mais dans ce moment Suwarow arrivait à +son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le +général Bagration à Victor qui marchait le long +du Pô; il reporta Ott au centre sur Dombrowsky, +et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca. Bagration +ne fut pas d'abord heureux contre Victor, +et fut forcé de rétrograder; mais au centre, Suwarow +fit charger la division Dombrowsky par l'infanterie +russe, jeta dans son flanc deux régimens +de cavalerie, et la rompit. Dès cet instant, Victor, +qui s'était avancé sur le Pô, se trouva débordé et +compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers, +reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu +les Polonais au centre, et qui avait ainsi débordé +Victor, le chargea en flanc, et l'obligea à se retirer. +Rusca, à droite, fut alors obligé de céder le terrain +à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone, +et rétrogradèrent sur la Trebbia.</p> + +<p>Cette première journée, où un tiers de l'armée +au plus s'était trouvé engagé contre toute l'armée +ennemie, n'avait pas été heureuse. Macdonald, +ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté. +Il résolut de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir +toutes ses divisions, et de venger l'échec qu'il +venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions +Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en +arrière sur la Nura, et il résolut d'attendre le surlendemain, +c'est-à-dire le 1er messidor (19 juin), +pour livrer bataille.</p> + +<p>Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir +ses forces, et il se disposa à attaquer dès le +lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial (18 juin). +Les deux armées allaient se joindre le long de la +Trebbia, appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin. +Suwarow, jugeant sagement que le point essentiel +était dans les montagnes, par où les deux armées +françaises pourraient communiquer, porta de ce +côté sa meilleure infanterie et sa meilleure cavalerie. +Il dirigea la division Bagration, qui d'abord +était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite +contre les montagnes. Il les plaça avec la division +Schweikofsky sous les ordres de Rosemberg, et +leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia +vers Rivalta, dans la partie supérieure de son +cours, afin de détacher les Français des montagnes. +Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor, +étaient placées vers ce point, à la gauche de la +ligne des Français. Les divisions Olivier et Montrichard +devaient venir se placer au centre, le long +de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper +la droite, vers le Pô et Plaisance.</p> + +<p>Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes +russes attaquèrent les avant-gardes françaises, +qui étaient au-delà de la Trebbia, à Casaliggio +et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald, +qui ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à +faire arriver en ligne ses divisions du centre. Victor, +qui commandait à notre gauche, porta aussitôt +toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia, +et mit un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg, +arrivant avec la division Schweikofsky, rétablit +l'avantage, et, après un combat furieux, +dans lequel les pertes furent énormes des deux +parts, obligea les Français à se retirer derrière la +Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier, +Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin +à droite, et une canonnade s'établissait sur +toute la ligne. Après avoir échangé quelques boulets, +on s'arrêta de part et d'autre sur les bords +de la Trebbia qui sépara les deux armées.</p> + +<p>Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté +en un combat vers notre gauche, combat terrible, +mais sans résultat. Macdonald, disposant désormais +de tout son monde, voulait rendre décisive la +troisième journée. Son plan consistait à franchir +la Trebbia sur tous les points, et à déborder les +deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division Dombrowsky +devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta, +et la passer au-dessus des Russes. La division Watrin +devait la franchir presque à son embouchure +dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow. +Il comptait en même temps que Moreau, +dont il attendait la coopération depuis deux jours, +entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut +le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin). +Mais une horrible échauffourée eut lieu pendant +la nuit. Un détachement français ayant traversé le +lit de la Trebbia pour prendre position, les +Russes se crurent attaqués et coururent aux armes. +Les Français y coururent de leur côté. Les deux +armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de +nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer +amis ni ennemis. Après un carnage inutile, +les généraux parvinrent enfin à ramener leurs soldats +au bivouac. Le lendemain les deux armées +étaient tellement fatiguées par trois jours de combats +et par le désordre de la nuit, qu'elles n'entrèrent +en action que vers les dix heures du matin.</p> + +<p>La bataille commença à notre gauche, sur la +Haute Trebbia. Dombrowsky franchit la Trebbia +à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha +le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert +les flancs de Rosemberg. Sur-le-champ Victor +et Rusca en profitèrent pour se jeter sur lui en +passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès +et enveloppèrent de toutes parts la division +Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la mirent +dans le plus grand danger; mais elle fit front +de tous côtés et se défendit vaillamment. Bagration, +apercevant le péril, se rabattit promptement +sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à +lâcher prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, +se fût de son côté rabattu sur Bagration, +l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était +le plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. +Malheureusement il resta inactif, et Victor +et Rusca furent obligés de se replier sur la Trebbia. +Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia +vers Grignano; Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. +Montrichard marchait sur le corps de +Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que +Suwarow avait demandées à Mélas, et qui défilaient +sur le derrière du champ de bataille, donnèrent +inopinément dans les flancs de sa division. +Elle fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des +prodiges en cent batailles, s'enfuit en désordre. +Montrichard se vit obligé de repasser la Trebbia. +Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo, +et avait vigoureusement repoussé Ott et +Mélas, se trouva découvert par la retraite de Montrichard. +Mélas alors, donnant contre-ordre aux +réserves autrichiennes, dont la présence avait jeté +le trouble dans la division Montrichard, les dirigea +sur la division Olivier, qui fut forcée à son tour +de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division +Watrin, portée inutilement à l'extrême droite, +où elle n'avait rien à faire, s'avançait le long du +Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut +même obligée de repasser la Trebbia, pour suivre +le mouvement général de retraite. Suwarow, craignant +toujours de voir Moreau déboucher sur ses +derrières, fit de grands efforts le reste de la journée +pour passer la Trebbia, mais il ne put y réussir. +Les Français lui opposèrent sur toute la ligne une +fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une +lutte si acharnée, sépara encore pour la troisième +fois les deux armées ennemies.</p> + +<p>Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille. +Les deux armées étaient désorganisées. Elles +avaient perdu environ douze mille hommes chacune. +La plupart des généraux étaient blessés. Des +régimens entiers étaient détruits. Mais la situation +était bien différente. Suwarow recevait tous les +jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au prolongement +de la lutte. Macdonald, au contraire, +avait épuisé toutes ses ressources, et pouvait, en +s'obstinant à se battre, être jeté en désordre dans +la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura, +pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il +quitta la Trebbia le 2 messidor (20 juin) au matin. +Une dépêche, dans laquelle il peignit à Moreau +sa situation désespérée, étant tombée dans les +mains de Suwarow, celui-ci fut rempli de joie, et +se hâta de le poursuivre à outrance. Cependant +la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de +la Nura. Malheureusement, la division Victor, +qui soutenait depuis quatre jours des combats +continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup +de prisonniers. Macdonald eut cependant le temps +de recueillir son armée au-delà de l'Apennin, après +une perte de quatorze ou quinze mille hommes, en +tués, blessés ou prisonniers.</p> + +<p>Très heureusement, Suwarow, entendant le +canon de Moreau sur ses derrières, se laissa détourner +de la poursuite de Macdonald. Moreau, +que des obstacles insurmontables avaient empêché +de se mettre en mouvement avant le 30 prairial +(18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de +se jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et +de lui prendre près de trois mille prisonniers. Mais +cet avantage tardif était inutile, et n'eut d'autre +résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher +de s'acharner sur Macdonald.</p> + +<p>Cette jonction, de laquelle on attendait de si +grands résultats, avait donc amené une sanglante +défaite; elle fit naître entre les deux généraux français +des contestations qui n'ont jamais été bien +éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald +d'avoir trop séjourné en Toscane, d'avoir +fait marcher ses divisions trop loin les unes des +autres, de manière que les divisions Victor, Rusca +et Dombrowsky furent battues deux jours de +suite, avant que les divisions Montrichard, Olivier +et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le +jour de la bataille, à déborder les deux ailes de +l'ennemi, au lieu de diriger son principal effort à +sa gauche vers la Haute-Trebbia; de s'être tenu +trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas +permettre à Lapoype, qui était à Bobbio, de venir +à son secours; enfin de s'être, par-dessus tout, +beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il +eût voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les +militaires, en approuvant le plan savamment combiné +par Moreau, ne lui ont reproché qu'une chose, +c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement +pour un ancien camarade, de n'avoir pas pris le +commandement direct des deux armées, et surtout +de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia. +Quoi qu'il en soit de la justesse de ces reproches, +il est certain que le plan de Moreau, exécuté +comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle +fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia. +Heureusement, Moreau était encore là pour +recueillir nos débris et empêcher Suwarow de profiter +de son immense supériorité. La campagne +n'était ouverte que depuis trois mois, et, excepté +en Suisse, nous n'avions eu partout que des revers. +La bataille de Stokach nous avait fait perdre +l'Allemagne; les batailles de Magnano et de la +Trebbia nous enlevaient l'Italie. Masséna seul, +ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, +le long de la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier +cependant, au milieu de ces cruels revers, +que le courage de nos soldats avait été inébranlable +et aussi brillant qu'aux plus beaux jours de +nos victoires; que Moreau avait été à la fois grand +citoyen et grand capitaine, et avait empêché que +Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées +d'Italie.</p> + +<p>Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles +armes aux ennemis du directoire, et provoquèrent +contre lui un redoublement d'invectives. La crainte +d'une invasion commençait à s'emparer des esprits. +Les départemens du Midi et des Alpes, exposés +les premiers au débordement des Austro-Russes, +étaient dans une extrême fermentation. Les villes +de Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent +au corps législatif des adresses qui firent la plus +vive sensation. Ces adresses renfermaient les reproches +injustes qui circulaient depuis deux mois +dans toutes les bouches; elles revenaient sur le +pillage des pays conquis, sur les dilapidations des +compagnies, sur le dénûment des armées, sur le +ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice +faite à Moreau, sur l'arrestation de Championnet, +etc. «Pourquoi, disaient-elles, les conscrits +fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans +leurs foyers, par le dénûment où on les laissait? +Pourquoi toutes les dilapidations sont-elles restées +impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé +comme un traître par Hoche, est-il resté si longtemps +au ministère de la guerre? Pourquoi a-t-il +pu consommer, comme général, les maux qu'il +avait préparés comme ministre? Pourquoi des +noms chers à la victoire sont-ils remplacés par des +noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome +et de Naples est-il en accusation?......»</p> + +<p>On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches. +Les adresses qui les contenaient obtinrent +l'honneur de l'impression, la mention honorable, +et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir +prouvait assez les dispositions des deux +conseils. Elles ne pouvaient être plus mauvaises. +L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition +patriote. L'une composée d'ambitieux qui +voulaient un gouvernement nouveau, et d'importans +qui se plaignaient que leurs avis et leurs recommandations +n'eussent pas été assez bien accueillis; +l'autre formée de patriotes exclus par les +scissions du corps législatif, ou réduits au silence +par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également +la ruine du gouvernement existant. Ils disaient +que le directoire avait à la fois mal administré et +mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté +des opinions, opprimé la liberté de la presse et des +sociétés populaires. Ils le déclaraient à la fois faible +et violent; ils allaient même jusqu'à revenir sur le +18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas respecté +les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les +invoquer en sa faveur.</p> + +<p>La nomination de Sièyes au directoire avait été +l'un des premiers motifs de ces dispositions. Appeler +au directoire un homme qui n'avait cessé de +regarder comme mauvaise la constitution directoriale, +qui déjà, par cette raison, avait refusé d'être +directeur, c'était annoncer en quelque sorte qu'on +voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes, +dont on doutait à cause de ses refus antérieurs, +ne fit que confirmer ces conjectures.</p> + +<p>Les mécontens de toute espèce, qui voulaient +un changement, se groupèrent autour de Sièyes. +Sièyes n'était point un chef de parti habile; il n'en +avait ni le caractère à la fois souple et audacieux, +ni même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de +monde par sa renommée. On savait qu'il trouvait +tout mauvais dans la constitution et le gouvernement, +et on se pressait autour de lui, comme pour +l'inviter à tout changer. Barras, qui avait su se faire +pardonner son ancienne présence au directoire +par ses liaisons et ses intrigues avec tous les partis, +s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se +rattacher à lui, en livrant lâchement ses collègues. +C'est autour de ces deux directeurs que se ralliaient +tous les ennemis du directoire. Ce parti avait +songé à se donner l'appui d'un jeune général qui +eût de la réputation, et qui passât, comme beaucoup +d'autres, pour une victime du gouvernement. +La position de Joubert, sur lequel on fondait de +grandes espérances, et qui était sans emploi depuis +sa démission, avait fixé le choix sur lui. Il allait +s'allier à M. de Sémonville, en épousant une demoiselle +de Monthelon. On l'avait rapproché de +Sièyes; on le fit nommer général de la 17e division +militaire, celle de Paris, et on s'efforça d'en faire le +chef de la nouvelle coalition.</p> + +<p>On ne songeait point encore à faire des changemens; +on voulait d'abord s'emparer du gouvernement, +sauver ensuite la France d'une invasion, et +on ajournait les projets constitutionnels à une +époque où tous les périls seraient passés. La première +chose à obtenir était l'éloignement des membres +de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis +une quinzaine; il y était entré le 1er prairial, +en remplacement de Rewbell. Barras s'était sauvé +de l'orage comme on a vu. Toute la haine se déchargeait +contre Larévellière, Merlin et Treilhard, +tous trois fort innocens de ce qu'on reprochait au +gouvernement.</p> + +<p>Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois, +mais on voulait leur rendre impossible l'exercice +de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir les plus +grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même +son humeur, afin de ne pas ajouter aux difficultés +de la position, celles que des divisions personnelles +pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était +intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en +cela de très bonne foi; mais il s'exprimait de manière +à prouver qu'il ne voulait pas s'entendre avec +ses collègues pour porter remède au mal. Un peu +infatué de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait, +il ne cessait de leur dire: «Ce n'est pas ainsi +qu'on fait en Prusse.—Enseignez-nous donc, lui +répondaient ses collègues, comment on fait en +Prusse; éclairez-nous de vos avis, et aidez-nous à +faire le bien.—Vous ne m'entendriez pas, répliquait +Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites +comme vous avez coutume de faire.»</p> + +<p>Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité +se déclarait entre la minorité et la majorité, +les attaques les plus vives se succédaient au +dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle +ouverte sur les finances. La détresse, comme +on l'a dit, provenait de deux causes, la lenteur des +rentrées et le déficit dans les produits supposés. +Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses +consommées, 210 millions étaient à peine rentrés. +Le déficit dans l'évaluation des produits s'élevait, +suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme +on lui contestait toujours la quotité du déficit, il +donna un démenti formel au député Génissieux +dans <i>le Moniteur</i>, et prouva ce qu'il avançait. Mais +que sert de prouver dans certains momens? On +n'en accabla pas moins le ministre et le gouvernement +d'invectives; on ne cessa pas de répéter qu'ils +ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de nouveaux +fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations. +Cependant, la force de l'évidence obligea à +accorder un supplément de produits. L'impôt sur +le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta +un décime par franc sur toutes les contributions, +et on doubla encore celle des portes et fenêtres. +Mais c'était peu que de décréter des impôts, il +fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives +à leur assiette et à leur perception. Ces lois +n'étaient pas rendues. Le ministre pressait leur +mise en discussion; on ajournait sans cesse, et on +répondait à ses instances en criant à la trahison, +au vol, etc.</p> + +<p>Outre la querelle sur les finances, on en avait +ouvert une autre. Déjà il s'était élevé des réclamations +sur certains articles de la loi du 19 fructidor +qui permettaient au directoire de fermer les clubs +et de supprimer les journaux sur un simple arrêté. +Un projet de loi avait été ordonné sur la presse +et les sociétés populaires, afin de modifier la loi +du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir +arbitraire dont il était revêtu. On s'élevait +beaucoup aussi contre la faculté que cette loi +donnait au directoire de déporter à sa volonté les +prêtres suspects, et de rayer les émigrés de la liste. +Les patriotes, eux-mêmes semblaient vouloir lui +enlever cette dictature, funeste seulement à leurs +adversaires. On commença par la discussion sur la +presse et les sociétés populaires. Le projet mis en +avant était l'ouvrage de Berlier. La discussion s'ouvrit +dans les derniers jours de prairial (au milieu +de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels +se distinguaient Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche, +Lecointe-Puyraveau, soutenaient que +cette dictature accordée au directoire par la loi +du 19 fructidor, bien que redoutable en temps +ordinaire, était de la plus indispensable nécessité +dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils, +dans un moment de péril extrême qu'il +fallait diminuer les forces du gouvernement. La +dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du +18 fructidor lui était devenue nécessaire, non plus +contre la faction royaliste, mais contre la faction +anarchique, non moins redoutable que la première, +et secrètement alliée avec elle. Les disciples +de Baboeuf, ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, +parts, et menaçaient la république d'un nouveau +débordement.</p> + +<p>Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, +répondaient avec leur véhémence accoutumée +aux discours des partisans du directoire. +Il fallait, disaient-ils, donner une commotion à la +France, et lui rendre l'énergie de 1793, que le directoire +avait entièrement étouffée en faisant peser +sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait +s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne +rendait pas la parole aux feuilles patriotiques. +«Vainement, ajoutaient-ils, on accuse les patriotes, +vainement on feint de redouter un débordement +de leur part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés? +Depuis trois ans ils sont égorgés, proscrits, +sans patrie, dans la république qu'ils ont contribué +puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels +crimes avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi +contre les réacteurs? Non. Ils sont exagérés, turbulens; +soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent, +ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent +pas, et tous les jours ils sont assassinés...» +Tel était le langage de Briot (du Doubs), du Corse +Aréna, et d'une foule d'autres.</p> + +<p>Les membres de l'opposition constitutionnelle +s'exprimaient autrement. Ils étaient naturellement +modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer et +dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux +principes trop méconnus, et rendre la liberté à la +presse et aux sociétés populaires. Les dangers de +fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée +au directoire, mais cette dictature donnée +de confiance, comment en avait-il usé? Il n'y +avait qu'à interroger les partis, disait Boulay (de +la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes, +royalistes, patriotes, constitutionnels, +étaient d'accord pour déclarer que le directoire +avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord, +chez des hommes si opposés de sentimens +et de vues, ne pouvait pas laisser de doute, et le +directoire était condamné.</p> + +<p>Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression; +les constitutionnels, pleins de prétentions, +se plaignaient du mal-gouverné. Tous se réunirent, +et firent abroger les articles de la loi du 19 +fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés +populaires. C'était là une victoire importante, qui +allait amener un déchaînement d'écrits périodiques +et le ralliement de tous les jacobins.</p> + +<p>L'agitation allait croissante vers les derniers jours +de prairial. Les bruits les plus sinistres couraient +de toutes parts. La nouvelle coalition résolut d'employer +les tracasseries ordinaires que les oppositions +emploient dans les gouvernemens représentatifs +pour obliger un ministère à se retirer. +Questions embarrassantes et réitérées, menaces +d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens +sont si naturels, que, sans la pratique du gouvernement +représentatif, l'instinct seul des partis les +découvre sur-le-champ.</p> + +<p>Les commissions des dépenses, des fonds et de +la guerre, établies dans les cinq-cents pour s'occuper +de ces divers objets, se réunirent, et projetèrent +un message au directoire. Boulay (de la +Meurthe) fut chargé du rapport, et le présenta +le 15 prairial. Sur sa proposition, le conseil des +cinq-cents adressa au directoire un message par +lequel il demandait à être instruit des causes des +dangers intérieurs et extérieurs qui menaçaient la +république, et des moyens qui existaient pour y +pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont +guère d'autre effet que d'arracher des aveux de +détresse, et de compromettre davantage le gouvernement +auquel on les arrache. Un gouvernement, +nous le répétons, doit réussir: l'obliger à +convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger au plus +funeste de tous les aveux. A ce message furent +jointes une foule de motions d'ordre, qui toutes +avaient un objet analogue. Elles étaient relatives +au droit de former des sociétés populaires, à la liberté +individuelle, à la responsabilité des ministres, +à la publicité des comptes, etc.</p> + +<p>Le directoire, en recevant le message en question, +résolut d'y faire une réponse détaillée, dans +laquelle il tracerait le tableau de tous les événemens, +et exposerait les moyens qu'il avait employés, +et ceux qu'il se proposait d'employer encore, pour +retirer la France de la crise où elle se trouvait. +Une réponse de cette nature exigeait le concours +de tous les ministres, pour que chacun d'eux pût +fournir son rapport. Il fallait au moins plusieurs +jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce qui convenait +aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient +pas un état exact et fidèle de la France, mais des +aveux prompts et embarrassés. Aussi, après avoir +attendu quelques jours, les trois commissions +qui avaient proposé le message firent aux cinq-cents +une proposition nouvelle, par l'organe du +député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28 prairial +(16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents +de se déclarer en permanence jusqu'à ce que le +directoire eût répondu au message du 15. La proposition +fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme, +et annoncer un prochain événement. Les cinq-cents +firent part aux anciens de leur détermination, +en les engageant à suivre leur exemple. +L'exemple en effet fut imité, et les anciens siégèrent +aussi en permanence. Les trois commissions +des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop +nombreuses, furent changées en une seule commission, +composée de onze membres, et chargée de +présenter les mesures exigées par les circonstances.</p> + +<p>Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait +se constituer en séance permanente, pour hâter le +rapport qu'on lui demandait. On conçoit quelle +agitation devait résulter d'une pareille détermination. +On faisait, comme d'usage, courir les bruits +les plus sinistres: les adversaires du directoire disaient +qu'il méditait un nouveau coup d'état, et qu'il +voulait dissoudre les conseils. Ses partisans répandaient +au contraire qu'il y avait une coalition formée +entre tous les partis pour renverser violemment +la constitution. Rien de pareil n'était médité +de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions +voulait seulement la démission des trois anciens +directeurs. On imagina un premier moyen +pour l'amener. La constitution voulait que le directeur +entrant en fonctions eût quitté la législature +depuis un an révolu. On s'aperçut que Treilhard, +qui depuis treize mois siégeait au directoire, était +sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il +avait été nommé au directoire, le 26 floréal an VI. +Il manquait donc quatre jours au délai prescrit. Ce +n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité +était couverte par le silence gardé pendant deux +sessions, et d'ailleurs Sièyes lui-même était dans +le même cas. Sur-le-champ la commission des onze +proposa d'annuler la nomination de Treilhard. +Cette annulation eut lieu le jour même du 28 et +fut signifiée au directoire.</p> + +<p>Treilhard était rude et brusque, mais n'avait +pas une fermeté égale à la dureté de ses manières. +Il était disposé à céder. Larévellière était dans une +tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête +et désintéressé, auquel ses fonctions étaient à +charge, qui ne les avait acceptées que par devoir, +et qui faisait des voeux tous les ans pour que le +sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner +ses fonctions depuis que les factions coalisées +paraissaient l'exiger. Il se figurait qu'on ne voulait +expulser les anciens directeurs que pour abolir la +constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille +Bonaparte, concouraient au même but dans +des vues différentes, mais toutes également funestes +à la république. Dans cette persuasion, il +ne voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent +leur poste. En conséquence, il courut +chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec +Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité, +et nous nous refuserons à l'exécution de cette détermination +du corps législatif, comme illégale, +séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard +n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ +sa démission aux cinq-cents.</p> + +<p>Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en +persista pas moins à refuser sa démission, si on la +lui demandait. Les meneurs des cinq-cents résolurent +de donner tout de suite un successeur à Treilhard. +Sièyes aurait voulu faire nommer un homme +à sa dévotion; mais son influence fut nulle dans +cette occasion. On nomma un ancien avocat de +Rennes, président actuel du tribunal de cassation, +et connu pour appartenir plutôt à l'opposition patriote +qu'à l'opposition constitutionnelle. C'était +Gohier, citoyen probe et dévoué à la république, +mais peu capable, étranger à la connaissance des +hommes et des affaires. Il fut nommé le 29 prairial, +et dut être installé le lendemain même.</p> + +<p>Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on +voulait arracher du directoire Larévellière et Merlin. +Les patriotes surtout étaient furieux contre +Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide, +il n'avait jamais été montagnard, qu'il avait +lutté souvent contre leur parti depuis le 9 thermidor, +et que l'année précédente il avait encouragé +le système des scissions. En conséquence, ils menacèrent +de le mettre en accusation, lui et Merlin, +s'ils ne donnaient pas tous deux leur démission. +Sièyes fut chargé de faire une première ouverture, +pour les engager à céder volontairement à l'orage.</p> + +<p>Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, +Sièyes proposa une réunion particulière des quatre +directeurs chez Merlin. On s'y rendit. Barras, comme +si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre +au côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la +parole avec embarras, fit une longue digression +sur les fautes du gouvernement, et balbutia longtemps +avant d'en venir au véritable objet de la +réunion. Enfin Larévellière le somma de s'expliquer +clairement. «Vos amis, répondit Sièyes, et +ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner +votre démission.» Larévellière demanda quels +étaient ces amis. Sièyes n'en put nommer aucun qui +méritât quelque confiance. Larévellière lui parla +alors avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire +trahi par ses membres, et livré par eux aux +complots des factieux. Il prouva que jusqu'ici sa +conduite et celle de ses collègues avaient été irréprochables, +que les torts qu'on leur imputait n'étaient +qu'un tissu de calomnies, puis il attaqua directement +Sièyes sur ses projets secrets, et le jeta +dans le plus grand embarras par ses véhémentes +apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda +le plus morne silence. Sa position était difficile, +car seul il avait mérité tous les reproches dont on +accablait ses collègues. Leur demander leur démission +pour des torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient +qu'à lui seul, eût été trop embarrassant. Il +se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu. +Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré +qu'il suivrait l'exemple de Larévellière.</p> + +<p>Barras imagina d'employer un intermédiaire pour +obtenir la démission de ses deux collègues. Il se +servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le goût +des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea +d'aller voir Larévellière pour le décider à se démettre. +Bergoeng vint dans la nuit du 20 au 30, +invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié +qui les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler. +Il lui assura que Barras l'aimait, l'honorait, +et regardait son éloignement comme injuste, mais +qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé +à une tempête. Larévellière demeura inébranlable. +Il répondit que Barras était dupe de Sièyes, Sièyes +de Barras, et que tous deux seraient dupés par les +Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république, +mais qu'il résisterait jusqu'à son dernier soupir.</p> + +<p>Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les +quatre directeurs étaient réunis; tous les ministres +étaient présens. A peine l'installation fut-elle achevée, +et les discours du président et du nouveau directeur +prononcés, qu'on revint à l'objet de la +veille. Barras demanda à parler en particulier à Larévellière; +ils passèrent tous deux dans une salle +voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les +mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva +aussi obstiné. Il rentra, assez embarrassé de n'avoir +rien obtenu, et craignant toujours la discussion +des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas +être à son avantage. Alors il prit la parole avec +violence, et n'osant pas attaquer Larévellière, il se +déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit de lui la +peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta +comme une espèce de fier-à-bras, méditant, +avec une réunion de coupe-jarrets, un coup +d'état contre ses collègues et les conseils. Larévellière, +venant au secours de Merlin, prit aussitôt la +parole, et démontra l'absurdité de pareilles imputations. +Rien dans le jurisconsulte Merlin, en effet, +ne ressemblait à ce portrait. Larévellière retraça +alors l'historique de toute l'administration du directoire, +et le fit avec détail pour éclairer les ministres +et le directeur entrant. Barras était dans +une perplexité cruelle; il se leva enfin, en disant: +«Eh bien! c'en est fait, les sabres sont tirés.—Misérable, +lui répondit Larévellière avec fermeté, +que parles-tu de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, +et ils sont dirigés contre des hommes irréprochables, +que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner +à une faiblesse.»</p> + +<p>Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais +ne put y réussir. Dans ce moment, plusieurs membres +des cinq-cents et des anciens s'étant réunis, +vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant +qu'il ne serait point dirigé contre eux +d'acte d'accusation. Larévellière leur répondit avec +fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait +l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui +s'étaient chargés de cette mission retournèrent +aux deux conseils, et y causèrent un nouveau soulèvement +en rapportant ce qui s'était passé. Boulay +(de la Meurthe) dénonça Larévellière, avoua sa probité, +mais lui prêta mal à propos des projets de +religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement, +qui allait, dit-il, perdre la république. Les +patriotes se déchaînèrent avec plus de violence que +jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il ne +fallait faire aucune grâce aux directeurs.</p> + +<p>L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant +engagée, on ne savait plus jusqu'où elle pourrait +être poussée. Beaucoup d'hommes modérés +des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour +éviter des malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière +de céder à l'orage. Ils se rendirent auprès +de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom +des dangers que courait la république, de donner +sa démission. Ils lui dirent qu'ils étaient exposés +tous aux plus grands périls, et que s'il s'obstinait +à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait +aller la fureur des partis. «Mais ne voyez-vous +pas, leur répondit Larévellière, les dangers plus +grands que court la république? Ne voyez-vous +pas que ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la +constitution; qu'en cédant aujourd'hui, il faudra +céder demain, et toujours, et que la république +sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, +ajouta-t-il, me sont à charge; si je m'obstine à les +garder aujourd'hui, c'est parce que je crois devoir +opposer une barrière insurmontable aux complots +des factions. Cependant, si vous croyez tous que +ma résistance vous expose à des périls, je vais me +rendre; mais je vous le déclare, la république est +perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je +cède donc, puisque je reste seul, et je vous remets +ma démission.»</p> + +<p>Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre +simple et digne pour exprimer ses motifs. Merlin +lui demanda à la copier, et les deux démissions +furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous +l'ancien directoire. Toutes les factions qu'il avait +essayé de réduire s'étaient réunies pour l'abattre, +et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il +n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être +plus faible qu'elles; tort immense, il est vrai, et +qui justifie la chute d'un gouvernement.</p> + +<p>Malgré le déchaînement général, Larévellière +emporta l'estime de tous les citoyens éclairés. Il +ne voulut pas, en quittant le directoire, recevoir +les cent mille francs que ses collègues étaient convenus +de donner au membre sortant; il ne reçut +pas même la part à laquelle il avait droit sur les +retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta +pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur +sortant. Il se retira à Andilly, dans une +petite maison qu'il possédait, et il y reçut la visite +de tous les hommes considérés que la fureur des +partis n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut +du nombre de ceux qui allèrent le visiter dans sa +retraite.</p> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XVII.</h3> + +<p>FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT +LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.—CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.—LEVÉE +DE TOUTES LES CLASSES DE CONSCRITS.—EMPRUNT FORCÉ DE +CENT MILLIONS.—LOI DES OTAGES.—NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.—REPRISE +DES OPÉRATIONS EN ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE +DE NOVI, ET MORT DE JOUBERT.—DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES +EN HOLLANDE.—NOUVEAUX TROUBLES A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT +DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE JOURNALISTES; RENVOI +DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN DANGER.</p> + + +<p>Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup +pour les épuiser. Les passions ne s'éteignent +qu'avec les coeurs dans lesquels elles s'allumèrent. +Il faut que tout une génération disparaisse; alors +il ne reste des prétentions des partis que les intérêts +légitimes, et le temps peut opérer entre ces +intérêts une conciliation naturelle et raisonnable. +Mais avant ce terme, les partis sont indomptables +par la seule puissance de la raison. Le gouvernement +qui veut leur parler le langage de la justice +et des lois leur devient bientôt insupportable, et +plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme +faible et impuissant. Veut-il, quand il trouve des +coeurs sourds à ses avis, employer la force, on le +déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint +la méchanceté. En attendant les effets du temps, il +n'y a qu'un grand despotisme qui puisse dompter +les partis irrités. Le directoire était ce gouvernement +légal et modéré qui voulut faire subir le joug +des lois aux partis que la révolution avait produits, +et que cinq ans de lutte et de réaction n'avaient +pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme +on vient de le voir, au 30 prairial, pour amener +sa chute. L'ennemi commun renversé, ils se trouvaient +en présence les uns des autres sans aucune +main pour les contenir. On va voir comment ils +se comportèrent.</p> + +<p>La constitution, quoique n'étant plus qu'un +fantôme, n'était pas abolie, et il fallait remplacer +par une ombre le directoire déjà renversé. Gohier +avait remplacé Treilhard; il fallait donner des +successeurs à Larévellière et à Merlin. On choisit +Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos était un ancien +girondin, homme honnête, peu capable et +tout-à-fait dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par +l'influence de Sièyes sur les anciens. Moulins était +un général obscur, employé autrefois dans la Vendée, +républicain chaud et intègre, nommé comme +Gohier par l'influence du parti patriote. On avait +proposé d'autres notabilités ou civiles ou militaires, +pour composer le directoire; mais elles +avaient été rejetées. Il était clair, d'après de pareils +choix, que les partis n'avaient pas voulu se +donner des maîtres. Ils n'avaient porté au directoire +que ces médiocrités, chargées ordinairement +de tous les <i>interim</i>.</p> + +<p>Le directoire actuel, composé, comme les conseils, +de partis opposés, était encore plus faible +et moins homogène que le précédent. Sièyes, le +seul homme supérieur parmi les cinq directeurs, +rêvait, comme on l'a vu, une nouvelle organisation +politique. Il était le chef du parti qui se qualifiait +de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les +membres cependant souhaitaient une constitution +nouvelle. Il n'avait de collègue dévoué que Roger-Ducos. +Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes, +incapables de concevoir autre chose que +ce qui existait, voulaient la constitution actuelle, +mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans le +sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement +a les départager, qui pouvait compter +sur lui? Ce chaos de vices, de passions, d'intérêts, +d'idées contraires, que présentait la république +mourante, il en était à lui seul l'emblème vivant. +La majorité, dépendant de sa voix, était donc +commise au hasard.</p> + +<p>Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues +qu'ils prenaient la direction d'un gouvernement +menacé d'une chute prochaine, mais qu'il +fallait sauver la république si on ne pouvait sauver +la constitution. Ce langage déplut fort à Gohier +et à Moulins, et fut mal accueilli par eux. Aussi +dès le premier jour les sentimens parurent peu +d'accord. Sièyes tint le même langage à Joubert, +le général qu'on voulait engager dans le parti réorganisateur. +Mais Joubert, vieux soldat de l'armée +d'Italie, en avait les sentimens; il était chaud patriote, +et les vues de Sièyes lui parurent suspectes. +Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins, +et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste, +c'étaient là des questions qui ne pouvaient arriver +qu'ultérieurement en discussion. Le plus pressant +était d'administrer et de défendre la république menacée. +La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue +partout, jetait tous les esprits dans l'alarme. +Il fallait de grandes mesures de salut public.</p> + +<p>Le premier soin d'un gouvernement est de faire +tout le contraire de celui qui l'a précédé, ne serait-ce +que pour obéir aux passions qui l'ont fait triompher. +Championnet, ce héros de Naples si vanté, +Joubert, Bernadotte, devaient sortir des fers ou +de la disgrâce, pour occuper les premiers emplois. +Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et +nommé général d'une nouvelle armée qu'on se +proposait de former le long des Grandes-Alpes. +Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre. +Joubert fut appelé à commander l'armée d'Italie. +Ses triomphes dans le Tyrol, sa jeunesse, son caractère +héroïque, inspiraient les plus grandes espérances. +Les réorganisateurs lui souhaitaient assez +de succès et de gloire pour qu'il pût appuyer leurs +projets. Le choix de Joubert était fort bon sans +doute, mais c'était une nouvelle injustice pour +Moreau, qui avait si généreusement accepté le +commandement d'une armée battue, et qui l'avait +sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu +agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient +dans ce moment. On lui donna le commandement +d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas +encore.</p> + +<p>Il y eut en outre divers changemens dans le ministère. +Le ministre des finances, Ramel, qui avait +rendu de si grands services depuis l'installation du +directoire, et qui avait administré pendant cette +transition si difficile du papier-monnaie au numéraire, +Ramel avait partagé l'odieux jeté sur l'ancien +directoire. Il fut si violemment attaqué, que, malgré +l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux +directeurs furent obligés d'accepter sa démission. +On lui donna pour successeur un homme qui était +cher aux patriotes, et respectable pour tous les +partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre +du comité de salut public, si indécemment attaqué +pendant la réaction. Il se défendit long-temps +contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience +qu'il avait faite de l'injustice des partis, +devait peu l'engager à rentrer dans les affaires. +Cependant il y consentit par dévouement à la république.</p> + +<p>La diplomatie du directoire n'avait pas été +moins blâmée que son administration financière. +On l'accusait d'avoir remis la république en guerre +avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on +considère surtout quels étaient les accusateurs. +Les accusateurs, en effet, étaient les patriotes eux-mêmes, +dont les passions avaient engagé de nouveau +la guerre. On reprochait surtout au directoire +l'expédition d'Égypte, naguère si vantée, et +on prétendait que cette expédition avait amené la +rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand, +déjà peu agréable aux patriotes, comme +ancien émigré, avait encouru toute la responsabilité +de cette diplomatie, et il était si vivement attaqué +qu'il fallut en agir avec lui comme avec +Ramel, et accepter sa démission. On lui donna +pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous +les apparences de la bonhomie allemande, cachait +un esprit remarquable, et que M. de Talleyrand +avait recommandé comme l'homme le plus capable +de lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que +ce choix n'avait été que provisoire, et que M. Reinhard +n'était là qu'en attendant le moment où +M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère +de la justice fut retiré à Lambrechts, à +cause de l'état de sa santé, et donné à Cambacérès. +On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat, +patriote sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin, +si souple, si insinuant, que Barras avait +intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu +ensuite de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué +à cause de sa conduite en Italie, passait aussi pour +une victime de l'ancien directoire. Il devait donc +prendre part au triomphe décerné à toutes les +victimes; il fut envoyé à La Haye.</p> + +<p>Tels furent les principaux changemens apportés +au personnel du gouvernement et des armées. Ce +n'était pas tout que de changer les hommes, il fallait +leur fournir de nouveaux moyens de remplir +la tâche sous laquelle leurs prédécesseurs avaient +succombé. Les patriotes, revenant, suivant leur +usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient +qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes. +Ils proposaient les mesures urgentes de 1793. Après +avoir tout refusé au précédent directoire, on voulait +tout donner au nouveau; on voulait mettre +dans ses mains des moyens extraordinaires, et +l'obliger même d'en user. La commission des onze, +formée des trois commissions des dépenses, des +fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise +de prairial, d'aviser aux moyens de sauver la république, +conféra avec les membres du directoire, +et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient +de la disposition du moment. Au lieu de +deux cent mille hommes, à prendre sur les cinq +classes de conscrits, le directoire put appeler toutes +les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien +directoire, et repoussés avec tant d'acharnement +par les deux oppositions, on imagina encore un +emprunt forcé. Conformément au système des +patriotes, il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu +de faire contribuer chacun suivant la valeur de ses +impôts directs, ce qui procurait tout de suite les +rôles de la contribution foncière et personnelle +pour base de répartition, on obligea chacun de +contribuer suivant sa fortune. Alors il fallait recourir +au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les +riches par le moyen d'une commission. Le parti +moyen combattit ce projet et dit qu'il était renouvelé +de la terreur, que la difficulté de la répartition +rendait encore cette mesure inefficace et nulle, +comme les anciens emprunts forcés. Les patriotes +répondirent qu'il fallait faire supporter les frais de +la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux +riches seuls. Les mêmes passions employaient toujours, +comme en le voit, les mêmes raisons. L'emprunt +forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à +cent millions, et déclaré remboursable en biens +nationaux.</p> + +<p>Outre ces mesures de recrutement et de finances, +on dut en prendre une de police contre le renouvellement +de la chouannerie, dans le midi et les +départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne +guerre civile. Il se commettait là de nouveaux brigandages; +on assassinait les acquéreurs de biens +nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires +publics: on arrêtait surtout les diligences, +et on les pillait. Il y avait parmi les auteurs +de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens +et chouans, beaucoup de membres des fameuses +compagnies du Soleil, et aussi beaucoup de conscrits +réfractaires. Quoique ces brigands, dont la +présence annonçait une espèce de dissolution sociale, +eussent pour but réel le pillage, il était évident, +d'après le choix de leurs victimes, qu'ils avaient +une origine politique. Une commission fut nommée +pour imaginer un système de répression. Elle +proposa une loi, qui fut appelée loi des otages, et +qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on +attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant +nobles, la plupart de ces brigandages, on voulut +en conséquence les obliger à donner des otages. +Toutes les fois qu'une commune était reconnue en +état notoire de désordre, les parens ou alliés d'émigrés, +les ci-devant nobles, les ascendans des individus +connus pour faire partie des rassemblemens, +étaient considérés comme otages et comme +civilement et personnellement responsables des +brigandages commis. Les administrations centrales +devaient désigner les individus choisis pour otages, +et les faire enfermer dans des maisons choisies pour +cet objet. Ils devaient y vivre à leurs frais et à leur +gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée +du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à +l'assassinat, il devait y avoir quatre déportés pour +un assassinat. On conçoit tout ce qu'on pouvait +dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses +partisans, le seul moyen d'atteindre les auteurs, +des désordres, et ce moyen était doux et humain. +C'était, répondaient ses adversaires, une loi des +suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance +d'atteindre les vrais coupables, frappait +en masse, et commettait toutes les injustices ordinaires +aux lois de cette nature. En un mot, on dit +pour et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent +dans cette histoire sur les lois révolutionnaires. +Mais il y avait une objection plus forte que toutes les +autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne +provenant que d'une véritable dissolution sociale, +le seul remède était dans une réorganisation vigoureuse +de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait +discréditées, et qui n'étaient capables de rendre +aucune énergie aux ressorts du gouvernement.</p> + +<p>La loi fut adoptée après une discussion assez vive, +où les partis qui avaient été un moment d'accord +pour renverser l'ancien directoire se séparèrent +avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient +pour but d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires, +on en ajouta qui, sous d'autres +rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires +étaient la conséquence des reproches faits +à l'ancien directoire. Pour prévenir les scissions à +l'avenir, on décida que le voeu de toute fraction +électorale serait nul; que tout agent du gouvernement +cherchant à influencer les élections serait +puni pour attentat à la souveraineté du peuple; +que le directoire ne pourrait plus faire entrer des +troupes dans le rayon constitutionnel sans une +autorisation expresse; qu'aucun militaire ne pourrait +être privé de son grade sans une décision d'un +conseil de guerre; que le droit accordé au directoire +de lancer des mandats d'arrêt ne pourrait plus +être délégué à des agens; qu'aucun employé du +gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne +pourrait être ni fournisseur, ni même intéressé +dans les marchés de fournitures; qu'un club ne +pourrait être fermé sans une décision des administrations +municipale et centrale. On ne put pas +s'entendre sur une loi de la presse; mais l'article de +la loi du 19 fructidor, qui donnait au directoire +la faculté de suppression à l'égard des journaux, +n'en demeura pas moins aboli; et en attendant un +nouveau projet, la presse resta indéfiniment libre.</p> + +<p>Telles furent les mesures prises à la suite du 30 +prairial, soit pour réparer de prétendus abus, soit +pour rendre au gouvernement l'énergie dont il +manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens +de crise, à la suite d'un changement de +système, sont imaginées pour sauver un état, et +arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout +est souvent décidé avant qu'elles puissent être +mises à exécution. Elles fournissent tout au plus +des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent +millions, les nouvelles levées, ne pouvaient être +exécutés que dans quelques mois. Cependant l'effet +d'une crise est de donner une secousse à tous les +ressorts et de leur rendre une certaine énergie. +Bernadotte se hâta d'écrire des circulaires pressantes, +et par vint de cette manière à accélérer l'organisation +déjà commencée des bataillons de conscrits. +Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent +millions n'ouvrait aucune ressource actuelle, assembla +les principaux banquiers et commerçans +de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à +l'état. Ils y consentirent, et prêtèrent leur signature +au ministère des finances. Ils se formèrent en +syndicat, et en attendant la rentrée des impôts, +signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés +au fur et à mesure dès recettes. C'était +une espèce de banque temporaire établie pour le +besoin du moment.</p> + +<p>On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; +on demanda un projet à Bernadotte, qui +se hâta d'en présenter un fort singulier, mais qui +heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était +plus susceptible de combinaisons multipliées +qu'un champ de bataille aussi vaste que celui sur +lequel on opérait. Chacun en y regardant devait +avoir une idée différente; et si chacun pouvait la +proposer et la faire adopter, il n'y avait pas de +raison pour ne pas changer à chaque instant de +projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis +est utile, elle est déplorable dans l'exécution. Au +début, on avait pensé qu'il fallait agir à la fois sur +le Danube et en Suisse., Après la bataille de Stokach, +on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on +supprima l'armée du Danube. En ce moment, +Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la +cause des succès des alliés était dans la facilité avec +laquelle ils pouvaient communiquer, à travers les +Alpes, d'Allemagne en Italie. Pour leur interdire +ces moyens de communication, il voulait qu'on +leur enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile +droite de l'armée de Suisse, et qu'on formât une +nouvelle armée du Danube, qui reportât la guerre +en Allemagne. Pour former cette armée du Danube, +il proposait d'organiser promptement l'armée +du Rhin, et de la renforcer de vingt mille hommes +enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci, +qui avait devant lui toutes les forces de l'archiduc, +et qui pouvait être accablé pendant ce revirement. +Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la guerre +sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna +les moyens de prendre l'offensive, pour que +son armée devînt elle-même cette armée du Danube. +Alors il fallait tout réunir dans ses mains, +loin de l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une +armée devait être formée sur les Grandes-Alpes, +pour couvrir la frontière contre les Austro-Russes +du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris +de toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes +disponibles à l'intérieur, devait déboucher de +l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive force.</p> + +<p>Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé +aux généraux. Masséna, fatigué de tous ces projets +extravagans, offrit sa démission. On ne l'accepta +pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna +conserva le commandement de toutes les +troupes, depuis Bâle jusqu'au Saint-Gothard. On +persista dans le projet de réunir une armée sur le +Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau +d'armée sur les Alpes, sous les ordres de Championnet. +Ce noyau était à peu près de quinze mille +hommes. On envoya tous les renforts disponibles +à Joubert, qui devait déboucher de l'Apennin. On +était au milieu de la saison, en messidor (juillet); +les renforts commençaient à arriver. Un certain +nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, +étaient rendus sur la frontière. Les conscrits +s'organisaient et allaient remplacer les vieilles +troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres +manquaient pour la grande quantité de conscrits, +on avait imaginé d'augmenter le nombre des +bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce +qui permettait d'incorporer les nouvelles levées +dans les anciens corps.</p> + +<p>On savait qu'un renfort de trente mille Russes +arrivait en Allemagne, sous les ordres du général +Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de ses +positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour +tâcher de le battre avant sa jonction avec les Russes. +Le gouvernement avait parfaitement raison sous ce +rapport, car il était urgent de faire une tentative +avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante. +Cependant Masséna refusait de prendre +l'offensive, soit qu'il manquât ici de son audace +accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des opérations +offensives en Italie. Les militaires ont tous +condamné son inaction, qui, du reste, devint +bientôt heureuse par les fautes de l'ennemi, et qui +fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir +cependant aux instances du gouvernement, et exécuter +une partie du plan de Bernadotte, qui consistait +à empêcher les Austro-Russes de communiquer +d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à +Lecourbe de prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, +de s'emparer de ce point important et +de reprendre les Grisons. Par cette opération, les +Grandes-Alpes rentraient sous la domination des +Français, et les armées ennemies qui opéraient en +Allemagne, se trouvaient sans communication avec +celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta +cette entreprise avec l'intrépidité et la hardiesse +qui le signalaient dans la guerre de montagnes, +et redevint maître du Saint-Gothard.</p> + +<p>Pendant ce temps, de nouveaux événemens se +préparaient en Italie. Suwarow, obligé par la cour +de Vienne d'achever le siège de toutes les places, +avant de pousser ses avantages, n'avait nullement +profité de la victoire de la Trebbia. Il aurait même +pu, tout en se conformant à ses instructions, se +réserver une masse suffisante pour disperser entièrement +nos débris; mais il n'avait pas assez le +génie des combinaisons militaires pour agir de la +sorte. Il consumait donc le temps à faire des +sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de +Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait +eu le même sort. Les deux places célèbres de Mantoue +et d'Alexandrie tenaient encore, et faisaient +prévoir une longue résistance. Kray assiégeait +Mantoue, et Bellegarde Alexandrie. Malheureusement +toutes nos places avaient été confiées à des +commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction. +L'artillerie y était mal servie, parce qu'on +n'y avait jeté que des corps délabrés; l'éloignement +de nos armées actives, repliées sur l'Apennin, +désespérait singulièrement les courages. Mantoue, +la principale de ces places, ne méritait pas +la réputation que les campagnes de Bonaparte lui +avaient value. Ce n'était pas sa force, mais la combinaison +des événemens, qui avait prolongé sa +défense. Bonaparte, en effet, avec une dizaine de +mille hommes, en avait réduit quatorze mille à y +mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac +en était le commandant actuel. C'était +un savant officier du génie; mais il n'avait pas l'énergie +nécessaire pour ce genre de défense. Découragé +par l'irrégularité de la place et le mauvais +état des fortifications, il ne crut pas pouvoir suppléer +aux murailles par de l'audace. D'ailleurs sa +garnison était insuffisante; et après les premiers +assauts, il parut disposé à se rendre. Le général +Gardanne commandait à Alexandrie. Il était résolu, +mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement +un premier assaut; mais il ne sut pas voir +dans la place les ressources qu'elle présentait +encore.</p> + +<p>On était en thermidor (milieu de juillet); plus +d'un mois s'était écoulé depuis la résolution du +30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau +sentait l'importance de prendre l'offensive +avant la chute des places, et de déboucher, avec +l'armée réorganisée et renforcée, sur les Austro-Russes +dispersés. Malheureusement il était enchaîné +par les ordres du gouvernement qui lui +avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, dans cette +malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres +intempestifs qui amena toujours nos revers. Le +changement d'idées et de plans dans les choses +d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours +funeste. Si Moreau, auquel on aurait dû donner le +commandement dès l'origine, l'avait eu du moins +depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans +partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à +Macdonald, tantôt à Joubert, on l'empêcha pour +la seconde et troisième fois de réparer nos malheurs, +et de relever l'honneur de nos armes.</p> + +<p>Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et +des caresses, attacher au parti qui projetait une +réorganisation, perdit un mois entier, celui de +messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et +manqua ainsi une occasion décisive. On ne l'attacha +pas réellement au parti dont on voulait le faire +l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on +lui fit perdre inutilement un temps précieux. Il +partit en disant à sa jeune épouse: <i>Tu me reverras +mort ou victorieux.</i> Il emporta, en effet, la résolution +héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble +jeune homme, en arrivant à l'armée dans le milieu +de thermidor (premiers jours d'août), témoigna la +plus grande déférence au maître consommé auquel +on l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès +de lui pour lui donner des conseils. Moreau, tout +aussi généreux que le jeune général, voulut bien +assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils: +noble et touchante confraternité, qui honore +les vertus de nos généraux républicains, et qui +appartient à un temps où le zèle patriotique l'emportait +encore sur l'ambition dans le coeur de nos +guerriers!</p> + +<p>L'armée française, composée des débris des armées +de la Haute-Italie et de Naples, des renforts +arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante mille +hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de +se mesurer de nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait +le patriotisme de ces soldats, qui, toujours +battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient +toujours de retourner à l'ennemi. Aucune +armée républicaine n'a mieux mérité de la France, +car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste +fait aux Français, de ne pas savoir supporter +les revers. Il est vrai qu'une partie de sa fermeté +était due au brave et modeste général dans lequel +elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait +toujours au moment où il allait la ramener +à la victoire.</p> + +<p>Ces quarante mille hommes étaient indépendans +de quinze mille qui devaient servir, sous Championnet, +à former le noyau de l'armée des Grandes-Alpes. +Ils avaient débouché par la Bormida sur +Acqui, par la Bochetta sur Gavi, et ils étaient +venus se ranger en avant de Novi. Ces quarante +mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion +des corps occupés à faire des siéges, pouvaient +remporter des avantages décisifs. Mais +Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor +(22 juillet). Le bruit était vaguement répandu +que Mantoue venait aussi de les ouvrir. Cette triste +nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que +la capitulation avait été signée le 12 thermidor +(30 juillet). Kray venait de rejoindre Suwarow +avec vingt mille hommes; la masse agissante des +Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante +et quelques mille. Il n'était donc plus possible à +Joubert de lutter à chance égale contre un ennemi +si supérieur. Il assembla un conseil de guerre; +l'avis général fut de rentrer dans l'Apennin, et de +se borner à la défensive, en attendant de nouvelles +forces.</p> + +<p>Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il +fut prévenu par Suwarow, et obligé d'accepter la +bataille. L'armée française était formée en demi-cercle, +sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant +toute la plaine de Novi. La gauche formée +des divisions Grouchy et Lemoine, s'étendait circulairement +en avant de Pasturana. Elle avait à dos +le ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières +accessibles à l'ennemi qui oserait s'engager dans +ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée par +Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre, +la division Laboissière couvrait les hauteurs à droite +et à gauche de la ville de Novi. La division Watrin, +à l'aile droite, défendait les accès du Monte-Rotondo, +du côté de la route de Tortone. Dombrowsky +avec une division bloquait Seravalle. Le +général Pérignon commandait notre aile gauche, +Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position +était forte, bien occupée sur tous les points, et +difficile à emporter. Cependant quarante mille +hommes contre plus de soixante mille avaient un +désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer +la position avec sa violence accoutumée. Il porta +Kray vers notre gauche avec les divisions Ott et +Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en +tête l'avant-garde de Bagration, devait attaquer +notre centre vers Novi. Mélas, demeuré un peu +en arrière avec le reste de l'armée, devait assaillir +notre droite. Par une combinaison singulière, ou +plutôt par un défaut de combinaison, les attaques +devaient être successives, et non simultanées.</p> + +<p>Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença +l'attaque à cinq heures du matin. Bellegarde +attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche, +et Ott la division Lemoine. Ces deux divisions +n'étant pas encore formées, faillirent être surprises +et rompues. La résistance opiniâtre de l'une des +demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère, +qu'il accabla en réunissant contre elle son +principal effort. Déjà ses troupes prenaient pied +sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop +sur le lieu du danger. Il n'était plus temps de +songer à la retraite, et il fallait tout oser pour rejeter +l'ennemi au bas du plateau. S'avançant au +milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut +une balle qui l'atteignit près du coeur, et l'étendit +par terre. Presque expirant, le jeune héros criait +encore à ses soldats: <i>En avant, mes amis! en +avant!</i> Cet événement pouvait jeter le désordre +dans l'armée; mais heureusement Moreau avait +accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ +le commandement qui lui était déféré par +la confiance générale, rallia les soldats, bouillans +de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens. +Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette, +et les précipitèrent au bas de la colline. +Malheureusement les Français n'avaient pas encore +leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, +au contraire, sillonnaient leurs rangs par une +grêle d'obus et de boulets. Pendant cette action, +Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par +le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme +donnant accès sur nos derrières. Déjà il s'était introduit +assez avant, lorsque Pérignon, lui présentant +à propos la réserve commandée par le général +Clausel, l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva +de le culbuter dans la plaine, en le faisant charger +par les grenadiers de Partouneaux et par la cavalerie +de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa +l'aile gauche.</p> + +<p>Grâce à la singulière combinaison de Suwarow, +qui voulait rendre ses attaques successives, notre +centre n'avait pas encore été attaqué. Saint-Cyr +avait eu le temps de faire ses dispositions, et de +rapprocher de Novi la division Watrin, formant son +extrême droite. Sur les instances de Kray, qui demandait +à être appuyé par une attaque vers le +centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir +avec son avant-garde. La division Laboissière, qui +était à la gauche de Novi, laissant approcher les +Russes de Bagration à demi-portée de fusil, les accabla +tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie +et de mitraille, et couvrit la plaine de +morts. Bagration, sans s'ébranler, dirigea alors +quelques bataillons pour tourner Novi par notre +droite; mais, rencontrés par la division Watrin, +qui se rapprochait de Novi, ils furent rejetés dans +la plaine.</p> + +<p>On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que +notre ligne fût entamée. Suwarow venait d'arriver +avec le corps russe de Derfelden. Il ordonna une +nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray +devait assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et +Bagration le centre. Mélas était averti de hâter le +pas, pour venir accabler notre droite. Tout étant +disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray, +s'acharnant sur notre gauche, essaie encore de la +faire assaillir de front par Ott; mais la réserve +Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la +division Lemoine culbute Ott sur les pentes des +collines. Au centre, Suwarow fait livrer une attaque +furieuse à droite et à gauche de Novi. Une nouvelle +tentative de tourner la ville est déjouée, comme +le matin, par la division Watrin. Malheureusement +nos soldats, entraînés par leur ardeur, s'abandonnent +trop vivement à la poursuite de l'ennemi, s'aventurent +dans la plaine, et sont ramenés dans leur +position. A une heure le feu se ralentit de nouveau +par l'effet de la fatigue générale; mais il recommence +bientôt avec violence, et pendant quatre +heures les Français, immobiles comme des murailles, +résistent avec une admirable froideur à +toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore +que des pertes peu considérables. Les Austro-Russes, +au contraire, avaient été horriblement traités. +La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs +blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe +arrivait de Rivalta, sous les ordres de Mélas. +Cette nouvelle irruption allait se diriger sur +notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la +division Watrin, qui s'était trop engagée dans la +plaine, et la dirige sur un plateau à droite de Novi. +Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle se +voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux +de Mélas. Cette vue la saisit, elle se rompt, +et gagne le plateau en désordre. On la rallie cependant +un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow, +redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette +enfin les Français dans la ville, et s'empare des +hauteurs qui la commandent à droite et à gauche. +Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire, +l'ordonne avant que de nouveaux progrès de +l'ennemi interdisent les communications sur Gavi. +A droite, la division Watrin est obligée de se faire +jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé. +La division Laboissière se retire de Novi; les divisions +Lemoine et Grouchy se replient sur Pasturana, +en essuyant les charges furieuses de Kray. +Malheureusement un bataillon s'introduit dans le +ravin du Riasco, qui passe derrière Pasturana. Son +feu jette le désordre dans nos colonnes; artillerie, +cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, +pressée par l'ennemi, se débande et se jette dans le +ravin. Nos soldats sont emportés comme la poussière +soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy +rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et +sauver l'artillerie; mais ils sont sabrés, et restent +prisonniers. Pérignon avait reçu sept coups de +sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais +qui s'était si distingué dans les premières +campagnes contre nous, et qui avait ensuite pris du +service dans notre armée, se forme en carré avec +quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit +enfoncé, et tombe tout mutilé dans les mains des +Russes.</p> + +<p>Après ce premier moment de confusion, l'armée +se rallia en avant de Gavi. Les Austro-Russes étaient +trop fatigués pour la poursuivre. Elle put se remettre +en marche sans être inquiétée. La perte des +deux côtés était égale; elle s'élevait à environ dix +mille hommes pour chaque armée. Mais les blessés +et les tués étaient beaucoup plus nombreux dans +l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu +beaucoup plus de prisonniers. Ils avaient perdu +aussi le général en chef, quatre généraux de division, +trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux. +Jamais ils n'avaient déployé un courage plus froid +et plus opiniâtre. Ils étaient inférieurs à l'ennemi +du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur +bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage +qu'au nombre, et non aux combinaisons du général, +qui avait montré ici la plus grande ignorance. +Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées +l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé +sur notre gauche, point qu'il fallait accabler. Cette +déplorable bataille nous interdisait définitivement +l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la campagne. +Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, +heureux de pouvoir le conserver. La perte de la +bataille ne pouvait être imputée à Moreau, mais à +la circonstance malheureuse de la réunion de Kray +à Suwarow. Le retard de Joubert avait seul causé +ce dernier désastre.</p> + +<p>Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille +de Novi. L'expédition contre la Hollande, +précédemment annoncée, s'exécutait enfin par le +concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait +stipulé un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir +dix-sept mille Russes, qui seraient à la solde +anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après beaucoup +de difficultés vaincues, l'expédition avait été +préparée pour la fin d'août (commencement de +fructidor). Trente mille Anglais devaient se joindre +aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement +s'effectuait sans obstacle, on avait l'espérance certaine +d'arracher la Hollande aux Français. C'était +pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et n'eût-elle +réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la +Hollande, elle eût encore été assez payée des frais +de l'expédition. Une escadre considérable se dirigea +vers la Baltique, pour aller chercher les Russes. +Un premier détachement mit à la voile sous les +ordres du général Abercrombie, pour tenter le débarquement. +Toutes les troupes d'expédition une +fois réunies devaient se trouver sous les ordres supérieurs +du duc d'York.</p> + +<p>Le point le plus avantageux pour aborder en +Hollande était l'embouchure de la Meuse. On menaçait +ainsi la ligne de retraite des Français, et on +abordait très près de La Haye, où le stathouder +avait le plus de partisans. La commodité des côtes +fit préférer la Nord-Hollande. Abercrombie se dirigea +vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août. +Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près +du Helder, aux environs de Groot-Keeten, le 10 +fructidor (27 août). Les préparatifs immenses qu'avait +exigés l'expédition, et la présence de toutes +les escadres anglaises sur les côtes, avaient assez, +averti les Français pour qu'ils fussent sur leurs +gardes. Brune commandait à la fois les armées batave +et française. Il n'avait guère sous la main que +sept mille Français et dix mille Hollandais, commandés +par Daendels. Il avait dirigé la division batave +aux environs du Helder, et disposé aux environs +de Harlem la division française. Abercrombie, +en débarquant, rencontra les Hollandais à Groot-Keeten, +les repoussa, et parvint ainsi à assurer le +débarquement de ses troupes. Les Hollandais en +cette occasion ne manquèrent pas de bravoure, +mais ne furent pas dirigés avec assez d'habileté par +le général Daendels, et furent obligés de se replier. +Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour +attaquer promptement les troupes débarquées +avant qu'elles fussent solidement établies, et qu'elles +eussent été renforcées des divisions anglaises et +russes qui devaient rejoindre.</p> + +<p>Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. +Les gardes nationales s'étaient offertes à +garder les places, ce qui avait permis à Brune de +mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui +la division Dumonceau, forte de six mille hommes, +et il résolut d'attaquer dès les premiers jours de +septembre le camp où venaient de s'établir les Anglais. +Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien +marais, desséché par l'industrie hollandaise, +formant un vaste terrain coupé de canaux, hérissé +de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept +mille Anglais l'occupaient, et y avaient fait les +meilleures dispositions défensives. Brune pouvait +l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, ce qui +était fort insuffisant à cause de la nature du terrain. +Il aborda ce camp le 22 fructidor (8 septembre), +et, après un combat opiniâtre, fut obligé de battre +en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il +ne pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion +de toutes les forces anglo-russes, et devait attendre +la formation d'une armée française pour les combattre. +Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande +amena l'événement qu'on devait redouter +le plus, la défection de la grande flotte hollandaise. +Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral +anglais Mitchell put y pénétrer avec toutes ses +voiles. Depuis longtemps les matelots hollandais +étaient travaillés par des émissaires du prince +d'Orange; à la première sommation de l'amiral +Mitchell, ils s'insurgèrent, et forcèrent Story, +leur amiral, à se rendre. Toute la marine hollandaise +se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui +était déjà pour eux un avantage du plus grand prix.</p> + +<p>Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris, +y produisirent l'effet qu'on devait naturellement +en attendre. Elles augmentèrent la fermentation +des partis, et surtout le déchaînement des patriotes, +qui demandèrent, avec plus de chaleur +que jamais, l'emploi des grands moyens révolutionnaires. +La liberté rendue aux journaux et aux +clubs en avait fait renaître un grand nombre. Les +restes du parti jacobin s'étaient réunis dans l'ancienne +salle du Manége, où avaient siégé nos premières +assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés +populaires de prendre la forme d'assemblées +délibérantes, la société du Manége ne s'en était +pas moins donné, sous des titres différens, un président, +des secrétaires, etc. On y voyait figurer +l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, Félix Lepelletier, +Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On +y invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et +des victimes de Grenelle. On y demandait, en style +de 93, la punition de toutes les sangsues du peuple, +le désarmement des royalistes, la levée en +masse, l'établissement des manufactures d'armes +dans les places publiques, et la restitution des canons +et des piques aux gardes nationales, etc. On +y demandait surtout la mise en accusation des anciens +directeurs, auxquels on attribuait les derniers +désastres, comme étant les résultats de leur administration. +Quand la nouvelle de la bataille de +Novi et des événemens de Hollande fut connue, la +violence n'eut plus de bornes. Les injures furent +prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de +tâtonneur; Joubert lui-même, malgré sa mort +héroïque, fut accusé d'avoir perdu l'armée par sa +lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de +Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on +attribuait son mariage, furent accablés d'outrages. +Le gouvernement hollandais fut accusé de trahison; +on dit qu'il était composé d'aristocrates, de +stathoudériens, ennemis de la France et de la liberté. +Le <i>Journal des hommes libres</i>, organe du +même parti qui se réunissait à la salle du Manége, +répétait toutes ces déclamations, et ajoutait au +scandale des paroles celui de l'impression.</p> + +<p>Ce déchaînement causait à beaucoup de gens +une espèce de terreur. On craignait une nouvelle +représentation des scènes de 93. Ceux qui s'appelaient +les <i>modérés</i>, les <i>politiques</i>, et qui, à la +suite de Sièyes, avaient l'intention louable et la +prétention hasardée de sauver la France des fureurs +des partis en la constituant une seconde fois, s'indignaient +du déchaînement de ces nouveaux jacobins. +Sièyes surtout avait une grande habitude de +les craindre, et il se prononçait contre eux avec +toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient +paraître redoutables, car, indépendamment +des criards et des brouillons qui étalaient leur énergie +dans les clubs ou dans les journaux, ils comptaient +des partisans plus braves, plus puissans, et +par conséquent dangereux, dans le gouvernement +lui-même. Il y avait dans les conseils tous les patriotes +repoussés une première fois par les scissions, +et entrés de force aux élections de cette +année, qui, en langage plus modéré, répétaient à +peu près ce qui se disait dans la société du Manége. +C'étaient des hommes qui ne voulaient pas +courir la chance d'une nouvelle constitution, qui +se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient la +faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans +les généraux un appui redoutable. Ils voulaient de +plus, pour tirer la France de ses périls, des mesures +semblables à celles qu'avait employées le +comité de salut public. Les anciens, plus mesurés +et plus sages, par leur position, partageaient peu +cet avis, mais plus de deux cents membres le soutenaient +chaudement dans les cinq-cents. Il n'y +avait pas seulement dans le nombre des têtes +chaudes comme Augereau, mais des hommes sages +et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux +donnaient au parti patriote un grand ascendant +sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait +deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis; +d'une part, il se défiait de Sièyes, qui lui témoignait +peu d'estime et le regardait comme +pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et +leurs extravagances. Il hésitait ainsi à se prononcer. +Dans le ministère, les patriotes venaient de trouver +un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup +moins prononcé que la plupart des généraux +de l'armée d'Italie, et on doit se souvenir que sa +division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en +querelle avec la division Augereau au sujet du mot +<i>monsieur</i>, qu'elle substituait déjà à celui de <i>citoyen</i>. +Mais Bernadotte avait une ambition inquiète; il +avait vu avec humeur la confiance accordée à Joubert +par le parti réorganisateur; il croyait qu'on +songeait à Moreau depuis la mort de Joubert, et +cette circonstance l'indisposant contre les projets +de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes. +Le général Marbot, commandant de la +place de Paris, républicain violent, était dans le +mêmes dispositions que Bernadotte.</p> + +<p>Ainsi, deux cents députés prononcés dans les +cinq-cents, à la tête desquels se trouvaient deux +généraux célèbres, le ministre de la guerre, le +commandant de la place de Paris, deux directeurs, +quantité de journaux et de clubs, un reste considérable +d'hommes compromis, et propres aux +coups de main, pouvaient causer quelque effroi; +et bien que le parti montagnard ne pût renaître, +on conçoit les craintes qu'il inspirait encore à des +hommes tout pleins des souvenirs de 1793.</p> + +<p>On était peu satisfait du magistrat Bourguignon +pour l'exercice des fonctions de la police. C'était +un honnête citoyen, mais trop peu avisé. Barras +proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer +à l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux +Fouché. Ancien membre des jacobins, +instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets, +nullement attaché à leur cause, ne cherchant +au milieu du naufrage des partis qu'à sauver +sa fortune, Fouché était éminemment propre à +espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire +de leurs projets. Il fut accepté par Sièyes et +Roger-Ducos, et obtint le ministère de la police. +C'était une précieuse acquisition dans les circonstances. +Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher +plutôt au parti réorganisateur qu'au parti +patriote, parce que ce dernier n'avait point d'avenir, +et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin.</p> + +<p>Cette mesure prise, la guerre aux patriotes +commença. Sièyes, qui avait sur les anciens une +grande influence, parce que ce conseil était tout +composé des <i>modérés</i> et des <i>politiques</i>, usa de +cette influence pour faire fermer la nouvelle société +des jacobins. La salle du Manége, attenant +aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du +palais des anciens. Chaque conseil ayant la police +de son enceinte, les anciens pouvaient fermer la +salle du Manége. En effet, la commission des inspecteurs +prit un arrêté, et défendit toute réunion +dans cette salle. Une simple sentinelle placée à la +porte suffit pour empêcher la réunion des nouveaux +jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations +étaient les mêmes, les forces ne l'étaient +plus. Cet arrêté fut motivé auprès du conseil des +anciens par un rapport du député Cornet. Courtois, +le même qui avait fait le rapport sur le 9 +thermidor, en profita pour faire une nouvelle dénonciation +contre les complots des jacobins. Sa +dénonciation fut suivie d'une délibération tendant +à ordonner un rapport sur ce sujet.</p> + +<p>Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se +retirèrent dans un vaste local, rue du Bac, et recommencèrent +là leurs déclamations habituelles. +Leur organisation en assemblée délibérante demeurant +la même, la constitution donnait au pouvoir +exécutif le droit de dissoudre leur société. Sièyes, +Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché, +se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient +pas de cet avis, disant que, dans le danger +présent, il fallait raviver l'esprit public par des clubs; +que la société des nouveaux jacobins renfermait de +mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables, +puisqu'ils avaient cédé devant une simple sentinelle +quand la salle du Manége avait été fermée. +Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise. +L'exécution en fut renvoyée après la célébration de +l'anniversaire du 10 août, qui devait avoir lieu le +23 thermidor. Sièyes était président du directoire; +à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit +un discours remarquable, dans lequel il s'attachait +à signaler le danger que les nouveaux anarchistes +faisaient courir à la république, et les dénonçait +comme des conspirateurs dangereux, rêvant une +nouvelle dictature révolutionnaire. Les patriotes +présens à la cérémonie accueillirent mal ce discours, +et poussèrent quelques vociférations. Au milieu +des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre +des balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent +au directoire fort irrités. Se défiant des autorités +de Paris, ils résolurent d'enlever le commandement +de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être +un chaud patriote et de participer aux prétendus +complots des jacobins. Fouché proposa à sa place +Lefebvre, brave général, ne connaissant que la consigne +militaire, et tout à fait étranger aux intrigues +des partis. Marbot fut donc destitué, et le surlendemain, +l'arrêté qui ordonnait la clôture de la +société de la rue du Bac fut signifié.</p> + +<p>Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance +à la rue du Bac que dans la salle du Manége. Ils se +retirèrent et demeurèrent définitivement séparés. +Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un +redoutable usage. Celui qui se qualifiait <i>Journal +des Hommes libres</i> déclama avec une extrême violence +contre tous les membres du directoire qui +étaient connus pour avoir approuvé la délibération. +Sièyes fut traité cruellement. Ce prêtre perfide, +disaient les journaux patriotes, a vendu l'a république +à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance +de rétablir en France la monarchie, et de +donner la couronne à Brunswick. Ces accusations +n'avaient d'autre fondement que l'opinion +bien connue de Sièyes sur la constitution, et son +séjour en Prusse. Il répétait, en effet, tous les jours +que les brouillons et les bavards rendaient tout +gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer +l'autorité; que la liberté pouvait être compatible +même avec la monarchie, témoin l'Angleterre; mais +qu'elle était incompatible avec cette domination +successive de tous les partis. On lui prêtait même +cet autre propos, <i>que le nord de l'Europe était +plein de princes sages et modérés, qui pourraient,</i> +<i>avec une forte constitution, faire le bonheur de la +France</i>. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour +qu'on lui prêtât des complots qui n'existaient que +dans l'imagination de ses ennemis. Barras n'était +pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que +les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce +qu'il les avait toujours flattés de son appui, avaient +cessé. Ils le déclaraient maintenant un traître, un +homme pourri, qui n'était plus bon à aucun parti. +Fouché, son conseil, apostat comme lui, était +poursuivi des mêmes reproches. Roger-Ducos +n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant +aveuglément l'avis de deux traîtres.</p> + +<p>La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée +par Berlier n'ayant pas été accueillie, il +n'existait qu'un moyen pour attaquer les écrivains, +c'était de faire revivre une loi de la convention +contre ceux qui, par des actions ou par des écrits, +tendraient au renversement de la république. Il +fallait que cette intention fût démontrée pour que +la loi devînt applicable, et alors la loi portait peine +de mort. Il était donc impossible d'en faire usage. +Une nouvelle loi avait été demandée au corps législatif, +et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. +Mais en attendant, le déchaînement continuait +avec la même violence; et les trois directeurs +composant la majorité déclaraient qu'il était impossible +de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer +à ce cas l'article 144 de la constitution, qui donnait +au directoire le droit de lancer des mandats +d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots +tramés contre la république. Il fallait singulièrement +torturer cet article pour l'appliquer aux +journalistes. Cependant, comme c'était un moyen +d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant +leurs presses et en les arrêtant eux-mêmes, +la majorité directoriale, sur l'avis de Fouché, lança +des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze +journaux, et fit mettre le scellé sur leurs presses. +L'arrêté fut signifié le 17 fructidor (3 septembre) +au corps législatif, et produisit un soulèvement de +la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la +dictature, etc.</p> + +<p>Telle était la situation des choses. Dans le directoire, +dans les conseils, partout enfin, les <i>modérés</i>, +les <i>politiques</i> luttaient contre les patriotes. +Les premiers avaient la majorité dans le directoire +comme dans les conseils. Les patriotes étaient en +minorité, mais ils étaient ardens, et faisaient assez +de bruit pour épouvanter leurs adversaires. Heureusement +les moyens étaient usés comme les partis, +et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup +plus de peur que de mal. Le directoire avait +fermé deux fois la nouvelle société des jacobins et +supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient, +menaçaient, mais n'avaient plus assez d'audace ni +de partisans pour attaquer le gouvernement. Dans +cette situation, qui durait depuis le 30 prairial, +c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée, +si ordinaire à la veille des événemens décisifs, +d'une réconciliation. Beaucoup de députés de tous +les côtés proposèrent une entrevue avec les membres +du directoire pour s'expliquer et s'entendre +sur leurs griefs réciproques. «Nous aimons tous +la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver +des périls auxquels elle se trouve exposée par la +défaite de nos armées; tâchons donc de nous entendre +sur le choix des moyens, puisque ce choix +est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut +lieu chez Barras. Il n'y a pas et il ne peut pas y +avoir de réconciliation entre les partis, car il faudrait +qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne +peut obtenir d'une conversation. Les députés patriotes +se plaignirent de ce qu'on parlait tous les +jours de complots, de ce que le président du directoire +avait lui-même signalé une classe d'hommes +dangereux et qui méditaient la ruine de la république. +Ils demandaient qu'on désignât quels étaient +ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les +patriotes. Sièyes, à qui cette interpellation s'adressait, +répondit en rappelant la conduite des +sociétés populaires et des journaux, et en signalant +les dangers d'une nouvelle anarchie. On lui +demanda encore de désigner les véritables anarchistes, +pour se réunir contre eux et les combattre. +«Et comment nous réunir contre eux, dit Sièyes, +quand tous les jours des membres du corps législatif +montent à la tribune pour les appuyer?—C'est +donc nous que vous attaquez? repartirent les +députés auxquels Sièyes venait de faire cette réponse. +Quand nous voulons nous expliquer avec +vous, vous nous injuriez et nous repoussez.» +L'humeur arrivant, sur-le-champ on se sépara, +en s'adressant des paroles plutôt menaçantes que +conciliatrices.</p> + +<p>Immédiatement après cette entrevue, Jourdan +forma le projet d'une proposition importante, celle +de déclarer la patrie en danger. Cette déclaration +entraînait la levée en masse et plusieurs grandes +mesures révolutionnaires. Elle fut présentée aux +cinq-cents le 27 fructidor (13 septembre). Le parti +modéré la combattit vivement, en disant que cette +mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement, +ne ferait que la diminuer, en excitant des craintes +exagérées et des agitations dangereuses. Les patriotes +soutinrent qu'il fallait donner une grande +commotion pour réveiller l'esprit public et sauver +la révolution. Ce moyen, excellent en 1793, ne +pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était qu'une +application erronée du passé. Lucien Bonaparte, +Boulay (de la Meurthe), Chénier, le combattirent +vivement, et on obtint l'ajournement au lendemain. +Les patriotes des clubs avaient entouré le palais +des cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs +députés. On répandait que Bernadotte, pressé +par eux, allait monter à cheval, se mettre à leur +tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs +des brouillons du parti l'y avaient fortement +engagé. On pouvait craindre qu'il se laissât entraîner. +Barras et Fouché le virent et cherchèrent à +s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de ressentiment +contre les projets qu'il disait avoir été formés +avec Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent +qu'il n'en était rien, et l'engagèrent à demeurer +tranquille.</p> + +<p>Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent +d'arracher à Bernadotte sa démission, sans la lui +donner. Sièyes, s'entretenant le jour même avec +Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre +bientôt un service actif, et qu'il regarderait le commandement +d'une armée comme la plus douce +récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant +cette réponse comme la demande de sa +démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos résolurent +d'écrire à Bernadotte que sa démission était +acceptée. Ils avaient saisi le moment où Gohier et +Moulins étaient absens pour prendre cette détermination. +Le lendemain même, la lettre fut écrite +à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit +au directoire une lettre très-amère, dans laquelle +il disait qu'on acceptait une démission qu'il n'avait +pas donnée, et demandait son traitement de réforme. +La nouvelle de cette destitution déguisée +fut annoncée aux cinq-cents au moment où l'on +allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita +une grande rumeur. «On prépare des coups d'état, +s'écrièrent les patriotes.—Jurons, dit Jourdan, de +mourir sur nos chaises curules!—Ma tête tombera, +s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté +atteinte à la représentation nationale.» Enfin, +après un grand tumulte, on alla aux voix. A une +majorité de deux cent quarante-cinq contre cent +soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut +rejetée, et la patrie ne fut point déclarée en danger.</p> + +<p>Quand les deux directeurs Gohier et Moulins +apprirent le renvoi de Bernadotte, décidé sans leur +participation, ils se plaignirent à leurs collègues, +en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être +prise sans le concours des cinq directeurs. «Nous +formions la majorité, reprit Sièyes, et nous avions +le droit de faire ce que nous avons fait.» Gohier et +Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite +officielle à Bernadotte, et ils eurent soin de le faire +avec le plus grand éclat.</p> + +<p>L'administration du département de la Seine +inspirait aussi quelque défiance à la majorité directoriale, +elle fut changée. Dubois de Crancé remplaça +Bernadotte au ministère de la guerre.</p> + +<p>La désorganisation était donc complète sous +tous les rapports: battue au dehors par la coalition, +presque bouleversée au dedans par les partis, +la république semblait menacée d'une chute prochaine. +Il fallait qu'une force surgît quelque part, +soit pour dompter les factions, soit pour résister +aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus +l'espérer d'un parti vainqueur, car ils étaient tous +également usés et discrédités; elle ne pouvait naître +que du sein des armées, où réside la force, et la +force silencieuse, régulière, glorieuse comme +elle convient à une nation fatiguée de l'agitation +des disputes et de la confusion des volontés. Au +milieu de cette grande dissolution, les regards erraient +sur les hommes illustrés pendant la révolution, +et semblaient chercher un chef. <i>Il ne faut +plus de bavards</i>, avait dit Sièyes, <i>il faut une tête +et une épée</i>. La tête était trouvée, car il était au +directoire. On cherchait une épée. Hoche était +mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté, +son héroïsme, recommandaient à tous les amis de +la république, venait d'expirer à Novi. Moreau, +jugé le plus grand homme de guerre parmi les +généraux restés en Europe, avait laissé dans les +esprits l'impression d'un caractère froid, indécis, +peu entreprenant, et peu jaloux de se charger d'une +grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus +grands généraux, n'avait pas encore acquis la +gloire d'être notre sauveur. On ne voyait d'ailleurs +en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu. +Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte +un esprit inquiet, et aucun des deux n'avait assez +de renommée. Il y avait un personnage immense, +qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires +avait joint une belle paix, qui avait porté la France +au comble de la grandeur à Campo-Formio, et +qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa +fortune, c'était Bonaparte; mais il était dans les +contrées lointaines; il occupait de son nom les +échos de l'Orient. Seul il était resté victorieux, et +faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les +foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe +sur l'Adige. Ce n'était pas assez de le trouver glorieux, +on le voulait intéressant; on le disait exile +par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis +qu'en aventurier il cherchait une carrière grande +comme son imagination, on croyait que, citoyen +soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on lui +avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa +vie déjà épuisée se consume sous un ciel dévorant. +Ah! s'il était parmi nous, la république ne serait +pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et +les factions la respecteraient également!» Des +bruits confus circulaient sur son compte. On disait +quelquefois que la victoire, infidèle à tous les +généraux français, l'avait abandonné à son tour +dans une expédition lointaine. Mais on repoussait +de tels bruits; il est invincible, disait-on; loin d'avoir +essuyé des revers, il marche à la conquête de +tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques. +Les uns allaient jusqu'à dire qu'il avait traversé +la Syrie, franchi l'Euphrate et l'Indus; les +autres qu'il avait marché sur Constantinople, et +qu'après avoir renversé l'empire ottoman, il allait +prendre l'Europe à revers. Les journaux étaient +pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les +imaginations attendaient de ce jeune homme.</p> + +<p>Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir, +et avait réuni dans la Méditerranée une flotte immense, +composée de marins français et espagnols, +pour ramener l'armée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>. Les frères du général, +restés à Paris, et chargés de l'informer de l'état +des choses, lui avaient envoyé dépêches sur dépêches, +pour l'instruire de l'état de confusion où était +tombée la république, et pour le presser de revenir. +Mais ces avis avaient à traverser les mers et +les escadres anglaises, et on ne savait si le +héros serait averti et revenu avant la ruine de la +République.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un arrêté du +directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et daté du 7 prairial, +qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans ses mémoires, +déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature, et regarde l'arrêté +comme supposé. Cependant l'expédition maritime de Bruix resterait +alors sans explication. Du reste, il est certain que le directoire, à cette +époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son ambition beaucoup +moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est pas authentique, il est +vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu d'importance, car Bonaparte était +autorisé à revenir quand il le jugerait convenable.</blockquote> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XVIII.</h3> + +<p>SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE +PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.—EXPÉDITION DE SYRIE; +PRISE DU FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; +SIÉGE DE SAINT-JEAN-D'ACRE.—RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR. +—DÉPART DE BONAPARTE POUR LA FRANCE.—OPÉRATIONS EN EUROPE. +MARCHE DE L'ARCHIDUC CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN +SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA; MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; +SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA RETRAITE DÉSASTREUSE; LA +FRANCE SAUVÉE.—ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE ET CAPITULATION +DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA CAMPAGNE +DE 1799.</p> + + +<p>Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était +trouvé maître de l'Égypte. Il avait commencé +à s'y établir, et avait distribué ses généraux dans +les provinces, pour en faire la conquête. Desaix, +placé à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division +de trois mille hommes environ, était chargé +de conquérir cette province contre les restes de +Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de +l'année précédente (octobre 1798), au moment où +l'inondation finissait, que Desaix avait commencé +son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui +et ne l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait +livré, le 16 vendémiaire an VII (7 octobre 1798), +une bataille acharnée contre les restes désespérés +de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français +en Égypte ne fut aussi sanglant. Deux mille Français +eurent à lutter contre quatre mille Mameluks +et huit mille fellahs, retranchés dans le village de +Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, +et comme toutes celles qui furent livrées +en Égypte. Les fellahs étaient derrière les murs du +village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était +formé en deux carrés, et avait placé sur ses ailes +deux autres petits carrés, pour amortir le choc de +la cavalerie ennemie. Pour la première fois, notre +infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé. +Mais, par un instinct subit et admirable, nos +braves soldats se couchèrent aussitôt par terre, +afin que les grands carrés pussent faire feu sans +les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs +corps, chargèrent les grands carrés avec furie pendant +plusieurs heures de suite, et vinrent expirer +en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage, +les carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les +retranchemens, et les emportèrent. Pendant ce +mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de +cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières, +mais on les chassa bientôt de ce champ de carnage, +et les soldats furieux en massacrèrent un nombre +considérable. Jamais plus de morts n'avaient jonché +le champ de bataille. Les Français avaient perdu +trois cents hommes. Desaix continua sa marche +pendant tout l'hiver, et après une suite de combats, +devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux +cataractes, il fit autant redouter sa bravoure que +chérir sa clémence. Au Caire, on avait appelé +Bonaparte le sultan Kebir, <i>sultan de feu</i>; dans la +Haute-Égypte, Desaix fut nommé <i>sultan le juste</i>.</p> + +<p>Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une +marche jusqu'à Belbeys, pour rejeter Ibrahim-Bey +en Syrie, et il avait recueilli en route les débris de +la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes. +Revenu au Caire, il continua à y établir une administration +toute française. Une révolte, excitée au +Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut +durement réprimée, et découragea tout à fait les +ennemis des Français<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>. L'hiver de 1798 à 1799 +s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte +apprit dans cet intervalle la déclaration de +guerre de la Porte, et les préparatifs qu'elle faisait +contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle formait deux +armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux +armées devaient agir simultanément au printemps +de 1799, l'une en venant débarquer à Aboukir, près +d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert qui sépare +la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ +sa position, et voulut, suivant son usage, +déconcerter l'ennemi en le prévenant par une attaque +soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert +qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison, +et il résolut de profiter de l'hiver pour aller +détruire les rassemblemens qui se formaient à Acre, +à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre +pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de +l'armée réunie en Syrie. Abdallah, pacha de Damas, +commandait son avant-garde, et s'était avancé jusqu'au +fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté +de la Syrie. Bonaparte voulut agir sur-le-champ. +Il avait des intelligences parmi les peuplades du +Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis, +mahométans schismatiques, lui offraient leur +secours, et l'appelaient de tous leurs voeux. En brusquant +l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques places +mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps +de la Syrie, ajouter cette belle conquête à celle de +l'Égypte, devenir maître de l'Euphrate comme il +l'était du Nil, et avoir alors toutes les communications +avec l'Inde. Son ardente imagination allait +plus loin encore, et formait quelques-uns des projets +que ses admirateurs lui prêtaient en Europe. +Il n'était pas impossible qu'en soulevant les peuplades +du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt +mille auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés +de vingt-cinq mille soldats, les plus braves de l'univers, +il marchât sur Constantinople pour s'en emparer. +Que ce projet gigantesque fût exécutable +ou non, il est certain qu'il occupait son imagination; +et quand on a vu ce qu'il a fait aidé de la +fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de +ses projets.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob. 1798).</blockquote> + +<p>Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers +jours de février), à la tête des divisions +Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de +treize mille hommes environ. La division de Murat +était composée de la cavalerie. Bonaparte avait +créé un régiment d'une arme toute nouvelle: c'était +celui des dromadaires. Deux hommes, assis +dos à dos, étaient portés sur un dromadaire, et +pouvaient, grâce à la force et à la célérité de ces +animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans +s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour +donner la chasse aux Arabes, qui infestaient les +environs de l'Égypte. Ce régiment suivait l'armée +d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral +Perrée de sortir d'Alexandrie avec trois +frégates, et de venir sur la côte de Syrie pour y +transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il +arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse +(17 février). Après un peu de résistance, la garnison +se rendit prisonnière au nombre de treize +cents hommes. On trouva dans le fort des magasins +considérables. Ibrahim-Bey ayant voulu le +secourir, fut mis en fuite; son camp resta au pouvoir +des Français, et leur procura un butin immense. +Les soldats eurent beaucoup à souffrir en +traversant le désert, mais ils voyaient leur général +marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé +débile, les mêmes privations, les mêmes fatigues, +et ils n'osaient se plaindre. Bientôt on arriva à +Gasah; on prit cette place à la vue de Djezzar-Pacha, +et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, +beaucoup de matériel et d'approvisionnemens. +De Gasah l'armée se dirigea sur Jaffa, l'ancienne +Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette +place était entourée d'une grosse muraille flanquée +de tours. Elle renfermait quatre mille hommes de +garnison. Bonaparte la fit battre en brèche, et +puis somma le commandant, qui pour toute réponse +coupa la tête au parlementaire. L'assaut fut +donné, la place emportée avec une audace extraordinaire, +et livrée à trente heures de pillage et de +massacres. On y trouva encore une quantité considérable +d'artillerie et de vivres de toute espèce. +Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne +pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait +pas les moyens ordinaires de les faire escorter, et +qu'on ne voulait pas renvoyer à l'ennemi, dont ils +auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une +mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa +vie. Transporté dans un pays barbare, il en avait +involontairement adopté les moeurs: il fit passer +au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient. +L'armée consomma avec obéissance, mais avec +une espèce d'effroi, l'exécution qui lui était commandée. +Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa +les germes de la peste.</p> + +<p>Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, +l'ancienne Ptolémaïs, situé au pied du mont Carmel. +C'était la seule place qui pût encore l'arrêter. +La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais +Djezzar s'y était enfermé avec toutes ses richesses +et une forte garnison. Il comptait sur l'appui de +Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, et +qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et +des munitions. Il devait d'ailleurs être bientôt secouru +par l'armée turque réunie en Syrie, qui s'avançait +de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte +se hâta d'attaquer la place pour l'enlever +comme celle de Jaffa, avant qu'elle fût renforcée +de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent +le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit +aussitôt la tranchée. Malheureusement l'artillerie +de siége, qui devait venir par mer d'Alexandrie, +avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour +toute artillerie de siége et de campagne, une caronade +de trente-deux, quatre pièces de douze, +huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre. +On manquait de boulets, mais on imagina un +moyen de s'en procurer. On faisait paraître sur la +plage quelques cavaliers; à cette vue Sidney-Smith +faisait un feu roulant de toutes ses batteries, +et les soldats, auxquels on donnait cinq sous +par boulet, allaient les ramasser au milieu de +la canonnade et de rires universels.</p> + +<p>La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse +(20 mars). Le général du génie Sanson, croyant +être arrivé dans une reconnaissance de nuit au +pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe +ni fossé. On crut n'avoir à pratiquer qu'une +simple brèche et à monter ensuite à l'assaut. Le +5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta +à l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe +et un fossé. Alors on se mit sur-le-champ à +miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les +remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith +nous avait enlevée. Il avait donné à Djezzar d'excellens +pointeurs anglais, et un ancien émigré, +Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite. +La mine sauta le 8 germinal (28 mars), et n'emporta +qu'une partie de la contrescarpe. Vingt-cinq +grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent +à l'assaut. En voyant ce brave officier poser une +échelle, les Turcs furent épouvantés, mais Mailly +tomba mort. Les grenadiers furent alors découragés, +les Turcs revinrent, deux bataillons qui +suivaient furent accueillis par une horrible fusillade; +leur commandant Laugier fut tué, et l'assaut +manqua encore.</p> + +<p>Malheureusement la place venait de recevoir +plusieurs mille hommes de renfort, une grande +quantité de canonniers exercés à l'européenne, et +des munitions immenses. C'était un grand siége à +exécuter avec treize mille hommes, et presque +sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau puits +de mine pour faire sauter la contrescarpe entière, +et commencer un autre cheminement. On était au +12 germinal (1er avril). Il y avait déjà dix jours +d'employés devant la place; on annonçait l'approche +de la grande armée turque; il fallait poursuivre +les travaux et couvrir le siége, et tout cela +avec la seule armée d'expédition. Le général en +chef ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner +de nouveau, et détacha la division Kléber vers le +Jourdain pour en disputer le passage à l'armée +venant de Damas.</p> + +<p>Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes +de Naplouse, s'élevait à environ vingt-cinq +mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en +faisaient la force. Elle traînait un bagage immense. +Abdallah, pacha de Damas, en avait le commandement. +Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub, +le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde +de Kléber, forte de cinq cents hommes au plus, +rencontra les avant-gardes turques sur la route de +Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava +hardiment l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le +champ de bataille de morts, et prit cinq drapeaux. +Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la +division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa +marche pour rejoindre Junot. Bonaparte, instruit +de la force de l'ennemi, se détacha avec la division +Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille +décisive. Djezzar, qui se concertait avec l'armée +qui venait le débloquer, voulut faire une sortie; +mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages +couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt +en marche.</p> + +<p>Kléber, avec sa division, avait débouché dans +les plaines qui s'étendent au pied du mont Thabor, +non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée de +surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il +était arrivé trop tard pour y réussir. Le 21 germinal +(16 avril) au matin, il trouva toute l'armée +turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient +le village de Fouli, plus de douze mille cavaliers +se déployaient dans la plaine. Kléber avait +à peine trois mille fantassins en carré. Toute cette +cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais +les Français n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, +charger, se mouvoir dans tous les sens. Ils +conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les +recevant à bout portant par un feu terrible, ils en +abattirent à chaque charge un nombre considérable. +Bientôt ils eurent formé autour d'eux un +rempart d'hommes et de chevaux, et abrités par +cet horrible abatis, ils purent résister six heures +de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans +le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor +avec la division Bon. Il vit la plaine couverte de +feu et de fumée, et la brave division Kléber résistant, +à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, +il partagea la division qu'il amenait en +deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent de manière +à former un triangle équilatéral avec la division +Kléber, et mirent ainsi l'ennemi au milieu +d'eux. Ils marchèrent en silence, et sans donner +aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine +distance: puis tout à coup Bonaparte fit +tirer un coup de canon, et se montra alors sur le +champ de bataille. Un feu épouvantable partant +aussitôt des trois extrémités de ce triangle, assaillit +les Mameluks qui étaient au milieu, les fit tourbillonner +sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans +toutes les directions. La division Kléber, redoublant +d'ardeur à cette vue, s'élança sur le village +de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et fit un grand +carnage de l'ennemi. En un instant toute cette +multitude s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte +que de morts. Le camp turc, les trois queues +du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense, +devinrent la proie des Français. Murat, +placé sur les bords du Jourdain, tua un grand +nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les +villages des Naplousins. Six mille Français avaient +détruit cette armée, que les habitans disaient innombrable +<i>comme les étoiles du ciel et les sables de +la mer</i>.</p> + +<p>Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner, +de contre-miner autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. +On se disputait un terrain bouleversé +par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on +était devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts, +repoussé beaucoup de sorties, tué beaucoup +de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels +avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps +et d'hommes. Le 18 floréal (7 mai), il arriva dans +le port d'Acre un renfort de douze mille hommes. +Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être +débarqués avant six heures, fait sur-le-champ +jouer une pièce de vingt-quatre sur un pan de +mur; c'était à la droite du point où depuis quelque +temps on déployait tant d'efforts. La nuit +venue, on monte à la brèche, on envahit les travaux +de l'ennemi, on les comble, on encloue les +pièces, on égorge tout, enfin on est maître de la +place, lorsque les troupes débarquées s'avancent +en bataille, et présentent une masse effrayante. +Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers +montés à l'assaut, est tué. Lannes est blessé. Dans +le même moment, l'ennemi fait une sortie, prend +la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves +qui avaient pénétré dans la place. Les uns parviennent +à ressortir; les autres, prenant un parti désespéré, +s'enfuient dans une mosquée, s'y retranchent, +y épuisent leurs dernières cartouches, et +sont prêts à vendre chèrement leur vie, lorsque +Sydney-Smith, touché de tant de bravoure, leur +fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, +les troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le +ramènent dans la place, après en avoir fait un +carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit cents +prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur, +donne deux jours de repos à ses troupes, et le 21 +(10 mai) ordonne un nouvel assaut. On y monte +avec la même bravoure, on escalade la brèche; +mais on ne peut pas la dépasser. Il y avait toute +une armée gardant la place et défendant toutes les +rues. Il fallut y renoncer.</p> + +<p>Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on +avait fait des pertes irréparables, et il eût été imprudent +de s'exposer à en faire davantage. La peste +était dans cette ville, et l'armée en avait pris le +germe à Jaffa. La saison des débarquemens approchait, +et on annonçait l'arrivée d'une armée turque +vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage, +Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir +repousser de nouveaux ennemis. Le fond de +ses projets était réalisé, puisqu'il avait détruit les +rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il +avait réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant +à la partie brillante de ces mêmes projets, quant à +ces vagues et merveilleuses espérances de conquêtes +en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à +lever le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré +sa destinée inouïe, on lui a entendu répéter souvent, +en parlant de Sidney-Smith: <i>Cet homme m'a +fait manquer ma fortune</i>. Les Druses, qui pendant +le siége avaient nourri l'armée, toutes les peuplades +ennemies de la Porte, apprirent sa retraite +avec désespoir.</p> + +<p>Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars), +il le leva le 1er prairial (20 mai): il y avait employé +deux mois. Avant de quitter Saint-Jean-d'Acre, il +voulait laisser une terrible trace de son passage: il +accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite +en cendres. Il reprit la route du désert. Il avait +perdu par le feu, les fatigues ou les maladies, près +du tiers de son armée d'expédition, c'est-à-dire environ +quatre mille hommes. Il emmenait douze +cents blessés. Il se mit en marche pour repasser le +désert. Il ravagea sur sa route tout le pays, et y +imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa, il en +fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance +pour nos pestiférés. Les emporter était impossible: +en ne les emportant pas, on les laissait +exposés à une mort inévitable, soit par la maladie, +soit par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi. +Aussi Bonaparte dit-il au médecin Desgenettes, +qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur administrer +de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce +médecin fit cette réponse, fort vantée: <i>Mon métier +est de les guérir, et non de les tuer</i>. On ne leur administra +point d'opium, et ce fait servit à propager +une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite.</p> + +<p>Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition +de près de trois mois. Il était temps qu'il +y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était répandu +dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait +l'ange El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et +qui prétendait chasser les Français en soulevant de +la poussière, avait réuni quelques mille insurgés. +Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; +il s'était emparé de Damanhour, et en avait +égorgé la garnison. Bonaparte envoya un détachement, +qui dispersa les insurgés, et tua l'ange invulnérable. +Le trouble s'était communiqué aux +différentes provinces du Delta; sa présence ramena +partout la soumission et le calme. Il ordonna au +Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes +en Syrie. Il n'avouait pas la partie manquée +de ses projets, mais il vantait avec raison les nombreux +combats livrés en Syrie, la belle bataille du +mont Thabor, les vengeances terribles exercées +contre Djezzar. Il répandit de nouvelles publications +aux habitans, dans lesquelles ils leur disait +qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait +leurs projets à l'instant où ils les formaient. Ils +ajoutèrent foi à ces étranges paroles du sultan Kebir +et le croyaient présent à toutes leurs pensées. Bonaparte +n'avait pas seulement à contenir les habitans, +mais encore ses généraux et l'armée elle-même. +Un mécontentement sourd y régnait. Ce +mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni +des dangers, ni surtout des privations, car l'armée +ne manquait de rien, mais de l'amour du pays, qui +poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an +entier qu'on était en Égypte, et depuis près de six +mois on n'avait aucune nouvelle de France. Aucun +navire n'avait pu passer: une sombre tristesse dévorait +tous les coeurs. Chaque jour les officiers et +les généraux demandaient des congés pour repasser +en Europe. Bonaparte en accordait peu, ou bien +y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le +déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier, +dévoré d'une vieille passion, demandait à revoir +l'Italie. Il fut honteux pour la seconde fois de sa +faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait +formé le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et +de marcher sur Alexandrie pour s'y embarquer. +Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais +braver son général. Les lieutenans de Bonaparte, +qui donnaient tous l'exemple des murmures, se +taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et pliaient +sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé +avec Kléber. L'humeur de celui-ci ne venait pas de +découragement, mais de son indocilité accoutumée. +Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte +aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était +séduit par le génie de Bonaparte.</p> + +<p>On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens +de l'Europe et des désastres de la France +était toujours la même. On savait seulement que +le continent était dans une véritable confusion et +qu'une nouvelle guerre était inévitable. Bonaparte +attendait impatiemment de nouveaux détails, pour +prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur +le premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il +voulait détruire la seconde armée turque, réunie +à Rhodes, dont on annonçait le débarquement +très prochain.</p> + +<p>Cette armée, montée sur de nombreux transports, +et escortée par la division navale de Sydney-Smith, +parut le 23 messidor (11 juillet) à la vue +d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même +rade où notre escadre avait été détruite. Le point +de débarquement choisi par les Anglais était la +presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même +nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer +et le lac Madieh, et vient se terminer par un fort. +Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui commandait +à Alexandrie, de perfectionner la défense du +fort, et de détruire le village d'Aboukir, placé tout +autour. Mais au lieu de détruire le village, on +avait voulu le conserver pour y loger les soldats, +et on l'avait simplement entouré d'une redoute +pour le protéger du côté de la terre. Mais la redoute, +ne joignant pas les deux bords de la mer, +ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait +le sort du fort à celui d'un simple ouvrage de campagne. +Les Turcs en effet débarquèrent avec beaucoup +de hardiesse, abordèrent les retranchemens +le sabre au poing, les enlevèrent, et s'emparèrent +du village d'Aboukir, dont ils égorgèrent la garnison. +Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir, +et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant +à Alexandrie, en était sorti à la tête de douze cents +hommes, pour courir au secours des troupes +d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient +débarqués en nombre considérable, il n'osa pas +tenter de les jeter à la mer par une attaque hardie. +Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir +tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir.</p> + +<p>Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille +hommes d'infanterie. Ce n'étaient pas de ces misérables +fellahs qui composaient l'infanterie des +Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant +un fusil sans baïonnette, le rejetant en bandoulière +sur le dos quand ils avaient fait feu, puis s'élançant +sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main. +Ils avaient une artillerie nombreuse et bien servie; +et ils étaient dirigés par des officiers anglais. Ils +manquaient de cavalerie, car ils avaient à peine +amené trois cents chevaux; mais ils attendaient +l'arrivée de Mourad-Bey, qui devait quitter la +Haute-Égypte, longer le désert, traverser les oasis, +et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille +Mamelucks.</p> + +<p>Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement, +il quitta le Caire sur-le-champ, et fit +du Caire à Alexandrie une de ces marches extraordinaires +dont il avait donné tant d'exemples en +Italie. Il emmenait avec lui les divisions Lannes, +Bon et Murat. Il avait ordonné à Desaix d'évacuer +la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient +dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il +avait choisi le point de Birket, intermédiaire entre +Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses +forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il +craignait qu'une armée anglaise ne fût débarquée +avec l'armée turque.</p> + +<p>Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, +avait essayé de descendre dans la +Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat, +il avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait +à combattre que l'armée turque, privée de cavalerie, +mais campée derrière des retranchemens, +et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée. +Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil +sur Alexandrie, et sur les beaux travaux exécutés +par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son +lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer +les Turcs au moment du débarquement, quitta +Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était le +lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet +était d'abord d'enfermer l'armée turque par des +retranchemens, et d'attendre, pour attaquer, l'arrivée +de toutes ses divisions; car il n'avait sous la +main que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ +six mille hommes. Mais à la vue des dispositions +faites par les Turcs, il changea d'avis, et +résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les +renfermer dans le village d'Aboukir, et les accabler +d'obus et de bombes.</p> + +<p>Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île, +qui est fort étroite. Ils étaient couverts par deux +lignes de retranchemens. A une demi-lieue en +avant du village d'Aboukir, où était leur camp, +ils avaient occupé deux mamelons de sables, appuyant +l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et +formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre +de ces deux mamelons était un village, qu'ils gardaient +aussi. Ils avaient mille hommes au mamelon +de droite, deux mille à celui de gauche, et trois +à quatre mille hommes dans le village. Telle était +leur première ligne. La seconde était au village +même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute +construite par les Français, et se joignait à la mer +par deux boyaux. Ils avaient placé là leur camp +principal et le gros de leurs forces.</p> + +<p>Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude +et sa précision accoutumées. Il ordonna au +général Destaing de marcher avec quelques bataillons +sur le mamelon de gauche, où étaient les +mille Turcs; à Lannes, de marcher sur le mamelon +de droite, où étaient les deux mille autres, et à +Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie +sur les derrières des deux mamelons. Ces dispositions +sont exécutées avec une grande précision: +Destaing marche sur le mamelon de gauche, +et le gravit hardiment; Murat le fait tourner par +un escadron. Les Turcs, à cette vue, abandonnent +leur poste, rencontrent la cavalerie qui les sabre +et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se +jeter que de se rendre. Vers la droite, la même +opération s'exécute. Lannes aborde les deux mille +Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également +sabrés et jetés dans la mer. Destaing et Lannes se +portent ensuite vers le centre, formé par un village, +et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent +bravement, comptant sur un secours de la +seconde ligne. Une colonne, en effet, se détache du +camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur +le derrière du village, sabre cette colonne, et la +repousse dans Aboukir. L'infanterie de Destaing +et celle de Lannes entrent au pas de charge dans +le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse +dans toutes les directions, et qui, s'obstinant toujours +à ne pas se rendre, n'ont pour retraite que +la mer, où ils se noient.</p> + +<p>Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette +manière; la première ligne était emportée; le but +de Bonaparte était rempli, et il pouvait, resserrant +les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant +l'arrivée de Kléber et de Régnier. Mais il +veut profiter de son succès, et achever sa victoire +à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine +à ses troupes, il marche sur la seconde ligne. +La division Lanusse, restée en réserve, appuie +Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir +était difficile à emporter; elle renfermait neuf +à dix mille Turcs. Vers la droite, un boyau la joignait +à la mer; vers la gauche, un autre boyau la +prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac +Madieh. L'espace ouvert était occupé par l'ennemi, +et balayé par de nombreuses canonnières. Bonaparte, +habitué à porter ses soldats sur les plus formidables +obstacles, les dirige sur la position ennemie. +Ses divisions d'infanterie marchent sur le +front et la droite de la redoute. La cavalerie, cachée +dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par +la gauche, et traverser, sous le feu des canonnières, +l'espace laissé ouvert entre la redoute et le lac +Madieh. La charge s'exécute; Lannes et Destaing +poussent leur brave infanterie en avant; la 32e +marche l'arme au bras sur les retranchemens, la +18e les tourne par l'extrême droite. L'ennemi, +sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se +joint corps à corps. Les soldats turcs, après avoir +tiré leur coup de fusil et leurs deux coups de pistolet, +font étinceler leur sabre. Ils veulent saisir +les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent +dans les flancs, avant d'avoir pu les saisir. +On s'égorge ainsi sur les retranchemens. Déjà la +18e est près d'arriver dans la redoute; mais un feu +terrible d'artillerie la repousse et la ramène au +pied des ouvrages. Le brave Leturcq est tué glorieusement +en voulant se retirer le dernier; Fugières +perd un bras. Murat, de son côté, s'était +avancé avec sa cavalerie, pour franchir l'espace +compris entre la redoute et le lac Madieh. Plusieurs +fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi; +mais, pris entre les feux de la redoute et +des canonnières, il avait été obligé de se reployer +en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers s'étaient +même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les +efforts de tant de braves paraissaient devoir être +impuissans. Bonaparte contemplait ce carnage, +attendant le moment favorable pour revenir à la +charge. Heureusement les Turcs, suivant leur +usage, sortent des retranchemens pour venir couper +les têtes des morts. Bonaparte saisit cet instant, +lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la +69, qui marchent sur les retranchemens et s'en +emparent. A la droite, la 18e profite aussi de l'occasion, +et entre dans la redoute. Murat, de son +côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses +escadrons traverse cet espace si redoutable qui règne +entre les retranchemens et le lac, et pénètre +dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés +fuient de toutes parts; on en fait un carnage épouvantable. +On les pousse la baïonnette dans les +reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la +tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de +Mustapha-Pacha. Celui-ci, saisi de désespoir, +prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse +légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup +de sabre, et l'envoie prisonnier à Bonaparte. Les +Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se retirent dans +le fort d'Aboukir.</p> + +<p>Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette +mer d'Aboukir, qui naguère avait été couverte +des corps de nos marins: deux ou trois mille avaient +péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans +ce fort, n'avaient plus d'autre ressource que la +clémence du vainqueur. Telle est cette extraordinaire +bataille, où, pour la première fois peut-être, +dans l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut +détruite tout entière. C'est dans cette occasion +que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit Bonaparte +au milieu du corps, et s'écria: <i>Général, +vous êtes grand comme le monde!</i></p> + +<p>Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la +bataille d'Aboukir, l'Égypte était délivrée, du +moins momentanément, des forces de la Porte. +La situation de l'armée française pouvait être regardée +comme assez rassurante. Après toutes les +pertes qu'elle avait faites, elle comptait vingt-cinq +mille hommes environ, mais les plus braves et les +mieux commandés de l'univers. Chaque jour devait +la faire mieux sympathiser avec les habitans, +et consolider son établissement. Bonaparte y était +depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il +avait employé les premiers momens à s'emparer +d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il avait obtenu +par la bataille des Pyramides. Après l'inondation, +et en automne, il avait achevé la conquête du +Delta, et confié à Desaix la conquête de la Haute-Égypte. +En hiver, il avait tenté l'expédition de +Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont +Thabor. Il venait, en été, de détruire la seconde +armée de la Porte à Aboukir. Le temps avait donc +été aussi bien employé que possible; et tandis que +la victoire abandonnait en Europe les drapeaux de +la France, elle leur restait fidèle en Afrique et en +Asie. Les trois couleurs flottaient triomphantes sur +le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est +partie la religion du Christ.</p> + +<p>Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en +France, aucune des dépêches du directoire ni de +ses frères ne lui étant arrivée: il était dévoré d'inquiétude. +Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles, +il faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter +les vaisseaux de commerce, et de s'instruire +par eux des événemens qui se passaient en Europe. +Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui, +sous le prétexte de négocier un échange de prisonniers, +devait tâcher d'obtenir quelques nouvelles. +Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit +fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait +les désastres de la France, se fit un malin plaisir +de lui donner un paquet de tous les journaux. Le +parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte. +Celui-ci passa une nuit entière à dévorer ces +feuilles, et à s'instruire de tout ce qui se passait +dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut +prise: il résolut de s'embarquer secrètement pour +l'Europe, et d'essayer la traversée, au risque d'être +saisi en route par les flottes anglaises. Il demanda le +contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre +les frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i> en état de +faire voile. Il ne fit part de son projet à personne, +courut au Caire pour faire toutes ses dispositions, +rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel +il voulait laisser le commandement de l'armée, +et repartit aussitôt après pour Alexandrie.</p> + +<p>Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui +Berthier, Lannes, Murat, Andréossy, Marmont, +Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de quelques-uns +de ses guides, sur une plage écartée. +Quelques canots étaient préparés; ils s'embarquèrent, +et montèrent sur les deux frégates <i>le Muiron</i> +et <i>la Carrère</i>. Elles étaient suivies des chebecks <i>la +Revanche</i> et <i>la Fortune</i>. A l'instant même on mit +à la voile, pour n'être plus au jour en vue des croiseurs +anglais. Malheureusement un calme survint; +on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à +Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez +tranquilles, dit-il, nous passerons.» Comme César, +il comptait sur la fortune.</p> + +<p>Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion; +car il laissait une armée victorieuse, pour +aller braver des dangers de tout genre, et, le plus +horrible de tous, celui d'aller porter des fers à +Londres. C'était une de ces témérités par lesquelles +les grands ambitieux tentent le ciel, et auxquelles +ils doivent ensuite cette confiance immense qui tour +à tour les élève et les précipite.</p> + +<p>Tandis que cette grande destinée était commise +au hasard des vents ou d'une rencontre, la victoire +revenait sous nos drapeaux en Europe, et la +république sortait, par un sublime effort, des +périls auxquels nous venons de la voir exposée. +Masséna était toujours sur la ligne de la Limmat, +différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée +d'Italie, après avoir perdu la bataille de Novi, +s'était dispersée dans l'Apennin. Heureusement +Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de +Novi que de celle de la Trebbia, et perdait dans le +Piémont un temps que la France employait en +préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique, +aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le +directoire, en imagina un qui ne pouvait manquer +de changer la face des événemens. Il était +jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu +exercer en Italie, et avait vu avec peine que ce +général eût écrit au roi de Sardaigne pour le rappeler +dans ses états. Le conseil aulique avait des +vues sur le Piémont, et tenait à en écarter le vieux +maréchal. De plus, il régnait peu d'accord entre +les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies +décidèrent le conseil aulique à changer entièrement +la distribution des troupes sur la ligne d'opération. +Les Russes étaient mêlés aux Autrichiens sur les +deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en +Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec +Mélas en Italie. Le conseil aulique imagina de transporter +l'archiduc Charles sur le Rhin, et Suwarow +en Suisse. De cette manière les deux armées russes +devaient agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens +devaient agir seuls sur le Rhin; ils devaient +aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être bientôt +renforcés par une nouvelle armée, destinée à +remplir le vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique +donna pour raison de ce changement, qu'il +fallait faire combattre ensemble les troupes de +chaque nation; que les Russes trouveraient en +Suisse une température plus analogue à leur climat, +et que le mouvement de l'archiduc Charles sur le +Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre +ne pouvait manquer d'approuver ce plan, +car elle espérait beaucoup, pour l'expédition de +Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur +le Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes, +entrés déjà à Corfou, et ayant le projet de s'emparer +de Malte, fussent écartés de Gênes.</p> + +<p>Ce revirement, exécuté en présence de Masséna, +était excessivement dangereux, et d'ailleurs il +transportait les Russes sur un théâtre qui ne leur +convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à +charger en plaine et à la baïonnette, ne savaient +pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il faut par-dessus +tout dans les montagnes, ce sont d'habiles +tirailleurs. Le conseil aulique qui, suivant l'esprit +des cabinets, faisait passer les raisons politiques +avant les raisons militaires, défendit à ses généraux +de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse +exécution de ce plan, pour les derniers jours +d'août (milieu de fructidor).</p> + +<p>On a déjà décrit la configuration du théâtre de +la guerre et la distribution des armées sur ce +théâtre<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les eaux partant des Grandes-Alpes, et +tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant +en forme de lacs, présentaient différentes +lignes inscrites les unes dans les autres, commençant +à droite contre une grande chaîne de montagnes, +et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve +qui sépare l'Allemagne de la France. Les deux principales +étaient celles du Rhin et de la Limmat. +Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était +replié sur celle de la Limmat. Il avait même été +obligé de se retirer un peu en arrière de celle-ci, +et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat +n'en séparait pas moins les deux armées. Cette +ligne se composait de la Lint, qui naît contre les +Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se jette +ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans +la Limmat, qui sort de ce lac à Zurich même, et va +se jeter enfin dans l'Aar près de Bruck. L'archiduc +Charles était derrière la Limmat, de Bruck à Zurich. +Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant +qu'on lui assignât sa position. Hotze gardait la Lint.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère pas faire +comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a pas sous les +yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant ces événemens +sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si positive le +salut de la France, que je les crois dignes d'être compris, et que j'engage +le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte de Suisse +sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.</blockquote> + +<p>D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au +Rhin, devait être remplacé derrière la Limmat par +Korsakoff. Hotze devait rester sur la Lint avec le +corps autrichien de Voralberg, afin de donner la +main à Suwarow arrivant d'Italie. La question était +de savoir quelle route on ferait prendre à Suwarow. +Il avait à franchir les monts, et pouvait suivre +l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il +préférait pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait, +en traversant le Splugen, se rendre par Coire sur +le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec +Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé +vers le 25 septembre (3 vendémiaire an VIII). Ce +mouvement avait l'avantage de s'opérer loin des +Français, hors de leur portée, et de ne dépendre +ainsi d'aucun accident. Suwarow pouvait également +prendre une autre route, et au lieu de suivre +la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans +la vallée de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière +la ligne de la Lint, occupée par les Français. +Cette marche avait l'avantage de le porter sur le revers +de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le +Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer +un mouvement de Hotze au-delà de la Lint, +pour qu'il vînt tendre la main à l'armée arrivant +du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, +une attaque sur la Limmat; il fallait en +un mot une opération générale sur toute la ligne, +et un à-propos, une précision difficiles à obtenir +quand on agit à de si grandes distances et en détachemens +aussi nombreux. Ce plan, que les Russes +rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens sur +les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence +une attaque générale fut prescrite sur toute la +ligne, pour les derniers jours de septembre. Au +moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard +dans la vallée de la Reuss, Korsakoff devait +attaquer au dessous du lac de Zurich, c'est-à-dire +le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac, +le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, +Linken et Jellachich, devaient pénétrer dans le canton +de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner la main +à Suwarow. La jonction générale une fois opérée, +les troupes réunies en Suisse allaient s'élever à +quatre-vingt mille hommes. Suwarow arrivait avec +dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff +trente. Ce dernier avait en réserve le corps de +Condé et quelques mille Bavarois. Mais avant la +jonction, trente mille sous Korsakoff, et vingt-cinq +mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille +se trouvaient exposés aux coups de toute l'armée +de Masséna.</p> + +<p>Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait +la Limmat, et où Suwarow n'avait pas encore +passé les Alpes, était trop favorable pour que Masséna +ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de +l'inaction qu'on lui avait tant reprochée. Son armée +avait été portée à soixante-quinze mille hommes +environ, par les renforts qu'elle avait reçus; +mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle, +ligne immense à couvrir. Lecourbe, formant sa +droite, et ayant Gudin et Molitor sous ses ordres, +gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la +Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. +Soult, avec dix mille, occupait la Lint jusqu'à son +embouchure dans le lac de Zurich. Masséna, avec +les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, +formant un total de trente-sept mille hommes, était +devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La division +Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division +Chabran de huit, gardaient l'une le Valais, +l'autre les environs de Bâle.</p> + +<p>Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage +de pouvoir réunir sa masse principale sur +le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept mille +hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur +Korsakoff. Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre +mille hommes, envoyés en renfort à Hotze, par +derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à vingt-six +mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui +devaient lui servir de réserve, étaient encore fort +en arrière à Schaffouse. Masséna pouvait donc +lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six +mille. Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur +Hotze, et après les avoir tous deux mis en déroute, +peut-être détruits, accabler Suwarow, qui arrivait +en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi +vaincu, ou du moins contenu dans sa ligne.</p> + +<p>Masséna, averti des projets des ennemis, devança +d'un jour son attaque générale, et la fixa pour le +3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis qu'il +était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière +de la Limmat, le cours de cette rivière appartenait +à l'ennemi. Il fallait le lui enlever par un passage: +c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses trente-sept +mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous +du lac de Zurich, il chargea Soult d'opérer +au-dessus, et de franchir la Lint le même jour. +Les militaires ont adressé un reproche à Masséna: +il fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en +Suisse que l'en éloigner: si donc, au lieu de laisser +Lecourbe se battre inutilement au Saint-Gothard +contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult, +il aurait été plus assuré d'accabler Hotze, et de +franchir la Lint. Au reste, comme le résultat obtenu +fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, +on n'a fait ce reproche à Masséna que dans l'intérêt +rigoureux des principes.</p> + +<p>La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même, +et coupe la ville en deux parties. Conformément au +plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff +se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il +avait porté la masse de ses forces dans la partie +de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait +laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour +garder un point où la Limmat est plus accessible: +il avait dirigé Durasof avec une division près de +l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller +de ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille +hommes au moins, était en avant de la rivière, en +situation offensive.</p> + +<p>Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il +résolut de masquer plutôt que d'attaquer le point +de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses forces; +puis, avec une portion considérable de ses troupes, +de tenter le passage de la Limmat à Closter-Fahr, +point faiblement défendu. Le passage opéré, +il voulait que cette division remontât la Limmat +sur la rive opposée, et vînt se placer sur les derrières +de Zurich. Alors il se proposait d'attaquer +Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir enfermé +dans Zurich même. Des conséquences immenses +pouvaient résulter de cette disposition.</p> + +<p>Mortier avec sa division, qui était forte de huit +mille hommes, et occupait la droite de ce champ +de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle devait contenir +d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein +avec sa division, qui était forte de dix mille hommes, +devait être placé à Altstetten, entre le point de +Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on allait +tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter +devant Zurich, et donner secours à Mortier contre +la masse russe, ou courir au point du passage, +s'il était nécessaire de le seconder. Cette division +renfermait quatre mille grenadiers, et une réserve +de superbe cavalerie. La division Lorge, avec une +partie de la division Mesnard, devait exécuter le +passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à +peu près formaient cette masse. Le reste de la division +Mesnard devait faire des démonstrations sur +la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.</p> + +<p>Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous +les critiques, furent mises à exécution le 3 vendémiaire +an VIII (25 septembre 1799), à cinq heures +du matin. Les apprêts du passage avaient été faits +près du village de Dietikon, avec un soin et un +secret extraordinaires. Des barques avaient été +traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le +matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient +rangées en silence sur la rive. Le général Foy, illustré +depuis comme orateur, commandait l'artillerie +à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs +batteries de manière à protéger le passage. +Six cents hommes s'embarquèrent hardiment, et +arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent +sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent. +Korsakoff avait mis là, sur le plateau de Closter-Fahr, +trois bataillons avec du canon. Notre artillerie, +supérieurement dirigée, éteignit bientôt les +feux de l'artillerie russe, et protégea le passage successif +de notre avant-garde. Lorsque le général +Gazan eut réuni aux six cents hommes qui avaient +passé les premiers un renfort suffisant, il marcha +sur les trois bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. +Ceux-ci s'étaient logés dans un bois, et +s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa, +et fut obligé de tuer presque jusqu'au dernier +homme pour les déloger. Ces trois bataillons détruits, +le pont fut jeté. Le reste de la division Lorge +et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat: +c'étaient quinze mille hommes portés au-delà +de la rivière. La brigade Bontemps fut placée +à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait +remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, +dirigé par le chef d'état-major Oudinot, remonta +la Limmat, pour se porter sur les derrières de +Zurich.</p> + +<p>Cette partie de l'opération achevée, Masséna se +reporta de sa personne sur l'autre rive de la Limmat, +pour veiller au mouvement de ses ailes. Vers +la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé +Durasof par ses démonstrations, que celui-ci s'était +porté sur la rive, où il déployait tous ses feux. +A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par +Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de +Korsakoff, posté, comme on l'a dit, en avant de +la Limmat, et avait été obligé de se replier. Masséna +arrivant dans cet instant ébranla la division +Klein, qui était à Altstetten. Humbert, à la tête +de ses quatre mille grenadiers, marcha sur Zurich, +et rétablit le combat. Mortier renouvela ses attaques, +et on parvint à renfermer ainsi les Russes +dans Zurich.</p> + +<p>Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre +du canon sur ses derrières, avait reporté +quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais ces +faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec +ses quinze mille hommes, continuait à remonter +la Limmat. Il avait enlevé le petit camp placé à +Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières +de Zurich, et s'était emparé de la grande +route de Vintherthur, qui donne issue en Allemagne, +et la seule par laquelle les Russes pussent +se retirer.</p> + +<p>La journée était presque achevée, et d'immenses +résultats étaient préparés pour le lendemain. Les +Russes étaient enfermés dans Zurich; Masséna +avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze +mille hommes sur leurs derrières, et placé dix-huit +mille hommes devant eux. Il était difficile qu'il ne +leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il +aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant +Zurich, la porter par Closter-Fahr, derrière +cette ville, de manière à fermer tout à fait la route +de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier +restant avec huit mille hommes seulement, Korsakoff +ne lui passât sur le corps et ne se jetât sur +la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré +Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer +aussi Suwarow, venant d'Italie, et on ne sait ce +qui serait arrivé de cette singulière combinaison.</p> + +<p>Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et +avait porté ses troupes dans l'autre partie de Zurich, +en arrière de la Limmat. Durasof, sur la +Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé; +et évitant la brigade Bontemps, par un détour, +était venu regagner la route de Vintherthur. +Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le +combat devait être acharné, car les Russes voulaient +se faire jour, et les Français voulaient recueillir +d'immenses trophées. Le combat commença de +bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée +d'artillerie, d'équipages, de blessés, attaquée +de tous côtés, était comme enveloppée de +feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein +l'avaient abordée, et étaient près d'y pénétrer. +Au-delà, Oudinot la serrait par derrière et voulait +fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur, +théâtre d'un combat sanglant, avait été +prise et reprise plusieurs fois. Korsakoff, songeant +enfin à se retirer, avait mis son infanterie en tête, +sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages +à la queue. Il s'avançait ainsi formant une +longue colonne. Sa brave infanterie, chargeant +avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre +un passage; mais quand elle a passé avec une partie +de la cavalerie, les Français reviennent à la charge, +attaquent le reste de la cavalerie et les bagages, et +les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même +instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On +se bat dans les rues. L'illustre et malheureux Lavater +est frappé sur la porte de sa maison, d'une +balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil +sur la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint +d'une blessure grave à la cuisse dont il mourut +quelques mois après. Enfin, tout ce qui était +resté dans Zurich est obligé de mettre bas les +armes. Cent pièces de canon, tous les bagages, +les administrations, le trésor de l'armée et cinq +mille prisonniers, deviennent la proie des Français. +Korsakoff avait eu en outre huit mille hommes +hors de combat, dans cette lutte acharnée. Huit +et cinq faisaient treize mille hommes perdus, +c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes +batailles d'Italie n'avaient pas présenté des résultats +plus extraordinaires. Les conséquences pour +le reste de la campagne ne devaient pas être moins +grandes que les résultats matériels. Korsakoff, +avec treize mille hommes au plus, se hâta de regagner +le Rhin.</p> + +<p>Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la +Lint au-dessus du lac de Zurich, exécutait sa mission +avec non moins de bonheur que le général en +chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg. +Cent cinquante braves, portant leur +fusil sur leur tête, avaient traversé la rivière à la +nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs, +et protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze, +accouru sur-le-champ au lieu du danger, était +tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le +désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant +à Hotze, avait en vain essayé de rejeter dans +la Lint les corps qui avaient passé; il avait été +obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment +sur Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille +prisonniers et du canon. De leur côté, les généraux +Jellachich et Linken, chargés de venir par la +Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow +au débouché du Saint-Gothard, s'étaient +retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi près +de soixante mille hommes étaient repoussés déjà +de la ligne de la Limmat, au-delà de celle du Rhin, +et repoussés après des pertes immenses. Suwarow, +qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un +ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider +sa défaite en arrivant, allait trouver au contraire +tous ses lieutenans dispersés, et s'engager au +milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.</p> + +<p>Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était +arrivé au pied du Saint-Gothard le cinquième jour +complémentaire de l'an VII (21 septembre). Il +avait été obligé de démonter ses Cosaques pour +charger son artillerie sur le dos de leurs chevaux. +Il envoya Rosemberg avec six mille hommes, pour +tourner le Saint-Gothard par Disentits et le Crispalt. +Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à +Airolo, à l'entrée de la gorge du Saint-Gothard, +il y trouva Gudin avec une des brigades de la division +Lecourbe. Il se battit là avec la dernière +opiniâtreté; mais ses soldats, mauvais tireurs, ne +sachant qu'avancer et se faire tuer, tombaient par +pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida +enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea +ainsi à céder la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin, +par sa résistance, avait donné à Lecourbe le temps +de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère +sous sa main que six mille hommes, ne pouvait +résister à Suwarow qui arrivait avec douze mille, +et à Rosemberg qui, transporté déjà à Urseren, +en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie +dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée +en gravissant des rochers presque inaccessibles, +et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà +d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières, +il rompit le pont du Diable, et tua une +multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi +le précipice en descendant dans le lit de la Reuss +et en remontant la rive opposée. Lecourbe avait +fait ainsi une retraite pied à pied, profitant de tous +les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les soldats +de Suwarow.</p> + +<p>L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de +la vallée de la Reuss, accablée de fatigues, manquant +de vivres, et singulièrement affaiblie par les +pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe +dans le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan +convenu, avait pu faire arriver Jellachich et Linken +au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il aurait +envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure +de la Reuss. Mais après les événemens +qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva pas une +embarcation, et se vit enfermé dans une vallée +épouvantable. C'était le 4 vendémiaire (26 septembre), +jour du désastre général sur toute la ligne. Il +ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans +le Schachental, et de passer à travers des montagnes +horribles, où il n'y avait aucune route tracée, +pour pénétrer dans la vallée de Muthenthal. Il se +mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer +qu'un homme de front dans le sentier qu'on avait +à suivre. L'armée mit deux jours à faire ce trajet +de quelques lieues. Le premier homme était déjà +à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté +Altorf. Les précipices étaient couverts d'équipages, +de chevaux, de soldats mourant de faim ou de fatigue. +Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow +pouvait déboucher par Schwitz, non loin du +lac de Zurich, ou bien remonter la vallée, et par +le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté de Schwitz, +Masséna arrivait avec la division Mortier, et de +l'autre côté du Bragel était Molitor, qui occupait +le défilé du Kloenthal, vers les bords de la Lint. +Après avoir donné deux jours de repos à ses troupes, +Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel. +Le 8 vendémiaire (30 septembre) il se mit en marche; +Masséna l'attaquait en queue, tandis que de +l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au +défilé du Kloenthal. Rosemberg résista bravement +à toutes les attaques de Masséna, mais Bagration +fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit +la route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. +Suwarow, après avoir livré des combats sanglans +et meurtriers, coupé de toutes les routes, +rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de +remonter la vallée d'Engi, pour se jeter dans celle du +Rhin. Mais cette route était encore plus affreuse +que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant, +et après quatre jours d'efforts et de souffrances +inouïes, atteignit Coire et le Rhin. De ses dix-huit +mille hommes, il en avait à peine sauvé dix +mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les +Alpes. Ce barbare, prétendu invincible, se retirait +couvert de confusion et plein de rage. En quinze +jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille +Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes +à nous envahir étaient chassées de la Suisse et rejetées +en Allemagne. La coalition était dissoute, car +Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait +plus servir avec eux. On peut dire que la France +était sauvée.</p> + +<p>Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter +l'une des plus belles opérations dont l'histoire de +la guerre fasse mention, et qui nous avait sauvés +dans un moment plus périlleux que celui de Valmy +et de Fleurus! Il faut admirer les batailles grandes +par la conception ou le résultat politique; mais il +faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit +l'admiration aux unes et la reconnaissance aux +autres. Zurich est le plus beau fleuron de Masséna; +et il n'en existe pas de plus beau dans aucune couronne +militaire.</p> + +<p>Pendant que ces événemens si heureux se passaient +en Suisse, la victoire nous revenait en Hollande. +Brune, faiblement pressé par l'ennemi, avait +eu le temps de concentrer ses forces, et après +avoir battu les Anglo-Russes à Kastrikum, les avait +enfermés au Zip, et réduits à capituler. Les conditions +étaient l'évacuation de la Hollande, la restitution +de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement +sans échange de huit mille prisonniers. +On aurait souhaité la restitution de la flotte hollandaise; +mais les Anglais s'y refusaient, et on +craignait, en rejetant la capitulation, le mal qu'ils +pouvaient faire au pays.</p> + +<p>Ainsi se termina cette mémorable campagne de +1799. La république, entrée trop tôt en action, et +commettant la faute de prendre l'offensive, sans +avoir auparavant concentré ses forces, avait été +battue à Stokach et Magnano, et avait perdu ainsi +par ces deux défaites l'Allemagne et l'Italie. Masséna +resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux +entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur +le Rhin, puis sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. +Là, il s'était rendu inattaquable durant quatre mois. +Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de +se réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue +à la Trebbia. Réunie plus tard à cette armée par +derrière l'Apennin, ralliée et renforcée, elle avait +perdu son général à Novi, avait été battue de nouveau, +et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin +était même envahi et le Var menacé. Mais là +avait été le terme de nos malheurs. La coalition, +revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles +sur le Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant +ce moment, avait détruit Korsakoff privé de +l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé de Korsakoff. +Il avait ainsi réparé nos malheurs par une +immortelle victoire. En Orient, de beaux triomphes +avaient terminé la campagne. Mais, il faut le dire, +si ces grands exploits avaient soutenu la république +prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque +gloire, ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni +sa puissance. La France était sauvée, mais elle +n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré +son rang, et elle courait même des dangers +sur le Var.</p> +<br><br><br> + + +<h3>CHAPITRE XIX.</h3> + +<p>RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL +INSPIRE.—AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.—IL SE +COALISE AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE. +—PRÉPARATIFS ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.—RENVERSEMENT DE LA +CONSTITUTION DE L'AN III; INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.— +FIN DE CETTE HISTOIRE.</p> + + +<p>Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la +capitulation des Anglo-Russes se succédèrent presque +immédiatement, et rassurèrent les imaginations +épouvantées. C'était la première fois que ces Russes +si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement, +que la satisfaction devait être profonde. Mais +l'Italie était toujours perdue, le Var était menacé, +la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de +Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du +reste, les périls les plus grands n'étaient pas au dehors, +mais au dedans. Un gouvernement désorganisé, +des partis ingouvernables, qui ne voulaient +pas subir l'autorité et qui n'étaient cependant plus +assez forts pour s'en emparer; partout une espèce +de dissolution sociale, et le brigandage, signe de +cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout +dans les provinces déchirées autrefois par la +guerre civile; telle était la situation de la république. +Un répit de quelques mois étant assuré par la +victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur +qu'on manquait dans le moment, que d'un chef +qui s'emparât des rênes du gouvernement. La masse +entière de la population voulait à tout prix du repos, +de l'ordre, la fin des disputes, l'unité des volontés. +Elle avait peur des jacobins, des émigrés, +des chouans, de tous les partis. C'était le moment +d'une merveilleuse fortune pour celui qui calmerait +toutes ces peurs.</p> + +<p>Les dépêches contenant le récit de l'expédition +de Syrie, des batailles du mont Thabor et d'Aboukir, +produisirent un effet extraordinaire, et confirmèrent +cette idée que le héros de Castiglione et +de Rivoli resterait vainqueur partout où il se montrerait. +Son nom se retrouva aussitôt dans toutes +les bouches, et la question <i>que fait-il</i>? <i>quand +vient-il</i>? se renouvela de toutes parts. S'il allait +revenir! disait-on... Par un instinct singulier, le +bruit qu'il était arrivé courut deux ou trois fois. +Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi; mais +on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues. +On a vu en effet qu'elles n'avaient pu traverser les +croisières anglaises.</p> + +<p>Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux +si singuliers, voguait tranquillement sur les mers, +au milieu des flottes anglaises. La traversée n'était +pas heureuse, et les vents contraires la prolongeaient. +Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et +on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se +promenant sur le pont de son vaisseau avec un air +calme et serein, se confiant à son étoile, apprenait +à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls +inévitables. Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres +des peuples qu'il venait de quitter. Craignant, d'après +les derniers événemens, que le midi de la +France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non +vers les côtes de Provence, mais vers celles du +Languedoc. Il voulait débarquer à Collioure ou à +Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers +la Corse. L'île entière était accourue au-devant du +célèbre compatriote. On avait ensuite fait voile +vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout à coup, +au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du +vaisseau, trente voiles ennemies: on les voyait +au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait +de mettre un canot à la mer pour aborder +furtivement à terre. Se confiant toujours dans le +destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, +en effet, disparut, et le 17 vendémiaire +an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les +frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, les chebecks <i>la</i> +<i>Revanche</i> et <i>la Fortune</i>, vinrent mouiller dans +le golfe de Fréjus.</p> + +<p>Les habitans de la Provence avaient craint, pendant +trois années de suite, l'invasion de l'ennemi. +Bonaparte les avait délivrés de cette crainte en +1796; mais elle leur était revenue plus grande que +jamais depuis la bataille de Novi. En apprenant +que Bonaparte était mouillé sur la côte, ils crurent +leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus +accoururent, et en un instant la mer fut couverte +d'embarcations. Une multitude, ivre d'enthousiasme +et de curiosité, envahit les vaisseaux, et, +violant toutes les lois sanitaires, communiqua +avec les nouveaux arrivés. Tous demandaient Bonaparte, +tous voulaient le voir. Il n'était plus temps +de faire observer les lois sanitaires. L'administration +de la santé dut dispenser le général de la quarantaine, +car il aurait fallu condamner à la même +précaution toute la population, qui avait déjà +communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit +sur-le-champ à terre, et le jour même voulut +monter en voiture pour se rendre à Paris.</p> + +<p>Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait +déjà répandu sur la route de Fréjus à Paris, la +grande nouvelle du débarquement de Bonaparte. +Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté. +La nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y +avait produit des élans extraordinaires. Les chants +patriotiques avaient remplacé partout les représentations +théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes), +l'un des auteurs de la constitution de +l'an III, républicain sage et sincère, attaché à la +république jusqu'à la passion, et la croyant perdue +si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin +(des Ardennes) expira de joie en apprenant cet +événement.</p> + +<p>Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire +(9 octobre) pour Paris. Il avait passé par +Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces +villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches +retentissaient dans les villages, et pendant la nuit +des feux étaient allumés sur les routes. A Lyon +surtout, les élans furent plus vifs encore que partout +ailleurs. En partant de cette dernière ville, +Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une +autre route que celle qu'il avait indiquée à ses +courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa +direction, couraient à sa rencontre, tandis qu'il +arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 octobre), +il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, +sans que personne se doutât de son arrivée. Deux +heures après, il se rendit au directoire. La garde +le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de +<i>Vive Bonaparte!</i> Il courut chez le président du +directoire, c'était Gohier. Il fut convenu qu'il serait +présenté le lendemain au directoire. Le lendemain +25, il se présenta en effet devant cette +magistrature suprême. Il dit qu'après avoir consolidé +l'établissement de son armée en Égypte, par +les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et +confié son sort à un général capable d'en assurer +la prospérité, il était parti pour voler au secours +de la république, qu'il croyait perdue. Il la trouvait +sauvée par les exploits de ses frères d'armes, +et il s'en réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant +la main sur son épée, jamais il ne la tirerait +que pour la défense de cette république. Le président +le complimenta sur ses triomphes et sur son +retour, et lui donna l'accolade fraternelle. L'accueil +fut en apparence très flatteur, mais au fond +les craintes étaient maintenant trop réelles et trop +justifiées par la situation, pour que son retour fît +plaisir aux cinq magistrats républicains.</p> + +<p>Lorsque après une longue apathie, les hommes se +réveillent et s'attachent à quelque chose, c'est avec +passion. Dans ce néant où étaient tombées les opinions, +les partis et toutes les autorités, on était +demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le +dégoût des hommes et des choses était universel. +Mais à l'apparition de l'individu extraordinaire +que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière +si imprévue, tout dégoût, toute incertitude +venaient de cesser. C'est sur lui que se fixèrent +sur-le-champ les regards, les voeux et les espérances. +Tous les généraux, employés ou non employés, +patriotes ou modérés, tous accoururent chez Bonaparte. +C'était naturel, puisqu'il était le premier +membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente. +En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur +contre le gouvernement. Tous les ministres, tous +les fonctionnaires successivement disgraciés pendant +les fluctuations du directoire, accoururent +aussi auprès du nouvel arrivé. Ils allaient en apparence +visiter le guerrier illustre, et en réalité +observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir +semblait appartenir.</p> + +<p>Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier, +qui ne le quittaient pas. Bientôt Jourdan, +Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, Lefebvre, +Marbot, malgré des différences d'opinions, +se montrèrent auprès de lui. Moreau lui-même fit +bientôt partie de ce cortége. Bonaparte l'avait rencontré, +chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui +permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau, +lui témoigna son impatience de le connaître, +et lui exprima une estime qui le toucha profondément. +Il lui donna ensuite un damas enrichi de +pierreries, et parvint à le gagner tout à fait. En +quelques jours Moreau fut de sa cour. Il était mécontent +aussi, et il allait avec tous ses camarades +chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres +se joignirent des hommes de toutes les carrières: +on y vit Bruix, l'ex-ministre de la marine, qui venait +de parcourir la Méditerranée à la tête des +flottes française et espagnole, homme d'un esprit +fin et délié, aussi habile à conduire une négociation +qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M. de +Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le +mécontentement de Bonaparte, pour n'être point +allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand comptait +sur son esprit, sur son nom, sur son importance, +pour être bien accueilli; il le fut bien. Ces deux +hommes avaient trop de goût l'un pour l'autre, +et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder +mutuellement. On voyait encore rue Chantereine +Roederer, l'ancien procureur de la commune, +homme plein de franchise et d'esprit; Régnault +de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel +Bonaparte s'était attaché en Italie, et qu'il avait +employé à Malte, orateur brillant et fécond.</p> + +<p>Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés, +les mécontens, qui se rendaient chez Bonaparte. +Les chefs actuels du gouvernement s'y montrèrent +avec le même empressement. Tous les directeurs +et tous les ministres lui donnèrent des fêtes, comme +au retour d'Italie. Une grande partie des députés +des deux conseils se firent présenter chez lui. Les +ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage +bien plus flatteur, ils vinrent le consulter à +chaque instant sur ce qu'ils avaient à faire. Dubois-Crancé, +le ministre de la guerre, avait en quelque +sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte. +Moulins, celui des directeurs qui s'occupait spécialement +de la guerre, passait une partie des matinées +avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient +aussi. Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte +habile, qui avait pour Bonaparte le goût +que les hommes faibles ont pour la force, et que +Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il +savait apprécier le mérite civil; Fouché, ministre +de la police, qui voulait échanger son protecteur +usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; +Réal, commissaire près le département de la Seine, +ardent et généreux patriote, et l'un des hommes +les plus spirituels du temps, étaient également assidus +auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec +lui des affaires de l'état. Il y avait à peine huit +jours que le général était à Paris, et déjà le gouvernement +des affaires lui arrivait presque involontairement. +A défaut de sa volonté, qui n'était +rien encore, on lui demandait son avis. Pour lui, +avec sa réserve accoutumée, il affectait de se soustraire +aux empressemens dont il était l'objet. Il +refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, +et ne sortait pour ainsi dire qu'à la dérobée. Son +visage était devenu plus sec, son teint plus foncé. +Il portait depuis son retour une petite redingote +grise et un sabre turc attaché à un cordon de soie. +Pour ceux qui avaient eu la bonne fortune de le +voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient, +les Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers +de la garnison, les quatre adjudans de la +garde nationale, l'état-major de la place demandaient +à lui être présentés. Il différait de jour en +jour, et semblait ne se prêter qu'à regret à tous +ces hommages. Il écoutait, ne s'ouvrait encore à +personne, et observait toutes choses. Cette politique +était profonde. Quand on est nécessaire, il +ne faut pas craindre d'attendre. On irrite l'impatience +des hommes, ils accourent à vous, et vous +n'avez plus qu'à choisir.</p> + +<p>Que va faire Bonaparte? était la question que +tout le monde s'adressait. Elle prouvait qu'il y +avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux +partis principaux, et un troisième, subdivision +des deux autres, s'offraient à lui, et étaient disposés +à le servir, s'il adoptait leurs vues: c'étaient +les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les +<i>pourris</i>, comme on les appelait, corrompus de +tous les temps et de toutes les factions.</p> + +<p>Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et +de son ambition; mais avec leur goût de détruire, +et leur imprévoyance du lendemain, ils se seraient +servis de son bras pour tout renverser, sauf à +s'occuper ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait +de cet avis que les forcenés, qui, toujours mécontens +de ce qui existait, regardaient le soin de +détruire comme le plus pressant de tous. Le reste +des patriotes, ceux qu'on pouvait appeler les républicains, +se défiaient de la renommée du général, +voulaient tout au plus qu'on lui donnât place +au directoire, voyaient même avec peine qu'il fallût +pour cela lui accorder une dispense d'âge, et +souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux frontières, +relever la gloire de nos armes, et rendre à +la république sa première splendeur.</p> + +<p>Les modérés ou politiques, gens craignant les +fureurs des partis, et surtout celles des jacobins, +n'espérant plus rien d'une constitution violée et +usée, voulaient un changement, et souhaitaient +qu'il se fît sous les auspices d'un homme puissant. +«Prenez le pouvoir, faites-nous une constitution +sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;» +tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à +Bonaparte. Ils composaient le parti le plus nombreux +en France. Il y entrait même beaucoup de +patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution, +voulaient en confier le salut à un homme +puissant. Ils avaient la majorité dans les anciens, +une minorité assez forte dans les cinq-cents. Ils +avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée +civile, celle de Sièyes, et s'y étaient d'autant plus +attachés que Sièyes avait été plus maltraité au Manége. +Aujourd'hui ils devaient courir avec bien +plus d'empressement au-devant de Bonaparte, car +c'était la force qu'ils cherchaient, et elle était bien +plus grande dans un général victorieux que dans +un publiciste, quelque illustre qu'il fût.</p> + +<p>Les <i>pourris</i> enfin étaient tous les fripons, tous +les intrigans qui cherchaient à faire fortune, qui +s'étaient déshonorés en la faisant, et qui voulaient +la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et +le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout +parmi eux, des jacobins, des modérés, des royalistes +même. Ce n'était point un parti, mais une coterie +nombreuse.</p> + +<p>Il ne faut pas, à la suite de cette énumération, +compter les partisans de la royauté. Ils étaient trop +annulés depuis le 18 fructidor, et d'ailleurs Bonaparte +ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait +songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir +pour le remettre à d'autres. Ils se contentaient +donc de faire nombre avec les ennemis du directoire, +et de l'accuser dans la langue de tous les +partis.</p> + +<p>Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait +faire qu'un choix. Les patriotes ne lui convenaient +pas du tout. Les uns, attachés à ce qui existait, se +défiaient de son ambition; les autres voulaient un +coup de main, puis rien que des agitations interminables, +et on ne pouvait rien fonder avec eux. +D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche +du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs. +Les <i>pourris</i> n'étaient rien, ils n'étaient quelque +chose que dans le gouvernement, où ils s'étaient +naturellement introduits, car c'est là que tendent +toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne +pas s'en occuper; ils devaient venir à celui qui +réunirait le plus de chances en sa faveur, parce +qu'ils voulaient rester en possession des places et +de l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût +s'appuyer était celui qui, partageant les besoins de +toute la population, voulût mettre la république à +l'abri des factions, en la constituant d'une manière +solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il +devait se ranger.</p> + +<p>Son choix ne pouvait être douteux: par instinct +seul il était fait d'avance. Bonaparte avait horreur +des hommes turbulens, dégoût des hommes corrompus. +Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés +qui voulaient qu'on gouvernât pour eux. +C'était d'ailleurs la nation même. Mais il fallait +attendre, se laisser prévenir par les offres des +partis, et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels +d'entre eux on pourrait faire alliance.</p> + +<p>Les partis étaient tous représentés au directoire. +Les patriotes avaient, comme on l'a vu, Moulins et +Gohier. Les pourris avaient Barras. Les politiques +ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos.</p> + +<p>Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes, +plus modérés que leur parti, parce qu'ils +étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne +voulant se servir de son épée que pour la gloire de +la constitution de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer +aux armées. Bonaparte les traitait avec beaucoup +d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a +toujours aimée chez les hommes (c'est un goût +naturel et intéressé chez un homme né pour gouverner). +D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux +étaient un moyen de prouver qu'il honorait les +vrais républicains. Sa femme s'était liée avec celle +de Gohier. Elle calculait aussi, et elle avait dit à +madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra +à toutes les calomnies.»</p> + +<p>Barras, qui sentait sa fin politique approcher, +et qui voyait dans Bonaparte un successeur inévitable, +le détestait profondément. Il aurait consenti +à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus +méprisé que jamais par lui, et il en demeurait éloigné. +Bonaparte avait pour cet épicurien ignorant, +blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus +insurmontable. Le nom de <i>pourris</i> qu'il avait donné +à lui et aux siens, prouvait assez son dégoût et son +mépris. Il était difficile qu'il consentît à s'allier à lui.</p> + +<p>Restait l'homme vraiment important, c'était +Sièyes, entraînant à sa suite Roger-Ducos. En appelant +Sièyes au directoire au moment du 30 prairial, +il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses +bras. Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris +la première place en son absence; d'avoir fixé un +moment les esprits, et d'avoir fait naître des espérances. +Il avait contre lui une humeur qu'il ne +s'expliquait pas. Quoique fort opposés par le génie +et les habitudes, ils avaient cependant assez de +supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs +différences, mais trop d'orgueil pour se faire des +concessions. Malheureusement ils ne s'étaient point +encore adressé la parole, et deux grands esprits qui +ne se sont pas encore flattés, sont naturellement +ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait +que l'autre fît les premiers pas. Ils se rencontrèrent +à dîner chez Gohier. Bonaparte s'était +senti assez au-dessus de Moreau pour faire les +premiers pas; il ne crut pas pouvoir les faire envers +Sièyes, et il ne lui parla pas. Celui-ci garda le +même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous +vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même +salué le membre d'un gouvernement qui aurait +dû le faire fusiller.—Quelle idée a-t-on eue, dit +Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il +est vendu à la Prusse, et, si on n'y prend garde, +il vous livrera à elle.» Ainsi, dans les hommes +de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte +même sur la politique. Si, du reste, il en était autrement, +ils n'auraient plus cette hauteur qui les +rend propres à dominer les hommes.</p> + +<p>Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus +d'intérêt à gagner, était celui pour lequel il avait +le plus d'éloignement. Mais leurs intérêts étaient +tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré +eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs +propres partisans.</p> + +<p>Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez +Bonaparte allait toujours croissant, celui-ci, incertain +encore du parti qu'il devait prendre, avait +sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient +consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût +pas l'âge nécessaire. C'était à la place de Sièyes +qu'il aurait voulu entrer au gouvernement. En +excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres +collègues, et était assuré de gouverner sous leur +nom. C'était sans doute un succès bien incomplet; +mais c'était un moyen d'arriver au pouvoir, sans +faire précisément une révolution; et une fois arrivé, +il avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût +sincère, soit qu'il voulût les tromper, ce qui est +possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son +ambition au-delà d'une place au directoire, il les +sonda et les trouva intraitables sous le rapport de +l'âge. Une dispense, quoique donnée par les conseils, +leur paraissait une infraction à la constitution. +Il fallut renoncer à cette idée.</p> + +<p>Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant +à s'inquiéter de l'ardeur que Bonaparte +montrait pour les fonctions politiques, imaginèrent +de l'éloigner, en lui donnant le commandement +d'une armée. Sièyes ne fut pas de cet avis, +et dit avec humeur que, loin de lui fournir l'occasion +d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire, +l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de +l'envoyer en Italie, Barras dit qu'il y avait assez +bien fait ses affaires pour n'avoir pas envie d'y +retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait +pour l'inviter à prendre un commandement, en +lui laissant le choix de l'armée à commander.</p> + +<p>Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait +le propos de Barras. Avant qu'on lui eût +notifié l'objet pour lequel on l'appelait, il prit la +parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos +dont il avait à se plaindre, et, regardant Barras, +dit que s'il avait fait sa fortune en Italie, ce n'était +pas, du moins, aux dépens de la république. +Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte +que le gouvernement était persuadé que +ses lauriers étaient la seule fortune qu'il eût rapportée +d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire +l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait +d'ailleurs le choix de l'armée. Bonaparte répondit +froidement qu'il n'était pas encore assez +reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat +sec à un climat humide l'avait fortement éprouvé, +et qu'il lui fallait encore quelque temps pour se +remettre. Il se retira sans plus d'explication. Un +pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, +et l'avertir lui-même de leurs défiances.</p> + +<p>C'était un motif de se hâter: ses frères, ses +conseillers habituels, Roederer, Réal, Régnault de +Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui amenaient +tous les jours des membres du parti modéré +et politique dans les conseils. C'étaient, dans +les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), Gaudin, +Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet, +Lemercier, Fargues, Daunou. Leur avis à +tous était qu'il fallait s'allier au vrai parti, au parti +réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une constitution +toute faite, et la majorité dans le conseil +des anciens. Bonaparte était bien de leur avis, et +sentait qu'il n'avait pas de choix à faire; mais il +fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était +difficile. Cependant les intérêts étaient si grands, +et il y avait entre son orgueil et celui de Sièyes +des entremetteurs si délicats, si adroits, que l'alliance +ne pouvait pas tarder à se faire. M. de Talleyrand +eût concilié des orgueils encore plus sauvages +que celui de ces deux hommes. Bientôt la +négociation fut entamée et achevée. Il fut convenu +qu'une constitution plus forte serait donnée à la +France, sous les auspices de Sièyes et de Bonaparte. +Sans qu'on se fût expliqué sur la forme et +l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu +qu'elle serait républicaine, mais qu'elle délivrerait +la France de ce que l'un et l'autre appelaient les +bavards, et donnerait aux deux esprits puissans +qui s'alliaient la plus grande part d'influence.</p> + +<p>Un systématique rêvant l'accomplissement trop +différé de ses conceptions, un ambitieux voulant +régir le monde, étaient, au milieu de ce néant de +tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment +propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité +de leur humeur. L'adresse des intermédiaires +et la gravité des intérêts suffisaient pour +pallier cet inconvénient, du moins pour un moment: +et c'était assez d'un moment pour faire une +révolution.</p> + +<p>Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes +et Roger-Ducos. Il montrait toujours le même éloignement +pour Barras, les mêmes égards pour Gohier +et Moulins, et gardait une égale réserve avec +les trois. Mais Fouché, habile à deviner la fortune +naissante, voyait avec le plus grand regret l'éloignement +de Bonaparte pour son patron Barras, et +était désolé de voir que Barras ne fît rien pour +vaincre cet éloignement. Il était tout à fait décidé +à passer dans le camp du nouveau César; mais +hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner +son protecteur, il aurait voulu l'y entraîner à sa +suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez bien +accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, +il tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras. +Il était secondé par Réal, Bruix, et les autres +conseillers du général. Croyant avoir réussi, il engagea +Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras +l'invita pour le 8 brumaire (30 octobre). Bonaparte +s'y rendit. Après le dîner, ils commencèrent +à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras s'attendaient. +Barras entra le premier en matière. Il +débuta par des généralités sur sa situation personnelle. +Espérant sans doute que Bonaparte affirmerait +le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé, +et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte +gardant toujours le silence, Barras ajouta que la +république était désorganisée, qu'il fallait, pour la +sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président; +et puis il nomma le général Hédouville, +comme digne d'être élu. Hédouville était aussi inconnu +que peu capable. Barras déguisait sa pensée, +et désignait Hédouville pour ne pas se nommer +lui-même. «Quant à vous, général, ajouta-t-il, +votre intention est de vous rendre à l'armée; allez +y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la +France à son véritable rang. Moi, je vais me rejeter +dans la retraite dont j'ai besoin.» Bonaparte +jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien, +et laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus +une seule parole. Bonaparte se retira sur-le-champ, +et, avant de quitter le Luxembourg, passa dans +l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une +manière expresse qu'il voulait marcher avec lui +seul, et qu'ils n'avaient plus qu'à convenir des +moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans +cette entrevue, et on convint de tout préparer +pour le 18 ou le 20 brumaire.</p> + +<p>Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché, +Réal et les amis de Barras. «Eh bien, votre Barras, +leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a proposé? +de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire +lui, et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a +rien à faire avec un pareil homme.» Les amis de +Barras voulurent réparer cette maladresse et cherchèrent +à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, +et changea d'entretien, car son parti était pris. +Fouché se rendit aussitôt chez Barras, pour lui +faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger +l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain +matin, Barras courut chez Bonaparte pour excuser +ses paroles de la veille; il lui offrit son dévouement +et sa coopération à tout ce qu'il voudrait +tenter. Bonaparte l'écouta peu, lui répondit par +des généralités, et à son tour lui parla de ses fatigues, +de sa santé délabrée, et de son dégoût des +hommes et des affaires.</p> + +<p>Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il +était temps qu'il recueillît le prix de ses doubles +intrigues et de ses lâches défections. Les patriotes +ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers +la société du Manége; les républicains, attachés +à la constitution de l'an III, n'avaient que du +mépris et de la défiance pour lui. Les réformateurs, +les politiques, n'y voyaient qu'un homme +déconsidéré, et lui appliquaient le mot de <i>pourri</i>, +imaginé par Bonaparte. Il ne lui restait que quelques +intrigues avec les royalistes, au moyen de +certains émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues +étaient fort anciennes: elles avaient commencé dès +le 18 fructidor. Il en avait fait part au directoire, et +s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans +les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était +ainsi ménagé le moyen de trahir à volonté la république +ou le prétendant. Il était question dans ce +moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques +millions, pour seconder son retour. Il est +possible, du reste, que Barras ne fût pas sincère +avec le prétendant, car tous ses goûts devaient +être pour la république. Mais savoir au juste les +préférences de ce vieux corrompu, serait difficile. +Peut-être les ignorait-il lui-même. D'ailleurs, à ce +point de corruption, un peu d'argent doit malheureusement +prévaloir sur toutes les préférences +de goût ou d'opinion.</p> + +<p>Fouché, désespéré de voir son patron perdu, +désespéré surtout de se voir compromis dans sa +disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte. +Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui +cacha tous ses secrets; mais Fouché ne se rebutant +pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte +assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à +force de services. Il avait la police, il la faisait habilement, +et il savait que l'on conspirait partout. +Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité, +composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait +pu tirer de ses révélations un parti funeste +aux conjurés.</p> + +<p>Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte +était à Paris, et presque tout était déjà préparé. +Berthier, Lannes, Murat, gagnaient chaque jour +les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte +par jalousie, Jourdan par attachement à la république, +Augereau par jacobinisme, s'étaient rejetés +en arrière, et avaient communiqué leurs +craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la +masse des militaires était gagnée. Moreau, républicain +sincère, mais suspect aux patriotes qui dominaient, +mécontent du directoire qui avait si mal +récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en +Bonaparte. Caressé, gagné par lui, et supportant +très bien un supérieur, il déclara qu'il seconderait +tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le +secret, car il avait horreur des intrigues politiques, +mais il demandait à être appelé au moment de +l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de dragons, +qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, +et qui lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs, +organisé par lui quand il commandait l'armée de +l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat +dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens +demandaient toujours à défiler devant lui. +Les officiers de la garnison, les adjudans de la +garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés, +et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait, +se réservant de faire concourir cette réception +avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et Joseph, +et les députés de son parti, faisaient chaque jour +de nouvelles conquêtes dans les conseils.</p> + +<p>Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec +Sièyes, pour convenir du plan et des moyens d'exécution. +Ce même jour, les conseils devaient donner +un banquet au général Bonaparte, comme on +avait fait au retour d'Italie. Ce n'était point comme +alors les conseils qui le donnaient officiellement. +La chose avait été proposée en comité secret; +mais les cinq-cents, qui, dans le premier moment +du débarquement, avaient nommé Lucien président, +pour honorer le général dans la personne de +son frère, étaient maintenant en défiance, et se +refusaient à donner un banquet. Il fut décidé alors +qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le +nombre des souscripteurs fut de six à sept cents. +Le repas eut lieu à l'église Saint-Sulpice; il fut +froid et silencieux: tout le monde s'observait et +gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on +s'attendait à un grand événement, et qu'il était +l'ouvrage d'une partie des assistans. Bonaparte fut +sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au +sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure +d'une conjuration. A peine le dîner était-il achevé, +qu'il se leva, fit avec Berthier le tour des tables, +adressa quelques paroles aux députés, et se retira +ensuite précipitamment.</p> + +<p>Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses +derniers arrangemens. Là, on convint d'abord du +gouvernement qu'on substituerait à celui qui existait. +Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils +pour trois mois, qu'on substituerait aux cinq directeurs +trois consuls provisoires, qui, pendant +ces trois mois, auraient une espèce de dictature +et seraient chargés de faire une constitution. Bonaparte, +Sièyes et Roger-Ducos, devaient être les +trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les +moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée +dans les anciens. Comme on parlait tous les +jours de projets incendiaires, formés par les jacobins, +on imagina de supposer de leur part un projet +d'attentat contre la représentation nationale. La +commission des inspecteurs des anciens, toute à +la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer +le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution +donnait, en effet, ce droit au conseil des anciens. +Ce conseil devait à cette mesure en ajouter +une autre qui n'était pas autorisée par la constitution, +c'était de confier le soin de protéger la translation +à un général de son choix, c'est-à-dire à +Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en +même temps le commandement de la 17e division +militaire et de toutes les troupes cantonnées dans +Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire +le corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait +devenir maître des cinq-cents, et leur arracher le +décret d'un consulat provisoire. Sièyes et Roger-Ducos +devaient donner ce jour même leur démission +de directeurs. On se proposait d'emporter +celle de Barras, Gohier ou Moulins. Alors le directoire +était désorganisé par la dissolution de la majorité; +on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait +plus de gouvernement, et on les obligeait à nommer +les trois consuls. Ce plan était parfaitement +conçu, car il faut toujours, quand on veut faire +une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le +peut, se servir des termes d'une constitution pour +la détruire, et des membres d'un gouvernement +pour le renverser.</p> + +<p>On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret +de translation, et le 19 pour la séance décisive +à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le décret +de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à +Sièyes et à ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir +la force armée et de conduire les troupes aux Tuileries.</p> + +<p>Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était +bruit de toutes parts que d'un grand événement +près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela s'était +passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que +celles qui peuvent être connues d'avance. Fouché +d'ailleurs se gardait d'avertir les trois directeurs +restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé, +malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte +en matière de guerre, était chaud patriote; il eut +avis du projet, courut le dénoncer à Gohier et à +Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien +à une grande ambition, mais non encore à une +conjuration prête à éclater. Barras voyait bien un +grand mouvement; mais il se sentait perdu de +toute façon, et il se laissait lâchement aller aux +événemens.</p> + +<p>La commission des anciens, que présidait le député +Cornet, eut la mission de tout préparer dans +la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le décret +de translation. On ferma les volets et les rideaux +des fenêtres, pour que le public ne fût pas averti +par les lumières du travail de nuit qui se faisait +dans les bureaux de la commission. On eut soin de +convoquer le conseil des anciens pour sept heures, +et celui des cinq-cents pour onze. De cette manière, +le décret de translation devait être rendu +avant que les cinq-cents fussent en séance; et, +comme toute délibération était interdite par la +constitution à l'instant où le décret de translation +était promulgué, on fermait par cette promulgation +la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait +toute discussion embarrassante. On eut un autre +soin, ce fut de différer pour certains députés l'envoi +des lettres de convocation. On fut certain par +là que ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après +la décision rendue.</p> + +<p>De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions +nécessaires. Il avait mandé le colonel Sébastiani, +qui commandait le 9e de dragons, pour +s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment +se composait de quatre cents hommes à pied +et de six cents hommes à cheval. Il renfermait +beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats +d'Arcole et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel +répondit du régiment à Bonaparte. Il fut convenu +que le colonel, sous prétexte de passer une revue, +sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait +son monde, partie sur la place de la Révolution, +partie dans le jardin des Tuileries, et qu'il viendrait +lui-même, avec deux cents hommes à cheval, occuper +les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte +fit ensuite dire aux colonels des autres +régimens de cavalerie, qu'il les passerait en revue +le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient +à lui être présentés, qu'il les recevrait +le matin du même jour. Pour excuser le choix de +l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et +tous les généraux de vouloir bien se trouver rue +Chantereine à la même heure. A minuit, il envoya +un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à +passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre +était tout dévoué au directoire; mais Bonaparte +comptait bien qu'il ne résisterait pas à son ascendant. +Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau. +Il avait eu soin, pour tromper Gohier, de +s'inviter à dîner chez lui le 18 même, avec toute +sa famille, et en même temps, pour le décider à +donner sa démission, il le fit prier par sa femme de +venir le lendemain matin, à huit heures, déjeuner +rue Chantereine.</p> + +<p>Le 18 au matin, un mouvement imprévu de +ceux mêmes qui concouraient à le produire, se +manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie +parcourait les boulevards; tout ce qu'il y +avait de généraux et d'officiers dans Paris se rendaient +en grand uniforme rue Chantereine, sans se +douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les +députés des anciens couraient à leur poste, étonnés +de cette convocation si soudaine. Les cinq-cents +ignoraient, pour la plupart, ce qui se préparait. +Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète +ignorance. Mais Sièyes, qui depuis quelque +temps prenait des leçons d'équitation, et Roger-Ducos, +étaient déjà à cheval, et se rendaient aux +Tuileries.</p> + +<p>Dès que les anciens se furent assemblés, le président +de la commission des inspecteurs prit la +parole. La commission chargée de veiller à la sûreté +du corps législatif avait, dit-il, appris que +des projets sinistres se tramaient, que des conspirateurs +accouraient en foule à Paris, y tenaient des +conciliabules, et y préparaient des attentats contre +la liberté de la représentation nationale. Le député +Cornet ajouta que le conseil des anciens avait dans +les mains le moyen de sauver la république, et +qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de transférer +le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire +aux attentats des conspirateurs, de mettre +pendant ce temps la tranquillité publique sous la +garde d'un général capable de l'assurer, et de +choisir Bonaparte pour ce général. A peine la lecture +de cette proposition et du décret qui la contenait +était-elle achevée, qu'une certaine émotion +se manifesta dans le conseil. Quelques membres +voulurent s'y opposer; Cornudet, Lebrun, Fargues, +Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte, +qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se +savait assuré, décida la majorité. A huit heures le +décret était rendu. Il transférait les conseils à +Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain +à midi. Bonaparte était nommé général en chef de +toutes les troupes contenues dans la 17e division +militaire, de la garde du corps législatif, de la +garde du directoire, des gardes nationales de +Paris et des environs. Lefebvre, le commandant +actuel de la 17e division, était mis sous ses ordres. +Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir +le décret, et prêter serment dans les mains du +président. Un messager d'état fut chargé de porter +sur-le-champ le décret au général.</p> + +<p>Le messager d'état, qui était le député Cornet +lui-même, trouva les boulevards encombrés d'une +nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la rue +Chantereine, remplies d'officiers et de généraux +en grand uniforme. Tous accouraient se rendre à +l'invitation du général Bonaparte. Les salons de +celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de +monde, il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron, +et harangua les officiers. Il leur dit que la France +était en danger, et qu'il comptait sur eux pour l'aider +à la sauver. Le député Cornet lui présentant le décret, +il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il +pouvait compter sur leur appui. Tous répondirent, +en mettant la main sur leurs épées, qu'ils étaient +prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à Lefebvre. +Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans +son ordre, avait interrogé le colonel Sébastiani, +qui, sans lui répondre, lui avait enjoint d'entrer chez +le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec humeur. +«Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, +l'un des soutiens de la république, voulez-vous la +laisser périr dans les mains de ces <i>avocats</i>? Unissez-vous +à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta +Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que +je portais aux Pyramides; je vous le donne comme +un gage de mon estime et de ma confiance.—Oui, +reprit Lefebvre tout ému, jetons les <i>avocats</i> à la +rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais +celui-ci, voyant de quoi il s'agissait, se retira pour +aller avertir les patriotes. Fouché n'était point dans +le secret; mais, averti de l'événement, il avait ordonné +la fermeture des barrières, et suspendu le +départ des courriers et des voitures publiques. Il +vint en toute hâte en avertir Bonaparte, et lui faire +ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui +l'avait laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa +point, mais lui dit que ses précautions étaient +inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières, ni +suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait +avec la nation et comptait sur elle. Bonaparte +apprit dans le moment que Gohier n'avait pas voulu +se rendre à son invitation; il en témoigna quelque +humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se +perdrait inutilement en voulant résister. Il monta +aussitôt à cheval pour se rendre aux Tuileries, et prêter +serment devant le conseil des anciens. Presque +tous les généraux de la république étaient à cheval +à ses côtés. Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, +Murat, Leclerc, étaient derrière lui comme ses lieutenans. +Il trouva aux Tuileries les détachemens du +9e, les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, +entra dans le palais.</p> + +<p>Il se présenta devant les anciens, accompagné de +ce magnifique état-major. Sa présence causa une +vive sensation, et prouva aux anciens qu'ils s'étaient +associés à un homme puissant, et qui avait tous les +moyens nécessaires pour faire réussir un coup +d'état. Il se présenta à la barre: «Citoyens représentans, +dit-il, la république allait périr, votre +décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui +voudraient s'opposer à son exécution; aidé de +tous mes compagnons d'armes rassemblés ici +autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts. +On cherche en vain des exemples dans le passé +pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire ne +ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce +siècle ne ressemble à sa fin... Nous voulons la république..... +Nous la voulons fondée sur la vraie +liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons, +je le jure en mon nom, et au nom de mes +compagnons d'armes.....» Nous le jurons tous, +répétèrent les généraux et les officiers qui étaient +à la barre. La manière dont Bonaparte venait de +prêter son serment était adroite, en ce qu'il avait +évité de prêter serment à la constitution. Un député +voulut prendre la parole pour en faire la remarque; +le président la lui refusa, sur le motif que le décret +de translation interdisait toute délibération. On +se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors +dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous +les généraux, et passa en revue les régimens de la garnison, +qui arrivaient successivement. Il adressa une +harangue courte et énergique aux soldats, et leur +dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait +l'abondance et la gloire. Des cris de <i>vive Bonaparte!</i> +retentissaient dans les rangs. Le temps était +superbe, l'affluence extraordinaire: tout semblait +seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la +confusion par le pouvoir absolu.</p> + +<p>Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la +révolution qui se préparait, s'étaient rendus en tumulte +à la salle de leurs séances. A peine réunis, +ils avaient reçu un message des anciens, contenant +le décret de translation. A cette lecture, une foule +de voix avaient éclaté à la fois; mais le président +Lucien Bonaparte les avait réduites au silence, en +vertu de la constitution qui ne leur permettait plus +de délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt; +les plus ardens, courant les uns chez les autres, +formaient des conciliabules, pour s'indigner en +commun, et imaginer quelques moyens de résistance. +Les patriotes des faubourgs étaient en grande +agitation, et s'ameutaient autour de Santerre.</p> + +<p>Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la +revue des troupes, était rentré aux Tuileries, et +s'était rendu à la commission des inspecteurs des +anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré +à la révolution nouvelle, et se prêtait à tout +ce qu'on préparait. C'était là que tout devait se +faire, sous le prétexte d'exécuter la translation. Bonaparte +y siégea en permanence. Déjà le ministre +de la justice Cambacérès s'y était rendu. Fouché y +vint de son côté. Sièyes et Roger-Ducos venaient +d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir +encore une troisième au directoire, parce qu'alors +la majorité étant dissoute, il n'y avait plus de pouvoir +exécutif, et on n'avait plus à craindre un dernier +acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas +que Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha +M. de Talleyrand et l'amiral Bruix à Barras, pour lui +arracher la sienne.</p> + +<p>Bonaparte distribua ensuite le commandement +des troupes. Il chargea Murat, avec une nombreuse +cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller +occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au <i>Point-du-Jour</i> +avec une réserve. Lannes fut chargé de +commander les troupes qui gardaient les Tuileries. +Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission +singulière, et certainement la moins honorable de +toutes, dans ce grand événement: il le chargea +d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg. +Moreau avait pour instruction de bloquer +les directeurs, sous prétexte de veiller à leur sûreté, +et de leur interdire absolument toute communication +au dehors. Bonaparte fit signifier en +même temps au commandant de la garde directoriale +de lui obéir, de quitter avec sa troupe le +Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui +aux Tuileries. On prit enfin une dernière et importante +précaution, avec le secours de Fouché. Le +directoire avait la faculté de suspendre les municipalités; +le ministre Fouché, agissant en sa qualité +de ministre de la police, comme s'il était autorisé +par le directoire, suspendit les douze municipalités +de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, +par ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, +ni au directoire, ni dans les douze communes +qui avaient succédé à la grande commune +d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards, +pour inviter les citoyens à l'ordre et au repos, +et leur assurer qu'on travaillait dans ce moment +à sauver la république de ses périls.</p> + +<p>Ces mesures réussirent complètement. L'autorité +du général Bonaparte fut reconnue partout, +bien que le conseil des anciens n'eût pas agi constitutionnellement +en la lui conférant. Ce conseil, +en effet, pouvait bien ordonner la translation, mais +ne pouvait pas nommer un chef suprême de la +force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et +le bloqua avec cinq cents hommes. Le commandant +de la garde directoriale, Jubé, obéissant sur-le-champ +aux ordres qu'il venait de recevoir, fit +monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg +pour se rendre aux Tuileries. Pendant ce +temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier et +Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins +et Gohier, s'apercevant enfin de la conjuration +qui leur avait échappé, s'étaient rendus dans +l'appartement de Barras pour lui demander s'il +voulait tenir ferme avec eux, et former la majorité. +Le voluptueux directeur était dans le bain, et +apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans +Paris. «Cet homme, s'écria-t-il avec une expression +grossière, nous a tous trompés.» Il promit de +s'unir à ses collègues, car il promettait toujours, +et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries +pour aller à la découverte. Mais à peine Gohier et +Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il tomba dans les +mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était +pas difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle +il était réduit, et on n'avait pas à craindre +qu'il voulût succomber glorieusement en défendant +la constitution directoriale. On lui promit +repos et fortune, et il consentit à donner sa démission. +On lui avait rédigé une lettre qu'il signa, +et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de +porter à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et +Moulins firent pour parvenir auprès de lui des efforts +inutiles, et apprirent qu'il venait de se démettre. +Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de +délibérer, ils ne savaient quel parti prendre, et ils +voulaient cependant remplir loyalement leurs devoirs +envers la constitution de l'an III. Ils résolurent +donc de se rendre à la commission des inspecteurs, +pour demander à leurs deux collègues, +Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se réunir à eux pour +reconstituer la majorité, et promulguer du moins +le décret de translation. C'était là une triste ressource. +Il n'était pas possible de réunir une force +armée, et de venir lever un étendard contraire à +celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller +aux Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de +son camp et de toutes ses forces.</p> + +<p>Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa +aller. Ils trouvèrent Bonaparte entouré de Sièyes, +Ducos, d'une foule de députés et d'un nombreux +état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait +d'être fort mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix, +lui avait dit: «Qu'a-t-on fait de cette France, +que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé la +paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des +victoires, j'ai retrouvé des revers; j'avais laissé +les millions de l'Italie, et j'ai trouvé des lois spoliatrices +et la misère. Que sont devenus cent +mille Français que je connaissais, tous mes compagnons +de gloire? ils sont morts!» L'envoyé +Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment +la démission de Barras était arrivée et avait calmé +le général. Il dit à Gohier et Moulins qu'il était satisfait +de les voir; qu'il comptait sur leur démission, +parce qu'il les croyait trop bons citoyens +pour s'opposer à une révolution inévitable et salutaire. +Gohier répondit avec force qu'il ne venait +avec son collègue Moulins que pour travailler à +sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte, +la sauver, et avec quoi?... avec les moyens de la +constitution, qui croule de toutes parts?—Qui +vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes +qui n'ont ni le courage, ni la volonté de marcher +avec elle.» Une altercation assez vive s'engagea +entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on +apporta un billet au général. Il contenait l'avis +d'une grande agitation au faubourg Saint-Antoine. +«Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes parent +de Santerre?—Non, répondit Moulins, je +ne suis pas son parent, mais son ami.—J'apprends, +ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les faubourgs; +dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.» +Moulins répliqua avec force à Bonaparte, +qui lui répéta qu'il ferait fusiller Santerre. L'altercation +continua avec Gohier. Bonaparte lui dit en +finissant: «La république est en péril, il faut la +sauver... <i>je le veux</i>. Sièyes et Ducos ont donné +leur démission; Barras vient de donner la sienne. +Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez +rien; je vous engage à ne pas résister.» Gohier +et Moulins répondirent qu'ils ne déserteraient pas +leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où +ils furent dès ce moment consignés, séparés l'un +de l'autre, et privés de toute communication par +les ordres de Bonaparte transmis à Moreau. Barras +venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté +par un détachement de dragons.</p> + +<p>Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte +avait seul la force dans les mains. Tous les +ministres étaient réunis auprès de lui, à la commission +des inspecteurs. Tous les ordres partaient +de là, comme du seul point où il existât une autorité +organisée. La journée s'acheva avec assez de +calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules, +proposaient des résolutions désespérées, +mais sans croire à la possibilité de les exécuter, +tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte sur les +troupes!</p> + +<p>Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs. +L'objet de ce conseil était de convenir, +avec les principaux membres des anciens, de ce +qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet +arrêté avec Sièyes était de proposer l'ajournement +des conseils avec un consulat provisoire. Cette +proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup +de membres des anciens, qui avaient contribué +à rendre le décret de translation, s'effrayaient +maintenant de la domination du parti militaire. Ils +n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature +au profit de Bonaparte et de ses deux associés; +ils auraient voulu seulement que l'on composât +autrement le directoire, et, malgré l'âge de +Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur. +Ils en firent la proposition. Mais Bonaparte +répondit, d'un ton décidé, que la constitution ne +pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité +plus concentrée, et surtout un ajournement de +tous les débats politiques qui agitaient la république. +La nomination de trois consuls et la suspension +des conseils jusqu'au 1er ventôse furent +donc proposées. Après une discussion assez longue, +ces mesures furent adoptées. On choisit Bonaparte, +Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé +et dut être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud. +Sièyes, connaissant parfaitement les mouvemens +révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât +dans la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. +Bonaparte ne le voulut pas, et eut à s'en repentir.</p> + +<p>La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, +19 brumaire (10 novembre), la route de Saint-Cloud +était couverte de troupes, de voitures et +de curieux. Trois salles avaient été préparées au +château: l'une pour les anciens, l'autre pour les +cinq-cents, la troisième pour la commission des +inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs devaient +être achevés à midi, mais ils ne purent l'être +avant deux heures. Ce retard manqua de devenir +funeste aux auteurs de la révolution nouvelle. Les +députés des deux conseils se promenaient dans les +jardins de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble +avec une extrême vivacité. Ceux des cinq-cents, +irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par +ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre +la parole, leur demandaient naturellement ce +qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient pour la journée. +«Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils; +eh bien, soit; nous convenons qu'il faut +le recomposer, et qu'il en a besoin. Voulez-vous, +au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y +porter des hommes imposans; voulez-vous y porter +Bonaparte?..... quoiqu'il n'ait pas l'âge requis, nous +y consentons encore.» Ces questions pressantes, +embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on +voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement +de constitution. Quelques-uns d'entre +eux firent des insinuations à ce sujet; mais elles +furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés +la veille de ce qui s'était passé à la commission +des inspecteurs, furent ébranlés tout à fait, en +voyant la résistance qui se manifestait dans les +cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du +corps législatif parurent douteuses, et le projet de +révolution fut très compromis. Bonaparte était +à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos +avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, +qui les attendait à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup +d'autres personnages en avaient aussi, se disposant, +en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes, +du reste, montra dans toute cette scène un rare +sang-froid et une grande présence d'esprit. On +craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte ne +vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de +sabrer le premier individu qui se présenterait pour +les haranguer, représentant ou général, n'importe.</p> + +<p>La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures. +Dans les anciens, des réclamations s'élevèrent de +la part des membres qui n'avaient pas été convoqués +la veille pour assister à la discussion sur le +décret de translation. Ces réclamations furent écartées, +puis on s'occupa d'une notification aux cinq-cents, +pour leur apprendre que le conseil était en +majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la +délibération commença autrement. Le député Gaudin, +qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte +d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers +que courait la république, et proposa deux choses: +premièrement de remercier les anciens d'avoir +transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et secondement +de former une commission chargée de +faire un rapport sur les dangers de la république, +et sur les moyens de pourvoir à ces dangers. Si +cette proposition avait été adoptée, on avait un +rapport tout préparé, et on eût proposé le consulat +provisoire et l'ajournement. Mais à peine le député +Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage épouvantable +éclate dans l'assemblée. Des cris violens +retentissent; on entend de toutes parts: «A bas +les dictateurs, point de dictature, vive la constitution!—La +constitution ou la mort! s'écrie Delbrel.... +Les baïonnettes ne nous effraient pas, nous +sommes libres ici.» Ces paroles sont suivies de +nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent +en regardant le président Lucien: «Point de dictature, +à bas les dictateurs!» A ces cris insultans, +Lucien prend la parole. «Je sens trop, dit-il, la +dignité de président pour souffrir plus long-temps +les menaces insolentes de certains orateurs; je les +rappelle à l'ordre.» Cette injonction ne les calme +pas, et les rend plus furieux. Après une longue +agitation, le député Grandmaison propose de +prêter serment à la constitution de l'an III. La proposition +est aussitôt accueillie. On demande de +plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi +adopté. Chaque député vient à son tour prêter +serment à la tribune, aux cris et aux applaudissemens +de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même +de quitter le fauteuil, pour prêter le serment +qui ruine les projets de son frère.</p> + +<p>Les événemens prenaient une tournure dangereuse. +Au lieu de nommer une commission pour +écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient +un serment de maintenir ce qui existait, et +les anciens ébranlés étaient prêts à reculer. C'était +une révolution manquée. Le danger était imminent. +Augereau, Jourdan, les patriotes influens, +étaient à Saint-Cloud, attendant le moment favorable +pour ramener les troupes de leur côté. Bonaparte +et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut +agir, et ramener à soi la masse flottante. Bonaparte +se décide à se présenter aux deux conseils à la tête +de son état-major. Il rencontre Augereau, qui +d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une +jolie position!—Les affaires étaient en bien plus +mauvais état à Arcole,» lui répond Bonaparte; +et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point +l'habitude des assemblées. Parler pour la première +fois en public est embarrassant, effrayant +même pour les esprits les plus fermes, et dans les +circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils +événemens, et pour un homme qui n'avait +jamais paru à une tribune, ce devait être bien +plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend +la parole, et d'une voix entrecoupée, mais forte, +dit aux anciens: «Citoyens représentans, vous +n'êtes point dans des circonstances ordinaires, +mais sur un volcan. Permettez-moi quelques +explications. Vous avez cru la république en +danger; vous avez transféré le corps législatif à +Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer +l'exécution de vos décrets; je suis sorti de ma +demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve +de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: +on parle d'un nouveau Cromwell, d'un nouveau +César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle, il +m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie, +au moment du plus beau triomphe, et lorsque +l'armée et les partis m'invitaient à m'en emparer. +Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui. +Ce sont les dangers seuls de la patrie +qui ont éveillé mon zèle et le vôtre.» Bonaparte +fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau +de la situation dangereuse de la république, déchirée +par tous les partis, menacée d'une nouvelle +guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion vers +le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux; +sauvons les deux choses pour lesquelles nous +avons fait tant de sacrifices, la liberté et l'égalité...—Parlez +donc aussi de la constitution!» +s'écrie le député Linglet. Cette interruption déconcerte +un instant le général; mais bientôt il se +remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De +constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui +l'avez détruite, en attentant, le 18 fructidor, à +la représentation nationale, en annulant, le 22 +floréal, les élections populaires, et en attaquant, +le 30 prairial, l'indépendance du gouvernement. +Cette constitution dont vous parlez, tous les +partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me +faire confidence de leurs projets, et m'offrir de +les seconder. Je ne l'ai pas voulu; mais, s'il le +faut, je nommerai les partis et les hommes.—Nommez-les, +s'écrient alors les opposans, nommez-les, +demandez un comité secret.» Une longue +agitation succède à cette interruption. Bonaparte +reprend enfin la parole, et peignant de nouveau +l'état où la France est placée, engage les anciens à +prendre des mesures qui puissent la sauver. «Environné, +dit-il, de mes frères d'armes, je saurai +vous seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, +dont j'aperçois les baïonnettes, et que j'ai si +souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste leur +courage, nous vous aiderons à sauver la patrie. +Et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d'une +voix menaçante, si quelque orateur, payé par +l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors +j'en appellerais à mes compagnons d'armes. +Songez que je marche accompagné du dieu de la +fortune et du dieu de la guerre.»</p> + +<p>Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les +cinq-cents. Les anciens les accueillirent très bien, +et parurent ramenés par la présence du général. +Ils lui accordèrent les honneurs de la séance.</p> + +<p>Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens, +songe à se rendre aux cinq-cents, pour essayer de +leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques grenadiers; +il entre, mais il les laisse derrière lui au +bout de la salle. Il avait à parcourir la moitié de +l'enceinte pour arriver à la barre. A peine est-il arrivé +au milieu, que des cris furieux partent de +toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix, +des soldats ici! des armes! Que veut-on?... A bas +le dictateur! à bas le tyran!» Un grand nombre +de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent +le général, lui adressent les interpellations +les plus vives! «Quoi! lui dit-on, c'est pour cela +que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont +flétris... Votre gloire s'est changée en infamie. +Respectez le temple des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte +est confondu au milieu de la foule qui le +presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte, +accourent, repoussent les députés, et le saisissent +au milieu du corps. On dit que dans ce tumulte, +des grenadiers reçurent des coups de poignard qui +lui étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses +vêtemens déchirés. Il est très possible que, dans +le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés, sans +qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi +que des poignards fussent dans plus d'une main. +Des républicains qui croyaient voir un nouveau +César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans +être des assassins. Il y a une grande faiblesse à les +en justifier. Quoi qu'il en soit, Bonaparte est emporté +hors de la salle. On dit qu'il était troublé, ce +qui n'est pas plus étonnant que la supposition des +poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des +troupes, leur dit qu'on a voulu l'assassiner, que +ses jours ont été en péril, et est accueilli partout +par les cris de <i>vive Bonaparte!</i></p> + +<p>Dans ce moment l'orage continue, plus violent +que jamais, dans l'assemblée, et se dirige contre +Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et un courage +rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un +jour il a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche +en vain à le justifier. «Vous n'avez pas voulu, dit-il, +l'entendre. Il venait vous expliquer sa conduite, +vous faire connaître sa mission, répondre à toutes +les questions que vous ne cessez d'adresser depuis +que vous êtes réunis. Ses services méritaient du +moins qu'on lui donnât le temps de s'expliquer.—Non, +non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes +furieux. Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce +mot était terrible, il avait perdu Robespierre. Prononcé +contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire +hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien, +avec courage, résiste à la proposition de mise hors +la loi, et demande auparavant qu'on écoute son +frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte +épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge: +«Misérables, s'écrie-t-il, vous voulez que je mette +hors la loi mon propre frère! Je renonce au fauteuil, +et je vais me rendre à la barre pour défendre +celui qu'on accuse.»</p> + +<p>Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors +la scène qui se passait dans l'assemblée. Il craignait +pour son frère; il envoie dix grenadiers pour +l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent +Lucien au milieu d'un groupe, le saisissent +par le bras en lui disant que c'est par ordre de +son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était +le moment de prendre un parti décisif. Tout était +perdu si on hésitait. Les moyens oratoires de ramener +l'assemblée étant devenus impossibles, il ne +restait que la force; il fallait hasarder un de ces +actes audacieux, devant lesquels hésitent toujours +les usurpateurs. César hésita en passant le Rubicon, +Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se +décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée. +Il monte à cheval avec Lucien, et parcourt le +front des troupes. Lucien les harangue. «Le conseil +des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui +vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des +séances, et ont fait violence à la majorité; je vous +somme de marcher pour la délivrer.» Lucien jure +ensuite que lui et son frère seront les défenseurs +fidèles de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent +alors un bataillon de grenadiers, et le conduisent +à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent jusqu'à +l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les +députés poussent des cris affreux, comme ils avaient +fait à la vue de Bonaparte. Mais un roulement de +tambours couvre leurs cris. <i>Grenadiers, en avant!</i> +s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans +la salle, et dispersent les députés qui s'enfuient +les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres. +En un instant la salle est évacuée, et Bonaparte +reste maître de ce déplorable champ de bataille.</p> + +<p>La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont +remplis d'inquiétude et de regrets. Ils n'avaient pas +souhaité un pareil attentat. Lucien se présente à +leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard +des cinq-cents. On se contente de ses raisons, car +que faire dans une pareille situation?... Il fallait en +finir, et remplir l'objet qu'on s'était proposé. Le +conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui +seul l'ajournement du corps législatif et l'institution +du consulat. Le conseil des cinq-cents était dissous; +mais il restait une cinquantaine de députés, partisans +du coup d'état. On les réunit, et on leur fait +rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait +de faire. Le décret est ensuite porté aux anciens, +qui l'adoptent vers le milieu de la nuit. Bonaparte, +Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls provisoires, +et revêtus de toute la puissance exécutive. +Les conseils sont ajournés au 1er ventôse prochain. +Ils sont remplacés par deux commissions de vingt-cinq +membres chacune, prises dans les conseils, +et chargées d'approuver les mesures législatives que +les trois consuls auront besoin de prendre. Les consuls +et les commissions sont chargés de rédiger une +constitution nouvelle.</p> + +<p>Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée +si diversement par les hommes, regardée par les +uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de notre +liberté, par les autres comme un acte hardi, mais +nécessaire, qui termina l'anarchie. Ce qu'on en peut +dire, c'est que la révolution, après avoir pris tous +les caractères, monarchique, républicain, démocratique, +prenait enfin le caractère militaire, parce +qu'au milieu de cette lutte perpétuelle avec l'Europe, +il fallait qu'elle se constituât d'une manière +solide et forte. Les républicains gémissent de tant +d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement +versé pour fonder la liberté en France, et ils +déplorent de la voir immolée par l'un des héros +qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment +les trompe. La révolution, qui devait nous +donner la liberté, et qui a tout préparé pour que +nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait pas +être elle-même la liberté. Elle devait être une +grande lutte contre l'ancien ordre de choses. Après +l'avoir vaincu en France, il fallait qu'elle le vainquît +en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait +pas les formes et l'esprit de la liberté. On +eut un moment de liberté sous la constituante, +et il fut court; mais quand le parti populaire devint +menaçant au point d'intimider tous les esprits; +quand il envahit les Tuileries au 10 août; quand +au 2 septembre il immola tous ceux qui lui donnaient +des défiances; quand au 21 janvier il obligea +tout le monde à se compromettre avec lui en +trempant les mains dans le sang royal; quand il +obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux +frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua +lui-même sa puissance, et la remit à ce +grand comité de salut public, composé de douze +individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté? +Non; il y avait un violent effort de passions et +d'héroïsme; il y avait cette tension musculaire d'un +athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après +ce moment de danger, après nos victoires, il y eut +un instant de relâche. La fin de la convention et +le directoire présentèrent des momens de liberté. +Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que +passagèrement suspendue. Elle recommença bientôt; +et au premier revers les partis se soulevèrent +tous contre un gouvernement trop modéré, et +invoquèrent un bras puissant. Bonaparte, revenant +d'Orient, fut salué comme souverain, et appelé +au pouvoir. On dira vainement que Zurich +avait sauvé la France. Zurich était un accident, +un répit; il fallait encore Marengo et Hohenlinden +pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires, +il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur +de toutes les parties du gouvernement, et +c'était un chef politique plutôt qu'un chef militaire +dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire +étaient donc nécessaires. On pourrait seulement +dire que le 20 fut condamnable, et que le héros +abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on répondra +qu'il venait achever une tâche mystérieuse, +qu'il tenait, sans s'en douter, de la destinée, et +qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce n'était pas +la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait +pas exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, +continuer la révolution dans le monde; +il venait la continuer en se plaçant, lui plébéien, +sur un trône; en conduisant le pontife à Paris +pour verser l'huile sacrée sur un front plébéien; +en créant une aristocratie avec des plébéiens, en +obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à son +aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec +des plébéiens; enfin en recevant dans son lit la fille +des Césars, et en mêlant un sang plébéien à l'un +des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant +enfin tous les peuples, en répandant les lois françaises +en Allemagne, en Italie, en Espagne; en +donnant des démentis à tant de prestiges, en +ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà +quelle tâche profonde il allait remplir; et pendant +ce temps la nouvelle société allait se consolider à +l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour. +Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la +première crise qui en a préparé les élémens en +Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant l'erreur, +révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant +de saisir les profonds desseins de la Providence +dans ces grands événemens, et les respectant dès +que je croyais les avoir saisis.</p> + + +<h4>FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME.</h4> + + + + +<h3>TABLE<br> +DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME.</h3> + + + +<p><b>CHAPITRE XIII.</b></p> + +<p>Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête de +cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise de cette +place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des Pyramides; +occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en Égypte; +établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, destruction +de la flotte française par les Anglais.</p> + +<p><b>CHAPITRE XIV.</b></p> + +<p>Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la bataille +navale d'Aboukir.—Déclaration de guerre de la Porte.—Efforts +de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.—Conférences avec l'Autriche +à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.—Nouvelles commotions +en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes. Changement de +la constitution cisalpine; grands embarras du directoire à ce sujet.—Situation +intérieure. Une nouvelle opposition se prononce dans les conseils.—Disposition +générale à la guerre. Loi sur la conscription.—Finances de +l'an VII.—Reprise des hostilités. Invasion des états romains par l'armée +napolitaine—Conquête du royaume de Naples par le général Championnet. +—Abdication du roi de Piémont.</p> + +<p><b>CHAPITRE XV.</b></p> + +<p>État de l'administration de la République et des armées au commencement +de 1799.—Préparatifs militaires.—Levée de 200 mille conscrits.—Moyens +et plans de guerre du directoire et des puissances coalisées.—Déclaration +de guerre de l'Autriche.—Ouverture de la campagne de 1799.—Invasion +des Grisons,—Combatte Pfullendorf.—Bataille de Stockach.—Retraite +de Jourdan.—Opérations militaires en Italie.—Bataille de Magnano; +retraite de Schérer.—Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt. +—Effets de nos premiers revers.—Accusations multipliées contre le directoire. +—Élections de l'an VII.—Sièyes est nommé directeur, en remplacement +de Rewbell.</p> + +<p><b>CHAPITRE XVI.</b></p> + +<p>Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement des +armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la Limmat.—Arrivée +de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement à Moreau. +Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin.—Essai +de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la Trebbia.—Coalition +de tous les partis contre le directoire.—Révolution du 30 +prairial.—Larévellière et Merlin sortent du directoire.</p> + +<p><b>CHAPITRE XVII.</b></p> + +<p>Formation du nouveau directoire.—Moulins et Roger-Ducos remplacent Larévellière +et Merlin.—Changement dans le ministère.—Levée de toutes les +classes de conscrits.—Emprunt forcé de cent millions.—Loi des +otages.—Nouveaux plans militaires.—Reprises des opérations en Italie; Joubert +général en chef; bataille de Novi, et mort de Joubert.—Débarquement des +Anglo-Russes en Hollande.—Nouveaux troubles à l'intérieur; déchaînement +des patriotes; arrestation de onze journalistes; renvoi de Bernadotte; +proposition de déclarer la patrie en danger.</p> + +<p><b>CHAPITRE XVIII.</b></p> + +<p>Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte +par Desaix; bataille de Sédiman.—Expédition de Syrie; prise du fort +d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de Saint-Jean-d'Acre. +—Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.—Départ de Bonaparte +pour la France.—Opérations en Europe. Marche de l'archiduc Charles sur +le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna; mémorable +victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa retraite désastreuse; +la France sauvée.—Événemens en Hollande; défaite et capitulation +des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la campagne de +1799.</p> + +<p><b>CHAPITRE XIX.</b></p> + +<p>Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il inspire. +—Agitation de tous les partis à son arrivée.—Il se coalise avec +Sièyes pour renverser la constitution directoriale.—Préparatifs et journée +du 18 brumaire.—Renversement de la constitution de l'an III; institution +du consulat provisoire.—Fin de cette histoire.</p> +<br><br> + +<p>FIN DE LA TABLE.</p> +<br><br><br> + + + + + + +<h3>TABLE ALPHABÉTIQUE<br> +DES MATIÈRES<br> +CONTENUES DANS CET OUVRAGE</h3> + + +<p>Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.</p> + +<p>(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été + retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination)</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer</p> +<p class="i2">les soldats des gardes-françaises. I, 80.</p> +<p class="i2">Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270.</p> +<p class="i2">Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.</p> +<p class="i2">Ses conséquences funestes. 61 et suiv.</p> +<p class="i2">Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village;</p> +<p class="i2">détails militaires. 304-310.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez <i>Égypte</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes</p> +<p class="i2">sur ce fleuve. VIII, 206-207.</p> +<p class="i2">Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.</p> +<p class="i2">Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration</p> +<p class="i2">des vivres. III, 130 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341.</p> +<p class="i2">On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342.</p> +<p class="i2">Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.</p> +<p class="i2">Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour</p> +<p class="i2">parer aux inconvéniens de ce trafic. 193.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour</p> +<p class="i2">l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque</p> +<p class="i2">de la révolution. I, 216-217.</p> +<p class="i2">Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48.</p> +<p class="i2">Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la</p> +<p class="i2">Vendée.</p> +<p class="i2">Sa position politique. VII, 164 et suiv.</p> +<p class="i2">Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et</p> +<p class="i2">au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de</p> +<p class="i2">Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145.</p> +<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p> +<p class="i2">Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,</p> +<p class="i2">61 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du</p> +<p class="i2">procès du roi. III, 230 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement</p> +<p class="i2">de Paris. I, 108-109.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces.</p> +<p class="i2">I, 245 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60.</p> +<p class="i2">Est licenciée. VI, 9.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion</p> +<p class="i2">étrangère. II, 294 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARMOIRE DE FER. III, 197-198.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la</p> +<p class="i2">France. 105.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen</p> +<p class="i2">par des députés des départemens. IV, 206 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. <i>Assemblée nationale</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle abolit les titres de <i>sire</i> et de <i>majesté</i>. 17.</p> +<p class="i2">Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv.</p> +<p class="i2">Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment</p> +<p class="i2">civique. 27-28.</p> +<p class="i2">Suites de cette mesure. 28 et suiv.</p> +<p class="i2">Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés.</p> +<p class="i2">34-36.</p> +<p class="i2">Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58.</p> +<p class="i2">Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51.</p> +<p class="i2">Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv.</p> +<p class="i2">Se déclare en permanence. 88.</p> +<p class="i2">Décrète la déportation des prêtres. 89.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv.</p> +<p class="i2">Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.</p> +<p class="i2">Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156.</p> +<p class="i2">Autre décret sur les gardes nationales. 157.</p> +<p class="i2">Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui</p> +<p class="i2">est adopté. 159-172.</p> +<p class="i2">Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle déclare que <i>la patrie est en danger</i>. Suite de cette mesure.</p> +<p class="i2">179 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv.</p> +<p class="i2">Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265.</p> +<p class="i2">Organise la police, dite de <i>sûreté générale</i>. 276 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les</p> +<p class="i2">crimes du 10 août. 283.</p> +<p class="i2">Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305.</p> +<p class="i2">Est dissoute, III, 23.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend</p> +<p class="i2">ce titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.</p> +<p class="i2">Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57.</p> +<p class="i2">Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67.</p> +<p class="i2">Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68.</p> +<p class="i2">Délibère sur les mandats impératifs. 73.</p> +<p class="i2">Nomme un comité des subsistances. 77.</p> +<p class="i2">Difficultés de sa position. 78.</p> +<p class="i2">Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.</p> +<p class="i2">Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet,</p> +<p class="i2">et demande au roi le renvoi des troupes. 92.</p> +<p class="i2">Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution,</p> +<p class="i2">et nomme un comité pour préparer les questions. 93.</p> +<p class="i2">Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi,</p> +<p class="i2">Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau.</p> +<p class="i2">94-95-101.</p> +<p class="i2">Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant</p> +<p class="i2">la réunion du roi avec la nation. 103.</p> +<p class="i2">Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122.</p> +<p class="i2">Discute la déclaration des droits de l'homme. 125.</p> +<p class="i2">Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, <i>ibid.</i></p> +<p class="i2">et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.</p> +<p class="i2">Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.</p> +<p class="i2">Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146.</p> +<p class="i2">Vote le <i>veto</i> suspensif. 147-148-149.</p> +<p class="i2">Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150.</p> +<p class="i2">Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à un message du roi. 166-167.</p> +<p class="i2">Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée</p> +<p class="i2">à Paris. 177.</p> +<p class="i2">Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Divise le royaume en départemens. 190.</p> +<p class="i2">Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de</p> +<p class="i2">faire la paix et la guerre. 221 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rend un décret relatif à ce droit. 225.</p> +<p class="i2">Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230.</p> +<p class="i2">Abolit les titres féodaux. 236.</p> +<p class="i2">Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv.</p> +<p class="i2">Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à</p> +<p class="i2">vaincre. 298-299.</p> +<p class="i2">Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301.</p> +<p class="i2">Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305.</p> +<p class="i2">Achève le travail de la constitution. 306.</p> +<p class="i2">Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308.</p> +<p class="i2">Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.</p> +<p class="i2">Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et</p> +<p class="i2">réfutation. II, 1-10.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du</p> +<p class="i2">numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.</p> +<p class="i2">400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230.</p> +<p class="i2">Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27.</p> +<p class="i2">Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv.</p> +<p class="i2">Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur</p> +<p class="i2">avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.</p> +<p class="i2">Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les</p> +<p class="i2">retirer de la circulation. VII, 66-73.</p> +<p class="i2">Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193.</p> +<p class="i2">Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202.</p> +<p class="i2">Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247.</p> +<p class="i2">Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir</p> +<p class="i2">aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails</p> +<p class="i2">financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.</p> +<p class="i2">Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv.</p> +<p class="i2">La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.</p> +<p class="i2">La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p> +<p class="i2">Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le</p> +<p class="i2">commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.</p> +<p class="i2">Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.</p> +<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée dite d'<i>Allemagne</i>, après la</p> +<p class="i2">mort de Hoche. 302.</p> +<p class="i2">Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne.</p> +<p class="i2">370-371.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix.</p> +<p class="i2">VII, 135-136.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BABOEUF. Fait un journal (<i>le Tribun du peuple</i>). Caractère et</p> +<p class="i2">projets de ce démagogue. VIII, 97-98.</p> +<p class="i2">Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv.</p> +<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. IX, 33.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BAILLY. Il est nommé député. I, 37.</p> +<p class="i2">Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi.</p> +<p class="i2">Son caractère. 51.</p> +<p class="i2">Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les</p> +<p class="i2">gardes-françaises. 61.</p> +<p class="i2">Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.</p> +<p class="i2">Il se maintient à la présidence. 72.</p> +<p class="i2">Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.</p> +<p class="i2">103.</p> +<p class="i2">Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.</p> +<p class="i2">Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois</p> +<p class="i2">sans les discréditer. 226-227 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la</p> +<p class="i2">convention. III, 121.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120</p> +<p class="i2">et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.</p> +<p class="i2">Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.</p> +<p class="i2">Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290.</p> +<p class="i2">S'entend avec la cour. 293 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire.</p> +<p class="i2">VII, 359.</p> +<p class="i2">Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire.</p> +<p class="i2">IX, 3-4.</p> +<p class="i2">Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa</p> +<p class="i2">prodigalité. 9 et suiv.</p> +<p class="i2">Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet.</p> +<p class="i2">Pourquoi. X, 180 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété</p> +<p class="i2">d'arrestation. VII, 76.</p> +<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p> +<p class="i2">Est nommé député en l'an V. IX, 148.</p> +<p class="i2">Sa nomination est abolie. 153.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.</p> +<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare</p> +<p class="i2">de la Bastille. I, 95-98.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes.</p> +<p class="i2">III, 125 et suiv.</p> +<p class="i2">Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement.</p> +<p class="i2">294-295.</p> +<p class="i2">Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française.</p> +<p class="i2">327-328.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140.</p> +<p class="i2">Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252.</p> +<p class="i2">Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.</p> +<p class="i2">Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa</p> +<p class="i2">détention est maintenue. 116.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400</p> +<p class="i2">millions de biens du clergé. I, 206.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.</p> +<p class="i2">Il est adopté. VII, 199-202.</p> +<p class="i2">On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319,</p> +<p class="i2">328-329.</p> +<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289.</p> +<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p> +<p class="i2">Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens.</p> +<p class="i2">376-377.</p> +<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p> +<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort</p> +<p class="i2">de l'Éguillette. V, 255 et suiv.</p> +<p class="i2">Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12</p> +<p class="i2">vendémiaire. VII, 360-361.</p> +<p class="i2">Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv.</p> +<p class="i2">Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49.</p> +<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126.</p> +<p class="i2">Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161.</p> +<p class="i2">Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au</p> +<p class="i2">roi de Piémont. 155-157 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159.</p> +<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p> +<p class="i2">Son entrée à Milan. 181 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189.</p> +<p class="i2">Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans.</p> +<p class="i2">191-193.</p> +<p class="i2">Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv.</p> +<p class="i2">Il signe un armistice avec Naples. 212-213.</p> +<p class="i2">Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv.</p> +<p class="i2">Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec.</p> +<p class="i2">278 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa victoire de Lonato. 283-286.</p> +<p class="i2">De Castiglione. 288 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.</p> +<p class="i2">Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.</p> +<p class="i2">Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.</p> +<p class="i2">Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec</p> +<p class="i2">le pape. 345-351.</p> +<p class="i2">Il organise la république cispadane. 352 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.</p> +<p class="i2">Détails militaires. 255-364-367-379.</p> +<p class="i2">Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à</p> +<p class="i2">l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423.</p> +<p class="i2">Il prend Mantoue. 425 et suiv.</p> +<p class="i2">Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de</p> +<p class="i2">Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape</p> +<p class="i2">le traité de Tolentino, IX, 50-55.</p> +<p class="i2">Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56.</p> +<p class="i2">Il négocie inutilement avec Venise. 58-60.</p> +<p class="i2">Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.</p> +<p class="i2">60-67.</p> +<p class="i2">Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement</p> +<p class="i2">une lettre menaçante. 79-86.</p> +<p class="i2">Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à</p> +<p class="i2">Léoben. 86-90.</p> +<p class="i2">Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102.</p> +<p class="i2">Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa</p> +<p class="i2">conduite politique et militaire. 116-131.</p> +<p class="i2">Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194.</p> +<p class="i2">Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire</p> +<p class="i2">les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben.</p> +<p class="i2">230-235.</p> +<p class="i2">Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son</p> +<p class="i2">mécontentement. 311 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318.</p> +<p class="i2">Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et</p> +<p class="i2">les Grisons. 321-322.</p> +<p class="i2">Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323.</p> +<p class="i2">Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326.</p> +<p class="i2">Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues</p> +<p class="i2">avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335.</p> +<p class="i2">Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339.</p> +<p class="i2">Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les</p> +<p class="i2">affaires de ce pays. 339 et suiv.</p> +<p class="i2">Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.</p> +<p class="i2">Fête. 343-350.</p> +<p class="i2">Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.</p> +<p class="i2">Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour</p> +<p class="i2">cette expédition. 362 et suiv.</p> +<p class="i2">Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée.</p> +<p class="i2">Détails sur les préparatifs. 408-419.</p> +<p class="i2">Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.</p> +<p class="i2">Il s'empare de l'île de Malte. 4-8.</p> +<p class="i2">Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13.</p> +<p class="i2">Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours</p> +<p class="i2">à ses soldats. 23-27.</p> +<p class="i2">Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv.</p> +<p class="i2">Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations</p> +<p class="i2">politiques et militaires. 42 et suiv.</p> +<p class="i2">Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv.</p> +<p class="i2">Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58.</p> +<p class="i2">Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,</p> +<p class="i2">et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.</p> +<p class="i2">Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.</p> +<p class="i2">Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante</p> +<p class="i2">victoire sur les Turcs. 300-304-310.</p> +<p class="i2">Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France.</p> +<p class="i2">311-312.</p> +<p class="i2">Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous</p> +<p class="i2">les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour</p> +<p class="i2">renverser la constitution directoriale. 345-350.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan.</p> +<p class="i2">353-356 et suiv.</p> +<p class="i2">Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p> +<p class="i2">Est nommé consul provisoire. 383-384.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91.</p> +<p class="i2"> Il est blessé à mort. V, 121.</p> +<p class="i2"> Fait délivrer les prisonniers. 122.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202.</p> +<p class="i2">Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248.</p> +<p class="i2">Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289.</p> +<p class="i2">Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de</p> +<p class="i2">Fuite du roi. 294-295.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79.</p> +<p class="i2">État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.</p> +<p class="i2">Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. De nouveaux</p> +<p class="i2">Troubles s'y préparent. 263 et suiv.</p> +<p class="i2">Expédition de Quiberon. 269-275-318.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12.</p> +<p class="i2">Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16.</p> +<p class="i2">Il négocie avec le parlement. 17.</p> +<p class="i2">Ses embarras. 19.</p> +<p class="i2">Se retire du ministère. 23.</p> +<p class="i2">On brûle son effigie. 35.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute</p> +<p class="i2">la France. I, 122-123.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des</p> +<p class="i2">troupes. I, 82.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BROTTIER. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3.</p> +<p class="i2">Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X.</p> +<p class="i2">353-356-359-373.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce</p> +<p class="i2">prince. II, 217.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10.</p> +<p class="i2">Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les</p> +<p class="i2">notables. 11.</p> +<p class="i2">Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des</p> +<p class="i2">troubles. 220.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.</p> +<p class="i2">Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France.</p> +<p class="i2">IX, 334 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un</p> +<p class="i2">taux infiniment modique. I, 189.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391.</p> +<p class="i2">Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv.</p> +<p class="i2">Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public.</p> +<p class="i2">VII, 99 et suiv.</p> +<p class="i2">On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234.</p> +<p class="i2">Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé.</p> +<p class="i2">VIII, 10 et suiv.</p> +<p class="i2">Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv.</p> +<p class="i2">Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.</p> +<p class="i2">Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.</p> +<p class="i2">Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du</p> +<p class="i2">directoire. 259-261.</p> +<p class="i2">Prend la fuite le 18 fructidor. 278.</p> +<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148.</p> +<p class="i2">Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374.</p> +<p class="i2">Est condamné à mort. 394-395.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI,</p> +<p class="i2">109-111.</p> +<p class="i2">Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour</p> +<p class="i2">s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75.</p> +<p class="i2">Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires</p> +<p class="i2">dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113.</p> +<p class="i2">Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.</p> +<p class="i2">Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129.</p> +<p class="i2">Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le</p> +<p class="i2">Nouveau directoire. 242.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour</p> +<p class="i2">enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit</p> +<p class="i2">convenu. II, 191-192.</p> +<p class="i2">Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux</p> +<p class="i2">instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV,</p> +<p class="i2">89-90.</p> +<p class="i2">Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix.</p> +<p class="i2">VII, 139-142-145.</p> +<p class="i2">Sa réception triomphale à Nantes. 146.</p> +<p class="i2">Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations</p> +<p class="i2">avec les princes et les émigrés. 162-163.</p> +<p class="i2">Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26.</p> +<p class="i2">Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.</p> +<p class="i2">Est pris et fusillé. 135-136.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de</p> +<p class="i2">l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123.</p> +<p class="i2">Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa marche contre Jourdan. 300.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature</p> +<p class="i2">municipale. IV, 279.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. V, 372 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa condamnation et sa mort. 415.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus</p> +<p class="i2">capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9</p> +<p class="i2">thermidor. VII, 185-188.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318.</p> +<p class="i2">Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv.</p> +<p class="i2">Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86.</p> +<p class="i2">Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359.</p> +<p class="i2">Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice</p> +<p class="i2">qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45.</p> +<p class="i2">(Voyez <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.)</p> +<p class="i2">Vote sa réunion aux communes. 59.</p> +<p class="i2">La majorité du clergé se réunit aux communes. 65.</p> +<p class="i2">Il abdique ses priviléges. 125.</p> +<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 192.</p> +<p class="i2">Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.</p> +<p class="i2">Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile.</p> +<p class="i2">233 et suiv.</p> +<p class="i2">Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce</p> +<p class="i2">refus. 257-238.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de</p> +<p class="i2">l'opposition du corps législatif. IX, 16-17.</p> +<p class="i2">Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix.</p> +<p class="i2">Diverses propositions faites au corps législatif. 151 et suiv.</p> +<p class="i2">Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv.</p> +<p class="i2">Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv.</p> +<p class="i2">(Voyez <i>Royalistes</i>.)</p> +<p class="i2">Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés</p> +<p class="i2">par le directoire. 203 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche.</p> +<p class="i2">213 et suiv.</p> +<p class="i2">Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du</p> +<p class="i2">directoire. 266 et suiv.</p> +<p class="i2">Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée</p> +<p class="i2">à faire partie de la fédération. I, 235.</p> +<p class="i2">Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Il est exclu de la société des jacobins. 228.</p> +<p class="i2">Est arrêté. 372.</p> +<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33.</p> +<p class="i2">Club breton. 119.</p> +<p class="i2">Leur importance augmente. 213.</p> +<p class="i2">Ils deviennent dominateurs. II, 12.</p> +<p class="i2">Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait</p> +<p class="i2">permise. IX, 218-219.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI,</p> +<p class="i2">264-265.</p> +<p class="i2">Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution</p> +<p class="i2">de la municipalité de Paris, etc. 343-345.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv.</p> +<p class="i2">Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv.</p> +<p class="i2">Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238</p> +<p class="i2">État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.</p> +<p class="i2">Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes</p> +<p class="i2">français. 326 et suiv.</p> +<p class="i2">Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts.</p> +<p class="i2">X, 141 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.</p> +<p class="i2">Suite de cette communication. 71.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263.</p> +<p class="i2">Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le</p> +<p class="i2">nord. VI, 62.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.</p> +<p class="i2">Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv.</p> +<p class="i2">Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15</p> +<p class="i2">et 16 ventôse. 362 et suiv. 370.</p> +<p class="i2">Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289.</p> +<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p> +<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p> +<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie</p> +<p class="i2">prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects</p> +<p class="i2">et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les</p> +<p class="i2">moyens de salut public. II, 307-308.</p> +<p class="i2">Pourquoi il fut établi. III, 296.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce</p> +<p class="i2">que c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48.</p> +<p class="i2">Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour</p> +<p class="i2">remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.</p> +<p class="i2">Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution.</p> +<p class="i2">194.</p> +<p class="i2">Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens.</p> +<p class="i2">202-203.</p> +<p class="i2">Ses attributions. 276-277.</p> +<p class="i2">Il perd sa popularité. 281-282.</p> +<p class="i2">On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282.</p> +<p class="i2">Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.</p> +<p class="i2">Sa politique en décembre 93. 231 et suiv.</p> +<p class="i2">Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Rend des décrets relatifs aux détenus. 359.</p> +<p class="i2">Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.</p> +<p class="i2">Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre</p> +<p class="i2">en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.</p> +<p class="i2">Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés</p> +<p class="i2">sectionnaires, etc. 9 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.</p> +<p class="i2">Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de</p> +<p class="i2">sûreté générale. 111 et suiv.</p> +<p class="i2">Les divisions continuent. 128-131 et suiv.</p> +<p class="i2">Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du</p> +<p class="i2">pouvoir. 157-159.</p> +<p class="i2">Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164.</p> +<p class="i2">Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239.</p> +<p class="i2">Nouvelle épuration. 289-290.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190.</p> +<p class="i2">En communication avec Pétion. 191.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor.</p> +<p class="i2">VI, 238.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276.</p> +<p class="i2">Il fait exécuter des arrestations. 306-307.</p> +<p class="i2">On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.</p> +<p class="i2">Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le</p> +<p class="i2">meurtre des prisonniers. 337 et suiv.</p> +<p class="i2">Ordonne des arrestations. III, 4.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et</p> +<p class="i2">les départemens. VI, 258.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI,</p> +<p class="i2">237-238.</p> +<p class="i2">Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv.</p> +<p class="i2">Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute</p> +<p class="i2">la France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de</p> +<p class="i2">salut public. II, 159 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut</p> +<p class="i2">public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275.</p> +<p class="i2">Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.</p> +<p class="i2">Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50.</p> +<p class="i2">Ses membres sont renouvelés. 82.</p> +<p class="i2">Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345.</p> +<p class="i2">Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion</p> +<p class="i2">de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.</p> +<p class="i2">Soumet ses registres à la convention. 64.</p> +<p class="i2">Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur</p> +<p class="i2">les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv.</p> +<p class="i2">Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies</p> +<p class="i2">dont elle est l'objet. 126-127.</p> +<p class="i2">Hébert y est couronné. 138-139.</p> +<p class="i2">Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai.</p> +<p class="i2">147 et suiv.</p> +<p class="i2">Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la</p> +<p class="i2">convention. 156 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration</p> +<p class="i2">intérieure. 279.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X,</p> +<p class="i2">98-101.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30</p> +<p class="i2">prairial an VII. X, 350.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II,</p> +<p class="i2">263.</p> +<p class="i2">Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.</p> +<p class="i2">Sa nouvelle organisation. III, 50-52.</p> +<p class="i2">Il est aboli. VI, 10.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de</p> +<p class="i2">l'an III. VII, 334-335.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la</p> +<p class="i2">constitution de l'an III. VII, 334.</p> +<p class="i2">Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées</p> +<p class="i2">ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX,</p> +<p class="i2">158-162 et suiv.</p> +<p class="i2">Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en</p> +<p class="i2">danger. X, 279-281.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes</p> +<p class="i2">de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv.</p> +<p class="i2">Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée</p> +<p class="i2">du lieu de leurs séances. 279-280.</p> +<p class="i2">Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à</p> +<p class="i2">l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration</p> +<p class="i2">royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et</p> +<p class="i2">condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des</p> +<p class="i2">journalistes, etc. 280-281-284-285.</p> +<p class="i2">Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.</p> +<p class="i2">VIII, 105-106.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers;</p> +<p class="i2">obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv.</p> +<p class="i2">Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce</p> +<p class="i2">projet sont adoptées. Réflexions. I, 232-233.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.</p> +<p class="i2">Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention.</p> +<p class="i2">243-244.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses</p> +<p class="i2">principales dispositions. VII, 332-337.</p> +<p class="i2">Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France.</p> +<p class="i2">346-347.</p> +<p class="i2">État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv.</p> +<p class="i2">Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives</p> +<p class="i2">dans le midi de la France. VII, 178-182 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle déclare la royauté abolie en France. 25.</p> +<p class="i2">Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46.</p> +<p class="i2">Se partage en divers comités. 52-53.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les</p> +<p class="i2">formes du jugement de Louis XVI. 107-108.</p> +<p class="i2">Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195.</p> +<p class="i2">Discussions sur les formes du procès. <i>Ibid.</i> et suiv.</p> +<p class="i2">Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv.</p> +<p class="i2">Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi.</p> +<p class="i2">247-248-256.</p> +<p class="i2">Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258.</p> +<p class="i2">Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rend divers décrets. 333-334.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343.</p> +<p class="i2">Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et</p> +<p class="i2">extérieure. IV, 23 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la</p> +<p class="i2">famille d'Orléans. 38-39.</p> +<p class="i2">Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes</p> +<p class="i2">de la commune. 61 et suiv.</p> +<p class="i2">Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et</p> +<p class="i2">de Lyon. 108-109.</p> +<p class="i2">Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle nomme une commission de douze membres pour observer les</p> +<p class="i2">actes de la commune et protéger la représentation nationale. 114.</p> +<p class="i2">Cette commission informe contre la commune et fait quelques</p> +<p class="i2">arrestations. 122-125.</p> +<p class="i2">Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions</p> +<p class="i2">des sections armées. 128 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.</p> +<p class="i2">Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137.</p> +<p class="i2">Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le</p> +<p class="i2">3l mai. 164.</p> +<p class="i2">Courte séance du 1er juin. 173.</p> +<p class="i2">Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.</p> +<p class="i2">Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177.</p> +<p class="i2">Plusieurs députés sont maltraités. 180.</p> +<p class="i2">Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182.</p> +<p class="i2">Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183.</p> +<p class="i2">Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194.</p> +<p class="i2">Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205.</p> +<p class="i2">Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les</p> +<p class="i2">fédéralistes. 240-241.</p> +<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243.</p> +<p class="i2">Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et</p> +<p class="i2">les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle décrète la levée en masse. 261-262.</p> +<p class="i2">Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les</p> +<p class="i2">Bourbons. 288-391-394-395.</p> +<p class="i2">Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.</p> +<p class="i2">394.</p> +<p class="i2">Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96.</p> +<p class="i2">Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité</p> +<p class="i2">de salut public. 113-122 et suiv.</p> +<p class="i2">Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les</p> +<p class="i2">menacent. 158-160.</p> +<p class="i2">Séance du 9 thermidor. 203-211.</p> +<p class="i2">Suite de la séance. 217 et suiv.</p> +<p class="i2">Rapport de la loi du 22 prairial. 240.</p> +<p class="i2">Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv.</p> +<p class="i2">Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de</p> +<p class="i2">Versailles). 281 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la</p> +<p class="i2">république. 291-292.</p> +<p class="i2">Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv.</p> +<p class="i2">Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv.</p> +<p class="i2">Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357.</p> +<p class="i2">Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien</p> +<p class="i2">gouvernement. 360 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à</p> +<p class="i2">l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv.</p> +<p class="i2">Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la</p> +<p class="i2">convention. 371-372.</p> +<p class="i2">Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.</p> +<p class="i2">376 et suiv.</p> +<p class="i2">Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794,</p> +<p class="i2">383-386 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente</p> +<p class="i2">à ce sujet. VII, 77 et suiv.</p> +<p class="i2">Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens</p> +<p class="i2">membres du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en</p> +<p class="i2">demandant du pain. 102 et suiv.</p> +<p class="i2">Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de</p> +<p class="i2">déportation contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc.</p> +<p class="i2">Désarmement des patriotes. 108-116 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste</p> +<p class="i2">amenée par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv.</p> +<p class="i2">Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes</p> +<p class="i2">diverses, etc. (Voy. <i>Prairial</i>.) Elle ordonne l'arrestation de</p> +<p class="i2">plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv.</p> +<p class="i2">Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337.</p> +<p class="i2">Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau</p> +<p class="i2">corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix.</p> +<p class="i2">338. (Voy. <i>Décrets</i>.)</p> +<p class="i2">Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour</p> +<p class="i2">l'élection des nouveaux représentans. 347.</p> +<p class="i2">Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les</p> +<p class="i2">sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.</p> +<p class="i2">Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13</p> +<p class="i2">vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée.</p> +<p class="i2">379-385.</p> +<p class="i2">Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions.</p> +<p class="i2">385-388.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son</p> +<p class="i2">enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262.</p> +<p class="i2">Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des</p> +<p class="i2">anarchistes. 262.</p> +<p class="i2">Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.</p> +<p class="i2">On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266.</p> +<p class="i2">Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à</p> +<p class="i2">Barbaroux. Son supplice. 269-272.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des</p> +<p class="i2">jacobins. II, 14.</p> +<p class="i2">Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en</p> +<p class="i2">Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées.</p> +<p class="i2">VII, 34-35.</p> +<p class="i2">Ses intrigues politiques. 225 et suiv.</p> +<p class="i2">Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv.</p> +<p class="i2">Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv.</p> +<p class="i2">Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la</p> +<p class="i2">paix. Son entrée à Rennes. 159-161.</p> +<p class="i2">Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.</p> +<p class="i2">Est déporté. VIII, 51.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les</p> +<p class="i2">élections de l'an V. IX, 153 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient</p> +<p class="i2">dans l'assemblée législative. II, 10-11.</p> +<p class="i2">Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur</p> +<p class="i2">ouverture au 1er mai 1789. I. 23.</p> +<p class="i2">Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.</p> +<p class="i2">Projette de conduire le roi à Metz. 159.</p> +<p class="i2">Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses plans de contre-révolution. 206-207.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182.</p> +<p class="i2">Est nommé membre du comité de salut public. 296.</p> +<p class="i2">Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations</p> +<p class="i2">contre Lyon. V, 85.</p> +<p class="i2">Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv.</p> +<p class="i2">S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.</p> +<p class="i2">Défend à la tribune les actes du comité. 125.</p> +<p class="i2">Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre</p> +<p class="i2">de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre</p> +<p class="i2">soixante membres de la Convention. 133-134.</p> +<p class="i2">Ses paroles aux Jacobins. 185.</p> +<p class="i2">Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par</p> +<p class="i2">Robespierre, le 8 thermidor. 194.</p> +<p class="i2">Sa proposition aux Jacobins. 198.</p> +<p class="i2">Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210.</p> +<p class="i2">Est mis hors la loi avec ses complices. 219.</p> +<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la <i>Raison</i> est</p> +<p class="i2">institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.</p> +<p class="i2">La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la <i>Raison</i></p> +<p class="i2">est aboli. 230.</p> +<p class="i2">Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion.</p> +<p class="i2">Réflexions à ce sujet. VI, 17-21.</p> +<p class="i2">Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv.</p> +<p class="i2">La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103.</p> +<p class="i2">Il est battu en mai 93. 220-221.</p> +<p class="i2">Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V,</p> +<p class="i2">69-72-77-78.</p> + </div><div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p>DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après</p> +<p class="i2">la défection de Dumouriez. IV, 43-44.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.</p> +<p class="i2">Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.</p> +<p class="i2">Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235.</p> +<p class="i2">Il est un des acteurs du 10 août. 262.</p> +<p class="i2">Est nommé ministre de la justice. 264.</p> +<p class="i2">Exposition de ses plans après le 10 août. 273.</p> +<p class="i2">Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris.</p> +<p class="i2">303 et suiv.</p> +<p class="i2">Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304.</p> +<p class="i2">Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses</p> +<p class="i2">ennemis. <i>Ibid.</i></p> +<p class="i2">Il veut faire peur aux royalistes. 309.</p> +<p class="i2">A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on</p> +<p class="i2">sonnera le tocsin. 312-313.</p> +<p class="i2">Il est nommé député à la Convention. III, 9.</p> +<p class="i2">Fait diverses motions à la convention. 32-33.</p> +<p class="i2">Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus</p> +<p class="i2">pris dans le sein de la convention. 50.</p> +<p class="i2">Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330.</p> +<p class="i2">Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22.</p> +<p class="i2">Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris,</p> +<p class="i2">l'autre pour la Vendée. 99.</p> +<p class="i2">On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins.</p> +<p class="i2">Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa</p> +<p class="i2">popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv.</p> +<p class="i2">Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66.</p> +<p class="i2">Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211.</p> +<p class="i2">Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.</p> +<p class="i2">Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public.</p> +<p class="i2">383-386.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389.</p> +<p class="i2">Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv.</p> +<p class="i2">Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis</p> +<p class="i2">prisonniers. 394 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails de son procès et sa mort. 394-412.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354.</p> +<p class="i2">Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. VII, 235.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre</p> +<p class="i2">la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à</p> +<p class="i2">Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190.</p> +<p class="i2">Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du</p> +<p class="i2">camp de 20,000 hommes. II, 156.</p> +<p class="i2">Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les</p> +<p class="i2">divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.</p> +<p class="i2">Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95.</p> +<p class="i2">Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après</p> +<p class="i2">le 31 mai. 196 et suiv.</p> +<p class="i2">Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.</p> +<p class="i2">Suite du même sujet. 206 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223.</p> +<p class="i2">Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des</p> +<p class="i2">fédéralistes. 246-249.</p> +<p class="i2">Ils sont presque tous soumis. 259-260.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la</p> +<p class="i2">convention. III, 9-10.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se</p> +<p class="i2">répandent dans les départemens. IV, 198-199.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220.</p> +<p class="i2">Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.</p> +<p class="i2">Son influence au Palais-Royal. 144-145.</p> +<p class="i2">Il présente une pétition très hardie. II, 31.</p> +<p class="i2">Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9.</p> +<p class="i2">Passe pour un modéré. IV, 286.</p> +<p class="i2">Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la</p> +<p class="i2">défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde.</p> +<p class="i2">287-288.</p> +<p class="i2">Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229.</p> +<p class="i2">Il fait son journal, <i>le Vieux Cordelier</i>. 307-308.</p> +<p class="i2">Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv.</p> +<p class="i2">Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. 388-389.</p> +<p class="i2">Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15.</p> +<p class="i2">Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à</p> +<p class="i2">restreindre sa juridiction, 19-20.</p> +<p class="i2">Il est arrêté en plein parlement. 22.</p> +<p class="i2">Il propose de faire décréter le tiers-état. 70.</p> +<p class="i2">Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son</p> +<p class="i2">caractère. Sa lettre à la reine. I, 160.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est </p> +<p class="i2">décrété par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DILLON. Son projet de retraite. II, 341.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv.</p> +<p class="i2">L'abolition est décrétée. 132.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII,</p> +<p class="i2">335.</p> +<p class="i2">Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11.</p> +<p class="i2">Situation dangereuse du directoire au commencement de son</p> +<p class="i2">administration. 12 et suiv.</p> +<p class="i2">Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs</p> +<p class="i2">financiers. 13-15 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.</p> +<p class="i2">Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le</p> +<p class="i2">partagent. 48 et suiv.</p> +<p class="i2">Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses plans militaires. 123 et suiv.</p> +<p class="i2">Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite. 356 et suiv.</p> +<p class="i2">Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359.</p> +<p class="i2">Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390.</p> +<p class="i2">Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.</p> +<p class="i2">Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.</p> +<p class="i2">Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour</p> +<p class="i2">l'an V. 150-151 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte</p> +<p class="i2">le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv.</p> +<p class="i2">Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte</p> +<p class="i2">d'Entraigues. 182-183 et suiv.</p> +<p class="i2">Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux</p> +<p class="i2">des conseils. 184 et suiv.</p> +<p class="i2">Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution</p> +<p class="i2">de faire un coup d'état. 185-188 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.</p> +<p class="i2">188 et suiv.; dans les armées. 190.</p> +<p class="i2">Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;</p> +<p class="i2">de celle du Rhin 194 et suiv.;</p> +<p class="i2">de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.</p> +<p class="i2">Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet</p> +<p class="i2">de la réorganisation du ministère. 200 et suiv.</p> +<p class="i2">Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations</p> +<p class="i2">commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des</p> +<p class="i2">mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv.</p> +<p class="i2">Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet</p> +<p class="i2">de la marche de Hoche. 250 et suiv.</p> +<p class="i2">Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18</p> +<p class="i2">fructidor. 270-272 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le</p> +<p class="i2">résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv.</p> +<p class="i2">Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.</p> +<p class="i2">Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une</p> +<p class="i2">puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv.</p> +<p class="i2">Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux</p> +<p class="i2">directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv.</p> +<p class="i2">Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.</p> +<p class="i2">Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.</p> +<p class="i2">Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en</p> +<p class="i2">Suisse. 393 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques</p> +<p class="i2">italiennes. X, 87-88 et suiv.</p> +<p class="i2">Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez</p> +<p class="i2"><i>Conscription.</i>)</p> +<p class="i2">Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en</p> +<p class="i2">Italie. 126 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.</p> +<p class="i2">Généraux qu'il nomme. 138 et suiv.</p> +<p class="i2">Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759.</p> +<p class="i2">Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.</p> +<p class="i2">Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187.</p> +<p class="i2">Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie.</p> +<p class="i2">(An VII.) 220 et suiv.</p> +<p class="i2">Division entre les directeurs. 223-224.</p> +<p class="i2">Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.</p> +<p class="i2">Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238.</p> +<p class="i2">Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses premiers actes. 242 et suiv.</p> +<p class="i2">Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.</p> +<p class="i2">245-250.</p> +<p class="i2">Ses plans de guerre. 251 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa lutte avec les patriotes. (Voyez <i>Patriotes</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166.</p> +<p class="i2">Après la seconde loi du <i>maximum</i> la disette continue. Mesures</p> +<p class="i2">que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv.</p> +<p class="i2">Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage</p> +<p class="i2">manquent à Paris. VII, 51 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite du même sujet. 73 et suiv.</p> +<p class="i2">Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et</p> +<p class="i2">soulèvemens populaires. 79 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DIX AOÛT. II, 234 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.</p> +<p class="i2">Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur</p> +<p class="i2">abolition. 128-129.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à</p> +<p class="i2">Varennes. I. 285-286.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre.</p> +<p class="i2">X, 281.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le</p> +<p class="i2">bannissement. III, 254.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre.</p> +<p class="i2">II, 58 et suiv.</p> +<p class="i2">Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.</p> +<p class="i2">Extrait de ses mémoires, <i>Ibid.</i></p> +<p class="i2">Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations.</p> +<p class="i2">82-85.</p> +<p class="i2">Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91.</p> +<p class="i2">Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105.</p> +<p class="i2">Il donne sa démission. 105-106.</p> +<p class="i2">Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291.</p> +<p class="i2">Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297.</p> +<p class="i2">Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.</p> +<p class="i2">Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la</p> +<p class="i2">France. 345 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne.</p> +<p class="i2">356 et suiv.</p> +<p class="i2">Il écrit à l'assemblée nationale. 359.</p> +<p class="i2">Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv.</p> +<p class="i2">Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376.</p> +<p class="i2">Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.</p> +<p class="i2">Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79.</p> +<p class="i2">Repart pour l'armée. 81.</p> +<p class="i2">Ses plans militaires. 109 et suiv.</p> +<p class="i2">Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.</p> +<p class="i2">Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.</p> +<p class="i2">Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.</p> +<p class="i2">134 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv.</p> +<p class="i2">Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le</p> +<p class="i2">gouvernement. 328-329.</p> +<p class="i2">Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes</p> +<p class="i2">militaires. IV, 2.</p> +<p class="i2">Il négocie avec l'ennemi. 13.</p> +<p class="i2">Ses projets politiques. 14-16.</p> +<p class="i2">Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv.</p> +<p class="i2">Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv.</p> +<p class="i2">Est mandé à la barre de la convention. 31.</p> +<p class="i2">Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.</p> +<p class="i2">Plusieurs de ses projets échouent. 33.</p> +<p class="i2">Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35.</p> +<p class="i2">Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37.</p> +<p class="i2">Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.</p> +<p class="i2">Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUPORT. Son caractère. I, 15.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>DUVERNE DE PRESLE. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p>EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.</p> +<p class="i2"> Ses paroles sur l'échafaud. 270.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au</p> +<p class="i2">directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419.</p> +<p class="i2">État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3.</p> +<p class="i2">Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.</p> +<p class="i2">Entrée à Alexandrie. 12-13.</p> +<p class="i2">Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22.</p> +<p class="i2">Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des</p> +<p class="i2">soldats.</p> +<p class="i2">Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de</p> +<p class="i2">l'ennemi près du Caire. 28-31-36.</p> +<p class="i2">Bataille des Pyramides. 36-41.</p> +<p class="i2">Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50.</p> +<p class="i2">Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.</p> +<p class="i2">Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman.</p> +<p class="i2">286-288.</p> +<p class="i2">Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.</p> +<p class="i2">290-291 et suiv.</p> +<p class="i2">Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du</p> +<p class="i2">Mont-Thabor. 292-297.</p> +<p class="i2">Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90.</p> +<p class="i2">Il est tué à Cholet. V, 121-124.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.</p> +<p class="i2">I, 87.</p> +<p class="i2">Ordonnent la convocation des districts. 88.</p> +<p class="i2">Composent une municipalité. <i>Ibid.</i></p> +<p class="i2">Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.</p> +<p class="i2">Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.</p> +<p class="i2">Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37.</p> +<p class="i2">Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192.</p> +<p class="i2">—Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la</p> +<p class="i4">convention. III, 8 et suiv.</p> +<p class="i2">—Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,</p> +<p class="i4">33-36.</p> +<p class="i2">—De l'an V. 146 et suiv.</p> +<p class="i2">—De l'an VI. 404 et suiv.</p> +<p class="i2">—De l'an VII. X, 183.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264.</p> +<p class="i2">Loi portée sur l'émigration. 268-269.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable.</p> +<p class="i2">I, 178.</p> +<p class="i2">Ils lèvent des corps au nom du roi. 295.</p> +<p class="i2">Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence</p> +<p class="i2">avec la cour. II, 20-21 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv.</p> +<p class="i2">Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux</p> +<p class="i2">biens des émigrés. VIII, 89-90</p> + </div><div class="stanza"> +<p>EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode</p> +<p class="i2">de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est fermé, 401.</p> +<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X,</p> +<p class="i2">246.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319.</p> +<p class="i2">Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14.</p> +<p class="i2">Renvoyés à cinq ans. 17.</p> +<p class="i2">Convoqués. 23.</p> +<p class="i2">Leur ouverture. 44.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et</p> +<p class="i2">détails. VI, 115-118.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ETTLINGEN. (Voy. <i>Rastadt</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances</p> +<p class="i2">étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.</p> +<p class="i2">Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après</p> +<p class="i2">la fuite du roi à Varennes. 295-296.</p> +<p class="i2">—Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II,</p> +<p class="i4">18-19.</p> +<p class="i2">—Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10</p> +<p class="i4">août. II, 292 et suiv.</p> +<p class="i2">—Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271</p> +<p class="i4">et suiv.</p> +<p class="i2">Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.</p> +<p class="i2">—État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.</p> +<p class="i2">—Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122</p> +<p class="i4">et suiv.</p> +<p class="i2">—État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.</p> +<p class="i2">—Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle</p> +<p class="i4">coalition contre la France. X, 62 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.</p> +<p class="i2">Il s'y tient une assemblée. 138.</p> +<p class="i2">On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des</p> +<p class="i2">moyens de salut public. 139.</p> +<p class="i2">On y délibère sur une insurrection. 141-142.</p> +<p class="i2">Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145.</p> +<p class="i2">Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI,</p> +<p class="i2">134-138 et suiv.</p> +<p class="i2">Commandées à Nantes par Carrier. 144-148;</p> +<p class="i2">à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras</p> +<p class="i2">et Maignet. 148-149;</p> +<p class="i2">dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.</p> +<p class="i2">Ressentiment et indignation que la <i>terreur</i> fait naître. 153.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre</p> +<p class="i2">l'assemblée.</p> +<p class="i2">Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la</p> +<p class="i2">municipalité. I, 234.</p> +<p class="i2">La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.</p> +<p class="i2">Description de la fête. <i>Ibid.</i></p> +<p class="i2">Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les</p> +<p class="i2">révoltés du 1er prairial. VII, 209-211.</p> +<p class="i2">Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet</p> +<p class="i2">événement. 229 et suiv.</p> +<p class="i2">Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son</p> +<p class="i2">éloge est prononcé par Louvet. 236 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.</p> +<p class="i2">Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14.</p> +<p class="i2">Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313</p> +<p class="i2">et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv.</p> +<p class="i2">État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre.</p> +<p class="i2">IV, 369 et suiv. 383.</p> +<p class="i2">État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv.</p> +<p class="i2">État et organisation des finances au commencement de 1794. VI,</p> +<p class="i2">88-90 et suiv.</p> +<p class="i2">État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv.</p> +<p class="i2">Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises</p> +<p class="i2">par la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv.</p> +<p class="i2">Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions</p> +<p class="i2">sur diverses questions des finances. 106 et suiv.</p> +<p class="i2">Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.</p> +<p class="i2">Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour</p> +<p class="i2">entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du</p> +<p class="i2">trésor public. IX, 165 et suiv.</p> +<p class="i2">Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce</p> +<p class="i2">projet. Les anciens les rejettent. 172-173.</p> +<p class="i2">Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor.</p> +<p class="i2">Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.</p> +<p class="i2">Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.</p> +<p class="i2">Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la</p> +<p class="i2">campagne de 1799. 130-131.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.</p> +<p class="i2">Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de</p> +<p class="i2">pistolet. 98-99.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la</p> +<p class="i2">bataille. VI, 169-175 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93.</p> +<p class="i2">Nommé ministre de la police. 272.</p> +<p class="i2">Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355.</p> +<p class="i2">Il tait la conjuration aux directeurs. 359.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de</p> +<p class="i2">Lafayette. I, 113-114.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI,</p> +<p class="i2">137-138 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est mis en accusation. 240.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à</p> +<p class="i2">l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.</p> +<p class="i2">Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123.</p> +<p class="i2">État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv.</p> +<p class="i2">État des esprits et situation politique au commencement de l'année</p> +<p class="i2">1790. 192 et suiv.</p> +<p class="i2">Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.</p> +<p class="i2">Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.</p> +<p class="i2">État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la</p> +<p class="i2">retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv.</p> +<p class="i2">Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens.</p> +<p class="i2">IX, 270-287.</p> +<p class="i2">Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.</p> +<p class="i2">Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280.</p> +<p class="i2">Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que</p> +<p class="i2">demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés</p> +<p class="i2">à la déportation. 280-288.</p> +<p class="i2">Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son</p> +<p class="i2">discours IV, 130 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à</p> +<p class="i2">Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa</p> +<p class="i2">destination. III, 6-7.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde</p> +<p class="i2">nationale, et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.</p> +<p class="i2">Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la</p> +<p class="i2">garde nationale. IX, 276 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de</p> +<p class="i2">l'Ouest. II, 26-27.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GEORGES (Saint-). Voy <i>Bassano</i>.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la</p> +<p class="i2">seule religion de l'État. I, 208.</p> +<p class="i2">Il retire sa proposition. 209.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en</p> +<p class="i2">sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII,</p> +<p class="i2">106-124.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative.</p> +<p class="i2">II, 11-13.</p> +<p class="i2">Ils dominent dans le ministère. 62-82.</p> +<p class="i2">Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur position à la convention. III, 19 et suiv.</p> +<p class="i2">Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.</p> +<p class="i2">Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.</p> +<p class="i2">Essai de rapprochement et rupture. 21-22.</p> +<p class="i2">Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147.</p> +<p class="i2">Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.</p> +<p class="i2">Sont mis en état d'arrestation. 189-190.</p> +<p class="i2">Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres</p> +<p class="i2">sont mis en état d'arrestation. V, 78-79.</p> +<p class="i2">Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la</p> +<p class="i2">parole. 152-163.</p> +<p class="i2">Ils sont condamnés et exécutés. 164-167.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232.</p> +<p class="i2">Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338.</p> +<p class="i2">Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338.</p> +<p class="i2">Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346.</p> +<p class="i2">Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a</p> +<p class="i2">pas l'âge nécessaire. 348.</p> +<p class="i2">Altercation avec Bonaparte. 371-372.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GORSAS. Son arrestation. III, 305.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires.</p> +<p class="i2">V, 128 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93.</p> +<p class="i2">Ses avantages financiers. IV, 371 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290.</p> +<p> Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment.</p> +<p class="i2">IV, 109-110.</p> +<p class="i2">Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la</p> +<p class="i2">convention à Bourges. 112-113.</p> +<p class="i2">Son courage à la convention le 31 mai. 157-158.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78.</p> +<p class="i2">Échec du général Rochambeau. 78 et suiv.</p> +<p class="i2">État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.</p> +<p class="i2">Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv.</p> +<p class="i2">Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.</p> +<p class="i2">Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.</p> +<p class="i2">IV, 103 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.</p> +<p class="i2">État de l'armée du Nord: <i>ibid.</i>;</p> +<p class="i2">de l'armée de la Moselle: 218;</p> +<p class="i2">du Rhin: <i>ibid.</i>;</p> +<p class="i2">d'Italie: 223-224;</p> +<p class="i2">des Pyrénées: 226 et suiv.;</p> +<p class="i2">de la Vendée. 229 et suiv.</p> +<p class="i2">Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.</p> +<p class="i2">Siége de Mayence. 309-320.</p> +<p class="i2">Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323.</p> +<p class="i2">Le camp de César est évacué par les Français. 351-352.</p> +<p class="i2">Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv.</p> +<p class="i2">État de l'armée du Rhin. 3-6.</p> +<p class="i2">Commencement du siége de Lyon 6-10.</p> +<p class="i2">Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv.</p> +<p class="i2">Victoire de Hondschoote. 24-25.</p> +<p class="i2">Revers dans le Nord. 27-29.</p> +<p class="i2">Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv.</p> +<p class="i2">Organisation de l'armée de l'Ouest. 68.</p> +<p class="i2">L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87.</p> +<p class="i2">Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107.</p> +<p class="i2">Victoire de Wattignies. 108-109.</p> +<p class="i2">Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.</p> +<p class="i2">Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont</p> +<p class="i2">chassés des frontières. 146-251.</p> +<p class="i2">Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261.</p> +<p class="i2">Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits.</p> +<p class="i2">292 et suiv.</p> +<p class="i2">Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et</p> +<p class="i2">l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49.</p> +<p class="i2">Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56:</p> +<p class="i2">aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;</p> +<p class="i2">au Nord. 60-73.</p> +<p class="i2">Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;</p> +<p class="i2">en Vendée: 74 et suiv.;</p> +<p class="i2">en Bretagne contre les chouans: 75-76;</p> +<p class="i2">aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv.</p> +<p class="i2">Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau</p> +<p class="i2"><i>le Vengeur</i>. 78-82.</p> +<p class="i2">Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv.</p> +<p class="i2">Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille.</p> +<p class="i2">169-175.</p> +<p class="i2">Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.</p> +<p class="i2">Mouvemens de l'armée du Nord.</p> +<p class="i2">Bataille de l'Ourthe. 306-308.</p> +<p class="i2">Bataille de la Roër. 309 et suiv.</p> +<p class="i2">Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.</p> +<p class="i2">Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin,</p> +<p class="i2">commandées par Michaud. 317-318.</p> +<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320.</p> +<p class="i2">Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue.</p> +<p class="i2">VII, 1-7.</p> +<p class="i2">Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv.</p> +<p class="i2">Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout</p> +<p class="i2">le pays. 20 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux</p> +<p class="i2">Pyrénées. 27-29.</p> +<p class="i2">État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv.</p> +<p class="i2">Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le</p> +<p class="i2">Nord. 253-254.</p> +<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.</p> +<p class="i2">Position militaire en Espagne. 257.</p> +<p class="i2">Expédition de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>). 269-311.</p> +<p class="i2">Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.</p> +<p class="i2">Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378.</p> +<p class="i2">Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.</p> +<p class="i2">Perte des lignes de Mayence. 20-22.</p> +<p class="i2">Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin</p> +<p class="i2">de l'an IV. 55 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails de la bataille de Loano. 58-61.</p> +<p class="i2">Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.</p> +<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1795. 76.</p> +<p class="i2">Campagne de 1796. 140-241-278-326.</p> +<p class="i2">État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796.</p> +<p class="i2">141 et suiv.</p> +<p class="i2">Conquête du Piémont. 141-161.</p> +<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p> +<p class="i2">Bataille de Lodi. 178 et suiv.</p> +<p class="i2">Passage du Mincio. 198-200.</p> +<p class="i2">Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217.</p> +<p class="i2">Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.</p> +<p class="i2">Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.</p> +<p class="i2">État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241.</p> +<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272.</p> +<p class="i2">Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279.</p> +<p class="i2">Bataille de Lonato. 283-286.</p> +<p class="i2">Bataille de Castiglione. 288 et suiv.</p> +<p class="i2">Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p> +<p class="i2">L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301.</p> +<p class="i2">Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.</p> +<p class="i2">Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de</p> +<p class="i2">Saint-Georges. 308-312-315.</p> +<p class="i2">Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.</p> +<p class="i2">Retraite. 316-317 et suiv.</p> +<p class="i2">Retraite de Moreau. 321-326.</p> +<p class="i2">Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole.</p> +<p class="i2">355-364-367-370-395.</p> +<p class="i2">Expédition d'Irlande. 379.</p> +<p class="i2">Reddition du fort de Kelb. 404.</p> +<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv.</p> +<p class="i2">Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.</p> +<p class="i2">411-414-423.</p> +<p class="i2">Bataille devant Mantoue ou de la <i>Favorite</i>. 424-425.</p> +<p class="i2">Prise de Mantoue. 425 et suiv.</p> +<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.</p> +<p class="i2">Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de </p> +<p class="i2">Sambre-et-Meuse: IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47.</p> +<p class="i2">L'armée d'Italie est renforcée. 47-48.</p> +<p class="i2">Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.</p> +<p class="i2">Combat de Tarwis. 68-72.</p> +<p class="i2">Marche sur Vienne. 86 et suiv.</p> +<p class="i2">Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103.</p> +<p class="i2">L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une</p> +<p class="i2">seule, et le commandement en est donné à Hoche. 298.</p> +<p class="i2">Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.</p> +<p class="i2">Expédition d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>). Reprise des hostilités en</p> +<p class="i2">l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Manoeuvres de Championnet. <i>Ibid.</i> et suiv.</p> +<p class="i2">Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.</p> +<p class="i2">Conquête du royaume de Naples. 113-119.</p> +<p class="i2">Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre.</p> +<p class="i2">122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.</p> +<p class="i2">Invasion des Grisons par Masséna. 144-145.</p> +<p class="i2">Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.</p> +<p class="i2">Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières</p> +<p class="i2">opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166.</p> +<p class="i2">Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167.</p> +<p class="i2">Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie,</p> +<p class="i2">et occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv.</p> +<p class="i2">Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de</p> +<p class="i2">Cassano. 195-197.</p> +<p class="i2">Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette</p> +<p class="i2">belle opération. 197-204.</p> +<p class="i2">Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.</p> +<p class="i2">Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.</p> +<p class="i2">Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les</p> +<p class="i2">Grandes-Alpes (juillet 1799). 253-254.</p> +<p class="i2">Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.</p> +<p class="i2">Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses</p> +<p class="i2">forces. Bataille de Novi. 256-265.</p> +<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune.</p> +<p class="i2">266-268.</p> +<p class="i2">Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en</p> +<p class="i2">Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.</p> +<p class="i2">Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.</p> +<p class="i2">Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.</p> +<p class="i2">Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126.</p> +<p class="i2">Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371.</p> +<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-377-378-379.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V.</p> +<p class="i2">301-324-379-416.</p> +<p class="i2">Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv.</p> +<p class="i2">Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv.</p> +<p class="i2">Procès et supplice des principaux chefs. 374-379.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HELVÉTIQUE (République). (Voy. <i>Suisse</i>).</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,</p> +<p class="i2">148.</p> +<p class="i2">Fait tirer le canon d'alarme. 150.</p> +<p class="i2">Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394.</p> +<p class="i2"> Son procès et sa mort. 398-412.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150.</p> +<p class="i2">Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. <i>Ibid.</i> et</p> +<p class="i2">suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97.</p> +<p class="i2">Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.</p> +<p class="i2">Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle.</p> +<p class="i2">249.</p> +<p class="i2">Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison</p> +<p class="i2">par ordre de Saint-Just. VI, 60.</p> +<p class="i2">Est élargi. 243.</p> +<p class="i2">Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv.</p> +<p class="i2">Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour</p> +<p class="i2">s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv.</p> +<p class="i2">Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan.</p> +<p class="i2">68-69 et suiv.</p> +<p class="i2">Exécution de ses projets. 72 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126.</p> +<p class="i2">Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à</p> +<p class="i2">les exécuter. 126-127 et suiv.</p> +<p class="i2">Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises.</p> +<p class="i2">138-139.</p> +<p class="i2">Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur</p> +<p class="i2">lui et sur Bonaparte. 244-247.</p> +<p class="i2">Conseille une expédition en Irlande. 265.</p> +<p class="i2">Son expédition en Irlande. 390-395.</p> +<p class="i2">Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission</p> +<p class="i2">de Jourdan. 404.</p> +<p class="i2">Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103.</p> +<p class="i2">Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras</p> +<p class="i2">s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de</p> +<p class="i2">ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet.</p> +<p class="i2">196 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209.</p> +<p class="i2">Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le</p> +<p class="i2">même objet. 219 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>).</p> +<p class="i2">Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23.</p> +<p class="i2">Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv.</p> +<p class="i2">Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la</p> +<p class="i2">Hollande. 24 et suiv.</p> +<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du</p> +<p class="i2">traité. 130-133.</p> +<p class="i2">Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.</p> +<p class="i2">Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à</p> +<p class="i2">la constitution française. 372-375.</p> +<p class="i2">Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.</p> +<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes. 266-267.</p> +<p class="i2">Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays.</p> +<p class="i2">330-331.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la</p> +<p class="i2">précédèrent. V. 24-26.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78.</p> +<p class="i2">Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90.</p> +<p class="i2">Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.</p> +<p class="i2">Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109.</p> +<p class="i2">Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de</p> +<p class="i2">piques. 165.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>INSTITUT d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>).</p> + </div><div class="stanza"> +<p>INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.</p> +<p class="i2">Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232.</p> +<p class="i2">Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145.</p> +<p class="i2">Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,</p> +<p class="i2">176-180-183-184.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395.</p> +<p class="i2">Léger échec des Français en Irlande. X, 102.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux</p> +<p class="i2">émigrés. II, 34-36.</p> +<p class="i2">Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque</p> +<p class="i2">de la conquête par les Français. VIII, 161-169.</p> +<p class="i2">Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la</p> +<p class="i2">Lombardie. 209 et suiv.</p> +<p class="i2">Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv.</p> +<p class="i2">Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des</p> +<p class="i2">Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.</p> +<p class="i2">La révolution se propage après les préliminaires de Léoben.</p> +<p class="i2">Soulèvement à Gènes. 134 et suiv.</p> +<p class="i2">Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline.</p> +<p class="i2">314-318-321.</p> +<p class="i2">Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv.</p> +<p class="i2">Révolution à Rome, 381-388.</p> +<p class="i2">Conquête de Naples. (Voy. <i>Naples</i>.) Désordres des républiques</p> +<p class="i2">italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X,</p> +<p class="i2">83-89-94.</p> +<p class="i2">Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Révolution du Piémont. 119 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.</p> +<p class="i2">Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi.</p> +<p class="i2">302.</p> +<p class="i2">Organisation du club de ce nom. II, 13.</p> +<p class="i2">Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les</p> +<p class="i2">projets de guerre. 47-48.</p> +<p class="i2">Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur puissance après le 10 août. 272-274.</p> +<p class="i2">Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à</p> +<p class="i2">la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III,</p> +<p class="i2">70-73.</p> +<p class="i2">Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à</p> +<p class="i2">la convention. 91 et suiv.</p> +<p class="i2">Font divers projets pour remédier à la disette. 310.</p> +<p class="i2">Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16.</p> +<p class="i2">Une populace armée se présente à ce club. 341-342.</p> +<p class="i2">Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.</p> +<p class="i2">Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures</p> +<p class="i2">qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.</p> +<p class="i2">Leur rôle après le 31 mai. 279 280.</p> +<p class="i2">Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de</p> +<p class="i2">salut public. 293-296.</p> +<p class="i2">Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des</p> +<p class="i2">départemens. Discours de Robespierre. 348-349.</p> +<p class="i2">Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée.</p> +<p class="i2">V, 221-222.</p> +<p class="i2">Plusieurs membres sont exclus. 228-229.</p> +<p class="i2">Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur</p> +<p class="i2">Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.</p> +<p class="i2">Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les</p> +<p class="i2">comités. 185 et suiv.</p> +<p class="i2">Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363.</p> +<p class="i2">Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv.</p> +<p class="i2">Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor.</p> +<p class="i2">335 et suiv.</p> +<p class="i2">Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les</p> +<p class="i2">sociétés populaires. 258-259.</p> +<p class="i2">Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier.</p> +<p class="i2">374-375 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes</p> +<p class="i2">violentes dans Paris. 383 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral.</p> +<p class="i2">390-391. (Voy. <i>Club électoral</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est</p> +<p class="i2">instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an</p> +<p class="i2">IV. VIII, 92-93.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport.</p> +<p class="i2">III, 114 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances</p> +<p class="i2">de l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de</p> +<p class="i2">Paume prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement</p> +<p class="i2">d'une constitution. I, 62-63.</p> +<p class="i2">On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes.</p> +<p class="i2">IX, 162 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée</p> +<p class="i2">d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.</p> +<p class="i2">Est tué à la bataille de Novi. 260.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos</p> +<p class="i2">des hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97.</p> +<p class="i2">Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv.</p> +<p class="i2">Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.</p> +<p class="i2">VIII, 221 et suiv.</p> +<p class="i2">Passe le Rhin. 228-238 et suiv.</p> +<p class="i2">Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.</p> +<p class="i2">Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.</p> +<p class="i2">Nommé député en l'an V. IX, 147-148.</p> +<p class="i2">Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140.</p> +<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor</p> +<p class="i2">an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont</p> +<p class="i2">publiés au commencement du directoire. VIII, 54.</p> +<p class="i2">Licence des journalistes., VIII, 396-397.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de</p> +<p class="i2">Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse.</p> +<p class="i2">I, 87.</p> +<p class="i2">Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. <i>Ibid</i>. Le</p> +<p class="i2">peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et</p> +<p class="i2">prend des armes au Garde-Meuble. 89.</p> +<p class="i2">Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.</p> +<p class="i2">Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la</p> +<p class="i2">Bastille. 95-96.</p> +<p class="i2">Suites de ces journées. 98-99.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140.</p> +<p class="i2">Suites de cette journée. 141 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>KAIRE (Le). (Voy. <i>Égypte</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas</p> +<p class="i2">s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés,</p> +<p class="i2">trouvée dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et</p> +<p class="i2">échoue. VI, 96-98.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante.</p> +<p class="i2">I, 92.</p> +<p class="i2">Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.</p> +<p class="i2">Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv.</p> +<p class="i2">Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114.</p> +<p class="i2">Déclaration des droits. 136 et suiv.</p> +<p class="i2">Traité de Cromwell. 144.</p> +<p class="i2">Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172.</p> +<p class="i2">Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour</p> +<p class="i2">contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses</p> +<p class="i2">mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.</p> +<p class="i2">172 et suiv.</p> +<p class="i2">Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple.</p> +<p class="i2">175 et suiv. (Voy. <i>Versailles</i>.)</p> +<p class="i2">Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans</p> +<p class="i2">à quitter Paris. 179-180.</p> +<p class="i2">Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie.</p> +<p class="i2">194-195.</p> +<p class="i2">Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au</p> +<p class="i2">parti populaire. 199.</p> +<p class="i2">Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les</p> +<p class="i2">affaires de la révolution. 219-220.</p> +<p class="i2">Comprime diverses émeutes. 267-268.</p> +<p class="i2">Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv.</p> +<p class="i2">Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.</p> +<p class="i2">Prend le commandement de l'armée du Centre. 44.</p> +<p class="i2">Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77.</p> +<p class="i2">Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv.</p> +<p class="i2">Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv.</p> +<p class="i2">Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv.</p> +<p class="i2">S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi</p> +<p class="i2">échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv.</p> +<p class="i2">Il propose au roi un projet de fuite. 206.</p> +<p class="i2">Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231.</p> +<p class="i2">Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande</p> +<p class="i2">son accusation. Ses projets. 286-287.</p> +<p class="i2">Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287.</p> +<p class="i2">Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est</p> +<p class="i2">fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.</p> +<p class="i2">Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de</p> +<p class="i2">Campo-Formio. IX, 334.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport.</p> +<p class="i2">I, 117.</p> +<p class="i2">Ils s'entendent avec la cour. I. 293.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée</p> +<p class="i2">législative. Motion de ce député. II, 173-174.</p> +<p class="i2">Effet produit par cette motion. 175.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze</p> +<p class="i2">est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv.</p> +<p class="i2">Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de</p> +<p class="i2">prairial an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.</p> +<p class="i2">(Voy. <i>Directoire</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des</p> +<p class="i2">anciens comités. VI, 281 et suiv.</p> +<p class="i2">Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13</p> +<p class="i2">vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville.</p> +<p class="i2">Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40</p> +<p class="i2">et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III,</p> +<p class="i2">265-266.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91.</p> +<p class="i2">Il est tué dans un combat. V, 123.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6.</p> +<p class="i2">Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362.</p> +<p class="i2">Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.</p> +<p class="i2">L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.</p> +<p class="i2">Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre,</p> +<p class="i2">en messidor an V. IX, 235-243.</p> +<p class="i2">Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la</p> +<p class="i2">France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les</p> +<p class="i2">dépenses de Louis XV. I, 230-231.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine.</p> +<p class="i2">I, 6-7.</p> +<p class="i2">Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.</p> +<p class="i2">29 et suiv.</p> +<p class="i2">Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44.</p> +<p class="i2">Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les</p> +<p class="i2">esprits. 65-66.</p> +<p class="i2">Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66.</p> +<p class="i2">Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des</p> +<p class="i2">troupes. 92.</p> +<p class="i2">Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement</p> +<p class="i2">des troupes. 95.</p> +<p class="i2">Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.</p> +<p class="i2">Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102.</p> +<p class="i2">Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à</p> +<p class="i2">l'Hôtel-de-Ville. 105-106.</p> +<p class="i2">Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127.</p> +<p class="i2">Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse</p> +<p class="i2">de promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des</p> +<p class="i2">droits. 167.</p> +<p class="i2">Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des</p> +<p class="i2">droits. 171.</p> +<p class="i2">Revient à Paris. 177.</p> +<p class="i2">Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est</p> +<p class="i2">reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231.</p> +<p class="i2">Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de</p> +<p class="i2">maintenir la constitution. 240-241.</p> +<p class="i2">Frappé du sort de Charles Ier. 252.</p> +<p class="i2">Ses projets de fuite. 266.</p> +<p class="i2">Le peuple arrête sa voiture. 276-277.</p> +<p class="i2">Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.</p> +<p class="i2">Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv.</p> +<p class="i2">Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv.</p> +<p class="i2">Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293.</p> +<p class="i2">Il accepte la constitution. 307.</p> +<p class="i2">Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial.</p> +<p class="i2">II, 17.</p> +<p class="i2">Appose son <i>veto</i> à un décret contre les émigrés. 24.</p> +<p class="i2">Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26.</p> +<p class="i2">Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre</p> +<p class="i2">l'émigration. 37 et suiv.</p> +<p class="i2">Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi.</p> +<p class="i2">57.</p> +<p class="i2">Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv.</p> +<p class="i2">Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui</p> +<p class="i2">contre les prêtres. 105.</p> +<p class="i2">Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.</p> +<p class="i2">Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv.</p> +<p class="i2">Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au</p> +<p class="i2">peuple. 135 et suiv.</p> +<p class="i2">Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv.</p> +<p class="i2">Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176.</p> +<p class="i2">Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.</p> +<p class="i2">Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187.</p> +<p class="i2">Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv.</p> +<p class="i2">Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230.</p> +<p class="i2">Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée.</p> +<p class="i2">251.</p> +<p class="i2">Est suspendu de la royauté. 257.</p> +<p class="i2">Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268.</p> +<p class="i2">Est transporté au Temple avec la famille royale. 278.</p> +<p class="i2">On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv.</p> +<p class="i2">L'éducation de son fils. 154.</p> +<p class="i2">Précautions de la commune. 158-159.</p> +<p class="i2">Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv.</p> +<p class="i2">Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.</p> +<p class="i2">Se choisit des défenseurs. 205 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248.</p> +<p class="i2">Est condamné à mort. 256.</p> +<p class="i2">Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LOUVET. Rédige <i>la Sentinelle</i>. II, 119.</p> +<p class="i2">Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv.</p> +<p class="i2">Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV,</p> +<p class="i2">255-256.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV, 75-76.</p> +<p class="i2">Combat sanglant dans cette ville. 196-197.</p> +<p class="i2">Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324.</p> +<p class="i2">Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret</p> +<p class="i2">de la convention. V, 7 et suiv.</p> +<p class="i2">Le siége se poursuit. 32.</p> +<p class="i2">Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv.</p> +<p class="i2">Les promesses de l'émigration. 84.</p> +<p class="i2">Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer</p> +<p class="i2">Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91.</p> +<p class="i2">Suite. Prise de la ville. 91-94.</p> +<p class="i2">Décret de la convention contre cette ville. 94-95.</p> +<p class="i2">Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à</p> +<p class="i2">exécution. 131 et suiv.</p> +<p class="i2">Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la</p> +<p class="i2">mitraille pour immoler les proscrits. 132.</p> +<p class="i2">Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368.</p> +<p class="i2">Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5</p> +<p class="i2">floréal an III. VII, 184.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140.</p> +<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de</p> +<p class="i2">l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les</p> +<p class="i2">craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107.</p> +<p class="i2">31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2</p> +<p class="i2">juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. <i>Insurrection</i>.)</p> +<p class="i2">Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv.</p> +<p class="i2">Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.</p> +<p class="i2">Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de</p> +<p class="i2">femmes furieuses. I, 166.</p> +<p class="i2">Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le</p> +<p class="i2">désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169.</p> +<p class="i2">Principal acteur dans les massacres du 2 septembre.</p> +<p class="i2">(Voyez <i>Septembre</i>.)</p> +<p class="i2">Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311.</p> +<p class="i2">Sa présence à l'Abbaye. 317.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses</p> +<p class="i2">négociations avec le directoire. VIII, 340-344.</p> +<p class="i2">Suite de ses négociations. 356 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart</p> +<p class="i2">pour l'Angleterre. 386-390.</p> +<p class="i2">Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145.</p> +<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses</p> +<p class="i2">préparatifs. II, 239.</p> +<p class="i2">Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242.</p> +<p class="i2">Tué et jeté à l'eau. 243.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111.</p> +<p class="i2">Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.</p> +<p class="i2">Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.</p> +<p class="i2">Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président</p> +<p class="i2">de la convention aux Tuileries. III, 23.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277.</p> +<p class="i2">Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278.</p> +<p class="i2">Est élu député à la convention. III, 9.</p> +<p class="i2">Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv.</p> +<p class="i2">Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il</p> +<p class="i2">se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44.</p> +<p class="i2">Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79.</p> +<p class="i2">Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.</p> +<p class="i2">209 et suiv.</p> +<p class="i2">Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au</p> +<p class="i2">peuple parce qu'on le marchande. 210-211.</p> +<p class="i2">Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317.</p> +<p class="i2">Se défend dans son journal. 318-320.</p> +<p class="i2">Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce</p> +<p class="i2">Fournier. 347.</p> +<p class="i2">Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.</p> +<p class="i2">Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à</p> +<p class="i2">la convention et aux Jacobins. 66-68.</p> +<p class="i2">Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature.</p> +<p class="i2">192.</p> +<p class="i2">Il est assassiné dans son bain. 265.</p> +<p class="i2">Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273.</p> +<p class="i2">Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la</p> +<p class="i2">place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.</p> +<p class="i2">Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet.</p> +<p class="i2">59.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287.</p> +<p class="i2">Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être</p> +<p class="i2">jugée par le tribunal révolutionnaire. IV, 395.</p> +<p class="i2">Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.</p> +<p class="i2">Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149.</p> +<p class="i2">Réponse admirable à ces accusations. 149.</p> +<p class="i2">Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143.</p> +<p class="i2">Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.</p> +<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140.</p> +<p class="i2">Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube.</p> +<p class="i2">Manière dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit.</p> +<p class="i2">I, 117.</p> +<p class="i2">Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv.</p> +<p class="i2">Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles</p> +<p class="i2">élections. 210-211.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331;</p> +<p class="i2">sur toutes les marchandises. 332-385.</p> +<p class="i2">Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.</p> +<p class="i2">Effets désastreux du <i>maximum</i>.</p> +<p class="i2">Détails économiques. VI, 270 et suiv.</p> +<p class="i2">Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est aboli. VII, 244-248.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.</p> +<p class="i2">Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable.</p> +<p class="i2">Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France,</p> +<p class="i2">et <i>faux Moniteurs</i> que les Prussiens font imprimer. Les Français</p> +<p class="i2">l'évacuent. 312-320.</p> +<p class="i2">Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12</p> +<p class="i2">vendémiaire. VII, 355 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209.</p> +<p class="i2">Est nommé directeur. 294.</p> +<p class="i2">Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238.</p> +<p class="i2">(Voy. <i>Larévellière</i> et <i>Directoire</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une</p> +<p class="i2">effervescence universelle. I, 124.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.</p> +<p class="i2">Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est</p> +<p class="i2">étouffée. 189-191.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres</p> +<p class="i2">se retirent successivement. I, 250-251.</p> +<p class="i2">Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv.</p> +<p class="i2">Discussions parmi les membres du ministère. 53-55.</p> +<p class="i2">Renouvellement du ministère. 62-63.</p> +<p class="i2">La division s'y établit. 80 et suiv.</p> +<p class="i2">Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103.</p> +<p class="i2">Des ministres feuillans le composent. 106.</p> +<p class="i2">Sa réorganisation après le 10 août. 263-264.</p> +<p class="i2">Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284.</p> +<p class="i2">Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont</p> +<p class="i2">nommés. VIII, 17.</p> +<p class="i2">Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent.</p> +<p class="i2">Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa</p> +<p class="i2">majorité. IX, 200-211.</p> +<p class="i2">Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X,</p> +<p class="i2">347-348.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38.</p> +<p class="i2">Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49.</p> +<p class="i2">Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force.</p> +<p class="i2">67.</p> +<p class="i2">Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.</p> +<p class="i2">Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière</p> +<p class="i2">députation envoyée au roi. 101.</p> +<p class="i2">Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116.</p> +<p class="i2">Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv.</p> +<p class="i2">Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151.</p> +<p class="i2">Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la</p> +<p class="i2">banqueroute. 155-156;</p> +<p class="i2">Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv.</p> +<p class="i2">Son entrevue avec Necker. 182.</p> +<p class="i2">Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201.</p> +<p class="i2">Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion</p> +<p class="i2">de l'état. 209.</p> +<p class="i2">Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212.</p> +<p class="i2">Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la</p> +<p class="i2">guerre. 223-224.</p> +<p class="i2">Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des</p> +<p class="i2">5 et 6 octobre. 244.</p> +<p class="i2">Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie.</p> +<p class="i2">253 et suiv.</p> +<p class="i2">Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa mort. 272-275.</p> +<p class="i2">Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212,</p> +<p> A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est</p> +<p class="i2">destitué. I, 12.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16.</p> +<p class="i2">Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28.</p> +<p class="i2">Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.</p> +<p class="i2">195.</p> +<p class="i2">Fuite en Flandre. 281-282.</p> +<p class="i2">Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février.</p> +<p class="i2">III, 322 et suiv.</p> +<p class="i2">Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire</p> +<p class="i2">et de montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII,</p> +<p class="i2">228-233 et suiv.</p> +<p class="i2">Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.</p> +<p class="i2">Supplice des autres. 237 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II,</p> +<p class="i2">15-16.</p> +<p class="i2">Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47.</p> +<p class="i2">Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui</p> +<p class="i2">continue le commandement des troupes. III, 62.</p> +<p class="i2">Il intimide Genève. 66.</p> +<p class="i2">Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de</p> +<p class="i2">Pichegru. VIII, 125.</p> +<p class="i2">Passe le Rhin. 226 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p> +<p class="i2">Il entre en Bavière. 302.</p> +<p class="i2">Sa belle retraite. 321-326.</p> +<p class="i2">Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne</p> +<p class="i2">trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297.</p> +<p class="i2">Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet.</p> +<p class="i2">Ses premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez</p> +<p class="i2"><i>Guerre</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91.</p> +<p class="i2">Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en</p> +<p class="i2">quelques heures. 99.</p> +<p class="i2">Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. <i>Roger-Ducos</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.</p> +<p class="i2">Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes</p> +<p class="i2">entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. <i>Maillard</i>.)</p> +<p class="i2">Donne sa démission, perd sa popularité. 185.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin.</p> +<p class="i2">II, 144.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est</p> +<p class="i2">conclu. VIII, 212-213.</p> +<p class="i2">La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348.</p> +<p class="i2">Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et</p> +<p class="i2">suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p> +<p class="i2">Conquête de ce royaume par les Français. 113-119.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.</p> +<p class="i2">Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8.</p> +<p class="i2">Il est exilé. 11.</p> +<p class="i2">Rentre au ministère. 25.</p> +<p class="i2">Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la</p> +<p class="i2">noblesse. 52-53.</p> +<p class="i2">Propose au roi des plans de réforme. 60.</p> +<p class="i2">Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.</p> +<p class="i2">Part. <i>Ibid.</i> Son retour est ordonné par le roi. 106.</p> +<p class="i2">Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville,</p> +<p class="i2">et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs</p> +<p class="i2">la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.</p> +<p class="i2">Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.</p> +<p class="i2">Il demande un emprunt de 30 millions. 135.</p> +<p class="i2">Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du</p> +<p class="i2">revenu. 155.</p> +<p class="i2">S'abouche avec Mirabeau. 182.</p> +<p class="i2">Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte.</p> +<p class="i2">X, 8-9.</p> +<p class="i2">Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI,</p> +<p class="i2">8-9.</p> +<p class="i2">Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX,</p> +<p class="i2">309-310.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en</p> +<p class="i2">commun. (Voy. <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.) Quarante-sept</p> +<p class="i2">de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70</p> +<p class="i2">La majorité se réunit le 27 juin. 71-72.</p> +<p class="i2">Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82.</p> +<p class="i2">Abdique ses priviléges. 125-126.</p> +<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 191-192.</p> +<p class="i2">Se divise dans ses plans en deux partis. 206.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11.</p> +<p class="i2">Elle est convoquée de nouveau. 27.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour tout</p> +<p class="i2">le Midi. VI, 148-149.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18.</p> +<p class="i2">Accusé de cabales. 38.</p> +<p class="i2">Son caractère. 39-40.</p> +<p class="i2">Il se mêle aux députés du tiers, 43.</p> +<p class="i2">Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79.</p> +<p class="i2">Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors</p> +<p class="i2">d'accusation. 243 et suiv.</p> +<p class="i2">Refuse la régence. 300 et suiv.</p> +<p class="i2">Est insulté au château. II, 49-50.</p> +<p class="i2">Est nommé député à la convention. III, 9.</p> +<p class="i2">Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son</p> +<p class="i2">bannissement. 214 et suiv.</p> +<p class="i2">Il vote la mort de son parent. 253.</p> +<p class="i2">Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.</p> +<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états</p> +<p class="i2">généraux. I, 41-42.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences.</p> +<p class="i2">X, 247 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération,</p> +<p class="i2">son activité. III, 111-112.</p> +<p class="i2">Son penchant pour les jacobins. 133.</p> +<p class="i2">Ses bureaux. 150.</p> +<p class="i2">Disgracié. 275.</p> +<p class="i2">Nommé maire de Paris. 305.</p> +<p class="i2">Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus</p> +<p class="i2">grands rassemblemens populaires. I, 79.</p> +<p class="i2">Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144.</p> +<p class="i2">Fait une adresse à la commune. 145.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à</p> +<p class="i2">Vérone le 15 avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à</p> +<p class="i2">l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9.</p> +<p class="i2">Position du parlement après l'assemblée des notables. 15.</p> +<p class="i2">Il est mandé à Versailles. 16.</p> +<p class="i2">Exilé à Troyes. <i>Ibid.</i> Rappelé le 10 septembre. 17.</p> +<p class="i2">Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la</p> +<p class="i2">convocation des états-généraux dans cinq ans. 18.</p> +<p class="i2">Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois</p> +<p class="i2">constitutives de l'état. 20-21.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,</p> +<p class="i2">265-266.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,</p> +<p class="i2">117-118.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv.</p> +<p class="i2">État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Exigence des partis après le 10 août, 270-271.</p> +<p class="i2">Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv.</p> +<p class="i2">Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv.</p> +<p class="i2">343 et suiv.</p> +<p class="i2">Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la</p> +<p class="i2">réaction de thermidor. VII, 55 et suiv.</p> +<p class="i2">Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par</p> +<p class="i2">le 9 thermidor. 178 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.</p> +<p class="i2">Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en</p> +<p class="i2">Italie (an VII). X, 220 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se</p> +<p class="i2">réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792.</p> +<p class="i2">Conséquence de cette déclaration. II, 180.</p> +<p class="i2">Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de</p> +<p class="i2">toutes parts. 188 et suiv.</p> +<p class="i2">On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration.</p> +<p class="i2">X, 279 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.</p> +<p class="i2">Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;</p> +<p class="i2">du 12 germinal. 107 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv.</p> +<p class="i2">Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent.</p> +<p class="i2">182 et suiv.</p> +<p class="i2">Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur</p> +<p class="i2">insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.</p> +<p class="i2">231.</p> +<p class="i2">Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233.</p> +<p class="i2">Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial.</p> +<p class="i2">249 et suiv.</p> +<p class="i2">La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353.</p> +<p class="i2">Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795).</p> +<p class="i2">VIII, 52-53.</p> +<p class="i2">Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99.</p> +<p class="i2">Leur société est dissoute. 99.</p> +<p class="i2">Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.</p> +<p class="i2">L'insurrection échoue. 257-261-262.</p> +<p class="i2">Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor.</p> +<p class="i2">IX, 401 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de</p> +<p class="i2">Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,</p> +<p class="i2">268-269 et suiv.</p> +<p class="i2">Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275.</p> +<p class="i2">Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs</p> +<p class="i2">journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.</p> +<p class="i2">Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer,</p> +<p class="i2">d'une réconciliation. 277-279.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la</p> +<p class="i2">reprend. VIII, 190-192.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires</p> +<p class="i2">pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I,</p> +<p class="i2">289.</p> +<p class="i2">Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite.</p> +<p class="i2">II, 122 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140.</p> +<p class="i2">Sa conversation avec le roi. 143.</p> +<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions, 177.</p> +<p class="i2">Est réintégré par l'assemblée. 184.</p> +<p class="i2">La foule crie: <i>Vive Pétion! Pétion ou la mort!</i> 186.</p> +<p class="i2">Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de</p> +<p class="i2">Paris. 226-227.</p> +<p class="i2">Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234.</p> +<p class="i2">Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état</p> +<p class="i2">d'arrestation. 244.</p> +<p class="i2">Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270.</p> +<p class="i2">Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274.</p> +<p class="i2">Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. IV, 190.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V,</p> +<p class="i2">306-307.</p> +<p class="i2">Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de son accusation 329 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. 389.</p> +<p class="i2">Son procès et sa mort. 398-411.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60.</p> +<p class="i2">Il passe la Meuse. 315.</p> +<p class="i2">Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv.</p> +<p class="i2">Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12</p> +<p class="i2">germinal. 117-119 et suiv.</p> +<p class="i2">Commandant de l'armée du Rhin. 253.</p> +<p class="i2">Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Perd son commandement. VIII, 125.</p> +<p class="i2">Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv.</p> +<p class="i2">Nommé député en l'an V par le Jura. 147.</p> +<p class="i2">Continue ses projets de trahison. 156.</p> +<p class="i2">Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.</p> +<p class="i2">216 et suiv.</p> +<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.</p> +<p class="i2">Il est condamné à la déportation. 285.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161.</p> +<p class="i2">Traité de paix avec ce royaume. 268.</p> +<p class="i2">Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120</p> +<p class="i2">et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des</p> +<p class="i2">troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.</p> +<p class="i2">Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français;</p> +<p class="i2">entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv.</p> +<p class="i2">Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est</p> +<p class="i2">déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.</p> +<p class="i2">Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.</p> +<p class="i2">Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la</p> +<p class="i2">guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.</p> +<p class="i2">S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795.</p> +<p class="i2">Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses négociations illusoires avec la France. 120-121.</p> +<p class="i2">Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\</p> +<p class="i2">et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du</p> +<p class="i2">directoire. VIII, 101.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement</p> +<p class="i2">de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette</p> +<p class="i2">journée. VII, 205-225.</p> +<p class="i2">Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg</p> +<p class="i2">Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.</p> +<p class="i2">30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois</p> +<p class="i2">directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. <i>Directoire</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. <i>Prairial</i>,</p> +<p class="i2"><i>Directoire</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794.</p> +<p class="i2">VI, 326 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III,</p> +<p class="i2">3 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.</p> +<p class="i2">Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv.</p> +<p class="i2">Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142.</p> +<p class="i2">Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à</p> +<p class="i2">Notre-Dame. I, 43.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154.</p> +<p class="i2">Négocie pour la paix. VII, 29-30.</p> +<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135.</p> +<p class="i2">Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297.</p> +<p class="i2">Leur armée se retire. 372.</p> +<p class="i2">Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations</p> +<p class="i2">militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.</p> +<p class="i2">Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de</p> +<p class="i2">Quiberon, VIII, 23 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv.</p> +<p class="i2">311.</p> +<p class="i2">Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de</p> +<p class="i2">Quiberon. VII, 312 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent</p> +<p class="i2">lieu en pluviôse an VI. X, 365 et suiv.</p> +<p class="i2">Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv.</p> +<p class="i2">Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette</p> +<p class="i2">catastrophe. 169-172.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795.</p> +<p class="i2">VII, 46-51.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de</p> +<p class="i2">déclarer la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792.</p> +<p class="i2">III, 26.</p> +<p class="i2">Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le</p> +<p class="i2">directoire. VIII, 84.</p> +<p class="i2">Mauvais succès de ce papier. 106.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI,</p> +<p class="i2">383.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses</p> +<p class="i2">collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans</p> +<p class="i2">plusieurs départemens. IV, 19.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv.</p> +<p class="i2">Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers.</p> +<p class="i2">215.</p> +<p class="i2">Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis</p> +<p class="i2">des autres directeurs. IX, 4-5.</p> +<p class="i2">Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185.</p> +<p class="i2">Il est exclus du directoire par le sort. 185.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;</p> +<p class="i2">par Jourdan. 238;</p> +<p class="i2">par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits.</p> +<p class="i2">I, 167.</p> +<p class="i2">Combat la proposition de la loi martiale. 186.</p> +<p class="i2">Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301.</p> +<p class="i2">Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.</p> +<p class="i2">Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49.</p> +<p class="i2">Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.</p> +<p class="i2">Entrevue avec Barbaroux. 201-202.</p> +<p class="i2">Sa position après le 10 août. 273.</p> +<p class="i2">Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Il est nommé député à la convention. III, 9.</p> +<p class="i2">Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet.</p> +<p class="i2">31-32.</p> +<p class="i2">Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv.</p> +<p class="i2">Se défend à la convention. 98 et suiv.</p> +<p class="i2">Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv.</p> +<p class="i2">Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.</p> +<p class="i2">209 et suiv.</p> +<p class="i2">Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">—Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.</p> +<p class="i2">—Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv.</p> +<p class="i2">Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv.</p> +<p class="i2">Sa politique. 296-299.</p> +<p class="i2">Il devient membre du comité de salut public. 591.</p> +<p class="i2">—Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre</p> +<p class="i2">les agitateurs. 218 et suiv.</p> +<p class="i2">Justifie Danton. 224 et suiv.</p> +<p class="i2">Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv.</p> +<p class="i2">Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv.</p> +<p class="i2">Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI,</p> +<p class="i2">22-29.</p> +<p class="i2">On tente de l'assassiner. 100-102.</p> +<p class="i2">Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal</p> +<p class="i2">révolutionnaire. 119-123.</p> +<p class="i2">Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette</p> +<p class="i2">époque. 154-158.</p> +<p class="i2">Suite du même sujet. 180 et suiv.</p> +<p class="i2">Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie</p> +<p class="i2">de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des</p> +<p class="i2">comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et</p> +<p class="i2">de salut public. 187-193.</p> +<p class="i2">Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197.</p> +<p class="i2">Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la</p> +<p class="i2">convention. 197-198.</p> +<p class="i2">Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette</p> +<p class="i2">scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210.</p> +<p class="i2">Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée</p> +<p class="i2">législative. Discussion avec la reine. II, 249-250.</p> +<p class="i2">Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au</p> +<p class="i2">directoire. X, 240 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X,</p> +<p class="i2">383-384.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62.</p> +<p class="i2">Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.</p> +<p class="i2">Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103.</p> +<p class="i2">Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.</p> +<p class="i2">Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83.</p> +<p class="i2">Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151.</p> +<p class="i2">Donne sa démission. 273.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.</p> +<p class="i2">Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.</p> +<p class="i2">Elle est arrêtée. IV, 190-191.</p> +<p class="i2">Est condamnée et exécutée. V. 168-469.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation</p> +<p class="i2">française est insultée. IX, 381-383.</p> +<p class="i2">Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386.</p> +<p class="i2">Les Romains se constituent en république, 385 et suiv.</p> +<p class="i2">État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv.</p> +<p class="i2">Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par</p> +<p class="i2">Championnet. 109-113.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.</p> +<p class="i2">I, 283.</p> +<p class="i2">Il arrive à Varennes. 288.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339.</p> +<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370.</p> +<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-379.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle.</p> +<p class="i2">IV. 389.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.</p> +<p class="i2">Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.</p> +<p class="i2">Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv.</p> +<p class="i2">Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial.</p> +<p class="i2">VII, 323 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv.</p> +<p class="i2">Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues</p> +<p class="i2">et de ses projets. IX, 18 et suiv.</p> +<p class="i2">Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de</p> +<p class="i2">Presle. 28 et suiv.</p> +<p class="i2">Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où</p> +<p class="i2">se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181.</p> +<p class="i2">Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ROYOU. Rédacteur de l'<i>Ami du Roi</i>, mis en accusation. II, 84.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444.</p> +<p class="i2"> Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en</p> +<p class="i2">accusation. III, 172 et suiv.</p> +<p class="i2">Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement</p> +<p class="i2">révolutionnaire. V, 56 et suiv.</p> +<p class="i2">Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y</p> +<p class="i2">fait. 245-246-249.</p> +<p class="i2">Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Accuse Danton à la convention. 393 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9</p> +<p class="i2">thermidor. VI, 210.</p> +<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le</p> +<p class="i2">procès de Louis XVI. III, 230 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.</p> +<p class="i2">Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139.</p> +<p class="i2">Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la</p> +<p class="i2">déchéance de Louis XVI. II, 226.</p> +<p class="i2">Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310.</p> +<p class="i2">Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.</p> +<p class="i2">La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre</p> +<p class="i2">Dumouriez. Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv.</p> +<p class="i2">La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs</p> +<p class="i2">membres de la convention. IV, 50.</p> +<p class="i2">Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.</p> +<p class="i2">La section de la <i>Fraternité</i> dénonce les projets de l'assemblée</p> +<p class="i2">de la mairie. 121.</p> +<p class="i2">D'autres l'imitent. 123.</p> +<p class="i2">Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai.</p> +<p class="i2">146.</p> +<p class="i2">Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public.</p> +<p class="i2">VI. 12-15.</p> +<p class="i2">On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259.</p> +<p class="i2">Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition</p> +<p class="i2">à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.</p> +<p class="i2">VII, 86 et suiv.</p> +<p class="i2">Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv.</p> +<p class="i2">Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions.</p> +<p class="i2">Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544.</p> +<p class="i2">Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.</p> +<p class="i2">Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. <i>Vendémiaire</i>).</p> +<p class="i2">348-369.</p> +<p class="i2">La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12</p> +<p class="i2">vendémiaire. 354 et suiv.</p> +<p class="i2">Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France.</p> +<p class="i2">Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des</p> +<p class="i2">prisonniers. II, 312-340.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4.</p> +<p class="i2"> On les évalue à dix millions. 94.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.</p> +<p class="i2">Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps</p> +<p class="i2">constitués de Paris et de la France. 198-199.</p> +<p class="i2">Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241.</p> +<p class="i2">L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy.</p> +<p class="i2"><i>Clergé</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille</p> +<p class="i2">fédérés. Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le <i>tiers-état</i>. I, 26.</p> +<p class="i2">Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux</p> +<p class="i2">autres ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la</p> +<p class="i2">décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Idées de Sièyes sur la constitution. 141.</p> +<p class="i2">Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190.</p> +<p class="i2">Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la</p> +<p class="i2">convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.</p> +<p class="i2">Son projet de loi est voté; 93-95.</p> +<p class="i2">Refuse d'être directeur. VIII, 10.</p> +<p class="i2">Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187.</p> +<p class="i2">Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII,</p> +<p class="i2">103 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de</p> +<p class="i2">sections. IV, 139.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI,</p> +<p class="i2">351-357.</p> +<p class="i2">Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont</p> +<p class="i2">fermés. VIII, 99.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés</p> +<p class="i2">dans leurs fonctions. VI, 392.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329.</p> +<p class="i2">Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son</p> +<p class="i2">influence dans la société de Paris. IX, 254-257.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90.</p> +<p class="i2">Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Il signe la paix à Saint-Florent. 161.</p> +<p class="i2">Il est pris et fusillé. VIII, 131-132.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792.</p> +<p class="i2">III, 182 et suiv.</p> +<p class="i2">Les embarras augmentent. 307 et suiv.</p> +<p class="i2">Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv.</p> +<p class="i2">Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en</p> +<p class="i2">octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.</p> +<p class="i2">Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.</p> +<p class="i2">VI, 84 et suiv.</p> +<p class="i2">Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII,</p> +<p class="i2">241-242.</p> +<p class="i2">Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses</p> +<p class="i2">dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138.</p> +<p class="i2">Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.</p> +<p class="i2">Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se</p> +<p class="i2">constitue en république. IX, 389-399.</p> +<p class="i2">Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.</p> +<p class="i2">Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82.</p> +<p class="i2">Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25.</p> +<p class="i2">Leur arrestation est décrétée. 359-360.</p> +<p class="i2">La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv.</p> +<p class="i2">Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv.</p> +<p class="i2">Détails sur leur détention. 136 et suiv.—</p> +<p class="i2">Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des</p> +<p class="i2">détenus. VI, 92 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143.</p> +<p class="i2">Ils sont élargis. 241 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X,</p> +<p class="i2">193 et suiv.</p> +<p class="i2">Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. <i>Égypte</i> et <i>Bonaparte</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V.</p> +<p class="i2">IX, 209.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. <i>Thermidor</i>.)</p> +<p class="i2">Est blessé par un assassin. VI, 290.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI,</p> +<p class="i2">340 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228.</p> +<p class="i2">Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution</p> +<p class="i2">depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.</p> +<p class="i2">Conséquences de cette journée. 233 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.</p> +<p class="i2">Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette</p> +<p class="i2">réaction. VII, 249-251.</p> +<p class="i2">Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent</p> +<p class="i2">de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le</p> +<p class="i2">doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv.</p> +<p class="i2">Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage</p> +<p class="i2">établi. 44.</p> +<p class="i2">Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de</p> +<p class="i2">leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv.</p> +<p class="i2">Rapidité de sa puissance. 50-51.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses</p> +<p class="i2">conditions, ses avantages. IX, 50-55.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.</p> +<p class="i2">V, 10 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils arment le petit Gibraltar. 253.</p> +<p class="i2">Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.</p> +<p class="i2">Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.</p> +<p class="i2">Les forçats éteignent l'incendie. 261.</p> +<p class="i2">Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.</p> +<p class="i2">Ses suites. 218 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX,</p> +<p class="i2">407.</p> +<p class="i2">Il sort du directoire en prairial an VII. 232.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention.</p> +<p class="i2">III, 333 et suiv.</p> +<p class="i2">On en règle les formes. 338-339.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août.</p> +<p class="i2">II, 283.</p> +<p class="i2">Il est installé. IV, 25-26.</p> +<p class="i2">Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.</p> +<p class="i2">Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres.</p> +<p class="i2">398-412.</p> +<p class="i2">Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv.</p> +<p class="i2">Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv.</p> +<p class="i2">Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les</p> +<p class="i2">procédures de ce temps. 136 et suiv.</p> +<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions. 235.</p> +<p class="i2">Est remis en activité. 260.</p> +<p class="i2">Est définitivement aboli. VII, 240.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TROUVÉ. (Voy. <i>Cisalpine</i>.)</p> + </div><div class="stanza"> +<p>TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7.</p> +<p class="i2">Il échoue dans ses réformes. <i>Ibid.</i> et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires </p> +<p class="i2">exagérés. V, 236.</p> +<p class="i2">Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238.</p> +<p class="i2">Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent.</p> +<p class="i2">360-371.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV,</p> +<p class="i2">320-323.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348.</p> +<p class="i2">La réunion Corrazza. 351.</p> +<p class="i2">Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. 126.</p> +<p class="i2">Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde</p> +<p class="i2">insurrection. 170.</p> +<p class="i2">Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés.</p> +<p class="i2">II, 36.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de</p> +<p class="i2">la guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000</p> +<p class="i2">hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se</p> +<p class="i2">mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88.</p> +<p class="i2">L'insurrection devient générale. 89 et suiv.</p> +<p class="i2">Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv.</p> +<p class="i2">Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.</p> +<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. 263-263.</p> +<p class="i2">Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an</p> +<p class="i2">IV. 126-132-136.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés</p> +<p class="i2">français. IV, 88.</p> +<p class="i2">Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93.</p> +<p class="i2">Suite de leurs succès. 229 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur.</p> +<p class="i2">234-236.</p> +<p class="i2">Ils sont repoussés à Nantes. 252-254.</p> +<p class="i2">Suite de leur guerre. 300 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15.</p> +<p class="i2">Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19.</p> +<p class="i2">Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2</p> +<p class="i2">septembre. 36 et suiv.</p> +<p class="i2">Divisions parmi les chefs. 39-40.</p> +<p class="i2">Suite de la guerre. 40 et suiv.</p> +<p class="i2">Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée.</p> +<p class="i2">46-47.</p> +<p class="i2">Continuation de la guerre. 66 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont défaits à Cholet. 118-121.</p> +<p class="i2">Différens combats en octobre, novembre et décembre 93.</p> +<p class="i2">Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292.</p> +<p class="i2">État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv.</p> +<p class="i2">Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322.</p> +<p class="i2">Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,</p> +<p class="i2">32-34.</p> +<p class="i2">Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la</p> +<p class="i2">république. 40-45.</p> +<p class="i2">Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Quelques chefs signent la paix. 145-146.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12.</p> +<p class="i2">Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la</p> +<p class="i2">Convention. VII, 348-369.</p> +<p class="i2">Suites de cette journée. 370 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée</p> +<p class="i2">française. VIII, 196 et suiv.</p> +<p class="i2">Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv.</p> +<p class="i2">Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX,</p> +<p class="i2">72-85.</p> +<p class="i2">Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états</p> +<p class="i2">vénitiens. 94 et suiv.</p> +<p class="i2">Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui</p> +<p class="i2">l'amènent. 116-131.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée</p> +<p class="i2">législative. II, 12.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.</p> +<p class="i2">Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.</p> +<p class="i2">Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des</p> +<p class="i2">Douze. 164 et suiv.</p> +<p class="i2">Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et</p> +<p class="i2">l'étranger. 470.</p> +<p class="i2">Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.</p> +<p class="i2">Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.</p> +<p class="i2">Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55</p> +<p class="i2">et suiv.</p> +<p class="i2">Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie.</p> +<p class="i2">158-159.</p> +<p class="i2">Il est arrêté. 190.</p> +<p class="i2">Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la</p> +<p class="i2">vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de</p> +<p class="i2">Brienne pour ministre. I, 12.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le</p> +<p class="i2">général Chabran. IX, 107-113.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles.</p> +<p class="i2">Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et</p> +<p class="i2">suiv.</p> +<p class="i2">Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.</p> +<p class="i2">Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,</p> +<p class="i2">142-143-146 et suiv.</p> +<p class="i2">Le veto suspensif est déclaré. 148-149.</p> +<p class="i2">Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et</p> +<p class="i2">l'empereur. X, 76-77 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins.</p> +<p class="i2">Morceaux cités. V, 307 et suiv.</p> +<p class="i2">Autres morceaux cités. 322 et suiv.</p> +<p class="i2">Autres passages, 355 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I,</p> +<p class="i2">267.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son</p> +<p class="i2">caractère. V, 338-339.</p> +<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv.</p> +<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303.</p> +<p class="i2">Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna.</p> +<p class="i2">Détails sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330.</p> + </div> </div> + + + +<h4>FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</h4> +<br><br><br> + +<p class="milieu"><img alt="" src="images/map_small.png"></p> + +<br> +<p class="milieu"><a href="images/map_large.png">Agrandissement (2000x1938 pixels)</a></p> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/13607-h/images/map_large.png b/13607-h/images/map_large.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7b07d1f --- /dev/null +++ b/13607-h/images/map_large.png diff --git a/13607-h/images/map_small.png b/13607-h/images/map_small.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5f433ad --- /dev/null +++ b/13607-h/images/map_small.png |
