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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:42:29 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française, Tome 10
+by Adolphe Thiers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Histoire de la Révolution française, Tome 10
+
+Author: Adolphe Thiers
+
+Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION ***
+
+
+
+
+Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+at http://gallica.bnf.fr
+
+
+
+
+
+HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
+
+_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
+
+NEUVIÈME ÉDITION
+
+TOME DIXIÈME
+
+
+
+M DCCC XXXIX
+
+
+
+
+DIRECTOIRE.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+EXPÉDITION D'ÉGYPTE. DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE
+DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE
+DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS. BATAILLE DES
+PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN
+ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR,
+DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS.
+
+
+Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI (9 mai 1798). Sa présence
+réjouit l'armée, qui commençait à murmurer et à craindre qu'il ne fût
+pas à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée d'Italie. Elle
+était riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa
+_fortune était faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zèle à faire
+la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son général,
+pour la décider à s'embarquer et à courir vers une destination inconnue.
+Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui
+expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante:
+
+ «SOLDATS!
+
+ «Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la
+ guerre de montagnes, de plaines, de siége; il vous reste à faire la
+ guerre maritime.
+
+ «Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas
+ encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette mer et
+ aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
+ constamment elles furent braves patientes à supporter la fatigue,
+ disciplinées et unies entre elles.
+
+ «Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes
+ destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des
+ fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la
+ prospérité de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre
+ gloire.
+
+ «Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
+ souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns
+ des autres.
+
+ «Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui la
+ plus grande sollicitude de la république est pour vous: vous serez
+ dignes de l'armée dont vous faites partie.
+
+ «Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, la république
+ l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations
+ les plus lointaines.»
+
+On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la
+laissant toujours dans le mystère qui devait l'envelopper.
+
+L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne,
+dont un de 120 canons (c'était _l'Orient_, que devaient monter l'amiral
+et le général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus
+deux vaisseaux vénitiens de 64 canons, six frégates vénitiennes et
+huit françaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnières, petits navires de toute espèce. Les transports réunis tant
+à Toulon qu'à Gênes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre
+cents. C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter à la fois
+sur la Méditerranée. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers.
+La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix
+mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.
+
+On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit du canon, aux
+acclamations de toute l'armée. Des vents violens causèrent quelque
+dommage à une frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient causé
+de telles avaries à Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il
+fut obligé d'aller au radoub dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi
+éloigné de l'escadre française, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua
+d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi réuni dans ce port, sous
+les ordres du général Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la
+Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres de
+Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour se réunir au convoi
+de Civita-Vecchia, qui était sous les ordres de Desaix. Le projet de
+Bonaparte était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une
+entreprise audacieuse dont il avait de longue main préparé le succès par
+des trames secrètes. Il voulait s'emparer de cette île, qui, commandant
+la navigation de la Méditerranée, devenait importante pour l'Égypte,
+et qui ne pouvait manquer d'échoir bientôt aux Anglais, si on ne les
+prévenait.
+
+L'ordre des chevaliers de Malte était comme toutes les institutions du
+moyen-âge: il avait perdu son objet, et dès lors sa dignité et sa
+force. Il n'était plus qu'un abus, profitable seulement à ceux qui
+l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en
+France, en Italie, en Allemagne, des biens considérables, qui leur
+avaient été donnés par la piété des fidèles pour protéger les chrétiens
+allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de
+pèlerinages de cette espèce, le rôle et le devoir des chevaliers étaient
+de protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques, et de
+détruire l'infame piraterie qui infeste la Méditerranée. Les biens de
+l'ordre suffisaient à l'entretien d'une marine considérable; mais les
+chevaliers ne s'occupaient aucunement à en former une: ils n'avaient que
+deux ou trois vieilles frégates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galères qui allaient donner et recevoir des fêtes dans les ports
+d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, placés dans toute la
+chrétienté, dévoraient dans le luxe et l'oisiveté les revenus de
+l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun intérêt. En
+France on lui avait enlevé ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir
+en Italie, sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur. On a vu
+que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer des intelligences dans Malte.
+Il avait gagné quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger à se rendre; car il n'avait ni
+le temps ni les moyens d'une attaque régulière contre une place réputée
+imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en
+voyant les escadres françaises dominer dans la Méditerranée, s'était mis
+sous la protection de Paul Ier.
+
+Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de
+Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'à Malte même. Les cinq cents
+voiles françaises se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9
+juin), vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette vue répandit
+le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un prétexte de
+s'arrêter, et pour faire naître un sujet de contestation, demanda au
+grand-maître la faculté de faire de l'eau. Le grand-maître, Ferdinand de
+Hompesch, fit répondre par un refus absolu, alléguant les réglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire à la fois plus de deux vaisseaux
+appartenant à des puissances belligérantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte dit que c'était là
+une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner
+un débarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes
+françaises débarquèrent dans l'île, et investirent complètement
+Lavalette, qui compte trente mille âmes à peu près de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit débarquer de
+l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers répondirent à son
+feu, mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un
+grand nombre de pris. Le désordre se mit alors à l'intérieur. Quelques
+chevaliers de la langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas
+se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les
+cachots. Le trouble était dans les têtes; les habitans voulaient qu'on
+se rendît. Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et qui se souvenait
+de la générosité du vainqueur de Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses
+intérêts du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers français
+qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte pour négocier. Le traité
+fut bientôt arrêté. Les chevaliers abandonnèrent à la France la
+souveraineté de Malte et des îles en dépendant; en retour, la France
+promit son intervention au congrès de Rastadt, pour faire obtenir au
+grand-maître une principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura
+une pension viagère de 300,000 francs et une indemnité de 600,000 francs
+comptant. Elle accorda à chaque chevalier de la langue française 700 fr.
+de pension, et 1,000 pour les sexagénaires; elle promit sa médiation
+pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au
+moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la
+Méditerranée, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant
+de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace
+pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place
+dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien
+heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les
+portes._
+
+Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois mille hommes de garnison;
+il y plaça Régnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire
+civil. Il fit tous les règlemens administratifs qui étaient nécessaires
+pour l'établissement du régime municipal dans l'île, et il mit
+sur-le-champ à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte.
+
+Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une relâche de dix
+jours. L'essentiel maintenant, était de ne pas rencontrer les Anglais.
+Nelson, radoubé aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates, ce qui
+lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il était revenu le 13 prairial (1er
+juin) devant Toulon; mais l'escadre française en était sortie depuis
+douze jours. Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon, et de la
+rade du Tagliamon à Naples, où il était arrivé le 2 messidor (20 juin),
+au moment même où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Français
+avaient paru vers Malte, il les suivait, disposé à les attaquer s'il
+parvenait à les joindre.
+
+Sur toute l'escadre française, on était prêt au combat. La possibilité
+de rencontrer les Anglais était présente à tous les esprits et
+n'effrayait personne. Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau de
+ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on habituait tous les jours à la
+manoeuvre du canon, et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux
+si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était fait un principe sur
+la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un
+but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des
+ordres étaient donnés en conséquence, et il comptait sur la bravoure des
+troupes d'élite placées à bord des vaisseaux. Ces précautions prises, il
+cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet homme qui, suivant
+d'absurdes détracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait
+tranquillement à la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait
+eu l'audace de perdre quelques jours à Malte pour en faire la conquête.
+La gaieté régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement où l'on
+allait, mais le secret commençait à se répandre, et on attendait avec
+impatience la vue des rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les
+savans, les officiers-généraux qui étaient à bord de _l'Orient_, se
+réunissaient chez le général en chef, et là commençaient les ingénieuses
+et savantes discussions de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre
+anglaise ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi français, et
+de part et d'autre on l'ignora. Nelson commençant à supposer que les
+Français s'étaient dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie,
+et les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il vola vers les
+Dardanelles, pour tâcher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier,
+l'expédition française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi à peu près qu'elle
+était sortie de Toulon.
+
+Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul français. Il apprit que les
+Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages
+voisins, il voulut tenter le débarquement à l'instant même. On ne
+pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait
+disposée à se défendre; il fallait descendre à quelque distance, sur
+la plage voisine, à une anse dite du Marabout. Le vent soufflait
+violemment, et la mer se brisait avec furie sur les récifs de la côte.
+C'était vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder
+sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats
+demandaient à grands cris à le suivre à la côte. On commença à mettre
+les embarcations à la mer, mais l'agitation des flots les exposait à
+chaque instant à se briser les unes contre les autres. Enfin, après
+de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut à
+l'horizon; on crut que c'était une voile anglaise: «_Fortune_, s'écria
+Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_» La
+fortune ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate française qui
+rejoignait. On eut beaucoup de peine à débarquer quatre ou cinq mille
+hommes, dans la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas
+donner aux Turcs le temps de faire des préparatifs de défense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de débarqué;
+l'état-major, Bonaparte et Caffarelli lui-même, malgré sa jambe de bois,
+firent quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent à la
+pointe du jour en vue d'Alexandrie.
+
+Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques
+édifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle était
+ruinée aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens, les négocians
+européens habitaient dans la ville moderne, qui était la seule partie
+conservée. Quelques Arabes vivaient dans les décombres de la cité
+antique; une vieille muraille flanquée de quelques tours enfermait la
+nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour régnaient les sables qui,
+en Égypte, s'avancent partout où la civilisation recule.
+
+Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte, y arrivèrent à la
+pointe du jour: ils ne rencontrèrent sur cette plage de sable qu'un
+petit nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de fusil, s'enfoncèrent
+dans le désert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon,
+avec la première, marcha à droite, vers la porte de Rosette; Kléber,
+avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou,
+avec la troisième, s'avança à gauche vers la porte des Catacombes. Les
+Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière un mur, firent un
+feu bien nourri; mais les Français montèrent avec des échelles, et
+franchirent la vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé d'une
+balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'à la
+ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir
+meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermédiaire pour négocier
+un accord. Bonaparte déclara qu'il ne venait point pour ravager le pays,
+ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire à la
+domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient
+faits à la France. Il promit que les autorités du pays seraient
+maintenues, que les cérémonies du culte continueraient d'avoir lieu
+comme par le passé, que les propriétés seraient respectées, etc.....
+Moyennant ces conditions, la résistance cessa: les Français furent
+maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce temps, l'armée avait
+achevé de débarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre à
+l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+créer à Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et
+d'arrêter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais étaient
+passés; les plus grands obstacles étaient vaincus avec ce bonheur qui
+semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme.
+
+L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus
+singulier, le mieux situé, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa
+position est connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un isthme de
+quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il était
+coupé, donnerait accès de la Méditerranée dans la mer de Indes,
+dispenserait les navigateurs d'aller à des distances immenses, et au
+milieu des tempêtes, doubler le cap de Bonne-Espérance. L'Égypte est
+placée parallèlement à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est la
+maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui, chez les anciens
+et dans le moyen-âge, pendant la prospérité des Vénitiens, était
+l'intermédiaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas
+moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend
+sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans
+les déserts de l'Afrique, puis entre en Égypte, ou plutôt y tombe, en
+se précipitant des cataractes de Syène, et parcourt encore deux cents
+lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent toute l'Égypte. C'est
+une vallée de deux cents lieues de longueur, sur cinq à six lieues de
+largeur. Des deux côtés elle est bordée par un océan de sables. Quelques
+chaînes de montagnes, basses, arides et déchirées, sillonnent tristement
+ces sables, et projettent à peine quelques ombres sur leur immensité.
+Les unes séparent le Nil de la mer Rouge, les autres le séparent du
+grand désert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du
+Nil, à une certaine distance dans le désert, serpentent deux langues de
+terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu
+de verdure. Ce sont les _oasis_, espèces d'îles végétales, au milieu de
+l'océan des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort
+des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la mer, le Nil se partage
+en deux branches, qui vont tomber à soixante lieues l'une de l'autre,
+dans la Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à Damiette. On
+connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les aperçoit encore, mais
+il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle formé par ces deux
+grandes branches et par la mer a soixante lieues à sa base et cinquante
+sur ses côtés; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus coupée de canaux. Le
+pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Égypte,
+qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle Ouestanieh; la
+Haute-Égypte, qu'on appelle le Saïd.
+
+Les vents étésiens soufflant d'une manière constante du nord au sud,
+pendant les mois de mai, juin et juillet, entraînent tous les nuages
+formés à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner un seul
+sur cette contrée toujours sereine, et les portent vers les monts
+d'Abyssinie. Là ces nuages s'agglomèrent, se précipitent en pluie
+pendant les mois de juillet, août et septembre, et produisent le
+phénomène célèbre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre reçoit par
+les débordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il
+n'y pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient pestilentiels
+sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Égypte une seule fièvre.
+Le Nil, après son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule
+terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons
+consacrées autrefois à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est étendue,
+plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires de cette terre,
+nivelée tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par
+l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Égypte. Des canaux
+pourraient étendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la
+rapidité des eaux, de les faire séjourner plus long-temps, et d'étendre
+la fertilité aux dépens du désert. Nulle part le travail de l'homme ne
+pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne
+serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se disputent l'Égypte, et
+c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le désert
+et de le faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait autrefois
+vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle était à peine
+capable d'en nourrir trois millions quand les Français y entrèrent.
+
+L'inondation finit à peu près en septembre. Alors commencent les travaux
+des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier,
+février, la campagne d'Égypte présenté un aspect ravissant de fertilité
+et de fraîcheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons,
+émaillée de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux. En mars les
+chaleurs commencent; la terre se gerce si profondément, qu'il est
+quelquefois dangereux de la traverser à cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes les richesses de
+l'année. Outre les blés, l'Égypte produit les meilleurs riz, les plus
+beaux légumes, le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le lin,
+le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui
+manque des huiles; mais elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui
+manque le tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés, dans
+la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de bois, car la grande
+végétation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil dépose sur
+un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les
+seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois on brûle la bouse de vache.
+L'Égypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espèce y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres dans le monde
+par leur beauté, leur vivacité, leur familiarité avec leurs maîtres, et
+cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont
+le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme
+un navire vivant pour traverser la mer des sables.
+
+Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent
+comme des flottes des deux côtés du désert. Les unes viennent de la
+Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de Barbarie.
+Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or,
+l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes,
+les aromates de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les
+esclaves. Le Caire devient un entrepôt magnifique des plus belles
+productions du globe, de celles que le génie si puissant des occidentaux
+ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur
+goût délicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde
+est-il le seul dont les progrès des peuples n'amèneront jamais la
+fin. Il ne serait donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste
+militaire, pour aller détruire violemment le commerce des Anglais. Il
+suffirait d'y établir un entrepôt, avec la sûreté, les lois et les
+commodités européennes, pour attirer les richesses du monde.
+
+La population qui occupe l'Égypte est, comme les ruines des cités qui la
+couvrent, un amas des débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de l'Égypte sur les
+Cophtes, des Turcs conquérans sur les Arabes, telles sont les races dont
+les débris pullulent misérablement sur une terre dont ils sont indignes.
+Les Cophtes, quand les Français y entrèrent, étaient deux cent mille au
+plus. Méprisés, pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes les
+classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les Arabes formaient la
+masse presque entière de la population; ils descendaient des compagnons
+de Mahomet. Leur condition était infiniment variée; quelques-uns, de
+haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'à Mahomet lui-même,
+grands propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe, réunissant
+à la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, étaient,
+sous le titre de scheiks, les véritables grands de l'Égypte. Dans
+les divans, ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient des espèces
+d'universités, où ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un
+peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée de Jemil-Azar
+était le premier corps savant et religieux de l'Orient. Après ces
+grands, venaient les moindres propriétaires, composant la seconde et
+la plus nombreuse classe des Arabes; puis les prolétaires, qui étaient
+tombés dans la situation de véritables ilotes. Ces derniers étaient des
+paysans à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant
+dans la misère et l'abjection. Il y avait une quatrième classe d'Arabes,
+c'étaient les Bédouins ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu
+s'attacher à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés sur des
+chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux,
+ils erraient, cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou venant
+annuellement ensemencer les lisières de terre cultivable, placées sur
+le bord de l'Égypte. Leur métier était d'escorter les caravanes ou de
+prêter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi,
+ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils
+prêtaient leurs chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité
+qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables, ils se
+précipitaient sur cette vallée du Nil, qui, large seulement de cinq
+lieues, est si facile à pénétrer; ils pillaient les villages, et,
+remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du
+désert. La négligence turque laissait leurs ravages presque toujours
+impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du désert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divisés en tribus
+sur les deux côtés de la vallée, étaient au nombre de cent ou cent vingt
+mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves,
+mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre.
+
+La troisième race enfin était celle des Turcs; mais elle était aussi peu
+nombreuse que les Cophtes, c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent
+mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les
+Turcs, venus depuis la dernière conquête des sultans de Constantinople,
+étaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait
+qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour
+avoir les privilèges des janissaires, et qu'un très petit nombre sont
+réellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople, représentait le
+sultan en Égypte; mais à peine escorté de quelques janissaires, il avait
+vu s'évanouir son autorité par les précautions même que le sultan Sélim
+avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par
+son éloignement l'Égypte pourrait échapper à la domination de
+Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y créer un
+empire indépendant, avait imaginé un contre-poids, en instituant la
+milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions
+physiques qui rendent un pays dépendant ou indépendant d'un autre, au
+lieu du pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus indépendans
+de Constantinople et maîtres de l'Égypte. Les Mameluks étaient des
+esclaves achetés en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du
+Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés dans l'ignorance de leur
+origine, dans le goût et la pratique des armes, ils devenaient les plus
+braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient à honneur
+d'être sans origine, d'avoir été achetés cher, et d'être beaux et
+vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui étaient leurs propriétaires
+et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'était un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils
+transmettaient quelquefois à leur fils, et plus souvent à leur Mameluk
+favori, qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était servi par deux
+fellahs. La milice entière se composait de douze mille cavaliers à peu
+près, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables
+maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres
+appartenant aux beys, ou du revenu des impôts établis sous toutes les
+formes. Les Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus ignobles
+fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens
+d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort.
+Les vingt-quatre beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de fait. Ils se
+faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait
+une souveraineté viagère. Il était tout à fait indépendant du pacha
+représentant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au
+Caire dans une sorte de nullité, et souvent lui refusait le _miri_,
+c'est-à-dire l'impôt foncier, qui, représentant le droit de la conquête,
+appartenait à la Porte.
+
+L'Égypte était donc une véritable féodalité, comme celle de l'Europe
+dans le moyen âge; elle présentait à la fois un peuple conquis, une
+milice conquérante, en révolte contre son souverain; enfin une ancienne
+classe abrutie, au service et aux gages du plus fort.
+
+Deux beys supérieurs aux autres dominaient en ce moment l'Égypte. L'un,
+Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une espèce de partage
+d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles,
+et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci était chargé des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous
+dévoués à sa personne.
+
+Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du
+fondateur, et qui avait d'ailleurs administré assez de pays conquis pour
+s'en être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il
+avait à suivre en Égypte. Il fallait d'abord arracher cette contrée à
+ses véritables maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette classe
+qu'il fallait combattre et détruire par les armes et la politique.
+D'ailleurs on avait des raisons à faire valoir contre eux, car ils
+n'avaient cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte, il fallait
+paraître ne pas attaquer sa souveraineté, et affecter au contraire de
+la respecter. Telle qu'elle était devenue, cette souveraineté était peu
+importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de
+l'Égypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un
+partage d'autorité qui n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le
+Pacha au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant de la
+puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose à regretter. Quant
+aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable
+population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en
+caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un
+désir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouvé en Italie,
+comme on le trouve partout, celui du rétablissement de l'antique
+patrie, de la patrie arabe, on était assuré de dominer le pays et de se
+l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant les propriétés et les
+personnes, chez un peuple qui était habitué à regarder la conquête comme
+donnant droit de meurtre, de pillage et de dévastation, on allait causer
+une surprise des plus avantageuses à l'armée française; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophète, la conquête des coeurs était
+aussi assurée que celle du sol.
+
+Bonaparte se conduisit d'après ces erremens aussi justes que profonds.
+Doué d'une imagination tout orientale, il lui était facile de prendre
+le style solennel et imposant qui convenait à la race arabe. Il fit des
+proclamations qui étaient traduites en arabe et répandues dans le pays.
+Il écrivit au pacha: «La république française s'est décidée à envoyer
+une puissante armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Égypte,
+ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle
+contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais être le maître
+des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorité et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir. Tu es sans doute déjà
+instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le
+sultan. Tu sais que la nation française est la seule et unique alliée
+que le sultan ait en Europe. Viens donc à ma rencontre, et maudis avec
+moi la race impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens, Bonaparte leur
+adressait ces paroles: «Peuples d'Égypte, on vous dira que je viens pour
+détruire votre religion. Ne le croyez pas; répondez que je viens vous
+restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que
+les Mameluks Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant de la tyrannie
+des Mameluks, il disait: «Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux
+Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
+cela appartient aux Mameluks. Si l'Égypte est leur ferme, qu'ils
+montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné que l'empire des Mameluks
+finît.» Parlant des sentimens des Français, il ajoutait: «Nous aussi,
+nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le
+pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce
+pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces
+insensés croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux
+musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
+neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les
+Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'espérance pour
+eux; ils périront.»
+
+Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre une conquête
+dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont
+incalculables. Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le
+plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de
+mort.
+
+«Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; leur
+premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que
+Dieu, et Mahomet est son prophète_. Ne les contredisez pas; agissez avec
+eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des
+égards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
+rabbins et pour les évêques. Ayez pour les cérémonies que prescrit le
+Koran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les
+couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de
+Jésus-Christ. Les légions romaines protégeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe, il faut
+vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent
+les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays,
+celui qui viole est un lâche.
+
+«La première ville que nous rencontrerons a été bâtie par Alexandre.
+Nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
+l'émulation des Français.»
+
+Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour établir l'autorité
+française à Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du
+Caire, capitale de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil allait
+inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation,
+et employer le temps qu'elle durerait, à faire son établissement. Il
+ordonna que tout demeurât dans le même état à Alexandrie, que les
+exercices religieux continuassent, que la justice fût rendue comme avant
+par les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits des Mameluks,
+et établir un commissaire pour percevoir les impôts accoutumés. Il
+fit former un divan, ou conseil municipal, composé des scheiks et des
+notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que
+l'autorité française aurait à prendre. Il laissa trois mille hommes en
+garnison à Alexandrie, et en donna le commandement à Kléber, que sa
+blessure devait, pour un mois ou deux, condamner à l'inaction. Il
+chargea un jeune officier du plus rare mérite, et qui promettait un
+grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie en état de défense et
+d'y faire pour cela les travaux nécessaires. C'était le colonel Crétin,
+qui, à peu de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie des travaux
+superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte à
+l'abri. C'était une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargée
+de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna à Brueys de
+faire promptement décider la question, et de se rendre à Corfou, s'il
+était reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie.
+
+Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en
+marche. Une flottille considérable chargée de vivres, d'artillerie, de
+munitions et de bagages, dut longer la côte jusqu'à l'embouchure de
+Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en même temps que l'armée
+française. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée, qui,
+privée des deux garnisons laissées à Malte et Alexandrie, était forte de
+trente mille hommes à peu près. Il avait ordonné à sa flottille de
+se rendre à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. Là il se
+proposait de la joindre et de remonter le Nil parallèlement avec elle,
+afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie à _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une à
+travers les pays habités, le long de la mer et du Nil, l'autre plus
+courte et à vol d'oiseau, mais à travers le désert de _Damanhour_.
+Bonaparte n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui importait
+d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le
+corps de bataille suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla le
+18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engagés dans cette
+plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel
+brûlant sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer
+leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'êtres vivans
+que de légères troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et
+disparaissaient à l'horizon, et quelquefois se cachaient derrière
+des dunes de sable pour égorger les traînards, ils furent remplis de
+tristesse. Déjà le goût du repos leur était venu, après les longues et
+opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur général dans une
+contrée lointaine, parce que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on
+leur avait annoncé une terre promise, de laquelle ils reviendraient
+assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils
+virent ce désert, le mécontentement s'en mêla, et alla même jusqu'au
+désespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance
+jalonnent la route du désert, détruits par les Arabes. A peine y
+restait-il quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très insuffisante
+pour étancher leur soif. On leur avait annoncé qu'ils trouveraient à
+Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrèrent que de misérables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement
+des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut
+s'enfoncer de nouveau dans le désert. Bonaparte vit les braves Lannes
+et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les
+fouler aux pieds. Cependant il imposait à tous: sa présence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté. Les soldats ne
+voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient à ceux qui
+trouvaient un grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans
+s'arrêter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'était
+pour eux qu'on était venu, et s'en vengeaient par de bons mots à leur
+façon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un
+érudit, passait à leurs yeux pour l'homme qui avait trompé le général,
+et qui l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une
+jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ça lui, il a un pied en
+France._ Cependant, après de cruelles souffrances, supportées d'abord
+avec humeur, puis avec gaieté et courage, on arriva sur les bords du Nil
+le 22 messidor (10 juillet), après une marche de quatre jours. A la vue
+du Nil et de cette eau si désirée, les soldats s'y précipitèrent, et en
+se baignant dans ses flots oublièrent toutes leurs fatigues. La division
+Desaix, qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde, vit galoper
+devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec
+quelques volées de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus.
+Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée ennemie. Le brave
+Mourad-Bey, en effet, ayant été averti, réunissait toutes ses forces
+autour du Caire. En attendant leur réunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armée, afin d'observer sa marche.
+
+L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille; elle se reposa
+jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le même jour pour
+Chébreïss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille,
+qui était partie la première, et qui avait devancé l'armée, se trouva
+engagée avant de pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi,
+et du rivage il joignait son feu à celui de ses _djermes_ (vaisseaux
+légers égyptiens). La flottille française eut à soutenir un combat des
+plus rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait, déploya
+un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui étaient arrivés
+démontés en Égypte, et qui, en attendant de s'équiper aux dépens
+des Mameluks, étaient transportés par eau. On prit deux chaloupes
+canonnières à l'ennemi, et on le repoussa. L'armée arriva dans cet
+instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité, au choc des
+chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilité du
+fantassin, sa longue baïonnette, et des masses faisant front de tous
+côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carrés, au milieu
+desquels on plaça les bagages et l'état-major. L'artillerie était
+aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents
+cavaliers intrépides, qui, se précipitant à grands cris et de tout le
+galop de leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis tirant leurs
+redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carrés. Trouvant
+partout une haie de baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient
+autour des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient dans
+la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, après avoir
+perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour
+gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre à la hauteur du Caire,
+à la tête de toutes ses forces.
+
+Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec ce nouveau genre
+d'ennemis, et pour suggérer à Bonaparte la tactique qu'il fallait
+employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha sans relâche pendant les
+jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances à essuyer,
+mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La
+vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. «Ces soldats, déjà un peu
+dégoûtés des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de
+gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu.»
+Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer beaucoup de respect
+par le courage qu'on leur voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la
+flottille, avaient montré à Chébreïss un courage héroïque. Les soldats,
+tout en faisant des plaisanteries, étaient pleins d'égards pour eux. Ne
+voyant pas paraître cette capitale du Caire, si vantée comme une des
+merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que
+ce serait comme à Damanhour, une réunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il s'était laissé déporter
+comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand
+on s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu débiter les
+contes des Mille et une Nuits, les répétaient à leurs camarades, et
+on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En
+attendant, on était toujours privé de pain, non que le blé manquât, on
+en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four.
+On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis,
+connu dans les pays méridionaux sous le nom de _pastèque_. Les soldats
+l'appelaient _sainte pastèque_.
+
+On approchait du Caire, et là devait se livrer la bataille décisive.
+Mourad-Bey y avait réuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix
+mille à peu près. Ils étaient suivis par un nombre double de fellahs,
+auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derrière
+les retranchemens. Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dépendans du pacha, qui, malgré la lettre de Bonaparte,
+s'était laissé entraîner dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des préparatifs de défense sur les bords du Nil. La grande
+capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'était sur la
+rive opposée, c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait placé
+son camp, dans une longue plaine qui s'étendait entre le Nil et les
+pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient
+ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh, était adossé au
+fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné quelques travaux, conçus et exécutés
+avec l'ignorance turque. C'était un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pièces
+n'étant pas sur affût de campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était
+le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses vingt-quatre mille
+fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniâtreté accoutumée
+des Turcs derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille
+cavaliers, s'étendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides.
+Quelques mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires des
+Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire,
+remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collègue
+de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se
+tenait de l'autre côté du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses
+femmes, ses esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et à
+se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux. Un nombre
+considérable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les
+richesses des Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux beys
+attendaient Bonaparte.
+
+Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se mit en marche avant
+le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer
+l'ennemi. A la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche, au-delà
+du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et à sa droite,
+dans le désert, les gigantesques pyramides dorées par le soleil. A
+la vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie de curiosité et
+d'admiration. Le visage de Bonaparte était rayonnant d'enthousiasme;
+il se mit à galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les
+pyramides: _Songez_, s'écriait-il, _songez que du haut de ces pyramides
+quarante siècles vous contemplent_. On s'avança d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du Caire, on voyait
+grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait
+Embaheh, on voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit
+aussitôt ses dispositions. L'armée, comme à Chébreïss, était partagée
+en cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient la droite,
+vers le désert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou
+et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis
+le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain et l'ennemi, fit ses
+dispositions en conséquence. Chaque division formait un carré; chaque
+carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies de grenadiers
+en pelotons, prêtes à renforcer les points d'attaque. L'artillerie était
+aux angles; les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient
+mouvans. Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient sur le
+flanc. Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter pour faire
+front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une
+position, les premiers rangs devaient se détacher, pour former des
+colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arrière, formant
+toujours le carré, mais sur trois hommes de profondeur seulement,
+et prêts à recueillir les colonnes d'attaque. Telles étaient les
+dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait que ses impétueux
+soldats d'Italie, habitués à marcher au pas de charge, eussent de
+la peine à se résigner à cette froide et impassible immobilité des
+murailles. Il avait eu soin de les y préparer. Ordre était donné surtout
+de ne pas se hâter de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'à bout pourtant.
+
+On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte, qui était dans
+le carré du centre, formé par la division Dugua, s'assura, avec une
+lunette, de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp,
+n'étant pas sur affût de campagne, ne pourrait pas se porter dans la
+plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut d'appuyer avec ses
+divisions sur la droite, c'est-à-dire sur le corps des Mameluks, en
+circulant hors de la portée du canon d'Embabeh. Son intention était
+de séparer les Mameluks du camp retranché, de les envelopper, de les
+pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait
+d'eux. Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de la
+multitude qui fourmillait dans ce camp après avoir détruit les Mameluks.
+
+Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extrême droite,
+se mit le premier en marche. Après lui venait le carré de Régnier, puis
+celui de Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient autour
+d'Embabeh, hors de la portée du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans
+instruction, était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil
+pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et résolut
+de charger pendant ce mouvement décisif. Il laissa deux mille Mameluks
+pour appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste sur les deux
+carrés de droite. Celui de Desaix, engagé dans les palmiers, n'était pas
+encore formé, lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il se
+forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la charge. C'est une masse
+énorme que celle de huit mille cavaliers galopant à la fois dans une
+plaine. Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire sur la
+division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient
+été fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à bout
+portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arrêtés
+par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs,
+et galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns des plus
+braves se précipitèrent sur les baïonnettes, puis, retournant leurs
+chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire brèche,
+et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre
+même du carré. La masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix
+sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie par le même feu, elle
+revint vers le point d'où elle était partie; mais elle trouva sur ses
+derrières la division Dugua que Bonaparte avait portée vers le Nil, et
+fut jetée dans une déroute complète. Alors la fuite se fit en désordre.
+Une partie des fuyards s'échappa vers notre droite, du côté des
+pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans
+Embabeh, où elle porta la confusion. Dès cet instant le trouble commença
+à se mettre dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant, ordonna
+à ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en
+emparer. Bon et Menou s'avancèrent sur le feu des retranchemens,
+et arrivés à une certaine distance, firent halte. Les carrés se
+dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent en colonnes d'attaque,
+tandis que les autres restèrent en carré, figurant toujours de
+véritables citadelles. Mais au même instant les Mameluks, tant ceux
+que Mourad avait laissés à Embabeh, que ceux qui s'y étaient réfugiés,
+voulurent nous prévenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci s'arrêtant
+sur-le-champ, et se formant en carré avec une merveilleuse rapidité,
+les reçurent avec fermeté, et en abattirent un grand nombre. Les uns
+se rejetèrent dans Embabeh, où le désordre devint extrême; les autres,
+fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusillés
+ou poussés dans le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement
+Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans le Nil la multitude des
+fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyèrent; mais comme les
+Égyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux
+parvint à se sauver. La journée était finie. Les Arabes, qui étaient
+près des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans
+le désert. Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage tout
+sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim, qui de l'autre rive
+contemplait ce désastre, s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en
+Syrie. Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes qui portaient
+leurs richesses. Cette proie nous échappa, et nos soldats virent pendant
+toute la nuit des flammes dévorer un riche butin.
+
+Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh, sur les bords du Nil, où
+Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit à Giseh, soit
+à Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats purent se
+dédommager de leurs longues privations. Ils trouvèrent des vignes
+couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le champ de bataille un
+butin d'une autre espèce, c'étaient des schalls magnifiques, de belles
+armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à deux ou
+trois cents pièces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs
+richesses avec eux. Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à
+recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks avaient été tués.
+Plus de mille étaient noyés dans le Nil. Les soldats se mirent à les
+pêcher pour les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore à ce
+genre de recherche.
+
+La bataille nous avait à peine coûté une centaine de morts ou blessés;
+car si la défaite est terrible pour des carrés enfoncés, la perte est
+nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs
+meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces étaient
+dispersées, et la possession du Caire nous était assurée. Cette capitale
+était dans un désordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent
+mille habitans, et elle est remplie d'une populace féroce et abrutie,
+qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter du tumulte pour
+piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille
+française n'avait pas encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques
+négocians français, qui s'y trouvaient furent envoyés à Bonaparte par
+les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se
+procura quelques djermes pour envoyer un détachement qui rétablît la
+tranquillité et mît les personnes et les propriétés à l'abri des fureurs
+de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre
+possession du palais de Mourad-Bey.
+
+A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta d'employer la politique
+qu'il avait déjà suivie à Alexandrie, et qui devait lui attacher le
+pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer le
+rétablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de
+leur culte et de leurs coutumes, et réussit complètement à les gagner
+par un mélange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes
+d'une grandeur orientale. L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la
+mosquée de Jemil-Azar une déclaration en faveur des Français. C'était
+comme un bref du pape chez les chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce
+qu'il avait d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands scheiks
+firent la déclaration désirée, et engagèrent les Égyptiens à se
+soumettre à l'envoyé de Dieu, qui respectait le prophète, et qui venait
+venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte établit au
+Caire un divan, comme il avait fait à Alexandrie, composé des principaux
+scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens, en les consultant,
+et à s'instruire par eux de tous les détails de l'administration
+intérieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait
+établi de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des
+députés au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national.
+
+Bonaparte résolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son
+projet de succéder aux droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés,
+et fit continuer au profit de l'armée française la perception des droits
+précédemment établis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes à sa
+disposition. Il ne négligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir des généraux avec
+des détachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation
+du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil
+supérieur pour prendre possession de l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé
+avec sa division à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire
+la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du Nil baisseraient avec
+l'automne. Chacun des généraux, muni d'instructions détaillées, devait
+répéter dans tout le pays ce qui avait été fait à Alexandrie et au
+Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et
+établir la perception des impôts pour fournir aux besoins de l'armée.
+
+Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de la santé des soldats.
+L'Égypte commençait à leur plaire: ils y trouvaient le repos,
+l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel de
+plaisanteries. Mais, devinant l'intention du général avec leur sagacité
+accoutumée, ils jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient
+avec lui du rôle que la politique les obligeait à jouer. Bonaparte fit
+construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les
+bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter
+les femmes. Ils avaient trouvé en Égypte des ânes superbes et en grand
+nombre. C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les
+environs et de galoper sur ces animaux à travers les campagnes. Leur
+vivacité causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie était montée sur
+les plus beaux chevaux du monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes
+enlevés aux Mameluks.
+
+Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrées
+voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de
+l'Égypte. Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier choisi
+annuellement au Caire, pour protéger la grande caravane de la Mecque.
+Il écrivit à tous les consuls français sur la côte de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et que les caravanes
+pouvaient partir. Il fît écrire par les scheiks au shérif de la Mecque,
+que les pèlerins seraient protégés, et que les caravanes trouveraient
+sûreté et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey
+à Belbeys. Bonaparte lui écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de
+Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions
+des Français envers la Sublime-Porte. Ces dernières précautions étaient
+malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Français, qui venaient envahir une des plus riches
+provinces de leur souverain, fussent réellement ses amis.
+
+Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune conquérant. Ils ne
+comprenaient pas qu'un mortel qui lançait la foudre fût aussi clément.
+Ils l'appelaient le digne enfant du prophète, le favori du grand
+_Allah_; ils avaient chanté dans la grande mosquée la litanie suivante:
+
+«Le grand _Allah_ n'est plus irrité contre nous! Il a oublié nos fautes,
+assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les
+miséricordes du grand _Allah_!
+
+«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la mer et de la fureur de ses
+ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains
+et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_?
+
+«C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrité contre
+nous. Chantons les miséricordes du grand _Allah_!
+
+«Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les
+beys mameluks avaient rangé leur infanterie en bataille.
+
+«Mais _le Favori de la victoire_, à la tête _des braves de l'Occident_,
+a détruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks.
+
+«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin du Nil sont dissipées
+par les rayons du soleil, de même l'armée des Mameluks a été dissipée
+par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est
+actuellement irrité contre les Mameluks, parce que _les braves de
+l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_.»
+
+Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes,
+prendre part à leurs fêtes. Il assista à celle du Nil qui est une des
+plus grandes d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée: aussi
+est-il en grande vénération chez les habitans, et il est l'objet d'une
+espèce de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un
+grand canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal, jusqu'à ce
+qu'il soit parvenu à une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour
+destiné à cette opération est un jour de réjouissance. On déclare la
+hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espère une grande
+inondation, la joie est générale, car c'est un présage d'abondance.
+C'est le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête se célèbre.
+Bonaparte avait fait prendre les armes à toute l'armée, et l'avait
+rangée sur les bords du canal. Un peuple immense était accouru,
+et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister à ses
+réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major, accompagnait les
+principales autorités du pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à
+laquelle était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq pieds, ce qui
+causa une grande joie. On travailla ensuite à couper la digue. Toute
+l'artillerie française retentit à la fois au moment où les eaux
+du fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule de barques
+s'élancèrent dans le canal pour obtenir le prix destiné à celle qui
+parviendrait à y entrer la première. Bonaparte donna le prix lui-même.
+Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil,
+attachant à ce bain des propriétés bienfaisantes. Des femmes y jetaient
+des cheveux et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la
+ville, et la journée s'acheva dans les festins. La fête du prophète ne
+fut pas célébrée avec moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande
+mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées comme les
+scheiks, dit avec eux les litanies du prophète, en balançant le haut de
+son corps et agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa
+piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand scheik, élu dans
+la journée.
+
+C'est par tous ces moyens que le jeune général, aussi profond politique
+que grand capitaine, parvenait à s'attacher l'esprit du pays. Tandis
+qu'il en flattait momentanément les préjugés, il travaillait à y
+répandre un jour la science, par la création du célèbre Institut
+d'Égypte. Il réunit les savans et les artistes qu'il avait amenés, et
+les associant à quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des
+plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper à faire une
+description exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée;
+les autres devaient en étudier les ruines, et fournir de nouvelles
+lumières à l'histoire; les autres devaient en étudier les productions,
+faire les observations utiles à la physique, à l'astronomie, à
+l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper à rechercher
+les améliorations qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans par
+des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procédés adaptés
+à ce sol si singulier et si différent de l'Europe. Si la fortune devait
+nous enlever un jour cette belle contrée, du moins elle ne pouvait nous
+enlever les conquêtes que la science y allait faire; un monument se
+préparait qui devait honorer le génie et la constance de nos savans,
+autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos soldats.
+
+Monge fut le premier qui obtint la présidence. Bonaparte ne fut que le
+second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure
+construction des moulins à eau et à vent; remplacer le houblon qui
+manque en Égypte, dans la fabrication de la bière; déterminer les lieux
+propres à la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour
+procurer de l'eau à la citadelle du Caire; creuser des puits dans les
+différens endroits du désert; chercher le moyen de clarifier et de
+rafraîchir l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser les décombres
+dont la ville du Caire était embarrassée, ainsi que toutes les anciennes
+villes d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour la fabrication
+de la poudre en Égypte. On peut juger par ces questions de la tournure
+d'esprit du général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs,
+les savans, se répandirent dans toutes les provinces pour commencer la
+description et la carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie
+naissante et la manière dont le fondateur en dirigeait les travaux.
+
+La conquête des provinces de la Basse et Moyenne-Égypte s'était faite
+sans peine, et n'avait coûté que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Égypte à
+Mourad-Bey, qui s'y était retiré avec les débris de son armée.
+
+Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger à Bonaparte le
+plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait
+fortement recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre à l'abri
+des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la
+dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade
+d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile, que de le
+recevoir à l'ancre. Une vive discussion s'était élevée sur la question
+de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les
+vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les
+autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un
+allégement qui leur fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était
+nécessaire de les désarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral
+Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port à cette
+condition. Il pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour ses
+trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port
+en présence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi être bloqué par une
+escadre très-inférieure en force; il se décida à partir pour Corfou.
+Mais étant fort attaché au général Bonaparte, il ne voulait pas mettre
+à la voile sans avoir des nouvelles de son entrée au Caire et de son
+établissement en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à faire sonder les
+passes d'Alexandrie, soit à attendre des nouvelles du Caire, le perdit,
+et amena un des plus funestes événemens de la révolution et l'un de ceux
+qui, à cette époque, ont le plus influé sur les destinées du monde.
+
+L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir. Cette rade est
+un demi-cercle très-régulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne
+demi-circulaire parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne
+d'embossage, l'avait appuyée d'un côté vers une petite île, nommée
+l'îlot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre
+cet îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et, dans cette
+croyance il s'était contenté d'y placer une batterie de douze,
+seulement pour empêcher l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses plus mauvais vaisseaux.
+Il craignait davantage pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De
+ce côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre le rivage et sa
+ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts
+et les mieux commandés. De plus, il était rassuré par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne étant au midi, et le vent venant
+du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce côté aurait le vent
+contraire, et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec un pareil
+désavantage.
+
+Dans cette situation, protégé de sa gauche par un îlot, qu'il croyait
+suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs
+vaisseaux et par le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui
+devaient décider son départ.
+
+Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après être retourné dans
+l'Adriatique, à Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude
+du débarquement des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt cette
+direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya
+une frégate pour la chercher et reconnaître sa position. Cette frégate
+l'ayant trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout à l'aise notre
+ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une
+multitude de frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution
+d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait pu tenir les Anglais
+toujours éloignés, les empêcher d'observer sa ligne, et être averti de
+leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La frégate anglaise,
+après avoir achevé sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, étant
+informé de tous les détails de notre position, manoeuvra aussitôt vers
+Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août), vers les six heures du
+soir. L'amiral Brueys était à dîner; il fit aussitôt donner le signal
+du combat. Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que le
+branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des
+équipages était à terre. L'amiral envoya des officiers pour faire
+rembarquer les matelots et pour réunir une partie de ceux qui étaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât l'attaquer le soir
+même, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait
+de demander.
+
+Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre
+audacieuse, de laquelle il espérait le succès de la bataille. Il voulait
+aborder notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot d'Aboukir,
+passer entre cet îlot et notre escadre, malgré les dangers des
+bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne
+d'embossage. Cette manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais
+n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal des deux côtés,
+c'est-à-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit
+heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_,
+en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir et notre ligne, échoua sur un
+bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais poussé par le vent, il dépassa notre premier vaisseau, et ne put
+s'arrêter qu'à la hauteur du troisième. Les vaisseaux anglais _le Zélé_,
+_l'Audacieux_, _le Thésée_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et
+réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancèrent
+jusqu'au _Tonnant_, qui était le huitième, et engagèrent ainsi notre
+gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par
+le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne
+s'attendait pas dans l'escadre française à être attaqué dans ce sens,
+les batteries du côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et nos
+deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un côté; aussi l'un
+fut-il désemparé, et l'autre démâté. Mais au centre où était _l'Orient_,
+vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellérophon_, l'un des
+principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé, démâté, et obligé d'amener.
+D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraités, furent obligés de
+s'éloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait reçu qu'une
+partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il
+espérait même, malgré le succès de la manoeuvre de Nelson, remporter la
+victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment à sa droite étaient
+exécutés. Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec la gauche et le
+centre; notre droite, composée de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait
+aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre
+à la voile, et de se rabattre extérieurement sur la ligne de bataille;
+cette manoeuvre réussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient été pris entre deux feux; mais les signaux
+ne furent pas aperçus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas
+hésiter à courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu, demeura immobile,
+attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre restèrent
+donc placés entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement
+l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais
+aussi en avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre démâté;
+notre feu était supérieur. L'infortuné Brueys fut blessé, il ne voulut
+pas quitter le pont de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir en
+donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze
+heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en
+l'air. Cette épouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette
+lutte acharnée. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engagés,
+_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_,
+_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps encore
+pour notre droite de lever l'ancre, et de venir à leur secours. Nelson
+tremblait que cette manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin à
+la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait
+pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux
+se jetèrent à la côte; il se sauva avec les deux autres et deux
+frégates, et fit voile vers Malte. Le combat avait duré plus de quinze
+heures. Tous les équipages attaqués avaient fait des prodiges de valeur.
+Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportés; il se
+fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys,
+attendit d'être emporté par un boulet de canon. Toute notre escadre,
+excepté les vaisseaux et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut
+détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas poursuivre les
+vaisseaux en fuite.
+
+Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir, la plus désastreuse que
+la marine française eût encore soutenue, et celle dont les conséquences
+militaires devaient être les plus funestes. La flotte qui avait porté
+les Français en Égypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui
+devait seconder leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en avaient
+à exécuter, qui devait imposer à la Porte, la forcer à se payer de
+mauvaises raisons, et l'obliger à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui
+devait enfin, en cas de revers, ramener les Français dans leur patrie,
+cette flotte était détruite. Les vaisseaux des Français étaient brûlés,
+mais ils ne les avaient pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien
+différent pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula
+rapidement en Égypte, et causa un instant de désespoir à l'armée.
+Bonaparte reçut cette nouvelle avec un calme impassible. «Eh bien!
+dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.» Il
+écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de plus grandes choses que
+nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de
+Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit Kléber, il faut faire
+de grandes choses; _je_ prépare mes facultés_.» Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral. Bonaparte chercha à
+distraire ses soldats par différentes expéditions, et leur fit bientôt
+oublier ce désastre. A la fête de la fondation de la république,
+célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter leur imagination,
+et fit graver sur la colonne de Pompée le nom des quarante premiers
+soldats morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient succombé en
+attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France,
+étaient ainsi associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre. Il
+adressa à son armée cette singulière et grande allocution, où était
+retracée sa merveilleuse histoire:
+
+ SOLDATS!
+
+ «Nous célébrons le premier jour de l'an VII de la république.
+
+ «Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée;
+ mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de vos
+ ennemis.
+
+ «Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.
+
+ «L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.
+
+ «Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
+ célèbre victoire de Saint-Georges.
+
+ «L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
+ retour de l'Allemagne.
+
+ «Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
+ au centre de l'ancien continent?
+
+ «Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au
+ hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.
+
+ «Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce
+ que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
+ avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
+ pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
+ et de l'admiration de tous les peuples.
+
+ «Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons
+ été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+ jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens
+ représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à vous; tous
+ disent: C'est à leurs travaux, à leur sang que nous devons la paix
+ générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la
+ liberté civile.»
+
+
+
+CHAPITRE XIV.
+
+EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE LA
+BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DÉCLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS
+DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFÉRENCES AVEC
+L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES
+COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES.
+CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE
+A CE SUJET.--SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE
+DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA
+CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION
+DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.--CONQUÊTE DU ROYAUME DE
+NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIÉMONT.
+
+
+L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe longtemps encore après
+le départ de notre flotte. La prise de Malte commença à fixer les
+conjectures. Cette place réputée imprenable et enlevée en passant, jeta
+sur les argonautes français un éclat extraordinaire. Le débarquement en
+Égypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frappèrent
+toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui
+avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus
+singulier et plus étonnant encore arrivant des contrées lointaines
+de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte étaient le sujet de toutes les
+conversations. Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la
+Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde.
+
+La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas détruire le prestige de
+l'entreprise, mais réveiller toutes les espérances des ennemis de la
+France, et hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui était
+extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait
+que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'était
+pas fâché de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre
+l'Égypte. M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre auprès du divan pour
+lui faire agréer des satisfactions, n'était point parti. Les agens de
+l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte que
+l'ambition de la France était insatiable; qu'après avoir troublé
+l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mépris d'une
+antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le divan n'auraient pas suffi
+pour le décider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner
+les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Français de tout
+leur ascendant dans le Levant, et donna à l'Angleterre une prépondérance
+décidée. La Porte déclara solennellement la guerre à la France[1], et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie
+naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie
+et l'Angleterre. Le sultan ordonna la réunion d'une armée, pour aller
+reconquérir l'Égypte. Cette circonstance rendait singulièrement
+difficile la position des Français. Séparés de la France, et privés
+de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient
+exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient.
+Ils n'étaient que trente mille environ pour lutter contre tant de
+périls.
+
+[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).]
+
+Nelson victorieux vint à Naples radouber son escadre abîmée, et recevoir
+les honneurs du triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de
+Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours à
+nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts
+à Nelson. Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le
+roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée du port, et l'appelèrent
+le héros libérateur de la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe
+de Nelson devait être le signal du réveil général, que les puissances
+devaient profiter du moment où la plus redoutable armée de la France,
+et son plus grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour marcher
+contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les
+suggestions furent extrêmement actives auprès de toutes les cours. On
+écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller leur haine jusqu'ici
+déguisée. C'était le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples,
+de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous à la fois sur
+les derrières des Français, et de les égorger d'un bout à l'autre de la
+Péninsule. On dit à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où les
+puissances italiennes prendraient les Français par derrière, pour les
+attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait être
+facile, car Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur l'Adige.
+On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une partie de ses états, et réduit
+à céder la rive gauche du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa
+neutralité; enfin on employa auprès de Paul Ier les moyens qui pouvaient
+agir sur son esprit malade, et le décider à fournir les secours si
+long-temps et si vainement promis par Catherine.
+
+Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être bien accueillies auprès de
+toutes les cours; mais toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les
+plus voisines de la France étaient les plus irritées et les plus
+disposées à refouler la révolution; mais par cela seul qu'elles étaient
+plus rapprochées du colosse républicain, elles étaient condamnées aussi
+à plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui.
+La Russie, la plus éloignée de la France, la moins exposée à ses
+vengeances, soit par son éloignement, soit par l'état moral de ses
+peuples, était la plus facile à décider. Catherine, dont la politique
+habile avait tendu toujours à compliquer la situation de l'Occident,
+soit pour avoir le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de
+faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporté sa
+politique avec elle. Cette politique est innée dans le cabinet russe;
+elle vient de sa position même: elle peut changer de procédés ou de
+moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle
+tend toujours au même but, par un penchant irrésistible. L'habile
+Catherine s'était contentée de donner des espérances et des secours
+aux émigrés; elle avait prêché la croisade sans envoyer un soldat. Son
+successeur allait suivre le même but, mais avec son caractère. Ce prince
+violent et presque insensé, mais du reste assez généreux, avait d'abord
+paru s'écarter de la politique de Catherine, et refusé d'exécuter le
+traité d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais après
+cette déviation d'un moment, il était bientôt revenu à la politique
+de son cabinet. On le vit donner asile au prétendant, et prendre les
+émigrés à sa solde, après le traité de Campo-Formio. On lui persuada
+qu'il devait se faire le chef de la noblesse européenne menacée par
+les démagogues. La démarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son
+protecteur, contribua à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui
+proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa
+protection à l'Empire, et voulut se porter garant de son intégrité. La
+prise de Malte le remplit de colère, et il offrit la coopération de
+ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait donc à
+Saint-Pétersbourg comme à Constantinople, et elle allait faire marcher
+d'accord des ennemis jusque-là irréconciliables.
+
+Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de
+sa neutralité et de l'épuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir
+dans la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement à ses
+frontières du côté de la Hollande et de la France, pour empêcher la
+contagion révolutionnaire. Elle avait rangé ses armées de manière à
+former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris à ses
+dépens à connaître la puissance de la France, et qui était exposé à
+devenir toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix. Les
+princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient aussi, parce qu'ils étaient
+assurés de trouver des indemnités sur la rive droite; les princes
+ecclésiastiques seuls, menacés de la sécularisation, désiraient la
+guerre. Les puissances italiennes du Piémont et de la Toscane ne
+demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la république française. Elles attendaient que Naples ou
+l'Autriche leur donnât le signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la
+mieux disposée des cours formant la coalition monarchique, elle hésitait
+cependant avec sa lenteur ordinaire à prendre un parti, et surtout elle
+craignait pour ses peuples déjà très épuisés par la guerre. La France
+lui avait opposé deux républiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une
+sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle aurait passé
+par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition républicaine, si
+on l'avait dédommagée par quelques conquêtes. C'est pour ce but qu'elle
+avait proposé des conférences à Selz. Ces conférences devaient
+avoir lieu dans l'été de 1798, non loin du congrès de Rastadt, et
+concurremment avec ce congrès. De leur résultat dépendaient la
+détermination de l'Autriche et le succès des efforts tentés pour former
+une nouvelle coalition.
+
+François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi par la France. C'est
+pour ce motif qu'on avait désigné la petite ville de Selz, à cause de sa
+situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la
+rive gauche. Cette dernière condition était nécessaire, parce que la
+constitution défendait au directeur sortant de s'éloigner de France
+avant un délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par l'Autriche.
+Dès les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance.
+Elle voulait être dédommagée, par des extensions de territoire, des
+conquêtes que le système républicain avait faites en Suisse et en
+Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendît sur les événemens
+de Vienne, et que des satisfactions fussent accordées pour l'insulte
+faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait de s'expliquer sur ce point,
+et ajournait toujours cette partie de la négociation. Le négociateur
+français y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se
+contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le
+ministre Thugut, disgracié en apparence, le fût réellement, et qu'une
+simple démarche, la plus insignifiante du monde, fût faite auprès de
+Bernadotte, pour réparer l'outrage qu'il avait reçu. M. de Cobentzel
+se contenta de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était passé
+à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua
+d'insister sur les extensions de territoire qu'il réclamait. Il était
+clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées
+qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues. L'Autriche
+disait que l'institution des deux républiques romaine et helvétique, et
+l'influence évidente exercée sur les républiques cisalpine, ligurienne
+et batave, étaient des violations du traité de Campo-Formio, et une
+altération dangereuse de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordât des dédommagemens, si elle voulait qu'on
+lui pardonnât ses dernières usurpations; et pour dédommagement, le
+négociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie.
+Il voulait que la ligne de l'Adige fût portée plus loin, et que les
+possessions autrichiennes s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô,
+c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une grande moitié de la
+république cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dédommager la
+république cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus de ce
+royaume aurait été donné à l'archiduc de Toscane; et le roi de Piémont
+aurait reçu en dédommagement les états de l'Église. Ainsi, au prix d'un
+agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane,
+l'empereur aurait sanctionné l'institution de la république helvétique,
+le renversement du pape et le démembrement de la monarchie du Piémont.
+La France ne pouvait consentir à ces propositions par une foule de
+raisons. D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine à peine formée,
+et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait
+affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté;
+enfin elle avait, l'année précédente, conclu un traité avec le roi de
+Piémont, par lequel elle lui garantissait ses états. Cette garantie
+était surtout stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas
+sacrifier le Piémont. Aussi François (de Neufchâteau) ne put-il adhérer
+aux propositions de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour l'événement de Vienne.
+M. de Degelmann, qui devait être envoyé à Paris comme ambassadeur,
+n'y vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient de
+correspondre par leurs ministres au congrès de Rastadt. Cette séparation
+fut généralement prise pour une espèce de rupture.
+
+Les résolutions de l'Autriche furent évidemment fixées dès cet instant;
+mais avant de recommencer les hostilités avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M.
+de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin à
+Saint-Pétersbourg. Le but de ces courses était de contribuer avec
+l'Angleterre à former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait
+envoyé à Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le
+prince Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts à ceux du
+prince Repnin et de la légation anglaise, pour entraîner le jeune roi.
+
+La France, de son côté, avait envoyé l'un de ses plus illustres citoyens
+à Berlin; c'était Sièyes. La réputation de Sièyes avait été immense
+avant le règne de la convention. Elle s'était évanouie sous le niveau
+du comité de salut public. On la vit renaître tout à coup, lorsque les
+existences purent recommencer leurs progrès naturels; et le nom de
+Sièyes était redevenu le plus grand nom de France, après celui de
+Bonaparte; car en France, une réputation de profondeur est ce qui
+produit le plus d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes
+était donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant
+et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il
+ne laissait pas que d'être importun. On eut l'idée de lui donner une
+ambassade. C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et surtout
+de lui fournir des moyens d'existence. La révolution les lui avait
+enlevés tous, en abolissant les bénéfices ecclésiastiques. Une grande
+ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande était celle de
+Berlin, car on n'avait d'envoyés ni en Autriche, ni en Russie, ni en
+Angleterre. Berlin était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires, était cependant un
+observateur fin et sûr. De plus, sa grande renommée le rendait
+particulièrement propre à représenter la France, surtout auprès de
+l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout autre pays.
+
+Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états un révolutionnaire
+si célèbre; cependant il n'osa pas le refuser. Sièyes se comporta avec
+mesure et dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyés à l'étranger, il était observé avec soin, et pour
+ainsi dire séquestré. Les Allemands étaient fort curieux de le voir,
+mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin était nulle.
+C'était le sentiment de ses intérêts qui seul inspirait le roi de Prusse
+contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.
+
+Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider le roi de Prusse, la
+cour de Naples, pleine de joie et de témérité depuis la victoire de
+Nelson, faisait des préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont. La France, par une
+espèce de complaisance, lui avait laissé occuper le duché de Bénévent.
+Mais cette concession ne l'avait point calmée. Elle se flattait de
+gagner à la prochaine guerre une moitié des états du pape.
+
+Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec succès pour la France.
+Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient
+été remplacés au congrès par Jean Debry et Roberjot. Après avoir
+obtenu la ligne du Rhin, il restait à résoudre une foule de questions
+militaires, politiques, commerciales. Notre députation était devenue
+extrêmement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit
+d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était
+un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait
+ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis Strasbourg; Cassel et
+son territoire, vis-à-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante arpens de terrain
+nous fussent accordés en face de l'ancien pont de Huningue, et que
+l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne
+aboutissant au Rhin, fût libre, que tous les droits de péage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises à un
+même droit de douane; que les chemins de halage fussent conservés,
+et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une dernière
+condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive
+gauche cédés à la France fussent transportées sur les pays de la rive
+droite, destinés à être donnés en indemnité.
+
+La députation de l'Empire répondit avec raison que la ligne du Rhin
+devait présenter une sûreté égale aux deux nations; que c'était la
+raison d'une sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour faire
+accorder cette ligne à la France; mais que cette sûreté n'existerait
+plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs,
+soit en se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl, et
+cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation de l'Empire ne
+voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour
+véritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-à-dire le milieu du
+principal bras navigable. Toutes les îles qui étaient à droite de cette
+ligne devaient appartenir à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à
+gauche devaient appartenir à la France. De cette manière, on plaçait
+entre les deux peuples le véritable obstacle qui fait d'un fleuve une
+ligne militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable. Par suite de
+ce principe, la députation demandait la démolition de Cassel et de Kehl,
+et refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue. Elle ne voulait pas
+que la France conservât aucun point offensif, lorsque l'Allemagne
+les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la démolition
+d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible avec la sûreté de la ville
+de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'étendue de son cours, et voulait que la France
+obligeât la république batave à reconnaître cette liberté. Quant à la
+libre navigation des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet article
+dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait chaque état
+individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que
+tout ce qui était relatif aux péages et à leur abolition fût renvoyé à
+un traité de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de
+la rive gauche cédés à la France, que leurs dettes restassent à leur
+charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de
+la noblesse immédiate fussent considérés comme propriétés particulières,
+et conservés à ce titre. La députation demandait accessoirement que les
+troupes françaises évacuassent la rive droite et cessassent le blocus
+d'Ehrenbreitstein, parce qu'il réduisait les habitans à la famine.
+
+Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une suite de notes et de
+contre-notes, pendant tout l'été. Enfin, vers le mois de vendémiaire an
+VI (août et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la députation
+française. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la
+France et l'Allemagne, et les îles durent être partagées conséquemment à
+ce principe. La France consentit à la démolition de Cassel et de Kehl,
+mais elle exigea l'île de Pettersau, qui est placée dans le Rhin à peu
+près à la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour
+cette place. L'Empire germanique consentit de son côté à la démolition
+d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des péages
+furent accordées. Il restait à s'entendre sur l'établissement des ponts
+commerciaux, sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application
+des lois de l'émigration dans les pays cédés, et sur les dettes de ces
+pays. Les princes séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes
+les concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté de l'Empire,
+afin d'obtenir la paix, si nécessaire à l'Allemagne. Il était évident
+que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les
+y engageait. Quant à l'Autriche, elle commençait à montrer des
+dispositions toutes contraires, et à exciter le ressentiment des princes
+ecclésiastiques contre la marche des négociations. Les députés de
+l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient cependant la
+plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et
+louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres français,
+ils montraient une extrême raideur; ils vivaient à part, et dans une
+espèce d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle était la
+situation du congrès à la fin de l'été de l'an VI (1798).
+
+Pendant que ces événemens se passaient en Orient et en Europe, la
+France, toujours chargée du soin de diriger les cinq républiques
+instituées autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient des
+difficultés continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire
+vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos
+généraux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les états
+voisins.
+
+Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-à-dire,
+après avoir frappé sur un parti, frapper bientôt sur l'autre. En
+Hollande on avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce de 18
+fructidor pour écarter les fédéralistes, abolir les anciens règlemens,
+et donner au pays une constitution unitaire, à peu près semblable à
+celle de la France. Mais cette révolution avait tourné beaucoup trop au
+profit des démocrates. Ceux-ci s'étaient emparés de tous les pouvoirs.
+Après avoir exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui leur
+paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes constitués en directoire
+et en deux conseils, sans recourir à de nouvelles élections. Ils avaient
+voulu par là imiter la convention nationale de France, et ses fameux
+décrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'étaient entièrement emparés
+depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne où le
+directoire français voulait maintenir toutes les républiques confiées à
+ses soins. Le général Daendels, l'un des hommes les plus distingués du
+parti modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit
+pour aller en Hollande porter aux démocrates le coup qu'on leur avait
+récemment porté à Paris, en les excluant du corps législatif par
+les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait
+immédiatement après le répéter dans les états qui dépendaient d'elle.
+Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux ministres,
+et avec le secours des troupes bataves et françaises, dispersa le
+directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit
+ordonner de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix, qui
+avait appuyé les démocrates, fut rappelé. Ces scènes produisirent
+leur effet accoutumé. On ne manqua pas de dire que les constitutions
+républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à chaque instant il
+fallait le levier des baïonnettes, et que les nouveaux états se
+trouvaient sous la dépendance la plus complète de la France.
+
+En Suisse, l'établissement de la république _une et indivisible_ n'avait
+pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug,
+Glaris, excités par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient
+juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau. Le général
+Schauembourg, sans vouloir les réduire par la force, avait interdit
+toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent Lucerne, où ils
+pillèrent et dévastèrent. Schauembourg marcha sur eux, et après quelques
+combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix. Le gage de cette
+paix avait été l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut
+employer aussi le fer et même le feu pour réprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le
+but d'y rétablir leur domination. Malgré ces obstacles, en prairial
+(mai 1798), la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement
+helvétique était réuni à Arau. Composé d'un directoire et de deux
+conseils, il commençait à s'essayer dans l'administration du pays. Le
+nouveau commissaire français était Rapinat, beau-frère de Rewbell.
+Le gouvernement helvétique devait s'entendre avec Rapinat pour
+l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette
+administration difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés dans
+les montagnes, épiaient le moment favorable pour soulever de nouveau
+la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et
+satisfaire l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientôt d'une
+manière indépendante. Cette tâche n'était pas moins difficile pour le
+gouvernement helvétique que pour le commissaire français placé auprès de
+lui.
+
+Il était naturel que la France s'emparât des caisses appartenant aux
+anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre.
+L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés
+dans les magasins formés par les ci-devant cantons, lui étaient
+indispensables pour faire vivre son armée. C'était l'exercice le plus
+ordinaire du droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer à ce
+droit, mais la nécessité la forçait d'en user dans le moment. Rapinat
+eut donc ordre de mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup de
+Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité la révolution, trouvèrent
+fort mauvais qu'on s'emparât du pécule et des magasins des anciens
+gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et
+braves, mais d'une extrême avarice. Ils voulaient bien qu'on leur
+apportât la liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques, mais ils
+ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et
+l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau énorme
+des campagnes les plus longues et les plus dévastatrices, les patriotes
+suisses jetèrent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara.
+Le directoire helvétique fit de son côté apposer de nouveaux scellés sur
+ceux qui venaient d'être apposés par Rapinat, et protesta ainsi contre
+la mesure qui mettait les caisses à la disposition de la France. Rapinat
+fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire helvétique, et
+déclara à ce directoire qu'il était borné aux fonctions administratives,
+qu'il ne pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à l'avenir
+ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne
+contiendraient rien de contraire aux arrêtés du commissaire et du
+général français. Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé
+plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent de cette lutte et
+crièrent à la tyrannie. Ils dirent que leur indépendance était violée,
+et que la république française, qui avait prétendu leur apporter la
+liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement et la misère.
+L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle
+était aussi dans le directoire et dans les autorités locales. A Lucerne
+et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils
+apportaient des obstacles de toute espèce à la levée de quinze millions
+frappés sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armée.
+Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations
+helvétiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au
+gouvernement helvétique la démission de deux directeurs, les nommés
+Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires étrangères, et le
+renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne.
+Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait être refusée.
+Les démissions furent données sur-le-champ; mais la rudesse avec
+laquelle se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et mit tous
+les torts de son côté. Il compromettait en effet son gouvernement, en
+violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eût
+été facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire
+français écrivit au directoire helvétique pour désapprouver la conduite
+de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes
+les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins les membres démissionnaires
+demeurèrent exclus. Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer
+les deux directeurs démissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution,
+et le colonel Laharpe, le frère du général mort en Italie, l'un des
+auteurs de la révolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les
+plus probes et les mieux intentionnés de son pays.
+
+Une alliance offensive et défensive fut conclue entre les républiques
+helvétique et française le 2 fructidor (19 août). D'après ce traité,
+celle des deux puissances qui était en guerre avait droit de requérir
+l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la
+force devait être déterminée suivant les circonstances. La puissance
+requérante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre
+navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France était
+réciproquement stipulée. Deux routes devaient être ouvertes, l'une de
+France à la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de
+France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale
+du lac de Constance. Dans ce système des républiques unies, la France
+s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les états
+de ses alliés, et être en mesure de déboucher rapidement en Italie ou en
+Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le théâtre de
+la guerre dans les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces états à devenir le théâtre de
+la guerre. Les routes n'étaient qu'un moyen d'accourir plus tôt et de
+les protéger à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie.
+
+La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi que la ville de
+Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hésité entre
+la Cisalpine et la république helvétique, se déclarèrent pour celle-ci,
+et votèrent leur réunion. Les ligues grises, que le directoire aurait
+voulu réunir à la Suisse, étaient partagées en deux factions rivales,
+et balançaient entre la domination autrichienne et la domination
+helvétique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens
+étrangers amenèrent un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils firent
+soulever les paysans de cette vallée contre les troupes françaises. Un
+combat des plus acharnés eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu
+à ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y étaient
+établis.
+
+Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre côté des Alpes. Une
+espèce d'anarchie régnait entre les sujets des nouveaux états et
+leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armées, entre nos
+ambassadeurs et nos généraux. C'était une épouvantable confusion. La
+petite république ligurienne était acharnée contre le Piémont, et
+voulait à tout prix y introduire la révolution. Grand nombre de
+démocrates piémontais s'étaient réfugiés dans son sein, et en étaient
+sortis armés et organisés, pour faire des incursions dans leur pays,
+et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande était
+partie du côté de la Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussées et une foule de victimes
+inutilement sacrifiées. La république ligurienne n'avait pas renoncé
+pour cela à harceler le gouvernement de Piémont; elle recueillait et
+armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même faire la guerre. Notre
+ministre à Gênes, Sotin, avait la plus grande peine à la contenir. De
+son côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait pas moins de peine à
+répondre aux plaintes continuelles du Piémont, et à le modérer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.
+
+La Cisalpine était dans un désordre effrayant. Bonaparte en la
+constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les
+proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire
+et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le régime municipal
+et le système financier. Ce petit état avait à lui seul deux cent
+quarante représentans. Les départemens étant trop nombreux, il était
+dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun système
+régulier et uniforme d'impôts. Avec une richesse considérable, il
+n'avait point de finances, et il pouvait à peine suffire à payer le
+subside convenu pour l'entretien de nos armées. Du reste, sous tous les
+rapports, la confusion était au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcée par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire
+accepter le traité d'alliance avec la France, les révolutionnaires
+l'avaient emporté, et le langage des jacobins dominait dans les conseils
+et les clubs. Notre armée secondait ce mouvement et appuyait toutes les
+exagérations. Brune, après avoir achevé la soumission de la Suisse,
+était retourné en Italie, où il avait reçu le commandement général
+de toutes les troupes françaises, depuis le départ de Berthier pour
+l'Égypte. Il était à la tête des patriotes les plus véhémens. Lahoz,
+le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait été
+commencée sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées et les mêmes
+sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de désordres dans
+l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des
+logemens qui, d'après les traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient
+les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des réquisitions
+comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations
+locales, puisaient dans les caisses des villes sans alléguer aucune
+espèce de prétexte que leur bon plaisir. Les commandans de place
+exerçaient surtout des exactions intolérables. Le commandant de Mantoue
+s'était permis, par exemple, d'affermer à son profit la pêche du
+lac. Les généraux proportionnaient leur exigence à leur grade, et
+indépendamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec
+les compagnies des profits scandaleux. Celle qui était chargée
+d'approvisionner l'armée en Italie, abandonnait aux états-majors
+quarante pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de ce qu'elle
+devait gagner pour faire de pareils avantages à ses protecteurs. Par
+l'effet des désertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitié des
+hommes portés sur les états, de manière que la république payait le
+double de ce qu'elle aurait dû. Malgré toutes ces malversations, les
+soldats étaient mal payés, et la solde du plus grand nombre était
+arriérée de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions était
+horriblement foulé, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les
+patriotes cisalpins toléraient tous ces désordres sans se plaindre,
+parce que l'état-major leur prêtait son appui.
+
+A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une commission, composée de
+Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le pays
+affranchi. Ces trois hommes avaient composé une constitution qui
+avait été adoptée, et qui, sauf quelques différences, et les noms qui
+n'étaient pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution
+française. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des
+anciens s'appelait le sénat; le second conseil le tribunal. Mais ce
+n'était pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en
+vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des
+Romains qui s'opposait à son établissement, mais leur paresse. Il n'y
+avait guère d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, poussés
+par les moines, et du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appelés à composer le consulat, le sénat et le
+tribunal, une insouciance, une inaptitude extrême au travail. Il fallait
+de grands efforts pour les décider à siéger de deux jours l'un, et ils
+voulaient absolument des vacances pour l'été. A cette paresse il
+faut joindre une inexpérience et une incapacité absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zèle dans les Cisalpins, mais
+c'était du zèle sans lumière et sans mesure, ce qui le rendait tout
+aussi funeste que l'insouciance. Il était à craindre que, dès le
+départ de la commission française, le gouvernement romain tombât en
+dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant
+on aimait beaucoup les places à Rome, on les aimait comme on le fait
+dans tout état sans industrie.
+
+La commission avait mis fin à toutes les malversations qui avaient été
+commises au premier moment de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité et habileté.
+Faypoult, qui était un administrateur intègre et capable, avait établi
+pour tout l'état romain un système d'impôts fort bien entendu. Il était
+parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre armée; il avait payé tout
+l'arriéré de solde non-seulement à l'armée de Rome, mais encore à
+la division embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent été
+conduites de la même manière dans la Cisalpine, le pays n'eût pas été
+foulé, et nos soldats se fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité
+militaire était à Rome entièrement soumise à la commission. Le général
+Saint-Cyr, qui avait remplacé Masséna, se distinguait par une sévère
+probité; mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général
+chez tous ses camarades, il paraissait mécontent d'être soumis à la
+commission. A Milan surtout, on était fort peu satisfait de tout ce qui
+se faisait à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de voir les
+démocrates romains annulés ou contenus par la commission. L'état-major
+français, duquel relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui échapper, et soupirait
+après le moment où la commission quitterait ses fonctions.
+
+C'est à tort qu'on ferait au directoire français un reproche du désordre
+qui régnait dans les pays alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût,
+n'aurait pu empêcher le débordement des passions qui les troublaient, et
+quant aux exactions, la volonté de Napoléon lui-même n'a pas réussi à
+les empêcher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein
+de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter, un gouvernement composé
+de cinq membres, et placé à des distances immenses, le pouvait encore
+moins. Cependant il y avait dans la majorité de notre directoire le plus
+grand zèle à assurer le bien-être des nouvelles républiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions des généraux,
+contre les vols manifestes des compagnies. Excepté Barras, qui était de
+moitié dans tous les profits des compagnies, qui était l'espoir de tous
+les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs dénonçaient
+avec la plus grande énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière
+surtout, dont la sévère probité était révoltée de tant de désordres,
+proposa au directoire un plan qui fut agréé. Il voulait qu'une
+commission continuât à diriger le gouvernement romain, et à contenir
+l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé à Milan, pour y
+représenter le gouvernement français, et y enlever toute influence à
+l'état-major; que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de réduire le nombre
+des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint un administrateur
+capable de créer un système d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut
+adopté. Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et Faypoult, l'un
+des membres de là commission de Rome, furent envoyés à Milan pour
+exécuter les mesures proposées par Larévellière.
+
+Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan, s'entourer des
+hommes les plus éclairés de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous
+les changemens qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces
+changemens seraient arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au besoin les appuyer de
+l'autorité de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il
+serait possible.
+
+Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonné. Mais
+le secret de sa mission était difficile à garder. On sut bientôt qu'il
+venait changer la constitution, et surtout réduire le nombre des places
+de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient bien, à la conduite de
+l'ambassadeur, que les réductions porteraient sur eux, étaient furieux.
+Ils s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé lui-même
+contre l'autorité nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'établir
+une lutte scandaleuse entre la légation française et l'état-major
+français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et les hommes qui se
+rendaient chez lui, furent dénonces, avec une extrême violence dans les
+conseils cisalpins. On prétendit que le ministre français venait violer
+la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le
+directoire avait exercés sur toutes les républiques alliées. Trouvé
+essuya des désagrémens de toute espèce, de la part des patriotes
+italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la dernière
+indécence, dans un bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand
+scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout à cause de l'effet
+qu'elles produisaient sur les ministres étrangers. Non-seulement on leur
+donnait le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on les insultait
+dans les dîners diplomatiques, en buvant, à leur face, à l'extermination
+de tous les rois. Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan. Brune et
+Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se ménager l'appui de Barras.
+Mais le directoire, averti d'avance, était inébranlable dans ses
+résolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à l'instant même où
+il arrivait. Quant à Brune, il lui fut prescrit de retourner à Milan, et
+d'y concourir aux changemens que Trouvé allait faire exécuter.
+
+Après avoir accompli les diverses modifications nécessaires à la
+constitution, Trouvé assembla chez lui les députés les plus sages, et
+les leur soumit. Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si
+grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer eux-mêmes aux
+deux conseils. Trouvé fut donc obligé de déployer l'autorité française,
+et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du
+reste, peu importait, au fond, le mode employé. Il eût été absurde à
+la France, qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les faisait
+exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y établir
+l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas
+fait le mieux possible dès le premier jour et en une seule fois, afin de
+ne plus être obligée de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le
+30 août (13 fructidor an VI), Trouvé assembla le directoire et les deux
+conseils de la Cisalpine; il leur présenta la nouvelle constitution
+et toutes les lois administratives et financières que Faypoult avait
+préparées. Les conseils étaient réduits de deux cent quarante à cent
+vingt membres. Les individus à conserver dans les conseils et le
+gouvernement étaient désignés. Un système d'impôt régulier était établi.
+Il y avait des impôts personnels et indirects, système qu'on essayait
+d'établir dans le moment en France, et qui déplaisait beaucoup aux
+patriotes. Tous ces changemens furent approuvés et adoptés. Brune avait
+été obligé de fournir l'appui des troupes françaises. Aussi la colère
+des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la révolution se fit sans
+obstacles. Il fut décidé en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblées primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits à
+la constitution.
+
+La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement français, voyant
+le soulèvement que ce ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas
+possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une
+autre ambassade, et envoyer à Milan un homme étranger aux dernières
+querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant
+membre des jacobins, qui était devenu un souple et bas courtisan de
+Barras, qui avait été associé par lui au trafic des compagnies, et
+placé sur la voie des honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la
+nomination à ses collègues. Fouché partit pour remplacer Trouvé, et
+celui-ci dut se rendre à Stuttgard. Mais Brune, profitant du départ
+de Trouvé, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la
+licence militaire qui régnait alors, de faire à l'ouvrage du ministre de
+France les plus graves changemens. Il exigea la démission de trois des
+directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs ministres, et fit
+différentes altérations à la constitution. L'un des trois directeurs
+dont il avait demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement
+refusé de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et
+arracher du palais du gouvernement. Il se hâta ensuite de convoquer les
+assemblées primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouvé,
+modifiée comme elle venait de l'être par lui. Fouché, qui arriva dans
+cet intervalle, aurait dû s'opposer à cette convocation, et ne pas
+permettre qu'on fît sanctionner des changemens que le général n'avait
+pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir à son gré. Les
+modifications de Trouvé, et les modifications plus récentes de Brune,
+furent approuvées par les assemblées primaires, soumises à la fois au
+pouvoir militaire et à la violence des patriotes.
+
+Quand le directoire français apprit ces détails, il ne faiblit point. Il
+cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert
+d'aller rétablir les choses dans l'état où les avait mises Trouvé.
+Fouché fit des objections; il prétendit que la constitution nouvelle,
+étant approuvée avec les changemens que Brune y avait apportés, il
+serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il
+gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir
+de pareilles hardiesses de la part de ses généraux, et surtout il ne
+devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les états
+alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de cette manière, ne passa que
+peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral
+de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au nom de la France.
+Quant aux individus auxquels Brune avait arraché leur démission, on les
+engagea à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens.
+
+La Cisalpine resta donc constituée comme le directoire avait voulu
+qu'elle le fût, sauf la destitution de quelques individus changés par
+Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes
+de nos agens civils et militaires, étaient du plus déplorable effet,
+décourageaient les nouveaux peuples affranchis, déconsidéraient la
+république-mère, et prouvaient la difficulté de maintenir tous ces corps
+dans leur orbite.
+
+Les événemens de la Cisalpine furent gravement reprochés au directoire,
+car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement
+qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles même qu'il
+rencontre dans sa marche. La double opposition qui commençait à
+reparaître dans les conseils attaqua diversement les opérations
+exécutées en Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre
+l'indépendance d'une république alliée; on avait même commis une
+infraction aux lois française, car la constitution cisalpine qu'on
+venait d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et ce traité,
+approuvé par les conseils, ne pouvait être enfreint par le directoire.
+Quant à l'opposition constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de
+s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches, parce que les
+changemens faits dans la Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes
+exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien
+Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il
+croyait d'ailleurs devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance des
+alliés était attaquée, que les traités étaient violés, etc.
+
+Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement de jour en jour.
+Elles commençaient à contester au directoire certaines attributions
+dont il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait
+quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer
+les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraîtrait
+dangereuse. Le directoire avait fermé quelques clubs devenus trop
+violens, et supprimé quelques journaux qui avaient donné des nouvelles
+fausses et imaginées évidemment dans une intention malveillante. Il y
+eut un journal, entre autres, qui prétendit que le directoire allait
+réunir à la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les
+patriotes s'élevèrent contre cette puissance arbitraire, et demandèrent
+le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les
+conseils décidèrent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à
+l'établissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonné pour
+la préparation de cette loi.
+
+Le directoire essuya également de fortes contradictions en matière de
+finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de
+proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait été fixé
+à 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un déficit de
+62 millions, et, outre ce déficit, un arriéré considérable dans les
+rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse d'acquitter le
+tiers consolidé, n'avaient pas été payés intégralement. On décida
+qu'ils recevraient, en paiement de l'arriéré, des bons recevables en
+acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an
+VII, dans lequel on allait entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600
+millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il
+fallut réduire les contributions foncière et personnelle, beaucoup
+trop fortes, et élever les impôts du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On décréta des centimes additionnels pour les dépenses
+locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des
+hôpitaux et autres établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impôts ne rentreraient tout au plus qu'aux trois
+quarts, à en juger par les années précédentes, et que c'était les
+exagérer beaucoup que de porter les rentrées effectives à 450 ou
+500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir
+réellement la dépense de 600 millions; il proposa un impôt sur les
+portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il s'éleva à ce sujet de
+violentes contestations. On décréta l'impôt sur les portes et fenêtres,
+et on prépara un rapport sur l'impôt du sel.
+
+Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en elles-mêmes, mais elles
+étaient le symptôme d'une haine sourde, à laquelle il ne fallait que des
+malheurs publics pour éclater. Le directoire, parfaitement instruit de
+l'état de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se préparaient,
+et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guère
+plus en douter au mouvement des différens cabinets. Cobentzel et Repnin
+n'avaient pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient quittée
+avec un grand mécontentement. Mais Paul Ier, complètement séduit, avait
+stipulé un traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes
+en marche. L'Autriche armait avec activité; la cour de Naples ordonnait
+l'enrôlement de toute sa population. Il eût été de la plus grande
+imprudence de ne pas faire de préparatifs, en voyant un pareil
+mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'à ceux du Volturne. Nos
+armées étant singulièrement diminuées par la désertion, le directoire
+résolut de pourvoir à leur recrutement par une grande institution, qui
+restait encore à créer. La convention avait puisé deux fois dans la
+population de la France, mais d'une manière extraordinaire, sans laisser
+de loi permanente pour la levée annuelle des soldats. En mars 1793, elle
+avait ordonné une levée de trois cent mille hommes; en août de la même
+année, elle avait pris la grande et belle résolution de la levée en
+masse, génération par génération. Depuis, la république avait existé
+par cette mesure seule, en forçant à rester sous les drapeaux ceux qui
+avaient pris les armes à cette époque. Mais le feu, les maladies en
+avaient détruit un grand nombre; la paix en avait ramené un grand nombre
+encore dans leurs foyers. On n'avait délivré que douze mille congés,
+mais il y avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile
+d'être sévère envers des hommes qui avaient défendu pendant six années
+leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens. Il fallait
+les remplir par de nouvelles levées, et prendre, non pas une mesure
+extraordinaire et temporaire, mais une mesure générale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt, en quelque sorte, partie
+inhérente de la constitution. On imagina la conscription.
+
+Le général Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire,
+dont on a abusé comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a
+pas moins sauvé la France et porté sa gloire au comble. Par cette loi,
+chaque Français fut déclaré soldat de droit, pendant une époque de sa
+vie. Cette époque était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes, année par année.
+Suivant la nécessité, le gouvernement appelait des hommes en commençant
+par la première classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de
+chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au
+fur et à mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits étaient
+obligés de servir jusqu'à vingt-cinq ans. Ainsi la durée du service des
+soldats variait d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été pris de
+vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre, cette durée était illimitée;
+c'était au gouvernement à délivrer des congés, quand il croyait le
+pouvoir sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espèce,
+excepté pour ceux qui s'étaient mariés avant la loi, ou qui avaient déjà
+payé leur dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait ainsi
+aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie
+était déclarée en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur
+la population entière; et la levée en masse recommençait.
+
+Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée comme l'une
+des plus importantes créations de la révolution[2]. Sur-le-champ le
+directoire demanda à en faire usage, et réclama la levée de deux cent
+mille conscrits, pour compléter les armées et les mettre sur un
+pied respectable. Cette demande fut accordée par acclamations le 2
+vendémiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions
+contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant
+elles voulaient que la république conservât son ascendant en présence
+des puissances de l'Europe. Une levée d'hommes exige une levée d'argent.
+Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour
+l'équipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour réparer le dernier
+désastre de la marine. La question était de savoir où on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux
+tiers de la dette étaient rentrés presque en totalité, qu'il restait 400
+millions en biens nationaux, lesquels étaient libres par conséquent,
+et pouvaient être consacrés aux nouveaux besoins de la république.
+On décréta en conséquence la mise en vente de 125 millions de biens
+nationaux. Un douzième devait être payé comptant, le reste en
+obligations des acquéreurs, négociables à volonté, et payables
+successivement dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir à un paiement
+au comptant, par la facilité de le donner aux compagnies. Les biens
+devaient être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut
+pas plus contestée que la loi de recrutement, dont elle était la
+conséquence.
+
+[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).]
+
+Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre aux menaces de
+l'Europe, et de soutenir la dignité de la république. Deux événemens de
+médiocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre à
+Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le directoire y avait envoyé le
+général Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la trésorerie ayant été retardé, une seconde
+division de six mille hommes, commandée par le général Sarrazin, n'avait
+pu mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui. Il s'était
+maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivée du renfort
+attendu aurait changé entièrement la face des choses. Mais, après une
+suite de combats honorables, il venait d'être obligé de mettre bas les
+armes avec tout son corps. Un échec de même nature, essuyé par les
+Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par
+intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Océan, ils
+voulurent faire un débarquement à Ostende, pour détruire les écluses;
+mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux, ils furent pris
+au nombre de deux mille hommes.
+
+[Note 3: Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait
+prisonnier le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.]
+
+Bien que l'Autriche eût contracté une alliance avec la Russie et avec
+l'Angleterre, et qu'elle pût compter sur une armée russe et sur un
+subside anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en lutte avec
+la république française. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie
+rallumé sur le continent, et qui craignait également les progrès du
+système républicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait être
+révolutionnée, et dans l'autre punie de son alliance avec la France,
+l'Espagne s'était interposée de nouveau pour calmer des adversaires
+irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions, en faisant naître
+quelque possibilité d'arrangement, amenait de nouvelles hésitations à
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, où le zèle était
+furibond, on était indigné de tout délai, et on voulait trouver une
+manière d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le fer. La
+folie de cette petite cour était sans exemple. Le sort des Bourbons
+était, à cette époque, d'être conduits par leurs femmes à toutes les
+fautes. On en avait vu trois à la fois dans le même cas: Louis XVI,
+Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortuné Louis XVI est connu.
+Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies différentes, étaient
+entraînés, par la même influence, à une ruine inévitable. On avait fait
+prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité
+comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée du cinquième de la
+population, espèce d'extravagance, car il eût suffi d'en bien armer le
+cinquantième, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent
+devait fournir un cavalier équipé; une partie des biens du clergé avait
+été mise en vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin ce faiseur
+de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal
+réussi, et que la destinée réservait à des revers d'une si étrange
+espèce, Mack avait été demandé à Naples pour être mis à la tête de
+l'armée napolitaine. On lui décerna le triomphe avant la victoire, et
+on lui donna le titre de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines à tous les
+saints, des prières à saint Janvier, et des supplices contre ceux qui
+étaient soupçonnés de partager les opinions françaises.
+
+La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piémont et en
+Toscane. Elle voulait que les Piémontais s'insurgeassent sur les
+derrières de l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les
+derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profité de
+l'occasion pour attaquer de front l'armée de Rome; les Autrichiens en
+auraient profité aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine,
+et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Français ne se
+sauverait. Le roi de Piémont, prince religieux, avait quelques scrupules
+à cause du traité d'alliance qui le liait à la France; mais on lui
+disait que la foi promise à des oppresseurs n'engageait pas, et que les
+Piémontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Français. Du
+reste, les scrupules étaient moins ici le véritable obstacle que la
+surveillance rigoureuse du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane, il
+manquait entièrement de moyens. Naples, pour le décider, promettait de
+lui envoyer une armée par la flotte de Nelson.
+
+Le directoire, de son côté, était sur ses gardes, et il prenait ses
+précautions. La république ligurienne, toujours acharnée contre le roi
+de Piémont, avait enfin déclaré la guerre à ce prince. A une haine
+de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux
+petites puissances en voulaient venir aux mains à tout prix. Le
+directoire intervint dans la querelle, signifia à la république
+ligurienne qu'il fallait poser les armes, et déclara au roi de Piémont
+qu'il se chargeait de maintenir la tranquillité dans ses états, mais
+que, pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important. En
+conséquence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes
+françaises la citadelle de Turin. Une pareille prétention n'était
+justifiable que par les craintes que la cour de Piémont inspirait. Il y
+avait incompatibilité entre les anciens et les nouveaux états, et ils
+ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piémont fit
+de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister aux
+demandes du directoire. Les Français occupèrent la citadelle, et
+commencèrent sur-le-champ à l'armer. Le directoire avait détaché l'armée
+de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donné, pour la commander,
+le général Championnet, qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée était
+disséminée dans tout l'état romain; il y avait dans la Marche d'Ancône
+quatre à cinq mille hommes commandés par le général Casa-Bianca; le
+général Lemoine était avec deux ou trois mille hommes sur le penchant
+opposé de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de
+cinq mille hommes à peu près, était répandu sur le Tibre. Il y avait à
+Rome une petite réserve. L'armée dite de Rome était donc de quinze à
+seize mille hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays, et la
+difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de disperser nos troupes; et
+si un ennemi actif et bien secondé avait su saisir l'occasion, il aurait
+pu faire repentir les Français de leur isolement.
+
+On comptait beaucoup sur cette circonstance à Naples; on se flattait de
+surprendre les Français et de les détruire en détail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succès, et de forcer enfin
+l'Autriche à entrer dans la carrière, après la lui avoir ouverte!
+Ce furent là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à prendre
+l'initiative. Elle espérait que les Français seraient facilement battus,
+et que l'Autriche ne pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait
+tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient
+un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît
+l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages conseils. Pour
+décider ce pauvre roi, et l'arracher à ses innocentes occupations, on
+supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le
+commencement des hostilités. Dès lors les ordres de marche furent
+donnés pour la fin de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise en
+mouvement. Le roi lui-même partit avec un grand appareil, pour assister
+aux opérations. Il n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une
+sommation aux Français d'évacuer l'état romain: ils répondirent à cette
+sommation en se préparant à combattre, malgré la disproportion du
+nombre.
+
+Dans la situation respective des deux armées, rien n'était plus facile
+que d'accabler les Français, dispersés dans les provinces romaines, à
+droite et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur
+centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni.
+La gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin pour garder les
+Marches, eût été coupée de leur droite, placée en deçà pour garder les
+rives du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier, et on les
+aurait ramenés en désordre jusque dans la Haute-Italie. La Péninsule
+du moins eût été délivrée; et la Toscane, l'état romain, les Marches,
+seraient entrés sous la domination de Naples. Le nombre des troupes
+napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sûr; mais il
+était impossible que Mack employât une manoeuvre aussi simple. Comme
+dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude
+de corps détachés. Il avait près de soixante mille hommes, dont quarante
+mille formaient l'armée active, et vingt mille les garnisons. Au lieu
+de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il
+la divisa en six colonnes. La première, agissant sur les revers de
+l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli
+dans les Marches; la seconde et la troisième, agissant sur l'autre côté
+des monts, et se liant à la précédente, durent marcher, l'une sur Terni,
+l'autre sur Magliano; la quatrième et la principale, formant le corps de
+bataille, fut dirigée sur Frascati et sur Rome; une cinquième, longeant
+la Méditerranée, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de
+rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la dernière,
+embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée sur Livourne, pour
+soulever la Toscane et fermer la retraite aux Français. Ainsi tout était
+préparé pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'était
+pour les battre auparavant.
+
+C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille
+hommes. La quantité de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le
+mauvais état des chemins, rendaient ses mouvemens très lents. L'armée
+napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble.
+Championnet, averti à temps du péril, détacha deux corps pour observer
+la marche de l'ennemi, et protéger les corps isolés qui se repliaient.
+Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre une
+position en arrière, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana
+et Civita-Ducale, et là de concentrer ses forces pour reprendre
+l'offensive.
+
+Tandis que Championnet se retirait sagement, et évacuait Rome, en
+laissant huit cents hommes dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait
+fièrement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de
+résistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29
+novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait préparé au roi une
+réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en conquérant et en
+libérateur, fut enivré de l'espèce de gloire militaire qu'on lui avait
+apprêtée. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et
+il invita le pape à venir reprendre possession de ses états. Cependant
+son armée, moins généreuse que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilité accoutumée, se précipita sur les
+maisons de ceux qu'on accusait d'être révolutionnaires, et les dévasta.
+La dépouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumée et indignement
+outragée.
+
+Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps à Rome,
+Championnet exécutait avec une rare activité l'habile détermination
+qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel était au centre sur
+le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une forte position à
+Civita-Castellana, et le renforça de toutes les troupes dont il put
+disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général Casa-Bianca que
+ce qui lui était strictement nécessaire pour retarder de ce côté la
+marche de l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter l'arrivée de ses
+parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce
+qui se préparait sur ses derrières en Toscane, il chargea un officier,
+avec un faible détachement, d'observer ce qui se passait de ce côté.
+
+Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français sur les différentes
+routes qu'ils parcouraient. Ils étaient trois fois plus nombreux, mais
+ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent que
+la tâche était rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avançait par
+Ascoli fut repoussée au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni,
+un colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps par le général
+Lemoine. Cette première expérience de la guerre avec les Français était
+peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses
+dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante,
+celle de Civita-Castellana, où Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle est placée sur un
+ravin, dans une position très forte. Les Français tenaient plusieurs
+postes éloignés qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII
+(4 décembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces
+considérables. Il dirigea par la rive opposée du Tibre une colonne
+accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne
+réussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppée, perdit trois mille prisonniers. Les autres,
+découragées, se bornèrent à de simples démonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes
+françaises. Mack, un peu déconcerté, renonça à enlever la position
+centrale de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir que ce n'était
+pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie.
+C'est à Terni, point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu par
+les Français, qu'il aurait dû frapper le coup principal. Il songea dès
+lors à dérober ses troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidité
+d'exécution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut
+plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une opération déjà trop
+lente. Macdonald, qu'il croyait retenir à Civita-Castellana par des
+démonstrations, s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà
+du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni. Ainsi, les Napolitains
+avaient été prévenus sur tous les points qu'ils se proposaient de
+surprendre. Le premier mouvement du général Metsch, de Calvi sur
+Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire (9 décembre), ramené
+d'Otricoli sur Calvi, ce général fut entouré et obligé de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq
+cents. Dès cet instant, Mack ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à
+se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano,
+pour y rallier son armée, et la renforcer de nouveaux bataillons.
+C'était là une triste ressource, car ce n'était pas la quantité des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité qu'il aurait fallu
+changer; et ce n'était pas en se retirant à quelques lieues du champ de
+bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et
+la bravoure.
+
+Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens, sortit furtivement
+de Rome, où il était entré quelques jours auparavant en triomphe. Les
+Napolitains l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction des
+Romains, qui étaient déjà beaucoup plus importunés de leur présence,
+qu'ils ne l'avaient été de celle des Français. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait mérité véritablement
+les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille,
+et les avait poussés en désordre devant lui. Championnet ne voulut pas
+se borner à la simple défense des États romains, il conçut le projet
+audacieux de conquérir le royaume de Naples avec sa faible armée.
+L'entreprise était difficile, moins à cause de la force de l'armée
+napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire
+une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet
+n'en persista pas moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre
+la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantité de
+prisonniers, et mit dans une déroute complète la colonne qui avait été
+débarquée en Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille hommes.
+
+Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement dans le royaume de
+Naples, et ne s'arrêta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il
+fit choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant Capoue et
+sur toute la ligne du fleuve, qui est très profond, et qui forme une
+barrière difficile à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré
+à Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion. Le peuple,
+furieux des échecs essuyés par l'armée, criait à la trahison, demandait
+des armes, et menaçait d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait égorger
+aussi tous ceux qu'on accusait de désirer les Français et la révolution.
+Cette cour odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des armes dont
+il était facile de prévoir l'usage. A peine ces espèces de barbares
+eurent-ils reçu les dépouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et
+se rendirent maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison, ils
+s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent. Le favori Acton,
+auquel on commençait à attribuer les malheurs publics, la reine, le roi,
+toute la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait plus un
+séjour assez sûr; l'idée de se réfugier en Sicile fut aussitôt conçue
+et adoptée. Le 11 nivôse (31 décembre), les meubles précieux de la
+couronne, tous les trésors des palais de Caserte et de Naples, et un
+trésor de vingt millions, furent embarqués sur l'escadre de Nelson, et
+on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités
+publiques, ne voulut pas braver les dangers du séjour de Naples, et
+s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé.
+Ce fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes des chantiers
+incendiés, que cette cour lâche et criminelle abandonna à ses dangers le
+royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'égorger
+la haute bourgeoisie, accusée d'esprit révolutionnaire. Tout devait être
+immolé, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples,
+chargé des pouvoirs du roi.
+
+Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers Naples. Il avait commis
+à son tour la même faute que Mack; il s'était divisé en plusieurs
+colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction à travers
+un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et soulevé de toutes
+parts contre les prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était
+fort incertaine.
+
+Championnet, arrivé avec son corps de bataille sur les bords du
+Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repoussé par une
+nombreuse artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de main, et de
+replier ses troupes, en attendant l'arrivée des autres colonnes. Cette
+tentative eut lieu le 14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans
+napolitains, insurgés de toutes parts, interceptaient nos courriers et
+nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes,
+et sa position pouvait être considérée comme très critique. Mack profita
+de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet,
+comptant sur la fortune des Français, repoussa hardiment les
+propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et
+il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait
+abandonner la ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux Français,
+se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni du côté de la Méditerranée,
+et de l'Ofanto, du côté de l'Adriatique, et céder ainsi une grande
+partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on
+stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut
+signé le 22 nivôse (11 janvier).
+
+Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra
+à la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il était trahi
+par les officiers de la couronne. La vue du commissaire chargé de
+recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux
+derniers excès; elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice.
+Le tumulte fut porté à un tel degré, que le prince Pignatelli,
+épouvanté, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livrée aux
+lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on était
+menacé d'un horrible bouleversement. Enfin, après trois jours de
+tumulte, on parvint à choisir un chef qui avait la confiance des
+lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'était le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes fureurs éclataient dans
+l'armée de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs à
+leur lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent le massacrer. Le
+prétendu libérateur de l'Italie, qui avait reçu un mois auparavant les
+honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même des Français.
+Il demanda à Championnet la permission de se réfugier auprès de lui. Le
+généreux républicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans
+sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir à sa table, et lui
+laissa son épée.
+
+Championnet, autorisé par le refus fait à Naples d'exécuter les
+conditions de l'armistice, s'avança sur cette capitale, dans le but de
+s'en emparer. La chose était difficile, car un peuple immense, qui,
+en rase campagne, eût été balayé par quelques escadrons de cavalerie,
+devenait très redoutable derrière les murs d'une ville. On eut quelques
+combats à livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis
+montrèrent là plus de courage que l'armée napolitaine. L'imminence du
+danger avait redoublé leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait
+les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir, et ils avaient pris
+pour chefs deux d'entre eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès, et commirent toute
+espèce de violences contre les bourgeois et les nobles accusés de
+jacobinisme. Le désordre fut poussé à un tel point, que toutes les
+classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée des Français. Les
+habitans firent prévenir Mack qu'ils se joindraient à lui pour livrer
+Naples. Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer du fort
+Saint-Elme, et de le livrer aux Français. Le 4 pluviôse (23
+janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent
+courageusement; mais les bourgeois s'étant emparés du fort Saint-Elme
+et de différens postes de la ville, donnèrent entrée aux Français. Les
+lazzaronis, retranchés néanmoins dans les maisons, allaient se défendre
+de rues en rues, et incendier peut-être la ville; mais on fit prisonnier
+un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui promit
+de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fît mettre bas les
+armes à tous les siens.
+
+Championnet, dès cet instant, se trouva maître de Naples et de tout le
+royaume: il se hâta d'y rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis.
+D'après les intentions du gouvernement français, il proclama la
+nouvelle république. Un nom antique lui fut donné, celui de république
+parthénopéenne. Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de la
+cour de Naples. Vingt mille Français et deux mois suffirent pour déjouer
+ses vastes projets, changer ses états en république. Cette courte
+campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une réputation brillante.
+L'armée de Rome prit dès lors le titre d'armée de Naples, et fut
+détachée de l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant de Joubert.
+
+Pendant que ces événemens avaient lieu dans la Péninsule, la chute du
+royaume de Piémont était enfin consommée. Déjà, par une précaution que
+les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était emparé de la
+citadelle de Turin, et l'avait armée avec l'artillerie prise dans les
+arsenaux piémontais. Mais cette précaution était fort insuffisante dans
+l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours dans le Piémont:
+les républicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et
+venaient même de perdre six cents hommes, pour avoir essayé de
+surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin,
+où toute la cour était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des
+Piémontais et des officiers français que les généraux ne pouvaient pas
+toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans
+Turin même. La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie, et la
+correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre
+dirigeant de Piémont, le prouvait assez. Dans des circonstances
+pareilles, la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait pas
+laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un
+gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que
+les défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens qui en gênent ou
+en compromettent la défense. Il fut décidé qu'on forcerait le roi de
+Piémont à abdiquer. On soutint les républicains, et on les aida à
+s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi
+qu'il ne pouvait plus vivre dans des états qui se révoltaient, et qui
+allaient être bientôt le théâtre de la guerre: on lui demanda son
+abdication, en lui laissant l'île de Sardaigne. L'abdication fut signée
+le 19 frimaire (9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les plus
+puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont, n'avaient plus, de
+leurs états, que deux îles. Dans les circonstances qui se préparaient,
+on ne voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle république,
+et en attendant le résultat de la guerre, il fut décidé que le Piémont
+serait provisoirement administré par la France. Il ne restait plus à
+envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait
+pour l'occuper; mais on différait cette signification, et on attendait,
+pour la faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.
+
+
+
+CHAPITRE XV.
+
+ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.--PRÉPARATIFS MILITAIRES.--LEVÉE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES
+COALISÉES.--DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE
+LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE
+PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPÉRATIONS
+MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE
+SCHÉRER.--ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES FRANÇAIS A RASTADT.--EFFETS
+DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIÉES CONTRE LE
+DIRECTOIRE.--ÉLECTIONS DE L'AN VII.--SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN
+REMPLACEMENT DE REWBELL.
+
+
+Tel était l'état des choses au commencement de l'année 1799. La guerre,
+d'après les événemens que nous venons de rapporter, n'était plus
+douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptées, la levée de
+boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans
+la certitude d'une intervention puissante, les préparatifs immenses de
+l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en Moravie, ne laissaient
+plus aucune incertitude. On était en nivôse (janvier 1799), et il était
+évident que les hostilités seraient commencées avant deux mois. Ainsi
+l'incompatibilité des deux grands systèmes que la révolution avait
+mis en présence était prouvée par les faits. La France avait commencé
+l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les républiques batave,
+cisalpine et ligurienne, et déjà il en existait six à la fin de
+cette année, par la création des républiques helvétique, romaine et
+parthénopéenne. Cette extension avait été moins le résultat de l'esprit
+de conquête, que de l'esprit de système. On avait été obligé de secourir
+les Vaudois opprimés: on avait été provoqué à Rome à venger la mort du
+malheureux Duphot, immolé en voulant séparer les deux partis: à Naples
+on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait été
+forcément conduit à rentrer en lutte, il est constant que le directoire,
+quoique ayant une immense confiance dans la puissance française,
+désirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financières;
+il est constant aussi que l'empereur, tout en désirant la guerre,
+voulait l'éloigner encore. Cependant tous s'étaient conduits comme
+s'ils avaient voulu rentrer immédiatement en lutte, tant était grande
+l'incompatibilité des deux systèmes.
+
+La révolution avait donné au gouvernement français une confiance et
+une audace extraordinaire. Le dernier événement de Naples, quoique peu
+considérable en lui-même, venait de lui persuader encore que tout devait
+fuir devant les baïonnettes françaises. C'était du reste l'opinion de
+l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensité des moyens réunis
+contre la France, pour donner à ses ennemis le courage de se mesurer
+avec elle. Mais cette confiance du gouvernement français dans ses
+forces était exagérée, et lui cachait une partie des difficultés de sa
+position. La suite a prouvé que ses ressources étaient immenses, mais
+que dans le moment elles n'étaient pas encore assez assurées pour
+garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait à
+administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagées en
+autant de républiques. Les administrer par l'intermédiaire de leur
+gouvernement, était, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on
+avait commandé directement chez elles. On n'en pouvait presque
+tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut
+d'organisation. Il fallait cependant les défendre, et dès lors combattre
+sur une ligne qui, depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à
+l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par la Russie et l'Autriche,
+était prise à revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit à
+Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait
+les tirer de France seulement. Or, les armées étaient singulièrement
+affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte
+sous notre grand capitaine. Les armées restées en France étaient
+diminuées de moitié par l'effet des désertions que la paix amène
+toujours. Le gouvernement payait le même nombre de soldats, mais il
+n'avait peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les
+administrations et les états-majors faisaient le profit sur la solde,
+et c'était une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante
+mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait
+remplir avec la nouvelle levée des conscrits; mais il fallait du temps
+pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de
+la conscription. Enfin, les finances étaient toujours dans le même
+délabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait
+voté un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125
+millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais
+la lenteur des rentrées, et l'erreur dans l'évaluation de certains
+produits, laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination, si
+nécessaire dans une machine aussi vaste, commençait à disparaître. Les
+militaires devenaient très difficiles à contenir. Cet état de guerre
+perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires; ils en
+devenaient impérieux et exigeans. Placés dans des pays riches, ils
+voulaient en profiter, et ils étaient les complices de toutes les
+spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions là où
+ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec peine à la direction des agens
+civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans
+l'intérieur, l'opposition qu'on a vu renaître depuis le 18 fructidor,
+et prendre deux caractères, se prononçait davantage. Les patriotes,
+réprimés aux dernières élections, se préparaient à triompher dans les
+nouvelles. Les modérés critiquaient froidement, mais amèrement,
+toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les
+oppositions, lui reprochaient même les difficultés qu'il avait à
+vaincre, et qui étaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement,
+c'est la force même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne
+triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi
+il n'a pas réussi.
+
+Telle était la situation du directoire à l'instant où la guerre
+recommença avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour rétablir l'ordre
+dans cette grande machine. La confusion régnait toujours en Italie. Les
+ressources de cette belle contrée étaient gaspillées, et se perdaient
+inutilement pour l'armée; quelques pillards en profitaient seuls. La
+commission chargée d'instituer et d'administrer la république romaine
+venait de terminer ses fonctions, et aussitôt l'influence des
+états-majors s'était fait sentir. On avait changé les consuls jugés
+trop modérés. On avait rompu les marchés avantageux pour l'entretien
+de l'armée. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction
+financière, avait conclu un marché pour l'entretien et le paiement des
+troupes stationnées à Rome, et pour le transport de tous les objets
+d'art envoyés en France. Elle avait adjugé en paiement des biens
+nationaux pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était modéré sous
+le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens
+nationaux. Il fut cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin,
+qui dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les
+états-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le
+Piémont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer,
+et la probité de Joubert, général en chef de l'armée d'Italie, n'était
+pas une garantie contre l'avidité de l'état-major et des compagnies.
+Naples surtout allait être mise au pillage. Il y avait dans le
+directoire quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière, Merlin et
+Treilhard, que tous les désordres révoltaient. Larévellière surtout,
+le plus sévère et le plus instruit des faits par ses relations
+particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec les membres de la
+commission de Rome, Larévellière voulait qu'on déployât la plus grande
+énergie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'était
+d'instituer dans tous les pays dépendans de la France, et où résidaient
+nos armées, des commissions chargées de la partie civile et financière,
+et tout à fait indépendantes des états-majors. A Milan, à Turin, à Rome,
+à Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions
+stipulées avec les pays alliés de la France, passer les marchés, faire
+tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des
+armées, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires.
+Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux généraux les
+fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorité
+militaire était encore bien ménagée. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre de la faire exécuter
+sur-le-champ avec la dernière rigueur. Comme il montrait quelque
+indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait de tous
+les désordres qui ne seraient pas réprimés.
+
+Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait blesser beaucoup les
+états-majors. En Italie surtout ils parurent se révolter; ils dirent
+qu'on déshonorait les militaires par les précautions qu'on prenait à
+leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les généraux, qu'on les
+privait de toute autorité. Championnet, à Naples, avait déjà tranche du
+législateur, et nommé des commissions chargées d'administrer le pays
+conquis. Faypoult était envoyé à Naples pour s'y charger de toute la
+partie financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire rentrer
+l'administration dans ses mains, et révoqua certaines mesures fort mal
+entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son état, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme
+offensé; il eut la hardiesse de prendre un arrêté par lequel il
+enjoignait à Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite était intolérable.
+Méconnaître les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyés
+revêtus de ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère
+répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer l'autorité suprême et
+la remettre aux généraux. Le directoire ne faiblit pas, et grâce à
+l'énergie des membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il déploya ici toute son autorité. Il destitua Championnet, malgré
+l'éclat de ses derniers succès, et le livra à une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas là. Le brave Joubert
+se laissa persuader que l'honneur militaire était blessé par les arrêtés
+du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions
+nouvelles prescrites aux généraux, et donna sa démission. Le directoire
+l'accepta. Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les mêmes
+motifs. Néanmoins le directoire ne céda pas et persista dans ses
+arrêtés.
+
+Le directoire s'occupa ensuite de la levée des conscrits, qui
+s'exécutait lentement. Les deux premières classes ne pouvant pas fournir
+les deux cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre dans
+toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre requis fût complet. Pour
+gagner du temps, il fut décidé que les communes seraient chargées
+elles-mêmes de l'équipement des nouvelles recrues, et que cette dépense
+serait comptée en déduction de la contribution foncière. Ces nouveaux
+conscrits, à peine équipés, devaient se rendre sur les frontières, y
+être formés en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes
+dans les places et les camps de réserve, et dès que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armées actives.
+
+Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le ministre Ramel, qui
+administrait toujours nos finances avec lumière et probité, depuis
+l'établissement du directoire, après avoir vérifié le produit des
+impôts, assurait que le déficit serait de 65 millions, sans compter tout
+l'arriéré provenant du retard dans les rentrées. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires du directoire ne le
+portaient pas à plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65
+au moins, et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt des portes
+et fenêtres, mais il ne suffisait pas. L'impôt du sel fut mis en
+discussion. Alors de grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe,
+on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte était celui des
+orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement.
+Les partisans du gouvernement répondaient en alléguant la nécessité.
+L'impôt fut rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer le
+produit, on doubla l'impôt des portes et fenêtres; on décupla même celui
+des portes cochères. On mit en vente les biens du culte protestant, on
+décréta que le clergé protestant recevrait des salaires en dédommagement
+de ses biens. On mit à la disposition du gouvernement les sommes à
+recouvrer sur les propriétaires de biens restés indivis avec l'état.
+
+Malheureusement toutes ces ressources n'étaient pas assez promptes.
+Outre la difficulté de porter le produit de l'impôt au niveau de 600
+millions, il y avait un autre inconvénient dans la lenteur des rentrées.
+On était encore réduit, cette année comme dans les précédentes, à donner
+des délégations aux fournisseurs sur les produits non rentrés. Les
+rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers,
+promis la plus grande exactitude, étaient payés eux-mêmes avec des bons
+recevables en acquittement des impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau
+réduit aux expédiens.
+
+Ce n'était pas tout que de réunir des soldats et des fonds pour les
+entretenir, il fallait les distribuer d'après un plan convenable, et
+leur choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la
+Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire
+opérer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande était
+couverte d'un côté par la neutralité de la Prusse, qui paraissait
+certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un débarquement, et
+il était urgent de la protéger contre ce danger. La ligne du Rhin était
+protégée par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la percer, il était
+prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prît
+l'offensive ou qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait
+rencontrer les armées autrichiennes. Il fallait une armée active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de
+la Bavière. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la
+Suisse; il fallait enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les
+Anglais réunis.
+
+Ce champ de bataille était immense, et il n'était pas connu et jugé
+comme il l'a été depuis, à la suite de longues guerres et de campagnes
+immortelles. On pensait alors que la clé de la plaine était dans les
+montagnes. La Suisse, placée au milieu de la ligne immense sur laquelle
+on allait combattre, paraissait la clé de tout le continent; et la
+France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage décisif. Il
+semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Pô, elle en
+commandât tout le cours. C'était là une erreur. On conçoit que deux
+armées qui appuient immédiatement une aile à des montagnes, comme les
+Autrichiens et les Français quand ils se battaient aux environs de
+Vérone ou aux environs de Rastadt, tiennent à la possession de ces
+montagnes, parce que celle des deux qui en est maîtresse peut déborder
+l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat à cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même importance. Tandis
+qu'on s'épuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armées
+placées sur le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider du
+sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les
+hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues,
+on en concluait que la puissance maîtresse des Alpes devait l'être
+du continent. La Suisse n'a qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des
+débouchés directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche sur la
+France. On conçoit dès lors que, pour le repos des deux puissances et
+de l'Europe, la clôture de ces débouchés soit un bienfait. Plus on peut
+empêcher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait,
+surtout entre deux états qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité de la Suisse
+intéresse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un
+principe de sûreté générale.
+
+La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage des débouchés
+directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder
+la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicité des débouchés est un avantage pour la puissance qui
+doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un
+inconvénient pour la puissance qui est réduite à la défensive, par
+l'infériorité de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre
+des points d'attaque soit aussi réduit que possible, afin de pouvoir
+concentrer ses forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour la
+France, suffisamment préparée à l'offensive, de pouvoir déboucher
+en Bavière par la Suisse, il était fâcheux pour elle, réduite à la
+défensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il était
+fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace compris de Mayence à
+Gênes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc
+et Gênes de l'autre.
+
+Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la
+France, dans le cas de la défensive. Mais elle était fort loin de se
+croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement était de prendre
+l'offensive partout et de procéder, comme naguère, par des coups
+foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus
+malheureuses. On plaça une armée d'observation en Hollande, et une autre
+armée d'observation sur le Rhin. Une armée active devait partir de
+Strasbourg, traverser la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une
+seconde armée active devait combattre en Suisse pour la possession des
+montagnes, et appuyer ainsi d'un côté celle qui agirait sur le Danube,
+et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée devait
+partir de l'Adige pour chasser tout à fait les Autrichiens jusqu'au-delà
+de l'Izonzo. Enfin, une dernière armée d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée de Hollande fût
+de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube
+de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois
+cent mille hommes indépendamment des garnisons. Avec de pareilles
+forces, cette distribution devenait moins défectueuse. Mais si, par la
+levée des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armées à
+ce nombre, on était loin d'y être arrivé dans le moment. On ne pouvait
+guère laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait
+à peine réunir quelques mille hommes. Les troupes destinées à composer
+cette armée d'observation étaient retenues dans l'intérieur, soit pour
+surveiller la Vendée encore menacée, soit pour protéger la tranquillité
+publique pendant les élections qui se préparaient. L'armée destinée à
+agir sur le Danube était au plus de quarante mille hommes, celle de
+Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de
+trente. Ainsi, nous comptions à peine cent soixante ou cent soixante-dix
+mille hommes. Les éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la
+chose du monde la plus imprudente.
+
+Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire, voulait
+prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les
+points d'attaque, se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disséminer, pour combattre sur tous à la fois. Ainsi, en Italie,
+au lieu de disperser ses forces depuis Vérone jusqu'à Naples, il
+fallait, à l'exemple de Bonaparte, en réunir la plus grande partie sur
+l'Adige; et frapper là les grands coups. En battant les Autrichiens sur
+l'Adige, il était assez prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu de perdre inutilement des
+milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du Danube, et livrer avec
+celle-ci une bataille décisive en Bavière. On pouvait même réduire
+encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir
+offensivement que sur le Danube, et là, porter un coup plus fort et
+plus sûr, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoléon et
+l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de grands exemples, le
+second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France,
+la querelle doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le chemin le
+plus court pour arriver au but. Une armée française victorieuse en
+Bavière, rend nuls tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochée de Vienne.
+
+Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point
+encore embrassé d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme
+qui l'aurait pu alors était en Égypte. On dissémina donc les cent
+soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la
+ligne immense que nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons
+indiqué. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille
+le Rhin; quarante mille formaient l'armée du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les
+conscrits devaient bientôt renforcer ces masses, et les porter au nombre
+fixé par les plans du directoire.
+
+Le choix des généraux ne fut guère plus heureux que la conception
+des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le départ de
+Bonaparte, Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix étaient beaucoup
+plus limités. Il restait un général dont la réputation était grande
+et méritée, c'était Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus
+entreprenant, mais on n'était ni plus ferme ni plus sûr. Un état défendu
+par un tel homme ne pouvait périr. Disgracié à cause de sa conduite
+dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti à devenir simple
+inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en
+Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention sur cette
+belle contrée, depuis qu'elle était comme la pomme de discorde entre
+l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses
+forces. Il donna des raisons de grand patriote, et présenta Moreau comme
+suspect, à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collègues eurent
+la faiblesse de céder. Moreau fut écarté, et resta simple général de
+division dans l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et
+Bernadotte avaient refusé le commandement de l'armée d'Italie, on sait
+par quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre de la guerre. Ce
+général, par son succès en Belgique et sa belle bataille de Loano,
+s'était acquis beaucoup de réputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus capable de
+commander à des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il
+s'était brouillé avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la répression de la licence militaire. Barras le
+proposa pour général de l'armée d'Italie. On dit que c'était pour le
+faire sortir du ministère de la guerre, où il commençait à devenir
+importun par sa sévérité. Cependant les militaires que l'on consulta,
+notamment Bernadotte et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme on en
+parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec beaucoup d'estime, il fut
+nommé général en chef de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup,
+alléguant son âge, sa santé, et surtout son impopularité, due aux
+fonctions qu'il avait exercées; mais on insista et il fut obligé
+d'accepter.
+
+Championnet, traduit devant une commission, fut remplacé dans le
+commandement de l'armée de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du
+commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix étaient excellens, et la
+république ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armée du Danube
+fut donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs dans la campagne de
+1798, on n'avait point oublié les services qu'il avait rendus en 1793
+et 1794, et on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers
+exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à Moreau, l'année du Danube
+ne pouvait être en de meilleures mains. Malheureusement elle était
+tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu, pour la commander avec
+confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande.
+
+L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs aux nôtres. Ne se
+confiant pas comme nous dans ses succès, elle avait employé les deux
+années écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à équiper et à
+instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui
+était nécessaire, et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille
+hommes effectifs, sans compter les recrues qui se préparaient encore. La
+Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont
+on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui étaient
+commandés par le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait
+opérer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes.
+On annonçait deux autres contingens russes, combinés avec des troupes
+anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre à Naples.
+
+Le plan de campagne de la coalition n'était pas mieux conçu que le
+nôtre. C'était une conception pédantesque du conseil aulique, fort
+désapprouvée par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous les
+généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier. Ce plan reposait,
+comme celui des Français, sur le principe que les montagnes sont la clé
+de la plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles amoncelées
+pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il était
+possible, la grande chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'était l'Italie. Des
+forces considérables étaient placées derrière l'Adige. Le théâtre de
+guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas être celui
+dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait fait de plus heureux de
+ce côté, c'était d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment étaient
+distribuées les forces autrichiennes. L'archiduc Charles était, avec
+cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en
+Bavière. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure
+dans le lac de Constance, le général Hotze commandait vingt-quatre mille
+fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le Tyrol avec
+quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur
+l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui
+faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait
+venir se joindre à Kray, pour agir en Italie.
+
+On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six
+mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient
+gagner les sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient
+dans la plaine tâcheraient d'en franchir le cours. Du côté des Français,
+l'armée d'Helvétie était chargée du même soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire inutilement sur
+des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guère influer
+sur le sort de la guerre[4].
+
+[Note 4: Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc
+Charles, le général Jomini et Napoléon.]
+
+Les généraux français n'avaient pas manqué d'informer le directoire de
+l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer quelques troubles,
+et une demi-brigade à l'armée d'Helvétie pour remplacer une autre
+demi-brigade envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille
+hommes effectifs. De pareilles forces étaient trop disproportionnées
+avec celles de l'archiduc, pour qu'il pût lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armée de Bernadotte, qui ne comptait
+pas encore plus de cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permît
+d'attirer à lui, ou l'armée du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi
+il avait raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir ni les
+magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son
+armée dans des pays stériles et d'un accès extrêmement difficile.
+
+Le directoire répondait à ces observations que les conscrits allaient
+rejoindre et se former bientôt en bataillons de campagne; que l'armée
+d'Helvétie serait incessamment portée à quarante mille hommes, celle
+du Danube à soixante; que dès que les élections seraient achevées, les
+vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau de
+l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient ordre de concourir aux
+opérations de Jourdan, et de se conformer à ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance dans ses
+soldats, il voulait que, malgré la disproportion du nombre, ses généraux
+se hâtassent de brusquer l'attaque et de déconcerter les Autrichiens
+par une charge impétueuse. Aussi les ordres furent-ils donnés en
+conséquence.
+
+Les Grisons, partagés en deux factions, avaient hésité long-temps entre
+la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient
+appelé les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire, les
+considérant comme sujets suisses, ordonna à Masséna d'occuper leur
+territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation préalable de
+l'évacuer En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ. En même
+temps, comme les Russes s'avançaient toujours en Autriche, il adressa, à
+ce sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt, l'autre à l'empereur.
+Il déclarait au corps germanique et à l'empereur, que, si dans l'espace
+de huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la marche des Russes,
+il regarderait la guerre comme déclarée. Jourdan avait ordre de passer
+le Rhin aussitôt ce délai expiré.
+
+Le congrès de Rastadt avait singulièrement avancé ses travaux. Les
+questions de la ligne du Rhin, du partage des îles, de la construction
+des ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que de la question
+des dettes. La plupart des princes germaniques, excepté les princes
+ecclésiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour éviter
+la guerre; mais soumis la plupart à l'Autriche, ils n'osaient pas se
+prononcer. Les membres de la députation quittaient successivement
+le congrès, et bientôt on allait se trouver dans l'impossibilité de
+délibérer. Le congrès déclara ne pas pouvoir répondre à la note du
+directoire, et en référa à la diète de Ratisbonne. La note destinée à
+l'empereur fut envoyée à Vienne même et resta sans réponse. La guerre se
+trouvait donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le
+Rhin, et de s'avancer, par la forêt Noire, jusqu'aux sources du Danube.
+Il franchit le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc Charles
+franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars). Ainsi les limites que les deux
+puissances s'étaient prescrites étaient franchies, et on allait de
+nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche
+offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups
+de fusil à l'ennemi, en attendant que la déclaration de guerre fût
+approuvée par le corps législatif.
+
+Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens
+de les évacuer le 16 ventôse (6 mars). Les Grisons se composent de la
+haute vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou Engadin.
+Masséna résolut de passer le Rhin près de son embouchure dans le lac de
+Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les
+hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par
+son activité et son audace extraordinaires, était le général le plus
+accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du
+Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la
+vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une division de l'armée
+d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la
+vallée du Haut-Adige.
+
+Ces habiles dispositions furent exécutées avec une grande vigueur. Le 16
+ventôse (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats
+jetèrent des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus comme sur un
+pont. En deux jours, Masséna fut maître de tout le cours du Rhin, depuis
+ses sources jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance, et prit
+quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son côté,
+n'exécutait pas avec moins de bonheur les ordres de son général en chef.
+Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis à Tusis dans la vallée
+de l'Albula, et, de cette vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn,
+en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore
+des neiges de l'hiver. Un retard forcé ayant empêché Dessoles de se
+porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait exposé au
+débordement de toutes les forces autrichiennes cantonnées dans le Tyrol.
+En effet, tandis qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses
+derrières; mais l'intrépide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit
+Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença sa
+marche dans la vallée de l'Inn.
+
+Ces débuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme à
+Naples, les Français pourraient braver partout un ennemi supérieur
+en nombre. Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il fallait
+persister dans l'offensive, et suppléer au nombre par la hardiesse.
+
+Le directoire envoya à Jourdan la déclaration de guerre qu'il avait
+obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan
+avait débouché par les défilés de la forêt Noire, dans le pays compris
+entre le Danube et le lac de Constance. L'angle formé par ce fleuve et
+ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, à mesure qu'on avance en
+Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa
+droite au lac de Constance, pour communiquer avec Masséna, était donc
+obligé, à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa ligne, et de
+l'affaiblir par conséquent d'une manière dangereuse, surtout devant un
+ennemi très supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à Mengen
+d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armée
+du Rhin ne serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars), et
+craignant d'être tourné par la vallée du Necker, il crut devoir faire
+un mouvement rétrograde. Les ordres de son gouvernement et le succès de
+Masséna le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne
+position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach
+et l'Aach, partant à peu près du même point, et se jetant l'un dans le
+Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une même ligne droite,
+derrière laquelle Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche, était
+à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf; Férino, avec la droite,
+à Barendorf.
+
+[Note 5: Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII
+(12 mars).]
+
+D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre, avec la division
+d'avant-garde, était à Ostrach. Ce point était le plus accessible de la
+ligne: placé à l'origine des deux torrens, il présentait des marécages
+qu'on pouvait traverser sur une longue chaussée. C'est sur ce point que
+l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes à la gauche et
+à la droite des Français contre Saint-Cyr et Férino. Mais sa masse
+principale, forte de près de cinquante mille hommes, fut portée tout
+entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient neuf mille Français au
+plus. Le combat commença le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des
+plus acharnés. Les Français déployèrent à cette première rencontre
+une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent l'admiration du prince
+Charles lui-même. Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de sa
+ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement
+rapide, il transportât les forces de ses ailes à son centre. Le passage
+fut forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan se vit obligé de
+battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen.
+
+Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux; il détruisait ce
+prestige d'audace et d'invincibilité dont les Français avaient besoin
+pour suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des forces avait rendu
+cet échec presque inévitable. Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre
+l'offensive. Sachant que Masséna s'avançait au-delà du Rhin, se fiant à
+la coopération de l'armée du Danube, il se croyait obligé de tenter un
+dernier effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en se portant
+vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en
+avant: c'était le désir d'occuper le point de Stokach, où se croisent
+les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort
+d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son
+mouvement au 5 germinal (25 mars.)
+
+L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de la direction qu'il
+devait donner à ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa
+marche ou sur la Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna, ou
+vers les sources du Danube, de manière à le séparer de sa base du Rhin.
+La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt à se lier à
+l'armée d'Helvétie que les Autrichiens en avaient à les en séparer. Mais
+il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projeté cette reconnaissance pour le
+5 germinal (25 mars), le jour même où Jourdan de son côté voulait
+l'attaquer.
+
+La nature des lieux rendait la position des deux armées extrêmement
+compliquée. Le point stratégique était Stokach, où se croisent les
+routes de Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite
+rivière, coule en faisant beaucoup de détours, devant la ville du même
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'était sur
+cette rivière que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche
+entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière l'un des
+circuits de la Stokach; son centre était placé sur un plateau élevé,
+nommé le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le
+prolongement de ce plateau, le long de la chaussée qui va de Stokach à
+Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach.
+L'extrémité de cette aile était couverte par les bois épais qui
+s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands défauts dans
+cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et
+la droite l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités par un effort
+de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armée n'avaient qu'une
+même issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcée, la
+gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule
+route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas
+prendre d'autre position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait
+à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de n'avoir pas fait
+quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre
+d'avoir trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment
+protégée par la rivière. C'est l'extrême désir de conserver le point
+important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait
+du reste l'avantage d'une immense supériorité numérique.
+
+Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien
+n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi
+accidenté que celui où agissaient les deux armées. Il occupait toujours
+l'ouverture de l'angle formé par le Danube et le lac de Constance, de
+Tuttlingen à Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la nature
+du pays, qui ne permettait guère une concentration rapide, rendait
+cet inconvénient encore plus grave. Il ordonna au général Férino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et à
+Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner leurs efforts pour
+emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et
+en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir
+sa gauche, son avant-garde et sa réserve sur le point de Liptingen, afin
+de pénétrer à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir à la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de
+diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc,
+qui était la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de
+l'armée avaient des points de départ trop éloignés. Pour agir sur
+Liptingen, l'avant-garde et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée de marche. Cet
+isolement était d'autant plus dangereux, que l'armée française, forte de
+trente-six mille hommes environ, était inférieure d'un tiers au moins à
+l'armée autrichienne.
+
+Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées se rencontrèrent.
+L'armée française marchait à une bataille, celle des Autrichiens à une
+reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés un peu avant
+nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientôt refoulés sur tous
+les points par le gros de nos divisions. Férino à la droite, Souham au
+centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen, à Nenzingen, au bord de la
+Stokach, au pied du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans leur
+position du matin, et commencèrent l'attaque sérieuse de cette position.
+Ils avaient à franchir la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.
+
+A notre gauche, le succès était plus prompt et plus complet.
+L'avant-garde, actuellement commandée par le général Soult, depuis une
+blessure qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'étaient
+avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en
+déroute dans la plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et
+parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux mêmes qui
+couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les
+Français pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer
+un désastre. Mais il était clair que cette aile allait être renforcée
+aux dépens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle
+avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan
+primitif, faire converger sur ce même point l'avant-garde, la réserve
+et la gauche. Malheureusement le général Jourdan, se confiant dans le
+succès trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet
+trop étendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce
+général de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et
+leur couper la retraite. C'était trop se hâter de recueillir les fruits
+de la victoire, quand la victoire n'était pas remportée. Le général
+Jourdan ne garda sur le point décisif que la division d'avant-garde et
+la réserve confiée à d'Haupoult.
+
+Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la
+couvraient forcés par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une
+extrême opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach, qui traverse ces
+bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en
+toute hâte. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira les
+grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les
+transporter à sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr
+sur ses derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr n'en serait
+que plus compromis, et il résolut de se borner à un effort décisif vers
+le point actuellement menacé.
+
+On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les
+Français, très inférieurs en nombre, résistaient avec un courage que
+l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-même avec
+quelques bataillons sur la chaussée de Liptingen, et fit lâcher prise
+aux Français. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans
+la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient partis. Jourdan fit
+demander du secours à Saint-Cyr, mais il n'était plus temps. Il lui
+restait sa réserve, et il résolut de faire exécuter une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lança quatre régimens
+de cavalerie à la fois. Cette charge, arrêtée par une autre charge que
+firent à propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une
+confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Après avoir
+fait des prodiges de bravoure, les Français se débandèrent. Le général
+Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter les fuyards; il fut
+emporté lui-même. Cependant les Autrichiens, épuisés de ce long combat,
+n'osèrent pas nous poursuivre.
+
+La journée fut dès lors finie. Férino et Souham s'étaient maintenus,
+mais n'avaient forcé ni le centre ni la gauche des Autrichiens.
+Saint-Cyr courait sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que la
+bataille fût perdue: les Français, inférieurs du tiers, avaient conservé
+partout le champ de bataille, et déployé une rare bravoure; mais avec
+leur infériorité numérique, et l'isolement de leurs différens corps,
+n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait sur-le-champ
+rappeler Saint-Cyr, très compromis, rallier l'avant-garde et la réserve
+maltraitées, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en conséquence, et prescrivit à Saint-Cyr de se replier le
+plus promptement possible. La position de ce dernier était devenue très
+périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours
+signalé, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait été à peu
+près égale des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers. Elle était
+de quatre à cinq mille hommes environ.
+
+Après cette journée malheureuse, les Français ne pouvaient plus tenir la
+campagne, et ils devaient chercher un abri derrière une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il était évident qu'en
+se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armée
+de Masséna, et pouvaient par cette réunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le général Jourdan ne crut pas devoir en
+agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte
+n'avait réuni encore que sept à huit mille hommes, et il résolut de
+se replier à l'entrée des défilés de la forêt Noire. Il prit là une
+position qu'il croyait forte, et laissant le commandement à son chef
+d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre
+de l'état d'infériorité dans lequel on avait laissé son armée. Les
+résultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde,
+et il valait bien mieux qu'il restât à son armée que d'aller se plaindre
+à Paris.
+
+Très heureusement le conseil aulique imposait à l'archiduc une faute
+grave, qui réparait en partie les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses
+avantages, eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il aurait pu
+la mettre dans un désordre complet, et peut-être même la détruire. Il
+aurait été temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna,
+privé de tout secours, réduit à ses trente mille hommes, et engagé dans
+les hautes vallées des Alpes. Il n'eût pas été impossible de lui couper
+la route de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fût évacuée: c'était la
+conséquence du principe, que la clé du théâtre de la guerre était dans
+les montagnes.
+
+Pendant que ces événemens se passaient en Souabe, la guerre se
+poursuivait dans les Hautes-Alpes. Masséna agissant vers les sources du
+Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige,
+avaient eu des succès balancés. Il y avait au-delà du Rhin, un peu
+au-dessus du point où il se jette dans le lac de Constance, une position
+qu'il était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch. Masséna y
+avait mis toute son opiniâtreté, mais il y avait perdu plus de deux
+mille hommes sans résultat. Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders,
+avaient livré des combats brillans, qui leur avaient valu à chacun trois
+ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compensé l'échec
+de Feldkirch. Ainsi les Français, par leur vivacité et leur audace,
+conservaient la supériorité dans les Alpes.
+
+Les opérations commençaient en Italie, le lendemain même de la bataille
+de Stokach. Les Français avaient reçu environ trente mille conscrits, ce
+qui portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize mille hommes
+à peu près. Ils étaient distribués ainsi qu'il suit: trente mille hommes
+de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les
+trente mille jeunes soldats étaient dans les places. Il restait
+cinquante-six mille hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le général Gauthier pour
+occuper la Toscane, et cinq mille sous le général Dessoles pour agir
+dans la Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes qui
+restaient à Schérer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, où il
+aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient
+du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il en était un autre
+qui ne fut pas moins fatal aux Français. Le général n'inspirait aucune
+confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il
+s'était d'ailleurs dépopularisé pendant son ministère. Il le sentait
+lui-même, et il n'avait pris le commandement qu'à regret. Il allait
+pendant la nuit écouter les propos des soldats sous leurs tentes, et
+recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularité.
+C'étaient là des circonstances bien défavorables, au début d'une
+campagne grande et difficile.
+
+Les Autrichiens devaient être commandés par Mélas et Suwarow. En
+attendant, ils obéissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs
+généraux de l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils comptaient
+quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, à
+peu près, étaient déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait
+été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient déboucher de
+Vérone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en
+masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui
+de l'armée du Tyrol dans les montagnes.
+
+Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La
+commission était difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage
+de cette ligne. Elle doit être assez connue par la campagne de 1796.
+Vérone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens.
+Jeter un pont sur quelque point que ce fût, était très dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient déboucher sur le
+flanc de l'armée, occupée à tenter un passage. Le plus sûr, si on
+n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser
+déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre sur un terrain qu'on
+aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter
+des résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa suite.
+
+Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita sur le meilleur parti
+à adopter, et se décida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se
+souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, à
+l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone. Les Autrichiens en
+avaient retranché toutes les approches, et formé un camp à Pastrengo.
+Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de
+ce côté au-delà de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et
+Grenier, furent destinées à cet objet. Moreau, devenu simple général de
+division sous Schérer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor,
+inquiéter Vérone. Le général Montrichard, avec une division, devait
+faire une démonstration sur Legnago. Cette distribution de forces
+annonçait l'incertitude et les tâtonnemens du général en chef.
+
+L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de
+Stokach. Les trois divisions chargées d'assaillir par plusieurs points
+le camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur digne de l'ancienne
+armée d'Italie, et s'emparèrent de Rivoli. Elles prirent quinze cents
+prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repassèrent
+l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils avaient jeté à Polo, et qu'ils
+eurent le temps de détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour
+les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les défendre et à
+les reprendre une opiniâtreté inutile. Celui de San-Massimo fut pris
+et repris jusqu'à sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans
+Vérone. Montrichard en faisant une démonstration inutile sur Legnago,
+courut de véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens,
+s'était imaginé que les Français allaient porter leur principal effort
+sur le Bas-Adige; il y avait dirigé une grande partie de ses forces, et
+en débouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand péril.
+Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia
+sagement sur Moreau.
+
+La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage des Français, à la
+gauche et au centre. On pouvait évaluer la perte des Français en tués,
+blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des Autrichiens à huit
+mille au moins. Cependant, malgré l'avantage que les Français avaient
+eu, ils n'avaient obtenu que des résultats peu importans. A Vérone, ils
+n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Vérone, ils
+les avaient rejetés, il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer à leur suite en rétablissant le pont de Polo; mais
+malheureusement il était peu important de franchir l'Adige sur ce point.
+On doit se souvenir que la route qui longe extérieurement ce fleuve
+vient traverser Vérone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour déboucher
+dans la plaine. Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à Polo;
+on se trouvait, après l'avoir franchi, en face de Vérone, dans la même
+position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans
+la journée même, on eût profité du désordre dans lequel l'attaque du
+camp de Pastrengo avait jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de
+rétablir le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer dans la place
+à la suite des fuyards, surtout à la faveur du combat opiniâtre que
+Moreau, de l'autre côté de l'Adige, livrait au général Kaim.
+
+Malheureusement, rien de tout cela n'avait été fait. Cependant on
+pouvait réparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en
+transportant la masse des forces devant Vérone et au-dessus, vers le
+pont de Polo. Mais Schérer hésita trois jours de suite sur le parti
+qu'il avait à prendre. Il faisait chercher une route au-delà de l'Adige,
+qui permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de cette hésitation,
+et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages
+remportés dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on
+tint un conseil de guerre, et Schérer se décida à agir. Il forma le
+projet singulier de jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par
+le pont de Polo, et de porter la masse de son armée entre Vérone et
+Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour opérer le transport de
+ses forces, il porta deux divisions de sa gauche à sa droite, les fit
+passer derrière son centre, et les exposa à des fatigues inutiles, par
+des chemins mauvais, entièrement ruinés par les pluies.
+
+Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis à exécution.
+Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul
+l'Adige à Polo, tandis que le gros de l'armée se transportait plus bas,
+entre Vérone et Legnago. Le sort de la division Serrurier était facile à
+prévoir. Engagée, après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était
+fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce de cul-de-sac, elle
+courait de grands hasards. Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea
+contre elle une masse de forces trois fois supérieure, et la ramena
+vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le
+fleuve ne fut repassé qu'en désordre. Des détachemens furent obligés de
+se faire jour, et quinze cents hommes restèrent prisonniers. Schérer,
+en apprenant cet échec, qui était inévitable, se contenta de ramener la
+division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il avait concentré
+maintenant la plus grande partie de ses forces.
+
+On passa plusieurs jours encore à tâtonner de part et d'autre. Enfin
+Kray prit une détermination, et résolut, tandis que Schérer se portait
+sur le Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de se porter dans
+le flanc de Schérer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La
+direction était bonne; mais heureusement un ordre intercepté instruisit
+Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le général en chef,
+et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du côté
+de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher.
+
+C'est en exécutant ce mouvement, que les deux armées se rencontrèrent,
+le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor
+et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent le fleuve
+par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'à Vérone. Elles
+accablèrent la division Mercantin, qui leur était opposée, et
+détruisirent en entier le régiment de Wartensleben: ces deux divisions
+arrivèrent ainsi presque à la hauteur de Vérone, et furent en mesure de
+remplir leur objet, qui était de couper de cette ville tout ce que Kray
+en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au
+centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa à
+la division autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer jusqu'à
+Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre
+ligne. Mais Moreau à la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et
+Montrichard, s'avançait victorieusement. Il avait ordonné à la division
+Montrichard de changer de front, pour faire face à Butta-Preda, vers le
+point où l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux
+autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé enfin à Butta-Preda,
+couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se
+déclarer pour nous, car notre droite, complètement victorieuse du côté
+de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Vérone.
+
+Mais Kray jugeant que le point essentiel était à notre droite, et qu'il
+fallait renoncer au succès sur tous les autres points, pour l'emporter
+sur celui-là, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un
+avantage sur Schérer, c'était le rapprochement de ses divisions, qui lui
+permettait de les déplacer plus facilement. Les divisions françaises, au
+contraire, étaient fort éloignées les unes des autres, et combattaient
+sur un terrain coupé de nombreux enclos. Kray tomba à l'improviste avec
+toute sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours
+de celui-ci, mais il fut chargé lui-même par les régimens de Nadasty et
+de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait
+rallier sur les derrières la division Mercantin, battue le matin; il la
+lança de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et décida
+ainsi leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance,
+furent obligées d'abandonner le champ de bataille. La droite étant
+en déroute, notre centre se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y
+porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray de poursuivre son
+avantage.
+
+La bataille était évidemment perdue, et il fallait songer à la retraite.
+La perte avait été grande des deux côtés. Les Autrichiens avaient eu
+trois mille morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les français
+avaient eu un nombre égal de morts et de blessés, mais ils avaient
+perdu quatre mille prisonniers. C'est là que fut blessé mortellement le
+général Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie avait déployé
+aux avant-gardes tant de talent et d'intrépidité.
+
+Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour éviter le
+désordre d'une retraite de nuit, mais Schérer voulut se replier le
+soir même. Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuyé sur Peschiera
+d'un côté, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une résistance
+vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Péninsule, et, par cette
+concentration de forces, regagner la supériorité perdue dans la journée
+de Magnano. Mais le malheureux Schérer avait entièrement perdu la tête.
+Ses soldats étaient plus mal disposés que jamais. Maîtres depuis trois
+ans de l'Italie, ils étaient indignés de se la voir arracher, et ils
+n'imputaient leurs revers qu'à l'impéritie de leur général. Il est
+certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans
+les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armée avaient
+ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur
+le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le
+12 avril. On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde.
+
+La campagne était à peine ouverte depuis un mois et demi, et déjà nous
+étions en retraite sur tous les points. Le chef d'état-major Ernould,
+que Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée des défilés
+de la forêt Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de
+quelques troupes légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en
+désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armées,
+aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquêtes, et
+rentraient battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que nous
+avions conservé l'avantage. Là, Masséna se maintenait avec toute la
+ténacité de son caractère; et, sauf la tentative infructueuse sur
+Feldkirch, il avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le saillant
+que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il était placé entre
+deux armées victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirât.
+Il venait en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se repliait
+dans l'intérieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude
+la plus imposante.
+
+Nos armes étaient humiliées, et nos ministres allaient devenir à
+l'étranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La
+guerre étant déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique, le
+congrès de Rastadt était resté assemblé. On était près de s'entendre sur
+la dernière difficulté, celle des dettes; mais les deux tiers des états
+avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet de l'influence de
+l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fît la paix. Il ne restait plus au
+congrès que quelques députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée
+du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au milieu des troupes
+autrichiennes. Le cabinet de Vienne conçut alors un projet infâme,
+et qui jeta un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort à se
+plaindre de la fierté et de la vigueur que nos ministres avaient
+déployées à Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait
+singulièrement compromis aux yeux du corps germanique, c'était celle des
+articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence.
+Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence, et trahi d'une
+manière indigne les intérêts de l'Empire. Ce cabinet était fort irrité,
+et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient ceux des princes
+germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la
+république française. Il conçut donc la pensée de faire arrêter nos
+ministres, à leur retour en France, pour les dépouiller, les outrager,
+peut-être même les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait été donné d'une manière positive.
+
+Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et sans craindre un
+attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur
+correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la passer. Nos ministres
+réclamèrent; la députation de l'Empire réclama aussi, et demanda si le
+congrès pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien auquel on
+s'adressa ne fit aucune réponse tranquillisante. Alors nos ministres
+déclarèrent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le
+9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent qu'ils
+demeureraient dans cette ville, prêts à renouer les négociations dès
+qu'on en témoignerait le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation
+fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites par tout le congrès,
+et il fut demandé expressément s'il y avait sûreté pour les ministres
+français. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de
+Szecklers, cantonnés près de Rastadt, répondit que les ministres
+français n'avaient qu'à partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes
+seraient respectées. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et
+Roberjeot, partirent le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du soir. Ils
+occupaient trois voitures avec leurs familles. Après eux venaient la
+légation ligurienne et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit
+des difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les
+obstacles furent levés, et ils partirent. La nuit était très sombre. A
+peine étaient-ils à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards
+de Szecklers fondit sur eux le sabre à la main, et arrêta les voitures.
+Celle de Jean Debry était la première. Les hussards ouvrirent violemment
+la portière, et lui demandèrent, en un jargon à demi barbare, s'il était
+Jean Debry. Sur sa réponse affirmative, ils le saisirent à la gorge,
+l'arrachèrent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans,
+le frappèrent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passèrent aux
+autres voitures, et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras de
+leurs familles. Les membres de la légation ligurienne et les secrétaires
+d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands chargés de
+cette exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent tous les
+papiers.
+
+Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel. La fraîcheur de la nuit lui
+rendit l'usage de ses sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt.
+Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans
+et des membres du congrès. La loyauté allemande fut révoltée d'une
+violation du droit des gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui
+n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare. Les membres de la
+députation restés au congrès prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassinés, les soins les plus empressés. Ils se réunirent
+ensuite pour rédiger une déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au
+monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient tout soupçon
+de complicité avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles écrivit
+à Masséna une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre
+le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et
+contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'était pas digne de
+lui et de son caractère. L'Autriche ne répondit pas, et ne pouvait pas
+répondre, aux accusations dirigées contre elle.
+
+Ainsi, la guerre était implacable entre les deux systèmes qui
+partageaient le monde. Les ministres républicains, mal reçus d'abord,
+puis outragés pendant une année de paix, venaient enfin d'être
+assassinés indignement, et avec autant de férocité qu'on aurait pu le
+faire entre nations barbares. Le droit des gens, observé entre les
+ennemis les plus acharnés, n'était violé que pour eux.
+
+Les revers si peu attendus qui signalèrent le début de la campagne,
+l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au
+directoire. Dès le moment même de la déclaration de guerre, les deux
+oppositions commençaient à perdre toute mesure: elles n'en gardèrent
+plus aucune quand elles virent nos armées battues et nos ministres
+assassinés. Les patriotes, repoussés par le système des scissions, les
+militaires, dont on avait voulu réprimer la licence, les royalistes, se
+cachant derrière ces mécontens de différente espèce, tous s'armèrent
+à la fois des derniers événemens pour accuser le directoire. Ils lui
+adressaient les reproches les plus injustes et les plus multipliés. Les
+armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées. Le directoire
+avait laissé leurs rangs s'éclaircir par la désertion, et n'avait mis
+aucune activité à les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il
+avait retenu dans l'intérieur un grand nombre de vieux bataillons, qui,
+au lieu d'être envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner la
+liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites à un nombre si
+disproportionné avec celui des armées ennemies, le directoire n'avait
+fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni moyens de
+transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrées à la rapacité des
+administrations, qui avaient dévoré inutilement un revenu de six cents
+millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais
+choix. Championnet, le vainqueur de Naples, était dans les fers, pour
+avoir voulu réprimer la rapacité des agens du gouvernement. Moreau était
+réduit au rôle de simple général de division. Joubert, le vainqueur du
+Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie, étaient sans commandement.
+Schérer, au contraire, qui avait préparé toutes les défaites par son
+administration, Schérer avait le commandement de l'armée d'Italie, parce
+qu'il était compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas là.
+Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre
+Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kléber, Desaix, leurs quarante
+mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où étaient-ils?...
+En Égypte, sur une terre lointaine, où ils allaient périr par
+l'imprudence du gouvernement, ou peut-être par sa méchanceté. Cette
+entreprise, si admirée naguère, on commençait à dire maintenant que
+c'était le directoire qui l'avait imaginée pour se défaire d'un guerrier
+célèbre qui lui faisait ombrage.
+
+On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre
+elle-même; on lui imputait de l'avoir provoquée par ses imprudences à
+l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renversé le pape et
+la cour de Naples, poussé ainsi l'Autriche à bout, et tout cela sans
+être préparé à entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé
+la Porte à une rupture. En décidant la Porte, il avait délivré la Russie
+de toute crainte pour ses derrières, et lui avait permis d'envoyer
+soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était si grande,
+qu'on allait jusqu'à dire que le directoire était l'auteur secret de
+l'assassinat de Rastadt. C'était, disait-on, un moyen imaginé pour
+soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps législatif.
+
+Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune, dans les journaux,
+dans les lieux publics. Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre
+du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des généraux
+qui n'étaient pas venus, avaient écrit pour exposer leurs griefs.
+C'était un déchaînement universel, et qui serait incompréhensible si on
+ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis.
+
+Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut répondre à tous ces
+reproches. Le directoire n'avait pas laissé éclaircir les rangs des
+armées, car il n'avait donné que douze mille congés; mais il lui avait
+été impossible d'empêcher les désertions en temps de paix. Il n'y a pas
+de gouvernement au monde qui eût réussi à les empêcher. Le directoire
+s'était même fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de
+soldats à rejoindre. Il y avait, en effet, quelque dureté à ramener sous
+les drapeaux des hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant six
+années. La conscription n'était décrétée que depuis cinq mois, et il
+n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce système
+de recrutement; et surtout d'équiper, d'instruire les conscrits, de les
+former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande,
+en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour maintenir le repos
+pendant les élections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin à de
+jeunes soldats, dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement à
+la république pas assez décidé. Une raison importante avait de plus
+justifié cette précaution: c'était la Vendée, travaillée encore par
+les émissaires de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes
+anglo-russes.
+
+Quant au désordre de l'administration, les torts du directoire n'étaient
+pas plus réels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque
+toutes au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et malgré les
+plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois
+manières: en pillant les pays conquis; en comptant à l'état la solde des
+militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant avec les compagnies
+des marchés désavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les
+généraux et les états-majors qui les avaient commises et qui en avaient
+profité. Ils avaient pillé les pays conquis, fait le profit sur la
+solde et partagé les profits des compagnies. On a vu que celles-ci
+abandonnaient quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs
+bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors. Schérer, vers
+la fin de son ministère, s'était brouillé avec ses compagnons d'armes
+pour avoir essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire s'était
+efforcé, pour y mettre un terme, de nommer des commissions indépendantes
+des états-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies
+à Naples. Les marchés désavantageux faits avec les compagnies, avaient
+encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient sur le
+prix, de l'incertitude du paiement. Les crédits ouverts cette
+année s'élevaient à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions
+d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait déjà ordonnancé 400
+millions pour dépenses consommées. Il n'en était pas rentré encore 210;
+on avait fourni les 190 de surplus en délégations.
+
+Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux
+dilapidations. Le choix des généraux, excepté pour un seul, ne devait
+pas lui être reproché. Championnet, après sa conduite à l'égard des
+commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas conserver le commandement.
+Macdonald le valait au moins, et était connu par une probité sévère.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armée
+d'Italie. Ils avaient désigné eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait
+repoussé Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de
+Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence démagogique était une raison
+fondée de lui refuser un commandement, et du reste, malgré ses qualités
+incontestables, il était au-dessous du commandement en chef. Quant à
+l'expédition d'Égypte, on a vu si le directoire en était coupable, et
+s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte, Kléber, Desaix et
+leurs quarante mille compagnons d'armes. Larévellière-Lépaux
+s'était brouillé avec le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre
+l'expédition.
+
+La provocation à la guerre n'était pas plus le fait du directoire
+que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilité des
+passions déchaînées en Europe avait seule provoqué la guerre. Il n'en
+fallait faire un reproche à personne; mais, dans tous les cas, ce
+n'étaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient
+droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eût
+pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renversé le roi
+de Naples, forcé celui de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas
+les militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours poussé à
+l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait
+enchantés tous. N'étaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un
+frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en
+avait eu de commises? Ce n'était pas la détermination de la Porte qui
+avait entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle été vraie,
+c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte qui pouvait seul en mériter le
+reproche.
+
+Rien n'était donc plus absurde que la masse des accusations accumulées
+contre le directoire. Il ne méritait qu'un reproche, c'était d'avoir
+trop partagé la confiance excessive que les patriotes et les militaires
+avaient dans la puissance de la république. Il avait partagé les
+passions révolutionnaires et s'était livré à leur entraînement. Il avait
+cru qu'il suffisait, pour le début de la guerre, de cent soixante-dix
+mille hommes; que l'offensive déciderait de tout, etc. Quant à ses
+plans, ils étaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot
+en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calqués
+d'ailleurs en partie sur un projet du général Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'était pas la
+faute du directoire si cet homme n'était pas en Europe.
+
+Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que l'histoire doit relever
+l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand
+on lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables d'un
+gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommée qui repousse
+l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des
+autres, et ceux même de la fortune, il n'a plus la faculté de gouverner,
+et cette impuissance doit le condamner à se retirer. Combien de
+gouvernemens ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement de la
+révolution! L'action de la France contre l'Europe était si violente,
+qu'elle devait détruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire
+était usé comme l'avait été le comité de salut public, comme le fut
+depuis Napoléon lui-même. Toutes les accusations dont le directoire
+était l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité.
+
+Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats civils, élus au
+pouvoir, non à cause de leur grandeur héréditaire ou de leur gloire
+personnelle, mais pour avoir mérité un peu plus d'estime que leurs
+concitoyens, que cinq magistrats, armés de la seule puissance des lois
+pour lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre à l'obéissance
+des armées nombreuses, des généraux couverts de gloire et pleins de
+prétentions, pour administrer enfin une moitié de l'Europe, parussent
+bientôt insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de
+s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire éclater
+cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires
+réprimés plusieurs fois, les appelaient avec mépris les _avocats_, et
+disaient que la France ne pouvait être gouvernée par eux.
+
+Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se voit quelquefois dans
+le conflit des révolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que
+pour celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le moins. Barras,
+sans contredit, méritait à lui seul tout ce qu'on disait du directoire.
+D'abord, il n'avait jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens décisifs, où il
+faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de
+rien. Il ne se mêlait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait
+mieux à son génie intrigant. Il avait pris part à tous les profits des
+compagnies, et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours été le défenseur des brouillons et des fripons; c'était lui qui
+avait appuyé Brune et envoyé Fouché en Italie. Il était la cause des
+mauvais choix des généraux, car il s'était opposé à la nomination de
+Moreau, et avait fortement demandé celle de Schérer. Malgré tous ses
+torts si graves, lui seul était mis à part. D'abord il ne passait pas,
+comme ses quatre collègues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses
+habitudes débauchées, ses manières soldatesques, ses liaisons avec
+les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait
+exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'exécution, plus
+capable de gouverner que ses collègues. Les patriotes lui trouvaient
+avec eux des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur était
+dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances secrètes. Les
+états-majors, qu'il flattait et qu'il protégeait contre la juste
+sévérité de ses collègues, l'avaient en assez grande faveur. Les
+fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette manière de la
+défaveur générale. Il était même perfide avec ses collègues, car tous
+les reproches qu'il méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux
+seuls. Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux, mais il peut
+réussir un moment: il réussit dans cette occasion.
+
+On connaît la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur
+vraiment capable, avait choqué, par son humeur et sa morgue, tous
+ceux qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour les gens
+d'affaires, pour tous les protégés de Barras, et notamment pour les
+militaires. Aussi était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa société, qui
+était nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupçons. Une
+circonstance malheureuse contribuait à les autoriser. L'agent du
+directoire en Suisse, Rapinat, était beau-frère de Rewbell. On avait
+exercé en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays
+conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les
+plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient causé une rumeur
+extrême. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scellé
+sur les caisses et sur le trésor de Berne; il avait traité avec hauteur
+le gouvernement helvétique; ces circonstances et son nom, qui était
+malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verrès de la Suisse, pour
+l'auteur de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car il avait
+même quitté la Suisse, avant l'époque où elle avait le plus souffert.
+Dans la Société de Barras on faisait de malheureux calembours sur son
+nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il était le beau-frère. C'est
+ainsi que la probité de Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les
+calomnies.
+
+Larévellière, par son inflexible sévérité, par son influence dans les
+affaires politiques d'Italie, n'était pas devenu moins odieux que
+Rewbell. Cependant, sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probité eût été impossible. La société de Barras lui donnait des
+ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses prétentions à
+une papauté nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la
+théophilanthropie, dont il n'était cependant pas l'auteur. Merlin et
+Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell
+et Larévellière, étaient cependant enveloppés dans la même défaveur.
+
+C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les élections de
+l'an VII, qui furent les dernières. Les patriotes, furieux, ne voulaient
+pas être exclus cette année, comme la précédente, du corps législatif.
+Ils s'étaient déchaînés contre le système des scissions, et s'étaient
+efforcés de le flétrir d'avance. Ils y avaient assez réussi, pour qu'en
+effet on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation, où l'on
+suppose à ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils
+disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens
+extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des députés
+actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits
+électoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris,
+parce qu'on travaillait à organiser le contingent helvétique. Ils firent
+grand bruit d'une circulaire aux électeurs, répandue par le commissaire
+du gouvernement (préfet) auprès du département de la Sarthe. Ce n'était
+pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire à l'improuver par un message. Les élections,
+faites dans ces dispositions, amenèrent au corps législatif une quantité
+considérable de patriotes. On ne songea pas cette année à les exclure du
+corps législatif, et leur élection fut confirmée. Le général Jourdan,
+qui avait raison d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de
+son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée en imputant au
+gouvernement le désir de le perdre, fut envoyé de nouveau au corps
+législatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoyé aussi,
+avec un surcroît d'humeur et de turbulence.
+
+Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la
+république, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des
+cinq directeurs, qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un grand
+sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une
+occasion nouvelle de le calomnier plus commodément. Cependant, comme il
+avait été élu au conseil des anciens, il saisit une occasion de répondre
+à ses accusateurs, et le fit de la manière la plus victorieuse.
+
+Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois
+rigoureuses de la probité, qu'on, pût reprocher au directoire. Les cinq
+premiers directeurs, nommés à l'époque de l'institution du directoire,
+avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient
+prélever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les
+donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice était de ménager
+aux membres du directoire la transition du pouvoir suprême à la vie
+privée, surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y avait même
+une raison de dignité à en agir ainsi, car il était dangereux pour la
+considération du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette raison même décida
+les directeurs à pourvoir d'une manière plus convenable au sort de
+leurs collègues. Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un
+prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils résolurent d'allouer
+une somme de cent mille francs à chaque directeur sortant. C'était cent
+mille francs par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un
+des mille profits qu'il était si facile de faire sur des budgets de
+six ou huit cents millions. On décida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps
+législatif allouait des frais de mobilier, cette dépense devait être
+avouée, et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent de plus
+que les économies faites sur les frais de mobilier seraient partagées
+entre eux. Certes, c'était là une bien légère atteinte à la fortune
+publique, si c'en était une; et tandis que des généraux, des compagnies,
+faisaient des profits si énormes, cent mille francs par an, consacrés
+à donner des alimens à l'homme qui venait d'être chef du gouvernement,
+n'étaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient
+en quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part, ne voulut jamais
+y consentir. Il déclara à ses collègues qu'il n'accepterait jamais sa
+part. Rewbell reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes, dont le
+directoire était dispensé de rendre compte. Telle est la seule faute
+qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses
+membres, sur les douze qui se succédèrent, fut accusé d'avoir fait des
+profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on
+puisse dire la même chose?
+
+Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait avoir une grande
+réputation, pour donner un peu de considération au directoire, et on
+songea à Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte, était le plus
+important de l'époque. Son ambassade en Prusse avait encore ajouté à sa
+renommée. Déjà on le considérait, et très justement, comme un esprit
+profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin, on lui attribuait
+la conservation de la neutralité prussienne, qui du reste était due
+beaucoup moins à son intervention qu'à la situation de cette puissance.
+Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que
+de concevoir une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de gens
+crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit généralement répandu
+de modifications très prochaines à la constitution. Ils disaient
+que Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer à ces
+modifications. On croyait si peu que l'état des choses actuel pût se
+maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.
+
+
+
+CHAPITRE XVI.
+
+CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA
+LIMMAT.--ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE COMMANDEMENT
+A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PÔ ET DE
+L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE DE NAPLES; BATAILLE DE LA
+TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--RÉVOLUTION
+DU 30 PRAIRIAL.--LARÉVELLIÈRE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.
+
+
+Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement les
+modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cessé
+de faire les plus grands efforts pour réparer les revers qui venaient de
+signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement
+de l'armée du Danube, et Masséna avait reçu le commandement en chef de
+toutes les troupes cantonnées depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard.
+Ce choix heureux devait sauver la France. Schérer, impatient de quitter
+une armée dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation
+de transmettre le commandement à Moreau. Macdonald avait reçu l'ordre
+pressant d'évacuer le royaume de Naples et les états romains, et de
+venir faire sa jonction avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés sur la frontière;
+l'équipement et l'organisation des conscrits s'accéléraient, et les
+renforts commençaient à arriver de toutes parts.
+
+Masséna, à peine nommé commandant en chef des armées du Rhin et de
+Suisse, songea à disposer convenablement les forces qui lui étaient
+confiées. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus
+critique. Il avait au plus trente mille hommes, épars en Suisse depuis
+la vallée de l'Inn jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans
+le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de près de cent mille hommes pouvait
+l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc n'avait pas été contrarié par
+le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi le
+Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer à Masséna
+la route de France, l'envelopper et le détruire. Heureusement il n'était
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis
+immédiatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les
+trois généraux un tiraillement continuel, ce qui empêchait qu'ils se
+concertassent pour une opération décisive.
+
+Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui permirent de prendre une
+position solide et de distribuer convenablement les troupes mises à sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la
+ligne du Rhin du côté de l'Alsace, et qu'il se proposait d'opérer en
+Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube, et lui assigna
+des positions qu'elle aurait dû prendre dès le début, c'est-à-dire
+immédiatement après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut
+obligé de s'en retirer, après avoir livré des combats brillans, où il
+montra une intrépidité et une présence d'esprit admirables. Les Grisons
+furent évacués. Masséna distribua alors son armée depuis la grande
+chaîne des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en
+choisissant la ligne qui lui parut la meilleure.
+
+La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes
+Alpes, la traversent tout entière, pour aller se jeter dans le Rhin. La
+plus étendue et la plus vaste est celle du Rhin même, qui, prenant sa
+source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'étend
+en un vaste lac[6], dont il sort près de Stein, et court à l'ouest vers
+Bâle, où il recommence à couler au nord pour former la frontière de
+l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la
+Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la
+précédente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les
+petits cantons, s'arrête pour former le lac de Zurich, en sort sous le
+nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette
+dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une
+partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la première. Il y en
+a enfin une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore dans la
+précédente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et
+de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout près du point où se jette la
+Limmat. Ces lignes commençant à droite contre des montagnes énormes,
+finissant à gauche dans de grands fleuves, consistant tantôt en des
+rivières, tantôt en des lacs, présentent de nombreux avantages pour la
+défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver la plus grande, celle
+du Rhin, et de s'étendre depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure
+de l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat, où il
+s'établit de la manière la plus solide. Il plaça son aile droite, formée
+des trois divisions Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il plaça son centre sur la
+Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et Strasbourg.
+
+[Note 6: Le lac de Constance.]
+
+Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empêcher par un
+combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux
+généraux placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du fleuve dans le
+lac de Constance, l'autre après sa sortie, étaient séparés par toute
+l'étendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'établir devant
+celle de Zurich et de la Limmat, où s'était placé Masséna, ils devaient
+partir des deux extrémités du lac, pour venir faire leur jonction
+au-delà. Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne s'était pas
+encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-delà du Rhin,
+se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé
+qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double opération, et de battre
+isolément les deux généraux autrichiens. Malheureusement il ne songea à
+les attaquer qu'au moment où ils étaient près de se réunir, et où ils
+étaient en mesure de se soutenir réciproquement. Il les combattit sur
+plusieurs points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à Frauenfeld, et
+quoiqu'il eût partout l'avantage, grace à cette vigueur qu'il mettait
+toujours dans l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction, et
+il fut obligé de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich,
+où il se prépara à recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se
+décidait à l'attaquer.
+
+Les événemens étaient bien autrement malheureux en Italie. Là, les
+désastres ne s'étaient point arrêtés.
+
+Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec un corps de vingt-huit
+ou trente mille Russes. Mélas avait pris le commandement de l'armée
+autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armées, s'élevant au
+moins à quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il
+était connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautés
+en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractère, une bizarrerie
+affectée et poussée jusqu'à la folie, mais aucun génie de combinaison.
+C'était un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de
+ses forces, car autrement, la république aurait peut-être succombé.
+Son armée lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et
+qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la
+cavalerie, le génie, y étaient réduits à une véritable nullité. Elle
+ne savait faire usage que de la baïonnette, et s'en servait comme les
+Français s'en étaient servis pendant la révolution. Suwarow, fort
+insolent pour ses alliés, donna aux Autrichiens des officiers russes,
+pour leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il employa le langage
+le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maîtres_, _les
+paresseux_, devaient quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder
+le service souverain seraient traités comme des égoïstes, et perdraient
+leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour délivrer
+l'Italie des Français et des athées. Tel était le style de ses
+allocutions. Heureusement, après nous avoir causé bien du mal, cette
+énergie brutale allait rencontrer l'énergie savante et calculée, et se
+briser devant elle.
+
+Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses esprits, s'était
+promptement retiré sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des
+soldats. De son armée de quarante-six mille hommes, il en avait perdu
+dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut obligé d'en laisser à
+Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que
+vingt-huit mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes, il avait su
+manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps à Macdonald de le
+rejoindre, et éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda
+de la manière la plus malheureuse. Il partagea son armée en trois
+divisions. La division Serrurier était à Lecco, à la sortie de l'Adda du
+lac de Lecco. La division Grenier était à Cassano, la division Victor à
+Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques corps légers, vers le
+Modénois et les montagnes de Gênes; pour maintenir les communications
+avec la Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses vingt-huit
+mille hommes, ainsi dispersés sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne
+pouvaient résister solidement nulle part, et devaient être enfoncés
+partout où l'ennemi se présenterait en forces.
+
+Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même où la ligne de l'Adda
+était forcée, Schérer remit à Moreau la direction de l'armée. Ce brave
+général avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre
+au rôle de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne était
+perdue, qu'il n'y avait plus que des désastres à essuyer, on lui
+donnait le commandement. Cependant, avec un dévouement patriotique
+que l'histoire ne saurait trop célébrer, il accepta une défaite, en
+acceptant le commandement le soir même où l'Adda était forcé. C'est ici
+que commence la moins vantée et la plus belle partie de sa vie.
+
+Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs points. Quand le
+premier régiment russe se montra à la vue du pont de Lecco, les
+carabiniers de la brave 18e légère sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses
+effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baïonnette croisée,
+et en firent un grand carnage. Les Russes furent repoussés. Il venait
+de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils
+voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui
+venaient se mêler dans une querelle qui n'était pas la leur. La
+nomination de Moreau enflammait toutes les âmes, et remplit l'armée de
+confiance. Malheureusement la position n'était plus tenable. Suwarow,
+repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, à Brivio et
+à Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait
+la gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du reste de l'armée.
+Moreau, avec la division Grenier, livra à Trezzo un combat furieux, pour
+repousser l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes
+un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-delà
+de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter sur ce point même
+de Trezzo, où Moreau s'obstinait à combattre pour se remettre en
+communication avec lui. Il fallut céder, et abandonner la division
+Serrurier à son sort. Elle fut entourée par toute l'armée ennemie, et se
+battit avec la dernière opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts,
+elle fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de cette division,
+grâce à la hardiesse et à la présence d'esprit d'un officier, se sauva
+par les montagnes en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'était heureusement retiré en arrière avec sa division intacte. Telle
+fut la fatale journée dite de Cassano, 9 floréal (28 avril), qui
+réduisit l'armée à environ vingt mille hommes.
+
+C'est avec cette poignée de braves que Moreau entreprit de se retirer.
+Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature
+l'avait doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence d'une armée
+qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire
+marcher en masse, il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était
+bien autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il revint
+d'Allemagne, avec une armée de soixante mille hommes victorieux, et
+pourtant il a été beaucoup moins célébré! tant les hasards des passions
+influent sur les jugemens contemporains!
+
+Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner le moyen d'évacuer
+les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement
+cisalpin, et à tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur
+les derrières. Rien n'est plus dangereux pour une armée que ces familles
+de fugitifs, qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent
+quelquefois compromettre son salut. Moreau, après avoir passé deux
+jours à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô. A la conduite
+de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position
+solide. Il avait deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses
+communications avec la France, et avec la Toscane, par où s'avançait
+l'armée de Naples. Pour arriver à ce but important, il lui parut
+convenable d'occuper le penchant des montagnes de Gênes; c'était le
+point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant
+les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armée, prit la grande route
+de Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les
+routes de la rivière de Gênes. Il exécuta cette marche sans être
+trop pressé par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses
+victorieuses sur notre faible armée, et de la détruire complètement, se
+faisait décerner à Milan les honneurs du triomphe par les prêtres, les
+moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche, rentrées en
+foule à la suite des armées coalisées.
+
+Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer vers la France
+tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tâcha de réveiller
+le zèle des partisans de la république, et vint rejoindre ensuite la
+colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie. Il choisit là une position
+qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous d'Alexandrie. Moreau se
+plaça au confluent de ces deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et
+par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait
+en même temps toutes les routes de Gênes, et pouvait attendre l'arrivée
+de Macdonald. Cette position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne de postes sur le Pô
+et le Tanaro, et ses masses étaient disposées de manière qu'il pouvait
+courir en quelques heures sur le premier point attaqué. Il s'établit là
+avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid
+les mouvemens de son formidable ennemi.
+
+Suwarow avait mis très heureusement beaucoup de temps à s'avancer. Il
+avait demandé au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce corps venait de descendre
+en Italie, et portait l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à la fois Peschiera,
+Mantoue, Pizzighitone, voulant en même temps se garder du côté de la
+Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait
+guère plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste très
+suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement.
+
+Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il
+s'établit à Tortone, et y fixa son quartier-général. Après quelques
+jours d'inaction, il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un peu au-dessus du
+confluent du Pô et du Tanaro, vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles
+boisées, à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter un
+passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du 11 au 12 mai), ils
+passèrent au nombre à peu près de deux mille, dans l'une de ces îles, et
+se trouvèrent ainsi au-delà du bras principal. Le bras qui leur restait
+à passer était peu considérable, et pouvait même être franchi à la nage.
+Ils le traversèrent hardiment, et se portèrent sur la rive droite du Pô.
+Les Français, prévenus du danger, coururent sur le point menacé. Moreau,
+qui était averti d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro,
+attendit que le véritable point du danger fût bien déterminé pour s'y
+porter en force: dès qu'il en fut certain, il y marcha avec sa réserve,
+et culbuta dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse de le
+franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tués, noyés ou prisonniers.
+
+Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position de Moreau dans le
+singulier triangle où il s'était placé. Mais l'inaction de l'ennemi
+l'inquiétait; il craignait que Suwarow n'eût laissé devant Alexandrie un
+simple détachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eût remonté
+le Pô, pour se porter sur Turin et prendre la position des Français
+par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant de Macdonald. Dans
+l'incertitude où le laissait l'inaction de Suwarow, il résolut d'agir
+lui-même, pour s'assurer du véritable état des choses. Il imagina de
+déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance.
+Si l'ennemi n'avait laissé devant lui qu'un corps détaché, le projet
+de Moreau était de changer cette reconnaissance en attaque sérieuse,
+d'accabler ce corps détaché, et puis de se retirer tranquillement par
+la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin d'y
+attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son
+projet était de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hâte
+la rivière de Gênes, par toutes les communications accessibles qui
+lui restaient. Une raison qui le décidait surtout à prendre ce parti
+décisif, c'était l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait
+qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible.
+
+Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait
+un autre qui était dépourvu de sens. Sa position à Tortone était
+certainement la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait
+entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine et celle de
+Naples. Il ne devait la quitter à aucun prix. Cependant il imagina
+d'emmener une partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter le
+fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les
+royalistes piémontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien
+n'était plus mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire
+tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe
+et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position
+intermédiaire entre les deux armées qui cherchaient à opérer leur
+jonction.
+
+Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux
+environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô
+pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance qu'il avait
+projetée. Il avait porté la division Victor en avant pour attaquer
+vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait
+lui-même avec toute sa réserve un peu en arrière, prêt à changer cette
+reconnaissance en une attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe
+pût être accablé. Après un engagement très-vif, où les troupes de Victor
+déployèrent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armée russe était
+devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur d'avoir sur les bras
+un ennemi trop supérieur. En conséquence, entre les deux partis qu'il
+s'était proposé d'adopter, il préféra le second, comme le plus sûr. Il
+résolut donc de se retirer vers les montagnes de Gênes. Sa position
+était des plus critiques. Tout le Piémont était en révolte sur ses
+derrières. Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui ferme la
+principale route, la seule accessible à l'artillerie. Le grand convoi
+des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'être enlevé.
+Ces circonstances étaient des plus fâcheuses. En prenant les routes
+situées plus en arrière, et qui aboutissaient à la rivière du Ponent,
+Moreau craignait de trop s'éloigner des communications de la Toscane,
+et de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait réuni en masse
+autour de Tortone. Dans cette perplexité, il prit sur-le-champ son
+parti, et fit les dispositions suivantes. Il détacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables à
+la seule infanterie, vers les montagnes de Gênes. Elle devait se hâter
+d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où elle serait attaquée
+par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers
+des montagnes, gagner l'une des routes charretières qui se trouvaient en
+arrière de Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent. Il faisait
+un autre calcul, en se décidant à cette retraite excentrique, c'est
+qu'il attirerait à lui l'armée ennemie, la détournerait de poursuivre
+Victor et de se jeter sur Macdonald.
+
+Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper
+les crêtes de l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une
+célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva, qui fermait sa
+principale communication, le mettait dans un embarras extrême. Il
+achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était indispensable,
+et résolut de s'ouvrir une route à travers l'Apennin, en la faisant
+construire par ses propres soldats. Après quatre jours d'efforts
+incroyables, la route fut rendue praticable à l'artillerie, et Moreau
+fut transporté dans la rivière de Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au
+col de Tende, ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées
+vers Gênes.
+
+Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hâta de le faire
+poursuivre; mais il ne sut deviner ni prévenir ses savantes
+combinaisons. Ainsi, grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau
+avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule
+fois, en contenant au contraire les Russes partout où il les avait
+rencontrés. Il avait laissé une garnison de trois mille hommes dans
+Alexandrie, et il était avec dix-huit mille à peu près dans les environs
+de Gênes. Il était placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée
+de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype, le corps léger de
+Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les
+joindre à Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste
+de son corps d'armée. Son plan de jonction était profondément médité.
+Il pouvait attirer l'armée de Naples à lui par les bords de la
+Méditerranée, la réunir à Gênes, et déboucher avec elle de la Bochetta;
+ou bien la faire déboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance,
+et sur les bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau
+franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la
+plaine. En débouchant au contraire en avant de Plaisance, on était
+maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait son champ de bataille sur
+les bords même du Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eût sa gauche toujours serrée aux montagnes,
+pour se lier avec Victor qui était à Bobbio. Quant à lui, il observait
+Suwarow, prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait marcher à
+la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait
+aussi sûre que derrière l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+préférable.
+
+Dans ce moment, le directoire venait de réunir dans la Méditerranée des
+forces maritimes considérables. Bruix, le ministre de la marine, s'était
+mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué la flotte espagnole,
+et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Méditerranée, dans le but
+de la délivrer des Anglais, et d'y rétablir les communications avec
+l'armée d'Égypte. Cette jonction tant désirée était enfin opérée, et
+elle pouvait nous redonner la prépondérance dans les mers du
+Levant. Bruix dans ce moment était devant Gênes. Sa présence avait
+singulièrement remonté le moral de l'armée. On disait qu'il apportait
+des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en était rien; mais
+Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accréditer. Il fit
+répandre le bruit que la flotte venait de débarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considérables. Ce bruit encouragea l'armée, et
+diminua beaucoup la confiance de l'ennemi.
+
+On était au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un événement
+nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé
+la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant en
+deux masses des deux extrémités du lac de Constance, était venu border
+cette ligne dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer entre
+Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le
+long de la Limmat. Masséna avait pris position, non pas sur la Limmat
+elle-même, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la
+Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière et le lac. Il avait
+retranché ces hauteurs de la manière la plus redoutable, et les avait
+rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne,
+entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte, l'archiduc avait résolu de
+l'attaquer, parce qu'il eût été trop dangereux de faire un long détour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint.
+Masséna pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laissés
+devant lui, et se procurer ainsi un avantage décisif.
+
+L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur
+toute l'étendue de la Limmat, et fut repoussée partout victorieusement,
+malgré l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre,
+afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommença l'attaque avec
+la même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait être forcé,
+qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il
+abandonnait était suivie immédiatement d'une plus forte, la chaîne de
+l'Albis, qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich, résolut de
+se retirer volontairement. Il ne perdait à cette retraite que la ville
+de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaîne des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'à l'Aar
+présentant de plus un escarpement continu, était presque inattaquable.
+En l'occupant on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on ne
+reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En conséquence, et
+s'y retira volontairement et sans perte, il s'y établit d'une manière
+qui ôta à l'archiduc toute envie de l'attaquer.
+
+Notre position était donc toujours à peu près la même en Suisse.
+L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au
+Saint-Gothard, formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.
+
+Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin vers la Toscane.
+Il avait laissé garnison au fort Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte,
+conformément à ses instructions. C'était compromettre inutilement des
+troupes qui n'étaient pas capables de soutenir le parti républicain, et
+qui laissaient un vide dans l'armée active. L'armée française, en se
+retirant, avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction
+royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de notre révolution.
+Macdonald avait rallié à Rome quelques milliers d'hommes de la division
+Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le
+Modénois le corps léger de Montrichard. Il avait formé ainsi un corps de
+vingt-huit mille hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité, et un ordre
+remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et
+ne déboucha au-delà de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que
+vers la fin de prairial (milieu de juin).
+
+S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les coalisés dans un tel
+état de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et
+les rejeter au-delà du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait de
+s'emparer, et où il avait trouvé des munitions immenses. Bellegarde
+observait les débouchés de Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle
+de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens
+ou Russes réunis. Macdonald et Moreau, débouchant ensemble avec
+cinquante mille hommes auraient pu changer la destinée de la campagne.
+Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer
+son armée, et réorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et permit à Suwarow de
+réparer ses fautes. Le général russe, apprenant la marche de Macdonald,
+se hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de
+renfort, pour se placer entre les deux généraux français, et reprendre
+la position qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au général
+Ott, qui était en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance,
+de se retirer sur lui, s'il était attaqué; il prescrivit à Kray de lui
+faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer;
+il laissa à Bellegarde le soin d'observer Novi, d'où Moreau devait
+déboucher, et il se disposa à marcher lui-même dans les plaines de
+Plaisance, à la rencontre de Macdonald.
+
+Ces dispositions sont les seules qui, pendant la durée de cette
+campagne, aient mérité à Suwarow l'approbation des militaires. Les deux
+généraux français occupaient toujours les positions que nous avons
+indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre
+pour se réunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer à Macdonald la
+division Victor pour le renforcer. Il avait placé à Bobbio, au penchant
+des montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons, pour
+favoriser la jonction, et son projet était de saisir le moment où
+Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tînt toujours appuyé
+aux montagnes, et n'acceptât pas la bataille trop loin dans la plaine.
+
+Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps
+de Hohenzollern, placé aux environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il
+fut accablé par des forces supérieures, perdit quinze cents hommes, et
+faillit être enlevé tout entier. Ce premier succès encouragea Macdonald,
+et lui fit hâter sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armée à trente-deux mille hommes à peu près,
+forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait à
+la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes
+deux. Quoique le gros de l'armée, formé par les divisions Montrichard,
+Olivier et Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché par le
+succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui
+était en observation sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky et
+Rusca, de marcher contre lui à l'instant même.
+
+Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin dans le Pô, formaient
+le champ de bataille: c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le
+gros de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient sur la Trebbia, et avaient
+l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler
+Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent le 29 prairial
+(17 juin). Elles repoussèrent d'abord l'avant-garde du général Ott des
+bords du Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en arrière vers
+le village de Sermet. Ott allait être accablé, mais dans ce moment
+Suwarow arrivait à son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+général Bagration à Victor qui marchait le long du Pô; il reporta Ott au
+centre sur Dombrowsky, et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca.
+Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut forcé de
+rétrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky
+par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux régimens de cavalerie,
+et la rompit. Dès cet instant, Victor, qui s'était avancé sur le Pô, se
+trouva débordé et compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais
+au centre, et qui avait ainsi débordé Victor, le chargea en flanc, et
+l'obligea à se retirer. Rusca, à droite, fut alors obligé de céder
+le terrain à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone, et
+rétrogradèrent sur la Trebbia.
+
+Cette première journée, où un tiers de l'armée au plus s'était trouvé
+engagé contre toute l'armée ennemie, n'avait pas été heureuse.
+Macdonald, ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté. Il résolut
+de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir toutes ses divisions, et de
+venger l'échec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en arrière sur la Nura, et
+il résolut d'attendre le surlendemain, c'est-à-dire le 1er messidor (19
+juin), pour livrer bataille.
+
+Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir ses forces, et il se
+disposa à attaquer dès le lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial
+(18 juin). Les deux armées allaient se joindre le long de la Trebbia,
+appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement
+que le point essentiel était dans les montagnes, par où les deux armées
+françaises pourraient communiquer, porta de ce côté sa meilleure
+infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration,
+qui d'abord était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite contre les
+montagnes. Il les plaça avec la division Schweikofsky sous les ordres
+de Rosemberg, et leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia vers
+Rivalta, dans la partie supérieure de son cours, afin de détacher les
+Français des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+étaient placées vers ce point, à la gauche de la ligne des Français. Les
+divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le
+long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite,
+vers le Pô et Plaisance.
+
+Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes
+attaquèrent les avant-gardes françaises, qui étaient au-delà de la
+Trebbia, à Casaliggio et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald, qui
+ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à faire arriver en ligne
+ses divisions du centre. Victor, qui commandait à notre gauche, porta
+aussitôt toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia, et mit
+un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division
+Schweikofsky, rétablit l'avantage, et, après un combat furieux, dans
+lequel les pertes furent énormes des deux parts, obligea les Français à
+se retirer derrière la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin à droite, et une
+canonnade s'établissait sur toute la ligne. Après avoir échangé quelques
+boulets, on s'arrêta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui
+sépara les deux armées.
+
+Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté en un combat vers
+notre gauche, combat terrible, mais sans résultat. Macdonald, disposant
+désormais de tout son monde, voulait rendre décisive la troisième
+journée. Son plan consistait à franchir la Trebbia sur tous les points,
+et à déborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division
+Dombrowsky devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta, et la passer
+au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque à
+son embouchure dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow. Il
+comptait en même temps que Moreau, dont il attendait la coopération
+depuis deux jours, entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible
+échauffourée eut lieu pendant la nuit. Un détachement français ayant
+traversé le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se
+crurent attaqués et coururent aux armes. Les Français y coururent de
+leur côté. Les deux armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de
+nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer amis ni ennemis.
+Après un carnage inutile, les généraux parvinrent enfin à ramener leurs
+soldats au bivouac. Le lendemain les deux armées étaient tellement
+fatiguées par trois jours de combats et par le désordre de la nuit,
+qu'elles n'entrèrent en action que vers les dix heures du matin.
+
+La bataille commença à notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky
+franchit la Trebbia à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert les flancs de
+Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profitèrent pour se jeter sur
+lui en passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès et enveloppèrent
+de toutes parts la division Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la
+mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous côtés et
+se défendit vaillamment. Bagration, apercevant le péril, se rabattit
+promptement sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à lâcher
+prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fût de son côté rabattu
+sur Bagration, l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était le
+plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il
+resta inactif, et Victor et Rusca furent obligés de se replier sur la
+Trebbia. Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia vers Grignano;
+Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le
+corps de Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que Suwarow
+avait demandées à Mélas, et qui défilaient sur le derrière du champ de
+bataille, donnèrent inopinément dans les flancs de sa division. Elle
+fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des prodiges en cent
+batailles, s'enfuit en désordre. Montrichard se vit obligé de repasser
+la Trebbia. Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo, et
+avait vigoureusement repoussé Ott et Mélas, se trouva découvert par la
+retraite de Montrichard. Mélas alors, donnant contre-ordre aux réserves
+autrichiennes, dont la présence avait jeté le trouble dans la division
+Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcée à son
+tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portée
+inutilement à l'extrême droite, où elle n'avait rien à faire, s'avançait
+le long du Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut même
+obligée de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement général de
+retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau déboucher sur ses
+derrières, fit de grands efforts le reste de la journée pour passer la
+Trebbia, mais il ne put y réussir. Les Français lui opposèrent sur toute
+la ligne une fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une lutte si
+acharnée, sépara encore pour la troisième fois les deux armées ennemies.
+
+Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille. Les deux armées
+étaient désorganisées. Elles avaient perdu environ douze mille hommes
+chacune. La plupart des généraux étaient blessés. Des régimens entiers
+étaient détruits. Mais la situation était bien différente. Suwarow
+recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au
+prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait épuisé toutes
+ses ressources, et pouvait, en s'obstinant à se battre, être jeté en
+désordre dans la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura,
+pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2
+messidor (20 juin) au matin. Une dépêche, dans laquelle il peignit à
+Moreau sa situation désespérée, étant tombée dans les mains de Suwarow,
+celui-ci fut rempli de joie, et se hâta de le poursuivre à outrance.
+Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la
+Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre
+jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de
+prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armée
+au-delà de l'Apennin, après une perte de quatorze ou quinze mille
+hommes, en tués, blessés ou prisonniers.
+
+Très heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses
+derrières, se laissa détourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que
+des obstacles insurmontables avaient empêché de se mettre en mouvement
+avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de se
+jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et de lui prendre près
+de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif était inutile, et
+n'eut d'autre résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher de
+s'acharner sur Macdonald.
+
+Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands résultats, avait
+donc amené une sanglante défaite; elle fit naître entre les deux
+généraux français des contestations qui n'ont jamais été bien
+éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald d'avoir trop
+séjourné en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin
+les unes des autres, de manière que les divisions Victor, Rusca et
+Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions
+Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le
+jour de la bataille, à déborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu
+de diriger son principal effort à sa gauche vers la Haute-Trebbia; de
+s'être tenu trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas permettre à
+Lapoype, qui était à Bobbio, de venir à son secours; enfin de s'être,
+par-dessus tout, beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il eût
+voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant
+le plan savamment combiné par Moreau, ne lui ont reproché qu'une
+chose, c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement pour un ancien
+camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armées, et
+surtout de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia. Quoi qu'il
+en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de
+Moreau, exécuté comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle
+fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement,
+Moreau était encore là pour recueillir nos débris et empêcher Suwarow
+de profiter de son immense supériorité. La campagne n'était ouverte que
+depuis trois mois, et, excepté en Suisse, nous n'avions eu partout que
+des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne;
+les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie.
+Masséna seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de
+la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces
+cruels revers, que le courage de nos soldats avait été inébranlable et
+aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau
+avait été à la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empêché
+que Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées d'Italie.
+
+Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du
+directoire, et provoquèrent contre lui un redoublement d'invectives.
+La crainte d'une invasion commençait à s'emparer des esprits. Les
+départemens du Midi et des Alpes, exposés les premiers au débordement
+des Austro-Russes, étaient dans une extrême fermentation. Les villes de
+Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent au corps législatif des
+adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient
+les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes
+les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur
+les dilapidations des compagnies, sur le dénûment des armées, sur le
+ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice faite à Moreau,
+sur l'arrestation de Championnet, etc. «Pourquoi, disaient-elles, les
+conscrits fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans leurs foyers,
+par le dénûment où on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations
+sont-elles restées impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé comme un
+traître par Hoche, est-il resté si longtemps au ministère de la guerre?
+Pourquoi a-t-il pu consommer, comme général, les maux qu'il avait
+préparés comme ministre? Pourquoi des noms chers à la victoire sont-ils
+remplacés par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de
+Naples est-il en accusation?......»
+
+On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les
+contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir prouvait
+assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient être plus
+mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition
+patriote. L'une composée d'ambitieux qui voulaient un gouvernement
+nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs
+recommandations n'eussent pas été assez bien accueillis; l'autre formée
+de patriotes exclus par les scissions du corps législatif, ou réduits au
+silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également la ruine
+du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait à la fois
+mal administré et mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté
+des opinions, opprimé la liberté de la presse et des sociétés
+populaires. Ils le déclaraient à la fois faible et violent; ils allaient
+même jusqu'à revenir sur le 18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas
+respecté les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les invoquer en
+sa faveur.
+
+La nomination de Sièyes au directoire avait été l'un des premiers motifs
+de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cessé
+de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui déjà, par
+cette raison, avait refusé d'être directeur, c'était annoncer en quelque
+sorte qu'on voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes, dont on
+doutait à cause de ses refus antérieurs, ne fit que confirmer ces
+conjectures.
+
+Les mécontens de toute espèce, qui voulaient un changement, se
+groupèrent autour de Sièyes. Sièyes n'était point un chef de parti
+habile; il n'en avait ni le caractère à la fois souple et audacieux, ni
+même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommée.
+On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le
+gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter
+à tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne
+présence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les
+partis, s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se rattacher
+à lui, en livrant lâchement ses collègues. C'est autour de ces deux
+directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti
+avait songé à se donner l'appui d'un jeune général qui eût de la
+réputation, et qui passât, comme beaucoup d'autres, pour une victime du
+gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes
+espérances, et qui était sans emploi depuis sa démission, avait fixé le
+choix sur lui. Il allait s'allier à M. de Sémonville, en épousant une
+demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproché de Sièyes; on le fit
+nommer général de la 17e division militaire, celle de Paris, et on
+s'efforça d'en faire le chef de la nouvelle coalition.
+
+On ne songeait point encore à faire des changemens; on voulait d'abord
+s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion,
+et on ajournait les projets constitutionnels à une époque où tous les
+périls seraient passés. La première chose à obtenir était l'éloignement
+des membres de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis une
+quinzaine; il y était entré le 1er prairial, en remplacement de Rewbell.
+Barras s'était sauvé de l'orage comme on a vu. Toute la haine se
+déchargeait contre Larévellière, Merlin et Treilhard, tous trois fort
+innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement.
+
+Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois, mais on voulait leur
+rendre impossible l'exercice de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir
+les plus grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même son humeur,
+afin de ne pas ajouter aux difficultés de la position, celles que des
+divisions personnelles pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en cela de très bonne
+foi; mais il s'exprimait de manière à prouver qu'il ne voulait pas
+s'entendre avec ses collègues pour porter remède au mal. Un peu infatué
+de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait, il ne cessait de leur
+dire: «Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc,
+lui répondaient ses collègues, comment on fait en Prusse; éclairez-nous
+de vos avis, et aidez-nous à faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas,
+répliquait Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous
+avez coutume de faire.»
+
+Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité se déclarait
+entre la minorité et la majorité, les attaques les plus vives se
+succédaient au dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle
+ouverte sur les finances. La détresse, comme on l'a dit, provenait de
+deux causes, la lenteur des rentrées et le déficit dans les produits
+supposés. Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses consommées,
+210 millions étaient à peine rentrés. Le déficit dans l'évaluation des
+produits s'élevait, suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotité du déficit, il donna un démenti
+formel au député Génissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il
+avançait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla
+pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa
+pas de répéter qu'ils ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de
+nouveaux fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations. Cependant,
+la force de l'évidence obligea à accorder un supplément de produits.
+L'impôt sur le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta un
+décime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle
+des portes et fenêtres. Mais c'était peu que de décréter des impôts,
+il fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives à leur
+assiette et à leur perception. Ces lois n'étaient pas rendues. Le
+ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et
+on répondait à ses instances en criant à la trahison, au vol, etc.
+
+Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Déjà
+il s'était élevé des réclamations sur certains articles de la loi du
+19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de
+supprimer les journaux sur un simple arrêté. Un projet de loi avait été
+ordonné sur la presse et les sociétés populaires, afin de modifier la
+loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire
+dont il était revêtu. On s'élevait beaucoup aussi contre la faculté que
+cette loi donnait au directoire de déporter à sa volonté les prêtres
+suspects, et de rayer les émigrés de la liste. Les patriotes, eux-mêmes
+semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement à
+leurs adversaires. On commença par la discussion sur la presse et les
+sociétés populaires. Le projet mis en avant était l'ouvrage de Berlier.
+La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient
+Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordée au directoire par la loi du 19 fructidor,
+bien que redoutable en temps ordinaire, était de la plus indispensable
+nécessité dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils,
+dans un moment de péril extrême qu'il fallait diminuer les forces du
+gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du 18
+fructidor lui était devenue nécessaire, non plus contre la faction
+royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que
+la première, et secrètement alliée avec elle. Les disciples de Baboeuf,
+ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menaçaient la
+république d'un nouveau débordement.
+
+Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, répondaient avec
+leur véhémence accoutumée aux discours des partisans du directoire. Il
+fallait, disaient-ils, donner une commotion à la France, et lui rendre
+l'énergie de 1793, que le directoire avait entièrement étouffée en
+faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la
+parole aux feuilles patriotiques. «Vainement, ajoutaient-ils, on accuse
+les patriotes, vainement on feint de redouter un débordement de leur
+part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés? Depuis trois ans ils
+sont égorgés, proscrits, sans patrie, dans la république qu'ils ont
+contribué puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels crimes
+avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi contre les réacteurs? Non. Ils
+sont exagérés, turbulens; soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent,
+ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les
+jours ils sont assassinés...» Tel était le langage de Briot (du Doubs),
+du Corse Aréna, et d'une foule d'autres.
+
+Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement.
+Ils étaient naturellement modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer
+et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop
+méconnus, et rendre la liberté à la presse et aux sociétés populaires.
+Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée
+au directoire, mais cette dictature donnée de confiance, comment en
+avait-il usé? Il n'y avait qu'à interroger les partis, disait Boulay
+(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes, royalistes,
+patriotes, constitutionnels, étaient d'accord pour déclarer que le
+directoire avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord, chez des
+hommes si opposés de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de
+doute, et le directoire était condamné.
+
+Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression; les
+constitutionnels, pleins de prétentions, se plaignaient du mal-gouverné.
+Tous se réunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés populaires. C'était là
+une victoire importante, qui allait amener un déchaînement d'écrits
+périodiques et le ralliement de tous les jacobins.
+
+L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial.
+Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle
+coalition résolut d'employer les tracasseries ordinaires que les
+oppositions emploient dans les gouvernemens représentatifs pour obliger
+un ministère à se retirer. Questions embarrassantes et réitérées,
+menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels,
+que, sans la pratique du gouvernement représentatif, l'instinct seul des
+partis les découvre sur-le-champ.
+
+Les commissions des dépenses, des fonds et de la guerre, établies dans
+les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se réunirent, et
+projetèrent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut chargé
+du rapport, et le présenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le
+conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel
+il demandait à être instruit des causes des dangers intérieurs et
+extérieurs qui menaçaient la république, et des moyens qui existaient
+pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guère d'autre effet
+que d'arracher des aveux de détresse, et de compromettre davantage le
+gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le répétons,
+doit réussir: l'obliger à convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger
+au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule
+de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles étaient
+relatives au droit de former des sociétés populaires, à la liberté
+individuelle, à la responsabilité des ministres, à la publicité des
+comptes, etc.
+
+Le directoire, en recevant le message en question, résolut d'y faire une
+réponse détaillée, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les
+événemens, et exposerait les moyens qu'il avait employés, et ceux qu'il
+se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise où
+elle se trouvait. Une réponse de cette nature exigeait le concours de
+tous les ministres, pour que chacun d'eux pût fournir son rapport. Il
+fallait au moins plusieurs jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce
+qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un état
+exact et fidèle de la France, mais des aveux prompts et embarrassés.
+Aussi, après avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui
+avaient proposé le message firent aux cinq-cents une proposition
+nouvelle, par l'organe du député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28
+prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se déclarer
+en permanence jusqu'à ce que le directoire eût répondu au message du 15.
+La proposition fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme, et annoncer
+un prochain événement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur
+détermination, en les engageant à suivre leur exemple. L'exemple en
+effet fut imité, et les anciens siégèrent aussi en permanence. Les
+trois commissions des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop
+nombreuses, furent changées en une seule commission, composée de
+onze membres, et chargée de présenter les mesures exigées par les
+circonstances.
+
+Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait se constituer en
+séance permanente, pour hâter le rapport qu'on lui demandait. On conçoit
+quelle agitation devait résulter d'une pareille détermination. On
+faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les
+adversaires du directoire disaient qu'il méditait un nouveau coup
+d'état, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans
+répandaient au contraire qu'il y avait une coalition formée entre tous
+les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil
+n'était médité de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la démission des trois anciens directeurs. On imagina
+un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eût quitté la législature depuis un an révolu. On
+s'aperçut que Treilhard, qui depuis treize mois siégeait au directoire,
+était sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il avait été
+nommé au directoire, le 26 floréal an VI. Il manquait donc quatre jours
+au délai prescrit. Ce n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité
+était couverte par le silence gardé pendant deux sessions, et d'ailleurs
+Sièyes lui-même était dans le même cas. Sur-le-champ la commission des
+onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut
+lieu le jour même du 28 et fut signifiée au directoire.
+
+Treilhard était rude et brusque, mais n'avait pas une fermeté égale à
+la dureté de ses manières. Il était disposé à céder. Larévellière
+était dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête et
+désintéressé, auquel ses fonctions étaient à charge, qui ne les avait
+acceptées que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour
+que le sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner ses
+fonctions depuis que les factions coalisées paraissaient l'exiger. Il
+se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour
+abolir la constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au même but dans des vues différentes, mais
+toutes également funestes à la république. Dans cette persuasion, il ne
+voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En
+conséquence, il courut chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité, et nous nous
+refuserons à l'exécution de cette détermination du corps législatif,
+comme illégale, séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa démission aux
+cinq-cents.
+
+Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en persista pas moins à
+refuser sa démission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents
+résolurent de donner tout de suite un successeur à Treilhard. Sièyes
+aurait voulu faire nommer un homme à sa dévotion; mais son influence
+fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes,
+président actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir
+plutôt à l'opposition patriote qu'à l'opposition constitutionnelle.
+C'était Gohier, citoyen probe et dévoué à la république, mais peu
+capable, étranger à la connaissance des hommes et des affaires. Il fut
+nommé le 29 prairial, et dut être installé le lendemain même.
+
+Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du
+directoire Larévellière et Merlin. Les patriotes surtout étaient furieux
+contre Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide, il n'avait
+jamais été montagnard, qu'il avait lutté souvent contre leur parti
+depuis le 9 thermidor, et que l'année précédente il avait encouragé le
+système des scissions. En conséquence, ils menacèrent de le mettre
+en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur
+démission. Sièyes fut chargé de faire une première ouverture, pour les
+engager à céder volontairement à l'orage.
+
+Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sièyes proposa une
+réunion particulière des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit.
+Barras, comme si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre au
+côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la parole avec embarras,
+fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia
+longtemps avant d'en venir au véritable objet de la réunion. Enfin
+Larévellière le somma de s'expliquer clairement. «Vos amis, répondit
+Sièyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner votre
+démission.» Larévellière demanda quels étaient ces amis. Sièyes n'en put
+nommer aucun qui méritât quelque confiance. Larévellière lui parla alors
+avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire trahi par ses
+membres, et livré par eux aux complots des factieux. Il prouva
+que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collègues avaient été
+irréprochables, que les torts qu'on leur imputait n'étaient qu'un
+tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sièyes sur ses projets
+secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses véhémentes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence.
+Sa position était difficile, car seul il avait mérité tous les reproches
+dont on accablait ses collègues. Leur demander leur démission pour des
+torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient qu'à lui seul, eût été
+trop embarrassant. Il se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré qu'il suivrait
+l'exemple de Larévellière.
+
+Barras imagina d'employer un intermédiaire pour obtenir la démission de
+ses deux collègues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le
+goût des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea d'aller
+voir Larévellière pour le décider à se démettre. Bergoeng vint dans la
+nuit du 20 au 30, invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié qui
+les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler. Il lui assura que
+Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son éloignement comme injuste,
+mais qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé à une tempête.
+Larévellière demeura inébranlable. Il répondit que Barras était dupe
+de Sièyes, Sièyes de Barras, et que tous deux seraient dupés par
+les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république, mais qu'il
+résisterait jusqu'à son dernier soupir.
+
+Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les quatre directeurs
+étaient réunis; tous les ministres étaient présens. A peine
+l'installation fut-elle achevée, et les discours du président et du
+nouveau directeur prononcés, qu'on revint à l'objet de la veille. Barras
+demanda à parler en particulier à Larévellière; ils passèrent tous deux
+dans une salle voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les
+mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva aussi obstiné. Il
+rentra, assez embarrassé de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours
+la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas être
+à son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas
+attaquer Larévellière, il se déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit
+de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta
+comme une espèce de fier-à-bras, méditant, avec une réunion de
+coupe-jarrets, un coup d'état contre ses collègues et les conseils.
+Larévellière, venant au secours de Merlin, prit aussitôt la parole,
+et démontra l'absurdité de pareilles imputations. Rien dans le
+jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait à ce portrait.
+Larévellière retraça alors l'historique de toute l'administration du
+directoire, et le fit avec détail pour éclairer les ministres et le
+directeur entrant. Barras était dans une perplexité cruelle; il se
+leva enfin, en disant: «Eh bien! c'en est fait, les sabres sont
+tirés.--Misérable, lui répondit Larévellière avec fermeté, que parles-tu
+de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont dirigés contre des
+hommes irréprochables, que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner
+à une faiblesse.»
+
+Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y réussir. Dans
+ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'étant
+réunis, vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant qu'il
+ne serait point dirigé contre eux d'acte d'accusation. Larévellière leur
+répondit avec fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui s'étaient chargés de
+cette mission retournèrent aux deux conseils, et y causèrent un nouveau
+soulèvement en rapportant ce qui s'était passé. Boulay (de la Meurthe)
+dénonça Larévellière, avoua sa probité, mais lui prêta mal à propos des
+projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement, qui
+allait, dit-il, perdre la république. Les patriotes se déchaînèrent avec
+plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il
+ne fallait faire aucune grâce aux directeurs.
+
+L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant engagée, on ne
+savait plus jusqu'où elle pourrait être poussée. Beaucoup d'hommes
+modérés des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour éviter des
+malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière de céder à l'orage. Ils
+se rendirent auprès de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom
+des dangers que courait la république, de donner sa démission. Ils lui
+dirent qu'ils étaient exposés tous aux plus grands périls, et que s'il
+s'obstinait à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait aller la
+fureur des partis. «Mais ne voyez-vous pas, leur répondit Larévellière,
+les dangers plus grands que court la république? Ne voyez-vous pas que
+ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la constitution; qu'en cédant
+aujourd'hui, il faudra céder demain, et toujours, et que la république
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont à
+charge; si je m'obstine à les garder aujourd'hui, c'est parce que
+je crois devoir opposer une barrière insurmontable aux complots des
+factions. Cependant, si vous croyez tous que ma résistance vous expose
+à des périls, je vais me rendre; mais je vous le déclare, la république
+est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cède donc, puisque
+je reste seul, et je vous remets ma démission.»
+
+Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre simple et digne pour
+exprimer ses motifs. Merlin lui demanda à la copier, et les deux
+démissions furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous l'ancien
+directoire. Toutes les factions qu'il avait essayé de réduire s'étaient
+réunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être plus faible qu'elles;
+tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement.
+
+Malgré le déchaînement général, Larévellière emporta l'estime de tous
+les citoyens éclairés. Il ne voulut pas, en quittant le directoire,
+recevoir les cent mille francs que ses collègues étaient convenus de
+donner au membre sortant; il ne reçut pas même la part à laquelle il
+avait droit sur les retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur sortant. Il
+se retira à Andilly, dans une petite maison qu'il possédait, et il y
+reçut la visite de tous les hommes considérés que la fureur des partis
+n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui
+allèrent le visiter dans sa retraite.
+
+
+
+CHAPITRE XVII.
+
+FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.--LEVÉE DE TOUTES
+LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCÉ DE CENT MILLIONS.--LOI DES
+OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPÉRATIONS EN
+ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE
+JOUBERT.--DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES
+A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE
+JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN
+DANGER.
+
+
+Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les épuiser.
+Les passions ne s'éteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles
+s'allumèrent. Il faut que tout une génération disparaisse; alors il ne
+reste des prétentions des partis que les intérêts légitimes, et le
+temps peut opérer entre ces intérêts une conciliation naturelle et
+raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la
+seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le
+langage de la justice et des lois leur devient bientôt insupportable, et
+plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme faible et impuissant.
+Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds à ses avis, employer la
+force, on le déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint la
+méchanceté. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand
+despotisme qui puisse dompter les partis irrités. Le directoire était ce
+gouvernement légal et modéré qui voulut faire subir le joug des lois aux
+partis que la révolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de
+réaction n'avaient pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme on
+vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun
+renversé, ils se trouvaient en présence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils se comportèrent.
+
+La constitution, quoique n'étant plus qu'un fantôme, n'était pas abolie,
+et il fallait remplacer par une ombre le directoire déjà renversé.
+Gohier avait remplacé Treilhard; il fallait donner des successeurs à
+Larévellière et à Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos
+était un ancien girondin, homme honnête, peu capable et tout-à-fait
+dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par l'influence de Sièyes sur les
+anciens. Moulins était un général obscur, employé autrefois dans la
+Vendée, républicain chaud et intègre, nommé comme Gohier par l'influence
+du parti patriote. On avait proposé d'autres notabilités ou civiles
+ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient été
+rejetées. Il était clair, d'après de pareils choix, que les partis
+n'avaient pas voulu se donner des maîtres. Ils n'avaient porté au
+directoire que ces médiocrités, chargées ordinairement de tous les
+_interim_.
+
+Le directoire actuel, composé, comme les conseils, de partis opposés,
+était encore plus faible et moins homogène que le précédent. Sièyes, le
+seul homme supérieur parmi les cinq directeurs, rêvait, comme on l'a vu,
+une nouvelle organisation politique. Il était le chef du parti qui se
+qualifiait de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les membres
+cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collègue
+dévoué que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la
+constitution actuelle, mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans
+le sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement a les
+départager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions,
+d'intérêts, d'idées contraires, que présentait la république mourante,
+il en était à lui seul l'emblème vivant. La majorité, dépendant de sa
+voix, était donc commise au hasard.
+
+Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues qu'ils prenaient la
+direction d'un gouvernement menacé d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la république si on ne pouvait sauver la constitution. Ce
+langage déplut fort à Gohier et à Moulins, et fut mal accueilli par eux.
+Aussi dès le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sièyes
+tint le même langage à Joubert, le général qu'on voulait engager dans le
+parti réorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armée d'Italie, en
+avait les sentimens; il était chaud patriote, et les vues de Sièyes lui
+parurent suspectes. Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins,
+et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste, c'étaient là des
+questions qui ne pouvaient arriver qu'ultérieurement en discussion. Le
+plus pressant était d'administrer et de défendre la république menacée.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue partout, jetait
+tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut
+public.
+
+Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de
+celui qui l'a précédé, ne serait-ce que pour obéir aux passions qui
+l'ont fait triompher. Championnet, ce héros de Naples si vanté, Joubert,
+Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrâce, pour occuper les
+premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et nommé
+général d'une nouvelle armée qu'on se proposait de former le long des
+Grandes-Alpes. Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre. Joubert
+fut appelé à commander l'armée d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol,
+sa jeunesse, son caractère héroïque, inspiraient les plus grandes
+espérances. Les réorganisateurs lui souhaitaient assez de succès et de
+gloire pour qu'il pût appuyer leurs projets. Le choix de Joubert était
+fort bon sans doute, mais c'était une nouvelle injustice pour Moreau,
+qui avait si généreusement accepté le commandement d'une armée battue,
+et qui l'avait sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu
+agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui
+donna le commandement d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas
+encore.
+
+Il y eut en outre divers changemens dans le ministère. Le ministre
+des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis
+l'installation du directoire, et qui avait administré pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numéraire, Ramel avait
+partagé l'odieux jeté sur l'ancien directoire. Il fut si violemment
+attaqué, que, malgré l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obligés d'accepter sa démission. On lui donna pour
+successeur un homme qui était cher aux patriotes, et respectable pour
+tous les partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre du comité de
+salut public, si indécemment attaqué pendant la réaction. Il se défendit
+long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience qu'il
+avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager à rentrer
+dans les affaires. Cependant il y consentit par dévouement à la
+république.
+
+La diplomatie du directoire n'avait pas été moins blâmée que son
+administration financière. On l'accusait d'avoir remis la république en
+guerre avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on considère
+surtout quels étaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet,
+étaient les patriotes eux-mêmes, dont les passions avaient engagé de
+nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expédition
+d'Égypte, naguère si vantée, et on prétendait que cette expédition avait
+amené la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+déjà peu agréable aux patriotes, comme ancien émigré, avait encouru
+toute la responsabilité de cette diplomatie, et il était si vivement
+attaqué qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa
+démission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les
+apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et
+que M. de Talleyrand avait recommandé comme l'homme le plus capable de
+lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait été que
+provisoire, et que M. Reinhard n'était là qu'en attendant le moment où
+M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère de la justice
+fut retiré à Lambrechts, à cause de l'état de sa santé, et donné à
+Cambacérès. On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote
+sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que
+Barras avait intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite
+de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué à cause de sa conduite en
+Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait
+donc prendre part au triomphe décerné à toutes les victimes; il fut
+envoyé à La Haye.
+
+Tels furent les principaux changemens apportés au personnel du
+gouvernement et des armées. Ce n'était pas tout que de changer les
+hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tâche
+sous laquelle leurs prédécesseurs avaient succombé. Les patriotes,
+revenant, suivant leur usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes. Ils proposaient
+les mesures urgentes de 1793. Après avoir tout refusé au précédent
+directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans
+ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger même d'en user. La
+commission des onze, formée des trois commissions des dépenses, des
+fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise de prairial,
+d'aviser aux moyens de sauver la république, conféra avec les membres du
+directoire, et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, à
+prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler
+toutes les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien directoire,
+et repoussés avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on
+imagina encore un emprunt forcé. Conformément au système des patriotes,
+il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun
+suivant la valeur de ses impôts directs, ce qui procurait tout de suite
+les rôles de la contribution foncière et personnelle pour base de
+répartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors
+il fallait recourir au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les riches
+par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit
+qu'il était renouvelé de la terreur, que la difficulté de la répartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens
+emprunts forcés. Les patriotes répondirent qu'il fallait faire supporter
+les frais de la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux riches
+seuls. Les mêmes passions employaient toujours, comme en le voit, les
+mêmes raisons. L'emprunt forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à
+cent millions, et déclaré remboursable en biens nationaux.
+
+Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une
+de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et
+les départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne guerre civile. Il se
+commettait là de nouveaux brigandages; on assassinait les acquéreurs
+de biens nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arrêtait surtout les diligences, et on les pillait. Il y
+avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et
+aussi beaucoup de conscrits réfractaires. Quoique ces brigands, dont la
+présence annonçait une espèce de dissolution sociale, eussent pour but
+réel le pillage, il était évident, d'après le choix de leurs victimes,
+qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommée pour
+imaginer un système de répression. Elle proposa une loi, qui fut appelée
+loi des otages, et qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant nobles, la plupart de ces
+brigandages, on voulut en conséquence les obliger à donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune était reconnue en état notoire de
+désordre, les parens ou alliés d'émigrés, les ci-devant nobles, les
+ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens,
+étaient considérés comme otages et comme civilement et personnellement
+responsables des brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient désigner les individus choisis pour otages, et les faire
+enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre
+à leurs frais et à leur gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée
+du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à l'assassinat, il devait
+y avoir quatre déportés pour un assassinat. On conçoit tout ce qu'on
+pouvait dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses partisans,
+le seul moyen d'atteindre les auteurs, des désordres, et ce moyen était
+doux et humain. C'était, répondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre
+les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les
+injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour
+et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent dans cette histoire sur
+les lois révolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que
+toutes les autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant
+que d'une véritable dissolution sociale, le seul remède était dans une
+réorganisation vigoureuse de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait
+discréditées, et qui n'étaient capables de rendre aucune énergie aux
+ressorts du gouvernement.
+
+La loi fut adoptée après une discussion assez vive, où les partis qui
+avaient été un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se
+séparèrent avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but
+d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires, on en ajouta qui,
+sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+étaient la conséquence des reproches faits à l'ancien directoire. Pour
+prévenir les scissions à l'avenir, on décida que le voeu de toute
+fraction électorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant
+à influencer les élections serait puni pour attentat à la souveraineté
+du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes
+dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun
+militaire ne pourrait être privé de son grade sans une décision d'un
+conseil de guerre; que le droit accordé au directoire de lancer des
+mandats d'arrêt ne pourrait plus être délégué à des agens; qu'aucun
+employé du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait être ni
+fournisseur, ni même intéressé dans les marchés de fournitures; qu'un
+club ne pourrait être fermé sans une décision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la
+presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au
+directoire la faculté de suppression à l'égard des journaux, n'en
+demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse
+resta indéfiniment libre.
+
+Telles furent les mesures prises à la suite du 30 prairial, soit pour
+réparer de prétendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'énergie
+dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, à
+la suite d'un changement de système, sont imaginées pour sauver un état,
+et arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout est souvent décidé
+avant qu'elles puissent être mises à exécution. Elles fournissent tout
+au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les
+nouvelles levées, ne pouvaient être exécutés que dans quelques mois.
+Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse à tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine énergie. Bernadotte se hâta
+d'écrire des circulaires pressantes, et par vint de cette manière à
+accélérer l'organisation déjà commencée des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune
+ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commerçans
+de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à l'état. Ils y
+consentirent, et prêtèrent leur signature au ministère des finances.
+Ils se formèrent en syndicat, et en attendant la rentrée des impôts,
+signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés au fur et à
+mesure dès recettes. C'était une espèce de banque temporaire établie
+pour le besoin du moment.
+
+On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un
+projet à Bernadotte, qui se hâta d'en présenter un fort singulier,
+mais qui heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était plus
+susceptible de combinaisons multipliées qu'un champ de bataille aussi
+vaste que celui sur lequel on opérait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idée différente; et si chacun pouvait la proposer et la faire
+adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer à chaque instant
+de projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis est utile, elle
+est déplorable dans l'exécution. Au début, on avait pensé qu'il fallait
+agir à la fois sur le Danube et en Suisse., Après la bataille de
+Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armée du
+Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la
+cause des succès des alliés était dans la facilité avec laquelle ils
+pouvaient communiquer, à travers les Alpes, d'Allemagne en Italie.
+Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur
+enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile droite de l'armée de
+Suisse, et qu'on formât une nouvelle armée du Danube, qui reportât la
+guerre en Allemagne. Pour former cette armée du Danube, il proposait
+d'organiser promptement l'armée du Rhin, et de la renforcer de vingt
+mille hommes enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci, qui avait
+devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait être accablé
+pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la
+guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna les moyens
+de prendre l'offensive, pour que son armée devînt elle-même cette
+armée du Danube. Alors il fallait tout réunir dans ses mains, loin de
+l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armée devait être
+formée sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontière contre les
+Austro-Russes du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris de
+toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes disponibles à
+l'intérieur, devait déboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive
+force.
+
+Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé aux généraux. Masséna,
+fatigué de tous ces projets extravagans, offrit sa démission. On ne
+l'accepta pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna
+conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bâle jusqu'au
+Saint-Gothard. On persista dans le projet de réunir une armée sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armée sur les Alpes,
+sous les ordres de Championnet. Ce noyau était à peu près de quinze
+mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles à Joubert, qui
+devait déboucher de l'Apennin. On était au milieu de la saison, en
+messidor (juillet); les renforts commençaient à arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, étaient rendus sur
+la frontière. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les
+vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient
+pour la grande quantité de conscrits, on avait imaginé d'augmenter
+le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce qui
+permettait d'incorporer les nouvelles levées dans les anciens corps.
+
+On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne,
+sous les ordres du général Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de
+ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tâcher de
+le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait
+parfaitement raison sous ce rapport, car il était urgent de faire une
+tentative avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Masséna refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquât
+ici de son audace accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des
+opérations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamné son
+inaction, qui, du reste, devint bientôt heureuse par les fautes de
+l'ennemi, et qui fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir
+cependant aux instances du gouvernement, et exécuter une partie du
+plan de Bernadotte, qui consistait à empêcher les Austro-Russes de
+communiquer d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à Lecourbe de
+prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point
+important et de reprendre les Grisons. Par cette opération, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Français, et les armées
+ennemies qui opéraient en Allemagne, se trouvaient sans communication
+avec celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta cette entreprise
+avec l'intrépidité et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de
+montagnes, et redevint maître du Saint-Gothard.
+
+Pendant ce temps, de nouveaux événemens se préparaient en Italie.
+Suwarow, obligé par la cour de Vienne d'achever le siège de toutes les
+places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profité de la
+victoire de la Trebbia. Il aurait même pu, tout en se conformant à
+ses instructions, se réserver une masse suffisante pour disperser
+entièrement nos débris; mais il n'avait pas assez le génie des
+combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le
+temps à faire des sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait eu le même sort.
+Les deux places célèbres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et
+faisaient prévoir une longue résistance. Kray assiégeait Mantoue, et
+Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient été
+confiées à des commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction.
+L'artillerie y était mal servie, parce qu'on n'y avait jeté que des
+corps délabrés; l'éloignement de nos armées actives, repliées sur
+l'Apennin, désespérait singulièrement les courages. Mantoue, la
+principale de ces places, ne méritait pas la réputation que les
+campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'était pas sa force, mais
+la combinaison des événemens, qui avait prolongé sa défense. Bonaparte,
+en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait réduit quatorze
+mille à y mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac
+en était le commandant actuel. C'était un savant officier du génie; mais
+il n'avait pas l'énergie nécessaire pour ce genre de défense. Découragé
+par l'irrégularité de la place et le mauvais état des fortifications, il
+ne crut pas pouvoir suppléer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs
+sa garnison était insuffisante; et après les premiers assauts, il parut
+disposé à se rendre. Le général Gardanne commandait à Alexandrie. Il
+était résolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un
+premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources
+qu'elle présentait encore.
+
+On était en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'était écoulé
+depuis la résolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places,
+et de déboucher, avec l'armée réorganisée et renforcée, sur les
+Austro-Russes dispersés. Malheureusement il était enchaîné par les
+ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi,
+dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs
+qui amena toujours nos revers. Le changement d'idées et de plans dans
+les choses d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours funeste.
+Si Moreau, auquel on aurait dû donner le commandement dès l'origine,
+l'avait eu du moins depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à Macdonald, tantôt à
+Joubert, on l'empêcha pour la seconde et troisième fois de réparer nos
+malheurs, et de relever l'honneur de nos armes.
+
+Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au
+parti qui projetait une réorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et manqua ainsi une
+occasion décisive. On ne l'attacha pas réellement au parti dont on
+voulait le faire l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on lui
+fit perdre inutilement un temps précieux. Il partit en disant à sa jeune
+épouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la
+résolution héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en
+arrivant à l'armée dans le milieu de thermidor (premiers jours d'août),
+témoigna la plus grande déférence au maître consommé auquel on
+l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès de lui pour lui
+donner des conseils. Moreau, tout aussi généreux que le jeune général,
+voulut bien assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternité, qui honore les vertus de nos généraux
+républicains, et qui appartient à un temps où le zèle patriotique
+l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers!
+
+L'armée française, composée des débris des armées de la Haute-Italie et
+de Naples, des renforts arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante
+mille hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de se mesurer de
+nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait le patriotisme de ces soldats,
+qui, toujours battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient
+toujours de retourner à l'ennemi. Aucune armée républicaine n'a mieux
+mérité de la France, car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste
+fait aux Français, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai
+qu'une partie de sa fermeté était due au brave et modeste général dans
+lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours
+au moment où il allait la ramener à la victoire.
+
+Ces quarante mille hommes étaient indépendans de quinze mille qui
+devaient servir, sous Championnet, à former le noyau de l'armée des
+Grandes-Alpes. Ils avaient débouché par la Bormida sur Acqui, par la
+Bochetta sur Gavi, et ils étaient venus se ranger en avant de Novi. Ces
+quarante mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion des corps
+occupés à faire des siéges, pouvaient remporter des avantages décisifs.
+Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet).
+Le bruit était vaguement répandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir.
+Cette triste nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que la
+capitulation avait été signée le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait
+de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il
+n'était donc plus possible à Joubert de lutter à chance égale contre un
+ennemi si supérieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis général
+fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner à la défensive, en
+attendant de nouvelles forces.
+
+Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il fut prévenu par
+Suwarow, et obligé d'accepter la bataille. L'armée française était
+formée en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute
+la plaine de Novi. La gauche formée des divisions Grouchy et Lemoine,
+s'étendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait à dos le
+ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières accessibles à l'ennemi qui
+oserait s'engager dans ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée
+par Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre, la division
+Laboissière couvrait les hauteurs à droite et à gauche de la ville
+de Novi. La division Watrin, à l'aile droite, défendait les accès du
+Monte-Rotondo, du côté de la route de Tortone. Dombrowsky avec une
+division bloquait Seravalle. Le général Pérignon commandait notre aile
+gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position était forte,
+bien occupée sur tous les points, et difficile à emporter. Cependant
+quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un
+désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer la position avec sa
+violence accoutumée. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions
+Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tête
+l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi.
+Mélas, demeuré un peu en arrière avec le reste de l'armée, devait
+assaillir notre droite. Par une combinaison singulière, ou plutôt par un
+défaut de combinaison, les attaques devaient être successives, et non
+simultanées.
+
+Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença l'attaque à cinq heures du
+matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche, et
+Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'étant pas encore formées,
+faillirent être surprises et rompues. La résistance opiniâtre de l'une
+des demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère, qu'il
+accabla en réunissant contre elle son principal effort. Déjà ses troupes
+prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le
+lieu du danger. Il n'était plus temps de songer à la retraite, et il
+fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avançant
+au milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut une balle qui
+l'atteignit près du coeur, et l'étendit par terre. Presque expirant, le
+jeune héros criait encore à ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_
+Cet événement pouvait jeter le désordre dans l'armée; mais heureusement
+Moreau avait accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le
+commandement qui lui était déféré par la confiance générale, rallia les
+soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette, et les
+précipitèrent au bas de la colline. Malheureusement les Français
+n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au
+contraire, sillonnaient leurs rangs par une grêle d'obus et de boulets.
+Pendant cette action, Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par
+le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme donnant accès sur nos
+derrières. Déjà il s'était introduit assez avant, lorsque Pérignon,
+lui présentant à propos la réserve commandée par le général Clausel,
+l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva de le culbuter dans la plaine,
+en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la
+cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa l'aile gauche.
+
+Grâce à la singulière combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses
+attaques successives, notre centre n'avait pas encore été attaqué.
+Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher
+de Novi la division Watrin, formant son extrême droite. Sur les
+instances de Kray, qui demandait à être appuyé par une attaque vers
+le centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir avec son
+avant-garde. La division Laboissière, qui était à la gauche de Novi,
+laissant approcher les Russes de Bagration à demi-portée de fusil,
+les accabla tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie et de
+mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ébranler,
+dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite;
+mais, rencontrés par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils
+furent rejetés dans la plaine.
+
+On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que notre ligne fût
+entamée. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il
+ordonna une nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray devait
+assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Mélas
+était averti de hâter le pas, pour venir accabler notre droite. Tout
+étant disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant
+sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par
+Ott; mais la réserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre,
+Suwarow fait livrer une attaque furieuse à droite et à gauche de Novi.
+Une nouvelle tentative de tourner la ville est déjouée, comme le matin,
+par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraînés par
+leur ardeur, s'abandonnent trop vivement à la poursuite de l'ennemi,
+s'aventurent dans la plaine, et sont ramenés dans leur position. A une
+heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue générale;
+mais il recommence bientôt avec violence, et pendant quatre heures les
+Français, immobiles comme des murailles, résistent avec une admirable
+froideur à toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des
+pertes peu considérables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient été
+horriblement traités. La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs
+blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe arrivait de
+Rivalta, sous les ordres de Mélas. Cette nouvelle irruption allait se
+diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la division
+Watrin, qui s'était trop engagée dans la plaine, et la dirige sur un
+plateau à droite de Novi. Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle
+se voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux de Mélas.
+Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en désordre.
+On la rallie cependant un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Français
+dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent à droite et
+à gauche. Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progrès de l'ennemi interdisent les
+communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligée de
+se faire jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé. La division
+Laboissière se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se
+replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui
+passe derrière Pasturana. Son feu jette le désordre dans nos colonnes;
+artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressée
+par l'ennemi, se débande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont
+emportés comme la poussière soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et sauver l'artillerie;
+mais ils sont sabrés, et restent prisonniers. Pérignon avait reçu sept
+coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais qui
+s'était si distingué dans les premières campagnes contre nous, et qui
+avait ensuite pris du service dans notre armée, se forme en carré avec
+quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit enfoncé, et tombe
+tout mutilé dans les mains des Russes.
+
+Après ce premier moment de confusion, l'armée se rallia en avant de
+Gavi. Les Austro-Russes étaient trop fatigués pour la poursuivre. Elle
+put se remettre en marche sans être inquiétée. La perte des deux côtés
+était égale; elle s'élevait à environ dix mille hommes pour chaque
+armée. Mais les blessés et les tués étaient beaucoup plus nombreux
+dans l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu beaucoup plus de
+prisonniers. Ils avaient perdu aussi le général en chef, quatre généraux
+de division, trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux. Jamais ils
+n'avaient déployé un courage plus froid et plus opiniâtre. Ils étaient
+inférieurs à l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage qu'au nombre, et
+non aux combinaisons du général, qui avait montré ici la plus grande
+ignorance. Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées
+l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé sur notre gauche, point
+qu'il fallait accabler. Cette déplorable bataille nous interdisait
+définitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la
+campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir
+le conserver. La perte de la bataille ne pouvait être imputée à Moreau,
+mais à la circonstance malheureuse de la réunion de Kray à Suwarow. Le
+retard de Joubert avait seul causé ce dernier désastre.
+
+Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille de Novi.
+L'expédition contre la Hollande, précédemment annoncée, s'exécutait
+enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipulé
+un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes,
+qui seraient à la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après
+beaucoup de difficultés vaincues, l'expédition avait été préparée pour
+la fin d'août (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient
+se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement s'effectuait
+sans obstacle, on avait l'espérance certaine d'arracher la Hollande
+aux Français. C'était pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et
+n'eût-elle réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eût encore été assez payée des frais de l'expédition. Une
+escadre considérable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher
+les Russes. Un premier détachement mit à la voile sous les ordres du
+général Abercrombie, pour tenter le débarquement. Toutes les troupes
+d'expédition une fois réunies devaient se trouver sous les ordres
+supérieurs du duc d'York.
+
+Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande était l'embouchure
+de la Meuse. On menaçait ainsi la ligne de retraite des Français, et
+on abordait très près de La Haye, où le stathouder avait le plus de
+partisans. La commodité des côtes fit préférer la Nord-Hollande.
+Abercrombie se dirigea vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août.
+Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près du Helder, aux
+environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 août). Les préparatifs
+immenses qu'avait exigés l'expédition, et la présence de toutes les
+escadres anglaises sur les côtes, avaient assez, averti les Français
+pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait à la fois les
+armées batave et française. Il n'avait guère sous la main que sept mille
+Français et dix mille Hollandais, commandés par Daendels. Il avait
+dirigé la division batave aux environs du Helder, et disposé aux
+environs de Harlem la division française. Abercrombie, en débarquant,
+rencontra les Hollandais à Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi
+à assurer le débarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette
+occasion ne manquèrent pas de bravoure, mais ne furent pas dirigés
+avec assez d'habileté par le général Daendels, et furent obligés de se
+replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer
+promptement les troupes débarquées avant qu'elles fussent solidement
+établies, et qu'elles eussent été renforcées des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.
+
+Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes
+nationales s'étaient offertes à garder les places, ce qui avait permis
+à Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui la
+division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il résolut d'attaquer
+dès les premiers jours de septembre le camp où venaient de s'établir
+les Anglais. Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien marais,
+desséché par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupé
+de canaux, hérissé de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille
+Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions
+défensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus,
+ce qui était fort insuffisant à cause de la nature du terrain. Il aborda
+ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, après un combat opiniâtre,
+fut obligé de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne
+pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion de toutes les forces
+anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armée française pour
+les combattre. Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena
+l'événement qu'on devait redouter le plus, la défection de la grande
+flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral anglais
+Mitchell put y pénétrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les
+matelots hollandais étaient travaillés par des émissaires du
+prince d'Orange; à la première sommation de l'amiral Mitchell, ils
+s'insurgèrent, et forcèrent Story, leur amiral, à se rendre. Toute la
+marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui était
+déjà pour eux un avantage du plus grand prix.
+
+Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris, y produisirent l'effet
+qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmentèrent la
+fermentation des partis, et surtout le déchaînement des patriotes, qui
+demandèrent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens
+révolutionnaires. La liberté rendue aux journaux et aux clubs en avait
+fait renaître un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'étaient
+réunis dans l'ancienne salle du Manége, où avaient siégé nos premières
+assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés populaires de prendre
+la forme d'assemblées délibérantes, la société du Manége ne s'en
+était pas moins donné, sous des titres différens, un président, des
+secrétaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet,
+Félix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y
+invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle.
+On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues
+du peuple, le désarmement des royalistes, la levée en masse,
+l'établissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et
+la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y
+demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels
+on attribuait les derniers désastres, comme étant les résultats de
+leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des
+événemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les
+injures furent prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de tâtonneur;
+Joubert lui-même, malgré sa mort héroïque, fut accusé d'avoir perdu
+l'armée par sa lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de
+Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage,
+furent accablés d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accusé de
+trahison; on dit qu'il était composé d'aristocrates, de stathoudériens,
+ennemis de la France et de la liberté. Le _Journal des hommes libres_,
+organe du même parti qui se réunissait à la salle du Manége, répétait
+toutes ces déclamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de
+l'impression.
+
+Ce déchaînement causait à beaucoup de gens une espèce de terreur.
+On craignait une nouvelle représentation des scènes de 93. Ceux qui
+s'appelaient les _modérés_, les _politiques_, et qui, à la suite de
+Sièyes, avaient l'intention louable et la prétention hasardée de sauver
+la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois,
+s'indignaient du déchaînement de ces nouveaux jacobins. Sièyes surtout
+avait une grande habitude de les craindre, et il se prononçait contre
+eux avec toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraître redoutables, car, indépendamment des criards et des brouillons
+qui étalaient leur énergie dans les clubs ou dans les journaux, ils
+comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par conséquent
+dangereux, dans le gouvernement lui-même. Il y avait dans les conseils
+tous les patriotes repoussés une première fois par les scissions, et
+entrés de force aux élections de cette année, qui, en langage plus
+modéré, répétaient à peu près ce qui se disait dans la société du
+Manége. C'étaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une
+nouvelle constitution, qui se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient
+la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans les généraux un
+appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses
+périls, des mesures semblables à celles qu'avait employées le comité
+de salut public. Les anciens, plus mesurés et plus sages, par leur
+position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le
+soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement
+dans le nombre des têtes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux donnaient au parti patriote
+un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis; d'une part, il se
+défiait de Sièyes, qui lui témoignait peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances.
+Il hésitait ainsi à se prononcer. Dans le ministère, les patriotes
+venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup
+moins prononcé que la plupart des généraux de l'armée d'Italie, et on
+doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle
+substituait déjà à celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une
+ambition inquiète; il avait vu avec humeur la confiance accordée à
+Joubert par le parti réorganisateur; il croyait qu'on songeait à Moreau
+depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre
+les projets de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes.
+Le général Marbot, commandant de la place de Paris, républicain violent,
+était dans le mêmes dispositions que Bernadotte.
+
+Ainsi, deux cents députés prononcés dans les cinq-cents, à la tête
+desquels se trouvaient deux généraux célèbres, le ministre de la guerre,
+le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantité de
+journaux et de clubs, un reste considérable d'hommes compromis, et
+propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien
+que le parti montagnard ne pût renaître, on conçoit les craintes qu'il
+inspirait encore à des hommes tout pleins des souvenirs de 1793.
+
+On était peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des
+fonctions de la police. C'était un honnête citoyen, mais trop peu
+avisé. Barras proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer à
+l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouché. Ancien membre
+des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attaché à leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage
+des partis qu'à sauver sa fortune, Fouché était éminemment propre
+à espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire de leurs
+projets. Il fut accepté par Sièyes et Roger-Ducos, et obtint le
+ministère de la police. C'était une précieuse acquisition dans les
+circonstances. Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher plutôt au
+parti réorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait
+point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin.
+
+Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commença. Sièyes, qui avait
+sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil était tout
+composé des _modérés_ et des _politiques_, usa de cette influence pour
+faire fermer la nouvelle société des jacobins. La salle du Manége,
+attenant aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du palais des
+anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens
+pouvaient fermer la salle du Manége. En effet, la commission des
+inspecteurs prit un arrêté, et défendit toute réunion dans cette salle.
+Une simple sentinelle placée à la porte suffit pour empêcher la réunion
+des nouveaux jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations
+étaient les mêmes, les forces ne l'étaient plus. Cet arrêté fut motivé
+auprès du conseil des anciens par un rapport du député Cornet. Courtois,
+le même qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour
+faire une nouvelle dénonciation contre les complots des jacobins. Sa
+dénonciation fut suivie d'une délibération tendant à ordonner un rapport
+sur ce sujet.
+
+Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se retirèrent dans un
+vaste local, rue du Bac, et recommencèrent là leurs déclamations
+habituelles. Leur organisation en assemblée délibérante demeurant la
+même, la constitution donnait au pouvoir exécutif le droit de dissoudre
+leur société. Sièyes, Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché,
+se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient pas de cet avis,
+disant que, dans le danger présent, il fallait raviver l'esprit public
+par des clubs; que la société des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient
+cédé devant une simple sentinelle quand la salle du Manége avait
+été fermée. Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise.
+L'exécution en fut renvoyée après la célébration de l'anniversaire du 10
+août, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sièyes était président du
+directoire; à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit un
+discours remarquable, dans lequel il s'attachait à signaler le danger
+que les nouveaux anarchistes faisaient courir à la république, et
+les dénonçait comme des conspirateurs dangereux, rêvant une nouvelle
+dictature révolutionnaire. Les patriotes présens à la cérémonie
+accueillirent mal ce discours, et poussèrent quelques vociférations. Au
+milieu des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre des
+balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent au directoire fort
+irrités. Se défiant des autorités de Paris, ils résolurent d'enlever le
+commandement de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être un
+chaud patriote et de participer aux prétendus complots des jacobins.
+Fouché proposa à sa place Lefebvre, brave général, ne connaissant que la
+consigne militaire, et tout à fait étranger aux intrigues des partis.
+Marbot fut donc destitué, et le surlendemain, l'arrêté qui ordonnait la
+clôture de la société de la rue du Bac fut signifié.
+
+Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance à la rue du Bac que
+dans la salle du Manége. Ils se retirèrent et demeurèrent définitivement
+séparés. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_
+déclama avec une extrême violence contre tous les membres du directoire
+qui étaient connus pour avoir approuvé la délibération. Sièyes fut
+traité cruellement. Ce prêtre perfide, disaient les journaux patriotes,
+a vendu l'a république à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de rétablir en France la monarchie, et de donner la couronne à
+Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sièyes sur la constitution, et son séjour en Prusse. Il
+répétait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards
+rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorité; que la liberté pouvait être compatible même avec la
+monarchie, témoin l'Angleterre; mais qu'elle était incompatible avec
+cette domination successive de tous les partis. On lui prêtait même cet
+autre propos, _que le nord de l'Europe était plein de princes sages et
+modérés, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur
+de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui
+prêtât des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses
+ennemis. Barras n'était pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait
+toujours flattés de son appui, avaient cessé. Ils le déclaraient
+maintenant un traître, un homme pourri, qui n'était plus bon à aucun
+parti. Fouché, son conseil, apostat comme lui, était poursuivi des mêmes
+reproches. Roger-Ducos n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant
+aveuglément l'avis de deux traîtres.
+
+La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée par Berlier
+n'ayant pas été accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les
+écrivains, c'était de faire revivre une loi de la convention contre ceux
+qui, par des actions ou par des écrits, tendraient au renversement de la
+république. Il fallait que cette intention fût démontrée pour que la loi
+devînt applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il était donc
+impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait été demandée au
+corps législatif, et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais
+en attendant, le déchaînement continuait avec la même violence; et
+les trois directeurs composant la majorité déclaraient qu'il était
+impossible de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer à ce cas l'article
+144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer
+des mandats d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots tramés
+contre la république. Il fallait singulièrement torturer cet article
+pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'était un moyen
+d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant leurs presses
+et en les arrêtant eux-mêmes, la majorité directoriale, sur l'avis de
+Fouché, lança des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze journaux,
+et fit mettre le scellé sur leurs presses. L'arrêté fut signifié le 17
+fructidor (3 septembre) au corps législatif, et produisit un soulèvement
+de la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la dictature, etc.
+
+Telle était la situation des choses. Dans le directoire, dans les
+conseils, partout enfin, les _modérés_, les _politiques_ luttaient
+contre les patriotes. Les premiers avaient la majorité dans le
+directoire comme dans les conseils. Les patriotes étaient en minorité,
+mais ils étaient ardens, et faisaient assez de bruit pour épouvanter
+leurs adversaires. Heureusement les moyens étaient usés comme les
+partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur
+que de mal. Le directoire avait fermé deux fois la nouvelle société des
+jacobins et supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient, menaçaient,
+mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le
+gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée, si ordinaire à la
+veille des événemens décisifs, d'une réconciliation. Beaucoup de
+députés de tous les côtés proposèrent une entrevue avec les membres du
+directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs réciproques.
+«Nous aimons tous la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des périls auxquels elle se trouve exposée par la défaite de nos armées;
+tâchons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut lieu chez Barras. Il
+n'y a pas et il ne peut pas y avoir de réconciliation entre les partis,
+car il faudrait qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne peut obtenir
+d'une conversation. Les députés patriotes se plaignirent de ce qu'on
+parlait tous les jours de complots, de ce que le président du directoire
+avait lui-même signalé une classe d'hommes dangereux et qui méditaient
+la ruine de la république. Ils demandaient qu'on désignât quels étaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sièyes, à
+qui cette interpellation s'adressait, répondit en rappelant la conduite
+des sociétés populaires et des journaux, et en signalant les dangers
+d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de désigner les
+véritables anarchistes, pour se réunir contre eux et les combattre. «Et
+comment nous réunir contre eux, dit Sièyes, quand tous les jours
+des membres du corps législatif montent à la tribune pour les
+appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les députés
+auxquels Sièyes venait de faire cette réponse. Quand nous voulons nous
+expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez.» L'humeur
+arrivant, sur-le-champ on se sépara, en s'adressant des paroles plutôt
+menaçantes que conciliatrices.
+
+Immédiatement après cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une
+proposition importante, celle de déclarer la patrie en danger. Cette
+déclaration entraînait la levée en masse et plusieurs grandes mesures
+révolutionnaires. Elle fut présentée aux cinq-cents le 27 fructidor (13
+septembre). Le parti modéré la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement, ne ferait que
+la diminuer, en excitant des craintes exagérées et des agitations
+dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour réveiller l'esprit public et sauver la révolution. Ce
+moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était
+qu'une application erronée du passé. Lucien Bonaparte, Boulay (de la
+Meurthe), Chénier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement
+au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entouré le palais des
+cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs députés. On
+répandait que Bernadotte, pressé par eux, allait monter à cheval, se
+mettre à leur tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement engagé. On pouvait
+craindre qu'il se laissât entraîner. Barras et Fouché le virent
+et cherchèrent à s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de
+ressentiment contre les projets qu'il disait avoir été formés avec
+Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent qu'il n'en était rien, et
+l'engagèrent à demeurer tranquille.
+
+Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent d'arracher à Bernadotte
+sa démission, sans la lui donner. Sièyes, s'entretenant le jour même
+avec Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre bientôt un
+service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armée comme la
+plus douce récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant cette
+réponse comme la demande de sa démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos
+résolurent d'écrire à Bernadotte que sa démission était acceptée. Ils
+avaient saisi le moment où Gohier et Moulins étaient absens pour
+prendre cette détermination. Le lendemain même, la lettre fut écrite
+à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit au directoire une
+lettre très-amère, dans laquelle il disait qu'on acceptait une démission
+qu'il n'avait pas donnée, et demandait son traitement de réforme. La
+nouvelle de cette destitution déguisée fut annoncée aux cinq-cents au
+moment où l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. «On prépare des coups d'état, s'écrièrent les
+patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma
+tête tombera, s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté atteinte à la
+représentation nationale.» Enfin, après un grand tumulte, on alla
+aux voix. A une majorité de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetée, et la patrie
+ne fut point déclarée en danger.
+
+Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de
+Bernadotte, décidé sans leur participation, ils se plaignirent à leurs
+collègues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être prise
+sans le concours des cinq directeurs. «Nous formions la majorité, reprit
+Sièyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait.»
+Gohier et Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite officielle à
+Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand éclat.
+
+L'administration du département de la Seine inspirait aussi quelque
+défiance à la majorité directoriale, elle fut changée. Dubois de Crancé
+remplaça Bernadotte au ministère de la guerre.
+
+La désorganisation était donc complète sous tous les rapports: battue au
+dehors par la coalition, presque bouleversée au dedans par les partis,
+la république semblait menacée d'une chute prochaine. Il fallait qu'une
+force surgît quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour
+résister aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'espérer d'un
+parti vainqueur, car ils étaient tous également usés et discrédités;
+elle ne pouvait naître que du sein des armées, où réside la force, et la
+force silencieuse, régulière, glorieuse comme elle convient à une nation
+fatiguée de l'agitation des disputes et de la confusion des volontés. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes
+illustrés pendant la révolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne
+faut plus de bavards_, avait dit Sièyes, _il faut une tête et une épée_.
+La tête était trouvée, car il était au directoire. On cherchait une
+épée. Hoche était mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté,
+son héroïsme, recommandaient à tous les amis de la république, venait
+d'expirer à Novi. Moreau, jugé le plus grand homme de guerre parmi les
+généraux restés en Europe, avait laissé dans les esprits l'impression
+d'un caractère froid, indécis, peu entreprenant, et peu jaloux de se
+charger d'une grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus grands
+généraux, n'avait pas encore acquis la gloire d'être notre sauveur. On
+ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu.
+Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et
+aucun des deux n'avait assez de renommée. Il y avait un personnage
+immense, qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires avait
+joint une belle paix, qui avait porté la France au comble de la grandeur
+à Campo-Formio, et qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa fortune,
+c'était Bonaparte; mais il était dans les contrées lointaines; il
+occupait de son nom les échos de l'Orient. Seul il était resté
+victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe sur l'Adige. Ce n'était
+pas assez de le trouver glorieux, on le voulait intéressant; on le
+disait exile par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis qu'en
+aventurier il cherchait une carrière grande comme son imagination, on
+croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on
+lui avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa vie déjà épuisée
+se consume sous un ciel dévorant. Ah! s'il était parmi nous, la
+république ne serait pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et les
+factions la respecteraient également!» Des bruits confus circulaient sur
+son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidèle à tous les
+généraux français, l'avait abandonné à son tour dans une expédition
+lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible,
+disait-on; loin d'avoir essuyé des revers, il marche à la conquête de
+tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques. Les uns allaient
+jusqu'à dire qu'il avait traversé la Syrie, franchi l'Euphrate et
+l'Indus; les autres qu'il avait marché sur Constantinople, et qu'après
+avoir renversé l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe à revers.
+Les journaux étaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.
+
+Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir, et avait réuni dans
+la Méditerranée une flotte immense, composée de marins français et
+espagnols, pour ramener l'armée[7]. Les frères du général, restés à
+Paris, et chargés de l'informer de l'état des choses, lui avaient envoyé
+dépêches sur dépêches, pour l'instruire de l'état de confusion où était
+tombée la république, et pour le presser de revenir. Mais ces avis
+avaient à traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait
+si le héros serait averti et revenu avant la ruine de la République.
+
+[Note 7: Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un
+arrêté du directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et
+daté du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans
+ses mémoires, déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature,
+et regarde l'arrêté comme supposé. Cependant l'expédition maritime de
+Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le
+directoire, à cette époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son
+ambition beaucoup moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est
+pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu
+d'importance, car Bonaparte était autorisé à revenir quand il le
+jugerait convenable.]
+
+
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.--EXPÉDITION DE SYRIE; PRISE DU
+FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIÉGE DE
+SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DÉPART DE
+BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPÉRATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC
+CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA;
+MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA
+RETRAITE DÉSASTREUSE; LA FRANCE SAUVÉE.--ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE
+ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA
+CAMPAGNE DE 1799.
+
+
+Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était trouvé maître de
+l'Égypte. Il avait commencé à s'y établir, et avait distribué ses
+généraux dans les provinces, pour en faire la conquête. Desaix, placé
+à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division de trois mille hommes
+environ, était chargé de conquérir cette province contre les restes
+de Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de l'année précédente
+(octobre 1798), au moment où l'inondation finissait, que Desaix avait
+commencé son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui et ne
+l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait livré, le 16 vendémiaire
+an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnée contre les restes
+désespérés de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français en Égypte ne
+fut aussi sanglant. Deux mille Français eurent à lutter contre quatre
+mille Mameluks et huit mille fellahs, retranchés dans le village de
+Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes
+celles qui furent livrées en Égypte. Les fellahs étaient derrière les
+murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était formé
+en deux carrés, et avait placé sur ses ailes deux autres petits carrés,
+pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la première fois,
+notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé. Mais,
+par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se couchèrent
+aussitôt par terre, afin que les grands carrés pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargèrent les
+grands carrés avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent
+expirer en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage, les
+carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les
+emportèrent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de
+cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières, mais on les
+chassa bientôt de ce champ de carnage, et les soldats furieux en
+massacrèrent un nombre considérable. Jamais plus de morts n'avaient
+jonché le champ de bataille. Les Français avaient perdu trois cents
+hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et après une
+suite de combats, devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux cataractes,
+il fit autant redouter sa bravoure que chérir sa clémence. Au Caire,
+on avait appelé Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la
+Haute-Égypte, Desaix fut nommé _sultan le juste_.
+
+Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'à Belbeys, pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les débris
+de la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes. Revenu au Caire, il
+continua à y établir une administration toute française. Une révolte,
+excitée au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement
+réprimée, et découragea tout à fait les ennemis des Français[8]. L'hiver
+de 1798 à 1799 s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la déclaration de guerre de la Porte, et les
+préparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle
+formait deux armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armées
+devaient agir simultanément au printemps de 1799, l'une en venant
+débarquer à Aboukir, près d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert
+qui sépare la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa
+position, et voulut, suivant son usage, déconcerter l'ennemi en le
+prévenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert
+qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison, et il résolut
+de profiter de l'hiver pour aller détruire les rassemblemens qui se
+formaient à Acre, à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre
+pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de l'armée réunie en Syrie.
+Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'était avancé
+jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté de la Syrie.
+Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi
+les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis,
+mahométans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de
+tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques
+places mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie,
+ajouter cette belle conquête à celle de l'Égypte, devenir maître
+de l'Euphrate comme il l'était du Nil, et avoir alors toutes les
+communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin
+encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui
+prêtaient en Europe. Il n'était pas impossible qu'en soulevant
+les peuplades du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt mille
+auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés de vingt-cinq mille
+soldats, les plus braves de l'univers, il marchât sur Constantinople
+pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fût exécutable ou non, il
+est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il
+a fait aidé de la fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de ses
+projets.
+
+[Note 8: Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob.
+1798).]
+
+Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers jours de février), à
+la tête des divisions Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat était composée de la
+cavalerie. Bonaparte avait créé un régiment d'une arme toute nouvelle:
+c'était celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos à dos, étaient
+portés sur un dromadaire, et pouvaient, grâce à la force et à la
+célérité de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour donner la chasse aux
+Arabes, qui infestaient les environs de l'Égypte. Ce régiment suivait
+l'armée d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perrée
+de sortir d'Alexandrie avec trois frégates, et de venir sur la côte de
+Syrie pour y transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse (17 février). Après un
+peu de résistance, la garnison se rendit prisonnière au nombre de
+treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considérables.
+Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta
+au pouvoir des Français, et leur procura un butin immense. Les soldats
+eurent beaucoup à souffrir en traversant le désert, mais ils voyaient
+leur général marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé débile,
+les mêmes privations, les mêmes fatigues, et ils n'osaient se
+plaindre. Bientôt on arriva à Gasah; on prit cette place à la vue de
+Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup
+de matériel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armée se dirigea sur
+Jaffa, l'ancienne Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette
+place était entourée d'une grosse muraille flanquée de tours. Elle
+renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en
+brèche, et puis somma le commandant, qui pour toute réponse coupa la
+tête au parlementaire. L'assaut fut donné, la place emportée avec une
+audace extraordinaire, et livrée à trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantité considérable d'artillerie et
+de vivres de toute espèce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on
+ne pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait pas les moyens
+ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer à
+l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporté
+dans un pays barbare, il en avait involontairement adopté les moeurs: il
+fit passer au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient. L'armée
+consomma avec obéissance, mais avec une espèce d'effroi, l'exécution
+qui lui était commandée. Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa les
+germes de la peste.
+
+Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolémaïs,
+situé au pied du mont Carmel. C'était la seule place qui pût encore
+l'arrêter. La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar
+s'y était enfermé avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il
+comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages,
+et qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et des munitions. Il
+devait d'ailleurs être bientôt secouru par l'armée turque réunie en
+Syrie, qui s'avançait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se
+hâta d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant
+qu'elle fût renforcée de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit aussitôt la tranchée.
+Malheureusement l'artillerie de siége, qui devait venir par mer
+d'Alexandrie, avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour toute
+artillerie de siége et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre
+pièces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer.
+On faisait paraître sur la plage quelques cavaliers; à cette vue
+Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les
+soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser
+au milieu de la canonnade et de rires universels.
+
+La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse (20 mars). Le général du
+génie Sanson, croyant être arrivé dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fossé. On
+crut n'avoir à pratiquer qu'une simple brèche et à monter ensuite à
+l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta à
+l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe et un fossé. Alors on se
+mit sur-le-champ à miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevée.
+Il avait donné à Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien
+émigré, Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite. La mine sauta
+le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe.
+Vingt-cinq grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent à l'assaut.
+En voyant ce brave officier poser une échelle, les Turcs furent
+épouvantés, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors
+découragés, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent
+accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tué,
+et l'assaut manqua encore.
+
+Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de
+renfort, une grande quantité de canonniers exercés à l'européenne, et
+des munitions immenses. C'était un grand siége à exécuter avec treize
+mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau
+puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entière, et commencer un
+autre cheminement. On était au 12 germinal (1er avril). Il y avait déjà
+dix jours d'employés devant la place; on annonçait l'approche de la
+grande armée turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le
+siége, et tout cela avec la seule armée d'expédition. Le général en chef
+ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner de nouveau, et détacha la
+division Kléber vers le Jourdain pour en disputer le passage à l'armée
+venant de Damas.
+
+Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'élevait
+à environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle traînait un bagage immense. Abdallah, pacha de
+Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kléber, forte de
+cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la
+route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment
+l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le champ de bataille de morts, et
+prit cinq drapeaux. Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la
+division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa marche pour rejoindre
+Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se détacha avec la
+division Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille décisive.
+Djezzar, qui se concertait avec l'armée qui venait le débloquer, voulut
+faire une sortie; mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt en marche.
+
+Kléber, avec sa division, avait débouché dans les plaines qui s'étendent
+au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée
+de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il était arrivé trop
+tard pour y réussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva
+toute l'armée turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le
+village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se déployaient dans la
+plaine. Kléber avait à peine trois mille fantassins en carré. Toute
+cette cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais les Français
+n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous
+les sens. Ils conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les recevant à
+bout portant par un feu terrible, ils en abattirent à chaque charge un
+nombre considérable. Bientôt ils eurent formé autour d'eux un rempart
+d'hommes et de chevaux, et abrités par cet horrible abatis, ils purent
+résister six heures de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il
+vit la plaine couverte de feu et de fumée, et la brave division Kléber
+résistant, à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea
+la division qu'il amenait en deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent
+de manière à former un triangle équilatéral avec la division Kléber, et
+mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marchèrent en silence, et
+sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine distance:
+puis tout à coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra
+alors sur le champ de bataille. Un feu épouvantable partant aussitôt des
+trois extrémités de ce triangle, assaillit les Mameluks qui étaient au
+milieu, les fit tourbillonner sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans
+toutes les directions. La division Kléber, redoublant d'ardeur à cette
+vue, s'élança sur le village de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et
+fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude
+s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc,
+les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Français. Murat, placé sur les bords du Jourdain,
+tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les villages
+des Naplousins. Six mille Français avaient détruit cette armée, que les
+habitans disaient innombrable _comme les étoiles du ciel et les sables
+de la mer_.
+
+Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner, de contre-miner
+autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain
+bouleversé par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on était
+devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts, repoussé beaucoup
+de sorties, tué beaucoup de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels
+avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps et d'hommes. Le 18
+floréal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille
+hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être débarqués
+avant six heures, fait sur-le-champ jouer une pièce de vingt-quatre sur
+un pan de mur; c'était à la droite du point où depuis quelque temps
+on déployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte à la brèche, on
+envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pièces,
+on égorge tout, enfin on est maître de la place, lorsque les troupes
+débarquées s'avancent en bataille, et présentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montés à l'assaut, est
+tué. Lannes est blessé. Dans le même moment, l'ennemi fait une sortie,
+prend la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient
+pénétré dans la place. Les uns parviennent à ressortir; les autres,
+prenant un parti désespéré, s'enfuient dans une mosquée, s'y
+retranchent, y épuisent leurs dernières cartouches, et sont prêts à
+vendre chèrement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touché de tant de
+bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les
+troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le ramènent dans la place,
+après en avoir fait un carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit
+cents prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur, donne deux
+jours de repos à ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel
+assaut. On y monte avec la même bravoure, on escalade la brèche; mais on
+ne peut pas la dépasser. Il y avait toute une armée gardant la place et
+défendant toutes les rues. Il fallut y renoncer.
+
+Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on avait fait des pertes
+irréparables, et il eût été imprudent de s'exposer à en faire davantage.
+La peste était dans cette ville, et l'armée en avait pris le germe à
+Jaffa. La saison des débarquemens approchait, et on annonçait l'arrivée
+d'une armée turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de
+nouveaux ennemis. Le fond de ses projets était réalisé, puisqu'il avait
+détruit les rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il avait
+réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant à la partie brillante de
+ces mêmes projets, quant à ces vagues et merveilleuses espérances de
+conquêtes en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à lever
+le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré sa destinée inouïe, on
+lui a entendu répéter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme
+m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siége avaient
+nourri l'armée, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa
+retraite avec désespoir.
+
+Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars), il le leva le 1er
+prairial (20 mai): il y avait employé deux mois. Avant de quitter
+Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage:
+il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite en
+cendres. Il reprit la route du désert. Il avait perdu par le feu, les
+fatigues ou les maladies, près du tiers de son armée d'expédition,
+c'est-à-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents
+blessés. Il se mit en marche pour repasser le désert. Il ravagea sur sa
+route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa,
+il en fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance pour
+nos pestiférés. Les emporter était impossible: en ne les emportant pas,
+on les laissait exposés à une mort inévitable, soit par la maladie, soit
+par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il
+au médecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur
+administrer de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce médecin fit
+cette réponse, fort vantée: _Mon métier est de les guérir, et non de les
+tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit à propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite.
+
+Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition de près de trois
+mois. Il était temps qu'il y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était
+répandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange
+El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et qui prétendait chasser les
+Français en soulevant de la poussière, avait réuni quelques mille
+insurgés. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il
+s'était emparé de Damanhour, et en avait égorgé la garnison. Bonaparte
+envoya un détachement, qui dispersa les insurgés, et tua l'ange
+invulnérable. Le trouble s'était communiqué aux différentes provinces du
+Delta; sa présence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna
+au Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes en Syrie.
+Il n'avouait pas la partie manquée de ses projets, mais il vantait avec
+raison les nombreux combats livrés en Syrie, la belle bataille du mont
+Thabor, les vengeances terribles exercées contre Djezzar. Il répandit
+de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait leurs projets
+à l'instant où ils les formaient. Ils ajoutèrent foi à ces étranges
+paroles du sultan Kebir et le croyaient présent à toutes leurs pensées.
+Bonaparte n'avait pas seulement à contenir les habitans, mais encore ses
+généraux et l'armée elle-même. Un mécontentement sourd y régnait. Ce
+mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout
+des privations, car l'armée ne manquait de rien, mais de l'amour du
+pays, qui poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an entier
+qu'on était en Égypte, et depuis près de six mois on n'avait aucune
+nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse
+dévorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les généraux
+demandaient des congés pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait
+peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier, dévoré d'une vieille
+passion, demandait à revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde
+fois de sa faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait formé
+le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie
+pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais
+braver son général. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous
+l'exemple des murmures, se taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et
+pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé avec Kléber.
+L'humeur de celui-ci ne venait pas de découragement, mais de son
+indocilité accoutumée. Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte
+aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était séduit par le génie de
+Bonaparte.
+
+On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens de l'Europe et
+des désastres de la France était toujours la même. On savait seulement
+que le continent était dans une véritable confusion et qu'une nouvelle
+guerre était inévitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux
+détails, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le
+premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il voulait détruire la
+seconde armée turque, réunie à Rhodes, dont on annonçait le débarquement
+très prochain.
+
+Cette armée, montée sur de nombreux transports, et escortée par la
+division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) à
+la vue d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même rade où notre
+escadre avait été détruite. Le point de débarquement choisi par les
+Anglais était la presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même
+nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et
+vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui
+commandait à Alexandrie, de perfectionner la défense du fort, et de
+détruire le village d'Aboukir, placé tout autour. Mais au lieu de
+détruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les
+soldats, et on l'avait simplement entouré d'une redoute pour le protéger
+du côté de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de
+la mer, ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait le sort du fort
+à celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet débarquèrent
+avec beaucoup de hardiesse, abordèrent les retranchemens le sabre au
+poing, les enlevèrent, et s'emparèrent du village d'Aboukir, dont ils
+égorgèrent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir,
+et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant à Alexandrie, en était
+sorti à la tête de douze cents hommes, pour courir au secours des
+troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient débarqués en
+nombre considérable, il n'osa pas tenter de les jeter à la mer par une
+attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir
+tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir.
+
+Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce
+n'étaient pas de ces misérables fellahs qui composaient l'infanterie
+des Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant un fusil sans
+baïonnette, le rejetant en bandoulière sur le dos quand ils avaient fait
+feu, puis s'élançant sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main. Ils
+avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils étaient dirigés
+par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient
+à peine amené trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivée de
+Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Égypte, longer le désert,
+traverser les oasis, et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille
+Mamelucks.
+
+Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement, il quitta le
+Caire sur-le-champ, et fit du Caire à Alexandrie une de ces marches
+extraordinaires dont il avait donné tant d'exemples en Italie. Il
+emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonné à
+Desaix d'évacuer la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de
+Birket, intermédiaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une
+armée anglaise ne fût débarquée avec l'armée turque.
+
+Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essayé
+de descendre dans la Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat, il
+avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait à combattre
+que l'armée turque, privée de cavalerie, mais campée derrière des
+retranchemens, et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée.
+Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les
+beaux travaux exécutés par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer les Turcs au moment du
+débarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était
+le lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet était d'abord
+d'enfermer l'armée turque par des retranchemens, et d'attendre, pour
+attaquer, l'arrivée de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main
+que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais
+à la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les renfermer dans le
+village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes.
+
+Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île, qui est fort étroite. Ils
+étaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, où était leur camp, ils avaient occupé deux
+mamelons de sables, appuyant l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons
+était un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au
+mamelon de droite, deux mille à celui de gauche, et trois à quatre mille
+hommes dans le village. Telle était leur première ligne. La seconde
+était au village même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Français, et se joignait à la mer par deux boyaux.
+Ils avaient placé là leur camp principal et le gros de leurs forces.
+
+Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa précision
+accoutumées. Il ordonna au général Destaing de marcher avec quelques
+bataillons sur le mamelon de gauche, où étaient les mille Turcs; à
+Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, où étaient les deux mille
+autres, et à Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie sur
+les derrières des deux mamelons. Ces dispositions sont exécutées avec
+une grande précision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le
+gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, à
+cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les
+sabre et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se jeter que de se
+rendre. Vers la droite, la même opération s'exécute. Lannes aborde les
+deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également sabrés et
+jetés dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre,
+formé par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent
+bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en
+effet, se détache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur le
+derrière du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir.
+L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge
+dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les
+directions, et qui, s'obstinant toujours à ne pas se rendre, n'ont pour
+retraite que la mer, où ils se noient.
+
+Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette manière; la première
+ligne était emportée; le but de Bonaparte était rempli, et il pouvait,
+resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivée
+de Kléber et de Régnier. Mais il veut profiter de son succès, et achever
+sa victoire à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine à ses
+troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restée
+en réserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+était difficile à emporter; elle renfermait neuf à dix mille Turcs. Vers
+la droite, un boyau la joignait à la mer; vers la gauche, un autre boyau
+la prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac Madieh. L'espace
+ouvert était occupé par l'ennemi, et balayé par de nombreuses
+canonnières. Bonaparte, habitué à porter ses soldats sur les plus
+formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions
+d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La
+cavalerie, cachée dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la
+gauche, et traverser, sous le feu des canonnières, l'espace laissé
+ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'exécute; Lannes et
+Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme
+au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extrême droite.
+L'ennemi, sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se joint
+corps à corps. Les soldats turcs, après avoir tiré leur coup de fusil
+et leurs deux coups de pistolet, font étinceler leur sabre. Ils veulent
+saisir les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent dans
+les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'égorge ainsi sur les
+retranchemens. Déjà la 18e est près d'arriver dans la redoute; mais un
+feu terrible d'artillerie la repousse et la ramène au pied des ouvrages.
+Le brave Leturcq est tué glorieusement en voulant se retirer le dernier;
+Fugières perd un bras. Murat, de son côté, s'était avancé avec sa
+cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac
+Madieh. Plusieurs fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnières, il avait
+été obligé de se reployer en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers
+s'étaient même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les efforts
+de tant de braves paraissaient devoir être impuissans. Bonaparte
+contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir à
+la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des
+retranchemens pour venir couper les têtes des morts. Bonaparte saisit
+cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69,
+qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e
+profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son
+côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet
+espace si redoutable qui règne entre les retranchemens et le lac, et
+pénètre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés fuient de
+toutes parts; on en fait un carnage épouvantable. On les pousse la
+baïonnette dans les reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la
+tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci,
+saisi de désespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie
+prisonnier à Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se
+retirent dans le fort d'Aboukir.
+
+Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui
+naguère avait été couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille
+avaient péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans ce fort,
+n'avaient plus d'autre ressource que la clémence du vainqueur. Telle est
+cette extraordinaire bataille, où, pour la première fois peut-être, dans
+l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut détruite tout entière.
+C'est dans cette occasion que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit
+Bonaparte au milieu du corps, et s'écria: _Général, vous êtes grand
+comme le monde!_
+
+Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir,
+l'Égypte était délivrée, du moins momentanément, des forces de la Porte.
+La situation de l'armée française pouvait être regardée comme assez
+rassurante. Après toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait
+vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux
+commandés de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser
+avec les habitans, et consolider son établissement. Bonaparte y était
+depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il avait employé les
+premiers momens à s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il
+avait obtenu par la bataille des Pyramides. Après l'inondation, et en
+automne, il avait achevé la conquête du Delta, et confié à Desaix la
+conquête de la Haute-Égypte. En hiver, il avait tenté l'expédition de
+Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait,
+en été, de détruire la seconde armée de la Porte à Aboukir. Le temps
+avait donc été aussi bien employé que possible; et tandis que la
+victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur
+restait fidèle en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient
+triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est
+partie la religion du Christ.
+
+Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des
+dépêches du directoire ni de ses frères ne lui étant arrivée: il était
+dévoré d'inquiétude. Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles, il
+faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter les vaisseaux de
+commerce, et de s'instruire par eux des événemens qui se passaient en
+Europe. Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui, sous le
+prétexte de négocier un échange de prisonniers, devait tâcher d'obtenir
+quelques nouvelles. Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les désastres de la France,
+se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte. Celui-ci passa une
+nuit entière à dévorer ces feuilles, et à s'instruire de tout ce qui
+se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut prise:
+il résolut de s'embarquer secrètement pour l'Europe, et d'essayer la
+traversée, au risque d'être saisi en route par les flottes anglaises.
+Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les
+frégates _le Muiron_ et _la Carrère_ en état de faire voile. Il ne fit
+part de son projet à personne, courut au Caire pour faire toutes ses
+dispositions, rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel il
+voulait laisser le commandement de l'armée, et repartit aussitôt après
+pour Alexandrie.
+
+Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat,
+Andréossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de
+quelques-uns de ses guides, sur une plage écartée. Quelques canots
+étaient préparés; ils s'embarquèrent, et montèrent sur les deux frégates
+_le Muiron_ et _la Carrère_. Elles étaient suivies des chebecks _la
+Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant même on mit à la voile, pour
+n'être plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement
+un calme survint; on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez tranquilles, dit-il, nous
+passerons.» Comme César, il comptait sur la fortune.
+
+Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion; car il laissait
+une armée victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre,
+et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers à Londres.
+C'était une de ces témérités par lesquelles les grands ambitieux tentent
+le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui
+tour à tour les élève et les précipite.
+
+Tandis que cette grande destinée était commise au hasard des vents ou
+d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et
+la république sortait, par un sublime effort, des périls auxquels nous
+venons de la voir exposée. Masséna était toujours sur la ligne de la
+Limmat, différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée d'Italie,
+après avoir perdu la bataille de Novi, s'était dispersée dans l'Apennin.
+Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que
+de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piémont un temps que la
+France employait en préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le directoire, en
+imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des événemens. Il
+était jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et
+avait vu avec peine que ce général eût écrit au roi de Sardaigne pour
+le rappeler dans ses états. Le conseil aulique avait des vues sur le
+Piémont, et tenait à en écarter le vieux maréchal. De plus, il régnait
+peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies
+décidèrent le conseil aulique à changer entièrement la distribution
+des troupes sur la ligne d'opération. Les Russes étaient mêlés aux
+Autrichiens sur les deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Mélas en Italie. Le
+conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin,
+et Suwarow en Suisse. De cette manière les deux armées russes devaient
+agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le
+Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être
+bientôt renforcés par une nouvelle armée, destinée à remplir le
+vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce
+changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque
+nation; que les Russes trouveraient en Suisse une température plus
+analogue à leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur
+le Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait
+manquer d'approuver ce plan, car elle espérait beaucoup, pour
+l'expédition de Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes, entrés déjà à Corfou,
+et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent écartés de Gênes.
+
+Ce revirement, exécuté en présence de Masséna, était excessivement
+dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un théâtre qui
+ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à charger en plaine
+et à la baïonnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il
+faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs.
+Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer
+les raisons politiques avant les raisons militaires, défendit à ses
+généraux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+exécution de ce plan, pour les derniers jours d'août (milieu de
+fructidor).
+
+On a déjà décrit la configuration du théâtre de la guerre et la
+distribution des armées sur ce théâtre[9]. Les eaux partant des
+Grandes-Alpes, et tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant
+en forme de lacs, présentaient différentes lignes inscrites les unes
+dans les autres, commençant à droite contre une grande chaîne de
+montagnes, et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve qui sépare
+l'Allemagne de la France. Les deux principales étaient celles du Rhin et
+de la Limmat. Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était replié
+sur celle de la Limmat. Il avait même été obligé de se retirer un peu en
+arrière de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en séparait pas moins les deux armées. Cette ligne se composait de la
+Lint, qui naît contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se
+jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat,
+qui sort de ce lac à Zurich même, et va se jeter enfin dans l'Aar près
+de Bruck. L'archiduc Charles était derrière la Limmat, de Bruck à
+Zurich. Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant qu'on lui
+assignât sa position. Hotze gardait la Lint.
+
+[Note 9: Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère
+pas faire comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a
+pas sous les yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant
+ces événemens sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si
+positive le salut de la France, que je les crois dignes d'être compris,
+et que j'engage le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte
+de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.]
+
+D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au Rhin, devait être
+remplacé derrière la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la
+Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main à
+Suwarow arrivant d'Italie. La question était de savoir quelle route on
+ferait prendre à Suwarow. Il avait à franchir les monts, et pouvait
+suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il préférait
+pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen,
+se rendre par Coire sur le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec
+Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé vers le 25 septembre
+(3 vendémiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'opérer loin
+des Français, hors de leur portée, et de ne dépendre ainsi d'aucun
+accident. Suwarow pouvait également prendre une autre route, et au lieu
+de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallée
+de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière la ligne de la Lint,
+occupée par les Français. Cette marche avait l'avantage de le porter
+sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer un mouvement
+de Hotze au-delà de la Lint, pour qu'il vînt tendre la main à l'armée
+arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une
+attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une opération générale sur
+toute la ligne, et un à-propos, une précision difficiles à obtenir quand
+on agit à de si grandes distances et en détachemens aussi nombreux. Ce
+plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens
+sur les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence une attaque
+générale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de
+septembre. Au moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard dans la
+vallée de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de
+Zurich, c'est-à-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich,
+devaient pénétrer dans le canton de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner
+la main à Suwarow. La jonction générale une fois opérée, les troupes
+réunies en Suisse allaient s'élever à quatre-vingt mille hommes. Suwarow
+arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en réserve le corps de Condé et quelques mille
+Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et
+vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille se
+trouvaient exposés aux coups de toute l'armée de Masséna.
+
+Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait la Limmat, et où
+Suwarow n'avait pas encore passé les Alpes, était trop favorable pour
+que Masséna ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de l'inaction
+qu'on lui avait tant reprochée. Son armée avait été portée à
+soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait
+reçus; mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle, ligne immense
+à couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous
+ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille,
+occupait la Lint jusqu'à son embouchure dans le lac de Zurich. Masséna,
+avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de
+trente-sept mille hommes, était devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La
+division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de
+huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bâle.
+
+Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage de pouvoir réunir
+sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept
+mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff.
+Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyés en
+renfort à Hotze, par derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à
+vingt-six mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui devaient lui
+servir de réserve, étaient encore fort en arrière à Schaffouse. Masséna
+pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille.
+Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et après les avoir
+tous deux mis en déroute, peut-être détruits, accabler Suwarow, qui
+arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du
+moins contenu dans sa ligne.
+
+Masséna, averti des projets des ennemis, devança d'un jour son attaque
+générale, et la fixa pour le 3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis
+qu'il était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière de la Limmat,
+le cours de cette rivière appartenait à l'ennemi. Il fallait le lui
+enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses
+trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous du lac
+de Zurich, il chargea Soult d'opérer au-dessus, et de franchir la Lint
+le même jour. Les militaires ont adressé un reproche à Masséna: il
+fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en Suisse que l'en
+éloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au
+Saint-Gothard contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult, il aurait été
+plus assuré d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le
+résultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait
+ce reproche à Masséna que dans l'intérêt rigoureux des principes.
+
+La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même, et coupe la ville en deux
+parties. Conformément au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il avait porté la masse de
+ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il
+n'avait laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour garder un point
+où la Limmat est plus accessible: il avait dirigé Durasof avec une
+division près de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de
+ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, était
+en avant de la rivière, en situation offensive.
+
+Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il résolut de masquer
+plutôt que d'attaquer le point de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses
+forces; puis, avec une portion considérable de ses troupes, de tenter
+le passage de la Limmat à Closter-Fahr, point faiblement défendu. Le
+passage opéré, il voulait que cette division remontât la Limmat sur la
+rive opposée, et vînt se placer sur les derrières de Zurich. Alors il
+se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir
+enfermé dans Zurich même. Des conséquences immenses pouvaient résulter
+de cette disposition.
+
+Mortier avec sa division, qui était forte de huit mille hommes, et
+occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle
+devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa
+division, qui était forte de dix mille hommes, devait être placé à
+Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on
+allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich,
+et donner secours à Mortier contre la masse russe, ou courir au point du
+passage, s'il était nécessaire de le seconder. Cette division renfermait
+quatre mille grenadiers, et une réserve de superbe cavalerie. La
+division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait exécuter
+le passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à peu près formaient
+cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des
+démonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.
+
+Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques,
+furent mises à exécution le 3 vendémiaire an VIII (25 septembre 1799), à
+cinq heures du matin. Les apprêts du passage avaient été faits près du
+village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des
+barques avaient été traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le
+matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient rangées en silence
+sur la rive. Le général Foy, illustré depuis comme orateur, commandait
+l'artillerie à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries
+de manière à protéger le passage. Six cents hommes s'embarquèrent
+hardiment, et arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent. Korsakoff avait mis
+là, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon.
+Notre artillerie, supérieurement dirigée, éteignit bientôt les feux
+de l'artillerie russe, et protégea le passage successif de notre
+avant-garde. Lorsque le général Gazan eut réuni aux six cents hommes qui
+avaient passé les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois
+bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'étaient logés
+dans un bois, et s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut
+obligé de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les déloger. Ces
+trois bataillons détruits, le pont fut jeté. Le reste de la division
+Lorge et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat: c'étaient
+quinze mille hommes portés au-delà de la rivière. La brigade Bontemps
+fut placée à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirigé par le chef
+d'état-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les
+derrières de Zurich.
+
+Cette partie de l'opération achevée, Masséna se reporta de sa personne
+sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes.
+Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé Durasof par ses
+démonstrations, que celui-ci s'était porté sur la rive, où il déployait
+tous ses feux. A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de Korsakoff, posté,
+comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait été obligé de se
+replier. Masséna arrivant dans cet instant ébranla la division Klein,
+qui était à Altstetten. Humbert, à la tête de ses quatre mille
+grenadiers, marcha sur Zurich, et rétablit le combat. Mortier renouvela
+ses attaques, et on parvint à renfermer ainsi les Russes dans Zurich.
+
+Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre du canon sur ses
+derrières, avait reporté quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais
+ces faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille
+hommes, continuait à remonter la Limmat. Il avait enlevé le petit camp
+placé à Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières de
+Zurich, et s'était emparé de la grande route de Vintherthur, qui donne
+issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se
+retirer.
+
+La journée était presque achevée, et d'immenses résultats étaient
+préparés pour le lendemain. Les Russes étaient enfermés dans Zurich;
+Masséna avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze mille hommes
+sur leurs derrières, et placé dix-huit mille hommes devant eux. Il était
+difficile qu'il ne leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il
+aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter
+par Closter-Fahr, derrière cette ville, de manière à fermer tout à fait
+la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec
+huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passât sur le corps et ne
+se jetât sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant
+d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrivé de cette singulière
+combinaison.
+
+Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et avait porté ses
+troupes dans l'autre partie de Zurich, en arrière de la Limmat. Durasof,
+sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé; et évitant
+la brigade Bontemps, par un détour, était venu regagner la route de
+Vintherthur. Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le combat devait
+être acharné, car les Russes voulaient se faire jour, et les Français
+voulaient recueillir d'immenses trophées. Le combat commença de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée d'artillerie,
+d'équipages, de blessés, attaquée de tous côtés, était comme enveloppée
+de feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordée,
+et étaient près d'y pénétrer. Au-delà, Oudinot la serrait par derrière
+et voulait fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+théâtre d'un combat sanglant, avait été prise et reprise plusieurs fois.
+Korsakoff, songeant enfin à se retirer, avait mis son infanterie en
+tête, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages à la
+queue. Il s'avançait ainsi formant une longue colonne. Sa brave
+infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passé avec une partie de la cavalerie, les
+Français reviennent à la charge, attaquent le reste de la cavalerie
+et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On se bat dans les
+rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappé sur la porte de sa
+maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur
+la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure
+grave à la cuisse dont il mourut quelques mois après. Enfin, tout ce qui
+était resté dans Zurich est obligé de mettre bas les armes. Cent pièces
+de canon, tous les bagages, les administrations, le trésor de l'armée
+et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Français. Korsakoff
+avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette
+lutte acharnée. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes batailles d'Italie
+n'avaient pas présenté des résultats plus extraordinaires. Les
+conséquences pour le reste de la campagne ne devaient pas être moins
+grandes que les résultats matériels. Korsakoff, avec treize mille hommes
+au plus, se hâta de regagner le Rhin.
+
+Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la Lint au-dessus du lac de
+Zurich, exécutait sa mission avec non moins de bonheur que le général
+en chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg. Cent
+cinquante braves, portant leur fusil sur leur tête, avaient traversé la
+rivière à la nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs, et
+protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au
+lieu du danger, était tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant à Hotze, avait
+en vain essayé de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passé; il
+avait été obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment sur
+Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon.
+De leur côté, les généraux Jellachich et Linken, chargés de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au débouché du
+Saint-Gothard, s'étaient retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi
+près de soixante mille hommes étaient repoussés déjà de la ligne de
+la Limmat, au-delà de celle du Rhin, et repoussés après des pertes
+immenses. Suwarow, qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider sa défaite en
+arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans dispersés, et
+s'engager au milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.
+
+Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était arrivé au pied
+du Saint-Gothard le cinquième jour complémentaire de l'an VII (21
+septembre). Il avait été obligé de démonter ses Cosaques pour charger
+son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec
+six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le
+Crispalt. Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à Airolo, à l'entrée
+de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de
+la division Lecourbe. Il se battit là avec la dernière opiniâtreté; mais
+ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer,
+tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida
+enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi à céder
+la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin, par sa résistance, avait donné à
+Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait résister à Suwarow qui
+arrivait avec douze mille, et à Rosemberg qui, transporté déjà à
+Urseren, en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée en gravissant des rochers
+presque inaccessibles, et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières, il rompit le pont
+du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le précipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant
+la rive opposée. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied à pied,
+profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les
+soldats de Suwarow.
+
+L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de la vallée de la Reuss,
+accablée de fatigues, manquant de vivres, et singulièrement affaiblie
+par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans
+le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire
+arriver Jellachich et Linken au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il
+aurait envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure de la
+Reuss. Mais après les événemens qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva
+pas une embarcation, et se vit enfermé dans une vallée épouvantable.
+C'était le 4 vendémiaire (26 septembre), jour du désastre général sur
+toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer à travers des montagnes horribles, où
+il n'y avait aucune route tracée, pour pénétrer dans la vallée de
+Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un
+homme de front dans le sentier qu'on avait à suivre. L'armée mit deux
+jours à faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme était
+déjà à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté Altorf. Les
+précipices étaient couverts d'équipages, de chevaux, de soldats mourant
+de faim ou de fatigue. Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow
+pouvait déboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien
+remonter la vallée, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté
+de Schwitz, Masséna arrivait avec la division Mortier, et de l'autre
+côté du Bragel était Molitor, qui occupait le défilé du Kloenthal,
+vers les bords de la Lint. Après avoir donné deux jours de repos à ses
+troupes, Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel. Le 8 vendémiaire
+(30 septembre) il se mit en marche; Masséna l'attaquait en queue, tandis
+que de l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au défilé du
+Kloenthal. Rosemberg résista bravement à toutes les attaques de Masséna,
+mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la
+route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, après avoir
+livré des combats sanglans et meurtriers, coupé de toutes les routes,
+rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallée
+d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route était encore
+plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant,
+et après quatre jours d'efforts et de souffrances inouïes, atteignit
+Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait à peine
+sauvé dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce
+barbare, prétendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein
+de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille
+Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes à nous envahir étaient
+chassées de la Suisse et rejetées en Allemagne. La coalition était
+dissoute, car Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait plus
+servir avec eux. On peut dire que la France était sauvée.
+
+Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter l'une des plus belles
+opérations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait
+sauvés dans un moment plus périlleux que celui de Valmy et de Fleurus!
+Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le résultat
+politique; mais il faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le
+plus beau fleuron de Masséna; et il n'en existe pas de plus beau dans
+aucune couronne militaire.
+
+Pendant que ces événemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire
+nous revenait en Hollande. Brune, faiblement pressé par l'ennemi,
+avait eu le temps de concentrer ses forces, et après avoir battu les
+Anglo-Russes à Kastrikum, les avait enfermés au Zip, et réduits à
+capituler. Les conditions étaient l'évacuation de la Hollande, la
+restitution de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement sans
+échange de huit mille prisonniers. On aurait souhaité la restitution de
+la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait,
+en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays.
+
+Ainsi se termina cette mémorable campagne de 1799. La république, entrée
+trop tôt en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentré ses forces, avait été battue à Stokach et
+Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux défaites l'Allemagne et
+l'Italie. Masséna resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur le Rhin, puis
+sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. Là, il s'était rendu inattaquable
+durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de se
+réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue à la Trebbia.
+Réunie plus tard à cette armée par derrière l'Apennin, ralliée et
+renforcée, elle avait perdu son général à Novi, avait été battue de
+nouveau, et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin était même
+envahi et le Var menacé. Mais là avait été le terme de nos malheurs. La
+coalition, revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant ce moment, avait
+détruit Korsakoff privé de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé
+de Korsakoff. Il avait ainsi réparé nos malheurs par une immortelle
+victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient terminé la campagne.
+Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la
+république prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire,
+ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France était
+sauvée, mais elle n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré
+son rang, et elle courait même des dangers sur le Var.
+
+
+
+CHAPITRE XIX.
+
+RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.--IL SE COALISE
+AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PRÉPARATIFS
+ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III;
+INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE.
+
+
+Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des
+Anglo-Russes se succédèrent presque immédiatement, et rassurèrent les
+imaginations épouvantées. C'était la première fois que ces Russes
+si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement, que la
+satisfaction devait être profonde. Mais l'Italie était toujours perdue,
+le Var était menacé, la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du reste, les périls les
+plus grands n'étaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement
+désorganisé, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir
+l'autorité et qui n'étaient cependant plus assez forts pour s'en
+emparer; partout une espèce de dissolution sociale, et le brigandage,
+signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans
+les provinces déchirées autrefois par la guerre civile; telle était la
+situation de la république. Un répit de quelques mois étant assuré par
+la victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur qu'on manquait dans
+le moment, que d'un chef qui s'emparât des rênes du gouvernement. La
+masse entière de la population voulait à tout prix du repos, de l'ordre,
+la fin des disputes, l'unité des volontés. Elle avait peur des jacobins,
+des émigrés, des chouans, de tous les partis. C'était le moment d'une
+merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs.
+
+Les dépêches contenant le récit de l'expédition de Syrie, des batailles
+du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire,
+et confirmèrent cette idée que le héros de Castiglione et de Rivoli
+resterait vainqueur partout où il se montrerait. Son nom se retrouva
+aussitôt dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_?
+_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir!
+disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il était arrivé
+courut deux ou trois fois. Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi;
+mais on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues. On a vu en effet
+qu'elles n'avaient pu traverser les croisières anglaises.
+
+Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait
+tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises.
+La traversée n'était pas heureuse, et les vents contraires la
+prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait
+craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de
+son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant à son étoile,
+apprenait à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls inévitables.
+Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de
+quitter. Craignant, d'après les derniers événemens, que le midi de la
+France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non vers les côtes
+de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait débarquer à
+Collioure ou à Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers la
+Corse. L'île entière était accourue au-devant du célèbre compatriote. On
+avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout
+à coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau,
+trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil
+couchant. On proposait de mettre un canot à la mer pour aborder
+furtivement à terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte
+dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17
+vendémiaire an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les frégates
+_le Muiron_ et _la Carrère_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la
+Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Fréjus.
+
+Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois années de
+suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait délivrés de cette
+crainte en 1796; mais elle leur était revenue plus grande que jamais
+depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte était mouillé sur
+la côte, ils crurent leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une
+multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosité, envahit les vaisseaux,
+et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux
+arrivés. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'était
+plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la
+santé dut dispenser le général de la quarantaine, car il aurait fallu
+condamner à la même précaution toute la population, qui avait déjà
+communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit sur-le-champ à terre,
+et le jour même voulut monter en voiture pour se rendre à Paris.
+
+Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait déjà répandu sur
+la route de Fréjus à Paris, la grande nouvelle du débarquement de
+Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté. La
+nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y avait produit des élans
+extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplacé partout les
+représentations théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes), l'un des
+auteurs de la constitution de l'an III, républicain sage et sincère,
+attaché à la république jusqu'à la passion, et la croyant perdue si un
+bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de
+joie en apprenant cet événement.
+
+Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire (9 octobre) pour
+Paris. Il avait passé par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches retentissaient dans les
+villages, et pendant la nuit des feux étaient allumés sur les routes. A
+Lyon surtout, les élans furent plus vifs encore que partout ailleurs.
+En partant de cette dernière ville, Bonaparte, qui voulait arriver
+incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquée à ses
+courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa direction, couraient
+à sa rencontre, tandis qu'il arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16
+octobre), il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, sans que
+personne se doutât de son arrivée. Deux heures après, il se rendit au
+directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le président du directoire, c'était
+Gohier. Il fut convenu qu'il serait présenté le lendemain au directoire.
+Le lendemain 25, il se présenta en effet devant cette magistrature
+suprême. Il dit qu'après avoir consolidé l'établissement de son armée
+en Égypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confié son
+sort à un général capable d'en assurer la prospérité, il était parti
+pour voler au secours de la république, qu'il croyait perdue. Il la
+trouvait sauvée par les exploits de ses frères d'armes, et il s'en
+réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son épée, jamais
+il ne la tirerait que pour la défense de cette république. Le président
+le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna
+l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence très flatteur, mais
+au fond les craintes étaient maintenant trop réelles et trop justifiées
+par la situation, pour que son retour fît plaisir aux cinq magistrats
+républicains.
+
+Lorsque après une longue apathie, les hommes se réveillent et
+s'attachent à quelque chose, c'est avec passion. Dans ce néant où
+étaient tombées les opinions, les partis et toutes les autorités, on
+était demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le dégoût des
+hommes et des choses était universel. Mais à l'apparition de l'individu
+extraordinaire que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière si
+imprévue, tout dégoût, toute incertitude venaient de cesser. C'est
+sur lui que se fixèrent sur-le-champ les regards, les voeux et les
+espérances. Tous les généraux, employés ou non employés, patriotes ou
+modérés, tous accoururent chez Bonaparte. C'était naturel, puisqu'il
+était le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente.
+En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur contre le gouvernement.
+Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgraciés
+pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi auprès du
+nouvel arrivé. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre,
+et en réalité observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.
+
+Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient
+pas. Bientôt Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,
+Lefebvre, Marbot, malgré des différences d'opinions, se montrèrent
+auprès de lui. Moreau lui-même fit bientôt partie de ce cortége.
+Bonaparte l'avait rencontré, chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau, lui témoigna
+son impatience de le connaître, et lui exprima une estime qui le toucha
+profondément. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et
+parvint à le gagner tout à fait. En quelques jours Moreau fut de sa
+cour. Il était mécontent aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres se joignirent des
+hommes de toutes les carrières: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la
+marine, qui venait de parcourir la Méditerranée à la tête des flottes
+française et espagnole, homme d'un esprit fin et délié, aussi habile à
+conduire une négociation qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M.
+de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mécontentement de
+Bonaparte, pour n'être point allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand
+comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour être bien
+accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de goût
+l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien
+procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Régnault
+de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel Bonaparte s'était
+attaché en Italie, et qu'il avait employé à Malte, orateur brillant et
+fécond.
+
+Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés, les mécontens, qui
+se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y
+montrèrent avec le même empressement. Tous les directeurs et tous les
+ministres lui donnèrent des fêtes, comme au retour d'Italie. Une grande
+partie des députés des deux conseils se firent présenter chez lui.
+Les ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage bien plus
+flatteur, ils vinrent le consulter à chaque instant sur ce qu'ils
+avaient à faire. Dubois-Crancé, le ministre de la guerre, avait en
+quelque sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui
+des directeurs qui s'occupait spécialement de la guerre, passait une
+partie des matinées avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi.
+Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait
+pour Bonaparte le goût que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprécier le
+mérite civil; Fouché, ministre de la police, qui voulait échanger son
+protecteur usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Réal,
+commissaire près le département de la Seine, ardent et généreux
+patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, étaient
+également assidus auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des
+affaires de l'état. Il y avait à peine huit jours que le général était
+à Paris, et déjà le gouvernement des affaires lui arrivait presque
+involontairement. A défaut de sa volonté, qui n'était rien encore,
+on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa réserve accoutumée, il
+affectait de se soustraire aux empressemens dont il était l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi
+dire qu'à la dérobée. Son visage était devenu plus sec, son teint plus
+foncé. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un
+sabre turc attaché à un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la
+bonne fortune de le voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient, les
+Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison,
+les quatre adjudans de la garde nationale, l'état-major de la place
+demandaient à lui être présentés. Il différait de jour en jour, et
+semblait ne se prêter qu'à regret à tous ces hommages. Il écoutait, ne
+s'ouvrait encore à personne, et observait toutes choses. Cette politique
+était profonde. Quand on est nécessaire, il ne faut pas craindre
+d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent à vous, et
+vous n'avez plus qu'à choisir.
+
+Que va faire Bonaparte? était la question que tout le monde s'adressait.
+Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux
+partis principaux, et un troisième, subdivision des deux autres,
+s'offraient à lui, et étaient disposés à le servir, s'il adoptait leurs
+vues: c'étaient les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les
+_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de
+toutes les factions.
+
+Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais
+avec leur goût de détruire, et leur imprévoyance du lendemain, ils
+se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf à s'occuper
+ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les
+forcenés, qui, toujours mécontens de ce qui existait, regardaient le
+soin de détruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes,
+ceux qu'on pouvait appeler les républicains, se défiaient de la renommée
+du général, voulaient tout au plus qu'on lui donnât place au directoire,
+voyaient même avec peine qu'il fallût pour cela lui accorder une
+dispense d'âge, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux
+frontières, relever la gloire de nos armes, et rendre à la république sa
+première splendeur.
+
+Les modérés ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et
+surtout celles des jacobins, n'espérant plus rien d'une constitution
+violée et usée, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fît
+sous les auspices d'un homme puissant. «Prenez le pouvoir, faites-nous
+une constitution sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;»
+tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à Bonaparte. Ils
+composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait même
+beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution,
+voulaient en confier le salut à un homme puissant. Ils avaient la
+majorité dans les anciens, une minorité assez forte dans les cinq-cents.
+Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée civile, celle de
+Sièyes, et s'y étaient d'autant plus attachés que Sièyes avait été plus
+maltraité au Manége. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus
+d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'était la force qu'ils
+cherchaient, et elle était bien plus grande dans un général victorieux
+que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fût.
+
+Les _pourris_ enfin étaient tous les fripons, tous les intrigans qui
+cherchaient à faire fortune, qui s'étaient déshonorés en la faisant, et
+qui voulaient la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout parmi eux, des
+jacobins, des modérés, des royalistes même. Ce n'était point un parti,
+mais une coterie nombreuse.
+
+Il ne faut pas, à la suite de cette énumération, compter les partisans
+de la royauté. Ils étaient trop annulés depuis le 18 fructidor, et
+d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre à
+d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du
+directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis.
+
+Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les
+patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attachés à ce qui
+existait, se défiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de
+main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien
+fonder avec eux. D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs. Les _pourris_
+n'étaient rien, ils n'étaient quelque chose que dans le gouvernement,
+où ils s'étaient naturellement introduits, car c'est là que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne pas s'en occuper;
+ils devaient venir à celui qui réunirait le plus de chances en sa
+faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de
+l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût s'appuyer était celui
+qui, partageant les besoins de toute la population, voulût mettre la
+république à l'abri des factions, en la constituant d'une manière
+solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il devait se
+ranger.
+
+Son choix ne pouvait être douteux: par instinct seul il était fait
+d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, dégoût des
+hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés qui
+voulaient qu'on gouvernât pour eux. C'était d'ailleurs la nation même.
+Mais il fallait attendre, se laisser prévenir par les offres des partis,
+et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait
+faire alliance.
+
+Les partis étaient tous représentés au directoire. Les patriotes
+avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras.
+Les politiques ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos.
+
+Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes, plus modérés que leur
+parti, parce qu'ils étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son épée que pour la gloire de la constitution
+de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armées. Bonaparte les
+traitait avec beaucoup d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a
+toujours aimée chez les hommes (c'est un goût naturel et intéressé chez
+un homme né pour gouverner). D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux
+étaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais républicains. Sa
+femme s'était liée avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle
+avait dit à madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra à toutes les
+calomnies.»
+
+Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans
+Bonaparte un successeur inévitable, le détestait profondément. Il aurait
+consenti à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus méprisé
+que jamais par lui, et il en demeurait éloigné. Bonaparte avait pour cet
+épicurien ignorant, blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donné à lui et aux siens,
+prouvait assez son dégoût et son mépris. Il était difficile qu'il
+consentît à s'allier à lui.
+
+Restait l'homme vraiment important, c'était Sièyes, entraînant à sa
+suite Roger-Ducos. En appelant Sièyes au directoire au moment du
+30 prairial, il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses bras.
+Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la première place en son
+absence; d'avoir fixé un moment les esprits, et d'avoir fait naître des
+espérances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait
+pas. Quoique fort opposés par le génie et les habitudes, ils avaient
+cependant assez de supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs
+différences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions.
+Malheureusement ils ne s'étaient point encore adressé la parole, et deux
+grands esprits qui ne se sont pas encore flattés, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fît
+les premiers pas. Ils se rencontrèrent à dîner chez Gohier. Bonaparte
+s'était senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il
+ne crut pas pouvoir les faire envers Sièyes, et il ne lui parla pas.
+Celui-ci garda le même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même salué le membre d'un
+gouvernement qui aurait dû le faire fusiller.--Quelle idée a-t-on eue,
+dit Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il est vendu à la
+Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera à elle.» Ainsi, dans
+les hommes de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte même sur
+la politique. Si, du reste, il en était autrement, ils n'auraient plus
+cette hauteur qui les rend propres à dominer les hommes.
+
+Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'intérêt à gagner,
+était celui pour lequel il avait le plus d'éloignement. Mais leurs
+intérêts étaient tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré
+eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs propres partisans.
+
+Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait
+toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait
+prendre, avait sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût pas l'âge
+nécessaire. C'était à la place de Sièyes qu'il aurait voulu entrer au
+gouvernement. En excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres
+collègues, et était assuré de gouverner sous leur nom. C'était sans
+doute un succès bien incomplet; mais c'était un moyen d'arriver au
+pouvoir, sans faire précisément une révolution; et une fois arrivé, il
+avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût sincère, soit qu'il voulût les
+tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-delà d'une place au directoire, il les sonda et les trouva
+intraitables sous le rapport de l'âge. Une dispense, quoique donnée
+par les conseils, leur paraissait une infraction à la constitution. Il
+fallut renoncer à cette idée.
+
+Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant à s'inquiéter
+de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques,
+imaginèrent de l'éloigner, en lui donnant le commandement d'une armée.
+Sièyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui
+fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie,
+Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir
+pas envie d'y retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait pour
+l'inviter à prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armée
+à commander.
+
+Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de
+Barras. Avant qu'on lui eût notifié l'objet pour lequel on l'appelait,
+il prit la parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos dont il
+avait à se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait
+sa fortune en Italie, ce n'était pas, du moins, aux dépens de la
+république. Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte que
+le gouvernement était persuadé que ses lauriers étaient la seule fortune
+qu'il eût rapportée d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le
+choix de l'armée. Bonaparte répondit froidement qu'il n'était pas encore
+assez reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat sec à un
+climat humide l'avait fortement éprouvé, et qu'il lui fallait encore
+quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication.
+Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir
+lui-même de leurs défiances.
+
+C'était un motif de se hâter: ses frères, ses conseillers habituels,
+Roederer, Réal, Régnault de Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui
+amenaient tous les jours des membres du parti modéré et politique dans
+les conseils. C'étaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe),
+Gaudin, Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier,
+Fargues, Daunou. Leur avis à tous était qu'il fallait s'allier au
+vrai parti, au parti réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une
+constitution toute faite, et la majorité dans le conseil des anciens.
+Bonaparte était bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix
+à faire; mais il fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était
+difficile. Cependant les intérêts étaient si grands, et il y avait
+entre son orgueil et celui de Sièyes des entremetteurs si délicats,
+si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder à se faire. M. de
+Talleyrand eût concilié des orgueils encore plus sauvages que celui de
+ces deux hommes. Bientôt la négociation fut entamée et achevée. Il fut
+convenu qu'une constitution plus forte serait donnée à la France, sous
+les auspices de Sièyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fût expliqué sur
+la forme et l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle
+serait républicaine, mais qu'elle délivrerait la France de ce que
+l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits
+puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence.
+
+Un systématique rêvant l'accomplissement trop différé de ses
+conceptions, un ambitieux voulant régir le monde, étaient, au milieu
+de ce néant de tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment
+propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité de leur humeur.
+L'adresse des intermédiaires et la gravité des intérêts suffisaient pour
+pallier cet inconvénient, du moins pour un moment: et c'était assez d'un
+moment pour faire une révolution.
+
+Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes et Roger-Ducos. Il
+montrait toujours le même éloignement pour Barras, les mêmes égards pour
+Gohier et Moulins, et gardait une égale réserve avec les trois. Mais
+Fouché, habile à deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand
+regret l'éloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et était
+désolé de voir que Barras ne fît rien pour vaincre cet éloignement. Il
+était tout à fait décidé à passer dans le camp du nouveau César; mais
+hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner son protecteur, il aurait
+voulu l'y entraîner à sa suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez
+bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il
+tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras. Il était secondé par Réal,
+Bruix, et les autres conseillers du général. Croyant avoir réussi, il
+engagea Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras l'invita pour le
+8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Après le dîner,
+ils commencèrent à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras
+s'attendaient. Barras entra le premier en matière. Il débuta par des
+généralités sur sa situation personnelle. Espérant sans doute que
+Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé,
+et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le
+silence, Barras ajouta que la république était désorganisée, qu'il
+fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président;
+et puis il nomma le général Hédouville, comme digne d'être élu.
+Hédouville était aussi inconnu que peu capable. Barras déguisait sa
+pensée, et désignait Hédouville pour ne pas se nommer lui-même. «Quant
+à vous, général, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre à
+l'armée; allez y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la France à
+son véritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai
+besoin.» Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien, et
+laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole.
+Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg,
+passa dans l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une manière
+expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus
+qu'à convenir des moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans cette
+entrevue, et on convint de tout préparer pour le 18 ou le 20 brumaire.
+
+Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché, Réal et les amis de
+Barras. «Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a
+proposé? de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire lui,
+et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a rien à faire avec un pareil
+homme.» Les amis de Barras voulurent réparer cette maladresse et
+cherchèrent à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea
+d'entretien, car son parti était pris. Fouché se rendit aussitôt chez
+Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain matin, Barras courut chez
+Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son
+dévouement et sa coopération à tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte
+l'écouta peu, lui répondit par des généralités, et à son tour lui parla
+de ses fatigues, de sa santé délabrée, et de son dégoût des hommes et
+des affaires.
+
+Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il était temps qu'il
+recueillît le prix de ses doubles intrigues et de ses lâches défections.
+Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la
+société du Manége; les républicains, attachés à la constitution de
+l'an III, n'avaient que du mépris et de la défiance pour lui. Les
+réformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme déconsidéré, et
+lui appliquaient le mot de _pourri_, imaginé par Bonaparte. Il ne lui
+restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains
+émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues étaient fort anciennes:
+elles avaient commencé dès le 18 fructidor. Il en avait fait part au
+directoire, et s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était ainsi ménagé
+le moyen de trahir à volonté la république ou le prétendant. Il était
+question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que
+Barras ne fût pas sincère avec le prétendant, car tous ses goûts
+devaient être pour la république. Mais savoir au juste les préférences
+de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-être les ignorait-il
+lui-même. D'ailleurs, à ce point de corruption, un peu d'argent doit
+malheureusement prévaloir sur toutes les préférences de goût ou
+d'opinion.
+
+Fouché, désespéré de voir son patron perdu, désespéré surtout de se voir
+compromis dans sa disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte.
+Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais
+Fouché ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à force de services. Il avait
+la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait
+partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité,
+composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses
+révélations un parti funeste aux conjurés.
+
+Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte était à Paris, et
+presque tout était déjà préparé. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient
+chaque jour les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement à la république, Augereau par
+jacobinisme, s'étaient rejetés en arrière, et avaient communiqué
+leurs craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des
+militaires était gagnée. Moreau, républicain sincère, mais suspect aux
+patriotes qui dominaient, mécontent du directoire qui avait si mal
+récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caressé,
+gagné par lui, et supportant très bien un supérieur, il déclara qu'il
+seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le secret,
+car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait à être
+appelé au moment de l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de
+dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui
+lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs, organisé par lui quand il
+commandait l'armée de l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens demandaient
+toujours à défiler devant lui. Les officiers de la garnison, les
+adjudans de la garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait, se réservant de faire
+concourir cette réception avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et
+Joseph, et les députés de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles
+conquêtes dans les conseils.
+
+Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec Sièyes, pour convenir du plan
+et des moyens d'exécution. Ce même jour, les conseils devaient donner un
+banquet au général Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce
+n'était point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait été proposée en comité secret; mais les cinq-cents, qui,
+dans le premier moment du débarquement, avaient nommé Lucien président,
+pour honorer le général dans la personne de son frère, étaient
+maintenant en défiance, et se refusaient à donner un banquet. Il fut
+décidé alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre
+des souscripteurs fut de six à sept cents. Le repas eut lieu à l'église
+Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on s'attendait à un
+grand événement, et qu'il était l'ouvrage d'une partie des assistans.
+Bonaparte fut sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au
+sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure d'une conjuration. A
+peine le dîner était-il achevé, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour
+des tables, adressa quelques paroles aux députés, et se retira ensuite
+précipitamment.
+
+Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens.
+Là, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait à celui qui
+existait. Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils pour trois mois,
+qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui,
+pendant ces trois mois, auraient une espèce de dictature et seraient
+chargés de faire une constitution. Bonaparte, Sièyes et Roger-Ducos,
+devaient être les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée dans les anciens.
+Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formés par
+les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat
+contre la représentation nationale. La commission des inspecteurs des
+anciens, toute à la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet,
+ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait à cette mesure en
+ajouter une autre qui n'était pas autorisée par la constitution, c'était
+de confier le soin de protéger la translation à un général de son choix,
+c'est-à-dire à Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en même temps
+le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes
+cantonnées dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le
+corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait devenir maître des
+cinq-cents, et leur arracher le décret d'un consulat provisoire.
+Sièyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour même leur démission de
+directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou
+Moulins. Alors le directoire était désorganisé par la dissolution de
+la majorité; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de
+gouvernement, et on les obligeait à nommer les trois consuls. Ce plan
+était parfaitement conçu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le peut, se servir
+des termes d'une constitution pour la détruire, et des membres d'un
+gouvernement pour le renverser.
+
+On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret de translation, et le
+19 pour la séance décisive à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le
+décret de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à Sièyes et à
+ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armée et de conduire les
+troupes aux Tuileries.
+
+Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était bruit de toutes parts
+que d'un grand événement près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela
+s'était passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que celles qui
+peuvent être connues d'avance. Fouché d'ailleurs se gardait d'avertir
+les trois directeurs restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé,
+malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte en matière de guerre,
+était chaud patriote; il eut avis du projet, courut le dénoncer à Gohier
+et à Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien à une grande
+ambition, mais non encore à une conjuration prête à éclater. Barras
+voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute façon,
+et il se laissait lâchement aller aux événemens.
+
+La commission des anciens, que présidait le député Cornet, eut la
+mission de tout préparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le
+décret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenêtres,
+pour que le public ne fût pas averti par les lumières du travail de
+nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin
+de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des
+cinq-cents pour onze. De cette manière, le décret de translation devait
+être rendu avant que les cinq-cents fussent en séance; et, comme toute
+délibération était interdite par la constitution à l'instant où le
+décret de translation était promulgué, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait toute discussion
+embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de différer pour certains
+députés l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par là que
+ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après la décision rendue.
+
+De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions nécessaires. Il
+avait mandé le colonel Sébastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment se composait
+de quatre cents hommes à pied et de six cents hommes à cheval. Il
+renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole
+et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel répondit du régiment à
+Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous prétexte de passer une
+revue, sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait son
+monde, partie sur la place de la Révolution, partie dans le jardin des
+Tuileries, et qu'il viendrait lui-même, avec deux cents hommes à cheval,
+occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite
+dire aux colonels des autres régimens de cavalerie, qu'il les passerait
+en revue le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient
+à lui être présentés, qu'il les recevrait le matin du même jour. Pour
+excuser le choix de l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les généraux de vouloir bien se trouver rue Chantereine à la même
+heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à
+passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre était tout dévoué au
+directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne résisterait pas à son
+ascendant. Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait
+eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter à dîner chez lui le 18 même,
+avec toute sa famille, et en même temps, pour le décider à donner sa
+démission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, à
+huit heures, déjeuner rue Chantereine.
+
+Le 18 au matin, un mouvement imprévu de ceux mêmes qui concouraient à
+le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de généraux et
+d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine,
+sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les députés
+des anciens couraient à leur poste, étonnés de cette convocation
+si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se
+préparait. Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète ignorance.
+Mais Sièyes, qui depuis quelque temps prenait des leçons d'équitation,
+et Roger-Ducos, étaient déjà à cheval, et se rendaient aux Tuileries.
+
+Dès que les anciens se furent assemblés, le président de la commission
+des inspecteurs prit la parole. La commission chargée de veiller à
+la sûreté du corps législatif avait, dit-il, appris que des projets
+sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule à
+Paris, y tenaient des conciliabules, et y préparaient des attentats
+contre la liberté de la représentation nationale. Le député Cornet
+ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de
+sauver la république, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de
+transférer le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire aux
+attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillité
+publique sous la garde d'un général capable de l'assurer, et de choisir
+Bonaparte pour ce général. A peine la lecture de cette proposition et du
+décret qui la contenait était-elle achevée, qu'une certaine émotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer;
+Cornudet, Lebrun, Fargues, Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assuré,
+décida la majorité. A huit heures le décret était rendu. Il transférait
+les conseils à Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain à
+midi. Bonaparte était nommé général en chef de toutes les troupes
+contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps
+législatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et
+des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, était
+mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir
+le décret, et prêter serment dans les mains du président. Un messager
+d'état fut chargé de porter sur-le-champ le décret au général.
+
+Le messager d'état, qui était le député Cornet lui-même, trouva les
+boulevards encombrés d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la
+rue Chantereine, remplies d'officiers et de généraux en grand uniforme.
+Tous accouraient se rendre à l'invitation du général Bonaparte. Les
+salons de celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de monde,
+il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron, et harangua les
+officiers. Il leur dit que la France était en danger, et qu'il comptait
+sur eux pour l'aider à la sauver. Le député Cornet lui présentant le
+décret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait
+compter sur leur appui. Tous répondirent, en mettant la main sur
+leurs épées, qu'ils étaient prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à
+Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre,
+avait interrogé le colonel Sébastiani, qui, sans lui répondre, lui avait
+enjoint d'entrer chez le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec
+humeur. «Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens
+de la république, voulez-vous la laisser périr dans les mains de ces
+_avocats_? Unissez-vous à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que je portais aux
+Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma
+confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout ému, jetons les _avocats_ à la
+rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi
+il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouché
+n'était point dans le secret; mais, averti de l'événement, il avait
+ordonné la fermeture des barrières, et suspendu le départ des courriers
+et des voitures publiques. Il vint en toute hâte en avertir Bonaparte,
+et lui faire ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui l'avait
+laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses
+précautions étaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières,
+ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la
+nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier
+n'avait pas voulu se rendre à son invitation; il en témoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se perdrait
+inutilement en voulant résister. Il monta aussitôt à cheval pour se
+rendre aux Tuileries, et prêter serment devant le conseil des anciens.
+Presque tous les généraux de la république étaient à cheval à ses côtés.
+Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, étaient derrière
+lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les détachemens du 9e,
+les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, entra dans le palais.
+
+Il se présenta devant les anciens, accompagné de ce magnifique
+état-major. Sa présence causa une vive sensation, et prouva aux anciens
+qu'ils s'étaient associés à un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens nécessaires pour faire réussir un coup d'état. Il se présenta à
+la barre: «Citoyens représentans, dit-il, la république allait périr,
+votre décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui voudraient s'opposer
+à son exécution; aidé de tous mes compagnons d'armes rassemblés ici
+autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts. On cherche en vain des
+exemples dans le passé pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire
+ne ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce siècle ne ressemble
+à sa fin... Nous voulons la république..... Nous la voulons fondée sur
+la vraie liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons, je le
+jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes.....» Nous le
+jurons tous, répétèrent les généraux et les officiers qui étaient à la
+barre. La manière dont Bonaparte venait de prêter son serment était
+adroite, en ce qu'il avait évité de prêter serment à la constitution. Un
+député voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le président
+la lui refusa, sur le motif que le décret de translation interdisait
+toute délibération. On se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous les généraux,
+et passa en revue les régimens de la garnison, qui arrivaient
+successivement. Il adressa une harangue courte et énergique aux soldats,
+et leur dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient
+dans les rangs. Le temps était superbe, l'affluence extraordinaire: tout
+semblait seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la confusion
+par le pouvoir absolu.
+
+Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la révolution qui se
+préparait, s'étaient rendus en tumulte à la salle de leurs séances. A
+peine réunis, ils avaient reçu un message des anciens, contenant le
+décret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient éclaté
+à la fois; mais le président Lucien Bonaparte les avait réduites au
+silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de
+délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt; les plus ardens,
+courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour
+s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de résistance. Les
+patriotes des faubourgs étaient en grande agitation, et s'ameutaient
+autour de Santerre.
+
+Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la revue des troupes, était
+rentré aux Tuileries, et s'était rendu à la commission des inspecteurs
+des anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré à la
+révolution nouvelle, et se prêtait à tout ce qu'on préparait. C'était là
+que tout devait se faire, sous le prétexte d'exécuter la translation.
+Bonaparte y siégea en permanence. Déjà le ministre de la justice
+Cambacérès s'y était rendu. Fouché y vint de son côté. Sièyes et
+Roger-Ducos venaient d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir
+encore une troisième au directoire, parce qu'alors la majorité étant
+dissoute, il n'y avait plus de pouvoir exécutif, et on n'avait plus à
+craindre un dernier acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas que
+Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha M. de Talleyrand et l'amiral
+Bruix à Barras, pour lui arracher la sienne.
+
+Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea
+Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une
+réserve. Lannes fut chargé de commander les troupes qui gardaient les
+Tuileries. Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission singulière,
+et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand événement:
+il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous prétexte
+de veiller à leur sûreté, et de leur interdire absolument toute
+communication au dehors. Bonaparte fit signifier en même temps au
+commandant de la garde directoriale de lui obéir, de quitter avec sa
+troupe le Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui aux Tuileries.
+On prit enfin une dernière et importante précaution, avec le secours de
+Fouché. Le directoire avait la faculté de suspendre les municipalités;
+le ministre Fouché, agissant en sa qualité de ministre de la police,
+comme s'il était autorisé par le directoire, suspendit les douze
+municipalités de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par
+ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire,
+ni dans les douze communes qui avaient succédé à la grande commune
+d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards, pour inviter les
+citoyens à l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans
+ce moment à sauver la république de ses périls.
+
+Ces mesures réussirent complètement. L'autorité du général Bonaparte
+fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eût pas agi
+constitutionnellement en la lui conférant. Ce conseil, en effet, pouvait
+bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef suprême
+de la force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec
+cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jubé,
+obéissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux
+Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier
+et Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins et Gohier,
+s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait échappé, s'étaient
+rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir
+ferme avec eux, et former la majorité. Le voluptueux directeur était
+dans le bain, et apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans Paris.
+«Cet homme, s'écria-t-il avec une expression grossière, nous a tous
+trompés.» Il promit de s'unir à ses collègues, car il promettait
+toujours, et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries pour aller à
+la découverte. Mais à peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il
+tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était pas
+difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle il était réduit,
+et on n'avait pas à craindre qu'il voulût succomber glorieusement en
+défendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune,
+et il consentit à donner sa démission. On lui avait rédigé une lettre
+qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de porter
+à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir
+auprès de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se
+démettre. Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de délibérer, ils
+ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir
+loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils
+résolurent donc de se rendre à la commission des inspecteurs, pour
+demander à leurs deux collègues, Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se
+réunir à eux pour reconstituer la majorité, et promulguer du moins le
+décret de translation. C'était là une triste ressource. Il n'était
+pas possible de réunir une force armée, et de venir lever un étendard
+contraire à celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller aux
+Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses
+forces.
+
+Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouvèrent
+Bonaparte entouré de Sièyes, Ducos, d'une foule de députés et d'un
+nombreux état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait d'être fort
+mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix, lui avait dit: «Qu'a-t-on
+fait de cette France, que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé
+la paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des victoires, j'ai
+retrouvé des revers; j'avais laissé les millions de l'Italie, et j'ai
+trouvé des lois spoliatrices et la misère. Que sont devenus cent mille
+Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont
+morts!» L'envoyé Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment la
+démission de Barras était arrivée et avait calmé le général. Il dit à
+Gohier et Moulins qu'il était satisfait de les voir; qu'il comptait
+sur leur démission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour
+s'opposer à une révolution inévitable et salutaire. Gohier répondit avec
+force qu'il ne venait avec son collègue Moulins que pour travailler
+à sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec
+quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes
+parts?--Qui vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni
+le courage, ni la volonté de marcher avec elle.» Une altercation assez
+vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta
+un billet au général. Il contenait l'avis d'une grande agitation au
+faubourg Saint-Antoine. «Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes
+parent de Santerre?--Non, répondit Moulins, je ne suis pas son parent,
+mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les
+faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.»
+Moulins répliqua avec force à Bonaparte, qui lui répéta qu'il ferait
+fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit
+en finissant: «La république est en péril, il faut la sauver... _je le
+veux_. Sièyes et Ducos ont donné leur démission; Barras vient de donner
+la sienne. Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez rien; je
+vous engage à ne pas résister.» Gohier et Moulins répondirent qu'ils ne
+déserteraient pas leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où ils
+furent dès ce moment consignés, séparés l'un de l'autre, et privés de
+toute communication par les ordres de Bonaparte transmis à Moreau.
+Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté par un
+détachement de dragons.
+
+Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte avait seul la
+force dans les mains. Tous les ministres étaient réunis auprès de lui, à
+la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de là, comme
+du seul point où il existât une autorité organisée. La journée s'acheva
+avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des résolutions désespérées, mais sans croire à la
+possibilité de les exécuter, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte
+sur les troupes!
+
+Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs. L'objet de ce
+conseil était de convenir, avec les principaux membres des anciens, de
+ce qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet arrêté avec
+Sièyes était de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat
+provisoire. Cette proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribué à rendre le décret
+de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti
+militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associés; ils auraient voulu
+seulement que l'on composât autrement le directoire, et, malgré l'âge de
+Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur. Ils en firent
+la proposition. Mais Bonaparte répondit, d'un ton décidé, que la
+constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité plus
+concentrée, et surtout un ajournement de tous les débats politiques qui
+agitaient la république. La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventôse furent donc proposées. Après une
+discussion assez longue, ces mesures furent adoptées. On choisit
+Bonaparte, Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé et dut
+être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud. Sièyes, connaissant
+parfaitement les mouvemens révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât dans
+la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas,
+et eut à s'en repentir.
+
+La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10
+novembre), la route de Saint-Cloud était couverte de troupes, de
+voitures et de curieux. Trois salles avaient été préparées au château:
+l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisième
+pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs
+devaient être achevés à midi, mais ils ne purent l'être avant deux
+heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la révolution
+nouvelle. Les députés des deux conseils se promenaient dans les jardins
+de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extrême vivacité.
+Ceux des cinq-cents, irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre la parole, leur
+demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient
+pour la journée. «Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a
+besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y porter
+des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il
+n'ait pas l'âge requis, nous y consentons encore.» Ces questions
+pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de
+constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations à ce
+sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés la
+veille de ce qui s'était passé à la commission des inspecteurs, furent
+ébranlés tout à fait, en voyant la résistance qui se manifestait dans
+les cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du corps législatif
+parurent douteuses, et le projet de révolution fut très compromis.
+Bonaparte était à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, qui les attendait
+à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient
+aussi, se disposant, en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes, du
+reste, montra dans toute cette scène un rare sang-froid et une grande
+présence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte
+ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier
+individu qui se présenterait pour les haranguer, représentant ou
+général, n'importe.
+
+La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures. Dans les anciens,
+des réclamations s'élevèrent de la part des membres qui n'avaient pas
+été convoqués la veille pour assister à la discussion sur le décret de
+translation. Ces réclamations furent écartées, puis on s'occupa d'une
+notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil était en
+majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la délibération commença
+autrement. Le député Gaudin, qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la
+république, et proposa deux choses: premièrement de remercier les
+anciens d'avoir transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et
+secondement de former une commission chargée de faire un rapport sur les
+dangers de la république, et sur les moyens de pourvoir à ces dangers.
+Si cette proposition avait été adoptée, on avait un rapport tout
+préparé, et on eût proposé le consulat provisoire et l'ajournement.
+Mais à peine le député Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage
+épouvantable éclate dans l'assemblée. Des cris violens retentissent; on
+entend de toutes parts: «A bas les dictateurs, point de dictature, vive
+la constitution!--La constitution ou la mort! s'écrie Delbrel.... Les
+baïonnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici.» Ces paroles
+sont suivies de nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent
+en regardant le président Lucien: «Point de dictature, à bas les
+dictateurs!» A ces cris insultans, Lucien prend la parole. «Je sens
+trop, dit-il, la dignité de président pour souffrir plus long-temps les
+menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle à l'ordre.»
+Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Après une
+longue agitation, le député Grandmaison propose de prêter serment à la
+constitution de l'an III. La proposition est aussitôt accueillie. On
+demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopté.
+Chaque député vient à son tour prêter serment à la tribune, aux cris et
+aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même de
+quitter le fauteuil, pour prêter le serment qui ruine les projets de son
+frère.
+
+Les événemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une
+commission pour écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ébranlés étaient
+prêts à reculer. C'était une révolution manquée. Le danger était
+imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, étaient à
+Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de
+leur côté. Bonaparte et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut agir, et
+ramener à soi la masse flottante. Bonaparte se décide à se présenter aux
+deux conseils à la tête de son état-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une jolie position!--Les
+affaires étaient en bien plus mauvais état à Arcole,» lui répond
+Bonaparte; et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblées. Parler pour la première fois en public est
+embarrassant, effrayant même pour les esprits les plus fermes, et dans
+les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils événemens,
+et pour un homme qui n'avait jamais paru à une tribune, ce devait être
+bien plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend la parole,
+et d'une voix entrecoupée, mais forte, dit aux anciens: «Citoyens
+représentans, vous n'êtes point dans des circonstances ordinaires, mais
+sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru
+la république en danger; vous avez transféré le corps législatif à
+Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer l'exécution de vos décrets;
+je suis sorti de ma demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau
+Cromwell, d'un nouveau César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle,
+il m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus
+beau triomphe, et lorsque l'armée et les partis m'invitaient à m'en
+emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont éveillé mon zèle et le
+vôtre.» Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau de
+la situation dangereuse de la république, déchirée par tous les partis,
+menacée d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion
+vers le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux
+choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberté et
+l'égalité...--Parlez donc aussi de la constitution!» s'écrie le député
+Linglet. Cette interruption déconcerte un instant le général; mais
+bientôt il se remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez détruite, en
+attentant, le 18 fructidor, à la représentation nationale, en annulant,
+le 22 floréal, les élections populaires, et en attaquant, le 30
+prairial, l'indépendance du gouvernement. Cette constitution dont vous
+parlez, tous les partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je
+ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les
+hommes.--Nommez-les, s'écrient alors les opposans, nommez-les, demandez
+un comité secret.» Une longue agitation succède à cette interruption.
+Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'état où la
+France est placée, engage les anciens à prendre des mesures qui puissent
+la sauver. «Environné, dit-il, de mes frères d'armes, je saurai vous
+seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'aperçois les
+baïonnettes, et que j'ai si souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste
+leur courage, nous vous aiderons à sauver la patrie. Et si quelque
+orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menaçante, si quelque orateur, payé
+par l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais
+à mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagné du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre.»
+
+Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens
+les accueillirent très bien, et parurent ramenés par la présence du
+général. Ils lui accordèrent les honneurs de la séance.
+
+Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens, songe à se rendre aux
+cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques
+grenadiers; il entre, mais il les laisse derrière lui au bout de la
+salle. Il avait à parcourir la moitié de l'enceinte pour arriver à la
+barre. A peine est-il arrivé au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix, des soldats ici! des
+armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! à bas le tyran!» Un grand
+nombre de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent le
+général, lui adressent les interpellations les plus vives! «Quoi! lui
+dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+flétris... Votre gloire s'est changée en infamie. Respectez le temple
+des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte est confondu au milieu de la foule
+qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte, accourent,
+repoussent les députés, et le saisissent au milieu du corps. On dit que
+dans ce tumulte, des grenadiers reçurent des coups de poignard qui lui
+étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses vêtemens déchirés. Il est
+très possible que, dans le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés,
+sans qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi que des
+poignards fussent dans plus d'une main. Des républicains qui croyaient
+voir un nouveau César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans être des
+assassins. Il y a une grande faiblesse à les en justifier. Quoi qu'il
+en soit, Bonaparte est emporté hors de la salle. On dit qu'il était
+troublé, ce qui n'est pas plus étonnant que la supposition des
+poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des troupes, leur dit qu'on
+a voulu l'assassiner, que ses jours ont été en péril, et est accueilli
+partout par les cris de _vive Bonaparte!_
+
+Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans
+l'assemblée, et se dirige contre Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et
+un courage rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un jour il
+a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche en vain à le justifier. «Vous
+n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa
+conduite, vous faire connaître sa mission, répondre à toutes les
+questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous êtes réunis.
+Ses services méritaient du moins qu'on lui donnât le temps de
+s'expliquer.--Non, non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes furieux.
+Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce mot était terrible, il avait
+perdu Robespierre. Prononcé contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire
+hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien, avec courage,
+résiste à la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant
+qu'on écoute son frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge: «Misérables,
+s'écrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frère! Je
+renonce au fauteuil, et je vais me rendre à la barre pour défendre celui
+qu'on accuse.»
+
+Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scène qui se passait
+dans l'assemblée. Il craignait pour son frère; il envoie dix grenadiers
+pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au
+milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est
+par ordre de son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était le
+moment de prendre un parti décisif. Tout était perdu si on hésitait. Les
+moyens oratoires de ramener l'assemblée étant devenus impossibles, il
+ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux,
+devant lesquels hésitent toujours les usurpateurs. César hésita en
+passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée. Il monte à cheval
+avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. «Le
+conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le
+déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et ont fait
+violence à la majorité; je vous somme de marcher pour la délivrer.»
+Lucien jure ensuite que lui et son frère seront les défenseurs fidèles
+de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent alors un bataillon de
+grenadiers, et le conduisent à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent
+jusqu'à l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les députés
+poussent des cris affreux, comme ils avaient fait à la vue de Bonaparte.
+Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_
+s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et
+dispersent les députés qui s'enfuient les uns par les couloirs, les
+autres par les fenêtres. En un instant la salle est évacuée, et
+Bonaparte reste maître de ce déplorable champ de bataille.
+
+La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont remplis d'inquiétude et
+de regrets. Ils n'avaient pas souhaité un pareil attentat. Lucien se
+présente à leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard des
+cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une
+pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on
+s'était proposé. Le conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui
+seul l'ajournement du corps législatif et l'institution du consulat. Le
+conseil des cinq-cents était dissous; mais il restait une cinquantaine
+de députés, partisans du coup d'état. On les réunit, et on leur fait
+rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait de faire. Le
+décret est ensuite porté aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu
+de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls
+provisoires, et revêtus de toute la puissance exécutive. Les conseils
+sont ajournés au 1er ventôse prochain. Ils sont remplacés par deux
+commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargées d'approuver les mesures législatives que les trois consuls
+auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont chargés de
+rédiger une constitution nouvelle.
+
+Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée si diversement par les
+hommes, regardée par les uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de
+notre liberté, par les autres comme un acte hardi, mais nécessaire, qui
+termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la révolution,
+après avoir pris tous les caractères, monarchique, républicain,
+démocratique, prenait enfin le caractère militaire, parce qu'au milieu
+de cette lutte perpétuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se
+constituât d'une manière solide et forte. Les républicains gémissent
+de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement versé pour
+fonder la liberté en France, et ils déplorent de la voir immolée par
+l'un des héros qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La révolution, qui devait nous donner la liberté, et qui a
+tout préparé pour que nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait
+pas être elle-même la liberté. Elle devait être une grande lutte contre
+l'ancien ordre de choses. Après l'avoir vaincu en France, il fallait
+qu'elle le vainquît en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberté. On eut un moment de liberté
+sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire
+devint menaçant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit
+les Tuileries au 10 août; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui
+lui donnaient des défiances; quand au 21 janvier il obligea tout le
+monde à se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang
+royal; quand il obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux
+frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-même sa
+puissance, et la remit à ce grand comité de salut public, composé de
+douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté? Non; il y avait
+un violent effort de passions et d'héroïsme; il y avait cette tension
+musculaire d'un athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après ce
+moment de danger, après nos victoires, il y eut un instant de relâche.
+La fin de la convention et le directoire présentèrent des momens de
+liberté. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que passagèrement
+suspendue. Elle recommença bientôt; et au premier revers les partis se
+soulevèrent tous contre un gouvernement trop modéré, et invoquèrent un
+bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salué comme souverain,
+et appelé au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauvé la
+France. Zurich était un accident, un répit; il fallait encore Marengo et
+Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires,
+il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur de toutes les
+parties du gouvernement, et c'était un chef politique plutôt qu'un chef
+militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire étaient
+donc nécessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable,
+et que le héros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on
+répondra qu'il venait achever une tâche mystérieuse, qu'il tenait, sans
+s'en douter, de la destinée, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce
+n'était pas la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas
+exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la
+révolution dans le monde; il venait la continuer en se plaçant, lui
+plébéien, sur un trône; en conduisant le pontife à Paris pour verser
+l'huile sacrée sur un front plébéien; en créant une aristocratie avec
+des plébéiens, en obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à
+son aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec des plébéiens;
+enfin en recevant dans son lit la fille des Césars, et en mêlant un sang
+plébéien à l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant enfin
+tous les peuples, en répandant les lois françaises en Allemagne, en
+Italie, en Espagne; en donnant des démentis à tant de prestiges, en
+ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà quelle tâche profonde
+il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle société allait se
+consolider à l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la première crise qui
+en a préparé les élémens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant
+l'erreur, révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant de saisir les
+profonds desseins de la Providence dans ces grands événemens, et les
+respectant dès que je croyais les avoir saisis.
+
+
+FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête
+de cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise
+de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des
+Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en
+Égypte; établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir,
+destruction de la flotte française par les Anglais.
+
+CHAPITRE XIV.
+
+Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la
+bataille navale d'Aboukir.--Déclaration de guerre de la Porte.--Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conférences avec
+l'Autriche à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.--Nouvelles
+commotions en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes.
+Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire
+à ce sujet.--Situation intérieure. Une nouvelle opposition se prononce
+dans les conseils.--Disposition générale à la guerre. Loi sur la
+conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilités. Invasion
+des états romains par l'armée napolitaine--Conquête du royaume de Naples
+par le général Championnet.--Abdication du roi de Piémont.
+
+CHAPITRE XV.
+
+État de l'administration de la République et des armées au commencement
+de 1799.--Préparatifs militaires.--Levée de 200 mille
+conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances
+coalisées.--Déclaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de
+la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte
+Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Opérations
+militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de
+Schérer.--Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt.--Effets
+de nos premiers revers.--Accusations multipliées contre le directoire.
+--Élections de l'an VII.--Sièyes est nommé directeur, en remplacement de
+Rewbell.
+
+CHAPITRE XVI.
+
+Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement
+des armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la
+Limmat.--Arrivée de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement
+à Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de
+l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la
+Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Révolution
+du 30 prairial.--Larévellière et Merlin sortent du directoire.
+
+CHAPITRE XVII.
+
+Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent
+Larévellière et Merlin.--Changement dans le ministère.--Levée de toutes
+les classes de conscrits.--Emprunt forcé de cent millions.--Loi des
+otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des opérations en
+Italie; Joubert général en chef; bataille de Novi, et mort de
+Joubert.--Débarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles
+à l'intérieur; déchaînement des patriotes; arrestation de onze
+journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de déclarer la patrie en
+danger.
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte
+par Desaix; bataille de Sédiman.--Expédition de Syrie; prise du
+fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de
+Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.--Départ de
+Bonaparte pour la France.--Opérations en Europe. Marche de l'archiduc
+Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna;
+mémorable victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa
+retraite désastreuse; la France sauvée.--Événemens en Hollande; défaite
+et capitulation des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la
+campagne de 1799.
+
+CHAPITRE XIX.
+
+Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il
+inspire.--Agitation de tous les partis à son arrivée.--Il se coalise
+avec Sièyes pour renverser la constitution directoriale.--Préparatifs et
+journée du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III;
+institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire.
+
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+
+
+TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE
+
+
+Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.
+
+(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été
+retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination)
+
+ ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer
+ les soldats des gardes-françaises. I, 80.
+ Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270.
+ Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318.
+
+ ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.
+ Ses conséquences funestes. 61 et suiv.
+ Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village;
+ détails militaires. 304-310.
+
+ ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez _Égypte_.)
+
+ ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes
+ sur ce fleuve. VIII, 206-207.
+ Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.
+ Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.
+
+ ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration
+ des vivres. III, 130 et suiv.
+
+ AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334
+ et suiv.
+ Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341.
+ On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342.
+ Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.
+ Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour
+ parer aux inconvéniens de ce trafic. 193.
+
+ AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour
+ l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88.
+
+ AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84.
+
+ AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.
+
+ ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque
+ de la révolution. I, 216-217.
+ Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48.
+ Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la Vendée.
+ Sa position politique. VII, 164 et suiv.
+ Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et
+ au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.
+ Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de
+ Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145.
+ Conférences de Lille. 235-245.
+ Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,
+ 61 et suiv.
+
+ AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et suiv.
+ Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357.
+
+ APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du
+ procès du roi. III, 230 et suiv.
+
+ APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement de
+ Paris. I, 108-109.
+
+ ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374.
+
+ ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv.
+
+ ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117.
+
+ ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces.
+ I, 245 et suiv.
+
+ ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60.
+ Est licenciée. VI, 9.
+
+ ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion
+ étrangère. II, 294 et suiv.
+
+ ARMOIRE DE FER. III, 197-198.
+
+ ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la
+ France. 105.
+
+ ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen par des
+ députés des départemens. IV, 206 et suiv.
+
+ ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblée nationale_.)
+
+ ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.
+ Elle abolit les titres de _sire_ et de _majesté_. 17.
+ Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv.
+ Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment
+ civique. 27-28.
+ Suites de cette mesure. 28 et suiv.
+ Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés.
+ 34-36.
+ Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58.
+ Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51.
+ Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv.
+ Se déclare en permanence. 88.
+ Décrète la déportation des prêtres. 89.
+ Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv.
+ Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132.
+ Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.
+ Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et
+ suiv.
+ Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156.
+ Autre décret sur les gardes nationales. 157.
+ Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui
+ est adopté. 159-172.
+ Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.
+ Elle déclare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure.
+ 179 et suiv.
+ Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257.
+ Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv.
+ Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265.
+ Organise la police, dite de _sûreté générale_. 276 et suiv.
+ Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les
+ crimes du 10 août. 283.
+ Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305.
+ Est dissoute, III, 23.
+
+ ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend ce
+ titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.
+ Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57.
+ Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67.
+ Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68.
+ Délibère sur les mandats impératifs. 73.
+ Nomme un comité des subsistances. 77.
+ Difficultés de sa position. 78.
+ Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.
+ Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet,
+ et demande au roi le renvoi des troupes. 92.
+ Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution,
+ et nomme un comité pour préparer les questions. 93.
+ Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi,
+ Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101.
+ Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant
+ la réunion du roi avec la nation. 103.
+ Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122.
+ Discute la déclaration des droits de l'homme. 125.
+ Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, _ibid._
+ et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.
+ Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.
+ Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146.
+ Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149.
+ Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150.
+ Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157.
+ Débats relatifs à un message du roi. 166-167.
+ Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée
+ à Paris. 177.
+ Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et
+ suiv.
+ Divise le royaume en départemens. 190.
+ Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de
+ faire la paix et la guerre. 221 et suiv.
+ Elle rend un décret relatif à ce droit. 225.
+ Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230.
+ Abolit les titres féodaux. 236.
+ Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv.
+ Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à
+ vaincre. 298-299.
+ Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301.
+ Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305.
+ Achève le travail de la constitution. 306.
+ Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308.
+ Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.
+ Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et
+ réfutation. II, 1-10.
+
+ ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du
+ numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.
+ 400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230.
+ Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27.
+ Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv.
+ Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur
+ avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.
+ Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.
+ Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.
+ Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et
+ suiv.
+ Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les
+ retirer de la circulation. VII, 66-73.
+ Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193.
+ Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et
+ suiv.
+ Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202.
+ Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247.
+ Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir
+ aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails
+ financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.
+ Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv.
+ La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.
+ La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109.
+
+ AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.
+ Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le
+ commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.
+ Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.
+ Est nommé commandant de l'armée dite d'_Allemagne_, après la
+ mort de Hoche. 302.
+ Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne. 370-371.
+
+ AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix.
+ VII, 135-136.
+
+ BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractère et
+ projets de ce démagogue. VIII, 97-98.
+ Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv.
+ Est condamné à mort et exécuté. IX, 33.
+
+ BAILLY. Il est nommé député. I, 37.
+ Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi.
+ Son caractère. 51.
+ Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les
+ gardes-françaises. 61.
+ Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.
+ Il se maintient à la présidence. 72.
+ Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.
+ 103.
+ Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.
+ Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois
+ sans les discréditer. 226-227 et suiv.
+ Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171.
+
+ BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la convention. III,
+ 121.
+
+ BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120
+ et suiv.
+
+ BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210.
+
+ BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.
+ Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.
+ Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290.
+ S'entend avec la cour. 293 et suiv.
+
+ BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire.
+ VII, 359.
+ Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire.
+ IX, 3-4.
+ Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa
+ prodigalité. 9 et suiv.
+ Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet.
+ Pourquoi. X, 180 et suiv.
+
+ BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété
+ d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+ Est nommé député en l'an V. IX, 148.
+ Sa nomination est abolie. 153.
+
+ BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et
+ suiv.
+ Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.
+ Est condamné à la déportation. 285.
+
+ BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.
+
+ BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare de
+ la Bastille. I, 95-98.
+
+ BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes.
+ III, 125 et suiv.
+ Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement.
+ 294-295.
+ Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française.
+ 327-328.
+
+ BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140.
+ Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252.
+ Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281.
+
+ BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143.
+
+ BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.
+ Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa
+ détention est maintenue. 116.
+
+ BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337.
+
+ BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400 millions
+ de biens du clergé. I, 206.
+
+ BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.
+ Il est adopté. VII, 199-202.
+ On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv.
+
+ BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329.
+ II donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289.
+ Est mis en état d'accusation. 394.
+ Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377.
+ Est décrété d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+
+ BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort
+ de l'Éguillette. V, 255 et suiv.
+ Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et
+ suiv.
+ Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12
+ vendémiaire. VII, 360-361.
+ Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv.
+ Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49.
+ Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126.
+ Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161.
+ Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au
+ roi de Piémont. 155-157 et suiv.
+ Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159.
+ Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Son entrée à Milan. 181 et suiv.
+ Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189.
+ Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans.
+ 191-193.
+ Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv.
+ Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv.
+ Il signe un armistice avec Naples. 212-213.
+ Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv.
+ Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec.
+ 278 et suiv.
+ Sa victoire de Lonato. 283-286.
+ De Castiglione. 288 et suiv.
+ Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.
+ Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.
+ Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.
+ Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec
+ le pape. 345-351.
+ Il organise la république cispadane. 352 et suiv.
+ Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.
+ Détails militaires. 255-364-367-379.
+ Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à
+ l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.
+ Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423.
+ Il prend Mantoue. 425 et suiv.
+ Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.
+ Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de
+ Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape
+ le traité de Tolentino, IX, 50-55.
+ Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56.
+ Il négocie inutilement avec Venise. 58-60.
+ Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.
+ 60-67.
+ Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71.
+ Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement
+ une lettre menaçante. 79-86.
+ Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à
+ Léoben. 86-90.
+ Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102.
+ Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa
+ conduite politique et militaire. 116-131.
+ Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194.
+ Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire
+ les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.
+ Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben.
+ 230-235.
+ Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son
+ mécontentement. 311 et suiv.
+ Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318.
+ Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et
+ les Grisons. 321-322.
+ Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323.
+ Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326.
+ Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues
+ avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335.
+ Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339.
+ Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les
+ affaires de ce pays. 339 et suiv.
+ Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.
+ Fête. 343-350.
+ Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.
+ Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour
+ cette expédition. 362 et suiv.
+ Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée.
+ Détails sur les préparatifs. 408-419.
+ Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.
+ Il s'empare de l'île de Malte. 4-8.
+ Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13.
+ Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours
+ à ses soldats. 23-27.
+ Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv.
+ Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations
+ politiques et militaires. 42 et suiv.
+ Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv.
+ Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58.
+ Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,
+ et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.
+ Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.
+ Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante
+ victoire sur les Turcs. 300-304-310.
+ Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France.
+ 311-312.
+ Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous
+ les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv.
+ Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour
+ renverser la constitution directoriale. 345-350.
+ Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan.
+ 353-356 et suiv.
+ Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. )
+ Est nommé consul provisoire. 383-384.
+
+ BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91.
+ Il est blessé à mort. V, 121.
+ Fait délivrer les prisonniers. 122.
+
+ BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133.
+
+ BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44.
+
+ BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202.
+ Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248.
+ Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289.
+ Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de
+ Fuite du roi. 294-295.
+
+ BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.
+
+ BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79.
+ État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.
+ Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160
+ et suiv.
+ État de ce pays après la première pacification. De nouveaux
+ Troubles s'y préparent. 263 et suiv.
+ Expédition de Quiberon. 269-275-318.
+
+ BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.
+
+ BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12.
+ Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16.
+ Il négocie avec le parlement. 17.
+ Ses embarras. 19.
+ Se retire du ministère. 23.
+ On brûle son effigie. 35.
+
+ BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute
+ la France. I, 122-123.
+
+ BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des
+ troupes. I, 82.
+
+ BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3.
+ Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57.
+
+ BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X.
+ 353-356-359-373.
+
+ BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140.
+
+ BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce
+ prince. II, 217.
+
+ CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190.
+
+ CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10.
+ Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les
+ notables. 11.
+ Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des
+ troubles. 220.
+
+ CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.
+ Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136.
+
+ CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352.
+
+ CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France.
+ IX, 334 et suiv.
+
+ CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un
+ taux infiniment modique. I, 189.
+
+ CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391.
+ Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv.
+ Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public.
+ VII, 99 et suiv.
+ On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234.
+ Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé.
+ VIII, 10 et suiv.
+ Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv.
+ Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.
+ Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.
+ Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du
+ directoire. 259-261.
+ Prend la fuite le 18 fructidor. 278.
+ Est condamné à la déportation. 285.
+
+ CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148.
+ Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374.
+ Est condamné à mort. 394-395.
+
+ CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et
+ suiv.
+ Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252.
+
+ CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111.
+ Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.
+
+ CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117.
+
+ CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour
+ s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.
+
+ CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75.
+ Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76.
+
+ CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires
+ dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113.
+ Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.
+ Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129.
+ Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le
+ Nouveau directoire. 242.
+
+ CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour
+ enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit
+ convenu. II, 191-192.
+ Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270.
+
+ CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux
+ instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV,
+ 89-90.
+ Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix.
+ VII, 139-142-145.
+ Sa réception triomphale à Nantes. 146.
+ Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations
+ avec les princes et les émigrés. 162-163.
+ Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26.
+ Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et
+ suiv.
+ Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.
+ Est pris et fusillé. 135-136.
+
+ CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de
+ l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123.
+ Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv.
+ Sa marche contre Jourdan. 300.
+
+ CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et
+ suiv.
+
+ CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature
+ municipale. IV, 279.
+ Il est arrêté. V, 372 et suiv.
+ Sa condamnation et sa mort. 415.
+
+ CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33.
+
+ CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200.
+
+ CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus
+ capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9 thermidor.
+ VII, 185-188.
+
+ CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322.
+
+ CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.
+
+ CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318.
+ Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv.
+ Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86.
+ Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv.
+
+ CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.
+
+ CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359.
+ Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice
+ qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv.
+
+ CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45.
+ (Voyez _Tiers-État_ et _Vérification_.)
+ Vote sa réunion aux communes. 59.
+ La majorité du clergé se réunit aux communes. 65.
+ Il abdique ses priviléges. 125.
+ Son rôle dans l'assemblée. 192.
+ Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.
+ Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile.
+ 233 et suiv.
+ Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce
+ refus. 257-238.
+
+ CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de l'opposition
+ du corps législatif. IX, 16-17.
+ Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses
+ propositions faites au corps législatif. 151 et suiv.
+ Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv.
+ Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.
+ Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv.
+ Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv.
+ (Voyez _Royalistes_.)
+ Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés
+ par le directoire. 203 et suiv.
+ Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche.
+ 213 et suiv.
+ Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du
+ directoire. 266 et suiv.
+ Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv.
+
+ CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée à
+ faire partie de la fédération. I, 235.
+ Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et
+ suiv.
+ Il est exclu de la société des jacobins. 228.
+ Est arrêté. 372.
+ Son procès et son supplice. 374-379.
+
+ CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33.
+ Club breton. 119.
+ Leur importance augmente. 213.
+ Ils deviennent dominateurs. II, 12.
+ Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait
+ permise. IX, 218-219.
+
+ CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI, 264-265.
+ Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution
+ de la municipalité de Paris, etc. 343-345.
+
+ CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204.
+
+ COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv.
+ Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv.
+ Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238
+ État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.
+ Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes
+ français. 326 et suiv.
+ Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts.
+ X, 141 et suiv.
+
+ COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.
+ Suite de cette communication. 71.
+
+ COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263.
+ Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.
+
+ COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le nord.
+ VI, 62.
+
+ COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.
+ Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv.
+ Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15
+ et 16 ventôse. 362 et suiv. 370.
+ Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96
+ et suiv.
+ Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289.
+ Est mis en état d'accusation. 394.
+ Est décrété d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+
+ COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie
+ prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects
+ et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv.
+
+ COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les moyens
+ de salut public. II, 307-308.
+ Pourquoi il fut établi. III, 296.
+
+ COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce que
+ c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48.
+ Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour
+ remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.
+ Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution.
+ 194.
+ Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens.
+ 202-203.
+ Ses attributions. 276-277.
+ Il perd sa popularité. 281-282.
+ On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282.
+ Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51
+ et suiv.
+ La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.
+ Sa politique en décembre 93. 231 et suiv.
+ Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et
+ suiv.
+ Rend des décrets relatifs aux détenus. 359.
+ Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.
+ Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv.
+ Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre
+ en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.
+ Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés
+ sectionnaires, etc. 9 et suiv.
+ Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.
+ Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de
+ sûreté générale. 111 et suiv.
+ Les divisions continuent. 128-131 et suiv.
+ Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du pouvoir.
+ 157-159.
+ Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164.
+ Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239.
+ Nouvelle épuration. 289-290.
+
+ COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190.
+ En communication avec Pétion. 191.
+
+ COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor. VI,
+ 238.
+
+ COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276.
+ Il fait exécuter des arrestations. 306-307.
+ On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.
+ Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le
+ meurtre des prisonniers. 337 et suiv.
+ Ordonne des arrestations. III, 4.
+
+ COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et les
+ départemens. VI, 258.
+
+ COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI,
+ 237-238.
+ Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv.
+ Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv.
+
+ COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.
+
+ COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute la
+ France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv.
+
+ COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de salut
+ public. II, 159 et suiv.
+
+ COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut
+ public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv.
+
+ COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275.
+ Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.
+ Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.
+ Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50.
+ Ses membres sont renouvelés. 82.
+ Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345.
+ Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion
+ de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.
+ Soumet ses registres à la convention. 64.
+ Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur
+ les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv.
+ Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies
+ dont elle est l'objet. 126-127.
+ Hébert y est couronné. 138-139.
+ Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai.
+ 147 et suiv.
+ Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la
+ convention. 156 et suiv.
+ Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration
+ intérieure. 279.
+
+ CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294.
+
+ CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X,
+ 98-101.
+
+ CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30
+ prairial an VII. X, 350.
+
+ CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II, 263.
+ Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.
+ Sa nouvelle organisation. III, 50-52.
+ Il est aboli. VI, 10.
+
+ CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de
+ l'an III. VII, 334-335.
+
+ CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la constitution
+ de l'an III. VII, 334.
+ Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et
+ suiv.
+ Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées
+ ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX,
+ 158-162 et suiv.
+ Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en
+ danger. X, 279-281.
+
+ CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes
+ de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv.
+ Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée
+ du lieu de leurs séances. 279-280.
+ Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à
+ l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration
+ royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et
+ condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des
+ journalistes, etc. 280-281-284-285.
+ Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.)
+
+ CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280.
+
+ CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.
+ VIII, 105-106.
+
+ CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers;
+ obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv.
+ Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv.
+
+ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce projet
+ sont adoptées. Réflexions. I, 232-233.
+
+ CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.
+ Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention.
+ 243-244.
+
+ CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales
+ dispositions. VII, 332-337.
+ Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France.
+ 346-347.
+ État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv.
+ Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.
+ Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. )
+
+ CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le
+ midi de la France. VII, 178-182 et suiv.
+
+ CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.
+ Elle déclare la royauté abolie en France. 25.
+ Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.
+ Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46.
+ Se partage en divers comités. 52-53.
+ Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.
+ Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les
+ formes du jugement de Louis XVI. 107-108.
+ Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159
+ et suiv.
+ Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195.
+ Discussions sur les formes du procès. _Ibid._ et suiv.
+ Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv.
+ Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi.
+ 247-248-256.
+ Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258.
+ Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286.
+ Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298
+ et suiv.
+ Elle rend divers décrets. 333-334.
+ Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et
+ suiv.
+ Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343.
+ Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et
+ extérieure. IV, 23 et suiv.
+ Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la
+ famille d'Orléans. 38-39.
+ Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes de
+ la commune. 61 et suiv.
+ Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et
+ de Lyon. 108-109.
+ Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.
+ Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de
+ la commune et protéger la représentation nationale. 114.
+ Cette commission informe contre la commune et fait quelques
+ arrestations. 122-125.
+ Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions
+ des sections armées. 128 et suiv.
+ Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.
+ Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv.
+ Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137.
+ Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.
+ Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le
+ 3l mai. 164.
+ Courte séance du 1er juin. 173.
+ Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.
+ Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177.
+ Plusieurs députés sont maltraités. 180.
+ Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182.
+ Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183.
+ Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194.
+ Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205.
+ Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les
+ fédéralistes. 240-241.
+ Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243.
+ Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et
+ les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv.
+ Elle décrète la levée en masse. 261-262.
+ Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les
+ Bourbons. 288-391-394-395.
+ Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57.
+ Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68.
+ Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv.
+ Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.
+ 394.
+ Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96.
+ Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité de
+ salut public. 113-122 et suiv.
+ Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les
+ menacent. 158-160.
+ Séance du 9 thermidor. 203-211.
+ Suite de la séance. 217 et suiv.
+ Rapport de la loi du 22 prairial. 240.
+ Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv.
+ Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de
+ Versailles). 281 et suiv.
+ Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la
+ république. 291-292.
+ Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.
+ Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv.
+ Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv.
+ Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357.
+ Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien
+ gouvernement. 360 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à
+ l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv.
+ Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la
+ convention. 371-372.
+ Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.
+ 376 et suiv.
+ Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et
+ suiv.
+ Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente
+ à ce sujet. VII, 77 et suiv.
+ Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres
+ du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv.
+ Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en
+ demandant du pain. 102 et suiv.
+ Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de déportation
+ contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc. Désarmement
+ des patriotes. 108-116 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste amenée
+ par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv.
+ Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes
+ diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de
+ plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv.
+ Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv.
+ Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337.
+ Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau
+ corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix.
+ 338. (Voy. _Décrets_.)
+ Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour
+ l'élection des nouveaux représentans. 347.
+ Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les
+ sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.
+ Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13
+ vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée.
+ 379-385.
+ Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions.
+ 385-388.
+
+ CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son
+ enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262.
+ Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des
+ anarchistes. 262.
+ Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.
+ On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266.
+ Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à
+ Barbaroux. Son supplice. 269-272.
+
+ CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des
+ jacobins. II, 14.
+ Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.
+
+ CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en
+ Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées.
+ VII, 34-35.
+ Ses intrigues politiques. 225 et suiv.
+ Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv.
+ Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv.
+ Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la
+ paix. Son entrée à Rennes. 159-161.
+ Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.
+ Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.
+ Est déporté. VIII, 51.
+
+ CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les
+ élections de l'an V. IX, 153 et suiv.
+
+ CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient dans
+ l'assemblée législative. II, 10-11.
+ Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.
+
+ COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur
+ ouverture au 1er mai 1789. I. 23.
+ Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.
+ Projette de conduire le roi à Metz. 159.
+ Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.
+ Ses plans de contre-révolution. 206-207.
+
+ COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182.
+ Est nommé membre du comité de salut public. 296.
+ Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations
+ contre Lyon. V, 85.
+ Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv.
+ S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.
+ Défend à la tribune les actes du comité. 125.
+ Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre
+ de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre
+ soixante membres de la Convention. 133-134.
+ Ses paroles aux Jacobins. 185.
+ Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par
+ Robespierre, le 8 thermidor. 194.
+ Sa proposition aux Jacobins. 198.
+ Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210.
+ Est mis hors la loi avec ses complices. 219.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est
+ institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.
+ La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la _Raison_
+ est aboli. 230.
+ Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion.
+ Réflexions à ce sujet. VI, 17-21.
+ Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv.
+ La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249.
+
+ CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103.
+ Il est battu en mai 93. 220-221.
+ Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V,
+ 69-72-77-78.
+
+
+ DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après la
+ défection de Dumouriez. IV, 43-44.
+
+ DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.
+ Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.
+ Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235.
+ Il est un des acteurs du 10 août. 262.
+ Est nommé ministre de la justice. 264.
+ Exposition de ses plans après le 10 août. 273.
+ Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris.
+ 303 et suiv.
+ Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304.
+ Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses
+ ennemis. _Ibid._
+ Il veut faire peur aux royalistes. 309.
+ A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on
+ sonnera le tocsin. 312-313.
+ Il est nommé député à la Convention. III, 9.
+ Fait diverses motions à la convention. 32-33.
+ Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus
+ pris dans le sein de la convention. 50.
+ Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330.
+ Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22.
+ Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris,
+ l'autre pour la Vendée. 99.
+ On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins.
+ Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et
+ suiv.
+ Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv.
+ Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa
+ popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv.
+ Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66.
+ Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211.
+ Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.
+ Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public.
+ 383-386.
+ Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389.
+ Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv.
+ Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis
+ prisonniers. 394 et suiv.
+ Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.
+ Détails de son procès et sa mort. 394-412.
+
+ DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412.
+
+ DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354.
+ Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198.
+ Il est arrêté. VII, 235.
+
+ DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre
+ la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.
+
+ DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.
+
+ D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à
+ Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.
+
+ DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190.
+ Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du
+ camp de 20,000 hommes. II, 156.
+ Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les
+ divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.
+ Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95.
+ Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après
+ le 31 mai. 196 et suiv.
+ Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.
+ Suite du même sujet. 206 et suiv.
+ Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223.
+ Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des
+ fédéralistes. 246-249.
+ Ils sont presque tous soumis. 259-260.
+
+ DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la convention.
+ III, 9-10.
+
+ DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se
+ répandent dans les départemens. IV, 198-199.
+
+ DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.
+
+ DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46.
+
+ DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220.
+ Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.
+
+ DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.
+ Son influence au Palais-Royal. 144-145.
+ Il présente une pétition très hardie. II, 31.
+ Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9.
+ Passe pour un modéré. IV, 286.
+ Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la
+ défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde.
+ 287-288.
+ Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229.
+ Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308.
+ Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv.
+ Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv.
+ Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.
+ Il est arrêté. 388-389.
+ Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.
+
+ D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15.
+ Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à
+ restreindre sa juridiction, 19-20.
+ Il est arrêté en plein parlement. 22.
+ Il propose de faire décréter le tiers-état. 70.
+ Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.
+
+ D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son
+ caractère. Sa lettre à la reine. I, 160.
+
+ DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est décrété
+ par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509.
+
+ DILLON. Son projet de retraite. II, 341.
+
+ DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv.
+ L'abolition est décrétée. 132.
+
+ DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII,
+ 335.
+ Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11.
+ Situation dangereuse du directoire au commencement de son
+ administration. 12 et suiv.
+ Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs
+ financiers. 13-15 et suiv.
+ Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.
+ Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le
+ partagent. 48 et suiv.
+ Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.
+ Ses plans militaires. 123 et suiv.
+ Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.
+ Suite. 356 et suiv.
+ Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359.
+ Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390.
+ Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.
+ Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et
+ suiv.
+ Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.
+ Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour
+ l'an V. 150-151 et suiv.
+ Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte
+ le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv.
+ Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte
+ d'Entraigues. 182-183 et suiv.
+ Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux
+ des conseils. 184 et suiv.
+ Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution
+ de faire un coup d'état. 185-188 et suiv.
+ Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.
+ 188 et suiv.; dans les armées. 190.
+ Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;
+ de celle du Rhin 194 et suiv.;
+ de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.
+ Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet
+ de la réorganisation du ministère. 200 et suiv.
+ Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations
+ commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.
+ Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des
+ mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv.
+ Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet
+ de la marche de Hoche. 250 et suiv.
+ Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18
+ fructidor. 270-272 et suiv.
+ Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le
+ résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv.
+ Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.
+ Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une
+ puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv.
+ Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux
+ directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv.
+ Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.
+ Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en
+ Suisse. 393 et suiv.
+ Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques
+ italiennes. X, 87-88 et suiv.
+ Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez
+ _Conscription._)
+ Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et
+ suiv.
+ Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en
+ Italie. 126 et suiv.
+ Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.
+ Généraux qu'il nomme. 138 et suiv.
+ Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759.
+ Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.
+ Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187.
+ Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie.
+ (An VII.) 220 et suiv.
+ Division entre les directeurs. 223-224.
+ Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.
+ Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238.
+ Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.
+ Ses premiers actes. 242 et suiv.
+ Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.
+ 245-250.
+ Ses plans de guerre. 251 et suiv.
+ Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.)
+
+ DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166.
+ Après la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures
+ que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv.
+ Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage
+ manquent à Paris. VII, 51 et suiv.
+ Suite du même sujet. 73 et suiv.
+ Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et
+ soulèvemens populaires. 79 et suiv.
+
+ DIX AOÛT. II, 234 et suiv.
+
+ DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.
+ Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur
+ abolition. 128-129.
+
+ DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.
+
+ DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à
+ Varennes. I. 285-286.
+
+ DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre. X,
+ 281.
+
+ DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le
+ bannissement. III, 254.
+
+ DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425.
+
+ DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre.
+ II, 58 et suiv.
+ Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60.
+ Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.
+ Extrait de ses mémoires, _Ibid._
+ Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations.
+ 82-85.
+ Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91.
+ Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105.
+ Il donne sa démission. 105-106.
+ Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291.
+ Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297.
+ Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.
+ Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la France.
+ 345 et suiv.
+ Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne.
+ 356 et suiv.
+ Il écrit à l'assemblée nationale. 359.
+ Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv.
+ Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376.
+ Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.
+ Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79.
+ Repart pour l'armée. 81.
+ Ses plans militaires. 109 et suiv.
+ Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.
+ Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.
+ Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.
+ Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.
+ 134 et suiv.
+ Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et suiv.
+ Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv.
+ Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le
+ gouvernement. 328-329.
+ Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes
+ militaires. IV, 2.
+ Il négocie avec l'ennemi. 13.
+ Ses projets politiques. 14-16.
+ Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv.
+ Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv.
+ Est mandé à la barre de la convention. 31.
+ Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.
+ Plusieurs de ses projets échouent. 33.
+ Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35.
+ Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37.
+ Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.
+ Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43.
+
+ DUPORT. Son caractère. I, 15.
+
+ DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251.
+
+ DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.)
+
+
+ EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.
+ Ses paroles sur l'échafaud. 270.
+
+ ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au
+ directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419.
+ État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3.
+ Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.
+ Entrée à Alexandrie. 12-13.
+ Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22.
+ Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des soldats.
+ Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de
+ l'ennemi près du Caire. 28-31-36.
+ Bataille des Pyramides. 36-41.
+ Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50.
+ Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.
+ Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman. 286-288.
+ Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.
+ 290-291 et suiv.
+ Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor.
+ 292-297.
+ Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.
+
+ ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90.
+ Il est tué à Cholet. V, 121-124.
+
+ ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.
+ I, 87.
+ Ordonnent la convocation des districts. 88.
+ Composent une municipalité. _Ibid._
+ Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.
+ Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.
+ Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108.
+
+ ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37.
+ Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192.
+ --Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la
+ convention. III, 8 et suiv.
+ --Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,
+ 33-36.
+ --De l'an V. 146 et suiv.
+ --De l'an VI. 404 et suiv.
+ --De l'an VII. X, 183.
+
+ ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264.
+ Loi portée sur l'émigration. 268-269.
+
+ ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable. I, 178.
+ Ils lèvent des corps au nom du roi. 295.
+ Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence
+ avec la cour. II, 20-21 et suiv.
+ Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv.
+ Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux
+ biens des émigrés. VIII, 89-90
+
+ EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377 et suiv.
+ Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode
+ de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.
+ Il est fermé, 401.
+ Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X,
+ 246.
+
+ ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318.
+
+ ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319.
+ Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264.
+
+ ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14.
+ Renvoyés à cinq ans. 17.
+ Convoqués. 23.
+ Leur ouverture. 44.
+
+ ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394.
+
+ ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et
+ détails. VI, 115-118.
+
+ ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.)
+
+ EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances
+ étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.
+ Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après
+ la fuite du roi à Varennes. 295-296.
+ --Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II,
+ 18-19.
+ --Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10
+ août. II, 292 et suiv.
+ --Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271
+ et suiv.
+ Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.
+ --État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.
+ --Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122
+ et suiv.
+ --État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.
+ --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition
+ contre la France. X, 62 et suiv.
+
+ ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.
+ Il s'y tient une assemblée. 138.
+ On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des moyens
+ de salut public. 139.
+ On y délibère sur une insurrection. 141-142.
+ Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145.
+ Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195.
+
+ EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI, 134-138 et
+ suiv.
+ Commandées à Nantes par Carrier. 144-148;
+ à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras
+ et Maignet. 148-149;
+ dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.
+ Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naître. 153.
+
+ FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.
+
+ FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre l'assemblée.
+ Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv.
+ Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204.
+
+ FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.
+
+ FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la
+ municipalité. I, 234.
+ La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.
+ Description de la fête. _Ibid._
+ Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv.
+
+ FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les
+ révoltés du 1er prairial. VII, 209-211.
+ Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet
+ événement. 229 et suiv.
+ Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son éloge
+ est prononcé par Louvet. 236 et suiv.
+
+ FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.
+ Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14.
+ Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.
+
+ FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313
+ et suiv.
+
+ FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv.
+ État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre.
+ IV, 369 et suiv. 383.
+ État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv.
+ État et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et
+ suiv.
+ État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv.
+ Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par
+ la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv.
+ Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et
+ suiv.
+ Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions
+ sur diverses questions des finances. 106 et suiv.
+ Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.
+ Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour
+ entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du trésor
+ public. IX, 165 et suiv.
+ Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce
+ projet. Les anciens les rejettent. 172-173.
+ Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor.
+ Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.
+ Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.
+ Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la campagne de
+ 1799. 130-131.
+
+ FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.
+ Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de
+ pistolet. 98-99.
+
+ FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la
+ bataille. VI, 169-175 et suiv.
+
+ FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93.
+ Nommé ministre de la police. 272.
+ Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355.
+ Il tait la conjuration aux directeurs. 359.
+
+ FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de
+ Lafayette. I, 113-114.
+
+ FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI,
+ 137-138 et suiv.
+ Il est mis en accusation. 240.
+
+ FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à
+ l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.
+ Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123.
+ État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv.
+ État des esprits et situation politique au commencement de l'année
+ 1790. 192 et suiv.
+ Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.
+ Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.
+ État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv.
+ Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la
+ retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv.
+ Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.
+ Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.
+
+ FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.
+
+ FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens. IX,
+ 270-287.
+ Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.
+ Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280.
+ Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que
+ demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés à
+ la déportation. 280-288.
+ Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv.
+
+ GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son
+ discours IV, 130 et suiv.
+
+ GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à
+ Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv.
+
+ GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa
+ destination. III, 6-7.
+
+ GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale,
+ et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.
+ Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la
+ garde nationale. IX, 276 et suiv.
+
+ GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348.
+
+ GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de
+ l'Ouest. II, 26-27.
+
+ GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_.
+
+ GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la
+ seule religion de l'État. I, 208.
+ Il retire sa proposition. 209.
+
+ GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en
+ sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII,
+ 106-124.
+
+ GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative.
+ II, 11-13.
+ Ils dominent dans le ministère. 62-82.
+ Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.
+ Leur position à la convention. III, 19 et suiv.
+ Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.
+ Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.
+ Essai de rapprochement et rupture. 21-22.
+ Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et
+ suiv.
+ Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147.
+ Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.
+ Sont mis en état d'arrestation. 189-190.
+ Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres
+ sont mis en état d'arrestation. V, 78-79.
+ Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la
+ parole. 152-163.
+ Ils sont condamnés et exécutés. 164-167.
+
+ GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232.
+ Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338.
+ Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338.
+ Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346.
+ Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a
+ pas l'âge nécessaire. 348.
+ Altercation avec Bonaparte. 371-372.
+
+ GORSAS. Son arrestation. III, 305.
+
+ GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires. V, 128
+ et suiv.
+
+ GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192.
+
+ GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93. Ses
+ avantages financiers. IV, 371 et suiv.
+
+ GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55.
+
+ GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290.
+ Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.
+
+ GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV,
+ 109-110.
+ Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la
+ convention à Bourges. 112-113.
+ Son courage à la convention le 31 mai. 157-158.
+
+ GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78.
+ Échec du général Rochambeau. 78 et suiv.
+ État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv.
+ Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.
+ Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.
+ Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142
+ et suiv.
+ Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv.
+ Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.
+ Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.
+ IV, 103 et suiv.
+ Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.
+ État de l'armée du Nord: _ibid._;
+ de l'armée de la Moselle: 218;
+ du Rhin: _ibid._;
+ d'Italie: 223-224;
+ des Pyrénées: 226 et suiv.;
+ de la Vendée. 229 et suiv.
+ Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.
+ Siége de Mayence. 309-320.
+ Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323.
+ Le camp de César est évacué par les Français. 351-352.
+ Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv.
+ État de l'armée du Rhin. 3-6.
+ Commencement du siége de Lyon 6-10.
+ Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv.
+ Victoire de Hondschoote. 24-25.
+ Revers dans le Nord. 27-29.
+ Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv.
+ Organisation de l'armée de l'Ouest. 68.
+ L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87.
+ Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv.
+ Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107.
+ Victoire de Wattignies. 108-109.
+ Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.
+ Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont
+ chassés des frontières. 146-251.
+ Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261.
+ Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits.
+ 292 et suiv.
+ Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et
+ l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49.
+ Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56:
+ aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;
+ au Nord. 60-73.
+ Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;
+ en Vendée: 74 et suiv.;
+ en Bretagne contre les chouans: 75-76;
+ aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv.
+ Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le
+ Vengeur_. 78-82.
+ Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv.
+ Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille.
+ 169-175.
+ Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.
+ Mouvemens de l'armée du Nord.
+ Bataille de l'Ourthe. 306-308.
+ Bataille de la Roër. 309 et suiv.
+ Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.
+ Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin,
+ commandées par Michaud. 317-318.
+ Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320.
+ Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv.
+ Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue.
+ VII, 1-7.
+ Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv.
+ Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout
+ le pays. 20 et suiv.
+ Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux
+ Pyrénées. 27-29.
+ État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv.
+ Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le
+ Nord. 253-254.
+ Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.
+ Position militaire en Espagne. 257.
+ Expédition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311.
+ Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.
+ Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378.
+ Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.
+ Perte des lignes de Mayence. 20-22.
+ Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin
+ de l'an IV. 55 et suiv.
+ Détails de la bataille de Loano. 58-61.
+ Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.
+ Réflexions sur la campagne de 1795. 76.
+ Campagne de 1796. 140-241-278-326.
+ État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141
+ et suiv.
+ Conquête du Piémont. 141-161.
+ Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Bataille de Lodi. 178 et suiv.
+ Passage du Mincio. 198-200.
+ Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217.
+ Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.
+ Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et
+ suiv.
+ Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.
+ État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241.
+ Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272.
+ Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279.
+ Bataille de Lonato. 283-286.
+ Bataille de Castiglione. 288 et suiv.
+ Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301.
+ Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.
+ Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de
+ Saint-Georges. 308-312-315.
+ Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.
+ Retraite. 316-317 et suiv.
+ Retraite de Moreau. 321-326.
+ Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole.
+ 355-364-367-370-395.
+ Expédition d'Irlande. 379.
+ Reddition du fort de Kelb. 404.
+ Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv.
+ Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.
+ 411-414-423.
+ Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425.
+ Prise de Mantoue. 425 et suiv.
+ Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.
+ Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de Sambre-et-Meuse:
+ IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47.
+ L'armée d'Italie est renforcée. 47-48.
+ Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.
+ Combat de Tarwis. 68-72.
+ Marche sur Vienne. 86 et suiv.
+ Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103.
+ L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une seule,
+ et le commandement en est donné à Hoche. 298.
+ Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.
+ Expédition d'Égypte. (Voy. _Égypte_). Reprise des hostilités en
+ l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et
+ suiv.
+ Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv.
+ Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.
+ Conquête du royaume de Naples. 113-119.
+ Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre.
+ 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.
+ Invasion des Grisons par Masséna. 144-145.
+ Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.
+ Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières
+ opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166.
+ Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167.
+ Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie, et
+ occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.
+ Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv.
+ Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de Cassano.
+ 195-197.
+ Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette
+ belle opération. 197-204.
+ Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.
+ Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et
+ suiv.
+ Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.
+ Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.
+ Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les Grandes-Alpes
+ (juillet 1799). 253-254.
+ Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.
+ Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses
+ forces. Bataille de Novi. 256-265.
+ Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune. 266-268.
+ Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en
+ Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.
+ Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.
+ Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.
+ Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332.
+
+ HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126.
+ Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.
+ Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371.
+ Son procès et sa mort. 374-377-378-379.
+
+ HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V.
+ 301-324-379-416.
+ Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv.
+ Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv.
+ Procès et supplice des principaux chefs. 374-379.
+
+ HELVÉTIQUE (République). (Voy. _Suisse_).
+
+ HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,
+ 148.
+ Fait tirer le canon d'alarme. 150.
+ Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182.
+
+ HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394.
+ Son procès et sa mort. 398-412.
+
+ HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150.
+ Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. _Ibid._ et
+ suiv.
+
+ HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97.
+ Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.
+ Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle.
+ 249.
+ Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison par
+ ordre de Saint-Just. VI, 60.
+ Est élargi. 243.
+ Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et
+ suiv.
+ Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv.
+ Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et
+ suiv.
+ Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour
+ s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv.
+ Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan.
+ 68-69 et suiv.
+ Exécution de ses projets. 72 et suiv.
+ Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126.
+ Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à
+ les exécuter. 126-127 et suiv.
+ Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises.
+ 138-139.
+ Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur
+ lui et sur Bonaparte. 244-247.
+ Conseille une expédition en Irlande. 265.
+ Son expédition en Irlande. 390-395.
+ Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission de
+ Jourdan. 404.
+ Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103.
+ Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras
+ s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de
+ ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet.
+ 196 et suiv.
+ Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209.
+ Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.
+ Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le même
+ objet. 219 et suiv.
+ Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_).
+ Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302.
+
+ HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23.
+ Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv.
+ Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la
+ Hollande. 24 et suiv.
+ La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du
+ traité. 130-133.
+ Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.
+ Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à
+ la constitution française. 372-375.
+ Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.
+ Débarquement des Anglo-Russes. 266-267.
+ Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays. 330-331.
+
+ HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la
+ précédèrent. V. 24-26.
+
+ HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78.
+ Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90.
+ Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.
+ Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109.
+ Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de piques.
+ 165.
+
+ HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96.
+
+ ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv.
+
+ INSTITUT d'Égypte. (Voy. _Égypte_).
+
+ INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv.
+
+ INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.
+ Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232.
+ Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145.
+ Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et
+ suiv.
+ Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,
+ 176-180-183-184.
+
+ IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395.
+ Léger échec des Français en Irlande. X, 102.
+
+ ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux
+ émigrés. II, 34-36.
+ Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127.
+
+ ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque
+ de la conquête par les Français. VIII, 161-169.
+ Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la
+ Lombardie. 209 et suiv.
+ Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv.
+ Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des
+ Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.
+ La révolution se propage après les préliminaires de Léoben. Soulèvement
+ à Gènes. 134 et suiv.
+ Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline.
+ 314-318-321.
+ Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv.
+ Révolution à Rome, 381-388.
+ Conquête de Naples. (Voy. _Naples_.) Désordres des républiques
+ italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X,
+ 83-89-94.
+ Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.)
+ Révolution du Piémont. 119 et suiv.
+
+ JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.
+ Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi.
+ 302.
+ Organisation du club de ce nom. II, 13.
+ Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les
+ projets de guerre. 47-48.
+ Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.
+ Leur puissance après le 10 août. 272-274.
+ Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à
+ la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III,
+ 70-73.
+ Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à
+ la convention. 91 et suiv.
+ Font divers projets pour remédier à la disette. 310.
+ Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16.
+ Une populace armée se présente à ce club. 341-342.
+ Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.
+ Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures
+ qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.
+ Leur rôle après le 31 mai. 279 280.
+ Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de
+ salut public. 293-296.
+ Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des
+ départemens. Discours de Robespierre. 348-349.
+ Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée.
+ V, 221-222.
+ Plusieurs membres sont exclus. 228-229.
+ Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur
+ Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.
+ Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les
+ comités. 185 et suiv.
+ Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363.
+ Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv.
+ Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor.
+ 335 et suiv.
+ Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et
+ suiv.
+ Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les
+ sociétés populaires. 258-259.
+ Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier.
+ 374-375 et suiv.
+ Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes
+ violentes dans Paris. 383 et suiv.
+ Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv.
+ Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral.
+ 390-391. (Voy. _Club électoral_.)
+
+ JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est
+ instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an
+ IV. VIII, 92-93.
+
+ JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107.
+
+ JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport.
+ III, 114 et suiv.
+
+ JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances de
+ l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de Paume
+ prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement d'une
+ constitution. I, 62-63.
+ On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65.
+
+ JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.
+
+ JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes.
+ IX, 162 et suiv.
+
+ JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée
+ d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.
+ Est tué à la bataille de Novi. 260.
+
+ JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos des
+ hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.
+
+ JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97.
+ Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv.
+ Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.
+ VIII, 221 et suiv.
+ Passe le Rhin. 228-238 et suiv.
+ Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.
+ Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.
+ Nommé député en l'an V. IX, 147-148.
+ Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140.
+ Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor
+ an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281.
+
+ JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont
+ publiés au commencement du directoire. VIII, 54.
+ Licence des journalistes., VIII, 396-397.
+
+ JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de
+ Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse.
+ I, 87.
+ Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le
+ peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et
+ prend des armes au Garde-Meuble. 89.
+ Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.
+ Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la
+ Bastille. 95-96.
+ Suites de ces journées. 98-99.
+
+ JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140.
+ Suites de cette journée. 141 et suiv.
+
+ KAIRE (Le). (Voy. _Égypte_.)
+
+ KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.
+
+ KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas
+ s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.
+
+ KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et
+ suiv.
+ Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312.
+
+ KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés, trouvée
+ dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195.
+
+ LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et
+ échoue. VI, 96-98.
+
+ LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante. I,
+ 92.
+ Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.
+ Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv.
+ Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114.
+ Déclaration des droits. 136 et suiv.
+ Traité de Cromwell. 144.
+ Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172.
+ Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour
+ contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses
+ mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.
+ 172 et suiv.
+ Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple.
+ 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.)
+ Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans à
+ quitter Paris. 179-180.
+ Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie. 194-195.
+ Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au
+ parti populaire. 199.
+ Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les
+ affaires de la révolution. 219-220.
+ Comprime diverses émeutes. 267-268.
+ Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv.
+ Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.
+ Prend le commandement de l'armée du Centre. 44.
+ Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77.
+ Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv.
+ Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv.
+ Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv.
+ S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi
+ échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv.
+ Il propose au roi un projet de fuite. 206.
+ Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231.
+ Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande
+ son accusation. Ses projets. 286-287.
+ Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287.
+ Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est
+ fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.
+ Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de
+ Campo-Formio. IX, 334.
+
+ LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335.
+
+ LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117.
+ Ils s'entendent avec la cour. I. 293.
+
+ LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée
+ législative. Motion de ce député. II, 173-174.
+ Effet produit par cette motion. 175.
+
+ LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze
+ est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv.
+ Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179.
+
+ LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de prairial
+ an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.
+ (Voy. _Directoire_.)
+
+ LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91.
+
+ LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des
+ anciens comités. VI, 281 et suiv.
+ Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289.
+
+ LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13
+ vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.
+
+ LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville.
+ Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.
+
+ LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40
+ et suiv.
+
+ LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III,
+ 265-266.
+
+ LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91.
+ --Il est tué dans un combat. V, 123.
+
+ LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6.
+ Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.
+
+ LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362.
+ Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv.
+
+ LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et
+ suiv.
+
+ LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.
+
+ LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.
+ L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.
+ Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre,
+ en messidor an V. IX, 235-243.
+ Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv.
+
+ LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la
+ France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.
+
+ LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les
+ dépenses de Louis XV. I, 230-231.
+
+ LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.
+
+ LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.
+
+ LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv.
+
+ LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.
+
+ LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine.
+ I, 6-7.
+ Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.
+ 29 et suiv.
+ Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44.
+ Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les
+ esprits. 65-66.
+ Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66.
+ Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des
+ troupes. 92.
+ Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement
+ des troupes. 95.
+ Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.
+ Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102.
+ Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à
+ l'Hôtel-de-Ville. 105-106.
+ Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127.
+ Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse de
+ promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des
+ droits. 167.
+ Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des
+ droits. 171.
+ Revient à Paris. 177.
+ Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est
+ reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.
+ Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231.
+ Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de
+ maintenir la constitution. 240-241.
+ Frappé du sort de Charles Ier. 252.
+ Ses projets de fuite. 266.
+ Le peuple arrête sa voiture. 276-277.
+ Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et
+ suiv.
+ Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.
+ Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv.
+ Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv.
+ Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293.
+ Il accepte la constitution. 307.
+ Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial.
+ II, 17.
+ Appose son _veto_ à un décret contre les émigrés. 24.
+ Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26.
+ Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre
+ l'émigration. 37 et suiv.
+ Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi.
+ 57.
+ Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv.
+ Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui
+ contre les prêtres. 105.
+ Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.
+ Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv.
+ Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au
+ peuple. 135 et suiv.
+ Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv.
+ Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176.
+ Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.
+ Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187.
+ Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv.
+ Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230.
+ Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée.
+ 251.
+ Est suspendu de la royauté. 257.
+ Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268.
+ Est transporté au Temple avec la famille royale. 278.
+ On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.
+ Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv.
+ L'éducation de son fils. 154.
+ Précautions de la commune. 158-159.
+ Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv.
+ Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv.
+ Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.
+ Se choisit des défenseurs. 205 et suiv.
+ Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv.
+ Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248.
+ Est condamné à mort. 256.
+ Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270.
+
+ LOUVET. Rédige _la Sentinelle_. II, 119.
+ Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv.
+ Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343.
+
+ LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV,
+ 255-256.
+
+ LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV,
+ 75-76.
+ Combat sanglant dans cette ville. 196-197.
+ Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324.
+ Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret
+ de la convention. V, 7 et suiv.
+ Le siége se poursuit. 32.
+ Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv.
+ Les promesses de l'émigration. 84.
+ Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer
+ Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91.
+ Suite. Prise de la ville. 91-94.
+ Décret de la convention contre cette ville. 94-95.
+ Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à
+ exécution. 131 et suiv.
+ Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la
+ mitraille pour immoler les proscrits. 132.
+ Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368.
+ Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5
+ floréal an III. VII, 184.
+
+ MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140.
+ Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+
+ MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.
+
+ MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de
+ l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les
+ craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107.
+ 31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2
+ juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.)
+ Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv.
+ Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.
+ Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281.
+
+ MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de femmes
+ furieuses. I, 166.
+ Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le
+ désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169.
+ Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.)
+ Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311.
+ Sa présence à l'Abbaye. 317.
+
+ MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et
+ suiv.
+
+ MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206.
+
+ MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses négociations
+ avec le directoire. VIII, 340-344.
+ Suite de ses négociations. 356 et suiv.
+ Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart
+ pour l'Angleterre. 386-390.
+ Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145.
+ Conférences de Lille. 235-245.
+
+ MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8.
+
+ MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses
+ préparatifs. II, 239.
+ Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242.
+ Tué et jeté à l'eau. 243.
+
+ MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111.
+ Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.
+
+ MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.
+ Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.
+
+ MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.
+ Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv.
+
+ MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président de
+ la convention aux Tuileries. III, 23.
+
+ MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196.
+ Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.
+ Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277.
+ Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278.
+ Est élu député à la convention. III, 9.
+ Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv.
+ Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il
+ se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44.
+ Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79.
+ Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.
+ 209 et suiv.
+ Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au
+ peuple parce qu'on le marchande. 210-211.
+ Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317.
+ Se défend dans son journal. 318-320.
+ Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce
+ Fournier. 347.
+ Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.
+ Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à
+ la convention et aux Jacobins. 66-68.
+ Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature.
+ 192.
+ Il est assassiné dans son bain. 265.
+ Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273.
+ Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la
+ place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.
+ Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv.
+ Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet.
+ 59.
+
+ MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287.
+ Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320.
+
+ MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être jugée
+ par le tribunal révolutionnaire. IV, 395.
+ Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.
+ Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149.
+ Réponse admirable à ces accusations. 149.
+ Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151.
+
+ MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77.
+
+ MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63.
+
+ MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143.
+ Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.
+ Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140.
+ Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube. Manière
+ dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv.
+
+ MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit.
+ I, 117.
+ Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv.
+ Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles
+ élections. 210-211.
+
+ MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331;
+ sur toutes les marchandises. 332-385.
+ Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.
+ Effets désastreux du _maximum_.
+ Détails économiques. VI, 270 et suiv.
+ Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv.
+ Il est aboli. VII, 244-248.
+
+ MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.
+ Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable.
+ Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France,
+ et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Français
+ l'évacuent. 312-320.
+ Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320.
+
+ MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12
+ vendémiaire. VII, 355 et suiv.
+
+ MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209.
+ Est nommé directeur. 294.
+ Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238.
+ (Voy. _Larévellière_ et _Directoire_.)
+
+ MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une
+ effervescence universelle. I, 124.
+
+ MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.
+ Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est
+ étouffée. 189-191.
+
+ MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.
+
+ MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.
+
+ MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres
+ se retirent successivement. I, 250-251.
+ Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv.
+ Discussions parmi les membres du ministère. 53-55.
+ Renouvellement du ministère. 62-63.
+ La division s'y établit. 80 et suiv.
+ Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103.
+ Des ministres feuillans le composent. 106.
+ Sa réorganisation après le 10 août. 263-264.
+ Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284.
+ Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont
+ nommés. VIII, 17.
+ Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent.
+ Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa
+ majorité. IX, 200-211.
+ Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X,
+ 347-348.
+
+ MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38.
+ Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49.
+ Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force.
+ 67.
+ Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.
+ Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière députation
+ envoyée au roi. 101.
+ Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116.
+ Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv.
+ Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151.
+ Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la
+ banqueroute. 155-156;
+ Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv.
+ Son entrevue avec Necker. 182.
+ Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201.
+ Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion
+ de l'état. 209.
+ Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212.
+ Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la
+ guerre. 223-224.
+ Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des
+ 5 et 6 octobre. 244.
+ Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie.
+ 253 et suiv.
+ Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv.
+ Sa mort. 272-275.
+ Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276.
+
+ MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212,
+ A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33.
+
+ MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est
+ destitué. I, 12.
+
+ MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16.
+ Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28.
+ Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.
+ 195.
+ Fuite en Flandre. 281-282.
+ Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.
+
+ MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février.
+ III, 322 et suiv.
+ Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire et de
+ montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII,
+ 228-233 et suiv.
+ Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.
+ Supplice des autres. 237 et suiv.
+
+ MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II,
+ 15-16.
+ Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47.
+ Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.
+
+ MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.
+
+ MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui
+ continue le commandement des troupes. III, 62.
+ Il intimide Genève. 66.
+ Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145.
+
+ MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.
+
+ MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de
+ Pichegru. VIII, 125.
+ Passe le Rhin. 226 et suiv.
+ Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ Il entre en Bavière. 302.
+ Sa belle retraite. 321-326.
+ Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne
+ trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv.
+ Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297.
+ Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet. Ses
+ premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez
+ _Guerre_.)
+
+ MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91.
+ Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en
+ quelques heures. 99.
+ Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104.
+
+ MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.)
+
+ MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.
+ Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes
+ entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.)
+ Donne sa démission, perd sa popularité. 185.
+
+ MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin.
+ II, 144.
+
+ MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.
+
+ NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est
+ conclu. VIII, 212-213.
+ La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348.
+ Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et
+ suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Conquête de ce royaume par les Français. 113-119.
+
+ NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.
+ Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv.
+
+ NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8.
+ Il est exilé. 11.
+ Rentre au ministère. 25.
+ Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la
+ noblesse. 52-53.
+ Propose au roi des plans de réforme. 60.
+ Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.
+ Part. _Ibid._ Son retour est ordonné par le roi. 106.
+ Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville,
+ et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs
+ la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.
+ Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.
+ Il demande un emprunt de 30 millions. 135.
+ Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du
+ revenu. 155.
+ S'abouche avec Mirabeau. 182.
+ Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250.
+
+ NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte.
+ X, 8-9.
+ Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57.
+
+ NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.
+
+ NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294.
+
+ NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI,
+ 8-9.
+ Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX,
+ 309-310.
+
+ NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en
+ commun. (Voy. _Tiers-État_ et _Vérification_.) Quarante-sept
+ de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70
+ La majorité se réunit le 27 juin. 71-72.
+ Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82.
+ Abdique ses priviléges. 125-126.
+ Son rôle dans l'assemblée. 191-192.
+ Se divise dans ses plans en deux partis. 206.
+
+ NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78.
+
+ NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11.
+ Elle est convoquée de nouveau. 27.
+
+ NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264.
+
+ ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour
+ tout le Midi. VI, 148-149.
+
+ ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18.
+ Accusé de cabales. 38.
+ Son caractère. 39-40.
+ Il se mêle aux députés du tiers, 43.
+ Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79.
+ Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors
+ d'accusation. 243 et suiv.
+ Refuse la régence. 300 et suiv.
+ Est insulté au château. II, 49-50.
+ Est nommé député à la convention. III, 9.
+ Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son
+ bannissement. 214 et suiv.
+ Il vote la mort de son parent. 253.
+ Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.
+ Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168.
+
+ ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états
+ généraux. I, 41-42.
+
+ OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences. X, 247
+ et suiv.
+
+ PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération,
+ son activité. III, 111-112.
+ Son penchant pour les jacobins. 133.
+ Ses bureaux. 150.
+ Disgracié. 275.
+ Nommé maire de Paris. 305.
+ Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62.
+
+ PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus
+ grands rassemblemens populaires. I, 79.
+ Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144.
+ Fait une adresse à la commune. 145.
+
+ PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à Vérone le 15
+ avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114.
+
+ PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à
+ l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9.
+ Position du parlement après l'assemblée des notables. 15.
+ Il est mandé à Versailles. 16.
+ Exilé à Troyes. _Ibid._ Rappelé le 10 septembre. 17.
+ Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la
+ convocation des états-généraux dans cinq ans. 18.
+ Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois
+ constitutives de l'état. 20-21.
+
+ PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,
+ 265-266.
+
+ PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,
+ 117-118.
+
+ PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv.
+ État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et
+ suiv.
+ Exigence des partis après le 10 août, 270-271.
+ Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv.
+ Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv.
+ Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.
+ Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv.
+ Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et
+ suiv.
+ Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv.
+ 343 et suiv.
+ Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la
+ réaction de thermidor. VII, 55 et suiv.
+ Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par
+ le 9 thermidor. 178 et suiv.
+ Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.
+ Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.
+ Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en
+ Italie (an VII). X, 220 et suiv.
+ Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se
+ réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.
+
+ PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792.
+ Conséquence de cette déclaration. II, 180.
+ Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de
+ toutes parts. 188 et suiv.
+ On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration.
+ X, 279 et suiv.
+
+ PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.
+ Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;
+ du 12 germinal. 107 et suiv.
+ Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv.
+ Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent.
+ 182 et suiv.
+ Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur
+ insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.
+ 231.
+ Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233.
+ Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial.
+ 249 et suiv.
+ La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353.
+ Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795).
+ VIII, 52-53.
+ Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.
+ Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99.
+ Leur société est dissoute. 99.
+ Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.
+ L'insurrection échoue. 257-261-262.
+ Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor.
+ IX, 401 et suiv.
+ Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de
+ Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,
+ 268-269 et suiv.
+ Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275.
+ Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs
+ journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.
+ Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer,
+ d'une réconciliation. 277-279.
+
+ PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la
+ reprend. VIII, 190-192.
+
+ PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires
+ pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I,
+ 289.
+ Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite.
+ II, 122 et suiv.
+ Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140.
+ Sa conversation avec le roi. 143.
+ Il est suspendu de ses fonctions, 177.
+ Est réintégré par l'assemblée. 184.
+ La foule crie: _Vive Pétion! Pétion ou la mort!_ 186.
+ Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris.
+ 226-227.
+ Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234.
+ Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état
+ d'arrestation. 244.
+ Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270.
+ Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274.
+ Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.
+ Il est arrêté. IV, 190.
+
+ PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V,
+ 306-307.
+ Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv.
+ Suite de son accusation 329 et suiv.
+ Il est arrêté. 389.
+ Son procès et sa mort. 398-411.
+
+ PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60.
+ Il passe la Meuse. 315.
+ Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv.
+ Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12
+ germinal. 117-119 et suiv.
+ Commandant de l'armée du Rhin. 253.
+ Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259
+ et suiv.
+ Perd son commandement. VIII, 125.
+ Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv.
+ Nommé député en l'an V par le Jura. 147.
+ Continue ses projets de trahison. 156.
+ Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.
+ 216 et suiv.
+ Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.
+ Il est condamné à la déportation. 285.
+
+ PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161.
+ Traité de paix avec ce royaume. 268.
+ Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120
+ et suiv.
+
+ PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297.
+
+ PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des
+ troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.
+ Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français;
+ entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv.
+ Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est
+ déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.
+ Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.
+ Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la
+ guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.
+ S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795.
+ Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.
+ Ses négociations illusoires avec la France. 120-121.
+ Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\
+ et suiv.
+
+ POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188.
+
+ POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du
+ directoire. VIII, 101.
+
+ PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62.
+
+ PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement
+ de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette
+ journée. VII, 205-225.
+ Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et
+ suiv.
+ Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg
+ Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.
+ 30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois
+ directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.)
+
+ PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261
+ et suiv.
+ Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_,
+ _Directoire_.)
+
+ PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794 VI, 326
+ et suiv.
+
+ PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III,
+ 3 et suiv.
+
+ PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.
+ Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv.
+ Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142.
+ Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.
+
+ PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à
+ Notre-Dame. I, 43.
+
+ PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154.
+ Négocie pour la paix. VII, 29-30.
+ La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135.
+ Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122.
+
+ PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297.
+ Leur armée se retire. 372.
+ Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.
+
+ PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.
+ Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.
+ Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations
+ militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.
+ Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de
+ Quiberon, VIII, 23 et suiv.
+
+ PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.
+
+ QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv.
+ 311.
+ Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de
+ Quiberon. VII, 312 et suiv.
+
+ RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent lieu
+ en pluviôse an VI. X, 365 et suiv.
+ Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv.
+ Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette
+ catastrophe. 169-172.
+
+ RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.
+
+ RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.
+
+ REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.
+
+ RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795. VII,
+ 46-51.
+
+ RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de déclarer
+ la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv.
+
+ RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792.
+ III, 26.
+ Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv.
+
+ RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le
+ directoire. VIII, 84.
+ Mauvais succès de ce papier. 106.
+
+ RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI,
+ 383.
+
+ RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39.
+
+ RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses
+ collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv.
+
+ RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans
+ plusieurs départemens. IV, 19.
+
+ RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7.
+
+ RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv.
+ Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers. 215.
+ Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.
+
+ REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis des
+ autres directeurs. IX, 4-5.
+ Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185.
+ Il est exclus du directoire par le sort. 185.
+
+ RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;
+ par Jourdan. 238;
+ par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146.
+
+ RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.
+
+ ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits.
+ I, 167.
+ Combat la proposition de la loi martiale. 186.
+ Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301.
+ Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.
+ Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49.
+ Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.
+ Entrevue avec Barbaroux. 201-202.
+ Sa position après le 10 août. 273.
+ Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281
+ et suiv.
+ Il est nommé député à la convention. III, 9.
+ Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet.
+ 31-32.
+ Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv.
+ Se défend à la convention. 98 et suiv.
+ Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv.
+ Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.
+ 209 et suiv.
+ Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv.
+ --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.
+ --Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv.
+ Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv.
+ Sa politique. 296-299.
+ Il devient membre du comité de salut public. 591.
+ --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre
+ les agitateurs. 218 et suiv.
+ Justifie Danton. 224 et suiv.
+ Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv.
+ Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv.
+ Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI,
+ 22-29.
+ On tente de l'assassiner. 100-102.
+ Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et
+ suiv.
+ Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et
+ suiv.
+ Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal
+ révolutionnaire. 119-123.
+ Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et
+ suiv.
+ Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette
+ époque. 154-158.
+ Suite du même sujet. 180 et suiv.
+ Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie
+ de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des
+ comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et
+ de salut public. 187-193.
+ Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197.
+ Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la
+ convention. 197-198.
+ Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette
+ scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210.
+ Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.
+
+ ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée
+ législative. Discussion avec la reine. II, 249-250.
+ Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251.
+
+ ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au
+ directoire. X, 240 et suiv.
+
+ ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384.
+
+ ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62.
+ Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.
+ Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103.
+ Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.
+ Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83.
+ Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151.
+ Donne sa démission. 273.
+
+ ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.
+ Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.
+ Elle est arrêtée. IV, 190-191.
+ Est condamnée et exécutée. V. 168-469.
+
+ ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation
+ française est insultée. IX, 381-383.
+ Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386.
+ Les Romains se constituent en république, 385 et suiv.
+ État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv.
+ Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par
+ Championnet. 109-113.
+
+ ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.
+ I, 283.
+ Il arrive à Varennes. 288.
+
+ RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrêté. 370.
+ Son procès et sa mort. 374-379.
+
+ ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle.
+ IV. 389.
+
+ ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.
+
+ ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.
+ Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.
+ Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv.
+ Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial.
+ VII, 323 et suiv.
+ Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv.
+ Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et
+ suiv.
+ État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues
+ et de ses projets. IX, 18 et suiv.
+ Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de
+ Presle. 28 et suiv.
+ Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où
+ se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181.
+ Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv.
+
+ ROYOU. Rédacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84.
+
+ SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444.
+ Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145.
+
+ SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en
+ accusation. III, 172 et suiv.
+ Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement
+ révolutionnaire. V, 56 et suiv.
+ Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y
+ fait. 245-246-249.
+ Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et
+ suiv.
+ Accuse Danton à la convention. 393 et suiv.
+ Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9
+ thermidor. VI, 210.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le
+ procès de Louis XVI. III, 230 et suiv.
+
+ SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.
+ Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133.
+
+ SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139.
+ Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195.
+
+ SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la déchéance
+ de Louis XVI. II, 226.
+ Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310.
+ Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.
+ La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre Dumouriez.
+ Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv.
+ La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs
+ membres de la convention. IV, 50.
+ Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.
+ La section de la _Fraternité_ dénonce les projets de l'assemblée
+ de la mairie. 121.
+ D'autres l'imitent. 123.
+ Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et
+ suiv.
+ Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai.
+ 146.
+ Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public.
+ VI. 12-15.
+ On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259.
+ Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition
+ à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.
+ VII, 86 et suiv.
+ Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv.
+ Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions.
+ Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544.
+ Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.
+ Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. _Vendémiaire_).
+ 348-369.
+ La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12
+ vendémiaire. 354 et suiv.
+ Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53.
+
+ SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France.
+ Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv.
+
+ SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des
+ prisonniers. II, 312-340.
+
+ SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4.
+ On les évalue à dix millions. 94.
+
+ SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.
+ Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps
+ constitués de Paris et de la France. 198-199.
+ Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241.
+ L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy.
+ _Clergé_.)
+
+ SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.
+
+ SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille fédérés.
+ Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv.
+
+ SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le _tiers-état_. I, 26.
+ Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres
+ ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la
+ décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et
+ suiv.
+ Idées de Sièyes sur la constitution. 141.
+ Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190.
+ Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la
+ convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.
+ Son projet de loi est voté; 93-95.
+ Refuse d'être directeur. VIII, 10.
+ Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv.
+ Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187.
+ Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.
+ Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384.
+
+ SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII,
+ 103 et suiv.
+
+ SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de sections. IV,
+ 139.
+
+ SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI,
+ 351-357.
+ Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont
+ fermés. VIII, 99.
+
+ SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés
+ dans leurs fonctions. VI, 392.
+
+ SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325.
+
+ STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329.
+ Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son
+ influence dans la société de Paris. IX, 254-257.
+
+ STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155.
+
+ STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90.
+ Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et
+ suiv.
+ Il signe la paix à Saint-Florent. 161.
+ Il est pris et fusillé. VIII, 131-132.
+
+ SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792. III, 182
+ et suiv.
+ Les embarras augmentent. 307 et suiv.
+ Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv.
+ Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et
+ suiv.
+ Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en
+ octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.
+ Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.
+ VI, 84 et suiv.
+ Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII,
+ 241-242.
+ Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.
+
+ SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses
+ dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138.
+ Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.
+ Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se
+ constitue en république. IX, 389-399.
+ Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.
+ Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82.
+ Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et
+ suiv.
+
+ SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254.
+
+ SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25.
+ Leur arrestation est décrétée. 359-360.
+ La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv.
+ Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv.
+ Détails sur leur détention. 136 et suiv.--
+ Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des
+ détenus. VI, 92 et suiv.
+ Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143.
+ Ils sont élargis. 241 et suiv.
+
+ SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X,
+ 193 et suiv.
+ Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et
+ suiv.
+ Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv.
+
+ SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. _Égypte_ et _Bonaparte_.)
+
+ TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.
+
+ TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V.
+ IX, 209.
+
+ TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.)
+ Est blessé par un assassin. VI, 290.
+
+ TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI,
+ 340 et suiv.
+
+ TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206.
+
+ TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.
+
+ THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8.
+
+ THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228.
+ Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution
+ depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.
+ Conséquences de cette journée. 233 et suiv.
+
+ THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.
+ Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette
+ réaction. VII, 249-251.
+ Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent
+ de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.
+
+ THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308.
+
+ TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le
+ doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv.
+ Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage
+ établi. 44.
+ Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de
+ leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv.
+ Rapidité de sa puissance. 50-51.
+
+ TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses
+ conditions, ses avantages. IX, 50-55.
+
+ TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393.
+
+ TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139.
+
+ TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.
+ V, 10 et suiv.
+ Ils arment le petit Gibraltar. 253.
+ Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.
+ Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.
+ Les forçats éteignent l'incendie. 261.
+ Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv.
+
+ TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.
+ Ses suites. 218 et suiv.
+
+ TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX,
+ 407.
+ Il sort du directoire en prairial an VII. 232.
+
+ TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention.
+ III, 333 et suiv.
+ On en règle les formes. 338-339.
+
+ TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283.
+
+ TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août. II,
+ 283.
+ Il est installé. IV, 25-26.
+ Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.
+ Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres.
+ 398-412.
+ Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv.
+ Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv.
+ Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les
+ procédures de ce temps. 136 et suiv.
+ Il est suspendu de ses fonctions. 235.
+ Est remis en activité. 260.
+ Est définitivement aboli. VII, 240.
+
+ TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206.
+
+ TROUVÉ. (Voy. _Cisalpine_.)
+
+ TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7.
+ Il échoue dans ses réformes. _Ibid._ et suiv.
+
+ ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires exagérés.
+ V, 236.
+ Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238.
+ Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent.
+ 360-371.
+
+ VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV,
+ 320-323.
+
+ VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.
+
+ VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348.
+ La réunion Corrazza. 351.
+ Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.
+ Il est arrêté. 126.
+ Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde
+ insurrection. 170.
+ Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244.
+
+ VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés.
+ II, 36.
+
+ VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de la
+ guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et
+ suiv.
+ Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000
+ hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se
+ mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88.
+ L'insurrection devient générale. 89 et suiv.
+ Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv.
+ Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.
+ État de ce pays après la première pacification. 263-263.
+ Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23
+ et suiv.
+ La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et
+ suiv.
+ Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an
+ IV. 126-132-136.
+
+ VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés français.
+ IV, 88.
+ Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93.
+ Suite de leurs succès. 229 et suiv.
+ Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur.
+ 234-236.
+ Ils sont repoussés à Nantes. 252-254.
+ Suite de leur guerre. 300 et suiv.
+ Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15.
+ Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19.
+ Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2
+ septembre. 36 et suiv.
+ Divisions parmi les chefs. 39-40.
+ Suite de la guerre. 40 et suiv.
+ Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée. 46-47.
+ Continuation de la guerre. 66 et suiv.
+ Ils sont défaits à Cholet. 118-121.
+ Différens combats en octobre, novembre et décembre 93.
+ Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292.
+ État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv.
+ Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv.
+ Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322.
+ Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,
+ 32-34.
+ Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la
+ république. 40-45.
+ Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142
+ et suiv.
+ Quelques chefs signent la paix. 145-146.
+
+ VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12.
+ Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la
+ Convention. VII, 348-369.
+ Suites de cette journée. 370 et suiv.
+
+ VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée
+ française. VIII, 196 et suiv.
+ Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv.
+ Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX,
+ 72-85.
+ Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états
+ vénitiens. 94 et suiv.
+ Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105
+ et suiv.
+ Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui
+ l'amènent. 116-131.
+
+ VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée
+ législative. II, 12.
+
+ VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.
+ Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.
+ Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des
+ Douze. 164 et suiv.
+ Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et
+ l'étranger. 470.
+ Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.
+ Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.
+ Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55
+ et suiv.
+ Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie.
+ 158-159.
+ Il est arrêté. 190.
+ Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167.
+
+ VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la
+ vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv.
+
+ VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de
+ Brienne pour ministre. I, 12.
+
+ VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le
+ général Chabran. IX, 107-113.
+
+ VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles.
+ Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et
+ suiv.
+ Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.
+ Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5.
+
+ VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,
+ 142-143-146 et suiv.
+ Le veto suspensif est déclaré. 148-149.
+ Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153.
+
+ VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et
+ l'empereur. X, 76-77 et suiv.
+
+ VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins. Morceaux
+ cités. V, 307 et suiv.
+ Autres morceaux cités. 322 et suiv.
+ Autres passages, 355 et suiv.
+
+ VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I,
+ 267.
+
+ VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son
+ caractère. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv.
+ Son procès et son supplice. 374-379.
+
+ VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.
+
+ WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.
+
+ WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303.
+ Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv.
+
+ ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna. Détails
+ sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330.
+
+
+
+FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+[Illustration: CARTE DU THÉÂTRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE,
+pour servir à l'intelligence de la campagne de 1796.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française,
+Tome 10, by Adolphe Thiers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION ***
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
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+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
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+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
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+works.
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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+ <title>Histoire de la Révolution Française</title>
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+The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française, Tome 10
+by Adolphe Thiers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Histoire de la Révolution française, Tome 10
+
+Author: Adolphe Thiers
+
+Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION ***
+
+
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+
+Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+at http://gallica.bnf.fr
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+
+
+
+
+<h1>HISTOIRE<br>
+DE LA<br>
+RÉVOLUTION<br>
+FRANÇAISE</h1>
+<br><br><br>
+
+<h2><i>PAR M.A. THIERS</i></h2>
+<h3>DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE</h3>
+
+<h5>NEUVIÈME ÉDITION</h5>
+
+<h4>TOME DIXIÈME</h4>
+
+
+
+<h5>MDCCCXXXIX</h5>
+
+
+
+<br><br><br>
+<h3>DIRECTOIRE.</h3>
+<br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIII.</h3>
+
+<p>EXPÉDITION D'ÉGYPTE. DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE
+DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE;
+PRISE DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS.
+BATAILLE DES PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX
+ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE
+COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, DESTRUCTION DE LA FLOTTE
+FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS.</p>
+
+
+<p>Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI
+(9 mai 1798). Sa présence réjouit l'armée, qui commençait
+à murmurer et à craindre qu'il ne fût pas
+à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée
+d'Italie. Elle était riche, couverte de gloire, et on
+pouvait dire d'elle, que sa <i>fortune était faite</i>. Aussi
+avait-elle beaucoup moins de zèle à faire la guerre,
+et il fallait toute la passion que lui inspirait son
+général, pour la décider à s'embarquer et à courir
+vers une destination inconnue. Cependant elle fut
+saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ
+Bonaparte, sans lui expliquer sa destination, lui
+adressa la proclamation suivante:</p>
+
+<blockquote><p>
+«SOLDATS!</p>
+
+<p>«Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.
+Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines,
+de siége; il vous reste à faire la guerre maritime.</p>
+
+<p>«Les légions romaines, que vous avez quelquefois
+imitées, mais pas encore égalées, combattaient
+Carthage tour à tour sur cette mer et aux
+plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais,
+parce que constamment elles furent braves
+patientes à supporter la fatigue, disciplinées et
+unies entre elles.</p>
+
+<p>«Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous
+avez de grandes destinées à remplir, des batailles
+à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre; vous
+ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité
+de la patrie, le bonheur des hommes, et votre
+propre gloire.</p>
+
+<p>«Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers,
+soyez unis; souvenez-vous que le jour
+d'une bataille vous avez besoin les uns des autres.</p>
+
+<p>«Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés;
+aujourd'hui la plus grande sollicitude de
+la république est pour vous: vous serez dignes de
+l'armée dont vous faites partie.</p>
+
+<p>«Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance,
+la république l'arbitre de l'Europe, veut
+qu'elle le soit des mers et des nations les plus
+lointaines.»
+</p></blockquote>
+
+<p>On ne pouvait pas annoncer plus dignement une
+grande entreprise, en la laissant toujours dans le
+mystère qui devait l'envelopper.</p>
+
+<p>L'escadre de l'amiral Brueys se composait de
+treize vaisseaux de ligne, dont un de 120 canons
+(c'était <i>l'Orient</i>, que devaient monter l'amiral et le
+général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y
+avait de plus deux vaisseaux vénitiens de 64 canons,
+six frégates vénitiennes et huit françaises,
+soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnières, petits navires de toute espèce.
+Les transports réunis tant à Toulon qu'à Gênes,
+Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre cents.
+C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter
+à la fois sur la Méditerranée. Jamais pareil armement
+n'avait couvert les mers. La flotte portait environ
+quarante mille hommes de toutes armes et
+dix mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois,
+des vivres pour deux.</p>
+
+<p>On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit
+du canon, aux acclamations de toute l'armée. Des
+vents violens causèrent quelque dommage à une
+frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient
+causé de telles avaries à Nelson, qui croisait avec
+trois vaisseaux, qu'il fut obligé d'aller au radoub
+dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi éloigné de l'escadre
+française, et ne la vit pas sortir. La flotte
+vogua d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi
+réuni dans ce port, sous les ordres du général Baraguai-d'Hilliers.
+Elle cingla ensuite vers la Corse,
+rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres
+de Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour
+se réunir au convoi de Civita-Vecchia, qui était
+sous les ordres de Desaix. Le projet de Bonaparte
+était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant
+une entreprise audacieuse dont il avait de longue
+main préparé le succès par des trames secrètes. Il
+voulait s'emparer de cette île, qui, commandant la
+navigation de la Méditerranée, devenait importante
+pour l'Égypte, et qui ne pouvait manquer d'échoir
+bientôt aux Anglais, si on ne les prévenait.</p>
+
+<p>L'ordre des chevaliers de Malte était comme
+toutes les institutions du moyen-âge: il avait perdu
+son objet, et dès lors sa dignité et sa force. Il n'était
+plus qu'un abus, profitable seulement à ceux
+qui l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne,
+en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne,
+des biens considérables, qui leur avaient
+été donnés par la piété des fidèles pour protéger
+les chrétiens allant visiter les saints lieux. Maintenant
+qu'il n'y avait plus de pèlerinages de cette espèce,
+le rôle et le devoir des chevaliers étaient de
+protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques,
+et de détruire l'infame piraterie qui infeste
+la Méditerranée. Les biens de l'ordre suffisaient
+à l'entretien d'une marine considérable; mais
+les chevaliers ne s'occupaient aucunement à en
+former une: ils n'avaient que deux ou trois vieilles
+frégates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galères qui allaient donner et recevoir des fêtes
+dans les ports d'Italie. Les baillifs, les commandeurs,
+placés dans toute la chrétienté, dévoraient
+dans le luxe et l'oisiveté les revenus de l'ordre. Il
+n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus
+aucun intérêt. En France on lui avait enlevé ses
+biens, et Bonaparte les avait fait saisir en Italie,
+sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur.
+On a vu que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer
+des intelligences dans Malte. Il avait gagné
+quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger à se
+rendre; car il n'avait ni le temps ni les moyens d'une
+attaque régulière contre une place réputée imprenable.
+L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait
+ses dangers en voyant les escadres françaises
+dominer dans la Méditerranée, s'était mis sous la
+protection de Paul Ier.</p>
+
+<p>Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre
+la division de Civita-Vecchia; il ne put la joindre
+qu'à Malte même. Les cinq cents voiles françaises
+se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9 juin),
+vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette
+vue répandit le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte,
+pour avoir un prétexte de s'arrêter, et
+pour faire naître un sujet de contestation, demanda
+au grand-maître la faculté de faire de l'eau.
+Le grand-maître, Ferdinand de Hompesch, fit répondre
+par un refus absolu, alléguant les réglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire à la
+fois plus de deux vaisseaux appartenant à des puissances
+belligérantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte
+dit que c'était là une preuve de la plus insigne
+malveillance, et sur-le-champ fit ordonner un débarquement.
+Le lendemain, 22 prairial (10 juin),
+les troupes françaises débarquèrent dans l'île, et
+investirent complètement Lavalette, qui compte
+trente mille âmes à peu près de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte
+fit débarquer de l'artillerie pour canonner
+les forts. Les chevaliers répondirent à son feu,
+mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il
+y en eut un grand nombre de pris. Le désordre se
+mit alors à l'intérieur. Quelques chevaliers de la
+langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient
+pas se battre contre leurs compatriotes. On en jeta
+quelques-uns dans les cachots. Le trouble était
+dans les têtes; les habitans voulaient qu'on se rendît.
+Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et
+qui se souvenait de la générosité du vainqueur de
+Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses intérêts du
+naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers
+français qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte
+pour négocier. Le traité fut bientôt arrêté. Les
+chevaliers abandonnèrent à la France la souveraineté
+de Malte et des îles en dépendant; en retour,
+la France promit son intervention au congrès de
+Rastadt, pour faire obtenir au grand-maître une
+principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura
+une pension viagère de 300,000 francs et une
+indemnité de 600,000 francs comptant. Elle accorda
+à chaque chevalier de la langue française
+700 fr. de pension, et 1,000 pour les sexagénaires;
+elle promit sa médiation pour que ceux des autres
+langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent
+les conditions au moyen desquelles la France entra
+en possession du premier port de la Méditerranée,
+et de l'un des plus forts du monde. Il fallait
+l'ascendant de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre;
+il fallait son audace pour oser y perdre
+quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en
+parcourant la place dont il admirait les fortifications,
+dit ce mot: <i>Nous sommes bien heureux
+qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en
+ouvrir les portes.</i></p>
+
+<p>Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois
+mille hommes de garnison; il y plaça Régnault
+(de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire
+civil. Il fit tous les règlemens administratifs
+qui étaient nécessaires pour l'établissement du régime
+municipal dans l'île, et il mit sur-le-champ
+à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte.</p>
+
+<p>Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une
+relâche de dix jours. L'essentiel maintenant, était
+de ne pas rencontrer les Anglais. Nelson, radoubé
+aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de
+plusieurs frégates, ce qui lui formait une escadre
+de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il était revenu
+le 13 prairial (1er juin) devant Toulon; mais l'escadre
+française en était sortie depuis douze jours.
+Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon,
+et de la rade du Tagliamon à Naples, où il était
+arrivé le 2 messidor (20 juin), au moment même
+où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les
+Français avaient paru vers Malte, il les suivait,
+disposé à les attaquer s'il parvenait à les joindre.</p>
+
+<p>Sur toute l'escadre française, on était prêt au
+combat. La possibilité de rencontrer les Anglais
+était présente à tous les esprits et n'effrayait personne.
+Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau
+de ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on
+habituait tous les jours à la manoeuvre du canon,
+et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux
+si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était
+fait un principe sur la tactique maritime, c'est que
+chaque vaisseau ne devait avoir qu'un but, celui
+d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder.
+Des ordres étaient donnés en conséquence,
+et il comptait sur la bravoure des troupes d'élite
+placées à bord des vaisseaux. Ces précautions
+prises, il cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet
+homme qui, suivant d'absurdes détracteurs, craignait
+les hasards de la mer, s'abandonnait tranquillement
+à la fortune, au milieu des flottes anglaises,
+et avait eu l'audace de perdre quelques
+jours à Malte pour en faire la conquête. La gaieté
+régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement
+où l'on allait, mais le secret commençait à se répandre,
+et on attendait avec impatience la vue des
+rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les savans,
+les officiers-généraux qui étaient à bord de <i>l'Orient</i>,
+se réunissaient chez le général en chef, et là commençaient
+les ingénieuses et savantes discussions
+de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre anglaise
+ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi
+français, et de part et d'autre on l'ignora. Nelson
+commençant à supposer que les Français s'étaient
+dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie, et
+les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il
+vola vers les Dardanelles, pour tâcher de les y
+rencontrer. Par un bonheur singulier, l'expédition
+française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un
+mois et demi à peu près qu'elle était sortie de
+Toulon.</p>
+
+<p>Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul
+français. Il apprit que les Anglais avaient paru
+l'avant-veille, et les jugeant dans les parages voisins,
+il voulut tenter le débarquement à l'instant
+même. On ne pouvait pas entrer dans le port
+d'Alexandrie, car la place paraissait disposée à se
+défendre; il fallait descendre à quelque distance,
+sur la plage voisine, à une anse dite du Marabout.
+Le vent soufflait violemment, et la mer se brisait
+avec furie sur les récifs de la côte. C'était vers la
+fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut
+aborder sur-le-champ. Il descendit le premier dans
+une chaloupe; les soldats demandaient à grands
+cris à le suivre à la côte. On commença à mettre
+les embarcations à la mer, mais l'agitation des
+flots les exposait à chaque instant à se briser les
+unes contre les autres. Enfin, après de grands
+dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile
+parut à l'horizon; on crut que c'était une voile
+anglaise: «<i>Fortune</i>, s'écria Bonaparte, <i>tu m'abandonnes!
+quoi! pas seulement cinq jours!</i>» La fortune
+ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate
+française qui rejoignait. On eut beaucoup de peine
+à débarquer quatre ou cinq mille hommes, dans
+la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre
+la place, et de ne pas donner aux Turcs le
+temps de faire des préparatifs de défense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un
+cheval de débarqué; l'état-major, Bonaparte et Caffarelli
+lui-même, malgré sa jambe de bois, firent
+quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent
+à la pointe du jour en vue d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus
+ses magnifiques édifices, ses innombrables demeures,
+sa grande population; elle était ruinée
+aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens,
+les négocians européens habitaient dans la ville moderne,
+qui était la seule partie conservée. Quelques
+Arabes vivaient dans les décombres de la cité antique;
+une vieille muraille flanquée de quelques tours
+enfermait la nouvelle et l'ancienne ville, et tout
+autour régnaient les sables qui, en Égypte, s'avancent
+partout où la civilisation recule.</p>
+
+<p>Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte,
+y arrivèrent à la pointe du jour: ils ne rencontrèrent
+sur cette plage de sable qu'un petit
+nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de
+fusil, s'enfoncèrent dans le désert. Bonaparte partagea
+ses soldats en trois colonnes: Bon, avec la première,
+marcha à droite, vers la porte de Rosette;
+Kléber, avec la seconde, marcha au centre vers la
+porte de la Colonne; Menou, avec la troisième,
+s'avança à gauche vers la porte des Catacombes.
+Les Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière
+un mur, firent un feu bien nourri; mais les Français
+montèrent avec des échelles, et franchirent la
+vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé
+d'une balle au front. On chassa les Arabes de ruine
+en ruine, jusqu'à la ville nouvelle. Le combat allait
+se prolonger de rue en rue, et devenir meurtrier;
+mais un capitaine turc servit d'intermédiaire
+pour négocier un accord. Bonaparte déclara qu'il
+ne venait point pour ravager le pays, ni l'enlever
+au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire
+à la domination des Mameluks, et venger les
+outrages que ceux-ci avaient faits à la France. Il
+promit que les autorités du pays seraient maintenues,
+que les cérémonies du culte continueraient
+d'avoir lieu comme par le passé, que les propriétés
+seraient respectées, etc..... Moyennant ces conditions,
+la résistance cessa: les Français furent
+maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce
+temps, l'armée avait achevé de débarquer. Il s'agissait
+maintenant de mettre l'escadre à l'abri, soit
+dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+créer à Alexandrie une administration conforme
+aux moeurs du pays, et d'arrêter un plan d'invasion
+pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les
+Anglais étaient passés; les plus grands obstacles
+étaient vaincus avec ce bonheur qui semble toujours
+accompagner la jeunesse d'un grand homme.</p>
+
+<p>L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder,
+est le pays le plus singulier, le mieux situé, et
+l'un des plus fertiles de la terre. Sa position est
+connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un
+isthme de quelques lieues, qu'on appelle l'isthme
+de Suez, et qui, s'il était coupé, donnerait accès
+de la Méditerranée dans la mer de Indes, dispenserait
+les navigateurs d'aller à des distances immenses,
+et au milieu des tempêtes, doubler le cap
+de Bonne-Espérance. L'Égypte est placée parallèlement
+à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est
+la maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui,
+chez les anciens et dans le moyen-âge, pendant la
+prospérité des Vénitiens, était l'intermédiaire du
+commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et
+sa forme ne sont pas moins extraordinaires. Le
+Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend sa
+source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six
+cents lieues dans les déserts de l'Afrique, puis entre
+en Égypte, ou plutôt y tombe, en se précipitant
+des cataractes de Syène, et parcourt encore deux
+cents lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent
+toute l'Égypte. C'est une vallée de deux cents lieues
+de longueur, sur cinq à six lieues de largeur. Des
+deux côtés elle est bordée par un océan de sables.
+Quelques chaînes de montagnes, basses, arides et
+déchirées, sillonnent tristement ces sables, et projettent
+à peine quelques ombres sur leur immensité.
+Les unes séparent le Nil de la mer Rouge,
+les autres le séparent du grand désert, dans lequel
+elles vont se perdre. Sur la rive gauche du Nil, à
+une certaine distance dans le désert, serpentent
+deux langues de terre cultivable, qui font exception
+aux sables, et se couvrent d'un peu de verdure.
+Ce sont les <i>oasis</i>, espèces d'îles végétales, au
+milieu de l'océan des sables. Il y en a deux, la
+grande et la petite. Un effort des hommes, en y
+jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la
+mer, le Nil se partage en deux branches, qui vont
+tomber à soixante lieues l'une de l'autre, dans la
+Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à
+Damiette. On connaissait autrefois sept bouches
+au Nil; on les aperçoit encore, mais il n'y en a
+plus que deux de navigables. Le triangle formé par
+ces deux grandes branches et par la mer a soixante
+lieues à sa base et cinquante sur ses côtés; il s'appelle
+le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus
+coupée de canaux. Le pays tout entier se divise en
+trois parties, le Delta ou Basse-Égypte, qu'on
+appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle
+Ouestanieh; la Haute-Égypte, qu'on appelle
+le Saïd.</p>
+
+<p>Les vents étésiens soufflant d'une manière constante
+du nord au sud, pendant les mois de mai,
+juin et juillet, entraînent tous les nuages formés
+à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner
+un seul sur cette contrée toujours sereine, et les
+portent vers les monts d'Abyssinie. Là ces nuages
+s'agglomèrent, se précipitent en pluie pendant les
+mois de juillet, août et septembre, et produisent
+le phénomène célèbre des inondations du Nil.
+Ainsi, cette terre reçoit par les débordemens du
+fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il n'y
+pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient
+pestilentiels sous le ciel de l'Europe, ne
+produisent pas en Égypte une seule fièvre. Le Nil,
+après son inondation, laisse un limon fertile, qui
+est la seule terre cultivable sur ces bords, et qui
+produit ces abondantes moissons consacrées autrefois
+à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est
+étendue, plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires
+de cette terre, nivelée tous les ans par
+les eaux, se la partagent tous les ans par l'arpentage.
+Aussi l'arpentage est-il un grand art en
+Égypte. Des canaux pourraient étendre l'inondation,
+et auraient l'avantage de diminuer la rapidité
+des eaux, de les faire séjourner plus long-temps,
+et d'étendre la fertilité aux dépens du désert.
+Nulle part le travail de l'homme ne pourrait avoir
+de plus salutaires effets; nulle part la civilisation
+ne serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se
+disputent l'Égypte, et c'est la civilisation qui donnerait
+au Nil le moyen de vaincre le désert et de le
+faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait
+autrefois vingt millions d'habitans, sans compter
+les Romains. Elle était à peine capable d'en nourrir
+trois millions quand les Français y entrèrent.</p>
+
+<p>L'inondation finit à peu près en septembre.
+Alors commencent les travaux des champs. Pendant
+les mois d'octobre, novembre, décembre,
+janvier, février, la campagne d'Égypte présenté
+un aspect ravissant de fertilité et de fraîcheur. Elle
+est couverte alors des plus riches moissons, émaillée
+de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux.
+En mars les chaleurs commencent; la terre se gerce
+si profondément, qu'il est quelquefois dangereux
+de la traverser à cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes
+les richesses de l'année. Outre les blés, l'Égypte
+produit les meilleurs riz, les plus beaux légumes,
+le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le
+lin, le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse
+abondance. Il lui manque des huiles; mais
+elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui manque le
+tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés,
+dans la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de
+bois, car la grande végétation ne peut pas pousser
+sur ce limon annuel que le Nil dépose sur un fond
+de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers
+sont les seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois
+on brûle la bouse de vache. L'Égypte nourrit d'immenses
+troupeaux. Les volailles de toute espèce y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres
+dans le monde par leur beauté, leur vivacité,
+leur familiarité avec leurs maîtres, et cet
+utile chameau, qui peut manger et boire pour
+plusieurs jours, dont le pied enfonce sans fatigue
+dans les sables mouvans, et qui est comme un
+navire vivant pour traverser la mer des sables.</p>
+
+<p>Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables
+caravanes, qui abordent comme des flottes des deux
+côtés du désert. Les unes viennent de la Syrie et
+de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de
+Barbarie. Elles apportent tout ce qui est propre aux
+pays du soleil, l'or, l'ivoire, les plumes, les schalls
+inimitables, les parfums, les gommes, les aromates
+de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les esclaves.
+Le Caire devient un entrepôt magnifique
+des plus belles productions du globe, de celles que
+le génie si puissant des occidentaux ne pourra jamais
+imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont
+leur goût délicat les rendra toujours avides. Aussi
+le commerce de l'Inde est-il le seul dont les progrès
+des peuples n'amèneront jamais la fin. Il ne serait
+donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste
+militaire, pour aller détruire violemment le commerce
+des Anglais. Il suffirait d'y établir un entrepôt,
+avec la sûreté, les lois et les commodités européennes,
+pour attirer les richesses du monde.</p>
+
+<p>La population qui occupe l'Égypte est, comme
+les ruines des cités qui la couvrent, un amas des
+débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de
+l'Égypte sur les Cophtes, des Turcs conquérans sur
+les Arabes, telles sont les races dont les débris pullulent
+misérablement sur une terre dont ils sont
+indignes. Les Cophtes, quand les Français y entrèrent,
+étaient deux cent mille au plus. Méprisés,
+pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes
+les classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les
+Arabes formaient la masse presque entière de la
+population; ils descendaient des compagnons de
+Mahomet. Leur condition était infiniment variée;
+quelques-uns, de haute naissance, faisant remonter
+leur origine jusqu'à Mahomet lui-même, grands
+propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe,
+réunissant à la noblesse les fonctions du culte et
+de la magistrature, étaient, sous le titre de scheiks,
+les véritables grands de l'Égypte. Dans les divans,
+ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient
+des espèces d'universités, où ils enseignaient
+la religion, la morale du Koran, un peu de
+philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée
+de Jemil-Azar était le premier corps savant
+et religieux de l'Orient. Après ces grands, venaient
+les moindres propriétaires, composant la seconde
+et la plus nombreuse classe des Arabes; puis les
+prolétaires, qui étaient tombés dans la situation de
+véritables ilotes. Ces derniers étaient des paysans
+à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et
+vivant dans la misère et l'abjection. Il y avait une
+quatrième classe d'Arabes, c'étaient les Bédouins
+ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu s'attacher
+à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés
+sur des chevaux ou des chameaux, conduisant devant
+eux des troupeaux nombreux, ils erraient,
+cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou
+venant annuellement ensemencer les lisières de
+terre cultivable, placées sur le bord de l'Égypte.
+Leur métier était d'escorter les caravanes ou de
+prêter leurs chameaux pour les transports. Mais,
+brigands sans foi, ils pillaient souvent les marchands
+qu'ils escortaient ou auxquels ils prêtaient leurs
+chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité
+qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables,
+ils se précipitaient sur cette vallée du Nil,
+qui, large seulement de cinq lieues, est si facile à
+pénétrer; ils pillaient les villages, et, remontant
+sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans
+le fond du désert. La négligence turque laissait
+leurs ravages presque toujours impunis, et ne luttait
+pas mieux contre les brigands du désert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans,
+divisés en tribus sur les deux côtés de la vallée,
+étaient au nombre de cent ou cent vingt mille,
+et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers,
+braves, mais bons pour harceler l'ennemi, jamais
+pour le combattre.</p>
+
+<p>La troisième race enfin était celle des Turcs; mais
+elle était aussi peu nombreuse que les Cophtes,
+c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent mille individus
+au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks.
+Les Turcs, venus depuis la dernière conquête
+des sultans de Constantinople, étaient presque
+tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on
+sait qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces
+listes que pour avoir les privilèges des janissaires,
+et qu'un très petit nombre sont réellement au service.
+Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople,
+représentait le sultan en Égypte; mais à
+peine escorté de quelques janissaires, il avait vu
+s'évanouir son autorité par les précautions même
+que le sultan Sélim avait prises autrefois pour la
+conserver. Ce sultan, jugeant que par son éloignement
+l'Égypte pourrait échapper à la domination
+de Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile
+pourrait s'y créer un empire indépendant, avait
+imaginé un contre-poids, en instituant la milice
+des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre
+les conditions physiques qui rendent un pays dépendant
+ou indépendant d'un autre, au lieu du
+pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus
+indépendans de Constantinople et maîtres de l'Égypte.
+Les Mameluks étaient des esclaves achetés
+en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans
+du Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés
+dans l'ignorance de leur origine, dans le goût et la
+pratique des armes, ils devenaient les plus braves
+et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient
+à honneur d'être sans origine, d'avoir été achetés
+cher, et d'être beaux et vaillans. Ils avaient vingt-quatre
+beys, qui étaient leurs propriétaires et leurs
+chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'était un troupeau qu'ils avaient soin
+d'alimenter, et qu'ils transmettaient quelquefois à
+leur fils, et plus souvent à leur Mameluk favori,
+qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était
+servi par deux fellahs. La milice entière se composait
+de douze mille cavaliers à peu près, servis par
+vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables
+maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit
+des terres appartenant aux beys, ou du revenu
+des impôts établis sous toutes les formes. Les
+Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus
+ignobles fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs
+espions, leurs agens d'affaires; car les abrutis se
+mettent toujours au service du plus fort. Les vingt-quatre
+beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de
+fait. Ils se faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant
+les autres, avait une souveraineté viagère.
+Il était tout à fait indépendant du pacha représentant
+le sultan de Constantinople, le souffrait tout au
+plus au Caire dans une sorte de nullité, et souvent
+lui refusait le <i>miri</i>, c'est-à-dire l'impôt foncier, qui,
+représentant le droit de la conquête, appartenait
+à la Porte.</p>
+
+<p>L'Égypte était donc une véritable féodalité,
+comme celle de l'Europe dans le moyen âge; elle
+présentait à la fois un peuple conquis, une milice
+conquérante, en révolte contre son souverain; enfin
+une ancienne classe abrutie, au service et aux
+gages du plus fort.</p>
+
+<p>Deux beys supérieurs aux autres dominaient en
+ce moment l'Égypte. L'un, Ibrahim-Bey, riche, astucieux,
+puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une
+espèce de partage d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey
+avait les attributions civiles, et Mourad-Bey
+les attributions militaires. Celui-ci était chargé des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des
+Mameluks, tous dévoués à sa personne.</p>
+
+<p>Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir
+le tact et l'adresse du fondateur, et qui avait d'ailleurs
+administré assez de pays conquis pour s'en
+être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la
+politique qu'il avait à suivre en Égypte. Il fallait
+d'abord arracher cette contrée à ses véritables
+maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette
+classe qu'il fallait combattre et détruire par les
+armes et la politique. D'ailleurs on avait des raisons
+à faire valoir contre eux, car ils n'avaient
+cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte,
+il fallait paraître ne pas attaquer sa souveraineté,
+et affecter au contraire de la respecter. Telle qu'elle
+était devenue, cette souveraineté était peu importante.
+On pouvait traiter avec la Porte, soit pour
+la cession de l'Égypte, en lui faisant certains avantages
+ailleurs, soit pour un partage d'autorité qui
+n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le Pacha
+au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant
+de la puissance des Mameluks, on n'avait
+pas grand'chose à regretter. Quant aux habitans,
+il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable
+population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant
+les scheiks, en caressant leur vieil orgueil,
+en augmentant leur pouvoir, en flattant un désir
+secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait
+trouvé en Italie, comme on le trouve partout,
+celui du rétablissement de l'antique patrie, de la
+patrie arabe, on était assuré de dominer le pays
+et de se l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant
+les propriétés et les personnes, chez un
+peuple qui était habitué à regarder la conquête
+comme donnant droit de meurtre, de pillage et de
+dévastation, on allait causer une surprise des plus
+avantageuses à l'armée française; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophète, la conquête
+des coeurs était aussi assurée que celle du sol.</p>
+
+<p>Bonaparte se conduisit d'après ces erremens
+aussi justes que profonds. Doué d'une imagination
+tout orientale, il lui était facile de prendre le
+style solennel et imposant qui convenait à la race
+arabe. Il fit des proclamations qui étaient traduites
+en arabe et répandues dans le pays. Il écrivit au
+pacha: «La république française s'est décidée à
+envoyer une puissante armée pour mettre fin
+aux brigandages des beys d'Égypte, ainsi qu'elle
+a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce
+siècle contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi,
+qui devrais être le maître des beys, et que cependant
+ils tiennent au Caire sans autorité et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir.
+Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens
+point pour rien faire contre l'alcoran ni le sultan.
+Tu sais que la nation française est la seule
+et unique alliée que le sultan ait en Europe. Viens
+donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race
+impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens,
+Bonaparte leur adressait ces paroles: «Peuples
+d'Égypte, on vous dira que je viens pour détruire
+votre religion. Ne le croyez pas; répondez que
+je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs,
+et que je respecte plus que les Mameluks
+Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant
+de la tyrannie des Mameluks, il disait: «Y a-t-il
+une belle terre? elle appartient aux Mameluks.
+Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une
+belle maison? cela appartient aux Mameluks. Si
+l'Égypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail
+que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné
+que l'empire des Mameluks finît.» Parlant des sentimens
+des Français, il ajoutait: «Nous aussi, nous
+sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous
+qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait
+faire la guerre aux musulmans? N'est-ce pas
+nous qui avons détruit les chevaliers de Malte,
+parce que ces insensés croyaient que Dieu voulait
+qu'ils fissent la guerre aux musulmans? Trois
+fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospéreront dans leur fortune et leur rang.
+Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le
+temps de nous connaître, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux
+qui s'armeront pour les Mameluks et combattront
+contre nous! Il n'y aura pas d'espérance
+pour eux; ils périront.»</p>
+
+<p>Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre
+une conquête dont les effets sur la civilisation
+et le commerce du monde sont incalculables.
+Vous porterez à l'Angleterre le coup le
+plus sûr et le plus sensible, en attendant que
+vous puissiez lui donner le coup de mort.</p>
+
+<p>«Les peuples avec lesquels nous allons vivre
+sont mahométans; leur premier article de foi est
+celui-ci: <i>Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et
+Mahomet est son prophète</i>. Ne les contredisez
+pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec
+les Juifs, avec les Italiens. Ayez des égards pour
+leurs muphtis et leurs imans, comme vous en
+avez eu pour les rabbins et pour les évêques.
+Ayez pour les cérémonies que prescrit le Koran,
+pour les mosquées, la même tolérance que vous
+avez eue pour les couvens, pour les synagogues,
+pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ.
+Les légions romaines protégeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages différens
+de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer.
+Les peuples chez lesquels nous allons entrer
+traitent les femmes autrement que nous. Souvenez-vous
+que dans tous les pays, celui qui
+viole est un lâche.</p>
+
+<p>«La première ville que nous rencontrerons a été
+bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque
+pas de grands souvenirs, dignes d'exciter l'émulation
+des Français.»</p>
+
+<p>Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour
+établir l'autorité française à Alexandrie, pour
+quitter ensuite le Delta et s'emparer du Caire, capitale
+de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil
+allait inonder les campagnes. Il voulait arriver au
+Caire avant l'inondation, et employer le temps
+qu'elle durerait, à faire son établissement. Il ordonna
+que tout demeurât dans le même état à
+Alexandrie, que les exercices religieux continuassent,
+que la justice fût rendue comme avant par
+les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits
+des Mameluks, et établir un commissaire pour
+percevoir les impôts accoutumés. Il fit former un
+divan, ou conseil municipal, composé des scheiks
+et des notables d'Alexandrie, afin de les consulter
+sur toutes les mesures que l'autorité française aurait
+à prendre. Il laissa trois mille hommes en garnison
+à Alexandrie, et en donna le commandement
+à Kléber, que sa blessure devait, pour un mois ou
+deux, condamner à l'inaction. Il chargea un jeune
+officier du plus rare mérite, et qui promettait un
+grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie
+en état de défense et d'y faire pour cela les travaux
+nécessaires. C'était le colonel Crétin, qui, à peu
+de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie
+des travaux superbes. Bonaparte donna ensuite
+des ordres pour mettre la flotte à l'abri. C'était
+une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission
+de marins fut chargée de sonder le port,
+et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte
+ordonna à Brueys de faire promptement décider la
+question, et de se rendre à Corfou, s'il était reconnu
+que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer
+dans Alexandrie.</p>
+
+<p>Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions
+pour se mettre en marche. Une flottille considérable
+chargée de vivres, d'artillerie, de munitions
+et de bagages, dut longer la côte jusqu'à
+l'embouchure de Rosette, entrer dans le Nil, et le
+remonter en même temps que l'armée française. Il
+se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée,
+qui, privée des deux garnisons laissées à Malte et
+Alexandrie, était forte de trente mille hommes à
+peu près. Il avait ordonné à sa flottille de se rendre
+à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil.
+Là il se proposait de la joindre et de remonter le
+Nil parallèlement avec elle, afin de sortir du Delta
+et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie à <i>Ramanieh</i>, il y avait deux
+routes, l'une à travers les pays habités, le long de
+la mer et du Nil, l'autre plus courte et à vol d'oiseau,
+mais à travers le désert de <i>Damanhour</i>. Bonaparte
+n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui
+importait d'arriver promptement au Caire. Desaix
+marchait avec l'avant-garde; le corps de bataille
+suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla
+le 18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent
+engagés dans cette plaine sans bornes, avec
+un sable mouvant sous les pieds, un ciel brûlant
+sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant
+pour reposer leurs yeux que de rares bouquets de
+palmiers, ne voyant d'êtres vivans que de légères
+troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et disparaissaient
+à l'horizon, et quelquefois se cachaient
+derrière des dunes de sable pour égorger les
+traînards, ils furent remplis de tristesse. Déjà le
+goût du repos leur était venu, après les longues
+et opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi
+leur général dans une contrée lointaine, parce
+que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on leur
+avait annoncé une terre promise, de laquelle ils
+reviendraient assez riches pour acheter chacun un
+champ de six arpens. Mais quand ils virent ce désert,
+le mécontentement s'en mêla, et alla même
+jusqu'au désespoir. Ils trouvaient tous les puits,
+qui de distance en distance jalonnent la route du
+désert, détruits par les Arabes. A peine y restait-il
+quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très
+insuffisante pour étancher leur soif. On leur avait
+annoncé qu'ils trouveraient à Damanhour des soulagemens;
+ils n'y rencontrèrent que de misérables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin,
+mais seulement des lentilles en assez grande abondance
+et un peu d'eau. Il fallut s'enfoncer de nouveau
+dans le désert. Bonaparte vit les braves
+Lannes et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux,
+les jeter sur le sable, les fouler aux pieds. Cependant
+il imposait à tous: sa présence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté.
+Les soldats ne voulaient pas lui imputer leurs
+maux; ils s'en prenaient à ceux qui trouvaient un
+grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans
+s'arrêter pour examiner les moindres ruines,
+ils disaient que c'était pour eux qu'on était venu,
+et s'en vengeaient par de bons mots à leur façon.
+Caffarelli surtout, brave comme un grenadier,
+curieux comme un érudit, passait à leurs yeux
+pour l'homme qui avait trompé le général, et qui
+l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il
+avait perdu une jambe sur le Rhin, ils disaient: <i>Il
+se moque de ça lui, il a un pied en France.</i> Cependant,
+après de cruelles souffrances, supportées
+d'abord avec humeur, puis avec gaieté et courage,
+on arriva sur les bords du Nil le 22 messidor (10
+juillet), après une marche de quatre jours. A la
+vue du Nil et de cette eau si désirée, les soldats
+s'y précipitèrent, et en se baignant dans ses flots
+oublièrent toutes leurs fatigues. La division Desaix,
+qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde,
+vit galoper devant elle deux ou trois centaines de
+Mameluks, qu'elle dispersa avec quelques volées
+de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus.
+Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée
+ennemie. Le brave Mourad-Bey, en effet, ayant été
+averti, réunissait toutes ses forces autour du Caire.
+En attendant leur réunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armée, afin
+d'observer sa marche.</p>
+
+<p>L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille;
+elle se reposa jusqu'au 25 messidor (13 juillet),
+et en partit le même jour pour Chébreïss.
+Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks.
+La flottille, qui était partie la première, et qui
+avait devancé l'armée, se trouva engagée avant de
+pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une
+aussi, et du rivage il joignait son feu à celui de
+ses <i>djermes</i> (vaisseaux légers égyptiens). La flottille
+française eut à soutenir un combat des plus
+rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait,
+déploya un rare courage; il fut soutenu par
+les cavaliers qui étaient arrivés démontés en Égypte,
+et qui, en attendant de s'équiper aux dépens des
+Mameluks, étaient transportés par eau. On prit
+deux chaloupes canonnières à l'ennemi, et on le
+repoussa. L'armée arriva dans cet instant; elle se
+composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité,
+au choc des chevaux, aux coups de sabre,
+il fallait opposer l'immobilité du fantassin, sa
+longue baïonnette, et des masses faisant front de
+tous côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en
+cinq carrés, au milieu desquels on plaça les bagages
+et l'état-major. L'artillerie était aux angles.
+Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes
+mille ou douze cents cavaliers intrépides, qui, se
+précipitant à grands cris et de tout le galop de
+leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis
+tirant leurs redoutables sabres, vinrent se jeter sur
+le front des carrés. Trouvant partout une haie de
+baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient autour
+des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient
+dans la plaine de toute la vitesse de
+leurs chevaux. Mourad, après avoir perdu deux
+ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira
+pour gagner le sommet du Delta, et aller nous
+attendre à la hauteur du Caire, à la tête de toutes
+ses forces.</p>
+
+<p>Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec
+ce nouveau genre d'ennemis, et pour suggérer à
+Bonaparte la tactique qu'il fallait employer avec
+eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha
+sans relâche pendant les jours suivans. Les soldats
+eurent de nouvelles souffrances à essuyer, mais
+ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous
+les soirs. La vue de l'ennemi leur avait rendu leur
+ardeur. «Ces soldats, déjà un peu dégoûtés des
+fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez
+de gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours
+admirables au feu.» Pendant les marches
+l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer
+beaucoup de respect par le courage qu'on leur
+voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la flottille,
+avaient montré à Chébreïss un courage héroïque.
+Les soldats, tout en faisant des plaisanteries,
+étaient pleins d'égards pour eux. Ne voyant pas
+paraître cette capitale du Caire, si vantée comme
+une des merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle
+n'existait pas, ou bien que ce serait comme à Damanhour,
+une réunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il
+s'était laissé déporter comme <i>un bon enfant</i>, lui
+et ses compagnons de gloire. Le soir, quand on
+s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu
+débiter les contes des Mille et une Nuits, les répétaient
+à leurs camarades, et on se promettait des
+palais magnifiques et resplendissans d'or. En attendant,
+on était toujours privé de pain, non que
+le blé manquât, on en trouvait partout au contraire;
+mais on n'avait ni moulin, ni four. On mangeait
+des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau
+exquis, connu dans les pays méridionaux sous le
+nom de <i>pastèque</i>. Les soldats l'appelaient <i>sainte
+pastèque</i>.</p>
+
+<p>On approchait du Caire, et là devait se livrer
+la bataille décisive. Mourad-Bey y avait réuni la
+plus grande partie de ses Mameluks, dix mille à
+peu près. Ils étaient suivis par un nombre double
+de fellahs, auxquels on donnait des armes, et
+qu'on obligeait de se battre derrière les retranchemens.
+Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dépendans du pacha, qui,
+malgré la lettre de Bonaparte, s'était laissé entraîner
+dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des préparatifs de défense sur les
+bords du Nil. La grande capitale du Caire se trouve
+sur la rive droite du fleuve. C'était sur la rive opposée,
+c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey
+avait placé son camp, dans une longue plaine qui
+s'étendait entre le Nil et les pyramides de Giseh,
+les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient
+ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh,
+était adossé au fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné
+quelques travaux, conçus et exécutés avec l'ignorance
+turque. C'était un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles,
+dont les pièces n'étant pas sur affût de
+campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était
+le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses
+vingt-quatre mille fellahs et janissaires, pour s'y
+battre avec l'opiniâtreté accoutumée des Turcs
+derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks,
+au nombre de dix mille cavaliers, s'étendaient dans
+la plaine entre le fleuve et les pyramides. Quelques
+mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires
+des Mameluks que pour piller et massacrer dans
+le cas d'une victoire, remplissaient l'espace entre
+les pyramides et les Mameluks. Le collègue de
+Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins
+brave que lui, se tenait de l'autre côté du Nil, avec
+un millier de Mameluks, avec ses femmes, ses
+esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et
+à se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux.
+Un nombre considérable de djermes couvraient
+le Nil, et portaient toutes les richesses des
+Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux
+beys attendaient Bonaparte.</p>
+
+<p>Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se
+mit en marche avant le jour. Elle savait qu'elle
+allait apercevoir le Caire et rencontrer l'ennemi. A
+la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche,
+au-delà du fleuve, les hauts minarets de cette
+grande capitale, et à sa droite, dans le désert, les
+gigantesques pyramides dorées par le soleil. A la
+vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie
+de curiosité et d'admiration. Le visage de Bonaparte
+était rayonnant d'enthousiasme; il se mit à
+galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant
+les pyramides: <i>Songez</i>, s'écriait-il, <i>songez
+que du haut de ces pyramides quarante siècles
+vous contemplent</i>. On s'avança d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du
+Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait
+fourmiller la multitude qui gardait Embaheh, on
+voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense.
+Bonaparte fit aussitôt ses dispositions.
+L'armée, comme à Chébreïss, était partagée en
+cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient
+la droite, vers le désert; la division Dugua formait le
+centre, les divisions Menou et Bon formaient
+la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui,
+depuis le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain
+et l'ennemi, fit ses dispositions en conséquence.
+Chaque division formait un carré; chaque
+carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies
+de grenadiers en pelotons, prêtes à renforcer
+les points d'attaque. L'artillerie était aux
+angles; les bagages et les généraux au centre. Ces
+carrés étaient mouvans. Quand ils étaient en
+marche, deux côtés marchaient sur le flanc.
+Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter
+pour faire front sur toutes les faces. Puis quand
+ils voulaient enlever une position, les premiers
+rangs devaient se détacher, pour former des colonnes
+d'attaque, et les autres devaient rester en
+arrière, formant toujours le carré, mais sur trois
+hommes de profondeur seulement, et prêts à recueillir
+les colonnes d'attaque. Telles étaient les
+dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait
+que ses impétueux soldats d'Italie, habitués à
+marcher au pas de charge, eussent de la peine à
+se résigner à cette froide et impassible immobilité
+des murailles. Il avait eu soin de les y préparer.
+Ordre était donné surtout de ne pas se hâter de
+tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'à bout pourtant.</p>
+
+<p>On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte,
+qui était dans le carré du centre, formé
+par la division Dugua, s'assura, avec une lunette,
+de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie
+du camp, n'étant pas sur affût de campagne, ne
+pourrait pas se porter dans la plaine, et que l'ennemi
+ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut
+d'appuyer avec ses divisions sur la droite, c'est-à-dire
+sur le corps des Mameluks, en circulant hors
+de la portée du canon d'Embabeh. Son intention
+était de séparer les Mameluks du camp retranché,
+de les envelopper, de les pousser dans le Nil, et
+de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait d'eux.
+Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de
+la multitude qui fourmillait dans ce camp après
+avoir détruit les Mameluks.</p>
+
+<p>Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait
+l'extrême droite, se mit le premier en marche.
+Après lui venait le carré de Régnier, puis celui de
+Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient
+autour d'Embabeh, hors de la portée du
+canon. Mourad-Bey qui, quoique sans instruction,
+était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil
+pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son
+adversaire, et résolut de charger pendant ce mouvement
+décisif. Il laissa deux mille Mameluks pour
+appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste
+sur les deux carrés de droite. Celui de Desaix, engagé
+dans les palmiers, n'était pas encore formé,
+lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il
+se forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la
+charge. C'est une masse énorme que celle de huit
+mille cavaliers galopant à la fois dans une plaine.
+Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire
+sur la division Desaix. Nos braves soldats,
+devenus aussi froids qu'ils avaient été fougueux
+jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à
+bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie
+et de mitraille. Arrêtés par le feu, ces innombrables
+cavaliers flottaient le long des rangs, et
+galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns
+des plus braves se précipitèrent sur les
+baïonnettes, puis, retournant leurs chevaux et les
+renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire
+brèche, et trente ou quarante vinrent expirer aux
+pieds de Desaix, au centre même du carré. La
+masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix
+sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie
+par le même feu, elle revint vers le point d'où elle
+était partie; mais elle trouva sur ses derrières la
+division Dugua que Bonaparte avait portée vers le
+Nil, et fut jetée dans une déroute complète. Alors
+la fuite se fit en désordre. Une partie des fuyards
+s'échappa vers notre droite, du côté des pyramides;
+une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se
+jeter dans Embabeh, où elle porta la confusion.
+Dès cet instant le trouble commença à se mettre
+dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant,
+ordonna à ses deux divisions de gauche de s'approcher
+d'Embabeh, pour s'en emparer. Bon et Menou
+s'avancèrent sur le feu des retranchemens, et arrivés
+à une certaine distance, firent halte. Les carrés
+se dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent
+en colonnes d'attaque, tandis que les autres restèrent
+en carré, figurant toujours de véritables
+citadelles. Mais au même instant les Mameluks,
+tant ceux que Mourad avait laissés à Embabeh, que
+ceux qui s'y étaient réfugiés, voulurent nous prévenir.
+Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci
+s'arrêtant sur-le-champ, et se formant en carré avec
+une merveilleuse rapidité, les reçurent avec fermeté,
+et en abattirent un grand nombre. Les uns se rejetèrent
+dans Embabeh, où le désordre devint extrême;
+les autres, fuyant dans la plaine, entre le
+Nil et notre droite, furent fusillés ou poussés dans
+le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement
+Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans
+le Nil la multitude des fellahs et des janissaires.
+Beaucoup se noyèrent; mais comme les Égyptiens
+sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre
+eux parvint à se sauver. La journée était finie.
+Les Arabes, qui étaient près des pyramides et qui
+attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans le désert.
+Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage
+tout sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim,
+qui de l'autre rive contemplait ce désastre,
+s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en Syrie.
+Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes
+qui portaient leurs richesses. Cette proie nous
+échappa, et nos soldats virent pendant toute la
+nuit des flammes dévorer un riche butin.</p>
+
+<p>Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh,
+sur les bords du Nil, où Mourad-Bey avait une superbe
+habitation. On trouva, soit à Giseh, soit à
+Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats
+purent se dédommager de leurs longues privations.
+Ils trouvèrent des vignes couvertes de magnifiques
+raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le
+champ de bataille un butin d'une autre espèce,
+c'étaient des schalls magnifiques, de belles armes,
+des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à
+deux ou trois cents pièces d'or; car les Mameluks
+portaient toutes leurs richesses avec eux.
+Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à
+recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks
+avaient été tués. Plus de mille étaient noyés
+dans le Nil. Les soldats se mirent à les pêcher pour
+les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore
+à ce genre de recherche.</p>
+
+<p>La bataille nous avait à peine coûté une centaine
+de morts ou blessés; car si la défaite est
+terrible pour des carrés enfoncés, la perte est
+nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks
+avaient perdu leurs meilleurs cavaliers par le feu
+ou par les flots. Leurs forces étaient dispersées,
+et la possession du Caire nous était assurée. Cette
+capitale était dans un désordre extraordinaire.
+Elle renferme plus de trois cent mille habitans, et
+elle est remplie d'une populace féroce et abrutie,
+qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter
+du tumulte pour piller les riches palais des beys.
+Malheureusement la flottille française n'avait pas
+encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession
+du Caire. Quelques négocians français, qui s'y
+trouvaient furent envoyés à Bonaparte par les
+scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville.
+Il se procura quelques djermes pour envoyer un
+détachement qui rétablît la tranquillité et mît les
+personnes et les propriétés à l'abri des fureurs de la
+populace. Il entra le surlendemain dans le Caire,
+et alla prendre possession du palais de Mourad-Bey.</p>
+
+<p>A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta
+d'employer la politique qu'il avait déjà suivie à
+Alexandrie, et qui devait lui attacher le pays. Il
+visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer
+le rétablissement de la domination arabe,
+leur promit la conservation de leur culte et de leurs
+coutumes, et réussit complètement à les gagner
+par un mélange de caresses adroites et de paroles
+imposantes, empreintes d'une grandeur orientale.
+L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la mosquée
+de Jemil-Azar une déclaration en faveur des
+Français. C'était comme un bref du pape chez les
+chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce qu'il avait
+d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands
+scheiks firent la déclaration désirée, et engagèrent
+les Égyptiens à se soumettre à l'envoyé de Dieu,
+qui respectait le prophète, et qui venait venger
+ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte
+établit au Caire un divan, comme il avait fait à
+Alexandrie, composé des principaux scheiks et des
+plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens,
+en les consultant, et à s'instruire par eux
+de tous les détails de l'administration intérieure. Il
+fut convenu que dans toutes les provinces il en
+serait établi de pareils, et que ces divans particuliers
+enverraient des députés au divan du Caire,
+qui serait ainsi le grand divan national.</p>
+
+<p>Bonaparte résolut de laisser exercer la justice
+par les cadis. Dans son projet de succéder aux
+droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés, et
+fit continuer au profit de l'armée française la perception
+des droits précédemment établis. Pour cela
+il fallait avoir les Cophtes à sa disposition. Il ne
+négligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir
+des généraux avec des détachemens, pour redescendre
+le Nil, et aller achever l'occupation du
+Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya
+vers le Nil supérieur pour prendre possession de
+l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé avec sa division
+à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire
+la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du
+Nil baisseraient avec l'automne. Chacun des généraux,
+muni d'instructions détaillées, devait répéter
+dans tout le pays ce qui avait été fait à
+Alexandrie et au Caire. Ils devaient s'entourer des
+scheiks, capter les Cophtes, et établir la perception
+des impôts pour fournir aux besoins de
+l'armée.</p>
+
+<p>Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de
+la santé des soldats. L'Égypte commençait à leur
+plaire: ils y trouvaient le repos, l'abondance, un
+climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel
+de plaisanteries. Mais, devinant l'intention
+du général avec leur sagacité accoutumée, ils
+jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient
+avec lui du rôle que la politique les obligeait à
+jouer. Bonaparte fit construire des fours pour qu'ils
+eussent du pain. Il les logea dans les bonnes habitations
+des Mameluks, et leur recommanda surtout
+de respecter les femmes. Ils avaient trouvé en
+Égypte des ânes superbes et en grand nombre.
+C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter
+dans les environs et de galoper sur ces animaux à
+travers les campagnes. Leur vivacité causa quelques
+accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie
+était montée sur les plus beaux chevaux du
+monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes enlevés
+aux Mameluks.</p>
+
+<p>Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations
+avec les contrées voisines, afin de conserver
+et de s'approprier le riche commerce de l'Égypte.
+Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier
+choisi annuellement au Caire, pour protéger la
+grande caravane de la Mecque. Il écrivit à tous les
+consuls français sur la côte de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et
+que les caravanes pouvaient partir. Il fît écrire par
+les scheiks au shérif de la Mecque, que les pèlerins
+seraient protégés, et que les caravanes trouveraient
+sûreté et protection. Le pacha du Caire
+avait suivi Ibrahim-Bey à Belbeys. Bonaparte lui
+écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de Saint-Jean-d'Acre
+et de Damas, pour les assurer des bonnes
+dispositions des Français envers la Sublime-Porte.
+Ces dernières précautions étaient malheureusement
+inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Français, qui venaient
+envahir une des plus riches provinces de
+leur souverain, fussent réellement ses amis.</p>
+
+<p>Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune
+conquérant. Ils ne comprenaient pas qu'un mortel
+qui lançait la foudre fût aussi clément. Ils l'appelaient
+le digne enfant du prophète, le favori du
+grand <i>Allah</i>; ils avaient chanté dans la grande
+mosquée la litanie suivante:</p>
+
+<p>«Le grand <i>Allah</i> n'est plus irrité contre nous!
+Il a oublié nos fautes, assez punies par la longue
+oppression des Mameluks! Chantons les miséricordes
+du grand <i>Allah</i>!</p>
+
+<p>«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la
+mer et de la fureur de ses ennemis <i>le Favori de
+la victoire</i>? Quel est celui qui a conduit sains et
+saufs sur les rives du Nil <i>les braves de l'Occident</i>?</p>
+
+<p>«C'est le grand <i>Allah</i>, le grand <i>Allah</i>, qui n'est
+plus irrité contre nous. Chantons les miséricordes
+du grand <i>Allah</i>!</p>
+
+<p>«Les beys mameluks avaient mis leur confiance
+dans leurs chevaux; les beys mameluks avaient
+rangé leur infanterie en bataille.</p>
+
+<p>«Mais <i>le Favori de la victoire</i>, à la tête <i>des
+braves de l'Occident</i>, a détruit l'infanterie et les
+chevaux des Mameluks.</p>
+
+<p>«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin
+du Nil sont dissipées par les rayons du soleil,
+de même l'armée des Mameluks a été dissipée
+par <i>les braves de l'Occident</i>, parce que le grand
+<i>Allah</i> est actuellement irrité contre les Mameluks,
+parce que <i>les braves de l'Occident</i> sont la
+prunelle droite du grand <i>Allah</i>.»</p>
+
+<p>Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans
+les moeurs des Arabes, prendre part à leurs fêtes.
+Il assista à celle du Nil qui est une des plus grandes
+d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée:
+aussi est-il en grande vénération chez les habitans,
+et il est l'objet d'une espèce de culte. Pendant
+l'inondation, il s'introduit au Caire par un grand
+canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal,
+jusqu'à ce qu'il soit parvenu à une certaine hauteur;
+alors on la coupe; et le jour destiné à cette
+opération est un jour de réjouissance. On déclare
+la hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et
+quand on espère une grande inondation, la joie est
+générale, car c'est un présage d'abondance. C'est
+le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête
+se célèbre. Bonaparte avait fait prendre les armes
+à toute l'armée, et l'avait rangée sur les bords du
+canal. Un peuple immense était accouru, et voyait
+avec joie <i>les braves de l'Occident</i> assister à ses
+réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major,
+accompagnait les principales autorités du
+pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à laquelle
+était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq
+pieds, ce qui causa une grande joie. On travailla
+ensuite à couper la digue. Toute l'artillerie française
+retentit à la fois au moment où les eaux du
+fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule
+de barques s'élancèrent dans le canal pour obtenir
+le prix destiné à celle qui parviendrait à y entrer la
+première. Bonaparte donna le prix lui-même. Une
+foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les
+eaux du Nil, attachant à ce bain des propriétés
+bienfaisantes. Des femmes y jetaient des cheveux
+et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer
+la ville, et la journée s'acheva dans les festins.
+La fête du prophète ne fut pas célébrée avec
+moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande
+mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées
+comme les scheiks, dit avec eux les litanies
+du prophète, en balançant le haut de son corps et
+agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa
+piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand
+scheik, élu dans la journée.</p>
+
+<p>C'est par tous ces moyens que le jeune général,
+aussi profond politique que grand capitaine, parvenait
+à s'attacher l'esprit du pays. Tandis qu'il en
+flattait momentanément les préjugés, il travaillait
+à y répandre un jour la science, par la création du
+célèbre Institut d'Égypte. Il réunit les savans et les
+artistes qu'il avait amenés, et les associant à quelques-uns
+de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus,
+et l'un des plus vastes palais du Caire. Les
+uns devaient s'occuper à faire une description
+exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée;
+les autres devaient en étudier les ruines,
+et fournir de nouvelles lumières à l'histoire; les
+autres devaient en étudier les productions, faire
+les observations utiles à la physique, à l'astronomie,
+à l'histoire naturelle; les autres enfin devaient
+s'occuper à rechercher les améliorations
+qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans
+par des machines, des canaux, des travaux sur le
+Nil, des procédés adaptés à ce sol si singulier et si
+différent de l'Europe. Si la fortune devait nous enlever
+un jour cette belle contrée, du moins elle ne
+pouvait nous enlever les conquêtes que la science
+y allait faire; un monument se préparait qui devait
+honorer le génie et la constance de nos savans,
+autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos
+soldats.</p>
+
+<p>Monge fut le premier qui obtint la présidence.
+Bonaparte ne fut que le second. Il proposa les
+questions suivantes: rechercher la meilleure construction
+des moulins à eau et à vent; remplacer
+le houblon qui manque en Égypte, dans la fabrication
+de la bière; déterminer les lieux propres à
+la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen
+pour procurer de l'eau à la citadelle du Caire;
+creuser des puits dans les différens endroits du
+désert; chercher le moyen de clarifier et de rafraîchir
+l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser
+les décombres dont la ville du Caire était embarrassée,
+ainsi que toutes les anciennes villes
+d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour
+la fabrication de la poudre en Égypte. On peut
+juger par ces questions de la tournure d'esprit du
+général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs,
+les savans, se répandirent dans toutes les
+provinces pour commencer la description et la
+carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie
+naissante et la manière dont le fondateur en
+dirigeait les travaux.</p>
+
+<p>La conquête des provinces de la Basse et
+Moyenne-Égypte s'était faite sans peine, et n'avait
+coûté que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie. Desaix attendait l'automne
+pour enlever la Haute-Égypte à Mourad-Bey,
+qui s'y était retiré avec les débris de son armée.</p>
+
+<p>Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger
+à Bonaparte le plus redoutable de tous les
+revers. En quittant Alexandrie, il avait fortement
+recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre
+à l'abri des Anglais, soit en la faisant entrer dans
+Alexandrie, soit en la dirigeant sur Corfou; mais
+surtout de ne pas rester dans la rade d'Aboukir,
+car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile,
+que de le recevoir à l'ancre. Une vive discussion
+s'était élevée sur la question de savoir si on pouvait
+faire entrer dans le port d'Alexandrie les vaisseaux
+de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de
+doute pour les autres; mais pour les deux de 80 et
+pour celui de 120, il fallait un allégement qui leur
+fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était nécessaire
+de les désarmer ou de construire des demi-chameaux.
+L'amiral Brueys ne voulut pas faire entrer
+son escadre dans le port à cette condition. Il
+pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour
+ses trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait
+jamais sortir du port en présence de l'ennemi, et
+qu'il pourrait ainsi être bloqué par une escadre très-inférieure
+en force; il se décida à partir pour Corfou.
+Mais étant fort attaché au général Bonaparte,
+il ne voulait pas mettre à la voile sans avoir des
+nouvelles de son entrée au Caire et de son établissement
+en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à
+faire sonder les passes d'Alexandrie, soit à attendre
+des nouvelles du Caire, le perdit, et amena un des
+plus funestes événemens de la révolution et l'un
+de ceux qui, à cette époque, ont le plus influé sur
+les destinées du monde.</p>
+
+<p>L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir.
+Cette rade est un demi-cercle très-régulier.
+Nos treize vaisseaux formaient une ligne demi-circulaire
+parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer
+sa ligne d'embossage, l'avait appuyée d'un côté
+vers une petite île, nommée l'îlot d'Aboukir. Il ne
+supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre cet
+îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et,
+dans cette croyance il s'était contenté d'y placer
+une batterie de douze, seulement pour empêcher
+l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses
+plus mauvais vaisseaux. Il craignait davantage
+pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De ce
+côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre
+le rivage et sa ligne d'embossage; aussi y avait-il
+mis ses vaisseaux les plus forts et les mieux commandés.
+De plus, il était rassuré par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne étant au
+midi, et le vent venant du nord, l'ennemi qui voudrait
+attaquer par ce côté aurait le vent contraire,
+et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec
+un pareil désavantage.</p>
+
+<p>Dans cette situation, protégé de sa gauche par
+un îlot, qu'il croyait suffisant pour fermer la rade,
+et vers sa droite par ses meilleurs vaisseaux et par
+le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui devaient
+décider son départ.</p>
+
+<p>Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après
+être retourné dans l'Adriatique, à Naples, en Sicile,
+avait obtenu enfin la certitude du débarquement
+des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt
+cette direction, afin de joindre leur escadre et de
+la combattre. Il envoya une frégate pour la chercher
+et reconnaître sa position. Cette frégate l'ayant
+trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout
+à l'aise notre ligne d'embossage. Si l'amiral, qui
+avait dans le port d'Alexandrie une multitude de
+frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution
+d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait
+pu tenir les Anglais toujours éloignés, les empêcher
+d'observer sa ligne, et être averti de leur approche.
+Malheureusement il n'en fit rien. La frégate
+anglaise, après avoir achevé sa reconnaissance,
+retourna vers Nelson, qui, étant informé de tous
+les détails de notre position, manoeuvra aussitôt
+vers Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août),
+vers les six heures du soir. L'amiral Brueys était
+à dîner; il fit aussitôt donner le signal du combat.
+Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que
+le branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et
+qu'une partie des équipages était à terre. L'amiral
+envoya des officiers pour faire rembarquer les matelots
+et pour réunir une partie de ceux qui étaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât
+l'attaquer le soir même, et il croyait avoir le temps
+de recevoir les renforts qu'il venait de demander.</p>
+
+<p>Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de
+tenter une manoeuvre audacieuse, de laquelle il
+espérait le succès de la bataille. Il voulait aborder
+notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot
+d'Aboukir, passer entre cet îlot et notre escadre,
+malgré les dangers des bas-fonds, et se placer ainsi
+entre le rivage et notre ligne d'embossage. Cette
+manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais
+n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal
+des deux côtés, c'est-à-dire de treize vaisseaux de
+haut-bord. Nelson attaqua vers huit heures du
+soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. <i>Le
+Culloden</i>, en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir
+et notre ligne, échoua sur un bas-fonds. <i>Le Goliath</i>
+qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais poussé par le vent, il dépassa notre premier
+vaisseau, et ne put s'arrêter qu'à la hauteur du
+troisième. Les vaisseaux anglais <i>le Zélé</i>, <i>l'Audacieux</i>,
+<i>le Thésée</i>, <i>l'Orion</i>, suivirent le mouvement,
+et réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage.
+Ils s'avancèrent jusqu'au <i>Tonnant</i>, qui était le
+huitième, et engagèrent ainsi notre gauche et notre
+centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par le
+dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux.
+Comme on ne s'attendait pas dans l'escadre française
+à être attaqué dans ce sens, les batteries du
+côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et
+nos deux premiers vaisseaux ne purent faire feu
+que d'un côté; aussi l'un fut-il désemparé, et l'autre
+démâté. Mais au centre où était <i>l'Orient</i>, vaisseau
+amiral, le feu fut terrible. <i>Le Bellérophon</i>, l'un
+des principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé,
+démâté, et obligé d'amener. D'autres vaisseaux
+anglais, horriblement maltraités, furent obligés
+de s'éloigner du champ de bataille. L'amiral
+Brueys n'avait reçu qu'une partie de ses matelots;
+cependant il se soutenait avec avantage; il espérait
+même, malgré le succès de la manoeuvre de
+Nelson, remporter la victoire, si les ordres qu'il
+donnait en ce moment à sa droite étaient exécutés.
+Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec
+la gauche et le centre; notre droite, composée de
+nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait aucun ennemi
+devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal
+de mettre à la voile, et de se rabattre extérieurement
+sur la ligne de bataille; cette manoeuvre réussissant,
+les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient été pris entre deux feux;
+mais les signaux ne furent pas aperçus. Dans un
+cas pareil, un lieutenant ne doit pas hésiter à courir
+au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu,
+demeura immobile, attendant toujours des ordres.
+Notre gauche et notre centre restèrent donc placés
+entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient
+glorieusement l'honneur du pavillon. Nous
+avions perdu deux vaisseaux, les Anglais aussi en
+avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre
+démâté; notre feu était supérieur. L'infortuné
+Brueys fut blessé, il ne voulut pas quitter le pont
+de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir
+en donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son
+banc de quart. Vers onze heures, le feu prit au
+magnifique vaisseau <i>l'Orient</i>. Il sauta en l'air. Cette
+épouvantable explosion suspendit pour quelque
+temps cette lutte acharnée. Sans se laisser abattre,
+nos cinq vaisseaux engagés, <i>le Franklin</i>, <i>le Tonnant</i>,
+<i>le Peuple-Souverain</i>, <i>le Spartiate</i>, <i>l'Aquilon</i>,
+soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps
+encore pour notre droite de lever l'ancre, et de
+venir à leur secours. Nelson tremblait que cette
+manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve
+mit enfin à la voile, mais pour se retirer,
+et pour sauver son aile qu'il ne croyait pas pouvoir
+exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses
+vaisseaux se jetèrent à la côte; il se sauva avec les
+deux autres et deux frégates, et fit voile vers Malte.
+Le combat avait duré plus de quinze heures. Tous
+les équipages attaqués avaient fait des prodiges
+de valeur. Le brave capitaine <i>Du Petit-Thouars</i>
+avait deux membres emportés; il se fit apporter
+du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme
+Brueys, attendit d'être emporté par un boulet de
+canon. Toute notre escadre, excepté les vaisseaux
+et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut
+détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas
+poursuivre les vaisseaux en fuite.</p>
+
+<p>Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir,
+la plus désastreuse que la marine française eût
+encore soutenue, et celle dont les conséquences
+militaires devaient être les plus funestes. La flotte
+qui avait porté les Français en Égypte, qui pouvait
+les secourir ou les recruter, qui devait seconder
+leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en
+avaient à exécuter, qui devait imposer à la Porte,
+la forcer à se payer de mauvaises raisons, et l'obliger
+à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui devait
+enfin, en cas de revers, ramener les Français dans
+leur patrie, cette flotte était détruite. Les vaisseaux
+des Français étaient brûlés, mais ils ne les avaient
+pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien différent
+pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula
+rapidement en Égypte, et causa un instant de
+désespoir à l'armée. Bonaparte reçut cette nouvelle
+avec un calme impassible. «Eh bien! dit-il, il faut
+mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.»
+Il écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de
+plus grandes choses que nous n'en voulions faire.
+Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de
+Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit
+Kléber, il faut faire de grandes choses; <i>je
+prépare mes facultés</i>.» Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral.
+Bonaparte chercha à distraire ses soldats par différentes
+expéditions, et leur fit bientôt oublier ce
+désastre. A la fête de la fondation de la république,
+célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter
+leur imagination, et fit graver sur la colonne
+de Pompée le nom des quarante premiers soldats
+morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient
+succombé en attaquant Alexandrie. Ces quarante
+noms, sortis des villages de France, étaient ainsi
+associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre.
+Il adressa à son armée cette singulière et grande
+allocution, où était retracée sa merveilleuse histoire:</p>
+
+<blockquote><p>
+SOLDATS!</p>
+
+<p>«Nous célébrons le premier jour de l'an VII de
+la république.</p>
+
+<p>«Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français
+était menacée; mais vous prîtes Toulon, ce
+fut le présage de la ruine de vos ennemis.</p>
+
+<p>«Un an après, vous battiez les Autrichiens à
+Dego.</p>
+
+<p>«L'année suivante, vous étiez sur le sommet des
+Alpes.</p>
+
+<p>«Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans,
+et vous remportiez la célèbre victoire de Saint-Georges.</p>
+
+<p>«L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave
+et de l'Izonzo, de retour de l'Allemagne.</p>
+
+<p>«Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui
+sur les bords du Nil, au centre de l'ancien continent?</p>
+
+<p>«Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le
+commerce, jusqu'au hideux et féroce Bédouin,
+vous fixez les regards du monde.</p>
+
+<p>«Soldats, votre destinée est belle, parce que
+vous êtes dignes de ce que vous avez fait, et de
+l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez avec
+honneur comme les braves, dont les noms sont
+inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez
+dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration
+de tous les peuples.</p>
+
+<p>«Depuis cinq mois que nous sommes éloignés
+de l'Europe, nous avons été l'objet perpétuel des
+sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour,
+quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des
+gouvernemens représentatifs, quarante millions
+de citoyens pensent à vous; tous disent: C'est à
+leurs travaux, à leur sang que nous devons la
+paix générale, le repos, la prospérité du commerce
+et les bienfaits de la liberté civile.»
+</p></blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIV.</h3>
+
+<p>EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE
+LA BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.&mdash;DÉCLARATION DE GUERRE DE LA
+PORTE.&mdash;EFFORTS DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE
+COALITION.&mdash;CONFÉRENCES AVEC L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS
+DE RASTADT.&mdash;NOUVELLES COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN
+SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES. CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION
+CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE A CE SUJET.&mdash;
+SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE DANS
+LES CONSEILS.&mdash;DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA CONSCRIPTION.
+&mdash;FINANCES DE L'AN VII.&mdash;REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION
+DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.&mdash;CONQUÊTE DU
+ROYAUME DE NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.&mdash;ABDICATION DU
+ROI DE PIÉMONT.</p>
+
+
+<p>L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe
+longtemps encore après le départ de notre
+flotte. La prise de Malte commença à fixer les conjectures.
+Cette place réputée imprenable et enlevée
+en passant, jeta sur les argonautes français un éclat
+extraordinaire. Le débarquement en Égypte, l'occupation
+d'Alexandrie, la bataille des Pyramides,
+frappèrent toutes les imaginations en France et en
+Europe. Le nom de Bonaparte, qui avait paru si
+grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet
+plus singulier et plus étonnant encore arrivant des
+contrées lointaines de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte
+étaient le sujet de toutes les conversations.
+Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait,
+disait-on, traverser la Syrie et l'Arabie, et se jeter
+sur Constantinople ou sur l'Inde.</p>
+
+<p>La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas
+détruire le prestige de l'entreprise, mais réveiller
+toutes les espérances des ennemis de la France, et
+hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui
+était extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale,
+et qui n'attendait que le moment favorable
+pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues.
+Le Grand-Seigneur n'était pas fâché de voir punir
+les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Égypte.
+M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre
+auprès du divan pour lui faire agréer des satisfactions,
+n'était point parti. Les agens de l'Angleterre
+eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte
+que l'ambition de la France était insatiable; qu'après
+avoir troublé l'Europe, elle voulait bouleverser
+l'Orient, et qu'au mépris d'une antique alliance,
+elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le
+divan n'auraient pas suffi pour le décider, si la belle
+flotte de Brueys avait pu venir canonner les Dardanelles;
+mais la bataille d'Aboukir priva les Français
+de tout leur ascendant dans le Levant, et donna
+à l'Angleterre une prépondérance décidée. La Porte
+déclara solennellement la guerre à la France<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>, et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se
+brouilla avec son amie naturelle, et se lia avec ses
+ennemis les plus redoutables, la Russie et l'Angleterre.
+Le sultan ordonna la réunion d'une armée,
+pour aller reconquérir l'Égypte. Cette circonstance
+rendait singulièrement difficile la position des Français.
+Séparés de la France, et privés de tout secours
+par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient
+exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les
+bordes de l'Orient. Ils n'étaient que trente mille
+environ pour lutter contre tant de périls.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> 18 fructidor an VI (4 septembre).</blockquote>
+
+<p>Nelson victorieux vint à Naples radouber
+son escadre abîmée, et recevoir les honneurs du
+triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de
+Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir
+aucun secours à nos ennemis, tous les ports
+et les chantiers de la Sicile furent ouverts à Nelson.
+Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires.
+Le roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée
+du port, et l'appelèrent le héros libérateur de
+la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe
+de Nelson devait être le signal du réveil général,
+que les puissances devaient profiter du moment où
+la plus redoutable armée de la France, et son plus
+grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour
+marcher contre elle, et refouler dans son sein ses
+soldats et ses principes. Les suggestions furent extrêmement
+actives auprès de toutes les cours. On
+écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller
+leur haine jusqu'ici déguisée. C'était le moment,
+disait-on, de seconder la cour de Naples, de se liguer
+contre l'ennemi commun, de se soulever tous
+à la fois sur les derrières des Français, et de les
+égorger d'un bout à l'autre de la Péninsule. On dit
+à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où
+les puissances italiennes prendraient les Français
+par derrière, pour les attaquer par devant, et leur
+enlever l'Italie. La chose devait être facile, car
+Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur
+l'Adige. On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une
+partie de ses états, et réduit à céder la rive gauche
+du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa neutralité;
+enfin on employa auprès de Paul Ier les
+moyens qui pouvaient agir sur son esprit malade,
+et le décider à fournir les secours si long-temps et
+si vainement promis par Catherine.</p>
+
+<p>Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être
+bien accueillies auprès de toutes les cours; mais
+toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les plus
+voisines de la France étaient les plus irritées et les
+plus disposées à refouler la révolution; mais par
+cela seul qu'elles étaient plus rapprochées du colosse
+républicain, elles étaient condamnées aussi à
+plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en
+lutte avec lui. La Russie, la plus éloignée de la
+France, la moins exposée à ses vengeances, soit
+par son éloignement, soit par l'état moral de ses
+peuples, était la plus facile à décider. Catherine,
+dont la politique habile avait tendu toujours à compliquer
+la situation de l'Occident, soit pour avoir
+le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps
+de faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine
+n'avait pas emporté sa politique avec elle. Cette
+politique est innée dans le cabinet russe; elle vient
+de sa position même: elle peut changer de procédés
+ou de moyens, suivant que le souverain est
+astucieux ou violent; mais elle tend toujours au
+même but, par un penchant irrésistible. L'habile
+Catherine s'était contentée de donner des espérances
+et des secours aux émigrés; elle avait prêché
+la croisade sans envoyer un soldat. Son successeur
+allait suivre le même but, mais avec son
+caractère. Ce prince violent et presque insensé,
+mais du reste assez généreux, avait d'abord paru
+s'écarter de la politique de Catherine, et refusé
+d'exécuter le traité d'alliance conclu avec l'Angleterre
+et l'Autriche; mais après cette déviation d'un
+moment, il était bientôt revenu à la politique de
+son cabinet. On le vit donner asile au prétendant,
+et prendre les émigrés à sa solde, après le traité de
+Campo-Formio. On lui persuada qu'il devait se
+faire le chef de la noblesse européenne menacée
+par les démagogues. La démarche de l'ordre de
+Malte, qui le prit pour son protecteur, contribua
+à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui
+proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes
+russes. Il offrit sa protection à l'Empire, et voulut
+se porter garant de son intégrité. La prise de Malte
+le remplit de colère, et il offrit la coopération de
+ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait
+donc à Saint-Pétersbourg comme à Constantinople,
+et elle allait faire marcher d'accord des
+ennemis jusque-là irréconciliables.</p>
+
+<p>Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse
+se trouvait trop bien de sa neutralité et de l'épuisement
+de l'Autriche pour vouloir intervenir dans
+la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement
+à ses frontières du côté de la Hollande et de la
+France, pour empêcher la contagion révolutionnaire.
+Elle avait rangé ses armées de manière à
+former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire,
+qui avait appris à ses dépens à connaître la puissance
+de la France, et qui était exposé à devenir
+toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix.
+Les princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient
+aussi, parce qu'ils étaient assurés de trouver des
+indemnités sur la rive droite; les princes ecclésiastiques
+seuls, menacés de la sécularisation, désiraient
+la guerre. Les puissances italiennes du Piémont
+et de la Toscane ne demandaient pas mieux
+qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la république française. Elles attendaient
+que Naples ou l'Autriche leur donnât le
+signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la
+mieux disposée des cours formant la coalition monarchique,
+elle hésitait cependant avec sa lenteur
+ordinaire à prendre un parti, et surtout elle craignait
+pour ses peuples déjà très épuisés par la
+guerre. La France lui avait opposé deux républiques
+nouvelles, la Suisse et Rome, l'une sur ses
+flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle
+aurait passé par-dessus ces nouveaux envahissemens
+de la coalition républicaine, si on l'avait dédommagée
+par quelques conquêtes. C'est pour ce
+but qu'elle avait proposé des conférences à Selz.
+Ces conférences devaient avoir lieu dans l'été de
+1798, non loin du congrès de Rastadt, et concurremment
+avec ce congrès. De leur résultat dépendaient
+la détermination de l'Autriche et le succès
+des efforts tentés pour former une nouvelle coalition.</p>
+
+<p>François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi
+par la France. C'est pour ce motif qu'on avait désigné
+la petite ville de Selz, à cause de sa situation
+sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais
+sur la rive gauche. Cette dernière condition était
+nécessaire, parce que la constitution défendait au
+directeur sortant de s'éloigner de France avant un
+délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par
+l'Autriche. Dès les premiers momens on put voir
+les dispositions de cette puissance. Elle voulait
+être dédommagée, par des extensions de territoire,
+des conquêtes que le système républicain avait
+faites en Suisse et en Italie. La France voulait avant
+tout qu'on s'entendît sur les événemens de Vienne,
+et que des satisfactions fussent accordées pour
+l'insulte faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait
+de s'expliquer sur ce point, et ajournait toujours
+cette partie de la négociation. Le négociateur français
+y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre
+de se contenter de la moindre satisfaction. La
+France aurait voulu que le ministre Thugut, disgracié
+en apparence, le fût réellement, et qu'une
+simple démarche, la plus insignifiante du monde,
+fût faite auprès de Bernadotte, pour réparer l'outrage
+qu'il avait reçu. M. de Cobentzel se contenta
+de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était
+passé à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction,
+et il continua d'insister sur les extensions
+de territoire qu'il réclamait. Il était clair que les
+satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées
+qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues.
+L'Autriche disait que l'institution des deux
+républiques romaine et helvétique, et l'influence
+évidente exercée sur les républiques cisalpine,
+ligurienne et batave, étaient des violations du
+traité de Campo-Formio, et une altération dangereuse
+de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordât des dédommagemens,
+si elle voulait qu'on lui pardonnât ses dernières
+usurpations; et pour dédommagement, le négociateur
+autrichien demandait de nouvelles provinces
+en Italie. Il voulait que la ligne de l'Adige
+fût portée plus loin, et que les possessions autrichiennes
+s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô,
+c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une
+grande moitié de la république cisalpine. M. de
+Cobentzel proposait de dédommager la république
+cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus
+de ce royaume aurait été donné à l'archiduc de
+Toscane; et le roi de Piémont aurait reçu en dédommagement
+les états de l'Église. Ainsi, au prix
+d'un agrandissement pour lui en Lombardie, et
+pour sa famille en Toscane, l'empereur aurait
+sanctionné l'institution de la république helvétique,
+le renversement du pape et le démembrement
+de la monarchie du Piémont. La France ne pouvait
+consentir à ces propositions par une foule de raisons.
+D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine
+à peine formée, et replacer sous le joug autrichien
+des provinces qu'elle avait affranchies, et
+auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté;
+enfin elle avait, l'année précédente, conclu un
+traité avec le roi de Piémont, par lequel elle lui
+garantissait ses états. Cette garantie était surtout
+stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait
+donc pas sacrifier le Piémont. Aussi François (de
+Neufchâteau) ne put-il adhérer aux propositions
+de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour
+l'événement de Vienne. M. de Degelmann, qui devait
+être envoyé à Paris comme ambassadeur, n'y
+vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient
+de correspondre par leurs ministres au
+congrès de Rastadt. Cette séparation fut généralement
+prise pour une espèce de rupture.</p>
+
+<p>Les résolutions de l'Autriche furent évidemment
+fixées dès cet instant; mais avant de recommencer
+les hostilités avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de
+l'Europe. M. de Cobentzel partit pour Berlin, et
+dut se rendre de Berlin à Saint-Pétersbourg. Le
+but de ces courses était de contribuer avec l'Angleterre
+à former la nouvelle coalition. L'empereur
+de Russie avait envoyé à Berlin l'un des plus importans
+personnages de son empire, le prince
+Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts
+à ceux du prince Repnin et de la légation anglaise,
+pour entraîner le jeune roi.</p>
+
+<p>La France, de son côté, avait envoyé l'un de
+ses plus illustres citoyens à Berlin; c'était Sièyes.
+La réputation de Sièyes avait été immense avant le
+règne de la convention. Elle s'était évanouie sous
+le niveau du comité de salut public. On la vit renaître
+tout à coup, lorsque les existences purent
+recommencer leurs progrès naturels; et le nom de
+Sièyes était redevenu le plus grand nom de France,
+après celui de Bonaparte; car en France, une réputation
+de profondeur est ce qui produit le plus
+d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes
+était donc l'un des deux grands personnages du
+temps. Toujours boudant et frondant le gouvernement,
+non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il
+n'avait pas faite, il ne laissait pas que d'être importun.
+On eut l'idée de lui donner une ambassade.
+C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et
+surtout de lui fournir des moyens d'existence. La
+révolution les lui avait enlevés tous, en abolissant
+les bénéfices ecclésiastiques. Une grande ambassade
+permettait de les lui rendre. La plus grande
+était celle de Berlin, car on n'avait d'envoyés ni
+en Autriche, ni en Russie, ni en Angleterre. Berlin
+était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires,
+était cependant un observateur fin et sûr. De plus,
+sa grande renommée le rendait particulièrement
+propre à représenter la France, surtout auprès de
+l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout
+autre pays.</p>
+
+<p>Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états
+un révolutionnaire si célèbre; cependant il n'osa
+pas le refuser. Sièyes se comporta avec mesure et
+dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyés à l'étranger, il
+était observé avec soin, et pour ainsi dire séquestré.
+Les Allemands étaient fort curieux de le voir, mais
+ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin
+était nulle. C'était le sentiment de ses intérêts qui
+seul inspirait le roi de Prusse contre les instances
+de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.</p>
+
+<p>Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider
+le roi de Prusse, la cour de Naples, pleine de joie et
+de témérité depuis la victoire de Nelson, faisait des
+préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont.
+La France, par une espèce de complaisance, lui
+avait laissé occuper le duché de Bénévent. Mais
+cette concession ne l'avait point calmée. Elle se
+flattait de gagner à la prochaine guerre une moitié
+des états du pape.</p>
+
+<p>Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec
+succès pour la France. Treilhard, devenu directeur,
+et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient été remplacés
+au congrès par Jean Debry et Roberjot.
+Après avoir obtenu la ligne du Rhin, il restait à
+résoudre une foule de questions militaires, politiques,
+commerciales. Notre députation était devenue
+extrêmement exigeante, et demandait beaucoup
+plus qu'elle n'avait droit d'obtenir. Elle voulait
+d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était un article
+important, surtout sous le rapport militaire. Elle
+voulait ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis
+Strasbourg; Cassel et son territoire, vis-à-vis
+Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante
+arpens de terrain nous fussent accordés en face
+de l'ancien pont de Huningue, et que l'importante
+forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de
+tous les fleuves d'Allemagne aboutissant au Rhin,
+fût libre, que tous les droits de péage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux
+rives, soumises à un même droit de douane; que
+les chemins de halage fussent conservés, et entretenus
+par les riverains. Elle demandait enfin une
+dernière condition fort importante, c'est que les
+dettes des pays de la rive gauche cédés à la France
+fussent transportées sur les pays de la rive droite,
+destinés à être donnés en indemnité.</p>
+
+<p>La députation de l'Empire répondit avec raison
+que la ligne du Rhin devait présenter une sûreté
+égale aux deux nations; que c'était la raison d'une
+sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour
+faire accorder cette ligne à la France; mais que
+cette sûreté n'existerait plus pour l'Allemagne, si
+la France gardait tous les points offensifs, soit en
+se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl,
+et cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation
+de l'Empire ne voulut donc pas admettre
+les demandes de la France, et proposa pour véritable
+ligne du partage, le <i>thalweg</i>, c'est-à-dire le
+milieu du principal bras navigable. Toutes les îles
+qui étaient à droite de cette ligne devaient appartenir
+à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à
+gauche devaient appartenir à la France. De cette
+manière, on plaçait entre les deux peuples le
+véritable obstacle qui fait d'un fleuve une ligne
+militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable.
+Par suite de ce principe, la députation demandait
+la démolition de Cassel et de Kehl, et
+refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue.
+Elle ne voulait pas que la France conservât aucun
+point offensif, lorsque l'Allemagne les perdait
+tous. Elle refusait avec moins de raison la
+démolition d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible
+avec la sûreté de la ville de Coblentz. Elle
+accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'étendue de son cours, et
+voulait que la France obligeât la république batave
+à reconnaître cette liberté. Quant à la libre navigation
+des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet
+article dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait
+chaque état individuellement. Elle accordait
+le chemin de halage. Elle voulait que tout ce
+qui était relatif aux péages et à leur abolition fût
+renvoyé à un traité de commerce. Elle voulait enfin,
+relativement aux pays de la rive gauche cédés à la
+France, que leurs dettes restassent à leur charge,
+par le principe que la dette suit son gage, et que
+les biens de la noblesse immédiate fussent considérés
+comme propriétés particulières, et conservés
+à ce titre. La députation demandait accessoirement
+que les troupes françaises évacuassent la rive droite
+et cessassent le blocus d'Ehrenbreitstein, parce
+qu'il réduisait les habitans à la famine.</p>
+
+<p>Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une
+suite de notes et de contre-notes, pendant tout l'été.
+Enfin, vers le mois de vendémiaire an VI (août et
+septembre 1798), le <i>thalweg</i> fut admis par la députation
+française. Le principal bras navigable fut
+pris pour limite entre la France et l'Allemagne, et
+les îles durent être partagées conséquemment à ce
+principe. La France consentit à la démolition de
+Cassel et de Kehl, mais elle exigea l'île de Pettersau,
+qui est placée dans le Rhin à peu près à la
+hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance
+pour cette place. L'Empire germanique
+consentit de son côté à la démolition d'Ehrenbreitstein.
+La libre navigation du Rhin et l'abolition
+des péages furent accordées. Il restait à s'entendre
+sur l'établissement des ponts commerciaux,
+sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application
+des lois de l'émigration dans les pays
+cédés, et sur les dettes de ces pays. Les princes
+séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes les
+concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté
+de l'Empire, afin d'obtenir la paix, si nécessaire
+à l'Allemagne. Il était évident que la plupart
+de ces princes voulaient traiter; la Prusse les y engageait.
+Quant à l'Autriche, elle commençait à
+montrer des dispositions toutes contraires, et à
+exciter le ressentiment des princes ecclésiastiques
+contre la marche des négociations. Les députés de
+l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient
+cependant la plus grande mesure, par la
+crainte que leur causait l'Autriche, et louvoyaient
+entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres
+français, ils montraient une extrême raideur; ils
+vivaient à part, et dans une espèce d'isolement,
+comme tous nos ministres en Europe. Telle
+était la situation du congrès à la fin de l'été de
+l'an VI (1798).</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens se passaient en
+Orient et en Europe, la France, toujours chargée
+du soin de diriger les cinq républiques instituées
+autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient
+des difficultés continuelles pour y diriger l'esprit
+public, pour y faire vivre nos troupes, pour y
+mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos généraux,
+pour y maintenir enfin la bonne harmonie
+avec les états voisins.</p>
+
+<p>Presque partout il avait fallu faire comme en
+France, c'est-à-dire, après avoir frappé sur un
+parti, frapper bientôt sur l'autre. En Hollande on
+avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce
+de 18 fructidor pour écarter les fédéralistes,
+abolir les anciens règlemens, et donner au pays
+une constitution unitaire, à peu près semblable à
+celle de la France. Mais cette révolution avait tourné
+beaucoup trop au profit des démocrates. Ceux-ci
+s'étaient emparés de tous les pouvoirs. Après avoir
+exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui
+leur paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes
+constitués en directoire et en deux conseils, sans
+recourir à de nouvelles élections. Ils avaient voulu
+par là imiter la convention nationale de France,
+et ses fameux décrets des 15 et 18 fructidor. Ils
+s'étaient entièrement emparés depuis de la direction
+des affaires, et ils sortaient de la ligne où le
+directoire français voulait maintenir toutes les républiques
+confiées à ses soins. Le général Daendels,
+l'un des hommes les plus distingués du parti
+modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs,
+et repartit pour aller en Hollande porter
+aux démocrates le coup qu'on leur avait récemment
+porté à Paris, en les excluant du corps législatif
+par les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait
+en France, il fallait immédiatement après le répéter
+dans les états qui dépendaient d'elle. Joubert eut
+ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux
+ministres, et avec le secours des troupes bataves
+et françaises, dispersa le directoire et les conseils,
+forma un gouvernement provisoire, et fit ordonner
+de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix,
+qui avait appuyé les démocrates, fut rappelé.
+Ces scènes produisirent leur effet accoutumé.
+On ne manqua pas de dire que les constitutions
+républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à
+chaque instant il fallait le levier des baïonnettes,
+et que les nouveaux états se trouvaient sous la dépendance
+la plus complète de la France.</p>
+
+<p>En Suisse, l'établissement de la république <i>une
+et indivisible</i> n'avait pas pu se faire sans combats.
+Les petits cantons de Schwitz, Zug, Glaris, excités
+par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient
+juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau.
+Le général Schauembourg, sans vouloir les réduire
+par la force, avait interdit toute communication
+des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent
+Lucerne, où ils pillèrent et dévastèrent.
+Schauembourg marcha sur eux, et après quelques
+combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix.
+Le gage de cette paix avait été l'acceptation de la
+constitution nouvelle. Il fallut employer aussi le
+fer et même le feu pour réprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le
+Bas-Valais, dans le but d'y rétablir leur domination.
+Malgré ces obstacles, en prairial (mai 1798),
+la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement
+helvétique était réuni à Arau. Composé
+d'un directoire et de deux conseils, il commençait
+à s'essayer dans l'administration du pays. Le nouveau
+commissaire français était Rapinat, beau-frère
+de Rewbell. Le gouvernement helvétique devait
+s'entendre avec Rapinat pour l'administration des
+affaires. Les circonstances rendaient cette administration
+difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés
+dans les montagnes, épiaient le moment favorable
+pour soulever de nouveau la population. Il fallait
+se tenir en garde contre eux, nourrir et satisfaire
+l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister
+bientôt d'une manière indépendante. Cette
+tâche n'était pas moins difficile pour le gouvernement
+helvétique que pour le commissaire français
+placé auprès de lui.</p>
+
+<p>Il était naturel que la France s'emparât des caisses
+appartenant aux anciens cantons aristocratiques,
+pour payer les frais de la guerre. L'argent contenu
+dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés
+dans les magasins formés par les ci-devant
+cantons, lui étaient indispensables pour faire vivre
+son armée. C'était l'exercice le plus ordinaire du
+droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer
+à ce droit, mais la nécessité la forçait d'en
+user dans le moment. Rapinat eut donc ordre de
+mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup
+de Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité
+la révolution, trouvèrent fort mauvais qu'on s'emparât
+du pécule et des magasins des anciens gouvernemens.
+Les Suisses sont, comme tous les montagnards,
+sages et braves, mais d'une extrême
+avarice. Ils voulaient bien qu'on leur apportât la
+liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques,
+mais ils ne voulaient pas faire les frais de la guerre.
+Tandis que la Hollande et l'Italie avaient souffert,
+presque sans se plaindre, le fardeau énorme des
+campagnes les plus longues et les plus dévastatrices,
+les patriotes suisses jetèrent les hauts cris
+pour quelques millions dont on s'empara. Le directoire
+helvétique fit de son côté apposer de nouveaux
+scellés sur ceux qui venaient d'être apposés
+par Rapinat, et protesta ainsi contre la mesure qui
+mettait les caisses à la disposition de la France.
+Rapinat fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire
+helvétique, et déclara à ce directoire qu'il
+était borné aux fonctions administratives, qu'il ne
+pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à
+l'avenir ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur
+qu'autant qu'ils ne contiendraient rien de contraire
+aux arrêtés du commissaire et du général français.
+Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé
+plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent
+de cette lutte et crièrent à la tyrannie. Ils
+dirent que leur indépendance était violée, et que la
+république française, qui avait prétendu leur apporter
+la liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement
+et la misère. L'opposition ne se manifestait
+pas seulement dans les conseils, elle était
+aussi dans le directoire et dans les autorités locales.
+A Lucerne et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient
+les administrations; ils apportaient des obstacles
+de toute espèce à la levée de quinze millions
+frappés sur les anciennes familles nobles pour les
+besoins de l'armée. Rapinat prit sur lui de purger
+le gouvernement et les administrations helvétiques.
+Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda
+au gouvernement helvétique la démission de deux
+directeurs, les nommés Bay et Pfiffer, celle du ministre
+des affaires étrangères, et le renouvellement
+des chambres administratives de Lucerne et de
+Berne. Cette demande, faite avec le ton d'un ordre,
+ne pouvait être refusée. Les démissions furent
+données sur-le-champ; mais la rudesse avec laquelle
+se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et
+mit tous les torts de son côté. Il compromettait en
+effet son gouvernement, en violant ouvertement les
+formes pour faire des changemens qu'il eût été facile
+d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ,
+le directoire français écrivit au directoire helvétique
+pour désapprouver la conduite de Rapinat,
+et pour donner satisfaction de cette violation de
+toutes les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins
+les membres démissionnaires demeurèrent exclus.
+Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer
+les deux directeurs démissionnaires, Ochs,
+l'auteur de la constitution, et le colonel Laharpe,
+le frère du général mort en Italie, l'un des auteurs
+de la révolution du canton de Vaud, et l'un des
+citoyens les plus probes et les mieux intentionnés
+de son pays.</p>
+
+<p>Une alliance offensive et défensive fut conclue
+entre les républiques helvétique et française le 2
+fructidor (19 août). D'après ce traité, celle des
+deux puissances qui était en guerre avait droit de
+requérir l'intervention de l'autre et de lui demander
+un secours dont la force devait être déterminée
+suivant les circonstances. La puissance
+requérante devait payer les troupes fournies par
+l'autre; la libre navigation de tous les fleuves de
+la Suisse et de la France était réciproquement stipulée.
+Deux routes devaient être ouvertes, l'une
+de France à la Cisalpine, en traversant le Valais et
+le Simplon, l'autre de France en Souabe, en remontant
+le Rhin et en suivant la rive orientale du
+lac de Constance. Dans ce système des républiques
+unies, la France s'assurait deux grandes routes
+militaires pour se rendre dans les états de ses alliés,
+et être en mesure de déboucher rapidement en
+Italie ou en Allemagne. On a dit que ces deux
+routes transportaient le théâtre de la guerre dans
+les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces états à
+devenir le théâtre de la guerre. Les routes n'étaient
+qu'un moyen d'accourir plus tôt et de les protéger
+à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou
+en Italie.</p>
+
+<p>La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi
+que la ville de Mulhausen. Les bailliages italiens,
+qui avaient long-temps hésité entre la Cisalpine et
+la république helvétique, se déclarèrent pour
+celle-ci, et votèrent leur réunion. Les ligues grises,
+que le directoire aurait voulu réunir à la Suisse,
+étaient partagées en deux factions rivales, et balançaient
+entre la domination autrichienne et la
+domination helvétique. Nos troupes les observaient.
+Les moines et les agens étrangers amenèrent
+un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils
+firent soulever les paysans de cette vallée contre
+les troupes françaises. Un combat des plus acharnés
+eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu à ce
+malheureux bourg pour en chasser les fanatiques
+qui s'y étaient établis.</p>
+
+<p>Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre
+côté des Alpes. Une espèce d'anarchie régnait entre
+les sujets des nouveaux états et leurs gouvernemens,
+entre ces gouvernemens et nos armées,
+entre nos ambassadeurs et nos généraux. C'était
+une épouvantable confusion. La petite république
+ligurienne était acharnée contre le Piémont, et
+voulait à tout prix y introduire la révolution.
+Grand nombre de démocrates piémontais s'étaient
+réfugiés dans son sein, et en étaient sortis armés
+et organisés, pour faire des incursions dans leur
+pays, et essayer d'y renverser le gouvernement
+royal. Une autre bande était partie du côté de la
+Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussées et une foule
+de victimes inutilement sacrifiées. La république
+ligurienne n'avait pas renoncé pour cela à harceler
+le gouvernement de Piémont; elle recueillait et
+armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même
+faire la guerre. Notre ministre à Gênes, Sotin,
+avait la plus grande peine à la contenir. De son
+côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait
+pas moins de peine à répondre aux plaintes continuelles
+du Piémont, et à le modérer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.</p>
+
+<p>La Cisalpine était dans un désordre effrayant.
+Bonaparte en la constituant n'avait pas eu le temps
+de calculer exactement les proportions qu'il aurait
+fallu observer dans les divisions du territoire et
+dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser
+le régime municipal et le système financier. Ce petit
+état avait à lui seul deux cent quarante représentans.
+Les départemens étant trop nombreux, il était
+dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il
+n'avait aucun système régulier et uniforme d'impôts.
+Avec une richesse considérable, il n'avait
+point de finances, et il pouvait à peine suffire à
+payer le subside convenu pour l'entretien de nos
+armées. Du reste, sous tous les rapports, la confusion
+était au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcée par Berthier,
+lorsqu'il avait voulu faire accepter le traité d'alliance
+avec la France, les révolutionnaires l'avaient
+emporté, et le langage des jacobins dominait dans
+les conseils et les clubs. Notre armée secondait ce
+mouvement et appuyait toutes les exagérations.
+Brune, après avoir achevé la soumission de la
+Suisse, était retourné en Italie, où il avait reçu
+le commandement général de toutes les troupes
+françaises, depuis le départ de Berthier pour l'Égypte.
+Il était à la tête des patriotes les plus véhémens.
+Lahoz, le commandant des troupes lombardes,
+dont l'organisation avait été commencée
+sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées
+et les mêmes sentimens. Il existait, en outre,
+d'autres causes de désordres dans l'inconduite de
+nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans,
+exigeaient des logemens qui, d'après les
+traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient les
+lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent
+des réquisitions comme en temps de guerre, extorquaient
+de l'argent des administrations locales,
+puisaient dans les caisses des villes sans alléguer
+aucune espèce de prétexte que leur bon plaisir.
+Les commandans de place exerçaient surtout des
+exactions intolérables. Le commandant de Mantoue
+s'était permis, par exemple, d'affermer à son
+profit la pêche du lac. Les généraux proportionnaient
+leur exigence à leur grade, et indépendamment
+de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient
+avec les compagnies des profits scandaleux. Celle
+qui était chargée d'approvisionner l'armée en
+Italie, abandonnait aux états-majors quarante
+pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de
+ce qu'elle devait gagner pour faire de pareils avantages
+à ses protecteurs. Par l'effet des désertions,
+il n'y avait pas dans les rangs la moitié des hommes
+portés sur les états, de manière que la république
+payait le double de ce qu'elle aurait dû. Malgré
+toutes ces malversations, les soldats étaient mal
+payés, et la solde du plus grand nombre était arriérée
+de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous
+occupions était horriblement foulé, sans que nos
+soldats s'en trouvassent mieux. Les patriotes cisalpins
+toléraient tous ces désordres sans se plaindre,
+parce que l'état-major leur prêtait son appui.</p>
+
+<p>A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une
+commission, composée de Daunou, Florent et
+Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le
+pays affranchi. Ces trois hommes avaient composé
+une constitution qui avait été adoptée, et qui,
+sauf quelques différences, et les noms qui n'étaient
+pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution
+française. Les directeurs s'appelaient des
+consuls, le conseil des anciens s'appelait le sénat;
+le second conseil le tribunal. Mais ce n'était pas
+tout que de donner une constitution, il fallait la
+mettre en vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait
+pu le croire, le fanatisme des Romains qui
+s'opposait à son établissement, mais leur paresse.
+Il n'y avait guère d'opposans que dans quelques
+paysans de l'Apennin, poussés par les moines, et
+du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appelés à composer le consulat,
+le sénat et le tribunal, une insouciance,
+une inaptitude extrême au travail. Il fallait de
+grands efforts pour les décider à siéger de deux
+jours l'un, et ils voulaient absolument des vacances
+pour l'été. A cette paresse il faut joindre une
+inexpérience et une incapacité absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zèle dans les
+Cisalpins, mais c'était du zèle sans lumière et sans
+mesure, ce qui le rendait tout aussi funeste que
+l'insouciance. Il était à craindre que, dès le départ
+de la commission française, le gouvernement romain
+tombât en dissolution, par l'inaction ou la
+retraite de ses membres. Et cependant on aimait
+beaucoup les places à Rome, on les aimait comme
+on le fait dans tout état sans industrie.</p>
+
+<p>La commission avait mis fin à toutes les malversations
+qui avaient été commises au premier moment
+de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité
+et habileté. Faypoult, qui était un administrateur
+intègre et capable, avait établi pour tout l'état
+romain un système d'impôts fort bien entendu. Il
+était parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre
+armée; il avait payé tout l'arriéré de solde non-seulement
+à l'armée de Rome, mais encore à la division
+embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent
+été conduites de la même manière dans la Cisalpine,
+le pays n'eût pas été foulé, et nos soldats se
+fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité militaire
+était à Rome entièrement soumise à la commission.
+Le général Saint-Cyr, qui avait remplacé
+Masséna, se distinguait par une sévère probité;
+mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général
+chez tous ses camarades, il paraissait mécontent
+d'être soumis à la commission. A Milan surtout,
+on était fort peu satisfait de tout ce qui se faisait
+à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de
+voir les démocrates romains annulés ou contenus
+par la commission. L'état-major français, duquel
+relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui
+échapper, et soupirait après le moment où la commission
+quitterait ses fonctions.</p>
+
+<p>C'est à tort qu'on ferait au directoire français
+un reproche du désordre qui régnait dans les pays
+alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût, n'aurait
+pu empêcher le débordement des passions qui les
+troublaient, et quant aux exactions, la volonté de
+Napoléon lui-même n'a pas réussi à les empêcher
+dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu,
+plein de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter,
+un gouvernement composé de cinq membres,
+et placé à des distances immenses, le pouvait
+encore moins. Cependant il y avait dans la majorité
+de notre directoire le plus grand zèle à assurer
+le bien-être des nouvelles républiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions
+des généraux, contre les vols manifestes des
+compagnies. Excepté Barras, qui était de moitié
+dans tous les profits des compagnies, qui était
+l'espoir de tous les brouillons de Milan, les quatre
+autres directeurs dénonçaient avec la plus grande
+énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière surtout,
+dont la sévère probité était révoltée de tant
+de désordres, proposa au directoire un plan qui
+fut agréé. Il voulait qu'une commission continuât
+à diriger le gouvernement romain, et à contenir
+l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé
+à Milan, pour y représenter le gouvernement français,
+et y enlever toute influence à l'état-major;
+que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait,
+comme de réduire le nombre des divisions locales,
+des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint
+un administrateur capable de créer un système
+d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut adopté.
+Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et
+Faypoult, l'un des membres de là commission de
+Rome, furent envoyés à Milan pour exécuter les
+mesures proposées par Larévellière.</p>
+
+<p>Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan,
+s'entourer des hommes les plus éclairés de la Cisalpine,
+et convenir avec eux de tous les changemens
+qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il
+devait ensuite, quand tous ces changemens seraient
+arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au
+besoin les appuyer de l'autorité de la France. Il
+devait cependant cacher sa main autant qu'il serait
+possible.</p>
+
+<p>Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on
+lui avait ordonné. Mais le secret de sa mission était
+difficile à garder. On sut bientôt qu'il venait changer
+la constitution, et surtout réduire le nombre des
+places de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient
+bien, à la conduite de l'ambassadeur, que les réductions
+porteraient sur eux, étaient furieux. Ils
+s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé
+lui-même contre l'autorité nouvelle qu'il
+lui fallait subir, et on vit s'établir une lutte scandaleuse
+entre la légation française et l'état-major
+français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et
+les hommes qui se rendaient chez lui, furent dénonces,
+avec une extrême violence dans les conseils
+cisalpins. On prétendit que le ministre français
+venait violer la constitution, et renouveler l'un de
+ces actes d'oppression que le directoire avait exercés
+sur toutes les républiques alliées. Trouvé essuya
+des désagrémens de toute espèce, de la part des
+patriotes italiens et de nos officiers. Ceux-ci se
+conduisirent avec la dernière indécence, dans un
+bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand
+scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout
+à cause de l'effet qu'elles produisaient sur les ministres
+étrangers. Non-seulement on leur donnait
+le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on
+les insultait dans les dîners diplomatiques, en buvant,
+à leur face, à l'extermination de tous les rois.
+Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan.
+Brune et Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller
+se ménager l'appui de Barras. Mais le directoire,
+averti d'avance, était inébranlable dans ses résolutions.
+Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à
+l'instant même où il arrivait. Quant à Brune, il
+lui fut prescrit de retourner à Milan, et d'y concourir
+aux changemens que Trouvé allait faire exécuter.</p>
+
+<p>Après avoir accompli les diverses modifications
+nécessaires à la constitution, Trouvé assembla
+chez lui les députés les plus sages, et les leur soumit.
+Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si
+grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer
+eux-mêmes aux deux conseils. Trouvé fut
+donc obligé de déployer l'autorité française, et
+d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait
+voulu cacher. Du reste, peu importait, au fond,
+le mode employé. Il eût été absurde à la France,
+qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les
+faisait exister par son appui, de ne pas profiter de
+sa force pour y établir l'ordre qu'elle croyait le
+meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas fait le
+mieux possible dès le premier jour et en une seule
+fois, afin de ne plus être obligée de renouveler ces
+actes de sa toute-puissance. Le 30 août (13 fructidor
+an VI), Trouvé assembla le directoire et les
+deux conseils de la Cisalpine; il leur présenta la
+nouvelle constitution et toutes les lois administratives
+et financières que Faypoult avait préparées.
+Les conseils étaient réduits de deux cent quarante
+à cent vingt membres. Les individus à conserver
+dans les conseils et le gouvernement étaient désignés.
+Un système d'impôt régulier était établi. Il y
+avait des impôts personnels et indirects, système
+qu'on essayait d'établir dans le moment en France,
+et qui déplaisait beaucoup aux patriotes. Tous ces
+changemens furent approuvés et adoptés. Brune
+avait été obligé de fournir l'appui des troupes françaises.
+Aussi la colère des patriotes cisalpins fut-elle
+vaine, et la révolution se fit sans obstacles. Il fut
+décidé en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblées primaires aurait lieu, pour approuver
+les changemens faits à la constitution.</p>
+
+<p>La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement
+français, voyant le soulèvement que ce
+ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas possible
+de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner
+une autre ambassade, et envoyer à Milan un homme
+étranger aux dernières querelles. Malheureusement
+le directoire se laissa imposer un ci-devant membre
+des jacobins, qui était devenu un souple et bas
+courtisan de Barras, qui avait été associé par lui au
+trafic des compagnies, et placé sur la voie des
+honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la
+nomination à ses collègues. Fouché partit pour
+remplacer Trouvé, et celui-ci dut se rendre à Stuttgard.
+Mais Brune, profitant du départ de Trouvé,
+se permit, avec une audace qui n'est explicable que
+par la licence militaire qui régnait alors, de faire
+à l'ouvrage du ministre de France les plus graves
+changemens. Il exigea la démission de trois des
+directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs
+ministres, et fit différentes altérations à la
+constitution. L'un des trois directeurs dont il avait
+demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement
+refusé de la donner, il le fit saisir de force
+pas ses soldats, et arracher du palais du gouvernement.
+Il se hâta ensuite de convoquer les assemblées
+primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre
+de Trouvé, modifiée comme elle venait de l'être par
+lui. Fouché, qui arriva dans cet intervalle, aurait dû
+s'opposer à cette convocation, et ne pas permettre
+qu'on fît sanctionner des changemens que le général
+n'avait pas eu mission de faire; mais il laissa
+Brune agir à son gré. Les modifications de Trouvé,
+et les modifications plus récentes de Brune, furent
+approuvées par les assemblées primaires, soumises
+à la fois au pouvoir militaire et à la violence des
+patriotes.</p>
+
+<p>Quand le directoire français apprit ces détails,
+il ne faiblit point. Il cassa tout ce qu'avait fait Brune,
+il le destitua, et chargea Joubert d'aller rétablir les
+choses dans l'état où les avait mises Trouvé. Fouché
+fit des objections; il prétendit que la constitution
+nouvelle, étant approuvée avec les changemens
+que Brune y avait apportés, il serait d'un
+mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et
+il gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire
+ne devait pas souffrir de pareilles hardiesses de la
+part de ses généraux, et surtout il ne devait pas
+leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans
+les états alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de
+cette manière, ne passa que peu de jours dans la
+Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral
+de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au
+nom de la France. Quant aux individus auxquels
+Brune avait arraché leur démission, on les engagea
+à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens.</p>
+
+<p>La Cisalpine resta donc constituée comme le
+directoire avait voulu qu'elle le fût, sauf la destitution
+de quelques individus changés par Brune.
+Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens,
+ces luttes de nos agens civils et militaires, étaient
+du plus déplorable effet, décourageaient les nouveaux
+peuples affranchis, déconsidéraient la république-mère,
+et prouvaient la difficulté de maintenir
+tous ces corps dans leur orbite.</p>
+
+<p>Les événemens de la Cisalpine furent gravement
+reprochés au directoire, car il est d'usage de tout
+changer en griefs contre un gouvernement qu'on
+attaque, et de lui faire un crime des obstacles même
+qu'il rencontre dans sa marche. La double opposition
+qui commençait à reparaître dans les conseils
+attaqua diversement les opérations exécutées en
+Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle,
+contre l'indépendance d'une république alliée; on
+avait même commis une infraction aux lois française,
+car la constitution cisalpine qu'on venait
+d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et
+ce traité, approuvé par les conseils, ne pouvait être
+enfreint par le directoire. Quant à l'opposition
+constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de
+s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches,
+parce que les changemens faits dans la
+Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes exclusifs.
+Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait
+Lucien Bonaparte. Il cherchait des sujets de
+querelle au gouvernement, et il croyait d'ailleurs
+devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance
+des alliés était attaquée, que les traités
+étaient violés, etc.</p>
+
+<p>Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement
+de jour en jour. Elles commençaient à
+contester au directoire certaines attributions dont
+il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et
+dont il avait quelquefois fait usage. Ainsi cette loi
+lui donnait le droit de fermer les clubs, ou de supprimer
+les journaux dont la direction lui paraîtrait
+dangereuse. Le directoire avait fermé quelques
+clubs devenus trop violens, et supprimé quelques
+journaux qui avaient donné des nouvelles fausses
+et imaginées évidemment dans une intention malveillante.
+Il y eut un journal, entre autres, qui prétendit
+que le directoire allait réunir à la France le
+pays de Vaud: le directoire le supprima. Les patriotes
+s'élevèrent contre cette puissance arbitraire,
+et demandèrent le rapport de plusieurs des articles
+de la loi du 19 fructidor. Les conseils décidèrent
+que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à
+l'établissement d'une loi sur la presse; et
+un travail fut ordonné pour la préparation de
+cette loi.</p>
+
+<p>Le directoire essuya également de fortes contradictions
+en matière de finances. Il s'agissait de
+clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de proposer
+celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI
+avait été fixé à 616 millions; mais sur les 616 millions,
+il y avait eu un déficit de 62 millions, et,
+outre ce déficit, un arriéré considérable dans les
+rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse
+d'acquitter le tiers consolidé, n'avaient pas
+été payés intégralement. On décida qu'ils recevraient,
+en paiement de l'arriéré, des bons recevables
+en acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ
+le budget de l'an VII, dans lequel on allait
+entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600 millions,
+sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale.
+Il fallut réduire les contributions foncière
+et personnelle, beaucoup trop fortes, et élever
+les impôts du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On décréta des centimes additionnels
+pour les dépenses locales, et des octrois aux portes
+des villes pour l'entretien des hôpitaux et autres
+établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impôts ne rentreraient
+tout au plus qu'aux trois quarts, à en juger par
+les années précédentes, et que c'était les exagérer
+beaucoup que de porter les rentrées effectives
+à 450 ou 500 millions. Il demanda donc de nouvelles
+ressources, pour couvrir réellement la dépense
+de 600 millions; il proposa un impôt sur
+les portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il
+s'éleva à ce sujet de violentes contestations. On
+décréta l'impôt sur les portes et fenêtres, et on
+prépara un rapport sur l'impôt du sel.</p>
+
+<p>Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en
+elles-mêmes, mais elles étaient le symptôme d'une
+haine sourde, à laquelle il ne fallait que des malheurs
+publics pour éclater. Le directoire, parfaitement
+instruit de l'état de l'Europe, voyait bien
+que de nouveaux dangers se préparaient, et que
+la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne
+pouvait guère plus en douter au mouvement des
+différens cabinets. Cobentzel et Repnin n'avaient
+pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient
+quittée avec un grand mécontentement. Mais
+Paul Ier, complètement séduit, avait stipulé un
+traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses
+troupes en marche. L'Autriche armait avec activité;
+la cour de Naples ordonnait l'enrôlement de toute
+sa population. Il eût été de la plus grande imprudence
+de ne pas faire de préparatifs, en voyant un
+pareil mouvement, depuis les bords de la Vistule
+jusqu'à ceux du Volturne. Nos armées étant singulièrement
+diminuées par la désertion, le directoire
+résolut de pourvoir à leur recrutement par une
+grande institution, qui restait encore à créer. La
+convention avait puisé deux fois dans la population
+de la France, mais d'une manière extraordinaire,
+sans laisser de loi permanente pour la levée
+annuelle des soldats. En mars 1793, elle avait ordonné
+une levée de trois cent mille hommes; en
+août de la même année, elle avait pris la grande et
+belle résolution de la levée en masse, génération
+par génération. Depuis, la république avait existé
+par cette mesure seule, en forçant à rester sous
+les drapeaux ceux qui avaient pris les armes à cette
+époque. Mais le feu, les maladies en avaient détruit
+un grand nombre; la paix en avait ramené
+un grand nombre encore dans leurs foyers. On
+n'avait délivré que douze mille congés, mais il y
+avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile
+d'être sévère envers des hommes qui avaient
+défendu pendant six années leur patrie, et qui
+l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens.
+Il fallait les remplir par de nouvelles levées, et
+prendre, non pas une mesure extraordinaire et
+temporaire, mais une mesure générale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt,
+en quelque sorte, partie inhérente de la constitution.
+On imagina la conscription.</p>
+
+<p>Le général Jourdan fut le rapporteur de cette
+loi grande et salutaire, dont on a abusé comme de
+toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a pas
+moins sauvé la France et porté sa gloire au comble.
+Par cette loi, chaque Français fut déclaré soldat de
+droit, pendant une époque de sa vie. Cette époque
+était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes,
+année par année. Suivant la nécessité, le gouvernement
+appelait des hommes en commençant
+par la première classe, celle de vingt ans, et
+par les plus jeunes de chaque classe. Il pouvait
+successivement appeler les cinq classes, au fur
+et à mesure des besoins. En temps de paix, les
+conscrits étaient obligés de servir jusqu'à vingt-cinq
+ans. Ainsi la durée du service des soldats variait
+d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été
+pris de vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre,
+cette durée était illimitée; c'était au gouvernement
+à délivrer des congés, quand il croyait le pouvoir
+sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune
+espèce, excepté pour ceux qui s'étaient mariés
+avant la loi, ou qui avaient déjà payé leur
+dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait
+ainsi aux cas ordinaires; mais dans les cas
+extraordinaires, lorsque la patrie était déclarée en
+danger, le gouvernement avait droit, comme en
+93, sur la population entière; et la levée en masse
+recommençait.</p>
+
+<p>Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée
+comme l'une des plus importantes créations
+de la révolution<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>. Sur-le-champ le directoire demanda
+à en faire usage, et réclama la levée de deux
+cent mille conscrits, pour compléter les armées
+et les mettre sur un pied respectable. Cette demande
+fut accordée par acclamations le 2 vendémiaire
+an VII (23 septembre 1798). Bien que les
+deux oppositions contrariassent souvent le directoire,
+par humeur ou jalousie, cependant elles
+voulaient que la république conservât son ascendant
+en présence des puissances de l'Europe. Une
+levée d'hommes exige une levée d'argent. Le directoire
+demanda, en sus du budget, 125 millions
+dont 90 pour l'équipement de deux cent mille conscrits,
+et 35 pour réparer le dernier désastre de la
+marine. La question était de savoir où on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour
+le remboursement des deux tiers de la dette étaient
+rentrés presque en totalité, qu'il restait 400 millions
+en biens nationaux, lesquels étaient libres
+par conséquent, et pouvaient être consacrés aux
+nouveaux besoins de la république. On décréta en
+conséquence la mise en vente de 125 millions de
+biens nationaux. Un douzième devait être payé
+comptant, le reste en obligations des acquéreurs,
+négociables à volonté, et payables successivement
+dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir
+à un paiement au comptant, par la facilité
+de le donner aux compagnies. Les biens devaient
+être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne
+fut pas plus contestée que la loi de recrutement,
+dont elle était la conséquence.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).</blockquote>
+
+<p>Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre
+aux menaces de l'Europe, et de soutenir la dignité
+de la république. Deux événemens de médiocre
+importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande,
+l'autre à Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le
+directoire y avait envoyé le général Humbert avec
+quinze cents hommes<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la trésorerie ayant été
+retardé, une seconde division de six mille hommes,
+commandée par le général Sarrazin, n'avait pu
+mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui.
+Il s'était maintenu longtemps, et assez pour
+prouver que l'arrivée du renfort attendu aurait
+changé entièrement la face des choses. Mais, après
+une suite de combats honorables, il venait d'être
+obligé de mettre bas les armes avec tout son corps.
+Un échec de même nature, essuyé par les Anglais,
+venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient
+par intervalles lancer quelques bombes sur
+nos ports de l'Océan, ils voulurent faire un débarquement
+à Ostende, pour détruire les écluses;
+mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux,
+ils furent pris au nombre de deux mille
+hommes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait prisonnier
+le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.</blockquote>
+
+<p>Bien que l'Autriche eût contracté une alliance
+avec la Russie et avec l'Angleterre, et qu'elle pût
+compter sur une armée russe et sur un subside
+anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en
+lutte avec la république française. L'Espagne qui
+voyait avec peine l'incendie rallumé sur le continent,
+et qui craignait également les progrès du
+système républicain et sa ruine, car dans un cas
+elle pouvait être révolutionnée, et dans l'autre punie
+de son alliance avec la France, l'Espagne s'était
+interposée de nouveau pour calmer des adversaires
+irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions,
+en faisant naître quelque possibilité d'arrangement,
+amenait de nouvelles hésitations à
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A
+Naples, où le zèle était furibond, on était indigné
+de tout délai, et on voulait trouver une manière
+d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le
+fer. La folie de cette petite cour était sans exemple.
+Le sort des Bourbons était, à cette époque, d'être
+conduits par leurs femmes à toutes les fautes. On
+en avait vu trois à la fois dans le même cas:
+Louis XVI, Charles IV et Ferdinand. Le sort de
+l'infortuné Louis XVI est connu. Charles IV et
+Ferdinand, quoique par des voies différentes,
+étaient entraînés, par la même influence, à une
+ruine inévitable. On avait fait prendre au peuple
+de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité
+comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée
+du cinquième de la population, espèce d'extravagance,
+car il eût suffi d'en bien armer le cinquantième,
+pour prendre rang parmi les puissances.
+Chaque couvent devait fournir un cavalier équipé;
+une partie des biens du clergé avait été mise en
+vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin
+ce faiseur de projets malheureux, dont tous les
+plans militaires avaient si mal réussi, et que la destinée
+réservait à des revers d'une si étrange espèce,
+Mack avait été demandé à Naples pour être mis à
+la tête de l'armée napolitaine. On lui décerna le
+triomphe avant la victoire, et on lui donna le titre
+de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des
+neuvaines à tous les saints, des prières à saint Janvier,
+et des supplices contre ceux qui étaient soupçonnés
+de partager les opinions françaises.</p>
+
+<p>La petite cour de Naples continuait ses intrigues
+en Piémont et en Toscane. Elle voulait que les
+Piémontais s'insurgeassent sur les derrières de
+l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur
+les derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains
+auraient profité de l'occasion pour attaquer
+de front l'armée de Rome; les Autrichiens en auraient
+profité aussi pour attaquer de front celle de
+la Cisalpine, et on augurait de toutes ces combinaisons,
+que pas un Français ne se sauverait. Le
+roi de Piémont, prince religieux, avait quelques
+scrupules à cause du traité d'alliance qui le liait à
+la France; mais on lui disait que la foi promise à
+des oppresseurs n'engageait pas, et que les Piémontais
+avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier
+Français. Du reste, les scrupules étaient moins
+ici le véritable obstacle que la surveillance rigoureuse
+du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane,
+il manquait entièrement de moyens. Naples, pour
+le décider, promettait de lui envoyer une armée
+par la flotte de Nelson.</p>
+
+<p>Le directoire, de son côté, était sur ses gardes,
+et il prenait ses précautions. La république ligurienne,
+toujours acharnée contre le roi de Piémont,
+avait enfin déclaré la guerre à ce prince.
+A une haine de principes se joignait une vieille
+haine de voisinage; et ces deux petites puissances
+en voulaient venir aux mains à tout prix. Le directoire
+intervint dans la querelle, signifia à la
+république ligurienne qu'il fallait poser les armes,
+et déclara au roi de Piémont qu'il se chargeait de
+maintenir la tranquillité dans ses états, mais que,
+pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important.
+En conséquence, il lui demanda de laisser
+occuper par les troupes françaises la citadelle de
+Turin. Une pareille prétention n'était justifiable
+que par les craintes que la cour de Piémont inspirait.
+Il y avait incompatibilité entre les anciens et
+les nouveaux états, et ils ne pouvaient pas se fier
+les uns aux autres. Le roi de Piémont fit de grandes
+remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister
+aux demandes du directoire. Les Français occupèrent
+la citadelle, et commencèrent sur-le-champ
+à l'armer. Le directoire avait détaché
+l'armée de Rome de celle de la Cisalpine, et lui
+avait donné, pour la commander, le général Championnet,
+qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée
+était disséminée dans tout l'état romain; il y avait
+dans la Marche d'Ancône quatre à cinq mille
+hommes commandés par le général Casa-Bianca;
+le général Lemoine était avec deux ou trois mille
+hommes sur le penchant opposé de l'Apennin, vers
+Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de cinq
+mille hommes à peu près, était répandu sur le
+Tibre. Il y avait à Rome une petite réserve. L'armée
+dite de Rome était donc de quinze à seize mille
+hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays,
+et la difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de
+disperser nos troupes; et si un ennemi actif et bien
+secondé avait su saisir l'occasion, il aurait pu faire
+repentir les Français de leur isolement.</p>
+
+<p>On comptait beaucoup sur cette circonstance
+à Naples; on se flattait de surprendre les Français
+et de les détruire en détail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succès,
+et de forcer enfin l'Autriche à entrer dans la
+carrière, après la lui avoir ouverte! Ce furent
+là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à
+prendre l'initiative. Elle espérait que les Français
+seraient facilement battus, et que l'Autriche ne
+pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait
+tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli,
+qui connaissaient un peu mieux l'Europe
+et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît
+l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages
+conseils. Pour décider ce pauvre roi, et l'arracher
+à ses innocentes occupations, on supposa, dit-on,
+une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait
+le commencement des hostilités. Dès lors
+les ordres de marche furent donnés pour la fin
+de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise
+en mouvement. Le roi lui-même partit avec un
+grand appareil, pour assister aux opérations. Il
+n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une
+sommation aux Français d'évacuer l'état romain:
+ils répondirent à cette sommation en se préparant
+à combattre, malgré la disproportion du nombre.</p>
+
+<p>Dans la situation respective des deux armées,
+rien n'était plus facile que d'accabler les Français,
+dispersés dans les provinces romaines, à droite
+et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement
+sur leur centre, et porter la masse des
+forces napolitaines entre Rome et Terni. La
+gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin
+pour garder les Marches, eût été coupée de
+leur droite, placée en deçà pour garder les rives
+du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier,
+et on les aurait ramenés en désordre jusque dans
+la Haute-Italie. La Péninsule du moins eût été délivrée;
+et la Toscane, l'état romain, les Marches,
+seraient entrés sous la domination de Naples. Le
+nombre des troupes napolitaines rendait ce plan
+encore plus facile et plus sûr; mais il était impossible
+que Mack employât une manoeuvre aussi
+simple. Comme dans ses anciens plans, il voulut
+envelopper l'ennemi par une multitude de corps
+détachés. Il avait près de soixante mille hommes,
+dont quarante mille formaient l'armée active, et
+vingt mille les garnisons. Au lieu de diriger cette
+masse de forces sur le point essentiel de Terni,
+il la divisa en six colonnes. La première, agissant
+sur les revers de l'Apennin, le long de l'Adriatique,
+dut se porter par la route d'Ascoli dans
+les Marches; la seconde et la troisième, agissant
+sur l'autre côté des monts, et se liant à la précédente,
+durent marcher, l'une sur Terni, l'autre
+sur Magliano; la quatrième et la principale, formant
+le corps de bataille, fut dirigée sur Frascati
+et sur Rome; une cinquième, longeant la
+Méditerranée, eut la mission de parcourir les
+Marais Pontins, et de rejoindre le corps de bataille
+sur la voie Appienne; enfin la dernière,
+embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée
+sur Livourne, pour soulever la Toscane et fermer
+la retraite aux Français. Ainsi tout était préparé
+pour les envelopper et les perdre tous, mais rien
+ne l'était pour les battre auparavant.</p>
+
+<p>C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche
+avec ses quarante mille hommes. La quantité de
+ses bagages, l'indiscipline des troupes, le mauvais
+état des chemins, rendaient ses mouvemens très
+lents. L'armée napolitaine formait une longue
+queue, sans ordre et sans ensemble. Championnet,
+averti à temps du péril, détacha deux corps
+pour observer la marche de l'ennemi, et protéger
+les corps isolés qui se repliaient. Ne croyant pas
+pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre
+une position en arrière, sur les bords du Tibre,
+entre Civita-Castellana et Civita-Ducale, et là de
+concentrer ses forces pour reprendre l'offensive.</p>
+
+<p>Tandis que Championnet se retirait sagement,
+et évacuait Rome, en laissant huit cents hommes
+dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait fièrement
+sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir
+trouver de résistance. Il arriva aux portes de Rome
+le 9 frimaire an VII (29 novembre 1798), et y
+entra sans obstacle. On avait préparé au roi une
+réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en
+conquérant et en libérateur, fut enivré de l'espèce
+de gloire militaire qu'on lui avait apprêtée. Du
+reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire,
+et il invita le pape à venir reprendre possession
+de ses états. Cependant son armée, moins généreuse
+que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilité accoutumée,
+se précipita sur les maisons de ceux qu'on accusait
+d'être révolutionnaires, et les dévasta. La dépouille
+mortelle du malheureux Duphot fut exhumée
+et indignement outragée.</p>
+
+<p>Pendant que les Napolitains occupaient ainsi
+leur temps à Rome, Championnet exécutait avec
+une rare activité l'habile détermination qu'il avait
+prise. Sentant que le point essentiel était au centre
+sur le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une
+forte position à Civita-Castellana, et le renforça
+de toutes les troupes dont il put disposer. Il transporta
+une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général
+Casa-Bianca que ce qui lui était strictement
+nécessaire pour retarder de ce côté la marche de
+l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter
+l'arrivée de ses parcs et des munitions. Ne s'effrayant
+pas plus qu'il ne fallait de ce qui se préparait
+sur ses derrières en Toscane, il chargea un
+officier, avec un faible détachement, d'observer ce
+qui se passait de ce côté.</p>
+
+<p>Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français
+sur les différentes routes qu'ils parcouraient. Ils
+étaient trois fois plus nombreux, mais ils avaient
+affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent
+que la tâche était rude. Dans les Marches, la
+colonne qui s'avançait par Ascoli fut repoussée au
+loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, un
+colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps
+par le général Lemoine. Cette première expérience
+de la guerre avec les Français était peu faite pour
+encourager les Napolitains. Cependant Mack fit
+ses dispositions pour enlever la position qu'il sentait
+la plus importante, celle de Civita-Castellana,
+où Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle
+est placée sur un ravin, dans une position très
+forte. Les Français tenaient plusieurs postes éloignés
+qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire
+an VII (4 décembre), Mack fit attaquer
+Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces considérables.
+Il dirigea par la rive opposée du Tibre
+une colonne accessoire, qui devait s'emparer de
+Rignano. Aucune de ces attaques ne réussit. L'une
+des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppée, perdit trois
+mille prisonniers. Les autres, découragées, se bornèrent
+à de simples démonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir
+le choc des troupes françaises. Mack, un peu déconcerté,
+renonça à enlever la position centrale
+de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir
+que ce n'était pas sur ce point qu'il aurait fallu
+essayer de forcer la ligne ennemie. C'est à Terni,
+point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu
+par les Français, qu'il aurait dû frapper le
+coup principal. Il songea dès lors à dérober ses
+troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait
+fallu une rapidité d'exécution impossible avec des
+troupes sans discipline. Il fallut plusieurs jours
+pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une opération
+déjà trop lente. Macdonald, qu'il croyait
+retenir à Civita-Castellana par des démonstrations,
+s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà
+du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni.
+Ainsi, les Napolitains avaient été prévenus sur tous
+les points qu'ils se proposaient de surprendre. Le
+premier mouvement du général Metsch, de Calvi
+sur Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire
+(9 décembre), ramené d'Otricoli sur Calvi,
+ce général fut entouré et obligé de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps
+de trois mille cinq cents. Dès cet instant, Mack
+ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à se
+replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de
+Frascati et d'Albano, pour y rallier son armée, et
+la renforcer de nouveaux bataillons. C'était là une
+triste ressource, car ce n'était pas la quantité des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité
+qu'il aurait fallu changer; et ce n'était pas en se
+retirant à quelques lieues du champ de bataille
+qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la
+discipline et la bravoure.</p>
+
+<p>Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens,
+sortit furtivement de Rome, où il était entré
+quelques jours auparavant en triomphe. Les Napolitains
+l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction
+des Romains, qui étaient déjà beaucoup
+plus importunés de leur présence, qu'ils ne l'avaient
+été de celle des Français. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait
+mérité véritablement les honneurs du triomphe.
+Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive
+contre quarante mille, et les avait poussés en désordre
+devant lui. Championnet ne voulut pas se
+borner à la simple défense des États romains, il
+conçut le projet audacieux de conquérir le royaume
+de Naples avec sa faible armée. L'entreprise était
+difficile, moins à cause de la force de l'armée napolitaine
+que de la disposition des habitans, qui pouvaient
+nous faire une guerre de partisans fort longue
+et fort dangereuse. Championnet n'en persista pas
+moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre la
+retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande
+quantité de prisonniers, et mit dans une déroute
+complète la colonne qui avait été débarquée en
+Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille
+hommes.</p>
+
+<p>Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement
+dans le royaume de Naples, et ne s'arrêta que
+devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il fit
+choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant
+Capoue et sur toute la ligne du fleuve, qui
+est très profond, et qui forme une barrière difficile
+à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré à
+Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion.
+Le peuple, furieux des échecs essuyés par l'armée,
+criait à la trahison, demandait des armes, et menaçait
+d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il
+voulait égorger aussi tous ceux qu'on accusait de
+désirer les Français et la révolution. Cette cour
+odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des
+armes dont il était facile de prévoir l'usage. A peine
+ces espèces de barbares eurent-ils reçu les dépouilles
+des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et se rendirent
+maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison,
+ils s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent.
+Le favori Acton, auquel on commençait à
+attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, toute
+la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait
+plus un séjour assez sûr; l'idée de se réfugier
+en Sicile fut aussitôt conçue et adoptée. Le 11 nivôse
+(31 décembre), les meubles précieux de la
+couronne, tous les trésors des palais de Caserte et
+de Naples, et un trésor de vingt millions, furent
+embarqués sur l'escadre de Nelson, et on fit voile
+pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités
+publiques, ne voulut pas braver les dangers
+du séjour de Naples, et s'embarqua avec la reine.
+Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé. Ce
+fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes
+des chantiers incendiés, que cette cour lâche et
+criminelle abandonna à ses dangers le royaume
+qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre
+d'égorger la haute bourgeoisie, accusée d'esprit
+révolutionnaire. Tout devait être immolé, jusqu'au
+rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples,
+chargé des pouvoirs du roi.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers
+Naples. Il avait commis à son tour la même faute
+que Mack; il s'était divisé en plusieurs colonnes,
+qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction
+à travers un pays difficile, au milieu d'un peuple
+fanatique et soulevé de toutes parts contre les
+prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était
+fort incertaine.</p>
+
+<p>Championnet, arrivé avec son corps de bataille
+sur les bords du Volturne, voulut faire une tentative
+sur Capoue. Repoussé par une nombreuse
+artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de
+main, et de replier ses troupes, en attendant l'arrivée
+des autres colonnes. Cette tentative eut lieu le
+14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans napolitains,
+insurgés de toutes parts, interceptaient
+nos courriers et nos convois. Championnet n'avait
+aucune nouvelle de ses autres colonnes, et sa position
+pouvait être considérée comme très critique.
+Mack profita de l'occasion pour lui faire des ouvertures
+amicales. Championnet, comptant sur la fortune
+des Français, repoussa hardiment les propositions
+de Mack. Heureusement il fut rejoint par
+ses colonnes, et il convint alors d'un armistice, aux
+conditions suivantes: Mack devait abandonner la
+ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux
+Français, se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni
+du côté de la Méditerranée, et de l'Ofanto, du côté
+de l'Adriatique, et céder ainsi une grande partie
+du royaume de Naples. Outre ces concessions de
+territoire, on stipula une contribution de huit millions
+en argent. L'armistice fut signé le 22 nivôse
+(11 janvier).</p>
+
+<p>Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice,
+le peuple se livra à la plus grande fureur,
+et cria plus vivement encore qu'il était trahi par
+les officiers de la couronne. La vue du commissaire
+chargé de recevoir la contribution de huit
+millions porta la multitude aux derniers excès;
+elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice.
+Le tumulte fut porté à un tel degré, que le
+prince Pignatelli, épouvanté, abandonna Naples.
+Cette belle capitale resta livrée aux lazzaronis. Il
+n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on
+était menacé d'un horrible bouleversement. Enfin,
+après trois jours de tumulte, on parvint à choisir
+un chef qui avait la confiance des lazzaronis, et qui
+avait quelques moyens de les contenir: c'était le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes
+fureurs éclataient dans l'armée de Mack. Ses soldats,
+loin de s'en prendre de leurs malheurs à leur
+lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent
+le massacrer. Le prétendu libérateur de l'Italie, qui
+avait reçu un mois auparavant les honneurs du
+triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même
+des Français. Il demanda à Championnet la permission
+de se réfugier auprès de lui. Le généreux
+républicain, oubliant le langage peu convenable
+de Mack dans sa correspondance, lui donna asile,
+le fit asseoir à sa table, et lui laissa son épée.</p>
+
+<p>Championnet, autorisé par le refus fait à Naples
+d'exécuter les conditions de l'armistice, s'avança
+sur cette capitale, dans le but de s'en emparer.
+La chose était difficile, car un peuple immense,
+qui, en rase campagne, eût été balayé par quelques
+escadrons de cavalerie, devenait très redoutable
+derrière les murs d'une ville. On eut quelques
+combats à livrer pour approcher de la place, et les
+lazzaronis montrèrent là plus de courage que l'armée
+napolitaine. L'imminence du danger avait redoublé
+leur fureur. Le prince de Moliterne, qui
+voulait les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir,
+et ils avaient pris pour chefs deux d'entre
+eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès,
+et commirent toute espèce de violences contre les
+bourgeois et les nobles accusés de jacobinisme. Le
+désordre fut poussé à un tel point, que toutes les
+classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée
+des Français. Les habitans firent prévenir Mack
+qu'ils se joindraient à lui pour livrer Naples.
+Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer
+du fort Saint-Elme, et de le livrer aux Français.
+Le 4 pluviôse (23 janvier), Championnet
+donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent courageusement;
+mais les bourgeois s'étant emparés
+du fort Saint-Elme et de différens postes de la
+ville, donnèrent entrée aux Français. Les lazzaronis,
+retranchés néanmoins dans les maisons,
+allaient se défendre de rues en rues, et incendier
+peut-être la ville; mais on fit prisonnier un de leurs
+chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui
+promit de respecter saint Janvier, et on obtint enfin
+qu'il fît mettre bas les armes à tous les siens.</p>
+
+<p>Championnet, dès cet instant, se trouva maître
+de Naples et de tout le royaume: il se hâta d'y
+rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis. D'après
+les intentions du gouvernement français, il proclama
+la nouvelle république. Un nom antique lui
+fut donné, celui de république parthénopéenne.
+Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de
+la cour de Naples. Vingt mille Français et deux
+mois suffirent pour déjouer ses vastes projets,
+changer ses états en république. Cette courte campagne
+de Championnet lui valut sur-le-champ une
+réputation brillante. L'armée de Rome prit dès
+lors le titre d'armée de Naples, et fut détachée de
+l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant
+de Joubert.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens avaient lieu dans la
+Péninsule, la chute du royaume de Piémont était
+enfin consommée. Déjà, par une précaution que
+les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était
+emparé de la citadelle de Turin, et l'avait armée
+avec l'artillerie prise dans les arsenaux piémontais.
+Mais cette précaution était fort insuffisante dans
+l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours
+dans le Piémont: les républicains faisaient
+sans cesse de nouvelles tentatives, et venaient
+même de perdre six cents hommes, pour avoir
+essayé de surprendre Alexandrie. Une mascarade
+sortie de la citadelle de Turin, où toute la cour
+était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des
+Piémontais et des officiers français que les généraux
+ne pouvaient pas toujours contenir, avait failli
+provoquer un combat sanglant dans Turin même.
+La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie,
+et la correspondance du ministre de Naples avec
+M. de Priocca, ministre dirigeant de Piémont, le
+prouvait assez. Dans des circonstances pareilles,
+la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait
+pas laisser, sur ses communications des Alpes,
+deux partis aux prises et un gouvernement ennemi.
+Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que les
+défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens
+qui en gênent ou en compromettent la défense.
+Il fut décidé qu'on forcerait le roi de Piémont à
+abdiquer. On soutint les républicains, et on les
+aida à s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze,
+Chivasso. On dit alors au roi qu'il ne pouvait plus
+vivre dans des états qui se révoltaient, et qui allaient
+être bientôt le théâtre de la guerre: on lui
+demanda son abdication, en lui laissant l'île de
+Sardaigne. L'abdication fut signée le 19 frimaire
+(9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les
+plus puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont,
+n'avaient plus, de leurs états, que deux îles.
+Dans les circonstances qui se préparaient, on ne
+voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle
+république, et en attendant le résultat de la
+guerre, il fut décidé que le Piémont serait provisoirement
+administré par la France. Il ne restait
+plus à envahir en Italie que la Toscane. Une simple
+signification suffisait pour l'occuper; mais on différait
+cette signification, et on attendait, pour la
+faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XV.</h3>
+
+<p>ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.&mdash;PRÉPARATIFS MILITAIRES.&mdash;LEVÉE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.&mdash;MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES
+PUISSANCES COALISÉES.&mdash;DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.&mdash;
+OUVERTURE DE LA CAMPAGNE DE 1799.&mdash;INVASION DES GRISONS.&mdash;
+COMBAT DE PFULLENDORF.&mdash;BATAILLE DE STOCKACH.&mdash;RETRAITE DE
+JOURDAN.&mdash;OPÉRATIONS MILITAIRES EN ITALIE.&mdash;BATAILLE DE MAGNANO;
+RETRAITE DE SCHÉRER.&mdash;ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES
+FRANÇAIS A RASTADT.&mdash;EFFETS DE NOS PREMIERS REVERS.&mdash;ACCUSATIONS
+MULTIPLIÉES CONTRE LE DIRECTOIRE.&mdash;ÉLECTIONS DE L'AN VII.
+&mdash;SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN REMPLACEMENT DE REWBELL.</p>
+
+
+<p>Tel était l'état des choses au commencement de
+l'année 1799. La guerre, d'après les événemens
+que nous venons de rapporter, n'était plus douteuse.
+D'ailleurs les correspondances interceptées,
+la levée de boucliers de la cour de Naples, qui
+n'aurait pas pris l'initiative sans la certitude d'une
+intervention puissante, les préparatifs immenses
+de l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en
+Moravie, ne laissaient plus aucune incertitude. On
+était en nivôse (janvier 1799), et il était évident
+que les hostilités seraient commencées avant deux
+mois. Ainsi l'incompatibilité des deux grands systèmes
+que la révolution avait mis en présence était
+prouvée par les faits. La France avait commencé
+l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les
+républiques batave, cisalpine et ligurienne, et déjà
+il en existait six à la fin de cette année, par la création
+des républiques helvétique, romaine et parthénopéenne.
+Cette extension avait été moins le
+résultat de l'esprit de conquête, que de l'esprit de
+système. On avait été obligé de secourir les Vaudois
+opprimés: on avait été provoqué à Rome à
+venger la mort du malheureux Duphot, immolé
+en voulant séparer les deux partis: à Naples on
+n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on
+avait été forcément conduit à rentrer en lutte, il
+est constant que le directoire, quoique ayant une
+immense confiance dans la puissance française,
+désirait cependant la paix, pour des raisons politiques
+et financières; il est constant aussi que l'empereur,
+tout en désirant la guerre, voulait l'éloigner
+encore. Cependant tous s'étaient conduits
+comme s'ils avaient voulu rentrer immédiatement
+en lutte, tant était grande l'incompatibilité des
+deux systèmes.</p>
+
+<p>La révolution avait donné au gouvernement
+français une confiance et une audace extraordinaire.
+Le dernier événement de Naples, quoique
+peu considérable en lui-même, venait de lui persuader
+encore que tout devait fuir devant les baïonnettes
+françaises. C'était du reste l'opinion de l'Europe.
+Il ne fallait rien moins que l'immensité des
+moyens réunis contre la France, pour donner à ses
+ennemis le courage de se mesurer avec elle. Mais
+cette confiance du gouvernement français dans ses
+forces était exagérée, et lui cachait une partie des
+difficultés de sa position. La suite a prouvé que ses
+ressources étaient immenses, mais que dans le
+moment elles n'étaient pas encore assez assurées
+pour garantir la victoire. Le directoire, outre la
+France, avait à administrer la Hollande, la Suisse,
+toute l'Italie, partagées en autant de républiques.
+Les administrer par l'intermédiaire de leur gouvernement,
+était, comme on l'a vu, encore plus
+difficile que si on avait commandé directement
+chez elles. On n'en pouvait presque tirer aucune
+ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut
+d'organisation. Il fallait cependant les défendre,
+et dès lors combattre sur une ligne qui,
+depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à
+l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par
+la Russie et l'Autriche, était prise à revers par les
+flottes anglaises, soit en Hollande, soit à Naples.
+Les forces qu'une telle situation militaire exigeait,
+il fallait les tirer de France seulement. Or, les armées
+étaient singulièrement affaiblies. Quarante
+mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte sous
+notre grand capitaine. Les armées restées en France
+étaient diminuées de moitié par l'effet des désertions
+que la paix amène toujours. Le gouvernement
+payait le même nombre de soldats, mais il n'avait
+peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs.
+Les administrations et les états-majors faisaient
+le profit sur la solde, et c'était une surcharge inutile
+pour les finances. Ces cent cinquante mille
+hommes effectifs formaient des cadres excellens,
+qu'on pouvait remplir avec la nouvelle levée des
+conscrits; mais il fallait du temps pour cela, et on
+n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de la
+conscription. Enfin, les finances étaient toujours
+dans le même délabrement, par la mauvaise organisation
+de la perception. On avait voté un budget
+de 600 millions, et une ressource extraordinaire
+de 125 millions, prise sur les 400 millions restans
+de biens nationaux; mais la lenteur des rentrées,
+et l'erreur dans l'évaluation de certains produits,
+laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination,
+si nécessaire dans une machine aussi
+vaste, commençait à disparaître. Les militaires devenaient
+très difficiles à contenir. Cet état de guerre
+perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires;
+ils en devenaient impérieux et exigeans.
+Placés dans des pays riches, ils voulaient en profiter,
+et ils étaient les complices de toutes les spoliations.
+Ils voulaient aussi faire triompher leurs
+opinions là où ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec
+peine à la direction des agens civils. On l'a vu dans
+la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans l'intérieur,
+l'opposition qu'on a vu renaître depuis le
+18 fructidor, et prendre deux caractères, se prononçait
+davantage. Les patriotes, réprimés aux
+dernières élections, se préparaient à triompher
+dans les nouvelles. Les modérés critiquaient froidement,
+mais amèrement, toutes les mesures du
+gouvernement, et suivant l'usage de toutes les oppositions,
+lui reprochaient même les difficultés
+qu'il avait à vaincre, et qui étaient le plus souvent
+insurmontables. Le gouvernement, c'est la force
+même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui
+s'il ne triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses,
+quand il explique pourquoi il n'a pas réussi.</p>
+
+<p>Telle était la situation du directoire à l'instant
+où la guerre recommença avec l'Europe. Il fit de
+grands efforts pour rétablir l'ordre dans cette
+grande machine. La confusion régnait toujours en
+Italie. Les ressources de cette belle contrée étaient
+gaspillées, et se perdaient inutilement pour l'armée;
+quelques pillards en profitaient seuls. La commission
+chargée d'instituer et d'administrer la république
+romaine venait de terminer ses fonctions,
+et aussitôt l'influence des états-majors s'était fait
+sentir. On avait changé les consuls jugés trop modérés.
+On avait rompu les marchés avantageux pour
+l'entretien de l'armée. La commission, dans laquelle
+Faypoult avait la direction financière, avait
+conclu un marché pour l'entretien et le paiement
+des troupes stationnées à Rome, et pour le transport
+de tous les objets d'art envoyés en France.
+Elle avait adjugé en paiement des biens nationaux
+pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était
+modéré sous le rapport du prix, avait l'avantage
+de fournir un emploi aux biens nationaux. Il fut
+cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin, qui
+dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer
+par les états-majors, auxquels elle abandonnait un
+pour cent de profit. Le Piémont, qu'on venait
+d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer, et
+la probité de Joubert, général en chef de l'armée
+d'Italie, n'était pas une garantie contre l'avidité de
+l'état-major et des compagnies. Naples surtout
+allait être mise au pillage. Il y avait dans le directoire
+quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière,
+Merlin et Treilhard, que tous les désordres
+révoltaient. Larévellière surtout, le plus
+sévère et le plus instruit des faits par ses relations
+particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec
+les membres de la commission de Rome, Larévellière
+voulait qu'on déployât la plus grande énergie.
+Il proposa et fit adopter un projet fort sage;
+c'était d'instituer dans tous les pays dépendans de
+la France, et où résidaient nos armées, des commissions
+chargées de la partie civile et financière,
+et tout à fait indépendantes des états-majors. A
+Milan, à Turin, à Rome, à Naples, des commissions
+civiles devaient recevoir les contributions
+stipulées avec les pays alliés de la France, passer
+les marchés, faire tous les arrangemens financiers,
+fournir en un mot aux besoins des armées, mais
+ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs
+militaires. Les commissions avaient cependant
+l'ordre de compter aux généraux les fonds qu'ils
+demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au
+gouvernement. Ainsi l'autorité militaire était encore
+bien ménagée. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre
+de la faire exécuter sur-le-champ avec la dernière
+rigueur. Comme il montrait quelque indulgence
+pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait
+de tous les désordres qui ne seraient pas réprimés.</p>
+
+<p>Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait
+blesser beaucoup les états-majors. En Italie surtout
+ils parurent se révolter; ils dirent qu'on déshonorait
+les militaires par les précautions qu'on prenait
+à leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les
+généraux, qu'on les privait de toute autorité.
+Championnet, à Naples, avait déjà tranche du
+législateur, et nommé des commissions chargées
+d'administrer le pays conquis. Faypoult était envoyé
+à Naples pour s'y charger de toute la partie
+financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire
+rentrer l'administration dans ses mains, et révoqua
+certaines mesures fort mal entendues, prises par
+Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son état, surtout quand ils sont victorieux,
+se regarda comme offensé; il eut la hardiesse
+de prendre un arrêté par lequel il enjoignait à Faypoult
+et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite
+était intolérable. Méconnaître les ordres du directoire
+et chasser de Naples les envoyés revêtus de
+ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère
+répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer
+l'autorité suprême et la remettre aux généraux. Le
+directoire ne faiblit pas, et grâce à l'énergie des
+membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il déploya ici toute son autorité. Il destitua
+Championnet, malgré l'éclat de ses derniers
+succès, et le livra à une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas
+là. Le brave Joubert se laissa persuader que l'honneur
+militaire était blessé par les arrêtés du directoire;
+il ne voulut pas conserver le commandement
+aux conditions nouvelles prescrites aux généraux,
+et donna sa démission. Le directoire l'accepta.
+Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les
+mêmes motifs. Néanmoins le directoire ne céda
+pas et persista dans ses arrêtés.</p>
+
+<p>Le directoire s'occupa ensuite de la levée des
+conscrits, qui s'exécutait lentement. Les deux
+premières classes ne pouvant pas fournir les deux
+cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre
+dans toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre
+requis fût complet. Pour gagner du temps, il fut
+décidé que les communes seraient chargées elles-mêmes
+de l'équipement des nouvelles recrues,
+et que cette dépense serait comptée en déduction
+de la contribution foncière. Ces nouveaux conscrits,
+à peine équipés, devaient se rendre sur les
+frontières, y être formés en bataillons de garnison,
+remplacer les vieilles troupes dans les places
+et les camps de réserve, et dès que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armées
+actives.</p>
+
+<p>Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le
+ministre Ramel, qui administrait toujours nos
+finances avec lumière et probité, depuis l'établissement
+du directoire, après avoir vérifié le produit
+des impôts, assurait que le déficit serait de
+65 millions, sans compter tout l'arriéré provenant
+du retard dans les rentrées. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires
+du directoire ne le portaient pas à plus de 15 millions.
+Ramel prouvait qu'il serait de 65 au moins,
+et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt
+des portes et fenêtres, mais il ne suffisait pas.
+L'impôt du sel fut mis en discussion. Alors de
+grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques
+sur une seule classe, on renouvelait les gabelles,
+etc. Lucien Bonaparte était celui des orateurs
+qui faisait valoir les objections avec le plus
+d'acharnement. Les partisans du gouvernement
+répondaient en alléguant la nécessité. L'impôt fut
+rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer
+le produit, on doubla l'impôt des portes
+et fenêtres; on décupla même celui des portes
+cochères. On mit en vente les biens du culte protestant,
+on décréta que le clergé protestant recevrait
+des salaires en dédommagement de ses biens.
+On mit à la disposition du gouvernement les
+sommes à recouvrer sur les propriétaires de biens
+restés indivis avec l'état.</p>
+
+<p>Malheureusement toutes ces ressources n'étaient
+pas assez promptes. Outre la difficulté de
+porter le produit de l'impôt au niveau de 600 millions,
+il y avait un autre inconvénient dans la
+lenteur des rentrées. On était encore réduit, cette
+année comme dans les précédentes, à donner des
+délégations aux fournisseurs sur les produits non
+rentrés. Les rentiers, auxquels on avait, depuis le
+remboursement des deux tiers, promis la plus
+grande exactitude, étaient payés eux-mêmes
+avec des bons recevables en acquittement des
+impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau réduit
+aux expédiens.</p>
+
+<p>Ce n'était pas tout que de réunir des soldats
+et des fonds pour les entretenir, il fallait les distribuer
+d'après un plan convenable, et leur
+choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons
+dit, garder la Hollande, la ligne du Rhin,
+la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire opérer depuis
+le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande
+était couverte d'un côté par la neutralité de
+la Prusse, qui paraissait certaine; mais une flotte
+anglo-russe devait y faire un débarquement, et il
+était urgent de la protéger contre ce danger.
+La ligne du Rhin était protégée par les deux
+places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la
+percer, il était prudent de la couvrir par un
+corps d'observation. Soit qu'on prît l'offensive ou
+qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou
+en Suisse, qu'on devait rencontrer les armées
+autrichiennes. Il fallait une armée active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait
+dans les plaines de la Bavière. Il fallait ensuite un
+corps d'observation pour couvrir la Suisse; il fallait
+enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie
+contre les Napolitains et les Anglais réunis.</p>
+
+<p>Ce champ de bataille était immense, et il n'était
+pas connu et jugé comme il l'a été depuis, à la suite
+de longues guerres et de campagnes immortelles.
+On pensait alors que la clé de la plaine était dans
+les montagnes. La Suisse, placée au milieu de la
+ligne immense sur laquelle on allait combattre, paraissait
+la clé de tout le continent; et la France,
+qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage
+décisif. Il semblait qu'en ayant les sources du Rhin,
+du Danube, du Pô, elle en commandât tout le cours.
+C'était là une erreur. On conçoit que deux armées
+qui appuient immédiatement une aile à des montagnes,
+comme les Autrichiens et les Français
+quand ils se battaient aux environs de Vérone ou
+aux environs de Rastadt, tiennent à la possession
+de ces montagnes, parce que celle des deux qui en
+est maîtresse peut déborder l'ennemi par les hauteurs.
+Mais quand on se bat à cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même
+importance. Tandis qu'on s'épuiserait pour la possession
+du Saint-Gothard, des armées placées sur
+le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider
+du sort de l'Europe. Mais on concluait du
+petit au grand: de ce que les hauteurs sont importantes
+sur un champ de bataille de quelques
+lieues, on en concluait que la puissance maîtresse
+des Alpes devait l'être du continent. La Suisse n'a
+qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des débouchés
+directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche
+sur la France. On conçoit dès lors que, pour le
+repos des deux puissances et de l'Europe, la clôture
+de ces débouchés soit un bienfait. Plus on
+peut empêcher les points de contact et les moyens
+d'invasion, mieux on fait, surtout entre deux
+états qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité
+de la Suisse intéresse toute l'Europe, et
+qu'on a toujours eu raison d'en faire un principe
+de sûreté générale.</p>
+
+<p>La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage
+des débouchés directs sur l'Autriche et l'Italie,
+et, en ce sens, on pouvait regarder la possession
+de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicité des débouchés est un avantage pour la
+puissance qui doit prendre l'offensive, et qui en a
+les moyens, elle devient un inconvénient pour la
+puissance qui est réduite à la défensive, par l'infériorité
+de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors
+que le nombre des points d'attaque soit aussi réduit
+que possible, afin de pouvoir concentrer ses
+forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour
+la France, suffisamment préparée à l'offensive, de
+pouvoir déboucher en Bavière par la Suisse, il
+était fâcheux pour elle, réduite à la défensive, de
+ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il
+était fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace
+compris de Mayence à Gênes, au lieu de
+pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part,
+et entre le Mont-Blanc et Gênes de l'autre.</p>
+
+<p>Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir
+dangereuse pour la France, dans le cas de la défensive.
+Mais elle était fort loin de se croire dans
+un cas pareil. Le projet du gouvernement était de
+prendre l'offensive partout et de procéder, comme
+naguère, par des coups foudroyans. Mais la distribution
+de ses forces fut des plus malheureuses.
+On plaça une armée d'observation en Hollande, et
+une autre armée d'observation sur le Rhin. Une
+armée active devait partir de Strasbourg, traverser
+la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une seconde
+armée active devait combattre en Suisse pour la
+possession des montagnes, et appuyer ainsi d'un
+côté celle qui agirait sur le Danube, et de l'autre
+celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée
+devait partir de l'Adige pour chasser tout à fait les
+Autrichiens jusqu'au-delà de l'Izonzo. Enfin, une
+dernière armée d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée
+de Hollande fût de vingt mille hommes, celle
+du Rhin de quarante, celle du Danube de quatre-vingt,
+celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui
+faisait en tout trois cent mille hommes indépendamment
+des garnisons. Avec de pareilles forces,
+cette distribution devenait moins défectueuse.
+Mais si, par la levée des conscrits, on pouvait, dans
+quelque temps, porter nos armées à ce nombre,
+on était loin d'y être arrivé dans le moment. On
+ne pouvait guère laisser que dix mille hommes en
+Hollande. Sur le Rhin on pouvait à peine réunir
+quelques mille hommes. Les troupes destinées à
+composer cette armée d'observation étaient retenues
+dans l'intérieur, soit pour surveiller la Vendée
+encore menacée, soit pour protéger la tranquillité
+publique pendant les élections qui se préparaient.
+L'armée destinée à agir sur le Danube était au plus
+de quarante mille hommes, celle de Suisse de
+trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples
+de trente. Ainsi, nous comptions à peine cent
+soixante ou cent soixante-dix mille hommes. Les
+éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la
+chose du monde la plus imprudente.</p>
+
+<p>Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire,
+voulait prendre l'offensive, il fallait
+alors, plus que jamais, choisir les points d'attaque,
+se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disséminer, pour combattre sur tous à la
+fois. Ainsi, en Italie, au lieu de disperser ses forces
+depuis Vérone jusqu'à Naples, il fallait, à l'exemple
+de Bonaparte, en réunir la plus grande partie
+sur l'Adige; et frapper là les grands coups. En
+battant les Autrichiens sur l'Adige, il était assez
+prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu
+de perdre inutilement des milliers de braves au
+pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du
+Danube, et livrer avec celle-ci une bataille décisive
+en Bavière. On pouvait même réduire encore
+les points d'attaque, rester en observation sur
+l'Adige, n'agir offensivement que sur le Danube, et
+là, porter un coup plus fort et plus sûr, en grossissant
+la masse qui devait le frapper. Napoléon et
+l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de
+grands exemples, le second par des raisonnemens
+profonds, qu'entre l'Autriche et la France, la querelle
+doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le
+chemin le plus court pour arriver au but. Une
+armée française victorieuse en Bavière, rend nuls
+tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus
+rapprochée de Vienne.</p>
+
+<p>Il faut dire, pour excuser les plans du directoire,
+qu'on n'avait point encore embrassé d'aussi vastes
+champs de bataille, et que le seul homme qui l'aurait
+pu alors était en Égypte. On dissémina donc
+les cent soixante mille hommes, ou environ, actuellement
+disponibles, sur la ligne immense que
+nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons
+indiqué. Dix mille hommes devaient observer la
+Hollande, quelques mille le Rhin; quarante mille
+formaient l'armée du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente
+celle de Naples. Les conscrits devaient bientôt renforcer
+ces masses, et les porter au nombre fixé
+par les plans du directoire.</p>
+
+<p>Le choix des généraux ne fut guère plus heureux
+que la conception des plans. Il est vrai que
+depuis la mort de Hoche, et le départ de Bonaparte,
+Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix
+étaient beaucoup plus limités. Il restait un général
+dont la réputation était grande et méritée, c'était
+Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus entreprenant,
+mais on n'était ni plus ferme ni plus
+sûr. Un état défendu par un tel homme ne pouvait
+périr. Disgracié à cause de sa conduite dans
+l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti
+à devenir simple inspecteur d'infanterie. On le
+proposa au directoire pour commander en Italie.
+Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention
+sur cette belle contrée, depuis qu'elle était comme
+la pomme de discorde entre l'Autriche et la France,
+ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa
+de toutes ses forces. Il donna des raisons de
+grand patriote, et présenta Moreau comme suspect,
+à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses
+collègues eurent la faiblesse de céder. Moreau fut
+écarté, et resta simple général de division dans
+l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous
+de ses talens. Joubert et Bernadotte avaient refusé
+le commandement de l'armée d'Italie, on sait par
+quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre
+de la guerre. Ce général, par son succès en Belgique
+et sa belle bataille de Loano, s'était acquis beaucoup
+de réputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus
+capable de commander à des jeunes gens pleins de
+force et d'audace. D'ailleurs il s'était brouillé avec
+la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la répression de la licence
+militaire. Barras le proposa pour général de l'armée
+d'Italie. On dit que c'était pour le faire sortir du
+ministère de la guerre, où il commençait à devenir
+importun par sa sévérité. Cependant les
+militaires que l'on consulta, notamment Bernadotte
+et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme
+on en parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec
+beaucoup d'estime, il fut nommé général en chef
+de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup, alléguant
+son âge, sa santé, et surtout son impopularité,
+due aux fonctions qu'il avait exercées; mais
+on insista et il fut obligé d'accepter.</p>
+
+<p>Championnet, traduit devant une commission,
+fut remplacé dans le commandement de l'armée
+de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du
+commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix
+étaient excellens, et la république ne pouvait que
+s'en applaudir. L'importante armée du Danube fut
+donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs
+dans la campagne de 1798, on n'avait point oublié
+les services qu'il avait rendus en 1793 et 1794, et
+on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses
+premiers exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à
+Moreau, l'année du Danube ne pouvait être en
+de meilleures mains. Malheureusement elle était
+tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu,
+pour la commander avec confiance, l'audace du
+vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande.</p>
+
+<p>L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs
+aux nôtres. Ne se confiant pas comme nous
+dans ses succès, elle avait employé les deux années
+écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à
+équiper et à instruire de nouvelles troupes. Elle
+les avait pourvues de tout ce qui était nécessaire,
+et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux
+cent vingt-cinq mille hommes effectifs, sans compter
+les recrues qui se préparaient encore. La Russie
+lui fournissait un contingent de soixante mille
+hommes, dont on vantait dans toute l'Europe la
+bravoure fanatique, et qui étaient commandés par
+le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition
+allait opérer sur le front de notre ligne avec environ
+trois cent mille hommes. On annonçait deux
+autres contingens russes, combinés avec des troupes
+anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre
+à Naples.</p>
+
+<p>Le plan de campagne de la coalition n'était pas
+mieux conçu que le nôtre. C'était une conception
+pédantesque du conseil aulique, fort désapprouvée
+par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous
+les généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier.
+Ce plan reposait, comme celui des Français,
+sur le principe que les montagnes sont la clé de la
+plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles
+amoncelées pour garder le Tyrol et les Grisons,
+et pour arracher, s'il était possible, la grande
+chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner,
+c'était l'Italie. Des forces considérables étaient placées
+derrière l'Adige. Le théâtre de guerre le plus
+important, celui du Danube, ne paraissait pas être
+celui dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait
+fait de plus heureux de ce côté, c'était d'y placer
+l'archiduc Charles. Voici comment étaient distribuées
+les forces autrichiennes. L'archiduc Charles
+était, avec cinquante-quatre mille fantassins et
+vingt-quatre mille chevaux, en Bavière. Dans le
+Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure
+dans le lac de Constance, le général
+Hotze commandait vingt-quatre mille fantassins
+et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le
+Tyrol avec quarante-six mille hommes, dont deux
+mille cavaliers. Kray avait sur l'Adige soixante-quatre
+mille fantassins et onze mille chevaux, ce
+qui faisait soixante-quinze mille hommes en tout.
+Le corps russe devait venir se joindre à Kray, pour
+agir en Italie.</p>
+
+<p>On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze,
+et les quarante-six mille de Bellegarde, devaient
+agir dans les montagnes. Ils devaient gagner les
+sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient
+dans la plaine tâcheraient d'en franchir le
+cours. Du côté des Français, l'armée d'Helvétie
+était chargée du même soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire
+inutilement sur des rochers inaccessibles,
+dont la possession ne pouvait guère influer sur le
+sort de la guerre<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc Charles,
+le général Jomini et Napoléon.</blockquote>
+
+<p>Les généraux français n'avaient pas manqué
+d'informer le directoire de l'insuffisance de leurs
+moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer
+quelques troubles, et une demi-brigade à l'armée
+d'Helvétie pour remplacer une autre demi-brigade
+envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit
+mille hommes effectifs. De pareilles forces
+étaient trop disproportionnées avec celles de l'archiduc,
+pour qu'il pût lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armée de
+Bernadotte, qui ne comptait pas encore plus de
+cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait
+voulu qu'on lui permît d'attirer à lui, ou l'armée
+du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi il avait
+raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir
+ni les magasins, ni les moyens de transport
+indispensables pour faire vivre son armée dans des
+pays stériles et d'un accès extrêmement difficile.</p>
+
+<p>Le directoire répondait à ces observations que
+les conscrits allaient rejoindre et se former bientôt
+en bataillons de campagne; que l'armée d'Helvétie
+serait incessamment portée à quarante mille
+hommes, celle du Danube à soixante; que dès que
+les élections seraient achevées, les vieux bataillons,
+retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau
+de l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient
+ordre de concourir aux opérations de Jourdan,
+et de se conformer à ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance
+dans ses soldats, il voulait que, malgré la
+disproportion du nombre, ses généraux se hâtassent
+de brusquer l'attaque et de déconcerter les
+Autrichiens par une charge impétueuse. Aussi les
+ordres furent-ils donnés en conséquence.</p>
+
+<p>Les Grisons, partagés en deux factions, avaient
+hésité long-temps entre la domination autrichienne
+et la domination suisse. Enfin ils avaient appelé
+les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire,
+les considérant comme sujets suisses, ordonna à
+Masséna d'occuper leur territoire, en faisant aux
+Autrichiens une sommation préalable de l'évacuer
+En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ.
+En même temps, comme les Russes s'avançaient
+toujours en Autriche, il adressa, à ce
+sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt,
+l'autre à l'empereur. Il déclarait au corps germanique
+et à l'empereur, que, si dans l'espace de
+huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la
+marche des Russes, il regarderait la guerre comme
+déclarée. Jourdan avait ordre de passer le Rhin
+aussitôt ce délai expiré.</p>
+
+<p>Le congrès de Rastadt avait singulièrement
+avancé ses travaux. Les questions de la ligne du
+Rhin, du partage des îles, de la construction des
+ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que
+de la question des dettes. La plupart des princes
+germaniques, excepté les princes ecclésiastiques,
+ne demandaient pas mieux que de s'entendre,
+pour éviter la guerre; mais soumis la plupart à
+l'Autriche, ils n'osaient pas se prononcer. Les
+membres de la députation quittaient successivement
+le congrès, et bientôt on allait se trouver
+dans l'impossibilité de délibérer. Le congrès déclara
+ne pas pouvoir répondre à la note du directoire,
+et en référa à la diète de Ratisbonne. La
+note destinée à l'empereur fut envoyée à Vienne
+même et resta sans réponse. La guerre se trouvait
+donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de
+traverser le Rhin, et de s'avancer, par la forêt
+Noire, jusqu'aux sources du Danube. Il franchit
+le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc
+Charles franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars).
+Ainsi les limites que les deux puissances s'étaient
+prescrites étaient franchies, et on allait de nouveau
+en venir aux mains. Cependant, tout en faisant
+une marche offensive, Jourdan avait ordre
+de laisser tirer les premiers coups de fusil à l'ennemi,
+en attendant que la déclaration de guerre
+fût approuvée par le corps législatif.</p>
+
+<p>Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons.
+Il somma les Autrichiens de les évacuer le 16 ventôse
+(6 mars). Les Grisons se composent de la haute
+vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou
+Engadin. Masséna résolut de passer le Rhin près de
+son embouchure dans le lac de Constance, et de
+s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les
+hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite,
+et qui, par son activité et son audace extraordinaires,
+était le général le plus accompli pour la guerre des
+montagnes, devait partir des environs du Saint-Gothard,
+franchir le Rhin vers ses sources, se jeter
+dans la vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une
+division de l'armée d'Italie, devait le seconder en se
+portant de la Valteline dans la vallée du Haut-Adige.</p>
+
+<p>Ces habiles dispositions furent exécutées avec
+une grande vigueur. Le 16 ventôse (6 mars) le Rhin
+fut franchi sur tous les points. Les soldats jetèrent
+des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus
+comme sur un pont. En deux jours, Masséna fut
+maître de tout le cours du Rhin, depuis ses sources
+jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance,
+et prit quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers.
+Lecourbe, de son côté, n'exécutait pas avec
+moins de bonheur les ordres de son général en
+chef. Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis
+à Tusis dans la vallée de l'Albula, et, de cette
+vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, en
+traversant les plus hautes montagnes de l'Europe,
+couvertes encore des neiges de l'hiver. Un retard
+forcé ayant empêché Dessoles de se porter de la
+Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait
+exposé au débordement de toutes les forces autrichiennes
+cantonnées dans le Tyrol. En effet, tandis
+qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta
+avec un corps sur ses derrières; mais l'intrépide
+Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit Laudon,
+l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença
+sa marche dans la vallée de l'Inn.</p>
+
+<p>Ces débuts brillans semblaient faire croire que
+dans les Alpes comme à Naples, les Français pourraient
+braver partout un ennemi supérieur en nombre.
+Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il
+fallait persister dans l'offensive, et suppléer au
+nombre par la hardiesse.</p>
+
+<p>Le directoire envoya à Jourdan la déclaration
+de guerre qu'il avait obtenue des conseils<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>, avec
+l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan avait débouché
+par les défilés de la forêt Noire, dans le pays
+compris entre le Danube et le lac de Constance.
+L'angle formé par ce fleuve et ce lac va en s'ouvrant
+toujours davantage, à mesure qu'on avance
+en Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa
+gauche au Danube, et sa droite au lac de Constance,
+pour communiquer avec Masséna, était donc obligé,
+à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa
+ligne, et de l'affaiblir par conséquent d'une manière
+dangereuse, surtout devant un ennemi très
+supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à
+Mengen d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de
+l'autre. Mais apprenant que l'armée du Rhin ne
+serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars),
+et craignant d'être tourné par la vallée du Necker,
+il crut devoir faire un mouvement rétrograde. Les
+ordres de son gouvernement et le succès de Masséna
+le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix
+d'une bonne position entre le lac de Constance et
+le Danube. Deux torrens, l'Ostrach et l'Aach, partant
+à peu près du même point, et se jetant l'un
+dans le Danube, l'autre dans le lac de Constance,
+forment une même ligne droite, derrière laquelle
+Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche,
+était à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf;
+Férino, avec la droite, à Barendorf.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII (12 mars).</blockquote>
+
+<p>D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre,
+avec la division d'avant-garde, était à Ostrach. Ce
+point était le plus accessible de la ligne: placé à
+l'origine des deux torrens, il présentait des marécages
+qu'on pouvait traverser sur une longue
+chaussée. C'est sur ce point que l'archiduc Charles,
+qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes
+à la gauche et à la droite des Français contre Saint-Cyr
+et Férino. Mais sa masse principale, forte de
+près de cinquante mille hommes, fut portée tout
+entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient
+neuf mille Français au plus. Le combat commença
+le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des plus
+acharnés. Les Français déployèrent à cette première
+rencontre une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent
+l'admiration du prince Charles lui-même.
+Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de
+sa ligne et la nature du pays ne permettaient pas
+que, par un mouvement rapide, il transportât les
+forces de ses ailes à son centre. Le passage fut
+forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan
+se vit obligé de battre en retraite. Il se replia entre
+Singen et Tuttlingen.</p>
+
+<p>Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux;
+il détruisait ce prestige d'audace et d'invincibilité
+dont les Français avaient besoin pour
+suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des
+forces avait rendu cet échec presque inévitable.
+Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre l'offensive.
+Sachant que Masséna s'avançait au-delà
+du Rhin, se fiant à la coopération de l'armée du
+Danube, il se croyait obligé de tenter un dernier
+effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en
+se portant vers le lac de Constance. Il avait un autre
+motif de se reporter en avant: c'était le désir
+d'occuper le point de Stokach, où se croisent les
+routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu
+le tort d'abandonner en se retirant entre Singen et
+Tuttlingen. Il fixa son mouvement au 5 germinal
+(25 mars.)</p>
+
+<p>L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de
+la direction qu'il devait donner à ses mouvemens.
+Il ne savait s'il devait diriger sa marche ou sur la
+Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna,
+ou vers les sources du Danube, de manière à le
+séparer de sa base du Rhin. La direction vers la
+Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt
+à se lier à l'armée d'Helvétie que les Autrichiens
+en avaient à les en séparer. Mais il ignorait
+les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projeté
+cette reconnaissance pour le 5 germinal (25 mars),
+le jour même où Jourdan de son côté voulait l'attaquer.</p>
+
+<p>La nature des lieux rendait la position des deux
+armées extrêmement compliquée. Le point stratégique
+était Stokach, où se croisent les routes de
+Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait
+garder. La Stokach, petite rivière, coule en faisant
+beaucoup de détours, devant la ville du même
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de
+Constance. C'était sur cette rivière que l'archiduc
+avait pris position, Il avait sa gauche entre Nenzingen
+et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière
+l'un des circuits de la Stokach; son centre était
+placé sur un plateau élevé, nommé le Nellemberg,
+et en avant de la Stokach; et sa droite sur le prolongement
+de ce plateau, le long de la chaussée
+qui va de Stokach à Liptingen. Elle se trouvait,
+comme le centre, en avant de la Stokach. L'extrémité
+de cette aile était couverte par les bois épais
+qui s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait
+de grands défauts dans cette position. Si la gauche
+avait la Stokach devant elle, le centre et la droite
+l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités
+par un effort de l'ennemi. En outre, toutes les
+positions de l'armée n'avaient qu'une même
+issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite
+forcée, la gauche, le centre, la droite, seraient
+venus s'entasser par une seule route, et
+auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant
+couvrir Stokach, ne pouvait pas prendre d'autre
+position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait
+à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de
+n'avoir pas fait quelques travaux pour mieux
+garder son centre et sa droite, et l'autre d'avoir
+trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment
+protégée par la rivière. C'est l'extrême
+désir de conserver le point important de Stokach,
+qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait du
+reste l'avantage d'une immense supériorité numérique.</p>
+
+<p>Jourdan ignorait une partie des dispositions de
+l'archiduc, car rien n'est plus difficile que les reconnaissances,
+surtout dans un pays aussi accidenté
+que celui où agissaient les deux armées. Il
+occupait toujours l'ouverture de l'angle formé par
+le Danube et le lac de Constance, de Tuttlingen à
+Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la
+nature du pays, qui ne permettait guère une concentration
+rapide, rendait cet inconvénient encore
+plus grave. Il ordonna au général Férino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher
+sur Wahlwies, et à Souham, qui commandait
+le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner
+leurs efforts pour emporter la gauche et le centre
+de l'archiduc, en passant la Stokach et en gravissant
+le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite
+de faire agir sa gauche, son avant-garde et sa réserve
+sur le point de Liptingen, afin de pénétrer
+à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir à la forcer. Ces dispositions
+avaient l'avantage de diriger la plus grande masse
+des forces sur l'aile droite de l'archiduc, qui était
+la plus compromise. Malheureusement toutes les
+colonnes de l'armée avaient des points de départ
+trop éloignés. Pour agir sur Liptingen, l'avant-garde
+et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée
+de marche. Cet isolement était d'autant plus dangereux,
+que l'armée française, forte de trente-six
+mille hommes environ, était inférieure d'un tiers
+au moins à l'armée autrichienne.</p>
+
+<p>Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées
+se rencontrèrent. L'armée française marchait
+à une bataille, celle des Autrichiens à une reconnaissance.
+Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés
+un peu avant nous, surprirent nos avant-gardes,
+mais furent bientôt refoulés sur tous les points
+par le gros de nos divisions. Férino à la droite,
+Souham au centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen,
+à Nenzingen, au bord de la Stokach, au pied
+du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans
+leur position du matin, et commencèrent l'attaque
+sérieuse de cette position. Ils avaient à franchir
+la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.</p>
+
+<p>A notre gauche, le succès était plus prompt et
+plus complet. L'avant-garde, actuellement commandée
+par le général Soult, depuis une blessure
+qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens
+qui s'étaient avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les
+chassa de Liptingen, les mit en déroute dans la
+plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et
+parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux
+mêmes qui couvraient la droite autrichienne; en
+poursuivant leur mouvement, les Français pouvaient
+la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui
+causer un désastre. Mais il était clair que cette aile
+allait être renforcée aux dépens du centre et de la
+gauche, et qu'il fallait agir sur elle avec une grande
+masse de forces. Il fallait donc, comme dans le
+plan primitif, faire converger sur ce même point
+l'avant-garde, la réserve et la gauche. Malheureusement
+le général Jourdan, se confiant dans le succès
+trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre
+un objet trop étendu, et au lieu d'amener
+Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce général de faire
+un long circuit, pour envelopper les Autrichiens
+et leur couper la retraite. C'était trop se hâter de
+recueillir les fruits de la victoire, quand la victoire
+n'était pas remportée. Le général Jourdan ne garda
+sur le point décisif que la division d'avant-garde et
+la réserve confiée à d'Haupoult.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, la droite des Autrichiens,
+voyant les bois qui la couvraient forcés par l'ennemi,
+fit volte-face, et disputa avec une extrême
+opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach,
+qui traverse ces bois. On se battait avec acharnement,
+lorsque l'archiduc accourut en toute hâte.
+Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira
+les grenadiers et les cuirassiers du centre et de la
+gauche pour les transporter à sa droite. Ne s'effrayant
+pas du mouvement de Saint-Cyr sur ses
+derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr
+n'en serait que plus compromis, et il résolut de se
+borner à un effort décisif vers le point actuellement
+menacé.</p>
+
+<p>On se disputait les bois avec un acharnement
+extraordinaire. Les Français, très inférieurs en
+nombre, résistaient avec un courage que l'archiduc
+appelle admirable; mais le prince chargea lui-même
+avec quelques bataillons sur la chaussée de
+Liptingen, et fit lâcher prise aux Français. Ceux-ci
+perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans
+la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient
+partis. Jourdan fit demander du secours à Saint-Cyr,
+mais il n'était plus temps. Il lui restait sa réserve,
+et il résolut de faire exécuter une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il
+lança quatre régimens de cavalerie à la fois. Cette
+charge, arrêtée par une autre charge que firent à
+propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas
+heureuse. Une confusion horrible se mit alors dans
+la plaine de Liptingen. Après avoir fait des prodiges
+de bravoure, les Français se débandèrent. Le
+général Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter
+les fuyards; il fut emporté lui-même. Cependant
+les Autrichiens, épuisés de ce long combat,
+n'osèrent pas nous poursuivre.</p>
+
+<p>La journée fut dès lors finie. Férino et Souham
+s'étaient maintenus, mais n'avaient forcé ni le
+centre ni la gauche des Autrichiens. Saint-Cyr courait
+sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que
+la bataille fût perdue: les Français, inférieurs du
+tiers, avaient conservé partout le champ de bataille,
+et déployé une rare bravoure; mais avec leur infériorité
+numérique, et l'isolement de leurs différens
+corps, n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait
+sur-le-champ rappeler Saint-Cyr, très compromis,
+rallier l'avant-garde et la réserve maltraitées,
+ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en conséquence, et prescrivit
+à Saint-Cyr de se replier le plus promptement possible.
+La position de ce dernier était devenue très
+périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb
+qui l'a toujours signalé, et il regagna le Danube
+sans accident. La perte avait été à peu près égale
+des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers.
+Elle était de quatre à cinq mille hommes environ.</p>
+
+<p>Après cette journée malheureuse, les Français
+ne pouvaient plus tenir la campagne, et ils devaient
+chercher un abri derrière une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin?
+Il était évident qu'en se retirant en Suisse, ils combinaient
+leurs efforts avec l'armée de Masséna, et
+pouvaient par cette réunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le général Jourdan
+ne crut pas devoir en agir ainsi; il craignait pour
+la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte n'avait
+réuni encore que sept à huit mille hommes, et il
+résolut de se replier à l'entrée des défilés de la
+forêt Noire. Il prit là une position qu'il croyait
+forte, et laissant le commandement à son chef
+d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin
+d'aller se plaindre de l'état d'infériorité dans lequel
+on avait laissé son armée. Les résultats parlaient
+beaucoup plus haut que toutes les plaintes du
+monde, et il valait bien mieux qu'il restât à son
+armée que d'aller se plaindre à Paris.</p>
+
+<p>Très heureusement le conseil aulique imposait
+à l'archiduc une faute grave, qui réparait en partie
+les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses avantages,
+eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il
+aurait pu la mettre dans un désordre complet, et
+peut-être même la détruire. Il aurait été temps
+alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna,
+privé de tout secours, réduit à ses trente mille
+hommes, et engagé dans les hautes vallées des Alpes.
+Il n'eût pas été impossible de lui couper la route
+de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse
+fût évacuée: c'était la conséquence du principe,
+que la clé du théâtre de la guerre était dans les
+montagnes.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens se passaient en
+Souabe, la guerre se poursuivait dans les Hautes-Alpes.
+Masséna agissant vers les sources du Rhin,
+Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles
+de l'Adige, avaient eu des succès balancés. Il y avait
+au-delà du Rhin, un peu au-dessus du point où il
+se jette dans le lac de Constance, une position qu'il
+était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch.
+Masséna y avait mis toute son opiniâtreté, mais il
+y avait perdu plus de deux mille hommes sans résultat.
+Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders,
+avaient livré des combats brillans, qui leur avaient
+valu à chacun trois ou quatre mille prisonniers, et
+qui avaient amplement compensé l'échec de Feldkirch.
+Ainsi les Français, par leur vivacité et leur
+audace, conservaient la supériorité dans les Alpes.</p>
+
+<p>Les opérations commençaient en Italie, le lendemain
+même de la bataille de Stokach. Les Français
+avaient reçu environ trente mille conscrits, ce qui
+portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize
+mille hommes à peu près. Ils étaient distribués
+ainsi qu'il suit: trente mille hommes de vieilles
+troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et
+Naples. Les trente mille jeunes soldats étaient
+dans les places. Il restait cinquante-six mille
+hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le
+général Gauthier pour occuper la Toscane, et cinq
+mille sous le général Dessoles pour agir dans la
+Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes
+qui restaient à Schérer pour se battre sur
+l'Adige, point essentiel, où il aurait fallu porter
+toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient
+du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il
+en était un autre qui ne fut pas moins fatal aux
+Français. Le général n'inspirait aucune confiance,
+il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons
+dit; il s'était d'ailleurs dépopularisé pendant
+son ministère. Il le sentait lui-même, et il n'avait
+pris le commandement qu'à regret. Il allait pendant
+la nuit écouter les propos des soldats sous
+leurs tentes, et recueillir de ses propres oreilles
+les preuves de son impopularité. C'étaient là des
+circonstances bien défavorables, au début d'une
+campagne grande et difficile.</p>
+
+<p>Les Autrichiens devaient être commandés par
+Mélas et Suwarow. En attendant, ils obéissaient
+au baron de Kray, l'un des meilleurs généraux de
+l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils
+comptaient quatre-vingt-cinq mille hommes dans
+la Haute-Italie. Soixante mille, à peu près, étaient
+déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait
+été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens
+devaient déboucher de Vérone, longer le pied des
+montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en masquant
+toutes les places. Ce mouvement avait pour
+but d'appuyer celui de l'armée du Tyrol dans les
+montagnes.</p>
+
+<p>Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de
+franchir l'Adige. La commission était difficile, car
+les Autrichiens avaient tout l'avantage de cette
+ligne. Elle doit être assez connue par la campagne
+de 1796. Vérone et Legnago, qui la commandent,
+appartenaient aux Autrichiens. Jeter un pont sur
+quelque point que ce fût, était très dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient
+déboucher sur le flanc de l'armée, occupée
+à tenter un passage. Le plus sûr, si on n'avait pas
+eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser
+déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre
+sur un terrain qu'on aurait eu le temps de
+choisir, de lui livrer bataille, et de profiter des
+résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa
+suite.</p>
+
+<p>Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita
+sur le meilleur parti à adopter, et se décida enfin
+pour une attaque vers sa gauche. On se souvient
+sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes,
+à l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone.
+Les Autrichiens en avaient retranché toutes
+les approches, et formé un camp à Pastrengo.
+Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp,
+et de les rejeter de ce côté au-delà de l'Adige. Les
+trois divisions Serrurier, Delmas et Grenier, furent
+destinées à cet objet. Moreau, devenu simple
+général de division sous Schérer, devait, avec les
+deux divisions Hatry et Victor, inquiéter Vérone.
+Le général Montrichard, avec une division, devait
+faire une démonstration sur Legnago. Cette
+distribution de forces annonçait l'incertitude et
+les tâtonnemens du général en chef.</p>
+
+<p>L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars),
+lendemain de la bataille de Stokach. Les trois divisions
+chargées d'assaillir par plusieurs points le
+camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur
+digne de l'ancienne armée d'Italie, et s'emparèrent
+de Rivoli. Elles prirent quinze cents prisonniers
+aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci
+repassèrent l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils
+avaient jeté à Polo, et qu'ils eurent le temps de
+détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour
+les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les
+défendre et à les reprendre une opiniâtreté inutile.
+Celui de San-Massimo fut pris et repris jusqu'à
+sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage,
+et le resserra dans Vérone. Montrichard en faisant
+une démonstration inutile sur Legnago, courut de
+véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens,
+s'était imaginé que les Français allaient
+porter leur principal effort sur le Bas-Adige; il
+y avait dirigé une grande partie de ses forces, et
+en débouchant de Legnago il mit Montrichard
+dans le plus grand péril. Heureusement celui-ci se
+couvrit des accidens du terrain, et se replia sagement
+sur Moreau.</p>
+
+<p>La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage
+des Français, à la gauche et au centre. On
+pouvait évaluer la perte des Français en tués,
+blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des
+Autrichiens à huit mille au moins. Cependant,
+malgré l'avantage que les Français avaient eu, ils
+n'avaient obtenu que des résultats peu importans.
+A Vérone, ils n'avaient fait que resserrer les Autrichiens;
+au-dessus de Vérone, ils les avaient rejetés,
+il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer à leur suite en rétablissant
+le pont de Polo; mais malheureusement il était
+peu important de franchir l'Adige sur ce point. On
+doit se souvenir que la route qui longe extérieurement
+ce fleuve vient traverser Vérone, et qu'il n'y
+a pas d'autre issue pour déboucher dans la plaine.
+Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à
+Polo; on se trouvait, après l'avoir franchi, en
+face de Vérone, dans la même position que Moreau
+au centre, et il fallait enlever la place. Si,
+dans la journée même, on eût profité du désordre
+dans lequel l'attaque du camp de Pastrengo avait
+jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de rétablir
+le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer
+dans la place à la suite des fuyards, surtout à la
+faveur du combat opiniâtre que Moreau, de l'autre
+côté de l'Adige, livrait au général Kaim.</p>
+
+<p>Malheureusement, rien de tout cela n'avait été
+fait. Cependant on pouvait réparer cette faute en
+agissant vivement le lendemain, et en transportant
+la masse des forces devant Vérone et au-dessus,
+vers le pont de Polo. Mais Schérer hésita trois
+jours de suite sur le parti qu'il avait à prendre. Il
+faisait chercher une route au-delà de l'Adige, qui
+permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de
+cette hésitation, et se plaignait hautement de ce
+qu'on ne profitait pas des avantages remportés
+dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal
+(29 mars), on tint un conseil de guerre, et Schérer
+se décida à agir. Il forma le projet singulier de
+jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par le
+pont de Polo, et de porter la masse de son armée
+entre Vérone et Legnago, pour y tenter le passage
+du fleuve. Pour opérer le transport de ses forces,
+il porta deux divisions de sa gauche à sa droite,
+les fit passer derrière son centre, et les exposa à
+des fatigues inutiles, par des chemins mauvais,
+entièrement ruinés par les pluies.</p>
+
+<p>Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut
+mis à exécution. Serrurier, avec sa division forte
+de six mille hommes, franchit seul l'Adige à Polo,
+tandis que le gros de l'armée se transportait plus
+bas, entre Vérone et Legnago. Le sort de la division
+Serrurier était facile à prévoir. Engagée,
+après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était
+fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce
+de cul-de-sac, elle courait de grands hasards.
+Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea contre
+elle une masse de forces trois fois supérieure, et la
+ramena vivement sur le pont de Polo. La confusion
+se mit dans ses rangs, le fleuve ne fut repassé
+qu'en désordre. Des détachemens furent obligés
+de se faire jour, et quinze cents hommes restèrent
+prisonniers. Schérer, en apprenant cet échec, qui
+était inévitable, se contenta de ramener la division
+battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il
+avait concentré maintenant la plus grande partie
+de ses forces.</p>
+
+<p>On passa plusieurs jours encore à tâtonner de
+part et d'autre. Enfin Kray prit une détermination,
+et résolut, tandis que Schérer se portait sur le
+Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de
+se porter dans le flanc de Schérer, et de l'acculer
+entre le Bas-Adige et la mer. La direction était
+bonne; mais heureusement un ordre intercepté
+instruisit Moreau du plan de Kray; il en informa
+sur-le-champ le général en chef, et le pressa de
+faire remonter ses divisions, pour faire front du
+côté de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher.</p>
+
+<p>C'est en exécutant ce mouvement, que les deux
+armées se rencontrèrent, le 16 germinal (5 avril),
+aux environs de Magnano. Les divisions Victor et
+Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent
+le fleuve par San-Giovanni et Tomba, afin de
+se porter jusqu'à Vérone. Elles accablèrent la division
+Mercantin, qui leur était opposée, et détruisirent
+en entier le régiment de Wartensleben: ces
+deux divisions arrivèrent ainsi presque à la hauteur
+de Vérone, et furent en mesure de remplir leur
+objet, qui était de couper de cette ville tout ce que
+Kray en aurait fait sortir. La division Delmas, qui
+devait se porter au centre, vers Butta-Preda et
+Magnano, se trouva en retard, et laissa à la division
+autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer
+jusqu'à Butta-Preda, et de former ainsi un saillant
+vers le milieu de notre ligne. Mais Moreau à la gauche,
+avec les divisions Serrurier, Hatry et Montrichard,
+s'avançait victorieusement. Il avait ordonné
+à la division Montrichard de changer de front,
+pour faire face à Butta-Preda, vers le point où l'ennemi
+avait fait une pointe, et il marchait avec ses
+deux autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé
+enfin à Butta-Preda, couvrait notre centre, et dans
+ce moment la victoire semblait se déclarer pour
+nous, car notre droite, complètement victorieuse
+du côté de l'Adige, allait couper aux Autrichiens
+la retraite sur Vérone.</p>
+
+<p>Mais Kray jugeant que le point essentiel était à
+notre droite, et qu'il fallait renoncer au succès sur
+tous les autres points, pour l'emporter sur celui-là,
+y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il
+avait un avantage sur Schérer, c'était le rapprochement
+de ses divisions, qui lui permettait de les
+déplacer plus facilement. Les divisions françaises,
+au contraire, étaient fort éloignées les unes des autres,
+et combattaient sur un terrain coupé de nombreux
+enclos. Kray tomba à l'improviste avec toute
+sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir
+au secours de celui-ci, mais il fut chargé lui-même
+par les régimens de Nadasty et de Reisky.
+Kray ne se contenta pas de ce premier avantage.
+Il avait fait rallier sur les derrières la division Mercantin,
+battue le matin; il la lança de nouveau sur
+les deux divisions Grenier et Victor, et décida ainsi
+leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance,
+furent obligées d'abandonner le champ
+de bataille. La droite étant en déroute, notre centre
+se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y porter;
+mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray
+de poursuivre son avantage.</p>
+
+<p>La bataille était évidemment perdue, et il fallait
+songer à la retraite. La perte avait été grande des
+deux côtés. Les Autrichiens avaient eu trois mille
+morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les
+français avaient eu un nombre égal de morts et de
+blessés, mais ils avaient perdu quatre mille prisonniers.
+C'est là que fut blessé mortellement le général
+Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie
+avait déployé aux avant-gardes tant de talent
+et d'intrépidité.</p>
+
+<p>Moreau conseillait de coucher sur le champ de
+bataille, pour éviter le désordre d'une retraite de
+nuit, mais Schérer voulut se replier le soir même.
+Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio.
+Appuyé sur Peschiera d'un côté, sur Mantoue de
+l'autre, il pouvait opposer une résistance vigoureuse,
+rappeler Macdonald du fond de la Péninsule,
+et, par cette concentration de forces, regagner la
+supériorité perdue dans la journée de Magnano.
+Mais le malheureux Schérer avait entièrement
+perdu la tête. Ses soldats étaient plus mal disposés
+que jamais. Maîtres depuis trois ans de l'Italie, ils
+étaient indignés de se la voir arracher, et ils n'imputaient
+leurs revers qu'à l'impéritie de leur général.
+Il est certain que, pour eux, ils avaient fait leur
+devoir aussi bien que dans les plus beaux jours de
+leur gloire. Les reproches de son armée avaient
+ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant
+pas pouvoir tenir sur le Mincio, il se retira sur
+l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le 12 avril.
+On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde.</p>
+
+<p>La campagne était à peine ouverte depuis un
+mois et demi, et déjà nous étions en retraite sur
+tous les points. Le chef d'état-major Ernould, que
+Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée
+des défilés de la forêt Noire, avait pris peur
+en apprenant une incursion de quelques troupes
+légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en
+désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme
+en Italie, nos armées, aussi braves que jamais,
+perdaient cependant leurs conquêtes, et rentraient
+battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que
+nous avions conservé l'avantage. Là, Masséna se
+maintenait avec toute la ténacité de son caractère;
+et, sauf la tentative infructueuse sur Feldkirch, il
+avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le
+saillant que forme la Suisse entre l'Allemagne et
+l'Italie, il était placé entre deux armées victorieuses,
+et il devenait indispensable qu'il se retirât. Il venait
+en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se
+repliait dans l'intérieur de la Suisse, mais avec
+ordre, et en gardant l'attitude la plus imposante.</p>
+
+<p>Nos armes étaient humiliées, et nos ministres
+allaient devenir à l'étranger les victimes du plus
+odieux et du plus atroce attentat. La guerre étant
+déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique,
+le congrès de Rastadt était resté assemblé. On
+était près de s'entendre sur la dernière difficulté,
+celle des dettes; mais les deux tiers des états
+avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet
+de l'influence de l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on
+fît la paix. Il ne restait plus au congrès que quelques
+députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée
+du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au
+milieu des troupes autrichiennes. Le cabinet de
+Vienne conçut alors un projet infâme, et qui jeta
+un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort
+à se plaindre de la fierté et de la vigueur que nos
+ministres avaient déployées à Rastadt. Il leur imputait
+une divulgation qui l'avait singulièrement
+compromis aux yeux du corps germanique, c'était
+celle des articles secrets convenus avec Bonaparte
+pour l'occupation de Mayence. Ces articles secrets
+prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence,
+et trahi d'une manière indigne les intérêts de l'Empire.
+Ce cabinet était fort irrité, et voulait tirer
+vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient
+ceux des princes germaniques qui, dans le moment,
+traitaient individuellement avec la république
+française. Il conçut donc la pensée de faire
+arrêter nos ministres, à leur retour en France, pour
+les dépouiller, les outrager, peut-être même les
+assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait été donné d'une manière positive.</p>
+
+<p>Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et
+sans craindre un attentat sur leurs personnes, ils
+craignaient du moins pour leur correspondance.
+En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la
+passer. Nos ministres réclamèrent; la députation
+de l'Empire réclama aussi, et demanda si le congrès
+pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien
+auquel on s'adressa ne fit aucune réponse
+tranquillisante. Alors nos ministres déclarèrent
+qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le
+9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent
+qu'ils demeureraient dans cette ville, prêts
+à renouer les négociations dès qu'on en témoignerait
+le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation
+fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites
+par tout le congrès, et il fut demandé expressément
+s'il y avait sûreté pour les ministres français.
+Le colonel autrichien qui commandait les hussards
+de Szecklers, cantonnés près de Rastadt,
+répondit que les ministres français n'avaient qu'à
+partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura
+que leurs personnes seraient respectées. Nos trois
+ministres, Jean Debry, Bonnier et Roberjeot, partirent
+le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du
+soir. Ils occupaient trois voitures avec leurs familles.
+Après eux venaient la légation ligurienne
+et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit des
+difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais
+enfin tous les obstacles furent levés, et ils partirent.
+La nuit était très sombre. A peine étaient-ils
+à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de
+hussards de Szecklers fondit sur eux le sabre à la
+main, et arrêta les voitures. Celle de Jean Debry
+était la première. Les hussards ouvrirent violemment
+la portière, et lui demandèrent, en un jargon
+à demi barbare, s'il était Jean Debry. Sur sa réponse
+affirmative, ils le saisirent à la gorge, l'arrachèrent
+de sa voiture, et, aux yeux de sa femme
+et de ses enfans, le frappèrent de coups de sabre.
+Le croyant mort, ils passèrent aux autres voitures,
+et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras
+de leurs familles. Les membres de la légation ligurienne
+et les secrétaires d'ambassade eurent le
+temps de se sauver. Les brigands chargés de cette
+exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent
+tous les papiers.</p>
+
+<p>Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel.
+La fraîcheur de la nuit lui rendit l'usage de ses
+sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt. Quand
+cet attentat fut connu, il excita l'indignation des
+habitans et des membres du congrès. La loyauté
+allemande fut révoltée d'une violation du droit des
+gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui
+n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare.
+Les membres de la députation restés au congrès
+prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassinés, les soins les plus empressés.
+Ils se réunirent ensuite pour rédiger une
+déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au
+monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient
+tout soupçon de complicité avec l'Autriche.
+Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc
+Charles écrivit à Masséna une lettre pour
+annoncer qu'il allait faire poursuivre le colonel
+des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide
+et contrainte, qui prouvait l'embarras du prince,
+n'était pas digne de lui et de son caractère. L'Autriche
+ne répondit pas, et ne pouvait pas répondre,
+aux accusations dirigées contre elle.</p>
+
+<p>Ainsi, la guerre était implacable entre les deux
+systèmes qui partageaient le monde. Les ministres
+républicains, mal reçus d'abord, puis outragés pendant
+une année de paix, venaient enfin d'être assassinés
+indignement, et avec autant de férocité qu'on
+aurait pu le faire entre nations barbares. Le droit
+des gens, observé entre les ennemis les plus
+acharnés, n'était violé que pour eux.</p>
+
+<p>Les revers si peu attendus qui signalèrent le
+début de la campagne, l'attentat de Rastadt, produisirent
+l'impression la plus funeste au directoire.
+Dès le moment même de la déclaration de guerre,
+les deux oppositions commençaient à perdre toute
+mesure: elles n'en gardèrent plus aucune quand
+elles virent nos armées battues et nos ministres
+assassinés. Les patriotes, repoussés par le système
+des scissions, les militaires, dont on avait voulu
+réprimer la licence, les royalistes, se cachant derrière
+ces mécontens de différente espèce, tous
+s'armèrent à la fois des derniers événemens pour
+accuser le directoire. Ils lui adressaient les reproches
+les plus injustes et les plus multipliés. Les
+armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées.
+Le directoire avait laissé leurs rangs s'éclaircir
+par la désertion, et n'avait mis aucune activité
+à les remplir au moyen de la conscription
+nouvelle. Il avait retenu dans l'intérieur un grand
+nombre de vieux bataillons, qui, au lieu d'être
+envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner
+la liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites
+à un nombre si disproportionné avec celui
+des armées ennemies, le directoire n'avait fourni
+ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni
+moyens de transport, ni chevaux de remonte. Il
+les avait livrées à la rapacité des administrations,
+qui avaient dévoré inutilement un revenu de six
+cents millions. Enfin il avait fait, pour les commander,
+les plus mauvais choix. Championnet, le
+vainqueur de Naples, était dans les fers, pour
+avoir voulu réprimer la rapacité des agens du
+gouvernement. Moreau était réduit au rôle de
+simple général de division. Joubert, le vainqueur
+du Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie,
+étaient sans commandement. Schérer, au contraire,
+qui avait préparé toutes les défaites par
+son administration, Schérer avait le commandement
+de l'armée d'Italie, parce qu'il était compatriote
+et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas
+là. Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec
+amertume. L'illustre Bonaparte, ses illustres lieutenans,
+Kléber, Desaix, leurs quarante mille compagnons
+d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où
+étaient-ils?... En Égypte, sur une terre lointaine,
+où ils allaient périr par l'imprudence du gouvernement,
+ou peut-être par sa méchanceté. Cette entreprise,
+si admirée naguère, on commençait à dire
+maintenant que c'était le directoire qui l'avait
+imaginée pour se défaire d'un guerrier célèbre qui
+lui faisait ombrage.</p>
+
+<p>On remontait plus haut encore: on reprochait
+au gouvernement la guerre elle-même; on lui imputait
+de l'avoir provoquée par ses imprudences
+à l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse,
+renversé le pape et la cour de Naples, poussé ainsi
+l'Autriche à bout, et tout cela sans être préparé à
+entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé
+la Porte à une rupture. En décidant la Porte,
+il avait délivré la Russie de toute crainte pour ses
+derrières, et lui avait permis d'envoyer soixante
+mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était
+si grande, qu'on allait jusqu'à dire que le directoire
+était l'auteur secret de l'assassinat de Rastadt. C'était,
+disait-on, un moyen imaginé pour soulever
+l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps législatif.</p>
+
+<p>Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune,
+dans les journaux, dans les lieux publics.
+Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre du
+gouvernement et pour lui imputer tous ses revers.
+Ceux des généraux qui n'étaient pas venus, avaient
+écrit pour exposer leurs griefs. C'était un déchaînement
+universel, et qui serait incompréhensible
+si on ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions
+des partis.</p>
+
+<p>Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut
+répondre à tous ces reproches. Le directoire n'avait
+pas laissé éclaircir les rangs des armées, car il n'avait
+donné que douze mille congés; mais il lui avait
+été impossible d'empêcher les désertions en temps
+de paix. Il n'y a pas de gouvernement au monde
+qui eût réussi à les empêcher. Le directoire s'était
+même fait accuser de tyrannie en voulant obliger
+beaucoup de soldats à rejoindre. Il y avait, en effet,
+quelque dureté à ramener sous les drapeaux des
+hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant
+six années. La conscription n'était décrétée que
+depuis cinq mois, et il n'avait pas eu le moyen, en
+aussi peu de temps, d'organiser ce système de recrutement;
+et surtout d'équiper, d'instruire les
+conscrits, de les former en bataillons de campagne,
+et de les faire arriver en Hollande, en Allemagne,
+en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour
+maintenir le repos pendant les élections, et parce
+que l'on ne pouvait confier ce soin à de jeunes soldats,
+dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement
+à la république pas assez décidé. Une raison
+importante avait de plus justifié cette précaution:
+c'était la Vendée, travaillée encore par les émissaires
+de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes
+anglo-russes.</p>
+
+<p>Quant au désordre de l'administration, les torts
+du directoire n'étaient pas plus réels. Il y avait eu
+des dilapidations sans doute, mais presque toutes
+au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et
+malgré les plus grands efforts du directoire. Il y
+avait eu dilapidation de trois manières: en pillant
+les pays conquis; en comptant à l'état la solde des
+militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant
+avec les compagnies des marchés désavantageux.
+Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les généraux
+et les états-majors qui les avaient commises et qui
+en avaient profité. Ils avaient pillé les pays conquis,
+fait le profit sur la solde et partagé les profits des
+compagnies. On a vu que celles-ci abandonnaient
+quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs
+bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors.
+Schérer, vers la fin de son ministère, s'était
+brouillé avec ses compagnons d'armes pour avoir
+essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire
+s'était efforcé, pour y mettre un terme, de nommer
+des commissions indépendantes des états-majors,
+et on a vu comment Championnet les avait
+accueillies à Naples. Les marchés désavantageux
+faits avec les compagnies, avaient encore une autre
+cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient
+sur le prix, de l'incertitude du paiement.
+Les crédits ouverts cette année s'élevaient
+à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions d'extraordinaire.
+Sur cette somme, le ministre avait
+déjà ordonnancé 400 millions pour dépenses consommées.
+Il n'en était pas rentré encore 210; on
+avait fourni les 190 de surplus en délégations.</p>
+
+<p>Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire,
+quant aux dilapidations. Le choix des généraux,
+excepté pour un seul, ne devait pas lui être reproché.
+Championnet, après sa conduite à l'égard des
+commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas
+conserver le commandement. Macdonald le valait
+au moins, et était connu par une probité sévère.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement
+de l'armée d'Italie. Ils avaient désigné
+eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait repoussé
+Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la
+nomination de Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence
+démagogique était une raison fondée de
+lui refuser un commandement, et du reste, malgré
+ses qualités incontestables, il était au-dessous du
+commandement en chef. Quant à l'expédition d'Égypte,
+on a vu si le directoire en était coupable, et
+s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte,
+Kléber, Desaix et leurs quarante mille compagnons
+d'armes. Larévellière-Lépaux s'était brouillé avec
+le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre l'expédition.</p>
+
+<p>La provocation à la guerre n'était pas plus le
+fait du directoire que tous les autres malheurs. On
+a pu voir que l'incompatibilité des passions déchaînées
+en Europe avait seule provoqué la guerre. Il
+n'en fallait faire un reproche à personne; mais,
+dans tous les cas, ce n'étaient certainement pas les
+patriotes et les militaires qui avaient droit d'accuser
+le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on
+n'eût pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement
+papal, renversé le roi de Naples, forcé celui
+de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas les
+militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours
+poussé à l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle
+de la guerre les avait enchantés tous. N'étaient-ce
+pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un
+frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis
+des imprudences, s'il y en avait eu de commises?
+Ce n'était pas la détermination de la Porte qui avait
+entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle
+été vraie, c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte
+qui pouvait seul en mériter le reproche.</p>
+
+<p>Rien n'était donc plus absurde que la masse des
+accusations accumulées contre le directoire. Il ne
+méritait qu'un reproche, c'était d'avoir trop partagé
+la confiance excessive que les patriotes et les
+militaires avaient dans la puissance de la république.
+Il avait partagé les passions révolutionnaires
+et s'était livré à leur entraînement. Il avait cru qu'il
+suffisait, pour le début de la guerre, de cent
+soixante-dix mille hommes; que l'offensive déciderait
+de tout, etc. Quant à ses plans, ils étaient
+mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de
+Carnot en 1796, pas plus mauvais que ceux du
+conseil aulique, et calqués d'ailleurs en partie sur
+un projet du général Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons
+dit, et ce n'était pas la faute du directoire si cet
+homme n'était pas en Europe.</p>
+
+<p>Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que
+l'histoire doit relever l'injustice de ces reproches;
+mais tant pis pour un gouvernement quand on
+lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables
+d'un gouvernement, c'est d'avoir cette
+bonne renommée qui repousse l'injustice. Quand
+il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des autres,
+et ceux même de la fortune, il n'a plus la
+faculté de gouverner, et cette impuissance doit le
+condamner à se retirer. Combien de gouvernemens
+ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement
+de la révolution! L'action de la France contre
+l'Europe était si violente, qu'elle devait détruire
+rapidement tous ses ressorts. Le directoire était
+usé comme l'avait été le comité de salut public,
+comme le fut depuis Napoléon lui-même. Toutes
+les accusations dont le directoire était l'objet,
+prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité.</p>
+
+<p>Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats
+civils, élus au pouvoir, non à cause de
+leur grandeur héréditaire ou de leur gloire personnelle,
+mais pour avoir mérité un peu plus
+d'estime que leurs concitoyens, que cinq magistrats,
+armés de la seule puissance des lois pour
+lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre
+à l'obéissance des armées nombreuses, des généraux
+couverts de gloire et pleins de prétentions,
+pour administrer enfin une moitié de l'Europe,
+parussent bientôt insuffisans, au milieu de la lutte
+terrible qui venait de s'engager de nouveau. Il ne
+fallait qu'un revers pour faire éclater cette impuissance.
+Les factions alternativement battues, les
+militaires réprimés plusieurs fois, les appelaient
+avec mépris les <i>avocats</i>, et disaient que la France
+ne pouvait être gouvernée par eux.</p>
+
+<p>Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se
+voit quelquefois dans le conflit des révolutions,
+l'opinion ne montrait quelque indulgence que pour
+celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le
+moins. Barras, sans contredit, méritait à lui seul
+tout ce qu'on disait du directoire. D'abord, il n'avait
+jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens
+décisifs, où il faisait entendre sa voix plus
+forte que son courage, il ne s'occupait de rien. Il
+ne se mêlait que du personnel du gouvernement,
+ce qui convenait mieux à son génie intrigant. Il
+avait pris part à tous les profits des compagnies,
+et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours été le défenseur des brouillons et des fripons;
+c'était lui qui avait appuyé Brune et envoyé
+Fouché en Italie. Il était la cause des mauvais choix
+des généraux, car il s'était opposé à la nomination
+de Moreau, et avait fortement demandé celle de
+Schérer. Malgré tous ses torts si graves, lui seul
+était mis à part. D'abord il ne passait pas, comme
+ses quatre collègues, pour un <i>avocat</i>, car sa paresse,
+ses habitudes débauchées, ses manières
+soldatesques, ses liaisons avec les jacobins, le
+souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait exclusivement,
+en faisaient en apparence un homme
+d'exécution, plus capable de gouverner que ses
+collègues. Les patriotes lui trouvaient avec eux
+des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur
+était dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances
+secrètes. Les états-majors, qu'il flattait et
+qu'il protégeait contre la juste sévérité de ses collègues,
+l'avaient en assez grande faveur. Les fournisseurs
+le vantaient, et il se sauvait de cette manière
+de la défaveur générale. Il était même perfide
+avec ses collègues, car tous les reproches qu'il
+méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux seuls.
+Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux,
+mais il peut réussir un moment: il réussit
+dans cette occasion.</p>
+
+<p>On connaît la haine de Barras contre Rewbell.
+Celui-ci, administrateur vraiment capable, avait
+choqué, par son humeur et sa morgue, tous ceux
+qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour
+les gens d'affaires, pour tous les protégés de
+Barras, et notamment pour les militaires. Aussi
+était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art,
+dans sa société, qui était nombreuse, de diriger
+contre lui les plus odieux soupçons. Une circonstance
+malheureuse contribuait à les autoriser.
+L'agent du directoire en Suisse, Rapinat, était
+beau-frère de Rewbell. On avait exercé en Suisse
+les exactions qui se commettaient dans tous les
+pays conquis, beaucoup moins cependant que
+partout ailleurs. Mais les plaintes excessives de ce
+petit peuple avare avaient causé une rumeur extrême.
+Rapinat avait eu la commission malheureuse
+de mettre le scellé sur les caisses et sur le
+trésor de Berne; il avait traité avec hauteur le gouvernement
+helvétique; ces circonstances et son
+nom, qui était malheureux, lui avaient valu de
+passer pour le Verrès de la Suisse, pour l'auteur
+de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car
+il avait même quitté la Suisse, avant l'époque où
+elle avait le plus souffert. Dans la Société de Barras
+on faisait de malheureux calembours sur
+son nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il
+était le beau-frère. C'est ainsi que la probité de
+Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les calomnies.</p>
+
+<p>Larévellière, par son inflexible sévérité, par son
+influence dans les affaires politiques d'Italie, n'était
+pas devenu moins odieux que Rewbell. Cependant,
+sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probité eût été impossible. La société de
+Barras lui donnait des ridicules. On se moquait
+de sa personne, et de ses prétentions à une papauté
+nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le
+culte de la théophilanthropie, dont il n'était cependant
+pas l'auteur. Merlin et Treilhard, quoique
+moins anciens au pouvoir, et moins en vue que
+Rewbell et Larévellière, étaient cependant enveloppés
+dans la même défaveur.</p>
+
+<p>C'est dans cette disposition d'esprit que se firent
+les élections de l'an VII, qui furent les dernières.
+Les patriotes, furieux, ne voulaient pas être
+exclus cette année, comme la précédente, du corps
+législatif. Ils s'étaient déchaînés contre le système
+des scissions, et s'étaient efforcés de le flétrir d'avance.
+Ils y avaient assez réussi, pour qu'en effet
+on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation,
+où l'on suppose à ses adversaires tous les projets
+qu'on en redoute, ils disaient que le directoire,
+usant, comme au 18 fructidor, des moyens extraordinaires,
+allait proroger pour cinq ans les pouvoirs
+des députés actuels, et suspendre pendant
+tout ce temps l'exercice des droits électoraux. Ils
+disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris,
+parce qu'on travaillait à organiser le contingent
+helvétique. Ils firent grand bruit d'une circulaire
+aux électeurs, répandue par le commissaire du
+gouvernement (préfet) auprès du département de
+la Sarthe. Ce n'était pas une circulaire, comme
+nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire à l'improuver par un message.
+Les élections, faites dans ces dispositions,
+amenèrent au corps législatif une quantité considérable
+de patriotes. On ne songea pas cette année
+à les exclure du corps législatif, et leur élection
+fut confirmée. Le général Jourdan, qui avait raison
+d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de
+son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée
+en imputant au gouvernement le désir de
+le perdre, fut envoyé de nouveau au corps législatif,
+le coeur gros de ressentimens. Augereau y
+fut envoyé aussi, avec un surcroît d'humeur et de
+turbulence.</p>
+
+<p>Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard
+ne servit pas la république, car, au lieu de Barras,
+ce fut Rewbell, le plus capable des cinq directeurs,
+qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un
+grand sujet de satisfaction pour tous les ennemis
+de ce directeur, et une occasion nouvelle de le calomnier
+plus commodément. Cependant, comme
+il avait été élu au conseil des anciens, il saisit une
+occasion de répondre à ses accusateurs, et le fit
+de la manière la plus victorieuse.</p>
+
+<p>Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule
+infraction aux lois rigoureuses de la probité, qu'on,
+pût reprocher au directoire. Les cinq premiers directeurs,
+nommés à l'époque de l'institution du
+directoire, avaient fait une convention entre eux,
+par laquelle ils devaient prélever sur leurs appointemens,
+chacun dix mille francs, afin de les donner
+au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice
+était de ménager aux membres du directoire la
+transition du pouvoir suprême à la vie privée,
+surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y
+avait même une raison de dignité à en agir ainsi,
+car il était dangereux pour la considération du gouvernement,
+de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette
+raison même décida les directeurs à pourvoir d'une
+manière plus convenable au sort de leurs collègues.
+Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un
+prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils
+résolurent d'allouer une somme de cent mille francs
+à chaque directeur sortant. C'était cent mille francs
+par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui
+pouvait la prendre sur l'un des mille profits qu'il
+était si facile de faire sur des budgets de six ou huit
+cents millions. On décida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux.
+Comme tous les ans le corps législatif allouait des
+frais de mobilier, cette dépense devait être avouée,
+et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent
+de plus que les économies faites sur les frais
+de mobilier seraient partagées entre eux. Certes,
+c'était là une bien légère atteinte à la fortune publique,
+si c'en était une; et tandis que des généraux,
+des compagnies, faisaient des profits si
+énormes, cent mille francs par an, consacrés à
+donner des alimens à l'homme qui venait d'être
+chef du gouvernement, n'étaient pas un vol. Les
+raisons et la forme de la mesure l'excusaient en
+quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part,
+ne voulut jamais y consentir. Il déclara à ses collègues
+qu'il n'accepterait jamais sa part. Rewbell
+reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes,
+dont le directoire était dispensé de rendre
+compte. Telle est la seule faute qu'on puisse reprocher
+collectivement au directoire. Un seul de
+ses membres, sur les douze qui se succédèrent, fut
+accusé d'avoir fait des profits particuliers. Quel
+est le gouvernement au monde, duquel on puisse
+dire la même chose?</p>
+
+<p>Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait
+avoir une grande réputation, pour donner un peu
+de considération au directoire, et on songea à
+Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte,
+était le plus important de l'époque. Son ambassade
+en Prusse avait encore ajouté à sa renommée. Déjà
+on le considérait, et très justement, comme un
+esprit profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin,
+on lui attribuait la conservation de la neutralité
+prussienne, qui du reste était due beaucoup
+moins à son intervention qu'à la situation de cette
+puissance. Aussi le regardait-on comme aussi capable
+de diriger le gouvernement que de concevoir
+une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de
+gens crurent voir dans ce choix la confirmation
+du bruit généralement répandu de modifications
+très prochaines à la constitution. Ils disaient que
+Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer
+à ces modifications. On croyait si peu que
+l'état des choses actuel pût se maintenir, qu'on
+voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVI.</h3>
+
+<p>CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE
+LA LIMMAT.&mdash;ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE
+COMMANDEMENT A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU
+AU-DELA DU PÔ ET DE L'APENNIN.&mdash;ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE
+DE NAPLES; BATAILLE DE LA TREBBIA.&mdash;COALITION DE TOUS LES PARTIS
+CONTRE LE DIRECTOIRE.&mdash;RÉVOLUTION DU 30 PRAIRIAL.&mdash;LARÉVELLIÈRE
+ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.</p>
+
+
+<p>Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement
+les modifications que nous venons de
+raconter, le directoire n'avait cessé de faire les
+plus grands efforts pour réparer les revers qui
+venaient de signaler l'ouverture de la campagne.
+Jourdan avait perdu le commandement de l'armée
+du Danube, et Masséna avait reçu le commandement
+en chef de toutes les troupes cantonnées depuis
+Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. Ce choix
+heureux devait sauver la France. Schérer, impatient
+de quitter une armée dont il avait perdu la
+confiance, avait obtenu l'autorisation de transmettre
+le commandement à Moreau. Macdonald avait
+reçu l'ordre pressant d'évacuer le royaume de Naples
+et les états romains, et de venir faire sa jonction
+avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés
+sur la frontière; l'équipement et l'organisation des
+conscrits s'accéléraient, et les renforts commençaient
+à arriver de toutes parts.</p>
+
+<p>Masséna, à peine nommé commandant en chef
+des armées du Rhin et de Suisse, songea à disposer
+convenablement les forces qui lui étaient confiées.
+Il ne pouvait prendre le commandement dans une
+situation plus critique. Il avait au plus trente mille
+hommes, épars en Suisse depuis la vallée de l'Inn
+jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit
+mille sous Hotze, dans le Voralberg, quarante
+mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de près de cent mille
+hommes pouvait l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc
+n'avait pas été contrarié par le conseil aulique
+et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi
+le Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait
+pu fermer à Masséna la route de France, l'envelopper
+et le détruire. Heureusement il n'était
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore
+on n'avait pas mis immédiatement sous ses ordres
+Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les trois généraux
+un tiraillement continuel, ce qui empêchait
+qu'ils se concertassent pour une opération décisive.</p>
+
+<p>Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui
+permirent de prendre une position solide et de
+distribuer convenablement les troupes mises à sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait
+qu'observer la ligne du Rhin du côté de l'Alsace,
+et qu'il se proposait d'opérer en Suisse, entre Schaffouse
+et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube,
+et lui assigna des positions qu'elle aurait dû
+prendre dès le début, c'est-à-dire immédiatement
+après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine.
+Celui-ci fut obligé de s'en retirer, après
+avoir livré des combats brillans, où il montra une
+intrépidité et une présence d'esprit admirables.
+Les Grisons furent évacués. Masséna distribua alors
+son armée depuis la grande chaîne des Alpes jusqu'au
+confluent de l'Aar dans le Rhin, en choisissant
+la ligne qui lui parut la meilleure.</p>
+
+<p>La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui,
+partant des grandes Alpes, la traversent tout entière,
+pour aller se jeter dans le Rhin. La plus
+étendue et la plus vaste est celle du Rhin même,
+qui, prenant sa source non loin du Saint-Gothard,
+coule d'abord au nord, puis s'étend en un vaste
+lac<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>, dont il sort près de Stein, et court à l'ouest
+vers Bâle, où il recommence à couler au nord pour
+former la frontière de l'Alsace. Cette ligne est la
+plus vaste, et elle enferme toute la Suisse. Il y en
+a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la précédente:
+c'est celle de la Lint, qui, prenant sa
+source dans les petits cantons, s'arrête pour former
+le lac de Zurich, en sort sous le nom de Limmat,
+et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de
+cette dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui
+n'enveloppe qu'une partie de la Suisse, est beaucoup
+moins vaste que la première. Il y en a enfin
+une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore
+dans la précédente, qui du lit de la Reuss passe
+dans le lac de Lucerne, et de Lucerne va se rendre
+dans l'Aar, tout près du point où se jette la Limmat.
+Ces lignes commençant à droite contre des montagnes
+énormes, finissant à gauche dans de grands
+fleuves, consistant tantôt en des rivières, tantôt en
+des lacs, présentent de nombreux avantages pour
+la défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver
+la plus grande, celle du Rhin, et de s'étendre
+depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure de
+l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat,
+où il s'établit de la manière la plus solide. Il
+plaça son aile droite, formée des trois divisions
+Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il
+plaça son centre sur la Limmat, et le composa des
+quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et
+Strasbourg.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> Le lac de Constance.</blockquote>
+
+<p>Avant de se renfermer dans cette position, il
+essaya d'empêcher par un combat la jonction de
+l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux généraux
+placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du
+fleuve dans le lac de Constance, l'autre après sa
+sortie, étaient séparés par toute l'étendue du lac.
+En franchissant cette ligne, afin de s'établir
+devant celle de Zurich et de la Limmat, où s'était
+placé Masséna, ils devaient partir des deux extrémités
+du lac, pour venir faire leur jonction au-delà.
+Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne
+s'était pas encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le
+repousser au-delà du Rhin, se rabattre ensuite sur
+Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé
+qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double
+opération, et de battre isolément les deux généraux
+autrichiens. Malheureusement il ne songea à
+les attaquer qu'au moment où ils étaient près de
+se réunir, et où ils étaient en mesure de se soutenir
+réciproquement. Il les combattit sur plusieurs
+points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à
+Frauenfeld, et quoiqu'il eût partout l'avantage,
+grace à cette vigueur qu'il mettait toujours dans
+l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction,
+et il fut obligé de se replier sur la ligne de la
+Limmat et de Zurich, où il se prépara à recevoir
+vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se décidait
+à l'attaquer.</p>
+
+<p>Les événemens étaient bien autrement malheureux
+en Italie. Là, les désastres ne s'étaient point
+arrêtés.</p>
+
+<p>Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec
+un corps de vingt-huit ou trente mille Russes.
+Mélas avait pris le commandement de l'armée autrichienne.
+Suwarow commandait en chef les deux
+armées, s'élevant au moins à quatre-vingt-dix mille
+hommes. On l'appelait l'<i>invincible</i>. Il était connu
+par ses campagnes contre les Turcs, et par ses
+cruautés en Pologne. Il avait une grande vigueur
+de caractère, une bizarrerie affectée et poussée jusqu'à
+la folie, mais aucun génie de combinaison.
+C'était un vrai barbare, heureusement incapable
+de calculer l'emploi de ses forces, car autrement,
+la république aurait peut-être succombé. Son armée
+lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable,
+et qui tenait du fanatisme, mais aucune
+instruction. L'artillerie, la cavalerie, le génie, y
+étaient réduits à une véritable nullité. Elle ne savait
+faire usage que de la baïonnette, et s'en servait
+comme les Français s'en étaient servis pendant la
+révolution. Suwarow, fort insolent pour ses alliés,
+donna aux Autrichiens des officiers russes, pour
+leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il
+employa le langage le plus hautain, il dit que les
+<i>femmes</i>, <i>les petits-maîtres</i>, <i>les paresseux</i>, devaient
+quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder
+le service souverain seraient traités comme des
+égoïstes, et perdraient leurs grades, et que tout le
+monde devait se sacrifier pour délivrer l'Italie des
+Français et des athées. Tel était le style de ses allocutions.
+Heureusement, après nous avoir causé
+bien du mal, cette énergie brutale allait rencontrer
+l'énergie savante et calculée, et se briser devant
+elle.</p>
+
+<p>Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses
+esprits, s'était promptement retiré sur l'Adda, au
+milieu des cris d'indignation des soldats. De son
+armée de quarante-six mille hommes, il en avait
+perdu dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut
+obligé d'en laisser à Peschiera ou Mantoue encore
+huit mille, et il ne lui en resta ainsi que vingt-huit
+mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes,
+il avait su manoeuvrer habilement, il aurait pu
+donner le temps à Macdonald de le rejoindre, et
+éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda
+de la manière la plus malheureuse. Il partagea son
+armée en trois divisions. La division Serrurier était
+à Lecco, à la sortie de l'Adda du lac de Lecco. La
+division Grenier était à Cassano, la division Victor
+à Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques
+corps légers, vers le Modénois et les montagnes de
+Gênes; pour maintenir les communications avec la
+Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses
+vingt-huit mille hommes, ainsi dispersés sur une
+ligne de vingt-quatre lieues, ne pouvaient résister
+solidement nulle part, et devaient être enfoncés
+partout où l'ennemi se présenterait en forces.</p>
+
+<p>Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même
+où la ligne de l'Adda était forcée, Schérer remit à
+Moreau la direction de l'armée. Ce brave général
+avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait
+descendre au rôle de simple divisionnaire, et maintenant
+que la campagne était perdue, qu'il n'y
+avait plus que des désastres à essuyer, on lui donnait
+le commandement. Cependant, avec un dévouement
+patriotique que l'histoire ne saurait
+trop célébrer, il accepta une défaite, en acceptant
+le commandement le soir même où l'Adda était
+forcé. C'est ici que commence la moins vantée et
+la plus belle partie de sa vie.</p>
+
+<p>Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs
+points. Quand le premier régiment russe se montra
+à la vue du pont de Lecco, les carabiniers de la
+brave 18e légère sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait
+comme des colosses effrayans et invincibles. Ils
+fondirent sur eux la baïonnette croisée, et en firent
+un grand carnage. Les Russes furent repoussés.
+Il venait de s'allumer un admirable courage
+dans le coeur de nos braves; ils voulaient faire repentir
+de leur voyage les barbares insolens qui venaient
+se mêler dans une querelle qui n'était pas la
+leur. La nomination de Moreau enflammait toutes
+les âmes, et remplit l'armée de confiance. Malheureusement
+la position n'était plus tenable. Suwarow,
+repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda
+sur deux points, à Brivio et à Trezzo, au-dessus et
+au-dessous de la division Serrurier, qui formait la
+gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du
+reste de l'armée. Moreau, avec la division Grenier,
+livra à Trezzo un combat furieux, pour repousser
+l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit
+avec huit ou neuf mille hommes un corps de plus
+de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent
+rejeter l'ennemi au-delà de l'Adda. Malheureusement
+Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter
+sur ce point même de Trezzo, où Moreau s'obstinait
+à combattre pour se remettre en communication
+avec lui. Il fallut céder, et abandonner la
+division Serrurier à son sort. Elle fut entourée par
+toute l'armée ennemie, et se battit avec la dernière
+opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts, elle
+fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de
+cette division, grâce à la hardiesse et à la présence
+d'esprit d'un officier, se sauva par les montagnes
+en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'était heureusement retiré en arrière avec sa division
+intacte. Telle fut la fatale journée dite de Cassano,
+9 floréal (28 avril), qui réduisit l'armée à
+environ vingt mille hommes.</p>
+
+<p>C'est avec cette poignée de braves que Moreau
+entreprit de se retirer. Cet homme rare ne perdit
+pas un instant ce calme d'esprit dont la nature l'avait
+doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence
+d'une armée qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix
+mille, si on avait su la faire marcher en masse,
+il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était bien
+autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il
+revint d'Allemagne, avec une armée de
+soixante mille hommes victorieux, et pourtant il
+a été beaucoup moins célébré! tant les hasards
+des passions influent sur les jugemens contemporains!</p>
+
+<p>Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner
+le moyen d'évacuer les parcs et les bagages, et
+pour laisser aux membres du gouvernement cisalpin,
+et à tous les Milanais compromis, le temps
+de se retirer sur les derrières. Rien n'est plus dangereux
+pour une armée que ces familles de fugitifs,
+qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses
+mouvemens, et peuvent quelquefois compromettre
+son salut. Moreau, après avoir passé deux jours
+à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô.
+A la conduite de Suwarow, il put juger qu'il aurait
+le temps de prendre une position solide. Il avait
+deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses communications
+avec la France, et avec la Toscane,
+par où s'avançait l'armée de Naples. Pour arriver
+à ce but important, il lui parut convenable d'occuper
+le penchant des montagnes de Gênes; c'était
+le point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes:
+l'une, escortant les parcs, les bagages,
+tout l'attirail de l'armée, prit la grande route de
+Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie,
+pour occuper les routes de la rivière de Gênes. Il
+exécuta cette marche sans être trop pressé par
+l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses
+masses victorieuses sur notre faible armée, et de
+la détruire complètement, se faisait décerner à
+Milan les honneurs du triomphe par les prêtres,
+les moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche,
+rentrées en foule à la suite des armées coalisées.</p>
+
+<p>Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer
+vers la France tout son attirail de guerre.
+Il arma la citadelle, tâcha de réveiller le zèle des
+partisans de la république, et vint rejoindre ensuite
+la colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie.
+Il choisit là une position qui prouve toute la justesse
+de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous
+d'Alexandrie. Moreau se plaça au confluent de ces
+deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et par l'autre,
+il ne craignait pas une attaque de vive force; il
+gardait en même temps toutes les routes de Gênes,
+et pouvait attendre l'arrivée de Macdonald. Cette
+position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne
+de postes sur le Pô et le Tanaro, et ses masses
+étaient disposées de manière qu'il pouvait courir
+en quelques heures sur le premier point attaqué. Il
+s'établit là avec vingt mille hommes, et y attendit
+avec un imperturbable sang-froid les mouvemens
+de son formidable ennemi.</p>
+
+<p>Suwarow avait mis très heureusement beaucoup
+de temps à s'avancer. Il avait demandé au conseil
+aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce
+corps venait de descendre en Italie, et portait
+l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à
+la fois Peschiera, Mantoue, Pizzighitone, voulant
+en même temps se garder du côté de la Suisse, et
+ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses,
+n'avait guère plus de quarante mille hommes sous
+sa main, force du reste très suffisante pour accabler
+Moreau, s'il avait su la manier habilement.</p>
+
+<p>Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en
+face de Moreau. Il s'établit à Tortone, et y fixa
+son quartier-général. Après quelques jours d'inaction,
+il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un
+peu au-dessus du confluent du Pô et du Tanaro,
+vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles boisées,
+à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter
+un passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du
+11 au 12 mai), ils passèrent au nombre à peu près
+de deux mille, dans l'une de ces îles, et se trouvèrent
+ainsi au-delà du bras principal. Le bras
+qui leur restait à passer était peu considérable, et
+pouvait même être franchi à la nage. Ils le traversèrent
+hardiment, et se portèrent sur la rive droite
+du Pô. Les Français, prévenus du danger, coururent
+sur le point menacé. Moreau, qui était averti
+d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro,
+attendit que le véritable point du danger fût bien
+déterminé pour s'y porter en force: dès qu'il en
+fut certain, il y marcha avec sa réserve, et culbuta
+dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse
+de le franchir. Il y en eut deux mille cinq cents
+tués, noyés ou prisonniers.</p>
+
+<p>Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position
+de Moreau dans le singulier triangle où il s'était
+placé. Mais l'inaction de l'ennemi l'inquiétait;
+il craignait que Suwarow n'eût laissé devant
+Alexandrie un simple détachement, et qu'avec la
+masse de ses forces il n'eût remonté le Pô, pour se
+porter sur Turin et prendre la position des Français
+par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant
+de Macdonald. Dans l'incertitude où le laissait l'inaction
+de Suwarow, il résolut d'agir lui-même, pour
+s'assurer du véritable état des choses. Il imagina
+de déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une
+forte reconnaissance. Si l'ennemi n'avait laissé devant
+lui qu'un corps détaché, le projet de Moreau
+était de changer cette reconnaissance en attaque
+sérieuse, d'accabler ce corps détaché, et puis de
+se retirer tranquillement par la grande route de
+la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin
+d'y attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait
+la masse principale, son projet était de se replier
+sur-le-champ, et de regagner en toute hâte la rivière
+de Gênes, par toutes les communications
+accessibles qui lui restaient. Une raison qui le décidait
+surtout à prendre ce parti décisif, c'était
+l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait
+qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible.</p>
+
+<p>Tandis que Moreau formait ce projet fort sage,
+Suwarow en formait un autre qui était dépourvu
+de sens. Sa position à Tortone était certainement
+la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait
+entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine
+et celle de Naples. Il ne devait la quitter à aucun
+prix. Cependant il imagina d'emmener une
+partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter
+le fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale,
+y organiser les royalistes piémontais, et faire
+tomber la position de Moreau. Rien n'était plus
+mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour
+faire tomber la position de Moreau, il fallait essayer
+une attaque directe et vigoureuse, mais par-dessus
+tout ne pas quitter la position intermédiaire
+entre les deux armées qui cherchaient à opérer
+leur jonction.</p>
+
+<p>Tandis que Suwarow divisait ses forces, en
+laissant une partie aux environs de Tortone, le
+long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô
+pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance
+qu'il avait projetée. Il avait porté la
+division Victor en avant pour attaquer vigoureusement
+le corps russe qu'il avait devant lui. Il se
+tenait lui-même avec toute sa réserve un peu en
+arrière, prêt à changer cette reconnaissance en une
+attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe
+pût être accablé. Après un engagement très-vif, où
+les troupes de Victor déployèrent une rare bravoure,
+Moreau crut que toute l'armée russe était
+devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur
+d'avoir sur les bras un ennemi trop supérieur. En
+conséquence, entre les deux partis qu'il s'était proposé
+d'adopter, il préféra le second, comme le plus
+sûr. Il résolut donc de se retirer vers les montagnes
+de Gênes. Sa position était des plus critiques.
+Tout le Piémont était en révolte sur ses derrières.
+Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui
+ferme la principale route, la seule accessible à l'artillerie.
+Le grand convoi des objets d'arts recueillis
+en Italie, courait risque d'être enlevé. Ces circonstances
+étaient des plus fâcheuses. En prenant les
+routes situées plus en arrière, et qui aboutissaient
+à la rivière du Ponent, Moreau craignait de trop s'éloigner
+des communications de la Toscane, et
+de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait
+réuni en masse autour de Tortone. Dans cette perplexité,
+il prit sur-le-champ son parti, et fit les
+dispositions suivantes. Il détacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers
+praticables à la seule infanterie, vers les montagnes
+de Gênes. Elle devait se hâter d'occuper tous les
+passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où
+elle serait attaquée par Suwarow. Moreau, ne gardant
+que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait
+suivre les sentiers des montagnes, gagner l'une des
+routes charretières qui se trouvaient en arrière de
+Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent.
+Il faisait un autre calcul, en se décidant à cette retraite
+excentrique, c'est qu'il attirerait à lui l'armée
+ennemie, la détournerait de poursuivre Victor et
+de se jeter sur Macdonald.</p>
+
+<p>Victor se retira heureusement par Acqui,
+Spigno et Dego, et vint occuper les crêtes de
+l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une
+célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva,
+qui fermait sa principale communication, le mettait
+dans un embarras extrême. Il achemina par le
+col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était
+indispensable, et résolut de s'ouvrir une route à
+travers l'Apennin, en la faisant construire par ses
+propres soldats. Après quatre jours d'efforts incroyables,
+la route fut rendue praticable à l'artillerie,
+et Moreau fut transporté dans la rivière de
+Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au col de Tende,
+ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées
+vers Gênes.</p>
+
+<p>Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau,
+se hâta de le faire poursuivre; mais il ne sut deviner
+ni prévenir ses savantes combinaisons. Ainsi,
+grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau
+avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser
+entamer une seule fois, en contenant au contraire
+les Russes partout où il les avait rencontrés.
+Il avait laissé une garnison de trois mille hommes
+dans Alexandrie, et il était avec dix-huit mille
+à peu près dans les environs de Gênes. Il était
+placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée
+de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype,
+le corps léger de Montrichard, et la division Victor,
+sur la Haute-Trebbia, pour les joindre à
+Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi,
+avec le reste de son corps d'armée. Son plan de jonction
+était profondément médité. Il pouvait attirer
+l'armée de Naples à lui par les bords de la Méditerranée,
+la réunir à Gênes, et déboucher avec
+elle de la Bochetta; ou bien la faire déboucher de
+la Toscane dans les plaines de Plaisance, et sur les
+bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il
+fallait de nouveau franchir l'Apennin, et donner
+de front sur l'ennemi, pour enlever la plaine. En
+débouchant au contraire en avant de Plaisance,
+on était maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait
+son champ de bataille sur les bords même du
+Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eût sa gauche toujours
+serrée aux montagnes, pour se lier avec Victor qui
+était à Bobbio. Quant à lui, il observait Suwarow,
+prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait
+marcher à la rencontre de Macdonald. Dans cette
+situation, la jonction paraissait aussi sûre que derrière
+l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+préférable.</p>
+
+<p>Dans ce moment, le directoire venait de réunir
+dans la Méditerranée des forces maritimes considérables.
+Bruix, le ministre de la marine, s'était
+mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué
+la flotte espagnole, et croisait avec cinquante vaisseaux
+dans la Méditerranée, dans le but de la délivrer
+des Anglais, et d'y rétablir les communications
+avec l'armée d'Égypte. Cette jonction tant
+désirée était enfin opérée, et elle pouvait nous
+redonner la prépondérance dans les mers du Levant.
+Bruix dans ce moment était devant Gênes.
+Sa présence avait singulièrement remonté le moral
+de l'armée. On disait qu'il apportait des vivres,
+des munitions et des renforts. Il n'en était rien;
+mais Moreau profita de cette opinion, et fit effort
+pour l'accréditer. Il fit répandre le bruit que la
+flotte venait de débarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considérables. Ce bruit
+encouragea l'armée, et diminua beaucoup la confiance
+de l'ennemi.</p>
+
+<p>On était au milieu de prairial (premiers jours de
+juin). Un événement nouveau venait d'avoir lieu
+en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé la ligne
+de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant
+en deux masses des deux extrémités du
+lac de Constance, était venu border cette ligne
+dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer
+entre Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de
+Zurich, et l'Aar, tout le long de la Limmat. Masséna
+avait pris position, non pas sur la Limmat elle-même,
+mais sur une suite de hauteurs qui sont en
+avant de la Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière
+et le lac. Il avait retranché ces hauteurs de la
+manière la plus redoutable, et les avait rendues
+presque inaccessibles. Quoique cette partie de
+notre ligne, entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte,
+l'archiduc avait résolu de l'attaquer, parce qu'il
+eût été trop dangereux de faire un long détour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le
+long de la Lint. Masséna pouvait profiter de ce moment
+pour accabler les corps laissés devant lui, et
+se procurer ainsi un avantage décisif.</p>
+
+<p>L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial).
+Elle eut lieu sur toute l'étendue de la Limmat, et
+fut repoussée partout victorieusement, malgré
+l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives
+doivent se poursuivre, afin qu'il n'y ait pas
+de pertes inutiles, recommença l'attaque avec la
+même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait
+être forcé, qu'alors sa retraite deviendrait difficile,
+que la ligne qu'il abandonnait était suivie
+immédiatement d'une plus forte, la chaîne de l'Albis,
+qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich,
+résolut de se retirer volontairement. Il ne perdait
+à cette retraite que la ville de Zurich, qu'il regardait
+comme peu importante. La chaîne des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat
+jusqu'à l'Aar présentant de plus un escarpement
+continu, était presque inattaquable. En l'occupant
+on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on
+ne reculait que de la largeur du lac et de la Limmat.
+En conséquence, et s'y retira volontairement et sans
+perte, il s'y établit d'une manière qui ôta à l'archiduc
+toute envie de l'attaquer.</p>
+
+<p>Notre position était donc toujours à peu près la
+même en Suisse. L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich,
+la Lint et la Reuss, jusqu'au Saint-Gothard,
+formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.</p>
+
+<p>Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin
+vers la Toscane. Il avait laissé garnison au fort
+Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte, conformément à
+ses instructions. C'était compromettre inutilement
+des troupes qui n'étaient pas capables de soutenir
+le parti républicain, et qui laissaient un vide dans
+l'armée active. L'armée française, en se retirant,
+avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction
+royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de
+notre révolution. Macdonald avait rallié à Rome
+quelques milliers d'hommes de la division Garnier;
+il avait recueilli en Toscane la division Gauthier,
+et dans le Modénois le corps léger de Montrichard.
+Il avait formé ainsi un corps de vingt-huit mille
+hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité,
+et un ordre remarquable. Il perdit malheureusement
+beaucoup de temps en Toscane, et ne déboucha
+au-delà de l'Apennin, dans les plaines de
+Plaisance, que vers la fin de prairial (milieu de
+juin).</p>
+
+<p>S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les
+coalisés dans un tel état de dispersion, qu'il aurait
+pu les accabler successivement, et les rejeter au-delà
+du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait
+de s'emparer, et où il avait trouvé des munitions
+immenses. Bellegarde observait les débouchés de
+Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle de
+Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente
+mille Autrichiens ou Russes réunis. Macdonald et
+Moreau, débouchant ensemble avec cinquante
+mille hommes auraient pu changer la destinée de
+la campagne. Mais Macdonald crut devoir employer
+quelques jours pour faire reposer son armée, et
+réorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et
+permit à Suwarow de réparer ses fautes. Le général
+russe, apprenant la marche de Macdonald, se
+hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt
+mille hommes de renfort, pour se placer entre les
+deux généraux français, et reprendre la position
+qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au
+général Ott, qui était en observation sur la Trebbia,
+aux environs de Plaisance, de se retirer sur lui, s'il
+était attaqué; il prescrivit à Kray de lui faire passer
+de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait
+disposer; il laissa à Bellegarde le soin d'observer
+Novi, d'où Moreau devait déboucher, et il se disposa
+à marcher lui-même dans les plaines de Plaisance,
+à la rencontre de Macdonald.</p>
+
+<p>Ces dispositions sont les seules qui, pendant la
+durée de cette campagne, aient mérité à Suwarow
+l'approbation des militaires. Les deux généraux
+français occupaient toujours les positions que nous
+avons indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin,
+ils devaient en descendre pour se réunir dans les
+plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait
+passer à Macdonald la division Victor pour le renforcer.
+Il avait placé à Bobbio, au penchant des
+montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons,
+pour favoriser la jonction, et son projet
+était de saisir le moment où Suwarow marcherait
+de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se
+tînt toujours appuyé aux montagnes, et n'acceptât
+pas la bataille trop loin dans la plaine.</p>
+
+<p>Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu
+de juin). Le corps de Hohenzollern, placé aux
+environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il fut accablé
+par des forces supérieures, perdit quinze cents
+hommes, et faillit être enlevé tout entier. Ce premier
+succès encouragea Macdonald, et lui fit hâter
+sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armée à trente-deux mille
+hommes à peu près, forma son avant-garde. La
+division polonaise de Dombrowsky marchait à la
+gauche de la division Victor; la division Rusca les
+appuyait toutes deux. Quoique le gros de l'armée,
+formé par les divisions Montrichard, Olivier et
+Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché
+par le succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern,
+voulut accabler Ott, qui était en observation
+sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky
+et Rusca, de marcher contre lui à l'instant même.</p>
+
+<p>Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin
+dans le Pô, formaient le champ de bataille:
+c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le gros
+de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient
+sur la Trebbia, et avaient l'ordre de la franchir
+pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler Ott,
+que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent
+le 29 prairial (17 juin). Elles repoussèrent
+d'abord l'avant-garde du général Ott des bords du
+Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en
+arrière vers le village de Sermet. Ott allait être
+accablé, mais dans ce moment Suwarow arrivait à
+son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+général Bagration à Victor qui marchait le long
+du Pô; il reporta Ott au centre sur Dombrowsky,
+et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca. Bagration
+ne fut pas d'abord heureux contre Victor,
+et fut forcé de rétrograder; mais au centre, Suwarow
+fit charger la division Dombrowsky par l'infanterie
+russe, jeta dans son flanc deux régimens
+de cavalerie, et la rompit. Dès cet instant, Victor,
+qui s'était avancé sur le Pô, se trouva débordé et
+compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu
+les Polonais au centre, et qui avait ainsi débordé
+Victor, le chargea en flanc, et l'obligea à se retirer.
+Rusca, à droite, fut alors obligé de céder le terrain
+à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone,
+et rétrogradèrent sur la Trebbia.</p>
+
+<p>Cette première journée, où un tiers de l'armée
+au plus s'était trouvé engagé contre toute l'armée
+ennemie, n'avait pas été heureuse. Macdonald,
+ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté.
+Il résolut de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir
+toutes ses divisions, et de venger l'échec qu'il
+venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en
+arrière sur la Nura, et il résolut d'attendre le surlendemain,
+c'est-à-dire le 1er messidor (19 juin),
+pour livrer bataille.</p>
+
+<p>Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir
+ses forces, et il se disposa à attaquer dès le
+lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial (18 juin).
+Les deux armées allaient se joindre le long de la
+Trebbia, appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin.
+Suwarow, jugeant sagement que le point essentiel
+était dans les montagnes, par où les deux armées
+françaises pourraient communiquer, porta de ce
+côté sa meilleure infanterie et sa meilleure cavalerie.
+Il dirigea la division Bagration, qui d'abord
+était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite
+contre les montagnes. Il les plaça avec la division
+Schweikofsky sous les ordres de Rosemberg, et
+leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia
+vers Rivalta, dans la partie supérieure de son
+cours, afin de détacher les Français des montagnes.
+Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+étaient placées vers ce point, à la gauche de la
+ligne des Français. Les divisions Olivier et Montrichard
+devaient venir se placer au centre, le long
+de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper
+la droite, vers le Pô et Plaisance.</p>
+
+<p>Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes
+russes attaquèrent les avant-gardes françaises,
+qui étaient au-delà de la Trebbia, à Casaliggio
+et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald,
+qui ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à
+faire arriver en ligne ses divisions du centre. Victor,
+qui commandait à notre gauche, porta aussitôt
+toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia,
+et mit un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg,
+arrivant avec la division Schweikofsky, rétablit
+l'avantage, et, après un combat furieux,
+dans lequel les pertes furent énormes des deux
+parts, obligea les Français à se retirer derrière la
+Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin
+à droite, et une canonnade s'établissait sur
+toute la ligne. Après avoir échangé quelques boulets,
+on s'arrêta de part et d'autre sur les bords
+de la Trebbia qui sépara les deux armées.</p>
+
+<p>Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté
+en un combat vers notre gauche, combat terrible,
+mais sans résultat. Macdonald, disposant désormais
+de tout son monde, voulait rendre décisive la
+troisième journée. Son plan consistait à franchir
+la Trebbia sur tous les points, et à déborder les
+deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division Dombrowsky
+devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta,
+et la passer au-dessus des Russes. La division Watrin
+devait la franchir presque à son embouchure
+dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow.
+Il comptait en même temps que Moreau,
+dont il attendait la coopération depuis deux jours,
+entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin).
+Mais une horrible échauffourée eut lieu pendant
+la nuit. Un détachement français ayant traversé le
+lit de la Trebbia pour prendre position, les
+Russes se crurent attaqués et coururent aux armes.
+Les Français y coururent de leur côté. Les deux
+armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de
+nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer
+amis ni ennemis. Après un carnage inutile,
+les généraux parvinrent enfin à ramener leurs soldats
+au bivouac. Le lendemain les deux armées
+étaient tellement fatiguées par trois jours de combats
+et par le désordre de la nuit, qu'elles n'entrèrent
+en action que vers les dix heures du matin.</p>
+
+<p>La bataille commença à notre gauche, sur la
+Haute Trebbia. Dombrowsky franchit la Trebbia
+à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert
+les flancs de Rosemberg. Sur-le-champ Victor
+et Rusca en profitèrent pour se jeter sur lui en
+passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès
+et enveloppèrent de toutes parts la division
+Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la mirent
+dans le plus grand danger; mais elle fit front
+de tous côtés et se défendit vaillamment. Bagration,
+apercevant le péril, se rabattit promptement
+sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à
+lâcher prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment,
+se fût de son côté rabattu sur Bagration,
+l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était
+le plus important, puisqu'il touchait aux montagnes.
+Malheureusement il resta inactif, et Victor
+et Rusca furent obligés de se replier sur la Trebbia.
+Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia
+vers Grignano; Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo.
+Montrichard marchait sur le corps de
+Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que
+Suwarow avait demandées à Mélas, et qui défilaient
+sur le derrière du champ de bataille, donnèrent
+inopinément dans les flancs de sa division.
+Elle fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des
+prodiges en cent batailles, s'enfuit en désordre.
+Montrichard se vit obligé de repasser la Trebbia.
+Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo,
+et avait vigoureusement repoussé Ott et
+Mélas, se trouva découvert par la retraite de Montrichard.
+Mélas alors, donnant contre-ordre aux
+réserves autrichiennes, dont la présence avait jeté
+le trouble dans la division Montrichard, les dirigea
+sur la division Olivier, qui fut forcée à son tour
+de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division
+Watrin, portée inutilement à l'extrême droite,
+où elle n'avait rien à faire, s'avançait le long du
+Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut
+même obligée de repasser la Trebbia, pour suivre
+le mouvement général de retraite. Suwarow, craignant
+toujours de voir Moreau déboucher sur ses
+derrières, fit de grands efforts le reste de la journée
+pour passer la Trebbia, mais il ne put y réussir.
+Les Français lui opposèrent sur toute la ligne une
+fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une
+lutte si acharnée, sépara encore pour la troisième
+fois les deux armées ennemies.</p>
+
+<p>Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille.
+Les deux armées étaient désorganisées. Elles
+avaient perdu environ douze mille hommes chacune.
+La plupart des généraux étaient blessés. Des
+régimens entiers étaient détruits. Mais la situation
+était bien différente. Suwarow recevait tous les
+jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au prolongement
+de la lutte. Macdonald, au contraire,
+avait épuisé toutes ses ressources, et pouvait, en
+s'obstinant à se battre, être jeté en désordre dans
+la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura,
+pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il
+quitta la Trebbia le 2 messidor (20 juin) au matin.
+Une dépêche, dans laquelle il peignit à Moreau
+sa situation désespérée, étant tombée dans les
+mains de Suwarow, celui-ci fut rempli de joie, et
+se hâta de le poursuivre à outrance. Cependant
+la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de
+la Nura. Malheureusement, la division Victor,
+qui soutenait depuis quatre jours des combats
+continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup
+de prisonniers. Macdonald eut cependant le temps
+de recueillir son armée au-delà de l'Apennin, après
+une perte de quatorze ou quinze mille hommes, en
+tués, blessés ou prisonniers.</p>
+
+<p>Très heureusement, Suwarow, entendant le
+canon de Moreau sur ses derrières, se laissa détourner
+de la poursuite de Macdonald. Moreau,
+que des obstacles insurmontables avaient empêché
+de se mettre en mouvement avant le 30 prairial
+(18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de
+se jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et
+de lui prendre près de trois mille prisonniers. Mais
+cet avantage tardif était inutile, et n'eut d'autre
+résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher
+de s'acharner sur Macdonald.</p>
+
+<p>Cette jonction, de laquelle on attendait de si
+grands résultats, avait donc amené une sanglante
+défaite; elle fit naître entre les deux généraux français
+des contestations qui n'ont jamais été bien
+éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald
+d'avoir trop séjourné en Toscane, d'avoir
+fait marcher ses divisions trop loin les unes des
+autres, de manière que les divisions Victor, Rusca
+et Dombrowsky furent battues deux jours de
+suite, avant que les divisions Montrichard, Olivier
+et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le
+jour de la bataille, à déborder les deux ailes de
+l'ennemi, au lieu de diriger son principal effort à
+sa gauche vers la Haute-Trebbia; de s'être tenu
+trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas
+permettre à Lapoype, qui était à Bobbio, de venir
+à son secours; enfin de s'être, par-dessus tout,
+beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il
+eût voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les
+militaires, en approuvant le plan savamment combiné
+par Moreau, ne lui ont reproché qu'une chose,
+c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement
+pour un ancien camarade, de n'avoir pas pris le
+commandement direct des deux armées, et surtout
+de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia.
+Quoi qu'il en soit de la justesse de ces reproches,
+il est certain que le plan de Moreau, exécuté
+comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle
+fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia.
+Heureusement, Moreau était encore là pour
+recueillir nos débris et empêcher Suwarow de profiter
+de son immense supériorité. La campagne
+n'était ouverte que depuis trois mois, et, excepté
+en Suisse, nous n'avions eu partout que des revers.
+La bataille de Stokach nous avait fait perdre
+l'Allemagne; les batailles de Magnano et de la
+Trebbia nous enlevaient l'Italie. Masséna seul,
+ferme comme un roc, occupait encore la Suisse,
+le long de la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier
+cependant, au milieu de ces cruels revers,
+que le courage de nos soldats avait été inébranlable
+et aussi brillant qu'aux plus beaux jours de
+nos victoires; que Moreau avait été à la fois grand
+citoyen et grand capitaine, et avait empêché que
+Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées
+d'Italie.</p>
+
+<p>Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles
+armes aux ennemis du directoire, et provoquèrent
+contre lui un redoublement d'invectives. La crainte
+d'une invasion commençait à s'emparer des esprits.
+Les départemens du Midi et des Alpes, exposés
+les premiers au débordement des Austro-Russes,
+étaient dans une extrême fermentation. Les villes
+de Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent
+au corps législatif des adresses qui firent la plus
+vive sensation. Ces adresses renfermaient les reproches
+injustes qui circulaient depuis deux mois
+dans toutes les bouches; elles revenaient sur le
+pillage des pays conquis, sur les dilapidations des
+compagnies, sur le dénûment des armées, sur le
+ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice
+faite à Moreau, sur l'arrestation de Championnet,
+etc. «Pourquoi, disaient-elles, les conscrits
+fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans
+leurs foyers, par le dénûment où on les laissait?
+Pourquoi toutes les dilapidations sont-elles restées
+impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé
+comme un traître par Hoche, est-il resté si longtemps
+au ministère de la guerre? Pourquoi a-t-il
+pu consommer, comme général, les maux qu'il
+avait préparés comme ministre? Pourquoi des
+noms chers à la victoire sont-ils remplacés par des
+noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome
+et de Naples est-il en accusation?......»</p>
+
+<p>On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches.
+Les adresses qui les contenaient obtinrent
+l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir
+prouvait assez les dispositions des deux
+conseils. Elles ne pouvaient être plus mauvaises.
+L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition
+patriote. L'une composée d'ambitieux qui
+voulaient un gouvernement nouveau, et d'importans
+qui se plaignaient que leurs avis et leurs recommandations
+n'eussent pas été assez bien accueillis;
+l'autre formée de patriotes exclus par les
+scissions du corps législatif, ou réduits au silence
+par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également
+la ruine du gouvernement existant. Ils disaient
+que le directoire avait à la fois mal administré et
+mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté
+des opinions, opprimé la liberté de la presse et des
+sociétés populaires. Ils le déclaraient à la fois faible
+et violent; ils allaient même jusqu'à revenir sur le
+18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas respecté
+les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les
+invoquer en sa faveur.</p>
+
+<p>La nomination de Sièyes au directoire avait été
+l'un des premiers motifs de ces dispositions. Appeler
+au directoire un homme qui n'avait cessé de
+regarder comme mauvaise la constitution directoriale,
+qui déjà, par cette raison, avait refusé d'être
+directeur, c'était annoncer en quelque sorte qu'on
+voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes,
+dont on doutait à cause de ses refus antérieurs,
+ne fit que confirmer ces conjectures.</p>
+
+<p>Les mécontens de toute espèce, qui voulaient
+un changement, se groupèrent autour de Sièyes.
+Sièyes n'était point un chef de parti habile; il n'en
+avait ni le caractère à la fois souple et audacieux,
+ni même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de
+monde par sa renommée. On savait qu'il trouvait
+tout mauvais dans la constitution et le gouvernement,
+et on se pressait autour de lui, comme pour
+l'inviter à tout changer. Barras, qui avait su se faire
+pardonner son ancienne présence au directoire
+par ses liaisons et ses intrigues avec tous les partis,
+s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se
+rattacher à lui, en livrant lâchement ses collègues.
+C'est autour de ces deux directeurs que se ralliaient
+tous les ennemis du directoire. Ce parti avait
+songé à se donner l'appui d'un jeune général qui
+eût de la réputation, et qui passât, comme beaucoup
+d'autres, pour une victime du gouvernement.
+La position de Joubert, sur lequel on fondait de
+grandes espérances, et qui était sans emploi depuis
+sa démission, avait fixé le choix sur lui. Il allait
+s'allier à M. de Sémonville, en épousant une demoiselle
+de Monthelon. On l'avait rapproché de
+Sièyes; on le fit nommer général de la 17e division
+militaire, celle de Paris, et on s'efforça d'en faire le
+chef de la nouvelle coalition.</p>
+
+<p>On ne songeait point encore à faire des changemens;
+on voulait d'abord s'emparer du gouvernement,
+sauver ensuite la France d'une invasion, et
+on ajournait les projets constitutionnels à une
+époque où tous les périls seraient passés. La première
+chose à obtenir était l'éloignement des membres
+de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis
+une quinzaine; il y était entré le 1er prairial,
+en remplacement de Rewbell. Barras s'était sauvé
+de l'orage comme on a vu. Toute la haine se déchargeait
+contre Larévellière, Merlin et Treilhard,
+tous trois fort innocens de ce qu'on reprochait au
+gouvernement.</p>
+
+<p>Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois,
+mais on voulait leur rendre impossible l'exercice
+de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir les plus
+grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même
+son humeur, afin de ne pas ajouter aux difficultés
+de la position, celles que des divisions personnelles
+pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en
+cela de très bonne foi; mais il s'exprimait de manière
+à prouver qu'il ne voulait pas s'entendre avec
+ses collègues pour porter remède au mal. Un peu
+infatué de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait,
+il ne cessait de leur dire: «Ce n'est pas ainsi
+qu'on fait en Prusse.&mdash;Enseignez-nous donc, lui
+répondaient ses collègues, comment on fait en
+Prusse; éclairez-nous de vos avis, et aidez-nous à
+faire le bien.&mdash;Vous ne m'entendriez pas, répliquait
+Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites
+comme vous avez coutume de faire.»</p>
+
+<p>Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité
+se déclarait entre la minorité et la majorité,
+les attaques les plus vives se succédaient au
+dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle
+ouverte sur les finances. La détresse, comme
+on l'a dit, provenait de deux causes, la lenteur des
+rentrées et le déficit dans les produits supposés.
+Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses
+consommées, 210 millions étaient à peine rentrés.
+Le déficit dans l'évaluation des produits s'élevait,
+suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotité du déficit, il
+donna un démenti formel au député Génissieux
+dans <i>le Moniteur</i>, et prouva ce qu'il avançait. Mais
+que sert de prouver dans certains momens? On
+n'en accabla pas moins le ministre et le gouvernement
+d'invectives; on ne cessa pas de répéter qu'ils
+ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de nouveaux
+fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations.
+Cependant, la force de l'évidence obligea à
+accorder un supplément de produits. L'impôt sur
+le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta
+un décime par franc sur toutes les contributions,
+et on doubla encore celle des portes et fenêtres.
+Mais c'était peu que de décréter des impôts, il
+fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives
+à leur assiette et à leur perception. Ces lois
+n'étaient pas rendues. Le ministre pressait leur
+mise en discussion; on ajournait sans cesse, et on
+répondait à ses instances en criant à la trahison,
+au vol, etc.</p>
+
+<p>Outre la querelle sur les finances, on en avait
+ouvert une autre. Déjà il s'était élevé des réclamations
+sur certains articles de la loi du 19 fructidor
+qui permettaient au directoire de fermer les clubs
+et de supprimer les journaux sur un simple arrêté.
+Un projet de loi avait été ordonné sur la presse
+et les sociétés populaires, afin de modifier la loi
+du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir
+arbitraire dont il était revêtu. On s'élevait
+beaucoup aussi contre la faculté que cette loi
+donnait au directoire de déporter à sa volonté les
+prêtres suspects, et de rayer les émigrés de la liste.
+Les patriotes, eux-mêmes semblaient vouloir lui
+enlever cette dictature, funeste seulement à leurs
+adversaires. On commença par la discussion sur la
+presse et les sociétés populaires. Le projet mis en
+avant était l'ouvrage de Berlier. La discussion s'ouvrit
+dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels
+se distinguaient Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche,
+Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordée au directoire par la loi
+du 19 fructidor, bien que redoutable en temps
+ordinaire, était de la plus indispensable nécessité
+dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils,
+dans un moment de péril extrême qu'il
+fallait diminuer les forces du gouvernement. La
+dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du
+18 fructidor lui était devenue nécessaire, non plus
+contre la faction royaliste, mais contre la faction
+anarchique, non moins redoutable que la première,
+et secrètement alliée avec elle. Les disciples
+de Baboeuf, ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes,
+parts, et menaçaient la république d'un nouveau
+débordement.</p>
+
+<p>Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents,
+répondaient avec leur véhémence accoutumée
+aux discours des partisans du directoire.
+Il fallait, disaient-ils, donner une commotion à la
+France, et lui rendre l'énergie de 1793, que le directoire
+avait entièrement étouffée en faisant peser
+sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne
+rendait pas la parole aux feuilles patriotiques.
+«Vainement, ajoutaient-ils, on accuse les patriotes,
+vainement on feint de redouter un débordement
+de leur part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés?
+Depuis trois ans ils sont égorgés, proscrits,
+sans patrie, dans la république qu'ils ont contribué
+puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels
+crimes avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi
+contre les réacteurs? Non. Ils sont exagérés, turbulens;
+soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent,
+ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent
+pas, et tous les jours ils sont assassinés...»
+Tel était le langage de Briot (du Doubs), du Corse
+Aréna, et d'une foule d'autres.</p>
+
+<p>Les membres de l'opposition constitutionnelle
+s'exprimaient autrement. Ils étaient naturellement
+modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer et
+dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux
+principes trop méconnus, et rendre la liberté à la
+presse et aux sociétés populaires. Les dangers de
+fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée
+au directoire, mais cette dictature donnée
+de confiance, comment en avait-il usé? Il n'y
+avait qu'à interroger les partis, disait Boulay (de
+la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes,
+royalistes, patriotes, constitutionnels,
+étaient d'accord pour déclarer que le directoire
+avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord,
+chez des hommes si opposés de sentimens
+et de vues, ne pouvait pas laisser de doute, et le
+directoire était condamné.</p>
+
+<p>Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression;
+les constitutionnels, pleins de prétentions,
+se plaignaient du mal-gouverné. Tous se réunirent,
+et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés
+populaires. C'était là une victoire importante, qui
+allait amener un déchaînement d'écrits périodiques
+et le ralliement de tous les jacobins.</p>
+
+<p>L'agitation allait croissante vers les derniers jours
+de prairial. Les bruits les plus sinistres couraient
+de toutes parts. La nouvelle coalition résolut d'employer
+les tracasseries ordinaires que les oppositions
+emploient dans les gouvernemens représentatifs
+pour obliger un ministère à se retirer.
+Questions embarrassantes et réitérées, menaces
+d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens
+sont si naturels, que, sans la pratique du gouvernement
+représentatif, l'instinct seul des partis les
+découvre sur-le-champ.</p>
+
+<p>Les commissions des dépenses, des fonds et de
+la guerre, établies dans les cinq-cents pour s'occuper
+de ces divers objets, se réunirent, et projetèrent
+un message au directoire. Boulay (de la
+Meurthe) fut chargé du rapport, et le présenta
+le 15 prairial. Sur sa proposition, le conseil des
+cinq-cents adressa au directoire un message par
+lequel il demandait à être instruit des causes des
+dangers intérieurs et extérieurs qui menaçaient la
+république, et des moyens qui existaient pour y
+pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont
+guère d'autre effet que d'arracher des aveux de
+détresse, et de compromettre davantage le gouvernement
+auquel on les arrache. Un gouvernement,
+nous le répétons, doit réussir: l'obliger à
+convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger au plus
+funeste de tous les aveux. A ce message furent
+jointes une foule de motions d'ordre, qui toutes
+avaient un objet analogue. Elles étaient relatives
+au droit de former des sociétés populaires, à la liberté
+individuelle, à la responsabilité des ministres,
+à la publicité des comptes, etc.</p>
+
+<p>Le directoire, en recevant le message en question,
+résolut d'y faire une réponse détaillée, dans
+laquelle il tracerait le tableau de tous les événemens,
+et exposerait les moyens qu'il avait employés,
+et ceux qu'il se proposait d'employer encore, pour
+retirer la France de la crise où elle se trouvait.
+Une réponse de cette nature exigeait le concours
+de tous les ministres, pour que chacun d'eux pût
+fournir son rapport. Il fallait au moins plusieurs
+jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce qui convenait
+aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient
+pas un état exact et fidèle de la France, mais des
+aveux prompts et embarrassés. Aussi, après avoir
+attendu quelques jours, les trois commissions
+qui avaient proposé le message firent aux cinq-cents
+une proposition nouvelle, par l'organe du
+député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28 prairial
+(16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents
+de se déclarer en permanence jusqu'à ce que le
+directoire eût répondu au message du 15. La proposition
+fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme,
+et annoncer un prochain événement. Les cinq-cents
+firent part aux anciens de leur détermination,
+en les engageant à suivre leur exemple.
+L'exemple en effet fut imité, et les anciens siégèrent
+aussi en permanence. Les trois commissions
+des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop
+nombreuses, furent changées en une seule commission,
+composée de onze membres, et chargée de
+présenter les mesures exigées par les circonstances.</p>
+
+<p>Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait
+se constituer en séance permanente, pour hâter le
+rapport qu'on lui demandait. On conçoit quelle
+agitation devait résulter d'une pareille détermination.
+On faisait, comme d'usage, courir les bruits
+les plus sinistres: les adversaires du directoire disaient
+qu'il méditait un nouveau coup d'état, et qu'il
+voulait dissoudre les conseils. Ses partisans répandaient
+au contraire qu'il y avait une coalition formée
+entre tous les partis pour renverser violemment
+la constitution. Rien de pareil n'était médité
+de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la démission des trois anciens
+directeurs. On imagina un premier moyen
+pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eût quitté la législature
+depuis un an révolu. On s'aperçut que Treilhard,
+qui depuis treize mois siégeait au directoire, était
+sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il
+avait été nommé au directoire, le 26 floréal an VI.
+Il manquait donc quatre jours au délai prescrit. Ce
+n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité
+était couverte par le silence gardé pendant deux
+sessions, et d'ailleurs Sièyes lui-même était dans
+le même cas. Sur-le-champ la commission des onze
+proposa d'annuler la nomination de Treilhard.
+Cette annulation eut lieu le jour même du 28 et
+fut signifiée au directoire.</p>
+
+<p>Treilhard était rude et brusque, mais n'avait
+pas une fermeté égale à la dureté de ses manières.
+Il était disposé à céder. Larévellière était dans une
+tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête
+et désintéressé, auquel ses fonctions étaient à
+charge, qui ne les avait acceptées que par devoir,
+et qui faisait des voeux tous les ans pour que le
+sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner
+ses fonctions depuis que les factions coalisées
+paraissaient l'exiger. Il se figurait qu'on ne voulait
+expulser les anciens directeurs que pour abolir la
+constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au même but dans
+des vues différentes, mais toutes également funestes
+à la république. Dans cette persuasion, il
+ne voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent
+leur poste. En conséquence, il courut
+chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité,
+et nous nous refuserons à l'exécution de cette détermination
+du corps législatif, comme illégale,
+séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ
+sa démission aux cinq-cents.</p>
+
+<p>Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en
+persista pas moins à refuser sa démission, si on la
+lui demandait. Les meneurs des cinq-cents résolurent
+de donner tout de suite un successeur à Treilhard.
+Sièyes aurait voulu faire nommer un homme
+à sa dévotion; mais son influence fut nulle dans
+cette occasion. On nomma un ancien avocat de
+Rennes, président actuel du tribunal de cassation,
+et connu pour appartenir plutôt à l'opposition patriote
+qu'à l'opposition constitutionnelle. C'était
+Gohier, citoyen probe et dévoué à la république,
+mais peu capable, étranger à la connaissance des
+hommes et des affaires. Il fut nommé le 29 prairial,
+et dut être installé le lendemain même.</p>
+
+<p>Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on
+voulait arracher du directoire Larévellière et Merlin.
+Les patriotes surtout étaient furieux contre
+Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide,
+il n'avait jamais été montagnard, qu'il avait
+lutté souvent contre leur parti depuis le 9 thermidor,
+et que l'année précédente il avait encouragé
+le système des scissions. En conséquence, ils menacèrent
+de le mettre en accusation, lui et Merlin,
+s'ils ne donnaient pas tous deux leur démission.
+Sièyes fut chargé de faire une première ouverture,
+pour les engager à céder volontairement à l'orage.</p>
+
+<p>Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard,
+Sièyes proposa une réunion particulière des quatre
+directeurs chez Merlin. On s'y rendit. Barras, comme
+si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre
+au côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la
+parole avec embarras, fit une longue digression
+sur les fautes du gouvernement, et balbutia longtemps
+avant d'en venir au véritable objet de la
+réunion. Enfin Larévellière le somma de s'expliquer
+clairement. «Vos amis, répondit Sièyes, et
+ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner
+votre démission.» Larévellière demanda quels
+étaient ces amis. Sièyes n'en put nommer aucun qui
+méritât quelque confiance. Larévellière lui parla
+alors avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire
+trahi par ses membres, et livré par eux aux
+complots des factieux. Il prouva que jusqu'ici sa
+conduite et celle de ses collègues avaient été irréprochables,
+que les torts qu'on leur imputait n'étaient
+qu'un tissu de calomnies, puis il attaqua directement
+Sièyes sur ses projets secrets, et le jeta
+dans le plus grand embarras par ses véhémentes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda
+le plus morne silence. Sa position était difficile,
+car seul il avait mérité tous les reproches dont on
+accablait ses collègues. Leur demander leur démission
+pour des torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient
+qu'à lui seul, eût été trop embarrassant. Il
+se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré
+qu'il suivrait l'exemple de Larévellière.</p>
+
+<p>Barras imagina d'employer un intermédiaire pour
+obtenir la démission de ses deux collègues. Il se
+servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le goût
+des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea
+d'aller voir Larévellière pour le décider à se démettre.
+Bergoeng vint dans la nuit du 20 au 30,
+invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié
+qui les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler.
+Il lui assura que Barras l'aimait, l'honorait,
+et regardait son éloignement comme injuste, mais
+qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé
+à une tempête. Larévellière demeura inébranlable.
+Il répondit que Barras était dupe de Sièyes, Sièyes
+de Barras, et que tous deux seraient dupés par les
+Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république,
+mais qu'il résisterait jusqu'à son dernier soupir.</p>
+
+<p>Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les
+quatre directeurs étaient réunis; tous les ministres
+étaient présens. A peine l'installation fut-elle achevée,
+et les discours du président et du nouveau directeur
+prononcés, qu'on revint à l'objet de la
+veille. Barras demanda à parler en particulier à Larévellière;
+ils passèrent tous deux dans une salle
+voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les
+mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva
+aussi obstiné. Il rentra, assez embarrassé de n'avoir
+rien obtenu, et craignant toujours la discussion
+des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas
+être à son avantage. Alors il prit la parole avec
+violence, et n'osant pas attaquer Larévellière, il se
+déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit de lui la
+peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta
+comme une espèce de fier-à-bras, méditant,
+avec une réunion de coupe-jarrets, un coup
+d'état contre ses collègues et les conseils. Larévellière,
+venant au secours de Merlin, prit aussitôt la
+parole, et démontra l'absurdité de pareilles imputations.
+Rien dans le jurisconsulte Merlin, en effet,
+ne ressemblait à ce portrait. Larévellière retraça
+alors l'historique de toute l'administration du directoire,
+et le fit avec détail pour éclairer les ministres
+et le directeur entrant. Barras était dans
+une perplexité cruelle; il se leva enfin, en disant:
+«Eh bien! c'en est fait, les sabres sont tirés.&mdash;Misérable,
+lui répondit Larévellière avec fermeté,
+que parles-tu de sabres? Il n'y a ici que des couteaux,
+et ils sont dirigés contre des hommes irréprochables,
+que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner
+à une faiblesse.»</p>
+
+<p>Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais
+ne put y réussir. Dans ce moment, plusieurs membres
+des cinq-cents et des anciens s'étant réunis,
+vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant
+qu'il ne serait point dirigé contre eux
+d'acte d'accusation. Larévellière leur répondit avec
+fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui
+s'étaient chargés de cette mission retournèrent
+aux deux conseils, et y causèrent un nouveau soulèvement
+en rapportant ce qui s'était passé. Boulay
+(de la Meurthe) dénonça Larévellière, avoua sa probité,
+mais lui prêta mal à propos des projets de
+religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement,
+qui allait, dit-il, perdre la république. Les
+patriotes se déchaînèrent avec plus de violence que
+jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il ne
+fallait faire aucune grâce aux directeurs.</p>
+
+<p>L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant
+engagée, on ne savait plus jusqu'où elle pourrait
+être poussée. Beaucoup d'hommes modérés
+des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour
+éviter des malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière
+de céder à l'orage. Ils se rendirent auprès
+de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom
+des dangers que courait la république, de donner
+sa démission. Ils lui dirent qu'ils étaient exposés
+tous aux plus grands périls, et que s'il s'obstinait
+à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait
+aller la fureur des partis. «Mais ne voyez-vous
+pas, leur répondit Larévellière, les dangers plus
+grands que court la république? Ne voyez-vous
+pas que ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la
+constitution; qu'en cédant aujourd'hui, il faudra
+céder demain, et toujours, et que la république
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions,
+ajouta-t-il, me sont à charge; si je m'obstine à les
+garder aujourd'hui, c'est parce que je crois devoir
+opposer une barrière insurmontable aux complots
+des factions. Cependant, si vous croyez tous que
+ma résistance vous expose à des périls, je vais me
+rendre; mais je vous le déclare, la république est
+perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je
+cède donc, puisque je reste seul, et je vous remets
+ma démission.»</p>
+
+<p>Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre
+simple et digne pour exprimer ses motifs. Merlin
+lui demanda à la copier, et les deux démissions
+furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous
+l'ancien directoire. Toutes les factions qu'il avait
+essayé de réduire s'étaient réunies pour l'abattre,
+et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être
+plus faible qu'elles; tort immense, il est vrai, et
+qui justifie la chute d'un gouvernement.</p>
+
+<p>Malgré le déchaînement général, Larévellière
+emporta l'estime de tous les citoyens éclairés. Il
+ne voulut pas, en quittant le directoire, recevoir
+les cent mille francs que ses collègues étaient convenus
+de donner au membre sortant; il ne reçut
+pas même la part à laquelle il avait droit sur les
+retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur
+sortant. Il se retira à Andilly, dans une
+petite maison qu'il possédait, et il y reçut la visite
+de tous les hommes considérés que la fureur des
+partis n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut
+du nombre de ceux qui allèrent le visiter dans sa
+retraite.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVII.</h3>
+
+<p>FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.&mdash;CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.&mdash;LEVÉE
+DE TOUTES LES CLASSES DE CONSCRITS.&mdash;EMPRUNT FORCÉ DE
+CENT MILLIONS.&mdash;LOI DES OTAGES.&mdash;NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.&mdash;REPRISE
+DES OPÉRATIONS EN ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE
+DE NOVI, ET MORT DE JOUBERT.&mdash;DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES
+EN HOLLANDE.&mdash;NOUVEAUX TROUBLES A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT
+DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE JOURNALISTES; RENVOI
+DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN DANGER.</p>
+
+
+<p>Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup
+pour les épuiser. Les passions ne s'éteignent
+qu'avec les coeurs dans lesquels elles s'allumèrent.
+Il faut que tout une génération disparaisse; alors
+il ne reste des prétentions des partis que les intérêts
+légitimes, et le temps peut opérer entre ces
+intérêts une conciliation naturelle et raisonnable.
+Mais avant ce terme, les partis sont indomptables
+par la seule puissance de la raison. Le gouvernement
+qui veut leur parler le langage de la justice
+et des lois leur devient bientôt insupportable, et
+plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme
+faible et impuissant. Veut-il, quand il trouve des
+coeurs sourds à ses avis, employer la force, on le
+déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint
+la méchanceté. En attendant les effets du temps, il
+n'y a qu'un grand despotisme qui puisse dompter
+les partis irrités. Le directoire était ce gouvernement
+légal et modéré qui voulut faire subir le joug
+des lois aux partis que la révolution avait produits,
+et que cinq ans de lutte et de réaction n'avaient
+pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme
+on vient de le voir, au 30 prairial, pour amener
+sa chute. L'ennemi commun renversé, ils se trouvaient
+en présence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils
+se comportèrent.</p>
+
+<p>La constitution, quoique n'étant plus qu'un
+fantôme, n'était pas abolie, et il fallait remplacer
+par une ombre le directoire déjà renversé. Gohier
+avait remplacé Treilhard; il fallait donner des
+successeurs à Larévellière et à Merlin. On choisit
+Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos était un ancien
+girondin, homme honnête, peu capable et
+tout-à-fait dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par
+l'influence de Sièyes sur les anciens. Moulins était
+un général obscur, employé autrefois dans la Vendée,
+républicain chaud et intègre, nommé comme
+Gohier par l'influence du parti patriote. On avait
+proposé d'autres notabilités ou civiles ou militaires,
+pour composer le directoire; mais elles
+avaient été rejetées. Il était clair, d'après de pareils
+choix, que les partis n'avaient pas voulu se
+donner des maîtres. Ils n'avaient porté au directoire
+que ces médiocrités, chargées ordinairement
+de tous les <i>interim</i>.</p>
+
+<p>Le directoire actuel, composé, comme les conseils,
+de partis opposés, était encore plus faible
+et moins homogène que le précédent. Sièyes, le
+seul homme supérieur parmi les cinq directeurs,
+rêvait, comme on l'a vu, une nouvelle organisation
+politique. Il était le chef du parti qui se qualifiait
+de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les
+membres cependant souhaitaient une constitution
+nouvelle. Il n'avait de collègue dévoué que Roger-Ducos.
+Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que
+ce qui existait, voulaient la constitution actuelle,
+mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans le
+sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement
+a les départager, qui pouvait compter
+sur lui? Ce chaos de vices, de passions, d'intérêts,
+d'idées contraires, que présentait la république
+mourante, il en était à lui seul l'emblème vivant.
+La majorité, dépendant de sa voix, était donc
+commise au hasard.</p>
+
+<p>Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues
+qu'ils prenaient la direction d'un gouvernement
+menacé d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la république si on ne pouvait sauver
+la constitution. Ce langage déplut fort à Gohier
+et à Moulins, et fut mal accueilli par eux. Aussi
+dès le premier jour les sentimens parurent peu
+d'accord. Sièyes tint le même langage à Joubert,
+le général qu'on voulait engager dans le parti réorganisateur.
+Mais Joubert, vieux soldat de l'armée
+d'Italie, en avait les sentimens; il était chaud patriote,
+et les vues de Sièyes lui parurent suspectes.
+Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins,
+et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste,
+c'étaient là des questions qui ne pouvaient arriver
+qu'ultérieurement en discussion. Le plus pressant
+était d'administrer et de défendre la république menacée.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue
+partout, jetait tous les esprits dans l'alarme.
+Il fallait de grandes mesures de salut public.</p>
+
+<p>Le premier soin d'un gouvernement est de faire
+tout le contraire de celui qui l'a précédé, ne serait-ce
+que pour obéir aux passions qui l'ont fait triompher.
+Championnet, ce héros de Naples si vanté,
+Joubert, Bernadotte, devaient sortir des fers ou
+de la disgrâce, pour occuper les premiers emplois.
+Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et
+nommé général d'une nouvelle armée qu'on se
+proposait de former le long des Grandes-Alpes.
+Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre.
+Joubert fut appelé à commander l'armée d'Italie.
+Ses triomphes dans le Tyrol, sa jeunesse, son caractère
+héroïque, inspiraient les plus grandes espérances.
+Les réorganisateurs lui souhaitaient assez
+de succès et de gloire pour qu'il pût appuyer leurs
+projets. Le choix de Joubert était fort bon sans
+doute, mais c'était une nouvelle injustice pour
+Moreau, qui avait si généreusement accepté le
+commandement d'une armée battue, et qui l'avait
+sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu
+agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient
+dans ce moment. On lui donna le commandement
+d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas
+encore.</p>
+
+<p>Il y eut en outre divers changemens dans le ministère.
+Le ministre des finances, Ramel, qui avait
+rendu de si grands services depuis l'installation du
+directoire, et qui avait administré pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numéraire,
+Ramel avait partagé l'odieux jeté sur l'ancien
+directoire. Il fut si violemment attaqué, que, malgré
+l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obligés d'accepter sa démission.
+On lui donna pour successeur un homme qui était
+cher aux patriotes, et respectable pour tous les
+partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre
+du comité de salut public, si indécemment attaqué
+pendant la réaction. Il se défendit long-temps
+contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience
+qu'il avait faite de l'injustice des partis,
+devait peu l'engager à rentrer dans les affaires.
+Cependant il y consentit par dévouement à la république.</p>
+
+<p>La diplomatie du directoire n'avait pas été
+moins blâmée que son administration financière.
+On l'accusait d'avoir remis la république en guerre
+avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on
+considère surtout quels étaient les accusateurs.
+Les accusateurs, en effet, étaient les patriotes eux-mêmes,
+dont les passions avaient engagé de nouveau
+la guerre. On reprochait surtout au directoire
+l'expédition d'Égypte, naguère si vantée, et
+on prétendait que cette expédition avait amené la
+rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+déjà peu agréable aux patriotes, comme
+ancien émigré, avait encouru toute la responsabilité
+de cette diplomatie, et il était si vivement attaqué
+qu'il fallut en agir avec lui comme avec
+Ramel, et accepter sa démission. On lui donna
+pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous
+les apparences de la bonhomie allemande, cachait
+un esprit remarquable, et que M. de Talleyrand
+avait recommandé comme l'homme le plus capable
+de lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que
+ce choix n'avait été que provisoire, et que M. Reinhard
+n'était là qu'en attendant le moment où
+M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère
+de la justice fut retiré à Lambrechts, à
+cause de l'état de sa santé, et donné à Cambacérès.
+On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat,
+patriote sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin,
+si souple, si insinuant, que Barras avait
+intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu
+ensuite de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué
+à cause de sa conduite en Italie, passait aussi pour
+une victime de l'ancien directoire. Il devait donc
+prendre part au triomphe décerné à toutes les
+victimes; il fut envoyé à La Haye.</p>
+
+<p>Tels furent les principaux changemens apportés
+au personnel du gouvernement et des armées. Ce
+n'était pas tout que de changer les hommes, il fallait
+leur fournir de nouveaux moyens de remplir
+la tâche sous laquelle leurs prédécesseurs avaient
+succombé. Les patriotes, revenant, suivant leur
+usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes.
+Ils proposaient les mesures urgentes de 1793. Après
+avoir tout refusé au précédent directoire, on voulait
+tout donner au nouveau; on voulait mettre
+dans ses mains des moyens extraordinaires, et
+l'obliger même d'en user. La commission des onze,
+formée des trois commissions des dépenses, des
+fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise
+de prairial, d'aviser aux moyens de sauver la république,
+conféra avec les membres du directoire,
+et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de
+deux cent mille hommes, à prendre sur les cinq
+classes de conscrits, le directoire put appeler toutes
+les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien
+directoire, et repoussés avec tant d'acharnement
+par les deux oppositions, on imagina encore un
+emprunt forcé. Conformément au système des
+patriotes, il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu
+de faire contribuer chacun suivant la valeur de ses
+impôts directs, ce qui procurait tout de suite les
+rôles de la contribution foncière et personnelle
+pour base de répartition, on obligea chacun de
+contribuer suivant sa fortune. Alors il fallait recourir
+au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les
+riches par le moyen d'une commission. Le parti
+moyen combattit ce projet et dit qu'il était renouvelé
+de la terreur, que la difficulté de la répartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle,
+comme les anciens emprunts forcés. Les patriotes
+répondirent qu'il fallait faire supporter les frais de
+la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux
+riches seuls. Les mêmes passions employaient toujours,
+comme en le voit, les mêmes raisons. L'emprunt
+forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à
+cent millions, et déclaré remboursable en biens
+nationaux.</p>
+
+<p>Outre ces mesures de recrutement et de finances,
+on dut en prendre une de police contre le renouvellement
+de la chouannerie, dans le midi et les
+départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne
+guerre civile. Il se commettait là de nouveaux brigandages;
+on assassinait les acquéreurs de biens
+nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arrêtait surtout les diligences,
+et on les pillait. Il y avait parmi les auteurs
+de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses
+compagnies du Soleil, et aussi beaucoup de conscrits
+réfractaires. Quoique ces brigands, dont la
+présence annonçait une espèce de dissolution sociale,
+eussent pour but réel le pillage, il était évident,
+d'après le choix de leurs victimes, qu'ils avaient
+une origine politique. Une commission fut nommée
+pour imaginer un système de répression. Elle
+proposa une loi, qui fut appelée loi des otages, et
+qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant
+nobles, la plupart de ces brigandages, on voulut
+en conséquence les obliger à donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune était reconnue en
+état notoire de désordre, les parens ou alliés d'émigrés,
+les ci-devant nobles, les ascendans des individus
+connus pour faire partie des rassemblemens,
+étaient considérés comme otages et comme
+civilement et personnellement responsables des
+brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient désigner les individus choisis pour otages,
+et les faire enfermer dans des maisons choisies pour
+cet objet. Ils devaient y vivre à leurs frais et à leur
+gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée
+du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à
+l'assassinat, il devait y avoir quatre déportés pour
+un assassinat. On conçoit tout ce qu'on pouvait
+dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses
+partisans, le seul moyen d'atteindre les auteurs,
+des désordres, et ce moyen était doux et humain.
+C'était, répondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance
+d'atteindre les vrais coupables, frappait
+en masse, et commettait toutes les injustices ordinaires
+aux lois de cette nature. En un mot, on dit
+pour et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent
+dans cette histoire sur les lois révolutionnaires.
+Mais il y avait une objection plus forte que toutes les
+autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne
+provenant que d'une véritable dissolution sociale,
+le seul remède était dans une réorganisation vigoureuse
+de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait
+discréditées, et qui n'étaient capables de rendre
+aucune énergie aux ressorts du gouvernement.</p>
+
+<p>La loi fut adoptée après une discussion assez vive,
+où les partis qui avaient été un moment d'accord
+pour renverser l'ancien directoire se séparèrent
+avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient
+pour but d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires,
+on en ajouta qui, sous d'autres
+rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+étaient la conséquence des reproches faits
+à l'ancien directoire. Pour prévenir les scissions à
+l'avenir, on décida que le voeu de toute fraction
+électorale serait nul; que tout agent du gouvernement
+cherchant à influencer les élections serait
+puni pour attentat à la souveraineté du peuple;
+que le directoire ne pourrait plus faire entrer des
+troupes dans le rayon constitutionnel sans une
+autorisation expresse; qu'aucun militaire ne pourrait
+être privé de son grade sans une décision d'un
+conseil de guerre; que le droit accordé au directoire
+de lancer des mandats d'arrêt ne pourrait plus
+être délégué à des agens; qu'aucun employé du
+gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne
+pourrait être ni fournisseur, ni même intéressé
+dans les marchés de fournitures; qu'un club ne
+pourrait être fermé sans une décision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas
+s'entendre sur une loi de la presse; mais l'article de
+la loi du 19 fructidor, qui donnait au directoire
+la faculté de suppression à l'égard des journaux,
+n'en demeura pas moins aboli; et en attendant un
+nouveau projet, la presse resta indéfiniment libre.</p>
+
+<p>Telles furent les mesures prises à la suite du 30
+prairial, soit pour réparer de prétendus abus, soit
+pour rendre au gouvernement l'énergie dont il
+manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens
+de crise, à la suite d'un changement de
+système, sont imaginées pour sauver un état, et
+arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout
+est souvent décidé avant qu'elles puissent être
+mises à exécution. Elles fournissent tout au plus
+des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent
+millions, les nouvelles levées, ne pouvaient être
+exécutés que dans quelques mois. Cependant l'effet
+d'une crise est de donner une secousse à tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine énergie.
+Bernadotte se hâta d'écrire des circulaires pressantes,
+et par vint de cette manière à accélérer l'organisation
+déjà commencée des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent
+millions n'ouvrait aucune ressource actuelle, assembla
+les principaux banquiers et commerçans
+de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à
+l'état. Ils y consentirent, et prêtèrent leur signature
+au ministère des finances. Ils se formèrent en
+syndicat, et en attendant la rentrée des impôts,
+signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés
+au fur et à mesure dès recettes. C'était
+une espèce de banque temporaire établie pour le
+besoin du moment.</p>
+
+<p>On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne;
+on demanda un projet à Bernadotte, qui
+se hâta d'en présenter un fort singulier, mais qui
+heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était
+plus susceptible de combinaisons multipliées
+qu'un champ de bataille aussi vaste que celui sur
+lequel on opérait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idée différente; et si chacun pouvait la
+proposer et la faire adopter, il n'y avait pas de
+raison pour ne pas changer à chaque instant de
+projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis
+est utile, elle est déplorable dans l'exécution. Au
+début, on avait pensé qu'il fallait agir à la fois sur
+le Danube et en Suisse., Après la bataille de Stokach,
+on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on
+supprima l'armée du Danube. En ce moment,
+Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la
+cause des succès des alliés était dans la facilité avec
+laquelle ils pouvaient communiquer, à travers les
+Alpes, d'Allemagne en Italie. Pour leur interdire
+ces moyens de communication, il voulait qu'on
+leur enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile
+droite de l'armée de Suisse, et qu'on formât une
+nouvelle armée du Danube, qui reportât la guerre
+en Allemagne. Pour former cette armée du Danube,
+il proposait d'organiser promptement l'armée
+du Rhin, et de la renforcer de vingt mille hommes
+enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci,
+qui avait devant lui toutes les forces de l'archiduc,
+et qui pouvait être accablé pendant ce revirement.
+Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la guerre
+sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna
+les moyens de prendre l'offensive, pour que
+son armée devînt elle-même cette armée du Danube.
+Alors il fallait tout réunir dans ses mains,
+loin de l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une
+armée devait être formée sur les Grandes-Alpes,
+pour couvrir la frontière contre les Austro-Russes
+du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris
+de toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes
+disponibles à l'intérieur, devait déboucher de
+l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive force.</p>
+
+<p>Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé
+aux généraux. Masséna, fatigué de tous ces projets
+extravagans, offrit sa démission. On ne l'accepta
+pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna
+conserva le commandement de toutes les
+troupes, depuis Bâle jusqu'au Saint-Gothard. On
+persista dans le projet de réunir une armée sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau
+d'armée sur les Alpes, sous les ordres de Championnet.
+Ce noyau était à peu près de quinze mille
+hommes. On envoya tous les renforts disponibles
+à Joubert, qui devait déboucher de l'Apennin. On
+était au milieu de la saison, en messidor (juillet);
+les renforts commençaient à arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur,
+étaient rendus sur la frontière. Les conscrits
+s'organisaient et allaient remplacer les vieilles
+troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres
+manquaient pour la grande quantité de conscrits,
+on avait imaginé d'augmenter le nombre des
+bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce
+qui permettait d'incorporer les nouvelles levées
+dans les anciens corps.</p>
+
+<p>On savait qu'un renfort de trente mille Russes
+arrivait en Allemagne, sous les ordres du général
+Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de ses
+positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour
+tâcher de le battre avant sa jonction avec les Russes.
+Le gouvernement avait parfaitement raison sous ce
+rapport, car il était urgent de faire une tentative
+avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Masséna refusait de prendre
+l'offensive, soit qu'il manquât ici de son audace
+accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des opérations
+offensives en Italie. Les militaires ont tous
+condamné son inaction, qui, du reste, devint
+bientôt heureuse par les fautes de l'ennemi, et qui
+fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir
+cependant aux instances du gouvernement, et exécuter
+une partie du plan de Bernadotte, qui consistait
+à empêcher les Austro-Russes de communiquer
+d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à
+Lecourbe de prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard,
+de s'emparer de ce point important et
+de reprendre les Grisons. Par cette opération, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des
+Français, et les armées ennemies qui opéraient en
+Allemagne, se trouvaient sans communication avec
+celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta
+cette entreprise avec l'intrépidité et la hardiesse
+qui le signalaient dans la guerre de montagnes,
+et redevint maître du Saint-Gothard.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, de nouveaux événemens se
+préparaient en Italie. Suwarow, obligé par la cour
+de Vienne d'achever le siège de toutes les places,
+avant de pousser ses avantages, n'avait nullement
+profité de la victoire de la Trebbia. Il aurait même
+pu, tout en se conformant à ses instructions, se
+réserver une masse suffisante pour disperser entièrement
+nos débris; mais il n'avait pas assez le
+génie des combinaisons militaires pour agir de la
+sorte. Il consumait donc le temps à faire des
+sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait
+eu le même sort. Les deux places célèbres de Mantoue
+et d'Alexandrie tenaient encore, et faisaient
+prévoir une longue résistance. Kray assiégeait
+Mantoue, et Bellegarde Alexandrie. Malheureusement
+toutes nos places avaient été confiées à des
+commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction.
+L'artillerie y était mal servie, parce qu'on
+n'y avait jeté que des corps délabrés; l'éloignement
+de nos armées actives, repliées sur l'Apennin,
+désespérait singulièrement les courages. Mantoue,
+la principale de ces places, ne méritait pas
+la réputation que les campagnes de Bonaparte lui
+avaient value. Ce n'était pas sa force, mais la combinaison
+des événemens, qui avait prolongé sa
+défense. Bonaparte, en effet, avec une dizaine de
+mille hommes, en avait réduit quatorze mille à y
+mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac
+en était le commandant actuel. C'était
+un savant officier du génie; mais il n'avait pas l'énergie
+nécessaire pour ce genre de défense. Découragé
+par l'irrégularité de la place et le mauvais
+état des fortifications, il ne crut pas pouvoir suppléer
+aux murailles par de l'audace. D'ailleurs sa
+garnison était insuffisante; et après les premiers
+assauts, il parut disposé à se rendre. Le général
+Gardanne commandait à Alexandrie. Il était résolu,
+mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement
+un premier assaut; mais il ne sut pas voir
+dans la place les ressources qu'elle présentait
+encore.</p>
+
+<p>On était en thermidor (milieu de juillet); plus
+d'un mois s'était écoulé depuis la résolution du
+30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive
+avant la chute des places, et de déboucher, avec
+l'armée réorganisée et renforcée, sur les Austro-Russes
+dispersés. Malheureusement il était enchaîné
+par les ordres du gouvernement qui lui
+avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, dans cette
+malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres
+intempestifs qui amena toujours nos revers. Le
+changement d'idées et de plans dans les choses
+d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours
+funeste. Si Moreau, auquel on aurait dû donner le
+commandement dès l'origine, l'avait eu du moins
+depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à
+Macdonald, tantôt à Joubert, on l'empêcha pour
+la seconde et troisième fois de réparer nos malheurs,
+et de relever l'honneur de nos armes.</p>
+
+<p>Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et
+des caresses, attacher au parti qui projetait une
+réorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et
+manqua ainsi une occasion décisive. On ne l'attacha
+pas réellement au parti dont on voulait le faire
+l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on
+lui fit perdre inutilement un temps précieux. Il
+partit en disant à sa jeune épouse: <i>Tu me reverras
+mort ou victorieux.</i> Il emporta, en effet, la résolution
+héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble
+jeune homme, en arrivant à l'armée dans le milieu
+de thermidor (premiers jours d'août), témoigna la
+plus grande déférence au maître consommé auquel
+on l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès
+de lui pour lui donner des conseils. Moreau, tout
+aussi généreux que le jeune général, voulut bien
+assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternité, qui honore
+les vertus de nos généraux républicains, et qui
+appartient à un temps où le zèle patriotique l'emportait
+encore sur l'ambition dans le coeur de nos
+guerriers!</p>
+
+<p>L'armée française, composée des débris des armées
+de la Haute-Italie et de Naples, des renforts
+arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante mille
+hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de
+se mesurer de nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait
+le patriotisme de ces soldats, qui, toujours
+battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient
+toujours de retourner à l'ennemi. Aucune
+armée républicaine n'a mieux mérité de la France,
+car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste
+fait aux Français, de ne pas savoir supporter
+les revers. Il est vrai qu'une partie de sa fermeté
+était due au brave et modeste général dans lequel
+elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait
+toujours au moment où il allait la ramener
+à la victoire.</p>
+
+<p>Ces quarante mille hommes étaient indépendans
+de quinze mille qui devaient servir, sous Championnet,
+à former le noyau de l'armée des Grandes-Alpes.
+Ils avaient débouché par la Bormida sur
+Acqui, par la Bochetta sur Gavi, et ils étaient
+venus se ranger en avant de Novi. Ces quarante
+mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion
+des corps occupés à faire des siéges, pouvaient
+remporter des avantages décisifs. Mais
+Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor
+(22 juillet). Le bruit était vaguement répandu
+que Mantoue venait aussi de les ouvrir. Cette triste
+nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que
+la capitulation avait été signée le 12 thermidor
+(30 juillet). Kray venait de rejoindre Suwarow
+avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante
+et quelques mille. Il n'était donc plus possible à
+Joubert de lutter à chance égale contre un ennemi
+si supérieur. Il assembla un conseil de guerre;
+l'avis général fut de rentrer dans l'Apennin, et de
+se borner à la défensive, en attendant de nouvelles
+forces.</p>
+
+<p>Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il
+fut prévenu par Suwarow, et obligé d'accepter la
+bataille. L'armée française était formée en demi-cercle,
+sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant
+toute la plaine de Novi. La gauche formée
+des divisions Grouchy et Lemoine, s'étendait circulairement
+en avant de Pasturana. Elle avait à dos
+le ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières
+accessibles à l'ennemi qui oserait s'engager dans
+ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée par
+Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre,
+la division Laboissière couvrait les hauteurs à droite
+et à gauche de la ville de Novi. La division Watrin,
+à l'aile droite, défendait les accès du Monte-Rotondo,
+du côté de la route de Tortone. Dombrowsky
+avec une division bloquait Seravalle. Le
+général Pérignon commandait notre aile gauche,
+Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position
+était forte, bien occupée sur tous les points, et
+difficile à emporter. Cependant quarante mille
+hommes contre plus de soixante mille avaient un
+désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer
+la position avec sa violence accoutumée. Il porta
+Kray vers notre gauche avec les divisions Ott et
+Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en
+tête l'avant-garde de Bagration, devait attaquer
+notre centre vers Novi. Mélas, demeuré un peu
+en arrière avec le reste de l'armée, devait assaillir
+notre droite. Par une combinaison singulière, ou
+plutôt par un défaut de combinaison, les attaques
+devaient être successives, et non simultanées.</p>
+
+<p>Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença
+l'attaque à cinq heures du matin. Bellegarde
+attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche,
+et Ott la division Lemoine. Ces deux divisions
+n'étant pas encore formées, faillirent être surprises
+et rompues. La résistance opiniâtre de l'une des
+demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère,
+qu'il accabla en réunissant contre elle son
+principal effort. Déjà ses troupes prenaient pied
+sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop
+sur le lieu du danger. Il n'était plus temps de
+songer à la retraite, et il fallait tout oser pour rejeter
+l'ennemi au bas du plateau. S'avançant au
+milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut
+une balle qui l'atteignit près du coeur, et l'étendit
+par terre. Presque expirant, le jeune héros criait
+encore à ses soldats: <i>En avant, mes amis! en
+avant!</i> Cet événement pouvait jeter le désordre
+dans l'armée; mais heureusement Moreau avait
+accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ
+le commandement qui lui était déféré par
+la confiance générale, rallia les soldats, bouillans
+de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette,
+et les précipitèrent au bas de la colline.
+Malheureusement les Français n'avaient pas encore
+leur artillerie en batterie, et les Autrichiens,
+au contraire, sillonnaient leurs rangs par une
+grêle d'obus et de boulets. Pendant cette action,
+Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par
+le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme
+donnant accès sur nos derrières. Déjà il s'était introduit
+assez avant, lorsque Pérignon, lui présentant
+à propos la réserve commandée par le général
+Clausel, l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva
+de le culbuter dans la plaine, en le faisant charger
+par les grenadiers de Partouneaux et par la cavalerie
+de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa
+l'aile gauche.</p>
+
+<p>Grâce à la singulière combinaison de Suwarow,
+qui voulait rendre ses attaques successives, notre
+centre n'avait pas encore été attaqué. Saint-Cyr
+avait eu le temps de faire ses dispositions, et de
+rapprocher de Novi la division Watrin, formant son
+extrême droite. Sur les instances de Kray, qui demandait
+à être appuyé par une attaque vers le
+centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir
+avec son avant-garde. La division Laboissière, qui
+était à la gauche de Novi, laissant approcher les
+Russes de Bagration à demi-portée de fusil, les accabla
+tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie
+et de mitraille, et couvrit la plaine de
+morts. Bagration, sans s'ébranler, dirigea alors
+quelques bataillons pour tourner Novi par notre
+droite; mais, rencontrés par la division Watrin,
+qui se rapprochait de Novi, ils furent rejetés dans
+la plaine.</p>
+
+<p>On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que
+notre ligne fût entamée. Suwarow venait d'arriver
+avec le corps russe de Derfelden. Il ordonna une
+nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray
+devait assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et
+Bagration le centre. Mélas était averti de hâter le
+pas, pour venir accabler notre droite. Tout étant
+disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray,
+s'acharnant sur notre gauche, essaie encore de la
+faire assaillir de front par Ott; mais la réserve
+Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des
+collines. Au centre, Suwarow fait livrer une attaque
+furieuse à droite et à gauche de Novi. Une nouvelle
+tentative de tourner la ville est déjouée, comme
+le matin, par la division Watrin. Malheureusement
+nos soldats, entraînés par leur ardeur, s'abandonnent
+trop vivement à la poursuite de l'ennemi, s'aventurent
+dans la plaine, et sont ramenés dans leur
+position. A une heure le feu se ralentit de nouveau
+par l'effet de la fatigue générale; mais il recommence
+bientôt avec violence, et pendant quatre
+heures les Français, immobiles comme des murailles,
+résistent avec une admirable froideur à
+toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore
+que des pertes peu considérables. Les Austro-Russes,
+au contraire, avaient été horriblement traités.
+La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs
+blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe
+arrivait de Rivalta, sous les ordres de Mélas.
+Cette nouvelle irruption allait se diriger sur
+notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la
+division Watrin, qui s'était trop engagée dans la
+plaine, et la dirige sur un plateau à droite de Novi.
+Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle se
+voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux
+de Mélas. Cette vue la saisit, elle se rompt,
+et gagne le plateau en désordre. On la rallie cependant
+un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette
+enfin les Français dans la ville, et s'empare des
+hauteurs qui la commandent à droite et à gauche.
+Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progrès de
+l'ennemi interdisent les communications sur Gavi.
+A droite, la division Watrin est obligée de se faire
+jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé.
+La division Laboissière se retire de Novi; les divisions
+Lemoine et Grouchy se replient sur Pasturana,
+en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le
+ravin du Riasco, qui passe derrière Pasturana. Son
+feu jette le désordre dans nos colonnes; artillerie,
+cavalerie, tout se confond. La division Lemoine,
+pressée par l'ennemi, se débande et se jette dans le
+ravin. Nos soldats sont emportés comme la poussière
+soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et
+sauver l'artillerie; mais ils sont sabrés, et restent
+prisonniers. Pérignon avait reçu sept coups de
+sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais
+qui s'était si distingué dans les premières
+campagnes contre nous, et qui avait ensuite pris du
+service dans notre armée, se forme en carré avec
+quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit
+enfoncé, et tombe tout mutilé dans les mains des
+Russes.</p>
+
+<p>Après ce premier moment de confusion, l'armée
+se rallia en avant de Gavi. Les Austro-Russes étaient
+trop fatigués pour la poursuivre. Elle put se remettre
+en marche sans être inquiétée. La perte des
+deux côtés était égale; elle s'élevait à environ dix
+mille hommes pour chaque armée. Mais les blessés
+et les tués étaient beaucoup plus nombreux dans
+l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu
+beaucoup plus de prisonniers. Ils avaient perdu
+aussi le général en chef, quatre généraux de division,
+trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux.
+Jamais ils n'avaient déployé un courage plus froid
+et plus opiniâtre. Ils étaient inférieurs à l'ennemi
+du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage
+qu'au nombre, et non aux combinaisons du général,
+qui avait montré ici la plus grande ignorance.
+Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées
+l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé
+sur notre gauche, point qu'il fallait accabler. Cette
+déplorable bataille nous interdisait définitivement
+l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la campagne.
+Il fallait nous renfermer dans l'Apennin,
+heureux de pouvoir le conserver. La perte de la
+bataille ne pouvait être imputée à Moreau, mais à
+la circonstance malheureuse de la réunion de Kray
+à Suwarow. Le retard de Joubert avait seul causé
+ce dernier désastre.</p>
+
+<p>Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille
+de Novi. L'expédition contre la Hollande,
+précédemment annoncée, s'exécutait enfin par le
+concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait
+stipulé un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir
+dix-sept mille Russes, qui seraient à la solde
+anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après beaucoup
+de difficultés vaincues, l'expédition avait été
+préparée pour la fin d'août (commencement de
+fructidor). Trente mille Anglais devaient se joindre
+aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement
+s'effectuait sans obstacle, on avait l'espérance certaine
+d'arracher la Hollande aux Français. C'était
+pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et n'eût-elle
+réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eût encore été assez payée des frais
+de l'expédition. Une escadre considérable se dirigea
+vers la Baltique, pour aller chercher les Russes.
+Un premier détachement mit à la voile sous les
+ordres du général Abercrombie, pour tenter le débarquement.
+Toutes les troupes d'expédition une
+fois réunies devaient se trouver sous les ordres supérieurs
+du duc d'York.</p>
+
+<p>Le point le plus avantageux pour aborder en
+Hollande était l'embouchure de la Meuse. On menaçait
+ainsi la ligne de retraite des Français, et on
+abordait très près de La Haye, où le stathouder
+avait le plus de partisans. La commodité des côtes
+fit préférer la Nord-Hollande. Abercrombie se dirigea
+vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août.
+Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près
+du Helder, aux environs de Groot-Keeten, le 10
+fructidor (27 août). Les préparatifs immenses qu'avait
+exigés l'expédition, et la présence de toutes
+les escadres anglaises sur les côtes, avaient assez,
+averti les Français pour qu'ils fussent sur leurs
+gardes. Brune commandait à la fois les armées batave
+et française. Il n'avait guère sous la main que
+sept mille Français et dix mille Hollandais, commandés
+par Daendels. Il avait dirigé la division batave
+aux environs du Helder, et disposé aux environs
+de Harlem la division française. Abercrombie,
+en débarquant, rencontra les Hollandais à Groot-Keeten,
+les repoussa, et parvint ainsi à assurer le
+débarquement de ses troupes. Les Hollandais en
+cette occasion ne manquèrent pas de bravoure,
+mais ne furent pas dirigés avec assez d'habileté par
+le général Daendels, et furent obligés de se replier.
+Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour
+attaquer promptement les troupes débarquées
+avant qu'elles fussent solidement établies, et qu'elles
+eussent été renforcées des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.</p>
+
+<p>Les Hollandais montraient les meilleures dispositions.
+Les gardes nationales s'étaient offertes à
+garder les places, ce qui avait permis à Brune de
+mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui
+la division Dumonceau, forte de six mille hommes,
+et il résolut d'attaquer dès les premiers jours de
+septembre le camp où venaient de s'établir les Anglais.
+Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien
+marais, desséché par l'industrie hollandaise,
+formant un vaste terrain coupé de canaux, hérissé
+de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept
+mille Anglais l'occupaient, et y avaient fait les
+meilleures dispositions défensives. Brune pouvait
+l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, ce qui
+était fort insuffisant à cause de la nature du terrain.
+Il aborda ce camp le 22 fructidor (8 septembre),
+et, après un combat opiniâtre, fut obligé de battre
+en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il
+ne pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion
+de toutes les forces anglo-russes, et devait attendre
+la formation d'une armée française pour les combattre.
+Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande
+amena l'événement qu'on devait redouter
+le plus, la défection de la grande flotte hollandaise.
+Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral
+anglais Mitchell put y pénétrer avec toutes ses
+voiles. Depuis longtemps les matelots hollandais
+étaient travaillés par des émissaires du prince
+d'Orange; à la première sommation de l'amiral
+Mitchell, ils s'insurgèrent, et forcèrent Story,
+leur amiral, à se rendre. Toute la marine hollandaise
+se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui
+était déjà pour eux un avantage du plus grand prix.</p>
+
+<p>Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris,
+y produisirent l'effet qu'on devait naturellement
+en attendre. Elles augmentèrent la fermentation
+des partis, et surtout le déchaînement des patriotes,
+qui demandèrent, avec plus de chaleur
+que jamais, l'emploi des grands moyens révolutionnaires.
+La liberté rendue aux journaux et aux
+clubs en avait fait renaître un grand nombre. Les
+restes du parti jacobin s'étaient réunis dans l'ancienne
+salle du Manége, où avaient siégé nos premières
+assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés
+populaires de prendre la forme d'assemblées
+délibérantes, la société du Manége ne s'en était
+pas moins donné, sous des titres différens, un président,
+des secrétaires, etc. On y voyait figurer
+l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, Félix Lepelletier,
+Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On
+y invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et
+des victimes de Grenelle. On y demandait, en style
+de 93, la punition de toutes les sangsues du peuple,
+le désarmement des royalistes, la levée en
+masse, l'établissement des manufactures d'armes
+dans les places publiques, et la restitution des canons
+et des piques aux gardes nationales, etc. On
+y demandait surtout la mise en accusation des anciens
+directeurs, auxquels on attribuait les derniers
+désastres, comme étant les résultats de leur administration.
+Quand la nouvelle de la bataille de
+Novi et des événemens de Hollande fut connue, la
+violence n'eut plus de bornes. Les injures furent
+prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de
+tâtonneur; Joubert lui-même, malgré sa mort
+héroïque, fut accusé d'avoir perdu l'armée par sa
+lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de
+Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on
+attribuait son mariage, furent accablés d'outrages.
+Le gouvernement hollandais fut accusé de trahison;
+on dit qu'il était composé d'aristocrates, de
+stathoudériens, ennemis de la France et de la liberté.
+Le <i>Journal des hommes libres</i>, organe du
+même parti qui se réunissait à la salle du Manége,
+répétait toutes ces déclamations, et ajoutait au
+scandale des paroles celui de l'impression.</p>
+
+<p>Ce déchaînement causait à beaucoup de gens
+une espèce de terreur. On craignait une nouvelle
+représentation des scènes de 93. Ceux qui s'appelaient
+les <i>modérés</i>, les <i>politiques</i>, et qui, à la
+suite de Sièyes, avaient l'intention louable et la
+prétention hasardée de sauver la France des fureurs
+des partis en la constituant une seconde fois, s'indignaient
+du déchaînement de ces nouveaux jacobins.
+Sièyes surtout avait une grande habitude de
+les craindre, et il se prononçait contre eux avec
+toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraître redoutables, car, indépendamment
+des criards et des brouillons qui étalaient leur énergie
+dans les clubs ou dans les journaux, ils comptaient
+des partisans plus braves, plus puissans, et
+par conséquent dangereux, dans le gouvernement
+lui-même. Il y avait dans les conseils tous les patriotes
+repoussés une première fois par les scissions,
+et entrés de force aux élections de cette
+année, qui, en langage plus modéré, répétaient à
+peu près ce qui se disait dans la société du Manége.
+C'étaient des hommes qui ne voulaient pas
+courir la chance d'une nouvelle constitution, qui
+se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient la
+faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans
+les généraux un appui redoutable. Ils voulaient de
+plus, pour tirer la France de ses périls, des mesures
+semblables à celles qu'avait employées le
+comité de salut public. Les anciens, plus mesurés
+et plus sages, par leur position, partageaient peu
+cet avis, mais plus de deux cents membres le soutenaient
+chaudement dans les cinq-cents. Il n'y
+avait pas seulement dans le nombre des têtes
+chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux
+donnaient au parti patriote un grand ascendant
+sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis;
+d'une part, il se défiait de Sièyes, qui lui témoignait
+peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et
+leurs extravagances. Il hésitait ainsi à se prononcer.
+Dans le ministère, les patriotes venaient de trouver
+un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup
+moins prononcé que la plupart des généraux
+de l'armée d'Italie, et on doit se souvenir que sa
+division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot
+<i>monsieur</i>, qu'elle substituait déjà à celui de <i>citoyen</i>.
+Mais Bernadotte avait une ambition inquiète; il
+avait vu avec humeur la confiance accordée à Joubert
+par le parti réorganisateur; il croyait qu'on
+songeait à Moreau depuis la mort de Joubert, et
+cette circonstance l'indisposant contre les projets
+de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes.
+Le général Marbot, commandant de la
+place de Paris, républicain violent, était dans le
+mêmes dispositions que Bernadotte.</p>
+
+<p>Ainsi, deux cents députés prononcés dans les
+cinq-cents, à la tête desquels se trouvaient deux
+généraux célèbres, le ministre de la guerre, le
+commandant de la place de Paris, deux directeurs,
+quantité de journaux et de clubs, un reste considérable
+d'hommes compromis, et propres aux
+coups de main, pouvaient causer quelque effroi;
+et bien que le parti montagnard ne pût renaître,
+on conçoit les craintes qu'il inspirait encore à des
+hommes tout pleins des souvenirs de 1793.</p>
+
+<p>On était peu satisfait du magistrat Bourguignon
+pour l'exercice des fonctions de la police. C'était
+un honnête citoyen, mais trop peu avisé. Barras
+proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer
+à l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux
+Fouché. Ancien membre des jacobins,
+instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attaché à leur cause, ne cherchant
+au milieu du naufrage des partis qu'à sauver
+sa fortune, Fouché était éminemment propre à
+espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire
+de leurs projets. Il fut accepté par Sièyes et
+Roger-Ducos, et obtint le ministère de la police.
+C'était une précieuse acquisition dans les circonstances.
+Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher
+plutôt au parti réorganisateur qu'au parti
+patriote, parce que ce dernier n'avait point d'avenir,
+et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin.</p>
+
+<p>Cette mesure prise, la guerre aux patriotes
+commença. Sièyes, qui avait sur les anciens une
+grande influence, parce que ce conseil était tout
+composé des <i>modérés</i> et des <i>politiques</i>, usa de
+cette influence pour faire fermer la nouvelle société
+des jacobins. La salle du Manége, attenant
+aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du
+palais des anciens. Chaque conseil ayant la police
+de son enceinte, les anciens pouvaient fermer la
+salle du Manége. En effet, la commission des inspecteurs
+prit un arrêté, et défendit toute réunion
+dans cette salle. Une simple sentinelle placée à la
+porte suffit pour empêcher la réunion des nouveaux
+jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations
+étaient les mêmes, les forces ne l'étaient
+plus. Cet arrêté fut motivé auprès du conseil des
+anciens par un rapport du député Cornet. Courtois,
+le même qui avait fait le rapport sur le 9
+thermidor, en profita pour faire une nouvelle dénonciation
+contre les complots des jacobins. Sa
+dénonciation fut suivie d'une délibération tendant
+à ordonner un rapport sur ce sujet.</p>
+
+<p>Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se
+retirèrent dans un vaste local, rue du Bac, et recommencèrent
+là leurs déclamations habituelles.
+Leur organisation en assemblée délibérante demeurant
+la même, la constitution donnait au pouvoir
+exécutif le droit de dissoudre leur société. Sièyes,
+Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché,
+se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient
+pas de cet avis, disant que, dans le danger
+présent, il fallait raviver l'esprit public par des clubs;
+que la société des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables,
+puisqu'ils avaient cédé devant une simple sentinelle
+quand la salle du Manége avait été fermée.
+Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise.
+L'exécution en fut renvoyée après la célébration de
+l'anniversaire du 10 août, qui devait avoir lieu le
+23 thermidor. Sièyes était président du directoire;
+à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit
+un discours remarquable, dans lequel il s'attachait
+à signaler le danger que les nouveaux anarchistes
+faisaient courir à la république, et les dénonçait
+comme des conspirateurs dangereux, rêvant une
+nouvelle dictature révolutionnaire. Les patriotes
+présens à la cérémonie accueillirent mal ce discours,
+et poussèrent quelques vociférations. Au milieu
+des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre
+des balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent
+au directoire fort irrités. Se défiant des autorités
+de Paris, ils résolurent d'enlever le commandement
+de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être
+un chaud patriote et de participer aux prétendus
+complots des jacobins. Fouché proposa à sa place
+Lefebvre, brave général, ne connaissant que la consigne
+militaire, et tout à fait étranger aux intrigues
+des partis. Marbot fut donc destitué, et le surlendemain,
+l'arrêté qui ordonnait la clôture de la
+société de la rue du Bac fut signifié.</p>
+
+<p>Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance
+à la rue du Bac que dans la salle du Manége. Ils se
+retirèrent et demeurèrent définitivement séparés.
+Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait <i>Journal
+des Hommes libres</i> déclama avec une extrême violence
+contre tous les membres du directoire qui
+étaient connus pour avoir approuvé la délibération.
+Sièyes fut traité cruellement. Ce prêtre perfide,
+disaient les journaux patriotes, a vendu l'a république
+à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de rétablir en France la monarchie, et de
+donner la couronne à Brunswick. Ces accusations
+n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sièyes sur la constitution, et son
+séjour en Prusse. Il répétait, en effet, tous les jours
+que les brouillons et les bavards rendaient tout
+gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorité; que la liberté pouvait être compatible
+même avec la monarchie, témoin l'Angleterre; mais
+qu'elle était incompatible avec cette domination
+successive de tous les partis. On lui prêtait même
+cet autre propos, <i>que le nord de l'Europe était
+plein de princes sages et modérés, qui pourraient,</i>
+<i>avec une forte constitution, faire le bonheur de la
+France</i>. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour
+qu'on lui prêtât des complots qui n'existaient que
+dans l'imagination de ses ennemis. Barras n'était
+pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce
+qu'il les avait toujours flattés de son appui, avaient
+cessé. Ils le déclaraient maintenant un traître, un
+homme pourri, qui n'était plus bon à aucun parti.
+Fouché, son conseil, apostat comme lui, était
+poursuivi des mêmes reproches. Roger-Ducos
+n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant
+aveuglément l'avis de deux traîtres.</p>
+
+<p>La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée
+par Berlier n'ayant pas été accueillie, il
+n'existait qu'un moyen pour attaquer les écrivains,
+c'était de faire revivre une loi de la convention
+contre ceux qui, par des actions ou par des écrits,
+tendraient au renversement de la république. Il
+fallait que cette intention fût démontrée pour que
+la loi devînt applicable, et alors la loi portait peine
+de mort. Il était donc impossible d'en faire usage.
+Une nouvelle loi avait été demandée au corps législatif,
+et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ.
+Mais en attendant, le déchaînement continuait
+avec la même violence; et les trois directeurs
+composant la majorité déclaraient qu'il était impossible
+de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer
+à ce cas l'article 144 de la constitution, qui donnait
+au directoire le droit de lancer des mandats
+d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots
+tramés contre la république. Il fallait singulièrement
+torturer cet article pour l'appliquer aux
+journalistes. Cependant, comme c'était un moyen
+d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant
+leurs presses et en les arrêtant eux-mêmes,
+la majorité directoriale, sur l'avis de Fouché, lança
+des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze
+journaux, et fit mettre le scellé sur leurs presses.
+L'arrêté fut signifié le 17 fructidor (3 septembre)
+au corps législatif, et produisit un soulèvement de
+la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la
+dictature, etc.</p>
+
+<p>Telle était la situation des choses. Dans le directoire,
+dans les conseils, partout enfin, les <i>modérés</i>,
+les <i>politiques</i> luttaient contre les patriotes.
+Les premiers avaient la majorité dans le directoire
+comme dans les conseils. Les patriotes étaient en
+minorité, mais ils étaient ardens, et faisaient assez
+de bruit pour épouvanter leurs adversaires. Heureusement
+les moyens étaient usés comme les partis,
+et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup
+plus de peur que de mal. Le directoire avait
+fermé deux fois la nouvelle société des jacobins et
+supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient,
+menaçaient, mais n'avaient plus assez d'audace ni
+de partisans pour attaquer le gouvernement. Dans
+cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée,
+si ordinaire à la veille des événemens décisifs,
+d'une réconciliation. Beaucoup de députés de tous
+les côtés proposèrent une entrevue avec les membres
+du directoire pour s'expliquer et s'entendre
+sur leurs griefs réciproques. «Nous aimons tous
+la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des périls auxquels elle se trouve exposée par la
+défaite de nos armées; tâchons donc de nous entendre
+sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut
+lieu chez Barras. Il n'y a pas et il ne peut pas y
+avoir de réconciliation entre les partis, car il faudrait
+qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne
+peut obtenir d'une conversation. Les députés patriotes
+se plaignirent de ce qu'on parlait tous les
+jours de complots, de ce que le président du directoire
+avait lui-même signalé une classe d'hommes
+dangereux et qui méditaient la ruine de la république.
+Ils demandaient qu'on désignât quels étaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les
+patriotes. Sièyes, à qui cette interpellation s'adressait,
+répondit en rappelant la conduite des
+sociétés populaires et des journaux, et en signalant
+les dangers d'une nouvelle anarchie. On lui
+demanda encore de désigner les véritables anarchistes,
+pour se réunir contre eux et les combattre.
+«Et comment nous réunir contre eux, dit Sièyes,
+quand tous les jours des membres du corps législatif
+montent à la tribune pour les appuyer?&mdash;C'est
+donc nous que vous attaquez? repartirent les
+députés auxquels Sièyes venait de faire cette réponse.
+Quand nous voulons nous expliquer avec
+vous, vous nous injuriez et nous repoussez.»
+L'humeur arrivant, sur-le-champ on se sépara,
+en s'adressant des paroles plutôt menaçantes que
+conciliatrices.</p>
+
+<p>Immédiatement après cette entrevue, Jourdan
+forma le projet d'une proposition importante, celle
+de déclarer la patrie en danger. Cette déclaration
+entraînait la levée en masse et plusieurs grandes
+mesures révolutionnaires. Elle fut présentée aux
+cinq-cents le 27 fructidor (13 septembre). Le parti
+modéré la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement,
+ne ferait que la diminuer, en excitant des craintes
+exagérées et des agitations dangereuses. Les patriotes
+soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour réveiller l'esprit public et sauver
+la révolution. Ce moyen, excellent en 1793, ne
+pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était qu'une
+application erronée du passé. Lucien Bonaparte,
+Boulay (de la Meurthe), Chénier, le combattirent
+vivement, et on obtint l'ajournement au lendemain.
+Les patriotes des clubs avaient entouré le palais
+des cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs
+députés. On répandait que Bernadotte, pressé
+par eux, allait monter à cheval, se mettre à leur
+tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement
+engagé. On pouvait craindre qu'il se laissât entraîner.
+Barras et Fouché le virent et cherchèrent à
+s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de ressentiment
+contre les projets qu'il disait avoir été formés
+avec Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent
+qu'il n'en était rien, et l'engagèrent à demeurer
+tranquille.</p>
+
+<p>Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent
+d'arracher à Bernadotte sa démission, sans la lui
+donner. Sièyes, s'entretenant le jour même avec
+Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre
+bientôt un service actif, et qu'il regarderait le commandement
+d'une armée comme la plus douce
+récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant
+cette réponse comme la demande de sa
+démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos résolurent
+d'écrire à Bernadotte que sa démission était
+acceptée. Ils avaient saisi le moment où Gohier et
+Moulins étaient absens pour prendre cette détermination.
+Le lendemain même, la lettre fut écrite
+à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit
+au directoire une lettre très-amère, dans laquelle
+il disait qu'on acceptait une démission qu'il n'avait
+pas donnée, et demandait son traitement de réforme.
+La nouvelle de cette destitution déguisée
+fut annoncée aux cinq-cents au moment où l'on
+allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. «On prépare des coups d'état,
+s'écrièrent les patriotes.&mdash;Jurons, dit Jourdan, de
+mourir sur nos chaises curules!&mdash;Ma tête tombera,
+s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté
+atteinte à la représentation nationale.» Enfin,
+après un grand tumulte, on alla aux voix. A une
+majorité de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut
+rejetée, et la patrie ne fut point déclarée en danger.</p>
+
+<p>Quand les deux directeurs Gohier et Moulins
+apprirent le renvoi de Bernadotte, décidé sans leur
+participation, ils se plaignirent à leurs collègues,
+en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être
+prise sans le concours des cinq directeurs. «Nous
+formions la majorité, reprit Sièyes, et nous avions
+le droit de faire ce que nous avons fait.» Gohier et
+Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite
+officielle à Bernadotte, et ils eurent soin de le faire
+avec le plus grand éclat.</p>
+
+<p>L'administration du département de la Seine
+inspirait aussi quelque défiance à la majorité directoriale,
+elle fut changée. Dubois de Crancé remplaça
+Bernadotte au ministère de la guerre.</p>
+
+<p>La désorganisation était donc complète sous
+tous les rapports: battue au dehors par la coalition,
+presque bouleversée au dedans par les partis,
+la république semblait menacée d'une chute prochaine.
+Il fallait qu'une force surgît quelque part,
+soit pour dompter les factions, soit pour résister
+aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus
+l'espérer d'un parti vainqueur, car ils étaient tous
+également usés et discrédités; elle ne pouvait naître
+que du sein des armées, où réside la force, et la
+force silencieuse, régulière, glorieuse comme
+elle convient à une nation fatiguée de l'agitation
+des disputes et de la confusion des volontés. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient
+sur les hommes illustrés pendant la révolution,
+et semblaient chercher un chef. <i>Il ne faut
+plus de bavards</i>, avait dit Sièyes, <i>il faut une tête
+et une épée</i>. La tête était trouvée, car il était au
+directoire. On cherchait une épée. Hoche était
+mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté,
+son héroïsme, recommandaient à tous les amis de
+la république, venait d'expirer à Novi. Moreau,
+jugé le plus grand homme de guerre parmi les
+généraux restés en Europe, avait laissé dans les
+esprits l'impression d'un caractère froid, indécis,
+peu entreprenant, et peu jaloux de se charger d'une
+grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus
+grands généraux, n'avait pas encore acquis la
+gloire d'être notre sauveur. On ne voyait d'ailleurs
+en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu.
+Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte
+un esprit inquiet, et aucun des deux n'avait assez
+de renommée. Il y avait un personnage immense,
+qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires
+avait joint une belle paix, qui avait porté la France
+au comble de la grandeur à Campo-Formio, et
+qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa
+fortune, c'était Bonaparte; mais il était dans les
+contrées lointaines; il occupait de son nom les
+échos de l'Orient. Seul il était resté victorieux, et
+faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe
+sur l'Adige. Ce n'était pas assez de le trouver glorieux,
+on le voulait intéressant; on le disait exile
+par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis
+qu'en aventurier il cherchait une carrière grande
+comme son imagination, on croyait que, citoyen
+soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on lui
+avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa
+vie déjà épuisée se consume sous un ciel dévorant.
+Ah! s'il était parmi nous, la république ne serait
+pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et
+les factions la respecteraient également!» Des
+bruits confus circulaient sur son compte. On disait
+quelquefois que la victoire, infidèle à tous les
+généraux français, l'avait abandonné à son tour
+dans une expédition lointaine. Mais on repoussait
+de tels bruits; il est invincible, disait-on; loin d'avoir
+essuyé des revers, il marche à la conquête de
+tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques.
+Les uns allaient jusqu'à dire qu'il avait traversé
+la Syrie, franchi l'Euphrate et l'Indus; les
+autres qu'il avait marché sur Constantinople, et
+qu'après avoir renversé l'empire ottoman, il allait
+prendre l'Europe à revers. Les journaux étaient
+pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.</p>
+
+<p>Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir,
+et avait réuni dans la Méditerranée une flotte immense,
+composée de marins français et espagnols,
+pour ramener l'armée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>. Les frères du général,
+restés à Paris, et chargés de l'informer de l'état
+des choses, lui avaient envoyé dépêches sur dépêches,
+pour l'instruire de l'état de confusion où était
+tombée la république, et pour le presser de revenir.
+Mais ces avis avaient à traverser les mers et
+les escadres anglaises, et on ne savait si le
+héros serait averti et revenu avant la ruine de la
+République.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un arrêté du
+directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et daté du 7 prairial,
+qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans ses mémoires,
+déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature, et regarde l'arrêté
+comme supposé. Cependant l'expédition maritime de Bruix resterait
+alors sans explication. Du reste, il est certain que le directoire, à cette
+époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son ambition beaucoup
+moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est pas authentique, il est
+vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu d'importance, car Bonaparte était
+autorisé à revenir quand il le jugerait convenable.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XVIII.</h3>
+
+<p>SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.&mdash;EXPÉDITION DE SYRIE;
+PRISE DU FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR;
+SIÉGE DE SAINT-JEAN-D'ACRE.&mdash;RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.
+&mdash;DÉPART DE BONAPARTE POUR LA FRANCE.&mdash;OPÉRATIONS EN EUROPE.
+MARCHE DE L'ARCHIDUC CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN
+SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA; MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH;
+SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA RETRAITE DÉSASTREUSE; LA
+FRANCE SAUVÉE.&mdash;ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE ET CAPITULATION
+DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA CAMPAGNE
+DE 1799.</p>
+
+
+<p>Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était
+trouvé maître de l'Égypte. Il avait commencé
+à s'y établir, et avait distribué ses généraux dans
+les provinces, pour en faire la conquête. Desaix,
+placé à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division
+de trois mille hommes environ, était chargé
+de conquérir cette province contre les restes de
+Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de
+l'année précédente (octobre 1798), au moment où
+l'inondation finissait, que Desaix avait commencé
+son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui
+et ne l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait
+livré, le 16 vendémiaire an VII (7 octobre 1798),
+une bataille acharnée contre les restes désespérés
+de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français
+en Égypte ne fut aussi sanglant. Deux mille Français
+eurent à lutter contre quatre mille Mameluks
+et huit mille fellahs, retranchés dans le village de
+Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides,
+et comme toutes celles qui furent livrées
+en Égypte. Les fellahs étaient derrière les murs du
+village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était
+formé en deux carrés, et avait placé sur ses ailes
+deux autres petits carrés, pour amortir le choc de
+la cavalerie ennemie. Pour la première fois, notre
+infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé.
+Mais, par un instinct subit et admirable, nos
+braves soldats se couchèrent aussitôt par terre,
+afin que les grands carrés pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs
+corps, chargèrent les grands carrés avec furie pendant
+plusieurs heures de suite, et vinrent expirer
+en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage,
+les carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les
+retranchemens, et les emportèrent. Pendant ce
+mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de
+cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières,
+mais on les chassa bientôt de ce champ de carnage,
+et les soldats furieux en massacrèrent un nombre
+considérable. Jamais plus de morts n'avaient jonché
+le champ de bataille. Les Français avaient perdu
+trois cents hommes. Desaix continua sa marche
+pendant tout l'hiver, et après une suite de combats,
+devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux
+cataractes, il fit autant redouter sa bravoure que
+chérir sa clémence. Au Caire, on avait appelé
+Bonaparte le sultan Kebir, <i>sultan de feu</i>; dans la
+Haute-Égypte, Desaix fut nommé <i>sultan le juste</i>.</p>
+
+<p>Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une
+marche jusqu'à Belbeys, pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie, et il avait recueilli en route les débris de
+la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes.
+Revenu au Caire, il continua à y établir une administration
+toute française. Une révolte, excitée au
+Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut
+durement réprimée, et découragea tout à fait les
+ennemis des Français<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>. L'hiver de 1798 à 1799
+s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la déclaration de
+guerre de la Porte, et les préparatifs qu'elle faisait
+contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle formait deux
+armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux
+armées devaient agir simultanément au printemps
+de 1799, l'une en venant débarquer à Aboukir, près
+d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert qui sépare
+la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ
+sa position, et voulut, suivant son usage,
+déconcerter l'ennemi en le prévenant par une attaque
+soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert
+qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison,
+et il résolut de profiter de l'hiver pour aller
+détruire les rassemblemens qui se formaient à Acre,
+à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre
+pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de
+l'armée réunie en Syrie. Abdallah, pacha de Damas,
+commandait son avant-garde, et s'était avancé jusqu'au
+fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté
+de la Syrie. Bonaparte voulut agir sur-le-champ.
+Il avait des intelligences parmi les peuplades du
+Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis,
+mahométans schismatiques, lui offraient leur
+secours, et l'appelaient de tous leurs voeux. En brusquant
+l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques places
+mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps
+de la Syrie, ajouter cette belle conquête à celle de
+l'Égypte, devenir maître de l'Euphrate comme il
+l'était du Nil, et avoir alors toutes les communications
+avec l'Inde. Son ardente imagination allait
+plus loin encore, et formait quelques-uns des projets
+que ses admirateurs lui prêtaient en Europe.
+Il n'était pas impossible qu'en soulevant les peuplades
+du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt
+mille auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés
+de vingt-cinq mille soldats, les plus braves de l'univers,
+il marchât sur Constantinople pour s'en emparer.
+Que ce projet gigantesque fût exécutable
+ou non, il est certain qu'il occupait son imagination;
+et quand on a vu ce qu'il a fait aidé de la
+fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de
+ses projets.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob. 1798).</blockquote>
+
+<p>Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers
+jours de février), à la tête des divisions
+Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat
+était composée de la cavalerie. Bonaparte avait
+créé un régiment d'une arme toute nouvelle: c'était
+celui des dromadaires. Deux hommes, assis
+dos à dos, étaient portés sur un dromadaire, et
+pouvaient, grâce à la force et à la célérité de ces
+animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour
+donner la chasse aux Arabes, qui infestaient les
+environs de l'Égypte. Ce régiment suivait l'armée
+d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral
+Perrée de sortir d'Alexandrie avec trois
+frégates, et de venir sur la côte de Syrie pour y
+transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse
+(17 février). Après un peu de résistance, la garnison
+se rendit prisonnière au nombre de treize
+cents hommes. On trouva dans le fort des magasins
+considérables. Ibrahim-Bey ayant voulu le
+secourir, fut mis en fuite; son camp resta au pouvoir
+des Français, et leur procura un butin immense.
+Les soldats eurent beaucoup à souffrir en
+traversant le désert, mais ils voyaient leur général
+marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé
+débile, les mêmes privations, les mêmes fatigues,
+et ils n'osaient se plaindre. Bientôt on arriva à
+Gasah; on prit cette place à la vue de Djezzar-Pacha,
+et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch,
+beaucoup de matériel et d'approvisionnemens.
+De Gasah l'armée se dirigea sur Jaffa, l'ancienne
+Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette
+place était entourée d'une grosse muraille flanquée
+de tours. Elle renfermait quatre mille hommes de
+garnison. Bonaparte la fit battre en brèche, et
+puis somma le commandant, qui pour toute réponse
+coupa la tête au parlementaire. L'assaut fut
+donné, la place emportée avec une audace extraordinaire,
+et livrée à trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantité considérable
+d'artillerie et de vivres de toute espèce.
+Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne
+pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait
+pas les moyens ordinaires de les faire escorter, et
+qu'on ne voulait pas renvoyer à l'ennemi, dont ils
+auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa
+vie. Transporté dans un pays barbare, il en avait
+involontairement adopté les moeurs: il fit passer
+au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient.
+L'armée consomma avec obéissance, mais avec
+une espèce d'effroi, l'exécution qui lui était commandée.
+Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa
+les germes de la peste.</p>
+
+<p>Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre,
+l'ancienne Ptolémaïs, situé au pied du mont Carmel.
+C'était la seule place qui pût encore l'arrêter.
+La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais
+Djezzar s'y était enfermé avec toutes ses richesses
+et une forte garnison. Il comptait sur l'appui de
+Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, et
+qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et
+des munitions. Il devait d'ailleurs être bientôt secouru
+par l'armée turque réunie en Syrie, qui s'avançait
+de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte
+se hâta d'attaquer la place pour l'enlever
+comme celle de Jaffa, avant qu'elle fût renforcée
+de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit
+aussitôt la tranchée. Malheureusement l'artillerie
+de siége, qui devait venir par mer d'Alexandrie,
+avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour
+toute artillerie de siége et de campagne, une caronade
+de trente-deux, quatre pièces de douze,
+huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un
+moyen de s'en procurer. On faisait paraître sur la
+plage quelques cavaliers; à cette vue Sidney-Smith
+faisait un feu roulant de toutes ses batteries,
+et les soldats, auxquels on donnait cinq sous
+par boulet, allaient les ramasser au milieu de
+la canonnade et de rires universels.</p>
+
+<p>La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse
+(20 mars). Le général du génie Sanson, croyant
+être arrivé dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe
+ni fossé. On crut n'avoir à pratiquer qu'une
+simple brèche et à monter ensuite à l'assaut. Le
+5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta
+à l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe
+et un fossé. Alors on se mit sur-le-champ à
+miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith
+nous avait enlevée. Il avait donné à Djezzar d'excellens
+pointeurs anglais, et un ancien émigré,
+Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite.
+La mine sauta le 8 germinal (28 mars), et n'emporta
+qu'une partie de la contrescarpe. Vingt-cinq
+grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent
+à l'assaut. En voyant ce brave officier poser une
+échelle, les Turcs furent épouvantés, mais Mailly
+tomba mort. Les grenadiers furent alors découragés,
+les Turcs revinrent, deux bataillons qui
+suivaient furent accueillis par une horrible fusillade;
+leur commandant Laugier fut tué, et l'assaut
+manqua encore.</p>
+
+<p>Malheureusement la place venait de recevoir
+plusieurs mille hommes de renfort, une grande
+quantité de canonniers exercés à l'européenne, et
+des munitions immenses. C'était un grand siége à
+exécuter avec treize mille hommes, et presque
+sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau puits
+de mine pour faire sauter la contrescarpe entière,
+et commencer un autre cheminement. On était au
+12 germinal (1er avril). Il y avait déjà dix jours
+d'employés devant la place; on annonçait l'approche
+de la grande armée turque; il fallait poursuivre
+les travaux et couvrir le siége, et tout cela
+avec la seule armée d'expédition. Le général en
+chef ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner
+de nouveau, et détacha la division Kléber vers le
+Jourdain pour en disputer le passage à l'armée
+venant de Damas.</p>
+
+<p>Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes
+de Naplouse, s'élevait à environ vingt-cinq
+mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle traînait un bagage immense.
+Abdallah, pacha de Damas, en avait le commandement.
+Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde
+de Kléber, forte de cinq cents hommes au plus,
+rencontra les avant-gardes turques sur la route de
+Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava
+hardiment l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le
+champ de bataille de morts, et prit cinq drapeaux.
+Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la
+division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa
+marche pour rejoindre Junot. Bonaparte, instruit
+de la force de l'ennemi, se détacha avec la division
+Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille
+décisive. Djezzar, qui se concertait avec l'armée
+qui venait le débloquer, voulut faire une sortie;
+mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt
+en marche.</p>
+
+<p>Kléber, avec sa division, avait débouché dans
+les plaines qui s'étendent au pied du mont Thabor,
+non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée de
+surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il
+était arrivé trop tard pour y réussir. Le 21 germinal
+(16 avril) au matin, il trouva toute l'armée
+turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient
+le village de Fouli, plus de douze mille cavaliers
+se déployaient dans la plaine. Kléber avait
+à peine trois mille fantassins en carré. Toute cette
+cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais
+les Français n'avaient vu tant de cavaliers caracoler,
+charger, se mouvoir dans tous les sens. Ils
+conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les
+recevant à bout portant par un feu terrible, ils en
+abattirent à chaque charge un nombre considérable.
+Bientôt ils eurent formé autour d'eux un
+rempart d'hommes et de chevaux, et abrités par
+cet horrible abatis, ils purent résister six heures
+de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor
+avec la division Bon. Il vit la plaine couverte de
+feu et de fumée, et la brave division Kléber résistant,
+à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ,
+il partagea la division qu'il amenait en
+deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent de manière
+à former un triangle équilatéral avec la division
+Kléber, et mirent ainsi l'ennemi au milieu
+d'eux. Ils marchèrent en silence, et sans donner
+aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine
+distance: puis tout à coup Bonaparte fit
+tirer un coup de canon, et se montra alors sur le
+champ de bataille. Un feu épouvantable partant
+aussitôt des trois extrémités de ce triangle, assaillit
+les Mameluks qui étaient au milieu, les fit tourbillonner
+sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans
+toutes les directions. La division Kléber, redoublant
+d'ardeur à cette vue, s'élança sur le village
+de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et fit un grand
+carnage de l'ennemi. En un instant toute cette
+multitude s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte
+que de morts. Le camp turc, les trois queues
+du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Français. Murat,
+placé sur les bords du Jourdain, tua un grand
+nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les
+villages des Naplousins. Six mille Français avaient
+détruit cette armée, que les habitans disaient innombrable
+<i>comme les étoiles du ciel et les sables de
+la mer</i>.</p>
+
+<p>Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner,
+de contre-miner autour des murs de Saint-Jean-d'Acre.
+On se disputait un terrain bouleversé
+par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on
+était devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts,
+repoussé beaucoup de sorties, tué beaucoup
+de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels
+avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps
+et d'hommes. Le 18 floréal (7 mai), il arriva dans
+le port d'Acre un renfort de douze mille hommes.
+Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être
+débarqués avant six heures, fait sur-le-champ
+jouer une pièce de vingt-quatre sur un pan de
+mur; c'était à la droite du point où depuis quelque
+temps on déployait tant d'efforts. La nuit
+venue, on monte à la brèche, on envahit les travaux
+de l'ennemi, on les comble, on encloue les
+pièces, on égorge tout, enfin on est maître de la
+place, lorsque les troupes débarquées s'avancent
+en bataille, et présentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers
+montés à l'assaut, est tué. Lannes est blessé. Dans
+le même moment, l'ennemi fait une sortie, prend
+la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves
+qui avaient pénétré dans la place. Les uns parviennent
+à ressortir; les autres, prenant un parti désespéré,
+s'enfuient dans une mosquée, s'y retranchent,
+y épuisent leurs dernières cartouches, et
+sont prêts à vendre chèrement leur vie, lorsque
+Sydney-Smith, touché de tant de bravoure, leur
+fait accorder une capitulation. Pendant ce temps,
+les troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le
+ramènent dans la place, après en avoir fait un
+carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit cents
+prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur,
+donne deux jours de repos à ses troupes, et le 21
+(10 mai) ordonne un nouvel assaut. On y monte
+avec la même bravoure, on escalade la brèche;
+mais on ne peut pas la dépasser. Il y avait toute
+une armée gardant la place et défendant toutes les
+rues. Il fallut y renoncer.</p>
+
+<p>Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on
+avait fait des pertes irréparables, et il eût été imprudent
+de s'exposer à en faire davantage. La peste
+était dans cette ville, et l'armée en avait pris le
+germe à Jaffa. La saison des débarquemens approchait,
+et on annonçait l'arrivée d'une armée turque
+vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir
+repousser de nouveaux ennemis. Le fond de
+ses projets était réalisé, puisqu'il avait détruit les
+rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il
+avait réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant
+à la partie brillante de ces mêmes projets, quant à
+ces vagues et merveilleuses espérances de conquêtes
+en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à
+lever le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré
+sa destinée inouïe, on lui a entendu répéter souvent,
+en parlant de Sidney-Smith: <i>Cet homme m'a
+fait manquer ma fortune</i>. Les Druses, qui pendant
+le siége avaient nourri l'armée, toutes les peuplades
+ennemies de la Porte, apprirent sa retraite
+avec désespoir.</p>
+
+<p>Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars),
+il le leva le 1er prairial (20 mai): il y avait employé
+deux mois. Avant de quitter Saint-Jean-d'Acre, il
+voulait laisser une terrible trace de son passage: il
+accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite
+en cendres. Il reprit la route du désert. Il avait
+perdu par le feu, les fatigues ou les maladies, près
+du tiers de son armée d'expédition, c'est-à-dire environ
+quatre mille hommes. Il emmenait douze
+cents blessés. Il se mit en marche pour repasser le
+désert. Il ravagea sur sa route tout le pays, et y
+imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa, il en
+fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance
+pour nos pestiférés. Les emporter était impossible:
+en ne les emportant pas, on les laissait
+exposés à une mort inévitable, soit par la maladie,
+soit par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi.
+Aussi Bonaparte dit-il au médecin Desgenettes,
+qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur administrer
+de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce
+médecin fit cette réponse, fort vantée: <i>Mon métier
+est de les guérir, et non de les tuer</i>. On ne leur administra
+point d'opium, et ce fait servit à propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite.</p>
+
+<p>Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition
+de près de trois mois. Il était temps qu'il
+y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était répandu
+dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait
+l'ange El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et
+qui prétendait chasser les Français en soulevant de
+la poussière, avait réuni quelques mille insurgés.
+Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours;
+il s'était emparé de Damanhour, et en avait
+égorgé la garnison. Bonaparte envoya un détachement,
+qui dispersa les insurgés, et tua l'ange invulnérable.
+Le trouble s'était communiqué aux
+différentes provinces du Delta; sa présence ramena
+partout la soumission et le calme. Il ordonna au
+Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes
+en Syrie. Il n'avouait pas la partie manquée
+de ses projets, mais il vantait avec raison les nombreux
+combats livrés en Syrie, la belle bataille du
+mont Thabor, les vengeances terribles exercées
+contre Djezzar. Il répandit de nouvelles publications
+aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait
+leurs projets à l'instant où ils les formaient. Ils
+ajoutèrent foi à ces étranges paroles du sultan Kebir
+et le croyaient présent à toutes leurs pensées. Bonaparte
+n'avait pas seulement à contenir les habitans,
+mais encore ses généraux et l'armée elle-même.
+Un mécontentement sourd y régnait. Ce
+mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni
+des dangers, ni surtout des privations, car l'armée
+ne manquait de rien, mais de l'amour du pays, qui
+poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an
+entier qu'on était en Égypte, et depuis près de six
+mois on n'avait aucune nouvelle de France. Aucun
+navire n'avait pu passer: une sombre tristesse dévorait
+tous les coeurs. Chaque jour les officiers et
+les généraux demandaient des congés pour repasser
+en Europe. Bonaparte en accordait peu, ou bien
+y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier,
+dévoré d'une vieille passion, demandait à revoir
+l'Italie. Il fut honteux pour la seconde fois de sa
+faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait
+formé le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et
+de marcher sur Alexandrie pour s'y embarquer.
+Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais
+braver son général. Les lieutenans de Bonaparte,
+qui donnaient tous l'exemple des murmures, se
+taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et pliaient
+sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé
+avec Kléber. L'humeur de celui-ci ne venait pas de
+découragement, mais de son indocilité accoutumée.
+Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte
+aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était
+séduit par le génie de Bonaparte.</p>
+
+<p>On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens
+de l'Europe et des désastres de la France
+était toujours la même. On savait seulement que
+le continent était dans une véritable confusion et
+qu'une nouvelle guerre était inévitable. Bonaparte
+attendait impatiemment de nouveaux détails, pour
+prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur
+le premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il
+voulait détruire la seconde armée turque, réunie
+à Rhodes, dont on annonçait le débarquement
+très prochain.</p>
+
+<p>Cette armée, montée sur de nombreux transports,
+et escortée par la division navale de Sydney-Smith,
+parut le 23 messidor (11 juillet) à la vue
+d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même
+rade où notre escadre avait été détruite. Le point
+de débarquement choisi par les Anglais était la
+presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même
+nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer
+et le lac Madieh, et vient se terminer par un fort.
+Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui commandait
+à Alexandrie, de perfectionner la défense du
+fort, et de détruire le village d'Aboukir, placé tout
+autour. Mais au lieu de détruire le village, on
+avait voulu le conserver pour y loger les soldats,
+et on l'avait simplement entouré d'une redoute
+pour le protéger du côté de la terre. Mais la redoute,
+ne joignant pas les deux bords de la mer,
+ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait
+le sort du fort à celui d'un simple ouvrage de campagne.
+Les Turcs en effet débarquèrent avec beaucoup
+de hardiesse, abordèrent les retranchemens
+le sabre au poing, les enlevèrent, et s'emparèrent
+du village d'Aboukir, dont ils égorgèrent la garnison.
+Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir,
+et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant
+à Alexandrie, en était sorti à la tête de douze cents
+hommes, pour courir au secours des troupes
+d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient
+débarqués en nombre considérable, il n'osa pas
+tenter de les jeter à la mer par une attaque hardie.
+Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir
+tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir.</p>
+
+<p>Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille
+hommes d'infanterie. Ce n'étaient pas de ces misérables
+fellahs qui composaient l'infanterie des
+Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant
+un fusil sans baïonnette, le rejetant en bandoulière
+sur le dos quand ils avaient fait feu, puis s'élançant
+sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main.
+Ils avaient une artillerie nombreuse et bien servie;
+et ils étaient dirigés par des officiers anglais. Ils
+manquaient de cavalerie, car ils avaient à peine
+amené trois cents chevaux; mais ils attendaient
+l'arrivée de Mourad-Bey, qui devait quitter la
+Haute-Égypte, longer le désert, traverser les oasis,
+et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille
+Mamelucks.</p>
+
+<p>Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement,
+il quitta le Caire sur-le-champ, et fit
+du Caire à Alexandrie une de ces marches extraordinaires
+dont il avait donné tant d'exemples en
+Italie. Il emmenait avec lui les divisions Lannes,
+Bon et Murat. Il avait ordonné à Desaix d'évacuer
+la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il
+avait choisi le point de Birket, intermédiaire entre
+Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il
+craignait qu'une armée anglaise ne fût débarquée
+avec l'armée turque.</p>
+
+<p>Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha,
+avait essayé de descendre dans la
+Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat,
+il avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait
+à combattre que l'armée turque, privée de cavalerie,
+mais campée derrière des retranchemens,
+et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée.
+Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil
+sur Alexandrie, et sur les beaux travaux exécutés
+par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer
+les Turcs au moment du débarquement, quitta
+Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était le
+lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet
+était d'abord d'enfermer l'armée turque par des
+retranchemens, et d'attendre, pour attaquer, l'arrivée
+de toutes ses divisions; car il n'avait sous la
+main que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ
+six mille hommes. Mais à la vue des dispositions
+faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les
+renfermer dans le village d'Aboukir, et les accabler
+d'obus et de bombes.</p>
+
+<p>Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île,
+qui est fort étroite. Ils étaient couverts par deux
+lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, où était leur camp,
+ils avaient occupé deux mamelons de sables, appuyant
+l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre
+de ces deux mamelons était un village, qu'ils gardaient
+aussi. Ils avaient mille hommes au mamelon
+de droite, deux mille à celui de gauche, et trois
+à quatre mille hommes dans le village. Telle était
+leur première ligne. La seconde était au village
+même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Français, et se joignait à la mer
+par deux boyaux. Ils avaient placé là leur camp
+principal et le gros de leurs forces.</p>
+
+<p>Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude
+et sa précision accoutumées. Il ordonna au
+général Destaing de marcher avec quelques bataillons
+sur le mamelon de gauche, où étaient les
+mille Turcs; à Lannes, de marcher sur le mamelon
+de droite, où étaient les deux mille autres, et à
+Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie
+sur les derrières des deux mamelons. Ces dispositions
+sont exécutées avec une grande précision:
+Destaing marche sur le mamelon de gauche,
+et le gravit hardiment; Murat le fait tourner par
+un escadron. Les Turcs, à cette vue, abandonnent
+leur poste, rencontrent la cavalerie qui les sabre
+et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se
+jeter que de se rendre. Vers la droite, la même
+opération s'exécute. Lannes aborde les deux mille
+Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également
+sabrés et jetés dans la mer. Destaing et Lannes se
+portent ensuite vers le centre, formé par un village,
+et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent
+bravement, comptant sur un secours de la
+seconde ligne. Une colonne, en effet, se détache du
+camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur
+le derrière du village, sabre cette colonne, et la
+repousse dans Aboukir. L'infanterie de Destaing
+et celle de Lannes entrent au pas de charge dans
+le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse
+dans toutes les directions, et qui, s'obstinant toujours
+à ne pas se rendre, n'ont pour retraite que
+la mer, où ils se noient.</p>
+
+<p>Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette
+manière; la première ligne était emportée; le but
+de Bonaparte était rempli, et il pouvait, resserrant
+les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant
+l'arrivée de Kléber et de Régnier. Mais il
+veut profiter de son succès, et achever sa victoire
+à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine
+à ses troupes, il marche sur la seconde ligne.
+La division Lanusse, restée en réserve, appuie
+Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+était difficile à emporter; elle renfermait neuf
+à dix mille Turcs. Vers la droite, un boyau la joignait
+à la mer; vers la gauche, un autre boyau la
+prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac
+Madieh. L'espace ouvert était occupé par l'ennemi,
+et balayé par de nombreuses canonnières. Bonaparte,
+habitué à porter ses soldats sur les plus formidables
+obstacles, les dirige sur la position ennemie.
+Ses divisions d'infanterie marchent sur le
+front et la droite de la redoute. La cavalerie, cachée
+dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par
+la gauche, et traverser, sous le feu des canonnières,
+l'espace laissé ouvert entre la redoute et le lac
+Madieh. La charge s'exécute; Lannes et Destaing
+poussent leur brave infanterie en avant; la 32e
+marche l'arme au bras sur les retranchemens, la
+18e les tourne par l'extrême droite. L'ennemi,
+sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se
+joint corps à corps. Les soldats turcs, après avoir
+tiré leur coup de fusil et leurs deux coups de pistolet,
+font étinceler leur sabre. Ils veulent saisir
+les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent
+dans les flancs, avant d'avoir pu les saisir.
+On s'égorge ainsi sur les retranchemens. Déjà la
+18e est près d'arriver dans la redoute; mais un feu
+terrible d'artillerie la repousse et la ramène au
+pied des ouvrages. Le brave Leturcq est tué glorieusement
+en voulant se retirer le dernier; Fugières
+perd un bras. Murat, de son côté, s'était
+avancé avec sa cavalerie, pour franchir l'espace
+compris entre la redoute et le lac Madieh. Plusieurs
+fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et
+des canonnières, il avait été obligé de se reployer
+en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers s'étaient
+même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les
+efforts de tant de braves paraissaient devoir être
+impuissans. Bonaparte contemplait ce carnage,
+attendant le moment favorable pour revenir à la
+charge. Heureusement les Turcs, suivant leur
+usage, sortent des retranchemens pour venir couper
+les têtes des morts. Bonaparte saisit cet instant,
+lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la
+69, qui marchent sur les retranchemens et s'en
+emparent. A la droite, la 18e profite aussi de l'occasion,
+et entre dans la redoute. Murat, de son
+côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses
+escadrons traverse cet espace si redoutable qui règne
+entre les retranchemens et le lac, et pénètre
+dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés
+fuient de toutes parts; on en fait un carnage épouvantable.
+On les pousse la baïonnette dans les
+reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la
+tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de
+Mustapha-Pacha. Celui-ci, saisi de désespoir,
+prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup
+de sabre, et l'envoie prisonnier à Bonaparte. Les
+Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se retirent dans
+le fort d'Aboukir.</p>
+
+<p>Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette
+mer d'Aboukir, qui naguère avait été couverte
+des corps de nos marins: deux ou trois mille avaient
+péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans
+ce fort, n'avaient plus d'autre ressource que la
+clémence du vainqueur. Telle est cette extraordinaire
+bataille, où, pour la première fois peut-être,
+dans l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut
+détruite tout entière. C'est dans cette occasion
+que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit Bonaparte
+au milieu du corps, et s'écria: <i>Général,
+vous êtes grand comme le monde!</i></p>
+
+<p>Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la
+bataille d'Aboukir, l'Égypte était délivrée, du
+moins momentanément, des forces de la Porte.
+La situation de l'armée française pouvait être regardée
+comme assez rassurante. Après toutes les
+pertes qu'elle avait faites, elle comptait vingt-cinq
+mille hommes environ, mais les plus braves et les
+mieux commandés de l'univers. Chaque jour devait
+la faire mieux sympathiser avec les habitans,
+et consolider son établissement. Bonaparte y était
+depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il
+avait employé les premiers momens à s'emparer
+d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il avait obtenu
+par la bataille des Pyramides. Après l'inondation,
+et en automne, il avait achevé la conquête du
+Delta, et confié à Desaix la conquête de la Haute-Égypte.
+En hiver, il avait tenté l'expédition de
+Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont
+Thabor. Il venait, en été, de détruire la seconde
+armée de la Porte à Aboukir. Le temps avait donc
+été aussi bien employé que possible; et tandis que
+la victoire abandonnait en Europe les drapeaux de
+la France, elle leur restait fidèle en Afrique et en
+Asie. Les trois couleurs flottaient triomphantes sur
+le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est
+partie la religion du Christ.</p>
+
+<p>Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en
+France, aucune des dépêches du directoire ni de
+ses frères ne lui étant arrivée: il était dévoré d'inquiétude.
+Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles,
+il faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter
+les vaisseaux de commerce, et de s'instruire
+par eux des événemens qui se passaient en Europe.
+Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui,
+sous le prétexte de négocier un échange de prisonniers,
+devait tâcher d'obtenir quelques nouvelles.
+Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait
+les désastres de la France, se fit un malin plaisir
+de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte.
+Celui-ci passa une nuit entière à dévorer ces
+feuilles, et à s'instruire de tout ce qui se passait
+dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut
+prise: il résolut de s'embarquer secrètement pour
+l'Europe, et d'essayer la traversée, au risque d'être
+saisi en route par les flottes anglaises. Il demanda le
+contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre
+les frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i> en état de
+faire voile. Il ne fit part de son projet à personne,
+courut au Caire pour faire toutes ses dispositions,
+rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel
+il voulait laisser le commandement de l'armée,
+et repartit aussitôt après pour Alexandrie.</p>
+
+<p>Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui
+Berthier, Lannes, Murat, Andréossy, Marmont,
+Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de quelques-uns
+de ses guides, sur une plage écartée.
+Quelques canots étaient préparés; ils s'embarquèrent,
+et montèrent sur les deux frégates <i>le Muiron</i>
+et <i>la Carrère</i>. Elles étaient suivies des chebecks <i>la
+Revanche</i> et <i>la Fortune</i>. A l'instant même on mit
+à la voile, pour n'être plus au jour en vue des croiseurs
+anglais. Malheureusement un calme survint;
+on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez
+tranquilles, dit-il, nous passerons.» Comme César,
+il comptait sur la fortune.</p>
+
+<p>Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion;
+car il laissait une armée victorieuse, pour
+aller braver des dangers de tout genre, et, le plus
+horrible de tous, celui d'aller porter des fers à
+Londres. C'était une de ces témérités par lesquelles
+les grands ambitieux tentent le ciel, et auxquelles
+ils doivent ensuite cette confiance immense qui tour
+à tour les élève et les précipite.</p>
+
+<p>Tandis que cette grande destinée était commise
+au hasard des vents ou d'une rencontre, la victoire
+revenait sous nos drapeaux en Europe, et la
+république sortait, par un sublime effort, des
+périls auxquels nous venons de la voir exposée.
+Masséna était toujours sur la ligne de la Limmat,
+différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée
+d'Italie, après avoir perdu la bataille de Novi,
+s'était dispersée dans l'Apennin. Heureusement
+Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de
+Novi que de celle de la Trebbia, et perdait dans le
+Piémont un temps que la France employait en
+préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le
+directoire, en imagina un qui ne pouvait manquer
+de changer la face des événemens. Il était
+jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu
+exercer en Italie, et avait vu avec peine que ce
+général eût écrit au roi de Sardaigne pour le rappeler
+dans ses états. Le conseil aulique avait des
+vues sur le Piémont, et tenait à en écarter le vieux
+maréchal. De plus, il régnait peu d'accord entre
+les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies
+décidèrent le conseil aulique à changer entièrement
+la distribution des troupes sur la ligne d'opération.
+Les Russes étaient mêlés aux Autrichiens sur les
+deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec
+Mélas en Italie. Le conseil aulique imagina de transporter
+l'archiduc Charles sur le Rhin, et Suwarow
+en Suisse. De cette manière les deux armées russes
+devaient agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens
+devaient agir seuls sur le Rhin; ils devaient
+aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être bientôt
+renforcés par une nouvelle armée, destinée à
+remplir le vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique
+donna pour raison de ce changement, qu'il
+fallait faire combattre ensemble les troupes de
+chaque nation; que les Russes trouveraient en
+Suisse une température plus analogue à leur climat,
+et que le mouvement de l'archiduc Charles sur le
+Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre
+ne pouvait manquer d'approuver ce plan,
+car elle espérait beaucoup, pour l'expédition de
+Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur
+le Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes,
+entrés déjà à Corfou, et ayant le projet de s'emparer
+de Malte, fussent écartés de Gênes.</p>
+
+<p>Ce revirement, exécuté en présence de Masséna,
+était excessivement dangereux, et d'ailleurs il
+transportait les Russes sur un théâtre qui ne leur
+convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à
+charger en plaine et à la baïonnette, ne savaient
+pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il faut par-dessus
+tout dans les montagnes, ce sont d'habiles
+tirailleurs. Le conseil aulique qui, suivant l'esprit
+des cabinets, faisait passer les raisons politiques
+avant les raisons militaires, défendit à ses généraux
+de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+exécution de ce plan, pour les derniers jours
+d'août (milieu de fructidor).</p>
+
+<p>On a déjà décrit la configuration du théâtre de
+la guerre et la distribution des armées sur ce
+théâtre<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les eaux partant des Grandes-Alpes, et
+tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant
+en forme de lacs, présentaient différentes
+lignes inscrites les unes dans les autres, commençant
+à droite contre une grande chaîne de montagnes,
+et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve
+qui sépare l'Allemagne de la France. Les deux principales
+étaient celles du Rhin et de la Limmat.
+Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était
+replié sur celle de la Limmat. Il avait même été
+obligé de se retirer un peu en arrière de celle-ci,
+et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en séparait pas moins les deux armées. Cette
+ligne se composait de la Lint, qui naît contre les
+Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se jette
+ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans
+la Limmat, qui sort de ce lac à Zurich même, et va
+se jeter enfin dans l'Aar près de Bruck. L'archiduc
+Charles était derrière la Limmat, de Bruck à Zurich.
+Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant
+qu'on lui assignât sa position. Hotze gardait la Lint.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère pas faire
+comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a pas sous les
+yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant ces événemens
+sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si positive le
+salut de la France, que je les crois dignes d'être compris, et que j'engage
+le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte de Suisse
+sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.</blockquote>
+
+<p>D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au
+Rhin, devait être remplacé derrière la Limmat par
+Korsakoff. Hotze devait rester sur la Lint avec le
+corps autrichien de Voralberg, afin de donner la
+main à Suwarow arrivant d'Italie. La question était
+de savoir quelle route on ferait prendre à Suwarow.
+Il avait à franchir les monts, et pouvait suivre
+l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il
+préférait pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait,
+en traversant le Splugen, se rendre par Coire sur
+le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec
+Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé
+vers le 25 septembre (3 vendémiaire an VIII). Ce
+mouvement avait l'avantage de s'opérer loin des
+Français, hors de leur portée, et de ne dépendre
+ainsi d'aucun accident. Suwarow pouvait également
+prendre une autre route, et au lieu de suivre
+la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans
+la vallée de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière
+la ligne de la Lint, occupée par les Français.
+Cette marche avait l'avantage de le porter sur le revers
+de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer
+un mouvement de Hotze au-delà de la Lint,
+pour qu'il vînt tendre la main à l'armée arrivant
+du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement,
+une attaque sur la Limmat; il fallait en
+un mot une opération générale sur toute la ligne,
+et un à-propos, une précision difficiles à obtenir
+quand on agit à de si grandes distances et en détachemens
+aussi nombreux. Ce plan, que les Russes
+rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens sur
+les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence
+une attaque générale fut prescrite sur toute la
+ligne, pour les derniers jours de septembre. Au
+moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard
+dans la vallée de la Reuss, Korsakoff devait
+attaquer au dessous du lac de Zurich, c'est-à-dire
+le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze,
+Linken et Jellachich, devaient pénétrer dans le canton
+de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner la main
+à Suwarow. La jonction générale une fois opérée,
+les troupes réunies en Suisse allaient s'élever à
+quatre-vingt mille hommes. Suwarow arrivait avec
+dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en réserve le corps de
+Condé et quelques mille Bavarois. Mais avant la
+jonction, trente mille sous Korsakoff, et vingt-cinq
+mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille
+se trouvaient exposés aux coups de toute l'armée
+de Masséna.</p>
+
+<p>Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait
+la Limmat, et où Suwarow n'avait pas encore
+passé les Alpes, était trop favorable pour que Masséna
+ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de
+l'inaction qu'on lui avait tant reprochée. Son armée
+avait été portée à soixante-quinze mille hommes
+environ, par les renforts qu'elle avait reçus;
+mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle,
+ligne immense à couvrir. Lecourbe, formant sa
+droite, et ayant Gudin et Molitor sous ses ordres,
+gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes.
+Soult, avec dix mille, occupait la Lint jusqu'à son
+embouchure dans le lac de Zurich. Masséna, avec
+les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard,
+formant un total de trente-sept mille hommes, était
+devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La division
+Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division
+Chabran de huit, gardaient l'une le Valais,
+l'autre les environs de Bâle.</p>
+
+<p>Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage
+de pouvoir réunir sa masse principale sur
+le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept mille
+hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur
+Korsakoff. Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre
+mille hommes, envoyés en renfort à Hotze, par
+derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à vingt-six
+mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui
+devaient lui servir de réserve, étaient encore fort
+en arrière à Schaffouse. Masséna pouvait donc
+lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six
+mille. Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur
+Hotze, et après les avoir tous deux mis en déroute,
+peut-être détruits, accabler Suwarow, qui arrivait
+en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi
+vaincu, ou du moins contenu dans sa ligne.</p>
+
+<p>Masséna, averti des projets des ennemis, devança
+d'un jour son attaque générale, et la fixa pour le
+3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis qu'il
+était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière
+de la Limmat, le cours de cette rivière appartenait
+à l'ennemi. Il fallait le lui enlever par un passage:
+c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses trente-sept
+mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous
+du lac de Zurich, il chargea Soult d'opérer
+au-dessus, et de franchir la Lint le même jour.
+Les militaires ont adressé un reproche à Masséna:
+il fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en
+Suisse que l'en éloigner: si donc, au lieu de laisser
+Lecourbe se battre inutilement au Saint-Gothard
+contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult,
+il aurait été plus assuré d'accabler Hotze, et de
+franchir la Lint. Au reste, comme le résultat obtenu
+fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter,
+on n'a fait ce reproche à Masséna que dans l'intérêt
+rigoureux des principes.</p>
+
+<p>La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même,
+et coupe la ville en deux parties. Conformément au
+plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il
+avait porté la masse de ses forces dans la partie
+de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait
+laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour
+garder un point où la Limmat est plus accessible:
+il avait dirigé Durasof avec une division près de
+l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller
+de ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille
+hommes au moins, était en avant de la rivière, en
+situation offensive.</p>
+
+<p>Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il
+résolut de masquer plutôt que d'attaquer le point
+de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses forces;
+puis, avec une portion considérable de ses troupes,
+de tenter le passage de la Limmat à Closter-Fahr,
+point faiblement défendu. Le passage opéré,
+il voulait que cette division remontât la Limmat
+sur la rive opposée, et vînt se placer sur les derrières
+de Zurich. Alors il se proposait d'attaquer
+Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir enfermé
+dans Zurich même. Des conséquences immenses
+pouvaient résulter de cette disposition.</p>
+
+<p>Mortier avec sa division, qui était forte de huit
+mille hommes, et occupait la droite de ce champ
+de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle devait contenir
+d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein
+avec sa division, qui était forte de dix mille hommes,
+devait être placé à Altstetten, entre le point de
+Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on allait
+tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter
+devant Zurich, et donner secours à Mortier contre
+la masse russe, ou courir au point du passage,
+s'il était nécessaire de le seconder. Cette division
+renfermait quatre mille grenadiers, et une réserve
+de superbe cavalerie. La division Lorge, avec une
+partie de la division Mesnard, devait exécuter le
+passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à
+peu près formaient cette masse. Le reste de la division
+Mesnard devait faire des démonstrations sur
+la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.</p>
+
+<p>Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous
+les critiques, furent mises à exécution le 3 vendémiaire
+an VIII (25 septembre 1799), à cinq heures
+du matin. Les apprêts du passage avaient été faits
+près du village de Dietikon, avec un soin et un
+secret extraordinaires. Des barques avaient été
+traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le
+matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient
+rangées en silence sur la rive. Le général Foy, illustré
+depuis comme orateur, commandait l'artillerie
+à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs
+batteries de manière à protéger le passage.
+Six cents hommes s'embarquèrent hardiment, et
+arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent.
+Korsakoff avait mis là, sur le plateau de Closter-Fahr,
+trois bataillons avec du canon. Notre artillerie,
+supérieurement dirigée, éteignit bientôt les
+feux de l'artillerie russe, et protégea le passage successif
+de notre avant-garde. Lorsque le général
+Gazan eut réuni aux six cents hommes qui avaient
+passé les premiers un renfort suffisant, il marcha
+sur les trois bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr.
+Ceux-ci s'étaient logés dans un bois, et
+s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa,
+et fut obligé de tuer presque jusqu'au dernier
+homme pour les déloger. Ces trois bataillons détruits,
+le pont fut jeté. Le reste de la division Lorge
+et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat:
+c'étaient quinze mille hommes portés au-delà
+de la rivière. La brigade Bontemps fut placée
+à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes,
+dirigé par le chef d'état-major Oudinot, remonta
+la Limmat, pour se porter sur les derrières de
+Zurich.</p>
+
+<p>Cette partie de l'opération achevée, Masséna se
+reporta de sa personne sur l'autre rive de la Limmat,
+pour veiller au mouvement de ses ailes. Vers
+la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé
+Durasof par ses démonstrations, que celui-ci s'était
+porté sur la rive, où il déployait tous ses feux.
+A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de
+Korsakoff, posté, comme on l'a dit, en avant de
+la Limmat, et avait été obligé de se replier. Masséna
+arrivant dans cet instant ébranla la division
+Klein, qui était à Altstetten. Humbert, à la tête
+de ses quatre mille grenadiers, marcha sur Zurich,
+et rétablit le combat. Mortier renouvela ses attaques,
+et on parvint à renfermer ainsi les Russes
+dans Zurich.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre
+du canon sur ses derrières, avait reporté
+quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais ces
+faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec
+ses quinze mille hommes, continuait à remonter
+la Limmat. Il avait enlevé le petit camp placé à
+Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières
+de Zurich, et s'était emparé de la grande
+route de Vintherthur, qui donne issue en Allemagne,
+et la seule par laquelle les Russes pussent
+se retirer.</p>
+
+<p>La journée était presque achevée, et d'immenses
+résultats étaient préparés pour le lendemain. Les
+Russes étaient enfermés dans Zurich; Masséna
+avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze
+mille hommes sur leurs derrières, et placé dix-huit
+mille hommes devant eux. Il était difficile qu'il ne
+leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il
+aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant
+Zurich, la porter par Closter-Fahr, derrière
+cette ville, de manière à fermer tout à fait la route
+de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier
+restant avec huit mille hommes seulement, Korsakoff
+ne lui passât sur le corps et ne se jetât sur
+la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer
+aussi Suwarow, venant d'Italie, et on ne sait ce
+qui serait arrivé de cette singulière combinaison.</p>
+
+<p>Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et
+avait porté ses troupes dans l'autre partie de Zurich,
+en arrière de la Limmat. Durasof, sur la
+Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé;
+et évitant la brigade Bontemps, par un détour,
+était venu regagner la route de Vintherthur.
+Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le
+combat devait être acharné, car les Russes voulaient
+se faire jour, et les Français voulaient recueillir
+d'immenses trophées. Le combat commença de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée
+d'artillerie, d'équipages, de blessés, attaquée
+de tous côtés, était comme enveloppée de
+feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein
+l'avaient abordée, et étaient près d'y pénétrer.
+Au-delà, Oudinot la serrait par derrière et voulait
+fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+théâtre d'un combat sanglant, avait été
+prise et reprise plusieurs fois. Korsakoff, songeant
+enfin à se retirer, avait mis son infanterie en tête,
+sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages
+à la queue. Il s'avançait ainsi formant une
+longue colonne. Sa brave infanterie, chargeant
+avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passé avec une partie
+de la cavalerie, les Français reviennent à la charge,
+attaquent le reste de la cavalerie et les bagages, et
+les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On
+se bat dans les rues. L'illustre et malheureux Lavater
+est frappé sur la porte de sa maison, d'une
+balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil
+sur la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint
+d'une blessure grave à la cuisse dont il mourut
+quelques mois après. Enfin, tout ce qui était
+resté dans Zurich est obligé de mettre bas les
+armes. Cent pièces de canon, tous les bagages,
+les administrations, le trésor de l'armée et cinq
+mille prisonniers, deviennent la proie des Français.
+Korsakoff avait eu en outre huit mille hommes
+hors de combat, dans cette lutte acharnée. Huit
+et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes
+batailles d'Italie n'avaient pas présenté des résultats
+plus extraordinaires. Les conséquences pour
+le reste de la campagne ne devaient pas être moins
+grandes que les résultats matériels. Korsakoff,
+avec treize mille hommes au plus, se hâta de regagner
+le Rhin.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la
+Lint au-dessus du lac de Zurich, exécutait sa mission
+avec non moins de bonheur que le général en
+chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg.
+Cent cinquante braves, portant leur
+fusil sur leur tête, avaient traversé la rivière à la
+nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs,
+et protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze,
+accouru sur-le-champ au lieu du danger, était
+tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant
+à Hotze, avait en vain essayé de rejeter dans
+la Lint les corps qui avaient passé; il avait été
+obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment
+sur Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille
+prisonniers et du canon. De leur côté, les généraux
+Jellachich et Linken, chargés de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow
+au débouché du Saint-Gothard, s'étaient
+retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi près
+de soixante mille hommes étaient repoussés déjà
+de la ligne de la Limmat, au-delà de celle du Rhin,
+et repoussés après des pertes immenses. Suwarow,
+qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider
+sa défaite en arrivant, allait trouver au contraire
+tous ses lieutenans dispersés, et s'engager au
+milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.</p>
+
+<p>Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était
+arrivé au pied du Saint-Gothard le cinquième jour
+complémentaire de l'an VII (21 septembre). Il
+avait été obligé de démonter ses Cosaques pour
+charger son artillerie sur le dos de leurs chevaux.
+Il envoya Rosemberg avec six mille hommes, pour
+tourner le Saint-Gothard par Disentits et le Crispalt.
+Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à
+Airolo, à l'entrée de la gorge du Saint-Gothard,
+il y trouva Gudin avec une des brigades de la division
+Lecourbe. Il se battit là avec la dernière
+opiniâtreté; mais ses soldats, mauvais tireurs, ne
+sachant qu'avancer et se faire tuer, tombaient par
+pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida
+enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea
+ainsi à céder la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin,
+par sa résistance, avait donné à Lecourbe le temps
+de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait
+résister à Suwarow qui arrivait avec douze mille,
+et à Rosemberg qui, transporté déjà à Urseren,
+en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée
+en gravissant des rochers presque inaccessibles,
+et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières,
+il rompit le pont du Diable, et tua une
+multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le précipice en descendant dans le lit de la Reuss
+et en remontant la rive opposée. Lecourbe avait
+fait ainsi une retraite pied à pied, profitant de tous
+les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les soldats
+de Suwarow.</p>
+
+<p>L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de
+la vallée de la Reuss, accablée de fatigues, manquant
+de vivres, et singulièrement affaiblie par les
+pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe
+dans le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan
+convenu, avait pu faire arriver Jellachich et Linken
+au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il aurait
+envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure
+de la Reuss. Mais après les événemens
+qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva pas une
+embarcation, et se vit enfermé dans une vallée
+épouvantable. C'était le 4 vendémiaire (26 septembre),
+jour du désastre général sur toute la ligne. Il
+ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer à travers des montagnes
+horribles, où il n'y avait aucune route tracée,
+pour pénétrer dans la vallée de Muthenthal. Il se
+mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer
+qu'un homme de front dans le sentier qu'on avait
+à suivre. L'armée mit deux jours à faire ce trajet
+de quelques lieues. Le premier homme était déjà
+à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté
+Altorf. Les précipices étaient couverts d'équipages,
+de chevaux, de soldats mourant de faim ou de fatigue.
+Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow
+pouvait déboucher par Schwitz, non loin du
+lac de Zurich, ou bien remonter la vallée, et par
+le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté de Schwitz,
+Masséna arrivait avec la division Mortier, et de
+l'autre côté du Bragel était Molitor, qui occupait
+le défilé du Kloenthal, vers les bords de la Lint.
+Après avoir donné deux jours de repos à ses troupes,
+Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel.
+Le 8 vendémiaire (30 septembre) il se mit en marche;
+Masséna l'attaquait en queue, tandis que de
+l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au
+défilé du Kloenthal. Rosemberg résista bravement
+à toutes les attaques de Masséna, mais Bagration
+fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit
+la route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen.
+Suwarow, après avoir livré des combats sanglans
+et meurtriers, coupé de toutes les routes,
+rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de
+remonter la vallée d'Engi, pour se jeter dans celle du
+Rhin. Mais cette route était encore plus affreuse
+que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant,
+et après quatre jours d'efforts et de souffrances
+inouïes, atteignit Coire et le Rhin. De ses dix-huit
+mille hommes, il en avait à peine sauvé dix
+mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les
+Alpes. Ce barbare, prétendu invincible, se retirait
+couvert de confusion et plein de rage. En quinze
+jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille
+Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes
+à nous envahir étaient chassées de la Suisse et rejetées
+en Allemagne. La coalition était dissoute, car
+Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait
+plus servir avec eux. On peut dire que la France
+était sauvée.</p>
+
+<p>Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter
+l'une des plus belles opérations dont l'histoire de
+la guerre fasse mention, et qui nous avait sauvés
+dans un moment plus périlleux que celui de Valmy
+et de Fleurus! Il faut admirer les batailles grandes
+par la conception ou le résultat politique; mais il
+faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux
+autres. Zurich est le plus beau fleuron de Masséna;
+et il n'en existe pas de plus beau dans aucune couronne
+militaire.</p>
+
+<p>Pendant que ces événemens si heureux se passaient
+en Suisse, la victoire nous revenait en Hollande.
+Brune, faiblement pressé par l'ennemi, avait
+eu le temps de concentrer ses forces, et après
+avoir battu les Anglo-Russes à Kastrikum, les avait
+enfermés au Zip, et réduits à capituler. Les conditions
+étaient l'évacuation de la Hollande, la restitution
+de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement
+sans échange de huit mille prisonniers.
+On aurait souhaité la restitution de la flotte hollandaise;
+mais les Anglais s'y refusaient, et on
+craignait, en rejetant la capitulation, le mal qu'ils
+pouvaient faire au pays.</p>
+
+<p>Ainsi se termina cette mémorable campagne de
+1799. La république, entrée trop tôt en action, et
+commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentré ses forces, avait été
+battue à Stokach et Magnano, et avait perdu ainsi
+par ces deux défaites l'Allemagne et l'Italie. Masséna
+resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur
+le Rhin, puis sur la Limmat, et enfin sur l'Albis.
+Là, il s'était rendu inattaquable durant quatre mois.
+Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de
+se réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue
+à la Trebbia. Réunie plus tard à cette armée par
+derrière l'Apennin, ralliée et renforcée, elle avait
+perdu son général à Novi, avait été battue de nouveau,
+et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin
+était même envahi et le Var menacé. Mais là
+avait été le terme de nos malheurs. La coalition,
+revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles
+sur le Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant
+ce moment, avait détruit Korsakoff privé de
+l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé de Korsakoff.
+Il avait ainsi réparé nos malheurs par une
+immortelle victoire. En Orient, de beaux triomphes
+avaient terminé la campagne. Mais, il faut le dire,
+si ces grands exploits avaient soutenu la république
+prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque
+gloire, ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni
+sa puissance. La France était sauvée, mais elle
+n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré
+son rang, et elle courait même des dangers
+sur le Var.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE XIX.</h3>
+
+<p>RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.&mdash;AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.&mdash;IL SE
+COALISE AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.
+&mdash;PRÉPARATIFS ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.&mdash;RENVERSEMENT DE LA
+CONSTITUTION DE L'AN III; INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.&mdash;
+FIN DE CETTE HISTOIRE.</p>
+
+
+<p>Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la
+capitulation des Anglo-Russes se succédèrent presque
+immédiatement, et rassurèrent les imaginations
+épouvantées. C'était la première fois que ces Russes
+si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement,
+que la satisfaction devait être profonde. Mais
+l'Italie était toujours perdue, le Var était menacé,
+la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du
+reste, les périls les plus grands n'étaient pas au dehors,
+mais au dedans. Un gouvernement désorganisé,
+des partis ingouvernables, qui ne voulaient
+pas subir l'autorité et qui n'étaient cependant plus
+assez forts pour s'en emparer; partout une espèce
+de dissolution sociale, et le brigandage, signe de
+cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout
+dans les provinces déchirées autrefois par la
+guerre civile; telle était la situation de la république.
+Un répit de quelques mois étant assuré par la
+victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur
+qu'on manquait dans le moment, que d'un chef
+qui s'emparât des rênes du gouvernement. La masse
+entière de la population voulait à tout prix du repos,
+de l'ordre, la fin des disputes, l'unité des volontés.
+Elle avait peur des jacobins, des émigrés,
+des chouans, de tous les partis. C'était le moment
+d'une merveilleuse fortune pour celui qui calmerait
+toutes ces peurs.</p>
+
+<p>Les dépêches contenant le récit de l'expédition
+de Syrie, des batailles du mont Thabor et d'Aboukir,
+produisirent un effet extraordinaire, et confirmèrent
+cette idée que le héros de Castiglione et
+de Rivoli resterait vainqueur partout où il se montrerait.
+Son nom se retrouva aussitôt dans toutes
+les bouches, et la question <i>que fait-il</i>? <i>quand
+vient-il</i>? se renouvela de toutes parts. S'il allait
+revenir! disait-on... Par un instinct singulier, le
+bruit qu'il était arrivé courut deux ou trois fois.
+Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi; mais
+on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues.
+On a vu en effet qu'elles n'avaient pu traverser les
+croisières anglaises.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux
+si singuliers, voguait tranquillement sur les mers,
+au milieu des flottes anglaises. La traversée n'était
+pas heureuse, et les vents contraires la prolongeaient.
+Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et
+on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se
+promenant sur le pont de son vaisseau avec un air
+calme et serein, se confiant à son étoile, apprenait
+à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls
+inévitables. Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres
+des peuples qu'il venait de quitter. Craignant, d'après
+les derniers événemens, que le midi de la
+France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non
+vers les côtes de Provence, mais vers celles du
+Languedoc. Il voulait débarquer à Collioure ou à
+Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers
+la Corse. L'île entière était accourue au-devant du
+célèbre compatriote. On avait ensuite fait voile
+vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout à coup,
+au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du
+vaisseau, trente voiles ennemies: on les voyait
+au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait
+de mettre un canot à la mer pour aborder
+furtivement à terre. Se confiant toujours dans le
+destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi,
+en effet, disparut, et le 17 vendémiaire
+an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les
+frégates <i>le Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, les chebecks <i>la</i>
+<i>Revanche</i> et <i>la Fortune</i>, vinrent mouiller dans
+le golfe de Fréjus.</p>
+
+<p>Les habitans de la Provence avaient craint, pendant
+trois années de suite, l'invasion de l'ennemi.
+Bonaparte les avait délivrés de cette crainte en
+1796; mais elle leur était revenue plus grande que
+jamais depuis la bataille de Novi. En apprenant
+que Bonaparte était mouillé sur la côte, ils crurent
+leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte
+d'embarcations. Une multitude, ivre d'enthousiasme
+et de curiosité, envahit les vaisseaux, et,
+violant toutes les lois sanitaires, communiqua
+avec les nouveaux arrivés. Tous demandaient Bonaparte,
+tous voulaient le voir. Il n'était plus temps
+de faire observer les lois sanitaires. L'administration
+de la santé dut dispenser le général de la quarantaine,
+car il aurait fallu condamner à la même
+précaution toute la population, qui avait déjà
+communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit
+sur-le-champ à terre, et le jour même voulut
+monter en voiture pour se rendre à Paris.</p>
+
+<p>Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait
+déjà répandu sur la route de Fréjus à Paris, la
+grande nouvelle du débarquement de Bonaparte.
+Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté.
+La nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y
+avait produit des élans extraordinaires. Les chants
+patriotiques avaient remplacé partout les représentations
+théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes),
+l'un des auteurs de la constitution de
+l'an III, républicain sage et sincère, attaché à la
+république jusqu'à la passion, et la croyant perdue
+si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin
+(des Ardennes) expira de joie en apprenant cet
+événement.</p>
+
+<p>Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire
+(9 octobre) pour Paris. Il avait passé par
+Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches
+retentissaient dans les villages, et pendant la nuit
+des feux étaient allumés sur les routes. A Lyon
+surtout, les élans furent plus vifs encore que partout
+ailleurs. En partant de cette dernière ville,
+Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une
+autre route que celle qu'il avait indiquée à ses
+courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa
+direction, couraient à sa rencontre, tandis qu'il
+arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 octobre),
+il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine,
+sans que personne se doutât de son arrivée. Deux
+heures après, il se rendit au directoire. La garde
+le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+<i>Vive Bonaparte!</i> Il courut chez le président du
+directoire, c'était Gohier. Il fut convenu qu'il serait
+présenté le lendemain au directoire. Le lendemain
+25, il se présenta en effet devant cette
+magistrature suprême. Il dit qu'après avoir consolidé
+l'établissement de son armée en Égypte, par
+les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et
+confié son sort à un général capable d'en assurer
+la prospérité, il était parti pour voler au secours
+de la république, qu'il croyait perdue. Il la trouvait
+sauvée par les exploits de ses frères d'armes,
+et il s'en réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant
+la main sur son épée, jamais il ne la tirerait
+que pour la défense de cette république. Le président
+le complimenta sur ses triomphes et sur son
+retour, et lui donna l'accolade fraternelle. L'accueil
+fut en apparence très flatteur, mais au fond
+les craintes étaient maintenant trop réelles et trop
+justifiées par la situation, pour que son retour fît
+plaisir aux cinq magistrats républicains.</p>
+
+<p>Lorsque après une longue apathie, les hommes se
+réveillent et s'attachent à quelque chose, c'est avec
+passion. Dans ce néant où étaient tombées les opinions,
+les partis et toutes les autorités, on était
+demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le
+dégoût des hommes et des choses était universel.
+Mais à l'apparition de l'individu extraordinaire
+que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière
+si imprévue, tout dégoût, toute incertitude
+venaient de cesser. C'est sur lui que se fixèrent
+sur-le-champ les regards, les voeux et les espérances.
+Tous les généraux, employés ou non employés,
+patriotes ou modérés, tous accoururent chez Bonaparte.
+C'était naturel, puisqu'il était le premier
+membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente.
+En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur
+contre le gouvernement. Tous les ministres, tous
+les fonctionnaires successivement disgraciés pendant
+les fluctuations du directoire, accoururent
+aussi auprès du nouvel arrivé. Ils allaient en apparence
+visiter le guerrier illustre, et en réalité
+observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.</p>
+
+<p>Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier,
+qui ne le quittaient pas. Bientôt Jourdan,
+Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, Lefebvre,
+Marbot, malgré des différences d'opinions,
+se montrèrent auprès de lui. Moreau lui-même fit
+bientôt partie de ce cortége. Bonaparte l'avait rencontré,
+chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau,
+lui témoigna son impatience de le connaître,
+et lui exprima une estime qui le toucha profondément.
+Il lui donna ensuite un damas enrichi de
+pierreries, et parvint à le gagner tout à fait. En
+quelques jours Moreau fut de sa cour. Il était mécontent
+aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres
+se joignirent des hommes de toutes les carrières:
+on y vit Bruix, l'ex-ministre de la marine, qui venait
+de parcourir la Méditerranée à la tête des
+flottes française et espagnole, homme d'un esprit
+fin et délié, aussi habile à conduire une négociation
+qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M. de
+Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le
+mécontentement de Bonaparte, pour n'être point
+allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand comptait
+sur son esprit, sur son nom, sur son importance,
+pour être bien accueilli; il le fut bien. Ces deux
+hommes avaient trop de goût l'un pour l'autre,
+et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine
+Roederer, l'ancien procureur de la commune,
+homme plein de franchise et d'esprit; Régnault
+de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel
+Bonaparte s'était attaché en Italie, et qu'il avait
+employé à Malte, orateur brillant et fécond.</p>
+
+<p>Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés,
+les mécontens, qui se rendaient chez Bonaparte.
+Les chefs actuels du gouvernement s'y montrèrent
+avec le même empressement. Tous les directeurs
+et tous les ministres lui donnèrent des fêtes, comme
+au retour d'Italie. Une grande partie des députés
+des deux conseils se firent présenter chez lui. Les
+ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage
+bien plus flatteur, ils vinrent le consulter à
+chaque instant sur ce qu'ils avaient à faire. Dubois-Crancé,
+le ministre de la guerre, avait en quelque
+sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte.
+Moulins, celui des directeurs qui s'occupait spécialement
+de la guerre, passait une partie des matinées
+avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient
+aussi. Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte
+habile, qui avait pour Bonaparte le goût
+que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il
+savait apprécier le mérite civil; Fouché, ministre
+de la police, qui voulait échanger son protecteur
+usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant;
+Réal, commissaire près le département de la Seine,
+ardent et généreux patriote, et l'un des hommes
+les plus spirituels du temps, étaient également assidus
+auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec
+lui des affaires de l'état. Il y avait à peine huit
+jours que le général était à Paris, et déjà le gouvernement
+des affaires lui arrivait presque involontairement.
+A défaut de sa volonté, qui n'était
+rien encore, on lui demandait son avis. Pour lui,
+avec sa réserve accoutumée, il affectait de se soustraire
+aux empressemens dont il était l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu,
+et ne sortait pour ainsi dire qu'à la dérobée. Son
+visage était devenu plus sec, son teint plus foncé.
+Il portait depuis son retour une petite redingote
+grise et un sabre turc attaché à un cordon de soie.
+Pour ceux qui avaient eu la bonne fortune de le
+voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient,
+les Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers
+de la garnison, les quatre adjudans de la
+garde nationale, l'état-major de la place demandaient
+à lui être présentés. Il différait de jour en
+jour, et semblait ne se prêter qu'à regret à tous
+ces hommages. Il écoutait, ne s'ouvrait encore à
+personne, et observait toutes choses. Cette politique
+était profonde. Quand on est nécessaire, il
+ne faut pas craindre d'attendre. On irrite l'impatience
+des hommes, ils accourent à vous, et vous
+n'avez plus qu'à choisir.</p>
+
+<p>Que va faire Bonaparte? était la question que
+tout le monde s'adressait. Elle prouvait qu'il y
+avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux
+partis principaux, et un troisième, subdivision
+des deux autres, s'offraient à lui, et étaient disposés
+à le servir, s'il adoptait leurs vues: c'étaient
+les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les
+<i>pourris</i>, comme on les appelait, corrompus de
+tous les temps et de toutes les factions.</p>
+
+<p>Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et
+de son ambition; mais avec leur goût de détruire,
+et leur imprévoyance du lendemain, ils se seraient
+servis de son bras pour tout renverser, sauf à
+s'occuper ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait
+de cet avis que les forcenés, qui, toujours mécontens
+de ce qui existait, regardaient le soin de
+détruire comme le plus pressant de tous. Le reste
+des patriotes, ceux qu'on pouvait appeler les républicains,
+se défiaient de la renommée du général,
+voulaient tout au plus qu'on lui donnât place
+au directoire, voyaient même avec peine qu'il fallût
+pour cela lui accorder une dispense d'âge, et
+souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux frontières,
+relever la gloire de nos armes, et rendre à
+la république sa première splendeur.</p>
+
+<p>Les modérés ou politiques, gens craignant les
+fureurs des partis, et surtout celles des jacobins,
+n'espérant plus rien d'une constitution violée et
+usée, voulaient un changement, et souhaitaient
+qu'il se fît sous les auspices d'un homme puissant.
+«Prenez le pouvoir, faites-nous une constitution
+sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;»
+tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à
+Bonaparte. Ils composaient le parti le plus nombreux
+en France. Il y entrait même beaucoup de
+patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution,
+voulaient en confier le salut à un homme
+puissant. Ils avaient la majorité dans les anciens,
+une minorité assez forte dans les cinq-cents. Ils
+avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée
+civile, celle de Sièyes, et s'y étaient d'autant plus
+attachés que Sièyes avait été plus maltraité au Manége.
+Aujourd'hui ils devaient courir avec bien
+plus d'empressement au-devant de Bonaparte, car
+c'était la force qu'ils cherchaient, et elle était bien
+plus grande dans un général victorieux que dans
+un publiciste, quelque illustre qu'il fût.</p>
+
+<p>Les <i>pourris</i> enfin étaient tous les fripons, tous
+les intrigans qui cherchaient à faire fortune, qui
+s'étaient déshonorés en la faisant, et qui voulaient
+la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout
+parmi eux, des jacobins, des modérés, des royalistes
+même. Ce n'était point un parti, mais une coterie
+nombreuse.</p>
+
+<p>Il ne faut pas, à la suite de cette énumération,
+compter les partisans de la royauté. Ils étaient trop
+annulés depuis le 18 fructidor, et d'ailleurs Bonaparte
+ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir
+pour le remettre à d'autres. Ils se contentaient
+donc de faire nombre avec les ennemis du directoire,
+et de l'accuser dans la langue de tous les
+partis.</p>
+
+<p>Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait
+faire qu'un choix. Les patriotes ne lui convenaient
+pas du tout. Les uns, attachés à ce qui existait, se
+défiaient de son ambition; les autres voulaient un
+coup de main, puis rien que des agitations interminables,
+et on ne pouvait rien fonder avec eux.
+D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs.
+Les <i>pourris</i> n'étaient rien, ils n'étaient quelque
+chose que dans le gouvernement, où ils s'étaient
+naturellement introduits, car c'est là que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne
+pas s'en occuper; ils devaient venir à celui qui
+réunirait le plus de chances en sa faveur, parce
+qu'ils voulaient rester en possession des places et
+de l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût
+s'appuyer était celui qui, partageant les besoins de
+toute la population, voulût mettre la république à
+l'abri des factions, en la constituant d'une manière
+solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il
+devait se ranger.</p>
+
+<p>Son choix ne pouvait être douteux: par instinct
+seul il était fait d'avance. Bonaparte avait horreur
+des hommes turbulens, dégoût des hommes corrompus.
+Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés
+qui voulaient qu'on gouvernât pour eux.
+C'était d'ailleurs la nation même. Mais il fallait
+attendre, se laisser prévenir par les offres des
+partis, et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels
+d'entre eux on pourrait faire alliance.</p>
+
+<p>Les partis étaient tous représentés au directoire.
+Les patriotes avaient, comme on l'a vu, Moulins et
+Gohier. Les pourris avaient Barras. Les politiques
+ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos.</p>
+
+<p>Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes,
+plus modérés que leur parti, parce qu'ils
+étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son épée que pour la gloire de
+la constitution de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer
+aux armées. Bonaparte les traitait avec beaucoup
+d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a
+toujours aimée chez les hommes (c'est un goût
+naturel et intéressé chez un homme né pour gouverner).
+D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux
+étaient un moyen de prouver qu'il honorait les
+vrais républicains. Sa femme s'était liée avec celle
+de Gohier. Elle calculait aussi, et elle avait dit à
+madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra
+à toutes les calomnies.»</p>
+
+<p>Barras, qui sentait sa fin politique approcher,
+et qui voyait dans Bonaparte un successeur inévitable,
+le détestait profondément. Il aurait consenti
+à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus
+méprisé que jamais par lui, et il en demeurait éloigné.
+Bonaparte avait pour cet épicurien ignorant,
+blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de <i>pourris</i> qu'il avait donné
+à lui et aux siens, prouvait assez son dégoût et son
+mépris. Il était difficile qu'il consentît à s'allier à lui.</p>
+
+<p>Restait l'homme vraiment important, c'était
+Sièyes, entraînant à sa suite Roger-Ducos. En appelant
+Sièyes au directoire au moment du 30 prairial,
+il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses
+bras. Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris
+la première place en son absence; d'avoir fixé un
+moment les esprits, et d'avoir fait naître des espérances.
+Il avait contre lui une humeur qu'il ne
+s'expliquait pas. Quoique fort opposés par le génie
+et les habitudes, ils avaient cependant assez de
+supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs
+différences, mais trop d'orgueil pour se faire des
+concessions. Malheureusement ils ne s'étaient point
+encore adressé la parole, et deux grands esprits qui
+ne se sont pas encore flattés, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait
+que l'autre fît les premiers pas. Ils se rencontrèrent
+à dîner chez Gohier. Bonaparte s'était
+senti assez au-dessus de Moreau pour faire les
+premiers pas; il ne crut pas pouvoir les faire envers
+Sièyes, et il ne lui parla pas. Celui-ci garda le
+même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même
+salué le membre d'un gouvernement qui aurait
+dû le faire fusiller.&mdash;Quelle idée a-t-on eue, dit
+Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il
+est vendu à la Prusse, et, si on n'y prend garde,
+il vous livrera à elle.» Ainsi, dans les hommes
+de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte
+même sur la politique. Si, du reste, il en était autrement,
+ils n'auraient plus cette hauteur qui les
+rend propres à dominer les hommes.</p>
+
+<p>Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus
+d'intérêt à gagner, était celui pour lequel il avait
+le plus d'éloignement. Mais leurs intérêts étaient
+tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré
+eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs
+propres partisans.</p>
+
+<p>Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez
+Bonaparte allait toujours croissant, celui-ci, incertain
+encore du parti qu'il devait prendre, avait
+sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût
+pas l'âge nécessaire. C'était à la place de Sièyes
+qu'il aurait voulu entrer au gouvernement. En
+excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres
+collègues, et était assuré de gouverner sous leur
+nom. C'était sans doute un succès bien incomplet;
+mais c'était un moyen d'arriver au pouvoir, sans
+faire précisément une révolution; et une fois arrivé,
+il avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût
+sincère, soit qu'il voulût les tromper, ce qui est
+possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-delà d'une place au directoire, il les
+sonda et les trouva intraitables sous le rapport de
+l'âge. Une dispense, quoique donnée par les conseils,
+leur paraissait une infraction à la constitution.
+Il fallut renoncer à cette idée.</p>
+
+<p>Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant
+à s'inquiéter de l'ardeur que Bonaparte
+montrait pour les fonctions politiques, imaginèrent
+de l'éloigner, en lui donnant le commandement
+d'une armée. Sièyes ne fut pas de cet avis,
+et dit avec humeur que, loin de lui fournir l'occasion
+d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de
+l'envoyer en Italie, Barras dit qu'il y avait assez
+bien fait ses affaires pour n'avoir pas envie d'y
+retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait
+pour l'inviter à prendre un commandement, en
+lui laissant le choix de l'armée à commander.</p>
+
+<p>Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait
+le propos de Barras. Avant qu'on lui eût
+notifié l'objet pour lequel on l'appelait, il prit la
+parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos
+dont il avait à se plaindre, et, regardant Barras,
+dit que s'il avait fait sa fortune en Italie, ce n'était
+pas, du moins, aux dépens de la république.
+Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte
+que le gouvernement était persuadé que
+ses lauriers étaient la seule fortune qu'il eût rapportée
+d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait
+d'ailleurs le choix de l'armée. Bonaparte répondit
+froidement qu'il n'était pas encore assez
+reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat
+sec à un climat humide l'avait fortement éprouvé,
+et qu'il lui fallait encore quelque temps pour se
+remettre. Il se retira sans plus d'explication. Un
+pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues,
+et l'avertir lui-même de leurs défiances.</p>
+
+<p>C'était un motif de se hâter: ses frères, ses
+conseillers habituels, Roederer, Réal, Régnault de
+Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui amenaient
+tous les jours des membres du parti modéré
+et politique dans les conseils. C'étaient, dans
+les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), Gaudin,
+Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet,
+Lemercier, Fargues, Daunou. Leur avis à
+tous était qu'il fallait s'allier au vrai parti, au parti
+réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une constitution
+toute faite, et la majorité dans le conseil
+des anciens. Bonaparte était bien de leur avis, et
+sentait qu'il n'avait pas de choix à faire; mais il
+fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était
+difficile. Cependant les intérêts étaient si grands,
+et il y avait entre son orgueil et celui de Sièyes
+des entremetteurs si délicats, si adroits, que l'alliance
+ne pouvait pas tarder à se faire. M. de Talleyrand
+eût concilié des orgueils encore plus sauvages
+que celui de ces deux hommes. Bientôt la
+négociation fut entamée et achevée. Il fut convenu
+qu'une constitution plus forte serait donnée à la
+France, sous les auspices de Sièyes et de Bonaparte.
+Sans qu'on se fût expliqué sur la forme et
+l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu
+qu'elle serait républicaine, mais qu'elle délivrerait
+la France de ce que l'un et l'autre appelaient les
+bavards, et donnerait aux deux esprits puissans
+qui s'alliaient la plus grande part d'influence.</p>
+
+<p>Un systématique rêvant l'accomplissement trop
+différé de ses conceptions, un ambitieux voulant
+régir le monde, étaient, au milieu de ce néant de
+tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment
+propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité
+de leur humeur. L'adresse des intermédiaires
+et la gravité des intérêts suffisaient pour
+pallier cet inconvénient, du moins pour un moment:
+et c'était assez d'un moment pour faire une
+révolution.</p>
+
+<p>Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes
+et Roger-Ducos. Il montrait toujours le même éloignement
+pour Barras, les mêmes égards pour Gohier
+et Moulins, et gardait une égale réserve avec
+les trois. Mais Fouché, habile à deviner la fortune
+naissante, voyait avec le plus grand regret l'éloignement
+de Bonaparte pour son patron Barras, et
+était désolé de voir que Barras ne fît rien pour
+vaincre cet éloignement. Il était tout à fait décidé
+à passer dans le camp du nouveau César; mais
+hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner
+son protecteur, il aurait voulu l'y entraîner à sa
+suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez bien
+accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police,
+il tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras.
+Il était secondé par Réal, Bruix, et les autres
+conseillers du général. Croyant avoir réussi, il engagea
+Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras
+l'invita pour le 8 brumaire (30 octobre). Bonaparte
+s'y rendit. Après le dîner, ils commencèrent
+à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras s'attendaient.
+Barras entra le premier en matière. Il
+débuta par des généralités sur sa situation personnelle.
+Espérant sans doute que Bonaparte affirmerait
+le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé,
+et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte
+gardant toujours le silence, Barras ajouta que la
+république était désorganisée, qu'il fallait, pour la
+sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président;
+et puis il nomma le général Hédouville,
+comme digne d'être élu. Hédouville était aussi inconnu
+que peu capable. Barras déguisait sa pensée,
+et désignait Hédouville pour ne pas se nommer
+lui-même. «Quant à vous, général, ajouta-t-il,
+votre intention est de vous rendre à l'armée; allez
+y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la
+France à son véritable rang. Moi, je vais me rejeter
+dans la retraite dont j'ai besoin.» Bonaparte
+jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien,
+et laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus
+une seule parole. Bonaparte se retira sur-le-champ,
+et, avant de quitter le Luxembourg, passa dans
+l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une
+manière expresse qu'il voulait marcher avec lui
+seul, et qu'ils n'avaient plus qu'à convenir des
+moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans
+cette entrevue, et on convint de tout préparer
+pour le 18 ou le 20 brumaire.</p>
+
+<p>Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché,
+Réal et les amis de Barras. «Eh bien, votre Barras,
+leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a proposé?
+de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire
+lui, et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a
+rien à faire avec un pareil homme.» Les amis de
+Barras voulurent réparer cette maladresse et cherchèrent
+à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu,
+et changea d'entretien, car son parti était pris.
+Fouché se rendit aussitôt chez Barras, pour lui
+faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain
+matin, Barras courut chez Bonaparte pour excuser
+ses paroles de la veille; il lui offrit son dévouement
+et sa coopération à tout ce qu'il voudrait
+tenter. Bonaparte l'écouta peu, lui répondit par
+des généralités, et à son tour lui parla de ses fatigues,
+de sa santé délabrée, et de son dégoût des
+hommes et des affaires.</p>
+
+<p>Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il
+était temps qu'il recueillît le prix de ses doubles
+intrigues et de ses lâches défections. Les patriotes
+ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers
+la société du Manége; les républicains, attachés
+à la constitution de l'an III, n'avaient que du
+mépris et de la défiance pour lui. Les réformateurs,
+les politiques, n'y voyaient qu'un homme
+déconsidéré, et lui appliquaient le mot de <i>pourri</i>,
+imaginé par Bonaparte. Il ne lui restait que quelques
+intrigues avec les royalistes, au moyen de
+certains émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues
+étaient fort anciennes: elles avaient commencé dès
+le 18 fructidor. Il en avait fait part au directoire, et
+s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était
+ainsi ménagé le moyen de trahir à volonté la république
+ou le prétendant. Il était question dans ce
+moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est
+possible, du reste, que Barras ne fût pas sincère
+avec le prétendant, car tous ses goûts devaient
+être pour la république. Mais savoir au juste les
+préférences de ce vieux corrompu, serait difficile.
+Peut-être les ignorait-il lui-même. D'ailleurs, à ce
+point de corruption, un peu d'argent doit malheureusement
+prévaloir sur toutes les préférences
+de goût ou d'opinion.</p>
+
+<p>Fouché, désespéré de voir son patron perdu,
+désespéré surtout de se voir compromis dans sa
+disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte.
+Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui
+cacha tous ses secrets; mais Fouché ne se rebutant
+pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à
+force de services. Il avait la police, il la faisait habilement,
+et il savait que l'on conspirait partout.
+Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité,
+composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait
+pu tirer de ses révélations un parti funeste
+aux conjurés.</p>
+
+<p>Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte
+était à Paris, et presque tout était déjà préparé.
+Berthier, Lannes, Murat, gagnaient chaque jour
+les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement à la république,
+Augereau par jacobinisme, s'étaient rejetés
+en arrière, et avaient communiqué leurs
+craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la
+masse des militaires était gagnée. Moreau, républicain
+sincère, mais suspect aux patriotes qui dominaient,
+mécontent du directoire qui avait si mal
+récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en
+Bonaparte. Caressé, gagné par lui, et supportant
+très bien un supérieur, il déclara qu'il seconderait
+tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le
+secret, car il avait horreur des intrigues politiques,
+mais il demandait à être appelé au moment de
+l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de dragons,
+qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie,
+et qui lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs,
+organisé par lui quand il commandait l'armée de
+l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens
+demandaient toujours à défiler devant lui.
+Les officiers de la garnison, les adjudans de la
+garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait,
+se réservant de faire concourir cette réception
+avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et Joseph,
+et les députés de son parti, faisaient chaque jour
+de nouvelles conquêtes dans les conseils.</p>
+
+<p>Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec
+Sièyes, pour convenir du plan et des moyens d'exécution.
+Ce même jour, les conseils devaient donner
+un banquet au général Bonaparte, comme on
+avait fait au retour d'Italie. Ce n'était point comme
+alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait été proposée en comité secret;
+mais les cinq-cents, qui, dans le premier moment
+du débarquement, avaient nommé Lucien président,
+pour honorer le général dans la personne de
+son frère, étaient maintenant en défiance, et se
+refusaient à donner un banquet. Il fut décidé alors
+qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le
+nombre des souscripteurs fut de six à sept cents.
+Le repas eut lieu à l'église Saint-Sulpice; il fut
+froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on
+s'attendait à un grand événement, et qu'il était
+l'ouvrage d'une partie des assistans. Bonaparte fut
+sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au
+sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure
+d'une conjuration. A peine le dîner était-il achevé,
+qu'il se leva, fit avec Berthier le tour des tables,
+adressa quelques paroles aux députés, et se retira
+ensuite précipitamment.</p>
+
+<p>Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses
+derniers arrangemens. Là, on convint d'abord du
+gouvernement qu'on substituerait à celui qui existait.
+Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils
+pour trois mois, qu'on substituerait aux cinq directeurs
+trois consuls provisoires, qui, pendant
+ces trois mois, auraient une espèce de dictature
+et seraient chargés de faire une constitution. Bonaparte,
+Sièyes et Roger-Ducos, devaient être les
+trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée
+dans les anciens. Comme on parlait tous les
+jours de projets incendiaires, formés par les jacobins,
+on imagina de supposer de leur part un projet
+d'attentat contre la représentation nationale. La
+commission des inspecteurs des anciens, toute à
+la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution
+donnait, en effet, ce droit au conseil des anciens.
+Ce conseil devait à cette mesure en ajouter
+une autre qui n'était pas autorisée par la constitution,
+c'était de confier le soin de protéger la translation
+à un général de son choix, c'est-à-dire à
+Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en
+même temps le commandement de la 17e division
+militaire et de toutes les troupes cantonnées dans
+Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire
+le corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait
+devenir maître des cinq-cents, et leur arracher le
+décret d'un consulat provisoire. Sièyes et Roger-Ducos
+devaient donner ce jour même leur démission
+de directeurs. On se proposait d'emporter
+celle de Barras, Gohier ou Moulins. Alors le directoire
+était désorganisé par la dissolution de la majorité;
+on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait
+plus de gouvernement, et on les obligeait à nommer
+les trois consuls. Ce plan était parfaitement
+conçu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le
+peut, se servir des termes d'une constitution pour
+la détruire, et des membres d'un gouvernement
+pour le renverser.</p>
+
+<p>On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret
+de translation, et le 19 pour la séance décisive
+à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le décret
+de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à
+Sièyes et à ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir
+la force armée et de conduire les troupes aux Tuileries.</p>
+
+<p>Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était
+bruit de toutes parts que d'un grand événement
+près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela s'était
+passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que
+celles qui peuvent être connues d'avance. Fouché
+d'ailleurs se gardait d'avertir les trois directeurs
+restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé,
+malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte
+en matière de guerre, était chaud patriote; il eut
+avis du projet, courut le dénoncer à Gohier et à
+Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien
+à une grande ambition, mais non encore à une
+conjuration prête à éclater. Barras voyait bien un
+grand mouvement; mais il se sentait perdu de
+toute façon, et il se laissait lâchement aller aux
+événemens.</p>
+
+<p>La commission des anciens, que présidait le député
+Cornet, eut la mission de tout préparer dans
+la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le décret
+de translation. On ferma les volets et les rideaux
+des fenêtres, pour que le public ne fût pas averti
+par les lumières du travail de nuit qui se faisait
+dans les bureaux de la commission. On eut soin de
+convoquer le conseil des anciens pour sept heures,
+et celui des cinq-cents pour onze. De cette manière,
+le décret de translation devait être rendu
+avant que les cinq-cents fussent en séance; et,
+comme toute délibération était interdite par la
+constitution à l'instant où le décret de translation
+était promulgué, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait
+toute discussion embarrassante. On eut un autre
+soin, ce fut de différer pour certains députés l'envoi
+des lettres de convocation. On fut certain par
+là que ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après
+la décision rendue.</p>
+
+<p>De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions
+nécessaires. Il avait mandé le colonel Sébastiani,
+qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment
+se composait de quatre cents hommes à pied
+et de six cents hommes à cheval. Il renfermait
+beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats
+d'Arcole et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel
+répondit du régiment à Bonaparte. Il fut convenu
+que le colonel, sous prétexte de passer une revue,
+sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait
+son monde, partie sur la place de la Révolution,
+partie dans le jardin des Tuileries, et qu'il viendrait
+lui-même, avec deux cents hommes à cheval, occuper
+les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte
+fit ensuite dire aux colonels des autres
+régimens de cavalerie, qu'il les passerait en revue
+le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient
+à lui être présentés, qu'il les recevrait
+le matin du même jour. Pour excuser le choix de
+l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les généraux de vouloir bien se trouver rue
+Chantereine à la même heure. A minuit, il envoya
+un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à
+passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre
+était tout dévoué au directoire; mais Bonaparte
+comptait bien qu'il ne résisterait pas à son ascendant.
+Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau.
+Il avait eu soin, pour tromper Gohier, de
+s'inviter à dîner chez lui le 18 même, avec toute
+sa famille, et en même temps, pour le décider à
+donner sa démission, il le fit prier par sa femme de
+venir le lendemain matin, à huit heures, déjeuner
+rue Chantereine.</p>
+
+<p>Le 18 au matin, un mouvement imprévu de
+ceux mêmes qui concouraient à le produire, se
+manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y
+avait de généraux et d'officiers dans Paris se rendaient
+en grand uniforme rue Chantereine, sans se
+douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les
+députés des anciens couraient à leur poste, étonnés
+de cette convocation si soudaine. Les cinq-cents
+ignoraient, pour la plupart, ce qui se préparait.
+Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète
+ignorance. Mais Sièyes, qui depuis quelque
+temps prenait des leçons d'équitation, et Roger-Ducos,
+étaient déjà à cheval, et se rendaient aux
+Tuileries.</p>
+
+<p>Dès que les anciens se furent assemblés, le président
+de la commission des inspecteurs prit la
+parole. La commission chargée de veiller à la sûreté
+du corps législatif avait, dit-il, appris que
+des projets sinistres se tramaient, que des conspirateurs
+accouraient en foule à Paris, y tenaient des
+conciliabules, et y préparaient des attentats contre
+la liberté de la représentation nationale. Le député
+Cornet ajouta que le conseil des anciens avait dans
+les mains le moyen de sauver la république, et
+qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire
+aux attentats des conspirateurs, de mettre
+pendant ce temps la tranquillité publique sous la
+garde d'un général capable de l'assurer, et de
+choisir Bonaparte pour ce général. A peine la lecture
+de cette proposition et du décret qui la contenait
+était-elle achevée, qu'une certaine émotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres
+voulurent s'y opposer; Cornudet, Lebrun, Fargues,
+Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se
+savait assuré, décida la majorité. A huit heures le
+décret était rendu. Il transférait les conseils à
+Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain
+à midi. Bonaparte était nommé général en chef de
+toutes les troupes contenues dans la 17e division
+militaire, de la garde du corps législatif, de la
+garde du directoire, des gardes nationales de
+Paris et des environs. Lefebvre, le commandant
+actuel de la 17e division, était mis sous ses ordres.
+Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir
+le décret, et prêter serment dans les mains du
+président. Un messager d'état fut chargé de porter
+sur-le-champ le décret au général.</p>
+
+<p>Le messager d'état, qui était le député Cornet
+lui-même, trouva les boulevards encombrés d'une
+nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la rue
+Chantereine, remplies d'officiers et de généraux
+en grand uniforme. Tous accouraient se rendre à
+l'invitation du général Bonaparte. Les salons de
+celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de
+monde, il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron,
+et harangua les officiers. Il leur dit que la France
+était en danger, et qu'il comptait sur eux pour l'aider
+à la sauver. Le député Cornet lui présentant le décret,
+il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il
+pouvait compter sur leur appui. Tous répondirent,
+en mettant la main sur leurs épées, qu'ils étaient
+prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à Lefebvre.
+Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans
+son ordre, avait interrogé le colonel Sébastiani,
+qui, sans lui répondre, lui avait enjoint d'entrer chez
+le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec humeur.
+«Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous,
+l'un des soutiens de la république, voulez-vous la
+laisser périr dans les mains de ces <i>avocats</i>? Unissez-vous
+à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que
+je portais aux Pyramides; je vous le donne comme
+un gage de mon estime et de ma confiance.&mdash;Oui,
+reprit Lefebvre tout ému, jetons les <i>avocats</i> à la
+rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais
+celui-ci, voyant de quoi il s'agissait, se retira pour
+aller avertir les patriotes. Fouché n'était point dans
+le secret; mais, averti de l'événement, il avait ordonné
+la fermeture des barrières, et suspendu le
+départ des courriers et des voitures publiques. Il
+vint en toute hâte en avertir Bonaparte, et lui faire
+ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui
+l'avait laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa
+point, mais lui dit que ses précautions étaient
+inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières, ni
+suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait
+avec la nation et comptait sur elle. Bonaparte
+apprit dans le moment que Gohier n'avait pas voulu
+se rendre à son invitation; il en témoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se
+perdrait inutilement en voulant résister. Il monta
+aussitôt à cheval pour se rendre aux Tuileries, et prêter
+serment devant le conseil des anciens. Presque
+tous les généraux de la république étaient à cheval
+à ses côtés. Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes,
+Murat, Leclerc, étaient derrière lui comme ses lieutenans.
+Il trouva aux Tuileries les détachemens du
+9e, les harangua, et, après les avoir enthousiasmés,
+entra dans le palais.</p>
+
+<p>Il se présenta devant les anciens, accompagné de
+ce magnifique état-major. Sa présence causa une
+vive sensation, et prouva aux anciens qu'ils s'étaient
+associés à un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens nécessaires pour faire réussir un coup
+d'état. Il se présenta à la barre: «Citoyens représentans,
+dit-il, la république allait périr, votre
+décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui
+voudraient s'opposer à son exécution; aidé de
+tous mes compagnons d'armes rassemblés ici
+autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts.
+On cherche en vain des exemples dans le passé
+pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire ne
+ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce
+siècle ne ressemble à sa fin... Nous voulons la république.....
+Nous la voulons fondée sur la vraie
+liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons,
+je le jure en mon nom, et au nom de mes
+compagnons d'armes.....» Nous le jurons tous,
+répétèrent les généraux et les officiers qui étaient
+à la barre. La manière dont Bonaparte venait de
+prêter son serment était adroite, en ce qu'il avait
+évité de prêter serment à la constitution. Un député
+voulut prendre la parole pour en faire la remarque;
+le président la lui refusa, sur le motif que le décret
+de translation interdisait toute délibération. On
+se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous
+les généraux, et passa en revue les régimens de la garnison,
+qui arrivaient successivement. Il adressa une
+harangue courte et énergique aux soldats, et leur
+dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de <i>vive Bonaparte!</i>
+retentissaient dans les rangs. Le temps était
+superbe, l'affluence extraordinaire: tout semblait
+seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la
+confusion par le pouvoir absolu.</p>
+
+<p>Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la
+révolution qui se préparait, s'étaient rendus en tumulte
+à la salle de leurs séances. A peine réunis,
+ils avaient reçu un message des anciens, contenant
+le décret de translation. A cette lecture, une foule
+de voix avaient éclaté à la fois; mais le président
+Lucien Bonaparte les avait réduites au silence, en
+vertu de la constitution qui ne leur permettait plus
+de délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt;
+les plus ardens, courant les uns chez les autres,
+formaient des conciliabules, pour s'indigner en
+commun, et imaginer quelques moyens de résistance.
+Les patriotes des faubourgs étaient en grande
+agitation, et s'ameutaient autour de Santerre.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la
+revue des troupes, était rentré aux Tuileries, et
+s'était rendu à la commission des inspecteurs des
+anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré
+à la révolution nouvelle, et se prêtait à tout
+ce qu'on préparait. C'était là que tout devait se
+faire, sous le prétexte d'exécuter la translation. Bonaparte
+y siégea en permanence. Déjà le ministre
+de la justice Cambacérès s'y était rendu. Fouché y
+vint de son côté. Sièyes et Roger-Ducos venaient
+d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir
+encore une troisième au directoire, parce qu'alors
+la majorité étant dissoute, il n'y avait plus de pouvoir
+exécutif, et on n'avait plus à craindre un dernier
+acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas
+que Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha
+M. de Talleyrand et l'amiral Bruix à Barras, pour lui
+arracher la sienne.</p>
+
+<p>Bonaparte distribua ensuite le commandement
+des troupes. Il chargea Murat, avec une nombreuse
+cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au <i>Point-du-Jour</i>
+avec une réserve. Lannes fut chargé de
+commander les troupes qui gardaient les Tuileries.
+Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission
+singulière, et certainement la moins honorable de
+toutes, dans ce grand événement: il le chargea
+d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer
+les directeurs, sous prétexte de veiller à leur sûreté,
+et de leur interdire absolument toute communication
+au dehors. Bonaparte fit signifier en
+même temps au commandant de la garde directoriale
+de lui obéir, de quitter avec sa troupe le
+Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui
+aux Tuileries. On prit enfin une dernière et importante
+précaution, avec le secours de Fouché. Le
+directoire avait la faculté de suspendre les municipalités;
+le ministre Fouché, agissant en sa qualité
+de ministre de la police, comme s'il était autorisé
+par le directoire, suspendit les douze municipalités
+de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait,
+par ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement,
+ni au directoire, ni dans les douze communes
+qui avaient succédé à la grande commune
+d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards,
+pour inviter les citoyens à l'ordre et au repos,
+et leur assurer qu'on travaillait dans ce moment
+à sauver la république de ses périls.</p>
+
+<p>Ces mesures réussirent complètement. L'autorité
+du général Bonaparte fut reconnue partout,
+bien que le conseil des anciens n'eût pas agi constitutionnellement
+en la lui conférant. Ce conseil,
+en effet, pouvait bien ordonner la translation, mais
+ne pouvait pas nommer un chef suprême de la
+force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et
+le bloqua avec cinq cents hommes. Le commandant
+de la garde directoriale, Jubé, obéissant sur-le-champ
+aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg
+pour se rendre aux Tuileries. Pendant ce
+temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier et
+Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins
+et Gohier, s'apercevant enfin de la conjuration
+qui leur avait échappé, s'étaient rendus dans
+l'appartement de Barras pour lui demander s'il
+voulait tenir ferme avec eux, et former la majorité.
+Le voluptueux directeur était dans le bain, et
+apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans
+Paris. «Cet homme, s'écria-t-il avec une expression
+grossière, nous a tous trompés.» Il promit de
+s'unir à ses collègues, car il promettait toujours,
+et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries
+pour aller à la découverte. Mais à peine Gohier et
+Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il tomba dans les
+mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était
+pas difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle
+il était réduit, et on n'avait pas à craindre
+qu'il voulût succomber glorieusement en défendant
+la constitution directoriale. On lui promit
+repos et fortune, et il consentit à donner sa démission.
+On lui avait rédigé une lettre qu'il signa,
+et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de
+porter à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et
+Moulins firent pour parvenir auprès de lui des efforts
+inutiles, et apprirent qu'il venait de se démettre.
+Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de
+délibérer, ils ne savaient quel parti prendre, et ils
+voulaient cependant remplir loyalement leurs devoirs
+envers la constitution de l'an III. Ils résolurent
+donc de se rendre à la commission des inspecteurs,
+pour demander à leurs deux collègues,
+Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se réunir à eux pour
+reconstituer la majorité, et promulguer du moins
+le décret de translation. C'était là une triste ressource.
+Il n'était pas possible de réunir une force
+armée, et de venir lever un étendard contraire à
+celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller
+aux Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de
+son camp et de toutes ses forces.</p>
+
+<p>Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa
+aller. Ils trouvèrent Bonaparte entouré de Sièyes,
+Ducos, d'une foule de députés et d'un nombreux
+état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait
+d'être fort mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix,
+lui avait dit: «Qu'a-t-on fait de cette France,
+que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé la
+paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des
+victoires, j'ai retrouvé des revers; j'avais laissé
+les millions de l'Italie, et j'ai trouvé des lois spoliatrices
+et la misère. Que sont devenus cent
+mille Français que je connaissais, tous mes compagnons
+de gloire? ils sont morts!» L'envoyé
+Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment
+la démission de Barras était arrivée et avait calmé
+le général. Il dit à Gohier et Moulins qu'il était satisfait
+de les voir; qu'il comptait sur leur démission,
+parce qu'il les croyait trop bons citoyens
+pour s'opposer à une révolution inévitable et salutaire.
+Gohier répondit avec force qu'il ne venait
+avec son collègue Moulins que pour travailler à
+sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte,
+la sauver, et avec quoi?... avec les moyens de la
+constitution, qui croule de toutes parts?&mdash;Qui
+vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes
+qui n'ont ni le courage, ni la volonté de marcher
+avec elle.» Une altercation assez vive s'engagea
+entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on
+apporta un billet au général. Il contenait l'avis
+d'une grande agitation au faubourg Saint-Antoine.
+«Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes parent
+de Santerre?&mdash;Non, répondit Moulins, je
+ne suis pas son parent, mais son ami.&mdash;J'apprends,
+ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les faubourgs;
+dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.»
+Moulins répliqua avec force à Bonaparte,
+qui lui répéta qu'il ferait fusiller Santerre. L'altercation
+continua avec Gohier. Bonaparte lui dit en
+finissant: «La république est en péril, il faut la
+sauver... <i>je le veux</i>. Sièyes et Ducos ont donné
+leur démission; Barras vient de donner la sienne.
+Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez
+rien; je vous engage à ne pas résister.» Gohier
+et Moulins répondirent qu'ils ne déserteraient pas
+leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où
+ils furent dès ce moment consignés, séparés l'un
+de l'autre, et privés de toute communication par
+les ordres de Bonaparte transmis à Moreau. Barras
+venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté
+par un détachement de dragons.</p>
+
+<p>Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte
+avait seul la force dans les mains. Tous les
+ministres étaient réunis auprès de lui, à la commission
+des inspecteurs. Tous les ordres partaient
+de là, comme du seul point où il existât une autorité
+organisée. La journée s'acheva avec assez de
+calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des résolutions désespérées,
+mais sans croire à la possibilité de les exécuter,
+tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte sur les
+troupes!</p>
+
+<p>Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs.
+L'objet de ce conseil était de convenir,
+avec les principaux membres des anciens, de ce
+qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet
+arrêté avec Sièyes était de proposer l'ajournement
+des conseils avec un consulat provisoire. Cette
+proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribué
+à rendre le décret de translation, s'effrayaient
+maintenant de la domination du parti militaire. Ils
+n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associés;
+ils auraient voulu seulement que l'on composât
+autrement le directoire, et, malgré l'âge de
+Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur.
+Ils en firent la proposition. Mais Bonaparte
+répondit, d'un ton décidé, que la constitution ne
+pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité
+plus concentrée, et surtout un ajournement de
+tous les débats politiques qui agitaient la république.
+La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventôse furent
+donc proposées. Après une discussion assez longue,
+ces mesures furent adoptées. On choisit Bonaparte,
+Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé
+et dut être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud.
+Sièyes, connaissant parfaitement les mouvemens
+révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât
+dans la nuit quarante des meneurs des cinq-cents.
+Bonaparte ne le voulut pas, et eut à s'en repentir.</p>
+
+<p>La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin,
+19 brumaire (10 novembre), la route de Saint-Cloud
+était couverte de troupes, de voitures et
+de curieux. Trois salles avaient été préparées au
+château: l'une pour les anciens, l'autre pour les
+cinq-cents, la troisième pour la commission des
+inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs devaient
+être achevés à midi, mais ils ne purent l'être
+avant deux heures. Ce retard manqua de devenir
+funeste aux auteurs de la révolution nouvelle. Les
+députés des deux conseils se promenaient dans les
+jardins de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble
+avec une extrême vivacité. Ceux des cinq-cents,
+irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre
+la parole, leur demandaient naturellement ce
+qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient pour la journée.
+«Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut
+le recomposer, et qu'il en a besoin. Voulez-vous,
+au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y
+porter des hommes imposans; voulez-vous y porter
+Bonaparte?..... quoiqu'il n'ait pas l'âge requis, nous
+y consentons encore.» Ces questions pressantes,
+embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement
+de constitution. Quelques-uns d'entre
+eux firent des insinuations à ce sujet; mais elles
+furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés
+la veille de ce qui s'était passé à la commission
+des inspecteurs, furent ébranlés tout à fait, en
+voyant la résistance qui se manifestait dans les
+cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du
+corps législatif parurent douteuses, et le projet de
+révolution fut très compromis. Bonaparte était
+à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux,
+qui les attendait à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup
+d'autres personnages en avaient aussi, se disposant,
+en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes,
+du reste, montra dans toute cette scène un rare
+sang-froid et une grande présence d'esprit. On
+craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte ne
+vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de
+sabrer le premier individu qui se présenterait pour
+les haranguer, représentant ou général, n'importe.</p>
+
+<p>La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures.
+Dans les anciens, des réclamations s'élevèrent de
+la part des membres qui n'avaient pas été convoqués
+la veille pour assister à la discussion sur le
+décret de translation. Ces réclamations furent écartées,
+puis on s'occupa d'une notification aux cinq-cents,
+pour leur apprendre que le conseil était en
+majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la
+délibération commença autrement. Le député Gaudin,
+qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers
+que courait la république, et proposa deux choses:
+premièrement de remercier les anciens d'avoir
+transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et secondement
+de former une commission chargée de
+faire un rapport sur les dangers de la république,
+et sur les moyens de pourvoir à ces dangers. Si
+cette proposition avait été adoptée, on avait un
+rapport tout préparé, et on eût proposé le consulat
+provisoire et l'ajournement. Mais à peine le député
+Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage épouvantable
+éclate dans l'assemblée. Des cris violens
+retentissent; on entend de toutes parts: «A bas
+les dictateurs, point de dictature, vive la constitution!&mdash;La
+constitution ou la mort! s'écrie Delbrel....
+Les baïonnettes ne nous effraient pas, nous
+sommes libres ici.» Ces paroles sont suivies de
+nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent
+en regardant le président Lucien: «Point de dictature,
+à bas les dictateurs!» A ces cris insultans,
+Lucien prend la parole. «Je sens trop, dit-il, la
+dignité de président pour souffrir plus long-temps
+les menaces insolentes de certains orateurs; je les
+rappelle à l'ordre.» Cette injonction ne les calme
+pas, et les rend plus furieux. Après une longue
+agitation, le député Grandmaison propose de
+prêter serment à la constitution de l'an III. La proposition
+est aussitôt accueillie. On demande de
+plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi
+adopté. Chaque député vient à son tour prêter
+serment à la tribune, aux cris et aux applaudissemens
+de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même
+de quitter le fauteuil, pour prêter le serment
+qui ruine les projets de son frère.</p>
+
+<p>Les événemens prenaient une tournure dangereuse.
+Au lieu de nommer une commission pour
+écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et
+les anciens ébranlés étaient prêts à reculer. C'était
+une révolution manquée. Le danger était imminent.
+Augereau, Jourdan, les patriotes influens,
+étaient à Saint-Cloud, attendant le moment favorable
+pour ramener les troupes de leur côté. Bonaparte
+et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut
+agir, et ramener à soi la masse flottante. Bonaparte
+se décide à se présenter aux deux conseils à la tête
+de son état-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une
+jolie position!&mdash;Les affaires étaient en bien plus
+mauvais état à Arcole,» lui répond Bonaparte;
+et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblées. Parler pour la première
+fois en public est embarrassant, effrayant
+même pour les esprits les plus fermes, et dans les
+circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils
+événemens, et pour un homme qui n'avait
+jamais paru à une tribune, ce devait être bien
+plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend
+la parole, et d'une voix entrecoupée, mais forte,
+dit aux anciens: «Citoyens représentans, vous
+n'êtes point dans des circonstances ordinaires,
+mais sur un volcan. Permettez-moi quelques
+explications. Vous avez cru la république en
+danger; vous avez transféré le corps législatif à
+Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer
+l'exécution de vos décrets; je suis sorti de ma
+demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes:
+on parle d'un nouveau Cromwell, d'un nouveau
+César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle, il
+m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie,
+au moment du plus beau triomphe, et lorsque
+l'armée et les partis m'invitaient à m'en emparer.
+Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie
+qui ont éveillé mon zèle et le vôtre.» Bonaparte
+fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau
+de la situation dangereuse de la république, déchirée
+par tous les partis, menacée d'une nouvelle
+guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion vers
+le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux;
+sauvons les deux choses pour lesquelles nous
+avons fait tant de sacrifices, la liberté et l'égalité...&mdash;Parlez
+donc aussi de la constitution!»
+s'écrie le député Linglet. Cette interruption déconcerte
+un instant le général; mais bientôt il se
+remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui
+l'avez détruite, en attentant, le 18 fructidor, à
+la représentation nationale, en annulant, le 22
+floréal, les élections populaires, et en attaquant,
+le 30 prairial, l'indépendance du gouvernement.
+Cette constitution dont vous parlez, tous les
+partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de
+les seconder. Je ne l'ai pas voulu; mais, s'il le
+faut, je nommerai les partis et les hommes.&mdash;Nommez-les,
+s'écrient alors les opposans, nommez-les,
+demandez un comité secret.» Une longue
+agitation succède à cette interruption. Bonaparte
+reprend enfin la parole, et peignant de nouveau
+l'état où la France est placée, engage les anciens à
+prendre des mesures qui puissent la sauver. «Environné,
+dit-il, de mes frères d'armes, je saurai
+vous seconder. J'en atteste ces braves grenadiers,
+dont j'aperçois les baïonnettes, et que j'ai si
+souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste leur
+courage, nous vous aiderons à sauver la patrie.
+Et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d'une
+voix menaçante, si quelque orateur, payé par
+l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors
+j'en appellerais à mes compagnons d'armes.
+Songez que je marche accompagné du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre.»</p>
+
+<p>Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les
+cinq-cents. Les anciens les accueillirent très bien,
+et parurent ramenés par la présence du général.
+Ils lui accordèrent les honneurs de la séance.</p>
+
+<p>Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens,
+songe à se rendre aux cinq-cents, pour essayer de
+leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques grenadiers;
+il entre, mais il les laisse derrière lui au
+bout de la salle. Il avait à parcourir la moitié de
+l'enceinte pour arriver à la barre. A peine est-il arrivé
+au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix,
+des soldats ici! des armes! Que veut-on?... A bas
+le dictateur! à bas le tyran!» Un grand nombre
+de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent
+le général, lui adressent les interpellations
+les plus vives! «Quoi! lui dit-on, c'est pour cela
+que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+flétris... Votre gloire s'est changée en infamie.
+Respectez le temple des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte
+est confondu au milieu de la foule qui le
+presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte,
+accourent, repoussent les députés, et le saisissent
+au milieu du corps. On dit que dans ce tumulte,
+des grenadiers reçurent des coups de poignard qui
+lui étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses
+vêtemens déchirés. Il est très possible que, dans
+le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés, sans
+qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi
+que des poignards fussent dans plus d'une main.
+Des républicains qui croyaient voir un nouveau
+César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans
+être des assassins. Il y a une grande faiblesse à les
+en justifier. Quoi qu'il en soit, Bonaparte est emporté
+hors de la salle. On dit qu'il était troublé, ce
+qui n'est pas plus étonnant que la supposition des
+poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des
+troupes, leur dit qu'on a voulu l'assassiner, que
+ses jours ont été en péril, et est accueilli partout
+par les cris de <i>vive Bonaparte!</i></p>
+
+<p>Dans ce moment l'orage continue, plus violent
+que jamais, dans l'assemblée, et se dirige contre
+Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et un courage
+rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un
+jour il a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche
+en vain à le justifier. «Vous n'avez pas voulu, dit-il,
+l'entendre. Il venait vous expliquer sa conduite,
+vous faire connaître sa mission, répondre à toutes
+les questions que vous ne cessez d'adresser depuis
+que vous êtes réunis. Ses services méritaient du
+moins qu'on lui donnât le temps de s'expliquer.&mdash;Non,
+non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes
+furieux. Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce
+mot était terrible, il avait perdu Robespierre. Prononcé
+contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire
+hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien,
+avec courage, résiste à la proposition de mise hors
+la loi, et demande auparavant qu'on écoute son
+frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge:
+«Misérables, s'écrie-t-il, vous voulez que je mette
+hors la loi mon propre frère! Je renonce au fauteuil,
+et je vais me rendre à la barre pour défendre
+celui qu'on accuse.»</p>
+
+<p>Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors
+la scène qui se passait dans l'assemblée. Il craignait
+pour son frère; il envoie dix grenadiers pour
+l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent
+Lucien au milieu d'un groupe, le saisissent
+par le bras en lui disant que c'est par ordre de
+son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était
+le moment de prendre un parti décisif. Tout était
+perdu si on hésitait. Les moyens oratoires de ramener
+l'assemblée étant devenus impossibles, il ne
+restait que la force; il fallait hasarder un de ces
+actes audacieux, devant lesquels hésitent toujours
+les usurpateurs. César hésita en passant le Rubicon,
+Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée.
+Il monte à cheval avec Lucien, et parcourt le
+front des troupes. Lucien les harangue. «Le conseil
+des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui
+vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des
+séances, et ont fait violence à la majorité; je vous
+somme de marcher pour la délivrer.» Lucien jure
+ensuite que lui et son frère seront les défenseurs
+fidèles de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent
+alors un bataillon de grenadiers, et le conduisent
+à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent jusqu'à
+l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les
+députés poussent des cris affreux, comme ils avaient
+fait à la vue de Bonaparte. Mais un roulement de
+tambours couvre leurs cris. <i>Grenadiers, en avant!</i>
+s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans
+la salle, et dispersent les députés qui s'enfuient
+les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres.
+En un instant la salle est évacuée, et Bonaparte
+reste maître de ce déplorable champ de bataille.</p>
+
+<p>La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont
+remplis d'inquiétude et de regrets. Ils n'avaient pas
+souhaité un pareil attentat. Lucien se présente à
+leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard
+des cinq-cents. On se contente de ses raisons, car
+que faire dans une pareille situation?... Il fallait en
+finir, et remplir l'objet qu'on s'était proposé. Le
+conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui
+seul l'ajournement du corps législatif et l'institution
+du consulat. Le conseil des cinq-cents était dissous;
+mais il restait une cinquantaine de députés, partisans
+du coup d'état. On les réunit, et on leur fait
+rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait
+de faire. Le décret est ensuite porté aux anciens,
+qui l'adoptent vers le milieu de la nuit. Bonaparte,
+Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls provisoires,
+et revêtus de toute la puissance exécutive.
+Les conseils sont ajournés au 1er ventôse prochain.
+Ils sont remplacés par deux commissions de vingt-cinq
+membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargées d'approuver les mesures législatives que
+les trois consuls auront besoin de prendre. Les consuls
+et les commissions sont chargés de rédiger une
+constitution nouvelle.</p>
+
+<p>Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée
+si diversement par les hommes, regardée par les
+uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de notre
+liberté, par les autres comme un acte hardi, mais
+nécessaire, qui termina l'anarchie. Ce qu'on en peut
+dire, c'est que la révolution, après avoir pris tous
+les caractères, monarchique, républicain, démocratique,
+prenait enfin le caractère militaire, parce
+qu'au milieu de cette lutte perpétuelle avec l'Europe,
+il fallait qu'elle se constituât d'une manière
+solide et forte. Les républicains gémissent de tant
+d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement
+versé pour fonder la liberté en France, et ils
+déplorent de la voir immolée par l'un des héros
+qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La révolution, qui devait nous
+donner la liberté, et qui a tout préparé pour que
+nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait pas
+être elle-même la liberté. Elle devait être une
+grande lutte contre l'ancien ordre de choses. Après
+l'avoir vaincu en France, il fallait qu'elle le vainquît
+en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberté. On
+eut un moment de liberté sous la constituante,
+et il fut court; mais quand le parti populaire devint
+menaçant au point d'intimider tous les esprits;
+quand il envahit les Tuileries au 10 août; quand
+au 2 septembre il immola tous ceux qui lui donnaient
+des défiances; quand au 21 janvier il obligea
+tout le monde à se compromettre avec lui en
+trempant les mains dans le sang royal; quand il
+obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux
+frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua
+lui-même sa puissance, et la remit à ce
+grand comité de salut public, composé de douze
+individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté?
+Non; il y avait un violent effort de passions et
+d'héroïsme; il y avait cette tension musculaire d'un
+athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après
+ce moment de danger, après nos victoires, il y eut
+un instant de relâche. La fin de la convention et
+le directoire présentèrent des momens de liberté.
+Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que
+passagèrement suspendue. Elle recommença bientôt;
+et au premier revers les partis se soulevèrent
+tous contre un gouvernement trop modéré, et
+invoquèrent un bras puissant. Bonaparte, revenant
+d'Orient, fut salué comme souverain, et appelé
+au pouvoir. On dira vainement que Zurich
+avait sauvé la France. Zurich était un accident,
+un répit; il fallait encore Marengo et Hohenlinden
+pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires,
+il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur
+de toutes les parties du gouvernement, et
+c'était un chef politique plutôt qu'un chef militaire
+dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire
+étaient donc nécessaires. On pourrait seulement
+dire que le 20 fut condamnable, et que le héros
+abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on répondra
+qu'il venait achever une tâche mystérieuse,
+qu'il tenait, sans s'en douter, de la destinée, et
+qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce n'était pas
+la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait
+pas exister encore; il venait, sous les formes monarchiques,
+continuer la révolution dans le monde;
+il venait la continuer en se plaçant, lui plébéien,
+sur un trône; en conduisant le pontife à Paris
+pour verser l'huile sacrée sur un front plébéien;
+en créant une aristocratie avec des plébéiens, en
+obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à son
+aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec
+des plébéiens; enfin en recevant dans son lit la fille
+des Césars, et en mêlant un sang plébéien à l'un
+des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant
+enfin tous les peuples, en répandant les lois françaises
+en Allemagne, en Italie, en Espagne; en
+donnant des démentis à tant de prestiges, en
+ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà
+quelle tâche profonde il allait remplir; et pendant
+ce temps la nouvelle société allait se consolider à
+l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la
+première crise qui en a préparé les élémens en
+Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant l'erreur,
+révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant
+de saisir les profonds desseins de la Providence
+dans ces grands événemens, et les respectant dès
+que je croyais les avoir saisis.</p>
+
+
+<h4>FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME.</h4>
+
+
+
+
+<h3>TABLE<br>
+DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME.</h3>
+
+
+
+<p><b>CHAPITRE XIII.</b></p>
+
+<p>Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête de
+cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise de cette
+place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des Pyramides;
+occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en Égypte;
+établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, destruction
+de la flotte française par les Anglais.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XIV.</b></p>
+
+<p>Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la bataille
+navale d'Aboukir.&mdash;Déclaration de guerre de la Porte.&mdash;Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.&mdash;Conférences avec l'Autriche
+à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.&mdash;Nouvelles commotions
+en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes. Changement de
+la constitution cisalpine; grands embarras du directoire à ce sujet.&mdash;Situation
+intérieure. Une nouvelle opposition se prononce dans les conseils.&mdash;Disposition
+générale à la guerre. Loi sur la conscription.&mdash;Finances de
+l'an VII.&mdash;Reprise des hostilités. Invasion des états romains par l'armée
+napolitaine&mdash;Conquête du royaume de Naples par le général Championnet.
+&mdash;Abdication du roi de Piémont.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XV.</b></p>
+
+<p>État de l'administration de la République et des armées au commencement
+de 1799.&mdash;Préparatifs militaires.&mdash;Levée de 200 mille conscrits.&mdash;Moyens
+et plans de guerre du directoire et des puissances coalisées.&mdash;Déclaration
+de guerre de l'Autriche.&mdash;Ouverture de la campagne de 1799.&mdash;Invasion
+des Grisons,&mdash;Combatte Pfullendorf.&mdash;Bataille de Stockach.&mdash;Retraite
+de Jourdan.&mdash;Opérations militaires en Italie.&mdash;Bataille de Magnano;
+retraite de Schérer.&mdash;Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt.
+&mdash;Effets de nos premiers revers.&mdash;Accusations multipliées contre le directoire.
+&mdash;Élections de l'an VII.&mdash;Sièyes est nommé directeur, en remplacement
+de Rewbell.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVI.</b></p>
+
+<p>Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement des
+armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la Limmat.&mdash;Arrivée
+de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement à Moreau.
+Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin.&mdash;Essai
+de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la Trebbia.&mdash;Coalition
+de tous les partis contre le directoire.&mdash;Révolution du 30
+prairial.&mdash;Larévellière et Merlin sortent du directoire.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVII.</b></p>
+
+<p>Formation du nouveau directoire.&mdash;Moulins et Roger-Ducos remplacent Larévellière
+et Merlin.&mdash;Changement dans le ministère.&mdash;Levée de toutes les
+classes de conscrits.&mdash;Emprunt forcé de cent millions.&mdash;Loi des
+otages.&mdash;Nouveaux plans militaires.&mdash;Reprises des opérations en Italie; Joubert
+général en chef; bataille de Novi, et mort de Joubert.&mdash;Débarquement des
+Anglo-Russes en Hollande.&mdash;Nouveaux troubles à l'intérieur; déchaînement
+des patriotes; arrestation de onze journalistes; renvoi de Bernadotte;
+proposition de déclarer la patrie en danger.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XVIII.</b></p>
+
+<p>Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte
+par Desaix; bataille de Sédiman.&mdash;Expédition de Syrie; prise du fort
+d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de Saint-Jean-d'Acre.
+&mdash;Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.&mdash;Départ de Bonaparte
+pour la France.&mdash;Opérations en Europe. Marche de l'archiduc Charles sur
+le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna; mémorable
+victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa retraite désastreuse;
+la France sauvée.&mdash;Événemens en Hollande; défaite et capitulation
+des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la campagne de
+1799.</p>
+
+<p><b>CHAPITRE XIX.</b></p>
+
+<p>Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il inspire.
+&mdash;Agitation de tous les partis à son arrivée.&mdash;Il se coalise avec
+Sièyes pour renverser la constitution directoriale.&mdash;Préparatifs et journée
+du 18 brumaire.&mdash;Renversement de la constitution de l'an III; institution
+du consulat provisoire.&mdash;Fin de cette histoire.</p>
+<br><br>
+
+<p>FIN DE LA TABLE.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+
+
+
+<h3>TABLE ALPHABÉTIQUE<br>
+DES MATIÈRES<br>
+CONTENUES DANS CET OUVRAGE</h3>
+
+
+<p>Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.</p>
+
+<p>(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été
+ retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer</p>
+<p class="i2">les soldats des gardes-françaises. I, 80.</p>
+<p class="i2">Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270.</p>
+<p class="i2">Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.</p>
+<p class="i2">Ses conséquences funestes. 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village;</p>
+<p class="i2">détails militaires. 304-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez <i>Égypte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes</p>
+<p class="i2">sur ce fleuve. VIII, 206-207.</p>
+<p class="i2">Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.</p>
+<p class="i2">Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration</p>
+<p class="i2">des vivres. III, 130 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341.</p>
+<p class="i2">On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342.</p>
+<p class="i2">Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour</p>
+<p class="i2">parer aux inconvéniens de ce trafic. 193.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour</p>
+<p class="i2">l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque</p>
+<p class="i2">de la révolution. I, 216-217.</p>
+<p class="i2">Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48.</p>
+<p class="i2">Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la</p>
+<p class="i2">Vendée.</p>
+<p class="i2">Sa position politique. VII, 164 et suiv.</p>
+<p class="i2">Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et</p>
+<p class="i2">au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de</p>
+<p class="i2">Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145.</p>
+<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p>
+<p class="i2">Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,</p>
+<p class="i2">61 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du</p>
+<p class="i2">procès du roi. III, 230 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement</p>
+<p class="i2">de Paris. I, 108-109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces.</p>
+<p class="i2">I, 245 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60.</p>
+<p class="i2">Est licenciée. VI, 9.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion</p>
+<p class="i2">étrangère. II, 294 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARMOIRE DE FER. III, 197-198.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la</p>
+<p class="i2">France. 105.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen</p>
+<p class="i2">par des députés des départemens. IV, 206 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. <i>Assemblée nationale</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle abolit les titres de <i>sire</i> et de <i>majesté</i>. 17.</p>
+<p class="i2">Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment</p>
+<p class="i2">civique. 27-28.</p>
+<p class="i2">Suites de cette mesure. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés.</p>
+<p class="i2">34-36.</p>
+<p class="i2">Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58.</p>
+<p class="i2">Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51.</p>
+<p class="i2">Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se déclare en permanence. 88.</p>
+<p class="i2">Décrète la déportation des prêtres. 89.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.</p>
+<p class="i2">Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156.</p>
+<p class="i2">Autre décret sur les gardes nationales. 157.</p>
+<p class="i2">Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui</p>
+<p class="i2">est adopté. 159-172.</p>
+<p class="i2">Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare que <i>la patrie est en danger</i>. Suite de cette mesure.</p>
+<p class="i2">179 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265.</p>
+<p class="i2">Organise la police, dite de <i>sûreté générale</i>. 276 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les</p>
+<p class="i2">crimes du 10 août. 283.</p>
+<p class="i2">Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305.</p>
+<p class="i2">Est dissoute, III, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend</p>
+<p class="i2">ce titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.</p>
+<p class="i2">Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57.</p>
+<p class="i2">Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67.</p>
+<p class="i2">Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68.</p>
+<p class="i2">Délibère sur les mandats impératifs. 73.</p>
+<p class="i2">Nomme un comité des subsistances. 77.</p>
+<p class="i2">Difficultés de sa position. 78.</p>
+<p class="i2">Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.</p>
+<p class="i2">Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet,</p>
+<p class="i2">et demande au roi le renvoi des troupes. 92.</p>
+<p class="i2">Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution,</p>
+<p class="i2">et nomme un comité pour préparer les questions. 93.</p>
+<p class="i2">Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi,</p>
+<p class="i2">Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau.</p>
+<p class="i2">94-95-101.</p>
+<p class="i2">Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant</p>
+<p class="i2">la réunion du roi avec la nation. 103.</p>
+<p class="i2">Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122.</p>
+<p class="i2">Discute la déclaration des droits de l'homme. 125.</p>
+<p class="i2">Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, <i>ibid.</i></p>
+<p class="i2">et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.</p>
+<p class="i2">Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146.</p>
+<p class="i2">Vote le <i>veto</i> suspensif. 147-148-149.</p>
+<p class="i2">Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150.</p>
+<p class="i2">Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à un message du roi. 166-167.</p>
+<p class="i2">Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée</p>
+<p class="i2">à Paris. 177.</p>
+<p class="i2">Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Divise le royaume en départemens. 190.</p>
+<p class="i2">Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de</p>
+<p class="i2">faire la paix et la guerre. 221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend un décret relatif à ce droit. 225.</p>
+<p class="i2">Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230.</p>
+<p class="i2">Abolit les titres féodaux. 236.</p>
+<p class="i2">Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à</p>
+<p class="i2">vaincre. 298-299.</p>
+<p class="i2">Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301.</p>
+<p class="i2">Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305.</p>
+<p class="i2">Achève le travail de la constitution. 306.</p>
+<p class="i2">Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.</p>
+<p class="i2">Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et</p>
+<p class="i2">réfutation. II, 1-10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du</p>
+<p class="i2">numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.</p>
+<p class="i2">400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230.</p>
+<p class="i2">Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27.</p>
+<p class="i2">Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur</p>
+<p class="i2">avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.</p>
+<p class="i2">Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les</p>
+<p class="i2">retirer de la circulation. VII, 66-73.</p>
+<p class="i2">Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193.</p>
+<p class="i2">Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202.</p>
+<p class="i2">Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247.</p>
+<p class="i2">Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir</p>
+<p class="i2">aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails</p>
+<p class="i2">financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.</p>
+<p class="i2">Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv.</p>
+<p class="i2">La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+<p class="i2">Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le</p>
+<p class="i2">commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.</p>
+<p class="i2">Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée dite d'<i>Allemagne</i>, après la</p>
+<p class="i2">mort de Hoche. 302.</p>
+<p class="i2">Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne.</p>
+<p class="i2">370-371.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix.</p>
+<p class="i2">VII, 135-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BABOEUF. Fait un journal (<i>le Tribun du peuple</i>). Caractère et</p>
+<p class="i2">projets de ce démagogue. VIII, 97-98.</p>
+<p class="i2">Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. IX, 33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BAILLY. Il est nommé député. I, 37.</p>
+<p class="i2">Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi.</p>
+<p class="i2">Son caractère. 51.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les</p>
+<p class="i2">gardes-françaises. 61.</p>
+<p class="i2">Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.</p>
+<p class="i2">Il se maintient à la présidence. 72.</p>
+<p class="i2">Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.</p>
+<p class="i2">103.</p>
+<p class="i2">Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.</p>
+<p class="i2">Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois</p>
+<p class="i2">sans les discréditer. 226-227 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la</p>
+<p class="i2">convention. III, 121.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.</p>
+<p class="i2">Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.</p>
+<p class="i2">Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290.</p>
+<p class="i2">S'entend avec la cour. 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire.</p>
+<p class="i2">VII, 359.</p>
+<p class="i2">Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire.</p>
+<p class="i2">IX, 3-4.</p>
+<p class="i2">Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa</p>
+<p class="i2">prodigalité. 9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet.</p>
+<p class="i2">Pourquoi. X, 180 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété</p>
+<p class="i2">d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+<p class="i2">Est nommé député en l'an V. IX, 148.</p>
+<p class="i2">Sa nomination est abolie. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare</p>
+<p class="i2">de la Bastille. I, 95-98.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes.</p>
+<p class="i2">III, 125 et suiv.</p>
+<p class="i2">Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement.</p>
+<p class="i2">294-295.</p>
+<p class="i2">Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française.</p>
+<p class="i2">327-328.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140.</p>
+<p class="i2">Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252.</p>
+<p class="i2">Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.</p>
+<p class="i2">Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa</p>
+<p class="i2">détention est maintenue. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400</p>
+<p class="i2">millions de biens du clergé. I, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.</p>
+<p class="i2">Il est adopté. VII, 199-202.</p>
+<p class="i2">On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319,</p>
+<p class="i2">328-329.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289.</p>
+<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p>
+<p class="i2">Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens.</p>
+<p class="i2">376-377.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort</p>
+<p class="i2">de l'Éguillette. V, 255 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. VII, 360-361.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv.</p>
+<p class="i2">Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126.</p>
+<p class="i2">Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au</p>
+<p class="i2">roi de Piémont. 155-157 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrée à Milan. 181 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189.</p>
+<p class="i2">Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans.</p>
+<p class="i2">191-193.</p>
+<p class="i2">Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il signe un armistice avec Naples. 212-213.</p>
+<p class="i2">Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec.</p>
+<p class="i2">278 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa victoire de Lonato. 283-286.</p>
+<p class="i2">De Castiglione. 288 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.</p>
+<p class="i2">Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.</p>
+<p class="i2">Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec</p>
+<p class="i2">le pape. 345-351.</p>
+<p class="i2">Il organise la république cispadane. 352 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.</p>
+<p class="i2">Détails militaires. 255-364-367-379.</p>
+<p class="i2">Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à</p>
+<p class="i2">l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423.</p>
+<p class="i2">Il prend Mantoue. 425 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de</p>
+<p class="i2">Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape</p>
+<p class="i2">le traité de Tolentino, IX, 50-55.</p>
+<p class="i2">Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56.</p>
+<p class="i2">Il négocie inutilement avec Venise. 58-60.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.</p>
+<p class="i2">60-67.</p>
+<p class="i2">Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement</p>
+<p class="i2">une lettre menaçante. 79-86.</p>
+<p class="i2">Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à</p>
+<p class="i2">Léoben. 86-90.</p>
+<p class="i2">Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102.</p>
+<p class="i2">Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa</p>
+<p class="i2">conduite politique et militaire. 116-131.</p>
+<p class="i2">Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194.</p>
+<p class="i2">Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire</p>
+<p class="i2">les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben.</p>
+<p class="i2">230-235.</p>
+<p class="i2">Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son</p>
+<p class="i2">mécontentement. 311 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318.</p>
+<p class="i2">Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et</p>
+<p class="i2">les Grisons. 321-322.</p>
+<p class="i2">Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323.</p>
+<p class="i2">Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326.</p>
+<p class="i2">Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues</p>
+<p class="i2">avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335.</p>
+<p class="i2">Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339.</p>
+<p class="i2">Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les</p>
+<p class="i2">affaires de ce pays. 339 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.</p>
+<p class="i2">Fête. 343-350.</p>
+<p class="i2">Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.</p>
+<p class="i2">Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour</p>
+<p class="i2">cette expédition. 362 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée.</p>
+<p class="i2">Détails sur les préparatifs. 408-419.</p>
+<p class="i2">Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'empare de l'île de Malte. 4-8.</p>
+<p class="i2">Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13.</p>
+<p class="i2">Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours</p>
+<p class="i2">à ses soldats. 23-27.</p>
+<p class="i2">Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations</p>
+<p class="i2">politiques et militaires. 42 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv.</p>
+<p class="i2">Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58.</p>
+<p class="i2">Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,</p>
+<p class="i2">et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.</p>
+<p class="i2">Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.</p>
+<p class="i2">Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante</p>
+<p class="i2">victoire sur les Turcs. 300-304-310.</p>
+<p class="i2">Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France.</p>
+<p class="i2">311-312.</p>
+<p class="i2">Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous</p>
+<p class="i2">les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour</p>
+<p class="i2">renverser la constitution directoriale. 345-350.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan.</p>
+<p class="i2">353-356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p>
+<p class="i2">Est nommé consul provisoire. 383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91.</p>
+<p class="i2"> Il est blessé à mort. V, 121.</p>
+<p class="i2"> Fait délivrer les prisonniers. 122.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202.</p>
+<p class="i2">Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248.</p>
+<p class="i2">Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289.</p>
+<p class="i2">Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de</p>
+<p class="i2">Fuite du roi. 294-295.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79.</p>
+<p class="i2">État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. De nouveaux</p>
+<p class="i2">Troubles s'y préparent. 263 et suiv.</p>
+<p class="i2">Expédition de Quiberon. 269-275-318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12.</p>
+<p class="i2">Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec le parlement. 17.</p>
+<p class="i2">Ses embarras. 19.</p>
+<p class="i2">Se retire du ministère. 23.</p>
+<p class="i2">On brûle son effigie. 35.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute</p>
+<p class="i2">la France. I, 122-123.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des</p>
+<p class="i2">troupes. I, 82.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BROTTIER. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3.</p>
+<p class="i2">Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X.</p>
+<p class="i2">353-356-359-373.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce</p>
+<p class="i2">prince. II, 217.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10.</p>
+<p class="i2">Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les</p>
+<p class="i2">notables. 11.</p>
+<p class="i2">Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des</p>
+<p class="i2">troubles. 220.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.</p>
+<p class="i2">Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France.</p>
+<p class="i2">IX, 334 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un</p>
+<p class="i2">taux infiniment modique. I, 189.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391.</p>
+<p class="i2">Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv.</p>
+<p class="i2">Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public.</p>
+<p class="i2">VII, 99 et suiv.</p>
+<p class="i2">On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234.</p>
+<p class="i2">Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé.</p>
+<p class="i2">VIII, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du</p>
+<p class="i2">directoire. 259-261.</p>
+<p class="i2">Prend la fuite le 18 fructidor. 278.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148.</p>
+<p class="i2">Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort. 394-395.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI,</p>
+<p class="i2">109-111.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour</p>
+<p class="i2">s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75.</p>
+<p class="i2">Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires</p>
+<p class="i2">dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113.</p>
+<p class="i2">Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.</p>
+<p class="i2">Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129.</p>
+<p class="i2">Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le</p>
+<p class="i2">Nouveau directoire. 242.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour</p>
+<p class="i2">enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit</p>
+<p class="i2">convenu. II, 191-192.</p>
+<p class="i2">Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux</p>
+<p class="i2">instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV,</p>
+<p class="i2">89-90.</p>
+<p class="i2">Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix.</p>
+<p class="i2">VII, 139-142-145.</p>
+<p class="i2">Sa réception triomphale à Nantes. 146.</p>
+<p class="i2">Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations</p>
+<p class="i2">avec les princes et les émigrés. 162-163.</p>
+<p class="i2">Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26.</p>
+<p class="i2">Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.</p>
+<p class="i2">Est pris et fusillé. 135-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de</p>
+<p class="i2">l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa marche contre Jourdan. 300.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature</p>
+<p class="i2">municipale. IV, 279.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. V, 372 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa condamnation et sa mort. 415.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus</p>
+<p class="i2">capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9</p>
+<p class="i2">thermidor. VII, 185-188.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318.</p>
+<p class="i2">Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv.</p>
+<p class="i2">Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86.</p>
+<p class="i2">Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359.</p>
+<p class="i2">Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice</p>
+<p class="i2">qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.)</p>
+<p class="i2">Vote sa réunion aux communes. 59.</p>
+<p class="i2">La majorité du clergé se réunit aux communes. 65.</p>
+<p class="i2">Il abdique ses priviléges. 125.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 192.</p>
+<p class="i2">Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile.</p>
+<p class="i2">233 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce</p>
+<p class="i2">refus. 257-238.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de</p>
+<p class="i2">l'opposition du corps législatif. IX, 16-17.</p>
+<p class="i2">Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix.</p>
+<p class="i2">Diverses propositions faites au corps législatif. 151 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv.</p>
+<p class="i2">Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Royalistes</i>.)</p>
+<p class="i2">Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés</p>
+<p class="i2">par le directoire. 203 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche.</p>
+<p class="i2">213 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du</p>
+<p class="i2">directoire. 266 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée</p>
+<p class="i2">à faire partie de la fédération. I, 235.</p>
+<p class="i2">Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il est exclu de la société des jacobins. 228.</p>
+<p class="i2">Est arrêté. 372.</p>
+<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33.</p>
+<p class="i2">Club breton. 119.</p>
+<p class="i2">Leur importance augmente. 213.</p>
+<p class="i2">Ils deviennent dominateurs. II, 12.</p>
+<p class="i2">Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait</p>
+<p class="i2">permise. IX, 218-219.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI,</p>
+<p class="i2">264-265.</p>
+<p class="i2">Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution</p>
+<p class="i2">de la municipalité de Paris, etc. 343-345.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238</p>
+<p class="i2">État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.</p>
+<p class="i2">Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes</p>
+<p class="i2">français. 326 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts.</p>
+<p class="i2">X, 141 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.</p>
+<p class="i2">Suite de cette communication. 71.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263.</p>
+<p class="i2">Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le</p>
+<p class="i2">nord. VI, 62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.</p>
+<p class="i2">Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15</p>
+<p class="i2">et 16 ventôse. 362 et suiv. 370.</p>
+<p class="i2">Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289.</p>
+<p class="i2">Est mis en état d'accusation. 394.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation. VII, 76.</p>
+<p class="i2">Est condamné à la déportation. 116.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie</p>
+<p class="i2">prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects</p>
+<p class="i2">et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les</p>
+<p class="i2">moyens de salut public. II, 307-308.</p>
+<p class="i2">Pourquoi il fut établi. III, 296.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce</p>
+<p class="i2">que c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48.</p>
+<p class="i2">Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour</p>
+<p class="i2">remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.</p>
+<p class="i2">Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution.</p>
+<p class="i2">194.</p>
+<p class="i2">Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens.</p>
+<p class="i2">202-203.</p>
+<p class="i2">Ses attributions. 276-277.</p>
+<p class="i2">Il perd sa popularité. 281-282.</p>
+<p class="i2">On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282.</p>
+<p class="i2">Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.</p>
+<p class="i2">Sa politique en décembre 93. 231 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Rend des décrets relatifs aux détenus. 359.</p>
+<p class="i2">Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre</p>
+<p class="i2">en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés</p>
+<p class="i2">sectionnaires, etc. 9 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de</p>
+<p class="i2">sûreté générale. 111 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les divisions continuent. 128-131 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du</p>
+<p class="i2">pouvoir. 157-159.</p>
+<p class="i2">Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164.</p>
+<p class="i2">Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239.</p>
+<p class="i2">Nouvelle épuration. 289-290.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190.</p>
+<p class="i2">En communication avec Pétion. 191.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor.</p>
+<p class="i2">VI, 238.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276.</p>
+<p class="i2">Il fait exécuter des arrestations. 306-307.</p>
+<p class="i2">On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le</p>
+<p class="i2">meurtre des prisonniers. 337 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ordonne des arrestations. III, 4.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et</p>
+<p class="i2">les départemens. VI, 258.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI,</p>
+<p class="i2">237-238.</p>
+<p class="i2">Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv.</p>
+<p class="i2">Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute</p>
+<p class="i2">la France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de</p>
+<p class="i2">salut public. II, 159 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut</p>
+<p class="i2">public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275.</p>
+<p class="i2">Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50.</p>
+<p class="i2">Ses membres sont renouvelés. 82.</p>
+<p class="i2">Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345.</p>
+<p class="i2">Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion</p>
+<p class="i2">de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Soumet ses registres à la convention. 64.</p>
+<p class="i2">Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur</p>
+<p class="i2">les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies</p>
+<p class="i2">dont elle est l'objet. 126-127.</p>
+<p class="i2">Hébert y est couronné. 138-139.</p>
+<p class="i2">Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai.</p>
+<p class="i2">147 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la</p>
+<p class="i2">convention. 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration</p>
+<p class="i2">intérieure. 279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X,</p>
+<p class="i2">98-101.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30</p>
+<p class="i2">prairial an VII. X, 350.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II,</p>
+<p class="i2">263.</p>
+<p class="i2">Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.</p>
+<p class="i2">Sa nouvelle organisation. III, 50-52.</p>
+<p class="i2">Il est aboli. VI, 10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de</p>
+<p class="i2">l'an III. VII, 334-335.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la</p>
+<p class="i2">constitution de l'an III. VII, 334.</p>
+<p class="i2">Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées</p>
+<p class="i2">ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX,</p>
+<p class="i2">158-162 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en</p>
+<p class="i2">danger. X, 279-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes</p>
+<p class="i2">de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée</p>
+<p class="i2">du lieu de leurs séances. 279-280.</p>
+<p class="i2">Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à</p>
+<p class="i2">l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration</p>
+<p class="i2">royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et</p>
+<p class="i2">condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des</p>
+<p class="i2">journalistes, etc. 280-281-284-285.</p>
+<p class="i2">Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.</p>
+<p class="i2">VIII, 105-106.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers;</p>
+<p class="i2">obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce</p>
+<p class="i2">projet sont adoptées. Réflexions. I, 232-233.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.</p>
+<p class="i2">Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention.</p>
+<p class="i2">243-244.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses</p>
+<p class="i2">principales dispositions. VII, 332-337.</p>
+<p class="i2">Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France.</p>
+<p class="i2">346-347.</p>
+<p class="i2">État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv.</p>
+<p class="i2">Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. <i>Brumaire</i>. )</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives</p>
+<p class="i2">dans le midi de la France. VII, 178-182 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare la royauté abolie en France. 25.</p>
+<p class="i2">Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46.</p>
+<p class="i2">Se partage en divers comités. 52-53.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les</p>
+<p class="i2">formes du jugement de Louis XVI. 107-108.</p>
+<p class="i2">Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195.</p>
+<p class="i2">Discussions sur les formes du procès. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+<p class="i2">Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi.</p>
+<p class="i2">247-248-256.</p>
+<p class="i2">Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258.</p>
+<p class="i2">Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend divers décrets. 333-334.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343.</p>
+<p class="i2">Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et</p>
+<p class="i2">extérieure. IV, 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la</p>
+<p class="i2">famille d'Orléans. 38-39.</p>
+<p class="i2">Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes</p>
+<p class="i2">de la commune. 61 et suiv.</p>
+<p class="i2">Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et</p>
+<p class="i2">de Lyon. 108-109.</p>
+<p class="i2">Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle nomme une commission de douze membres pour observer les</p>
+<p class="i2">actes de la commune et protéger la représentation nationale. 114.</p>
+<p class="i2">Cette commission informe contre la commune et fait quelques</p>
+<p class="i2">arrestations. 122-125.</p>
+<p class="i2">Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions</p>
+<p class="i2">des sections armées. 128 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.</p>
+<p class="i2">Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137.</p>
+<p class="i2">Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le</p>
+<p class="i2">3l mai. 164.</p>
+<p class="i2">Courte séance du 1er juin. 173.</p>
+<p class="i2">Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.</p>
+<p class="i2">Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177.</p>
+<p class="i2">Plusieurs députés sont maltraités. 180.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182.</p>
+<p class="i2">Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183.</p>
+<p class="i2">Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194.</p>
+<p class="i2">Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205.</p>
+<p class="i2">Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les</p>
+<p class="i2">fédéralistes. 240-241.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243.</p>
+<p class="i2">Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et</p>
+<p class="i2">les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la levée en masse. 261-262.</p>
+<p class="i2">Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les</p>
+<p class="i2">Bourbons. 288-391-394-395.</p>
+<p class="i2">Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.</p>
+<p class="i2">394.</p>
+<p class="i2">Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96.</p>
+<p class="i2">Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité</p>
+<p class="i2">de salut public. 113-122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les</p>
+<p class="i2">menacent. 158-160.</p>
+<p class="i2">Séance du 9 thermidor. 203-211.</p>
+<p class="i2">Suite de la séance. 217 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapport de la loi du 22 prairial. 240.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de</p>
+<p class="i2">Versailles). 281 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la</p>
+<p class="i2">république. 291-292.</p>
+<p class="i2">Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv.</p>
+<p class="i2">Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv.</p>
+<p class="i2">Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357.</p>
+<p class="i2">Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien</p>
+<p class="i2">gouvernement. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à</p>
+<p class="i2">l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la</p>
+<p class="i2">convention. 371-372.</p>
+<p class="i2">Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.</p>
+<p class="i2">376 et suiv.</p>
+<p class="i2">Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794,</p>
+<p class="i2">383-386 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente</p>
+<p class="i2">à ce sujet. VII, 77 et suiv.</p>
+<p class="i2">Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens</p>
+<p class="i2">membres du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en</p>
+<p class="i2">demandant du pain. 102 et suiv.</p>
+<p class="i2">Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de</p>
+<p class="i2">déportation contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc.</p>
+<p class="i2">Désarmement des patriotes. 108-116 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste</p>
+<p class="i2">amenée par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes</p>
+<p class="i2">diverses, etc. (Voy. <i>Prairial</i>.) Elle ordonne l'arrestation de</p>
+<p class="i2">plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337.</p>
+<p class="i2">Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau</p>
+<p class="i2">corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix.</p>
+<p class="i2">338. (Voy. <i>Décrets</i>.)</p>
+<p class="i2">Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour</p>
+<p class="i2">l'élection des nouveaux représentans. 347.</p>
+<p class="i2">Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les</p>
+<p class="i2">sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.</p>
+<p class="i2">Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13</p>
+<p class="i2">vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée.</p>
+<p class="i2">379-385.</p>
+<p class="i2">Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions.</p>
+<p class="i2">385-388.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son</p>
+<p class="i2">enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262.</p>
+<p class="i2">Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des</p>
+<p class="i2">anarchistes. 262.</p>
+<p class="i2">Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.</p>
+<p class="i2">On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à</p>
+<p class="i2">Barbaroux. Son supplice. 269-272.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des</p>
+<p class="i2">jacobins. II, 14.</p>
+<p class="i2">Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en</p>
+<p class="i2">Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées.</p>
+<p class="i2">VII, 34-35.</p>
+<p class="i2">Ses intrigues politiques. 225 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la</p>
+<p class="i2">paix. Son entrée à Rennes. 159-161.</p>
+<p class="i2">Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.</p>
+<p class="i2">Est déporté. VIII, 51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les</p>
+<p class="i2">élections de l'an V. IX, 153 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient</p>
+<p class="i2">dans l'assemblée législative. II, 10-11.</p>
+<p class="i2">Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur</p>
+<p class="i2">ouverture au 1er mai 1789. I. 23.</p>
+<p class="i2">Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.</p>
+<p class="i2">Projette de conduire le roi à Metz. 159.</p>
+<p class="i2">Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses plans de contre-révolution. 206-207.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182.</p>
+<p class="i2">Est nommé membre du comité de salut public. 296.</p>
+<p class="i2">Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations</p>
+<p class="i2">contre Lyon. V, 85.</p>
+<p class="i2">Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv.</p>
+<p class="i2">S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.</p>
+<p class="i2">Défend à la tribune les actes du comité. 125.</p>
+<p class="i2">Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre</p>
+<p class="i2">de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre</p>
+<p class="i2">soixante membres de la Convention. 133-134.</p>
+<p class="i2">Ses paroles aux Jacobins. 185.</p>
+<p class="i2">Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par</p>
+<p class="i2">Robespierre, le 8 thermidor. 194.</p>
+<p class="i2">Sa proposition aux Jacobins. 198.</p>
+<p class="i2">Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210.</p>
+<p class="i2">Est mis hors la loi avec ses complices. 219.</p>
+<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la <i>Raison</i> est</p>
+<p class="i2">institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.</p>
+<p class="i2">La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la <i>Raison</i></p>
+<p class="i2">est aboli. 230.</p>
+<p class="i2">Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion.</p>
+<p class="i2">Réflexions à ce sujet. VI, 17-21.</p>
+<p class="i2">Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv.</p>
+<p class="i2">La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103.</p>
+<p class="i2">Il est battu en mai 93. 220-221.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V,</p>
+<p class="i2">69-72-77-78.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après</p>
+<p class="i2">la défection de Dumouriez. IV, 43-44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.</p>
+<p class="i2">Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.</p>
+<p class="i2">Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235.</p>
+<p class="i2">Il est un des acteurs du 10 août. 262.</p>
+<p class="i2">Est nommé ministre de la justice. 264.</p>
+<p class="i2">Exposition de ses plans après le 10 août. 273.</p>
+<p class="i2">Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris.</p>
+<p class="i2">303 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304.</p>
+<p class="i2">Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses</p>
+<p class="i2">ennemis. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Il veut faire peur aux royalistes. 309.</p>
+<p class="i2">A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on</p>
+<p class="i2">sonnera le tocsin. 312-313.</p>
+<p class="i2">Il est nommé député à la Convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Fait diverses motions à la convention. 32-33.</p>
+<p class="i2">Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus</p>
+<p class="i2">pris dans le sein de la convention. 50.</p>
+<p class="i2">Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330.</p>
+<p class="i2">Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22.</p>
+<p class="i2">Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris,</p>
+<p class="i2">l'autre pour la Vendée. 99.</p>
+<p class="i2">On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins.</p>
+<p class="i2">Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa</p>
+<p class="i2">popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv.</p>
+<p class="i2">Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66.</p>
+<p class="i2">Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211.</p>
+<p class="i2">Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.</p>
+<p class="i2">Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public.</p>
+<p class="i2">383-386.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389.</p>
+<p class="i2">Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis</p>
+<p class="i2">prisonniers. 394 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès et sa mort. 394-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354.</p>
+<p class="i2">Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. VII, 235.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre</p>
+<p class="i2">la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à</p>
+<p class="i2">Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190.</p>
+<p class="i2">Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du</p>
+<p class="i2">camp de 20,000 hommes. II, 156.</p>
+<p class="i2">Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les</p>
+<p class="i2">divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95.</p>
+<p class="i2">Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après</p>
+<p class="i2">le 31 mai. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223.</p>
+<p class="i2">Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des</p>
+<p class="i2">fédéralistes. 246-249.</p>
+<p class="i2">Ils sont presque tous soumis. 259-260.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la</p>
+<p class="i2">convention. III, 9-10.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se</p>
+<p class="i2">répandent dans les départemens. IV, 198-199.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220.</p>
+<p class="i2">Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.</p>
+<p class="i2">Son influence au Palais-Royal. 144-145.</p>
+<p class="i2">Il présente une pétition très hardie. II, 31.</p>
+<p class="i2">Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9.</p>
+<p class="i2">Passe pour un modéré. IV, 286.</p>
+<p class="i2">Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la</p>
+<p class="i2">défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde.</p>
+<p class="i2">287-288.</p>
+<p class="i2">Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229.</p>
+<p class="i2">Il fait son journal, <i>le Vieux Cordelier</i>. 307-308.</p>
+<p class="i2">Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv.</p>
+<p class="i2">Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 388-389.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15.</p>
+<p class="i2">Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à</p>
+<p class="i2">restreindre sa juridiction, 19-20.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté en plein parlement. 22.</p>
+<p class="i2">Il propose de faire décréter le tiers-état. 70.</p>
+<p class="i2">Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son</p>
+<p class="i2">caractère. Sa lettre à la reine. I, 160.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est </p>
+<p class="i2">décrété par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DILLON. Son projet de retraite. II, 341.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv.</p>
+<p class="i2">L'abolition est décrétée. 132.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII,</p>
+<p class="i2">335.</p>
+<p class="i2">Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11.</p>
+<p class="i2">Situation dangereuse du directoire au commencement de son</p>
+<p class="i2">administration. 12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs</p>
+<p class="i2">financiers. 13-15 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.</p>
+<p class="i2">Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le</p>
+<p class="i2">partagent. 48 et suiv.</p>
+<p class="i2">Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses plans militaires. 123 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite. 356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359.</p>
+<p class="i2">Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390.</p>
+<p class="i2">Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.</p>
+<p class="i2">Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour</p>
+<p class="i2">l'an V. 150-151 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte</p>
+<p class="i2">le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte</p>
+<p class="i2">d'Entraigues. 182-183 et suiv.</p>
+<p class="i2">Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux</p>
+<p class="i2">des conseils. 184 et suiv.</p>
+<p class="i2">Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution</p>
+<p class="i2">de faire un coup d'état. 185-188 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.</p>
+<p class="i2">188 et suiv.; dans les armées. 190.</p>
+<p class="i2">Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de celle du Rhin 194 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.</p>
+<p class="i2">Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet</p>
+<p class="i2">de la réorganisation du ministère. 200 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations</p>
+<p class="i2">commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des</p>
+<p class="i2">mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv.</p>
+<p class="i2">Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet</p>
+<p class="i2">de la marche de Hoche. 250 et suiv.</p>
+<p class="i2">Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18</p>
+<p class="i2">fructidor. 270-272 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le</p>
+<p class="i2">résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv.</p>
+<p class="i2">Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une</p>
+<p class="i2">puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux</p>
+<p class="i2">directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.</p>
+<p class="i2">Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.</p>
+<p class="i2">Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en</p>
+<p class="i2">Suisse. 393 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques</p>
+<p class="i2">italiennes. X, 87-88 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez</p>
+<p class="i2"><i>Conscription.</i>)</p>
+<p class="i2">Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en</p>
+<p class="i2">Italie. 126 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Généraux qu'il nomme. 138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759.</p>
+<p class="i2">Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187.</p>
+<p class="i2">Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie.</p>
+<p class="i2">(An VII.) 220 et suiv.</p>
+<p class="i2">Division entre les directeurs. 223-224.</p>
+<p class="i2">Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.</p>
+<p class="i2">Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238.</p>
+<p class="i2">Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses premiers actes. 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.</p>
+<p class="i2">245-250.</p>
+<p class="i2">Ses plans de guerre. 251 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa lutte avec les patriotes. (Voyez <i>Patriotes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166.</p>
+<p class="i2">Après la seconde loi du <i>maximum</i> la disette continue. Mesures</p>
+<p class="i2">que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv.</p>
+<p class="i2">Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage</p>
+<p class="i2">manquent à Paris. VII, 51 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 73 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et</p>
+<p class="i2">soulèvemens populaires. 79 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DIX AOÛT. II, 234 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.</p>
+<p class="i2">Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur</p>
+<p class="i2">abolition. 128-129.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à</p>
+<p class="i2">Varennes. I. 285-286.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre.</p>
+<p class="i2">X, 281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le</p>
+<p class="i2">bannissement. III, 254.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre.</p>
+<p class="i2">II, 58 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.</p>
+<p class="i2">Extrait de ses mémoires, <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations.</p>
+<p class="i2">82-85.</p>
+<p class="i2">Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91.</p>
+<p class="i2">Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission. 105-106.</p>
+<p class="i2">Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291.</p>
+<p class="i2">Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la</p>
+<p class="i2">France. 345 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne.</p>
+<p class="i2">356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il écrit à l'assemblée nationale. 359.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376.</p>
+<p class="i2">Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.</p>
+<p class="i2">Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79.</p>
+<p class="i2">Repart pour l'armée. 81.</p>
+<p class="i2">Ses plans militaires. 109 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.</p>
+<p class="i2">Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.</p>
+<p class="i2">Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.</p>
+<p class="i2">134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le</p>
+<p class="i2">gouvernement. 328-329.</p>
+<p class="i2">Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes</p>
+<p class="i2">militaires. IV, 2.</p>
+<p class="i2">Il négocie avec l'ennemi. 13.</p>
+<p class="i2">Ses projets politiques. 14-16.</p>
+<p class="i2">Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est mandé à la barre de la convention. 31.</p>
+<p class="i2">Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.</p>
+<p class="i2">Plusieurs de ses projets échouent. 33.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35.</p>
+<p class="i2">Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37.</p>
+<p class="i2">Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.</p>
+<p class="i2">Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUPORT. Son caractère. I, 15.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>DUVERNE DE PRESLE. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.</p>
+<p class="i2"> Ses paroles sur l'échafaud. 270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au</p>
+<p class="i2">directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419.</p>
+<p class="i2">État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3.</p>
+<p class="i2">Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.</p>
+<p class="i2">Entrée à Alexandrie. 12-13.</p>
+<p class="i2">Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22.</p>
+<p class="i2">Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des</p>
+<p class="i2">soldats.</p>
+<p class="i2">Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de</p>
+<p class="i2">l'ennemi près du Caire. 28-31-36.</p>
+<p class="i2">Bataille des Pyramides. 36-41.</p>
+<p class="i2">Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50.</p>
+<p class="i2">Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman.</p>
+<p class="i2">286-288.</p>
+<p class="i2">Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.</p>
+<p class="i2">290-291 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du</p>
+<p class="i2">Mont-Thabor. 292-297.</p>
+<p class="i2">Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90.</p>
+<p class="i2">Il est tué à Cholet. V, 121-124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.</p>
+<p class="i2">I, 87.</p>
+<p class="i2">Ordonnent la convocation des districts. 88.</p>
+<p class="i2">Composent une municipalité. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.</p>
+<p class="i2">Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.</p>
+<p class="i2">Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37.</p>
+<p class="i2">Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192.</p>
+<p class="i2">&mdash;Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la</p>
+<p class="i4">convention. III, 8 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,</p>
+<p class="i4">33-36.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an V. 146 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an VI. 404 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;De l'an VII. X, 183.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264.</p>
+<p class="i2">Loi portée sur l'émigration. 268-269.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable.</p>
+<p class="i2">I, 178.</p>
+<p class="i2">Ils lèvent des corps au nom du roi. 295.</p>
+<p class="i2">Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence</p>
+<p class="i2">avec la cour. II, 20-21 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv.</p>
+<p class="i2">Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux</p>
+<p class="i2">biens des émigrés. VIII, 89-90</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode</p>
+<p class="i2">de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est fermé, 401.</p>
+<p class="i2">Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X,</p>
+<p class="i2">246.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319.</p>
+<p class="i2">Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14.</p>
+<p class="i2">Renvoyés à cinq ans. 17.</p>
+<p class="i2">Convoqués. 23.</p>
+<p class="i2">Leur ouverture. 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et</p>
+<p class="i2">détails. VI, 115-118.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ETTLINGEN. (Voy. <i>Rastadt</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances</p>
+<p class="i2">étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après</p>
+<p class="i2">la fuite du roi à Varennes. 295-296.</p>
+<p class="i2">&mdash;Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II,</p>
+<p class="i4">18-19.</p>
+<p class="i2">&mdash;Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10</p>
+<p class="i4">août. II, 292 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271</p>
+<p class="i4">et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122</p>
+<p class="i4">et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle</p>
+<p class="i4">coalition contre la France. X, 62 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.</p>
+<p class="i2">Il s'y tient une assemblée. 138.</p>
+<p class="i2">On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des</p>
+<p class="i2">moyens de salut public. 139.</p>
+<p class="i2">On y délibère sur une insurrection. 141-142.</p>
+<p class="i2">Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145.</p>
+<p class="i2">Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI,</p>
+<p class="i2">134-138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commandées à Nantes par Carrier. 144-148;</p>
+<p class="i2">à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras</p>
+<p class="i2">et Maignet. 148-149;</p>
+<p class="i2">dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ressentiment et indignation que la <i>terreur</i> fait naître. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre</p>
+<p class="i2">l'assemblée.</p>
+<p class="i2">Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la</p>
+<p class="i2">municipalité. I, 234.</p>
+<p class="i2">La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.</p>
+<p class="i2">Description de la fête. <i>Ibid.</i></p>
+<p class="i2">Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les</p>
+<p class="i2">révoltés du 1er prairial. VII, 209-211.</p>
+<p class="i2">Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet</p>
+<p class="i2">événement. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son</p>
+<p class="i2">éloge est prononcé par Louvet. 236 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.</p>
+<p class="i2">Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14.</p>
+<p class="i2">Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre.</p>
+<p class="i2">IV, 369 et suiv. 383.</p>
+<p class="i2">État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv.</p>
+<p class="i2">État et organisation des finances au commencement de 1794. VI,</p>
+<p class="i2">88-90 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises</p>
+<p class="i2">par la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv.</p>
+<p class="i2">Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions</p>
+<p class="i2">sur diverses questions des finances. 106 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.</p>
+<p class="i2">Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour</p>
+<p class="i2">entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du</p>
+<p class="i2">trésor public. IX, 165 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce</p>
+<p class="i2">projet. Les anciens les rejettent. 172-173.</p>
+<p class="i2">Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor.</p>
+<p class="i2">Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.</p>
+<p class="i2">Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.</p>
+<p class="i2">Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la</p>
+<p class="i2">campagne de 1799. 130-131.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.</p>
+<p class="i2">Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de</p>
+<p class="i2">pistolet. 98-99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la</p>
+<p class="i2">bataille. VI, 169-175 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93.</p>
+<p class="i2">Nommé ministre de la police. 272.</p>
+<p class="i2">Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355.</p>
+<p class="i2">Il tait la conjuration aux directeurs. 359.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de</p>
+<p class="i2">Lafayette. I, 113-114.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI,</p>
+<p class="i2">137-138 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est mis en accusation. 240.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à</p>
+<p class="i2">l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.</p>
+<p class="i2">Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123.</p>
+<p class="i2">État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des esprits et situation politique au commencement de l'année</p>
+<p class="i2">1790. 192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.</p>
+<p class="i2">Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.</p>
+<p class="i2">État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la</p>
+<p class="i2">retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens.</p>
+<p class="i2">IX, 270-287.</p>
+<p class="i2">Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.</p>
+<p class="i2">Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280.</p>
+<p class="i2">Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que</p>
+<p class="i2">demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés</p>
+<p class="i2">à la déportation. 280-288.</p>
+<p class="i2">Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son</p>
+<p class="i2">discours IV, 130 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à</p>
+<p class="i2">Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa</p>
+<p class="i2">destination. III, 6-7.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde</p>
+<p class="i2">nationale, et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.</p>
+<p class="i2">Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la</p>
+<p class="i2">garde nationale. IX, 276 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de</p>
+<p class="i2">l'Ouest. II, 26-27.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GEORGES (Saint-). Voy <i>Bassano</i>.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la</p>
+<p class="i2">seule religion de l'État. I, 208.</p>
+<p class="i2">Il retire sa proposition. 209.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en</p>
+<p class="i2">sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII,</p>
+<p class="i2">106-124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative.</p>
+<p class="i2">II, 11-13.</p>
+<p class="i2">Ils dominent dans le ministère. 62-82.</p>
+<p class="i2">Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur position à la convention. III, 19 et suiv.</p>
+<p class="i2">Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.</p>
+<p class="i2">Essai de rapprochement et rupture. 21-22.</p>
+<p class="i2">Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147.</p>
+<p class="i2">Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.</p>
+<p class="i2">Sont mis en état d'arrestation. 189-190.</p>
+<p class="i2">Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres</p>
+<p class="i2">sont mis en état d'arrestation. V, 78-79.</p>
+<p class="i2">Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la</p>
+<p class="i2">parole. 152-163.</p>
+<p class="i2">Ils sont condamnés et exécutés. 164-167.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232.</p>
+<p class="i2">Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338.</p>
+<p class="i2">Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338.</p>
+<p class="i2">Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346.</p>
+<p class="i2">Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a</p>
+<p class="i2">pas l'âge nécessaire. 348.</p>
+<p class="i2">Altercation avec Bonaparte. 371-372.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GORSAS. Son arrestation. III, 305.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires.</p>
+<p class="i2">V, 128 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93.</p>
+<p class="i2">Ses avantages financiers. IV, 371 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290.</p>
+<p> Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment.</p>
+<p class="i2">IV, 109-110.</p>
+<p class="i2">Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la</p>
+<p class="i2">convention à Bourges. 112-113.</p>
+<p class="i2">Son courage à la convention le 31 mai. 157-158.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78.</p>
+<p class="i2">Échec du général Rochambeau. 78 et suiv.</p>
+<p class="i2">État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.</p>
+<p class="i2">IV, 103 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de l'armée du Nord: <i>ibid.</i>;</p>
+<p class="i2">de l'armée de la Moselle: 218;</p>
+<p class="i2">du Rhin: <i>ibid.</i>;</p>
+<p class="i2">d'Italie: 223-224;</p>
+<p class="i2">des Pyrénées: 226 et suiv.;</p>
+<p class="i2">de la Vendée. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.</p>
+<p class="i2">Siége de Mayence. 309-320.</p>
+<p class="i2">Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323.</p>
+<p class="i2">Le camp de César est évacué par les Français. 351-352.</p>
+<p class="i2">Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de l'armée du Rhin. 3-6.</p>
+<p class="i2">Commencement du siége de Lyon 6-10.</p>
+<p class="i2">Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire de Hondschoote. 24-25.</p>
+<p class="i2">Revers dans le Nord. 27-29.</p>
+<p class="i2">Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv.</p>
+<p class="i2">Organisation de l'armée de l'Ouest. 68.</p>
+<p class="i2">L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87.</p>
+<p class="i2">Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107.</p>
+<p class="i2">Victoire de Wattignies. 108-109.</p>
+<p class="i2">Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.</p>
+<p class="i2">Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont</p>
+<p class="i2">chassés des frontières. 146-251.</p>
+<p class="i2">Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits.</p>
+<p class="i2">292 et suiv.</p>
+<p class="i2">Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et</p>
+<p class="i2">l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49.</p>
+<p class="i2">Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56:</p>
+<p class="i2">aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;</p>
+<p class="i2">au Nord. 60-73.</p>
+<p class="i2">Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;</p>
+<p class="i2">en Vendée: 74 et suiv.;</p>
+<p class="i2">en Bretagne contre les chouans: 75-76;</p>
+<p class="i2">aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau</p>
+<p class="i2"><i>le Vengeur</i>. 78-82.</p>
+<p class="i2">Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv.</p>
+<p class="i2">Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille.</p>
+<p class="i2">169-175.</p>
+<p class="i2">Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.</p>
+<p class="i2">Mouvemens de l'armée du Nord.</p>
+<p class="i2">Bataille de l'Ourthe. 306-308.</p>
+<p class="i2">Bataille de la Roër. 309 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin,</p>
+<p class="i2">commandées par Michaud. 317-318.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue.</p>
+<p class="i2">VII, 1-7.</p>
+<p class="i2">Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv.</p>
+<p class="i2">Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout</p>
+<p class="i2">le pays. 20 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux</p>
+<p class="i2">Pyrénées. 27-29.</p>
+<p class="i2">État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv.</p>
+<p class="i2">Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le</p>
+<p class="i2">Nord. 253-254.</p>
+<p class="i2">Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.</p>
+<p class="i2">Position militaire en Espagne. 257.</p>
+<p class="i2">Expédition de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>). 269-311.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.</p>
+<p class="i2">Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378.</p>
+<p class="i2">Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.</p>
+<p class="i2">Perte des lignes de Mayence. 20-22.</p>
+<p class="i2">Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin</p>
+<p class="i2">de l'an IV. 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails de la bataille de Loano. 58-61.</p>
+<p class="i2">Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1795. 76.</p>
+<p class="i2">Campagne de 1796. 140-241-278-326.</p>
+<p class="i2">État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796.</p>
+<p class="i2">141 et suiv.</p>
+<p class="i2">Conquête du Piémont. 141-161.</p>
+<p class="i2">Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de Lodi. 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Mincio. 198-200.</p>
+<p class="i2">Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241.</p>
+<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272.</p>
+<p class="i2">Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279.</p>
+<p class="i2">Bataille de Lonato. 283-286.</p>
+<p class="i2">Bataille de Castiglione. 288 et suiv.</p>
+<p class="i2">Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p>
+<p class="i2">L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.</p>
+<p class="i2">Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de</p>
+<p class="i2">Saint-Georges. 308-312-315.</p>
+<p class="i2">Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.</p>
+<p class="i2">Retraite. 316-317 et suiv.</p>
+<p class="i2">Retraite de Moreau. 321-326.</p>
+<p class="i2">Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole.</p>
+<p class="i2">355-364-367-370-395.</p>
+<p class="i2">Expédition d'Irlande. 379.</p>
+<p class="i2">Reddition du fort de Kelb. 404.</p>
+<p class="i2">Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv.</p>
+<p class="i2">Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.</p>
+<p class="i2">411-414-423.</p>
+<p class="i2">Bataille devant Mantoue ou de la <i>Favorite</i>. 424-425.</p>
+<p class="i2">Prise de Mantoue. 425 et suiv.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.</p>
+<p class="i2">Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de </p>
+<p class="i2">Sambre-et-Meuse: IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47.</p>
+<p class="i2">L'armée d'Italie est renforcée. 47-48.</p>
+<p class="i2">Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.</p>
+<p class="i2">Combat de Tarwis. 68-72.</p>
+<p class="i2">Marche sur Vienne. 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103.</p>
+<p class="i2">L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une</p>
+<p class="i2">seule, et le commandement en est donné à Hoche. 298.</p>
+<p class="i2">Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.</p>
+<p class="i2">Expédition d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>). Reprise des hostilités en</p>
+<p class="i2">l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres de Championnet. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+<p class="i2">Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.</p>
+<p class="i2">Conquête du royaume de Naples. 113-119.</p>
+<p class="i2">Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre.</p>
+<p class="i2">122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.</p>
+<p class="i2">Invasion des Grisons par Masséna. 144-145.</p>
+<p class="i2">Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.</p>
+<p class="i2">Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières</p>
+<p class="i2">opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166.</p>
+<p class="i2">Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167.</p>
+<p class="i2">Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie,</p>
+<p class="i2">et occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de</p>
+<p class="i2">Cassano. 195-197.</p>
+<p class="i2">Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette</p>
+<p class="i2">belle opération. 197-204.</p>
+<p class="i2">Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.</p>
+<p class="i2">Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les</p>
+<p class="i2">Grandes-Alpes (juillet 1799). 253-254.</p>
+<p class="i2">Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.</p>
+<p class="i2">Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses</p>
+<p class="i2">forces. Bataille de Novi. 256-265.</p>
+<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune.</p>
+<p class="i2">266-268.</p>
+<p class="i2">Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en</p>
+<p class="i2">Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.</p>
+<p class="i2">Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.</p>
+<p class="i2">Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.</p>
+<p class="i2">Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126.</p>
+<p class="i2">Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-377-378-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V.</p>
+<p class="i2">301-324-379-416.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv.</p>
+<p class="i2">Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv.</p>
+<p class="i2">Procès et supplice des principaux chefs. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HELVÉTIQUE (République). (Voy. <i>Suisse</i>).</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,</p>
+<p class="i2">148.</p>
+<p class="i2">Fait tirer le canon d'alarme. 150.</p>
+<p class="i2">Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394.</p>
+<p class="i2"> Son procès et sa mort. 398-412.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150.</p>
+<p class="i2">Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. <i>Ibid.</i> et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97.</p>
+<p class="i2">Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle.</p>
+<p class="i2">249.</p>
+<p class="i2">Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison</p>
+<p class="i2">par ordre de Saint-Just. VI, 60.</p>
+<p class="i2">Est élargi. 243.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour</p>
+<p class="i2">s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan.</p>
+<p class="i2">68-69 et suiv.</p>
+<p class="i2">Exécution de ses projets. 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126.</p>
+<p class="i2">Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à</p>
+<p class="i2">les exécuter. 126-127 et suiv.</p>
+<p class="i2">Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises.</p>
+<p class="i2">138-139.</p>
+<p class="i2">Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur</p>
+<p class="i2">lui et sur Bonaparte. 244-247.</p>
+<p class="i2">Conseille une expédition en Irlande. 265.</p>
+<p class="i2">Son expédition en Irlande. 390-395.</p>
+<p class="i2">Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission</p>
+<p class="i2">de Jourdan. 404.</p>
+<p class="i2">Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras</p>
+<p class="i2">s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de</p>
+<p class="i2">ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet.</p>
+<p class="i2">196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209.</p>
+<p class="i2">Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le</p>
+<p class="i2">même objet. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. <i>Quiberon</i>).</p>
+<p class="i2">Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23.</p>
+<p class="i2">Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la</p>
+<p class="i2">Hollande. 24 et suiv.</p>
+<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du</p>
+<p class="i2">traité. 130-133.</p>
+<p class="i2">Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.</p>
+<p class="i2">Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à</p>
+<p class="i2">la constitution française. 372-375.</p>
+<p class="i2">Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.</p>
+<p class="i2">Débarquement des Anglo-Russes. 266-267.</p>
+<p class="i2">Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays.</p>
+<p class="i2">330-331.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la</p>
+<p class="i2">précédèrent. V. 24-26.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78.</p>
+<p class="i2">Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90.</p>
+<p class="i2">Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.</p>
+<p class="i2">Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109.</p>
+<p class="i2">Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de</p>
+<p class="i2">piques. 165.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSTITUT d'Égypte. (Voy. <i>Égypte</i>).</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232.</p>
+<p class="i2">Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145.</p>
+<p class="i2">Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,</p>
+<p class="i2">176-180-183-184.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395.</p>
+<p class="i2">Léger échec des Français en Irlande. X, 102.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux</p>
+<p class="i2">émigrés. II, 34-36.</p>
+<p class="i2">Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque</p>
+<p class="i2">de la conquête par les Français. VIII, 161-169.</p>
+<p class="i2">Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la</p>
+<p class="i2">Lombardie. 209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv.</p>
+<p class="i2">Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des</p>
+<p class="i2">Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.</p>
+<p class="i2">La révolution se propage après les préliminaires de Léoben.</p>
+<p class="i2">Soulèvement à Gènes. 134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline.</p>
+<p class="i2">314-318-321.</p>
+<p class="i2">Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv.</p>
+<p class="i2">Révolution à Rome, 381-388.</p>
+<p class="i2">Conquête de Naples. (Voy. <i>Naples</i>.) Désordres des républiques</p>
+<p class="i2">italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X,</p>
+<p class="i2">83-89-94.</p>
+<p class="i2">Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Révolution du Piémont. 119 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.</p>
+<p class="i2">Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi.</p>
+<p class="i2">302.</p>
+<p class="i2">Organisation du club de ce nom. II, 13.</p>
+<p class="i2">Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les</p>
+<p class="i2">projets de guerre. 47-48.</p>
+<p class="i2">Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur puissance après le 10 août. 272-274.</p>
+<p class="i2">Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à</p>
+<p class="i2">la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III,</p>
+<p class="i2">70-73.</p>
+<p class="i2">Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à</p>
+<p class="i2">la convention. 91 et suiv.</p>
+<p class="i2">Font divers projets pour remédier à la disette. 310.</p>
+<p class="i2">Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16.</p>
+<p class="i2">Une populace armée se présente à ce club. 341-342.</p>
+<p class="i2">Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures</p>
+<p class="i2">qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.</p>
+<p class="i2">Leur rôle après le 31 mai. 279 280.</p>
+<p class="i2">Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de</p>
+<p class="i2">salut public. 293-296.</p>
+<p class="i2">Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des</p>
+<p class="i2">départemens. Discours de Robespierre. 348-349.</p>
+<p class="i2">Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée.</p>
+<p class="i2">V, 221-222.</p>
+<p class="i2">Plusieurs membres sont exclus. 228-229.</p>
+<p class="i2">Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur</p>
+<p class="i2">Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.</p>
+<p class="i2">Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les</p>
+<p class="i2">comités. 185 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363.</p>
+<p class="i2">Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor.</p>
+<p class="i2">335 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les</p>
+<p class="i2">sociétés populaires. 258-259.</p>
+<p class="i2">Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier.</p>
+<p class="i2">374-375 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes</p>
+<p class="i2">violentes dans Paris. 383 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral.</p>
+<p class="i2">390-391. (Voy. <i>Club électoral</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est</p>
+<p class="i2">instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an</p>
+<p class="i2">IV. VIII, 92-93.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport.</p>
+<p class="i2">III, 114 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances</p>
+<p class="i2">de l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de</p>
+<p class="i2">Paume prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement</p>
+<p class="i2">d'une constitution. I, 62-63.</p>
+<p class="i2">On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes.</p>
+<p class="i2">IX, 162 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée</p>
+<p class="i2">d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.</p>
+<p class="i2">Est tué à la bataille de Novi. 260.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos</p>
+<p class="i2">des hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97.</p>
+<p class="i2">Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv.</p>
+<p class="i2">Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.</p>
+<p class="i2">VIII, 221 et suiv.</p>
+<p class="i2">Passe le Rhin. 228-238 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.</p>
+<p class="i2">Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.</p>
+<p class="i2">Nommé député en l'an V. IX, 147-148.</p>
+<p class="i2">Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor</p>
+<p class="i2">an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont</p>
+<p class="i2">publiés au commencement du directoire. VIII, 54.</p>
+<p class="i2">Licence des journalistes., VIII, 396-397.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de</p>
+<p class="i2">Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse.</p>
+<p class="i2">I, 87.</p>
+<p class="i2">Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. <i>Ibid</i>. Le</p>
+<p class="i2">peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et</p>
+<p class="i2">prend des armes au Garde-Meuble. 89.</p>
+<p class="i2">Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.</p>
+<p class="i2">Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la</p>
+<p class="i2">Bastille. 95-96.</p>
+<p class="i2">Suites de ces journées. 98-99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140.</p>
+<p class="i2">Suites de cette journée. 141 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KAIRE (Le). (Voy. <i>Égypte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas</p>
+<p class="i2">s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés,</p>
+<p class="i2">trouvée dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et</p>
+<p class="i2">échoue. VI, 96-98.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante.</p>
+<p class="i2">I, 92.</p>
+<p class="i2">Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.</p>
+<p class="i2">Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114.</p>
+<p class="i2">Déclaration des droits. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Traité de Cromwell. 144.</p>
+<p class="i2">Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172.</p>
+<p class="i2">Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour</p>
+<p class="i2">contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses</p>
+<p class="i2">mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.</p>
+<p class="i2">172 et suiv.</p>
+<p class="i2">Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple.</p>
+<p class="i2">175 et suiv. (Voy. <i>Versailles</i>.)</p>
+<p class="i2">Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans</p>
+<p class="i2">à quitter Paris. 179-180.</p>
+<p class="i2">Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie.</p>
+<p class="i2">194-195.</p>
+<p class="i2">Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au</p>
+<p class="i2">parti populaire. 199.</p>
+<p class="i2">Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les</p>
+<p class="i2">affaires de la révolution. 219-220.</p>
+<p class="i2">Comprime diverses émeutes. 267-268.</p>
+<p class="i2">Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.</p>
+<p class="i2">Prend le commandement de l'armée du Centre. 44.</p>
+<p class="i2">Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77.</p>
+<p class="i2">Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv.</p>
+<p class="i2">S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi</p>
+<p class="i2">échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose au roi un projet de fuite. 206.</p>
+<p class="i2">Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231.</p>
+<p class="i2">Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande</p>
+<p class="i2">son accusation. Ses projets. 286-287.</p>
+<p class="i2">Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287.</p>
+<p class="i2">Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est</p>
+<p class="i2">fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.</p>
+<p class="i2">Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de</p>
+<p class="i2">Campo-Formio. IX, 334.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport.</p>
+<p class="i2">I, 117.</p>
+<p class="i2">Ils s'entendent avec la cour. I. 293.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. Motion de ce député. II, 173-174.</p>
+<p class="i2">Effet produit par cette motion. 175.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze</p>
+<p class="i2">est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de</p>
+<p class="i2">prairial an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.</p>
+<p class="i2">(Voy. <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. <i>Royalistes</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des</p>
+<p class="i2">anciens comités. VI, 281 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13</p>
+<p class="i2">vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville.</p>
+<p class="i2">Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III,</p>
+<p class="i2">265-266.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91.</p>
+<p class="i2">Il est tué dans un combat. V, 123.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6.</p>
+<p class="i2">Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362.</p>
+<p class="i2">Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.</p>
+<p class="i2">L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.</p>
+<p class="i2">Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre,</p>
+<p class="i2">en messidor an V. IX, 235-243.</p>
+<p class="i2">Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la</p>
+<p class="i2">France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les</p>
+<p class="i2">dépenses de Louis XV. I, 230-231.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine.</p>
+<p class="i2">I, 6-7.</p>
+<p class="i2">Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.</p>
+<p class="i2">29 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44.</p>
+<p class="i2">Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les</p>
+<p class="i2">esprits. 65-66.</p>
+<p class="i2">Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66.</p>
+<p class="i2">Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des</p>
+<p class="i2">troupes. 92.</p>
+<p class="i2">Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement</p>
+<p class="i2">des troupes. 95.</p>
+<p class="i2">Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.</p>
+<p class="i2">Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102.</p>
+<p class="i2">Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à</p>
+<p class="i2">l'Hôtel-de-Ville. 105-106.</p>
+<p class="i2">Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127.</p>
+<p class="i2">Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse</p>
+<p class="i2">de promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des</p>
+<p class="i2">droits. 167.</p>
+<p class="i2">Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des</p>
+<p class="i2">droits. 171.</p>
+<p class="i2">Revient à Paris. 177.</p>
+<p class="i2">Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est</p>
+<p class="i2">reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231.</p>
+<p class="i2">Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de</p>
+<p class="i2">maintenir la constitution. 240-241.</p>
+<p class="i2">Frappé du sort de Charles Ier. 252.</p>
+<p class="i2">Ses projets de fuite. 266.</p>
+<p class="i2">Le peuple arrête sa voiture. 276-277.</p>
+<p class="i2">Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.</p>
+<p class="i2">Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv.</p>
+<p class="i2">Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293.</p>
+<p class="i2">Il accepte la constitution. 307.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial.</p>
+<p class="i2">II, 17.</p>
+<p class="i2">Appose son <i>veto</i> à un décret contre les émigrés. 24.</p>
+<p class="i2">Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26.</p>
+<p class="i2">Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre</p>
+<p class="i2">l'émigration. 37 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi.</p>
+<p class="i2">57.</p>
+<p class="i2">Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui</p>
+<p class="i2">contre les prêtres. 105.</p>
+<p class="i2">Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.</p>
+<p class="i2">Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au</p>
+<p class="i2">peuple. 135 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176.</p>
+<p class="i2">Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187.</p>
+<p class="i2">Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230.</p>
+<p class="i2">Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée.</p>
+<p class="i2">251.</p>
+<p class="i2">Est suspendu de la royauté. 257.</p>
+<p class="i2">Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268.</p>
+<p class="i2">Est transporté au Temple avec la famille royale. 278.</p>
+<p class="i2">On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">L'éducation de son fils. 154.</p>
+<p class="i2">Précautions de la commune. 158-159.</p>
+<p class="i2">Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv.</p>
+<p class="i2">Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.</p>
+<p class="i2">Se choisit des défenseurs. 205 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort. 256.</p>
+<p class="i2">Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOUVET. Rédige <i>la Sentinelle</i>. II, 119.</p>
+<p class="i2">Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV,</p>
+<p class="i2">255-256.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV, 75-76.</p>
+<p class="i2">Combat sanglant dans cette ville. 196-197.</p>
+<p class="i2">Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324.</p>
+<p class="i2">Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret</p>
+<p class="i2">de la convention. V, 7 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le siége se poursuit. 32.</p>
+<p class="i2">Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les promesses de l'émigration. 84.</p>
+<p class="i2">Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer</p>
+<p class="i2">Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91.</p>
+<p class="i2">Suite. Prise de la ville. 91-94.</p>
+<p class="i2">Décret de la convention contre cette ville. 94-95.</p>
+<p class="i2">Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à</p>
+<p class="i2">exécution. 131 et suiv.</p>
+<p class="i2">Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la</p>
+<p class="i2">mitraille pour immoler les proscrits. 132.</p>
+<p class="i2">Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368.</p>
+<p class="i2">Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5</p>
+<p class="i2">floréal an III. VII, 184.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140.</p>
+<p class="i2">Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de</p>
+<p class="i2">l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les</p>
+<p class="i2">craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107.</p>
+<p class="i2">31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2</p>
+<p class="i2">juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. <i>Insurrection</i>.)</p>
+<p class="i2">Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv.</p>
+<p class="i2">Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.</p>
+<p class="i2">Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de</p>
+<p class="i2">femmes furieuses. I, 166.</p>
+<p class="i2">Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le</p>
+<p class="i2">désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169.</p>
+<p class="i2">Principal acteur dans les massacres du 2 septembre.</p>
+<p class="i2">(Voyez <i>Septembre</i>.)</p>
+<p class="i2">Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311.</p>
+<p class="i2">Sa présence à l'Abbaye. 317.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses</p>
+<p class="i2">négociations avec le directoire. VIII, 340-344.</p>
+<p class="i2">Suite de ses négociations. 356 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart</p>
+<p class="i2">pour l'Angleterre. 386-390.</p>
+<p class="i2">Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145.</p>
+<p class="i2">Conférences de Lille. 235-245.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses</p>
+<p class="i2">préparatifs. II, 239.</p>
+<p class="i2">Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242.</p>
+<p class="i2">Tué et jeté à l'eau. 243.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111.</p>
+<p class="i2">Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.</p>
+<p class="i2">Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.</p>
+<p class="i2">Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président</p>
+<p class="i2">de la convention aux Tuileries. III, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277.</p>
+<p class="i2">Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278.</p>
+<p class="i2">Est élu député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il</p>
+<p class="i2">se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44.</p>
+<p class="i2">Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79.</p>
+<p class="i2">Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.</p>
+<p class="i2">209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au</p>
+<p class="i2">peuple parce qu'on le marchande. 210-211.</p>
+<p class="i2">Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317.</p>
+<p class="i2">Se défend dans son journal. 318-320.</p>
+<p class="i2">Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce</p>
+<p class="i2">Fournier. 347.</p>
+<p class="i2">Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.</p>
+<p class="i2">Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à</p>
+<p class="i2">la convention et aux Jacobins. 66-68.</p>
+<p class="i2">Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature.</p>
+<p class="i2">192.</p>
+<p class="i2">Il est assassiné dans son bain. 265.</p>
+<p class="i2">Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273.</p>
+<p class="i2">Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la</p>
+<p class="i2">place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.</p>
+<p class="i2">Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet.</p>
+<p class="i2">59.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287.</p>
+<p class="i2">Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être</p>
+<p class="i2">jugée par le tribunal révolutionnaire. IV, 395.</p>
+<p class="i2">Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.</p>
+<p class="i2">Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149.</p>
+<p class="i2">Réponse admirable à ces accusations. 149.</p>
+<p class="i2">Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143.</p>
+<p class="i2">Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.</p>
+<p class="i2">Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140.</p>
+<p class="i2">Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube.</p>
+<p class="i2">Manière dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit.</p>
+<p class="i2">I, 117.</p>
+<p class="i2">Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv.</p>
+<p class="i2">Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles</p>
+<p class="i2">élections. 210-211.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331;</p>
+<p class="i2">sur toutes les marchandises. 332-385.</p>
+<p class="i2">Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.</p>
+<p class="i2">Effets désastreux du <i>maximum</i>.</p>
+<p class="i2">Détails économiques. VI, 270 et suiv.</p>
+<p class="i2">Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est aboli. VII, 244-248.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.</p>
+<p class="i2">Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable.</p>
+<p class="i2">Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France,</p>
+<p class="i2">et <i>faux Moniteurs</i> que les Prussiens font imprimer. Les Français</p>
+<p class="i2">l'évacuent. 312-320.</p>
+<p class="i2">Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. VII, 355 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209.</p>
+<p class="i2">Est nommé directeur. 294.</p>
+<p class="i2">Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238.</p>
+<p class="i2">(Voy. <i>Larévellière</i> et <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une</p>
+<p class="i2">effervescence universelle. I, 124.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.</p>
+<p class="i2">Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est</p>
+<p class="i2">étouffée. 189-191.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres</p>
+<p class="i2">se retirent successivement. I, 250-251.</p>
+<p class="i2">Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussions parmi les membres du ministère. 53-55.</p>
+<p class="i2">Renouvellement du ministère. 62-63.</p>
+<p class="i2">La division s'y établit. 80 et suiv.</p>
+<p class="i2">Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103.</p>
+<p class="i2">Des ministres feuillans le composent. 106.</p>
+<p class="i2">Sa réorganisation après le 10 août. 263-264.</p>
+<p class="i2">Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284.</p>
+<p class="i2">Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont</p>
+<p class="i2">nommés. VIII, 17.</p>
+<p class="i2">Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent.</p>
+<p class="i2">Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa</p>
+<p class="i2">majorité. IX, 200-211.</p>
+<p class="i2">Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X,</p>
+<p class="i2">347-348.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38.</p>
+<p class="i2">Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49.</p>
+<p class="i2">Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force.</p>
+<p class="i2">67.</p>
+<p class="i2">Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.</p>
+<p class="i2">Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière</p>
+<p class="i2">députation envoyée au roi. 101.</p>
+<p class="i2">Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116.</p>
+<p class="i2">Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151.</p>
+<p class="i2">Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la</p>
+<p class="i2">banqueroute. 155-156;</p>
+<p class="i2">Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son entrevue avec Necker. 182.</p>
+<p class="i2">Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201.</p>
+<p class="i2">Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion</p>
+<p class="i2">de l'état. 209.</p>
+<p class="i2">Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212.</p>
+<p class="i2">Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la</p>
+<p class="i2">guerre. 223-224.</p>
+<p class="i2">Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des</p>
+<p class="i2">5 et 6 octobre. 244.</p>
+<p class="i2">Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie.</p>
+<p class="i2">253 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa mort. 272-275.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212,</p>
+<p> A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est</p>
+<p class="i2">destitué. I, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16.</p>
+<p class="i2">Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28.</p>
+<p class="i2">Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.</p>
+<p class="i2">195.</p>
+<p class="i2">Fuite en Flandre. 281-282.</p>
+<p class="i2">Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février.</p>
+<p class="i2">III, 322 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire</p>
+<p class="i2">et de montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII,</p>
+<p class="i2">228-233 et suiv.</p>
+<p class="i2">Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.</p>
+<p class="i2">Supplice des autres. 237 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II,</p>
+<p class="i2">15-16.</p>
+<p class="i2">Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47.</p>
+<p class="i2">Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui</p>
+<p class="i2">continue le commandement des troupes. III, 62.</p>
+<p class="i2">Il intimide Genève. 66.</p>
+<p class="i2">Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de</p>
+<p class="i2">Pichegru. VIII, 125.</p>
+<p class="i2">Passe le Rhin. 226 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.</p>
+<p class="i2">Il entre en Bavière. 302.</p>
+<p class="i2">Sa belle retraite. 321-326.</p>
+<p class="i2">Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne</p>
+<p class="i2">trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297.</p>
+<p class="i2">Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet.</p>
+<p class="i2">Ses premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez</p>
+<p class="i2"><i>Guerre</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91.</p>
+<p class="i2">Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en</p>
+<p class="i2">quelques heures. 99.</p>
+<p class="i2">Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. <i>Roger-Ducos</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.</p>
+<p class="i2">Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes</p>
+<p class="i2">entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. <i>Maillard</i>.)</p>
+<p class="i2">Donne sa démission, perd sa popularité. 185.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin.</p>
+<p class="i2">II, 144.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est</p>
+<p class="i2">conclu. VIII, 212-213.</p>
+<p class="i2">La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348.</p>
+<p class="i2">Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et</p>
+<p class="i2">suiv. (Voy. <i>Guerre</i>.)</p>
+<p class="i2">Conquête de ce royaume par les Français. 113-119.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.</p>
+<p class="i2">Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8.</p>
+<p class="i2">Il est exilé. 11.</p>
+<p class="i2">Rentre au ministère. 25.</p>
+<p class="i2">Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la</p>
+<p class="i2">noblesse. 52-53.</p>
+<p class="i2">Propose au roi des plans de réforme. 60.</p>
+<p class="i2">Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.</p>
+<p class="i2">Part. <i>Ibid.</i> Son retour est ordonné par le roi. 106.</p>
+<p class="i2">Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville,</p>
+<p class="i2">et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs</p>
+<p class="i2">la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.</p>
+<p class="i2">Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il demande un emprunt de 30 millions. 135.</p>
+<p class="i2">Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du</p>
+<p class="i2">revenu. 155.</p>
+<p class="i2">S'abouche avec Mirabeau. 182.</p>
+<p class="i2">Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte.</p>
+<p class="i2">X, 8-9.</p>
+<p class="i2">Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI,</p>
+<p class="i2">8-9.</p>
+<p class="i2">Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX,</p>
+<p class="i2">309-310.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en</p>
+<p class="i2">commun. (Voy. <i>Tiers-État</i> et <i>Vérification</i>.) Quarante-sept</p>
+<p class="i2">de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70</p>
+<p class="i2">La majorité se réunit le 27 juin. 71-72.</p>
+<p class="i2">Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82.</p>
+<p class="i2">Abdique ses priviléges. 125-126.</p>
+<p class="i2">Son rôle dans l'assemblée. 191-192.</p>
+<p class="i2">Se divise dans ses plans en deux partis. 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11.</p>
+<p class="i2">Elle est convoquée de nouveau. 27.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour tout</p>
+<p class="i2">le Midi. VI, 148-149.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18.</p>
+<p class="i2">Accusé de cabales. 38.</p>
+<p class="i2">Son caractère. 39-40.</p>
+<p class="i2">Il se mêle aux députés du tiers, 43.</p>
+<p class="i2">Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79.</p>
+<p class="i2">Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors</p>
+<p class="i2">d'accusation. 243 et suiv.</p>
+<p class="i2">Refuse la régence. 300 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est insulté au château. II, 49-50.</p>
+<p class="i2">Est nommé député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son</p>
+<p class="i2">bannissement. 214 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il vote la mort de son parent. 253.</p>
+<p class="i2">Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.</p>
+<p class="i2">Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états</p>
+<p class="i2">généraux. I, 41-42.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences.</p>
+<p class="i2">X, 247 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération,</p>
+<p class="i2">son activité. III, 111-112.</p>
+<p class="i2">Son penchant pour les jacobins. 133.</p>
+<p class="i2">Ses bureaux. 150.</p>
+<p class="i2">Disgracié. 275.</p>
+<p class="i2">Nommé maire de Paris. 305.</p>
+<p class="i2">Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus</p>
+<p class="i2">grands rassemblemens populaires. I, 79.</p>
+<p class="i2">Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144.</p>
+<p class="i2">Fait une adresse à la commune. 145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à</p>
+<p class="i2">Vérone le 15 avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à</p>
+<p class="i2">l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9.</p>
+<p class="i2">Position du parlement après l'assemblée des notables. 15.</p>
+<p class="i2">Il est mandé à Versailles. 16.</p>
+<p class="i2">Exilé à Troyes. <i>Ibid.</i> Rappelé le 10 septembre. 17.</p>
+<p class="i2">Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la</p>
+<p class="i2">convocation des états-généraux dans cinq ans. 18.</p>
+<p class="i2">Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois</p>
+<p class="i2">constitutives de l'état. 20-21.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,</p>
+<p class="i2">265-266.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,</p>
+<p class="i2">117-118.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Exigence des partis après le 10 août, 270-271.</p>
+<p class="i2">Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv.</p>
+<p class="i2">Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv.</p>
+<p class="i2">343 et suiv.</p>
+<p class="i2">Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la</p>
+<p class="i2">réaction de thermidor. VII, 55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par</p>
+<p class="i2">le 9 thermidor. 178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.</p>
+<p class="i2">Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en</p>
+<p class="i2">Italie (an VII). X, 220 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se</p>
+<p class="i2">réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792.</p>
+<p class="i2">Conséquence de cette déclaration. II, 180.</p>
+<p class="i2">Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de</p>
+<p class="i2">toutes parts. 188 et suiv.</p>
+<p class="i2">On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration.</p>
+<p class="i2">X, 279 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;</p>
+<p class="i2">du 12 germinal. 107 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent.</p>
+<p class="i2">182 et suiv.</p>
+<p class="i2">Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur</p>
+<p class="i2">insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.</p>
+<p class="i2">231.</p>
+<p class="i2">Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233.</p>
+<p class="i2">Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial.</p>
+<p class="i2">249 et suiv.</p>
+<p class="i2">La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353.</p>
+<p class="i2">Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795).</p>
+<p class="i2">VIII, 52-53.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99.</p>
+<p class="i2">Leur société est dissoute. 99.</p>
+<p class="i2">Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.</p>
+<p class="i2">L'insurrection échoue. 257-261-262.</p>
+<p class="i2">Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor.</p>
+<p class="i2">IX, 401 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de</p>
+<p class="i2">Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,</p>
+<p class="i2">268-269 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275.</p>
+<p class="i2">Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs</p>
+<p class="i2">journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer,</p>
+<p class="i2">d'une réconciliation. 277-279.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la</p>
+<p class="i2">reprend. VIII, 190-192.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires</p>
+<p class="i2">pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I,</p>
+<p class="i2">289.</p>
+<p class="i2">Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite.</p>
+<p class="i2">II, 122 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140.</p>
+<p class="i2">Sa conversation avec le roi. 143.</p>
+<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions, 177.</p>
+<p class="i2">Est réintégré par l'assemblée. 184.</p>
+<p class="i2">La foule crie: <i>Vive Pétion! Pétion ou la mort!</i> 186.</p>
+<p class="i2">Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de</p>
+<p class="i2">Paris. 226-227.</p>
+<p class="i2">Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234.</p>
+<p class="i2">Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état</p>
+<p class="i2">d'arrestation. 244.</p>
+<p class="i2">Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270.</p>
+<p class="i2">Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274.</p>
+<p class="i2">Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. IV, 190.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V,</p>
+<p class="i2">306-307.</p>
+<p class="i2">Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de son accusation 329 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 389.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 398-411.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60.</p>
+<p class="i2">Il passe la Meuse. 315.</p>
+<p class="i2">Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12</p>
+<p class="i2">germinal. 117-119 et suiv.</p>
+<p class="i2">Commandant de l'armée du Rhin. 253.</p>
+<p class="i2">Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Perd son commandement. VIII, 125.</p>
+<p class="i2">Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nommé député en l'an V par le Jura. 147.</p>
+<p class="i2">Continue ses projets de trahison. 156.</p>
+<p class="i2">Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.</p>
+<p class="i2">216 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.</p>
+<p class="i2">Il est condamné à la déportation. 285.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161.</p>
+<p class="i2">Traité de paix avec ce royaume. 268.</p>
+<p class="i2">Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des</p>
+<p class="i2">troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français;</p>
+<p class="i2">entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est</p>
+<p class="i2">déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.</p>
+<p class="i2">Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.</p>
+<p class="i2">Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la</p>
+<p class="i2">guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.</p>
+<p class="i2">S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795.</p>
+<p class="i2">Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses négociations illusoires avec la France. 120-121.</p>
+<p class="i2">Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du</p>
+<p class="i2">directoire. VIII, 101.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement</p>
+<p class="i2">de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette</p>
+<p class="i2">journée. VII, 205-225.</p>
+<p class="i2">Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg</p>
+<p class="i2">Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.</p>
+<p class="i2">30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois</p>
+<p class="i2">directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. <i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. <i>Prairial</i>,</p>
+<p class="i2"><i>Directoire</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794.</p>
+<p class="i2">VI, 326 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III,</p>
+<p class="i2">3 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.</p>
+<p class="i2">Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142.</p>
+<p class="i2">Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à</p>
+<p class="i2">Notre-Dame. I, 43.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154.</p>
+<p class="i2">Négocie pour la paix. VII, 29-30.</p>
+<p class="i2">La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135.</p>
+<p class="i2">Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297.</p>
+<p class="i2">Leur armée se retire. 372.</p>
+<p class="i2">Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations</p>
+<p class="i2">militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.</p>
+<p class="i2">Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de</p>
+<p class="i2">Quiberon, VIII, 23 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv.</p>
+<p class="i2">311.</p>
+<p class="i2">Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de</p>
+<p class="i2">Quiberon. VII, 312 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent</p>
+<p class="i2">lieu en pluviôse an VI. X, 365 et suiv.</p>
+<p class="i2">Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv.</p>
+<p class="i2">Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette</p>
+<p class="i2">catastrophe. 169-172.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795.</p>
+<p class="i2">VII, 46-51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de</p>
+<p class="i2">déclarer la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792.</p>
+<p class="i2">III, 26.</p>
+<p class="i2">Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le</p>
+<p class="i2">directoire. VIII, 84.</p>
+<p class="i2">Mauvais succès de ce papier. 106.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI,</p>
+<p class="i2">383.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses</p>
+<p class="i2">collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans</p>
+<p class="i2">plusieurs départemens. IV, 19.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers.</p>
+<p class="i2">215.</p>
+<p class="i2">Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis</p>
+<p class="i2">des autres directeurs. IX, 4-5.</p>
+<p class="i2">Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185.</p>
+<p class="i2">Il est exclus du directoire par le sort. 185.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;</p>
+<p class="i2">par Jourdan. 238;</p>
+<p class="i2">par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits.</p>
+<p class="i2">I, 167.</p>
+<p class="i2">Combat la proposition de la loi martiale. 186.</p>
+<p class="i2">Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301.</p>
+<p class="i2">Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49.</p>
+<p class="i2">Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.</p>
+<p class="i2">Entrevue avec Barbaroux. 201-202.</p>
+<p class="i2">Sa position après le 10 août. 273.</p>
+<p class="i2">Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé député à la convention. III, 9.</p>
+<p class="i2">Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet.</p>
+<p class="i2">31-32.</p>
+<p class="i2">Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Se défend à la convention. 98 et suiv.</p>
+<p class="i2">Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv.</p>
+<p class="i2">Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.</p>
+<p class="i2">209 et suiv.</p>
+<p class="i2">Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.</p>
+<p class="i2">&mdash;Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv.</p>
+<p class="i2">Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv.</p>
+<p class="i2">Sa politique. 296-299.</p>
+<p class="i2">Il devient membre du comité de salut public. 591.</p>
+<p class="i2">&mdash;Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre</p>
+<p class="i2">les agitateurs. 218 et suiv.</p>
+<p class="i2">Justifie Danton. 224 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv.</p>
+<p class="i2">Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI,</p>
+<p class="i2">22-29.</p>
+<p class="i2">On tente de l'assassiner. 100-102.</p>
+<p class="i2">Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal</p>
+<p class="i2">révolutionnaire. 119-123.</p>
+<p class="i2">Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette</p>
+<p class="i2">époque. 154-158.</p>
+<p class="i2">Suite du même sujet. 180 et suiv.</p>
+<p class="i2">Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie</p>
+<p class="i2">de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des</p>
+<p class="i2">comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et</p>
+<p class="i2">de salut public. 187-193.</p>
+<p class="i2">Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197.</p>
+<p class="i2">Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la</p>
+<p class="i2">convention. 197-198.</p>
+<p class="i2">Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette</p>
+<p class="i2">scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210.</p>
+<p class="i2">Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. Discussion avec la reine. II, 249-250.</p>
+<p class="i2">Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au</p>
+<p class="i2">directoire. X, 240 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X,</p>
+<p class="i2">383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62.</p>
+<p class="i2">Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.</p>
+<p class="i2">Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103.</p>
+<p class="i2">Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.</p>
+<p class="i2">Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83.</p>
+<p class="i2">Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151.</p>
+<p class="i2">Donne sa démission. 273.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.</p>
+<p class="i2">Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.</p>
+<p class="i2">Elle est arrêtée. IV, 190-191.</p>
+<p class="i2">Est condamnée et exécutée. V. 168-469.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation</p>
+<p class="i2">française est insultée. IX, 381-383.</p>
+<p class="i2">Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386.</p>
+<p class="i2">Les Romains se constituent en république, 385 et suiv.</p>
+<p class="i2">État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par</p>
+<p class="i2">Championnet. 109-113.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.</p>
+<p class="i2">I, 283.</p>
+<p class="i2">Il arrive à Varennes. 288.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339.</p>
+<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370.</p>
+<p class="i2">Son procès et sa mort. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle.</p>
+<p class="i2">IV. 389.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.</p>
+<p class="i2">Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.</p>
+<p class="i2">Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv.</p>
+<p class="i2">Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial.</p>
+<p class="i2">VII, 323 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues</p>
+<p class="i2">et de ses projets. IX, 18 et suiv.</p>
+<p class="i2">Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de</p>
+<p class="i2">Presle. 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où</p>
+<p class="i2">se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181.</p>
+<p class="i2">Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ROYOU. Rédacteur de l'<i>Ami du Roi</i>, mis en accusation. II, 84.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444.</p>
+<p class="i2"> Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en</p>
+<p class="i2">accusation. III, 172 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement</p>
+<p class="i2">révolutionnaire. V, 56 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y</p>
+<p class="i2">fait. 245-246-249.</p>
+<p class="i2">Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Accuse Danton à la convention. 393 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9</p>
+<p class="i2">thermidor. VI, 210.</p>
+<p class="i2">Son supplice. 227-228.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le</p>
+<p class="i2">procès de Louis XVI. III, 230 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.</p>
+<p class="i2">Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139.</p>
+<p class="i2">Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la</p>
+<p class="i2">déchéance de Louis XVI. II, 226.</p>
+<p class="i2">Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310.</p>
+<p class="i2">Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.</p>
+<p class="i2">La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre</p>
+<p class="i2">Dumouriez. Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv.</p>
+<p class="i2">La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs</p>
+<p class="i2">membres de la convention. IV, 50.</p>
+<p class="i2">Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.</p>
+<p class="i2">La section de la <i>Fraternité</i> dénonce les projets de l'assemblée</p>
+<p class="i2">de la mairie. 121.</p>
+<p class="i2">D'autres l'imitent. 123.</p>
+<p class="i2">Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai.</p>
+<p class="i2">146.</p>
+<p class="i2">Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public.</p>
+<p class="i2">VI. 12-15.</p>
+<p class="i2">On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259.</p>
+<p class="i2">Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition</p>
+<p class="i2">à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.</p>
+<p class="i2">VII, 86 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions.</p>
+<p class="i2">Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544.</p>
+<p class="i2">Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.</p>
+<p class="i2">Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. <i>Vendémiaire</i>).</p>
+<p class="i2">348-369.</p>
+<p class="i2">La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12</p>
+<p class="i2">vendémiaire. 354 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France.</p>
+<p class="i2">Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des</p>
+<p class="i2">prisonniers. II, 312-340.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4.</p>
+<p class="i2"> On les évalue à dix millions. 94.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.</p>
+<p class="i2">Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps</p>
+<p class="i2">constitués de Paris et de la France. 198-199.</p>
+<p class="i2">Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241.</p>
+<p class="i2">L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy.</p>
+<p class="i2"><i>Clergé</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille</p>
+<p class="i2">fédérés. Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le <i>tiers-état</i>. I, 26.</p>
+<p class="i2">Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux</p>
+<p class="i2">autres ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la</p>
+<p class="i2">décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Idées de Sièyes sur la constitution. 141.</p>
+<p class="i2">Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190.</p>
+<p class="i2">Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la</p>
+<p class="i2">convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son projet de loi est voté; 93-95.</p>
+<p class="i2">Refuse d'être directeur. VIII, 10.</p>
+<p class="i2">Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187.</p>
+<p class="i2">Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII,</p>
+<p class="i2">103 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de</p>
+<p class="i2">sections. IV, 139.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI,</p>
+<p class="i2">351-357.</p>
+<p class="i2">Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont</p>
+<p class="i2">fermés. VIII, 99.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés</p>
+<p class="i2">dans leurs fonctions. VI, 392.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329.</p>
+<p class="i2">Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son</p>
+<p class="i2">influence dans la société de Paris. IX, 254-257.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90.</p>
+<p class="i2">Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Il signe la paix à Saint-Florent. 161.</p>
+<p class="i2">Il est pris et fusillé. VIII, 131-132.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792.</p>
+<p class="i2">III, 182 et suiv.</p>
+<p class="i2">Les embarras augmentent. 307 et suiv.</p>
+<p class="i2">Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv.</p>
+<p class="i2">Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en</p>
+<p class="i2">octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.</p>
+<p class="i2">Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.</p>
+<p class="i2">VI, 84 et suiv.</p>
+<p class="i2">Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII,</p>
+<p class="i2">241-242.</p>
+<p class="i2">Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses</p>
+<p class="i2">dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138.</p>
+<p class="i2">Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.</p>
+<p class="i2">Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se</p>
+<p class="i2">constitue en république. IX, 389-399.</p>
+<p class="i2">Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.</p>
+<p class="i2">Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82.</p>
+<p class="i2">Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25.</p>
+<p class="i2">Leur arrestation est décrétée. 359-360.</p>
+<p class="i2">La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv.</p>
+<p class="i2">Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv.</p>
+<p class="i2">Détails sur leur détention. 136 et suiv.&mdash;</p>
+<p class="i2">Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des</p>
+<p class="i2">détenus. VI, 92 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143.</p>
+<p class="i2">Ils sont élargis. 241 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X,</p>
+<p class="i2">193 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. <i>Égypte</i> et <i>Bonaparte</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V.</p>
+<p class="i2">IX, 209.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. <i>Thermidor</i>.)</p>
+<p class="i2">Est blessé par un assassin. VI, 290.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI,</p>
+<p class="i2">340 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228.</p>
+<p class="i2">Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution</p>
+<p class="i2">depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.</p>
+<p class="i2">Conséquences de cette journée. 233 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.</p>
+<p class="i2">Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette</p>
+<p class="i2">réaction. VII, 249-251.</p>
+<p class="i2">Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent</p>
+<p class="i2">de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le</p>
+<p class="i2">doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage</p>
+<p class="i2">établi. 44.</p>
+<p class="i2">Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de</p>
+<p class="i2">leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv.</p>
+<p class="i2">Rapidité de sa puissance. 50-51.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses</p>
+<p class="i2">conditions, ses avantages. IX, 50-55.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.</p>
+<p class="i2">V, 10 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils arment le petit Gibraltar. 253.</p>
+<p class="i2">Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.</p>
+<p class="i2">Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.</p>
+<p class="i2">Les forçats éteignent l'incendie. 261.</p>
+<p class="i2">Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ses suites. 218 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX,</p>
+<p class="i2">407.</p>
+<p class="i2">Il sort du directoire en prairial an VII. 232.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention.</p>
+<p class="i2">III, 333 et suiv.</p>
+<p class="i2">On en règle les formes. 338-339.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août.</p>
+<p class="i2">II, 283.</p>
+<p class="i2">Il est installé. IV, 25-26.</p>
+<p class="i2">Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.</p>
+<p class="i2">Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres.</p>
+<p class="i2">398-412.</p>
+<p class="i2">Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv.</p>
+<p class="i2">Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv.</p>
+<p class="i2">Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les</p>
+<p class="i2">procédures de ce temps. 136 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il est suspendu de ses fonctions. 235.</p>
+<p class="i2">Est remis en activité. 260.</p>
+<p class="i2">Est définitivement aboli. VII, 240.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TROUVÉ. (Voy. <i>Cisalpine</i>.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7.</p>
+<p class="i2">Il échoue dans ses réformes. <i>Ibid.</i> et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires </p>
+<p class="i2">exagérés. V, 236.</p>
+<p class="i2">Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238.</p>
+<p class="i2">Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent.</p>
+<p class="i2">360-371.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV,</p>
+<p class="i2">320-323.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348.</p>
+<p class="i2">La réunion Corrazza. 351.</p>
+<p class="i2">Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 126.</p>
+<p class="i2">Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde</p>
+<p class="i2">insurrection. 170.</p>
+<p class="i2">Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés.</p>
+<p class="i2">II, 36.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de</p>
+<p class="i2">la guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000</p>
+<p class="i2">hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se</p>
+<p class="i2">mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88.</p>
+<p class="i2">L'insurrection devient générale. 89 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv.</p>
+<p class="i2">Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.</p>
+<p class="i2">État de ce pays après la première pacification. 263-263.</p>
+<p class="i2">Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an</p>
+<p class="i2">IV. 126-132-136.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés</p>
+<p class="i2">français. IV, 88.</p>
+<p class="i2">Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93.</p>
+<p class="i2">Suite de leurs succès. 229 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur.</p>
+<p class="i2">234-236.</p>
+<p class="i2">Ils sont repoussés à Nantes. 252-254.</p>
+<p class="i2">Suite de leur guerre. 300 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15.</p>
+<p class="i2">Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19.</p>
+<p class="i2">Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2</p>
+<p class="i2">septembre. 36 et suiv.</p>
+<p class="i2">Divisions parmi les chefs. 39-40.</p>
+<p class="i2">Suite de la guerre. 40 et suiv.</p>
+<p class="i2">Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée.</p>
+<p class="i2">46-47.</p>
+<p class="i2">Continuation de la guerre. 66 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont défaits à Cholet. 118-121.</p>
+<p class="i2">Différens combats en octobre, novembre et décembre 93.</p>
+<p class="i2">Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292.</p>
+<p class="i2">État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv.</p>
+<p class="i2">Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322.</p>
+<p class="i2">Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,</p>
+<p class="i2">32-34.</p>
+<p class="i2">Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la</p>
+<p class="i2">république. 40-45.</p>
+<p class="i2">Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Quelques chefs signent la paix. 145-146.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12.</p>
+<p class="i2">Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la</p>
+<p class="i2">Convention. VII, 348-369.</p>
+<p class="i2">Suites de cette journée. 370 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée</p>
+<p class="i2">française. VIII, 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv.</p>
+<p class="i2">Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX,</p>
+<p class="i2">72-85.</p>
+<p class="i2">Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états</p>
+<p class="i2">vénitiens. 94 et suiv.</p>
+<p class="i2">Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui</p>
+<p class="i2">l'amènent. 116-131.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée</p>
+<p class="i2">législative. II, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.</p>
+<p class="i2">Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.</p>
+<p class="i2">Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des</p>
+<p class="i2">Douze. 164 et suiv.</p>
+<p class="i2">Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et</p>
+<p class="i2">l'étranger. 470.</p>
+<p class="i2">Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.</p>
+<p class="i2">Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55</p>
+<p class="i2">et suiv.</p>
+<p class="i2">Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie.</p>
+<p class="i2">158-159.</p>
+<p class="i2">Il est arrêté. 190.</p>
+<p class="i2">Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la</p>
+<p class="i2">vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de</p>
+<p class="i2">Brienne pour ministre. I, 12.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le</p>
+<p class="i2">général Chabran. IX, 107-113.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles.</p>
+<p class="i2">Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et</p>
+<p class="i2">suiv.</p>
+<p class="i2">Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.</p>
+<p class="i2">Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,</p>
+<p class="i2">142-143-146 et suiv.</p>
+<p class="i2">Le veto suspensif est déclaré. 148-149.</p>
+<p class="i2">Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et</p>
+<p class="i2">l'empereur. X, 76-77 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins.</p>
+<p class="i2">Morceaux cités. V, 307 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres morceaux cités. 322 et suiv.</p>
+<p class="i2">Autres passages, 355 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I,</p>
+<p class="i2">267.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son</p>
+<p class="i2">caractère. V, 338-339.</p>
+<p class="i2">Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv.</p>
+<p class="i2">Son procès et son supplice. 374-379.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303.</p>
+<p class="i2">Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna.</p>
+<p class="i2">Détails sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330.</p>
+ </div> </div>
+
+
+
+<h4>FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</h4>
+<br><br><br>
+
+<p class="milieu"><img alt="" src="images/map_small.png"></p>
+
+<br>
+<p class="milieu"><a href="images/map_large.png">Agrandissement (2000x1938 pixels)</a></p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française,
+Tome 10, by Adolphe Thiers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION ***
+
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+Foundation
+
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+The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise, Tome 10
+by Adolphe Thiers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Histoire de la Revolution francaise, Tome 10
+
+Author: Adolphe Thiers
+
+Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ASCII
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION ***
+
+
+
+
+Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica)
+at http://gallica.bnf.fr
+
+
+
+
+
+HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE
+
+_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADEMIE FRANCAISE
+
+NEUVIEME EDITION
+
+TOME DIXIEME
+
+
+
+M DCCC XXXIX
+
+
+
+
+DIRECTOIRE.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+EXPEDITION D'EGYPTE. DEPART DE TOULON; ARRIVEE DEVANT MALTE; CONQUETE
+DE CETTE ILE. DEPART POUR L'EGYPTE; DEBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE
+DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHEBREISS. BATAILLE DES
+PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN
+EGYPTE; ETABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR,
+DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANCAISE PAR LES ANGLAIS.
+
+
+Bonaparte arriva a Toulon le 20 floreal an VI (9 mai 1798). Sa presence
+rejouit l'armee, qui commencait a murmurer et a craindre qu'il ne fut
+pas a la tete de l'expedition. C'etait l'ancienne armee d'Italie. Elle
+etait riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa
+_fortune etait faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zele a faire
+la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son general,
+pour la decider a s'embarquer et a courir vers une destination inconnue.
+Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant a Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui
+expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante:
+
+ "SOLDATS!
+
+ "Vous etes une des ailes de l'armee d'Angleterre. Vous avez fait la
+ guerre de montagnes, de plaines, de siege; il vous reste a faire la
+ guerre maritime.
+
+ "Les legions romaines, que vous avez quelquefois imitees, mais pas
+ encore egalees, combattaient Carthage tour a tour sur cette mer et
+ aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
+ constamment elles furent braves patientes a supporter la fatigue,
+ disciplinees et unies entre elles.
+
+ "Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes
+ destinees a remplir, des batailles a livrer, des dangers, des
+ fatigues a vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la
+ prosperite de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre
+ gloire.
+
+ "Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
+ souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns
+ des autres.
+
+ "Soldats, matelots, vous avez ete jusqu'ici negliges; aujourd'hui la
+ plus grande sollicitude de la republique est pour vous: vous serez
+ dignes de l'armee dont vous faites partie.
+
+ "Le genie de la liberte qui a rendu, des sa naissance, la republique
+ l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations
+ les plus lointaines."
+
+On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la
+laissant toujours dans le mystere qui devait l'envelopper.
+
+L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne,
+dont un de 120 canons (c'etait _l'Orient_, que devaient monter l'amiral
+et le general en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus
+deux vaisseaux venitiens de 64 canons, six fregates venitiennes et
+huit francaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnieres, petits navires de toute espece. Les transports reunis tant
+a Toulon qu'a Genes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'elevaient a quatre
+cents. C'etaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter a la fois
+sur la Mediterranee. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers.
+La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix
+mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.
+
+On mit a la voile le 30 floreal (19 mai), au bruit du canon, aux
+acclamations de toute l'armee. Des vents violens causerent quelque
+dommage a une fregate a la sortie du port. Les memes vents avaient cause
+de telles avaries a Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il
+fut oblige d'aller au radoub dans les iles Saint-Pierre. Il fut ainsi
+eloigne de l'escadre francaise, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua
+d'abord vers Genes, pour rallier le convoi reuni dans ce port, sous
+les ordres du general Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la
+Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui etait sous les ordres de
+Vaubois, et s'avanca dans la mer de Sicile, pour se reunir au convoi
+de Civita-Vecchia, qui etait sous les ordres de Desaix. Le projet de
+Bonaparte etait de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une
+entreprise audacieuse dont il avait de longue main prepare le succes par
+des trames secretes. Il voulait s'emparer de cette ile, qui, commandant
+la navigation de la Mediterranee, devenait importante pour l'Egypte,
+et qui ne pouvait manquer d'echoir bientot aux Anglais, si on ne les
+prevenait.
+
+L'ordre des chevaliers de Malte etait comme toutes les institutions du
+moyen-age: il avait perdu son objet, et des lors sa dignite et sa
+force. Il n'etait plus qu'un abus, profitable seulement a ceux qui
+l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en
+France, en Italie, en Allemagne, des biens considerables, qui leur
+avaient ete donnes par la piete des fideles pour proteger les chretiens
+allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de
+pelerinages de cette espece, le role et le devoir des chevaliers etaient
+de proteger les nations chretiennes contre les Barbaresques, et de
+detruire l'infame piraterie qui infeste la Mediterranee. Les biens de
+l'ordre suffisaient a l'entretien d'une marine considerable; mais les
+chevaliers ne s'occupaient aucunement a en former une: ils n'avaient que
+deux ou trois vieilles fregates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galeres qui allaient donner et recevoir des fetes dans les ports
+d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, places dans toute la
+chretiente, devoraient dans le luxe et l'oisivete les revenus de
+l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eut fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun interet. En
+France on lui avait enleve ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir
+en Italie, sans qu'il s'elevat aucune reclamation en sa faveur. On a vu
+que Bonaparte avait songe deja a pratiquer des intelligences dans Malte.
+Il avait gagne quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger a se rendre; car il n'avait ni
+le temps ni les moyens d'une attaque reguliere contre une place reputee
+imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en
+voyant les escadres francaises dominer dans la Mediterranee, s'etait mis
+sous la protection de Paul Ier.
+
+Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de
+Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'a Malte meme. Les cinq cents
+voiles francaises se deployerent a la vue de l'ile, le 21 prairial (9
+juin), vingt-deux jours apres la sortie de Toulon. Cette vue repandit
+le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un pretexte de
+s'arreter, et pour faire naitre un sujet de contestation, demanda au
+grand-maitre la faculte de faire de l'eau. Le grand-maitre, Ferdinand de
+Hompesch, fit repondre par un refus absolu, alleguant les reglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire a la fois plus de deux vaisseaux
+appartenant a des puissances belligerantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'etaient presentes. Bonaparte dit que c'etait la
+une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner
+un debarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes
+francaises debarquerent dans l'ile, et investirent completement
+Lavalette, qui compte trente mille ames a peu pres de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit debarquer de
+l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers repondirent a son
+feu, mais tres mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un
+grand nombre de pris. Le desordre se mit alors a l'interieur. Quelques
+chevaliers de la langue francaise declarerent qu'ils ne pouvaient pas
+se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les
+cachots. Le trouble etait dans les tetes; les habitans voulaient qu'on
+se rendit. Le grand-maitre, qui avait peu d'energie, et qui se souvenait
+de la generosite du vainqueur de Rivoli a Mantoue, songea a sauver ses
+interets du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers francais
+qu'il y avait jetes, et l'envoya a Bonaparte pour negocier. Le traite
+fut bientot arrete. Les chevaliers abandonnerent a la France la
+souverainete de Malte et des iles en dependant; en retour, la France
+promit son intervention au congres de Rastadt, pour faire obtenir au
+grand-maitre une principaute en Allemagne, et a defaut, elle lui assura
+une pension viagere de 300,000 francs et une indemnite de 600,000 francs
+comptant. Elle accorda a chaque chevalier de la langue francaise 700 fr.
+de pension, et 1,000 pour les sexagenaires; elle promit sa mediation
+pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au
+moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la
+Mediterranee, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant
+de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace
+pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais a sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place
+dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien
+heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les
+portes._
+
+Bonaparte laissa Vaubois a Malte, avec trois mille hommes de garnison;
+il y placa Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualite de commissaire
+civil. Il fit tous les reglemens administratifs qui etaient necessaires
+pour l'etablissement du regime municipal dans l'ile, et il mit
+sur-le-champ a la voile pour cingler vers la cote d'Egypte.
+
+Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), apres une relache de dix
+jours. L'essentiel maintenant, etait de ne pas rencontrer les Anglais.
+Nelson, radoube aux iles Saint-Pierre, avait recu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs fregates, ce qui
+lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il etait revenu le 13 prairial (1er
+juin) devant Toulon; mais l'escadre francaise en etait sortie depuis
+douze jours. Il avait couru de Toulon a la rade du Tagliamon, et de la
+rade du Tagliamon a Naples, ou il etait arrive le 2 messidor (20 juin),
+au moment meme ou Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Francais
+avaient paru vers Malte, il les suivait, dispose a les attaquer s'il
+parvenait a les joindre.
+
+Sur toute l'escadre francaise, on etait pret au combat. La possibilite
+de rencontrer les Anglais etait presente a tous les esprits et
+n'effrayait personne. Bonaparte avait reparti sur chaque vaisseau de
+ligne cinq cents hommes d'elite, qu'on habituait tous les jours a la
+manoeuvre du canon, et a la tete desquels se trouvait un de ces generaux
+si bien habitues au feu sous ses ordres. Il s'etait fait un principe sur
+la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un
+but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des
+ordres etaient donnes en consequence, et il comptait sur la bravoure des
+troupes d'elite placees a bord des vaisseaux. Ces precautions prises, il
+cinglait tranquillement vers l'Egypte. Cet homme qui, suivant
+d'absurdes detracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait
+tranquillement a la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait
+eu l'audace de perdre quelques jours a Malte pour en faire la conquete.
+La gaiete regnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement ou l'on
+allait, mais le secret commencait a se repandre, et on attendait avec
+impatience la vue des rivages qu'on allait conquerir. Le soir, les
+savans, les officiers-generaux qui etaient a bord de _l'Orient_, se
+reunissaient chez le general en chef, et la commencaient les ingenieuses
+et savantes discussions de l'Institut d'Egypte. Un instant, l'escadre
+anglaise ne fut qu'a quelques lieues de l'immense convoi francais, et
+de part et d'autre on l'ignora. Nelson commencant a supposer que les
+Francais s'etaient diriges sur l'Egypte, fit voile pour Alexandrie,
+et les y devanca; mais ne les ayant pas trouves, il vola vers les
+Dardanelles, pour tacher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier,
+l'expedition francaise n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi a peu pres qu'elle
+etait sortie de Toulon.
+
+Bonaparte envoya chercher aussitot le consul francais. Il apprit que les
+Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages
+voisins, il voulut tenter le debarquement a l'instant meme. On ne
+pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait
+disposee a se defendre; il fallait descendre a quelque distance, sur
+la plage voisine, a une anse dite du Marabout. Le vent soufflait
+violemment, et la mer se brisait avec furie sur les recifs de la cote.
+C'etait vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder
+sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats
+demandaient a grands cris a le suivre a la cote. On commenca a mettre
+les embarcations a la mer, mais l'agitation des flots les exposait a
+chaque instant a se briser les unes contre les autres. Enfin, apres
+de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut a
+l'horizon; on crut que c'etait une voile anglaise: "_Fortune_, s'ecria
+Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_" La
+fortune ne l'abandonnait pas, car c'etait une fregate francaise qui
+rejoignait. On eut beaucoup de peine a debarquer quatre ou cinq mille
+hommes, dans la soiree et dans la nuit. Bonaparte resolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas
+donner aux Turcs le temps de faire des preparatifs de defense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de debarque;
+l'etat-major, Bonaparte et Caffarelli lui-meme, malgre sa jambe de bois,
+firent quatre a cinq lieues a pied dans les sables, et arriverent a la
+pointe du jour en vue d'Alexandrie.
+
+Cette antique cite, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques
+edifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle etait
+ruinee aux trois quarts. Les Turcs, les Egyptiens opulens, les negocians
+europeens habitaient dans la ville moderne, qui etait la seule partie
+conservee. Quelques Arabes vivaient dans les decombres de la cite
+antique; une vieille muraille flanquee de quelques tours enfermait la
+nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour regnaient les sables qui,
+en Egypte, s'avancent partout ou la civilisation recule.
+
+Les quatre mille Francais, conduits par Bonaparte, y arriverent a la
+pointe du jour: ils ne rencontrerent sur cette plage de sable qu'un
+petit nombre d'Arabes, qui, apres quelques coups de fusil, s'enfoncerent
+dans le desert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon,
+avec la premiere, marcha a droite, vers la porte de Rosette; Kleber,
+avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou,
+avec la troisieme, s'avanca a gauche vers la porte des Catacombes. Les
+Arabes et les Turcs, excellens soldats derriere un mur, firent un
+feu bien nourri; mais les Francais monterent avec des echelles, et
+franchirent la vieille muraille. Kleber tomba le premier, frappe d'une
+balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'a la
+ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir
+meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermediaire pour negocier
+un accord. Bonaparte declara qu'il ne venait point pour ravager le pays,
+ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire a la
+domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient
+faits a la France. Il promit que les autorites du pays seraient
+maintenues, que les ceremonies du culte continueraient d'avoir lieu
+comme par le passe, que les proprietes seraient respectees, etc.....
+Moyennant ces conditions, la resistance cessa: les Francais furent
+maitres d'Alexandrie le jour meme. Pendant ce temps, l'armee avait
+acheve de debarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre a
+l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+creer a Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et
+d'arreter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Egypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais etaient
+passes; les plus grands obstacles etaient vaincus avec ce bonheur qui
+semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme.
+
+L'Egypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus
+singulier, le mieux situe, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa
+position est connue. L'Afrique ne tient a l'Asie que par un isthme de
+quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il etait
+coupe, donnerait acces de la Mediterranee dans la mer de Indes,
+dispenserait les navigateurs d'aller a des distances immenses, et au
+milieu des tempetes, doubler le cap de Bonne-Esperance. L'Egypte est
+placee parallelement a la mer Rouge et a l'isthme de Suez. Elle est la
+maitresse de cet isthme. C'est cette contree qui, chez les anciens
+et dans le moyen-age, pendant la prosperite des Venitiens, etait
+l'intermediaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas
+moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend
+sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans
+les deserts de l'Afrique, puis entre en Egypte, ou plutot y tombe, en
+se precipitant des cataractes de Syene, et parcourt encore deux cents
+lieues jusqu'a la mer. Ses bords constituent toute l'Egypte. C'est
+une vallee de deux cents lieues de longueur, sur cinq a six lieues de
+largeur. Des deux cotes elle est bordee par un ocean de sables. Quelques
+chaines de montagnes, basses, arides et dechirees, sillonnent tristement
+ces sables, et projettent a peine quelques ombres sur leur immensite.
+Les unes separent le Nil de la mer Rouge, les autres le separent du
+grand desert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du
+Nil, a une certaine distance dans le desert, serpentent deux langues de
+terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu
+de verdure. Ce sont les _oasis_, especes d'iles vegetales, au milieu de
+l'ocean des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort
+des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver a la mer, le Nil se partage
+en deux branches, qui vont tomber a soixante lieues l'une de l'autre,
+dans la Mediterranee, la premiere a Rosette, la seconde a Damiette. On
+connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les apercoit encore, mais
+il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle forme par ces deux
+grandes branches et par la mer a soixante lieues a sa base et cinquante
+sur ses cotes; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Egypte, parce que c'est la plus arrosee, la plus coupee de canaux. Le
+pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Egypte,
+qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Egypte, qu'on appelle Ouestanieh; la
+Haute-Egypte, qu'on appelle le Said.
+
+Les vents etesiens soufflant d'une maniere constante du nord au sud,
+pendant les mois de mai, juin et juillet, entrainent tous les nuages
+formes a l'embouchure du Nil, n'en laissent pas sejourner un seul
+sur cette contree toujours sereine, et les portent vers les monts
+d'Abyssinie. La ces nuages s'agglomerent, se precipitent en pluie
+pendant les mois de juillet, aout et septembre, et produisent le
+phenomene celebre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre recoit par
+les debordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne recoit pas du ciel. Il
+n'y pleut jamais, et les marecages du Delta, qui seraient pestilentiels
+sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Egypte une seule fievre.
+Le Nil, apres son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule
+terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons
+consacrees autrefois a nourrir Rome. Plus l'inondation s'est etendue,
+plus il y a de terre cultivable. Les proprietaires de cette terre,
+nivelee tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par
+l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Egypte. Des canaux
+pourraient etendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la
+rapidite des eaux, de les faire sejourner plus long-temps, et d'etendre
+la fertilite aux depens du desert. Nulle part le travail de l'homme ne
+pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne
+serait plus souhaitable. Le Nil et le desert se disputent l'Egypte, et
+c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le desert
+et de le faire reculer. On croit que l'Egypte nourrissait autrefois
+vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle etait a peine
+capable d'en nourrir trois millions quand les Francais y entrerent.
+
+L'inondation finit a peu pres en septembre. Alors commencent les travaux
+des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, decembre, janvier,
+fevrier, la campagne d'Egypte presente un aspect ravissant de fertilite
+et de fraicheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons,
+emaillee de fleurs, traversee par d'immenses troupeaux. En mars les
+chaleurs commencent; la terre se gerce si profondement, qu'il est
+quelquefois dangereux de la traverser a cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Egyptiens ont recueilli toutes les richesses de
+l'annee. Outre les bles, l'Egypte produit les meilleurs riz, les plus
+beaux legumes, le sucre, l'indigo, le sene, la casse, le natron, le lin,
+le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui
+manque des huiles; mais elle les trouve vis-a-vis, en Grece; il lui
+manque le tabac et le cafe, mais elle les trouve a ses cotes, dans
+la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privee de bois, car la grande
+vegetation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil depose sur
+un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les
+seuls arbres de l'Egypte. A defaut de bois on brule la bouse de vache.
+L'Egypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espece y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si celebres dans le monde
+par leur beaute, leur vivacite, leur familiarite avec leurs maitres, et
+cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont
+le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme
+un navire vivant pour traverser la mer des sables.
+
+Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent
+comme des flottes des deux cotes du desert. Les unes viennent de la
+Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des cotes de Barbarie.
+Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or,
+l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes,
+les aromates de toute espece, le cafe, le tabac, les bois et les
+esclaves. Le Caire devient un entrepot magnifique des plus belles
+productions du globe, de celles que le genie si puissant des occidentaux
+ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur
+gout delicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde
+est-il le seul dont les progres des peuples n'ameneront jamais la
+fin. Il ne serait donc pas necessaire de faire de l'Egypte un poste
+militaire, pour aller detruire violemment le commerce des Anglais. Il
+suffirait d'y etablir un entrepot, avec la surete, les lois et les
+commodites europeennes, pour attirer les richesses du monde.
+
+La population qui occupe l'Egypte est, comme les ruines des cites qui la
+couvrent, un amas des debris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Egypte, des Arabes, conquerans de l'Egypte sur les
+Cophtes, des Turcs conquerans sur les Arabes, telles sont les races dont
+les debris pullulent miserablement sur une terre dont ils sont indignes.
+Les Cophtes, quand les Francais y entrerent, etaient deux cent mille au
+plus. Meprises, pauvres, abrutis, ils s'etaient voues, comme toutes les
+classes proscrites, aux plus ignobles metiers. Les Arabes formaient la
+masse presque entiere de la population; ils descendaient des compagnons
+de Mahomet. Leur condition etait infiniment variee; quelques-uns, de
+haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'a Mahomet lui-meme,
+grands proprietaires, ayant quelques traces du savoir arabe, reunissant
+a la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, etaient,
+sous le titre de scheiks, les veritables grands de l'Egypte. Dans
+les divans, ils representaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser a lui; dans les mosquees, ils composaient des especes
+d'universites, ou ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un
+peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquee de Jemil-Azar
+etait le premier corps savant et religieux de l'Orient. Apres ces
+grands, venaient les moindres proprietaires, composant la seconde et
+la plus nombreuse classe des Arabes; puis les proletaires, qui etaient
+tombes dans la situation de veritables ilotes. Ces derniers etaient des
+paysans a gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant
+dans la misere et l'abjection. Il y avait une quatrieme classe d'Arabes,
+c'etaient les Bedouins ou Arabes errans: ceux-la n'avaient pas voulu
+s'attacher a la terre; c'etaient les fils du desert. Montes sur des
+chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux,
+ils erraient, cherchant des paturages dans quelques oasis, ou venant
+annuellement ensemencer les lisieres de terre cultivable, placees sur
+le bord de l'Egypte. Leur metier etait d'escorter les caravanes ou de
+preter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi,
+ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils
+pretaient leurs chameaux. Quelquefois meme, violant l'hospitalite
+qu'on leur accordait sur la lisiere des terres cultivables, ils se
+precipitaient sur cette vallee du Nil, qui, large seulement de cinq
+lieues, est si facile a penetrer; ils pillaient les villages, et,
+remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du
+desert. La negligence turque laissait leurs ravages presque toujours
+impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du desert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divises en tribus
+sur les deux cotes de la vallee, etaient au nombre de cent ou cent vingt
+mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves,
+mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre.
+
+La troisieme race enfin etait celle des Turcs; mais elle etait aussi peu
+nombreuse que les Cophtes, c'est-a-dire qu'elle s'elevait a deux cent
+mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les
+Turcs, venus depuis la derniere conquete des sultans de Constantinople,
+etaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait
+qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour
+avoir les privileges des janissaires, et qu'un tres petit nombre sont
+reellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoye de Constantinople, representait le
+sultan en Egypte; mais a peine escorte de quelques janissaires, il avait
+vu s'evanouir son autorite par les precautions meme que le sultan Selim
+avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par
+son eloignement l'Egypte pourrait echapper a la domination de
+Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y creer un
+empire independant, avait imagine un contre-poids, en instituant la
+milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions
+physiques qui rendent un pays dependant ou independant d'un autre, au
+lieu du pacha, c'etaient les Mameluks qui s'etaient rendus independans
+de Constantinople et maitres de l'Egypte. Les Mameluks etaient des
+esclaves achetes en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du
+Caucase, transportes jeunes en Egypte, eleves dans l'ignorance de leur
+origine, dans le gout et la pratique des armes, ils devenaient les plus
+braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient a honneur
+d'etre sans origine, d'avoir ete achetes cher, et d'etre beaux et
+vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui etaient leurs proprietaires
+et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'etait un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils
+transmettaient quelquefois a leur fils, et plus souvent a leur Mameluk
+favori, qui devenait bey a son tour. Chaque Mameluk etait servi par deux
+fellahs. La milice entiere se composait de douze mille cavaliers a peu
+pres, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils etaient les veritables
+maitres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres
+appartenant aux beys, ou du revenu des impots etablis sous toutes les
+formes. Les Cophtes, que nous avons deja dits livres aux plus ignobles
+fonctions, etaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens
+d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort.
+Les vingt-quatre beys, egaux de droit, ne l'etaient pas de fait. Ils se
+faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait
+une souverainete viagere. Il etait tout a fait independant du pacha
+representant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au
+Caire dans une sorte de nullite, et souvent lui refusait le _miri_,
+c'est-a-dire l'impot foncier, qui, representant le droit de la conquete,
+appartenait a la Porte.
+
+L'Egypte etait donc une veritable feodalite, comme celle de l'Europe
+dans le moyen age; elle presentait a la fois un peuple conquis, une
+milice conquerante, en revolte contre son souverain; enfin une ancienne
+classe abrutie, au service et aux gages du plus fort.
+
+Deux beys superieurs aux autres dominaient en ce moment l'Egypte. L'un,
+Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrepide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils etaient convenus d'une espece de partage
+d'autorite, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles,
+et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci etait charge des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous
+devoues a sa personne.
+
+Bonaparte, qui au genie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du
+fondateur, et qui avait d'ailleurs administre assez de pays conquis pour
+s'en etre fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il
+avait a suivre en Egypte. Il fallait d'abord arracher cette contree a
+ses veritables maitres, c'est-a-dire aux Mameluks. C'etait cette classe
+qu'il fallait combattre et detruire par les armes et la politique.
+D'ailleurs on avait des raisons a faire valoir contre eux, car ils
+n'avaient cesse de maltraiter les Francais. Quant a la Porte, il fallait
+paraitre ne pas attaquer sa souverainete, et affecter au contraire de
+la respecter. Telle qu'elle etait devenue, cette souverainete etait peu
+importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de
+l'Egypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un
+partage d'autorite qui n'aurait rien de facheux; car en laissant le
+Pacha au Caire, comme il y avait ete jusqu'ici, et en heritant de la
+puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose a regretter. Quant
+aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la veritable
+population, c'est-a-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en
+caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un
+desir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouve en Italie,
+comme on le trouve partout, celui du retablissement de l'antique
+patrie, de la patrie arabe, on etait assure de dominer le pays et de se
+l'attacher entierement. Bien plus, en menageant les proprietes et les
+personnes, chez un peuple qui etait habitue a regarder la conquete comme
+donnant droit de meurtre, de pillage et de devastation, on allait causer
+une surprise des plus avantageuses a l'armee francaise; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophete, la conquete des coeurs etait
+aussi assuree que celle du sol.
+
+Bonaparte se conduisit d'apres ces erremens aussi justes que profonds.
+Doue d'une imagination tout orientale, il lui etait facile de prendre
+le style solennel et imposant qui convenait a la race arabe. Il fit des
+proclamations qui etaient traduites en arabe et repandues dans le pays.
+Il ecrivit au pacha: "La republique francaise s'est decidee a envoyer
+une puissante armee pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte,
+ainsi qu'elle a ete obligee de le faire plusieurs fois dans ce siecle
+contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais etre le maitre
+des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorite et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivee avec plaisir. Tu es sans doute deja
+instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le
+sultan. Tu sais que la nation francaise est la seule et unique alliee
+que le sultan ait en Europe. Viens donc a ma rencontre, et maudis avec
+moi la race impie des beys." S'adressant aux Egyptiens, Bonaparte leur
+adressait ces paroles: "Peuples d'Egypte, on vous dira que je viens pour
+detruire votre religion. Ne le croyez pas; repondez que je viens vous
+restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que
+les Mameluks Dieu, son prophete et le Koran." Parlant de la tyrannie
+des Mameluks, il disait: "Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux
+Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
+cela appartient aux Mameluks. Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils
+montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+misericordieux pour le peuple, et il a ordonne que l'empire des Mameluks
+finit." Parlant des sentimens des Francais, il ajoutait: "Nous aussi,
+nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons detruit le
+pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce
+pas nous qui avons detruit les chevaliers de Malte, parce que ces
+insenses croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux
+musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospereront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
+neutres! Ils auront le temps de nous connaitre, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur a ceux qui s'armeront pour les
+Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'esperance pour
+eux; ils periront."
+
+Bonaparte dit a ses soldats: "Vous allez entreprendre une conquete
+dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont
+incalculables. Vous porterez a l'Angleterre le coup le plus sur et le
+plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de
+mort.
+
+"Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahometans; leur
+premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que
+Dieu, et Mahomet est son prophete_. Ne les contredisez pas; agissez avec
+eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des
+egards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
+rabbins et pour les eveques. Ayez pour les ceremonies que prescrit le
+Koran, pour les mosquees, la meme tolerance que vous avez eue pour les
+couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moise et celle de
+Jesus-Christ. Les legions romaines protegeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages differens de ceux de l'Europe, il faut
+vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent
+les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays,
+celui qui viole est un lache.
+
+"La premiere ville que nous rencontrerons a ete batie par Alexandre.
+Nous trouverons a chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
+l'emulation des Francais."
+
+Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour etablir l'autorite
+francaise a Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du
+Caire, capitale de toute l'Egypte. On etait en juillet, le Nil allait
+inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation,
+et employer le temps qu'elle durerait, a faire son etablissement. Il
+ordonna que tout demeurat dans le meme etat a Alexandrie, que les
+exercices religieux continuassent, que la justice fut rendue comme avant
+par les cadis. Il voulut succeder seulement aux droits des Mameluks,
+et etablir un commissaire pour percevoir les impots accoutumes. Il
+fit former un divan, ou conseil municipal, compose des scheiks et des
+notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que
+l'autorite francaise aurait a prendre. Il laissa trois mille hommes en
+garnison a Alexandrie, et en donna le commandement a Kleber, que sa
+blessure devait, pour un mois ou deux, condamner a l'inaction. Il
+chargea un jeune officier du plus rare merite, et qui promettait un
+grand ingenieur a la France, de mettre Alexandrie en etat de defense et
+d'y faire pour cela les travaux necessaires. C'etait le colonel Cretin,
+qui, a peu de frais et en peu de temps, executa a Alexandrie des travaux
+superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte a
+l'abri. C'etait une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargee
+de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise a l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna a Brueys de
+faire promptement decider la question, et de se rendre a Corfou, s'il
+etait reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie.
+
+Apres avoir vaque a ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en
+marche. Une flottille considerable chargee de vivres, d'artillerie, de
+munitions et de bagages, dut longer la cote jusqu'a l'embouchure de
+Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en meme temps que l'armee
+francaise. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armee, qui,
+privee des deux garnisons laissees a Malte et Alexandrie, etait forte de
+trente mille hommes a peu pres. Il avait ordonne a sa flottille de
+se rendre a la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. La il se
+proposait de la joindre et de remonter le Nil parallelement avec elle,
+afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Egypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie a _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une a
+travers les pays habites, le long de la mer et du Nil, l'autre plus
+courte et a vol d'oiseau, mais a travers le desert de _Damanhour_.
+Bonaparte n'hesita pas, et prit la plus courte. Il lui importait
+d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le
+corps de bataille suivait a quelques lieues de distance. On s'ebranla le
+18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engages dans cette
+plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel
+brulant sur la tete, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer
+leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'etres vivans
+que de legeres troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et
+disparaissaient a l'horizon, et quelquefois se cachaient derriere
+des dunes de sable pour egorger les trainards, ils furent remplis de
+tristesse. Deja le gout du repos leur etait venu, apres les longues et
+opiniatres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur general dans une
+contree lointaine, parce que leur foi en lui etait aveugle, parce qu'on
+leur avait annonce une terre promise, de laquelle ils reviendraient
+assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils
+virent ce desert, le mecontentement s'en mela, et alla meme jusqu'au
+desespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance
+jalonnent la route du desert, detruits par les Arabes. A peine y
+restait-il quelques gouttes d'une eau saumatre, et tres insuffisante
+pour etancher leur soif. On leur avait annonce qu'ils trouveraient a
+Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrerent que de miserables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement
+des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut
+s'enfoncer de nouveau dans le desert. Bonaparte vit les braves Lannes
+et Murat eux-memes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les
+fouler aux pieds. Cependant il imposait a tous: sa presence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaitre la gaiete. Les soldats ne
+voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient a ceux qui
+trouvaient un grand plaisir a observer le pays. Voyant les savans
+s'arreter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'etait
+pour eux qu'on etait venu, et s'en vengeaient par de bons mots a leur
+facon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un
+erudit, passait a leurs yeux pour l'homme qui avait trompe le general,
+et qui l'avait entraine dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une
+jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ca lui, il a un pied en
+France._ Cependant, apres de cruelles souffrances, supportees d'abord
+avec humeur, puis avec gaiete et courage, on arriva sur les bords du Nil
+le 22 messidor (10 juillet), apres une marche de quatre jours. A la vue
+du Nil et de cette eau si desiree, les soldats s'y precipiterent, et en
+se baignant dans ses flots oublierent toutes leurs fatigues. La division
+Desaix, qui de l'avant-garde etait passee a l'arriere-garde, vit galoper
+devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec
+quelques volees de mitraille. C'etaient les premiers qu'on eut vus.
+Ils annoncaient la prochaine rencontre de l'armee ennemie. Le brave
+Mourad-Bey, en effet, ayant ete averti, reunissait toutes ses forces
+autour du Caire. En attendant leur reunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armee, afin d'observer sa marche.
+
+L'armee attendit a Ramanieh l'arrivee de la flottille; elle se reposa
+jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le meme jour pour
+Chebreiss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille,
+qui etait partie la premiere, et qui avait devance l'armee, se trouva
+engagee avant de pouvoir etre soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi,
+et du rivage il joignait son feu a celui de ses _djermes_ (vaisseaux
+legers egyptiens). La flottille francaise eut a soutenir un combat des
+plus rudes. L'officier de marine Perree, qui la commandait, deploya
+un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui etaient arrives
+demontes en Egypte, et qui, en attendant de s'equiper aux depens
+des Mameluks, etaient transportes par eau. On prit deux chaloupes
+canonnieres a l'ennemi, et on le repoussa. L'armee arriva dans cet
+instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidite, au choc des
+chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilite du
+fantassin, sa longue baionnette, et des masses faisant front de tous
+cotes. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carres, au milieu
+desquels on placa les bagages et l'etat-major. L'artillerie etait
+aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lanca sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents
+cavaliers intrepides, qui, se precipitant a grands cris et de tout le
+galop de leurs chevaux, dechargeant leurs pistolets, puis tirant leurs
+redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carres. Trouvant
+partout une haie de baionnettes et un feu terrible, ils flottaient
+autour des rangs francais, tombaient devant eux, ou s'echappaient dans
+la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, apres avoir
+perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour
+gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre a la hauteur du Caire,
+a la tete de toutes ses forces.
+
+Ce combat suffit pour familiariser l'armee avec ce nouveau genre
+d'ennemis, et pour suggerer a Bonaparte la tactique qu'il fallait
+employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil a la hauteur de l'armee. On marcha sans relache pendant les
+jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances a essuyer,
+mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La
+vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. "Ces soldats, deja un peu
+degoutes des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de
+gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu."
+Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et apres l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commencaient a inspirer beaucoup de respect
+par le courage qu'on leur voyait deployer: Monge et Bertholet, sur la
+flottille, avaient montre a Chebreiss un courage heroique. Les soldats,
+tout en faisant des plaisanteries, etaient pleins d'egards pour eux. Ne
+voyant pas paraitre cette capitale du Caire, si vantee comme une des
+merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que
+ce serait comme a Damanhour, une reunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompe ce pauvre general, qu'il s'etait laisse deporter
+comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand
+on s'etait repose, les soldats qui avaient lu ou entendu debiter les
+contes des Mille et une Nuits, les repetaient a leurs camarades, et
+on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En
+attendant, on etait toujours prive de pain, non que le ble manquat, on
+en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four.
+On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis,
+connu dans les pays meridionaux sous le nom de _pasteque_. Les soldats
+l'appelaient _sainte pasteque_.
+
+On approchait du Caire, et la devait se livrer la bataille decisive.
+Mourad-Bey y avait reuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix
+mille a peu pres. Ils etaient suivis par un nombre double de fellahs,
+auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derriere
+les retranchemens. Il avait rassemble aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dependans du pacha, qui, malgre la lettre de Bonaparte,
+s'etait laisse entrainer dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des preparatifs de defense sur les bords du Nil. La grande
+capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'etait sur la
+rive opposee, c'est-a-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait place
+son camp, dans une longue plaine qui s'etendait entre le Nil et les
+pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Egypte. Voici quelles etaient
+ses dispositions. Un gros village, appele Embaheh, etait adosse au
+fleuve. Mourad-Bey y avait ordonne quelques travaux, concus et executes
+avec l'ignorance turque. C'etait un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pieces
+n'etant pas sur affut de campagne ne pouvaient etre deplacees. Tel etait
+le camp retranche de Mourad. Il y avait place ses vingt-quatre mille
+fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniatrete accoutumee
+des Turcs derriere les murailles. Ce village, retranche et appuye
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille
+cavaliers, s'etendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides.
+Quelques mille cavaliers arabes, qui n'etaient les auxiliaires des
+Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire,
+remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collegue
+de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se
+tenait de l'autre cote du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses
+femmes, ses esclaves et ses richesses, pret a sortir du Caire, et a
+se refugier en Syrie, si les Francais etaient victorieux. Un nombre
+considerable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les
+richesses des Mameluks. Tel etait l'ordre dans lequel les deux beys
+attendaient Bonaparte.
+
+Le 3 thermidor (21 juillet), l'armee francaise se mit en marche avant
+le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer
+l'ennemi. A la pointe du jour, elle decouvrit enfin a sa gauche, au-dela
+du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et a sa droite,
+dans le desert, les gigantesques pyramides dorees par le soleil. A
+la vue de ces monumens, elle s'arreta comme saisie de curiosite et
+d'admiration. Le visage de Bonaparte etait rayonnant d'enthousiasme;
+il se mit a galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les
+pyramides: _Songez_, s'ecriait-il, _songez que du haut de ces pyramides
+quarante siecles vous contemplent_. On s'avanca d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'elever les minarets du Caire, on voyait
+grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait
+Embaheh, on voyait etinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit
+aussitot ses dispositions. L'armee, comme a Chebreiss, etait partagee
+en cinq divisions. Les divisions Desaix et Regnier formaient la droite,
+vers le desert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou
+et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis
+le combat de Chebreiss, avait juge le terrain et l'ennemi, fit ses
+dispositions en consequence. Chaque division formait un carre; chaque
+carre etait sur six rangs. Derriere etaient les compagnies de grenadiers
+en pelotons, pretes a renforcer les points d'attaque. L'artillerie etait
+aux angles; les bagages et les generaux au centre. Ces carres etaient
+mouvans. Quand ils etaient en marche, deux cotes marchaient sur le
+flanc. Quand ils etaient charges, ils devaient s'arreter pour faire
+front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une
+position, les premiers rangs devaient se detacher, pour former des
+colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arriere, formant
+toujours le carre, mais sur trois hommes de profondeur seulement,
+et prets a recueillir les colonnes d'attaque. Telles etaient les
+dispositions ordonnees par Bonaparte. Il craignait que ses impetueux
+soldats d'Italie, habitues a marcher au pas de charge, eussent de
+la peine a se resigner a cette froide et impassible immobilite des
+murailles. Il avait eu soin de les y preparer. Ordre etait donne surtout
+de ne pas se hater de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'a bout pourtant.
+
+On s'avanca presque a la portee du canon. Bonaparte, qui etait dans
+le carre du centre, forme par la division Dugua, s'assura, avec une
+lunette, de l'etat du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp,
+n'etant pas sur affut de campagne, ne pourrait pas se porter dans la
+plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prevision qu'il basa ses mouvemens. Il resolut d'appuyer avec ses
+divisions sur la droite, c'est-a-dire sur le corps des Mameluks, en
+circulant hors de la portee du canon d'Embabeh. Son intention etait
+de separer les Mameluks du camp retranche, de les envelopper, de les
+pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'apres s'etre defait
+d'eux. Il ne devait pas lui etre difficile de venir a bout de la
+multitude qui fourmillait dans ce camp apres avoir detruit les Mameluks.
+
+Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extreme droite,
+se mit le premier en marche. Apres lui venait le carre de Regnier, puis
+celui de Dugua, ou etait Bonaparte. Les deux autres circulaient autour
+d'Embabeh, hors de la portee du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans
+instruction, etait doue d'un grand caractere et d'un coup d'oeil
+penetrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et resolut
+de charger pendant ce mouvement decisif. Il laissa deux mille Mameluks
+pour appuyer Embabeh, puis se precipita avec le reste sur les deux
+carres de droite. Celui de Desaix, engage dans les palmiers, n'etait pas
+encore forme, lorsque les premiers cavaliers l'aborderent. Mais il se
+forma sur-le-champ, et fut pret a recevoir la charge. C'est une masse
+enorme que celle de huit mille cavaliers galopant a la fois dans une
+plaine. Ils se precipiterent avec une impetuosite extraordinaire sur la
+division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient
+ete fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les recurent, a bout
+portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arretes
+par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs,
+et galopaient autour de la citadelle enflammee. Quelques-uns des plus
+braves se precipiterent sur les baionnettes, puis, retournant leurs
+chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent a faire breche,
+et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre
+meme du carre. La masse, tournant bride, se rejeta du carre de Desaix
+sur celui de Regnier qui venait apres. Accueillie par le meme feu, elle
+revint vers le point d'ou elle etait partie; mais elle trouva sur ses
+derrieres la division Dugua que Bonaparte avait portee vers le Nil, et
+fut jetee dans une deroute complete. Alors la fuite se fit en desordre.
+Une partie des fuyards s'echappa vers notre droite, du cote des
+pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans
+Embabeh, ou elle porta la confusion. Des cet instant le trouble commenca
+a se mettre dans le camp retranche. Bonaparte s'en apercevant, ordonna
+a ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en
+emparer. Bon et Menou s'avancerent sur le feu des retranchemens,
+et arrives a une certaine distance, firent halte. Les carres se
+dedoublerent; les premiers rangs se formerent en colonnes d'attaque,
+tandis que les autres resterent en carre, figurant toujours de
+veritables citadelles. Mais au meme instant les Mameluks, tant ceux
+que Mourad avait laisses a Embabeh, que ceux qui s'y etaient refugies,
+voulurent nous prevenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles etaient en marche. Mais celles-ci s'arretant
+sur-le-champ, et se formant en carre avec une merveilleuse rapidite,
+les recurent avec fermete, et en abattirent un grand nombre. Les uns
+se rejeterent dans Embabeh, ou le desordre devint extreme; les autres,
+fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusilles
+ou pousses dans le fleuve. Les colonnes d'attaque aborderent vivement
+Embabeh, s'en emparerent, et jeterent dans le Nil la multitude des
+fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyerent; mais comme les
+Egyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux
+parvint a se sauver. La journee etait finie. Les Arabes, qui etaient
+pres des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncerent dans
+le desert. Mourad, avec les debris de sa cavalerie, et le visage tout
+sanglant, se retira vers la Haute-Egypte. Ibrahim, qui de l'autre rive
+contemplait ce desastre, s'enfonca vers Belbeys, pour se retirer en
+Syrie. Les Mameluks mirent aussitot le feu aux djermes qui portaient
+leurs richesses. Cette proie nous echappa, et nos soldats virent pendant
+toute la nuit des flammes devorer un riche butin.
+
+Bonaparte placa son quartier-general a Giseh, sur les bords du Nil, ou
+Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit a Giseh, soit
+a Embabeh, des provisions considerables, et nos soldats purent se
+dedommager de leurs longues privations. Ils trouverent des vignes
+couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientot vendangees. Mais ils firent sur le champ de bataille un
+butin d'une autre espece, c'etaient des schalls magnifiques, de belles
+armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'a deux ou
+trois cents pieces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs
+richesses avec eux. Ils passerent la soiree, la nuit et le lendemain a
+recueillir des depouilles. Cinq a six cents Mameluks avaient ete tues.
+Plus de mille etaient noyes dans le Nil. Les soldats se mirent a les
+pecher pour les depouiller, et employerent plusieurs jours encore a ce
+genre de recherche.
+
+La bataille nous avait a peine coute une centaine de morts ou blesses;
+car si la defaite est terrible pour des carres enfonces, la perte est
+nulle pour des carres victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs
+meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces etaient
+dispersees, et la possession du Caire nous etait assuree. Cette capitale
+etait dans un desordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent
+mille habitans, et elle est remplie d'une populace feroce et abrutie,
+qui se livrait a tous les exces, et voulait profiter du tumulte pour
+piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille
+francaise n'avait pas encore remonte le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques
+negocians francais, qui s'y trouvaient furent envoyes a Bonaparte par
+les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se
+procura quelques djermes pour envoyer un detachement qui retablit la
+tranquillite et mit les personnes et les proprietes a l'abri des fureurs
+de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre
+possession du palais de Mourad-Bey.
+
+A peine fut-il etabli au Caire, qu'il se hata d'employer la politique
+qu'il avait deja suivie a Alexandrie, et qui devait lui attacher le
+pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit esperer le
+retablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de
+leur culte et de leurs coutumes, et reussit completement a les gagner
+par un melange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes
+d'une grandeur orientale. L'essentiel etait d'obtenir des scheiks de la
+mosquee de Jemil-Azar une declaration en faveur des Francais. C'etait
+comme un bref du pape chez les chretiens. Bonaparte y deploya tout ce
+qu'il avait d'adresse, et il y reussit completement. Les grands scheiks
+firent la declaration desiree, et engagerent les Egyptiens a se
+soumettre a l'envoye de Dieu, qui respectait le prophete, et qui venait
+venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte etablit au
+Caire un divan, comme il avait fait a Alexandrie, compose des principaux
+scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir a gagner l'esprit des Egyptiens, en les consultant,
+et a s'instruire par eux de tous les details de l'administration
+interieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait
+etabli de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des
+deputes au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national.
+
+Bonaparte resolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son
+projet de succeder aux droits des Mameluks, il saisit leurs proprietes,
+et fit continuer au profit de l'armee francaise la perception des droits
+precedemment etablis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes a sa
+disposition. Il ne negligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+esperer une amelioration dans leur sort. Il fit partir des generaux avec
+des detachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation
+du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil
+superieur pour prendre possession de l'Egypte-Moyenne. Desaix fut place
+avec sa division a l'entree de la Haute-Egypte, dont il devait faire
+la conquete sur Mourad-Bey, des que les eaux du Nil baisseraient avec
+l'automne. Chacun des generaux, muni d'instructions detaillees, devait
+repeter dans tout le pays ce qui avait ete fait a Alexandrie et au
+Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et
+etablir la perception des impots pour fournir aux besoins de l'armee.
+
+Bonaparte s'occupa ensuite du bien-etre et de la sante des soldats.
+L'Egypte commencait a leur plaire: ils y trouvaient le repos,
+l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulieres du pays, et en faisaient un sujet continuel de
+plaisanteries. Mais, devinant l'intention du general avec leur sagacite
+accoutumee, ils jouaient aussi le respect pour le prophete, et riaient
+avec lui du role que la politique les obligeait a jouer. Bonaparte fit
+construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les
+bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter
+les femmes. Ils avaient trouve en Egypte des anes superbes et en grand
+nombre. C'etait un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les
+environs et de galoper sur ces animaux a travers les campagnes. Leur
+vivacite causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+defendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie etait montee sur
+les plus beaux chevaux du monde, c'est-a-dire sur les chevaux arabes
+enleves aux Mameluks.
+
+Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrees
+voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de
+l'Egypte. Il nomma lui-meme l'emir-haggi. C'est un officier choisi
+annuellement au Caire, pour proteger la grande caravane de la Mecque.
+Il ecrivit a tous les consuls francais sur la cote de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'emir-haggi etait nomme, et que les caravanes
+pouvaient partir. Il fit ecrire par les scheiks au sherif de la Mecque,
+que les pelerins seraient proteges, et que les caravanes trouveraient
+surete et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey
+a Belbeys. Bonaparte lui ecrivit, ainsi qu'aux divers pachas de
+Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions
+des Francais envers la Sublime-Porte. Ces dernieres precautions etaient
+malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Francais, qui venaient envahir une des plus riches
+provinces de leur souverain, fussent reellement ses amis.
+
+Les Arabes etaient frappes du caractere du jeune conquerant. Ils ne
+comprenaient pas qu'un mortel qui lancait la foudre fut aussi clement.
+Ils l'appelaient le digne enfant du prophete, le favori du grand
+_Allah_; ils avaient chante dans la grande mosquee la litanie suivante:
+
+"Le grand _Allah_ n'est plus irrite contre nous! Il a oublie nos fautes,
+assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les
+misericordes du grand _Allah_!
+
+"Quel est celui qui a sauve des dangers de la mer et de la fureur de ses
+ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains
+et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_?
+
+"C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrite contre
+nous. Chantons les misericordes du grand _Allah_!
+
+"Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les
+beys mameluks avaient range leur infanterie en bataille.
+
+"Mais _le Favori de la victoire_, a la tete _des braves de l'Occident_,
+a detruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks.
+
+"De meme que les vapeurs qui s'elevent le matin du Nil sont dissipees
+par les rayons du soleil, de meme l'armee des Mameluks a ete dissipee
+par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est
+actuellement irrite contre les Mameluks, parce que _les braves de
+l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_."
+
+Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes,
+prendre part a leurs fetes. Il assista a celle du Nil qui est une des
+plus grandes d'Egypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contree: aussi
+est-il en grande veneration chez les habitans, et il est l'objet d'une
+espece de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un
+grand canal; une digue lui interdit l'entree de ce canal, jusqu'a ce
+qu'il soit parvenu a une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour
+destine a cette operation est un jour de rejouissance. On declare la
+hauteur a laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espere une grande
+inondation, la joie est generale, car c'est un presage d'abondance.
+C'est le 18 aout (1er fructidor) que cette espece de fete se celebre.
+Bonaparte avait fait prendre les armes a toute l'armee, et l'avait
+rangee sur les bords du canal. Un peuple immense etait accouru,
+et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister a ses
+rejouissances. Bonaparte, a la tete de son etat-major, accompagnait les
+principales autorites du pays. D'abord un scheik declara la hauteur a
+laquelle etait parvenu le Nil: elle etait de vingt-cinq pieds, ce qui
+causa une grande joie. On travailla ensuite a couper la digue. Toute
+l'artillerie francaise retentit a la fois au moment ou les eaux
+du fleuve se precipiterent. Suivant l'usage, une foule de barques
+s'elancerent dans le canal pour obtenir le prix destine a celle qui
+parviendrait a y entrer la premiere. Bonaparte donna le prix lui-meme.
+Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil,
+attachant a ce bain des proprietes bienfaisantes. Des femmes y jetaient
+des cheveux et des pieces d'etoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la
+ville, et la journee s'acheva dans les festins. La fete du prophete ne
+fut pas celebree avec moins de pompe; Bonaparte se rendit a la grande
+mosquee, s'assit sur des coussins, les jambes croisees comme les
+scheiks, dit avec eux les litanies du prophete, en balancant le haut de
+son corps et agitant sa tete. Il edifia tout le saint college par sa
+piete. Il assista ensuite au repas donne par le grand scheik, elu dans
+la journee.
+
+C'est par tous ces moyens que le jeune general, aussi profond politique
+que grand capitaine, parvenait a s'attacher l'esprit du pays. Tandis
+qu'il en flattait momentanement les prejuges, il travaillait a y
+repandre un jour la science, par la creation du celebre Institut
+d'Egypte. Il reunit les savans et les artistes qu'il avait amenes, et
+les associant a quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des
+plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper a faire une
+description exacte du pays, et en dresser la carte la plus detaillee;
+les autres devaient en etudier les ruines, et fournir de nouvelles
+lumieres a l'histoire; les autres devaient en etudier les productions,
+faire les observations utiles a la physique, a l'astronomie, a
+l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper a rechercher
+les ameliorations qu'on pourrait apporter a l'existence des habitans par
+des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procedes adaptes
+a ce sol si singulier et si different de l'Europe. Si la fortune devait
+nous enlever un jour cette belle contree, du moins elle ne pouvait nous
+enlever les conquetes que la science y allait faire; un monument se
+preparait qui devait honorer le genie et la constance de nos savans,
+autant que l'expedition honorait l'heroisme de nos soldats.
+
+Monge fut le premier qui obtint la presidence. Bonaparte ne fut que le
+second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure
+construction des moulins a eau et a vent; remplacer le houblon qui
+manque en Egypte, dans la fabrication de la biere; determiner les lieux
+propres a la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour
+procurer de l'eau a la citadelle du Caire; creuser des puits dans les
+differens endroits du desert; chercher le moyen de clarifier et de
+rafraichir l'eau du Nil; imaginer une maniere d'utiliser les decombres
+dont la ville du Caire etait embarrassee, ainsi que toutes les anciennes
+villes d'Egypte; chercher les matieres necessaires pour la fabrication
+de la poudre en Egypte. On peut juger par ces questions de la tournure
+d'esprit du general. Sur-le-champ les ingenieurs, les dessinateurs,
+les savans, se repandirent dans toutes les provinces pour commencer la
+description et la carte du pays. Tels etaient les soins de cette colonie
+naissante et la maniere dont le fondateur en dirigeait les travaux.
+
+La conquete des provinces de la Basse et Moyenne-Egypte s'etait faite
+sans peine, et n'avait coute que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcee sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Egypte a
+Mourad-Bey, qui s'y etait retire avec les debris de son armee.
+
+Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger a Bonaparte le
+plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait
+fortement recommande a l'amiral Brueys de mettre son escadre a l'abri
+des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la
+dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade
+d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi a la voile, que de le
+recevoir a l'ancre. Une vive discussion s'etait elevee sur la question
+de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les
+vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les
+autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un
+allegement qui leur fit gagner trois pieds d'eau. Pour cela il etait
+necessaire de les desarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral
+Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port a cette
+condition. Il pensait qu'oblige a de pareilles precautions pour ses
+trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port
+en presence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi etre bloque par une
+escadre tres-inferieure en force; il se decida a partir pour Corfou.
+Mais etant fort attache au general Bonaparte, il ne voulait pas mettre
+a la voile sans avoir des nouvelles de son entree au Caire et de son
+etablissement en Egypte. Le temps qu'il employa, soit a faire sonder les
+passes d'Alexandrie, soit a attendre des nouvelles du Caire, le perdit,
+et amena un des plus funestes evenemens de la revolution et l'un de ceux
+qui, a cette epoque, ont le plus influe sur les destinees du monde.
+
+L'amiral Brueys s'etait embosse dans la rade d'Aboukir. Cette rade est
+un demi-cercle tres-regulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne
+demi-circulaire parallele au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne
+d'embossage, l'avait appuyee d'un cote vers une petite ile, nommee
+l'ilot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau put passer entre
+cet ilot et sa ligne pour la prendre par derriere; et, dans cette
+croyance il s'etait contente d'y placer une batterie de douze,
+seulement pour empecher l'ennemi d'y debarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce cote, qu'il y avait place ses plus mauvais vaisseaux.
+Il craignait davantage pour l'autre extremite de son demi-cercle. De
+ce cote, il croyait possible que l'ennemi passat entre le rivage et sa
+ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts
+et les mieux commandes. De plus, il etait rassure par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne etant au midi, et le vent venant
+du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce cote aurait le vent
+contraire, et ne s'exposerait pas sans doute a combattre avec un pareil
+desavantage.
+
+Dans cette situation, protege de sa gauche par un ilot, qu'il croyait
+suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs
+vaisseaux et par le vent, il attendit en securite les nouvelles qui
+devaient decider son depart.
+
+Nelson, apres avoir parcouru l'Archipel, apres etre retourne dans
+l'Adriatique, a Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude
+du debarquement des Francais a Alexandrie. Il prit aussitot cette
+direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya
+une fregate pour la chercher et reconnaitre sa position. Cette fregate
+l'ayant trouvee dans la rade d'Aboukir, put observer tout a l'aise notre
+ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une
+multitude de fregates et des vaisseaux legers, avait eu la precaution
+d'en garder quelques-uns a la voile, il aurait pu tenir les Anglais
+toujours eloignes, les empecher d'observer sa ligne, et etre averti de
+leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La fregate anglaise,
+apres avoir acheve sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, etant
+informe de tous les details de notre position, manoeuvra aussitot vers
+Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er aout), vers les six heures du
+soir. L'amiral Brueys etait a diner; il fit aussitot donner le signal
+du combat. Mais on s'attendait si peu a recevoir l'ennemi, que le
+branle-bas n'etait fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des
+equipages etait a terre. L'amiral envoya des officiers pour faire
+rembarquer les matelots et pour reunir une partie de ceux qui etaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osat l'attaquer le soir
+meme, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait
+de demander.
+
+Nelson resolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre
+audacieuse, de laquelle il esperait le succes de la bataille. Il voulait
+aborder notre ligne par la gauche, c'est-a-dire par l'ilot d'Aboukir,
+passer entre cet ilot et notre escadre, malgre les dangers des
+bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne
+d'embossage. Cette manoeuvre etait perilleuse, mais l'intrepide Anglais
+n'hesita pas. Le nombre des vaisseaux etait egal des deux cotes,
+c'est-a-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit
+heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_,
+en voulant passer entre l'ilot d'Aboukir et notre ligne, echoua sur un
+bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais pousse par le vent, il depassa notre premier vaisseau, et ne put
+s'arreter qu'a la hauteur du troisieme. Les vaisseaux anglais _le Zele_,
+_l'Audacieux_, _le Thesee_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et
+reussirent a se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancerent
+jusqu'au _Tonnant_, qui etait le huitieme, et engagerent ainsi notre
+gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancerent par
+le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne
+s'attendait pas dans l'escadre francaise a etre attaque dans ce sens,
+les batteries du cote du rivage n'etaient pas encore degagees, et nos
+deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un cote; aussi l'un
+fut-il desempare, et l'autre demate. Mais au centre ou etait _l'Orient_,
+vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellerophon_, l'un des
+principaux vaisseaux de Nelson, fut degree, demate, et oblige d'amener.
+D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraites, furent obliges de
+s'eloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait recu qu'une
+partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il
+esperait meme, malgre le succes de la manoeuvre de Nelson, remporter la
+victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment a sa droite etaient
+executes. Les Anglais n'avaient engage le combat qu'avec la gauche et le
+centre; notre droite, composee de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait
+aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre
+a la voile, et de se rabattre exterieurement sur la ligne de bataille;
+cette manoeuvre reussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient ete pris entre deux feux; mais les signaux
+ne furent pas apercus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas
+hesiter a courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irresolu, demeura immobile,
+attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre resterent
+donc places entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement
+l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais
+aussi en avaient perdu deux, dont l'un etait echoue, et l'autre demate;
+notre feu etait superieur. L'infortune Brueys fut blesse, il ne voulut
+pas quitter le pont de son vaisseau: "Un amiral, dit-il, doit mourir en
+donnant des ordres." Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze
+heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en
+l'air. Cette epouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette
+lutte acharnee. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engages,
+_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_,
+_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il etait temps encore
+pour notre droite de lever l'ancre, et de venir a leur secours. Nelson
+tremblait que cette manoeuvre ne fut executee; il etait si maltraite
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin a
+la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait
+pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux
+se jeterent a la cote; il se sauva avec les deux autres et deux
+fregates, et fit voile vers Malte. Le combat avait dure plus de quinze
+heures. Tous les equipages attaques avaient fait des prodiges de valeur.
+Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportes; il se
+fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys,
+attendit d'etre emporte par un boulet de canon. Toute notre escadre,
+excepte les vaisseaux et les deux fregates emmenes par Villeneuve, fut
+detruite. Nelson etait si maltraite qu'il ne put pas poursuivre les
+vaisseaux en fuite.
+
+Telle fut la celebre bataille navale d'Aboukir, la plus desastreuse que
+la marine francaise eut encore soutenue, et celle dont les consequences
+militaires devaient etre les plus funestes. La flotte qui avait porte
+les Francais en Egypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui
+devait seconder leurs mouvemens sur les cotes de Syrie, s'ils en avaient
+a executer, qui devait imposer a la Porte, la forcer a se payer de
+mauvaises raisons, et l'obliger a souffrir l'invasion de l'Egypte, qui
+devait enfin, en cas de revers, ramener les Francais dans leur patrie,
+cette flotte etait detruite. Les vaisseaux des Francais etaient brules,
+mais ils ne les avaient pas brules eux-memes, ce qui etait bien
+different pour l'effet moral. La nouvelle de ce desastre circula
+rapidement en Egypte, et causa un instant de desespoir a l'armee.
+Bonaparte recut cette nouvelle avec un calme impassible. "Eh bien!
+dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens." Il
+ecrivit a Kleber: "Ceci nous obligera a faire de plus grandes choses que
+nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prets." La grande ame de
+Kleber etait digne de ce langage: "Oui, repondit Kleber, il faut faire
+de grandes choses; _je_ prepare mes facultes_." Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armee, et en retablit le moral. Bonaparte chercha a
+distraire ses soldats par differentes expeditions, et leur fit bientot
+oublier ce desastre. A la fete de la fondation de la republique,
+celebree le 1er vendemiaire, il voulut encore exalter leur imagination,
+et fit graver sur la colonne de Pompee le nom des quarante premiers
+soldats morts en Egypte. C'etaient les quarante qui avaient succombe en
+attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France,
+etaient ainsi associes a l'immortalite de Pompee et d'Alexandre. Il
+adressa a son armee cette singuliere et grande allocution, ou etait
+retracee sa merveilleuse histoire:
+
+ SOLDATS!
+
+ "Nous celebrons le premier jour de l'an VII de la republique.
+
+ "Il y a cinq ans, l'independance du peuple francais etait menacee;
+ mais vous prites Toulon, ce fut le presage de la ruine de vos
+ ennemis.
+
+ "Un an apres, vous battiez les Autrichiens a Dego.
+
+ "L'annee suivante, vous etiez sur le sommet des Alpes.
+
+ "Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
+ celebre victoire de Saint-Georges.
+
+ "L'an passe, vous etiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
+ retour de l'Allemagne.
+
+ "Qui eut dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
+ au centre de l'ancien continent?
+
+ "Depuis l'Anglais, celebre dans les arts et le commerce, jusqu'au
+ hideux et feroce Bedouin, vous fixez les regards du monde.
+
+ "Soldats, votre destinee est belle, parce que vous etes dignes de ce
+ que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
+ avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
+ pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
+ et de l'admiration de tous les peuples.
+
+ "Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons
+ ete l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+ jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens
+ representatifs, quarante millions de citoyens pensent a vous; tous
+ disent: C'est a leurs travaux, a leur sang que nous devons la paix
+ generale, le repos, la prosperite du commerce et les bienfaits de la
+ liberte civile."
+
+
+
+CHAPITRE XIV.
+
+EFFET DE L'EXPEDITION D'EGYPTE EN EUROPE. CONSEQUENCES FUNESTES DE LA
+BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DECLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS
+DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFERENCES AVEC
+L'AUTRICHE A SELZ. PROGRES DES NEGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES
+COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES REPUBLIQUES ITALIENNES.
+CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE
+A CE SUJET.--SITUATION INTERIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE
+DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GENERALE A LA GUERRE. LOI SUR LA
+CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITES. INVASION
+DES ETATS ROMAINS PAR L'ARMEE NAPOLITAINE.--CONQUETE DU ROYAUME DE
+NAPLES PAR LE GENERAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIEMONT.
+
+
+L'expedition d'Egypte resta un mystere en Europe longtemps encore apres
+le depart de notre flotte. La prise de Malte commenca a fixer les
+conjectures. Cette place reputee imprenable et enlevee en passant, jeta
+sur les argonautes francais un eclat extraordinaire. Le debarquement en
+Egypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frapperent
+toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui
+avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus
+singulier et plus etonnant encore arrivant des contrees lointaines
+de l'Orient. Bonaparte et l'Egypte etaient le sujet de toutes les
+conversations. Ce n'etait rien que les projets executes; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la
+Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde.
+
+La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas detruire le prestige de
+l'entreprise, mais reveiller toutes les esperances des ennemis de la
+France, et hater le succes de leurs trames. L'Angleterre, qui etait
+extremement alarmee pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait
+que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'etait
+pas fache de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre
+l'Egypte. M. de Talleyrand, qui avait du se rendre aupres du divan pour
+lui faire agreer des satisfactions, n'etait point parti. Les agens de
+l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuaderent a la Porte que
+l'ambition de la France etait insatiable; qu'apres avoir trouble
+l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mepris d'une
+antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or repandu dans le divan n'auraient pas suffi
+pour le decider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner
+les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Francais de tout
+leur ascendant dans le Levant, et donna a l'Angleterre une preponderance
+decidee. La Porte declara solennellement la guerre a la France[1], et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie
+naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie
+et l'Angleterre. Le sultan ordonna la reunion d'une armee, pour aller
+reconquerir l'Egypte. Cette circonstance rendait singulierement
+difficile la position des Francais. Separes de la France, et prives
+de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils etaient
+exposes en outre a voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient.
+Ils n'etaient que trente mille environ pour lutter contre tant de
+perils.
+
+[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).]
+
+Nelson victorieux vint a Naples radouber son escadre abimee, et recevoir
+les honneurs du triomphe. Malgre les traites qui liaient la cour de
+Naples a la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours a
+nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts
+a Nelson. Lui-meme fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le
+roi et la reine vinrent le recevoir a l'entree du port, et l'appelerent
+le heros liberateur de la Mediterranee. On se mit a dire que le triomphe
+de Nelson devait etre le signal du reveil general, que les puissances
+devaient profiter du moment ou la plus redoutable armee de la France,
+et son plus grand capitaine, etaient enfermes en Egypte, pour marcher
+contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les
+suggestions furent extremement actives aupres de toutes les cours. On
+ecrivit en Toscane et en Piemont, pour reveiller leur haine jusqu'ici
+deguisee. C'etait le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples,
+de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous a la fois sur
+les derrieres des Francais, et de les egorger d'un bout a l'autre de la
+Peninsule. On dit a l'Autriche qu'elle devait profiter du moment ou les
+puissances italiennes prendraient les Francais par derriere, pour les
+attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait etre
+facile, car Bonaparte et sa terrible armee n'etaient plus sur l'Adige.
+On s'adressa a l'Empire depouille d'une partie de ses etats, et reduit
+a ceder la rive gauche du Rhin; on chercha a tirer la Prusse de sa
+neutralite; enfin on employa aupres de Paul Ier les moyens qui pouvaient
+agir sur son esprit malade, et le decider a fournir les secours si
+long-temps et si vainement promis par Catherine.
+
+Ces suggestions ne pouvaient manquer d'etre bien accueillies aupres de
+toutes les cours; mais toutes n'etaient pas en mesure d'y ceder. Les
+plus voisines de la France etaient les plus irritees et les plus
+disposees a refouler la revolution; mais par cela seul qu'elles etaient
+plus rapprochees du colosse republicain, elles etaient condamnees aussi
+a plus de reserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui.
+La Russie, la plus eloignee de la France, la moins exposee a ses
+vengeances, soit par son eloignement, soit par l'etat moral de ses
+peuples, etait la plus facile a decider. Catherine, dont la politique
+habile avait tendu toujours a compliquer la situation de l'Occident,
+soit pour avoir le pretexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de
+faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporte sa
+politique avec elle. Cette politique est innee dans le cabinet russe;
+elle vient de sa position meme: elle peut changer de procedes ou de
+moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle
+tend toujours au meme but, par un penchant irresistible. L'habile
+Catherine s'etait contentee de donner des esperances et des secours
+aux emigres; elle avait preche la croisade sans envoyer un soldat. Son
+successeur allait suivre le meme but, mais avec son caractere. Ce prince
+violent et presque insense, mais du reste assez genereux, avait d'abord
+paru s'ecarter de la politique de Catherine, et refuse d'executer le
+traite d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais apres
+cette deviation d'un moment, il etait bientot revenu a la politique
+de son cabinet. On le vit donner asile au pretendant, et prendre les
+emigres a sa solde, apres le traite de Campo-Formio. On lui persuada
+qu'il devait se faire le chef de la noblesse europeenne menacee par
+les demagogues. La demarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son
+protecteur, contribua a exalter sa tete, et il embrassa l'idee qu'on lui
+proposait, avec la mobilite et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa
+protection a l'Empire, et voulut se porter garant de son integrite. La
+prise de Malte le remplit de colere, et il offrit la cooperation de
+ses armees contre la France. L'Angleterre triomphait donc a
+Saint-Petersbourg comme a Constantinople, et elle allait faire marcher
+d'accord des ennemis jusque-la irreconciliables.
+
+Le meme zele ne regnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de
+sa neutralite et de l'epuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir
+dans la lutte des deux systemes. Elle veillait seulement a ses
+frontieres du cote de la Hollande et de la France, pour empecher la
+contagion revolutionnaire. Elle avait range ses armees de maniere a
+former une espece de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris a ses
+depens a connaitre la puissance de la France, et qui etait expose a
+devenir toujours le theatre de la guerre, souhaitait la paix. Les
+princes depossedes eux-memes la souhaitaient aussi, parce qu'ils etaient
+assures de trouver des indemnites sur la rive droite; les princes
+ecclesiastiques seuls, menaces de la secularisation, desiraient la
+guerre. Les puissances italiennes du Piemont et de la Toscane ne
+demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la republique francaise. Elles attendaient que Naples ou
+l'Autriche leur donnat le signal. Quant a l'Autriche, quoiqu'elle fut la
+mieux disposee des cours formant la coalition monarchique, elle hesitait
+cependant avec sa lenteur ordinaire a prendre un parti, et surtout elle
+craignait pour ses peuples deja tres epuises par la guerre. La France
+lui avait oppose deux republiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une
+sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout a fait a rentrer en lutte; mais elle aurait passe
+par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition republicaine, si
+on l'avait dedommagee par quelques conquetes. C'est pour ce but qu'elle
+avait propose des conferences a Selz. Ces conferences devaient
+avoir lieu dans l'ete de 1798, non loin du congres de Rastadt, et
+concurremment avec ce congres. De leur resultat dependaient la
+determination de l'Autriche et le succes des efforts tentes pour former
+une nouvelle coalition.
+
+Francois (de Neufchateau) etait l'envoye choisi par la France. C'est
+pour ce motif qu'on avait designe la petite ville de Selz, a cause de sa
+situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la
+rive gauche. Cette derniere condition etait necessaire, parce que la
+constitution defendait au directeur sortant de s'eloigner de France
+avant un delai fixe. M. de Cobentzel avait ete envoye par l'Autriche.
+Des les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance.
+Elle voulait etre dedommagee, par des extensions de territoire, des
+conquetes que le systeme republicain avait faites en Suisse et en
+Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendit sur les evenemens
+de Vienne, et que des satisfactions fussent accordees pour l'insulte
+faite a Bernadotte. Mais l'Autriche evitait de s'expliquer sur ce point,
+et ajournait toujours cette partie de la negociation. Le negociateur
+francais y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se
+contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le
+ministre Thugut, disgracie en apparence, le fut reellement, et qu'une
+simple demarche, la plus insignifiante du monde, fut faite aupres de
+Bernadotte, pour reparer l'outrage qu'il avait recu. M. de Cobentzel
+se contenta de dire que sa cour desapprouvait ce qui s'etait passe
+a Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua
+d'insister sur les extensions de territoire qu'il reclamait. Il etait
+clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordees
+qu'autant que celles d'ambition auraient ete obtenues. L'Autriche
+disait que l'institution des deux republiques romaine et helvetique, et
+l'influence evidente exercee sur les republiques cisalpine, ligurienne
+et batave, etaient des violations du traite de Campo-Formio, et une
+alteration dangereuse de l'etat de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordat des dedommagemens, si elle voulait qu'on
+lui pardonnat ses dernieres usurpations; et pour dedommagement, le
+negociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie.
+Il voulait que la ligne de l'Adige fut portee plus loin, et que les
+possessions autrichiennes s'etendissent jusqu'a l'Adda et au Po,
+c'est-a-dire que l'on donnat a l'empereur une grande moitie de la
+republique cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dedommager la
+republique cisalpine avec une partie du Piemont; le surplus de ce
+royaume aurait ete donne a l'archiduc de Toscane; et le roi de Piemont
+aurait recu en dedommagement les etats de l'Eglise. Ainsi, au prix d'un
+agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane,
+l'empereur aurait sanctionne l'institution de la republique helvetique,
+le renversement du pape et le demembrement de la monarchie du Piemont.
+La France ne pouvait consentir a ces propositions par une foule de
+raisons. D'abord elle ne pouvait demembrer la Cisalpine a peine formee,
+et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait
+affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberte;
+enfin elle avait, l'annee precedente, conclu un traite avec le roi de
+Piemont, par lequel elle lui garantissait ses etats. Cette garantie
+etait surtout stipulee contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas
+sacrifier le Piemont. Aussi Francois (de Neufchateau) ne put-il adherer
+aux propositions de M. de Cobentzel. On se separa sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'etait accordee pour l'evenement de Vienne.
+M. de Degelmann, qui devait etre envoye a Paris comme ambassadeur,
+n'y vint pas, et on declara que les deux cabinets continueraient de
+correspondre par leurs ministres au congres de Rastadt. Cette separation
+fut generalement prise pour une espece de rupture.
+
+Les resolutions de l'Autriche furent evidemment fixees des cet instant;
+mais avant de recommencer les hostilites avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M.
+de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin a
+Saint-Petersbourg. Le but de ces courses etait de contribuer avec
+l'Angleterre a former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait
+envoye a Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le
+prince Repnin. M. de Cobentzel devait reunir ses efforts a ceux du
+prince Repnin et de la legation anglaise, pour entrainer le jeune roi.
+
+La France, de son cote, avait envoye l'un de ses plus illustres citoyens
+a Berlin; c'etait Sieyes. La reputation de Sieyes avait ete immense
+avant le regne de la convention. Elle s'etait evanouie sous le niveau
+du comite de salut public. On la vit renaitre tout a coup, lorsque les
+existences purent recommencer leurs progres naturels; et le nom de
+Sieyes etait redevenu le plus grand nom de France, apres celui de
+Bonaparte; car en France, une reputation de profondeur est ce qui
+produit le plus d'effet apres une grande reputation militaire. Sieyes
+etait donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant
+et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il
+ne laissait pas que d'etre importun. On eut l'idee de lui donner une
+ambassade. C'etait une occasion de l'eloigner, de l'utiliser, et surtout
+de lui fournir des moyens d'existence. La revolution les lui avait
+enleves tous, en abolissant les benefices ecclesiastiques. Une grande
+ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande etait celle de
+Berlin, car on n'avait d'envoyes ni en Autriche, ni en Russie, ni en
+Angleterre. Berlin etait le theatre de toutes les intrigues, et Sieyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires, etait cependant un
+observateur fin et sur. De plus, sa grande renommee le rendait
+particulierement propre a representer la France, surtout aupres de
+l'Allemagne, a laquelle il convenait plus qu'a tout autre pays.
+
+Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses etats un revolutionnaire
+si celebre; cependant il n'osa pas le refuser. Sieyes se comporta avec
+mesure et dignite; il fut recu de meme, mais laisse dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyes a l'etranger, il etait observe avec soin, et pour
+ainsi dire sequestre. Les Allemands etaient fort curieux de le voir,
+mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin etait nulle.
+C'etait le sentiment de ses interets qui seul inspirait le roi de Prusse
+contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.
+
+Tandis qu'en Allemagne on travaillait a decider le roi de Prusse, la
+cour de Naples, pleine de joie et de temerite depuis la victoire de
+Nelson, faisait des preparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations aupres de la Toscane et du Piemont. La France, par une
+espece de complaisance, lui avait laisse occuper le duche de Benevent.
+Mais cette concession ne l'avait point calmee. Elle se flattait de
+gagner a la prochaine guerre une moitie des etats du pape.
+
+Les negociations de Rastadt se poursuivaient avec succes pour la France.
+Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Egypte, avaient
+ete remplaces au congres par Jean Debry et Roberjot. Apres avoir
+obtenu la ligne du Rhin, il restait a resoudre une foule de questions
+militaires, politiques, commerciales. Notre deputation etait devenue
+extremement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit
+d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les iles du Rhin, ce qui etait
+un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait
+ensuite garder Kehl et son territoire, vis-a-vis Strasbourg; Cassel et
+son territoire, vis-a-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fut retabli; que cinquante arpens de terrain
+nous fussent accordes en face de l'ancien pont de Huningue, et que
+l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fut demolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne
+aboutissant au Rhin, fut libre, que tous les droits de peage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises a un
+meme droit de douane; que les chemins de halage fussent conserves,
+et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une derniere
+condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive
+gauche cedes a la France fussent transportees sur les pays de la rive
+droite, destines a etre donnes en indemnite.
+
+La deputation de l'Empire repondit avec raison que la ligne du Rhin
+devait presenter une surete egale aux deux nations; que c'etait la
+raison d'une surete egale, qui avait ete surtout alleguee, pour faire
+accorder cette ligne a la France; mais que cette surete n'existerait
+plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs,
+soit en se reservant les iles, soit en gardant Cassel et Kehl, et
+cinquante arpens vis-a-vis Huningue, etc. La deputation de l'Empire ne
+voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour
+veritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-a-dire le milieu du
+principal bras navigable. Toutes les iles qui etaient a droite de cette
+ligne devaient appartenir a l'Allemagne, toutes celles qui etaient a
+gauche devaient appartenir a la France. De cette maniere, on placait
+entre les deux peuples le veritable obstacle qui fait d'un fleuve une
+ligne militaire, c'est-a-dire le principal bras navigable. Par suite de
+ce principe, la deputation demandait la demolition de Cassel et de Kehl,
+et refusait les cinquante arpens vis-a-vis Huningue. Elle ne voulait pas
+que la France conservat aucun point offensif, lorsque l'Allemagne
+les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la demolition
+d'Ehrenbreitstein, qui etait incompatible avec la surete de la ville
+de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'etendue de son cours, et voulait que la France
+obligeat la republique batave a reconnaitre cette liberte. Quant a la
+libre navigation des fleuves de l'interieur de l'Allemagne, cet article
+depassait, disait-elle, sa competence, et regardait chaque etat
+individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que
+tout ce qui etait relatif aux peages et a leur abolition fut renvoye a
+un traite de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de
+la rive gauche cedes a la France, que leurs dettes restassent a leur
+charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de
+la noblesse immediate fussent consideres comme proprietes particulieres,
+et conserves a ce titre. La deputation demandait accessoirement que les
+troupes francaises evacuassent la rive droite et cessassent le blocus
+d'Ehrenbreitstein, parce qu'il reduisait les habitans a la famine.
+
+Ces pretentions contraires donnerent lieu a une suite de notes et de
+contre-notes, pendant tout l'ete. Enfin, vers le mois de vendemiaire an
+VI (aout et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la deputation
+francaise. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la
+France et l'Allemagne, et les iles durent etre partagees consequemment a
+ce principe. La France consentit a la demolition de Cassel et de Kehl,
+mais elle exigea l'ile de Pettersau, qui est placee dans le Rhin a peu
+pres a la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour
+cette place. L'Empire germanique consentit de son cote a la demolition
+d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des peages
+furent accordees. Il restait a s'entendre sur l'etablissement des ponts
+commerciaux, sur les biens de la noblesse immediate, sur l'application
+des lois de l'emigration dans les pays cedes, et sur les dettes de ces
+pays. Les princes seculiers avaient declare qu'il fallait faire toutes
+les concessions compatibles avec l'honneur et la surete de l'Empire,
+afin d'obtenir la paix, si necessaire a l'Allemagne. Il etait evident
+que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les
+y engageait. Quant a l'Autriche, elle commencait a montrer des
+dispositions toutes contraires, et a exciter le ressentiment des princes
+ecclesiastiques contre la marche des negociations. Les deputes de
+l'Empire, tout en se prononcant pour la paix, gardaient cependant la
+plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et
+louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres francais,
+ils montraient une extreme raideur; ils vivaient a part, et dans une
+espece d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle etait la
+situation du congres a la fin de l'ete de l'an VI (1798).
+
+Pendant que ces evenemens se passaient en Orient et en Europe, la
+France, toujours chargee du soin de diriger les cinq republiques
+instituees autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'etaient des
+difficultes continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire
+vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos
+generaux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les etats
+voisins.
+
+Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-a-dire,
+apres avoir frappe sur un parti, frapper bientot sur l'autre. En
+Hollande on avait execute, le 3 pluviose (22 janvier), une espece de 18
+fructidor pour ecarter les federalistes, abolir les anciens reglemens,
+et donner au pays une constitution unitaire, a peu pres semblable a
+celle de la France. Mais cette revolution avait tourne beaucoup trop au
+profit des democrates. Ceux-ci s'etaient empares de tous les pouvoirs.
+Apres avoir exclu de l'assemblee nationale tous les deputes qui leur
+paraissaient suspects, ils s'etaient eux-memes constitues en directoire
+et en deux conseils, sans recourir a de nouvelles elections. Ils avaient
+voulu par la imiter la convention nationale de France, et ses fameux
+decrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'etaient entierement empares
+depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne ou le
+directoire francais voulait maintenir toutes les republiques confiees a
+ses soins. Le general Daendels, l'un des hommes les plus distingues du
+parti modere, vint a Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit
+pour aller en Hollande porter aux democrates le coup qu'on leur avait
+recemment porte a Paris, en les excluant du corps legislatif par
+les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait
+immediatement apres le repeter dans les etats qui dependaient d'elle.
+Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se reunit aux ministres,
+et avec le secours des troupes bataves et francaises, dispersa le
+directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit
+ordonner de nouvelles elections. Le ministre de France, Delacroix, qui
+avait appuye les democrates, fut rappele. Ces scenes produisirent
+leur effet accoutume. On ne manqua pas de dire que les constitutions
+republicaines ne pouvaient marcher seules, qu'a chaque instant il
+fallait le levier des baionnettes, et que les nouveaux etats se
+trouvaient sous la dependance la plus complete de la France.
+
+En Suisse, l'etablissement de la republique _une et indivisible_ n'avait
+pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug,
+Glaris, excites par les pretres et les aristocrates suisses, avaient
+jure de s'opposer a l'adoption du regime nouveau. Le general
+Schauembourg, sans vouloir les reduire par la force, avait interdit
+toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+refractaires coururent aussitot aux armes et envahirent Lucerne, ou ils
+pillerent et devasterent. Schauembourg marcha sur eux, et apres quelques
+combats opiniatres, les reduisit a demander la paix. Le gage de cette
+paix avait ete l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut
+employer aussi le fer et meme le feu pour reprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le
+but d'y retablir leur domination. Malgre ces obstacles, en prairial
+(mai 1798), la constitution etait partout en vigueur. Le gouvernement
+helvetique etait reuni a Arau. Compose d'un directoire et de deux
+conseils, il commencait a s'essayer dans l'administration du pays. Le
+nouveau commissaire francais etait Rapinat, beau-frere de Rewbell.
+Le gouvernement helvetique devait s'entendre avec Rapinat pour
+l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette
+administration difficile. Les pretres et les aristocrates, postes dans
+les montagnes, epiaient le moment favorable pour soulever de nouveau
+la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et
+satisfaire l'armee francaise qu'on avait a leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientot d'une
+maniere independante. Cette tache n'etait pas moins difficile pour le
+gouvernement helvetique que pour le commissaire francais place aupres de
+lui.
+
+Il etait naturel que la France s'emparat des caisses appartenant aux
+anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre.
+L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermes
+dans les magasins formes par les ci-devant cantons, lui etaient
+indispensables pour faire vivre son armee. C'etait l'exercice le plus
+ordinaire du droit de conquete; elle aurait pu sans doute renoncer a ce
+droit, mais la necessite la forcait d'en user dans le moment. Rapinat
+eut donc ordre de mettre le scelle sur toutes les caisses. Beaucoup de
+Suisses, meme parmi ceux qui avaient souhaite la revolution, trouverent
+fort mauvais qu'on s'emparat du pecule et des magasins des anciens
+gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et
+braves, mais d'une extreme avarice. Ils voulaient bien qu'on leur
+apportat la liberte, qu'on les debarrassat de leurs oligarques, mais ils
+ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et
+l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau enorme
+des campagnes les plus longues et les plus devastatrices, les patriotes
+suisses jeterent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara.
+Le directoire helvetique fit de son cote apposer de nouveaux scelles sur
+ceux qui venaient d'etre apposes par Rapinat, et protesta ainsi contre
+la mesure qui mettait les caisses a la disposition de la France. Rapinat
+fit sur-le-champ enlever les scelles du directoire helvetique, et
+declara a ce directoire qu'il etait borne aux fonctions administratives,
+qu'il ne pouvait rien contre l'autorite de la France, et qu'a l'avenir
+ses lois et ses decrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne
+contiendraient rien de contraire aux arretes du commissaire et du
+general francais. Les ennemis de la revolution, et il s'en etait glisse
+plus d'un dans les conseils helvetiques, triompherent de cette lutte et
+crierent a la tyrannie. Ils dirent que leur independance etait violee,
+et que la republique francaise, qui avait pretendu leur apporter la
+liberte, ne leur apportait en realite que l'asservissement et la misere.
+L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle
+etait aussi dans le directoire et dans les autorites locales. A Lucerne
+et a Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils
+apportaient des obstacles de toute espece a la levee de quinze millions
+frappes sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armee.
+Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations
+helvetiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au
+gouvernement helvetique la demission de deux directeurs, les nommes
+Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires etrangeres, et le
+renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne.
+Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait etre refusee.
+Les demissions furent donnees sur-le-champ; mais la rudesse avec
+laquelle se conduisit Rapinat fit elever de nouveaux cris, et mit tous
+les torts de son cote. Il compromettait en effet son gouvernement, en
+violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eut
+ete facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire
+francais ecrivit au directoire helvetique pour desapprouver la conduite
+de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes
+les formes. Rapinat fut rappele; neanmoins les membres demissionnaires
+demeurerent exclus. Les conseils helvetiques nommerent, pour remplacer
+les deux directeurs demissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution,
+et le colonel Laharpe, le frere du general mort en Italie, l'un des
+auteurs de la revolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les
+plus probes et les mieux intentionnes de son pays.
+
+Une alliance offensive et defensive fut conclue entre les republiques
+helvetique et francaise le 2 fructidor (19 aout). D'apres ce traite,
+celle des deux puissances qui etait en guerre avait droit de requerir
+l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la
+force devait etre determinee suivant les circonstances. La puissance
+requerante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre
+navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France etait
+reciproquement stipulee. Deux routes devaient etre ouvertes, l'une de
+France a la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de
+France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale
+du lac de Constance. Dans ce systeme des republiques unies, la France
+s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les etats
+de ses allies, et etre en mesure de deboucher rapidement en Italie ou en
+Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le theatre de
+la guerre dans les etats allies. Ce n'etaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces etats a devenir le theatre de
+la guerre. Les routes n'etaient qu'un moyen d'accourir plus tot et de
+les proteger a temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie.
+
+La ville de Geneve fut reunie a la France, ainsi que la ville de
+Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hesite entre
+la Cisalpine et la republique helvetique, se declarerent pour celle-ci,
+et voterent leur reunion. Les ligues grises, que le directoire aurait
+voulu reunir a la Suisse, etaient partagees en deux factions rivales,
+et balancaient entre la domination autrichienne et la domination
+helvetique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens
+etrangers amenerent un nouveau desastre dans l'Underwalden. Ils firent
+soulever les paysans de cette vallee contre les troupes francaises. Un
+combat des plus acharnes eut lieu a Stanz, et il fallut mettre le feu
+a ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y etaient
+etablis.
+
+Les memes difficultes se presentaient de l'autre cote des Alpes. Une
+espece d'anarchie regnait entre les sujets des nouveaux etats et
+leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armees, entre nos
+ambassadeurs et nos generaux. C'etait une epouvantable confusion. La
+petite republique ligurienne etait acharnee contre le Piemont, et
+voulait a tout prix y introduire la revolution. Grand nombre de
+democrates piemontais s'etaient refugies dans son sein, et en etaient
+sortis armes et organises, pour faire des incursions dans leur pays,
+et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande etait
+partie du cote de la Cisalpine, et s'etait avancee par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussees et une foule de victimes
+inutilement sacrifiees. La republique ligurienne n'avait pas renonce
+pour cela a harceler le gouvernement de Piemont; elle recueillait et
+armait de nouveaux refugies, et voulait elle-meme faire la guerre. Notre
+ministre a Genes, Sotin, avait la plus grande peine a la contenir. De
+son cote, notre ministre a Turin, Ginguene, n'avait pas moins de peine a
+repondre aux plaintes continuelles du Piemont, et a le moderer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.
+
+La Cisalpine etait dans un desordre effrayant. Bonaparte en la
+constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les
+proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire
+et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le regime municipal
+et le systeme financier. Ce petit etat avait a lui seul deux cent
+quarante representans. Les departemens etant trop nombreux, il etait
+devore par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun systeme
+regulier et uniforme d'impots. Avec une richesse considerable, il
+n'avait point de finances, et il pouvait a peine suffire a payer le
+subside convenu pour l'entretien de nos armees. Du reste, sous tous les
+rapports, la confusion etait au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcee par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire
+accepter le traite d'alliance avec la France, les revolutionnaires
+l'avaient emporte, et le langage des jacobins dominait dans les conseils
+et les clubs. Notre armee secondait ce mouvement et appuyait toutes les
+exagerations. Brune, apres avoir acheve la soumission de la Suisse,
+etait retourne en Italie, ou il avait recu le commandement general
+de toutes les troupes francaises, depuis le depart de Berthier pour
+l'Egypte. Il etait a la tete des patriotes les plus vehemens. Lahoz,
+le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait ete
+commencee sous Bonaparte, abondait dans les memes idees et les memes
+sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de desordres dans
+l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des
+logemens qui, d'apres les traites, ne leur etaient pas dus, devastaient
+les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des requisitions
+comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations
+locales, puisaient dans les caisses des villes sans alleguer aucune
+espece de pretexte que leur bon plaisir. Les commandans de place
+exercaient surtout des exactions intolerables. Le commandant de Mantoue
+s'etait permis, par exemple, d'affermer a son profit la peche du
+lac. Les generaux proportionnaient leur exigence a leur grade, et
+independamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec
+les compagnies des profits scandaleux. Celle qui etait chargee
+d'approvisionner l'armee en Italie, abandonnait aux etats-majors
+quarante pour cent de benefice; et on peut juger par la de ce qu'elle
+devait gagner pour faire de pareils avantages a ses protecteurs. Par
+l'effet des desertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitie des
+hommes portes sur les etats, de maniere que la republique payait le
+double de ce qu'elle aurait du. Malgre toutes ces malversations, les
+soldats etaient mal payes, et la solde du plus grand nombre etait
+arrieree de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions etait
+horriblement foule, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les
+patriotes cisalpins toleraient tous ces desordres sans se plaindre,
+parce que l'etat-major leur pretait son appui.
+
+A Rome, les choses se passaient mieux. La, une commission, composee de
+Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probite le pays
+affranchi. Ces trois hommes avaient compose une constitution qui
+avait ete adoptee, et qui, sauf quelques differences, et les noms qui
+n'etaient pas les memes, ressemblait exactement a la constitution
+francaise. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des
+anciens s'appelait le senat; le second conseil le tribunal. Mais ce
+n'etait pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en
+vigueur. Ce n'etait pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des
+Romains qui s'opposait a son etablissement, mais leur paresse. Il n'y
+avait guere d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, pousses
+par les moines, et du reste faciles a soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appeles a composer le consulat, le senat et le
+tribunal, une insouciance, une inaptitude extreme au travail. Il fallait
+de grands efforts pour les decider a sieger de deux jours l'un, et ils
+voulaient absolument des vacances pour l'ete. A cette paresse il
+faut joindre une inexperience et une incapacite absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zele dans les Cisalpins, mais
+c'etait du zele sans lumiere et sans mesure, ce qui le rendait tout
+aussi funeste que l'insouciance. Il etait a craindre que, des le
+depart de la commission francaise, le gouvernement romain tombat en
+dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant
+on aimait beaucoup les places a Rome, on les aimait comme on le fait
+dans tout etat sans industrie.
+
+La commission avait mis fin a toutes les malversations qui avaient ete
+commises au premier moment de notre entree a Rome. Elle s'etait emparee
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probite et habilete.
+Faypoult, qui etait un administrateur integre et capable, avait etabli
+pour tout l'etat romain un systeme d'impots fort bien entendu. Il etait
+parvenu ainsi a suffire aux besoins de notre armee; il avait paye tout
+l'arriere de solde non-seulement a l'armee de Rome, mais encore a
+la division embarquee a Civita-Vecchia. Si les finances eussent ete
+conduites de la meme maniere dans la Cisalpine, le pays n'eut pas ete
+foule, et nos soldats se fussent trouves dans l'abondance. L'autorite
+militaire etait a Rome entierement soumise a la commission. Le general
+Saint-Cyr, qui avait remplace Massena, se distinguait par une severe
+probite; mais, partageant le gout d'autorite qui devenait general
+chez tous ses camarades, il paraissait mecontent d'etre soumis a la
+commission. A Milan surtout, on etait fort peu satisfait de tout ce qui
+se faisait a Rome. Les democrates italiens etaient irrites de voir les
+democrates romains annules ou contenus par la commission. L'etat-major
+francais, duquel relevaient les divisions stationnees a Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui echapper, et soupirait
+apres le moment ou la commission quitterait ses fonctions.
+
+C'est a tort qu'on ferait au directoire francais un reproche du desordre
+qui regnait dans les pays allies. Aucune volonte, si forte qu'elle fut,
+n'aurait pu empecher le debordement des passions qui les troublaient, et
+quant aux exactions, la volonte de Napoleon lui-meme n'a pas reussi a
+les empecher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein
+de genie et de vigueur, n'aurait pu executer, un gouvernement compose
+de cinq membres, et place a des distances immenses, le pouvait encore
+moins. Cependant il y avait dans la majorite de notre directoire le plus
+grand zele a assurer le bien-etre des nouvelles republiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions des generaux,
+contre les vols manifestes des compagnies. Excepte Barras, qui etait de
+moitie dans tous les profits des compagnies, qui etait l'espoir de tous
+les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs denoncaient
+avec la plus grande energie ce qui se faisait en Italie. Larevelliere
+surtout, dont la severe probite etait revoltee de tant de desordres,
+proposa au directoire un plan qui fut agree. Il voulait qu'une
+commission continuat a diriger le gouvernement romain, et a contenir
+l'autorite militaire; qu'un ambassadeur fut envoye a Milan, pour y
+representer le gouvernement francais, et y enlever toute influence a
+l'etat-major; que cet ambassadeur fut charge de faire a la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de reduire le nombre
+des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eut pour adjoint un administrateur
+capable de creer un systeme d'impot et de comptabilite. Ce plan fut
+adopte. Trouve, naguere ministre de France a Naples, et Faypoult, l'un
+des membres de la commission de Rome, furent envoyes a Milan pour
+executer les mesures proposees par Larevelliere.
+
+Trouve devait, aussitot qu'il serait arrive a Milan, s'entourer des
+hommes les plus eclaires de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous
+les changemens qu'il etait necessaire de faire soit a la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces
+changemens seraient arretes, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des deputes a sa devotion, et au besoin les appuyer de
+l'autorite de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il
+serait possible.
+
+Trouve, rendu de Naples a Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonne. Mais
+le secret de sa mission etait difficile a garder. On sut bientot qu'il
+venait changer la constitution, et surtout reduire le nombre des places
+de toute espece. Les patriotes, qui sentaient bien, a la conduite de
+l'ambassadeur, que les reductions porteraient sur eux, etaient furieux.
+Ils s'appuyerent sur l'etat-major de l'armee, fort indispose lui-meme
+contre l'autorite nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'etablir
+une lutte scandaleuse entre la legation francaise et l'etat-major
+francais, entoure des patriotes italiens. Trouve et les hommes qui se
+rendaient chez lui, furent denonces, avec une extreme violence dans les
+conseils cisalpins. On pretendit que le ministre francais venait violer
+la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le
+directoire avait exerces sur toutes les republiques alliees. Trouve
+essuya des desagremens de toute espece, de la part des patriotes
+italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la derniere
+indecence, dans un bal qu'il donnait, et y causerent le plus grand
+scandale. Ces scenes etaient deplorables, surtout a cause de l'effet
+qu'elles produisaient sur les ministres etrangers. Non-seulement on leur
+donnait le spectacle des plus facheuses divisions, mais on les insultait
+dans les diners diplomatiques, en buvant, a leur face, a l'extermination
+de tous les rois. Le plus vehement jacobinisme regnait a Milan. Brune et
+Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se menager l'appui de Barras.
+Mais le directoire, averti d'avance, etait inebranlable dans ses
+resolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, a l'instant meme ou
+il arrivait. Quant a Brune, il lui fut prescrit de retourner a Milan, et
+d'y concourir aux changemens que Trouve allait faire executer.
+
+Apres avoir accompli les diverses modifications necessaires a la
+constitution, Trouve assembla chez lui les deputes les plus sages, et
+les leur soumit. Ils les approuverent; mais le dechainement etait si
+grand, qu'ils n'oserent pas se charger de les proposer eux-memes aux
+deux conseils. Trouve fut donc oblige de deployer l'autorite francaise,
+et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du
+reste, peu importait, au fond, le mode employe. Il eut ete absurde a
+la France, qui avait cree ces republiques nouvelles et qui les faisait
+exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y etablir
+l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le facheux etait qu'elle n'eut pas
+fait le mieux possible des le premier jour et en une seule fois, afin de
+ne plus etre obligee de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le
+30 aout (13 fructidor an VI), Trouve assembla le directoire et les deux
+conseils de la Cisalpine; il leur presenta la nouvelle constitution
+et toutes les lois administratives et financieres que Faypoult avait
+preparees. Les conseils etaient reduits de deux cent quarante a cent
+vingt membres. Les individus a conserver dans les conseils et le
+gouvernement etaient designes. Un systeme d'impot regulier etait etabli.
+Il y avait des impots personnels et indirects, systeme qu'on essayait
+d'etablir dans le moment en France, et qui deplaisait beaucoup aux
+patriotes. Tous ces changemens furent approuves et adoptes. Brune avait
+ete oblige de fournir l'appui des troupes francaises. Aussi la colere
+des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la revolution se fit sans
+obstacles. Il fut decide en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblees primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits a
+la constitution.
+
+La tache de Trouve etait achevee; mais le gouvernement francais, voyant
+le soulevement que ce ministre avait excite, pensa qu'il n'etait pas
+possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une
+autre ambassade, et envoyer a Milan un homme etranger aux dernieres
+querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant
+membre des jacobins, qui etait devenu un souple et bas courtisan de
+Barras, qui avait ete associe par lui au trafic des compagnies, et
+place sur la voie des honneurs; c'etait Fouche, dont Barras surprit la
+nomination a ses collegues. Fouche partit pour remplacer Trouve, et
+celui-ci dut se rendre a Stuttgard. Mais Brune, profitant du depart
+de Trouve, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la
+licence militaire qui regnait alors, de faire a l'ouvrage du ministre de
+France les plus graves changemens. Il exigea la demission de trois des
+directeurs nommes par Trouve, il changea plusieurs ministres, et fit
+differentes alterations a la constitution. L'un des trois directeurs
+dont il avait demande la demission, Sopranzi, ayant courageusement
+refuse de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et
+arracher du palais du gouvernement. Il se hata ensuite de convoquer les
+assemblees primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouve,
+modifiee comme elle venait de l'etre par lui. Fouche, qui arriva dans
+cet intervalle, aurait du s'opposer a cette convocation, et ne pas
+permettre qu'on fit sanctionner des changemens que le general n'avait
+pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir a son gre. Les
+modifications de Trouve, et les modifications plus recentes de Brune,
+furent approuvees par les assemblees primaires, soumises a la fois au
+pouvoir militaire et a la violence des patriotes.
+
+Quand le directoire francais apprit ces details, il ne faiblit point. Il
+cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert
+d'aller retablir les choses dans l'etat ou les avait mises Trouve.
+Fouche fit des objections; il pretendit que la constitution nouvelle,
+etant approuvee avec les changemens que Brune y avait apportes, il
+serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il
+gagna meme Joubert a son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir
+de pareilles hardiesses de la part de ses generaux, et surtout il ne
+devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les etats
+allies. Il rappela Fouche lui-meme, qui, de cette maniere, ne passa que
+peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le retablissement integral
+de la constitution, telle que Trouve l'avait faite au nom de la France.
+Quant aux individus auxquels Brune avait arrache leur demission, on les
+engagea a la renouveler, pour eviter de nouveaux changemens.
+
+La Cisalpine resta donc constituee comme le directoire avait voulu
+qu'elle le fut, sauf la destitution de quelques individus changes par
+Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes
+de nos agens civils et militaires, etaient du plus deplorable effet,
+decourageaient les nouveaux peuples affranchis, deconsideraient la
+republique-mere, et prouvaient la difficulte de maintenir tous ces corps
+dans leur orbite.
+
+Les evenemens de la Cisalpine furent gravement reproches au directoire,
+car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement
+qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles meme qu'il
+rencontre dans sa marche. La double opposition qui commencait a
+reparaitre dans les conseils attaqua diversement les operations
+executees en Italie. Le theme etait tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre
+l'independance d'une republique alliee; on avait meme commis une
+infraction aux lois francaise, car la constitution cisalpine qu'on
+venait d'alterer etait garantie par un traite d'alliance, et ce traite,
+approuve par les conseils, ne pouvait etre enfreint par le directoire.
+Quant a l'opposition constitutionnelle, ou moderee, il etait naturel de
+s'attendre a son approbation plutot qu'a ses reproches, parce que les
+changemens faits dans la Cisalpine etaient diriges contre les patriotes
+exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien
+Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il
+croyait d'ailleurs devoir defendre l'oeuvre de son frere, attaquee par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'independance des
+allies etait attaquee, que les traites etaient violes, etc.
+
+Les deux oppositions se prononcaient plus ouvertement de jour en jour.
+Elles commencaient a contester au directoire certaines attributions
+dont il avait ete pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait
+quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer
+les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraitrait
+dangereuse. Le directoire avait ferme quelques clubs devenus trop
+violens, et supprime quelques journaux qui avaient donne des nouvelles
+fausses et imaginees evidemment dans une intention malveillante. Il y
+eut un journal, entre autres, qui pretendit que le directoire allait
+reunir a la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les
+patriotes s'eleverent contre cette puissance arbitraire, et demanderent
+le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les
+conseils deciderent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'a
+l'etablissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonne pour
+la preparation de cette loi.
+
+Le directoire essuya egalement de fortes contradictions en matiere de
+finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de
+proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait ete fixe
+a 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un deficit de
+62 millions, et, outre ce deficit, un arriere considerable dans les
+rentrees. Les creanciers, malgre la solennelle promesse d'acquitter le
+tiers consolide, n'avaient pas ete payes integralement. On decida
+qu'ils recevraient, en paiement de l'arriere, des bons recevables en
+acquittement des impots. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an
+VII, dans lequel on allait entrer. Les depenses furent arretees a 600
+millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il
+fallut reduire les contributions fonciere et personnelle, beaucoup
+trop fortes, et elever les impots du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On decreta des centimes additionnels pour les depenses
+locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des
+hopitaux et autres etablissemens. Malgre ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impots ne rentreraient tout au plus qu'aux trois
+quarts, a en juger par les annees precedentes, et que c'etait les
+exagerer beaucoup que de porter les rentrees effectives a 450 ou
+500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir
+reellement la depense de 600 millions; il proposa un impot sur les
+portes et fenetres, et un impot sur le sel. Il s'eleva a ce sujet de
+violentes contestations. On decreta l'impot sur les portes et fenetres,
+et on prepara un rapport sur l'impot du sel.
+
+Ces contradictions n'avaient rien de facheux en elles-memes, mais elles
+etaient le symptome d'une haine sourde, a laquelle il ne fallait que des
+malheurs publics pour eclater. Le directoire, parfaitement instruit de
+l'etat de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se preparaient,
+et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guere
+plus en douter au mouvement des differens cabinets. Cobentzel et Repnin
+n'avaient pu arracher la Prusse a sa neutralite, et l'avaient quittee
+avec un grand mecontentement. Mais Paul Ier, completement seduit, avait
+stipule un traite d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes
+en marche. L'Autriche armait avec activite; la cour de Naples ordonnait
+l'enrolement de toute sa population. Il eut ete de la plus grande
+imprudence de ne pas faire de preparatifs, en voyant un pareil
+mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'a ceux du Volturne. Nos
+armees etant singulierement diminuees par la desertion, le directoire
+resolut de pourvoir a leur recrutement par une grande institution, qui
+restait encore a creer. La convention avait puise deux fois dans la
+population de la France, mais d'une maniere extraordinaire, sans laisser
+de loi permanente pour la levee annuelle des soldats. En mars 1793, elle
+avait ordonne une levee de trois cent mille hommes; en aout de la meme
+annee, elle avait pris la grande et belle resolution de la levee en
+masse, generation par generation. Depuis, la republique avait existe
+par cette mesure seule, en forcant a rester sous les drapeaux ceux qui
+avaient pris les armes a cette epoque. Mais le feu, les maladies en
+avaient detruit un grand nombre; la paix en avait ramene un grand nombre
+encore dans leurs foyers. On n'avait delivre que douze mille conges,
+mais il y avait eu dix fois plus de deserteurs; et il etait difficile
+d'etre severe envers des hommes qui avaient defendu pendant six annees
+leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils etaient excellens. Il fallait
+les remplir par de nouvelles levees, et prendre, non pas une mesure
+extraordinaire et temporaire, mais une mesure generale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devint, en quelque sorte, partie
+inherente de la constitution. On imagina la conscription.
+
+Le general Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire,
+dont on a abuse comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a
+pas moins sauve la France et porte sa gloire au comble. Par cette loi,
+chaque Francais fut declare soldat de droit, pendant une epoque de sa
+vie. Cette epoque etait de vingt a vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrives a cet age etaient partages en cinq classes, annee par annee.
+Suivant la necessite, le gouvernement appelait des hommes en commencant
+par la premiere classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de
+chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au
+fur et a mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits etaient
+obliges de servir jusqu'a vingt-cinq ans. Ainsi la duree du service des
+soldats variait d'une annee a cinq, suivant qu'ils avaient ete pris de
+vingt-cinq a vingt ans. En temps de guerre, cette duree etait illimitee;
+c'etait au gouvernement a delivrer des conges, quand il croyait le
+pouvoir sans inconvenient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espece,
+excepte pour ceux qui s'etaient maries avant la loi, ou qui avaient deja
+paye leur dette dans les guerres precedentes. Cette loi pourvoyait ainsi
+aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie
+etait declaree en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur
+la population entiere; et la levee en masse recommencait.
+
+Cette loi fut adoptee sans opposition, et consideree comme l'une
+des plus importantes creations de la revolution[2]. Sur-le-champ le
+directoire demanda a en faire usage, et reclama la levee de deux cent
+mille conscrits, pour completer les armees et les mettre sur un
+pied respectable. Cette demande fut accordee par acclamations le 2
+vendemiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions
+contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant
+elles voulaient que la republique conservat son ascendant en presence
+des puissances de l'Europe. Une levee d'hommes exige une levee d'argent.
+Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour
+l'equipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour reparer le dernier
+desastre de la marine. La question etait de savoir ou on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux
+tiers de la dette etaient rentres presque en totalite, qu'il restait 400
+millions en biens nationaux, lesquels etaient libres par consequent,
+et pouvaient etre consacres aux nouveaux besoins de la republique.
+On decreta en consequence la mise en vente de 125 millions de biens
+nationaux. Un douzieme devait etre paye comptant, le reste en
+obligations des acquereurs, negociables a volonte, et payables
+successivement dans un delai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+interet a cinq pour cent. Ce papier pouvait equivaloir a un paiement
+au comptant, par la facilite de le donner aux compagnies. Les biens
+devaient etre vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut
+pas plus contestee que la loi de recrutement, dont elle etait la
+consequence.
+
+[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).]
+
+Le directoire se mit ainsi en mesure de repondre aux menaces de
+l'Europe, et de soutenir la dignite de la republique. Deux evenemens de
+mediocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre a
+Ostende. L'Irlande s'etait soulevee, et le directoire y avait envoye le
+general Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la tresorerie ayant ete retarde, une seconde
+division de six mille hommes, commandee par le general Sarrazin, n'avait
+pu mettre a la voile, et Humbert etait reste sans appui. Il s'etait
+maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivee du renfort
+attendu aurait change entierement la face des choses. Mais, apres une
+suite de combats honorables, il venait d'etre oblige de mettre bas les
+armes avec tout son corps. Un echec de meme nature, essuye par les
+Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par
+intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Ocean, ils
+voulurent faire un debarquement a Ostende, pour detruire les ecluses;
+mais, poursuivis a outrance, coupes de leurs vaisseaux, ils furent pris
+au nombre de deux mille hommes.
+
+[Note 3: Il debarqua le 5 fructidor (22 aout) et fut battu et fait
+prisonnier le 22 (8 septembre) par le general Cornwallis.]
+
+Bien que l'Autriche eut contracte une alliance avec la Russie et avec
+l'Angleterre, et qu'elle put compter sur une armee russe et sur un
+subside anglais, neanmoins elle hesitait encore a rentrer en lutte avec
+la republique francaise. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie
+rallume sur le continent, et qui craignait egalement les progres du
+systeme republicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait etre
+revolutionnee, et dans l'autre punie de son alliance avec la France,
+l'Espagne s'etait interposee de nouveau pour calmer des adversaires
+irrites. Sa mediation, en provoquant des discussions, en faisant naitre
+quelque possibilite d'arrangement, amenait de nouvelles hesitations a
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, ou le zele etait
+furibond, on etait indigne de tout delai, et on voulait trouver une
+maniere d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche a tirer le fer. La
+folie de cette petite cour etait sans exemple. Le sort des Bourbons
+etait, a cette epoque, d'etre conduits par leurs femmes a toutes les
+fautes. On en avait vu trois a la fois dans le meme cas: Louis XVI,
+Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortune Louis XVI est connu.
+Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies differentes, etaient
+entraines, par la meme influence, a une ruine inevitable. On avait fait
+prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson etait traite
+comme un dieu tutelaire. On avait ordonne la levee du cinquieme de la
+population, espece d'extravagance, car il eut suffi d'en bien armer le
+cinquantieme, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent
+devait fournir un cavalier equipe; une partie des biens du clerge avait
+ete mise en vente; tous les impots avaient ete doubles; enfin ce faiseur
+de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal
+reussi, et que la destinee reservait a des revers d'une si etrange
+espece, Mack avait ete demande a Naples pour etre mis a la tete de
+l'armee napolitaine. On lui decerna le triomphe avant la victoire, et
+on lui donna le titre de liberateur de l'Italie, le meme qu'avait porte
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines a tous les
+saints, des prieres a saint Janvier, et des supplices contre ceux qui
+etaient soupconnes de partager les opinions francaises.
+
+La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piemont et en
+Toscane. Elle voulait que les Piemontais s'insurgeassent sur les
+derrieres de l'armee qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les
+derrieres de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profite de
+l'occasion pour attaquer de front l'armee de Rome; les Autrichiens en
+auraient profite aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine,
+et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Francais ne se
+sauverait. Le roi de Piemont, prince religieux, avait quelques scrupules
+a cause du traite d'alliance qui le liait a la France; mais on lui
+disait que la foi promise a des oppresseurs n'engageait pas, et que les
+Piemontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Francais. Du
+reste, les scrupules etaient moins ici le veritable obstacle que la
+surveillance rigoureuse du directoire. Quant a l'archiduc de Toscane, il
+manquait entierement de moyens. Naples, pour le decider, promettait de
+lui envoyer une armee par la flotte de Nelson.
+
+Le directoire, de son cote, etait sur ses gardes, et il prenait ses
+precautions. La republique ligurienne, toujours acharnee contre le roi
+de Piemont, avait enfin declare la guerre a ce prince. A une haine
+de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux
+petites puissances en voulaient venir aux mains a tout prix. Le
+directoire intervint dans la querelle, signifia a la republique
+ligurienne qu'il fallait poser les armes, et declara au roi de Piemont
+qu'il se chargeait de maintenir la tranquillite dans ses etats, mais
+que, pour cela, il fallait qu'il y occupat un poste important. En
+consequence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes
+francaises la citadelle de Turin. Une pareille pretention n'etait
+justifiable que par les craintes que la cour de Piemont inspirait. Il y
+avait incompatibilite entre les anciens et les nouveaux etats, et ils
+ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piemont fit
+de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de resister aux
+demandes du directoire. Les Francais occuperent la citadelle, et
+commencerent sur-le-champ a l'armer. Le directoire avait detache l'armee
+de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donne, pour la commander,
+le general Championnet, qui s'etait distingue sur le Rhin. L'armee etait
+disseminee dans tout l'etat romain; il y avait dans la Marche d'Ancone
+quatre a cinq mille hommes commandes par le general Casa-Bianca; le
+general Lemoine etait avec deux ou trois mille hommes sur le penchant
+oppose de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de
+cinq mille hommes a peu pres, etait repandu sur le Tibre. Il y avait a
+Rome une petite reserve. L'armee dite de Rome etait donc de quinze a
+seize mille hommes au plus. La necessite de surveiller le pays, et la
+difficulte d'y vivre, nous avaient obliges de disperser nos troupes; et
+si un ennemi actif et bien seconde avait su saisir l'occasion, il aurait
+pu faire repentir les Francais de leur isolement.
+
+On comptait beaucoup sur cette circonstance a Naples; on se flattait de
+surprendre les Francais et de les detruire en detail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succes, et de forcer enfin
+l'Autriche a entrer dans la carriere, apres la lui avoir ouverte!
+Ce furent la les raisons qui engagerent la cour de Naples a prendre
+l'initiative. Elle esperait que les Francais seraient facilement battus,
+et que l'Autriche ne pourrait plus hesiter, quand une fois le fer serait
+tire. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient
+un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient a ce qu'on prit
+l'initiative; mais on refusa d'ecouter leurs sages conseils. Pour
+decider ce pauvre roi, et l'arracher a ses innocentes occupations, on
+supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le
+commencement des hostilites. Des lors les ordres de marche furent
+donnes pour la fin de novembre. Toute l'armee napolitaine fut mise en
+mouvement. Le roi lui-meme partit avec un grand appareil, pour assister
+aux operations. Il n'y eut pas de declaration de guerre, mais une
+sommation aux Francais d'evacuer l'etat romain: ils repondirent a cette
+sommation en se preparant a combattre, malgre la disproportion du
+nombre.
+
+Dans la situation respective des deux armees, rien n'etait plus facile
+que d'accabler les Francais, disperses dans les provinces romaines, a
+droite et a gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur
+centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni.
+La gauche des Francais, placee au-dela de l'Apennin pour garder les
+Marches, eut ete coupee de leur droite, placee en deca pour garder les
+rives du Tibre. On les eut ainsi empeches de se rallier, et on les
+aurait ramenes en desordre jusque dans la Haute-Italie. La Peninsule
+du moins eut ete delivree; et la Toscane, l'etat romain, les Marches,
+seraient entres sous la domination de Naples. Le nombre des troupes
+napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sur; mais il
+etait impossible que Mack employat une manoeuvre aussi simple. Comme
+dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude
+de corps detaches. Il avait pres de soixante mille hommes, dont quarante
+mille formaient l'armee active, et vingt mille les garnisons. Au lieu
+de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il
+la divisa en six colonnes. La premiere, agissant sur les revers de
+l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli
+dans les Marches; la seconde et la troisieme, agissant sur l'autre cote
+des monts, et se liant a la precedente, durent marcher, l'une sur Terni,
+l'autre sur Magliano; la quatrieme et la principale, formant le corps de
+bataille, fut dirigee sur Frascati et sur Rome; une cinquieme, longeant
+la Mediterranee, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de
+rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la derniere,
+embarquee sur l'escadre de Nelson, fut dirigee sur Livourne, pour
+soulever la Toscane et fermer la retraite aux Francais. Ainsi tout etait
+prepare pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'etait
+pour les battre auparavant.
+
+C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille
+hommes. La quantite de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le
+mauvais etat des chemins, rendaient ses mouvemens tres lents. L'armee
+napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble.
+Championnet, averti a temps du peril, detacha deux corps pour observer
+la marche de l'ennemi, et proteger les corps isoles qui se repliaient.
+Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il resolut de prendre une
+position en arriere, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana
+et Civita-Ducale, et la de concentrer ses forces pour reprendre
+l'offensive.
+
+Tandis que Championnet se retirait sagement, et evacuait Rome, en
+laissant huit cents hommes dans le chateau Saint-Ange, Mack s'avancait
+fierement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de
+resistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29
+novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait prepare au roi une
+reception triomphale. Ce pauvre prince, traite en conquerant et en
+liberateur, fut enivre de l'espece de gloire militaire qu'on lui avait
+appretee. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et
+il invita le pape a venir reprendre possession de ses etats. Cependant
+son armee, moins genereuse que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilite accoutumee, se precipita sur les
+maisons de ceux qu'on accusait d'etre revolutionnaires, et les devasta.
+La depouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumee et indignement
+outragee.
+
+Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps a Rome,
+Championnet executait avec une rare activite l'habile determination
+qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel etait au centre sur
+le Haut-Tibre, il fit prendre a Macdonald une forte position a
+Civita-Castellana, et le renforca de toutes les troupes dont il put
+disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-dela de l'Apennin, et ne laissa au general Casa-Bianca que
+ce qui lui etait strictement necessaire pour retarder de ce cote la
+marche de l'ennemi. Lui-meme courut a Ancone pour hater l'arrivee de ses
+parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce
+qui se preparait sur ses derrieres en Toscane, il chargea un officier,
+avec un faible detachement, d'observer ce qui se passait de ce cote.
+
+Les Napolitains rencontrerent enfin les Francais sur les differentes
+routes qu'ils parcouraient. Ils etaient trois fois plus nombreux, mais
+ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouverent que
+la tache etait rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avancait par
+Ascoli fut repoussee au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni,
+un colonel napolitain fut enleve avec tout son corps par le general
+Lemoine. Cette premiere experience de la guerre avec les Francais etait
+peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses
+dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante,
+celle de Civita-Castellana, ou Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veies. Elle est placee sur un
+ravin, dans une position tres forte. Les Francais tenaient plusieurs
+postes eloignes qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII
+(4 decembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces
+considerables. Il dirigea par la rive opposee du Tibre une colonne
+accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne
+reussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppee, perdit trois mille prisonniers. Les autres,
+decouragees, se bornerent a de simples demonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes
+francaises. Mack, un peu deconcerte, renonca a enlever la position
+centrale de Civita-Castellana, et commenca a s'apercevoir que ce n'etait
+pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie.
+C'est a Terni, point plus rapproche de l'Apennin, et moins defendu par
+les Francais, qu'il aurait du frapper le coup principal. Il songea des
+lors a derober ses troupes, et a les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidite
+d'execution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut
+plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armee; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une operation deja trop
+lente. Macdonald, qu'il croyait retenir a Civita-Castellana par des
+demonstrations, s'etait deja transporte de Civita-Castellana au-dela
+du Tibre. Lemoine avait ete renforce a Terni. Ainsi, les Napolitains
+avaient ete prevenus sur tous les points qu'ils se proposaient de
+surprendre. Le premier mouvement du general Metsch, de Calvi sur
+Otricoli, n'amena qu'un desastre. Le 19 frimaire (9 decembre), ramene
+d'Otricoli sur Calvi, ce general fut entoure et oblige de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq
+cents. Des cet instant, Mack ne songea plus qu'a rentrer dans Rome, et a
+se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano,
+pour y rallier son armee, et la renforcer de nouveaux bataillons.
+C'etait la une triste ressource, car ce n'etait pas la quantite des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'etait leur qualite qu'il aurait fallu
+changer; et ce n'etait pas en se retirant a quelques lieues du champ de
+bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et
+la bravoure.
+
+Le roi de Naples, en apprenant ces tristes evenemens, sortit furtivement
+de Rome, ou il etait entre quelques jours auparavant en triomphe. Les
+Napolitains l'evacuerent en desordre, a la grande satisfaction des
+Romains, qui etaient deja beaucoup plus importunes de leur presence,
+qu'ils ne l'avaient ete de celle des Francais. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours apres en etre sorti. Il avait merite veritablement
+les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille,
+et les avait pousses en desordre devant lui. Championnet ne voulut pas
+se borner a la simple defense des Etats romains, il concut le projet
+audacieux de conquerir le royaume de Naples avec sa faible armee.
+L'entreprise etait difficile, moins a cause de la force de l'armee
+napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire
+une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet
+n'en persista pas moins a s'avancer. Il partit de Rome pour suivre
+la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantite de
+prisonniers, et mit dans une deroute complete la colonne qui avait ete
+debarquee en Toscane, et dont il ne s'echappa que trois mille hommes.
+
+Mack, entierement demoralise, se replia rapidement dans le royaume de
+Naples, et ne s'arreta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il
+fit choix de ses troupes les meilleures, les placa devant Capoue et
+sur toute la ligne du fleuve, qui est tres profond, et qui forme une
+barriere difficile a franchir. Pendant ce temps, le roi etait rentre
+a Naples, et son retour subit y avait jete la confusion. Le peuple,
+furieux des echecs essuyes par l'armee, criait a la trahison, demandait
+des armes, et menacait d'egorger les generaux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait egorger
+aussi tous ceux qu'on accusait de desirer les Francais et la revolution.
+Cette cour odieuse n'hesita pas a donner aux lazzaronis des armes dont
+il etait facile de prevoir l'usage. A peine ces especes de barbares
+eurent-ils recu les depouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgerent et
+se rendirent maitres de Naples. Criant toujours a la trahison, ils
+s'emparerent d'un messager du roi, et l'assassinerent. Le favori Acton,
+auquel on commencait a attribuer les malheurs publics, la reine, le roi,
+toute la cour, etaient dans l'epouvante. Naples ne paraissait plus un
+sejour assez sur; l'idee de se refugier en Sicile fut aussitot concue
+et adoptee. Le 11 nivose (31 decembre), les meubles precieux de la
+couronne, tous les tresors des palais de Caserte et de Naples, et un
+tresor de vingt millions, furent embarques sur l'escadre de Nelson, et
+on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamites
+publiques, ne voulut pas braver les dangers du sejour de Naples, et
+s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brule.
+Ce fut au milieu d'une tempete, et a la lueur des flammes des chantiers
+incendies, que cette cour lache et criminelle abandonna a ses dangers le
+royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'egorger
+la haute bourgeoisie, accusee d'esprit revolutionnaire. Tout devait etre
+immole, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta a Naples,
+charge des pouvoirs du roi.
+
+Pendant ce temps, Championnet s'avancait vers Naples. Il avait commis
+a son tour la meme faute que Mack; il s'etait divise en plusieurs
+colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction a travers
+un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et souleve de toutes
+parts contre les pretendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, etait
+fort incertaine.
+
+Championnet, arrive avec son corps de bataille sur les bords du
+Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repousse par une
+nombreuse artillerie, il fut oblige de renoncer a un coup de main, et de
+replier ses troupes, en attendant l'arrivee des autres colonnes. Cette
+tentative eut lieu le 14 nivose an VII (3 janvier 1799). Les paysans
+napolitains, insurges de toutes parts, interceptaient nos courriers et
+nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes,
+et sa position pouvait etre consideree comme tres critique. Mack profita
+de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet,
+comptant sur la fortune des Francais, repoussa hardiment les
+propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et
+il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait
+abandonner la ligne du Volturne, ceder la ville de Capoue aux Francais,
+se retirer derriere la ligne des Regi-Lagni du cote de la Mediterranee,
+et de l'Ofanto, du cote de l'Adriatique, et ceder ainsi une grande
+partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on
+stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut
+signe le 22 nivose (11 janvier).
+
+Quand on apprit a Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra
+a la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il etait trahi
+par les officiers de la couronne. La vue du commissaire charge de
+recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux
+derniers exces; elle se revolta, et empecha l'execution de l'armistice.
+Le tumulte fut porte a un tel degre, que le prince Pignatelli,
+epouvante, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livree aux
+lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorite reconnue, et on etait
+menace d'un horrible bouleversement. Enfin, apres trois jours de
+tumulte, on parvint a choisir un chef qui avait la confiance des
+lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'etait le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les memes fureurs eclataient dans
+l'armee de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs a
+leur lachete, s'en prirent a leur general, et voulurent le massacrer. Le
+pretendu liberateur de l'Italie, qui avait recu un mois auparavant les
+honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp meme des Francais.
+Il demanda a Championnet la permission de se refugier aupres de lui. Le
+genereux republicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans
+sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir a sa table, et lui
+laissa son epee.
+
+Championnet, autorise par le refus fait a Naples d'executer les
+conditions de l'armistice, s'avanca sur cette capitale, dans le but de
+s'en emparer. La chose etait difficile, car un peuple immense, qui,
+en rase campagne, eut ete balaye par quelques escadrons de cavalerie,
+devenait tres redoutable derriere les murs d'une ville. On eut quelques
+combats a livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis
+montrerent la plus de courage que l'armee napolitaine. L'imminence du
+danger avait redouble leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait
+les moderer, avait cesse bientot de leur convenir, et ils avaient pris
+pour chefs deux d'entre eux, les nommes Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrerent, des cet instant, aux plus grands exces, et commirent toute
+espece de violences contre les bourgeois et les nobles accuses de
+jacobinisme. Le desordre fut pousse a un tel point, que toutes les
+classes interessees a l'ordre souhaiterent l'entree des Francais. Les
+habitans firent prevenir Mack qu'ils se joindraient a lui pour livrer
+Naples. Le prince de Moliterne lui-meme promit de s'emparer du fort
+Saint-Elme, et de le livrer aux Francais. Le 4 pluviose (23
+janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se defendirent
+courageusement; mais les bourgeois s'etant empares du fort Saint-Elme
+et de differens postes de la ville, donnerent entree aux Francais. Les
+lazzaronis, retranches neanmoins dans les maisons, allaient se defendre
+de rues en rues, et incendier peut-etre la ville; mais on fit prisonnier
+un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'egards, on lui promit
+de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fit mettre bas les
+armes a tous les siens.
+
+Championnet, des cet instant, se trouva maitre de Naples et de tout le
+royaume: il se hata d'y retablir l'ordre et de desarmer les lazzaronis.
+D'apres les intentions du gouvernement francais, il proclama la
+nouvelle republique. Un nom antique lui fut donne, celui de republique
+parthenopeenne. Telle fut l'issue des folies et des mechancetes de la
+cour de Naples. Vingt mille Francais et deux mois suffirent pour dejouer
+ses vastes projets, changer ses etats en republique. Cette courte
+campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une reputation brillante.
+L'armee de Rome prit des lors le titre d'armee de Naples, et fut
+detachee de l'armee d'Italie. Championnet devint independant de Joubert.
+
+Pendant que ces evenemens avaient lieu dans la Peninsule, la chute du
+royaume de Piemont etait enfin consommee. Deja, par une precaution que
+les circonstances legitimaient assez, Joubert s'etait empare de la
+citadelle de Turin, et l'avait armee avec l'artillerie prise dans les
+arsenaux piemontais. Mais cette precaution etait fort insuffisante dans
+l'etat present des choses. Le trouble regnait toujours dans le Piemont:
+les republicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et
+venaient meme de perdre six cents hommes, pour avoir essaye de
+surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin,
+ou toute la cour etait representee, et qui etait a la fois l'oeuvre des
+Piemontais et des officiers francais que les generaux ne pouvaient pas
+toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans
+Turin meme. La cour de Piemont ne pouvait pas etre notre amie, et la
+correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre
+dirigeant de Piemont, le prouvait assez. Dans des circonstances
+pareilles, la France, exposee a une nouvelle guerre, ne pouvait pas
+laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un
+gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piemont, le droit que
+les defenseurs d'une place ont sur tous les batimens qui en genent ou
+en compromettent la defense. Il fut decide qu'on forcerait le roi de
+Piemont a abdiquer. On soutint les republicains, et on les aida a
+s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi
+qu'il ne pouvait plus vivre dans des etats qui se revoltaient, et qui
+allaient etre bientot le theatre de la guerre: on lui demanda son
+abdication, en lui laissant l'ile de Sardaigne. L'abdication fut signee
+le 19 frimaire (9 decembre 1798). Ainsi les deux princes les plus
+puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piemont, n'avaient plus, de
+leurs etats, que deux iles. Dans les circonstances qui se preparaient,
+on ne voulut pas se donner l'embarras de creer une nouvelle republique,
+et en attendant le resultat de la guerre, il fut decide que le Piemont
+serait provisoirement administre par la France. Il ne restait plus a
+envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait
+pour l'occuper; mais on differait cette signification, et on attendait,
+pour la faire, que l'Autriche se fut ouvertement declaree.
+
+
+
+CHAPITRE XV.
+
+ETAT DE L'ADMINISTRATION DE LA REPUBLIQUE ET DES ARMEES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.--PREPARATIFS MILITAIRES.--LEVEE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES
+COALISEES.--DECLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE
+LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE
+PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPERATIONS
+MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE
+SCHERER.--ASSASSINAT DES PLENIPOTENTIAIRES FRANCAIS A RASTADT.--EFFETS
+DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIEES CONTRE LE
+DIRECTOIRE.--ELECTIONS DE L'AN VII.--SIEYES EST NOMME DIRECTEUR, EN
+REMPLACEMENT DE REWBELL.
+
+
+Tel etait l'etat des choses au commencement de l'annee 1799. La guerre,
+d'apres les evenemens que nous venons de rapporter, n'etait plus
+douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptees, la levee de
+boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans
+la certitude d'une intervention puissante, les preparatifs immenses de
+l'Autriche, enfin l'arrivee d'un corps russe en Moravie, ne laissaient
+plus aucune incertitude. On etait en nivose (janvier 1799), et il etait
+evident que les hostilites seraient commencees avant deux mois. Ainsi
+l'incompatibilite des deux grands systemes que la revolution avait
+mis en presence etait prouvee par les faits. La France avait commence
+l'annee 1798 avec trois republiques a ses cotes, les republiques batave,
+cisalpine et ligurienne, et deja il en existait six a la fin de
+cette annee, par la creation des republiques helvetique, romaine et
+parthenopeenne. Cette extension avait ete moins le resultat de l'esprit
+de conquete, que de l'esprit de systeme. On avait ete oblige de secourir
+les Vaudois opprimes: on avait ete provoque a Rome a venger la mort du
+malheureux Duphot, immole en voulant separer les deux partis: a Naples
+on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait ete
+forcement conduit a rentrer en lutte, il est constant que le directoire,
+quoique ayant une immense confiance dans la puissance francaise,
+desirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financieres;
+il est constant aussi que l'empereur, tout en desirant la guerre,
+voulait l'eloigner encore. Cependant tous s'etaient conduits comme
+s'ils avaient voulu rentrer immediatement en lutte, tant etait grande
+l'incompatibilite des deux systemes.
+
+La revolution avait donne au gouvernement francais une confiance et
+une audace extraordinaire. Le dernier evenement de Naples, quoique peu
+considerable en lui-meme, venait de lui persuader encore que tout devait
+fuir devant les baionnettes francaises. C'etait du reste l'opinion de
+l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensite des moyens reunis
+contre la France, pour donner a ses ennemis le courage de se mesurer
+avec elle. Mais cette confiance du gouvernement francais dans ses
+forces etait exageree, et lui cachait une partie des difficultes de sa
+position. La suite a prouve que ses ressources etaient immenses, mais
+que dans le moment elles n'etaient pas encore assez assurees pour
+garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait a
+administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagees en
+autant de republiques. Les administrer par l'intermediaire de leur
+gouvernement, etait, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on
+avait commande directement chez elles. On n'en pouvait presque
+tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le defaut
+d'organisation. Il fallait cependant les defendre, et des lors combattre
+sur une ligne qui, depuis le Texel, s'etendait sans interruption jusqu'a
+l'Adriatique, ligne qui, attaquee de front par la Russie et l'Autriche,
+etait prise a revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit a
+Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait
+les tirer de France seulement. Or, les armees etaient singulierement
+affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, etaient en Egypte
+sous notre grand capitaine. Les armees restees en France etaient
+diminuees de moitie par l'effet des desertions que la paix amene
+toujours. Le gouvernement payait le meme nombre de soldats, mais il
+n'avait peut-etre pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les
+administrations et les etats-majors faisaient le profit sur la solde,
+et c'etait une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante
+mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait
+remplir avec la nouvelle levee des conscrits; mais il fallait du temps
+pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis retablissement de
+la conscription. Enfin, les finances etaient toujours dans le meme
+delabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait
+vote un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125
+millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais
+la lenteur des rentrees, et l'erreur dans l'evaluation de certains
+produits, laissaient un deficit considerable. Enfin la subordination, si
+necessaire dans une machine aussi vaste, commencait a disparaitre. Les
+militaires devenaient tres difficiles a contenir. Cet etat de guerre
+perpetuelle leur faisait sentir qu'ils etaient necessaires; ils en
+devenaient imperieux et exigeans. Places dans des pays riches, ils
+voulaient en profiter, et ils etaient les complices de toutes les
+spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions la ou
+ils residaient, et n'obeissaient qu'avec peine a la direction des agens
+civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouve. Enfin, dans
+l'interieur, l'opposition qu'on a vu renaitre depuis le 18 fructidor,
+et prendre deux caracteres, se prononcait davantage. Les patriotes,
+reprimes aux dernieres elections, se preparaient a triompher dans les
+nouvelles. Les moderes critiquaient froidement, mais amerement,
+toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les
+oppositions, lui reprochaient meme les difficultes qu'il avait a
+vaincre, et qui etaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement,
+c'est la force meme: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne
+triomphe pas. On n'ecoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi
+il n'a pas reussi.
+
+Telle etait la situation du directoire a l'instant ou la guerre
+recommenca avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour retablir l'ordre
+dans cette grande machine. La confusion regnait toujours en Italie. Les
+ressources de cette belle contree etaient gaspillees, et se perdaient
+inutilement pour l'armee; quelques pillards en profitaient seuls. La
+commission chargee d'instituer et d'administrer la republique romaine
+venait de terminer ses fonctions, et aussitot l'influence des
+etats-majors s'etait fait sentir. On avait change les consuls juges
+trop moderes. On avait rompu les marches avantageux pour l'entretien
+de l'armee. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction
+financiere, avait conclu un marche pour l'entretien et le paiement des
+troupes stationnees a Rome, et pour le transport de tous les objets
+d'art envoyes en France. Elle avait adjuge en paiement des biens
+nationaux pris sur le clerge. Le marche, outre qu'il etait modere sous
+le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens
+nationaux. Il fut casse, et donne ensuite a la compagnie Baudin,
+qui devorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les
+etats-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le
+Piemont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie a devorer,
+et la probite de Joubert, general en chef de l'armee d'Italie, n'etait
+pas une garantie contre l'avidite de l'etat-major et des compagnies.
+Naples surtout allait etre mise au pillage. Il y avait dans le
+directoire quatre hommes integres, Rewbell, Larevelliere, Merlin et
+Treilhard, que tous les desordres revoltaient. Larevelliere surtout,
+le plus severe et le plus instruit des faits par ses relations
+particulieres avec l'ambassadeur Trouve et avec les membres de la
+commission de Rome, Larevelliere voulait qu'on deployat la plus grande
+energie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'etait
+d'instituer dans tous les pays dependans de la France, et ou residaient
+nos armees, des commissions chargees de la partie civile et financiere,
+et tout a fait independantes des etats-majors. A Milan, a Turin, a Rome,
+a Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions
+stipulees avec les pays allies de la France, passer les marches, faire
+tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des
+armees, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires.
+Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux generaux les
+fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obliges de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorite
+militaire etait encore bien menagee. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia a Scherer l'ordre de la faire executer
+sur-le-champ avec la derniere rigueur. Comme il montrait quelque
+indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il repondrait de tous
+les desordres qui ne seraient pas reprimes.
+
+Cette mesure, quelque juste qu'elle fut, devait blesser beaucoup les
+etats-majors. En Italie surtout ils parurent se revolter; ils dirent
+qu'on deshonorait les militaires par les precautions qu'on prenait a
+leur egard, qu'on enchainait tout a fait les generaux, qu'on les
+privait de toute autorite. Championnet, a Naples, avait deja tranche du
+legislateur, et nomme des commissions chargees d'administrer le pays
+conquis. Faypoult etait envoye a Naples pour s'y charger de toute la
+partie financiere. Il prit les arretes necessaires pour faire rentrer
+l'administration dans ses mains, et revoqua certaines mesures fort mal
+entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son etat, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme
+offense; il eut la hardiesse de prendre un arrete par lequel il
+enjoignait a Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite etait intolerable.
+Meconnaitre les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyes
+revetus de ses pouvoirs, etait un acte qui meritait la plus severe
+repression, a moins qu'on ne voulut abdiquer l'autorite supreme et
+la remettre aux generaux. Le directoire ne faiblit pas, et grace a
+l'energie des membres integres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il deploya ici toute son autorite. Il destitua Championnet, malgre
+l'eclat de ses derniers succes, et le livra a une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arreta pas la. Le brave Joubert
+se laissa persuader que l'honneur militaire etait blesse par les arretes
+du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions
+nouvelles prescrites aux generaux, et donna sa demission. Le directoire
+l'accepta. Bernadotte refusa de succeder a Joubert, par les memes
+motifs. Neanmoins le directoire ne ceda pas et persista dans ses
+arretes.
+
+Le directoire s'occupa ensuite de la levee des conscrits, qui
+s'executait lentement. Les deux premieres classes ne pouvant pas fournir
+les deux cent mille hommes, il se fit autoriser a les prendre dans
+toutes les classes, jusqu'a ce que le nombre requis fut complet. Pour
+gagner du temps, il fut decide que les communes seraient chargees
+elles-memes de l'equipement des nouvelles recrues, et que cette depense
+serait comptee en deduction de la contribution fonciere. Ces nouveaux
+conscrits, a peine equipes, devaient se rendre sur les frontieres, y
+etre formes en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes
+dans les places et les camps de reserve, et des que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armees actives.
+
+Le directoire s'occupait aussi du deficit. Le ministre Ramel, qui
+administrait toujours nos finances avec lumiere et probite, depuis
+l'etablissement du directoire, apres avoir verifie le produit des
+impots, assurait que le deficit serait de 65 millions, sans compter tout
+l'arriere provenant du retard dans les rentrees. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotite du deficit. Les adversaires du directoire ne le
+portaient pas a plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65
+au moins, et peut-etre meme de 75. On avait imagine l'impot des portes
+et fenetres, mais il ne suffisait pas. L'impot du sel fut mis en
+discussion. Alors de grands cris s'eleverent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe,
+on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte etait celui des
+orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement.
+Les partisans du gouvernement repondaient en alleguant la necessite.
+L'impot fut rejete par le conseil des anciens. Pour en remplacer le
+produit, on doubla l'impot des portes et fenetres; on decupla meme celui
+des portes cocheres. On mit en vente les biens du culte protestant, on
+decreta que le clerge protestant recevrait des salaires en dedommagement
+de ses biens. On mit a la disposition du gouvernement les sommes a
+recouvrer sur les proprietaires de biens restes indivis avec l'etat.
+
+Malheureusement toutes ces ressources n'etaient pas assez promptes.
+Outre la difficulte de porter le produit de l'impot au niveau de 600
+millions, il y avait un autre inconvenient dans la lenteur des rentrees.
+On etait encore reduit, cette annee comme dans les precedentes, a donner
+des delegations aux fournisseurs sur les produits non rentres. Les
+rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers,
+promis la plus grande exactitude, etaient payes eux-memes avec des bons
+recevables en acquittement des impots. Ainsi on se trouvait de nouveau
+reduit aux expediens.
+
+Ce n'etait pas tout que de reunir des soldats et des fonds pour les
+entretenir, il fallait les distribuer d'apres un plan convenable, et
+leur choisir des generaux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la
+Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-a-dire
+operer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande etait
+couverte d'un cote par la neutralite de la Prusse, qui paraissait
+certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un debarquement, et
+il etait urgent de la proteger contre ce danger. La ligne du Rhin etait
+protegee par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fut peu probable que l'Autriche vint essayer de la percer, il etait
+prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prit
+l'offensive ou qu'on l'attendit, c'etait sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait
+rencontrer les armees autrichiennes. Il fallait une armee active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de
+la Baviere. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la
+Suisse; il fallait enfin une grande armee pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les
+Anglais reunis.
+
+Ce champ de bataille etait immense, et il n'etait pas connu et juge
+comme il l'a ete depuis, a la suite de longues guerres et de campagnes
+immortelles. On pensait alors que la cle de la plaine etait dans les
+montagnes. La Suisse, placee au milieu de la ligne immense sur laquelle
+on allait combattre, paraissait la cle de tout le continent; et la
+France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage decisif. Il
+semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Po, elle en
+commandat tout le cours. C'etait la une erreur. On concoit que deux
+armees qui appuient immediatement une aile a des montagnes, comme les
+Autrichiens et les Francais quand ils se battaient aux environs de
+Verone ou aux environs de Rastadt, tiennent a la possession de ces
+montagnes, parce que celle des deux qui en est maitresse peut deborder
+l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat a cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la meme importance. Tandis
+qu'on s'epuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armees
+placees sur le Rhin ou sur le Bas-Po auraient le temps de decider du
+sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les
+hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues,
+on en concluait que la puissance maitresse des Alpes devait l'etre
+du continent. La Suisse n'a qu'un avantage reel, c'est d'ouvrir des
+debouches directs a la France sur l'Autriche, et a l'Autriche sur la
+France. On concoit des lors que, pour le repos des deux puissances et
+de l'Europe, la cloture de ces debouches soit un bienfait. Plus on peut
+empecher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait,
+surtout entre deux etats qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ebranle. C'est en ce sens que la neutralite de la Suisse
+interesse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un
+principe de surete generale.
+
+La France, en l'envahissant, s'etait donne l'avantage des debouches
+directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder
+la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicite des debouches est un avantage pour la puissance qui
+doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un
+inconvenient pour la puissance qui est reduite a la defensive, par
+l'inferiorite de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre
+des points d'attaque soit aussi reduit que possible, afin de pouvoir
+concentrer ses forces, avec avantage. S'il eut ete avantageux pour la
+France, suffisamment preparee a l'offensive, de pouvoir deboucher
+en Baviere par la Suisse, il etait facheux pour elle, reduite a la
+defensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralite suisse; il etait
+facheux pour elle d'avoir a garder tout l'espace compris de Mayence a
+Genes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc
+et Genes de l'autre.
+
+Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la
+France, dans le cas de la defensive. Mais elle etait fort loin de se
+croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement etait de prendre
+l'offensive partout et de proceder, comme naguere, par des coups
+foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus
+malheureuses. On placa une armee d'observation en Hollande, et une autre
+armee d'observation sur le Rhin. Une armee active devait partir de
+Strasbourg, traverser la foret Noire, et envahir la Baviere. Une
+seconde armee active devait combattre en Suisse pour la possession des
+montagnes, et appuyer ainsi d'un cote celle qui agirait sur le Danube,
+et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armee devait
+partir de l'Adige pour chasser tout a fait les Autrichiens jusqu'au-dela
+de l'Izonzo. Enfin, une derniere armee d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armee de Hollande fut
+de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube
+de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois
+cent mille hommes independamment des garnisons. Avec de pareilles
+forces, cette distribution devenait moins defectueuse. Mais si, par la
+levee des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armees a
+ce nombre, on etait loin d'y etre arrive dans le moment. On ne pouvait
+guere laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait
+a peine reunir quelques mille hommes. Les troupes destinees a composer
+cette armee d'observation etaient retenues dans l'interieur, soit pour
+surveiller la Vendee encore menacee, soit pour proteger la tranquillite
+publique pendant les elections qui se preparaient. L'armee destinee a
+agir sur le Danube etait au plus de quarante mille hommes, celle de
+Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de
+trente. Ainsi, nous comptions a peine cent soixante ou cent soixante-dix
+mille hommes. Les eparpiller du Texel au golfe de Tarente, etait la
+chose du monde la plus imprudente.
+
+Puisque le directoire, emporte par l'audace revolutionnaire, voulait
+prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les
+points d'attaque, se reunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disseminer, pour combattre sur tous a la fois. Ainsi, en Italie,
+au lieu de disperser ses forces depuis Verone jusqu'a Naples, il
+fallait, a l'exemple de Bonaparte, en reunir la plus grande partie sur
+l'Adige; et frapper la les grands coups. En battant les Autrichiens sur
+l'Adige, il etait assez prouve qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du cote du Danube, au lieu de perdre inutilement des
+milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armee
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armee active du Danube, et livrer avec
+celle-ci une bataille decisive en Baviere. On pouvait meme reduire
+encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir
+offensivement que sur le Danube, et la, porter un coup plus fort et
+plus sur, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoleon et
+l'archiduc Charles ont prouve, le premier par de grands exemples, le
+second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France,
+la querelle doit se vider sur le Danube. C'est la qu'est le chemin le
+plus court pour arriver au but. Une armee francaise victorieuse en
+Baviere, rend nuls tous les succes d'une armee autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochee de Vienne.
+
+Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point
+encore embrasse d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme
+qui l'aurait pu alors etait en Egypte. On dissemina donc les cent
+soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la
+ligne immense que nous avons decrite, et dans l'ordre que nous avons
+indique. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille
+le Rhin; quarante mille formaient l'armee du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les
+conscrits devaient bientot renforcer ces masses, et les porter au nombre
+fixe par les plans du directoire.
+
+Le choix des generaux ne fut guere plus heureux que la conception
+des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le depart de
+Bonaparte, Desaix et Kleber pour l'Egypte, les choix etaient beaucoup
+plus limites. Il restait un general dont la reputation etait grande
+et meritee, c'etait Moreau. On pouvait etre plus audacieux, plus
+entreprenant, mais on n'etait ni plus ferme ni plus sur. Un etat defendu
+par un tel homme ne pouvait perir. Disgracie a cause de sa conduite
+dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti a devenir simple
+inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en
+Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attire l'attention sur cette
+belle contree, depuis qu'elle etait comme la pomme de discorde entre
+l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea a Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses
+forces. Il donna des raisons de grand patriote, et presenta Moreau comme
+suspect, a cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collegues eurent
+la faiblesse de ceder. Moreau fut ecarte, et resta simple general de
+division dans l'armee qu'il aurait du commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et
+Bernadotte avaient refuse le commandement de l'armee d'Italie, on sait
+par quels motifs. On songea donc a Scherer, ministre de la guerre. Ce
+general, par son succes en Belgique et sa belle bataille de Loano,
+s'etait acquis beaucoup de reputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps use par l'age et les infirmites; il n'etait plus capable de
+commander a des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il
+s'etait brouille avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la repression de la licence militaire. Barras le
+proposa pour general de l'armee d'Italie. On dit que c'etait pour le
+faire sortir du ministere de la guerre, ou il commencait a devenir
+importun par sa severite. Cependant les militaires que l'on consulta,
+notamment Bernadotte et Joubert, ayant parle de sa capacite comme on en
+parlait alors dans l'armee, c'est-a-dire avec beaucoup d'estime, il fut
+nomme general en chef de l'armee d'Italie. Il s'en defendit beaucoup,
+alleguant son age, sa sante, et surtout son impopularite, due aux
+fonctions qu'il avait exercees; mais on insista et il fut oblige
+d'accepter.
+
+Championnet, traduit devant une commission, fut remplace dans le
+commandement de l'armee de Naples par Macdonald. Massena fut charge du
+commandement de l'armee d'Helvetie. Ces choix etaient excellens, et la
+republique ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armee du Danube
+fut donnee au general Jourdan. Malgre ses malheurs dans la campagne de
+1798, on n'avait point oublie les services qu'il avait rendus en 1793
+et 1794, et on esperait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers
+exploits. Puisqu'on ne la donnait pas a Moreau, l'annee du Danube
+ne pouvait etre en de meilleures mains. Malheureusement elle etait
+tellement inferieure en nombre, qu'il eut fallu, pour la commander avec
+confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armee du Rhin; Brune celle de Hollande.
+
+L'Autriche avait fait des preparatifs bien superieurs aux notres. Ne se
+confiant pas comme nous dans ses succes, elle avait employe les deux
+annees ecoulees depuis l'armistice de Leoben, a lever, a equiper et a
+instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui
+etait necessaire, et s'etait etudie a choisir les meilleurs generaux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille
+hommes effectifs, sans compter les recrues qui se preparaient encore. La
+Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont
+on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui etaient
+commandes par le celebre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait
+operer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes.
+On annoncait deux autres contingens russes, combines avec des troupes
+anglaises, et destines, l'un a la Hollande, l'autre a Naples.
+
+Le plan de campagne de la coalition n'etait pas mieux concu que le
+notre. C'etait une conception pedantesque du conseil aulique, fort
+desapprouvee par l'archiduc Charles, mais imposee a lui et a tous les
+generaux, sans qu'il leur fut permis de la modifier. Ce plan reposait,
+comme celui des Francais, sur le principe que les montagnes sont la cle
+de la plaine. Aussi des forces considerables etaient-elles amoncelees
+pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il etait
+possible, la grande chaine des Alpes aux Francais. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'etait l'Italie. Des
+forces considerables etaient placees derriere l'Adige. Le theatre de
+guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas etre celui
+dont on s'etait le plus occupe. Ce qu'on avait fait de plus heureux de
+ce cote, c'etait d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment etaient
+distribuees les forces autrichiennes. L'archiduc Charles etait, avec
+cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en
+Baviere. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'a son embouchure
+dans le lac de Constance, le general Hotze commandait vingt-quatre mille
+fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde etait dans le Tyrol avec
+quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur
+l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui
+faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait
+venir se joindre a Kray, pour agir en Italie.
+
+On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six
+mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient
+gagner les sources des fleuves, tandis que les armees qui agissaient
+dans la plaine tacheraient d'en franchir le cours. Du cote des Francais,
+l'armee d'Helvetie etait chargee du meme soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-detruire inutilement sur
+des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guere influer
+sur le sort de la guerre[4].
+
+[Note 4: Toutes ces assertions sont motivees au long par l'archiduc
+Charles, le general Jomini et Napoleon.]
+
+Les generaux francais n'avaient pas manque d'informer le directoire de
+l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, oblige d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y reprimer quelques troubles,
+et une demi-brigade a l'armee d'Helvetie pour remplacer une autre
+demi-brigade envoyee en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille
+hommes effectifs. De pareilles forces etaient trop disproportionnees
+avec celles de l'archiduc, pour qu'il put lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armee de Bernadotte, qui ne comptait
+pas encore plus de cinq a six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permit
+d'attirer a lui, ou l'armee du Rhin, ou l'armee d'Helvetie, en quoi
+il avait raison. Massena se plaignait, de son cote, de n'avoir ni les
+magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son
+armee dans des pays steriles et d'un acces extremement difficile.
+
+Le directoire repondait a ces observations que les conscrits allaient
+rejoindre et se former bientot en bataillons de campagne; que l'armee
+d'Helvetie serait incessamment portee a quarante mille hommes, celle
+du Danube a soixante; que des que les elections seraient achevees, les
+vieux bataillons, retenus dans l'interieur, iraient former le noyau de
+l'armee du Rhin. Bernadotte et Massena avaient ordre de concourir aux
+operations de Jourdan, et de se conformer a ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et anime de la meme confiance dans ses
+soldats, il voulait que, malgre la disproportion du nombre, ses generaux
+se hatassent de brusquer l'attaque et de deconcerter les Autrichiens
+par une charge impetueuse. Aussi les ordres furent-ils donnes en
+consequence.
+
+Les Grisons, partages en deux factions, avaient hesite long-temps entre
+la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient
+appele les Autrichiens dans leurs vallees. Le directoire, les
+considerant comme sujets suisses, ordonna a Massena d'occuper leur
+territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation prealable de
+l'evacuer En cas de refus, Massena devait attaquer sur-le-champ. En meme
+temps, comme les Russes s'avancaient toujours en Autriche, il adressa, a
+ce sujet, deux notes, l'une au congres de Rastadt, l'autre a l'empereur.
+Il declarait au corps germanique et a l'empereur, que, si dans l'espace
+de huit jours un contre-ordre n'etait pas donne a la marche des Russes,
+il regarderait la guerre comme declaree. Jourdan avait ordre de passer
+le Rhin aussitot ce delai expire.
+
+Le congres de Rastadt avait singulierement avance ses travaux. Les
+questions de la ligne du Rhin, du partage des iles, de la construction
+des ponts, etant terminees, on ne s'occupait plus que de la question
+des dettes. La plupart des princes germaniques, excepte les princes
+ecclesiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour eviter
+la guerre; mais soumis la plupart a l'Autriche, ils n'osaient pas se
+prononcer. Les membres de la deputation quittaient successivement
+le congres, et bientot on allait se trouver dans l'impossibilite de
+deliberer. Le congres declara ne pas pouvoir repondre a la note du
+directoire, et en refera a la diete de Ratisbonne. La note destinee a
+l'empereur fut envoyee a Vienne meme et resta sans reponse. La guerre se
+trouvait donc declaree par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le
+Rhin, et de s'avancer, par la foret Noire, jusqu'aux sources du Danube.
+Il franchit le Rhin le 11 ventose an VII (1er mars). L'archiduc Charles
+franchit le Lech le 13 ventose (3 mars). Ainsi les limites que les deux
+puissances s'etaient prescrites etaient franchies, et on allait de
+nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche
+offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups
+de fusil a l'ennemi, en attendant que la declaration de guerre fut
+approuvee par le corps legislatif.
+
+Pendant ce temps Massena agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens
+de les evacuer le 16 ventose (6 mars). Les Grisons se composent de la
+haute vallee du Rhin et de la haute vallee de l'Inn, ou Engadin.
+Massena resolut de passer le Rhin pres de son embouchure dans le lac de
+Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps repandus dans les
+hautes vallees. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par
+son activite et son audace extraordinaires, etait le general le plus
+accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du
+Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la
+vallee de l'Inn. Le general Dessoles, avec une division de l'armee
+d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la
+vallee du Haut-Adige.
+
+Ces habiles dispositions furent executees avec une grande vigueur. Le 16
+ventose (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats
+jeterent des charrettes dans le fleuve, et passerent dessus comme sur un
+pont. En deux jours, Massena fut maitre de tout le cours du Rhin, depuis
+ses sources jusqu'a son embouchure dans le lac de Constance, et prit
+quinze pieces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son cote,
+n'executait pas avec moins de bonheur les ordres de son general en chef.
+Il franchit le Rhin superieur, passa de Dissentis a Tusis dans la vallee
+de l'Albula, et, de cette vallee, se jeta hardiment dans celle de l'Inn,
+en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore
+des neiges de l'hiver. Un retard force ayant empeche Dessoles de se
+porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait expose au
+debordement de toutes les forces autrichiennes cantonnees dans le Tyrol.
+En effet, tandis qu'il s'avancait hardiment dans la vallee de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses
+derrieres; mais l'intrepide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit
+Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommenca sa
+marche dans la vallee de l'Inn.
+
+Ces debuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme a
+Naples, les Francais pourraient braver partout un ennemi superieur
+en nombre. Ils confirmerent le directoire dans l'idee qu'il fallait
+persister dans l'offensive, et suppleer au nombre par la hardiesse.
+
+Le directoire envoya a Jourdan la declaration de guerre qu'il avait
+obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan
+avait debouche par les defiles de la foret Noire, dans le pays compris
+entre le Danube et le lac de Constance. L'angle forme par ce fleuve et
+ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, a mesure qu'on avance en
+Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa
+droite au lac de Constance, pour communiquer avec Massena, etait donc
+oblige, a mesure qu'il s'avancait, d'etendre toujours sa ligne, et de
+l'affaiblir par consequent d'une maniere dangereuse, surtout devant un
+ennemi tres superieur en nombre. Il s'etait d'abord porte jusqu'a Mengen
+d'un cote, et jusqu'a Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armee
+du Rhin ne serait pas organisee avant le 10 germinal (30 mars), et
+craignant d'etre tourne par la vallee du Necker, il crut devoir faire
+un mouvement retrograde. Les ordres de son gouvernement et le succes de
+Massena le deciderent a remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne
+position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach
+et l'Aach, partant a peu pres du meme point, et se jetant l'un dans le
+Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une meme ligne droite,
+derriere laquelle Jourdan s'etablit. Saint-Cyr, formant sa gauche, etait
+a Mengen; Souham, avec le centre, a Pfullendorf; Ferino, avec la droite,
+a Barendorf.
+
+[Note 5: Cette declaration de guerre fut faite le 22 ventose an VII
+(12 mars).]
+
+D'Haupoult etait place a la reserve. Lefebvre, avec la division
+d'avant-garde, etait a Ostrach. Ce point etait le plus accessible de la
+ligne: place a l'origine des deux torrens, il presentait des marecages
+qu'on pouvait traverser sur une longue chaussee. C'est sur ce point que
+l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prevenir, resolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes a la gauche et
+a la droite des Francais contre Saint-Cyr et Ferino. Mais sa masse
+principale, forte de pres de cinquante mille hommes, fut portee tout
+entiere sur le point d'Ostrach, ou se trouvaient neuf mille Francais au
+plus. Le combat commenca le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des
+plus acharnes. Les Francais deployerent a cette premiere rencontre
+une bravoure et une opiniatrete qui exciterent l'admiration du prince
+Charles lui-meme. Jourdan accourut sur ce point; mais l'etendue de sa
+ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement
+rapide, il transportat les forces de ses ailes a son centre. Le passage
+fut force, et, apres une resistance honorable, Jourdan se vit oblige de
+battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen.
+
+Un echec a l'ouverture de la campagne etait facheux; il detruisait ce
+prestige d'audace et d'invincibilite dont les Francais avaient besoin
+pour suppleer au nombre. Cependant l'inferiorite des forces avait rendu
+cet echec presque inevitable. Jourdan ne renonca pas pourtant a prendre
+l'offensive. Sachant que Massena s'avancait au-dela du Rhin, se fiant a
+la cooperation de l'armee du Danube, il se croyait oblige de tenter un
+dernier effort pour soutenir son collegue, et l'appuyer en se portant
+vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en
+avant: c'etait le desir d'occuper le point de Stokach, ou se croisent
+les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort
+d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son
+mouvement au 5 germinal (25 mars.)
+
+L'archiduc Charles n'etait pas encore assure de la direction qu'il
+devait donner a ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa
+marche ou sur la Suisse, de maniere a separer Jourdan de Massena, ou
+vers les sources du Danube, de maniere a le separer de sa base du Rhin.
+La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armees, car les Francais avaient autant d'interet a se lier a
+l'armee d'Helvetie que les Autrichiens en avaient a les en separer. Mais
+il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projete cette reconnaissance pour le
+5 germinal (25 mars), le jour meme ou Jourdan de son cote voulait
+l'attaquer.
+
+La nature des lieux rendait la position des deux armees extremement
+compliquee. Le point strategique etait Stokach, ou se croisent les
+routes de Souabe et de Suisse. C'etait la la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite
+riviere, coule en faisant beaucoup de detours, devant la ville du meme
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'etait sur
+cette riviere que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche
+entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derriere l'un des
+circuits de la Stokach; son centre etait place sur un plateau eleve,
+nomme le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le
+prolongement de ce plateau, le long de la chaussee qui va de Stokach a
+Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach.
+L'extremite de cette aile etait couverte par les bois epais qui
+s'etendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands defauts dans
+cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et
+la droite l'avaient a dos, et pouvaient y etre precipites par un effort
+de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armee n'avaient qu'une
+meme issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcee, la
+gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule
+route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+desastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas
+prendre d'autre position, et la necessite etait son excuse. Il n'avait
+a se reprocher que deux veritables fautes: l'une de n'avoir pas fait
+quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre
+d'avoir trop porte de troupes a sa gauche, qui etait suffisamment
+protegee par la riviere. C'est l'extreme desir de conserver le point
+important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait
+du reste l'avantage d'une immense superiorite numerique.
+
+Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien
+n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi
+accidente que celui ou agissaient les deux armees. Il occupait toujours
+l'ouverture de l'angle forme par le Danube et le lac de Constance, de
+Tuttlingen a Steusslingen. Cette ligne etait fort etendue, et la nature
+du pays, qui ne permettait guere une concentration rapide, rendait
+cet inconvenient encore plus grave. Il ordonna au general Ferino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et a
+Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux generaux devaient combiner leurs efforts pour
+emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et
+en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir
+sa gauche, son avant-garde et sa reserve sur le point de Liptingen, afin
+de penetrer a travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir a la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de
+diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc,
+qui etait la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de
+l'armee avaient des points de depart trop eloignes. Pour agir sur
+Liptingen, l'avant-garde et la reserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, a la distance d'une journee de marche. Cet
+isolement etait d'autant plus dangereux, que l'armee francaise, forte de
+trente-six mille hommes environ, etait inferieure d'un tiers au moins a
+l'armee autrichienne.
+
+Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armees se rencontrerent.
+L'armee francaise marchait a une bataille, celle des Autrichiens a une
+reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'etaient ebranles un peu avant
+nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientot refoules sur tous
+les points par le gros de nos divisions. Ferino a la droite, Souham au
+centre, arriverent a Wahlwies, a Orsingen, a Nenzingen, au bord de la
+Stokach, au pied du Nellemberg, ramenerent les Autrichiens dans leur
+position du matin, et commencerent l'attaque serieuse de cette position.
+Ils avaient a franchir la Stokach et a forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.
+
+A notre gauche, le succes etait plus prompt et plus complet.
+L'avant-garde, actuellement commandee par le general Soult, depuis une
+blessure qu'avait recue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'etaient
+avances jusqu'a Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en
+deroute dans la plaine, les poursuivit avec une extreme ardeur, et
+parvint a leur enlever les bois. Ces bois etaient ceux memes qui
+couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les
+Francais pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer
+un desastre. Mais il etait clair que cette aile allait etre renforcee
+aux depens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle
+avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan
+primitif, faire converger sur ce meme point l'avant-garde, la reserve
+et la gauche. Malheureusement le general Jourdan, se confiant dans le
+succes trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet
+trop etendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr a lui, il prescrivit a ce
+general de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et
+leur couper la retraite. C'etait trop se hater de recueillir les fruits
+de la victoire, quand la victoire n'etait pas remportee. Le general
+Jourdan ne garda sur le point decisif que la division d'avant-garde et
+la reserve confiee a d'Haupoult.
+
+Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la
+couvraient forces par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une
+extreme opiniatrete la chaussee de Liptingen a Stokach, qui traverse ces
+bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en
+toute hate. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sur, il retira les
+grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les
+transporter a sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr
+sur ses derrieres, il sentit que Jourdan repousse, Saint-Cyr n'en serait
+que plus compromis, et il resolut de se borner a un effort decisif vers
+le point actuellement menace.
+
+On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les
+Francais, tres inferieurs en nombre, resistaient avec un courage que
+l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-meme avec
+quelques bataillons sur la chaussee de Liptingen, et fit lacher prise
+aux Francais. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouverent enfin dans
+la plaine decouverte de Liptingen, d'ou ils etaient partis. Jourdan fit
+demander du secours a Saint-Cyr, mais il n'etait plus temps. Il lui
+restait sa reserve, et il resolut de faire executer une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lanca quatre regimens
+de cavalerie a la fois. Cette charge, arretee par une autre charge que
+firent a propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une
+confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Apres avoir
+fait des prodiges de bravoure, les Francais se debanderent. Le general
+Jourdan fit des efforts heroiques pour arreter les fuyards; il fut
+emporte lui-meme. Cependant les Autrichiens, epuises de ce long combat,
+n'oserent pas nous poursuivre.
+
+La journee fut des lors finie. Ferino et Souham s'etaient maintenus,
+mais n'avaient force ni le centre ni la gauche des Autrichiens.
+Saint-Cyr courait sur leurs derrieres. On ne pouvait pas dire que la
+bataille fut perdue: les Francais, inferieurs du tiers, avaient conserve
+partout le champ de bataille, et deploye une rare bravoure; mais avec
+leur inferiorite numerique, et l'isolement de leurs differens corps,
+n'avoir pas vaincu, c'etait etre battu. Il fallait sur-le-champ
+rappeler Saint-Cyr, tres compromis, rallier l'avant-garde et la reserve
+maltraitees, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en consequence, et prescrivit a Saint-Cyr de se replier le
+plus promptement possible. La position de ce dernier etait devenue tres
+perilleuse; mais il opera sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours
+signale, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait ete a peu
+pres egale des deux cotes, en tues, blesses ou prisonniers. Elle etait
+de quatre a cinq mille hommes environ.
+
+Apres cette journee malheureuse, les Francais ne pouvaient plus tenir la
+campagne, et ils devaient chercher un abri derriere une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il etait evident qu'en
+se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armee
+de Massena, et pouvaient par cette reunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le general Jourdan ne crut pas devoir en
+agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte
+n'avait reuni encore que sept a huit mille hommes, et il resolut de
+se replier a l'entree des defiles de la foret Noire. Il prit la une
+position qu'il croyait forte, et laissant le commandement a son chef
+d'etat-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre
+de l'etat d'inferiorite dans lequel on avait laisse son armee. Les
+resultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde,
+et il valait bien mieux qu'il restat a son armee que d'aller se plaindre
+a Paris.
+
+Tres heureusement le conseil aulique imposait a l'archiduc une faute
+grave, qui reparait en partie les notres. Si l'archiduc, poussant ses
+avantages, eut poursuivi sans relache notre armee vaincue, il aurait pu
+la mettre dans un desordre complet, et peut-etre meme la detruire. Il
+aurait ete temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Massena,
+prive de tout secours, reduit a ses trente mille hommes, et engage dans
+les hautes vallees des Alpes. Il n'eut pas ete impossible de lui couper
+la route de France. Mais le conseil aulique defendit a l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fut evacuee: c'etait la
+consequence du principe, que la cle du theatre de la guerre etait dans
+les montagnes.
+
+Pendant que ces evenemens se passaient en Souabe, la guerre se
+poursuivait dans les Hautes-Alpes. Massena agissant vers les sources du
+Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige,
+avaient eu des succes balances. Il y avait au-dela du Rhin, un peu
+au-dessus du point ou il se jette dans le lac de Constance, une position
+qu'il etait urgent d'emporter, c'etait celle de Feldkirch. Massena y
+avait mis toute son opiniatrete, mais il y avait perdu plus de deux
+mille hommes sans resultat. Lecourbe a Taufers, Dessoles a Nauders,
+avaient livre des combats brillans, qui leur avaient valu a chacun trois
+ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compense l'echec
+de Feldkirch. Ainsi les Francais, par leur vivacite et leur audace,
+conservaient la superiorite dans les Alpes.
+
+Les operations commencaient en Italie, le lendemain meme de la bataille
+de Stokach. Les Francais avaient recu environ trente mille conscrits, ce
+qui portait la masse de leurs forces en Italie a cent seize mille hommes
+a peu pres. Ils etaient distribues ainsi qu'il suit: trente mille hommes
+de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les
+trente mille jeunes soldats etaient dans les places. Il restait
+cinquante-six mille hommes sous Scherer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait ete detache cinq mille sous le general Gauthier pour
+occuper la Toscane, et cinq mille sous le general Dessoles pour agir
+dans la Valteline. C'etaient donc quarante-six mille hommes qui
+restaient a Scherer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, ou il
+aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvenient
+du petit nombre d'hommes sur ce point decisif, il en etait un autre
+qui ne fut pas moins fatal aux Francais. Le general n'inspirait aucune
+confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il
+s'etait d'ailleurs depopularise pendant son ministere. Il le sentait
+lui-meme, et il n'avait pris le commandement qu'a regret. Il allait
+pendant la nuit ecouter les propos des soldats sous leurs tentes, et
+recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularite.
+C'etaient la des circonstances bien defavorables, au debut d'une
+campagne grande et difficile.
+
+Les Autrichiens devaient etre commandes par Melas et Suwarow. En
+attendant, ils obeissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs
+generaux de l'empereur. Avant meme l'arrivee des Russes, ils comptaient
+quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, a
+peu pres, etaient deja sur l'Adige. Dans les deux armees l'ordre avait
+ete donne de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient deboucher de
+Verone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-dela du fleuve, en
+masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui
+de l'armee du Tyrol dans les montagnes.
+
+Scherer n'avait recu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La
+commission etait difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage
+de cette ligne. Elle doit etre assez connue par la campagne de 1796.
+Verone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens.
+Jeter un pont sur quelque point que ce fut, etait tres dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Verone et Legnago, pouvaient deboucher sur le
+flanc de l'armee, occupee a tenter un passage. Le plus sur, si on
+n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eut ete de laisser
+deboucher l'ennemi au-dela de Verone, de l'attendre sur un terrain qu'on
+aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter
+des resultats de la victoire pour passer l'Adige a sa suite.
+
+Scherer, oblige de prendre l'initiative, hesita sur le meilleur parti
+a adopter, et se decida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se
+souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, a
+l'entree du Tyrol, et fort au-dessus de Verone. Les Autrichiens en
+avaient retranche toutes les approches, et forme un camp a Pastrengo.
+Scherer resolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de
+ce cote au-dela de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et
+Grenier, furent destinees a cet objet. Moreau, devenu simple general de
+division sous Scherer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor,
+inquieter Verone. Le general Montrichard, avec une division, devait
+faire une demonstration sur Legnago. Cette distribution de forces
+annoncait l'incertitude et les tatonnemens du general en chef.
+
+L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de
+Stokach. Les trois divisions chargees d'assaillir par plusieurs points
+le camp de Pastrengo, l'enleverent avec une valeur digne de l'ancienne
+armee d'Italie, et s'emparerent de Rivoli. Elles prirent quinze cents
+prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repasserent
+l'Adige a la hate sur un pont qu'ils avaient jete a Polo, et qu'ils
+eurent le temps de detruire. Au centre, sous Verone, on se battit pour
+les villages places en avant de la ville. Kaim mit a les defendre et a
+les reprendre une opiniatrete inutile. Celui de San-Massimo fut pris
+et repris jusqu'a sept fois. Moreau, non moins opiniatre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans
+Verone. Montrichard en faisant une demonstration inutile sur Legnago,
+courut de veritables dangers. Kray, trompe par de faux renseignemens,
+s'etait imagine que les Francais allaient porter leur principal effort
+sur le Bas-Adige; il y avait dirige une grande partie de ses forces, et
+en debouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand peril.
+Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia
+sagement sur Moreau.
+
+La journee avait ete sanglante, et tout a l'avantage des Francais, a la
+gauche et au centre. On pouvait evaluer la perte des Francais en tues,
+blesses et prisonniers, a quatre mille, et celle des Autrichiens a huit
+mille au moins. Cependant, malgre l'avantage que les Francais avaient
+eu, ils n'avaient obtenu que des resultats peu importans. A Verone, ils
+n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Verone, ils
+les avaient rejetes, il est vrai, au-dela de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer a leur suite en retablissant le pont de Polo; mais
+malheureusement il etait peu important de franchir l'Adige sur ce point.
+On doit se souvenir que la route qui longe exterieurement ce fleuve
+vient traverser Verone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour deboucher
+dans la plaine. Ce n'etait donc pas tout que de franchir l'Adige a Polo;
+on se trouvait, apres l'avoir franchi, en face de Verone, dans la meme
+position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans
+la journee meme, on eut profite du desordre dans lequel l'attaque du
+camp de Pastrengo avait jete les Autrichiens, et qu'on se fut hate de
+retablir le pont de Polo, peut-etre aurait-on pu entrer dans la place
+a la suite des fuyards, surtout a la faveur du combat opiniatre que
+Moreau, de l'autre cote de l'Adige, livrait au general Kaim.
+
+Malheureusement, rien de tout cela n'avait ete fait. Cependant on
+pouvait reparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en
+transportant la masse des forces devant Verone et au-dessus, vers le
+pont de Polo. Mais Scherer hesita trois jours de suite sur le parti
+qu'il avait a prendre. Il faisait chercher une route au-dela de l'Adige,
+qui permit d'eviter Verone. L'armee etait indignee de cette hesitation,
+et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages
+remportes dans la journee du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on
+tint un conseil de guerre, et Scherer se decida a agir. Il forma le
+projet singulier de jeter la division Serrurier au-dela de l'Adige par
+le pont de Polo, et de porter la masse de son armee entre Verone et
+Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour operer le transport de
+ses forces, il porta deux divisions de sa gauche a sa droite, les fit
+passer derriere son centre, et les exposa a des fatigues inutiles, par
+des chemins mauvais, entierement ruines par les pluies.
+
+Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis a execution.
+Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul
+l'Adige a Polo, tandis que le gros de l'armee se transportait plus bas,
+entre Verone et Legnago. Le sort de la division Serrurier etait facile a
+prevoir. Engagee, apres avoir franchi l'Adige, sur une route qui etait
+fermee par Verone, et qui formait ainsi une espece de cul-de-sac, elle
+courait de grands hasards. Kray, jugeant tres bien sa situation, dirigea
+contre elle une masse de forces trois fois superieure, et la ramena
+vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le
+fleuve ne fut repasse qu'en desordre. Des detachemens furent obliges de
+se faire jour, et quinze cents hommes resterent prisonniers. Scherer,
+en apprenant cet echec, qui etait inevitable, se contenta de ramener la
+division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, ou il avait concentre
+maintenant la plus grande partie de ses forces.
+
+On passa plusieurs jours encore a tatonner de part et d'autre. Enfin
+Kray prit une determination, et resolut, tandis que Scherer se portait
+sur le Bas-Adige, de deboucher en masse de Verone, de se porter dans
+le flanc de Scherer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La
+direction etait bonne; mais heureusement un ordre intercepte instruisit
+Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le general en chef,
+et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du cote
+de Verone, par ou l'ennemi allait deboucher.
+
+C'est en executant ce mouvement, que les deux armees se rencontrerent,
+le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor
+et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remonterent le fleuve
+par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'a Verone. Elles
+accablerent la division Mercantin, qui leur etait opposee, et
+detruisirent en entier le regiment de Wartensleben: ces deux divisions
+arriverent ainsi presque a la hauteur de Verone, et furent en mesure de
+remplir leur objet, qui etait de couper de cette ville tout ce que Kray
+en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au
+centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa a
+la division autrichienne de Kaim la faculte de s'avancer jusqu'a
+Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre
+ligne. Mais Moreau a la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et
+Montrichard, s'avancait victorieusement. Il avait ordonne a la division
+Montrichard de changer de front, pour faire face a Butta-Preda, vers le
+point ou l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux
+autres divisions vers Dazano. Delmas, arrive enfin a Butta-Preda,
+couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se
+declarer pour nous, car notre droite, completement victorieuse du cote
+de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Verone.
+
+Mais Kray jugeant que le point essentiel etait a notre droite, et qu'il
+fallait renoncer au succes sur tous les autres points, pour l'emporter
+sur celui-la, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un
+avantage sur Scherer, c'etait le rapprochement de ses divisions, qui lui
+permettait de les deplacer plus facilement. Les divisions francaises, au
+contraire, etaient fort eloignees les unes des autres, et combattaient
+sur un terrain coupe de nombreux enclos. Kray tomba a l'improviste avec
+toute sa reserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours
+de celui-ci, mais il fut charge lui-meme par les regimens de Nadasty et
+de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait
+rallier sur les derrieres la division Mercantin, battue le matin; il la
+lanca de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et decida
+ainsi leur defaite. Ces deux divisions, malgre une vive resistance,
+furent obligees d'abandonner le champ de bataille. La droite etant
+en deroute, notre centre se trouva menace. Kray ne manqua pas de s'y
+porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empecha Kray de poursuivre son
+avantage.
+
+La bataille etait evidemment perdue, et il fallait songer a la retraite.
+La perte avait ete grande des deux cotes. Les Autrichiens avaient eu
+trois mille morts ou blesses, et deux mille prisonniers. Les francais
+avaient eu un nombre egal de morts et de blesses, mais ils avaient
+perdu quatre mille prisonniers. C'est la que fut blesse mortellement le
+general Pigeon, qui pendant la premiere campagne d'Italie avait deploye
+aux avant-gardes tant de talent et d'intrepidite.
+
+Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour eviter le
+desordre d'une retraite de nuit, mais Scherer voulut se replier le
+soir meme. Le lendemain, il se retira derriere la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuye sur Peschiera
+d'un cote, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une resistance
+vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Peninsule, et, par cette
+concentration de forces, regagner la superiorite perdue dans la journee
+de Magnano. Mais le malheureux Scherer avait entierement perdu la tete.
+Ses soldats etaient plus mal disposes que jamais. Maitres depuis trois
+ans de l'Italie, ils etaient indignes de se la voir arracher, et ils
+n'imputaient leurs revers qu'a l'imperitie de leur general. Il est
+certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans
+les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armee avaient
+ebranle Scherer autant que sa defaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur
+le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, ou il se porta le
+12 avril. On ne savait ou s'arreterait ce mouvement retrograde.
+
+La campagne etait a peine ouverte depuis un mois et demi, et deja nous
+etions en retraite sur tous les points. Le chef d'etat-major Ernould,
+que Jourdan avait laisse avec l'armee du Danube a l'entree des defiles
+de la foret Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de
+quelques troupes legeres sur l'un de ses flancs, et s'etait retire en
+desordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armees,
+aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquetes, et
+rentraient battues sur la frontiere. Ce n'est qu'en Suisse que nous
+avions conserve l'avantage. La, Massena se maintenait avec toute la
+tenacite de son caractere; et, sauf la tentative infructueuse sur
+Feldkirch, il avait toujours ete vainqueur. Mais, etabli sur le saillant
+que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il etait place entre
+deux armees victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirat.
+Il venait en effet d'en donner l'ordre a Lecourbe, et il se repliait
+dans l'interieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude
+la plus imposante.
+
+Nos armes etaient humiliees, et nos ministres allaient devenir a
+l'etranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La
+guerre etant declaree a l'empereur, et non a l'empire germanique, le
+congres de Rastadt etait reste assemble. On etait pres de s'entendre sur
+la derniere difficulte, celle des dettes; mais les deux tiers des etats
+avaient deja rappele leurs deputes. C'etait un effet de l'influence de
+l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fit la paix. Il ne restait plus au
+congres que quelques deputes de l'Allemagne, et la retraite de l'armee
+du Danube ayant ouvert le pays, on deliberait au milieu des troupes
+autrichiennes. Le cabinet de Vienne concut alors un projet infame,
+et qui jeta un long deshonneur sur sa politique. Il avait fort a se
+plaindre de la fierte et de la vigueur que nos ministres avaient
+deployees a Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait
+singulierement compromis aux yeux du corps germanique, c'etait celle des
+articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence.
+Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livre Mayence, et trahi d'une
+maniere indigne les interets de l'Empire. Ce cabinet etait fort irrite,
+et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaitre quels etaient ceux des princes
+germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la
+republique francaise. Il concut donc la pensee de faire arreter nos
+ministres, a leur retour en France, pour les depouiller, les outrager,
+peut-etre meme les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait ete donne d'une maniere positive.
+
+Deja nos ministres avaient quelque defiance, et sans craindre un
+attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur
+correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlevement des pontonniers qui servaient a la passer. Nos ministres
+reclamerent; la deputation de l'Empire reclama aussi, et demanda si le
+congres pouvait se croire en surete. L'officier autrichien auquel on
+s'adressa ne fit aucune reponse tranquillisante. Alors nos ministres
+declarerent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-a-dire le
+9 floreal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajouterent qu'ils
+demeureraient dans cette ville, prets a renouer les negociations des
+qu'on en temoignerait le desir. Le 7 floreal un courrier de la legation
+fut arrete. De nouvelles reclamations furent faites par tout le congres,
+et il fut demande expressement s'il y avait surete pour les ministres
+francais. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de
+Szecklers, cantonnes pres de Rastadt, repondit que les ministres
+francais n'avaient qu'a partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes
+seraient respectees. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et
+Roberjeot, partirent le 9 floreal (28 avril), a neuf heures du soir. Ils
+occupaient trois voitures avec leurs familles. Apres eux venaient la
+legation ligurienne et les secretaires d'ambassade. D'abord on fit
+des difficultes de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les
+obstacles furent leves, et ils partirent. La nuit etait tres sombre. A
+peine etaient-ils a cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards
+de Szecklers fondit sur eux le sabre a la main, et arreta les voitures.
+Celle de Jean Debry etait la premiere. Les hussards ouvrirent violemment
+la portiere, et lui demanderent, en un jargon a demi barbare, s'il etait
+Jean Debry. Sur sa reponse affirmative, ils le saisirent a la gorge,
+l'arracherent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans,
+le frapperent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passerent aux
+autres voitures, et egorgerent Roberjeot et Bonnier dans les bras de
+leurs familles. Les membres de la legation ligurienne et les secretaires
+d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands charges de
+cette execution pillerent ensuite les voitures, et enleverent tous les
+papiers.
+
+Jean Debry n'avait pas recu de coup mortel. La fraicheur de la nuit lui
+rendit l'usage de ses sens, et il se traina tout sanglant a Rastadt.
+Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans
+et des membres du congres. La loyaute allemande fut revoltee d'une
+violation du droit des gens, inouie chez des nations civilisees, et qui
+n'etait concevable que d'un cabinet a demi barbare. Les membres de la
+deputation restes au congres prodiguerent a Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassines, les soins les plus empresses. Ils se reunirent
+ensuite pour rediger une declaration, dans laquelle ils denoncaient au
+monde l'attentat qui venait d'etre commis, et repoussaient tout soupcon
+de complicite avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles ecrivit
+a Massena une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre
+le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et
+contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'etait pas digne de
+lui et de son caractere. L'Autriche ne repondit pas, et ne pouvait pas
+repondre, aux accusations dirigees contre elle.
+
+Ainsi, la guerre etait implacable entre les deux systemes qui
+partageaient le monde. Les ministres republicains, mal recus d'abord,
+puis outrages pendant une annee de paix, venaient enfin d'etre
+assassines indignement, et avec autant de ferocite qu'on aurait pu le
+faire entre nations barbares. Le droit des gens, observe entre les
+ennemis les plus acharnes, n'etait viole que pour eux.
+
+Les revers si peu attendus qui signalerent le debut de la campagne,
+l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au
+directoire. Des le moment meme de la declaration de guerre, les deux
+oppositions commencaient a perdre toute mesure: elles n'en garderent
+plus aucune quand elles virent nos armees battues et nos ministres
+assassines. Les patriotes, repousses par le systeme des scissions, les
+militaires, dont on avait voulu reprimer la licence, les royalistes, se
+cachant derriere ces mecontens de differente espece, tous s'armerent
+a la fois des derniers evenemens pour accuser le directoire. Ils lui
+adressaient les reproches les plus injustes et les plus multiplies. Les
+armees, disaient-ils, avaient ete entierement abandonnees. Le directoire
+avait laisse leurs rangs s'eclaircir par la desertion, et n'avait mis
+aucune activite a les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il
+avait retenu dans l'interieur un grand nombre de vieux bataillons, qui,
+au lieu d'etre envoyes sur la frontiere, etaient employes a gener la
+liberte des elections; et a ces armees ainsi reduites a un nombre si
+disproportionne avec celui des armees ennemies, le directoire n'avait
+fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'equipement, ni moyens de
+transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrees a la rapacite des
+administrations, qui avaient devore inutilement un revenu de six cents
+millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais
+choix. Championnet, le vainqueur de Naples, etait dans les fers, pour
+avoir voulu reprimer la rapacite des agens du gouvernement. Moreau etait
+reduit au role de simple general de division. Joubert, le vainqueur du
+Tyrol, Augereau, l'un des heros d'Italie, etaient sans commandement.
+Scherer, au contraire, qui avait prepare toutes les defaites par son
+administration, Scherer avait le commandement de l'armee d'Italie, parce
+qu'il etait compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas la.
+Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre
+Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kleber, Desaix, leurs quarante
+mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, ou etaient-ils?...
+En Egypte, sur une terre lointaine, ou ils allaient perir par
+l'imprudence du gouvernement, ou peut-etre par sa mechancete. Cette
+entreprise, si admiree naguere, on commencait a dire maintenant que
+c'etait le directoire qui l'avait imaginee pour se defaire d'un guerrier
+celebre qui lui faisait ombrage.
+
+On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre
+elle-meme; on lui imputait de l'avoir provoquee par ses imprudences a
+l'egard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renverse le pape et
+la cour de Naples, pousse ainsi l'Autriche a bout, et tout cela sans
+etre prepare a entrer en lutte. En envahissant l'Egypte, il avait decide
+la Porte a une rupture. En decidant la Porte, il avait delivre la Russie
+de toute crainte pour ses derrieres, et lui avait permis d'envoyer
+soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur etait si grande,
+qu'on allait jusqu'a dire que le directoire etait l'auteur secret de
+l'assassinat de Rastadt. C'etait, disait-on, un moyen imagine pour
+soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps legislatif.
+
+Ces reproches etaient repetes partout, a la tribune, dans les journaux,
+dans les lieux publics. Jourdan etait accouru a Paris pour se plaindre
+du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des generaux
+qui n'etaient pas venus, avaient ecrit pour exposer leurs griefs.
+C'etait un dechainement universel, et qui serait incomprehensible si on
+ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis.
+
+Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut repondre a tous ces
+reproches. Le directoire n'avait pas laisse eclaircir les rangs des
+armees, car il n'avait donne que douze mille conges; mais il lui avait
+ete impossible d'empecher les desertions en temps de paix. Il n'y a pas
+de gouvernement au monde qui eut reussi a les empecher. Le directoire
+s'etait meme fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de
+soldats a rejoindre. Il y avait, en effet, quelque durete a ramener sous
+les drapeaux des hommes qui avaient deja verse leur sang pendant six
+annees. La conscription n'etait decretee que depuis cinq mois, et il
+n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce systeme
+de recrutement; et surtout d'equiper, d'instruire les conscrits, de les
+former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande,
+en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils etaient indispensables pour maintenir le repos
+pendant les elections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin a de
+jeunes soldats, dont l'esprit n'etait pas forme, et l'attachement a
+la republique pas assez decide. Une raison importante avait de plus
+justifie cette precaution: c'etait la Vendee, travaillee encore par
+les emissaires de l'etranger, et la Hollande, menacee par les flottes
+anglo-russes.
+
+Quant au desordre de l'administration, les torts du directoire n'etaient
+pas plus reels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque
+toutes au profit de ceux memes qui s'en plaignaient, et malgre les
+plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois
+manieres: en pillant les pays conquis; en comptant a l'etat la solde des
+militaires qui avaient deserte; enfin, en faisant avec les compagnies
+des marches desavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'etaient les
+generaux et les etats-majors qui les avaient commises et qui en avaient
+profite. Ils avaient pille les pays conquis, fait le profit sur la
+solde et partage les profits des compagnies. On a vu que celles-ci
+abandonnaient quelquefois jusqu'a quarante pour cent sur leurs
+benefices, afin d'obtenir la protection des etats-majors. Scherer, vers
+la fin de son ministere, s'etait brouille avec ses compagnons d'armes
+pour avoir essaye de reprimer tous ces desordre. Le directoire s'etait
+efforce, pour y mettre un terme, de nommer des commissions independantes
+des etats-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies
+a Naples. Les marches desavantageux faits avec les compagnies, avaient
+encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dedommageaient sur le
+prix, de l'incertitude du paiement. Les credits ouverts cette
+annee s'elevaient a 600 millions d'ordinaire, et a 125 millions
+d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait deja ordonnance 400
+millions pour depenses consommees. Il n'en etait pas rentre encore 210;
+on avait fourni les 190 de surplus en delegations.
+
+Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux
+dilapidations. Le choix des generaux, excepte pour un seul, ne devait
+pas lui etre reproche. Championnet, apres sa conduite a l'egard des
+commissaires envoyes a Naples, ne pouvait pas conserver le commandement.
+Macdonald le valait au moins, et etait connu par une probite severe.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armee
+d'Italie. Ils avaient designe eux-memes Scherer. C'est Barras qui avait
+repousse Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de
+Scherer. Quant a Augereau, sa turbulence demagogique etait une raison
+fondee de lui refuser un commandement, et du reste, malgre ses qualites
+incontestables, il etait au-dessous du commandement en chef. Quant a
+l'expedition d'Egypte, on a vu si le directoire en etait coupable, et
+s'il est vrai qu'il eut voulu deporter Bonaparte, Kleber, Desaix et
+leurs quarante mille compagnons d'armes. Larevelliere-Lepaux
+s'etait brouille avec le heros d'Italie pour sa fermete a combattre
+l'expedition.
+
+La provocation a la guerre n'etait pas plus le fait du directoire
+que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilite des
+passions dechainees en Europe avait seule provoque la guerre. Il n'en
+fallait faire un reproche a personne; mais, dans tous les cas, ce
+n'etaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient
+droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eut
+pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renverse le roi
+de Naples, force celui de Piemont a l'abdication? N'etaient-ce pas
+les militaires qui, a l'armee d'Italie, avaient toujours pousse a
+l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait
+enchantes tous. N'etaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte a Vienne, un
+frere de Bonaparte a Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en
+avait eu de commises? Ce n'etait pas la determination de la Porte qui
+avait entraine celle de la Russie; mais la chose eut-elle ete vraie,
+c'etait l'auteur de l'expedition d'Egypte qui pouvait seul en meriter le
+reproche.
+
+Rien n'etait donc plus absurde que la masse des accusations accumulees
+contre le directoire. Il ne meritait qu'un reproche, c'etait d'avoir
+trop partage la confiance excessive que les patriotes et les militaires
+avaient dans la puissance de la republique. Il avait partage les
+passions revolutionnaires et s'etait livre a leur entrainement. Il avait
+cru qu'il suffisait, pour le debut de la guerre, de cent soixante-dix
+mille hommes; que l'offensive deciderait de tout, etc. Quant a ses
+plans, ils etaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot
+en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calques
+d'ailleurs en partie sur un projet du general Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'etait pas la
+faute du directoire si cet homme n'etait pas en Europe.
+
+Du reste, c'est dans un interet d'equite que l'histoire doit relever
+l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand
+on lui impute tout a crime. L'une des qualites indispensables d'un
+gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommee qui repousse
+l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des
+autres, et ceux meme de la fortune, il n'a plus la faculte de gouverner,
+et cette impuissance doit le condamner a se retirer. Combien de
+gouvernemens ne s'etaient-ils pas uses depuis le commencement de la
+revolution! L'action de la France contre l'Europe etait si violente,
+qu'elle devait detruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire
+etait use comme l'avait ete le comite de salut public, comme le fut
+depuis Napoleon lui-meme. Toutes les accusations dont le directoire
+etait l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducite.
+
+Du reste, il n'etait pas etonnant que cinq magistrats civils, elus au
+pouvoir, non a cause de leur grandeur hereditaire ou de leur gloire
+personnelle, mais pour avoir merite un peu plus d'estime que leurs
+concitoyens, que cinq magistrats, armes de la seule puissance des lois
+pour lutter avec les factions dechainees, pour soumettre a l'obeissance
+des armees nombreuses, des generaux couverts de gloire et pleins de
+pretentions, pour administrer enfin une moitie de l'Europe, parussent
+bientot insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de
+s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire eclater
+cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires
+reprimes plusieurs fois, les appelaient avec mepris les _avocats_, et
+disaient que la France ne pouvait etre gouvernee par eux.
+
+Par une bizarrerie assez singuliere, mais qui se voit quelquefois dans
+le conflit des revolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que
+pour celui des cinq directeurs qui en aurait merite le moins. Barras,
+sans contredit, meritait a lui seul tout ce qu'on disait du directoire.
+D'abord, il n'avait jamais travaille, et il avait laisse a ses collegues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens decisifs, ou il
+faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de
+rien. Il ne se melait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait
+mieux a son genie intrigant. Il avait pris part a tous les profits des
+compagnies, et justifie seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours ete le defenseur des brouillons et des fripons; c'etait lui qui
+avait appuye Brune et envoye Fouche en Italie. Il etait la cause des
+mauvais choix des generaux, car il s'etait oppose a la nomination de
+Moreau, et avait fortement demande celle de Scherer. Malgre tous ses
+torts si graves, lui seul etait mis a part. D'abord il ne passait pas,
+comme ses quatre collegues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses
+habitudes debauchees, ses manieres soldatesques, ses liaisons avec
+les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait
+exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'execution, plus
+capable de gouverner que ses collegues. Les patriotes lui trouvaient
+avec eux des cotes de ressemblance, et croyaient qu'il leur etait
+devoue. Les royalistes en recevaient des esperances secretes. Les
+etats-majors, qu'il flattait et qu'il protegeait contre la juste
+severite de ses collegues, l'avaient en assez grande faveur. Les
+fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette maniere de la
+defaveur generale. Il etait meme perfide avec ses collegues, car tous
+les reproches qu'il meritait, il avait l'art de les rejeter sur eux
+seuls. Un pareil role ne peut pas etre long-temps heureux, mais il peut
+reussir un moment: il reussit dans cette occasion.
+
+On connait la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur
+vraiment capable, avait choque, par son humeur et sa morgue, tous
+ceux qui traitaient avec lui. Il s'etait montre severe pour les gens
+d'affaires, pour tous les proteges de Barras, et notamment pour les
+militaires. Aussi etait-il devenu l'objet de la haine generale. Il etait
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa societe, qui
+etait nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupcons. Une
+circonstance malheureuse contribuait a les autoriser. L'agent du
+directoire en Suisse, Rapinat, etait beau-frere de Rewbell. On avait
+exerce en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays
+conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les
+plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient cause une rumeur
+extreme. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scelle
+sur les caisses et sur le tresor de Berne; il avait traite avec hauteur
+le gouvernement helvetique; ces circonstances et son nom, qui etait
+malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verres de la Suisse, pour
+l'auteur de dilapidations qui n'etaient pas son ouvrage; car il avait
+meme quitte la Suisse, avant l'epoque ou elle avait le plus souffert.
+Dans la Societe de Barras on faisait de malheureux calembours sur son
+nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il etait le beau-frere. C'est
+ainsi que la probite de Rewbell s'etait trouvee exposee a toutes les
+calomnies.
+
+Larevelliere, par son inflexible severite, par son influence dans les
+affaires politiques d'Italie, n'etait pas devenu moins odieux que
+Rewbell. Cependant, sa vie etait si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probite eut ete impossible. La societe de Barras lui donnait des
+ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses pretentions a
+une papaute nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la
+theophilanthropie, dont il n'etait cependant pas l'auteur. Merlin et
+Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell
+et Larevelliere, etaient cependant enveloppes dans la meme defaveur.
+
+C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les elections de
+l'an VII, qui furent les dernieres. Les patriotes, furieux, ne voulaient
+pas etre exclus cette annee, comme la precedente, du corps legislatif.
+Ils s'etaient dechaines contre le systeme des scissions, et s'etaient
+efforces de le fletrir d'avance. Ils y avaient assez reussi, pour qu'en
+effet on n'osat plus l'employer. Dans cet etat d'agitation, ou l'on
+suppose a ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils
+disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens
+extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des deputes
+actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits
+electoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses a Paris,
+parce qu'on travaillait a organiser le contingent helvetique. Ils firent
+grand bruit d'une circulaire aux electeurs, repandue par le commissaire
+du gouvernement (prefet) aupres du departement de la Sarthe. Ce n'etait
+pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire a l'improuver par un message. Les elections,
+faites dans ces dispositions, amenerent au corps legislatif une quantite
+considerable de patriotes. On ne songea pas cette annee a les exclure du
+corps legislatif, et leur election fut confirmee. Le general Jourdan,
+qui avait raison d'imputer ses revers a l'inferiorite numerique de
+son armee, mais qui manquait a sa raison accoutumee en imputant au
+gouvernement le desir de le perdre, fut envoye de nouveau au corps
+legislatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoye aussi,
+avec un surcroit d'humeur et de turbulence.
+
+Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la
+republique, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des
+cinq directeurs, qui fut designe pour membre sortant. Ce fut un grand
+sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une
+occasion nouvelle de le calomnier plus commodement. Cependant, comme il
+avait ete elu au conseil des anciens, il saisit une occasion de repondre
+a ses accusateurs, et le fit de la maniere la plus victorieuse.
+
+Il fut commis, a la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois
+rigoureuses de la probite, qu'on, put reprocher au directoire. Les cinq
+premiers directeurs, nommes a l'epoque de l'institution du directoire,
+avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient
+prelever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les
+donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice etait de menager
+aux membres du directoire la transition du pouvoir supreme a la vie
+privee, surtout pour ceux qui etaient sans fortune. Il y avait meme
+une raison de dignite a en agir ainsi, car il etait dangereux pour la
+consideration du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir supreme. Cette raison meme decida
+les directeurs a pourvoir d'une maniere plus convenable au sort de
+leurs collegues. Leurs appointemens etaient deja si modiques, qu'un
+prelevement de dix mille francs parut deplace. Ils resolurent d'allouer
+une somme de cent mille francs a chaque directeur sortant. C'etait cent
+mille francs par an qu'il en devait couter a l'etat. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un
+des mille profits qu'il etait si facile de faire sur des budgets de
+six ou huit cents millions. On decida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps
+legislatif allouait des frais de mobilier, cette depense devait etre
+avouee, et des lors devenait legitime. Les directeurs deciderent de plus
+que les economies faites sur les frais de mobilier seraient partagees
+entre eux. Certes, c'etait la une bien legere atteinte a la fortune
+publique, si c'en etait une; et tandis que des generaux, des compagnies,
+faisaient des profits si enormes, cent mille francs par an, consacres
+a donner des alimens a l'homme qui venait d'etre chef du gouvernement,
+n'etaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient
+en quelque sorte. Larevelliere, auquel on en fit part, ne voulut jamais
+y consentir. Il declara a ses collegues qu'il n'accepterait jamais sa
+part. Rewbell recut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de depenses secretes, dont le
+directoire etait dispense de rendre compte. Telle est la seule faute
+qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses
+membres, sur les douze qui se succederent, fut accuse d'avoir fait des
+profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on
+puisse dire la meme chose?
+
+Il fallait un successeur a Rewbell. On souhaitait avoir une grande
+reputation, pour donner un peu de consideration au directoire, et on
+songea a Sieyes, dont le nom, apres celui de Bonaparte, etait le plus
+important de l'epoque. Son ambassade en Prusse avait encore ajoute a sa
+renommee. Deja on le considerait, et tres justement, comme un esprit
+profond; mais depuis qu'il etait alle a Berlin, on lui attribuait
+la conservation de la neutralite prussienne, qui du reste etait due
+beaucoup moins a son intervention qu'a la situation de cette puissance.
+Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que
+de concevoir une constitution. Il fut elu directeur. Beaucoup de gens
+crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit generalement repandu
+de modifications tres prochaines a la constitution. Ils disaient
+que Sieyes n'etait appele au directoire que pour contribuer a ces
+modifications. On croyait si peu que l'etat des choses actuel put se
+maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.
+
+
+
+CHAPITRE XVI.
+
+CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSENA REUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMEES D'HELVETIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA
+LIMMAT.--ARRIVEE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHERER TRANSMET LE COMMANDEMENT
+A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PO ET DE
+L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMEE DE NAPLES; BATAILLE DE LA
+TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--REVOLUTION
+DU 30 PRAIRIAL.--LAREVELLIERE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.
+
+
+Dans l'intervalle qu'on mit a faire dans le gouvernement les
+modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cesse
+de faire les plus grands efforts pour reparer les revers qui venaient de
+signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement
+de l'armee du Danube, et Massena avait recu le commandement en chef de
+toutes les troupes cantonnees depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard.
+Ce choix heureux devait sauver la France. Scherer, impatient de quitter
+une armee dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation
+de transmettre le commandement a Moreau. Macdonald avait recu l'ordre
+pressant d'evacuer le royaume de Naples et les etats romains, et de
+venir faire sa jonction avec l'armee de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'interieur etaient achemines sur la frontiere;
+l'equipement et l'organisation des conscrits s'acceleraient, et les
+renforts commencaient a arriver de toutes parts.
+
+Massena, a peine nomme commandant en chef des armees du Rhin et de
+Suisse, songea a disposer convenablement les forces qui lui etaient
+confiees. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus
+critique. Il avait au plus trente mille hommes, epars en Suisse depuis
+la vallee de l'Inn jusqu'a Bale; il avait en presence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans
+le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de pres de cent mille hommes pouvait
+l'envelopper et l'aneantir. Si l'archiduc n'avait pas ete contrarie par
+le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eut franchi le
+Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer a Massena
+la route de France, l'envelopper et le detruire. Heureusement il n'etait
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis
+immediatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les
+trois generaux un tiraillement continuel, ce qui empechait qu'ils se
+concertassent pour une operation decisive.
+
+Ces circonstances favoriserent Massena, et lui permirent de prendre une
+position solide et de distribuer convenablement les troupes mises a sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la
+ligne du Rhin du cote de l'Alsace, et qu'il se proposait d'operer en
+Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En consequence, Massena fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armee du Danube, et lui assigna
+des positions qu'elle aurait du prendre des le debut, c'est-a-dire
+immediatement apres la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engage trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut
+oblige de s'en retirer, apres avoir livre des combats brillans, ou il
+montra une intrepidite et une presence d'esprit admirables. Les Grisons
+furent evacues. Massena distribua alors son armee depuis la grande
+chaine des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en
+choisissant la ligne qui lui parut la meilleure.
+
+La Suisse, presente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes
+Alpes, la traversent tout entiere, pour aller se jeter dans le Rhin. La
+plus etendue et la plus vaste est celle du Rhin meme, qui, prenant sa
+source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'etend
+en un vaste lac[6], dont il sort pres de Stein, et court a l'ouest vers
+Bale, ou il recommence a couler au nord pour former la frontiere de
+l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la
+Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la
+precedente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les
+petits cantons, s'arrete pour former le lac de Zurich, en sort sous le
+nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette
+derniere riviere dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une
+partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la premiere. Il y en
+a enfin une troisieme, celle de la Reuss, inscrite encore dans la
+precedente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et
+de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout pres du point ou se jette la
+Limmat. Ces lignes commencant a droite contre des montagnes enormes,
+finissant a gauche dans de grands fleuves, consistant tantot en des
+rivieres, tantot en des lacs, presentent de nombreux avantages pour la
+defensive. Massena ne pouvait esperer de conserver la plus grande, celle
+du Rhin, et de s'etendre depuis le Saint-Gothard jusqu'a l'embouchure
+de l'Aar. Il fut oblige de se replier sur celle de la Limmat, ou il
+s'etablit de la maniere la plus solide. Il placa son aile droite, formee
+des trois divisions Lecourbe, Menard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Ferino. Il placa son centre sur la
+Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bale et Strasbourg.
+
+[Note 6: Le lac de Constance.]
+
+Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empecher par un
+combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux
+generaux places sur le Rhin, l'un avant l'entree du fleuve dans le
+lac de Constance, l'autre apres sa sortie, etaient separes par toute
+l'etendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'etablir devant
+celle de Zurich et de la Limmat, ou s'etait place Massena, ils devaient
+partir des deux extremites du lac, pour venir faire leur jonction
+au-dela. Massena pouvait choisir le moment ou Hotze ne s'etait pas
+encore avance, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-dela du Rhin,
+se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser a son tour. On a calcule
+qu'il aurait eu le temps d'executer cette double operation, et de battre
+isolement les deux generaux autrichiens. Malheureusement il ne songea a
+les attaquer qu'au moment ou ils etaient pres de se reunir, et ou ils
+etaient en mesure de se soutenir reciproquement. Il les combattit sur
+plusieurs points le 5 prairial (24 mai), a Aldenfingen, a Frauenfeld, et
+quoiqu'il eut partout l'avantage, grace a cette vigueur qu'il mettait
+toujours dans l'execution, neanmoins il ne put empecher la jonction, et
+il fut oblige de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich,
+ou il se prepara a recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se
+decidait a l'attaquer.
+
+Les evenemens etaient bien autrement malheureux en Italie. La, les
+desastres ne s'etaient point arretes.
+
+Suwarow avait rejoint l'armee autrichienne avec un corps de vingt-huit
+ou trente mille Russes. Melas avait pris le commandement de l'armee
+autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armees, s'elevant au
+moins a quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il
+etait connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautes
+en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractere, une bizarrerie
+affectee et poussee jusqu'a la folie, mais aucun genie de combinaison.
+C'etait un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de
+ses forces, car autrement, la republique aurait peut-etre succombe.
+Son armee lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et
+qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la
+cavalerie, le genie, y etaient reduits a une veritable nullite. Elle
+ne savait faire usage que de la baionnette, et s'en servait comme les
+Francais s'en etaient servis pendant la revolution. Suwarow, fort
+insolent pour ses allies, donna aux Autrichiens des officiers russes,
+pour leur apprendre le maniement de la baionnette. Il employa le langage
+le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maitres_, _les
+paresseux_, devaient quitter l'armee; que les parleurs occupes a fronder
+le service souverain seraient traites comme des egoistes, et perdraient
+leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour delivrer
+l'Italie des Francais et des athees. Tel etait le style de ses
+allocutions. Heureusement, apres nous avoir cause bien du mal, cette
+energie brutale allait rencontrer l'energie savante et calculee, et se
+briser devant elle.
+
+Scherer ayant entierement perdu l'usage de ses esprits, s'etait
+promptement retire sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des
+soldats. De son armee de quarante-six mille hommes, il en avait perdu
+dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut oblige d'en laisser a
+Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que
+vingt-huit mille. Neanmoins si, avec cette poignee d'hommes, il avait su
+manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps a Macdonald de le
+rejoindre, et eviter bien des desastres. Mais il se placa sur l'Adda
+de la maniere la plus malheureuse. Il partagea son armee en trois
+divisions. La division Serrurier etait a Lecco, a la sortie de l'Adda du
+lac de Lecco. La division Grenier etait a Cassano, la division Victor a
+Lodi. Il avait place Montrichard, avec quelques corps legers, vers le
+Modenois et les montagnes de Genes; pour maintenir les communications
+avec la Toscane, par ou Macdonald devait deboucher. Ses vingt-huit
+mille hommes, ainsi disperses sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne
+pouvaient resister solidement nulle part, et devaient etre enfonces
+partout ou l'ennemi se presenterait en forces.
+
+Le 8 floreal (27 avril) au soir, au moment meme ou la ligne de l'Adda
+etait forcee, Scherer remit a Moreau la direction de l'armee. Ce brave
+general avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre
+au role de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne etait
+perdue, qu'il n'y avait plus que des desastres a essuyer, on lui
+donnait le commandement. Cependant, avec un devouement patriotique
+que l'histoire ne saurait trop celebrer, il accepta une defaite, en
+acceptant le commandement le soir meme ou l'Adda etait force. C'est ici
+que commence la moins vantee et la plus belle partie de sa vie.
+
+Suwarow s'etait approche de l'Adda sur plusieurs points. Quand le
+premier regiment russe se montra a la vue du pont de Lecco, les
+carabiniers de la brave 18e legere sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses
+effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baionnette croisee,
+et en firent un grand carnage. Les Russes furent repousses. Il venait
+de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils
+voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui
+venaient se meler dans une querelle qui n'etait pas la leur. La
+nomination de Moreau enflammait toutes les ames, et remplit l'armee de
+confiance. Malheureusement la position n'etait plus tenable. Suwarow,
+repousse a Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, a Brivio et
+a Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait
+la gauche. Cette division se trouva ainsi coupee du reste de l'armee.
+Moreau, avec la division Grenier, livra a Trezzo un combat furieux, pour
+repousser l'ennemi au-dela de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes
+un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animes par sa presence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-dela
+de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idee de se reporter sur ce point meme
+de Trezzo, ou Moreau s'obstinait a combattre pour se remettre en
+communication avec lui. Il fallut ceder, et abandonner la division
+Serrurier a son sort. Elle fut entouree par toute l'armee ennemie, et se
+battit avec la derniere opiniatrete. Enveloppee enfin de toutes parts,
+elle fut obligee de mettre bas les armes. Une partie de cette division,
+grace a la hardiesse et a la presence d'esprit d'un officier, se sauva
+par les montagnes en Piemont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'etait heureusement retire en arriere avec sa division intacte. Telle
+fut la fatale journee dite de Cassano, 9 floreal (28 avril), qui
+reduisit l'armee a environ vingt mille hommes.
+
+C'est avec cette poignee de braves que Moreau entreprit de se retirer.
+Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature
+l'avait doue. Reduit a vingt mille soldats, en presence d'une armee
+qu'on aurait pu porter a quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire
+marcher en masse, il ne s'ebranla pas un instant. Ce calme etait
+bien autrement meritoire que celui qu'il deploya lorsqu'il revint
+d'Allemagne, avec une armee de soixante mille hommes victorieux, et
+pourtant il a ete beaucoup moins celebre! tant les hasards des passions
+influent sur les jugemens contemporains!
+
+Il s'attacha d'abord a couvrir Milan, pour donner le moyen d'evacuer
+les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement
+cisalpin, et a tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur
+les derrieres. Rien n'est plus dangereux pour une armee que ces familles
+de fugitifs, qu'elle est obligee de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent
+quelquefois compromettre son salut. Moreau, apres avoir passe deux
+jours a Milan, se remit en marche pour repasser le Po. A la conduite
+de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position
+solide. Il avait deux objets a atteindre, c'etait de couvrir ses
+communications avec la France, et avec la Toscane, par ou s'avancait
+l'armee de Naples. Pour arriver a ce but important, il lui parut
+convenable d'occuper le penchant des montagnes de Genes; c'etait le
+point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant
+les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armee, prit la grande route
+de Milan a Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les
+routes de la riviere de Genes. Il executa cette marche sans etre
+trop presse par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses
+victorieuses sur notre faible armee, et de la detruire completement, se
+faisait decerner a Milan les honneurs du triomphe par les pretres, les
+moines, les nobles, toutes les creatures de l'Autriche, rentrees en
+foule a la suite des armees coalisees.
+
+Moreau eut le temps d'arriver a Turin, et d'acheminer vers la France
+tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tacha de reveiller
+le zele des partisans de la republique, et vint rejoindre ensuite la
+colonne qu'il avait dirigee vers Alexandrie. Il choisit la une position
+qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Po au-dessous d'Alexandrie. Moreau se
+placa au confluent de ces deux fleuves. Couvert a la fois par l'un et
+par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait
+en meme temps toutes les routes de Genes, et pouvait attendre l'arrivee
+de Macdonald. Cette position ne pouvait etre plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaine de postes sur le Po
+et le Tanaro, et ses masses etaient disposees de maniere qu'il pouvait
+courir en quelques heures sur le premier point attaque. Il s'etablit la
+avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid
+les mouvemens de son formidable ennemi.
+
+Suwarow avait mis tres heureusement beaucoup de temps a s'avancer. Il
+avait demande au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destine au Tyrol, fut mis a sa disposition. Ce corps venait de descendre
+en Italie, et portait l'armee combinee a beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assieger a la fois Peschiera,
+Mantoue, Pizzighitone, voulant en meme temps se garder du cote de la
+Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait
+guere plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste tres
+suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement.
+
+Il vint longer le Po et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il
+s'etablit a Tortone, et y fixa son quartier-general. Apres quelques
+jours d'inaction, il resolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-a-dire du cote du Po. Un peu au-dessus du
+confluent du Po et du Tanaro, vis-a-vis Mugarone, se trouvent des iles
+boisees, a la faveur desquelles les Russes resolurent de tenter un
+passage. Dans la nuit du 22 au 23 floreal (du 11 au 12 mai), ils
+passerent au nombre a peu pres de deux mille, dans l'une de ces iles, et
+se trouverent ainsi au-dela du bras principal. Le bras qui leur restait
+a passer etait peu considerable, et pouvait meme etre franchi a la nage.
+Ils le traverserent hardiment, et se porterent sur la rive droite du Po.
+Les Francais, prevenus du danger, coururent sur le point menace. Moreau,
+qui etait averti d'autres demonstrations faites du cote du Tanaro,
+attendit que le veritable point du danger fut bien determine pour s'y
+porter en force: des qu'il en fut certain, il y marcha avec sa reserve,
+et culbuta dans le Po les Russes qui avaient eu la hardiesse de le
+franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tues, noyes ou prisonniers.
+
+Ce coup de vigueur assurait tout a fait la position de Moreau dans le
+singulier triangle ou il s'etait place. Mais l'inaction de l'ennemi
+l'inquietait; il craignait que Suwarow n'eut laisse devant Alexandrie un
+simple detachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eut remonte
+le Po, pour se porter sur Turin et prendre la position des Francais
+par derriere, ou bien qu'il n'eut marche au-devant de Macdonald. Dans
+l'incertitude ou le laissait l'inaction de Suwarow, il resolut d'agir
+lui-meme, pour s'assurer du veritable etat des choses. Il imagina de
+deboucher au-dela d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance.
+Si l'ennemi n'avait laisse devant lui qu'un corps detache, le projet
+de Moreau etait de changer cette reconnaissance en attaque serieuse,
+d'accabler ce corps detache, et puis de se retirer tranquillement par
+la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Genes, afin d'y
+attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son
+projet etait de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hate
+la riviere de Genes, par toutes les communications accessibles qui
+lui restaient. Une raison qui le decidait surtout a prendre ce parti
+decisif, c'etait l'insurrection du Piemont sur ses derrieres. Il fallait
+qu'il se rapprochat de sa base le plus tot possible.
+
+Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait
+un autre qui etait depourvu de sens. Sa position a Tortone etait
+certainement la meilleure qu'il put prendre, puisqu'elle le placait
+entre les deux armees francaises, celle de la Cisalpine et celle de
+Naples. Il ne devait la quitter a aucun prix. Cependant il imagina
+d'emmener une partie de ses forces au-dela du Po, pour remonter le
+fleuve jusqu'a Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les
+royalistes piemontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien
+n'etait plus mal calcule qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire
+tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe
+et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position
+intermediaire entre les deux armees qui cherchaient a operer leur
+jonction.
+
+Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux
+environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-dela du Po
+pour marcher sur Turin, Moreau executait la reconnaissance qu'il avait
+projetee. Il avait porte la division Victor en avant pour attaquer
+vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait
+lui-meme avec toute sa reserve un peu en arriere, pret a changer cette
+reconnaissance en une attaque serieuse, s'il jugeait que le corps russe
+put etre accable. Apres un engagement tres-vif, ou les troupes de Victor
+deployerent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armee russe etait
+devant lui: il n'osa pas attaquer a fond, de peur d'avoir sur les bras
+un ennemi trop superieur. En consequence, entre les deux partis qu'il
+s'etait propose d'adopter, il prefera le second, comme le plus sur. Il
+resolut donc de se retirer vers les montagnes de Genes. Sa position
+etait des plus critiques. Tout le Piemont etait en revolte sur ses
+derrieres. Un corps d'insurges s'etait empare de Ceva, qui ferme la
+principale route, la seule accessible a l'artillerie. Le grand convoi
+des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'etre enleve.
+Ces circonstances etaient des plus facheuses. En prenant les routes
+situees plus en arriere, et qui aboutissaient a la riviere du Ponent,
+Moreau craignait de trop s'eloigner des communications de la Toscane,
+et de les laisser en prise a l'ennemi, qu'il supposait reuni en masse
+autour de Tortone. Dans cette perplexite, il prit sur-le-champ son
+parti, et fit les dispositions suivantes. Il detacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables a
+la seule infanterie, vers les montagnes de Genes. Elle devait se hater
+d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre a l'armee
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas ou elle serait attaquee
+par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers
+des montagnes, gagner l'une des routes charretieres qui se trouvaient en
+arriere de Ceva, et aboutissaient dans la riviere du Ponent. Il faisait
+un autre calcul, en se decidant a cette retraite excentrique, c'est
+qu'il attirerait a lui l'armee ennemie, la detournerait de poursuivre
+Victor et de se jeter sur Macdonald.
+
+Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper
+les cretes de l'Apennin. Moreau, de son cote, se retira avec une
+celerite extraordinaire sur Asti. La prise de Ceva, qui fermait sa
+principale communication, le mettait dans un embarras extreme. Il
+achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui etait indispensable,
+et resolut de s'ouvrir une route a travers l'Apennin, en la faisant
+construire par ses propres soldats. Apres quatre jours d'efforts
+incroyables, la route fut rendue praticable a l'artillerie, et Moreau
+fut transporte dans la riviere de Genes sans avoir retrograde jusqu'au
+col de Tende, ce qui l'eut trop eloigne des troupes de Victor detachees
+vers Genes.
+
+Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hata de le faire
+poursuivre; mais il ne sut deviner ni prevenir ses savantes
+combinaisons. Ainsi, grace a son sang-froid et a son adresse, Moreau
+avait ramene ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule
+fois, en contenant au contraire les Russes partout ou il les avait
+rencontres. Il avait laisse une garnison de trois mille hommes dans
+Alexandrie, et il etait avec dix-huit mille a peu pres dans les environs
+de Genes. Il etait place sur la crete de l'Apennin, attendant l'arrivee
+de Macdonald. Il avait porte la division Lapoype, le corps leger de
+Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les
+joindre a Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste
+de son corps d'armee. Son plan de jonction etait profondement medite.
+Il pouvait attirer l'armee de Naples a lui par les bords de la
+Mediterranee, la reunir a Genes, et deboucher avec elle de la Bochetta;
+ou bien la faire deboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance,
+et sur les bords du Po. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait a l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau
+franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la
+plaine. En debouchant au contraire en avant de Plaisance, on etait
+maitre de la plaine jusqu'au Po, on prenait son champ de bataille sur
+les bords meme du Po, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eut sa gauche toujours serree aux montagnes,
+pour se lier avec Victor qui etait a Bobbio. Quant a lui, il observait
+Suwarow, pret a se jeter dans ses flancs des qu'il voudrait marcher a
+la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait
+aussi sure que derriere l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+preferable.
+
+Dans ce moment, le directoire venait de reunir dans la Mediterranee des
+forces maritimes considerables. Bruix, le ministre de la marine, s'etait
+mis a la tete de la flotte de Brest, avait debloque la flotte espagnole,
+et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Mediterranee, dans le but
+de la delivrer des Anglais, et d'y retablir les communications avec
+l'armee d'Egypte. Cette jonction tant desiree etait enfin operee, et
+elle pouvait nous redonner la preponderance dans les mers du
+Levant. Bruix dans ce moment etait devant Genes. Sa presence avait
+singulierement remonte le moral de l'armee. On disait qu'il apportait
+des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en etait rien; mais
+Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accrediter. Il fit
+repandre le bruit que la flotte venait de debarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considerables. Ce bruit encouragea l'armee, et
+diminua beaucoup la confiance de l'ennemi.
+
+On etait au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un evenement
+nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Massena avait occupe
+la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, debouchant en
+deux masses des deux extremites du lac de Constance, etait venu border
+cette ligne dans toute son etendue. Il resolut de l'attaquer entre
+Zurich et Bruk, c'est-a-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le
+long de la Limmat. Massena avait pris position, non pas sur la Limmat
+elle-meme, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la
+Limmat, et qui couvrent a la fois la riviere et le lac. Il avait
+retranche ces hauteurs de la maniere la plus redoutable, et les avait
+rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne,
+entre Zurich et l'Aar, fut la plus forte, l'archiduc avait resolu de
+l'attaquer, parce qu'il eut ete trop dangereux de faire un long detour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint.
+Massena pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laisses
+devant lui, et se procurer ainsi un avantage decisif.
+
+L'attaque projetee s'executa le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur
+toute l'etendue de la Limmat, et fut repoussee partout victorieusement,
+malgre l'opiniatre perseverance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre,
+afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommenca l'attaque avec
+la meme opiniatrete. Massena, reflechissant qu'il pouvait etre force,
+qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il
+abandonnait etait suivie immediatement d'une plus forte, la chaine de
+l'Albis, qui borde en arriere la Limmat et le lac de Zurich, resolut de
+se retirer volontairement. Il ne perdait a cette retraite que la ville
+de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaine des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'a l'Aar
+presentant de plus un escarpement continu, etait presque inattaquable.
+En l'occupant on ne faisait qu'une legere perte de terrain, car on ne
+reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En consequence, et
+s'y retira volontairement et sans perte, il s'y etablit d'une maniere
+qui ota a l'archiduc toute envie de l'attaquer.
+
+Notre position etait donc toujours a peu pres la meme en Suisse.
+L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au
+Saint-Gothard, formaient notre ligne defensive contre les Autrichiens.
+
+Du cote de l'Italie, Macdonald s'avancait enfin vers la Toscane.
+Il avait laisse garnison au fort Saint-Elme, a Capoue et a Gaete,
+conformement a ses instructions. C'etait compromettre inutilement des
+troupes qui n'etaient pas capables de soutenir le parti republicain, et
+qui laissaient un vide dans l'armee active. L'armee francaise, en se
+retirant, avait laisse la ville de Naples en proie a une reaction
+royale, qui egalait les plus epouvantables scenes de notre revolution.
+Macdonald avait rallie a Rome quelques milliers d'hommes de la division
+Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le
+Modenois le corps leger de Montrichard. Il avait forme ainsi un corps de
+vingt-huit mille hommes. Il etait a Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'etait operee avec beaucoup de rapidite, et un ordre
+remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et
+ne deboucha au-dela de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que
+vers la fin de prairial (milieu de juin).
+
+S'il eut debouche plus tot, il aurait surpris les coalises dans un tel
+etat de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et
+les rejeter au-dela du Po. Suwarow etait a Turin, dont il venait de
+s'emparer, et ou il avait trouve des munitions immenses. Bellegarde
+observait les debouches de Genes; Kray assiegeait Mantoue, la citadelle
+de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens
+ou Russes reunis. Macdonald et Moreau, debouchant ensemble avec
+cinquante mille hommes auraient pu changer la destinee de la campagne.
+Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer
+son armee, et reorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps precieux, et permit a Suwarow de
+reparer ses fautes. Le general russe, apprenant la marche de Macdonald,
+se hata de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de
+renfort, pour se placer entre les deux generaux francais, et reprendre
+la position qu'il n'aurait jamais du abandonner. Il ordonna au general
+Ott, qui etait en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance,
+de se retirer sur lui, s'il etait attaque; il prescrivit a Kray de lui
+faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer;
+il laissa a Bellegarde le soin d'observer Novi, d'ou Moreau devait
+deboucher, et il se disposa a marcher lui-meme dans les plaines de
+Plaisance, a la rencontre de Macdonald.
+
+Ces dispositions sont les seules qui, pendant la duree de cette
+campagne, aient merite a Suwarow l'approbation des militaires. Les deux
+generaux francais occupaient toujours les positions que nous avons
+indiquees. Places tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre
+pour se reunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait deboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer a Macdonald la
+division Victor pour le renforcer. Il avait place a Bobbio, au penchant
+des montagnes, le general Lapoype avec quelques bataillons, pour
+favoriser la jonction, et son projet etait de saisir le moment ou
+Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tint toujours appuye
+aux montagnes, et n'acceptat pas la bataille trop loin dans la plaine.
+
+Macdonald s'ebranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps
+de Hohenzollern, place aux environs de Modene, gardait le Bas-Po. Il
+fut accable par des forces superieures, perdit quinze cents hommes, et
+faillit etre enleve tout entier. Ce premier succes encouragea Macdonald,
+et lui fit hater sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armee a trente-deux mille hommes a peu pres,
+forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait a
+la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes
+deux. Quoique le gros de l'armee, forme par les divisions Montrichard,
+Olivier et Watrin, fut encore en arriere, Macdonald, alleche par le
+succes qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui
+etait en observation sur le Tidone, et ordonna a Victor, Dombrowsky et
+Rusca, de marcher contre lui a l'instant meme.
+
+Trois torrens, coulant parallelement de l'Apennin dans le Po, formaient
+le champ de bataille: c'etaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le
+gros de l'armee francaise etait encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avancaient sur la Trebbia, et avaient
+l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler
+Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marcherent le 29 prairial
+(17 juin). Elles repousserent d'abord l'avant-garde du general Ott des
+bords du Tidone, et l'obligerent a prendre une position en arriere vers
+le village de Sermet. Ott allait etre accable, mais dans ce moment
+Suwarow arrivait a son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+general Bagration a Victor qui marchait le long du Po; il reporta Ott au
+centre sur Dombrowsky, et dirigea Melas a droite sur la division Rusca.
+Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut force de
+retrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky
+par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux regimens de cavalerie,
+et la rompit. Des cet instant, Victor, qui s'etait avance sur le Po, se
+trouva deborde et compromis. Bagration, renforce par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais
+au centre, et qui avait ainsi deborde Victor, le chargea en flanc, et
+l'obligea a se retirer. Rusca, a droite, fut alors oblige de ceder
+le terrain a Melas. Nos trois divisions repasserent le Tidone, et
+retrograderent sur la Trebbia.
+
+Cette premiere journee, ou un tiers de l'armee au plus s'etait trouve
+engage contre toute l'armee ennemie, n'avait pas ete heureuse.
+Macdonald, ignorant l'arrivee de Suwarow, s'etait trop hate. Il resolut
+de s'etablir derriere la Trebbia, d'y reunir toutes ses divisions, et de
+venger l'echec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin etaient encore en arriere sur la Nura, et
+il resolut d'attendre le surlendemain, c'est-a-dire le 1er messidor (19
+juin), pour livrer bataille.
+
+Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de reunir ses forces, et il se
+disposa a attaquer des le lendemain meme, c'est-a-dire le 30 prairial
+(18 juin). Les deux armees allaient se joindre le long de la Trebbia,
+appuyant leurs ailes au Po et a l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement
+que le point essentiel etait dans les montagnes, par ou les deux armees
+francaises pourraient communiquer, porta de ce cote sa meilleure
+infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration,
+qui d'abord etait a sa gauche le long du Po, vers sa droite contre les
+montagnes. Il les placa avec la division Schweikofsky sous les ordres
+de Rosemberg, et leur ordonna a toutes deux de passer la Trebbia vers
+Rivalta, dans la partie superieure de son cours, afin de detacher les
+Francais des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+etaient placees vers ce point, a la gauche de la ligne des Francais. Les
+divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le
+long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite,
+vers le Po et Plaisance.
+
+Des le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes
+attaquerent les avant-gardes francaises, qui etaient au-dela de la
+Trebbia, a Casaliggio et Grignano, et les repousserent; Macdonald, qui
+ne s'attendait pas a etre attaque, s'occupait a faire arriver en ligne
+ses divisions du centre. Victor, qui commandait a notre gauche, porta
+aussitot toute l'infanterie francaise au-dela de la Trebbia, et mit
+un moment Suwarow en peril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division
+Schweikofsky, retablit l'avantage, et, apres un combat furieux, dans
+lequel les pertes furent enormes des deux parts, obligea les Francais a
+se retirer derriere la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin a droite, et une
+canonnade s'etablissait sur toute la ligne. Apres avoir echange quelques
+boulets, on s'arreta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui
+separa les deux armees.
+
+Telle fut la seconde journee. Elle avait consiste en un combat vers
+notre gauche, combat terrible, mais sans resultat. Macdonald, disposant
+desormais de tout son monde, voulait rendre decisive la troisieme
+journee. Son plan consistait a franchir la Trebbia sur tous les points,
+et a deborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division
+Dombrowsky devait remonter la riviere jusqu'a Rivalta, et la passer
+au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque a
+son embouchure dans le Po, et gagner l'extreme gauche de Suwarow. Il
+comptait en meme temps que Moreau, dont il attendait la cooperation
+depuis deux jours, entrerait en action ce jour-la au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journee du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible
+echauffouree eut lieu pendant la nuit. Un detachement francais ayant
+traverse le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se
+crurent attaques et coururent aux armes. Les Francais y coururent de
+leur cote. Les deux armees se melerent et se livrerent un combat de
+nuit, ou des deux cotes on s'egorgeait, sans distinguer amis ni ennemis.
+Apres un carnage inutile, les generaux parvinrent enfin a ramener leurs
+soldats au bivouac. Le lendemain les deux armees etaient tellement
+fatiguees par trois jours de combats et par le desordre de la nuit,
+qu'elles n'entrerent en action que vers les dix heures du matin.
+
+La bataille commenca a notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky
+franchit la Trebbia a Rivalta, malgre les Russes. Suwarow y detacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa a decouvert les flancs de
+Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profiterent pour se jeter sur
+lui en passant la Trebbia. Ils s'avancerent avec succes et envelopperent
+de toutes parts la division Schweikofsky, ou se trouvait Suwarow. Ils la
+mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous cotes et
+se defendit vaillamment. Bagration, apercevant le peril, se rabattit
+promptement sur le point menace, et obligea Victor et Rusca a lacher
+prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fut de son cote rabattu
+sur Bagration, l'avantage nous serait reste sur ce point, qui etait le
+plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il
+resta inactif, et Victor et Rusca furent obliges de se replier sur la
+Trebbia. Au centre, Montrichard avait passe la Trebbia vers Grignano;
+Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le
+corps de Forster, lorsque les reserves autrichiennes, que Suwarow
+avait demandees a Melas, et qui defilaient sur le derriere du champ de
+bataille, donnerent inopinement dans les flancs de sa division. Elle
+fut surprise, et la 5e legere, qui avait fait des prodiges en cent
+batailles, s'enfuit en desordre. Montrichard se vit oblige de repasser
+la Trebbia. Olivier, qui s'etait avance avec succes vers San-Nicolo, et
+avait vigoureusement repousse Ott et Melas, se trouva decouvert par la
+retraite de Montrichard. Melas alors, donnant contre-ordre aux reserves
+autrichiennes, dont la presence avait jete le trouble dans la division
+Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcee a son
+tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portee
+inutilement a l'extreme droite, ou elle n'avait rien a faire, s'avancait
+le long du Po, sans etre d'aucun secours a l'armee. Elle fut meme
+obligee de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement general de
+retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau deboucher sur ses
+derrieres, fit de grands efforts le reste de la journee pour passer la
+Trebbia, mais il ne put y reussir. Les Francais lui opposerent sur toute
+la ligne une fermete invincible, et ce torrent, temoin d'une lutte si
+acharnee, separa encore pour la troisieme fois les deux armees ennemies.
+
+Tel fut le troisieme acte de cette sanglante bataille. Les deux armees
+etaient desorganisees. Elles avaient perdu environ douze mille hommes
+chacune. La plupart des generaux etaient blesses. Des regimens entiers
+etaient detruits. Mais la situation etait bien differente. Suwarow
+recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'a gagner au
+prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait epuise toutes
+ses ressources, et pouvait, en s'obstinant a se battre, etre jete en
+desordre dans la Toscane. Il songea donc a se retirer sur la Nura,
+pour regagner Genes par derriere l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2
+messidor (20 juin) au matin. Une depeche, dans laquelle il peignit a
+Moreau sa situation desesperee, etant tombee dans les mains de Suwarow,
+celui-ci fut rempli de joie, et se hata de le poursuivre a outrance.
+Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la
+Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre
+jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de
+prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armee
+au-dela de l'Apennin, apres une perte de quatorze ou quinze mille
+hommes, en tues, blesses ou prisonniers.
+
+Tres heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses
+derrieres, se laissa detourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que
+des obstacles insurmontables avaient empeche de se mettre en mouvement
+avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de deboucher de Novi, de se
+jeter sur Bellegarde, de le mettre en deroute, et de lui prendre pres
+de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif etait inutile, et
+n'eut d'autre resultat que de rappeler Suwarow, et de l'empecher de
+s'acharner sur Macdonald.
+
+Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands resultats, avait
+donc amene une sanglante defaite; elle fit naitre entre les deux
+generaux francais des contestations qui n'ont jamais ete bien
+eclaircies. Les militaires reprocherent a Macdonald d'avoir trop
+sejourne en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin
+les unes des autres, de maniere que les divisions Victor, Rusca et
+Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions
+Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherche, le
+jour de la bataille, a deborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu
+de diriger son principal effort a sa gauche vers la Haute-Trebbia; de
+s'etre tenu trop eloigne des montagnes, de maniere a ne pas permettre a
+Lapoype, qui etait a Bobbio, de venir a son secours; enfin de s'etre,
+par-dessus tout, beaucoup trop hate de livrer bataille, comme s'il eut
+voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant
+le plan savamment combine par Moreau, ne lui ont reproche qu'une
+chose, c'est de n'avoir pas mis de cote tout menagement pour un ancien
+camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armees, et
+surtout de n'avoir pas commande en personne a la Trebbia. Quoi qu'il
+en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de
+Moreau, execute comme il avait ete concu, aurait sauve l'Italie. Elle
+fut entierement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement,
+Moreau etait encore la pour recueillir nos debris et empecher Suwarow
+de profiter de son immense superiorite. La campagne n'etait ouverte que
+depuis trois mois, et, excepte en Suisse, nous n'avions eu partout que
+des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne;
+les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie.
+Massena seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de
+la chaine de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces
+cruels revers, que le courage de nos soldats avait ete inebranlable et
+aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau
+avait ete a la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empeche
+que Suwarow ne detruisit d'un seul coup nos armees d'Italie.
+
+Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du
+directoire, et provoquerent contre lui un redoublement d'invectives.
+La crainte d'une invasion commencait a s'emparer des esprits. Les
+departemens du Midi et des Alpes, exposes les premiers au debordement
+des Austro-Russes, etaient dans une extreme fermentation. Les villes de
+Chambery, de Grenoble et d'Orange, envoyerent au corps legislatif des
+adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient
+les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes
+les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur
+les dilapidations des compagnies, sur le denument des armees, sur le
+ministere de Scherer, sur son generalat, sur l'injustice faite a Moreau,
+sur l'arrestation de Championnet, etc. "Pourquoi, disaient-elles, les
+conscrits fideles se sont-ils vus forces de rentrer dans leurs foyers,
+par le denument ou on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations
+sont-elles restees impunies? Pourquoi l'inepte Scherer, signale comme un
+traitre par Hoche, est-il reste si longtemps au ministere de la guerre?
+Pourquoi a-t-il pu consommer, comme general, les maux qu'il avait
+prepares comme ministre? Pourquoi des noms chers a la victoire sont-ils
+remplaces par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de
+Naples est-il en accusation?......"
+
+On a deja pu apprecier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les
+contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette maniere de les accueillir prouvait
+assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient etre plus
+mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'etait reunie a l'opposition
+patriote. L'une composee d'ambitieux qui voulaient un gouvernement
+nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs
+recommandations n'eussent pas ete assez bien accueillis; l'autre formee
+de patriotes exclus par les scissions du corps legislatif, ou reduits au
+silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient egalement la ruine
+du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait a la fois
+mal administre et mal defendu la France; qu'il avait viole la liberte
+des opinions, opprime la liberte de la presse et des societes
+populaires. Ils le declaraient a la fois faible et violent; ils allaient
+meme jusqu'a revenir sur le 18 fructidor, et a dire que, n'ayant pas
+respecte les lois dans cette journee, il ne pouvait plus les invoquer en
+sa faveur.
+
+La nomination de Sieyes au directoire avait ete l'un des premiers motifs
+de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cesse
+de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui deja, par
+cette raison, avait refuse d'etre directeur, c'etait annoncer en quelque
+sorte qu'on voulait une revolution. L'acceptation de Sieyes, dont on
+doutait a cause de ses refus anterieurs, ne fit que confirmer ces
+conjectures.
+
+Les mecontens de toute espece, qui voulaient un changement, se
+grouperent autour de Sieyes. Sieyes n'etait point un chef de parti
+habile; il n'en avait ni le caractere a la fois souple et audacieux, ni
+meme l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommee.
+On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le
+gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter
+a tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne
+presence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les
+partis, s'etait rapproche de Sieyes, et etait parvenu a se rattacher
+a lui, en livrant lachement ses collegues. C'est autour de ces deux
+directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti
+avait songe a se donner l'appui d'un jeune general qui eut de la
+reputation, et qui passat, comme beaucoup d'autres, pour une victime du
+gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes
+esperances, et qui etait sans emploi depuis sa demission, avait fixe le
+choix sur lui. Il allait s'allier a M. de Semonville, en epousant une
+demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproche de Sieyes; on le fit
+nommer general de la 17e division militaire, celle de Paris, et on
+s'efforca d'en faire le chef de la nouvelle coalition.
+
+On ne songeait point encore a faire des changemens; on voulait d'abord
+s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion,
+et on ajournait les projets constitutionnels a une epoque ou tous les
+perils seraient passes. La premiere chose a obtenir etait l'eloignement
+des membres de l'ancien directoire. Sieyes n'y etait que depuis une
+quinzaine; il y etait entre le 1er prairial, en remplacement de Rewbell.
+Barras s'etait sauve de l'orage comme on a vu. Toute la haine se
+dechargeait contre Larevelliere, Merlin et Treilhard, tous trois fort
+innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement.
+
+Ils avaient la majorite, puisqu'ils etaient trois, mais on voulait leur
+rendre impossible l'exercice de l'autorite. Ils avaient resolu d'avoir
+les plus grands egards pour Sieyes, de lui pardonner meme son humeur,
+afin de ne pas ajouter aux difficultes de la position, celles que des
+divisions personnelles pourraient encore faire naitre. Mais Sieyes etait
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il etait en cela de tres bonne
+foi; mais il s'exprimait de maniere a prouver qu'il ne voulait pas
+s'entendre avec ses collegues pour porter remede au mal. Un peu infatue
+de ce qu'il avait vu dans le pays d'ou il venait, il ne cessait de leur
+dire: "Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc,
+lui repondaient ses collegues, comment on fait en Prusse; eclairez-nous
+de vos avis, et aidez-nous a faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas,
+repliquait Sieyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous
+avez coutume de faire."
+
+Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilite se declarait
+entre la minorite et la majorite, les attaques les plus vives se
+succedaient au dehors de la part des conseils. Il y avait deja querelle
+ouverte sur les finances. La detresse, comme on l'a dit, provenait de
+deux causes, la lenteur des rentrees et le deficit dans les produits
+supposes. Sur 400 millions deja ordonnances pour depenses consommees,
+210 millions etaient a peine rentres. Le deficit dans l'evaluation des
+produits s'elevait, suivant Ramel, a 67 et meme a 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotite du deficit, il donna un dementi
+formel au depute Genissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il
+avancait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla
+pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa
+pas de repeter qu'ils ruinaient l'etat, et demandaient sans cesse de
+nouveaux fonds pour fournir a de nouvelles dilapidations. Cependant,
+la force de l'evidence obligea a accorder un supplement de produits.
+L'impot sur le sel avait ete refuse; pour y suppleer, on ajouta un
+decime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle
+des portes et fenetres. Mais c'etait peu que de decreter des impots,
+il fallait assurer leur rentree par differentes lois, relatives a leur
+assiette et a leur perception. Ces lois n'etaient pas rendues. Le
+ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et
+on repondait a ses instances en criant a la trahison, au vol, etc.
+
+Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Deja
+il s'etait eleve des reclamations sur certains articles de la loi du
+19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de
+supprimer les journaux sur un simple arrete. Un projet de loi avait ete
+ordonne sur la presse et les societes populaires, afin de modifier la
+loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire
+dont il etait revetu. On s'elevait beaucoup aussi contre la faculte que
+cette loi donnait au directoire de deporter a sa volonte les pretres
+suspects, et de rayer les emigres de la liste. Les patriotes, eux-memes
+semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement a
+leurs adversaires. On commenca par la discussion sur la presse et les
+societes populaires. Le projet mis en avant etait l'ouvrage de Berlier.
+La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient
+Chenier, Bailleul, Creuze-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordee au directoire par la loi du 19 fructidor,
+bien que redoutable en temps ordinaire, etait de la plus indispensable
+necessite dans la circonstance actuelle. Ce n'etait pas, disaient-ils,
+dans un moment de peril extreme qu'il fallait diminuer les forces du
+gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnee le lendemain du 18
+fructidor lui etait devenue necessaire, non plus contre la faction
+royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que
+la premiere, et secretement alliee avec elle. Les disciples de Baboeuf,
+ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menacaient la
+republique d'un nouveau debordement.
+
+Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, repondaient avec
+leur vehemence accoutumee aux discours des partisans du directoire. Il
+fallait, disaient-ils, donner une commotion a la France, et lui rendre
+l'energie de 1793, que le directoire avait entierement etouffee en
+faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'eteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la
+parole aux feuilles patriotiques. "Vainement, ajoutaient-ils, on accuse
+les patriotes, vainement on feint de redouter un debordement de leur
+part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accuses? Depuis trois ans ils
+sont egorges, proscrits, sans patrie, dans la republique qu'ils ont
+contribue puissamment a fonder et qu'ils ont defendue. Quels crimes
+avez-vous a leur reprocher? ont-ils reagi contre les reacteurs? Non. Ils
+sont exageres, turbulens; soit. Mais sont-ce la des crimes? Ils parlent,
+ils crient meme, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les
+jours ils sont assassines..." Tel etait le langage de Briot (du Doubs),
+du Corse Arena, et d'une foule d'autres.
+
+Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement.
+Ils etaient naturellement moderes. Ils avaient le ton mesure, mais amer
+et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop
+meconnus, et rendre la liberte a la presse et aux societes populaires.
+Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanee
+au directoire, mais cette dictature donnee de confiance, comment en
+avait-il use? Il n'y avait qu'a interroger les partis, disait Boulay
+(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues differentes, royalistes,
+patriotes, constitutionnels, etaient d'accord pour declarer que le
+directoire avait mal use de sa toute-puissance. Un meme accord, chez des
+hommes si opposes de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de
+doute, et le directoire etait condamne.
+
+Ainsi les patriotes irrites se plaignaient d'oppression; les
+constitutionnels, pleins de pretentions, se plaignaient du mal-gouverne.
+Tous se reunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux societes populaires. C'etait la
+une victoire importante, qui allait amener un dechainement d'ecrits
+periodiques et le ralliement de tous les jacobins.
+
+L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial.
+Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle
+coalition resolut d'employer les tracasseries ordinaires que les
+oppositions emploient dans les gouvernemens representatifs pour obliger
+un ministere a se retirer. Questions embarrassantes et reiterees,
+menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels,
+que, sans la pratique du gouvernement representatif, l'instinct seul des
+partis les decouvre sur-le-champ.
+
+Les commissions des depenses, des fonds et de la guerre, etablies dans
+les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se reunirent, et
+projeterent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut charge
+du rapport, et le presenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le
+conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel
+il demandait a etre instruit des causes des dangers interieurs et
+exterieurs qui menacaient la republique, et des moyens qui existaient
+pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guere d'autre effet
+que d'arracher des aveux de detresse, et de compromettre davantage le
+gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le repetons,
+doit reussir: l'obliger a convenir qu'il n'a pas reussi, c'est l'obliger
+au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule
+de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles etaient
+relatives au droit de former des societes populaires, a la liberte
+individuelle, a la responsabilite des ministres, a la publicite des
+comptes, etc.
+
+Le directoire, en recevant le message en question, resolut d'y faire une
+reponse detaillee, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les
+evenemens, et exposerait les moyens qu'il avait employes, et ceux qu'il
+se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise ou
+elle se trouvait. Une reponse de cette nature exigeait le concours de
+tous les ministres, pour que chacun d'eux put fournir son rapport. Il
+fallait au moins plusieurs jours pour le rediger; mais ce n'est pas ce
+qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un etat
+exact et fidele de la France, mais des aveux prompts et embarrasses.
+Aussi, apres avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui
+avaient propose le message firent aux cinq-cents une proposition
+nouvelle, par l'organe du depute Poulain-Grand-Pre. C'etait le 28
+prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se declarer
+en permanence jusqu'a ce que le directoire eut repondu au message du 15.
+La proposition fut adoptee. C'etait jeter le cri d'alarme, et annoncer
+un prochain evenement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur
+determination, en les engageant a suivre leur exemple. L'exemple en
+effet fut imite, et les anciens siegerent aussi en permanence. Les
+trois commissions des depenses, des fonds, de la guerre, etant trop
+nombreuses, furent changees en une seule commission, composee de
+onze membres, et chargee de presenter les mesures exigees par les
+circonstances.
+
+Le directoire repondit, de son cote, qu'il allait se constituer en
+seance permanente, pour hater le rapport qu'on lui demandait. On concoit
+quelle agitation devait resulter d'une pareille determination. On
+faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les
+adversaires du directoire disaient qu'il meditait un nouveau coup
+d'etat, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans
+repandaient au contraire qu'il y avait une coalition formee entre tous
+les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil
+n'etait medite de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la demission des trois anciens directeurs. On imagina
+un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eut quitte la legislature depuis un an revolu. On
+s'apercut que Treilhard, qui depuis treize mois siegeait au directoire,
+etait sorti de la legislature le 30 floreal an V, et qu'il avait ete
+nomme au directoire, le 26 floreal an VI. Il manquait donc quatre jours
+au delai prescrit. Ce n'etait la qu'une chicane, car cette irregularite
+etait couverte par le silence garde pendant deux sessions, et d'ailleurs
+Sieyes lui-meme etait dans le meme cas. Sur-le-champ la commission des
+onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut
+lieu le jour meme du 28 et fut signifiee au directoire.
+
+Treilhard etait rude et brusque, mais n'avait pas une fermete egale a
+la durete de ses manieres. Il etait dispose a ceder. Larevelliere
+etait dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnete et
+desinteresse, auquel ses fonctions etaient a charge, qui ne les avait
+acceptees que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour
+que le sort le rendit a la retraite, ne voulait plus abandonner ses
+fonctions depuis que les factions coalisees paraissaient l'exiger. Il
+se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour
+abolir la constitution de l'an III; que Sieyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au meme but dans des vues differentes, mais
+toutes egalement funestes a la republique. Dans cette persuasion, il ne
+voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En
+consequence, il courut chez Treilhard, et l'engagea a resister. "Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorite, et nous nous
+refuserons a l'execution de cette determination du corps legislatif,
+comme illegale, seditieuse, et arrachee par une faction." Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa demission aux
+cinq-cents.
+
+Larevelliere, voyant la majorite perdue, n'en persista pas moins a
+refuser sa demission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents
+resolurent de donner tout de suite un successeur a Treilhard. Sieyes
+aurait voulu faire nommer un homme a sa devotion; mais son influence
+fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes,
+president actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir
+plutot a l'opposition patriote qu'a l'opposition constitutionnelle.
+C'etait Gohier, citoyen probe et devoue a la republique, mais peu
+capable, etranger a la connaissance des hommes et des affaires. Il fut
+nomme le 29 prairial, et dut etre installe le lendemain meme.
+
+Ce n'etait pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du
+directoire Larevelliere et Merlin. Les patriotes surtout etaient furieux
+contre Larevelliere; ils se souvenaient que quoique regicide, il n'avait
+jamais ete montagnard, qu'il avait lutte souvent contre leur parti
+depuis le 9 thermidor, et que l'annee precedente il avait encourage le
+systeme des scissions. En consequence, ils menacerent de le mettre
+en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur
+demission. Sieyes fut charge de faire une premiere ouverture, pour les
+engager a ceder volontairement a l'orage.
+
+Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sieyes proposa une
+reunion particuliere des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit.
+Barras, comme si on se fut trouve en danger, y vint avec le sabre au
+cote, et n'ouvrit point la bouche. Sieyes prit la parole avec embarras,
+fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia
+longtemps avant d'en venir au veritable objet de la reunion. Enfin
+Larevelliere le somma de s'expliquer clairement. "Vos amis, repondit
+Sieyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux a donner votre
+demission." Larevelliere demanda quels etaient ces amis. Sieyes n'en put
+nommer aucun qui meritat quelque confiance. Larevelliere lui parla alors
+avec le ton d'un homme indigne de voir le directoire trahi par ses
+membres, et livre par eux aux complots des factieux. Il prouva
+que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collegues avaient ete
+irreprochables, que les torts qu'on leur imputait n'etaient qu'un
+tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sieyes sur ses projets
+secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses vehementes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence.
+Sa position etait difficile, car seul il avait merite tous les reproches
+dont on accablait ses collegues. Leur demander leur demission pour des
+torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'etaient qu'a lui seul, eut ete
+trop embarrassant. Il se tut donc. On se separa sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait declare qu'il suivrait
+l'exemple de Larevelliere.
+
+Barras imagina d'employer un intermediaire pour obtenir la demission de
+ses deux collegues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le
+gout des plaisirs avait attire dans sa societe. Il le chargea d'aller
+voir Larevelliere pour le decider a se demettre. Bergoeng vint dans la
+nuit du 20 au 30, invoqua aupres de Larevelliere l'ancienne amitie qui
+les liait, et employa tous les moyens pour l'ebranler. Il lui assura que
+Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son eloignement comme injuste,
+mais qu'il le conjurait de ceder, pour n'etre pas expose a une tempete.
+Larevelliere demeura inebranlable. Il repondit que Barras etait dupe
+de Sieyes, Sieyes de Barras, et que tous deux seraient dupes par
+les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la republique, mais qu'il
+resisterait jusqu'a son dernier soupir.
+
+Le lendemain 30, Gohier devait etre installe. Les quatre directeurs
+etaient reunis; tous les ministres etaient presens. A peine
+l'installation fut-elle achevee, et les discours du president et du
+nouveau directeur prononces, qu'on revint a l'objet de la veille. Barras
+demanda a parler en particulier a Larevelliere; ils passerent tous deux
+dans une salle voisine. Barras renouvela aupres de son collegue les
+memes instances, les memes caresses, et le trouva aussi obstine. Il
+rentra, assez embarrasse de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours
+la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas etre
+a son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas
+attaquer Larevelliere, il se dechaina contre Merlin qu'il detestait, fit
+de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le representa
+comme une espece de fier-a-bras, meditant, avec une reunion de
+coupe-jarrets, un coup d'etat contre ses collegues et les conseils.
+Larevelliere, venant au secours de Merlin, prit aussitot la parole,
+et demontra l'absurdite de pareilles imputations. Rien dans le
+jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait a ce portrait.
+Larevelliere retraca alors l'historique de toute l'administration du
+directoire, et le fit avec detail pour eclairer les ministres et le
+directeur entrant. Barras etait dans une perplexite cruelle; il se
+leva enfin, en disant: "Eh bien! c'en est fait, les sabres sont
+tires.--Miserable, lui repondit Larevelliere avec fermete, que parles-tu
+de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont diriges contre des
+hommes irreprochables, que vous voulez egorger, ne pouvant les entrainer
+a une faiblesse."
+
+Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y reussir. Dans
+ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'etant
+reunis, vinrent prier les deux directeurs de ceder, en promettant qu'il
+ne serait point dirige contre eux d'acte d'accusation. Larevelliere leur
+repondit avec fierte qu'il n'attendait point de grace, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il repondrait. Les deputes qui s'etaient charges de
+cette mission retournerent aux deux conseils, et y causerent un nouveau
+soulevement en rapportant ce qui s'etait passe. Boulay (de la Meurthe)
+denonca Larevelliere, avoua sa probite, mais lui preta mal a propos des
+projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entetement, qui
+allait, dit-il, perdre la republique. Les patriotes se dechainerent avec
+plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il
+ne fallait faire aucune grace aux directeurs.
+
+L'agitation etait au comble, et la lutte se trouvant engagee, on ne
+savait plus jusqu'ou elle pourrait etre poussee. Beaucoup d'hommes
+moderes des deux conseils se reunirent, et dirent que, pour eviter des
+malheurs, il fallait aller conjurer Larevelliere de ceder a l'orage. Ils
+se rendirent aupres de lui dans la nuit du 30, et le supplierent, au nom
+des dangers que courait la republique, de donner sa demission. Ils lui
+dirent qu'ils etaient exposes tous aux plus grands perils, et que s'il
+s'obstinait a resister, ils ne savaient pas jusqu'ou pourrait aller la
+fureur des partis. "Mais ne voyez-vous pas, leur repondit Larevelliere,
+les dangers plus grands que court la republique? Ne voyez-vous pas que
+ce n'est pas a nous qu'on en veut, mais a la constitution; qu'en cedant
+aujourd'hui, il faudra ceder demain, et toujours, et que la republique
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont a
+charge; si je m'obstine a les garder aujourd'hui, c'est parce que
+je crois devoir opposer une barriere insurmontable aux complots des
+factions. Cependant, si vous croyez tous que ma resistance vous expose
+a des perils, je vais me rendre; mais je vous le declare, la republique
+est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cede donc, puisque
+je reste seul, et je vous remets ma demission."
+
+Il la donna dans la nuit. Il ecrivit une lettre simple et digne pour
+exprimer ses motifs. Merlin lui demanda a la copier, et les deux
+demissions furent envoyees en meme temps. Ainsi fut dissous l'ancien
+directoire. Toutes les factions qu'il avait essaye de reduire s'etaient
+reunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'etait coupable que d'un seul tort, celui d'etre plus faible qu'elles;
+tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement.
+
+Malgre le dechainement general, Larevelliere emporta l'estime de tous
+les citoyens eclaires. Il ne voulut pas, en quittant le directoire,
+recevoir les cent mille francs que ses collegues etaient convenus de
+donner au membre sortant; il ne recut pas meme la part a laquelle il
+avait droit sur les retenues faites a leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il etait d'usage de laisser au directeur sortant. Il
+se retira a Andilly, dans une petite maison qu'il possedait, et il y
+recut la visite de tous les hommes consideres que la fureur des partis
+n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui
+allerent le visiter dans sa retraite.
+
+
+
+CHAPITRE XVII.
+
+FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LAREVELLIERE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTERE.--LEVEE DE TOUTES
+LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCE DE CENT MILLIONS.--LOI DES
+OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPERATIONS EN
+ITALIE; JOUBERT GENERAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE
+JOUBERT.--DEBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES
+A L'INTERIEUR; DECHAINEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE
+JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DECLARER LA PATRIE EN
+DANGER.
+
+
+Les annees usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les epuiser.
+Les passions ne s'eteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles
+s'allumerent. Il faut que tout une generation disparaisse; alors il ne
+reste des pretentions des partis que les interets legitimes, et le
+temps peut operer entre ces interets une conciliation naturelle et
+raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la
+seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le
+langage de la justice et des lois leur devient bientot insupportable, et
+plus il a ete modere, plus ils le meprisent comme faible et impuissant.
+Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds a ses avis, employer la
+force, on le declare tyrannique, on dit qu'a la faiblesse il joint la
+mechancete. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand
+despotisme qui puisse dompter les partis irrites. Le directoire etait ce
+gouvernement legal et modere qui voulut faire subir le joug des lois aux
+partis que la revolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de
+reaction n'avaient pas encore epuises. Ils se coaliserent tous, comme on
+vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun
+renverse, ils se trouvaient en presence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils se comporterent.
+
+La constitution, quoique n'etant plus qu'un fantome, n'etait pas abolie,
+et il fallait remplacer par une ombre le directoire deja renverse.
+Gohier avait remplace Treilhard; il fallait donner des successeurs a
+Larevelliere et a Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos
+etait un ancien girondin, homme honnete, peu capable et tout-a-fait
+devoue a Sieyes. Il avait ete nomme par l'influence de Sieyes sur les
+anciens. Moulins etait un general obscur, employe autrefois dans la
+Vendee, republicain chaud et integre, nomme comme Gohier par l'influence
+du parti patriote. On avait propose d'autres notabilites ou civiles
+ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient ete
+rejetees. Il etait clair, d'apres de pareils choix, que les partis
+n'avaient pas voulu se donner des maitres. Ils n'avaient porte au
+directoire que ces mediocrites, chargees ordinairement de tous les
+_interim_.
+
+Le directoire actuel, compose, comme les conseils, de partis opposes,
+etait encore plus faible et moins homogene que le precedent. Sieyes, le
+seul homme superieur parmi les cinq directeurs, revait, comme on l'a vu,
+une nouvelle organisation politique. Il etait le chef du parti qui se
+qualifiait de modere ou de constitutionnel, et dont tous les membres
+cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collegue
+devoue que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la
+constitution actuelle, mais voulaient l'executer et l'interpreter dans
+le sens des patriotes. Quant a Barras, appele naturellement a les
+departager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions,
+d'interets, d'idees contraires, que presentait la republique mourante,
+il en etait a lui seul l'embleme vivant. La majorite, dependant de sa
+voix, etait donc commise au hasard.
+
+Sieyes dit assez nettement a ses nouveaux collegues qu'ils prenaient la
+direction d'un gouvernement menace d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la republique si on ne pouvait sauver la constitution. Ce
+langage deplut fort a Gohier et a Moulins, et fut mal accueilli par eux.
+Aussi des le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sieyes
+tint le meme langage a Joubert, le general qu'on voulait engager dans le
+parti reorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armee d'Italie, en
+avait les sentimens; il etait chaud patriote, et les vues de Sieyes lui
+parurent suspectes. Il s'en ouvrit secretement a Gohier et a Moulins,
+et parut se rattacher entierement a eux. Du reste, c'etaient la des
+questions qui ne pouvaient arriver qu'ulterieurement en discussion. Le
+plus pressant etait d'administrer et de defendre la republique menacee.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, repandue partout, jetait
+tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut
+public.
+
+Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de
+celui qui l'a precede, ne serait-ce que pour obeir aux passions qui
+l'ont fait triompher. Championnet, ce heros de Naples si vante, Joubert,
+Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrace, pour occuper les
+premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberte et nomme
+general d'une nouvelle armee qu'on se proposait de former le long des
+Grandes-Alpes. Bernadotte fut charge du ministere de la guerre. Joubert
+fut appele a commander l'armee d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol,
+sa jeunesse, son caractere heroique, inspiraient les plus grandes
+esperances. Les reorganisateurs lui souhaitaient assez de succes et de
+gloire pour qu'il put appuyer leurs projets. Le choix de Joubert etait
+fort bon sans doute, mais c'etait une nouvelle injustice pour Moreau,
+qui avait si genereusement accepte le commandement d'une armee battue,
+et qui l'avait sauvee avec tant d'habilete. Mais Moreau etait peu
+agreable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui
+donna le commandement d'une pretendue armee du Rhin qui n'existait pas
+encore.
+
+Il y eut en outre divers changemens dans le ministere. Le ministre
+des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis
+l'installation du directoire, et qui avait administre pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numeraire, Ramel avait
+partage l'odieux jete sur l'ancien directoire. Il fut si violemment
+attaque, que, malgre l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obliges d'accepter sa demission. On lui donna pour
+successeur un homme qui etait cher aux patriotes, et respectable pour
+tous les partis: c'etait Robert Lindet, l'ancien membre du comite de
+salut public, si indecemment attaque pendant la reaction. Il se defendit
+long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'experience qu'il
+avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager a rentrer
+dans les affaires. Cependant il y consentit par devouement a la
+republique.
+
+La diplomatie du directoire n'avait pas ete moins blamee que son
+administration financiere. On l'accusait d'avoir remis la republique en
+guerre avec toute l'Europe, et c'etait bien a tort, si l'on considere
+surtout quels etaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet,
+etaient les patriotes eux-memes, dont les passions avaient engage de
+nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expedition
+d'Egypte, naguere si vantee, et on pretendait que cette expedition avait
+amene la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+deja peu agreable aux patriotes, comme ancien emigre, avait encouru
+toute la responsabilite de cette diplomatie, et il etait si vivement
+attaque qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa
+demission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les
+apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et
+que M. de Talleyrand avait recommande comme l'homme le plus capable de
+lui succeder. C'etait M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait ete que
+provisoire, et que M. Reinhard n'etait la qu'en attendant le moment ou
+M. de Talleyrand pourrait etre rappele. Le ministere de la justice
+fut retire a Lambrechts, a cause de l'etat de sa sante, et donne a
+Cambaceres. On placa a la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote
+sincere et honnete. Fouche, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que
+Barras avait interesse dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite
+de l'ambassade a Milan, Fouche, destitue a cause de sa conduite en
+Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait
+donc prendre part au triomphe decerne a toutes les victimes; il fut
+envoye a La Haye.
+
+Tels furent les principaux changemens apportes au personnel du
+gouvernement et des armees. Ce n'etait pas tout que de changer les
+hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tache
+sous laquelle leurs predecesseurs avaient succombe. Les patriotes,
+revenant, suivant leur usage, aux moyens revolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remedes. Ils proposaient
+les mesures urgentes de 1793. Apres avoir tout refuse au precedent
+directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans
+ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger meme d'en user. La
+commission des onze, formee des trois commissions des depenses, des
+fonds et de la guerre, et chargee, pendant la crise de prairial,
+d'aviser aux moyens de sauver la republique, confera avec les membres du
+directoire, et arreta avec eux differentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, a
+prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler
+toutes les classes. Au lieu des impots proposes par l'ancien directoire,
+et repousses avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on
+imagina encore un emprunt force. Conformement au systeme des patriotes,
+il fut progressif, c'est-a-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun
+suivant la valeur de ses impots directs, ce qui procurait tout de suite
+les roles de la contribution fonciere et personnelle pour base de
+repartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors
+il fallait recourir au jury taxateur, c'est-a-dire frapper les riches
+par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit
+qu'il etait renouvele de la terreur, que la difficulte de la repartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens
+emprunts forces. Les patriotes repondirent qu'il fallait faire supporter
+les frais de la guerre, non pas a toutes les classes, mais aux riches
+seuls. Les memes passions employaient toujours, comme en le voit, les
+memes raisons. L'emprunt force et progressif fut decrete; il fut fixe a
+cent millions, et declare remboursable en biens nationaux.
+
+Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une
+de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et
+les departemens de l'ouest, theatres de l'ancienne guerre civile. Il se
+commettait la de nouveaux brigandages; on assassinait les acquereurs
+de biens nationaux, les hommes reputes patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arretait surtout les diligences, et on les pillait. Il y
+avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendeens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et
+aussi beaucoup de conscrits refractaires. Quoique ces brigands, dont la
+presence annoncait une espece de dissolution sociale, eussent pour but
+reel le pillage, il etait evident, d'apres le choix de leurs victimes,
+qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommee pour
+imaginer un systeme de repression. Elle proposa une loi, qui fut appelee
+loi des otages, et qui est demeuree celebre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des emigres ou ci-devant nobles, la plupart de ces
+brigandages, on voulut en consequence les obliger a donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune etait reconnue en etat notoire de
+desordre, les parens ou allies d'emigres, les ci-devant nobles, les
+ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens,
+etaient consideres comme otages et comme civilement et personnellement
+responsables des brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient designer les individus choisis pour otages, et les faire
+enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre
+a leurs frais et a leur gre, et demeurer enfermes pendant toute la duree
+du desordre. Quand les desordres iraient jusqu'a l'assassinat, il devait
+y avoir quatre deportes pour un assassinat. On concoit tout ce qu'on
+pouvait dire pour ou contre cette loi. C'etait, disaient ses partisans,
+le seul moyen d'atteindre les auteurs, des desordres, et ce moyen etait
+doux et humain. C'etait, repondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi revolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre
+les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les
+injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour
+et contre tout ce qu'on a vu repete si souvent dans cette histoire sur
+les lois revolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que
+toutes les autres a faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant
+que d'une veritable dissolution sociale, le seul remede etait dans une
+reorganisation vigoureuse de l'etat, et non dans des mesures tout-a-fait
+discreditees, et qui n'etaient capables de rendre aucune energie aux
+ressorts du gouvernement.
+
+La loi fut adoptee apres une discussion assez vive, ou les partis qui
+avaient ete un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se
+separerent avec eclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but
+d'armer le gouvernement de moyens revolutionnaires, on en ajouta qui,
+sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+etaient la consequence des reproches faits a l'ancien directoire. Pour
+prevenir les scissions a l'avenir, on decida que le voeu de toute
+fraction electorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant
+a influencer les elections serait puni pour attentat a la souverainete
+du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes
+dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun
+militaire ne pourrait etre prive de son grade sans une decision d'un
+conseil de guerre; que le droit accorde au directoire de lancer des
+mandats d'arret ne pourrait plus etre delegue a des agens; qu'aucun
+employe du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait etre ni
+fournisseur, ni meme interesse dans les marches de fournitures; qu'un
+club ne pourrait etre ferme sans une decision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la
+presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au
+directoire la faculte de suppression a l'egard des journaux, n'en
+demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse
+resta indefiniment libre.
+
+Telles furent les mesures prises a la suite du 30 prairial, soit pour
+reparer de pretendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'energie
+dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, a
+la suite d'un changement de systeme, sont imaginees pour sauver un etat,
+et arrivent rarement a temps pour le sauver, car tout est souvent decide
+avant qu'elles puissent etre mises a execution. Elles fournissent tout
+au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les
+nouvelles levees, ne pouvaient etre executes que dans quelques mois.
+Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse a tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine energie. Bernadotte se hata
+d'ecrire des circulaires pressantes, et par vint de cette maniere a
+accelerer l'organisation deja commencee des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune
+ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commercans
+de la capitale, et les engagea a preter leur credit a l'etat. Ils y
+consentirent, et preterent leur signature au ministere des finances.
+Ils se formerent en syndicat, et en attendant la rentree des impots,
+signerent des billets dont ils devaient etre rembourses au fur et a
+mesure des recettes. C'etait une espece de banque temporaire etablie
+pour le besoin du moment.
+
+On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un
+projet a Bernadotte, qui se hata d'en presenter un fort singulier,
+mais qui heureusement ne fut pas mis a execution. Rien n'etait plus
+susceptible de combinaisons multipliees qu'un champ de bataille aussi
+vaste que celui sur lequel on operait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idee differente; et si chacun pouvait la proposer et la faire
+adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer a chaque instant
+de projet. Si, dans la discussion, la diversite des avis est utile, elle
+est deplorable dans l'execution. Au debut, on avait pense qu'il fallait
+agir a la fois sur le Danube et en Suisse., Apres la bataille de
+Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armee du
+Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il pretendit, que la
+cause des succes des allies etait dans la facilite avec laquelle ils
+pouvaient communiquer, a travers les Alpes, d'Allemagne en Italie.
+Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur
+enlevat le Saint-Gothard et les Grisons a l'aile droite de l'armee de
+Suisse, et qu'on format une nouvelle armee du Danube, qui reportat la
+guerre en Allemagne. Pour former cette armee du Danube, il proposait
+d'organiser promptement l'armee du Rhin, et de la renforcer de vingt
+mille hommes enleves a Massena. C'etait compromettre celui-ci, qui avait
+devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait etre accable
+pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eut ete bon de ramener la
+guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner a Massena les moyens
+de prendre l'offensive, pour que son armee devint elle-meme cette
+armee du Danube. Alors il fallait tout reunir dans ses mains, loin de
+l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armee devait etre
+formee sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontiere contre les
+Austro-Russes du cote du Piemont. Joubert, reunissant les debris de
+toutes les armees d'Italie, et renforce des troupes disponibles a
+l'interieur, devait deboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive
+force.
+
+Ce plan, fort approuve par Moulins, fut envoye aux generaux. Massena,
+fatigue de tous ces projets extravagans, offrit sa demission. On ne
+l'accepta pas, et le plan ne fut point mis a execution. Massena
+conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bale jusqu'au
+Saint-Gothard. On persista dans le projet de reunir une armee sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armee sur les Alpes,
+sous les ordres de Championnet. Ce noyau etait a peu pres de quinze
+mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles a Joubert, qui
+devait deboucher de l'Apennin. On etait au milieu de la saison, en
+messidor (juillet); les renforts commencaient a arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'interieur, etaient rendus sur
+la frontiere. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les
+vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient
+pour la grande quantite de conscrits, on avait imagine d'augmenter
+le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou regimens, ce qui
+permettait d'incorporer les nouvelles levees dans les anciens corps.
+
+On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne,
+sous les ordres du general Korsakoff. On pressait Massena de sortir de
+ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tacher de
+le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait
+parfaitement raison sous ce rapport, car il etait urgent de faire une
+tentative avant la reunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Massena refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquat
+ici de son audace accoutumee, soit qu'il attendit la reprise des
+operations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamne son
+inaction, qui, du reste, devint bientot heureuse par les fautes de
+l'ennemi, et qui fut rachetee par d'immortels services. Pour obeir
+cependant aux instances du gouvernement, et executer une partie du
+plan de Bernadotte, qui consistait a empecher les Austro-Russes de
+communiquer d'Allemagne en Italie, Massena ordonna a Lecourbe de
+prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point
+important et de reprendre les Grisons. Par cette operation, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Francais, et les armees
+ennemies qui operaient en Allemagne, se trouvaient sans communication
+avec celles qui operaient en Italie. Lecourbe executa cette entreprise
+avec l'intrepidite et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de
+montagnes, et redevint maitre du Saint-Gothard.
+
+Pendant ce temps, de nouveaux evenemens se preparaient en Italie.
+Suwarow, oblige par la cour de Vienne d'achever le siege de toutes les
+places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profite de la
+victoire de la Trebbia. Il aurait meme pu, tout en se conformant a
+ses instructions, se reserver une masse suffisante pour disperser
+entierement nos debris; mais il n'avait pas assez le genie des
+combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le
+temps a faire des sieges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, etaient tombees. La citadelle de Turin avait eu le meme sort.
+Les deux places celebres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et
+faisaient prevoir une longue resistance. Kray assiegeait Mantoue, et
+Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient ete
+confiees a des commandans depourvus ou d'energie ou d'instruction.
+L'artillerie y etait mal servie, parce qu'on n'y avait jete que des
+corps delabres; l'eloignement de nos armees actives, repliees sur
+l'Apennin, desesperait singulierement les courages. Mantoue, la
+principale de ces places, ne meritait pas la reputation que les
+campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'etait pas sa force, mais
+la combinaison des evenemens, qui avait prolonge sa defense. Bonaparte,
+en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait reduit quatorze
+mille a y mourir des fievres et de la misere. Le general Latour-Foissac
+en etait le commandant actuel. C'etait un savant officier du genie; mais
+il n'avait pas l'energie necessaire pour ce genre de defense. Decourage
+par l'irregularite de la place et le mauvais etat des fortifications, il
+ne crut pas pouvoir suppleer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs
+sa garnison etait insuffisante; et apres les premiers assauts, il parut
+dispose a se rendre. Le general Gardanne commandait a Alexandrie. Il
+etait resolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un
+premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources
+qu'elle presentait encore.
+
+On etait en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'etait ecoule
+depuis la resolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places,
+et de deboucher, avec l'armee reorganisee et renforcee, sur les
+Austro-Russes disperses. Malheureusement il etait enchaine par les
+ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi,
+dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs
+qui amena toujours nos revers. Le changement d'idees et de plans dans
+les choses d'execution, et surtout a la guerre, est toujours funeste.
+Si Moreau, auquel on aurait du donner le commandement des l'origine,
+l'avait eu du moins depuis la journee de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eut ete sauve; mais associe tantot a Macdonald, tantot a
+Joubert, on l'empecha pour la seconde et troisieme fois de reparer nos
+malheurs, et de relever l'honneur de nos armes.
+
+Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au
+parti qui projetait une reorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), a celebrer ses noces, et manqua ainsi une
+occasion decisive. On ne l'attacha pas reellement au parti dont on
+voulait le faire l'appui, car il resta devoue aux patriotes, et on lui
+fit perdre inutilement un temps precieux. Il partit en disant a sa jeune
+epouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la
+resolution heroique de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en
+arrivant a l'armee dans le milieu de thermidor (premiers jours d'aout),
+temoigna la plus grande deference au maitre consomme auquel on
+l'appelait a succeder. Il le pria de rester aupres de lui pour lui
+donner des conseils. Moreau, tout aussi genereux que le jeune general,
+voulut bien assister a sa premiere bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternite, qui honore les vertus de nos generaux
+republicains, et qui appartient a un temps ou le zele patriotique
+l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers!
+
+L'armee francaise, composee des debris des armees de la Haute-Italie et
+de Naples, des renforts arrives de l'interieur, s'elevait a quarante
+mille hommes, parfaitement reorganises, et brulant de se mesurer de
+nouveau avec l'ennemi. Rien n'egalait le patriotisme de ces soldats,
+qui, toujours battus, n'etaient jamais decourages, et demandaient
+toujours de retourner a l'ennemi. Aucune armee republicaine n'a mieux
+merite de la France, car aucune n'a mieux repondu au reproche injuste
+fait aux Francais, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai
+qu'une partie de sa fermete etait due au brave et modeste general dans
+lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours
+au moment ou il allait la ramener a la victoire.
+
+Ces quarante mille hommes etaient independans de quinze mille qui
+devaient servir, sous Championnet, a former le noyau de l'armee des
+Grandes-Alpes. Ils avaient debouche par la Bormida sur Acqui, par la
+Bochetta sur Gavi, et ils etaient venus se ranger en avant de Novi. Ces
+quarante mille hommes, debouchant a temps, avant la reunion des corps
+occupes a faire des sieges, pouvaient remporter des avantages decisifs.
+Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet).
+Le bruit etait vaguement repandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir.
+Cette triste nouvelle fut bientot confirmee, et on apprit que la
+capitulation avait ete signee le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait
+de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il
+n'etait donc plus possible a Joubert de lutter a chance egale contre un
+ennemi si superieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis general
+fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner a la defensive, en
+attendant de nouvelles forces.
+
+Joubert allait executer sa resolution, lorsqu'il fut prevenu par
+Suwarow, et oblige d'accepter la bataille. L'armee francaise etait
+formee en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute
+la plaine de Novi. La gauche formee des divisions Grouchy et Lemoine,
+s'etendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait a dos le
+ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrieres accessibles a l'ennemi qui
+oserait s'engager dans ce ravin. La reserve de cavalerie, commandee
+par Richepanse, etait en arriere de cette aile. Au centre, la division
+Laboissiere couvrait les hauteurs a droite et a gauche de la ville
+de Novi. La division Watrin, a l'aile droite, defendait les acces du
+Monte-Rotondo, du cote de la route de Tortone. Dombrowsky avec une
+division bloquait Seravalle. Le general Perignon commandait notre aile
+gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position etait forte,
+bien occupee sur tous les points, et difficile a emporter. Cependant
+quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un
+desavantage immense. Suwarow resolut d'attaquer la position avec sa
+violence accoutumee. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions
+Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tete
+l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi.
+Melas, demeure un peu en arriere avec le reste de l'armee, devait
+assaillir notre droite. Par une combinaison singuliere, ou plutot par un
+defaut de combinaison, les attaques devaient etre successives, et non
+simultanees.
+
+Le 28 thermidor (15 aout 1799), Kray commenca l'attaque a cinq heures du
+matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy a l'extreme gauche, et
+Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'etant pas encore formees,
+faillirent etre surprises et rompues. La resistance opiniatre de l'une
+des demi-brigades obligea Kray a se jeter sur la 20e legere, qu'il
+accabla en reunissant contre elle son principal effort. Deja ses troupes
+prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le
+lieu du danger. Il n'etait plus temps de songer a la retraite, et il
+fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avancant
+au milieu des tirailleurs pour les encourager, il recut une balle qui
+l'atteignit pres du coeur, et l'etendit par terre. Presque expirant, le
+jeune heros criait encore a ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_
+Cet evenement pouvait jeter le desordre dans l'armee; mais heureusement
+Moreau avait accompagne Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le
+commandement qui lui etait defere par la confiance generale, rallia les
+soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chasserent a la baionnette, et les
+precipiterent au bas de la colline. Malheureusement les Francais
+n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au
+contraire, sillonnaient leurs rangs par une grele d'obus et de boulets.
+Pendant cette action, Bellegarde tachait de tourner l'extreme gauche par
+le ravin du Riasco, qui a deja ete designe comme donnant acces sur nos
+derrieres. Deja il s'etait introduit assez avant, lorsque Perignon,
+lui presentant a propos la reserve commandee par le general Clausel,
+l'arreta dans sa marche. Perignon acheva de le culbuter dans la plaine,
+en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la
+cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur debarrassa l'aile gauche.
+
+Grace a la singuliere combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses
+attaques successives, notre centre n'avait pas encore ete attaque.
+Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher
+de Novi la division Watrin, formant son extreme droite. Sur les
+instances de Kray, qui demandait a etre appuye par une attaque vers
+le centre, Bagration s'etait enfin decide a l'assaillir avec son
+avant-garde. La division Laboissiere, qui etait a la gauche de Novi,
+laissant approcher les Russes de Bagration a demi-portee de fusil,
+les accabla tout a coup d'un feu epouvantable de mousqueterie et de
+mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ebranler,
+dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite;
+mais, rencontres par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils
+furent rejetes dans la plaine.
+
+On etait ainsi arrive a la moitie du jour sans que notre ligne fut
+entamee. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il
+ordonna une nouvelle attaque generale sur toute la ligne. Kray devait
+assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Melas
+etait averti de hater le pas, pour venir accabler notre droite. Tout
+etant dispose, l'ennemi s'ebranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant
+sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par
+Ott; mais la reserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre,
+Suwarow fait livrer une attaque furieuse a droite et a gauche de Novi.
+Une nouvelle tentative de tourner la ville est dejouee, comme le matin,
+par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraines par
+leur ardeur, s'abandonnent trop vivement a la poursuite de l'ennemi,
+s'aventurent dans la plaine, et sont ramenes dans leur position. A une
+heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue generale;
+mais il recommence bientot avec violence, et pendant quatre heures les
+Francais, immobiles comme des murailles, resistent avec une admirable
+froideur a toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des
+pertes peu considerables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient ete
+horriblement traites. La plaine etait jonchee de leurs morts et de leurs
+blesses. Malheureusement le reste de l'armee austro-russe arrivait de
+Rivalta, sous les ordres de Melas. Cette nouvelle irruption allait se
+diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramene la division
+Watrin, qui s'etait trop engagee dans la plaine, et la dirige sur un
+plateau a droite de Novi. Mais tandis qu'elle opere ce mouvement, elle
+se voit deja enveloppee de tous cotes par le corps nombreux de Melas.
+Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en desordre.
+On la rallie cependant un peu en arriere. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Francais
+dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent a droite et
+a gauche. Des cet instant, Moreau, jugeant la retraite necessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progres de l'ennemi interdisent les
+communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligee de
+se faire jour pour regagner le chemin de Gavi deja ferme. La division
+Laboissiere se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se
+replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui
+passe derriere Pasturana. Son feu jette le desordre dans nos colonnes;
+artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressee
+par l'ennemi, se debande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont
+emportes comme la poussiere soulevee par le vent. Perignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arreter l'ennemi et sauver l'artillerie;
+mais ils sont sabres, et restent prisonniers. Perignon avait recu sept
+coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce general piemontais qui
+s'etait si distingue dans les premieres campagnes contre nous, et qui
+avait ensuite pris du service dans notre armee, se forme en carre avec
+quelques bataillons, resiste jusqu'a ce qu'il soit enfonce, et tombe
+tout mutile dans les mains des Russes.
+
+Apres ce premier moment de confusion, l'armee se rallia en avant de
+Gavi. Les Austro-Russes etaient trop fatigues pour la poursuivre. Elle
+put se remettre en marche sans etre inquietee. La perte des deux cotes
+etait egale; elle s'elevait a environ dix mille hommes pour chaque
+armee. Mais les blesses et les tues etaient beaucoup plus nombreux
+dans l'armee austro-russe. Les Francais avaient perdu beaucoup plus de
+prisonniers. Ils avaient perdu aussi le general en chef, quatre generaux
+de division, trente-sept bouches a feu et quatre drapeaux. Jamais ils
+n'avaient deploye un courage plus froid et plus opiniatre. Ils etaient
+inferieurs a l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montre leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient du l'avantage qu'au nombre, et
+non aux combinaisons du general, qui avait montre ici la plus grande
+ignorance. Il avait, en effet, expose ses colonnes a etre mitraillees
+l'une apres l'autre, et n'avait pas assez appuye sur notre gauche, point
+qu'il fallait accabler. Cette deplorable bataille nous interdisait
+definitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la
+campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir
+le conserver. La perte de la bataille ne pouvait etre imputee a Moreau,
+mais a la circonstance malheureuse de la reunion de Kray a Suwarow. Le
+retard de Joubert avait seul cause ce dernier desastre.
+
+Tous nos malheurs ne se bornaient pas a la bataille de Novi.
+L'expedition contre la Hollande, precedemment annoncee, s'executait
+enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipule
+un traite avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes,
+qui seraient a la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Apres
+beaucoup de difficultes vaincues, l'expedition avait ete preparee pour
+la fin d'aout (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient
+se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le debarquement s'effectuait
+sans obstacle, on avait l'esperance certaine d'arracher la Hollande
+aux Francais. C'etait pour l'Angleterre l'interet le plus cher; et
+n'eut-elle reussi qu'a detruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eut encore ete assez payee des frais de l'expedition. Une
+escadre considerable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher
+les Russes. Un premier detachement mit a la voile sous les ordres du
+general Abercrombie, pour tenter le debarquement. Toutes les troupes
+d'expedition une fois reunies devaient se trouver sous les ordres
+superieurs du duc d'York.
+
+Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande etait l'embouchure
+de la Meuse. On menacait ainsi la ligne de retraite des Francais, et
+on abordait tres pres de La Haye, ou le stathouder avait le plus de
+partisans. La commodite des cotes fit preferer la Nord-Hollande.
+Abercrombie se dirigea vers le Helder, ou il arriva vers la fin d'aout.
+Apres bien des obstacles vaincus, il debarqua pres du Helder, aux
+environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 aout). Les preparatifs
+immenses qu'avait exiges l'expedition, et la presence de toutes les
+escadres anglaises sur les cotes, avaient assez, averti les Francais
+pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait a la fois les
+armees batave et francaise. Il n'avait guere sous la main que sept mille
+Francais et dix mille Hollandais, commandes par Daendels. Il avait
+dirige la division batave aux environs du Helder, et dispose aux
+environs de Harlem la division francaise. Abercrombie, en debarquant,
+rencontra les Hollandais a Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi
+a assurer le debarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette
+occasion ne manquerent pas de bravoure, mais ne furent pas diriges
+avec assez d'habilete par le general Daendels, et furent obliges de se
+replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer
+promptement les troupes debarquees avant qu'elles fussent solidement
+etablies, et qu'elles eussent ete renforcees des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.
+
+Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes
+nationales s'etaient offertes a garder les places, ce qui avait permis
+a Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appele a lui la
+division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il resolut d'attaquer
+des les premiers jours de septembre le camp ou venaient de s'etablir
+les Anglais. Ce camp etait redoutable; c'etait le Zip, ancien marais,
+desseche par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupe
+de canaux, herisse de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille
+Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions
+defensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus,
+ce qui etait fort insuffisant a cause de la nature du terrain. Il aborda
+ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, apres un combat opiniatre,
+fut oblige de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne
+pouvait plus des cet instant empecher la reunion de toutes les forces
+anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armee francaise pour
+les combattre. Cet etablissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena
+l'evenement qu'on devait redouter le plus, la defection de la grande
+flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas ete ferme, et l'amiral anglais
+Mitchell put y penetrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les
+matelots hollandais etaient travailles par des emissaires du
+prince d'Orange; a la premiere sommation de l'amiral Mitchell, ils
+s'insurgerent, et forcerent Story, leur amiral, a se rendre. Toute la
+marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui etait
+deja pour eux un avantage du plus grand prix.
+
+Ces nouvelles, arrivees coup sur coup a Paris, y produisirent l'effet
+qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmenterent la
+fermentation des partis, et surtout le dechainement des patriotes, qui
+demanderent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens
+revolutionnaires. La liberte rendue aux journaux et aux clubs en avait
+fait renaitre un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'etaient
+reunis dans l'ancienne salle du Manege, ou avaient siege nos premieres
+assemblees. Quoique la loi defendit aux societes populaires de prendre
+la forme d'assemblees deliberantes, la societe du Manege ne s'en
+etait pas moins donne, sous des titres differens, un president, des
+secretaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet,
+Felix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y
+invoquait les manes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle.
+On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues
+du peuple, le desarmement des royalistes, la levee en masse,
+l'etablissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et
+la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y
+demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels
+on attribuait les derniers desastres, comme etant les resultats de
+leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des
+evenemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les
+injures furent prodiguees aux generaux. Moreau fut traite de tatonneur;
+Joubert lui-meme, malgre sa mort heroique, fut accuse d'avoir perdu
+l'armee par sa lenteur a la rejoindre. Sa jeune epouse, MM. de
+Semonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage,
+furent accables d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accuse de
+trahison; on dit qu'il etait compose d'aristocrates, de stathouderiens,
+ennemis de la France et de la liberte. Le _Journal des hommes libres_,
+organe du meme parti qui se reunissait a la salle du Manege, repetait
+toutes ces declamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de
+l'impression.
+
+Ce dechainement causait a beaucoup de gens une espece de terreur.
+On craignait une nouvelle representation des scenes de 93. Ceux qui
+s'appelaient les _moderes_, les _politiques_, et qui, a la suite de
+Sieyes, avaient l'intention louable et la pretention hasardee de sauver
+la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois,
+s'indignaient du dechainement de ces nouveaux jacobins. Sieyes surtout
+avait une grande habitude de les craindre, et il se prononcait contre
+eux avec toute la vivacite de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraitre redoutables, car, independamment des criards et des brouillons
+qui etalaient leur energie dans les clubs ou dans les journaux, ils
+comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par consequent
+dangereux, dans le gouvernement lui-meme. Il y avait dans les conseils
+tous les patriotes repousses une premiere fois par les scissions, et
+entres de force aux elections de cette annee, qui, en langage plus
+modere, repetaient a peu pres ce qui se disait dans la societe du
+Manege. C'etaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une
+nouvelle constitution, qui se defiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient
+la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchat dans les generaux un
+appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses
+perils, des mesures semblables a celles qu'avait employees le comite
+de salut public. Les anciens, plus mesures et plus sages, par leur
+position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le
+soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement
+dans le nombre des tetes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et eclaires comme Jourdan. Ces deux generaux donnaient au parti patriote
+un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indecis; d'une part, il se
+defiait de Sieyes, qui lui temoignait peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances.
+Il hesitait ainsi a se prononcer. Dans le ministere, les patriotes
+venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce general etait beaucoup
+moins prononce que la plupart des generaux de l'armee d'Italie, et on
+doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle
+substituait deja a celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une
+ambition inquiete; il avait vu avec humeur la confiance accordee a
+Joubert par le parti reorganisateur; il croyait qu'on songeait a Moreau
+depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre
+les projets de reorganisation, le rattachait entierement aux patriotes.
+Le general Marbot, commandant de la place de Paris, republicain violent,
+etait dans le memes dispositions que Bernadotte.
+
+Ainsi, deux cents deputes prononces dans les cinq-cents, a la tete
+desquels se trouvaient deux generaux celebres, le ministre de la guerre,
+le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantite de
+journaux et de clubs, un reste considerable d'hommes compromis, et
+propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien
+que le parti montagnard ne put renaitre, on concoit les craintes qu'il
+inspirait encore a des hommes tout pleins des souvenirs de 1793.
+
+On etait peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des
+fonctions de la police. C'etait un honnete citoyen, mais trop peu
+avise. Barras proposa a Sieyes sa creature, qu'il venait d'envoyer a
+l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouche. Ancien membre
+des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attache a leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage
+des partis qu'a sauver sa fortune, Fouche etait eminemment propre
+a espionner ses anciens amis, et a garantir le directoire de leurs
+projets. Il fut accepte par Sieyes et Roger-Ducos, et obtint le
+ministere de la police. C'etait une precieuse acquisition dans les
+circonstances. Il confirma Barras dans l'idee de se rattacher plutot au
+parti reorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait
+point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entrainer trop loin.
+
+Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commenca. Sieyes, qui avait
+sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil etait tout
+compose des _moderes_ et des _politiques_, usa de cette influence pour
+faire fermer la nouvelle societe des jacobins. La salle du Manege,
+attenant aux Tuileries, etait comprise dans l'enceinte du palais des
+anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens
+pouvaient fermer la salle du Manege. En effet, la commission des
+inspecteurs prit un arrete, et defendit toute reunion dans cette salle.
+Une simple sentinelle placee a la porte suffit pour empecher la reunion
+des nouveaux jacobins. C'etait la une preuve que, si les declamations
+etaient les memes, les forces ne l'etaient plus. Cet arrete fut motive
+aupres du conseil des anciens par un rapport du depute Cornet. Courtois,
+le meme qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour
+faire une nouvelle denonciation contre les complots des jacobins. Sa
+denonciation fut suivie d'une deliberation tendant a ordonner un rapport
+sur ce sujet.
+
+Les patriotes, chasses de la salle du Manege, se retirerent dans un
+vaste local, rue du Bac, et recommencerent la leurs declamations
+habituelles. Leur organisation en assemblee deliberante demeurant la
+meme, la constitution donnait au pouvoir executif le droit de dissoudre
+leur societe. Sieyes, Roger-Ducos et Barras, a l'instigation de Fouche,
+se deciderent a la fermer. Gohier et Moulins n'etaient pas de cet avis,
+disant que, dans le danger present, il fallait raviver l'esprit public
+par des clubs; que la societe des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises tetes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient
+cede devant une simple sentinelle quand la salle du Manege avait
+ete fermee. Leur avis ne fut pas ecoute, et la decision fut prise.
+L'execution en fut renvoyee apres la celebration de l'anniversaire du 10
+aout, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sieyes etait president du
+directoire; a ce titre, il devait parler dans cette solennite. Il fit un
+discours remarquable, dans lequel il s'attachait a signaler le danger
+que les nouveaux anarchistes faisaient courir a la republique, et
+les denoncait comme des conspirateurs dangereux, revant une nouvelle
+dictature revolutionnaire. Les patriotes presens a la ceremonie
+accueillirent mal ce discours, et pousserent quelques vociferations. Au
+milieu des salves d'artillerie, Sieyes et Barras crurent entendre des
+balles siffler a leurs oreilles. Ils rentrerent au directoire fort
+irrites. Se defiant des autorites de Paris, ils resolurent d'enlever le
+commandement de la place au general Marbot, qu'on accusait d'etre un
+chaud patriote et de participer aux pretendus complots des jacobins.
+Fouche proposa a sa place Lefebvre, brave general, ne connaissant que la
+consigne militaire, et tout a fait etranger aux intrigues des partis.
+Marbot fut donc destitue, et le surlendemain, l'arrete qui ordonnait la
+cloture de la societe de la rue du Bac fut signifie.
+
+Les patriotes n'opposerent pas plus de resistance a la rue du Bac que
+dans la salle du Manege. Ils se retirerent et demeurerent definitivement
+separes. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_
+declama avec une extreme violence contre tous les membres du directoire
+qui etaient connus pour avoir approuve la deliberation. Sieyes fut
+traite cruellement. Ce pretre perfide, disaient les journaux patriotes,
+a vendu l'a republique a la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de retablir en France la monarchie, et de donner la couronne a
+Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sieyes sur la constitution, et son sejour en Prusse. Il
+repetait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards
+rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorite; que la liberte pouvait etre compatible meme avec la
+monarchie, temoin l'Angleterre; mais qu'elle etait incompatible avec
+cette domination successive de tous les partis. On lui pretait meme cet
+autre propos, _que le nord de l'Europe etait plein de princes sages et
+moderes, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur
+de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui
+pretat des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses
+ennemis. Barras n'etait pas mieux traite que Sieyes. Les menagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait
+toujours flattes de son appui, avaient cesse. Ils le declaraient
+maintenant un traitre, un homme pourri, qui n'etait plus bon a aucun
+parti. Fouche, son conseil, apostat comme lui, etait poursuivi des memes
+reproches. Roger-Ducos n'etait, suivant eux, qu'un imbecile, adoptant
+aveuglement l'avis de deux traitres.
+
+La liberte de la presse etait illimitee. La loi proposee par Berlier
+n'ayant pas ete accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les
+ecrivains, c'etait de faire revivre une loi de la convention contre ceux
+qui, par des actions ou par des ecrits, tendraient au renversement de la
+republique. Il fallait que cette intention fut demontree pour que la loi
+devint applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il etait donc
+impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait ete demandee au
+corps legislatif, et on decida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais
+en attendant, le dechainement continuait avec la meme violence; et
+les trois directeurs composant la majorite declaraient qu'il etait
+impossible de gouverner. Ils imaginerent d'appliquer a ce cas l'article
+144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer
+des mandats d'arret contre les auteurs ou complices des complots trames
+contre la republique. Il fallait singulierement torturer cet article
+pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'etait un moyen
+d'arreter le debordement de leurs ecrits, en saisissant leurs presses
+et en les arretant eux-memes, la majorite directoriale, sur l'avis de
+Fouche, lanca des mandats d'arret contre les auteurs de onze journaux,
+et fit mettre le scelle sur leurs presses. L'arrete fut signifie le 17
+fructidor (3 septembre) au corps legislatif, et produisit un soulevement
+de la part des patriotes. On cria au coup d'etat, a la dictature, etc.
+
+Telle etait la situation des choses. Dans le directoire, dans les
+conseils, partout enfin, les _moderes_, les _politiques_ luttaient
+contre les patriotes. Les premiers avaient la majorite dans le
+directoire comme dans les conseils. Les patriotes etaient en minorite,
+mais ils etaient ardens, et faisaient assez de bruit pour epouvanter
+leurs adversaires. Heureusement les moyens etaient uses comme les
+partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur
+que de mal. Le directoire avait ferme deux fois la nouvelle societe des
+jacobins et supprime leurs journaux. Les patriotes criaient, menacaient,
+mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le
+gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-a-dire depuis pres de trois mois, on eut l'idee, si ordinaire a la
+veille des evenemens decisifs, d'une reconciliation. Beaucoup de
+deputes de tous les cotes proposerent une entrevue avec les membres du
+directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs reciproques.
+"Nous aimons tous la liberte, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des perils auxquels elle se trouve exposee par la defaite de nos armees;
+tachons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de desunion." L'entrevue eut lieu chez Barras. Il
+n'y a pas et il ne peut pas y avoir de reconciliation entre les partis,
+car il faudrait qu'ils renoncassent a leur but, ce qu'on ne peut obtenir
+d'une conversation. Les deputes patriotes se plaignirent de ce qu'on
+parlait tous les jours de complots, de ce que le president du directoire
+avait lui-meme signale une classe d'hommes dangereux et qui meditaient
+la ruine de la republique. Ils demandaient qu'on designat quels etaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sieyes, a
+qui cette interpellation s'adressait, repondit en rappelant la conduite
+des societes populaires et des journaux, et en signalant les dangers
+d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de designer les
+veritables anarchistes, pour se reunir contre eux et les combattre. "Et
+comment nous reunir contre eux, dit Sieyes, quand tous les jours
+des membres du corps legislatif montent a la tribune pour les
+appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les deputes
+auxquels Sieyes venait de faire cette reponse. Quand nous voulons nous
+expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez." L'humeur
+arrivant, sur-le-champ on se separa, en s'adressant des paroles plutot
+menacantes que conciliatrices.
+
+Immediatement apres cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une
+proposition importante, celle de declarer la patrie en danger. Cette
+declaration entrainait la levee en masse et plusieurs grandes mesures
+revolutionnaires. Elle fut presentee aux cinq-cents le 27 fructidor (13
+septembre). Le parti modere la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter a la force du gouvernement, ne ferait que
+la diminuer, en excitant des craintes exagerees et des agitations
+dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour reveiller l'esprit public et sauver la revolution. Ce
+moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus reussir aujourd'hui et n'etait
+qu'une application erronee du passe. Lucien Bonaparte, Boulay (de la
+Meurthe), Chenier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement
+au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entoure le palais des
+cinq-cents en tumulte, et ils insulterent plusieurs deputes. On
+repandait que Bernadotte, presse par eux, allait monter a cheval, se
+mettre a leur tete et faire une journee. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement engage. On pouvait
+craindre qu'il se laissat entrainer. Barras et Fouche le virent
+et chercherent a s'expliquer avec lui. Ils le trouverent plein de
+ressentiment contre les projets qu'il disait avoir ete formes avec
+Joubert. Barras et Fouche lui assurerent qu'il n'en etait rien, et
+l'engagerent a demeurer tranquille.
+
+Ils retournerent aupres de Sieyes, et convinrent d'arracher a Bernadotte
+sa demission, sans la lui donner. Sieyes, s'entretenant le jour meme
+avec Bernadotte, l'amena a dire qu'il desirait reprendre bientot un
+service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armee comme la
+plus douce recompense de son ministere. Sur-le-champ, interpretant cette
+reponse comme la demande de sa demission, Sieyes, Barras et Roger-Ducos
+resolurent d'ecrire a Bernadotte que sa demission etait acceptee. Ils
+avaient saisi le moment ou Gohier et Moulins etaient absens pour
+prendre cette determination. Le lendemain meme, la lettre fut ecrite
+a Bernadotte. Celui-ci fut tout etonne, et repondit au directoire une
+lettre tres-amere, dans laquelle il disait qu'on acceptait une demission
+qu'il n'avait pas donnee, et demandait son traitement de reforme. La
+nouvelle de cette destitution deguisee fut annoncee aux cinq-cents au
+moment ou l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. "On prepare des coups d'etat, s'ecrierent les
+patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma
+tete tombera, s'ecrie Augereau, avant qu'il soit porte atteinte a la
+representation nationale." Enfin, apres un grand tumulte, on alla
+aux voix. A une majorite de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetee, et la patrie
+ne fut point declaree en danger.
+
+Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de
+Bernadotte, decide sans leur participation, ils se plaignirent a leurs
+collegues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas etre prise
+sans le concours des cinq directeurs. "Nous formions la majorite, reprit
+Sieyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait."
+Gohier et Moulins allerent sur-le-champ rendre une visite officielle a
+Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand eclat.
+
+L'administration du departement de la Seine inspirait aussi quelque
+defiance a la majorite directoriale, elle fut changee. Dubois de Crance
+remplaca Bernadotte au ministere de la guerre.
+
+La desorganisation etait donc complete sous tous les rapports: battue au
+dehors par la coalition, presque bouleversee au dedans par les partis,
+la republique semblait menacee d'une chute prochaine. Il fallait qu'une
+force surgit quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour
+resister aux etrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'esperer d'un
+parti vainqueur, car ils etaient tous egalement uses et discredites;
+elle ne pouvait naitre que du sein des armees, ou reside la force, et la
+force silencieuse, reguliere, glorieuse comme elle convient a une nation
+fatiguee de l'agitation des disputes et de la confusion des volontes. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes
+illustres pendant la revolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne
+faut plus de bavards_, avait dit Sieyes, _il faut une tete et une epee_.
+La tete etait trouvee, car il etait au directoire. On cherchait une
+epee. Hoche etait mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonte,
+son heroisme, recommandaient a tous les amis de la republique, venait
+d'expirer a Novi. Moreau, juge le plus grand homme de guerre parmi les
+generaux restes en Europe, avait laisse dans les esprits l'impression
+d'un caractere froid, indecis, peu entreprenant, et peu jaloux de se
+charger d'une grande responsabilite. Massena, l'un de nos plus grands
+generaux, n'avait pas encore acquis la gloire d'etre notre sauveur. On
+ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'etre vaincu.
+Augereau etait un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et
+aucun des deux n'avait assez de renommee. Il y avait un personnage
+immense, qui reunissait toutes les gloires, qui a cent victoires avait
+joint une belle paix, qui avait porte la France au comble de la grandeur
+a Campo-Formio, et qui semblait en s'eloignant avoir emporte sa fortune,
+c'etait Bonaparte; mais il etait dans les contrees lointaines; il
+occupait de son nom les echos de l'Orient. Seul il etait reste
+victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguere epouvante l'Europe sur l'Adige. Ce n'etait
+pas assez de le trouver glorieux, on le voulait interessant; on le
+disait exile par une autorite defiante et ombrageuse. Tandis qu'en
+aventurier il cherchait une carriere grande comme son imagination, on
+croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on
+lui avait impose. "Ou est Bonaparte? se disait-on. Sa vie deja epuisee
+se consume sous un ciel devorant. Ah! s'il etait parmi nous, la
+republique ne serait pas menacee d'une ruine prochaine. L'Europe et les
+factions la respecteraient egalement!" Des bruits confus circulaient sur
+son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidele a tous les
+generaux francais, l'avait abandonne a son tour dans une expedition
+lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible,
+disait-on; loin d'avoir essuye des revers, il marche a la conquete de
+tout l'Orient. On lui pretait des projets gigantesques. Les uns allaient
+jusqu'a dire qu'il avait traverse la Syrie, franchi l'Euphrate et
+l'Indus; les autres qu'il avait marche sur Constantinople, et qu'apres
+avoir renverse l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe a revers.
+Les journaux etaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.
+
+Le directoire lui avait mande l'ordre de revenir, et avait reuni dans
+la Mediterranee une flotte immense, composee de marins francais et
+espagnols, pour ramener l'armee[7]. Les freres du general, restes a
+Paris, et charges de l'informer de l'etat des choses, lui avaient envoye
+depeches sur depeches, pour l'instruire de l'etat de confusion ou etait
+tombee la republique, et pour le presser de revenir. Mais ces avis
+avaient a traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait
+si le heros serait averti et revenu avant la ruine de la Republique.
+
+[Note 7: Il faut dire que cet ordre est conteste. On connait un
+arrete du directoire, signe de Treilhard, Barras et Larevelliere, et
+date du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larevelliere, dans
+ses memoires, declare ne pas se souvenir d'avoir donne cette signature,
+et regarde l'arrete comme suppose. Cependant l'expedition maritime de
+Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le
+directoire, a cette epoque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son
+ambition beaucoup moins que la ferocite de Suwarow. Si l'ordre n'est
+pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu
+d'importance, car Bonaparte etait autorise a revenir quand il le
+jugerait convenable.]
+
+
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+SUITE DES OPERATIONS DE BONAPARTE EN EGYPTE. CONQUETE DE LA HAUTE-EGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SEDIMAN.--EXPEDITION DE SYRIE; PRISE DU
+FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIEGE DE
+SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN EGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DEPART DE
+BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPERATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC
+CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSENA;
+MEMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PERILLEUSE DE SUWAROW; SA
+RETRAITE DESASTREUSE; LA FRANCE SAUVEE.--EVENEMENS EN HOLLANDE; DEFAITE
+ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; EVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA
+CAMPAGNE DE 1799.
+
+
+Bonaparte, apres la bataille des Pyramides, s'etait trouve maitre de
+l'Egypte. Il avait commence a s'y etablir, et avait distribue ses
+generaux dans les provinces, pour en faire la conquete. Desaix, place
+a l'entree de la Haute-Egypte avec une division de trois mille hommes
+environ, etait charge de conquerir cette province contre les restes
+de Mourad-Bey. C'est en vendemiaire et brumaire de l'annee precedente
+(octobre 1798), au moment ou l'inondation finissait, que Desaix avait
+commence son expedition. L'ennemi s'etait retire devant lui et ne
+l'avait attendu qu'a Sediman; la, Desaix avait livre, le 16 vendemiaire
+an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnee contre les restes
+desesperes de Mourad-Bey. Aucun des combats des Francais en Egypte ne
+fut aussi sanglant. Deux mille Francais eurent a lutter contre quatre
+mille Mameluks et huit mille fellahs, retranches dans le village de
+Sediman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes
+celles qui furent livrees en Egypte. Les fellahs etaient derriere les
+murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'etait forme
+en deux carres, et avait place sur ses ailes deux autres petits carres,
+pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la premiere fois,
+notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carres enfonce. Mais,
+par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se coucherent
+aussitot par terre, afin que les grands carres pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargerent les
+grands carres avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent
+expirer en desesperes sur les baionnettes. Suivant l'usage, les
+carres s'ebranlerent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les
+emporterent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, decrivant un arc de
+cercle, vinrent egorger les blesses sur les derrieres, mais on les
+chassa bientot de ce champ de carnage, et les soldats furieux en
+massacrerent un nombre considerable. Jamais plus de morts n'avaient
+jonche le champ de bataille. Les Francais avaient perdu trois cents
+hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et apres une
+suite de combats, devenu maitre de la Haute-Egypte jusqu'aux cataractes,
+il fit autant redouter sa bravoure que cherir sa clemence. Au Caire,
+on avait appele Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la
+Haute-Egypte, Desaix fut nomme _sultan le juste_.
+
+Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'a Belbeys, pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les debris
+de la caravane de la Mecque, pillee par les Arabes. Revenu au Caire, il
+continua a y etablir une administration toute francaise. Une revolte,
+excitee au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement
+reprimee, et decouragea tout a fait les ennemis des Francais[8]. L'hiver
+de 1798 a 1799 s'ecoula ainsi dans l'attente des evenemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la declaration de guerre de la Porte, et les
+preparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle
+formait deux armees, l'une a Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armees
+devaient agir simultanement au printemps de 1799, l'une en venant
+debarquer a Aboukir, pres d'Alexandrie, l'autre en traversant le desert
+qui separe la Syrie de l'Egypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa
+position, et voulut, suivant son usage, deconcerter l'ennemi en le
+prevenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le desert
+qui separe l'Egypte de la Syrie, dans la belle saison, et il resolut
+de profiter de l'hiver pour aller detruire les rassemblemens qui se
+formaient a Acre, a Damas, et dans les villes principales. Le celebre
+pacha d'Acre, Djezzar, etait nomme seraskier de l'armee reunie en Syrie.
+Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'etait avance
+jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Egypte du cote de la Syrie.
+Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi
+les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chretiennes, les Mutualis,
+mahometans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de
+tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques
+places mal fortifiees, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie,
+ajouter cette belle conquete a celle de l'Egypte, devenir maitre
+de l'Euphrate comme il l'etait du Nil, et avoir alors toutes les
+communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin
+encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui
+pretaient en Europe. Il n'etait pas impossible qu'en soulevant
+les peuplades du Liban, il reunit soixante ou quatre-vingt mille
+auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyes de vingt-cinq mille
+soldats, les plus braves de l'univers, il marchat sur Constantinople
+pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fut executable ou non, il
+est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il
+a fait aide de la fortune, on n'ose plus declarer insense aucun de ses
+projets.
+
+[Note 8: Cet evenement eut lieu le 30 vendemiaire an VII (21 octob.
+1798).]
+
+Bonaparte se mit en marche en pluviose (premiers jours de fevrier), a
+la tete des divisions Kleber, Regnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat etait composee de la
+cavalerie. Bonaparte avait cree un regiment d'une arme toute nouvelle:
+c'etait celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos a dos, etaient
+portes sur un dromadaire, et pouvaient, grace a la force et a la
+celerite de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arreter. Bonaparte avait forme ce regiment pour donner la chasse aux
+Arabes, qui infestaient les environs de l'Egypte. Ce regiment suivait
+l'armee d'expedition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perree
+de sortir d'Alexandrie avec trois fregates, et de venir sur la cote de
+Syrie pour y transporter l'artillerie de siege et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviose (17 fevrier). Apres un
+peu de resistance, la garnison se rendit prisonniere au nombre de
+treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considerables.
+Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta
+au pouvoir des Francais, et leur procura un butin immense. Les soldats
+eurent beaucoup a souffrir en traversant le desert, mais ils voyaient
+leur general marchant a leurs cotes, supportant, avec une sante debile,
+les memes privations, les memes fatigues, et ils n'osaient se
+plaindre. Bientot on arriva a Gasah; on prit cette place a la vue de
+Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup
+de materiel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armee se dirigea sur
+Jaffa, l'ancienne Joppe. Elle y arriva le 13 ventose (3 mars). Cette
+place etait entouree d'une grosse muraille flanquee de tours. Elle
+renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en
+breche, et puis somma le commandant, qui pour toute reponse coupa la
+tete au parlementaire. L'assaut fut donne, la place emportee avec une
+audace extraordinaire, et livree a trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantite considerable d'artillerie et
+de vivres de toute espece. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on
+ne pouvait pas envoyer en Egypte, parce qu'on n'avait pas les moyens
+ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer a
+l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se decida a une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporte
+dans un pays barbare, il en avait involontairement adopte les moeurs: il
+fit passer au fil de l'epee les prisonniers qui lui restaient. L'armee
+consomma avec obeissance, mais avec une espece d'effroi, l'execution
+qui lui etait commandee. Nos soldats prirent en s'arretant a Jaffa les
+germes de la peste.
+
+Bonaparte s'avanca ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolemais,
+situe au pied du mont Carmel. C'etait la seule place qui put encore
+l'arreter. La Syrie etait a lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar
+s'y etait enferme avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il
+comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages,
+et qui lui fournit des ingenieurs, des canonniers et des munitions. Il
+devait d'ailleurs etre bientot secouru par l'armee turque reunie en
+Syrie, qui s'avancait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se
+hata d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant
+qu'elle fut renforcee de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la defense. On ouvrit aussitot la tranchee.
+Malheureusement l'artillerie de siege, qui devait venir par mer
+d'Alexandrie, avait ete enlevee par Sidney-Smith. On avait pour toute
+artillerie de siege et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre
+pieces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pieces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer.
+On faisait paraitre sur la plage quelques cavaliers; a cette vue
+Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les
+soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser
+au milieu de la canonnade et de rires universels.
+
+La tranchee avait ete ouverte le 30 ventose (20 mars). Le general du
+genie Sanson, croyant etre arrive dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, declara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fosse. On
+crut n'avoir a pratiquer qu'une simple breche et a monter ensuite a
+l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit breche, on se presenta a
+l'assaut, et on fut arrete par une contrescarpe et un fosse. Alors on se
+mit sur-le-champ a miner. L'operation se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevee.
+Il avait donne a Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien
+emigre, Phelippeaux, officier du genie d'un grand merite. La mine sauta
+le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe.
+Vingt-cinq grenadiers, a la suite du jeune Mailly, monterent a l'assaut.
+En voyant ce brave officier poser une echelle, les Turcs furent
+epouvantes, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors
+decourages, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent
+accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tue,
+et l'assaut manqua encore.
+
+Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de
+renfort, une grande quantite de canonniers exerces a l'europeenne, et
+des munitions immenses. C'etait un grand siege a executer avec treize
+mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau
+puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entiere, et commencer un
+autre cheminement. On etait au 12 germinal (1er avril). Il y avait deja
+dix jours d'employes devant la place; on annoncait l'approche de la
+grande armee turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le
+siege, et tout cela avec la seule armee d'expedition. Le general en chef
+ordonna qu'on travaillat sans relache a miner de nouveau, et detacha la
+division Kleber vers le Jourdain pour en disputer le passage a l'armee
+venant de Damas.
+
+Cette armee, reunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'elevait
+a environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle trainait un bagage immense. Abdallah, pacha de
+Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kleber, forte de
+cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la
+route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment
+l'ennemi, et, forme en carre, couvrit le champ de bataille de morts, et
+prit cinq drapeaux. Mais oblige de ceder au nombre, il se replia sur la
+division Kleber. Celle-ci s'avancait, et hatait sa marche pour rejoindre
+Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se detacha avec la
+division Bon, pour soutenir Kleber, et livrer une bataille decisive.
+Djezzar, qui se concertait avec l'armee qui venait le debloquer, voulut
+faire une sortie; mais, mitraille a outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitot en marche.
+
+Kleber, avec sa division, avait debouche dans les plaines qui s'etendent
+au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idee
+de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il etait arrive trop
+tard pour y reussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva
+toute l'armee turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le
+village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se deployaient dans la
+plaine. Kleber avait a peine trois mille fantassins en carre. Toute
+cette cavalerie s'ebranla et fondit sur nos carres. Jamais les Francais
+n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous
+les sens. Ils conserverent leur sang-froid accoutume, et les recevant a
+bout portant par un feu terrible, ils en abattirent a chaque charge un
+nombre considerable. Bientot ils eurent forme autour d'eux un rempart
+d'hommes et de chevaux, et abrites par cet horrible abatis, ils purent
+resister six heures de suite a toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte debouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il
+vit la plaine couverte de feu et de fumee, et la brave division Kleber
+resistant, a l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea
+la division qu'il amenait en deux carres; ces deux carres s'avancerent
+de maniere a former un triangle equilateral avec la division Kleber, et
+mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marcherent en silence, et
+sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'a une certaine distance:
+puis tout a coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra
+alors sur le champ de bataille. Un feu epouvantable partant aussitot des
+trois extremites de ce triangle, assaillit les Mameluks qui etaient au
+milieu, les fit tourbillonner sur eux-memes, et fuir en desordre dans
+toutes les directions. La division Kleber, redoublant d'ardeur a cette
+vue, s'elanca sur le village de Fouli, l'enleva a la baionnette, et
+fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude
+s'ecoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc,
+les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Francais. Murat, place sur les bords du Jourdain,
+tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit bruler tous les villages
+des Naplousins. Six mille Francais avaient detruit cette armee, que les
+habitans disaient innombrable _comme les etoiles du ciel et les sables
+de la mer_.
+
+Pendant cet intervalle, on n'avait cesse de miner, de contre-miner
+autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain
+bouleverse par l'art des sieges. Il y avait un mois et demi qu'on etait
+devant la place, on avait tente beaucoup d'assauts, repousse beaucoup
+de sorties, tue beaucoup de monde a l'ennemi; mais malgre de continuels
+avantages, on faisait d'irreparables pertes de temps et d'hommes. Le 18
+floreal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille
+hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas etre debarques
+avant six heures, fait sur-le-champ jouer une piece de vingt-quatre sur
+un pan de mur; c'etait a la droite du point ou depuis quelque temps
+on deployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte a la breche, on
+envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pieces,
+on egorge tout, enfin on est maitre de la place, lorsque les troupes
+debarquees s'avancent en bataille, et presentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montes a l'assaut, est
+tue. Lannes est blesse. Dans le meme moment, l'ennemi fait une sortie,
+prend la breche a revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient
+penetre dans la place. Les uns parviennent a ressortir; les autres,
+prenant un parti desespere, s'enfuient dans une mosquee, s'y
+retranchent, y epuisent leurs dernieres cartouches, et sont prets a
+vendre cherement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touche de tant de
+bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les
+troupes de siege, marchant sur l'ennemi, le ramenent dans la place,
+apres en avoir fait un carnage epouvantable, et lui avoir enleve huit
+cents prisonniers. Bonaparte, obstine jusqu'a la fureur, donne deux
+jours de repos a ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel
+assaut. On y monte avec la meme bravoure, on escalade la breche; mais on
+ne peut pas la depasser. Il y avait toute une armee gardant la place et
+defendant toutes les rues. Il fallut y renoncer.
+
+Il y avait deux mois qu'on etait devant Acre, on avait fait des pertes
+irreparables, et il eut ete imprudent de s'exposer a en faire davantage.
+La peste etait dans cette ville, et l'armee en avait pris le germe a
+Jaffa. La saison des debarquemens approchait, et on annoncait l'arrivee
+d'une armee turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de
+nouveaux ennemis. Le fond de ses projets etait realise, puisqu'il avait
+detruit les rassemblemens formes en Syrie, et que de ce cote il avait
+reduit l'ennemi a l'impuissance d'agir. Quant a la partie brillante de
+ces memes projets, quant a ces vagues et merveilleuses esperances de
+conquetes en Orient, il fallait y renoncer. Il se decida enfin a lever
+le siege. Mais son regret fut tel, que, malgre sa destinee inouie, on
+lui a entendu repeter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme
+m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siege avaient
+nourri l'armee, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa
+retraite avec desespoir.
+
+Il avait commence le siege le 30 ventose (20 mars), il le leva le 1er
+prairial (20 mai): il y avait employe deux mois. Avant de quitter
+Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage:
+il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque reduite en
+cendres. Il reprit la route du desert. Il avait perdu par le feu, les
+fatigues ou les maladies, pres du tiers de son armee d'expedition,
+c'est-a-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents
+blesses. Il se mit en marche pour repasser le desert. Il ravagea sur sa
+route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrive a Jaffa,
+il en fit sauter les fortifications. Il y avait la une ambulance pour
+nos pestiferes. Les emporter etait impossible: en ne les emportant pas,
+on les laissait exposes a une mort inevitable, soit par la maladie, soit
+par la faim, soit par la cruaute de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il
+au medecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanite a leur
+administrer de l'opium qu'a leur laisser la vie; a quoi ce medecin fit
+cette reponse, fort vantee: _Mon metier est de les guerir, et non de les
+tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit a propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui detruite.
+
+Bonaparte rentra enfin en Egypte apres une expedition de pres de trois
+mois. Il etait temps qu'il y arrivat. L'esprit d'insurrection s'etait
+repandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange
+El-Mohdhy, qui se disait invulnerable, et qui pretendait chasser les
+Francais en soulevant de la poussiere, avait reuni quelques mille
+insurges. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il
+s'etait empare de Damanhour, et en avait egorge la garnison. Bonaparte
+envoya un detachement, qui dispersa les insurges, et tua l'ange
+invulnerable. Le trouble s'etait communique aux differentes provinces du
+Delta; sa presence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna
+au Caire des fetes magnifiques, pour celebrer ses triomphes en Syrie.
+Il n'avouait pas la partie manquee de ses projets, mais il vantait avec
+raison les nombreux combats livres en Syrie, la belle bataille du mont
+Thabor, les vengeances terribles exercees contre Djezzar. Il repandit
+de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il etait dans le secret de leurs pensees, et devinait leurs projets
+a l'instant ou ils les formaient. Ils ajouterent foi a ces etranges
+paroles du sultan Kebir et le croyaient present a toutes leurs pensees.
+Bonaparte n'avait pas seulement a contenir les habitans, mais encore ses
+generaux et l'armee elle-meme. Un mecontentement sourd y regnait. Ce
+mecontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout
+des privations, car l'armee ne manquait de rien, mais de l'amour du
+pays, qui poursuit le Francais en tous lieux. Il y avait un an entier
+qu'on etait en Egypte, et depuis pres de six mois on n'avait aucune
+nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse
+devorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les generaux
+demandaient des conges pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait
+peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+deshonneur. Berthier lui-meme, son fidele Berthier, devore d'une vieille
+passion, demandait a revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde
+fois de sa faiblesse, et renonca a partir. Un jour l'armee avait forme
+le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie
+pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensee, et n'osa jamais
+braver son general. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous
+l'exemple des murmures, se taisaient des qu'ils etaient devant lui, et
+pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un demele avec Kleber.
+L'humeur de celui-ci ne venait pas de decouragement, mais de son
+indocilite accoutumee. Il s'etaient toujours raccommodes, car Bonaparte
+aimait la grande ame de Kleber, et Kleber etait seduit par le genie de
+Bonaparte.
+
+On etait en prairial (juin). L'ignorance des evenemens de l'Europe et
+des desastres de la France etait toujours la meme. On savait seulement
+que le continent etait dans une veritable confusion et qu'une nouvelle
+guerre etait inevitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux
+details, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le
+premier theatre de ses exploits. Mais avant, il voulait detruire la
+seconde armee turque, reunie a Rhodes, dont on annoncait le debarquement
+tres prochain.
+
+Cette armee, montee sur de nombreux transports, et escortee par la
+division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) a
+la vue d'Alexandrie, et vint mouiller a Aboukir, la meme rade ou notre
+escadre avait ete detruite. Le point de debarquement choisi par les
+Anglais etait la presqu'ile qui ferme cette rade, et qui porte le meme
+nom. Cette presqu'ile etroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et
+vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonne a Marmont, qui
+commandait a Alexandrie, de perfectionner la defense du fort, et de
+detruire le village d'Aboukir, place tout autour. Mais au lieu de
+detruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les
+soldats, et on l'avait simplement entoure d'une redoute pour le proteger
+du cote de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de
+la mer, ne presentait pas un ouvrage ferme, et associait le sort du fort
+a celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet debarquerent
+avec beaucoup de hardiesse, aborderent les retranchemens le sabre au
+poing, les enleverent, et s'emparerent du village d'Aboukir, dont ils
+egorgerent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guere tenir,
+et fut oblige de se rendre. Marmont, commandant a Alexandrie, en etait
+sorti a la tete de douze cents hommes, pour courir au secours des
+troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs etaient debarques en
+nombre considerable, il n'osa pas tenter de les jeter a la mer par une
+attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'etablir
+tranquillement dans la presqu'ile d'Aboukir.
+
+Les Turcs etaient a peu pres dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce
+n'etaient pas de ces miserables fellahs qui composaient l'infanterie
+des Mamelucks; c'etaient de braves janissaires, portant un fusil sans
+baionnette, le rejetant en bandouliere sur le dos quand ils avaient fait
+feu, puis s'elancant sur l'ennemi le pistolet et le sabre a la main. Ils
+avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils etaient diriges
+par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient
+a peine amene trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivee de
+Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Egypte, longer le desert,
+traverser les oasis, et venir se jeter a Aboukir avec deux a trois mille
+Mamelucks.
+
+Quand Bonaparte apprit les details du debarquement, il quitta le
+Caire sur-le-champ, et fit du Caire a Alexandrie une de ces marches
+extraordinaires dont il avait donne tant d'exemples en Italie. Il
+emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonne a
+Desaix d'evacuer la Haute-Egypte, a Kleber et Regnier, qui etaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de
+Birket, intermediaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une
+armee anglaise ne fut debarquee avec l'armee turque.
+
+Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essaye
+de descendre dans la Basse-Egypte; mais rencontre, battu par Murat, il
+avait ete oblige de regagner le desert. Il ne restait a combattre
+que l'armee turque, privee de cavalerie, mais campee derriere des
+retranchemens, et disposee a y resister avec son opiniatrete accoutumee.
+Bonaparte, apres avoir jete un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les
+beaux travaux executes par le colonel Cretin, apres avoir reprimande son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas ose attaquer les Turcs au moment du
+debarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il etait
+le lendemain 7 a l'entree de la presqu'ile. Son projet etait d'abord
+d'enfermer l'armee turque par des retranchemens, et d'attendre, pour
+attaquer, l'arrivee de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main
+que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais
+a la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+resolut de les attaquer sur-le-champ, esperant les renfermer dans le
+village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes.
+
+Les Turcs occupaient le fond de la presqu'ile, qui est fort etroite. Ils
+etaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, ou etait leur camp, ils avaient occupe deux
+mamelons de sables, appuyant l'un a la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons
+etait un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au
+mamelon de droite, deux mille a celui de gauche, et trois a quatre mille
+hommes dans le village. Telle etait leur premiere ligne. La seconde
+etait au village meme d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Francais, et se joignait a la mer par deux boyaux.
+Ils avaient place la leur camp principal et le gros de leurs forces.
+
+Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa precision
+accoutumees. Il ordonna au general Destaing de marcher avec quelques
+bataillons sur le mamelon de gauche, ou etaient les mille Turcs; a
+Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, ou etaient les deux mille
+autres, et a Murat, qui etait au centre, de faire filer la cavalerie sur
+les derrieres des deux mamelons. Ces dispositions sont executees avec
+une grande precision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le
+gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, a
+cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les
+sabre et les pousse dans la mer, ou ils aiment mieux se jeter que de se
+rendre. Vers la droite, la meme operation s'execute. Lannes aborde les
+deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont egalement sabres et
+jetes dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre,
+forme par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y defendent
+bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en
+effet, se detache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a deja file sur le
+derriere du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir.
+L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge
+dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les
+directions, et qui, s'obstinant toujours a ne pas se rendre, n'ont pour
+retraite que la mer, ou ils se noient.
+
+Deja quatre a cinq mille avaient peri de cette maniere; la premiere
+ligne etait emportee; le but de Bonaparte etait rempli, et il pouvait,
+resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivee
+de Kleber et de Regnier. Mais il veut profiter de son succes, et achever
+sa victoire a l'instant meme. Apres avoir laisse reprendre haleine a ses
+troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restee
+en reserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+etait difficile a emporter; elle renfermait neuf a dix mille Turcs. Vers
+la droite, un boyau la joignait a la mer; vers la gauche, un autre boyau
+la prolongeait, mais sans joindre tout a fait le lac Madieh. L'espace
+ouvert etait occupe par l'ennemi, et balaye par de nombreuses
+canonnieres. Bonaparte, habitue a porter ses soldats sur les plus
+formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions
+d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La
+cavalerie, cachee dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la
+gauche, et traverser, sous le feu des canonnieres, l'espace laisse
+ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'execute; Lannes et
+Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme
+au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extreme droite.
+L'ennemi, sans les attendre, s'avance a leur rencontre. On se joint
+corps a corps. Les soldats turcs, apres avoir tire leur coup de fusil
+et leurs deux coups de pistolet, font etinceler leur sabre. Ils veulent
+saisir les baionnettes avec leurs mains; mais ils les recoivent dans
+les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'egorge ainsi sur les
+retranchemens. Deja la 18e est pres d'arriver dans la redoute; mais un
+feu terrible d'artillerie la repousse et la ramene au pied des ouvrages.
+Le brave Leturcq est tue glorieusement en voulant se retirer le dernier;
+Fugieres perd un bras. Murat, de son cote, s'etait avance avec sa
+cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac
+Madieh. Plusieurs fois il s'etait elance et avait refoule l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnieres, il avait
+ete oblige de se reployer en arriere. Quelques-uns de ses cavaliers
+s'etaient meme avances jusqu'aux fosses de la redoute; les efforts
+de tant de braves paraissaient devoir etre impuissans. Bonaparte
+contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir a
+la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des
+retranchemens pour venir couper les tetes des morts. Bonaparte saisit
+cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69,
+qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e
+profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son
+cote, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet
+espace si redoutable qui regne entre les retranchemens et le lac, et
+penetre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayes fuient de
+toutes parts; on en fait un carnage epouvantable. On les pousse la
+baionnette dans les reins, et on les precipite dans la mer. Murat, a la
+tete de ses cavaliers, penetre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci,
+saisi de desespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+legerement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie
+prisonnier a Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tues ni noyes se
+retirent dans le fort d'Aboukir.
+
+Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui
+naguere avait ete couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille
+avaient peri par le feu ou le fer. Les autres, enfermes dans ce fort,
+n'avaient plus d'autre ressource que la clemence du vainqueur. Telle est
+cette extraordinaire bataille, ou, pour la premiere fois peut-etre, dans
+l'histoire de la guerre, l'armee ennemie fut detruite tout entiere.
+C'est dans cette occasion que Kleber, arrivant a la fin du jour, saisit
+Bonaparte au milieu du corps, et s'ecria: _General, vous etes grand
+comme le monde!_
+
+Ainsi, soit par l'expedition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir,
+l'Egypte etait delivree, du moins momentanement, des forces de la Porte.
+La situation de l'armee francaise pouvait etre regardee comme assez
+rassurante. Apres toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait
+vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux
+commandes de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser
+avec les habitans, et consolider son etablissement. Bonaparte y etait
+depuis un an: arrive en ete avant l'inondation, il avait employe les
+premiers momens a s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il
+avait obtenu par la bataille des Pyramides. Apres l'inondation, et en
+automne, il avait acheve la conquete du Delta, et confie a Desaix la
+conquete de la Haute-Egypte. En hiver, il avait tente l'expedition de
+Syrie, et detruit l'armee turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait,
+en ete, de detruire la seconde armee de la Porte a Aboukir. Le temps
+avait donc ete aussi bien employe que possible; et tandis que la
+victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur
+restait fidele en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient
+triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux memes d'ou est
+partie la religion du Christ.
+
+Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des
+depeches du directoire ni de ses freres ne lui etant arrivee: il etait
+devore d'inquietude. Pour tacher d'obtenir quelques nouvelles, il
+faisait croiser des bricks avec ordre d'arreter les vaisseaux de
+commerce, et de s'instruire par eux des evenemens qui se passaient en
+Europe. Il envoya a la flotte turque un parlementaire qui, sous le
+pretexte de negocier un echange de prisonniers, devait tacher d'obtenir
+quelques nouvelles. Sidney-Smith arreta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les desastres de la France,
+se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet a Bonaparte. Celui-ci passa une
+nuit entiere a devorer ces feuilles, et a s'instruire de tout ce qui
+se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa determination fut prise:
+il resolut de s'embarquer secretement pour l'Europe, et d'essayer la
+traversee, au risque d'etre saisi en route par les flottes anglaises.
+Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les
+fregates _le Muiron_ et _la Carrere_ en etat de faire voile. Il ne fit
+part de son projet a personne, courut au Caire pour faire toutes ses
+dispositions, redigea une longue instruction pour Kleber, auquel il
+voulait laisser le commandement de l'armee, et repartit aussitot apres
+pour Alexandrie.
+
+Le 5 fructidor (22 aout), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat,
+Andreossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorte de
+quelques-uns de ses guides, sur une plage ecartee. Quelques canots
+etaient prepares; ils s'embarquerent, et monterent sur les deux fregates
+_le Muiron_ et _la Carrere_. Elles etaient suivies des chebecks _la
+Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant meme on mit a la voile, pour
+n'etre plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement
+un calme survint; on trembla d'etre surpris, on voulait rentrer a
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. "Soyez tranquilles, dit-il, nous
+passerons." Comme Cesar, il comptait sur la fortune.
+
+Ce n'etait pas, comme on l'a dit, une lache desertion; car il laissait
+une armee victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre,
+et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers a Londres.
+C'etait une de ces temerites par lesquelles les grands ambitieux tentent
+le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui
+tour a tour les eleve et les precipite.
+
+Tandis que cette grande destinee etait commise au hasard des vents ou
+d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et
+la republique sortait, par un sublime effort, des perils auxquels nous
+venons de la voir exposee. Massena etait toujours sur la ligne de la
+Limmat, differant le moment de reprendre l'offensive. L'armee d'Italie,
+apres avoir perdu la bataille de Novi, s'etait dispersee dans l'Apennin.
+Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que
+de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piemont un temps que la
+France employait en preparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait ete le directoire, en
+imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des evenemens. Il
+etait jaloux de l'autorite que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et
+avait vu avec peine que ce general eut ecrit au roi de Sardaigne pour
+le rappeler dans ses etats. Le conseil aulique avait des vues sur le
+Piemont, et tenait a en ecarter le vieux marechal. De plus, il regnait
+peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons reunies
+deciderent le conseil aulique a changer entierement la distribution
+des troupes sur la ligne d'operation. Les Russes etaient meles aux
+Autrichiens sur les deux theatres de la guerre. Korsakoff operait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Melas en Italie. Le
+conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin,
+et Suwarow en Suisse. De cette maniere les deux armees russes devaient
+agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le
+Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, ou ils allaient etre
+bientot renforces par une nouvelle armee, destinee a remplir le
+vide laisse par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce
+changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque
+nation; que les Russes trouveraient en Suisse une temperature plus
+analogue a leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur
+le Rhin seconderait l'expedition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait
+manquer d'approuver ce plan, car elle esperait beaucoup, pour
+l'expedition de Hollande, de la presence de l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et elle n'etait pas fachee que les Russes, entres deja a Corfou,
+et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent ecartes de Genes.
+
+Ce revirement, execute en presence de Massena, etait excessivement
+dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un theatre qui
+ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitues a charger en plaine
+et a la baionnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il
+faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs.
+Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer
+les raisons politiques avant les raisons militaires, defendit a ses
+generaux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+execution de ce plan, pour les derniers jours d'aout (milieu de
+fructidor).
+
+On a deja decrit la configuration du theatre de la guerre et la
+distribution des armees sur ce theatre[9]. Les eaux partant des
+Grandes-Alpes, et tantot coulant en forme de fleuves, tantot sejournant
+en forme de lacs, presentaient differentes lignes inscrites les unes
+dans les autres, commencant a droite contre une grande chaine de
+montagnes, et allant finir, a gauche, dans le grand fleuve qui separe
+l'Allemagne de la France. Les deux principales etaient celles du Rhin et
+de la Limmat. Massena, oblige d'abandonner celle du Rhin, s'etait replie
+sur celle de la Limmat. Il avait meme ete oblige de se retirer un peu en
+arriere de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en separait pas moins les deux armees. Cette ligne se composait de la
+Lint, qui nait contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se
+jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat,
+qui sort de ce lac a Zurich meme, et va se jeter enfin dans l'Aar pres
+de Bruck. L'archiduc Charles etait derriere la Limmat, de Bruck a
+Zurich. Korsakoff etait derriere le lac de Zurich, attendant qu'on lui
+assignat sa position. Hotze gardait la Lint.
+
+[Note 9: Quelque soin que je mette a me rendre clair, je n'espere
+pas faire comprendre les evenemens qui vont suivre, si le lecteur n'a
+pas sous les yeux une carte, quelque incomplete qu'elle soit. Cependant
+ces evenemens sont si extraordinaires, et ont decide d'une maniere si
+positive le salut de la France, que je les crois dignes d'etre compris,
+et que j'engage le lecteur a consulter une carte. La plus mauvaise carte
+de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des operations.]
+
+D'apres le plan convenu, l'archiduc, destine au Rhin, devait etre
+remplace derriere la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la
+Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main a
+Suwarow arrivant d'Italie. La question etait de savoir quelle route on
+ferait prendre a Suwarow. Il avait a franchir les monts, et pouvait
+suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il preferait
+penetrer par la vallee du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen,
+se rendre par Coire sur le Rhin-Superieur, et faire la sa jonction avec
+Hotze. On avait calcule qu'il pourrait etre arrive vers le 25 septembre
+(3 vendemiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'operer loin
+des Francais, hors de leur portee, et de ne dependre ainsi d'aucun
+accident. Suwarow pouvait egalement prendre une autre route, et au lieu
+de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallee
+de la Reuss, et deboucher par Schwitz derriere la ligne de la Lint,
+occupee par les Francais. Cette marche avait l'avantage de le porter
+sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupe par Lecourbe; il fallait preparer un mouvement
+de Hotze au-dela de la Lint, pour qu'il vint tendre la main a l'armee
+arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une
+attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une operation generale sur
+toute la ligne, et un a-propos, une precision difficiles a obtenir quand
+on agit a de si grandes distances et en detachemens aussi nombreux. Ce
+plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens
+sur les Russes, fut neanmoins prefere. En consequence une attaque
+generale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de
+septembre. Au moment ou Suwarow debouchait du Saint-Gothard dans la
+vallee de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de
+Zurich, c'est-a-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich,
+devaient penetrer dans le canton de Glaris, jusqu'a Schwitz, et donner
+la main a Suwarow. La jonction generale une fois operee, les troupes
+reunies en Suisse allaient s'elever a quatre-vingt mille hommes. Suwarow
+arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en reserve le corps de Conde et quelques mille
+Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et
+vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-a-dire cinquante-cinq mille se
+trouvaient exposes aux coups de toute l'armee de Massena.
+
+Le moment, en effet, ou l'archiduc Charles quittait la Limmat, et ou
+Suwarow n'avait pas encore passe les Alpes, etait trop favorable pour
+que Massena ne le saisit pas, et ne sortit point enfin de l'inaction
+qu'on lui avait tant reprochee. Son armee avait ete portee a
+soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait
+recus; mais elle devait s'etendre du Saint-Gothard a Bale, ligne immense
+a couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous
+ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallee de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille,
+occupait la Lint jusqu'a son embouchure dans le lac de Zurich. Massena,
+avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de
+trente-sept mille hommes, etait devant la Limmat, de Zurich a Bruck. La
+division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de
+huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bale.
+
+Massena, quoique inferieur en forces, avait l'avantage de pouvoir reunir
+sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept
+mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff.
+Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyes en
+renfort a Hotze, par derriere le lac de Zurich, ce qui le reduisait a
+vingt-six mille. Le corps de Conde et les Bavarois, qui devaient lui
+servir de reserve, etaient encore fort en arriere a Schaffouse. Massena
+pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille.
+Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et apres les avoir
+tous deux mis en deroute, peut-etre detruits, accabler Suwarow, qui
+arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du
+moins contenu dans sa ligne.
+
+Massena, averti des projets des ennemis, devanca d'un jour son attaque
+generale, et la fixa pour le 3 vendemiaire (25 septembre 1799). Depuis
+qu'il etait retire sur l'Albis, a quelques pas en arriere de la Limmat,
+le cours de cette riviere appartenait a l'ennemi. Il fallait le lui
+enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'executer avec ses
+trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait operer au-dessous du lac
+de Zurich, il chargea Soult d'operer au-dessus, et de franchir la Lint
+le meme jour. Les militaires ont adresse un reproche a Massena: il
+fallait, disent-ils, plutot attirer Suwarow en Suisse que l'en
+eloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au
+Saint-Gothard contre Suwarow, Massena l'eut reuni a Soult, il aurait ete
+plus assure d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le
+resultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait
+ce reproche a Massena que dans l'interet rigoureux des principes.
+
+La Limmat sort du lac de Zurich a Zurich meme, et coupe la ville en deux
+parties. Conformement au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait a attaquer Massena, et pour cela il avait porte la masse de
+ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il
+n'avait laisse que trois bataillons a Closter-Fahr, pour garder un point
+ou la Limmat est plus accessible: il avait dirige Durasof avec une
+division pres de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de
+ce cote; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, etait
+en avant de la riviere, en situation offensive.
+
+Massena basa son plan sur cet etat de choses. Il resolut de masquer
+plutot que d'attaquer le point de Zurich, ou Korsakoff avait amasse ses
+forces; puis, avec une portion considerable de ses troupes, de tenter
+le passage de la Limmat a Closter-Fahr, point faiblement defendu. Le
+passage opere, il voulait que cette division remontat la Limmat sur la
+rive opposee, et vint se placer sur les derrieres de Zurich. Alors il
+se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir
+enferme dans Zurich meme. Des consequences immenses pouvaient resulter
+de cette disposition.
+
+Mortier avec sa division, qui etait forte de huit mille hommes, et
+occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirige sur Zurich. Elle
+devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa
+division, qui etait forte de dix mille hommes, devait etre place a
+Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, ou l'on
+allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich,
+et donner secours a Mortier contre la masse russe, ou courir au point du
+passage, s'il etait necessaire de le seconder. Cette division renfermait
+quatre mille grenadiers, et une reserve de superbe cavalerie. La
+division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait executer
+le passage a Closter-Fahr. Quinze mille hommes a peu pres formaient
+cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des
+demonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.
+
+Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques,
+furent mises a execution le 3 vendemiaire an VIII (25 septembre 1799), a
+cinq heures du matin. Les apprets du passage avaient ete faits pres du
+village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des
+barques avaient ete trainees a bras, et cachees dans les bois. Des le
+matin, elles etaient a flot, et les troupes etaient rangees en silence
+sur la rive. Le general Foy, illustre depuis comme orateur, commandait
+l'artillerie a cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries
+de maniere a proteger le passage. Six cents hommes s'embarquerent
+hardiment, et arriverent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les disperserent. Korsakoff avait mis
+la, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon.
+Notre artillerie, superieurement dirigee, eteignit bientot les feux
+de l'artillerie russe, et protegea le passage successif de notre
+avant-garde. Lorsque le general Gazan eut reuni aux six cents hommes qui
+avaient passe les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois
+bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'etaient loges
+dans un bois, et s'y defendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut
+oblige de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les deloger. Ces
+trois bataillons detruits, le pont fut jete. Le reste de la division
+Lorge et partie de la division Mesnard passerent la Limmat: c'etaient
+quinze mille hommes portes au-dela de la riviere. La brigade Bontemps
+fut placee a Regensdorf, pour faire face a Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirige par le chef
+d'etat-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les
+derrieres de Zurich.
+
+Cette partie de l'operation achevee, Massena se reporta de sa personne
+sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes.
+Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompe Durasof par ses
+demonstrations, que celui-ci s'etait porte sur la rive, ou il deployait
+tous ses feux. A sa droite, Mortier s'etait avance sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontre la masse de Korsakoff, poste,
+comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait ete oblige de se
+replier. Massena arrivant dans cet instant ebranla la division Klein,
+qui etait a Altstetten. Humbert, a la tete de ses quatre mille
+grenadiers, marcha sur Zurich, et retablit le combat. Mortier renouvela
+ses attaques, et on parvint a renfermer ainsi les Russes dans Zurich.
+
+Pendant ce temps, Korsakoff, chagrine d'entendre du canon sur ses
+derrieres, avait reporte quelques bataillons au-dela de la Limmat; mais
+ces faibles secours avaient ete inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille
+hommes, continuait a remonter la Limmat. Il avait enleve le petit camp
+place a Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrieres de
+Zurich, et s'etait empare de la grande route de Vintherthur, qui donne
+issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se
+retirer.
+
+La journee etait presque achevee, et d'immenses resultats etaient
+prepares pour le lendemain. Les Russes etaient enfermes dans Zurich;
+Massena avait porte par le passage a Closter-Fahr quinze mille hommes
+sur leurs derrieres, et place dix-huit mille hommes devant eux. Il etait
+difficile qu'il ne leur fit pas essuyer un desastre. On a pense qu'il
+aurait du, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter
+par Closter-Fahr, derriere cette ville, de maniere a fermer tout a fait
+la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec
+huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passat sur le corps et ne
+se jetat sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontre
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant
+d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrive de cette singuliere
+combinaison.
+
+Korsakoff s'etait enfin apercu de sa position, et avait porte ses
+troupes dans l'autre partie de Zurich, en arriere de la Limmat. Durasof,
+sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'etait derobe; et evitant
+la brigade Bontemps, par un detour, etait venu regagner la route de
+Vintherthur. Le lendemain 4 vendemiaire (26 septembre), le combat devait
+etre acharne, car les Russes voulaient se faire jour, et les Francais
+voulaient recueillir d'immenses trophees. Le combat commenca de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombree d'artillerie,
+d'equipages, de blesses, attaquee de tous cotes, etait comme enveloppee
+de feux. De ce cote-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordee,
+et etaient pres d'y penetrer. Au-dela, Oudinot la serrait par derriere
+et voulait fermer la route a Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+theatre d'un combat sanglant, avait ete prise et reprise plusieurs fois.
+Korsakoff, songeant enfin a se retirer, avait mis son infanterie en
+tete, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses equipages a la
+queue. Il s'avancait ainsi formant une longue colonne. Sa brave
+infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passe avec une partie de la cavalerie, les
+Francais reviennent a la charge, attaquent le reste de la cavalerie
+et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au meme
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur cote. On se bat dans les
+rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappe sur la porte de sa
+maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur
+la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure
+grave a la cuisse dont il mourut quelques mois apres. Enfin, tout ce qui
+etait reste dans Zurich est oblige de mettre bas les armes. Cent pieces
+de canon, tous les bagages, les administrations, le tresor de l'armee
+et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Francais. Korsakoff
+avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette
+lutte acharnee. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-a-dire la moitie de son armee. Les grandes batailles d'Italie
+n'avaient pas presente des resultats plus extraordinaires. Les
+consequences pour le reste de la campagne ne devaient pas etre moins
+grandes que les resultats materiels. Korsakoff, avec treize mille hommes
+au plus, se hata de regagner le Rhin.
+
+Pendant ce temps, Soult, charge de passer la Lint au-dessus du lac de
+Zurich, executait sa mission avec non moins de bonheur que le general
+en chef. Il avait execute le passage entre Bilten et Richenburg. Cent
+cinquante braves, portant leur fusil sur leur tete, avaient traverse la
+riviere a la nage, aborde sur l'autre rive, balaye les tirailleurs, et
+protege le debarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au
+lieu du danger, etait tombe mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+desordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succedant a Hotze, avait
+en vain essaye de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passe; il
+avait ete oblige de se replier, et s'etait retire precipitamment sur
+Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon.
+De leur cote, les generaux Jellachich et Linken, charges de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au debouche du
+Saint-Gothard, s'etaient retires en apprenant tous ces desastres. Ainsi
+pres de soixante mille hommes etaient repousses deja de la ligne de
+la Limmat, au-dela de celle du Rhin, et repousses apres des pertes
+immenses. Suwarow, qui croyait deboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaque de tous cotes, et qui croyait decider sa defaite en
+arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans disperses, et
+s'engager au milieu d'une armee victorieuse de toutes parts.
+
+Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il etait arrive au pied
+du Saint-Gothard le cinquieme jour complementaire de l'an VII (21
+septembre). Il avait ete oblige de demonter ses Cosaques pour charger
+son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec
+six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le
+Crispalt. Arrive le 1er vendemiaire (23 septembre) a Airolo, a l'entree
+de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de
+la division Lecourbe. Il se battit la avec la derniere opiniatrete; mais
+ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer,
+tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se decida
+enfin a inquieter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi a ceder
+la gorge jusqu'a l'hopital. Gudin, par sa resistance, avait donne a
+Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guere
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait resister a Suwarow qui
+arrivait avec douze mille, et a Rosemberg qui, transporte deja a
+Urseren, en avait six mille sur ses derrieres. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposee en gravissant des rochers
+presque inaccessibles, et s'enfonca dans la vallee. Arrive au-dela
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrieres, il rompit le pont
+du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le precipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant
+la rive opposee. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied a pied,
+profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un a un les
+soldats de Suwarow.
+
+L'armee russe arriva ainsi a Altorf, au fond de la vallee de la Reuss,
+accablee de fatigues, manquant de vivres, et singulierement affaiblie
+par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans
+le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire
+arriver Jellachich et Linken au-dela de la Lint, jusqu'a Schwitz, il
+aurait envoye des bateaux pour recevoir Suwarow a l'embouchure de la
+Reuss. Mais apres les evenemens qui s'etaient passes, Suwarow ne trouva
+pas une embarcation, et se vit enferme dans une vallee epouvantable.
+C'etait le 4 vendemiaire (26 septembre), jour du desastre general sur
+toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer a travers des montagnes horribles, ou
+il n'y avait aucune route tracee, pour penetrer dans la vallee de
+Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un
+homme de front dans le sentier qu'on avait a suivre. L'armee mit deux
+jours a faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme etait
+deja a Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitte Altorf. Les
+precipices etaient couverts d'equipages, de chevaux, de soldats mourant
+de faim ou de fatigue. Arrive dans la vallee de Muthenthal, Suwarow
+pouvait deboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien
+remonter la vallee, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du cote
+de Schwitz, Massena arrivait avec la division Mortier, et de l'autre
+cote du Bragel etait Molitor, qui occupait le defile du Kloenthal,
+vers les bords de la Lint. Apres avoir donne deux jours de repos a ses
+troupes, Suwarow se decida a retrograder par le Bragel. Le 8 vendemiaire
+(30 septembre) il se mit en marche; Massena l'attaquait en queue, tandis
+que de l'autre cote du Bragel, Molitor lui tenait tete au defile du
+Kloenthal. Rosemberg resista bravement a toutes les attaques de Massena,
+mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la
+route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, apres avoir
+livre des combats sanglans et meurtriers, coupe de toutes les routes,
+rejete sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallee
+d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route etait encore
+plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y decida cependant,
+et apres quatre jours d'efforts et de souffrances inouies, atteignit
+Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait a peine
+sauve dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce
+barbare, pretendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein
+de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq a six mille
+Autrichiens avaient succombe. Les armees pretes a nous envahir etaient
+chassees de la Suisse et rejetees en Allemagne. La coalition etait
+dissoute, car Suwarow, irrite contre les Autrichiens, ne voulait plus
+servir avec eux. On peut dire que la France etait sauvee.
+
+Gloire eternelle a Massena, qui venait d'executer l'une des plus belles
+operations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait
+sauves dans un moment plus perilleux que celui de Valmy et de Fleurus!
+Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le resultat
+politique; mais il faut celebrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le
+plus beau fleuron de Massena; et il n'en existe pas de plus beau dans
+aucune couronne militaire.
+
+Pendant que ces evenemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire
+nous revenait en Hollande. Brune, faiblement presse par l'ennemi,
+avait eu le temps de concentrer ses forces, et apres avoir battu les
+Anglo-Russes a Kastrikum, les avait enfermes au Zip, et reduits a
+capituler. Les conditions etaient l'evacuation de la Hollande, la
+restitution de ce qui avait ete pris au Helder, et l'elargissement sans
+echange de huit mille prisonniers. On aurait souhaite la restitution de
+la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait,
+en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays.
+
+Ainsi se termina cette memorable campagne de 1799. La republique, entree
+trop tot en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentre ses forces, avait ete battue a Stokach et
+Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux defaites l'Allemagne et
+l'Italie. Massena reste seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'etait replie sur le Rhin, puis
+sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. La, il s'etait rendu inattaquable
+durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armee de Naples, tachant de se
+reunir a l'armee de la Haute-Italie, avait ete battue a la Trebbia.
+Reunie plus tard a cette armee par derriere l'Apennin, ralliee et
+renforcee, elle avait perdu son general a Novi, avait ete battue de
+nouveau, et avait definitivement perdu l'Italie. L'Apennin etait meme
+envahi et le Var menace. Mais la avait ete le terme de nos malheurs. La
+coalition, revirant ses forces, avait porte l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et Suwarow en Suisse. Massena, saisissant ce moment, avait
+detruit Korsakoff prive de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow prive
+de Korsakoff. Il avait ainsi repare nos malheurs par une immortelle
+victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient termine la campagne.
+Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la
+republique prete a succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire,
+ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France etait
+sauvee, mais elle n'etait que sauvee; elle n'avait point encore recouvre
+son rang, et elle courait meme des dangers sur le Var.
+
+
+
+CHAPITRE XIX.
+
+RETOUR DE BONAPARTE; SON DEBARQUEMENT A FREJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVEE.--IL SE COALISE
+AVEC SIEYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PREPARATIFS
+ET JOURNEE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III;
+INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE.
+
+
+Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des
+Anglo-Russes se succederent presque immediatement, et rassurerent les
+imaginations epouvantees. C'etait la premiere fois que ces Russes
+si odieux etaient battus, et ils l'etaient si completement, que la
+satisfaction devait etre profonde. Mais l'Italie etait toujours perdue,
+le Var etait menace, la frontiere du Midi en peril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous etaient pas rendues. Du reste, les perils les
+plus grands n'etaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement
+desorganise, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir
+l'autorite et qui n'etaient cependant plus assez forts pour s'en
+emparer; partout une espece de dissolution sociale, et le brigandage,
+signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans
+les provinces dechirees autrefois par la guerre civile; telle etait la
+situation de la republique. Un repit de quelques mois etant assure par
+la victoire de Zurich, c'etait moins d'un defenseur qu'on manquait dans
+le moment, que d'un chef qui s'emparat des renes du gouvernement. La
+masse entiere de la population voulait a tout prix du repos, de l'ordre,
+la fin des disputes, l'unite des volontes. Elle avait peur des jacobins,
+des emigres, des chouans, de tous les partis. C'etait le moment d'une
+merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs.
+
+Les depeches contenant le recit de l'expedition de Syrie, des batailles
+du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire,
+et confirmerent cette idee que le heros de Castiglione et de Rivoli
+resterait vainqueur partout ou il se montrerait. Son nom se retrouva
+aussitot dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_?
+_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir!
+disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il etait arrive
+courut deux ou trois fois. Ses freres lui avaient ecrit, sa femme aussi;
+mais on ignorait si ces depeches lui etaient parvenues. On a vu en effet
+qu'elles n'avaient pu traverser les croisieres anglaises.
+
+Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait
+tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises.
+La traversee n'etait pas heureuse, et les vents contraires la
+prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait
+craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de
+son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant a son etoile,
+apprenait a y croire et a ne pas s'agiter pour des perils inevitables.
+Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de
+quitter. Craignant, d'apres les derniers evenemens, que le midi de la
+France ne fut envahi, il avait fait gouverner, non vers les cotes
+de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait debarquer a
+Collioure ou a Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramene vers la
+Corse. L'ile entiere etait accourue au-devant du celebre compatriote. On
+avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout
+a coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau,
+trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil
+couchant. On proposait de mettre un canot a la mer pour aborder
+furtivement a terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte
+dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17
+vendemiaire an VIII (octobre 1799), a la pointe du jour, les fregates
+_le Muiron_ et _la Carrere_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la
+Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Frejus.
+
+Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois annees de
+suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait delivres de cette
+crainte en 1796; mais elle leur etait revenue plus grande que jamais
+depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte etait mouille sur
+la cote, ils crurent leur sauveur arrive. Tous les habitans de Frejus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une
+multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosite, envahit les vaisseaux,
+et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux
+arrives. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'etait
+plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la
+sante dut dispenser le general de la quarantaine, car il aurait fallu
+condamner a la meme precaution toute la population, qui avait deja
+communique avec les equipages. Bonaparte descendit sur-le-champ a terre,
+et le jour meme voulut monter en voiture pour se rendre a Paris.
+
+Le telegraphe, aussi prompt que les vents, avait deja repandu sur
+la route de Frejus a Paris, la grande nouvelle du debarquement de
+Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait eclate. La
+nouvelle, annoncee sur tous les theatres, y avait produit des elans
+extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplace partout les
+representations theatrales. Le depute Baudin (des Ardennes), l'un des
+auteurs de la constitution de l'an III, republicain sage et sincere,
+attache a la republique jusqu'a la passion, et la croyant perdue si un
+bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de
+joie en apprenant cet evenement.
+
+Bonaparte etait parti le jour meme du 15 vendemiaire (9 octobre) pour
+Paris. Il avait passe par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodere. Les cloches retentissaient dans les
+villages, et pendant la nuit des feux etaient allumes sur les routes. A
+Lyon surtout, les elans furent plus vifs encore que partout ailleurs.
+En partant de cette derniere ville, Bonaparte, qui voulait arriver
+incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquee a ses
+courriers. Ses freres et sa femme, trompes sur sa direction, couraient
+a sa rencontre, tandis qu'il arrivait a Paris. Le 24 vendemiaire (16
+octobre), il etait deja dans sa maison de la rue Chantereine, sans que
+personne se doutat de son arrivee. Deux heures apres, il se rendit au
+directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le president du directoire, c'etait
+Gohier. Il fut convenu qu'il serait presente le lendemain au directoire.
+Le lendemain 25, il se presenta en effet devant cette magistrature
+supreme. Il dit qu'apres avoir consolide l'etablissement de son armee
+en Egypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confie son
+sort a un general capable d'en assurer la prosperite, il etait parti
+pour voler au secours de la republique, qu'il croyait perdue. Il la
+trouvait sauvee par les exploits de ses freres d'armes, et il s'en
+rejouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son epee, jamais
+il ne la tirerait que pour la defense de cette republique. Le president
+le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna
+l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence tres flatteur, mais
+au fond les craintes etaient maintenant trop reelles et trop justifiees
+par la situation, pour que son retour fit plaisir aux cinq magistrats
+republicains.
+
+Lorsque apres une longue apathie, les hommes se reveillent et
+s'attachent a quelque chose, c'est avec passion. Dans ce neant ou
+etaient tombees les opinions, les partis et toutes les autorites, on
+etait demeure quelque temps sans s'attacher a rien. Le degout des
+hommes et des choses etait universel. Mais a l'apparition de l'individu
+extraordinaire que l'Orient venait de rendre a l'Europe d'une maniere si
+imprevue, tout degout, toute incertitude venaient de cesser. C'est
+sur lui que se fixerent sur-le-champ les regards, les voeux et les
+esperances. Tous les generaux, employes ou non employes, patriotes ou
+moderes, tous accoururent chez Bonaparte. C'etait naturel, puisqu'il
+etait le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mecontente.
+En lui elle semblait avoir trouve un vengeur contre le gouvernement.
+Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgracies
+pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi aupres du
+nouvel arrive. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre,
+et en realite observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.
+
+Bonaparte avait amene Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient
+pas. Bientot Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,
+Lefebvre, Marbot, malgre des differences d'opinions, se montrerent
+aupres de lui. Moreau lui-meme fit bientot partie de ce cortege.
+Bonaparte l'avait rencontre, chez Gohier. Sentant que sa superiorite lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla a Moreau, lui temoigna
+son impatience de le connaitre, et lui exprima une estime qui le toucha
+profondement. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et
+parvint a le gagner tout a fait. En quelques jours Moreau fut de sa
+cour. Il etait mecontent aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur presume. A ces guerriers illustres se joignirent des
+hommes de toutes les carrieres: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la
+marine, qui venait de parcourir la Mediterranee a la tete des flottes
+francaise et espagnole, homme d'un esprit fin et delie, aussi habile a
+conduire une negociation qu'a diriger une escadre. On y vit aussi M.
+de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mecontentement de
+Bonaparte, pour n'etre point alle en Egypte. Mais M. de Talleyrand
+comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour etre bien
+accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de gout
+l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien
+procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Regnault
+de Saint-Jean-d'Angely, ancien constituant auquel Bonaparte s'etait
+attache en Italie, et qu'il avait employe a Malte, orateur brillant et
+fecond.
+
+Mais ce n'etaient pas seulement les disgracies, les mecontens, qui
+se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y
+montrerent avec le meme empressement. Tous les directeurs et tous les
+ministres lui donnerent des fetes, comme au retour d'Italie. Une grande
+partie des deputes des deux conseils se firent presenter chez lui.
+Les ministres et les directeurs lui decernerent un hommage bien plus
+flatteur, ils vinrent le consulter a chaque instant sur ce qu'ils
+avaient a faire. Dubois-Crance, le ministre de la guerre, avait en
+quelque sorte transporte son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui
+des directeurs qui s'occupait specialement de la guerre, passait une
+partie des matinees avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi.
+Cambaceres, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait
+pour Bonaparte le gout que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprecier le
+merite civil; Fouche, ministre de la police, qui voulait echanger son
+protecteur use, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Real,
+commissaire pres le departement de la Seine, ardent et genereux
+patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, etaient
+egalement assidus aupres de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des
+affaires de l'etat. Il y avait a peine huit jours que le general etait
+a Paris, et deja le gouvernement des affaires lui arrivait presque
+involontairement. A defaut de sa volonte, qui n'etait rien encore,
+on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa reserve accoutumee, il
+affectait de se soustraire aux empressemens dont il etait l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi
+dire qu'a la derobee. Son visage etait devenu plus sec, son teint plus
+fonce. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un
+sabre turc attache a un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la
+bonne fortune de le voir, c'etait un embleme qui rappelait l'Orient, les
+Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison,
+les quatre adjudans de la garde nationale, l'etat-major de la place
+demandaient a lui etre presentes. Il differait de jour en jour, et
+semblait ne se preter qu'a regret a tous ces hommages. Il ecoutait, ne
+s'ouvrait encore a personne, et observait toutes choses. Cette politique
+etait profonde. Quand on est necessaire, il ne faut pas craindre
+d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent a vous, et
+vous n'avez plus qu'a choisir.
+
+Que va faire Bonaparte? etait la question que tout le monde s'adressait.
+Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inevitable a faire. Deux
+partis principaux, et un troisieme, subdivision des deux autres,
+s'offraient a lui, et etaient disposes a le servir, s'il adoptait leurs
+vues: c'etaient les patriotes, les moderes ou politiques, enfin les
+_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de
+toutes les factions.
+
+Les patriotes se defiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais
+avec leur gout de detruire, et leur imprevoyance du lendemain, ils
+se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf a s'occuper
+ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les
+forcenes, qui, toujours mecontens de ce qui existait, regardaient le
+soin de detruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes,
+ceux qu'on pouvait appeler les republicains, se defiaient de la renommee
+du general, voulaient tout au plus qu'on lui donnat place au directoire,
+voyaient meme avec peine qu'il fallut pour cela lui accorder une
+dispense d'age, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allat aux
+frontieres, relever la gloire de nos armes, et rendre a la republique sa
+premiere splendeur.
+
+Les moderes ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et
+surtout celles des jacobins, n'esperant plus rien d'une constitution
+violee et usee, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fit
+sous les auspices d'un homme puissant. "Prenez le pouvoir, faites-nous
+une constitution sage et moderee, et donnez-nous de la securite;"
+tel etait le langage interieur qu'ils adressaient a Bonaparte. Ils
+composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait meme
+beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la revolution,
+voulaient en confier le salut a un homme puissant. Ils avaient la
+majorite dans les anciens, une minorite assez forte dans les cinq-cents.
+Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommee civile, celle de
+Sieyes, et s'y etaient d'autant plus attaches que Sieyes avait ete plus
+maltraite au Manege. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus
+d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'etait la force qu'ils
+cherchaient, et elle etait bien plus grande dans un general victorieux
+que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fut.
+
+Les _pourris_ enfin etaient tous les fripons, tous les intrigans qui
+cherchaient a faire fortune, qui s'etaient deshonores en la faisant, et
+qui voulaient la faire encore au meme prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouche. Il y avait de tout parmi eux, des
+jacobins, des moderes, des royalistes meme. Ce n'etait point un parti,
+mais une coterie nombreuse.
+
+Il ne faut pas, a la suite de cette enumeration, compter les partisans
+de la royaute. Ils etaient trop annules depuis le 18 fructidor, et
+d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'a lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre a
+d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du
+directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis.
+
+Parmi ces differens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les
+patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attaches a ce qui
+existait, se defiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de
+main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien
+fonder avec eux. D'ailleurs ils etaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernieres ardeurs. Les _pourris_
+n'etaient rien, ils n'etaient quelque chose que dans le gouvernement,
+ou ils s'etaient naturellement introduits, car c'est la que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'a ne pas s'en occuper;
+ils devaient venir a celui qui reunirait le plus de chances en sa
+faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de
+l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte put s'appuyer etait celui
+qui, partageant les besoins de toute la population, voulut mettre la
+republique a l'abri des factions, en la constituant d'une maniere
+solide. C'etait la qu'etait tout avenir, c'etait la qu'il devait se
+ranger.
+
+Son choix ne pouvait etre douteux: par instinct seul il etait fait
+d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, degout des
+hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes moderes qui
+voulaient qu'on gouvernat pour eux. C'etait d'ailleurs la nation meme.
+Mais il fallait attendre, se laisser prevenir par les offres des partis,
+et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait
+faire alliance.
+
+Les partis etaient tous representes au directoire. Les patriotes
+avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras.
+Les politiques ou moderes avaient Sieyes et Roger-Ducos.
+
+Gohier et Moulins, patriotes sinceres et honnetes, plus moderes que leur
+parti, parce qu'ils etaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son epee que pour la gloire de la constitution
+de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armees. Bonaparte les
+traitait avec beaucoup d'egards; il estimait leur honnetete, car il l'a
+toujours aimee chez les hommes (c'est un gout naturel et interesse chez
+un homme ne pour gouverner). D'ailleurs, les egards qu'il avait pour eux
+etaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais republicains. Sa
+femme s'etait liee avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle
+avait dit a madame Gohier: "Mon intimite avec vous repondra a toutes les
+calomnies."
+
+Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans
+Bonaparte un successeur inevitable, le detestait profondement. Il aurait
+consenti a le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus meprise
+que jamais par lui, et il en demeurait eloigne. Bonaparte avait pour cet
+epicurien ignorant, blase, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donne a lui et aux siens,
+prouvait assez son degout et son mepris. Il etait difficile qu'il
+consentit a s'allier a lui.
+
+Restait l'homme vraiment important, c'etait Sieyes, entrainant a sa
+suite Roger-Ducos. En appelant Sieyes au directoire au moment du
+30 prairial, il semblait qu'on eut songe a se jeter dans ses bras.
+Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la premiere place en son
+absence; d'avoir fixe un moment les esprits, et d'avoir fait naitre des
+esperances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait
+pas. Quoique fort opposes par le genie et les habitudes, ils avaient
+cependant assez de superiorite pour s'entendre et se pardonner leurs
+differences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions.
+Malheureusement ils ne s'etaient point encore adresse la parole, et deux
+grands esprits qui ne se sont pas encore flattes, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fit
+les premiers pas. Ils se rencontrerent a diner chez Gohier. Bonaparte
+s'etait senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il
+ne crut pas pouvoir les faire envers Sieyes, et il ne lui parla pas.
+Celui-ci garda le meme silence. Ils se retirerent furieux. "Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sieyes; il n'a pas meme salue le membre d'un
+gouvernement qui aurait du le faire fusiller.--Quelle idee a-t-on eue,
+dit Bonaparte, de mettre ce pretre au directoire? il est vendu a la
+Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera a elle." Ainsi, dans
+les hommes de la plus grande superiorite, l'orgueil l'emporte meme sur
+la politique. Si, du reste, il en etait autrement, ils n'auraient plus
+cette hauteur qui les rend propres a dominer les hommes.
+
+Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'interet a gagner,
+etait celui pour lequel il avait le plus d'eloignement. Mais leurs
+interets etaient tellement identiques, qu'ils allaient etre, malgre
+eux-memes, pousses l'un vers l'autre par leurs propres partisans.
+
+Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait
+toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait
+prendre, avait sonde Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir a ce qu'il fut directeur, quoiqu'il n'eut pas l'age
+necessaire. C'etait a la place de Sieyes qu'il aurait voulu entrer au
+gouvernement. En excluant Sieyes, il devenait le maitre de ses autres
+collegues, et etait assure de gouverner sous leur nom. C'etait sans
+doute un succes bien incomplet; mais c'etait un moyen d'arriver au
+pouvoir, sans faire precisement une revolution; et une fois arrive, il
+avait le temps d'attendre. Soit qu'il fut sincere, soit qu'il voulut les
+tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-dela d'une place au directoire, il les sonda et les trouva
+intraitables sous le rapport de l'age. Une dispense, quoique donnee
+par les conseils, leur paraissait une infraction a la constitution. Il
+fallut renoncer a cette idee.
+
+Les deux directeurs Gohier et Moulins, commencant a s'inquieter
+de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques,
+imaginerent de l'eloigner, en lui donnant le commandement d'une armee.
+Sieyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui
+fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie,
+Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir
+pas envie d'y retourner. Enfin il fut decide qu'on l'appellerait pour
+l'inviter a prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armee
+a commander.
+
+Bonaparte, mande, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de
+Barras. Avant qu'on lui eut notifie l'objet pour lequel on l'appelait,
+il prit la parole d'un ton haut et menacant, cita le propos dont il
+avait a se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait
+sa fortune en Italie, ce n'etait pas, du moins, aux depens de la
+republique. Barras se tut. Le president Gohier repondit a Bonaparte que
+le gouvernement etait persuade que ses lauriers etaient la seule fortune
+qu'il eut rapportee d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait a prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le
+choix de l'armee. Bonaparte repondit froidement qu'il n'etait pas encore
+assez repose de ses fatigues, que la transition d'un climat sec a un
+climat humide l'avait fortement eprouve, et qu'il lui fallait encore
+quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication.
+Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir
+lui-meme de leurs defiances.
+
+C'etait un motif de se hater: ses freres, ses conseillers habituels,
+Roederer, Real, Regnault de Saint-Jean-d'Angely, Bruix, Talleyrand, lui
+amenaient tous les jours des membres du parti modere et politique dans
+les conseils. C'etaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe),
+Gaudin, Chazal, Cabanis, Chenier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier,
+Fargues, Daunou. Leur avis a tous etait qu'il fallait s'allier au
+vrai parti, au parti reformateur, et s'unir a Sieyes, qui avait une
+constitution toute faite, et la majorite dans le conseil des anciens.
+Bonaparte etait bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix
+a faire; mais il fallait qu'on le rapprochat de Sieyes, et c'etait
+difficile. Cependant les interets etaient si grands, et il y avait
+entre son orgueil et celui de Sieyes des entremetteurs si delicats,
+si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder a se faire. M. de
+Talleyrand eut concilie des orgueils encore plus sauvages que celui de
+ces deux hommes. Bientot la negociation fut entamee et achevee. Il fut
+convenu qu'une constitution plus forte serait donnee a la France, sous
+les auspices de Sieyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fut explique sur
+la forme et l'espece de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle
+serait republicaine, mais qu'elle delivrerait la France de ce que
+l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits
+puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence.
+
+Un systematique revant l'accomplissement trop differe de ses
+conceptions, un ambitieux voulant regir le monde, etaient, au milieu
+de ce neant de tous les systemes et de toutes les forces, eminemment
+propres a se coaliser. Peu importait l'incompatibilite de leur humeur.
+L'adresse des intermediaires et la gravite des interets suffisaient pour
+pallier cet inconvenient, du moins pour un moment: et c'etait assez d'un
+moment pour faire une revolution.
+
+Bonaparte etait donc decide a agir avec Sieyes et Roger-Ducos. Il
+montrait toujours le meme eloignement pour Barras, les memes egards pour
+Gohier et Moulins, et gardait une egale reserve avec les trois. Mais
+Fouche, habile a deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand
+regret l'eloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et etait
+desole de voir que Barras ne fit rien pour vaincre cet eloignement. Il
+etait tout a fait decide a passer dans le camp du nouveau Cesar; mais
+hesitant, par un reste de pudeur, a abandonner son protecteur, il aurait
+voulu l'y entrainer a sa suite. Assidu aupres de Bonaparte, et assez
+bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il
+tachait de vaincre sa repugnance pour Barras. Il etait seconde par Real,
+Bruix, et les autres conseillers du general. Croyant avoir reussi, il
+engagea Barras a inviter Bonaparte a diner. Barras l'invita pour le
+8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Apres le diner,
+ils commencerent a s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras
+s'attendaient. Barras entra le premier en matiere. Il debuta par des
+generalites sur sa situation personnelle. Esperant sans doute que
+Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il etait malade, use,
+et condamne a renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le
+silence, Barras ajouta que la republique etait desorganisee, qu'il
+fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un president;
+et puis il nomma le general Hedouville, comme digne d'etre elu.
+Hedouville etait aussi inconnu que peu capable. Barras deguisait sa
+pensee, et designait Hedouville pour ne pas se nommer lui-meme. "Quant
+a vous, general, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre a
+l'armee; allez y acquerir une gloire nouvelle, et replacer la France a
+son veritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai
+besoin." Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne repondit rien, et
+laissa la l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole.
+Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg,
+passa dans l'appartement de Sieyes. Il vint lui declarer d'une maniere
+expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus
+qu'a convenir des moyens d'execution. L'alliance fut scellee dans cette
+entrevue, et on convint de tout preparer pour le 18 ou le 20 brumaire.
+
+Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouche, Real et les amis de
+Barras. "Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a
+propose? de faire un president qui serait Hedouville, c'est-a-dire lui,
+et de m'en aller, moi, a l'armee. Il n'y a rien a faire avec un pareil
+homme." Les amis de Barras voulurent reparer cette maladresse et
+chercherent a l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea
+d'entretien, car son parti etait pris. Fouche se rendit aussitot chez
+Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager a aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Des le lendemain matin, Barras courut chez
+Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son
+devouement et sa cooperation a tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte
+l'ecouta peu, lui repondit par des generalites, et a son tour lui parla
+de ses fatigues, de sa sante delabree, et de son degout des hommes et
+des affaires.
+
+Barras se vit perdu et sentit son role acheve. Il etait temps qu'il
+recueillit le prix de ses doubles intrigues et de ses laches defections.
+Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la
+societe du Manege; les republicains, attaches a la constitution de
+l'an III, n'avaient que du mepris et de la defiance pour lui. Les
+reformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme deconsidere, et
+lui appliquaient le mot de _pourri_, imagine par Bonaparte. Il ne lui
+restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains
+emigres caches dans sa cour. Ces intrigues etaient fort anciennes:
+elles avaient commence des le 18 fructidor. Il en avait fait part au
+directoire, et s'etait fait autoriser a les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-revolution. Il s'etait ainsi menage
+le moyen de trahir a volonte la republique ou le pretendant. Il etait
+question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que
+Barras ne fut pas sincere avec le pretendant, car tous ses gouts
+devaient etre pour la republique. Mais savoir au juste les preferences
+de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-etre les ignorait-il
+lui-meme. D'ailleurs, a ce point de corruption, un peu d'argent doit
+malheureusement prevaloir sur toutes les preferences de gout ou
+d'opinion.
+
+Fouche, desespere de voir son patron perdu, desespere surtout de se voir
+compromis dans sa disgrace, redoubla d'assiduites aupres de Bonaparte.
+Celui-ci, se defiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais
+Fouche ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assuree, resolut de vaincre ses rigueurs a force de services. Il avait
+la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait
+partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorite,
+composee de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses
+revelations un parti funeste aux conjures.
+
+Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte etait a Paris, et
+presque tout etait deja prepare. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient
+chaque jour les officiers et les generaux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement a la republique, Augereau par
+jacobinisme, s'etaient rejetes en arriere, et avaient communique
+leurs craintes a tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des
+militaires etait gagnee. Moreau, republicain sincere, mais suspect aux
+patriotes qui dominaient, mecontent du directoire qui avait si mal
+recompense ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caresse,
+gagne par lui, et supportant tres bien un superieur, il declara qu'il
+seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas etre mis dans le secret,
+car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait a etre
+appele au moment de l'execution. Il y avait a Paris les 8e et 9e de
+dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui
+lui etaient devoues. Le 21e de chasseurs, organise par lui quand il
+commandait l'armee de l'interieur, et qui avait compte autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait egalement. Ces regimens demandaient
+toujours a defiler devant lui. Les officiers de la garnison, les
+adjudans de la garde nationale, demandaient aussi a lui etre presentes,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il differait, se reservant de faire
+concourir cette reception avec ses projets. Ses deux freres, Lucien et
+Joseph, et les deputes de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles
+conquetes dans les conseils.
+
+Une entrevue fut fixee le 15 brumaire avec Sieyes, pour convenir du plan
+et des moyens d'execution. Ce meme jour, les conseils devaient donner un
+banquet au general Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce
+n'etait point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait ete proposee en comite secret; mais les cinq-cents, qui,
+dans le premier moment du debarquement, avaient nomme Lucien president,
+pour honorer le general dans la personne de son frere, etaient
+maintenant en defiance, et se refusaient a donner un banquet. Il fut
+decide alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre
+des souscripteurs fut de six a sept cents. Le repas eut lieu a l'eglise
+Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande reserve. Il etait visible qu'on s'attendait a un
+grand evenement, et qu'il etait l'ouvrage d'une partie des assistans.
+Bonaparte fut sombre et preoccupe. C'etait assez naturel, puisqu'au
+sortir de la il allait arreter le lieu et l'heure d'une conjuration. A
+peine le diner etait-il acheve, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour
+des tables, adressa quelques paroles aux deputes, et se retira ensuite
+precipitamment.
+
+Il se rendit chez Sieyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens.
+La, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait a celui qui
+existait. Il fut arrete qu'on suspendrait les conseils pour trois mois,
+qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui,
+pendant ces trois mois, auraient une espece de dictature et seraient
+charges de faire une constitution. Bonaparte, Sieyes et Roger-Ducos,
+devaient etre les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'execution. Sieyes avait la majorite assuree dans les anciens.
+Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formes par
+les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat
+contre la representation nationale. La commission des inspecteurs des
+anciens, toute a la disposition de Sieyes, devait proposer de transferer
+le corps legislatif a Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet,
+ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait a cette mesure en
+ajouter une autre qui n'etait pas autorisee par la constitution, c'etait
+de confier le soin de proteger la translation a un general de son choix,
+c'est-a-dire a Bonaparte. Les anciens devaient lui deferer en meme temps
+le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes
+cantonnees dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le
+corps legislatif a Saint-Cloud. La, on esperait devenir maitre des
+cinq-cents, et leur arracher le decret d'un consulat provisoire.
+Sieyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour meme leur demission de
+directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou
+Moulins. Alors le directoire etait desorganise par la dissolution de
+la majorite; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de
+gouvernement, et on les obligeait a nommer les trois consuls. Ce plan
+etait parfaitement concu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une revolution, deguiser l'illegal autant qu'on le peut, se servir
+des termes d'une constitution pour la detruire, et des membres d'un
+gouvernement pour le renverser.
+
+On fixa le 18 brumaire pour provoquer le decret de translation, et le
+19 pour la seance decisive a Saint-Cloud. On se partagea la tache. Le
+decret de translation, le soin de l'obtenir, fut confie a Sieyes et a
+ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armee et de conduire les
+troupes aux Tuileries.
+
+Tout etant arrete, ils se separerent. Il n'etait bruit de toutes parts
+que d'un grand evenement pres d'eclater. C'est toujours ainsi que cela
+s'etait passe. Il n'y a de revolutions qui reussissent que celles qui
+peuvent etre connues d'avance. Fouche d'ailleurs se gardait d'avertir
+les trois directeurs restes en dehors de la conjuration. Dubois-Crance,
+malgre sa deference pour les lumieres de Bonaparte en matiere de guerre,
+etait chaud patriote; il eut avis du projet, courut le denoncer a Gohier
+et a Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien a une grande
+ambition, mais non encore a une conjuration prete a eclater. Barras
+voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute facon,
+et il se laissait lachement aller aux evenemens.
+
+La commission des anciens, que presidait le depute Cornet, eut la
+mission de tout preparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le
+decret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenetres,
+pour que le public ne fut pas averti par les lumieres du travail de
+nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin
+de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des
+cinq-cents pour onze. De cette maniere, le decret de translation devait
+etre rendu avant que les cinq-cents fussent en seance; et, comme toute
+deliberation etait interdite par la constitution a l'instant ou le
+decret de translation etait promulgue, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'epargnait toute discussion
+embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de differer pour certains
+deputes l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par la que
+ceux dont on se defiait n'arriveraient qu'apres la decision rendue.
+
+De son cote, Bonaparte avait pris toutes les precautions necessaires. Il
+avait mande le colonel Sebastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du regiment. Ce regiment se composait
+de quatre cents hommes a pied et de six cents hommes a cheval. Il
+renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole
+et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel repondit du regiment a
+Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous pretexte de passer une
+revue, sortirait a cinq heures de ses casernes, distribuerait son
+monde, partie sur la place de la Revolution, partie dans le jardin des
+Tuileries, et qu'il viendrait lui-meme, avec deux cents hommes a cheval,
+occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite
+dire aux colonels des autres regimens de cavalerie, qu'il les passerait
+en revue le 18. Il fit dire aussi a tous les officiers qui demandaient
+a lui etre presentes, qu'il les recevrait le matin du meme jour. Pour
+excuser le choix de l'heure, il pretexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les generaux de vouloir bien se trouver rue Chantereine a la meme
+heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp a Lefebvre pour l'engager a
+passer chez lui a six heures du matin. Lefebvre etait tout devoue au
+directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne resisterait pas a son
+ascendant. Il n'avait fait prevenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait
+eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter a diner chez lui le 18 meme,
+avec toute sa famille, et en meme temps, pour le decider a donner sa
+demission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, a
+huit heures, dejeuner rue Chantereine.
+
+Le 18 au matin, un mouvement imprevu de ceux memes qui concouraient a
+le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de generaux et
+d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine,
+sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les deputes
+des anciens couraient a leur poste, etonnes de cette convocation
+si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se
+preparait. Gohier, Moulins, Barras, etaient dans une complete ignorance.
+Mais Sieyes, qui depuis quelque temps prenait des lecons d'equitation,
+et Roger-Ducos, etaient deja a cheval, et se rendaient aux Tuileries.
+
+Des que les anciens se furent assembles, le president de la commission
+des inspecteurs prit la parole. La commission chargee de veiller a
+la surete du corps legislatif avait, dit-il, appris que des projets
+sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule a
+Paris, y tenaient des conciliabules, et y preparaient des attentats
+contre la liberte de la representation nationale. Le depute Cornet
+ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de
+sauver la republique, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'etait de
+transferer le corps legislatif a Saint-Cloud pour le soustraire aux
+attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillite
+publique sous la garde d'un general capable de l'assurer, et de choisir
+Bonaparte pour ce general. A peine la lecture de cette proposition et du
+decret qui la contenait etait-elle achevee, qu'une certaine emotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer;
+Cornudet, Lebrun, Fargues, Regnier, l'appuyerent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assure,
+decida la majorite. A huit heures le decret etait rendu. Il transferait
+les conseils a Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain a
+midi. Bonaparte etait nomme general en chef de toutes les troupes
+contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps
+legislatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et
+des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, etait
+mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir a la barre recevoir
+le decret, et preter serment dans les mains du president. Un messager
+d'etat fut charge de porter sur-le-champ le decret au general.
+
+Le messager d'etat, qui etait le depute Cornet lui-meme, trouva les
+boulevards encombres d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la
+rue Chantereine, remplies d'officiers et de generaux en grand uniforme.
+Tous accouraient se rendre a l'invitation du general Bonaparte. Les
+salons de celui-ci etant trop petits pour recevoir autant de monde,
+il fit ouvrir les portes, s'avanca sur le perron, et harangua les
+officiers. Il leur dit que la France etait en danger, et qu'il comptait
+sur eux pour l'aider a la sauver. Le depute Cornet lui presentant le
+decret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait
+compter sur leur appui. Tous repondirent, en mettant la main sur
+leurs epees, qu'ils etaient prets a le seconder. Il s'adressa aussi a
+Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre,
+avait interroge le colonel Sebastiani, qui, sans lui repondre, lui avait
+enjoint d'entrer chez le general Bonaparte. Lefebvre etait entre avec
+humeur. "Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens
+de la republique, voulez-vous la laisser perir dans les mains de ces
+_avocats_? Unissez-vous a moi pour m'aider a la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voila le sabre que je portais aux
+Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma
+confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout emu, jetons les _avocats_ a la
+riviere!" Joseph avait amene Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi
+il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouche
+n'etait point dans le secret; mais, averti de l'evenement, il avait
+ordonne la fermeture des barrieres, et suspendu le depart des courriers
+et des voitures publiques. Il vint en toute hate en avertir Bonaparte,
+et lui faire ses protestations de devouement. Bonaparte, qui l'avait
+laisse de cote jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses
+precautions etaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrieres,
+ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la
+nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier
+n'avait pas voulu se rendre a son invitation; il en temoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermediaire qu'il se perdrait
+inutilement en voulant resister. Il monta aussitot a cheval pour se
+rendre aux Tuileries, et preter serment devant le conseil des anciens.
+Presque tous les generaux de la republique etaient a cheval a ses cotes.
+Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, etaient derriere
+lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les detachemens du 9e,
+les harangua, et, apres les avoir enthousiasmes, entra dans le palais.
+
+Il se presenta devant les anciens, accompagne de ce magnifique
+etat-major. Sa presence causa une vive sensation, et prouva aux anciens
+qu'ils s'etaient associes a un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens necessaires pour faire reussir un coup d'etat. Il se presenta a
+la barre: "Citoyens representans, dit-il, la republique allait perir,
+votre decret vient de la sauver! Malheur a ceux qui voudraient s'opposer
+a son execution; aide de tous mes compagnons d'armes rassembles ici
+autour de moi, je saurai prevenir leurs efforts. On cherche en vain des
+exemples dans le passe pour inquieter vos esprits; rien dans l'histoire
+ne ressemble au dix-huitieme siecle, et rien dans ce siecle ne ressemble
+a sa fin... Nous voulons la republique..... Nous la voulons fondee sur
+la vraie liberte, sur le regime representatif... Nous l'aurons, je le
+jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes....." Nous le
+jurons tous, repeterent les generaux et les officiers qui etaient a la
+barre. La maniere dont Bonaparte venait de preter son serment etait
+adroite, en ce qu'il avait evite de preter serment a la constitution. Un
+depute voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le president
+la lui refusa, sur le motif que le decret de translation interdisait
+toute deliberation. On se separa sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta a cheval, accompagne de tous les generaux,
+et passa en revue les regimens de la garnison, qui arrivaient
+successivement. Il adressa une harangue courte et energique aux soldats,
+et leur dit qu'il allait faire une revolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient
+dans les rangs. Le temps etait superbe, l'affluence extraordinaire: tout
+semblait seconder l'inevitable attentat qui allait terminer la confusion
+par le pouvoir absolu.
+
+Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la revolution qui se
+preparait, s'etaient rendus en tumulte a la salle de leurs seances. A
+peine reunis, ils avaient recu un message des anciens, contenant le
+decret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient eclate
+a la fois; mais le president Lucien Bonaparte les avait reduites au
+silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de
+deliberer. Les cinq-cents s'etaient separes aussitot; les plus ardens,
+courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour
+s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de resistance. Les
+patriotes des faubourgs etaient en grande agitation, et s'ameutaient
+autour de Santerre.
+
+Pendant ce temps, Bonaparte, ayant acheve la revue des troupes, etait
+rentre aux Tuileries, et s'etait rendu a la commission des inspecteurs
+des anciens. Celle des cinq-cents avait entierement adhere a la
+revolution nouvelle, et se pretait a tout ce qu'on preparait. C'etait la
+que tout devait se faire, sous le pretexte d'executer la translation.
+Bonaparte y siegea en permanence. Deja le ministre de la justice
+Cambaceres s'y etait rendu. Fouche y vint de son cote. Sieyes et
+Roger-Ducos venaient d'y donner leur demission. Il importait d'en avoir
+encore une troisieme au directoire, parce qu'alors la majorite etant
+dissoute, il n'y avait plus de pouvoir executif, et on n'avait plus a
+craindre un dernier acte d'energie de sa part. On n'esperait pas que
+Gohier ni Moulins la donnassent; on depecha M. de Talleyrand et l'amiral
+Bruix a Barras, pour lui arracher la sienne.
+
+Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea
+Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une
+reserve. Lannes fut charge de commander les troupes qui gardaient les
+Tuileries. Bonaparte donna ensuite a Moreau une commission singuliere,
+et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand evenement:
+il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous pretexte
+de veiller a leur surete, et de leur interdire absolument toute
+communication au dehors. Bonaparte fit signifier en meme temps au
+commandant de la garde directoriale de lui obeir, de quitter avec sa
+troupe le Luxembourg, et de venir se rendre aupres de lui aux Tuileries.
+On prit enfin une derniere et importante precaution, avec le secours de
+Fouche. Le directoire avait la faculte de suspendre les municipalites;
+le ministre Fouche, agissant en sa qualite de ministre de la police,
+comme s'il etait autorise par le directoire, suspendit les douze
+municipalites de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par
+ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire,
+ni dans les douze communes qui avaient succede a la grande commune
+d'autrefois. Fouche fit ensuite afficher des placards, pour inviter les
+citoyens a l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans
+ce moment a sauver la republique de ses perils.
+
+Ces mesures reussirent completement. L'autorite du general Bonaparte
+fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eut pas agi
+constitutionnellement en la lui conferant. Ce conseil, en effet, pouvait
+bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef supreme
+de la force armee. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec
+cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jube,
+obeissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe a cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux
+Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier
+et Barras, etaient dans une cruelle perplexite. Moulins et Gohier,
+s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait echappe, s'etaient
+rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir
+ferme avec eux, et former la majorite. Le voluptueux directeur etait
+dans le bain, et apprenait a peine ce que Bonaparte faisait dans Paris.
+"Cet homme, s'ecria-t-il avec une expression grossiere, nous a tous
+trompes." Il promit de s'unir a ses collegues, car il promettait
+toujours, et il envoya son secretaire Bottot aux Tuileries pour aller a
+la decouverte. Mais a peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitte, qu'il
+tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'etait pas
+difficile de lui faire sentir l'impuissance a laquelle il etait reduit,
+et on n'avait pas a craindre qu'il voulut succomber glorieusement en
+defendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune,
+et il consentit a donner sa demission. On lui avait redige une lettre
+qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se haterent de porter
+a Bonaparte. Des cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir
+aupres de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se
+demettre. Reduits a eux seuls, n'ayant plus le droit de deliberer, ils
+ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir
+loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils
+resolurent donc de se rendre a la commission des inspecteurs, pour
+demander a leurs deux collegues, Sieyes et Ducos, s'ils voulaient se
+reunir a eux pour reconstituer la majorite, et promulguer du moins le
+decret de translation. C'etait la une triste ressource. Il n'etait
+pas possible de reunir une force armee, et de venir lever un etendard
+contraire a celui de Bonaparte; des lors il etait inutile d'aller aux
+Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses
+forces.
+
+Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouverent
+Bonaparte entoure de Sieyes, Ducos, d'une foule de deputes et d'un
+nombreux etat-major. Bottot, le secretaire de Barras, venait d'etre fort
+mal accueilli. Bonaparte, elevant la voix, lui avait dit: "Qu'a-t-on
+fait de cette France, que j'avais laissee si brillante? j'avais laisse
+la paix, j'ai retrouve la guerre; j'avais laisse des victoires, j'ai
+retrouve des revers; j'avais laisse les millions de l'Italie, et j'ai
+trouve des lois spoliatrices et la misere. Que sont devenus cent mille
+Francais que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont
+morts!" L'envoye Bottot s'etait retire atterre; mais dans ce moment la
+demission de Barras etait arrivee et avait calme le general. Il dit a
+Gohier et Moulins qu'il etait satisfait de les voir; qu'il comptait
+sur leur demission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour
+s'opposer a une revolution inevitable et salutaire. Gohier repondit avec
+force qu'il ne venait avec son collegue Moulins que pour travailler
+a sauver la republique. "Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec
+quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes
+parts?--Qui vous a dit cela? repliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni
+le courage, ni la volonte de marcher avec elle." Une altercation assez
+vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta
+un billet au general. Il contenait l'avis d'une grande agitation au
+faubourg Saint-Antoine. "General Moulins, dit Bonaparte, vous etes
+parent de Santerre?--Non, repondit Moulins, je ne suis pas son parent,
+mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les
+faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller."
+Moulins repliqua avec force a Bonaparte, qui lui repeta qu'il ferait
+fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit
+en finissant: "La republique est en peril, il faut la sauver... _je le
+veux_. Sieyes et Ducos ont donne leur demission; Barras vient de donner
+la sienne. Vous etes deux, isoles, impuissans, vous ne pouvez rien; je
+vous engage a ne pas resister." Gohier et Moulins repondirent qu'ils ne
+deserteraient pas leur poste. Ils retournerent au Luxembourg, ou ils
+furent des ce moment consignes, separes l'un de l'autre, et prives de
+toute communication par les ordres de Bonaparte transmis a Moreau.
+Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorte par un
+detachement de dragons.
+
+Il n'y avait donc plus de pouvoir executif! Bonaparte avait seul la
+force dans les mains. Tous les ministres etaient reunis aupres de lui, a
+la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de la, comme
+du seul point ou il existat une autorite organisee. La journee s'acheva
+avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des resolutions desesperees, mais sans croire a la
+possibilite de les executer, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte
+sur les troupes!
+
+Le soir on tint conseil a la commission des inspecteurs. L'objet de ce
+conseil etait de convenir, avec les principaux membres des anciens, de
+ce qu'on ferait le lendemain a Saint-Cloud. Le projet arrete avec
+Sieyes etait de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat
+provisoire. Cette proposition presentait quelques difficultes. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribue a rendre le decret
+de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti
+militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeat a creer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associes; ils auraient voulu
+seulement que l'on composat autrement le directoire, et, malgre l'age de
+Bonaparte, ils auraient consenti a le nommer directeur. Ils en firent
+la proposition. Mais Bonaparte repondit, d'un ton decide, que la
+constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorite plus
+concentree, et surtout un ajournement de tous les debats politiques qui
+agitaient la republique. La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventose furent donc proposees. Apres une
+discussion assez longue, ces mesures furent adoptees. On choisit
+Bonaparte, Sieyes et Ducos pour consuls. Le projet fut redige et dut
+etre propose le lendemain matin a Saint-Cloud. Sieyes, connaissant
+parfaitement les mouvemens revolutionnaires, voulait qu'on arretat dans
+la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas,
+et eut a s'en repentir.
+
+La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10
+novembre), la route de Saint-Cloud etait couverte de troupes, de
+voitures et de curieux. Trois salles avaient ete preparees au chateau:
+l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisieme
+pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les preparatifs
+devaient etre acheves a midi, mais ils ne purent l'etre avant deux
+heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la revolution
+nouvelle. Les deputes des deux conseils se promenaient dans les jardins
+de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extreme vivacite.
+Ceux des cinq-cents, irrites d'avoir ete deportes en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant meme qu'ils pussent prendre la parole, leur
+demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient
+pour la journee. "Le gouvernement est decompose, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a
+besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommee, y porter
+des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il
+n'ait pas l'age requis, nous y consentons encore." Ces questions
+pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de
+constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations a ce
+sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, deja effrayes la
+veille de ce qui s'etait passe a la commission des inspecteurs, furent
+ebranles tout a fait, en voyant la resistance qui se manifestait dans
+les cinq-cents. Des ce moment, les dispositions du corps legislatif
+parurent douteuses, et le projet de revolution fut tres compromis.
+Bonaparte etait a cheval a la tete de ses troupes; Sieyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelee de six chevaux, qui les attendait
+a la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient
+aussi, se disposant, en cas d'echec, a prendre la fuite. Sieyes, du
+reste, montra dans toute cette scene un rare sang-froid et une grande
+presence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte
+ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier
+individu qui se presenterait pour les haranguer, representant ou
+general, n'importe.
+
+La seance des deux conseils s'ouvrit a deux heures. Dans les anciens,
+des reclamations s'eleverent de la part des membres qui n'avaient pas
+ete convoques la veille pour assister a la discussion sur le decret de
+translation. Ces reclamations furent ecartees, puis on s'occupa d'une
+notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil etait en
+majorite, et pret a deliberer. Aux cinq-cents, la deliberation commenca
+autrement. Le depute Gaudin, qui avait mission de Sieyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la
+republique, et proposa deux choses: premierement de remercier les
+anciens d'avoir transfere le corps legislatif a Saint-Cloud, et
+secondement de former une commission chargee de faire un rapport sur les
+dangers de la republique, et sur les moyens de pourvoir a ces dangers.
+Si cette proposition avait ete adoptee, on avait un rapport tout
+prepare, et on eut propose le consulat provisoire et l'ajournement.
+Mais a peine le depute Gaudin a-t-il acheve de parler, qu'un orage
+epouvantable eclate dans l'assemblee. Des cris violens retentissent; on
+entend de toutes parts: "A bas les dictateurs, point de dictature, vive
+la constitution!--La constitution ou la mort! s'ecrie Delbrel.... Les
+baionnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici." Ces paroles
+sont suivies de nouveaux cris. Quelques deputes furieux repetent
+en regardant le president Lucien: "Point de dictature, a bas les
+dictateurs!" A ces cris insultans, Lucien prend la parole. "Je sens
+trop, dit-il, la dignite de president pour souffrir plus long-temps les
+menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle a l'ordre."
+Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Apres une
+longue agitation, le depute Grandmaison propose de preter serment a la
+constitution de l'an III. La proposition est aussitot accueillie. On
+demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopte.
+Chaque depute vient a son tour preter serment a la tribune, aux cris et
+aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est oblige lui-meme de
+quitter le fauteuil, pour preter le serment qui ruine les projets de son
+frere.
+
+Les evenemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une
+commission pour ecouter des projets de reforme, les cinq-cents pretaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ebranles etaient
+prets a reculer. C'etait une revolution manquee. Le danger etait
+imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, etaient a
+Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de
+leur cote. Bonaparte et Sieyes arretent sur-le-champ qu'il faut agir, et
+ramener a soi la masse flottante. Bonaparte se decide a se presenter aux
+deux conseils a la tete de son etat-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: "Vous voila dans une jolie position!--Les
+affaires etaient en bien plus mauvais etat a Arcole," lui repond
+Bonaparte; et il se rend a la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblees. Parler pour la premiere fois en public est
+embarrassant, effrayant meme pour les esprits les plus fermes, et dans
+les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils evenemens,
+et pour un homme qui n'avait jamais paru a une tribune, ce devait etre
+bien plus difficile encore. Bonaparte, fort emu, prend la parole,
+et d'une voix entrecoupee, mais forte, dit aux anciens: "Citoyens
+representans, vous n'etes point dans des circonstances ordinaires, mais
+sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru
+la republique en danger; vous avez transfere le corps legislatif a
+Saint-Cloud; vous m'avez appele pour assurer l'execution de vos decrets;
+je suis sorti de ma demeure pour vous obeir, et deja on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau
+Cromwell, d'un nouveau Cesar. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel role,
+il m'eut ete facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus
+beau triomphe, et lorsque l'armee et les partis m'invitaient a m'en
+emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont eveille mon zele et le
+votre." Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix emue, le tableau de
+la situation dangereuse de la republique, dechiree par tous les partis,
+menacee d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion
+vers le Midi. "Prevenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux
+choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberte et
+l'egalite...--Parlez donc aussi de la constitution!" s'ecrie le depute
+Linglet. Cette interruption deconcerte un instant le general; mais
+bientot il se remet; et d'une voix entrecoupee il repond: "De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez detruite, en
+attentant, le 18 fructidor, a la representation nationale, en annulant,
+le 22 floreal, les elections populaires, et en attaquant, le 30
+prairial, l'independance du gouvernement. Cette constitution dont vous
+parlez, tous les partis veulent la detruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je
+ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les
+hommes.--Nommez-les, s'ecrient alors les opposans, nommez-les, demandez
+un comite secret." Une longue agitation succede a cette interruption.
+Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'etat ou la
+France est placee, engage les anciens a prendre des mesures qui puissent
+la sauver. "Environne, dit-il, de mes freres d'armes, je saurai vous
+seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'apercois les
+baionnettes, et que j'ai si souvent conduits a l'ennemi; j'en atteste
+leur courage, nous vous aiderons a sauver la patrie. Et si quelque
+orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menacante, si quelque orateur, paye
+par l'etranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais
+a mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagne du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre."
+
+Ces paroles audacieuses etaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens
+les accueillirent tres bien, et parurent ramenes par la presence du
+general. Ils lui accorderent les honneurs de la seance.
+
+Bonaparte, apres avoir rechauffe les anciens, songe a se rendre aux
+cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques
+grenadiers; il entre, mais il les laisse derriere lui au bout de la
+salle. Il avait a parcourir la moitie de l'enceinte pour arriver a la
+barre. A peine est-il arrive au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. "Quoi, s'ecrient une foule de voix, des soldats ici! des
+armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! a bas le tyran!" Un grand
+nombre de deputes s'elancent au milieu de la salle, entourent le
+general, lui adressent les interpellations les plus vives! "Quoi! lui
+dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+fletris... Votre gloire s'est changee en infamie. Respectez le temple
+des lois. Sortez, sortez!" Bonaparte est confondu au milieu de la foule
+qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laisses a la porte, accourent,
+repoussent les deputes, et le saisissent au milieu du corps. On dit que
+dans ce tumulte, des grenadiers recurent des coups de poignard qui lui
+etaient destines. Le grenadier Thome eut ses vetemens dechires. Il est
+tres possible que, dans le tumulte, ses vetemens aient ete dechires,
+sans qu'il y eut la des poignards. Il est possible aussi que des
+poignards fussent dans plus d'une main. Des republicains qui croyaient
+voir un nouveau Cesar, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans etre des
+assassins. Il y a une grande faiblesse a les en justifier. Quoi qu'il
+en soit, Bonaparte est emporte hors de la salle. On dit qu'il etait
+trouble, ce qui n'est pas plus etonnant que la supposition des
+poignards. Il monte a cheval, se rend aupres des troupes, leur dit qu'on
+a voulu l'assassiner, que ses jours ont ete en peril, et est accueilli
+partout par les cris de _vive Bonaparte!_
+
+Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans
+l'assemblee, et se dirige contre Lucien. Celui-ci deploie une fermete et
+un courage rares. "Votre frere est un tyran, lui dit-on; en un jour il
+a perdu toute sa gloire." Lucien cherche en vain a le justifier. "Vous
+n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa
+conduite, vous faire connaitre sa mission, repondre a toutes les
+questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous etes reunis.
+Ses services meritaient du moins qu'on lui donnat le temps de
+s'expliquer.--Non, non, a bas le tyran! s'ecrient les patriotes furieux.
+Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!" Ce mot etait terrible, il avait
+perdu Robespierre. Prononce contre Bonaparte, il pouvait peut-etre faire
+hesiter les troupes, et les detacher de lui. Lucien, avec courage,
+resiste a la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant
+qu'on ecoute son frere. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+epouvantable. Enfin, deposant sa toque et sa toge: "Miserables,
+s'ecrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frere! Je
+renonce au fauteuil, et je vais me rendre a la barre pour defendre celui
+qu'on accuse."
+
+Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scene qui se passait
+dans l'assemblee. Il craignait pour son frere; il envoie dix grenadiers
+pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au
+milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est
+par ordre de son frere, et l'entrainent hors de l'enceinte. C'etait le
+moment de prendre un parti decisif. Tout etait perdu si on hesitait. Les
+moyens oratoires de ramener l'assemblee etant devenus impossibles, il
+ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux,
+devant lesquels hesitent toujours les usurpateurs. Cesar hesita en
+passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+decide a faire marcher les grenadiers sur l'assemblee. Il monte a cheval
+avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. "Le
+conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le
+declare. Des assassins ont envahi la salle des seances, et ont fait
+violence a la majorite; je vous somme de marcher pour la delivrer."
+Lucien jure ensuite que lui et son frere seront les defenseurs fideles
+de la liberte. Murat et Leclerc ebranlent alors un bataillon de
+grenadiers, et le conduisent a la porte des cinq-cents. Ils s'avancent
+jusqu'a l'entree de la salle. A la vue des baionnettes, les deputes
+poussent des cris affreux, comme ils avaient fait a la vue de Bonaparte.
+Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_
+s'ecrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et
+dispersent les deputes qui s'enfuient les uns par les couloirs, les
+autres par les fenetres. En un instant la salle est evacuee, et
+Bonaparte reste maitre de ce deplorable champ de bataille.
+
+La nouvelle est portee aux anciens, qui en sont remplis d'inquietude et
+de regrets. Ils n'avaient pas souhaite un pareil attentat. Lucien se
+presente a leur barre, et vient justifier sa conduite a l'egard des
+cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une
+pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on
+s'etait propose. Le conseil des anciens ne pouvait pas decreter a lui
+seul l'ajournement du corps legislatif et l'institution du consulat. Le
+conseil des cinq-cents etait dissous; mais il restait une cinquantaine
+de deputes, partisans du coup d'etat. On les reunit, et on leur fait
+rendre le decret, objet de la revolution qu'on venait de faire. Le
+decret est ensuite porte aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu
+de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sieyes, sont nommes consuls
+provisoires, et revetus de toute la puissance executive. Les conseils
+sont ajournes au 1er ventose prochain. Ils sont remplaces par deux
+commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargees d'approuver les mesures legislatives que les trois consuls
+auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont charges de
+rediger une constitution nouvelle.
+
+Telle fut la revolution du 18 brumaire, jugee si diversement par les
+hommes, regardee par les uns comme l'attentat qui aneantit l'essai de
+notre liberte, par les autres comme un acte hardi, mais necessaire, qui
+termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la revolution,
+apres avoir pris tous les caracteres, monarchique, republicain,
+democratique, prenait enfin le caractere militaire, parce qu'au milieu
+de cette lutte perpetuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se
+constituat d'une maniere solide et forte. Les republicains gemissent
+de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement verse pour
+fonder la liberte en France, et ils deplorent de la voir immolee par
+l'un des heros qu'elle avait enfantes. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La revolution, qui devait nous donner la liberte, et qui a
+tout prepare pour que nous l'ayons un jour, n'etait pas, et ne devait
+pas etre elle-meme la liberte. Elle devait etre une grande lutte contre
+l'ancien ordre de choses. Apres l'avoir vaincu en France, il fallait
+qu'elle le vainquit en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberte. On eut un moment de liberte
+sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire
+devint menacant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit
+les Tuileries au 10 aout; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui
+lui donnaient des defiances; quand au 21 janvier il obligea tout le
+monde a se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang
+royal; quand il obligea, en aout 93, tous les citoyens a courir aux
+frontieres, ou a livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-meme sa
+puissance, et la remit a ce grand comite de salut public, compose de
+douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberte? Non; il y avait
+un violent effort de passions et d'heroisme; il y avait cette tension
+musculaire d'un athlete qui lutte contre un ennemi puissant. Apres ce
+moment de danger, apres nos victoires, il y eut un instant de relache.
+La fin de la convention et le directoire presenterent des momens de
+liberte. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait etre que passagerement
+suspendue. Elle recommenca bientot; et au premier revers les partis se
+souleverent tous contre un gouvernement trop modere, et invoquerent un
+bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salue comme souverain,
+et appele au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauve la
+France. Zurich etait un accident, un repit; il fallait encore Marengo et
+Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succes militaires,
+il fallait une reorganisation puissante a l'interieur de toutes les
+parties du gouvernement, et c'etait un chef politique plutot qu'un chef
+militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire etaient
+donc necessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable,
+et que le heros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on
+repondra qu'il venait achever une tache mysterieuse, qu'il tenait, sans
+s'en douter, de la destinee, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce
+n'etait pas la liberte qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas
+exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la
+revolution dans le monde; il venait la continuer en se placant, lui
+plebeien, sur un trone; en conduisant le pontife a Paris pour verser
+l'huile sacree sur un front plebeien; en creant une aristocratie avec
+des plebeiens, en obligeant les vieilles aristocraties a s'associer a
+son aristocratie plebeienne; en faisant des rois avec des plebeiens;
+enfin en recevant dans son lit la fille des Cesars, et en melant un sang
+plebeien a l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en melant enfin
+tous les peuples, en repandant les lois francaises en Allemagne, en
+Italie, en Espagne; en donnant des dementis a tant de prestiges, en
+ebranlant, en confondant tant de choses. Voila quelle tache profonde
+il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle societe allait se
+consolider a l'abri de son epee, et la liberte devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai decrit la premiere crise qui
+en a prepare les elemens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant
+l'erreur, reverant la vertu, admirant la grandeur, tachant de saisir les
+profonds desseins de la Providence dans ces grands evenemens, et les
+respectant des que je croyais les avoir saisis.
+
+
+FIN DU DIXIEME ET DERNIER VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIEME.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+Expedition d'Egypte. Depart de Toulon; arrivee devant Malte; conquete
+de cette ile. Depart pour l'Egypte; debarquement a Alexandrie; prise
+de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chebreiss. Bataille des
+Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en
+Egypte; etablissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir,
+destruction de la flotte francaise par les Anglais.
+
+CHAPITRE XIV.
+
+Effet de l'expedition d'Egypte en Europe. Consequences funestes de la
+bataille navale d'Aboukir.--Declaration de guerre de la Porte.--Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conferences avec
+l'Autriche a Selz. Progres des negociations de Rastadt.--Nouvelles
+commotions en Hollande, en Suisse et dans les republiques italiennes.
+Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire
+a ce sujet.--Situation interieure. Une nouvelle opposition se prononce
+dans les conseils.--Disposition generale a la guerre. Loi sur la
+conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilites. Invasion
+des etats romains par l'armee napolitaine--Conquete du royaume de Naples
+par le general Championnet.--Abdication du roi de Piemont.
+
+CHAPITRE XV.
+
+Etat de l'administration de la Republique et des armees au commencement
+de 1799.--Preparatifs militaires.--Levee de 200 mille
+conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances
+coalisees.--Declaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de
+la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte
+Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Operations
+militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de
+Scherer.--Assassinat des plenipotentiaires francais a Rastadt.--Effets
+de nos premiers revers.--Accusations multipliees contre le directoire.
+--Elections de l'an VII.--Sieyes est nomme directeur, en remplacement de
+Rewbell.
+
+CHAPITRE XVI.
+
+Continuation de la campagne de 1799; Massena reunit le commandement
+des armees d'Helvetie et du Danube, et occupe la ligne de la
+Limmat.--Arrivee de Suwarow en Italie. Scherer transmet le commandement
+a Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-dela du Po et de
+l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armee de Naples; bataille de la
+Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Revolution
+du 30 prairial.--Larevelliere et Merlin sortent du directoire.
+
+CHAPITRE XVII.
+
+Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent
+Larevelliere et Merlin.--Changement dans le ministere.--Levee de toutes
+les classes de conscrits.--Emprunt force de cent millions.--Loi des
+otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des operations en
+Italie; Joubert general en chef; bataille de Novi, et mort de
+Joubert.--Debarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles
+a l'interieur; dechainement des patriotes; arrestation de onze
+journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de declarer la patrie en
+danger.
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+Suite des operations de Bonaparte en Egypte. Conquete de la Haute-Egypte
+par Desaix; bataille de Sediman.--Expedition de Syrie; prise du
+fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siege de
+Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Egypte; bataille d'Aboukir.--Depart de
+Bonaparte pour la France.--Operations en Europe. Marche de l'archiduc
+Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Massena;
+memorable victoire de Zurich; situation perilleuse de Suwarow; sa
+retraite desastreuse; la France sauvee.--Evenemens en Hollande; defaite
+et capitulation des Anglo-Russes; evacuation de la Hollande. Fin de la
+campagne de 1799.
+
+CHAPITRE XIX.
+
+Retour de Bonaparte; son debarquement a Frejus; enthousiasme qu'il
+inspire.--Agitation de tous les partis a son arrivee.--Il se coalise
+avec Sieyes pour renverser la constitution directoriale.--Preparatifs et
+journee du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III;
+institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire.
+
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+
+
+TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS CET OUVRAGE
+
+
+Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.
+
+(Les numeros de pages referent a l'edition originale. Ils ont ete
+retenus ici, bien que la presente edition n'ait pas de pagination)
+
+ ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour delivrer
+ les soldats des gardes-francaises. I, 80.
+ Les Suisses faits prisonniers le 10 aout y sont transferes. II, 270.
+ Vingt-quatre pretres sont egorges dans la cour de l'Abbaye, 316-318.
+
+ ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.
+ Ses consequences funestes. 61 et suiv.
+ Autre bataille sanglante livree par Bonaparte dans ce village;
+ details militaires. 304-310.
+
+ ACRE (Saint-Jean d'). Siege de cette ville. (Voyez _Egypte_.)
+
+ ADIGE. Raisons qui determinent Bonaparte a placer ses lignes
+ sur ce fleuve. VIII, 206-207.
+ Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.
+ Arrivee de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.
+
+ ADMINISTRATION. Reorganisation nouvelle de l'administration
+ des vivres. III, 130 et suiv.
+
+ AGIOTAGE. Ce qui l'amene et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334
+ et suiv.
+ Quelques deputes s'y livrent ou sont accuses de s'y livrer. 340-341.
+ On les regarde comme agens de la faction etrangere. 341-342.
+ Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.
+ Reunion des agioteurs au cafe de Chartres. Vaines precautions pour
+ parer aux inconveniens de ce trafic. 193.
+
+ AGRICULTURE. Reglemens du gouvernement revolutionnaire pour
+ l'amelioration de l'agriculture. VI, 87-88.
+
+ AMI DU PEUPLE (l'), journal redige par Marat, II. 84.
+
+ AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.
+
+ ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre a l'egard de la France, a l'epoque
+ de la revolution. I, 216-217.
+ Sa guerre avec la France et sa preponderance en Europe. VI, 34-48.
+ Elle reste seule ennemie de la France apres la soumission de la Vendee.
+ Sa position politique. VII, 164 et suiv.
+ Alarmes et detresse de l'Angleterre apres nos victoires en Italie et
+ au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.
+ Situation embarrassante de l'Angleterre apres les preliminaires de
+ Leoben, Nouvelles negociations de paix. IX, 141-145.
+ Conferences de Lille. 235-245.
+ Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,
+ 61 et suiv.
+
+ AOUT (10). Details circonstancies de cette journee. II, 234-257, 258 et suiv.
+ Fete de l'anniversaire de cette journee. IV, 353-357.
+
+ APPEL AU PEUPLE. Il est propose et discute dans la convention lors du
+ proces du roi. III, 230 et suiv.
+
+ APPROVISIONNEMENT. Difficultes qui empechent l'approvisionnement de
+ Paris. I, 108-109.
+
+ ARCOLE. Details de cette bataille. VIII, 367-374.
+
+ ARGONNE. Divers combats sont livres dans cette foret. II, 352 et suiv.
+
+ ARISTOCRATIE. Sa politique apres le 14 juillet. I, 116-117.
+
+ ARMEE. Etat de l'armee et revoltes des troupes dans diverses provinces.
+ I, 245 et suiv.
+
+ ARMEE REVOLUTIONNAIRE (l') est organisee. V, 58-60.
+ Est licenciee. VI, 9.
+
+ ARMEES. Dispositions de nos armees pour s'opposer a l'invasion
+ etrangere. II, 294 et suiv.
+
+ ARMOIRE DE FER. III, 197-198.
+
+ ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la
+ France. 105.
+
+ ASSEMBLEE CENTRALE de resistance a l'oppression, formee a Caen par des
+ deputes des departemens. IV, 206 et suiv.
+
+ ASSEMBLEE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblee nationale_.)
+
+ ASSEMBLEE LEGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.
+ Elle abolit les titres de _sire_ et de _majeste_. 17.
+ Elle fait un decret contre les emigres. 23 et suiv.
+ Rend un decret contre les pretres qui ne pretaient pas le serment
+ civique. 27-28.
+ Suites de cette mesure. 28 et suiv.
+ Requiert les electeurs et princes de l'empire de desarmer les emigres.
+ 34-36.
+ Met en accusation Monsieur et plusieurs autres emigres. 58.
+ Fait un decret pour prevenir toute modification de la constitution. 51.
+ Decrete que la guerre est declaree. 52 et suiv.
+ Se declare en permanence. 88.
+ Decrete la deportation des pretres. 89.
+ Debats relatifs a une lettre ecrite par Lafayette. 111 et suiv.
+ Fait defiler devant elle les attroupemens armes du 20 juin. 131-132.
+ Debats relatifs a l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.
+ Recoit diverses petitions relatives aux evenemens du 20 juin. 146 et
+ suiv.
+ Fait un decret relatif a la levee des departemens. 156.
+ Autre decret sur les gardes nationales. 157.
+ Seance ou elle delibere sur le projet de la commission des Douze, qui
+ est adopte. 159-172.
+ Seance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.
+ Elle declare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure.
+ 179 et suiv.
+ Elle rend le decret de la suspension provisoire du roi. 257.
+ Mesures qu'elle prend apres le 10 aout. 263 et suiv.
+ Decrete la formation d'un camp sous Paris. 265.
+ Organise la police, dite de _surete generale_. 276 et suiv.
+ Elle decrete la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les
+ crimes du 10 aout. 283.
+ Ordonne une levee de trente mille hommes. 304-305.
+ Est dissoute, III, 23.
+
+ ASSEMBLEE NATIONALE. L'assemblee des deputes du tiers-etat prend ce
+ titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.
+ Les communes se constituent en assemblee nationale. 56-57.
+ Elle refuse de se separer, d'apres l'ordre du roi. 67.
+ Declare l'inviolabilite de ses membres. 68.
+ Delibere sur les mandats imperatifs. 73.
+ Nomme un comite des subsistances. 77.
+ Difficultes de sa position. 78.
+ Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.
+ Propose diverses mesures apres les evenemens des 12 et 13 juillet,
+ et demande au roi le renvoi des troupes. 92.
+ Continue le 14 juillet a s'occuper de la constitution,
+ et nomme un comite pour preparer les questions. 93.
+ Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une deputation au roi,
+ Envoie une derniere deputation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101.
+ Elle envoie a l'Hotel-de-Ville une deputation annoncant
+ la reunion du roi avec la nation. 103.
+ Fait une proclamation au peuple, sans resultat. 122.
+ Discute la declaration des droits de l'homme. 125.
+ Abolit les privileges feodaux et les privileges des villes, _ibid._
+ et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.
+ Fait la declaration des droits de l'homme. 136 et suiv.
+ Vote l'unite et la permanence de l'assemblee. 146.
+ Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149.
+ Vote l'heredite de la couronne et l'inviolabilite du roi. 150.
+ Adopte un plan de Necker sur un impot. 157.
+ Debats relatifs a un message du roi. 166-167.
+ Elle declare qu'elle est inseparable du roi et qu'elle sera transportee
+ a Paris. 177.
+ Decrete que les biens du clerge sont a la disposition de l'etat. 187 et
+ suiv.
+ Divise le royaume en departemens. 190.
+ Discussion importante pour determiner a qui appartient le droit de
+ faire la paix et la guerre. 221 et suiv.
+ Elle rend un decret relatif a ce droit. 225.
+ Decrete l'emission de 400 millions d'assignats. 230.
+ Abolit les titres feodaux. 236.
+ Prend des mesures pour empecher l'emigration. 265 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend relativement a la fuite du roi. 283 et suiv.
+ Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a a
+ vaincre. 298-299.
+ Elle rend un decret relatif a l'inviolabilite du roi. 301.
+ Decrete qu'aucun de ses membres ne sera reelu. 305.
+ Acheve le travail de la constitution. 306.
+ Declare, le 30 septembre 1791, que ses seances sont terminees. 308.
+ Reflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.
+ Recapitulation des objections presentees contre la constituante, et
+ refutation. II, 1-10.
+
+ ASSIGNATS. Causes de leur creation. Reflexions sur la nature du
+ numeraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.
+ 400 millions d'assignats forces sont decretes. 230.
+ Une nouvelle creation d'assignats est ordonnee. III, 27.
+ Leur depreciation en 93. IV, 327-329 et suiv.
+ Consequences de leur depreciation sur le commerce et causes de leur
+ avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.
+ Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.
+ Nouvelle creation d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.
+ Leur depreciation augmente. Leur etat apres le 9 thermidor. 270 et
+ suiv.
+ Continuent a se deprecier en 1795. Divers moyens proposes pour les
+ retirer de la circulation. VII, 66-73.
+ Ils continuent a baisser. Leur etat en avril et en mai 1795. 191-193.
+ Divers projets sont proposes pour les retirer et les relever. 194 et
+ suiv.
+ Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopte. 199-202.
+ Nouvelles mesures prises pour remedier a leur depreciation. 242-247.
+ Projet du directoire pour la rentree des assignats et pour subvenir
+ aux besoins du tresor public; ce projet est rejete. Details
+ financiers a ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.
+ Un projet d'emprunt force est adopte. 41 et suiv.
+ La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.
+ La planche en est brisee le 30 pluviose. 109.
+
+ AUGEREAU. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143.
+ Est envoye a Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le
+ commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.
+ Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.
+ Est nomme commandant de l'armee dite d'_Allemagne_, apres la
+ mort de Hoche. 302.
+ Est depossede de son commandement de l'armee d'Allemagne. 370-371.
+
+ AUTRICHE. Causes qui empechent cette puissance de songer a la paix.
+ VII, 135-136.
+
+ BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractere et
+ projets de ce demagogue. VIII, 97-98.
+ Sa conspiration. Il est arrete. 115 et suiv.
+ Est condamne a mort et execute. IX, 33.
+
+ BAILLY. Il est nomme depute. I, 37.
+ Est charge par le tiers-etat de remettre une adresse au roi.
+ Son caractere. 51.
+ Il est arrete a la porte de la salle des communes par les
+ gardes-francaises. 61.
+ Prete le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.
+ Il se maintient a la presidence. 72.
+ Est nomme successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.
+ 103.
+ Difficultes qu'il eprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.
+ Il propose un projet pour vendre les biens du clerge a la fois
+ sans les discrediter. 226-227 et suiv.
+ Details de son proces et de son supplice. V, 170-171.
+
+ BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, presente a la convention. III,
+ 121.
+
+ BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de republique dans le Midi. II, 120
+ et suiv.
+
+ BARBETS. Nom donne a des bandes de partisans piemontais. VIII, 210.
+
+ BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.
+ Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.
+ Accompagne la famille royale de Varennes a Paris. 289-290.
+ S'entend avec la cour. 293 et suiv.
+
+ BARRAS. Est nomme general de l'armee de l'interieur, le 12 vendemiaire.
+ VII, 359.
+ Son caractere. Sa conduite vis-a-vis des autres membres du directoire.
+ IX, 3-4.
+ Il nuisait a la consideration du gouvernement par son luxe et sa
+ prodigalite. 9 et suiv.
+ Est seul epargne dans les accusations dont le directoire etait l'objet.
+ Pourquoi. X, 180 et suiv.
+
+ BARRERE. Il est mis en etat d'accusation. VI, 394, Est decrete
+ d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+ Est nomme depute en l'an V. IX, 148.
+ Sa nomination est abolie. 153.
+
+ BARTHELEMY. Il est nomme directeur a la place de Letourneur. IX, 155 et
+ suiv.
+ Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.
+ Est condamne a la deportation. 285.
+
+ BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.
+
+ BASTILLE (La). Le peuple, seconde par les gardes-francaises, s'empare de
+ la Bastille. I, 95-98.
+
+ BELGIQUE. Divisee en plusieurs partis apres la bataille de Jemmapes.
+ III, 125 et suiv.
+ Des agens du pouvoir executif vont l'organiser revolutionnairement.
+ 294-295.
+ Les Belges murmurent et se revoltent contre l'administration francaise.
+ 327-328.
+
+ BERNADOTTE. Il est nomme general en chef de l'armee du Rhin. X, 140.
+ Donne un plan de campagne au directoire. Ses defauts. 251-252.
+ Il est renvoye du ministere de la guerre. 280-281.
+
+ BERTHIER. General a l'armee d'Italie. VIII, 143.
+
+ BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.
+ Il est incarcere: on ordonne sa liberte, et presque aussitot sa
+ detention est maintenue. 116.
+
+ BICETRE. Les massacres. II, 336-337.
+
+ BIENS DU CLERGE. L'assemblee nationale decrete la vente de 400 millions
+ de biens du clerge. I, 206.
+
+ BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.
+ Il est adopte. VII, 199-202.
+ On commence a le mettre a execution. Ses resultats. 242 et suiv.
+
+ BILLAUD-VARENNES. Un des executeurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329.
+ II donne sa demission de membre du comite de salut public. VI, 289.
+ Est mis en etat d'accusation. 394.
+ Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377.
+ Est decrete d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+
+ BONAPARTE. Officier au siege de Toulon. Propose d'attaquer le fort
+ de l'Eguillette. V, 255 et suiv.
+ Nomme general de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et
+ suiv.
+ Nomme commandant en second de l'armee de l'interieur, la nuit du 12
+ vendemiaire. VII, 360-361.
+ Ses operations militaires dans la journee du 13. 361-367 et suiv.
+ Charge du commandement de l'armee de l'interieur. VIII, 49.
+ Il est nomme commandant de l'armee d'Italie. 125-126.
+ Principales circonstances de la conquete du Piemont. 141-161.
+ Ses negociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au
+ roi de Piemont. 155-157 et suiv.
+ Sa proclamation aux soldats apres les premieres victoires d'Italie. 159.
+ Conquete de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Son entree a Milan. 181 et suiv.
+ Nouvelle proclamation aux soldats a Milan. 188-189.
+ Il reprend Pavie tombee au pouvoir de quelques bandes de paysans.
+ 191-193.
+ Entre dans le territoire venitien. 193 et suiv.
+ Son entrevue avec divers envoyes venitiens. 202 et suiv.
+ Il signe un armistice avec Naples. 212-213.
+ Penetre dans les Etats romains et en Toscane. 214 et suiv.
+ Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour reparer cet echec.
+ 278 et suiv.
+ Sa victoire de Lonato. 283-286.
+ De Castiglione. 288 et suiv.
+ Suite de ses operations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.
+ Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.
+ Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.
+ Il fait conclure la paix avec Naples et Genes. Ses negociations avec
+ le pape. 345-351.
+ Il organise la republique cispadane. 352 et suiv.
+ Sa position perilleuse a l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.
+ Details militaires. 255-364-367-379.
+ Sa conduite a l'armee contre les fournisseurs. Sa politique a
+ l'egard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.
+ Ses dispositions militaires a la bataille de Rivoli. 411-414-423.
+ Il prend Mantoue. 425 et suiv.
+ Reflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.
+ Sa conduite politique et militaire en Italie apres l'affaire de
+ Rivoli. Il marche contre les Etats romains et fait signer au pape
+ le traite de Tolentino, IX, 50-55.
+ Sa conduite envers les pretres francais retires en Italie. 55-56.
+ Il negocie inutilement avec Venise. 58-60.
+ Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.
+ 60-67.
+ Se rend maitre du sommet des Alpes. 68-71.
+ Son entrevue avec les envoyes venitiens. Il ecrit a leur gouvernement
+ une lettre menacante. 79-86.
+ Marche sur Vienne. Sa lettre a l'archiduc Charles. Son entree a
+ Leoben. 86-90.
+ Il signe les preliminaires de paix a Leoben. 91-102.
+ Retourne en Italie et detruit la republique de Venise. Details de sa
+ conduite politique et militaire. 116-131.
+ Il propose le secours de son armee au directoire menace. 193-194.
+ Donne, le 14 juillet 1797, une fete aux armees. Envoie au directoire
+ les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.
+ Ses negociations avec l'Autriche apres les preliminaires de Leoben.
+ 230-235.
+ Ses negociations a Udine sont entravees par le directoire. Son
+ mecontentement. 311 et suiv.
+ Ses travaux en Italie. Il fonde la republique cisalpine. 314-318.
+ Se rend l'arbitre des differends entre les pays de la Valteline et
+ les Grisons. 321-322.
+ Conseils qu'il donne aux Genois sur leur constitution. 322-323.
+ Il forme divers etablissemens dans la Mediterranee. 323-326.
+ Suite de ses negociations avec l'Autriche a Udine. Ses entrevues
+ avec M. de Cobentzel. Il signe le traite de Campo-Formio. 328-335.
+ Il est nomme general en chef de l'armee d'Angleterre. 338-339.
+ Se dispose a quitter l'Italie. Ses dernieres dispositions pour les
+ affaires de ce pays. 339 et suiv.
+ Il arrive a Paris. Reception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.
+ Fete. 343-350.
+ Suite de son sejour a Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.
+ Il est charge de la descente en Angleterre. Sa repugnance pour
+ cette expedition. 362 et suiv.
+ Il propose un projet d'expedition en Egypte. Le directoire l'agree.
+ Details sur les preparatifs. 408-419.
+ Il s'embarque a Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.
+ Il s'empare de l'ile de Malte. 4-8.
+ Arrive a Alexandrie et s'en rend maitre. 11-13.
+ Ses plans pour effectuer la conquete. Sa lettre au pacha. Discours
+ a ses soldats. 23-27.
+ Ses premieres operations politiques et militaires. 27 et suiv.
+ Il s'etablit au Caire apres la bataille. Suite de ses operations
+ politiques et militaires. 42 et suiv.
+ Il fonde l'Institut d'Egypte. 48 et suiv.
+ Proclamation aux soldats, apres la defaite d'Aboukir. 58.
+ Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,
+ et commence le siege de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.
+ Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.
+ Revient en Egypte. Va de la a Aboukir, ou il remporte une sanglante
+ victoire sur les Turcs. 300-304-310.
+ Recoit des nouvelles d'Europe, et part secretement pour la France.
+ 311-312.
+ Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous
+ les partis a son arrivee a Paris. 336 et suiv.
+ Sa conduite politique a Paris. Il se coalise avec Sieyes pour
+ renverser la constitution directoriale. 345-350.
+ Son entrevue avec Sieyes pour convenir de l'execution de leur plan.
+ 353-356 et suiv.
+ Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. )
+ Est nomme consul provisoire. 383-384.
+
+ BONCHAMPS (De). Chef vendeen. IV, 90-91.
+ Il est blesse a mort. V, 121.
+ Fait delivrer les prisonniers. 122.
+
+ BORDEAUX. Les federalistes y sont soumis. V, 132-133.
+
+ BOUCHOTTE. Est nomme ministre de la guerre. IV, 44.
+
+ BOUILLE. Sa position au milieu des partis. Son caractere. I, 201-202.
+ Il soumet des regimens revoltes. Ses projets. 246-248.
+ Il arrive trop tard a Varennes pour sauver le roi. 288-289.
+ Il ecrit a l'assemblee, et prend sur lui-meme le projet de
+ Fuite du roi. 294-295.
+
+ BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.
+
+ BRETAGNE (La). Est contraire a la revolution. IV, 78-79.
+ Etat de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.
+ Plusieurs chefs signent leur soumission a la republique. 159-160
+ et suiv.
+ Etat de ce pays apres la premiere pacification. De nouveaux
+ Troubles s'y preparent. 263 et suiv.
+ Expedition de Quiberon. 269-275-318.
+
+ BREZE. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.
+
+ BRIENNE (De). Il est nomme ministre. I, 12.
+ Mande le parlement a Versailles pour un lit de justice. 16.
+ Il negocie avec le parlement. 17.
+ Ses embarras. 19.
+ Se retire du ministere. 23.
+ On brule son effigie. 35.
+
+ BRIGANDS. Terreur mal fondee que leur nom repand dans toute
+ la France. I, 122-123.
+
+ BROGLIE (Le marechal de). Recoit le commandement des
+ troupes. I, 82.
+
+ BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Egypte. X, 3.
+ Ses fautes et son courage a la bataille d'Aboukir. Il est tue. 51-57.
+
+ BRUMAIRE (18). Preparatifs et journee du 18 brumaire. X.
+ 353-356-359-373.
+
+ BRUNE. Nomme general en chef de l'armee de Hollande. X, 140.
+
+ BRUNSWICK (Le prince de). On repand un manifeste de ce
+ prince. II, 217.
+
+ CALENDRIER. Il est reforme. V, 188-190.
+
+ CALONNE (De). Arrive au ministere. I, 10.
+ Son caractere, la confiance aveugle qu'il inspire. Il reunit les
+ notables. 11.
+ Ecrit au roi pour justifier l'Angleterre accusee d'exciter des
+ troubles. 220.
+
+ CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.
+ Il en fait decreter trois par l'assemblee. 136.
+
+ CAMP DE CESAR. Il est evacue par les Francais. IV, 352.
+
+ CAMPO-FORMIO. Traite de ce nom. Joie qu'il inspire en France.
+ IX, 334 et suiv.
+
+ CAMUS. Propose de reduire toutes les pensions du clerge a un
+ taux infiniment modique. I, 189.
+
+ CARNOT. Il est membre du comite de salut public. IV, 391.
+ Dirige toutes les operations militaires. V, 100 et suiv.
+ Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comite de salut public.
+ VII, 99 et suiv.
+ On n'ose pas le decreter a cause de ses services. 234.
+ Est nomme directeur a la place de Sieyes, qui avait refuse.
+ VIII, 10 et suiv.
+ Vices de son plan d'operations militaires en Italie. 185 et suiv.
+ Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.
+ Caractere de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.
+ Il se rend suspect a tous les partis et a ses collegues du
+ directoire. 259-261.
+ Prend la fuite le 18 fructidor. 278.
+ Est condamne a la deportation. 285.
+
+ CARRIER. Atroces executions qu'il fait faire a Nantes. VI, 144-148.
+ Il est mis en accusation et envoye au tribunal revolutionnaire. 373-374.
+ Est condamne a mort. 394-395.
+
+ CATHELINEAU. Coopere a la premiere insurrection vendeenne. IV, 84 et
+ suiv.
+ Il est nomme generalissime de l'armee vendeenne. 252.
+
+ CATHERINE THEOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111.
+ Elle est arretee ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.
+
+ CAZALES. Defenseur eloquent de la noblesse. I, 117.
+
+ CERCLES CONSTITUTIONNELS formes par les patriotes en l'an V, pour
+ s'opposer a l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.
+
+ CHALIER. Il se fait remarquer a la tete du club central, a Lyon. IV, 75.
+ Il demande un tribunal revolutionnaire pour Lyon. 76.
+
+ CHAMPIONNET. General a l'armee d'Italie. Ses operations militaires
+ dans les Etats-Romains contre l'armee de Naples. X, 106-113.
+ Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.
+ Resiste aux ordres du directoire. Est destitue. 129.
+ Est nomme general d'une nouvelle armee des Alpes par le
+ Nouveau directoire. 242.
+
+ CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour
+ enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas a l'endroit
+ convenu. II, 191-192.
+ Il demande que les Suisses soient conduits a l'Abbaye. 270.
+
+ CHARETTE, chef vendeen. Son caractere. Il hesite d'abord et se rend aux
+ instances des insurges. S'empare de l'ile de Noirmoutiers. IV,
+ 89-90.
+ Il est amene a negocier avec les republicains pour la paix.
+ VII, 139-142-145.
+ Sa reception triomphale a Nantes. 146.
+ Il continue a preparer la guerre, apres sa soumission. Ses relations
+ avec les princes et les emigres. 162-163.
+ Il se declare de nouveau en guerre. VIII, 26.
+ Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et
+ suiv.
+ Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.
+ Est pris et fusille. 135-136.
+
+ CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de
+ l'armee du Bas-Rhin. VIII, 123.
+ Son plan de campagne apres sa retraite a Neresheim. 298 et suiv.
+ Sa marche contre Jourdan. 300.
+
+ CHATEAU. Le chateau des Tuileries est attaque par le peuple. II, 134 et
+ suiv.
+
+ CHAUMETTE. Procureur-general de la commune. Organise la legislature
+ municipale. IV, 279.
+ Il est arrete. V, 372 et suiv.
+ Sa condamnation et sa mort. 415.
+
+ CHEBREISS. (Combat de) en Egypte. X, 31-33.
+
+ CHENIER (Andre). Sa mort. VI, 200.
+
+ CHENIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus
+ capables de reprimer les royalistes, apres les evenemens du 9 thermidor.
+ VII, 185-188.
+
+ CHOLET. Bataille de ce nom en Vendee. V, 318-322.
+
+ CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.
+
+ CISALPINE (Republique). Organisee par Bonaparte. IX, 314-318.
+ Situation de cette republique en l'an VI. 376 et suiv.
+ Triste etat de cette republique apres le depart de Bonaparte. X, 84-86.
+ Changemens faits a sa constitution. 89 et suiv.
+
+ CISPADANE (Republique). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.
+
+ CLARKE. Mission de ce general a Vienne. VIII, 359.
+ Sa negociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice
+ qu'il proposait est rejete. 380-382 et suiv.
+
+ CLERGE. Il s'oppose a la verification des pouvoirs des communes. I, 45.
+ (Voyez _Tiers-Etat_ et _Verification_.)
+ Vote sa reunion aux communes. 59.
+ La majorite du clerge se reunit aux communes. 65.
+ Il abdique ses privileges. 125.
+ Son role dans l'assemblee. 192.
+ Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.
+ Il s'oppose par divers moyens a l'execution de la constitution civile.
+ 233 et suiv.
+ Une partie du clerge refuse de preter le serment civique. Suite de ce
+ refus. 257-238.
+
+ CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, forme par les deputes de l'opposition
+ du corps legislatif. IX, 16-17.
+ Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses
+ propositions faites au corps legislatif. 151 et suiv.
+ Plans de contre-revolution formes par les clichyens. 156 et suiv.
+ Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.
+ Leurs propositions financieres aux cinq-cents. 165 et suiv.
+ Motion d'ordre de l'un d'eux sur les evenemens de Venise. 176 et suiv.
+ (Voyez _Royalistes_.)
+ Ils tachent de s'opposer aux changemens dans le ministere projetes
+ par le directoire. 203 et suiv.
+ Leurs craintes apres la nomination des ministres et la marche de Hoche.
+ 213 et suiv.
+ Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les preparatifs du
+ directoire. 266 et suiv.
+ Resolutions desesperees qu'ils proposent. 271 et suiv.
+
+ CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblee a
+ faire partie de la federation. I, 235.
+ Preche la republique universelle et le culte de la Raison. V, 195 et
+ suiv.
+ Il est exclu de la societe des jacobins. 228.
+ Est arrete. 372.
+ Son proces et son supplice. 374-379.
+
+ CLUBS. Diverses assemblees se forment sous ce nom. I, 33.
+ Club breton. 119.
+ Leur importance augmente. 213.
+ Ils deviennent dominateurs. II, 12.
+ Les cinq-cents decretent qu'aucune assemblee politique ne serait
+ permise. IX, 218-219.
+
+ CLUB ELECTORAL. Comment il se compose apres le 9 thermidor. VI, 264-265.
+ Il fait une adresse a la convention, pour demander la reconstitution
+ de la municipalite de Paris, etc. 343-345.
+
+ CLUB FRANCAIS. Ce que c'etait. II, 204.
+
+ COALITION. Elle commence a agir avec activite. II, 210 et suiv.
+ Envahit toutes nos frontieres, en 93. IV, 214 et suiv.
+ Le defaut d'union des coalises paralyse leurs forces. 238
+ Etat de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.
+ Tiedeur des puissances coalisees pour les interets des princes
+ francais. 326 et suiv.
+ Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs defauts.
+ X, 141 et suiv.
+
+ COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.
+ Suite de cette communication. 71.
+
+ COBLENTZ. Les emigres se transportent de Turin en cette ville. I, 263.
+ Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.
+
+ COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalises dans le nord.
+ VI, 62.
+
+ COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.
+ Cherche a sauver les ultra-revolutionnaires arretes. V. 302 et suiv.
+ Fait avorter l'insurrection des ultra-revolutionnaires les 15
+ et 16 ventose. 362 et suiv. 370.
+ Tentative d'assassinat sur lui. Elle echoue. Ses consequences. VI, 96
+ et suiv.
+ Il donne sa demission de membre du comite de salut public, 289.
+ Est mis en etat d'accusation. 394.
+ Est decrete d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+
+ COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE. L'assemblee de la mairie
+ prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs seances, des suspects
+ et de l'enlevement des deputes. IV, 116 et suiv.
+
+ COMITE DE DEFENSE GENERALE. Il se reunit pour deliberer sur les moyens
+ de salut public. II, 307-308.
+ Pourquoi il fut etabli. III, 296.
+
+ COMITE CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Necessite de sa creation. Ce que
+ c'etait: l'etendue de ses attributions. IV, 46-48.
+ Il se reunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour
+ remedier a l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.
+ Est charge, apres le 31 mai, de presenter un projet de constitution.
+ 194.
+ Propose des moyens pour arreter l'insurrection des departemens.
+ 202-203.
+ Ses attributions. 276-277.
+ Il perd sa popularite. 281-282.
+ On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-Andre. 282.
+ Est attaque par divers partis apres les echecs de nos armees. V, 51
+ et suiv.
+ La convention declare qu'il conserve sa confiance. 54-55.
+ Sa politique en decembre 93. 231 et suiv.
+ Il fait arreter des ultra-revolutionnaires et des agioteurs. 238 et
+ suiv.
+ Rend des decrets relatifs aux detenus. 359.
+ Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.
+ Projets des membres du comite contre Danton. 383 et suiv.
+ Sa politique apres la mort de Danton et des hebertistes. Il concentre
+ en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.
+ Abolit l'armee revolutionnaire, les ministeres, les societes
+ sectionnaires, etc. 9 et suiv.
+ Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.
+ Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalite avec le comite de
+ surete generale. 111 et suiv.
+ Les divisions continuent. 128-131 et suiv.
+ Les membres ennemis de Robespierre cherchent a s'emparer du pouvoir.
+ 157-159.
+ Feinte reconciliation des comites divises. 161-164.
+ Il est reorganise apres le 9 thermidor. 238-239.
+ Nouvelle epuration. 289-290.
+
+ COMITE INSURRECTIONNEL. II, 190.
+ En communication avec Petion. 191.
+
+ COMITE DE SURETE GENERALE. Il est recompose apres le 9 thermidor. VI,
+ 238.
+
+ COMITE DE SURVEILLANCE. Ce que c'etait. II, 275-276.
+ Il fait executer des arrestations. 306-307.
+ On y arrete le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.
+ Il envoie une circulaire aux departemens pour recommander le
+ meurtre des prisonniers. 337 et suiv.
+ Ordonne des arrestations. III, 4.
+
+ COMITES REVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est reduit dans Paris et les
+ departemens. VI, 258.
+
+ COMITES. On decide qu'ils seront renouveles par quart tous les mois. VI,
+ 237-238.
+ Inconveniens de cette mesure. 256 et suiv.
+ Seize comites sont etablis apres le 9 thermidor. 257 et suiv.
+
+ COMMERCE. Etat facheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.
+
+ COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblees primaires de toute la
+ France arrivent a Paris. Leur reception. IV, 343 et suiv.
+
+ COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose a l'assemblee un projet de salut
+ public. II, 159 et suiv.
+
+ COMMISSIONS. Douze commissions sont instituees par le comite de salut
+ public en remplacement des ministeres. VI, 10 et suiv.
+
+ COMMUNE. Son pouvoir apres le 10 aout. II, 274-275.
+ Elle est chargee de la garde de la famille royale. 278 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.
+ Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.
+ Son opposition avec la convention. Elle est reprimee. 48-49-50.
+ Ses membres sont renouveles. 82.
+ Elle s'oppose a une nouvelle insurrection. 344-345.
+ Demande a la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion
+ de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.
+ Soumet ses registres a la convention. 64.
+ Ordonne une levee de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur
+ les riches. Troubles a ce sujet. 95 et suiv.
+ Se plaint a la convention de l'arrestation d'Hebert et des calomnies
+ dont elle est l'objet. 126-127.
+ Hebert y est couronne. 138-139.
+ Elle est destituee par le comite central revolutionnaire, le 31 mai.
+ 147 et suiv.
+ Une deputation de la commune insurrectionnelle est introduite a la
+ convention. 156 et suiv.
+ Elle se trouve chargee, apres le 31 mai, de toute l'administration
+ interieure. 279.
+
+ CONDE. (Le prince de). Il se met a la tete de six mille emigres. II, 294.
+
+ CONSCRIPTION. Loi sur la conscription decretee en septembre 1798. X,
+ 98-101.
+
+ CONSCRITS. La levee de toutes les classes est ordonnee apres le 30
+ prairial an VII. X, 350.
+
+ CONSEIL EXECUTIF. Nom que prend le ministere apres le 10 aout. II, 263.
+ Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.
+ Sa nouvelle organisation. III, 50-52.
+ Il est aboli. VI, 10.
+
+ CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institue par la constitution de
+ l'an III. VII, 334-335.
+
+ CONSEIL DES CINQ-CENTS. Creation de cette assemblee par la constitution
+ de l'an III. VII, 334.
+ Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et
+ suiv.
+ Premieres operations legislatives en l'an V. Mesures adoptees
+ ou proposees sur les emigres, le culte et les finances, etc. IX,
+ 158-162 et suiv.
+ Il rejette la proposition de Jourdan de declarer la patrie en
+ danger. X, 279-281.
+
+ CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomeration des troupes
+ de Hoche pres de Paris. IX, 248 et suiv.
+ Les conseils sont disperses le 18 fructidor. On leur refuse l'entree
+ du lieu de leurs seances. 279-280.
+ Les deputes attaches au directoire se reunissent a l'Odeon et a
+ l'Ecole de Medecine. Le directoire leur fait part de la conspiration
+ royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs elections, et
+ condamnent a la deportation plusieurs deputes, deux directeurs, des
+ journalistes, etc. 280-281-284-285.
+ Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.)
+
+ CONSPIRATEURS DU 10 AOUT. Ce qu'on entendait par la. II, 280.
+
+ CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.
+ VIII, 105-106.
+
+ CONSTITUTION. Necessite d'une constitution, exprimee par les cahiers;
+ obstacles a vaincre pour l'etablir. I, 74 et suiv.
+ Discussions relatives a l'etablissement de la constitution. 138 et suiv.
+
+ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE. Les principales dispositions de ce projet
+ sont adoptees. Reflexions. I, 232-233.
+
+ CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.
+ Une petition contre cette constitution est repoussee par la convention.
+ 243-244.
+
+ CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales
+ dispositions. VII, 332-337.
+ Elle est acceptee par les votes des sections de toute la France.
+ 346-347.
+ Etat des esprits a l'epoque de son etablissement. VIII, 2 et suiv.
+ Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.
+ Elle est detruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. )
+
+ CONTRE-REVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le
+ midi de la France. VII, 178-182 et suiv.
+
+ CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.
+ Elle declare la royaute abolie en France. 25.
+ Seance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.
+ Elle se divise en cote droit et en cote gauche. 45-46.
+ Se partage en divers comites. 52-53.
+ Debats relatifs a l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.
+ Elle ordonne au comite de legislation de donner son avis sur les
+ formes du jugement de Louis XVI. 107-108.
+ Longues discussions relatives a la mise en jugement de Louis XVI. 159
+ et suiv.
+ Elle declare que le roi sera juge par elle. 195.
+ Discussions sur les formes du proces. _Ibid._ et suiv.
+ Violens debats apres la defense du roi. 226 et suiv.
+ Seances du 14 au 17 janvier, ou fut decretee la mort du roi.
+ 247-248-256.
+ Elle decrete qu'il ne sera pas sursis a l'execution du roi. 258.
+ Declare la guerre a la Hollande et a l'Angleterre. 286.
+ Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298
+ et suiv.
+ Elle rend divers decrets. 333-334.
+ Debats relatifs a l'etablissement du tribunal extraordinaire. 336 et
+ suiv.
+ Terreur de ses membres, menaces d'une insurrection. 342-343.
+ Terribles mesures qu'elle prend pour la surete interieure et
+ exterieure. IV, 23 et suiv.
+ Elle rend divers decrets relatifs aux evenemens de la Belgique et a la
+ famille d'Orleans. 38-39.
+ Discussion au sujet des petitions des sections et des divers actes de
+ la commune. 61 et suiv.
+ Divers decrets relatifs a des petitions de Bordeaux, de Marseille et
+ de Lyon. 108-109.
+ Tumulte a l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.
+ Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de
+ la commune et proteger la representation nationale. 114.
+ Cette commission informe contre la commune et fait quelques
+ arrestations. 122-125.
+ Scenes violentes le 27 mai, a cause de l'attroupement et des petitions
+ des sections armees. 128 et suiv.
+ Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.
+ Violente discussion a ce sujet le lendemain. 135 et suiv.
+ Elle rapporte son decret relatif aux Douze. 137.
+ Seance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.
+ Elle supprime la commission des Douze et decrete plusieurs mesures le
+ 3l mai. 164.
+ Courte seance du 1er juin. 173.
+ Seance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.
+ Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurges. 177.
+ Plusieurs deputes sont maltraites. 180.
+ Elle est arretee par la force armee le 2 juin. 181-182.
+ Vote l'arrestation des deputes designes par la commune. 183.
+ Renouvelle tous les comites apres le 31 mai. 194.
+ Rend d'energiques decrets contre les departemens insurges. 204-205.
+ Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les
+ federalistes. 240-241.
+ Elle decrete la constitution de l'an II. 242-243.
+ Le 7 aout 93 la convention admet les commissaires des departemens et
+ les embrasse en signe de reconciliation. 246 et suiv.
+ Elle decrete la levee en masse. 261-262.
+ Decrets contre la Vendee, les suspects, les etrangers et contre les
+ Bourbons. 288-391-394-395.
+ Elle institue le gouvernement revolutionnaire. V, 56-57.
+ Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendee. 66-68.
+ Debats relatifs a l'arrestation de Danton. 389 et suiv.
+ Elle decrete la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.
+ 394.
+ Laisse tout faire aux comites. VI, 88-96.
+ Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comite de
+ salut public. 113-122 et suiv.
+ Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les
+ menacent. 158-160.
+ Seance du 9 thermidor. 203-211.
+ Suite de la seance. 217 et suiv.
+ Rapport de la loi du 22 prairial. 240.
+ Debats relatifs a l'elargissement des suspects. 247 et suiv.
+ Discussions au sujet de l'accusation portee par Lecointre (de
+ Versailles). 281 et suiv.
+ Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport general sur l'etat de la
+ republique. 291-292.
+ Seance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.
+ Elle rend plusieurs decrets relatifs au commerce. 297 et suiv.
+ Debats relatifs aux societes populaires. 346 et suiv.
+ Vive discussion sur le meme sujet. Un decret est rendu. 351-357.
+ Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien
+ gouvernement. 360 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures financieres et politiques pour remedier a
+ l'etat facheux des affaires apres la terreur. 364 et suiv.
+ Decret reglant les formalites a remplir pour accuser un membre de la
+ convention. 371-372.
+ Querelles suscitees par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.
+ 376 et suiv.
+ Scenes violentes au sujet des evenemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et
+ suiv.
+ Elle rappelle dans son sein plusieurs deputes proscrits. Scene violente
+ a ce sujet. VII, 77 et suiv.
+ Seances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres
+ du comite de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv.
+ Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en
+ demandant du pain. 102 et suiv.
+ Journee du 12 germinal. Dangers de la Convention. Decret de deportation
+ contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrere, etc. Desarmement
+ des patriotes. 108-116 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures pour comprimer la reaction royaliste amenee
+ par le 9 thermidor. Questions financieres. 184-185 et suiv.
+ Le lieu de ses seances est envahi le 1er prairial an III. Scenes
+ diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de
+ plusieurs deputes montagnards. 204-207-221 et suiv.
+ Scene funebre a l'occasion de la mort de Feraud. 256 et suiv.
+ Elle decrete la constitution de l'an III. 332-337.
+ Decrete que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau
+ corps legislatif, et que les assemblees electorales feraient le choix.
+ 338. (Voy. _Decrets_.)
+ Decret indiquant l'epoque des assemblees primaires et electorales pour
+ l'election des nouveaux representans. 347.
+ Elle se declare en permanence le 12 vendemiaire. Attaquee par les
+ sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.
+ Derniere lutte entre les partis de la convention apres le 13
+ vendemiaire. La convention declare que sa session est terminee.
+ 379-385.
+ Recapitulation des principaux actes de cette assemblee. Reflexions.
+ 385-388.
+
+ CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions republicaines. Son
+ enthousiasme pour les girondins. Devouement. IV, 260-262.
+ Elle choisit Marat pour but de son devouement, comme chef des
+ anarchistes. 262.
+ Le 13 juillet, elle se presente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.
+ On repand que ce sont les girondins qui l'ont armee. 266.
+ Details de son proces. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre a
+ Barbaroux. Son supplice. 269-272.
+
+ CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des
+ jacobins. II, 14.
+ Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.
+
+ CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laisse par Puysaye en
+ Bretagne, en qualite de major-general dans les provinces revoltees.
+ VII, 34-35.
+ Ses intrigues politiques. 225 et suiv.
+ Il travaille a la pacification generale. 140 et suiv.
+ Son role dans les negociations avec la Vendee. 144 et suiv.
+ Il engage les chefs chouans de la Bretagne a se soumettre, et signe la
+ paix. Son entree a Rennes. 159-161.
+ Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.
+ Il est arrete par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.
+ Est deporte. VIII, 51.
+
+ CORPS LEGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils apres les
+ elections de l'an V. IX, 153 et suiv.
+
+ COTE DROIT. Ce que c'etait. Qui sont les hommes qui le composaient dans
+ l'assemblee legislative. II, 10-11.
+ Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.
+
+ COUR (La). Elle presse la convocation des etats-generaux, et fixe leur
+ ouverture au 1er mai 1789. I. 23.
+ Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.
+ Projette de conduire le roi a Metz. 159.
+ Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.
+ Ses plans de contre-revolution. 206-207.
+
+ COUTHON. Ses paroles a la tribune le 31 mai. IV, 182.
+ Est nomme membre du comite de salut public. 296.
+ Est envoye en Auvergne par la convention pour soulever les populations
+ contre Lyon. V, 85.
+ Sa conduite au siege de cette ville. 88 et suiv.
+ S'unit etroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.
+ Defend a la tribune les actes du comite. 125.
+ Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre
+ de deputes. Dement a la tribune le projet qu'on leur suppose contre
+ soixante membres de la Convention. 133-134.
+ Ses paroles aux Jacobins. 185.
+ Reclame et obtient l'impression du discours prononce a la tribune par
+ Robespierre, le 8 thermidor. 194.
+ Sa proposition aux Jacobins. 198.
+ Est decrete d'arrestation le 9 thermidor. 210.
+ Est mis hors la loi avec ses complices. 219.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est
+ institue. Details a ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.
+ La commune modifie son arrete sur le culte. Le culte de la _Raison_
+ est aboli. 230.
+ Le comite de salut public songe a l'etablissement d'une religion.
+ Reflexions a ce sujet. VI, 17-21.
+ Reconnaissance de l'Etre-Supreme. 29 et suiv.
+ La restitution des eglises est accordee aux catholiques. VII, 249.
+
+ CUSTINES. Nomme general de l'armee du Nord. IV, 103.
+ Il est battu en mai 93. 220-221.
+ Details de son proces. Il est condamne a mort et execute. V,
+ 69-72-77-78.
+
+
+ DAMPIERRE. Est nomme commandant en chef de l'armee du Nord apres la
+ defection de Dumouriez. IV, 43-44.
+
+ DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.
+ Son caractere et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.
+ Le 10 aout, il excite le peuple a l'insurrection. 235.
+ Il est un des acteurs du 10 aout. 262.
+ Est nomme ministre de la justice. 264.
+ Exposition de ses plans apres le 10 aout. 273.
+ Sa preponderance dans le conseil executif et son influence a Paris.
+ 303 et suiv.
+ Resolu d'empecher toute translation au-dela de la Loire. 304.
+ Resolu de perir dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses
+ ennemis. _Ibid._
+ Il veut faire peur aux royalistes. 309.
+ A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait decreter que l'on
+ sonnera le tocsin. 312-313.
+ Il est nomme depute a la Convention. III, 9.
+ Fait diverses motions a la convention. 32-33.
+ Quitte le ministere sur la decision que les ministres ne seront plus
+ pris dans le sein de la convention. 50.
+ Propose et fait adopter une levee de 30,000 hommes a Paris. 330.
+ Excuse Dumouriez a la Convention. IV, 21-22.
+ Propose de former deux armees, de sans-culottes, l'une pour Paris,
+ l'autre pour la Vendee. 99.
+ On le croit l'auteur cache du mouvement contre les girondins.
+ Sa conversation avec Meilhan. Reflexions sur son caractere. 143 et
+ suiv.
+ Ses paroles a la convention le 31 mai. 153 et suiv.
+ Details sur son caractere politique. Il commence a perdre sa
+ popularite; il attire les defiances sur son caractere. 284 et suiv.
+ Refuse de faire partie du comite de salut public. V, 64-66.
+ Retourne a Paris; soupconne par les revolutionnaires ardens. 210-211.
+ Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.
+ Devient l'objet de la haine des membres du comite de salut public.
+ 383-386.
+ Il est arrete. Suites de son arrestation. 388-389.
+ Debats a la convention relatifs a son arrestation. 389 et suiv.
+ Decrete de mise en accusation. Scenes au Luxembourg avec ses amis
+ prisonniers. 394 et suiv.
+ Il est transfere a la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.
+ Details de son proces et sa mort. 394-412.
+
+ DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hebertistes. V, 394-412.
+
+ DAVID. Ordonnateur de la fete anniversaire du 10 aout, IV, 353-354.
+ Il boira la cigue avec Robespierre. VI, 198.
+ Il est arrete. VII, 235.
+
+ DECRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulevent divers partis contre
+ la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.
+
+ DELESSART. Ce ministre est accuse par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.
+
+ D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrete. Ses papiers et ses revelations a
+ Bonaparte devoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.
+
+ DEPARTEMENS. Division de la France en departemens. I, 190.
+ Divers departemens levent des hommes pour l'execution du decret du
+ camp de 20,000 hommes. II, 156.
+ Opinion de divers departemens sur la marche du gouvernement et les
+ divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.
+ Plusieurs departemens levent des hommes contre les Vendeens. 95.
+ Presque tous sont pres de prendre les armes contre la convention apres
+ le 31 mai. 196 et suiv.
+ Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.
+ Suite du meme sujet. 206 et suiv.
+ Nouveaux details sur l'insurrection. 222-223.
+ Plusieurs departemens se desistent de l'insurrection. Echecs des
+ federalistes. 246-249.
+ Ils sont presque tous soumis. 259-260.
+
+ DEPUTATION. Liste des membres de la deputation de Paris a la convention.
+ III, 9-10.
+
+ DEPUTES. Les deputes decretes d'arrestation apres le 31 mai, se
+ repandent dans les departemens. IV, 198-199.
+
+ DESARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.
+
+ DESERTION. Lois sur la desertion. VIII, 45-46.
+
+ DESEZE. Adjoint a la defense de Louis XVI. III, 219-220.
+ Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.
+
+ DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.
+ Son influence au Palais-Royal. 144-145.
+ Il presente une petition tres hardie. II, 31.
+ Nomme depute a la convention par les electeurs de Paris. III, 9.
+ Passe pour un modere. IV, 286.
+ Censure le comite de salut public dans un pamphlet, et prend la
+ defense du general Dillon, en disant des verites a tout le monde.
+ 287-288.
+ Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Societe. V, 228-229.
+ Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308.
+ Il presente sa defense dans ce journal. 321 et suiv.
+ Il est accuse aux jacobins. 333 et suiv.
+ Continue a attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.
+ Il est arrete. 388-389.
+ Details de son proces. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.
+
+ D'ESPREMENIL. Son caractere. I, 15.
+ Il denonce au parlement un projet ministeriel qui tendait a
+ restreindre sa juridiction, 19-20.
+ Il est arrete en plein parlement. 22.
+ Il propose de faire decreter le tiers-etat. 70.
+ Hue et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.
+
+ D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son
+ caractere. Sa lettre a la reine. I, 160.
+
+ DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est decrete
+ par les conseils, apres le 18 fructidor. IX, 504-509.
+
+ DILLON. Son projet de retraite. II, 341.
+
+ DIMES. Discussions relatives a l'abolition des dimes. I, 130 et suiv.
+ L'abolition est decretee. 132.
+
+ DIRECTOIRE. Pouvoir executif cree par la constitution de l'an III, VII,
+ 335.
+ Nomination des cinq directeurs. Details a ce sujet. VIII, 7-9-11.
+ Situation dangereuse du directoire au commencement de son
+ administration. 12 et suiv.
+ Prend diverses mesures pour remedier a la disette et aux malheurs
+ financiers. 13-15 et suiv.
+ Il est charge de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.
+ Maniere dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le
+ partagent. 48 et suiv.
+ Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.
+ Ses plans militaires. 123 et suiv.
+ Il negocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.
+ Suite. 356 et suiv.
+ Il envoie Clarke en mission a Vienne. 359.
+ Rompt les negociations commencees avec le cabinet anglais. 390.
+ Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.
+ Caractere des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et
+ suiv.
+ Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.
+ Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour
+ l'an V. 150-151 et suiv.
+ Sa lutte avec les conseils apres les elections de l'an V, d'ou resulte
+ le coup d'etat du 18 fructidor. 158 et suiv.
+ Il commence a redouter un vaste complot d'apres l'arrestation du comte
+ d'Entraigues. 182-183 et suiv.
+ Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux
+ des conseils. 184 et suiv.
+ Trois membres, Larevelliere, Rewbell et Barras, prennent la resolution
+ de faire un coup d'etat. 185-188 et suiv.
+ Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.
+ 188 et suiv.; dans les armees. 190.
+ Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;
+ de celle du Rhin 194 et suiv.;
+ de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.
+ Resistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet
+ de la reorganisation du ministere. 200 et suiv.
+ Son embarras sur la decision a prendre au sujet des negociations
+ commencees avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.
+ Ses perils augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des
+ mesures pour reunir a Paris la force armee. 246 et suiv.
+ Repond d'une maniere energique aux reclamations des conseils au sujet
+ de la marche de Hoche. 250 et suiv.
+ Trois des directeurs font les preparatifs du coup d'etat du 18
+ fructidor. 270-272 et suiv.
+ Ils se reunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le
+ resultat de la journee. Leur plan. 273-274 et suiv.
+ Execution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.
+ Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une
+ puissance revolutionnaire. Journee du 18 fructidor. 282-285 et suiv.
+ Reformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux
+ directeurs sont nommes a la place des deportes. 294 et suiv.
+ Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.
+ Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Declare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armee en
+ Suisse. 393 et suiv.
+ Ses dispositions pour remedier aux desordres des republiques
+ italiennes. X, 87-88 et suiv.
+ Il propose et fait decreter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez
+ _Conscription._)
+ Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et
+ suiv.
+ Ses dispositions pour s'opposer a la spoliation des pays allies en
+ Italie. 126 et suiv.
+ Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.
+ Generaux qu'il nomme. 138 et suiv.
+ Accusations dont il est l'objet apres nos premiers revers en 1759.
+ Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.
+ Nomination de Sieyes a la place de Rewbell. 187.
+ Tous les partis se reunissent contre lui apres nos defaites en Italie.
+ (An VII.) 220 et suiv.
+ Division entre les directeurs. 223-224.
+ Revolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.
+ Treilhard, Larevelliere et Merlin en sortent. 228-232-238.
+ Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.
+ Ses premiers actes. 242 et suiv.
+ Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.
+ 245-250.
+ Ses plans de guerre. 251 et suiv.
+ Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.)
+
+ DISETTE. Desordre qu'elle amene le 4 octobre. I, 165-166.
+ Apres la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures
+ que prend la commune pour y pourvoir. Desordres. V, 344-348 et suiv.
+ Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage
+ manquent a Paris. VII, 51 et suiv.
+ Suite du meme sujet. 73 et suiv.
+ Les habitans de Paris sont mis a la ration. Violentes scenes et
+ soulevemens populaires. 79 et suiv.
+
+ DIX AOUT. II, 234 et suiv.
+
+ DROITS FEODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.
+ Difficultes et discussion qu'entraine la proposition de leur
+ abolition. 128-129.
+
+ DROITS DE L'HOMME. Declaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.
+
+ DROUET. Reconnait le roi a Sainte-Menehould et le fait arreter a
+ Varennes. I. 285-286.
+
+ DUBOIS DE CRANCE. Il remplace Bernadotte au ministere de la guerre. X,
+ 281.
+
+ DUCHASTEL. Malade, vote dans le proces de Louis XVI, pour le
+ bannissement. III, 254.
+
+ DUCHENE (Le pere). Journal redige par Hebert. IV, 425.
+
+ DUMOURIEZ. Son caractere. Ses plans militaires. Il est nomme ministre.
+ II, 58 et suiv.
+ Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministere. 60.
+ Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.
+ Extrait de ses memoires, _Ibid._
+ Il devient suspect a la Gironde et est soupconne de dilapidations.
+ 82-85.
+ Conseille au roi de sanctionner deux decrets. 91.
+ Sa fermete dans l'assemblee nationale. 104-105.
+ Il donne sa demission. 105-106.
+ Est nomme general en chef des armees du Nord et du Centre. 291.
+ Cherche a s'opposer a l'invasion des Prussiens. 297.
+ Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.
+ Commencement d'execution de son plan. Les Thermopyles de la France.
+ 345 et suiv.
+ Nouvelles dispositions qu'il prend apres les affaires de l'Argonne.
+ 356 et suiv.
+ Il ecrit a l'assemblee nationale. 359.
+ Ses dispositions apres la retraite des Prussiens. 373 et suiv.
+ Conjectures sur sa mollesse apres avoir sauve le territoire. 375-376.
+ Il se rend a Paris, a la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.
+ Est fete par les artistes, et recoit la visite de Marat. 76-78-79.
+ Repart pour l'armee. 81.
+ Ses plans militaires. 109 et suiv.
+ Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.
+ Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.
+ Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.
+ Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.
+ 134 et suiv.
+ Suite de sa campagne en Belgique; ses succes et ses fautes. 138 et suiv.
+ Son plan de campagne et commencement d'execution. 298 et suiv.
+ Il fait arreter des agens du pouvoir executif. Ses menaces contre le
+ gouvernement. 328-329.
+ Il ecrit une lettre audacieuse a la Convention. Suite de ses actes
+ militaires. IV, 2.
+ Il negocie avec l'ennemi. 13.
+ Ses projets politiques. 14-16.
+ Son traite avec l'ennemi. 18 et suiv.
+ Il devoile entierement ses projets politiques. 27 et suiv.
+ Est mande a la barre de la convention. 31.
+ Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.
+ Plusieurs de ses projets echouent. 33.
+ Il fait arreter quatre deputes de la Convention. 34-35.
+ Sa tete est mise a prix. Troubles a Paris. 36-37.
+ Il est abandonne par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.
+ Considerations sur son caractere et son role politique. 42-43.
+
+ DUPORT. Son caractere. I, 15.
+
+ DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Designe par Lafayette. I, 251.
+
+ DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.)
+
+
+ EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.
+ Ses paroles sur l'echafaud. 270.
+
+ EGYPTE. Projet d'une expedition en Egypte propose par Bonaparte au
+ directoire. Preparatifs secrets. IX, 408-414-419.
+ Etat de l'escadre destinee a porter les troupes. X, 1-3.
+ Route de Toulon a Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.
+ Entree a Alexandrie. 12-13.
+ Description de l'Egypte. Sa geographie. Ses habitans. 13-22.
+ Route dans le desert d'Alexandrie au Caire. Mecontentement des soldats.
+ Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de
+ l'ennemi pres du Caire. 28-31-36.
+ Bataille des Pyramides. 36-41.
+ Fondation de l'Institut d'Egypte. Ses travaux. 48-50.
+ Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.
+ Conquete de la Haute-Egypte par Desaix. Bataille de Sediman. 286-288.
+ Expedition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.
+ 290-291 et suiv.
+ Commencement du siege de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor.
+ 292-297.
+ Retour de l'armee en Egypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.
+
+ ELBEE (d'). Chef vendeen. IV, 90.
+ Il est tue a Cholet. V, 121-124.
+
+ ELECTEURS. Reunis a l'Hotel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.
+ I, 87.
+ Ordonnent la convocation des districts. 88.
+ Composent une municipalite. _Ibid._
+ Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.
+ Un electeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.
+ Les electeurs se partagent en divers comites. I, 108.
+
+ ELECTIONS. Elles se font a Paris et dans les provinces. I, 37.
+ Travaux de l'assemblee nationale sur les elections. 191-192.
+ --Mouvemens a Paris et en France a l'epoque des elections de la
+ convention. III, 8 et suiv.
+ --Preparatifs des elections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,
+ 33-36.
+ --De l'an V. 146 et suiv.
+ --De l'an VI. 404 et suiv.
+ --De l'an VII. X, 183.
+
+ EMIGRATION. Prend une attitude inquietante. I, 263-264.
+ Loi portee sur l'emigration. 268-269.
+
+ EMIGRES. Epoque ou l'emigration commence a devenir considerable. I, 178.
+ Ils levent des corps au nom du roi. 295.
+ Se preparent obstinement a la guerre a Coblentz. Leur connivence
+ avec la cour. II, 20-21 et suiv.
+ Leurs manoeuvres sont denoncees a l'assemblee legislative. 33 et suiv.
+ Debats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux
+ biens des emigres. VIII, 89-90
+
+ EMPRUNT FORCE. Mesures avisees pour son recouvrement. IV, 377 et suiv.
+ Un nouvel emprunt force est propose par le directoire et decrete. Mode
+ de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.
+ Il est ferme, 401.
+ Un nouvel emprunt force est etabli apres la revolution de prairial. X,
+ 246.
+
+ EPAULETIERS (les). Ce que c'etait. V, 318.
+
+ ESPAGNE. La paix est signee avec cette puissance. VII, 318-319.
+ Traite d'alliance offensive et defensive avec la France. VIII, 263-264.
+
+ ETATS-GENERAUX. Provoques par un jeu de mots. I, 14.
+ Renvoyes a cinq ans. 17.
+ Convoques. 23.
+ Leur ouverture. 44.
+
+ ETRANGERS. Ils sont decretes d'arrestation. IV, 394.
+
+ ETRE-SUPREME. Fete a l'Etre-Supreme, le 8 juin 1794. Description et
+ details. VI, 115-118.
+
+ ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.)
+
+ EUROPE. Situation politique de l'Europe et etat des puissances
+ etrangeres au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.
+ Dispositions des souverains de l'Europe a l'egard de la France, apres
+ la fuite du roi a Varennes. 295-296.
+ --Dispositions des souverains etrangers a l'egard de la France. II,
+ 18-19.
+ --Projets des puissances etrangeres a l'egard de la France apres le 10
+ aout. II, 292 et suiv.
+ --Dispositions des puissances etrangeres apres le 21 janvier. III, 271
+ et suiv.
+ Reflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.
+ --Etat de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.
+ --Situation des etats de l'Europe apres la campagne de 1795. VIII, 122
+ et suiv.
+ --Etat de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.
+ --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition
+ contre la France. X, 62 et suiv.
+
+ EVECHE. Reunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.
+ Il s'y tient une assemblee. 138.
+ On y nomme une commission de six membres charges de trouver des moyens
+ de salut public. 139.
+ On y delibere sur une insurrection. 141-142.
+ Les commissaires des sections s'y reunissent le 30 mai. 145.
+ Ce comite d'insurrection est denonce apres le 31 mai. 195.
+
+ EXECUTIONS. Grandes executions des detenus, en juin 1794. VI, 134-138 et
+ suiv.
+ Commandees a Nantes par Carrier. 144-148;
+ a Lyon, a Toulon, a Orange, a Bordeaux, a Marseille, par Freron, Barras
+ et Maignet. 148-149;
+ dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.
+ Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naitre. 153.
+
+ FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.
+
+ FAVRAS (le marquis de). Il est soupconne de comploter contre l'assemblee.
+ Il est regarde comme l'agent de Monsieur. Son proces. I, 195 et suiv.
+ Il est condamne a etre pendu. Sa mort, 203-204.
+
+ FEDERALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.
+
+ FEDERATION. Une federation generale de la France est decidee a la
+ municipalite. I, 234.
+ La reunion generale des federes a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.
+ Description de la fete. _Ibid._
+ Seconde fete de la federation. II, 184 et suiv.
+
+ FERAUD. Ce depute est assassine au sein meme de la convention par les
+ revoltes du 1er prairial. VII, 209-211.
+ Son assassin est arrache au supplice par les patriotes. Suite de cet
+ evenement. 229 et suiv.
+ Honneurs que la convention rend a sa memoire. Seance funebre. Son eloge
+ est prononce par Louvet. 236 et suiv.
+
+ FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.
+ Le club des feuillans oppose aux jacobins. II, 13-14.
+ Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.
+
+ FEVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques epiciers. IV, 313
+ et suiv.
+
+ FINANCES. Etat malheureux des finances. I, 226 et suiv.
+ Etat des finances en 93. Mesures prises pour remedier a leur desordre.
+ IV, 369 et suiv. 383.
+ Etat des finances a la fin de 93. V, 180 et suiv.
+ Etat et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et
+ suiv.
+ Etat des finances apres le 9 thermidor. 270 et suiv.
+ Detresse financiere et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par
+ la convention pour y remedier. VII, 59-66 et suiv.
+ Embarras des finances a l'avenement du directoire (1795). VII, 13 et
+ suiv.
+ Nouveaux details sur les assignats. Creation des mandats. Reflexions
+ sur diverses questions des finances. 106 et suiv.
+ Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.
+ Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour
+ entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du tresor
+ public. IX, 165 et suiv.
+ Le conseil des cinq-cents decrete diverses mesures favorable a ce
+ projet. Les anciens les rejettent. 172-173.
+ Mesures financieres provoquees par le directoire, apres le 18 fructidor.
+ Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.
+ Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.
+ Moyens employes pour fournir aux depenses, prochaines de la campagne de
+ 1799. 130-131.
+
+ FLESSELLES (Le prevot). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.
+ Est accuse de trahison, traine au Palais-Royal et tue d'un coup de
+ pistolet. 98-99.
+
+ FLEURUS. Victoire de ce nom. Evenemens militaires avant et apres la
+ bataille. VI, 169-175 et suiv.
+
+ FOUCHE. Envoye en l'an VI a Milan par le directoire. X, 92-93.
+ Nomme ministre de la police. 272.
+ Se tourne du cote de Bonaparte. 354-355.
+ Il tait la conjuration aux directeurs. 359.
+
+ FOULON et BERTHIER. Ils sont tues par le peuple malgre l'opposition de
+ Lafayette. I, 113-114.
+
+ FOUQUIER-TINVILLE. Idees sanguinaires de cet accusateur public. VI,
+ 137-138 et suiv.
+ Il est mis en accusation. 240.
+
+ FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et a
+ l'epoque de la revolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.
+ Troubles et desordres en France apres le 14 juillet. 122-123.
+ Etat alarmant de la France en aout 1789. 133 et suiv.
+ Etat des esprits et situation politique au commencement de l'annee
+ 1790. 192 et suiv.
+ Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.
+ Situation interieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.
+ Etat interieur de la republique dans l'ete de 1796. VIII, 242 et suiv.
+ Situation interieure et rapports politiques avec l'Europe, apres la
+ retraite de nos armees d'Allemagne. 330 et suiv.
+ Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.
+ Sa situation interieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.
+
+ FREDERIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.
+
+ FRUCTIDOR (18). Journee de ce nom. Principaux details des evenemens. IX,
+ 270-287.
+ Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.
+ Les conseils sont repousses du lieu de leurs seances. 280.
+ Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les decrets que
+ demande le directoire. Des deputes et deux directeurs sont condamnes a
+ la deportation. 280-288.
+ Necessite de ce coup d'etat. Ses consequences. 291 et suiv.
+
+ GARAT. Il cherche a rassurer la convention sur ses craintes. Son
+ discours IV, 130 et suiv.
+
+ GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison a
+ Versailles. Suite de cette fete. I, 162 et suiv.
+
+ GARDE-MEUBLE. Il est vole. Bruits qui coururent sur ce vol et sa
+ destination. III, 6-7.
+
+ GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale,
+ et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.
+ Debats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la
+ garde nationale. IX, 276 et suiv.
+
+ GENES. Paix avec cette republique. VIII, 348.
+
+ GENSONNE. Son rapport a l'assemblee legislative sur les troubles de
+ l'Ouest. II, 26-27.
+
+ GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_.
+
+ GERLE (dom.) Chartreux, propose de declarer la religion catholique la
+ seule religion de l'Etat. I, 208.
+ Il retire sa proposition. 209.
+
+ GERMINAL (journee du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en
+ sont chasses, et ensuite desarmes en execution d'un decret. VII,
+ 106-124.
+
+ GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur role dans l'assemblee legislative.
+ II, 11-13.
+ Ils dominent dans le ministere. 62-82.
+ Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.
+ Leur position a la convention. III, 19 et suiv.
+ Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.
+ Sont accuses de federalisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.
+ Essai de rapprochement et rupture. 21-22.
+ Embarras et facheuse position des girondins apres le 25 fevrier. 320 et
+ suiv.
+ Menaces le 31 mai, se rendent tous armes a la convention. IV, 147.
+ Se reunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.
+ Sont mis en etat d'arrestation. 189-190.
+ Plusieurs sont envoyes devant le tribunal revolutionnaire, et d'autres
+ sont mis en etat d'arrestation. V, 78-79.
+ Circonstances de leur proces. Un decret de circonstance leur ote la
+ parole. 152-163.
+ Ils sont condamnes et executes. 164-167.
+
+ GOHIER. Nomme directeur a la place de Treilhard. X, 232.
+ Representant des patriotes et president du directoire. 337-338.
+ Il complimente Bonaparte a son retour d'Egypte. 338.
+ Sa femme est liee avec Josephine Bonaparte. 346.
+ Il est sonde par Bonaparte, qui voudrait etre directeur, et qui n'a
+ pas l'age necessaire. 348.
+ Altercation avec Bonaparte. 371-372.
+
+ GORSAS. Son arrestation. III, 305.
+
+ GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE. Effets des lois revolutionnaires. V, 128
+ et suiv.
+
+ GRANGENEUVE. Sa proposition a Chabot. II, 191-192.
+
+ GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institue en 93. Ses
+ avantages financiers. IV, 371 et suiv.
+
+ GREGOIRE (l'abbe). Se presente aux communes. I, 55.
+
+ GRENELLE. La poudriere de Grenelle prend feu. VI, 290.
+ Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.
+
+ GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV,
+ 109-110.
+ Propose la destitution des autorites de Paris, et le transfert de la
+ convention a Bourges. 112-113.
+ Son courage a la convention le 31 mai. 157-158.
+
+ GUERRE. Premieres dispositions des armees. II, 76-78.
+ Echec du general Rochambeau. 78 et suiv.
+ Etat des affaires militaires apres le 10 aout. 283 et suiv.
+ Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.
+ Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.
+ Situation de nos armees sur le Rhin et aux Alpes a la fin de 1792. 142
+ et suiv.
+ Evenemens militaires en Belgique. 289 et suiv.
+ Nos armees eprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.
+ Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.
+ IV, 103 et suiv.
+ Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.
+ Etat de l'armee du Nord: _ibid._;
+ de l'armee de la Moselle: 218;
+ du Rhin: _ibid._;
+ d'Italie: 223-224;
+ des Pyrenees: 226 et suiv.;
+ de la Vendee. 229 et suiv.
+ Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.
+ Siege de Mayence. 309-320.
+ Siege de Valenciennes par les ennemis. 320-323.
+ Le camp de Cesar est evacue par les Francais. 351-352.
+ Mouvement des armees en aout 1793. V, 1 et suiv.
+ Etat de l'armee du Rhin. 3-6.
+ Commencement du siege de Lyon 6-10.
+ Marche des troupes ennemies en aout et septembre 1793. 21 et suiv.
+ Victoire de Hondschoote. 24-25.
+ Revers dans le Nord. 27-29.
+ Echec de l'armee des Pyrenees. 32 et suiv.
+ Organisation de l'armee de l'Ouest. 68.
+ L'armee des Alpes repousse les Sardes. 86-87.
+ Progres de l'art de la guerre. Reflexions a ce sujet. 97 et suiv.
+ Suite des operations militaires a a frontiere du Nord. 101-107.
+ Victoire de Wattignies. 108-109.
+ Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.
+ Jonction des armees du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont
+ chasses des frontieres. 146-251.
+ Siege et prise de Toulon par les republicains. 252-261.
+ Reflexions sur cette campagne, et recapitulation des principaux faits.
+ 292 et suiv.
+ Preparatifs en France, de 1793 a 1794, pour la levee, l'equipement et
+ l'armement des armees de terre et de mer. VI, 48-49.
+ Premiers evenemens de la campagne de 1794 aux Pyrenees: 54-56:
+ aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;
+ au Nord. 60-73.
+ Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;
+ en Vendee: 74 et suiv.;
+ en Bretagne contre les chouans: 75-76;
+ aux colonies. Revoltes a Saint-Domingue. 76 et suiv.
+ Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le
+ Vengeur_. 78-82.
+ Reprise des operations militaires en aout 1794. 166 et suiv.
+ Victoire de Fleurus. Evenemens militaires avant et apres la bataille.
+ 169-175.
+ Reprise de Conde, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.
+ Mouvemens de l'armee du Nord.
+ Bataille de l'Ourthe. 306-308.
+ Bataille de la Roer. 309 et suiv.
+ Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.
+ Mouvemens et succes des armees de la Moselle et du Haut-Rhin,
+ commandees par Michaud. 317-318.
+ Situation de l'armee des Alpes et des Pyrenees. 318-320.
+ Suite de la guerre de la Vendee. 320 et suiv.
+ Situation de l'armee en Belgique a la fin de 1794. Prise de Nimegue.
+ VII, 1-7.
+ Projets pour la conquete de la Hollande. 7 et suiv.
+ Notre armee se repand en Hollande par divers points, et occupe tout
+ le pays. 20 et suiv.
+ Suite des operations militaires en Espagne, en Catalogue et aux
+ Pyrenees. 27-29.
+ Etat des armees apres les evenemens de prairial an III. 253 et suiv.
+ Operations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kleber dans le
+ Nord. 253-254.
+ Situation de l'armee des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.
+ Position militaire en Espagne. 257.
+ Expedition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311.
+ Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.
+ Marche retrograde de l'armee de Sambre-et-Meuse. 377-378.
+ Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.
+ Perte des lignes de Mayence. 20-22.
+ Situation des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees vers la fin
+ de l'an IV. 55 et suiv.
+ Details de la bataille de Loano. 58-61.
+ Expedition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.
+ Reflexions sur la campagne de 1795. 76.
+ Campagne de 1796. 140-241-278-326.
+ Etat de l'armee d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141
+ et suiv.
+ Conquete du Piemont. 141-161.
+ Conquete de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Bataille de Lodi. 178 et suiv.
+ Passage du Mincio. 198-200.
+ Entree des Francais dans les Etats-Romains et en Toscane. 214-217.
+ Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.
+ Passage du Rhin par Moreau, et suite des operations militaires. 226 et
+ suiv.
+ Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.
+ Etat de nos armees en Allemagne et en Italie en aout 1796. 241.
+ Reprise des hostilites en Italie. Etat de notre armee. 272.
+ Notre ligne sur l'Adige est forcee. 278-279.
+ Bataille de Lonato. 283-286.
+ Bataille de Castiglione. 288 et suiv.
+ Operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ L'armee de Sambre-de-Meuse est repoussee par l'archiduc. 300-301.
+ Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.
+ Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de
+ Saint-Georges. 308-312-315.
+ Nouvel echec de l'armee de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.
+ Retraite. 316-317 et suiv.
+ Retraite de Moreau. 321-326.
+ Extreme danger de l'armee d'Italie. Bataille d'Arcole.
+ 355-364-367-370-395.
+ Expedition d'Irlande. 379.
+ Reddition du fort de Kelb. 404.
+ Reprise des hostilites en Italie. 405 et suiv.
+ Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.
+ 411-414-423.
+ Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425.
+ Prise de Mantoue. 425 et suiv.
+ Reflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.
+ Reprise de la campagne en l'an V. Etat de l'armee de Sambre-et-Meuse:
+ IX, 45 et suiv.; de l'armee du Haut-Rhin. 46-47.
+ L'armee d'Italie est renforcee. 47-48.
+ Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.
+ Combat de Tarwis. 68-72.
+ Marche sur Vienne. 86 et suiv.
+ Passage du Rhin a Neuwied par Hoche, a Diersheim par Desaix. 103.
+ L'armee de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont reunies en une seule,
+ et le commandement en est donne a Hoche. 298.
+ Expedition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.
+ Expedition d'Egypte. (Voy. _Egypte_). Reprise des hostilites en
+ l'an VII. Une armee napolitaine envahit les Etats Romains. X, 109 et
+ suiv.
+ Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv.
+ Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.
+ Conquete du royaume de Naples. 113-119.
+ Campagne de 1799. Etat de nos forces militaires et plans de guerre.
+ 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.
+ Invasion des Grisons par Massena. 144-145.
+ Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.
+ Distribution de nos armees en Italie. Forces ennemies. Premieres
+ operations de Scherer. Combats sanglans sous Verone. 157-166.
+ Bataille de Magnano. Retraite de Scherer. 164-167.
+ Massena reunit le commandement de l'armee du Danube et d'Helvetie, et
+ occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.
+ Suite de la guerre en Italie. Arrivee de Suwarow. 193 et suiv.
+ Moreau remplace Scherer dans le commandement. Bataille de Cassano.
+ 195-197.
+ Retraite de Moreau au-dela du Po et de l'Apennin. Details de cette
+ belle operation. 197-204.
+ Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.
+ Essai de jonction entre l'armee de Naples et celle de Moreau. 210 et
+ suiv.
+ Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.
+ Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.
+ Reprise de la campagne. Mouvemens de Massena vers les Grandes-Alpes
+ (juillet 1799). 253-254.
+ Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.
+ Joubert arrive a l'armee d'Italie pour remplacer Moreau. Etat de ses
+ forces. Bataille de Novi. 256-265.
+ Debarquement des Anglo-Russes en Hollande. Echec de Brune. 266-268.
+ Nouveau plan du conseil aulique. Description du theatre de la guerre en
+ Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.
+ Desastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.
+ Defaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.
+ Fin de la campagne de 1799. Ses resultats heureux. 331-332.
+
+ HEBERT. Journaliste. Il est arrete. IV, 126.
+ Ses cruautes a l'egard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.
+ Il est arrete avec Ronsin, Vincent et autres. 371.
+ Son proces et sa mort. 374-377-378-379.
+
+ HEBERTISTES. Lutte des hebertistes et des dantonistes. V.
+ 301-324-379-416.
+ Manoeuvres et caracteres de ce parti. 337-338 et suiv.
+ Plusieurs d'entre eux sont arretes. 371 et suiv.
+ Proces et supplice des principaux chefs. 374-379.
+
+ HELVETIQUE (Republique). (Voy. _Suisse_).
+
+ HENRIOT. Il est nomme commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,
+ 148.
+ Fait tirer le canon d'alarme. 150.
+ Barre le passage a la convention le 2 juin. 181-182.
+
+ HERAULT-SECHELLES. Il est decrete de mise en accusation. V, 394.
+ Son proces et sa mort. 398-412.
+
+ HEREDITE. L'heredite du trone est votee. I, 150.
+ Discussions relatives a l'heredite de la couronne. _Ibid._ et
+ suiv.
+
+ HOCHE. Est nomme general de l'armee de la Moselle. V, 97.
+ Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.
+ Il est nomme commandant en chef des armees du Rhin et de la Moselle.
+ 249.
+ Est remplace dans son commandement par Pichegru, et jete en prison par
+ ordre de Saint-Just. VI, 60.
+ Est elargi. 243.
+ Ses operations militaires et politiques en Vendee (1795). VII, 37 et
+ suiv.
+ Suite de ses operations en Bretagne. 149 et suiv.
+ Il cherche a dejouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et
+ suiv.
+ Est nomme commandant de l'armee de l'Ouest. Ses dispositions pour
+ s'opposer a la nouvelle expedition anglaise. VIII, 25 et suiv.
+ Il cherche a amener la pacification definitive de la Vendee. Son plan.
+ 68-69 et suiv.
+ Execution de ses projets. 72 et suiv.
+ Il est nomme commandant de l'armee dite des cotes de l'Ocean. 126.
+ Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendee, et il continue a
+ les executer. 126-127 et suiv.
+ Par ses soins la Vendee et la Bretagne sont entierement soumises.
+ 138-139.
+ Il publie une lettre pour dementir certains bruits qu'on repandait sur
+ lui et sur Bonaparte. 244-247.
+ Conseille une expedition en Irlande. 265.
+ Son expedition en Irlande. 390-395.
+ Est nomme general de l'armee de Sambre-et-Meuse apres la demission de
+ Jourdan. 404.
+ Il passe le Rhin a Neuwied. IX, 103.
+ Ses dispositions politiques favorables au directoire menace. Barras
+ s'adresse a lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Details de
+ ses relations avec le directoire et de ses preparatifs pour cet objet.
+ 196 et suiv.
+ Il est nomme ministre de la guerre en l'an V. 209.
+ Suite de ses preparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.
+ Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le meme
+ objet. 219 et suiv.
+ Ses operations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_).
+ Sa mort. Reflexions sur sa carriere politique et militaire. 298-302.
+
+ HOLLANDE. Conquete de ce pays. VII, 1-23.
+ Esprit public en Hollande a l'arrivee des Francais. 9-13 et suiv.
+ Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la
+ Hollande. 24 et suiv.
+ La paix est signee avec cette puissance. Principales conditions du
+ traite. 130-133.
+ Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.
+ Revolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable a
+ la constitution francaise. 372-375.
+ Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.
+ Debarquement des Anglo-Russes. 266-267.
+ Les Anglo-Russes y sont defaits par Brune et evacuent le pays. 330-331.
+
+ HONDSCHOOTE. Recit de cette victoire, et operations militaires qui la
+ precederent. V. 24-26.
+
+ HOTEL-DE-VILLE. Les electeurs s'y reunissent. I, 78.
+ Confusion qui y regne dans les journees du 13 et du 14 juillet. 90.
+ Arrivee de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.
+ Embarras de l'Hotel-de-Ville apres le 14 juillet. 108-109.
+ Il est force le 4 octobre par des femmes et des hommes armes de piques.
+ 165.
+
+ HOUCHARD. Envoye au tribunal revolutionnaire. V. 96.
+
+ ILE-DIEU. Expedition de ce nom. VIII, 62 et suiv.
+
+ INSTITUT d'Egypte. (Voy. _Egypte_).
+
+ INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les desiraient. I, 118 et suiv.
+
+ INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.
+ Une grande insurrection est fixee pour le 10 aout. 231-232.
+ Celle du 31 mai est arretee. Par qui. IV, 145.
+ Principaux details sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et
+ suiv.
+ Evenemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,
+ 176-180-183-184.
+
+ IRLANDE. Expedition francaise dans ce pays. Elle echoue. VIII, 390-395.
+ Leger echec des Francais en Irlande. X, 102.
+
+ ISNARD. Son discours a l'occasion d'un projet de decret relatif aux
+ emigres. II, 34-36.
+ Sa reponse a la petition de la section de la Fraternite. IV, 127.
+
+ ITALIE. Tableau geographique et politique de cette contree, a l'epoque
+ de la conquete par les Francais. VIII, 161-169.
+ Coup d'oeil sur l'etat de l'opinion publique apres la conquete de la
+ Lombardie. 209 et suiv.
+ Negociations avec divers etats de ce pays. 268 et suiv.
+ Insurrections revolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des
+ Venitiens apres le depart de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.
+ La revolution se propage apres les preliminaires de Leoben. Soulevement
+ a Genes. 134 et suiv.
+ Fondation de la republique cisalpine. Affaires de la Valteline.
+ 314-318-321.
+ Evenemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Fermentation des etats italiens en l'an VI. 380 et suiv.
+ Revolution a Rome, 381-388.
+ Conquete de Naples. (Voy. _Naples_.) Desordres des republiques
+ italiennes alliees. Changemens operes dans la constitution cisalpine. X,
+ 83-89-94.
+ Envahissement des Etats romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.)
+ Revolution du Piemont. 119 et suiv.
+
+ JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.
+ Ils adressent a l'assemblee une petition demandant la decheance du roi.
+ 302.
+ Organisation du club de ce nom. II, 13.
+ Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les
+ projets de guerre. 47-48.
+ Leur projet de deposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.
+ Leur puissance apres le 10 aout. 272-274.
+ Grande puissance de leur club. Les riches equipages qui se pressent a
+ la porte. Affiliations nombreuses. Marat y parait encore etrange. III,
+ 70-73.
+ Agitation qui y regne apres l'accusation de Robespierre, par Louvet, a
+ la convention. 91 et suiv.
+ Font divers projets pour remedier a la disette. 310.
+ Vive discussion au sujet du pillage du 25 fevrier. 315-16.
+ Une populace armee se presente a ce club. 341-342.
+ Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.
+ Projets des jacobins a la suite de la chute des girondins. Mesures
+ qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.
+ Leur role apres le 31 mai. 279 280.
+ Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comite de
+ salut public. 293-296.
+ Seance du 7 aout 179, a laquelle assistent les commissaires des
+ departemens. Discours de Robespierre. 348-349.
+ Decident, sur la motion de Robespierre, que leur societe sera epuree.
+ V, 221-222.
+ Plusieurs membres sont exclus. 228-229.
+ Seance du 6 prairial an II, apres la tentative d'assassinat sur
+ Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.
+ Font une petition a la convention, dirigee indirectement contre les
+ comites. 185 et suiv.
+ Le club est ouvert de nouveau et epure apres le 9 thermidor. 363.
+ Sont reprimes dans les provinces. 334 et suiv.
+ Ceux de Paris tachent de se defendre apres la reaction du 9 thermidor.
+ 335 et suiv.
+ Rumeur au club de Paris, menace d'epuration par la convention. 348 et
+ suiv.
+ Mesures qu'ils prennent pour eluder le decret rendu contre les
+ societes populaires. 258-259.
+ Seances orageuses au club de Paris au sujet du proces de Carrier.
+ 374-375 et suiv.
+ Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scenes
+ violentes dans Paris. 383 et suiv.
+ Leurs seances sont suspendues. Reflexions sur ce club. 388 et suiv.
+ Leur societe etant dissoute, ils se refugient au club electoral.
+ 390-391. (Voy. _Club electoral_.)
+
+ JANVIER (21). Une fete anniversaire de la mort de Louis XVI est
+ instituee par les conseils. La premiere se celebre le 1er pluviose an
+ IV. VIII, 92-93.
+
+ JEAN DE BRY. Propose de juger a la fois Marat et Robespierre. III, 107.
+
+ JEMMAPES. Bataille de ce nom. Evenemens militaires qui y ont rapport.
+ III, 114 et suiv.
+
+ JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des seances de
+ l'assemblee nationale. Les deputes assembles dans le Jeu de Paume
+ pretent le serment de ne pas se separer avant l'etablissement d'une
+ constitution. I, 62-63.
+ On fait louer la salle pour empecher une nouvelle seance. 64-65.
+
+ JEUNESSE DOREE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.
+
+ JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberte des cultes.
+ IX, 162 et suiv.
+
+ JOUBERT. Est nomme par le nouveau directoire commandant de l'armee
+ d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.
+ Est tue a la bataille de Novi. 260.
+
+ JOUR DE L'AN. Ceremonial aboli par l'assemblee legislative a propos des
+ hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.
+
+ JOURDAN. Est nomme general en chef de l'armee du Nord. V, 97.
+ Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roer. VI, 309 et suiv.
+ Manoeuvres du general pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.
+ VIII, 221 et suiv.
+ Passe le Rhin. 228-238 et suiv.
+ Est repousse sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.
+ Est battu a Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.
+ Nomme depute en l'an V. IX, 147-148.
+ Est appele au commandement de l'armee du Danube. X, 140.
+ Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Propose aux cinq-cents de declarer la patrie en danger (17 fructidor
+ an VII). Sa proposition est rejetee. 279-281.
+
+ JOURNAUX. Divers journaux, representant les opinions des partis, sont
+ publies au commencement du directoire. VIII, 54.
+ Licence des journalistes., VIII, 396-397.
+
+ JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de
+ Necker et du duc d'Orleans. Le regiment de Royal-Allemand le disperse.
+ I, 87.
+ Les gardes-francaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le
+ peuple force les barrieres, pille les greniers de Saint-Lazare, et
+ prend des armes au Garde-Meuble. 89.
+ Divers bruits se repandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.
+ Le peuple enleve les canons de l'Hotel des Invalides, et court a la
+ Bastille. 95-96.
+ Suites de ces journees. 98-99.
+
+ JUIN (20). Evenemens de cette journee. Ses causes. II, 124-140.
+ Suites de cette journee. 141 et suiv.
+
+ KAIRE (Le). (Voy. _Egypte_.)
+
+ KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.
+
+ KERSAINT. Donne sa demission a la convention nationale, pour ne pas
+ s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.
+
+ KLEBER. Ses operations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et
+ suiv.
+ Bonaparte lui confie le commandement de l'armee d'Egypte. X. 312.
+
+ KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes emigres, trouvee
+ dans un fourgon du general Klinglin. IX, 194-195.
+
+ LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et
+ echoue. VI, 96-98.
+
+ LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-president de l'assemblee constituante. I,
+ 92.
+ Il est nomme commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.
+ Details sur sa vie et son caractere. I, 110 et suiv.
+ Il donne sa demission, et reprend aussitot le commandement. 114.
+ Declaration des droits. 136 et suiv.
+ Traite de Cromwell. 144.
+ Arrete le peuple sur la route de Versailles. 172.
+ Arrive a Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour
+ contenir le peuple a Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses
+ mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.
+ 172 et suiv.
+ Defend le chateau attaque par les brigands. Montre la reine au peuple.
+ 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.)
+ Traite par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orleans a
+ quitter Paris. 179-180.
+ Punit quelques soldats mutines pour une augmentation de paie. 194-195.
+ Conseille au roi de s'attacher demonstrativement et sincerement au
+ parti populaire. 199.
+ Denonce a la tribune l'influence secrete de l'Angleterre dans les
+ affaires de la revolution. 219-220.
+ Comprime diverses emeutes. 267-268.
+ Disperse les jacobins attroupes au Champ-de-Mars. 302 et suiv.
+ Envoye a l'armee du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.
+ Prend le commandement de l'armee du Centre. 44.
+ Dumouriez s'oppose a ce qu'il ait le commandement general. 77.
+ Sa position au milieu des partis a la fin de 1792. 110 et suiv.
+ Il ecrit une lettre a l'assemblee. 112 et suiv.
+ Se rend a l'assemblee et y expose divers griefs. 146; et suiv.
+ S'assied au banc des petitionnaires. Ses projets en faveur du roi
+ echouent. Il repart pour l'armee. 149 et suiv.
+ Il propose au roi un projet de fuite. 206.
+ Est mis hors d'accusation par l'assemblee. 231.
+ Il fait arreter des commissaires envoyes par l'assemblee. On demande
+ son accusation. Ses projets. 286-287.
+ Il est declare traitre a la patrie et decrete d'accusation. 287.
+ Il est abandonne par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est
+ fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.
+ Son elargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traite de
+ Campo-Formio. IX, 334.
+
+ LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacree. II, 334-335.
+
+ LAMETH. Les deux freres Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117.
+ Ils s'entendent avec la cour. I. 293.
+
+ LAMOURETTE. Eveque constitutionnel de Lyon et depute a l'assemblee
+ legislative. Motion de ce depute. II, 173-174.
+ Effet produit par cette motion. 175.
+
+ LANJUINAIS. Il soutient que le decret qui casse la commission des douze
+ est nul. Tumulte et menaces a ce sujet. IV, 155 et suiv.
+ Son courage a la tribune le 2 juin. 178-179.
+
+ LAREVELLIERE-LEPAUX. Il sort du directoire dans la revolution de prairial
+ an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.
+ (Voy. _Directoire_.)
+
+ LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendeen. IV, 90-91.
+
+ LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ LECOINTRE (de Versailles). Il accuse a la convention les membres des
+ anciens comites. VI, 281 et suiv.
+ Son accusation est declaree fausse et calomnieuse. 288 et 289.
+
+ LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrete apres le 13
+ vendemiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.
+
+ LEOBEN. Preliminaires de paix avec l'Autriche, signes dans cette ville.
+ Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.
+
+ LEOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40
+ et suiv.
+
+ LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tue par un garde-du-corps. III,
+ 265-266.
+
+ LESCURE (De). Chef vendeen. IV, 91.
+ --Il est tue dans un combat. V, 123.
+
+ LETOURNEUR. Son caractere et sa conduite au directoire. IX, 5-6.
+ Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.
+
+ LEVEE EN MASSE. Elle est decretee. IV, 362.
+ Moyen qu'on emploie pour l'execution de cette mesure. 363 et suiv.
+
+ LIDO. Massacre des Francais dans le port de ce nom a Venise. IX, 114 et
+ suiv.
+
+ LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.
+
+ LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.
+ L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.
+ Negociations entamees en cette ville entre la France et l'Angleterre,
+ en messidor an V. IX, 235-243.
+ Rupture de cette conference par le directoire. 310-311 et suiv.
+
+ LINDET (Robert). Il fait a la convention un rapport sur l'etat de la
+ France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.
+
+ LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets ou sont marquees les
+ depenses de Louis XV. I, 230-231.
+
+ LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.
+
+ LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.
+
+ LOMBARDIE. Conquete de ce pays. VIII. 173 et suiv.
+
+ LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.
+
+ LOUIS XVI. Il monte sur le trone. Sou caractere. Ascendant de la reine.
+ I, 6-7.
+ Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.
+ 29 et suiv.
+ Il assiste a l'ouverture des etats-generaux et prononce un discours. 44.
+ Dans la seance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les
+ esprits. 65-66.
+ Ordonne a l'assemblee de se separer sur-le-champ. 66.
+ Repond froidement a l'assemblee nationale qui demandait le renvoi des
+ troupes. 92.
+ Declare a la deputation de l'assemblee qu'il a ordonne l'eloignement
+ des troupes. 95.
+ Ses inquietudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.
+ Il se rend a l'assemblee nationale et y est recu avec enthousiasme. 102.
+ Se rend a Paris, escorte de deux cents deputes, et fait un discours a
+ l'Hotel-de-Ville. 105-106.
+ Est proclame restaurateur de la liberte francaise. 127.
+ Sa reponse a l'assemblee, qui lui demandait acceptation et promesse de
+ promulgation des articles constitutionnels et de la declaration des
+ droits. 167.
+ Il accepte purement et simplement les articles et la declaration des
+ droits. 171.
+ Revient a Paris. 177.
+ Se presente a l'assemblee le 4 fevrier 1790, et fait un discours. Est
+ reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.
+ Sa liste civile est fixee a 25 millions. 231.
+ Assiste a la fete de la federation avec la reine, et prete le serment de
+ maintenir la constitution. 240-241.
+ Frappe du sort de Charles Ier. 252.
+ Ses projets de fuite. 266.
+ Le peuple arrete sa voiture. 276-277.
+ Ses negociations avec des princes etrangers. Projet de fuite. 277 et
+ suiv.
+ Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.
+ Circonstances de son arrestation a Varennes. 285 et suiv.
+ Circonstances de son retour a Paris. 289 et suiv.
+ Une sentinelle s'oppose a ses sorties. 293.
+ Il accepte la constitution. 307.
+ Se rend a l'assemblee legislative, et est blesse par le ceremonial.
+ II, 17.
+ Appose son _veto_ a un decret contre les emigres. 24.
+ Adresse une proclamation aux emigres. 25-26.
+ Rend compte a l'assemblee legislative de ses mesures contre
+ l'emigration. 37 et suiv.
+ Il songe a se lier avec la Gironde, republicaine par defiance du roi.
+ 57.
+ Fait a l'assemblee des propositions de guerre. 72 et suiv.
+ Ne veut sanctionner que le decret de vingt mille hommes et non celui
+ contre les pretres. 105.
+ Ses hesitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.
+ Demande secretement le secours de l'etranger. 107 et suiv.
+ Attaque dans les Tuileries le 20 juin. Diverses reponses qu'il fait au
+ peuple. 135 et suiv.
+ Fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. 144 et suiv.
+ Se rend a l'assemblee, qui le recoit avec enthousiasme. 175-176.
+ Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.
+ Il assiste a la deuxieme fete de la federation. 186-187.
+ Divers projets d'evasion lui sont proposes. 206 et suiv.
+ Il se prepare a fuir et y renonce ensuite. 229.-230.
+ Est jete avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblee.
+ 251.
+ Est suspendu de la royaute. 257.
+ Est garde prisonnier aux Feuillans. 268.
+ Est transporte au Temple avec la famille royale. 278.
+ On commence a agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.
+ Details sur sa captivite au Temple. 153 et suiv.
+ L'education de son fils. 154.
+ Precautions de la commune. 158-159.
+ Son proces et details qui y ont rapport. 159 et suiv.
+ Il est conduit a la barre de la convention pour etre juge. 202 et suiv.
+ Repond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.
+ Se choisit des defenseurs. 205 et suiv.
+ Nouveaux details sur sa captivite pendant son proces. 219 et suiv.
+ Il est declare coupable de conspiration contre la liberte. 248.
+ Est condamne a mort. 256.
+ Circonstances et details de son execution. 262-265-266-270.
+
+ LOUVET. Redige _la Sentinelle_. II, 119.
+ Il denonce Robespierre a la convention. III, 84 et suiv.
+ Il court chez Petion donner l'alerte aux girondins. 342-343.
+
+ LOZERE. Trente mille revoltes sont soumis dans ce departement. IV,
+ 255-256.
+
+ LYON. Un club jacobin s'y etablit. Troubles politiques en 1793. IV,
+ 75-76.
+ Combat sanglant dans cette ville. 196-197.
+ Troubles en juillet 93. Riard et Chalier sont mis a mort. 323-324.
+ Il est mis en etat de siege par Dubois-Crance, conformement au decret
+ de la convention. V, 7 et suiv.
+ Le siege se poursuit. 32.
+ Principales operations militaires du siege. 81 et suiv.
+ Les promesses de l'emigration. 84.
+ Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer
+ Dubois-Crance qui s'y refuse. 90-91.
+ Suite. Prise de la ville. 91-94.
+ Decret de la convention contre cette ville. 94-95.
+ Le terrible decret de la convention contre cette ville est mis a
+ execution. 131 et suiv.
+ Demolition des plus belles rues. La mine pour detruire les edifices, la
+ mitraille pour immoler les proscrits. 132.
+ Cette ville est declaree n'etre plus en etat de rebellion. VI, 368.
+ Les contre-revolutionnaires y egorgent soixante-dix prisonniers le 5
+ floreal an III. VII, 184.
+
+ MACDONALD. Il est nomme commandant de l'armee de Naples. X, 140.
+ Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+
+ MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.
+
+ MAI (1793). Troubles dans Paris a l'occasion des nouvelles de
+ l'insurrection vendeenne les premiers jours du mois. Details sur les
+ craintes des partis a cette epoque. IV, 100 et suiv. 107.
+ 31 mai. Circonstances de cette journee, depuis le 30 mai jusqu'au 2
+ juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.)
+ Reflexions sur cette journee et ses consequences. 184 et suiv.
+ Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.
+ Distribution des pouvoirs et des influences apres cette journee. 275-281.
+
+ MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit a Versailles une troupe de femmes
+ furieuses. I, 166.
+ Il se presente avec ces femmes devant l'assemblee, et expose le
+ desespoir du peuple a cause de la disette, 168-169.
+ Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.)
+ Ses preparatifs, suivant une relation toute recente. II, 310-311.
+ Sa presence a l'Abbaye. 317.
+
+ MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et
+ suiv.
+
+ MALESHERBES. Se devoue a la defense de Louis XVI. III, 206.
+
+ MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoye a Paris. Ses negociations
+ avec le directoire. VIII, 340-344.
+ Suite de ses negociations. 356 et suiv.
+ Suite de sa negociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart
+ pour l'Angleterre. 386-390.
+ Est de nouveau charge par l'Angleterre de negocier la paix. IX, 145.
+ Conferences de Lille. 235-245.
+
+ MALTE (Ile de). Prise de cette ile par les Francais. X, 6-8.
+
+ MANDAT. General en chef de la garde nationale au 10 aout. Ses
+ preparatifs. II, 239.
+ Il est somme de comparaitre a l'Hotel-de-Ville. 242.
+ Tue et jete a l'eau. 243.
+
+ MANDATS. Nouveau papier cree le 25 ventose an IV. VIII, 109-111.
+ Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.
+
+ MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.
+ Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.
+
+ MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.
+ Prise de cette ville par les Francais. 425 et suiv.
+
+ MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le president de
+ la convention aux Tuileries. III, 23.
+
+ MARAT. Son caractere, ses principes. II, 194-196.
+ Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.
+ Il est chef du comite de surveillance de Paris. 277.
+ Se fait rendre les presses enlevees par Lafayette. 278.
+ Est elu depute a la convention. III, 9.
+ Justifie sa conduite et ses ecrits dans la convention. 38 et suiv.
+ Rappelle ses ennemis a la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il
+ se serait tue si on l'eut decrete d'accusation. 43-44.
+ Va trouver Dumouriez au milieu d'une fete. 78-79.
+ Dispute qui s'eleve aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.
+ 209 et suiv.
+ Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au
+ peuple parce qu'on le marchande. 210-211.
+ Il est defere aux tribunaux comme un des auteurs du 25 fevrier. 317.
+ Se defend dans son journal. 318-320.
+ Il s'eleve contre une petition de la section Poissonniere et denonce
+ Fournier. 347.
+ Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.
+ Est acquitte par le tribunal revolutionnaire. Honneurs qu'il recoit a
+ la convention et aux Jacobins. 66-68.
+ Somme de s'expliquer sur ses opinions sur la necessite d'une dictature.
+ 192.
+ Il est assassine dans son bain. 265.
+ Honneurs qu'il recoit apres sa mort. 267-269-272-273.
+ Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportes au Pantheon a la
+ place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.
+ Ses bustes sont brises en 1795. VII, 56 et suiv.
+ Ils sont enleves de la convention. Scenes tumultueuses a ce sujet.
+ 59.
+
+ MARCEAU. Il est nomme general en chef en Vendee. V, 287.
+ Est tue sur le champ de bataille. VIII, 320.
+
+ MARIE-ANTOINETTE. Elle est transferee a la Conciergerie, pour etre jugee
+ par le tribunal revolutionnaire. IV, 395.
+ Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.
+ Hebert et ses depositions revoltantes dans ce proces. 146-148-149.
+ Reponse admirable a ces accusations. 149.
+ Details de son proces. Elle est condamnee et mise a mort. 149-151.
+
+ MARSEILLE. Ville devouee a la Gironde. IV, 76-77.
+
+ MARTIN D'AUCH. S'oppose a la declaration du jeu de Paume. I, 63.
+
+ MASSENA. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 142-143.
+ Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.
+ Est nomme commandant de l'armee d'Helvetie. X, 140.
+ Remplace Jourdan dans le commandement de l'armee du Danube. Maniere
+ dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Il remporte une grande victoire a Zurich. 318-321 et suiv.
+
+ MAURY. (L'abbe). Principal orateur du clerge. Caractere de son esprit.
+ I, 117.
+ Il tache de s'opposer a la saisie des biens du clerge. 188 et suiv.
+ Demande que l'assemblee se separe, et qu'on procede a de nouvelles
+ elections. 210-211.
+
+ MAXIMUM. Il est etabli sur tous les grains. IV, 330-331;
+ sur toutes les marchandises. 332-385.
+ Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.
+ Effets desastreux du _maximum_.
+ Details economiques. VI, 270 et suiv.
+ Cette mesure subit une reforme. 364-365 et suiv.
+ Il est aboli. VII, 244-248.
+
+ MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.
+ Details militaires du siege de cette ville. Disette effroyable.
+ Ignorance de la garnison sur les evenemens qui se passent en France,
+ et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Francais
+ l'evacuent. 312-320.
+ Admiration des assiegeans pour la resistance des Francais. 320.
+
+ MENOU. General de l'armee de l'interieur. Son role dans la journee du 12
+ vendemiaire. VII, 355 et suiv.
+
+ MERLIN. Il est nomme ministre de la justice en l'an V. IX, 209.
+ Est nomme directeur. 294.
+ Sort du directoire par la revolution du 30 prairial an VII. X, 238.
+ (Voy. _Larevelliere_ et _Directoire_.)
+
+ MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son chateau qui cause une
+ effervescence universelle. I, 124.
+
+ MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.
+ Une revolte se manifeste apres le depart de Bonaparte. Elle est
+ etouffee. 189-191.
+
+ MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.
+
+ MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.
+
+ MINISTERE. Etat du ministere apres la retraite de Necker. Les ministres
+ se retirent successivement. I, 250-251.
+ Nouvelle organisation du ministere. II, 32 et suiv.
+ Discussions parmi les membres du ministere. 53-55.
+ Renouvellement du ministere. 62-63.
+ La division s'y etablit. 80 et suiv.
+ Roland, Claviere et Servan sont renvoyes. 103.
+ Des ministres feuillans le composent. 106.
+ Sa reorganisation apres le 10 aout. 263-264.
+ Il est l'objet de beaucoup de plaintes apres le 31 mai. IV, 283-284.
+ Organisation du ministere par le directoire. Cinq ministres sont
+ nommes. VIII, 17.
+ Changemens projetes par le directoire. Les clichyens s'y opposent.
+ Details a ce sujet. Le directoire nomme les ministres designes par sa
+ majorite. IX, 200-211.
+ Changemens operes a la suite de la revolution de prairial an VII. X,
+ 347-348.
+
+ MIRABEAU. Est elu depute en Provence. I, 37-38.
+ Propose de sommer le clerge de se reunir aux communes. 49.
+ Il declare que l'assemblee nationale ne se separera que par la force.
+ 67.
+ Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.
+ Paroles memorables de Mirabeau a l'occasion d'une derniere deputation
+ envoyee au roi. 101.
+ Il reclame contre la mise en liberte de Besenval. 116.
+ Son caractere, son influence, idee de son genie. 119-120 et suiv.
+ Fait une proposition relative a l'heredite du trone. 150-151.
+ Appuie une proposition d'impot faite par Necker. Ses paroles sur la
+ banqueroute. 155-156;
+ Soupconne d'etre un des agens du duc d'Orleans. 179 et suiv.
+ Son entrevue avec Necker. 182.
+ Ses communications avec la cour. Reflexions a ce sujet. 200-201.
+ Paroles de Mirabeau a propos de la proposition relative a la religion
+ de l'etat. 209.
+ Il s'oppose a la reelection des representans. 211-212.
+ Reponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la
+ guerre. 223-224.
+ Se justifie de l'accusation portee contre lui d'etre un des auteurs des
+ 5 et 6 octobre. 244.
+ Traite avec la cour. Ses plans pour defendre la cause de la monarchie.
+ 253 et suiv.
+ Il combat un projet de loi contre l'emigration. 269 et suiv.
+ Sa mort. 272-275.
+ Reflexions sur son caractere et sa carriere politique. 275-276.
+
+ MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frere. I, 212,
+ A la tete de 600 hommes dans l'eveche de Strasbourg. II, 33.
+
+ MIROMENIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est
+ destitue. I, 12.
+
+ MONSIEUR (frere du roi). Sa popularite. I, 16.
+ Le bureau qu'il preside vote pour le doublement du tiers. 28.
+ Se rend a l'Hotel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.
+ 195.
+ Fuite en Flandre. 281-282.
+ Decret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.
+
+ MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes apres le 25 fevrier.
+ III, 322 et suiv.
+ Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement revolutionnaire et de
+ montagnards sont decretes d'arrestation apres le 1er prairial. VII,
+ 228-233 et suiv.
+ Proces de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.
+ Supplice des autres. 237 et suiv.
+
+ MONTAGNE (La). Nom donne a une portion de l'assemblee legislative. II,
+ 15-16.
+ Nom donne au cote gauche de la convention. III, 46-47.
+ Sa situation apres le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.
+
+ MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.
+
+ MONTESQUIOU. Sur le point d'etre destitue. Son entree en Savoie. On lui
+ continue le commandement des troupes. III, 62.
+ Il intimide Geneve. 66.
+ Il s'y refugie devant la menace d'un decret. 144-145.
+
+ MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.
+
+ MOREAU. Il est nomme commandant de l'armee du Rhin a la place de
+ Pichegru. VIII, 125.
+ Passe le Rhin. 226 et suiv.
+ Suite de ses operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ Il entre en Baviere. 302.
+ Sa belle retraite. 321-326.
+ Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne
+ trahissait point a cette epoque. IX, 194 et suiv.
+ Ses revelations tardives. Il perd son commandement. 296-297.
+ Prend le commandement de l'armee d'Italie, dont Scherer se demet. Ses
+ premieres operations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Sa retraite au-dela du Po et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez
+ _Guerre_.)
+
+ MOREAU DE SAINT-MERY (electeur). Defend l'Hotel-de-Ville. I, 91.
+ Il se maintient a l'Hotel-de-Ville, et signe pres de. 3,000 ordres en
+ quelques heures. 99.
+ Il designe Lafayette pour etre commandant de la milice. 104.
+
+ MOULINS. Nomme directeur apres le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.)
+
+ MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.
+ Il se presente au roi accompagne de quelques-unes des femmes
+ entrainees a Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.)
+ Donne sa demission, perd sa popularite. 185.
+
+ MUNICIPALITE. Elle fait une proclamation au peuple apres le 20 juin.
+ II, 144.
+
+ MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.
+
+ NAPLES. Terreur de la cour a l'approche de Bonaparte. Un armistice est
+ conclu. VIII, 212-213.
+ La paix avec le royaume de Naples est signee. 347-348.
+ Projets insenses de la cour de Naples contre la France. X, 103 et
+ suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Conquete de ce royaume par les Francais. 113-119.
+
+ NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.
+ Organise trois armees sur la frontiere. 44 et suiv.
+
+ NECKER. Caractere et talens de ce ministre, I, 8.
+ Il est exile. 11.
+ Rentre au ministere. 25.
+ Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la
+ noblesse. 52-53.
+ Propose au roi des plans de reforme. 60.
+ Recoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.
+ Part. _Ibid._ Son retour est ordonne par le roi. 106.
+ Il retourne en France, traine en triomphe, se rend a l'Hotel-de-Ville,
+ et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux electeurs
+ la liberte de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.
+ Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.
+ Il demande un emprunt de 30 millions. 135.
+ Sa plainte a l'assemblee. Il demande une contribution du quart du
+ revenu. 155.
+ S'abouche avec Mirabeau. 182.
+ Nouveaux details sur son caractere. Il donne sa demission. 249-250.
+
+ NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi francais d'Egypte.
+ X, 8-9.
+ Il bat l'escadre francaise a Aboukir. 52-57.
+
+ NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.
+
+ NEUFCHATEAU (Francois de). Il est nomme directeur. IX, 294.
+
+ NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un decret de la convention. VI,
+ 8-9.
+ Une loi sur les ci-devant nobles est rendue apres le 18 fructidor. IX,
+ 309-310.
+
+ NOBLESSE. La noblesse se refuse a la verification des pouvoirs en
+ commun. (Voy. _Tiers-Etat_ et _Verification_.) Quarante-sept
+ de ses membres se reunissent a l'assemblee nationale. I, 70
+ La majorite se reunit le 27 juin. 71-72.
+ Elle continue a se reunir en ordre separe. 81-82.
+ Abdique ses privileges. 125-126.
+ Son role dans l'assemblee. 191-192.
+ Se divise dans ses plans en deux partis. 206.
+
+ NORMANDIE. Elle est contraire a la revolution, IV, 78.
+
+ NOTABLES (Assemblee des). Sa convocation. I, 11.
+ Elle est convoquee de nouveau. 27.
+
+ NOVI. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 257-264.
+
+ ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal revolutionnaire pour
+ tout le Midi. VI, 148-149.
+
+ ORLEANS (Le duc d'). Il est exile a Villers-Cotterets. I, 18.
+ Accuse de cabales. 38.
+ Son caractere. 39-40.
+ Il se mele aux deputes du tiers, 43.
+ Reunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose devoues. 79.
+ Il est accuse d'etre un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors
+ d'accusation. 243 et suiv.
+ Refuse la regence. 300 et suiv.
+ Est insulte au chateau. II, 49-50.
+ Est nomme depute a la convention. III, 9.
+ Sa position equivoque dans la convention. On delibere sur son
+ bannissement. 214 et suiv.
+ Il vote la mort de son parent. 253.
+ Il est decrete d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.
+ Est condamne a mort et execute. V, 167-168.
+
+ ORDRES. Conduite des premiers ordres a la convocation des etats
+ generaux. I, 41-42.
+
+ OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses consequences. X, 247
+ et suiv.
+
+ PACHE. Il est nomme ministre de la guerre. Sa sobriete, sa moderation,
+ son activite. III, 111-112.
+ Son penchant pour les jacobins. 133.
+ Ses bureaux. 150.
+ Disgracie. 275.
+ Nomme maire de Paris. 305.
+ Il signe une petition pour exclure les girondins de l'assemblee. IV, 62.
+
+ PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus
+ grands rassemblemens populaires. I, 79.
+ Il continue a etre le centre de reunion des agitateurs. 143-144.
+ Fait une adresse a la commune. 145.
+
+ PAQUES VERONAISES. Nom donne au massacre des Francais a Verone le 15
+ avril 1797. Details de cet evenement. IX, 107-114.
+
+ PARLEMENT. Sa resistance a l'egale repartition des impots et a
+ l'abolition des restes de la barbarie feodale. I, 9.
+ Position du parlement apres l'assemblee des notables. 15.
+ Il est mande a Versailles. 16.
+ Exile a Troyes. _Ibid._ Rappele le 10 septembre. 17.
+ Enregistre l'edit portant la creation de l'emprunt successif, et la
+ convocation des etats-generaux dans cinq ans. 18.
+ Fait, le 5 mai 1788, une declaration de quelques-unes des lois
+ constitutives de l'etat. 20-21.
+
+ PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,
+ 265-266.
+
+ PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,
+ 117-118.
+
+ PARTIS. Etat des partis apres le 5 octobre. I, 178 et suiv.
+ Etat de dissidence des partis apres la seconde federation. II, 192 et
+ suiv.
+ Exigence des partis apres le 10 aout, 270-271.
+ Leur etat au moment du proces de Louis XVI. III, 148 et suiv.
+ Situation des partis apres la mort de Louis XVI. 271 et suiv.
+ Leurs differens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.
+ Leur division en decembre 93. V, 241 et suiv.
+ Leur division et situation apres le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et
+ suiv.
+ Lutte des deux partis qui se formerent apres la terreur. 332 et suiv.
+ 343 et suiv.
+ Grande agitation des partis revolutionnaire et modere apres la
+ reaction de thermidor. VII, 55 et suiv.
+ Lutte des patriotes et des revolutionnaires dans la reaction amenee par
+ le 9 thermidor. 178 et suiv.
+ Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.
+ Leur etat en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.
+ Ils se coalisent tous contre le directoire apres nos defaites en
+ Italie (an VII). X, 220 et suiv.
+ Leur agitation apres le retour de Bonaparte d'Egypte. Tous se
+ reunissent a lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.
+
+ PATRIE EN DANGER. La patrie declaree en danger le 11 juillet 1792.
+ Consequence de cette declaration. II, 180.
+ Seances permanentes. Enrolemens volontaires. Les federes arrivent de
+ toutes parts. 188 et suiv.
+ On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette declaration.
+ X, 279 et suiv.
+
+ PATRIOTES. Etat de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.
+ Echecs qu'ils eprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;
+ du 12 germinal. 107 et suiv.
+ Ils sont desarmes et renvoyes dans leurs communes. 122 et suiv.
+ Projets de revolte et d'insurrection en floreal (1795). Ils echouent.
+ 182 et suiv.
+ Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur
+ insurrection les 2, 3 et 4 du meme mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.
+ 231.
+ Leur revolte a Toulon, en floreal. 232-233.
+ Reflexions sur la ruine de ce parti par les evenemens de prairial.
+ 249 et suiv.
+ La convention, menacee en vendemiaire, leur donne des armes. 353.
+ Ils se reunissent au Pantheon et forment une espece de club (1795).
+ VIII, 52-53.
+ Leurs plaintes et recriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.
+ Leur reunion au Pantheon devient un vrai club jacobin. 97-99.
+ Leur societe est dissoute. 99.
+ Ils se montrent mecontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.
+ L'insurrection echoue. 257-261-262.
+ Ils forment l'opposition contre le directoire apres le 18 fructidor.
+ IX, 401 et suiv.
+ Leur dechainement apres le desastre de Novi et les evenemens de
+ Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,
+ 268-269 et suiv.
+ Le directoire fait fermer plusieurs de leurs societes. 273-275.
+ Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs
+ journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.
+ Les deputes patriotes et leurs adversaires se reunissent pour essayer,
+ d'une reconciliation. 277-279.
+
+ PAVIE. Des paysans revoltes s'emparent de cette ville. Bonaparte la
+ reprend. VIII, 190-192.
+
+ PETION. Nomme par l'assemblee l'un des trois commissaires
+ pour reconduire Louis XVI a Paris apres son arrestation a Varennes. I,
+ 289.
+ Il est nomme maire de Paris. Ses principes republicains et sa conduite.
+ II, 122 et suiv.
+ Sa conduite dans la journee du 20 juin. 124-127-139-140.
+ Sa conversation avec le roi. 143.
+ Il est suspendu de ses fonctions, 177.
+ Est reintegre par l'assemblee. 184.
+ La foule crie: _Vive Petion! Petion ou la mort!_ 186.
+ Demande la decheance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris.
+ 226-227.
+ Tache de retarder l'insurrection du 10 aout. 223-234.
+ Place lui-meme des sentinelles a sa porte pour etre en etat
+ d'arrestation. 244.
+ Rend compte a l'assemblee de l'etat de Paris. 270.
+ Regarde par Danton comme un honnete homme inutile. 274.
+ Tache de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.
+ Il est arrete. IV, 190.
+
+ PHILIPPEAUX. Son ecrit contre Ronsin et les ultra-revolutionnaires. V,
+ 306-307.
+ Il est accuse devant les jacobins. 314 et suiv.
+ Suite de son accusation 329 et suiv.
+ Il est arrete. 389.
+ Son proces et sa mort. 398-411.
+
+ PICHEGRU. Commandant en chef de l'armee du Nord. VI, 60.
+ Il passe la Meuse. 315.
+ Envahit la Hollande; prend l'ile de Bommel. VII, 11 et suiv.
+ Nomme general de la force armee a Paris. Apaise l'insurrection du 12
+ germinal. 117-119 et suiv.
+ Commandant de l'armee du Rhin. 253.
+ Sa trahison. Details de ses negociations avec le prince de Conde. 259
+ et suiv.
+ Perd son commandement. VIII, 125.
+ Ses relations avec les emigres. 23 et suiv.
+ Nomme depute en l'an V par le Jura. 147.
+ Continue ses projets de trahison. 156.
+ Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.
+ 216 et suiv.
+ Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.
+ Il est condamne a la deportation. 285.
+
+ PIEMONT. Conquete du Piemont par Bonaparte. VIII, 141-161.
+ Traite de paix avec ce royaume. 268.
+ Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120
+ et suiv.
+
+ PILNITZ. Declaration de Pilnitz. I, 296-297.
+
+ PITT. Sa politique a l'egard de la France. On l'accuse de payer des
+ troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.
+ Il a une entrevue avec Maret, envoye du gouvernement francais;
+ entrevue qui n'amene rien. 283 et suiv.
+ Est soupconne d'etre le moteur d'une conspiration etrangere, et est
+ declare l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.
+ Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.
+ Politique de ce ministre. Il continue a soutenir la
+ guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.
+ S'attire la haine des Anglais apres la campagne de 1795.
+ Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.
+ Ses negociations illusoires avec la France. 120-121.
+ Ses combinaisons. Ouverture d'une negociation avec le directoire. 336\
+ et suiv.
+
+ POIDS ET MESURES. Le systeme en est renouvele. V, 187-188.
+
+ POLICE. Elle est erigee en ministere special sur la proposition du
+ directoire. VIII, 101.
+
+ PORTE (La). Elle declare la guerre a la France. X, 61-62.
+
+ PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement
+ de la convention. Combats. Meurtre d'un depute. Details de cette
+ journee. VII, 205-225.
+ Journee du lendemain, 2. Les patriotes echouent de nouveau. 224 et
+ suiv.
+ Le 4 prairial les revoltes se retranchent dans le faubourg
+ Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.
+ 30 prairial. Revolution dans le gouvernement directorial. Trois
+ directeurs sont changes. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.)
+
+ PRESSE. La liberte de la presse est etablie apres le 9 thermidor. VI, 261
+ et suiv.
+ Discussion sur la liberte de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_,
+ _Directoire_.)
+
+ PRINCES. Facheuse situation des princes francais emigres en 1794 VI, 326
+ et suiv.
+
+ PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont egorges a Versailles. III,
+ 3 et suiv.
+
+ PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.
+ Leur interieur a cette epoque. V, 136 et suiv.
+ Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie francaise. 141-142.
+ Le regime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.
+
+ PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession a
+ Notre-Dame. I, 43.
+
+ PRUSSE. Elle rompt la neutralite et marche contre la France. II, 154.
+ Negocie pour la paix. VII, 29-30.
+ La paix est signee avec cette puissance. Conditions du traite. 134-135.
+ Conserve sa neutralite malgre les efforts de Pitt. VIII, 122.
+
+ PRUSSIENS. Leurs premiers succes. II, 297.
+ Leur armee se retire. 372.
+ Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.
+
+ PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.
+ Suite de ses menees politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.
+ Suite de l'expedition de Quiberon. Details de ses operations
+ militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.
+ Il se prepare de nouveau a la guerre en Bretagne apres l'affaire de
+ Quiberon, VIII, 23 et suiv.
+
+ PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.
+
+ QUIBERON. Expedition de Quiberon. Details militaires. VII, 269 et suiv.
+ 311.
+ Cause de non-reussite des emigres. Consequences de l'affaire de
+ Quiberon. VII, 312 et suiv.
+
+ RADSTADT. Congres de ce nom. Details des negociations qui y eurent lieu
+ en pluviose an VI. X, 365 et suiv.
+ Progres des negociations dans l'ete de l'an VI. 71 et suiv.
+ Assassinat des plenipotentiaires francais. Motifs et details de cette
+ catastrophe. 169-172.
+
+ RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.
+
+ RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.
+
+ REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.
+
+ REFORMES. Changement dans les moeurs et reformes diverses en 1795. VII,
+ 46-51.
+
+ RELIGION CATHOLIQUE. Debats a l'assemblee sur la proposition de declarer
+ la religion catholique religion de l'etat. I, 208 et suiv.
+
+ REPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la republique, le 22 novembre 1792.
+ III, 26.
+ Dangers de la republique en aout 1793. IV, 325 et suiv.
+
+ RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur emis sous ce nom par le
+ directoire. VIII, 84.
+ Mauvais succes de ce papier. 106.
+
+ REVEIL DU PEUPLE. Air chante par la jeunesse doree (voy. ce mot). VI,
+ 383.
+
+ REVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brulee. I, 38-39.
+
+ REVELLIERE-LEPADX (La). Son caractere. Sa conduite a l'egard de ses
+ collegues du directoire. IX, 6-7 et suiv.
+
+ REVOLTES. Des revoltes contre-revolutionnaires se declarent dans
+ plusieurs departemens. IV, 19.
+
+ REVOLUTION. Reflexions sur la marche des revolutions. II, 6-7.
+
+ REVOLUTION FRANCAISE. Causes qui la preparerent. I, 33-35 et suiv.
+ Elle commence a donner des inquietudes aux souverains etrangers. 215.
+ Differemment embrassee par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.
+
+ REWBELL. Caractere de ce membre du directoire. Sa position vis-a-vis des
+ autres directeurs. IX, 4-5.
+ Calomnieuses accusations contre sa probite. X, 182-185.
+ Il est exclus du directoire par le sort. 185.
+
+ RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;
+ par Jourdan. 238;
+ par Massena le 16 ventose an VII. X, 145-146.
+
+ RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.
+
+ ROBESPIERRE. Il s'eleve contre la critique de la declaration des droits.
+ I, 167.
+ Combat la proposition de la loi martiale. 186.
+ Il se prononce contre le principe de l'inviolabilite du roi. 301.
+ Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.
+ Se declare contre la guerre dans les seances aux jacobins. 48-49.
+ Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.
+ Entrevue avec Barbaroux. 201-202.
+ Sa position apres le 10 aout. 273.
+ Il adresse a l'assemblee une petition au nom de la municipalite. 281
+ et suiv.
+ Il est nomme depute a la convention. III, 9.
+ Est accuse de tyrannie a la convention. Sa defense. Debats a ce sujet.
+ 31-32.
+ Il est accuse de nouveau par Louvet. 84 et suiv.
+ Se defend a la convention. 98 et suiv.
+ Veut que Louis XVI soit condamne sans proces. 192 et suiv.
+ Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.
+ 209 et suiv.
+ Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv.
+ --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.
+ --Sa popularite, ses projets, et details sur son caractere. 289 et suiv.
+ Parle aux Jacobins en faveur du comite de salut public. 291-294 et suiv.
+ Sa politique. 296-299.
+ Il devient membre du comite de salut public. 591.
+ --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre
+ les agitateurs. 218 et suiv.
+ Justifie Danton. 224 et suiv.
+ Son opinion sur la nature du gouvernement revolutionnaire. 352 et suiv.
+ Il parle contre Danton a la convention. 390 et suiv.
+ Fait decreter la reconnaissance de l'Etre-Supreme. Son discours. VI,
+ 22-29.
+ On tente de l'assassiner. 100-102.
+ Son discours aux Jacobins apres cette tentative d'assassinat. 105 et
+ suiv.
+ Son influence en 94. Sa politique. Details de son caractere. 107 et
+ suiv.
+ Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal
+ revolutionnaire. 119-123.
+ Commence a eprouver de la resistance dans les comites. 128-129 et
+ suiv.
+ Ses projets contre les comites et sa conduite politique a cette
+ epoque. 154-158.
+ Suite du meme sujet. 180 et suiv.
+ Prononce le 8 thermidor un discours a la convention. Il se justifie
+ de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des
+ comites. Il conclut a une epuration des comites de surete generale et
+ de salut public. 187-193.
+ Debats a ce sujet; il est a son tour vivement accuse. 193-197.
+ Va aux Jacobins, et fait decider une nouvelle insurrection contre la
+ convention. 197-198.
+ Est accuse violemment le 9 thermidor a la convention. Details de cette
+ scene. Il est decrete d'arrestation. 205-210.
+ Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.
+
+ ROEDERER. Engage Louis XVI a se retirer dans le sein de l'assemblee
+ legislative. Discussion avec la reine. II, 249-250.
+ Il rend compte a l'assemblee des preliminaires de l'insurrection. 251.
+
+ ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succedent a Larevelliere et a Merlin au
+ directoire. X, 240 et suiv.
+
+ ROGER-DUCOS. Il est nomme consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384.
+
+ ROLAND. Nomme ministre de l'interieur. II, 62.
+ Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.
+ Communique a l'assemblee la lettre qu'il avait lue au roi. 103.
+ Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.
+ Fait son rapport sur l'etat de Paris. III, 83.
+ Son inflexibilite vis-a-vis de la commune. 150-151.
+ Donne sa demission. 273.
+
+ ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.
+ Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.
+ Elle est arretee. IV, 190-191.
+ Est condamnee et executee. V. 168-469.
+
+ ROME. Agitation des democrates dans les Etats-Romains. La legation
+ francaise est insultee. IX, 381-383.
+ Berthier entre a Rome, en chasse le pape. 384-386.
+ Les Romains se constituent en republique, 385 et suiv.
+ Etat de son gouvernement apres sa revolution. X, 86 et suiv.
+ Entree des Napolitains dans les Etats-Romains. Ils sont repousses par
+ Championnet. 109-113.
+
+ ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.
+ I, 283.
+ Il arrive a Varennes. 288.
+
+ RONSIN. Il sort de prison. Son caractere. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrete. 370.
+ Son proces et sa mort. 374-379.
+
+ ROSSIGNOL. Il est nomme general de l'armee des cotes de La Rochelle.
+ IV. 389.
+
+ ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.
+
+ ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.
+ Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.
+ Triomphe de ce parti apres les evenemens de prairial. 249 et suiv.
+ Menees de ce parti dans les sections apres les journees de prairial.
+ VII, 323 et suiv.
+ Leur desappointement apres le 13 vendemiaire. 373 et suiv.
+ Les agens de la royaute continuent leurs secretes menees. VIII, 114 et
+ suiv.
+ Etat de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues
+ et de ses projets. IX, 18 et suiv.
+ Complot decouvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de
+ Presle. 28 et suiv.
+ Leurs esperances apres les elections de l'an V. Leur joie a Paris, ou
+ se reunissent beaucoup d'emigres et de chouans. 179-181.
+ Leur terreur apres le 18 fructidor. 293 et suiv.
+
+ ROYOU. Redacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84.
+
+ SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, detenu a la Bastille. I, 444.
+ Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltes. 144-145.
+
+ SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilite du roi et sur sa mise en
+ accusation. III, 172 et suiv.
+ Il provoque et fait decreter l'institution du gouvernement
+ revolutionnaire. V, 56 et suiv.
+ Est envoye par le comite de salut public a l'armee du Rhin. Ce qu'il y
+ fait. 245-246-249.
+ Il fait un rapport contre les hebertistes et les dantonistes. 369 et
+ suiv.
+ Accuse Danton a la convention. 393 et suiv.
+ Il est decrete d'arrestation par la convention, dans la seance du 9
+ thermidor. VI, 210.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ SALLES. Propose et soutient le systeme de l'appel au peuple dans le
+ proces de Louis XVI. III, 230 et suiv.
+
+ SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.
+ Ses operations au 20 juin. 124-126-127-132-133.
+
+ SCHERER. Il est nomme general en chef de l'armee d'Italie. X, 139.
+ Il abandonne le commandement de l'armee d'Italie a Moreau. 195.
+
+ SECTIONS. Les sections de Paris chargent Petion de demander la decheance
+ de Louis XVI. II, 226.
+ Fanatisme des assemblees des sections. III, 308-310.
+ Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.
+ La section Poissonniere demande un acte d'accusation contre Dumouriez.
+ Scene a la convention a ce sujet. 346 et suiv.
+ La section de la Halle-au-Ble fait une petition contre plusieurs
+ membres de la convention. IV, 50.
+ Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.
+ La section de la _Fraternite_ denonce les projets de l'assemblee
+ de la mairie. 121.
+ D'autres l'imitent. 123.
+ Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hebert. 128 et
+ suiv.
+ Les 48 sections se reunissent pour decider l'insurrection du 31 mai.
+ 146.
+ Les assemblees sectionnaires detruites par le comite de salut public.
+ VI. 12-15.
+ On decide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par decade. 259.
+ Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts presentent une petition
+ a la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.
+ VII, 86 et suiv.
+ Elles sont agitees par les menees du parti royaliste. 324 et suiv.
+ Elles se soulevent contre les decrets des 5 et 13 fructidor. Petitions.
+ Celles de Paris rejettent ces decrets. 339-544.
+ Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.
+ Elles font la journee du 15 vendemiaire (voy. _Vendemiaire_).
+ 348-369.
+ La section Lepelletier resiste aux troupes du general Menou le 12
+ vendemiaire. 354 et suiv.
+ Les sectionnaires forment diverses societes en 1795. VIII, 53.
+
+ SELZ. Lieu choisi pour les conferences entre l'Autriche et la France.
+ Negociations qui s'y font. X, 67 et suiv.
+
+ SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Details de ces journees. Massacre des
+ prisonniers. II, 312-340.
+
+ SEPTEUIL. Tresorier de la liste civile. Sommes trouvees chez lui. III, 4.
+ On les evalue a dix millions. 94.
+
+ SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.
+ Il est prete par l'assemblee nationale et par tous les corps
+ constitues de Paris et de la France. 198-199.
+ Il est prete par les federes au Champ-de-Mars. 240-241.
+ L'assemblee etend l'obligation de ce serment au clerge. 259-260. (Voy.
+ _Clerge_.)
+
+ SERRURIER. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143.
+
+ SERVAN. Ce ministre propose la reunion d'un camp de vingt mille federes.
+ Debats a l'assemblee sur cette motion. II, 90 et suiv.
+
+ SIEYES (l'abbe) publie une brochure sur le _tiers-etat_. I, 26.
+ Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres
+ ordres relativement a la verification des pouvoirs. Il motive la
+ decision des communes qui se constituent assemblee nationale. 54 et
+ suiv.
+ Idees de Sieyes sur la constitution. 141.
+ Il propose l'aneantissement des demarcations provinciales. 190.
+ Il propose et fait adopter le projet d'un decret destine a proteger la
+ convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.
+ Son projet de loi est vote; 93-95.
+ Refuse d'etre directeur. VIII, 10.
+ Il est envoye par le directoire en ambassade a Berlin. X, 156 et suiv.
+ Il est elu directeur en remplacement de Rewbell. 187.
+ Sa cooperation au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.
+ Il est nomme consul provisoire le meme jour. 383-384.
+
+ SOCIETE. Peinture de la societe et des moeurs a la fin de l'an IV. VIII,
+ 103 et suiv.
+
+ SOCIETES PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblees de sections. IV,
+ 139.
+
+ SOCIETES POPULAIRES. Decret rendu contre elles apres la terreur. VI,
+ 351-357.
+ Diverses reunions de la jeunesse doree et le club du Pantheon sont
+ fermes. VIII, 99.
+
+ SOIXANTE-TREIZE deputes prisonniers depuis le 31 mai sont reintegres
+ dans leurs fonctions. VI, 392.
+
+ SOMBREUIL. Le devouement de sa fille. II, 325.
+
+ STAEL (Mad. de). Son influence a Paris. VII, 329.
+ Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son
+ influence dans la societe de Paris. IX, 254-257.
+
+ STOCKACH. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 148-155.
+
+ STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendeenne. IV, 84-90.
+ Il continue la guerre apres la soumission de Charette. VII, 147 et
+ suiv.
+ Il signe la paix a Saint-Florent. 161.
+ Il est pris et fusille. VIII, 131-132.
+
+ SUBSISTANCES. Embarras a Paris pour les subsistances en 1792. III, 182
+ et suiv.
+ Les embarras augmentent. 307 et suiv.
+ Leur deplorable etat en 93. IV. 326 et suiv.
+ Decrets de la convention a ce sujet. Detresse des Parisiens. 331 et
+ suiv.
+ Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en
+ octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.
+ Lois et reglemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.
+ VI, 84 et suiv.
+ Nouveaux decrets sur les subsistances apres le 1er prairial. VII,
+ 241-242.
+ Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.
+
+ SUISSE. Elle conserve sa neutralite au milieu de la guerre generale. Ses
+ dispositions a l'egard de la republique. VII, 137-138.
+ Revolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.
+ Arrivee des Francais avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se
+ constitue en republique. IX, 389-399.
+ Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.
+ Intervention de la France. Un traite d'alliance est conclu. X, 72-82.
+ Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et
+ suiv.
+
+ SUISSES. Massacres au 10 aout. II, 253-254.
+
+ SUSPECTS. Quels ils etaient. IV, 25.
+ Leur arrestation est decretee. 359-360.
+ La loi des suspects est decretee. V, 60 et suiv.
+ Comment Chaumette les designe. 134 et suiv.
+ Details sur leur detention. 136 et suiv.--
+ Leur nombre augmente. On change l'administration interieure des
+ detenus. VI, 92 et suiv.
+ Ils sont conduits en foule a la mort en juin 1794. 136-143.
+ Ils sont elargis. 241 et suiv.
+
+ SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractere de ce general. Sa capacite. X,
+ 193 et suiv.
+ Il empeche la jonction de l'armee de Naples a celle de Moreau. 209 et
+ suiv.
+ Est battu partout en Suisse et force a la retraite. 327 et suiv.
+
+ SYRIE. Expedition en Syrie. (Voy. _Egypte_ et _Bonaparte_.)
+
+ TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.
+
+ TALLEYRAND (M. de). Nomme ministre des affaires etrangeres en l'an V.
+ IX, 209.
+
+ TALLIEN. Son role dans la journee du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.)
+ Est blesse par un assassin. VI, 290.
+
+ TALLIEN (Mad.). Son role dans la societe a Paris, apres la terreur. VI,
+ 340 et suiv.
+
+ TARGET. Refuse de servir de conseil a Louis XVI. III, 206.
+
+ TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.
+
+ THEOPHILANTHROPE. Societe de ce nom. IX, 8.
+
+ THERMIDOR (9). Evenemens de cette journee. VI, 203-228.
+ Consequences de ce jour. Reflexions sur la marche de la revolution
+ depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.
+ Consequences de cette journee. 233 et suiv.
+
+ THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.
+ Ils demeurent les maitres apres le 1er prairial. Consequences de cette
+ reaction. VII, 249-251.
+ Leurs craintes sur les progres de la reaction royaliste. Ils tachent
+ de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.
+
+ THOURET. Dernier president de la constituante. I, 308.
+
+ TIERS-ETAT. Arret du Conseil, du 27 decembre 1788, ordonnant le
+ doublement des deputes du tiers etat. I, 28 et suiv.
+ Le tiers-etat se couvre ainsi que les autres ordres malgre l'usage
+ etabli. 44.
+ Lutte du tiers-etat avec les deux autres ordres au sujet du mode de
+ leur reunion. 45 et suiv., 47 et suiv.
+ Rapidite de sa puissance. 50-51.
+
+ TOLENTINO. Traite de ce nom, signe par Bonaparte et le pape. Ses
+ conditions, ses avantages. IX, 50-55.
+
+ TOMBES ROYALES. Un decret ordonne de les detruire. IV, 393.
+
+ TOSCANE. Traite de paix avec ce pays. VII, 138-139.
+
+ TOULON. Les moderes l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.
+ V, 10 et suiv.
+ Ils arment le petit Gibraltar. 253.
+ Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.
+ Evacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.
+ Les forcats eteignent l'incendie. 261.
+ Les patriotes se revoltent. VII, 232 et suiv.
+
+ TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.
+ Ses suites. 218 et suiv.
+
+ TREILHARD. Nomme directeur a la place de Francois de Neufchateau. IX,
+ 407.
+ Il sort du directoire en prairial an VII. 232.
+
+ TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est decrete par la convention.
+ III, 333 et suiv.
+ On en regle les formes. 338-339.
+
+ TRIBUNAL DU 17 AOUT. A quelle occasion il fut institue. II, 283.
+
+ TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE. Premier essai, a l'occasion du 10 aout. II,
+ 283.
+ Il est installe. IV, 25-26.
+ Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.
+ Proces des dantonistes, des quatres accuses de faux et autres.
+ 398-412.
+ Il continue a ordonner les executions. VI, 94 et suiv.
+ Est reorganise d'apres un projet de Robespierre. 119 et suiv.
+ Terribles executions en juin et en juillet 1794. Details sur les
+ procedures de ce temps. 136 et suiv.
+ Il est suspendu de ses fonctions. 235.
+ Est remis en activite. 260.
+ Est definitivement aboli. VII, 240.
+
+ TRONCHET. Accepte la defense de Louis XVI. III, 206.
+
+ TROUVE. (Voy. _Cisalpine_.)
+
+ TURGOT. Appele au ministere. Son caractere. I, 7.
+ Il echoue dans ses reformes. _Ibid._ et suiv.
+
+ ULTRA-REVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux revolutionnaires exageres.
+ V, 236.
+ Plusieurs d'entre-eux sont arretes par decret de la convention. 238.
+ Ils preparent une insurrection contre la convention. Ils echouent.
+ 360-371.
+
+ VALENCIENNES. Cette ville est assiegee et prise par les ennemis. IV,
+ 320-323.
+
+ VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.
+
+ VARLET. Est declare suspect par Billaud-Varennes. III, 348.
+ La reunion Corrazza. 351.
+ Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.
+ Il est arrete. 126.
+ Arrete dans le comite d'execution le plan definitif de la seconde
+ insurrection. 170.
+ Il redige une petition contre les accapareurs. 243-244.
+
+ VAUBLANC (de). Porte au roi le decret sur le desarmement des emigres.
+ II, 36.
+
+ VENDEE. Description de ce pays et des departemens voisins. Theatre de la
+ guerre civile et causes de sa haine contre la revolution. IV, 79 et
+ suiv.
+ Insurrection des paysans vendeens a cause de la levee des 300,000
+ hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se
+ mettent a la tete des insurges. 83 et suiv., 86-88.
+ L'insurrection devient generale. 89 et suiv.
+ Un decret ordonne que la Vendee sera ravagee. IV, 387-388 et suiv.
+ Un decret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.
+ Etat de ce pays apres la premiere pacification. 263-263.
+ Nouveaux preparatifs de guerre apres l'affaire de Quiberon. VIII, 23
+ et suiv.
+ La pacification du pays commence a se faire definitivement. 71-72 et
+ suiv.
+ Pacification definitive des pays connus sous ce nom, en germinal an
+ IV. 126-132-136.
+
+ VENDEENS. Pourquoi ce nom fut donne et conserve aux insurges francais.
+ IV, 88.
+ Ils s'emparent de Thouars et brulent l'arbre de la liberte. 92-93.
+ Suite de leurs succes. 229 et suiv.
+ Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doue et de Saumur.
+ 234-236.
+ Ils sont repousses a Nantes. 252-254.
+ Suite de leur guerre. 300 et suiv.
+ Ils sont defaits a Lucon. V, 14-15.
+ Divers plans sont proposes pour les reduire. 16-19.
+ Premieres operations de Canclaux contre eux, d'apres le plan du 2
+ septembre. 36 et suiv.
+ Divisions parmi les chefs. 39-40.
+ Suite de la guerre. 40 et suiv.
+ Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses echecs en Vendee. 46-47.
+ Continuation de la guerre. 66 et suiv.
+ Ils sont defaits a Cholet. 118-121.
+ Differens combats en octobre, novembre et decembre 93.
+ Leur grande armee est entierement detruite. 264-292.
+ Etat de leur armee apres leur defaite a Cholet. 273 et suiv.
+ Ils sont battus au Mans. Leur deroute complete. 287 et suiv.
+ Ils continuent a se defendre. Leurs chefs. VI, 320-322.
+ Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,
+ 32-34.
+ Negociations diverses entre les chefs revoltes et les generaux de la
+ republique. 40-45.
+ Negociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142
+ et suiv.
+ Quelques chefs signent la paix. 145-146.
+
+ VENDEMIAIRE (Journee du 13). Evenemens preparatoires du 11 et du 12.
+ Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la
+ Convention. VII, 348-369.
+ Suites de cette journee. 370 et suiv.
+
+ VENISE. Inquietude du gouvernement venitien a l'approche de l'armee
+ francaise. VIII, 196 et suiv.
+ Invasion du territoire venitien par Bonaparte. 196 et suiv.
+ Perfidie du gouvernement venitien apres le depart de Bonaparte. IX,
+ 72-85.
+ Articles des preliminaires de paix de Leoben qui concernent les etats
+ venitiens. 94 et suiv.
+ Suite des manoeuvres perfides des Venitiens contre les Francais. 105
+ et suiv.
+ Chute de la republique de Venise. Details sur les evenemens qui
+ l'amenent. 116-131.
+
+ VENTRE. Denomination donnee a un certain parti de l'assemblee
+ legislative. II, 12.
+
+ VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.
+ Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.
+ Fragmens de son discours a l'occasion du projet de la commission des
+ Douze. 164 et suiv.
+ Il propose un message au roi qui l'oblige a opter entre la France et
+ l'etranger. 470.
+ Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.
+ Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.
+ Il repond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55
+ et suiv.
+ Il fait decreter, le 31 mai, que Paris a bien merite de la patrie.
+ 158-159.
+ Il est arrete. 190.
+ Son proces, sa mise a mort. V, 156-162-167.
+
+ VERIFICATION. Debats dans les etats-generaux relativement a la
+ verification des pouvoirs. I, 44 et suiv.
+
+ VERMONT (l'abbe de). Il propose et fait accepter a la reine M. de
+ Brienne pour ministre. I, 12.
+
+ VERONE. Massacre des Francais dans cette ville. Elle est prise par le
+ general Chabran. IX, 107-113.
+
+ VERSAILLES. De nouvelles troupes s'etablissent, a Versailles.
+ Consequences du sejour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et
+ suiv.
+ Scenes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.
+ Massacre de 52 prisonniers apres les journees de septembre. III, 5.
+
+ VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,
+ 142-143-146 et suiv.
+ Le veto suspensif est declare. 148-149.
+ Le veto suspensif est etendu a deux legislatures. 153.
+
+ VIENNE. Scenes tumultueuses a Vienne entre la legation francaise et
+ l'empereur. X, 76-77 et suiv.
+
+ VIEUX CORDELIER (Le). Journal redige par Camille Desmoulins. Morceaux
+ cites. V, 307 et suiv.
+ Autres morceaux cites. 322 et suiv.
+ Autres passages, 355 et suiv.
+
+ VINCENNES. Le donjon est attaque par le peuple le 28 fevrier 1790. I,
+ 267.
+
+ VINCENT. Cet ultra-revolutionnaire sort de prison. Details sur son
+ caractere. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrete. 370 et suiv.
+ Son proces et son supplice. 374-379.
+
+ VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.
+
+ WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.
+
+ WESTERMANN. A la tete d'une legion en Vendee. IV, 302-303.
+ Ses exploits et ses revers en Vendee. 303 et suiv.
+
+ ZURICH. Victoire de ce nom, remportee sur les Russes par Massena. Details
+ sur cette bataille memorable. X, 313 et suiv. 330.
+
+
+
+FIN DE LA TABLE DES MATIERES.
+
+
+[Illustration: CARTE DU THEATRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE,
+pour servir a l'intelligence de la campagne de 1796.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise,
+Tome 10, by Adolphe Thiers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION ***
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+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
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+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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Binary files differ