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+The Project Gutenberg EBook of L'amie rustique et autres vers divers, by
+François Bérenger de La Tour d'Albenas
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'amie rustique et autres vers divers
+
+Author: François Bérenger de La Tour d'Albenas
+
+Release Date: November 28, 2006 [EBook #19954]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AMIE RUSTIQUE ET AUTRES ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
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+
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+
+
+ l'Amie
+ RUSTIQUE,
+ Et autres vers divers,
+
+ Par
+
+ Berenger de la Tour d'Albenas
+ en Vivarez,
+
+ A
+
+ M. Albert, Seigneur
+ de Sainct Alban.
+
+
+ [EX AEQUITATE, ET
+ PRUDENTIA HONOS.]
+
+ A Lyon,
+ De l'imprimerie de Robert Granjon.
+
+ Mil. V^c. Lviii.
+
+
+
+
+Le contenu en ce volume.
+
+ L'Amie Rustique.
+ Chansons.
+ Chant de Vertu et Fortune.
+ Chant funebre.
+ Epitaphes.
+ Naseïde.
+
+
+
+
+A N. Albert, Seigneur de sainct
+Alban, B. de la Tour,
+desire felicité.
+
+
+Ces jours Natalz, qu'on retire l'esprit d'entre l'enclume, et le marteau
+des negoces, vous envoye les restes de ma jeunesse comprinses en ce
+livre, qui ne tenant d'aloy pour souffrir les supplices de la
+publication, entre les flots des opinions vulgaires, se contrastans plus
+que la mer aux opposées bouches de Eole: ha dormy en tenebres, Jusques
+aujourd'huy que je l'ay mis en vie: non pour sa liberté publique, Mais
+comme ostage de mon affection envers vous, (nous estans donnez la main
+d'amitié perpetuelle,) lequel, ainsi que nouveau fruict, s'il nourrit
+peu, donnera au moins appetit à viandes plus solides, ja preparées en
+mon siecle des siecles en poesie, et Orient de Grece, histoire, ou
+prose, non moins desirée pour son antiquité de ceux qui en ont veu les
+fragmens, que de moy tenue secrette, attendant le loisir pour vous la
+fere voir. Tous lesquelz discours sembleroyent estre loings de ma
+vocation des loix, sans le Philosophe Thebain, duquel aux jeux d'olimpe
+s'esmerveillant le peuple, de ce qu'il avoit tissus ses vestementz,
+escriptz, et composez ses livres, et en soy n'avoit chose que de sa main
+il ne l'eust faicte respondit, la negligence des hommes estre cause de
+la division des Ars. Car ce que tous scavent ensemble, un seul est
+obligé scavoir: Lequel ores qu'il promist n'ignorer ce qu'il monstroit,
+ne vouloit pourtant Inferer entendre toutes choses. Comme aussi ne fay
+je, ny les nombres Poetiques, Ainsi que par la monstre de ce livre est
+cler à voir, les conferant aux Homeres francoys, dont le nom ne peut
+tumber aux tenebres d'obly, ny perir fors avec la memoire des siecles
+que juge en mes vers plusieurs choses à revoir, outre celles ou l'envie
+ha coustume se prendre: Dont les suppostz je compare aux pinceteurs des
+draps (office mecanique) iceux purgeans des noudz & festus seulement,
+sans intelligence qu'ilz ayent du lanage, filasse, Couleur, ou Tissure.
+Car taisant le bien qu'ilz ne peuvent comprendre, font grand cas des
+motz adaptez à nostre langue, qu'ilz baptisent peu graves, ou peu
+francoys: des poinctz: des lettres versalies, ou l'orthographe qu'ilz
+disent trop loing, ou proche de la prolation, en quoy seroit plus facile
+mettre reigle aux vestementz francoys: Veu qu'en tous deux la facon est
+la moins certaine. Cecy est peu au pris de ce que je vous doy, et
+beaucoup, puis que vient d'une volonté congnue: laquelle ne sera sans
+monstrer nouveaux effectz qui Preserveront (aydant Dieu) La vie
+d'oysiveté, et noz sepulchres d'obliance.
+
+ * * *
+
+
+
+L'Amie rustique, divisée
+par Eglogues.
+
+Premiere Eglogue.
+
+Guiot.
+
+ Loing à l'escart, je suis encor en doubte
+ De reveller les maux que seul je gouste,
+ Mais mon martire et mon triste regret
+ Ne sera moins secret
+ Si le disant personne ne l'escoute.
+
+ Cruel amour ne te suffisoit estre
+ Roy des Citez sans te faire congnoistre
+ Aux pastoureaux? mais quel loz en as tu
+ D'employer ta vertu
+ Pour donner fin à leur repoz champestre?
+
+ Je scay combien ta flamme est violente,
+ Combien aussi ton ayde est froide et lente,
+ Dont je me sents de vie reculé
+ Comme l'arbre bruslé
+ Qui mort, demeure encor droict sur sa plante.
+
+ De toy provient la flesche qui me tue,
+ Gueris moy donq Amour et m'esvertue:
+ Et fay autant que les animaux font,
+ Dont les bras premiers sont
+ Faitz en Ciseau, et piquent de la queue.
+
+ Ja ja la force en moy est deffallie
+ Ja à mes os la seiche peau s'allie.
+ Fay moy donq grace ores s'offre le lieu:
+ Fay le au nom de ce Dieu
+ Qui fut pasteur neuf ans en Thessalie.
+
+ L'ame vaguant' à l'entour de ma bouche,
+ Ores tend l'aisle, ores la plie et couche:
+ Or le sejour or la fuite elisant:
+ Et mes nerfs à present
+ Sont comme ceux que sur la lire on touche.
+
+ Va ame donq, maintenant en est heure:
+ Va encor va, à fin que tost je meure.
+ Tu es par trop avare de mon bien:
+ Ah, tu le monstres bien,
+ Quand malgré moy au corps tu fais demeure!
+
+ Va puis que celle, ou mon oeil se repose,
+ Et qui au fonds de mon cueur est enclose,
+ Ne recongnoit comme sur mon bellier,
+ A son nom vien lier
+ A chasque bout des cornes une rose.
+
+ Et fay souvent que ma trouppe barbue
+ Porte en son col mainte chayne pendue
+ De belles fleurs que je prends cà et là:
+ Mais je voy que cela
+ En son endroict n'est que peine perdue.
+
+ O Nimphe ingrate un peu cest oeil retire
+ Dont la rigueur fait croistre mon martire:
+ Et s'il te plaist ayes ores pitié
+ De la grand' amitié
+ Que je te porte, et ne te l'ose dire.
+
+ Ceste couleur qui change, et ceste eau molle
+ Sortant des yeux, et la trouppe qui vole
+ De mes souspirs te le disent assez:
+ Les desirs tant pressez
+ Me font geller aux levres la parolle.
+
+ Si quelque fois pres de toy je m'advance
+ Ta main me poulse & se met en deffence:
+ Dont bien souvent je demeure confuz,
+ Mais que ferois tu plus
+ A ceux, lesquelz te voudroyent faire offence?
+
+ Ingrate encor! advant qu'en rien me touches
+ Tires ta robbe arriere: et à noz bouches
+ Ne veux souffrir le baiser souhaité:
+ Las tu fais grand cherté
+ D'un bien, lequel ne peux deffendre aux mouches.
+
+ Combien de fois je t'ay portée en croupe
+ Dessus mon Asne allant apres la troupe
+ De noz brebis: combien de fois aux champs
+ Aux espines trenchants
+ Dessouz tes pieds j'ay estendu ma joupe?
+
+ Combien de fois au bout de ceste roche
+ (Sur noz troupeaux ayant l'oeil tousjours proche)
+ Je t'ay faict part de mes fruicts delicats:
+ Helas ne cuide pas
+ Que je le die à present pour reproche.
+
+ Mais je le dy pour te mettre en memoire
+ Mon Amitié et te donner la gloire
+ D'avoir rengé mon cueur souz ton pouvoir
+ Ce que tard Cuidoy voir
+ Comme je voy que tarde es à le croire.
+
+ Tu le vois bien, et fains ne le congnoistre,
+ Tu vois qu'il n'est possible à aucun estre
+ Plus amoureux que moy qui tout suis tien,
+ Et si n'estimes rien
+ La grand' amour que sur toy je vien mettre.
+
+ Quand m'as tu veu d'un pied benin et grave
+ Marcher en place, et que ne fusse brave:
+ Poil sans peigner, Ceincture sans flocquetz,
+ Mon chappeau sans bouquetz,
+ Et que souvent ma face je ne lave?
+
+ As tu encor en ces lieux veu personne,
+ Qui de sa voix si haut et clair resonne
+ Que moy, et qui dansant semble voler
+ Jettant le pied en l'aer
+ Quand Piranel de sa musette sonne?
+
+ J'ay bien dequoy, à l'oeil tout me prospere,
+ Blé, vin, et laict abonde en mon repaire:
+ Tousjours à part j'ai dix francs sans esmoy:
+ Et ay qui sont à moy
+ Seize brebis au troupeau de mon pere.
+
+ Le seul amour que je ne te puis faindre
+ A regretter vient mon ame contraindre
+ Quand par ardeur celle que je poursuis
+ J'ayme, et aymé ne suis,
+ Las! n'ay je point matiere de me plaindre?
+
+ Ce roc biffront de jastres qui surmonte
+ Tous ses voisins, verra sa cheute prompte
+ Plus tost qu'amour laisse en moy d'avoir cours:
+ Car cela est tousjours
+ Quand on ne peut des ans scavoir le compte.
+
+ Apres ma mort cest' ame langoureuse,
+ De mon malheur se reputant heureuse,
+ Ferme sera tousjours en son propoz:
+ Mais loing est de repoz
+ Estant ainsi d'une ingrate amoureuse.
+
+
+
+L'Amie rustique.
+
+Eglogue seconde.
+
+
+Carlin. Guiot.
+
+ He mon Guiot. G. He mon Carlin,
+ Ce grand dieu à tout bien enclin
+ Te doint santé. C. Mais quelle chere
+ Despuis que ne t'ay veu. G. Legere,
+ Tousjours plein d'amoureux soucy,
+ Qui me rend solitaire icy,
+ Ou tout plaisir m'est interdict.
+ C. Est ce par amour? G. Tu l'as dict
+ C. Croys tu qu'ennuyeux soit d'aymer?
+ G. Ainsi ne le veux estimer.
+ C. Pourquoy donq si grand dueil te poingt?
+ G. C'est pource qu'on ne m'ayme point.
+ Et celle dont j'ay tant d'esmoy,
+ En ayme un autre plus que moy.
+ C. Moyen y ha pour y attaindre,
+ G. Mais l'amour ne se peut contraindre,
+ Ah Carlin à ma volonté
+ Mon dernier jour me fust compté
+ Lendemain de. C. Tes nopces. G. Non:
+ C. Guiot si tu me dis le nom,
+ Encor s'y trouvera remede.
+ G. Bien leger, si elle me m'aide.
+ Seulle me peut donner repos,
+ Mais pour achever mon propos,
+ Je voudroys estre ensevely
+ Apres avoir d'elle cueilly
+ Un seul baiser. C. C'est peu de chose.
+ Dy moy son nom. G. Son nom? je n'ose.
+ Tant de peur se mesle parmy
+ Mon amitié? C. A ton amy?
+ G. Amy n'y ha tel que soy mesme.
+ C. As tu peur que le bruit je seme
+ De cecy? Guiot tu scais bien
+ Que je t'ayme. G. Mais c'est grand bien
+ De couvrir tousjours ses secretz.
+ C. Ouy, fors aux amys discretz
+ Et je suis la fleur de ceux là,
+ G. Je ne diray jamais cela:
+ C. Et bien, et si je le devine?
+ G. Alors comme alors: C. Est ce Andrine
+ La bergere tant fresche et gaye?
+ G. Tu as mis le doigt en la playe,
+ C'est elle sans autre, c'est elle.
+ C. Andrine! c'est bien la plus belle
+ Qui herbe onq de ses piedz foula:
+ Mais comment te dressas tu là?
+ Quel moyen euz tu, quel accez?
+ G. Certains jours avant le decez
+ De Robin son pere, j'estoy
+ Aupres de ce ruisseau. C. Qui toy?
+ G. Ouy, moymesme: escoute donq:
+ J'apperceu venir tout le long
+ De ce pré, Andrine, laquelle
+ Ses brebis chassoit devant elle
+ Avec un rameau de pouplier,
+ Lequel par fois faisoit plier
+ Dessus la croupe ores de ceste
+ Ores de celle, et la doucette
+ Chantoit, scais tu une chanson
+ Si bien, qu'on s'endormoit au son
+ Si doux accord elle tenoit:
+ Et son troupeau icy menoit
+ Abrever: Or icy venue,
+ L'une et puis l'autre jambe nue
+ Lava: et moy estant derriere
+ En jeu, luy jettay une pierre,
+ Dont l'eau repoulsant en l'aer, royde
+ La baigna. C. Estoit elle froide?
+ G. Dieu m'en gard! Car c'estoit au temps
+ Des Cigalles. C. Or bien j'entends
+ Apres. G. Subit je me retire.
+ C. Et elle? G. Ne faisoit que rire.
+ Tenant l'oeil ouvert cà, et là,
+ Pour veoir qui avoit faict cela:
+ Mais j'estoy derriere un buisson
+ A couvert. C. Ha mauvais garcon!
+ Bien cuidoit que tu feusses pres.
+ G. Or voicy le meilleur apres.
+ Je sors et m'approchant tout beau
+ Feis semblant la jetter en l'eau,
+ Qui m'embrassa. C. De peur de choir?
+ G. Mais d'aise qu'avoit de me veoir,
+ Au moins me le sembloit ainsi:
+ Dont moy tresjoyeux de cecy,
+ Recourbay mes deux bras alors
+ A l'entour de ce tendre corps,
+ Et subit la vins embrasser:
+ Mais gueres ne l'osay presser.
+ C. Pourquoy non? Responds si tu veux.
+ G. De peur de la coupper en deux:
+ Tant la trouvoye gresle, et tendre.
+ C. ô je veux bien la fin entendre
+ Que s'en ensuit. G. Mille propos
+ Qu'apres nous tinsmes à repoz
+ Tous deux assis au bord de l'eau:
+ C. D'amour? G. Je ne fus pas si veau,
+ Des brebis du faict de mesnage:
+ Et ce pendant en mon visage
+ Je sentoys un feu monter,
+ Et le poux du bras se haster
+ Trop plus que n'avoit de coustume:
+ C. C'est signe quand Amour s'allume.
+ G. Ma langue begue devenoit.
+ Et quelque neble se tenoit
+ Aux yeux, les empeschant de veoir.
+ C. Amour aussi ha ce pouvoir.
+ G. Mes souspirs trouvants l'huys ouvert,
+ Se meirent tous à descouvert
+ Se pressans l'un l'autre à l'issue:
+ Que par la claye mal tissue
+ Noz gras troupeaux mieux ne se pressent,
+ Quand les bergers, peu cautz, les laissent.
+ C. C'est l'amour Guiot qui te poingt.
+ Mais ne la baisois tu point? G. point.
+ C. Quand ton oeil son beau corps eut veu,
+ Tu en fus assez repeuz. G. peu.
+ C. Ne te rendoit elle esjouy
+ Quand parler t'eut ouy? G. Ouy,
+ Toutesfois le desir ardant
+ Que j'avoy en la regardant,
+ Combatoit avecques la crainte
+ C. Dequoy? qu'elle devinst enceinte?
+ G. He causeur: mais pource que j'ayme.
+ C. Comme font amans de caresme,
+ Qui ne touchent point à la chair.
+ G. Je l'ayme pour ne m'approcher
+ D'un tel abuz. C. Donq et pourquoy
+ Avois si grand' crainte? G. Or taiz toy.
+ Car aymant, aymé je ne suis:
+ Et ainsi ay vescu despuis.
+ C. Encor y ha bonne esperance.
+ G. Tresbonne, mais peu d'asseurance
+ C. Guiot que je sache le tout.
+ G. Tu en as veu presque le bout
+ C. Quelle faveur? G. froide en saveur.
+ C. Que devins tu? G. Un grand réveur,
+ Ennuyé de longue poursuite
+ C. Qu'en as tu pour la suite? G. fuite
+ Et tout cela pour abreger
+ Qui fait les amans enrager.
+ C. A la fin ne t'approchois tu
+ Pres d'elle? G. C'est bien entendu:
+ Approcher las! Tant qu'on vouloit,
+ Mais tousjours elle reculloit,
+ Fuyant de moi à sautz traynez:
+ Si qu'en bref fusmes destournez
+ Du lieu ou la trouvay seulette
+ Environ un traict d'arbaleste.
+ C. Et depuis? G. A aymer l'induis:
+ Mais certes la chaine d'un puits
+ N'est si froide qu'elle se monstre:
+ Car par fois si je la rencontre
+ En chemin, et l'arreste là,
+ Hay dit elle laissez cela:
+ J'ay haste, laissez moy aller:
+ Si que loisir n'ay de parler
+ Un mot, tant se monstre farouche:
+ Et par tout là ou je la touche
+ Dit qu'elle ha mal. C. Et tu la crois?
+ G. Pourquoi non, Carlin quelque fois?
+ Bien autre chose que je n'ose,
+ Quand ma main sur elle je pose,
+ La presser, tant je crains à l'heure
+ Que la piece ne me demeure
+ C. Ouy qui presser la voudroit
+ Comme quand un bois on romproit,
+ Ou trop tendre tu me la fais.
+ G. Ainsi qu'un petit beurre frais,
+ Et plus encore comm' il semble:
+ Mesmes hier quand estions ensemble,
+ Et sa main tendre alloys touchant
+ Comme on fait draps chez le marchand,
+ Ou ainsi que les toilles fines.
+ C. mon amy ce ne sont que mines,
+ Alors que ses propoz te dict
+ Ne rit elle? G. Quelque petit.
+ C. donq elle t'ayme? G. Ouy, loing d'elle.
+ Ma creance au moins en est telle:
+ Toutesfois le jour du dimenche
+ Elle ha une ceinture blanche
+ De moy, qu'elle porte souvent:
+ Souvent aussi port' au devant
+ De son front un' autre en guyrlande.
+ C. C'est figure que l'amour est grande.
+ Mais quoy? ne te donne elle rien?
+ G. Tu l'as dict, rien. C. je m'entendz bien,
+ S'elle te donne quelque chose.
+ G. Je n'ay oncques eu qu'une rose
+ Laquelle en un brevet je garde,
+ Pour guerir de la fievre quarte
+ A un besoing: et pour icelle
+ Mon amy je t'asseure qu'elle
+ Despuis en cà, ha eu de moy
+ Deux cents bouquetz. C. Or je t'en croy
+ Encor est prou qu'elle les prenne
+ G. Je dy sans ceux là que je traine
+ Tous les jours et moyen ne treuve
+ Pour les bailler, ô que j'espreuve
+ De maux ou plus un cueur se fasche!
+ Cuides tu Carlin que je sache
+ Qu'est de repos, il ha trois moys
+ Que couché ne me suis trois fois
+ En lict, C. Que fais tu donq le seoir?
+ G. Le plus souvent me vay asseoir
+ A la rue, pres de sa porte
+ Et là ma musette je porte
+ Avec quoy je plaintz mes ennuys:
+ Je fais cela toutes les nuicts.
+ Mais de mon faict compte ne fait.
+ C. Pour autant qu'elle ne le scait.
+ G. Ne le scait! Qui ne le scauroit?
+ Mais qui le blyron n'ouyroit
+ De ma Musette à triple voix?
+ Veu mesmes que là mille fois
+ Pour sonner me suis allé mettre.
+ C. Sans veoir aucun à la fenestre?
+ G. Il est vray, ry t'en hardiment,
+ Quand l'amour eut commencement.
+ Un seoir me sembloit veoir parmy
+ La fenestre ouverte à demy
+ Andrine, encor me sembloit
+ Que d'un blanc linge s'affubloit
+ La teste pour n'estre congneuë,
+ Et au reste qu'elle estoit nue.
+ C. He ribaud! G. Adonq je forcay
+ Ma musette par tel essay
+ Que l'on n'oyoit à l'environ
+ Fors son bly bly, blyron blyron
+ Dont m'en senty trois jours apres.
+ C. C'estoit elle au moins? G. Quand de pres
+ L'euz regardée: he, he: je ris.
+ C. Je croy que là tu fus bien pris:
+ Que le faict bien tost me descouvres.
+ G. Brief c'estoit l'une de ses chevres,
+ Je ne scay comme l'ose dire.
+ C. Il y ha assez dequoy rire
+ Povre abusé! G. Qu'y ferois tu?
+ C'est amour qui ha la vertu
+ D'aveugler et oster le sens.
+ Dire le puis: car je le sents,
+ Et l'ay senty il ha long temps.
+ Advise Carlin cy dedans,
+ Fais que ta main plus avant entre.
+ C. Je croy que la peau de ton ventre
+ Est plus seiche, maigre, et deffaicte
+ Que n'est celle de ta musette,
+ Il te faut pourveoir à cecy.
+ G. J'estois encores plus transi
+ Quand Robin fut mis au sarcueil
+ Et le temps qu'elle porta dueil.
+ Car n'osoy d'elle m'approcher:
+ Ma musett' aussi sans toucher
+ Demeura à un clou pendue,
+ Et jamais ne fut entendue
+ Fors le jour que son dueil laissa,
+ Et n'ay cessé despuis en cà
+ De chanter comme au paravant,
+ Mais ce n'est que chansons au vent.
+ C. Je mettroy peine à l'oblier,
+ Ou bien autrement la lier
+ Par amitié. G. Quelle pitié!
+ C. Si ne peux de tout, la moitié,
+ Ton mal au moins en seroit moindre.
+ G. Tant souvent me suis venu oindre
+ De graisse de mulle: et en oultre
+ Tant souvent ay prins de la poudre
+ De ses piedz et l'ay avallée
+ En urine de bouq meslée:
+ J'ay cherché remedes nouveaux
+ Jusques aux plumes des oyseaux,
+ Qui sont de plus sinistr' augure:
+ Et toutesfois l'amitié dure.
+ Et pour me fair' aymer sans faincte
+ Au ciel n'y ha ny sainct ny saincte
+ Qu'express' oraison ne luy fasse:
+ Et par tout là ou elle passe,
+ Avec soy porte l'os senestre
+ D'une rayne, que je vins mettre
+ En un ply de sa robbe, ensemble
+ De l'oyseau à qui la voix tremble
+ Le cueur que je reduitz en poudre.
+ C. Mais comment peux tu cela couldre,
+ Qu'elle ne vinst contrarier?
+ G. Je le feis chez le couturier,
+ Au paravant que l'eust vestue.
+ Mais comme que je m'esvertue,
+ De tous coustez, je perds ma peine,
+ C. Quelque jour de ceste sepmaine
+ En parlerons plus amplement
+ A Dieu Guiot. G. si promptement!
+ Encores le meilleur demeure.
+ C. Guiot, je sens approcher l'heure.
+ Pour joindre mes boeufz. Or adieu.
+ G. Tu me trouveras en ce lieu
+ Tousjours esloigné de repos.
+ Carlin? C. Qu'y ha? G. De noz propos
+ Mal aucun. C. Voy, tu me fais rire
+ Cela s'entend bien sans le dire.
+
+
+
+L'Amie rustique.
+
+Eglogue troisiéme.
+
+
+Andrine.
+
+ Nimphes qui par ces forestz
+ De Cerez,
+ Souffrez en voz ames naistre
+ Le feu, par qui vous bruslez,
+ Et voulez.
+ La fureur d'amour congnoistre.
+
+ L'amour dont parler je vois
+ Mille fois
+ Son arc contre vous desbande:
+ Nourrissant vous cueurs d'esmoy.
+ Quant à moy,
+ Point ne suis de vostre bande.
+
+ De ce traict qui tant vous poingt,
+ Je n'ay point
+ La force encor esprouvée:
+ L'aveugle Dieu qui vous fiert
+ Bien me quiert,
+ Mais encor ne m'ha trouvée.
+
+ Seulle me puis estimer
+ Sans aymer
+ Et veux bien souffrir qu'on m'ayme:
+ Car ce m'est grand heur d'avoir
+ Le pouvoir
+ Sur autruy et sur moy mesme.
+
+ Qu'on blasme de cruauté
+ Ma beauté,
+ Et que suis fiere et sauvage,
+ Il me vaut mieux l'estre aussi
+ En cecy
+ Que trop douce à mon dommage.
+
+ De vous toutes à l'escart
+ Seulle à part
+ Il me plait estre esloignée,
+ Vostre assemblée je fuis,
+ Et si suis
+ Mieux que vous accompaignée.
+
+ Voz tourmens et voz ennuys
+ Jours et nuicts
+ Font que l'oeil de pleurs se baigne.
+ Et ma gaye liberté
+ M'ha esté
+ Tousjours fidelle compaigne.
+
+ Voz cueurs de tristesse pleins
+ Or je plaints
+ Quand faut que l'amour y gise,
+ Le bien qu'on ha pour aymer
+ Est amer
+ Au regard de ma franchise.
+
+ L'oeil et le pied sans arrest
+ Tousjours prest
+ Suit le train de voz pensées:
+ Si que ne vous congnoissant
+ Plus de cent
+ Disent qu'estes insensées.
+
+ Le travail que vous menez,
+ Et prenez,
+ C'est pour au gré d'amour estre:
+ Mieux aussi n'ont que cela
+ Tous ceux la
+ Qui servent si jeune maistre.
+
+ A ce Dieu il vaudroit mieux,
+ Qu'eust les yeux
+ Ouvertz, et par modestie
+ Leur bandeau allast ostant
+ Le mettant
+ Sur plus honteuse partie.
+
+ Prenez visée hardiment
+ Au tourment
+ Qui en voz cueurs prend racine:
+ Vostre grand mal bien scavez
+ Et n'avez
+ Cure de la medicine.
+
+ Car vous toutes qui aymez
+ Estimez
+ Que voz peines langoureuses
+ Et voz travaux ne sont rien
+ Pres du bien
+ Qu'avez pour estr' amoureuses.
+
+ Je ne feis oncques l'essay:
+ Bien je scay,
+ Que la pein' y est tresgrande:
+ Pource que l'ennuy qu'on prend
+ Est plus grand
+ Quand un aveugle commande.
+
+ D'amour pressée je suis:
+ Mais je fuis
+ Ceux, ou vostre mal consiste,
+ Et quand se dressent à moy
+ Je les oy:
+ Mais le cueur tousjours resiste.
+
+
+
+L'Amie rustique.
+
+Eglogue quatriéme.
+
+
+Andrine. Guiot.
+
+ Comme le jonc droict et beau
+ Ploye en l'eau,
+ Et tourne en son premier estre,
+ G. hem, hem.
+ A. La bouche incline à leurs dictz,
+ Mais tandis
+ Mon cueur est tousjours le maistre.
+ G. Mais que vous sert de venir mettre
+ Le feu en mon cueur langoreux,
+ Et me contraindre estre amoureux
+ Si l'oeil à pitié ne s'encline?
+ A. Que dites vous? G. Que dis je Andrine?
+ Il n'y ha pire sourd au monde
+ Que qui le fainct. A. Ains qu'on responde
+ Il faut bien scavoir qu'on demande,
+ Car de respondre ains qu'on entende
+ Ce sont termes de filles folles:
+ G. A bon entendeur peu parolles.
+ Je dy que l'amour me surmonte
+ Et vous n'en faittes point de compte.
+ Mais fuyez quand je vous appelle.
+ A. Quand? G. Mesme à cest' heure. A. Quelle?
+ G. Quand suis venu icy passer.
+ A. J'ay bien ouy quelqu'un tousser,
+ G. C'estoit moy. A. Je ne viens point, non,
+ S'on ne m'appelle par mon nom.
+ Guiot il faut faire cela
+ A celles je les laisse là,
+ Et non à moy. G. Pour Dieu mercy.
+ Helas le prenez vous ainsi.
+ A. Je vous pardonne. G. A l'advenir
+ Autre moyen viendray tenir.
+ Ma Perle si vous vient à gré,
+ Tandis que l'herbe de ce pré
+ Sert de pasture à noz brebis
+ Entendez s'il vous plait mes dictz.
+ A. Je le veux bien Guiot, pourveu
+ Qu'ilz soyent bons. G. Pas ne m'avez veu
+ Desbordé jamais en propoz:
+ Pource mettons nous à repoz
+ Pres ceste haye hors la voye.
+ A. Mais en lieu que chacun nous voye.
+ G. Souz cest amandrier, A. je le veux.
+ G. Divin tronq, ô l'un des neveux
+ De ceste amante fortunée,
+ Pour s'estre elle mesme donnée
+ Ce que je poursuis pour Andrine.
+ A. Quoy? G. Ce que la vie extermine.
+ A. Il faudroit dire la raison.
+ G. Tant m'ennuye ceste prison,
+ Ou par rigueur mon cueur avez.
+ A. Guiot, je croy que vous révez,
+ Que j'ay prison, ou est la porte?
+ Ou sont les clefz? si je les porte,
+ Sus prenez les d'autorité,
+ Et mettez vous en liberté.
+ Prisons Guiot! Je n'en ay point.
+ G. C'est Amour qui au cueur me poingt,
+ Et toujours apres vous me tire
+ Avec la chayne de martire,
+ Scait on pire prison que là?
+ A. Ouy si vray estoit cela
+ Que vous m'aymez. G. En doutez vous?
+ Contre moy puissent estre tous
+ Les hauts cieux, si c'est autrement:
+ A. C'est la coustume d'un amant
+ De jurer, et mentir ensemble.
+ G. M'estimez vous tel? A. Il me semble
+ Que tous parlez de mesme voix.
+ G. Mais est ce la premiere fois
+ Que je vous ay dit ma pensée?
+ Comme l'amour fut commencée
+ En ce lieu mesme à mon dommage?
+ Ce ruisseau en rend tesmoignage
+ De mes pleurs augmente souvent:
+ Mes souspirs compaignons du vent
+ Ont vollé despuis front à front
+ A Ostre, lequel n'est si prompt
+ A Porter la pluye en ces lieux.
+ Qu'ilz sont à l'endroit de mes yeux.
+ A. Si le train vous est tant amer,
+ Pourquoy ne laissez vous d'aymer?
+ Car n'est bon mettre son courage
+ En lieu dont peut venir dommage.
+ G. L'espoir seul me rend poursuivant.
+ A. L'espoir nous trompe bien souvent.
+ G. Vous y pouvez remedier,
+ A. Ailleurs faut secours mendier.
+ G. Pourquoy? A. Je ne veux point aymer.
+ G. Vous voulez vous faire blasmer,
+ Andrine dittes autrement.
+ A. Aymer bien, mais egallement
+ Un chascun, G. l'incongnu autant que ceux là
+ Que congnoissez? A. Non pas cela.
+ A ceux cy j'ay plus d'amitié.
+ G. Je suis venu à la moitié
+ De mon desir: et à ceux cy
+ Portez vous amour tout ainsi,
+ Fassent plaisir ou desplaisir?
+ A. Plus à ceux qui me font plaisir.
+ G. Et qui plus en fait plus l'aymez?
+ A. Ainsi faut bien que l'estimez,
+ Si en eux je le puis congnoistre.
+ G. Sur moy donq en devez plus mettre
+ Que sur tous vos congneus. A. Pourquoy?
+ G. Car qui vous cherit plus que moy?
+ Qui fais pour vous, et plus vous ayme
+ Que tous voire plus que moy mesme.
+ A. Vous le dittes. G. Car il est vray.
+ Et tousjours cest' amour suivray,
+ Tant qu'au monde seray vivant.
+ A. Ce ne sont que propoz au vent.
+ G. Ce que je dy est tout notoire,
+ A. Toutesfois je ne le puis croire.
+ G. ô temps pervers, et rigoureux
+ Qui fais que l'amour langoureux
+ N'est plus congneu par la parolle,
+ Par les souspirs, ou par l'eau molle
+ Des longs pleurs qui furent jadis
+ Ses messagers, mais à mes dictz
+ Semble qu'avez l'oreille close.
+ A. Je ne vous puis dire autre chose
+ La faute ne vient point du temps.
+ G. de qui donq. A. des menteurs amants,
+ Disans qu'amour au cueur les touche:
+ Mais cela ne passe la bouche.
+ G. Si mal pour le coulpable en sent
+ S'en faut il prendr' à l'innocent?
+ A. Vos amitiez sont d'une sorte.
+ G. Horsmis que la mienne est plus forte,
+ Plus loyalle constante et ferme:
+ Aussi telle que je l'enferme
+ Dens mon cueur la pouvez congnoistre!
+ A. A vous tient. G. Je ne la puis mettre
+ A veuë d'oeil plus que je fais.
+ Vous en avez veu les effectz
+ Jusqu'icy: tesmoings les ennuiz
+ Qui me font aux plus froides nuictz
+ Vaguer seul en cent mille parts,
+ Ou entre mes vains pas espars
+ Je mesle chansons amoureuses,
+ Et au sort des nuictz malheureuses
+ Jusqu'icy ay mes jours passez
+ Avec les autres insensez,
+ Moins que moy toutesfois aymans,
+ Moins aussi ayans de tourmens.
+ Lieu aucun on ne peut trouver,
+ Ou mon couteau puisse graver
+ Que vostre pourtraict n'y soit veu,
+ Et au pied cest eternel voeu
+ Le cours du monde cessera
+ Quand Andrine en obly sera:
+ Aux escorces des plus hautz trembles
+ Vous en trouverez mill' exemples
+ Pour peu qu'on suive ces marchetz,
+ Et plus encor dens les forestz
+ Ou par tout est le nom d'Andrine:
+ Encor dites que suis indigne
+ Que m'aymiez! A. je ne l'ay point dit.
+ G. Qu'est ce que nier le credit?
+ A. Quel credit? G. Ou l'amour aspire.
+ A. Je ne scay que cela veut dire.
+ G. Mais faites semblant ne l'entendre.
+ A. Mon esprit ne se peut estendre
+ Jusques la. G. J'entends un baiser
+ Pour mon long travail appaiser,
+ Ou conviendra qu'icy je meure.
+ A. Ha pour un baiser ne demeure.
+ G. La vie au corps m'avez enclose.
+ A. Vous vivez bien de peu de chose.
+ G. Helas oseray j' advancer
+ La main: A. C'est à recommencer,
+ A mon vouloir qu'ailleurs je feusse.
+ G. Oster vous vouloye une puce,
+ En devez vous estre faschée?
+ A. Si vostre main n'eusse arrachée
+ Encor l'advanciez par delà,
+ G. Vers voz tetins: A. Apres cela
+ En autre lieu la voudriez mettre.
+ Aujourd'huy l'amour est si traistre
+ Et fait prou qui s'en peut garder.
+ G. Qui si pres voudroit regarder,
+ Plaisir seroit de nous chassé
+ A. Ou est l'amour du temps passé
+ Nourrie des seules parolles
+ Sans user de ces mines folles
+ Du baiser, de l'attouchement:
+ Ou est ce bon temps que l'amant
+ S'estimoit adonq tresheureux
+ D'un oeil gay, d'un rire amoureux
+ Et lors tous estoyent si contens.
+ G. Comment parlez vous de ce temps,
+ Vous qui ne faictes que venir?
+ A. Plusieurs propos en oy tenir
+ Aux vieilles la nuict en yver.
+ G. Les vieilles ne font que réver.
+ A. Elles parlent comme discrettes:
+ G. Mais plus tost se voyans distraittes
+ Des jeunes ans, ausquelz nous sommes,
+ Tenues en mespris des hommes,
+ C'est dont parlent comm' ennuyées:
+ Si de pouvoir sont desnuées,
+ Encores le vouloir demeure:
+ Mais qu'arrestez vous à cest' heure?
+ De mon faict, las je vous supply
+ Que ne le mettiez en obly,
+ Et croyez que la grand' langueur
+ Que la bouche dit, vient du cueur,
+ Non d'ailleurs, tant abonde en luy.
+ A. Certes l'amant remply d'ennuy
+ Sent geller ses mots en la bouche,
+ Et ceux à qui ce mal ne touche,
+ Ont le babil ainsi qu'ilz veulent
+ Se rient se plaignent, se deulent:
+ Dont semblent (pour le bruit qu'ilz font)
+ Aux tonneaux lesquelz vuides sont,
+ Qui mieux resonnent que les pleins,
+ Ce n'est que faincte que leurs plainctz
+ G. En faittes vous si peu de compte?
+ A. Mais quoy Guiot n'avez vous honte
+ De me fair' accroire cecy?
+ G. O mort que ne viens tu icy?
+ Ou que l'amour de mon cueur s'oste.
+ A. Vous cuidez trouver une sotte.
+ Adieu: cherchez party ailleurs.
+ G. Ma part seront souspirs, et pleurs
+ Avec le nom d'estr' amoureux,
+ Mais de tous les plus malheureux.
+ Toutesfois en ma longue attente
+ Si desir nuict, espoir contente:
+ Espoir j'entends s'elle ne m'ayde
+ De chercher la mort pour remede.
+
+
+
+L'Amie rustique.
+
+Eglogue cinquiéme.
+
+
+Guiot. Echo.
+
+ Haste le pas meurdriere, haste le pas
+ Pour advancer le jour de mon trespas,
+ Et de tes pieds vien le feutre arracher,
+ Si que je t'oye à dru galop marcher
+ Fier' apres moy: car mourir je desire
+ Plus que tu n'as la main prompt' à m'occire.
+ Que tardes tu? ne me sois point rebelle,
+ Couppe chemin, & vien quand je t'appelle:
+ Tu vas à cil qui te fuit, et evite.
+ Que ne viens tu à celuy qui t'invite?
+ Rompre le fil duquel le Ciel hautain
+ Ma vie alonge, à mon tresgrand desdaing?
+ Fais tu la sourde? ouvre l'oreille & m'oy,
+ Qui fors toi peut m'oster de cest esmoy? Echo. Moy,
+ G. Ceste responce ha mon cueur resjouy,
+ Es tu Echo qui plaindre m'as ouy? E. Ouy.
+ G. Tu vois les maux dont ma vie est si plaine
+ Dy moy quel fruict puis j' avoir de ma peine? E. Hayne.
+ G. Las quel remede à ce dueil qui me mord!
+ Qui ostera de mon cueur ce remort. E. Mort.
+ G. Comment Echo est ce que tu l'entendz?
+ Je la desire et icy je l'attens. E. Tens.
+ G. Quoy? un cordeau? si tendre je le doy,
+ Qui se pendra là ou je ramentoy. E. Toy.
+ G. Puis que seray je icy laissant de vivre
+ Quand aux langueurs que l'amour me delivre. E. Livre.
+ G. Las respon moy, n'auray je quelque bien,
+ L'esprit laissant ce monde terrien. E. Rien.
+ G. N'auray j' au moins ce grand heur, que mon nom.
+ Viv' apres moy par immortel renom? E. Non.
+ G. Andrin' au moins, pour qui l'amour me poingt
+ Me pleurera me voyant en ce poinct? E. Point.
+ G. Point! quand verra à mon col le cordeau,
+ Et ce corps mis apres dans le tombeau? E. Beau.
+ G. Las comment beau le voudroit elle dire!
+ Celle pour qui tant je pleur' et souspire. E. Pire.
+ G. Quel advantage aura me voyant cloz
+ Dans le tombeau rongé jusque à l'os? E. Loz
+ G. D'estre homicide? ou à ceste cruelle,
+ Qui pour tel faict lui donra loz et gloire. E. Elle.
+ G. Ceux qui du faict auront esté tesmoins,
+ Me donront ilz quelque louang' au moins? E. Moins.
+ G. Quel me diront moy pendu par le col,
+ Quand pour aymer de vivre ay esté soul? E. Fol.
+ G. Ceux qui sont morts d'amour, qui tout surmonte,
+ Quel fruit en ont receu par fin de compte. E. Honte.
+ G. Je ne scay donq si recull' ou m'advance,
+ Puis que si maigr' en est la recompence. E. Pance.
+ G. Mourir m'est grief! Mais l'amour que je porte,
+ Me fait souffrir mille morts d'une sorte. E. Sorte?
+ G. Pour la sortir et la deschasser loing:
+ Mais que faut il que j'aye à ce besoing? E. Soing.
+ E. J'ay eu grand soing de l'oblier aussi,
+ Mais tout cela encor ne m'ha suffy. E. Fy.
+ G. Dequoy, de femme? helas, quand l'amour playde
+ Contre raison, ou puis j' avoir remede? E. Ayde.
+ G. Me puis j' ayder encontr' efforts si grands?
+ Mieux me vaudroit la mort que j'entreprends. E. Prens
+ G. Il y ha chois de laisser ou de prendre:
+ Las! que me faut pour l'un d'eux entreprendre, E. Rendre
+ G. Ou ha raison? l'ame en est trescontente,
+ Mais l'amitié est tousjours resistante. E. Tente.
+ G. Faut il rien plus pour garder que croissans
+ Ne soyent les maux que par amour je sents? E. Sens.
+ G. Sens & amour mesme lieu ne recoit:
+ Car ou est l'un, l'autre ne se concoit. E. Soit?
+ G. S'il est ainsi que recevray j' au cueur
+ Si le bon sens sur l'amour est vainqueur? E. Heur.
+ G. Et mes esprits estant desvelouppez
+ Des grands travaux dont ores je me paistz? E. Paix.
+ G. Paix est tresbonne, et la fait bon acquerre.
+ Que reste à cil qui l'amour veut requerre? E. Guerre.
+ G. Mais qui sent plus les efforts de sa flamme? E. L'ame.
+ G. Que faut fuir pour conserver la fame? E. Femme.
+ G. Mais que devient par amour l'homm' excort? E. Ord.
+ G. Qu'est besoin estr' encontre son effort? E. Fort.
+ G. Qui est cil dont amour le sens hebete? E. Beste
+ G. Et dont la vie en moeurs est plus adroite. E. Droite.
+ G. Donques Echo si on te vouloit croire,
+ Ne faudroit point d'amour avoir memoire. E. Voire.
+ G. Voire, mais quoy? à sa grandeur supréme
+ Je veux porter amour plus qu'à moymesme. E. Ayme.
+ G. Or donq je vay à Andrine à recours,
+ D'amour luy faire autre nouveau discours. E. Cours.
+ G. Courant y vay, encor que me trouva
+ Bruslant, en froid espoir dont me priva. E. Va.
+ G. Fuy fuy meurdriere, or fuy t'en hardiment,
+ Car j'ay espoir appaiser mon tourment,
+ Tant me confi' en sa misericorde:
+ Par amour donq, si quelque trist' amant,
+ Vouloit ses jours avancer promptement
+ Qu'il mont' icy je luy quicte la corde.
+
+Fin des Cinq premieres Eglogles, de l'Amie rustique.
+
+
+
+
+Chansons.
+
+
+ Mon cueur souffre grand martire,
+ Mais le dire
+ Permis, certes ne m'est point.
+ Las! c'est bien estrange chose
+ Que je n'ose
+ Monstrer le mal qui me poingt.
+
+ Ma douleur ha longue traitte,
+ Et secrette,
+ Vivement se fait sentir:
+ Peu à peu consommant l'ame
+ D'une flamme,
+ Qu'on ne pourroit amortir.
+
+ A fin que plus haut ne monte,
+ D'aide prompte
+ Au mal visibl' on pourvoit,
+ Le mien donques perdurable
+ N'est curable
+ Despuis que l'oeil ne le void.
+
+ Le sang de ma playe vive
+ Ne derive,
+ Au moins qu'il soit evident,
+ Voilà pourquoy ma meurdriere
+ Ha matiere
+ Pour couvrir tel accident.
+
+ Et lors que ma navr' austere
+ Je veux taire,
+ Est plus forte la moitié
+ Et tenant sa violence
+ En silence
+ Croistre sans mon amitié.
+
+ En tout temps ma play' ouverte
+ Tien couverte,
+ Dissimulant ma douleur,
+ Fors à celle que j'honore,
+ Car n'ignore
+ La source de mon malheur.
+
+ De mon mal rud' et extreme
+ Elle mesme
+ Seul' est cause, mais aussi
+ Je scay que d'elle procede
+ Le remede
+ Pour reparer tout cecy.
+
+ O Beauté tres estimée,
+ Et aymée
+ De moy si parfaictement:
+ Fay que ta rigeur s'appaise,
+ Et te plaise
+ Donner fin à mon tourment.
+
+
+
+Autre Chanson.
+
+
+ Helas amour pourquoy
+ Environnes d'ennuiz
+ Moy qui ne veux ne puis
+ Resister contre toy?
+
+ Loué tu serois bien
+ De vouloir molester
+ Ceux qui au pouvoir tien
+ Presument resister.
+
+ Je scay que ta pitié
+ Incessamment me fuit,
+ Car froyde est l'amitié
+ Si le tourment ne suit.
+
+ C'est dont les maux je sens
+ Que tu me fais avoir,
+ Qui sans mort recepvoir
+ Tousjours ilz sont naissans.
+
+ Vien vien contre moy donq
+ En ire t'enflammer.
+ Le mal sera bien long,
+ Si je laisse d'aymer.
+
+
+
+Autre Chanson.
+
+
+ Maugré rigueur, et cruauté
+ Par trop contraire à mon desir,
+ L'oeil amoureux de ta beauté
+ A te veoir recoit grand plaisir
+ Si fresche et blonde,
+ Aussi il ne peut moins choisir
+ En tout le monde.
+
+ Le cueur d'amour passionné
+ Se plaint de l'oeil incessamment,
+ Car par sa veuë il ha donné
+ A sa flamme commencement:
+ Et tendr' et molle
+ Print son entier avancement
+ De la parolle.
+
+ Le jour que je vins amoureux,
+ Je ne scay si nommer le doy,
+ Ou bien heureux, ou malheureux:
+ Je le voudrois scavoir de toy:
+ Mon grand martire
+ Certes me donne assez dequoy
+ Pour en mesdire.
+
+ Je travaille de mon costé
+ A te monstrer mon grand esmoy,
+ Je parle et ne suis escouté,
+ Tant fais tu la sourd' envers moy:
+ Si je te prie
+ Aucune responce je n'oy
+ Bien que je crie.
+
+
+
+Autre Chanson.
+
+
+ L'amour se fait congnoistre
+ Quelque fois jeune enfant,
+ Mais tout à coup vient croistre
+ Alors qu'on le deffend,
+ Qui des cueurs se rend maistre
+ Et les va eschauffant:
+ Et si à poinct
+ Les picqu' et poingt,
+ Qu'au mesme poinct
+ Les rend que point
+ N'ont contraire desir.
+ Mais deux en un
+ Ont en commun
+ Un eternel plaisir:
+ Et n'est aucun
+ Qu'autre en vueille choisir.
+
+ Si faute à l'oeil on treuve
+ On la peut amender,
+ Et par une loy veuve
+ On luy peut commander:
+ Mais qui le cueur espreuve,
+ Il ha beau demander:
+ Amour discret
+ Vit en secret,
+ Bien qu'un regret
+ Soit tousjours prest
+ Pour le cueur entamer,
+ Qui le surprend
+ Et si luy rend
+ Un mal tousjours amer:
+ Mais tant soit grand
+ Ne laisse point d'aymer.
+
+
+
+Chant de Vertu, et Fortune:
+
+A Monsieur C. de l'Estrange, Abbé de la Celle.
+
+
+ Au sein de mon ennemie
+ Jadis ma muse endormie
+ Par somnolente paresse,
+ Ignare estimoit cela,
+ Ne voulant ailleurs que là
+ Rire, ny faire caresse:
+ Mais regardoit droictement
+ Vers l'oeil qui sa flamme attise,
+ Ainsi que le dur aymant
+ (Guide au nocher) vers la Bise.
+
+ Jusques à ce que la tienne,
+ Par ses vers tira la mienne
+ Du fond de l'aveugle somme:
+ Et à ce nouveau reveil,
+ Luy donna ennuy pareil
+ Que le jour aux yeux de l'homme:
+ Quand sa plus vive splendeur
+ Se present' à luy subite,
+ Sortant de la profondeur
+ Des prisons, ou il habite.
+
+ Lors un desir qui s'allume
+ Sur le pinceau de ma plume,
+ M'invita à paindre un' Ode:
+ Encor ne pouvoy choisir
+ Le doux repos du loisir
+ Lieu, propos, ny temps commode:
+ Toutesfois le reculer
+ Trop long, envers toy m'accuse:
+ Et au long dissimuler
+ Trouver je ne puis excuse.
+
+ Plume qui bassement volles,
+ Et bas traynes mes parolles
+ Prens l'aer froissant la closture:
+ Contre le rebelle frain,
+ Va ores d'un front serain
+ Jusques au ciel de Mercure:
+ Et vise de ne saillir
+ En grand precipic', et honte,
+ Que de poeur fasses pallir
+ Le noir esmail de la fonte.
+
+ Tout oyseau prend la vollée
+ Sans peril en la vallée,
+ (Le vol trop haut ne prospere)
+ Icare sceut bien cela,
+ Quand ses aisles esbranla
+ Contre le veuil de son pere.
+ Qui trop haut se veut renger,
+ Sa fin est tousjours douteuse,
+ Vivre ne peut sans danger,
+ Et sa cheute est plus honteuse.
+
+ Ait il l'aisle forte, ou molle
+ Oyseau est dict, mais qu'il volle,
+ Et brancher aux hayes puisse:
+ Ceux là, ceux là sont des miens,
+ Aussi entre pigméens
+ Estre petit n'est pas vice:
+ C'est dont en bas styl' icy
+ Chanter veux la controverse
+ De ta grand' vertu, aussi
+ De Fortun' à moy adverse.
+
+ Bien que la chose merite
+ Estre depainct' et escripte
+ Par autre main que la mienne,
+ Au moins de l'une des trois,
+ Desquelles je ne voudrois
+ Choisir autre que la tienne,
+ Paignant les vers bien uniz
+ Et les Rithmes immortelles,
+ De la plume du phenix
+ La plus riche de ses aisles.
+
+ Vertu princesse asservie
+ Aux aguillons de l'envie,
+ En ses pas simple, et modeste
+ Fixe tousjours s'entretient,
+ Et la vie qu'elle tient
+ Est tesmoing de tout le reste:
+ Mais (car souz un voille noir
+ Envie la rend obscure)
+ Le monde ne la peut veoir:
+ Ou si la veoid, n'en ha cure.
+
+ Sa beauté sans fard se monstre,
+ De soymesme elle s'accoustre,
+ De soymesme ell' est aornée:
+ Et ses filz pleins de bon heur,
+ Merite, gloire, et honneur
+ La tiennent environnée.
+ Mais comme bastardz, conceuz
+ En grand vituper', et honte
+ Sont rejettez, et d'iceux
+ Le monde n'en fait point compte.
+
+ D'ailleurs fortune logée
+ En place mal assiegée,
+ Tenant geste sourcilleuse,
+ Un de ses piedz va haulsant,
+ A tous costez balancant
+ En son estre perilleuse:
+ Toujours crolle cà, et là
+ Sa pierre mobile, et ronde:
+ Et semble que l'oeil ell' ha
+ Dessus tout l'univers monde.
+
+ Des fiers lions ha la gueule,
+ Aussi devor' elle seule
+ Les plus hauts biens: et son ventre
+ Sent le bouq, bouq est aussi
+ Chacun, et se sent ainsi
+ Qui en prosperité entre:
+ Serpente est l'extremité
+ De mortel venin noircie,
+ Des pieds ha la sommité
+ Semblant au nom de Licie.
+
+ De ses deux mains l'une est bresve,
+ L'autre longue ayant un glaive
+ Pour diviser les richesses:
+ Mais (trop aveugl' en son faict)
+ N'egalle les parts que fait
+ Du butin de ses largesses.
+ Ceux à qui visage humain
+ Elle monstre (la perverse)
+ Les eléve d'une main,
+ Et de l'autre les renverse.
+
+ Les chefz Royaux environne
+ De mainte, et mainte coronne
+ Qu'elle ourdist: Et des hautz sceptres
+ Garnit leurs mains: Et leurs filz
+ Souvent ne sont point assis
+ Au trosne de leurs ancestres.
+ L'un mect bas, l'autr' en hautz lieux
+ Pour un temps donne l'entrée:
+ L'un ha pir' et l'autre mieux
+ Bien qu'ilz soyent d'une ventrée.
+
+ Ceste folle ha grand' sequelle
+ De gens qui vont apres elle
+ Pour dorer leur esperance,
+ Mais comme fumée au vent
+ S'evapore bien souvent
+ Avec sa perseverance:
+ De ses thresors embellit
+ Les piedz legers de sa fuytte,
+ En qui l'espoir s'envieillit
+ Courant tousjours à la suitte.
+
+ Elle me tir' à grand' force
+ Par la corde que j'ay torse
+ D'un desir, mais l'effrontée
+ La faveur que me promet,
+ De moy encor ne permet
+ Que soit experimentée:
+ Dont puis que veut tant vexer
+ Des desirs la vieille trouppe,
+ Certes mieux vaut la laisser
+ Et que la corde je couppe.
+
+ Mes jours serains luy desplaisent,
+ Et mes plus obscurs luy plaisent
+ (De mon bien trop offencée)
+ Ce que je veux ne veut point,
+ Et voudroit bien en ce poinct
+ Mettre loy à ma pensée:
+ C'est pourquoy usant du fin
+ Contre la volonté mienne,
+ Je desire mal, à fin
+ Que le contraire m'advienne.
+
+ Vertu en mespris tenue
+ De fortun', est revenue
+ Posseder sa digne place:
+ Mais la felonn', ha bien sceu
+ La chasser avec le feu
+ De sa temerair' audace:
+ Souz les piedz, encor plus bas
+ La tient esclav': et l'envie
+ En est garde, et ne veut pas
+ Qu'on manifeste sa vie.
+
+ Qui souz vertu se veut mettre
+ Ne peut que droicturier estre:
+ Car elle n'est point coustiere:
+ Il vainc les maux angoisseux,
+ (Vertu aussi entr' iceux
+ Demeure saine et entiere)
+ De maints soucis est battu,
+ Et pauvreté l'importune:
+ On void aussi la vertu
+ A la porte de Fortune.
+
+ Nonobstant leur resistence,
+ Avec toy font residence
+ Par amour appariées:
+ Mais c'est le vouloir de Dieu
+ Qui veut qu'en si digne lieu
+ On les trouve mariées:
+ Toutesfois les parts des biens
+ Sont encores trop petites,
+ Car plus grands seroyent les tiens
+ Les librant à tes merites.
+
+ Ma muse encor alourdie
+ De son vieil somme, ha ordie
+ L'Ode que je te presente,
+ Tesmoing de ma volonté
+ De te veoir plus haut monté
+ Que ta fortune presente:
+ Et venu aux derniers bords
+ De ton heur, si prend envie
+ Aux soeurs, ne me chaut si lors
+ Couppent le fil de ma vie.
+
+
+
+Chant Funebre de feu Anne Philiponne, Damoyselle:
+
+A M. Albert, Seigneur de Sainct Alban.
+
+
+ Si en ma langu' estoit le dueil
+ Et que visible fut à l'oeil
+ Comm' au cueur secret je le porte,
+ De regret que Pluton auroit
+ Encor' un coup il ouvriroit
+ Les verroux qui ferment sa porte,
+ Permettant en tirer l'esprit
+ De ton erudic', ou abonde
+ Tant d'honneur: mais laissant le monde
+ Son chemin en ces lieux ne prit.
+
+ Et croy bien que le piteux son
+ Qui de mon triste cueur derive.
+ Esmouvroit aussi le poisson
+ Qui porta Arion à rive
+ A rompre les flotz du soucy,
+ Lesquelz se pressent tout ainsi
+ Que sur mer quand le vent arrive.
+ Mon ame doncques flestrissant
+ D'ennuy qui tant la va pressant
+ Pour un temps ha esté ravie,
+ Et au corps qu'elle abandonnoit
+ Attachée ne se tenoit
+ Que du moindre fil de la vie:
+
+ Mais d'un train royde s'en volla
+ Sur les aisles de sa pensée,
+ Et comme si fust insensée
+ Divers chemins prind cà et là:
+ Se hastant par les vagues lieux
+ Trop plus que l'aigle avec sa proye
+ Allant jadis offrir aux Dieux
+ La plus rare beauté de Troye:
+ Et panchée à son corps disoit
+ Heureuse ceste Ecthase soit,
+ Qui le jour des secretz m'octroye.
+
+ Ores bas, ores volloit haut
+ Par dessus l'element plus chaud
+ En vollant la sente embrasée:
+ Et souz elle laissoit loing, loing
+ L'arc qui fut de la paix tesmoing
+ Quand l'eau eut la terre rasée.
+
+ Et de là se plongeant en l'aer
+ Le fendit d'une aisle baissée,
+ Sans que vers sa maison laissée,
+ Encores desirast aller:
+
+ Mais allant front à front du vent
+ Vint par rencontr' en la montaigne
+ Qui bien haut son chef va levant,
+ Et en mer ses racines baigne:
+ Mais si loingtain estoit cela
+ Que Navire onq n'aborda là,
+ Fust la Caranelle d'Espaigne.
+
+ Tout ce que plus à l'homme nuict
+ Prend vigueur souz la froyde nuict
+ De ce mont, ou des nuictz la pire
+ Pour ne recepvoir le clair jour
+ Les rideaux de son long sejour
+ (Tant soit peu) jamais ne retire.
+
+ Des crys qu'on y oyt, vient horreur,
+ De l'horreur poeur, de poeur la fuyte,
+ Mais mon ame fit grand' poursuite
+ De scavoir d'ou venoit l'erreur
+
+ Parquoy trenchant l'aer obscursi,
+ D'un vol contrainct est arrivée
+ A l'huis de mort: la mort aussi
+ En ce lieu tousjours est trouvée,
+ Et subgectz au pouvoir qu'elle ha,
+ Faut que trestous passent par là
+ Quand la chair de vie est privée.
+
+ L'huis est grand, et grand faut qu'il soit
+ Causant les tourbes qu'il recoit
+ De ceux qui la vie abandonnent.
+ Là est le grand nombre arresté
+ De tous les maux qui ont esté,
+ (Ceux j'entendz qui la mort nous donnent.
+
+ Là se combattent les humeurs,
+ La fievre aussi sans cesse y tremble,
+ Et du venin qu'illeq' s'assemble,
+ Se font prestiferes tumeurs:
+
+ Les trois soeurs, en pareil y sont
+ Par qui l'am' est du corps ravie,
+ Ou de leurs cizeaux rouillez font
+ Les coups qui abbregent la vie:
+ Quand l'une la veut allonger
+ L'autre s'efforce à l'abbreger,
+ Esmeues de contraire envie.
+
+ Celle des petis et des Roys
+ Est torse par l'une des trois:
+ L'autre charpit, et l'inhumaine
+ Couppe de son mortel cizeau
+ Le filet ou pend le fuseau
+ Ou se plie la vie humaine,
+
+ Dont pareil nombr' on trouve là
+ Que de vivans, sans la grand' trouppe
+ Que de jour en jour elle couppe
+ Mais compte ne faict de cela.
+
+ Ceux qui sont de maux entachez,
+ Leur filace est de noudz garnie,
+ Et les vices y attachez
+ La rendent grosse, et mal unie.
+ On congnoit au contraire aussi
+ Ceux là qui ont leur vie icy
+ De vertu riche et bien munie.
+
+ Or quand la troupp' apperceu m'eut,
+ Un debat entr' elles s'esmeut
+ De la vie, en ceste guerre
+ Quand l'une la venoit filer,
+ L'autre venoit l'anichiler,
+ Pour rendre deserte la terre.
+
+ De sa main hideuse prenoit
+ A grands flottes le fil de vie,
+ Et de coupper non assouvye
+ Sa colere ne reffrenoit.
+
+ Parquoy horrible estoit à veoir
+ Les effortz des jumelles lames
+ Si grands, qu'elles avoyent pouvoir
+ D'un seul coup ravir cent mill' ames,
+ Dont cuidoy (en ayant veu tant,)
+ C'estre la fin que lon attend
+ Par les inevitables flammes.
+
+ A cest esclandre l'oeil volla
+ Loing, loing vers Gaulle, et congneut là
+ De son Roy la preuse conqueste,
+ Ou l'honneur d'Espaigne arrachoit,
+ Et ainsi qu'un lyon marchoit
+ Jouïssant du fruit de sa queste:
+
+ Des corps morts à son loz dressant
+ Les montjoyes de la victoire
+ Qui ja unir font à sa gloire
+ Les deux cornes de son croissant:
+
+ Car vers le fleuve des Germains
+ Desja il se recourbe, et arque:
+ Et si menace les Romains
+ Du pouvoir de ce grand Monarque:
+ Dont le glaive en pais allegeant,
+ Aux durs conflictz va soulageant
+ Les cizeaux de la fiere parque.
+
+ Leur fureur apres destournant,
+ Et contre Gaulle la tournant,
+ Luy survint un leger esclandre
+ Au pris des grands maux assemblez
+ Qui (comme feu parmy les blez)
+ Ses haineux les verront descendre:
+
+ Tant seront alors descouppez
+ A l'abord des forces terribles:
+ Et apres ces troubles horribles
+ Doit naistre une nouvelle paix,
+
+ Que nostre prince tresheureux
+ Plantera sur la terre ronde,
+ Et les hommes l'auront entr' eux
+ Tant qu'ilz seront vivans au monde.
+ Lors vivront tous souz mesmes loix
+ Ausquelles Germains, et Gaullois
+ Feront que leur vie responde.
+
+ Par les coups donnez à travers
+ Elles font de meurdres divers
+ Cà, et là en mainte contrée,
+ Et couppant leurs filetz bien tordz
+ La vie (helas) enclos' au corps
+ De Philiponn' ont rencontrée!
+
+ Qui voyant sa chair au sercueil
+ (Faict' à la mort nouvelle proye)
+ S'en rirent car toute leur joye
+ Est de remplir noz cueurs de dueil:
+
+ Reffroignans leurs ridez museaux
+ Monstroyent des dentz un, et un ordre
+ Rouillez non moins que leurs cizeaux,
+ Et moussez ainsi par trop mordre.
+ Et rians, là se desbatoyent
+ Des filetz qu'en deux partz mettoyent,
+ Commencez seulement de tordre.
+
+ Si pour ton ame ainsi mourant
+ Le regret en terre fut grand,
+ Pour si grand' perte inopinée,
+ Le ciel tant plus ayse ha esté
+ De veoir l'esprit en liberté
+ Ayant sa chair abandonnée.
+
+ Là aussi on oyoit chanter
+ Cantiques tous plains de louange
+ Pour l'honneur de ce nouveau Ange
+ Qui là haut se vint presenter.
+
+ Ou heureux, entre les heureux
+ Ou bon entre les bons eut place,
+ Si qu'alors je fu desireux
+ Que mon ame du monde lasse
+ En Ecthase demeurast là
+ Pour tousjours contempler cela
+ Ravie de celeste grace.
+
+ O Esprit, ô Ange nouveau
+ Retiré en lieu sainct, et beau
+ Pour jamais avec tes semblables,
+ Or es tu heureux mille fois
+ Pour les plaisirs que tu recois
+ Interditz aux ames coulpables:
+
+ A fin que tout cest univers
+ Puisse entendre si digne chose,
+ Au tombeau ou ton corps repose,
+ De ma main j'escriray ces vers.
+
+ Si quelqu'un desire scavoir
+ Ou est le thresor de ce temple,
+ Que ce sepulchre vienne veoir,
+ Et les vertuz d'Anne y contemple,
+ Son cueur ha l'honneur advancé,
+ Et comme morte elle ha laissé
+ De ses moeurs aux autres l'exemple.
+
+Fin.
+
+
+
+
+Epitaphes.
+
+
+De I. Pastel doct.
+
+ Mort, et vertu des le commencement
+ Ont eu debat, Lecteur, scais tu comment?
+ Pource que l'une, & l'autre aussi demande
+ Obeïssance alors qu'elle commande:
+ Et voudroit bien en ces bas lieux chascune
+ Maistriser sans avoir maistress' aucune.
+
+ Mort sus vertu dominer pretendroit,
+ Et la vertu sus la mort pretend droict.
+ Mort de son dard l'homme extermine, et tue,
+ Et la vertu cà bas le perpetue.
+
+ Que faict là mort? à mort l'homme soubsmect,
+ Et la vertu mourir ne le permect.
+ Ainsi à veoir l'office qu'elles font
+ On peut juger combien contraires sont,
+ Mais certes mieux on pourroit juger d'elles
+ La controverse: aux funebres nouvelles,
+ Que je te veux anoncer: car Pastel
+ Est trespassé: mais fut son trespas tel
+ Que bien qu'il soit de vie ainsi delivre
+ Sa grand' vertu par tout le fera vivre:
+ Bien que soit mort, vif entre nous sera.
+ Et sa vertu chacun annoncera.
+
+ Trois partz de luy sont faictes, trois aussi
+ Prinses les ont, car son nom esclarsi
+ Vit entre nous, l'ame est avecques Dieu,
+ Et au corps mort Tholouse ha donné lieu:
+
+ Sa destinée ainsi l'ha ordonné,
+ De ne mourir au lict ou il est né:
+ Et c'est à fin que le commun remord
+ Entrant au cueur par la veue, et l'oreille,
+ Ne redoublast: aussi seroit merveille
+ En mesme lieu le trouver vif & mort.
+
+
+De Catin.
+
+ Cy gist, à qui Dieu mercy fasse,
+ Une qui en beauté de face
+ Jadis la souveraine estoit
+ Quand pres d'un autre se mettoit.
+ Grace avoit, mais certes, non point
+ Tant que de graisse et d'en bon poinct:
+ Ses tetins au marcher trembloyent
+ Et ses deux joues ressembloyent
+ Aux champignons rondz, fraiz, et druz
+ Qui d'humeur trop grande sont creuz.
+ Juger ne puis le nombre d'ans
+ Qu'elle avoit ou seroit aux dentz,
+ Car estoyent encore si menues
+ Qu'à leur deu n'estoyent parvenues.
+ Et de form' estant si exquise
+ Nul estoit de qui fust requise
+ Nul estoit qui en eust affaire,
+ Quoy qu'elle sceust dire ne faire.
+
+ Fille vesquit, et fille est morte
+ Car ne peut en aucune sorte
+ Entrer au sainct noeud conjugal
+ Soustenu d'un vouloir egal.
+
+ Ainsi morut non mariée
+ D'envie d'estr' appariée
+ A quelqu'un pour la desgraisser:
+ Et ne pouvant rien avancer
+ En ces lieux de son mariage,
+ En l'an vingtiéme de son aage
+ S'en alla vierge pur' et munde
+ Se marier en l'autre monde.
+ Encores je suis adverty
+ Que si n'y trouve tost party
+ Elle reviendra par decà
+ Prenant ce qu'en terre laissa,
+ A fin d'amortir sa grand' flamme,
+ Et l'envie qu'ha d'estre femme.
+
+
+Encore d'elle.
+
+ Cy gist Catin (dont suis marry)
+ Et à fin que ce mal ne celle
+ Sachez qu'ell' est morte pucelle
+ A faute de trouver mary.
+
+
+De Perolet insigne beuveur.
+
+ Perolet ce beuveur insigne,
+ Qui aux yeux en portoit le signe
+ Evident, repos' en ce lieu,
+ Non point son vin, mais bien en Dieu:
+ (Au moins comme chascun doit croire)
+ Vivant il ayma tant à boire
+ Du meilleur, souvent, et longs traicts,
+ Que ses yeux s'en estoyent entrez
+ Au plus profond, et là dedans
+ Se monstrent rouges, et ardans:
+ Rouge, blanc, et claret aussi
+ Pour couleurs il avoit icy:
+ Roug' estoit aux yeux, pasl' en face,
+ Claire avoit sa voix, dont l'espace
+ Qu'il vesquit, cria cà, et là
+ Bon vin à vendre, et en cela
+ Passa son temps vineusement,
+ Vivant le plus joyeusement
+ Qu'il pouvoit sans estre delivre
+ De l'humeur qui le rendoit yvre.
+
+ Or passans qui trouvez saveur
+ Au bon vin comme ce beuveur,
+ A fin que desormais se garde
+ Que soif alterée ne l'arde,
+ Je vous pry arrosez sa tumbe
+ De bon vin, et faittes qu'il tombe
+ A plains pots sur luy, car le peu
+ Ne feroit qu'augmenter son feu.
+
+ Quant à l'eau que l'Eglise donne
+ A grand' pein' il la trouve bonne,
+ Car si onq n'ayma liqueur telle
+ Trouver ne pourroit goust en elle.
+
+ D'oraisons qu'on dit pour les ames
+ (A fin qu'evitent les grands flammes
+ D'enfer hideux, ardant, et chaud)
+ En veut peu, car il ne luy chault
+ D'estre là, ou en purgatoire,
+ Moyennant qu'il y trouv' à boire.
+
+Fin des Epitaphes.
+
+
+
+
+A B. de Rochecolombe, Gentilhomme.
+
+
+Apres vostre navigation des isles neufves, entre les tourbes du peuple
+vous oyant reciter les merveilles des Barbares, je fuz plus que tous
+importun apres vous, pour me les declarer au long: en quoy je receu un
+plaisir incroyable. Mais sur tout oyant le discours du Roy de Nasée, le
+nez duquel asseuriez avoir deux tiers de long, avec grosseur
+proportionnée: et les Naséens l'avoyent de pareille grandeur. Et apres
+m'avoir declaré l'estendue du Royaume, fertilité de la terre,
+somptuosité des palaix, et disposition de sa republique, entre autres
+poincts me fut aggreable entendre, comme on y punist les criminelz, non
+par glaive, fouëtz, ou carquan, mais on les assied sur une pierre au
+milieu de la place, aux rayons du Soleil, ou sont condamnez tenir souz
+le menton un grand bassin, fait expres, Entour lequel sont marquées les
+heures, lesquelles ilz monstrent à l'ombre de leur Nez: et là sans
+remuer sont contraincts demeurer du matin jusques au soir, autant de
+jours qu'on puisse en apprehender autres pour mettre en leur lieu. Aussi
+en tout le Royaume n'y ha autres horologes que ceux là. Lequel discours
+je tins long temps à bourde et mocquerie, jusques avoir ruminées les
+histoires naturelles affermans entre les hommes estre difference selon
+les regions, et divers aspect du ciel, comme les Mores noirs, et gris
+sont differens de noms, les Pygmées sont plus petis que mediocres: et
+pour venir aux parties singulieres, les Cyclopes n'ont qu'un oeil, les
+Anglois ont une queuë, et aux indes y en ha qui ont le pied si large
+qu'il peut couvrir le demeurant du corps, et autres ayans la lebvre
+inferieure renversée en bas à mode d'une grand' gibessiere: et
+d'ailleurs vous estes homme veridique, qui me fait croire, ce peuple
+avoir le nez à la mesme sorte que vous dictes. Or d'autant que pretendez
+y retourner, et pour ce attendez la Caranelle d'Espaigne, que fasse
+voille au Peru, que sera le dixiéme de May Prochain, ainsi qu'estes
+adverty de Lisbonne, du vingtcinquiéme Decembre passé: j'ay escrit une
+lettre au Roy de Nasée de laquelle me fut desrobbée la moitié, et
+imprimée sans mon sceu: toutesfois despuis en cà l'ay remise en son
+entier, laquelle vous envoye pour la luy donner en main. Priant Dieu
+vous donner la grace de bien et heureusement faire vostre voyage et
+puissiez vous en vostre nez retourner en France sain et en bon poinct.
+De Musceole ce dernier jour de Decembre, Mil v^c. lvii.
+
+
+
+Naseïde, restituée en son entier,
+
+A Alcofibras indien, Roy de Nasée.
+
+
+ Pour vous louer si la plume je prens,
+ Roy des grands nez, Roy des nez les plus grands
+ De Naserie, à ce faire m'invite
+ Le vostre, auquel tout le peuple court viste
+ Pour l'admirer, comme rare spectacle,
+ Si qu'on le jug' estr' un Nasal miracle:
+ Tant il est grand, que des Archers le pire
+ Ne le pourroit faillir pour mal qu'il tire:
+ Et s'il trouvoit au monde son pareil
+ Croy qu'il feroit eclipser le Soleil.
+
+ Ceux là qui ont donné louange aux nez,
+ Et doctement nous les ont blasonnez,
+ Ne cuident point que je leur veuille oster
+ Aucun bruit leur, pour au mien l'adjouster:
+ En grave stille ilz [nous] ont exposée
+ La dignité de la tourbe Nasée,
+ Ou les moyens leur ont estez ouverts,
+ Autant qu'au monde y ha de nez divers.
+
+ En grave stille ont loué les Naseaux,
+ Le trait, le teinct, de ces nez damoyseaux,
+ Sus qui on void mille beautez escloses,
+ Proprement faicts pour odorer les roses.
+ Mais je veux prendr' autre subjet plus digne
+ Dont vous portez au visage le signe
+ Roy bien nasé, et pour mieux le toucher
+ Je veux ma muse en tel poinct emboucher,
+ Que ses propos hautement entonez
+ Soyent à l'egal du Colosse des nez,
+ Lequel pour estr' excellent dessus tous
+ Les nez qui sont, & seront, fait que vous
+ Estes le Roy, & tant plus grand se void
+ Tant plus grand Roy aussi dir' on vous doit.
+
+ Dire on vous doit grand Roy, aussi vous l'estes
+ Roy sur autant que se trouvent de testes
+ A croc, et dont la grandeur Cesarée
+ Va per à per avec la Nasarée:
+ Mais qui pourroit en ce monde regner
+ S'il n'ha le nez qu'on ne puisse empoigner
+ Comme le vostre? ô Nasifique sire.
+ Perse jadis apres la mort de Cyre,
+ Autre en son lieu recevoir ne voulut,
+ Qu'il ne l'eust grand, et vouloit qu'ainsi l'eust
+ Non seulement pour le loz immortel
+ De leur bon Roy Cyrus, qui l'avoit tel,
+ Mais pourautant que l'autorité toute
+ Resid' au nez: ainsi il n'y ha doute
+ Que tant plus grand est le nez, plus est grande
+ La majesté sur la Nasalle bande.
+ Seroit ce bon que ces nasateux là
+ Eussent pouvoir sur les grands? Ah cela
+ Viendra plus tard que lon ne verra estre
+ Le chat du chien, et le rat du chat mestre.
+
+ Or ha la Perse honoré les grands nez,
+ Tant qu'elle vint à Nabucodenez.
+ Et vint à luy, Car comme à son nom touche
+ Ensembl' avoit et grand nez, et grand' bouche:
+ Mais de la bouch' à present je ne traicte.
+ A propoz donq des grands nez je m'appreste
+ A vous narrer un secret difficil,
+ Pourquoy mandé fut Ovid' en exil,
+ C'est pourautant que son grand nez faisoit
+ Trembler Auguste, et pour cela n'osoit
+ Laisser les murs de la vill', ayant doute,
+ Que par son nez il ne l'occupast toute.
+ Mais l'envoya aux neiges de Scytie,
+ Pour en secher de froid une partie,
+ Et le secher si bien qu'à son retour
+ A l'Empereur ne feist ce mauvais tour.
+
+ Pourquoy mect on au chef imperial
+ L'Aigle si n'est qu'ell' ha un nez royal,
+ Qui des oyseaux fait qu'on la nomme royne?
+ Et l'elephant, sans le grand nez qu'il trayne
+ Des animaux, si grand roy ne seroit:
+ Le griphe aussi craindre ne se feroit.
+ Ne void on point le rinocerot comme
+ Par son grand nez est craint? Or donques l'homme
+ Tant plus l'ha grand, et son nez plus loing tire,
+ Tant plus grand Roy certes il se peut dire.
+
+ Qui ha grand nez, ha de parens aux cieux.
+ Cuidez vous point que le guerrier des Dieux
+ Ne l'aye tel, et entre nous Aeolle
+ Quand d'Aquillon vers les Austres il volle,
+ Que sans avoir un grand nez il desserre
+ Ses roides vents? vous faschez vous sur terre
+ Descendez viste aux Enfers, et verrez
+ Comme Pluton est nasé, là orrez
+ Comme celuy s'expose à grand hasard,
+ Qui n'obeit à ce Prince nasard.
+ Pour faire brief, un nez tres navifique,
+ Ha majesté royale et magnifique.
+ Au nez aussi, et non ailleurs ha place
+ L'honneur de l'homme, et sans luy n'ha point grace.
+ Tirer le nez à quelqu'un c'est outrage.
+ Donner au nez c'est esmouvoir la rage,
+ Le d'eschirer, l'escacher, ou le tordre
+ Par ce moyen on vient à l'honneur mordre:
+ Et au contraire un ardeur on presume,
+ Lors que d'un homme on dit le nez luy fume,
+ Il ha la mouche au nez, c'est lors à dire
+ Qu'il est esmeu de grand colere et ire:
+ Et quand au nez on ne luy peut toucher,
+ Il monstre bien qu'il ha son honneur cher
+ Voylà pourquoy Siracuse est prisée
+ Car elle mect dessus la part Nasée
+ Estuys de fer pour deffence aux batailles,
+ Là ou la France arme ses mains d'escailles.
+ Et ne cuidez qu'elle ainsi l'enveloupe,
+ Fors seulement de poeur qu'on le luy coupe,
+ Et comme au Grec vienne à son nez, ou pire
+ Perdant lequel, il perdit son Empire.
+ Qui ha le nez contrefaict et bossé,
+ Trop, ou trop peu, ou poinctu, ou moussé,
+ Et comme un as de treffles se renfroingne,
+ Des lieux publicz meu de honte il s'esloigne,
+ Pour eviter les pernicieux blasmes
+ Qu'on luy impose, & mesmement les femmes:
+ Car elles ont ferme foy que ce lieu
+ Est relatif de cest antique Dieu,
+ Avec lequel le Cinic plantoit l'homme,
+ Seul adoré aux verdz jardins, et comme
+ On dit le pere ayant esgard aux filz.
+ Qui ha le nez gros, grand et bien assis,
+ Celuy on peut sans injure vanter
+ D'avoir un gros et grand pieu à planter,
+ Ce dont la femme à l'amour usitée,
+ Par le grand nez est tousjours incitée
+ A remarquer et veoir en quelle sorte
+ Pourra jouïr de celuy qui le porte,
+ Vostre grandeur, sire, doit scavoir gré
+ A son grand nez: car ce royal degré
+ Humiliant ceux qui vous sont rebelles,
+ Attire à soy l'amitié des plus belles.
+ Certes du nez, comme nez, on pourroit
+ Dire beaucoup de choses qui voudroit,
+ Qu'il donne voye aux humeurs du cerveau,
+ Et au poulmon ministre l'aer nouveau,
+ Juge l'odeur, tesmoigne le courroux
+ Quand ronfle, & fronce, ou qu'il espreint ses troux,
+ Et si orné il est de toute grace
+ Dont m'esbahy pourquoy l'antique race
+ Le congnoissant si beau, et si mignon
+ Ne l'ha faict Dieu comme son compagnon.
+ Or est cecy à tous les nez commun,
+ Et pourautant que je n'escris qu'à un
+ Grand, le plus grand du monde, je delaisse
+ Ces nasequins dont y ha si grand presse.
+
+ A vostre loz j'ay dict qu'avez l'Empire
+ C'est tout aussi que de vous je puis dire,
+ Mais pour oster le moyen à certains,
+ Qui pour un nez qu'ilz ont sont si hautains,
+ Que tout ainsi qu'il est grand, grans s'estiment,
+ Et la grandeur du vostre desestiment:
+ Je veux monstrer qu'il y ha difference
+ De grand, à grand, & que sans grand offence
+ Tous les grands nez ne peuvent recevoir
+ Tiltre de Roy: Ah il feroit beau veoir,
+ Qu'un nez tortu, un nez laid de tous poinctz,
+ Un nez bossé forgé à coups de poincts,
+ Illuminé tigneux, et qui se guinde
+ A tous costez comme ceux des coqs d'inde,
+ Un nez remply de troux, et clous avec,
+ Un nez moulé à la forme d'un bec,
+ Un nez trop large, un nez que lon admire,
+ Faict au patron de prouë d'un navire,
+ Un nez velu rehaulsé de verrues
+ Espouvantant les enfans par les rues,
+ Un nez morveux, et de tigue emperlé
+ Eust tel honneur, c'est trop avant parlé:
+ Raison ne veut que nom de roy il prenent,
+ Bien que soyent grans: & s'il avient qu'ilz regnent
+ Et que leur main de Sceptre soit garnie
+ C'est une pure et vraye tyrannie:
+ Car la grandeur du nez s'il n'ha beauté
+ Ne peut avoir tiltre de Royaulté.
+
+ Un nez Royal avant que tel soit faict,
+ Veut estre grand, poli, beau, et parfaict,
+ Comme le vostre, auquel furent donnez
+ Tous les grans biens qu'on peut dire des nez
+ Ne trouvent autre encor à soy conforme,
+ Grand, gros, & large, ouvert, & long, en forme
+ De barbecane ou triangle eminant,
+ Qui sur un flang de mur va dominant.
+ Et pourautant qu'il est Roy, ne suffit
+ Luy faire honneur car honneur sans proffit
+ Est de neant si on ne touche au but,
+ Scavoir au loz adjouster le tribut.
+ Voylà pourquoy un present luy veux faire,
+ Qui tant plus est propre, ô Roy nasifere,
+ Pour sa grandeur longuement conserver
+ Plus me devez de faveur reserver.
+
+ Or tout ainsi que vostre nez est rare
+ Est de besoing, Sire, qu'on le rempare
+ D'un riche estuy, et jamais ne soit veu
+ Sans meur conseil, à quoy sera pourveu
+ Par longs moyens, & apres grans requestes
+ Comme en Florence on monstre les pandectes,
+ Ou comme on garde une chose de pris
+ Qu'elle ne tombe en vulgaire mespris:
+ Couvrez le donq, Sire, couvrez le donq
+ De ce beau masque, & ne soit monstré onq,
+ S'il n'est requis par grand' necessité,
+ Et soit ainsi de luy, comme ha esté
+ Du biffront dieu, qui aux fureurs de guerre
+ Tant seulement se monstroit sur la terre:
+ Et pour cela je serois fort d'advis,
+ Que vous usez comme d'un pont levis
+ A vostre nez, lequel viendrez hausser
+ Tant seulement pour la guerre annoncer:
+ Mais est requis que le tout on manie
+ Avecques rare, et grand' cerimonie.
+ Et pour ce faire y soyent maistres expres
+ Qui vostre nez tiennent tousjours de pres
+ S'il veut souffler, que torches on allume:
+ S'il veut ronfler, subit qu'on le parfume
+ Avec encens, et souz luy faut coucher
+ Grands bassins d'or, quand se voudra moucher.
+ S'il ha vouloir d'esternuer, je veux
+ Que lon descharge un gros canon ou deux.
+ Et quand les jours solemnelz seront proches
+ Pour se monstrer, que lon sonne les cloches:
+ Mais à cecy faut un terme plus long
+ Qu'à Solyman quand se monstre, & adonq
+ Il estendra ses benedictions
+ Dessus les nez de toutes nations,
+ Ou sera bon que les femmes se treuvent
+ Qui ont vouloir d'engrossir, & ne peuvent.
+
+ Or ce joyau avoit en son thresor
+ Le puissant Roy Nabucodenasor,
+ Qui à son nez tout expres le feit faire,
+ Pour s'en servir en un extreme affaire:
+ Et apres luy en furent possesseurs
+ De Roy en Roy maintz autres successeurs,
+ A qui jadis fut ceste piece ostée
+ Par l'Empereur qui saccagea Judée:
+ Et la porta en son triomphe, comme
+ Le plus haut bien qu'il sceut porter à Romme.
+ Et Belisare en priva les Rommains,
+ L'avare Grec, puis vint entre les mains
+ Du fort Selin, à l'heure qu'il passa
+ L'estroit Bosfore, et s'en vint par de cà
+ Et Solyman l'ha eu de son ancestre
+ Qui le garda un long temps, & sans estre
+ Armé d'icelle, on luy eust fait par terre
+ Voler le nez d'un coup de cymeterre
+ Aupres de Bude, et toutesfois ne sceut
+ Faire si bien qu'ostée ne luy fust,
+ Pource doutant qu'il ne perdist l'Empire
+ Avec le nez en seur lieu se retire.
+
+ Bien tost apres, ce butin fut trouvé
+ Par un soldat, j'entends et relevé
+ Qui le porta à Romme, ou fut vendu
+ A un Rabin, car ayant entendu
+ Que le grand Roy Buconasor estoit
+ Premier de tous qui au nez le portoit
+ Et s'en servoit ainsi que d'une barde,
+ Il le fit mettre au Temple en seure garde.
+ Deux ans apres, ou un peu moins advint
+ Qu'un Habraim de Juif, chrestien devint,
+ Qui s'en saisit, ou bien il la changea
+ D'un nez, à autre: et ce fut car songea
+ Que sa famille envieuse en seroit
+ Triste, et pourtant d'un sang bouillant feroit
+ Tous ses efforts de l'avoir, & le prendre,
+ Voylà comment son nez voulut deffendre:
+ Car l'avoit grand, faict à la judaïque,
+ Et marqueté tout à la Mosaïque:
+ Mais (qui est pire) un gros fic y naissoit
+ Qui si avant de jour, en jour croissoit
+ Que l'estuy fut estroit bien que soit large,
+ (A tout le moins luy donnoit trop grand' charge)
+ Dont le vendit, et je l'ay acheté
+ Pour mettre au nez de vostre magesté.
+
+Fin.
+
+
+Souspir d'espoir.
+
+
+
+----------------------
+NOTES DU TRANSCRIPTEUR
+
+L'orthographe, la ponctuation et l'usage des accents sont conformes
+à l'original. Cependant pour faciliter la lecture on a introduit la
+distinction entre les lettres i/j, u/v. On a également remplacé les
+abréviations par les lettres correspondantes (Comme au lieu de Cõme,
+etc.).
+
+Les corrections suivantes ont été apportées:
+- Mais au lieu de Nais (Mais j'estoy derriere un buisson)
+- C'est au lieu de Cest (C'est figure que l'amour est grande)
+- qu'on au lieu de quon (Il faut bien scavoir qu'on demande)
+- adroite au lieu de adorite (Et dont la vie en moeurs est plus adroite)
+- Droite au lieu de Dorite (même vers)
+- ou au lieu de en (Deux ans apres, ou un peu moins advint)
+- nous ajouté (En grave stille ilz [nous] ont exposée)
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'amie rustique et autres vers divers, by
+François Bérenger de La Tour d'Albenas
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AMIE RUSTIQUE ET AUTRES ***
+
+***** This file should be named 19954-8.txt or 19954-8.zip *****
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+Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
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+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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+*** END: FULL LICENSE ***
+