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diff --git a/19954-8.txt b/19954-8.txt new file mode 100644 index 0000000..c420dfa --- /dev/null +++ b/19954-8.txt @@ -0,0 +1,2548 @@ +The Project Gutenberg EBook of L'amie rustique et autres vers divers, by +François Bérenger de La Tour d'Albenas + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'amie rustique et autres vers divers + +Author: François Bérenger de La Tour d'Albenas + +Release Date: November 28, 2006 [EBook #19954] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AMIE RUSTIQUE ET AUTRES *** + + + + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + + + l'Amie + RUSTIQUE, + Et autres vers divers, + + Par + + Berenger de la Tour d'Albenas + en Vivarez, + + A + + M. Albert, Seigneur + de Sainct Alban. + + + [EX AEQUITATE, ET + PRUDENTIA HONOS.] + + A Lyon, + De l'imprimerie de Robert Granjon. + + Mil. V^c. Lviii. + + + + +Le contenu en ce volume. + + L'Amie Rustique. + Chansons. + Chant de Vertu et Fortune. + Chant funebre. + Epitaphes. + Naseïde. + + + + +A N. Albert, Seigneur de sainct +Alban, B. de la Tour, +desire felicité. + + +Ces jours Natalz, qu'on retire l'esprit d'entre l'enclume, et le marteau +des negoces, vous envoye les restes de ma jeunesse comprinses en ce +livre, qui ne tenant d'aloy pour souffrir les supplices de la +publication, entre les flots des opinions vulgaires, se contrastans plus +que la mer aux opposées bouches de Eole: ha dormy en tenebres, Jusques +aujourd'huy que je l'ay mis en vie: non pour sa liberté publique, Mais +comme ostage de mon affection envers vous, (nous estans donnez la main +d'amitié perpetuelle,) lequel, ainsi que nouveau fruict, s'il nourrit +peu, donnera au moins appetit à viandes plus solides, ja preparées en +mon siecle des siecles en poesie, et Orient de Grece, histoire, ou +prose, non moins desirée pour son antiquité de ceux qui en ont veu les +fragmens, que de moy tenue secrette, attendant le loisir pour vous la +fere voir. Tous lesquelz discours sembleroyent estre loings de ma +vocation des loix, sans le Philosophe Thebain, duquel aux jeux d'olimpe +s'esmerveillant le peuple, de ce qu'il avoit tissus ses vestementz, +escriptz, et composez ses livres, et en soy n'avoit chose que de sa main +il ne l'eust faicte respondit, la negligence des hommes estre cause de +la division des Ars. Car ce que tous scavent ensemble, un seul est +obligé scavoir: Lequel ores qu'il promist n'ignorer ce qu'il monstroit, +ne vouloit pourtant Inferer entendre toutes choses. Comme aussi ne fay +je, ny les nombres Poetiques, Ainsi que par la monstre de ce livre est +cler à voir, les conferant aux Homeres francoys, dont le nom ne peut +tumber aux tenebres d'obly, ny perir fors avec la memoire des siecles +que juge en mes vers plusieurs choses à revoir, outre celles ou l'envie +ha coustume se prendre: Dont les suppostz je compare aux pinceteurs des +draps (office mecanique) iceux purgeans des noudz & festus seulement, +sans intelligence qu'ilz ayent du lanage, filasse, Couleur, ou Tissure. +Car taisant le bien qu'ilz ne peuvent comprendre, font grand cas des +motz adaptez à nostre langue, qu'ilz baptisent peu graves, ou peu +francoys: des poinctz: des lettres versalies, ou l'orthographe qu'ilz +disent trop loing, ou proche de la prolation, en quoy seroit plus facile +mettre reigle aux vestementz francoys: Veu qu'en tous deux la facon est +la moins certaine. Cecy est peu au pris de ce que je vous doy, et +beaucoup, puis que vient d'une volonté congnue: laquelle ne sera sans +monstrer nouveaux effectz qui Preserveront (aydant Dieu) La vie +d'oysiveté, et noz sepulchres d'obliance. + + * * * + + + +L'Amie rustique, divisée +par Eglogues. + +Premiere Eglogue. + +Guiot. + + Loing à l'escart, je suis encor en doubte + De reveller les maux que seul je gouste, + Mais mon martire et mon triste regret + Ne sera moins secret + Si le disant personne ne l'escoute. + + Cruel amour ne te suffisoit estre + Roy des Citez sans te faire congnoistre + Aux pastoureaux? mais quel loz en as tu + D'employer ta vertu + Pour donner fin à leur repoz champestre? + + Je scay combien ta flamme est violente, + Combien aussi ton ayde est froide et lente, + Dont je me sents de vie reculé + Comme l'arbre bruslé + Qui mort, demeure encor droict sur sa plante. + + De toy provient la flesche qui me tue, + Gueris moy donq Amour et m'esvertue: + Et fay autant que les animaux font, + Dont les bras premiers sont + Faitz en Ciseau, et piquent de la queue. + + Ja ja la force en moy est deffallie + Ja à mes os la seiche peau s'allie. + Fay moy donq grace ores s'offre le lieu: + Fay le au nom de ce Dieu + Qui fut pasteur neuf ans en Thessalie. + + L'ame vaguant' à l'entour de ma bouche, + Ores tend l'aisle, ores la plie et couche: + Or le sejour or la fuite elisant: + Et mes nerfs à present + Sont comme ceux que sur la lire on touche. + + Va ame donq, maintenant en est heure: + Va encor va, à fin que tost je meure. + Tu es par trop avare de mon bien: + Ah, tu le monstres bien, + Quand malgré moy au corps tu fais demeure! + + Va puis que celle, ou mon oeil se repose, + Et qui au fonds de mon cueur est enclose, + Ne recongnoit comme sur mon bellier, + A son nom vien lier + A chasque bout des cornes une rose. + + Et fay souvent que ma trouppe barbue + Porte en son col mainte chayne pendue + De belles fleurs que je prends cà et là: + Mais je voy que cela + En son endroict n'est que peine perdue. + + O Nimphe ingrate un peu cest oeil retire + Dont la rigueur fait croistre mon martire: + Et s'il te plaist ayes ores pitié + De la grand' amitié + Que je te porte, et ne te l'ose dire. + + Ceste couleur qui change, et ceste eau molle + Sortant des yeux, et la trouppe qui vole + De mes souspirs te le disent assez: + Les desirs tant pressez + Me font geller aux levres la parolle. + + Si quelque fois pres de toy je m'advance + Ta main me poulse & se met en deffence: + Dont bien souvent je demeure confuz, + Mais que ferois tu plus + A ceux, lesquelz te voudroyent faire offence? + + Ingrate encor! advant qu'en rien me touches + Tires ta robbe arriere: et à noz bouches + Ne veux souffrir le baiser souhaité: + Las tu fais grand cherté + D'un bien, lequel ne peux deffendre aux mouches. + + Combien de fois je t'ay portée en croupe + Dessus mon Asne allant apres la troupe + De noz brebis: combien de fois aux champs + Aux espines trenchants + Dessouz tes pieds j'ay estendu ma joupe? + + Combien de fois au bout de ceste roche + (Sur noz troupeaux ayant l'oeil tousjours proche) + Je t'ay faict part de mes fruicts delicats: + Helas ne cuide pas + Que je le die à present pour reproche. + + Mais je le dy pour te mettre en memoire + Mon Amitié et te donner la gloire + D'avoir rengé mon cueur souz ton pouvoir + Ce que tard Cuidoy voir + Comme je voy que tarde es à le croire. + + Tu le vois bien, et fains ne le congnoistre, + Tu vois qu'il n'est possible à aucun estre + Plus amoureux que moy qui tout suis tien, + Et si n'estimes rien + La grand' amour que sur toy je vien mettre. + + Quand m'as tu veu d'un pied benin et grave + Marcher en place, et que ne fusse brave: + Poil sans peigner, Ceincture sans flocquetz, + Mon chappeau sans bouquetz, + Et que souvent ma face je ne lave? + + As tu encor en ces lieux veu personne, + Qui de sa voix si haut et clair resonne + Que moy, et qui dansant semble voler + Jettant le pied en l'aer + Quand Piranel de sa musette sonne? + + J'ay bien dequoy, à l'oeil tout me prospere, + Blé, vin, et laict abonde en mon repaire: + Tousjours à part j'ai dix francs sans esmoy: + Et ay qui sont à moy + Seize brebis au troupeau de mon pere. + + Le seul amour que je ne te puis faindre + A regretter vient mon ame contraindre + Quand par ardeur celle que je poursuis + J'ayme, et aymé ne suis, + Las! n'ay je point matiere de me plaindre? + + Ce roc biffront de jastres qui surmonte + Tous ses voisins, verra sa cheute prompte + Plus tost qu'amour laisse en moy d'avoir cours: + Car cela est tousjours + Quand on ne peut des ans scavoir le compte. + + Apres ma mort cest' ame langoureuse, + De mon malheur se reputant heureuse, + Ferme sera tousjours en son propoz: + Mais loing est de repoz + Estant ainsi d'une ingrate amoureuse. + + + +L'Amie rustique. + +Eglogue seconde. + + +Carlin. Guiot. + + He mon Guiot. G. He mon Carlin, + Ce grand dieu à tout bien enclin + Te doint santé. C. Mais quelle chere + Despuis que ne t'ay veu. G. Legere, + Tousjours plein d'amoureux soucy, + Qui me rend solitaire icy, + Ou tout plaisir m'est interdict. + C. Est ce par amour? G. Tu l'as dict + C. Croys tu qu'ennuyeux soit d'aymer? + G. Ainsi ne le veux estimer. + C. Pourquoy donq si grand dueil te poingt? + G. C'est pource qu'on ne m'ayme point. + Et celle dont j'ay tant d'esmoy, + En ayme un autre plus que moy. + C. Moyen y ha pour y attaindre, + G. Mais l'amour ne se peut contraindre, + Ah Carlin à ma volonté + Mon dernier jour me fust compté + Lendemain de. C. Tes nopces. G. Non: + C. Guiot si tu me dis le nom, + Encor s'y trouvera remede. + G. Bien leger, si elle me m'aide. + Seulle me peut donner repos, + Mais pour achever mon propos, + Je voudroys estre ensevely + Apres avoir d'elle cueilly + Un seul baiser. C. C'est peu de chose. + Dy moy son nom. G. Son nom? je n'ose. + Tant de peur se mesle parmy + Mon amitié? C. A ton amy? + G. Amy n'y ha tel que soy mesme. + C. As tu peur que le bruit je seme + De cecy? Guiot tu scais bien + Que je t'ayme. G. Mais c'est grand bien + De couvrir tousjours ses secretz. + C. Ouy, fors aux amys discretz + Et je suis la fleur de ceux là, + G. Je ne diray jamais cela: + C. Et bien, et si je le devine? + G. Alors comme alors: C. Est ce Andrine + La bergere tant fresche et gaye? + G. Tu as mis le doigt en la playe, + C'est elle sans autre, c'est elle. + C. Andrine! c'est bien la plus belle + Qui herbe onq de ses piedz foula: + Mais comment te dressas tu là? + Quel moyen euz tu, quel accez? + G. Certains jours avant le decez + De Robin son pere, j'estoy + Aupres de ce ruisseau. C. Qui toy? + G. Ouy, moymesme: escoute donq: + J'apperceu venir tout le long + De ce pré, Andrine, laquelle + Ses brebis chassoit devant elle + Avec un rameau de pouplier, + Lequel par fois faisoit plier + Dessus la croupe ores de ceste + Ores de celle, et la doucette + Chantoit, scais tu une chanson + Si bien, qu'on s'endormoit au son + Si doux accord elle tenoit: + Et son troupeau icy menoit + Abrever: Or icy venue, + L'une et puis l'autre jambe nue + Lava: et moy estant derriere + En jeu, luy jettay une pierre, + Dont l'eau repoulsant en l'aer, royde + La baigna. C. Estoit elle froide? + G. Dieu m'en gard! Car c'estoit au temps + Des Cigalles. C. Or bien j'entends + Apres. G. Subit je me retire. + C. Et elle? G. Ne faisoit que rire. + Tenant l'oeil ouvert cà, et là, + Pour veoir qui avoit faict cela: + Mais j'estoy derriere un buisson + A couvert. C. Ha mauvais garcon! + Bien cuidoit que tu feusses pres. + G. Or voicy le meilleur apres. + Je sors et m'approchant tout beau + Feis semblant la jetter en l'eau, + Qui m'embrassa. C. De peur de choir? + G. Mais d'aise qu'avoit de me veoir, + Au moins me le sembloit ainsi: + Dont moy tresjoyeux de cecy, + Recourbay mes deux bras alors + A l'entour de ce tendre corps, + Et subit la vins embrasser: + Mais gueres ne l'osay presser. + C. Pourquoy non? Responds si tu veux. + G. De peur de la coupper en deux: + Tant la trouvoye gresle, et tendre. + C. ô je veux bien la fin entendre + Que s'en ensuit. G. Mille propos + Qu'apres nous tinsmes à repoz + Tous deux assis au bord de l'eau: + C. D'amour? G. Je ne fus pas si veau, + Des brebis du faict de mesnage: + Et ce pendant en mon visage + Je sentoys un feu monter, + Et le poux du bras se haster + Trop plus que n'avoit de coustume: + C. C'est signe quand Amour s'allume. + G. Ma langue begue devenoit. + Et quelque neble se tenoit + Aux yeux, les empeschant de veoir. + C. Amour aussi ha ce pouvoir. + G. Mes souspirs trouvants l'huys ouvert, + Se meirent tous à descouvert + Se pressans l'un l'autre à l'issue: + Que par la claye mal tissue + Noz gras troupeaux mieux ne se pressent, + Quand les bergers, peu cautz, les laissent. + C. C'est l'amour Guiot qui te poingt. + Mais ne la baisois tu point? G. point. + C. Quand ton oeil son beau corps eut veu, + Tu en fus assez repeuz. G. peu. + C. Ne te rendoit elle esjouy + Quand parler t'eut ouy? G. Ouy, + Toutesfois le desir ardant + Que j'avoy en la regardant, + Combatoit avecques la crainte + C. Dequoy? qu'elle devinst enceinte? + G. He causeur: mais pource que j'ayme. + C. Comme font amans de caresme, + Qui ne touchent point à la chair. + G. Je l'ayme pour ne m'approcher + D'un tel abuz. C. Donq et pourquoy + Avois si grand' crainte? G. Or taiz toy. + Car aymant, aymé je ne suis: + Et ainsi ay vescu despuis. + C. Encor y ha bonne esperance. + G. Tresbonne, mais peu d'asseurance + C. Guiot que je sache le tout. + G. Tu en as veu presque le bout + C. Quelle faveur? G. froide en saveur. + C. Que devins tu? G. Un grand réveur, + Ennuyé de longue poursuite + C. Qu'en as tu pour la suite? G. fuite + Et tout cela pour abreger + Qui fait les amans enrager. + C. A la fin ne t'approchois tu + Pres d'elle? G. C'est bien entendu: + Approcher las! Tant qu'on vouloit, + Mais tousjours elle reculloit, + Fuyant de moi à sautz traynez: + Si qu'en bref fusmes destournez + Du lieu ou la trouvay seulette + Environ un traict d'arbaleste. + C. Et depuis? G. A aymer l'induis: + Mais certes la chaine d'un puits + N'est si froide qu'elle se monstre: + Car par fois si je la rencontre + En chemin, et l'arreste là, + Hay dit elle laissez cela: + J'ay haste, laissez moy aller: + Si que loisir n'ay de parler + Un mot, tant se monstre farouche: + Et par tout là ou je la touche + Dit qu'elle ha mal. C. Et tu la crois? + G. Pourquoi non, Carlin quelque fois? + Bien autre chose que je n'ose, + Quand ma main sur elle je pose, + La presser, tant je crains à l'heure + Que la piece ne me demeure + C. Ouy qui presser la voudroit + Comme quand un bois on romproit, + Ou trop tendre tu me la fais. + G. Ainsi qu'un petit beurre frais, + Et plus encore comm' il semble: + Mesmes hier quand estions ensemble, + Et sa main tendre alloys touchant + Comme on fait draps chez le marchand, + Ou ainsi que les toilles fines. + C. mon amy ce ne sont que mines, + Alors que ses propoz te dict + Ne rit elle? G. Quelque petit. + C. donq elle t'ayme? G. Ouy, loing d'elle. + Ma creance au moins en est telle: + Toutesfois le jour du dimenche + Elle ha une ceinture blanche + De moy, qu'elle porte souvent: + Souvent aussi port' au devant + De son front un' autre en guyrlande. + C. C'est figure que l'amour est grande. + Mais quoy? ne te donne elle rien? + G. Tu l'as dict, rien. C. je m'entendz bien, + S'elle te donne quelque chose. + G. Je n'ay oncques eu qu'une rose + Laquelle en un brevet je garde, + Pour guerir de la fievre quarte + A un besoing: et pour icelle + Mon amy je t'asseure qu'elle + Despuis en cà, ha eu de moy + Deux cents bouquetz. C. Or je t'en croy + Encor est prou qu'elle les prenne + G. Je dy sans ceux là que je traine + Tous les jours et moyen ne treuve + Pour les bailler, ô que j'espreuve + De maux ou plus un cueur se fasche! + Cuides tu Carlin que je sache + Qu'est de repos, il ha trois moys + Que couché ne me suis trois fois + En lict, C. Que fais tu donq le seoir? + G. Le plus souvent me vay asseoir + A la rue, pres de sa porte + Et là ma musette je porte + Avec quoy je plaintz mes ennuys: + Je fais cela toutes les nuicts. + Mais de mon faict compte ne fait. + C. Pour autant qu'elle ne le scait. + G. Ne le scait! Qui ne le scauroit? + Mais qui le blyron n'ouyroit + De ma Musette à triple voix? + Veu mesmes que là mille fois + Pour sonner me suis allé mettre. + C. Sans veoir aucun à la fenestre? + G. Il est vray, ry t'en hardiment, + Quand l'amour eut commencement. + Un seoir me sembloit veoir parmy + La fenestre ouverte à demy + Andrine, encor me sembloit + Que d'un blanc linge s'affubloit + La teste pour n'estre congneuë, + Et au reste qu'elle estoit nue. + C. He ribaud! G. Adonq je forcay + Ma musette par tel essay + Que l'on n'oyoit à l'environ + Fors son bly bly, blyron blyron + Dont m'en senty trois jours apres. + C. C'estoit elle au moins? G. Quand de pres + L'euz regardée: he, he: je ris. + C. Je croy que là tu fus bien pris: + Que le faict bien tost me descouvres. + G. Brief c'estoit l'une de ses chevres, + Je ne scay comme l'ose dire. + C. Il y ha assez dequoy rire + Povre abusé! G. Qu'y ferois tu? + C'est amour qui ha la vertu + D'aveugler et oster le sens. + Dire le puis: car je le sents, + Et l'ay senty il ha long temps. + Advise Carlin cy dedans, + Fais que ta main plus avant entre. + C. Je croy que la peau de ton ventre + Est plus seiche, maigre, et deffaicte + Que n'est celle de ta musette, + Il te faut pourveoir à cecy. + G. J'estois encores plus transi + Quand Robin fut mis au sarcueil + Et le temps qu'elle porta dueil. + Car n'osoy d'elle m'approcher: + Ma musett' aussi sans toucher + Demeura à un clou pendue, + Et jamais ne fut entendue + Fors le jour que son dueil laissa, + Et n'ay cessé despuis en cà + De chanter comme au paravant, + Mais ce n'est que chansons au vent. + C. Je mettroy peine à l'oblier, + Ou bien autrement la lier + Par amitié. G. Quelle pitié! + C. Si ne peux de tout, la moitié, + Ton mal au moins en seroit moindre. + G. Tant souvent me suis venu oindre + De graisse de mulle: et en oultre + Tant souvent ay prins de la poudre + De ses piedz et l'ay avallée + En urine de bouq meslée: + J'ay cherché remedes nouveaux + Jusques aux plumes des oyseaux, + Qui sont de plus sinistr' augure: + Et toutesfois l'amitié dure. + Et pour me fair' aymer sans faincte + Au ciel n'y ha ny sainct ny saincte + Qu'express' oraison ne luy fasse: + Et par tout là ou elle passe, + Avec soy porte l'os senestre + D'une rayne, que je vins mettre + En un ply de sa robbe, ensemble + De l'oyseau à qui la voix tremble + Le cueur que je reduitz en poudre. + C. Mais comment peux tu cela couldre, + Qu'elle ne vinst contrarier? + G. Je le feis chez le couturier, + Au paravant que l'eust vestue. + Mais comme que je m'esvertue, + De tous coustez, je perds ma peine, + C. Quelque jour de ceste sepmaine + En parlerons plus amplement + A Dieu Guiot. G. si promptement! + Encores le meilleur demeure. + C. Guiot, je sens approcher l'heure. + Pour joindre mes boeufz. Or adieu. + G. Tu me trouveras en ce lieu + Tousjours esloigné de repos. + Carlin? C. Qu'y ha? G. De noz propos + Mal aucun. C. Voy, tu me fais rire + Cela s'entend bien sans le dire. + + + +L'Amie rustique. + +Eglogue troisiéme. + + +Andrine. + + Nimphes qui par ces forestz + De Cerez, + Souffrez en voz ames naistre + Le feu, par qui vous bruslez, + Et voulez. + La fureur d'amour congnoistre. + + L'amour dont parler je vois + Mille fois + Son arc contre vous desbande: + Nourrissant vous cueurs d'esmoy. + Quant à moy, + Point ne suis de vostre bande. + + De ce traict qui tant vous poingt, + Je n'ay point + La force encor esprouvée: + L'aveugle Dieu qui vous fiert + Bien me quiert, + Mais encor ne m'ha trouvée. + + Seulle me puis estimer + Sans aymer + Et veux bien souffrir qu'on m'ayme: + Car ce m'est grand heur d'avoir + Le pouvoir + Sur autruy et sur moy mesme. + + Qu'on blasme de cruauté + Ma beauté, + Et que suis fiere et sauvage, + Il me vaut mieux l'estre aussi + En cecy + Que trop douce à mon dommage. + + De vous toutes à l'escart + Seulle à part + Il me plait estre esloignée, + Vostre assemblée je fuis, + Et si suis + Mieux que vous accompaignée. + + Voz tourmens et voz ennuys + Jours et nuicts + Font que l'oeil de pleurs se baigne. + Et ma gaye liberté + M'ha esté + Tousjours fidelle compaigne. + + Voz cueurs de tristesse pleins + Or je plaints + Quand faut que l'amour y gise, + Le bien qu'on ha pour aymer + Est amer + Au regard de ma franchise. + + L'oeil et le pied sans arrest + Tousjours prest + Suit le train de voz pensées: + Si que ne vous congnoissant + Plus de cent + Disent qu'estes insensées. + + Le travail que vous menez, + Et prenez, + C'est pour au gré d'amour estre: + Mieux aussi n'ont que cela + Tous ceux la + Qui servent si jeune maistre. + + A ce Dieu il vaudroit mieux, + Qu'eust les yeux + Ouvertz, et par modestie + Leur bandeau allast ostant + Le mettant + Sur plus honteuse partie. + + Prenez visée hardiment + Au tourment + Qui en voz cueurs prend racine: + Vostre grand mal bien scavez + Et n'avez + Cure de la medicine. + + Car vous toutes qui aymez + Estimez + Que voz peines langoureuses + Et voz travaux ne sont rien + Pres du bien + Qu'avez pour estr' amoureuses. + + Je ne feis oncques l'essay: + Bien je scay, + Que la pein' y est tresgrande: + Pource que l'ennuy qu'on prend + Est plus grand + Quand un aveugle commande. + + D'amour pressée je suis: + Mais je fuis + Ceux, ou vostre mal consiste, + Et quand se dressent à moy + Je les oy: + Mais le cueur tousjours resiste. + + + +L'Amie rustique. + +Eglogue quatriéme. + + +Andrine. Guiot. + + Comme le jonc droict et beau + Ploye en l'eau, + Et tourne en son premier estre, + G. hem, hem. + A. La bouche incline à leurs dictz, + Mais tandis + Mon cueur est tousjours le maistre. + G. Mais que vous sert de venir mettre + Le feu en mon cueur langoreux, + Et me contraindre estre amoureux + Si l'oeil à pitié ne s'encline? + A. Que dites vous? G. Que dis je Andrine? + Il n'y ha pire sourd au monde + Que qui le fainct. A. Ains qu'on responde + Il faut bien scavoir qu'on demande, + Car de respondre ains qu'on entende + Ce sont termes de filles folles: + G. A bon entendeur peu parolles. + Je dy que l'amour me surmonte + Et vous n'en faittes point de compte. + Mais fuyez quand je vous appelle. + A. Quand? G. Mesme à cest' heure. A. Quelle? + G. Quand suis venu icy passer. + A. J'ay bien ouy quelqu'un tousser, + G. C'estoit moy. A. Je ne viens point, non, + S'on ne m'appelle par mon nom. + Guiot il faut faire cela + A celles je les laisse là, + Et non à moy. G. Pour Dieu mercy. + Helas le prenez vous ainsi. + A. Je vous pardonne. G. A l'advenir + Autre moyen viendray tenir. + Ma Perle si vous vient à gré, + Tandis que l'herbe de ce pré + Sert de pasture à noz brebis + Entendez s'il vous plait mes dictz. + A. Je le veux bien Guiot, pourveu + Qu'ilz soyent bons. G. Pas ne m'avez veu + Desbordé jamais en propoz: + Pource mettons nous à repoz + Pres ceste haye hors la voye. + A. Mais en lieu que chacun nous voye. + G. Souz cest amandrier, A. je le veux. + G. Divin tronq, ô l'un des neveux + De ceste amante fortunée, + Pour s'estre elle mesme donnée + Ce que je poursuis pour Andrine. + A. Quoy? G. Ce que la vie extermine. + A. Il faudroit dire la raison. + G. Tant m'ennuye ceste prison, + Ou par rigueur mon cueur avez. + A. Guiot, je croy que vous révez, + Que j'ay prison, ou est la porte? + Ou sont les clefz? si je les porte, + Sus prenez les d'autorité, + Et mettez vous en liberté. + Prisons Guiot! Je n'en ay point. + G. C'est Amour qui au cueur me poingt, + Et toujours apres vous me tire + Avec la chayne de martire, + Scait on pire prison que là? + A. Ouy si vray estoit cela + Que vous m'aymez. G. En doutez vous? + Contre moy puissent estre tous + Les hauts cieux, si c'est autrement: + A. C'est la coustume d'un amant + De jurer, et mentir ensemble. + G. M'estimez vous tel? A. Il me semble + Que tous parlez de mesme voix. + G. Mais est ce la premiere fois + Que je vous ay dit ma pensée? + Comme l'amour fut commencée + En ce lieu mesme à mon dommage? + Ce ruisseau en rend tesmoignage + De mes pleurs augmente souvent: + Mes souspirs compaignons du vent + Ont vollé despuis front à front + A Ostre, lequel n'est si prompt + A Porter la pluye en ces lieux. + Qu'ilz sont à l'endroit de mes yeux. + A. Si le train vous est tant amer, + Pourquoy ne laissez vous d'aymer? + Car n'est bon mettre son courage + En lieu dont peut venir dommage. + G. L'espoir seul me rend poursuivant. + A. L'espoir nous trompe bien souvent. + G. Vous y pouvez remedier, + A. Ailleurs faut secours mendier. + G. Pourquoy? A. Je ne veux point aymer. + G. Vous voulez vous faire blasmer, + Andrine dittes autrement. + A. Aymer bien, mais egallement + Un chascun, G. l'incongnu autant que ceux là + Que congnoissez? A. Non pas cela. + A ceux cy j'ay plus d'amitié. + G. Je suis venu à la moitié + De mon desir: et à ceux cy + Portez vous amour tout ainsi, + Fassent plaisir ou desplaisir? + A. Plus à ceux qui me font plaisir. + G. Et qui plus en fait plus l'aymez? + A. Ainsi faut bien que l'estimez, + Si en eux je le puis congnoistre. + G. Sur moy donq en devez plus mettre + Que sur tous vos congneus. A. Pourquoy? + G. Car qui vous cherit plus que moy? + Qui fais pour vous, et plus vous ayme + Que tous voire plus que moy mesme. + A. Vous le dittes. G. Car il est vray. + Et tousjours cest' amour suivray, + Tant qu'au monde seray vivant. + A. Ce ne sont que propoz au vent. + G. Ce que je dy est tout notoire, + A. Toutesfois je ne le puis croire. + G. ô temps pervers, et rigoureux + Qui fais que l'amour langoureux + N'est plus congneu par la parolle, + Par les souspirs, ou par l'eau molle + Des longs pleurs qui furent jadis + Ses messagers, mais à mes dictz + Semble qu'avez l'oreille close. + A. Je ne vous puis dire autre chose + La faute ne vient point du temps. + G. de qui donq. A. des menteurs amants, + Disans qu'amour au cueur les touche: + Mais cela ne passe la bouche. + G. Si mal pour le coulpable en sent + S'en faut il prendr' à l'innocent? + A. Vos amitiez sont d'une sorte. + G. Horsmis que la mienne est plus forte, + Plus loyalle constante et ferme: + Aussi telle que je l'enferme + Dens mon cueur la pouvez congnoistre! + A. A vous tient. G. Je ne la puis mettre + A veuë d'oeil plus que je fais. + Vous en avez veu les effectz + Jusqu'icy: tesmoings les ennuiz + Qui me font aux plus froides nuictz + Vaguer seul en cent mille parts, + Ou entre mes vains pas espars + Je mesle chansons amoureuses, + Et au sort des nuictz malheureuses + Jusqu'icy ay mes jours passez + Avec les autres insensez, + Moins que moy toutesfois aymans, + Moins aussi ayans de tourmens. + Lieu aucun on ne peut trouver, + Ou mon couteau puisse graver + Que vostre pourtraict n'y soit veu, + Et au pied cest eternel voeu + Le cours du monde cessera + Quand Andrine en obly sera: + Aux escorces des plus hautz trembles + Vous en trouverez mill' exemples + Pour peu qu'on suive ces marchetz, + Et plus encor dens les forestz + Ou par tout est le nom d'Andrine: + Encor dites que suis indigne + Que m'aymiez! A. je ne l'ay point dit. + G. Qu'est ce que nier le credit? + A. Quel credit? G. Ou l'amour aspire. + A. Je ne scay que cela veut dire. + G. Mais faites semblant ne l'entendre. + A. Mon esprit ne se peut estendre + Jusques la. G. J'entends un baiser + Pour mon long travail appaiser, + Ou conviendra qu'icy je meure. + A. Ha pour un baiser ne demeure. + G. La vie au corps m'avez enclose. + A. Vous vivez bien de peu de chose. + G. Helas oseray j' advancer + La main: A. C'est à recommencer, + A mon vouloir qu'ailleurs je feusse. + G. Oster vous vouloye une puce, + En devez vous estre faschée? + A. Si vostre main n'eusse arrachée + Encor l'advanciez par delà, + G. Vers voz tetins: A. Apres cela + En autre lieu la voudriez mettre. + Aujourd'huy l'amour est si traistre + Et fait prou qui s'en peut garder. + G. Qui si pres voudroit regarder, + Plaisir seroit de nous chassé + A. Ou est l'amour du temps passé + Nourrie des seules parolles + Sans user de ces mines folles + Du baiser, de l'attouchement: + Ou est ce bon temps que l'amant + S'estimoit adonq tresheureux + D'un oeil gay, d'un rire amoureux + Et lors tous estoyent si contens. + G. Comment parlez vous de ce temps, + Vous qui ne faictes que venir? + A. Plusieurs propos en oy tenir + Aux vieilles la nuict en yver. + G. Les vieilles ne font que réver. + A. Elles parlent comme discrettes: + G. Mais plus tost se voyans distraittes + Des jeunes ans, ausquelz nous sommes, + Tenues en mespris des hommes, + C'est dont parlent comm' ennuyées: + Si de pouvoir sont desnuées, + Encores le vouloir demeure: + Mais qu'arrestez vous à cest' heure? + De mon faict, las je vous supply + Que ne le mettiez en obly, + Et croyez que la grand' langueur + Que la bouche dit, vient du cueur, + Non d'ailleurs, tant abonde en luy. + A. Certes l'amant remply d'ennuy + Sent geller ses mots en la bouche, + Et ceux à qui ce mal ne touche, + Ont le babil ainsi qu'ilz veulent + Se rient se plaignent, se deulent: + Dont semblent (pour le bruit qu'ilz font) + Aux tonneaux lesquelz vuides sont, + Qui mieux resonnent que les pleins, + Ce n'est que faincte que leurs plainctz + G. En faittes vous si peu de compte? + A. Mais quoy Guiot n'avez vous honte + De me fair' accroire cecy? + G. O mort que ne viens tu icy? + Ou que l'amour de mon cueur s'oste. + A. Vous cuidez trouver une sotte. + Adieu: cherchez party ailleurs. + G. Ma part seront souspirs, et pleurs + Avec le nom d'estr' amoureux, + Mais de tous les plus malheureux. + Toutesfois en ma longue attente + Si desir nuict, espoir contente: + Espoir j'entends s'elle ne m'ayde + De chercher la mort pour remede. + + + +L'Amie rustique. + +Eglogue cinquiéme. + + +Guiot. Echo. + + Haste le pas meurdriere, haste le pas + Pour advancer le jour de mon trespas, + Et de tes pieds vien le feutre arracher, + Si que je t'oye à dru galop marcher + Fier' apres moy: car mourir je desire + Plus que tu n'as la main prompt' à m'occire. + Que tardes tu? ne me sois point rebelle, + Couppe chemin, & vien quand je t'appelle: + Tu vas à cil qui te fuit, et evite. + Que ne viens tu à celuy qui t'invite? + Rompre le fil duquel le Ciel hautain + Ma vie alonge, à mon tresgrand desdaing? + Fais tu la sourde? ouvre l'oreille & m'oy, + Qui fors toi peut m'oster de cest esmoy? Echo. Moy, + G. Ceste responce ha mon cueur resjouy, + Es tu Echo qui plaindre m'as ouy? E. Ouy. + G. Tu vois les maux dont ma vie est si plaine + Dy moy quel fruict puis j' avoir de ma peine? E. Hayne. + G. Las quel remede à ce dueil qui me mord! + Qui ostera de mon cueur ce remort. E. Mort. + G. Comment Echo est ce que tu l'entendz? + Je la desire et icy je l'attens. E. Tens. + G. Quoy? un cordeau? si tendre je le doy, + Qui se pendra là ou je ramentoy. E. Toy. + G. Puis que seray je icy laissant de vivre + Quand aux langueurs que l'amour me delivre. E. Livre. + G. Las respon moy, n'auray je quelque bien, + L'esprit laissant ce monde terrien. E. Rien. + G. N'auray j' au moins ce grand heur, que mon nom. + Viv' apres moy par immortel renom? E. Non. + G. Andrin' au moins, pour qui l'amour me poingt + Me pleurera me voyant en ce poinct? E. Point. + G. Point! quand verra à mon col le cordeau, + Et ce corps mis apres dans le tombeau? E. Beau. + G. Las comment beau le voudroit elle dire! + Celle pour qui tant je pleur' et souspire. E. Pire. + G. Quel advantage aura me voyant cloz + Dans le tombeau rongé jusque à l'os? E. Loz + G. D'estre homicide? ou à ceste cruelle, + Qui pour tel faict lui donra loz et gloire. E. Elle. + G. Ceux qui du faict auront esté tesmoins, + Me donront ilz quelque louang' au moins? E. Moins. + G. Quel me diront moy pendu par le col, + Quand pour aymer de vivre ay esté soul? E. Fol. + G. Ceux qui sont morts d'amour, qui tout surmonte, + Quel fruit en ont receu par fin de compte. E. Honte. + G. Je ne scay donq si recull' ou m'advance, + Puis que si maigr' en est la recompence. E. Pance. + G. Mourir m'est grief! Mais l'amour que je porte, + Me fait souffrir mille morts d'une sorte. E. Sorte? + G. Pour la sortir et la deschasser loing: + Mais que faut il que j'aye à ce besoing? E. Soing. + E. J'ay eu grand soing de l'oblier aussi, + Mais tout cela encor ne m'ha suffy. E. Fy. + G. Dequoy, de femme? helas, quand l'amour playde + Contre raison, ou puis j' avoir remede? E. Ayde. + G. Me puis j' ayder encontr' efforts si grands? + Mieux me vaudroit la mort que j'entreprends. E. Prens + G. Il y ha chois de laisser ou de prendre: + Las! que me faut pour l'un d'eux entreprendre, E. Rendre + G. Ou ha raison? l'ame en est trescontente, + Mais l'amitié est tousjours resistante. E. Tente. + G. Faut il rien plus pour garder que croissans + Ne soyent les maux que par amour je sents? E. Sens. + G. Sens & amour mesme lieu ne recoit: + Car ou est l'un, l'autre ne se concoit. E. Soit? + G. S'il est ainsi que recevray j' au cueur + Si le bon sens sur l'amour est vainqueur? E. Heur. + G. Et mes esprits estant desvelouppez + Des grands travaux dont ores je me paistz? E. Paix. + G. Paix est tresbonne, et la fait bon acquerre. + Que reste à cil qui l'amour veut requerre? E. Guerre. + G. Mais qui sent plus les efforts de sa flamme? E. L'ame. + G. Que faut fuir pour conserver la fame? E. Femme. + G. Mais que devient par amour l'homm' excort? E. Ord. + G. Qu'est besoin estr' encontre son effort? E. Fort. + G. Qui est cil dont amour le sens hebete? E. Beste + G. Et dont la vie en moeurs est plus adroite. E. Droite. + G. Donques Echo si on te vouloit croire, + Ne faudroit point d'amour avoir memoire. E. Voire. + G. Voire, mais quoy? à sa grandeur supréme + Je veux porter amour plus qu'à moymesme. E. Ayme. + G. Or donq je vay à Andrine à recours, + D'amour luy faire autre nouveau discours. E. Cours. + G. Courant y vay, encor que me trouva + Bruslant, en froid espoir dont me priva. E. Va. + G. Fuy fuy meurdriere, or fuy t'en hardiment, + Car j'ay espoir appaiser mon tourment, + Tant me confi' en sa misericorde: + Par amour donq, si quelque trist' amant, + Vouloit ses jours avancer promptement + Qu'il mont' icy je luy quicte la corde. + +Fin des Cinq premieres Eglogles, de l'Amie rustique. + + + + +Chansons. + + + Mon cueur souffre grand martire, + Mais le dire + Permis, certes ne m'est point. + Las! c'est bien estrange chose + Que je n'ose + Monstrer le mal qui me poingt. + + Ma douleur ha longue traitte, + Et secrette, + Vivement se fait sentir: + Peu à peu consommant l'ame + D'une flamme, + Qu'on ne pourroit amortir. + + A fin que plus haut ne monte, + D'aide prompte + Au mal visibl' on pourvoit, + Le mien donques perdurable + N'est curable + Despuis que l'oeil ne le void. + + Le sang de ma playe vive + Ne derive, + Au moins qu'il soit evident, + Voilà pourquoy ma meurdriere + Ha matiere + Pour couvrir tel accident. + + Et lors que ma navr' austere + Je veux taire, + Est plus forte la moitié + Et tenant sa violence + En silence + Croistre sans mon amitié. + + En tout temps ma play' ouverte + Tien couverte, + Dissimulant ma douleur, + Fors à celle que j'honore, + Car n'ignore + La source de mon malheur. + + De mon mal rud' et extreme + Elle mesme + Seul' est cause, mais aussi + Je scay que d'elle procede + Le remede + Pour reparer tout cecy. + + O Beauté tres estimée, + Et aymée + De moy si parfaictement: + Fay que ta rigeur s'appaise, + Et te plaise + Donner fin à mon tourment. + + + +Autre Chanson. + + + Helas amour pourquoy + Environnes d'ennuiz + Moy qui ne veux ne puis + Resister contre toy? + + Loué tu serois bien + De vouloir molester + Ceux qui au pouvoir tien + Presument resister. + + Je scay que ta pitié + Incessamment me fuit, + Car froyde est l'amitié + Si le tourment ne suit. + + C'est dont les maux je sens + Que tu me fais avoir, + Qui sans mort recepvoir + Tousjours ilz sont naissans. + + Vien vien contre moy donq + En ire t'enflammer. + Le mal sera bien long, + Si je laisse d'aymer. + + + +Autre Chanson. + + + Maugré rigueur, et cruauté + Par trop contraire à mon desir, + L'oeil amoureux de ta beauté + A te veoir recoit grand plaisir + Si fresche et blonde, + Aussi il ne peut moins choisir + En tout le monde. + + Le cueur d'amour passionné + Se plaint de l'oeil incessamment, + Car par sa veuë il ha donné + A sa flamme commencement: + Et tendr' et molle + Print son entier avancement + De la parolle. + + Le jour que je vins amoureux, + Je ne scay si nommer le doy, + Ou bien heureux, ou malheureux: + Je le voudrois scavoir de toy: + Mon grand martire + Certes me donne assez dequoy + Pour en mesdire. + + Je travaille de mon costé + A te monstrer mon grand esmoy, + Je parle et ne suis escouté, + Tant fais tu la sourd' envers moy: + Si je te prie + Aucune responce je n'oy + Bien que je crie. + + + +Autre Chanson. + + + L'amour se fait congnoistre + Quelque fois jeune enfant, + Mais tout à coup vient croistre + Alors qu'on le deffend, + Qui des cueurs se rend maistre + Et les va eschauffant: + Et si à poinct + Les picqu' et poingt, + Qu'au mesme poinct + Les rend que point + N'ont contraire desir. + Mais deux en un + Ont en commun + Un eternel plaisir: + Et n'est aucun + Qu'autre en vueille choisir. + + Si faute à l'oeil on treuve + On la peut amender, + Et par une loy veuve + On luy peut commander: + Mais qui le cueur espreuve, + Il ha beau demander: + Amour discret + Vit en secret, + Bien qu'un regret + Soit tousjours prest + Pour le cueur entamer, + Qui le surprend + Et si luy rend + Un mal tousjours amer: + Mais tant soit grand + Ne laisse point d'aymer. + + + +Chant de Vertu, et Fortune: + +A Monsieur C. de l'Estrange, Abbé de la Celle. + + + Au sein de mon ennemie + Jadis ma muse endormie + Par somnolente paresse, + Ignare estimoit cela, + Ne voulant ailleurs que là + Rire, ny faire caresse: + Mais regardoit droictement + Vers l'oeil qui sa flamme attise, + Ainsi que le dur aymant + (Guide au nocher) vers la Bise. + + Jusques à ce que la tienne, + Par ses vers tira la mienne + Du fond de l'aveugle somme: + Et à ce nouveau reveil, + Luy donna ennuy pareil + Que le jour aux yeux de l'homme: + Quand sa plus vive splendeur + Se present' à luy subite, + Sortant de la profondeur + Des prisons, ou il habite. + + Lors un desir qui s'allume + Sur le pinceau de ma plume, + M'invita à paindre un' Ode: + Encor ne pouvoy choisir + Le doux repos du loisir + Lieu, propos, ny temps commode: + Toutesfois le reculer + Trop long, envers toy m'accuse: + Et au long dissimuler + Trouver je ne puis excuse. + + Plume qui bassement volles, + Et bas traynes mes parolles + Prens l'aer froissant la closture: + Contre le rebelle frain, + Va ores d'un front serain + Jusques au ciel de Mercure: + Et vise de ne saillir + En grand precipic', et honte, + Que de poeur fasses pallir + Le noir esmail de la fonte. + + Tout oyseau prend la vollée + Sans peril en la vallée, + (Le vol trop haut ne prospere) + Icare sceut bien cela, + Quand ses aisles esbranla + Contre le veuil de son pere. + Qui trop haut se veut renger, + Sa fin est tousjours douteuse, + Vivre ne peut sans danger, + Et sa cheute est plus honteuse. + + Ait il l'aisle forte, ou molle + Oyseau est dict, mais qu'il volle, + Et brancher aux hayes puisse: + Ceux là, ceux là sont des miens, + Aussi entre pigméens + Estre petit n'est pas vice: + C'est dont en bas styl' icy + Chanter veux la controverse + De ta grand' vertu, aussi + De Fortun' à moy adverse. + + Bien que la chose merite + Estre depainct' et escripte + Par autre main que la mienne, + Au moins de l'une des trois, + Desquelles je ne voudrois + Choisir autre que la tienne, + Paignant les vers bien uniz + Et les Rithmes immortelles, + De la plume du phenix + La plus riche de ses aisles. + + Vertu princesse asservie + Aux aguillons de l'envie, + En ses pas simple, et modeste + Fixe tousjours s'entretient, + Et la vie qu'elle tient + Est tesmoing de tout le reste: + Mais (car souz un voille noir + Envie la rend obscure) + Le monde ne la peut veoir: + Ou si la veoid, n'en ha cure. + + Sa beauté sans fard se monstre, + De soymesme elle s'accoustre, + De soymesme ell' est aornée: + Et ses filz pleins de bon heur, + Merite, gloire, et honneur + La tiennent environnée. + Mais comme bastardz, conceuz + En grand vituper', et honte + Sont rejettez, et d'iceux + Le monde n'en fait point compte. + + D'ailleurs fortune logée + En place mal assiegée, + Tenant geste sourcilleuse, + Un de ses piedz va haulsant, + A tous costez balancant + En son estre perilleuse: + Toujours crolle cà, et là + Sa pierre mobile, et ronde: + Et semble que l'oeil ell' ha + Dessus tout l'univers monde. + + Des fiers lions ha la gueule, + Aussi devor' elle seule + Les plus hauts biens: et son ventre + Sent le bouq, bouq est aussi + Chacun, et se sent ainsi + Qui en prosperité entre: + Serpente est l'extremité + De mortel venin noircie, + Des pieds ha la sommité + Semblant au nom de Licie. + + De ses deux mains l'une est bresve, + L'autre longue ayant un glaive + Pour diviser les richesses: + Mais (trop aveugl' en son faict) + N'egalle les parts que fait + Du butin de ses largesses. + Ceux à qui visage humain + Elle monstre (la perverse) + Les eléve d'une main, + Et de l'autre les renverse. + + Les chefz Royaux environne + De mainte, et mainte coronne + Qu'elle ourdist: Et des hautz sceptres + Garnit leurs mains: Et leurs filz + Souvent ne sont point assis + Au trosne de leurs ancestres. + L'un mect bas, l'autr' en hautz lieux + Pour un temps donne l'entrée: + L'un ha pir' et l'autre mieux + Bien qu'ilz soyent d'une ventrée. + + Ceste folle ha grand' sequelle + De gens qui vont apres elle + Pour dorer leur esperance, + Mais comme fumée au vent + S'evapore bien souvent + Avec sa perseverance: + De ses thresors embellit + Les piedz legers de sa fuytte, + En qui l'espoir s'envieillit + Courant tousjours à la suitte. + + Elle me tir' à grand' force + Par la corde que j'ay torse + D'un desir, mais l'effrontée + La faveur que me promet, + De moy encor ne permet + Que soit experimentée: + Dont puis que veut tant vexer + Des desirs la vieille trouppe, + Certes mieux vaut la laisser + Et que la corde je couppe. + + Mes jours serains luy desplaisent, + Et mes plus obscurs luy plaisent + (De mon bien trop offencée) + Ce que je veux ne veut point, + Et voudroit bien en ce poinct + Mettre loy à ma pensée: + C'est pourquoy usant du fin + Contre la volonté mienne, + Je desire mal, à fin + Que le contraire m'advienne. + + Vertu en mespris tenue + De fortun', est revenue + Posseder sa digne place: + Mais la felonn', ha bien sceu + La chasser avec le feu + De sa temerair' audace: + Souz les piedz, encor plus bas + La tient esclav': et l'envie + En est garde, et ne veut pas + Qu'on manifeste sa vie. + + Qui souz vertu se veut mettre + Ne peut que droicturier estre: + Car elle n'est point coustiere: + Il vainc les maux angoisseux, + (Vertu aussi entr' iceux + Demeure saine et entiere) + De maints soucis est battu, + Et pauvreté l'importune: + On void aussi la vertu + A la porte de Fortune. + + Nonobstant leur resistence, + Avec toy font residence + Par amour appariées: + Mais c'est le vouloir de Dieu + Qui veut qu'en si digne lieu + On les trouve mariées: + Toutesfois les parts des biens + Sont encores trop petites, + Car plus grands seroyent les tiens + Les librant à tes merites. + + Ma muse encor alourdie + De son vieil somme, ha ordie + L'Ode que je te presente, + Tesmoing de ma volonté + De te veoir plus haut monté + Que ta fortune presente: + Et venu aux derniers bords + De ton heur, si prend envie + Aux soeurs, ne me chaut si lors + Couppent le fil de ma vie. + + + +Chant Funebre de feu Anne Philiponne, Damoyselle: + +A M. Albert, Seigneur de Sainct Alban. + + + Si en ma langu' estoit le dueil + Et que visible fut à l'oeil + Comm' au cueur secret je le porte, + De regret que Pluton auroit + Encor' un coup il ouvriroit + Les verroux qui ferment sa porte, + Permettant en tirer l'esprit + De ton erudic', ou abonde + Tant d'honneur: mais laissant le monde + Son chemin en ces lieux ne prit. + + Et croy bien que le piteux son + Qui de mon triste cueur derive. + Esmouvroit aussi le poisson + Qui porta Arion à rive + A rompre les flotz du soucy, + Lesquelz se pressent tout ainsi + Que sur mer quand le vent arrive. + Mon ame doncques flestrissant + D'ennuy qui tant la va pressant + Pour un temps ha esté ravie, + Et au corps qu'elle abandonnoit + Attachée ne se tenoit + Que du moindre fil de la vie: + + Mais d'un train royde s'en volla + Sur les aisles de sa pensée, + Et comme si fust insensée + Divers chemins prind cà et là: + Se hastant par les vagues lieux + Trop plus que l'aigle avec sa proye + Allant jadis offrir aux Dieux + La plus rare beauté de Troye: + Et panchée à son corps disoit + Heureuse ceste Ecthase soit, + Qui le jour des secretz m'octroye. + + Ores bas, ores volloit haut + Par dessus l'element plus chaud + En vollant la sente embrasée: + Et souz elle laissoit loing, loing + L'arc qui fut de la paix tesmoing + Quand l'eau eut la terre rasée. + + Et de là se plongeant en l'aer + Le fendit d'une aisle baissée, + Sans que vers sa maison laissée, + Encores desirast aller: + + Mais allant front à front du vent + Vint par rencontr' en la montaigne + Qui bien haut son chef va levant, + Et en mer ses racines baigne: + Mais si loingtain estoit cela + Que Navire onq n'aborda là, + Fust la Caranelle d'Espaigne. + + Tout ce que plus à l'homme nuict + Prend vigueur souz la froyde nuict + De ce mont, ou des nuictz la pire + Pour ne recepvoir le clair jour + Les rideaux de son long sejour + (Tant soit peu) jamais ne retire. + + Des crys qu'on y oyt, vient horreur, + De l'horreur poeur, de poeur la fuyte, + Mais mon ame fit grand' poursuite + De scavoir d'ou venoit l'erreur + + Parquoy trenchant l'aer obscursi, + D'un vol contrainct est arrivée + A l'huis de mort: la mort aussi + En ce lieu tousjours est trouvée, + Et subgectz au pouvoir qu'elle ha, + Faut que trestous passent par là + Quand la chair de vie est privée. + + L'huis est grand, et grand faut qu'il soit + Causant les tourbes qu'il recoit + De ceux qui la vie abandonnent. + Là est le grand nombre arresté + De tous les maux qui ont esté, + (Ceux j'entendz qui la mort nous donnent. + + Là se combattent les humeurs, + La fievre aussi sans cesse y tremble, + Et du venin qu'illeq' s'assemble, + Se font prestiferes tumeurs: + + Les trois soeurs, en pareil y sont + Par qui l'am' est du corps ravie, + Ou de leurs cizeaux rouillez font + Les coups qui abbregent la vie: + Quand l'une la veut allonger + L'autre s'efforce à l'abbreger, + Esmeues de contraire envie. + + Celle des petis et des Roys + Est torse par l'une des trois: + L'autre charpit, et l'inhumaine + Couppe de son mortel cizeau + Le filet ou pend le fuseau + Ou se plie la vie humaine, + + Dont pareil nombr' on trouve là + Que de vivans, sans la grand' trouppe + Que de jour en jour elle couppe + Mais compte ne faict de cela. + + Ceux qui sont de maux entachez, + Leur filace est de noudz garnie, + Et les vices y attachez + La rendent grosse, et mal unie. + On congnoit au contraire aussi + Ceux là qui ont leur vie icy + De vertu riche et bien munie. + + Or quand la troupp' apperceu m'eut, + Un debat entr' elles s'esmeut + De la vie, en ceste guerre + Quand l'une la venoit filer, + L'autre venoit l'anichiler, + Pour rendre deserte la terre. + + De sa main hideuse prenoit + A grands flottes le fil de vie, + Et de coupper non assouvye + Sa colere ne reffrenoit. + + Parquoy horrible estoit à veoir + Les effortz des jumelles lames + Si grands, qu'elles avoyent pouvoir + D'un seul coup ravir cent mill' ames, + Dont cuidoy (en ayant veu tant,) + C'estre la fin que lon attend + Par les inevitables flammes. + + A cest esclandre l'oeil volla + Loing, loing vers Gaulle, et congneut là + De son Roy la preuse conqueste, + Ou l'honneur d'Espaigne arrachoit, + Et ainsi qu'un lyon marchoit + Jouïssant du fruit de sa queste: + + Des corps morts à son loz dressant + Les montjoyes de la victoire + Qui ja unir font à sa gloire + Les deux cornes de son croissant: + + Car vers le fleuve des Germains + Desja il se recourbe, et arque: + Et si menace les Romains + Du pouvoir de ce grand Monarque: + Dont le glaive en pais allegeant, + Aux durs conflictz va soulageant + Les cizeaux de la fiere parque. + + Leur fureur apres destournant, + Et contre Gaulle la tournant, + Luy survint un leger esclandre + Au pris des grands maux assemblez + Qui (comme feu parmy les blez) + Ses haineux les verront descendre: + + Tant seront alors descouppez + A l'abord des forces terribles: + Et apres ces troubles horribles + Doit naistre une nouvelle paix, + + Que nostre prince tresheureux + Plantera sur la terre ronde, + Et les hommes l'auront entr' eux + Tant qu'ilz seront vivans au monde. + Lors vivront tous souz mesmes loix + Ausquelles Germains, et Gaullois + Feront que leur vie responde. + + Par les coups donnez à travers + Elles font de meurdres divers + Cà, et là en mainte contrée, + Et couppant leurs filetz bien tordz + La vie (helas) enclos' au corps + De Philiponn' ont rencontrée! + + Qui voyant sa chair au sercueil + (Faict' à la mort nouvelle proye) + S'en rirent car toute leur joye + Est de remplir noz cueurs de dueil: + + Reffroignans leurs ridez museaux + Monstroyent des dentz un, et un ordre + Rouillez non moins que leurs cizeaux, + Et moussez ainsi par trop mordre. + Et rians, là se desbatoyent + Des filetz qu'en deux partz mettoyent, + Commencez seulement de tordre. + + Si pour ton ame ainsi mourant + Le regret en terre fut grand, + Pour si grand' perte inopinée, + Le ciel tant plus ayse ha esté + De veoir l'esprit en liberté + Ayant sa chair abandonnée. + + Là aussi on oyoit chanter + Cantiques tous plains de louange + Pour l'honneur de ce nouveau Ange + Qui là haut se vint presenter. + + Ou heureux, entre les heureux + Ou bon entre les bons eut place, + Si qu'alors je fu desireux + Que mon ame du monde lasse + En Ecthase demeurast là + Pour tousjours contempler cela + Ravie de celeste grace. + + O Esprit, ô Ange nouveau + Retiré en lieu sainct, et beau + Pour jamais avec tes semblables, + Or es tu heureux mille fois + Pour les plaisirs que tu recois + Interditz aux ames coulpables: + + A fin que tout cest univers + Puisse entendre si digne chose, + Au tombeau ou ton corps repose, + De ma main j'escriray ces vers. + + Si quelqu'un desire scavoir + Ou est le thresor de ce temple, + Que ce sepulchre vienne veoir, + Et les vertuz d'Anne y contemple, + Son cueur ha l'honneur advancé, + Et comme morte elle ha laissé + De ses moeurs aux autres l'exemple. + +Fin. + + + + +Epitaphes. + + +De I. Pastel doct. + + Mort, et vertu des le commencement + Ont eu debat, Lecteur, scais tu comment? + Pource que l'une, & l'autre aussi demande + Obeïssance alors qu'elle commande: + Et voudroit bien en ces bas lieux chascune + Maistriser sans avoir maistress' aucune. + + Mort sus vertu dominer pretendroit, + Et la vertu sus la mort pretend droict. + Mort de son dard l'homme extermine, et tue, + Et la vertu cà bas le perpetue. + + Que faict là mort? à mort l'homme soubsmect, + Et la vertu mourir ne le permect. + Ainsi à veoir l'office qu'elles font + On peut juger combien contraires sont, + Mais certes mieux on pourroit juger d'elles + La controverse: aux funebres nouvelles, + Que je te veux anoncer: car Pastel + Est trespassé: mais fut son trespas tel + Que bien qu'il soit de vie ainsi delivre + Sa grand' vertu par tout le fera vivre: + Bien que soit mort, vif entre nous sera. + Et sa vertu chacun annoncera. + + Trois partz de luy sont faictes, trois aussi + Prinses les ont, car son nom esclarsi + Vit entre nous, l'ame est avecques Dieu, + Et au corps mort Tholouse ha donné lieu: + + Sa destinée ainsi l'ha ordonné, + De ne mourir au lict ou il est né: + Et c'est à fin que le commun remord + Entrant au cueur par la veue, et l'oreille, + Ne redoublast: aussi seroit merveille + En mesme lieu le trouver vif & mort. + + +De Catin. + + Cy gist, à qui Dieu mercy fasse, + Une qui en beauté de face + Jadis la souveraine estoit + Quand pres d'un autre se mettoit. + Grace avoit, mais certes, non point + Tant que de graisse et d'en bon poinct: + Ses tetins au marcher trembloyent + Et ses deux joues ressembloyent + Aux champignons rondz, fraiz, et druz + Qui d'humeur trop grande sont creuz. + Juger ne puis le nombre d'ans + Qu'elle avoit ou seroit aux dentz, + Car estoyent encore si menues + Qu'à leur deu n'estoyent parvenues. + Et de form' estant si exquise + Nul estoit de qui fust requise + Nul estoit qui en eust affaire, + Quoy qu'elle sceust dire ne faire. + + Fille vesquit, et fille est morte + Car ne peut en aucune sorte + Entrer au sainct noeud conjugal + Soustenu d'un vouloir egal. + + Ainsi morut non mariée + D'envie d'estr' appariée + A quelqu'un pour la desgraisser: + Et ne pouvant rien avancer + En ces lieux de son mariage, + En l'an vingtiéme de son aage + S'en alla vierge pur' et munde + Se marier en l'autre monde. + Encores je suis adverty + Que si n'y trouve tost party + Elle reviendra par decà + Prenant ce qu'en terre laissa, + A fin d'amortir sa grand' flamme, + Et l'envie qu'ha d'estre femme. + + +Encore d'elle. + + Cy gist Catin (dont suis marry) + Et à fin que ce mal ne celle + Sachez qu'ell' est morte pucelle + A faute de trouver mary. + + +De Perolet insigne beuveur. + + Perolet ce beuveur insigne, + Qui aux yeux en portoit le signe + Evident, repos' en ce lieu, + Non point son vin, mais bien en Dieu: + (Au moins comme chascun doit croire) + Vivant il ayma tant à boire + Du meilleur, souvent, et longs traicts, + Que ses yeux s'en estoyent entrez + Au plus profond, et là dedans + Se monstrent rouges, et ardans: + Rouge, blanc, et claret aussi + Pour couleurs il avoit icy: + Roug' estoit aux yeux, pasl' en face, + Claire avoit sa voix, dont l'espace + Qu'il vesquit, cria cà, et là + Bon vin à vendre, et en cela + Passa son temps vineusement, + Vivant le plus joyeusement + Qu'il pouvoit sans estre delivre + De l'humeur qui le rendoit yvre. + + Or passans qui trouvez saveur + Au bon vin comme ce beuveur, + A fin que desormais se garde + Que soif alterée ne l'arde, + Je vous pry arrosez sa tumbe + De bon vin, et faittes qu'il tombe + A plains pots sur luy, car le peu + Ne feroit qu'augmenter son feu. + + Quant à l'eau que l'Eglise donne + A grand' pein' il la trouve bonne, + Car si onq n'ayma liqueur telle + Trouver ne pourroit goust en elle. + + D'oraisons qu'on dit pour les ames + (A fin qu'evitent les grands flammes + D'enfer hideux, ardant, et chaud) + En veut peu, car il ne luy chault + D'estre là, ou en purgatoire, + Moyennant qu'il y trouv' à boire. + +Fin des Epitaphes. + + + + +A B. de Rochecolombe, Gentilhomme. + + +Apres vostre navigation des isles neufves, entre les tourbes du peuple +vous oyant reciter les merveilles des Barbares, je fuz plus que tous +importun apres vous, pour me les declarer au long: en quoy je receu un +plaisir incroyable. Mais sur tout oyant le discours du Roy de Nasée, le +nez duquel asseuriez avoir deux tiers de long, avec grosseur +proportionnée: et les Naséens l'avoyent de pareille grandeur. Et apres +m'avoir declaré l'estendue du Royaume, fertilité de la terre, +somptuosité des palaix, et disposition de sa republique, entre autres +poincts me fut aggreable entendre, comme on y punist les criminelz, non +par glaive, fouëtz, ou carquan, mais on les assied sur une pierre au +milieu de la place, aux rayons du Soleil, ou sont condamnez tenir souz +le menton un grand bassin, fait expres, Entour lequel sont marquées les +heures, lesquelles ilz monstrent à l'ombre de leur Nez: et là sans +remuer sont contraincts demeurer du matin jusques au soir, autant de +jours qu'on puisse en apprehender autres pour mettre en leur lieu. Aussi +en tout le Royaume n'y ha autres horologes que ceux là. Lequel discours +je tins long temps à bourde et mocquerie, jusques avoir ruminées les +histoires naturelles affermans entre les hommes estre difference selon +les regions, et divers aspect du ciel, comme les Mores noirs, et gris +sont differens de noms, les Pygmées sont plus petis que mediocres: et +pour venir aux parties singulieres, les Cyclopes n'ont qu'un oeil, les +Anglois ont une queuë, et aux indes y en ha qui ont le pied si large +qu'il peut couvrir le demeurant du corps, et autres ayans la lebvre +inferieure renversée en bas à mode d'une grand' gibessiere: et +d'ailleurs vous estes homme veridique, qui me fait croire, ce peuple +avoir le nez à la mesme sorte que vous dictes. Or d'autant que pretendez +y retourner, et pour ce attendez la Caranelle d'Espaigne, que fasse +voille au Peru, que sera le dixiéme de May Prochain, ainsi qu'estes +adverty de Lisbonne, du vingtcinquiéme Decembre passé: j'ay escrit une +lettre au Roy de Nasée de laquelle me fut desrobbée la moitié, et +imprimée sans mon sceu: toutesfois despuis en cà l'ay remise en son +entier, laquelle vous envoye pour la luy donner en main. Priant Dieu +vous donner la grace de bien et heureusement faire vostre voyage et +puissiez vous en vostre nez retourner en France sain et en bon poinct. +De Musceole ce dernier jour de Decembre, Mil v^c. lvii. + + + +Naseïde, restituée en son entier, + +A Alcofibras indien, Roy de Nasée. + + + Pour vous louer si la plume je prens, + Roy des grands nez, Roy des nez les plus grands + De Naserie, à ce faire m'invite + Le vostre, auquel tout le peuple court viste + Pour l'admirer, comme rare spectacle, + Si qu'on le jug' estr' un Nasal miracle: + Tant il est grand, que des Archers le pire + Ne le pourroit faillir pour mal qu'il tire: + Et s'il trouvoit au monde son pareil + Croy qu'il feroit eclipser le Soleil. + + Ceux là qui ont donné louange aux nez, + Et doctement nous les ont blasonnez, + Ne cuident point que je leur veuille oster + Aucun bruit leur, pour au mien l'adjouster: + En grave stille ilz [nous] ont exposée + La dignité de la tourbe Nasée, + Ou les moyens leur ont estez ouverts, + Autant qu'au monde y ha de nez divers. + + En grave stille ont loué les Naseaux, + Le trait, le teinct, de ces nez damoyseaux, + Sus qui on void mille beautez escloses, + Proprement faicts pour odorer les roses. + Mais je veux prendr' autre subjet plus digne + Dont vous portez au visage le signe + Roy bien nasé, et pour mieux le toucher + Je veux ma muse en tel poinct emboucher, + Que ses propos hautement entonez + Soyent à l'egal du Colosse des nez, + Lequel pour estr' excellent dessus tous + Les nez qui sont, & seront, fait que vous + Estes le Roy, & tant plus grand se void + Tant plus grand Roy aussi dir' on vous doit. + + Dire on vous doit grand Roy, aussi vous l'estes + Roy sur autant que se trouvent de testes + A croc, et dont la grandeur Cesarée + Va per à per avec la Nasarée: + Mais qui pourroit en ce monde regner + S'il n'ha le nez qu'on ne puisse empoigner + Comme le vostre? ô Nasifique sire. + Perse jadis apres la mort de Cyre, + Autre en son lieu recevoir ne voulut, + Qu'il ne l'eust grand, et vouloit qu'ainsi l'eust + Non seulement pour le loz immortel + De leur bon Roy Cyrus, qui l'avoit tel, + Mais pourautant que l'autorité toute + Resid' au nez: ainsi il n'y ha doute + Que tant plus grand est le nez, plus est grande + La majesté sur la Nasalle bande. + Seroit ce bon que ces nasateux là + Eussent pouvoir sur les grands? Ah cela + Viendra plus tard que lon ne verra estre + Le chat du chien, et le rat du chat mestre. + + Or ha la Perse honoré les grands nez, + Tant qu'elle vint à Nabucodenez. + Et vint à luy, Car comme à son nom touche + Ensembl' avoit et grand nez, et grand' bouche: + Mais de la bouch' à present je ne traicte. + A propoz donq des grands nez je m'appreste + A vous narrer un secret difficil, + Pourquoy mandé fut Ovid' en exil, + C'est pourautant que son grand nez faisoit + Trembler Auguste, et pour cela n'osoit + Laisser les murs de la vill', ayant doute, + Que par son nez il ne l'occupast toute. + Mais l'envoya aux neiges de Scytie, + Pour en secher de froid une partie, + Et le secher si bien qu'à son retour + A l'Empereur ne feist ce mauvais tour. + + Pourquoy mect on au chef imperial + L'Aigle si n'est qu'ell' ha un nez royal, + Qui des oyseaux fait qu'on la nomme royne? + Et l'elephant, sans le grand nez qu'il trayne + Des animaux, si grand roy ne seroit: + Le griphe aussi craindre ne se feroit. + Ne void on point le rinocerot comme + Par son grand nez est craint? Or donques l'homme + Tant plus l'ha grand, et son nez plus loing tire, + Tant plus grand Roy certes il se peut dire. + + Qui ha grand nez, ha de parens aux cieux. + Cuidez vous point que le guerrier des Dieux + Ne l'aye tel, et entre nous Aeolle + Quand d'Aquillon vers les Austres il volle, + Que sans avoir un grand nez il desserre + Ses roides vents? vous faschez vous sur terre + Descendez viste aux Enfers, et verrez + Comme Pluton est nasé, là orrez + Comme celuy s'expose à grand hasard, + Qui n'obeit à ce Prince nasard. + Pour faire brief, un nez tres navifique, + Ha majesté royale et magnifique. + Au nez aussi, et non ailleurs ha place + L'honneur de l'homme, et sans luy n'ha point grace. + Tirer le nez à quelqu'un c'est outrage. + Donner au nez c'est esmouvoir la rage, + Le d'eschirer, l'escacher, ou le tordre + Par ce moyen on vient à l'honneur mordre: + Et au contraire un ardeur on presume, + Lors que d'un homme on dit le nez luy fume, + Il ha la mouche au nez, c'est lors à dire + Qu'il est esmeu de grand colere et ire: + Et quand au nez on ne luy peut toucher, + Il monstre bien qu'il ha son honneur cher + Voylà pourquoy Siracuse est prisée + Car elle mect dessus la part Nasée + Estuys de fer pour deffence aux batailles, + Là ou la France arme ses mains d'escailles. + Et ne cuidez qu'elle ainsi l'enveloupe, + Fors seulement de poeur qu'on le luy coupe, + Et comme au Grec vienne à son nez, ou pire + Perdant lequel, il perdit son Empire. + Qui ha le nez contrefaict et bossé, + Trop, ou trop peu, ou poinctu, ou moussé, + Et comme un as de treffles se renfroingne, + Des lieux publicz meu de honte il s'esloigne, + Pour eviter les pernicieux blasmes + Qu'on luy impose, & mesmement les femmes: + Car elles ont ferme foy que ce lieu + Est relatif de cest antique Dieu, + Avec lequel le Cinic plantoit l'homme, + Seul adoré aux verdz jardins, et comme + On dit le pere ayant esgard aux filz. + Qui ha le nez gros, grand et bien assis, + Celuy on peut sans injure vanter + D'avoir un gros et grand pieu à planter, + Ce dont la femme à l'amour usitée, + Par le grand nez est tousjours incitée + A remarquer et veoir en quelle sorte + Pourra jouïr de celuy qui le porte, + Vostre grandeur, sire, doit scavoir gré + A son grand nez: car ce royal degré + Humiliant ceux qui vous sont rebelles, + Attire à soy l'amitié des plus belles. + Certes du nez, comme nez, on pourroit + Dire beaucoup de choses qui voudroit, + Qu'il donne voye aux humeurs du cerveau, + Et au poulmon ministre l'aer nouveau, + Juge l'odeur, tesmoigne le courroux + Quand ronfle, & fronce, ou qu'il espreint ses troux, + Et si orné il est de toute grace + Dont m'esbahy pourquoy l'antique race + Le congnoissant si beau, et si mignon + Ne l'ha faict Dieu comme son compagnon. + Or est cecy à tous les nez commun, + Et pourautant que je n'escris qu'à un + Grand, le plus grand du monde, je delaisse + Ces nasequins dont y ha si grand presse. + + A vostre loz j'ay dict qu'avez l'Empire + C'est tout aussi que de vous je puis dire, + Mais pour oster le moyen à certains, + Qui pour un nez qu'ilz ont sont si hautains, + Que tout ainsi qu'il est grand, grans s'estiment, + Et la grandeur du vostre desestiment: + Je veux monstrer qu'il y ha difference + De grand, à grand, & que sans grand offence + Tous les grands nez ne peuvent recevoir + Tiltre de Roy: Ah il feroit beau veoir, + Qu'un nez tortu, un nez laid de tous poinctz, + Un nez bossé forgé à coups de poincts, + Illuminé tigneux, et qui se guinde + A tous costez comme ceux des coqs d'inde, + Un nez remply de troux, et clous avec, + Un nez moulé à la forme d'un bec, + Un nez trop large, un nez que lon admire, + Faict au patron de prouë d'un navire, + Un nez velu rehaulsé de verrues + Espouvantant les enfans par les rues, + Un nez morveux, et de tigue emperlé + Eust tel honneur, c'est trop avant parlé: + Raison ne veut que nom de roy il prenent, + Bien que soyent grans: & s'il avient qu'ilz regnent + Et que leur main de Sceptre soit garnie + C'est une pure et vraye tyrannie: + Car la grandeur du nez s'il n'ha beauté + Ne peut avoir tiltre de Royaulté. + + Un nez Royal avant que tel soit faict, + Veut estre grand, poli, beau, et parfaict, + Comme le vostre, auquel furent donnez + Tous les grans biens qu'on peut dire des nez + Ne trouvent autre encor à soy conforme, + Grand, gros, & large, ouvert, & long, en forme + De barbecane ou triangle eminant, + Qui sur un flang de mur va dominant. + Et pourautant qu'il est Roy, ne suffit + Luy faire honneur car honneur sans proffit + Est de neant si on ne touche au but, + Scavoir au loz adjouster le tribut. + Voylà pourquoy un present luy veux faire, + Qui tant plus est propre, ô Roy nasifere, + Pour sa grandeur longuement conserver + Plus me devez de faveur reserver. + + Or tout ainsi que vostre nez est rare + Est de besoing, Sire, qu'on le rempare + D'un riche estuy, et jamais ne soit veu + Sans meur conseil, à quoy sera pourveu + Par longs moyens, & apres grans requestes + Comme en Florence on monstre les pandectes, + Ou comme on garde une chose de pris + Qu'elle ne tombe en vulgaire mespris: + Couvrez le donq, Sire, couvrez le donq + De ce beau masque, & ne soit monstré onq, + S'il n'est requis par grand' necessité, + Et soit ainsi de luy, comme ha esté + Du biffront dieu, qui aux fureurs de guerre + Tant seulement se monstroit sur la terre: + Et pour cela je serois fort d'advis, + Que vous usez comme d'un pont levis + A vostre nez, lequel viendrez hausser + Tant seulement pour la guerre annoncer: + Mais est requis que le tout on manie + Avecques rare, et grand' cerimonie. + Et pour ce faire y soyent maistres expres + Qui vostre nez tiennent tousjours de pres + S'il veut souffler, que torches on allume: + S'il veut ronfler, subit qu'on le parfume + Avec encens, et souz luy faut coucher + Grands bassins d'or, quand se voudra moucher. + S'il ha vouloir d'esternuer, je veux + Que lon descharge un gros canon ou deux. + Et quand les jours solemnelz seront proches + Pour se monstrer, que lon sonne les cloches: + Mais à cecy faut un terme plus long + Qu'à Solyman quand se monstre, & adonq + Il estendra ses benedictions + Dessus les nez de toutes nations, + Ou sera bon que les femmes se treuvent + Qui ont vouloir d'engrossir, & ne peuvent. + + Or ce joyau avoit en son thresor + Le puissant Roy Nabucodenasor, + Qui à son nez tout expres le feit faire, + Pour s'en servir en un extreme affaire: + Et apres luy en furent possesseurs + De Roy en Roy maintz autres successeurs, + A qui jadis fut ceste piece ostée + Par l'Empereur qui saccagea Judée: + Et la porta en son triomphe, comme + Le plus haut bien qu'il sceut porter à Romme. + Et Belisare en priva les Rommains, + L'avare Grec, puis vint entre les mains + Du fort Selin, à l'heure qu'il passa + L'estroit Bosfore, et s'en vint par de cà + Et Solyman l'ha eu de son ancestre + Qui le garda un long temps, & sans estre + Armé d'icelle, on luy eust fait par terre + Voler le nez d'un coup de cymeterre + Aupres de Bude, et toutesfois ne sceut + Faire si bien qu'ostée ne luy fust, + Pource doutant qu'il ne perdist l'Empire + Avec le nez en seur lieu se retire. + + Bien tost apres, ce butin fut trouvé + Par un soldat, j'entends et relevé + Qui le porta à Romme, ou fut vendu + A un Rabin, car ayant entendu + Que le grand Roy Buconasor estoit + Premier de tous qui au nez le portoit + Et s'en servoit ainsi que d'une barde, + Il le fit mettre au Temple en seure garde. + Deux ans apres, ou un peu moins advint + Qu'un Habraim de Juif, chrestien devint, + Qui s'en saisit, ou bien il la changea + D'un nez, à autre: et ce fut car songea + Que sa famille envieuse en seroit + Triste, et pourtant d'un sang bouillant feroit + Tous ses efforts de l'avoir, & le prendre, + Voylà comment son nez voulut deffendre: + Car l'avoit grand, faict à la judaïque, + Et marqueté tout à la Mosaïque: + Mais (qui est pire) un gros fic y naissoit + Qui si avant de jour, en jour croissoit + Que l'estuy fut estroit bien que soit large, + (A tout le moins luy donnoit trop grand' charge) + Dont le vendit, et je l'ay acheté + Pour mettre au nez de vostre magesté. + +Fin. + + +Souspir d'espoir. + + + +---------------------- +NOTES DU TRANSCRIPTEUR + +L'orthographe, la ponctuation et l'usage des accents sont conformes +à l'original. Cependant pour faciliter la lecture on a introduit la +distinction entre les lettres i/j, u/v. On a également remplacé les +abréviations par les lettres correspondantes (Comme au lieu de Cõme, +etc.). + +Les corrections suivantes ont été apportées: +- Mais au lieu de Nais (Mais j'estoy derriere un buisson) +- C'est au lieu de Cest (C'est figure que l'amour est grande) +- qu'on au lieu de quon (Il faut bien scavoir qu'on demande) +- adroite au lieu de adorite (Et dont la vie en moeurs est plus adroite) +- Droite au lieu de Dorite (même vers) +- ou au lieu de en (Deux ans apres, ou un peu moins advint) +- nous ajouté (En grave stille ilz [nous] ont exposée) + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'amie rustique et autres vers divers, by +François Bérenger de La Tour d'Albenas + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AMIE RUSTIQUE ET AUTRES *** + +***** This file should be named 19954-8.txt or 19954-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/9/9/5/19954/ + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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