summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--19984-8.txt4858
-rw-r--r--19984-8.zipbin0 -> 87171 bytes
-rw-r--r--19984-h.zipbin0 -> 343362 bytes
-rw-r--r--19984-h/19984-h.htm6211
-rw-r--r--19984-h/images/001.pngbin0 -> 53060 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/002.pngbin0 -> 15118 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/003.pngbin0 -> 6250 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/004.pngbin0 -> 13044 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/005.pngbin0 -> 13882 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/006.pngbin0 -> 10159 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/007-large.pngbin0 -> 68948 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/007-small.pngbin0 -> 23263 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/008.pngbin0 -> 38250 bytes
-rw-r--r--19984-h/images/parenth.jpgbin0 -> 9942 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
17 files changed, 11085 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/19984-8.txt b/19984-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..9edd9ba
--- /dev/null
+++ b/19984-8.txt
@@ -0,0 +1,4858 @@
+The Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la taxation des
+lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre
+
+Author: A. Piron
+
+Release Date: November 30, 2006 [EBook #19984]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+
+
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+ DU
+
+ SERVICE DES POSTES
+
+ ET DE LA
+
+ TAXATION DES LETTRES
+
+ AU MOYEN D'UN TIMBRE
+
+ PAR
+
+ M.A. PIRON
+
+ SOUS-DIRECTEUR DES POSTES
+
+
+
+
+ PARIS
+ IMPRIMERIE DE H. FOURNIER ET Cie
+ RUE DE SEINE, 14 BIS
+
+ M DCCC XXXVIII
+
+
+
+
+ SOMMAIRE.
+
+
+
+Introduction page IX
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+Considérations générales sur le produit des postes page 1.
+
+Il est d'un haut intérêt d'augmenter le nombre des lettres en
+circulation en France, p. 1.--L'accroissement dans le nombre des lettres
+suit toujours l'accélération donnée à la marche des courriers; exemples
+pris dans la correspondance de Paris avec Marseille, p. 3.--Dans le
+service journalier, p. 6.--Dans le service rural, _ibid._--Proposition
+de l'établissement de doubles courriers partant de Paris, p.
+8.--Proposition d'un emploi mieux entendu des facteurs ruraux, p.
+11.--Le tarif des postes est trop élevé. Considérations morales et
+financières à ce sujet, p. 16.--Transports frauduleux, p. 21.
+
+CHAPITRE II.
+
+Appréciation des frais.--Projet de réduction de 50 p. 100 sur le tarif
+actuel, page 27.
+
+Quel est le prix du service rendu, p. 27.--Frais du transport des
+correspondances administratives, p. 30.--Frais du transport des journaux
+et imprimés taxés, p. 32.--Coût du transport d'une lettre ou d'un
+imprimé par la poste, p. 33.--Taux moyen de la taxe d'une lettre, p.
+34.--Proposition de supprimer la taxe du service rural, p.
+37.--Résultats financiers d'un abaissement de 50 p. 100 sur le tarif
+actuel des postes, p. 42.
+
+CHAPITRE III.
+
+Examen du tarif actuel, proposition d'un nouveau tarif réduit, mais
+encore basé sur le poids des lettres et sur la distance qu'elles doivent
+parcourir page 45.
+
+Examen du tarif actuel, p. 45.--Considérations sur la lettre simple, p.
+47.--Tableaux représentant les taxes proposées, p. 48 à 54.--Examen des
+tableaux: taxes de distance, p. 55.--Nouvelle échelle de poids, p.
+58.--Le poids de la lettre simple fixé à 15 gram., p. 59.--Nombre des
+lettres pesantes en circulation dans le service des postes, p.
+63.--Résultats financiers du tarif proposé, p. 64.
+
+CHAPITRE IV.
+
+Des avantages de la taxe fixe comparée au système actuellement en usage
+page 67.
+
+La taxe actuelle n'est pas proportionnelle au prix du service rendu, p.
+67.--Les frais de transport n'entrent que pour moitié dans les frais
+généraux d'exploitation, p. 72.--Si la taxe fixe était adoptée, la
+taxation des lettres deviendrait plus facile, p. 74.--Le compte des
+taxes et la vérification des dépêches se ferait plus rapidement, p.
+75.--Il pourrait être dressé un compte numérique des lettres en
+circulation, p. 80.--La distribution serait plus prompte, p.
+81.--Avantage des lettres franches dans le service des postes, p.
+82.--Examen de la taxe des lettres de la ville pour la ville, p. 84.--De
+la taxe des lettres pour les sous-officiers et soldats, p. 86.--De la
+taxe des avis de mariage et de décès, p. 87.--Des lettres de et pour
+l'étranger, _ibid._--Si le nombre des lettres augmentait
+considérablement, les frais de transport en malle-poste et par
+entreprise ne s'élèveraient pas en proportion, p. 88.--Dépenses et
+recettes possibles d'un service en malle-poste de Paris à Marseille, p.
+89.--Les autres frais d'exploitation n'augmenteraient pas, p.
+92.--Proposition d'une réduction de la taxe de toutes les lettres à 1
+déc. et à 2 déc., _ibid._--Résultats financiers, p. 93.
+
+CHAPITRE V.
+
+De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe p. 95.
+
+L'usage d'un timbre de taxe existait en 1653, p. 96.--Notes de Pélisson,
+_ibid._--Brochure de M. Hill, p. 98.--De la composition et de
+l'application des timbres, p. 99---Timbres de taxe adoptés dans
+l'hypothèse de la réduction du tarif à 6 degrés de poids et à 6 degrés
+de distance, _ibid._--Application du timbre à la taxe fixe de 1 déc. et
+de 2 déc., p. 102.--Modèles de timbres, p. 103.--De l'application des
+timbres, p. 105.--Les lettres réexpédiées ne supporteront pas
+d'augmentation de taxe, p. 106.--Les lettres trop pesantes, eu égard au
+timbre, seront mises aux rebuts, _ibid._--Avantages de l'emploi des
+timbres, p. 107.--Il y aura plus de rapidité dans le service des postes,
+p. 109.--Il y aura diminution des lettres en rebut, p. 110.--Il y aura
+moins d'occasions de démoralisation pour les commissionnaires chargés
+des affranchissements, p. 112.--Il y aura extrême simplification dans la
+perception des recettes générales, p. 113.--Objections qu'on pourrait
+présenter.--Résultats de la nécessité de l'affranchissement préalable,
+_ibid._--De la possibilité de la falsification des enveloppes timbrées,
+p. 117.--Application des timbres sur des papiers volants, p. 119.--Des
+garanties de fidélité dans la remise des lettres à domicile, p.
+120.--Proposition d'étendre le service des lettres recommandées, p.
+121.--Temps employé et dépenses résultant du timbrage des lettres, p.
+123.--Dispositions transitoires, p. 124.
+
+CHAPITRE VI.
+
+Conclusions p. 125
+
+PIÈCES A L'APPUI.
+
+Note n° 1 139
+
+Note n° 2 144
+
+Note n° 3 146
+
+Note n° 4 147
+
+Note n° 4 _bis._ 148
+
+Note n° 5 149
+
+
+
+
+ INTRODUCTION.
+
+
+L'idée du nouveau système de taxation des lettres, au moyen d'un timbre,
+que je vais présenter ici, ne m'appartient pas[1]. Je l'ai entendu
+développer par plusieurs personnes à Paris, et, tout récemment, j'ai
+trouvé ce sujet très-méthodiquement traité dans une brochure relative à
+des projets d'améliorations à apporter dans le service du post-office en
+Angleterre[2].
+
+[Note 1: Il était en usage à Paris en 1653. (V. aux pièces à l'appui, la
+Note 1.)]
+
+[Note 2: By Rowland Hill, London, 1837.]
+
+J'ai cherché à suppléer, par les développements dans lesquels je suis
+entré, à ce que les propositions qui ont été faites en France m'ont
+semblé avoir d'incomplet sous le rapport de l'exécution; et d'autre
+part, l'auteur anglais, qui a eu le premier, que je sache, le mérite
+d'exposer son système par écrit, en présente une application que je n'ai
+pas cru devoir adopter entièrement non plus. Cependant, en présence de
+ces différents projets qui tous tendaient à la réforme du mode de
+taxation actuellement en usage, j'ai pensé qu'il pourrait être utile de
+développer clairement ici le plan dont il est question, lequel m'a
+semblé, d'ailleurs, se prêter merveilleusement bien aux exigences du
+service des postes.
+
+Je crois que si les raisonnements et les exemples sur lesquels j'ai
+cherché à appuyer cette opinion pouvaient être goûtés, on jugerait que
+l'abaissement du tarif, et la taxation des lettres au moyen d'un timbre,
+augmenteraient les recettes des postes, en même temps qu'ils rendraient
+plus promptes et plus sûres les opérations intérieures de la
+manipulation des lettres.
+
+J'ai fait précéder cette proposition de quelques considérations
+générales sur le service des postes en France, afin de mieux motiver
+l'utilité d'une réforme à ce sujet.
+
+
+
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+
+Considérations générales sur le produit des postes.
+
+Si l'on considère le service des postes, non pas seulement sous le
+rapport du produit de trente-six millions[3] qu'il donne annuellement au
+trésor, en taxe de lettres, mais sous les rapports bien autrement
+intéressants des facilités qu'il procure partout au commerce, des
+relations de famille et d'amitié qu'il entretient, enfin du
+développement de la morale et de l'éducation publique qu'il favorise, on
+reconnaîtra que l'augmentation de ses produits est moins importante
+peut-être que celle des lettres qu'il transporte, et qu'il est du devoir
+d'un gouvernement prévoyant et sagement libéral de viser à accroître et
+à étendre le nombre des correspondances par tous les moyens qui sont en
+son pouvoir.
+
+[Note 3: Produit net de la taxe des lettres en 1836
+
+
+Service ordinaire: 33,733,256 fr.
+Service rural: 1,932,476
+ ----------
+ 35,665,732
+]
+
+Sous ce point de vue, en effet, le service des postes acquiert un
+caractère plus important, et son utilité fiscale elle-même ne doit plus
+être appréciée en raison du produit seul de la taxe des lettres, mais
+aussi en raison du puissant secours que la poste prête à toutes les
+autres branches du revenu public.
+
+Ces deux intérêts sont tellement liés qu'on pourrait dire que si le
+bien-être du pays et la prospérité du commerce augmentent le nombre des
+lettres et le produit des postes, d'autre part, un service de poste
+fréquent et rapide, en multipliant les occasions d'écrire, est un
+élément de prospérité pour le commerce, et une cause de bien-être pour
+le pays.
+
+Et, en effet, une lettre n'est jamais indifférente à la fois pour celui
+qui la reçoit et pour celui qui l'écrit; elle sert de préliminaire à un
+marché, à une transaction, à une affaire quelconque; car les lettres de
+famille ou d'amitié entrent pour un très-petit nombre dans la recette
+des postes, et les lettres d'affaires et de commerce y sont comptées
+pour la presque totalité.
+
+L'expérience de toutes les époques prouve que les produits de poste
+augmentent toujours en proportion des facilités que l'on donne au public
+pour sa correspondance. Que ces facilités lui viennent, soit d'une plus
+grande fréquence d'ordinaires, soit d'une accélération nouvelle dans la
+marche des courriers, il y a toujours ou presque toujours augmentation
+immédiate dans les produits.
+
+Il semble, en effet, que le public soit toujours prêt à écrire, qu'il
+saisisse toutes les occasions qui lui sont offertes, et qu'il envoie une
+lettre chaque fois qu'un courrier part, se hâtant d'écrire encore de
+nouveau lorsqu'une combinaison plus heureuse des services, ou une
+accélération dans la marche des courriers au retour, lui apporte plus
+tôt une réponse.
+
+Un seul exemple pris dans la correspondance de Paris avec Marseille,
+expliquera plus clairement notre pensée. Avant 1828, les lettres de
+Paris pour Marseille, dirigées par Lyon, partaient à six heures du soir,
+et arrivaient à leur destination le sixième jour, à deux heures après
+midi; soit les lettres de Paris du lundi qui arrivaient à Marseille le
+samedi; c'était cent dix-huit heures employées pour le parcours. Au
+retour, les lettres de Marseille repartaient à deux heures du soir, et
+arrivaient à Paris le sixième jour à six heures du matin, ou cent douze
+heures pour le parcours au retour[4], ou deux cent trente heures pour le
+parcours à l'aller et au retour. Mais comme les lettres arrivaient à
+Marseille à deux heures, et que le courrier pour Paris repartait au même
+moment, les dépêches arrivantes n'étaient, la plupart du temps, ouvertes
+qu'après le départ du courrier, et, dans tous les cas, les réponses ne
+repartaient que vingt-quatre heures après l'arrivée des lettres
+auxquelles on répondait. En conséquence, si l'on veut connaître
+exactement le temps qui était nécessaire pour obtenir à Paris une
+réponse de Marseille, il convient d'ajouter vingt-quatre heures au
+nombre de deux cent trente heures employées pour le parcours à l'aller
+et au retour: soit deux cent cinquante-quatre heures, ou dix jours et
+quatorze Heures.
+
+[Note 4: La différence en accélération au retour provenait d'un séjour
+que les dépêches faisaient à Lyon à l'aller, et qu'au retour on évitait
+en partie.]
+
+Il fallait donc, avant 1828, dix jours et quatorze heures pour avoir à
+Paris une réponse de Marseille. Mais une rapidité plus grande ayant été
+donnée aux malles dans le cours des années 1828 et suivantes, et un
+service direct en malle-poste de Paris à Marseille par Saint-Étienne
+ayant été établi au mois de juin 1835, la marche des correspondances
+s'est trouvée successivement accélérée sur cette ligne, à tel point
+qu'aujourd'hui les lettres de Paris arrivent à Marseille en
+soixante-huit heures à peu près. En effet, les lettres de Paris parties
+à six heures du soir, arrivent à Marseille le quatrième jour à deux
+heures du soir; soit les lettres du lundi le jeudi à deux heures, ou
+soixante-huit heures pour le parcours; ces lettres sont distribuées, et
+on peut y répondre le jour même; enfin les correspondances repartent à
+six heures du matin pour arriver à Paris le quatrième jour aussi à six
+heures du matin, et on trouvera qu'il ne faut plus aujourd'hui pour
+recevoir une réponse de Marseille que cent cinquante-six heures ou six
+jours et douze heures. L'accroissement des recettes a suivi
+l'amélioration du service: le produit de la taxe des lettres entre
+Marseille et Paris, qui était en 1827 de 110,500 francs, s'est élevé en
+1832 à 172,248 francs, et en 1837 à 229,196 francs.
+
+Mais si en 1827 il fallait à Paris dix jours et quatorze heures pour
+avoir une réponse de Marseille, et qu'il ne faille plus aujourd'hui que
+six jours et douze heures, et si la marche des correspondances s'est
+ainsi accélérée sur toute la route dans la proportion de dix à six à peu
+près, le public a dû en obtenir les résultats suivants:
+
+1° Les négociants de Paris, qui attendent pour donner des ordres d'achat
+à Marseille une réponse à des demandes de renseignements, ont fait leurs
+affaires quatre dixièmes de fois plus vite, et par conséquent ont pu
+faire quatre dixièmes d'affaires de plus. 2° Les négociants, dont la
+correspondance est continue et qui n'attendent pour écrire de nouveau
+que la réponse à leurs premières lettres, ont fait effectivement quatre
+dixièmes d'acquisitions ou de transactions de plus; et si leurs affaires
+ont été fructueuses, ils ont réalisé quatre dixièmes de bénéfices
+nouveaux, ou, en d'autres termes, ils ont vu leurs bénéfices annuels
+s'augmenter dans la proportion de quarante pour cent. 3° Enfin, si la
+vie commerciale d'un négociant est supposée de vingt années de travail,
+et que l'accélération dans la marche des lettres soit supposée là même
+dans toutes les directions, elle peut se trouver ainsi abrégée de huit
+ans; c'est-à-dire qu'au moyen de la rapidité de la correspondance, il
+peut faire en douze années autant d'affaires qu'il en faisait en vingt
+ans avant 1828; ou que, s'il croit devoir travailler vingt ans comme
+précédemment, ses spéculations à la fin de sa carrière commerciale,
+supposées aussi heureuses qu'elles auraient pu l'être avant 1828,
+auraient été pour lui la source de bénéfices plus élevés dans la
+proportion de quarante pour cent.
+
+Nous pourrions pousser plus loin nos suppositions, et nous trouverions
+partout la preuve de ce que nous avons avancé, que l'accélération de la
+marche des lettres ou l'augmentation du nombre des ordinaires,
+c'est-à-dire des départs et des arrivées des courriers, est une source
+d'avantages pour le commerce et d'accroissement dans les produits
+réalisés par l'État.
+
+La marche des correspondances entre Paris et Marseille nous a servi
+d'exemple pour démontrer les avantages financiers d'une accélération des
+courriers; nous trouverons, dans l'établissement du service journalier
+de 1828 et du service rural, des exemples de l'accroissement de produits
+qui résulte de l'augmentation dans le nombre des ordinaires.
+
+En effet, les services de transport des lettres, qui ne marchaient que
+trois ou quatre fois par semaine, particulièrement sur les routes du
+midi et de l'ouest de la France, furent rendus journaliers à partir du
+1er janvier 1828; cette mesure entraîna une dépense d'à peu près 3
+millions et, dès la fin de la première année (1828), les produits de la
+taxe des lettres s'étaient accrus de 2,500,000 fr.[5] Mais si les
+dépenses faites par le trésor se sont trouvées aux trois quarts
+couvertes dès la première année, ce n'est pas là que se sont bornés les
+avantages de la mesure: la recette a augmenté encore de 3 millions de
+1828 à 1830, de 1 million de 1830 à 1832, et enfin de 4,557,000 fr. de
+1832 à 1836.
+
+[Note 5: Produits nets de la taxe des lettres:
+
+ En 1828, 27,211,678 fr.
+ En 1827, 24,755,860
+ ----------
+Augmentation en 1828, 2,455,818 fr.
+]
+
+Ces 2,500,000 fr. d'augmentation de produits de poste en 1828
+représentent à peu près cinq millions de lettres nouvelles écrites en
+France, par conséquent un nombre d'affaires, de transactions de toute
+espèce, entre particuliers, en rapport avec le nombre des lettres
+écrites; ne pourrait-on pas affirmer que ces affaires et ces
+transactions ont fait rentrer dans les coffres de l'État des droits de
+diverses sortes, dont le montant a été bien supérieur, sans doute, aux
+produits que la poste a réalisés?
+
+Dix-huit mois plus tard, une loi du 3 juin 1829 créa le service rural.
+La dépense de premier établissement fut de 3,500,000 fr. Ce service qui
+avait commencé le 1er avril 1830, combiné avec le service journalier,
+donna, dès la fin de cette première année 1830, c'est-à-dire en neuf
+mois seulement, une augmentation de produits de 3 millions[6].
+
+[Note 6: Produits nets de la taxe des lettres.
+
+ En 1830, 29,199,151 fr.
+Décime rural, 935,655
+ ----------
+Total en 1830, 30,134,806 -- 30,134,806 fr.
+ En 1829, 27,125,953
+ ----------
+Différence à l'avantage de 1830, 3,008,853 fr.
+]
+
+Dans cette augmentation de recette de 3 millions, 935,000 fr. à peu
+près, produit de la taxe supplémentaire du décime rural, ont été perçus
+sur des lettres qu'on peut supposer avoir existé dans le service général
+des postes indépendamment de l'établissement du service rural, lettres
+qui précédemment pouvaient être portées des bureaux de postes dans les
+campagnes par des messagers particuliers; mais les 2,064,000 fr. formant
+l'autre partie de la recette, sont évidemment le produit de lettres
+nouvelles entrées dans le service des postes par le fait de la
+collection de ces lettres dans les campagnes, combinée avec les
+avantages d'un départ journalier de chacun des bureaux de poste où elles
+étaient portées.
+
+Concluons donc de tout ce que nous venons de dire: 1° que le nombre des
+lettres s'augmente toujours en proportion de la célérité de la marche
+des courriers, de la fréquence des ordinaires et enfin de la sûreté et
+de la rapidité des moyens employés pour la distribution; 2° que le
+gouvernement doit soutenir et augmenter encore cet accroissement dans le
+nombre des lettres, puisqu'il est toujours exonéré par les recettes des
+frais que lui cause l'augmentation du nombre des facteurs et des
+courriers, et que, d'autre part, cette augmentation dans le nombre des
+lettres est une source nouvelle de produits pour les autres branches du
+fisc.
+
+Et pendant que nous sommes sur ce chapitre, et avant de passer à une
+autre série d'observations, disons que cet accroissement dans le nombre
+des lettres pourrait être puissamment favorisé par divers moyens puisés
+dans ce service même; nous ne parlerons ici, dans ce moment, que de
+l'établissement de doubles courriers partant de Paris, et d'un meilleur
+emploi à faire des facteurs ruraux.
+
+L'établissement de doubles courriers par jour, non-seulement sur
+quelques points importants en France, mais sur toutes les lignes
+aboutissant à Paris, est un besoin de service et une source de recettes
+clairement indiqués. En effet, il arrive à Paris tous les matins par les
+malles-postes environ quinze à seize mille lettres qui sont destinées à
+d'autres villes et qui ne doivent que traverser la capitale. Ces lettres
+séjournent dans les bureaux de la poste depuis quatre heures du matin
+jusqu'à six heures du soir, c'est-à-dire environ quatorze heures, et ce
+retard frappe sur la correspondance de beaucoup de villes importantes
+par leur commerce; soit, par exemple, les lettres de Lyon, de
+Saint-Étienne, de Marseille, de Toulouse, de l'Italie, de l'Espagne,
+pour Saint-Quentin, Bruxelles, Lille, Rouen, le Havre, la Prusse, la
+Belgique, l'Angleterre, etc.; et, _vice versa_, de tous ces derniers
+points pour le midi de la France. Ceci est un inconvénient grave; car,
+si l'accélération de la marche des courriers est, comme nous l'avons
+dit, une cause d'accroissement dans les produits, les lenteurs et les
+séjours en route ne doivent-ils pas produire un effet contraire? On
+parerait à cet inconvénient en établissant un double départ de courriers
+de Paris; les uns, expédiés le matin, emporteraient les lettres arrivées
+des départements, les journaux publiés à Paris et les lettres écrites
+dans la soirée de la veille; les autres, partant à six heures du soir,
+seraient chargés des lettres de Paris même et des correspondances
+administratives faites pendant la journée. Les courriers seraient plus
+rapides parce qu'ils seraient moins chargés, et beaucoup d'imprimés qui
+intéressent le service public, ne seraient jamais retardés pendant
+plusieurs jours faute de place, ce qui arrive quelquefois dans l'ordre
+actuel du service.
+
+Si l'on objectait que les dépenses qu'entraînerait cette disposition
+seraient hors de proportion avec les produits que l'on pourrait en
+espérer, nous répondrions: 1° que cela pourrait ne point être exact,
+même dès l'origine, sur tous les points; 2° que bientôt après
+l'accroissement des lettres en transit par Paris couvrirait et au-delà
+la dépense[7]; 3° et qu'enfin, sauf quelques routes où un double service
+en malle-poste pourrait être nécessaire, rien ne s'opposerait à ce que
+les transports du matin fussent confiés à des entreprises particulières
+de diligences, services que, selon leur importance, on pourrait faire
+surveiller par un courrier de l'administration, chargé d'accompagner les
+dépêches et de les distribuer aux bureaux de poste de la route. Ces
+doubles courriers devraient être établis sur toutes les lignes où se
+trouveraient des villes qui pourraient recevoir ainsi leurs lettres des
+départements en transit par Paris, le jour même de leur arrivée à Paris,
+ou le lendemain avant le passage de la malle-poste partie de Paris le
+soir du même jour. Les transports de dépêches par entreprises sont à bon
+compte généralement en France[8], et le trésor serait bientôt payé avec
+usure des frais de ces nouveaux services par l'accroissement du nombre
+des Lettres.
+
+[Note 7: Voir ci-après, chapitre 4, les frais d'un service en
+malle-poste comparés aux recettes.]
+
+[Note 8: Le terme moyen du prix d'un service par entreprise en France,
+est de 1647 fr. En effet, le nombre des entreprises est de 1700 environ,
+et la dépense annuelle est de 2,800,000 fr. (Voir comptes définitifs de
+1836.) Le nombre des lieues parcourues par an par tous ces courriers
+d'entreprises réunis étant d'environ 7,800,000, le prix du transport des
+dépêches par entreprises est en France de 36 c. par lieue à peu près.]
+
+Il existe, il est vrai, déjà aujourd'hui des services supplémentaires de
+transport de lettres et de journaux pour la banlieue de Paris; mais,
+indépendamment de ce que ces services, tels qu'ils sont, laissent
+beaucoup à désirer dans leur exécution, ils parcourent de trop courtes
+distances, et ils ne peuvent atteindre le but que nous proposons par les
+courriers du matin. Ces courriers du matin, au contraire, feraient le
+transport des lettres de Paris pour la banlieue, et arriveraient plus
+vite que les voitures auxquelles ce transport est actuellement confié.
+
+L'autre source toute nouvelle de produits dont nous avons parlé se
+trouverait dans un emploi mieux entendu du service des facteurs
+ruraux[9].
+
+[Note 9: Ceci a fait l'objet d'un Mémoire adressé au Ministre des
+finances par un membre distingué du corps municipal de Paris, vers le
+milieu de l'année 1837.]
+
+On n'a pas assez pensé, jusqu'à ce jour, aux moyens de rendre ces
+facteurs des agents plus actifs de bien-être et de civilisation dans les
+communes qu'ils parcourent. La loi de poste[10], qui fixe à cinq pour
+cent le prix du transport de l'argent, et assujettit en même temps les
+envoyeurs au paiement d'une reconnaissance timbrée et le destinataire à
+la nécessité de se transporter au bureau de poste pour toucher son
+mandat, ne permet guère aux habitants des campagnes d'envoyer ou de
+recevoir de petites sommes d'argent par la poste. Si les facteurs ruraux
+étaient autorisés à recueillir dans les communes ces petites sommes
+d'argent, montants de quittances qui auraient été envoyées
+administrativement aux directeurs, et sur lesquelles le bureau de poste
+chargé de l'encaissement percevrait le droit proportionnel de cinq pour
+cent, les communes trouveraient enfin le moyen de se mettre en rapport
+avec les grands sièges de fabrication et s'approvisionneraient à Paris
+de beaucoup d'objets à bas prix, mais de première nécessité; ils
+connaîtraient enfin l'usage de ces choses qui donnent aux habitants,
+même pauvres, des grandes villes tant de supériorité de civilisation sur
+les habitants des campagnes, choses qu'on ne peut pas fabriquer dans les
+petites villes, parce qu'il n'y a qu'une immense consommation qui puisse
+compenser les frais de la fabrication et surtout le bas prix auquel on
+veut les avoir; objets enfin que, de tous les points de la France, on
+ferait venir de Paris, sans la difficulté, insurmontable jusqu'à
+présent, de la part du fournisseur, de s'en faire payer le prix[11]. En
+effet, le consommateur placé aux environs de Toulon, par exemple, qui
+aurait une somme de 11 fr. nette à faire toucher au fabricant à Paris
+devrait payer à la poste d'abord cinq pour cent de 11 fr. ou 55 c.; le
+prix de la reconnaissance timbrée ou 35 c.; enfin le port de la lettre,
+1 fr.: total 1 fr. 90 c., c'est-à-dire, plus de dix-huit pour cent de la
+somme à envoyer. Pour l'envoi d'une somme de 1 fr. de Bayonne à Paris,
+il en coûte 1 fr. 05 c., savoir: 1 fr. pour le port de la lettre, et
+0,05 c. pour le droit de cinq pour cent[12] ou cent cinq pour cent de la
+valeur envoyée; l'opération n'est donc pas faisable, et si le
+particulier qui doit payer habite la campagne, elle est impossible; car
+il faudrait qu'il se transportât au bureau de poste, et dans ce cas il
+faut ajouter à tous les frais ci-dessus les dépenses résultant de son
+déplacement, de la perte de son temps, etc., etc.
+
+[Note 10: Loi du 5 nivôse, an v, relative aux envois d'articles d'argent
+par la poste.]
+
+[Note 11: Que l'on considère combien l'intelligence et les connaissances
+du peuple des campagnes pourraient être hâtées par la jouissance de
+nouvelles choses utiles à la vie, par ce premier luxe pour ainsi dire de
+nécessité, par la mise à sa portée d'objets utiles, de meubles à bon
+marché, de livres, d'instruments domestiques qu'il ne connaît même pas
+aujourd'hui, parce que, bien qu'on puisse les lui faire parvenir, le
+prix en serait plus que quadruplé par les frais à faire dans la
+législation actuelle pour en opérer la rentrée; et l'on sera porté à
+désirer vivement que la modification si simple dans le service des
+articles d'argent, dont il est question ici, puisse s'opérer un jour.]
+
+[Note 12: La reconnaissance timbrée n'est exigée que pour un envoi
+au-dessus de 10 fr.]
+
+Il suit de là que les demandes de marchandises de peu de valeur des
+provinces à Paris doivent être très-rares; et il paraîtrait cependant
+que les besoins à ce sujet sont bien grands, puisque, malgré toutes les
+difficultés du recouvrement, il se trouve encore environ 2000 quittances
+expédiées par jour de Paris pour les départements; ce chiffre nous a été
+donné par une personne très-bien placée pour le connaître, et nous y
+ajoutons toute créance.
+
+Ces quittances, faites aujourd'hui en général pour paiement du prix
+d'objets de librairie ou de journaux, ne sont pas confiées à la poste;
+elles sont réunies par plusieurs personnes qui font commerce de ces
+espèces de recouvrements, triées, mises en paquets pour chaque chef-lieu
+de département, accompagnées d'un bordereau, et enfin expédiées par les
+diligences aux receveurs généraux et d'arrondissement.
+
+Mais les percepteurs, entre les mains desquels il faut que ces billets
+arrivent définitivement, ne font leur tournée qu'une fois par mois; mais
+les rentrées sont tardives; mais les frais sont considérables[13].
+L'administration pourrait faire par ses facteurs ce recouvrement tous
+les jours. Chaque envoyeur de bons semblables paierait volontiers cinq
+pour cent de commission, s'il n'y avait que cinq pour cent à payer. Or,
+2000 quittances par jour font 730,000 quittances par an: en les
+supposant de 15 fr. l'une, on aurait à opérer une recette de 10,950,000
+fr., qui, à raison de cinq pour cent, produiraient à l'État 547,500 fr.
+dès la première année, et cela en supposant que le nombre des quittances
+restât le même; mais cette facilité donnée au commerce par
+l'administration des postes, augmenterait en peu de temps le nombre des
+quittances, et l'opinion de la personne de qui nous tenons ces
+renseignements était que, dès la première année, leur nombre devrait
+plus que doubler. La recette du droit serait donc de 1,095,000 fr.
+
+[Note 13: Ces frais aujourd'hui sont généralement de 15 ou 20%.]
+
+Et qu'on ne s'effraie pas du supplément de travail que devrait causer
+aux employés des postes la transmission des quittances des mains des
+particuliers aux mains des agents de l'administration centrale, et de
+ceux-ci aux directeurs des départements et aux facteurs ruraux; cette
+transmission serait simple et facile, et pourrait s'opérer sans
+augmentation sensible dans les frais de perception.
+
+Qui peut dire cependant combien la civilisation gagnerait dans l'avenir
+à ce surcroît de bien-être que les habitants des campagnes retireraient
+du plan proposé; combien le commerce, à ce nouveau et immense débouché;
+combien, enfin, le trésor public, par la perception du droit de cinq
+pour cent indépendamment du nombre des lettres nouvelles qui
+accompagneraient l'établissement du nouveau service et que nous
+supposons devoir être considérable!
+
+Or, maintenant, que l'on veuille donc considérer le service des postes
+comme un élément de prospérité sociale ou financière, on sera conduit à
+conclure qu'il laisse quelque chose à désirer, tant que l'administration
+investie du privilége ne transporte pas l'universalité des lettres que
+les particuliers ont intérêt à écrire.
+
+Et ce résultat peut être amené par deux causes, soit que
+l'administration ne puisse les transporter assez fréquemment ou assez
+rapidement, soit qu'elle ne les transporte pas à assez bon marché.
+
+Nous avons vu que, dans le cours des vingt années qui viennent de
+s'écouler, l'administration des postes avait multiplié le nombre de ses
+courriers et accéléré la marche des lettres par les divers moyens qui
+étaient en son pouvoir. Elle a fait le service journalier en 1828, le
+service rural en 1829; plus récemment encore, elle a régularisé la
+marche des correspondances sur divers points, et elle a multiplié le
+nombre des bureaux de poste: toutes choses qui tendaient à ce résultat,
+d'augmenter le nombre des lettres en circulation. Cependant, nous ne
+pensons pas qu'on écrive à beaucoup près encore en France autant qu'on
+pourrait écrire; l'accroissement du nombre des lettres devrait être plus
+grand.
+
+Plusieurs causes, en effet, depuis plus de quinze ans, semblent
+concourir en France à l'augmentation des correspondances; l'instruction
+primaire plus généralement propagée, l'accroissement de la population,
+la division des fortunes, les entreprises industrielles de toutes
+sortes, le commerce plus répandu, mais aussi plus partagé, moins
+productif peut-être pour chacun, mais exigeant des efforts plus
+constants et une activité plus grande de la part de tous; enfin, tout,
+dans l'état actuel du pays, paraît devoir concourir à augmenter le
+nombre des lettres et les produits de poste. Nous avons indiqué, il est
+vrai, et indiquerons bientôt encore quelques améliorations importantes à
+faire dans le service, en ce qui touche la réception des dépêches et la
+distribution des lettres; car il ne suffit pas que les courriers
+marchent vite, si les agents des postes ne sont pas en mesure de
+distribuer les lettres avec une égale rapidité; mais, en somme, le
+principal obstacle à l'augmentation du nombre des lettres nous paraît
+résulter beaucoup moins de l'exploitation du service en général que de
+l'élévation du tarif, et peut-être aussi des formes et des proportions
+d'après lesquelles ce tarif est appliqué.
+
+Il faut certainement qu'un service public soit exact et rapide, et qu'il
+se trouve en tout lieu sous la main de celui qui a intérêt à l'employer;
+mais, pour être universellement adopté, il faut encore qu'il soit offert
+à bon marché.
+
+Le prix du port des lettres est trop élevé en France, et le fait peut
+être démontré sous le rapport moral, comme sous le rapport financier.
+
+En effet, on peut remarquer que le transport des personnes et des
+marchandises en France se rencontre à tout prix; chaque besoin, chaque
+fortune en trouve à sa portée. Le service des postes, qui est l'objet
+d'un besoin plus fréquemment senti, le plus impérieux peut-être après
+celui des choses de première nécessité, est au même prix pour tous; il
+est donc juste et moral qu'il soit fixé au plus bas prix possible.
+
+Supposons un ouvrier venant du département de l'Ariège s'employer à
+Paris: il lui sera presque interdit, dans l'ordre de choses actuel, de
+communiquer avec sa famille; car le port d'un franc dont sera frappée sa
+lettre, à chaque fois qu'il écrira, représentera la journée de travail
+de son père ou de son frère[14].
+
+[Note 14: Si un franc pour un ouvrier représente, par exemple, une
+demi-journée de travail en France, le paiement de la taxe d'une lettre
+sera pour lui une dépense égale à celle de 137 fr., pour un particulier
+qui jouirait d'un revenu de 10,000 fr., par an. Cependant, demandez une
+somme de 137 fr., pour le transport d'une lettre, à un propriétaire ou à
+un industriel, comme une taxe au marc le franc de son revenu de 274 fr.,
+par jour, et vous entendrez sans doute de très-vives réclamations. Elles
+seraient justes, mais celles de l'ouvrier le seront au même titre
+jusqu'à ce que la taxe soit réduite au prix réel du service rendu.
+
+Cependant les personnes qui ont occasion de juger des progrès moraux des
+jeunes gens de cette classe, savent que, lorsque le fils devient
+négligent à correspondre avec sa famille, lorsque la fille, éloignée de
+sa mère, cesse de lui écrire régulièrement, quand ses lettres deviennent
+courtes et rares, la démoralisation de l'absent est un fait sinon
+accompli, au moins très-prochain, et la société (dit un auteur anglais)
+qui tient en réserve les travaux forcés pour le commis dépositaire
+infidèle, et l'infamie pour la fille qui a failli, doit à sa propre
+justice de ne pas briser des communications préservatrices et de
+resserrer au contraire, autant que possible, des rapports de famille qui
+sont la garantie de moralité la plus sûre.]
+
+Sous le rapport financier, on peut apercevoir que les produits des
+postes n'ont pas augmenté dans une proportion suffisante avec
+l'accroissement du commerce et de la population, à la suite de vingt
+années de paix. Le droit du dixième perçu sur le prix de transport des
+voyageurs dans les voitures publiques, s'est élevé de 1816 à 1836, de
+1,669,367 fr. à 4,305,369 fr., c'est-à-dire a triplé. Le produit de la
+taxe des lettres n'a pas pris le même accroissement: la recette nette de
+1816 a été de 19,825,000 fr., et la recette de 1836 de 35,600,000 fr.,
+c'est-à-dire qu'elle a doublé seulement et cependant la recette des
+postes eût dû s'élever dans une proportion bien plus considérable que le
+10e du produit des places des voyageurs, parce que l'envoi d'une lettre
+est un besoin bien plus général, plus fréquent et plus à la portée de
+tous, que le transport des personnes.
+
+S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque, ne
+conviendrait-il pas de choisir d'abord celle dont l'abaissement
+donnerait la plus grande somme d'avantages au public, avec la moindre
+perte pour le trésor? Or, l'impôt qui se prête le mieux à
+l'accomplissement de ces deux conditions, est la taxe des lettres; car,
+si le revenu des postes devait, en définitive, supporter une réduction,
+il serait encore douteux de savoir si la transmission des lettres à un
+plus bas prix ne développerait pas si puissamment les diverses sources
+de produits, que les autres branches de revenu public indemnisassent
+largement le trésor public de la diminution des recettes des postes.
+
+Mais il en est autrement; les recettes augmentent, et l'accroissement
+trop faible encore, quoique progressif, de ce produit indique des
+besoins nouveaux de la part du public, besoins qui seraient plus
+complètement satisfaits si les bénéfices annuels de l'administration
+étaient moins considérables, ou, en d'autres termes, si le prix du
+transport, auquel le commerce est obligé d'avoir recours, était moins
+élevé.
+
+Ne semble-t-il pas juste, d'ailleurs, qu'à mesure que les communications
+deviennent plus fréquentes, le prix de transport s'abaisse? et ne
+doit-on pas être porté à croire que l'administration des postes se
+récupérerait plus complètement des frais d'exploitation par le plus
+grand nombre de lettres que cette diminution de la taxe ferait rentrer
+dans son service? Les chemins de fer viennent en preuve à cette opinion;
+si l'administration était conduite à employer plus généralement cette
+voie, le moyen de transport de dépêches le plus rapide et le plus
+fréquent de tous, et, par cela même, le plus productif pour
+l'administration, ne coûterait rien ou presque rien; le tarif des
+postes, là au moins, ne devrait-il pas être abaissé?
+
+Mais c'est partout qu'il devrait être abaissé, car il est partout trop
+élevé. Aujourd'hui, dans le commerce, un négociant défend à son
+correspondant de lui écrire toutes les fois qu'il n'a pas quelque chose
+d'important à lui dire; car le port de la lettre est toujours là entre
+eux comme une gêne et comme un obstacle. Si l'opération qui doit faire
+l'objet de la lettre ne présente pas un bénéfice clair et certain, la
+lettre n'est pas écrite, l'opération n'est pas tentée, et la faute en
+est à la taxe de la lettre qui, dans tous les cas, est une dépense que
+l'on craint, et que l'on évite le plus souvent qu'on peut.
+
+La poste, qui devrait se présenter toujours comme une grande route
+ouverte, facile et presque gratuite pour le transport de ces premiers
+germes de commerce et d'industrie, se trouve là tout d'abord comme une
+dépense et comme un obstacle.
+
+Qu'arrive-t-il de cela, cependant? si le particulier trouve le port de
+sa lettre trop élevé, ou absolument, ou relativement à l'opération qu'il
+tente, il la fera transporter en fraude, où il ne l'écrira pas. Dans le
+premier cas, la taxe, quelque minime qu'elle eût été, dans l'hypothèse
+d'une réduction de nature à faire rentrer la lettre dans le service, est
+perdue pour le trésor; et, dans le second cas, il y a perte pour tout le
+monde, savoir: 1º pour le particulier qui se prive d'écrire; 2º pour la
+recette des postes à laquelle échappe et le port de la lettre et le port
+de la réponse que cette lettre aurait pu amener; 3º enfin, pour les
+autres branches de revenu public qui auraient profité des transactions
+ou des consommations que cette correspondance aurait pu faire naître.
+
+Celui qui soustrait sa lettre au service des postes, en effet, est guidé
+par l'un de ces deux motifs: ou il espère faire transporter cette lettre
+plus rapidement, ou il désire éviter tout ou partie du prix de
+transport.
+
+Or, si le service que fait la poste n'est pas le plus fréquent transport
+qui s'opère sur certaines routes, au moins est-il à peu près partout le
+plus rapide, et nous ne craindrons pas de nous tromper en disant que,
+sur dix envois de lettres en fraude, neuf au moins sont déterminés par
+le désir de se soustraire au paiement d'une taxe trop forte eu égard aux
+frais moins élevés que comporte le transport en fraude auquel les
+particuliers ont recours; et, tout d'abord, il y a donc présomption que
+si le prix de transport par la poste était diminué, le nombre des
+lettres confiées au service augmenterait.
+
+Le nombre des lettres transportées en fraude en France est et a toujours
+été considérable. Il y a vingt ans, on estimait que le nombre des
+lettres envoyées en dehors de la poste était égal à celui des lettres
+que transportait l'administration. Depuis ce temps, la marche des
+courriers a été successivement accélérée, et l'administration a pu
+regagner ainsi une grande partie des lettres qui lui échappaient par
+suite de la lenteur relative de la marche de ses dépêches; mais la taxe
+n'a pas diminué, elle a même été plutôt élevée que réduite par le tarif
+du 15 mars 1827, et les lettres qui échappaient au service des postes à
+cause de l'élévation du prix de transport, lui échappent probablement
+encore.
+
+La fraude pour le transport des lettres se fait en tous temps, en tous
+lieux, et se reproduit sous mille formes diverses. Le public est
+naturellement ingénieux quand il s'agit de trouver les moyens d'éviter
+de payer les ports de lettres; tantôt c'est une enveloppe dont la
+suscription seule, le timbre ou l'écriture suffisent au destinataire,
+qui, après l'avoir regardée, la refuse aussitôt[15]; tantôt c'est un
+journal ou un imprimé sur lequel quelques phrases sont soulignées,
+piquées ou arrachées[16].
+
+[Note 15: Voir un exemple de fraude semblable, note 2.]
+
+[Note 16: Notre auteur anglais donne un exemple assez curieux d'une
+fraude faite en Angleterre. Nous traduisons littéralement:
+
+«Il y a quelques années, lorsqu'il était reçu qu'on pouvait opérer le
+transport d'un journal en franchise, en apposant le nom d'un membre du
+parlement sur l'adresse, un de mes amis, au moment de partir pour un
+voyage en Écosse, arrêta avec sa famille un plan au moyen duquel il
+donnerait exactement des nouvelles de sa marche et de l'état de sa
+santé, sans que ni lui ni elle fussent assujétis à la désagréable
+obligation d'acquitter des ports de lettres. Il prit avec lui une grande
+quantité de vieux journaux, et chaque jour il en jetait un dans la boîte
+du bureau de poste de la ville où il se trouvait. Le timbre du départ
+était pour la famille un certificat officiel de son itinéraire et l'état
+de sa santé était exprimé par l'état connu de la santé du membre du
+parlement dont il empruntait ce jour-là le nom pour opérer la franchise.
+Sir Francis Burdett, par exemple, pour exprimer une santé vigoureuse,
+etc., etc.» Voir aux pièces à l'appui (Note nº 2) le détail d'une autre
+espèce de fraude.]
+
+Le nombre des objets saisis annuellement en fraude est cependant peu
+élevé; en 1837, on n'a pas saisi plus de huit cent soixante-onze
+lettres; et ce nombre n'indique rien, si ce n'est l'impossibilité
+d'exercer tous les jours une surveillance qui, en définitive, ne paraît
+pas être le meilleur moyen de réprimer l'abus. Qu'importe, en effet, au
+particulier que sa lettre soit saisie? c'est le messager tenté par le
+gain qu'il retire de son industrie, qui paie l'amende; mais pour
+l'envoyeur il n'y perd que sa lettre, et le lendemain la question du
+port à payer se représente de nouveau pour lui, en même temps que le
+désir de se soustraire à la taxe. Si ce n'est pas alors le même messager
+qu'il emploiera, ce sera un autre moyen; car il y en a mille, lorsque la
+personne qui écrit ne croit pas que sa lettre vaille le prix de la taxe.
+Mais le danger même de voir une lettre saisie en fraude est très-rare.
+Ces huit cent soixante-onze lettres saisies en 1837 ont été le résultat
+de deux cent soixante-trois procès-verbaux de visites seulement, faites
+sur des entrepreneurs de diligences ou autres. Or il y a douze cents
+services par entreprises de transports de dépêches journaliers en
+France, et plus du double de diligences, de messagers, de pourvoyeurs,
+etc., marchant régulièrement de ville à ville ou de provinces à
+provinces; soit deux mille quatre cents, et avec les services
+d'entreprise de poste, trois mille six cents courriers, messagers, etc.,
+marchant tous les jours. Ces courriers et messagers font ensemble deux
+millions six cent vingt-huit voyages par an, en comptant l'aller et le
+retour. C'étaient donc deux millions six cent vingt-huit mille occasions
+de fraude, et je crois que nous sommes ici plutôt au-dessous
+qu'au-dessus du vrai nombre. Combien l'administration a-t-elle opéré de
+fois? deux cent soixante-trois, c'est une fois sur dix mille. Il y a
+donc dix mille chances à parier contre une qu'un messager en fraude ne
+sera pas saisi, et si on multipliait par dix mille le nombre de lettres
+saisies en 1837, on obtiendrait huit millions sept cent dix mille
+lettres, ou environ 4,350,000 fr. de produits qui ont ainsi échappé à la
+taxe.
+
+Il faut cependant tenir compte encore de l'abus du contre-seing et de la
+franchise des fonctionnaires, qui est assez considérable, et de la
+fraude faite par les voyageurs de commerce ou autres, lesquels prennent
+aussi des lettres de leurs maisons, de leurs amis, de leurs
+compatriotes, d'inconnus même, qu'ils remettent ensuite plus ou moins
+exactement, il est vrai, mais qui dans tous les cas échappent à la
+taxe[17]. Or les moyens de transport et de communication de toute sorte
+se multiplient chaque jour en France, et ouvrent de nouvelles et faciles
+voies à la fraude de la taxe des lettres.
+
+[Note 17: Si chaque voyageur en France est chargé seulement d'une
+lettre, et cette proportion est bien peu élevée, car chacun sait que bon
+nombre de voyageurs en emportent un très-grand nombre, on aura plusieurs
+millions de lettres transportées de cette manière seulement. En effet,
+il y a à Paris trois grandes entreprises qui desservent chaque jour plus
+de quinze routes, et qui, à raison de 12 voyageurs par voitures,
+transportent plus de 1000 voyageurs par jour, retour compris, ou 360,000
+par an. Les autres diligences, ou messageries de ville à ville, que nous
+avons estimé devoir faire au moins 2,600,000 voyages par an, à raison de
+4 voyageurs seulement, nous donneraient 10,400,000 voyageurs et avec les
+360,000 de Paris, 10,760,000 voyageurs, ou 10,760,000 lettres
+transportées en fraude, c'est-à-dire encore 5,380,000 fr. de perte pour
+le trésor. Si la taxe était réduite à un prix très modique, la plus
+grande partie de ces lettres rentrerait dans le service des postes.]
+
+Nous avons dit que la répression est difficile; elle serait souvent trop
+rigoureuse dans l'exécution. L'administration des postes ne saisit pas
+les lettres sur les particuliers qui se chargent accidentellement de
+leur transport. Les messagers, les conducteurs de diligences, les
+fraudeurs d'habitude, ceux enfin qui tirant parti de ce transport, sont
+seuls l'objet de ses investigations et de ses poursuites; et, en effet,
+le privilége des postes doit être avant tout profitable au public et aux
+relations de toute sorte qu'il entretient, et son service ne doit pas
+être une gêne, même pour les affaires qui n'emploient pas son
+intermédiaire. Là où l'administration des postes ne fait pas de service
+du tout, comme là où son courrier, ne marchant qu'une fois par jour, se
+trouve en concurrence avec d'autres services particuliers partant ou
+arrivant trois ou quatre fois, l'administration ne devrait pas saisir
+les lettres en fraude.
+
+Les tribunaux semblent partager ce sentiment; ils ont déjà permis à
+l'industrie particulière de s'immiscer dans le transport des journaux et
+des imprimés dans Paris. Il est vrai que l'administration des postes
+pouvait conserver ce transport exclusif, et qu'elle le pourrait encore;
+il ne faudrait pour cela que faire ce transport plus exactement et à
+meilleur marché que personne, et elle en a les moyens.
+
+Le seul parti juste et rationnel donc à prendre pour diminuer la fraude,
+c'est d'abaisser le prix du transport des lettres; et peut-être y a-t-il
+moins à faire qu'on ne croit pour obtenir la rentrée dans le service des
+postes de la plus grande partie des lettres transportées en fraude. En
+effet, parmi les correspondances soustraites au transport public,
+quelques-unes arrivent gratuitement sans doute, et l'envoyeur a pu ne
+les écrire que dans cette opinion qu'elles arriveraient franches de tout
+port; mais beaucoup d'autres aussi paient un prix quelconque de
+transport. Ces lettres avaient toutes une certaine utilité sans doute,
+puisqu'on a pris la peine de les écrire, et l'envoyeur eût consenti
+probablement à payer à la poste un port modéré; car la poste, à prix
+égal, aura toujours l'avantage sur tout autre moyen de transport; il
+faut donc que le port actuel soit un obstacle très-grand, une gêne
+véritable pour l'envoyeur, au moins eu égard à l'importance de l'affaire
+qu'il traite, pour qu'il s'expose à voir sa lettre saisie ou perdue, et
+une amende prononcée contre la personne qu'il a chargée du transport.
+
+Diminuez les taxes, et le prix de port d'une grande partie de ces
+lettres en fraude reviendra au trésor public. Essayons de traduire ceci
+par des chiffres.
+
+Le nombre des lettres soumises à la taxe a été en 1836
+de soixante-dix-neuf millions[18]. Supposons que le
+nombre des lettres transportées en fraude ait été des
+quatre cinquièmes de celui des lettres taxées, il y
+a eu soixante-trois millions deux cent mille lettres
+transportées en fraude, ci 63,200,000
+
+[Note 18: 78,970,561. V. Annuaire des postes de 1838.]
+
+Otons un dixième de ces lettres que nous
+supposons avoir été confiées à des transports
+plus prompts ou plus fréquents que la
+poste, et qui dans tous les cas eussent
+échappé au service. 6,320,000
+ ----------
+ Reste 56,880,000
+qui représentent le nombre des lettres qui
+ont été soustraites au service public pour
+éviter la taxe.
+
+Supposons qu'un cinquième de ces lettres
+ait été écrites en prévision d'un port gratuit,
+attendu que l'importance des affaires traitées
+ne comportait pas le paiement d'une
+taxe quelconque; ci 11,376,000
+ ----------
+Il restera encore 45,504,000
+lettres qui étaient assez intéressantes pour comporter
+une taxe, mais une taxe moins élevée que la taxe actuelle,
+et qui seraient probablement rentrées dans le
+service des postes si le tarif eût été moins élevé.
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+
+Appréciation des frais.--Projets de réduction.
+
+Nous avons cherché à démontrer que le prix du transport des lettres en
+France était trop élevé en général; nous allons examiner maintenant
+cette taxe en elle-même, les bases sur lesquelles elle a été établie, et
+les divers moyens de la modifier ou de la réduire.
+
+On a dit souvent, pour motiver l'élévation du port des lettres, que
+cette taxe était le prix d'un service rendu. Mais toute autre espèce
+d'impôt est aussi le prix d'un service rendu: seulement, comme l'emploi
+de l'impôt n'est pas partout immédiatement applicable à l'exploitation
+du service même sur lequel l'impôt est prélevé, le contribuable ne suit
+pas la somme perçue jusqu'à l'application de cette somme à un service
+public qui lui est profitable, et paie à regret et sans reconnaissance.
+Il est cependant très-vrai que l'impôt des portes et fenêtres, par
+exemple, paie l'entretien des routes ou la garde des frontières, au même
+titre et à peu près de la même manière que la taxe des lettres paie les
+frais des malles-postes, et le salaire des courriers et des facteurs.
+
+Or, si la taxe des lettres est le prix du service rendu par l'État aux
+particuliers, le prix doit-il s'élever, et dans quelle proportion
+doit-il s'élever au-dessus des dépenses de l'exploitation? C'est ce
+qu'il convient d'examiner.
+
+Nous avons entendu quelque part défendre cette opinion, que le produit
+de la taxe des lettres ne devait être considéré comme le prix d'un
+service rendu que pour la partie de ce produit qui représentait les
+dépenses d'exploitation, et que, pour le surplus de la recette, c'était
+un impôt qui devait, comme les autres impôts, être réparti également
+entre tous les citoyens.
+
+En effet, disait-on, si la taxe des lettres est le prix d'un service
+exécuté, cette taxe est complètement perçue lorsque toutes les dépenses
+d'exploitation sont couvertes: l'excédant de la recette, s'il en existe,
+devrait donc être supprimé, et les taxes diminuées dans une égale
+proportion; ou, si l'impôt est nécessaire, il devrait être perçu comme
+tout autre impôt, c'est-à-dire par parties égales entre tous les
+particuliers. Or supposons la recette des postes de 40 millions[19], et
+les dépenses de 20 millions de francs tant en matériel qu'en personnel:
+la différence, c'est-à-dire la somme de 20 millions de francs, est un
+impôt, et cet impôt semble très-injustement réparti; car l'habitant de
+Toulon, par exemple, le supporte dans une proportion cinq fois plus
+grande que l'habitant de Versailles. En effet, la taxe de Paris à
+Versailles est de 2 décimes par lettre simple, et celle de Paris à
+Toulon est de 10 décimes; toutes les taxes de poste de France ayant
+donné 40 millions, et la dépense étant de la moitié, les frais du
+service rendu sont pour la correspondance de Versailles de 1 décime par
+lettre simple, et pour Toulon de 5 décimes, c'est-à-dire, pour chacune,
+moitié de la taxe totale. Si l'excédant est un impôt, il est ainsi
+réparti: Versailles paie 1 décime d'impôt par lettre simple, et Toulon 5
+décimes, c'est-à-dire cinq fois davantage. De là découlait la
+proposition de soumettre toute lettre à deux taxes: 1º à la taxe
+proportionnelle aux frais d'exploitation; 2º à une taxe fixe dont le
+montant serait égal à l'excédant des recettes sur les dépenses, divisé
+par le nombre des lettres en circulation.
+
+[Note 19: Ces chiffres sont approximatifs; voir note, page 1.]
+
+A ce raisonnement, cependant, on pourrait objecter que, si une lettre de
+Paris pour Toulon paie 10 décimes dont 5 décimes d'impôt, Paris paie
+aussi 5 décimes d'impôt pour la lettre venant de Toulon, et tous les
+destinataires de lettres en France paient à leur tour, lorsqu'ils
+reçoivent des lettres, un impôt proportionné à la distance qu'a
+parcourue la lettre qui leur est remise: les petites distances, il est
+vrai, paraissent, dans la répartition de l'impôt, avoir l'avantage du
+nombre sur les grandes; mais, comme toutes les villes de France peuvent
+entretenir des relations à de longues comme à de courtes distances, il
+s'ensuit que les avantages et les inconvénients du mode de taxe sont
+balancés pour toutes les villes, et que l'impôt se trouve égal pour
+tous.
+
+Mais revenons à l'appréciation du service rendu, et au prix actuel de
+revient du transport d'une lettre en France.
+
+Et d'abord, pour faire ce compte exactement, il faut être fixé sur le
+nombre et le poids des paquets administratifs que le service des postes
+transporte gratuitement chaque année; car si l'administration n'était
+pas couverte de ses dépenses par la taxe que paient les particuliers
+pour le transport de leurs lettres, le gouvernement devrait supporter
+les frais du transport des dépêches des diverses administrations
+publiques. Il est donc juste que les correspondances administratives
+soient comptées dans notre appréciation générale des dépenses résultant
+du transport des correspondances en France.
+
+Or, le nombre et le poids des lettres administratives transportées en
+franchise par le service des postes est difficile à constater
+exactement. Il faudrait, pour arriver rigoureusement à ce résultat, qu'à
+l'arrivée et au départ des dépêches, et pendant un temps assez long, les
+lettres administratives fussent taxées fictivement, et cette taxe
+constatée sur des états particuliers. Cette opération serait longue,
+parce que l'appréciation du poids de paquets d'un volume souvent
+considérable, et toujours différent des lettres ordinaires, entraînerait
+un délai qui serait de nature à retarder l'expédition des courriers ou
+la distribution des lettres. Ce travail s'est fait sous l'ancienne
+administration, il est vrai; mais, outre qu'il a été entaché
+d'inexactitude au moment même où il s'opérait, depuis ce temps,
+l'augmentation du nombre des lettres franches a été telle, que l'ancien
+travail serait aujourd'hui plus nuisible qu'utile.
+
+L'augmentation des correspondances administratives est due à notre
+système de centralisation, qui amène à Paris des renseignements écrits
+et des pièces de toute nature, des points les plus éloignés du centre,
+et qui fait que c'est aussi de Paris que se répandent partout en France
+jusqu'aux formules imprimées dont font usage cent mille payeurs,
+percepteurs et fonctionnaires de toute espèce; et comme cette
+centralisation s'opère d'abord au chef-lieu de chaque département, les
+mêmes pièces et les mêmes renseignements passent deux fois par le
+service des postes, savoir: de Paris aux chefs-lieux et des chefs-lieux
+aux communes, et au retour des communes aux chefs-lieux et des
+chefs-lieux à Paris.
+
+L'augmentation du nombre des paquets administratifs ne résulte pas
+seulement des formes si satisfaisantes, mais si multipliées, de notre
+comptabilité centrale, mais aussi des renseignements statistiques qui se
+réunissent et s'emploient maintenant partout, des justes exigences de la
+cour des comptes, des justifications à fournir aux chambres, enfin des
+rapports plus nombreux chaque jour des diverses administrations
+publiques avec tous les particuliers en France. Toutes ces causes, qui
+sont inhérentes à la forme de notre gouvernement et aux besoins de notre
+comptabilité, font que non-seulement le nombre des dépêches circulant en
+franchise à Paris et en province entre fonctionnaires de tous grades est
+devenu considérable, mais que le poids de presque toutes ces lettres
+dépasse de beaucoup celui des plus gros paquets soumis à la taxe; en
+sorte que, si celles-là étaient taxées selon l'échelle de poids et de
+distance fixée par le tarif, la somme de produits qu'ils donneraient
+dépasserait de beaucoup les produits ordinaires des lettres.
+
+Nous ne craignons pas de nous tromper en disant que le montant de cette
+taxe serait de cent cinquante pour cent plus élevé que le produit total
+des lettres taxées circulant en France, soit la somme de 54,000,000 fr.
+au lieu de 36,000,000 fr.[20]; ou, pour traduire cette proportion par un
+nombre de lettres simples, si le nombre des lettres taxées circulant
+dans le service est annuellement de soixante-dix-neuf millions[21], le
+nombre de lettres administratives circulant en franchise en France,
+considérées comme simples, serait d'environ cent dix-huit millions cinq
+cent mille.
+
+[Note 20: Produit net de la taxe des lettres en 1836: 35,665,732 fr.]
+
+[Note 21: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+La taxe moyenne des postes sera encore affectée par une autre nature de
+correspondance; nous voulons parler des journaux.
+
+Si les correspondances administratives ne paient aucun port, les
+journaux paient un port réduit qui ne suffirait pas aux frais de leur
+transport et de leur distribution et que compense encore le montant de
+la taxe des lettres des particuliers.
+
+Le nombre des journaux et imprimés taxés transportés par la poste en
+France est annuellement de quarante-six millions deux cent trente
+mille[22]. Le produit de la taxe n'est que de 1,800,000 fr. par an. Le
+prix du port de ces imprimés est de 4 c. ou de 2 c. 1/2 ou de 1 c. 1/4
+par feuille, selon leur dimension, et nous verrons tout à l'heure que le
+prix moyen de transport et de distribution d'une lettre ou d'un journal
+est plus élevé.
+
+[Note 22: _Ibid._, page 159.]
+
+Ces données obtenues, pour trouver le prix moyen du transport et de la
+distribution d'une lettre ou d'un journal circulant par la poste, nous
+procéderons ainsi qu'il suit:
+
+Le nombre des lettres taxées qui ont circulé en France
+par le service des postes en 1836 est de 79,000,000[23].
+
+Le nombre des journaux et autres imprimés taxés 46,250,000[24].
+
+Le nombre des lettres en franchise. 118,500,000
+ -----------
+Total du nombre de lettres et d'imprimés
+circulant dans le service des
+postes en un an 243,750,000.
+
+Les dépenses de toute espèce de l'administration des postes en 1836 ont
+été de 19,409,701 fr.[25].
+
+[Note 23: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+[Note 24: Ibid., page 159.]
+
+[Note 25: Voir le compte définitif des dépenses de l'administration des
+finances en 1836 distribué aux chambres en 1838:
+
+Chap. 21. Personnel à Paris, 443,712 fr.}
+Chap. 20. Personnel en province, 9,509,295 } 19,409,701
+Chap. 41. Transport des dépêches sur terre, 9,449,194 }
+Chap. 46. Restitutions, 7,500 }
+]
+
+19,409,701 fr. divisés par 243,750,000 fr. égalent 0fr.,0796. En
+conséquence, le prix du transport et de la distribution d'une lettre,
+d'un journal ou d'un imprimé, y compris tous les frais de la rentrée des
+produits, a été en 1836 de 0fr.,0796, ou un peu moins de 0,08 c., et
+encore il convient de remarquer que dans cette dépense de 19,409,701
+fr., nous avons compris des frais de personnel à Paris et en province,
+qui servent en même temps à la rentrée de certains produits étrangers au
+transport des lettres, tels que la recette du prix des places des
+voyageurs dans les malles et dans les paquebots et le droit de cinq pour
+cent sur les articles d'argent, produits qui seuls se sont élevés en
+1836 à 2,500,000 fr.[26]; et nous n'avons pu faire autrement, parce que
+les mêmes employés sont chargés en même temps de ces diverses Recettes.
+
+[Note 26:
+
+Produit des places dans les malles-postes en 1836 1,727,914 fr.} 2,499,753
+Droit de 5 p. 0/0, articles d'argent, même année, 771,839 }
+]
+
+Maintenant que nous avons vu ce que coûte au trésor public le transport
+d'une lettre ou d'un journal, cherchons quel est le taux moyen du
+produit de l'objet taxé.
+
+Si on divise la recette nette du produit de la taxe des lettres et des
+journaux en 1836 par le nombre des lettres et des journaux qui ont été
+taxés en France pendant la même année, on obtiendra le résultat suivant:
+
+Les recettes nettes de la taxe des lettres en 1836, sont à peu près de
+36,000,000 fr. qui, divisés par cent vingt-cinq millions deux cent
+cinquante mille lettres ou imprimés taxés, donnent 0,28 c. 1/3 à peu
+près pour moyenne de la taxe d'une lettre ou d'un imprimé taxé en 1836.
+
+Mais comme la taxe des imprimés est de 0,4 c. par feuille, il s'ensuit
+que les quarante-six millions deux cent cinquante mille imprimés qui ont
+circulé dans le service des postes en 1836, ont dû donner seulement une
+recette de 1,850,000 fr.[27], et que la taxe des lettres a produit
+l'excédant des recettes, c'est-à-dire 34,150,000 fr. Nous sommes donc
+conduits à diviser la somme de 34,150,000 fr. par le nombre des lettres
+taxées, afin d'avoir le taux moyen de la taxe des lettres: et nous
+trouverons que le prix de port moyen d'une lettre taxée en France est
+d'environ 0,43 c. 1/4[28].
+
+[Note 27: En effet, voici la recette exacte en 1836:
+
+Journaux, 1,417,159 fr.
+Imprimés, 430,146
+ -------------
+ 1,847,305 fr.
+]
+
+[Note 28: Nous supposons que le nombre de 79,000,000 de lettres porté à
+l'Annuaire de 1838, est un peu exagéré, et que le taux moyen de la taxe
+d'une lettre est de 50 c. environ. C'est ainsi qu'on le compte dans les
+postes, et nous nous croyons suffisamment autorisé à prendre dans la
+suite cette somme de 50 c. pour base de nos calculs.]
+
+Mais la somme de ces taxes a donné au gouvernement le moyen de
+transporter, avec un grand rabais, les imprimés de toute espèce, et
+gratuitement toute la correspondance administrative.
+
+Or, si les frais de transport d'une lettre sont en réalité de 0,08 c. et
+le produit d'une lettre taxée (taux moyen), de 0,43 c. la recette est
+donc de cinq cent trente pour cent plus élevée que le prix du service
+rendu; enfin la partie de ces produits qui peut être considérée comme
+prix du service rendu est de 6,320,000 fr. et celle qu'on peut appeler
+un impôt, est de 29,980,000 fr.
+
+D'autre part, la dépense effective résultant du transport des dépêches
+administratives, est de 9,480,000 fr., c'est-à-dire, qu'il y a cent
+dix-huit millions cinq cent mille lettres simples, à raison de 0,08 c.
+l'une, et cela si l'on n'a égard qu'aux frais réels d'exploitation; car
+le transport de cette correspondance administrative représenterait un
+emploi de 50,955,000 fr. si la dépense était calculée à raison de 0,43
+c. par lettre, taux moyen de la taxe dont sont frappées les lettres des
+particuliers.
+
+On voit donc dès à présent que la taxe des lettres devrait être réduite
+en France de cinq cent trente pour cent, si on voulait la mettre en
+rapport exact avec la dépense réelle causée par le transport et la
+distribution des seules lettres des particuliers, et de cinquante pour
+cent à peu près si on voulait mettre la recette en rapport avec la
+dépense réellement faite pour le transport et la distribution de toutes
+les lettres, journaux et imprimés taxés envoyés par les particuliers ou
+circulant en franchise, pour le service du gouvernement.
+
+Avant que de traiter de la réduction possible de la taxe des lettres en
+général, il convient de parler d'abord de la taxe du service rural en
+particulier, et de la nécessité de supprimer le décime supplémentaire
+appliqué aux lettres distribuées ou recueillies dans les communes.
+
+L'établissement du service rural est un des grands bienfaits de la
+précédente administration des postes. En rendant tout d'un coup
+journaliers au 1er janvier 1828 tous les services de transport de
+dépêches en France, dont un grand nombre ne marchaient précédemment que
+trois ou quatre fois par semaine, l'administration s'était imposé
+l'obligation de faire mieux encore. Par suite du service journalier, la
+position des communes qui ne possédaient pas de bureaux de poste
+devenait comparativement plus mauvaise chaque jour; car, sur trente-huit
+mille communes dont se compose la France, deux mille se trouvaient
+recevoir exactement leurs lettres tous les jours, et trente-six mille
+autres ne les recevaient pas du tout. L'administration a donc sollicité,
+comme nous l'avons dit, et obtenu des chambres en 1829 un nouveau crédit
+de trois millions pour payer des facteurs chargés de distribuer des
+lettres dans les communes privées de bureaux de poste. La loi du 3 juin
+1829 disait que ce service serait fait au moins de deux jours l'un;
+depuis 1830 il a été organisé journalièrement dans beaucoup de communes
+importantes, et chaque jour l'administration est entraînée vers le
+moment où il deviendra journalier partout.
+
+Nous avons vu comment cette communication journalière entre les communes
+rurales et la ville principale qui les avoisine, pourrait être utilisée
+de manière à produire des résultats beaucoup plus avantageux. Ces
+messagers obligeants, par devoir et par intérêt, qui apportent jusque
+dans les fermes les plus éloignées, tous les produits de l'intelligence
+des villes, sont appelés à modifier un jour la condition des campagnes.
+Nous avons dit comment nous comprenons que ce résultat pourrait être
+obtenu[29]; mais la cause qui nuirait toujours à ce développement, c'est
+la taxe du service rural.
+
+[Note 29: Voir pages 11 et suivantes.]
+
+En effet, la perception d'un décime supplémentaire sur la taxe ordinaire
+des lettres distribuées dans les campagnes, est injuste, et elle est
+improductive.
+
+Elle est injuste: 1º parce qu'il n'est pas équitable, dans l'ordre
+naturel des idées, qu'un particulier qui reçoit sa lettre tous les deux
+jours et par un piéton qui arrive plus tardivement, paie un port plus
+élevé que celui qui, dans une ville, est servi tous les jours, et reçoit
+sa lettre immédiatement après l'arrivée du courrier; 2º parce que,
+d'après l'esprit qui a présidé au système général de la taxation des
+lettres, depuis la loi du 15 mars 1827, les lettres qui parcourent un
+plus grand trajet en ligne droite, doivent supporter une taxe plus
+considérable, et qu'ici très-souvent dans l'exécution le décime rural se
+trouve appliqué sur des lettres qui ont parcouru ou dû parcourir en
+ligne droite une distance moindre que celle qu'ont parcourue les lettres
+qui ne supportent pas cette taxe. Soit le cas très-fréquent où la
+commune dans laquelle est distribuée la lettre, se trouve plus
+rapprochée du point de départ, que le bureau de poste où elle est
+déposée par le courrier. Et ici, il y a double injustice; car la commune
+que traverse le courrier en se rendant au bureau, ne reçoit souvent par
+le facteur rural ses lettres que le lendemain du jour où elle eût pu les
+recevoir si le courrier les avait déposées à son passage, et cette
+commune paie un décime de plus, tandis que la ville plus éloignée où le
+courrier s'est arrêté, a reçu ses lettres un jour auparavant, et n'a pas
+payé de supplément de taxe.
+
+Elle est relativement improductive: 1º parce que les particuliers
+habitant la campagne, qui ont des relations suivies avec les villes (et
+ce sont ceux qui reçoivent le plus de lettres), entretenant un service
+particulier pour le transport de leurs provisions, se font adresser
+leurs lettres _poste restante_, et ne paient pas le supplément de droit.
+
+2º Parceque parmi les communes soumises au décime rural, les plus
+importantes, telles que les chefs-lieux de canton, qui donnent la plus
+grande part des produits ruraux, deviennent successivement bureaux de
+poste elles-mêmes, et ne paient plus le droit supplémentaire; et
+l'administration se trouve ainsi placée entre le désir de conserver des
+produits, et le devoir de faciliter la marche générale des
+correspondances par la création de nouveaux bureaux. Il faut cependant
+lui rendre ici cette justice, qu'elle a cédé jusqu'à présent plutôt à ce
+dernier sentiment qu'au premier.
+
+3º Parce qu'enfin la rentrée de cette espèce de produit ne peut se
+contrôler que très difficilement: en effet, les facteurs ruraux sont
+abandonnés à eux-mêmes pour la perception de la taxe qu'ils frappent et
+qu'ils réalisent dans le cours de leurs tournées. Ils sont placés, pour
+la perception de leurs autres recettes, sous les ordres d'un directeur
+qui, de son côté, n'est appelé à verser que le montant des sommes
+résultant de ses propres déclarations. Les éléments de contrôle employés
+ailleurs qui résultent de la mise en charge d'un agent par un agent
+correspondant, au moyen d'une feuille d'avis officielle envoyée plus
+tard à l'administration, manquent ici. Les moyens de comparaison puisés
+dans les recettes de même nature obtenues dans les autres bureaux,
+seraient d'ailleurs très peu satisfaisants, parce que deux bureaux
+semblables par le commerce de leur ville et par leur population, peuvent
+être très-différents sous le rapport des produits ruraux. Une seule
+fabrique importante dans les environs d'une ville, par exemple, doit
+faire quadrupler les produits du décime rural: qui peut dire alors, si
+le directeur a effectivement fait une recette plus ou moins élevée? Et
+le mal d'un semblable ordre de choses est que les premières erreurs
+coupables ou involontaires des préposés, passent forcément inaperçues;
+que les préposés s'habituent à ces petits détournements des décimes
+ruraux, à ces grapillages; que les produits baissent; ce qui est plus
+grave encore, que les agents se démoralisent et s'encouragent à
+commettre des détournements plus grands. Peut-être ne serions-nous pas
+taxé d'exagération, si nous disions qu'un tiers des produits du décime
+rural est absorbé de cette manière, et se trouve perdu pour l'État.
+
+4º La taxe du service rural perçue d'après une règle injuste,
+puisqu'elle n'est en proportion, ni avec les frais du service rendu, ni
+avec le poids des lettres, ni avec la distance parcourue, est
+improductive encore en ceci, qu'elle gêne la circulation des lettres, et
+nuit à l'accroissement des produits généraux; et ceci est prouvé par
+l'expérience du service qui compte déjà sept années d'existence. Le
+produit net du décime rural, qui était en 1831 de 1,400,000, n'avait
+atteint en 1836 que le chiffre de 1,900,000, quoique la dépense se fût
+chaque année considérablement accrue[30], et que le nombre des facteurs
+ruraux, qui était de 4,500 dans l'origine, se fût élevé à plus de
+8,000[31]. Il est vrai que la recette nette du produit ordinaire de la
+taxe des lettres s'est élevée de 29 millions à 33,700,000 de 1830 à
+1836, et que le service de la distribution des lettres dans les
+communes, peut se glorifier justement d'avoir été en partie la source de
+ces produits, par les facilités qu'il a données aux particuliers
+habitant des campagnes, d'écrire commodément à tous les points du
+royaume et de l'étranger; aussi, c'est de cette augmentation même dans
+la masse générale des recettes que nous tirons l'induction fondée, que
+les nouvelles facilités données par la suppression du décime rural,
+contribueraient plus puissamment encore à l'accroissement des produits
+généraux.
+
+[Note 30: En 1830 on avait porté au budget une somme d'environ 1,800,000
+fr. pour 4,500 facteurs, et la dépense demandée au budget de 1836 est
+3,400,000 fr. pour 7,900 facteurs.]
+
+[Note 31: Au budget de 1839, 8,100 facteurs ruraux; montant du salaire
+proposé, 3,500,000 fr.]
+
+C'est donc avec raison que nous avons dit que la taxe du service rural
+était injuste et relativement improductive[32]. Le devoir de
+l'administration des Postes est de transporter et de faire distribuer
+dans des conditions égales, selon leur poids et la distance parcourue,
+toutes les lettres à leur destination. Si les moyens lui ont manqué
+pendant longtemps pour compléter ce service à l'égard des habitants des
+campagnes, il y avait lacune, le service des postes était incomplet.
+Aujourd'hui que la loi du 3 juin 1829 a amené cette heureuse
+amélioration, il n'est pas juste de séparer en deux catégories les
+destinataires des lettres et de placer ceux des campagnes dans des
+conditions doublement défavorables. Le service rural doit être considéré
+comme la continuation du service ordinaire; son nom de rural doit
+disparaître, c'est un service de distribution au même titre et dans les
+mêmes conditions que celui qui se fait dans les villes, et les lettres
+ainsi transportées doivent être soumises à la taxe ordinaire réglée
+d'après leur poids et la distance parcourue de bureau de poste à bureau
+de poste.
+
+[Note 32: L'expression du voeu du conseil-général d'un des départements
+du centre de la France, à ce sujet, nous a paru si simple et si vraie,
+que nous n'avons pu nous défendre de le mentionner ici. Voir pièces à
+l'appui, Note nº 3.]
+
+Nous croyons en avoir déjà dit assez à l'examen du prix du service
+rendu, pour prouver qu'un abaissement dans le tarif, fût-il même de 50
+p. 0/0, s'il diminuait momentanément les produits des postes,
+n'exposerait cependant pas le gouvernement à la nécessité de transporter
+à titre onéreux les correspondances administratives et particulières.
+Mais si les recettes résultant de la taxe des lettres en circulation,
+devaient diminuer, d'autre part, une source toujours abondante de
+produits nouveaux serait ouverte par l'abaissement même qu'on aurait
+opéré sur le tarif; nous voulons parler de l'augmentation du nombre des
+lettres qui accompagne toujours l'abaissement de la taxe.
+
+Essayons de supputer quelles seraient cette diminution et cette
+augmentation, si l'on abaissait le tarif de 50 p. 0/0.
+
+La recette nette en port de lettres a été en 1836
+de 35,665,732 fr.
+
+Otons la recette du décime rural
+dont nous proposons la suppression. 1,932,476
+ ----------
+ Reste. 33,733,256
+
+Un abaissement supposé de 50 p. 0/0
+sur toutes les taxes de lettres, réduirait
+encore cette recette à 16,866,628
+
+Mais cette réduction serait atténuée:
+
+1º Du produit nouveau résultant des 45,504,000 lettres qu'un abaissement
+du tarif doit enlever à la fraude, et faire rentrer dans le service des
+postes[33]. Ces 45,504,000 lettres taxées d'après le tarif réduit de 50
+p. 0/0, c'est-à-dire, en moyenne, à 25 cent. au lieu de 50 cent.,
+donneraient une augmentation de recette de 11,376,000 fr.
+
+2º De l'augmentation de 547,500 fr., montant du droit de 5 p. 0/0, sur
+les quittances transportées[34].
+
+3º De l'augmentation probable du nombre de lettres résultant du nouveau
+transport des petites sommes d'argent, par les facteurs ruraux[35], pour
+mémoire.
+
+[Note 33: Voir page 14.]
+
+[Note 34: Voir page 15.]
+
+[Note 35: Voir page 16.]
+
+4º Enfin de l'augmentation dans le nombre général des lettres circulant
+par la poste, augmentation qui doit résulter de la réduction même de 50
+p. 0/0 sur la taxe. Cette augmentation doit être considérable si l'on
+considère que la taxe rurale supplémentaire serait entièrement supprimée
+et le prix du transport des lettres réduit au prix du service rendu.
+Mais n'estimons cette augmentation de recette qu'au cinquième de la
+recette totale opérée aujourd'hui, et nous aurons en produits nouveaux
+le cinquième de 35,600,000 fr. ou 7,100,000 fr.
+
+En résumé la recette totale ou 35,666,000 fr., réduite
+par l'abaissement de la taxe à 16,866,000
+donne une perte annuelle de 18,800,000
+
+Les produits nouveaux seraient:
+
+1º Diminution de la fraude. 11,376,000 fr.
+
+2º Droit de 5 p. 0/0 sur
+les quittances transportées. 547,500
+
+3º L'accroissement du
+nombre de lettres résultant
+de l'envoi des quittances,
+pour mémoire.
+
+4º Augmentation générale
+dans les recettes
+résultant de la diminution du tarif. 7,100,000
+ ----------
+Total. 19,023,000 ci 19,023,000 fr.
+La perte annuelle était 18,800,000
+ --------------
+L'augmentation probable des recettes,
+dès la première année, serait donc 223,000 fr.
+
+Si nos chiffres ne paraissaient pas trop arbitrairement réglés, et qu'on
+pût être persuadé que les recettes des postes ne diminueraient pas dans
+la première année, par suite des abaissements proposés dans le tarif, à
+plus forte raison croirait-on que dans les années suivantes, les
+produits iraient toujours en augmentant, car l'accroissement successif
+du nombre des lettres, comme conséquence de l'abaissement du tarif, est
+un principe qui ne sera nié par personne[36].
+
+[Note 36: La taxe des lettres n'ayant pas été réduite en France depuis
+longues années, nous ne pouvons pas donner, par des chiffres, la preuve
+de ce fait; mais nous trouverons cette preuve dans la comparaison des
+recettes en port de lettres faites en Angleterre en 1710 et 1754. (Voir
+aux pièces à l'appui, Note nº 4.)]
+
+Cependant après un plus mûr examen, il serait facile d'apercevoir que
+cette réduction générale de cinquante pour cent sur les taxes de toutes
+distances et de tous poids, ne serait pas le plus avantageux de tous les
+modes de réduction qu'on pourrait opérer sur le tarif des postes. Ce
+n'est pas également, en effet, que les taxes devraient être réduites: il
+est des correspondances dont le prix de transport doit être allégé de
+beaucoup dans l'intérêt de la diminution de la fraude et de
+l'augmentation du nombre des lettres; et d'autres taxes, au contraire,
+qui, si la forme actuelle d'application du tarif était conservée,
+pourraient être maintenues à leur taux sans qu'il en résultât une gêne
+aussi sensible pour les particuliers.
+
+C'est ce que nous nous proposons de développer maintenant; et de
+l'examen des taxes actuelles, nous ferons ressortir la nécessité d'un
+tarif plus simple dans ses combinaisons, plus modéré et plus facile dans
+son application.
+
+
+
+
+ CHAPITRE III.
+
+
+Examen du tarif actuel.--Proposition d'un nouveau tarif basé sur le
+poids des lettres, et sur la distance qu'elles doivent parcourir.
+
+La taxe des lettres procède actuellement selon deux conditions: d'abord,
+d'après la distance que la lettre doit parcourir en ligne droite dans le
+royaume; et ensuite, d'après son poids[37].
+
+[Note 37: Loi du 15 mars 1827.]
+
+L'échelle des distances varie de 40 kilomètres à 80, de 80 k. à 150, de
+150 k. à 220, de 220 k. à 300, de 300 k. à 400, de 400 k. à 500 et ainsi
+de suite, et la taxe d'un décime à l'origine, s'accroît à chaque échelon
+d'un décime additionnel.
+
+L'échelle du poids procède ainsi: la lettre est simple jusqu'à 7 grammes
+1/2, et elle paie le prix que nous venons d'indiquer; au-dessus de 7 gr.
+1/2 jusqu'à 10 gr., elle doit un demi-port simple de plus; de 10 gr. à
+15 gr., elle doit deux fois le port; de 15 gr. à 20 gr., deux fois et
+demi le port; de 20 gr. à 25 gr., trois fois le port, et ainsi de suite,
+en augmentant d'un demi-port par chaque 5 grammes en sus.
+
+Il suit de cette échelle si serrée des degrés de distance et de
+pesanteur, que les diverses taxes à apposer sur les lettres sont
+infinies dans leurs combinaisons; qu'il faut en composer une spéciale à
+chaque lettre qui passe dans le service; qu'enfin cette opération de la
+taxe est longue, difficile et sujette à erreur.
+
+Mais comme les degrés, tant de distance que de poids, sont plus serrés
+dans les premiers échelons de taxe que dans les derniers, ce sont les
+lettres parcourant les petites distances et pesant un peu plus de 7 gr.
+1/2, qui se trouvent dans les conditions les plus défavorables, et
+malheureusement aussi ce sont celles dont la fraude s'empare le plus
+facilement. En effet, il semble que ce soient justement les
+correspondances qui pouvaient échapper le plus aisément, et qui par cela
+même auraient dû être le mieux traitées, que le législateur ait frappées
+avec le plus de rigueur, et la raison qui a présidé à cette disposition
+est facile à comprendre: les lettres qui parcourent de courtes distances
+sont les plus nombreuses et une très-légère augmentation de taxe pour
+chacune d'elles se trouvait ainsi faire augmenter sensiblement les
+produits généraux. Mais on n'a pas pensé au nombre considérable de
+nouvelles lettres de cette nature qu'on aurait pu, au contraire, ramener
+dans le service par un allègement dans les taxes du premier degré.
+
+Les lettres vraiment pesantes sont dans une proportion très-minime[38].
+C'est la condition des lettres simples qu'il faut d'abord améliorer; ce
+sont elles qu'il faut faire rentrer dans le service par tous les moyens
+possibles, soit par une extension de la distance qu'elles peuvent
+parcourir, soit par une augmentation dans le poids accordé.
+
+[Note 38: Voir page 64.]
+
+Les lettres simples, ainsi que nous le comprenons, en effet, ne
+devraient pas être seulement celles qui se composent d'une simple
+feuille de papier ou pesant moins de 7 gr. 1/2; ce devraient être les
+lettres écrites par une seule personne à une autre seule personne, et
+d'un poids fixé de manière à ce qu'on pût joindre à ces lettres un ou
+deux effets de commerce, un acte de famille ou toute autre pièce; car
+c'est souvent pour cette seule pièce insérée, que la lettre est écrite;
+et lorsque cette addition doit entraîner un supplément de port, la
+lettre échappe à la poste, et la pièce est envoyée par une autre voie.
+
+La réduction à opérer sur le tarif ne semble donc pas devoir être faite
+exactement d'après l'échelle des taxes actuellement existantes, mais
+plutôt sur les bases suivantes:
+
+1º Éloigner les limites de distances et de poids, passé lesquelles une
+lettre cesse d'être considérée comme simple; 2º supprimer une grande
+quantité de degrés de l'échelle des taxes tant du poids que des
+distances, afin de rendre l'opération de la taxe plus simple pour les
+employés, et le prix de transport moins élevé pour les particuliers.
+
+C'est ce que nous avons cherché à rendre sensible par la rédaction des
+tableaux qui suivent:
+
+Le tableau nº 1 présente la progression des taxes d'après la loi
+actuellement en vigueur[39], car nous avons cru devoir partir de ce qui
+existe pour avoir un terme de comparaison:
+
+[Note 39: Loi du 15 mars 1827.]
+
+Le tableau n° 2 donne un tarif très-simplifié, mais encore basé sur le
+poids et sur la distance parcourue, tarif que nous proposerions de
+substituer à l'ancien.
+
+Le tableau n° 3 offre une comparaison de la taxe des lettres d'après le
+système actuel et d'après le système proposé.
+
+Le tableau n° 4 présente la même comparaison appliquée à la taxe d'une
+lettre de Paris pour diverses villes importantes de la France.
+
+L'examen successif que nous ferons de ces tableaux nous fournira
+l'occasion de développer et de motiver notre nouvelle échelle de
+taxation.
+
+TABLEAU Nº I.
+
+_Progression des taxes, d'après la loi actuellement en vigueur_ (15 mars
+1827).
+
++-----------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+| PROGRESSION |au- |de 7 |de 10 |de 15 |de 20 |de 25 | |
+| en raison |dessous|gr. |gram. |gram. |gram. |gram. |OBSER- |
+| des distances. |de |1/2 à |à 15 |à 20 |à 25 |à 30 |VATIONS. |
+| |7 gr. |10 |exclu-|exclu-|exclu-|exclu-| |
+| |1/2 |exclu-|siv. |siv. |siv. |siv. | |
+| |port |siv. |2 fois|2 fois|3 fois|3 fois| |
+| |simple.|1 port|le |1/2 le|le |1/2 le| |
+| | |1/2. |port. |port. |port. |port. | |
+------------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+|Jusqu'à 40 kilo- |2 |3 |4 |5 |6 |7 |Au-delà de |
+|mètres. | | | | | | |30 grammes |
+|de 40 à 80 kilom.|3 |5 |6 |8 |9 |11 |jusqu'à |
+|de 80 à 150 -- |4 |6 |8 |10 | |14 |1000, la |
+|de 150 à 220 -- |5 |8 |10 |13 |15 |18 |progression|
+|de 220 à 300 -- |6 |9 |12 |15 |18 |21 |continue |
+|de 300 à 400 -- |7 |11 |14 |18 |21 |25 |d'être d'un|
+|de 400 à 500 -- |8 |12 |16 |20 |24 |28 |demi-port |
+|de 500 à 600 -- |9 |14 |18 |23 |27 |32 |en sus pour|
+|de 600 à 750 -- |10 |15 |20 |25 |30 |35 |chaque |
+|de 750 à 900 -- |11 |17 |22 |28 |33 |39 |poids de 5 |
+|au-delà de 900 --|12 |18 |24 |30 |36 |42 |grammes |
++-----------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+
+
+TABLEAU Nº II.
+
+_Progression de la taxe des lettres d'après le tarif proposé._
+
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ PROGRESSION | |
+ en raison des |Jusqu'à 75 de 75 de 150 de 300 de 450 au-delà |
+ distances. |kilomètres. à 150 à 300 à 450 à 600 de 600 |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ au-dessous | |
+ de 15 gram. | 2 3 4 5 6 7 |
+ port simple. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 15 gram. à | |
+ à 30 exclusiv. | 4 6 8 10 12 14 |
+ 2 fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 30 gram. à | |
+ 50 exclus. 3 | 6 9 12 15 18 21 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 50 gram. à | |
+ 100 exclus. 4 | 8 12 16 20 24 28 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 100 gram. à | |
+ 250 exclus. 5 | 10 15 20 25 30 35 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 250 gram. à | |
+ 500 exclus. 6 | 12 18 24 30 36 42 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ | L'abaissement du tarif nous a fait limiter à 50.0 |
+ OBSERVATIONS. | grammes le poids des lettres admises à circuler par |
+ | la poste. |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+
+
+TABLEAU Nº III.
+
+_Tableau comparatif de la taxe des lettres d'après la loi actuellement
+en vigueur et d'après le tarif proposé._
+
++------+----+----+----+--------+----------------+-------------------+----------+
+| |Au- |De | | | | | | | |
+| |des-|7gr.|De | De | De | De | De | De | |
+| |sous|1/2 |10 à| 15 à | 30 à | 50 à | 100 à | 250 à | |
+| | de |à |15 | 30 gr. | 50 gr. | 100 gr.| 250 gr.| 500 gr. | |
+| |7 g.|10 |gr. | | | | | | |
+| |1/2.|gr. | | | | | | | |
+| +----+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+| |T| T| T|T| T|T| T | T| T | T| T | T| T | T| T | T| |
+| |a| a| a|a| a|a| a | a| a | a| a | a| a | a| a | a| |
+|PRO- |r| r| r|r| r|r| r | r| r | r| r | r| r | r| r | r| |
+|GRES- |i| i| i|i| i|i| i | i| i | i| i | i| i | i| i | i| |
+|SION |f| f| f|f| f|f| f | f| f | f| f | f| f | f| f | f| |
+| de | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| la |a| p| a|p| a|p| a | p| a | p| a | p| a | p| a | p|OBSERVA- |
+| taxe |c| r| c|r| c|r| c | r| c | r| c | r| c | r| c | r| TIONS. |
+| en |t| o| t|o| t|o| t | o| t | o| t | o| t | o| t | o| |
+|raison|u| p| u|p| u|p| u | p| u | p| u | p| u | p| u | p| |
+| des |e| o| e|o| e|o| e | o| e | o| e | o| e | o| e | o| |
+| dis- |l| s| l|s| l|s| l | s| l | s| l | s| l | s| l | s| |
+|tances|.| é| .|é| .|é| . | é| . | é| . | é| . | é| . | é| |
+| | | .| |.| |.| | .| | .| | .| | .| | .| |
+| | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| +-+--+--+-+--+-+-----+--+-----+--+-----+--+-----+--+------+--+----------+
+| |p| p| p|p| 2|p| de | 2| de | 3| de | 4| de | 5| de | 6| |
+| |o| o| o|o| f|o| 2 | f| 4 | f| 6 | f| 11 | f| 26 | f| |
+| |r| r| r|r| o|r|ports| o|ports| o|ports| o|ports| o| ports| o| |
+| |t| t| t|t| i|t| 1/2 | i|à 5 | i|à 10 | i|à 25 | i| à 50 | i| |
+| | | | | | s| | à 3 | s|ports| s|ports| s|ports| s| ports| s| |
+| |s| s| e|s| |s|ports| | 1/2.| | 1/2.| | 1/2.| | 1/2. | | |
+| |i| i| t|i| l|i| 1/2.| l| | l| | l| | l| | l| |
+| |m| m| |m| e|m| | e| | e| | e| | e| | e| |
+| |p| p| d|p| |p| | | | | | | | | | | |
+| |l| l| e|l| p|l| | p| | p| | p| | p| | p| |
+| |e| e| m|e| o|e| | o| | o| | o| | o| | o| |
+| |.| .| i|.| r|.| | r| | r| | r| | r| | r| |
+| | | | .| | t| | | t| | t| | t| | t| | t| |
+| | | | | | .| | | .| | .| | .| | .| | .| |
+|-----------+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+| |déc.|déc.|déc.| déc. | déc. | déc. | déc. | déc. | |
+|Jus- | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|qu'à | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|40 | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|kilom.| | | | | | | de 5| | de 8| |de 12| |de 22| | de 52| |Notre |
+|incl. | 2|2| 3|2| 4|2| à 7| 4| à 11| 6| à 21| 8| à 51|10| à 101|12|tarif |
+|De 40 | | | | | | | | | | | | | | | | |nouveau |
+| à 75 | | | | de 8| de 12| |de 18| |de 33| | de 78| |s'arrête |
+| id. | 3|2| 5|2| 6|2| à 11| 4| à 17| 6| à 32| 8| à 77|10| à 152|12|à 500 |
+|De 75 | | | | | | | | | | | | | | | | |grammes. |
+| à 80 | | | | de 8| de 12| de 18| |de 33| | de 78| |Le tarif |
+| id. | 3|3| 5|3| 6|3| à 11| 6| à 17| 9| à 32|12| à 77|15| à 152|18|ancien |
+|De 80 | | | | | | | | | | | | | | | | |reçoit |
+| à 150| | | |de 10| de 16| de 24| |de 44| |de 104| |des |
+| id. | 4|3| 6|3| 8|3| à 14| 6| à 22| 9| à 42|12|à 102|15| à 202|18|lettres |
+|De 150| | | | | | | | | | | | | | | | |jusqu'au |
+| à 220| | | |de 13| de 20| de 30| |de 55| |de 130| |poids de |
+| id. | 5|4| 8|4|10|4| à 18| 8| à 28|12| à 53|16|à 128|20| à 253|24|1,000 |
+|De 220| | | | | | | | | | | | | | | | |gramm. |
+| à 300| | | |de 15| de 24| de 36| |de 66| |de 156| |L'ancien |
+| id. | 6|4| 9|4|12|4| à 21| 8| à 33|12| à 63|16|à 153|20| à 303|24|tarif |
+|De 300| | | | | | | | | | | | | | | | |a 200 |
+| à 400| | | |de 18| de 28| de 42| |de 77| |de 182| |degrés de |
+| id. | 7|5|11|5|14|5| à 25|10| à 39|15| à 74|20|à 179|25| à 354|30|pesanteur;|
+|De 400| | | | | | | | | | | | | | | | |le nôtre 6|
+| à 450| | | |de 20| de 32| de 48| |de 88| |de 208| |seulement.|
+| id. | 8|5|12|5|16|5| à 28|10| à 44|15| à 84|20|à 204|25| à 404|30| |
+|De 450| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 500| | | |de 20| de 32| de 48| |de 88| |de 208| | |
+| id. | 8|6|12|6|16|6| à 28|12| à 44|18| à 84|24|à 204|30| à 404|36| |
+|De 500| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 600| | | |de 23| de 36| de 54| |de 99| |de 234| | |
+| id. | 9|6|14|6|18|6| à 32|12| à 50|18| à 95|24|à 230|30| à 455|36| |
+|De 600| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 750| | | |de 25| de 40| de 60| |de110| |de 260| | |
+| id. |10|7|15|7|20|7| à 35|14| à 55|21|à 105|28|à 255|35| à 505|42| |
+|De 750| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 900| | | | | | |de 28| |de 44| |de 66| |de121| |de 286| | |
+| id. |11|7|17|7|22|7| à 39|14| à 61|21|à 116|28|à 281|35| à 556|42| |
+|Au- | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| delà | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| de | | | | | | |de 30| |de 48| |de 72| |de132| |de 312| | |
+| 900. |12|7|18|7|24|7| à 42|14| à 66|21|à 126|28|à 306|35| à 606|42| |
+|------+----+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+
+TABLEAU Nº IV.
+
+_Tableau comparatif de la taxe d'une lettre de Paris pour quelques
+principales villes de France, d'après le mode actuellement suivi et
+d'après le tarif proposé_[40].
+
++------------------+-------------+------------+--------+--------+--------+
+| |Au-dessous de|De 7 gr. 1/2| De 10 | De 15 | De 20 |
+| NOMS | 7 gr. 1/2. | à 10 gr. |à 15 gr.|à 20 gr.|à 25 gr.|
+| +-------------+------------+--------+--------+--------+
+| des | T a | T p | T a | T p |T a |T p|T a |T p|T a |T p|
+| | a c | a r | a c | a r |a c |a r|a c |a r|a c |a r|
+| VILLES. | x t | x o | x t | x o |x t |x o|x t |x o|x t |x o|
+| | e u | e p | e u | e p |e u |e p|e u |e p|e u |e p|
+| | e | o | e | o | e | o| e | o| e | o|
+| | l | s | l | s | l | s| l | s| l | s|
+| | l | é | l | é | l | é| l | é| l | é|
+| | e | e | e | e | e | e| e | e| e | e|
++------------------+-------------+------------+--------+--------+--------+
+| | d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.|
+|Amiens. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Angers. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Arras. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Avignon. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Besançon. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Bordeaux. | 8 | 6 | 12 | 6 | 16 | 6 | 20 |12 | 24 |12 |
+|Brest. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Caen. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Clermont-Ferrand. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Dijon. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Grenoble. | 8 | 6 | 12 | 6 | 16 | 6 | 20 |12 | 24 |12 |
+|Havre (le). | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Lille. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Limoges. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Marseille. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Metz. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Montpellier. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Moulins. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Nancy. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Nantes. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Nîmes. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Orléans. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Pau. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Perpignan. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Poitiers. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Rennes. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Rochelle (la). | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Rouen. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Strasbourg. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Toulouse. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Versailles. | 2 | 2 | 3 | 2 | 4 | 2 | 5 | 4 | 6 | 4 |
++------------------+------+------+------+-----+----+---+----+---+----+---+
+
+[Note 40: Nous n'avons pas étendu ce tableau de comparaison au-delà de
+25 grammes pour ne pas multiplier les colonnes, et aussi parce que le
+nombre des lettres dont le poids dépasse 25 grammes n'est que
+l'exception, et ne forme pas plus que 17/1846 des lettres qui circulent
+en France. (Voir page 64.)]
+
+On voit par les tableaux nos 2 et 3 que le nouveau tarif que nous
+présentons procède comme le tarif actuellement en usage, selon ces deux
+conditions, 1º de la distance à parcourir en ligne droite du point de
+départ au point d'arrivée de la lettre; 2º du poids de l'objet
+transporté.
+
+Nous traiterons successivement de la taxe du parcours et de la taxe du
+poids.
+
+La taxe du parcours est la partie de taxe qui semble en apparence le
+plus justement établie; c'est le prix d'un service qui se prolonge et,
+par conséquent, qui coûte d'autant plus à l'État, que la lettre doit
+être transportée à un point plus éloigné. Cette taxe sera donc encore
+proportionnelle; seulement au lieu de la faire augmenter d'un décime de
+40 à 80 kilomètres, de 80 à 150, de 150 à 220, de 220 à 300, de 300 à
+400, à 500, à 600, à 750 et à 900, nous accordons tout d'abord 75 kilom.
+pour la première distance, et nous procédons ensuite de 75 à 150, de 150
+à 300, de 300 à 450 et de 450 à 600. Nous réduisons donc ainsi l'échelle
+des distances, c'est-à-dire, que nous réunissons sous la même taxe
+plusieurs étendues de parcours qui aujourd'hui sont l'objet de taxes
+différentes, en donnant à chacune de ces catégories toute entière la
+moins élevée des différentes taxes auxquelles les différentes distances
+étaient soumises. Enfin, nous abaissons le tarif dans les courtes
+distances. La meilleure manière de faire rentrer dans le service les
+lettres transportées par d'autres moyens, et aussi d'augmenter le nombre
+des lettres en circulation dans ces courtes distances, où l'on a tant
+d'occasions de communique autrement que par la poste, c'est de baisser
+la taxe.
+
+C'est ce qui nous a fait proposer d'étendre de 40 à 75 kilom. parcourus
+le premier rayon de taxe qui entraîne pour une lettre simple un port de
+2 décimes seulement: aujourd'hui toute lettre simple parcourant moins de
+40 kilom. est taxée 2 décimes, et de 40 à 80 kilom. 3 décimes; c'est le
+second degré de l'échelle de taxation actuellement en usage que nous
+réunissons au premier et que nous taxons de la taxe du premier.
+
+Le troisième rayon actuel de 80 à 150 est encore trop rapproché du point
+de départ, pour que les considérations que nous émettions tout à l'heure
+sur les avantages de réduire les taxes de courtes distances, ne soient
+pas applicables aux distances qu'il enferme, et nous proposons
+d'appliquer la taxe de 3 décimes seulement, au lieu de 4, aux lettres
+simples parcourant au-delà de 75 jusqu'à 150 kilom.
+
+C'est ainsi que notre troisième rayon s'étend de 150 à 300 kilom., et
+sera taxé 4 décimes; le quatrième, de 300 à 450 kilom., sera taxé 5
+décimes; et enfin le cinquième, de 450 à 600 kilom., sera taxé 6
+décimes; le sixième rayon de parcours est dans notre projet le dernier.
+Toute lettre simple parcourant plus de 600 kilom. serait taxée 7
+décimes.
+
+Nous avons arrêté notre échelle de taxe de distance à 600 kilom., et
+nous avons proposé de taxer de 7 décimes toute lettre envoyée à un point
+plus éloigné que 600 kilom. du point de départ, quelle que fût la
+distance, par les raisons suivantes:
+
+1º Parce que 7 décimes nous paraissent le prix de port le plus élevé que
+puisse supporter une lettre simple, si l'on admet une taxe
+proportionnelle à la distance parcourue, et cela dans l'intérêt bien
+entendu des recettes; 2º parce que le point de France le plus éloigné
+n'est pas à 700 kil. de distance de Paris; soit Arles et
+Céret (Pyrénées-Orientales), et que pour les pays étrangers, ces
+conditions de taxe sont différentes; 3º parce que les lettres du midi
+pour l'extrême nord de la France, soit par exemple les lettres de
+Perpignan pour Lille, qui parcourent un espace de 882 kilom., sont
+rares, attendu que Paris est un grand centre qui fait presque tout le
+commerce de transit, et dont la bourse, modifiant presque toujours les
+avis envoyés de l'extrême nord à l'extrême midi de la France, est en
+possession de transmettre presque tous les avis du commerce; 4º parce
+que si l'on objectait, enfin, que ce défaut d'accroissement de taxation
+pour des distances de plus de 600 kilom. pourrait être nuisible aux
+produits revenant à la France pour droit de transit des correspondances
+étrangères à travers son territoire, soit, par exemple les
+correspondances venant du levant ou de l'Inde par Marseille pour
+l'Angleterre, dans la distance de Marseille à Calais, nous répondrions
+que les droits de transit des lettres sont établis, diminués, augmentés
+ou modifiés par des traités rédigés par les soins de l'administration
+des postes, et que c'est à elle à tenir compte, dans certaines
+circonstances, de la distance réellement parcourue si elle le juge
+convenable. D'ailleurs ces droits de transit sur les correspondances
+étrangères sont toujours réduits dans des proportions considérables à
+titre d'abonnement, et ne doivent pas priver le gouvernement de la
+possibilité d'accorder, lorsqu'il y a lieu, des réductions de taxe aux
+régnicoles.
+
+Arrivant à la partie de la taxe des lettres qui s'établit d'après la
+pesanteur des objets transportés, ou observera que, d'après le tarif
+actuel, les lettres dont le poids ne dépasse pas 7 gr. 1/2 paient le
+port simple établi d'après la distance parcourue; de 7 gr. 1/2 à 10 gr.,
+un port et demi; de 10 à 15 gr. deux fois le port, et ainsi de suite en
+augmentant d'un demi-port par chaque 5 gr. de pesanteur.
+
+Mais pourquoi cette élévation de taxe de 7 gr. 1/2 à 10 gr., de 10 gr. à
+15 gr., et ensuite de 5 gr. en 5 gr.? est-ce pour éviter que des lettres
+adressées à des destinataires différents, ne soient envoyées sous une
+seule enveloppe et au prix d'une seule et même taxe? Cette crainte
+serait légitime, mais nous ne la croyons pas fondée. En effet le cas de
+deux lettres envoyées sous un même pli pour éviter un port ne se
+présente que très-rarement. Les lettres qui dépassent le poids de 7 g.
+1/2 sans atteindre celui de 15 gr. sont ordinairement celles qui ont été
+écrites sur un papier épais, ou formées d'un pesant cachet en cire, ou
+enfin qui contiennent un billet à ordre, un effet de commerce, une
+quittance ou un prix courant. Mais ce supplément de taxe que l'insertion
+d'une pièce dans la lettre entraîne avec elle, doit-il être considéré
+comme une disposition juste en elle-même et avantageuse aux recettes en
+général? Nous ne le croyons pas. Dans le cas dont il est question cette
+taxe est une surprise ou une gêne dont le public est victime;
+qu'arrive-t-il de tout cela? que souvent le particulier s'abstiendra
+d'envoyer sa pièce, et ce sera une lettre de moins dans le service, ou
+qu'il attendra qu'il puisse en envoyer plusieurs à la fois et les
+expédiera par la diligence, ou qu'il écrira enfin sans envoyer la pièce
+incluse, toutes choses gênantes pour lui, et par cela même nuisibles aux
+produits.
+
+Nous croyons que c'est un mauvais calcul de la part de l'administration
+de spéculer sur la nécessité où sont entraînés les particuliers de
+joindre quelques pièces à leurs lettres, ou sur l'oubli de ceux qui
+omettent de se servir d'un papier mince. Laissons à tous la possibilité
+d'employer toute espèce de papier, de fermer leurs lettres de larges
+cachets de cire, si telle est leur fantaisie; ne privons pas les
+négociants de l'avantage de joindre à leurs lettres telles factures
+simples, tel billet de petite dimension que le besoin exigera; et ils
+rendront à l'État, par l'augmentation du nombre de leurs
+correspondances, le centuple de ce que l'État fera pour eux dans cette
+circonstance. Croyons que de cette facilité donnée aux relations
+épistolaires naîtront beaucoup de lettres nouvelles et des recettes plus
+abondantes.
+
+Le poids de la lettre simple pourrait donc être élevé de 7 grammes 1/2 à
+15 grammes. Notre premier rayon de poids comprendrait ainsi les trois
+premiers degrés de poids de l'échelle actuellement en usage, savoir: de
+0 à 7 gr. 1/2, de 7 gr. 1/2 à 10 gr., enfin, de 10 gr. à 15 gr.
+
+Le tarif actuel établit ensuite une taxe d'un demi-port en sus du port
+ordinaire de la lettre simple par chaque 5 gr. de pesanteur au-dessus de
+15 gr. Cette progression de la taxe des lettres de 5 gr. en 5 gr. avait
+pour but, comme nous venons de le dire, d'empêcher que des particuliers
+ne se réunissent pour envoyer plusieurs lettres à la fois sous la même
+enveloppe, afin de sauver une partie du port; mais, comme le poids d'une
+lettre simple, écrite sur papier mince, est à peu près de 5 gr., et que
+la taxe ne va s'augmentant par chaque 5 gr. que d'un demi-port, on
+supposait à tort que cette espèce de fraude serait prévenue par
+l'application de cette échelle de taxation. En effet, il y a encore
+aujourd'hui un bénéfice de taxe d'un demi-port par lettre à en réunir
+plusieurs sous une même enveloppe. Soit vingt lettres simples de Toulon
+pour Paris et taxées chacune 10 déc. ou 1 fr. à raison de la distance
+parcourue (750 kilom.) Ces lettres envoyées séparément supporteraient
+une taxe de 20 fr., au lieu de 10 fr. 50 c., ou dix fois et demie le
+port simple à raison du poids de 100 gr., auquel elles seraient livrées
+si ces vingt lettres étaient réunies et envoyées sous la même enveloppe.
+
+Mais quoique le tarif actuel soit impuissant à prévenir des calculs de
+cette espèce, il ne s'ensuit pas que cette spéculation se fasse, tout
+avantageuse qu'elle paraisse au premier abord; et elle n'a pas lieu pour
+beaucoup de raisons. En effet, indépendamment du peu de confiance qu'ont
+en général les uns dans les autres les négociants faisant le même genre
+d'affaires (car il n'y aurait que des négociants écrivant beaucoup et à
+des époques fixes qui pussent se livrer au genre d'industrie dont nous
+venons de parler), défaut de confiance qui ne leur permettrait pas de
+livrer leurs lettres aux soins d'une seule personne au point de départ
+comme au point d'arrivée, il y aurait à déduire de l'économie obtenue
+par cette fraude la taxe de la ville pour la ville dont seraient
+frappées les lettres pour leur distribution, lorsque le négociant auquel
+elles seraient adressées enverrait par cette voie chacune d'elles aux
+destinataires de sa ville; il y aurait surtout encore à tenir compte du
+retard d'une distribution qu'éprouveraient les lettres ainsi dirigées,
+retard qui dans les grandes villes serait au moins de quatre heures, et
+d'un jour dans les petites villes; et chacun sait quel inconvénient il y
+aurait pour un négociant à ne voir ses lettres parvenir à leur
+destination que vingt-quatre heures ou même quatre heures après le
+moment de la distribution générale.
+
+Nous sommes donc autorisés à conclure de ces observations: d'abord, que
+l'accroissement d'une taxe d'un demi-port de la lettre simple par chaque
+5 gr. de pesanteur n'est pas un droit protecteur suffisant contre l'abus
+qu'on a voulu éviter; et ensuite, que si la réunion de plusieurs lettres
+n'a pas été, ou n'a été que très-peu pratiquée avec les conditions du
+tarif actuel, elle n'aurait pas lieu davantage si l'on accordait une
+tolérance plus grande pour le poids des lettres confiées au service des
+postes.
+
+Quels avantages le trésor public ne peut-il pas retirer, d'autre part,
+de la facilité qu'il donnera aux particuliers de faire transporter à un
+prix modéré, des lettres ou des papiers importants que leur poids
+éloigne du service des postes, et que l'on confie aujourd'hui, à regret,
+à des diligences et à des messagers qui n'offrent pas les mêmes
+garanties d'exactitude et de célérité?
+
+Revenant à la fixation de notre tarif, nous dirons donc que toute lettre
+pesant moins de 15 gr. nous semble devoir être considérée comme lettre
+simple; puis, dans le tableau nº 2, nous avons procédé de la manière
+suivante: de 15 gr. à 30 gr., nous proposons de fixer la taxe à deux
+fois le port de la lettre simple; de 30 gr. à 50 gr., à trois fois le
+port; de 50 à 100 gr., à quatre fois le port; de 100 gr. à 250 gr., à
+cinq fois le port, enfin de 250 à 500 gr. à six fois le port de la
+lettre simple.
+
+L'échelle de pesanteur des lettres est ainsi réduite à six degrés au
+lieu de deux cents qu'elle comporte aujourd'hui[41], et ne se trouve pas
+plus compliquée que l'échelle des distances que nous avons fixée
+également à six degrés. Les premiers degrés de pesanteur sont un peu
+plus serrés que les derniers, pour éviter les abus qu'on pourrait faire
+de l'envoi de pièces ou de paquets à un prix trop modéré; de 15 gr. à 30
+gr. et de 30 à 50, les objets transportés sont encore des lettres, et
+les lettres doivent relativement supporter un port plus élevé que les
+paquets. Ceux-ci sont placés dans nos trois dernières catégories de 50 à
+100 gr., de 100 à 250 et de 250 à 500 gr. Au moyen de la diminution
+opérée dans le tarif des lettres de ces dernières classes, nous ferons
+rentrer dans le service des postes le transport de certaines pièces de
+procédure, de papiers précieux et assez volumineux que l'élévation du
+tarif actuel ne permet pas aujourd'hui au public de confier à la poste.
+En effet, à 500 gr., la taxe actuelle d'une lettre envoyée à 600 kilom.
+de distance s'élève à 460 fr.[42]. Au-delà de 900 kilom., si elle pèse
+999 gr. son port est de 1,216 fr. Qui pourrait consentir à payer un
+pareil port pour l'envoi de papiers, quelque précieux qu'ils fussent?
+
+[Note 41: De 7 gr. 1/2 à 1000 gr., en procédant de 5 grammes en 5
+grammes, il y a 200 degrés.]
+
+[Note 42: Dans notre projet de tarif, ce prix de 460 fr., est abaissé à
+4 fr. 20 c. qui est le maximum du prix que nous proposions de percevoir
+pour le transport d'une lettre.]
+
+Nous nous sommes arrêtés à 500 grammes dans l'échelle de notre tarif,
+parce qu'il nous semble que tout paquet au-dessus de ce poids ne doit
+plus être considéré comme lettre, et par conséquent de doit pas être
+admis dans les dépêches.
+
+Or si l'on veut savoir à présent de combien baisserait la recette par
+l'adoption de notre projet de réduction de la taxe, dans le cas où le
+nombre des lettres en circulation n'augmenterait pas, qu'on veuille bien
+nous suivre dans le calcul ci-après:
+
+Le nombre des lettres pesantes forme à peine le dixième du nombre total
+des lettres en circulation dans les postes. Pour bien juger de cette
+proportion, nous avons consulté les listes nominatives sur lesquelles
+sont inscrites toutes les lettres affranchies, et nous avons trouvé
+qu'au bureau de la bourse, à Paris, on avait présenté à
+l'affranchissement dix-huit cent quarante-six lettres pendant la
+première quinzaine de juin 1838. Sur ces dix-huit cent quarante-six
+lettres affranchies, seize cent cinquante-sept étaient simples, et cent
+quatre-vingt-huit étaient pesantes, c'est-à-dire pesaient plus de 7 gr.
+1/2.
+
+Maintenant voici la division de ces cent quatre-vingt-huit lettres
+pesantes:
+
+81 étaient du poids de 7 gr. 1/2 à 10 gr.
+58 de 10 à 15
+18 de 15 à 20
+14 de 20 à 25
+5 de 25 à 30
+
+Enfin douze seulement pesaient plus de 30 grammes, mais moins de 60
+grammes.
+
+Il y a plusieurs observations importantes à faire sur ce relevé:
+
+1º Que sur dix-huit cent quarante-six lettres, il n'y en avait pas une
+dont le poids dépassât 60 gr., et alors pourquoi ce tarif de poids si
+compliqué, de 60 gr. à 1000 gr., qui procède de 5 gr. en 5 gr., et qui
+passe par deux cents degrés?
+
+2º Que si l'on voulait faire l'application de cette proportion du nombre
+des lettres pesantes au nombre total des lettres circulant dans les
+postes, on trouverait d'abord sur un total de soixante-dix-neuf millions
+de lettres soixante-onze millions cent mille lettres simples et sept
+millions neuf cent mille lettres pesant plus de 7 gr. 1/2: ce ne serait
+donc que sur ce dernier nombre de lettres que devrait porter la
+réduction opérée par notre nouveau tarif. Or dans ce dernier nombre
+139/188 pèsent de 7 gr. 1/2 à 15 gr.; c'est là la plus forte partie,
+c'est là particulièrement que s'opérerait la réduction dans la recette,
+et on peut apprécier cette diminution. 139/188 représentent une fraction
+non exactement réductible; supposons 3/4: si le nombre des lettres
+pesantes est sept millions neuf cent mille, les trois quarts sont cinq
+millions neuf cent vingt-cinq mille. Supposons que deux tiers de ces
+cinq millions neuf cent vingt-cinq mille lettres pèseront de 7 gr. 1/2 à
+10 gr. (2/3 est à peu près la proportion de 81 à 58, chiffres qui, dans
+le tableau ci-dessus, représentent les lettres de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et
+les lettres de 10 gr. à 15 gr.). Trois millions neuf cent cinquante
+mille lettres auront donc pesé de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et dix-neuf cent
+soixante-quinze mille lettres auront pesé de 10 gr. à 15 gr. Si le port
+de la lettre simple est estimé à 50 c., les trois millions neuf cent
+cinquante mille premières lettres ont supporté une taxe d'un demi-port
+en sus, ou 25 c. pour chacune, ou 987,500 fr. pour toutes, et les
+dix-neuf cent soixante-quinze mille autres lettres ont supporté un
+double port, ou 50 c. en sus pour chaque lettre, ou 986,600 fr. pour
+toutes. C'est donc, en somme, une perte de 1,975,000 fr. que le trésor
+éprouverait si le poids accordé pour la lettre simple était porté de 7
+gr. 1/2 à 15 gr., et que le nombre général des lettres en circulation
+restât le même.
+
+Il est vrai que nous ne tenons pas compte ici de la fraction de décime
+qu'on ajoute aux lettres de 7 gr. 1/2 à 10 gr., lorsque le chiffre de la
+taxe est impair; mais comme le port de la lettre à 50 c. est un port
+exagéré, nous supposons qu'il y a compensation.
+
+Resterait à estimer encore la perte qu'éprouverait la recette par
+l'abaissement proportionnel de la taxe du dernier quart des sept
+millions neuf cent mille lettres que nous supposons peser 15 gr. et
+au-dessus. Cette appréciation serait très-difficile, parce que, bien que
+dans l'exemple que nous venons de citer, sur cent quatre-vingt-huit
+lettres aucune ne se trouvât peser plus de 60 gr., il s'en trouverait
+nécessairement dans les dix-neuf cent soixante-quinze mille, et nous ne
+savons pas dans quelles proportions ces lettres se classeraient. Mais
+comme ces lettres ne représentent, toutes ensemble, que le quart des
+lettres pesantes, nous croyons ne pas rester au-dessous du vrai en
+estimant la réduction qu'éprouveraient leurs taxes au tiers de la
+réduction qu'auraient éprouvée les trois autres quarts, soit 658,333 fr.
+
+La perte totale résultant pour le trésor de la réduction de notre tarif
+de poids serait donc de 1,533,000 fr., mais nous croyons avoir établi
+précédemment que l'État serait largement indemnisé de cette différence
+par l'accroissement du nombre général des lettres en circulation[43].
+
+[Note 43: Nous ne croyons pas devoir parler de la diminution des
+recettes qui résulterait de la nouvelle division des parcours que nous
+avons présentée; celle diminution serait insensible.]
+
+Notre échelle de taxes, tant de poids que de distances, nous paraît plus
+rationnelle que l'ancienne, plus facile dans son appréciation par le
+public, plus commode pour son application dans le service des postes,
+enfin plus en rapport avec la nécessité, dont nous avons parlé,
+d'abaisser le tarif et d'augmenter le nombre des lettres en circulation
+tant dans l'intérêt bien entendu du trésor public, que dans celui du
+commerce et des particuliers. S'il ne paraissait pas possible de faire
+mieux encore, on pourrait donc, par toutes ces raisons, insister pour
+son adoption; mais il ne faut pas dissimuler que nous n'avons présenté
+ce tarif réduit que comme transition, sans arriver à une réduction plus
+large, au moyen d'une taxe uniforme applicable à toutes les lettres
+circulant en France; car la combinaison d'un port fixe avec
+l'application de la taxe au moyen d'un timbre, présente des avantages
+qu'il convient d'exposer enfin, et nous arrivons ainsi à notre
+proposition principale que nous traiterons dans le chapitre suivant.
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV.
+
+
+Des avantages d'une taxe fixe comparée au système actuellement en usage.
+
+On dit avec raison que la taxe établie par la loi du 15 mars 1827,
+laquelle règle le port à percevoir d'après la distance en ligne droite,
+qui existe entre le point d'où la lettre part et le point où elle est
+distribuée, est plus rationnelle que la taxe précédemment en usage, qui
+s'établissait d'après la distance parcourue; et cela à cause des taxes
+injustes auxquelles ce dernier système donnait lieu, lorsque, par suite
+d'un redressement dans la marche du courrier, les lettres se trouvaient
+parcourir une distance moindre que celle d'après laquelle la taxe avait
+été originairement fixée; mais, d'autre part, lorsque la lettre parcourt
+effectivement une distance plus grande que celle qui sépare, en ligne
+droite, le point de départ du point d'arrivée, la taxe n'est pas non
+plus assez élevée; car si le port d'une lettre est le prix d'un service
+rendu, il est évident que lorsque le courrier décrit une courbe pour
+aller d'un point donné à un autre, la dépense est probablement plus
+forte que si le courrier marchait en ligne droite, et la taxe, d'après
+le principe du service rendu, devrait rationnellement être plus élevée.
+Le vice véritable de l'ancien mode de taxation, qui est encore en usage
+en Angleterre, est donc dans l'impossibilité de modifier la taxe à
+chaque fois que, par des changements opérés dans la marche des
+courriers, les lettres se trouveraient parcourir des distances
+différentes; car en équité, ce serait le parcours réel, et non la ligne
+droite, qui devrait servir de base à l'application de la taxe.
+
+Mais pour suivre ce principe jusqu'à ses dernières conséquences, le
+gouvernement, dans certains cas, ne devrait-il pas baisser la taxe
+au-dessous du prix fixé pour le transport d'une lettre, même en ligne
+parfaitement droite, lorsque les frais d'exploitation seraient
+évidemment, sur une route, beaucoup au-dessous des frais faits partout
+ailleurs. Je veux parler des chemins de fer, par exemple, où le
+transport des lettres se fait sans frais appréciables pour
+l'administration des postes. Là, où est le prix du service rendu? Et
+comme on ne peut réduire à zéro le prix de la taxe des lettres, quelle
+base prendra-t-on pour l'établir? Ne faudrait-il pas, pour en avoir une,
+revenir à l'appréciation des dépenses résultant des frais de transport
+en général, et obtenir une taxe moyenne en divisant les frais généraux
+de transport par le nombre des lettres transportées?
+
+C'est sur ce principe que s'appuient les partisans d'une taxe fixe et
+égale pour toutes les lettres, quelque distance qu'elles aient à
+parcourir.
+
+Comme tous les droits et tous les besoins sont égaux en France, comme
+tout le monde reçoit et expédie des lettres à de courtes comme à de
+longues distances, toutes ces distances devraient se confondre pour
+l'administration dans une distance totale, ou, pour mieux dire, dans un
+prix moyen du service rendu; car ce prix de service rendu n'est égal que
+considéré relativement à tous, et il est toujours inégal si on le
+compare à la dépense réelle du transport d'une dépêche, eu égard à la
+distance parcourue.
+
+En effet, il existe en France, indépendamment des services en
+malle-poste, dix-sept cents services de transport de dépêches par
+entreprise[44]. La dépense qu'ils entraînent pour le trésor n'est pas
+toujours en rapport avec la distance parcourue par les entrepreneurs. De
+ces entrepreneurs, en effet, les uns sont propriétaires de voitures
+publiques, et trouvent dans le transport des voyageurs, lorsque la route
+qu'ils desservent est suivie, un ample dédommagement au modeste prix
+annuel auquel la concurrence les a contraints de réduire leurs
+prétentions; les autres, placés sur une route peu fréquentée, ont
+demandé et obtenu un prix élevé, parce qu'ils n'ont pas craint de
+concurrence; d'autres, exploitant des services à pied, se soutiennent
+par les commissions qu'ils font en route; d'autres enfin, marchant à
+cheval et obligés à une exploitation spéciale, sont pour
+l'administration le sujet d'une dépense souvent hors de toute proportion
+avec la taxe du petit nombre de lettres qu'ils transportent; presque
+nulle part enfin la dépense réelle n'est en rapport exact avec le
+montant de la taxe des lettres transportées.
+
+[Note 44: Voir la note page 10.]
+
+Les services en malle-poste eux-mêmes, dont la dépense est réglée
+d'après la distance réellement parcourue, et dont les frais semblent se
+multiplier régulièrement par le nombre des postes à franchir, ne sont
+pas en rapport non plus avec les recettes en port de lettres, que
+transportent ces malles; car la malle-estafette de Paris au Havre, par
+exemple, ne coûte que 6 f. 75 c. par poste, marche avec une rapidité
+double et produit trois fois plus de recette que la malle de Besançon,
+dont la dépense est de 7 fr. 95c. par poste[45]: la taxe de distance
+relative devrait donc être moindre sur la route du Havre que sur celle
+de Besançon.
+
+[Note 45: Les malles-estafettes n'emploient que deux chevaux. Les
+grandes malles, et la malle de Besançon en est une, en ont quatre, mais
+le salaire du courrier et du postillon sont moins élevés de 25 c. pour
+celles-ci.]
+
+Concluons de ce qui précède, que les frais résultant du transport des
+dépêches ne sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec le
+prix de la taxe des lettres: cette taxe ne peut donc pas être considérée
+exactement comme le prix proportionnel du service rendu.
+
+S'il s'agissait du seul transport de deux lettres envoyées par un
+courrier spécial, l'une à Marseille et l'autre à Chartres, il serait
+juste que la taxe de la lettre pour Marseille fût plus forte que pour
+Chartres, parce que les dépenses faites par un courrier qui se rend à
+Marseille sont plus élevées que celles d'un courrier qui ne va qu'à
+Chartres; si le même envoyeur remettait séparément au même courrier dix
+mille lettres pour Marseille et dix mille lettres pour Chartres, le cas
+serait encore le même; mais si l'envoyeur remettait au courrier vingt
+mille lettres non triées pour Marseille et pour Chartres, qu'il fallût
+que la personne chargée du service emportât ces lettres chez lui, les
+triât, les formât en paquets étiquetés, enveloppés et cachetés, le cas
+deviendrait différent, car voilà d'autres soins, d'autres travaux,
+d'autres frais qui apparaissent; ce sont ceux dont est chargée
+l'administration des postes; frais d'exploitation qui s'appliquent aussi
+bien aux lettres de Chartres qu'à celles de Marseille. Il y aurait donc
+lieu déjà à une espèce de compensation entre ces deux prix de taxe de
+Marseille et de Chartres, qui résulterait de l'addition au prix inégal
+du transport, d'un prix égal de frais de régie et d'exploitation. Mais
+cette compensation ne deviendrait-elle pas nécessaire encore, si, au
+lieu des lettres pour Chartres et pour Marseille, on prenait en
+considération les lettres adressées à toutes les villes de France,
+lettres que nous supposons toutes préalablement, non-seulement déposées,
+triées, taxées, comptées et enveloppées à Paris, mais encore dans les
+quinze cents autres bureaux de poste en France, et adressées, soit à
+Paris, soit de Paris à chacun des quinze cents bureaux? Ajoutons à ces
+frais de régie les frais de distribution dans les villes et dans les
+campagnes, et nous pourrions être autorisés à conclure que la taxe d'une
+lettre de Paris à Marseille, fixée à 1 franc, et celle de Paris à
+Chartres à 3 décimes, sont des taxes injustement réglées, car elles ont
+été basées sur la distance parcourue, et qu'on n'a pas eu égard aux
+frais de personnel et de régie des postes, qui sont à peu près les mêmes
+dans tous les bureaux et qui devaient affecter par égale partie la taxe
+de toutes les lettres. La seule différence qui devait exister dans la
+taxe des lettres entre ces deux villes, devait être, pour une partie
+seulement de cette taxe, la différence qui existe réellement entre les
+frais de transport sur les deux routes, non pas seulement eu égard à la
+distance à parcourir, mais bien eu égard aux frais réels qui résultent,
+pour l'administration, du parcours de cette distance. Cependant nous
+avons vu que les dépenses résultant du parcours, variaient selon le mode
+d'exploitation des services, la rapidité de leur marche, et des
+circonstances de localité indépendantes du service des dépêches. La
+dépense en frais de transport n'est donc pas appréciable si l'on veut le
+faire exactement.
+
+Les frais de régie et de personnel entrent pour 9,500,000 fr. dans les
+dépenses de l'administration des postes; les frais de transport, de
+dépêches, tant en malle-poste que par entreprise, pour 9,600,000
+fr.[46]. La portion de la taxe des lettres qui pourrait être affectée
+par le port proportionnel à la distance parcourue, ne devrait donc être
+que de la moitié à peu près de la taxe totale, c'est-à-dire 9,600,000
+fr., et l'autre moitié devrait être considérée comme une taxe fixe,
+applicable également à toutes les lettres en circulation. Enfin les
+9,600,000 fr. prix du transport, pourraient très-rationnellement aussi
+servir de base à l'établissement d'une taxe fixe, si l'on considère que,
+comme nous l'avons dit, les longues distances compensent les courtes
+distances; que chaque particulier doit, dans l'ordre naturel des choses,
+être dans le cas d'expédier des lettres à toutes sortes de distances, et
+qu'il y aurait enfin compensation pour les correspondants, comme pour
+l'administration, dans l'adoption d'une taxe moyenne à appliquer aux
+lettres, quelque distance qu'elles eussent à parcourir.
+
+[Note 46: Voir le compte définitif des dépenses de l'année 1836:
+
+Chap. 40. Personnel et matériel, 9,509,295 fr. 83 c.
+Chap. 41. Transport des dépêches, 9,658,194 65
+]
+
+La taxe fixe, d'autre part, présente à l'exécution des avantages
+immenses pour le service des postes et pour le public. Son adoption
+produirait immédiatement les résultats suivants:
+
+1º La taxation des lettres deviendrait plus facile;
+
+2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feraient plus
+sûrement et plus rapidement;
+
+3º Enfin, il pourrait être dressé dans les bureaux de poste un compte
+numérique des lettres, précieuse garantie pour la sûreté des
+correspondances.
+
+Passons en revue chacun de ces avantages; ce nous sera une occasion
+d'entrer dans l'examen de quelques parties du service des postes, qui
+doivent être connues; nous dirons ensuite à quel taux devrait être
+établie cette taxe fixe dont nous proposons l'adoption.
+
+1º L'application des taxes deviendra plus facile.
+
+Si quelque chose, en effet, est encore incommode, gênant, difficile à
+comprendre, irrégulier et arbitraire en apparence dans le service des
+postes, ce sont les chiffres de taxe apposés sur les lettres. Pourquoi
+ces signes de convention, ces hiéroglyphes que personne ne comprend, qui
+cachent les adresses à moitié et sont eux-mêmes cachés sous les timbres
+de toute couleur, timbres noirs, timbres bleus et timbres rouges,
+destinées à constater l'arrivée, le départ ou la réexpédition des
+lettres? Pourquoi ne pas se servir de chiffres ordinaires qui puissent
+être compris par tout le monde, et surtout par le public qui doit
+acquitter le port de la lettre?
+
+Les chiffres de taxe, en effet, ne sont pas à l'usage seulement des
+employés des postes, tout le monde doit pouvoir les lire; et cependant
+on peut penser que beaucoup de personnes, même parmi les employés des
+postes, doivent être fort embarrassés, lorsqu'il s'agit de les
+déchiffrer. Nous entendons parler des facteurs ruraux, gens très-peu
+lettrés en général, qui connaissent bien le petit timbre rouge qui les
+autorise à percevoir un supplément de deux sous, mais qui doivent se
+trouver fort empêchés quand il s'agit d'additionner ce décime avec les
+taxes principales qu'ils doivent aussi percevoir pendant leur tournée,
+et dont les signes représentatifs ne sont pas plus semblables au chiffre
+de leur décime, qu'aux autres chiffres qu'ils ont pu voir ailleurs.
+
+Nous pensons donc que ce serait une bonne mesure que de supprimer les
+chiffres de taxe actuels, et de les remplacer par d'autres qui fussent à
+la portée de tout le monde, dans le cas même où la diminution du nombre
+des degrés des taxes ne donnerait pas à l'administration des postes les
+moyens d'arriver à un résultat encore plus rapide, au moyen d'un timbre,
+ce que nous proposerons tout à l'heure; et cette opération serait
+singulièrement facilitée par l'adoption d'une taxe fixe.
+
+2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feront plus
+facilement et plus rapidement.
+
+En effet, l'intérêt bien entendu des recettes exige que l'expédition des
+courriers ait lieu aussitôt que possible après la levée des boîtes, et
+que la distribution des lettres suive aussi de très-près l'arrivée des
+courriers. Mais la taxe des lettres joue le plus grand rôle dans la
+confection d'une dépêche; et si, dans le nombre des opérations qui
+accompagnent le départ et l'arrivée des courriers, l'opération si longue
+et si difficile de l'appréciation de l'apposition, du compte et de la
+vérification des taxes, pouvait être simplifiée, on voit qu'on en
+obtiendrait immédiatement un grand résultat d'accélération.
+
+Pour nous en rendre bien compte, passons en revue les opérations qui
+précèdent, accompagnent et suivent la confection d'une dépêche.
+
+Les lettres retirées pêle-mêle des boîtes doivent être relevées d'abord,
+et placées dans l'ordre de leur recto, de manière à recevoir un timbre
+sur leur suscription. Le timbre de départ ainsi appliqué sur toutes, on
+procède à leur taxe. Ces lettres sont de toutes formes et de poids
+différents, et il est nécessaire de composer une taxe spéciale pour
+chacune d'elles: il faut donc d'abord apprécier leur pesanteur, et comme
+les degrés de l'échelle de pesanteur sont très-rapprochés, cette
+appréciation ne peut se faire que difficilement à vue d'oeil: pour agir
+sûrement, il faut en peser un très-grand nombre; ensuite il convient de
+calculer quelle est la taxe à faire subir à la lettre, eu égard à la
+distance qui sépare le point de destination donné par l'adresse, de
+celui de l'origine de la lettre indiqué par le timbre, soit que la
+lettre parte de la ville même où la taxe s'opère, soit qu'elle vienne de
+plus loin; on constate alors le poids en chiffres au coin de la lettre,
+si elle dépasse le poids de 7 gr. 1/2. afin de justifier l'accroissement
+du port; on cumule ensuite les deux taxes de distance et de poids, et on
+les exprime enfin sur la suscription avec une grosse plume par un seul
+chiffre qui couvre ordinairement toute la hauteur de la suscription.
+
+Après cette opération si délicate, si difficile, enfin si longue,
+puisque le résultat en est différent pour chaque lettre, le compte
+général de ces diverses taxes est fait, porté sur la première lettre du
+paquet, reporté sur autant de feuilles d'avis qu'il y a de bureaux de
+poste, entre lesquels les lettres sont divisées; les lettres
+affranchies, recommandées, chargées, les paquets administratifs et les
+journaux sont réunis aux lettres taxées, et cela selon des formes
+particulières; le tout est empaqueté, ficelé, cacheté, enregistré,
+recommandé de nouveau, et enfin livré aux courriers.
+
+On conçoit que, dans cette série d'opérations, celle de la taxe doit
+prendre au moins les 4/5 du temps consacré à toutes. Mais cette perte
+d'un temps précieux n'est pas le seul inconvénient qu'entraîne
+l'opération de la taxe. La précipitation qui l'accompagne ordinairement,
+fait qu'une vérification importante, celle du poids de la lettre, est le
+plus souvent négligée: passé 7 gr. 1/2, le port de la lettre
+s'augmentent de moitié; mais, dans le doute sur le poids d'une lettre,
+dominé par la crainte du retard que peut causer l'opération de la pesée,
+entraîné peut-être aussi par un instinct de fatigue ou de négligence
+naturelle, dont nous devons nécessairement tenir compte dans notre
+appréciation sincère, l'employé la mettra au nombre des lettres simples;
+car, s'il taxe au-dessous du tarif, il n'y aura pas de plainte de la
+part du particulier ni de responsabilité pour lui; ce qui pourrait avoir
+lieu, au contraire, s'il apposait une taxe trop élevée. Enfin s'il est
+payé à remises sur sa recette, cette considération ne le touche pas non
+plus, car la taxe des lettres qu'il expédie est une recette qu'il crée,
+et qu'il n'est pas chargé de réaliser.
+
+Cependant la perte pour le trésor est réelle et presque irréparable;
+car, au point d'arrivée, le receveur qui est pressé de faire sa
+distribution, ne relèvera pas l'erreur; ce n'est pas trop affirmer que
+de dire que la dixième partie environ des lettres dont le poids dépasse
+7 gr. 1/2 présente ce caractère douteux, et que si la moitié seulement
+de ces lettres échappe au supplément de taxe, la perte annuelle pour le
+trésor est d'environ 500,000 fr.[47].
+
+[Note 47: En effet, les lettres pesantes sont dans la proportion d'un
+dixième de la totalité des lettres taxées circulant dans les postes. Le
+nombre total des lettres étant 79 millions, le dixième est 7,900,000
+lettres; si de ces lettres pesantes, la moitié ou 3,950,000, présentent
+le caractère douteux de lettre simple ou de lettre double et doivent
+être pesées, et qu'enfin moitié de ces 3,950,000, ou 1,975,000, quoique
+réellement pesantes, soient taxées comme simple, en supposant le montant
+de la perte à 25 c. par lettre, qui représente le demi-port en sus du
+taux moyen de 50 c. La perte doit être annuellement pour le trésor de
+493,750 fr.]
+
+A chaque point d'arrivée d'une dépêche, la vérification et le compte des
+taxes présentent de nouveaux retards et de nouvelles difficultés.
+
+En effet, à l'arrivée, l'opération est plus longue, car le receveur est
+intéressé à constater exactement le montant des valeurs qu'on lui
+envoie, et dont il est responsable: il faut que les particuliers
+attendent, jusqu'à ce qu'il ait reconnu son compte, qu'il ait constaté
+soigneusement les différences qu'il y trouve en plus ou en moins. Mais
+on ne concevra bien la difficulté de cette opération, que lorsqu'on
+saura que la dépêche de Paris pour Rouen, par exemple, est composée de
+mille à douze cents lettres dont les taxes de toutes sortes représentent
+une valeur totale de 700 à 900 fr. Or, ces lettres de toutes formes sont
+frappées de taxes toutes inégales depuis 4 jusqu'à 10 décimes au plus;
+pour les compter, il faut prendre les lettres une par une, les ajuster,
+les aligner, les partager par sommes de 20, de 50 ou de 100 fr.; et
+quand tout est fini, et qu'une demi-heure a été employée à ce travail,
+s'il se trouve une différence dans la somme des taxes avec le compte
+écrit sur la feuille, il faut recommencer, et constater la différence;
+séparer ensuite les lettres distribuables dans la ville, de celles qui
+doivent être portées dans la campagne, ou réexpédiées à un autre bureau;
+mettre à part celles qui doivent être frappées d'une taxe
+supplémentaire; constater cette dernière taxe; enfin faire un compte
+séparé à chaque facteur de la ville ou de la campagne: toutes choses
+fort délicates, nous le répétons, parce qu'elles impliquent la
+responsabilité du préposé, et partant fort longues, et qui seraient
+considérablement abrégées si les lettres classées dans les dépêches par
+séries et par catégories de taxes fixes, pouvaient, au moyen d'un simple
+compte numérique, former un montant total de décimes facile à établir et
+à vérifier.
+
+Que sera-ce donc lorsqu'il s'agira pour un bureau de recevoir et
+d'expédier plusieurs dépêches par jour venant du même point, si un jour
+nous nous servons des chemins de fer? Le service de transport des
+dépêches entre Liverpool et Manchester est à quatre ordinaires par jour,
+et le produit de la correspondance entre ces deux villes seules s'élève
+annuellement à 11,000 liv. st. (ou 275,000 fr.). Mais on comprend que,
+pour que le public soit à même de profiter de cette grande accélération
+de la marche de ses lettres et de la prompte arrivée des réponses, il
+faudra que dans l'intervalle des arrivées aux départs des courriers, la
+distribution des lettres se fasse avec toute la promptitude possible. Ce
+sera dans ces cas-là surtout que l'accélération dans la distribution
+devra suivre l'accélération dans la marche des courriers, et que toutes
+les longueurs qu'entraînent l'application des taxes au départ, leur
+reconnaissance et leur collection à l'arrivée, devront être évitées. En
+effet, lorsque la lettre a parcouru un espace tel que ce parcours a
+entraîné un délai de vingt-quatre heures ou plus, il peut ne pas
+paraître extraordinaire que la reconnaissance des dépêches et la
+distribution des lettres entraîne un nouveau délai de quatre ou cinq
+heures. Mais, lorsque la dépêche n'aura mis qu'une demi-heure à venir,
+on trouvera ridicule une distribution aussi lente, et si elle doit se
+répéter trois ou quatre fois par jour, il faudra bien alors accélérer la
+remise des lettres dans une proportion égale, sous peine d'être obligé
+de distribuer plusieurs courriers à la fois.
+
+3° Enfin, il pourra être fait un compte numérique des lettres,
+précieuses garanties pour la sûreté des correspondances.
+
+Supposons pour un moment qu'on puisse arriver à simplifier assez le
+tarif pour qu'il suffise de compter le nombre des lettres renfermées
+dans la dépêche, pour établir un montant général de taxe; n'y aurait-il
+pas dans ce système, indépendamment de l'avantage d'un comptage plus
+rapide, un autre résultat plus précieux encore qui permettrait à
+l'administration des postes d'obtenir le nombre exact des lettres
+qu'elle reçoit et qu'elle expédie, inappréciable garantie contre les
+vols de lettres?
+
+Mais comment au contraire obtenir le compte exact des lettres à
+l'arrivée des dépêches, tant que ces dépêches seront composées de
+lettres toutes différentes de poids, de forme et de taxe. Le comptage
+par unités qui est l'opération la plus facile, lorsqu'il s'agit d'objets
+de même espèce, serait, dans l'ordre de choses actuel, une obligation
+presque impossible, si elle devait être remplie rigoureusement: cette
+justification a souvent été demandée aux employés; mais, dans le désir
+de ne pas retarder davantage la distribution des lettres, on n'a pas
+insisté, et l'administration ne l'a jamais obtenue. Qu'arrive-t-il
+cependant en l'absence de ce document? c'est qu'un employé ou un
+facteur, en consentant à perdre le montant de la taxe, peut facilement
+soustraire une lettre contenant une valeur, et se couvrir de cette
+perte, et bien au-delà, par le produit de son vol. Il n'en serait plus
+de même si les lettres passaient comptées de mains en mains, jusqu'au
+facteur qui doit les remettre à destination.
+
+D'autre part la mise en charge de ce facteur deviendrait bien plus
+rapide, si le compte seul des lettres pouvait, au moyen de taxes égales,
+former un montant de sommes rondes et faciles à établir. Dans ce cas, un
+simple chiffre pourrait exprimer et le nombre des lettres, et la taxe
+mise à la charge du facteur, comme cela se pratique déjà pour les
+lettres distribuées dans les communes dont la taxe supplémentaire est de
+1 décime, et qui sont données aujourd'hui en nombre aux directeurs et
+aux facteurs, non pas dans une pensée de conservation pour ces lettres,
+mais bien parce que ces sortes de lettres valent 1 décime fixe de plus
+que les autres. Soit dix lettres, 10 décimes ou 1 fr.; vingt-cinq
+lettres, 25 décimes ou 2 fr. 50 c.
+
+La distribution de ces lettres ainsi taxées deviendrait ensuite beaucoup
+plus prompte encore (et nous ne saurions trop appuyer sur cette
+nécessité d'une accélération considérable dans la distribution) si l'on
+pouvait, comme nous en indiquerons les moyens, n'avoir dans le service
+des postes que des lettres affranchies à l'avance.
+
+En effet la distribution des lettres franches est plus rapide que celle
+des lettres dont le port est à recouvrer, et cela dans une proportion
+dont il est difficile de se faire une idée. Dans une enquête faite en
+Angleterre sur les affaires du post-office en 1828[48], il a été
+constaté que dans le district de Lombard-Street à Londres, une
+demi-heure seulement avait suffi pour distribuer cinq cent soixante-dix
+lettres franches, et qu'il avait fallu une heure et demie pour remettre
+soixante-sept lettres taxées. Semblable examen n'a pas été fait en
+France, mais il n'y a nul doute qu'il produisît un résultat à peu près
+semblable. La remise d'une lettre franche ne demande pas l'emploi de
+plus de quelques secondes; mais l'examen de la taxe de la part de la
+personne qui reçoit la lettre, quelques mots d'explication nécessaires,
+enfin l'échange de la monnaie, peuvent entraîner l'emploi de plusieurs
+minutes pour la remise d'une lettre taxée. En Angleterre, il est vrai,
+comme les maisons n'ont qu'un seul locataire, il n'est pas nécessaire
+que le facteur appelle et attende que le destinataire descende pour lui
+remettre la lettre, ainsi qu'il est souvent pratiqué chez nous; mais le
+facteur anglais, d'autre part, doit frapper à une porte qui est toujours
+fermée et attendre plus ou moins longtemps que quelqu'un vienne pour la
+lui ouvrir. La perte de temps se trouve donc balancée dans les deux
+pays, et, en France comme en Angleterre, la distribution d'une lettre
+taxée entraîne environ onze fois plus de temps que la remise d'une
+lettre franche. Soit huit secondes pour celle-ci, et une minute et demie
+pour la lettre taxée, le temps employé pour le parcours de maison à
+maison compris; ainsi la distribution de cent vingt lettres taxées
+exigerait trois heures, et la remise de cent vingt lettres franches
+seulement seize Minutes.
+
+[Note 48: Dix-huitième Rapport de la Commission d'enquête, page 54.]
+
+Si l'on veut se rendre compte ensuite des frais que nécessiteraient le
+transport et la distribution d'une espèce de lettres dont le port serait
+acquitté d'avance et dont la taxe serait semblable pour toutes, on peut
+prendre pour exemple le Penny-Magazine[49] qui s'envoie et se distribue
+à domicile dans toute l'Angleterre, au nombre de plus de cent cinquante
+mille exemplaires, et qui est rendu au domicile de chaque abonné franc
+de tous frais, moyennant 2 sous de notre monnaie par numéro. Pour cette
+modeste somme, indépendamment du transport et de la distribution, les
+publicateurs doivent encore subvenir aux frais de l'impression de huit
+pages in-4° en petit texte, et à la composition et au tirage de
+nombreuses gravures sur bois qui ornent le livre; chacun sait cependant
+que cette entreprise offre des bénéfices considérables aux
+propriétaires. Pour combien peu doivent donc entrer dans ces 2 sous les
+frais de transport et de distribution de l'imprimé[50]?
+
+[Note 49: Voir: Post-office reform, by Rowland Hill.]
+
+[Note 50: M.R. Hill estime les frais de factage pour ces sortes de
+publications en Angleterre, à 1/5 de penny (1 c. 1/4).]
+
+Concluons provisoirement de tout ceci que, dans l'intérêt de la rapidité
+de la distribution des lettres, il faut viser à faire entrer dans le
+service des postes le plus de lettres possible dont le port soit fixe,
+et ait été payé d'avance.
+
+Et pendant que nous nous occupons de démontrer les avantages d'une taxe
+fixe, passons encore en revue ici quatre sortes de taxes particulières:
+1º la taxe des lettres de la ville pour la ville, 2º la taxe des lettres
+écrites par les soldats, 3º la taxe des lettres circulaires, 4º enfin la
+taxe des lettres étrangères; et voyons comment ces quatre sortes de
+lettres pourraient être affectées par l'établissement d'une taxe
+uniforme.
+
+1° La taxe des lettres de la ville pour la ville est aujourd'hui
+progressive; mais cette progression ne s'applique qu'aux conditions du
+poids de la lettre: en effet, là il n'y avait pas de transport
+appréciable, mais bien seulement distribution des lettres, et quand il
+s'agissait de déterminer le prix de port, leur poids seul devait être
+pris en considération.
+
+L'échelle de poids en usage pour la taxe des lettres de la ville pour la
+ville est plus large que celle que nous avons vu s'appliquer aux lettres
+qui doivent parcourir une certaine distance hors de la ville d'où elles
+partaient. Au lieu de 7 gr. 1/2, la taxe simple permet un poids de 15
+gr.; de 15 gr. elle va à 30, et ensuite elle s'augmente de 30 en 30 gr.
+d'un demi-port primitif.
+
+Cette échelle de taxe, quoique plus simple que l'autre, pourrait être
+encore simplifiée. Les lettres que s'écrivent des particuliers de la
+même ville sont très-rarement doubles, excepté s'ils s'envoient des
+papiers d'affaires, ou des paquets; dans ce cas, il faut que
+l'administration détermine jusqu'à quel poids elle consent à transporter
+ces paquets, et qu'elle fixe, pour ceux-ci comme pour les lettres, un
+port modéré; car c'est surtout dans l'intérieur de la même ville, qu'on
+cesserait d'employer l'entremise de la poste, si le prix de transport
+était trop élevé. Il n'est guère supposable que, dans une lettre de la
+ville pour la ville même, on s'avisât de réunir plusieurs lettres
+adressées à divers particuliers pour ne payer qu'un port; car il
+faudrait dans ce cas que le destinataire fit porter les incluses à
+domicile, et autant vaudrait que l'envoyeur prît ce soin lui-même. Ces
+lettres sont donc toujours simples, dans le sens que nous attachons à ce
+mot. Ce sont des lettres adressées par la même personne à la même
+personne; ce sont des invitations, des avis, des notes; et lorsque ces
+lettres sont plus pesantes, ce sont des paquets de diverses espèces que
+l'administration des postes peut transporter avec avantage, au-dessous
+d'un certain poids qu'elle aura fixé.
+
+Il ne faudrait donc pour ces correspondances que deux taxes fixes, et
+toutes deux très-modérées, savoir, celle des lettres et celle des
+paquets. Et dans la crainte que le public n'usât pour ses commissions de
+ce dernier mode de distribution, jusqu'à rendre la distribution des
+facteurs impossible, il serait bon de fixer à 100 gr., par exemple, le
+maximum du poids des paquets, et de régler ainsi la taxe: 1 déc. pour
+les lettres de 0 à 50 gr., et 2 déc. pour les lettres de 50 gr. à 100
+gr. Nous dirons tout à l'heure comment cette taxe serait appliquée.
+
+Cette taxe de 1 déc. et de 2 déc. selon le poids, serait encore
+applicable aux lettres envoyées d'un bureau de poste à un bureau de
+distribution avec lequel il correspondrait directement, ou de ce bureau
+de poste à chacune des communes de son arrondissement, ou enfin de
+commune à commune dans le même arrondissement. En effet la distance de
+chacun de ces points à l'autre, n'est pas appréciable postalement
+parlant, car la distance dans les postes ne se calcule que de bureau de
+poste à bureau de poste. Et sous le rapport des conditions du poids des
+lettres, tout ce que nous avons dit des lettres de la ville pour la
+ville, devrait être applicable à celles que nous venons de mentionner
+ici.
+
+Les trois autres espèces de taxe de lettres sont, pour ainsi dire,
+exceptionnelles.
+
+2º Ainsi la taxe appliquée aujourd'hui aux lettres adressées aux soldats
+ou aux sous-officiers sous les drapeaux est d'une somme fixe de 25
+cent., quelle que soit la distance parcourue dans le royaume. Cette taxe
+devrait être fixée au prix le plus bas des taxes perçues, soit à 1 déc.
+fixe par lettre, toujours à la condition que cette lettre ne
+renfermerait pas d'incluses, et le trésor, en faisant un acte de justice
+à l'égard d'hommes qui reçoivent par jour un si faible traitement en
+argent, obtiendrait peut-être en définitive, sur cette nature de
+correspondance, une recette annuelle plus élevée.
+
+3º La taxe des lettres d'avis, de mariage, de décès, etc., est une taxe
+d'imprimés, car elle est payée d'avance, et la loi[51] dit que ces
+lettres ne devront pas contenir d'écriture à la main, et seront pliées
+du manière à pouvoir être facilement vérifiées. Ces avis cependant,
+admis sous forme de lettres cachetées, paient un port fixe de 5 cent. ou
+de 1 déc., selon qu'ils sont destinés pour la ville même où ils ont été
+remis à la poste, ou qu'ils sont envoyés dans d'autres bureaux de poste
+du royaume. Cette taxe est modérée, elle est rationnelle et nous
+proposerions de la conserver. En effet, bien que les frais de transport
+et de distance de ces sortes de lettres soient les mêmes pour
+l'administration que ceux résultant du transport de toutes les autres
+lettres des particuliers, elles offrent un intérêt moindre pour ceux-ci,
+et il importe à l'administration des postes de les faire rentrer dans
+son service par un abaissement de la taxe; c'est le principe que nous
+avons invoqué partout.
+
+[Note 51: Loi du 15 mars 1827.]
+
+4º Enfin un système de taxation modéré n'affecterait pas non plus les
+conditions du prix de transmission des lettres aux pays étrangers.
+
+Les lettres qui se transmettent de France à l'étranger, et de l'étranger
+en France, sont généralement remises au poids, et le prix est fixé pour
+chaque once ou 30 gr. pesant, quel que soit le nombre des lettres que ce
+poids de 30 gr. renferme. Le prix de transmission est réciproque; il est
+généralement réglé par un traité, et proportionné à la distance que les
+lettres ont parcourue, ou doivent parcourir, pour arriver à la
+frontière. Les rayons de taxe que l'on fait à cette occasion, n'ont pas
+de rapports nécessaires avec les taxes établies pour le parcours
+intérieur. Ceux-là sont arbitrairement réglés, non par la loi, mais par
+le traité, et sont mis en rapport avec les taxes de distances des pays
+étrangers. On voit donc que l'abaissement de nos taxes intérieures
+n'aurait pas pour conséquence de faire baisser les prix qui sont payés à
+l'administration des postes françaises pour le transport des lettres
+étrangères envoyées en transit par la France, et ne changerait rien aux
+traités faits ou à faire à ce sujet. Si les taxes françaises, plus
+modérées que les taxes étrangères, devaient provoquer, de la part des
+pays limitrophes, une demande d'abaissement sur le prix du transit en
+France, la France, à son tour, demanderait un abaissement proportionnel
+sur le prix du transit des lettres étrangères qu'elle est obligée
+d'acquitter. Tout serait donc égal entre les parties; et la France
+jouirait, d'une manière plus étendue, du bénéfice d'une réduction qui,
+si elle est bonne, ne pourrait pas perdre à être généralisée.
+
+Maintenant, comme transition à la proposition d'une réduction de la taxe
+en général qui doit être le résultat de l'établissement d'une taxe fixe,
+et avant de passer à la fixation du prix de port des lettres circulant
+de ville à ville, disons que si, par une heureuse disposition,
+l'administration pouvait augmenter tout à coup considérablement le
+nombre des lettres en circulation, les frais de transport
+n'augmenteraient pas dans la même proportion, parce que les moyens
+d'exploitation sont organisés de manière à transporter, sans aucune
+augmentation de dépenses, une beaucoup plus grande quantité de lettres
+que celles qui circulent aujourd'hui.
+
+En effet, examinons quelle est la dépense d'un service en malle-poste,
+le plus cher de tous les services, et voyons quel est le nombre des
+lettres que cette malle pourrait transporter.
+
+Soit la malle-poste de Paris à Marseille, dont le parcours est le plus
+long. La dépense se compose par poste:
+
+1º Du prix de l'emploi de quatre chevaux. 4 f. 50[52].
+2º Du salaire du courrier. 1 25
+3º Du salaire du postillon. 1 25
+4º Des frais d'entretien et de
+ renouvellement de la voiture. 0 60[53].
+ -------
+Total par poste. 7 60
+
+[Note 52: C'est le prix payé presque partout, sauf quelques indemnités
+données dans les localités difficiles.]
+
+[Note 53: Le bail est à 59 c. 3/4 par poste.]
+
+La distance étant de 100 postes, la dépense totale pour une course de
+Paris à Marseille est donc 760 fr. Le magasin de la malle de Marseille
+peut contenir un poids de 600 kilogrammes environ de lettres et de
+journaux. Supposons que la malle ne transporte un jour que des journaux
+ou des imprimés; chaque feuille pouvant représenter un poids de 7 g. 1/2
+et 600 kilogrammes étant égaux à 80,000 fois le poids de 7 g. 1/2, on
+transporterait donc 80,000 imprimés, et la recette, à raison de 4 cent.
+l'un, serait d'environ 3,200 fr., c'est-à-dire plus de 4 fois plus
+élevée que la dépense.
+
+Supposons maintenant que le magasin de la malle fût rempli de lettres
+seulement; le poids d'une lettre simple ne doit pas dépasser 7 g. 1/2,
+mais lorsque les lettres sont réunies, on compte généralement le poids
+des lettres sur le pied de 5 grammes par lettre simple: dans 600 kil. il
+se trouverait cent vingt mille fois 5 gr., autrement dit 120,000 lettres
+ou, enfin 120,000 fr., puisque la taxe d'une lettre de Paris à Marseille
+est de 1 fr. La recette serait donc égale ici à peu près à cent
+cinquante-cinq fois la dépense.
+
+Supposons enfin que le magasin de la malle contînt moitié lettres et
+moitié journaux, la recette serait encore de 61,600 fr., ou égale à
+quatre-vingt-cinq fois la dépense.
+
+Nous ne comptons pas ici les trois places de voyageurs qui donnent dans
+tous les cas 450 fr. par voyage, c'est-à-dire les deux tiers de la
+dépense, lorsqu'elles sont occupées.
+
+Cependant le montant actuel de la taxe des lettres et des journaux
+envoyés de Paris aux 274 bureaux de poste desservis par la malle-poste
+de Marseille, n'est que d'environ 3,083 fr. par jour.
+
+Si la taxe était réduite, par exemple, à 20 c. par lettre simple, la
+recette serait, pour cent vingt mille lettres, de 24,000 fr. par voyage,
+c'est-à-dire trente-une fois plus élevée encore que la dépense en frais
+de transport.
+
+Si l'on voulait enfin proportionner exactement la taxe fixe à apposer
+sur les lettres des particuliers aux frais de leur transport réel, la
+taxe moyenne d'une lettre simple de Paris à Marseille serait de 6 c.
+1/2, en supposant que la malle contînt autant de lettres qu'elle en
+pourrait contenir, c'est-à-dire 120,000.
+
+Il est vrai que dans tous ces calculs nous avons omis avec intention de
+parler des correspondances administratives. Mais dans l'hypothèse d'un
+accroissement dans le nombre des lettres des particuliers aussi
+considérable que celui que nous avons supposé, on pourrait donner aux
+correspondances administratives dans les malles-postes la place
+qu'occupent aujourd'hui les voyageurs et leur bagage, et on ne
+renoncerait qu'à un produit variable de 4 fr. 50 cent. par poste.
+
+Un accroissement même considérable dans le nombre des lettres
+n'augmenterait pas non plus les frais de transport des dépêches par
+entreprise. Les marchés ne stipulent pas la pesanteur des paquets de
+lettres, et les voitures qu'emploient en général les entrepreneurs pour
+le transport des voyageurs et des marchandises, suffiraient à toutes les
+exigences possibles en ce genre.
+
+Il reste donc démontré que, quel que soit le nombre des lettres à
+transporter, le montant de leur taxe suffira toujours à payer les frais
+de leur transport; qu'il y aura toujours spéculation avantageuse pour
+l'administration à transporter des lettres, même train de malle-poste;
+et que, si elle était assez heureuse pour se voir obligée de doubler ses
+courriers, elle devrait s'applaudir de cette nécessité, non-seulement
+comme du symptôme d'un accroissement immense dans la prospérité
+publique, mais encore comme d'une source certaine d'accroissement de
+produit pour sa régie.
+
+Quant aux frais actuels d'exploitation du service des postes, autres que
+les dépenses du transport, il n'y a pas lieu de croire qu'ils
+s'augmentassent beaucoup non plus par l'accroissement du nombre des
+lettres. Il est vrai que l'administration a plusieurs fois appuyé ses
+demandes de crédit pour l'augmentation de son personnel, sur le nombre
+toujours croissant des lettres en circulation, probablement parce que
+cet argument était plus sensible pour les Chambres et pour le public, et
+qu'il était juste avec le système actuel de taxation; mais, en réalité,
+l'accroissement du nombre des lettres n'augmenterait pas le travail des
+directeurs, si la taxe était fixe. En effet, la partie la plus pénible
+du service de ces agents consiste dans la nécessité de recevoir des
+courriers nombreux, souvent pendant la nuit; de rester de dix à douze
+heures par jour dans leur bureau, pour satisfaire aux réclamations d'un
+public exigeant; de former et de vérifier de nombreuses dépêches; enfin,
+et surtout, d'apposer, de compter et de vérifier une grande diversité de
+taxes; mais le nombre plus ou moins considérable des lettres serait peu
+de chose pour eux, si les taxes étaient claires, uniformes et acquittées
+d'avance.
+
+Mais si la taxe fixe est juste en principe, commode pour le public, et
+favorable à la sûreté et à la rapidité du service des postes, à quel
+taux conviendrait-il de la fixer? C'est ce que nous allons examiner
+maintenant.
+
+Une taxe fixe en France ne pourrait pas représenter exactement la
+moyenne entre toutes les taxes actuellement établies, parce que le port
+d'un nombre très-considérable de lettres, c'est-à-dire de celles
+justement qui sont envoyées à de courtes distances, se trouverait
+augmenté, quelquefois même doublé, ce qui n'est pas proposable. En
+effet, nous avons vu que la moyenne des taxes actuelles était environ 50
+cent., et aujourd'hui toutes les lettres simples envoyées à une distance
+de moins de 150 kilom., sont taxées à moins de 40 cent.
+
+Mais si aucune taxe parmi les lettres actuelles ne peut être augmentée,
+il convient donc d'adopter, comme taxe générale, la moins élevée de
+toutes, et c'est à cette conclusion que nous devions être forcément
+amené. Il paraît presque impossible qu'une taxe fixe pour toutes les
+lettres circulant en France ne soit pas réglée au prix de la plus basse
+des taxes actuellement en usage, soit 1 déc. par lettre simple circulant
+dans l'arrondissement du bureau de poste où elle a été confiée au
+service, et 2 déc. aussi par lettre simple, pour tout autre parcours
+dans l'étendue du royaume.
+
+Cherchons maintenant, et tout d'abord, à nous rendre compte du résultat
+financier de l'adoption d'un semblable tarif.
+
+Les 79 millions de lettres qui ont circulé en France en 1836[54] se
+divisent ainsi:
+
+[Note 54: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+5 millions environ de ces lettres étaient adressées à des habitants de
+l'arrondissement des bureaux mêmes où elles ont été confiées au service
+des postes.
+
+7 millions environ représentent les lettres de Paris pour Paris.
+
+Enfin la partie excédante, ou 67 millions, est le nombre des lettres qui
+ont été envoyées de bureau à bureau, et qui ont supporté la taxe
+progressive de poids et distance.
+
+Si les douze premiers millions de lettres, que l'on appelle
+dans les postes _correspondance locale_, eussent été
+taxés au taux fixe de 1 déc., la recette eût été 1,200,000
+
+Si les autres 67 millions eussent supporté
+une taxe fixe de 2 déc., cette partie de la
+recette eût été 13,400,000
+ ----------
+ Total 14,600,000
+
+Mais de combien pensera-t-on que le nombre total des lettres en
+circulation eût dû s'augmenter par une semblable réduction de taxe, et
+par la suppression presque totale de la fraude, qui en eût été sans
+doute la conséquence[55]? Des négociants ou des particuliers entretenant
+des correspondances entre Paris et Pau, par exemple, ne seraient-ils pas
+conduits à écrire beaucoup plus souvent, lorsque le port de leur lettre
+ne leur coûterait plus que 20 cent. au lieu de 1 fr.[56]? Cette habitude
+d'écrire, restreinte aujourd'hui par l'élévation du port, ne peut-elle
+pas s'étendre au point que chaque particulier rendrait au trésor public,
+en taxes réduites, des sommes quatre ou cinq fois plus fortes que celles
+qu'il paie aujourd'hui avec les taxes actuellement établies?
+
+[Note 55: La diminution du port doit faire rentrer dans le service
+45,500,000 lettres qui s'en échappent aujourd'hui. Voir page 26.]
+
+[Note 56: Et pour prendre un exemple dans une autre espèce de
+transports, ne pourrait-on pas affirmer que beaucoup de personnes qui
+employaient rarement les voitures de places, ont été conduites par
+l'économie du prix à se servir des voitures omnibus, et ensuite à les
+prendre si souvent, qu'à la fin de l'année, leur dépense en frais de
+transport est dix fois plus élevée qu'auparavant?]
+
+Supposons que le nombre des lettres ne se fût augmenté en 1836 que de
+cent cinquante pour cent, par suite de cet abaissement considérable de
+la taxe, c'est-à-dire que l'on n'eût obtenu que le double des lettres,
+plus moitié en sus, la recette n'aurait pas baissé même dès la première
+année, car cette recette eût été, d'après notre tarif réduit, de
+36,500,000 fr., et, avec le tarif actuel, les recettes de la taxe des
+lettres ne se sont élevées en 1836 qu'à 35,665,000 fr.[57].
+
+[Note 57:
+
+Service ordinaire, 33,733,256 fr.}
+Service rural, 1,932,476 } 35,665,732 fr.
+]
+
+Dans les années qui suivraient celle où l'abaissement du tarif aurait
+été adopté, la recette irait croissant, selon toute probabilité, si nous
+ne sommes pas trompé entièrement dans nos raisonnements relatifs à la
+nécessité de correspondre plus fréquemment, qui se fait sentir partout;
+aux inconvénients de la fraude pour les particuliers qui y ont recours;
+et enfin à l'accroissement des recettes trop peu considérables
+aujourd'hui, si on les compare aux produits du dixième des places des
+voyageurs dans les voitures publiques.
+
+Ainsi, dans l'hypothèse de la réduction de la taxe des lettres à 1 déc.
+et à 2 déc., ce ne sont pas seulement les frais du service qui seraient
+largement couverts par les recettes; mais ce seraient les recettes
+actuelles, lesquelles sont doubles des frais, qu'on pourrait avoir
+l'espoir de conserver, de voir s'augmenter même, en même temps qu'on
+satisferait à un devoir de moralité publique en facilitant les
+correspondances des classes pauvres, et aux besoins journaliers du
+commerce et de l'industrie, en diminuant le prix d'un service qu'ils
+doivent toujours et forcément employer.
+
+
+
+
+ CHAPITRE V.
+
+
+De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe.
+
+L'idée d'apposer les signes de taxe sur les lettres au moyen d'un
+timbre, est très-ancienne; en effet, elle est simple, et elle devait se
+présenter naturellement à l'esprit de ceux qui exploitaient le privilège
+des postes.
+
+En 1653, un Mr de Velayer, maître des requêtes, qui paraît être
+l'inventeur véritable du service de la petite poste à Paris[58], avait
+obtenu un privilége du roi pour l'établissement de boîtes aux lettres,
+qu'il avait placées aux coins des principales rues, boîtes qu'il faisait
+lever trois fois le jour par des hommes chargés de porter les lettres à
+leur adresse. On appelait ces boîtes _les boistes des billets_.
+
+[Note 58: Le service de la petite poste de Paris, à peu près tel qu'il
+existe aujourd'hui, a été établi définitivement en 1759.]
+
+«Mais en même temps (dit Pélisson, de qui nous empruntons les propres
+expressions)[59] il avait établi un bureau au palais où on vendait pour
+1 sou pièce certains billets imprimés et marqués d'une marque qui lui
+était particulière. Ces billets ne contenaient autre chose, sinon: _port
+payé_ le jour de l'an mil six cent cinquante-trois ou cinquante-quatre.
+Pour s'en servir, il fallait remplir le blanc de la date du jour et du
+mois auquel vous escriviez, et après cela vous n'aviez qu'à entortiller
+ce billet autour de celui que vous escriviez à votre ami, et les faire
+jeter ensemble dans la boiste[60].»
+
+[Note 59: Voir aux pièces à l'appui Note nº 1.]
+
+[Note 60: Lire aussi l'avertissement placé en note au recto du billet de
+Pisandre. L'envoi d'un billet port payé dans la lettre pour servir à
+affranchir la réponse demandée, est un moyen très-simple qui a été
+reproduit à peu près 200 ans plus tard par M. Rowland Hill, qui sans
+doute n'avait pas connaissance des billets de M. de Velayer.]
+
+Voilà bien le système du timbre et de l'affranchissement préalable tout
+à fait en application, quoique encore sur une petite échelle. Le
+développement du même système a été le sujet d'un mémoire adressé à
+l'administration des postes, il y a dix ans environ, par un respectable
+habitant de Paris[61], qui avait passé une partie de sa vie à
+poursuivre, souvent en vain, l'exécution de quelques projets utiles.
+
+[Note 61: M. Ler***.]
+
+D'autre part, lorsqu'on discuta, il y a quelques années, dans le
+parlement anglais, la question de savoir s'il ne convenait pas d'abolir
+le timbre des journaux, et d'y substituer un droit de poste, M. Charles
+Knight proposa de faire vendre des empreintes timbrées d'un penny, au
+moyen desquelles les particuliers affranchiraient les feuilles qu'ils
+auraient à expédier par la poste.
+
+Enfin ce système de taxation au moyen d'un timbre sec vient d'être
+développé en 1837 par M. Rowland Hill avec un talent et une netteté
+remarquables. C'est lui qui attribue à M. Knight l'idée première de ce
+moyen, mais il s'en empare aussitôt avec beaucoup d'avantages, pour en
+faire une large application. M. Hill propose l'adoption d'une taxe fixe
+et unique d'un penny (10 c.) pour toute lettre circulant dans l'étendue
+de la Grande-Bretagne[62]. Les aperçus les plus raisonnables, les
+calculs les mieux établis, viennent à son aide, lorsqu'il démontre que
+la recette générale des postes ne doit pas en souffrir. Son opinion a
+été défendue à la chambre des lords par lord Brougham; elle a été
+partagée et soutenue à la chambre des communes par M. Wallace, M.
+Warburton, par M. Hume, lord Lowther, et par plusieurs autres amis
+sincères des progrès du commerce et de la civilisation; enfin elle a su
+toucher assez vivement l'opinion publique pour qu'une commission
+d'enquête ait été nommée[63], et tout fait croire que bientôt, sans
+doute, son plan, au moins en grande partie, sera mis à exécution.
+
+[Note 62: Post-office reform--by Rowland Hill.--London, 1837.]
+
+[Note 63: 23 die Novembris 1837.]
+
+Beaucoup de considérations sur lesquelles s'appuie avec raison M.
+Rowland Hill ne sont pas applicables à la France, et je n'ai pas
+l'intention de le suivre dans ses développements relatifs à la
+modification du tarif anglais; les deux taxes fixes que je propose,
+l'une pour les lettres de la ville pour la ville, l'autre pour les
+lettres envoyées hors de l'arrondissement des bureaux de poste où elles
+auront été confiées au service, en même temps qu'elles me paraissent
+devoir satisfaire complètement aux intérêts du commerce, répondraient
+mieux en France, qu'une taxe unique de 1 décime, au besoin de la
+conservation immédiate des produits, sur laquelle on appuiera toujours
+chez nous; mais quant au mode d'application du port que propose l'auteur
+anglais, il présente des avantages tellement évidents, que j'ai cru ne
+pouvoir mieux faire que de l'exposer presque littéralement d'après lui.
+
+Du papier de toute espèce et des enveloppes de lettres frappés d'un
+timbre sec représentant la taxe, pourraient être vendus au public par
+les soins de l'administration des domaines ou de l'administration des
+postes.
+
+La composition des timbres pourrait varier selon que le premier ou le
+second des tarifs que nous avons proposés serait adopté.
+
+Supposons d'abord l'adoption du tarif réduit à six échelons de poids et
+à six échelons de distance que nous avons développé chap. 3[64]. Nous
+aurions donc trente-six timbres de taxe. Chacun de ces timbres
+présenterait trois chiffres: 1° le chiffre indicateur de la distance que
+peut parcourir la lettre eu égard à sa taxe; 2º le chiffre indicateur du
+poids qu'elle ne doit pas dépasser; 3º enfin le chiffre indicateur de la
+taxe[65].
+
+[Note 64: Voir page 50 et suivantes.]
+
+[Note 65: Voir le tableau des modèles de timbres, Note nº 5.]
+
+Les divisions du tarif proposé étant réglées de manière à partager
+toutes les taxes en six séries pour les distances et en six séries pour
+le poids, au moyen de trente-six timbres, toutes les espèces de lettres
+pourraient donc être taxées.
+
+Et, il ne faudrait pas trop s'effrayer de ce grand nombre de timbres, et
+de la complication qui pourrait en résulter. Au moyen de l'extension
+proposée du poids de la lettre simple jusqu'à 15 gr., le premier timbre
+du poids servirait pour les neuf dixièmes des lettres, et les deux
+timbres immédiatement au-dessus, suffiraient aux autres lettres d'un
+poids excédant, car les lettres taxées circulant dans les postes dont le
+poids excède 50 gr. ne sont pas dans la proportion de une sur cinq
+cent[66].
+
+[Note 66: Voir page 64. La proportion exacte des lettres pesantes aux
+lettres simples.]
+
+L'échelle de distance, d'autre part, est claire et facile à apprécier.
+Les lettres adressées à de courtes distances sont les plus nombreuses,
+et les timbres des premiers degrés seraient plus fréquemment employés;
+la distance de 700 kilom. est celle de Paris à Perpignan, et c'est la
+plus longue de notre tarif. Toutes les distances intermédiaires sont
+comprises dans six catégories de taxes seulement, et par conséquent ne
+peuvent nécessiter l'emploi que de six timbres. Or, si on multiplie ces
+six timbres par le premier timbre de poids qui sera le plus souvent
+employé, ou par les trois premiers timbres de poids qui seuls à peu près
+seront employés, on verra que le nombre des timbres réellement en usage,
+ne sera que de six ou au plus de dix-huit, et non pas de trente-six.
+
+On objectera cependant, que les particuliers seraient souvent dans le
+doute au sujet du poids de leur lettre ou de la distance qu'elle doit
+parcourir, et nous avouons que cette objection est très-fondée. Quoique
+nous pensions que les négociants pourraient prendre promptement
+l'habitude de peser leurs lettres, et d'estimer la distance à laquelle
+ils les envoient, cependant nous ne pouvons pas nous dissimuler que
+c'est dans le doute qu'ils pourraient éprouver à ce sujet, que réside la
+principale difficulté de la taxation des lettres au moyen du timbre,
+dans l'hypothèse de l'adoption d'un tarif basé sur le poids et la
+distance. Notre premier tarif, beaucoup plus simple que le tarif
+actuellement en usage, ne pourrait donc être encore utilement adopté,
+que si l'on continuait à taxer avec la plume, et en se privant ainsi des
+avantages du timbre sec.
+
+Arrivons donc alors à l'application du timbre à la seconde modification
+proposée du tarif, celle qui consisterait à taxer à 1 décime fixe les
+lettres de la ville pour la ville, et à 2 décimes toute autre lettre
+circulant en France au-dessous du poids de 15 gr.
+
+Dans cette hypothèse, l'emploi des enveloppes timbrées serait
+très-simple, et n'offrirait plus aucun embarras pour les particuliers.
+Les timbres de taxe pour toute espèce de lettre circulant en France ne
+dépasseraient pas le nombre de quatre: deux pour les lettres de la ville
+pour la ville ou pour l'arrondissement, et deux pour les lettres
+envoyées de bureau à bureau.
+
+Des deux premiers timbres, c'est-à-dire ceux applicables aux lettres
+circulant dans l'intérieur de l'arrondissement de chaque bureau de
+poste, l'un exprimerait: 1º la pesanteur de la lettre simple qui peut
+s'étendre ici jusqu'au poids de 50 gr.; 2º sa nature de lettre de la
+ville pour la ville; 3º et enfin la taxe de 1 déc. (Voir le tableau des
+timbres ci-après, nº 1.) Le second indiquerait: 1º le poids de 50 à 100
+gr.; 2º la nature de la correspondance de la ville pour la ville; 3º
+enfin la taxe qui serait 2 décimes. (Voir le tableau, nº 2.)
+
+Pour les correspondances adressées à de plus longues distances, la
+rédaction des deux timbres serait à peu près la même. La condition de
+correspondance de la ville pour la ville seulement serait omise, et le
+poids seul de la lettre et la taxe seraient mentionnés. (Voir le tableau
+ci-contre, nos 3 et 4.) Le timbre nº 3 servirait pour les lettres du
+poids de moins de 15 gr., qui supporteraient une taxe de 2 décimes; et
+le timbre nº 4, pour les lettres de 15 gr. à 100 gr. qui seraient taxées
+1 fr.
+
+
+
+
+ SPECIMEN DES TIMBRES.
+
+[Illustration: Nº 1.
+
+Moins de 50 Gr.
+Ville pour la Ville
+et l'arrondissement.
+1 Déc.]
+
+[Illustration: Nº 2.
+
+De 50 G. à 100 Gr.
+Ville pour la Ville
+et l'arrondissement.
+2 D.]
+
+[Illustration: Nº 3.
+
+Moins
+de 15 grammes.
+2D.]
+
+[Illustration: Nº 4.
+
+De 15 gramm.
+à 100 grammes.
+1 franc.]
+
+La fixation de la taxe des lettres de la ville pour la ville à 1 d. et à
+2 déc. ne demande pas ici de nouvelles explications; mais je crois qu'il
+est essentiel de dire tout d'abord pourquoi je propose de fixer à 1 fr.
+le port de toute lettre circulant en France de bureau de poste à bureau
+de poste au-dessus du poids de 15 grammes, et de 15 g. à 100 grammes.
+
+L'administration des postes, en prenant l'engagement de transporter à un
+prix unique et considérablement réduit, toute espèce de lettres à toute
+espèce de distance en France, doit, ainsi que nous l'avons dit, se
+mettre en mesure de n'avoir à transporter que des lettres ou des paquets
+d'un poids et d'un volume limités.
+
+Le poids de 15 gr. (ou d'une demi-once) est égal à peu près à celui de
+trois feuilles de papier ordinaire de 15 décimètres carrés; c'est tout
+ce que peut comporter la lettre la plus longue, même accompagnée de
+plusieurs effets de commerce ou autres pièces incluses. Au-dessus de ce
+poids, toute autre lettre peut être considérée comme un paquet cacheté,
+contenant des correspondances ou tous autres papiers que
+l'administration des postes transporterait avec avantage encore
+au-dessous du poids de 100 gr. (ou un cinquième de livre), mais qu'elle
+taxerait 1 fr.[67].
+
+[Note 67: Je suppose que l'envoi par la poste des paquets pesant de 15 à
+100 gr., sera très-rare, 1° parce que les lettres de ce poids, ainsi que
+nous l'avons dit, sont déjà très-rares dans le service; 2° parce
+qu'elles le deviendraient probablement davantage encore, à cause de la
+diminution relativement plus grande du prix du port des lettres pesant
+moins de 15 grammes; car il y aurait avantage pour l'envoyeur à diviser
+son paquet en trois ou quatre parties qui seraient taxées chacune 2
+décimes, que de le laisser en un seul paquet qui serait taxé à 1 fr. Ce
+second timbre donc me paraît devoir être de peu d'utilité; et si je
+propose de conserver cette seconde classe de lettres, et de créer le
+timbre qui doit en exprimer la taxe, c'est pour favoriser certains
+rapports entre des négociants placés à de longues distances les uns des
+autres, et qui préféreront sans doute l'emploi de la poste à celui des
+messageries pour l'envoi de factures de marchandises, ou d'autres
+papiers de commerce.]
+
+Ce dernier port sera encore considérablement réduit, car une lettre de
+100 gr. envoyée de Paris à Avignon est taxée d'après le tarif actuel 9
+fr. 90 c. Mais, en même temps, par la limite de 100 gr., on préviendrait
+l'abus de l'envoi par les malles-postes de paquets trop lourds sous
+forme de lettres, tout en laissant cependant aux particuliers la faculté
+de se servir encore de la poste pour l'envoi de certains papiers
+volumineux dans des cas urgents et pour de longues distances, faculté
+dont nous supposons que le commerce usera quelquefois.
+
+Avec un système de taxation si simple et si modéré, un timbre spécial
+pour la correspondance des soldats ne serait pas nécessaire; car les
+lettres des soldats, aujourd'hui affranchies à 25 c., rentreraient dans
+la classe des lettres ordinaires, et paieraient 1 ou 2 décimes
+seulement.
+
+Si on ne jugeait pas à propos de faire rentrer les lettres d'avis de
+naissance, de mariage et de décès, dans la classe des imprimés, et de
+les taxer comme tels à 4 c. par feuille, on pourrait adopter pour cette
+espèce de correspondance deux timbres spéciaux d'une forme particulière
+pour qu'ils se distinguassent des autres timbres de taxe. Ces timbres
+seraient appliqués dans le service sur les avis présentés à
+l'affranchissement au moyen d'une couleur délayée à l'huile comme les
+timbres de dates actuels; l'un servirait pour les avis de la ville pour
+la ville et l'autre pour les avis envoyés à de plus longues distances.
+
+Toutes les lettres ainsi timbrées seraient traitées dans le service des
+postes comme lettres affranchies; elles pourraient être jetées à toutes
+les boîtes, comme sont aujourd'hui les lettres à taxer, et remises, dans
+tous les cas, franches de tout prix de port, à leur destination.
+
+Les timbres seraient apparents, soit qu'ils se trouvassent placés sur un
+coin des enveloppes, soit qu'ils fussent frappés à une certaine place
+des feuilles de papier destinées à écrire des lettres, de manière à se
+représenter sur la suscription de la lettre pliée.
+
+Les lettres réexpédiées par suite du changement de résidence du
+destinataire n'auraient pas de taxe supplémentaire à supporter, parce
+que la distance parcourue par la lettre en France ne serait jamais prise
+en considération.
+
+Toute lettre qui excéderait le poids indiqué par le timbre, devrait être
+mise au rebut. Cette disposition exactement exécutée, détournerait les
+particuliers de l'idée de se livrer à cette espèce de fraude qui
+consisterait à tenter de faire transporter pour une taxe moindre que
+celle qu'elle devrait supporter, une lettre pesant plus que le timbre de
+l'enveloppe ne le comporterait. En effet, une lettre timbrée étant une
+fois dans le service, ne pourrait subir aucune taxe supplémentaire; il
+est, et doit être de principe, qu'une lettre affranchie parvienne
+toujours franche, et que le destinataire ne se trouve dans aucun cas
+passible d'un supplément de port. Dans l'ordre de choses actuel,
+l'administration supporte les différences et les erreurs de taxe pour
+les lettres affranchies, parce que ces erreurs sont le résultat de
+l'inattention de ses agents; mais dans l'avenir, ces erreurs seraient du
+fait des particuliers envoyeurs, ceux-ci seuls devraient donc en être
+responsables; or, ils ne pourraient l'être que par la perte du timbre,
+et par le retard qu'éprouverait leur lettre. Au reste, ces cas seraient
+nécessairement très-rares, à cause de la grande extension donnée au
+poids de la lettre simple, et de la modicité de la taxe qui éloignerait
+tout intérêt de fraude. Il n'y aurait d'ailleurs que peu de doute dans
+l'esprit des envoyeurs, puisque la distance serait hors de question, et
+qu'il ne s'agirait plus que de savoir si la lettre pèse 15 gr. ou
+davantage: or, nous avons dit que les dix-neuf vingtièmes des lettres en
+circulation dans les postes pesaient moins de 15 gr.[68].
+
+[Note 68: Voir page 64.]
+
+L'emploi des enveloppes timbrées serait toujours préférable pour les
+particuliers et pour le service de l'administration, à l'emploi du
+papier timbré, et il serait désirable que le commerce fût conduit à se
+servir toujours des enveloppes. Le moyen d'arriver à ce résultat
+semblerait facile: ce serait de diminuer le poids du papier de
+l'enveloppe même, du poids total accordé à la lettre dans l'énonciation
+du timbre; les lettres sous enveloppes seraient alors entièrement
+assimilées, pour le poids, aux lettres envoyées simples, et les
+avantages de l'enveloppe comme propreté, sûreté et commodité,
+ressortiraient sans compensation de perte sur le poids.
+
+Les enveloppes destinées à renfermer des lettres simples, c'est-à-dire,
+pesant moins de 15 gr. (le poids de l'enveloppe non compris) seraient
+toutes du même format, quelle que fût la distance à parcourir par la
+lettre. Les enveloppes timbrées du prix d'un franc et destinées à
+recevoir des lettres plus pesantes, seraient faites d'un format
+proportionnellement plus grand. La conséquence de cette régularité dans
+le format des lettres de même prix ou au moins de même pesanteur,
+serait, comme nous l'avons dit, une accélération notable dans la
+vérification des taxes, et une facilité très-grande pour le compte et la
+formation des dépêches.
+
+L'administration des postes, ayant en sa possession la matrice des
+timbres, ferait frapper des enveloppes ou du papier en aussi grande
+quantité que les besoins du public l'exigeraient; elle pourrait être
+autorisée à accorder une remise aux débitants de papier à Paris et dans
+les départements, et à ses propres agents, qui, dans les provinces,
+devraient se charger de ce débit.
+
+Le papier timbré serait vendu partout, et comme les timbres secs
+devraient s'appliquer, à la demande des fabricants, sur des papiers de
+toute espèce, les débitants pourraient satisfaire à toutes les
+fantaisies du luxe comme à tous les besoins de l'économie, et chacun
+serait conduit à avoir sur son bureau sa provision de papier de poste,
+comme on trouve chez les gens de loi des provisions de papier timbré.
+
+Il résulterait de ce système de taxation divers avantages que nous
+devons mentionner d'abord, avant que de répondre aux objections que le
+système pourrait faire naître.
+
+1º _Il y aurait plus de rapidité dans le travail de manipulation des
+lettres et moins d'erreurs de la part des employés_, parce que la même
+taxe serait appliquée sur des lettres de même grandeur, et que les
+employés des postes, comme les particuliers, pourraient le plus souvent,
+à la simple inspection, juger du montant de la taxe des lettres par leur
+dimension même: car plus une lettre est grosse, plus elle pèse, et plus
+elle pèse, plus le port doit s'en élever. La plupart des erreurs
+commises par les employés proviennent de la complexité des opérations
+qui se rattachent à la composition, à l'application, à la vérification,
+enfin à la constatation de taxes toutes différentes les unes des
+autres[69], et la simplification que nous proposons abrégerait
+considérablement toutes ces opérations. Si, au lieu de lettres à
+affranchir, qu'il faut, dans l'ordre de choses actuel, recevoir de la
+main du particulier, peser, taxer et enregistrer, et de lettres non
+affranchies qu'il faut relever, timbrer, peser, taxer et mettre en
+compte, il n'y avait dans le service des postes qu'une sorte de lettres
+dont la taxe, qui aurait été perçue avant qu'elles n'entrassent dans ce
+service, serait facilement reconnaissable et rapidement appréciable, il
+est certain qu'on obtiendrait immédiatement une économie considérable
+sur le temps employé pour le travail des bureaux et pour la distribution
+des lettres dans les villes, et en même temps, peut-être, qu'une
+diminution dans le nombre des agents chargés du service, et dans les
+frais de régie et d'exploitation.
+
+[Note 69: Voir pages 75 et suivantes.]
+
+Il sera nécessaire, sans doute, de se livrer dans les bureaux de poste à
+l'examen préalable des timbres, pour prévenir les fraudes qui pourraient
+se faire, et sur le poids des lettres, et par le double emploi des
+enveloppes; mais il y a loin du temps employé pour un examen semblable,
+lequel peut être très-rapide, aux délais qu'entraînent la composition
+longue et difficile, l'application obscure, enfin la constatation
+pénible des taxes actuelles de poids et de distance.
+
+2º _Il y aurait diminution dans le nombre des lettres en rebut_, puisque
+rien ne se place si aisément qu'une lettre franche, et qu'aucune taxe ne
+devrait désormais être perçue au point d'arrivée. Or, il y a eu en 1836
+quinze cent quatre-vingt mille lettres en rebut[70]; si la somme de taxe
+montant à 790,000 fr. que représente ce nombre de lettres, à raison de
+50 cent. l'une, ne doit pas entrer tout entière dans les augmentations
+de recettes sur lesquelles l'administration des postes peut compter par
+suite de l'adoption de la nouvelle mesure, on conviendra du moins que la
+suppression des registres, et des imprimés nécessaires dans les postes
+pour la constatation et le renvoi à Paris de cette immense quantité de
+lettres refusées, et pour l'allocation des taxes aux directeurs qui les
+portent ensuite en non-valeurs dans leurs comptes, sera un grand
+avantage administratif, un allégement au travail, et une diminution dans
+les frais d'exploitation à Paris où ce travail seul occupe une vingtaine
+d'employés.
+
+[Note 70: Voir Annuaire des postes de 1838.]
+
+Mais la disparition presque totale des lettres en rebut aura une autre
+portée morale qu'il ne faut pas oublier. L'envoi de prospectus sous plis
+fermés, d'offres inutiles et souvent d'avis ridicules ou de mauvaises
+plaisanteries, se trouve favorisé par le mode actuel de réception des
+lettres dans le service des postes sans affranchissement préalable.
+C'est dans le cas dont nous parlons un piége tendu à la bonne foi des
+personnes qui reçoivent et paient toutes les lettres qu'on leur apporte;
+c'est une espèce de surprise pour beaucoup d'autres; enfin c'est un
+travail infructueux pour l'administration des postes, parce que ces
+lettres ne paient le port ni au départ ni à l'arrivée. Il serait
+désirable que tout le monde fût débarrassé de ces sortes de lettres qui,
+par extension, pourraient être nommées lettres d'attrape. Nous croyons
+que de longtemps encore on ne pourra priver le public de la faculté de
+jeter une lettre à la boîte sans l'affranchir; il faut un temps de
+transition, il faut que l'usage de l'affranchissement préalable devienne
+général par l'expérience qu'on acquerra bientôt des avantages qu'il
+présente au moyen des enveloppes timbrées, et nous proposerons tout à
+l'heure de faire marcher concurremment les deux systèmes de taxation;
+mais au moins, dès à présent, les négociants qui adopteront pour leurs
+correspondances réciproques l'usage des enveloppes timbrées, ne seront
+plus exposés à recevoir des lettres de la nature de celles dont nous
+venons de parler.
+
+3º _Il n'y aurait plus d'occasions de démoralisation pour un grand
+nombre de commissionnaires ou de jeunes commis de maisons de banque
+chargés d'aller aux bureaux de poste affranchir des lettres_, et qui
+succombent quelquefois à la tentation de détruire ces lettres pour
+s'approprier le montant de l'affranchissement, ou d'exagérer auprès de
+leur patron le prix de l'affranchissement pour faire un bénéfice sur
+cette opération. Ces faits nous ont été signalés par plusieurs
+négociants respectables. Ils ont pour résultat d'accroître la
+responsabilité de l'administration, en même temps qu'ils démoralisent
+les agents employés à cet office, lesquels, après plusieurs larcins
+impunis, peuvent se laisser aller à des atteintes plus graves contre la
+société.
+
+Chaque négociant affranchira sa lettre de son bureau même; il n'aura pas
+à redouter l'indélicatesse de son commis ni d'un agent des postes; il ne
+craindra pas non plus les réclamations de ports de lettres de son
+correspondant; il n'y aura plus aucune espèce de compte semblable,
+puisque cette dépense, dont chaque négociant paie ordinairement la
+moitié, mais sur le mémoire arbitrairement dressé de son correspondant,
+sera payée plus justement par chaque partie, au départ de la lettre, et
+qu'elle s'ajoutera, pour ainsi dire, à la valeur de la feuille de papier
+dont on se servira pour écrire.
+
+4º _Il y aura une extrême simplification dans le mode de perception des
+recettes._ Des comptables en effet qui ne toucheraient plus d'espèces,
+ne seraient jamais trouvés en déficit; ils ne pourraient plus commettre
+d'erreurs ou de malversations nuisibles aux intérêts de l'État que sur
+quelques recettes autres que celles de la taxe des lettres, recettes
+d'ailleurs peu considérables, telles que le prix de places des voyageurs
+dans les malles, et les articles d'argent; et l'usage des enveloppes
+timbrées devenant plus général, leur comptabilité se bornerait à peu
+prés à un compte en nombre des enveloppes qui leur seraient envoyées;
+l'application du timbre pourrait avoir lieu à Paris, et la recette tout
+entière des postes s'opérerait ainsi au trésor public sans aucuns frais
+de rentrée, d'escompte ou de trésorerie.
+
+Examinons maintenant les différentes objections qu'on pourrait faire à
+notre système; et d'abord attachons-nous à la plus grave de toutes:
+c'est celle qui prend sa source dans l'obligation qui sera imposée à
+toutes les personnes qui écrivent, d'affranchir leurs lettres à
+l'avance.
+
+Pour bien nous rendre compte du nombre des correspondances qui
+souffriront de cette mesure, passons en revue toutes les espèces de
+lettres circulant par la poste, afin de voir quelles sont celles qui
+pourraient être gênées par la nécessité de l'affranchissement préalable
+qu'entraîne l'usage des enveloppes timbrées.
+
+Les lettres qui circulent dans le service des postes peuvent être
+divisées en quatre classes, savoir:
+
+Pour les lettres suivies d'une réponse: 1º les lettres dont le port est
+payé par chaque correspondant, 2º les lettres dont un seul correspondant
+paie le port à l'aller et au retour.
+
+Et pour les lettres qui ne sont pas suivies de réponses:
+
+3º Celles qui sont affranchies par l'envoyeur, 4º enfin celles dont le
+port est payé par le destinataire.
+
+La première classe de ces lettres, c'est-à-dire les lettres dont le port
+doit rester à la charge de chaque correspondant, forme au moins les cinq
+sixièmes des lettres qui circulent dans le service des postes. Les
+commerçants, qui sont dans l'usage de partager le prix des ports de
+lettres, ne seraient nullement gênés par la nécessité de payer le port
+d'avance; et puisqu'il est d'usage entre eux de payer la moitié de la
+dépense totale en ports de lettres, peu leur importe de payer le port de
+la lettre qu'ils envoient, ou celui de la lettre qu'ils reçoivent.
+
+A l'égard de la deuxième classe, c'est-à-dire, des lettres suivies de
+réponses, mais dont un seul correspondant doit payer le port à l'aller
+et au retour, la partie payante peut être le correspondant qui écrit le
+premier, ou celui qui répond. Si c'est celui qui écrit le premier qui
+désire payer le port de la réponse, il peut envoyer dans sa lettre une
+enveloppe timbrée, dans laquelle devra être incluse la réponse, qui se
+trouvera ainsi exempte de port pour le répondant; et si c'est le
+correspondant qui reçoit la première lettre, qui désire acquitter les
+deux ports de lettres, il pourra mettre dans sa propre enveloppe une
+autre enveloppe timbrée qui remboursera son correspondant de l'avance
+qu'il aura faite pour lui[71]. L'envoi réciproque de ces enveloppes
+timbrées pourrait passer dans les habitudes du commerce. Cet usage
+serait plus raisonnable et plus juste que celui par lequel on se fait,
+comme aujourd'hui, des comptes arbitraires de ports de lettres, et cet
+envoi d'enveloppes timbrées n'aurait lieu que dans les cas très-rares où
+les intérêts ne seraient pas réciproques.
+
+[Note 71: Voir aux pièces à l'appui, Note nº 1, l'annotation placée au
+bas du fac-simile de la lettre de Pélisson.]
+
+En somme, la deuxième classe, comme la première classe de lettres dont
+nous avons parlé, ne sera pas gênée par la nécessité de payer le port
+d'avance.
+
+La troisième classe, c'est-à-dire celle des lettres qui ne doivent pas
+recevoir de réponse, et dont l'envoyeur doit payer le port, est
+favorisée complètement par ce nouvel arrangement; car l'envoyeur qui est
+obligé, dans le système actuel, de se transporter à un bureau de poste
+pour déposer le prix de sa lettre, pourra l'affranchir sans sortir de
+chez lui, au moyen de son enveloppe timbrée.
+
+La quatrième classe est celle des lettres qui ne doivent pas être
+suivies de réponse, et dont la taxe doit rester à la charge du
+destinataire; c'est la seule nature de correspondance qui semble devoir
+être gênée par un système d'obligation générale d'affranchissement
+préalable. Cependant il faut remarquer en premier lieu que le nombre des
+lettres de cette espèce est infiniment petit; il ne doit pas être d'une
+lettre sur mille. Il doit être très-rare, en effet, qu'un particulier
+ait un intérêt personnel à écrire à un autre, et se trouve en même temps
+dans l'impossibilité morale d'affranchir sa lettre; il semble que le
+contraire est plus probable; qu'il doit, au contraire, être le plus
+souvent forcé d'affranchir sa lettre; et si, dans des cas très-rares, il
+n'affranchit pas, c'est qu'il veut abuser, dans son propre intérêt, de
+la confiance de son correspondant, ou qu'il croit qu'un usage reçu
+défende d'affranchir, bien que l'équité exigeât qu'il le fît.
+
+Dans le premier cas, l'usage nouveau aura, comme nous l'avons dit, cet
+avantage de débarrasser le service et les négociants de ces offres de
+service, de ces prospectus qui ne seraient plus reçus qu'affranchis; bon
+nombre de ces lettres aujourd'hui refusées, rentreraient peut-être dans
+les postes, sous forme d'affranchissement; et en second lieu, si c'est
+pour se conformer à cette opinion que la politesse ne permet pas
+d'affranchir les lettres, que certaines personnes ne paient pas d'avance
+le port de celles qu'elles envoient, l'adoption du système des
+enveloppes timbrées aurait l'avantage de mettre chacun à son aise sur ce
+point, et nous croyons que ce préjugé de politesse, s'il existe
+réellement, s'évanouirait bientôt. L'usage qui le remplacerait serait
+fondé sur la vérité et sur la justice, qui veulent que celui qui
+s'adresse à un autre de son propre mouvement, paie le transport de la
+lettre qu'il envoie; car cette action est déterminée par son propre
+intérêt, ou au moins par sa propre volonté, en admettant même le cas si
+rare où il écrirait réellement et seulement dans l'intérêt de la
+personne à laquelle il s'adresse.
+
+Il résulte donc des observations que nous venons de présenter: 1º que
+pour les correspondances suivies de réponses, dans le plus grand nombre
+de cas, le système proposé serait praticable, commode et économique, et
+que, dans les autres, il modifierait quelques habitudes, mais serait
+encore très-exécutable; 2º que pour les lettres non suivies de réponse,
+le nouveau mode serait très-avantageux à celles dont le port doit être
+payé par l'envoyeur; et que, quant à celles dont le port doit rester à
+la charge du destinataire, le nombre en est extrêmement rare, et doit
+devenir presque nul, lorsque les lettres d'attrape et les lettres
+contenant des offres de services inutiles, en auront été écartées[72].
+
+[Note 72: M. Hill dit que le système d'affranchissement obligatoire est
+universellement adopté dans les présidences du Bengale et de Madras;
+que, quoique la taxe des lettres soit encore à peu près du tiers des
+taxes anglaises, cet usage n'a fait naître aucune plainte, et n'a pas
+diminué le nombre des lettres en circulation.]
+
+Au reste, nous avons examiné cette question en nous plaçant dans la
+prévision de la nécessité où l'on pourrait être un jour d'affranchir au
+moyen des enveloppes timbrées; mais nous ne croyons pas que cette
+nécessité, qui sera le résultat de l'usage et de l'intérêt, même des
+correspondants, doive être imposée immédiatement au public. Nous
+proposerons tout à l'heure de faire fonctionner le nouveau mode de
+taxation concurremment avec l'ancien, et de laisser aux particuliers la
+liberté d'employer l'un ou l'autre à leur choix.
+
+Un inconvénient grave du système en discussion serait la possibilité de
+la part du public d'employer deux fois la même enveloppe timbrée, en
+faisant disparaître les caractères de la suscription au moyen d'un
+réactif qui rendrait au papier sa blancheur primitive, et permettrait de
+le revendre pour neuf. Cet inconvénient serait en effet de nature à
+compromettre les recettes. Il est heureusement plusieurs moyens de
+l'éviter. D'abord le chlore, ou tout autre réactif employé en semblable
+occasion, en blanchissant le papier, devrait altérer le timbre sec; car
+ce ne seraient pas seulement les caractères écrits avec la plume qu'il
+faudrait faire disparaître, mais bien encore les empreintes des timbres
+à date d'arrivée et de départ qui sont appliqués avec de la couleur
+délayée à l'huile, dont l'un, celui du départ, pourrait être apposé sur
+le timbre sec même. Il est très-probable qu'alors le réactif bon pour
+faire disparaître l'écriture, ne le serait pas pour faire disparaître le
+timbre à l'huile, et _vice versa_, que le pinceau qui devrait laver le
+timbre à date, mouillerait et détruirait en même temps l'empreinte du
+timbre sec.
+
+Il faudrait, d'autre part, que l'opération fût faite en grand pour être
+véritablement productive pour celui qui l'entreprendrait; et le
+rassemblement d'une grande quantité de vieilles enveloppes ne serait pas
+sans difficulté. Dans les bureaux de poste, la chose ne serait pas plus
+facile qu'ailleurs; car ce n'est pas dans les bureaux de poste que les
+lettres sont ouvertes par les particuliers, et pour que ces enveloppes
+pussent servir de nouveau, il faudrait qu'elles n'eussent pas été trop
+froissées, ni brisées du côté du cachet. Enfin terminons par un argument
+qui aurait pu nous dispenser de produire les autres, c'est que nous
+croyons avoir la certitude qu'il existe aujourd'hui des moyens de
+préserver le papier d'altérations semblables à celles dont il est ici
+question. Le développement des procédés employés à cet effet, nous
+éloignerait de notre sujet; qu'il nous suffise d'assurer que ces moyens
+existent[73].
+
+[Note 73: Un fabricant, en Angleterre, a proposé un modèle de papier,
+lequel a paru satisfaire à toutes les exigences. Ce papier, dont un
+échantillon était joint, je crois, à la dernière édition de la brochure
+de M. Hill, est fait de telle manière qu'à la première altération de
+l'encollage qui le recouvre, des fils de soie de diverses couleurs,
+placés parallèlement en filigranes dans le corps du papier, reparaissent
+à l'extérieur. Mais il a été fait en France, dans ces derniers temps,
+des expériences plus satisfaisantes encore par les soins de
+l'administration des domaines, et on peut assurer qu'il existe
+maintenant plusieurs moyens de préserver le papier de toute altération.]
+
+Si, contre toute attente, l'expérience démontrait cependant qu'aucune
+encre ne serait à l'épreuve de ces procédés chimiques, si le papier des
+enveloppes ne pouvait pas posséder les propriétés que nous lui
+supposons, si enfin les traces du cachet précédemment placé au dos de
+l'enveloppe ne pouvaient pas non plus venir suffisamment en aide aux
+employés des postes, pour leur faire découvrir les altérations qu'on
+aurait fait subir aux enveloppes, nous avons pensé qu'un autre moyen de
+parer à la fraude pourrait être employé dans les bureaux de poste: ce
+serait de frapper à l'arrivée les lettres à l'endroit du timbre sec
+d'une espèce d'emporte-pièce qui couperait l'enveloppe à cette place, et
+s'opposerait à ce qu'elle pût être présentée de nouveau.
+
+L'application de cet emporte-pièce serait très-prompte, très-facile, et
+ne retarderait ni ne gênerait le service.
+
+Mais nous ne donnerons pas ici plus de développement à cette idée,
+persuadé que nous sommes qu'on pourrait arriver aux moyens de composer
+des enveloppes qui ne serviraient jamais deux fois.
+
+M. Hill propose un autre moyen de suppléer, dans l'occasion, aux
+enveloppes timbrées, moyen très-simple et qui pourrait être adopté dans
+beaucoup de cas; il consisterait à frapper le timbre de taxe sur de
+petits morceaux de papier très-minces et de forme ronde, et ces timbres,
+semblables à ceux dont on se sert chez les notaires ou aux
+chancelleries, seraient collés sur les lettres au moyen d'une substance
+glutineuse, et déchirés ensuite dans le bureau d'arrivée par l'employé
+chargé de la distribution.
+
+Si ces petits morceaux de papier timbrés étaient mis en usage, ils
+pourraient être débités par paquets, et appliqués sur la lettre par les
+particuliers eux-mêmes ou par les agents des postes. Les particuliers,
+surtout en province, qui seraient en doute sur le poids de la lettre
+qu'ils auraient écrite, pourraient la présenter aux bureaux de poste et
+payer immédiatement le prix du timbre, lequel serait collé sur leur
+lettre, en leur présence.
+
+Peut-être objectera-t-on encore que, toutes les lettres timbrées ayant
+ainsi payé le port d'avance, il y aurait moins de garantie pour leur
+exacte délivrance que si le port en était à recouvrer par le facteur; en
+d'autres termes, qu'un facteur paresseux pourrait détruire les lettres
+pour éviter la peine de les porter.
+
+A cela on pourrait répondre que, dans l'ordre de choses actuel, il n'y a
+pas plus de garanties de sécurité pour les lettres franches; mais ce ne
+serait pas parfaitement juste, parce que le facteur, devant
+nécessairement faire sa tournée pour porter les lettres taxées, n'a que
+peu ou point de peine de plus pour remettre en même temps les lettres
+franches; il s'ensuivrait donc que cette dernière part très-importante
+des correspondances ne doit son exacte arrivée qu'à la nécessité où est
+le facteur de porter des lettres dont le port est à recouvrer.
+
+Cependant examinons quelles sûretés pourrait présenter le service
+nouveau.
+
+Indépendamment des moyens de surveillance de l'administration, des
+contrôles et des épreuves auxquels elle pourrait avoir recours pour
+s'assurer de la fidélité de ses facteurs, on pourrait donner au public
+la possibilité de recommander des lettres pour tous les points de la
+France, faculté qui n'est accordée aujourd'hui que pour les lettres à la
+destination de Paris. Toute personne consentant à payer un demi-port en
+sus de la taxe ordinaire de sa lettre, serait admise à la faire
+_recommander_ et pourrait en demander un reçu. A cet effet, elle
+remettrait au préposé des postes chargé de recevoir la taxe
+supplémentaire, une copie de la suscription de sa lettre, écrite sur un
+papier séparé, et le préposé frapperait cette copie de son timbre à date
+constatant le jour de l'expédition de la lettre dont ce double servirait
+ainsi de reçu.
+
+Les lettres _recommandées_ seraient placées séparément des autres dans
+la dépêche; mais au point d'arrivée elles seraient confondues par le
+directeur des postes avec les lettres ordinaires qu'il remettrait à son
+facteur; or celui-ci, dans l'impossibilité où il serait de distinguer
+les lettres qui seraient l'objet de la surveillance dont nous avons
+parlé, et dans la crainte d'être facilement découvert et sévèrement
+puni, ferait sa tournée plus exactement encore que s'il transportait des
+lettres taxées.
+
+L'administration des postes cesserait de prendre un reçu des
+destinataires des lettres; cet usage présente des inconvénients. Comme
+elle n'en aurait pas donné d'autres au point de départ, que
+l'application du timbre de date sur une copie de l'adresse, et ceci
+simplement à titre de renseignement officieux et pour faciliter les
+recherches en cas de perte, cette perte de la lettre ne devrait donner
+lieu à aucune responsabilité, non plus que la perte des lettres
+_recommandées_ aujourd'hui. Le reçu est une garantie morale dont le
+public s'est trouvé très-bien jusqu'à présent; mais, quant à la garantie
+matérielle, il est inutile d'ajouter que l'administration ne peut en
+donner aucune pour le contenu d'une lettre qui lui a été présentée
+fermée; et cela est si vrai, que pour les lettres chargées même la loi
+n'assujétit l'administration qu'au paiement d'une somme de 50 fr.,
+garantie qui est évidemment insuffisante et illusoire. Ajoutons enfin
+que cette garantie morale que nous offrons, sera plus efficace que celle
+qui résulte de la nécessité, pour un facteur infidèle, de porter une
+lettre dont la taxe lui est comptée. Car dans ce cas la perte du port de
+cette lettre ne sera rien pour lui chaque fois qu'il la mettra en
+comparaison avec le profit qu'il peut tirer de son vol ou de sa
+négligence. L'administration doit faire choix d'employés et de facteurs
+d'une conduite régulière, elle doit les soutenir, les surveiller, les
+encourager; et cette manière d'agir sera toujours la meilleure garantie
+pour elle contre les pertes ou les vols des lettres.
+
+Si l'on voulait présenter encore comme une objection sérieuse le temps
+ou la dépense qu'entraînerait le timbrage d'une grande quantité
+d'enveloppes, nous opposerions l'économie considérable de temps qu'on
+ferait sur l'opération de la taxation; et d'ailleurs on pourrait timbrer
+des enveloppes tous les jours et à toute heure, tandis qu'on ne peut
+taxer des lettres que dans le court intervalle de temps qui s'écoule
+entre la levée des boîtes et l'expédition des dépêches. La taxation des
+lettres, enfin, est longue, difficile et sujette à erreur,
+principalement en raison de la rapidité avec laquelle l'opération doit
+être faite; tandis que l'application d'un timbre sur une enveloppe
+blanche, est une opération mécanique qui sera toujours à la portée de
+toutes les intelligences.
+
+Une dépense nouvelle résulterait, il est vrai, des frais de confection
+et d'application des timbres; mais il est facile de l'apprécier. Les
+matrices des timbres secs gravés sur acier avec tout le soin possible,
+coûteraient 40 fr. l'une, ou 1,440 fr. pour trente-six, si on allait
+jusqu'à trente-six timbres. Deux presses suffiraient; celles du timbre
+royal coûtent 1,000 fr. Toute la dépense en matériel qu'entraînerait le
+projet, se bornerait donc à une somme de 3,440 fr., et cette dépense
+n'est pas sans compensation. Nous avons dit qu'une taxation claire et
+régulière tourne à l'avantage des recettes; et, en second lieu, le temps
+d'un grand nombre d'employés expérimentés, tels que ceux qui doivent
+s'occuper de la taxe des lettres, a une valeur qui pourrait être ou
+économisée en entier, ou employée profitablement ailleurs. Il y avait,
+il y a quelques années, à l'administration des postes à Paris, un bureau
+spécial pour la taxation des lettres; il était composé de vingt-trois
+personnes, et il coûtait 60,500 fr. par an. Cette dépense, qui existe
+encore aujourd'hui sous une autre forme, pourrait être supprimée; car la
+vérification d'un timbre de taxe doit être à la portée de tous les
+commis et directeurs, et n'exigera pas des employés spéciaux.
+
+Dispositions transitoires.
+
+Quelque évidents que puissent paraître les avantages qui doivent
+résulter pour le public du nouveau système de taxation des lettres, nous
+ne pensons pas que ce nouveau procédé pût être substitué tout à coup, et
+sans transition, à celui qui est en usage aujourd'hui. Il faudrait, dans
+tous les cas, respecter les habitudes prises, et faire fonctionner
+d'abord le nouveau système concurremment avec l'ancien.
+
+Cet emploi simultané des deux moyens n'apporterait aucune perturbation
+dans le service des postes. Les lettres timbrées pourraient être
+facilement distinguées des autres dans les dépêches; elles seraient
+comptées et enregistrées sur une feuille spéciale, et si cette
+séparation devenait l'objet d'une opération de plus pour les employés
+des postes, l'augmentation de travail causée par cette opération, serait
+compensée par la réduction de travail résultant, d'autre part, de la
+diminution du nombre des lettres à taxer d'après l'ancien système. Il ne
+faut pas oublier d'ailleurs que l'abaissement de la taxe, pour les
+lettres timbrées seulement, ferait augmenter rapidement leur nombre, et
+nous croyons qu'en peu de temps celui des autres lettres serait
+tellement réduit, que la mesure nouvelle pourrait être généralisée sans
+aucun inconvénient.
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI.
+
+
+Conclusions.
+
+Des développements que nous avons présentés, on peut tirer les
+conclusions suivantes:
+
+1° Il est d'un puissant intérêt pour l'État que le nombre des lettres en
+circulation en France soit aussi élevé que possible. Les transactions du
+commerce ne sauraient être trop facilitées, comme sources de richesse
+pour le pays et de produits pour le trésor public.
+
+2° L'accroissement du nombre des correspondances peut être obtenu, ou
+par l'accélération de la marche des courriers et de la distribution des
+lettres, ou par l'abaissement des taxes, ou mieux encore par les deux
+moyens réunis. L'administration a, pendant les quinze dernières années,
+beaucoup accéléré la marche des courriers et la distribution des
+lettres; mais elle n'a pas assez pensé à la réduction des taxes (p.
+1-15).
+
+3° Lorsque le port des lettres est peu élevé, la rapidité du mode de
+transport, et la sécurité que donne le service de l'administration des
+postes, ramènent à elle les correspondances qui s'échappaient par
+d'autres issues; et les taxes des lettres nouvelles compenseront
+toujours et au-delà, à cause de leur grand nombre, la diminution de
+recette qui pourrait résulter de l'abaissement du tarif.
+
+4° Ces suppositions acquièrent force de certitude, si l'on consulte
+l'expérience du passé, et si l'on considère que chaque création de
+service, chaque facilité donnée au commerce par la poste, a été
+immédiatement suivie d'une augmentation dans les produits. Nous en avons
+cité des exemples pris dans la correspondance de Paris avec Marseille,
+accélérée récemment, ainsi que dans l'établissement du service
+journalier en 1827, et du service rural en 1829 (p. 5, 7, 9).
+
+5° De doubles services de poste partant de Paris, contribueraient encore
+à augmenter le nombre des lettres en circulation; et un emploi mieux
+entendu des facteurs ruraux, en procurant à l'État une augmentation de
+droit de cinq pour cent sur le transport des articles d'argent, ferait
+entrer dans le service des postes une quantité considérable de lettres
+nouvelles (p. 11).
+
+6° La taxe des lettres est trop élevée, et ce fait se démontre
+moralement comme financièrement. En effet, il y a des relations de
+famille qui seraient entièrement interrompues par l'élévation du port
+actuel des lettres envoyées à de longues distances, si ces
+correspondances n'avaient pas recours à la fraude. Et d'autre part les
+produits de poste ne se sont pas élevés proportionnellement, pendant les
+vingt dernières années de paix, au même taux que d'autres revenus
+indirects, tels que le dixième sur le prix des places des voyageurs dans
+les voitures publiques, bien que le besoin d'écrire doive se présenter
+plus naturellement et plus fréquemment que celui de se déplacer (p. 18).
+
+7° S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque, il
+conviendrait de choisir d'abord, pour en faire l'objet de la réduction,
+celle dont l'abaissement donnerait la plus grande somme d'avantages pour
+le public, en même temps que la moindre perte pour le trésor, et aussi
+celle dont le revenu toujours progressif, mais non encore assez étendu,
+annonce des besoins généraux qui seraient mieux satisfaits, si le tarif
+était moins élevé; or cette taxe est celle des postes (p. 19).
+
+8° Il est du devoir d'une administration publique investie d'un
+privilége si important en résultat que celui du transport des
+correspondances, de se mettre en état de faire parvenir toutes les
+lettres que les particuliers ont intérêt à écrire; et si l'élévation du
+prix de port est un obstacle réel pour ceux-ci, il semble que l'État
+leur refuse un objet de première nécessité, qu'il ne leur est ni
+possible ni permis de se procurer ailleurs.
+
+9° La fraude sur le transport des lettres est en grande partie le
+résultat de l'élévation des taxes. Elle est considérable en France; plus
+de quarante-cinq millions de lettres circulent en dehors du service des
+postes par des voituriers ou des messagers de ville à ville,
+indépendamment de celles qui sont transportées par des voyageurs, ou qui
+passent indûment sans taxe, dans le service des postes, sous le couvert
+des préposés publics (p. 22).
+
+10° Des entreprises particulières ont été autorisées par les tribunaux à
+distribuer des imprimés et des journaux: c'est une atteinte au privilége
+des postes, qui ne peut être motivée que sur l'élévation du tarif.
+
+11° Toute lettre écrite a une utilité relative, et presque toutes
+seraient confiées au service des postes, si la taxe n'en était pas trop
+élevée, eu égard au degré d'importance que les envoyeurs y attachent.
+
+12° Dans la taxe des lettres, le prix du service rendu est représenté
+par le montant général des dépenses divisé par le nombre de lettres en
+circulation; le reste de la recette est un impôt, qui pourrait être
+diminué dans certaines proportions, si l'intérêt bien entendu de l'État
+le commandait. Le transport et la distribution d'une lettre simple, en
+France, coûte à l'État environ 8 cent., et la taxe en rapporte 44 (p.
+28-32).
+
+Le transport et la distribution d'un imprimé coûte 8 cent. et rapporte 4
+cent; enfin le transport des correspondances administratives coûte
+9,480,000 fr. par an, et ne rapporte rien. Ce dernier transport, fait
+gratuitement, représente une économie pour l'État, qu'il convient
+d'attribuer à la taxe des lettres.
+
+Le résultat de ces appréciations est que si l'impôt était égal au prix
+du service fait, il serait de cinq cent cinquante pour cent moins élevé
+que l'impôt actuellement perçu, et que toutes les dépenses résultant du
+transport des correspondances administratives et des imprimés à un prix
+réduit se trouvant couvertes, la taxe des lettres pourrait être encore
+réduite de cinquante pour cent, sans que l'exploitation devînt onéreuse
+à l'État (p. 29, 36).
+
+13° La première réduction de taxe à opérer est la suppression du décime
+appliqué sur les lettres distribuées dans les campagnes; cette taxe est
+injuste, et relativement improductive (p. 37).
+
+14° Une réduction de cinquante pour cent sur le tarif général des postes
+n'amènerait probablement pas de diminution de recettes, même dans la
+première année. Mais cette diminution générale de cinquante pour cent,
+applicable également à toutes les espèces de taxes de poids et de
+distance en France, ne serait pas rationnelle, et ne produirait pas les
+heureux effets que l'on peut attendre d'un autre mode de réduction du
+tarif (p. 44).
+
+15° De l'examen du tarif actuellement en usage, il résulte:
+
+Que les degrés de pesanteur de la lettre et de la distance qu'elle doit
+parcourir, et sur lesquels est réglée la taxe, sont tellement nombreux
+et serrés, que la taxation des lettres en devient une opération longue,
+obscure et difficile; que les échelons de taxe étant plus rapprochés
+dans les premiers degrés que dans les derniers, ce sont les lettres les
+moins pesantes et parcourant de moindres distances, c'est-à-dire les
+plus nombreuses, qui se trouvent dans les conditions les plus
+défavorables, et que ce sont celles qui cependant peuvent échapper le
+plus facilement au service par la fraude; que l'extension du premier
+degré de distance, et en même temps le poids de la lettre simple fixé à
+15 gr. au lieu de 7 gr. 1/2, seraient des dispositions utiles aux
+particuliers et profitables au trésor public;
+
+Que le tarif actuel pourrait être utilement remplacé par un nouveau
+tarif, basé, comme l'ancien, sur le poids des lettres et sur la distance
+parcourue, mais composé seulement de six degrés pour le poids et de six
+degrés pour la distance (p. 48.);
+
+Que de l'adoption de ce nouveau tarif il résulterait que la taxation des
+lettres serait plus simple et plus facile, les distances mieux partagées
+et plus facilement appréciées par les particuliers, enfin que la lettre
+simple pourrait être considérée comme telle, bien qu'elle contînt
+quelques papiers inclus, si le poids n'en dépassait 15 gr. (p. 48-61);
+
+Qu'enfin le poids plus considérable auquel on permettrait aux lettres
+simples d'arriver, ne serait pas une occasion de fraude (p. 62).
+
+16° Mais un tarif réglé sur le poids et sur la distance ne compensera
+jamais, dans les postes, les avantages qu'on pourrait tirer d'une taxe
+fixe (p. 67).
+
+La taxe fixe est d'ailleurs la seule taxe réellement juste, parce
+qu'elle représente tous les frais de parcours et d'administration sur
+tous les lieux et dans toutes les distances, divisés par le nombre des
+lettres en circulation. Les frais résultant du transport des dépêches ne
+sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec le prix de la
+taxe des lettres; les taxes progressives actuelles ne peuvent donc pas
+être considérées comme représentant exactement le prix de service rendu
+(p. 67-73).
+
+Le port fixe rend beaucoup plus facile l'opération de la taxation des
+lettres, et nous avons vu combien cette opération de la taxation prêtait
+à l'erreur, nécessitait l'emploi d'un temps très-long, et enfin
+entraînait des pertes pour les recettes (p. 78).
+
+Elle faciliterait la vérification des produits à chaque point d'arrivée
+des dépêches, et accélérerait considérablement la distribution des
+lettres (p. 78-83).
+
+Enfin elle permettrait de dresser un compte exact et numérique des
+lettres circulant dans le service, tant à Paris que dans les
+départements, compte qui deviendrait la meilleure garantie possible
+entre les soustractions et les pertes de lettres (p. 80).
+
+17° La taxe fixe s'appliquerait avec beaucoup d'avantage aux lettres de
+la ville pour la ville, et aux lettres destinées aux soldats.
+
+Les lettres de la ville pour la ville, en effet, sont presque toujours
+simples dans le sens que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire envoyées
+par une seule personne à une autre personne seule; pour faciliter ces
+correspondances qui échappent très-aisément au service des postes, il
+faut tolérer une extension de la pesanteur de la lettre jusqu'au point
+où le service en serait embarrassé (p. 85). Deux taxes fixes suffiraient
+à tout dans cette circonstance, 1 décime pour les lettres du poids de
+moins de 50 gr., et 2 décimes pour toute lettre de 50 à 100 gr.
+
+Il y aurait justice et humanité, en même temps qu'avantage financier, à
+réduire à 1 décime le port des lettres adressées aux soldats et
+sous-officiers aujourd'hui taxées à 25 c.
+
+18° Un système de taxation modérée en France, n'entraînerait pas de
+perte sur le prix de transport des lettres de et pour les pays
+étrangers, parce que les traités d'échange sont faits de manière à ce
+que les prix fixés, eu égard à la distance parcourue et à la pesanteur
+des lettres, soient réglés toujours sur le pied de la plus entière
+réciprocité (p. 87).
+
+19° Maintenant, passant à la fixation projetée d'une taxe applicable à
+toutes les lettres du même poids circulant en France, nous remarquons
+que si le nombre des lettres venait à augmenter considérablement par
+suite de l'abaissement du tarif, les dépenses d'exploitation
+n'augmenteraient pas en proportion (p. 88). Qu'une malle de Paris à
+Marseille, par exemple, qui coûte 760 fr. par voyage, pourrait
+transporter: ou quatre-vingt mille imprimés, dont le prix actuel de
+transport serait 3,200 fr.; ou cent vingt mille lettres du poids de 5
+gr., dont le montant de la taxe au taux actuel serait 120,000 fr.; ou
+enfin moitié lettres et moitié journaux; et opérer encore une recette de
+61,600 fr. c'est-à-dire quatre-vingt-cinq fois plus élevée que la
+dépense. Que dans des circonstances urgentes, on pourrait donner aux
+correspondances administratives dans les malles-postes, la place
+qu'occupent les trois voyageurs et leurs bagages, et qu'on ne
+renoncerait ainsi qu'à un produit variable de 4 fr. 50 c. par poste.
+Qu'enfin il reste démontré qu'il y aura toujours spéculation avantageuse
+pour l'administration à transporter des lettres en malle-poste, même
+avec un prix de port infiniment réduit, puisque si l'on voulait
+proportionner exactement la taxe à apposer sur les lettres de Paris à
+Marseille aux frais de leur transport réel, en admettant que le magasin
+de la malle en fût rempli, cette taxe moyenne serait 6 c. 1/2[74] (p.
+88-91).
+
+[Note 74: C'est-à-dire 760 fr., prix de la course divisée par 120,000,
+qui est le nombre des lettres transportées.]
+
+20° Les frais de régie et de personnel de l'administration des postes
+n'augmenteraient pas, si, le nombre des lettres devenant plus
+considérable, il n'y avait qu'une taxe fixe et uniforme (p. 91).
+
+21° Le port fixe doit être réglé au taux de la plus basse de toutes les
+taxes de poste actuellement existantes, parce qu'il n'est pas possible
+d'en élever aucune. Soit 1 décime pour les lettres circulant dans
+l'arrondissement d'un même bureau de poste, et 2 décimes pour toutes
+lettres envoyées de bureau à bureau; et si, avec cette taxe si modérée,
+on suppose que le nombre des lettres doive s'accroître seulement dans la
+proportion de cent cinquante pour cent, c'est-à-dire de double plus
+moitié, la recette actuelle ne baisserait pas, même dès la première
+année (p. 92 et suivantes).
+
+22° Les avantages d'une taxe fixe dans le service des postes
+s'accroîtraient encore de la possibilité de l'application de cette taxe
+au moyen d'un timbre (p. 96 et suiv.).
+
+L'idée de l'emploi d'un timbre comme signe de taxe est fort ancienne,
+mais elle a été développée récemment avec beaucoup de talent et de
+clarté par un auteur anglais de qui nous avons emprunté la plus grande
+partie des considérations qui suivent.
+
+23° L'usage des timbres pourrait être appliqué aux deux tarifs que nous
+avons successivement proposés; soit à un tarif progressif mais réduit à
+six taxes de poids et à six taxes de distances, soit à une seule taxe
+fixe applicable à toutes les lettres divisées en deux catégories de
+poids seulement.
+
+Dans le premier cas, on devrait graver trente-six timbres; mais six ou
+dix-huit au plus de ces timbres seraient employés ordinairement, les
+autres seraient exceptionnels (p. 99).
+
+Nous avons abandonné l'adoption de ce premier tarif, afin de ne pas
+mettre les particuliers dans la nécessité de s'enquérir d'abord du poids
+de leurs lettres et de la distance qu'elles doivent parcourir.
+
+Dans le second système dont nous proposons l'adoption, c'est-à-dire dans
+le système d'une taxe fixe, quatre timbres suffiraient, dont les deux
+premiers seraient presque uniquement en usage; ce seraient ceux de la
+lettre simple, dont le poids serait étendu à 50 gr., pour lettres de la
+ville pour la ville, et à 15 gr. pour les lettres allant à de plus
+longues distances. Les deux autres timbres seraient applicables aux
+lettres qui dépasseraient ce poids, sans excéder la limite de 100 gr.
+passé laquelle aucun paquet ne serait admis à circuler comme lettre dans
+le service des postes (p. 101 à 109).
+
+Les lettres des sous-officiers et soldats n'exigeraient pas l'emploi
+d'un timbre particulier, et on pourrait les faire rentrer dans la classe
+des lettres ordinaires affranchies par le timbre à 1 et à 2 décimes. Et
+les avis de mariage ou décès, s'ils n'étaient pas taxés à l'avenir comme
+imprimés à 4 c. par feuille, pourraient donner naissance à l'emploi de
+deux timbres d'une forme particulière, appliqués dans le service après
+coup avec une couleur délayée à l'huile, et qui ne feraient pas
+confusion avec les timbres secs ordinaires de la taxe des lettres.
+
+24° Toutes les lettres ainsi timbrées seront considérées dans le service
+des postes comme lettres affranchies et remises, dans tous les cas,
+franches de port à leur destination; la punition de la fraude serait la
+mise de la lettre au rebut (p. 106).
+
+25° L'emploi d'enveloppes timbrées serait préférable, pour le public et
+pour le service de l'administration, à celui de feuilles de papier
+timbrées dont la partie sur laquelle le timbre aurait été apposé,
+deviendrait apparente par la manière dont la lettre serait pliée. Le
+public pourrait être amené à ne se servir que d'enveloppes par la
+diminution du poids de l'enveloppe opérée sur le poids total accordé à
+la lettre dans le service; on pourrait se les procurer en tous lieux,
+particulièrement chez les papetiers et chez les directeurs des bureaux
+de poste, et l'administration des postes ou du timbre appliquerait
+l'empreinte, suivant la fantaisie des débitants ou des consommateurs,
+sur des papiers de toute couleur, de toute forme et de toute dimension.
+
+26° L'application de la taxe au moyen d'un timbre, présenterait des
+avantages de diverses espèces: 1° elle serait une source d'accélération
+dans la manipulation des lettres et dans leur distribution, en même
+temps que d'économie dans les frais de régie et d'exploitation (p. 109);
+2° les lettres réexpédiées par suite du changement de domicile du
+destinataire, ne supporteraient pas de taxe supplémentaire pour plus
+grande distance parcourue; 3° le nombre des lettres en rebut diminuerait
+tellement, que ces lettres disparaîtraient presque entièrement du
+service; en effet, une lettre franche se place toujours, et le public ne
+la refuse presque jamais; or, il y a eu en 1836 un million cinq cent
+quatre-vingt mille lettres en rebut; et la suppression de ces lettres
+aura plusieurs avantages moraux et financiers (p. 110); 4° il se
+présentera moins d'occasions de démoralisation pour un grand nombre de
+commissionnaires ou de jeunes commis de maison de banque, chargés
+d'aller aux bureaux de poste affranchir les lettres, et plus de sûreté
+et de commodité pour les négociants, qui affranchiront leurs lettres de
+leur bureau même au moyen du timbre (p. 112). 5° enfin, il y aura
+simplification et économie extrême dans le mode de perception des
+recettes (p. 113).
+
+27° Passant ensuite en revue les diverses objections qu'on pourrait
+faire au système, nous nous sommes d'abord attachés à la plus importante
+de toutes, qui prenait sa source dans la nécessité de l'affranchissement
+préalable pour toute espèce de lettres circulant dans le service. Mais
+si on partage le nombre de lettres en diverses catégories répondant aux
+divers besoins du commerce et des particuliers, on voit bientôt qu'un
+infiniment petit nombre de personnes seraient contrariées par la
+nécessité d'un affranchissement préalable, d'ailleurs si facile et si
+expéditif (p. 114).
+
+28° Il n'y aura pas de fraude possible par le double emploi des
+enveloppes; cette industrie serait très-peu productive, et la
+fabrication du timbre et du papier peuvent très-aisément la rendre
+impossible (p. 118).
+
+29° Il n'y aurait pas lieu de craindre que les lettres ne fussent pas
+fidèlement remises aux destinataires, parce que le port en aurait été
+ainsi payé partout à l'avance par l'achat du timbre. Il existe, en
+effet, plusieurs moyens autres que la nécessité de la perception de la
+taxe, pour assurer l'exactitude et la fidélité des facteurs. Et une
+manière de rassurer le public à ce sujet, serait de permettre une
+certaine extension du service actuel des lettres recommandées (p. 121).
+
+30° Enfin le temps employé pour le timbrage des enveloppes, non plus que
+la dépense qui résulterait de cette opération, ne peuvent pas être
+présentés comme des objections sérieuses.
+
+31° Afin cependant de ménager tous les intérêts et de respecter les
+habitudes prises, il serait nécessaire de faire marcher concurremment
+d'abord, les deux systèmes de taxation; c'est-à-dire, la taxe fixe
+appliquée au moyen du timbre, et l'ancienne taxe progressive écrite à la
+plume; et il y a tout lieu de croire que bientôt les avantages de toute
+espèce que présente le système proposé, seraient assez généralement
+appréciés, pour que l'ancien mode de taxation fût abandonné, et que les
+particuliers cessassent d'eux-mêmes d'y avoir recours.
+
+Ici, ma tâche est terminée. J'ai cherché à rendre sensibles les
+avantages que présenterait la taxation des lettres par le moyen d'un
+timbre, combinée avec un abaissement du tarif. J'ai l'honneur de
+soumettre ce projet de réforme à la sagesse et à l'expérience de
+Monsieur le Ministre des finances, persuadé que je suis, qu'en partant
+de ces données, sans doute très-imparfaites, on pourrait arriver à deux
+résultats très-désirables, à savoir: 1° une immense extension des
+correspondances en France, 2° une extrême simplification du service des
+postes.
+
+
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+ PIÈCES A L'APPUI.
+
+
+NOTE N° 1.
+
+INTRODUCTION ET PAGE 97.
+
+J'ai trouvé ce document très-curieux dans un recueil de lettres de Mlle
+de Scudéry, copiées par Conrart et annotées par Pélisson,
+secrétaire-rédacteur des soirées qui se tenaient le samedi chez Mlle de
+Scudéry.
+
+Je lis dans ce manuscrit, dont je dois la communication aux bontés de M.
+Feuillet, chef du protocole au ministère des affaires étrangères, une
+note ainsi conçue, écrite de la main même de Pélisson:
+
+«Argument de ce qui suit:
+
+«En mesme temps que M. de Velayer establit les boestes pour porter des
+billets d'un quartier à l'autre, il fit aussi imprimer certains
+formulaires de billets d'une douzaine de sortes comme pour demander de
+l'argent à un débiteur, pour recommander une affaire à son procureur, un
+ouvrage à quelque artisan, etc., etc., afin que ceux qui auroient des
+choses semblables à escrire, se peussent servir de ces billets touts
+faits, du moins en remplissant quelques lignes de blanc qu'on y
+laissoit, comme on fait, par exemple, aux quittances des parties
+casuelles et en une infinité d'autres affaires. Ces billets se vendoient
+au palais avec les autres billets de port payé. Acante[75] en aiant
+achetté une douzaine pour cinq sous, s'avisa, pour employer son argent,
+d'envoier à Sappho par la voie des boestes celui qui est icy attaché,
+rempli comme il est. Sappho y fit la réponse qui est en suitte:
+
+[Note 75: C'était le nom que s'était donné Pélisson dans cette société
+de beaux-esprits. Mademoiselle de Scudéry avait reçu le nom de Sappho;
+Conrart l'académique celui de Théodamas. Le poète Sarrazin s'appelait
+Polyandre, etc.]
+
+_Mademoiselle_,
+
+Mandez-moy si vous ne sçavez point quelque _bon remède contre l'amour ou
+contre l'absence_, et si vous n'en connoissez point, faites-moy le
+plaisir de vous en enquérir, et, au cas que vous en trouverez, de
+l'envoyer à:
+
+Votre très-humble et _très-obéissant serviteur_,
+
+_PISANDRE_.»
+
+Outre le billet de port payé que l'on mettra sur cette lettre pour la
+faire partir, celuy qui escrira aura soing, s'il veut avoir response,
+d'envoyer un autre billet de port payé enfermé dans sa lettre.
+
+Pour _Mademoiselle_
+_Sappho_,
+demeurant en la rue _au pays des nouveaux
+sansomales_.
+A Paris.
+Par billet de port payé.
+
+«L'invention de ces billets estant encore toute nouvelle après celle des
+billets de port payé qui estoit déjà establie, j'envoiez celuy cy rempli
+comme il est à mademoiselle de Scudéry, sous une enveloppe à madame
+Boquet. Elle fit la réponse qui commence: Comme j'ai toujours...[76]»
+
+[Note 76: Nous ne donnons pas la réponse de Sappho parce qu'elle est
+étrangère à notre sujet.]
+
+(_Note de la main de Pélisson._)
+
+Ailleurs je trouve dans le même recueil, une lettre de Sappho (Mlle de
+Scudéry) qui finissait ainsi:
+
+«J'en eusse dit bien davantage, mais la boeste des billets s'ouvre à
+huit heures, et c'est par cette voye que je prétends vous envoyer
+celuy-cy.»
+
+Pélisson avait écrit en marge l'annotation suivante:
+
+«Il est vraisemblable que dans quelques années on ne saura plus ce que
+c'estoit que la boeste des billets. M. de Velayer, maistre des
+requestes, avoit imaginé un moïen pour faire porter des billets d'un
+quartier de Paris à l'autre en mettant des boestes aux coins des
+principales rues. Il avoit obtenu un privilège ou don du roi pour
+pouvoir seul establir ces boestes, et avoit ensuitte establi un bureau
+au Palais, où on vendoit pour un sou pièce, certains billets impriméz et
+marquez d'une marque qui lui estoit particulière. Ces billets ne
+contenoient autre chose sinon _port payé le jour de l'an mil six cent
+cinquante-trois ou cinquante-quatre_. Pour s'en servir il falloit
+remplir le blanc de la datte du jour et du mois auquel vous escriviez,
+et après cela vous n'aviez qu'à entortiller ce billet autour de celuy
+que vous escriviez à votre ami et les faire jetter ensemble dans la
+boeste. Il y avoit des gens qui avoient ordre de l'ouvrir trois fois par
+jour, et de porter les billets où ils s'adressoient.»
+
+
+NOTE N° 2.
+
+PAGE 21.
+
+(_Traduction_.)
+
+«Mais le plus ingénieux de ces subterfuges est le système au
+moyen duquel M. Brawn, de Londres, peut correspondre avec
+M. Smith, d'Édimbourg. L'adresse du journal (lequel est toujours
+transporté franc)[77], porte ces mots:
+
+[Note 77: Le transport des journaux est franc dans l'étendue des Trois
+Royaumes; et le prix du timbre est fixé en conséquence.]
+
+«M. John Smith,
+Épicier, marchand de thé.
+1, Grande-Rue.
+ «Édimbourg.
+
+«Six manières différentes de mettre cette adresse indiquent d'abord la
+date des nouvelles qui doivent être transmises:
+
+«M. Smith est pour le lundi,
+M. John Smith pour le mardi,
+M.J. Smith pour le mercredi,
+J. Smith esq. pour le jeudi,
+John Smith esq. pour le vendredi,
+Smith esq. pour le samedi.
+
+«L'avis de l'envoi des marchandises est indiqué, en mettant l'adresse
+entière, comme plus haut. Pour les envoyer le mercredi, par exemple, le
+journal est adressé à M.J. Smith, épicier.
+
+«L'avis de la réception des marchandises est indiqué par l'omission de
+l'état; pour les marchandises reçues le vendredi, l'adresse est: John
+Smith esq., Grande-Rue, Édimbourg.
+
+«Les incidents des marchés sont indiqués par les professions du
+destinataire.
+
+«Marchand de thé, seul ... les prix du thé en hausse.
+
+«Épicier..............._Id_.... en baisse.
+Épicier et m_{d} de thé.... sucres en hausse.
+Épicier m_{d} de thé, etc.. sucres en baisse.
+Épicier, etc........ marché lourd et stationnaire.
+
+«D'autres renseignements sont encore exprimés par les mots: marchand de
+thé, etc., marchand de thé et épicier, marchand de thé, épicier, etc.
+Supposons, par exemple, que les sucres aient monté le lundi, l'adresse
+sera à M. Smith, épicier et marchand de thé, 1, Grande-Rue, Édimbourg.
+
+«Les incidents dans les affaires d'argent sont indiqués par les
+changements dans la manière d'écrire la localité:
+
+«1, Grande-Rue..... traites bonnes.
+--Grande-Rue..... billets envoyés à recevoir.
+1, Grande-Rue..... acceptation reçue.
+--Grande-Rue..... billets protestés.
+
+«Ceci est un système qui, quoique facile à découvrir, défie toutes les
+punitions légales.»
+
+
+NOTE N° 3.
+
+PAGE 41.
+
+(_Extrait d'un procès-verbal des délibérations du conseil-général
+de la Lozère_).
+
+«Avec le nombre trop restreint de bureaux de poste et de distribution
+que possède le département de la Lozère, la plus grande partie des
+communes paie le décime supplémentaire, et il en résulte, pour les
+contribuables, une charge qui n'est pas dans l'ordre naturel des choses.
+Le service des postes n'est plus, en effet, un service onéreux pour
+l'Etat; c'est un véritable impôt qui produit 14 ou 15 millions, et il
+est de droit que les frais de perception de cet impôt soient entièrement
+prélevés sur le produit. Pourquoi les communes qui ne sont qu'à un quart
+de lieue ou à une demi-lieue d'une autre commune, et qui sont à la même
+distance du point de départ, paieraient-elles un décime de plus par
+lettre que cette dernière, c'est-à-dire souvent un tiers ou un quart en
+sus de la taxe? Dans le principe, pour prévenir les réclamations du
+trésor, et pour faire adopter la mesure, on a cru devoir assujettir à
+cette surtaxe les communes rurales; mais les correspondances sont
+devenues plus actives; les postes rendent beaucoup plus qu'elles ne
+rendaient à cette époque; le trésor a gagné sous les deux rapports; et
+il est temps de faire cesser cette inégalité qui pèse sur les communes
+les moins riches de la France, et de les faire rentrer dans le droit
+commun.»
+
+Le conseil émet, en conséquence, un voeu formel pour la suppression du
+décime supplémentaire dans le service rural.
+
+
+NOTE N° 4.
+
+PAGE 44.
+
+L'écrivain anglais donne les exemples suivants pris dans les recettes en
+Angleterre, comme preuve qu'une réduction dans la valeur des objets, ou
+un abaissement de la taxe, produisent ordinairement un accroissement
+dans la consommation.
+
+«Le prix du savon a récemment baissé d'à peu près un huitième, et en
+même temps la consommation a augmenté d'un tiers.
+
+«La consommation des soieries, lesquelles depuis l'année 1823 avaient
+baissé de prix d'un cinquième, a plus que doublé.
+
+«La consommation des cotons, dont les prix ont baissé de presque moitié
+durant les vingt dernières années, a en même temps quadruplé.
+
+«Le commerce du café offre une autre preuve frappante des effets
+avantageux d'un abaissement sur les droits.
+
+«En 1783 le droit sur le café était de 1 sh. 6 d. par livre, et les
+revenus furent seulement de 2,869 l. 10 sh. 10 1/2 d.; en 1784 le droit
+fut réduit à six pence par livre et rapporta immédiatement 7,200 l. 15
+sh. 9 d.
+
+«Le tableau suivant montre plus clairement encore les effets de
+l'élévation ou de l'abaissement des droits sur cette sorte de produits.»
+
+
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+|ANNÉES.| DROITS. | CONSOMMATION. | REVENU. |
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+| | Par livre: | | l. sh. d.|
+| 1807. | 1 sh. 8D. |1,170,164 livres pesant | 161,245 11 4 |
+| | Réduits | en 1809. | |
+| 1808. | à 7D. |9,251,847 livres pesant.| 245,856 8 4|
+| | Élevés dans l'intervalle | | |
+| 1824. | à 1 sh. | 7,993,041 -- | 407,544 4 3|
+| |Réduits de nouveau en 1824| | |
+| | à 6D. | | |
+| 1831. | à 6D. | 22,740,627 -- | 583,751 0 0|
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+
+
+NOTE N° 4 _bis_.
+
+PAGE 44.
+
+(_Extrait de la brochure de M. Hill._)
+
+«Le tarif de la taxe des lettres en Angleterre, établi en 1710, a été
+réduit en 1764, ainsi qu'il suit:
+
+ _Tarif des distances_ 1710 1764.
+
+«de 15 milles 3 d. 1 d.
+de 15 milles à 20 milles 3 2
+de 20 milles à 30 milles 3 2
+de 30 milles à 50 milles 3 3
+
+ _Années_. _Revenu brut_.
+
+ «1710 111,461 l.
+ «1764 432,048
+
+«On voit qu'en 1710, c'est-à-dire un an après que le prix des taxes eut
+été fixé à 3 d. sterl. pour les lettres de 15 milles jusqu'à 50 milles,
+la recette brute s'éleva à 111,461 l.; tandis qu'en 1764, époque où le
+transport des lettres de 15 milles jusqu'à 80 milles était abaissé par
+la loi à 1 d. pour les lettres de 14 milles et à 2 d. pour les lettres
+de 15 à 50 milles, il y a eu une augmentation de recette de près du
+triple; d'où il résulterait la preuve que l'élévation de la taxe n'est
+pas un moyen d'augmenter le revenu.»
+
+
+Note N° 5.
+
+_Spécimens des timbres_.
+
+_dans l'hypothèse de l'adoption d'un Tarif simplifié et basé sur le
+poids des lettres et sur la distance qu'elles doivent parcourir._
+
+[Illustration:
+Jusqu'à 75 kilom. 2. Déc. au dessous de 15.G.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 4. Déc. de 15.G. à 30.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 6. Déc. de 30.G. à 50.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 8. Déc. de 50.G. à 100.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 10. Déc. de 100.G. à 250.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 12. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 75 à 150 kilom. 3. Déc. au dessoux de 15.G.
+
+de 75 à 150 kilom. 6. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 75 à 150 kilom. 9. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 75 à 150 kilom. 12. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 75 à 150 kilom. 15. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 75 à 150 kilom. 18. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 150 à 300 kilom. 4. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 150 à 300 kilom. 8. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 150 à 300 kilom. 12. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 150 à 300 kilom. 16. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 150 à 300 kilom. 20. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 150 à 300 kilom. 24. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 300 à 450 kilom. 5. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 300 à 450 kilom. 10. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 300 à 450 kilom. 15. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 300 à 450 kilom. 20. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 300 à 450 kilom. 25. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 300 à 450 kilom. 30. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 450 à 600 kilom. 6. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 450 à 600 kilom. 12. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 450 à 600 kilom. 18. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 450 à 600 kilom. 24. Déc. de 500.G. à 100.
+
+de 450 à 600 kilom. 30. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 450 à 600 kilom. 36. Déc. de 250.G. à 500.
+
+audelà de 600 kilom. 7. Déc. au dessous de 15.G.
+
+audelà de 600 kilom. 14. Déc. de 15.G. à 50.
+
+audelà de 600 kilom. 21. Déc. de 30.G. à 50.
+
+audelà de 600 kilom. 28. Déc. de 50.G. à 100.
+
+audelà de 600 kilom. 35. Déc. de 100.G. à 250.
+
+audelà de 600 kilom. 42.Déc. de 250.G. à 500.]
+
+
+Imp. de Lemercier, Benard & Cie
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la
+taxation des lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+***** This file should be named 19984-8.txt or 19984-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/9/9/8/19984/
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
diff --git a/19984-8.zip b/19984-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..3084973
--- /dev/null
+++ b/19984-8.zip
Binary files differ
diff --git a/19984-h.zip b/19984-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..0161189
--- /dev/null
+++ b/19984-h.zip
Binary files differ
diff --git a/19984-h/19984-h.htm b/19984-h/19984-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..76223d4
--- /dev/null
+++ b/19984-h/19984-h.htm
@@ -0,0 +1,6211 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The Project Gutenberg eBook of Du Service des postes et de la taxation des lettres, par M.A. Piron</title>
+
+
+<style type="text/css">
+<!--
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+hr {width: 50%; text-align: center}
+hr.full {width: 100%}
+hr.short {width: 10%; text-align: center}
+
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%;
+ float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed;
+ width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left}
+
+.sc {font-variant: small-caps}
+.lef {float: left}
+.mid {text-align: center}
+.rig {float: right}
+.sml {font-size: 8pt}
+
+span.pagenum {font-size: 10pt; left: 91%; right: 1%; position: absolute}
+span.linenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute}
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+.poem p.i12 {margin-left: 6em}
+.poem p.i14 {margin-left: 7em}
+.poem p.i16 {margin-left: 8em}
+.poem p.i18 {margin-left: 9em}
+.poem p.i20 {margin-left: 10em}
+.poem p.i30 {margin-left: 15em}
+
+
+-->
+</style>
+
+</head>
+
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la taxation des
+lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre
+
+Author: A. Piron
+
+Release Date: November 30, 2006 [EBook #19984]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+
+
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<h1>DU<br>
+
+SERVICE DES POSTES<br>
+
+ET DE LA<br>
+
+TAXATION DES LETTRES<br>
+
+AU MOYEN D'UN TIMBRE</h1>
+
+<h4>PAR</h4>
+
+<h2>M.A. PIRON</h2>
+
+<h3>SOUS-DIRECTEUR DES POSTES</h3>
+
+<br><br>
+<p class="mid">PARIS<br>
+
+IMPRIMERIE DE H. FOURNIER ET Cie<br>
+
+RUE DE SEINE, 14 BIS</p>
+
+<p class="mid"><b>M DCCC XXXVIII</b></p>
+
+<a name="v" id="v"></a>
+<p><span class="pagenum">v</span></p>
+<br><br>
+
+
+<h3>SOMMAIRE.</h3>
+<br>
+
+
+<p>Introduction <a href="#ix">Page ix</a></p>
+
+
+<p>CHAPITRE PREMIER.</p>
+
+<p>Considérations générales sur le produit des postes, <a href="#p1">page 1.</a></p>
+
+<p>Il est d'un haut intérêt d'augmenter le nombre des lettres en circulation en France,
+<a href="#p1">p. 1.</a>--L'accroissement dans le nombre des lettres suit toujours l'accélération
+donnée à la marche des courriers; exemples pris dans la correspondance de
+Paris avec Marseille, <a href="#p3">p. 3.</a>--Dans le service journalier, <a href="#p6">p. 6.</a>--Dans le service
+rural, <i>ibid.</i>--Proposition de l'établissement de doubles courriers partant
+de Paris, <a href="#p8">p. 8.</a>--Proposition d'un emploi mieux entendu des facteurs ruraux,
+<a href="#p11">p. 11.</a>--Le tarif des postes est trop élevé. Considérations morales et financières
+à ce sujet, <a href="#p16">p. 16.</a>--Transports frauduleux, <a href="#p21">p. 21.</a></p>
+
+
+<p>CHAPITRE II.</p>
+
+<p>Appréciation des frais.--Projet de réduction de 50 p. 100 sur le
+tarif actuel, <a href="#p27">page 27.</a></p>
+
+<p>Quel est le prix du service rendu, <a href="#p27">p. 27.</a>--Frais du transport des correspondances
+administratives, <a href="#p30">p. 30.</a>--Frais du transport des journaux et imprimés
+taxés, <a href="#p32">p. 32.</a>--Coût du transport d'une lettre ou d'un imprimé par la poste,
+<a href="#p33">p. 33.</a>--Taux moyen de la taxe d'une lettre, <a href="#p34">p. 34.</a>--Proposition de supprimer
+la taxe du service rural, <a href="#p37">p. 37.</a>--Résultats financiers d'un abaissement
+de 50 p. 100 sur le tarif actuel des postes, <a href="#p42">p. 42.</a></p>
+
+
+<a name="vi" id="vi"></a>
+<p><span class="pagenum">vi</span></p>
+
+<p>CHAPITRE III.
+
+Examen du tarif actuel, proposition d'un nouveau tarif réduit,
+mais encore basé sur le poids des lettres et sur la distance
+qu'elles doivent parcourir, <a href="#p45">page 45.</a></p>
+
+<p>Examen du tarif actuel, <a href="#p45">p. 45.</a>--Considérations sur la lettre simple, <a href="#p47">p. 47.</a>--Tableaux
+représentant les taxes proposées, <a href="#p48">p. 48</a> à 54.--Examen des tableaux:
+taxes de distance, <a href="#p55">p. 55.</a>--Nouvelle échelle de poids, <a href="#p58">p. 58.</a>--Le
+poids de la lettre simple fixé à 15 gram., <a href="#p59">p. 59.</a>--Nombre des lettres
+pesantes en circulation dans le service des postes, <a href="#p63">p. 63.</a>--Résultats
+financiers du tarif proposé, <a href="#p64">p. 64.</a></p>
+
+<p>CHAPITRE IV.</p>
+
+<p>Des avantages de la taxe fixe comparée au système actuellement
+en usage, <a href="#p67">page 67.</a></p>
+
+<p>La taxe actuelle n'est pas proportionnelle au prix du service rendu, <a href="#p67">. 67.</a>p--Les
+frais de transport n'entrent que pour moitié dans les frais généraux d'exploitation,
+<a href="#p72">p. 72.</a>--Si la taxe fixe était adoptée, la taxation des lettres deviendrait
+plus facile, <a href="#p74">p. 74.</a>--Le compte des taxes et la vérification des dépêches
+se ferait plus rapidement, <a href="#p75">p. 75.</a>--Il pourrait être dressé un compte numérique
+des lettres en circulation, <a href="#p80">p. 80.</a>--La distribution serait plus prompte,
+<a href="#p81">p. 81.</a>--Avantage des lettres franches dans le service des postes, p. 82.--Examen
+de la taxe des lettres de la ville pour la ville, <a href="#p84">p. 84.</a>--De la taxe des
+lettres pour les sous-officiers et soldats, <a href="#p86">p. 86.</a>--De la taxe des avis de mariage
+et de décès, <a href="#p57">p. 87.</a>--Des lettres de et pour l'étranger, <i>ibid.</i>--Si le nombre des
+lettres augmentait considérablement, les frais de transport en malle-poste et par
+entreprise ne s'élèveraient pas en proportion, <a href="#p88">p. 88.</a>--Dépenses et recettes
+possibles d'un service en malle-poste de Paris à Marseille, <a href="#p89">p. 89.</a>--Les autres
+frais d'exploitation n'augmenteraient pas, <a href="#p92">p. 92.</a>--Proposition d'une réduction
+de la taxe de toutes les lettres à 1 déc. et à 2 déc., <i>ibid.</i>--Résultats
+financiers, <a href="#p93">p. 93.</a></p>
+
+
+<a name="vii" id="vii"></a>
+<p><span class="pagenum">vii</span></p>
+
+<p>CHAPITRE V.</p>
+
+<p>De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe, <a href="#p95">p. 95.</a></p>
+
+
+
+<p>L'usage d'un timbre de taxe existait en 1653, <a href="#p96">p. 96.</a>--Notes de Pélisson,
+<i>ibid.</i>--Brochure de M. Hill, <a href="#p98">p. 98.</a>--De la composition et de l'application
+des timbres, <a href="#p99">p. 99</a>---Timbres de taxe adoptés dans l'hypothèse de la réduction
+du tarif à 6 degrés de poids et à 6 degrés de distance, <i>ibid.</i>--Application
+du timbre à la taxe fixe de 1 déc. et de 2 déc., <a href="#p102">p. 102.</a>--Modèles de
+timbres, <a href="#p103">p. 103.</a>--De l'application des timbres, <a href="#p105">p. 105.</a>--Les lettres réexpédiées
+ne supporteront pas d'augmentation de taxe, <a href="#p106">p. 106.</a>--Les lettres trop
+pesantes, eu égard au timbre, seront mises aux rebuts, <i>ibid.</i>--Avantages
+de l'emploi des timbres, <a href="#p107">p. 107.</a>--Il y aura plus de rapidité dans le service
+des postes, <a href="#p109">p. 109.</a>--Il y aura diminution des lettres en rebut, <a href="#p110">p. 110.</a>--Il
+y aura moins d'occasions de démoralisation pour les commissionnaires chargés
+des affranchissements, <a href="#p112">p. 112.</a>--Il y aura extrême simplification dans la perception
+des recettes générales, <a href="#p113">p. 113.</a>--Objections qu'on pourrait présenter.--Résultats
+de la nécessité de l'affranchissement préalable, <i>ibid.</i>--De la
+possibilité de la falsification des enveloppes timbrées, <a href="#p117">p. 117.</a>--Application
+des timbres sur des papiers volants, <a href="#p119">p. 119.</a>--Des garanties de fidélité dans
+la remise des lettres à domicile, <a href="#p120">p. 120.</a>--Proposition d'étendre le service
+des lettres recommandées, <a href="#p121">p. 121.</a>--Temps employé et dépenses résultant du
+timbrage des lettres, <a href="#p123">p. 123.</a>--Dispositions transitoires, <a href="#p124">p. 124.</a></p>
+
+
+
+<p>CHAPITRE VI.</p>
+
+<p>Conclusions, <a href="#p125">p. 125</a></p>
+
+
+<p>PIÈCES A L'APPUI.</p>
+
+<p>Note n° 1, <a href="#p139">p. 139</a><br>
+
+Note n° 2, <a href="#p144">p. 144</a><br>
+
+Note n° 3, <a href="#p146">p. 146</a><br>
+
+Note n° 4, <a href="#p147">p. 147</a><br>
+
+Note n° 4 <i>bis.</i> <a href="#p148">p. 148</a><br>
+
+Note n° 5, <a href="#p149">p. 149</a></p>
+
+<br><br>
+<a name="ix" id="ix"></a>
+<p><span class="pagenum">ix</span></p>
+
+
+<h3>INTRODUCTION.</h3>
+
+
+<p>L'idée du nouveau système de taxation des lettres,
+au moyen d'un timbre, que je vais présenter ici, ne
+m'appartient pas<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>. Je l'ai entendu développer par
+plusieurs personnes à Paris, et, tout récemment,
+j'ai trouvé ce sujet très-méthodiquement traité dans
+<a name="x" id="x"></a>
+une brochure relative à des projets d'améliorations
+à apporter dans le service du post-office en Angleterre<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a>
+<a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1"
+name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1">
+(retour) </a> Il était en usage à Paris en 1653. (V. aux pièces à l'appui, la Note 1.)</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2"
+name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2">
+(retour) </a> By Rowland Hill, London, 1837.</blockquote>
+
+<p>J'ai cherché à suppléer, par les développements
+dans lesquels je suis entré, à ce que les propositions
+qui ont été faites en France m'ont semblé avoir
+d'incomplet sous le rapport de l'exécution; et d'autre
+part, l'auteur anglais, qui a eu le premier, que je
+sache, le mérite d'exposer son système par écrit, en
+présente une application que je n'ai pas cru devoir
+adopter entièrement non plus. Cependant, en présence
+de ces différents projets qui tous tendaient à
+la réforme du mode de taxation actuellement en
+usage, j'ai pensé qu'il pourrait être utile de développer
+clairement ici le plan dont il est question,
+lequel m'a semblé, d'ailleurs, se prêter merveilleusement
+bien aux exigences du service des postes.</p>
+
+<p>Je crois que si les raisonnements et les exemples
+sur lesquels j'ai cherché à appuyer cette opinion
+pouvaient être goûtés, on jugerait que l'abaissement
+du tarif, et la taxation des lettres au moyen d'un
+timbre, augmenteraient les recettes des postes, en
+<a name="xi" id="xi"></a><span class="pagenum">xi</span>
+même temps qu'ils rendraient plus promptes et plus
+sûres les opérations intérieures de la manipulation
+des lettres.</p>
+
+<p>J'ai fait précéder cette proposition de quelques
+considérations générales sur le service des postes en
+France, afin de mieux motiver l'utilité d'une réforme
+à ce sujet.</p>
+
+<a name="p1" id="p1"></a>
+<p><span class="pagenum">Page 1</span></p>
+<br><br>
+
+
+<h3>CHAPITRE PREMIER.</h3>
+<br>
+
+<p>Considérations générales sur le produit des postes.</p>
+
+
+<p>Si l'on considère le service des postes, non pas
+seulement sous le rapport du produit de trente-six
+millions<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a>
+<a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a> qu'il donne annuellement au trésor, en taxe
+de lettres, mais sous les rapports bien autrement intéressants
+des facilités qu'il procure partout au commerce,
+des relations de famille et d'amitié qu'il entretient, enfin
+<a name="p2" id="p2"></a><span class="pagenum">Page 2</span>
+du développement de la morale et de l'éducation publique
+qu'il favorise, on reconnaîtra que l'augmentation
+de ses produits est moins importante peut-être que
+celle des lettres qu'il transporte, et qu'il est du devoir
+d'un gouvernement prévoyant et sagement libéral de
+viser à accroître et à étendre le nombre des correspondances
+par tous les moyens qui sont en son pouvoir.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3"
+name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3">
+(retour) </a> Produit net de la taxe des lettres en 1836:
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary=""
+ style="width: 100%; text-align: left;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%;">
+Service ordinaire:<br>
+Service rural:
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: right;">
+33,733,256<br>
+1,932,476<br>
+--------------<br>
+35,665,732
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%;">
+fr.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+</blockquote>
+
+<p>Sous ce point de vue, en effet, le service des postes
+acquiert un caractère plus important, et son utilité fiscale
+elle-même ne doit plus être appréciée en raison
+du produit seul de la taxe des lettres, mais aussi en raison
+du puissant secours que la poste prête à toutes les
+autres branches du revenu public.</p>
+
+<p>Ces deux intérêts sont tellement liés qu'on pourrait
+dire que si le bien-être du pays et la prospérité du commerce
+augmentent le nombre des lettres et le produit
+des postes, d'autre part, un service de poste fréquent et
+rapide, en multipliant les occasions d'écrire, est un élément
+de prospérité pour le commerce, et une cause de
+bien-être pour le pays.</p>
+
+<p>Et, en effet, une lettre n'est jamais indifférente à la
+fois pour celui qui la reçoit et pour celui qui l'écrit;
+elle sert de préliminaire à un marché, à une transaction,
+à une affaire quelconque; car les lettres de famille ou
+d'amitié entrent pour un très-petit nombre dans la recette
+des postes, et les lettres d'affaires et de commerce
+y sont comptées pour la presque totalité.</p>
+
+<p>L'expérience de toutes les époques prouve que les
+produits de poste augmentent toujours en proportion
+des facilités que l'on donne au public pour sa correspondance.
+<a name="p3" id="p3"></a><span class="pagenum">Page 3</span>
+Que ces facilités lui viennent, soit d'une plus
+grande fréquence d'ordinaires, soit d'une accélération
+nouvelle dans la marche des courriers, il y a toujours
+ou presque toujours augmentation immédiate dans les
+produits.</p>
+
+<p>Il semble, en effet, que le public soit toujours
+prêt à écrire, qu'il saisisse toutes les occasions qui lui
+sont offertes, et qu'il envoie une lettre chaque fois
+qu'un courrier part, se hâtant d'écrire encore de nouveau
+lorsqu'une combinaison plus heureuse des services,
+ou une accélération dans la marche des courriers
+au retour, lui apporte plus tôt une réponse.</p>
+
+Un seul exemple pris dans la correspondance de
+Paris avec Marseille, expliquera plus clairement notre
+pensée. Avant 1828, les lettres de Paris pour Marseille,
+dirigées par Lyon, partaient à six heures du soir, et arrivaient
+à leur destination le sixième jour, à deux heures
+après midi; soit les lettres de Paris du lundi qui arrivaient
+à Marseille le samedi; c'était cent dix-huit heures employées
+pour le parcours. Au retour, les lettres de Marseille
+repartaient à deux heures du soir, et arrivaient à
+Paris le sixième jour à six heures du matin, ou cent douze
+heures pour le parcours au retour<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a>
+<a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a>, ou deux cent
+trente heures pour le parcours à l'aller et au retour.
+Mais comme les lettres arrivaient à Marseille à deux
+heures, et que le courrier pour Paris repartait au même
+moment, les dépêches arrivantes n'étaient, la plupart du
+temps, ouvertes qu'après le départ du courrier, et, dans
+<a name="p4" id="p4"></a><span class="pagenum">Page 4</span>
+tous les cas, les réponses ne repartaient que vingt-quatre
+heures après l'arrivée des lettres auxquelles on répondait.
+En conséquence, si l'on veut connaître exactement
+le temps qui était nécessaire pour obtenir à Paris une
+réponse de Marseille, il convient d'ajouter vingt-quatre
+heures au nombre de deux cent trente heures employées
+pour le parcours à l'aller et au retour: soit deux cent
+cinquante-quatre heures, ou dix jours et quatorze
+Heures.
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4"
+name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4">
+(retour) </a> La différence en accélération au retour provenait d'un séjour que les dépêches
+faisaient à Lyon à l'aller, et qu'au retour on évitait en partie.
+</blockquote>
+
+<p>Il fallait donc, avant 1828, dix jours et quatorze heures
+pour avoir à Paris une réponse de Marseille. Mais une
+rapidité plus grande ayant été donnée aux malles
+dans le cours des années 1828 et suivantes, et un
+service direct en malle-poste de Paris à Marseille par
+Saint-Étienne ayant été établi au mois de juin 1835, la
+marche des correspondances s'est trouvée successivement
+accélérée sur cette ligne, à tel point qu'aujourd'hui
+les lettres de Paris arrivent à Marseille en soixante-huit
+heures à peu près. En effet, les lettres de Paris parties à
+six heures du soir, arrivent à Marseille le quatrième jour
+à deux heures du soir; soit les lettres du lundi le jeudi à
+deux heures, ou soixante-huit heures pour le parcours;
+ces lettres sont distribuées, et on peut y répondre le jour
+même; enfin les correspondances repartent à six heures
+du matin pour arriver à Paris le quatrième jour aussi à
+six heures du matin, et on trouvera qu'il ne faut plus
+aujourd'hui pour recevoir une réponse de Marseille que
+cent cinquante-six heures ou six jours et douze heures.
+L'accroissement des recettes a suivi l'amélioration du
+service: le produit de la taxe des lettres entre Marseille
+<a name="p5" id="p5"></a><span class="pagenum">Page 5</span>
+et Paris, qui était en 1827 de 110,500 francs, s'est élevé
+en 1832 à 172,248 francs, et en 1837 à 229,196 francs.</p>
+
+<p>Mais si en 1827 il fallait à Paris dix jours et quatorze
+heures pour avoir une réponse de Marseille, et qu'il ne
+faille plus aujourd'hui que six jours et douze heures, et
+si la marche des correspondances s'est ainsi accélérée
+sur toute la route dans la proportion de dix à six à peu
+près, le public a dû en obtenir les résultats suivants:</p>
+
+<p>1° Les négociants de Paris, qui attendent pour donner
+des ordres d'achat à Marseille une réponse à des demandes
+de renseignements, ont fait leurs affaires quatre
+dixièmes de fois plus vite, et par conséquent ont pu
+faire quatre dixièmes d'affaires de plus. 2° Les négociants,
+dont la correspondance est continue et qui n'attendent
+pour écrire de nouveau que la réponse à leurs
+premières lettres, ont fait effectivement quatre dixièmes
+d'acquisitions ou de transactions de plus; et si leurs
+affaires ont été fructueuses, ils ont réalisé quatre
+dixièmes de bénéfices nouveaux, ou, en d'autres termes,
+ils ont vu leurs bénéfices annuels s'augmenter dans la
+proportion de quarante pour cent. 3° Enfin, si la vie
+commerciale d'un négociant est supposée de vingt années
+de travail, et que l'accélération dans la marche
+des lettres soit supposée là même dans toutes les directions,
+elle peut se trouver ainsi abrégée de huit ans;
+c'est-à-dire qu'au moyen de la rapidité de la correspondance,
+il peut faire en douze années autant d'affaires
+qu'il en faisait en vingt ans avant 1828; ou que, s'il croit
+devoir travailler vingt ans comme précédemment, ses
+spéculations à la fin de sa carrière commerciale, supposées
+<a name="p6" id="p6"></a><span class="pagenum">Page 6</span>
+aussi heureuses qu'elles auraient pu l'être avant
+1828, auraient été pour lui la source de bénéfices plus
+élevés dans la proportion de quarante pour cent.</p>
+
+<p>Nous pourrions pousser plus loin nos suppositions,
+et nous trouverions partout la preuve de ce que nous
+avons avancé, que l'accélération de la marche des lettres
+ou l'augmentation du nombre des ordinaires, c'est-à-dire
+des départs et des arrivées des courriers, est une
+source d'avantages pour le commerce et d'accroissement
+dans les produits réalisés par l'État.</p>
+
+<p>La marche des correspondances entre Paris et Marseille
+nous a servi d'exemple pour démontrer les avantages
+financiers d'une accélération des courriers; nous
+trouverons, dans l'établissement du service journalier de
+1828 et du service rural, des exemples de l'accroissement
+de produits qui résulte de l'augmentation dans le
+nombre des ordinaires.</p>
+
+<p>En effet, les services de transport des lettres, qui ne
+marchaient que trois ou quatre fois par semaine, particulièrement
+sur les routes du midi et de l'ouest de la
+France, furent rendus journaliers à partir du 1er janvier
+1828; cette mesure entraîna une dépense d'à peu
+près 3 millions et, dès la fin de la première année (1828),
+les produits de la taxe des lettres s'étaient accrus de
+2,500,000 fr.<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a>
+<a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a> Mais si les dépenses faites par le trésor
+se sont trouvées aux trois quarts couvertes dès la première
+<a name="p7" id="p7"></a><span class="pagenum">Page 7</span>
+année, ce n'est pas là que se sont bornés les
+avantages de la mesure: la recette a augmenté encore
+de 3 millions de 1828 à 1830, de 1 million de 1830 à
+1832, et enfin de 4,557,000 fr. de 1832 à 1836.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5"
+name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5">
+(retour) </a> Produits nets de la taxe des lettres:
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary=""
+ style="width: 100%; text-align: left;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 35%; text-align: right;">
+ En 1828,<br>
+ En 1827,<br>
+<br>
+Augmentation en 1828,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: right;">
+27,211,678<br>
+24,755,860<br>
+--------------<br>
+2,455,818<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 40%;">
+fr.<br>
+<br>
+<br>
+fr.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+</blockquote>
+
+<p>Ces 2,500,000 fr. d'augmentation de produits de poste
+en 1828 représentent à peu près cinq millions de lettres
+nouvelles écrites en France, par conséquent un nombre
+d'affaires, de transactions de toute espèce, entre particuliers,
+en rapport avec le nombre des lettres écrites;
+ne pourrait-on pas affirmer que ces affaires et ces transactions
+ont fait rentrer dans les coffres de l'État des
+droits de diverses sortes, dont le montant a été bien supérieur,
+sans doute, aux produits que la poste a réalisés?</p>
+
+<p>Dix-huit mois plus tard, une loi du 3 juin 1829 créa
+le service rural. La dépense de premier établissement
+fut de 3,500,000 fr. Ce service qui avait commencé le
+1er avril 1830, combiné avec le service journalier,
+donna, dès la fin de cette première année 1830, c'est-à-dire
+en neuf mois seulement, une augmentation de produits
+de 3 millions<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a>
+<a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6"
+name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6">
+(retour) </a> Produits nets de la taxe des lettres.
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary=""
+ style="width: 80%; text-align: left;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 40%; text-align: right;">
+ En 1830,<br>
+Décime rural,<br>
+<br>
+Total en 1830,<br>
+ En 1829,<br>
+<br>
+Différence à l'avantage de 1830,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: right;">
+29,199,151<br>
+935,655<br>
+--------------<br>
+30,134,806
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 5%;">
+fr.<br>
+<br>
+<br>
+--
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: right;">
+<br>
+<br>
+<br>
+30,134,806<br>
+27,125,953<br>
+--------------<br>
+3,008,853
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 5%;">
+<br>
+<br>
+<br>
+fr.<br>
+<br>
+<br>
+fr.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+</blockquote>
+
+<p>Dans cette augmentation de recette de 3 millions,
+935,000 fr. à peu près, produit de la taxe supplémentaire
+du décime rural, ont été perçus sur des lettres qu'on
+peut supposer avoir existé dans le service général des
+<a name="p8" id="p8"></a><span class="pagenum">Page 8</span>
+postes indépendamment de l'établissement du service
+rural, lettres qui précédemment pouvaient être portées
+des bureaux de postes dans les campagnes par des messagers
+particuliers; mais les 2,064,000 fr. formant l'autre
+partie de la recette, sont évidemment le produit de
+lettres nouvelles entrées dans le service des postes par
+le fait de la collection de ces lettres dans les campagnes,
+combinée avec les avantages d'un départ journalier de
+chacun des bureaux de poste où elles étaient portées.</p>
+
+<p>Concluons donc de tout ce que nous venons de dire:
+1° que le nombre des lettres s'augmente toujours en
+proportion de la célérité de la marche des courriers, de
+la fréquence des ordinaires et enfin de la sûreté et de
+la rapidité des moyens employés pour la distribution;
+2° que le gouvernement doit soutenir et augmenter encore
+cet accroissement dans le nombre des lettres, puisqu'il
+est toujours exonéré par les recettes des frais que
+lui cause l'augmentation du nombre des facteurs et
+des courriers, et que, d'autre part, cette augmentation
+dans le nombre des lettres est une source nouvelle
+de produits pour les autres branches du fisc.</p>
+
+<p>Et pendant que nous sommes sur ce chapitre, et
+avant de passer à une autre série d'observations,
+disons que cet accroissement dans le nombre des lettres
+pourrait être puissamment favorisé par divers moyens
+puisés dans ce service même; nous ne parlerons ici,
+dans ce moment, que de l'établissement de doubles
+courriers partant de Paris, et d'un meilleur emploi à
+faire des facteurs ruraux.</p>
+
+<p>L'établissement de doubles courriers par jour, non-seulement
+<a name="p9" id="p9"></a><span class="pagenum">Page 9</span>
+sur quelques points importants en France,
+mais sur toutes les lignes aboutissant à Paris, est un
+besoin de service et une source de recettes clairement
+indiqués. En effet, il arrive à Paris tous les matins
+par les malles-postes environ quinze à seize mille
+lettres qui sont destinées à d'autres villes et qui ne doivent
+que traverser la capitale. Ces lettres séjournent
+dans les bureaux de la poste depuis quatre heures du
+matin jusqu'à six heures du soir, c'est-à-dire environ
+quatorze heures, et ce retard frappe sur la correspondance
+de beaucoup de villes importantes par leur commerce;
+soit, par exemple, les lettres de Lyon, de Saint-Étienne,
+de Marseille, de Toulouse, de l'Italie, de
+l'Espagne, pour Saint-Quentin, Bruxelles, Lille, Rouen,
+le Havre, la Prusse, la Belgique, l'Angleterre, etc.; et,
+<i>vice versa</i>, de tous ces derniers points pour le midi de
+la France. Ceci est un inconvénient grave; car, si l'accélération
+de la marche des courriers est, comme nous
+l'avons dit, une cause d'accroissement dans les produits,
+les lenteurs et les séjours en route ne doivent-ils pas
+produire un effet contraire? On parerait à cet inconvénient
+en établissant un double départ de courriers
+de Paris; les uns, expédiés le matin, emporteraient
+les lettres arrivées des départements, les journaux publiés
+à Paris et les lettres écrites dans la soirée de la
+veille; les autres, partant à six heures du soir, seraient
+chargés des lettres de Paris même et des correspondances
+administratives faites pendant la journée. Les
+courriers seraient plus rapides parce qu'ils seraient
+moins chargés, et beaucoup d'imprimés qui intéressent
+<a name="p10" id="p10"></a><span class="pagenum">Page 10</span>
+le service public, ne seraient jamais retardés pendant
+plusieurs jours faute de place, ce qui arrive quelquefois
+dans l'ordre actuel du service.</p>
+
+<p>Si l'on objectait que les dépenses qu'entraînerait cette
+disposition seraient hors de proportion avec les produits
+que l'on pourrait en espérer, nous répondrions:
+1° que cela pourrait ne point être exact, même dès
+l'origine, sur tous les points; 2° que bientôt après
+l'accroissement des lettres en transit par Paris couvrirait
+et au-delà la dépense<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a>
+<a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a>; 3° et qu'enfin, sauf quelques
+routes où un double service en malle-poste pourrait
+être nécessaire, rien ne s'opposerait à ce que les transports
+du matin fussent confiés à des entreprises particulières
+de diligences, services que, selon leur importance,
+on pourrait faire surveiller par un courrier de
+l'administration, chargé d'accompagner les dépêches
+et de les distribuer aux bureaux de poste de la route. Ces
+doubles courriers devraient être établis sur toutes les lignes
+où se trouveraient des villes qui pourraient recevoir
+ainsi leurs lettres des départements en transit par Paris,
+le jour même de leur arrivée à Paris, ou le lendemain
+avant le passage de la malle-poste partie de Paris le soir
+du même jour. Les transports de dépêches par entreprises
+sont à bon compte généralement en France<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a>
+<a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a>, et
+<a name="p11" id="p11"></a><span class="pagenum">Page 11</span>
+le trésor serait bientôt payé avec usure des frais de ces
+nouveaux services par l'accroissement du nombre des
+Lettres.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7"
+name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7">
+(retour) </a> Voir ci-après, chapitre 4, les frais d'un service en malle-poste comparés
+aux recettes.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8"
+name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8">
+(retour) </a> Le terme moyen du prix d'un service par entreprise en France, est de
+1647 fr. En effet, le nombre des entreprises est de 1700 environ, et la dépense
+annuelle est de 2,800,000 fr. (Voir comptes définitifs de 1836.) Le nombre des
+lieues parcourues par an par tous ces courriers d'entreprises réunis étant d'environ
+7,800,000, le prix du transport des dépêches par entreprises est en France
+de 36 c. par lieue à peu près.</blockquote>
+
+<p>Il existe, il est vrai, déjà aujourd'hui des services
+supplémentaires de transport de lettres et de journaux
+pour la banlieue de Paris; mais, indépendamment de ce
+que ces services, tels qu'ils sont, laissent beaucoup à
+désirer dans leur exécution, ils parcourent de trop
+courtes distances, et ils ne peuvent atteindre le but que
+nous proposons par les courriers du matin. Ces courriers
+du matin, au contraire, feraient le transport des
+lettres de Paris pour la banlieue, et arriveraient plus
+vite que les voitures auxquelles ce transport est actuellement
+confié.</p>
+
+<p>L'autre source toute nouvelle de produits dont nous
+avons parlé se trouverait dans un emploi mieux entendu
+du service des facteurs ruraux<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a>
+<a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9"
+name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9">
+(retour) </a> Ceci a fait l'objet d'un Mémoire adressé au Ministre des finances par un
+membre distingué du corps municipal de Paris, vers le milieu de l'année 1837.</blockquote>
+
+<p>On n'a pas assez pensé, jusqu'à ce jour, aux moyens
+de rendre ces facteurs des agents plus actifs de bien-être
+et de civilisation dans les communes qu'ils parcourent.
+La loi de poste<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a>
+<a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a>, qui fixe à cinq pour cent le prix du
+transport de l'argent, et assujettit en même temps les
+envoyeurs au paiement d'une reconnaissance timbrée
+et le destinataire à la nécessité de se transporter au bureau
+de poste pour toucher son mandat, ne permet
+guère aux habitants des campagnes d'envoyer ou de recevoir
+de petites sommes d'argent par la poste. Si les
+<a name="p12" id="p12"></a><span class="pagenum">Page 12</span>
+facteurs ruraux étaient autorisés à recueillir dans les
+communes ces petites sommes d'argent, montants de
+quittances qui auraient été envoyées administrativement
+aux directeurs, et sur lesquelles le bureau de poste
+chargé de l'encaissement percevrait le droit proportionnel
+de cinq pour cent, les communes trouveraient enfin
+le moyen de se mettre en rapport avec les grands
+sièges de fabrication et s'approvisionneraient à Paris
+de beaucoup d'objets à bas prix, mais de première nécessité;
+ils connaîtraient enfin l'usage de ces choses qui
+donnent aux habitants, même pauvres, des grandes
+villes tant de supériorité de civilisation sur les habitants
+des campagnes, choses qu'on ne peut pas fabriquer
+dans les petites villes, parce qu'il n'y a qu'une
+immense consommation qui puisse compenser les frais
+de la fabrication et surtout le bas prix auquel on veut
+les avoir; objets enfin que, de tous les points de la
+France, on ferait venir de Paris, sans la difficulté,
+insurmontable jusqu'à présent, de la part du fournisseur,
+de s'en faire payer le prix<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a>
+<a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a>. En effet, le consommateur
+placé aux environs de Toulon, par exemple,
+qui aurait une somme de 11 fr. nette à faire toucher au
+fabricant à Paris devrait payer à la poste d'abord cinq pour
+<a name="p13" id="p13"></a><span class="pagenum">Page 13</span>
+cent de 11 fr. ou 55 c.; le prix de la reconnaissance
+timbrée ou 35 c.; enfin le port de la lettre, 1 fr.: total
+1 fr. 90 c., c'est-à-dire, plus de dix-huit pour cent de la
+somme à envoyer. Pour l'envoi d'une somme de 1 fr. de
+Bayonne à Paris, il en coûte 1 fr. 05 c., savoir: 1 fr. pour le
+port de la lettre, et 0,05 c. pour le droit de cinq pour
+cent<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a>
+<a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a> ou cent cinq pour cent de la valeur envoyée;
+l'opération n'est donc pas faisable, et si le particulier qui
+doit payer habite la campagne, elle est impossible; car il
+faudrait qu'il se transportât au bureau de poste, et dans
+ce cas il faut ajouter à tous les frais ci-dessus les dépenses
+résultant de son déplacement, de la perte de son
+temps, etc., etc.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10"
+name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10">
+(retour) </a> Loi du 5 nivôse, an v, relative aux envois d'articles d'argent par la poste.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11"
+name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11">
+(retour) </a> Que l'on considère combien l'intelligence et les connaissances du peuple
+des campagnes pourraient être hâtées par la jouissance de nouvelles choses utiles
+à la vie, par ce premier luxe pour ainsi dire de nécessité, par la mise à sa portée
+d'objets utiles, de meubles à bon marché, de livres, d'instruments domestiques
+qu'il ne connaît même pas aujourd'hui, parce que, bien qu'on puisse les lui faire
+parvenir, le prix en serait plus que quadruplé par les frais à faire dans la législation
+actuelle pour en opérer la rentrée; et l'on sera porté à désirer vivement que la
+modification si simple dans le service des articles d'argent, dont il est question ici,
+puisse s'opérer un jour.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12"
+name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12">
+(retour) </a> La reconnaissance timbrée n'est exigée que pour un envoi au-dessus de 10 fr.</blockquote>
+
+<p>Il suit de là que les demandes de marchandises de
+peu de valeur des provinces à Paris doivent être très-rares;
+et il paraîtrait cependant que les besoins à ce
+sujet sont bien grands, puisque, malgré toutes les difficultés
+du recouvrement, il se trouve encore environ
+2000 quittances expédiées par jour de Paris pour les
+départements; ce chiffre nous a été donné par une personne
+très-bien placée pour le connaître, et nous y ajoutons
+toute créance.</p>
+
+<p>Ces quittances, faites aujourd'hui en général pour
+paiement du prix d'objets de librairie ou de journaux,
+ne sont pas confiées à la poste; elles sont réunies
+par plusieurs personnes qui font commerce de ces espèces
+de recouvrements, triées, mises en paquets
+pour chaque chef-lieu de département, accompagnées
+<a name="p14" id="p14"></a><span class="pagenum">Page 14</span>
+d'un bordereau, et enfin expédiées par les diligences aux
+receveurs généraux et d'arrondissement.</p>
+
+<p>Mais les percepteurs, entre les mains desquels il faut
+que ces billets arrivent définitivement, ne font leur
+tournée qu'une fois par mois; mais les rentrées sont
+tardives; mais les frais sont considérables<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a>
+<a href="#footnote13"><sup class="sml">13</sup></a>. L'administration
+pourrait faire par ses facteurs ce recouvrement
+tous les jours. Chaque envoyeur de bons semblables
+paierait volontiers cinq pour cent de commission,
+s'il n'y avait que cinq pour cent à payer. Or,
+2000 quittances par jour font 730,000 quittances par
+an: en les supposant de 15 fr. l'une, on aurait à opérer
+une recette de 10,950,000 fr., qui, à raison de cinq pour
+cent, produiraient à l'État 547,500 fr. dès la première
+année, et cela en supposant que le nombre des quittances
+restât le même; mais cette facilité donnée au
+commerce par l'administration des postes, augmenterait
+en peu de temps le nombre des quittances, et
+l'opinion de la personne de qui nous tenons ces renseignements
+était que, dès la première année, leur
+nombre devrait plus que doubler. La recette du droit
+serait donc de 1,095,000 fr.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13"
+name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13">
+(retour) </a> Ces frais aujourd'hui sont généralement de 15 ou 20%.</blockquote>
+
+<p>Et qu'on ne s'effraie pas du supplément de travail
+que devrait causer aux employés des postes la transmission
+des quittances des mains des particuliers aux
+mains des agents de l'administration centrale, et de
+ceux-ci aux directeurs des départements et aux facteurs
+ruraux; cette transmission serait simple et facile, et
+<a name="p15" id="p15"></a><span class="pagenum">Page 15</span>
+pourrait s'opérer sans augmentation sensible dans les
+frais de perception.</p>
+
+<p>Qui peut dire cependant combien la civilisation gagnerait
+dans l'avenir à ce surcroît de bien-être que les
+habitants des campagnes retireraient du plan proposé;
+combien le commerce, à ce nouveau et immense débouché;
+combien, enfin, le trésor public, par la perception
+du droit de cinq pour cent indépendamment du nombre
+des lettres nouvelles qui accompagneraient l'établissement
+du nouveau service et que nous supposons devoir
+être considérable!</p>
+
+<p>Or, maintenant, que l'on veuille donc considérer le
+service des postes comme un élément de prospérité sociale
+ou financière, on sera conduit à conclure qu'il laisse
+quelque chose à désirer, tant que l'administration investie
+du privilége ne transporte pas l'universalité des
+lettres que les particuliers ont intérêt à écrire.</p>
+
+<p>Et ce résultat peut être amené par deux causes, soit
+que l'administration ne puisse les transporter assez fréquemment
+ou assez rapidement, soit qu'elle ne les
+transporte pas à assez bon marché.</p>
+
+<p>Nous avons vu que, dans le cours des vingt années qui
+viennent de s'écouler, l'administration des postes avait
+multiplié le nombre de ses courriers et accéléré la marche
+des lettres par les divers moyens qui étaient en son
+pouvoir. Elle a fait le service journalier en 1828, le service
+rural en 1829; plus récemment encore, elle a régularisé
+la marche des correspondances sur divers points,
+et elle a multiplié le nombre des bureaux de poste: toutes
+choses qui tendaient à ce résultat, d'augmenter le
+<a name="p16" id="p16"></a><span class="pagenum">Page 16</span>
+nombre des lettres en circulation. Cependant, nous ne
+pensons pas qu'on écrive à beaucoup près encore en
+France autant qu'on pourrait écrire; l'accroissement du
+nombre des lettres devrait être plus grand.</p>
+
+<p>Plusieurs causes, en effet, depuis plus de quinze ans,
+semblent concourir en France à l'augmentation des correspondances;
+l'instruction primaire plus généralement
+propagée, l'accroissement de la population, la division
+des fortunes, les entreprises industrielles de toutes sortes,
+le commerce plus répandu, mais aussi plus partagé, moins
+productif peut-être pour chacun, mais exigeant des
+efforts plus constants et une activité plus grande de la
+part de tous; enfin, tout, dans l'état actuel du pays,
+paraît devoir concourir à augmenter le nombre des
+lettres et les produits de poste. Nous avons indiqué,
+il est vrai, et indiquerons bientôt encore quelques
+améliorations importantes à faire dans le service,
+en ce qui touche la réception des dépêches et la distribution
+des lettres; car il ne suffit pas que les courriers
+marchent vite, si les agents des postes ne sont pas en
+mesure de distribuer les lettres avec une égale rapidité;
+mais, en somme, le principal obstacle à l'augmentation
+du nombre des lettres nous paraît résulter beaucoup
+moins de l'exploitation du service en général que
+de l'élévation du tarif, et peut-être aussi des formes
+et des proportions d'après lesquelles ce tarif est appliqué.</p>
+
+<p>Il faut certainement qu'un service public soit exact et
+rapide, et qu'il se trouve en tout lieu sous la main de
+celui qui a intérêt à l'employer; mais, pour être universellement
+<a name="p17" id="p17"></a><span class="pagenum">Page 17</span>
+adopté, il faut encore qu'il soit offert à bon
+marché.</p>
+
+<p>Le prix du port des lettres est trop élevé en France,
+et le fait peut être démontré sous le rapport moral,
+comme sous le rapport financier.</p>
+
+<p>En effet, on peut remarquer que le transport des personnes
+et des marchandises en France se rencontre à
+tout prix; chaque besoin, chaque fortune en trouve à
+sa portée. Le service des postes, qui est l'objet d'un
+besoin plus fréquemment senti, le plus impérieux peut-être
+après celui des choses de première nécessité, est
+au même prix pour tous; il est donc juste et moral qu'il
+soit fixé au plus bas prix possible.</p>
+
+<p>Supposons un ouvrier venant du département de
+l'Ariège s'employer à Paris: il lui sera presque interdit,
+dans l'ordre de choses actuel, de communiquer avec sa
+famille; car le port d'un franc dont sera frappée sa lettre,
+à chaque fois qu'il écrira, représentera la journée de
+travail de son père ou de son frère<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a>
+<a href="#footnote14"><sup class="sml">14</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14"
+name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14">
+(retour) </a> Si un franc pour un ouvrier représente, par exemple, une demi-journée de
+travail en France, le paiement de la taxe d'une lettre sera pour lui une dépense
+égale à celle de 137 fr., pour un particulier qui jouirait d'un revenu de 10,000 fr.,
+par an. Cependant, demandez une somme de 137 fr., pour le transport d'une
+lettre, à un propriétaire ou à un industriel, comme une taxe au marc le franc de
+son revenu de 274 fr., par jour, et vous entendrez sans doute de très-vives
+réclamations. Elles seraient justes, mais celles de l'ouvrier le seront au même titre
+jusqu'à ce que la taxe soit réduite au prix réel du service rendu.<br><br>
+
+Cependant les personnes qui ont occasion de juger des progrès moraux des
+jeunes gens de cette classe, savent que, lorsque le fils devient négligent à correspondre
+avec sa famille, lorsque la fille, éloignée de sa mère, cesse de lui écrire régulièrement,
+quand ses lettres deviennent courtes et rares, la démoralisation de l'absent
+est un fait sinon accompli, au moins très-prochain, et la société (dit un auteur
+anglais) qui tient en réserve les travaux forcés pour le commis dépositaire infidèle,
+et l'infamie pour la fille qui a failli, doit à sa propre justice de ne pas briser
+des communications préservatrices et de resserrer au contraire, autant que possible,
+des rapports de famille qui sont la garantie de moralité la plus sûre.</blockquote>
+
+<p>Sous le rapport financier, on peut apercevoir que
+les produits des postes n'ont pas augmenté dans une
+proportion suffisante avec l'accroissement du commerce
+<a name="p18" id="p18"></a><span class="pagenum">Page 18</span>
+et de la population, à la suite de vingt années de
+paix. Le droit du dixième perçu sur le prix de transport
+des voyageurs dans les voitures publiques, s'est
+élevé de 1816 à 1836, de 1,669,367 fr. à 4,305,369 fr.,
+c'est-à-dire a triplé. Le produit de la taxe des lettres
+n'a pas pris le même accroissement: la recette nette de
+1816 a été de 19,825,000 fr., et la recette de 1836 de
+35,600,000 fr., c'est-à-dire qu'elle a doublé seulement
+et cependant la recette des postes eût dû s'élever dans
+une proportion bien plus considérable que le 10e du
+produit des places des voyageurs, parce que l'envoi
+d'une lettre est un besoin bien plus général, plus fréquent
+et plus à la portée de tous, que le transport des
+personnes.</p>
+
+<p>S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque,
+ne conviendrait-il pas de choisir d'abord celle
+dont l'abaissement donnerait la plus grande somme
+d'avantages au public, avec la moindre perte pour le
+trésor? Or, l'impôt qui se prête le mieux à l'accomplissement
+de ces deux conditions, est la taxe des lettres;
+car, si le revenu des postes devait, en définitive, supporter
+une réduction, il serait encore douteux de savoir
+si la transmission des lettres à un plus bas prix ne développerait
+pas si puissamment les diverses sources de
+<a name="p19" id="p19"></a><span class="pagenum">Page 19</span>
+produits, que les autres branches de revenu public indemnisassent
+largement le trésor public de la diminution
+des recettes des postes.</p>
+
+<p>Mais il en est autrement; les recettes augmentent, et
+l'accroissement trop faible encore, quoique progressif,
+de ce produit indique des besoins nouveaux de la part
+du public, besoins qui seraient plus complètement satisfaits
+si les bénéfices annuels de l'administration étaient
+moins considérables, ou, en d'autres termes, si le prix
+du transport, auquel le commerce est obligé d'avoir
+recours, était moins élevé.</p>
+
+<p>Ne semble-t-il pas juste, d'ailleurs, qu'à mesure que
+les communications deviennent plus fréquentes, le prix
+de transport s'abaisse? et ne doit-on pas être porté à croire
+que l'administration des postes se récupérerait plus
+complètement des frais d'exploitation par le plus grand
+nombre de lettres que cette diminution de la taxe ferait
+rentrer dans son service? Les chemins de fer viennent
+en preuve à cette opinion; si l'administration était conduite
+à employer plus généralement cette voie, le moyen
+de transport de dépêches le plus rapide et le plus fréquent
+de tous, et, par cela même, le plus productif pour
+l'administration, ne coûterait rien ou presque rien; le
+tarif des postes, là au moins, ne devrait-il pas être abaissé?</p>
+
+<p>Mais c'est partout qu'il devrait être abaissé, car il est
+partout trop élevé. Aujourd'hui, dans le commerce, un
+négociant défend à son correspondant de lui écrire toutes
+les fois qu'il n'a pas quelque chose d'important à lui
+dire; car le port de la lettre est toujours là entre eux
+comme une gêne et comme un obstacle. Si l'opération
+<a name="p20" id="p20"></a><span class="pagenum">Page 20</span>
+qui doit faire l'objet de la lettre ne présente pas un bénéfice
+clair et certain, la lettre n'est pas écrite, l'opération
+n'est pas tentée, et la faute en est à la taxe de la
+lettre qui, dans tous les cas, est une dépense que l'on
+craint, et que l'on évite le plus souvent qu'on peut.</p>
+
+<p>La poste, qui devrait se présenter toujours comme
+une grande route ouverte, facile et presque gratuite
+pour le transport de ces premiers germes de commerce
+et d'industrie, se trouve là tout d'abord comme une dépense
+et comme un obstacle.</p>
+
+<p>Qu'arrive-t-il de cela, cependant? si le particulier
+trouve le port de sa lettre trop élevé, ou absolument,
+ou relativement à l'opération qu'il tente, il la fera transporter
+en fraude, où il ne l'écrira pas. Dans le premier
+cas, la taxe, quelque minime qu'elle eût été, dans
+l'hypothèse d'une réduction de nature à faire rentrer la
+lettre dans le service, est perdue pour le trésor; et, dans
+le second cas, il y a perte pour tout le monde, savoir:
+1º pour le particulier qui se prive d'écrire; 2º pour la
+recette des postes à laquelle échappe et le port de la lettre
+et le port de la réponse que cette lettre aurait pu amener;
+3º enfin, pour les autres branches de revenu public
+qui auraient profité des transactions ou des consommations
+que cette correspondance aurait pu faire naître.</p>
+
+<p>Celui qui soustrait sa lettre au service des postes, en
+effet, est guidé par l'un de ces deux motifs: ou il
+espère faire transporter cette lettre plus rapidement,
+ou il désire éviter tout ou partie du prix de transport.</p>
+
+<p>Or, si le service que fait la poste n'est pas le plus fréquent
+transport qui s'opère sur certaines routes, au
+<a name="p21" id="p21"></a><span class="pagenum">Page 21</span>
+moins est-il à peu près partout le plus rapide, et nous
+ne craindrons pas de nous tromper en disant que, sur
+dix envois de lettres en fraude, neuf au moins sont déterminés
+par le désir de se soustraire au paiement d'une
+taxe trop forte eu égard aux frais moins élevés que comporte
+le transport en fraude auquel les particuliers ont recours;
+et, tout d'abord, il y a donc présomption que si
+le prix de transport par la poste était diminué, le
+nombre des lettres confiées au service augmenterait.</p>
+
+<p>Le nombre des lettres transportées en fraude en
+France est et a toujours été considérable. Il y a vingt
+ans, on estimait que le nombre des lettres envoyées en
+dehors de la poste était égal à celui des lettres que
+transportait l'administration. Depuis ce temps, la
+marche des courriers a été successivement accélérée, et
+l'administration a pu regagner ainsi une grande partie
+des lettres qui lui échappaient par suite de la lenteur
+relative de la marche de ses dépêches; mais la taxe n'a
+pas diminué, elle a même été plutôt élevée que réduite
+par le tarif du 15 mars 1827, et les lettres qui échappaient
+au service des postes à cause de l'élévation du
+prix de transport, lui échappent probablement encore.</p>
+
+<p>La fraude pour le transport des lettres se fait en tous
+temps, en tous lieux, et se reproduit sous mille formes
+diverses. Le public est naturellement ingénieux quand
+il s'agit de trouver les moyens d'éviter de payer les ports
+de lettres; tantôt c'est une enveloppe dont la suscription
+seule, le timbre ou l'écriture suffisent au destinataire,
+qui, après l'avoir regardée, la refuse aussitôt<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a>
+<a href="#footnote15"><sup class="sml">15</sup></a>;
+<a name="p22" id="p22"></a><span class="pagenum">Page 22</span>
+tantôt c'est un journal ou un imprimé sur lequel quelques
+phrases sont soulignées, piquées ou arrachées<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a>
+<a href="#footnote16"><sup class="sml">16</sup></a>.</p>
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15"
+name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15">
+(retour) </a> Voir un exemple de fraude semblable, note 16.</blockquote>
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16"
+name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16">
+(retour) </a> Notre auteur anglais donne un exemple assez curieux d'une fraude faite
+en Angleterre. Nous traduisons littéralement:<br><br>
+
+«Il y a quelques années, lorsqu'il était reçu qu'on pouvait opérer le transport
+d'un journal en franchise, en apposant le nom d'un membre du parlement sur
+l'adresse, un de mes amis, au moment de partir pour un voyage en Écosse, arrêta
+avec sa famille un plan au moyen duquel il donnerait exactement des
+nouvelles de sa marche et de l'état de sa santé, sans que ni lui ni elle fussent
+assujétis à la désagréable obligation d'acquitter des ports de lettres. Il prit avec
+lui une grande quantité de vieux journaux, et chaque jour il en jetait un dans la
+boîte du bureau de poste de la ville où il se trouvait. Le timbre du départ était
+pour la famille un certificat officiel de son itinéraire et l'état de sa santé était
+exprimé par l'état connu de la santé du membre du parlement dont il empruntait
+ce jour-là le nom pour opérer la franchise. Sir Francis Burdett, par exemple,
+pour exprimer une santé vigoureuse, etc., etc.» Voir aux pièces à l'appui (<a href="#n2">Note nº 2</a>) le détail d'une autre espèce de fraude.</blockquote>
+
+<p>Le nombre des objets saisis annuellement en fraude
+est cependant peu élevé; en 1837, on n'a pas saisi plus de
+huit cent soixante-onze lettres; et ce nombre n'indique
+rien, si ce n'est l'impossibilité d'exercer tous les jours
+une surveillance qui, en définitive, ne paraît pas être le
+meilleur moyen de réprimer l'abus. Qu'importe, en effet,
+au particulier que sa lettre soit saisie? c'est le messager
+tenté par le gain qu'il retire de son industrie, qui paie
+l'amende; mais pour l'envoyeur il n'y perd que sa lettre,
+et le lendemain la question du port à payer se représente
+de nouveau pour lui, en même temps que le désir
+de se soustraire à la taxe. Si ce n'est pas alors le même
+messager qu'il emploiera, ce sera un autre moyen; car il
+y en a mille, lorsque la personne qui écrit ne croit pas
+que sa lettre vaille le prix de la taxe. Mais le danger même
+de voir une lettre saisie en fraude est très-rare. Ces huit
+cent soixante-onze lettres saisies en 1837 ont été le résultat
+<a name="p23" id="p23"></a><span class="pagenum">Page 23</span>
+de deux cent soixante-trois procès-verbaux de
+visites seulement, faites sur des entrepreneurs de diligences
+ou autres. Or il y a douze cents services par
+entreprises de transports de dépêches journaliers en
+France, et plus du double de diligences, de messagers,
+de pourvoyeurs, etc., marchant régulièrement de ville
+à ville ou de provinces à provinces; soit deux mille
+quatre cents, et avec les services d'entreprise de poste,
+trois mille six cents courriers, messagers, etc., marchant
+tous les jours. Ces courriers et messagers font ensemble
+deux millions six cent vingt-huit voyages par an, en comptant
+l'aller et le retour. C'étaient donc deux millions six
+cent vingt-huit mille occasions de fraude, et je crois que
+nous sommes ici plutôt au-dessous qu'au-dessus du vrai
+nombre. Combien l'administration a-t-elle opéré de fois?
+deux cent soixante-trois, c'est une fois sur dix mille. Il y a
+donc dix mille chances à parier contre une qu'un messager
+en fraude ne sera pas saisi, et si on multipliait par dix
+mille le nombre de lettres saisies en 1837, on obtiendrait
+huit millions sept cent dix mille lettres, ou environ
+4,350,000 fr. de produits qui ont ainsi échappé à la taxe.</p>
+
+<p>Il faut cependant tenir compte encore de l'abus du
+contre-seing et de la franchise des fonctionnaires, qui est
+assez considérable, et de la fraude faite par les voyageurs
+de commerce ou autres, lesquels prennent aussi des lettres
+de leurs maisons, de leurs amis, de leurs compatriotes,
+d'inconnus même, qu'ils remettent ensuite plus ou moins
+exactement, il est vrai, mais qui dans tous les cas échappent
+à la taxe<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a>
+<a href="#footnote17"><sup class="sml">17</sup></a>. Or les moyens de transport et de communication
+<a name="p24" id="p24"></a><span class="pagenum">Page 24</span>
+de toute sorte se multiplient chaque jour en
+France, et ouvrent de nouvelles et faciles voies à la
+fraude de la taxe des lettres.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17"
+name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17">
+(retour) </a> Si chaque voyageur en France est chargé seulement d'une lettre, et cette proportion est bien peu élevée, car chacun sait que bon nombre de voyageurs en
+emportent un très-grand nombre, on aura plusieurs millions de lettres transportées
+de cette manière seulement. En effet, il y a à Paris trois grandes entreprises qui
+desservent chaque jour plus de quinze routes, et qui, à raison de 12 voyageurs
+par voitures, transportent plus de 1000 voyageurs par jour, retour compris, ou
+360,000 par an. Les autres diligences, ou messageries de ville à ville, que nous
+avons estimé devoir faire au moins 2,600,000 voyages par an, à raison de 4 voyageurs
+seulement, nous donneraient 10,400,000 voyageurs et avec les 360,000 de
+Paris, 10,760,000 voyageurs, ou 10,760,000 lettres transportées en fraude,
+c'est-à-dire encore 5,380,000 fr. de perte pour le trésor. Si la taxe était réduite
+à un prix très modique, la plus grande partie de ces lettres rentrerait dans le
+service des postes.</blockquote>
+
+<p>Nous avons dit que la répression est difficile; elle serait
+souvent trop rigoureuse dans l'exécution. L'administration
+des postes ne saisit pas les lettres sur les particuliers
+qui se chargent accidentellement de leur transport.
+Les messagers, les conducteurs de diligences, les
+fraudeurs d'habitude, ceux enfin qui tirant parti de ce
+transport, sont seuls l'objet de ses investigations et de
+ses poursuites; et, en effet, le privilége des postes doit
+être avant tout profitable au public et aux relations de
+toute sorte qu'il entretient, et son service ne doit pas être
+une gêne, même pour les affaires qui n'emploient pas
+son intermédiaire. Là où l'administration des postes ne
+fait pas de service du tout, comme là où son courrier, ne
+marchant qu'une fois par jour, se trouve en concurrence
+avec d'autres services particuliers partant ou arrivant
+trois ou quatre fois, l'administration ne devrait
+pas saisir les lettres en fraude.</p>
+
+<p>Les tribunaux semblent partager ce sentiment; ils
+<a name="p25" id="p25"></a><span class="pagenum">Page 25</span>
+ont déjà permis à l'industrie particulière de s'immiscer
+dans le transport des journaux et des imprimés dans
+Paris. Il est vrai que l'administration des postes pouvait
+conserver ce transport exclusif, et qu'elle le pourrait
+encore; il ne faudrait pour cela que faire ce transport
+plus exactement et à meilleur marché que personne, et
+elle en a les moyens.
+
+<p>Le seul parti juste et rationnel donc à prendre pour
+diminuer la fraude, c'est d'abaisser le prix du transport
+des lettres; et peut-être y a-t-il moins à faire qu'on ne
+croit pour obtenir la rentrée dans le service des postes
+de la plus grande partie des lettres transportées en
+fraude. En effet, parmi les correspondances soustraites
+au transport public, quelques-unes arrivent gratuitement
+sans doute, et l'envoyeur a pu ne les écrire que
+dans cette opinion qu'elles arriveraient franches de tout
+port; mais beaucoup d'autres aussi paient un prix quelconque
+de transport. Ces lettres avaient toutes une certaine
+utilité sans doute, puisqu'on a pris la peine de les
+écrire, et l'envoyeur eût consenti probablement à payer
+à la poste un port modéré; car la poste, à prix égal,
+aura toujours l'avantage sur tout autre moyen de transport;
+il faut donc que le port actuel soit un obstacle
+très-grand, une gêne véritable pour l'envoyeur, au
+moins eu égard à l'importance de l'affaire qu'il traite,
+pour qu'il s'expose à voir sa lettre saisie ou perdue,
+et une amende prononcée contre la personne qu'il a
+chargée du transport.</p>
+
+<p>Diminuez les taxes, et le prix de port d'une grande
+partie de ces lettres en fraude reviendra au trésor
+<a name="p26" id="p26"></a><span class="pagenum">Page 26</span>
+public. Essayons de traduire ceci par des chiffres.</p>
+
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary=""
+ style="width: 640px; text-align: left;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 80%;">
+Le nombre des lettres soumises à la taxe a été en 1836<br>
+de soixante-dix-neuf millions<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a>
+<a href="#footnote18"><sup class="sml">18</sup></a>. Supposons que le<br>
+nombre des lettres transportées en fraude ait été des<br>
+quatre cinquièmes de celui des lettres taxées, il y<br>
+a eu soixante-trois millions deux cent mille lettres<br>
+transportées en fraude, ci<br><br>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18"
+name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18">
+(retour) </a> 78,970,561. V. Annuaire des postes de 1838.</blockquote>
+<br>
+Otons un dixième de ces lettres que nous<br>
+supposons avoir été confiées à des transports<br>
+plus prompts ou plus fréquents que la<br>
+poste, et qui dans tous les cas eussent<br>
+échappé au service.<br><br>
+
+ Reste<br><br>
+qui représentent le nombre des lettres qui<br>
+ont été soustraites au service public pour<br>
+éviter la taxe.<br><br>
+
+Supposons qu'un cinquième de ces lettres<br>
+ait été écrites en prévision d'un port gratuit,<br>
+attendu que l'importance des affaires traitées<br>
+ne comportait pas le paiement d'une<br>
+taxe quelconque; ci <br>
+<br>
+Il restera encore<br>
+lettres qui étaient assez intéressantes pour comporter<br>
+une taxe, mais une taxe moins élevée que la taxe actuelle,<br>
+et qui seraient probablement rentrées dans le<br>
+service des postes si le tarif eût été moins élevé.<br>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: right;">
+<br><br>
+<br>
+<br>
+<br>
+63,200,000<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+<br><br><br>
+6,320,000<br>
+------------<br>
+56,880,000<br>
+
+<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+<br><br><br><br><br>
+11,376,000<br>
+------------<br>
+45,504,000
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+
+
+<a name="p27" id="p27"></a>
+<p><span class="pagenum">Page 27</span></p>
+
+
+<h3>CHAPITRE II.</h3>
+
+
+<p>Appréciation des frais.--Projets de réduction.</p>
+
+
+<p>Nous avons cherché à démontrer que le prix du
+transport des lettres en France était trop élevé en général;
+nous allons examiner maintenant cette taxe
+en elle-même, les bases sur lesquelles elle a été établie,
+et les divers moyens de la modifier ou de la réduire.</p>
+
+<p>On a dit souvent, pour motiver l'élévation du port
+des lettres, que cette taxe était le prix d'un service rendu.
+Mais toute autre espèce d'impôt est aussi le prix d'un
+service rendu: seulement, comme l'emploi de l'impôt
+n'est pas partout immédiatement applicable à l'exploitation
+du service même sur lequel l'impôt est prélevé,
+le contribuable ne suit pas la somme perçue jusqu'à
+l'application de cette somme à un service public qui lui
+est profitable, et paie à regret et sans reconnaissance. Il
+est cependant très-vrai que l'impôt des portes et fenêtres,
+par exemple, paie l'entretien des routes ou la garde
+des frontières, au même titre et à peu près de la même
+manière que la taxe des lettres paie les frais des malles-postes,
+et le salaire des courriers et des facteurs.</p>
+
+<p>Or, si la taxe des lettres est le prix du service rendu
+par l'État aux particuliers, le prix doit-il s'élever, et dans
+<a name="p28" id="p28"></a><span class="pagenum">Page 28</span>
+quelle proportion doit-il s'élever au-dessus des dépenses
+de l'exploitation? C'est ce qu'il convient d'examiner.</p>
+
+<p>Nous avons entendu quelque part défendre cette opinion,
+que le produit de la taxe des lettres ne devait être
+considéré comme le prix d'un service rendu que pour
+la partie de ce produit qui représentait les dépenses
+d'exploitation, et que, pour le surplus de la recette,
+c'était un impôt qui devait, comme les autres impôts,
+être réparti également entre tous les citoyens.</p>
+
+<p>En effet, disait-on, si la taxe des lettres est le prix
+d'un service exécuté, cette taxe est complètement perçue
+lorsque toutes les dépenses d'exploitation sont couvertes:
+l'excédant de la recette, s'il en existe, devrait donc
+être supprimé, et les taxes diminuées dans une égale
+proportion; ou, si l'impôt est nécessaire, il devrait être
+perçu comme tout autre impôt, c'est-à-dire par parties
+égales entre tous les particuliers. Or supposons la recette
+des postes de 40 millions<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a>
+<a href="#footnote19"><sup class="sml">19</sup></a>, et les dépenses
+de 20 millions de francs tant en matériel qu'en personnel:
+la différence, c'est-à-dire la somme de 20 millions
+de francs, est un impôt, et cet impôt semble très-injustement
+réparti; car l'habitant de Toulon, par
+exemple, le supporte dans une proportion cinq fois plus
+grande que l'habitant de Versailles. En effet, la taxe de
+Paris à Versailles est de 2 décimes par lettre simple, et
+celle de Paris à Toulon est de 10 décimes; toutes les
+taxes de poste de France ayant donné 40 millions, et la
+<a name="p29" id="p29"></a><span class="pagenum">Page 29</span>
+dépense étant de la moitié, les frais du service rendu
+sont pour la correspondance de Versailles de 1 décime
+par lettre simple, et pour Toulon de 5 décimes, c'est-à-dire,
+pour chacune, moitié de la taxe totale. Si l'excédant
+est un impôt, il est ainsi réparti: Versailles paie
+1 décime d'impôt par lettre simple, et Toulon 5 décimes,
+c'est-à-dire cinq fois davantage. De là découlait
+la proposition de soumettre toute lettre à deux taxes:
+1º à la taxe proportionnelle aux frais d'exploitation; 2º à
+une taxe fixe dont le montant serait égal à l'excédant
+des recettes sur les dépenses, divisé par le nombre des
+lettres en circulation.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19"
+name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19">
+(retour) </a> Ces chiffres sont approximatifs; voir note, <a href="#p1">page 1</a>.</blockquote>
+
+<p>A ce raisonnement, cependant, on pourrait objecter
+que, si une lettre de Paris pour Toulon paie 10 décimes
+dont 5 décimes d'impôt, Paris paie aussi 5 décimes
+d'impôt pour la lettre venant de Toulon, et tous les
+destinataires de lettres en France paient à leur tour,
+lorsqu'ils reçoivent des lettres, un impôt proportionné
+à la distance qu'a parcourue la lettre qui leur est remise:
+les petites distances, il est vrai, paraissent, dans
+la répartition de l'impôt, avoir l'avantage du nombre sur
+les grandes; mais, comme toutes les villes de France
+peuvent entretenir des relations à de longues comme à
+de courtes distances, il s'ensuit que les avantages et
+les inconvénients du mode de taxe sont balancés pour
+toutes les villes, et que l'impôt se trouve égal pour tous.</p>
+
+<p>Mais revenons à l'appréciation du service rendu, et
+au prix actuel de revient du transport d'une lettre en
+France.</p>
+
+<p>Et d'abord, pour faire ce compte exactement, il faut
+<a name="p30" id="p30"></a><span class="pagenum">Page 30</span>
+être fixé sur le nombre et le poids des paquets administratifs
+que le service des postes transporte gratuitement
+chaque année; car si l'administration n'était
+pas couverte de ses dépenses par la taxe que paient
+les particuliers pour le transport de leurs lettres, le
+gouvernement devrait supporter les frais du transport
+des dépêches des diverses administrations publiques. Il
+est donc juste que les correspondances administratives
+soient comptées dans notre appréciation générale des
+dépenses résultant du transport des correspondances
+en France.</p>
+
+<p>Or, le nombre et le poids des lettres administratives
+transportées en franchise par le service des postes est
+difficile à constater exactement. Il faudrait, pour arriver
+rigoureusement à ce résultat, qu'à l'arrivée et au départ
+des dépêches, et pendant un temps assez long, les lettres
+administratives fussent taxées fictivement, et cette
+taxe constatée sur des états particuliers. Cette opération
+serait longue, parce que l'appréciation du poids de
+paquets d'un volume souvent considérable, et toujours
+différent des lettres ordinaires, entraînerait un délai qui
+serait de nature à retarder l'expédition des courriers ou
+la distribution des lettres. Ce travail s'est fait sous l'ancienne
+administration, il est vrai; mais, outre qu'il a
+été entaché d'inexactitude au moment même où il s'opérait,
+depuis ce temps, l'augmentation du nombre des
+lettres franches a été telle, que l'ancien travail serait
+aujourd'hui plus nuisible qu'utile.</p>
+
+<p>L'augmentation des correspondances administratives
+est due à notre système de centralisation, qui amène à
+<a name="p31" id="p31"></a><span class="pagenum">Page 31</span>
+Paris des renseignements écrits et des pièces de toute
+nature, des points les plus éloignés du centre, et qui
+fait que c'est aussi de Paris que se répandent partout
+en France jusqu'aux formules imprimées dont font
+usage cent mille payeurs, percepteurs et fonctionnaires
+de toute espèce; et comme cette centralisation s'opère
+d'abord au chef-lieu de chaque département, les mêmes
+pièces et les mêmes renseignements passent deux fois
+par le service des postes, savoir: de Paris aux chefs-lieux
+et des chefs-lieux aux communes, et au retour des
+communes aux chefs-lieux et des chefs-lieux à Paris.</p>
+
+<p>L'augmentation du nombre des paquets administratifs
+ne résulte pas seulement des formes si satisfaisantes,
+mais si multipliées, de notre comptabilité centrale, mais
+aussi des renseignements statistiques qui se réunissent
+et s'emploient maintenant partout, des justes exigences
+de la cour des comptes, des justifications à fournir aux
+chambres, enfin des rapports plus nombreux chaque
+jour des diverses administrations publiques avec tous
+les particuliers en France. Toutes ces causes, qui sont
+inhérentes à la forme de notre gouvernement et aux
+besoins de notre comptabilité, font que non-seulement
+le nombre des dépêches circulant en franchise à Paris
+et en province entre fonctionnaires de tous grades est
+devenu considérable, mais que le poids de presque
+toutes ces lettres dépasse de beaucoup celui des plus
+gros paquets soumis à la taxe; en sorte que, si celles-là
+étaient taxées selon l'échelle de poids et de distance fixée
+par le tarif, la somme de produits qu'ils donneraient
+dépasserait de beaucoup les produits ordinaires des lettres.
+<a name="p32" id="p32"></a><span class="pagenum">Page 32</span>
+Nous ne craignons pas de nous tromper en disant
+que le montant de cette taxe serait de cent cinquante
+pour cent plus élevé que le produit total des lettres taxées
+circulant en France, soit la somme de 54,000,000 fr. au
+lieu de 36,000,000 fr.<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a>
+<a href="#footnote20"><sup class="sml">20</sup></a>; ou, pour traduire cette proportion
+par un nombre de lettres simples, si le nombre
+des lettres taxées circulant dans le service est annuellement
+de soixante-dix-neuf millions<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a>
+<a href="#footnote21"><sup class="sml">21</sup></a>, le nombre de
+lettres administratives circulant en franchise en France,
+considérées comme simples, serait d'environ cent dix-huit
+millions cinq cent mille.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20"
+name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20">
+(retour) </a> Produit net de la taxe des lettres en 1836: 35,665,732 fr.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21"
+name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21">
+(retour) </a> Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.</blockquote>
+
+
+<p>La taxe moyenne des postes sera encore affectée par
+une autre nature de correspondance; nous voulons
+parler des journaux.</p>
+
+<p>Si les correspondances administratives ne paient aucun
+port, les journaux paient un port réduit qui ne
+suffirait pas aux frais de leur transport et de leur distribution
+et que compense encore le montant de la taxe
+des lettres des particuliers.</p>
+
+<p>Le nombre des journaux et imprimés taxés transportés
+par la poste en France est annuellement de
+quarante-six millions deux cent trente mille<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a>
+<a href="#footnote22"><sup class="sml">22</sup></a>. Le produit
+de la taxe n'est que de 1,800,000 fr. par an. Le prix du
+port de ces imprimés est de 4 c. ou de 2 c. 1/2 ou de 1 c. 1/4
+par feuille, selon leur dimension, et nous verrons tout
+à l'heure que le prix moyen de transport et de distribution
+d'une lettre ou d'un journal est plus élevé.</p>
+
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22"
+name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22">
+(retour) </a> <i>Ibid.</i>, page 159.</blockquote>
+
+<a name="p33" id="p33"></a><p><span class="pagenum">Page 33</span></p>
+
+<p>Ces données obtenues, pour trouver le prix moyen
+du transport et de la distribution d'une lettre ou d'un
+journal circulant par la poste, nous procéderons ainsi
+qu'il suit:</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 640px; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 500px;">
+Le nombre des lettres taxées qui ont circulé en France
+par le service des postes en 1836 est de:<br>
+<br>
+Le nombre des journaux et autres imprimés taxés:<br>
+<br>
+Le nombre des lettres en franchise:<br>
+<br>
+Total du nombre de lettres et d'imprimés
+circulant dans le service des
+postes en un an:
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 120px; text-align: right;">
+<br>
+79,000,000<br>
+<br>
+46,250,000<br>
+<br>
+118,500,000<br>
+-------------<br>
+
+<br>243,750,000
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20px; text-align: right;">
+<br>
+<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a>
+<a href="#footnote23"><sup class="sml">23</sup></a>
+<br><br>
+<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a>
+<a href="#footnote24"><sup class="sml">24</sup></a>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<p>Les dépenses de toute espèce de l'administration des
+postes en 1836 ont été de 19,409,701 fr.<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a>
+<a href="#footnote25"><sup class="sml">25</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23"
+name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23">
+(retour) </a> Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24"
+name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24">
+(retour) </a> Ibid., page 159.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25"
+name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25">
+(retour) </a> Voir le compte définitif des dépenses de l'administration des finances en
+1836 distribué aux chambres en 1838:<br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 600px; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 400px;">
+Chap. 21. Personnel à Paris,<br>
+Chap. 20. Personnel en province,<br>
+Chap. 41. Transport des dépêches sur terre,<br>
+Chap. 46. Restitutions,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px; text-align: right;">
+443,712<br>
+9,509,295<br>
+9,449,194<br>
+7,500
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10px; text-align: right;">
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10px;">
+<img alt="" src="images/parenth.jpg" height="90">
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px; text-align: right;">
+<br>
+19,409,701
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+</blockquote>
+
+
+<p>19,409,701 fr. divisés par 243,750,000 fr. égalent
+0fr.,0796. En conséquence, le prix du transport et de la
+distribution d'une lettre, d'un journal ou d'un imprimé,
+y compris tous les frais de la rentrée des produits, a été
+en 1836 de 0fr.,0796, ou un peu moins de 0,08 c., et encore
+il convient de remarquer que dans cette dépense de
+19,409,701 fr., nous avons compris des frais de personnel
+à Paris et en province, qui servent en même temps à la rentrée
+de certains produits étrangers au transport des lettres,
+<a name="p34" id="p34"></a><span class="pagenum">Page 34</span>
+tels que la recette du prix des places des voyageurs
+dans les malles et dans les paquebots et le droit
+de cinq pour cent sur les articles d'argent, produits qui
+seuls se sont élevés en 1836 à 2,500,000 fr.<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a>
+<a href="#footnote26"><sup class="sml">26</sup></a>; et nous
+n'avons pu faire autrement, parce que les mêmes employés
+sont chargés en même temps de ces diverses
+Recettes.
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26"
+name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26">
+(retour) </a><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 600px; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 400px;">
+Produit des places dans les malles-postes en 1836<br>
+Droit de 5 p. 0/0, articles d'argent, même année,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px; text-align: right;">
+1,727,914<br>
+771,839
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10px; text-align: right;">
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10px; text-align: right;">
+}<br>
+}
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px; text-align: right;">
+2,499,753
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+</blockquote>
+
+<p>Maintenant que nous avons vu ce que coûte au trésor
+public le transport d'une lettre ou d'un journal, cherchons
+quel est le taux moyen du produit de l'objet taxé.</p>
+
+<p>Si on divise la recette nette du produit de la taxe
+des lettres et des journaux en 1836 par le nombre des
+lettres et des journaux qui ont été taxés en France pendant
+la même année, on obtiendra le résultat suivant:</p>
+
+<p>Les recettes nettes de la taxe des lettres en 1836, sont à
+peu près de 36,000,000 fr. qui, divisés par cent vingt-cinq
+millions deux cent cinquante mille lettres ou imprimés
+taxés, donnent 0,28 c. 1/3 à peu près pour moyenne
+de la taxe d'une lettre ou d'un imprimé taxé en 1836.</p>
+
+<p>Mais comme la taxe des imprimés est de 0,4 c. par
+feuille, il s'ensuit que les quarante-six millions deux
+cent cinquante mille imprimés qui ont circulé dans
+le service des postes en 1836, ont dû donner seulement
+une recette de 1,850,000 fr.<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a>
+<a href="#footnote27"><sup class="sml">27</sup></a>, et que la taxe
+des lettres a produit l'excédant des recettes, c'est-à-dire
+<a name="p35" id="p35"></a><span class="pagenum">Page 35</span>
+34,150,000 fr. Nous sommes donc conduits à
+diviser la somme de 34,150,000 fr. par le nombre des
+lettres taxées, afin d'avoir le taux moyen de la taxe des
+lettres: et nous trouverons que le prix de port moyen
+d'une lettre taxée en France est d'environ 0,43 c. 1/4<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a>
+<a href="#footnote28"><sup class="sml">28</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27"
+name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27">
+(retour) </a> En effet, voici la recette exacte en 1836:<br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 500px; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px;">
+Journaux,<br>
+Imprimés,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px; text-align: right;">
+1,417,159<br>
+430,146<br>
+-----------<br>
+1,847,305
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10px; text-align: right;">
+fr.<br>
+<br>
+<br>
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 300px; text-align: right;">
+ </td>
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28"
+name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28">
+(retour) </a> Nous supposons que le nombre de 79,000,000 de lettres porté à l'Annuaire
+de 1838, est un peu exagéré, et que le taux moyen de la taxe d'une lettre
+est de 50 c. environ. C'est ainsi qu'on le compte dans les postes, et nous nous
+croyons suffisamment autorisé à prendre dans la suite cette somme de 50 c. pour
+base de nos calculs.</blockquote>
+
+
+<p>Mais la somme de ces taxes a donné au gouvernement
+le moyen de transporter, avec un grand rabais, les imprimés
+de toute espèce, et gratuitement toute la correspondance
+administrative.</p>
+
+<p>Or, si les frais de transport d'une lettre sont en
+réalité de 0,08 c. et le produit d'une lettre taxée (taux
+moyen), de 0,43 c. la recette est donc de cinq cent
+trente pour cent plus élevée que le prix du service
+rendu; enfin la partie de ces produits qui peut être considérée
+comme prix du service rendu est de 6,320,000 fr.
+et celle qu'on peut appeler un impôt, est de 29,980,000 fr.</p>
+
+<p>D'autre part, la dépense effective résultant du transport
+des dépêches administratives, est de 9,480,000 fr.,
+c'est-à-dire, qu'il y a cent dix-huit millions cinq cent
+mille lettres simples, à raison de 0,08 c. l'une, et cela
+si l'on n'a égard qu'aux frais réels d'exploitation; car
+le transport de cette correspondance administrative représenterait
+un emploi de 50,955,000 fr. si la dépense
+était calculée à raison de 0,43 c. par lettre, taux moyen
+de la taxe dont sont frappées les lettres des particuliers.
+<a name="p36" id="p36"></a><span class="pagenum">Page 36</span></p>
+
+<p>On voit donc dès à présent que la taxe des lettres devrait
+être réduite en France de cinq cent trente pour
+cent, si on voulait la mettre en rapport exact avec la
+dépense réelle causée par le transport et la distribution
+des seules lettres des particuliers, et de cinquante
+pour cent à peu près si on voulait mettre la recette en
+rapport avec la dépense réellement faite pour le transport
+et la distribution de toutes les lettres, journaux
+et imprimés taxés envoyés par les particuliers ou circulant
+en franchise, pour le service du gouvernement.</p>
+
+<p>Avant que de traiter de la réduction possible de la
+taxe des lettres en général, il convient de parler d'abord
+de la taxe du service rural en particulier, et de la nécessité
+de supprimer le décime supplémentaire appliqué
+aux lettres distribuées ou recueillies dans les communes.</p>
+
+<p>L'établissement du service rural est un des grands
+bienfaits de la précédente administration des postes. En
+rendant tout d'un coup journaliers au 1er janvier 1828
+tous les services de transport de dépêches en France, dont
+un grand nombre ne marchaient précédemment que trois
+ou quatre fois par semaine, l'administration s'était imposé
+l'obligation de faire mieux encore. Par suite du
+service journalier, la position des communes qui ne possédaient
+pas de bureaux de poste devenait comparativement
+plus mauvaise chaque jour; car, sur trente-huit
+mille communes dont se compose la France, deux mille
+se trouvaient recevoir exactement leurs lettres tous les
+jours, et trente-six mille autres ne les recevaient pas du
+tout. L'administration a donc sollicité, comme nous
+l'avons dit, et obtenu des chambres en 1829 un nouveau
+<a name="p37" id="p37"><span class="pagenum">Page 37</span></a>
+crédit de trois millions pour payer des facteurs chargés
+de distribuer des lettres dans les communes privées de
+bureaux de poste. La loi du 3 juin 1829 disait que ce service
+serait fait au moins de deux jours l'un; depuis 1830 il
+a été organisé journalièrement dans beaucoup de communes
+importantes, et chaque jour l'administration est
+entraînée vers le moment où il deviendra journalier
+partout.</p>
+
+<p>Nous avons vu comment cette communication journalière
+entre les communes rurales et la ville principale
+qui les avoisine, pourrait être utilisée de manière à produire
+des résultats beaucoup plus avantageux. Ces messagers
+obligeants, par devoir et par intérêt, qui apportent
+jusque dans les fermes les plus éloignées, tous les
+produits de l'intelligence des villes, sont appelés à modifier
+un jour la condition des campagnes. Nous avons
+dit comment nous comprenons que ce résultat pourrait
+être obtenu<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a>
+<a href="#footnote29"><sup class="sml">29</sup></a>; mais la cause qui nuirait toujours
+à ce développement, c'est la taxe du service rural.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29"
+name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29">
+(retour) </a> Voir <a href="#p11">pages 11</a> et suivantes.</blockquote>
+
+<p>En effet, la perception d'un décime supplémentaire
+sur la taxe ordinaire des lettres distribuées dans les campagnes,
+est injuste, et elle est improductive.</p>
+
+<p>Elle est injuste: 1º parce qu'il n'est pas équitable, dans
+l'ordre naturel des idées, qu'un particulier qui reçoit
+sa lettre tous les deux jours et par un piéton qui arrive
+plus tardivement, paie un port plus élevé que celui qui,
+dans une ville, est servi tous les jours, et reçoit sa lettre
+immédiatement après l'arrivée du courrier; 2º parce
+que, d'après l'esprit qui a présidé au système général
+<a name="p38" id="p38"></a><span class="pagenum">Page 38</span>
+de la taxation des lettres, depuis la loi du 15 mars 1827,
+les lettres qui parcourent un plus grand trajet en ligne
+droite, doivent supporter une taxe plus considérable,
+et qu'ici très-souvent dans l'exécution le décime rural
+se trouve appliqué sur des lettres qui ont parcouru ou
+dû parcourir en ligne droite une distance moindre que
+celle qu'ont parcourue les lettres qui ne supportent pas
+cette taxe. Soit le cas très-fréquent où la commune dans
+laquelle est distribuée la lettre, se trouve plus rapprochée
+du point de départ, que le bureau de poste où elle
+est déposée par le courrier. Et ici, il y a double injustice;
+car la commune que traverse le courrier en se rendant
+au bureau, ne reçoit souvent par le facteur rural ses
+lettres que le lendemain du jour où elle eût pu les recevoir
+si le courrier les avait déposées à son passage, et
+cette commune paie un décime de plus, tandis que la
+ville plus éloignée où le courrier s'est arrêté, a reçu ses
+lettres un jour auparavant, et n'a pas payé de supplément
+de taxe.</p>
+
+<p>Elle est relativement improductive: 1º parce que les
+particuliers habitant la campagne, qui ont des relations
+suivies avec les villes (et ce sont ceux qui reçoivent
+le plus de lettres), entretenant un service particulier
+pour le transport de leurs provisions, se font adresser
+leurs lettres <i>poste restante</i>, et ne paient pas le supplément
+de droit.</p>
+
+<p>2º Parceque parmi les communes soumises au décime
+rural, les plus importantes, telles que les chefs-lieux de
+canton, qui donnent la plus grande part des produits
+ruraux, deviennent successivement bureaux de poste
+<a name="p39" id="p39"></a><span class="pagenum">Page 39</span>
+elles-mêmes, et ne paient plus le droit supplémentaire;
+et l'administration se trouve ainsi placée entre le désir
+de conserver des produits, et le devoir de faciliter la marche
+générale des correspondances par la création de
+nouveaux bureaux. Il faut cependant lui rendre ici cette
+justice, qu'elle a cédé jusqu'à présent plutôt à ce dernier
+sentiment qu'au premier.</p>
+
+<p>3º Parce qu'enfin la rentrée de cette espèce de produit
+ne peut se contrôler que très difficilement: en effet, les
+facteurs ruraux sont abandonnés à eux-mêmes pour la
+perception de la taxe qu'ils frappent et qu'ils réalisent
+dans le cours de leurs tournées. Ils sont placés, pour la
+perception de leurs autres recettes, sous les ordres d'un
+directeur qui, de son côté, n'est appelé à verser que le
+montant des sommes résultant de ses propres déclarations.
+Les éléments de contrôle employés ailleurs qui
+résultent de la mise en charge d'un agent par un agent
+correspondant, au moyen d'une feuille d'avis officielle
+envoyée plus tard à l'administration, manquent ici. Les
+moyens de comparaison puisés dans les recettes de même
+nature obtenues dans les autres bureaux, seraient d'ailleurs
+très peu satisfaisants, parce que deux bureaux
+semblables par le commerce de leur ville et par leur
+population, peuvent être très-différents sous le rapport
+des produits ruraux. Une seule fabrique importante dans
+les environs d'une ville, par exemple, doit faire quadrupler
+les produits du décime rural: qui peut dire
+alors, si le directeur a effectivement fait une recette
+plus ou moins élevée? Et le mal d'un semblable ordre
+de choses est que les premières erreurs coupables ou
+<a name="p40" id="p40"></a><span class="pagenum">Page 40</span>
+involontaires des préposés, passent forcément inaperçues;
+que les préposés s'habituent à ces petits détournements
+des décimes ruraux, à ces grapillages; que les
+produits baissent; ce qui est plus grave encore, que les
+agents se démoralisent et s'encouragent à commettre
+des détournements plus grands. Peut-être ne serions-nous
+pas taxé d'exagération, si nous disions qu'un tiers
+des produits du décime rural est absorbé de cette manière,
+et se trouve perdu pour l'État.</p>
+
+<p>4º La taxe du service rural perçue d'après une règle
+injuste, puisqu'elle n'est en proportion, ni avec les frais
+du service rendu, ni avec le poids des lettres, ni avec la
+distance parcourue, est improductive encore en ceci,
+qu'elle gêne la circulation des lettres, et nuit à l'accroissement
+des produits généraux; et ceci est prouvé par
+l'expérience du service qui compte déjà sept années
+d'existence. Le produit net du décime rural, qui était en
+1831 de 1,400,000, n'avait atteint en 1836 que le chiffre
+de 1,900,000, quoique la dépense se fût chaque année
+considérablement accrue<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a>
+<a href="#footnote30"><sup class="sml">30</sup></a>, et que le nombre des facteurs
+ruraux, qui était de 4,500 dans l'origine, se fût
+élevé à plus de 8,000<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a>
+<a href="#footnote31"><sup class="sml">31</sup></a>. Il est vrai que la recette nette
+du produit ordinaire de la taxe des lettres s'est élevée de
+29 millions à 33,700,000 de 1830 à 1836, et que le service
+de la distribution des lettres dans les communes,
+<a name="p41" id="p41"></a><span class="pagenum">Page 41</span>
+peut se glorifier justement d'avoir été en partie la source
+de ces produits, par les facilités qu'il a données aux particuliers
+habitant des campagnes, d'écrire commodément
+à tous les points du royaume et de l'étranger;
+aussi, c'est de cette augmentation même dans la masse
+générale des recettes que nous tirons l'induction fondée,
+que les nouvelles facilités données par la suppression du
+décime rural, contribueraient plus puissamment encore
+à l'accroissement des produits généraux.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30"
+name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30">
+(retour) </a> En 1830 on avait porté au budget une somme d'environ 1,800,000 fr. pour
+4,500 facteurs, et la dépense demandée au budget de 1836 est 3,400,000 fr.
+pour 7,900 facteurs.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31"
+name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31">
+(retour) </a> Au budget de 1839, 8,100 facteurs ruraux; montant du salaire proposé,
+3,500,000 fr.</blockquote>
+
+<p>C'est donc avec raison que nous avons dit que la taxe
+du service rural était injuste et relativement improductive<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a>
+<a href="#footnote32"><sup class="sml">32</sup></a>.
+Le devoir de l'administration des Postes est de
+transporter et de faire distribuer dans des conditions
+égales, selon leur poids et la distance parcourue, toutes
+les lettres à leur destination. Si les moyens lui ont manqué
+pendant longtemps pour compléter ce service à
+l'égard des habitants des campagnes, il y avait lacune, le
+service des postes était incomplet. Aujourd'hui que la
+loi du 3 juin 1829 a amené cette heureuse amélioration,
+il n'est pas juste de séparer en deux catégories les destinataires
+des lettres et de placer ceux des campagnes
+dans des conditions doublement défavorables. Le service
+rural doit être considéré comme la continuation du
+service ordinaire; son nom de rural doit disparaître,
+c'est un service de distribution au même titre et dans
+les mêmes conditions que celui qui se fait dans les villes,
+et les lettres ainsi transportées doivent être soumises à
+<a name="p42" id="p42"></a><span class="pagenum">Page 42</span>
+la taxe ordinaire réglée d'après leur poids et la distance
+parcourue de bureau de poste à bureau de poste.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32"
+name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32">
+(retour) </a> L'expression du voeu du conseil-général d'un des départements du centre
+de la France, à ce sujet, nous a paru si simple et si vraie, que nous n'avons pu
+nous défendre de le mentionner ici. Voir pièces à l'appui, <a href="#n3">Note nº 3</a>.</blockquote>
+
+<p>Nous croyons en avoir déjà dit assez à l'examen du
+prix du service rendu, pour prouver qu'un abaissement
+dans le tarif, fût-il même de 50 p. 0/0, s'il diminuait
+momentanément les produits des postes, n'exposerait
+cependant pas le gouvernement à la nécessité de transporter
+à titre onéreux les correspondances administratives
+et particulières. Mais si les recettes résultant de la
+taxe des lettres en circulation, devaient diminuer,
+d'autre part, une source toujours abondante de produits
+nouveaux serait ouverte par l'abaissement même qu'on
+aurait opéré sur le tarif; nous voulons parler de l'augmentation
+du nombre des lettres qui accompagne toujours
+l'abaissement de la taxe.</p>
+
+<p>Essayons de supputer quelles seraient cette diminution
+et cette augmentation, si l'on abaissait le tarif de 50 p. 0/0.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 100%; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%">
+La recette nette en port de lettres a été en 1836 de
+<br><br>
+Otons la recette du décime rural<br>
+dont nous proposons la suppression.<br>
+<br>
+ Reste.<br>
+<br>
+Un abaissement supposé de 50 p. 0/0
+sur toutes les taxes de lettres, réduirait
+encore cette recette à:<br>
+<br>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: right;">
+35,665,732<br>
+<br>
+<br>
+1,932,476<br>
+----------<br>
+33,733,256<br>
+<br>
+<br>
+16,866,628
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;">
+fr.
+ </td>
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Mais cette réduction serait atténuée:</p>
+
+<p>1º Du produit nouveau résultant des 45,504,000 lettres
+qu'un abaissement du tarif doit enlever à la fraude,
+<a name="p43" id="p43"></a><span class="pagenum">Page 43</span>
+et faire rentrer dans le service des postes<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a>
+<a href="#footnote33"><sup class="sml">33</sup></a>. Ces
+45,504,000 lettres taxées d'après le tarif réduit de
+50 p. 0/0, c'est-à-dire, en moyenne, à 25 cent. au lieu
+de 50 cent., donneraient une augmentation de recette
+de 11,376,000 fr.</p>
+
+<p>2º De l'augmentation de 547,500 fr., montant du
+droit de 5 p. 0/0, sur les quittances transportées<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a>
+<a href="#footnote34"><sup class="sml">34</sup></a>.</p>
+
+<p>3º De l'augmentation probable du nombre de lettres
+résultant du nouveau transport des petites sommes
+d'argent, par les facteurs ruraux<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a>
+<a href="#footnote35"><sup class="sml">35</sup></a>, pour mémoire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33"
+name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33">
+(retour) </a> Voir <a href="#p14">page 14.</a></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34"
+name="footnote34"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag34">
+(retour) </a> Voir <a href="#p15">page 15.</a></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35"
+name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35">
+(retour) </a> Voir <a href="#p16">page 16.</a></blockquote>
+
+<p>4º Enfin de l'augmentation dans le nombre général
+des lettres circulant par la poste, augmentation qui doit
+résulter de la réduction même de 50 p. 0/0 sur la taxe.
+Cette augmentation doit être considérable si l'on considère
+que la taxe rurale supplémentaire serait entièrement
+supprimée et le prix du transport des lettres réduit
+au prix du service rendu. Mais n'estimons cette augmentation
+de recette qu'au cinquième de la recette totale
+opérée aujourd'hui, et nous aurons en produits nouveaux
+le cinquième de 35,600,000 fr. ou 7,100,000 fr.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 640px; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 220px;">
+En résumé la recette totale ou 35,666,000 fr., réduite
+par l'abaissement de la taxe à 16,866,000
+donne une perte annuelle de<br>
+<br>
+Les produits nouveaux seraient:
+<a name="p44" id="p44"></a><span class="pagenum">Page44</span>
+<br><br>
+1º Diminution de la fraude.<br><br>
+2º Droit de 5 p. 0/0 sur
+les quittances transportées.<br><br>
+
+3º L'accroissement du
+nombre de lettres résultant
+de l'envoi des quittances,
+pour mémoire.<br><br>
+
+4º Augmentation générale
+dans les recettes
+résultant de la diminution du tarif.<br><br>
+
+Total.<br>
+La perte annuelle était<br>
+<br>
+L'augmentation probable des recettes,
+dès la première année, serait donc
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 120px; text-align: right;">
+<br><br><br><br><br><br><br><br>
+11,376,000<br><br><br>
+547,500<br><br><br><br><br><br><br><br>
+7,100,000<br>
+----------<br>
+19,023,000
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20px; text-align: right;">
+<br><br><br><br><br><br><br><br>
+fr.<br>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 120px; text-align: right;">
+<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br>
+19,023,000<br>
+18,800,000<br>
+--------------<br><br><br>
+223,000
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20px; text-align: right;">
+<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br>
+fr.<br><br><br><br><br>
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 120px; text-align: right;">
+<br><br><br><br>
+18,800,000
+
+ <br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+
+
+<p>Si nos chiffres ne paraissaient pas trop arbitrairement
+réglés, et qu'on pût être persuadé que les
+recettes des postes ne diminueraient pas dans la première
+année, par suite des abaissements proposés dans
+le tarif, à plus forte raison croirait-on que dans les années
+suivantes, les produits iraient toujours en augmentant,
+car l'accroissement successif du nombre des lettres,
+comme conséquence de l'abaissement du tarif, est un
+principe qui ne sera nié par personne<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a>
+<a href="#footnote36"><sup class="sml">36</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36"
+name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36">
+(retour) </a> La taxe des lettres n'ayant pas été réduite en France depuis longues années, nous ne pouvons pas donner, par des chiffres, la preuve de ce fait; mais nous
+trouverons cette preuve dans la comparaison des recettes en port de lettres faites
+en Angleterre en 1710 et 1754. (Voir aux pièces à l'appui, <a href="#n4">Note nº 4</a>.)</blockquote>
+
+<a name="p45" id="p45"></a><p><span class="pagenum">Page 45</span></p>
+
+<p>Cependant après un plus mûr examen, il serait facile
+d'apercevoir que cette réduction générale de cinquante
+pour cent sur les taxes de toutes distances et de tous
+poids, ne serait pas le plus avantageux de tous les modes
+de réduction qu'on pourrait opérer sur le tarif des
+postes. Ce n'est pas également, en effet, que les taxes
+devraient être réduites: il est des correspondances dont
+le prix de transport doit être allégé de beaucoup dans
+l'intérêt de la diminution de la fraude et de l'augmentation
+du nombre des lettres; et d'autres taxes, au contraire,
+qui, si la forme actuelle d'application du tarif
+était conservée, pourraient être maintenues à leur taux
+sans qu'il en résultât une gêne aussi sensible pour les
+particuliers.</p>
+
+<p>C'est ce que nous nous proposons de développer
+maintenant; et de l'examen des taxes actuelles, nous
+ferons ressortir la nécessité d'un tarif plus simple dans
+ses combinaisons, plus modéré et plus facile dans son
+application.</p>
+
+<a name="p46" id="p46"></a><p><span class="pagenum">Page 46</span></p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>CHAPITRE III.</h3>
+<br>
+
+<p>Examen du tarif actuel.--Proposition d'un nouveau tarif basé sur le poids des
+lettres, et sur la distance qu'elles doivent parcourir.</p>
+
+
+<p>La taxe des lettres procède actuellement selon deux
+conditions: d'abord, d'après la distance que la lettre doit
+parcourir en ligne droite dans le royaume; et ensuite,
+d'après son poids<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a>
+<a href="#footnote37"><sup class="sml">37</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37"
+name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37">
+(retour) </a> Loi du 15 mars 1827.</blockquote>
+
+<p>L'échelle des distances varie de 40 kilomètres à 80,
+de 80 k. à 150, de 150 k. à 220, de 220 k. à 300, de
+300 k. à 400, de 400 k. à 500 et ainsi de suite, et la taxe
+d'un décime à l'origine, s'accroît à chaque échelon d'un
+décime additionnel.</p>
+
+<p>L'échelle du poids procède ainsi: la lettre est simple
+jusqu'à 7 grammes 1/2, et elle paie le prix que nous venons
+d'indiquer; au-dessus de 7 gr. 1/2 jusqu'à 10 gr.,
+elle doit un demi-port simple de plus; de 10 gr. à 15 gr.,
+elle doit deux fois le port; de 15 gr. à 20 gr., deux fois
+et demi le port; de 20 gr. à 25 gr., trois fois le port,
+et ainsi de suite, en augmentant d'un demi-port par
+chaque 5 grammes en sus.</p>
+
+<p>Il suit de cette échelle si serrée des degrés de distance
+et de pesanteur, que les diverses taxes à apposer sur
+les lettres sont infinies dans leurs combinaisons; qu'il
+faut en composer une spéciale à chaque lettre qui passe
+<a name="p47" id="p47"></a><span class="pagenum">Page 47</span>
+dans le service; qu'enfin cette opération de la taxe est
+longue, difficile et sujette à erreur.</p>
+
+<p>Mais comme les degrés, tant de distance que de poids,
+sont plus serrés dans les premiers échelons de taxe que
+dans les derniers, ce sont les lettres parcourant les petites
+distances et pesant un peu plus de 7 gr. 1/2, qui se trouvent
+dans les conditions les plus défavorables, et malheureusement
+aussi ce sont celles dont la fraude s'empare
+le plus facilement. En effet, il semble que ce soient
+justement les correspondances qui pouvaient échapper
+le plus aisément, et qui par cela même auraient dû être
+le mieux traitées, que le législateur ait frappées avec
+le plus de rigueur, et la raison qui a présidé à cette disposition
+est facile à comprendre: les lettres qui parcourent
+de courtes distances sont les plus nombreuses
+et une très-légère augmentation de taxe pour chacune
+d'elles se trouvait ainsi faire augmenter sensiblement
+les produits généraux. Mais on n'a pas pensé
+au nombre considérable de nouvelles lettres de cette nature
+qu'on aurait pu, au contraire, ramener dans le service
+par un allègement dans les taxes du premier degré.</p>
+
+<p>Les lettres vraiment pesantes sont dans une proportion
+très-minime<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a>
+<a href="#footnote38"><sup class="sml">38</sup></a>. C'est la condition des lettres simples
+qu'il faut d'abord améliorer; ce sont elles qu'il faut faire
+rentrer dans le service par tous les moyens possibles,
+soit par une extension de la distance qu'elles peuvent
+parcourir, soit par une augmentation dans le poids accordé.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38"
+name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38">
+(retour) </a> Voir <a href="#p64">page 64.</a></blockquote>
+
+<a name="p48" id="p48"></a><p><span class="pagenum">Page 48</span></p>
+
+<p>Les lettres simples, ainsi que nous le comprenons, en
+effet, ne devraient pas être seulement celles qui se composent
+d'une simple feuille de papier ou pesant moins de
+7 gr. 1/2; ce devraient être les lettres écrites par une seule
+personne à une autre seule personne, et d'un poids fixé
+de manière à ce qu'on pût joindre à ces lettres un ou
+deux effets de commerce, un acte de famille ou toute autre
+pièce; car c'est souvent pour cette seule pièce insérée,
+que la lettre est écrite; et lorsque cette addition doit
+entraîner un supplément de port, la lettre échappe
+à la poste, et la pièce est envoyée par une autre voie.</p>
+
+<p>La réduction à opérer sur le tarif ne semble donc
+pas devoir être faite exactement d'après l'échelle des
+taxes actuellement existantes, mais plutôt sur les bases
+suivantes:</p>
+
+<p>1º Éloigner les limites de distances et de poids, passé
+lesquelles une lettre cesse d'être considérée comme
+simple; 2º supprimer une grande quantité de degrés de
+l'échelle des taxes tant du poids que des distances, afin
+de rendre l'opération de la taxe plus simple pour les
+employés, et le prix de transport moins élevé pour les
+particuliers.</p>
+
+<p>C'est ce que nous avons cherché à rendre sensible
+par la rédaction des tableaux qui suivent:</p>
+
+<p>Le tableau nº 1 présente la progression des taxes
+d'après la loi actuellement en vigueur<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a>
+<a href="#footnote39"><sup class="sml">39</sup></a>, car nous
+avons cru devoir partir de ce qui existe pour avoir un
+terme de comparaison.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39"
+name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39">
+(retour) </a> Loi du 15 mars 1827.</blockquote>
+
+<a name="p49" id="p49"></a><p><span class="pagenum">Page 49</span></p>
+
+<p>Le tableau n° 2 donne un tarif très-simplifié, mais
+encore basé sur le poids et sur la distance parcourue,
+tarif que nous proposerions de substituer à l'ancien.</p>
+
+<p>Le tableau n° 3 offre une comparaison de la taxe des
+lettres d'après le système actuel et d'après le système
+proposé.</p>
+
+<p>Le tableau n° 4 présente la même comparaison appliquée
+à la taxe d'une lettre de Paris pour diverses villes
+importantes de la France.</p>
+
+<p>L'examen successif que nous ferons de ces tableaux
+nous fournira l'occasion de développer et de motiver
+notre nouvelle échelle de taxation.</p>
+
+<a name="p50" id="p50"></a><p><span class="pagenum">Page 50</span></p>
+
+
+<h3>TABLEAU Nº I.</h3>
+
+<p class="mid"><i>Progression des taxes, d'après la loi actuellement en vigueur</i> (15 mars 1827).</p>
+
+<p><img alt="" src="images/005.png"></p>
+
+
+<a name="p51" id="p51"></a><p><span class="pagenum">Page 51</span></p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>TABLEAU Nº II.</h3>
+
+<p class="mid"><i>Progression de la taxe des lettres d'après le tarif proposé.</i></p>
+
+<p><img alt="" src="images/006.png"></p>
+
+
+
+<a name="p52" id="p52"></a><p><span class="pagenum">Page 52</span></p>
+<a name="p53" id="p53"></a><p><span class="pagenum">Page 53</span></p>
+<br><br>
+
+<h3>TABLEAU Nº III.</h3>
+
+<p class="mid"><i>Tableau comparatif de la taxe des lettres d'après la loi actuellement
+en vigueur et d'après le tarif proposé.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007-small.png"></p>
+
+<p class="mid"><a href="images/007-large.png">Agrandissement</a></p>
+
+<a name="p54" id="p54"></a><p><span class="pagenum">Page 54</span></p>
+<br><br>
+
+<h3>TABLEAU Nº IV</h3>.
+
+<p class="mid"><i>Tableau comparatif de la taxe d'une lettre de Paris pour quelques
+principales villes de France, d'après le mode actuellement suivi et
+d'après le tarif proposé</i><a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a>
+<a href="#footnote40"><sup class="sml">40</sup></a>.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008.png"></p>
+
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40"
+name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40">
+(retour) </a> Nous n'avons pas étendu ce tableau de comparaison au-delà de 25 grammes pour ne pas
+multiplier les colonnes, et aussi parce que le nombre des lettres dont le poids dépasse 25
+grammes n'est que l'exception, et ne forme pas plus que 17/1846 des lettres qui circulent en
+France. (Voir <a href="#p64">page 64</a>.)</blockquote>
+
+<a name="p55" id="p55"></a><p><span class="pagenum">Page 55</span></p>
+
+<p>On voit par les tableaux nos 2 et 3 que le nouveau
+tarif que nous présentons procède comme le tarif actuellement
+en usage, selon ces deux conditions, 1º de
+la distance à parcourir en ligne droite du point de départ
+au point d'arrivée de la lettre; 2º du poids de l'objet
+transporté.</p>
+
+<p>Nous traiterons successivement de la taxe du parcours
+et de la taxe du poids.</p>
+
+<p>La taxe du parcours est la partie de taxe qui semble
+en apparence le plus justement établie; c'est le prix d'un
+service qui se prolonge et, par conséquent, qui coûte
+d'autant plus à l'État, que la lettre doit être transportée
+à un point plus éloigné. Cette taxe sera donc encore proportionnelle;
+seulement au lieu de la faire augmenter
+d'un décime de 40 à 80 kilomètres, de 80 à 150, de 150
+à 220, de 220 à 300, de 300 à 400, à 500, à 600, à 750
+et à 900, nous accordons tout d'abord 75 kilom. pour
+la première distance, et nous procédons ensuite de 75 à
+150, de 150 à 300, de 300 à 450 et de 450 à 600. Nous
+réduisons donc ainsi l'échelle des distances, c'est-à-dire,
+que nous réunissons sous la même taxe plusieurs étendues
+de parcours qui aujourd'hui sont l'objet de taxes
+différentes, en donnant à chacune de ces catégories
+toute entière la moins élevée des différentes taxes auxquelles
+les différentes distances étaient soumises. Enfin,
+nous abaissons le tarif dans les courtes distances. La
+meilleure manière de faire rentrer dans le service les
+lettres transportées par d'autres moyens, et aussi
+d'augmenter le nombre des lettres en circulation dans
+ces courtes distances, où l'on a tant d'occasions de communique
+<a name="p56" id="p56"></a><span class="pagenum">Page 56</span>
+autrement que par la poste, c'est de baisser
+la taxe.</p>
+
+<p>C'est ce qui nous a fait proposer d'étendre de 40 à
+75 kilom. parcourus le premier rayon de taxe qui entraîne
+pour une lettre simple un port de 2 décimes seulement:
+aujourd'hui toute lettre simple parcourant
+moins de 40 kilom. est taxée 2 décimes, et de 40 à
+80 kilom. 3 décimes; c'est le second degré de l'échelle
+de taxation actuellement en usage que nous réunissons
+au premier et que nous taxons de la taxe du premier.</p>
+
+<p>Le troisième rayon actuel de 80 à 150 est encore trop
+rapproché du point de départ, pour que les considérations
+que nous émettions tout à l'heure sur les avantages
+de réduire les taxes de courtes distances, ne soient
+pas applicables aux distances qu'il enferme, et nous
+proposons d'appliquer la taxe de 3 décimes seulement,
+au lieu de 4, aux lettres simples parcourant au-delà de
+75 jusqu'à 150 kilom.</p>
+
+<p>C'est ainsi que notre troisième rayon s'étend de 150 à
+300 kilom., et sera taxé 4 décimes; le quatrième, de
+300 à 450 kilom., sera taxé 5 décimes; et enfin le cinquième,
+de 450 à 600 kilom., sera taxé 6 décimes; le
+sixième rayon de parcours est dans notre projet le dernier.
+Toute lettre simple parcourant plus de 600 kilom.
+serait taxée 7 décimes.</p>
+
+<p>Nous avons arrêté notre échelle de taxe de distance
+à 600 kilom., et nous avons proposé de taxer de 7 décimes
+toute lettre envoyée à un point plus éloigné que
+600 kilom. du point de départ, quelle que fût la distance,
+par les raisons suivantes:</p>
+
+<a name="p57" id="p57"></a><span class="pagenum">Page 57</span>
+
+<p>1º Parce que 7 décimes nous paraissent le prix de port
+le plus élevé que puisse supporter une lettre simple, si l'on
+admet une taxe proportionnelle à la distance parcourue,
+et cela dans l'intérêt bien entendu des recettes; 2º parce
+que le point de France le plus éloigné n'est pas à 700 kil.
+de distance de Paris; soit Arles et Céret(Pyrénées-Orientales),
+et que pour les pays étrangers, ces conditions
+de taxe sont différentes; 3º parce que les lettres du midi
+pour l'extrême nord de la France, soit par exemple les
+lettres de Perpignan pour Lille, qui parcourent un espace
+de 882 kilom., sont rares, attendu que Paris est un
+grand centre qui fait presque tout le commerce de
+transit, et dont la bourse, modifiant presque toujours
+les avis envoyés de l'extrême nord à l'extrême midi de
+la France, est en possession de transmettre presque tous
+les avis du commerce; 4º parce que si l'on objectait,
+enfin, que ce défaut d'accroissement de taxation pour
+des distances de plus de 600 kilom. pourrait être nuisible
+aux produits revenant à la France pour droit de
+transit des correspondances étrangères à travers son
+territoire, soit, par exemple les correspondances venant
+du levant ou de l'Inde par Marseille pour l'Angleterre,
+dans la distance de Marseille à Calais, nous répondrions
+que les droits de transit des lettres sont établis, diminués,
+augmentés ou modifiés par des traités rédigés par
+les soins de l'administration des postes, et que c'est à
+elle à tenir compte, dans certaines circonstances, de la
+distance réellement parcourue si elle le juge convenable.
+D'ailleurs ces droits de transit sur les correspondances
+étrangères sont toujours réduits dans des proportions
+<a name="p58" id="p58"></a><span class="pagenum">Page 58</span>
+considérables à titre d'abonnement, et ne doivent
+pas priver le gouvernement de la possibilité d'accorder,
+lorsqu'il y a lieu, des réductions de taxe aux
+régnicoles.</p>
+
+<p>Arrivant à la partie de la taxe des lettres qui s'établit
+d'après la pesanteur des objets transportés, ou observera
+que, d'après le tarif actuel, les lettres dont le poids
+ne dépasse pas 7 gr. 1/2 paient le port simple établi
+d'après la distance parcourue; de 7 gr. 1/2 à 10 gr., un
+port et demi; de 10 à 15 gr. deux fois le port, et ainsi
+de suite en augmentant d'un demi-port par chaque
+5 gr. de pesanteur.</p>
+
+<p>Mais pourquoi cette élévation de taxe de 7 gr. 1/2 à
+10 gr., de 10 gr. à 15 gr., et ensuite de 5 gr. en 5 gr.?
+est-ce pour éviter que des lettres adressées à des destinataires
+différents, ne soient envoyées sous une seule
+enveloppe et au prix d'une seule et même taxe? Cette
+crainte serait légitime, mais nous ne la croyons pas fondée.
+En effet le cas de deux lettres envoyées sous un même
+pli pour éviter un port ne se présente que très-rarement.
+Les lettres qui dépassent le poids de 7 g. 1/2 sans atteindre
+celui de 15 gr. sont ordinairement celles qui ont été
+écrites sur un papier épais, ou formées d'un pesant cachet
+en cire, ou enfin qui contiennent un billet à ordre,
+un effet de commerce, une quittance ou un prix courant.
+Mais ce supplément de taxe que l'insertion d'une pièce
+dans la lettre entraîne avec elle, doit-il être considéré
+comme une disposition juste en elle-même et avantageuse
+aux recettes en général? Nous ne le croyons pas. Dans le
+cas dont il est question cette taxe est une surprise ou une
+<a name="p59" id="p59"></a><span class="pagenum">Page 59</span>
+gêne dont le public est victime; qu'arrive-t-il de tout
+cela? que souvent le particulier s'abstiendra d'envoyer sa
+pièce, et ce sera une lettre de moins dans le service, ou
+qu'il attendra qu'il puisse en envoyer plusieurs à la fois
+et les expédiera par la diligence, ou qu'il écrira enfin
+sans envoyer la pièce incluse, toutes choses gênantes
+pour lui, et par cela même nuisibles aux produits.</p>
+
+<p>Nous croyons que c'est un mauvais calcul de la part
+de l'administration de spéculer sur la nécessité où sont
+entraînés les particuliers de joindre quelques pièces à
+leurs lettres, ou sur l'oubli de ceux qui omettent de se
+servir d'un papier mince. Laissons à tous la possibilité
+d'employer toute espèce de papier, de fermer leurs
+lettres de larges cachets de cire, si telle est leur fantaisie;
+ne privons pas les négociants de l'avantage de joindre à
+leurs lettres telles factures simples, tel billet de petite
+dimension que le besoin exigera; et ils rendront à l'État,
+par l'augmentation du nombre de leurs correspondances,
+le centuple de ce que l'État fera pour eux
+dans cette circonstance. Croyons que de cette facilité
+donnée aux relations épistolaires naîtront beaucoup
+de lettres nouvelles et des recettes plus abondantes.</p>
+
+<p>Le poids de la lettre simple pourrait donc être élevé
+de 7 grammes 1/2 à 15 grammes. Notre premier rayon
+de poids comprendrait ainsi les trois premiers degrés
+de poids de l'échelle actuellement en usage, savoir:
+de 0 à 7 gr. 1/2, de 7 gr. 1/2 à 10 gr., enfin, de 10 gr.
+à 15 gr.</p>
+
+<p>Le tarif actuel établit ensuite une taxe d'un demi-port
+en sus du port ordinaire de la lettre simple par chaque
+<a name="p60" id="p60"></a><span class="pagenum">Page 60</span>
+5 gr. de pesanteur au-dessus de 15 gr. Cette progression
+de la taxe des lettres de 5 gr. en 5 gr. avait
+pour but, comme nous venons de le dire, d'empêcher
+que des particuliers ne se réunissent pour envoyer plusieurs
+lettres à la fois sous la même enveloppe, afin de
+sauver une partie du port; mais, comme le poids d'une
+lettre simple, écrite sur papier mince, est à peu près
+de 5 gr., et que la taxe ne va s'augmentant par chaque
+5 gr. que d'un demi-port, on supposait à tort que cette
+espèce de fraude serait prévenue par l'application de cette
+échelle de taxation. En effet, il y a encore aujourd'hui
+un bénéfice de taxe d'un demi-port par lettre à en réunir
+plusieurs sous une même enveloppe. Soit vingt lettres
+simples de Toulon pour Paris et taxées chacune 10 déc.
+ou 1 fr. à raison de la distance parcourue (750 kilom.)
+Ces lettres envoyées séparément supporteraient une
+taxe de 20 fr., au lieu de 10 fr. 50 c., ou dix fois et
+demie le port simple à raison du poids de 100 gr., auquel
+elles seraient livrées si ces vingt lettres étaient
+réunies et envoyées sous la même enveloppe.</p>
+
+<p>Mais quoique le tarif actuel soit impuissant à prévenir
+des calculs de cette espèce, il ne s'ensuit pas que
+cette spéculation se fasse, tout avantageuse qu'elle paraisse
+au premier abord; et elle n'a pas lieu pour beaucoup
+de raisons. En effet, indépendamment du peu de
+confiance qu'ont en général les uns dans les autres les
+négociants faisant le même genre d'affaires (car il n'y
+aurait que des négociants écrivant beaucoup et à des
+époques fixes qui pussent se livrer au genre d'industrie
+dont nous venons de parler), défaut de confiance qui ne
+<a name="p61" id="p61"></a><span class="pagenum">Page 61</span>
+leur permettrait pas de livrer leurs lettres aux soins
+d'une seule personne au point de départ comme au
+point d'arrivée, il y aurait à déduire de l'économie obtenue
+par cette fraude la taxe de la ville pour la ville
+dont seraient frappées les lettres pour leur distribution,
+lorsque le négociant auquel elles seraient adressées
+enverrait par cette voie chacune d'elles aux destinataires
+de sa ville; il y aurait surtout encore à tenir
+compte du retard d'une distribution qu'éprouveraient
+les lettres ainsi dirigées, retard qui dans les grandes
+villes serait au moins de quatre heures, et d'un jour
+dans les petites villes; et chacun sait quel inconvénient
+il y aurait pour un négociant à ne voir ses lettres
+parvenir à leur destination que vingt-quatre heures
+ou même quatre heures après le moment de la distribution
+générale.</p>
+
+<p>Nous sommes donc autorisés à conclure de ces observations:
+d'abord, que l'accroissement d'une taxe d'un
+demi-port de la lettre simple par chaque 5 gr. de pesanteur
+n'est pas un droit protecteur suffisant contre l'abus
+qu'on a voulu éviter; et ensuite, que si la réunion de
+plusieurs lettres n'a pas été, ou n'a été que très-peu
+pratiquée avec les conditions du tarif actuel, elle n'aurait
+pas lieu davantage si l'on accordait une tolérance
+plus grande pour le poids des lettres confiées au service
+des postes.</p>
+
+<p>Quels avantages le trésor public ne peut-il pas retirer,
+d'autre part, de la facilité qu'il donnera aux particuliers
+de faire transporter à un prix modéré, des lettres ou
+des papiers importants que leur poids éloigne du service
+<a name="p62" id="p62"></a><span class="pagenum">Page 62</span>
+des postes, et que l'on confie aujourd'hui, à regret, à
+des diligences et à des messagers qui n'offrent pas les
+mêmes garanties d'exactitude et de célérité?</p>
+
+<p>Revenant à la fixation de notre tarif, nous dirons
+donc que toute lettre pesant moins de 15 gr. nous
+semble devoir être considérée comme lettre simple; puis,
+dans le tableau nº 2, nous avons procédé de la manière
+suivante: de 15 gr. à 30 gr., nous proposons de fixer
+la taxe à deux fois le port de la lettre simple; de 30 gr.
+à 50 gr., à trois fois le port; de 50 à 100 gr., à quatre
+fois le port; de 100 gr. à 250 gr., à cinq fois le port,
+enfin de 250 à 500 gr. à six fois le port de la lettre
+simple.</p>
+
+<p>L'échelle de pesanteur des lettres est ainsi réduite à six
+degrés au lieu de deux cents qu'elle comporte aujourd'hui<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a>
+<a href="#footnote41"><sup class="sml">41</sup></a>,
+et ne se trouve pas plus compliquée que l'échelle
+des distances que nous avons fixée également à six degrés.
+Les premiers degrés de pesanteur sont un peu plus serrés
+que les derniers, pour éviter les abus qu'on pourrait faire
+de l'envoi de pièces ou de paquets à un prix trop modéré;
+de 15 gr. à 30 gr. et de 30 à 50, les objets transportés
+sont encore des lettres, et les lettres doivent relativement
+supporter un port plus élevé que les paquets.
+Ceux-ci sont placés dans nos trois dernières catégories
+de 50 à 100 gr., de 100 à 250 et de 250 à 500 gr. Au
+moyen de la diminution opérée dans le tarif des lettres de
+ces dernières classes, nous ferons rentrer dans le service
+des postes le transport de certaines pièces de procédure,
+<a name="p63" id="p63"></a><span class="pagenum">Page 63</span>
+de papiers précieux et assez volumineux que l'élévation
+du tarif actuel ne permet pas aujourd'hui au
+public de confier à la poste. En effet, à 500 gr., la taxe
+actuelle d'une lettre envoyée à 600 kilom. de distance
+s'élève à 460 fr.<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a>
+<a href="#footnote42"><sup class="sml">42</sup></a>. Au-delà de 900 kilom., si elle pèse
+999 gr. son port est de 1,216 fr. Qui pourrait consentir
+à payer un pareil port pour l'envoi de papiers, quelque
+précieux qu'ils fussent?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41"
+name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41">
+(retour) </a> De 7 gr. 1/2 à 1000 gr., en procédant de 5 grammes en 5 grammes, il y a
+200 degrés.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42"
+name="footnote42"></a><b>Note 42:</b><a href="#footnotetag42">
+(retour) </a> Dans notre projet de tarif, ce prix de 460 fr., est abaissé à 4 fr. 20 c. qui
+est le maximum du prix que nous proposions de percevoir pour le transport d'une
+lettre.</blockquote>
+
+<p>Nous nous sommes arrêtés à 500 grammes dans l'échelle
+de notre tarif, parce qu'il nous semble que tout
+paquet au-dessus de ce poids ne doit plus être considéré
+comme lettre, et par conséquent de doit pas être
+admis dans les dépêches.</p>
+
+<p>Or si l'on veut savoir à présent de combien baisserait
+la recette par l'adoption de notre projet de réduction
+de la taxe, dans le cas où le nombre des lettres en
+circulation n'augmenterait pas, qu'on veuille bien nous
+suivre dans le calcul ci-après:</p>
+
+<p>Le nombre des lettres pesantes forme à peine le
+dixième du nombre total des lettres en circulation dans
+les postes. Pour bien juger de cette proportion, nous
+avons consulté les listes nominatives sur lesquelles sont
+inscrites toutes les lettres affranchies, et nous avons
+trouvé qu'au bureau de la bourse, à Paris, on avait présenté
+à l'affranchissement dix-huit cent quarante-six
+lettres pendant la première quinzaine de juin 1838.
+Sur ces dix-huit cent quarante-six lettres affranchies,
+<a name="p64" id="p64"></a><span class="pagenum">Page 64</span>
+seize cent cinquante-sept étaient simples, et cent quatre-vingt-huit
+étaient pesantes, c'est-à-dire pesaient plus
+de 7 gr. 1/2.</p>
+
+<p>Maintenant voici la division de ces cent quatre-vingt-huit
+lettres pesantes:</p>
+
+<pre>
+81 étaient du poids de 7 gr. 1/2 à 10 gr.
+58 de 10 à 15
+18 de 15 à 20
+14 de 20 à 25
+ 5 de 25 à 30
+</pre>
+
+<p>Enfin douze seulement pesaient plus de 30 grammes,
+mais moins de 60 grammes.</p>
+
+<p>Il y a plusieurs observations importantes à faire sur
+ce relevé:</p>
+
+<p>1º Que sur dix-huit cent quarante-six lettres, il
+n'y en avait pas une dont le poids dépassât 60 gr.,
+et alors pourquoi ce tarif de poids si compliqué, de
+60 gr. à 1000 gr., qui procède de 5 gr. en 5 gr., et qui
+passe par deux cents degrés?</p>
+
+<p>2º Que si l'on voulait faire l'application de cette proportion
+du nombre des lettres pesantes au nombre total
+des lettres circulant dans les postes, on trouverait d'abord
+sur un total de soixante-dix-neuf millions de lettres
+soixante-onze millions cent mille lettres simples et sept
+millions neuf cent mille lettres pesant plus de 7 gr. 1/2:
+ce ne serait donc que sur ce dernier nombre de lettres
+que devrait porter la réduction opérée par notre nouveau
+<a name="p65" id="p65"></a><span class="pagenum">Page 65</span>
+tarif. Or dans ce dernier nombre 139/188 pèsent de 7 gr. 1/2
+à 15 gr.; c'est là la plus forte partie, c'est là particulièrement
+que s'opérerait la réduction dans la recette, et
+on peut apprécier cette diminution. 139/188 représentent
+une fraction non exactement réductible; supposons 3/4:
+si le nombre des lettres pesantes est sept millions neuf
+cent mille, les trois quarts sont cinq millions neuf cent
+vingt-cinq mille. Supposons que deux tiers de ces cinq
+millions neuf cent vingt-cinq mille lettres pèseront de
+7 gr. 1/2 à 10 gr. (2/3 est à peu près la proportion de
+81 à 58, chiffres qui, dans le tableau ci-dessus, représentent
+les lettres de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et les lettres de
+10 gr. à 15 gr.). Trois millions neuf cent cinquante mille
+lettres auront donc pesé de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et
+dix-neuf cent soixante-quinze mille lettres auront
+pesé de 10 gr. à 15 gr. Si le port de la lettre simple
+est estimé à 50 c., les trois millions neuf cent cinquante
+mille premières lettres ont supporté une taxe d'un demi-port
+en sus, ou 25 c. pour chacune, ou 987,500 fr.
+pour toutes, et les dix-neuf cent soixante-quinze mille
+autres lettres ont supporté un double port, ou 50 c.
+en sus pour chaque lettre, ou 986,600 fr. pour toutes.
+C'est donc, en somme, une perte de 1,975,000 fr.
+que le trésor éprouverait si le poids accordé pour la
+lettre simple était porté de 7 gr. 1/2 à 15 gr., et que
+le nombre général des lettres en circulation restât le
+même.</p>
+
+<p>Il est vrai que nous ne tenons pas compte ici de la
+fraction de décime qu'on ajoute aux lettres de 7 gr. 1/2
+à 10 gr., lorsque le chiffre de la taxe est impair; mais
+<a name="p66" id="p66"></a><span class="pagenum">Page 66</span>
+comme le port de la lettre à 50 c. est un port exagéré,
+nous supposons qu'il y a compensation.</p>
+
+<p>Resterait à estimer encore la perte qu'éprouverait la
+recette par l'abaissement proportionnel de la taxe du
+dernier quart des sept millions neuf cent mille lettres
+que nous supposons peser 15 gr. et au-dessus. Cette appréciation
+serait très-difficile, parce que, bien que dans
+l'exemple que nous venons de citer, sur cent quatre-vingt-huit
+lettres aucune ne se trouvât peser plus
+de 60 gr., il s'en trouverait nécessairement dans les
+dix-neuf cent soixante-quinze mille, et nous ne savons
+pas dans quelles proportions ces lettres se classeraient.
+Mais comme ces lettres ne représentent, toutes
+ensemble, que le quart des lettres pesantes, nous croyons
+ne pas rester au-dessous du vrai en estimant la réduction
+qu'éprouveraient leurs taxes au tiers de la réduction
+qu'auraient éprouvée les trois autres quarts, soit
+658,333 fr.</p>
+
+<p>La perte totale résultant pour le trésor de la réduction
+de notre tarif de poids serait donc de 1,533,000 fr., mais
+nous croyons avoir établi précédemment que l'État serait
+largement indemnisé de cette différence par l'accroissement
+du nombre général des lettres en circulation<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a>
+<a href="#footnote43"><sup class="sml">43</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43"
+name="footnote43"></a><b>Note 43:</b><a href="#footnotetag43">
+(retour) </a> Nous ne croyons pas devoir parler de la diminution des recettes qui résulterait
+de la nouvelle division des parcours que nous avons présentée; celle diminution
+serait insensible.</blockquote>
+
+<p>Notre échelle de taxes, tant de poids que de distances,
+nous paraît plus rationnelle que l'ancienne, plus facile
+dans son appréciation par le public, plus commode
+pour son application dans le service des postes, enfin
+<a name="p67" id="p67"></a><span class="pagenum">Page 67</span>
+plus en rapport avec la nécessité, dont nous avons parlé,
+d'abaisser le tarif et d'augmenter le nombre des lettres
+en circulation tant dans l'intérêt bien entendu du trésor
+public, que dans celui du commerce et des particuliers.
+S'il ne paraissait pas possible de faire mieux
+encore, on pourrait donc, par toutes ces raisons, insister
+pour son adoption; mais il ne faut pas dissimuler que
+nous n'avons présenté ce tarif réduit que comme
+transition, sans arriver à une réduction plus large, au
+moyen d'une taxe uniforme applicable à toutes les lettres
+circulant en France; car la combinaison d'un port
+fixe avec l'application de la taxe au moyen d'un timbre,
+présente des avantages qu'il convient d'exposer enfin,
+et nous arrivons ainsi à notre proposition principale
+que nous traiterons dans le chapitre suivant.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>CHAPITRE IV.</h3>
+<br>
+
+<p class="mid">Des avantages d'une taxe fixe comparée au système actuellement en usage.</p>
+
+
+
+<p>On dit avec raison que la taxe établie par la loi du
+15 mars 1827, laquelle règle le port à percevoir d'après
+la distance en ligne droite, qui existe entre le point d'où
+la lettre part et le point où elle est distribuée, est plus
+rationnelle que la taxe précédemment en usage, qui
+s'établissait d'après la distance parcourue; et cela à
+cause des taxes injustes auxquelles ce dernier système
+<a name="p68" id="p68"></a><span class="pagenum">Page 68</span>
+donnait lieu, lorsque, par suite d'un redressement dans
+la marche du courrier, les lettres se trouvaient parcourir
+une distance moindre que celle d'après laquelle la
+taxe avait été originairement fixée; mais, d'autre part,
+lorsque la lettre parcourt effectivement une distance
+plus grande que celle qui sépare, en ligne droite, le point
+de départ du point d'arrivée, la taxe n'est pas non plus
+assez élevée; car si le port d'une lettre est le prix d'un
+service rendu, il est évident que lorsque le courrier décrit
+une courbe pour aller d'un point donné à un autre, la
+dépense est probablement plus forte que si le courrier
+marchait en ligne droite, et la taxe, d'après le principe du
+service rendu, devrait rationnellement être plus élevée.
+Le vice véritable de l'ancien mode de taxation, qui est
+encore en usage en Angleterre, est donc dans l'impossibilité
+de modifier la taxe à chaque fois que, par des changements
+opérés dans la marche des courriers, les lettres
+se trouveraient parcourir des distances différentes; car
+en équité, ce serait le parcours réel, et non la ligne droite,
+qui devrait servir de base à l'application de la taxe.</p>
+
+<p>Mais pour suivre ce principe jusqu'à ses dernières
+conséquences, le gouvernement, dans certains cas, ne
+devrait-il pas baisser la taxe au-dessous du prix fixé
+pour le transport d'une lettre, même en ligne parfaitement
+droite, lorsque les frais d'exploitation seraient
+évidemment, sur une route, beaucoup au-dessous des
+frais faits partout ailleurs. Je veux parler des chemins
+de fer, par exemple, où le transport des lettres se fait
+sans frais appréciables pour l'administration des postes.
+Là, où est le prix du service rendu? Et comme on ne
+<a name="p69" id="p69"></a><span class="pagenum">Page 69</span>
+peut réduire à zéro le prix de la taxe des lettres, quelle
+base prendra-t-on pour l'établir? Ne faudrait-il pas, pour
+en avoir une, revenir à l'appréciation des dépenses résultant
+des frais de transport en général, et obtenir une
+taxe moyenne en divisant les frais généraux de transport
+par le nombre des lettres transportées?</p>
+
+<p>C'est sur ce principe que s'appuient les partisans
+d'une taxe fixe et égale pour toutes les lettres, quelque
+distance qu'elles aient à parcourir.</p>
+
+<p>Comme tous les droits et tous les besoins sont égaux
+en France, comme tout le monde reçoit et expédie des
+lettres à de courtes comme à de longues distances, toutes
+ces distances devraient se confondre pour l'administration
+dans une distance totale, ou, pour mieux dire, dans
+un prix moyen du service rendu; car ce prix de service
+rendu n'est égal que considéré relativement à tous, et
+il est toujours inégal si on le compare à la dépense
+réelle du transport d'une dépêche, eu égard à la distance
+parcourue.</p>
+
+<p>En effet, il existe en France, indépendamment des
+services en malle-poste, dix-sept cents services de
+transport de dépêches par entreprise<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a>
+<a href="#footnote44"><sup class="sml">44</sup></a>. La dépense
+qu'ils entraînent pour le trésor n'est pas toujours en
+rapport avec la distance parcourue par les entrepreneurs.
+De ces entrepreneurs, en effet, les uns sont propriétaires
+de voitures publiques, et trouvent dans le transport
+des voyageurs, lorsque la route qu'ils desservent
+est suivie, un ample dédommagement au modeste prix
+<a name="p70" id="p70"></a><span class="pagenum">Page 70</span>
+annuel auquel la concurrence les a contraints de réduire
+leurs prétentions; les autres, placés sur une route
+peu fréquentée, ont demandé et obtenu un prix élevé,
+parce qu'ils n'ont pas craint de concurrence; d'autres,
+exploitant des services à pied, se soutiennent par les
+commissions qu'ils font en route; d'autres enfin, marchant
+à cheval et obligés à une exploitation spéciale,
+sont pour l'administration le sujet d'une dépense souvent
+hors de toute proportion avec la taxe du petit
+nombre de lettres qu'ils transportent; presque nulle
+part enfin la dépense réelle n'est en rapport exact avec
+le montant de la taxe des lettres transportées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44"
+name="footnote44"></a><b>Note 44:</b><a href="#footnotetag44">
+(retour) </a> Voir la note <a href="#p10">page 10</a>.</blockquote>
+
+<p>Les services en malle-poste eux-mêmes, dont la dépense
+est réglée d'après la distance réellement parcourue,
+et dont les frais semblent se multiplier régulièrement
+par le nombre des postes à franchir, ne sont pas en
+rapport non plus avec les recettes en port de lettres,
+que transportent ces malles; car la malle-estafette de
+Paris au Havre, par exemple, ne coûte que 6 f. 75 c.
+par poste, marche avec une rapidité double et produit
+trois fois plus de recette que la malle de Besançon,
+dont la dépense est de 7 fr. 95c. par poste<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a>
+<a href="#footnote45"><sup class="sml">45</sup></a>: la taxe de
+distance relative devrait donc être moindre sur la
+route du Havre que sur celle de Besançon.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45"
+name="footnote45"></a><b>Note 45:</b><a href="#footnotetag45">
+(retour) </a> Les malles-estafettes n'emploient que deux chevaux. Les grandes malles, et
+la malle de Besançon en est une, en ont quatre, mais le salaire du courrier et du
+postillon sont moins élevés de 25 c. pour celles-ci.</blockquote>
+
+<p>Concluons de ce qui précède, que les frais résultant du
+transport des dépêches ne sont nulle part en rapport
+exact et proportionnel avec le prix de la taxe des lettres:
+<a name="p71" id="p71"></a><span class="pagenum">Page 71</span>
+cette taxe ne peut donc pas être considérée exactement
+comme le prix proportionnel du service rendu.</p>
+
+<p>S'il s'agissait du seul transport de deux lettres envoyées
+par un courrier spécial, l'une à Marseille et l'autre à
+Chartres, il serait juste que la taxe de la lettre pour
+Marseille fût plus forte que pour Chartres, parce que
+les dépenses faites par un courrier qui se rend à Marseille
+sont plus élevées que celles d'un courrier qui ne
+va qu'à Chartres; si le même envoyeur remettait séparément
+au même courrier dix mille lettres pour Marseille
+et dix mille lettres pour Chartres, le cas serait encore
+le même; mais si l'envoyeur remettait au courrier vingt
+mille lettres non triées pour Marseille et pour Chartres,
+qu'il fallût que la personne chargée du service emportât
+ces lettres chez lui, les triât, les formât en paquets
+étiquetés, enveloppés et cachetés, le cas deviendrait
+différent, car voilà d'autres soins, d'autres travaux,
+d'autres frais qui apparaissent; ce sont ceux dont est
+chargée l'administration des postes; frais d'exploitation
+qui s'appliquent aussi bien aux lettres de Chartres qu'à
+celles de Marseille. Il y aurait donc lieu déjà à une espèce
+de compensation entre ces deux prix de taxe de Marseille
+et de Chartres, qui résulterait de l'addition au prix
+inégal du transport, d'un prix égal de frais de régie et
+d'exploitation. Mais cette compensation ne deviendrait-elle
+pas nécessaire encore, si, au lieu des lettres pour
+Chartres et pour Marseille, on prenait en considération
+les lettres adressées à toutes les villes de France, lettres
+que nous supposons toutes préalablement, non-seulement
+déposées, triées, taxées, comptées et enveloppées à
+Paris, mais encore dans les quinze cents autres bureaux de
+<a name="p72" id="p72"></a><span class="pagenum">Page 72</span>
+poste en France, et adressées, soit à Paris, soit de Paris à
+chacun des quinze cents bureaux? Ajoutons à ces frais
+de régie les frais de distribution dans les villes et dans
+les campagnes, et nous pourrions être autorisés à conclure
+que la taxe d'une lettre de Paris à Marseille, fixée
+à 1 franc, et celle de Paris à Chartres à 3 décimes,
+sont des taxes injustement réglées, car elles ont été
+basées sur la distance parcourue, et qu'on n'a pas eu
+égard aux frais de personnel et de régie des postes, qui
+sont à peu près les mêmes dans tous les bureaux et qui
+devaient affecter par égale partie la taxe de toutes les lettres.
+La seule différence qui devait exister dans la taxe
+des lettres entre ces deux villes, devait être, pour une
+partie seulement de cette taxe, la différence qui existe
+réellement entre les frais de transport sur les deux routes,
+non pas seulement eu égard à la distance à parcourir,
+mais bien eu égard aux frais réels qui résultent, pour
+l'administration, du parcours de cette distance. Cependant
+nous avons vu que les dépenses résultant du parcours,
+variaient selon le mode d'exploitation des services,
+la rapidité de leur marche, et des circonstances de localité
+indépendantes du service des dépêches. La dépense
+en frais de transport n'est donc pas appréciable si l'on
+veut le faire exactement.</p>
+
+<p>Les frais de régie et de personnel entrent pour
+9,500,000 fr. dans les dépenses de l'administration des
+postes; les frais de transport, de dépêches, tant en malle-poste
+que par entreprise, pour 9,600,000 fr.<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a>
+<a href="#footnote46"><sup class="sml">46</sup></a>. La portion
+<a name="p73" id="p73"></a><span class="pagenum">Page 73</span>
+de la taxe des lettres qui pourrait être affectée par
+le port proportionnel à la distance parcourue, ne devrait
+donc être que de la moitié à peu près de la taxe totale,
+c'est-à-dire 9,600,000 fr., et l'autre moitié devrait être
+considérée comme une taxe fixe, applicable également
+à toutes les lettres en circulation. Enfin les 9,600,000 fr.
+prix du transport, pourraient très-rationnellement aussi
+servir de base à l'établissement d'une taxe fixe, si l'on
+considère que, comme nous l'avons dit, les longues distances
+compensent les courtes distances; que chaque
+particulier doit, dans l'ordre naturel des choses, être
+dans le cas d'expédier des lettres à toutes sortes de distances,
+et qu'il y aurait enfin compensation pour les
+correspondants, comme pour l'administration, dans
+l'adoption d'une taxe moyenne à appliquer aux lettres,
+quelque distance qu'elles eussent à parcourir.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46"
+name="footnote46"></a><b>Note 46:</b><a href="#footnotetag46">
+(retour) </a> Voir le compte définitif des dépenses de l'année 1836:
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 600px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"
+ summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 150px;">
+Chap. 40.<br>
+Chap. 41.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 190px;">
+Personnel et matériel,
+Transport des dépêches,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; text-align: right; width: 120px;">
+9,509,295<br>
+9,658,194
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 30px;">
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20px; text-align: right;">
+83<br>
+65
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 90px;">
+c.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+</blockquote>
+
+<p>La taxe fixe, d'autre part, présente à l'exécution des
+avantages immenses pour le service des postes et pour
+le public. Son adoption produirait immédiatement les
+résultats suivants:</p>
+
+<p>1º La taxation des lettres deviendrait plus facile.</p>
+
+<p>2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches
+se feraient plus sûrement et plus rapidement.</p>
+
+<p>3º Enfin, il pourrait être dressé dans les bureaux de
+poste un compte numérique des lettres, précieuse garantie
+pour la sûreté des correspondances.</p>
+
+<p>Passons en revue chacun de ces avantages; ce nous
+sera une occasion d'entrer dans l'examen de quelques
+parties du service des postes, qui doivent être connues;
+nous dirons ensuite à quel taux devrait être établie
+<a name="p74" id="p74"></a><span class="pagenum">Page 74</span>
+cette taxe fixe dont nous proposons l'adoption.</p>
+
+<p>1º L'application des taxes deviendra plus facile.</p>
+
+<p>Si quelque chose, en effet, est encore incommode,
+gênant, difficile à comprendre, irrégulier et arbitraire
+en apparence dans le service des postes, ce sont les
+chiffres de taxe apposés sur les lettres. Pourquoi ces
+signes de convention, ces hiéroglyphes que personne ne
+comprend, qui cachent les adresses à moitié et sont eux-mêmes
+cachés sous les timbres de toute couleur, timbres
+noirs, timbres bleus et timbres rouges, destinées à constater
+l'arrivée, le départ ou la réexpédition des lettres?
+Pourquoi ne pas se servir de chiffres ordinaires qui
+puissent être compris par tout le monde, et surtout par
+le public qui doit acquitter le port de la lettre?</p>
+
+<p>Les chiffres de taxe, en effet, ne sont pas à l'usage seulement
+des employés des postes, tout le monde doit pouvoir
+les lire; et cependant on peut penser que beaucoup
+de personnes, même parmi les employés des postes,
+doivent être fort embarrassés, lorsqu'il s'agit de les déchiffrer.
+Nous entendons parler des facteurs ruraux,
+gens très-peu lettrés en général, qui connaissent bien
+le petit timbre rouge qui les autorise à percevoir un supplément
+de deux sous, mais qui doivent se trouver fort
+empêchés quand il s'agit d'additionner ce décime avec
+les taxes principales qu'ils doivent aussi percevoir pendant
+leur tournée, et dont les signes représentatifs ne
+sont pas plus semblables au chiffre de leur décime,
+qu'aux autres chiffres qu'ils ont pu voir ailleurs.</p>
+
+<p>Nous pensons donc que ce serait une bonne mesure
+que de supprimer les chiffres de taxe actuels, et de les
+<a name="p75" id="p75"></a><span class="pagenum">Page 75</span>
+remplacer par d'autres qui fussent à la portée de tout
+le monde, dans le cas même où la diminution du nombre
+des degrés des taxes ne donnerait pas à l'administration
+des postes les moyens d'arriver à un résultat
+encore plus rapide, au moyen d'un timbre, ce que nous
+proposerons tout à l'heure; et cette opération serait
+singulièrement facilitée par l'adoption d'une taxe fixe.</p>
+
+<p>2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches
+se feront plus facilement et plus rapidement.</p>
+
+<p>En effet, l'intérêt bien entendu des recettes exige que
+l'expédition des courriers ait lieu aussitôt que possible
+après la levée des boîtes, et que la distribution des lettres
+suive aussi de très-près l'arrivée des courriers. Mais la
+taxe des lettres joue le plus grand rôle dans la confection
+d'une dépêche; et si, dans le nombre des opérations
+qui accompagnent le départ et l'arrivée des courriers,
+l'opération si longue et si difficile de l'appréciation de
+l'apposition, du compte et de la vérification des taxes,
+pouvait être simplifiée, on voit qu'on en obtiendrait
+immédiatement un grand résultat d'accélération.</p>
+
+<p>Pour nous en rendre bien compte, passons en revue
+les opérations qui précèdent, accompagnent et suivent
+la confection d'une dépêche.</p>
+
+<p>Les lettres retirées pêle-mêle des boîtes doivent être
+relevées d'abord, et placées dans l'ordre de leur recto,
+de manière à recevoir un timbre sur leur suscription.
+Le timbre de départ ainsi appliqué sur toutes, on procède
+à leur taxe. Ces lettres sont de toutes formes et
+de poids différents, et il est nécessaire de composer une
+taxe spéciale pour chacune d'elles: il faut donc d'abord
+<a name="p76" id="p76"></a><span class="pagenum">Page 76</span>
+apprécier leur pesanteur, et comme les degrés de l'échelle
+de pesanteur sont très-rapprochés, cette appréciation
+ne peut se faire que difficilement à vue d'oeil:
+pour agir sûrement, il faut en peser un très-grand nombre;
+ensuite il convient de calculer quelle est la taxe à
+faire subir à la lettre, eu égard à la distance qui sépare
+le point de destination donné par l'adresse, de celui de
+l'origine de la lettre indiqué par le timbre, soit que la
+lettre parte de la ville même où la taxe s'opère, soit qu'elle
+vienne de plus loin; on constate alors le poids en chiffres
+au coin de la lettre, si elle dépasse le poids de 7 gr. 1/2.
+afin de justifier l'accroissement du port; on cumule ensuite
+les deux taxes de distance et de poids, et on les
+exprime enfin sur la suscription avec une grosse plume
+par un seul chiffre qui couvre ordinairement toute la
+hauteur de la suscription.</p>
+
+<p>Après cette opération si délicate, si difficile, enfin si
+longue, puisque le résultat en est différent pour chaque
+lettre, le compte général de ces diverses taxes est fait,
+porté sur la première lettre du paquet, reporté sur autant
+de feuilles d'avis qu'il y a de bureaux de poste,
+entre lesquels les lettres sont divisées; les lettres affranchies,
+recommandées, chargées, les paquets administratifs
+et les journaux sont réunis aux lettres taxées, et
+cela selon des formes particulières; le tout est empaqueté,
+ficelé, cacheté, enregistré, recommandé de nouveau, et
+enfin livré aux courriers.</p>
+
+<p>On conçoit que, dans cette série d'opérations, celle de
+la taxe doit prendre au moins les 4/5 du temps consacré
+à toutes. Mais cette perte d'un temps précieux n'est pas le
+<a name="p77" id="p77"></a><span class="pagenum">Page 77</span>
+seul inconvénient qu'entraîne l'opération de la taxe. La
+précipitation qui l'accompagne ordinairement, fait
+qu'une vérification importante, celle du poids de la lettre,
+est le plus souvent négligée: passé 7 gr. 1/2, le port de la
+lettre s'augmentent de moitié; mais, dans le doute sur le
+poids d'une lettre, dominé par la crainte du retard que
+peut causer l'opération de la pesée, entraîné peut-être
+aussi par un instinct de fatigue ou de négligence naturelle,
+dont nous devons nécessairement tenir compte
+dans notre appréciation sincère, l'employé la mettra
+au nombre des lettres simples; car, s'il taxe au-dessous
+du tarif, il n'y aura pas de plainte de la part du particulier
+ni de responsabilité pour lui; ce qui pourrait avoir
+lieu, au contraire, s'il apposait une taxe trop élevée.
+Enfin s'il est payé à remises sur sa recette, cette considération
+ne le touche pas non plus, car la taxe des lettres
+qu'il expédie est une recette qu'il crée, et qu'il n'est
+pas chargé de réaliser.</p>
+
+<p>Cependant la perte pour le trésor est réelle et presque
+irréparable; car, au point d'arrivée, le receveur qui
+est pressé de faire sa distribution, ne relèvera pas l'erreur;
+ce n'est pas trop affirmer que de dire que la
+dixième partie environ des lettres dont le poids dépasse
+7 gr. 1/2 présente ce caractère douteux, et que si la
+moitié seulement de ces lettres échappe au supplément
+de taxe, la perte annuelle pour le trésor est d'environ
+500,000 fr.<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a>
+<a href="#footnote47"><sup class="sml">47</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47"
+name="footnote47"></a><b>Note 47:</b><a href="#footnotetag47">
+(retour) </a> En effet, les lettres pesantes sont dans la proportion d'un dixième de la totalité
+des lettres taxées circulant dans les postes. Le nombre total des lettres étant
+79 millions, le dixième est 7,900,000 lettres; si de ces lettres pesantes, la moitié ou 3,950,000, présentent le caractère douteux de lettre simple ou de lettre double
+et doivent être pesées, et qu'enfin moitié de ces 3,950,000, ou 1,975,000, quoique
+réellement pesantes, soient taxées comme simple, en supposant le montant de la
+perte à 25 c. par lettre, qui représente le demi-port en sus du taux moyen de 50 c.
+La perte doit être annuellement pour le trésor de 493,750 fr.</blockquote>
+
+<a name="p78" id="p78"></a><p><span class="pagenum">Page 78</span></p>
+
+<p>A chaque point d'arrivée d'une dépêche, la vérification
+et le compte des taxes présentent de nouveaux retards
+et de nouvelles difficultés.</p>
+
+<p>En effet, à l'arrivée, l'opération est plus longue, car
+le receveur est intéressé à constater exactement le montant
+des valeurs qu'on lui envoie, et dont il est responsable:
+il faut que les particuliers attendent, jusqu'à ce
+qu'il ait reconnu son compte, qu'il ait constaté soigneusement
+les différences qu'il y trouve en plus ou en
+moins. Mais on ne concevra bien la difficulté de cette
+opération, que lorsqu'on saura que la dépêche de Paris
+pour Rouen, par exemple, est composée de mille à
+douze cents lettres dont les taxes de toutes sortes représentent
+une valeur totale de 700 à 900 fr. Or, ces lettres
+de toutes formes sont frappées de taxes toutes inégales
+depuis 4 jusqu'à 10 décimes au plus; pour les compter,
+il faut prendre les lettres une par une, les ajuster, les
+aligner, les partager par sommes de 20, de 50 ou de
+100 fr.; et quand tout est fini, et qu'une demi-heure a
+été employée à ce travail, s'il se trouve une différence
+dans la somme des taxes avec le compte écrit sur la
+feuille, il faut recommencer, et constater la différence;
+séparer ensuite les lettres distribuables dans la ville, de
+celles qui doivent être portées dans la campagne, ou
+réexpédiées à un autre bureau; mettre à part celles
+<a name="p79" id="p79"></a><span class="pagenum">Page 79</span>
+qui doivent être frappées d'une taxe supplémentaire;
+constater cette dernière taxe; enfin faire un compte
+séparé à chaque facteur de la ville ou de la campagne:
+toutes choses fort délicates, nous le répétons, parce
+qu'elles impliquent la responsabilité du préposé, et partant
+fort longues, et qui seraient considérablement
+abrégées si les lettres classées dans les dépêches par
+séries et par catégories de taxes fixes, pouvaient, au
+moyen d'un simple compte numérique, former un montant
+total de décimes facile à établir et à vérifier.</p>
+
+<p>Que sera-ce donc lorsqu'il s'agira pour un bureau
+de recevoir et d'expédier plusieurs dépêches par jour
+venant du même point, si un jour nous nous servons
+des chemins de fer? Le service de transport des dépêches
+entre Liverpool et Manchester est à quatre ordinaires
+par jour, et le produit de la correspondance entre
+ces deux villes seules s'élève annuellement à 11,000 liv.
+st. (ou 275,000 fr.). Mais on comprend que, pour que le
+public soit à même de profiter de cette grande accélération
+de la marche de ses lettres et de la prompte arrivée des
+réponses, il faudra que dans l'intervalle des arrivées aux
+départs des courriers, la distribution des lettres se fasse
+avec toute la promptitude possible. Ce sera dans ces cas-là
+surtout que l'accélération dans la distribution devra
+suivre l'accélération dans la marche des courriers, et que
+toutes les longueurs qu'entraînent l'application des
+taxes au départ, leur reconnaissance et leur collection à
+l'arrivée, devront être évitées. En effet, lorsque la lettre
+a parcouru un espace tel que ce parcours a entraîné un
+délai de vingt-quatre heures ou plus, il peut ne pas paraître
+<a name="p80" id="p80"></a><span class="pagenum">Page 80</span>
+extraordinaire que la reconnaissance des dépêches
+et la distribution des lettres entraîne un nouveau délai
+de quatre ou cinq heures. Mais, lorsque la dépêche n'aura
+mis qu'une demi-heure à venir, on trouvera ridicule
+une distribution aussi lente, et si elle doit se répéter
+trois ou quatre fois par jour, il faudra bien alors accélérer
+la remise des lettres dans une proportion égale,
+sous peine d'être obligé de distribuer plusieurs courriers
+à la fois.</p>
+
+<p>3° Enfin, il pourra être fait un compte numérique
+des lettres, précieuses garanties pour la sûreté des correspondances.</p>
+
+<p>Supposons pour un moment qu'on puisse arriver à
+simplifier assez le tarif pour qu'il suffise de compter le
+nombre des lettres renfermées dans la dépêche, pour
+établir un montant général de taxe; n'y aurait-il pas
+dans ce système, indépendamment de l'avantage d'un
+comptage plus rapide, un autre résultat plus précieux
+encore qui permettrait à l'administration des postes
+d'obtenir le nombre exact des lettres qu'elle reçoit et
+qu'elle expédie, inappréciable garantie contre les vols
+de lettres?</p>
+
+<p>Mais comment au contraire obtenir le compte exact
+des lettres à l'arrivée des dépêches, tant que ces dépêches
+seront composées de lettres toutes différentes de poids,
+de forme et de taxe. Le comptage par unités qui est l'opération
+la plus facile, lorsqu'il s'agit d'objets de même
+espèce, serait, dans l'ordre de choses actuel, une obligation
+presque impossible, si elle devait être remplie
+rigoureusement: cette justification a souvent été demandée
+<a name="p81" id="p81"></a><span class="pagenum">Page 81</span>
+aux employés; mais, dans le désir de ne pas
+retarder davantage la distribution des lettres, on n'a
+pas insisté, et l'administration ne l'a jamais obtenue.
+Qu'arrive-t-il cependant en l'absence de ce document?
+c'est qu'un employé ou un facteur, en consentant à
+perdre le montant de la taxe, peut facilement soustraire
+une lettre contenant une valeur, et se couvrir de cette
+perte, et bien au-delà, par le produit de son vol. Il n'en
+serait plus de même si les lettres passaient comptées de
+mains en mains, jusqu'au facteur qui doit les remettre
+à destination.</p>
+
+<p>D'autre part la mise en charge de ce facteur deviendrait
+bien plus rapide, si le compte seul des lettres
+pouvait, au moyen de taxes égales, former un montant
+de sommes rondes et faciles à établir. Dans ce cas,
+un simple chiffre pourrait exprimer et le nombre des
+lettres, et la taxe mise à la charge du facteur, comme
+cela se pratique déjà pour les lettres distribuées dans
+les communes dont la taxe supplémentaire est de 1 décime,
+et qui sont données aujourd'hui en nombre aux
+directeurs et aux facteurs, non pas dans une pensée de
+conservation pour ces lettres, mais bien parce que ces
+sortes de lettres valent 1 décime fixe de plus que les autres.
+Soit dix lettres, 10 décimes ou 1 fr.; vingt-cinq
+lettres, 25 décimes ou 2 fr. 50 c.</p>
+
+<p>La distribution de ces lettres ainsi taxées deviendrait
+ensuite beaucoup plus prompte encore (et nous ne
+saurions trop appuyer sur cette nécessité d'une accélération
+considérable dans la distribution) si l'on pouvait,
+comme nous en indiquerons les moyens, n'avoir
+<a name="p82" id="p82"></a><span class="pagenum">Page 82</span>
+dans le service des postes que des lettres affranchies à
+l'avance.</p>
+
+<p>En effet la distribution des lettres franches est plus
+rapide que celle des lettres dont le port est à recouvrer,
+et cela dans une proportion dont il est difficile de se
+faire une idée. Dans une enquête faite en Angleterre sur
+les affaires du post-office en 1828<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a>
+<a href="#footnote48"><sup class="sml">48</sup></a>, il a été constaté
+que dans le district de Lombard-Street à Londres, une
+demi-heure seulement avait suffi pour distribuer cinq
+cent soixante-dix lettres franches, et qu'il avait fallu une
+heure et demie pour remettre soixante-sept lettres
+taxées. Semblable examen n'a pas été fait en France,
+mais il n'y a nul doute qu'il produisît un résultat à peu
+près semblable. La remise d'une lettre franche ne demande
+pas l'emploi de plus de quelques secondes; mais
+l'examen de la taxe de la part de la personne qui reçoit
+la lettre, quelques mots d'explication nécessaires, enfin
+l'échange de la monnaie, peuvent entraîner l'emploi de
+plusieurs minutes pour la remise d'une lettre taxée. En
+Angleterre, il est vrai, comme les maisons n'ont qu'un
+seul locataire, il n'est pas nécessaire que le facteur appelle
+et attende que le destinataire descende pour lui
+remettre la lettre, ainsi qu'il est souvent pratiqué chez
+nous; mais le facteur anglais, d'autre part, doit frapper
+à une porte qui est toujours fermée et attendre plus ou
+moins longtemps que quelqu'un vienne pour la lui
+ouvrir. La perte de temps se trouve donc balancée dans
+les deux pays, et, en France comme en Angleterre, la
+<a name="p83" id="p83"></a><span class="pagenum">Page 83</span>
+distribution d'une lettre taxée entraîne environ onze
+fois plus de temps que la remise d'une lettre franche.
+Soit huit secondes pour celle-ci, et une minute et demie
+pour la lettre taxée, le temps employé pour le parcours
+de maison à maison compris; ainsi la distribution de
+cent vingt lettres taxées exigerait trois heures, et la
+remise de cent vingt lettres franches seulement seize
+Minutes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48"
+name="footnote48"></a><b>Note 48:</b><a href="#footnotetag48">
+(retour) </a> Dix-huitième Rapport de la Commission d'enquête,
+page 54.</blockquote>
+
+<p>Si l'on veut se rendre compte ensuite des frais que nécessiteraient
+le transport et la distribution d'une espèce
+de lettres dont le port serait acquitté d'avance et dont la
+taxe serait semblable pour toutes, on peut prendre pour
+exemple le Penny-Magazine<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a>
+<a href="#footnote49"><sup class="sml">49</sup></a> qui s'envoie et se distribue
+à domicile dans toute l'Angleterre, au nombre
+de plus de cent cinquante mille exemplaires, et qui est
+rendu au domicile de chaque abonné franc de tous frais,
+moyennant 2 sous de notre monnaie par numéro. Pour
+cette modeste somme, indépendamment du transport
+et de la distribution, les publicateurs doivent encore
+subvenir aux frais de l'impression de huit pages
+in-4° en petit texte, et à la composition et au tirage de
+nombreuses gravures sur bois qui ornent le livre; chacun
+sait cependant que cette entreprise offre des bénéfices
+considérables aux propriétaires. Pour combien peu
+doivent donc entrer dans ces 2 sous les frais de transport
+et de distribution de l'imprimé<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a>
+<a href="#footnote50"><sup class="sml">50</sup></a>?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49"
+name="footnote49"></a><b>Note 49:</b><a href="#footnotetag49">
+(retour) </a> Voir: Post-office reform, by Rowland Hill.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50"
+name="footnote50"></a><b>Note 50:</b><a href="#footnotetag50">
+(retour) </a> M.R. Hill estime les frais de factage pour ces sortes de publications en
+Angleterre, à 1/5 de penny (1 c. 1/4).</blockquote>
+
+<p>Concluons provisoirement de tout ceci que, dans l'intérêt
+<a name="p84" id="p84"></a><span class="pagenum">Page 84</span>
+de la rapidité de la distribution des lettres, il faut
+viser à faire entrer dans le service des postes le plus de
+lettres possible dont le port soit fixe, et ait été payé
+d'avance.</p>
+
+<p>Et pendant que nous nous occupons de démontrer
+les avantages d'une taxe fixe, passons encore en revue
+ici quatre sortes de taxes particulières: 1º la taxe des
+lettres de la ville pour la ville, 2º la taxe des lettres
+écrites par les soldats, 3º la taxe des lettres circulaires,
+4º enfin la taxe des lettres étrangères; et voyons comment
+ces quatre sortes de lettres pourraient être affectées
+par l'établissement d'une taxe uniforme.</p>
+
+<p>1° La taxe des lettres de la ville pour la ville est aujourd'hui
+progressive; mais cette progression ne s'applique
+qu'aux conditions du poids de la lettre: en effet, là
+il n'y avait pas de transport appréciable, mais bien seulement
+distribution des lettres, et quand il s'agissait de
+déterminer le prix de port, leur poids seul devait être
+pris en considération.</p>
+
+<p>L'échelle de poids en usage pour la taxe des lettres de
+la ville pour la ville est plus large que celle que nous
+avons vu s'appliquer aux lettres qui doivent parcourir
+une certaine distance hors de la ville d'où elles partaient.
+Au lieu de 7 gr. 1/2, la taxe simple permet un
+poids de 15 gr.; de 15 gr. elle va à 30, et ensuite elle
+s'augmente de 30 en 30 gr. d'un demi-port primitif.</p>
+
+<p>Cette échelle de taxe, quoique plus simple que l'autre,
+pourrait être encore simplifiée. Les lettres que s'écrivent
+des particuliers de la même ville sont très-rarement
+doubles, excepté s'ils s'envoient des papiers d'affaires,
+<a name="p85" id="p85"></a><span class="pagenum">Page 85</span>
+ou des paquets; dans ce cas, il faut que l'administration
+détermine jusqu'à quel poids elle consent à transporter
+ces paquets, et qu'elle fixe, pour ceux-ci comme pour les
+lettres, un port modéré; car c'est surtout dans l'intérieur
+de la même ville, qu'on cesserait d'employer l'entremise
+de la poste, si le prix de transport était trop
+élevé. Il n'est guère supposable que, dans une lettre de
+la ville pour la ville même, on s'avisât de réunir plusieurs
+lettres adressées à divers particuliers pour ne
+payer qu'un port; car il faudrait dans ce cas que le destinataire
+fit porter les incluses à domicile, et autant
+vaudrait que l'envoyeur prît ce soin lui-même. Ces
+lettres sont donc toujours simples, dans le sens que
+nous attachons à ce mot. Ce sont des lettres adressées
+par la même personne à la même personne; ce sont des
+invitations, des avis, des notes; et lorsque ces lettres
+sont plus pesantes, ce sont des paquets de diverses espèces
+que l'administration des postes peut transporter
+avec avantage, au-dessous d'un certain poids qu'elle
+aura fixé.</p>
+
+<p>Il ne faudrait donc pour ces correspondances que deux
+taxes fixes, et toutes deux très-modérées, savoir, celle
+des lettres et celle des paquets. Et dans la crainte que
+le public n'usât pour ses commissions de ce dernier
+mode de distribution, jusqu'à rendre la distribution des
+facteurs impossible, il serait bon de fixer à 100 gr., par
+exemple, le maximum du poids des paquets, et de régler
+ainsi la taxe: 1 déc. pour les lettres de 0 à 50 gr., et
+2 déc. pour les lettres de 50 gr. à 100 gr. Nous dirons
+tout à l'heure comment cette taxe serait appliquée.</p>
+
+<a name="p86" id="p86"></a><p><span class="pagenum">Page 86</span></p>
+
+<p>Cette taxe de 1 déc. et de 2 déc. selon le poids, serait
+encore applicable aux lettres envoyées d'un bureau de
+poste à un bureau de distribution avec lequel il correspondrait
+directement, ou de ce bureau de poste à
+chacune des communes de son arrondissement, ou enfin
+de commune à commune dans le même arrondissement.
+En effet la distance de chacun de ces points à l'autre,
+n'est pas appréciable postalement parlant, car la distance
+dans les postes ne se calcule que de bureau de poste à
+bureau de poste. Et sous le rapport des conditions du
+poids des lettres, tout ce que nous avons dit des lettres
+de la ville pour la ville, devrait être applicable à celles
+que nous venons de mentionner ici.</p>
+
+<p>Les trois autres espèces de taxe de lettres sont, pour
+ainsi dire, exceptionnelles.</p>
+
+<p>2º Ainsi la taxe appliquée aujourd'hui aux lettres
+adressées aux soldats ou aux sous-officiers sous les drapeaux
+est d'une somme fixe de 25 cent., quelle que soit la
+distance parcourue dans le royaume. Cette taxe devrait
+être fixée au prix le plus bas des taxes perçues, soit à
+1 déc. fixe par lettre, toujours à la condition que cette
+lettre ne renfermerait pas d'incluses, et le trésor, en faisant
+un acte de justice à l'égard d'hommes qui reçoivent
+par jour un si faible traitement en argent, obtiendrait
+peut-être en définitive, sur cette nature de correspondance,
+une recette annuelle plus élevée.</p>
+
+<p>3º La taxe des lettres d'avis, de mariage, de décès, etc.,
+est une taxe d'imprimés, car elle est payée d'avance, et
+la loi<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a>
+<a href="#footnote51"><sup class="sml">51</sup></a> dit que ces lettres ne devront pas contenir
+<a name="p87" id="p87"></a><span class="pagenum">Page 87</span>
+d'écriture à la main, et seront pliées du manière à pouvoir
+être facilement vérifiées. Ces avis cependant, admis
+sous forme de lettres cachetées, paient un port fixe de
+5 cent. ou de 1 déc., selon qu'ils sont destinés pour la
+ville même où ils ont été remis à la poste, ou qu'ils
+sont envoyés dans d'autres bureaux de poste du
+royaume. Cette taxe est modérée, elle est rationnelle et
+nous proposerions de la conserver. En effet, bien que les
+frais de transport et de distance de ces sortes de lettres
+soient les mêmes pour l'administration que ceux résultant
+du transport de toutes les autres lettres des particuliers,
+elles offrent un intérêt moindre pour ceux-ci, et
+il importe à l'administration des postes de les faire
+rentrer dans son service par un abaissement de la taxe;
+c'est le principe que nous avons invoqué partout.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51"
+name="footnote51"></a><b>Note 51:</b><a href="#footnotetag51">
+(retour) </a> Loi du 15 mars 1827.</blockquote>
+
+<p>4º Enfin un système de taxation modéré n'affecterait
+pas non plus les conditions du prix de transmission des
+lettres aux pays étrangers.</p>
+
+<p>Les lettres qui se transmettent de France à l'étranger,
+et de l'étranger en France, sont généralement remises au
+poids, et le prix est fixé pour chaque once ou 30 gr.
+pesant, quel que soit le nombre des lettres que ce poids
+de 30 gr. renferme. Le prix de transmission est réciproque;
+il est généralement réglé par un traité, et proportionné
+à la distance que les lettres ont parcourue,
+ou doivent parcourir, pour arriver à la frontière. Les
+rayons de taxe que l'on fait à cette occasion, n'ont pas
+de rapports nécessaires avec les taxes établies pour le
+parcours intérieur. Ceux-là sont arbitrairement réglés,
+non par la loi, mais par le traité, et sont mis en rapport
+<a name="p88" id="p88"></a><span class="pagenum">Page 88</span>
+avec les taxes de distances des pays étrangers. On voit
+donc que l'abaissement de nos taxes intérieures n'aurait
+pas pour conséquence de faire baisser les prix qui
+sont payés à l'administration des postes françaises pour
+le transport des lettres étrangères envoyées en transit
+par la France, et ne changerait rien aux traités faits ou
+à faire à ce sujet. Si les taxes françaises, plus modérées
+que les taxes étrangères, devaient provoquer, de la part
+des pays limitrophes, une demande d'abaissement sur le
+prix du transit en France, la France, à son tour, demanderait
+un abaissement proportionnel sur le prix du
+transit des lettres étrangères qu'elle est obligée d'acquitter.
+Tout serait donc égal entre les parties; et la
+France jouirait, d'une manière plus étendue, du bénéfice
+d'une réduction qui, si elle est bonne, ne pourrait pas
+perdre à être généralisée.</p>
+
+<p>Maintenant, comme transition à la proposition d'une
+réduction de la taxe en général qui doit être le résultat
+de l'établissement d'une taxe fixe, et avant de passer à la
+fixation du prix de port des lettres circulant de ville à
+ville, disons que si, par une heureuse disposition, l'administration
+pouvait augmenter tout à coup considérablement
+le nombre des lettres en circulation, les frais de
+transport n'augmenteraient pas dans la même proportion,
+parce que les moyens d'exploitation sont organisés de
+manière à transporter, sans aucune augmentation de
+dépenses, une beaucoup plus grande quantité de lettres
+que celles qui circulent aujourd'hui.</p>
+
+<p>En effet, examinons quelle est la dépense d'un service
+en malle-poste, le plus cher de tous les services, et
+<a name="p89" id="p89"></a>
+voyons quel est le nombre des lettres que cette malle
+pourrait transporter.</p>
+
+<p>Soit la malle-poste de Paris à Marseille, dont le parcours
+est le plus long. La dépense se compose par poste:</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%;">
+1º Du prix de l'emploi de quatre chevaux.<br>
+2º Du salaire du courrier.<br>
+3º Du salaire du postillon.<br>
+4º Des frais d'entretien et de
+renouvellement de la voiture.<br>
+<br>
+Total par poste.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;">
+4<br>
+1<br>
+1<br>
+
+0<br>
+<br>
+7
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 2%;">
+f.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;">
+50<br>
+25<br>
+25<br>
+60<br>
+<br>
+60
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 18%;">
+<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a>
+<a href="#footnote52"><sup class="sml">52</sup></a>.<br>
+<br>
+<br>
+
+<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a>
+<a href="#footnote53"><sup class="sml">53</sup></a>.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52"
+name="footnote52"></a><b>Note 52:</b><a href="#footnotetag52">
+(retour) </a> C'est le prix payé presque partout, sauf quelques indemnités données dans
+les localités difficiles.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53"
+name="footnote53"></a><b>Note 53:</b><a href="#footnotetag53">
+(retour) </a> Le bail est à 59 c. 3/4 par poste.</blockquote>
+
+<p>La distance étant de 100 postes, la dépense totale
+pour une course de Paris à Marseille est donc 760 fr. Le
+magasin de la malle de Marseille peut contenir un poids
+de 600 kilogrammes environ de lettres et de journaux.
+Supposons que la malle ne transporte un jour que des
+journaux ou des imprimés; chaque feuille pouvant représenter
+un poids de 7 g. 1/2 et 600 kilogrammes étant
+égaux à 80,000 fois le poids de 7 g. 1/2, on transporterait
+donc 80,000 imprimés, et la recette, à raison de
+4 cent. l'un, serait d'environ 3,200 fr., c'est-à-dire plus
+de 4 fois plus élevée que la dépense.</p>
+
+<p>Supposons maintenant que le magasin de la malle fût
+rempli de lettres seulement; le poids d'une lettre simple
+ne doit pas dépasser 7 g. 1/2, mais lorsque les lettres
+<a name="p90" id="p90"></a><span class="pagenum">Page 90</span>
+sont réunies, on compte généralement le poids des
+lettres sur le pied de 5 grammes par lettre simple: dans
+600 kil. il se trouverait cent vingt mille fois 5 gr., autrement
+dit 120,000 lettres ou, enfin 120,000 fr., puisque
+la taxe d'une lettre de Paris à Marseille est de 1 fr. La
+recette serait donc égale ici à peu près à cent cinquante-cinq
+fois la dépense.</p>
+
+<p>Supposons enfin que le magasin de la malle contînt
+moitié lettres et moitié journaux, la recette serait encore
+de 61,600 fr., ou égale à quatre-vingt-cinq fois la dépense.</p>
+
+<p>Nous ne comptons pas ici les trois places de voyageurs
+qui donnent dans tous les cas 450 fr. par voyage, c'est-à-dire
+les deux tiers de la dépense, lorsqu'elles sont occupées.</p>
+
+<p>Cependant le montant actuel de la taxe des lettres et
+des journaux envoyés de Paris aux 274 bureaux de poste
+desservis par la malle-poste de Marseille, n'est que d'environ
+3,083 fr. par jour.</p>
+
+<p>Si la taxe était réduite, par exemple, à 20 c. par lettre
+simple, la recette serait, pour cent vingt mille lettres, de
+24,000 fr. par voyage, c'est-à-dire trente-une fois plus
+élevée encore que la dépense en frais de transport.</p>
+
+<p>Si l'on voulait enfin proportionner exactement la taxe
+fixe à apposer sur les lettres des particuliers aux frais
+de leur transport réel, la taxe moyenne d'une lettre
+simple de Paris à Marseille serait de 6 c. 1/2, en supposant
+que la malle contînt autant de lettres qu'elle en
+pourrait contenir, c'est-à-dire 120,000.</p>
+
+<p>Il est vrai que dans tous ces calculs nous avons omis
+avec intention de parler des correspondances administratives.
+<a name="p91" id="p91"></a><span class="pagenum">Page 91</span>
+Mais dans l'hypothèse d'un accroissement dans
+le nombre des lettres des particuliers aussi considérable
+que celui que nous avons supposé, on pourrait donner
+aux correspondances administratives dans les malles-postes
+la place qu'occupent aujourd'hui les voyageurs
+et leur bagage, et on ne renoncerait qu'à un produit
+variable de 4 fr. 50 cent. par poste.</p>
+
+<p>Un accroissement même considérable dans le nombre
+des lettres n'augmenterait pas non plus les frais de
+transport des dépêches par entreprise. Les marchés ne
+stipulent pas la pesanteur des paquets de lettres, et
+les voitures qu'emploient en général les entrepreneurs
+pour le transport des voyageurs et des marchandises,
+suffiraient à toutes les exigences possibles
+en ce genre.</p>
+
+<p>Il reste donc démontré que, quel que soit le nombre
+des lettres à transporter, le montant de leur taxe
+suffira toujours à payer les frais de leur transport;
+qu'il y aura toujours spéculation avantageuse pour l'administration
+à transporter des lettres, même train de
+malle-poste; et que, si elle était assez heureuse pour se
+voir obligée de doubler ses courriers, elle devrait s'applaudir
+de cette nécessité, non-seulement comme du
+symptôme d'un accroissement immense dans la prospérité
+publique, mais encore comme d'une source certaine
+d'accroissement de produit pour sa régie.</p>
+
+<p>Quant aux frais actuels d'exploitation du service des
+postes, autres que les dépenses du transport, il n'y a pas
+lieu de croire qu'ils s'augmentassent beaucoup non plus
+par l'accroissement du nombre des lettres. Il est vrai
+<a name="p92" id="p92"></a><span class="pagenum">Page 92</span>
+que l'administration a plusieurs fois appuyé ses demandes
+de crédit pour l'augmentation de son personnel,
+sur le nombre toujours croissant des lettres en circulation,
+probablement parce que cet argument était plus
+sensible pour les Chambres et pour le public, et qu'il
+était juste avec le système actuel de taxation; mais, en
+réalité, l'accroissement du nombre des lettres n'augmenterait
+pas le travail des directeurs, si la taxe était fixe.
+En effet, la partie la plus pénible du service de ces agents
+consiste dans la nécessité de recevoir des courriers
+nombreux, souvent pendant la nuit; de rester de dix à
+douze heures par jour dans leur bureau, pour satisfaire
+aux réclamations d'un public exigeant; de former et
+de vérifier de nombreuses dépêches; enfin, et surtout,
+d'apposer, de compter et de vérifier une grande diversité
+de taxes; mais le nombre plus ou moins considérable
+des lettres serait peu de chose pour eux, si les taxes
+étaient claires, uniformes et acquittées d'avance.</p>
+
+<p>Mais si la taxe fixe est juste en principe, commode
+pour le public, et favorable à la sûreté et à la rapidité
+du service des postes, à quel taux conviendrait-il
+de la fixer? C'est ce que nous allons examiner maintenant.</p>
+
+<p>Une taxe fixe en France ne pourrait pas représenter
+exactement la moyenne entre toutes les taxes actuellement
+établies, parce que le port d'un nombre très-considérable
+de lettres, c'est-à-dire de celles justement qui sont
+envoyées à de courtes distances, se trouverait augmenté,
+quelquefois même doublé, ce qui n'est pas proposable.
+En effet, nous avons vu que la moyenne des taxes actuelles
+<a name="p93" id="p93"></a><span class="pagenum">Page 93</span>
+était environ 50 cent., et aujourd'hui toutes les
+lettres simples envoyées à une distance de moins de
+150 kilom., sont taxées à moins de 40 cent.</p>
+
+<p>Mais si aucune taxe parmi les lettres actuelles ne peut
+être augmentée, il convient donc d'adopter, comme taxe
+générale, la moins élevée de toutes, et c'est à cette conclusion
+que nous devions être forcément amené. Il paraît
+presque impossible qu'une taxe fixe pour toutes
+les lettres circulant en France ne soit pas réglée au prix
+de la plus basse des taxes actuellement en usage, soit
+1 déc. par lettre simple circulant dans l'arrondissement
+du bureau de poste où elle a été confiée au service, et
+2 déc. aussi par lettre simple, pour tout autre parcours
+dans l'étendue du royaume.</p>
+
+<p>Cherchons maintenant, et tout d'abord, à nous
+rendre compte du résultat financier de l'adoption d'un
+semblable tarif.</p>
+<p>Les 79 millions de lettres qui ont circulé en France
+en 1836<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a>
+<a href="#footnote54"><sup class="sml">54</sup></a> se divisent ainsi:</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54"
+name="footnote54"></a><b>Note 54:</b><a href="#footnotetag54">
+(retour) </a> Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.</blockquote>
+
+<p>5 millions environ de ces lettres étaient adressées à
+des habitants de l'arrondissement des bureaux mêmes
+où elles ont été confiées au service des postes;</p>
+
+<p>7 millions environ représentent les lettres de Paris
+pour Paris;</p>
+
+<p>Enfin la partie excédante, ou 67 millions, est le
+nombre des lettres qui ont été envoyées de bureau à
+bureau, et qui ont supporté la taxe progressive de poids
+et distance.</p>
+
+<a name="p94" id="p94"></a><p><span class="pagenum">Page 94</span></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 85%;">
+
+Si les douze premiers millions de lettres, que l'on appelle
+dans les postes <i>correspondance locale</i>, eussent été
+taxés au taux fixe de 1 déc., la recette eût été:<br><br>
+
+Si les autres 67 millions eussent supporté
+une taxe fixe de 2 déc., cette partie de la
+recette eût été:<br><br>
+
+Total
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 15%; text-align: right;">
+<br>
+1,200,000<br>
+<br>
+<br>
+
+13,400,000<br>
+------------<br>
+14,600,000
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<p>Mais de combien pensera-t-on que le nombre total des
+lettres en circulation eût dû s'augmenter par une semblable
+réduction de taxe, et par la suppression presque
+totale de la fraude, qui en eût été sans doute la conséquence<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a>
+<a href="#footnote55"><sup class="sml">55</sup></a>?
+Des négociants ou des particuliers entretenant
+des correspondances entre Paris et Pau, par
+exemple, ne seraient-ils pas conduits à écrire beaucoup
+plus souvent, lorsque le port de leur lettre ne leur coûterait
+plus que 20 cent. au lieu de 1 fr.<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a>
+<a href="#footnote56"><sup class="sml">56</sup></a>? Cette habitude
+d'écrire, restreinte aujourd'hui par l'élévation du
+port, ne peut-elle pas s'étendre au point que chaque
+particulier rendrait au trésor public, en taxes réduites,
+des sommes quatre ou cinq fois plus fortes que celles
+qu'il paie aujourd'hui avec les taxes actuellement établies?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55"
+name="footnote55"></a><b>Note 55:</b><a href="#footnotetag55">
+(retour) </a> La diminution du port doit faire rentrer dans le service 45,500,000 lettres
+qui s'en échappent aujourd'hui. Voir <a href="#p26">page 26</a>.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56"
+name="footnote56"></a><b>Note 56:</b><a href="#footnotetag56">
+(retour) </a> Et pour prendre un exemple dans une autre espèce de transports, ne pourrait-on
+pas affirmer que beaucoup de personnes qui employaient rarement les voitures de
+places, ont été conduites par l'économie du prix à se servir des voitures omnibus,
+et ensuite à les prendre si souvent, qu'à la fin de l'année, leur dépense en frais
+de transport est dix fois plus élevée qu'auparavant?</blockquote>
+
+<p>Supposons que le nombre des lettres ne se fût augmenté
+en 1836 que de cent cinquante pour cent, par
+<a name="p95" id="p95"></a><span class="pagenum">Page 95</span>
+suite de cet abaissement considérable de la taxe, c'est-à-dire
+que l'on n'eût obtenu que le double des lettres,
+plus moitié en sus, la recette n'aurait pas baissé même
+dès la première année, car cette recette eût été, d'après
+notre tarif réduit, de 36,500,000 fr., et, avec le tarif actuel,
+les recettes de la taxe des lettres ne se sont élevées
+en 1836 qu'à 35,665,000 fr.<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a>
+<a href="#footnote57"><sup class="sml">57</sup></a>.</p>
+
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57"
+name="footnote57"></a><b>Note 57:</b><a href="#footnotetag57">
+(retour) </a>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 600px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;" summary="&quot;&quot;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 150px;">
+Service ordinaire,<br>
+Service rural,
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100px; text-align: right;">
+33,733,256<br>
+1,932,476<br>
+-----------<br>
+35,665,732
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50px;">
+fr.<br>
+<br>
+<br>
+
+fr.
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 200px; text-align: right;">
+ </td>
+
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+</blockquote>
+
+<p>Dans les années qui suivraient celle où l'abaissement du
+tarif aurait été adopté, la recette irait croissant, selon
+toute probabilité, si nous ne sommes pas trompé entièrement
+dans nos raisonnements relatifs à la nécessité de
+correspondre plus fréquemment, qui se fait sentir partout;
+aux inconvénients de la fraude pour les particuliers
+qui y ont recours; et enfin à l'accroissement
+des recettes trop peu considérables aujourd'hui, si on
+les compare aux produits du dixième des places des
+voyageurs dans les voitures publiques.</p>
+
+<p>Ainsi, dans l'hypothèse de la réduction de la taxe des
+lettres à 1 déc. et à 2 déc., ce ne sont pas seulement les
+frais du service qui seraient largement couverts par les
+recettes; mais ce seraient les recettes actuelles, lesquelles
+sont doubles des frais, qu'on pourrait avoir l'espoir de
+conserver, de voir s'augmenter même, en même temps
+qu'on satisferait à un devoir de moralité publique en
+facilitant les correspondances des classes pauvres, et aux
+besoins journaliers du commerce et de l'industrie, en
+diminuant le prix d'un service qu'ils doivent toujours
+et forcément employer.<p>
+
+<a name="p96" id="p96"></a><p><span class="pagenum">Page 96</span></p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>CHAPITRE V.</h3>
+<br>
+
+<p class="mid">De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe.</p>
+
+
+
+<p>L'idée d'apposer les signes de taxe sur les lettres
+au moyen d'un timbre, est très-ancienne; en effet,
+elle est simple, et elle devait se présenter naturellement
+à l'esprit de ceux qui exploitaient le privilège des
+postes.</p>
+
+<p>En 1653, un Mr de Velayer, maître des requêtes, qui
+paraît être l'inventeur véritable du service de la petite
+poste à Paris<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a>
+<a href="#footnote58"><sup class="sml">58</sup></a>, avait obtenu un privilége du roi pour
+l'établissement de boîtes aux lettres, qu'il avait placées
+aux coins des principales rues, boîtes qu'il faisait lever
+trois fois le jour par des hommes chargés de porter les
+lettres à leur adresse. On appelait ces boîtes <i>les boistes
+des billets</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote58"
+name="footnote58"></a><b>Note 58:</b><a href="#footnotetag58">
+(retour) </a> Le service de la petite poste de Paris, à peu près tel qu'il existe aujourd'hui,
+a été établi définitivement en 1759.</blockquote>
+
+<p>«Mais en même temps (dit Pélisson, de qui nous empruntons
+les propres expressions)<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a>
+<a href="#footnote59"><sup class="sml">59</sup></a> il avait établi un
+bureau au palais où on vendait pour 1 sou pièce certains
+<a name="p97" id="p97"></a><span class="pagenum">Page 97</span>
+billets imprimés et marqués d'une marque qui lui
+était particulière. Ces billets ne contenaient autre
+chose, sinon: <i>port payé</i> le jour de
+l'an mil six cent cinquante-trois ou cinquante-quatre.
+Pour s'en servir, il fallait remplir le blanc de la date
+du jour et du mois auquel vous escriviez, et après cela
+vous n'aviez qu'à entortiller ce billet autour de celui
+que vous escriviez à votre ami, et les faire jeter ensemble
+dans la boiste<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a>
+<a href="#footnote60"><sup class="sml">60</sup></a>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote59"
+name="footnote59"></a><b>Note 59:</b><a href="#footnotetag59">
+(retour) </a> Voir aux pièces à l'appui <a href="#n1">Note nº 1</a>.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote60"
+name="footnote60"></a><b>Note 60:</b><a href="#footnotetag60">
+(retour) </a> Lire aussi l'avertissement placé en note au recto du billet de Pisandre.
+L'envoi d'un billet port payé dans la lettre pour servir à affranchir la réponse demandée,
+est un moyen très-simple qui a été reproduit à peu près 200 ans plus
+tard par M. Rowland Hill, qui sans doute n'avait pas connaissance des billets de
+M. de Velayer.</blockquote>
+
+<p>Voilà bien le système du timbre et de l'affranchissement
+préalable tout à fait en application, quoique encore
+sur une petite échelle. Le développement du même
+système a été le sujet d'un mémoire adressé à l'administration
+des postes, il y a dix ans environ, par un
+respectable habitant de Paris<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a>
+<a href="#footnote61"><sup class="sml">61</sup></a>, qui avait passé une
+partie de sa vie à poursuivre, souvent en vain, l'exécution
+de quelques projets utiles.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote61"
+name="footnote61"></a><b>Note 61:</b><a href="#footnotetag61">
+(retour) </a> M. Ler***.</blockquote>
+
+<p>D'autre part, lorsqu'on discuta, il y a quelques années,
+dans le parlement anglais, la question de savoir
+s'il ne convenait pas d'abolir le timbre des journaux, et
+d'y substituer un droit de poste, M. Charles Knight
+proposa de faire vendre des empreintes timbrées
+d'un penny, au moyen desquelles les particuliers affranchiraient
+les feuilles qu'ils auraient à expédier par la
+poste.</p>
+
+<a name="p98" id="p98"></a><p><span class="pagenum">Page 98</span></p>
+
+<p>Enfin ce système de taxation au moyen d'un timbre sec
+vient d'être développé en 1837 par M. Rowland Hill
+avec un talent et une netteté remarquables. C'est lui qui
+attribue à M. Knight l'idée première de ce moyen, mais
+il s'en empare aussitôt avec beaucoup d'avantages,
+pour en faire une large application. M. Hill propose
+l'adoption d'une taxe fixe et unique d'un penny
+(10 c.) pour toute lettre circulant dans l'étendue de la
+Grande-Bretagne<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a>
+<a href="#footnote62"><sup class="sml">62</sup></a>. Les aperçus les plus raisonnables,
+les calculs les mieux établis, viennent à son aide, lorsqu'il
+démontre que la recette générale des postes ne doit
+pas en souffrir. Son opinion a été défendue à la chambre
+des lords par lord Brougham; elle a été partagée
+et soutenue à la chambre des communes par M. Wallace,
+M. Warburton, par M. Hume, lord Lowther, et
+par plusieurs autres amis sincères des progrès du commerce
+et de la civilisation; enfin elle a su toucher
+assez vivement l'opinion publique pour qu'une commission
+d'enquête ait été nommée<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a>
+<a href="#footnote63"><sup class="sml">63</sup></a>, et tout fait
+croire que bientôt, sans doute, son plan, au moins en
+grande partie, sera mis à exécution.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote62"
+name="footnote62"></a><b>Note 62:</b><a href="#footnotetag62">
+(retour) </a> Post-office reform--by Rowland Hill.--London, 1837.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote63"
+name="footnote63"></a><b>Note 63:</b><a href="#footnotetag63">
+(retour) </a> 23 die Novembris 1837.</blockquote>
+
+<p>Beaucoup de considérations sur lesquelles s'appuie
+avec raison M. Rowland Hill ne sont pas applicables à
+la France, et je n'ai pas l'intention de le suivre dans
+ses développements relatifs à la modification du tarif
+anglais; les deux taxes fixes que je propose, l'une pour
+les lettres de la ville pour la ville, l'autre pour les
+<a name="p99" id="p99"></a><span class="pagenum">Page 99</span>
+lettres envoyées hors de l'arrondissement des bureaux
+de poste où elles auront été confiées au service, en
+même temps qu'elles me paraissent devoir satisfaire
+complètement aux intérêts du commerce, répondraient
+mieux en France, qu'une taxe unique de 1 décime,
+au besoin de la conservation immédiate des produits,
+sur laquelle on appuiera toujours chez nous; mais
+quant au mode d'application du port que propose
+l'auteur anglais, il présente des avantages tellement
+évidents, que j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de
+l'exposer presque littéralement d'après lui.</p>
+
+<p>Du papier de toute espèce et des enveloppes de
+lettres frappés d'un timbre sec représentant la taxe,
+pourraient être vendus au public par les soins de
+l'administration des domaines ou de l'administration
+des postes.</p>
+
+<p>La composition des timbres pourrait varier selon que
+le premier ou le second des tarifs que nous avons proposés
+serait adopté.</p>
+
+<p>Supposons d'abord l'adoption du tarif réduit à six
+échelons de poids et à six échelons de distance que nous
+avons développé chap. 3<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a>
+<a href="#footnote64"><sup class="sml">64</sup></a>. Nous aurions donc trente-six
+timbres de taxe. Chacun de ces timbres présenterait
+trois chiffres: 1° le chiffre indicateur de la distance que
+peut parcourir la lettre eu égard à sa taxe; 2º le chiffre
+indicateur du poids qu'elle ne doit pas dépasser; 3º enfin
+le chiffre indicateur de la taxe<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a>
+<a href="#footnote65"><sup class="sml">65</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote64"
+name="footnote64"></a><b>Note 64:</b><a href="#footnotetag64">
+(retour) </a> Voir <a href="#p50">page 50</a> et suivantes.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote65"
+name="footnote65"></a><b>Note 65:</b><a href="#footnotetag65">
+(retour) </a> Voir le tableau des modèles de timbres,
+<a href="#n5">Note nº 5.</a></blockquote>
+
+<a name="p100" id="p100"></a><p><span class="pagenum">Page 100</span></p>
+
+<p>Les divisions du tarif proposé étant réglées de manière
+à partager toutes les taxes en six séries pour les
+distances et en six séries pour le poids, au moyen de
+trente-six timbres, toutes les espèces de lettres pourraient
+donc être taxées.</p>
+
+<p>Et, il ne faudrait pas trop s'effrayer de ce grand
+nombre de timbres, et de la complication qui pourrait
+en résulter. Au moyen de l'extension proposée du poids
+de la lettre simple jusqu'à 15 gr., le premier timbre du
+poids servirait pour les neuf dixièmes des lettres, et
+les deux timbres immédiatement au-dessus, suffiraient
+aux autres lettres d'un poids excédant, car les lettres
+taxées circulant dans les postes dont le poids excède
+50 gr. ne sont pas dans la proportion de une sur cinq
+cent<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a>
+<a href="#footnote66"><sup class="sml">66</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote66"
+name="footnote66"></a><b>Note 66:</b><a href="#footnotetag66">
+(retour) </a> Voir page 64. La proportion exacte des lettres pesantes aux lettres simples.</blockquote>
+
+<p>L'échelle de distance, d'autre part, est claire et facile
+à apprécier. Les lettres adressées à de courtes distances
+sont les plus nombreuses, et les timbres des premiers
+degrés seraient plus fréquemment employés; la distance
+de 700 kilom. est celle de Paris à Perpignan, et c'est la
+plus longue de notre tarif. Toutes les distances intermédiaires
+sont comprises dans six catégories de taxes seulement,
+et par conséquent ne peuvent nécessiter l'emploi
+que de six timbres. Or, si on multiplie ces six timbres
+par le premier timbre de poids qui sera le plus souvent
+employé, ou par les trois premiers timbres de poids qui
+seuls à peu près seront employés, on verra que le
+nombre des timbres réellement en usage, ne sera que
+<a name="p101" id="p101"></a><span class="pagenum">Page 101</span>
+de six ou au plus de dix-huit, et non pas de trente-six.</p>
+
+<p>On objectera cependant, que les particuliers seraient
+souvent dans le doute au sujet du poids de leur
+lettre ou de la distance qu'elle doit parcourir, et nous
+avouons que cette objection est très-fondée. Quoique
+nous pensions que les négociants pourraient prendre
+promptement l'habitude de peser leurs lettres, et d'estimer
+la distance à laquelle ils les envoient, cependant
+nous ne pouvons pas nous dissimuler que c'est dans le
+doute qu'ils pourraient éprouver à ce sujet, que réside
+la principale difficulté de la taxation des lettres au
+moyen du timbre, dans l'hypothèse de l'adoption d'un
+tarif basé sur le poids et la distance. Notre premier
+tarif, beaucoup plus simple que le tarif actuellement
+en usage, ne pourrait donc être encore utilement
+adopté, que si l'on continuait à taxer avec la plume,
+et en se privant ainsi des avantages du timbre sec.</p>
+
+<p>Arrivons donc alors à l'application du timbre à la
+seconde modification proposée du tarif, celle qui consisterait
+à taxer à 1 décime fixe les lettres de la ville pour
+la ville, et à 2 décimes toute autre lettre circulant en
+France au-dessous du poids de 15 gr.</p>
+
+<p>Dans cette hypothèse, l'emploi des enveloppes timbrées
+serait très-simple, et n'offrirait plus aucun embarras
+pour les particuliers. Les timbres de taxe pour
+toute espèce de lettre circulant en France ne dépasseraient
+pas le nombre de quatre: deux pour les lettres
+de la ville pour la ville ou pour l'arrondissement, et
+deux pour les lettres envoyées de bureau à bureau.</p>
+
+<a name="p102" id="p102"></a><span class="pagenum">Page 102</span>
+
+<p>Des deux premiers timbres, c'est-à-dire ceux applicables
+aux lettres circulant dans l'intérieur de l'arrondissement
+de chaque bureau de poste, l'un exprimerait:
+1º la pesanteur de la lettre simple qui peut s'étendre ici
+jusqu'au poids de 50 gr.; 2º sa nature de lettre de la ville
+pour la ville; 3º et enfin la taxe de 1 déc. (Voir le tableau
+des timbres ci-après, nº 1.) Le second indiquerait:
+1º le poids de 50 à 100 gr.; 2º la nature de la correspondance
+de la ville pour la ville; 3º enfin la taxe qui
+serait 2 décimes. (Voir le tableau, nº 2.)</p>
+
+<p>Pour les correspondances adressées à de plus longues
+distances, la rédaction des deux timbres serait à peu
+près la même. La condition de correspondance de la
+ville pour la ville seulement serait omise, et le poids seul
+de la lettre et la taxe seraient mentionnés. (Voir le tableau
+ci-contre, nos 3 et 4.) Le timbre nº 3 servirait pour les
+lettres du poids de moins de 15 gr., qui supporteraient
+une taxe de 2 décimes; et le timbre nº 4, pour
+les lettres de 15 gr. à 100 gr. qui seraient taxées 1 fr.</p>
+
+<a name="p103" id="p103"></a><p><span class="pagenum">Page 103</span></p>
+
+
+<p class="mid">SPECIMEN DES TIMBRES.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"></p>
+
+
+<p>La fixation de la taxe des lettres de la ville pour la
+ville à 1 d. et à 2 déc. ne demande pas ici de nouvelles
+explications; mais je crois qu'il est essentiel de dire tout
+d'abord pourquoi je propose de fixer à 1 fr. le port de
+toute lettre circulant en France de bureau de poste à
+bureau de poste au-dessus du poids de 15 grammes, et
+de 15 g. à 100 grammes.</p>
+
+<a name="p104" id="p104"></a><p><span class="pagenum">Page 104</span></p>
+
+<p>L'administration des postes, en prenant l'engagement
+de transporter à un prix unique et considérablement
+réduit, toute espèce de lettres à toute espèce de distance
+en France, doit, ainsi que nous l'avons dit, se mettre
+en mesure de n'avoir à transporter que des lettres ou
+des paquets d'un poids et d'un volume limités.</p>
+
+<p>Le poids de 15 gr. (ou d'une demi-once) est égal à
+peu près à celui de trois feuilles de papier ordinaire de
+15 décimètres carrés; c'est tout ce que peut comporter
+la lettre la plus longue, même accompagnée de plusieurs
+effets de commerce ou autres pièces incluses. Au-dessus
+de ce poids, toute autre lettre peut être considérée
+comme un paquet cacheté, contenant des correspondances
+ou tous autres papiers que l'administration des
+postes transporterait avec avantage encore au-dessous
+du poids de 100 gr. (ou un cinquième de livre), mais
+qu'elle taxerait 1 fr.<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a>
+<a href="#footnote67"><sup class="sml">67</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote67"
+name="footnote67"></a><b>Note 67:</b><a href="#footnotetag67">
+(retour) </a> Je suppose que l'envoi par la poste des paquets pesant de 15 à 100 gr.,
+sera très-rare, 1° parce que les lettres de ce poids, ainsi que nous l'avons dit, sont
+déjà très-rares dans le service; 2° parce qu'elles le deviendraient probablement
+davantage encore, à cause de la diminution relativement plus grande du prix du
+port des lettres pesant moins de 15 grammes; car il y aurait avantage pour
+l'envoyeur à diviser son paquet en trois ou quatre parties qui seraient taxées
+chacune 2 décimes, que de le laisser en un seul paquet qui serait taxé à 1 fr. Ce
+second timbre donc me paraît devoir être de peu d'utilité; et si je propose de
+conserver cette seconde classe de lettres, et de créer le timbre qui doit en exprimer
+la taxe, c'est pour favoriser certains rapports entre des négociants placés à
+de longues distances les uns des autres, et qui préféreront sans doute l'emploi
+de la poste à celui des messageries pour l'envoi de factures de marchandises, ou
+d'autres papiers de commerce.</blockquote>
+
+<p>Ce dernier port sera encore considérablement réduit,
+car une lettre de 100 gr. envoyée de Paris à Avignon
+est taxée d'après le tarif actuel 9 fr. 90 c. Mais, en
+<a name="p105" id="p105"></a><span class="pagenum">Page 105</span>
+même temps, par la limite de 100 gr., on préviendrait
+l'abus de l'envoi par les malles-postes de paquets
+trop lourds sous forme de lettres, tout en laissant cependant
+aux particuliers la faculté de se servir encore
+de la poste pour l'envoi de certains papiers volumineux
+dans des cas urgents et pour de longues distances, faculté
+dont nous supposons que le commerce usera quelquefois.</p>
+
+<p>Avec un système de taxation si simple et si modéré,
+un timbre spécial pour la correspondance des soldats
+ne serait pas nécessaire; car les lettres des soldats, aujourd'hui
+affranchies à 25 c., rentreraient dans la classe
+des lettres ordinaires, et paieraient 1 ou 2 décimes seulement.</p>
+
+<p>Si on ne jugeait pas à propos de faire rentrer les lettres
+d'avis de naissance, de mariage et de décès, dans la classe
+des imprimés, et de les taxer comme tels à 4 c. par
+feuille, on pourrait adopter pour cette espèce de correspondance
+deux timbres spéciaux d'une forme particulière
+pour qu'ils se distinguassent des autres timbres de
+taxe. Ces timbres seraient appliqués dans le service sur
+les avis présentés à l'affranchissement au moyen d'une
+couleur délayée à l'huile comme les timbres de dates
+actuels; l'un servirait pour les avis de la ville pour la
+ville et l'autre pour les avis envoyés à de plus longues
+distances.</p>
+
+<p>Toutes les lettres ainsi timbrées seraient traitées dans
+le service des postes comme lettres affranchies; elles
+pourraient être jetées à toutes les boîtes, comme sont aujourd'hui
+les lettres à taxer, et remises, dans tous les
+cas, franches de tout prix de port, à leur destination.
+<a name="p106" id="p106"></a><span class="pagenum">Page 106</span></p>
+
+<p>Les timbres seraient apparents, soit qu'ils se trouvassent
+placés sur un coin des enveloppes, soit qu'ils
+fussent frappés à une certaine place des feuilles de papier
+destinées à écrire des lettres, de manière à se représenter
+sur la suscription de la lettre pliée.</p>
+
+<p>Les lettres réexpédiées par suite du changement de
+résidence du destinataire n'auraient pas de taxe supplémentaire
+à supporter, parce que la distance parcourue
+par la lettre en France ne serait jamais prise en considération.</p>
+
+<p>Toute lettre qui excéderait le poids indiqué par le
+timbre, devrait être mise au rebut. Cette disposition
+exactement exécutée, détournerait les particuliers de
+l'idée de se livrer à cette espèce de fraude qui consisterait
+à tenter de faire transporter pour une taxe moindre
+que celle qu'elle devrait supporter, une lettre pesant
+plus que le timbre de l'enveloppe ne le comporterait.
+En effet, une lettre timbrée étant une fois dans le service,
+ne pourrait subir aucune taxe supplémentaire; il
+est, et doit être de principe, qu'une lettre affranchie
+parvienne toujours franche, et que le destinataire ne
+se trouve dans aucun cas passible d'un supplément de
+port. Dans l'ordre de choses actuel, l'administration
+supporte les différences et les erreurs de taxe pour les
+lettres affranchies, parce que ces erreurs sont le résultat
+de l'inattention de ses agents; mais dans l'avenir, ces
+erreurs seraient du fait des particuliers envoyeurs,
+ceux-ci seuls devraient donc en être responsables;
+or, ils ne pourraient l'être que par la perte du timbre,
+et par le retard qu'éprouverait leur lettre. Au reste,
+<a name="p107" id="p107"></a><span class="pagenum">Page 107</span>
+ces cas seraient nécessairement très-rares, à cause de
+la grande extension donnée au poids de la lettre simple,
+et de la modicité de la taxe qui éloignerait tout
+intérêt de fraude. Il n'y aurait d'ailleurs que peu de
+doute dans l'esprit des envoyeurs, puisque la distance
+serait hors de question, et qu'il ne s'agirait plus que de
+savoir si la lettre pèse 15 gr. ou davantage: or, nous
+avons dit que les dix-neuf vingtièmes des lettres en
+circulation dans les postes pesaient moins de 15 gr.<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a>
+<a href="#footnote68"><sup class="sml">68</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote68"
+name="footnote68"></a><b>Note 68:</b><a href="#footnotetag68">
+(retour) </a> Voir <a href="#p64">page 64</a>.</blockquote>
+
+<p>L'emploi des enveloppes timbrées serait toujours
+préférable pour les particuliers et pour le service de
+l'administration, à l'emploi du papier timbré, et il serait
+désirable que le commerce fût conduit à se servir toujours
+des enveloppes. Le moyen d'arriver à ce résultat
+semblerait facile: ce serait de diminuer le poids du
+papier de l'enveloppe même, du poids total accordé à la
+lettre dans l'énonciation du timbre; les lettres sous enveloppes
+seraient alors entièrement assimilées, pour le
+poids, aux lettres envoyées simples, et les avantages
+de l'enveloppe comme propreté, sûreté et commodité,
+ressortiraient sans compensation de perte sur le poids.</p>
+
+<p>Les enveloppes destinées à renfermer des lettres simples,
+c'est-à-dire, pesant moins de 15 gr. (le poids de
+l'enveloppe non compris) seraient toutes du même format,
+quelle que fût la distance à parcourir par la lettre.
+Les enveloppes timbrées du prix d'un franc et destinées
+à recevoir des lettres plus pesantes, seraient faites d'un
+format proportionnellement plus grand. La conséquence
+<a name="p108" id="p108"></a><span class="pagenum">Page 108</span>
+de cette régularité dans le format des lettres de
+même prix ou au moins de même pesanteur, serait,
+comme nous l'avons dit, une accélération notable dans
+la vérification des taxes, et une facilité très-grande pour
+le compte et la formation des dépêches.</p>
+
+<p>L'administration des postes, ayant en sa possession la
+matrice des timbres, ferait frapper des enveloppes ou du
+papier en aussi grande quantité que les besoins du public
+l'exigeraient; elle pourrait être autorisée à accorder
+une remise aux débitants de papier à Paris et dans les
+départements, et à ses propres agents, qui, dans les provinces,
+devraient se charger de ce débit.</p>
+
+<p>Le papier timbré serait vendu partout, et comme les
+timbres secs devraient s'appliquer, à la demande des fabricants,
+sur des papiers de toute espèce, les débitants
+pourraient satisfaire à toutes les fantaisies du luxe
+comme à tous les besoins de l'économie, et chacun
+serait conduit à avoir sur son bureau sa provision de
+papier de poste, comme on trouve chez les gens de
+loi des provisions de papier timbré.</p>
+
+<p>Il résulterait de ce système de taxation divers avantages
+que nous devons mentionner d'abord, avant que
+de répondre aux objections que le système pourrait faire
+naître.</p>
+
+<p>1º <i>Il y aurait plus de rapidité dans le travail de manipulation
+des lettres et moins d'erreurs de la part des
+employés</i>, parce que la même taxe serait appliquée sur
+des lettres de même grandeur, et que les employés des
+postes, comme les particuliers, pourraient le plus souvent,
+à la simple inspection, juger du montant de la taxe
+<a name="p109" id="p109"></a><span class="pagenum">Page 109</span>
+des lettres par leur dimension même: car plus une lettre
+est grosse, plus elle pèse, et plus elle pèse, plus le port doit
+s'en élever. La plupart des erreurs commises par les employés
+proviennent de la complexité des opérations qui
+se rattachent à la composition, à l'application, à la vérification,
+enfin à la constatation de taxes toutes différentes
+les unes des autres<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a>
+<a href="#footnote69"><sup class="sml">69</sup></a>, et la simplification que nous
+proposons abrégerait considérablement toutes ces opérations.
+Si, au lieu de lettres à affranchir, qu'il faut, dans
+l'ordre de choses actuel, recevoir de la main du particulier,
+peser, taxer et enregistrer, et de lettres non affranchies
+qu'il faut relever, timbrer, peser, taxer et
+mettre en compte, il n'y avait dans le service des
+postes qu'une sorte de lettres dont la taxe, qui aurait
+été perçue avant qu'elles n'entrassent dans ce service,
+serait facilement reconnaissable et rapidement appréciable,
+il est certain qu'on obtiendrait immédiatement
+une économie considérable sur le temps employé pour
+le travail des bureaux et pour la distribution des lettres
+dans les villes, et en même temps, peut-être, qu'une
+diminution dans le nombre des agents chargés du service,
+et dans les frais de régie et d'exploitation.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote69"
+name="footnote69"></a><b>Note 69:</b><a href="#footnotetag69">
+(retour) </a> Voir <a href="#p75">pages 75</a> et suivantes.</blockquote>
+
+<p>Il sera nécessaire, sans doute, de se livrer dans les
+bureaux de poste à l'examen préalable des timbres, pour
+prévenir les fraudes qui pourraient se faire, et sur le
+poids des lettres, et par le double emploi des enveloppes;
+mais il y a loin du temps employé pour un examen semblable,
+lequel peut être très-rapide, aux délais qu'entraînent
+<a name="p110" id="p110"></a><span class="pagenum">Page 110</span>
+la composition longue et difficile, l'application
+obscure, enfin la constatation pénible des taxes actuelles
+de poids et de distance.</p>
+
+<p>2º <i>Il y aurait diminution dans le nombre des lettres
+en rebut</i>, puisque rien ne se place si aisément qu'une
+lettre franche, et qu'aucune taxe ne devrait désormais être
+perçue au point d'arrivée. Or, il y a eu en 1836 quinze
+cent quatre-vingt mille lettres en rebut<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a>
+<a href="#footnote70"><sup class="sml">70</sup></a>; si la somme
+de taxe montant à 790,000 fr. que représente ce nombre
+de lettres, à raison de 50 cent. l'une, ne doit pas entrer
+tout entière dans les augmentations de recettes sur lesquelles
+l'administration des postes peut compter par
+suite de l'adoption de la nouvelle mesure, on conviendra
+du moins que la suppression des registres, et des
+imprimés nécessaires dans les postes pour la constatation
+et le renvoi à Paris de cette immense quantité de
+lettres refusées, et pour l'allocation des taxes aux directeurs
+qui les portent ensuite en non-valeurs dans leurs
+comptes, sera un grand avantage administratif, un allégement
+au travail, et une diminution dans les frais d'exploitation
+à Paris où ce travail seul occupe une
+vingtaine d'employés.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote70"
+name="footnote70"></a><b>Note 70:</b><a href="#footnotetag70">
+(retour) </a> Voir Annuaire des postes de 1838.</blockquote>
+
+<p>Mais la disparition presque totale des lettres en rebut
+aura une autre portée morale qu'il ne faut pas oublier.
+L'envoi de prospectus sous plis fermés, d'offres inutiles et
+souvent d'avis ridicules ou de mauvaises plaisanteries,
+se trouve favorisé par le mode actuel de réception des
+lettres dans le service des postes sans affranchissement
+<a name="p111" id="p111"></a><span class="pagenum">Page 111</span>
+préalable. C'est dans le cas dont nous parlons un piége
+tendu à la bonne foi des personnes qui reçoivent et paient
+toutes les lettres qu'on leur apporte; c'est une espèce
+de surprise pour beaucoup d'autres; enfin c'est un travail
+infructueux pour l'administration des postes, parce que
+ces lettres ne paient le port ni au départ ni à l'arrivée.
+Il serait désirable que tout le monde fût débarrassé de ces
+sortes de lettres qui, par extension, pourraient être nommées
+lettres d'attrape. Nous croyons que de longtemps
+encore on ne pourra priver le public de la faculté de
+jeter une lettre à la boîte sans l'affranchir; il faut un
+temps de transition, il faut que l'usage de l'affranchissement
+préalable devienne général par l'expérience qu'on
+acquerra bientôt des avantages qu'il présente au moyen
+des enveloppes timbrées, et nous proposerons tout à
+l'heure de faire marcher concurremment les deux
+systèmes de taxation; mais au moins, dès à présent,
+les négociants qui adopteront pour leurs correspondances
+réciproques l'usage des enveloppes timbrées, ne
+seront plus exposés à recevoir des lettres de la nature
+de celles dont nous venons de parler.</p>
+
+<p>3º <i>Il n'y aurait plus d'occasions de démoralisation
+pour un grand nombre de commissionnaires ou de
+jeunes commis de maisons de banque chargés d'aller
+aux bureaux de poste affranchir des lettres</i>, et qui succombent
+quelquefois à la tentation de détruire ces
+lettres pour s'approprier le montant de l'affranchissement,
+ou d'exagérer auprès de leur patron le prix de
+l'affranchissement pour faire un bénéfice sur cette opération.
+Ces faits nous ont été signalés par plusieurs négociants
+<a name="p112" id="p112"></a><span class="pagenum">Page 112</span>
+respectables. Ils ont pour résultat d'accroître
+la responsabilité de l'administration, en même temps
+qu'ils démoralisent les agents employés à cet office,
+lesquels, après plusieurs larcins impunis, peuvent se
+laisser aller à des atteintes plus graves contre la société.</p>
+
+<p>Chaque négociant affranchira sa lettre de son bureau
+même; il n'aura pas à redouter l'indélicatesse de son
+commis ni d'un agent des postes; il ne craindra pas non
+plus les réclamations de ports de lettres de son correspondant;
+il n'y aura plus aucune espèce de compte
+semblable, puisque cette dépense, dont chaque négociant
+paie ordinairement la moitié, mais sur le mémoire
+arbitrairement dressé de son correspondant, sera
+payée plus justement par chaque partie, au départ de
+la lettre, et qu'elle s'ajoutera, pour ainsi dire, à la valeur
+de la feuille de papier dont on se servira pour écrire.</p>
+
+<p>4º <i>Il y aura une extrême simplification dans le mode
+de perception des recettes.</i> Des comptables en effet qui
+ne toucheraient plus d'espèces, ne seraient jamais
+trouvés en déficit; ils ne pourraient plus commettre
+d'erreurs ou de malversations nuisibles aux intérêts de
+l'État que sur quelques recettes autres que celles de la
+taxe des lettres, recettes d'ailleurs peu considérables,
+telles que le prix de places des voyageurs dans les
+malles, et les articles d'argent; et l'usage des enveloppes
+timbrées devenant plus général, leur comptabilité
+se bornerait à peu prés à un compte en nombre
+des enveloppes qui leur seraient envoyées; l'application
+du timbre pourrait avoir lieu à Paris, et la recette
+tout entière des postes s'opérerait ainsi au trésor public
+<a name="p113" id="p113"></a><span class="pagenum">Page 113</span>
+sans aucuns frais de rentrée, d'escompte ou de
+trésorerie.</p>
+
+<p>Examinons maintenant les différentes objections
+qu'on pourrait faire à notre système; et d'abord attachons-nous
+à la plus grave de toutes: c'est celle qui
+prend sa source dans l'obligation qui sera imposée à
+toutes les personnes qui écrivent, d'affranchir leurs
+lettres à l'avance.</p>
+
+<p>Pour bien nous rendre compte du nombre des correspondances
+qui souffriront de cette mesure, passons
+en revue toutes les espèces de lettres circulant par
+la poste, afin de voir quelles sont celles qui pourraient
+être gênées par la nécessité de l'affranchissement
+préalable qu'entraîne l'usage des enveloppes timbrées.</p>
+
+<p>Les lettres qui circulent dans le service des postes
+peuvent être divisées en quatre classes, savoir:</p>
+
+<p>Pour les lettres suivies d'une réponse: 1º les lettres
+dont le port est payé par chaque correspondant, 2º les
+lettres dont un seul correspondant paie le port à l'aller
+et au retour.</p>
+
+<p>Et pour les lettres qui ne sont pas suivies de réponses:</p>
+
+<p>3º Celles qui sont affranchies par l'envoyeur, 4º enfin
+celles dont le port est payé par le destinataire.</p>
+
+<p>La première classe de ces lettres, c'est-à-dire les lettres
+dont le port doit rester à la charge de chaque correspondant,
+forme au moins les cinq sixièmes des lettres
+qui circulent dans le service des postes. Les commerçants,
+qui sont dans l'usage de partager le prix des ports
+de lettres, ne seraient nullement gênés par la nécessité
+de payer le port d'avance; et puisqu'il est d'usage entre
+<a name="p114" id="p114"></a><span class="pagenum">Page 114</span>
+eux de payer la moitié de la dépense totale en ports de
+lettres, peu leur importe de payer le port de la lettre
+qu'ils envoient, ou celui de la lettre qu'ils reçoivent.</p>
+
+<p>A l'égard de la deuxième classe, c'est-à-dire, des
+lettres suivies de réponses, mais dont un seul correspondant
+doit payer le port à l'aller et au retour, la partie
+payante peut être le correspondant qui écrit le premier,
+ou celui qui répond. Si c'est celui qui écrit le
+premier qui désire payer le port de la réponse, il peut
+envoyer dans sa lettre une enveloppe timbrée, dans laquelle
+devra être incluse la réponse, qui se trouvera
+ainsi exempte de port pour le répondant; et si c'est le
+correspondant qui reçoit la première lettre, qui désire
+acquitter les deux ports de lettres, il pourra mettre dans
+sa propre enveloppe une autre enveloppe timbrée
+qui remboursera son correspondant de l'avance qu'il
+aura faite pour lui<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a>
+<a href="#footnote71"><sup class="sml">71</sup></a>. L'envoi réciproque de ces enveloppes
+timbrées pourrait passer dans les habitudes du
+commerce. Cet usage serait plus raisonnable et plus juste
+que celui par lequel on se fait, comme aujourd'hui, des
+comptes arbitraires de ports de lettres, et cet envoi
+d'enveloppes timbrées n'aurait lieu que dans les cas
+très-rares où les intérêts ne seraient pas réciproques.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote71"
+name="footnote71"></a><b>Note 71:</b><a href="#footnotetag71">
+(retour) </a> Voir aux pièces à l'appui, <a href="#n1">Note nº 1</a>, l'annotation placée au bas du fac-simile
+de la lettre de Pélisson.</blockquote>
+
+<p>En somme, la deuxième classe, comme la première
+classe de lettres dont nous avons parlé, ne sera pas
+gênée par la nécessité de payer le port d'avance.</p>
+
+<p>La troisième classe, c'est-à-dire celle des lettres qui ne
+<a name="p115" id="p115"></a><span class="pagenum">Page 115</span>
+doivent pas recevoir de réponse, et dont l'envoyeur doit
+payer le port, est favorisée complètement par ce nouvel
+arrangement; car l'envoyeur qui est obligé, dans le
+système actuel, de se transporter à un bureau de poste
+pour déposer le prix de sa lettre, pourra l'affranchir
+sans sortir de chez lui, au moyen de son enveloppe
+timbrée.</p>
+
+<p>La quatrième classe est celle des lettres qui ne doivent
+pas être suivies de réponse, et dont la taxe doit
+rester à la charge du destinataire; c'est la seule nature
+de correspondance qui semble devoir être gênée par un
+système d'obligation générale d'affranchissement préalable.
+Cependant il faut remarquer en premier lieu que le
+nombre des lettres de cette espèce est infiniment petit;
+il ne doit pas être d'une lettre sur mille. Il doit être très-rare,
+en effet, qu'un particulier ait un intérêt personnel
+à écrire à un autre, et se trouve en même temps dans
+l'impossibilité morale d'affranchir sa lettre; il semble
+que le contraire est plus probable; qu'il doit, au contraire,
+être le plus souvent forcé d'affranchir sa lettre;
+et si, dans des cas très-rares, il n'affranchit pas, c'est qu'il
+veut abuser, dans son propre intérêt, de la confiance de
+son correspondant, ou qu'il croit qu'un usage reçu
+défende d'affranchir, bien que l'équité exigeât qu'il le fît.</p>
+
+<p>Dans le premier cas, l'usage nouveau aura, comme
+nous l'avons dit, cet avantage de débarrasser le service
+et les négociants de ces offres de service, de ces prospectus
+qui ne seraient plus reçus qu'affranchis; bon
+nombre de ces lettres aujourd'hui refusées, rentreraient
+peut-être dans les postes, sous forme d'affranchissement;
+<a name="p116" id="p116"></a><span class="pagenum">Page 116</span>
+et en second lieu, si c'est pour se conformer à cette
+opinion que la politesse ne permet pas d'affranchir les
+lettres, que certaines personnes ne paient pas d'avance
+le port de celles qu'elles envoient, l'adoption du système
+des enveloppes timbrées aurait l'avantage de
+mettre chacun à son aise sur ce point, et nous croyons
+que ce préjugé de politesse, s'il existe réellement, s'évanouirait
+bientôt. L'usage qui le remplacerait serait
+fondé sur la vérité et sur la justice, qui veulent que celui
+qui s'adresse à un autre de son propre mouvement,
+paie le transport de la lettre qu'il envoie; car cette
+action est déterminée par son propre intérêt, ou au
+moins par sa propre volonté, en admettant même le
+cas si rare où il écrirait réellement et seulement dans
+l'intérêt de la personne à laquelle il s'adresse.</p>
+
+<p>Il résulte donc des observations que nous venons de
+présenter: 1º que pour les correspondances suivies de
+réponses, dans le plus grand nombre de cas, le système
+proposé serait praticable, commode et économique,
+et que, dans les autres, il modifierait quelques habitudes,
+mais serait encore très-exécutable; 2º que pour
+les lettres non suivies de réponse, le nouveau mode serait
+très-avantageux à celles dont le port doit être payé
+par l'envoyeur; et que, quant à celles dont le port doit
+rester à la charge du destinataire, le nombre en est
+extrêmement rare, et doit devenir presque nul, lorsque
+les lettres d'attrape et les lettres contenant des offres
+de services inutiles, en auront été écartées<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a>
+<a href="#footnote72"><sup class="sml">72</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote72"
+name="footnote72"></a><b>Note 72:</b><a href="#footnotetag72">
+(retour) </a> M. Hill dit que le système d'affranchissement obligatoire est universellement adopté dans les présidences du Bengale et de Madras; que, quoique la taxe
+des lettres soit encore à peu près du tiers des taxes anglaises, cet usage n'a fait
+naître aucune plainte, et n'a pas diminué le nombre des lettres en circulation.</blockquote>
+
+<a name="p117" id="p117"></a><span class="pagenum">Page 117</span>
+
+<p>Au reste, nous avons examiné cette question en nous
+plaçant dans la prévision de la nécessité où l'on pourrait
+être un jour d'affranchir au moyen des enveloppes
+timbrées; mais nous ne croyons pas que cette nécessité,
+qui sera le résultat de l'usage et de l'intérêt, même des
+correspondants, doive être imposée immédiatement
+au public. Nous proposerons tout à l'heure de faire fonctionner
+le nouveau mode de taxation concurremment
+avec l'ancien, et de laisser aux particuliers la liberté
+d'employer l'un ou l'autre à leur choix.</p>
+
+<p>Un inconvénient grave du système en discussion serait
+la possibilité de la part du public d'employer deux
+fois la même enveloppe timbrée, en faisant disparaître
+les caractères de la suscription au moyen d'un réactif qui
+rendrait au papier sa blancheur primitive, et permettrait
+de le revendre pour neuf. Cet inconvénient serait
+en effet de nature à compromettre les recettes. Il est
+heureusement plusieurs moyens de l'éviter. D'abord le
+chlore, ou tout autre réactif employé en semblable occasion,
+en blanchissant le papier, devrait altérer le timbre
+sec; car ce ne seraient pas seulement les caractères écrits
+avec la plume qu'il faudrait faire disparaître, mais bien
+encore les empreintes des timbres à date d'arrivée et de
+départ qui sont appliqués avec de la couleur délayée à
+l'huile, dont l'un, celui du départ, pourrait être apposé
+sur le timbre sec même. Il est très-probable qu'alors
+le réactif bon pour faire disparaître l'écriture, ne le
+<a name="p118" id="p118"></a><span class="pagenum">Page 118</span>
+serait pas pour faire disparaître le timbre à l'huile, et
+<i>vice versa</i>, que le pinceau qui devrait laver le timbre à
+date, mouillerait et détruirait en même temps l'empreinte
+du timbre sec.</p>
+
+<p>Il faudrait, d'autre part, que l'opération fût faite en
+grand pour être véritablement productive pour celui
+qui l'entreprendrait; et le rassemblement d'une grande
+quantité de vieilles enveloppes ne serait pas sans difficulté.
+Dans les bureaux de poste, la chose ne serait pas
+plus facile qu'ailleurs; car ce n'est pas dans les bureaux
+de poste que les lettres sont ouvertes par les particuliers,
+et pour que ces enveloppes pussent servir de
+nouveau, il faudrait qu'elles n'eussent pas été trop
+froissées, ni brisées du côté du cachet. Enfin terminons
+par un argument qui aurait pu nous dispenser de produire
+les autres, c'est que nous croyons avoir la certitude
+qu'il existe aujourd'hui des moyens de préserver
+le papier d'altérations semblables à celles dont il est ici
+question. Le développement des procédés employés à
+cet effet, nous éloignerait de notre sujet; qu'il nous
+suffise d'assurer que ces moyens existent<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a>
+<a href="#footnote73"><sup class="sml">73</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote73"
+name="footnote73"></a><b>Note 73:</b><a href="#footnotetag73">
+(retour) </a> Un fabricant, en Angleterre, a proposé un modèle de papier, lequel a paru
+satisfaire à toutes les exigences. Ce papier, dont un échantillon était joint, je crois,
+à la dernière édition de la brochure de M. Hill, est fait de telle manière qu'à la première
+altération de l'encollage qui le recouvre, des fils de soie de diverses couleurs,
+placés parallèlement en filigranes dans le corps du papier, reparaissent à l'extérieur.
+Mais il a été fait en France, dans ces derniers temps, des expériences plus satisfaisantes
+encore par les soins de l'administration des domaines, et on peut assurer qu'il
+existe maintenant plusieurs moyens de préserver le papier de toute altération.</blockquote>
+
+<p>Si, contre toute attente, l'expérience démontrait cependant
+qu'aucune encre ne serait à l'épreuve de ces
+<a name="p119" id="p119"></a><span class="pagenum">Page 119</span>
+procédés chimiques, si le papier des enveloppes ne pouvait
+pas posséder les propriétés que nous lui supposons,
+si enfin les traces du cachet précédemment placé au
+dos de l'enveloppe ne pouvaient pas non plus venir
+suffisamment en aide aux employés des postes, pour
+leur faire découvrir les altérations qu'on aurait fait subir
+aux enveloppes, nous avons pensé qu'un autre moyen
+de parer à la fraude pourrait être employé dans les bureaux
+de poste: ce serait de frapper à l'arrivée les lettres
+à l'endroit du timbre sec d'une espèce d'emporte-pièce
+qui couperait l'enveloppe à cette place, et s'opposerait
+à ce qu'elle pût être présentée de nouveau.</p>
+
+<p>L'application de cet emporte-pièce serait très-prompte,
+très-facile, et ne retarderait ni ne gênerait le service.
+
+<p>Mais nous ne donnerons pas ici plus de développement
+à cette idée, persuadé que nous sommes qu'on
+pourrait arriver aux moyens de composer des enveloppes
+qui ne serviraient jamais deux fois.</p>
+
+<p>M. Hill propose un autre moyen de suppléer, dans
+l'occasion, aux enveloppes timbrées, moyen très-simple
+et qui pourrait être adopté dans beaucoup de cas; il
+consisterait à frapper le timbre de taxe sur de petits
+morceaux de papier très-minces et de forme ronde, et
+ces timbres, semblables à ceux dont on se sert chez les
+notaires ou aux chancelleries, seraient collés sur les
+lettres au moyen d'une substance glutineuse, et déchirés
+ensuite dans le bureau d'arrivée par l'employé
+chargé de la distribution.</p>
+
+<p>Si ces petits morceaux de papier timbrés étaient mis
+en usage, ils pourraient être débités par paquets, et appliqués
+<a name="p120" id="p120"></a><span class="pagenum">Page 120</span>
+sur la lettre par les particuliers eux-mêmes ou
+par les agents des postes. Les particuliers, surtout en
+province, qui seraient en doute sur le poids de la lettre
+qu'ils auraient écrite, pourraient la présenter aux bureaux
+de poste et payer immédiatement le prix du timbre,
+lequel serait collé sur leur lettre, en leur présence.</p>
+
+<p>Peut-être objectera-t-on encore que, toutes les lettres
+timbrées ayant ainsi payé le port d'avance, il y aurait
+moins de garantie pour leur exacte délivrance que si le
+port en était à recouvrer par le facteur; en d'autres
+termes, qu'un facteur paresseux pourrait détruire les
+lettres pour éviter la peine de les porter.</p>
+
+<p>A cela on pourrait répondre que, dans l'ordre de
+choses actuel, il n'y a pas plus de garanties de sécurité
+pour les lettres franches; mais ce ne serait pas parfaitement
+juste, parce que le facteur, devant nécessairement
+faire sa tournée pour porter les lettres taxées, n'a que
+peu ou point de peine de plus pour remettre en même
+temps les lettres franches; il s'ensuivrait donc que cette
+dernière part très-importante des correspondances ne
+doit son exacte arrivée qu'à la nécessité où est le facteur
+de porter des lettres dont le port est à recouvrer.</p>
+
+<p>Cependant examinons quelles sûretés pourrait présenter
+le service nouveau.</p>
+
+<p>Indépendamment des moyens de surveillance de l'administration,
+des contrôles et des épreuves auxquels elle
+pourrait avoir recours pour s'assurer de la fidélité de
+ses facteurs, on pourrait donner au public la possibilité
+de recommander des lettres pour tous les points
+de la France, faculté qui n'est accordée aujourd'hui
+<a name="p121" id="p121"></a><span class="pagenum">Page 121</span>
+que pour les lettres à la destination de Paris. Toute
+personne consentant à payer un demi-port en sus de
+la taxe ordinaire de sa lettre, serait admise à la
+faire <i>recommander</i> et pourrait en demander un reçu. A
+cet effet, elle remettrait au préposé des postes chargé
+de recevoir la taxe supplémentaire, une copie de la suscription
+de sa lettre, écrite sur un papier séparé, et le
+préposé frapperait cette copie de son timbre à date
+constatant le jour de l'expédition de la lettre dont ce
+double servirait ainsi de reçu.</p>
+
+<p>Les lettres <i>recommandées</i> seraient placées séparément
+des autres dans la dépêche; mais au point d'arrivée
+elles seraient confondues par le directeur des
+postes avec les lettres ordinaires qu'il remettrait à son
+facteur; or celui-ci, dans l'impossibilité où il serait de
+distinguer les lettres qui seraient l'objet de la surveillance
+dont nous avons parlé, et dans la crainte d'être
+facilement découvert et sévèrement puni, ferait sa
+tournée plus exactement encore que s'il transportait
+des lettres taxées.</p>
+
+<p>L'administration des postes cesserait de prendre un
+reçu des destinataires des lettres; cet usage présente des
+inconvénients. Comme elle n'en aurait pas donné d'autres
+au point de départ, que l'application du timbre de
+date sur une copie de l'adresse, et ceci simplement à titre
+de renseignement officieux et pour faciliter les recherches
+en cas de perte, cette perte de la lettre ne
+devrait donner lieu à aucune responsabilité, non plus
+que la perte des lettres <i>recommandées</i> aujourd'hui. Le
+reçu est une garantie morale dont le public s'est trouvé
+<a name="p122" id="p122"></a><span class="pagenum">Page 122</span>
+très-bien jusqu'à présent; mais, quant à la garantie matérielle,
+il est inutile d'ajouter que l'administration ne
+peut en donner aucune pour le contenu d'une lettre qui
+lui a été présentée fermée; et cela est si vrai, que pour
+les lettres chargées même la loi n'assujétit l'administration
+qu'au paiement d'une somme de 50 fr., garantie qui
+est évidemment insuffisante et illusoire. Ajoutons
+enfin que cette garantie morale que nous offrons,
+sera plus efficace que celle qui résulte de la nécessité,
+pour un facteur infidèle, de porter une lettre
+dont la taxe lui est comptée. Car dans ce cas la perte du
+port de cette lettre ne sera rien pour lui chaque fois
+qu'il la mettra en comparaison avec le profit qu'il peut
+tirer de son vol ou de sa négligence. L'administration
+doit faire choix d'employés et de facteurs d'une conduite
+régulière, elle doit les soutenir, les surveiller, les
+encourager; et cette manière d'agir sera toujours la
+meilleure garantie pour elle contre les pertes ou les vols
+des lettres.</p>
+
+<p>Si l'on voulait présenter encore comme une objection
+sérieuse le temps ou la dépense qu'entraînerait le
+timbrage d'une grande quantité d'enveloppes, nous
+opposerions l'économie considérable de temps qu'on
+ferait sur l'opération de la taxation; et d'ailleurs on
+pourrait timbrer des enveloppes tous les jours et à toute
+heure, tandis qu'on ne peut taxer des lettres que dans
+le court intervalle de temps qui s'écoule entre la levée
+des boîtes et l'expédition des dépêches. La taxation des
+lettres, enfin, est longue, difficile et sujette à erreur,
+principalement en raison de la rapidité avec laquelle
+<a name="p123" id="p123"></a><span class="pagenum">Page 123</span>
+l'opération doit être faite; tandis que l'application d'un
+timbre sur une enveloppe blanche, est une opération
+mécanique qui sera toujours à la portée de toutes les
+intelligences.</p>
+
+<p>Une dépense nouvelle résulterait, il est vrai, des frais de
+confection et d'application des timbres; mais il est facile
+de l'apprécier. Les matrices des timbres secs gravés sur
+acier avec tout le soin possible, coûteraient 40 fr. l'une,
+ou 1,440 fr. pour trente-six, si on allait jusqu'à trente-six
+timbres. Deux presses suffiraient; celles du timbre royal
+coûtent 1,000 fr. Toute la dépense en matériel qu'entraînerait
+le projet, se bornerait donc à une somme de
+3,440 fr., et cette dépense n'est pas sans compensation.
+Nous avons dit qu'une taxation claire et régulière tourne à
+l'avantage des recettes; et, en second lieu, le temps d'un
+grand nombre d'employés expérimentés, tels que ceux
+qui doivent s'occuper de la taxe des lettres, a une valeur
+qui pourrait être ou économisée en entier, ou employée
+profitablement ailleurs. Il y avait, il y a quelques années,
+à l'administration des postes à Paris, un bureau
+spécial pour la taxation des lettres; il était composé de
+vingt-trois personnes, et il coûtait 60,500 fr. par an. Cette
+dépense, qui existe encore aujourd'hui sous une autre
+forme, pourrait être supprimée; car la vérification d'un
+timbre de taxe doit être à la portée de tous les commis
+et directeurs, et n'exigera pas des employés spéciaux.</p>
+
+
+<p class="mid">Dispositions transitoires.</p>
+
+<p>Quelque évidents que puissent paraître les avantages
+<a name="p124" id="p124"></a><span class="pagenum">Page 124</span>
+qui doivent résulter pour le public du nouveau système
+de taxation des lettres, nous ne pensons pas que ce
+nouveau procédé pût être substitué tout à coup, et
+sans transition, à celui qui est en usage aujourd'hui. Il
+faudrait, dans tous les cas, respecter les habitudes prises,
+et faire fonctionner d'abord le nouveau système concurremment
+avec l'ancien.</p>
+
+<p>Cet emploi simultané des deux moyens n'apporterait
+aucune perturbation dans le service des postes. Les
+lettres timbrées pourraient être facilement distinguées
+des autres dans les dépêches; elles seraient comptées et
+enregistrées sur une feuille spéciale, et si cette séparation
+devenait l'objet d'une opération de plus pour les
+employés des postes, l'augmentation de travail causée par
+cette opération, serait compensée par la réduction
+de travail résultant, d'autre part, de la diminution du
+nombre des lettres à taxer d'après l'ancien système. Il
+ne faut pas oublier d'ailleurs que l'abaissement de la
+taxe, pour les lettres timbrées seulement, ferait augmenter
+rapidement leur nombre, et nous croyons qu'en
+peu de temps celui des autres lettres serait tellement
+réduit, que la mesure nouvelle pourrait être généralisée
+sans aucun inconvénient.</p>
+
+<a name="p125" id="p125"></a><p><span class="pagenum">Page 125</span></p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>CHAPITRE VI.</h3>
+<br>
+
+<p class="mid">Conclusions.</p>
+
+
+<p>Des développements que nous avons présentés, on
+peut tirer les conclusions suivantes:</p>
+
+<p>1° Il est d'un puissant intérêt pour l'État que le
+nombre des lettres en circulation en France soit aussi
+élevé que possible. Les transactions du commerce ne
+sauraient être trop facilitées, comme sources de richesse
+pour le pays et de produits pour le trésor public.</p>
+
+<p>2° L'accroissement du nombre des correspondances
+peut être obtenu, ou par l'accélération de la marche des
+courriers et de la distribution des lettres, ou par l'abaissement
+des taxes, ou mieux encore par les deux moyens
+réunis. L'administration a, pendant les quinze dernières
+années, beaucoup accéléré la marche des courriers
+et la distribution des lettres; mais elle n'a pas assez
+pensé à la réduction des taxes (<a href="#p1">p. 1</a>-15).</p>
+
+<p>3° Lorsque le port des lettres est peu élevé, la rapidité
+du mode de transport, et la sécurité que donne le
+service de l'administration des postes, ramènent à elle
+<a name="p126" id="p126"></a><span class="pagenum">Page 126</span>
+les correspondances qui s'échappaient par d'autres
+issues; et les taxes des lettres nouvelles compenseront
+toujours et au-delà, à cause de leur grand nombre,
+la diminution de recette qui pourrait résulter de l'abaissement
+du tarif.</p>
+
+<p>4° Ces suppositions acquièrent force de certitude, si
+l'on consulte l'expérience du passé, et si l'on considère
+que chaque création de service, chaque facilité donnée
+au commerce par la poste, a été immédiatement suivie
+d'une augmentation dans les produits. Nous en avons
+cité des exemples pris dans la correspondance de Paris
+avec Marseille, accélérée récemment, ainsi que dans
+l'établissement du service journalier en 1827, et du
+service rural en 1829 (<a href="#p5">p. 5</a>, 7, 9).</p>
+
+<p>5° De doubles services de poste partant de Paris, contribueraient
+encore à augmenter le nombre des lettres
+en circulation; et un emploi mieux entendu des facteurs
+ruraux, en procurant à l'État une augmentation de
+droit de cinq pour cent sur le transport des articles
+d'argent, ferait entrer dans le service des postes une
+quantité considérable de lettres nouvelles (<a href="#p11">p. 11</a>).</p>
+
+<p>6° La taxe des lettres est trop élevée, et ce fait se démontre
+moralement comme financièrement. En effet, il y
+a des relations de famille qui seraient entièrement interrompues
+par l'élévation du port actuel des lettres envoyées
+à de longues distances, si ces correspondances
+n'avaient pas recours à la fraude. Et d'autre part les
+produits de poste ne se sont pas élevés proportionnellement,
+pendant les vingt dernières années de paix, au
+même taux que d'autres revenus indirects, tels que le
+<a name="p127" id="p127"></a><span class="pagenum">Page 127</span>
+dixième sur le prix des places des voyageurs dans les
+voitures publiques, bien que le besoin d'écrire doive se
+présenter plus naturellement et plus fréquemment que
+celui de se déplacer (<a href="#p18">p. 18</a>).</p>
+
+<p>7° S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe
+quelconque, il conviendrait de choisir d'abord, pour en
+faire l'objet de la réduction, celle dont l'abaissement
+donnerait la plus grande somme d'avantages pour le
+public, en même temps que la moindre perte pour le
+trésor, et aussi celle dont le revenu toujours progressif,
+mais non encore assez étendu, annonce des besoins
+généraux qui seraient mieux satisfaits, si le tarif était
+moins élevé; or cette taxe est celle des postes (<a href="#p19">p. 19</a>).</p>
+
+<p>8° Il est du devoir d'une administration publique
+investie d'un privilége si important en résultat que celui
+du transport des correspondances, de se mettre en état
+de faire parvenir toutes les lettres que les particuliers
+ont intérêt à écrire; et si l'élévation du prix de port
+est un obstacle réel pour ceux-ci, il semble que l'État
+leur refuse un objet de première nécessité, qu'il ne leur
+est ni possible ni permis de se procurer ailleurs.</p>
+
+<p>9° La fraude sur le transport des lettres est en grande
+partie le résultat de l'élévation des taxes. Elle est considérable
+en France; plus de quarante-cinq millions de
+lettres circulent en dehors du service des postes par
+des voituriers ou des messagers de ville à ville, indépendamment
+de celles qui sont transportées par des voyageurs,
+ou qui passent indûment sans taxe, dans le service
+des postes, sous le couvert des préposés publics (<a href="#p22">p. 22</a>).</p>
+
+<p>10° Des entreprises particulières ont été autorisées
+<a name="p128" id="p128"></a><span class="pagenum">Page 128</span>
+par les tribunaux à distribuer des imprimés et des journaux:
+c'est une atteinte au privilége des postes, qui
+ne peut être motivée que sur l'élévation du tarif.</p>
+
+<p>11° Toute lettre écrite a une utilité relative, et presque
+toutes seraient confiées au service des postes, si la
+taxe n'en était pas trop élevée, eu égard au degré d'importance
+que les envoyeurs y attachent.</p>
+
+<p>12° Dans la taxe des lettres, le prix du service rendu
+est représenté par le montant général des dépenses divisé
+par le nombre de lettres en circulation; le reste de
+la recette est un impôt, qui pourrait être diminué dans
+certaines proportions, si l'intérêt bien entendu de l'État
+le commandait. Le transport et la distribution d'une
+lettre simple, en France, coûte à l'État environ 8 cent.,
+et la taxe en rapporte 44 (<a href="#p28">p. 28</a>-32).</p>
+
+<p>Le transport et la distribution d'un imprimé coûte
+8 cent. et rapporte 4 cent; enfin le transport des correspondances
+administratives coûte 9,480,000 fr. par an,
+et ne rapporte rien. Ce dernier transport, fait gratuitement,
+représente une économie pour l'État, qu'il convient
+d'attribuer à la taxe des lettres.</p>
+
+<p>Le résultat de ces appréciations est que si l'impôt était
+égal au prix du service fait, il serait de cinq cent cinquante
+pour cent moins élevé que l'impôt actuellement
+perçu, et que toutes les dépenses résultant du transport
+des correspondances administratives et des imprimés
+à un prix réduit se trouvant couvertes, la taxe des
+lettres pourrait être encore réduite de cinquante pour
+cent, sans que l'exploitation devînt onéreuse à l'État
+(<a href="#p29">p. 29</a>, <a href="#p36">36</a>).</p>
+
+<a name="p129" id="p129"></a><p><span class="pagenum">Page 129</span></p>
+
+<p>13° La première réduction de taxe à opérer est la suppression
+du décime appliqué sur les lettres distribuées
+dans les campagnes; cette taxe est injuste, et relativement
+improductive (<a href="#p37">p. 37</a>).</p>
+
+<p>14° Une réduction de cinquante pour cent sur le tarif
+général des postes n'amènerait probablement pas de
+diminution de recettes, même dans la première année.
+Mais cette diminution générale de cinquante pour cent,
+applicable également à toutes les espèces de taxes de
+poids et de distance en France, ne serait pas rationnelle,
+et ne produirait pas les heureux effets que l'on
+peut attendre d'un autre mode de réduction du tarif
+(<a href="#p44">p. 44</a>).</p>
+
+<p>15° De l'examen du tarif actuellement en usage, il
+résulte:</p>
+
+<p>Que les degrés de pesanteur de la lettre et de la
+distance qu'elle doit parcourir, et sur lesquels est réglée
+la taxe, sont tellement nombreux et serrés, que la taxation
+des lettres en devient une opération longue, obscure
+et difficile; que les échelons de taxe étant plus rapprochés
+dans les premiers degrés que dans les derniers,
+ce sont les lettres les moins pesantes et parcourant de
+moindres distances, c'est-à-dire les plus nombreuses,
+qui se trouvent dans les conditions les plus défavorables,
+et que ce sont celles qui cependant peuvent échapper le
+plus facilement au service par la fraude; que l'extension
+du premier degré de distance, et en même temps le
+poids de la lettre simple fixé à 15 gr. au lieu de 7 gr. 1/2,
+seraient des dispositions utiles aux particuliers et profitables
+au trésor public;</p>
+
+<a name="p130" id="p130"></a><p><span class="pagenum">Page 130</span></p>
+
+<p>Que le tarif actuel pourrait être utilement remplacé
+par un nouveau tarif, basé, comme l'ancien, sur le
+poids des lettres et sur la distance parcourue, mais
+composé seulement de six degrés pour le poids et de
+six degrés pour la distance (<a href="#p48">p. 48</a>.);</p>
+
+<p>Que de l'adoption de ce nouveau tarif il résulterait
+que la taxation des lettres serait plus simple et plus
+facile, les distances mieux partagées et plus facilement
+appréciées par les particuliers, enfin que la lettre simple
+pourrait être considérée comme telle, bien qu'elle contînt
+quelques papiers inclus, si le poids n'en dépassait
+15 gr. (<a href="#p48">p. 48</a>-61);</p>
+
+<p>Qu'enfin le poids plus considérable auquel on permettrait
+aux lettres simples d'arriver, ne serait pas une
+occasion de fraude (<a href="#p62">p. 62</a>).</p>
+
+<p>16° Mais un tarif réglé sur le poids et sur la distance
+ne compensera jamais, dans les postes, les avantages
+qu'on pourrait tirer d'une taxe fixe (<a href="#p67">p. 67</a>).</p>
+
+<p>La taxe fixe est d'ailleurs la seule taxe réellement
+juste, parce qu'elle représente tous les frais de parcours
+et d'administration sur tous les lieux et dans toutes les
+distances, divisés par le nombre des lettres en circulation.
+Les frais résultant du transport des dépêches ne
+sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec
+le prix de la taxe des lettres; les taxes progressives actuelles
+ne peuvent donc pas être considérées comme représentant
+exactement le prix de service rendu (<a href="#p67">p. 67</a>-73).</p>
+
+<p>Le port fixe rend beaucoup plus facile l'opération de
+la taxation des lettres, et nous avons vu combien cette
+opération de la taxation prêtait à l'erreur, nécessitait
+<a name="p131" id="p131"></a><span class="pagenum">Page 131</span>
+l'emploi d'un temps très-long, et enfin entraînait des
+pertes pour les recettes (<a href="#p78">p. 78</a>).</p>
+
+<p>Elle faciliterait la vérification des produits à chaque
+point d'arrivée des dépêches, et accélérerait considérablement
+la distribution des lettres (<a href="#p78">p. 78</a>-83).</p>
+
+<p>Enfin elle permettrait de dresser un compte exact et
+numérique des lettres circulant dans le service, tant à
+Paris que dans les départements, compte qui deviendrait
+la meilleure garantie possible entre les soustractions
+et les pertes de lettres (<a href="#p80">P. 80</a>).</p>
+
+<p>17° La taxe fixe s'appliquerait avec beaucoup d'avantage
+aux lettres de la ville pour la ville, et aux lettres
+destinées aux soldats.</p>
+
+<p>Les lettres de la ville pour la ville, en effet, sont
+presque toujours simples dans le sens que nous attachons
+à ce mot, c'est-à-dire envoyées par une seule personne
+à une autre personne seule; pour faciliter ces
+correspondances qui échappent très-aisément au service
+des postes, il faut tolérer une extension de la pesanteur
+de la lettre jusqu'au point où le service en serait embarrassé
+(<a href="#p85">p. 85</a>). Deux taxes fixes suffiraient à tout dans
+cette circonstance, 1 décime pour les lettres du poids
+de moins de 50 gr., et 2 décimes pour toute lettre de
+50 à 100 gr.</p>
+
+<p>Il y aurait justice et humanité, en même temps qu'avantage
+financier, à réduire à 1 décime le port des lettres
+adressées aux soldats et sous-officiers aujourd'hui taxées
+à 25 c.</p>
+
+<p>18° Un système de taxation modérée en France, n'entraînerait
+pas de perte sur le prix de transport des lettres
+<a name="p132" id="p132"></a><span class="pagenum">Page 132</span>
+de et pour les pays étrangers, parce que les traités d'échange
+sont faits de manière à ce que les prix fixés, eu
+égard à la distance parcourue et à la pesanteur des
+lettres, soient réglés toujours sur le pied de la plus
+entière réciprocité (<a href="#p87">p. 87</a>).</p>
+
+<p>19° Maintenant, passant à la fixation projetée d'une
+taxe applicable à toutes les lettres du même poids circulant
+en France, nous remarquons que si le nombre
+des lettres venait à augmenter considérablement par
+suite de l'abaissement du tarif, les dépenses d'exploitation
+n'augmenteraient pas en proportion (<a href="#p88">p. 88</a>).
+Qu'une malle de Paris à Marseille, par exemple, qui
+coûte 760 fr. par voyage, pourrait transporter: ou quatre-vingt
+mille imprimés, dont le prix actuel de transport
+serait 3,200 fr.; ou cent vingt mille lettres du poids de
+5 gr., dont le montant de la taxe au taux actuel serait
+120,000 fr.; ou enfin moitié lettres et moitié journaux; et
+opérer encore une recette de 61,600 fr. c'est-à-dire quatre-vingt-cinq
+fois plus élevée que la dépense. Que dans des
+circonstances urgentes, on pourrait donner aux correspondances
+administratives dans les malles-postes, la place
+qu'occupent les trois voyageurs et leurs bagages, et
+qu'on ne renoncerait ainsi qu'à un produit variable de
+4 fr. 50 c. par poste. Qu'enfin il reste démontré qu'il y
+aura toujours spéculation avantageuse pour l'administration
+à transporter des lettres en malle-poste, même
+avec un prix de port infiniment réduit, puisque si l'on
+voulait proportionner exactement la taxe à apposer sur
+les lettres de Paris à Marseille aux frais de leur transport
+réel, en admettant que le magasin de la malle en fût
+<a name="p133" id="p133"></a><span class="pagenum">Page 133</span>
+rempli, cette taxe moyenne serait 6 c. 1/2<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a>
+<a href="#footnote74"><sup class="sml">74</sup></a> (<a href="#p88">p. 88</a>-91).</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote74"
+name="footnote74"></a><b>Note 74:</b><a href="#footnotetag74">
+(retour) </a> C'est-à-dire 760 fr., prix de la course divisée par 120,000, qui est le nombre
+des lettres transportées.</blockquote>
+
+<p>20° Les frais de régie et de personnel de l'administration
+des postes n'augmenteraient pas, si, le nombre
+des lettres devenant plus considérable, il n'y avait qu'une
+taxe fixe et uniforme (<a href="#p91">p. 91</a>).</p>
+
+<p>21° Le port fixe doit être réglé au taux de la plus basse
+de toutes les taxes de poste actuellement existantes, parce
+qu'il n'est pas possible d'en élever aucune. Soit 1 décime
+pour les lettres circulant dans l'arrondissement d'un
+même bureau de poste, et 2 décimes pour toutes lettres
+envoyées de bureau à bureau; et si, avec cette taxe si
+modérée, on suppose que le nombre des lettres doive
+s'accroître seulement dans la proportion de cent cinquante
+pour cent, c'est-à-dire de double plus moitié, la
+recette actuelle ne baisserait pas, même dès la première
+année (<a href="#p92">p. 92</a> et suivantes).</p>
+
+<p>22° Les avantages d'une taxe fixe dans le service des
+postes s'accroîtraient encore de la possibilité de l'application
+de cette taxe au moyen d'un timbre (<a href="#p96">p. 96</a> et suiv.).</p>
+
+<p>L'idée de l'emploi d'un timbre comme signe de taxe
+est fort ancienne, mais elle a été développée récemment
+avec beaucoup de talent et de clarté par un auteur anglais
+de qui nous avons emprunté la plus grande partie
+des considérations qui suivent.</p>
+
+<p>23° L'usage des timbres pourrait être appliqué aux
+deux tarifs que nous avons successivement proposés; soit
+à un tarif progressif mais réduit à six taxes de poids et à
+six taxes de distances, soit à une seule taxe fixe applicable
+<a name="p134" id="p134"></a><span class="pagenum">Page 134</span>
+à toutes les lettres divisées en deux catégories de
+poids seulement.</p>
+
+<p>Dans le premier cas, on devrait graver trente-six
+timbres; mais six ou dix-huit au plus de ces timbres
+seraient employés ordinairement, les autres seraient
+exceptionnels (<a href="#p99">p. 99</a>).</p>
+
+<p>Nous avons abandonné l'adoption de ce premier tarif,
+afin de ne pas mettre les particuliers dans la nécessité
+de s'enquérir d'abord du poids de leurs lettres et de la
+distance qu'elles doivent parcourir.</p>
+
+<p>Dans le second système dont nous proposons l'adoption,
+c'est-à-dire dans le système d'une taxe fixe, quatre
+timbres suffiraient, dont les deux premiers seraient
+presque uniquement en usage; ce seraient ceux de la
+lettre simple, dont le poids serait étendu à 50 gr., pour
+lettres de la ville pour la ville, et à 15 gr. pour les
+lettres allant à de plus longues distances. Les deux autres
+timbres seraient applicables aux lettres qui dépasseraient
+ce poids, sans excéder la limite de 100 gr. passé
+laquelle aucun paquet ne serait admis à circuler comme
+lettre dans le service des postes (<a href="#p101">p. 101</a> à 109).</p>
+
+<p>Les lettres des sous-officiers et soldats n'exigeraient
+pas l'emploi d'un timbre particulier, et on pourrait les
+faire rentrer dans la classe des lettres ordinaires affranchies
+par le timbre à 1 et à 2 décimes. Et les avis de
+mariage ou décès, s'ils n'étaient pas taxés à l'avenir
+comme imprimés à 4 c. par feuille, pourraient donner
+naissance à l'emploi de deux timbres d'une forme particulière,
+appliqués dans le service après coup avec une
+couleur délayée à l'huile, et qui ne feraient pas confusion
+<a name="p135" id="p135"></a><span class="pagenum">Page 135</span>
+avec les timbres secs ordinaires de la taxe des
+lettres.</p>
+
+<p>24° Toutes les lettres ainsi timbrées seront considérées
+dans le service des postes comme lettres affranchies
+et remises, dans tous les cas, franches de port à leur
+destination; la punition de la fraude serait la mise de la
+lettre au rebut (<a href="#p106">p. 106)</a>.</p>
+
+<p>25° L'emploi d'enveloppes timbrées serait préférable,
+pour le public et pour le service de l'administration, à
+celui de feuilles de papier timbrées dont la partie sur
+laquelle le timbre aurait été apposé, deviendrait apparente
+par la manière dont la lettre serait pliée. Le public
+pourrait être amené à ne se servir que d'enveloppes par
+la diminution du poids de l'enveloppe opérée sur le poids
+total accordé à la lettre dans le service; on pourrait se
+les procurer en tous lieux, particulièrement chez les
+papetiers et chez les directeurs des bureaux de poste,
+et l'administration des postes ou du timbre appliquerait
+l'empreinte, suivant la fantaisie des débitants ou des
+consommateurs, sur des papiers de toute couleur, de
+toute forme et de toute dimension.</p>
+
+<p>26° L'application de la taxe au moyen d'un timbre,
+présenterait des avantages de diverses espèces: 1° elle
+serait une source d'accélération dans la manipulation
+des lettres et dans leur distribution, en même temps
+que d'économie dans les frais de régie et d'exploitation
+(<a href="#p109">p. 109</a>); 2° les lettres réexpédiées par suite du changement
+de domicile du destinataire, ne supporteraient pas
+de taxe supplémentaire pour plus grande distance parcourue;
+3° le nombre des lettres en rebut diminuerait
+<a name="p136" id="p136"></a><span class="pagenum">Page 136</span>
+tellement, que ces lettres disparaîtraient presque entièrement
+du service; en effet, une lettre franche se place
+toujours, et le public ne la refuse presque jamais; or,
+il y a eu en 1836 un million cinq cent quatre-vingt mille
+lettres en rebut; et la suppression de ces lettres aura plusieurs
+avantages moraux et financiers (<a href="#p110">p. 110</a>); 4° il se
+présentera moins d'occasions de démoralisation pour un
+grand nombre de commissionnaires ou de jeunes commis
+de maison de banque, chargés d'aller aux bureaux
+de poste affranchir les lettres, et plus de sûreté et de
+commodité pour les négociants, qui affranchiront leurs
+lettres de leur bureau même au moyen du timbre (<a href="#p112">p. 112</a>).
+5° enfin, il y aura simplification et économie extrême
+dans le mode de perception des recettes (<a href="#p113">p. 113</a>).</p>
+
+<p>27° Passant ensuite en revue les diverses objections
+qu'on pourrait faire au système, nous nous sommes d'abord
+attachés à la plus importante de toutes, qui prenait
+sa source dans la nécessité de l'affranchissement
+préalable pour toute espèce de lettres circulant dans
+le service. Mais si on partage le nombre de lettres en
+diverses catégories répondant aux divers besoins du
+commerce et des particuliers, on voit bientôt qu'un
+infiniment petit nombre de personnes seraient contrariées
+par la nécessité d'un affranchissement préalable,
+d'ailleurs si facile et si expéditif (<a href="#p114">p. 114</a>).</p>
+
+<p>28° Il n'y aura pas de fraude possible par le double
+emploi des enveloppes; cette industrie serait très-peu
+productive, et la fabrication du timbre et du papier
+peuvent très-aisément la rendre impossible (<a href="#p118">p. 118</a>).</p>
+
+<p>29° Il n'y aurait pas lieu de craindre que les lettres
+<a name="p137" id="p137"></a><span class="pagenum">Page 137</span>
+ne fussent pas fidèlement remises aux destinataires,
+parce que le port en aurait été ainsi payé partout à l'avance
+par l'achat du timbre. Il existe, en effet, plusieurs
+moyens autres que la nécessité de la perception de la
+taxe, pour assurer l'exactitude et la fidélité des facteurs.
+Et une manière de rassurer le public à ce sujet, serait
+de permettre une certaine extension du service actuel
+des lettres recommandées (<a href="#p121">p. 121</a>).</p>
+
+<p>30° Enfin le temps employé pour le timbrage des
+enveloppes, non plus que la dépense qui résulterait de
+cette opération, ne peuvent pas être présentés comme
+des objections sérieuses.</p>
+
+<p>31° Afin cependant de ménager tous les intérêts et
+de respecter les habitudes prises, il serait nécessaire de
+faire marcher concurremment d'abord, les deux systèmes
+de taxation; c'est-à-dire, la taxe fixe appliquée au
+moyen du timbre, et l'ancienne taxe progressive écrite
+à la plume; et il y a tout lieu de croire que bientôt les
+avantages de toute espèce que présente le système proposé,
+seraient assez généralement appréciés, pour que
+l'ancien mode de taxation fût abandonné, et que les
+particuliers cessassent d'eux-mêmes d'y avoir recours.</p>
+
+<br>
+
+<p>Ici, ma tâche est terminée. J'ai cherché à rendre
+sensibles les avantages que présenterait la taxation des
+<a name="p138" id="p138"></a>
+lettres par le moyen d'un timbre, combinée avec un
+abaissement du tarif. J'ai l'honneur de soumettre ce
+projet de réforme à la sagesse et à l'expérience de
+Monsieur le Ministre des finances, persuadé que je suis,
+qu'en partant de ces données, sans doute très-imparfaites,
+on pourrait arriver à deux résultats très-désirables,
+à savoir: 1° une immense extension des correspondances
+en France, 2° une extrême simplification du
+service des postes.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<p>FIN.</p>
+
+<a name="p139" id="p139"></a><p><span class="pagenum">Page 139</span></p>
+<br><br>
+
+
+<h3>PIÈCES A L'APPUI.</h3>
+<br><br>
+
+<a name="n1" id="n1"></a>
+<p>NOTE N° 1.</p>
+
+<p><a href="#ix">INTRODUCTION</a> ET <a href="#p97">PAGE 97</a>.</p>
+
+
+<p>J'ai trouvé ce document très-curieux dans un recueil de lettres
+de Mlle de Scudéry, copiées par Conrart et annotées par Pélisson,
+secrétaire-rédacteur des soirées qui se tenaient le samedi chez
+Mlle de Scudéry.</p>
+
+<p>Je lis dans ce manuscrit, dont je dois la communication aux
+bontés de M. Feuillet, chef du protocole au ministère des affaires
+étrangères, une note ainsi conçue, écrite de la main même
+de Pélisson:</p>
+
+<a name="p140" id="p140"></a><p><span class="pagenum">Page 140</span></p>
+
+<p>«Argument de ce qui suit:</p>
+
+<p>«En mesme temps que M. de Velayer establit les boestes pour
+porter des billets d'un quartier à l'autre, il fit aussi imprimer
+certains formulaires de billets d'une douzaine de sortes comme
+pour demander de l'argent à un débiteur, pour recommander
+une affaire à son procureur, un ouvrage à quelque artisan,
+etc., etc., afin que ceux qui auroient des choses semblables
+à escrire, se peussent servir de ces billets touts faits,
+du moins en remplissant quelques lignes de blanc qu'on y
+laissoit, comme on fait, par exemple, aux quittances des parties
+casuelles et en une infinité d'autres affaires. Ces billets se
+vendoient au palais avec les autres billets de port payé. Acante<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a>
+<a href="#footnote75"><sup class="sml">75</sup></a>
+en aiant achetté une douzaine pour cinq sous, s'avisa, pour
+employer son argent, d'envoier à Sappho par la voie des
+boestes celui qui est icy attaché, rempli comme il est. Sappho
+y fit la réponse qui est en suitte:</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote75"
+name="footnote75"></a><b>Note 75:</b><a href="#footnotetag75">
+(retour) </a> C'était le nom que s'était donné Pélisson dans cette société de beaux-esprits.
+Mademoiselle de Scudéry avait reçu le nom de Sappho; Conrart l'académique celui
+de Théodamas. Le poète Sarrazin s'appelait Polyandre, etc.</blockquote>
+
+<a name="p141" id="p141"></a><p><span class="pagenum">Page 141</span></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"></p>
+
+<a name="p142" id="p142"></a><p><span class="pagenum">Page 142</span></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"></p>
+
+<a name="p143" id="p143"></a><p><span class="pagenum">Page 143</span></p>
+
+<p>«L'invention de ces billets estant encore toute nouvelle après
+celle des billets de port payé qui estoit déjà establie, j'envoiez
+celuy cy rempli comme il est à mademoiselle de Scudéry, sous
+une enveloppe à madame Boquet. Elle fit la réponse qui commence:
+Comme j'ai toujours...<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a>
+<a href="#footnote76"><sup class="sml">76</sup></a>»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote76"
+name="footnote76"></a><b>Note 76:</b><a href="#footnotetag76">
+(retour) </a> Nous ne donnons pas la réponse de Sappho parce qu'elle est étrangère à
+notre sujet.</blockquote>
+
+
+<p>(<i>Note de la main de Pélisson.</i>)</p>
+
+
+<p>Ailleurs je trouve dans le même recueil, une lettre de Sappho
+(Mlle de Scudéry) qui finissait ainsi:</p>
+
+<p>«J'en eusse dit bien davantage, mais la boeste des billets
+s'ouvre à huit heures, et c'est par cette voye que je prétends
+vous envoyer celuy-cy.»</p>
+
+<p>Pélisson avait écrit en marge l'annotation suivante:</p>
+
+<p>«Il est vraisemblable que dans quelques années on ne saura
+plus ce que c'estoit que la boeste des billets. M. de Velayer,
+maistre des requestes, avoit imaginé un moïen pour faire porter
+des billets d'un quartier de Paris à l'autre en mettant des
+boestes aux coins des principales rues. Il avoit obtenu un privilège
+ou don du roi pour pouvoir seul establir ces boestes, et
+avoit ensuitte establi un bureau au Palais, où on vendoit pour
+un sou pièce, certains billets impriméz et marquez d'une marque
+qui lui estoit particulière. Ces billets ne contenoient autre
+chose sinon <i>port payé le jour de l'an
+mil six cent cinquante-trois ou cinquante-quatre</i>. Pour s'en
+servir il falloit remplir le blanc de la datte du jour et du mois
+auquel vous escriviez, et après cela vous n'aviez qu'à entortiller
+ce billet autour de celuy que vous escriviez à votre ami et
+les faire jetter ensemble dans la boeste. Il y avoit des gens qui
+avoient ordre de l'ouvrir trois fois par jour, et de porter les
+billets où ils s'adressoient.</p>
+
+
+
+<a name="p144" id="p144"></a><p><span class="pagenum">Page 144</span></p>
+<br><br>
+
+
+<a name="n2" id="n2"></a>
+<p>NOTE N° 2.</p>
+
+<p><a href="#p21">PAGE 21.</a></p>
+
+<p>(<i>Traduction</i>.)</p>
+
+
+<p>«Mais le plus ingénieux de ces subterfuges est le système au
+«moyen duquel M. Brawn, de Londres, peut correspondre avec
+«M. Smith, d'Édimbourg. L'adresse du journal (lequel est toujours
+«transporté franc)<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a>
+<a href="#footnote77"><sup class="sml">77</sup></a>, porte ces mots:</p>
+
+
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>«M. <span class="sc">John Smith</span>,</p>
+<p>«Épicier, marchand de thé.</p>
+<p>«1, Grande-Rue.</p>
+<p> «Édimbourg.</p>
+<br>
+<p>«Six manières différentes de mettre cette adresse indiquent</p>
+<p>«d'abord la date des nouvelles qui doivent être transmises:</p>
+<br>
+
+<p>«<span class="sc">M. Smith</span> est pour le lundi,</p>
+<p>«<span class="sc">M. John Smith</span> pour le mardi,</p>
+<p>«<span class="sc">M.J. Smith</span> pour le mercredi,</p>
+<p>«<span class="sc">J. Smith</span> esq. pour le jeudi,</p>
+<p>«<span class="sc">John Smith</span> esq. pour le vendredi,</p>
+<p>«<span class="sc">Smith</span> esq. pour le samedi.</p>
+</div></div>
+
+<p>«L'avis de l'envoi des marchandises est indiqué, en mettant
+«l'adresse entière, comme plus haut. Pour les envoyer le mercredi,
+<a name="p145" id="p145"></a><span class="pagenum">Page 145</span>
+par exemple, le journal est adressé à M.J. Smith,
+épicier.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote77"
+name="footnote77"></a><b>Note 77:</b><a href="#footnotetag77">
+(retour) </a> Le transport des journaux est franc dans l'étendue des Trois Royaumes; et
+le prix du timbre est fixé en conséquence.</blockquote>
+
+<p>«L'avis de la réception des marchandises est indiqué par
+l'omission de l'état; pour les marchandises reçues le vendredi,
+l'adresse est: John Smith esq., Grande-Rue, Édimbourg.</p>
+
+<p>«Les incidents des marchés sont indiqués par les professions
+du destinataire.</p>
+
+<pre>
+«Marchand de thé, seul ... les prix du thé en hausse.
+
+«Épicier...............<i>Id</i>.... en baisse.
+«Épicier et m_{d} de thé.... sucres en hausse.
+«Épicier m_{d} de thé, etc.. sucres en baisse.
+«Épicier, etc........ marché lourd et stationnaire.
+</pre>
+
+<p>«D'autres renseignements sont encore exprimés par les mots:
+marchand de thé, etc., marchand de thé et épicier, marchand
+de thé, épicier, etc. Supposons, par exemple, que les sucres
+aient monté le lundi, l'adresse sera à M. Smith, épicier et
+marchand de thé, 1, Grande-Rue, Édimbourg.</p>
+
+<p>«Les incidents dans les affaires d'argent sont indiqués par les
+changements dans la manière d'écrire la localité:</p>
+
+<pre>
+«1, Grande-Rue..... traites bonnes.
+«--Grande-Rue..... billets envoyés à recevoir.
+«1, Grande-Rue..... acceptation reçue.
+«--Grande-Rue..... billets protestés.
+</pre>
+
+<p>«Ceci est un système qui, quoique facile à découvrir, défie
+toutes les punitions légales.»</p>
+<br><br>
+<a name="p146" id="p146"></a><p><span class="pagenum">Page 146</span></p>
+
+<a name="n3" id="n3"></a>
+NOTE N° 3.
+
+<a href="#p41">PAGE 41</a>.
+
+<p>(<i>Extrait d'un procès-verbal des délibérations du conseil-général
+de la Lozère</i>).</p>
+
+
+<p>«Avec le nombre trop restreint de bureaux de poste et de distribution
+que possède le département de la Lozère, la plus
+grande partie des communes paie le décime supplémentaire,
+et il en résulte, pour les contribuables, une charge qui n'est pas
+dans l'ordre naturel des choses. Le service des postes n'est
+plus, en effet, un service onéreux pour l'Etat; c'est un véritable
+impôt qui produit 14 ou 15 millions, et il est de droit que
+les frais de perception de cet impôt soient entièrement prélevés
+sur le produit. Pourquoi les communes qui ne sont qu'à
+un quart de lieue ou à une demi-lieue d'une autre commune, et
+qui sont à la même distance du point de départ, paieraient-elles
+un décime de plus par lettre que cette dernière, c'est-à-dire
+souvent un tiers ou un quart en sus de la taxe? Dans le principe,
+pour prévenir les réclamations du trésor, et pour faire adopter
+la mesure, on a cru devoir assujettir à cette surtaxe les communes
+rurales; mais les correspondances sont devenues plus
+actives; les postes rendent beaucoup plus qu'elles ne rendaient
+à cette époque; le trésor a gagné sous les deux rapports; et il
+est temps de faire cesser cette inégalité qui pèse sur les communes
+les moins riches de la France, et de les faire rentrer
+dans le droit commun.»</p>
+
+<p>Le conseil émet, en conséquence, un voeu formel pour la suppression
+du décime supplémentaire dans le service rural.</p>
+
+<a name="p147" id="p147"></a><p><span class="pagenum">Page 147</span></p>
+<br><br>
+
+<a name="n4" id="n4"></a>
+<p>NOTE N° 4.</p>
+
+<p><a href="#p44">PAGE 44</a>.</p>
+
+
+<p>L'écrivain anglais donne les exemples suivants pris dans les
+recettes en Angleterre, comme preuve qu'une réduction dans la
+valeur des objets, ou un abaissement de la taxe, produisent ordinairement
+un accroissement dans la consommation.</p>
+
+<p>«Le prix du savon a récemment baissé d'à peu près un
+huitième, et en même temps la consommation a augmenté
+d'un tiers.</p>
+
+<p>«La consommation des soieries, lesquelles depuis l'année 1823
+avaient baissé de prix d'un cinquième, a plus que doublé.</p>
+
+<p>«La consommation des cotons, dont les prix ont baissé de
+presque moitié durant les vingt dernières années, a en même
+temps quadruplé.</p>
+
+<p>«Le commerce du café offre une autre preuve frappante des
+effets avantageux d'un abaissement sur les droits.</p>
+
+<p>«En 1783 le droit sur le café était de 1 sh. 6 d. par livre, et
+les revenus furent seulement de 2,869 l. 10 sh. 10 1/2 d.;
+en 1784 le droit fut réduit à six pence par livre et rapporta immédiatement
+7,200 l. 15 sh. 9 d.</p>
+
+<p>«Le tableau suivant montre plus clairement encore les effets
+de l'élévation ou de l'abaissement des droits sur cette sorte de
+produits.»</p>
+
+<pre>
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+|ANNÉES.| DROITS. | CONSOMMATION. | REVENU. |
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+| | Par livre: | | l. sh. d.|
+| 1807. | 1 sh. 8D. |1,170,164 livres pesant | 161,245 11 4 |
+| | Réduits | en 1809. | |
+| 1808. | à 7D. |9,251,847 livres pesant.| 245,856 8 4|
+| | Élevés dans l'intervalle | | |
+| 1824. | à 1 sh. | 7,993,041 -- | 407,544 4 3|
+| |Réduits de nouveau en 1824| | |
+| | à 6D. | | |
+| 1831. | à 6D. | 22,740,627 -- | 583,751 0 0|
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+</pre>
+
+<a name="p148" id="p148"></a><p><span class="pagenum">Page 148</span></p>
+<br>
+
+<p>NOTE N° 4 <i>bis</i>.</p>
+
+<p><a href="#p44">PAGE 44</a>.</p>
+
+<p>(<i>Extrait de la brochure de M. Hill.</i>)</p>
+
+
+<p>«Le tarif de la taxe des lettres en Angleterre, établi en 1710, a
+été réduit en 1764, ainsi qu'il suit:</p>
+
+<pre>
+<i>Tarif des distances</i> 1710 1764.
+
+«de 15 milles 3 d. 1 d.
+«de 15 milles à 20 milles 3 2
+«de 20 milles à 30 milles 3 2
+«de 30 milles à 50 milles 3 3
+
+ <i>Années</i>. <i>Revenu brut</i>.
+
+ «1710 111,461 l.
+ «1764 432,048
+</pre>
+
+<p>«On voit qu'en 1710, c'est-à-dire un an après que le prix
+des taxes eut été fixé à 3 d. sterl. pour les lettres de 15 milles
+jusqu'à 50 milles, la recette brute s'éleva à 111,461 l.; tandis
+qu'en 1764, époque où le transport des lettres de 15 milles
+jusqu'à 80 milles était abaissé par la loi à 1 d. pour les lettres
+de 14 milles et à 2 d. pour les lettres de 15 à 50 milles, il y
+a eu une augmentation de recette de près du triple; d'où il
+résulterait la preuve que l'élévation de la taxe n'est pas un
+moyen d'augmenter le revenu.»</p>
+<br><br>
+<a name="p149" id="p149"></a><p><span class="pagenum">Page 149</span></p>
+
+<a name="n5" id="n5"></a>
+<p>NOTE N° 5.</p>
+
+<p><i>Spécimens des timbres</i>.</p>
+
+<p><i>Dans l'hypothèse de l'adoption d'un Tarif simplifié et basé sur
+le poids des lettres et sur la distance qu'elles doivent parcourir.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<br><br>
+
+
+<p>Imp. de Lemercier, Benard &amp; Cie</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la
+taxation des lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+***** This file should be named 19984-h.htm or 19984-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/9/9/8/19984/
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
+
+
+</pre>
+
+</body>
+
+</html>
+
diff --git a/19984-h/images/001.png b/19984-h/images/001.png
new file mode 100644
index 0000000..c8c07aa
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/001.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/002.png b/19984-h/images/002.png
new file mode 100644
index 0000000..71c377a
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/002.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/003.png b/19984-h/images/003.png
new file mode 100644
index 0000000..3abe2aa
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/003.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/004.png b/19984-h/images/004.png
new file mode 100644
index 0000000..c9ef83a
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/004.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/005.png b/19984-h/images/005.png
new file mode 100644
index 0000000..d660568
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/005.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/006.png b/19984-h/images/006.png
new file mode 100644
index 0000000..5bfbd98
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/006.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/007-large.png b/19984-h/images/007-large.png
new file mode 100644
index 0000000..fdcd83d
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/007-large.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/007-small.png b/19984-h/images/007-small.png
new file mode 100644
index 0000000..6409ea9
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/007-small.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/008.png b/19984-h/images/008.png
new file mode 100644
index 0000000..875c59a
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/008.png
Binary files differ
diff --git a/19984-h/images/parenth.jpg b/19984-h/images/parenth.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c36a9e8
--- /dev/null
+++ b/19984-h/images/parenth.jpg
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..42fbb89
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #19984 (https://www.gutenberg.org/ebooks/19984)