summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/19984-8.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '19984-8.txt')
-rw-r--r--19984-8.txt4858
1 files changed, 4858 insertions, 0 deletions
diff --git a/19984-8.txt b/19984-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..9edd9ba
--- /dev/null
+++ b/19984-8.txt
@@ -0,0 +1,4858 @@
+The Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la taxation des
+lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre
+
+Author: A. Piron
+
+Release Date: November 30, 2006 [EBook #19984]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+
+
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+ DU
+
+ SERVICE DES POSTES
+
+ ET DE LA
+
+ TAXATION DES LETTRES
+
+ AU MOYEN D'UN TIMBRE
+
+ PAR
+
+ M.A. PIRON
+
+ SOUS-DIRECTEUR DES POSTES
+
+
+
+
+ PARIS
+ IMPRIMERIE DE H. FOURNIER ET Cie
+ RUE DE SEINE, 14 BIS
+
+ M DCCC XXXVIII
+
+
+
+
+ SOMMAIRE.
+
+
+
+Introduction page IX
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+Considérations générales sur le produit des postes page 1.
+
+Il est d'un haut intérêt d'augmenter le nombre des lettres en
+circulation en France, p. 1.--L'accroissement dans le nombre des lettres
+suit toujours l'accélération donnée à la marche des courriers; exemples
+pris dans la correspondance de Paris avec Marseille, p. 3.--Dans le
+service journalier, p. 6.--Dans le service rural, _ibid._--Proposition
+de l'établissement de doubles courriers partant de Paris, p.
+8.--Proposition d'un emploi mieux entendu des facteurs ruraux, p.
+11.--Le tarif des postes est trop élevé. Considérations morales et
+financières à ce sujet, p. 16.--Transports frauduleux, p. 21.
+
+CHAPITRE II.
+
+Appréciation des frais.--Projet de réduction de 50 p. 100 sur le tarif
+actuel, page 27.
+
+Quel est le prix du service rendu, p. 27.--Frais du transport des
+correspondances administratives, p. 30.--Frais du transport des journaux
+et imprimés taxés, p. 32.--Coût du transport d'une lettre ou d'un
+imprimé par la poste, p. 33.--Taux moyen de la taxe d'une lettre, p.
+34.--Proposition de supprimer la taxe du service rural, p.
+37.--Résultats financiers d'un abaissement de 50 p. 100 sur le tarif
+actuel des postes, p. 42.
+
+CHAPITRE III.
+
+Examen du tarif actuel, proposition d'un nouveau tarif réduit, mais
+encore basé sur le poids des lettres et sur la distance qu'elles doivent
+parcourir page 45.
+
+Examen du tarif actuel, p. 45.--Considérations sur la lettre simple, p.
+47.--Tableaux représentant les taxes proposées, p. 48 à 54.--Examen des
+tableaux: taxes de distance, p. 55.--Nouvelle échelle de poids, p.
+58.--Le poids de la lettre simple fixé à 15 gram., p. 59.--Nombre des
+lettres pesantes en circulation dans le service des postes, p.
+63.--Résultats financiers du tarif proposé, p. 64.
+
+CHAPITRE IV.
+
+Des avantages de la taxe fixe comparée au système actuellement en usage
+page 67.
+
+La taxe actuelle n'est pas proportionnelle au prix du service rendu, p.
+67.--Les frais de transport n'entrent que pour moitié dans les frais
+généraux d'exploitation, p. 72.--Si la taxe fixe était adoptée, la
+taxation des lettres deviendrait plus facile, p. 74.--Le compte des
+taxes et la vérification des dépêches se ferait plus rapidement, p.
+75.--Il pourrait être dressé un compte numérique des lettres en
+circulation, p. 80.--La distribution serait plus prompte, p.
+81.--Avantage des lettres franches dans le service des postes, p.
+82.--Examen de la taxe des lettres de la ville pour la ville, p. 84.--De
+la taxe des lettres pour les sous-officiers et soldats, p. 86.--De la
+taxe des avis de mariage et de décès, p. 87.--Des lettres de et pour
+l'étranger, _ibid._--Si le nombre des lettres augmentait
+considérablement, les frais de transport en malle-poste et par
+entreprise ne s'élèveraient pas en proportion, p. 88.--Dépenses et
+recettes possibles d'un service en malle-poste de Paris à Marseille, p.
+89.--Les autres frais d'exploitation n'augmenteraient pas, p.
+92.--Proposition d'une réduction de la taxe de toutes les lettres à 1
+déc. et à 2 déc., _ibid._--Résultats financiers, p. 93.
+
+CHAPITRE V.
+
+De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe p. 95.
+
+L'usage d'un timbre de taxe existait en 1653, p. 96.--Notes de Pélisson,
+_ibid._--Brochure de M. Hill, p. 98.--De la composition et de
+l'application des timbres, p. 99---Timbres de taxe adoptés dans
+l'hypothèse de la réduction du tarif à 6 degrés de poids et à 6 degrés
+de distance, _ibid._--Application du timbre à la taxe fixe de 1 déc. et
+de 2 déc., p. 102.--Modèles de timbres, p. 103.--De l'application des
+timbres, p. 105.--Les lettres réexpédiées ne supporteront pas
+d'augmentation de taxe, p. 106.--Les lettres trop pesantes, eu égard au
+timbre, seront mises aux rebuts, _ibid._--Avantages de l'emploi des
+timbres, p. 107.--Il y aura plus de rapidité dans le service des postes,
+p. 109.--Il y aura diminution des lettres en rebut, p. 110.--Il y aura
+moins d'occasions de démoralisation pour les commissionnaires chargés
+des affranchissements, p. 112.--Il y aura extrême simplification dans la
+perception des recettes générales, p. 113.--Objections qu'on pourrait
+présenter.--Résultats de la nécessité de l'affranchissement préalable,
+_ibid._--De la possibilité de la falsification des enveloppes timbrées,
+p. 117.--Application des timbres sur des papiers volants, p. 119.--Des
+garanties de fidélité dans la remise des lettres à domicile, p.
+120.--Proposition d'étendre le service des lettres recommandées, p.
+121.--Temps employé et dépenses résultant du timbrage des lettres, p.
+123.--Dispositions transitoires, p. 124.
+
+CHAPITRE VI.
+
+Conclusions p. 125
+
+PIÈCES A L'APPUI.
+
+Note n° 1 139
+
+Note n° 2 144
+
+Note n° 3 146
+
+Note n° 4 147
+
+Note n° 4 _bis._ 148
+
+Note n° 5 149
+
+
+
+
+ INTRODUCTION.
+
+
+L'idée du nouveau système de taxation des lettres, au moyen d'un timbre,
+que je vais présenter ici, ne m'appartient pas[1]. Je l'ai entendu
+développer par plusieurs personnes à Paris, et, tout récemment, j'ai
+trouvé ce sujet très-méthodiquement traité dans une brochure relative à
+des projets d'améliorations à apporter dans le service du post-office en
+Angleterre[2].
+
+[Note 1: Il était en usage à Paris en 1653. (V. aux pièces à l'appui, la
+Note 1.)]
+
+[Note 2: By Rowland Hill, London, 1837.]
+
+J'ai cherché à suppléer, par les développements dans lesquels je suis
+entré, à ce que les propositions qui ont été faites en France m'ont
+semblé avoir d'incomplet sous le rapport de l'exécution; et d'autre
+part, l'auteur anglais, qui a eu le premier, que je sache, le mérite
+d'exposer son système par écrit, en présente une application que je n'ai
+pas cru devoir adopter entièrement non plus. Cependant, en présence de
+ces différents projets qui tous tendaient à la réforme du mode de
+taxation actuellement en usage, j'ai pensé qu'il pourrait être utile de
+développer clairement ici le plan dont il est question, lequel m'a
+semblé, d'ailleurs, se prêter merveilleusement bien aux exigences du
+service des postes.
+
+Je crois que si les raisonnements et les exemples sur lesquels j'ai
+cherché à appuyer cette opinion pouvaient être goûtés, on jugerait que
+l'abaissement du tarif, et la taxation des lettres au moyen d'un timbre,
+augmenteraient les recettes des postes, en même temps qu'ils rendraient
+plus promptes et plus sûres les opérations intérieures de la
+manipulation des lettres.
+
+J'ai fait précéder cette proposition de quelques considérations
+générales sur le service des postes en France, afin de mieux motiver
+l'utilité d'une réforme à ce sujet.
+
+
+
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+
+Considérations générales sur le produit des postes.
+
+Si l'on considère le service des postes, non pas seulement sous le
+rapport du produit de trente-six millions[3] qu'il donne annuellement au
+trésor, en taxe de lettres, mais sous les rapports bien autrement
+intéressants des facilités qu'il procure partout au commerce, des
+relations de famille et d'amitié qu'il entretient, enfin du
+développement de la morale et de l'éducation publique qu'il favorise, on
+reconnaîtra que l'augmentation de ses produits est moins importante
+peut-être que celle des lettres qu'il transporte, et qu'il est du devoir
+d'un gouvernement prévoyant et sagement libéral de viser à accroître et
+à étendre le nombre des correspondances par tous les moyens qui sont en
+son pouvoir.
+
+[Note 3: Produit net de la taxe des lettres en 1836
+
+
+Service ordinaire: 33,733,256 fr.
+Service rural: 1,932,476
+ ----------
+ 35,665,732
+]
+
+Sous ce point de vue, en effet, le service des postes acquiert un
+caractère plus important, et son utilité fiscale elle-même ne doit plus
+être appréciée en raison du produit seul de la taxe des lettres, mais
+aussi en raison du puissant secours que la poste prête à toutes les
+autres branches du revenu public.
+
+Ces deux intérêts sont tellement liés qu'on pourrait dire que si le
+bien-être du pays et la prospérité du commerce augmentent le nombre des
+lettres et le produit des postes, d'autre part, un service de poste
+fréquent et rapide, en multipliant les occasions d'écrire, est un
+élément de prospérité pour le commerce, et une cause de bien-être pour
+le pays.
+
+Et, en effet, une lettre n'est jamais indifférente à la fois pour celui
+qui la reçoit et pour celui qui l'écrit; elle sert de préliminaire à un
+marché, à une transaction, à une affaire quelconque; car les lettres de
+famille ou d'amitié entrent pour un très-petit nombre dans la recette
+des postes, et les lettres d'affaires et de commerce y sont comptées
+pour la presque totalité.
+
+L'expérience de toutes les époques prouve que les produits de poste
+augmentent toujours en proportion des facilités que l'on donne au public
+pour sa correspondance. Que ces facilités lui viennent, soit d'une plus
+grande fréquence d'ordinaires, soit d'une accélération nouvelle dans la
+marche des courriers, il y a toujours ou presque toujours augmentation
+immédiate dans les produits.
+
+Il semble, en effet, que le public soit toujours prêt à écrire, qu'il
+saisisse toutes les occasions qui lui sont offertes, et qu'il envoie une
+lettre chaque fois qu'un courrier part, se hâtant d'écrire encore de
+nouveau lorsqu'une combinaison plus heureuse des services, ou une
+accélération dans la marche des courriers au retour, lui apporte plus
+tôt une réponse.
+
+Un seul exemple pris dans la correspondance de Paris avec Marseille,
+expliquera plus clairement notre pensée. Avant 1828, les lettres de
+Paris pour Marseille, dirigées par Lyon, partaient à six heures du soir,
+et arrivaient à leur destination le sixième jour, à deux heures après
+midi; soit les lettres de Paris du lundi qui arrivaient à Marseille le
+samedi; c'était cent dix-huit heures employées pour le parcours. Au
+retour, les lettres de Marseille repartaient à deux heures du soir, et
+arrivaient à Paris le sixième jour à six heures du matin, ou cent douze
+heures pour le parcours au retour[4], ou deux cent trente heures pour le
+parcours à l'aller et au retour. Mais comme les lettres arrivaient à
+Marseille à deux heures, et que le courrier pour Paris repartait au même
+moment, les dépêches arrivantes n'étaient, la plupart du temps, ouvertes
+qu'après le départ du courrier, et, dans tous les cas, les réponses ne
+repartaient que vingt-quatre heures après l'arrivée des lettres
+auxquelles on répondait. En conséquence, si l'on veut connaître
+exactement le temps qui était nécessaire pour obtenir à Paris une
+réponse de Marseille, il convient d'ajouter vingt-quatre heures au
+nombre de deux cent trente heures employées pour le parcours à l'aller
+et au retour: soit deux cent cinquante-quatre heures, ou dix jours et
+quatorze Heures.
+
+[Note 4: La différence en accélération au retour provenait d'un séjour
+que les dépêches faisaient à Lyon à l'aller, et qu'au retour on évitait
+en partie.]
+
+Il fallait donc, avant 1828, dix jours et quatorze heures pour avoir à
+Paris une réponse de Marseille. Mais une rapidité plus grande ayant été
+donnée aux malles dans le cours des années 1828 et suivantes, et un
+service direct en malle-poste de Paris à Marseille par Saint-Étienne
+ayant été établi au mois de juin 1835, la marche des correspondances
+s'est trouvée successivement accélérée sur cette ligne, à tel point
+qu'aujourd'hui les lettres de Paris arrivent à Marseille en
+soixante-huit heures à peu près. En effet, les lettres de Paris parties
+à six heures du soir, arrivent à Marseille le quatrième jour à deux
+heures du soir; soit les lettres du lundi le jeudi à deux heures, ou
+soixante-huit heures pour le parcours; ces lettres sont distribuées, et
+on peut y répondre le jour même; enfin les correspondances repartent à
+six heures du matin pour arriver à Paris le quatrième jour aussi à six
+heures du matin, et on trouvera qu'il ne faut plus aujourd'hui pour
+recevoir une réponse de Marseille que cent cinquante-six heures ou six
+jours et douze heures. L'accroissement des recettes a suivi
+l'amélioration du service: le produit de la taxe des lettres entre
+Marseille et Paris, qui était en 1827 de 110,500 francs, s'est élevé en
+1832 à 172,248 francs, et en 1837 à 229,196 francs.
+
+Mais si en 1827 il fallait à Paris dix jours et quatorze heures pour
+avoir une réponse de Marseille, et qu'il ne faille plus aujourd'hui que
+six jours et douze heures, et si la marche des correspondances s'est
+ainsi accélérée sur toute la route dans la proportion de dix à six à peu
+près, le public a dû en obtenir les résultats suivants:
+
+1° Les négociants de Paris, qui attendent pour donner des ordres d'achat
+à Marseille une réponse à des demandes de renseignements, ont fait leurs
+affaires quatre dixièmes de fois plus vite, et par conséquent ont pu
+faire quatre dixièmes d'affaires de plus. 2° Les négociants, dont la
+correspondance est continue et qui n'attendent pour écrire de nouveau
+que la réponse à leurs premières lettres, ont fait effectivement quatre
+dixièmes d'acquisitions ou de transactions de plus; et si leurs affaires
+ont été fructueuses, ils ont réalisé quatre dixièmes de bénéfices
+nouveaux, ou, en d'autres termes, ils ont vu leurs bénéfices annuels
+s'augmenter dans la proportion de quarante pour cent. 3° Enfin, si la
+vie commerciale d'un négociant est supposée de vingt années de travail,
+et que l'accélération dans la marche des lettres soit supposée là même
+dans toutes les directions, elle peut se trouver ainsi abrégée de huit
+ans; c'est-à-dire qu'au moyen de la rapidité de la correspondance, il
+peut faire en douze années autant d'affaires qu'il en faisait en vingt
+ans avant 1828; ou que, s'il croit devoir travailler vingt ans comme
+précédemment, ses spéculations à la fin de sa carrière commerciale,
+supposées aussi heureuses qu'elles auraient pu l'être avant 1828,
+auraient été pour lui la source de bénéfices plus élevés dans la
+proportion de quarante pour cent.
+
+Nous pourrions pousser plus loin nos suppositions, et nous trouverions
+partout la preuve de ce que nous avons avancé, que l'accélération de la
+marche des lettres ou l'augmentation du nombre des ordinaires,
+c'est-à-dire des départs et des arrivées des courriers, est une source
+d'avantages pour le commerce et d'accroissement dans les produits
+réalisés par l'État.
+
+La marche des correspondances entre Paris et Marseille nous a servi
+d'exemple pour démontrer les avantages financiers d'une accélération des
+courriers; nous trouverons, dans l'établissement du service journalier
+de 1828 et du service rural, des exemples de l'accroissement de produits
+qui résulte de l'augmentation dans le nombre des ordinaires.
+
+En effet, les services de transport des lettres, qui ne marchaient que
+trois ou quatre fois par semaine, particulièrement sur les routes du
+midi et de l'ouest de la France, furent rendus journaliers à partir du
+1er janvier 1828; cette mesure entraîna une dépense d'à peu près 3
+millions et, dès la fin de la première année (1828), les produits de la
+taxe des lettres s'étaient accrus de 2,500,000 fr.[5] Mais si les
+dépenses faites par le trésor se sont trouvées aux trois quarts
+couvertes dès la première année, ce n'est pas là que se sont bornés les
+avantages de la mesure: la recette a augmenté encore de 3 millions de
+1828 à 1830, de 1 million de 1830 à 1832, et enfin de 4,557,000 fr. de
+1832 à 1836.
+
+[Note 5: Produits nets de la taxe des lettres:
+
+ En 1828, 27,211,678 fr.
+ En 1827, 24,755,860
+ ----------
+Augmentation en 1828, 2,455,818 fr.
+]
+
+Ces 2,500,000 fr. d'augmentation de produits de poste en 1828
+représentent à peu près cinq millions de lettres nouvelles écrites en
+France, par conséquent un nombre d'affaires, de transactions de toute
+espèce, entre particuliers, en rapport avec le nombre des lettres
+écrites; ne pourrait-on pas affirmer que ces affaires et ces
+transactions ont fait rentrer dans les coffres de l'État des droits de
+diverses sortes, dont le montant a été bien supérieur, sans doute, aux
+produits que la poste a réalisés?
+
+Dix-huit mois plus tard, une loi du 3 juin 1829 créa le service rural.
+La dépense de premier établissement fut de 3,500,000 fr. Ce service qui
+avait commencé le 1er avril 1830, combiné avec le service journalier,
+donna, dès la fin de cette première année 1830, c'est-à-dire en neuf
+mois seulement, une augmentation de produits de 3 millions[6].
+
+[Note 6: Produits nets de la taxe des lettres.
+
+ En 1830, 29,199,151 fr.
+Décime rural, 935,655
+ ----------
+Total en 1830, 30,134,806 -- 30,134,806 fr.
+ En 1829, 27,125,953
+ ----------
+Différence à l'avantage de 1830, 3,008,853 fr.
+]
+
+Dans cette augmentation de recette de 3 millions, 935,000 fr. à peu
+près, produit de la taxe supplémentaire du décime rural, ont été perçus
+sur des lettres qu'on peut supposer avoir existé dans le service général
+des postes indépendamment de l'établissement du service rural, lettres
+qui précédemment pouvaient être portées des bureaux de postes dans les
+campagnes par des messagers particuliers; mais les 2,064,000 fr. formant
+l'autre partie de la recette, sont évidemment le produit de lettres
+nouvelles entrées dans le service des postes par le fait de la
+collection de ces lettres dans les campagnes, combinée avec les
+avantages d'un départ journalier de chacun des bureaux de poste où elles
+étaient portées.
+
+Concluons donc de tout ce que nous venons de dire: 1° que le nombre des
+lettres s'augmente toujours en proportion de la célérité de la marche
+des courriers, de la fréquence des ordinaires et enfin de la sûreté et
+de la rapidité des moyens employés pour la distribution; 2° que le
+gouvernement doit soutenir et augmenter encore cet accroissement dans le
+nombre des lettres, puisqu'il est toujours exonéré par les recettes des
+frais que lui cause l'augmentation du nombre des facteurs et des
+courriers, et que, d'autre part, cette augmentation dans le nombre des
+lettres est une source nouvelle de produits pour les autres branches du
+fisc.
+
+Et pendant que nous sommes sur ce chapitre, et avant de passer à une
+autre série d'observations, disons que cet accroissement dans le nombre
+des lettres pourrait être puissamment favorisé par divers moyens puisés
+dans ce service même; nous ne parlerons ici, dans ce moment, que de
+l'établissement de doubles courriers partant de Paris, et d'un meilleur
+emploi à faire des facteurs ruraux.
+
+L'établissement de doubles courriers par jour, non-seulement sur
+quelques points importants en France, mais sur toutes les lignes
+aboutissant à Paris, est un besoin de service et une source de recettes
+clairement indiqués. En effet, il arrive à Paris tous les matins par les
+malles-postes environ quinze à seize mille lettres qui sont destinées à
+d'autres villes et qui ne doivent que traverser la capitale. Ces lettres
+séjournent dans les bureaux de la poste depuis quatre heures du matin
+jusqu'à six heures du soir, c'est-à-dire environ quatorze heures, et ce
+retard frappe sur la correspondance de beaucoup de villes importantes
+par leur commerce; soit, par exemple, les lettres de Lyon, de
+Saint-Étienne, de Marseille, de Toulouse, de l'Italie, de l'Espagne,
+pour Saint-Quentin, Bruxelles, Lille, Rouen, le Havre, la Prusse, la
+Belgique, l'Angleterre, etc.; et, _vice versa_, de tous ces derniers
+points pour le midi de la France. Ceci est un inconvénient grave; car,
+si l'accélération de la marche des courriers est, comme nous l'avons
+dit, une cause d'accroissement dans les produits, les lenteurs et les
+séjours en route ne doivent-ils pas produire un effet contraire? On
+parerait à cet inconvénient en établissant un double départ de courriers
+de Paris; les uns, expédiés le matin, emporteraient les lettres arrivées
+des départements, les journaux publiés à Paris et les lettres écrites
+dans la soirée de la veille; les autres, partant à six heures du soir,
+seraient chargés des lettres de Paris même et des correspondances
+administratives faites pendant la journée. Les courriers seraient plus
+rapides parce qu'ils seraient moins chargés, et beaucoup d'imprimés qui
+intéressent le service public, ne seraient jamais retardés pendant
+plusieurs jours faute de place, ce qui arrive quelquefois dans l'ordre
+actuel du service.
+
+Si l'on objectait que les dépenses qu'entraînerait cette disposition
+seraient hors de proportion avec les produits que l'on pourrait en
+espérer, nous répondrions: 1° que cela pourrait ne point être exact,
+même dès l'origine, sur tous les points; 2° que bientôt après
+l'accroissement des lettres en transit par Paris couvrirait et au-delà
+la dépense[7]; 3° et qu'enfin, sauf quelques routes où un double service
+en malle-poste pourrait être nécessaire, rien ne s'opposerait à ce que
+les transports du matin fussent confiés à des entreprises particulières
+de diligences, services que, selon leur importance, on pourrait faire
+surveiller par un courrier de l'administration, chargé d'accompagner les
+dépêches et de les distribuer aux bureaux de poste de la route. Ces
+doubles courriers devraient être établis sur toutes les lignes où se
+trouveraient des villes qui pourraient recevoir ainsi leurs lettres des
+départements en transit par Paris, le jour même de leur arrivée à Paris,
+ou le lendemain avant le passage de la malle-poste partie de Paris le
+soir du même jour. Les transports de dépêches par entreprises sont à bon
+compte généralement en France[8], et le trésor serait bientôt payé avec
+usure des frais de ces nouveaux services par l'accroissement du nombre
+des Lettres.
+
+[Note 7: Voir ci-après, chapitre 4, les frais d'un service en
+malle-poste comparés aux recettes.]
+
+[Note 8: Le terme moyen du prix d'un service par entreprise en France,
+est de 1647 fr. En effet, le nombre des entreprises est de 1700 environ,
+et la dépense annuelle est de 2,800,000 fr. (Voir comptes définitifs de
+1836.) Le nombre des lieues parcourues par an par tous ces courriers
+d'entreprises réunis étant d'environ 7,800,000, le prix du transport des
+dépêches par entreprises est en France de 36 c. par lieue à peu près.]
+
+Il existe, il est vrai, déjà aujourd'hui des services supplémentaires de
+transport de lettres et de journaux pour la banlieue de Paris; mais,
+indépendamment de ce que ces services, tels qu'ils sont, laissent
+beaucoup à désirer dans leur exécution, ils parcourent de trop courtes
+distances, et ils ne peuvent atteindre le but que nous proposons par les
+courriers du matin. Ces courriers du matin, au contraire, feraient le
+transport des lettres de Paris pour la banlieue, et arriveraient plus
+vite que les voitures auxquelles ce transport est actuellement confié.
+
+L'autre source toute nouvelle de produits dont nous avons parlé se
+trouverait dans un emploi mieux entendu du service des facteurs
+ruraux[9].
+
+[Note 9: Ceci a fait l'objet d'un Mémoire adressé au Ministre des
+finances par un membre distingué du corps municipal de Paris, vers le
+milieu de l'année 1837.]
+
+On n'a pas assez pensé, jusqu'à ce jour, aux moyens de rendre ces
+facteurs des agents plus actifs de bien-être et de civilisation dans les
+communes qu'ils parcourent. La loi de poste[10], qui fixe à cinq pour
+cent le prix du transport de l'argent, et assujettit en même temps les
+envoyeurs au paiement d'une reconnaissance timbrée et le destinataire à
+la nécessité de se transporter au bureau de poste pour toucher son
+mandat, ne permet guère aux habitants des campagnes d'envoyer ou de
+recevoir de petites sommes d'argent par la poste. Si les facteurs ruraux
+étaient autorisés à recueillir dans les communes ces petites sommes
+d'argent, montants de quittances qui auraient été envoyées
+administrativement aux directeurs, et sur lesquelles le bureau de poste
+chargé de l'encaissement percevrait le droit proportionnel de cinq pour
+cent, les communes trouveraient enfin le moyen de se mettre en rapport
+avec les grands sièges de fabrication et s'approvisionneraient à Paris
+de beaucoup d'objets à bas prix, mais de première nécessité; ils
+connaîtraient enfin l'usage de ces choses qui donnent aux habitants,
+même pauvres, des grandes villes tant de supériorité de civilisation sur
+les habitants des campagnes, choses qu'on ne peut pas fabriquer dans les
+petites villes, parce qu'il n'y a qu'une immense consommation qui puisse
+compenser les frais de la fabrication et surtout le bas prix auquel on
+veut les avoir; objets enfin que, de tous les points de la France, on
+ferait venir de Paris, sans la difficulté, insurmontable jusqu'à
+présent, de la part du fournisseur, de s'en faire payer le prix[11]. En
+effet, le consommateur placé aux environs de Toulon, par exemple, qui
+aurait une somme de 11 fr. nette à faire toucher au fabricant à Paris
+devrait payer à la poste d'abord cinq pour cent de 11 fr. ou 55 c.; le
+prix de la reconnaissance timbrée ou 35 c.; enfin le port de la lettre,
+1 fr.: total 1 fr. 90 c., c'est-à-dire, plus de dix-huit pour cent de la
+somme à envoyer. Pour l'envoi d'une somme de 1 fr. de Bayonne à Paris,
+il en coûte 1 fr. 05 c., savoir: 1 fr. pour le port de la lettre, et
+0,05 c. pour le droit de cinq pour cent[12] ou cent cinq pour cent de la
+valeur envoyée; l'opération n'est donc pas faisable, et si le
+particulier qui doit payer habite la campagne, elle est impossible; car
+il faudrait qu'il se transportât au bureau de poste, et dans ce cas il
+faut ajouter à tous les frais ci-dessus les dépenses résultant de son
+déplacement, de la perte de son temps, etc., etc.
+
+[Note 10: Loi du 5 nivôse, an v, relative aux envois d'articles d'argent
+par la poste.]
+
+[Note 11: Que l'on considère combien l'intelligence et les connaissances
+du peuple des campagnes pourraient être hâtées par la jouissance de
+nouvelles choses utiles à la vie, par ce premier luxe pour ainsi dire de
+nécessité, par la mise à sa portée d'objets utiles, de meubles à bon
+marché, de livres, d'instruments domestiques qu'il ne connaît même pas
+aujourd'hui, parce que, bien qu'on puisse les lui faire parvenir, le
+prix en serait plus que quadruplé par les frais à faire dans la
+législation actuelle pour en opérer la rentrée; et l'on sera porté à
+désirer vivement que la modification si simple dans le service des
+articles d'argent, dont il est question ici, puisse s'opérer un jour.]
+
+[Note 12: La reconnaissance timbrée n'est exigée que pour un envoi
+au-dessus de 10 fr.]
+
+Il suit de là que les demandes de marchandises de peu de valeur des
+provinces à Paris doivent être très-rares; et il paraîtrait cependant
+que les besoins à ce sujet sont bien grands, puisque, malgré toutes les
+difficultés du recouvrement, il se trouve encore environ 2000 quittances
+expédiées par jour de Paris pour les départements; ce chiffre nous a été
+donné par une personne très-bien placée pour le connaître, et nous y
+ajoutons toute créance.
+
+Ces quittances, faites aujourd'hui en général pour paiement du prix
+d'objets de librairie ou de journaux, ne sont pas confiées à la poste;
+elles sont réunies par plusieurs personnes qui font commerce de ces
+espèces de recouvrements, triées, mises en paquets pour chaque chef-lieu
+de département, accompagnées d'un bordereau, et enfin expédiées par les
+diligences aux receveurs généraux et d'arrondissement.
+
+Mais les percepteurs, entre les mains desquels il faut que ces billets
+arrivent définitivement, ne font leur tournée qu'une fois par mois; mais
+les rentrées sont tardives; mais les frais sont considérables[13].
+L'administration pourrait faire par ses facteurs ce recouvrement tous
+les jours. Chaque envoyeur de bons semblables paierait volontiers cinq
+pour cent de commission, s'il n'y avait que cinq pour cent à payer. Or,
+2000 quittances par jour font 730,000 quittances par an: en les
+supposant de 15 fr. l'une, on aurait à opérer une recette de 10,950,000
+fr., qui, à raison de cinq pour cent, produiraient à l'État 547,500 fr.
+dès la première année, et cela en supposant que le nombre des quittances
+restât le même; mais cette facilité donnée au commerce par
+l'administration des postes, augmenterait en peu de temps le nombre des
+quittances, et l'opinion de la personne de qui nous tenons ces
+renseignements était que, dès la première année, leur nombre devrait
+plus que doubler. La recette du droit serait donc de 1,095,000 fr.
+
+[Note 13: Ces frais aujourd'hui sont généralement de 15 ou 20%.]
+
+Et qu'on ne s'effraie pas du supplément de travail que devrait causer
+aux employés des postes la transmission des quittances des mains des
+particuliers aux mains des agents de l'administration centrale, et de
+ceux-ci aux directeurs des départements et aux facteurs ruraux; cette
+transmission serait simple et facile, et pourrait s'opérer sans
+augmentation sensible dans les frais de perception.
+
+Qui peut dire cependant combien la civilisation gagnerait dans l'avenir
+à ce surcroît de bien-être que les habitants des campagnes retireraient
+du plan proposé; combien le commerce, à ce nouveau et immense débouché;
+combien, enfin, le trésor public, par la perception du droit de cinq
+pour cent indépendamment du nombre des lettres nouvelles qui
+accompagneraient l'établissement du nouveau service et que nous
+supposons devoir être considérable!
+
+Or, maintenant, que l'on veuille donc considérer le service des postes
+comme un élément de prospérité sociale ou financière, on sera conduit à
+conclure qu'il laisse quelque chose à désirer, tant que l'administration
+investie du privilége ne transporte pas l'universalité des lettres que
+les particuliers ont intérêt à écrire.
+
+Et ce résultat peut être amené par deux causes, soit que
+l'administration ne puisse les transporter assez fréquemment ou assez
+rapidement, soit qu'elle ne les transporte pas à assez bon marché.
+
+Nous avons vu que, dans le cours des vingt années qui viennent de
+s'écouler, l'administration des postes avait multiplié le nombre de ses
+courriers et accéléré la marche des lettres par les divers moyens qui
+étaient en son pouvoir. Elle a fait le service journalier en 1828, le
+service rural en 1829; plus récemment encore, elle a régularisé la
+marche des correspondances sur divers points, et elle a multiplié le
+nombre des bureaux de poste: toutes choses qui tendaient à ce résultat,
+d'augmenter le nombre des lettres en circulation. Cependant, nous ne
+pensons pas qu'on écrive à beaucoup près encore en France autant qu'on
+pourrait écrire; l'accroissement du nombre des lettres devrait être plus
+grand.
+
+Plusieurs causes, en effet, depuis plus de quinze ans, semblent
+concourir en France à l'augmentation des correspondances; l'instruction
+primaire plus généralement propagée, l'accroissement de la population,
+la division des fortunes, les entreprises industrielles de toutes
+sortes, le commerce plus répandu, mais aussi plus partagé, moins
+productif peut-être pour chacun, mais exigeant des efforts plus
+constants et une activité plus grande de la part de tous; enfin, tout,
+dans l'état actuel du pays, paraît devoir concourir à augmenter le
+nombre des lettres et les produits de poste. Nous avons indiqué, il est
+vrai, et indiquerons bientôt encore quelques améliorations importantes à
+faire dans le service, en ce qui touche la réception des dépêches et la
+distribution des lettres; car il ne suffit pas que les courriers
+marchent vite, si les agents des postes ne sont pas en mesure de
+distribuer les lettres avec une égale rapidité; mais, en somme, le
+principal obstacle à l'augmentation du nombre des lettres nous paraît
+résulter beaucoup moins de l'exploitation du service en général que de
+l'élévation du tarif, et peut-être aussi des formes et des proportions
+d'après lesquelles ce tarif est appliqué.
+
+Il faut certainement qu'un service public soit exact et rapide, et qu'il
+se trouve en tout lieu sous la main de celui qui a intérêt à l'employer;
+mais, pour être universellement adopté, il faut encore qu'il soit offert
+à bon marché.
+
+Le prix du port des lettres est trop élevé en France, et le fait peut
+être démontré sous le rapport moral, comme sous le rapport financier.
+
+En effet, on peut remarquer que le transport des personnes et des
+marchandises en France se rencontre à tout prix; chaque besoin, chaque
+fortune en trouve à sa portée. Le service des postes, qui est l'objet
+d'un besoin plus fréquemment senti, le plus impérieux peut-être après
+celui des choses de première nécessité, est au même prix pour tous; il
+est donc juste et moral qu'il soit fixé au plus bas prix possible.
+
+Supposons un ouvrier venant du département de l'Ariège s'employer à
+Paris: il lui sera presque interdit, dans l'ordre de choses actuel, de
+communiquer avec sa famille; car le port d'un franc dont sera frappée sa
+lettre, à chaque fois qu'il écrira, représentera la journée de travail
+de son père ou de son frère[14].
+
+[Note 14: Si un franc pour un ouvrier représente, par exemple, une
+demi-journée de travail en France, le paiement de la taxe d'une lettre
+sera pour lui une dépense égale à celle de 137 fr., pour un particulier
+qui jouirait d'un revenu de 10,000 fr., par an. Cependant, demandez une
+somme de 137 fr., pour le transport d'une lettre, à un propriétaire ou à
+un industriel, comme une taxe au marc le franc de son revenu de 274 fr.,
+par jour, et vous entendrez sans doute de très-vives réclamations. Elles
+seraient justes, mais celles de l'ouvrier le seront au même titre
+jusqu'à ce que la taxe soit réduite au prix réel du service rendu.
+
+Cependant les personnes qui ont occasion de juger des progrès moraux des
+jeunes gens de cette classe, savent que, lorsque le fils devient
+négligent à correspondre avec sa famille, lorsque la fille, éloignée de
+sa mère, cesse de lui écrire régulièrement, quand ses lettres deviennent
+courtes et rares, la démoralisation de l'absent est un fait sinon
+accompli, au moins très-prochain, et la société (dit un auteur anglais)
+qui tient en réserve les travaux forcés pour le commis dépositaire
+infidèle, et l'infamie pour la fille qui a failli, doit à sa propre
+justice de ne pas briser des communications préservatrices et de
+resserrer au contraire, autant que possible, des rapports de famille qui
+sont la garantie de moralité la plus sûre.]
+
+Sous le rapport financier, on peut apercevoir que les produits des
+postes n'ont pas augmenté dans une proportion suffisante avec
+l'accroissement du commerce et de la population, à la suite de vingt
+années de paix. Le droit du dixième perçu sur le prix de transport des
+voyageurs dans les voitures publiques, s'est élevé de 1816 à 1836, de
+1,669,367 fr. à 4,305,369 fr., c'est-à-dire a triplé. Le produit de la
+taxe des lettres n'a pas pris le même accroissement: la recette nette de
+1816 a été de 19,825,000 fr., et la recette de 1836 de 35,600,000 fr.,
+c'est-à-dire qu'elle a doublé seulement et cependant la recette des
+postes eût dû s'élever dans une proportion bien plus considérable que le
+10e du produit des places des voyageurs, parce que l'envoi d'une lettre
+est un besoin bien plus général, plus fréquent et plus à la portée de
+tous, que le transport des personnes.
+
+S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque, ne
+conviendrait-il pas de choisir d'abord celle dont l'abaissement
+donnerait la plus grande somme d'avantages au public, avec la moindre
+perte pour le trésor? Or, l'impôt qui se prête le mieux à
+l'accomplissement de ces deux conditions, est la taxe des lettres; car,
+si le revenu des postes devait, en définitive, supporter une réduction,
+il serait encore douteux de savoir si la transmission des lettres à un
+plus bas prix ne développerait pas si puissamment les diverses sources
+de produits, que les autres branches de revenu public indemnisassent
+largement le trésor public de la diminution des recettes des postes.
+
+Mais il en est autrement; les recettes augmentent, et l'accroissement
+trop faible encore, quoique progressif, de ce produit indique des
+besoins nouveaux de la part du public, besoins qui seraient plus
+complètement satisfaits si les bénéfices annuels de l'administration
+étaient moins considérables, ou, en d'autres termes, si le prix du
+transport, auquel le commerce est obligé d'avoir recours, était moins
+élevé.
+
+Ne semble-t-il pas juste, d'ailleurs, qu'à mesure que les communications
+deviennent plus fréquentes, le prix de transport s'abaisse? et ne
+doit-on pas être porté à croire que l'administration des postes se
+récupérerait plus complètement des frais d'exploitation par le plus
+grand nombre de lettres que cette diminution de la taxe ferait rentrer
+dans son service? Les chemins de fer viennent en preuve à cette opinion;
+si l'administration était conduite à employer plus généralement cette
+voie, le moyen de transport de dépêches le plus rapide et le plus
+fréquent de tous, et, par cela même, le plus productif pour
+l'administration, ne coûterait rien ou presque rien; le tarif des
+postes, là au moins, ne devrait-il pas être abaissé?
+
+Mais c'est partout qu'il devrait être abaissé, car il est partout trop
+élevé. Aujourd'hui, dans le commerce, un négociant défend à son
+correspondant de lui écrire toutes les fois qu'il n'a pas quelque chose
+d'important à lui dire; car le port de la lettre est toujours là entre
+eux comme une gêne et comme un obstacle. Si l'opération qui doit faire
+l'objet de la lettre ne présente pas un bénéfice clair et certain, la
+lettre n'est pas écrite, l'opération n'est pas tentée, et la faute en
+est à la taxe de la lettre qui, dans tous les cas, est une dépense que
+l'on craint, et que l'on évite le plus souvent qu'on peut.
+
+La poste, qui devrait se présenter toujours comme une grande route
+ouverte, facile et presque gratuite pour le transport de ces premiers
+germes de commerce et d'industrie, se trouve là tout d'abord comme une
+dépense et comme un obstacle.
+
+Qu'arrive-t-il de cela, cependant? si le particulier trouve le port de
+sa lettre trop élevé, ou absolument, ou relativement à l'opération qu'il
+tente, il la fera transporter en fraude, où il ne l'écrira pas. Dans le
+premier cas, la taxe, quelque minime qu'elle eût été, dans l'hypothèse
+d'une réduction de nature à faire rentrer la lettre dans le service, est
+perdue pour le trésor; et, dans le second cas, il y a perte pour tout le
+monde, savoir: 1º pour le particulier qui se prive d'écrire; 2º pour la
+recette des postes à laquelle échappe et le port de la lettre et le port
+de la réponse que cette lettre aurait pu amener; 3º enfin, pour les
+autres branches de revenu public qui auraient profité des transactions
+ou des consommations que cette correspondance aurait pu faire naître.
+
+Celui qui soustrait sa lettre au service des postes, en effet, est guidé
+par l'un de ces deux motifs: ou il espère faire transporter cette lettre
+plus rapidement, ou il désire éviter tout ou partie du prix de
+transport.
+
+Or, si le service que fait la poste n'est pas le plus fréquent transport
+qui s'opère sur certaines routes, au moins est-il à peu près partout le
+plus rapide, et nous ne craindrons pas de nous tromper en disant que,
+sur dix envois de lettres en fraude, neuf au moins sont déterminés par
+le désir de se soustraire au paiement d'une taxe trop forte eu égard aux
+frais moins élevés que comporte le transport en fraude auquel les
+particuliers ont recours; et, tout d'abord, il y a donc présomption que
+si le prix de transport par la poste était diminué, le nombre des
+lettres confiées au service augmenterait.
+
+Le nombre des lettres transportées en fraude en France est et a toujours
+été considérable. Il y a vingt ans, on estimait que le nombre des
+lettres envoyées en dehors de la poste était égal à celui des lettres
+que transportait l'administration. Depuis ce temps, la marche des
+courriers a été successivement accélérée, et l'administration a pu
+regagner ainsi une grande partie des lettres qui lui échappaient par
+suite de la lenteur relative de la marche de ses dépêches; mais la taxe
+n'a pas diminué, elle a même été plutôt élevée que réduite par le tarif
+du 15 mars 1827, et les lettres qui échappaient au service des postes à
+cause de l'élévation du prix de transport, lui échappent probablement
+encore.
+
+La fraude pour le transport des lettres se fait en tous temps, en tous
+lieux, et se reproduit sous mille formes diverses. Le public est
+naturellement ingénieux quand il s'agit de trouver les moyens d'éviter
+de payer les ports de lettres; tantôt c'est une enveloppe dont la
+suscription seule, le timbre ou l'écriture suffisent au destinataire,
+qui, après l'avoir regardée, la refuse aussitôt[15]; tantôt c'est un
+journal ou un imprimé sur lequel quelques phrases sont soulignées,
+piquées ou arrachées[16].
+
+[Note 15: Voir un exemple de fraude semblable, note 2.]
+
+[Note 16: Notre auteur anglais donne un exemple assez curieux d'une
+fraude faite en Angleterre. Nous traduisons littéralement:
+
+«Il y a quelques années, lorsqu'il était reçu qu'on pouvait opérer le
+transport d'un journal en franchise, en apposant le nom d'un membre du
+parlement sur l'adresse, un de mes amis, au moment de partir pour un
+voyage en Écosse, arrêta avec sa famille un plan au moyen duquel il
+donnerait exactement des nouvelles de sa marche et de l'état de sa
+santé, sans que ni lui ni elle fussent assujétis à la désagréable
+obligation d'acquitter des ports de lettres. Il prit avec lui une grande
+quantité de vieux journaux, et chaque jour il en jetait un dans la boîte
+du bureau de poste de la ville où il se trouvait. Le timbre du départ
+était pour la famille un certificat officiel de son itinéraire et l'état
+de sa santé était exprimé par l'état connu de la santé du membre du
+parlement dont il empruntait ce jour-là le nom pour opérer la franchise.
+Sir Francis Burdett, par exemple, pour exprimer une santé vigoureuse,
+etc., etc.» Voir aux pièces à l'appui (Note nº 2) le détail d'une autre
+espèce de fraude.]
+
+Le nombre des objets saisis annuellement en fraude est cependant peu
+élevé; en 1837, on n'a pas saisi plus de huit cent soixante-onze
+lettres; et ce nombre n'indique rien, si ce n'est l'impossibilité
+d'exercer tous les jours une surveillance qui, en définitive, ne paraît
+pas être le meilleur moyen de réprimer l'abus. Qu'importe, en effet, au
+particulier que sa lettre soit saisie? c'est le messager tenté par le
+gain qu'il retire de son industrie, qui paie l'amende; mais pour
+l'envoyeur il n'y perd que sa lettre, et le lendemain la question du
+port à payer se représente de nouveau pour lui, en même temps que le
+désir de se soustraire à la taxe. Si ce n'est pas alors le même messager
+qu'il emploiera, ce sera un autre moyen; car il y en a mille, lorsque la
+personne qui écrit ne croit pas que sa lettre vaille le prix de la taxe.
+Mais le danger même de voir une lettre saisie en fraude est très-rare.
+Ces huit cent soixante-onze lettres saisies en 1837 ont été le résultat
+de deux cent soixante-trois procès-verbaux de visites seulement, faites
+sur des entrepreneurs de diligences ou autres. Or il y a douze cents
+services par entreprises de transports de dépêches journaliers en
+France, et plus du double de diligences, de messagers, de pourvoyeurs,
+etc., marchant régulièrement de ville à ville ou de provinces à
+provinces; soit deux mille quatre cents, et avec les services
+d'entreprise de poste, trois mille six cents courriers, messagers, etc.,
+marchant tous les jours. Ces courriers et messagers font ensemble deux
+millions six cent vingt-huit voyages par an, en comptant l'aller et le
+retour. C'étaient donc deux millions six cent vingt-huit mille occasions
+de fraude, et je crois que nous sommes ici plutôt au-dessous
+qu'au-dessus du vrai nombre. Combien l'administration a-t-elle opéré de
+fois? deux cent soixante-trois, c'est une fois sur dix mille. Il y a
+donc dix mille chances à parier contre une qu'un messager en fraude ne
+sera pas saisi, et si on multipliait par dix mille le nombre de lettres
+saisies en 1837, on obtiendrait huit millions sept cent dix mille
+lettres, ou environ 4,350,000 fr. de produits qui ont ainsi échappé à la
+taxe.
+
+Il faut cependant tenir compte encore de l'abus du contre-seing et de la
+franchise des fonctionnaires, qui est assez considérable, et de la
+fraude faite par les voyageurs de commerce ou autres, lesquels prennent
+aussi des lettres de leurs maisons, de leurs amis, de leurs
+compatriotes, d'inconnus même, qu'ils remettent ensuite plus ou moins
+exactement, il est vrai, mais qui dans tous les cas échappent à la
+taxe[17]. Or les moyens de transport et de communication de toute sorte
+se multiplient chaque jour en France, et ouvrent de nouvelles et faciles
+voies à la fraude de la taxe des lettres.
+
+[Note 17: Si chaque voyageur en France est chargé seulement d'une
+lettre, et cette proportion est bien peu élevée, car chacun sait que bon
+nombre de voyageurs en emportent un très-grand nombre, on aura plusieurs
+millions de lettres transportées de cette manière seulement. En effet,
+il y a à Paris trois grandes entreprises qui desservent chaque jour plus
+de quinze routes, et qui, à raison de 12 voyageurs par voitures,
+transportent plus de 1000 voyageurs par jour, retour compris, ou 360,000
+par an. Les autres diligences, ou messageries de ville à ville, que nous
+avons estimé devoir faire au moins 2,600,000 voyages par an, à raison de
+4 voyageurs seulement, nous donneraient 10,400,000 voyageurs et avec les
+360,000 de Paris, 10,760,000 voyageurs, ou 10,760,000 lettres
+transportées en fraude, c'est-à-dire encore 5,380,000 fr. de perte pour
+le trésor. Si la taxe était réduite à un prix très modique, la plus
+grande partie de ces lettres rentrerait dans le service des postes.]
+
+Nous avons dit que la répression est difficile; elle serait souvent trop
+rigoureuse dans l'exécution. L'administration des postes ne saisit pas
+les lettres sur les particuliers qui se chargent accidentellement de
+leur transport. Les messagers, les conducteurs de diligences, les
+fraudeurs d'habitude, ceux enfin qui tirant parti de ce transport, sont
+seuls l'objet de ses investigations et de ses poursuites; et, en effet,
+le privilége des postes doit être avant tout profitable au public et aux
+relations de toute sorte qu'il entretient, et son service ne doit pas
+être une gêne, même pour les affaires qui n'emploient pas son
+intermédiaire. Là où l'administration des postes ne fait pas de service
+du tout, comme là où son courrier, ne marchant qu'une fois par jour, se
+trouve en concurrence avec d'autres services particuliers partant ou
+arrivant trois ou quatre fois, l'administration ne devrait pas saisir
+les lettres en fraude.
+
+Les tribunaux semblent partager ce sentiment; ils ont déjà permis à
+l'industrie particulière de s'immiscer dans le transport des journaux et
+des imprimés dans Paris. Il est vrai que l'administration des postes
+pouvait conserver ce transport exclusif, et qu'elle le pourrait encore;
+il ne faudrait pour cela que faire ce transport plus exactement et à
+meilleur marché que personne, et elle en a les moyens.
+
+Le seul parti juste et rationnel donc à prendre pour diminuer la fraude,
+c'est d'abaisser le prix du transport des lettres; et peut-être y a-t-il
+moins à faire qu'on ne croit pour obtenir la rentrée dans le service des
+postes de la plus grande partie des lettres transportées en fraude. En
+effet, parmi les correspondances soustraites au transport public,
+quelques-unes arrivent gratuitement sans doute, et l'envoyeur a pu ne
+les écrire que dans cette opinion qu'elles arriveraient franches de tout
+port; mais beaucoup d'autres aussi paient un prix quelconque de
+transport. Ces lettres avaient toutes une certaine utilité sans doute,
+puisqu'on a pris la peine de les écrire, et l'envoyeur eût consenti
+probablement à payer à la poste un port modéré; car la poste, à prix
+égal, aura toujours l'avantage sur tout autre moyen de transport; il
+faut donc que le port actuel soit un obstacle très-grand, une gêne
+véritable pour l'envoyeur, au moins eu égard à l'importance de l'affaire
+qu'il traite, pour qu'il s'expose à voir sa lettre saisie ou perdue, et
+une amende prononcée contre la personne qu'il a chargée du transport.
+
+Diminuez les taxes, et le prix de port d'une grande partie de ces
+lettres en fraude reviendra au trésor public. Essayons de traduire ceci
+par des chiffres.
+
+Le nombre des lettres soumises à la taxe a été en 1836
+de soixante-dix-neuf millions[18]. Supposons que le
+nombre des lettres transportées en fraude ait été des
+quatre cinquièmes de celui des lettres taxées, il y
+a eu soixante-trois millions deux cent mille lettres
+transportées en fraude, ci 63,200,000
+
+[Note 18: 78,970,561. V. Annuaire des postes de 1838.]
+
+Otons un dixième de ces lettres que nous
+supposons avoir été confiées à des transports
+plus prompts ou plus fréquents que la
+poste, et qui dans tous les cas eussent
+échappé au service. 6,320,000
+ ----------
+ Reste 56,880,000
+qui représentent le nombre des lettres qui
+ont été soustraites au service public pour
+éviter la taxe.
+
+Supposons qu'un cinquième de ces lettres
+ait été écrites en prévision d'un port gratuit,
+attendu que l'importance des affaires traitées
+ne comportait pas le paiement d'une
+taxe quelconque; ci 11,376,000
+ ----------
+Il restera encore 45,504,000
+lettres qui étaient assez intéressantes pour comporter
+une taxe, mais une taxe moins élevée que la taxe actuelle,
+et qui seraient probablement rentrées dans le
+service des postes si le tarif eût été moins élevé.
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+
+Appréciation des frais.--Projets de réduction.
+
+Nous avons cherché à démontrer que le prix du transport des lettres en
+France était trop élevé en général; nous allons examiner maintenant
+cette taxe en elle-même, les bases sur lesquelles elle a été établie, et
+les divers moyens de la modifier ou de la réduire.
+
+On a dit souvent, pour motiver l'élévation du port des lettres, que
+cette taxe était le prix d'un service rendu. Mais toute autre espèce
+d'impôt est aussi le prix d'un service rendu: seulement, comme l'emploi
+de l'impôt n'est pas partout immédiatement applicable à l'exploitation
+du service même sur lequel l'impôt est prélevé, le contribuable ne suit
+pas la somme perçue jusqu'à l'application de cette somme à un service
+public qui lui est profitable, et paie à regret et sans reconnaissance.
+Il est cependant très-vrai que l'impôt des portes et fenêtres, par
+exemple, paie l'entretien des routes ou la garde des frontières, au même
+titre et à peu près de la même manière que la taxe des lettres paie les
+frais des malles-postes, et le salaire des courriers et des facteurs.
+
+Or, si la taxe des lettres est le prix du service rendu par l'État aux
+particuliers, le prix doit-il s'élever, et dans quelle proportion
+doit-il s'élever au-dessus des dépenses de l'exploitation? C'est ce
+qu'il convient d'examiner.
+
+Nous avons entendu quelque part défendre cette opinion, que le produit
+de la taxe des lettres ne devait être considéré comme le prix d'un
+service rendu que pour la partie de ce produit qui représentait les
+dépenses d'exploitation, et que, pour le surplus de la recette, c'était
+un impôt qui devait, comme les autres impôts, être réparti également
+entre tous les citoyens.
+
+En effet, disait-on, si la taxe des lettres est le prix d'un service
+exécuté, cette taxe est complètement perçue lorsque toutes les dépenses
+d'exploitation sont couvertes: l'excédant de la recette, s'il en existe,
+devrait donc être supprimé, et les taxes diminuées dans une égale
+proportion; ou, si l'impôt est nécessaire, il devrait être perçu comme
+tout autre impôt, c'est-à-dire par parties égales entre tous les
+particuliers. Or supposons la recette des postes de 40 millions[19], et
+les dépenses de 20 millions de francs tant en matériel qu'en personnel:
+la différence, c'est-à-dire la somme de 20 millions de francs, est un
+impôt, et cet impôt semble très-injustement réparti; car l'habitant de
+Toulon, par exemple, le supporte dans une proportion cinq fois plus
+grande que l'habitant de Versailles. En effet, la taxe de Paris à
+Versailles est de 2 décimes par lettre simple, et celle de Paris à
+Toulon est de 10 décimes; toutes les taxes de poste de France ayant
+donné 40 millions, et la dépense étant de la moitié, les frais du
+service rendu sont pour la correspondance de Versailles de 1 décime par
+lettre simple, et pour Toulon de 5 décimes, c'est-à-dire, pour chacune,
+moitié de la taxe totale. Si l'excédant est un impôt, il est ainsi
+réparti: Versailles paie 1 décime d'impôt par lettre simple, et Toulon 5
+décimes, c'est-à-dire cinq fois davantage. De là découlait la
+proposition de soumettre toute lettre à deux taxes: 1º à la taxe
+proportionnelle aux frais d'exploitation; 2º à une taxe fixe dont le
+montant serait égal à l'excédant des recettes sur les dépenses, divisé
+par le nombre des lettres en circulation.
+
+[Note 19: Ces chiffres sont approximatifs; voir note, page 1.]
+
+A ce raisonnement, cependant, on pourrait objecter que, si une lettre de
+Paris pour Toulon paie 10 décimes dont 5 décimes d'impôt, Paris paie
+aussi 5 décimes d'impôt pour la lettre venant de Toulon, et tous les
+destinataires de lettres en France paient à leur tour, lorsqu'ils
+reçoivent des lettres, un impôt proportionné à la distance qu'a
+parcourue la lettre qui leur est remise: les petites distances, il est
+vrai, paraissent, dans la répartition de l'impôt, avoir l'avantage du
+nombre sur les grandes; mais, comme toutes les villes de France peuvent
+entretenir des relations à de longues comme à de courtes distances, il
+s'ensuit que les avantages et les inconvénients du mode de taxe sont
+balancés pour toutes les villes, et que l'impôt se trouve égal pour
+tous.
+
+Mais revenons à l'appréciation du service rendu, et au prix actuel de
+revient du transport d'une lettre en France.
+
+Et d'abord, pour faire ce compte exactement, il faut être fixé sur le
+nombre et le poids des paquets administratifs que le service des postes
+transporte gratuitement chaque année; car si l'administration n'était
+pas couverte de ses dépenses par la taxe que paient les particuliers
+pour le transport de leurs lettres, le gouvernement devrait supporter
+les frais du transport des dépêches des diverses administrations
+publiques. Il est donc juste que les correspondances administratives
+soient comptées dans notre appréciation générale des dépenses résultant
+du transport des correspondances en France.
+
+Or, le nombre et le poids des lettres administratives transportées en
+franchise par le service des postes est difficile à constater
+exactement. Il faudrait, pour arriver rigoureusement à ce résultat, qu'à
+l'arrivée et au départ des dépêches, et pendant un temps assez long, les
+lettres administratives fussent taxées fictivement, et cette taxe
+constatée sur des états particuliers. Cette opération serait longue,
+parce que l'appréciation du poids de paquets d'un volume souvent
+considérable, et toujours différent des lettres ordinaires, entraînerait
+un délai qui serait de nature à retarder l'expédition des courriers ou
+la distribution des lettres. Ce travail s'est fait sous l'ancienne
+administration, il est vrai; mais, outre qu'il a été entaché
+d'inexactitude au moment même où il s'opérait, depuis ce temps,
+l'augmentation du nombre des lettres franches a été telle, que l'ancien
+travail serait aujourd'hui plus nuisible qu'utile.
+
+L'augmentation des correspondances administratives est due à notre
+système de centralisation, qui amène à Paris des renseignements écrits
+et des pièces de toute nature, des points les plus éloignés du centre,
+et qui fait que c'est aussi de Paris que se répandent partout en France
+jusqu'aux formules imprimées dont font usage cent mille payeurs,
+percepteurs et fonctionnaires de toute espèce; et comme cette
+centralisation s'opère d'abord au chef-lieu de chaque département, les
+mêmes pièces et les mêmes renseignements passent deux fois par le
+service des postes, savoir: de Paris aux chefs-lieux et des chefs-lieux
+aux communes, et au retour des communes aux chefs-lieux et des
+chefs-lieux à Paris.
+
+L'augmentation du nombre des paquets administratifs ne résulte pas
+seulement des formes si satisfaisantes, mais si multipliées, de notre
+comptabilité centrale, mais aussi des renseignements statistiques qui se
+réunissent et s'emploient maintenant partout, des justes exigences de la
+cour des comptes, des justifications à fournir aux chambres, enfin des
+rapports plus nombreux chaque jour des diverses administrations
+publiques avec tous les particuliers en France. Toutes ces causes, qui
+sont inhérentes à la forme de notre gouvernement et aux besoins de notre
+comptabilité, font que non-seulement le nombre des dépêches circulant en
+franchise à Paris et en province entre fonctionnaires de tous grades est
+devenu considérable, mais que le poids de presque toutes ces lettres
+dépasse de beaucoup celui des plus gros paquets soumis à la taxe; en
+sorte que, si celles-là étaient taxées selon l'échelle de poids et de
+distance fixée par le tarif, la somme de produits qu'ils donneraient
+dépasserait de beaucoup les produits ordinaires des lettres.
+
+Nous ne craignons pas de nous tromper en disant que le montant de cette
+taxe serait de cent cinquante pour cent plus élevé que le produit total
+des lettres taxées circulant en France, soit la somme de 54,000,000 fr.
+au lieu de 36,000,000 fr.[20]; ou, pour traduire cette proportion par un
+nombre de lettres simples, si le nombre des lettres taxées circulant
+dans le service est annuellement de soixante-dix-neuf millions[21], le
+nombre de lettres administratives circulant en franchise en France,
+considérées comme simples, serait d'environ cent dix-huit millions cinq
+cent mille.
+
+[Note 20: Produit net de la taxe des lettres en 1836: 35,665,732 fr.]
+
+[Note 21: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+La taxe moyenne des postes sera encore affectée par une autre nature de
+correspondance; nous voulons parler des journaux.
+
+Si les correspondances administratives ne paient aucun port, les
+journaux paient un port réduit qui ne suffirait pas aux frais de leur
+transport et de leur distribution et que compense encore le montant de
+la taxe des lettres des particuliers.
+
+Le nombre des journaux et imprimés taxés transportés par la poste en
+France est annuellement de quarante-six millions deux cent trente
+mille[22]. Le produit de la taxe n'est que de 1,800,000 fr. par an. Le
+prix du port de ces imprimés est de 4 c. ou de 2 c. 1/2 ou de 1 c. 1/4
+par feuille, selon leur dimension, et nous verrons tout à l'heure que le
+prix moyen de transport et de distribution d'une lettre ou d'un journal
+est plus élevé.
+
+[Note 22: _Ibid._, page 159.]
+
+Ces données obtenues, pour trouver le prix moyen du transport et de la
+distribution d'une lettre ou d'un journal circulant par la poste, nous
+procéderons ainsi qu'il suit:
+
+Le nombre des lettres taxées qui ont circulé en France
+par le service des postes en 1836 est de 79,000,000[23].
+
+Le nombre des journaux et autres imprimés taxés 46,250,000[24].
+
+Le nombre des lettres en franchise. 118,500,000
+ -----------
+Total du nombre de lettres et d'imprimés
+circulant dans le service des
+postes en un an 243,750,000.
+
+Les dépenses de toute espèce de l'administration des postes en 1836 ont
+été de 19,409,701 fr.[25].
+
+[Note 23: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+[Note 24: Ibid., page 159.]
+
+[Note 25: Voir le compte définitif des dépenses de l'administration des
+finances en 1836 distribué aux chambres en 1838:
+
+Chap. 21. Personnel à Paris, 443,712 fr.}
+Chap. 20. Personnel en province, 9,509,295 } 19,409,701
+Chap. 41. Transport des dépêches sur terre, 9,449,194 }
+Chap. 46. Restitutions, 7,500 }
+]
+
+19,409,701 fr. divisés par 243,750,000 fr. égalent 0fr.,0796. En
+conséquence, le prix du transport et de la distribution d'une lettre,
+d'un journal ou d'un imprimé, y compris tous les frais de la rentrée des
+produits, a été en 1836 de 0fr.,0796, ou un peu moins de 0,08 c., et
+encore il convient de remarquer que dans cette dépense de 19,409,701
+fr., nous avons compris des frais de personnel à Paris et en province,
+qui servent en même temps à la rentrée de certains produits étrangers au
+transport des lettres, tels que la recette du prix des places des
+voyageurs dans les malles et dans les paquebots et le droit de cinq pour
+cent sur les articles d'argent, produits qui seuls se sont élevés en
+1836 à 2,500,000 fr.[26]; et nous n'avons pu faire autrement, parce que
+les mêmes employés sont chargés en même temps de ces diverses Recettes.
+
+[Note 26:
+
+Produit des places dans les malles-postes en 1836 1,727,914 fr.} 2,499,753
+Droit de 5 p. 0/0, articles d'argent, même année, 771,839 }
+]
+
+Maintenant que nous avons vu ce que coûte au trésor public le transport
+d'une lettre ou d'un journal, cherchons quel est le taux moyen du
+produit de l'objet taxé.
+
+Si on divise la recette nette du produit de la taxe des lettres et des
+journaux en 1836 par le nombre des lettres et des journaux qui ont été
+taxés en France pendant la même année, on obtiendra le résultat suivant:
+
+Les recettes nettes de la taxe des lettres en 1836, sont à peu près de
+36,000,000 fr. qui, divisés par cent vingt-cinq millions deux cent
+cinquante mille lettres ou imprimés taxés, donnent 0,28 c. 1/3 à peu
+près pour moyenne de la taxe d'une lettre ou d'un imprimé taxé en 1836.
+
+Mais comme la taxe des imprimés est de 0,4 c. par feuille, il s'ensuit
+que les quarante-six millions deux cent cinquante mille imprimés qui ont
+circulé dans le service des postes en 1836, ont dû donner seulement une
+recette de 1,850,000 fr.[27], et que la taxe des lettres a produit
+l'excédant des recettes, c'est-à-dire 34,150,000 fr. Nous sommes donc
+conduits à diviser la somme de 34,150,000 fr. par le nombre des lettres
+taxées, afin d'avoir le taux moyen de la taxe des lettres: et nous
+trouverons que le prix de port moyen d'une lettre taxée en France est
+d'environ 0,43 c. 1/4[28].
+
+[Note 27: En effet, voici la recette exacte en 1836:
+
+Journaux, 1,417,159 fr.
+Imprimés, 430,146
+ -------------
+ 1,847,305 fr.
+]
+
+[Note 28: Nous supposons que le nombre de 79,000,000 de lettres porté à
+l'Annuaire de 1838, est un peu exagéré, et que le taux moyen de la taxe
+d'une lettre est de 50 c. environ. C'est ainsi qu'on le compte dans les
+postes, et nous nous croyons suffisamment autorisé à prendre dans la
+suite cette somme de 50 c. pour base de nos calculs.]
+
+Mais la somme de ces taxes a donné au gouvernement le moyen de
+transporter, avec un grand rabais, les imprimés de toute espèce, et
+gratuitement toute la correspondance administrative.
+
+Or, si les frais de transport d'une lettre sont en réalité de 0,08 c. et
+le produit d'une lettre taxée (taux moyen), de 0,43 c. la recette est
+donc de cinq cent trente pour cent plus élevée que le prix du service
+rendu; enfin la partie de ces produits qui peut être considérée comme
+prix du service rendu est de 6,320,000 fr. et celle qu'on peut appeler
+un impôt, est de 29,980,000 fr.
+
+D'autre part, la dépense effective résultant du transport des dépêches
+administratives, est de 9,480,000 fr., c'est-à-dire, qu'il y a cent
+dix-huit millions cinq cent mille lettres simples, à raison de 0,08 c.
+l'une, et cela si l'on n'a égard qu'aux frais réels d'exploitation; car
+le transport de cette correspondance administrative représenterait un
+emploi de 50,955,000 fr. si la dépense était calculée à raison de 0,43
+c. par lettre, taux moyen de la taxe dont sont frappées les lettres des
+particuliers.
+
+On voit donc dès à présent que la taxe des lettres devrait être réduite
+en France de cinq cent trente pour cent, si on voulait la mettre en
+rapport exact avec la dépense réelle causée par le transport et la
+distribution des seules lettres des particuliers, et de cinquante pour
+cent à peu près si on voulait mettre la recette en rapport avec la
+dépense réellement faite pour le transport et la distribution de toutes
+les lettres, journaux et imprimés taxés envoyés par les particuliers ou
+circulant en franchise, pour le service du gouvernement.
+
+Avant que de traiter de la réduction possible de la taxe des lettres en
+général, il convient de parler d'abord de la taxe du service rural en
+particulier, et de la nécessité de supprimer le décime supplémentaire
+appliqué aux lettres distribuées ou recueillies dans les communes.
+
+L'établissement du service rural est un des grands bienfaits de la
+précédente administration des postes. En rendant tout d'un coup
+journaliers au 1er janvier 1828 tous les services de transport de
+dépêches en France, dont un grand nombre ne marchaient précédemment que
+trois ou quatre fois par semaine, l'administration s'était imposé
+l'obligation de faire mieux encore. Par suite du service journalier, la
+position des communes qui ne possédaient pas de bureaux de poste
+devenait comparativement plus mauvaise chaque jour; car, sur trente-huit
+mille communes dont se compose la France, deux mille se trouvaient
+recevoir exactement leurs lettres tous les jours, et trente-six mille
+autres ne les recevaient pas du tout. L'administration a donc sollicité,
+comme nous l'avons dit, et obtenu des chambres en 1829 un nouveau crédit
+de trois millions pour payer des facteurs chargés de distribuer des
+lettres dans les communes privées de bureaux de poste. La loi du 3 juin
+1829 disait que ce service serait fait au moins de deux jours l'un;
+depuis 1830 il a été organisé journalièrement dans beaucoup de communes
+importantes, et chaque jour l'administration est entraînée vers le
+moment où il deviendra journalier partout.
+
+Nous avons vu comment cette communication journalière entre les communes
+rurales et la ville principale qui les avoisine, pourrait être utilisée
+de manière à produire des résultats beaucoup plus avantageux. Ces
+messagers obligeants, par devoir et par intérêt, qui apportent jusque
+dans les fermes les plus éloignées, tous les produits de l'intelligence
+des villes, sont appelés à modifier un jour la condition des campagnes.
+Nous avons dit comment nous comprenons que ce résultat pourrait être
+obtenu[29]; mais la cause qui nuirait toujours à ce développement, c'est
+la taxe du service rural.
+
+[Note 29: Voir pages 11 et suivantes.]
+
+En effet, la perception d'un décime supplémentaire sur la taxe ordinaire
+des lettres distribuées dans les campagnes, est injuste, et elle est
+improductive.
+
+Elle est injuste: 1º parce qu'il n'est pas équitable, dans l'ordre
+naturel des idées, qu'un particulier qui reçoit sa lettre tous les deux
+jours et par un piéton qui arrive plus tardivement, paie un port plus
+élevé que celui qui, dans une ville, est servi tous les jours, et reçoit
+sa lettre immédiatement après l'arrivée du courrier; 2º parce que,
+d'après l'esprit qui a présidé au système général de la taxation des
+lettres, depuis la loi du 15 mars 1827, les lettres qui parcourent un
+plus grand trajet en ligne droite, doivent supporter une taxe plus
+considérable, et qu'ici très-souvent dans l'exécution le décime rural se
+trouve appliqué sur des lettres qui ont parcouru ou dû parcourir en
+ligne droite une distance moindre que celle qu'ont parcourue les lettres
+qui ne supportent pas cette taxe. Soit le cas très-fréquent où la
+commune dans laquelle est distribuée la lettre, se trouve plus
+rapprochée du point de départ, que le bureau de poste où elle est
+déposée par le courrier. Et ici, il y a double injustice; car la commune
+que traverse le courrier en se rendant au bureau, ne reçoit souvent par
+le facteur rural ses lettres que le lendemain du jour où elle eût pu les
+recevoir si le courrier les avait déposées à son passage, et cette
+commune paie un décime de plus, tandis que la ville plus éloignée où le
+courrier s'est arrêté, a reçu ses lettres un jour auparavant, et n'a pas
+payé de supplément de taxe.
+
+Elle est relativement improductive: 1º parce que les particuliers
+habitant la campagne, qui ont des relations suivies avec les villes (et
+ce sont ceux qui reçoivent le plus de lettres), entretenant un service
+particulier pour le transport de leurs provisions, se font adresser
+leurs lettres _poste restante_, et ne paient pas le supplément de droit.
+
+2º Parceque parmi les communes soumises au décime rural, les plus
+importantes, telles que les chefs-lieux de canton, qui donnent la plus
+grande part des produits ruraux, deviennent successivement bureaux de
+poste elles-mêmes, et ne paient plus le droit supplémentaire; et
+l'administration se trouve ainsi placée entre le désir de conserver des
+produits, et le devoir de faciliter la marche générale des
+correspondances par la création de nouveaux bureaux. Il faut cependant
+lui rendre ici cette justice, qu'elle a cédé jusqu'à présent plutôt à ce
+dernier sentiment qu'au premier.
+
+3º Parce qu'enfin la rentrée de cette espèce de produit ne peut se
+contrôler que très difficilement: en effet, les facteurs ruraux sont
+abandonnés à eux-mêmes pour la perception de la taxe qu'ils frappent et
+qu'ils réalisent dans le cours de leurs tournées. Ils sont placés, pour
+la perception de leurs autres recettes, sous les ordres d'un directeur
+qui, de son côté, n'est appelé à verser que le montant des sommes
+résultant de ses propres déclarations. Les éléments de contrôle employés
+ailleurs qui résultent de la mise en charge d'un agent par un agent
+correspondant, au moyen d'une feuille d'avis officielle envoyée plus
+tard à l'administration, manquent ici. Les moyens de comparaison puisés
+dans les recettes de même nature obtenues dans les autres bureaux,
+seraient d'ailleurs très peu satisfaisants, parce que deux bureaux
+semblables par le commerce de leur ville et par leur population, peuvent
+être très-différents sous le rapport des produits ruraux. Une seule
+fabrique importante dans les environs d'une ville, par exemple, doit
+faire quadrupler les produits du décime rural: qui peut dire alors, si
+le directeur a effectivement fait une recette plus ou moins élevée? Et
+le mal d'un semblable ordre de choses est que les premières erreurs
+coupables ou involontaires des préposés, passent forcément inaperçues;
+que les préposés s'habituent à ces petits détournements des décimes
+ruraux, à ces grapillages; que les produits baissent; ce qui est plus
+grave encore, que les agents se démoralisent et s'encouragent à
+commettre des détournements plus grands. Peut-être ne serions-nous pas
+taxé d'exagération, si nous disions qu'un tiers des produits du décime
+rural est absorbé de cette manière, et se trouve perdu pour l'État.
+
+4º La taxe du service rural perçue d'après une règle injuste,
+puisqu'elle n'est en proportion, ni avec les frais du service rendu, ni
+avec le poids des lettres, ni avec la distance parcourue, est
+improductive encore en ceci, qu'elle gêne la circulation des lettres, et
+nuit à l'accroissement des produits généraux; et ceci est prouvé par
+l'expérience du service qui compte déjà sept années d'existence. Le
+produit net du décime rural, qui était en 1831 de 1,400,000, n'avait
+atteint en 1836 que le chiffre de 1,900,000, quoique la dépense se fût
+chaque année considérablement accrue[30], et que le nombre des facteurs
+ruraux, qui était de 4,500 dans l'origine, se fût élevé à plus de
+8,000[31]. Il est vrai que la recette nette du produit ordinaire de la
+taxe des lettres s'est élevée de 29 millions à 33,700,000 de 1830 à
+1836, et que le service de la distribution des lettres dans les
+communes, peut se glorifier justement d'avoir été en partie la source de
+ces produits, par les facilités qu'il a données aux particuliers
+habitant des campagnes, d'écrire commodément à tous les points du
+royaume et de l'étranger; aussi, c'est de cette augmentation même dans
+la masse générale des recettes que nous tirons l'induction fondée, que
+les nouvelles facilités données par la suppression du décime rural,
+contribueraient plus puissamment encore à l'accroissement des produits
+généraux.
+
+[Note 30: En 1830 on avait porté au budget une somme d'environ 1,800,000
+fr. pour 4,500 facteurs, et la dépense demandée au budget de 1836 est
+3,400,000 fr. pour 7,900 facteurs.]
+
+[Note 31: Au budget de 1839, 8,100 facteurs ruraux; montant du salaire
+proposé, 3,500,000 fr.]
+
+C'est donc avec raison que nous avons dit que la taxe du service rural
+était injuste et relativement improductive[32]. Le devoir de
+l'administration des Postes est de transporter et de faire distribuer
+dans des conditions égales, selon leur poids et la distance parcourue,
+toutes les lettres à leur destination. Si les moyens lui ont manqué
+pendant longtemps pour compléter ce service à l'égard des habitants des
+campagnes, il y avait lacune, le service des postes était incomplet.
+Aujourd'hui que la loi du 3 juin 1829 a amené cette heureuse
+amélioration, il n'est pas juste de séparer en deux catégories les
+destinataires des lettres et de placer ceux des campagnes dans des
+conditions doublement défavorables. Le service rural doit être considéré
+comme la continuation du service ordinaire; son nom de rural doit
+disparaître, c'est un service de distribution au même titre et dans les
+mêmes conditions que celui qui se fait dans les villes, et les lettres
+ainsi transportées doivent être soumises à la taxe ordinaire réglée
+d'après leur poids et la distance parcourue de bureau de poste à bureau
+de poste.
+
+[Note 32: L'expression du voeu du conseil-général d'un des départements
+du centre de la France, à ce sujet, nous a paru si simple et si vraie,
+que nous n'avons pu nous défendre de le mentionner ici. Voir pièces à
+l'appui, Note nº 3.]
+
+Nous croyons en avoir déjà dit assez à l'examen du prix du service
+rendu, pour prouver qu'un abaissement dans le tarif, fût-il même de 50
+p. 0/0, s'il diminuait momentanément les produits des postes,
+n'exposerait cependant pas le gouvernement à la nécessité de transporter
+à titre onéreux les correspondances administratives et particulières.
+Mais si les recettes résultant de la taxe des lettres en circulation,
+devaient diminuer, d'autre part, une source toujours abondante de
+produits nouveaux serait ouverte par l'abaissement même qu'on aurait
+opéré sur le tarif; nous voulons parler de l'augmentation du nombre des
+lettres qui accompagne toujours l'abaissement de la taxe.
+
+Essayons de supputer quelles seraient cette diminution et cette
+augmentation, si l'on abaissait le tarif de 50 p. 0/0.
+
+La recette nette en port de lettres a été en 1836
+de 35,665,732 fr.
+
+Otons la recette du décime rural
+dont nous proposons la suppression. 1,932,476
+ ----------
+ Reste. 33,733,256
+
+Un abaissement supposé de 50 p. 0/0
+sur toutes les taxes de lettres, réduirait
+encore cette recette à 16,866,628
+
+Mais cette réduction serait atténuée:
+
+1º Du produit nouveau résultant des 45,504,000 lettres qu'un abaissement
+du tarif doit enlever à la fraude, et faire rentrer dans le service des
+postes[33]. Ces 45,504,000 lettres taxées d'après le tarif réduit de 50
+p. 0/0, c'est-à-dire, en moyenne, à 25 cent. au lieu de 50 cent.,
+donneraient une augmentation de recette de 11,376,000 fr.
+
+2º De l'augmentation de 547,500 fr., montant du droit de 5 p. 0/0, sur
+les quittances transportées[34].
+
+3º De l'augmentation probable du nombre de lettres résultant du nouveau
+transport des petites sommes d'argent, par les facteurs ruraux[35], pour
+mémoire.
+
+[Note 33: Voir page 14.]
+
+[Note 34: Voir page 15.]
+
+[Note 35: Voir page 16.]
+
+4º Enfin de l'augmentation dans le nombre général des lettres circulant
+par la poste, augmentation qui doit résulter de la réduction même de 50
+p. 0/0 sur la taxe. Cette augmentation doit être considérable si l'on
+considère que la taxe rurale supplémentaire serait entièrement supprimée
+et le prix du transport des lettres réduit au prix du service rendu.
+Mais n'estimons cette augmentation de recette qu'au cinquième de la
+recette totale opérée aujourd'hui, et nous aurons en produits nouveaux
+le cinquième de 35,600,000 fr. ou 7,100,000 fr.
+
+En résumé la recette totale ou 35,666,000 fr., réduite
+par l'abaissement de la taxe à 16,866,000
+donne une perte annuelle de 18,800,000
+
+Les produits nouveaux seraient:
+
+1º Diminution de la fraude. 11,376,000 fr.
+
+2º Droit de 5 p. 0/0 sur
+les quittances transportées. 547,500
+
+3º L'accroissement du
+nombre de lettres résultant
+de l'envoi des quittances,
+pour mémoire.
+
+4º Augmentation générale
+dans les recettes
+résultant de la diminution du tarif. 7,100,000
+ ----------
+Total. 19,023,000 ci 19,023,000 fr.
+La perte annuelle était 18,800,000
+ --------------
+L'augmentation probable des recettes,
+dès la première année, serait donc 223,000 fr.
+
+Si nos chiffres ne paraissaient pas trop arbitrairement réglés, et qu'on
+pût être persuadé que les recettes des postes ne diminueraient pas dans
+la première année, par suite des abaissements proposés dans le tarif, à
+plus forte raison croirait-on que dans les années suivantes, les
+produits iraient toujours en augmentant, car l'accroissement successif
+du nombre des lettres, comme conséquence de l'abaissement du tarif, est
+un principe qui ne sera nié par personne[36].
+
+[Note 36: La taxe des lettres n'ayant pas été réduite en France depuis
+longues années, nous ne pouvons pas donner, par des chiffres, la preuve
+de ce fait; mais nous trouverons cette preuve dans la comparaison des
+recettes en port de lettres faites en Angleterre en 1710 et 1754. (Voir
+aux pièces à l'appui, Note nº 4.)]
+
+Cependant après un plus mûr examen, il serait facile d'apercevoir que
+cette réduction générale de cinquante pour cent sur les taxes de toutes
+distances et de tous poids, ne serait pas le plus avantageux de tous les
+modes de réduction qu'on pourrait opérer sur le tarif des postes. Ce
+n'est pas également, en effet, que les taxes devraient être réduites: il
+est des correspondances dont le prix de transport doit être allégé de
+beaucoup dans l'intérêt de la diminution de la fraude et de
+l'augmentation du nombre des lettres; et d'autres taxes, au contraire,
+qui, si la forme actuelle d'application du tarif était conservée,
+pourraient être maintenues à leur taux sans qu'il en résultât une gêne
+aussi sensible pour les particuliers.
+
+C'est ce que nous nous proposons de développer maintenant; et de
+l'examen des taxes actuelles, nous ferons ressortir la nécessité d'un
+tarif plus simple dans ses combinaisons, plus modéré et plus facile dans
+son application.
+
+
+
+
+ CHAPITRE III.
+
+
+Examen du tarif actuel.--Proposition d'un nouveau tarif basé sur le
+poids des lettres, et sur la distance qu'elles doivent parcourir.
+
+La taxe des lettres procède actuellement selon deux conditions: d'abord,
+d'après la distance que la lettre doit parcourir en ligne droite dans le
+royaume; et ensuite, d'après son poids[37].
+
+[Note 37: Loi du 15 mars 1827.]
+
+L'échelle des distances varie de 40 kilomètres à 80, de 80 k. à 150, de
+150 k. à 220, de 220 k. à 300, de 300 k. à 400, de 400 k. à 500 et ainsi
+de suite, et la taxe d'un décime à l'origine, s'accroît à chaque échelon
+d'un décime additionnel.
+
+L'échelle du poids procède ainsi: la lettre est simple jusqu'à 7 grammes
+1/2, et elle paie le prix que nous venons d'indiquer; au-dessus de 7 gr.
+1/2 jusqu'à 10 gr., elle doit un demi-port simple de plus; de 10 gr. à
+15 gr., elle doit deux fois le port; de 15 gr. à 20 gr., deux fois et
+demi le port; de 20 gr. à 25 gr., trois fois le port, et ainsi de suite,
+en augmentant d'un demi-port par chaque 5 grammes en sus.
+
+Il suit de cette échelle si serrée des degrés de distance et de
+pesanteur, que les diverses taxes à apposer sur les lettres sont
+infinies dans leurs combinaisons; qu'il faut en composer une spéciale à
+chaque lettre qui passe dans le service; qu'enfin cette opération de la
+taxe est longue, difficile et sujette à erreur.
+
+Mais comme les degrés, tant de distance que de poids, sont plus serrés
+dans les premiers échelons de taxe que dans les derniers, ce sont les
+lettres parcourant les petites distances et pesant un peu plus de 7 gr.
+1/2, qui se trouvent dans les conditions les plus défavorables, et
+malheureusement aussi ce sont celles dont la fraude s'empare le plus
+facilement. En effet, il semble que ce soient justement les
+correspondances qui pouvaient échapper le plus aisément, et qui par cela
+même auraient dû être le mieux traitées, que le législateur ait frappées
+avec le plus de rigueur, et la raison qui a présidé à cette disposition
+est facile à comprendre: les lettres qui parcourent de courtes distances
+sont les plus nombreuses et une très-légère augmentation de taxe pour
+chacune d'elles se trouvait ainsi faire augmenter sensiblement les
+produits généraux. Mais on n'a pas pensé au nombre considérable de
+nouvelles lettres de cette nature qu'on aurait pu, au contraire, ramener
+dans le service par un allègement dans les taxes du premier degré.
+
+Les lettres vraiment pesantes sont dans une proportion très-minime[38].
+C'est la condition des lettres simples qu'il faut d'abord améliorer; ce
+sont elles qu'il faut faire rentrer dans le service par tous les moyens
+possibles, soit par une extension de la distance qu'elles peuvent
+parcourir, soit par une augmentation dans le poids accordé.
+
+[Note 38: Voir page 64.]
+
+Les lettres simples, ainsi que nous le comprenons, en effet, ne
+devraient pas être seulement celles qui se composent d'une simple
+feuille de papier ou pesant moins de 7 gr. 1/2; ce devraient être les
+lettres écrites par une seule personne à une autre seule personne, et
+d'un poids fixé de manière à ce qu'on pût joindre à ces lettres un ou
+deux effets de commerce, un acte de famille ou toute autre pièce; car
+c'est souvent pour cette seule pièce insérée, que la lettre est écrite;
+et lorsque cette addition doit entraîner un supplément de port, la
+lettre échappe à la poste, et la pièce est envoyée par une autre voie.
+
+La réduction à opérer sur le tarif ne semble donc pas devoir être faite
+exactement d'après l'échelle des taxes actuellement existantes, mais
+plutôt sur les bases suivantes:
+
+1º Éloigner les limites de distances et de poids, passé lesquelles une
+lettre cesse d'être considérée comme simple; 2º supprimer une grande
+quantité de degrés de l'échelle des taxes tant du poids que des
+distances, afin de rendre l'opération de la taxe plus simple pour les
+employés, et le prix de transport moins élevé pour les particuliers.
+
+C'est ce que nous avons cherché à rendre sensible par la rédaction des
+tableaux qui suivent:
+
+Le tableau nº 1 présente la progression des taxes d'après la loi
+actuellement en vigueur[39], car nous avons cru devoir partir de ce qui
+existe pour avoir un terme de comparaison:
+
+[Note 39: Loi du 15 mars 1827.]
+
+Le tableau n° 2 donne un tarif très-simplifié, mais encore basé sur le
+poids et sur la distance parcourue, tarif que nous proposerions de
+substituer à l'ancien.
+
+Le tableau n° 3 offre une comparaison de la taxe des lettres d'après le
+système actuel et d'après le système proposé.
+
+Le tableau n° 4 présente la même comparaison appliquée à la taxe d'une
+lettre de Paris pour diverses villes importantes de la France.
+
+L'examen successif que nous ferons de ces tableaux nous fournira
+l'occasion de développer et de motiver notre nouvelle échelle de
+taxation.
+
+TABLEAU Nº I.
+
+_Progression des taxes, d'après la loi actuellement en vigueur_ (15 mars
+1827).
+
++-----------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+| PROGRESSION |au- |de 7 |de 10 |de 15 |de 20 |de 25 | |
+| en raison |dessous|gr. |gram. |gram. |gram. |gram. |OBSER- |
+| des distances. |de |1/2 à |à 15 |à 20 |à 25 |à 30 |VATIONS. |
+| |7 gr. |10 |exclu-|exclu-|exclu-|exclu-| |
+| |1/2 |exclu-|siv. |siv. |siv. |siv. | |
+| |port |siv. |2 fois|2 fois|3 fois|3 fois| |
+| |simple.|1 port|le |1/2 le|le |1/2 le| |
+| | |1/2. |port. |port. |port. |port. | |
+------------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+|Jusqu'à 40 kilo- |2 |3 |4 |5 |6 |7 |Au-delà de |
+|mètres. | | | | | | |30 grammes |
+|de 40 à 80 kilom.|3 |5 |6 |8 |9 |11 |jusqu'à |
+|de 80 à 150 -- |4 |6 |8 |10 | |14 |1000, la |
+|de 150 à 220 -- |5 |8 |10 |13 |15 |18 |progression|
+|de 220 à 300 -- |6 |9 |12 |15 |18 |21 |continue |
+|de 300 à 400 -- |7 |11 |14 |18 |21 |25 |d'être d'un|
+|de 400 à 500 -- |8 |12 |16 |20 |24 |28 |demi-port |
+|de 500 à 600 -- |9 |14 |18 |23 |27 |32 |en sus pour|
+|de 600 à 750 -- |10 |15 |20 |25 |30 |35 |chaque |
+|de 750 à 900 -- |11 |17 |22 |28 |33 |39 |poids de 5 |
+|au-delà de 900 --|12 |18 |24 |30 |36 |42 |grammes |
++-----------------+-------+------+------+------+------+------+-----------+
+
+
+TABLEAU Nº II.
+
+_Progression de la taxe des lettres d'après le tarif proposé._
+
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ PROGRESSION | |
+ en raison des |Jusqu'à 75 de 75 de 150 de 300 de 450 au-delà |
+ distances. |kilomètres. à 150 à 300 à 450 à 600 de 600 |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ au-dessous | |
+ de 15 gram. | 2 3 4 5 6 7 |
+ port simple. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 15 gram. à | |
+ à 30 exclusiv. | 4 6 8 10 12 14 |
+ 2 fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 30 gram. à | |
+ 50 exclus. 3 | 6 9 12 15 18 21 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 50 gram. à | |
+ 100 exclus. 4 | 8 12 16 20 24 28 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 100 gram. à | |
+ 250 exclus. 5 | 10 15 20 25 30 35 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ de 250 gram. à | |
+ 500 exclus. 6 | 12 18 24 30 36 42 |
+ fois le port. | |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+ | L'abaissement du tarif nous a fait limiter à 50.0 |
+ OBSERVATIONS. | grammes le poids des lettres admises à circuler par |
+ | la poste. |
+-----------------+--------------------------------------------------------+
+
+
+TABLEAU Nº III.
+
+_Tableau comparatif de la taxe des lettres d'après la loi actuellement
+en vigueur et d'après le tarif proposé._
+
++------+----+----+----+--------+----------------+-------------------+----------+
+| |Au- |De | | | | | | | |
+| |des-|7gr.|De | De | De | De | De | De | |
+| |sous|1/2 |10 à| 15 à | 30 à | 50 à | 100 à | 250 à | |
+| | de |à |15 | 30 gr. | 50 gr. | 100 gr.| 250 gr.| 500 gr. | |
+| |7 g.|10 |gr. | | | | | | |
+| |1/2.|gr. | | | | | | | |
+| +----+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+| |T| T| T|T| T|T| T | T| T | T| T | T| T | T| T | T| |
+| |a| a| a|a| a|a| a | a| a | a| a | a| a | a| a | a| |
+|PRO- |r| r| r|r| r|r| r | r| r | r| r | r| r | r| r | r| |
+|GRES- |i| i| i|i| i|i| i | i| i | i| i | i| i | i| i | i| |
+|SION |f| f| f|f| f|f| f | f| f | f| f | f| f | f| f | f| |
+| de | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| la |a| p| a|p| a|p| a | p| a | p| a | p| a | p| a | p|OBSERVA- |
+| taxe |c| r| c|r| c|r| c | r| c | r| c | r| c | r| c | r| TIONS. |
+| en |t| o| t|o| t|o| t | o| t | o| t | o| t | o| t | o| |
+|raison|u| p| u|p| u|p| u | p| u | p| u | p| u | p| u | p| |
+| des |e| o| e|o| e|o| e | o| e | o| e | o| e | o| e | o| |
+| dis- |l| s| l|s| l|s| l | s| l | s| l | s| l | s| l | s| |
+|tances|.| é| .|é| .|é| . | é| . | é| . | é| . | é| . | é| |
+| | | .| |.| |.| | .| | .| | .| | .| | .| |
+| | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| +-+--+--+-+--+-+-----+--+-----+--+-----+--+-----+--+------+--+----------+
+| |p| p| p|p| 2|p| de | 2| de | 3| de | 4| de | 5| de | 6| |
+| |o| o| o|o| f|o| 2 | f| 4 | f| 6 | f| 11 | f| 26 | f| |
+| |r| r| r|r| o|r|ports| o|ports| o|ports| o|ports| o| ports| o| |
+| |t| t| t|t| i|t| 1/2 | i|à 5 | i|à 10 | i|à 25 | i| à 50 | i| |
+| | | | | | s| | à 3 | s|ports| s|ports| s|ports| s| ports| s| |
+| |s| s| e|s| |s|ports| | 1/2.| | 1/2.| | 1/2.| | 1/2. | | |
+| |i| i| t|i| l|i| 1/2.| l| | l| | l| | l| | l| |
+| |m| m| |m| e|m| | e| | e| | e| | e| | e| |
+| |p| p| d|p| |p| | | | | | | | | | | |
+| |l| l| e|l| p|l| | p| | p| | p| | p| | p| |
+| |e| e| m|e| o|e| | o| | o| | o| | o| | o| |
+| |.| .| i|.| r|.| | r| | r| | r| | r| | r| |
+| | | | .| | t| | | t| | t| | t| | t| | t| |
+| | | | | | .| | | .| | .| | .| | .| | .| |
+|-----------+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+| |déc.|déc.|déc.| déc. | déc. | déc. | déc. | déc. | |
+|Jus- | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|qu'à | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|40 | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+|kilom.| | | | | | | de 5| | de 8| |de 12| |de 22| | de 52| |Notre |
+|incl. | 2|2| 3|2| 4|2| à 7| 4| à 11| 6| à 21| 8| à 51|10| à 101|12|tarif |
+|De 40 | | | | | | | | | | | | | | | | |nouveau |
+| à 75 | | | | de 8| de 12| |de 18| |de 33| | de 78| |s'arrête |
+| id. | 3|2| 5|2| 6|2| à 11| 4| à 17| 6| à 32| 8| à 77|10| à 152|12|à 500 |
+|De 75 | | | | | | | | | | | | | | | | |grammes. |
+| à 80 | | | | de 8| de 12| de 18| |de 33| | de 78| |Le tarif |
+| id. | 3|3| 5|3| 6|3| à 11| 6| à 17| 9| à 32|12| à 77|15| à 152|18|ancien |
+|De 80 | | | | | | | | | | | | | | | | |reçoit |
+| à 150| | | |de 10| de 16| de 24| |de 44| |de 104| |des |
+| id. | 4|3| 6|3| 8|3| à 14| 6| à 22| 9| à 42|12|à 102|15| à 202|18|lettres |
+|De 150| | | | | | | | | | | | | | | | |jusqu'au |
+| à 220| | | |de 13| de 20| de 30| |de 55| |de 130| |poids de |
+| id. | 5|4| 8|4|10|4| à 18| 8| à 28|12| à 53|16|à 128|20| à 253|24|1,000 |
+|De 220| | | | | | | | | | | | | | | | |gramm. |
+| à 300| | | |de 15| de 24| de 36| |de 66| |de 156| |L'ancien |
+| id. | 6|4| 9|4|12|4| à 21| 8| à 33|12| à 63|16|à 153|20| à 303|24|tarif |
+|De 300| | | | | | | | | | | | | | | | |a 200 |
+| à 400| | | |de 18| de 28| de 42| |de 77| |de 182| |degrés de |
+| id. | 7|5|11|5|14|5| à 25|10| à 39|15| à 74|20|à 179|25| à 354|30|pesanteur;|
+|De 400| | | | | | | | | | | | | | | | |le nôtre 6|
+| à 450| | | |de 20| de 32| de 48| |de 88| |de 208| |seulement.|
+| id. | 8|5|12|5|16|5| à 28|10| à 44|15| à 84|20|à 204|25| à 404|30| |
+|De 450| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 500| | | |de 20| de 32| de 48| |de 88| |de 208| | |
+| id. | 8|6|12|6|16|6| à 28|12| à 44|18| à 84|24|à 204|30| à 404|36| |
+|De 500| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 600| | | |de 23| de 36| de 54| |de 99| |de 234| | |
+| id. | 9|6|14|6|18|6| à 32|12| à 50|18| à 95|24|à 230|30| à 455|36| |
+|De 600| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 750| | | |de 25| de 40| de 60| |de110| |de 260| | |
+| id. |10|7|15|7|20|7| à 35|14| à 55|21|à 105|28|à 255|35| à 505|42| |
+|De 750| | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| à 900| | | | | | |de 28| |de 44| |de 66| |de121| |de 286| | |
+| id. |11|7|17|7|22|7| à 39|14| à 61|21|à 116|28|à 281|35| à 556|42| |
+|Au- | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| delà | | | | | | | | | | | | | | | | | |
+| de | | | | | | |de 30| |de 48| |de 72| |de132| |de 312| | |
+| 900. |12|7|18|7|24|7| à 42|14| à 66|21|à 126|28|à 306|35| à 606|42| |
+|------+----+----+----+--------+--------+--------+--------+---------+----------+
+
+TABLEAU Nº IV.
+
+_Tableau comparatif de la taxe d'une lettre de Paris pour quelques
+principales villes de France, d'après le mode actuellement suivi et
+d'après le tarif proposé_[40].
+
++------------------+-------------+------------+--------+--------+--------+
+| |Au-dessous de|De 7 gr. 1/2| De 10 | De 15 | De 20 |
+| NOMS | 7 gr. 1/2. | à 10 gr. |à 15 gr.|à 20 gr.|à 25 gr.|
+| +-------------+------------+--------+--------+--------+
+| des | T a | T p | T a | T p |T a |T p|T a |T p|T a |T p|
+| | a c | a r | a c | a r |a c |a r|a c |a r|a c |a r|
+| VILLES. | x t | x o | x t | x o |x t |x o|x t |x o|x t |x o|
+| | e u | e p | e u | e p |e u |e p|e u |e p|e u |e p|
+| | e | o | e | o | e | o| e | o| e | o|
+| | l | s | l | s | l | s| l | s| l | s|
+| | l | é | l | é | l | é| l | é| l | é|
+| | e | e | e | e | e | e| e | e| e | e|
++------------------+-------------+------------+--------+--------+--------+
+| | d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.| d.|
+|Amiens. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Angers. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Arras. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Avignon. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Besançon. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Bordeaux. | 8 | 6 | 12 | 6 | 16 | 6 | 20 |12 | 24 |12 |
+|Brest. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Caen. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Clermont-Ferrand. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Dijon. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Grenoble. | 8 | 6 | 12 | 6 | 16 | 6 | 20 |12 | 24 |12 |
+|Havre (le). | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Lille. | 5 | 4 | 8 | 4 | 10 | 4 | 13 | 8 | 15 | 8 |
+|Limoges. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Marseille. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Metz. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Montpellier. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Moulins. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Nancy. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Nantes. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Nîmes. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Orléans. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Pau. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Perpignan. | 10 | 7 | 15 | 7 | 20 | 7 | 25 |14 | 30 |14 |
+|Poitiers. | 6 | 4 | 9 | 4 | 12 | 4 | 15 | 8 | 18 | 8 |
+|Rennes. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Rochelle (la). | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Rouen. | 4 | 3 | 6 | 3 | 8 | 3 | 10 | 6 | 12 | 6 |
+|Strasbourg. | 7 | 5 | 11 | 5 | 14 | 5 | 18 |10 | 21 |10 |
+|Toulouse. | 9 | 6 | 14 | 6 | 18 | 6 | 23 |12 | 27 |12 |
+|Versailles. | 2 | 2 | 3 | 2 | 4 | 2 | 5 | 4 | 6 | 4 |
++------------------+------+------+------+-----+----+---+----+---+----+---+
+
+[Note 40: Nous n'avons pas étendu ce tableau de comparaison au-delà de
+25 grammes pour ne pas multiplier les colonnes, et aussi parce que le
+nombre des lettres dont le poids dépasse 25 grammes n'est que
+l'exception, et ne forme pas plus que 17/1846 des lettres qui circulent
+en France. (Voir page 64.)]
+
+On voit par les tableaux nos 2 et 3 que le nouveau tarif que nous
+présentons procède comme le tarif actuellement en usage, selon ces deux
+conditions, 1º de la distance à parcourir en ligne droite du point de
+départ au point d'arrivée de la lettre; 2º du poids de l'objet
+transporté.
+
+Nous traiterons successivement de la taxe du parcours et de la taxe du
+poids.
+
+La taxe du parcours est la partie de taxe qui semble en apparence le
+plus justement établie; c'est le prix d'un service qui se prolonge et,
+par conséquent, qui coûte d'autant plus à l'État, que la lettre doit
+être transportée à un point plus éloigné. Cette taxe sera donc encore
+proportionnelle; seulement au lieu de la faire augmenter d'un décime de
+40 à 80 kilomètres, de 80 à 150, de 150 à 220, de 220 à 300, de 300 à
+400, à 500, à 600, à 750 et à 900, nous accordons tout d'abord 75 kilom.
+pour la première distance, et nous procédons ensuite de 75 à 150, de 150
+à 300, de 300 à 450 et de 450 à 600. Nous réduisons donc ainsi l'échelle
+des distances, c'est-à-dire, que nous réunissons sous la même taxe
+plusieurs étendues de parcours qui aujourd'hui sont l'objet de taxes
+différentes, en donnant à chacune de ces catégories toute entière la
+moins élevée des différentes taxes auxquelles les différentes distances
+étaient soumises. Enfin, nous abaissons le tarif dans les courtes
+distances. La meilleure manière de faire rentrer dans le service les
+lettres transportées par d'autres moyens, et aussi d'augmenter le nombre
+des lettres en circulation dans ces courtes distances, où l'on a tant
+d'occasions de communique autrement que par la poste, c'est de baisser
+la taxe.
+
+C'est ce qui nous a fait proposer d'étendre de 40 à 75 kilom. parcourus
+le premier rayon de taxe qui entraîne pour une lettre simple un port de
+2 décimes seulement: aujourd'hui toute lettre simple parcourant moins de
+40 kilom. est taxée 2 décimes, et de 40 à 80 kilom. 3 décimes; c'est le
+second degré de l'échelle de taxation actuellement en usage que nous
+réunissons au premier et que nous taxons de la taxe du premier.
+
+Le troisième rayon actuel de 80 à 150 est encore trop rapproché du point
+de départ, pour que les considérations que nous émettions tout à l'heure
+sur les avantages de réduire les taxes de courtes distances, ne soient
+pas applicables aux distances qu'il enferme, et nous proposons
+d'appliquer la taxe de 3 décimes seulement, au lieu de 4, aux lettres
+simples parcourant au-delà de 75 jusqu'à 150 kilom.
+
+C'est ainsi que notre troisième rayon s'étend de 150 à 300 kilom., et
+sera taxé 4 décimes; le quatrième, de 300 à 450 kilom., sera taxé 5
+décimes; et enfin le cinquième, de 450 à 600 kilom., sera taxé 6
+décimes; le sixième rayon de parcours est dans notre projet le dernier.
+Toute lettre simple parcourant plus de 600 kilom. serait taxée 7
+décimes.
+
+Nous avons arrêté notre échelle de taxe de distance à 600 kilom., et
+nous avons proposé de taxer de 7 décimes toute lettre envoyée à un point
+plus éloigné que 600 kilom. du point de départ, quelle que fût la
+distance, par les raisons suivantes:
+
+1º Parce que 7 décimes nous paraissent le prix de port le plus élevé que
+puisse supporter une lettre simple, si l'on admet une taxe
+proportionnelle à la distance parcourue, et cela dans l'intérêt bien
+entendu des recettes; 2º parce que le point de France le plus éloigné
+n'est pas à 700 kil. de distance de Paris; soit Arles et
+Céret (Pyrénées-Orientales), et que pour les pays étrangers, ces
+conditions de taxe sont différentes; 3º parce que les lettres du midi
+pour l'extrême nord de la France, soit par exemple les lettres de
+Perpignan pour Lille, qui parcourent un espace de 882 kilom., sont
+rares, attendu que Paris est un grand centre qui fait presque tout le
+commerce de transit, et dont la bourse, modifiant presque toujours les
+avis envoyés de l'extrême nord à l'extrême midi de la France, est en
+possession de transmettre presque tous les avis du commerce; 4º parce
+que si l'on objectait, enfin, que ce défaut d'accroissement de taxation
+pour des distances de plus de 600 kilom. pourrait être nuisible aux
+produits revenant à la France pour droit de transit des correspondances
+étrangères à travers son territoire, soit, par exemple les
+correspondances venant du levant ou de l'Inde par Marseille pour
+l'Angleterre, dans la distance de Marseille à Calais, nous répondrions
+que les droits de transit des lettres sont établis, diminués, augmentés
+ou modifiés par des traités rédigés par les soins de l'administration
+des postes, et que c'est à elle à tenir compte, dans certaines
+circonstances, de la distance réellement parcourue si elle le juge
+convenable. D'ailleurs ces droits de transit sur les correspondances
+étrangères sont toujours réduits dans des proportions considérables à
+titre d'abonnement, et ne doivent pas priver le gouvernement de la
+possibilité d'accorder, lorsqu'il y a lieu, des réductions de taxe aux
+régnicoles.
+
+Arrivant à la partie de la taxe des lettres qui s'établit d'après la
+pesanteur des objets transportés, ou observera que, d'après le tarif
+actuel, les lettres dont le poids ne dépasse pas 7 gr. 1/2 paient le
+port simple établi d'après la distance parcourue; de 7 gr. 1/2 à 10 gr.,
+un port et demi; de 10 à 15 gr. deux fois le port, et ainsi de suite en
+augmentant d'un demi-port par chaque 5 gr. de pesanteur.
+
+Mais pourquoi cette élévation de taxe de 7 gr. 1/2 à 10 gr., de 10 gr. à
+15 gr., et ensuite de 5 gr. en 5 gr.? est-ce pour éviter que des lettres
+adressées à des destinataires différents, ne soient envoyées sous une
+seule enveloppe et au prix d'une seule et même taxe? Cette crainte
+serait légitime, mais nous ne la croyons pas fondée. En effet le cas de
+deux lettres envoyées sous un même pli pour éviter un port ne se
+présente que très-rarement. Les lettres qui dépassent le poids de 7 g.
+1/2 sans atteindre celui de 15 gr. sont ordinairement celles qui ont été
+écrites sur un papier épais, ou formées d'un pesant cachet en cire, ou
+enfin qui contiennent un billet à ordre, un effet de commerce, une
+quittance ou un prix courant. Mais ce supplément de taxe que l'insertion
+d'une pièce dans la lettre entraîne avec elle, doit-il être considéré
+comme une disposition juste en elle-même et avantageuse aux recettes en
+général? Nous ne le croyons pas. Dans le cas dont il est question cette
+taxe est une surprise ou une gêne dont le public est victime;
+qu'arrive-t-il de tout cela? que souvent le particulier s'abstiendra
+d'envoyer sa pièce, et ce sera une lettre de moins dans le service, ou
+qu'il attendra qu'il puisse en envoyer plusieurs à la fois et les
+expédiera par la diligence, ou qu'il écrira enfin sans envoyer la pièce
+incluse, toutes choses gênantes pour lui, et par cela même nuisibles aux
+produits.
+
+Nous croyons que c'est un mauvais calcul de la part de l'administration
+de spéculer sur la nécessité où sont entraînés les particuliers de
+joindre quelques pièces à leurs lettres, ou sur l'oubli de ceux qui
+omettent de se servir d'un papier mince. Laissons à tous la possibilité
+d'employer toute espèce de papier, de fermer leurs lettres de larges
+cachets de cire, si telle est leur fantaisie; ne privons pas les
+négociants de l'avantage de joindre à leurs lettres telles factures
+simples, tel billet de petite dimension que le besoin exigera; et ils
+rendront à l'État, par l'augmentation du nombre de leurs
+correspondances, le centuple de ce que l'État fera pour eux dans cette
+circonstance. Croyons que de cette facilité donnée aux relations
+épistolaires naîtront beaucoup de lettres nouvelles et des recettes plus
+abondantes.
+
+Le poids de la lettre simple pourrait donc être élevé de 7 grammes 1/2 à
+15 grammes. Notre premier rayon de poids comprendrait ainsi les trois
+premiers degrés de poids de l'échelle actuellement en usage, savoir: de
+0 à 7 gr. 1/2, de 7 gr. 1/2 à 10 gr., enfin, de 10 gr. à 15 gr.
+
+Le tarif actuel établit ensuite une taxe d'un demi-port en sus du port
+ordinaire de la lettre simple par chaque 5 gr. de pesanteur au-dessus de
+15 gr. Cette progression de la taxe des lettres de 5 gr. en 5 gr. avait
+pour but, comme nous venons de le dire, d'empêcher que des particuliers
+ne se réunissent pour envoyer plusieurs lettres à la fois sous la même
+enveloppe, afin de sauver une partie du port; mais, comme le poids d'une
+lettre simple, écrite sur papier mince, est à peu près de 5 gr., et que
+la taxe ne va s'augmentant par chaque 5 gr. que d'un demi-port, on
+supposait à tort que cette espèce de fraude serait prévenue par
+l'application de cette échelle de taxation. En effet, il y a encore
+aujourd'hui un bénéfice de taxe d'un demi-port par lettre à en réunir
+plusieurs sous une même enveloppe. Soit vingt lettres simples de Toulon
+pour Paris et taxées chacune 10 déc. ou 1 fr. à raison de la distance
+parcourue (750 kilom.) Ces lettres envoyées séparément supporteraient
+une taxe de 20 fr., au lieu de 10 fr. 50 c., ou dix fois et demie le
+port simple à raison du poids de 100 gr., auquel elles seraient livrées
+si ces vingt lettres étaient réunies et envoyées sous la même enveloppe.
+
+Mais quoique le tarif actuel soit impuissant à prévenir des calculs de
+cette espèce, il ne s'ensuit pas que cette spéculation se fasse, tout
+avantageuse qu'elle paraisse au premier abord; et elle n'a pas lieu pour
+beaucoup de raisons. En effet, indépendamment du peu de confiance qu'ont
+en général les uns dans les autres les négociants faisant le même genre
+d'affaires (car il n'y aurait que des négociants écrivant beaucoup et à
+des époques fixes qui pussent se livrer au genre d'industrie dont nous
+venons de parler), défaut de confiance qui ne leur permettrait pas de
+livrer leurs lettres aux soins d'une seule personne au point de départ
+comme au point d'arrivée, il y aurait à déduire de l'économie obtenue
+par cette fraude la taxe de la ville pour la ville dont seraient
+frappées les lettres pour leur distribution, lorsque le négociant auquel
+elles seraient adressées enverrait par cette voie chacune d'elles aux
+destinataires de sa ville; il y aurait surtout encore à tenir compte du
+retard d'une distribution qu'éprouveraient les lettres ainsi dirigées,
+retard qui dans les grandes villes serait au moins de quatre heures, et
+d'un jour dans les petites villes; et chacun sait quel inconvénient il y
+aurait pour un négociant à ne voir ses lettres parvenir à leur
+destination que vingt-quatre heures ou même quatre heures après le
+moment de la distribution générale.
+
+Nous sommes donc autorisés à conclure de ces observations: d'abord, que
+l'accroissement d'une taxe d'un demi-port de la lettre simple par chaque
+5 gr. de pesanteur n'est pas un droit protecteur suffisant contre l'abus
+qu'on a voulu éviter; et ensuite, que si la réunion de plusieurs lettres
+n'a pas été, ou n'a été que très-peu pratiquée avec les conditions du
+tarif actuel, elle n'aurait pas lieu davantage si l'on accordait une
+tolérance plus grande pour le poids des lettres confiées au service des
+postes.
+
+Quels avantages le trésor public ne peut-il pas retirer, d'autre part,
+de la facilité qu'il donnera aux particuliers de faire transporter à un
+prix modéré, des lettres ou des papiers importants que leur poids
+éloigne du service des postes, et que l'on confie aujourd'hui, à regret,
+à des diligences et à des messagers qui n'offrent pas les mêmes
+garanties d'exactitude et de célérité?
+
+Revenant à la fixation de notre tarif, nous dirons donc que toute lettre
+pesant moins de 15 gr. nous semble devoir être considérée comme lettre
+simple; puis, dans le tableau nº 2, nous avons procédé de la manière
+suivante: de 15 gr. à 30 gr., nous proposons de fixer la taxe à deux
+fois le port de la lettre simple; de 30 gr. à 50 gr., à trois fois le
+port; de 50 à 100 gr., à quatre fois le port; de 100 gr. à 250 gr., à
+cinq fois le port, enfin de 250 à 500 gr. à six fois le port de la
+lettre simple.
+
+L'échelle de pesanteur des lettres est ainsi réduite à six degrés au
+lieu de deux cents qu'elle comporte aujourd'hui[41], et ne se trouve pas
+plus compliquée que l'échelle des distances que nous avons fixée
+également à six degrés. Les premiers degrés de pesanteur sont un peu
+plus serrés que les derniers, pour éviter les abus qu'on pourrait faire
+de l'envoi de pièces ou de paquets à un prix trop modéré; de 15 gr. à 30
+gr. et de 30 à 50, les objets transportés sont encore des lettres, et
+les lettres doivent relativement supporter un port plus élevé que les
+paquets. Ceux-ci sont placés dans nos trois dernières catégories de 50 à
+100 gr., de 100 à 250 et de 250 à 500 gr. Au moyen de la diminution
+opérée dans le tarif des lettres de ces dernières classes, nous ferons
+rentrer dans le service des postes le transport de certaines pièces de
+procédure, de papiers précieux et assez volumineux que l'élévation du
+tarif actuel ne permet pas aujourd'hui au public de confier à la poste.
+En effet, à 500 gr., la taxe actuelle d'une lettre envoyée à 600 kilom.
+de distance s'élève à 460 fr.[42]. Au-delà de 900 kilom., si elle pèse
+999 gr. son port est de 1,216 fr. Qui pourrait consentir à payer un
+pareil port pour l'envoi de papiers, quelque précieux qu'ils fussent?
+
+[Note 41: De 7 gr. 1/2 à 1000 gr., en procédant de 5 grammes en 5
+grammes, il y a 200 degrés.]
+
+[Note 42: Dans notre projet de tarif, ce prix de 460 fr., est abaissé à
+4 fr. 20 c. qui est le maximum du prix que nous proposions de percevoir
+pour le transport d'une lettre.]
+
+Nous nous sommes arrêtés à 500 grammes dans l'échelle de notre tarif,
+parce qu'il nous semble que tout paquet au-dessus de ce poids ne doit
+plus être considéré comme lettre, et par conséquent de doit pas être
+admis dans les dépêches.
+
+Or si l'on veut savoir à présent de combien baisserait la recette par
+l'adoption de notre projet de réduction de la taxe, dans le cas où le
+nombre des lettres en circulation n'augmenterait pas, qu'on veuille bien
+nous suivre dans le calcul ci-après:
+
+Le nombre des lettres pesantes forme à peine le dixième du nombre total
+des lettres en circulation dans les postes. Pour bien juger de cette
+proportion, nous avons consulté les listes nominatives sur lesquelles
+sont inscrites toutes les lettres affranchies, et nous avons trouvé
+qu'au bureau de la bourse, à Paris, on avait présenté à
+l'affranchissement dix-huit cent quarante-six lettres pendant la
+première quinzaine de juin 1838. Sur ces dix-huit cent quarante-six
+lettres affranchies, seize cent cinquante-sept étaient simples, et cent
+quatre-vingt-huit étaient pesantes, c'est-à-dire pesaient plus de 7 gr.
+1/2.
+
+Maintenant voici la division de ces cent quatre-vingt-huit lettres
+pesantes:
+
+81 étaient du poids de 7 gr. 1/2 à 10 gr.
+58 de 10 à 15
+18 de 15 à 20
+14 de 20 à 25
+5 de 25 à 30
+
+Enfin douze seulement pesaient plus de 30 grammes, mais moins de 60
+grammes.
+
+Il y a plusieurs observations importantes à faire sur ce relevé:
+
+1º Que sur dix-huit cent quarante-six lettres, il n'y en avait pas une
+dont le poids dépassât 60 gr., et alors pourquoi ce tarif de poids si
+compliqué, de 60 gr. à 1000 gr., qui procède de 5 gr. en 5 gr., et qui
+passe par deux cents degrés?
+
+2º Que si l'on voulait faire l'application de cette proportion du nombre
+des lettres pesantes au nombre total des lettres circulant dans les
+postes, on trouverait d'abord sur un total de soixante-dix-neuf millions
+de lettres soixante-onze millions cent mille lettres simples et sept
+millions neuf cent mille lettres pesant plus de 7 gr. 1/2: ce ne serait
+donc que sur ce dernier nombre de lettres que devrait porter la
+réduction opérée par notre nouveau tarif. Or dans ce dernier nombre
+139/188 pèsent de 7 gr. 1/2 à 15 gr.; c'est là la plus forte partie,
+c'est là particulièrement que s'opérerait la réduction dans la recette,
+et on peut apprécier cette diminution. 139/188 représentent une fraction
+non exactement réductible; supposons 3/4: si le nombre des lettres
+pesantes est sept millions neuf cent mille, les trois quarts sont cinq
+millions neuf cent vingt-cinq mille. Supposons que deux tiers de ces
+cinq millions neuf cent vingt-cinq mille lettres pèseront de 7 gr. 1/2 à
+10 gr. (2/3 est à peu près la proportion de 81 à 58, chiffres qui, dans
+le tableau ci-dessus, représentent les lettres de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et
+les lettres de 10 gr. à 15 gr.). Trois millions neuf cent cinquante
+mille lettres auront donc pesé de 7 gr. 1/2 à 10 gr., et dix-neuf cent
+soixante-quinze mille lettres auront pesé de 10 gr. à 15 gr. Si le port
+de la lettre simple est estimé à 50 c., les trois millions neuf cent
+cinquante mille premières lettres ont supporté une taxe d'un demi-port
+en sus, ou 25 c. pour chacune, ou 987,500 fr. pour toutes, et les
+dix-neuf cent soixante-quinze mille autres lettres ont supporté un
+double port, ou 50 c. en sus pour chaque lettre, ou 986,600 fr. pour
+toutes. C'est donc, en somme, une perte de 1,975,000 fr. que le trésor
+éprouverait si le poids accordé pour la lettre simple était porté de 7
+gr. 1/2 à 15 gr., et que le nombre général des lettres en circulation
+restât le même.
+
+Il est vrai que nous ne tenons pas compte ici de la fraction de décime
+qu'on ajoute aux lettres de 7 gr. 1/2 à 10 gr., lorsque le chiffre de la
+taxe est impair; mais comme le port de la lettre à 50 c. est un port
+exagéré, nous supposons qu'il y a compensation.
+
+Resterait à estimer encore la perte qu'éprouverait la recette par
+l'abaissement proportionnel de la taxe du dernier quart des sept
+millions neuf cent mille lettres que nous supposons peser 15 gr. et
+au-dessus. Cette appréciation serait très-difficile, parce que, bien que
+dans l'exemple que nous venons de citer, sur cent quatre-vingt-huit
+lettres aucune ne se trouvât peser plus de 60 gr., il s'en trouverait
+nécessairement dans les dix-neuf cent soixante-quinze mille, et nous ne
+savons pas dans quelles proportions ces lettres se classeraient. Mais
+comme ces lettres ne représentent, toutes ensemble, que le quart des
+lettres pesantes, nous croyons ne pas rester au-dessous du vrai en
+estimant la réduction qu'éprouveraient leurs taxes au tiers de la
+réduction qu'auraient éprouvée les trois autres quarts, soit 658,333 fr.
+
+La perte totale résultant pour le trésor de la réduction de notre tarif
+de poids serait donc de 1,533,000 fr., mais nous croyons avoir établi
+précédemment que l'État serait largement indemnisé de cette différence
+par l'accroissement du nombre général des lettres en circulation[43].
+
+[Note 43: Nous ne croyons pas devoir parler de la diminution des
+recettes qui résulterait de la nouvelle division des parcours que nous
+avons présentée; celle diminution serait insensible.]
+
+Notre échelle de taxes, tant de poids que de distances, nous paraît plus
+rationnelle que l'ancienne, plus facile dans son appréciation par le
+public, plus commode pour son application dans le service des postes,
+enfin plus en rapport avec la nécessité, dont nous avons parlé,
+d'abaisser le tarif et d'augmenter le nombre des lettres en circulation
+tant dans l'intérêt bien entendu du trésor public, que dans celui du
+commerce et des particuliers. S'il ne paraissait pas possible de faire
+mieux encore, on pourrait donc, par toutes ces raisons, insister pour
+son adoption; mais il ne faut pas dissimuler que nous n'avons présenté
+ce tarif réduit que comme transition, sans arriver à une réduction plus
+large, au moyen d'une taxe uniforme applicable à toutes les lettres
+circulant en France; car la combinaison d'un port fixe avec
+l'application de la taxe au moyen d'un timbre, présente des avantages
+qu'il convient d'exposer enfin, et nous arrivons ainsi à notre
+proposition principale que nous traiterons dans le chapitre suivant.
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV.
+
+
+Des avantages d'une taxe fixe comparée au système actuellement en usage.
+
+On dit avec raison que la taxe établie par la loi du 15 mars 1827,
+laquelle règle le port à percevoir d'après la distance en ligne droite,
+qui existe entre le point d'où la lettre part et le point où elle est
+distribuée, est plus rationnelle que la taxe précédemment en usage, qui
+s'établissait d'après la distance parcourue; et cela à cause des taxes
+injustes auxquelles ce dernier système donnait lieu, lorsque, par suite
+d'un redressement dans la marche du courrier, les lettres se trouvaient
+parcourir une distance moindre que celle d'après laquelle la taxe avait
+été originairement fixée; mais, d'autre part, lorsque la lettre parcourt
+effectivement une distance plus grande que celle qui sépare, en ligne
+droite, le point de départ du point d'arrivée, la taxe n'est pas non
+plus assez élevée; car si le port d'une lettre est le prix d'un service
+rendu, il est évident que lorsque le courrier décrit une courbe pour
+aller d'un point donné à un autre, la dépense est probablement plus
+forte que si le courrier marchait en ligne droite, et la taxe, d'après
+le principe du service rendu, devrait rationnellement être plus élevée.
+Le vice véritable de l'ancien mode de taxation, qui est encore en usage
+en Angleterre, est donc dans l'impossibilité de modifier la taxe à
+chaque fois que, par des changements opérés dans la marche des
+courriers, les lettres se trouveraient parcourir des distances
+différentes; car en équité, ce serait le parcours réel, et non la ligne
+droite, qui devrait servir de base à l'application de la taxe.
+
+Mais pour suivre ce principe jusqu'à ses dernières conséquences, le
+gouvernement, dans certains cas, ne devrait-il pas baisser la taxe
+au-dessous du prix fixé pour le transport d'une lettre, même en ligne
+parfaitement droite, lorsque les frais d'exploitation seraient
+évidemment, sur une route, beaucoup au-dessous des frais faits partout
+ailleurs. Je veux parler des chemins de fer, par exemple, où le
+transport des lettres se fait sans frais appréciables pour
+l'administration des postes. Là, où est le prix du service rendu? Et
+comme on ne peut réduire à zéro le prix de la taxe des lettres, quelle
+base prendra-t-on pour l'établir? Ne faudrait-il pas, pour en avoir une,
+revenir à l'appréciation des dépenses résultant des frais de transport
+en général, et obtenir une taxe moyenne en divisant les frais généraux
+de transport par le nombre des lettres transportées?
+
+C'est sur ce principe que s'appuient les partisans d'une taxe fixe et
+égale pour toutes les lettres, quelque distance qu'elles aient à
+parcourir.
+
+Comme tous les droits et tous les besoins sont égaux en France, comme
+tout le monde reçoit et expédie des lettres à de courtes comme à de
+longues distances, toutes ces distances devraient se confondre pour
+l'administration dans une distance totale, ou, pour mieux dire, dans un
+prix moyen du service rendu; car ce prix de service rendu n'est égal que
+considéré relativement à tous, et il est toujours inégal si on le
+compare à la dépense réelle du transport d'une dépêche, eu égard à la
+distance parcourue.
+
+En effet, il existe en France, indépendamment des services en
+malle-poste, dix-sept cents services de transport de dépêches par
+entreprise[44]. La dépense qu'ils entraînent pour le trésor n'est pas
+toujours en rapport avec la distance parcourue par les entrepreneurs. De
+ces entrepreneurs, en effet, les uns sont propriétaires de voitures
+publiques, et trouvent dans le transport des voyageurs, lorsque la route
+qu'ils desservent est suivie, un ample dédommagement au modeste prix
+annuel auquel la concurrence les a contraints de réduire leurs
+prétentions; les autres, placés sur une route peu fréquentée, ont
+demandé et obtenu un prix élevé, parce qu'ils n'ont pas craint de
+concurrence; d'autres, exploitant des services à pied, se soutiennent
+par les commissions qu'ils font en route; d'autres enfin, marchant à
+cheval et obligés à une exploitation spéciale, sont pour
+l'administration le sujet d'une dépense souvent hors de toute proportion
+avec la taxe du petit nombre de lettres qu'ils transportent; presque
+nulle part enfin la dépense réelle n'est en rapport exact avec le
+montant de la taxe des lettres transportées.
+
+[Note 44: Voir la note page 10.]
+
+Les services en malle-poste eux-mêmes, dont la dépense est réglée
+d'après la distance réellement parcourue, et dont les frais semblent se
+multiplier régulièrement par le nombre des postes à franchir, ne sont
+pas en rapport non plus avec les recettes en port de lettres, que
+transportent ces malles; car la malle-estafette de Paris au Havre, par
+exemple, ne coûte que 6 f. 75 c. par poste, marche avec une rapidité
+double et produit trois fois plus de recette que la malle de Besançon,
+dont la dépense est de 7 fr. 95c. par poste[45]: la taxe de distance
+relative devrait donc être moindre sur la route du Havre que sur celle
+de Besançon.
+
+[Note 45: Les malles-estafettes n'emploient que deux chevaux. Les
+grandes malles, et la malle de Besançon en est une, en ont quatre, mais
+le salaire du courrier et du postillon sont moins élevés de 25 c. pour
+celles-ci.]
+
+Concluons de ce qui précède, que les frais résultant du transport des
+dépêches ne sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec le
+prix de la taxe des lettres: cette taxe ne peut donc pas être considérée
+exactement comme le prix proportionnel du service rendu.
+
+S'il s'agissait du seul transport de deux lettres envoyées par un
+courrier spécial, l'une à Marseille et l'autre à Chartres, il serait
+juste que la taxe de la lettre pour Marseille fût plus forte que pour
+Chartres, parce que les dépenses faites par un courrier qui se rend à
+Marseille sont plus élevées que celles d'un courrier qui ne va qu'à
+Chartres; si le même envoyeur remettait séparément au même courrier dix
+mille lettres pour Marseille et dix mille lettres pour Chartres, le cas
+serait encore le même; mais si l'envoyeur remettait au courrier vingt
+mille lettres non triées pour Marseille et pour Chartres, qu'il fallût
+que la personne chargée du service emportât ces lettres chez lui, les
+triât, les formât en paquets étiquetés, enveloppés et cachetés, le cas
+deviendrait différent, car voilà d'autres soins, d'autres travaux,
+d'autres frais qui apparaissent; ce sont ceux dont est chargée
+l'administration des postes; frais d'exploitation qui s'appliquent aussi
+bien aux lettres de Chartres qu'à celles de Marseille. Il y aurait donc
+lieu déjà à une espèce de compensation entre ces deux prix de taxe de
+Marseille et de Chartres, qui résulterait de l'addition au prix inégal
+du transport, d'un prix égal de frais de régie et d'exploitation. Mais
+cette compensation ne deviendrait-elle pas nécessaire encore, si, au
+lieu des lettres pour Chartres et pour Marseille, on prenait en
+considération les lettres adressées à toutes les villes de France,
+lettres que nous supposons toutes préalablement, non-seulement déposées,
+triées, taxées, comptées et enveloppées à Paris, mais encore dans les
+quinze cents autres bureaux de poste en France, et adressées, soit à
+Paris, soit de Paris à chacun des quinze cents bureaux? Ajoutons à ces
+frais de régie les frais de distribution dans les villes et dans les
+campagnes, et nous pourrions être autorisés à conclure que la taxe d'une
+lettre de Paris à Marseille, fixée à 1 franc, et celle de Paris à
+Chartres à 3 décimes, sont des taxes injustement réglées, car elles ont
+été basées sur la distance parcourue, et qu'on n'a pas eu égard aux
+frais de personnel et de régie des postes, qui sont à peu près les mêmes
+dans tous les bureaux et qui devaient affecter par égale partie la taxe
+de toutes les lettres. La seule différence qui devait exister dans la
+taxe des lettres entre ces deux villes, devait être, pour une partie
+seulement de cette taxe, la différence qui existe réellement entre les
+frais de transport sur les deux routes, non pas seulement eu égard à la
+distance à parcourir, mais bien eu égard aux frais réels qui résultent,
+pour l'administration, du parcours de cette distance. Cependant nous
+avons vu que les dépenses résultant du parcours, variaient selon le mode
+d'exploitation des services, la rapidité de leur marche, et des
+circonstances de localité indépendantes du service des dépêches. La
+dépense en frais de transport n'est donc pas appréciable si l'on veut le
+faire exactement.
+
+Les frais de régie et de personnel entrent pour 9,500,000 fr. dans les
+dépenses de l'administration des postes; les frais de transport, de
+dépêches, tant en malle-poste que par entreprise, pour 9,600,000
+fr.[46]. La portion de la taxe des lettres qui pourrait être affectée
+par le port proportionnel à la distance parcourue, ne devrait donc être
+que de la moitié à peu près de la taxe totale, c'est-à-dire 9,600,000
+fr., et l'autre moitié devrait être considérée comme une taxe fixe,
+applicable également à toutes les lettres en circulation. Enfin les
+9,600,000 fr. prix du transport, pourraient très-rationnellement aussi
+servir de base à l'établissement d'une taxe fixe, si l'on considère que,
+comme nous l'avons dit, les longues distances compensent les courtes
+distances; que chaque particulier doit, dans l'ordre naturel des choses,
+être dans le cas d'expédier des lettres à toutes sortes de distances, et
+qu'il y aurait enfin compensation pour les correspondants, comme pour
+l'administration, dans l'adoption d'une taxe moyenne à appliquer aux
+lettres, quelque distance qu'elles eussent à parcourir.
+
+[Note 46: Voir le compte définitif des dépenses de l'année 1836:
+
+Chap. 40. Personnel et matériel, 9,509,295 fr. 83 c.
+Chap. 41. Transport des dépêches, 9,658,194 65
+]
+
+La taxe fixe, d'autre part, présente à l'exécution des avantages
+immenses pour le service des postes et pour le public. Son adoption
+produirait immédiatement les résultats suivants:
+
+1º La taxation des lettres deviendrait plus facile;
+
+2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feraient plus
+sûrement et plus rapidement;
+
+3º Enfin, il pourrait être dressé dans les bureaux de poste un compte
+numérique des lettres, précieuse garantie pour la sûreté des
+correspondances.
+
+Passons en revue chacun de ces avantages; ce nous sera une occasion
+d'entrer dans l'examen de quelques parties du service des postes, qui
+doivent être connues; nous dirons ensuite à quel taux devrait être
+établie cette taxe fixe dont nous proposons l'adoption.
+
+1º L'application des taxes deviendra plus facile.
+
+Si quelque chose, en effet, est encore incommode, gênant, difficile à
+comprendre, irrégulier et arbitraire en apparence dans le service des
+postes, ce sont les chiffres de taxe apposés sur les lettres. Pourquoi
+ces signes de convention, ces hiéroglyphes que personne ne comprend, qui
+cachent les adresses à moitié et sont eux-mêmes cachés sous les timbres
+de toute couleur, timbres noirs, timbres bleus et timbres rouges,
+destinées à constater l'arrivée, le départ ou la réexpédition des
+lettres? Pourquoi ne pas se servir de chiffres ordinaires qui puissent
+être compris par tout le monde, et surtout par le public qui doit
+acquitter le port de la lettre?
+
+Les chiffres de taxe, en effet, ne sont pas à l'usage seulement des
+employés des postes, tout le monde doit pouvoir les lire; et cependant
+on peut penser que beaucoup de personnes, même parmi les employés des
+postes, doivent être fort embarrassés, lorsqu'il s'agit de les
+déchiffrer. Nous entendons parler des facteurs ruraux, gens très-peu
+lettrés en général, qui connaissent bien le petit timbre rouge qui les
+autorise à percevoir un supplément de deux sous, mais qui doivent se
+trouver fort empêchés quand il s'agit d'additionner ce décime avec les
+taxes principales qu'ils doivent aussi percevoir pendant leur tournée,
+et dont les signes représentatifs ne sont pas plus semblables au chiffre
+de leur décime, qu'aux autres chiffres qu'ils ont pu voir ailleurs.
+
+Nous pensons donc que ce serait une bonne mesure que de supprimer les
+chiffres de taxe actuels, et de les remplacer par d'autres qui fussent à
+la portée de tout le monde, dans le cas même où la diminution du nombre
+des degrés des taxes ne donnerait pas à l'administration des postes les
+moyens d'arriver à un résultat encore plus rapide, au moyen d'un timbre,
+ce que nous proposerons tout à l'heure; et cette opération serait
+singulièrement facilitée par l'adoption d'une taxe fixe.
+
+2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feront plus
+facilement et plus rapidement.
+
+En effet, l'intérêt bien entendu des recettes exige que l'expédition des
+courriers ait lieu aussitôt que possible après la levée des boîtes, et
+que la distribution des lettres suive aussi de très-près l'arrivée des
+courriers. Mais la taxe des lettres joue le plus grand rôle dans la
+confection d'une dépêche; et si, dans le nombre des opérations qui
+accompagnent le départ et l'arrivée des courriers, l'opération si longue
+et si difficile de l'appréciation de l'apposition, du compte et de la
+vérification des taxes, pouvait être simplifiée, on voit qu'on en
+obtiendrait immédiatement un grand résultat d'accélération.
+
+Pour nous en rendre bien compte, passons en revue les opérations qui
+précèdent, accompagnent et suivent la confection d'une dépêche.
+
+Les lettres retirées pêle-mêle des boîtes doivent être relevées d'abord,
+et placées dans l'ordre de leur recto, de manière à recevoir un timbre
+sur leur suscription. Le timbre de départ ainsi appliqué sur toutes, on
+procède à leur taxe. Ces lettres sont de toutes formes et de poids
+différents, et il est nécessaire de composer une taxe spéciale pour
+chacune d'elles: il faut donc d'abord apprécier leur pesanteur, et comme
+les degrés de l'échelle de pesanteur sont très-rapprochés, cette
+appréciation ne peut se faire que difficilement à vue d'oeil: pour agir
+sûrement, il faut en peser un très-grand nombre; ensuite il convient de
+calculer quelle est la taxe à faire subir à la lettre, eu égard à la
+distance qui sépare le point de destination donné par l'adresse, de
+celui de l'origine de la lettre indiqué par le timbre, soit que la
+lettre parte de la ville même où la taxe s'opère, soit qu'elle vienne de
+plus loin; on constate alors le poids en chiffres au coin de la lettre,
+si elle dépasse le poids de 7 gr. 1/2. afin de justifier l'accroissement
+du port; on cumule ensuite les deux taxes de distance et de poids, et on
+les exprime enfin sur la suscription avec une grosse plume par un seul
+chiffre qui couvre ordinairement toute la hauteur de la suscription.
+
+Après cette opération si délicate, si difficile, enfin si longue,
+puisque le résultat en est différent pour chaque lettre, le compte
+général de ces diverses taxes est fait, porté sur la première lettre du
+paquet, reporté sur autant de feuilles d'avis qu'il y a de bureaux de
+poste, entre lesquels les lettres sont divisées; les lettres
+affranchies, recommandées, chargées, les paquets administratifs et les
+journaux sont réunis aux lettres taxées, et cela selon des formes
+particulières; le tout est empaqueté, ficelé, cacheté, enregistré,
+recommandé de nouveau, et enfin livré aux courriers.
+
+On conçoit que, dans cette série d'opérations, celle de la taxe doit
+prendre au moins les 4/5 du temps consacré à toutes. Mais cette perte
+d'un temps précieux n'est pas le seul inconvénient qu'entraîne
+l'opération de la taxe. La précipitation qui l'accompagne ordinairement,
+fait qu'une vérification importante, celle du poids de la lettre, est le
+plus souvent négligée: passé 7 gr. 1/2, le port de la lettre
+s'augmentent de moitié; mais, dans le doute sur le poids d'une lettre,
+dominé par la crainte du retard que peut causer l'opération de la pesée,
+entraîné peut-être aussi par un instinct de fatigue ou de négligence
+naturelle, dont nous devons nécessairement tenir compte dans notre
+appréciation sincère, l'employé la mettra au nombre des lettres simples;
+car, s'il taxe au-dessous du tarif, il n'y aura pas de plainte de la
+part du particulier ni de responsabilité pour lui; ce qui pourrait avoir
+lieu, au contraire, s'il apposait une taxe trop élevée. Enfin s'il est
+payé à remises sur sa recette, cette considération ne le touche pas non
+plus, car la taxe des lettres qu'il expédie est une recette qu'il crée,
+et qu'il n'est pas chargé de réaliser.
+
+Cependant la perte pour le trésor est réelle et presque irréparable;
+car, au point d'arrivée, le receveur qui est pressé de faire sa
+distribution, ne relèvera pas l'erreur; ce n'est pas trop affirmer que
+de dire que la dixième partie environ des lettres dont le poids dépasse
+7 gr. 1/2 présente ce caractère douteux, et que si la moitié seulement
+de ces lettres échappe au supplément de taxe, la perte annuelle pour le
+trésor est d'environ 500,000 fr.[47].
+
+[Note 47: En effet, les lettres pesantes sont dans la proportion d'un
+dixième de la totalité des lettres taxées circulant dans les postes. Le
+nombre total des lettres étant 79 millions, le dixième est 7,900,000
+lettres; si de ces lettres pesantes, la moitié ou 3,950,000, présentent
+le caractère douteux de lettre simple ou de lettre double et doivent
+être pesées, et qu'enfin moitié de ces 3,950,000, ou 1,975,000, quoique
+réellement pesantes, soient taxées comme simple, en supposant le montant
+de la perte à 25 c. par lettre, qui représente le demi-port en sus du
+taux moyen de 50 c. La perte doit être annuellement pour le trésor de
+493,750 fr.]
+
+A chaque point d'arrivée d'une dépêche, la vérification et le compte des
+taxes présentent de nouveaux retards et de nouvelles difficultés.
+
+En effet, à l'arrivée, l'opération est plus longue, car le receveur est
+intéressé à constater exactement le montant des valeurs qu'on lui
+envoie, et dont il est responsable: il faut que les particuliers
+attendent, jusqu'à ce qu'il ait reconnu son compte, qu'il ait constaté
+soigneusement les différences qu'il y trouve en plus ou en moins. Mais
+on ne concevra bien la difficulté de cette opération, que lorsqu'on
+saura que la dépêche de Paris pour Rouen, par exemple, est composée de
+mille à douze cents lettres dont les taxes de toutes sortes représentent
+une valeur totale de 700 à 900 fr. Or, ces lettres de toutes formes sont
+frappées de taxes toutes inégales depuis 4 jusqu'à 10 décimes au plus;
+pour les compter, il faut prendre les lettres une par une, les ajuster,
+les aligner, les partager par sommes de 20, de 50 ou de 100 fr.; et
+quand tout est fini, et qu'une demi-heure a été employée à ce travail,
+s'il se trouve une différence dans la somme des taxes avec le compte
+écrit sur la feuille, il faut recommencer, et constater la différence;
+séparer ensuite les lettres distribuables dans la ville, de celles qui
+doivent être portées dans la campagne, ou réexpédiées à un autre bureau;
+mettre à part celles qui doivent être frappées d'une taxe
+supplémentaire; constater cette dernière taxe; enfin faire un compte
+séparé à chaque facteur de la ville ou de la campagne: toutes choses
+fort délicates, nous le répétons, parce qu'elles impliquent la
+responsabilité du préposé, et partant fort longues, et qui seraient
+considérablement abrégées si les lettres classées dans les dépêches par
+séries et par catégories de taxes fixes, pouvaient, au moyen d'un simple
+compte numérique, former un montant total de décimes facile à établir et
+à vérifier.
+
+Que sera-ce donc lorsqu'il s'agira pour un bureau de recevoir et
+d'expédier plusieurs dépêches par jour venant du même point, si un jour
+nous nous servons des chemins de fer? Le service de transport des
+dépêches entre Liverpool et Manchester est à quatre ordinaires par jour,
+et le produit de la correspondance entre ces deux villes seules s'élève
+annuellement à 11,000 liv. st. (ou 275,000 fr.). Mais on comprend que,
+pour que le public soit à même de profiter de cette grande accélération
+de la marche de ses lettres et de la prompte arrivée des réponses, il
+faudra que dans l'intervalle des arrivées aux départs des courriers, la
+distribution des lettres se fasse avec toute la promptitude possible. Ce
+sera dans ces cas-là surtout que l'accélération dans la distribution
+devra suivre l'accélération dans la marche des courriers, et que toutes
+les longueurs qu'entraînent l'application des taxes au départ, leur
+reconnaissance et leur collection à l'arrivée, devront être évitées. En
+effet, lorsque la lettre a parcouru un espace tel que ce parcours a
+entraîné un délai de vingt-quatre heures ou plus, il peut ne pas
+paraître extraordinaire que la reconnaissance des dépêches et la
+distribution des lettres entraîne un nouveau délai de quatre ou cinq
+heures. Mais, lorsque la dépêche n'aura mis qu'une demi-heure à venir,
+on trouvera ridicule une distribution aussi lente, et si elle doit se
+répéter trois ou quatre fois par jour, il faudra bien alors accélérer la
+remise des lettres dans une proportion égale, sous peine d'être obligé
+de distribuer plusieurs courriers à la fois.
+
+3° Enfin, il pourra être fait un compte numérique des lettres,
+précieuses garanties pour la sûreté des correspondances.
+
+Supposons pour un moment qu'on puisse arriver à simplifier assez le
+tarif pour qu'il suffise de compter le nombre des lettres renfermées
+dans la dépêche, pour établir un montant général de taxe; n'y aurait-il
+pas dans ce système, indépendamment de l'avantage d'un comptage plus
+rapide, un autre résultat plus précieux encore qui permettrait à
+l'administration des postes d'obtenir le nombre exact des lettres
+qu'elle reçoit et qu'elle expédie, inappréciable garantie contre les
+vols de lettres?
+
+Mais comment au contraire obtenir le compte exact des lettres à
+l'arrivée des dépêches, tant que ces dépêches seront composées de
+lettres toutes différentes de poids, de forme et de taxe. Le comptage
+par unités qui est l'opération la plus facile, lorsqu'il s'agit d'objets
+de même espèce, serait, dans l'ordre de choses actuel, une obligation
+presque impossible, si elle devait être remplie rigoureusement: cette
+justification a souvent été demandée aux employés; mais, dans le désir
+de ne pas retarder davantage la distribution des lettres, on n'a pas
+insisté, et l'administration ne l'a jamais obtenue. Qu'arrive-t-il
+cependant en l'absence de ce document? c'est qu'un employé ou un
+facteur, en consentant à perdre le montant de la taxe, peut facilement
+soustraire une lettre contenant une valeur, et se couvrir de cette
+perte, et bien au-delà, par le produit de son vol. Il n'en serait plus
+de même si les lettres passaient comptées de mains en mains, jusqu'au
+facteur qui doit les remettre à destination.
+
+D'autre part la mise en charge de ce facteur deviendrait bien plus
+rapide, si le compte seul des lettres pouvait, au moyen de taxes égales,
+former un montant de sommes rondes et faciles à établir. Dans ce cas, un
+simple chiffre pourrait exprimer et le nombre des lettres, et la taxe
+mise à la charge du facteur, comme cela se pratique déjà pour les
+lettres distribuées dans les communes dont la taxe supplémentaire est de
+1 décime, et qui sont données aujourd'hui en nombre aux directeurs et
+aux facteurs, non pas dans une pensée de conservation pour ces lettres,
+mais bien parce que ces sortes de lettres valent 1 décime fixe de plus
+que les autres. Soit dix lettres, 10 décimes ou 1 fr.; vingt-cinq
+lettres, 25 décimes ou 2 fr. 50 c.
+
+La distribution de ces lettres ainsi taxées deviendrait ensuite beaucoup
+plus prompte encore (et nous ne saurions trop appuyer sur cette
+nécessité d'une accélération considérable dans la distribution) si l'on
+pouvait, comme nous en indiquerons les moyens, n'avoir dans le service
+des postes que des lettres affranchies à l'avance.
+
+En effet la distribution des lettres franches est plus rapide que celle
+des lettres dont le port est à recouvrer, et cela dans une proportion
+dont il est difficile de se faire une idée. Dans une enquête faite en
+Angleterre sur les affaires du post-office en 1828[48], il a été
+constaté que dans le district de Lombard-Street à Londres, une
+demi-heure seulement avait suffi pour distribuer cinq cent soixante-dix
+lettres franches, et qu'il avait fallu une heure et demie pour remettre
+soixante-sept lettres taxées. Semblable examen n'a pas été fait en
+France, mais il n'y a nul doute qu'il produisît un résultat à peu près
+semblable. La remise d'une lettre franche ne demande pas l'emploi de
+plus de quelques secondes; mais l'examen de la taxe de la part de la
+personne qui reçoit la lettre, quelques mots d'explication nécessaires,
+enfin l'échange de la monnaie, peuvent entraîner l'emploi de plusieurs
+minutes pour la remise d'une lettre taxée. En Angleterre, il est vrai,
+comme les maisons n'ont qu'un seul locataire, il n'est pas nécessaire
+que le facteur appelle et attende que le destinataire descende pour lui
+remettre la lettre, ainsi qu'il est souvent pratiqué chez nous; mais le
+facteur anglais, d'autre part, doit frapper à une porte qui est toujours
+fermée et attendre plus ou moins longtemps que quelqu'un vienne pour la
+lui ouvrir. La perte de temps se trouve donc balancée dans les deux
+pays, et, en France comme en Angleterre, la distribution d'une lettre
+taxée entraîne environ onze fois plus de temps que la remise d'une
+lettre franche. Soit huit secondes pour celle-ci, et une minute et demie
+pour la lettre taxée, le temps employé pour le parcours de maison à
+maison compris; ainsi la distribution de cent vingt lettres taxées
+exigerait trois heures, et la remise de cent vingt lettres franches
+seulement seize Minutes.
+
+[Note 48: Dix-huitième Rapport de la Commission d'enquête, page 54.]
+
+Si l'on veut se rendre compte ensuite des frais que nécessiteraient le
+transport et la distribution d'une espèce de lettres dont le port serait
+acquitté d'avance et dont la taxe serait semblable pour toutes, on peut
+prendre pour exemple le Penny-Magazine[49] qui s'envoie et se distribue
+à domicile dans toute l'Angleterre, au nombre de plus de cent cinquante
+mille exemplaires, et qui est rendu au domicile de chaque abonné franc
+de tous frais, moyennant 2 sous de notre monnaie par numéro. Pour cette
+modeste somme, indépendamment du transport et de la distribution, les
+publicateurs doivent encore subvenir aux frais de l'impression de huit
+pages in-4° en petit texte, et à la composition et au tirage de
+nombreuses gravures sur bois qui ornent le livre; chacun sait cependant
+que cette entreprise offre des bénéfices considérables aux
+propriétaires. Pour combien peu doivent donc entrer dans ces 2 sous les
+frais de transport et de distribution de l'imprimé[50]?
+
+[Note 49: Voir: Post-office reform, by Rowland Hill.]
+
+[Note 50: M.R. Hill estime les frais de factage pour ces sortes de
+publications en Angleterre, à 1/5 de penny (1 c. 1/4).]
+
+Concluons provisoirement de tout ceci que, dans l'intérêt de la rapidité
+de la distribution des lettres, il faut viser à faire entrer dans le
+service des postes le plus de lettres possible dont le port soit fixe,
+et ait été payé d'avance.
+
+Et pendant que nous nous occupons de démontrer les avantages d'une taxe
+fixe, passons encore en revue ici quatre sortes de taxes particulières:
+1º la taxe des lettres de la ville pour la ville, 2º la taxe des lettres
+écrites par les soldats, 3º la taxe des lettres circulaires, 4º enfin la
+taxe des lettres étrangères; et voyons comment ces quatre sortes de
+lettres pourraient être affectées par l'établissement d'une taxe
+uniforme.
+
+1° La taxe des lettres de la ville pour la ville est aujourd'hui
+progressive; mais cette progression ne s'applique qu'aux conditions du
+poids de la lettre: en effet, là il n'y avait pas de transport
+appréciable, mais bien seulement distribution des lettres, et quand il
+s'agissait de déterminer le prix de port, leur poids seul devait être
+pris en considération.
+
+L'échelle de poids en usage pour la taxe des lettres de la ville pour la
+ville est plus large que celle que nous avons vu s'appliquer aux lettres
+qui doivent parcourir une certaine distance hors de la ville d'où elles
+partaient. Au lieu de 7 gr. 1/2, la taxe simple permet un poids de 15
+gr.; de 15 gr. elle va à 30, et ensuite elle s'augmente de 30 en 30 gr.
+d'un demi-port primitif.
+
+Cette échelle de taxe, quoique plus simple que l'autre, pourrait être
+encore simplifiée. Les lettres que s'écrivent des particuliers de la
+même ville sont très-rarement doubles, excepté s'ils s'envoient des
+papiers d'affaires, ou des paquets; dans ce cas, il faut que
+l'administration détermine jusqu'à quel poids elle consent à transporter
+ces paquets, et qu'elle fixe, pour ceux-ci comme pour les lettres, un
+port modéré; car c'est surtout dans l'intérieur de la même ville, qu'on
+cesserait d'employer l'entremise de la poste, si le prix de transport
+était trop élevé. Il n'est guère supposable que, dans une lettre de la
+ville pour la ville même, on s'avisât de réunir plusieurs lettres
+adressées à divers particuliers pour ne payer qu'un port; car il
+faudrait dans ce cas que le destinataire fit porter les incluses à
+domicile, et autant vaudrait que l'envoyeur prît ce soin lui-même. Ces
+lettres sont donc toujours simples, dans le sens que nous attachons à ce
+mot. Ce sont des lettres adressées par la même personne à la même
+personne; ce sont des invitations, des avis, des notes; et lorsque ces
+lettres sont plus pesantes, ce sont des paquets de diverses espèces que
+l'administration des postes peut transporter avec avantage, au-dessous
+d'un certain poids qu'elle aura fixé.
+
+Il ne faudrait donc pour ces correspondances que deux taxes fixes, et
+toutes deux très-modérées, savoir, celle des lettres et celle des
+paquets. Et dans la crainte que le public n'usât pour ses commissions de
+ce dernier mode de distribution, jusqu'à rendre la distribution des
+facteurs impossible, il serait bon de fixer à 100 gr., par exemple, le
+maximum du poids des paquets, et de régler ainsi la taxe: 1 déc. pour
+les lettres de 0 à 50 gr., et 2 déc. pour les lettres de 50 gr. à 100
+gr. Nous dirons tout à l'heure comment cette taxe serait appliquée.
+
+Cette taxe de 1 déc. et de 2 déc. selon le poids, serait encore
+applicable aux lettres envoyées d'un bureau de poste à un bureau de
+distribution avec lequel il correspondrait directement, ou de ce bureau
+de poste à chacune des communes de son arrondissement, ou enfin de
+commune à commune dans le même arrondissement. En effet la distance de
+chacun de ces points à l'autre, n'est pas appréciable postalement
+parlant, car la distance dans les postes ne se calcule que de bureau de
+poste à bureau de poste. Et sous le rapport des conditions du poids des
+lettres, tout ce que nous avons dit des lettres de la ville pour la
+ville, devrait être applicable à celles que nous venons de mentionner
+ici.
+
+Les trois autres espèces de taxe de lettres sont, pour ainsi dire,
+exceptionnelles.
+
+2º Ainsi la taxe appliquée aujourd'hui aux lettres adressées aux soldats
+ou aux sous-officiers sous les drapeaux est d'une somme fixe de 25
+cent., quelle que soit la distance parcourue dans le royaume. Cette taxe
+devrait être fixée au prix le plus bas des taxes perçues, soit à 1 déc.
+fixe par lettre, toujours à la condition que cette lettre ne
+renfermerait pas d'incluses, et le trésor, en faisant un acte de justice
+à l'égard d'hommes qui reçoivent par jour un si faible traitement en
+argent, obtiendrait peut-être en définitive, sur cette nature de
+correspondance, une recette annuelle plus élevée.
+
+3º La taxe des lettres d'avis, de mariage, de décès, etc., est une taxe
+d'imprimés, car elle est payée d'avance, et la loi[51] dit que ces
+lettres ne devront pas contenir d'écriture à la main, et seront pliées
+du manière à pouvoir être facilement vérifiées. Ces avis cependant,
+admis sous forme de lettres cachetées, paient un port fixe de 5 cent. ou
+de 1 déc., selon qu'ils sont destinés pour la ville même où ils ont été
+remis à la poste, ou qu'ils sont envoyés dans d'autres bureaux de poste
+du royaume. Cette taxe est modérée, elle est rationnelle et nous
+proposerions de la conserver. En effet, bien que les frais de transport
+et de distance de ces sortes de lettres soient les mêmes pour
+l'administration que ceux résultant du transport de toutes les autres
+lettres des particuliers, elles offrent un intérêt moindre pour ceux-ci,
+et il importe à l'administration des postes de les faire rentrer dans
+son service par un abaissement de la taxe; c'est le principe que nous
+avons invoqué partout.
+
+[Note 51: Loi du 15 mars 1827.]
+
+4º Enfin un système de taxation modéré n'affecterait pas non plus les
+conditions du prix de transmission des lettres aux pays étrangers.
+
+Les lettres qui se transmettent de France à l'étranger, et de l'étranger
+en France, sont généralement remises au poids, et le prix est fixé pour
+chaque once ou 30 gr. pesant, quel que soit le nombre des lettres que ce
+poids de 30 gr. renferme. Le prix de transmission est réciproque; il est
+généralement réglé par un traité, et proportionné à la distance que les
+lettres ont parcourue, ou doivent parcourir, pour arriver à la
+frontière. Les rayons de taxe que l'on fait à cette occasion, n'ont pas
+de rapports nécessaires avec les taxes établies pour le parcours
+intérieur. Ceux-là sont arbitrairement réglés, non par la loi, mais par
+le traité, et sont mis en rapport avec les taxes de distances des pays
+étrangers. On voit donc que l'abaissement de nos taxes intérieures
+n'aurait pas pour conséquence de faire baisser les prix qui sont payés à
+l'administration des postes françaises pour le transport des lettres
+étrangères envoyées en transit par la France, et ne changerait rien aux
+traités faits ou à faire à ce sujet. Si les taxes françaises, plus
+modérées que les taxes étrangères, devaient provoquer, de la part des
+pays limitrophes, une demande d'abaissement sur le prix du transit en
+France, la France, à son tour, demanderait un abaissement proportionnel
+sur le prix du transit des lettres étrangères qu'elle est obligée
+d'acquitter. Tout serait donc égal entre les parties; et la France
+jouirait, d'une manière plus étendue, du bénéfice d'une réduction qui,
+si elle est bonne, ne pourrait pas perdre à être généralisée.
+
+Maintenant, comme transition à la proposition d'une réduction de la taxe
+en général qui doit être le résultat de l'établissement d'une taxe fixe,
+et avant de passer à la fixation du prix de port des lettres circulant
+de ville à ville, disons que si, par une heureuse disposition,
+l'administration pouvait augmenter tout à coup considérablement le
+nombre des lettres en circulation, les frais de transport
+n'augmenteraient pas dans la même proportion, parce que les moyens
+d'exploitation sont organisés de manière à transporter, sans aucune
+augmentation de dépenses, une beaucoup plus grande quantité de lettres
+que celles qui circulent aujourd'hui.
+
+En effet, examinons quelle est la dépense d'un service en malle-poste,
+le plus cher de tous les services, et voyons quel est le nombre des
+lettres que cette malle pourrait transporter.
+
+Soit la malle-poste de Paris à Marseille, dont le parcours est le plus
+long. La dépense se compose par poste:
+
+1º Du prix de l'emploi de quatre chevaux. 4 f. 50[52].
+2º Du salaire du courrier. 1 25
+3º Du salaire du postillon. 1 25
+4º Des frais d'entretien et de
+ renouvellement de la voiture. 0 60[53].
+ -------
+Total par poste. 7 60
+
+[Note 52: C'est le prix payé presque partout, sauf quelques indemnités
+données dans les localités difficiles.]
+
+[Note 53: Le bail est à 59 c. 3/4 par poste.]
+
+La distance étant de 100 postes, la dépense totale pour une course de
+Paris à Marseille est donc 760 fr. Le magasin de la malle de Marseille
+peut contenir un poids de 600 kilogrammes environ de lettres et de
+journaux. Supposons que la malle ne transporte un jour que des journaux
+ou des imprimés; chaque feuille pouvant représenter un poids de 7 g. 1/2
+et 600 kilogrammes étant égaux à 80,000 fois le poids de 7 g. 1/2, on
+transporterait donc 80,000 imprimés, et la recette, à raison de 4 cent.
+l'un, serait d'environ 3,200 fr., c'est-à-dire plus de 4 fois plus
+élevée que la dépense.
+
+Supposons maintenant que le magasin de la malle fût rempli de lettres
+seulement; le poids d'une lettre simple ne doit pas dépasser 7 g. 1/2,
+mais lorsque les lettres sont réunies, on compte généralement le poids
+des lettres sur le pied de 5 grammes par lettre simple: dans 600 kil. il
+se trouverait cent vingt mille fois 5 gr., autrement dit 120,000 lettres
+ou, enfin 120,000 fr., puisque la taxe d'une lettre de Paris à Marseille
+est de 1 fr. La recette serait donc égale ici à peu près à cent
+cinquante-cinq fois la dépense.
+
+Supposons enfin que le magasin de la malle contînt moitié lettres et
+moitié journaux, la recette serait encore de 61,600 fr., ou égale à
+quatre-vingt-cinq fois la dépense.
+
+Nous ne comptons pas ici les trois places de voyageurs qui donnent dans
+tous les cas 450 fr. par voyage, c'est-à-dire les deux tiers de la
+dépense, lorsqu'elles sont occupées.
+
+Cependant le montant actuel de la taxe des lettres et des journaux
+envoyés de Paris aux 274 bureaux de poste desservis par la malle-poste
+de Marseille, n'est que d'environ 3,083 fr. par jour.
+
+Si la taxe était réduite, par exemple, à 20 c. par lettre simple, la
+recette serait, pour cent vingt mille lettres, de 24,000 fr. par voyage,
+c'est-à-dire trente-une fois plus élevée encore que la dépense en frais
+de transport.
+
+Si l'on voulait enfin proportionner exactement la taxe fixe à apposer
+sur les lettres des particuliers aux frais de leur transport réel, la
+taxe moyenne d'une lettre simple de Paris à Marseille serait de 6 c.
+1/2, en supposant que la malle contînt autant de lettres qu'elle en
+pourrait contenir, c'est-à-dire 120,000.
+
+Il est vrai que dans tous ces calculs nous avons omis avec intention de
+parler des correspondances administratives. Mais dans l'hypothèse d'un
+accroissement dans le nombre des lettres des particuliers aussi
+considérable que celui que nous avons supposé, on pourrait donner aux
+correspondances administratives dans les malles-postes la place
+qu'occupent aujourd'hui les voyageurs et leur bagage, et on ne
+renoncerait qu'à un produit variable de 4 fr. 50 cent. par poste.
+
+Un accroissement même considérable dans le nombre des lettres
+n'augmenterait pas non plus les frais de transport des dépêches par
+entreprise. Les marchés ne stipulent pas la pesanteur des paquets de
+lettres, et les voitures qu'emploient en général les entrepreneurs pour
+le transport des voyageurs et des marchandises, suffiraient à toutes les
+exigences possibles en ce genre.
+
+Il reste donc démontré que, quel que soit le nombre des lettres à
+transporter, le montant de leur taxe suffira toujours à payer les frais
+de leur transport; qu'il y aura toujours spéculation avantageuse pour
+l'administration à transporter des lettres, même train de malle-poste;
+et que, si elle était assez heureuse pour se voir obligée de doubler ses
+courriers, elle devrait s'applaudir de cette nécessité, non-seulement
+comme du symptôme d'un accroissement immense dans la prospérité
+publique, mais encore comme d'une source certaine d'accroissement de
+produit pour sa régie.
+
+Quant aux frais actuels d'exploitation du service des postes, autres que
+les dépenses du transport, il n'y a pas lieu de croire qu'ils
+s'augmentassent beaucoup non plus par l'accroissement du nombre des
+lettres. Il est vrai que l'administration a plusieurs fois appuyé ses
+demandes de crédit pour l'augmentation de son personnel, sur le nombre
+toujours croissant des lettres en circulation, probablement parce que
+cet argument était plus sensible pour les Chambres et pour le public, et
+qu'il était juste avec le système actuel de taxation; mais, en réalité,
+l'accroissement du nombre des lettres n'augmenterait pas le travail des
+directeurs, si la taxe était fixe. En effet, la partie la plus pénible
+du service de ces agents consiste dans la nécessité de recevoir des
+courriers nombreux, souvent pendant la nuit; de rester de dix à douze
+heures par jour dans leur bureau, pour satisfaire aux réclamations d'un
+public exigeant; de former et de vérifier de nombreuses dépêches; enfin,
+et surtout, d'apposer, de compter et de vérifier une grande diversité de
+taxes; mais le nombre plus ou moins considérable des lettres serait peu
+de chose pour eux, si les taxes étaient claires, uniformes et acquittées
+d'avance.
+
+Mais si la taxe fixe est juste en principe, commode pour le public, et
+favorable à la sûreté et à la rapidité du service des postes, à quel
+taux conviendrait-il de la fixer? C'est ce que nous allons examiner
+maintenant.
+
+Une taxe fixe en France ne pourrait pas représenter exactement la
+moyenne entre toutes les taxes actuellement établies, parce que le port
+d'un nombre très-considérable de lettres, c'est-à-dire de celles
+justement qui sont envoyées à de courtes distances, se trouverait
+augmenté, quelquefois même doublé, ce qui n'est pas proposable. En
+effet, nous avons vu que la moyenne des taxes actuelles était environ 50
+cent., et aujourd'hui toutes les lettres simples envoyées à une distance
+de moins de 150 kilom., sont taxées à moins de 40 cent.
+
+Mais si aucune taxe parmi les lettres actuelles ne peut être augmentée,
+il convient donc d'adopter, comme taxe générale, la moins élevée de
+toutes, et c'est à cette conclusion que nous devions être forcément
+amené. Il paraît presque impossible qu'une taxe fixe pour toutes les
+lettres circulant en France ne soit pas réglée au prix de la plus basse
+des taxes actuellement en usage, soit 1 déc. par lettre simple circulant
+dans l'arrondissement du bureau de poste où elle a été confiée au
+service, et 2 déc. aussi par lettre simple, pour tout autre parcours
+dans l'étendue du royaume.
+
+Cherchons maintenant, et tout d'abord, à nous rendre compte du résultat
+financier de l'adoption d'un semblable tarif.
+
+Les 79 millions de lettres qui ont circulé en France en 1836[54] se
+divisent ainsi:
+
+[Note 54: Voir Annuaire des postes de 1838, page 158.]
+
+5 millions environ de ces lettres étaient adressées à des habitants de
+l'arrondissement des bureaux mêmes où elles ont été confiées au service
+des postes.
+
+7 millions environ représentent les lettres de Paris pour Paris.
+
+Enfin la partie excédante, ou 67 millions, est le nombre des lettres qui
+ont été envoyées de bureau à bureau, et qui ont supporté la taxe
+progressive de poids et distance.
+
+Si les douze premiers millions de lettres, que l'on appelle
+dans les postes _correspondance locale_, eussent été
+taxés au taux fixe de 1 déc., la recette eût été 1,200,000
+
+Si les autres 67 millions eussent supporté
+une taxe fixe de 2 déc., cette partie de la
+recette eût été 13,400,000
+ ----------
+ Total 14,600,000
+
+Mais de combien pensera-t-on que le nombre total des lettres en
+circulation eût dû s'augmenter par une semblable réduction de taxe, et
+par la suppression presque totale de la fraude, qui en eût été sans
+doute la conséquence[55]? Des négociants ou des particuliers entretenant
+des correspondances entre Paris et Pau, par exemple, ne seraient-ils pas
+conduits à écrire beaucoup plus souvent, lorsque le port de leur lettre
+ne leur coûterait plus que 20 cent. au lieu de 1 fr.[56]? Cette habitude
+d'écrire, restreinte aujourd'hui par l'élévation du port, ne peut-elle
+pas s'étendre au point que chaque particulier rendrait au trésor public,
+en taxes réduites, des sommes quatre ou cinq fois plus fortes que celles
+qu'il paie aujourd'hui avec les taxes actuellement établies?
+
+[Note 55: La diminution du port doit faire rentrer dans le service
+45,500,000 lettres qui s'en échappent aujourd'hui. Voir page 26.]
+
+[Note 56: Et pour prendre un exemple dans une autre espèce de
+transports, ne pourrait-on pas affirmer que beaucoup de personnes qui
+employaient rarement les voitures de places, ont été conduites par
+l'économie du prix à se servir des voitures omnibus, et ensuite à les
+prendre si souvent, qu'à la fin de l'année, leur dépense en frais de
+transport est dix fois plus élevée qu'auparavant?]
+
+Supposons que le nombre des lettres ne se fût augmenté en 1836 que de
+cent cinquante pour cent, par suite de cet abaissement considérable de
+la taxe, c'est-à-dire que l'on n'eût obtenu que le double des lettres,
+plus moitié en sus, la recette n'aurait pas baissé même dès la première
+année, car cette recette eût été, d'après notre tarif réduit, de
+36,500,000 fr., et, avec le tarif actuel, les recettes de la taxe des
+lettres ne se sont élevées en 1836 qu'à 35,665,000 fr.[57].
+
+[Note 57:
+
+Service ordinaire, 33,733,256 fr.}
+Service rural, 1,932,476 } 35,665,732 fr.
+]
+
+Dans les années qui suivraient celle où l'abaissement du tarif aurait
+été adopté, la recette irait croissant, selon toute probabilité, si nous
+ne sommes pas trompé entièrement dans nos raisonnements relatifs à la
+nécessité de correspondre plus fréquemment, qui se fait sentir partout;
+aux inconvénients de la fraude pour les particuliers qui y ont recours;
+et enfin à l'accroissement des recettes trop peu considérables
+aujourd'hui, si on les compare aux produits du dixième des places des
+voyageurs dans les voitures publiques.
+
+Ainsi, dans l'hypothèse de la réduction de la taxe des lettres à 1 déc.
+et à 2 déc., ce ne sont pas seulement les frais du service qui seraient
+largement couverts par les recettes; mais ce seraient les recettes
+actuelles, lesquelles sont doubles des frais, qu'on pourrait avoir
+l'espoir de conserver, de voir s'augmenter même, en même temps qu'on
+satisferait à un devoir de moralité publique en facilitant les
+correspondances des classes pauvres, et aux besoins journaliers du
+commerce et de l'industrie, en diminuant le prix d'un service qu'ils
+doivent toujours et forcément employer.
+
+
+
+
+ CHAPITRE V.
+
+
+De l'emploi d'un timbre sec pour l'application de la taxe.
+
+L'idée d'apposer les signes de taxe sur les lettres au moyen d'un
+timbre, est très-ancienne; en effet, elle est simple, et elle devait se
+présenter naturellement à l'esprit de ceux qui exploitaient le privilège
+des postes.
+
+En 1653, un Mr de Velayer, maître des requêtes, qui paraît être
+l'inventeur véritable du service de la petite poste à Paris[58], avait
+obtenu un privilége du roi pour l'établissement de boîtes aux lettres,
+qu'il avait placées aux coins des principales rues, boîtes qu'il faisait
+lever trois fois le jour par des hommes chargés de porter les lettres à
+leur adresse. On appelait ces boîtes _les boistes des billets_.
+
+[Note 58: Le service de la petite poste de Paris, à peu près tel qu'il
+existe aujourd'hui, a été établi définitivement en 1759.]
+
+«Mais en même temps (dit Pélisson, de qui nous empruntons les propres
+expressions)[59] il avait établi un bureau au palais où on vendait pour
+1 sou pièce certains billets imprimés et marqués d'une marque qui lui
+était particulière. Ces billets ne contenaient autre chose, sinon: _port
+payé_ le jour de l'an mil six cent cinquante-trois ou cinquante-quatre.
+Pour s'en servir, il fallait remplir le blanc de la date du jour et du
+mois auquel vous escriviez, et après cela vous n'aviez qu'à entortiller
+ce billet autour de celui que vous escriviez à votre ami, et les faire
+jeter ensemble dans la boiste[60].»
+
+[Note 59: Voir aux pièces à l'appui Note nº 1.]
+
+[Note 60: Lire aussi l'avertissement placé en note au recto du billet de
+Pisandre. L'envoi d'un billet port payé dans la lettre pour servir à
+affranchir la réponse demandée, est un moyen très-simple qui a été
+reproduit à peu près 200 ans plus tard par M. Rowland Hill, qui sans
+doute n'avait pas connaissance des billets de M. de Velayer.]
+
+Voilà bien le système du timbre et de l'affranchissement préalable tout
+à fait en application, quoique encore sur une petite échelle. Le
+développement du même système a été le sujet d'un mémoire adressé à
+l'administration des postes, il y a dix ans environ, par un respectable
+habitant de Paris[61], qui avait passé une partie de sa vie à
+poursuivre, souvent en vain, l'exécution de quelques projets utiles.
+
+[Note 61: M. Ler***.]
+
+D'autre part, lorsqu'on discuta, il y a quelques années, dans le
+parlement anglais, la question de savoir s'il ne convenait pas d'abolir
+le timbre des journaux, et d'y substituer un droit de poste, M. Charles
+Knight proposa de faire vendre des empreintes timbrées d'un penny, au
+moyen desquelles les particuliers affranchiraient les feuilles qu'ils
+auraient à expédier par la poste.
+
+Enfin ce système de taxation au moyen d'un timbre sec vient d'être
+développé en 1837 par M. Rowland Hill avec un talent et une netteté
+remarquables. C'est lui qui attribue à M. Knight l'idée première de ce
+moyen, mais il s'en empare aussitôt avec beaucoup d'avantages, pour en
+faire une large application. M. Hill propose l'adoption d'une taxe fixe
+et unique d'un penny (10 c.) pour toute lettre circulant dans l'étendue
+de la Grande-Bretagne[62]. Les aperçus les plus raisonnables, les
+calculs les mieux établis, viennent à son aide, lorsqu'il démontre que
+la recette générale des postes ne doit pas en souffrir. Son opinion a
+été défendue à la chambre des lords par lord Brougham; elle a été
+partagée et soutenue à la chambre des communes par M. Wallace, M.
+Warburton, par M. Hume, lord Lowther, et par plusieurs autres amis
+sincères des progrès du commerce et de la civilisation; enfin elle a su
+toucher assez vivement l'opinion publique pour qu'une commission
+d'enquête ait été nommée[63], et tout fait croire que bientôt, sans
+doute, son plan, au moins en grande partie, sera mis à exécution.
+
+[Note 62: Post-office reform--by Rowland Hill.--London, 1837.]
+
+[Note 63: 23 die Novembris 1837.]
+
+Beaucoup de considérations sur lesquelles s'appuie avec raison M.
+Rowland Hill ne sont pas applicables à la France, et je n'ai pas
+l'intention de le suivre dans ses développements relatifs à la
+modification du tarif anglais; les deux taxes fixes que je propose,
+l'une pour les lettres de la ville pour la ville, l'autre pour les
+lettres envoyées hors de l'arrondissement des bureaux de poste où elles
+auront été confiées au service, en même temps qu'elles me paraissent
+devoir satisfaire complètement aux intérêts du commerce, répondraient
+mieux en France, qu'une taxe unique de 1 décime, au besoin de la
+conservation immédiate des produits, sur laquelle on appuiera toujours
+chez nous; mais quant au mode d'application du port que propose l'auteur
+anglais, il présente des avantages tellement évidents, que j'ai cru ne
+pouvoir mieux faire que de l'exposer presque littéralement d'après lui.
+
+Du papier de toute espèce et des enveloppes de lettres frappés d'un
+timbre sec représentant la taxe, pourraient être vendus au public par
+les soins de l'administration des domaines ou de l'administration des
+postes.
+
+La composition des timbres pourrait varier selon que le premier ou le
+second des tarifs que nous avons proposés serait adopté.
+
+Supposons d'abord l'adoption du tarif réduit à six échelons de poids et
+à six échelons de distance que nous avons développé chap. 3[64]. Nous
+aurions donc trente-six timbres de taxe. Chacun de ces timbres
+présenterait trois chiffres: 1° le chiffre indicateur de la distance que
+peut parcourir la lettre eu égard à sa taxe; 2º le chiffre indicateur du
+poids qu'elle ne doit pas dépasser; 3º enfin le chiffre indicateur de la
+taxe[65].
+
+[Note 64: Voir page 50 et suivantes.]
+
+[Note 65: Voir le tableau des modèles de timbres, Note nº 5.]
+
+Les divisions du tarif proposé étant réglées de manière à partager
+toutes les taxes en six séries pour les distances et en six séries pour
+le poids, au moyen de trente-six timbres, toutes les espèces de lettres
+pourraient donc être taxées.
+
+Et, il ne faudrait pas trop s'effrayer de ce grand nombre de timbres, et
+de la complication qui pourrait en résulter. Au moyen de l'extension
+proposée du poids de la lettre simple jusqu'à 15 gr., le premier timbre
+du poids servirait pour les neuf dixièmes des lettres, et les deux
+timbres immédiatement au-dessus, suffiraient aux autres lettres d'un
+poids excédant, car les lettres taxées circulant dans les postes dont le
+poids excède 50 gr. ne sont pas dans la proportion de une sur cinq
+cent[66].
+
+[Note 66: Voir page 64. La proportion exacte des lettres pesantes aux
+lettres simples.]
+
+L'échelle de distance, d'autre part, est claire et facile à apprécier.
+Les lettres adressées à de courtes distances sont les plus nombreuses,
+et les timbres des premiers degrés seraient plus fréquemment employés;
+la distance de 700 kilom. est celle de Paris à Perpignan, et c'est la
+plus longue de notre tarif. Toutes les distances intermédiaires sont
+comprises dans six catégories de taxes seulement, et par conséquent ne
+peuvent nécessiter l'emploi que de six timbres. Or, si on multiplie ces
+six timbres par le premier timbre de poids qui sera le plus souvent
+employé, ou par les trois premiers timbres de poids qui seuls à peu près
+seront employés, on verra que le nombre des timbres réellement en usage,
+ne sera que de six ou au plus de dix-huit, et non pas de trente-six.
+
+On objectera cependant, que les particuliers seraient souvent dans le
+doute au sujet du poids de leur lettre ou de la distance qu'elle doit
+parcourir, et nous avouons que cette objection est très-fondée. Quoique
+nous pensions que les négociants pourraient prendre promptement
+l'habitude de peser leurs lettres, et d'estimer la distance à laquelle
+ils les envoient, cependant nous ne pouvons pas nous dissimuler que
+c'est dans le doute qu'ils pourraient éprouver à ce sujet, que réside la
+principale difficulté de la taxation des lettres au moyen du timbre,
+dans l'hypothèse de l'adoption d'un tarif basé sur le poids et la
+distance. Notre premier tarif, beaucoup plus simple que le tarif
+actuellement en usage, ne pourrait donc être encore utilement adopté,
+que si l'on continuait à taxer avec la plume, et en se privant ainsi des
+avantages du timbre sec.
+
+Arrivons donc alors à l'application du timbre à la seconde modification
+proposée du tarif, celle qui consisterait à taxer à 1 décime fixe les
+lettres de la ville pour la ville, et à 2 décimes toute autre lettre
+circulant en France au-dessous du poids de 15 gr.
+
+Dans cette hypothèse, l'emploi des enveloppes timbrées serait
+très-simple, et n'offrirait plus aucun embarras pour les particuliers.
+Les timbres de taxe pour toute espèce de lettre circulant en France ne
+dépasseraient pas le nombre de quatre: deux pour les lettres de la ville
+pour la ville ou pour l'arrondissement, et deux pour les lettres
+envoyées de bureau à bureau.
+
+Des deux premiers timbres, c'est-à-dire ceux applicables aux lettres
+circulant dans l'intérieur de l'arrondissement de chaque bureau de
+poste, l'un exprimerait: 1º la pesanteur de la lettre simple qui peut
+s'étendre ici jusqu'au poids de 50 gr.; 2º sa nature de lettre de la
+ville pour la ville; 3º et enfin la taxe de 1 déc. (Voir le tableau des
+timbres ci-après, nº 1.) Le second indiquerait: 1º le poids de 50 à 100
+gr.; 2º la nature de la correspondance de la ville pour la ville; 3º
+enfin la taxe qui serait 2 décimes. (Voir le tableau, nº 2.)
+
+Pour les correspondances adressées à de plus longues distances, la
+rédaction des deux timbres serait à peu près la même. La condition de
+correspondance de la ville pour la ville seulement serait omise, et le
+poids seul de la lettre et la taxe seraient mentionnés. (Voir le tableau
+ci-contre, nos 3 et 4.) Le timbre nº 3 servirait pour les lettres du
+poids de moins de 15 gr., qui supporteraient une taxe de 2 décimes; et
+le timbre nº 4, pour les lettres de 15 gr. à 100 gr. qui seraient taxées
+1 fr.
+
+
+
+
+ SPECIMEN DES TIMBRES.
+
+[Illustration: Nº 1.
+
+Moins de 50 Gr.
+Ville pour la Ville
+et l'arrondissement.
+1 Déc.]
+
+[Illustration: Nº 2.
+
+De 50 G. à 100 Gr.
+Ville pour la Ville
+et l'arrondissement.
+2 D.]
+
+[Illustration: Nº 3.
+
+Moins
+de 15 grammes.
+2D.]
+
+[Illustration: Nº 4.
+
+De 15 gramm.
+à 100 grammes.
+1 franc.]
+
+La fixation de la taxe des lettres de la ville pour la ville à 1 d. et à
+2 déc. ne demande pas ici de nouvelles explications; mais je crois qu'il
+est essentiel de dire tout d'abord pourquoi je propose de fixer à 1 fr.
+le port de toute lettre circulant en France de bureau de poste à bureau
+de poste au-dessus du poids de 15 grammes, et de 15 g. à 100 grammes.
+
+L'administration des postes, en prenant l'engagement de transporter à un
+prix unique et considérablement réduit, toute espèce de lettres à toute
+espèce de distance en France, doit, ainsi que nous l'avons dit, se
+mettre en mesure de n'avoir à transporter que des lettres ou des paquets
+d'un poids et d'un volume limités.
+
+Le poids de 15 gr. (ou d'une demi-once) est égal à peu près à celui de
+trois feuilles de papier ordinaire de 15 décimètres carrés; c'est tout
+ce que peut comporter la lettre la plus longue, même accompagnée de
+plusieurs effets de commerce ou autres pièces incluses. Au-dessus de ce
+poids, toute autre lettre peut être considérée comme un paquet cacheté,
+contenant des correspondances ou tous autres papiers que
+l'administration des postes transporterait avec avantage encore
+au-dessous du poids de 100 gr. (ou un cinquième de livre), mais qu'elle
+taxerait 1 fr.[67].
+
+[Note 67: Je suppose que l'envoi par la poste des paquets pesant de 15 à
+100 gr., sera très-rare, 1° parce que les lettres de ce poids, ainsi que
+nous l'avons dit, sont déjà très-rares dans le service; 2° parce
+qu'elles le deviendraient probablement davantage encore, à cause de la
+diminution relativement plus grande du prix du port des lettres pesant
+moins de 15 grammes; car il y aurait avantage pour l'envoyeur à diviser
+son paquet en trois ou quatre parties qui seraient taxées chacune 2
+décimes, que de le laisser en un seul paquet qui serait taxé à 1 fr. Ce
+second timbre donc me paraît devoir être de peu d'utilité; et si je
+propose de conserver cette seconde classe de lettres, et de créer le
+timbre qui doit en exprimer la taxe, c'est pour favoriser certains
+rapports entre des négociants placés à de longues distances les uns des
+autres, et qui préféreront sans doute l'emploi de la poste à celui des
+messageries pour l'envoi de factures de marchandises, ou d'autres
+papiers de commerce.]
+
+Ce dernier port sera encore considérablement réduit, car une lettre de
+100 gr. envoyée de Paris à Avignon est taxée d'après le tarif actuel 9
+fr. 90 c. Mais, en même temps, par la limite de 100 gr., on préviendrait
+l'abus de l'envoi par les malles-postes de paquets trop lourds sous
+forme de lettres, tout en laissant cependant aux particuliers la faculté
+de se servir encore de la poste pour l'envoi de certains papiers
+volumineux dans des cas urgents et pour de longues distances, faculté
+dont nous supposons que le commerce usera quelquefois.
+
+Avec un système de taxation si simple et si modéré, un timbre spécial
+pour la correspondance des soldats ne serait pas nécessaire; car les
+lettres des soldats, aujourd'hui affranchies à 25 c., rentreraient dans
+la classe des lettres ordinaires, et paieraient 1 ou 2 décimes
+seulement.
+
+Si on ne jugeait pas à propos de faire rentrer les lettres d'avis de
+naissance, de mariage et de décès, dans la classe des imprimés, et de
+les taxer comme tels à 4 c. par feuille, on pourrait adopter pour cette
+espèce de correspondance deux timbres spéciaux d'une forme particulière
+pour qu'ils se distinguassent des autres timbres de taxe. Ces timbres
+seraient appliqués dans le service sur les avis présentés à
+l'affranchissement au moyen d'une couleur délayée à l'huile comme les
+timbres de dates actuels; l'un servirait pour les avis de la ville pour
+la ville et l'autre pour les avis envoyés à de plus longues distances.
+
+Toutes les lettres ainsi timbrées seraient traitées dans le service des
+postes comme lettres affranchies; elles pourraient être jetées à toutes
+les boîtes, comme sont aujourd'hui les lettres à taxer, et remises, dans
+tous les cas, franches de tout prix de port, à leur destination.
+
+Les timbres seraient apparents, soit qu'ils se trouvassent placés sur un
+coin des enveloppes, soit qu'ils fussent frappés à une certaine place
+des feuilles de papier destinées à écrire des lettres, de manière à se
+représenter sur la suscription de la lettre pliée.
+
+Les lettres réexpédiées par suite du changement de résidence du
+destinataire n'auraient pas de taxe supplémentaire à supporter, parce
+que la distance parcourue par la lettre en France ne serait jamais prise
+en considération.
+
+Toute lettre qui excéderait le poids indiqué par le timbre, devrait être
+mise au rebut. Cette disposition exactement exécutée, détournerait les
+particuliers de l'idée de se livrer à cette espèce de fraude qui
+consisterait à tenter de faire transporter pour une taxe moindre que
+celle qu'elle devrait supporter, une lettre pesant plus que le timbre de
+l'enveloppe ne le comporterait. En effet, une lettre timbrée étant une
+fois dans le service, ne pourrait subir aucune taxe supplémentaire; il
+est, et doit être de principe, qu'une lettre affranchie parvienne
+toujours franche, et que le destinataire ne se trouve dans aucun cas
+passible d'un supplément de port. Dans l'ordre de choses actuel,
+l'administration supporte les différences et les erreurs de taxe pour
+les lettres affranchies, parce que ces erreurs sont le résultat de
+l'inattention de ses agents; mais dans l'avenir, ces erreurs seraient du
+fait des particuliers envoyeurs, ceux-ci seuls devraient donc en être
+responsables; or, ils ne pourraient l'être que par la perte du timbre,
+et par le retard qu'éprouverait leur lettre. Au reste, ces cas seraient
+nécessairement très-rares, à cause de la grande extension donnée au
+poids de la lettre simple, et de la modicité de la taxe qui éloignerait
+tout intérêt de fraude. Il n'y aurait d'ailleurs que peu de doute dans
+l'esprit des envoyeurs, puisque la distance serait hors de question, et
+qu'il ne s'agirait plus que de savoir si la lettre pèse 15 gr. ou
+davantage: or, nous avons dit que les dix-neuf vingtièmes des lettres en
+circulation dans les postes pesaient moins de 15 gr.[68].
+
+[Note 68: Voir page 64.]
+
+L'emploi des enveloppes timbrées serait toujours préférable pour les
+particuliers et pour le service de l'administration, à l'emploi du
+papier timbré, et il serait désirable que le commerce fût conduit à se
+servir toujours des enveloppes. Le moyen d'arriver à ce résultat
+semblerait facile: ce serait de diminuer le poids du papier de
+l'enveloppe même, du poids total accordé à la lettre dans l'énonciation
+du timbre; les lettres sous enveloppes seraient alors entièrement
+assimilées, pour le poids, aux lettres envoyées simples, et les
+avantages de l'enveloppe comme propreté, sûreté et commodité,
+ressortiraient sans compensation de perte sur le poids.
+
+Les enveloppes destinées à renfermer des lettres simples, c'est-à-dire,
+pesant moins de 15 gr. (le poids de l'enveloppe non compris) seraient
+toutes du même format, quelle que fût la distance à parcourir par la
+lettre. Les enveloppes timbrées du prix d'un franc et destinées à
+recevoir des lettres plus pesantes, seraient faites d'un format
+proportionnellement plus grand. La conséquence de cette régularité dans
+le format des lettres de même prix ou au moins de même pesanteur,
+serait, comme nous l'avons dit, une accélération notable dans la
+vérification des taxes, et une facilité très-grande pour le compte et la
+formation des dépêches.
+
+L'administration des postes, ayant en sa possession la matrice des
+timbres, ferait frapper des enveloppes ou du papier en aussi grande
+quantité que les besoins du public l'exigeraient; elle pourrait être
+autorisée à accorder une remise aux débitants de papier à Paris et dans
+les départements, et à ses propres agents, qui, dans les provinces,
+devraient se charger de ce débit.
+
+Le papier timbré serait vendu partout, et comme les timbres secs
+devraient s'appliquer, à la demande des fabricants, sur des papiers de
+toute espèce, les débitants pourraient satisfaire à toutes les
+fantaisies du luxe comme à tous les besoins de l'économie, et chacun
+serait conduit à avoir sur son bureau sa provision de papier de poste,
+comme on trouve chez les gens de loi des provisions de papier timbré.
+
+Il résulterait de ce système de taxation divers avantages que nous
+devons mentionner d'abord, avant que de répondre aux objections que le
+système pourrait faire naître.
+
+1º _Il y aurait plus de rapidité dans le travail de manipulation des
+lettres et moins d'erreurs de la part des employés_, parce que la même
+taxe serait appliquée sur des lettres de même grandeur, et que les
+employés des postes, comme les particuliers, pourraient le plus souvent,
+à la simple inspection, juger du montant de la taxe des lettres par leur
+dimension même: car plus une lettre est grosse, plus elle pèse, et plus
+elle pèse, plus le port doit s'en élever. La plupart des erreurs
+commises par les employés proviennent de la complexité des opérations
+qui se rattachent à la composition, à l'application, à la vérification,
+enfin à la constatation de taxes toutes différentes les unes des
+autres[69], et la simplification que nous proposons abrégerait
+considérablement toutes ces opérations. Si, au lieu de lettres à
+affranchir, qu'il faut, dans l'ordre de choses actuel, recevoir de la
+main du particulier, peser, taxer et enregistrer, et de lettres non
+affranchies qu'il faut relever, timbrer, peser, taxer et mettre en
+compte, il n'y avait dans le service des postes qu'une sorte de lettres
+dont la taxe, qui aurait été perçue avant qu'elles n'entrassent dans ce
+service, serait facilement reconnaissable et rapidement appréciable, il
+est certain qu'on obtiendrait immédiatement une économie considérable
+sur le temps employé pour le travail des bureaux et pour la distribution
+des lettres dans les villes, et en même temps, peut-être, qu'une
+diminution dans le nombre des agents chargés du service, et dans les
+frais de régie et d'exploitation.
+
+[Note 69: Voir pages 75 et suivantes.]
+
+Il sera nécessaire, sans doute, de se livrer dans les bureaux de poste à
+l'examen préalable des timbres, pour prévenir les fraudes qui pourraient
+se faire, et sur le poids des lettres, et par le double emploi des
+enveloppes; mais il y a loin du temps employé pour un examen semblable,
+lequel peut être très-rapide, aux délais qu'entraînent la composition
+longue et difficile, l'application obscure, enfin la constatation
+pénible des taxes actuelles de poids et de distance.
+
+2º _Il y aurait diminution dans le nombre des lettres en rebut_, puisque
+rien ne se place si aisément qu'une lettre franche, et qu'aucune taxe ne
+devrait désormais être perçue au point d'arrivée. Or, il y a eu en 1836
+quinze cent quatre-vingt mille lettres en rebut[70]; si la somme de taxe
+montant à 790,000 fr. que représente ce nombre de lettres, à raison de
+50 cent. l'une, ne doit pas entrer tout entière dans les augmentations
+de recettes sur lesquelles l'administration des postes peut compter par
+suite de l'adoption de la nouvelle mesure, on conviendra du moins que la
+suppression des registres, et des imprimés nécessaires dans les postes
+pour la constatation et le renvoi à Paris de cette immense quantité de
+lettres refusées, et pour l'allocation des taxes aux directeurs qui les
+portent ensuite en non-valeurs dans leurs comptes, sera un grand
+avantage administratif, un allégement au travail, et une diminution dans
+les frais d'exploitation à Paris où ce travail seul occupe une vingtaine
+d'employés.
+
+[Note 70: Voir Annuaire des postes de 1838.]
+
+Mais la disparition presque totale des lettres en rebut aura une autre
+portée morale qu'il ne faut pas oublier. L'envoi de prospectus sous plis
+fermés, d'offres inutiles et souvent d'avis ridicules ou de mauvaises
+plaisanteries, se trouve favorisé par le mode actuel de réception des
+lettres dans le service des postes sans affranchissement préalable.
+C'est dans le cas dont nous parlons un piége tendu à la bonne foi des
+personnes qui reçoivent et paient toutes les lettres qu'on leur apporte;
+c'est une espèce de surprise pour beaucoup d'autres; enfin c'est un
+travail infructueux pour l'administration des postes, parce que ces
+lettres ne paient le port ni au départ ni à l'arrivée. Il serait
+désirable que tout le monde fût débarrassé de ces sortes de lettres qui,
+par extension, pourraient être nommées lettres d'attrape. Nous croyons
+que de longtemps encore on ne pourra priver le public de la faculté de
+jeter une lettre à la boîte sans l'affranchir; il faut un temps de
+transition, il faut que l'usage de l'affranchissement préalable devienne
+général par l'expérience qu'on acquerra bientôt des avantages qu'il
+présente au moyen des enveloppes timbrées, et nous proposerons tout à
+l'heure de faire marcher concurremment les deux systèmes de taxation;
+mais au moins, dès à présent, les négociants qui adopteront pour leurs
+correspondances réciproques l'usage des enveloppes timbrées, ne seront
+plus exposés à recevoir des lettres de la nature de celles dont nous
+venons de parler.
+
+3º _Il n'y aurait plus d'occasions de démoralisation pour un grand
+nombre de commissionnaires ou de jeunes commis de maisons de banque
+chargés d'aller aux bureaux de poste affranchir des lettres_, et qui
+succombent quelquefois à la tentation de détruire ces lettres pour
+s'approprier le montant de l'affranchissement, ou d'exagérer auprès de
+leur patron le prix de l'affranchissement pour faire un bénéfice sur
+cette opération. Ces faits nous ont été signalés par plusieurs
+négociants respectables. Ils ont pour résultat d'accroître la
+responsabilité de l'administration, en même temps qu'ils démoralisent
+les agents employés à cet office, lesquels, après plusieurs larcins
+impunis, peuvent se laisser aller à des atteintes plus graves contre la
+société.
+
+Chaque négociant affranchira sa lettre de son bureau même; il n'aura pas
+à redouter l'indélicatesse de son commis ni d'un agent des postes; il ne
+craindra pas non plus les réclamations de ports de lettres de son
+correspondant; il n'y aura plus aucune espèce de compte semblable,
+puisque cette dépense, dont chaque négociant paie ordinairement la
+moitié, mais sur le mémoire arbitrairement dressé de son correspondant,
+sera payée plus justement par chaque partie, au départ de la lettre, et
+qu'elle s'ajoutera, pour ainsi dire, à la valeur de la feuille de papier
+dont on se servira pour écrire.
+
+4º _Il y aura une extrême simplification dans le mode de perception des
+recettes._ Des comptables en effet qui ne toucheraient plus d'espèces,
+ne seraient jamais trouvés en déficit; ils ne pourraient plus commettre
+d'erreurs ou de malversations nuisibles aux intérêts de l'État que sur
+quelques recettes autres que celles de la taxe des lettres, recettes
+d'ailleurs peu considérables, telles que le prix de places des voyageurs
+dans les malles, et les articles d'argent; et l'usage des enveloppes
+timbrées devenant plus général, leur comptabilité se bornerait à peu
+prés à un compte en nombre des enveloppes qui leur seraient envoyées;
+l'application du timbre pourrait avoir lieu à Paris, et la recette tout
+entière des postes s'opérerait ainsi au trésor public sans aucuns frais
+de rentrée, d'escompte ou de trésorerie.
+
+Examinons maintenant les différentes objections qu'on pourrait faire à
+notre système; et d'abord attachons-nous à la plus grave de toutes:
+c'est celle qui prend sa source dans l'obligation qui sera imposée à
+toutes les personnes qui écrivent, d'affranchir leurs lettres à
+l'avance.
+
+Pour bien nous rendre compte du nombre des correspondances qui
+souffriront de cette mesure, passons en revue toutes les espèces de
+lettres circulant par la poste, afin de voir quelles sont celles qui
+pourraient être gênées par la nécessité de l'affranchissement préalable
+qu'entraîne l'usage des enveloppes timbrées.
+
+Les lettres qui circulent dans le service des postes peuvent être
+divisées en quatre classes, savoir:
+
+Pour les lettres suivies d'une réponse: 1º les lettres dont le port est
+payé par chaque correspondant, 2º les lettres dont un seul correspondant
+paie le port à l'aller et au retour.
+
+Et pour les lettres qui ne sont pas suivies de réponses:
+
+3º Celles qui sont affranchies par l'envoyeur, 4º enfin celles dont le
+port est payé par le destinataire.
+
+La première classe de ces lettres, c'est-à-dire les lettres dont le port
+doit rester à la charge de chaque correspondant, forme au moins les cinq
+sixièmes des lettres qui circulent dans le service des postes. Les
+commerçants, qui sont dans l'usage de partager le prix des ports de
+lettres, ne seraient nullement gênés par la nécessité de payer le port
+d'avance; et puisqu'il est d'usage entre eux de payer la moitié de la
+dépense totale en ports de lettres, peu leur importe de payer le port de
+la lettre qu'ils envoient, ou celui de la lettre qu'ils reçoivent.
+
+A l'égard de la deuxième classe, c'est-à-dire, des lettres suivies de
+réponses, mais dont un seul correspondant doit payer le port à l'aller
+et au retour, la partie payante peut être le correspondant qui écrit le
+premier, ou celui qui répond. Si c'est celui qui écrit le premier qui
+désire payer le port de la réponse, il peut envoyer dans sa lettre une
+enveloppe timbrée, dans laquelle devra être incluse la réponse, qui se
+trouvera ainsi exempte de port pour le répondant; et si c'est le
+correspondant qui reçoit la première lettre, qui désire acquitter les
+deux ports de lettres, il pourra mettre dans sa propre enveloppe une
+autre enveloppe timbrée qui remboursera son correspondant de l'avance
+qu'il aura faite pour lui[71]. L'envoi réciproque de ces enveloppes
+timbrées pourrait passer dans les habitudes du commerce. Cet usage
+serait plus raisonnable et plus juste que celui par lequel on se fait,
+comme aujourd'hui, des comptes arbitraires de ports de lettres, et cet
+envoi d'enveloppes timbrées n'aurait lieu que dans les cas très-rares où
+les intérêts ne seraient pas réciproques.
+
+[Note 71: Voir aux pièces à l'appui, Note nº 1, l'annotation placée au
+bas du fac-simile de la lettre de Pélisson.]
+
+En somme, la deuxième classe, comme la première classe de lettres dont
+nous avons parlé, ne sera pas gênée par la nécessité de payer le port
+d'avance.
+
+La troisième classe, c'est-à-dire celle des lettres qui ne doivent pas
+recevoir de réponse, et dont l'envoyeur doit payer le port, est
+favorisée complètement par ce nouvel arrangement; car l'envoyeur qui est
+obligé, dans le système actuel, de se transporter à un bureau de poste
+pour déposer le prix de sa lettre, pourra l'affranchir sans sortir de
+chez lui, au moyen de son enveloppe timbrée.
+
+La quatrième classe est celle des lettres qui ne doivent pas être
+suivies de réponse, et dont la taxe doit rester à la charge du
+destinataire; c'est la seule nature de correspondance qui semble devoir
+être gênée par un système d'obligation générale d'affranchissement
+préalable. Cependant il faut remarquer en premier lieu que le nombre des
+lettres de cette espèce est infiniment petit; il ne doit pas être d'une
+lettre sur mille. Il doit être très-rare, en effet, qu'un particulier
+ait un intérêt personnel à écrire à un autre, et se trouve en même temps
+dans l'impossibilité morale d'affranchir sa lettre; il semble que le
+contraire est plus probable; qu'il doit, au contraire, être le plus
+souvent forcé d'affranchir sa lettre; et si, dans des cas très-rares, il
+n'affranchit pas, c'est qu'il veut abuser, dans son propre intérêt, de
+la confiance de son correspondant, ou qu'il croit qu'un usage reçu
+défende d'affranchir, bien que l'équité exigeât qu'il le fît.
+
+Dans le premier cas, l'usage nouveau aura, comme nous l'avons dit, cet
+avantage de débarrasser le service et les négociants de ces offres de
+service, de ces prospectus qui ne seraient plus reçus qu'affranchis; bon
+nombre de ces lettres aujourd'hui refusées, rentreraient peut-être dans
+les postes, sous forme d'affranchissement; et en second lieu, si c'est
+pour se conformer à cette opinion que la politesse ne permet pas
+d'affranchir les lettres, que certaines personnes ne paient pas d'avance
+le port de celles qu'elles envoient, l'adoption du système des
+enveloppes timbrées aurait l'avantage de mettre chacun à son aise sur ce
+point, et nous croyons que ce préjugé de politesse, s'il existe
+réellement, s'évanouirait bientôt. L'usage qui le remplacerait serait
+fondé sur la vérité et sur la justice, qui veulent que celui qui
+s'adresse à un autre de son propre mouvement, paie le transport de la
+lettre qu'il envoie; car cette action est déterminée par son propre
+intérêt, ou au moins par sa propre volonté, en admettant même le cas si
+rare où il écrirait réellement et seulement dans l'intérêt de la
+personne à laquelle il s'adresse.
+
+Il résulte donc des observations que nous venons de présenter: 1º que
+pour les correspondances suivies de réponses, dans le plus grand nombre
+de cas, le système proposé serait praticable, commode et économique, et
+que, dans les autres, il modifierait quelques habitudes, mais serait
+encore très-exécutable; 2º que pour les lettres non suivies de réponse,
+le nouveau mode serait très-avantageux à celles dont le port doit être
+payé par l'envoyeur; et que, quant à celles dont le port doit rester à
+la charge du destinataire, le nombre en est extrêmement rare, et doit
+devenir presque nul, lorsque les lettres d'attrape et les lettres
+contenant des offres de services inutiles, en auront été écartées[72].
+
+[Note 72: M. Hill dit que le système d'affranchissement obligatoire est
+universellement adopté dans les présidences du Bengale et de Madras;
+que, quoique la taxe des lettres soit encore à peu près du tiers des
+taxes anglaises, cet usage n'a fait naître aucune plainte, et n'a pas
+diminué le nombre des lettres en circulation.]
+
+Au reste, nous avons examiné cette question en nous plaçant dans la
+prévision de la nécessité où l'on pourrait être un jour d'affranchir au
+moyen des enveloppes timbrées; mais nous ne croyons pas que cette
+nécessité, qui sera le résultat de l'usage et de l'intérêt, même des
+correspondants, doive être imposée immédiatement au public. Nous
+proposerons tout à l'heure de faire fonctionner le nouveau mode de
+taxation concurremment avec l'ancien, et de laisser aux particuliers la
+liberté d'employer l'un ou l'autre à leur choix.
+
+Un inconvénient grave du système en discussion serait la possibilité de
+la part du public d'employer deux fois la même enveloppe timbrée, en
+faisant disparaître les caractères de la suscription au moyen d'un
+réactif qui rendrait au papier sa blancheur primitive, et permettrait de
+le revendre pour neuf. Cet inconvénient serait en effet de nature à
+compromettre les recettes. Il est heureusement plusieurs moyens de
+l'éviter. D'abord le chlore, ou tout autre réactif employé en semblable
+occasion, en blanchissant le papier, devrait altérer le timbre sec; car
+ce ne seraient pas seulement les caractères écrits avec la plume qu'il
+faudrait faire disparaître, mais bien encore les empreintes des timbres
+à date d'arrivée et de départ qui sont appliqués avec de la couleur
+délayée à l'huile, dont l'un, celui du départ, pourrait être apposé sur
+le timbre sec même. Il est très-probable qu'alors le réactif bon pour
+faire disparaître l'écriture, ne le serait pas pour faire disparaître le
+timbre à l'huile, et _vice versa_, que le pinceau qui devrait laver le
+timbre à date, mouillerait et détruirait en même temps l'empreinte du
+timbre sec.
+
+Il faudrait, d'autre part, que l'opération fût faite en grand pour être
+véritablement productive pour celui qui l'entreprendrait; et le
+rassemblement d'une grande quantité de vieilles enveloppes ne serait pas
+sans difficulté. Dans les bureaux de poste, la chose ne serait pas plus
+facile qu'ailleurs; car ce n'est pas dans les bureaux de poste que les
+lettres sont ouvertes par les particuliers, et pour que ces enveloppes
+pussent servir de nouveau, il faudrait qu'elles n'eussent pas été trop
+froissées, ni brisées du côté du cachet. Enfin terminons par un argument
+qui aurait pu nous dispenser de produire les autres, c'est que nous
+croyons avoir la certitude qu'il existe aujourd'hui des moyens de
+préserver le papier d'altérations semblables à celles dont il est ici
+question. Le développement des procédés employés à cet effet, nous
+éloignerait de notre sujet; qu'il nous suffise d'assurer que ces moyens
+existent[73].
+
+[Note 73: Un fabricant, en Angleterre, a proposé un modèle de papier,
+lequel a paru satisfaire à toutes les exigences. Ce papier, dont un
+échantillon était joint, je crois, à la dernière édition de la brochure
+de M. Hill, est fait de telle manière qu'à la première altération de
+l'encollage qui le recouvre, des fils de soie de diverses couleurs,
+placés parallèlement en filigranes dans le corps du papier, reparaissent
+à l'extérieur. Mais il a été fait en France, dans ces derniers temps,
+des expériences plus satisfaisantes encore par les soins de
+l'administration des domaines, et on peut assurer qu'il existe
+maintenant plusieurs moyens de préserver le papier de toute altération.]
+
+Si, contre toute attente, l'expérience démontrait cependant qu'aucune
+encre ne serait à l'épreuve de ces procédés chimiques, si le papier des
+enveloppes ne pouvait pas posséder les propriétés que nous lui
+supposons, si enfin les traces du cachet précédemment placé au dos de
+l'enveloppe ne pouvaient pas non plus venir suffisamment en aide aux
+employés des postes, pour leur faire découvrir les altérations qu'on
+aurait fait subir aux enveloppes, nous avons pensé qu'un autre moyen de
+parer à la fraude pourrait être employé dans les bureaux de poste: ce
+serait de frapper à l'arrivée les lettres à l'endroit du timbre sec
+d'une espèce d'emporte-pièce qui couperait l'enveloppe à cette place, et
+s'opposerait à ce qu'elle pût être présentée de nouveau.
+
+L'application de cet emporte-pièce serait très-prompte, très-facile, et
+ne retarderait ni ne gênerait le service.
+
+Mais nous ne donnerons pas ici plus de développement à cette idée,
+persuadé que nous sommes qu'on pourrait arriver aux moyens de composer
+des enveloppes qui ne serviraient jamais deux fois.
+
+M. Hill propose un autre moyen de suppléer, dans l'occasion, aux
+enveloppes timbrées, moyen très-simple et qui pourrait être adopté dans
+beaucoup de cas; il consisterait à frapper le timbre de taxe sur de
+petits morceaux de papier très-minces et de forme ronde, et ces timbres,
+semblables à ceux dont on se sert chez les notaires ou aux
+chancelleries, seraient collés sur les lettres au moyen d'une substance
+glutineuse, et déchirés ensuite dans le bureau d'arrivée par l'employé
+chargé de la distribution.
+
+Si ces petits morceaux de papier timbrés étaient mis en usage, ils
+pourraient être débités par paquets, et appliqués sur la lettre par les
+particuliers eux-mêmes ou par les agents des postes. Les particuliers,
+surtout en province, qui seraient en doute sur le poids de la lettre
+qu'ils auraient écrite, pourraient la présenter aux bureaux de poste et
+payer immédiatement le prix du timbre, lequel serait collé sur leur
+lettre, en leur présence.
+
+Peut-être objectera-t-on encore que, toutes les lettres timbrées ayant
+ainsi payé le port d'avance, il y aurait moins de garantie pour leur
+exacte délivrance que si le port en était à recouvrer par le facteur; en
+d'autres termes, qu'un facteur paresseux pourrait détruire les lettres
+pour éviter la peine de les porter.
+
+A cela on pourrait répondre que, dans l'ordre de choses actuel, il n'y a
+pas plus de garanties de sécurité pour les lettres franches; mais ce ne
+serait pas parfaitement juste, parce que le facteur, devant
+nécessairement faire sa tournée pour porter les lettres taxées, n'a que
+peu ou point de peine de plus pour remettre en même temps les lettres
+franches; il s'ensuivrait donc que cette dernière part très-importante
+des correspondances ne doit son exacte arrivée qu'à la nécessité où est
+le facteur de porter des lettres dont le port est à recouvrer.
+
+Cependant examinons quelles sûretés pourrait présenter le service
+nouveau.
+
+Indépendamment des moyens de surveillance de l'administration, des
+contrôles et des épreuves auxquels elle pourrait avoir recours pour
+s'assurer de la fidélité de ses facteurs, on pourrait donner au public
+la possibilité de recommander des lettres pour tous les points de la
+France, faculté qui n'est accordée aujourd'hui que pour les lettres à la
+destination de Paris. Toute personne consentant à payer un demi-port en
+sus de la taxe ordinaire de sa lettre, serait admise à la faire
+_recommander_ et pourrait en demander un reçu. A cet effet, elle
+remettrait au préposé des postes chargé de recevoir la taxe
+supplémentaire, une copie de la suscription de sa lettre, écrite sur un
+papier séparé, et le préposé frapperait cette copie de son timbre à date
+constatant le jour de l'expédition de la lettre dont ce double servirait
+ainsi de reçu.
+
+Les lettres _recommandées_ seraient placées séparément des autres dans
+la dépêche; mais au point d'arrivée elles seraient confondues par le
+directeur des postes avec les lettres ordinaires qu'il remettrait à son
+facteur; or celui-ci, dans l'impossibilité où il serait de distinguer
+les lettres qui seraient l'objet de la surveillance dont nous avons
+parlé, et dans la crainte d'être facilement découvert et sévèrement
+puni, ferait sa tournée plus exactement encore que s'il transportait des
+lettres taxées.
+
+L'administration des postes cesserait de prendre un reçu des
+destinataires des lettres; cet usage présente des inconvénients. Comme
+elle n'en aurait pas donné d'autres au point de départ, que
+l'application du timbre de date sur une copie de l'adresse, et ceci
+simplement à titre de renseignement officieux et pour faciliter les
+recherches en cas de perte, cette perte de la lettre ne devrait donner
+lieu à aucune responsabilité, non plus que la perte des lettres
+_recommandées_ aujourd'hui. Le reçu est une garantie morale dont le
+public s'est trouvé très-bien jusqu'à présent; mais, quant à la garantie
+matérielle, il est inutile d'ajouter que l'administration ne peut en
+donner aucune pour le contenu d'une lettre qui lui a été présentée
+fermée; et cela est si vrai, que pour les lettres chargées même la loi
+n'assujétit l'administration qu'au paiement d'une somme de 50 fr.,
+garantie qui est évidemment insuffisante et illusoire. Ajoutons enfin
+que cette garantie morale que nous offrons, sera plus efficace que celle
+qui résulte de la nécessité, pour un facteur infidèle, de porter une
+lettre dont la taxe lui est comptée. Car dans ce cas la perte du port de
+cette lettre ne sera rien pour lui chaque fois qu'il la mettra en
+comparaison avec le profit qu'il peut tirer de son vol ou de sa
+négligence. L'administration doit faire choix d'employés et de facteurs
+d'une conduite régulière, elle doit les soutenir, les surveiller, les
+encourager; et cette manière d'agir sera toujours la meilleure garantie
+pour elle contre les pertes ou les vols des lettres.
+
+Si l'on voulait présenter encore comme une objection sérieuse le temps
+ou la dépense qu'entraînerait le timbrage d'une grande quantité
+d'enveloppes, nous opposerions l'économie considérable de temps qu'on
+ferait sur l'opération de la taxation; et d'ailleurs on pourrait timbrer
+des enveloppes tous les jours et à toute heure, tandis qu'on ne peut
+taxer des lettres que dans le court intervalle de temps qui s'écoule
+entre la levée des boîtes et l'expédition des dépêches. La taxation des
+lettres, enfin, est longue, difficile et sujette à erreur,
+principalement en raison de la rapidité avec laquelle l'opération doit
+être faite; tandis que l'application d'un timbre sur une enveloppe
+blanche, est une opération mécanique qui sera toujours à la portée de
+toutes les intelligences.
+
+Une dépense nouvelle résulterait, il est vrai, des frais de confection
+et d'application des timbres; mais il est facile de l'apprécier. Les
+matrices des timbres secs gravés sur acier avec tout le soin possible,
+coûteraient 40 fr. l'une, ou 1,440 fr. pour trente-six, si on allait
+jusqu'à trente-six timbres. Deux presses suffiraient; celles du timbre
+royal coûtent 1,000 fr. Toute la dépense en matériel qu'entraînerait le
+projet, se bornerait donc à une somme de 3,440 fr., et cette dépense
+n'est pas sans compensation. Nous avons dit qu'une taxation claire et
+régulière tourne à l'avantage des recettes; et, en second lieu, le temps
+d'un grand nombre d'employés expérimentés, tels que ceux qui doivent
+s'occuper de la taxe des lettres, a une valeur qui pourrait être ou
+économisée en entier, ou employée profitablement ailleurs. Il y avait,
+il y a quelques années, à l'administration des postes à Paris, un bureau
+spécial pour la taxation des lettres; il était composé de vingt-trois
+personnes, et il coûtait 60,500 fr. par an. Cette dépense, qui existe
+encore aujourd'hui sous une autre forme, pourrait être supprimée; car la
+vérification d'un timbre de taxe doit être à la portée de tous les
+commis et directeurs, et n'exigera pas des employés spéciaux.
+
+Dispositions transitoires.
+
+Quelque évidents que puissent paraître les avantages qui doivent
+résulter pour le public du nouveau système de taxation des lettres, nous
+ne pensons pas que ce nouveau procédé pût être substitué tout à coup, et
+sans transition, à celui qui est en usage aujourd'hui. Il faudrait, dans
+tous les cas, respecter les habitudes prises, et faire fonctionner
+d'abord le nouveau système concurremment avec l'ancien.
+
+Cet emploi simultané des deux moyens n'apporterait aucune perturbation
+dans le service des postes. Les lettres timbrées pourraient être
+facilement distinguées des autres dans les dépêches; elles seraient
+comptées et enregistrées sur une feuille spéciale, et si cette
+séparation devenait l'objet d'une opération de plus pour les employés
+des postes, l'augmentation de travail causée par cette opération, serait
+compensée par la réduction de travail résultant, d'autre part, de la
+diminution du nombre des lettres à taxer d'après l'ancien système. Il ne
+faut pas oublier d'ailleurs que l'abaissement de la taxe, pour les
+lettres timbrées seulement, ferait augmenter rapidement leur nombre, et
+nous croyons qu'en peu de temps celui des autres lettres serait
+tellement réduit, que la mesure nouvelle pourrait être généralisée sans
+aucun inconvénient.
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI.
+
+
+Conclusions.
+
+Des développements que nous avons présentés, on peut tirer les
+conclusions suivantes:
+
+1° Il est d'un puissant intérêt pour l'État que le nombre des lettres en
+circulation en France soit aussi élevé que possible. Les transactions du
+commerce ne sauraient être trop facilitées, comme sources de richesse
+pour le pays et de produits pour le trésor public.
+
+2° L'accroissement du nombre des correspondances peut être obtenu, ou
+par l'accélération de la marche des courriers et de la distribution des
+lettres, ou par l'abaissement des taxes, ou mieux encore par les deux
+moyens réunis. L'administration a, pendant les quinze dernières années,
+beaucoup accéléré la marche des courriers et la distribution des
+lettres; mais elle n'a pas assez pensé à la réduction des taxes (p.
+1-15).
+
+3° Lorsque le port des lettres est peu élevé, la rapidité du mode de
+transport, et la sécurité que donne le service de l'administration des
+postes, ramènent à elle les correspondances qui s'échappaient par
+d'autres issues; et les taxes des lettres nouvelles compenseront
+toujours et au-delà, à cause de leur grand nombre, la diminution de
+recette qui pourrait résulter de l'abaissement du tarif.
+
+4° Ces suppositions acquièrent force de certitude, si l'on consulte
+l'expérience du passé, et si l'on considère que chaque création de
+service, chaque facilité donnée au commerce par la poste, a été
+immédiatement suivie d'une augmentation dans les produits. Nous en avons
+cité des exemples pris dans la correspondance de Paris avec Marseille,
+accélérée récemment, ainsi que dans l'établissement du service
+journalier en 1827, et du service rural en 1829 (p. 5, 7, 9).
+
+5° De doubles services de poste partant de Paris, contribueraient encore
+à augmenter le nombre des lettres en circulation; et un emploi mieux
+entendu des facteurs ruraux, en procurant à l'État une augmentation de
+droit de cinq pour cent sur le transport des articles d'argent, ferait
+entrer dans le service des postes une quantité considérable de lettres
+nouvelles (p. 11).
+
+6° La taxe des lettres est trop élevée, et ce fait se démontre
+moralement comme financièrement. En effet, il y a des relations de
+famille qui seraient entièrement interrompues par l'élévation du port
+actuel des lettres envoyées à de longues distances, si ces
+correspondances n'avaient pas recours à la fraude. Et d'autre part les
+produits de poste ne se sont pas élevés proportionnellement, pendant les
+vingt dernières années de paix, au même taux que d'autres revenus
+indirects, tels que le dixième sur le prix des places des voyageurs dans
+les voitures publiques, bien que le besoin d'écrire doive se présenter
+plus naturellement et plus fréquemment que celui de se déplacer (p. 18).
+
+7° S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque, il
+conviendrait de choisir d'abord, pour en faire l'objet de la réduction,
+celle dont l'abaissement donnerait la plus grande somme d'avantages pour
+le public, en même temps que la moindre perte pour le trésor, et aussi
+celle dont le revenu toujours progressif, mais non encore assez étendu,
+annonce des besoins généraux qui seraient mieux satisfaits, si le tarif
+était moins élevé; or cette taxe est celle des postes (p. 19).
+
+8° Il est du devoir d'une administration publique investie d'un
+privilége si important en résultat que celui du transport des
+correspondances, de se mettre en état de faire parvenir toutes les
+lettres que les particuliers ont intérêt à écrire; et si l'élévation du
+prix de port est un obstacle réel pour ceux-ci, il semble que l'État
+leur refuse un objet de première nécessité, qu'il ne leur est ni
+possible ni permis de se procurer ailleurs.
+
+9° La fraude sur le transport des lettres est en grande partie le
+résultat de l'élévation des taxes. Elle est considérable en France; plus
+de quarante-cinq millions de lettres circulent en dehors du service des
+postes par des voituriers ou des messagers de ville à ville,
+indépendamment de celles qui sont transportées par des voyageurs, ou qui
+passent indûment sans taxe, dans le service des postes, sous le couvert
+des préposés publics (p. 22).
+
+10° Des entreprises particulières ont été autorisées par les tribunaux à
+distribuer des imprimés et des journaux: c'est une atteinte au privilége
+des postes, qui ne peut être motivée que sur l'élévation du tarif.
+
+11° Toute lettre écrite a une utilité relative, et presque toutes
+seraient confiées au service des postes, si la taxe n'en était pas trop
+élevée, eu égard au degré d'importance que les envoyeurs y attachent.
+
+12° Dans la taxe des lettres, le prix du service rendu est représenté
+par le montant général des dépenses divisé par le nombre de lettres en
+circulation; le reste de la recette est un impôt, qui pourrait être
+diminué dans certaines proportions, si l'intérêt bien entendu de l'État
+le commandait. Le transport et la distribution d'une lettre simple, en
+France, coûte à l'État environ 8 cent., et la taxe en rapporte 44 (p.
+28-32).
+
+Le transport et la distribution d'un imprimé coûte 8 cent. et rapporte 4
+cent; enfin le transport des correspondances administratives coûte
+9,480,000 fr. par an, et ne rapporte rien. Ce dernier transport, fait
+gratuitement, représente une économie pour l'État, qu'il convient
+d'attribuer à la taxe des lettres.
+
+Le résultat de ces appréciations est que si l'impôt était égal au prix
+du service fait, il serait de cinq cent cinquante pour cent moins élevé
+que l'impôt actuellement perçu, et que toutes les dépenses résultant du
+transport des correspondances administratives et des imprimés à un prix
+réduit se trouvant couvertes, la taxe des lettres pourrait être encore
+réduite de cinquante pour cent, sans que l'exploitation devînt onéreuse
+à l'État (p. 29, 36).
+
+13° La première réduction de taxe à opérer est la suppression du décime
+appliqué sur les lettres distribuées dans les campagnes; cette taxe est
+injuste, et relativement improductive (p. 37).
+
+14° Une réduction de cinquante pour cent sur le tarif général des postes
+n'amènerait probablement pas de diminution de recettes, même dans la
+première année. Mais cette diminution générale de cinquante pour cent,
+applicable également à toutes les espèces de taxes de poids et de
+distance en France, ne serait pas rationnelle, et ne produirait pas les
+heureux effets que l'on peut attendre d'un autre mode de réduction du
+tarif (p. 44).
+
+15° De l'examen du tarif actuellement en usage, il résulte:
+
+Que les degrés de pesanteur de la lettre et de la distance qu'elle doit
+parcourir, et sur lesquels est réglée la taxe, sont tellement nombreux
+et serrés, que la taxation des lettres en devient une opération longue,
+obscure et difficile; que les échelons de taxe étant plus rapprochés
+dans les premiers degrés que dans les derniers, ce sont les lettres les
+moins pesantes et parcourant de moindres distances, c'est-à-dire les
+plus nombreuses, qui se trouvent dans les conditions les plus
+défavorables, et que ce sont celles qui cependant peuvent échapper le
+plus facilement au service par la fraude; que l'extension du premier
+degré de distance, et en même temps le poids de la lettre simple fixé à
+15 gr. au lieu de 7 gr. 1/2, seraient des dispositions utiles aux
+particuliers et profitables au trésor public;
+
+Que le tarif actuel pourrait être utilement remplacé par un nouveau
+tarif, basé, comme l'ancien, sur le poids des lettres et sur la distance
+parcourue, mais composé seulement de six degrés pour le poids et de six
+degrés pour la distance (p. 48.);
+
+Que de l'adoption de ce nouveau tarif il résulterait que la taxation des
+lettres serait plus simple et plus facile, les distances mieux partagées
+et plus facilement appréciées par les particuliers, enfin que la lettre
+simple pourrait être considérée comme telle, bien qu'elle contînt
+quelques papiers inclus, si le poids n'en dépassait 15 gr. (p. 48-61);
+
+Qu'enfin le poids plus considérable auquel on permettrait aux lettres
+simples d'arriver, ne serait pas une occasion de fraude (p. 62).
+
+16° Mais un tarif réglé sur le poids et sur la distance ne compensera
+jamais, dans les postes, les avantages qu'on pourrait tirer d'une taxe
+fixe (p. 67).
+
+La taxe fixe est d'ailleurs la seule taxe réellement juste, parce
+qu'elle représente tous les frais de parcours et d'administration sur
+tous les lieux et dans toutes les distances, divisés par le nombre des
+lettres en circulation. Les frais résultant du transport des dépêches ne
+sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec le prix de la
+taxe des lettres; les taxes progressives actuelles ne peuvent donc pas
+être considérées comme représentant exactement le prix de service rendu
+(p. 67-73).
+
+Le port fixe rend beaucoup plus facile l'opération de la taxation des
+lettres, et nous avons vu combien cette opération de la taxation prêtait
+à l'erreur, nécessitait l'emploi d'un temps très-long, et enfin
+entraînait des pertes pour les recettes (p. 78).
+
+Elle faciliterait la vérification des produits à chaque point d'arrivée
+des dépêches, et accélérerait considérablement la distribution des
+lettres (p. 78-83).
+
+Enfin elle permettrait de dresser un compte exact et numérique des
+lettres circulant dans le service, tant à Paris que dans les
+départements, compte qui deviendrait la meilleure garantie possible
+entre les soustractions et les pertes de lettres (p. 80).
+
+17° La taxe fixe s'appliquerait avec beaucoup d'avantage aux lettres de
+la ville pour la ville, et aux lettres destinées aux soldats.
+
+Les lettres de la ville pour la ville, en effet, sont presque toujours
+simples dans le sens que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire envoyées
+par une seule personne à une autre personne seule; pour faciliter ces
+correspondances qui échappent très-aisément au service des postes, il
+faut tolérer une extension de la pesanteur de la lettre jusqu'au point
+où le service en serait embarrassé (p. 85). Deux taxes fixes suffiraient
+à tout dans cette circonstance, 1 décime pour les lettres du poids de
+moins de 50 gr., et 2 décimes pour toute lettre de 50 à 100 gr.
+
+Il y aurait justice et humanité, en même temps qu'avantage financier, à
+réduire à 1 décime le port des lettres adressées aux soldats et
+sous-officiers aujourd'hui taxées à 25 c.
+
+18° Un système de taxation modérée en France, n'entraînerait pas de
+perte sur le prix de transport des lettres de et pour les pays
+étrangers, parce que les traités d'échange sont faits de manière à ce
+que les prix fixés, eu égard à la distance parcourue et à la pesanteur
+des lettres, soient réglés toujours sur le pied de la plus entière
+réciprocité (p. 87).
+
+19° Maintenant, passant à la fixation projetée d'une taxe applicable à
+toutes les lettres du même poids circulant en France, nous remarquons
+que si le nombre des lettres venait à augmenter considérablement par
+suite de l'abaissement du tarif, les dépenses d'exploitation
+n'augmenteraient pas en proportion (p. 88). Qu'une malle de Paris à
+Marseille, par exemple, qui coûte 760 fr. par voyage, pourrait
+transporter: ou quatre-vingt mille imprimés, dont le prix actuel de
+transport serait 3,200 fr.; ou cent vingt mille lettres du poids de 5
+gr., dont le montant de la taxe au taux actuel serait 120,000 fr.; ou
+enfin moitié lettres et moitié journaux; et opérer encore une recette de
+61,600 fr. c'est-à-dire quatre-vingt-cinq fois plus élevée que la
+dépense. Que dans des circonstances urgentes, on pourrait donner aux
+correspondances administratives dans les malles-postes, la place
+qu'occupent les trois voyageurs et leurs bagages, et qu'on ne
+renoncerait ainsi qu'à un produit variable de 4 fr. 50 c. par poste.
+Qu'enfin il reste démontré qu'il y aura toujours spéculation avantageuse
+pour l'administration à transporter des lettres en malle-poste, même
+avec un prix de port infiniment réduit, puisque si l'on voulait
+proportionner exactement la taxe à apposer sur les lettres de Paris à
+Marseille aux frais de leur transport réel, en admettant que le magasin
+de la malle en fût rempli, cette taxe moyenne serait 6 c. 1/2[74] (p.
+88-91).
+
+[Note 74: C'est-à-dire 760 fr., prix de la course divisée par 120,000,
+qui est le nombre des lettres transportées.]
+
+20° Les frais de régie et de personnel de l'administration des postes
+n'augmenteraient pas, si, le nombre des lettres devenant plus
+considérable, il n'y avait qu'une taxe fixe et uniforme (p. 91).
+
+21° Le port fixe doit être réglé au taux de la plus basse de toutes les
+taxes de poste actuellement existantes, parce qu'il n'est pas possible
+d'en élever aucune. Soit 1 décime pour les lettres circulant dans
+l'arrondissement d'un même bureau de poste, et 2 décimes pour toutes
+lettres envoyées de bureau à bureau; et si, avec cette taxe si modérée,
+on suppose que le nombre des lettres doive s'accroître seulement dans la
+proportion de cent cinquante pour cent, c'est-à-dire de double plus
+moitié, la recette actuelle ne baisserait pas, même dès la première
+année (p. 92 et suivantes).
+
+22° Les avantages d'une taxe fixe dans le service des postes
+s'accroîtraient encore de la possibilité de l'application de cette taxe
+au moyen d'un timbre (p. 96 et suiv.).
+
+L'idée de l'emploi d'un timbre comme signe de taxe est fort ancienne,
+mais elle a été développée récemment avec beaucoup de talent et de
+clarté par un auteur anglais de qui nous avons emprunté la plus grande
+partie des considérations qui suivent.
+
+23° L'usage des timbres pourrait être appliqué aux deux tarifs que nous
+avons successivement proposés; soit à un tarif progressif mais réduit à
+six taxes de poids et à six taxes de distances, soit à une seule taxe
+fixe applicable à toutes les lettres divisées en deux catégories de
+poids seulement.
+
+Dans le premier cas, on devrait graver trente-six timbres; mais six ou
+dix-huit au plus de ces timbres seraient employés ordinairement, les
+autres seraient exceptionnels (p. 99).
+
+Nous avons abandonné l'adoption de ce premier tarif, afin de ne pas
+mettre les particuliers dans la nécessité de s'enquérir d'abord du poids
+de leurs lettres et de la distance qu'elles doivent parcourir.
+
+Dans le second système dont nous proposons l'adoption, c'est-à-dire dans
+le système d'une taxe fixe, quatre timbres suffiraient, dont les deux
+premiers seraient presque uniquement en usage; ce seraient ceux de la
+lettre simple, dont le poids serait étendu à 50 gr., pour lettres de la
+ville pour la ville, et à 15 gr. pour les lettres allant à de plus
+longues distances. Les deux autres timbres seraient applicables aux
+lettres qui dépasseraient ce poids, sans excéder la limite de 100 gr.
+passé laquelle aucun paquet ne serait admis à circuler comme lettre dans
+le service des postes (p. 101 à 109).
+
+Les lettres des sous-officiers et soldats n'exigeraient pas l'emploi
+d'un timbre particulier, et on pourrait les faire rentrer dans la classe
+des lettres ordinaires affranchies par le timbre à 1 et à 2 décimes. Et
+les avis de mariage ou décès, s'ils n'étaient pas taxés à l'avenir comme
+imprimés à 4 c. par feuille, pourraient donner naissance à l'emploi de
+deux timbres d'une forme particulière, appliqués dans le service après
+coup avec une couleur délayée à l'huile, et qui ne feraient pas
+confusion avec les timbres secs ordinaires de la taxe des lettres.
+
+24° Toutes les lettres ainsi timbrées seront considérées dans le service
+des postes comme lettres affranchies et remises, dans tous les cas,
+franches de port à leur destination; la punition de la fraude serait la
+mise de la lettre au rebut (p. 106).
+
+25° L'emploi d'enveloppes timbrées serait préférable, pour le public et
+pour le service de l'administration, à celui de feuilles de papier
+timbrées dont la partie sur laquelle le timbre aurait été apposé,
+deviendrait apparente par la manière dont la lettre serait pliée. Le
+public pourrait être amené à ne se servir que d'enveloppes par la
+diminution du poids de l'enveloppe opérée sur le poids total accordé à
+la lettre dans le service; on pourrait se les procurer en tous lieux,
+particulièrement chez les papetiers et chez les directeurs des bureaux
+de poste, et l'administration des postes ou du timbre appliquerait
+l'empreinte, suivant la fantaisie des débitants ou des consommateurs,
+sur des papiers de toute couleur, de toute forme et de toute dimension.
+
+26° L'application de la taxe au moyen d'un timbre, présenterait des
+avantages de diverses espèces: 1° elle serait une source d'accélération
+dans la manipulation des lettres et dans leur distribution, en même
+temps que d'économie dans les frais de régie et d'exploitation (p. 109);
+2° les lettres réexpédiées par suite du changement de domicile du
+destinataire, ne supporteraient pas de taxe supplémentaire pour plus
+grande distance parcourue; 3° le nombre des lettres en rebut diminuerait
+tellement, que ces lettres disparaîtraient presque entièrement du
+service; en effet, une lettre franche se place toujours, et le public ne
+la refuse presque jamais; or, il y a eu en 1836 un million cinq cent
+quatre-vingt mille lettres en rebut; et la suppression de ces lettres
+aura plusieurs avantages moraux et financiers (p. 110); 4° il se
+présentera moins d'occasions de démoralisation pour un grand nombre de
+commissionnaires ou de jeunes commis de maison de banque, chargés
+d'aller aux bureaux de poste affranchir les lettres, et plus de sûreté
+et de commodité pour les négociants, qui affranchiront leurs lettres de
+leur bureau même au moyen du timbre (p. 112). 5° enfin, il y aura
+simplification et économie extrême dans le mode de perception des
+recettes (p. 113).
+
+27° Passant ensuite en revue les diverses objections qu'on pourrait
+faire au système, nous nous sommes d'abord attachés à la plus importante
+de toutes, qui prenait sa source dans la nécessité de l'affranchissement
+préalable pour toute espèce de lettres circulant dans le service. Mais
+si on partage le nombre de lettres en diverses catégories répondant aux
+divers besoins du commerce et des particuliers, on voit bientôt qu'un
+infiniment petit nombre de personnes seraient contrariées par la
+nécessité d'un affranchissement préalable, d'ailleurs si facile et si
+expéditif (p. 114).
+
+28° Il n'y aura pas de fraude possible par le double emploi des
+enveloppes; cette industrie serait très-peu productive, et la
+fabrication du timbre et du papier peuvent très-aisément la rendre
+impossible (p. 118).
+
+29° Il n'y aurait pas lieu de craindre que les lettres ne fussent pas
+fidèlement remises aux destinataires, parce que le port en aurait été
+ainsi payé partout à l'avance par l'achat du timbre. Il existe, en
+effet, plusieurs moyens autres que la nécessité de la perception de la
+taxe, pour assurer l'exactitude et la fidélité des facteurs. Et une
+manière de rassurer le public à ce sujet, serait de permettre une
+certaine extension du service actuel des lettres recommandées (p. 121).
+
+30° Enfin le temps employé pour le timbrage des enveloppes, non plus que
+la dépense qui résulterait de cette opération, ne peuvent pas être
+présentés comme des objections sérieuses.
+
+31° Afin cependant de ménager tous les intérêts et de respecter les
+habitudes prises, il serait nécessaire de faire marcher concurremment
+d'abord, les deux systèmes de taxation; c'est-à-dire, la taxe fixe
+appliquée au moyen du timbre, et l'ancienne taxe progressive écrite à la
+plume; et il y a tout lieu de croire que bientôt les avantages de toute
+espèce que présente le système proposé, seraient assez généralement
+appréciés, pour que l'ancien mode de taxation fût abandonné, et que les
+particuliers cessassent d'eux-mêmes d'y avoir recours.
+
+Ici, ma tâche est terminée. J'ai cherché à rendre sensibles les
+avantages que présenterait la taxation des lettres par le moyen d'un
+timbre, combinée avec un abaissement du tarif. J'ai l'honneur de
+soumettre ce projet de réforme à la sagesse et à l'expérience de
+Monsieur le Ministre des finances, persuadé que je suis, qu'en partant
+de ces données, sans doute très-imparfaites, on pourrait arriver à deux
+résultats très-désirables, à savoir: 1° une immense extension des
+correspondances en France, 2° une extrême simplification du service des
+postes.
+
+
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+ PIÈCES A L'APPUI.
+
+
+NOTE N° 1.
+
+INTRODUCTION ET PAGE 97.
+
+J'ai trouvé ce document très-curieux dans un recueil de lettres de Mlle
+de Scudéry, copiées par Conrart et annotées par Pélisson,
+secrétaire-rédacteur des soirées qui se tenaient le samedi chez Mlle de
+Scudéry.
+
+Je lis dans ce manuscrit, dont je dois la communication aux bontés de M.
+Feuillet, chef du protocole au ministère des affaires étrangères, une
+note ainsi conçue, écrite de la main même de Pélisson:
+
+«Argument de ce qui suit:
+
+«En mesme temps que M. de Velayer establit les boestes pour porter des
+billets d'un quartier à l'autre, il fit aussi imprimer certains
+formulaires de billets d'une douzaine de sortes comme pour demander de
+l'argent à un débiteur, pour recommander une affaire à son procureur, un
+ouvrage à quelque artisan, etc., etc., afin que ceux qui auroient des
+choses semblables à escrire, se peussent servir de ces billets touts
+faits, du moins en remplissant quelques lignes de blanc qu'on y
+laissoit, comme on fait, par exemple, aux quittances des parties
+casuelles et en une infinité d'autres affaires. Ces billets se vendoient
+au palais avec les autres billets de port payé. Acante[75] en aiant
+achetté une douzaine pour cinq sous, s'avisa, pour employer son argent,
+d'envoier à Sappho par la voie des boestes celui qui est icy attaché,
+rempli comme il est. Sappho y fit la réponse qui est en suitte:
+
+[Note 75: C'était le nom que s'était donné Pélisson dans cette société
+de beaux-esprits. Mademoiselle de Scudéry avait reçu le nom de Sappho;
+Conrart l'académique celui de Théodamas. Le poète Sarrazin s'appelait
+Polyandre, etc.]
+
+_Mademoiselle_,
+
+Mandez-moy si vous ne sçavez point quelque _bon remède contre l'amour ou
+contre l'absence_, et si vous n'en connoissez point, faites-moy le
+plaisir de vous en enquérir, et, au cas que vous en trouverez, de
+l'envoyer à:
+
+Votre très-humble et _très-obéissant serviteur_,
+
+_PISANDRE_.»
+
+Outre le billet de port payé que l'on mettra sur cette lettre pour la
+faire partir, celuy qui escrira aura soing, s'il veut avoir response,
+d'envoyer un autre billet de port payé enfermé dans sa lettre.
+
+Pour _Mademoiselle_
+_Sappho_,
+demeurant en la rue _au pays des nouveaux
+sansomales_.
+A Paris.
+Par billet de port payé.
+
+«L'invention de ces billets estant encore toute nouvelle après celle des
+billets de port payé qui estoit déjà establie, j'envoiez celuy cy rempli
+comme il est à mademoiselle de Scudéry, sous une enveloppe à madame
+Boquet. Elle fit la réponse qui commence: Comme j'ai toujours...[76]»
+
+[Note 76: Nous ne donnons pas la réponse de Sappho parce qu'elle est
+étrangère à notre sujet.]
+
+(_Note de la main de Pélisson._)
+
+Ailleurs je trouve dans le même recueil, une lettre de Sappho (Mlle de
+Scudéry) qui finissait ainsi:
+
+«J'en eusse dit bien davantage, mais la boeste des billets s'ouvre à
+huit heures, et c'est par cette voye que je prétends vous envoyer
+celuy-cy.»
+
+Pélisson avait écrit en marge l'annotation suivante:
+
+«Il est vraisemblable que dans quelques années on ne saura plus ce que
+c'estoit que la boeste des billets. M. de Velayer, maistre des
+requestes, avoit imaginé un moïen pour faire porter des billets d'un
+quartier de Paris à l'autre en mettant des boestes aux coins des
+principales rues. Il avoit obtenu un privilège ou don du roi pour
+pouvoir seul establir ces boestes, et avoit ensuitte establi un bureau
+au Palais, où on vendoit pour un sou pièce, certains billets impriméz et
+marquez d'une marque qui lui estoit particulière. Ces billets ne
+contenoient autre chose sinon _port payé le jour de l'an mil six cent
+cinquante-trois ou cinquante-quatre_. Pour s'en servir il falloit
+remplir le blanc de la datte du jour et du mois auquel vous escriviez,
+et après cela vous n'aviez qu'à entortiller ce billet autour de celuy
+que vous escriviez à votre ami et les faire jetter ensemble dans la
+boeste. Il y avoit des gens qui avoient ordre de l'ouvrir trois fois par
+jour, et de porter les billets où ils s'adressoient.»
+
+
+NOTE N° 2.
+
+PAGE 21.
+
+(_Traduction_.)
+
+«Mais le plus ingénieux de ces subterfuges est le système au
+moyen duquel M. Brawn, de Londres, peut correspondre avec
+M. Smith, d'Édimbourg. L'adresse du journal (lequel est toujours
+transporté franc)[77], porte ces mots:
+
+[Note 77: Le transport des journaux est franc dans l'étendue des Trois
+Royaumes; et le prix du timbre est fixé en conséquence.]
+
+«M. John Smith,
+Épicier, marchand de thé.
+1, Grande-Rue.
+ «Édimbourg.
+
+«Six manières différentes de mettre cette adresse indiquent d'abord la
+date des nouvelles qui doivent être transmises:
+
+«M. Smith est pour le lundi,
+M. John Smith pour le mardi,
+M.J. Smith pour le mercredi,
+J. Smith esq. pour le jeudi,
+John Smith esq. pour le vendredi,
+Smith esq. pour le samedi.
+
+«L'avis de l'envoi des marchandises est indiqué, en mettant l'adresse
+entière, comme plus haut. Pour les envoyer le mercredi, par exemple, le
+journal est adressé à M.J. Smith, épicier.
+
+«L'avis de la réception des marchandises est indiqué par l'omission de
+l'état; pour les marchandises reçues le vendredi, l'adresse est: John
+Smith esq., Grande-Rue, Édimbourg.
+
+«Les incidents des marchés sont indiqués par les professions du
+destinataire.
+
+«Marchand de thé, seul ... les prix du thé en hausse.
+
+«Épicier..............._Id_.... en baisse.
+Épicier et m_{d} de thé.... sucres en hausse.
+Épicier m_{d} de thé, etc.. sucres en baisse.
+Épicier, etc........ marché lourd et stationnaire.
+
+«D'autres renseignements sont encore exprimés par les mots: marchand de
+thé, etc., marchand de thé et épicier, marchand de thé, épicier, etc.
+Supposons, par exemple, que les sucres aient monté le lundi, l'adresse
+sera à M. Smith, épicier et marchand de thé, 1, Grande-Rue, Édimbourg.
+
+«Les incidents dans les affaires d'argent sont indiqués par les
+changements dans la manière d'écrire la localité:
+
+«1, Grande-Rue..... traites bonnes.
+--Grande-Rue..... billets envoyés à recevoir.
+1, Grande-Rue..... acceptation reçue.
+--Grande-Rue..... billets protestés.
+
+«Ceci est un système qui, quoique facile à découvrir, défie toutes les
+punitions légales.»
+
+
+NOTE N° 3.
+
+PAGE 41.
+
+(_Extrait d'un procès-verbal des délibérations du conseil-général
+de la Lozère_).
+
+«Avec le nombre trop restreint de bureaux de poste et de distribution
+que possède le département de la Lozère, la plus grande partie des
+communes paie le décime supplémentaire, et il en résulte, pour les
+contribuables, une charge qui n'est pas dans l'ordre naturel des choses.
+Le service des postes n'est plus, en effet, un service onéreux pour
+l'Etat; c'est un véritable impôt qui produit 14 ou 15 millions, et il
+est de droit que les frais de perception de cet impôt soient entièrement
+prélevés sur le produit. Pourquoi les communes qui ne sont qu'à un quart
+de lieue ou à une demi-lieue d'une autre commune, et qui sont à la même
+distance du point de départ, paieraient-elles un décime de plus par
+lettre que cette dernière, c'est-à-dire souvent un tiers ou un quart en
+sus de la taxe? Dans le principe, pour prévenir les réclamations du
+trésor, et pour faire adopter la mesure, on a cru devoir assujettir à
+cette surtaxe les communes rurales; mais les correspondances sont
+devenues plus actives; les postes rendent beaucoup plus qu'elles ne
+rendaient à cette époque; le trésor a gagné sous les deux rapports; et
+il est temps de faire cesser cette inégalité qui pèse sur les communes
+les moins riches de la France, et de les faire rentrer dans le droit
+commun.»
+
+Le conseil émet, en conséquence, un voeu formel pour la suppression du
+décime supplémentaire dans le service rural.
+
+
+NOTE N° 4.
+
+PAGE 44.
+
+L'écrivain anglais donne les exemples suivants pris dans les recettes en
+Angleterre, comme preuve qu'une réduction dans la valeur des objets, ou
+un abaissement de la taxe, produisent ordinairement un accroissement
+dans la consommation.
+
+«Le prix du savon a récemment baissé d'à peu près un huitième, et en
+même temps la consommation a augmenté d'un tiers.
+
+«La consommation des soieries, lesquelles depuis l'année 1823 avaient
+baissé de prix d'un cinquième, a plus que doublé.
+
+«La consommation des cotons, dont les prix ont baissé de presque moitié
+durant les vingt dernières années, a en même temps quadruplé.
+
+«Le commerce du café offre une autre preuve frappante des effets
+avantageux d'un abaissement sur les droits.
+
+«En 1783 le droit sur le café était de 1 sh. 6 d. par livre, et les
+revenus furent seulement de 2,869 l. 10 sh. 10 1/2 d.; en 1784 le droit
+fut réduit à six pence par livre et rapporta immédiatement 7,200 l. 15
+sh. 9 d.
+
+«Le tableau suivant montre plus clairement encore les effets de
+l'élévation ou de l'abaissement des droits sur cette sorte de produits.»
+
+
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+|ANNÉES.| DROITS. | CONSOMMATION. | REVENU. |
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+| | Par livre: | | l. sh. d.|
+| 1807. | 1 sh. 8D. |1,170,164 livres pesant | 161,245 11 4 |
+| | Réduits | en 1809. | |
+| 1808. | à 7D. |9,251,847 livres pesant.| 245,856 8 4|
+| | Élevés dans l'intervalle | | |
+| 1824. | à 1 sh. | 7,993,041 -- | 407,544 4 3|
+| |Réduits de nouveau en 1824| | |
+| | à 6D. | | |
+| 1831. | à 6D. | 22,740,627 -- | 583,751 0 0|
++-------+--------------------------+------------------------+-----------------+
+
+
+NOTE N° 4 _bis_.
+
+PAGE 44.
+
+(_Extrait de la brochure de M. Hill._)
+
+«Le tarif de la taxe des lettres en Angleterre, établi en 1710, a été
+réduit en 1764, ainsi qu'il suit:
+
+ _Tarif des distances_ 1710 1764.
+
+«de 15 milles 3 d. 1 d.
+de 15 milles à 20 milles 3 2
+de 20 milles à 30 milles 3 2
+de 30 milles à 50 milles 3 3
+
+ _Années_. _Revenu brut_.
+
+ «1710 111,461 l.
+ «1764 432,048
+
+«On voit qu'en 1710, c'est-à-dire un an après que le prix des taxes eut
+été fixé à 3 d. sterl. pour les lettres de 15 milles jusqu'à 50 milles,
+la recette brute s'éleva à 111,461 l.; tandis qu'en 1764, époque où le
+transport des lettres de 15 milles jusqu'à 80 milles était abaissé par
+la loi à 1 d. pour les lettres de 14 milles et à 2 d. pour les lettres
+de 15 à 50 milles, il y a eu une augmentation de recette de près du
+triple; d'où il résulterait la preuve que l'élévation de la taxe n'est
+pas un moyen d'augmenter le revenu.»
+
+
+Note N° 5.
+
+_Spécimens des timbres_.
+
+_dans l'hypothèse de l'adoption d'un Tarif simplifié et basé sur le
+poids des lettres et sur la distance qu'elles doivent parcourir._
+
+[Illustration:
+Jusqu'à 75 kilom. 2. Déc. au dessous de 15.G.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 4. Déc. de 15.G. à 30.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 6. Déc. de 30.G. à 50.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 8. Déc. de 50.G. à 100.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 10. Déc. de 100.G. à 250.
+
+Jusqu'à 75 kilom. 12. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 75 à 150 kilom. 3. Déc. au dessoux de 15.G.
+
+de 75 à 150 kilom. 6. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 75 à 150 kilom. 9. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 75 à 150 kilom. 12. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 75 à 150 kilom. 15. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 75 à 150 kilom. 18. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 150 à 300 kilom. 4. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 150 à 300 kilom. 8. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 150 à 300 kilom. 12. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 150 à 300 kilom. 16. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 150 à 300 kilom. 20. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 150 à 300 kilom. 24. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 300 à 450 kilom. 5. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 300 à 450 kilom. 10. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 300 à 450 kilom. 15. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 300 à 450 kilom. 20. Déc. de 50.G. à 100.
+
+de 300 à 450 kilom. 25. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 300 à 450 kilom. 30. Déc. de 250.G. à 500.
+
+de 450 à 600 kilom. 6. Déc. au dessous de 15.G.
+
+de 450 à 600 kilom. 12. Déc. de 15.G. à 30.
+
+de 450 à 600 kilom. 18. Déc. de 30.G. à 50.
+
+de 450 à 600 kilom. 24. Déc. de 500.G. à 100.
+
+de 450 à 600 kilom. 30. Déc. de 100.G. à 250.
+
+de 450 à 600 kilom. 36. Déc. de 250.G. à 500.
+
+audelà de 600 kilom. 7. Déc. au dessous de 15.G.
+
+audelà de 600 kilom. 14. Déc. de 15.G. à 50.
+
+audelà de 600 kilom. 21. Déc. de 30.G. à 50.
+
+audelà de 600 kilom. 28. Déc. de 50.G. à 100.
+
+audelà de 600 kilom. 35. Déc. de 100.G. à 250.
+
+audelà de 600 kilom. 42.Déc. de 250.G. à 500.]
+
+
+Imp. de Lemercier, Benard & Cie
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Du service des postes et de la
+taxation des lettres au moyen d'un timbre, by A. Piron
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SERVICE DES POSTES ET DE ***
+
+***** This file should be named 19984-8.txt or 19984-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/9/9/8/19984/
+
+Produced by Adrian Mastronardi, Rénald Lévesque, The
+Philatelic Digital Library Project at http://www.tpdlp.net
+and the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+