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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/19992-8.txt b/19992-8.txt new file mode 100644 index 0000000..514e670 --- /dev/null +++ b/19992-8.txt @@ -0,0 +1,2305 @@ +The Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Rimes familières + +Author: Camille Saint-Saëns + +Release Date: December 2, 2006 [EBook #19992] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RIMES FAMILIÈRES *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + + + RIMES FAMILIÈRES + PAR + CAMILLE SAINT-SAËNS + + PARIS + CALMANN LÉVY, ÉDITEUR + ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES + 3, RUE AUBER, 3 + 1890 + Droits de reproduction et de traduction réservés. + + * * * * * + + + + +TABLE + + +PRÉLUDE + +STROPHES + +LA LIBELLULE +_MEA CULPA_ +À M. JACQUES D*** +À MADAME PAULINE VIARDOT +_CAVE CANEM_ +À M. GABRIEL FAURÉ +LE CHÊNE +MODESTIE +À AUGUSTA HOLMÈS +À LA MÊME +GNÔTI SEAUTON +À M. PIERRE B*** +À GRENADE +NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES +LES HEURES +_SÆVA MATER AMORUM_ +ADAM ET ÈVE + + +SONNETS + +CHARLES GOUNOD +À M. HENRI SECOND +À M. GEORGES AUDIGIER +À M. R. DE LA B*** +CADIX +LE FOUJI-YAMA + + +POÉSIES DIVERSES + +ADIEU +EN ESPAGNE +LE JAPON +L'ARBRE +LA STATUE +_MORS_ +LE PAYS MERVEILLEUX + + +BOTRIOCÉPHALE + + * * * * * + + + + +PRÉLUDE + +_À. M. L. J. C._ + + +Te souviens-tu de la tonnelle +Où nous déjeunâmes si bien? +De l'étincelante prunelle +De la servante, et de son chien? + +De l'omelette savoureuse? +De notre langage indiscret? +De la route au soleil poudreuse +Et des chênes de la forêt? + +En déjeunant, la Poésie +Fut le thème de nos discours, +Et le goût de cette ambroisie +À ma lèvre est resté toujours. + +Pourquoi? je ne saurais le dire, +Mais c'est un fait; pour mon malheur, +Je souffre à présent le martyre +Qui s'attache au flanc du rimeur. + +Je suis prisonnier de la Lyre; +Apollon s'est fait mon geôlier. +Si rien ne calme ce délire +Je deviendrai fou à lier! + +C'est toi, méchant petit gavroche, +Qui m'as fait ce cadeau fatal! +Ah! que n'es-tu sur une roche +Resté dans ton pays natal + +Où l'huile vierge mais épaisse, +L'ayoli prompt à revenir, +La brandade et la bouillabaisse +Auraient bien dû te retenir! + +Mais non! c'est trop d'ingratitude! +Pardonne à mon esprit pervers. +Entre nous, c'est la solitude +Qui m'a mis la tête à l'envers. + +Tu ne seras pas responsable +Si mes vers me sont reprochés; +C'est moi seul qui suis le coupable +Et je t'absous de mes péchés. + +Ou plutôt je te remercie: +Tu m'as ouvert un coin des cieux. +Sache-le bien: la Poésie +Est ce qui console le mieux. + + + + +STROPHES + + + + +LA LIBELLULE + +Près de l'étang, sur la prêle +Vole, agaçant le désir, +La Libellule au corps frêle +Qu'on voudrait en vain saisir. + +Est-ce une chimère, un rêve +Que traverse un rayon d'or? +Tout à coup elle fait trêve +À son lumineux essor. + +Elle part, elle se pose, +Apparaît dans un éclair +Et fuit, dédaignant la rose +Pour le lotus froid et clair. + +À la fois puissante et libre, +Soeur du vent, fille du ciel, +Son aile frissonne et vibre +Comme le luth d'Ariel. + +Fugitive, transparente, +Faite d'azur et de nuit, +Elle semble une âme errante +Sur l'eau qui dans l'ombre luit. + +Radieuse elle se joue +Sur les lotus entr'ouverts, +Comme un baiser sur la joue +De la Naïade aux yeux verts. + +Que cherche-t-elle? une proie. +Sa devise est: cruauté. +Le carnage met en joie +Son implacable beauté. + + + + +_MEA CULPA_ + + +_Meâ culpâ!_ je m'accuse +De n'être point décadent. +Dans les fruits trop verts, ma Muse +N'ose pas mettre la dent. + +Les gambades périlleuses +Ne sont pas de mon ressort: +Ces gaîtés sont dangereuses +Pour qui n'est pas assez fort. + +La témérité m'enchante +Chez les jeunes imprudents; +Mais tranquillement je chante, +Laissant passer les ardents. + +Ils vont, rompant tous les câbles, +Franchissant tous les fossés, +Truffant d'étranges vocables +Les hémistiches cassés, + +Et composent des salades +De couleurs avec des sons, +À faire tomber malades +Les strophes et les chansons. + +Du diable si je m'y frotte! +Tout ça n'est pas pour mon nez; +On m'enverrait à la hotte +Avec les journaux mort-nés. + +Je deviendrais vite aphone, +Si j'allais en étourdi +M'égosiller comme un Faune +Fêtant son après-midi. + +Laissons tous ces jeux d'adresse +À l'érudit, au savant. +Ce qui siérait à l'Altesse +Ne vaut rien pour le manant. + + + + +À M. JACQUES D*** + + +Jeune homme heureux à qui tout sourit dans la vie, + Garde bien ton bonheur! +Tu n'as jamais connu la haine ni l'envie; + La paix est dans ton coeur. + +Ta mère n'est plus là: mais ton père est un frère + Et ta femme est un ciel; +La coupe qui souvent n'a qu'une lie amère + Pour toi n'a que du miel. + +Peut-être voudrais-tu guerroyer dans l'armée + Des conquérants de l'Art, +Et qu'un jour t'acclamant, pour toi la Renommée + Déployât l'étendard. + +Imprudent! fuis la route où son clairon résonne! + Elle mène à l'enfer. +Si la déesse au front nous met une couronne, + La couronne est de fer. + +Tu connaîtras, hélas! si ton char met sa roue + Dans ce chemin glissant, +L'ornière qui se creuse, et le froid sur ta joue + De l'Aquilon puissant! + +Tu connaîtras les yeux menteurs, l'hypocrisie + Des serrements de mains, +Le masque d'amitié cachant la jalousie; + Les pâles lendemains + +De ces jours de triomphe où le troupeau vulgaire + Qui pèse au même poids +L'histrion ridicule et le génie austère + Vous met sur le pavois! + +La Gloire est infidèle et c'est une maîtresse + Plus âpre que la mort. +Quand on a le bonheur, à quoi bon cette ivresse? + Crains de tenter le Sort! + +Je sais qu'on avertit en vain ceux que dévore + La soif de l'inconnu. +Si le soir est trompeur, souviens-toi qu'à l'aurore + Je t'avais prévenu. + + + + +À MADAME PAULINE VIARDOT + + +Gloire de la Musique et de la Tragédie, +Muse qu'un laurier d'or couronna tant de fois, +Oserai-je parler de vous, lorsque ma voix +Au langage des vers follement s'étudie? + +Les poètes guidés par Apollon vainqueur +Ont seuls assez de fleurs pour en faire une gerbe +Digne de ce génie éclatant et superbe +Qui pour l'éternité vous a faite leur soeur. + +Du culte du beau chant prêtresse vénérée, +Ne laissez pas crouler son autel précieux, +Vous qui l'avez reçu comme un dépôt des cieux, +Vous qui du souvenir êtes la préférée! + +Ah! comment oublier l'implacable Fidès +De l'amour maternel endurant le supplice, +Orphée en pleurs qui pour revoir son Eurydice +Enhardi par Éros pénètre dans l'Hadès! + +Grande comme la Lyre et vibrante comme elle, +Vous avez eu dans l'Art un éclat nonpareil +Vision trop rapide, hélas! que nul soleil +Dans l'avenir jamais ne nous rendra plus belle! + + + + +_CAVE CANEM_ + + +Le chien n'est qu'un animal; +Mais l'homme, par qui tout change, +De l'animal fait un ange, +De la bête un idéal; + +D'un museau noir, un poème +De jais brillant au soleil. +Rien sous les cieux n'est pareil +Aux pattes du chien qu'on aime, + +À ses oreilles, tombant +Avec grâce, ou redressées, +Selon que vont les pensées +De cet être captivant. + +Un sourire est dans sa queue: +Le grand poète l'a dit. +Si quelque intrus en médit, +On l'évite d'une lieue. + +À son chien se confiant +Chacun pousse le courage +Jusqu'à braver de la rage +Le péril terrifiant. + +Devant Azor qu'on admire +Le genre humain disparaît. +Pour plus d'une, que serait +Un amant, près de Zémire! + +Ce fantoche intelligent +Grâce aux erreurs que je blâme +(Peut-être en les partageant) +Prend le meilleur de notre âme. + + + + +À M. GABRIEL FAURÉ + + +Ah! tu veux échapper à mes vers, misérable! + Tu crois les éviter. +Ils sont comme la pluie: il n'est ni Dieu ni Diable + Qui les puisse arrêter. + +Ils iront te trouver, franchissant les provinces + Et les départements, +Ainsi que l'hirondelle avec ses ailes minces + Bravant les éléments. + +Si tu fermes ta porte, alors par la fenêtre + Ils te viendront encor, +Étincelants, cruels, comme de la Pharètre + Sortent des flèches d'or; + +Et tu seras criblé de rimes acérées + Pénétrant jusqu'au coeur; +Et tu pousseras des clameurs désespérées + Sans calmer leur fureur. + +Pour te défendre, Aulète à l'oreille rebelle, + Tu brandiras en vain +Du dieu Pan qui t'a fait l'existence si belle + La flûte dans ta main. + +Elle rend sous ta lèvre experte et charmeresse + Un son voluptueux +Qui nous donne parfois l'inquiétante ivresse + D'un parfum vénéneux; + +Des accords savoureux, inouïs, téméraires, + Semant un vague effroi, +Apportant un écho des surhumaines sphères, + Inconnus avant toi. + +Mais l'essaim de mes vers, tourbillonnant, farouche, + Sur elle s'abattra, +Obstruant les tuyaux; le sens deviendra louche + Des sons qu'elle émettra; + +Puis, jouet inutile entre tes mains d'athlète, + La flûte se taira. +O vengeance terrible et dont l'ingrat poète + Le premier gémira! + +Car, pour lui, le retour de la rose ingénue + Après l'hiver méchant, +Après un jour brûlant la fraîcheur revenue + Ne valent pas ton chant! + + + + +LE CHÊNE + +_À M. Edmond Cottinet._ + + +Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse, + Ami des anciens jours? +Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse, + Le penses-tu toujours? + +Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre + Il n'a pas l'agrément; +Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre + Il a crû lentement. + +Sa racine a senti bien souvent de la roche + Le contact détesté; +Mais elle la contourne et sur elle s'accroche + Avec ténacité. + +Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe. + Qui durera verra! +L'herbe sera fauchée, et la cime superbe + Longtemps s'élèvera. + +L'arbuste pousse vite et son riche feuillage + À bientôt recouvert +Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge + Fait moins fort et moins vert. + +Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage + Et la tige et la fleur +De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage + Consacrer la valeur; + +Ses branches se tordant ainsi que des reptiles + Croîtront dans l'avenir, +Quand on aura perdu des plantes inutiles + Même le souvenir. + +À toi merci, prophète aux strophes téméraires, + Pour avoir deviné +Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires, + Était prédestiné! + + + + +MODESTIE + +_À M. René de Récy._ + +Plus d'un croit à sa victoire, +N'étant pas très érudit; +À qui connaît mieux l'Histoire +Tout orgueil est interdit. + +Tu pensais, triste éphémère, +Atteindre au comble de l'art! +Poète, regarde Homère! +Ou, musicien, Mozart! + +À tous ces géants énormes +Que nous montre le passé +Compare tes maigres formes, +O lutteur bientôt lassé! + +Des forces de la Nature +Ils ont la fécondité; +Ils ont la haute stature, +La surhumaine beauté + +De ces montagnes sublimes +Qui sans effort à nos yeux +Montrent des fleurs, des abîmes, +Et la neige dans les cieux. + + * * * * * + +Si nous écrivons trois lignes, +L'Univers tout étonné +Est averti par des signes +Qu'un chef-d'oeuvre nous est né. + +Étourdi par le tapage, +L'Univers est en arrêt. +Le temps souffle sur la page: +Le chef-d'oeuvre disparaît. + +On encense des idoles +Avec les genoux pliés; +Ceux dont on boit les paroles +Demain seront oubliés. + +Ne va pas, toi qui m'écoutes +En prenant des airs narquois, +T'aventurer dans des joûtes +Avec les grands d'autrefois! + +Tu te verrais, pauvre athlète, +Aussi faible qu'un enfant +Qui prendrait une arbalète +Pour combattre un éléphant. + + + + +À AUGUSTA HOLMÈS + + +L'Irlande t'a donnée à nous. Ta gloire est telle +Qu'un double rayon brille à ton front: Astarté, +Aussi belle que toi, ne savait qu'être belle; +Sapho qui t'égalait n'avait pas ta beauté. + +Tu chantes, comme vibre une forêt superbe +Qu'agite la fureur des grands vents déchaînés; +Comme aux feux de midi la cigale dans l'herbe; +Comme sur un récif les flots désordonnés. + +Ton talent réunit la force et la souplesse, +Et d'une défaillance il n'a pas à rougir; +Si tu peux gazouiller comme en son allégresse +L'oiseau des champs, tu sais comme un fauve rugir. + +La République, l'Art et l'Amour ont ensemble +Mêlé leurs voix, guidés par ta puissante main, +Cette main qui jamais n'hésite ni ne tremble, +Que la lyre soit d'or ou qu'elle soit d'airain. + +Tout un peuple a chanté l'Hymne de délivrance, +Vignerons, matelots, artisans, laboureurs, +Artistes et savants, parure de la France, +Les guerriers, les enfants qui leur jettent des fleurs. + +À ta flamme allumée en brillante spirale +La flamme des trépieds sur tous les fronts a lui, +Et nous avons trouvé dans l'Ode Triomphale +Pour le grand Centenaire un chant digne de lui. + +La Patrie adorée au tout-puissant génie +Te presse avec amour sur son coeur glorieux. +Sois par nous acclamée et par elle bénie, +Et puisse ton étoile illuminer les cieux! + + + + +À LA MÊME + + +Il est beau de passer la stature commune; + Mais c'est un grand danger: +Le vulgaire déteste une gloire importune + Qu'il ne peut partager. + +Tant qu'on a cru pouvoir vous tenir en lisière + Dans un niveau moyen, +On vous encourageait, souriant en arrière + Et vous disant: c'est bien! + +Mais quand vous avez eu le triomphe insolite, + L'éclat inusité, +Cet encouragement banal et vain bien vite + De vous s'est écarté; + +Et vous avez senti le frisson de la cime + Qui, seule dans le ciel, +N'a que l'azur immense autour d'elle, l'abîme + Et l'hiver éternel. + +On craint les forts; celui qui dompte la chimère + Est toujours détesté. +La haine est le plus grand hommage: soyez fière + De l'avoir mérité. + + + + +GNÔTI SEAUTON + + +La mer tente ma lyre avec ses épouvantes, +Ses caresses de femme et ses goëmons verts. +O mer trois fois perfide! alors que tu me hantes +Sur mon indignité j'ai les yeux grands ouverts. + +Je pourrais comme un autre en alignant des rimes +Dire ton glauque azur aux vastes horizons; +Je pourrais par des mots semés sur tes abîmes +Faire comme les flots s'entrechoquer des sons. + +Mais non, je suis trop peu pour cette rude tâche; +Tu m'as découragé par ton immensité. +L'effort est surhumain et je me sens trop lâche +Pour peindre dans mes vers ta terrible beauté. + +Que d'autres plus hardis t'adressent la parole, +Comparent ton murmure à celui du sapin; +Je n'ose pas. Et puis ce serait chose folle +De te chanter encor après Jean Richepin. + + + + +À M. PIERRE B*** + + +Pierre, je t'ai vu naître et de ta jeune gloire +J'aimerais à fêter les lauriers radieux. +D'où vient donc ton silence et quelle est l'humeur noire +Qui fait plier ton aile et te ferme les cieux? + +Je la connais; je sais qu'une triste chimère +A toujours assombri ton âme. La Vertu +Que tu voulais chanter dans ton désir austère +A mis son doigt glacé sur ton luth: il s'est tu. + +La Vertu! que le ciel me garde d'en médire! +Il n'est rien de si beau, de si grand à mes yeux. +Mais--(mieux que moi ton père est là pour t'en instruire) +On la célèbre mal dans la langue des dieux. + +Quand Homère chantait la colère d'Achille, +Quand Horace effeuillait des roses sur le vin, +Sur la reine Didon lorsque pleurait Virgile +Inventant pour la plaindre un langage divin, + +Nul d'entre eux ne songeait à réformer le monde; +Poètes, ils faisaient des vers, comme en été +L'abeille cherche dans la corolle profonde +Son miel dont la saveur est une volupté. + +Rouvre ton aile, ami! sois digne de ta race! +De corriger les moeurs ne va pas te flatter. +Le feu de la Jeunesse est la lave qui passe, +Et des sermons rimés ne peuvent l'arrêter. + +Chante l'astre, la fleur, les bois, la mer si belle, +Les splendeurs de la Femme et les malheurs des Rois, +Le tout-puissant Amour, la Vengeance cruelle, +Et non le pot-au-feu d'un ménage bourgeois! + +Sois poète: tes doigts savent toucher la Lyre; +Ils ont eu les leçons d'une savante main. +Oh! comme il me sera délicieux de lire +Le volume de vers que tu feras demain! + + + + +À GRENADE. + +_À M. Georges Clairin._ + + +L'Alhambra, qu'ont bâti les enfants du prophète, +Contre la vétusté vaillamment se défend. +Il est toujours paré comme pour une fête; +On dirait qu'il espère: on dirait qu'il attend. + +Qui sait--(toujours l'Islam agrandit son empire!) +Si les fils de Mahom, enchantement des yeux, +Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire, +N'y replanteront pas l'étendard des ayeux? + +Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles +N'est plus l'inspirateur des conquérants jaloux; +Les peuples d'Occident se livrent des batailles, +Mais ce n'est plus la Foi qui dirige leurs coups. + +Ils ergotent sans fin sur des questions vaines; +Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas; +Et, faisant bon marché des souffrances humaines, +Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas. + +Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides, +L'ange exterminateur qui vient pour les punir! +Le néant est au bout des luttes fratricides: +Ils disparaîtront tous, s'ils ne savent s'unir; + +Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages, +Ils seront endormis dans l'éternel sommeil, +De l'Orient divin, d'où sont venus les Mages, +De l'Orient vainqueur renaîtra le Soleil! + + + + +NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES + + +Ne soyons pas trop débonnaires; +Aimer quand même est lâcheté. +Pour les méchants restons sévères, +Gardons aux bons notre bonté. + +Pardonnez! dit-on.--C'est facile, +Et doux même aux coeurs bien placés. +L'âpre vengeance est inutile; +Le mépris venge bien assez. + +Mais prodiguer à tous les traîtres +Le trésor de son amitié! +Jeter son or par les fenêtres +À des assassins sans pitié! + +Devant eux ôter sa cuirasse! +Presser sur un sein désarmé +Ceux dont on peut suivre la trace +À tout le mal qu'ils ont semé! + +Ce n'est pas seulement faiblesse, +C'est une mauvaise action. +De quoi paira-t-on la tendresse, +La fidèle dévotion + +De l'ami vrai, si l'hypocrite +Dont le sourire est plein de fiel +Comme celui qui la mérite +Reçoit l'amitié, don du ciel! + +Pour le Titan point de clémence! +Il est précipité des cieux. +Le dragon périt sous la lance +De l'Archange victorieux. + +Ayons plus de miséricorde; +Mais pas d'attendrissement vain! +Aux méchants le sage n'accorde +Qu'un entier et parfait dédain. + + + + +LES HEURES + + +Toutes nous blessent, la dernière +Nous tue, ayant enfin pitié +Quand elle achève sans colère +L'oeuvre faite plus d'à moitié. + +Les autres, même la plus douce, +Hélas! nous usent lentement, +Et chacune d'elle nous pousse +Vers le funèbre monument. + +Funèbre? non. Quelle caresse +Vaut le sommeil sans lendemain? +Vienne l'heure, pâle maîtresse +Qu'on espère jamais en vain! + +Elle viendra, consolatrice, +Tarir la source des remords: +Nulle passion tentatrice +Ne trouble le repos des morts. + + * * * * * + +Ces heures, pleines d'espérance, +De terreur ou de volupté, +Ne sont pourtant qu'une apparence, +Un rêve sans réalité. + +Le temps, l'espace: vain mirage, +Mots creux auxquels rien ne répond; +Bruit de la vague sur la plage, +Du caillou dans le puits profond! + +Avec le mètre et l'heure, infime, +L'homme prétend jauger les mers +Dont l'infini creuse l'abîme, +Qui pour flots ont des univers! + +Sonnez, sonnez, Heures futiles, +Mensonge par l'homme inventé! +Résonnez! vos sons inutiles +Se perdent dans l'éternité. + + + + +_SÆVA MATER AMORUM_ + +_À Madame_*** + + +Tu m'as persécuté toujours dans ta colère; + Tu n'as pas pardonné, +O Vénus! qu'au grand art, à l'étude sévère + Mon coeur se fût donné; + +Et tu m'as mis au flanc la chimère éternelle + De l'Idéal rêvé: +L'amour pur comme l'eau des lacs, profond comme elle, + Que je n'ai pas trouvé. + +Qui sait? pour vivre heureux dans les bras de la femme + Et protégé par toi, +Fille des flots amers! peut-être au fond de l'âme + Faut-il avoir la foi, + +Ne pas chercher un coeur pareil au sien, qui batte + Toujours à l'unisson, +Se contenter de la poupée, et quand on gratte + Rire en voyant le son: + +Croire quand même, alors que l'effronté mensonge + Vient nous crever les yeux, +Prendre pour vérité ce qui n'est qu'un vain songe + Et l'enfer pour les cieux; + +Oublier tout, ne voir que la femme en ce monde, + Se coucher sur le seuil +Et sous un pied vainqueur jusqu'en la boue immonde + Abattre son orgueil. + +L'homme, ô Vénus! peut-il dans ton culte perfide + Trouver le vrai bonheur, +S'il doit sacrifier sur ton autel avide + Ce qui fait sa grandeur? + +Qu'il soit maudit, l'autel dont la flamme dévore + Et la science et l'art, +Qui bannit la pensée et du coeur qui l'adore + Veut le sang pour sa part! + +Déesse sans pitié, charmerais-tu le monde + Pour le déshériter? +Mère de la beauté, tu dois être féconde + Ou ne pas exister. + + + + +ADAM ET ÈVE + +_Eritis sicut Dii._ + + +I + +L'ivresse est envolée et l'espérance est morte: +Ils ont goûté le fruit de l'arbre défendu. +Jamais l'Ange pour eux ne rouvrira la porte + Du paradis perdu. + +Depuis que du bonheur ils ont touché la cime, +Soumis au châtiment, résignés à souffrir, +Ils ne regrettent rien, ni l'exil, ni le crime, + Ni l'horreur de mourir. + +La faim, la soif, n'ont rien dont le coeur se désole, +Ni le soleil de feu, ni le désert géant; +Qu'importe! ils ont l'Amour: de tout il les console + Et le reste est néant. + +Car l'Amour, engendrant voluptés et tortures, +N'était pas dans l'Eden aux vertus condamné: +Il fallait pour qu'il fût connu des créatures + Que le crime fût né. + +C'est sur le Désespoir que fleurit l'Espérance; +Pour que le Rut devînt l'Amour prodigieux +Il fallait aux humains le remords, la souffrance + Et les pleurs dans les yeux. + +_Sicut Dii!_ Ce mot du tentateur suprême +Était-ce donc vrai: le Mal nous a divinisés. +L'Homme innocent jamais n'eût connu par lui-même + Tout le prix des baisers! + +Ils changent notre bouche en exquise blessure +Par où coule à longs traits le sang des coeurs maudits, +Nous rendant chaque jour, mortelle nourriture, + Le fruit du paradis. + + +II + +Tu savais bien, Iaveh! qu'en sa chair frémissante +L'Homme, prompt à bénir et prompt à blasphémer, +Cache une âme qui brûle, à vouloir impuissante + Et faite pour aimer! + +Tu mets près de la lèvre un fruit qui la désire; +Tu dis: c'est le plaisir; n'y touchez pas! pourquoi? +Sous notre pied glissant l'abîme nous attire: + Qui l'a creusé? c'est toi! + +Sentant de ton pouvoir s'ébranler l'édifice, +O Dieu cruel! en vain pour racheter le Mal +Tu donneras ton Fils, offert en sacrifice + Comme un vil animal! + +Trop tard! le blé se sèche et l'ivraie est fertile! +Trop tard! le Mal a fait son oeuvre pour toujours! +Ton Fils sur un gibet souffre et meurt inutile: + Et l'Homme, plein de jours, + +Dédaignant tes Edens, méprisant tes supplices, +Laissant aux chérubins ta céleste Sion, +Bravant la mort, l'enfer, se plonge avec délices + Dans la Damnation. + +_Sicut Dii!_ non! non! le tentateur des âmes +N'a pas dit vrai: car l'Homme est plus grand que les Dieux, +Qui, n'ayant pas brûlé des diaboliques flammes, + Se contentent des Cieux! + +L'Homme règne en vainqueur sur la Terre sublime. +Il vit: les Dieux sont morts ou se taisent, lassés: +Son front touche le ciel, son pied fouille l'abîme: + Lui seul, et c'est assez. + + + + +SONNETS + + + + +CHARLES GOUNOD + + +Son art a la douceur, le ton des vieux pastels. +Toujours il adora vos voluptés bénies, +Cloches saintes, concert des orgues, purs autels: +De son oeil clair il voit les beautés infinies. + +Sur la lyre d'ivoire, avec les Polymnies, +Il dit l'hymne païen, cher aux Dieux immortels. +«Faust» qui met dans sa main le sceptre des génies +Égale les Juans, les Raouls et les Tells. + +De Shakspeare et de Goethe il dore l'auréole; +Sa voix a rehaussé l'éclat de leur parole: +Leur oeuvre de sa flamme a gardé le reflet. + +Échos du mont Olympe, échos du Paraclet +Sont redits par sa Muse aux langueurs de créole: +Telle vibre à tous vents une harpe d'Éole. + + + + +À M. HENRI SECOND + +Réponse à son sonnet +_Peines d'amour perdues._ + +Si nous nions le jour pour la lueur fugace, +C'est que depuis l'aurore on égare nos pas, +Avec un soin jaloux nous dérobant la trace +Du droit chemin, qu'hélas! nous ne connaissons pas. + +Le poison du mensonge a nourri notre race, +Le venin dans la coupe abreuve nos repas: +En nos veines il coule et du sang prend la place; +Le pain de vérité nous donne le trépas. + +L'esprit faussé depuis la première jeunesse, +Comment goûterions-nous les vrais biens? notre coeur +A senti du Serpent la trompeuse caresse; + +Il prend pour l'Idéal une impossible ivresse, +Méprisant la Nature et le simple bonheur: +Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur. + + + + +À M. GEORGES AUDIGIER + +Non, _loin des yeux_ n'est pas _loin du coeur_! le contraire +Pour les âmes d'élite est plutôt vérité. +Quand d'amis sérieux il s'est fait une paire, +L'un ne trahit pas l'autre après l'avoir quitté. + +L'éloignement détruit l'amitié du Vulgaire +Pour qui coule toujours l'eau du fleuve Léthé; +C'est un sable mouvant: Bien fol et téméraire +Qui se fierait jamais à sa solidité! + +À nous qui caressons la divine chimère +Et dont les hauts pensers se rencontrent aux cieux, +Que font en plus, en moins, quelques pas sur la terre? + +Loin de l'Antiquité, nous adorons ses dieux, +Nous chérissons Virgile et vénérons Homère; +Désirant nous revoir nous nous aimerons mieux. + + + + +À M. R. DE LA B*** + + +En Espagne, mais loin du Tage +Quand je me promène en chantant, +Avez-vous retrouvé Carthage +Aussi belle qu'en la quittant? + +Vous êtes fidèle à l'image +D'un passé bien vague pourtant. +Vous accuser d'être volage +Serait un mensonge éclatant. + +Jeune homme, vous êtes un sage! +Vous ne suivez pas le mirage +D'un prisme mobile et changeant: + +Vous marchez droit, avec courage, +Guidé par le pas diligent +De Minerve au casque d'argent. + + + + +CADIX + + +Blanche, verte et rosée, +Ignorante des maux, +Cadix, perle irisée +Dans le reflet des eaux, + +Par la chaleur lassée +Préfère aux durs travaux +Du corps, de la pensée, +Les courses de taureaux. + +La baie immense creuse +Sa coupe radieuse +Pleine d'azur subtil; + +Cadix, joie et délice, +De l'énorme calice +Est l'éclatant pistil. + + + + +LE FOUJI-YAMA + + +La solitude sied à l'âme endolorie +Lasse de tout plaisir et veuve du bonheur +Qui n'a plus rien à craindre et se sent aguerrie +Contre l'âpre destin par l'excès du malheur. + +Vous qui souffrez et qui pleurez, n'ayez pas peur +D'être seuls; de vos maux il se peut que l'on rie +Si vous vous asseyez près du joyeux viveur, +Et la foule banale est aux lieux où l'on prie. + +Ce mont fut un volcan: le temps l'a dévasté, +Il est éteint. Les jours sont passés, où la lave +Le long de ses beaux flancs ruisselait comme un gave. + +Maintenant revêtu d'immortelle beauté, +Seul dans le ciel, géant de neige à l'aspect grave, +Il n'est plus que silence et qu'immobilité. + + + + +POÉSIES DIVERSES + + + + +ADIEU + +_À M. Louis Gallet._ + +Je pars. Le vaisseau superbe +Qui m'emportera demain +Comme un sanglier dans l'herbe +Dort, puissant, calme et hautain. +Trouverai-je la tempête? +Le cyclone, cet enfer? +Qu'importe! c'est une fête +De s'évader sur la mer. +Je vais dans une île verte +Que couronnent les volcans; +Cette île n'est pas déserte: +On y vit plus de cent ans. +Là sont des plantes énormes, +Des feuillages d'ornement. +Vous m'attendrez sous les ormes +En disant: quel garnement! +Les succès et les déboires +Des artistes du moment, +Les batailles oratoires +Des membres du Parlement, +L'Opéra, temple des gloires +Et des ennuis mêmement, +Je vous laisse ces histoires: +Jouissez-en largement! +Moi, j'aurai pour nourriture +De mon âme et de mon coeur +Le calme de la Nature, +L'oubli, père du bonheur! +Ce sont voluptés réelles; +Et je m'embarquerai sur +Les triomphantes nacelles, +Bercé par la mer d'azur +Où les poissons ont des ailes! + + + + +EN ESPAGNE + + +Guitares et mandolines +Ont des sons qui font aimer. +Tout en croquant des pralines +Pépa se laisser charmer +Quand jetant dièzes, bécarres, +Mandolines et guitares +Vibrent pour la désarmer. + +Mandoline avec guitare +Accompagnent de leur bruit +Les amants suivant le phare +De la beauté dans la nuit; +Et Juana montre, féline, +(Guitare avec mandoline) +Sa bouche et son oeil qui luit. + + + + +LE JAPON + +_À Madame Judith Gautier_ + + +Rêve de laque et d'or, le Japon merveilleux, +Planète inaccessible, étonnement des yeux, +Brillait là-bas. Ce qu'il accomplissait naguère, +Aucun peuple n'a su ni ne saura le faire; +C'était surnaturel à force d'être exquis; +Son génie éclatait dans le moindre croquis. +Il avait sa façon de comprendre les choses; +Les oiseaux, les poissons, l'arbre, les lotus roses. +La lune même, avaient des aspects inconnus +Dans son art fantastique et vrai pourtant. Corps nus, +Ou vêtus comme nul n'est vêtu sur la terre, +Les Japonais vivaient gaîment et sans mystère +Dans leurs maisons de bois aux cloisons de papier. +Nourris d'un peu de riz, exerçant un métier, +Ils travaillaient sans hâte, en riant; leur envie +Se bornait simplement à jouir de la vie, +À cultiver des fleurs, à charmer leurs regards +Par tous ces bibelots qu'avaient créés leurs arts. +Ils poétisaient tout; chez eux les hétaïres, +Adorables, étaient «marchandes de sourires». +De l'Extrême-Orient ils étaient l'Orient, +Et la Chine pour eux n'était que l'Occident. + + * * * * * + +Ils sont las d'être heureux! Il leur faut l'Industrie, +Le labeur écrasant, la machine qui crie, +Siffle, obscurcit l'azur de ses noires vapeurs, +Nos costumes sans goût, sans formes, sans couleurs, +Notre vulgarité, nos chapeaux impossibles, +Nos pantalons, nos arts frelatés et nos bibles. +Ils étaient jolis dans leurs habits japonais; +Sous nos accoutrements ils veulent être laids. +Leurs femmes, d'élégance et de grâce prodiges, +Étaient comme des fleurs se penchant sur leurs tiges; +Elles pouvaient au monde imposer leurs atours, +Changer l'axe du beau, le thème des amours! +Mais telle qui traînait des robes de déesse +Avec nos falbalas n'est plus qu'une singesse. +C'en est fait! du Japon il faut faire son deuil, +Tuer l'illusion et clouer son cercueil. +«L'Empire du Soleil Levant» n'est plus qu'un trope; +C'est l'Extrême-Occident, le singe de l'Europe! + + + + +L'ARBRE + + +L'arbre, dont on fera des planches, +Est vivant; il lève ses branches +Comme de grands bras vers les cieux; +Avec un murmure joyeux +Il agite son beau feuillage +Où l'oiseau plus joyeux que sage +En chantant viendra se poser; +Il donne à la terre un baiser +De fraîcheur, dans la forêt sombre; +On n'oserait compter le nombre +De ses feuilles et de ses fleurs; +C'est une fête de couleurs +Quand sa verdure monotone +S'enrichit aux feux de l'automne +De pourpre et d'or; dans ses ramures, +La nuit, comme en des chevelures +On voit briller les diamants +Aux yeux éblouis des amants, +Les constellations scintillent; +Des peuples d'insectes fourmillent +Sur lui, vivent de son sang clair, +Pur et limpide comme l'air +Qui baigne sa cime orgueilleuse; +L'enfant, la fillette rieuse, +Malgré son âge et son aspect +Auguste, viennent sans respect +Cueillir avec des cris de joie +Ses fruits savoureux, douce proie! +Il est la force et la beauté; +Il est la vie et la gaieté; +À l'hamadryade pareille +Dans ses flancs se cache l'abeille... + + * * * * * + +La longue racine, sans bruit, +Trace son chemin dans la nuit. +Elle est l'obscure nourricière; +Tandis qu'inondé de lumière +L'arbre balance dans l'azur +Son front verdoyant, d'un pas sûr +Elle s'enfonce dans la fange; +L'arbre chante et rit, elle mange; +La feuille respire, au soleil +La fleur ouvre son sein vermeil; +Mais la racine vit sans joie: +Pour que l'arbre à nos yeux déploie +Tant de charmes et de splendeurs, +Il faut qu'au monde des laideurs, +De la pourriture fétide, +Elle plonge, dans l'ombre humide. +La froide limace, le ver, +Toute une faune de l'enfer +Rampe sur son écorce grise; +Elle s'insinue, elle brise +La pierre sous son lent effort; +Dans l'oeil de la tête de mort +Elle enfonce ses radicelles +Sans hésiter; elle est de celles +Qui ne s'arrêtent devant rien; +Pour elle il n'est ni mal ni bien. + + * * * * * + +Oh! Dans les rayons, les étoiles +Et l'azur, à travers les voiles +Des légers brouillards du matin, +Admirez l'arbre, le satin +Des feuilles, le velours des mousses, +Le vert tendre des jeunes pousses; +D'un oeil charmé voyez encor +L'éclat des fleurs et des fruits d'or: +Mais ne cherchez pas le mystère +De la racine sous la terre! + + + + +LA STATUE + + +Le sculpteur modèle l'argile; +Puis, prenant le marbre indocile, +Le pétrit dans sa main habile +Avec un patient effort; + +Ou bien sous sa fière tutelle +Il soumet le bronze rebelle: +Si la matière en est moins belle, +Pour vaincre le temps il est fort; + +Et contre ce temps qui le tue +L'Homme en vain lutte et s'évertue, +Quand, bronze ou marbre, la statue +Immobile, impassible, voit + +De son oeil fixe et sans prunelle +Passer les siècles devant elle +Et s'avancer l'ombre éternelle +Qui sur le passé toujours croît. + +Tristes autels où se consume +Un reste de tison qui fume, +Enfoncez-vous dans cette brume +Où le soleil ne luira plus! + +Les dieux meurent: leurs temples vides +Sont comme ces déserts arides +Où frissonnaient jadis les rides +Des grands océans disparus; + +Mais l'Art a conservé l'image +Du dieu que vénérait le mage +Et que le fou comme le sage +Venait adorer en tremblant: + +Ce n'est plus le dieu qu'on adore; +C'est sa forme vivante encore, +C'est la Beauté, divine aurore +Sortant, pure, du marbre blanc! + + + + +MORS + + +Pourquoi craindre la mort? pourquoi s'effrayer d'elle? + La mort est chose naturelle: +Naître, vivre et mourir, c'est tout l'homme en trois mots. + Comme aux flots succèdent les flots, +Comme un clou chasse l'autre, un homme prend la place +De celui qui vivait hier, et qui n'est plus; + On s'en va sans laisser de trace. + C'est la loi. Les derniers venus + +Reprennent le fardeau qui tombe de l'épaule +Des anciens fatigués par le rude chemin + Qui va de l'un à l'autre pôle. +Ils ont marché longtemps; le repos vient enfin. +On devrait le bénir, et comme une caresse +Accueillir le baiser de l'obscure déesse. + +Ah! dit l'homme, autrefois, quand on avait l'espoir +D'un bonheur éternel, en s'endormant au soir +De la vie, on croyait que sous la froide pierre + S'ouvrait un gouffre de lumière; + La mort était alors un bien. + Mais quoi! songer, en mon destin morose, +Qu'après avoir vécu je ne serai plus rien... + + --Crois-tu donc être quelque chose? + + + + +LE PAYS MERVEILLEUX + +_À M. Albert Périlhou._ + + +Lorsqu'on a cheminé bien longtemps dans la plaine. +Que les pieds sont lassés du chemin parcouru, +On voit surgir au loin, vision surhumaine, +Le mont géant. Il est brusquement apparu, +Enveloppé d'azur et baigné de lumière; +Plus haut que la nuée aux contours éclatants +Il élève sa cime; on dirait qu'à la Terre +Il est extérieur: ses pics étincelants +Se dressent radieux dans un monde de gloire; +C'est le pays rêvé, c'est l'Olympe des Dieux +Qui boivent le nectar sur des trônes d'ivoire, +C'est l'Idéal! montons, allons vivre en ces lieux +Enchantés! gravissons la montagne, courage! +Encor! montons encor! toujours! élevons-nous +Au-dessus des forêts, au-dessus de l'orage +Qui pour nous arrêter roule d'effrayants coups +De tonnerre, et soufflant ses bruyantes rafales +Brise et disperse au loin les branches des sapins; +Là-haut plus de tempête, et plus de brouillards pâles +Qui voilent le soleil! les vigoureux alpins +Bravant sans hésiter fatigues et vertiges +Auront pour récompense un séjour merveilleux +Interdit à jamais aux faibles; des prodiges +Attendent le regard de ces audacieux +Qui méprisent le sol où rampent les timides. +En route vers les cieux, loin des plaines humides, +En avant! + + --Mais le roc a déjà remplacé +La terre verdoyante et les pentes fleuries; +Malgré l'ardent soleil, c'est un souffle glacé +Qui tombe sur nos fronts; nos mains endolories +S'écorchent au contact de la muraille à pic +Qu'il faut escalader au risque de la chute. +Plus un être vivant: le scorpion, l'aspic. +Habitants des déserts, abandonnent la lutte +Avec une nature implacable. Voici +La neige immaculée, et voici dans la glace +Perfide qui se fend, s'entr'ouvre, et sans merci +Nous engloutit, l'affreux piège de la crevasse. +Enfin l'air manque, et l'on respire avec effort... +Le pays merveilleux est celui de la mort. + + * * * * * + +Et c'est la plaine alors, la plaine dédaignée, +Déroulant à nos pieds des tableaux inconnus, +Qui dans l'azur et dans la lumière baignée +Oppose sa richesse aux rochers froids et nus. +La vie à sa surface est partout répandue: +Confondant sa limite avec celle du ciel, +L'oeil ne peut mesurer son immense étendue... + + * * * * * + +O mirage qui fais d'un calice de fiel +La coupe dont l'éclat fascinant nous attire, +Tu nous trompes toujours! l'inassouvissement +De l'âme des humains est l'éternel martyre, +Et de leur fol orgueil l'éternel châtiment. + + + + +BOTRIOCÉPHALE + +BOUFFONNERIE ANTIQUE + +PERSONNAGES: + + +BOTRIOCÉPHALE. FAUNE. + +ALECTON. FURIE. + + + + +BOTRIOCÉPHALE + +_À M. Coquelin Cadet._ + + +SCÈNE PREMIÈRE + +Un bois. BOTRIOCÉPHALE, seul. Il est très jeune, adolescent, d'une +grosseur énorme et d'une laideur repoussante. + +BOTRIOCÉPHALE. + +En vain j'en ai douté longtemps... je suis fort laid. +Un Faune n'est jamais très joli; mais il est +Des laideurs... vous savez bien ce que je veux dire, +Et ce n'est pas du tout mon cas. J'apprête à rire! +Aussi large que haut, disgracieux, ventru, +Si je parle d'amour je suis un malotru. +--Une Nymphe s'enfuit: c'est pour qu'on la rattrape +Dans les saules; sa fuite est l'amoureuse trappe +Où se prend la candeur des Faunes ingénus +Immolés par Éros à sa mère Vénus. + +On adresse en passant une parole osée +Aux belles dont les pieds s'étoilent de rosée: +Les belles font semblant d'avoir peur. Avec moi +C'est différent: j'excite un redoutable émoi, +Car je n'ai jamais fait mes frais. Sort misérable! +J'attendrirais plutôt le chêne ou bien l'érable +Au coeur dur, le rocher par Sisyphe roulé, +L'enclume de Vulcain, le fils de Sémélé, +Hercule, que la Nymphe aux yeux de violette +Qui bondit en chantant sur les flancs de l'Hymette! +Rester vierge est mon lot...--pour apaiser ma faim +Allons chercher des fruits, de la crème et du pain. + +_Il sort tristement._ + + +SCÈNE II + +ALECTON entre joyeusement. Elle est métamorphosée en nymphe; ses +bras sont nus et ses cheveux retombent librement sur ses épaules. +Type de beauté perverse et cruelle. + +ALECTON. + +Je viens de me mirer dans l'eau d'une fontaine. +Pluton n'a pas menti: la beauté souveraine +Me revêt de splendeur.--La Furie Alecton, +Noire comme la nuit, sèche comme un bâton, +Serait méconnaissable à l'oeil le plus sagace; +Elle est Nymphe de pied en cap, Nymphe de race! +--Lasse à la fin de faire endurer des tourments +Aux morts, je veux aussi tourmenter les vivants, +Et l'amour malheureux est leur plus grand supplice! +C'est pourquoi j'ai voulu la beauté.--Mon caprice +A fait rire Pluton sur son trône de jais. +--Je te donne congé, m'a-t-il dit. Va-t'en! mais +Crains les jeunes amants dont la fierté superbe +Fleurira sur tes pas comme chardons dans l'herbe! +Qu'un seul prenne un baiser sur ton joli menton +Et la Nymphe aussitôt redevient Alecton. +--Un baiser! et pourquoi le laisserais-je prendre? +Parce que je suis belle, en serai-je plus tendre? +Je méprise l'amour: son charme tant vanté +Me semble fade ainsi que l'eau du froid Léthé. +Des feux s'allumeront aux rayons de ma face, +Mais ils ne fondront pas mon coeur: il est de glace +À jamais... + + +SCÈNE III + + ALECTON, BOTRIOCÉPHALE, qui rentre tenant une corbeille de fruits. + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +--Une Nymphe au regard inconnu! + +ALECTON, _à part._ + +Un Faune au ventre énorme, au vaste front cornu! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Vient-elle de l'Olympe ou des bois du Taygète? + +ALECTON, _à part, avec une curiosité bienveillante_. + +Comme il est gros et lourd! la monstrueuse tête! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +O Vénus! qu'elle est belle! + +ALECTON, _à part, avec admiration._ + + O Pluton! qu'il est laid! +Je n'ai jamais vu rien... + +BOTRIOCÉPHALE, _toujours à part._ + +Une jatte de lait... + +ALECTON, _toujours à part._ + +D'aussi difforme... + +BOTRIOCÉPHALE. + +...Est moins blanche que son visage... + +ALECTON. + +Même aux enfers... + +BOTRIOCÉPHALE. + + Mais quoi, si je ne suis pas sage, +Elle me chantera bientôt turlututu +Comme les autres; mieux vaut se taire. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Où vas-tu, +Faune? + +BOTRIOCÉPHALE, _toujours à part._ + +Brillants et purs, ses yeux sont deux étoiles. + +ALECTON, _à part._ + +L'araignée est moins laide au milieu de ses toiles. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je n'oserai jamais... + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Tu ne me réponds pas, +Jeune Faune? + +BOTRIOCÉPHALE, _à Alecton._ + + J'allais faire un léger repas, +Du laitage, des fruits... bien que depuis l'aurore +Je sois dans la forêt, n'étant pas carnivore +Ce peu que je tiens là me suffit. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Près de moi +Viens! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Mais... je... + +ALECTON. + +Suis-je faite à donner de l'effroi? + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Comment!... elle m'appelle!... Ah! ce n'est pas possible, +Je rêve... + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Viens! + +_À part, charmée._ + + Il est parfaitement horrible! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Je ne lui fais pas peur... ma foi, profitons-en! +Comme sera plus tard don César de Bazan +Soyons hardi... + +_Il s'approche d'Alecton qui s'assied sur un tronc d'arbre et l'invite à +s'asseoir près d'elle.--À Alecton._ + + --Du bois le feuillage est humide, +N'est-ce pas? il y fait bien frais. + +ALECTON, _à part, avec indulgence._ + +Il est timide. + +BOTRIOCÉPHALE, _à Alecton._ + +On entend murmurer la fontaine ici près +Sur un beau lit de mousse, à l'ombre des cyprès. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + +Je l'entends murmurer. + +BOTRIOCÉPHALE. + + Le vol des hirondelles +Dans l'azur éclatant met des battements d'ailes. + +ALECTON. + +Je les vois. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Et les fleurs, parure de l'été.... + +ALECTON, _l'interrompant._ + +Tu ne me parles pas, Faune, de ma beauté! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je n'ose pas. + +ALECTON. + +Pourquoi? + +BOTRIOCÉPHALE. + + C'est que... c'est la première +Fois qu'une Nymphe à l'oeil ruisselant de lumière +Consent à m'écouter. + +ALECTON. + +Pourquoi? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je suis si laid! + +ALECTON. + +Eh! qu'importe si l'on n'est pas beau, quand on plaît? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Vous ne vous moquez pas?... avec ces bras de neige, +Ces cheveux d'or... + +ALECTON. + +Mais non, et pourquoi le ferais-je? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Vous me trouvez... + +ALECTON, _affectueusement_. + + Affreux; je l'ai dit, tu me plais. +Et toi, n'aimes-tu pas la laideur? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je la hais! + +ALECTON, _s'éloignant de Botriocéphale, à part._ + +Gare au baiser! s'il voit ma véritable forme +Il fuira.-- + +_À Botriocéphale._ + + Conte-moi des douceurs, Faune énorme! +En prose, en vers, fais-moi d'amoureux compliments +Qui reflètent ta flamme et peignent tes tourments! +Tu me feras plaisir. + +BOTRIOCÉPHALE. + + Hélas! on me rabroue +Quand près de la beauté je veux faire la roue; +Si bien que je n'ai pas su prendre encor le ton +Des choses qu'on enroule autour d'un mirliton. +Mais si dans mes discours je parais indigeste, +Peut-être je saurai mieux parler par le geste; +Laisse-moi commencer par un baiser. + +ALECTON. + +Non pas! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Si je te plais, pourquoi refuser? + +ALECTON. + + Le trépas +Alors. Faune, vois-tu, ma pudeur est si forte +Que je craindrais, sous ton baiser, de tomber morte. + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +La pudeur est un fleuve, il faut qu'elle ait son cours; +Patience. + +ALECTON. + + Si tu ne fais pas de discours, +Au moins dis-moi ton nom. + +BOTRIOCÉPHALE, _toussant pour s'éclaircir la voix._ + +Hum! + +_D'une voix tonnante._ + +Botriocéphale! + +ALECTON. + +Il éveille l'écho. C'est comme une rafale +Qui passe. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Et le tien; quel est-il? + +ALECTON, _évasivement_. + + Nymphe des bois. +Charme-moi. Fais entendre un peu ta grosse voix, +Chante! + +BOTRIOCÉPHALE. + + Dans le gosier j'ai là comme une arête +Qui, si je veux chanter, à tout instant m'arrête; +Et la chèvre Amalthée est comme un rossignol +Auprès de moi. + +ALECTON. + + Pour me distraire, attrape au vol +Des papillons... ou danse en jouant de la flûte! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Danser! je ne saurais; à chaque pas je bute. + +ALECTON. + +Je le veux! danse! + +BOTRIOCÉPHALE. + + Mais je n'ai jamais dansé! +Je ne sais pas danser! + +ALECTON. + + Mon cher Botriocé- +phale, en invoquant la divine Terpsichore, +Jeune comme tu l'es, tu peux apprendre encore +L'art de la danse; il n'est que la première fois +Qui coûte! mais si tu refuses, dans les bois +Je prends ma course et fuis jusqu'à perte d'haleine; +Tu ne me joindras pas, courant comme Silène +Quand il est ivre; et tu feras en vain des voeux +Pour me revoir. Adieu pour toujours! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Tu le veux! + +_Il danse. Alecton qui le contemple avec une admiration croissante, +arrive peu à peu à une exaltation extraordinaire._ + +ALECTON, _à part._ + +Ah! pourquoi l'ai-je fait danser?... je suis perdue! +À connaître l'amour serais-je descendue? +Quel émoi! quel trouble! et quelle insolite ardeur +Me dévore! je brûle! + +_Avec passion._ + + Ah! c'est trop de laideur! + +Il n'était que hideux, le voilà ridicule! +La borne du grotesque à son aspect recule! +Je n'en puis plus... je l'aime!... + +_À Botriocéphale._ + + O Faune saugrenu, +Grâce! tourne vers moi ton masque biscornu! +Prends ce baiser que t'offre une Nymphe expirante... +Tu seras mon amant... je serai ton amante... + +BOTRIOCÉPHALE. + +Est-il possible! ô joie! + +ALECTON. + + Arrête! ah! qu'ai-je dit? +Si tu savais... + +_Fuyant et se débattant._ + +O dieu cruel!... Pluton maudit! + +BOTRIOCÉPHALE, _la poursuivant._ + +Tu m'aimes! + +ALECTON. + +Par pitié!... + +BOTRIOCÉPHALE. + + Ce baiser qui m'attire, +Je l'aurai!... tu verras la fin de mon martyre! + +_Il l'embrasse._ + +ALECTON, _poussant un cri effroyable et reprenant sa forme de Furie._ + +Ah! + +BOTRIOCÉPHALE, _épouvanté_. + +Mais qui donc es-tu?... + +ALECTON, _d'une voix terrible._ + +La Furie Alecton! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Horreur! horreur! Va-t'en! + +ALECTON. + +Au revoir! chez Pluton! + + +FIN + + * * * * * + +6787-90.--CORBEIL IMPRIMERIE CRÉTÉ. + +CALMANN LÉVY, ÉDITEUR + +DU MÊME AUTEUR + +Format grand in-18 + +HARMONIE ET MÉLODIE 1 vol. + +6787-90.--CORBEIL. Imprimerie CRÉTÉ. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RIMES FAMILIÈRES *** + +***** This file should be named 19992-8.txt or 19992-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/9/9/9/19992/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + diff --git a/19992-8.zip b/19992-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7ae3166 --- /dev/null +++ b/19992-8.zip diff --git a/19992-h.zip b/19992-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6d484d3 --- /dev/null +++ b/19992-h.zip diff --git a/19992-h/19992-h.htm b/19992-h/19992-h.htm new file mode 100644 index 0000000..0a845c9 --- /dev/null +++ b/19992-h/19992-h.htm @@ -0,0 +1,2619 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Rimes Familières, by Camille Saint-Saëns. + </title> + <style type="text/css"> +/*<![CDATA[ XML blockout */ +<!-- + p { margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + } + h1,h2,h3,h4,h5 { margin-left: 5%; + text-align: left; + clear: both; + } + hr { width: 33%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; + } + table {margin-left: 5%; margin-right: auto;} + body{margin-left: 10%; + margin-right: auto; + background:#fdfdfd; + color:black; + font-family: "Times New Roman", serif; + font-size: large; + } + a:link {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + link {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + a:visited {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + a:hover {background-color: #ffffff; color: red; text-decoration:underline; } + .blockquot{margin-left: 5%; margin-right: 10%;} + .center {text-align: center;} + .smcap {font-variant: small-caps;} + .poem {margin-left: 5%; margin-right:10%; text-align: left;} + .poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;} + .poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i2 {display: block; margin-left: 2em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i4 {display: block; margin-left: 4em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i10 {display: block; margin-left: 10em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i11 {display: block; margin-left: 11em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i12 {display: block; margin-left: 12em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i13 {display: block; margin-left: 13em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i14 {display: block; margin-left: 14em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i13 {display: block; margin-left: 23em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + .poem span.i9 {display: block; margin-left: 9em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + // --> + /* XML end ]]>*/ + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. 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JACQUES D***</b></a><br /> +<a href="#A_MADAME_PAULINE_VIARDOT"><b> À MADAME PAULINE VIARDOT</b></a><br /> +<a href="#CAVE_CANEM"><b> CAVE CANEM</b></a><br /> +<a href="#A_M_GABRIEL_FAURE"><b> À M. GABRIEL FAURÉ</b></a><br /> +<a href="#LE_CHENE"><b> LE CHÊNE</b></a><br /> +<a href="#MODESTIE"><b> MODESTIE</b></a><br /> +<a href="#A_AUGUSTA_HOLMES"><b> À AUGUSTA HOLMÈS</b></a><br /> +<a href="#A_LA_MEME"><b> À LA MÊME</b></a><br /> +<a href="#GNOTI_SEAUTON"><b> ΓΝΩΤΙ ΣΕΑΥΤΟΝ</b></a><br /> +<a href="#A_M_PIERRE_B"><b> À M. PIERRE B***</b></a><br /> +<a href="#A_GRENADE"><b> À GRENADE.</b></a><br /> +<a href="#NE_SOYONS_PAS_TROP_DEBONNAIRES"><b> NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES</b></a><br /> +<a href="#LES_HEURES"><b> LES HEURES</b></a><br /> +<a href="#SAEVA_MATER_AMORUM"><b> SÆVA MATER AMORUM</b></a><br /> +<a href="#ADAM_ET_EVE"><b> ADAM ET ÈVE</b></a><br /><br /> +<a href="#SONNETS"><b>SONNETS</b></a><br /><br /> +<a href="#CHARLES_GOUNOD"><b> CHARLES GOUNOD</b></a><br /> +<a href="#A_M_HENRI_SECOND"><b> À M. HENRI SECOND</b></a><br /> +<a href="#A_M_GEORGES_AUDIGIER"><b> À M. GEORGES AUDIGIER</b></a><br /> +<a href="#A_M_R_DE_LA_B"><b> À M. R. DE LA B***</b></a><br /> +<a href="#CADIX"><b> CADIX</b></a><br /> +<a href="#LE_FOUJI-YAMA"><b> LE FOUJI-YAMA</b></a><br /><br /> +<a href="#POESIES_DIVERSES"><b>POÉSIES DIVERSES</b></a><br /><br /> +<a href="#ADIEU"><b> ADIEU</b></a><br /> +<a href="#EN_ESPAGNE"><b> EN ESPAGNE</b></a><br /> +<a href="#LE_JAPON"><b> LE JAPON</b></a><br /> +<a href="#LARBRE"><b> L'ARBRE</b></a><br /> +<a href="#LA_STATUE"><b> LA STATUE</b></a><br /> +<a href="#MORS"><b> MORS</b></a><br /> +<a href="#LE_PAYS_MERVEILLEUX"><b> LE PAYS MERVEILLEUX</b></a><br /><br /> +<a href="#BOTRIOCEPHALE"><b>BOTRIOCÉPHALE</b></a><br /> +</td></tr> +<tr><td> <br /></td></tr> +<tr><td> <br /></td></tr> +<tr><td> <br /></td></tr> +</table> + + +<div class="poem">————————————</div> +<h2><a name="PRELUDE" id="PRELUDE"></a>PRÉLUDE<br /></h2> +<div class="poem">———————————— +<div class="stanza"> </div> +</div> + +<h4><i>À. M. L. J. C.</i></h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Te souviens-tu de la tonnelle<br /></span> +<span class="i0">Où nous déjeunâmes si bien?<br /></span> +<span class="i0">De l'étincelante prunelle<br /></span> +<span class="i0">De la servante, et de son chien?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De l'omelette savoureuse?<br /></span> +<span class="i0">De notre langage indiscret?<br /></span> +<span class="i0">De la route au soleil poudreuse<br /></span> +<span class="i0">Et des chênes de la forêt?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">En déjeunant, la Poésie<br /></span> +<span class="i0">Fut le thème de nos discours,<br /></span> +<span class="i0">Et le goût de cette ambroisie<br /></span> +<span class="i0">À ma lèvre est resté toujours.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Pourquoi? je ne saurais le dire,<br /></span> +<span class="i0">Mais c'est un fait; pour mon malheur,<br /></span> +<span class="i0">Je souffre à présent le martyre<br /></span> +<span class="i0">Qui s'attache au flanc du rimeur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je suis prisonnier de la Lyre;<br /></span> +<span class="i0">Apollon s'est fait mon geôlier.<br /></span> +<span class="i0">Si rien ne calme ce délire<br /></span> +<span class="i0">Je deviendrai fou à lier!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">C'est toi, méchant petit gavroche,<br /></span> +<span class="i0">Qui m'as fait ce cadeau fatal!<br /></span> +<span class="i0">Ah! que n'es-tu sur une roche<br /></span> +<span class="i0">Resté dans ton pays natal<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Où l'huile vierge mais épaisse,<br /></span> +<span class="i0">L'ayoli prompt à revenir,<br /></span> +<span class="i0">La brandade et la bouillabaisse<br /></span> +<span class="i0">Auraient bien dû te retenir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais non! c'est trop d'ingratitude!<br /></span> +<span class="i0">Pardonne à mon esprit pervers.<br /></span> +<span class="i0">Entre nous, c'est la solitude<br /></span> +<span class="i0">Qui m'a mis la tête à l'envers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu ne seras pas responsable<br /></span> +<span class="i0">Si mes vers me sont reprochés;<br /></span> +<span class="i0">C'est moi seul qui suis le coupable<br /></span> +<span class="i0">Et je t'absous de mes péchés.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ou plutôt je te remercie:<br /></span> +<span class="i0">Tu m'as ouvert un coin des cieux.<br /></span> +<span class="i0">Sache-le bien: la Poésie<br /></span> +<span class="i0">Est ce qui console le mieux.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h2><a name="STROPHES" id="STROPHES"></a>STROPHES</h2> + + + +<div class="poem">———————————— +<div class="stanza"> </div> +</div> + +<h3><a name="LA_LIBELLULE" id="LA_LIBELLULE"></a>LA LIBELLULE</h3> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Près de l'étang, sur la prêle<br /></span> +<span class="i0">Vole, agaçant le désir,<br /></span> +<span class="i0">La Libellule au corps frêle<br /></span> +<span class="i0">Qu'on voudrait en vain saisir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Est-ce une chimère, un rêve<br /></span> +<span class="i0">Que traverse un rayon d'or?<br /></span> +<span class="i0">Tout à coup elle fait trêve<br /></span> +<span class="i0">À son lumineux essor.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Elle part, elle se pose,<br /></span> +<span class="i0">Apparaît dans un éclair<br /></span> +<span class="i0">Et fuit, dédaignant la rose<br /></span> +<span class="i0">Pour le lotus froid et clair.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À la fois puissante et libre,<br /></span> +<span class="i0">Sœur du vent, fille du ciel,<br /></span> +<span class="i0">Son aile frissonne et vibre<br /></span> +<span class="i0">Comme le luth d'Ariel.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Fugitive, transparente,<br /></span> +<span class="i0">Faite d'azur et de nuit,<br /></span> +<span class="i0">Elle semble une âme errante<br /></span> +<span class="i0">Sur l'eau qui dans l'ombre luit.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Radieuse elle se joue<br /></span> +<span class="i0">Sur les lotus entr'ouverts,<br /></span> +<span class="i0">Comme un baiser sur la joue<br /></span> +<span class="i0">De la Naïade aux yeux verts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Que cherche-t-elle? une proie.<br /></span> +<span class="i0">Sa devise est: cruauté.<br /></span> +<span class="i0">Le carnage met en joie<br /></span> +<span class="i0">Son implacable beauté.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="MEA_CULPA" id="MEA_CULPA"></a><i>MEA CULPA</i></h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Meâ culpâ!</i> je m'accuse<br /></span> +<span class="i0">De n'être point décadent.<br /></span> +<span class="i0">Dans les fruits trop verts, ma Muse<br /></span> +<span class="i0">N'ose pas mettre la dent.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Les gambades périlleuses<br /></span> +<span class="i0">Ne sont pas de mon ressort:<br /></span> +<span class="i0">Ces gaîtés sont dangereuses<br /></span> +<span class="i0">Pour qui n'est pas assez fort.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La témérité m'enchante<br /></span> +<span class="i0">Chez les jeunes imprudents;<br /></span> +<span class="i0">Mais tranquillement je chante,<br /></span> +<span class="i0">Laissant passer les ardents.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils vont, rompant tous les câbles,<br /></span> +<span class="i0">Franchissant tous les fossés,<br /></span> +<span class="i0">Truffant d'étranges vocables<br /></span> +<span class="i0">Les hémistiches cassés,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et composent des salades<br /></span> +<span class="i0">De couleurs avec des sons,<br /></span> +<span class="i0">À faire tomber malades<br /></span> +<span class="i0">Les strophes et les chansons.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Du diable si je m'y frotte!<br /></span> +<span class="i0">Tout ça n'est pas pour mon nez;<br /></span> +<span class="i0">On m'enverrait à la hotte<br /></span> +<span class="i0">Avec les journaux mort-nés.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je deviendrais vite aphone,<br /></span> +<span class="i0">Si j'allais en étourdi<br /></span> +<span class="i0">M'égosiller comme un Faune<br /></span> +<span class="i0">Fêtant son après-midi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Laissons tous ces jeux d'adresse<br /></span> +<span class="i0">À l'érudit, au savant.<br /></span> +<span class="i0">Ce qui siérait à l'Altesse<br /></span> +<span class="i0">Ne vaut rien pour le manant.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_JACQUES_D" id="A_M_JACQUES_D"></a>À M. JACQUES D***</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Jeune homme heureux à qui tout sourit dans la vie,<br /></span> +<span class="i4">Garde bien ton bonheur!<br /></span> +<span class="i0">Tu n'as jamais connu la haine ni l'envie;<br /></span> +<span class="i4">La paix est dans ton cœur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ta mère n'est plus là: mais ton père est un frère<br /></span> +<span class="i4">Et ta femme est un ciel;<br /></span> +<span class="i0">La coupe qui souvent n'a qu'une lie amère<br /></span> +<span class="i4">Pour toi n'a que du miel.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Peut-être voudrais-tu guerroyer dans l'armée<br /></span> +<span class="i4">Des conquérants de l'Art,<br /></span> +<span class="i0">Et qu'un jour t'acclamant, pour toi la Renommée<br /></span> +<span class="i4">Déployât l'étendard.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Imprudent! fuis la route où son clairon résonne!<br /></span> +<span class="i4">Elle mène à l'enfer.<br /></span> +<span class="i0">Si la déesse au front nous met une couronne,<br /></span> +<span class="i4">La couronne est de fer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu connaîtras, hélas! si ton char met sa roue<br /></span> +<span class="i4">Dans ce chemin glissant,<br /></span> +<span class="i0">L'ornière qui se creuse, et le froid sur ta joue<br /></span> +<span class="i4">De l'Aquilon puissant!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu connaîtras les yeux menteurs, l'hypocrisie<br /></span> +<span class="i4">Des serrements de mains,<br /></span> +<span class="i0">Le masque d'amitié cachant la jalousie;<br /></span> +<span class="i4">Les pâles lendemains<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De ces jours de triomphe où le troupeau vulgaire<br /></span> +<span class="i4">Qui pèse au même poids<br /></span> +<span class="i0">L'histrion ridicule et le génie austère<br /></span> +<span class="i4">Vous met sur le pavois!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La Gloire est infidèle et c'est une maîtresse<br /></span> +<span class="i4">Plus âpre que la mort.<br /></span> +<span class="i0">Quand on a le bonheur, à quoi bon cette ivresse?<br /></span> +<span class="i4">Crains de tenter le Sort!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je sais qu'on avertit en vain ceux que dévore<br /></span> +<span class="i4">La soif de l'inconnu.<br /></span> +<span class="i0">Si le soir est trompeur, souviens-toi qu'à l'aurore<br /></span> +<span class="i4">Je t'avais prévenu.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_MADAME_PAULINE_VIARDOT" id="A_MADAME_PAULINE_VIARDOT"></a>À MADAME PAULINE VIARDOT</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Gloire de la Musique et de la Tragédie,<br /></span> +<span class="i0">Muse qu'un laurier d'or couronna tant de fois,<br /></span> +<span class="i0">Oserai-je parler de vous, lorsque ma voix<br /></span> +<span class="i0">Au langage des vers follement s'étudie?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Les poètes guidés par Apollon vainqueur<br /></span> +<span class="i0">Ont seuls assez de fleurs pour en faire une gerbe<br /></span> +<span class="i0">Digne de ce génie éclatant et superbe<br /></span> +<span class="i0">Qui pour l'éternité vous a faite leur sœur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Du culte du beau chant prêtresse vénérée,<br /></span> +<span class="i0">Ne laissez pas crouler son autel précieux,<br /></span> +<span class="i0">Vous qui l'avez reçu comme un dépôt des cieux,<br /></span> +<span class="i0">Vous qui du souvenir êtes la préférée!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ah! comment oublier l'implacable Fidès<br /></span> +<span class="i0">De l'amour maternel endurant le supplice,<br /></span> +<span class="i0">Orphée en pleurs qui pour revoir son Eurydice<br /></span> +<span class="i0">Enhardi par Éros pénètre dans l'Hadès!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Grande comme la Lyre et vibrante comme elle,<br /></span> +<span class="i0">Vous avez eu dans l'Art un éclat nonpareil<br /></span> +<span class="i0">Vision trop rapide, hélas! que nul soleil<br /></span> +<span class="i0">Dans l'avenir jamais ne nous rendra plus belle!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="CAVE_CANEM" id="CAVE_CANEM"></a><i>CAVE CANEM</i></h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Le chien n'est qu'un animal;<br /></span> +<span class="i0">Mais l'homme, par qui tout change,<br /></span> +<span class="i0">De l'animal fait un ange,<br /></span> +<span class="i0">De la bête un idéal;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">D'un museau noir, un poème<br /></span> +<span class="i0">De jais brillant au soleil.<br /></span> +<span class="i0">Rien sous les cieux n'est pareil<br /></span> +<span class="i0">Aux pattes du chien qu'on aime,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À ses oreilles, tombant<br /></span> +<span class="i0">Avec grâce, ou redressées,<br /></span> +<span class="i0">Selon que vont les pensées<br /></span> +<span class="i0">De cet être captivant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Un sourire est dans sa queue:<br /></span> +<span class="i0">Le grand poète l'a dit.<br /></span> +<span class="i0">Si quelque intrus en médit,<br /></span> +<span class="i0">On l'évite d'une lieue.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À son chien se confiant<br /></span> +<span class="i0">Chacun pousse le courage<br /></span> +<span class="i0">Jusqu'à braver de la rage<br /></span> +<span class="i0">Le péril terrifiant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Devant Azor qu'on admire<br /></span> +<span class="i0">Le genre humain disparaît.<br /></span> +<span class="i0">Pour plus d'une, que serait<br /></span> +<span class="i0">Un amant, près de Zémire!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ce fantoche intelligent<br /></span> +<span class="i0">Grâce aux erreurs que je blâme<br /></span> +<span class="i0">(Peut-être en les partageant)<br /></span> +<span class="i0">Prend le meilleur de notre âme.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_GABRIEL_FAURE" id="A_M_GABRIEL_FAURE"></a>À M. GABRIEL FAURÉ</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ah! tu veux échapper à mes vers, misérable!<br /></span> +<span class="i4">Tu crois les éviter.<br /></span> +<span class="i0">Ils sont comme la pluie: il n'est ni Dieu ni Diable<br /></span> +<span class="i4">Qui les puisse arrêter.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils iront te trouver, franchissant les provinces<br /></span> +<span class="i4">Et les départements,<br /></span> +<span class="i0">Ainsi que l'hirondelle avec ses ailes minces<br /></span> +<span class="i4">Bravant les éléments.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Si tu fermes ta porte, alors par la fenêtre<br /></span> +<span class="i4">Ils te viendront encor,<br /></span> +<span class="i0">Étincelants, cruels, comme de la Pharètre<br /></span> +<span class="i4">Sortent des flèches d'or;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et tu seras criblé de rimes acérées<br /></span> +<span class="i4">Pénétrant jusqu'au cœur;<br /></span> +<span class="i0">Et tu pousseras des clameurs désespérées<br /></span> +<span class="i4">Sans calmer leur fureur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Pour te défendre, Aulète à l'oreille rebelle,<br /></span> +<span class="i4">Tu brandiras en vain<br /></span> +<span class="i0">Du dieu Pan qui t'a fait l'existence si belle<br /></span> +<span class="i4">La flûte dans ta main.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Elle rend sous ta lèvre experte et charmeresse<br /></span> +<span class="i4">Un son voluptueux<br /></span> +<span class="i0">Qui nous donne parfois l'inquiétante ivresse<br /></span> +<span class="i4">D'un parfum vénéneux;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Des accords savoureux, inouïs, téméraires,<br /></span> +<span class="i4">Semant un vague effroi,<br /></span> +<span class="i0">Apportant un écho des surhumaines sphères,<br /></span> +<span class="i4">Inconnus avant toi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais l'essaim de mes vers, tourbillonnant, farouche,<br /></span> +<span class="i4">Sur elle s'abattra,<br /></span> +<span class="i0">Obstruant les tuyaux; le sens deviendra louche<br /></span> +<span class="i4">Des sons qu'elle émettra;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Puis, jouet inutile entre tes mains d'athlète,<br /></span> +<span class="i4">La flûte se taira.<br /></span> +<span class="i0">O vengeance terrible et dont l'ingrat poète<br /></span> +<span class="i4">Le premier gémira!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Car, pour lui, le retour de la rose ingénue<br /></span> +<span class="i4">Après l'hiver méchant,<br /></span> +<span class="i0">Après un jour brûlant la fraîcheur revenue<br /></span> +<span class="i4">Ne valent pas ton chant!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LE_CHENE" id="LE_CHENE"></a>LE CHÊNE</h3> + +<h4><i>À M. Edmond Cottinet.</i></h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse,<br /></span> +<span class="i4">Ami des anciens jours?<br /></span> +<span class="i0">Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse,<br /></span> +<span class="i4">Le penses-tu toujours?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre<br /></span> +<span class="i4">Il n'a pas l'agrément;<br /></span> +<span class="i0">Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre<br /></span> +<span class="i4">Il a crû lentement.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sa racine a senti bien souvent de la roche<br /></span> +<span class="i4">Le contact détesté;<br /></span> +<span class="i0">Mais elle la contourne et sur elle s'accroche<br /></span> +<span class="i4">Avec ténacité.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe.<br /></span> +<span class="i4">Qui durera verra!<br /></span> +<span class="i0">L'herbe sera fauchée, et la cime superbe<br /></span> +<span class="i4">Longtemps s'élèvera.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'arbuste pousse vite et son riche feuillage<br /></span> +<span class="i4">À bientôt recouvert<br /></span> +<span class="i0">Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge<br /></span> +<span class="i4">Fait moins fort et moins vert.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage<br /></span> +<span class="i4">Et la tige et la fleur<br /></span> +<span class="i0">De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage<br /></span> +<span class="i4">Consacrer la valeur;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ses branches se tordant ainsi que des reptiles<br /></span> +<span class="i4">Croîtront dans l'avenir,<br /></span> +<span class="i0">Quand on aura perdu des plantes inutiles<br /></span> +<span class="i4">Même le souvenir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À toi merci, prophète aux strophes téméraires,<br /></span> +<span class="i4">Pour avoir deviné<br /></span> +<span class="i0">Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires,<br /></span> +<span class="i4">Était prédestiné!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="MODESTIE" id="MODESTIE"></a>MODESTIE</h3> + +<h4><i>À M. René de Récy.</i></h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Plus d'un croit à sa victoire,<br /></span> +<span class="i0">N'étant pas très érudit;<br /></span> +<span class="i0">À qui connaît mieux l'Histoire<br /></span> +<span class="i0">Tout orgueil est interdit.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu pensais, triste éphémère,<br /></span> +<span class="i0">Atteindre au comble de l'art!<br /></span> +<span class="i0">Poète, regarde Homère!<br /></span> +<span class="i0">Ou, musicien, Mozart!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À tous ces géants énormes<br /></span> +<span class="i0">Que nous montre le passé<br /></span> +<span class="i0">Compare tes maigres formes,<br /></span> +<span class="i0">O lutteur bientôt lassé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Des forces de la Nature<br /></span> +<span class="i0">Ils ont la fécondité;<br /></span> +<span class="i0">Ils ont la haute stature,<br /></span> +<span class="i0">La surhumaine beauté<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De ces montagnes sublimes<br /></span> +<span class="i0">Qui sans effort à nos yeux<br /></span> +<span class="i0">Montrent des fleurs, des abîmes,<br /></span> +<span class="i0">Et la neige dans les cieux.<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Si nous écrivons trois lignes,<br /></span> +<span class="i0">L'Univers tout étonné<br /></span> +<span class="i0">Est averti par des signes<br /></span> +<span class="i0">Qu'un chef-d'œuvre nous est né.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Étourdi par le tapage,<br /></span> +<span class="i0">L'Univers est en arrêt.<br /></span> +<span class="i0">Le temps souffle sur la page:<br /></span> +<span class="i0">Le chef-d'œuvre disparaît.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">On encense des idoles<br /></span> +<span class="i0">Avec les genoux pliés;<br /></span> +<span class="i0">Ceux dont on boit les paroles<br /></span> +<span class="i0">Demain seront oubliés.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ne va pas, toi qui m'écoutes<br /></span> +<span class="i0">En prenant des airs narquois,<br /></span> +<span class="i0">T'aventurer dans des joûtes<br /></span> +<span class="i0">Avec les grands d'autrefois!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu te verrais, pauvre athlète,<br /></span> +<span class="i0">Aussi faible qu'un enfant<br /></span> +<span class="i0">Qui prendrait une arbalète<br /></span> +<span class="i0">Pour combattre un éléphant.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_AUGUSTA_HOLMES" id="A_AUGUSTA_HOLMES"></a>À AUGUSTA HOLMÈS</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">L'Irlande t'a donnée à nous. Ta gloire est telle<br /></span> +<span class="i0">Qu'un double rayon brille à ton front: Astarté,<br /></span> +<span class="i0">Aussi belle que toi, ne savait qu'être belle;<br /></span> +<span class="i0">Sapho qui t'égalait n'avait pas ta beauté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu chantes, comme vibre une forêt superbe<br /></span> +<span class="i0">Qu'agite la fureur des grands vents déchaînés;<br /></span> +<span class="i0">Comme aux feux de midi la cigale dans l'herbe;<br /></span> +<span class="i0">Comme sur un récif les flots désordonnés.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ton talent réunit la force et la souplesse,<br /></span> +<span class="i0">Et d'une défaillance il n'a pas à rougir;<br /></span> +<span class="i0">Si tu peux gazouiller comme en son allégresse<br /></span> +<span class="i0">L'oiseau des champs, tu sais comme un fauve rugir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La République, l'Art et l'Amour ont ensemble<br /></span> +<span class="i0">Mêlé leurs voix, guidés par ta puissante main,<br /></span> +<span class="i0">Cette main qui jamais n'hésite ni ne tremble,<br /></span> +<span class="i0">Que la lyre soit d'or ou qu'elle soit d'airain.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tout un peuple a chanté l'Hymne de délivrance,<br /></span> +<span class="i0">Vignerons, matelots, artisans, laboureurs,<br /></span> +<span class="i0">Artistes et savants, parure de la France,<br /></span> +<span class="i0">Les guerriers, les enfants qui leur jettent des fleurs.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À ta flamme allumée en brillante spirale<br /></span> +<span class="i0">La flamme des trépieds sur tous les fronts a lui,<br /></span> +<span class="i0">Et nous avons trouvé dans l'Ode Triomphale<br /></span> +<span class="i0">Pour le grand Centenaire un chant digne de lui.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La Patrie adorée au tout-puissant génie<br /></span> +<span class="i0">Te presse avec amour sur son cœur glorieux.<br /></span> +<span class="i0">Sois par nous acclamée et par elle bénie,<br /></span> +<span class="i0">Et puisse ton étoile illuminer les cieux!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_LA_MEME" id="A_LA_MEME"></a>À LA MÊME</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Il est beau de passer la stature commune;<br /></span> +<span class="i4">Mais c'est un grand danger:<br /></span> +<span class="i0">Le vulgaire déteste une gloire importune<br /></span> +<span class="i4">Qu'il ne peut partager.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tant qu'on a cru pouvoir vous tenir en lisière<br /></span> +<span class="i4">Dans un niveau moyen,<br /></span> +<span class="i0">On vous encourageait, souriant en arrière<br /></span> +<span class="i4">Et vous disant: c'est bien!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais quand vous avez eu le triomphe insolite,<br /></span> +<span class="i4">L'éclat inusité,<br /></span> +<span class="i0">Cet encouragement banal et vain bien vite<br /></span> +<span class="i4">De vous s'est écarté;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et vous avez senti le frisson de la cime<br /></span> +<span class="i4">Qui, seule dans le ciel,<br /></span> +<span class="i0">N'a que l'azur immense autour d'elle, l'abîme<br /></span> +<span class="i4">Et l'hiver éternel.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">On craint les forts; celui qui dompte la chimère<br /></span> +<span class="i4">Est toujours détesté.<br /></span> +<span class="i0">La haine est le plus grand hommage: soyez fière<br /></span> +<span class="i4">De l'avoir mérité.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="GNOTI_SEAUTON" id="GNOTI_SEAUTON"></a>ΓΝΩΤΙ ΣΕΑΥΤΟΝ</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La mer tente ma lyre avec ses épouvantes,<br /></span> +<span class="i0">Ses caresses de femme et ses goëmons verts.<br /></span> +<span class="i0">O mer trois fois perfide! alors que tu me hantes<br /></span> +<span class="i0">Sur mon indignité j'ai les yeux grands ouverts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je pourrais comme un autre en alignant des rimes<br /></span> +<span class="i0">Dire ton glauque azur aux vastes horizons;<br /></span> +<span class="i0">Je pourrais par des mots semés sur tes abîmes<br /></span> +<span class="i0">Faire comme les flots s'entrechoquer des sons.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais non, je suis trop peu pour cette rude tâche;<br /></span> +<span class="i0">Tu m'as découragé par ton immensité.<br /></span> +<span class="i0">L'effort est surhumain et je me sens trop lâche<br /></span> +<span class="i0">Pour peindre dans mes vers ta terrible beauté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Que d'autres plus hardis t'adressent la parole,<br /></span> +<span class="i0">Comparent ton murmure à celui du sapin;<br /></span> +<span class="i0">Je n'ose pas. Et puis ce serait chose folle<br /></span> +<span class="i0">De te chanter encor après Jean Richepin.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_PIERRE_B" id="A_M_PIERRE_B"></a>À M. PIERRE B***</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Pierre, je t'ai vu naître et de ta jeune gloire<br /></span> +<span class="i0">J'aimerais à fêter les lauriers radieux.<br /></span> +<span class="i0">D'où vient donc ton silence et quelle est l'humeur noire<br /></span> +<span class="i0">Qui fait plier ton aile et te ferme les cieux?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je la connais; je sais qu'une triste chimère<br /></span> +<span class="i0">A toujours assombri ton âme. La Vertu<br /></span> +<span class="i0">Que tu voulais chanter dans ton désir austère<br /></span> +<span class="i0">A mis son doigt glacé sur ton luth: il s'est tu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La Vertu! que le ciel me garde d'en médire!<br /></span> +<span class="i0">Il n'est rien de si beau, de si grand à mes yeux.<br /></span> +<span class="i0">Mais—(mieux que moi ton père est là pour t'en instruire)<br /></span> +<span class="i0">On la célèbre mal dans la langue des dieux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Quand Homère chantait la colère d'Achille,<br /></span> +<span class="i0">Quand Horace effeuillait des roses sur le vin,<br /></span> +<span class="i0">Sur la reine Didon lorsque pleurait Virgile<br /></span> +<span class="i0">Inventant pour la plaindre un langage divin,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Nul d'entre eux ne songeait à réformer le monde;<br /></span> +<span class="i0">Poètes, ils faisaient des vers, comme en été<br /></span> +<span class="i0">L'abeille cherche dans la corolle profonde<br /></span> +<span class="i0">Son miel dont la saveur est une volupté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Rouvre ton aile, ami! sois digne de ta race!<br /></span> +<span class="i0">De corriger les mœurs ne va pas te flatter.<br /></span> +<span class="i0">Le feu de la Jeunesse est la lave qui passe,<br /></span> +<span class="i0">Et des sermons rimés ne peuvent l'arrêter.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Chante l'astre, la fleur, les bois, la mer si belle,<br /></span> +<span class="i0">Les splendeurs de la Femme et les malheurs des Rois,<br /></span> +<span class="i0">Le tout-puissant Amour, la Vengeance cruelle,<br /></span> +<span class="i0">Et non le pot-au-feu d'un ménage bourgeois!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sois poète: tes doigts savent toucher la Lyre;<br /></span> +<span class="i0">Ils ont eu les leçons d'une savante main.<br /></span> +<span class="i0">Oh! comme il me sera délicieux de lire<br /></span> +<span class="i0">Le volume de vers que tu feras demain!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_GRENADE" id="A_GRENADE"></a>À GRENADE.</h3> + +<h4><i>À M. Georges Clairin.</i></h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">L'Alhambra, qu'ont bâti les enfants du prophète,<br /></span> +<span class="i0">Contre la vétusté vaillamment se défend.<br /></span> +<span class="i0">Il est toujours paré comme pour une fête;<br /></span> +<span class="i0">On dirait qu'il espère: on dirait qu'il attend.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Qui sait—(toujours l'Islam agrandit son empire!)<br /></span> +<span class="i0">Si les fils de Mahom, enchantement des yeux,<br /></span> +<span class="i0">Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire,<br /></span> +<span class="i0">N'y replanteront pas l'étendard des ayeux?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles<br /></span> +<span class="i0">N'est plus l'inspirateur des conquérants jaloux;<br /></span> +<span class="i0">Les peuples d'Occident se livrent des batailles,<br /></span> +<span class="i0">Mais ce n'est plus la Foi qui dirige leurs coups.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils ergotent sans fin sur des questions vaines;<br /></span> +<span class="i0">Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas;<br /></span> +<span class="i0">Et, faisant bon marché des souffrances humaines,<br /></span> +<span class="i0">Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides,<br /></span> +<span class="i0">L'ange exterminateur qui vient pour les punir!<br /></span> +<span class="i0">Le néant est au bout des luttes fratricides:<br /></span> +<span class="i0">Ils disparaîtront tous, s'ils ne savent s'unir;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages,<br /></span> +<span class="i0">Ils seront endormis dans l'éternel sommeil,<br /></span> +<span class="i0">De l'Orient divin, d'où sont venus les Mages,<br /></span> +<span class="i0">De l'Orient vainqueur renaîtra le Soleil!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="NE_SOYONS_PAS_TROP_DEBONNAIRES" id="NE_SOYONS_PAS_TROP_DEBONNAIRES"></a>NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ne soyons pas trop débonnaires;<br /></span> +<span class="i0">Aimer quand même est lâcheté.<br /></span> +<span class="i0">Pour les méchants restons sévères,<br /></span> +<span class="i0">Gardons aux bons notre bonté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Pardonnez! dit-on.—C'est facile,<br /></span> +<span class="i0">Et doux même aux cœurs bien placés.<br /></span> +<span class="i0">L'âpre vengeance est inutile;<br /></span> +<span class="i0">Le mépris venge bien assez.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais prodiguer à tous les traîtres<br /></span> +<span class="i0">Le trésor de son amitié!<br /></span> +<span class="i0">Jeter son or par les fenêtres<br /></span> +<span class="i0">À des assassins sans pitié!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Devant eux ôter sa cuirasse!<br /></span> +<span class="i0">Presser sur un sein désarmé<br /></span> +<span class="i0">Ceux dont on peut suivre la trace<br /></span> +<span class="i0">À tout le mal qu'ils ont semé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ce n'est pas seulement faiblesse,<br /></span> +<span class="i0">C'est une mauvaise action.<br /></span> +<span class="i0">De quoi paira-t-on la tendresse,<br /></span> +<span class="i0">La fidèle dévotion<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De l'ami vrai, si l'hypocrite<br /></span> +<span class="i0">Dont le sourire est plein de fiel<br /></span> +<span class="i0">Comme celui qui la mérite<br /></span> +<span class="i0">Reçoit l'amitié, don du ciel!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Pour le Titan point de clémence!<br /></span> +<span class="i0">Il est précipité des cieux.<br /></span> +<span class="i0">Le dragon périt sous la lance<br /></span> +<span class="i0">De l'Archange victorieux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ayons plus de miséricorde;<br /></span> +<span class="i0">Mais pas d'attendrissement vain!<br /></span> +<span class="i0">Aux méchants le sage n'accorde<br /></span> +<span class="i0">Qu'un entier et parfait dédain.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LES_HEURES" id="LES_HEURES"></a>LES HEURES</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Toutes nous blessent, la dernière<br /></span> +<span class="i0">Nous tue, ayant enfin pitié<br /></span> +<span class="i0">Quand elle achève sans colère<br /></span> +<span class="i0">L'œuvre faite plus d'à moitié.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Les autres, même la plus douce,<br /></span> +<span class="i0">Hélas! nous usent lentement,<br /></span> +<span class="i0">Et chacune d'elle nous pousse<br /></span> +<span class="i0">Vers le funèbre monument.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Funèbre? non. Quelle caresse<br /></span> +<span class="i0">Vaut le sommeil sans lendemain?<br /></span> +<span class="i0">Vienne l'heure, pâle maîtresse<br /></span> +<span class="i0">Qu'on espère jamais en vain!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Elle viendra, consolatrice,<br /></span> +<span class="i0">Tarir la source des remords:<br /></span> +<span class="i0">Nulle passion tentatrice<br /></span> +<span class="i0">Ne trouble le repos des morts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ces heures, pleines d'espérance,<br /></span> +<span class="i0">De terreur ou de volupté,<br /></span> +<span class="i0">Ne sont pourtant qu'une apparence,<br /></span> +<span class="i0">Un rêve sans réalité.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le temps, l'espace: vain mirage,<br /></span> +<span class="i0">Mots creux auxquels rien ne répond;<br /></span> +<span class="i0">Bruit de la vague sur la plage,<br /></span> +<span class="i0">Du caillou dans le puits profond!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Avec le mètre et l'heure, infime,<br /></span> +<span class="i0">L'homme prétend jauger les mers<br /></span> +<span class="i0">Dont l'infini creuse l'abîme,<br /></span> +<span class="i0">Qui pour flots ont des univers!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sonnez, sonnez, Heures futiles,<br /></span> +<span class="i0">Mensonge par l'homme inventé!<br /></span> +<span class="i0">Résonnez! vos sons inutiles<br /></span> +<span class="i0">Se perdent dans l'éternité.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="SAEVA_MATER_AMORUM" id="SAEVA_MATER_AMORUM"></a><i>SÆVA MATER AMORUM</i></h3> + +<h4><i>À Madame</i>***</h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu m'as persécuté toujours dans ta colère;<br /></span> +<span class="i4">Tu n'as pas pardonné,<br /></span> +<span class="i0">O Vénus! qu'au grand art, à l'étude sévère<br /></span> +<span class="i4">Mon cœur se fût donné;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et tu m'as mis au flanc la chimère éternelle<br /></span> +<span class="i4">De l'Idéal rêvé:<br /></span> +<span class="i0">L'amour pur comme l'eau des lacs, profond comme elle,<br /></span> +<span class="i4">Que je n'ai pas trouvé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Qui sait? pour vivre heureux dans les bras de la femme<br /></span> +<span class="i4">Et protégé par toi,<br /></span> +<span class="i0">Fille des flots amers! peut-être au fond de l'âme<br /></span> +<span class="i4">Faut-il avoir la foi,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ne pas chercher un cœur pareil au sien, qui batte<br /></span> +<span class="i4">Toujours à l'unisson,<br /></span> +<span class="i0">Se contenter de la poupée, et quand on gratte<br /></span> +<span class="i4">Rire en voyant le son:<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Croire quand même, alors que l'effronté mensonge<br /></span> +<span class="i4">Vient nous crever les yeux,<br /></span> +<span class="i0">Prendre pour vérité ce qui n'est qu'un vain songe<br /></span> +<span class="i4">Et l'enfer pour les cieux;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Oublier tout, ne voir que la femme en ce monde,<br /></span> +<span class="i4">Se coucher sur le seuil<br /></span> +<span class="i0">Et sous un pied vainqueur jusqu'en la boue immonde<br /></span> +<span class="i4">Abattre son orgueil.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'homme, ô Vénus! peut-il dans ton culte perfide<br /></span> +<span class="i4">Trouver le vrai bonheur,<br /></span> +<span class="i0">S'il doit sacrifier sur ton autel avide<br /></span> +<span class="i4">Ce qui fait sa grandeur?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Qu'il soit maudit, l'autel dont la flamme dévore<br /></span> +<span class="i4">Et la science et l'art,<br /></span> +<span class="i0">Qui bannit la pensée et du cœur qui l'adore<br /></span> +<span class="i4">Veut le sang pour sa part!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Déesse sans pitié, charmerais-tu le monde<br /></span> +<span class="i4">Pour le déshériter?<br /></span> +<span class="i0">Mère de la beauté, tu dois être féconde<br /></span> +<span class="i4">Ou ne pas exister.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="ADAM_ET_EVE" id="ADAM_ET_EVE"></a>ADAM ET ÈVE</h3> + +<h4><span style="margin-left: 9em;"><i>Eritis sicut Dii.</i></span></h4> + + +<h4>I</h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">L'ivresse est envolée et l'espérance est morte:<br /></span> +<span class="i0">Ils ont goûté le fruit de l'arbre défendu.<br /></span> +<span class="i0">Jamais l'Ange pour eux ne rouvrira la porte<br /></span> +<span class="i4">Du paradis perdu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Depuis que du bonheur ils ont touché la cime,<br /></span> +<span class="i0">Soumis au châtiment, résignés à souffrir,<br /></span> +<span class="i0">Ils ne regrettent rien, ni l'exil, ni le crime,<br /></span> +<span class="i4">Ni l'horreur de mourir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La faim, la soif, n'ont rien dont le cœur se désole,<br /></span> +<span class="i0">Ni le soleil de feu, ni le désert géant;<br /></span> +<span class="i0">Qu'importe! ils ont l'Amour: de tout il les console<br /></span> +<span class="i4">Et le reste est néant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Car l'Amour, engendrant voluptés et tortures,<br /></span> +<span class="i0">N'était pas dans l'Eden aux vertus condamné:<br /></span> +<span class="i0">Il fallait pour qu'il fût connu des créatures<br /></span> +<span class="i4">Que le crime fût né.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">C'est sur le Désespoir que fleurit l'Espérance;<br /></span> +<span class="i0">Pour que le Rut devînt l'Amour prodigieux<br /></span> +<span class="i0">Il fallait aux humains le remords, la souffrance<br /></span> +<span class="i4">Et les pleurs dans les yeux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Sicut Dii!</i> Ce mot du tentateur suprême<br /></span> +<span class="i0">Était-ce donc vrai: le Mal nous a divinisés.<br /></span> +<span class="i0">L'Homme innocent jamais n'eût connu par lui-même<br /></span> +<span class="i4">Tout le prix des baisers!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils changent notre bouche en exquise blessure<br /></span> +<span class="i0">Par où coule à longs traits le sang des cœurs maudits,<br /></span> +<span class="i0">Nous rendant chaque jour, mortelle nourriture,<br /></span> +<span class="i4">Le fruit du paradis.<br /></span> +</div></div> + + +<h4>II</h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu savais bien, Iaveh! qu'en sa chair frémissante<br /></span> +<span class="i0">L'Homme, prompt à bénir et prompt à blasphémer,<br /></span> +<span class="i0">Cache une âme qui brûle, à vouloir impuissante<br /></span> +<span class="i4">Et faite pour aimer!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu mets près de la lèvre un fruit qui la désire;<br /></span> +<span class="i0">Tu dis: c'est le plaisir; n'y touchez pas! pourquoi?<br /></span> +<span class="i0">Sous notre pied glissant l'abîme nous attire:<br /></span> +<span class="i4">Qui l'a creusé? c'est toi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sentant de ton pouvoir s'ébranler l'édifice,<br /></span> +<span class="i0">O Dieu cruel! en vain pour racheter le Mal<br /></span> +<span class="i0">Tu donneras ton Fils, offert en sacrifice<br /></span> +<span class="i4">Comme un vil animal!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Trop tard! le blé se sèche et l'ivraie est fertile!<br /></span> +<span class="i0">Trop tard! le Mal a fait son œuvre pour toujours!<br /></span> +<span class="i0">Ton Fils sur un gibet souffre et meurt inutile:<br /></span> +<span class="i4">Et l'Homme, plein de jours,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Dédaignant tes Edens, méprisant tes supplices,<br /></span> +<span class="i0">Laissant aux chérubins ta céleste Sion,<br /></span> +<span class="i0">Bravant la mort, l'enfer, se plonge avec délices<br /></span> +<span class="i4">Dans la Damnation.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Sicut Dii!</i> non! non! le tentateur des âmes<br /></span> +<span class="i0">N'a pas dit vrai: car l'Homme est plus grand que les Dieux,<br /></span> +<span class="i0">Qui, n'ayant pas brûlé des diaboliques flammes,<br /></span> +<span class="i4">Se contentent des Cieux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'Homme règne en vainqueur sur la Terre sublime.<br /></span> +<span class="i0">Il vit: les Dieux sont morts ou se taisent, lassés:<br /></span> +<span class="i0">Son front touche le ciel, son pied fouille l'abîme:<br /></span> +<span class="i4">Lui seul, et c'est assez.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h2><a name="SONNETS" id="SONNETS"></a>SONNETS</h2> + + + +<div class="poem">———————————— +<div class="stanza"> </div> +</div> +<h3><a name="CHARLES_GOUNOD" id="CHARLES_GOUNOD"></a>CHARLES GOUNOD</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Son art a la douceur, le ton des vieux pastels.<br /></span> +<span class="i0">Toujours il adora vos voluptés bénies,<br /></span> +<span class="i0">Cloches saintes, concert des orgues, purs autels:<br /></span> +<span class="i0">De son œil clair il voit les beautés infinies.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sur la lyre d'ivoire, avec les Polymnies,<br /></span> +<span class="i0">Il dit l'hymne païen, cher aux Dieux immortels.<br /></span> +<span class="i0">«Faust» qui met dans sa main le sceptre des génies<br /></span> +<span class="i0">Égale les Juans, les Raouls et les Tells.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De Shakspeare et de Goethe il dore l'auréole;<br /></span> +<span class="i0">Sa voix a rehaussé l'éclat de leur parole:<br /></span> +<span class="i0">Leur œuvre de sa flamme a gardé le reflet.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Échos du mont Olympe, échos du Paraclet<br /></span> +<span class="i0">Sont redits par sa Muse aux langueurs de créole:<br /></span> +<span class="i0">Telle vibre à tous vents une harpe d'Éole.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_HENRI_SECOND" id="A_M_HENRI_SECOND"></a>À M. HENRI SECOND</h3> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i10">Réponse à son sonnet<br /></span> +<span class="i10"><i>Peines d'amour perdues.</i><br /></span> +</div></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Si nous nions le jour pour la lueur fugace,<br /></span> +<span class="i0">C'est que depuis l'aurore on égare nos pas,<br /></span> +<span class="i0">Avec un soin jaloux nous dérobant la trace<br /></span> +<span class="i0">Du droit chemin, qu'hélas! nous ne connaissons pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le poison du mensonge a nourri notre race,<br /></span> +<span class="i0">Le venin dans la coupe abreuve nos repas:<br /></span> +<span class="i0">En nos veines il coule et du sang prend la place;<br /></span> +<span class="i0">Le pain de vérité nous donne le trépas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'esprit faussé depuis la première jeunesse,<br /></span> +<span class="i0">Comment goûterions-nous les vrais biens? notre cœur<br /></span> +<span class="i0">A senti du Serpent la trompeuse caresse;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Il prend pour l'Idéal une impossible ivresse,<br /></span> +<span class="i0">Méprisant la Nature et le simple bonheur:<br /></span> +<span class="i0">Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_GEORGES_AUDIGIER" id="A_M_GEORGES_AUDIGIER"></a>À M. GEORGES AUDIGIER</h3> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Non, <i>loin des yeux</i> n'est pas <i>loin du cœur</i>! le contraire<br /></span> +<span class="i0">Pour les âmes d'élite est plutôt vérité.<br /></span> +<span class="i0">Quand d'amis sérieux il s'est fait une paire,<br /></span> +<span class="i0">L'un ne trahit pas l'autre après l'avoir quitté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'éloignement détruit l'amitié du Vulgaire<br /></span> +<span class="i0">Pour qui coule toujours l'eau du fleuve Léthé;<br /></span> +<span class="i0">C'est un sable mouvant: Bien fol et téméraire<br /></span> +<span class="i0">Qui se fierait jamais à sa solidité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">À nous qui caressons la divine chimère<br /></span> +<span class="i0">Et dont les hauts pensers se rencontrent aux cieux,<br /></span> +<span class="i0">Que font en plus, en moins, quelques pas sur la terre?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Loin de l'Antiquité, nous adorons ses dieux,<br /></span> +<span class="i0">Nous chérissons Virgile et vénérons Homère;<br /></span> +<span class="i0">Désirant nous revoir nous nous aimerons mieux.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="A_M_R_DE_LA_B" id="A_M_R_DE_LA_B"></a>À M. R. DE LA B***</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">En Espagne, mais loin du Tage<br /></span> +<span class="i0">Quand je me promène en chantant,<br /></span> +<span class="i0">Avez-vous retrouvé Carthage<br /></span> +<span class="i0">Aussi belle qu'en la quittant?<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Vous êtes fidèle à l'image<br /></span> +<span class="i0">D'un passé bien vague pourtant.<br /></span> +<span class="i0">Vous accuser d'être volage<br /></span> +<span class="i0">Serait un mensonge éclatant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Jeune homme, vous êtes un sage!<br /></span> +<span class="i0">Vous ne suivez pas le mirage<br /></span> +<span class="i0">D'un prisme mobile et changeant:<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Vous marchez droit, avec courage,<br /></span> +<span class="i0">Guidé par le pas diligent<br /></span> +<span class="i0">De Minerve au casque d'argent.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="CADIX" id="CADIX"></a>CADIX</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Blanche, verte et rosée,<br /></span> +<span class="i0">Ignorante des maux,<br /></span> +<span class="i0">Cadix, perle irisée<br /></span> +<span class="i0">Dans le reflet des eaux,<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Par la chaleur lassée<br /></span> +<span class="i0">Préfère aux durs travaux<br /></span> +<span class="i0">Du corps, de la pensée,<br /></span> +<span class="i0">Les courses de taureaux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">La baie immense creuse<br /></span> +<span class="i0">Sa coupe radieuse<br /></span> +<span class="i0">Pleine d'azur subtil;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Cadix, joie et délice,<br /></span> +<span class="i0">De l'énorme calice<br /></span> +<span class="i0">Est l'éclatant pistil.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LE_FOUJI-YAMA" id="LE_FOUJI-YAMA"></a>LE FOUJI-YAMA</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La solitude sied à l'âme endolorie<br /></span> +<span class="i0">Lasse de tout plaisir et veuve du bonheur<br /></span> +<span class="i0">Qui n'a plus rien à craindre et se sent aguerrie<br /></span> +<span class="i0">Contre l'âpre destin par l'excès du malheur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Vous qui souffrez et qui pleurez, n'ayez pas peur<br /></span> +<span class="i0">D'être seuls; de vos maux il se peut que l'on rie<br /></span> +<span class="i0">Si vous vous asseyez près du joyeux viveur,<br /></span> +<span class="i0">Et la foule banale est aux lieux où l'on prie.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ce mont fut un volcan: le temps l'a dévasté,<br /></span> +<span class="i0">Il est éteint. Les jours sont passés, où la lave<br /></span> +<span class="i0">Le long de ses beaux flancs ruisselait comme un gave.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Maintenant revêtu d'immortelle beauté,<br /></span> +<span class="i0">Seul dans le ciel, géant de neige à l'aspect grave,<br /></span> +<span class="i0">Il n'est plus que silence et qu'immobilité.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h2><a name="POESIES_DIVERSES" id="POESIES_DIVERSES"></a>POÉSIES DIVERSES</h2> + + + +<div class="poem">———————————— +<div class="stanza"> </div> +</div> +<h3><a name="ADIEU" id="ADIEU"></a>ADIEU</h3> + +<h4><i>À M. Louis Gallet.</i></h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je pars. Le vaisseau superbe<br /></span> +<span class="i0">Qui m'emportera demain<br /></span> +<span class="i0">Comme un sanglier dans l'herbe<br /></span> +<span class="i0">Dort, puissant, calme et hautain.<br /></span> +<span class="i0">Trouverai-je la tempête?<br /></span> +<span class="i0">Le cyclone, cet enfer?<br /></span> +<span class="i0">Qu'importe! c'est une fête<br /></span> +<span class="i0">De s'évader sur la mer.<br /></span> +<span class="i0">Je vais dans une île verte<br /></span> +<span class="i0">Que couronnent les volcans;<br /></span> +<span class="i0">Cette île n'est pas déserte:<br /></span> +<span class="i0">On y vit plus de cent ans.<br /></span> +<span class="i0">Là sont des plantes énormes,<br /></span> +<span class="i0">Des feuillages d'ornement.<br /></span> +<span class="i0">Vous m'attendrez sous les ormes<br /></span> +<span class="i0">En disant: quel garnement!<br /></span> +<span class="i0">Les succès et les déboires<br /></span> +<span class="i0">Des artistes du moment,<br /></span> +<span class="i0">Les batailles oratoires<br /></span> +<span class="i0">Des membres du Parlement,<br /></span> +<span class="i0">L'Opéra, temple des gloires<br /></span> +<span class="i0">Et des ennuis mêmement,<br /></span> +<span class="i0">Je vous laisse ces histoires:<br /></span> +<span class="i0">Jouissez-en largement!<br /></span> +<span class="i0">Moi, j'aurai pour nourriture<br /></span> +<span class="i0">De mon âme et de mon cœur<br /></span> +<span class="i0">Le calme de la Nature,<br /></span> +<span class="i0">L'oubli, père du bonheur!<br /></span> +<span class="i0">Ce sont voluptés réelles;<br /></span> +<span class="i0">Et je m'embarquerai sur<br /></span> +<span class="i0">Les triomphantes nacelles,<br /></span> +<span class="i0">Bercé par la mer d'azur<br /></span> +<span class="i0">Où les poissons ont des ailes!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="EN_ESPAGNE" id="EN_ESPAGNE"></a>EN ESPAGNE</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Guitares et mandolines<br /></span> +<span class="i0">Ont des sons qui font aimer.<br /></span> +<span class="i0">Tout en croquant des pralines<br /></span> +<span class="i0">Pépa se laisser charmer<br /></span> +<span class="i0">Quand jetant dièzes, bécarres,<br /></span> +<span class="i0">Mandolines et guitares<br /></span> +<span class="i0">Vibrent pour la désarmer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mandoline avec guitare<br /></span> +<span class="i0">Accompagnent de leur bruit<br /></span> +<span class="i0">Les amants suivant le phare<br /></span> +<span class="i0">De la beauté dans la nuit;<br /></span> +<span class="i0">Et Juana montre, féline,<br /></span> +<span class="i0">(Guitare avec mandoline)<br /></span> +<span class="i0">Sa bouche et son œil qui luit.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LE_JAPON" id="LE_JAPON"></a>LE JAPON</h3> + +<h4><i>À Madame Judith Gautier</i></h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Rêve de laque et d'or, le Japon merveilleux,<br /></span> +<span class="i0">Planète inaccessible, étonnement des yeux,<br /></span> +<span class="i0">Brillait là-bas. Ce qu'il accomplissait naguère,<br /></span> +<span class="i0">Aucun peuple n'a su ni ne saura le faire;<br /></span> +<span class="i0">C'était surnaturel à force d'être exquis;<br /></span> +<span class="i0">Son génie éclatait dans le moindre croquis.<br /></span> +<span class="i0">Il avait sa façon de comprendre les choses;<br /></span> +<span class="i0">Les oiseaux, les poissons, l'arbre, les lotus roses.<br /></span> +<span class="i0">La lune même, avaient des aspects inconnus<br /></span> +<span class="i0">Dans son art fantastique et vrai pourtant. Corps nus,<br /></span> +<span class="i0">Ou vêtus comme nul n'est vêtu sur la terre,<br /></span> +<span class="i0">Les Japonais vivaient gaîment et sans mystère<br /></span> +<span class="i0">Dans leurs maisons de bois aux cloisons de papier.<br /></span> +<span class="i0">Nourris d'un peu de riz, exerçant un métier,<br /></span> +<span class="i0">Ils travaillaient sans hâte, en riant; leur envie<br /></span> +<span class="i0">Se bornait simplement à jouir de la vie,<br /></span> +<span class="i0">À cultiver des fleurs, à charmer leurs regards<br /></span> +<span class="i0">Par tous ces bibelots qu'avaient créés leurs arts.<br /></span> +<span class="i0">Ils poétisaient tout; chez eux les hétaïres,<br /></span> +<span class="i0">Adorables, étaient «marchandes de sourires».<br /></span> +<span class="i0">De l'Extrême-Orient ils étaient l'Orient,<br /></span> +<span class="i0">Et la Chine pour eux n'était que l'Occident.<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ils sont las d'être heureux! Il leur faut l'Industrie,<br /></span> +<span class="i0">Le labeur écrasant, la machine qui crie,<br /></span> +<span class="i0">Siffle, obscurcit l'azur de ses noires vapeurs,<br /></span> +<span class="i0">Nos costumes sans goût, sans formes, sans couleurs,<br /></span> +<span class="i0">Notre vulgarité, nos chapeaux impossibles,<br /></span> +<span class="i0">Nos pantalons, nos arts frelatés et nos bibles.<br /></span> +<span class="i0">Ils étaient jolis dans leurs habits japonais;<br /></span> +<span class="i0">Sous nos accoutrements ils veulent être laids.<br /></span> +<span class="i0">Leurs femmes, d'élégance et de grâce prodiges,<br /></span> +<span class="i0">Étaient comme des fleurs se penchant sur leurs tiges;<br /></span> +<span class="i0">Elles pouvaient au monde imposer leurs atours,<br /></span> +<span class="i0">Changer l'axe du beau, le thème des amours!<br /></span> +<span class="i0">Mais telle qui traînait des robes de déesse<br /></span> +<span class="i0">Avec nos falbalas n'est plus qu'une singesse.<br /></span> +<span class="i0">C'en est fait! du Japon il faut faire son deuil,<br /></span> +<span class="i0">Tuer l'illusion et clouer son cercueil.<br /></span> +<span class="i0">«L'Empire du Soleil Levant» n'est plus qu'un trope;<br /></span> +<span class="i0">C'est l'Extrême-Occident, le singe de l'Europe!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LARBRE" id="LARBRE"></a>L'ARBRE</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">L'arbre, dont on fera des planches,<br /></span> +<span class="i0">Est vivant; il lève ses branches<br /></span> +<span class="i0">Comme de grands bras vers les cieux;<br /></span> +<span class="i0">Avec un murmure joyeux<br /></span> +<span class="i0">Il agite son beau feuillage<br /></span> +<span class="i0">Où l'oiseau plus joyeux que sage<br /></span> +<span class="i0">En chantant viendra se poser;<br /></span> +<span class="i0">Il donne à la terre un baiser<br /></span> +<span class="i0">De fraîcheur, dans la forêt sombre;<br /></span> +<span class="i0">On n'oserait compter le nombre<br /></span> +<span class="i0">De ses feuilles et de ses fleurs;<br /></span> +<span class="i0">C'est une fête de couleurs<br /></span> +<span class="i0">Quand sa verdure monotone<br /></span> +<span class="i0">S'enrichit aux feux de l'automne<br /></span> +<span class="i0">De pourpre et d'or; dans ses ramures,<br /></span> +<span class="i0">La nuit, comme en des chevelures<br /></span> +<span class="i0">On voit briller les diamants<br /></span> +<span class="i0">Aux yeux éblouis des amants,<br /></span> +<span class="i0">Les constellations scintillent;<br /></span> +<span class="i0">Des peuples d'insectes fourmillent<br /></span> +<span class="i0">Sur lui, vivent de son sang clair,<br /></span> +<span class="i0">Pur et limpide comme l'air<br /></span> +<span class="i0">Qui baigne sa cime orgueilleuse;<br /></span> +<span class="i0">L'enfant, la fillette rieuse,<br /></span> +<span class="i0">Malgré son âge et son aspect<br /></span> +<span class="i0">Auguste, viennent sans respect<br /></span> +<span class="i0">Cueillir avec des cris de joie<br /></span> +<span class="i0">Ses fruits savoureux, douce proie!<br /></span> +<span class="i0">Il est la force et la beauté;<br /></span> +<span class="i0">Il est la vie et la gaieté;<br /></span> +<span class="i0">À l'hamadryade pareille<br /></span> +<span class="i0">Dans ses flancs se cache l'abeille...<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La longue racine, sans bruit,<br /></span> +<span class="i0">Trace son chemin dans la nuit.<br /></span> +<span class="i0">Elle est l'obscure nourricière;<br /></span> +<span class="i0">Tandis qu'inondé de lumière<br /></span> +<span class="i0">L'arbre balance dans l'azur<br /></span> +<span class="i0">Son front verdoyant, d'un pas sûr<br /></span> +<span class="i0">Elle s'enfonce dans la fange;<br /></span> +<span class="i0">L'arbre chante et rit, elle mange;<br /></span> +<span class="i0">La feuille respire, au soleil<br /></span> +<span class="i0">La fleur ouvre son sein vermeil;<br /></span> +<span class="i0">Mais la racine vit sans joie:<br /></span> +<span class="i0">Pour que l'arbre à nos yeux déploie<br /></span> +<span class="i0">Tant de charmes et de splendeurs,<br /></span> +<span class="i0">Il faut qu'au monde des laideurs,<br /></span> +<span class="i0">De la pourriture fétide,<br /></span> +<span class="i0">Elle plonge, dans l'ombre humide.<br /></span> +<span class="i0">La froide limace, le ver,<br /></span> +<span class="i0">Toute une faune de l'enfer<br /></span> +<span class="i0">Rampe sur son écorce grise;<br /></span> +<span class="i0">Elle s'insinue, elle brise<br /></span> +<span class="i0">La pierre sous son lent effort;<br /></span> +<span class="i0">Dans l'œil de la tête de mort<br /></span> +<span class="i0">Elle enfonce ses radicelles<br /></span> +<span class="i0">Sans hésiter; elle est de celles<br /></span> +<span class="i0">Qui ne s'arrêtent devant rien;<br /></span> +<span class="i0">Pour elle il n'est ni mal ni bien.<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Oh! Dans les rayons, les étoiles<br /></span> +<span class="i0">Et l'azur, à travers les voiles<br /></span> +<span class="i0">Des légers brouillards du matin,<br /></span> +<span class="i0">Admirez l'arbre, le satin<br /></span> +<span class="i0">Des feuilles, le velours des mousses,<br /></span> +<span class="i0">Le vert tendre des jeunes pousses;<br /></span> +<span class="i0">D'un œil charmé voyez encor<br /></span> +<span class="i0">L'éclat des fleurs et des fruits d'or:<br /></span> +<span class="i0">Mais ne cherchez pas le mystère<br /></span> +<span class="i0">De la racine sous la terre!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LA_STATUE" id="LA_STATUE"></a>LA STATUE</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Le sculpteur modèle l'argile;<br /></span> +<span class="i0">Puis, prenant le marbre indocile,<br /></span> +<span class="i0">Le pétrit dans sa main habile<br /></span> +<span class="i0">Avec un patient effort;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ou bien sous sa fière tutelle<br /></span> +<span class="i0">Il soumet le bronze rebelle:<br /></span> +<span class="i0">Si la matière en est moins belle,<br /></span> +<span class="i0">Pour vaincre le temps il est fort;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Et contre ce temps qui le tue<br /></span> +<span class="i0">L'Homme en vain lutte et s'évertue,<br /></span> +<span class="i0">Quand, bronze ou marbre, la statue<br /></span> +<span class="i0">Immobile, impassible, voit<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">De son œil fixe et sans prunelle<br /></span> +<span class="i0">Passer les siècles devant elle<br /></span> +<span class="i0">Et s'avancer l'ombre éternelle<br /></span> +<span class="i0">Qui sur le passé toujours croît.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Tristes autels où se consume<br /></span> +<span class="i0">Un reste de tison qui fume,<br /></span> +<span class="i0">Enfoncez-vous dans cette brume<br /></span> +<span class="i0">Où le soleil ne luira plus!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Les dieux meurent: leurs temples vides<br /></span> +<span class="i0">Sont comme ces déserts arides<br /></span> +<span class="i0">Où frissonnaient jadis les rides<br /></span> +<span class="i0">Des grands océans disparus;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais l'Art a conservé l'image<br /></span> +<span class="i0">Du dieu que vénérait le mage<br /></span> +<span class="i0">Et que le fou comme le sage<br /></span> +<span class="i0">Venait adorer en tremblant:<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ce n'est plus le dieu qu'on adore;<br /></span> +<span class="i0">C'est sa forme vivante encore,<br /></span> +<span class="i0">C'est la Beauté, divine aurore<br /></span> +<span class="i0">Sortant, pure, du marbre blanc!<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="MORS" id="MORS"></a>MORS</h3> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Pourquoi craindre la mort? pourquoi s'effrayer d'elle?<br /></span> +<span class="i4">La mort est chose naturelle:<br /></span> +<span class="i0">Naître, vivre et mourir, c'est tout l'homme en trois mots.<br /></span> +<span class="i4">Comme aux flots succèdent les flots,<br /></span> +<span class="i0">Comme un clou chasse l'autre, un homme prend la place<br /></span> +<span class="i0">De celui qui vivait hier, et qui n'est plus;<br /></span> +<span class="i4">On s'en va sans laisser de trace.<br /></span> +<span class="i4">C'est la loi. Les derniers venus<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Reprennent le fardeau qui tombe de l'épaule<br /></span> +<span class="i0">Des anciens fatigués par le rude chemin<br /></span> +<span class="i4">Qui va de l'un à l'autre pôle.<br /></span> +<span class="i0">Ils ont marché longtemps; le repos vient enfin.<br /></span> +<span class="i0">On devrait le bénir, et comme une caresse<br /></span> +<span class="i0">Accueillir le baiser de l'obscure déesse.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Ah! dit l'homme, autrefois, quand on avait l'espoir<br /></span> +<span class="i0">D'un bonheur éternel, en s'endormant au soir<br /></span> +<span class="i0">De la vie, on croyait que sous la froide pierre<br /></span> +<span class="i4">S'ouvrait un gouffre de lumière;<br /></span> +<span class="i4">La mort était alors un bien.<br /></span> +<span class="i2">Mais quoi! songer, en mon destin morose,<br /></span> +<span class="i0">Qu'après avoir vécu je ne serai plus rien...<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i2">—Crois-tu donc être quelque chose?<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem">————————————</div> +<h3><a name="LE_PAYS_MERVEILLEUX" id="LE_PAYS_MERVEILLEUX"></a>LE PAYS MERVEILLEUX</h3> + +<h4><i>À M. Albert Périlhou.</i></h4> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Lorsqu'on a cheminé bien longtemps dans la plaine.<br /></span> +<span class="i0">Que les pieds sont lassés du chemin parcouru,<br /></span> +<span class="i0">On voit surgir au loin, vision surhumaine,<br /></span> +<span class="i0">Le mont géant. Il est brusquement apparu,<br /></span> +<span class="i0">Enveloppé d'azur et baigné de lumière;<br /></span> +<span class="i0">Plus haut que la nuée aux contours éclatants<br /></span> +<span class="i0">Il élève sa cime; on dirait qu'à la Terre<br /></span> +<span class="i0">Il est extérieur: ses pics étincelants<br /></span> +<span class="i0">Se dressent radieux dans un monde de gloire;<br /></span> +<span class="i0">C'est le pays rêvé, c'est l'Olympe des Dieux<br /></span> +<span class="i0">Qui boivent le nectar sur des trônes d'ivoire,<br /></span> +<span class="i0">C'est l'Idéal! montons, allons vivre en ces lieux<br /></span> +<span class="i0">Enchantés! gravissons la montagne, courage!<br /></span> +<span class="i0">Encor! montons encor! toujours! élevons-nous<br /></span> +<span class="i0">Au-dessus des forêts, au-dessus de l'orage<br /></span> +<span class="i0">Qui pour nous arrêter roule d'effrayants coups<br /></span> +<span class="i0">De tonnerre, et soufflant ses bruyantes rafales<br /></span> +<span class="i0">Brise et disperse au loin les branches des sapins;<br /></span> +<span class="i0">Là-haut plus de tempête, et plus de brouillards pâles<br /></span> +<span class="i0">Qui voilent le soleil! les vigoureux alpins<br /></span> +<span class="i0">Bravant sans hésiter fatigues et vertiges<br /></span> +<span class="i0">Auront pour récompense un séjour merveilleux<br /></span> +<span class="i0">Interdit à jamais aux faibles; des prodiges<br /></span> +<span class="i0">Attendent le regard de ces audacieux<br /></span> +<span class="i0">Qui méprisent le sol où rampent les timides.<br /></span> +<span class="i0">En route vers les cieux, loin des plaines humides,<br /></span> +<span class="i0">En avant!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i2">—Mais le roc a déjà remplacé<br /></span> +<span class="i0">La terre verdoyante et les pentes fleuries;<br /></span> +<span class="i0">Malgré l'ardent soleil, c'est un souffle glacé<br /></span> +<span class="i0">Qui tombe sur nos fronts; nos mains endolories<br /></span> +<span class="i0">S'écorchent au contact de la muraille à pic<br /></span> +<span class="i0">Qu'il faut escalader au risque de la chute.<br /></span> +<span class="i0">Plus un être vivant: le scorpion, l'aspic.<br /></span> +<span class="i0">Habitants des déserts, abandonnent la lutte<br /></span> +<span class="i0">Avec une nature implacable. Voici<br /></span> +<span class="i0">La neige immaculée, et voici dans la glace<br /></span> +<span class="i0">Perfide qui se fend, s'entr'ouvre, et sans merci<br /></span> +<span class="i0">Nous engloutit, l'affreux piège de la crevasse.<br /></span> +<span class="i0">Enfin l'air manque, et l'on respire avec effort...<br /></span> +<span class="i0">Le pays merveilleux est celui de la mort.<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Et c'est la plaine alors, la plaine dédaignée,<br /></span> +<span class="i0">Déroulant à nos pieds des tableaux inconnus,<br /></span> +<span class="i0">Qui dans l'azur et dans la lumière baignée<br /></span> +<span class="i0">Oppose sa richesse aux rochers froids et nus.<br /></span> +<span class="i0">La vie à sa surface est partout répandue:<br /></span> +<span class="i0">Confondant sa limite avec celle du ciel,<br /></span> +<span class="i0">L'œil ne peut mesurer son immense étendue...<br /></span> +</div></div> + +<div class="poem">—————</div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">O mirage qui fais d'un calice de fiel<br /></span> +<span class="i0">La coupe dont l'éclat fascinant nous attire,<br /></span> +<span class="i0">Tu nous trompes toujours! l'inassouvissement<br /></span> +<span class="i0">De l'âme des humains est l'éternel martyre,<br /></span> +<span class="i0">Et de leur fol orgueil l'éternel châtiment.<br /></span> +</div></div> + + + +<div class="poem"><br /><br /><br /><br />————————————</div> +<h2><a name="BOTRIOCEPHALE" id="BOTRIOCEPHALE"></a>BOTRIOCÉPHALE</h2> +<div class="poem">————————————</div> +<table summary="personages"> + +<tr><td colspan="2" align="center"><span class="smcap">bouffonnerie antique</span><br /><br /></td></tr> +<tr><td colspan="2" align="center"> +PERSONAGES:</td></tr> +<tr><td>BOTRIOCÉPHALE.</td><td><span class="smcap">Faune.</span></td></tr> +<tr><td>ALECTON.</td><td><span class="smcap">Furie.</span><br /></td></tr> +<tr><td colspan="2" align="center"><br /><br /><i><b>À M. Coquelin Cadet.</b></i></td></tr> +</table> + +<div class="poem">————————————</div> + + +<h4><span style="margin-left: 3em;">SCÈNE PREMIÈRE</span></h4> + +<div class="blockquot"><p>Un bois. BOTRIOCÉPHALE, <span style="font-size: 90%;">seul. Il est très jeune,<br /> adolescent, d'une +grosseur énorme et d'une laideur repoussante.</span></p></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">En vain j'en ai douté longtemps... je suis fort laid.<br /></span> +<span class="i0">Un Faune n'est jamais très joli; mais il est<br /></span> +<span class="i0">Des laideurs... vous savez bien ce que je veux dire,<br /></span> +<span class="i0">Et ce n'est pas du tout mon cas. J'apprête à rire!<br /></span> +<span class="i0">Aussi large que haut, disgracieux, ventru,<br /></span> +<span class="i0">Si je parle d'amour je suis un malotru.<br /></span> +<span class="i0">—Une Nymphe s'enfuit: c'est pour qu'on la rattrape<br /></span> +<span class="i0">Dans les saules; sa fuite est l'amoureuse trappe<br /></span> +<span class="i0">Où se prend la candeur des Faunes ingénus<br /></span> +<span class="i0">Immolés par Éros à sa mère Vénus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">On adresse en passant une parole osée<br /></span> +<span class="i0">Aux belles dont les pieds s'étoilent de rosée:<br /></span> +<span class="i0">Les belles font semblant d'avoir peur. Avec moi<br /></span> +<span class="i0">C'est différent: j'excite un redoutable émoi,<br /></span> +<span class="i0">Car je n'ai jamais fait mes frais. Sort misérable!<br /></span> +<span class="i0">J'attendrirais plutôt le chêne ou bien l'érable<br /></span> +<span class="i0">Au cœur dur, le rocher par Sisyphe roulé,<br /></span> +<span class="i0">L'enclume de Vulcain, le fils de Sémélé,<br /></span> +<span class="i0">Hercule, que la Nymphe aux yeux de violette<br /></span> +<span class="i0">Qui bondit en chantant sur les flancs de l'Hymette!<br /></span> +<span class="i0">Rester vierge est mon lot...—pour apaiser ma faim<br /></span> +<span class="i0">Allons chercher des fruits, de la crème et du pain.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Il sort tristement.</i><br /></span> +</div></div> + + +<h4><span style="margin-left: 3em;">SCÈNE II</span></h4> + +<div class="blockquot"><p>ALECTON <span style="font-size: 90%;">entre joyeusement. Elle est métamorphosée<br /> + en nymphe; ses +bras sont nus et ses cheveux retombent librement<br /> + sur ses épaules. +Type de beauté perverse et cruelle.</span></p></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je viens de me mirer dans l'eau d'une fontaine.<br /></span> +<span class="i0">Pluton n'a pas menti: la beauté souveraine<br /></span> +<span class="i0">Me revêt de splendeur.—La Furie Alecton,<br /></span> +<span class="i0">Noire comme la nuit, sèche comme un bâton,<br /></span> +<span class="i0">Serait méconnaissable à l'œil le plus sagace;<br /></span> +<span class="i0">Elle est Nymphe de pied en cap, Nymphe de race!<br /></span> +<span class="i0">—Lasse à la fin de faire endurer des tourments<br /></span> +<span class="i0">Aux morts, je veux aussi tourmenter les vivants,<br /></span> +<span class="i0">Et l'amour malheureux est leur plus grand supplice!<br /></span> +<span class="i0">C'est pourquoi j'ai voulu la beauté.—Mon caprice<br /></span> +<span class="i0">A fait rire Pluton sur son trône de jais.<br /></span> +<span class="i0">—Je te donne congé, m'a-t-il dit. Va-t'en! mais<br /></span> +<span class="i0">Crains les jeunes amants dont la fierté superbe<br /></span> +<span class="i0">Fleurira sur tes pas comme chardons dans l'herbe!<br /></span> +<span class="i0">Qu'un seul prenne un baiser sur ton joli menton<br /></span> +<span class="i0">Et la Nymphe aussitôt redevient Alecton.<br /></span> +<span class="i0">—Un baiser! et pourquoi le laisserais-je prendre?<br /></span> +<span class="i0">Parce que je suis belle, en serai-je plus tendre?<br /></span> +<span class="i0">Je méprise l'amour: son charme tant vanté<br /></span> +<span class="i0">Me semble fade ainsi que l'eau du froid Léthé.<br /></span> +<span class="i0">Des feux s'allumeront aux rayons de ma face,<br /></span> +<span class="i0">Mais ils ne fondront pas mon cœur: il est de glace<br /></span> +<span class="i0">À jamais...<br /></span> +</div></div> + + +<h4><span style="margin-left: 3em;">SCÈNE III</span></h4> + +<div class="blockquot"><p>ALECTON, BOTRIOCÉPHALE, <span style="font-size: 90%;">qui rentre tenant une corbeille de fruits.</span></p></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">—Une Nymphe au regard inconnu!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un Faune au ventre énorme, au vaste front cornu!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Vient-elle de l'Olympe ou des bois du Taygète?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part, avec une curiosité bienveillante</i>.</span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Comme il est gros et lourd! la monstrueuse tête!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"></span><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">O Vénus! qu'elle est belle!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part, avec admiration.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i10">O Pluton! qu'il est laid!<br /></span> +<span class="i0">Je n'ai jamais vu rien...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>toujours à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Une jatte de lait...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>toujours à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">D'aussi difforme...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">...Est moins blanche que son visage...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Même aux enfers...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Mais quoi, si je ne suis pas sage,<br /></span> +<span class="i0">Elle me chantera bientôt turlututu<br /></span> +<span class="i0">Comme les autres; mieux vaut se taire.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à Botriocéphale.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Où vas-tu,<br /></span> +<span class="i0">Faune?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>toujours à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Brillants et purs, ses yeux sont deux étoiles.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">L'araignée est moins laide au milieu de ses toiles.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je n'oserai jamais...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à Botriocéphale.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Tu ne me réponds pas,<br /></span> +<span class="i0">Jeune Faune?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à Alecton.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">J'allais faire un léger repas,<br /></span> +<span class="i0">Du laitage, des fruits... bien que depuis l'aurore<br /></span> +<span class="i0">Je sois dans la forêt, n'étant pas carnivore<br /></span> +<span class="i0">Ce peu que je tiens là me suffit.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à Botriocéphale.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Près de moi<br /></span> +<span class="i0">Viens!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais... je...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Suis-je faite à donner de l'effroi?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></span></h5> +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Comment!... elle m'appelle!... Ah! ce n'est pas possible,<br /></span> +<span class="i0">Je rêve... +</span></div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à Botriocéphale.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Viens!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>À part, charmée.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i9">Il est parfaitement horrible!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je ne lui fais pas peur... ma foi, profitons-en!<br /></span> +<span class="i0">Comme sera plus tard don César de Bazan<br /></span> +<span class="i0">Soyons hardi...<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>Il s'approche d'Alecton qui s'assied sur un tronc d'arbre et l'invite à +s'asseoir près d'elle.—À Alecton.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">—Du bois le feuillage est humide,<br /></span> +<span class="i0">N'est-ce pas? il y fait bien frais.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part, avec indulgence.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Il est timide.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à Alecton.</i></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">On entend murmurer la fontaine ici près<br /></span> +<span class="i0">Sur un beau lit de mousse, à l'ombre des cyprès.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à Botriocéphale.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je l'entends murmurer.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Le vol des hirondelles<br /></span> +<span class="i0">Dans l'azur éclatant met des battements d'ailes.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je les vois.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Et les fleurs, parure de l'été....<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>l'interrompant.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu ne me parles pas, Faune, de ma beauté!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je n'ose pas.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Pourquoi?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">C'est que... c'est la première<br /></span> +<span class="i0">Fois qu'une Nymphe à l'œil ruisselant de lumière<br /></span> +<span class="i0">Consent à m'écouter.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Pourquoi?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je suis si laid!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Eh! qu'importe si l'on n'est pas beau, quand on plaît?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Vous ne vous moquez pas?... avec ces bras de neige,<br /></span> +<span class="i0">Ces cheveux d'or...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais non, et pourquoi le ferais-je?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Vous me trouvez...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>affectueusement</i>.</span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Affreux; je l'ai dit, tu me plais.<br /></span> +<span class="i0">Et toi, n'aimes-tu pas la laideur?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je la hais!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>s'éloignant de Botriocéphale, à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Gare au baiser! s'il voit ma véritable forme<br /></span> +<span class="i0">Il fuira.—<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>À Botriocéphale.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Conte-moi des douceurs, Faune énorme!<br /></span> +<span class="i0">En prose, en vers, fais-moi d'amoureux compliments<br /></span> +<span class="i0">Qui reflètent ta flamme et peignent tes tourments!<br /></span> +<span class="i0">Tu me feras plaisir.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Hélas! on me rabroue<br /></span> +<span class="i0">Quand près de la beauté je veux faire la roue;<br /></span> +<span class="i0">Si bien que je n'ai pas su prendre encor le ton<br /></span> +<span class="i0">Des choses qu'on enroule autour d'un mirliton.<br /></span> +<span class="i0">Mais si dans mes discours je parais indigeste,<br /></span> +<span class="i0">Peut-être je saurai mieux parler par le geste;<br /></span> +<span class="i0">Laisse-moi commencer par un baiser.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Non pas!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Si je te plais, pourquoi refuser?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Le trépas<br /></span> +<span class="i0">Alors. Faune, vois-tu, ma pudeur est si forte<br /></span> +<span class="i0">Que je craindrais, sous ton baiser, de tomber morte.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La pudeur est un fleuve, il faut qu'elle ait son cours;<br /></span> +<span class="i0">Patience.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Si tu ne fais pas de discours,<br /></span> +<span class="i0">Au moins dis-moi ton nom.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>toussant pour s'éclaircir la voix.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Hum!<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>D'une voix tonnante.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Botriocéphale!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Il éveille l'écho. C'est comme une rafale<br /></span> +<span class="i0">Qui passe.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Et le tien; quel est-il?<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>évasivement</i>.</span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Nymphe des bois.<br /></span> +<span class="i0">Charme-moi. Fais entendre un peu ta grosse voix,<br /></span> +<span class="i0">Chante!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Dans le gosier j'ai là comme une arête<br /></span> +<span class="i0">Qui, si je veux chanter, à tout instant m'arrête;<br /></span> +<span class="i0">Et la chèvre Amalthée est comme un rossignol<br /></span> +<span class="i0">Auprès de moi.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Pour me distraire, attrape au vol<br /></span> +<span class="i0">Des papillons... ou danse en jouant de la flûte!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Danser! je ne saurais; à chaque pas je bute.<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je le veux! danse!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Mais je n'ai jamais dansé!<br /></span> +<span class="i0">Je ne sais pas danser!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Mon cher Botriocé-<br /></span> +<span class="i0">phale, en invoquant la divine Terpsichore,<br /></span> +<span class="i0">Jeune comme tu l'es, tu peux apprendre encore<br /></span> +<span class="i0">L'art de la danse; il n'est que la première fois<br /></span> +<span class="i0">Qui coûte! mais si tu refuses, dans les bois<br /></span> +<span class="i0">Je prends ma course et fuis jusqu'à perte d'haleine;<br /></span> +<span class="i0">Tu ne me joindras pas, courant comme Silène<br /></span> +<span class="i0">Quand il est ivre; et tu feras en vain des vœux<br /></span> +<span class="i0">Pour me revoir. Adieu pour toujours!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu le veux!<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>Il danse. Alecton qui le contemple avec une admiration croissante, +arrive peu à peu à une exaltation extraordinaire.</i></p></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>à part.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ah! pourquoi l'ai-je fait danser?... je suis perdue!<br /></span> +<span class="i0">À connaître l'amour serais-je descendue?<br /></span> +<span class="i0">Quel émoi! quel trouble! et quelle insolite ardeur<br /></span> +<span class="i0">Me dévore! je brûle!<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>Avec passion.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Ah! c'est trop de laideur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Il n'était que hideux, le voilà ridicule!<br /></span> +<span class="i0">La borne du grotesque à son aspect recule!<br /></span> +<span class="i0">Je n'en puis plus... je l'aime!...<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>À Botriocéphale.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">O Faune saugrenu,<br /></span> +<span class="i0">Grâce! tourne vers moi ton masque biscornu!<br /></span> +<span class="i0">Prends ce baiser que t'offre une Nymphe expirante...<br /></span> +<span class="i0">Tu seras mon amant... je serai ton amante...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Est-il possible! ô joie!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Arrête! ah! qu'ai-je dit?<br /></span> +<span class="i0">Si tu savais...<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>Fuyant et se débattant.</i></p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">O dieu cruel!... Pluton maudit!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>la poursuivant.</i></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Tu m'aimes!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Par pitié!...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i9">Ce baiser qui m'attire,<br /></span> +<span class="i0">Je l'aurai!... tu verras la fin de mon martyre!<br /></span> +</div></div> + +<div class="blockquot"><p><i>Il l'embrasse.</i></p></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>poussant un cri effroyable et reprenant sa forme de Furie.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Ah!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap">botriocéphale</span>, <i>épouvanté</i>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais qui donc es-tu?...<br /></span> +</div></div> + +<h5><span style="margin-left: 3em;"><span class="smcap">alecton</span>, <i>d'une voix terrible.</i></span></h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La Furie Alecton!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">botriocéphale</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Horreur! horreur! Va-t'en!<br /></span> +</div></div> + +<h5><span class="smcap"><span style="margin-left: 3em;">alecton</span></span>.</h5> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Au revoir! chez Pluton!<br /></span> +</div></div> + + +<h3><span style="margin-left: 3em;">FIN</span></h3> + +<div class="poem">————————————</div> + +<p>CALMANN LÉVY, ÉDITEUR</p> + +<p>DU MÊME AUTEUR</p> + +<p>Format grand in-18</p> + +<p>HARMONIE ET MÉLODIE 1 vol.</p> + +<p>6787-90.—<span class="smcap">Corbeil</span>. Imprimerie <span class="smcap">Crété</span>.</p> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RIMES FAMILIÈRES *** + +***** This file should be named 19992-h.htm or 19992-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/9/9/9/19992/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + + + +</pre> + +</body> +</html> + diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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