diff options
Diffstat (limited to '19992-8.txt')
| -rw-r--r-- | 19992-8.txt | 2305 |
1 files changed, 2305 insertions, 0 deletions
diff --git a/19992-8.txt b/19992-8.txt new file mode 100644 index 0000000..514e670 --- /dev/null +++ b/19992-8.txt @@ -0,0 +1,2305 @@ +The Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Rimes familières + +Author: Camille Saint-Saëns + +Release Date: December 2, 2006 [EBook #19992] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RIMES FAMILIÈRES *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + + + RIMES FAMILIÈRES + PAR + CAMILLE SAINT-SAËNS + + PARIS + CALMANN LÉVY, ÉDITEUR + ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES + 3, RUE AUBER, 3 + 1890 + Droits de reproduction et de traduction réservés. + + * * * * * + + + + +TABLE + + +PRÉLUDE + +STROPHES + +LA LIBELLULE +_MEA CULPA_ +À M. JACQUES D*** +À MADAME PAULINE VIARDOT +_CAVE CANEM_ +À M. GABRIEL FAURÉ +LE CHÊNE +MODESTIE +À AUGUSTA HOLMÈS +À LA MÊME +GNÔTI SEAUTON +À M. PIERRE B*** +À GRENADE +NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES +LES HEURES +_SÆVA MATER AMORUM_ +ADAM ET ÈVE + + +SONNETS + +CHARLES GOUNOD +À M. HENRI SECOND +À M. GEORGES AUDIGIER +À M. R. DE LA B*** +CADIX +LE FOUJI-YAMA + + +POÉSIES DIVERSES + +ADIEU +EN ESPAGNE +LE JAPON +L'ARBRE +LA STATUE +_MORS_ +LE PAYS MERVEILLEUX + + +BOTRIOCÉPHALE + + * * * * * + + + + +PRÉLUDE + +_À. M. L. J. C._ + + +Te souviens-tu de la tonnelle +Où nous déjeunâmes si bien? +De l'étincelante prunelle +De la servante, et de son chien? + +De l'omelette savoureuse? +De notre langage indiscret? +De la route au soleil poudreuse +Et des chênes de la forêt? + +En déjeunant, la Poésie +Fut le thème de nos discours, +Et le goût de cette ambroisie +À ma lèvre est resté toujours. + +Pourquoi? je ne saurais le dire, +Mais c'est un fait; pour mon malheur, +Je souffre à présent le martyre +Qui s'attache au flanc du rimeur. + +Je suis prisonnier de la Lyre; +Apollon s'est fait mon geôlier. +Si rien ne calme ce délire +Je deviendrai fou à lier! + +C'est toi, méchant petit gavroche, +Qui m'as fait ce cadeau fatal! +Ah! que n'es-tu sur une roche +Resté dans ton pays natal + +Où l'huile vierge mais épaisse, +L'ayoli prompt à revenir, +La brandade et la bouillabaisse +Auraient bien dû te retenir! + +Mais non! c'est trop d'ingratitude! +Pardonne à mon esprit pervers. +Entre nous, c'est la solitude +Qui m'a mis la tête à l'envers. + +Tu ne seras pas responsable +Si mes vers me sont reprochés; +C'est moi seul qui suis le coupable +Et je t'absous de mes péchés. + +Ou plutôt je te remercie: +Tu m'as ouvert un coin des cieux. +Sache-le bien: la Poésie +Est ce qui console le mieux. + + + + +STROPHES + + + + +LA LIBELLULE + +Près de l'étang, sur la prêle +Vole, agaçant le désir, +La Libellule au corps frêle +Qu'on voudrait en vain saisir. + +Est-ce une chimère, un rêve +Que traverse un rayon d'or? +Tout à coup elle fait trêve +À son lumineux essor. + +Elle part, elle se pose, +Apparaît dans un éclair +Et fuit, dédaignant la rose +Pour le lotus froid et clair. + +À la fois puissante et libre, +Soeur du vent, fille du ciel, +Son aile frissonne et vibre +Comme le luth d'Ariel. + +Fugitive, transparente, +Faite d'azur et de nuit, +Elle semble une âme errante +Sur l'eau qui dans l'ombre luit. + +Radieuse elle se joue +Sur les lotus entr'ouverts, +Comme un baiser sur la joue +De la Naïade aux yeux verts. + +Que cherche-t-elle? une proie. +Sa devise est: cruauté. +Le carnage met en joie +Son implacable beauté. + + + + +_MEA CULPA_ + + +_Meâ culpâ!_ je m'accuse +De n'être point décadent. +Dans les fruits trop verts, ma Muse +N'ose pas mettre la dent. + +Les gambades périlleuses +Ne sont pas de mon ressort: +Ces gaîtés sont dangereuses +Pour qui n'est pas assez fort. + +La témérité m'enchante +Chez les jeunes imprudents; +Mais tranquillement je chante, +Laissant passer les ardents. + +Ils vont, rompant tous les câbles, +Franchissant tous les fossés, +Truffant d'étranges vocables +Les hémistiches cassés, + +Et composent des salades +De couleurs avec des sons, +À faire tomber malades +Les strophes et les chansons. + +Du diable si je m'y frotte! +Tout ça n'est pas pour mon nez; +On m'enverrait à la hotte +Avec les journaux mort-nés. + +Je deviendrais vite aphone, +Si j'allais en étourdi +M'égosiller comme un Faune +Fêtant son après-midi. + +Laissons tous ces jeux d'adresse +À l'érudit, au savant. +Ce qui siérait à l'Altesse +Ne vaut rien pour le manant. + + + + +À M. JACQUES D*** + + +Jeune homme heureux à qui tout sourit dans la vie, + Garde bien ton bonheur! +Tu n'as jamais connu la haine ni l'envie; + La paix est dans ton coeur. + +Ta mère n'est plus là: mais ton père est un frère + Et ta femme est un ciel; +La coupe qui souvent n'a qu'une lie amère + Pour toi n'a que du miel. + +Peut-être voudrais-tu guerroyer dans l'armée + Des conquérants de l'Art, +Et qu'un jour t'acclamant, pour toi la Renommée + Déployât l'étendard. + +Imprudent! fuis la route où son clairon résonne! + Elle mène à l'enfer. +Si la déesse au front nous met une couronne, + La couronne est de fer. + +Tu connaîtras, hélas! si ton char met sa roue + Dans ce chemin glissant, +L'ornière qui se creuse, et le froid sur ta joue + De l'Aquilon puissant! + +Tu connaîtras les yeux menteurs, l'hypocrisie + Des serrements de mains, +Le masque d'amitié cachant la jalousie; + Les pâles lendemains + +De ces jours de triomphe où le troupeau vulgaire + Qui pèse au même poids +L'histrion ridicule et le génie austère + Vous met sur le pavois! + +La Gloire est infidèle et c'est une maîtresse + Plus âpre que la mort. +Quand on a le bonheur, à quoi bon cette ivresse? + Crains de tenter le Sort! + +Je sais qu'on avertit en vain ceux que dévore + La soif de l'inconnu. +Si le soir est trompeur, souviens-toi qu'à l'aurore + Je t'avais prévenu. + + + + +À MADAME PAULINE VIARDOT + + +Gloire de la Musique et de la Tragédie, +Muse qu'un laurier d'or couronna tant de fois, +Oserai-je parler de vous, lorsque ma voix +Au langage des vers follement s'étudie? + +Les poètes guidés par Apollon vainqueur +Ont seuls assez de fleurs pour en faire une gerbe +Digne de ce génie éclatant et superbe +Qui pour l'éternité vous a faite leur soeur. + +Du culte du beau chant prêtresse vénérée, +Ne laissez pas crouler son autel précieux, +Vous qui l'avez reçu comme un dépôt des cieux, +Vous qui du souvenir êtes la préférée! + +Ah! comment oublier l'implacable Fidès +De l'amour maternel endurant le supplice, +Orphée en pleurs qui pour revoir son Eurydice +Enhardi par Éros pénètre dans l'Hadès! + +Grande comme la Lyre et vibrante comme elle, +Vous avez eu dans l'Art un éclat nonpareil +Vision trop rapide, hélas! que nul soleil +Dans l'avenir jamais ne nous rendra plus belle! + + + + +_CAVE CANEM_ + + +Le chien n'est qu'un animal; +Mais l'homme, par qui tout change, +De l'animal fait un ange, +De la bête un idéal; + +D'un museau noir, un poème +De jais brillant au soleil. +Rien sous les cieux n'est pareil +Aux pattes du chien qu'on aime, + +À ses oreilles, tombant +Avec grâce, ou redressées, +Selon que vont les pensées +De cet être captivant. + +Un sourire est dans sa queue: +Le grand poète l'a dit. +Si quelque intrus en médit, +On l'évite d'une lieue. + +À son chien se confiant +Chacun pousse le courage +Jusqu'à braver de la rage +Le péril terrifiant. + +Devant Azor qu'on admire +Le genre humain disparaît. +Pour plus d'une, que serait +Un amant, près de Zémire! + +Ce fantoche intelligent +Grâce aux erreurs que je blâme +(Peut-être en les partageant) +Prend le meilleur de notre âme. + + + + +À M. GABRIEL FAURÉ + + +Ah! tu veux échapper à mes vers, misérable! + Tu crois les éviter. +Ils sont comme la pluie: il n'est ni Dieu ni Diable + Qui les puisse arrêter. + +Ils iront te trouver, franchissant les provinces + Et les départements, +Ainsi que l'hirondelle avec ses ailes minces + Bravant les éléments. + +Si tu fermes ta porte, alors par la fenêtre + Ils te viendront encor, +Étincelants, cruels, comme de la Pharètre + Sortent des flèches d'or; + +Et tu seras criblé de rimes acérées + Pénétrant jusqu'au coeur; +Et tu pousseras des clameurs désespérées + Sans calmer leur fureur. + +Pour te défendre, Aulète à l'oreille rebelle, + Tu brandiras en vain +Du dieu Pan qui t'a fait l'existence si belle + La flûte dans ta main. + +Elle rend sous ta lèvre experte et charmeresse + Un son voluptueux +Qui nous donne parfois l'inquiétante ivresse + D'un parfum vénéneux; + +Des accords savoureux, inouïs, téméraires, + Semant un vague effroi, +Apportant un écho des surhumaines sphères, + Inconnus avant toi. + +Mais l'essaim de mes vers, tourbillonnant, farouche, + Sur elle s'abattra, +Obstruant les tuyaux; le sens deviendra louche + Des sons qu'elle émettra; + +Puis, jouet inutile entre tes mains d'athlète, + La flûte se taira. +O vengeance terrible et dont l'ingrat poète + Le premier gémira! + +Car, pour lui, le retour de la rose ingénue + Après l'hiver méchant, +Après un jour brûlant la fraîcheur revenue + Ne valent pas ton chant! + + + + +LE CHÊNE + +_À M. Edmond Cottinet._ + + +Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse, + Ami des anciens jours? +Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse, + Le penses-tu toujours? + +Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre + Il n'a pas l'agrément; +Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre + Il a crû lentement. + +Sa racine a senti bien souvent de la roche + Le contact détesté; +Mais elle la contourne et sur elle s'accroche + Avec ténacité. + +Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe. + Qui durera verra! +L'herbe sera fauchée, et la cime superbe + Longtemps s'élèvera. + +L'arbuste pousse vite et son riche feuillage + À bientôt recouvert +Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge + Fait moins fort et moins vert. + +Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage + Et la tige et la fleur +De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage + Consacrer la valeur; + +Ses branches se tordant ainsi que des reptiles + Croîtront dans l'avenir, +Quand on aura perdu des plantes inutiles + Même le souvenir. + +À toi merci, prophète aux strophes téméraires, + Pour avoir deviné +Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires, + Était prédestiné! + + + + +MODESTIE + +_À M. René de Récy._ + +Plus d'un croit à sa victoire, +N'étant pas très érudit; +À qui connaît mieux l'Histoire +Tout orgueil est interdit. + +Tu pensais, triste éphémère, +Atteindre au comble de l'art! +Poète, regarde Homère! +Ou, musicien, Mozart! + +À tous ces géants énormes +Que nous montre le passé +Compare tes maigres formes, +O lutteur bientôt lassé! + +Des forces de la Nature +Ils ont la fécondité; +Ils ont la haute stature, +La surhumaine beauté + +De ces montagnes sublimes +Qui sans effort à nos yeux +Montrent des fleurs, des abîmes, +Et la neige dans les cieux. + + * * * * * + +Si nous écrivons trois lignes, +L'Univers tout étonné +Est averti par des signes +Qu'un chef-d'oeuvre nous est né. + +Étourdi par le tapage, +L'Univers est en arrêt. +Le temps souffle sur la page: +Le chef-d'oeuvre disparaît. + +On encense des idoles +Avec les genoux pliés; +Ceux dont on boit les paroles +Demain seront oubliés. + +Ne va pas, toi qui m'écoutes +En prenant des airs narquois, +T'aventurer dans des joûtes +Avec les grands d'autrefois! + +Tu te verrais, pauvre athlète, +Aussi faible qu'un enfant +Qui prendrait une arbalète +Pour combattre un éléphant. + + + + +À AUGUSTA HOLMÈS + + +L'Irlande t'a donnée à nous. Ta gloire est telle +Qu'un double rayon brille à ton front: Astarté, +Aussi belle que toi, ne savait qu'être belle; +Sapho qui t'égalait n'avait pas ta beauté. + +Tu chantes, comme vibre une forêt superbe +Qu'agite la fureur des grands vents déchaînés; +Comme aux feux de midi la cigale dans l'herbe; +Comme sur un récif les flots désordonnés. + +Ton talent réunit la force et la souplesse, +Et d'une défaillance il n'a pas à rougir; +Si tu peux gazouiller comme en son allégresse +L'oiseau des champs, tu sais comme un fauve rugir. + +La République, l'Art et l'Amour ont ensemble +Mêlé leurs voix, guidés par ta puissante main, +Cette main qui jamais n'hésite ni ne tremble, +Que la lyre soit d'or ou qu'elle soit d'airain. + +Tout un peuple a chanté l'Hymne de délivrance, +Vignerons, matelots, artisans, laboureurs, +Artistes et savants, parure de la France, +Les guerriers, les enfants qui leur jettent des fleurs. + +À ta flamme allumée en brillante spirale +La flamme des trépieds sur tous les fronts a lui, +Et nous avons trouvé dans l'Ode Triomphale +Pour le grand Centenaire un chant digne de lui. + +La Patrie adorée au tout-puissant génie +Te presse avec amour sur son coeur glorieux. +Sois par nous acclamée et par elle bénie, +Et puisse ton étoile illuminer les cieux! + + + + +À LA MÊME + + +Il est beau de passer la stature commune; + Mais c'est un grand danger: +Le vulgaire déteste une gloire importune + Qu'il ne peut partager. + +Tant qu'on a cru pouvoir vous tenir en lisière + Dans un niveau moyen, +On vous encourageait, souriant en arrière + Et vous disant: c'est bien! + +Mais quand vous avez eu le triomphe insolite, + L'éclat inusité, +Cet encouragement banal et vain bien vite + De vous s'est écarté; + +Et vous avez senti le frisson de la cime + Qui, seule dans le ciel, +N'a que l'azur immense autour d'elle, l'abîme + Et l'hiver éternel. + +On craint les forts; celui qui dompte la chimère + Est toujours détesté. +La haine est le plus grand hommage: soyez fière + De l'avoir mérité. + + + + +GNÔTI SEAUTON + + +La mer tente ma lyre avec ses épouvantes, +Ses caresses de femme et ses goëmons verts. +O mer trois fois perfide! alors que tu me hantes +Sur mon indignité j'ai les yeux grands ouverts. + +Je pourrais comme un autre en alignant des rimes +Dire ton glauque azur aux vastes horizons; +Je pourrais par des mots semés sur tes abîmes +Faire comme les flots s'entrechoquer des sons. + +Mais non, je suis trop peu pour cette rude tâche; +Tu m'as découragé par ton immensité. +L'effort est surhumain et je me sens trop lâche +Pour peindre dans mes vers ta terrible beauté. + +Que d'autres plus hardis t'adressent la parole, +Comparent ton murmure à celui du sapin; +Je n'ose pas. Et puis ce serait chose folle +De te chanter encor après Jean Richepin. + + + + +À M. PIERRE B*** + + +Pierre, je t'ai vu naître et de ta jeune gloire +J'aimerais à fêter les lauriers radieux. +D'où vient donc ton silence et quelle est l'humeur noire +Qui fait plier ton aile et te ferme les cieux? + +Je la connais; je sais qu'une triste chimère +A toujours assombri ton âme. La Vertu +Que tu voulais chanter dans ton désir austère +A mis son doigt glacé sur ton luth: il s'est tu. + +La Vertu! que le ciel me garde d'en médire! +Il n'est rien de si beau, de si grand à mes yeux. +Mais--(mieux que moi ton père est là pour t'en instruire) +On la célèbre mal dans la langue des dieux. + +Quand Homère chantait la colère d'Achille, +Quand Horace effeuillait des roses sur le vin, +Sur la reine Didon lorsque pleurait Virgile +Inventant pour la plaindre un langage divin, + +Nul d'entre eux ne songeait à réformer le monde; +Poètes, ils faisaient des vers, comme en été +L'abeille cherche dans la corolle profonde +Son miel dont la saveur est une volupté. + +Rouvre ton aile, ami! sois digne de ta race! +De corriger les moeurs ne va pas te flatter. +Le feu de la Jeunesse est la lave qui passe, +Et des sermons rimés ne peuvent l'arrêter. + +Chante l'astre, la fleur, les bois, la mer si belle, +Les splendeurs de la Femme et les malheurs des Rois, +Le tout-puissant Amour, la Vengeance cruelle, +Et non le pot-au-feu d'un ménage bourgeois! + +Sois poète: tes doigts savent toucher la Lyre; +Ils ont eu les leçons d'une savante main. +Oh! comme il me sera délicieux de lire +Le volume de vers que tu feras demain! + + + + +À GRENADE. + +_À M. Georges Clairin._ + + +L'Alhambra, qu'ont bâti les enfants du prophète, +Contre la vétusté vaillamment se défend. +Il est toujours paré comme pour une fête; +On dirait qu'il espère: on dirait qu'il attend. + +Qui sait--(toujours l'Islam agrandit son empire!) +Si les fils de Mahom, enchantement des yeux, +Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire, +N'y replanteront pas l'étendard des ayeux? + +Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles +N'est plus l'inspirateur des conquérants jaloux; +Les peuples d'Occident se livrent des batailles, +Mais ce n'est plus la Foi qui dirige leurs coups. + +Ils ergotent sans fin sur des questions vaines; +Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas; +Et, faisant bon marché des souffrances humaines, +Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas. + +Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides, +L'ange exterminateur qui vient pour les punir! +Le néant est au bout des luttes fratricides: +Ils disparaîtront tous, s'ils ne savent s'unir; + +Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages, +Ils seront endormis dans l'éternel sommeil, +De l'Orient divin, d'où sont venus les Mages, +De l'Orient vainqueur renaîtra le Soleil! + + + + +NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES + + +Ne soyons pas trop débonnaires; +Aimer quand même est lâcheté. +Pour les méchants restons sévères, +Gardons aux bons notre bonté. + +Pardonnez! dit-on.--C'est facile, +Et doux même aux coeurs bien placés. +L'âpre vengeance est inutile; +Le mépris venge bien assez. + +Mais prodiguer à tous les traîtres +Le trésor de son amitié! +Jeter son or par les fenêtres +À des assassins sans pitié! + +Devant eux ôter sa cuirasse! +Presser sur un sein désarmé +Ceux dont on peut suivre la trace +À tout le mal qu'ils ont semé! + +Ce n'est pas seulement faiblesse, +C'est une mauvaise action. +De quoi paira-t-on la tendresse, +La fidèle dévotion + +De l'ami vrai, si l'hypocrite +Dont le sourire est plein de fiel +Comme celui qui la mérite +Reçoit l'amitié, don du ciel! + +Pour le Titan point de clémence! +Il est précipité des cieux. +Le dragon périt sous la lance +De l'Archange victorieux. + +Ayons plus de miséricorde; +Mais pas d'attendrissement vain! +Aux méchants le sage n'accorde +Qu'un entier et parfait dédain. + + + + +LES HEURES + + +Toutes nous blessent, la dernière +Nous tue, ayant enfin pitié +Quand elle achève sans colère +L'oeuvre faite plus d'à moitié. + +Les autres, même la plus douce, +Hélas! nous usent lentement, +Et chacune d'elle nous pousse +Vers le funèbre monument. + +Funèbre? non. Quelle caresse +Vaut le sommeil sans lendemain? +Vienne l'heure, pâle maîtresse +Qu'on espère jamais en vain! + +Elle viendra, consolatrice, +Tarir la source des remords: +Nulle passion tentatrice +Ne trouble le repos des morts. + + * * * * * + +Ces heures, pleines d'espérance, +De terreur ou de volupté, +Ne sont pourtant qu'une apparence, +Un rêve sans réalité. + +Le temps, l'espace: vain mirage, +Mots creux auxquels rien ne répond; +Bruit de la vague sur la plage, +Du caillou dans le puits profond! + +Avec le mètre et l'heure, infime, +L'homme prétend jauger les mers +Dont l'infini creuse l'abîme, +Qui pour flots ont des univers! + +Sonnez, sonnez, Heures futiles, +Mensonge par l'homme inventé! +Résonnez! vos sons inutiles +Se perdent dans l'éternité. + + + + +_SÆVA MATER AMORUM_ + +_À Madame_*** + + +Tu m'as persécuté toujours dans ta colère; + Tu n'as pas pardonné, +O Vénus! qu'au grand art, à l'étude sévère + Mon coeur se fût donné; + +Et tu m'as mis au flanc la chimère éternelle + De l'Idéal rêvé: +L'amour pur comme l'eau des lacs, profond comme elle, + Que je n'ai pas trouvé. + +Qui sait? pour vivre heureux dans les bras de la femme + Et protégé par toi, +Fille des flots amers! peut-être au fond de l'âme + Faut-il avoir la foi, + +Ne pas chercher un coeur pareil au sien, qui batte + Toujours à l'unisson, +Se contenter de la poupée, et quand on gratte + Rire en voyant le son: + +Croire quand même, alors que l'effronté mensonge + Vient nous crever les yeux, +Prendre pour vérité ce qui n'est qu'un vain songe + Et l'enfer pour les cieux; + +Oublier tout, ne voir que la femme en ce monde, + Se coucher sur le seuil +Et sous un pied vainqueur jusqu'en la boue immonde + Abattre son orgueil. + +L'homme, ô Vénus! peut-il dans ton culte perfide + Trouver le vrai bonheur, +S'il doit sacrifier sur ton autel avide + Ce qui fait sa grandeur? + +Qu'il soit maudit, l'autel dont la flamme dévore + Et la science et l'art, +Qui bannit la pensée et du coeur qui l'adore + Veut le sang pour sa part! + +Déesse sans pitié, charmerais-tu le monde + Pour le déshériter? +Mère de la beauté, tu dois être féconde + Ou ne pas exister. + + + + +ADAM ET ÈVE + +_Eritis sicut Dii._ + + +I + +L'ivresse est envolée et l'espérance est morte: +Ils ont goûté le fruit de l'arbre défendu. +Jamais l'Ange pour eux ne rouvrira la porte + Du paradis perdu. + +Depuis que du bonheur ils ont touché la cime, +Soumis au châtiment, résignés à souffrir, +Ils ne regrettent rien, ni l'exil, ni le crime, + Ni l'horreur de mourir. + +La faim, la soif, n'ont rien dont le coeur se désole, +Ni le soleil de feu, ni le désert géant; +Qu'importe! ils ont l'Amour: de tout il les console + Et le reste est néant. + +Car l'Amour, engendrant voluptés et tortures, +N'était pas dans l'Eden aux vertus condamné: +Il fallait pour qu'il fût connu des créatures + Que le crime fût né. + +C'est sur le Désespoir que fleurit l'Espérance; +Pour que le Rut devînt l'Amour prodigieux +Il fallait aux humains le remords, la souffrance + Et les pleurs dans les yeux. + +_Sicut Dii!_ Ce mot du tentateur suprême +Était-ce donc vrai: le Mal nous a divinisés. +L'Homme innocent jamais n'eût connu par lui-même + Tout le prix des baisers! + +Ils changent notre bouche en exquise blessure +Par où coule à longs traits le sang des coeurs maudits, +Nous rendant chaque jour, mortelle nourriture, + Le fruit du paradis. + + +II + +Tu savais bien, Iaveh! qu'en sa chair frémissante +L'Homme, prompt à bénir et prompt à blasphémer, +Cache une âme qui brûle, à vouloir impuissante + Et faite pour aimer! + +Tu mets près de la lèvre un fruit qui la désire; +Tu dis: c'est le plaisir; n'y touchez pas! pourquoi? +Sous notre pied glissant l'abîme nous attire: + Qui l'a creusé? c'est toi! + +Sentant de ton pouvoir s'ébranler l'édifice, +O Dieu cruel! en vain pour racheter le Mal +Tu donneras ton Fils, offert en sacrifice + Comme un vil animal! + +Trop tard! le blé se sèche et l'ivraie est fertile! +Trop tard! le Mal a fait son oeuvre pour toujours! +Ton Fils sur un gibet souffre et meurt inutile: + Et l'Homme, plein de jours, + +Dédaignant tes Edens, méprisant tes supplices, +Laissant aux chérubins ta céleste Sion, +Bravant la mort, l'enfer, se plonge avec délices + Dans la Damnation. + +_Sicut Dii!_ non! non! le tentateur des âmes +N'a pas dit vrai: car l'Homme est plus grand que les Dieux, +Qui, n'ayant pas brûlé des diaboliques flammes, + Se contentent des Cieux! + +L'Homme règne en vainqueur sur la Terre sublime. +Il vit: les Dieux sont morts ou se taisent, lassés: +Son front touche le ciel, son pied fouille l'abîme: + Lui seul, et c'est assez. + + + + +SONNETS + + + + +CHARLES GOUNOD + + +Son art a la douceur, le ton des vieux pastels. +Toujours il adora vos voluptés bénies, +Cloches saintes, concert des orgues, purs autels: +De son oeil clair il voit les beautés infinies. + +Sur la lyre d'ivoire, avec les Polymnies, +Il dit l'hymne païen, cher aux Dieux immortels. +«Faust» qui met dans sa main le sceptre des génies +Égale les Juans, les Raouls et les Tells. + +De Shakspeare et de Goethe il dore l'auréole; +Sa voix a rehaussé l'éclat de leur parole: +Leur oeuvre de sa flamme a gardé le reflet. + +Échos du mont Olympe, échos du Paraclet +Sont redits par sa Muse aux langueurs de créole: +Telle vibre à tous vents une harpe d'Éole. + + + + +À M. HENRI SECOND + +Réponse à son sonnet +_Peines d'amour perdues._ + +Si nous nions le jour pour la lueur fugace, +C'est que depuis l'aurore on égare nos pas, +Avec un soin jaloux nous dérobant la trace +Du droit chemin, qu'hélas! nous ne connaissons pas. + +Le poison du mensonge a nourri notre race, +Le venin dans la coupe abreuve nos repas: +En nos veines il coule et du sang prend la place; +Le pain de vérité nous donne le trépas. + +L'esprit faussé depuis la première jeunesse, +Comment goûterions-nous les vrais biens? notre coeur +A senti du Serpent la trompeuse caresse; + +Il prend pour l'Idéal une impossible ivresse, +Méprisant la Nature et le simple bonheur: +Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur. + + + + +À M. GEORGES AUDIGIER + +Non, _loin des yeux_ n'est pas _loin du coeur_! le contraire +Pour les âmes d'élite est plutôt vérité. +Quand d'amis sérieux il s'est fait une paire, +L'un ne trahit pas l'autre après l'avoir quitté. + +L'éloignement détruit l'amitié du Vulgaire +Pour qui coule toujours l'eau du fleuve Léthé; +C'est un sable mouvant: Bien fol et téméraire +Qui se fierait jamais à sa solidité! + +À nous qui caressons la divine chimère +Et dont les hauts pensers se rencontrent aux cieux, +Que font en plus, en moins, quelques pas sur la terre? + +Loin de l'Antiquité, nous adorons ses dieux, +Nous chérissons Virgile et vénérons Homère; +Désirant nous revoir nous nous aimerons mieux. + + + + +À M. R. DE LA B*** + + +En Espagne, mais loin du Tage +Quand je me promène en chantant, +Avez-vous retrouvé Carthage +Aussi belle qu'en la quittant? + +Vous êtes fidèle à l'image +D'un passé bien vague pourtant. +Vous accuser d'être volage +Serait un mensonge éclatant. + +Jeune homme, vous êtes un sage! +Vous ne suivez pas le mirage +D'un prisme mobile et changeant: + +Vous marchez droit, avec courage, +Guidé par le pas diligent +De Minerve au casque d'argent. + + + + +CADIX + + +Blanche, verte et rosée, +Ignorante des maux, +Cadix, perle irisée +Dans le reflet des eaux, + +Par la chaleur lassée +Préfère aux durs travaux +Du corps, de la pensée, +Les courses de taureaux. + +La baie immense creuse +Sa coupe radieuse +Pleine d'azur subtil; + +Cadix, joie et délice, +De l'énorme calice +Est l'éclatant pistil. + + + + +LE FOUJI-YAMA + + +La solitude sied à l'âme endolorie +Lasse de tout plaisir et veuve du bonheur +Qui n'a plus rien à craindre et se sent aguerrie +Contre l'âpre destin par l'excès du malheur. + +Vous qui souffrez et qui pleurez, n'ayez pas peur +D'être seuls; de vos maux il se peut que l'on rie +Si vous vous asseyez près du joyeux viveur, +Et la foule banale est aux lieux où l'on prie. + +Ce mont fut un volcan: le temps l'a dévasté, +Il est éteint. Les jours sont passés, où la lave +Le long de ses beaux flancs ruisselait comme un gave. + +Maintenant revêtu d'immortelle beauté, +Seul dans le ciel, géant de neige à l'aspect grave, +Il n'est plus que silence et qu'immobilité. + + + + +POÉSIES DIVERSES + + + + +ADIEU + +_À M. Louis Gallet._ + +Je pars. Le vaisseau superbe +Qui m'emportera demain +Comme un sanglier dans l'herbe +Dort, puissant, calme et hautain. +Trouverai-je la tempête? +Le cyclone, cet enfer? +Qu'importe! c'est une fête +De s'évader sur la mer. +Je vais dans une île verte +Que couronnent les volcans; +Cette île n'est pas déserte: +On y vit plus de cent ans. +Là sont des plantes énormes, +Des feuillages d'ornement. +Vous m'attendrez sous les ormes +En disant: quel garnement! +Les succès et les déboires +Des artistes du moment, +Les batailles oratoires +Des membres du Parlement, +L'Opéra, temple des gloires +Et des ennuis mêmement, +Je vous laisse ces histoires: +Jouissez-en largement! +Moi, j'aurai pour nourriture +De mon âme et de mon coeur +Le calme de la Nature, +L'oubli, père du bonheur! +Ce sont voluptés réelles; +Et je m'embarquerai sur +Les triomphantes nacelles, +Bercé par la mer d'azur +Où les poissons ont des ailes! + + + + +EN ESPAGNE + + +Guitares et mandolines +Ont des sons qui font aimer. +Tout en croquant des pralines +Pépa se laisser charmer +Quand jetant dièzes, bécarres, +Mandolines et guitares +Vibrent pour la désarmer. + +Mandoline avec guitare +Accompagnent de leur bruit +Les amants suivant le phare +De la beauté dans la nuit; +Et Juana montre, féline, +(Guitare avec mandoline) +Sa bouche et son oeil qui luit. + + + + +LE JAPON + +_À Madame Judith Gautier_ + + +Rêve de laque et d'or, le Japon merveilleux, +Planète inaccessible, étonnement des yeux, +Brillait là-bas. Ce qu'il accomplissait naguère, +Aucun peuple n'a su ni ne saura le faire; +C'était surnaturel à force d'être exquis; +Son génie éclatait dans le moindre croquis. +Il avait sa façon de comprendre les choses; +Les oiseaux, les poissons, l'arbre, les lotus roses. +La lune même, avaient des aspects inconnus +Dans son art fantastique et vrai pourtant. Corps nus, +Ou vêtus comme nul n'est vêtu sur la terre, +Les Japonais vivaient gaîment et sans mystère +Dans leurs maisons de bois aux cloisons de papier. +Nourris d'un peu de riz, exerçant un métier, +Ils travaillaient sans hâte, en riant; leur envie +Se bornait simplement à jouir de la vie, +À cultiver des fleurs, à charmer leurs regards +Par tous ces bibelots qu'avaient créés leurs arts. +Ils poétisaient tout; chez eux les hétaïres, +Adorables, étaient «marchandes de sourires». +De l'Extrême-Orient ils étaient l'Orient, +Et la Chine pour eux n'était que l'Occident. + + * * * * * + +Ils sont las d'être heureux! Il leur faut l'Industrie, +Le labeur écrasant, la machine qui crie, +Siffle, obscurcit l'azur de ses noires vapeurs, +Nos costumes sans goût, sans formes, sans couleurs, +Notre vulgarité, nos chapeaux impossibles, +Nos pantalons, nos arts frelatés et nos bibles. +Ils étaient jolis dans leurs habits japonais; +Sous nos accoutrements ils veulent être laids. +Leurs femmes, d'élégance et de grâce prodiges, +Étaient comme des fleurs se penchant sur leurs tiges; +Elles pouvaient au monde imposer leurs atours, +Changer l'axe du beau, le thème des amours! +Mais telle qui traînait des robes de déesse +Avec nos falbalas n'est plus qu'une singesse. +C'en est fait! du Japon il faut faire son deuil, +Tuer l'illusion et clouer son cercueil. +«L'Empire du Soleil Levant» n'est plus qu'un trope; +C'est l'Extrême-Occident, le singe de l'Europe! + + + + +L'ARBRE + + +L'arbre, dont on fera des planches, +Est vivant; il lève ses branches +Comme de grands bras vers les cieux; +Avec un murmure joyeux +Il agite son beau feuillage +Où l'oiseau plus joyeux que sage +En chantant viendra se poser; +Il donne à la terre un baiser +De fraîcheur, dans la forêt sombre; +On n'oserait compter le nombre +De ses feuilles et de ses fleurs; +C'est une fête de couleurs +Quand sa verdure monotone +S'enrichit aux feux de l'automne +De pourpre et d'or; dans ses ramures, +La nuit, comme en des chevelures +On voit briller les diamants +Aux yeux éblouis des amants, +Les constellations scintillent; +Des peuples d'insectes fourmillent +Sur lui, vivent de son sang clair, +Pur et limpide comme l'air +Qui baigne sa cime orgueilleuse; +L'enfant, la fillette rieuse, +Malgré son âge et son aspect +Auguste, viennent sans respect +Cueillir avec des cris de joie +Ses fruits savoureux, douce proie! +Il est la force et la beauté; +Il est la vie et la gaieté; +À l'hamadryade pareille +Dans ses flancs se cache l'abeille... + + * * * * * + +La longue racine, sans bruit, +Trace son chemin dans la nuit. +Elle est l'obscure nourricière; +Tandis qu'inondé de lumière +L'arbre balance dans l'azur +Son front verdoyant, d'un pas sûr +Elle s'enfonce dans la fange; +L'arbre chante et rit, elle mange; +La feuille respire, au soleil +La fleur ouvre son sein vermeil; +Mais la racine vit sans joie: +Pour que l'arbre à nos yeux déploie +Tant de charmes et de splendeurs, +Il faut qu'au monde des laideurs, +De la pourriture fétide, +Elle plonge, dans l'ombre humide. +La froide limace, le ver, +Toute une faune de l'enfer +Rampe sur son écorce grise; +Elle s'insinue, elle brise +La pierre sous son lent effort; +Dans l'oeil de la tête de mort +Elle enfonce ses radicelles +Sans hésiter; elle est de celles +Qui ne s'arrêtent devant rien; +Pour elle il n'est ni mal ni bien. + + * * * * * + +Oh! Dans les rayons, les étoiles +Et l'azur, à travers les voiles +Des légers brouillards du matin, +Admirez l'arbre, le satin +Des feuilles, le velours des mousses, +Le vert tendre des jeunes pousses; +D'un oeil charmé voyez encor +L'éclat des fleurs et des fruits d'or: +Mais ne cherchez pas le mystère +De la racine sous la terre! + + + + +LA STATUE + + +Le sculpteur modèle l'argile; +Puis, prenant le marbre indocile, +Le pétrit dans sa main habile +Avec un patient effort; + +Ou bien sous sa fière tutelle +Il soumet le bronze rebelle: +Si la matière en est moins belle, +Pour vaincre le temps il est fort; + +Et contre ce temps qui le tue +L'Homme en vain lutte et s'évertue, +Quand, bronze ou marbre, la statue +Immobile, impassible, voit + +De son oeil fixe et sans prunelle +Passer les siècles devant elle +Et s'avancer l'ombre éternelle +Qui sur le passé toujours croît. + +Tristes autels où se consume +Un reste de tison qui fume, +Enfoncez-vous dans cette brume +Où le soleil ne luira plus! + +Les dieux meurent: leurs temples vides +Sont comme ces déserts arides +Où frissonnaient jadis les rides +Des grands océans disparus; + +Mais l'Art a conservé l'image +Du dieu que vénérait le mage +Et que le fou comme le sage +Venait adorer en tremblant: + +Ce n'est plus le dieu qu'on adore; +C'est sa forme vivante encore, +C'est la Beauté, divine aurore +Sortant, pure, du marbre blanc! + + + + +MORS + + +Pourquoi craindre la mort? pourquoi s'effrayer d'elle? + La mort est chose naturelle: +Naître, vivre et mourir, c'est tout l'homme en trois mots. + Comme aux flots succèdent les flots, +Comme un clou chasse l'autre, un homme prend la place +De celui qui vivait hier, et qui n'est plus; + On s'en va sans laisser de trace. + C'est la loi. Les derniers venus + +Reprennent le fardeau qui tombe de l'épaule +Des anciens fatigués par le rude chemin + Qui va de l'un à l'autre pôle. +Ils ont marché longtemps; le repos vient enfin. +On devrait le bénir, et comme une caresse +Accueillir le baiser de l'obscure déesse. + +Ah! dit l'homme, autrefois, quand on avait l'espoir +D'un bonheur éternel, en s'endormant au soir +De la vie, on croyait que sous la froide pierre + S'ouvrait un gouffre de lumière; + La mort était alors un bien. + Mais quoi! songer, en mon destin morose, +Qu'après avoir vécu je ne serai plus rien... + + --Crois-tu donc être quelque chose? + + + + +LE PAYS MERVEILLEUX + +_À M. Albert Périlhou._ + + +Lorsqu'on a cheminé bien longtemps dans la plaine. +Que les pieds sont lassés du chemin parcouru, +On voit surgir au loin, vision surhumaine, +Le mont géant. Il est brusquement apparu, +Enveloppé d'azur et baigné de lumière; +Plus haut que la nuée aux contours éclatants +Il élève sa cime; on dirait qu'à la Terre +Il est extérieur: ses pics étincelants +Se dressent radieux dans un monde de gloire; +C'est le pays rêvé, c'est l'Olympe des Dieux +Qui boivent le nectar sur des trônes d'ivoire, +C'est l'Idéal! montons, allons vivre en ces lieux +Enchantés! gravissons la montagne, courage! +Encor! montons encor! toujours! élevons-nous +Au-dessus des forêts, au-dessus de l'orage +Qui pour nous arrêter roule d'effrayants coups +De tonnerre, et soufflant ses bruyantes rafales +Brise et disperse au loin les branches des sapins; +Là-haut plus de tempête, et plus de brouillards pâles +Qui voilent le soleil! les vigoureux alpins +Bravant sans hésiter fatigues et vertiges +Auront pour récompense un séjour merveilleux +Interdit à jamais aux faibles; des prodiges +Attendent le regard de ces audacieux +Qui méprisent le sol où rampent les timides. +En route vers les cieux, loin des plaines humides, +En avant! + + --Mais le roc a déjà remplacé +La terre verdoyante et les pentes fleuries; +Malgré l'ardent soleil, c'est un souffle glacé +Qui tombe sur nos fronts; nos mains endolories +S'écorchent au contact de la muraille à pic +Qu'il faut escalader au risque de la chute. +Plus un être vivant: le scorpion, l'aspic. +Habitants des déserts, abandonnent la lutte +Avec une nature implacable. Voici +La neige immaculée, et voici dans la glace +Perfide qui se fend, s'entr'ouvre, et sans merci +Nous engloutit, l'affreux piège de la crevasse. +Enfin l'air manque, et l'on respire avec effort... +Le pays merveilleux est celui de la mort. + + * * * * * + +Et c'est la plaine alors, la plaine dédaignée, +Déroulant à nos pieds des tableaux inconnus, +Qui dans l'azur et dans la lumière baignée +Oppose sa richesse aux rochers froids et nus. +La vie à sa surface est partout répandue: +Confondant sa limite avec celle du ciel, +L'oeil ne peut mesurer son immense étendue... + + * * * * * + +O mirage qui fais d'un calice de fiel +La coupe dont l'éclat fascinant nous attire, +Tu nous trompes toujours! l'inassouvissement +De l'âme des humains est l'éternel martyre, +Et de leur fol orgueil l'éternel châtiment. + + + + +BOTRIOCÉPHALE + +BOUFFONNERIE ANTIQUE + +PERSONNAGES: + + +BOTRIOCÉPHALE. FAUNE. + +ALECTON. FURIE. + + + + +BOTRIOCÉPHALE + +_À M. Coquelin Cadet._ + + +SCÈNE PREMIÈRE + +Un bois. BOTRIOCÉPHALE, seul. Il est très jeune, adolescent, d'une +grosseur énorme et d'une laideur repoussante. + +BOTRIOCÉPHALE. + +En vain j'en ai douté longtemps... je suis fort laid. +Un Faune n'est jamais très joli; mais il est +Des laideurs... vous savez bien ce que je veux dire, +Et ce n'est pas du tout mon cas. J'apprête à rire! +Aussi large que haut, disgracieux, ventru, +Si je parle d'amour je suis un malotru. +--Une Nymphe s'enfuit: c'est pour qu'on la rattrape +Dans les saules; sa fuite est l'amoureuse trappe +Où se prend la candeur des Faunes ingénus +Immolés par Éros à sa mère Vénus. + +On adresse en passant une parole osée +Aux belles dont les pieds s'étoilent de rosée: +Les belles font semblant d'avoir peur. Avec moi +C'est différent: j'excite un redoutable émoi, +Car je n'ai jamais fait mes frais. Sort misérable! +J'attendrirais plutôt le chêne ou bien l'érable +Au coeur dur, le rocher par Sisyphe roulé, +L'enclume de Vulcain, le fils de Sémélé, +Hercule, que la Nymphe aux yeux de violette +Qui bondit en chantant sur les flancs de l'Hymette! +Rester vierge est mon lot...--pour apaiser ma faim +Allons chercher des fruits, de la crème et du pain. + +_Il sort tristement._ + + +SCÈNE II + +ALECTON entre joyeusement. Elle est métamorphosée en nymphe; ses +bras sont nus et ses cheveux retombent librement sur ses épaules. +Type de beauté perverse et cruelle. + +ALECTON. + +Je viens de me mirer dans l'eau d'une fontaine. +Pluton n'a pas menti: la beauté souveraine +Me revêt de splendeur.--La Furie Alecton, +Noire comme la nuit, sèche comme un bâton, +Serait méconnaissable à l'oeil le plus sagace; +Elle est Nymphe de pied en cap, Nymphe de race! +--Lasse à la fin de faire endurer des tourments +Aux morts, je veux aussi tourmenter les vivants, +Et l'amour malheureux est leur plus grand supplice! +C'est pourquoi j'ai voulu la beauté.--Mon caprice +A fait rire Pluton sur son trône de jais. +--Je te donne congé, m'a-t-il dit. Va-t'en! mais +Crains les jeunes amants dont la fierté superbe +Fleurira sur tes pas comme chardons dans l'herbe! +Qu'un seul prenne un baiser sur ton joli menton +Et la Nymphe aussitôt redevient Alecton. +--Un baiser! et pourquoi le laisserais-je prendre? +Parce que je suis belle, en serai-je plus tendre? +Je méprise l'amour: son charme tant vanté +Me semble fade ainsi que l'eau du froid Léthé. +Des feux s'allumeront aux rayons de ma face, +Mais ils ne fondront pas mon coeur: il est de glace +À jamais... + + +SCÈNE III + + ALECTON, BOTRIOCÉPHALE, qui rentre tenant une corbeille de fruits. + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +--Une Nymphe au regard inconnu! + +ALECTON, _à part._ + +Un Faune au ventre énorme, au vaste front cornu! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Vient-elle de l'Olympe ou des bois du Taygète? + +ALECTON, _à part, avec une curiosité bienveillante_. + +Comme il est gros et lourd! la monstrueuse tête! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +O Vénus! qu'elle est belle! + +ALECTON, _à part, avec admiration._ + + O Pluton! qu'il est laid! +Je n'ai jamais vu rien... + +BOTRIOCÉPHALE, _toujours à part._ + +Une jatte de lait... + +ALECTON, _toujours à part._ + +D'aussi difforme... + +BOTRIOCÉPHALE. + +...Est moins blanche que son visage... + +ALECTON. + +Même aux enfers... + +BOTRIOCÉPHALE. + + Mais quoi, si je ne suis pas sage, +Elle me chantera bientôt turlututu +Comme les autres; mieux vaut se taire. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Où vas-tu, +Faune? + +BOTRIOCÉPHALE, _toujours à part._ + +Brillants et purs, ses yeux sont deux étoiles. + +ALECTON, _à part._ + +L'araignée est moins laide au milieu de ses toiles. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je n'oserai jamais... + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Tu ne me réponds pas, +Jeune Faune? + +BOTRIOCÉPHALE, _à Alecton._ + + J'allais faire un léger repas, +Du laitage, des fruits... bien que depuis l'aurore +Je sois dans la forêt, n'étant pas carnivore +Ce peu que je tiens là me suffit. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Près de moi +Viens! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Mais... je... + +ALECTON. + +Suis-je faite à donner de l'effroi? + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Comment!... elle m'appelle!... Ah! ce n'est pas possible, +Je rêve... + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + + Viens! + +_À part, charmée._ + + Il est parfaitement horrible! + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +Je ne lui fais pas peur... ma foi, profitons-en! +Comme sera plus tard don César de Bazan +Soyons hardi... + +_Il s'approche d'Alecton qui s'assied sur un tronc d'arbre et l'invite à +s'asseoir près d'elle.--À Alecton._ + + --Du bois le feuillage est humide, +N'est-ce pas? il y fait bien frais. + +ALECTON, _à part, avec indulgence._ + +Il est timide. + +BOTRIOCÉPHALE, _à Alecton._ + +On entend murmurer la fontaine ici près +Sur un beau lit de mousse, à l'ombre des cyprès. + +ALECTON, _à Botriocéphale._ + +Je l'entends murmurer. + +BOTRIOCÉPHALE. + + Le vol des hirondelles +Dans l'azur éclatant met des battements d'ailes. + +ALECTON. + +Je les vois. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Et les fleurs, parure de l'été.... + +ALECTON, _l'interrompant._ + +Tu ne me parles pas, Faune, de ma beauté! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je n'ose pas. + +ALECTON. + +Pourquoi? + +BOTRIOCÉPHALE. + + C'est que... c'est la première +Fois qu'une Nymphe à l'oeil ruisselant de lumière +Consent à m'écouter. + +ALECTON. + +Pourquoi? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je suis si laid! + +ALECTON. + +Eh! qu'importe si l'on n'est pas beau, quand on plaît? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Vous ne vous moquez pas?... avec ces bras de neige, +Ces cheveux d'or... + +ALECTON. + +Mais non, et pourquoi le ferais-je? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Vous me trouvez... + +ALECTON, _affectueusement_. + + Affreux; je l'ai dit, tu me plais. +Et toi, n'aimes-tu pas la laideur? + +BOTRIOCÉPHALE. + +Je la hais! + +ALECTON, _s'éloignant de Botriocéphale, à part._ + +Gare au baiser! s'il voit ma véritable forme +Il fuira.-- + +_À Botriocéphale._ + + Conte-moi des douceurs, Faune énorme! +En prose, en vers, fais-moi d'amoureux compliments +Qui reflètent ta flamme et peignent tes tourments! +Tu me feras plaisir. + +BOTRIOCÉPHALE. + + Hélas! on me rabroue +Quand près de la beauté je veux faire la roue; +Si bien que je n'ai pas su prendre encor le ton +Des choses qu'on enroule autour d'un mirliton. +Mais si dans mes discours je parais indigeste, +Peut-être je saurai mieux parler par le geste; +Laisse-moi commencer par un baiser. + +ALECTON. + +Non pas! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Si je te plais, pourquoi refuser? + +ALECTON. + + Le trépas +Alors. Faune, vois-tu, ma pudeur est si forte +Que je craindrais, sous ton baiser, de tomber morte. + +BOTRIOCÉPHALE, _à part._ + +La pudeur est un fleuve, il faut qu'elle ait son cours; +Patience. + +ALECTON. + + Si tu ne fais pas de discours, +Au moins dis-moi ton nom. + +BOTRIOCÉPHALE, _toussant pour s'éclaircir la voix._ + +Hum! + +_D'une voix tonnante._ + +Botriocéphale! + +ALECTON. + +Il éveille l'écho. C'est comme une rafale +Qui passe. + +BOTRIOCÉPHALE. + +Et le tien; quel est-il? + +ALECTON, _évasivement_. + + Nymphe des bois. +Charme-moi. Fais entendre un peu ta grosse voix, +Chante! + +BOTRIOCÉPHALE. + + Dans le gosier j'ai là comme une arête +Qui, si je veux chanter, à tout instant m'arrête; +Et la chèvre Amalthée est comme un rossignol +Auprès de moi. + +ALECTON. + + Pour me distraire, attrape au vol +Des papillons... ou danse en jouant de la flûte! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Danser! je ne saurais; à chaque pas je bute. + +ALECTON. + +Je le veux! danse! + +BOTRIOCÉPHALE. + + Mais je n'ai jamais dansé! +Je ne sais pas danser! + +ALECTON. + + Mon cher Botriocé- +phale, en invoquant la divine Terpsichore, +Jeune comme tu l'es, tu peux apprendre encore +L'art de la danse; il n'est que la première fois +Qui coûte! mais si tu refuses, dans les bois +Je prends ma course et fuis jusqu'à perte d'haleine; +Tu ne me joindras pas, courant comme Silène +Quand il est ivre; et tu feras en vain des voeux +Pour me revoir. Adieu pour toujours! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Tu le veux! + +_Il danse. Alecton qui le contemple avec une admiration croissante, +arrive peu à peu à une exaltation extraordinaire._ + +ALECTON, _à part._ + +Ah! pourquoi l'ai-je fait danser?... je suis perdue! +À connaître l'amour serais-je descendue? +Quel émoi! quel trouble! et quelle insolite ardeur +Me dévore! je brûle! + +_Avec passion._ + + Ah! c'est trop de laideur! + +Il n'était que hideux, le voilà ridicule! +La borne du grotesque à son aspect recule! +Je n'en puis plus... je l'aime!... + +_À Botriocéphale._ + + O Faune saugrenu, +Grâce! tourne vers moi ton masque biscornu! +Prends ce baiser que t'offre une Nymphe expirante... +Tu seras mon amant... je serai ton amante... + +BOTRIOCÉPHALE. + +Est-il possible! ô joie! + +ALECTON. + + Arrête! ah! qu'ai-je dit? +Si tu savais... + +_Fuyant et se débattant._ + +O dieu cruel!... Pluton maudit! + +BOTRIOCÉPHALE, _la poursuivant._ + +Tu m'aimes! + +ALECTON. + +Par pitié!... + +BOTRIOCÉPHALE. + + Ce baiser qui m'attire, +Je l'aurai!... tu verras la fin de mon martyre! + +_Il l'embrasse._ + +ALECTON, _poussant un cri effroyable et reprenant sa forme de Furie._ + +Ah! + +BOTRIOCÉPHALE, _épouvanté_. + +Mais qui donc es-tu?... + +ALECTON, _d'une voix terrible._ + +La Furie Alecton! + +BOTRIOCÉPHALE. + +Horreur! horreur! Va-t'en! + +ALECTON. + +Au revoir! chez Pluton! + + +FIN + + * * * * * + +6787-90.--CORBEIL IMPRIMERIE CRÉTÉ. + +CALMANN LÉVY, ÉDITEUR + +DU MÊME AUTEUR + +Format grand in-18 + +HARMONIE ET MÉLODIE 1 vol. + +6787-90.--CORBEIL. Imprimerie CRÉTÉ. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Rimes familières, by Camille Saint-Saëns + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RIMES FAMILIÈRES *** + +***** This file should be named 19992-8.txt or 19992-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/9/9/9/19992/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + |
